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    <title>Justice au singulier</title>
    
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    <subtitle>Le blog de Philippe Bilger</subtitle>
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        <title>Nous sommes disqualifiés !</title>
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        <published>2009-11-20T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-21T00:35:44+01:00</updated>
        <summary>Si on avait une Fédération digne de ce nom, elle aurait déjà proposé une date pour le nouveau match.

A armes égales. Sans coup de main.
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Les embrassades françaises à la fin du match France-Irlande ont été obscènes. Escalettes dans les bras de Domenech, c'était vraiment l'inertie félicitant l'impuissance.</p>
<p>Quand, en dépit du chauvinisme qui est celui de la plupart des sportifs - surtout de ceux qui le sont par procuration -, des protestations s'élèvent devant la triche, la honte d'un telle qualification, ce pitoyable spectacle couronné par une incroyable fraude, force est d'admettre qu'on a atteint le comble.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Quand François Bayrou, Alain Finkielkraut ou Bixente Lizarazu se rejoignent pour déplorer l'indignité d'un tel succès, quand le président de la République à l'évidence gêné se contente du minimum pour célébrer le résultat final, on est obligé de reconnaître que la polémique dépasse le sport pour concerner à nouveau la morale publique, la morale tout court (TF1, JDD, nouvelobs.com, Le Parisien). Raymond Domenech, pour ne pas changer, fait semblant de ne pas comprendre (l'express.fr). Rama Yade, peu inspirée elle aussi, se laisse aller à une déclaration  attristante qui fait passer Thierry Henry pour un débile  mettant la main sans savoir qu'il la met. Si quelqu'un devait, au lieu d'endosser le corporatisme tricolore, rappeler l'éthique, c'était bien elle ! La connaissant, on peut espérer qu'elle se rétractera et incriminera les médias.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je n'irais pas soutenir que Thierry Henry aurait dû accomplir ce qu'aucun sportif, jamais, n'a eu l'élégance de faire : révéler spontanément sa faute au risque de faire perdre son équipe. Comme l'a dit Laurent Blanc moquant "les vertueux", c'est "un fait de jeu" (France 2). Le capitaine de l'équipe de France, le score acquis, a reconnu son double contrôle de la main mais, comme il est habituel, s'est déchargé de sa responsabilité sur l'arbitre.  Il n'a pas tort. Sur Twitter, Thierry Henry s'est d'ailleurs excusé auprès de tous ceux qui avaient été choqués par son comportement. Mais qui, à sa place, dans le feu de cette épreuve qui approchait de son terme, n'aurait pas risqué le même geste et l'aurait d'emblée avoué ? Personne évidemment.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Rien ne serait plus ridicule également que s'en prendre aux joueurs qui, en dépit de leur prestation médiocre sauf pour Nicolas Anelka et le formidable Hugo Lloris, n'ont pas à rendre des comptes, pour leur action, à ceux qui se contentent de théoriser sur elle.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le scandale, en effet, c'est l'étrange attitude de cet arbitre suédois, excellent jusqu'au moment crucial, qui a paru dépassé, incapable de s'enquérir et de réagir. Pour ne pas parler de ceux qui l'assistaient et qui n'ont rien vu ou rien voulu voir. Sans tomber dans le soupçon, comme l'a laissé entendre L'Equipe, était-il concevable pour le monde du football de laisser la France à la porte de l'Afrique du Sud ? Comment cet arbitre a-t-il pu de bonne foi ne pas remarquer ce double contrôle de la main et le hors jeu ? Comment a-t-il osé ne pas même une seconde prêter l'oreille aux protestations irlandaises et à l'embarras français, malgré l'enthousiasme affiché sur le terrain ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le gouvernement irlandais a demandé à la FIFA de faire rejouer le match en raison de la tricherie avouée par Thierry Henry qui, même s'il ne pouvait décemment la nier, aurait pu s'enfermer dans un mutisme de mauvais aloi. L'entraîneur italien de l'Irlande lui a d'ailleurs d'une certaine manière rendu hommage et les supporters irlandais ont fait preuve d'une belle sportivité en admettant qu'une erreur à leur bénéfice ne les aurait pas non plus indignés. Il n'y a aucune chance de voir aboutir la requête de l'Irlande. Celle-ci a d'ailleurs été rejetée rapidement en dépit de la bonne volonté contrite d'Henry appelant à un nouveau match. Une fraude qui crève les yeux et qui pervertit l'issue d'une compétition, ce n'est pas suffisant pour la FIFA. Il aurait fallu un mort sur le terrain ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Alain Finkielkraut,  en moraliste rigoureux, aurait préféré une défaite honorable à cette victoire lamentable. Pour ma part, sans aller jusqu'à cet absolutisme, je ne peux m'empêcher de relier cette lamentable et honteuse conclusion, au détriment d'une vaillante et robuste équipe d'Irlande, à tout le processus qui a précédé. L'immoralité de la fin à la médiocrité du parcours. La joie choquante au dernier coup de sifflet à ces incroyables péripéties à la fois administratives et sportives, à cette bureaucratie somptuaire et frileuse qui validait sans cesse l'entraîneur Domenech à proportion du jeu catastrophique qu'il inspirait. Ces embrassades obscènes de la fin, elles étaient à l'image de l'histoire décevante et, pire, sans élan ni joie, de l'équipe de France sous Domenech et les apparatchiks du football l'ayant maintenu, parce qu'au fond, là où le citoyen a envie de vibrer, eux ils ont envie de gagner. Dans tous les sens et à n'importe quel prix.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Si on avait une Fédération digne de ce nom, elle aurait déjà proposé une date pour le nouveau match.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">A armes égales. Sans coup de main.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Une fessée pour Edwige Antier ?</title>
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        <published>2009-11-19T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-18T19:16:16+01:00</updated>
        <summary>La loi est banalisée. La loi est détournée. La loi est moquée, en profondeur,  quand elle s'attache à ce qui ne la regarde pas et s'élabore trop vite pour l'essentiel. La loi, sauf exceptions, n'a pas à s'immiscer dans la vie domestique, dans notre espace d'autonomie où nous sommes les témoins de nous-mêmes et de nos proches, vraiment proches. Qu'on continue comme cela, avec cette frénésie de la bonne conscience, et on amplifiera cette déplorable attitude française qui prend la loi pour une menace alors qu'elle  devrait être perçue seulement comme une garantie.
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Xavier Bertrand a raison : il y a trop de lois sur tout et n'importe quoi ! Cette lucidité agacée, il en a fait preuve à propos de la proposition de loi d'Edwige Antier, pourtant députée UMP, visant à l'interdiction des châtiments corporels, dont la fessée (Le Monde, Le Parisien, 20 minutes).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le ridicule ne tue plus et le législateur cherche à prouver qu'il est nécessaire en nous inondant à profusion de prohibitions et de réglementations. La quotidienneté familiale, le secret et l'intimité des foyers étaient encore à peu près à l'abri de ces épées de Damoclès brandies en permanence sur nos destins, même les plus privés.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Edwige Antier a senti elle-même ce que sa démarche avait d'incongru puisqu'elle précise "qu'il ne s'agit pas d'envoyer les parents en prison ni de les en menacer". Il n'est pas question non plus de les sanctionner mais seulement, paraît-il, de les éclairer, ces intrépides "aventuriers des temps modernes" comme ils ont été nommés par un sociologue qui avait une appréhension plus pertinente de leur mission. Sur cette proposition de loi destinée, si la représentation nationale perdait la tête, à figurer dans le Code civil, Edwige Antier, qui ne veut pas faire oublier qu'elle est pédiatre, plaque une généralité qui ne va pas bouleverser les esprits.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">"Plus on lève la main sur un enfant, plus il devient agressif" : donc il faut interdire la fessée. Croit-on une seconde que, les violences graves étant poursuivies sous d'autres qualifications quand elles sont connues, cette admonestation puisse avoir du sens et soit même légitime ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Dans cet arbitrage constant qu'un parlementaire doit opérer entre la validité de ce qu'il propose et le préjudice humain et social qui pourrait en résulter, il me semble que cette députée UMP a fait le mauvais choix. Parce qu'il convient sans cesse de se projeter dans l'actualité et de cultiver la démagogie du coeur au risque de rendre l'existence de tous les jours encore plus ingérable, invivable dans la sphère qui reste encore, sauf intrusions nécessaires de l'autorité publique, à notre exclusive disposition ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Qu'en sait-elle, d'abord, de cette éducation joyeuse, parfois difficile, souvent riche, dans le même mouvement, d'espoirs et de craintes, de quelle science exacte prétend-t-elle tirer des conclusions aussi péremptoires en faisant fi de l'infinie diversité des situations, des natures et des rapports ? </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Pourquoi  souhaiter offenser la liberté la plus limpide, la plus évidente de chacun au point que parvenir à l'entraver  représenterait sans abus de langage un totalitarisme insidieux, une dictature molle et étouffante ? Faut-il vraiment faire un sort à la petite tape, à ces gestes d'impatience qui ne sont pas scandaleux et même à ces manifestations d'autorité dont une fessée est la traduction pas forcément indigne quand le dialogue, une seconde, est devenu impossible ? Je ne parviens pas à m'indigner devant ce qui n'est absolument pas passible de quoi que ce soit de juridique, sur les plans pénal ou civil,  qui se trouve situé très en amont des inadmissibles mauvais traitements et sans l'ombre d'un lien avec eux. C'est mélanger la banalité de l'affection qui se laisse aller et qui en a le droit avec l'intolérable. On a le droit de rêver et d'imaginer des sensibilités jamais prises en défaut, égales d'humeur et distillant une affection sans un mot ni un geste plus hauts que l'autre. Ce serait d'un ennui mortel ! Ce serait vouloir mettre les parents sous une tutelle permanente. Pourquoi pas, demain, venir vérifier ou corriger la manière dont on les élève à table, dont on les fait lire, dont on les réprimande verbalement, pourquoi pas, demain, ne pas prétendre contrôler si l'amour qu'on leur porte est conforme aux normes de la pédiatrie ? Ne les pousse-t-on pas trop ou au contraire y a-t-il trop de faiblesse à leur égard ? On aura l'impudence de nous dicter la loi sur ce qui est sorti de nous, sur ce qu'on a créé ?  Edwige Antier, sans s'en rendre compte, désire nous faire tomber dans un cauchemar qui ressemblerait à un George Orwell adapté à l'enfance.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La loi est banalisée. La loi est détournée. La loi est moquée, en profondeur,  quand elle s'attache à ce qui ne la regarde pas mais s'élabore trop vite pour l'essentiel qui la concerne. La loi, sauf exceptions, n'a pas à s'immiscer dans la vie domestique, dans notre espace d'autonomie où nous sommes les témoins de nous-mêmes et de nos proches, vraiment proches.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Qu'on continue comme cela, avec cette frénésie de la bonne conscience, et on amplifiera cette déplorable attitude française qui prend la loi pour une menace alors qu'elle  devrait être perçue seulement comme une garantie.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Jean-Marie Bockel ou le talent d'exister</title>
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        <published>2009-11-17T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-17T09:18:27+01:00</updated>
        <summary>Que Jean-Marie Bockel demeure ce qu'il est et ne rentre pas dans le rang.
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="text-align: justify;">Justice sous tutelle, sur Canal Plus : on pouvait craindre le pire  avec un tel titre, avec la vision prévisible de Thierry de Lestrade, Brigitte Vital-Durand  et certains des intervenants. Notamment un ancien magistrat ayant abandonné ce métier et évidemment impitoyable avec son passé ! Pas un n'était prêt à formuler, dans ce désastre collectif prétendu, la moindre lueur d'espérance et d'équité. Seulement du défaitisme, de la morosité et aucun orgueil de la fonction. Comment mettre en confiance le citoyen avec un tel paysage, systématiquement poussé au noir ! On pouvait craindre le pire et on l'a eu.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, c'est avec bonheur que j'ai eu envie de me ressourcer auprès des interventions récentes de Jean-Marie Bockel qui, s'il ne peut à lui seul restaurer une meilleure image de la Justice, a au moins le mérite de nous offrir une représentation ministérielle qui tranche non seulement par rapport aux ministres dits d'ouverture (sur quoi ?) mais aussi à l'égard des fidèles d'origine. En effet, alors que son champ de compétence devait concerner les immenses difficultés pénitentiaires (et qui le demeurent) et qu'il s'est vu promu "généraliste" sans affectation particulière, il a su, contre certaines dérisions ou moqueries, marquer son terrain et faire reconnaître sa place. A mon sens, l'aide éclairée de Laurent Marcadier, son directeur de cabinet, n'a pas été pour rien dans cette bienfaisante affirmation de soi sur les plans technique et politique. Car rien n'est plus difficile que de démontrer, par sa seule pratique, à quel point on est utile, lorsqu'on ne cultive pas la surenchère admirative qui vous garantit une bienveillance mécanique du Pouvoir et qu'on travaille sous l'autorité d'un garde des Sceaux qui n'en manque pas.   </p>
<p style="text-align: justify;">Et Jean-Marie Bockel a  persuadé les sceptiques qu'il avait du talent pour exister.</p>
<p style="text-align: justify;">Il l'a prouvé avec éclat au cours de cette fin de semaine où aussi bien dans le Journal du Dimanche que sur LCI il a formulé plusieurs orientations au sujet de l'instruction. Elles ont suscité des réactions multiples d'abord parce qu'elles sont venues contredire apparemment l'axe central du rapport Léger : la suppression du juge d'instruction, ce qui n'est pas une mince audace quand on songe à l'injonction présidentielle du mois de janvier 2009, ensuite en raison de leur teneur qui ne peut laisser personne indifférent.</p>
<p style="text-align: justify;">J'avoue, sans doute à cause de la pente de ma personnalité, que j'éprouve un vif plaisir à lire et à entendre un secrétaire d'Etat qui, certes encore dans une phase d'écoute et de réflexion, n'hésite pas à revenir sur le dessein initial en se fondant sur un processus qui l'a conduit, avec d'autres, à remettre en cause ce qu'on croyait gravé dans l'airain gouvernemental.  Je ne surestime pas non plus les effets de cette liberté intellectuelle puisque Jean-Marie Bockel ne l'a pas manifestée pour s'opposer mais par honnêteté et qu'il se pliera aux arbitrages susceptibles de le contredire. Pour ma part, cette démarche en rupture avec l'inconditionnalité sur le fond qui empêche en réalité toute avancée stimulante me touche d'autant plus qu'elle bat en brèche la procédure accusatoire que je défends et la suppression de l'instruction à laquelle je tiens mais pas à n'importe quelle condition. On n'a pas besoin d'être d'accord avec lui pour l'estimer.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Marie Bockel, conscient de cet impératif - il serait en effet inconcevable de ne pas traiter de la réforme du Parquet pour garantir son indépendance - fait à nouveau référence à ce jalon capital. Il faudra bien aborder de front ce bloc, cet écueil et traiter un jour ou l'autre ce problème. C'est une pierre non négligeable de suggérer qu'on ne puisse plus passer outre les avis du Conseil supérieur de la magistrature pour les nominations du Parquet. Cela fait peser la responsabilité sur le CSM qu'on crédite peut-être trop vite d'une absolue lucidité dans ses choix. Reste que ce qui est évoqué constituerait tout de même un progrès.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus profondément, Jean-Marie Bockel, en proposant un "collège de l'instruction" pour les affaires les plus sensibles et les plus complexes - les dossiers de terrorisme, de corruption, de criminalité organisée ou de santé publique -, ouvre une piste qui culminera en trois phases essentielles : la mise en cause, le placement en détention provisoire et le renvoi devant une juridiction de jugement. Je ne suis pas persuadé que ce retour de l'instruction, avec la collégialité en prime, constitue une panacée même si la discussion publique des charges, à privilégier, serait de nature à éviter les étouffements permis par le secret et l'officieux de la justice. Je regrette toutefois que l'alternative n'existe qu'entre une instruction restaurée ou un accusatoire inachevé. Il y a cependant dans les perspectives présentées par Jean-Marie Bockel un pavé dans la mare du "judiciairement décrèté" et l'amorce d'un véritable et courageux débat.</p>
<p style="text-align: justify;">Que Jean-Marie Bockel demeure ce qu'il est et ne rentre pas dans le rang.</p></div>
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        <title>Le DIC oh !</title>
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        <published>2009-11-15T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-15T15:43:34+01:00</updated>
        <summary>Les syndicats devraient demander au Secrétaire national chargé de la justice à l'UMP ( s'il y en a un) de prendre exemple sur David Douillet. 

Qu'on nous dorlote de la même manière.
</summary>
        <author>
            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">J'ai hésité une seconde mais Jean-Marie Bockel, véritable ministre d'ouverture et personnalité qui répugne à "faire" dans l'aplatissement, attendra un prochain billet.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je voudrais consacrer quelques lignes au Droit d'image collective (DIC) des sportifs. Non pas que tout à coup je me passionne pour les coulisses des grands clubs, les groupes de pression et les conflits politiques. Mais il y a tout de même dans ce débat de quoi surprendre.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">L'Assemblée nationale avait voté la suppression du DIC qui n'est rien de plus qu'une "niche fiscale" au bénéfice de seulement 2200 sportifs (1160 footballeurs et 765 rugbymen). Aussitôt, s'était mise en branle la machine à défendre le statu quo contre l'équité. Rama Yade s'opposait à Roselyne Bachelot qui tenait la juste ligne. L'UMP faisait "donner" David Douillet, à la fois récent député et Secrétaire national du parti. Il convenait de susciter notre apitoiement sur le "terrible" manque à gagner que le vote courageux de l'Assemblée nationale allait entraîner. Cela n'a pas manqué. Le Sénat, alors que l'extinction du dispositif était prévue pour le 31 décembre 2009, l'a reportée au 30 juin 2010.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je constate que le volontarisme proclamé et le culte affiché de l'action à tout prix n'excluent pas les attentes, les compromis, les dépendances. Si on y ajoute la manie des commissions, on pourrait penser, avec le sourire, qu'un zeste de radical-socialisme s'est glissé dans l'impétueux sarkozysme.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Dans une période de crise comme la nôtre, d'inégalités et de difficultés infiniment éprouvantes pour beaucoup de salariés, Roselyne Bachelot a eu raison de rappeler à la décence les clubs qui ont pratiqué "un lobbying considérable" auprès du Parlement pour maintenir en application "un dispositif injuste et inefficace".  Gérard Larcher, président du Sénat, qui élude les réponses claires et nettes grâce à  l'enflure satisfaite de ses propos, a eu son seul mouvement de sincérité au Grand Jury RTL-Le Figaro lorsqu'il a dénoncé le caractère choquant de cette polémique sur le DIC dans le marasme d'aujourd'hui.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il faut croire que les sportifs comptent beaucoup ou font peur. Je trouve surprenante cette dilection pour une minorité privilégiée et ludique quand tant d'autres urgences devraient solliciter. N'y aurait-il pas là la marque d'une politique qui fait comme elle peut, s'attachant à ce qu'elle n'a pas de mal à appréhender quand l'essentiel est beaucoup plus difficile à maîtriser ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Ce qui me semble significatif, c'est la manière dont David Douillet a célébré pour l'UMP le report voté par le Sénat, solution à laquelle Roselyne Bachelot, soutenue par l'opposition, s'est pourtant ralliée par esprit de compromis. Douillet a salué "cette décision qui permettra aux clubs professionnels de ne pas subir les graves désagréments d'un changement trop rapide de législation" et de ne pas affecter leur "économie générale" qui espérait, jusqu'en 2012, les effets du DIC (nouvelobs.com, Le Parisien, Le Figaro ).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Cette argumentation n'est pas ridicule mais je l'imagine susceptible de s'appliquer bien au-delà des clubs et des sportifs. Je suis persuadé que les magistrats par exemple seraient ravis d'entendre l'UMP venir à leur secours pour qu'ils "ne subissent pas les graves désagréments d'un changement trop rapide de législation". Le parti majoritaire, pour la Justice, risquerait d'être sans cesse sur la brèche. Les palais de justice valent bien les clubs professionnels et le trouble apporté à la démocratie par la frénésie législative est bien plus dévastateur que la perte de cette "niche fiscale".</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Les syndicats devraient demander au Secrétaire national chargé de la justice à l'UMP (s'il y en a un) de prendre exemple sur David Douillet. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Qu'on nous dorlote de la même manière.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>L'éloquence est-elle morte ?</title>
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        <published>2009-11-13T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-13T08:54:36+01:00</updated>
        <summary>Après ces développements qui prétendent laisser l'éloquence moribonde au bord de notre chemin, j'ai cependant dans ma mémoire, avec Barack Obama notamment, sur le plan judiciaire avec des avocats prestigieux : Me Thierry Lévy, Me Henri Leclerc, Me Paul Lombard, Me Jean-Louis Pelletier et Me Georges Kiejman par exemple, des fragments de parole pure au sein desquels, après avoir tordu le cou à l'éloquence classique, s'est réfugié le talent.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>C'est une véritable question.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Cela fait longtemps qu'elle mérite d'être formulée tant les diverses instances où l'éloquence était susceptible de s'exprimer - politique, pédagogique et judiciaire notamment - n'offrent plus de quoi satisfaire l'oreille et le goût. Pour tenter de comprendre les raisons de ce délitement, on ne pourra guère échapper à la nostalgie culturelle et à un discours plutôt pessimiste sur l'évolution de nos pratiques. Toutefois, je désire me garder du "déclinisme" si le déclin me semble incontestable.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Ce sujet m'est venu à la suite de la lecture du Figaro littéraire qui d'une part considérait qu'on était passé "de l'art du discours à la formule" et d'autre part citait François Sureau, écrivain et avocat, déclarant que "la dictature de l'émotion a tué l'éloquence". J'ai la faiblesse de penser que d'autres approches pourraient ne pas être inutiles. Celle que je vais proposer mêlera régressions et avancées, mais dont la conséquence a été la même : un amoindrissement de la qualité de l'oralité, voire un naufrage de celle-ci.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">D'abord, nous ne sommes plus baignés dans le climat bienfaisant des humanités même si je ne méconnais pas les charmes indiscutables de la modernité qui suscite d'autres rapports avec le réel et avec les mots. Je regrette que pour le moins il n'y ait plus, ou guère, une juxtaposition riche et stimulante entre les langues dites mortes (latin et grec) et les processus de connaissance d'aujourd'hui. Cet appauvrissement, contre lequel, à mon grand regret, ce pouvoir de droite ne s'est pas plus battu que les gouvernements de gauche - comme si l'ombre tutélaire de François Mitterrand pourvoyait à tout sur ce plan -, a été aggravé par le fait que la littérature, les grandes oeuvres du passé, qui enseignent en même temps qu'elles séduisent et font vivre, ne sont plus notre nourriture quotidienne. Ce n'est pas tant que les humanités soient ignorées des générations mûres, pour rester élégant, mais qu'elles n'irriguent plus suffisamment au quotidien le poids des mots. L'éloquence est clairement orpheline de constructions, de structures et de rythmes laissés en déshérence : donc l'éloquence est dépouillée de ce qui lui permettait d'être.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Cet effacement de ce qui donnait au langage parlé sa beauté et son architecture s'est trouvé légitimé par la tendance de notre société non plus seulement à privilégier le choc publicitaire au détriment de l'harmonie classique mais à traiter l'éloquence comme une survivance bêtement conventionnelle. L'ornement qu'elle représente, venant s'ajouter sur des mots qu'on espère chargés de sens, tombe dans l'oubli que nos moeurs actuelles croient devoir infliger à ce qu'elles n'ont plus la finesse d'appréhender. L'éloquence meurt aussi parce qu'on estime non seulement qu'elle n'a plus aucune importance mais que sa disparition est progressiste. Les esprits secs et les sensibilités contemporaines aspirent à une pauvreté de la forme qui les rassure et ne les engage pas dans des labyrinthes grammaticaux et une profusion de vocabulaire qu'ils ne parviendraient pas à maîtriser.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">S'arrêter là serait méconnaître ce qu'il y a de profond dans le surgissement ou non de l'éloquence authentique. Probablement, si l'affirmation de la parole, le culte du langage, l'esthétique de l'argumentation sont à ce point devenus secondaires, c'est d'une part parce que la plupart se glorifient d'une absence qui ne les prive pas, d'autre part par faiblesse, par une sorte d'impuissance. Il y a dans l'éloquence bien plus que l'expression achevée d'une parole, aussi et surtout l'expression forte d'une personnalité. Je parle bien donc je me sens bien. Les mots et le pouvoir que suscite leur agencement réussi sont accordés au pouvoir que le langage donne à un être qui le maîtrise. La faiblesse de caractère, l'enfouissement peureux dans l'ombre des autres sont contradictoires avec l'immense audace de croire qu'on peut convaincre et même subvertir par ce qu'on va proférer.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">On perçoit mieux alors pourquoi les discours d'aujourd'hui, à l'exception de quelques morceaux d'éloquence qui semblent comme déphasés, décalés dans un monde d'urgence et d'action, paraissent pétris de cette "langue de bois" qui ne dit rien parce qu'on refuse obstinément de lui donner un contenu autre que le fade qu'elle enferme. Le but est est de créer l'illusion : on bouge les lèvres mais au fond rien ne sort qui va troubler, émouvoir, défier ou convaincre. La "langue de bois" est maîtresse dans le monde politique parce que la seule manière de la briser serait de proclamer sa liberté et que cette dernière est interdite qui romprait les alliances et les connivences.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Aussi, ce qui maintenant tient lieu de parole libérée, c'est le propos qui ne vise pas d'autre finalité que d'offrir ce qu'il est, dans sa spontanéité et son imprévisibilité, à ceux qui l'écoutent. Certes, plus rien de commun avec l'éloquence traditionnelle qui distingue l'ornement de l'essentiel, qui adore le voile posé sur le fond et qui se laisse parfois admirer comme si elle avait vocation à prendre toute la lumière. L'orateur qui subjugue, l'avocat qui convainc, l'enseignant qui transmet ou l'intellectuel qui dénonce, en définitive, ne disposent que d'une arme indestructible qui est eux-mêmes. La personne donne sa force à l'idée, et pas l'inverse. Un flux de vie, une pulsion d'existence, un mouvement puissant de création vous gouvernent en même temps que vous vous flattez de les gouverner.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">D'un côté, donc, une éloquence néantisée pour engendrer des poncifs qui n'imposeront aucun effort ni à celui qui les prononce ni à ceux qui les écoutent. Une langue de bois pour des êtres encartés à tous points de vue. De l'autre, une éloquence qui, charnelle, tangible, dominatrice ou de partage, ne s'inscrit dans l'espace que dans la mesure où l'orateur lui-même s'y inscrit.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Après ces développements qui prétendent laisser l'éloquence moribonde au bord de notre chemin, j'ai cependant dans ma mémoire, avec Barack Obama notamment ou sur le plan judiciaire avec des avocats prestigieux comme Me Thierry Lévy, Me Henri Leclerc, Me Paul Lombard, Me Jean-Louis Pelletier et Me Georges Kiejman par exemple, des fragments de parole pure au sein desquels, après avoir tordu le cou à l'éloquence classique, s'est réfugié le talent.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Ma question demeure.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Du ridicule un peu partout !</title>
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        <published>2009-11-11T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-12T08:37:36+01:00</updated>
        <summary>La France mérite d'avoir autre chose que cette démocratie de l'outrance dans l'infiniment médiocre. Il est temps que l'idolâtrie ou la détestation sortent du champ pour laisser place à l'intelligence. Qui n'interdit pas le combat mais donne aux citoyens l'envie d'y participer.
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Il me semble que doucement, au fil des jours, on tombe sur la tête. L'hystérie de l'anti-sarkozysme ou du sarkozysme fait des ravages. La France est comme tourneboulée et révèle une inaptitude de plus en plus préoccupante à raison garder en distinguant l'accessoire de l'essentiel. Tout se mélange et risque de faire apparaître notre pays pour une démocratie du dérisoire.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je ne sais pas si Nicolas Sarkozy était présent le 9 novembre 1989 devant le Mur de Berlin. Bernard Kouchner, sur France Inter, a souligné qu'il croyait à sa parole. Il a ajouté que la question était tout de même insignifiante au regard de la réalité du monde et de Berlin. Je partage absolument cette opinion que le bon sens valide. Cette interrogation est d'autant plus anecdotique - même si Nicolas Sarkozy s'était vanté  à tort - que le magnifique spectacle allemand de liberté et d'allure internationales aurait dû rendre inutile toute autre considération. Il y a des moments qui appellent le silence sur le peu pour pouvoir mieux glorifier l'immense et l'intense. Que cette misérable polémique ne soit pas encore éteinte est le vrai scandale (nouvelobs.com, le site du JDD, Le Monde, Marianne 2 ).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Dans le même registre, qu'on tente de hisser un épisode en définitive parfaitement anodin au rang d'une péripétie indécente, parce qu'il concernerait encore un fils du président, Pierre Sarkozy, manifeste qu'une forme de partialité politique peut conduire à de graves aberrations. Même si un conseiller de l'Elysée s'était entremis auprès de la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP), la démarche de Pierre Sarkozy auprès de cet organisme n'aurait rien eu que de très normal. Il a présenté une demande d'aide qui a été refusée parce que sa société n'est pas membre de la SCPP. Aussi bien le patron de cette société, Marc Guez, que l'Elysée ont démenti tout favoritisme au bénéfice de Pierre Sarkozy (Le Parisien). Celui-ci, âgé de 24 ans et producteur de rap, est d'autant plus légèrement mis en cause qu'il s'est obstinément gardé, contrairement à son frère Jean qui s'est mis en position de voir son parcours politique forcément facilité par son père, de toute publicité, promotion ou dépendance qui l'auraient abrité sous l'aile du président. Je trouve choquante, dans ces conditions, la propagation de cette rumeur négative sur un jeune homme discret et apparemment compétent. Comme si on s'acharnait à confondre en permanence les sollicitudes admissibles avec les abus de pouvoir et d'influence ! </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Mais qu'on se rassure, le sarkozysme, aussi, a ses fièvres grotesques. Depuis quelque temps, on ne peut plus retenir Eric Raoult. Il a d'abord commencé, en attaquant Le Monde, à justifier abusivement le régime tunisien en gommant toutes ses ombres pour ne vanter que ses succès indéniables. Il a continué sur un rythme qui l'a conduit à dépasser les bornes. Ne propose-t-il pas de contraindre les lauréats des prix littéraires à une sorte d'obligation de réserve qui aurait pour but d'interdire aux écrivains de dire du mal par exemple du président de la République ? Notre député UMP vise Marie Ndiaye qui n'a jamais caché son hostilité au pouvoir et à Nicolas Sarkozy. Elle vit d'ailleurs avec sa famille à Berlin. Ses propos, il faut l'admettre, ne brillent pas par la nuance, sont susceptibles de variation et  même, pour certains, indignes de son talent qui sait peser les mots. Ce qui se passe en France serait "monstrueux" (elle a d'ailleurs regretté le 10 novembre sur Europe 1 l'emploi de ce vocabulaire puis est revenue sur ce regret !). Elle reprend par ailleurs à son compte une absurdité (une de plus !) de Marguerite Duras selon qui "la droite c'est la mort". Elle recouvre sa lucidité en rendant hommage à la Chancelière Angela Merkel. Y a-t-il dans cet insensé et dans ce pertinent de quoi légitimer une telle élucubration formulée sérieusement par Eric Raoult ? Faudra-t-il museler les esprits libres pour qu'ils entonnent l'air de la soumission ? Comment peut-on même concevoir de remettre un prix Goncourt et de murmurer à l'oreille de la lauréate de prendre garde à l'expression de sa pensée ? Qu'une personne sensée s'avance sur un tel terrain manifeste à quel point le délitement banal et quotidien de la liberté a déjà fait son oeuvre. Pour oser une telle provocation, c'est que l'ordinaire de la République a sans doute déjà été atteint par le travail de sape des censeurs moins ostensibles ! Raoult est en avance, c'est tout. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La France mérite d'avoir autre chose que cette démocratie de l'outrance dans l'infiniment médiocre. Il est temps que l'idolâtrie ou la détestation sortent du champ pour laisser place à l'intelligence. Qui n'interdit pas le combat mais donne aux citoyens l'envie d'y participer.</p></div>
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        <title>La morale n'est pas drôle </title>
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        <published>2009-11-09T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-09T12:54:52+01:00</updated>
        <summary>Entre cette indignité en Penssylvanie et l'encens français honteusement déversé par les internautes sur Tony Musulin, si on tentait tout simplement la justice ?</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="text-align: justify;">Respecter la loi, agir selon sa conscience, se vouloir le plus digne possible : autant d'exigences qui, pour aussi nécessaires qu'elles soient, ne suscitent  pas une adhésion enthousiaste et ne se prêtent guère à l'humour. La morale est ennuyeuse parce qu'elle ne s'autorise aucun chemin de traverse et que sa pureté vite saluée est souvent abandonnée au profit d'une fascination vulgaire et puérile pour certaines dérives.</p>
<p style="text-align: justify;">J'ai honte pour la France à cause de l'effervescence admirative à l'égard de ce convoyeur de fonds lyonnais  d'origine serbe, Tony Musulin, qui a détourné un peu plus de 11 millions d'euros en disparaissant avec son butin le 5 novembre. Apparemment, il n'encourrait qu'une sanction maximale de trois ans d'emprisonnement. La procédure suivie par le Parquet de Lyon déterminera ce qu'il en est sur le plan juridique et pour l'enquête à mener. </p>
<p style="text-align: justify;">L'insupportable acclamation sur le Net de ce délit  me scandalise, qui au prétexte de cet accomplissement sans violence, n'est pas loin de faire de ce probable délinquant un héros. On en manque donc tellement dans notre vie publique pour que nous allions porter sur un pavois médiatique un tel personnage, qui aurait dû d'ailleurs attirer l'attention sur lui bien avant ce détournement ! Est-il imaginable qu'en 48 heures, 14 groupes de "fans" de ce voleur présumé se soient créés et que le nombre de ses partisans puisse aller de 153 personnes à 7000 ! Est-il croyable qu'à Lyon on trouve déjà des T-shirts à l'effigie de Tony Musulin (Le Journal du Dimanche, le site du JDD, nouvelobs.com) ? Est-il banal, devant un acte malhonnête et rentable, de voir adorer à ce point celui qui l'a sans doute perpétré ? </p>
<p style="text-align: justify;">Cette idolâtrie subite est le signe d'un engouement qui la dépasse. Ce n'est pas seulement la curiosité médiatique pour les frondeurs et les fraudeurs, pour ceux qui s'en prennent à l'ordre et aux richesses établis, pour les pied de nez aux riches et aux puissants. Le citoyen affamé de faits divers a toujours été fasciné par le mythe de Robin des Bois acharné à dépouiller les méchants possédants et la triste Banque de France ! Musulin va peut-être couler des jours heureux et choquants à l'étranger sans songer à rendre sa dîme au peuple mais peu importe.</p>
<p style="text-align: justify;">Analyser cette infraction comme une revanche des "petits" contre les "gros", comme le comportement allègrement malicieux d'un détrousseur réparant toutes les injustices sociales et flattant l'envie des modestes constituerait à mon sens une explication insuffisante pour justifier ce raz-de-marée. Plus profondément, loin de voir dans ce délit et dans l'assentiment vulgaire qu'il suscite la marque d'une cassure dans la société, j'y perçois une sorte de gangrène qui, bien au-delà de sa définition judiciaire, a corrompu les tréfonds de notre monde, du plus haut au plus bas de l'échelle. Je n'opposerai pas les humbles aux privilégiés mais je les réunirai malheureusement, quelles que soient les motivations de ceux qui ont décidé de transgresser et de mettre à bas l'éthique, dans une même indifférence à l'égard de ce qui devrait structurer une vie personnelle, une existence collective. C'est à tous les niveaux que paraît se déliter cette "ennuyeuse" morale, les manifestations de cette dégradation arborant ici l'air populaire ou là l'apparence distinguée. Les imbéciles nombreux qui s'extasient sont probablement les mêmes qui vitupèrent la moindre indélicatesse politique ou économique. Incapables de comprendre que tout est lié !</p>
<p style="text-align: justify;">Il n'est pas neutre non plus que ce soit dans la quotidienneté professionnelle la plus limpide et grâce à celle-ci que ce détournement ait été opéré. Dans ce domaine comme dans d'autres plus honorables mais prêtant également à la réflexion, le mal s'approche étroitement de la racine et les mécanismes naturels sont dévoyés. La grève classique tourne de plus en plus à la violence et aux affrontements physiques. La délinquance, voire la criminalité demain, n'auront même plus besoin de constituer une rupture par rapport à la normalité. Elles s'installeront au coeur de celle-ci et viendront pervertir - félicitées par le Net qui n'est pas coupable mais ceux qui y dégorgent n'importe quoi - la familiarité paisible des travaux anciens.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis indigné parce que mépriser la bêtise et l'indécence ne suffit pas lorsqu'elles submergent. Musulin, ce profiteur opportuniste, en dit plus sur notre univers, sur nos liens à l'argent, sur notre sens du droit, sur notre honneur que beaucoup de penseurs et de livres. Il y a quelque chose de pourri dans cette belle République !</p>
<p style="text-align: justify;">On se console comme on peut même si le rapprochement m'a sauté à l'esprit. En France, un voleur qu'on glorifie. Aux Etats-Unis, des voleuses qu'on humilie sur la place publique. Une mère de 56 ans et sa fille de 35 ans ont été contraintes, en Pennsylvanie, de s'afficher durant plus de quatre heures comme les "voleuses" qu'elles avaient été. Elles avaient soustrait les cartes-cadeaux d'une fillette de 9 ans. Les pancartes devant elles annonçaient : "J'ai volé une enfant de 9 ans le jour de son anniversaire. Ne volez pas, sinon voilà ce qui pourrait vous arriver". Pour avoir accepté cette punition publique, les délinquantes devraient bénéficier d'une peine avec sursis. L'exposition puis la sanction, donc (Le Parisien).</p>
<p style="text-align: justify;">Rien de pire que cette dégradation d'humanité offerte à tous. Je suis persuadé qu'aucune peine n'aurait pu être plus décisive que cet outrage suivant l'offense faite à la jeune victime. Le visage de ces deux Américaines à l'évidence démunies châtiées en totale et impudique transparence manifeste à quel point, pour elles, le comble a été atteint et que même la publicité d'une audience n'a rien à voir avec cet opprobre. </p>
<p style="text-align: justify;">Mais quelque chose en nous se révolte contre cette sanction qui renvoie si cruellement à des temps anciens ou à ces législations fanatiques qui coupent la main des voleurs. On ne peut pas tout se permettre. Il y a des attitudes qui ne font pas mal qu'aux coupables.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre cette indignité américaine et l'encens français honteusement déversé par les internautes sur Tony Musulin, si on tentait tout simplement la justice ?</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">   </p></div>
</content>


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        <title>Le juge d'instruction par la fenêtre ?</title>
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        <published>2009-11-07T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-07T10:06:06+01:00</updated>
        <summary>Le paradoxe, c'est qu'en désirant démontrer l'inutilité du juge d'instruction, par manque d'audace on le légitime. C'était cela, le but ?</summary>
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<content type="xhtml" xml:lang="fr-FR" xml:base="http://www.philippebilger.com/blog/">
<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">J'avoue qu'on ne comprend plus trop bien ce qui se passe à propos de la suppression projetée du juge d'instruction. Le comité Léger avait semblé vouloir le faire disparaître par la porte mais si on lit bien le récent entretien de la garde des Sceaux (Le Monde) et son discours devant les congressistes de l'Union syndicale des magistrats (USM), il n'est pas absurde de s'interroger sur son éventuel retour (nouvelobs.com, lefigaro.fr).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Certes, rien ne me semblait plus important que de prolonger une réflexion qui n'avait pas vocation à s'arrêter au mois de juin. Le Pouvoir a perçu cette nécessité, aussi bien le président de la République que la garde des Sceaux et son Secrétaire d'Etat, sans oublier le rôle capital joué par beaucoup de députés (dépités ?) UMP, sous l'égide de Jean-Paul Garraud, qui en ont assez d'une stupide inconditionnalité malgré ce jumelage obscène de leur parti avec le parti communiste chinois. Techniquement, toutes les aspirations étaient à l'unisson pour tirer le meilleur du rapport Léger en lui apportant les aménagements généralement souhaités.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je ne suis pas persuadé que la garde des Sceaux ait senti ce qu'une telle démarche appelait de consensus. Selon l'USM, les trois personnalités chargées de poursuivre  la tâche "ne représentaient qu'elles-mêmes". Qui sont-elles, d'ailleurs ? Sans vouloir tomber dans un narcissisme singulier ou collectif, on a le droit de s'étonner des choix qui sont faits. Veut-on à toute force écarter ceux qui risqueraient de penser autrement, de s'opposer, d'ouvrir des chemins nouveaux ? J'approuve pleinement l'USM qui a protesté sur ce plan et qui aura, paraît-il, à la suite de ses récriminations, la chance de se voir soumettre l'avant-projet. C'est la moindre des concessions.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La garde des Sceaux, dans ses réponses à Cécile Prieur et à Alain Salles, journalistes au Monde, a évoqué deux hypothèses pour apaiser les inquiétudes, tout en affirmant, comme une pétition de principe, qu'il n'y a pas de "risque qu'un dossier sensible soit enterré". S'il y a une contestation entre le procureur et le juge de l'enquête sur le renvoi ou non d'un mis en cause devant une juridiction, il serait envisagé que le second puisse, aussi, prendre cette décision ou qu'une audience soit organisée à l'issue de laquelle il serait à même de statuer. Au regard de cette alternative, il est évident que le recours à une audience constituerait une solution qui serait moins incohérente que la première.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il faut se rappeler ce qu'à l'origine devait être ce juge de l'enquête. Sa mission aurait été seulement de trancher les conflits entre défense et accusation et d'autoriser les actes "lourds" relatifs aux libertés. Lui confier directement la faculté de renvoyer, contre l'avis du Parquet, le doterait d'une prérogative fondamentale - celle d'un véritable magistrat instructeur - sans qu'il ait évidemment la connaissance étendue de la procédure comme ce dernier. Cette hypothèse, si elle était confirmée, ferait en effet revenir dans le jeu le juge d'instruction par la fenêtre. L'audience aurait au moins le mérite, étant évidemment publique, de permettre un contrôle sur la validité des thèses antagonistes et de crier au scandale si celui-ci advenait au regard de l'apparence. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Pour nous éclairer, Jean-Louis Bruguière, qui a été d'une infinie prudence sur France Inter, ne sera pas d'un grand secours. Il souligne seulement la nécessité d'un "juge de l'enquête" sans se prononcer sur le maintien ou non du juge d'instruction. De sorte qu'il propose une généralité qui ne l'engage pas. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Si on veut aller plus loin pour tenter d'analyser les raisons de cette démarche ministérielle qui semble prête à faire du nouveau avec de l'ancien, il convient de prendre conscience d'un double refus.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le Comité Léger n'a pas osé aller jusqu'à une véritable procédure accusatoire dans ses conclusions, sans doute au nom d'une tradition française qui y serait rétive. Mais comment le savoir à l'avance ? La ministre de la Justice à l'évidence n'a jamais manifesté l'intention de pousser les feux dans cette direction qui aurait pourtant tiré toutes les conséquences de la disparition du magistrat instructeur. On a préféré rester entre deux eaux à cause surtout du second refus.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Alors que Jean-Marie Bockel, avec cette fraîcheur des gens intelligents qui, devant l'inconnu, s'imaginent que tout est possible, avait d'emblée accepté au moins une interrogation, voire une remise en cause du statut du Parquet, Michèle Alliot-Marie a fermé toutes les portes de ce côté. On sent bien qu'elle ne parle pas en son seul nom et que le président de la République n'est absolument pas disposé à se priver, au bénéfice de l'Etat, d'une emprise parfois utile sur le processus judiciaire. L'indépendance du Parquet va demeurer un sujet tabou même si on feint d'être assuré que le problème ne se pose pas. J'ai moi-même sous-estimé cette difficulté et je fais amende honorable. Certain que les comportements humains sont capables de dominer les structures, je n'ai pas bien mesuré le poids de celles-ci. Je ne sais pas si le Parquet est gravement dépendant et obéissant dans la gestion des affaires que le Pouvoir estime relever de son impulsion mais en revanche l'air du soupçon, l'ère de la méfiance, au coeur de l'opinion publique, n'autorisent plus qu'on laisse un système aussi gravement décrié en l'état sans tenter au moins de réfléchir à sa métamorphose. Il faut trouver les moyens techniques et politiques, d'abord, pour rassurer le citoyen sur les apparences de l'indépendance.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Parce que la garde des Sceaux s'oppose à ce débat fondamental qui, correctement négocié, rendrait sinon souhaitable du moins indolore pour la plupart la suppression du juge d'instruction, on n'est pas loin de  redonner de la vie à ce dernier. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le paradoxe, c'est qu'en désirant démontrer son inutilité, par manque d'audace on le légitime. C'était cela, le but ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Patrick Ouart, un conseiller de luxe</title>
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        <published>2009-11-05T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-05T20:02:47+01:00</updated>
        <summary>Mais comment ai-je osé mettre en doute "la République irréprochable" puisque la commission de déontologie saisie a rendu "un avis positif sans réserves"  au sujet de Patrick Ouart pour son retour chez LVMH ?</summary>
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Il paraît que Patrick Ouart va quitter sa fonction de conseiller auprès du président de la République pour les affaires judiciaires (Challenges, 20minutes, nouvelobs.com). Si la nouvelle est confirmée, les langues vont se délier et je ne doute pas que les flagorneurs ou les craintifs d'hier vont se muer en critiques audacieux.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je ne risque pas de tomber dans ce travers dans la mesure où je n'ai jamais eu l'occasion de le rencontrer vraiment, de lui parler et de l'écouter. Je ne connais son influence, son pouvoir que par la bande, par le récit de quelques amis, par la rumeur judiciaire, par le bruit de ses démêlés avec Rachida Dati, par ses propres déclarations à Mathieu Delahousse devant lequel il s'est félicité, sans réserve, de son rôle d'avocat conjoint de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Clearstram.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Homme de l'ombre auquel on prête des lumières évidentes, une intelligence certaine, une fidélité sans faille et un sens politique qui lui a permis sans doute de relativiser les exigences de la Justice. Je suis persuadé que dans sa hiérarchie le président était, est au-dessus de tout. Le bonheur d'être inspiré par une inconditionnalité à laquelle on croit dur comme fer, qui vous tient lieu de tout !</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">En tout cas, ce n'est pas à lui que le Premier ministre aurait pu vertement s'en prendre, comme il l'a fait devant les députés UMP à l'encontre d'Henri Guaino, en soulignant que les "conseillers ne font pas partie de l'exécutif", ce qui méritait d'être rappelé. Patrick Ouart a goûté infiniment plus - et cela dénote une grande force de caractère - la puissance dans le secret alors que d'autres, libérés par la permission du président, ne s'en remettent pas d'avoir le droit d'exploser dans la lumière et en abusent.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La discrétion de Patrick Ouart  le conduit même à ne pas répondre aux invitations qu'on lui adresse alors que probablement il dispose à l'Elysée d'un secrétariat performant qui aurait pu lui éviter la corvée de me transmettre directement un oui ou un non. Il s'agissait d'un colloque que j'avais organisé sur la comparaison des justices européennes. Bêtement, je m'étais dit qu'il y avait là un thème qui pourrait l'intéresser. Je n'ose penser que son silence, cette impolitesse pouvaient résulter d'un quelconque mépris du Pouvoir pour tout ce qui n'est pas lui. Il  y aurait eu dans cette attitude un excès peu compatible avec la personnalité de ce conseiller. J'avoue que j'ai attaché du sens à cet épisode somme toute dérisoire.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">A vrai dire, on sait très peu sur lui. Brillant magistrat, inscrit à l'association professionnelle des magistrats (APM), au cabinet du Premier ministre Edouard Balladur, ami de Nicolas Sarkozy, entré dans le luxe en 2004 chez LVMH comme conseiller de Bernard Arnault jusqu'au 16 mai 2007. C'est tout mais cela manifeste à quel point cet homme s'est toujours trouvé en familiarité avec un seul monde. Consécration de son talent certes mais aussi rançon de sa probable difficulté à épouser les aléas et les états d'âme de la magistrature ordinaire. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il a supervisé la réforme de la carte judiciaire. Il a contrôlé celle de la procédure pénale. Il a conseillé Nicolas Sarkozy dans l'affaire Clearstream. Comment fait-on pour tenir la balance égale entre la partie civile et le président, pour ne pas étouffer la pertinence juridique sous la fidélité personnelle, comment fait-on, dans ces conditions, sur un tel dossier, pour échanger avec le procureur de Paris ? On suggère, on s'abstient, on ordonne, on laisse faire, on menace, on promet  ? Dommage que Patrick Ouart ne nous en ait pas révélé davantage sur ce cas d'école qui aurait été très instructif pour les auditeurs de justice. Aucun exemple n'aurait été plus éclairant pour analyser les rapports entre le droit, la justice et la politique. Entre l'institution judiciaire et l'Etat. Il ne racontera jamais rien. Le silence n'est-il pas l'attitude préférée des véritables hommes de persuasion et d'influence ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Sans vouloir le froisser, et pour aggraver ma réputation d'être un naïf trop crédule, je suis persuadé que ce beau thème de la République irréprochable, martelé par le candidat Sarkozy, l'a moins convaincu que moi. Parce qu'il n'est dupe de rien ? Parce qu'ainsi on ne trahit jamais rien ? Une forme de réalisme - cynisme, pour être péjoratif - est commode. On est ainsi toujours en paix avec soi-même, alors que la mauvaise conscience est l'apanage de ceux qui sont gangrenés par un idéalisme forcément détruit par la quotidienneté.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Conseiller de luxe, Patrick Ouart va retrouver Bernard Arnault et continuer sa mission d'éminence grise. Membre du comité exécutif de LVMH, il savourera un autre Pouvoir, cultivera d'autres secrets et aura vraisemblablement à assumer le jugement exaspérant et condescendant de la plupart des privilégiés sur la Justice. Ils en ont peur mais la méprisent. Il est insupportable que l'argent ne les garantisse pas contre tout !  Le retour dans cet autre univers, après l'Elysée, laisse tout de même songeur.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Mais comment ai-je osé mettre en doute "la République irréprochable" puisque la commission de déontologie saisie a rendu "un avis positif sans réserves" sur son départ ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La garde des Sceaux, enthousiaste, ne vient-elle pas aussi de déclarer au sujet de Patrick Ouart : "Je ne rêve que d'une chose, c'est qu'il reste. C'est formidable de travailler avec quelqu'un qui a le sens de l'Etat et des institutions" (Le Figaro).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Tout est dit. C'est ce que je viens d'écrire...</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Hommage à Dominique Charvet</title>
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        <published>2009-11-03T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-03T08:51:35+01:00</updated>
        <summary>Je vais m'arranger avec les souvenirs que Dominique Charvet m'a laissés et que je pourrais résumer par le sentiment inusité et puissant d'avoir frayé trop peu de temps avec un homme exceptionnel, avec un magistrat exemplaire, avec un défricheur d'idées incomparable. Je voudrais faire une suggestion qui lui aurait profondément déplu. Des ministres remettent la Légion d'Honneur à des magistrats. Le président de la République s'est déclaré, en l'honorant, l'ami d'un magistrat que la rumeur judiciaire annonce à Paris comme procureur de la République. Puisque politique et justice sont déjà accordées pour le meilleur, les réjouissances, pourquoi ne pas les allier pour le pire, les tragédies, la mort ? Quand Un Dominique Charvet disparaît, la moindre des délicatesses serait que le président de la République ou au moins le garde des Sceaux lui rendît hommage. Le Pouvoir ne s'en prive pas pour des gens qui ne le valent pas.

Mon hommage fait ce qu'il peut.
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>J'étais en Normandie quand lisant Le Monde, sous la signature d'Yves Bordenave, j'ai appris la mort de Dominique Charvet.</p>
<p>Tout est remonté d'un coup.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">A Lille, mon premier poste en qualité de juge d'instruction, j'ai fait la connaissance de ce collègue déjà emblématique parce qu'il avait été le cofondateur du Syndicat de la magistrature.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Impossible d'échapper à la séduction qu'exerçait cet être d'élite. Il vous prenait dans son intelligence comme dans une nasse, dans sa dialectique éblouissante comme dans un piège, et vous vous retrouviez conquis sans savoir comment. Epoustouflant d'aisance dans son maniement des idées et des concepts, il y avait chez lui, en même temps, une infinie capacité d'écoute qui tranchait avec les décrets roides du subversif qu'il ne cessait de vouloir incarner. Prêchant la nuit la révolution, entouré moins de syndiqués que d'admirateurs, dominant, en dépit de sa volonté affichée d'égalitarisme, la masse de ceux qui l'écoutaient, heureux de sentir que sa parole englobait à la perfection la leur, il s'acharnait à penser collectivement alors que tout, dans sa personnalité, révélait la force et même le triomphe d'une solitude impériale qui ne laissait pas d'autre choix que la rupture ou la soumission. Le jour, magistrat instructeur de haute volée dont seuls les imbéciles s'étonnaient de la rectitude et de la rigueur. Sans doute avait-il besoin de cette alternance entre le rêve d'une autre société et la régulation judiciaire de cette société si réelle. Antigone nocturne, il n'oubliait pas Créon dans la clarté du jour. Jamais, devant qui que ce soit, je ne l'ai surpris en contradiction avec ses exigences d'urbanité et de vérité. Il ne mentait pas mais respectait tout de même chacun. J'avais l'impression, bénéficiant de sa sympathie (je l'espérais) et de son aura, de pouvoir profiter du privilège rare d'échanger avec un Saint-Just mais compassionnel, avec un idéologue mais profondément attentif à la vie, à ses désordres et à ses imprévisibilités. Il était trop intelligent pour mettre son intelligence partout. Il ne refusait pas que l'existence lui donnât tort parfois. La politique était seulement une partie de sa vie. Abrupt, il ne dédaignait pas la douceur. Sec, il ne méprisait pas le velouté de la tolérance. On pouvait n'être pas d'accord avec lui mais on ne pouvait pas le jeter, lui, avec l'idée qui vous déplaisait. On tenait à lui comme il tenait à vous. Il dispensait une affection sans fioritures : on ne pouvait pas la manquer.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Loin de lui, il restait dans votre mémoire.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">J'ai suivi son parcours. Ses postes de pouvoir, notamment à Djibouti,  à la tête de la Protection judiciaire de la Jeunesse ou à la direction des Musées de France, ont vraisemblablement dû offrir à sa puissance de travail et de création de quoi la stimuler, à son autorité de quoi la satisfaire, à son esprit critique de quoi le combler, à son aspiration au changement de quoi la décevoir. Durant cette longue période, je n'ai jamais eu la chance de le revoir. Je ne connaissais rien de sa vie personnelle et familiale. Il demeurait l'étoile de Lille dans ma tête.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Heureusement, le cours judiciaire l'a repris dans ses enchantements douloureux. Premier président à Bastia, il s'est illustré de manière éclatante en présidant en appel le procès du Préfet Bonnet et unanimement ont été célébrées son intelligence, son humanité, sa classe. C'était un bonheur sans mélange, pour ceux qui avaient croisé son chemin, de voir vérifiée cette intuition que le grand magistrat est d'abord celui qui s'est donné la peine de réfléchir sur la magistrature et sur la Justice. Lors d'un colloque sur la liberté d'expression organisé à Cargèse, j'ai pu longuement m'entretenir avec lui. Il n'était plus le même mais la fascination qu'il inspirait n'avait pas pris une ride. Bien qu'attentif aux propos de l'autre, présent dans l'échange, il semblait aussi détaché, ailleurs, comme si un peu de lui  se détournait  de la réalité immédiate, comme si, plus que jamais, il cherchait à sauvegarder des brouillards, un mystère, sans aucune affectation mais avec résolution. Je me souviens de son regard sur moi et de sa tolérance souriante devant les manifestations de mon enthousiasme juvénile et excité sur tel ou tel thème que lui-même abordait avec retenue. Ce n'était plus le Révolutionnaire mais le Sage, si ce raccourci a du sens. Le rêveur sur soi, sur sa condition, plus du tout le rêveur d'une autre société. Il avait réintégré ses pénates intimes. Pourtant, en Créon, flottait encore un parfum d'Antigone.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je l'ai quitté le soir et  ne l'ai plus revu. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Premier président à Chambéry, il a terminé en 2008 sa carrière.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il est mort le 25 octobre 2009 à Caen.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">J'éprouve le sentiment inusité et puissant d'avoir frayé trop peu de temps avec un homme exceptionnel, avec un magistrat exemplaire, avec un défricheur d'idées incomparable. Je voudrais faire une suggestion qui lui aurait profondément déplu. Des ministres remettent la Légion d'honneur à des magistrats. Le président de la République s'est déclaré, en l'honorant, l'ami d'un magistrat que la rumeur judiciaire annonce à Paris comme procureur de la République. Puisque politique et justice sont déjà accordées pour le meilleur, les réjouissances, pourquoi ne pas les allier pour le pire, les tragédies, la mort ? Quand un Dominique Charvet disparaît, la moindre des délicatesses serait que le président de la République ou au moins le garde des Sceaux lui rendît hommage. Le Pouvoir ne s'en prive pas pour des gens qui ne le valent pas.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je vais m'arranger avec les souvenirs qu'il m'a laissés.  </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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