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	<title>Ecrits d&#039;un soir</title>
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	<description>Des plumes à lire avant qu&#039;elles ne s&#039;envolent...</description>
	<lastBuildDate>Mon, 06 Feb 2012 17:31:46 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Larcin.</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Apr 2011 13:19:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Romain Cochet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Inclassable]]></category>

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		<description><![CDATA[Il la fixa droit dans les yeux. Elle avait toute l&#8217;assurance d&#8217;une jeune femme à peine sortie de l&#8217;adolescence, de ce type d&#8217;assurance qui oblige le monde à tourner autour de soi plutôt qu&#8217;à devoir se plier à ses règles. Elle n&#8217;en baissa pas moins le regard, l&#8217;air vaguement gêné, accompagné d&#8217;un brin de colère [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il la fixa droit dans les yeux. Elle avait toute l&#8217;assurance d&#8217;une jeune femme à peine sortie de l&#8217;adolescence, de ce type d&#8217;assurance qui oblige le monde à tourner autour de soi plutôt qu&#8217;à devoir se plier à ses règles. Elle n&#8217;en baissa pas moins le regard, l&#8217;air vaguement gêné, accompagné d&#8217;un brin de colère refoulée. Il l&#8217;avait vu, prise la main dans le sac, en l&#8217;occurrence le sac d&#8217;une de ses collègues de classe prestement délesté d&#8217;un porte-feuille rebondi. Elle en paraissait vexée, mais ne revint pas en arrière pour autant, faisant disparaître l&#8217;objet du larcin dans la poche intérieure de sa veste de jeans.</p>
<p>Elle ?</p>
<p><span id="more-36"></span></p>
<p>Mina. Pas bien grande sans en être petite pour autant, menue mais agréable des quelques formes arrondissant ses vêtements, de longs cheveux teints en bleu, des yeux d&#8217;un azur éclatant, une moue boudeuse régulièrement accrochée aux lèvres et une arrogance au delà de tous les mots. Un nuage, un bouclier d&#8217;arrogance, une lame brandie en direction du monde pour le défier de venir lui chercher des noises.</p>
<p>Il ?</p>
<p>Alban. Peu de choses à en dire également : une taille moyenne, un gabarit l&#8217;étant tout autant. Pas de silhouette carrée, pas de muscles à faire rêver, pas d&#8217;une intelligence hors norme, ses cheveux blonds coupés courts, les yeux d&#8217;un brun banal ajoutés à un caractère effacé lié à une certaine timidité.<br />
Les deux n&#8217;avaient aucun contact entre eux si ce n&#8217;était qu&#8217;ils étaient de la même classe. L&#8217;incident en serait normalement resté là.</p>
<p>L&#8217;élève volée ne resta pas muette. Elle alla se plaindre auprès du corps enseignant et l&#8217;affaire fut portée à l&#8217;attention de la classe, afin que le coupable en se dénonce ou le soit. Mina profita des instants de flottement après l&#8217;annonce, alors que chaque élève allait de son commentaire à son voisin, pour lancer un unique regard à Alban, signifiant : &laquo;&nbsp;Parle et tu es mort&nbsp;&raquo;. Il ne le lui rendit pas.</p>
<p>Le jeune homme fut passé sur le banc des accusés, pourtant. Quelqu&#8217;un l&#8217;avait vu près du sac, ce qu&#8217;il reconnut. Il avait à fouiller dans son casier, et le sac en était proche. Rien de très anormal. Il nia avoir volé quoique ce soit, tout comme il ne répondit pas quand la question qu&#8217;il attendait lui fut posée : &laquo;&nbsp;Qui est-ce ? Le sais-tu ?&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il préféra se taire pour ne pas mentir car il détestait cette façon d&#8217;agir. Il resta silencieux, ne répétant qu&#8217;une chose, quand il se défendait : &laquo;&nbsp;Ce n&#8217;est pas moi. Je n&#8217;ai rien volé.&nbsp;&raquo;</p>
<p>La rumeur enfla, pourtant. Son comportement difficile à définir en faisait un coupable idéal. Il était discret, effacé, ni aimé ni détesté : neutre. Il faisait un bon coupable, et c&#8217;est ainsi qu&#8217;il ressortit du questionnement : humilié, diffamé, coupable pour tous. Comme on ne retrouva pas l&#8217;objet du larcin sur lui, ni à aucun lieu où il eut pu le cacher, sa punition fut moins grave que ce à quoi chacun s&#8217;attendait.</p>
<p>Il rassembla rapidement ses affaires. Ses mains tremblaient alors même qu&#8217;il affectait un grand calme, espérant ne pas se donner en spectacle face aux autres. Sa vie eut été un récit, il se serait sans doute sentit la tête vide, la nausée au creux du ventre ou pris de vertiges ou dieu savait quel autre phénomène. Il n&#8217;y eut rien de tout ça. La situation était injuste et il en voulait à ceux qui le jugeait sans se baser sur autre chose qu&#8217;une impression. Malgré tout, son corps refusait de s&#8217;accorder à son ressentiment.</p>
<p>Il sortit sans un bruit, avec plus de dignité qu&#8217;il n&#8217;en avait jamais montré à ses camarades de classe.</p>
<p>Pas une fois il ne lui vint à l&#8217;esprit de dénoncer la véritable coupable.</p>
<p>Alban habitait seul, dans une chambre payée par ses parents, son école se trouvant fort loin de chez eux. Il n&#8217;y avait pas grand chose à l&#8217;intérieur, ce qui était tout aussi bien, vu la petite taille du lieu. Il avait de quoi subvenir à ses besoins les plus courants et cela lui suffisait. Pour le reste, il avait un petit écran, une console de jeu et quelques cartouches pour aller avec, ce qui lui convenait tout à fait.</p>
<p>Le jeune homme passa le premier jour à réfléchir, un carnet blanc à la main, griffonnant quelques dessins et le début d&#8217;une nouvelle qui lui venait à l&#8217;esprit. Il passa une partie du second jour à jouer, tapotant les boutons de sa manette avec plus de calme qu&#8217;il ne l&#8217;aurait cru. Voir son avatar électronique se mouvoir à l&#8217;écran l&#8217;apaisait curieusement. Il ne s&#8217;était sentit mal de son exclusion que sur l&#8217;instant, face à la foule de ses collègues. Désormais seul, cela ne lui semblait que de peu d&#8217;importance. Trois jours étaient bien peu de chose, ne nécessitant qu&#8217;un peu de travail pour surmonter un retard tout à fait bénin.</p>
<p>Savoir pourquoi il avait couvert la coupable ne l&#8217;intéressait même pas. Cela lui avait semblé être la chose à faire, sur l&#8217;instant. Y repenser, le regretter, s&#8217;en enorgueillir&#8230; Cela n&#8217;avait pas de sens. Ce qui était fait ne pouvait être changé, de toute façon.</p>
<p>Quelques coups timides à la porte tirèrent Alban de ses réflexions. Il prit le temps d&#8217;arrêter la console avant d&#8217;aller à la rencontre de son visiteur.<br />
Il ouvrit moins la porte qu&#8217;il ne céda sous la poussée. Son visiteur entra d&#8217;un pas décidé, refermant derrière lui comme s&#8217;il se trouvait à son propre domicile et promena rapidement le regard tout autour de lui. Alban n&#8217;avait jamais eu un grand sens de la répartie, mais il se trouva plus bloqué encore qu&#8217;il ne l&#8217;aurait pu. Son visiteur était une visiteuse, impossible de s&#8217;y tromper. Le regard qu&#8217;elle portait autour d&#8217;elle était plus celui d&#8217;une propriétaire appréciant les biens autour d&#8217;elle que de quelqu&#8217;un venant pour la première fois. Cette arrogance portée comme une armure, toujours.</p>
<p>Mina se laissa aller à se détendre, imperceptiblement.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Pourquoi ? lâcha-t-elle sans préambule.<br />
- Pour&#8230; Hein ?<br />
- Tu as menti.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Ce n&#8217;était pas une question. Il lisait l&#8217;interrogation, pourtant, dans sa voix et dans son regard. Une pointe de méfiance, également.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Non.<br />
- Non ?<br />
- Je n&#8217;ai pas menti. Je n&#8217;ai rien dit.<br />
- C&#8217;est la même chose.<br />
- Non.<br />
- &#8230;<br />
- &#8230;<br />
- &#8230;<br />
- Pour moi, c&#8217;est différent.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Un sourire se dessina sur le visage de la jeune femme, guère plus que les coins de ses lèvres se relevant, avant qu&#8217;elle ne contourne son hôte pour s&#8217;assoir sur le lit. Il n&#8217;y avait guère d&#8217;autre endroit où se mettre, dans cette pièce, fonctionnelle avant toute chose.</p>
<p>Repliant les jambes sous elle, elle fixa son regard sur Alban. Un instant, elle sembla hésitante.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Tu as pris à ma place.<br />
- Oui.&nbsp;&raquo;<br />
Une nouvelle fois, il n&#8217;y avait pas grand chose d&#8217;autre à répondre.</p>
<p>&laquo;&nbsp;C&#8217;était idiot. Tu attendais que je t&#8217;en sois reconnaissante ?<br />
- Non. Ça me semblait juste être&#8230; ce qu&#8217;il fallait faire.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il restait debout, dans son propre logement tandis que Mina le regardait depuis le lit. Il nota qu&#8217;elle n&#8217;avait pas pris de manteau, et que ses bras à nues tremblaient légèrement. Avec le froid mordant qui régnait dès la tombée de la nuit, ce qui arrivait tôt en cette saison, ce n&#8217;était guère surprenant. Il fit tout de même monter la température affichée sur le radiateur de quelques degrés.<br />
Elle ne lui en fit pas remarque.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Pourquoi es-tu venue ?&nbsp;&raquo; lui demanda-t-il soudainement.</p>
<p>Elle sursauta comme s&#8217;il l&#8217;avait mordu, et ne répondit pas. Puis elle tapota la couverture, à coté d&#8217;elle.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Viens t&#8217;assoir. Tu te comportes comme si j&#8217;étais chez moi.<br />
- A qui la faute ?<br />
- C&#8217;est juste. Viens. Tu me mets mal à l&#8217;aise, à poireauter comme ça.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il marqua un temps d&#8217;hésitation, puis accepta l&#8217;invitation. Prudemment, il s&#8217;assit au bord du lit. Elle eut un sourire amusé.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Tu crains que je ne te morde ?<br />
- Je ne saurais le dire.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Mina se rejeta en arrière, se laissant aller contre le mur de la chambre. Elle resta là, sans rien dire, les yeux fixés vers le plafond. Alban tourna la tête de coté, se demandant vaguement ce qui allait se passer maintenant. Il ne se sentait pas vraiment ennuyé de la situation, mais tout était complètement improbable.</p>
<p>Quand il tourna de nouveau la tête, il eut un mouvement de recul. Le visage de Mina était désormais à quelques centimètres du sien. Elle s&#8217;était avancée à quatre pattes sur le lit, s&#8217;amusant de lui comme un félin face à une souris.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Je me suis dit que tu méritais quelque chose pour n&#8217;avoir rien dit. C&#8217;était idiot, mais ça m&#8217;a plu.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il hocha lentement la tête. Son regard s&#8217;arrêta un bref instant dans le décolleté qui lui était offert dont la vue lui fit monter le rouge aux joues. Il releva bien vite les yeux.</p>
<p>&laquo;&nbsp;J&#8217;ai envie de coucher avec toi.<br />
- Je&#8230;<br />
- Chh, répondit-elle en lui posant un doigt sur les lèvres. Ne dit rien, ne pense pas. Contentes-toi d&#8217;agir. Apprécie.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Quand ils furent nus tous les deux, Alban passa de longs moments à simplement caresser le corps qui lui était offert. Elle se prêta au jeu avec bienveillance, bien plus qu&#8217;il n&#8217;en aurait attendu d&#8217;une femme qui lui avait proposée l&#8217;aventure avec tant d&#8217;aplomb, bien plus d&#8217;une femme qui irradiait la confiance en elle jusque dans ses moindre gestes. Elle lui semblait infiniment plus fragile qu&#8217;il ne l&#8217;avait jamais vue jusqu&#8217;alors.</p>
<p>Ses mains tremblaient, et si elle s&#8217;en rendit compte, elle ne lui en fit aucune remarque. Alban caressa sa peau comme s&#8217;il s&#8217;agissait de la soie la plus précieuse. Du bout des doigts, il suivit ses courbes, redessinant la rondeur de ses épaules, la courbe de ses seins, les traits de son cou. Ses mains s&#8217;égarèrent au niveau de son ventre avant de redescendre le long de ses hanches, appréciant le galbe de ses cuisses et, toujours, partout, la douceur infinie de sa peau.</p>
<p>Il se sentait gauche et maladroit, découvrant le corps de Mina comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un monde inconnu. En un sens, cela l&#8217;était. Il s&#8217;abandonna dans l&#8217;exploration, et elle le laissa faire avec patience et tendresse. Quand l&#8217;action devint plus intense, elle le bascula sur le dos et pris les commandes. Elle guida ses gestes, accordant en douceur la musique de son corps avec la sienne propre.</p>
<p>Il se laissa emporter.</p>
<p>Mina ouvrit les yeux, et tacha de se lever le plus discrètement possible. Elle n&#8217;avait pas compter passer la nuit ici. Elle avait voulu accomplir ce qu&#8217;elle était venue faire et repartir. Mais la nuit avait duré bien plus qu&#8217;elle ne l&#8217;aurait imaginée et, se sentant bien dans ce cocon de chaleur, elle s&#8217;y était endormie.<br />
Elle s&#8217;aperçut avec un temps de retard qu&#8217;elle était la seconde à s&#8217;éveiller. Alban était resté immobile, le regard vaguement fixé sur elle. Il avait ce regard à moitié perdu de celui qui songe aux derniers évènements survenus et les trie, les classe, puis les range pour les étudier ensuite.</p>
<p>Mina resta muette et se leva, abandonnant avec une pointe de regret la moiteur du lit. Il faisait froid dans la pièce, et elle sentit les poils fins de ses bras se hérisser en signe de protestation. Ramassant prestement ses affaires, elle fila s&#8217;enfermer dans la salle de bain, tant pour s&#8217;éveiller et se laver que pour masquer le trouble qui l&#8217;avait saisie au réveil.</p>
<p>Quand elle ressortie, propre et habillée, elle remarqua qu&#8217;Alban n&#8217;avait pas bougé du lit, si ce n&#8217;était pour mettre à chauffer de l&#8217;eau et sortir de quoi déjeuner. Il s&#8217;était contenté de rabattre les couvertures autour de lui dans un geste de pudeur puis d&#8217;attraper un livre qu&#8217;il parcourait d&#8217;un air absent. Elle faillit lui en faire la remarque mais se reprit : il était toujours interdit de cours. Pas étonnant qu&#8217;il soit peu pressé de quitter ses draps.</p>
<p>Mina était loin d&#8217;être en avance, mais elle ne put partir si vite. Elle avait tourné et retourné ce qu&#8217;elle allait dire dans sa tête, et ne voyait pas vraiment de moyen de tourner autour du pot : autant se jeter à l&#8217;eau.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Je vais me dénoncer. Pour avant-hier.<br />
- Non.&nbsp;&raquo;<br />
Il secoua la tête.<br />
&laquo;&nbsp;C&#8217;est trop tard. Ce serait du gâchis.<br />
- Mais&#8230;<br />
- Non. Arrête de voler, si tu veux vraiment faire quelque chose. Je ne t&#8217;en demande pas plus.&nbsp;&raquo;</p>
<p>La jeune femme resta silencieuse.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Est-ce que je peux&#8230; revenir ? Ce soir ?<br />
- Tu as besoin de mon autorisation ?<br />
- Alban&#8230; &nbsp;&raquo;</p>
<p>Il regretta sa réponse. Elle ressemblait difficilement à celle qu&#8217;il avait toujours vu, avec cet air perdu. Peut-être avait-il vu d&#8217;elle plus que ce qu&#8217;elle avait jamais accepté de montrer. Peut-être imaginait-il simplement les choses. Il se sentit néanmoins coupable.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Désolé. Tu peux revenir, oui.<br />
- &#8230;<br />
- &#8230; Reviens.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il lui attrapa la main, la serrant brièvement entre les deux siennes.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Reviens.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Elle eut un sourire. Un véritable sourire, lumineux, rayonnant, chaleureux. Il se sentit écrasé par tout ce que dégageait ce simple sourire, tout ce dont ni lui, ni elle ne se rendaient réellement compte.</p>
<p>Sur une impulsion, elle se pencha et lui déposa un baiser sur les lèvres. Elle ne le faisait jamais. Elle partait toujours discrètement, fixant elle-même les règles du jeu. Alban n&#8217;était pas un Apollon. Il n&#8217;avait pas été particulièrement imaginatif ou acrobatique au lit. Mais elle se rappelait de ses mains courant le long de son corps, de ces doigts découvrant sa peau. Elle en sentait encore le passage, incrusté dans son corps.</p>
<p>Elle quitta la chambre avec un rien plus de précipitation qu&#8217;elle ne l&#8217;aurait voulut, incertaine quand à ce qui lui arrivait.</p>
<p>Alban regarda longuement la porte. Puis quand la bouilloire se mit à chanter, il se servit du thé.</p>
<p>Elle revint.</p>
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		<title>Une vie qui déraille.</title>
		<link>http://www.ecritsdunsoir.com/2011/04/06/une-vie-qui-deraille/</link>
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		<pubDate>Wed, 06 Apr 2011 20:28:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><a href="http://www.desmarets.me" rel="nofollow">Nicolas Desmarets</a></dc:creator>
				<category><![CDATA[Noir]]></category>

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		<description><![CDATA[J’adore ce moment. Ce moment où tous les passants s’arrêtent et suivent d’un oeil admiratif Matéo sur son vélo. J’essaie derrière lui d’esquisser les mêmes mouvements, de pédaler à la même allure. Cette tâche s’avère laborieuse. Mon frère sur un bicycle s’apparente à un artiste sur scène. La foule n’est pas seule à le considérer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’adore ce moment. Ce moment où tous les passants s’arrêtent et suivent d’un oeil admiratif Matéo sur son vélo. J’essaie derrière lui d’esquisser les mêmes mouvements, de pédaler à la même allure. Cette tâche s’avère laborieuse. Mon frère sur un bicycle s’apparente à un artiste sur scène. La foule n’est pas seule à le considérer ; les chiens aboient, les buissons frémissent et les gouttes de pluie l’épargnent. Tout semble l’admirer et rien ne l’arrête.</p>
<p><span id="more-22"></span></p>
<p>Du moins, presque rien. Ce terrible jour d’été, aux plaies encore ouvertes, constituait l’exception confirmant la règle. Quatre ans se sont succédé. Trop jeune et bouleversé par les événements, j’en ai oublié la date exacte. Déjà, Matéo et moi appréciions enjamber notre monture favorite pour s’éclipser ici ou là, découvrir la ville à notre rythme, les cheveux ébouriffés par le souffle du vent. Dès mon plus jeune âge, il dépensait toute son énergie à me communiquer sa passion enflammée, profitant des nombreuses absences parentales pour m’apprendre les différentes techniques. Tant d’heures accordées pour pouvoir ensuite partir ensemble en excursion. Il en connaissait un rayon sur les deux-roues.</p>
<p>Ces agréables souvenirs préméditaient une toute autre saveur pour cette affreuse journée. Nous roulions à une vitesse convenable, nous marquions les stops et indiquions du bras nos changements de direction… Nous ne lésinions pas sur la prudence. Une de nos petites habitudes consistait à descendre l’avenue Poulidor, en filant droit devant, pieds et jambes immobiles. Selon Matéo, elle correspondait au lieu rêvé pour se laisser glisser sur le goudron, porter par les airs et en ressentir tout le bonheur. Notre présence ne dérangeait pas les automobilistes circulant encore à leur aise sur la large voie.</p>
<p>Une seule braise suffit à incendier toutes nos croyances en matière de prudence. Le long du vaste trottoir, certains automobilistes s’improvisaient des places de parking. Par moments, nous les caressions légèrement pour respecter une règle d’or des cyclistes en ville : se serrer sur la droite en file indienne. La portière traitresse de cette berline s’ouvrit amplement sur la trajectoire de Matéo. Deux secondes infiniment longues s’écoulèrent entre cet instant et celui où il gisait inconscient sur le sol. Cri. Choc. Envol. Atterrissage. Tête. Corps. Silence. Je restais bouche bée en observant mon frère allongé sur le dos, au croisement dessiné par l’avenue avec la rue du Calvaire. Le conducteur, inquiet pour sa portière éraflée puis pour mon frère écorché, se rendit près de lui et le mit en position latérale de sécurité, pour ne pas qu’il avale sa langue. Comme si mon frère était assez bête pour ça ! Avec l’aide des autres automobilistes, il barrait ensuite la circulation autour de Matéo. Traumatisé et maladroit, je rapatriais son vélo déraillé, beaucoup moins tout terrain, le protégeant ainsi de nouvelles agressions.</p>
<p>Les secours sont arrivés, ils ont prévenu nos parents et nous ont conduits à l’hôpital le plus proche. En route, je serrais de toutes mes forces la main de mon frère, espérant que la douleur le réveillerait. Sans succès. Dans sa chambre provisoire, la chaîne pour enfants diffusait plusieurs épisodes de Franklin et lorsque Matéo rouvrit enfin les yeux, je dévorais son film préféré E.T., l’extraterrestre. Imitant ce geste mémorable, nous nous saluâmes en collant nos deux index et regardâmes la suite ensemble. Totalement perdu, il nous reconnaissait autour de lui sans se souvenir du mauvais rêve passé.</p>
<p>Sans répit, maman l’interrogeait sur son état de santé et papa osa, pour plaisanter, une de ses questions récurrentes : « Combien j’ai de doigts ? ». Je fus surpris d’entendre mon frère répondre plusieurs fois dans l’erreur, comme s’il jouait à la loterie un vendredi treize. S’en suivit de nombreux examens effectués par différents médecins présentés, à chaque reprise, comme le meilleur. Quelques jours plus tard, le professeur de l’établissement conviait mes parents à venir prendre connaissance du diagnostic complet de mon frère. Les yeux scrutant la seule fenêtre de sa cellule blanche, Matéo chantait les louanges de son compagnon sur roues. Il s’impatientait tant de récidiver que je gardais mes appréhensions pour moi.</p>
<p>Nos parents sont revenus, visages blanchâtres et regards horrifiés. Maman s’installa près de mon frère et papa m’accompagna au rez-de-chaussée pour nous acheter un en-cas. Il retira les madeleines du distributeur, notre goûter favori, et me fixa droit dans les yeux. A cette seconde, je saisis que le diagnostic, ce mot tant prononcé, présageait une mauvaise nouvelle. Papa m’illustrait, avec des termes trop enfantins, que Matéo ne vivrait plus jamais comme avant. N’osant pas m’avertir clairement que mon frère se noierait crescendo dans l’idiotie, il me confia simplement qu’il conserverait, à vie, un petit vélo dans la tête. D’un timide et maladroit sourire, il m’inspira confiance mais ses larmes précédèrent les miennes. Nous pleurions serrés l’un contre l’autre, écrasant les madeleines dans sa poche. Le déluge révolu, nous jetions celles-là et en rachetions d’autres avant de remonter. Maman ne se portait guère mieux près de mon frère endormi. Ce fut la première fois qu’il plu autant autour de Matéo, sans qu’il ne reçoive une seule goutte.</p>
<p>Le lendemain, Matéo s&#8217;amusait de nos reflets couvrant tous les journaux régionaux. Ravi d’avoir appris à lire, je déchiffrais seul chaque gros titre et me réjouissais que mon frère, lui, ne sache plus traduire ces symboles… Cette perte d’intelligence soudaine l’épargnait du ravivement de certaines douleurs&#8230; Matéo paraissait heureux avec cette petite bicyclette dans le cerveau… Les premiers jours.</p>
<p>Il s’accrochait longuement aux pantalons de maman en l’implorant pour renfourcher son fidèle destrier à pédales alors qu&#8217;elle luttait pour débarrasser la maison de tous les démons. Papa répétait à chaque crise que le vélo, ça ne s’oublie pas ! Puis, maman répondait que de plus en plus de fous roulaient sur les routes, même encore plus que la veille, et papa obtenait le dernier mot en hurlant que, de toute façon, c’était trop tard ! Je partageais son avis. Trop tard. J’assistais au déclin de Matéo. Une seule chimère entretenait encore son plaisir ; il s’asseyait près de la fenêtre durant des heures pour la guetter, sans bouger, sans parler. Parcourant déjà sur sa selle tous les recoins de son imagination.</p>
<p>Une révolution s’engageait chez nous. Matéo sombrant dans la dépression, ma mère suivait ses pas. Elle culpabilisait et dilapidait le temps de ses journées à feuilleter les albums photos. A fouiller dans les anciennes affaires d’école de Matéo pour s’émerveiller devant ses nombreuses capacités. D’antan. Avant le dîner, elle désirait qu’il lui dessine une maison, papa, maman, moi… Un vélo ! J’aidais discrètement mon frère pour qu’il ait droit au bisou qu’il mérite. Pour le bonheur de ma mère. Aussi futile soit-il.</p>
<p>L’un de ces soirs, papa franchit le paillasson, un large sourire aux lèvres en guise de bonne nouvelle : il avait inscrit Matéo dans mon école pour qu’il me suive classe après classe. Le directeur, un vieil ami, espérait transmettre à Matéo un semblant de vie sociale en entretenant ainsi mon moral. Nous étions effectivement très liés mais Matéo devenait si différent. Indifférent. Evitant la solitude, il régressait du CM1 au CE1 pour suivre ma propre ascension en n’acquérant plus aucune connaissance. Mais nous nous y rendrions comme au bon vieux temps. Notre seule bonne nouvelle.</p>
<p>Le réveil sonna. Matéo manifestait autant d’excitation que moi à l’idée de cette rentrée. Une lueur d’espoir rayonnant encore dans sa sombre stupidité, il pressentait le caractère unique des moments à venir ; à nouveau, il dompterait son cheval d’acier. Sur le chemin, je m’étonnais rapidement que papa ait eu en partie tort. Le vélo, ça s’oublie. Mon frère ayant apprit à voler par-dessus les automobiles, je ne lui reprochais pas d’avoir oublié comment rouler à leur côté… Les premières fois, je l’escortais donc à pied. Je lui restituais ses bons conseils d’autrefois. Mauvais professeur, la confusion régnait dans mes leçons. Je lui expliquais par exemple qu’il fallait savoir avancer pour pouvoir tomber… Son cerveau aussi était confus. Assez déterminés pour réussir, nous nous comprenions.</p>
<p>Quatre années nous séparent donc de cette catastrophe. Nous ne connaissons plus grand monde. Les personnes bienveillantes qui nous entouraient se sont toutes éloignées l’une après l’autre. A cause de l’aigreur de mon père répondant à la bonne année avec le message « Vas souhaiter bon appétit à un crève-la-faim tiens ! ». A cause de la folie de ma mère n&#8217;offrant que des Saint Christophe à Noël. Tant de raisons bien excusables. Nous aspirions tous à la solitude, à l’abri du regard des autres.</p>
<p>Dans ce contexte, ces attentions témoignent souvent trop de pitié, trop de moquerie ou trop d’indifférence. Ma classe actuelle de CM2 suffit pour le vérifier. Les compétences intellectuelles de mon frère n’ont pas évolué et nous remarquons tous secrètement qu’elles se détériorent semaine après semaine. Notre institutrice désespère encore à lui apprendre les additions mais Matéo, les seuls concepts qu’il sait bien additionner, ce sont les bêtises. Cela altère la patience ou assouvit la jalousie de plus d’un élève mais je ne supporte pas qu’en retour, ils se moquent de mon grand frère. Personne n&#8217;a le droit de lui faire de mal. Parfois, je me bats pour lui, pour qu’il reste louable, au moins dans mon esprit. Je ne m’identifie plus qu’à ce rôle de grand frère.</p>
<p>L’année prochaine m’attend le collège, une institution qui n’acceptera pas mon frère. Plus la séparation se rapproche et plus je m’inquiète pour Matéo. Il devient si fragile ces derniers temps. Il suffit qu’il lui manque la réponse à une question pour se mettre à pleurer. Ou plus couramment quand son meilleur ami le délaisse trop longtemps à son goût. Pour chaque Noël, il en découvre un nouveau et l’ancien est offert aux enfants défavorisés. Constamment le même cadeau, le seul qui lui procure encore du plaisir. Toujours plus dynamique, toujours plus joli. Sa bécane reste certainement son seul lien avec la vraie vie. Certainement le seul lien aussi qui persiste entre nous deux…</p>
<p>En arpentant les rues avec Matéo, je me dissipe rapidement dans des milliers de pensées. Ces expéditions demeurent la chance ultime pour contempler mon frère, souriant, prendre goût à la vie. Aussi merveilleux que cela puisse paraître, quand un deux roues porte Matéo, tout le monde oublie qu’il n’est pas comme les autres. On admire sa dextérité et sa vélocité, l’encourageant à chaque coup de pédales. Mon frère a tout compris de la bicyclette comme de la vie : si tu n’avances pas, tu perds l’équilibre et tu chutes.</p>
<p>J’adore ce moment. Ce moment où tous les passants s’arrêtent et suivent d’un oeil admiratif Matéo sur son vélo. J’essaie derrière lui d’esquisser les mêmes mouvements, de pédaler à la même allure. Cette tâche s’avère laborieuse. Mon frère sur un bicycle s’apparente à un artiste sur scène. La foule n’est pas seule à le considérer ; les oiseaux chantonnent, les feuilles s’écartent et les coups de vent le guident. Tout semble l’admirer et rien ne l’arrête.</p>
<p>Du moins, presque rien. Allant tellement vite, il s’arrête sur les bords du chemin dès qu’il ne m’aperçoit plus derrière lui. Passant enfin à ses côtés, il m’adresse un fin sourire et repart de plus belle. Grâce au cyclisme, les rôles s’inversent à nouveau. La vie reprend le dessus. Matéo redevient mon grand frère protecteur, mon ange gardien. Il s’éloigne vers le soleil couchant, partant en éclaireur, pour veiller à ce que le destin ne m’écrive pas la même histoire qu’à lui.</p>
<p>J’imagine qu’il va loin. Très loin. Qu’il ne patiente pas cette fois. Dès qu’il disparait à l’horizon, je songe qu’il ait pédalé tellement fort qu’il ait pu s’envoler vers les cieux. Sur son vélo, en suivant l’emprunte de son héros extraterrestre. C’est peut-être ce qu’il voulait mon frère. Lui qui n’était plus compté parmi les terriens normaux souhaitait sans-doute rentrer chez lui. Se diriger vers un monde où la rue du Calvaire ne couperait pas l’avenue Poulidor. Un monde dont les habitants ne seraient jugés normaux que pour leurs aptitudes à faire du vélo. Un monde où Matéo n’aurait plus à souffrir de sa différence. Il deviendrait le roi de ce monde. Et à lui seul il saurait le faire tourner rond.</p>
<p>Je sais qu’un jour il l&#8217;atteindra. J’espère qu’il partira néanmoins avant de ne plus pouvoir dévaler la grande avenue. Je veux que mon grand frère meure avec le peu de dignité qui lui reste. Je veux qu’il meure à bicyclette en battant un record du monde d’endurance ou de vitesse. J’aurais peut-être même préféré qu’il ne se réveille pas après ces épisodes mémorables de Franklin. On aurait peut-être renommé l’avenue Poulidor en avenue Matéo. Son crâne n’avait pas heurté le sol assez fort. Nous avions été trop prudents. Matéo souffrait d’un handicap mental, mais il survivait. Trop anormal pour qu’on s’intéresse à lui. Trop vivant pour qu’on le plaigne.</p>
<p>Ensemble, Matéo, nous avions trouvé plus fort que les liens du sang.</p>
<p>Les liens du guidon.</p>
<p>Il a fallut pourtant que ta vie déraille&#8230;</p>
<p>« Matéo, ne pars pas sans moi ! Je t&#8217;aime. »</p>
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		<title>Sa toute petite.</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Jul 2008 17:00:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lizoo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Correspondance]]></category>

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		<description><![CDATA[Tu es sa toute petite, Si tu as cette lettre entre tes mains, là, maintenant, c’est qu’elle est à l’hôpital. C’est aussi qu’elle souffre tant qu’ils vont devoir l’endormir. A travers ce sommeil artificiel, elle ne pourra plus te parler. C’est le pourquoi de cette lettre : une bouteille dans la mer de vos tristesses, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tu es sa toute petite,</p>
<p>Si tu as cette lettre entre tes mains, là, maintenant, c’est qu’elle est à l’hôpital. C’est aussi qu’elle souffre tant qu’ils vont devoir l’endormir. A travers ce sommeil artificiel, elle ne pourra plus te parler. C’est le pourquoi de cette lettre : une bouteille dans la mer de vos tristesses, et de ta tristesse surtout. Une trace de ses derniers mots. Elle va mourir et le plus dur dans tout ça, c’est pour elle d’accepter de te perdre. Car sa vie, elle l’a déjà perdue. Voilà trop longtemps qu’elle est malade. Pas excessivement, non, pas suffisamment pour que cela détruise ses journées, ou se voit et provoque la pitié. Assez cependant pour partir. Pour qu’un jour, la maladie l’emporte sur elle, sur la jeunesse et sur sa vie bientôt. Pour l’endormir, et attendre. Pour faire cesser la douleur, qu’ils disent. Elle ne voulait pas au début. Elle ne voulait pas voir un seul instant de sa vie lui échapper, elle ne voulait pas de « trous », juste une vie pleine et entière. Les laisser l’endormir, lui voler un bout de cette vie, elle ne pouvait pas. Ils ont eu du mal à la convaincre. « C’est que tu manques de recul, tu n’as pas assez connu les difficultés de la vie pour refuser de soulager le mal qui te ronges. » Voilà ce qu’a dit le psychologue lorsqu’elle a enfin accepté de le voir. Parce qu’ils l’ont forcé tu vois. Elle n’a pas eu le choix, au fond. Elle avait peur qu’ils la prennent pour une folle et qu’ils décident pour elle, et puis non finalement.<span id="more-100"></span></p>
<p>Elle n’a pas assez connu la vie paraît-il, ni la difficulté, ni la souffrance. Peut-être. Mais elle, elle sait qu’elle l’a connue, la vie. Elle l’a suffisamment connue pour savoir à quel point elle peut être belle parfois, et s’il a souvent plu sur son cœur, elle se souvient aussi que rien n’est plus savoureux que les éclaircies qui succèdent aux averses. La métaphore est certes hasardeuse mais elle a le mérite d’être juste. Elle a vécu, oui elle aura vécu. Sa vie n’a peut-être pas été extraordinaire, ni passionnante – certainement pas de celles que l’on raconte – ni même audacieuse ou captivante, mais elle a été. Elle a été sa vie, sa vie rien qu’à elle. Ce petit morceau de monde dont elle n’a jamais douté qu’il lui appartiendrait toujours. Elle a aimé sa vie tu sais, au point de ne jamais vouloir la changer, juste parce qu’elle était sienne, au point de la faire exister sous toutes ses facettes, d’être changeante, acidulée, salée aussi, et sucrée dans ses plus belles heures, au point de ne jamais la regretter, même dans ses pires moments, au point d’écouter la chanson du Roi Lion des heures dans son lit et de chanter Hakuna Matata à pleine voix, dans sa tête, au point aussi d’aimer les jours de pluie au moins autant que les autres, pour leurs rayons de soleil entre les nuages, au point de sourire quand le réveil sonne alors qu’il est bien trop tôt, au point de courir avec elles dans les couloirs du lycée à pleine vitesse, sans savoir pourquoi, au point de réaliser combien ils comptent pour elle, au point d’accepter que « L’amour c’est con et l’amour ça déçoit », d’écouter Linda Lemay en boucle et puis d’y croire quand même, au point de rêver de vivre ailleurs et d’être heureuse de se réveiller chez elle, dans son lit, au point de sourire quand elle le voit en arrivant, de rayonner même, puis de l’ignorer toute la journée, de rester en équilibre sur ce fil, parce qu’il n’est jamais facile de savoir ce que l’on veut et de l’oser, au point de dévorer des livres et des livres pour s’évader et d’en pleurer quand ils sont finis, au point de ne faire qu’une bouchée d’Antigone et de se dire qu’Anouilh a écrit là le plus beau rôle du monde, au point de le relire sans Lene Marlin dans les oreilles, histoire de voir si l’histoire est toujours aussi belle, au point de se dire qu’elle voudrait, elle aussi, pouvoir se jouer des cœurs et de la raison, d’aduler les Liaisons dangereuses et la marquise de Merteuil, et de se sentir pourtant soulagée en pensant qu’elle est incapable d’être elle, au point de pleurer, et de sourire devant Juno, puis de pleurer encore, puis de sourire et de re-pleurer mais des larmes de bonheur finalement, d’oser penser qu’Ellen Page méritait l’Oscar même si c’est une française qui l’a eu, au point de manger du chocolat en essayant d’oublier que ça fait grossir, au point de se dire qu’elle a encore le temps, de ne pas vouloir grandir trop vite, de croire que la jeunesse est la plus belle saison de la vie parce que l’on a encore le droit d’être insouciant… Elle se tait, ses mots la font pleurer.</p>
<p>Elle n’a plus d’exemples. Il y en a déjà assez. Tout ça pour essayer de te faire envisager, apercevoir à quel point elle a goûté sa vie, à quel point elle l’a croquée, à quel point elle l’a aimé, tout simplement. Elle recommence à parler : elle se pose beaucoup de questions mais les réponses ne tombent qu’au compte-gouttes. Alors peut-être que oui, elle n’a pas assez souffert. Est-ce un critère ? A quoi joue-t-on là ? Comment un psychologue peut-il expliquer son refus par un manque d’expérience, de souffrances ? On compte les points peut-être : d’elle ou de la vie, qui a l’avantage ?! Ca n’est pas un jeu pourtant et si elle l’avait pu, elle s’en serait tenue éloignée. Elle n’a pas choisi de participer. Elle continue de penser que dix-sept ans, c’est bien trop jeune pour souffrir, c’est bien trop jeune pour pleurer. Dix-sept ans, c’est l’âge où l’on espère, croit encore, où l’on rit, s’étonne, s’évade, rêve, c’est l’âge où l’on n’est pas sérieux, comme a dit Rimbaud, parce qu’à 17 ans, on a bien d’autres choses à faire, parce qu’on a encore le temps d’être aérien, au-dessus des choses, désinvolte et libre. A 17 ans, on est bien trop jeune pour avoir mal, pour savoir que la vie, parfois, vous brise le cœur, et vous fendille l’âme. Et on est bien trop jeune pour mourir. La vie n’est pas un jeu. Quels que soient les points accumulés, ils ne sont jamais une assurance, celui qui a le plus souffert ne capitalise pas. Il a juste souffert. La douleur endurée n’est pas une justification, pour quoi que ce soit, pour quiconque. Elle voudrait se battre, elle voudrait avoir cette chance mais la maladie ne la lui a pas donnée. Elle aurait gagné tu sais : sa détermination, toute cette force au fond de ses iris et ces mots. Magnifiques. Si simples, et pourtant si justes. Elle n’a que 17 ans et déjà, elle a compris ce que certains ne comprennent jamais. Elle a compris que la vie est belle. Et que c’est ce que l’on a de plus précieux. La vie est belle, oui. Quatre mots, quatre tous petits mots qui clament à l’oreille de ceux qui l’ont oublié une naïveté pourtant pas si évidente.</p>
<p>Elle n’ose te demander si ça va. Parce qu’aujourd’hui, elle, elle ne souffre pas. Elle ne fait pas partie de ceux qui restent. Elle s’enfonce tout doucement, dans le coton de la mort, sans plus avoir conscience de rien. Elle ne voudrait pas être à ta place, non, pour rien au monde. Car oui, elle sait trop bien que tu as mal, qu’il y a comme un trou, un vide immense, qui te ronge, elle sait que tu voudrais ne plus y penser, elle sait aussi que tu n’y arrives pas. Elle connait cette sensation diffuse qui envahit chaque parcelle de ton corps, comme si l’on t’avait enlevé quelque chose, sans que tu puisses pourtant savoir exactement quoi. Elle, elle s’en va, elle ne vivra plus. Elle ne perd rien, rien de plus que la vie, mais toi, tu vas gagner l’amertume de la perte. Et de la pire des souffrances, parce qu’elle va s’enraciner en toi, en chaque fragment de ton être. Alors toi, sa toute petite sœur, toi qu’elle a aimé plus que tout peut-être, de cette souffrance, de cette graine, elle veut que tu fasses un arbre majestueux, un de ces cerisiers en fleurs que vous aimiez tant. Surtout ne t’arrête pas. Elle veut que tu profites, elle veut que tu aimes, que tu souries, que tu grandisses, que tu t’épanouisses. Elle veut que tu vives. Elle n’a plus le choix, mais toi, tu l’as toujours. Sois heureuse. Ce sont des mots banals, bateaux, répétés si souvent, par tant de personnes différentes qu’ils en deviennent presque vides de sens. Mais elle veut que tu les prennes, que tu les mastiques un peu, que tu les transformes pour leur donner toute la force qu’ils ont dans son esprit à cet instant.</p>
<p>Elle va partir et à cette simple pensée son ventre a mal et ses joues ruissellent de larmes. Il lui reste tant à faire, tant à espérer. Elle a tant de choses encore à dire. Elle ne pensait pas déjà avoir peur du temps. Elle a toujours cru que cette angoisse venait au début de la nuit, tard, lorsque notre vie s’effiloche et que ceux qui en font partie disparaissent, peu à peu. Mais aujourd’hui, c’est bien trop tôt. Elle voit le chemin de sa vie devant elle mais il ne file plus vers l’horizon comme auparavant. Un gouffre s’est ouvert. Et elle ne peut s’empêcher d’avancer. Le temps passe et le vide l’aspire. Inexorablement, elle s’en rapproche. Il y a tellement de choses pourtant qu’elle voudrait pouvoir dire ou faire. Tant de temps, qui lui est refusé, et cependant déjà rempli, dont elle ne saurait que trop bien à quoi l’employer. Seul le vide résonne. Des projets qui ne se réaliseront pas. Des bonheurs qui n’arriveront jamais. Des larmes qui ne couleront pas. Des mots jamais prononcés. Des textes jamais écrits, elle pour qui l’écriture était tellement plus qu’un passe-temps. Regarde-la. Elle n’en a plus la force, c’est pourquoi j’écris pour elle. Tu dois savoir qu’elle ne me dicte rien, mais que je condense en ces quelques lignes toute les paroles qu’elle laisse échapper, allongée sur son lit d’hôpital. Elle parle, parle, sans jamais s’arrêter, comme pour profiter à tout prix de ce temps qui lui reste. Elle a tant à dire. Et elle avait, aurait eu tant à dire, tant de mots, comme des bulles, qu’elle aurait voulu libérer pour qu’ils puissent s’envoler. Elle voudrait leur dire que sans eux, elle n’y serait jamais arrivée, qu’ils lui ont tout donné, tout appris, et aussi à quel point elle les aime et comme elle regrette de l’avoir si peu dit, montré. Elle voudrait te dire de ne pas avoir peur, qu’on s’en sort toujours, que tu as tout d’une grande, que non, la vie ne fait pas de cadeaux, mais que tu t’en sortiras. Elle voudrait leur dire merci d’avoir toujours été là, qu’elles ont illuminé ses journées, qu’elles sont à l’origine de ses plus beaux fous rires. Elle voudrait leur dire qu’elle les aime, et qu’elle a mal en pensant qu’il est trop tard. En relevant la tête, là, tout de suite, elle se rend compte qu’elle ne s’adresse plus seulement à toi ma toute belle mais que ses mots parlent à tous. Je n’effacerai rien, va. Tu sais à quel point elle peut détester tout ce qui est changé, modifié. Elle veut garder sa spontanéité. Et je veux lui faire ce cadeau. Peut-être qu’elle se contredit, peut-être qu’elle n’est pas toujours très claire mais elle ne relira pas toute cette lettre avec moi. Elle n’en a pas la force. Elle t’aime, tu sais. Si tu voyais comme ses yeux illuminent la pièce lorsque tu traverses ses pensées : ce sont des étoiles, et tout à coup, elle n’est plus vraiment là mais dans un monde qui n’appartient qu’à vous. Je devine ton visage se dessinant dans sa tête, et à quel point elle a peur que tu lui en veuilles. De partir la première, loin de toi alors que vous vous étiez toujours promis de mourir ensemble. Des promesses de gosses, certes, mais avec toi chaque parole prononcée aura eu de l’importance. Je crois bien qu’elle n’aura aimé personne au moins autant qu’elle t’a aimé toi. Et voilà que je me mets à parler au passé, comme si déjà elle n’était plus. Je relis ces mots, les miens, et je les vomirais. La honte, comme la nausée m’envahit. Comment puis-je … ? Comment ai-je pu ? Des larmes. Elle me demande pourquoi je pleure. Je n’ose lui répondre, ma gorge a mal et mes larmes sont le voile derrière lequel je me cache. Elle insiste. Je me tais. Mais mon silence la blesse. Je m’en veux tellement. Je parle.</p>
<p>Elle sourit.</p>
<p>Je ne comprends pas. Je ne la comprends plus. Alors elle m’explique, doucement. Qu’elle n’a aucune raison de m’en vouloir, que je suis juste un chouïa en avance, qu’elle me parle comme si elle était morte, que j’écris sans m’arrêter, que c’est sa faute si mon esprit, petit à petit, s’embrouille. Je n’en suis pas sûre. Je ne sais quoi penser. Je ne peux le lui dire. Alors j’acquiesce, simplement. Mais devant toi, je voudrais pouvoir disparaître. J’ai peur de relever la tête, là, maintenant, et de voir, plus tard, ton regard se poser sur moi lorsque tu auras lu ceci.</p>
<p>Pardonne-moi.</p>
<p>Ton mépris nourrirait ma culpabilité et je m’y consumerais. Ma main me brûle : j’ai peur des mots que je pourrais écrire, malgré moi.</p>
<p>Pardonne-moi. De ce glissement, de ce dérapage, presque comme un poignard. Oublie ces lignes, s’il te plaît. Je me refuse à les effacer et pourtant j’ai tant besoin qu’on les efface.</p>
<p>Voilà qu’elle se remet à parler. De voyages, et de vacances : c’est dans l’air du temps après tout, et c’est sûrement pour ça qu’elle les évoque. Elle me parle du Maroc. De ce pays qu’elle a trouvé tellement humain, et dépaysant. Son premier vrai voyage à l’étranger, me dit-elle. Il y a eu l’Espagne, oui, mais l’Espagne, ça ne compte pas vraiment. De la Croatie, aussi, qu’elle imagine, regrettant que cette maladie empêche ce voyage qui pourtant s’annonçait si bien. Elle évoque des paysages, des plages de sable fin. Et la mer. Puissante, majestueuse. Indomptable.</p>
<p>Mais je réalise que la fatigue pèse sur son corps : ses mots se font moins fluides, ses yeux se vident. Je vais la laisser dormir, elle en a bien besoin.</p>
<p>Elle me lance un dernier regard, rempli de gratitude, de détermination. Un dernier sourire, et ses yeux se ferment. Tout doucement alors, je quitte la chambre.</p>
<p>Nous sommes le lendemain matin. Quand j’ai voulu la voir tout à l’heure, pour poursuivre avec elle cette lettre pour toi, cela n’a pas été possible. Mais tu le sais déjà. Savait-elle hier, lorsqu’elle m’a lancé ce sourire qu’il serait le dernier ? Savait-elle qu’elle fermait alors ses yeux pour la dernière fois ?</p>
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		<title>Sombre crétin.</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jul 2008 17:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alice Robin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vécu]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est officiel, mon Frère est le plus grand Sombre Crétin de cette planète. La preuve ? Mais regardez-le ! Il pique sa crise pour un rien, il hurle sur tout le monde, il en devient tellement rouge qu’on croirait qu’il va exploser ! Donc oui, mon Frère est un Sombre Crétin. C’est mon Grand Frère [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est officiel, mon Frère est le plus grand Sombre Crétin de cette planète. La preuve ? Mais regardez-le ! Il pique sa crise pour un rien, il hurle sur tout le monde, il en devient tellement rouge qu’on croirait qu’il va exploser ! Donc oui, mon Frère est un Sombre Crétin.<span id="more-98"></span></p>
<p>C’est mon Grand Frère pourtant, mais il se comporte tellement comme un gamin que souvent j’ai l’impression d’être la Grande Sœur. Alors j’essaie de me comporter comme une adulte et d’aider Maman à la maison, mais bon j’ai que 8 ans, faut pas non plus exagérer ! En tout cas je suis beaucoup plus mature que mon Grand Frère. Mature. C’est un mot que Maman dit tout le temps : « Il serait temps de devenir un peu plus mature ! ». Phrase qui s’adresse toujours à mon Grand Frère quand il fait son Sombre Crétin.</p>
<p>Bah oui, mon Frère est un Sombre Crétin. L’autre jour encore, il a pris ma Game Boyer pour la cacher, juste pour m’embêter. Il a dit que c’était pas lui qui l’avait cachée sous mon lit, mais je suis pas idiote, je sais que c’est lui. Moi ma console je l’avais bien rangée dans ma table de nuit. Il cache sans arrêt mes affaires. Il est nul mon Grand Frère. Il fait ça juste pour que je me fâche et que je hurle. Et après c’est Maman et Papa qui sont fâchés contre moi parce que je crie trop fort et que ça leur fait honte avec les voisins.</p>
<p>Mon Frère est un Sombre Crétin, et il est jaloux. Il sait bien que c’est moi que Papa et Maman aiment le plus. Alors il fait tout pour qu’ils soient en colère contre moi. Pour qu’ils m’aiment un peu moins et qu’ils l’aiment un peu plus lui. Il veut tout me prendre, mes jouets et tout l’amour de mon Papa et ma Maman. Il est méchant.</p>
<p>Mon Frère est un Sombre Crétin. Quand il est énervé contre quelque chose, c’est sur moi qu’il tape. Et alors je crie. Et alors Maman se fâche et dit qu’elle est fatiguée, qu’elle en a marre de nous. Moi je sais bien que c’est juste de lui qu’elle en a marre, mais elle dit tous les deux, parce qu’une maman doit pas préférer un de ses enfants. C’est dans les règles de Comment être Une Bonne Mère. Elle en a marre de mon Frère, et moi aussi j’en ai marre de lui. Quand il est énervé il me tape. Et il est souvent énervé. Contre ses profs. Contre le temps. Contre l’école. Contre Papa même des fois. Contre le garçon de son école qui lui a collé un œil au beurre noir dans la cour de récré et que ça lui a foutu la honte devant tout le collège. Contre le collège. Contre tout le monde en fait. Maman dit que si il est énervé contre tout le monde, c’est surtout parce qu’il est en colère contre lui-même. Donc même lui il en a marre de lui. Il en a peut-être un peu marre d’être un Sombre Crétin.</p>
<p>Mais il y peut rien, c’est un Sombre Crétin. J’aimerais qu’il parte vivre loin. Qu’on le voit plus, ou en tout cas pas trop souvent. Vivement qu’il parte en pension. L’an prochain normalement. Il sera moins souvent là, se sera chouette. Je pourrais regarder ce que je veux à la télé, il viendra pas m’embêter et changer de chaîne. Ça c’est chouette. Par contre il pourra plus m’aider pour réciter mes poésies. Ça c’est bête. Mais bon au moins il me tapera plus dessus. Ça c’est chouette. Il pourra plus taper pour me défendre sur les deux petites brutes d’à côté non plus. Ça c’est bête. J’aurais Papa et Maman pour moi toute seule. Ça c’est chouette. Mais il faut être quatre pour jouer au Quems. Ça c’est bête.</p>
<p>En fait mon Grand Frère est un Sombre Crétin, mais il est parfois sympa quand même. La fois où il a dit à Maman que c’était le chat qui avait cassé le vase alors que c’était moi. Ça c’était cool. Et puis il me passe toujours des chewing-gums qu’il achète en douce parce que Maman veut pas qu’on en mange. Et il m’offre toujours des supers cadeaux à mon anniversaire.</p>
<p>En fait il va me manquer, mon Sombre Crétin de Grand Frère, parce que c’est vraiment le plus Super des Sombres Crétins de Grand Frère. C’est pour ça que je l’aime. Mais lui dîtes pas surtout. Il m’embêterait avec ça. Parce qu’il est persuadé que je suis une crétine.</p>
<p>Quel Crétin.</p>
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		<item>
		<title>L’enfant dans la forêt.</title>
		<link>http://www.ecritsdunsoir.com/2008/07/13/lenfant-dans-la-foret/</link>
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		<pubDate>Sun, 13 Jul 2008 17:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>814</dc:creator>
				<category><![CDATA[Aventure]]></category>

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		<description><![CDATA[La voilà, elle vient à moi; grande, belle et empoignante. Je la redoute et pourtant elle me tente, la PEUR. Ici, dans ce bois sombre et profond qui m’entoure, c’est la reine. Les étranges bruits et le vent qui souffle déroulent sous ses pieds un tapis de soie rouge. Je sens ses mains froides remonter [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La voilà, elle vient à moi; grande, belle et empoignante. Je la redoute et pourtant elle me tente, la PEUR.<span id="more-96"></span></p>
<p>Ici, dans ce bois sombre et profond qui m’entoure, c’est la reine. Les étranges bruits et le vent qui souffle déroulent sous ses pieds un tapis de soie rouge.</p>
<p>Je sens ses mains froides remonter dans mon dos et je sue. Elle fait vivre en moi des suggestions de l’effroi, des drames sanguinaires, des déments aux yeux fous arpentant la forêt la hache à la main, une tête ensanglantée à la ceinture.</p>
<p>Alors, poussé par un élan inconnu, je l’embrasse et elle m’aveugle, m’obnubile, immobilise mes moindres pensées. Je tremble de tout mon corps.</p>
<p>J’allume la lampe de poche et vérifie que la tente est convenablement fermée. Les ombres des arbres mouvant à la brise font de mes idées une paranoïa aiguë. Les comparants à des bêtes, les prenant pour quelques démons assoiffés d’âmes perdues.</p>
<p>Recherchant une quelconque protection, je m’enfonce au plus profond du duvet, refermant au-dessus de ma tête ce bouclier de fortune. Persuadé qu’au dehors, la lumière éloignera les êtres néfastes.</p>
<p>Elle est là, bien ancrée. Je la sens me triturer les boyaux. Elle vole mes forces et mon courage, la PEUR. Mais pire qu’elle, la peur “d’avoir peur”. La peur de faillir. La peur de ce manque de courage qui donne l’avantage à l’inattendu. Car un homme sûr de lui se donne une consistance en force. Un mur sans faille exploitable, un guerrier. Alors que la PEUR arrache une parcelle du mur, une simple brique qui surprend. Un oiseau qui s’envole fait alors palpiter le cœur, tressaillir le corps. J’ai peur.</p>
<p>Seul, je ne trouve aucun puits où puiser le peu d’eau qui m’aspergerait le visage pour me réveiller de ce cauchemar. Au moindre son suspect, au moindre craquement de branche, je me tasse un peu plus.</p>
<p>Finalement, je ressors timidement la tête de mon abri. Comme si à l’instant même où elle serait à l’air libre, des crocs acérés et de mortelles griffes allaient la tailler en pièces. Ce geste risqué est tout calculé en réalité. Car nécessaire à scruter les silhouettes qui naviguent sur les courants voutés de la toile de tente.</p>
<p>La lune est claire, elle rapporte des histoires sur mon toit. Malgré le halo lumineux de l’ampoule, la sœur satellite parvient jusqu’à moi.</p>
<p>Enfin je suis bien. Qu’importe les loups-garou et les vampires, ils s’évaporent, ils ne sont plus. Tout ce qui est, tout ce qui reste, c’est le rêve. C’est les yeux rivés sur la voûte du ciel nocturne. Tout ce que je ressens désormais c’est l’amour de Gaïa, la tendresse du monde, l’immensité de l’univers.</p>
<p>Je revois alors le sourire de mon père et je pleure. Ou plutôt, une fine larme de joie s’écoule sur ma joue. Et, attirée par la terre mère, elle roule vers mon lobe où elle fait une halte avant de se laisser chuter tendrement vers le sol.</p>
<p>Les bras derrière la nuque, allongé, le duvet au niveau de la taille, je respire. J’aspire cet air pur et le garde en moi. Puis je le rends à la nature, transformé par mon être. C’est ainsi, c’est un beau partage. Partage sur lequel je m’endors et fait les rêves heureux d’un enfant de mon âge.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Bigfoot ball.</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jul 2008 17:00:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guigui</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vécu]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne suis pas un sportif. Je ne l’ai jamais été en fait. C’est con parce que dans la cour, t’as les garçons qui jouent au foot et les filles qui jouent à l’élastique et papotent entre elles, les plus douées arrivent même à faire les deux en même temps. Mais bon évidemment quand t’es [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne suis pas un sportif.</p>
<p>Je ne l’ai jamais été en fait. C’est con parce que dans la cour, t’as les garçons qui jouent au foot et les filles qui jouent à l’élastique et papotent entre elles, les plus douées arrivent même à faire les deux en même temps.<span id="more-92"></span></p>
<p>Mais bon évidemment quand t’es gosse tu cherches à t’intégrer et jouer avec les autres. Alors tu te mets sur le petit muret en pierre pour la répartition des équipes et puis une fois qu’il n’a plus que toi, bah on te prend à contrecœur et tu apprends à ne plus faire gaffe aux quolibets et aux sourires goguenards des copains.</p>
<p>Pour ceux qui lisent encore, ne vous inquiétez pas, j’arrête là les clichés et les violons. Moi je m’en fichais pas mal de perdre ou de gagner au foot, ce qui m’importait c’était de faire le clown et de faire rire les gens. Et je dois dire que pour ça, j’étais doué, il suffisait de voir ma silhouette dégingandée sur le terrain avec mes grosses chaussures de montagne, vous savez avec le morceau de métal au bout.</p>
<p>Je suis donc devenu naturellement défenseur. Et à vrai dire, j’étais plutôt bon. Personne ne franchissait la ligne que je gardais et ceux qui essayaient ne se relevaient plus. Il faut savoir que j’ai toujours eu du mal à dribbler quelqu’un. C’est que ça va vite et dans le feu de l’action, j’ai du mal à différencier les mollets du ballon. Bref je tire dans le tas, le gars tombe et moi j’envoie la balle au loin, la plupart du temps en dehors du terrain d’ailleurs.</p>
<p>Un jour, j’ai voulu changer, je ne sais pas si c’est parce que j’étais fan d’Olive et Tom ou parce que les nouilles du midi étaient à la sauce au gingembre mais j’ai voulu devenir attaquant. Cela tombait bien parce que en face justement ils en manquaient, ils étaient tous bizarrement sur la touche en se frottant le mollet. Alors j’ai piqué un sprint en criant très fort. Et une seconde plus tard, je ne sais pas comment, je me suis retrouvé avec la balle entre les mains, enfin entre les pieds. Emporté par mon enthousiasme, j’ai filé tout shuss vers les buts en laissant derrière moi les autres joueurs. Déjà Valentin, le gardien se mettait en position prêt à bloquer mon boulet de canon. Valentin, je ne l’aimais pas beaucoup. Il était un peu trop prétentieux à mon goût avec ses gants de goal, ses crampons de goal, sa tête de goal…Mais il se débrouillait bien et aspirait même à devenir joueur professionnel. Alors quand j’ai réussi à lui mettre un ballon dans la cage de but sous son nez, je dois dire que j’en ai tiré quelque satisfaction. Ok, j’avoue, j’étais un peu moins fier quand j’ai su qu’on faisait partie de la même équipe. Coïncidence ou pas, on ne m’a plus jamais proposé d’être attaquant.</p>
<p>Aujourd’hui, rien n’a vraiment changé, à part que j’ai des baskets comme tout le monde, les filles ont laissé tomber l’élastique mais papotent encore plus pour combler. Quant à Valentin, il est entré au STAPS. Moi, je suis toujours aussi nul au foot, mais je reste clown et maladroit. Je dédicace donc cette nouvelle à tous les gens que j’ai blessés physiquement sans le faire exprès et à tous les footgaffeurs qui se reconnaîtront à travers ce texte.</p>
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		<title>Une fin presque parfaite.</title>
		<link>http://www.ecritsdunsoir.com/2008/07/11/une-fin-presque-parfaite/</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Jul 2008 17:00:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maki et Nicolas Desmarets</dc:creator>
				<category><![CDATA[Policier]]></category>

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		<description><![CDATA[Dernier récit de la trilogie presque parfaite : Un ami presque parfait Le meurtre presque parfait Une fin presque parfaite Il n’était pas bête M. Seguin ! Les villageois avaient coutume d’associer la stupidité au métier de fermier. Il avait la ferme intention de mettre fin à ces calomnies, en résolvant le mystère du meurtre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dernier </em><em>récit de la trilogie presque parfaite :</em></p>
<ul>
<li><em><a href="http://www.ecritsdunsoir.com/2008/07/05/un-ami-presque-parfait/">Un ami presque parfait</a></em></li>
<li><em><a href="http://www.ecritsdunsoir.com/2008/07/06/le-meurtre-presque-parfait/">Le meurtre presque parfait</a></em></li>
<li><em><a href="http://www.ecritsdunsoir.com/2008/07/11/une-fin-presque-parfaite/">Une fin presque parfaite</a></em></li>
</ul>
<p>Il n’était pas bête M. Seguin ! Les villageois avaient coutume d’associer la stupidité au métier de fermier. Il avait la ferme intention de mettre fin à ces calomnies, en résolvant le mystère du meurtre de la jolie Ludivine. Il connaissait bien Alexandre car il venait se faire de l’argent de poche en travaillant pour la ferme. Et, aux hasards de ses pensées, il s’est souvenu qu’il avait l’hématophobie, ou plus simplement c’tait une mauviette du sang…<span id="more-70"></span></p>
<p>Une fois ses esprits recouvrés, il se rendit à la gendarmerie afin de témoigner en faveur du jeune Alex. Il le vit dans un piteux état. Son séjour en garde à vue ne l’avait pas épargné physiquement, et la mort de sa tendre Ludivine l’avait anéanti moralement. Deux questions demeuraient dans l’esprit du fermier : Qui donc était le vrai tueur ? Quelle était sa prochaine victime ?</p>
<p>La seule personne pouvant répondre à Seguin était bien sûr le tueur lui-même… A l’heure où ce vieux bougre faisait libérer celui qui faisait un coupable idéal et, du même coup, une couverture parfaite, lui, le vrai meurtrier, reprenait sa planque pour surveiller les faits et gestes de Marie W.</p>
<p>Cette méthode irréprochable lui avait toujours permis de s’infiltrer au meilleur instant dans les demeures de ses belles et jeunes célibataires. Il se rappela d’ailleurs de la fois où il avait vu Stéphanie G. se pointer dans son appartement en compagnie d’un bel étalon. Il était si furieux qu’il avait failli tout gâcher en se rendant directement dans la chambre pour les massacrer tous les deux. Jamais une de ses victimes n’avaient osé le trahir à ce point. Elles étaient sensées n’appartenir qu’à lui… et à lui seul ! Il les possédait, sans même qu’elles s’en rendent compte.</p>
<p>Toutefois il n’était pas mécontent d’en arriver à la fin de sa liste. Près de 3 ans de traque et d’espionnage l’avait épuisé. Son œuvre allait bientôt s’achever, enfin, dans le sang et la bonne odeur. Quel bonheur !</p>
<p>« Bon ! Revenons à nos moutons » se dit-il, conscient que la moindre inattention pourrait le conduire à l’échec. Le calme, la précision seraient ses meilleurs atouts face à celle qui s’avérait être la plus coriace du lot. En effet, il avait étudié toute sa biographie et il en ressortait que Marie prenait régulièrement des cours de taekwondo au centre sportif David Douillet d’Angers. Il avait eu l’occasion de l’observer durant ses entraînements et avait pu remarquer qu’elle se débrouillait plutôt bien. Mais, ce soir, sous l’effet de la surprise, elle devrait perdre tous ses moyens. Et si elle venait à se débattre, cela mettrait un peu de piment à son acte. Toutes les autres poupées l’avaient laissé agir sans se débattre ou si peu. Quelle mollesse ! On aurait dit qu’elles n’avaient aucune envie de survivre…</p>
<p>Marie rentrait tard. Vers environ 23h30. C’était sans doute cette heure tardive qui l’avait poussée à prendre ces cours d’autodéfense. Elle était serveuse dans une petite crêperie en plein centre-ville d’Angers. Plusieurs fois le tueur était allé y manger. La cuisine était modeste mais Marie très sympathique. Un joli p’tit cul qui faisait oublier tout le reste… sauf bien sûr l’envie de la posséder.</p>
<p>Ce n’était vraiment pas le moment de se laisser distraire. Que lui arrivait-il ce soir ? Marie n’allait plus tarder, sa montre indiquait 23h24.</p>
<p>Elle arriva à 23h49. Son patron l’avait peut-être retenu pour lui faire quelques remarques sévères sur sa façon de s’habiller ou sa manière de se déhancher. Ou alors peut-être qu’elle avait fait la rencontre d’un jeune homme beau et séduisant dans son restaurant… Cette pensée le fit enrager.</p>
<p>Alors que Marie rentrait tout juste dans sa petite (mais confortable) maison de la périphérie angevine, il sortit de la voiture et courut pour y entrer à son tour. Il ne s’était jamais conduit ainsi, mais ce soir, il sentait que rien n’était comme d’habitude. Ce soir, ses pulsions prenaient le dessus mais peu importait. Il voulait savoir si Marie l’avait trompé. Et si tel était le cas, elle allait payer cette petite salope !</p>
<p>Marie avait laissé toutes les lumières éteintes, mais ça n’avait pas d’importance. Il était déjà entré dans cette maison. Plusieurs fois même. Tellement souvent en fait qu’il finissait par la connaître par cœur. Comme celles de toutes ses victimes passées ou futures d’ailleurs.</p>
<p>La jeune femme avait filé directement à la douche. Elle ne s’aperçut pas qu’un homme déchaîné avait pénétré dans son habitation. Il en profita pour se rincer l’œil car Marie n’avait pas fermé à clefs. Se croyant seule, elle n’avait aucune raison de craindre l’intrusion de quiconque ici. C’était du moins ce qu’il pensa.</p>
<p>Décidément, les formes généreuses de la belle ne calmèrent pas son excitation ! Et bien au contraire. Alors il agit comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Il attaqua à visage découvert.</p>
<p>Pendant qu’elle entamait un air gai en sifflotant sous l’eau chaude et relaxante après une dure journée de travail, il écarta le rideau de la douche. La réaction fut immédiate. Le cri lui perça les tympans. Toutefois, et comme il s’y était attendu, aucune réaction violente de sa part ne fut observée. Payer 250€ les leçons pour apprendre à se défendre, et ne pas être capable de s’en servir… De l’argent jeté par les fenêtres ! Enfin, il n’allait pas s’en plaindre, cela facilitait grandement les choses.</p>
<p>Il l’immobilisa vite fait bien fait dans la baignoire. En le voyant se déshabiller, elle écarquilla ses grands yeux verts pleins d’épouvantes et poussa de nouveau une longue plainte déchirante.</p>
<p>Pendant ce temps, un autre homme s’introduisait dans la maison et se faufilait jusqu’à la salle de bains, avec cependant plus de mal que son prédécesseur.</p>
<p>Pour sa première entrée dans la demeure, il essayait de suivre minutieusement le plan que la belle lui avait dessiné sur le bras lors de sa venue à son restaurant ce soir là. Il tentait d’éclairer tant bien que mal le petit dessin à la lueur de son portable. La coquine avait eu envie qu’il la rejoigne directement dans la douche, et pour compliqué un peu la tâche et que son amant mérite sa récompense, elle lui avait demandé de la trouver dans le noir complet. Il prenait donc son temps pour ne pas se cogner dans les meubles et ainsi avertir sa chère Marie de son arrivée. Il voulait lui faire la surprise.</p>
<p>Mais quand il l’entendit hurler, son instant de maître des arts martiaux se réveilla. Il courut habillement jusqu’à la salle de bains et découvrit un inconnu couché sur elle, en train… Mon dieu ! En train de la violer ! Il se jeta à corps perdu sur cet individu des plus immondes. Qui osait toucher à Marie, alors que leur histoire commençait tout juste ? Ce salop n’avait pas le droit de lui faire de mal. Il ne voulait pas la perdre !</p>
<p>Il ne lui fallut guère plus de 2 minutes pour le mettre K.O. Marie, très choquée était resté debout à fixer la scène, enveloppée dans son peignoir.</p>
<p>Une demi-heure plus tard, une voiture de police et un camion de pompiers arrivèrent au domicile de Marie. L’homme qui l’avait violée avoua fièrement qu’il était le meurtrier des 22 jeunes filles retrouvées mortes dans la région sans qu’on en retrouve l’assassin.</p>
<p>Le lendemain, la nouvelle, et par la même occasion Marie, faisait la Une des journaux. Ludivine était dans la rubrique nécrologique. Aux Faits divers, on pouvait voir M. Seguin qui déplorait la mort de six de ses chèvres dévorées par un loup errant. Sur la photo, il embrassait la survivante, Blanquette. « Tout est bien qui finit bien » concluait un policier.</p>
<p>Marie et son sauveur vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Le premier demeurait l’emprunte d’une triste agression…</p>
<p>Une fin presque parfaite…</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Il était une fois un dragon.</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jul 2008 17:00:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guigui</dc:creator>
				<category><![CDATA[Fantastique]]></category>

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		<description><![CDATA[Bonjour. Je suis un dragon. Etrange non ? Un dragon qui cause et qui raconte sa vie… Vous en connaissez beaucoup vous des dragons comme ça ? Moi pas, tous mes semblables sont pour la plupart brutaux et sanguinaires. Je me rappelle de tout. Tout ce que j’ai fait au cours de ma vie depuis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bonjour.</p>
<p>Je suis un dragon.</p>
<p>Etrange non ? Un dragon qui cause et qui raconte sa vie… Vous en connaissez beaucoup vous des dragons comme ça ? Moi pas, tous mes semblables sont pour la plupart brutaux et sanguinaires.<span id="more-90"></span></p>
<p>Je me rappelle de tout. Tout ce que j’ai fait au cours de ma vie depuis ma naissance. Foutue coquille d’œuf qui ne voulait pas se fendre mais je l’ai brisé et j’ai vu pour la première fois le jour et ma maman. C’était une dragonne formidable ma maman. Une dragonne magnifique avec ses écailles violettes qui se reflétaient au soleil du midi et son regard si pénétrant avec ses grands yeux verts chatoyants qui donnaient l’impression de ne rien pouvoir lui cacher.</p>
<p>Pendant plusieurs jours, elle m’a ramené à manger des petits animaux comme des sangliers ou des renards. Une fois, j’ai même failli m’étrangler avec les bois d’un cerf. Je n’en ai plus jamais mangé.</p>
<p>Et puis le jour que je redoutais le plus est arrivé. J’ai dû voler de mes propres ailes. Pas dans le même sens que vous les humains. Je n’ai « volé de mes propres ailes » que quelques décennies plus tard. Non, je parlais de prendre mon envol au sens propre du terme. Car voyez-vous, j’ai des ailes. Quand je suis né, elles étaient toutes fragiles mais en l’espace de quelques jours elles se sont fortifiées et je m’amuse à les déployer puis les ranger, les déployer puis les… Assez, gronde ma maman, envole toi! Et comme j’hésite à sauter elle me pousse sans délicatesse hors du nid.</p>
<p>Je tombe. Pourquoi je tombe ? J’ai des ailes comme maman. Je peux voler. J’ai vu maman faire plein de fois s’envoler et atterrir. Il suffit de sortir les ailes et de faire comme si on allait sauter. Encore que là, j’aurais du mal à sauter vu que mes pattes ne touchent pas le sol… Pas le temps de penser à ce genre de choses sinon je vais finir broyé par terre. Il faut que je déploie mes ailes. Mais mon cerveau refuse de fonctionner. Je revois défiler toute ma vie : le jour où maman m’a mis au monde, le jour où j’ai vomi mon cerf pour ne pas étouffer, le jour où maman m’a poussé dans le vide. Dis donc, ça fait pas beaucoup de jours ma vie. C’est triste si tout finit déjà. Alors je prends sur moi et je déplie mes ailes. D’un coup ma chute ralentit puis se stabilise. Vous allez pas le croire si je vous le dit mais là je vole.</p>
<p>Je me sens libre comme l’air. Je fais des loopings, des grands huit et je m’amuse à percer les nuages qui humidifient le cuir épais de mon échine. Je reviens triomphant de mon baptême de l’air. Maman est fière de moi et je m’endors paisiblement à côté d’elle en rêvant que je vole sans jamais m’arrêter.</p>
<p>Aujourd’hui je suis tout excité. Maman va m’apprendre à chasser. Je vole dans son sillage et soudain elle repère une proie et file en piqué vers celle-ci. Le pauvre ours est bien trop lent pour maman. Elle ouvre grand sa gueule, l’attrape avec ses dents puis se pose lourdement sur un rocher. Puis elle le déchiquette un peu partout. Ca à l’air marrant. Alors je me mets moi aussi à l’affût d’un gibier et j’arrive à chopper une belette au bout d’une heure. Bof, c’est plus dur qu’il n’y parait mais maman dit que c’est pas si mal que ça pour une première fois.</p>
<p>Tous les matins, dès l’aube je vais chasser tout seul. C’est que je m’améliore. J’ai même fait la peau à une licorne l’autre jour. Maman m’a félicité pour cette belle prise de chasse. Et aujourd’hui les affaires sont plutôt bonnes : j’ai déjà repéré un loup qui m’a l’air bien succulent. Mais malheureusement pour ma pomme, je n’ai pas vu qu’il avait ramené ses copains. Une meute de loups enragés m’encercle et je me dis zut. Ils sont trop nombreux pour moi et je ne peux plus m’envoler : deux loups sont déjà sur mon dos et essaient de lacérer mon armure d’écailles. Les imbéciles, ils ne sont pas au bout de leur peine. Aie, je me suis peut être avancé, je sens du sang qui coule de ma nuque. Bah ça fait mal. Et alors le chef de la horde commence à charger et je commence à baliser parce que le chef de la horde, il a des dents deux fois plus grosses et deux fois plus nombreuses que les autres. Je ferme les yeux et j’appelle très fort maman mentalement même si je sais que ce n’est pas cela qui va me protéger.</p>
<p>Et puis mon instinct de dragon se réveille. Maman ne viendra pas et je dois me débrouiller tout seul comme quand j’ai appris à voler. Alors je rouvre les yeux et au moment où la mâchoire du chef loup s’apprête à se refermer sur moi, je lui souffle mon haleine de feu en plein dans sa jolie petite gueule. Il est littéralement propulsé en arrière et se fait carboniser jusqu’aux os. Une seconde après mon souffle enflammé, le fier loup n’est plus que cendres.</p>
<p>Je ne comprends pas comment j’ai fait ça mais je sens une agréable sensation qui parcoure mes papilles. La puissance des flammes me laisse un agréable petit chatouillement au palais et me réchauffe la gorge. Les loups reculent car ils craignent le feu. Puis quand je me tourne vers eux ils s’enfuient et je les dégomme tous un par un à coup de salves embrasant tout sur leur passage. J’aime vraiment être un dragon. Pour le dernier loup, je réduis la puissance de mon tir histoire de goûter un peu parce que les cendres ça me fait éternuer plus qu’autre chose. La bête s’avère délicieuse et me change des steaks de sangliers saignants que je m’enfilais depuis plusieurs jours.</p>
<p>Mille ans ont passé. Je suis aussi grand que maman maintenant depuis déjà plusieurs siècles. La force qui coule dans mes vieilles veines est en train de diminuer, je le sens. Il est vrai que je me suis encroûté dans ce château à garder prisonnière cette niaise de princesse en haut de son donjon. Mais sinon c’est plutôt un job tranquille. Jusqu’à ce soir du moins. Prince Charmant est venu se la jouer et le voilà qui se pavane devant moi, dragon, roi des chimères. Mais je ne me plains pas. Vous savez quoi ? L’homme est super bon. Croquant et juteux à la fois. Un vrai délice et celui-ci tombe à point parce que je commençais à gargouiller. Cependant je ne me réjouis pas trop vite. Ok, il a l’ai plutôt bien pourvu question chair tendre le bellâtre mais une fois que tu retires l’armure, la cape et le casque, je peux te dire qu’il n’y a pas grand-chose à gratter en dessous. Enfin bon, l’homme étant feignant, il dispose toujours d’une monture avec lui donc ça comble un peu les petits creux.</p>
<p>Avant de le bouffer, je le laisse d’abord faire son show deux minutes avec son cure-dents que vous appelez « épée » et sa coquille de noix « bouclier ». Puis histoire de m’amuser un peu avant le casse-croûte je lui crame les petites plumes de son fier heaume qui perd soudain de son superbe ainsi que le porteur juste en dessous. Puis gourmand oblige, je décide de finir le boulot avec mes crocs mais le saligaud est coriace et bouge vite. Après une habile roulade entres mes puissantes pattes, le casse-dalle se retrouve derrière moi. Je m’apprête à balayer ce fauteur de troubles avec ma queue hérissée de méchantes pointes mais il se passe alors un truc étrange. Du sang coule. Et ce n’est pas le sien.</p>
<p>J’enrage. On ne m’avait pas blessé depuis l’attaque des loups. Je vais saigner ce type, je vais me le faire ouais. La plupart de mes semblables sont brutaux et sanguinaires? Moi je suis démoniaque, cruel et sadique. Je n’ai pas de pitié et je ne me réjouis que dans le sang des autres. J’ai vaincu en duel de nombreux dragons et je suis probablement un des derniers. Comment ce petit homme peut-il oser m’affronter et me blesser au genou. Je suis furax. Tellement en colère que ça fait mal là. J’ai mal. Je reprends mes esprits et regarde stupidement la lance qui traverse douloureusement ma poitrine. Ca fait si mal, surtout quand cet odieux personnage retire son arme sauvagement pour finalement se raviser et me la replanter dans la gorge. Je tombe.</p>
<p>Je tombe au ralenti et ça n’en finit plus. Déploie tes ailes, me gronde une voix qui m’est bien familière. Je me rappelle. C’était la douce voix de maman après m’avoir poussé du nid pour m’apprendre à voler. Cependant là, j’atteins avec fracas le sol et les tours de la forteresse tremblent au contact de ma masse corpulente avec les froides pierres de l’endroit que je garde depuis si longtemps. Ma vue se brouille. Le chevalier s’en va délivrer sa poufiasse blonde. Je déteste les happy end.</p>
<p>J’y vois plus rien. J’entends plus rien. Je sens plus rien.</p>
<p>La force qui coule dans mes vieilles veines est en train de disparaître, je le sens.</p>
<p>Je suis un dragon.</p>
<p>Adieu.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;esprit que je hantais.</title>
		<link>http://www.ecritsdunsoir.com/2008/07/09/lesprit-que-je-hantais/</link>
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		<pubDate>Wed, 09 Jul 2008 12:27:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicolas Desmarets</dc:creator>
				<category><![CDATA[Noir]]></category>

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		<description><![CDATA[On s’est rencontré il y a un an et au bout de trois mois on parlait déjà mariage. Six mois maintenant qu’elle est partie. D’une triste fin, une faim trop précipitée. Un noyau de cerise qui l’a étouffé. Un si petit noyau a tué mon si grand amour. Une cherry en tuait une autre. Depuis, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On s’est rencontré il y a un an et au bout de trois mois on parlait déjà mariage. Six mois maintenant qu’elle est partie. D’une triste fin, une faim trop précipitée. Un noyau de cerise qui l’a étouffé. Un si petit noyau a tué mon si grand amour. Une cherry en tuait une autre. Depuis, je suis seul. Terriblement seul. Plus personne n’ose m’approcher sous prétexte que je suis devenu fou. Même ma meilleure amie, jadis si proche, m’a laissé tomber croyant les rumeurs qui courraient à travers la région… Un homme qui rend visite à sa dulcinée tous les jours est un fou d’amour et il faut suivre son exemple. Cependant, il suffit que le domicile de la demoiselle soit un cimetière pour n’être plus qu’un fou, quelqu’un à éviter.<span id="more-86"></span></p>
<p>Au début, j’ai prié Dieu pour qu’elle revienne. Pourtant je ne suis pas croyant mais c’est toujours dans ces moments-là qu’on croit en l’impossible. Et s’il existe, Dieu aime vraiment se faire prier car elle ne m’est jamais revenue. Parfois, je prie encore. Pour ne pas avoir à enterrer ma promise une nouvelle fois, pour ne pas l’enterrer au fond de mon cœur. Non, je ne suis pas fou ! Je suis amoureux et l’amour fait des miracles. L’inconvénient du miracle, c’est qu’il suffit de peu pour le transformer en mirage…</p>
<p>Alors j’ai décidé que si elle ne venait pas à moi, j’irai à elle. J’ai fait de multiples tentatives de suicide. Une dizaine je crois. Toutes ont échouées. Je suis un miraculé, à la puissance dix. J’ai essayé de nombreuses méthodes pourtant. Les médicaments. Mon mélange s’est retrouvé être une sorte de drogue qui me faisait voir la vie en rose. Plus aucune envie de mourir. Ah oui, il y a eu ce con aussi sur la voie ferrée. J’avais tout calculé mais je ne pouvais pas deviner qu’un autre idiot se suiciderait quelques cents mètres avant moi sur la voie. J’ai volé l’arme de fonction d’un ami militaire aussi. Il se trouve qu’il s’était trompé de chargeur et que je n’avais que des balles à blanc. Ce sont d’autres qui ont eu la chance de goûter aux balles réelles. J’ai essayé les noyaux de cerise bien sûr. Tous passaient sans problème dans ma gorge. Autant il lui aura suffi d’un noyau pour mourir, autant j’ai l’impression qu’il faudra pour moi une explosion nucléaire en plein sur le nez.</p>
<p>J’ai donc bien compris qu’il me serait impossible de retrouver ma bienaimée. Je ne suis pas fou. Alors j’ai réduit mon ambition de moitié ; je ne souhaitais plus que la contacter. Je me suis mis à invoquer les esprits comme on le faisait quand on était petit. J’avais l’avantage d’être seul, dans le calme et le noir complet, sans devoir m’isoler. Pendant trois mois, toutes mes tentatives n’aboutissaient qu’à un échec complet. Ca grésillait, ça sifflait comme une ligne occupée, mais rien ne m’était compréhensible. Dans la rue, les gens m’évitaient encore plus. Je n’avais même plus besoin de m’excuser pour passer. Auparavant, il fallait que je les bouscule ou que je leur donne un coup d’épaule. Plus maintenant.</p>
<p>Une nuit comme toutes les autres, le rituel prit une autre forme. Un vase valsa et se brisa dans un bruit effroyable. Des portes claquèrent. J’étais sans doute face à un esprit maléfique. Le dialogue s’installa les jours suivants, après avoir trouvé un langage de communication. Je posais les questions, tenant une corde par le bout dans chaque main. Si la réponse était positive, alors je sentais qu’on tirait le bout gauche. Dans l’autre cas, c’est le bout droit qui s’étirait. Ce n’était pas ma dame, et c’était même un homme. Un esprit errant que j’avais dérangé. Il dormait au grenier jusqu’à ce que mes incantations le réveillent. Dans les films, on voyait souvent les mauvais fantômes déranger les nouveaux propriétaires de leur demeure. J’avais l’impression d’avoir renversé la situation. C’était moi le mauvais propriétaire. Lui n’était que l’esprit que je hantais…</p>
<p>Une autre nuit. Différente. Pendant que je dérangeais mon colocataire pour la cinquante et unième fois pour lui demander pour la millième fois s’il n’avait pas croisé ma future femme, j’entendis une vitre du bas se briser. Plusieurs portes s’ouvraient puis pris par un courant d’air se refermaient aussitôt dans un grand claquement. Même mon compagnon de jeu se retrouva effrayé. Je songeais donc qu’il s’agissait d’un esprit plus important que celui que j’avais en face de moi. J’espérais ne pas être l’arroseur arrosé et ne pas être à mon tour, tourmenté par l’autre monde…</p>
<p>Tout se passait différemment. Le sol lui-même craquait sous cet esprit. Puis je sentis de la chaleur sur mes mains. Une chaleur réconfortante. Des bruits se faisaient entendre mais je n’y prêtais guère attention, toujours envouté par cette sensation… En recouvrant mes esprits, je pris conscience que ce bruit doux n’était en fait qu’une voix féminine que je ne mis pas beaucoup de temps à reconnaître… C’était mon ancienne meilleure amie. Ma meilleure amie de toujours en fait. Complètement déconnecté du monde extérieur, je crus d’abord qu’elle aussi été morte et qu’elle faisait partie de l’Au-delà. Mais grande fut ma surprise quand elle m’apprit qu’elle était devant moi en chair et en os. Ainsi elle ne m’avait pas totalement oublié…</p>
<p>Je lui demande pourquoi il lui a fallu un an pour voler à mon secours et sa réponse ne me ménage pas. Elle était partie un an aux Etats-Unis pour une formation professionnelle… De là-bas, elle avait quand même apprit mon malheur et elle savait toute l’histoire car elle faisait la une des médias français. Elle avait essayé de me contacter par tous les moyens mais je n’avais jamais décroché à ses appels… Quant aux lettres, elle savait que ma misère ne me donnerait pas l’occasion de les lire, et que personne ici ne m’aiderait à surmonter cette épreuve. C’est vrai que seul je n’aurais pas pu trouver le moyen de regarder la vérité en face…</p>
<p>Puis elle se tue pendant cinq minutes. J’entendais ses larmes tombaient sur le sol. Elle pleurait. Elle renifla et, malgré son émotion, m’expliqua qu’elle avait eu la charge de m’avouer quelque chose que personne ne m’avait jamais dit. Elle me confia aussi que le temps qui les séparait maintenant des événements n’avait pas diminué le poids de la révélation, bien au contraire… Dans un élan de bravoure, elle cracha sa vérité. Je m’attendais bien à tout sauf à cela.</p>
<p>Celle que j’aimais n’était pas morte. Elle m’a seulement quitté pour vivre avec un autre. Prônant l’excuse de ne pas vouloir me faire souffrir, elle a mis en scène sa propre mort. Et tout le village a participé au spectacle, pour mon bien-être. Ils m’ont tous évité pensant que je ne pourrais jamais voir la vérité de mes propres yeux. Non, l’amour ne m’a pas rendu aveugle ! Tout ce temps, j’ai aimé une femme qui ne m’aimait plus et qui faisait sa vie ailleurs. Tous m’ont caché ces faits pour notre bien à tous les deux. Parce que je suis quelqu’un de fragile. Et qu’il faut me cacher la vérité que personne n’aimerait voir.</p>
<p>Voyant ma réaction et mon envie d’en finir, ils avaient appelé celle qui selon eux était la seule à pouvoir me sortir de cette impasse. Ils lui confièrent le lourd fardeau de la vérité, n’ayant pas le cran de venir avouer leur lâcheté eux-mêmes. Comment n’ai-je pu pas voir ce mensonge public ? Suis-je assez fou pour croire tout ce qu’on me fait avaler… Un si petit noyau… Ce n’est plus une mort stupide, ce n’est qu’une histoire stupide…</p>
<p>Je pleure. Oui, un aveugle peut encore pleurer. Je n’ai rien vu mais elle est venue pour m’ouvrir les yeux. Elle ne m’a jamais laissé tomber. Ses bras réconfortants me font déjà oublier la douleur qui se logeait en mon cœur. Elle essuie mes larmes et me chuchote à l’oreille que ce n’était qu’un très long et très mauvais rêve… Elle est de retour maintenant et elle veillera sur moi comme on veille sur un petit frère… Son cœur bat fort.</p>
<p>Je repense à cet esprit que j’ai malmené pour rien. J’espère qu’il ne m’en veut pas. A ce moment, je sens encore la corde que je n’ai pas lâchée dans ma main droite, ayant gardé le poing serré pour retenir ma rage. Je la sens tirée vers l’avant. Ainsi, je n’ai rien inventé. Je ne suis pas fou.</p>
<p>J’aimerais voir la lumière du jour pour mettre fin à ce mauvais rêve… Mais la nuit me sera éternelle… Je suis ainsi condamné à vivre la vie qu’on voudra bien me conter… Je ne suis plus seul. Mais elle est partie. Cerise sur le gâteau, j’apprends qu’elle fait sa vie avec le marchand de fruits du coin. Parfois, quand on ne peut voir, on préférait ne pas savoir…</p>
<p>Je réfléchis aux mots que je vais bien pouvoir dire à mon amie pour la remercier. Il n’y en aura pas. Même aveugle, la regarder dans les yeux suffit.</p>
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		<title>Et n&#8217;oublie pas de sourire&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Jul 2008 17:00:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Florent Domdom</dc:creator>
				<category><![CDATA[Correspondance]]></category>

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		<description><![CDATA[Jeudi 9 mai – 18H34 Rah ! C’est tout moi ça ! Jamais content de ce que je suis. Maman me le dit souvent « Ohé, tu m’énerves à être toujours insatisfait ! » Et elle n’a pas tort ! Je le ressens particulièrement aujourd’hui. J’étais tranquille à écouter le CD des années 60 en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Jeudi 9 mai – 18H34</span></strong></p>
<p>Rah ! C’est tout moi ça ! Jamais content de ce que je suis. Maman me le dit souvent « Ohé, tu m’énerves à être toujours insatisfait ! » Et elle n’a pas tort ! Je le ressens particulièrement aujourd’hui. J’étais tranquille à écouter le CD des années 60 en surfant sur le net [Ndlr : la marche nuptiale de Brassens, j’ai tendance à l’écouter de plus en plus souvent !]. Enfin bon, je voguais de blog en blog, je perdais mon temps en somme. Et puis je suis tombé sur cet article, et là… Waouh, y’a pas d’autres mots… Ce mec… mais c’est incroyable quoi. Je sais pas comment dire… enfin, disons que les mots n’expriment pas ce que je veux dire. Ce mec… mais il a donné un sens à sa vie quoi… C’est un Dieu ! Lol ! Nan enfin ce que je veux dire c’est qu’en lisant sa petite bio, j’avais vraiment l’impression de lire la vie de celui que j’ai toujours rêvé d’être, mon modèle, mon idéal ! Ca me travaille, c’est fou. Je veux être comme lui !<span id="more-83"></span></p>
<p>Menfin bon, c’est bien beau de dire ça, encore faut-il le faire. Je suis qu’un feignant à vouloir devenir quelqu’un de bien sans me donner les moyens d’y arriver. J’suis un bon à rien au fond. Oh et puis zut, arrête de te plaindre. J’vais faire un tour de vélo, ça va me défouler et demain tout ça sera oublié !</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Samedi 11 mai – 11H45</span></strong></p>
<p>C’est horrible cet article, je ne fais que le relire en boucle. J’y pense et j’y repense ! Au point qu’il m’a été impossible de me concentrer pour mon devoir d’anglais hier après-midi. L’article, je le connais par cœur à présent, je pourrais le réciter les yeux bandés ! Même le nez bouché même si il le fallait ! … Oui bon c’est pas drôle ça, quand je dis que tout est nul chez moi, même mon humour…</p>
<p>Nan mais sérieusement, la logique voudrait que je me bouge justement, mais à contrario, je reste scotché sur mon lit à ne rien faire. Mais vraiment rien à part écouter la radio. Oh et puis tiens comme par hasard, en ce moment c’est « Restons amis » de Gregory, histoire d’en rajouter à mon mal être. Mon frère me traite de loque. Il a raison. Je suis nul.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Dimanche 12 mai – 22H10</span></strong></p>
<p>Je déprime carrément. Ma mère s’inquiète. Le père, lui, il en a marre que je fasse la comédie. Oh et puis je connais le refrain « Moi à ton âge je travaillais déjà la terre, on était pas des rigolos nous autres. Les jeunes aujourd’hui … Mais comment voulez-vous relever la France !». Et pire que ça, ce soir à table, ils se sont engueulés. Elle veut que j’aille voir un psy ! Nan mais elle délire. J’ai pas besoin d’un psy, j’ai juste besoin d’être seul ! Seul ? Je crois que ce dont j’ai vraiment besoin c’est le rencontrer, lui. Oui je sais c’est bizarre mais j’ai la ferme impression que c’est le seul qui peut réussir à me booster, Je connais rien de lui, mais bon je vais jouer à mon Hercule Poirot, ça doit pas être bien difficile de retrouver l’auteur d’un blog. Surtout un blog qui évolue. Enfin qui évolue… C’est étrange ça aussi. Autant apparemment avant il le mettait à jour très régulièrement, autant depuis l’article, plus rien… comme si cette si belle description, ce joyau, mettait un terme à son site (pas terrible par ailleurs, il faut le dire). Mais dans tous les cas, je serai toujours plus utile à faire le tour de France pour retrouver mon idéal plutôt qu’à griffonner sur du papier pour rien. Nan mais c’est vrai, je suis en train de te relire et je me trouve pathétique. Je suis en train de me plaindre auprès d’un bloc note caché au fond d’un tiroir de chaussettes ! Mais ça me sert à quoi ? A me sentir mieux ? Tu parles… J’ai presque envie de te déchirer. Mais je le ferai pas par respect envers les heures que j’ai passé en ta compagnie, envers la forêt d’Amazonie qui n’a rien demandé la pauvre. Mais c’est décidé, à partir de maintenant, j’arrête d’écrire un journal intime, à partir de maintenant, je bouge, à partir de maintenant, je deviens quelqu’un de bien !</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Vendredi 31 mai – 18H00</span></strong></p>
<p>Très cher journal,</p>
<p>C’est atroce… il est mort. Un put… d’accident de moto. Qu’est-ce que tu veux dire à ça toi ? Il ne demandait qu’à vivre. C’est trop injuste. J’ai aucun mot pour exprimer ce que je ressens. Aucun…</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Jeudi 6 juin – 21H12</span></strong></p>
<p>Ca va beaucoup mieux aujourd’hui. J’ai un sentiment étrange en moi depuis avant-hier. Mais pas désagréable. J’ai la certitude qu’en le faisant disparaître si brutalement, lui que je connaissais si peu et tant à la fois, le ciel m’a donné une mission : continuer à tracer son chemin. Et puis je te le dis à toi, je sais bien qu’au moins toi tu ne me prendras pas pour un fou, et bien je sens sa présence en moi et … et je suis heureux ! Il revit à travers moi. Bon en y réfléchissant c’est possible que ce soit psychologique. Je me suis tellement identifié à lui depuis un mois. Peut-être que c’est de l’orgueil, envie de le monopoliser de le garder pour moi, rien que pour moi. Mais en même temps, ça me paraît tellement vrai, j’entends sa petite voix en moi. Inlassablement elle me répète la même chose. Quelque chose de formidable. Quelque chose qui va désormais façonner ma vie. « Allez mon petit gars, va de l’avant, soulève les barrières et gravis les montagnes qui t’empêchent d’avancer. Très souvent tu te retrouveras face à des épreuves qui te paraîtront insurmontables. Ne cherche pas à les contourner. Tu apprendras tellement plus en les affrontant à corps à corps. Et réfléchis toujours avant d’agir. Tu atteindras ton idéal comme j’ai su atteindre le mien. Et si un jour, comme moi, tu dois partir trop tôt, tu auras juste le temps de regarder derrière toi et de te dire : “punaise, j’ai géré, je suis content de ce que j’ai pu faire et ce que j’ai pu apporter aux autres. Sans me vanter, je suis fier de moi”. Et surtout, n’oublie pas de sourire… »</p>
<p>&nbsp;</p>
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