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    <title>Justice au singulier</title>
    
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    <updated>2013-06-19T11:37:32+02:00</updated>
    <subtitle>Le blog de Philippe Bilger</subtitle>
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        <title>Sarkozy-Guéant : ce couple a des secrets</title>
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        <published>2013-06-19T11:37:32+02:00</published>
        <updated>2013-06-19T19:07:28+02:00</updated>
        <summary>Il y a des secrets à lever partout.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Le Monde est très remarquable ces derniers temps. Explosif et/ou stimulant.</p>

<p>Les articles de Gérard Davet et de Fabrice Lhomme sur l'affaire Tapie-Lagarde-Guéant-Sarkozy. L'analyse de Gérard Courtois sur "les plafonds de verre du Front national". L'interview infiniment éclairante du politologue Laurent Bouvet sur le FN, les partis traditionnels, les élites et le peuple.</p>

<p>Il y avait là de quoi offrir la matière pour plusieurs billets.</p>

<p>Mais je lis que Claude Guéant serait le seul à pouvoir empêcher le retour de Nicolas Sarkozy parce qu'il sait tout du quinquennat écoulé (express.fr).</p>

<p>Comment résister à ce sujet sur les secrets de ce couple qui semble doucement, dangereusement se déliter ? L'un n'ignore pas ce qu'il a permis à l'autre. L'autre, pour l'instant, est muet sur ce qu'il a accepté d'accomplir pour l'un.</p>

<p>L'évolution sera intéressante à observer avec les péripéties judiciaires qui vont sans doute à très brève échéance concerner Claude Guéant et ce qui depuis un an fait remonter à la surface démocratique, des tréfonds de la présidence de Nicolas Sarkozy, une vase obscure et trouble.</p>

<p>Ce qui me passionne pour Claude Guéant, sans prétendre préjuger et accabler encore davantage un homme qui est politiquement et amicalement abandonné aujourd'hui à hauteur du pouvoir quasi absolu qu'il avait hier, tient à la psychologie de cette personnalité, à ses glissements et, en définitive, à ce qui paraît avoir fait d'un roide haut fonctionnaire et d'un irréprochable honnête homme un serviteur de coups tordus et d'indélicatesses surprenantes.</p>

<p>Certes, à chaque fois, Claude Guéant, dans la phase où il parlait trop parce qu'il désirait donner l'impression de n'avoir rien à cacher, nous a promis des explications limpides sur l'équivoque de certaines opérations mais pour l'instant il nous condamne à des interprétations.</p>

<p>Pour Nicolas Sarkozy, il est facile de percevoir comment il devait considérer Claude Guéant. Le fréquent "allez voir Claude" que l'ancien président proférait à tout-va était aussi bien l'expression d'une confiance absolue que la volonté, en distinguant la tête et les jambes, la grande scène républicaine des coulisses malodorantes, de manifester qui dominait et qui devrait sans cesse se salir les mains. Nicolas Sarkozy, parce que narcissiquement il jouissait de son importance et de sa maîtrise sur les autres - comme il aurait été au comble de l'allégresse s'il avait reçu le projet de lettre de Christine Lagarde, servile, immature, puéril ! -, avait besoin de faire sentir sur ses proches, et Claude Guéant le premier, l'étendue d'un empire qui ne s'assignait aucune limite.</p>

<p>Il fallait que Claude Guéant disposât, à son niveau subordonné, des pleins pouvoirs délégués pour lui faire accepter ses missions à risques, ses entreprises à dissimuler et tout ce que la République irréprochable promise en 2007 aurait rejeté si elle avait connu l'ombre d'un commencement d'exécution. Il convenait qu'il eût au moins son vertige des grandeurs à lui.</p>

<p>Claude Guéant me touche parce qu'il s'inscrit dans la liste, et au premier chef, de ceux que Nicolas Sarkozy a pollués à force de les solliciter. Je suis frappé de constater que pour lui, comme pour Philippe Courroye par exemple, l'ancien président les a entraînés sur des chemins qui ont dégradé compétence, intelligence et rigueur en dépendance, vanité et transgressions. </p>

<p>Un rapport de l'Inspection des services judiciaires vient d'établir que la gestion du parquet de Nanterre  par le procureur Courroye a été catastrophique, ce qui, d'une certaine manière, est rassurant. Si en plus la soumission judiciaire au politique avait permis l'efficacité, on n'aurait plus trouvé le moindre motif pour dénoncer la première ! Il y a une morale : on ne ne peut pas servir deux maîtres à la fois, le président et la Justice. Il faut, il fallait choisir.</p>

<p>Comment Claude Guéant aurait-il pu résister à cette ivresse d'une responsabilité qui faisait de lui l'homme de confiance, des hautes comme des basses oeuvres, le collaborateur irremplaçable ? Alors, probablement, on aboutit vite à cette certitude que les avantages qu'on s'octroie, qu'on vous octroie ne sont pas des récompenses imméritées mais la juste consécration d'un talent exceptionnel. Plus rien n'est immoral puisque profondément tout vous est dû.</p>

<p>Y a-t-il eu, chez Claude Guéant, d'autres fêlures intimes, des dérives liées à des chagrins lourds, le sentiment qu'on pouvait tout se permettre parce qu'un être vous manquant rendait le monde moins éclatant, moins manichéen et que n'étant plus regardé par une personne infiniment chère, plus rien n'était susceptible de vous maintenir dans l'allure et l'intégrité ?</p>

<p>Je ne sais. Ce qui est sûr en revanche tient à la fragilité, dorénavant, du couple Sarkozy-Guéant. Il a été rapporté que l'ancien président, notamment à cause du scandale des primes prélevées sur les frais d'enquête, voulait faire porter le chapeau de tout à Claude Guéant qui lui-même s'est plaint de médias qui ne comprenaient pas que rien ne pouvait se faire sans l'aval du ministre de l'Intérieur ou du président de la République. Des amis de Guéant - il lui en reste - le dissuadent de devenir le Juppé de Sarkozy et de se taire avec masochisme et fidélité comme le premier l'a fait avec Jacques Chirac. Qui peut dire actuellement ce qui se passe dans le crâne et le coeur de Guéant qui attendait du soutien et ne l'a pas eu, qui espérait de l'UMP, de tous ceux qui avaient tremblé devant lui et de Nicolas Sarkozy lui-même une sollicitude et une solidarité qui lui font défaut clairement aujourd'hui ?</p>

<p>Claude Guéant va-t-il révéler tout ce que durant cinq ans on lui a commandé, tout ce qu'il a accompli, en France ou hors de notre pays ? Son ressentiment, son sentiment d'injustice pourraient-ils le pousser vers une politique du pire en le conduisant à détruire et à brûler ce qu'il a adoré parce que son inspirateur, son maître a rompu le pacte ?</p>

<p>Que la gauche ne se réjouisse pas trop de ce qui, pour l'instant, affecte gravement la droite. L'élection de Villeneuve-sur-Lot, n'en déplaise au président Hollande, ne tient pas qu'à l'affaire Cahuzac et pourrait se révéler comme le prélude à une France tellement dégoûtée et désorientée que le FN lui apparaîtrait comme une boussole acceptable.</p>

<p>Même si cette élection était motivée par le rejet et le refus, par les effluves encore trop dévastateurs de la corruption de Cahuzac, qui pourrait donner des leçons d'intégrité en étant plausible ?</p>

<p>Pas le président en tout cas qui a maintenu Stéphane Richard à son poste en toute absurdité judiciaire, professionnelle et démocratique.</p>

<p>Il y a des secrets à lever partout.</p></div>
</content>



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        <title>Robert Ménard : celui qu'il faut détester</title>
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        <published>2013-06-17T08:00:00+02:00</published>
        <updated>2013-06-19T17:20:20+02:00</updated>
        <summary>Je ne me fais pas d'illusion. Je crains que Robert Ménard soit sans cesse, pour les raisons que j'ai dites, l'homme qu'il faut détester.

Ses succès seront intolérables. Ses échecs bienheureux.</summary>
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Robert Ménard est mon ami et j'éprouve comme le frisson voluptueux de me mettre en danger en le répétant.</p>

<p>Mais pas de le mettre en danger, lui.</p>

<p>Car il est bien au-delà de cet univers familier.</p>

<p>A son encontre, en effet, il y a tant de haine, d'hostilités, de malveillances, tant de procès de principe que mon souci réside seulement dans une tentative modeste pour réduire, endiguer le flot de ces aigres, méchantes, continuelles insanités.</p>

<p>Robert Ménard va se présenter aux élections municipales de Béziers et avec sa liste qui ira du FN à la gauche, je suis persuadé qu'il aura une forte chance de remporter son pari en devenant maire de cette ville peuplée d'habitants qui, comme partout en France, veulent honnêteté, autorité et efficacité.</p>

<p>Robert Ménard, si cette nouvelle mission lui échoit, retrouvera ce pour quoi il a démontré qu'il était le plus fait : moins la parole que l'action. La vraie, l'utile, l'urgente, la nécessaire, la quotidienne. L'irrésistible.</p>

<p>Pourquoi tant d'acrimonie et de violence à son encontre ? A l'égard d'une personnalité qui n'a pas tant de pouvoir et d'influence qu'il faille les compenser par une vigilance critique de tous les instants. Il y a des haines faciles à expliquer, à justifier. Pour ma part, je n'en éprouve qu'une qu'il me serait aisé de faire comprendre. Pour prendre un autre exemple illustre, Bernard-Henri Lévy suscite autant d'inconditionnalité admirative que de frénésie négative et, sans prétendre approuver celle-ci, je suis certain qu'elle ne serait pas à court d'arguments fondés ou non. De la même manière que pour une Caroline Fourest (Le Monde).</p>

<p>Mais Robert Ménard est seul et, dans le champ démocratique, il ne s'est jamais mis en position de devoir être récusé pour un excès de puissance, une aura trop étouffante. Alors, pourquoi cette constante suspicion, ce mépris condescendant comme devant un phénomène de foire et non pas un citoyen à respecter, quoi qu'il pense et qu'il dise ?</p>

<p>Le déclic m'est sans doute venu lors d'une récente émission de ONPC de Laurent Ruquier où, comme si cela allait de soi, cet animateur toujours hilare de soi et de ses saillies et Renaud Revel se sont permis, évidemment sans contradiction, d'insulter Ménard avec la tranquille assurance de vindicatifs certains de n'être pas poursuivis par ce dernier. Sur le même registre, Ruquier et Revel évoquaient la honte, pour l'ancien président de Reporters sans Frontières, de conduire une telle liste à Béziers. Ce rapprochement n'était pas neutre et m'a ouvert l'esprit.</p>

<p>Robert Ménard, comme président de RSF, par son action inlassable et internationale, ses provocations bienfaisantes dont la finalité était toujours de sauvegarde et d'assistance pour les journalistes en danger, s'était acquis une réputation au sens propre indiscutable et ce qu'il pensait ne comptait pas, ou infiniment moins, que les entreprises qu'il mettait en oeuvre au service des autres, ses confrères, ses amis, ses adversaires, la communauté de ceux qui risquaient la prison, leur vie, pour le bien le plus précieux selon Ménard : la liberté, leur liberté d'expression. </p>

<p>Ménard intouchable, une icône. Parfois trop audacieux pour certains, trop agité et impulsif pour d'autres. Mais, dans l'ensemble, respect pour l'homme, le héraut et le défenseur. Pour le personnage emblématique. Pas de gauche sans doute, et c'était regrettable, mais à ses origines, tout de même, il avait fait dans l'extrême gauche, comme tout un chacun journaliste, et, surtout, évidemment pas de droite .</p>

<p>La suite a fait apparaître non pas un autre Ménard - il était déjà présent à RSF mais n'exploitait, dans cette formidable entreprise, que l'exigence d'une universelle solidarité dont il était habité. L'idéologie, la droite, la gauche n'étaient pas son obsession. C'était sauver parce qu'il le fallait et faire libérer au nom de la justice.</p>

<p>L'autre Ménard - pour les journalistes ébahis - continuait à n'avoir peur de rien. Libre, imprévisible, indépendant, inclassable, imprudent, obsédé par la liberté d'expression des autres, férocement attaché à la sienne, répudiant entraves, limites et bienséances de nature à altérer la sincérité et la spontanéité de l'être, inapte aux prudences et au conformisme médiatiques, osant approuver la peine de mort pour certains criminels, adhérant à des positions du FN en matière de sécurité sans être le moins du monde affilié à ce parti, faisant par ailleurs, sur d'autres plans, des choix et ayant des orientations aux antipodes de la droite classique, irréductible, parfois dépassé par sa parole et sa passion, singulier. Atypique. Une nature. Une intelligence, un esprit sans frontières.</p>

<p>Je perçois, dans cette découverte stupéfiée de Ménard par les médias, la cause fondamentale du processus de démolition dont il a été l'objet mais auquel il a su résister victorieusement.</p>

<p>A la fois, il a donné mauvaise conscience aux journalistes de tous bords qui n'ont pu s'empêcher, malgré les apparences, d'envier une personnalité qui manifestait avec force tout ce dont ils se privaient. Cette liberté, ils n'ont pas cessé de la jalouser. Comme ils étaient incapables d'en user pour eux-mêmes, ils se sont consolés en maltraitant celui qui la vantait et l'incarnait.</p>

<p>Et il a démontré, honte indélébile, que ce président de RSF, qui l'avait bien dissimulé parce qu'il n'avait pas besoin de le révéler, avait eu sans doute, dans ses tréfonds, une part substantielle de droite. Une incongruité pour "journalistes de tous les pays, unissez-vous"!</p>

<p>Bien sûr, Robert Ménard, dans ses prestations radiophoniques ou télévisuelles, s'est trouvé quelquefois en posture de "surchauffe", d'outrance, d'exaltation mais, à titre personnel, je peux témoigner qu'il est celui qui m'a le plus pressé et bousculé au sujet de mon livre sur Brasillach. Par ailleurs, quelle personnalité de caractère supporterait notamment, sans réagir, le questionnement partial et ironique d'une Pascale Clark ? Je pardonne beaucoup aux excès inévitables de la sincérité.</p>

<p>En réalité, Robert Ménard a perçu que son avenir et son talent n'étaient pas accordés à cet univers médiatique même si celui-ci l'a aidé à le comprendre. Profondément doué pour l'action, ayant la passion du service des autres, intolérant à l'injustice et à la misère, haïssant clivages, fractures et communautarisme, tout sauf fasciste, partisan inconditionnel du dialogue, il trouvera, je l'espère, dans la conquête de Béziers puis comme maire, de quoi exprimer sa vision originale de la politique.</p>

<p>Le FN n'a rien exigé de lui. Si demain Robert Ménard accomplit des actes et prend des mesures dont la tonalité est celle de ce parti, ils seront les siens parce qu'il les aura toujours voulus. Mais il aura intérêt à avoir près de lui un génie de la communication pour que son anticipation permanente soit expliquée et acceptée. Qu'on ne lui prête pas les décisions du FN quand il en aura été l'inspirateur.</p>

<p>Ce conseil municipal composé de l'extrême droite à la gauche, on peut s'en moquer, et de son pluralisme ostensible. Mais si cela fonctionnait contre toute attente ?</p>

<p>Robert Ménard s'inscrit dans un espace politique où le FN doit être maîtrisé mais non ostracisé. D'aucuns lui reprochent ce péché mortel, selon eux, contre la démocratie : oser coexister, au sein d'une équipe municipale, avec des membres du FN. Je ne doute pas qu'il est conscient de l'influence de cette position, de cette opposition moins politique que morale sans qu'on sache toujours très bien de quoi empiriquement serait faite cette immoralité. Il y est attentif et il répondra à ses adversaires intransigeants, absolus.</p>

<p>Je ne me fais pas d'illusion. Je crains que Robert Ménard soit sans cesse, pour les raisons que j'ai dites, l'homme qu'il faut détester.</p>

<p>Ses succès seront intolérables. Ses échecs bienheureux.</p></div>
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        <title>Jamel Debbouze a-t-il eu tort ?</title>
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        <published>2013-06-15T10:00:20+02:00</published>
        <updated>2013-06-15T10:39:16+02:00</updated>
        <summary>Nicolas Sarkozy n'est pas Joe Dalton car il est bien réel.

Jamel Debbouze n'a pas eu totalement tort et si, en effet, il n'y avait pas de quoi, pour lui, à être "super fier", il peut au moins se targuer d'une lucidité pour hier et utile pour demain.</summary>
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>A l'occasion de la remise du prix de l'Audace créatrice à l'Elysée, Jamel Debbouze, président du jury, a, devant l'assistance et en présence de François Hollande, notamment déclaré ceci :" J'en profite pour vous dire que la France c'est mieux à vivre sous votre présidence, Monsieur le Président, c'est mieux que sous votre prédécesseur Joe Dalton, il était quand même très énervé, le pauvre..." (20 minutes, nouvelobs.com, lepoint.fr).</p>

<p>François Hollande a eu un sourire vite réprimé.</p>

<p>Puis, après cet épisode apparemment dérisoire mais qui prête cependant à réfléchir sur la bonne attitude à adopter en démocratie, une multitude de réactions en majorité hostiles à l'humoriste.</p>

<p>Faut-il le défendre ?</p>

<p>Je n'irais pas jusqu'à soutenir, pour continuer dans la provocation, que la comparaison n'est pas flatteuse pour Joe Dalton.</p>

<p>Même pour quelqu'un qui n'est pas familier de Lucky Luke, il est évident que la boutade de Jamel Debbouze est offensante à l'égard de Nicolas Sarkozy puisqu'elle fait référence, d'une manière moins drôlatique qu'humiliante, à son apparence physique et à sa taille, ce qui, pour la tradition française, est généralement considéré comme indélicat même si, durant son quinquennat, Nicolas Sarkozy n'a pas cessé d'être moqué sur ce plan.</p>

<p>A la fois par détestation mais aussi parce qu'il a tenté, souvent par des procédés ridicules, de faire oublier cette donnée de nature chez lui et qu'ainsi il l'a, au contraire, encore plus mise en évidence.</p>

<p>Jamel Debbouze a sans doute été vivement critiqué non seulement en raison de ce trait trop personnel mais parce que beaucoup se souvenaient de sa complicité décontractée avec Nicolas Sarkozy, souvent manifestée lors des matchs au Parc des princes. Son propos de l'Elysée a pu apparaître, alors, comme une trahison, un oubli de la chaleur d'hier au profit du Pouvoir d'aujourd'hui.</p>

<p>Peut-être convient-il de ne pas accabler Jamel Debbouze dont le parcours, depuis quelques années, est marqué par un humanisme vrai et sincère qui s'ajoute à un talent reconnu par tous.</p>

<p>D'abord - c'est mon point de vue et je serais probablement contredit par les inconditionnels de son prédécesseur - François Hollande, en dépit de la fracture opérée par la loi sur le mariage pour tous, fait tout pour que son style, sa personnalité, son langage permettent, suscitent une France "mieux à vivre".</p>

<p>Ensuite, Nicolas Sarkozy n'a jamais brillé durant cinq ans par la qualité de son allure et la maîtrise de ses mots. Plusieurs dérapages graves ont choqué. On ne saurait donc s'étonner de la contagion qui a gangrené les appréciations de ceux qui le jugent. C'est la monnaie de sa pièce et la rançon d'une vulgarité que l'arrogance du pouvoir exacerbait.</p>

<p>Enfin, et surtout, Jamel Debbouze aurait été indéfendable si Nicolas Sarkozy, depuis le mai de mai 2012, avait tenu son engagement - comme s'il était capable d'en respecter un !- et s'était plié à une discrétion de bon aloi non contradictoire avec ses appétences financières. On aurait à juste titre imputé au comédien d'accabler l'infortune.</p>

<p>C'est le contraire qui s'est produit. Son impatience, sa certitude d'être le meilleur, son mépris pour les rivaux au sein de son propre camp, l'occultation de sa défaite, son ressentiment plus lié à sa vanité qu'au souci de la France et, en dernier lieu, sa posture gaulliste grotesque quand on compare les histoires, les personnalités et les situations le conduisent, sur un mode compulsif, à se prétendre toujours au centre du jeu et à nous épuiser avec un effacement superficiel mais des manipulations, une nouvelle ambition ostensible. Il veut revenir et que personne à droite ne vienne lui porter ombrage, discuter sa légitimité de vaincu revanchard.</p>

<p>Dans ces conditions, nous sommes fondés, Jamel Debbouze comme les autres citoyens, à le prendre au sérieux et à tenter de prévenir un retour qui remettrait la France et la République en état permanent de crise nerveuse.</p>

<p>A-t-on envie de revoir sur la scène démocratique, au plus haut niveau, tous ces parfaits honnêtes gens qui nous ont gouvernés - à commencer par leur chef - et qui ont si mal usé de notre adhésion en 2007 ?</p>

<p>Nicolas Sarkozy n'est pas Joe Dalton car il est bien réel.</p>

<p>Jamel Debbouze n'a pas eu totalement tort et si, en effet, il n'y avait pas de quoi, pour lui, à être "super fier", il peut au moins se targuer d'une lucidité pour hier et utile pour demain.</p></div>
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        <title>C'est Montebourg qui a raison !</title>
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        <published>2013-06-13T15:49:53+02:00</published>
        <updated>2013-06-14T01:59:27+02:00</updated>
        <summary>Arnaud Montebourg, après avoir été "recadré", a soutenu pour la façade qu'il avait été mal compris mais en petit comité il aurait lâché : "Je m'en fous".

Je l'approuve parce qu'il a raison.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Il y a des hasards à la fois tristes et heureux.</p>

<p>Au moment même où je commençais à rédiger ce billet, j'apprenais d'une source fiable que Christiane Taubira, invitée demain soir sur le plateau de Frédéric Taddéï, avait refusé la présence de Xavier Bébin au prétexte que le débat serait déséquilibré alors qu'elle aura auprès d'elle le magistrat Serge Portelli et mon ami Thierry Lévy qui ne la contrediront pas, ou si peu. On se souviendra que de la commission de consensus pour prévenir la récidive (sic !), déjà l'Institut pour la Justice avait été exclu : il est vrai qu'il ne représentait que de très nombreuses victimes.</p>

<p>Christiane Taubira est donc favorable à un pluralisme à condition qu'il soit de son avis. Si tout cela est exact, c'est une honte, petite certes, mais une honte indéniable.</p>

<p>Hasard heureux parce que ce post, approuvant Arnaud Montebourg dans son titre, me permet de rendre hommage sur un autre plan à ce dernier.Lui n'a jamais eu peur, comme ministre, d'aller s'affronter à des adversaires ou à des syndicalistes furieux, selon eux, d'avoir été trompés. Il ne serait pas non plus effrayé, dans l'espace médiatique, par la présence d'antagonistes de talent.</p>

<p>Il paraît que ce ministre à la forte, à l'éclatante personnalité aurait été "recadré" par le président de la République qui lui aurait reproché d'avoir demandé le départ du patron d'Orange, Stéphane Richard, s'il était mis en examen dans l'affaire Tapie (Le Monde, Le Parisien).</p>

<p>Stéphane Richard a été mis en examen pour escroquerie en bande organisée et pour ceux qui ont suivi depuis 2008 les péripéties procédurales de ce dossier scandaleux, cette étape était inévitable. Je ne méconnais pas ses fluctuations et revirements, à tout coup, du jour au lendemain, sa volonté d'apparaître seulement comme un technicien ainsi que sa présomption d'innocence mais, par exemple, Christine Lagarde elle-même a laissé entendre que, pour Pierre Estoup, Stéphane Richard l'avait rassurée en lui affirmant qu'il s'agissait d'une petite affaire et qu'elle était réglée ! Ce qui est renversant !</p>

<p>Arnaud Montebourg avait pris cette position au nom de l'exemplarité et elle n'était pas incompatible avec le fait que le sort de ce mis en examen pourrait évoluer à l'avenir dans un sens qui lui serait favorable. Il n'en demeure pas moins qu'une mise en examen pour un tel chef est forcément de nature à fragiliser une responsabilité professionnelle éminente et que le soutien d'Orange et des syndicats, s'il n'est pas négligeable évidemment, n'est pas de nature à créer ou à susciter une pureté factice.</p>

<p>Arnaud Montebourg, avec cet avertissement, rappelait au président Hollande les promesses du candidat et que devant de telles configurations - je songe aussi à celle impliquant Christine Lagarde - on ne finasse pas, on tire les conséquences d'une incrimination provisoire mais offensante et on adopte sur le plan politique une attitude cohérente par rapport au processus judiciaire. Faire partir Stéphane Richard, ce ne serait pas le condamner par avance mais entre un présent lourd et un avenir incertain, choisir la meilleure solution qui soit, d'attente, de précaution et de respect pour l'institution judiciaire.</p>

<p>Aussi bien pour Christine Lagarde que pour Stéphane Richard, quel étrange comportement que celui du Pouvoir venant de manière anticipée conforter des personnalités pourtant menacées judiciairement, et non pour des broutilles ! Pierre Moscovici allant même, par un soutien intempestif, jusqu'à influencer probablement les trois juges d'instruction de la commission compétente pour Christine Lagarde !</p>

<p>Ce qui me navre, pour ne pas user d'un terme plus direct, tient à cette manière socialiste de créer, après les mises en cause par la Justice, pour certains, un statut privilégié. Le problème ne se poserait pas si avec équité et généralité, toute mise en examen entraînait, pour chaque responsable concerné, les mêmes conséquences. Faute de cette rectitude, le message politique et démocratique transmis sera flou, controversé et nourrira en aval les pires soupçons s'ajoutant à ceux dévoilés par l'approche judiciaire en amont.</p>

<p>Il est clair, quand on constate le parcours à la fois brillant et composite d'un Stéphane Richard, la multitude de ses amis et alliés dans tous les camps, sa capacité d'influence, ses relations, les protections dont il a bénéficié ou bénéficie, sa proximité aussi bien avec Nicolas Sarkozy qu'avec François Hollande (Le Monde), que pour ne pas donner l'impression d'un favoritisme, mieux vaut trancher dans le sens que j'ai indiqué. D'autant plus que Jean-François Rocchi mis en examen notamment du même chef va, lui, démissionner de la sinécure qui lui avait été offerte, grâce à Jean-Louis Borloo, avec la présidence du service géologique de l'Etat (20 minutes, Mediapart).</p>

<p>Ces considérations sont également pertinentes pour une Christine Lagarde étrangement de plus en plus vantée au fur et à mesure que se rapprochait son échéance judiciaire. Les réalistes, pour Stéphane Richard comme pour elle, font valoir que la France aurait perdu de son crédit si elle avait quitté le FMI et qu'Orange serait déstabilisé si Stéphane Richard qui jouit d'un contraste facilement positif par rapport à son prédécesseur devait partir.</p>

<p>La rançon de cet empirisme est qu'elle tient pour rien alors la gravité des présomptions, pour un témoin assisté comme pour un mis en examen, et qu'elle semble situer la moralité publique dans une sphère sans lien aucun avec le plan professionnel, alors que l'une et l'autre méritent, exigent d'être liés. La justice pour tous impose le même traitement pour tous, dès lors que le champ public est concerné et la légitimité professionnelle forcément discutée, voire contestée.</p>

<p>Arnaud Montebourg, après avoir été "recadré", a soutenu pour la façade qu'il avait été mal compris mais en petit comité il aurait lâché : "Je m'en fous".</p>

<p>Je l'approuve parce qu'il a raison.</p></div>
</content>



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        <title>Georges Kiejman : le narcissisme des autres</title>
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        <published>2013-06-11T12:33:46+02:00</published>
        <updated>2013-06-11T17:36:38+02:00</updated>
        <summary>Pour Georges Kiejman, les autres ne sont pas l'enfer mais le remède.

Heureusement, il y a les juges.</summary>
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Dans le dernier remarquable Causeur, cette question cruciale est posée : qui jugera les juges ?</p>

<p>Au milieu de plusieurs contributions tentant de répondre à cette interrogation que la vigilance démocratique rend urgente, lancinante, surtout depuis le mois de mai 2012 où l'indépendance de la Justice est garantie au quotidien, un entretien en majesté avec Me Georges Kiejman par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely annoncé par cette affirmation péremptoire : "Le problème des juges, c'est le narcissisme", aggravée dans le corps du texte par l'ajout de l'adverbe "incroyablement".</p>

<p>Georges Kiejman, avec lequel j'ai toujours eu des relations cordiales quoique espacées, demeure l'un de nos derniers avocats mythiques qui, par l'extrême intelligence alliée à la splendeur incisive du verbe, a su marquer son territoire dans l'univers politique comme dans les espaces culturel et judiciaire.</p>

<p>Si je m'en tiens à l'approche superficielle seule permise à ceux qui n'ont jamais été des amis intimes, les ombres projetées sur la personnalité et les comportements de Me Kiejman ont été très ciblées, et peu nombreuses. D'aucuns lui reprochent d'avoir eu une attitude de flagornerie et de dépendance excessive avec François Mitterrand. Il n'aurait pas été très heureux ni performant comme ministre délégué auprès du garde des Sceaux Henri Nallet.</p>

<p>Pour ma part, je n'ai pas aimé la virulence de ses joutes avec Me Metzner qui certes la lui a bien rendue, ni l'aigreur indélicate de son hommage ambigu après le suicide de ce dernier. J'ai détesté son étrange et inopportune intervention dans Le Figaro contre le juge Gentil et la qualification juridique d'abus de faiblesse pour la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Pourquoi lui, si libre, a -t-il éprouvé le besoin de ce service commandé ?</p>

<p>C'est peu à sa charge. Pour un homme de son envergure et de son immense talent, on pourrait estimer que c'est trop. Avec tant de dons on se devrait, en effet, d'être bon en plus !</p>

<p>A l'évidence cela n'a jamais été le souci dominant de Georges Kiejman qui au fil des années s'est débarrassé de la pertinence pour se satisfaire de l'insolence.</p>

<p>L'entretien de Causeur nous le montre friand, et sans doute content de lui-même à cause de cette désinvolture même, de répliques de théâtre plus que de réponses de fond. Pourtant, certains thèmes sérieux sont abordés, notamment sur la politique pénale, les prisons, les peines plancher et les voies de recours, mais Georges Kiejman, avec une totale légèreté, une immaturité futile que paradoxalement il impute aux juges qualifiés de "grands enfants", presque une condescendance de grand seigneur dérangé pour rien, les évacue, les dénonce, les aborde ou les ridiculise d'un mot, d'une pique.</p>

<p>Il offre les saillies de son esprit, jamais la profondeur de sa pensée. Il est évidemment plus commode et facile de fuir grâce à une alacrité sommaire que de s'engager dans un débat qui exigerait bien plus de lui. A force, quand on a trop d'esprit, réfléchir vraiment devient presque insurmontable. Il y a une paresse à sortir de l'emporte-pièce.</p>

<p>Pour être aristocratique, le populisme, dans lequel tombe sans nuance Georges Kiejman, n'en devient pas moins insupportable.</p>

<p>Certes il est ancien pour ce qui concerne les journalistes car cet avocat brillant a toujours voulu soumettre la liberté d'expression à la loi pénale ordinaire, ce qui serait méconnaître la spécificité de cette délinquance immatérielle. Mais, pour les magistrats, même s'il donne une très belle définition du "bon juge" que son humanité distinguerait, il se permet cette outrance indigne de lui : "Beaucoup sont médiocres, certains franchement détestables. Et, avec ça, horriblement susceptibles!".</p>

<p>Je le rêverais aussi lucide et sévère à l'encontre de la masse des avocats mais manifestement le corporatisme et la solidarité réflexe ne sont pas le seul apanage des magistrats.</p>

<p>Mais je voudrais conclure sur ce narcissisme - admiration de soi, attention exclusive portée à soi-même, nous signifie le dictionnaire - qui serait "le problème des juges". Quel manque d'imagination alors que tant de défauts pourraient être plus légitimement reprochés aux magistrats au singulier ou en bloc à cause de certaines de leurs pratiques ou de leur déplorable esprit de corps ! Mais le narcissisme, pas vraiment, car il y a dans cette exagération de soi comme une conscience, une puissance, un orgueil qui malheureusement ne sont pas consubstantiels aux juges. Plutôt, comme souvent pour la psychologie humaine, Georges Kiejman pourfend chez les autres ce qu'il sent en lui, le risque de chaque seconde qu'il devine dans son être profond. Narcissique lui-même, il s'en libère en le prêtant à autrui.</p>

<p>De la même manière que j'abuse de l'accusation de médiocrité parce que trop souvent je me suis pris à succomber sous le poids de trop de réactions médiocres et à m'en soulager ainsi.</p>

<p>Pour Georges Kiejman, les autres ne sont pas l'enfer mais le remède.</p>

<p>Heureusement, il y a les juges.</p></div>
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        <title>Fillon a une bonne droite</title>
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        <published>2013-06-09T12:00:00+02:00</published>
        <updated>2013-06-09T14:06:15+02:00</updated>
        <summary>Tous ceux qui ont été des téléspectateurs attentifs de Des paroles et Des actes, partisans de Fillon, indécis ou adversaires, ont unanimement salué la mue qui s'était opérée sous nos yeux. François Fillon, solidaire mais pas enfermé, a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy et s'est enfin découvert, détaché de la part dépendante et frileuse de lui-même.

Le collaborateur se vengera.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Le collaborateur s'est rebiffé.</p>

<p>François Fillon, quoi qu'il arrive, sera candidat à la Primaire UMP de 2016 pour tenter de s'ouvrir le chemin de la présidence de la République en 2017.</p>

<p>On ne se moque plus de celui dont on se gaussait, du falot, de l'effacé, du vélléitaire Fillon. A Des paroles et Des actes (France 2), dans un registre rassurant, tranquille, parfois ironique devant certaines questions peu pertinentes ou superficielles, il a crevé l'écran. Réussite médiatique d'autant plus spectaculaire que ses analyses, ses subtiles provocations et son projet, loin d'être altérés, étaient au contraire mis en évidence grâce à la parole sereine qui les proférait.</p>

<p>François Fillon a déclaré qu'il n'aspirait pas à devenir président "par envie" mais "par devoir" parce que la crise qui affectait notre pays était d'une gravité exceptionnelle et qu'elle allait durer.</p>

<p>Le piquant - je ne crois pas que la répétition ait été due au hasard - tient à l'attitude ostensiblement calculée, lourde à force d'être répétée, de Nicolas Sarkozy cherchant à nous persuader qu'un jour son retour serait nécessaire et que "par devoir", il accepterait cette charge. S'il ne s'agissait pas de la France et de son avenir, cette tactique cousue de ressentiment revanchard, singeant De Gaulle sans la substance qui va avec, serait seulement risible.</p>

<p>François Fillon, sans sembler gêné par le quinquennat dont il avait été le Premier ministre, a exposé ses idées, sa vision de la politique et les mesures qu'il mettrait en oeuvre à partir du moment où il serait le seul maître à bord, le chef de l'Etat. Il n'est pas interdit de s'assigner une ultime ambition.</p>

<p>Il a invoqué, tout naturellement, son désir, après avoir servi Nicolas Sarkozy, de communiquer directement avec les citoyens, de faire connaître les axes de sa future action et la personnalité présidentielle qui serait la sienne. Il a précisé - ceci est capital - que 2017 ne serait pas la revanche de 2012 mais représenterait, pour notre pays, une page nouvelle adaptée à l'état de la France, de l'Europe et du monde.</p>

<p>Le vice de cette émission qui pourrait être remarquable, parce que son principe et ses séquences sont excellents, tient à mon sens à la faiblesse des questionnements.  A l'exception de François Lenglet qui, malgré ses tableaux, parvient tout de même à dialoguer et à presser, rien de décisif ne sort jamais des interventions de David Pujadas - "on en reparlera" répété  sans mesure - et de Jeff Wittenberg qui regarde sans cesse par le petit bout de la lorgnette le petit bout de la lorgnette.</p>

<p>On en était à attendre avec impatience la confrontation entre le ministre Cazeneuve choisi par Matignon pour ce débat et François Fillon. Le premier est sans doute compétent mais très bavard. Il a quelque chose de Cahuzac, évidemment en plus moral, moins percutant, avec un côté "bon élève appliqué" un tantinet ennuyeux. François Fillon, sans le prendre de haut, n'a tout de même pas pris sa contradiction au tragique. Il n'y avait d'ailleurs pas de quoi, en effet.</p>

<p>Tout au long Des paroles et Des actes, j'ai patienté, espéré. A bien considérer le passé de François Fillon et son ambition d'aujourd'hui, il n'y avait au fond qu'une seule question, mais fondamentale, à lui poser. François Fillon s'étant affirmé solidaire de la politique de Nicolas Sarkozy, il convenait de l'interroger alors sur la manière dont il compterait s'y prendre pour allier sa fidélité à son inévitable opposition à Sarkozy, puisque ce dernier sera motivé par sa volonté de revanche mais aussi par l'obsession de renvoyer Fillon à son statut de loser et d'homme sans caractère. Le crime de lèse Sarkozy ne pourra demeurer impuni.</p>

<p>Comment l'ancien Premier ministre, dès lors que la compétition le mettra forcément aux prises avec Nicolas Sarkozy, parviendra-t-il à se frayer une voie intelligente et comprise entre ce qu'il a été et validé et ce qu'il se propose d'accomplir pour demain ? Il a dû réfléchir à cette configuration et considéré qu'il fallait d'abord, sans illusion, rappeler à Sarkozy ses promesses de vaincu puis, si elles étaient oubliées, tenter sa chance contre lui redevenu citoyen ordinaire. Plus du tout statue du Commandeur puisqu'un Commandeur défait n'est et n'a plus de statue, pas davantage "lapin Duracel" agité en permanence, mais un homme dont peut-être on se sera lassé avec son style, sa suffisance, son incoercible besoin de se remettre en piste et d'entraver donc le destin politique des plus plausibles de ses rivaux. François Fillon s'est déclaré si tôt parce que, faute de véritable inventaire, il n'y avait pas d'autre moyen pour faire bouger les lignes et empêcher le ronron d'une machine au seul service de Sarkozy par l'entremise de Copé.</p>

<p>Ce dont François Fillon est sûr concerne en tout cas les limites de ne nous offrir comme perspective que le bonheur démocratique de nous savoir dirigés par une nature et un tempérament respectables. Fillon sait bien que pour 2016 comme pour 2017, il devra convaincre bien au-delà du fait qu'il n'est pas, et heureusement, Sarkozy.</p>

<p>Les oiseaux de mauvais augure, surtout les prétendus spécialistes et analystes qui gravitent autour de l'ancien président stimulés, il est vrai, par celui-ci tellement empli de soi qu'il n'imagine pas pouvoir, au sein de son propre camp, être combattu, tournent en dérision François Fillon qui n'aurait pas stature de ce à quoi il prétend. Patrick Buisson s'y met à son tour et voit dans le populisme chrétien des opposants au mariage gay la continuation de la lutte pour "les valeurs" de Nicolas Sarkozy qui serait seul recours. On cauchemarde quand on entend évoquer les valeurs ( sans doute au sens propre!) de notre ancien président et de notre conférencier "bancaire".</p>

<p>Buisson, conseiller de moins en moins dans l'ombre, la Droite forte et les adeptes de Sarkozy oublient que cette dernière marche, pour Fillon, sera probablement, par son caractère décisif et sans rattrapage possible, l'opportunité de révéler qui il est vraiment, son intelligence, sa force et, sous une apparente froideur, la flamme de son orgueil et son obsession de poser les bases d'une droite honorable, à la fois consciente des errements d'hier et désireuse de sortir d'une personnalisation vulgaire et à la longue destructrice.</p>

<p>Au fond, cette droite d'avenir ressemblera à un centrisme mais qui serait opératoire et fiable. Un état d'esprit dans une structure organisée et classique. Fillon sera peut-être, par certains côtés, un Bayrou mais qui aurait des troupes, des alliés, un parti et donc toute chance pour, conciliant morale, compétence et vérité, gagner demain (Le Parisien, Le Monde).</p>

<p>Il serait d'autant plus impudent et imprudent de prendre le futur de François Fillon à la légère qu'en dehors d'une majorité de militants UMP encore fixés mécaniquement sur Sarkozy, les sympathisants de droite, les électeurs n'ayant voté pour François Hollande que pour favoriser la retraite de son prédécesseur, les tenants d'un libéralisme civilisé, toute une France profondément hostile même à une social démocratie tiède, ont choisi de privilégier l'avenir et ses chances plus que le vaincu et son passé. François Fillon donc plus que Nicolas Sarkozy. Le second n'est pas crédible en sauveur- une expérience a suffi- quand le premier n'a jamais été en position de donner sa pleine mesure. Avoir été sous les ordres de Sarkozy ne disqualifie pas Fillon pour espérer présider mieux que lui. Il saura au moins ce qu'il ne faudra absolument pas accomplir ni être.</p>

<p>Si Fillon gagne la primaire UMP de 2016, sa position infiniment claire et nette sur le FN, loin de lui faire perdre du crédit, évitera de donner un lustre supplémentaire à ce parti que le socialisme maladroit ou se croyant trop habile ne cesse pas d'amplifier. Sarkozy, pour sa part, s'il l'avait brillamment étouffé en 2007, lui a en 2012, par un déplorable opportunisme, insufflé une vigueur redoutable en puisant dans son vivier.</p>

<p>Tous ceux qui ont été des téléspectateurs attentifs de Des paroles et Des actes, partisans de Fillon, indécis ou adversaires, ont unanimement salué la mue qui s'était opérée sous nos yeux et qui n'a pas d'autre alternative que d'aller au terme. François Fillon, solidaire mais pas enfermé, a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy et s'est enfin découvert, détaché de la part dépendante et frileuse de lui-même.</p>

<p>Le collaborateur se vengera.</p></div>
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        <title>Les doux de l'extrême gauche ?</title>
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        <published>2013-06-07T13:20:50+02:00</published>
        <updated>2013-06-11T18:04:30+02:00</updated>
        <summary>J'avais l'intention de poursuivre ce billet par l'analyse d'un événement enfin positif pour la droite que beaucoup espèrent : l'intervention de François Fillon sur France 2. Puis, en cours de rédaction, j'ai compris que je devais garder ce projet sous l'esprit et ne pas le mêler à cette tragédie qui est la conséquence de la lutte permanente entre des factions violences et haineuses dont l'une, à cause de l'un de ses membres, est impliquée dans un crime.</summary>
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>François Hollande a déjà perdu son pari noble et fondamental qui était de rassembler, de pacifier la France. Le pays est non seulement en miettes mais déchiré.</p>

<p>Je ne fais pas seulement référence au mariage pour tous qui a vu se dresser contre lui une multitude de manifestants, de citoyens parmi lesquels quelques groupes n'ayant pour obsession que de semer le désordre, la violence et de se "payer du flic".</p>

<p>Clément Méric est mort dans la soirée de mercredi rue Caumartin à Paris. Immédiatement le ministre de l'Intérieur a mis l'extrême droite en cause en affirmant sa volonté de dissoudre les groupuscules nationalistes. La police a mené une enquête d'une remarquable efficacité, même si les circonstances du crime et ses mobiles, selon elle qui a fait preuve heureusement de beaucoup plus de circonspection que nos politiques démagogues et précipités, demeurent encore imprécis.</p>

<p>Quatre personnes ont été interpellées puis trois autres. Apparemment un noyau dur d'une vingtaine de skins des Jeunes Nationalistes Révolutionnaires. Manifestations nombreuses à Paris en mémoire de la jeune victime. Un mélange d'émotion et, étrangement, de haine pour tout ce qui n'était pas ces mouvances antifascistes. NKM honteusement chassée alors qu'elle désirait participer à cet hommage collectif. Des jeunes gens en noir, le crâne rasé, un visage masqué.</p>

<p>A l'évidence ils ressemblaient, dans leur apparence et avec leur accoutrement, à leurs adversaires d'extrême droite et il est permis de penser qu'au-delà de leur idéologie antagoniste, la malfaisance criminelle a frappé, par un terrible hasard, au sein des nationalistes alors qu'elle aurait pu affecter les antifachos.</p>

<p>Clément Méric, très bon élève paraît-il, antifasciste, anticapitaliste, anti-homophobie - d'où sans sans doute les amalgames grotesques d'un Pierre Bergé ! -, faisant du terrain, du renseignement, de l'agit prop, adepte de ce slogan "pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos", recherchait, avec les militants proches de lui, la confrontation avec ceux de l'extrême droite et manifestait une volonté permanente d'en découdre (lepoint.fr) Le drame est que leur similitude les faisait fréquenter les mêmes ventes privées de vêtements et c'est ainsi d'ailleurs que la rue Caumartin piétonne les a réunis si on peut dire.</p>

<p>Ce portrait, sans altérer son image, montre tout de même qu'il ne s'agissait pas d'un agneau d'extrême gauche égaré dans un monde de loups d'extrême droite même si évidemment, avec le pouvoir socialiste, son indulgence partisane et le président qui est intervenu pour condamner, il y a une présomption de douceur et de pureté qui est octroyée à la violence antifasciste (où est le fascisme d'ailleurs ?).</p>

<p>Plus le Front de gauche et sa mouvance est politiquement réduite à presque rien, plus il convient de donner des gages à la frénésie sociétale et idéologique. Il est dangereux pour un Etat de donner si peu que ce soit, par la rapidité imprudente et sectaire de ses appréciations et la volupté que l'on devine dans l'expression de ses partialités, l'impression qu'il y a des désordres et des violences légitimes et d'autres forcément injustifiables, toujours scandaleux.</p>

<p>"Selon des témoins, le jeune homme reçoit un violent coup de poing. Il chute et sa tête heurte un poteau. Il perd connaissance et ne se réveillera pas "(Le Monde). Si cette version est confirmée, elle validera l'aveu de l'auteur du coup qui a déclaré cependant n'avoir pas eu l'intention de tuer. Il invoquerait, avec les autres appréhendés, la légitime défense (20 minutes). </p>

<p>Combien de fois aux assises ai-je été confronté à des accusés initialement renvoyés pour meurtre et condamnés en définitive pour des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ! Il est possible qu'avec la mort de Clément Méric nous soyons dans une telle configuration.</p>

<p>J'avais l'intention de poursuivre ce billet par l'analyse d'un événement enfin positif pour la droite que beaucoup espèrent : l'intervention de François Fillon sur France 2. Puis, en cours de rédaction, j'ai compris que je devais garder ce projet sous l'esprit et ne pas le mêler à cette tragédie qui est la conséquence de la lutte permanente entre des factions violentes et haineuses dont l'une, à cause de l'un de ses membres, est impliquée dans un crime.</p>

<p>Et l'autre confrontée à la mort d'un camarade et à la douleur de sa perte.</p></div>
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        <title>Le court d'amour</title>
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        <published>2013-06-06T08:00:00+02:00</published>
        <updated>2013-06-06T09:00:13+02:00</updated>
        <summary>Mais le déclic, quand le hasard vous confronte à l'inconnu et que sur un mode fulgurant tout s'écrit et que c'est doux ou amer, est ce qui ne cesse pas de m'agiter. Nos amitiés tiennent donc à si peu qu'elles sont d'abord dépendantes de nos subjectivités fragiles et de l'arbitraire de notre regard.

Je comprends Gilles Simon qui s'est plaint d'avoir été moins encouragé et applaudi que Federer. </summary>
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Pourquoi, lors de son match contre Gilles Simon pourtant vaillant et talentueux jusqu'au bout, Roger Federer a-t-il été plus soutenu que le Français par une large partie du public (France 2, l'Equipe) ?</p>

<p>Pourquoi Jo-Wilfried Tsonga, dominateur en trois sets, a-t-il bénéficié, tout au long, d'un enthousiasme collectif faisant pâlir l'étoile du même Federer ?</p>

<p>Sans méconnaître le plan sportif, la victoire de Tsonga et la défaite de Simon, je suis persuadé que des ressorts plus subtils, impalpables et diffus entrent en jeu pour susciter une sympathie immédiate ou, au contraire, créer une légère distance, comme un retrait.</p>

<p>Au-delà de ces trois joueurs de tennis dont l'un, je l'espère, se retrouvera peut-être en finale à Roland Garros, il me semble que la relation humaine est passionnante qui, sans qu'on sache pourquoi la plupart du temps parce qu'on se contente de vivre l'évidence de l'instant, positive ou négative, vous rend d'emblée proche d'autrui, d'un visage, d'une personnalité, d'une attitude ou, à rebours, rétif face à l'intrusion de cet être là précisément dans votre espace vital. </p>

<p>Pourquoi cette certitude instantanée que ce sera lui parce que c'est moi, ce déplaisir net que ce ne sera pas lui parce que c'est moi aussi ? </p>

<p>Pour Federer et Tsonga, je devine bien ce qui, chez le spectateur, inspire un mouvement en leur faveur. Leur apparence physique, leur manière d'être, l'aisance avec laquelle ils s'inscrivent dans le monde qui les entoure ne donnent jamais à leur personnalité un tour abrupt, sombre, déplaisant. Ce n'est pas toujours le cas de Simon qui mène souvent une lutte difficile contre lui-même et, de ce fait, est susceptible d'offrir à ceux qui le regardent une face tourmentée, mécontente. D'un côté deux personnes qui paraissent avoir un lien naturel avec le bonheur. De l'autre un être qui, pour intelligent et gentil qu'il soit, est assez volontiers râleur, frondeur et met sans doute mal à l'aise parce qu'il l'est sur le court, pas seulement quand il perd.</p>

<p>Comme il existait des cours d'amour, il y a le court d'amour.</p>

<p>Que chacun songe à sa propre expérience d'autrui. Avant même le premier mot, dès la vision de la totalité qu'est une personne, dans la manière silencieuse mais chaleureuse, mobile, en élan qu'elle a de vous accueillir, on sent la victoire proche. On sera accordé à elle. Ce n'est pas l'apparence physique qui est déterminante ni l'habillement. C'est le regard, c'est, en une seconde, un message silencieux qui vous est transmis et signifie que cet homme, cette femme ne se croient pas supérieurs à ce que vous êtes - pas l'ombre d'un sentiment de supériorité dans ce contact fugace où une amitié se décide alors qu'une hostilité peut naître sur-le-champ parce qu'il n'est pas nécessaire d'entendre une parole pour fuir le langage implicite d'une vanité, d'une arrogance ou d'un hautain désir de solitude.</p>

<p>Cette analyse est trop sommaire. Déterminer pourquoi cette rencontre a ouvert des portes et telle autre fermé des issues exigerait beaucoup plus.</p>

<p>Ensuite, évidemment, tout devient plus commode, plus limpide. Les idées s'échangent, les sentiments se manifestent, nous entrons de plain-pied dans l'existence de l'autre.</p>

<p>Mais le déclic, quand le hasard vous confronte à l'inconnu et que sur un mode fulgurant tout s'écrit et que c'est doux ou amer, est ce qui ne cesse pas de m'agiter. Nos amitiés tiennent donc à si peu qu'elles sont d'abord dépendantes de nos subjectivités fragiles et de l'arbitraire de notre regard.</p>

<p>Je comprends Gilles Simon qui s'est plaint d'avoir été moins encouragé et applaudi que Federer. </p></div>
</content>



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        <title>Drôle de genre à la Chancellerie</title>
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        <published>2013-06-04T08:00:00+02:00</published>
        <updated>2013-06-03T15:30:30+02:00</updated>
        <summary>Ce "drôle de genre" à la Chancellerie est une catastrophe. On n'a pas mieux à penser, à réparer et à accomplir ?</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>On n'a pas bougé le procureur et le procureur général de Paris.</p>

<p>Le procureur général de Bordeaux a fait modifier, en réquisitions de non-lieu, celles initiales renvoyant Eric Woerth et Patrice de Maistre devant le tribunal correctionnel.</p>

<p>On pourrait penser qu'aucune chasse aux sorcières n'est opérée et que la hiérarchie judiciaire, avec le pouvoir socialiste, n'a rien à craindre.</p>

<p>Au ministère de la Justice, il y a cependant des changements effectifs ou programmés d'autant plus significatifs que l'inspiration politique vient du garde des Sceaux et des Directions qui, derrière une apparence technique, habillent idéologiquement ce qui leur est commandé. </p>

<p>Aussi, le changement annoncé à la tête de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) est préoccupant : Jean-Louis Daumas, d'une sensibilité de gauche dit-on, sous la pression du Syndicat des juges des enfants annexe du Syndicat de la magistrature, aurait pour successeur Catherine Sultan dont toutes les prises de position sont marquées par un sulpicianisme dogmatique et volontiers donneur de leçons à ceux qui bêtement considèrent qu'à l'encontre des coupables, jeunes ou moins jeunes, la sanction n'est pas la mesure la moins appropriée. Donc sans doute un peu plus "progressiste" que Daumas, elle va amplifier le mouvement constituant la PJJ comme le lieu de toutes les mansuétudes et l'incarnation de l'humanisme faible (Le Figaro).</p>

<p>Là n'est pas l'essentiel.</p>

<p>Beaucoup de juridictions manquent de moyens au point que la justice au quotidien en est affectée et que des actions immédiates et urgentes devraient être menées.</p>

<p>C'est sans doute en pleine conscience de ces dysfonctionnements que deux cents procureurs et membres de leurs équipes sont convoqués au ministère de la Justice pour entendre la parole ministérielle et, ensuite, participer à un stage de deux jours à l'Ecole nationale de la magistrature.</p>

<p>Sur la politique pénale, les pratiques judiciaires, les prisons, l'exécution des peines ou les lenteurs insupportables du service public de la Justice ?</p>

<p>Non, pour débattre d'un sujet bien plus capital à la suite de la loi sur le mariage pour tous : sur les violences et discriminations à raison de l'orientation sexuelle.</p>

<p>Citoyen favorablement influencé par Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem, je comprends bien pourquoi il fallait, toutes affaires cessantes, mettre en train un appareil aussi somptuaire et important pour un thème évidemment prioritaire par rapport à l'ensemble des blocages et des misères judiciaires !</p>

<p>Les prisons, sur lesquelles le garde des Sceaux a presque autant parlé que sur le mariage pour tous, demeurent, pour beaucoup, dans un état indécent et appelleraient des mesures de restauration matérielle et humaine drastiques.</p>

<p>Attentif à la déréliction pénitentiaire, le gouvernement, avec nos deux ministres comme fer de lance de cette contribution impérative, après avoir vanté la loi sur le mariage pour tous, reconnaît qu'elle ne fera pas "reculer du jour au lendemain les expressions de peur, de rejet, d'intolérance et de violence vis-à-vis de la différence relative à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre qui continuent de se manifester dans la société française" et a éprouvé le besoin de cette manifestation d'envergure et de ce stage pour mettre dans la tête des parquets que les homosexuels pouvaient dorénavant s'unir et que c'était merveilleux mais pas encore décisif.</p>

<p>Qui ne rendrait pas les armes devant une démonstration aussi éclatante de l'extraordinaire nécessité de ces charges supplémentaires imposées aux procureurs ? Pas un, je l'espère pour leur clairvoyance politique, ne songerait à remettre en cause l'immense progrès démocratique d'une telle massive convocation. Pas un, j'en suis sûr, n'oserait se prévaloir de tâches plus impérieuses et d'un temps à mieux exploiter face à l'incroyable évidence de "l'orientation sexuelle et de l'identité de genre" à explorer. Qu'on ne sache pas ce qu'est cette dernière notion et qu'on s'en moque ne doit pas arrêter les bonnes volontés : à force d'en parler, on finira bien par trouver le moyen de créer un problème ! </p>

<p>Les mauvais esprits rétorqueraient que l'insécurité, la lutte contre la délinquance et la criminalité et les problèmes criants de la Justice ne seront pas concernés ni touchés mais ils auraient tort parce qu'ils manqueraient de cette utile lucidité idéologique qui fait comprendre que le dérisoire et l'inutile apparents sont profondément productifs. Ils occultent et, en même temps, distraient.</p>

<p>Dans le lot des protestataires rétifs, il y a encore Christophe Régnard, avec son caractère ronchon et indépendant, qui trouve que tout cela au fond est une mascarade chère en temps de crise et mobilisant trop de monde. Mais il ne préside que l'USM et il n'a pas eu l'habileté de fabriquer un "Mur des cons" seulement avec des personnalités de droite. Un U de trop. Un très mauvais point pour le garde des Sceaux.</p>

<p>Il y a surtout cet insupportable André Vallini qui, dans un entretien inséré dans une double page consacrée à l'absence de politique de Christiane Taubira, s'est permis, grâce à des réponses claires, nettes, cohérentes et équilibrées, acceptables par une gauche et une droite réalistes et humaines à la fois, de donner son avis sur des questions insignifiantes comme les prisons, l'utilité de la sanction, la philosophie pénale et l'état de la Justice (Le Figaro). S'il avait su ce qui se préparait sur "l'identité de genre", il ne se serait pas esclaffé, non, mais évidemment attristé! Ainsi le pire était donc sûr.</p>

<p>Trêve de plaisanteries! </p>

<p>Ce "drôle de genre" à la Chancellerie est une catastrophe. On n'a pas mieux à penser, à réparer et à accomplir ?</p></div>
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        <title>BHL sur un autre front</title>
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        <published>2013-06-02T10:48:02+02:00</published>
        <updated>2013-06-02T18:36:32+02:00</updated>
        <summary>J'aurais aimé que BHL soit interpellé sur cette tendance lourde de la création d'aujourd'hui, peinture, littérature, cinéma et musique, à laisser de plus en plus le beau rôle au passif d'hier : le témoin ébloui ou dégoûté est devenu aujourd'hui, souvent, l'artisan médiat d'un ordre qui se refuse et d'une cohérence répudiée. Il crée ce que le créateur initial a eu la faiblesse, la paresse de proposer sans apprêt. Son intelligence, ses yeux, ses oreilles et ses sentiments accomplissent le vrai travail. Ils reconstruisent.</summary>
        <author>
            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Ce titre est évident tant la nouvelle entreprise de Bernard-Henri Lévy - Les Aventures de la vérité à la Fondation Maeght - semble avoir été décidée, menée et conduite à son terme avec la même énergie, la même passion impérieuse et vitale que celles qui l'avaient inspiré pour la Libye même si heureusement, pour l'art, les effets en seront cette fois indiscutablement bénéfiques.</p>

<p>A partir du 29 juin, nous aurons la possibilité de voir 150 oeuvres choisies par BHL et commentées par lui sous l'angle des rapports entre la peinture et la philosophie.</p>

<p>A lire le long entretien qui lui a été consacré par Le Figaro, on ne peut manquer d'être frappé par le ton d'urgence et de nécessité avec lequel il répond aux questions. Comme si sa démarche était imprégnée d'un souffle épique et lui imposait en permanence, selon la belle expression de Scott Fitzgerald, "de tout dire dans chaque paragraphe avant de mourir".</p>

<p>BHL, interrogé sur l'art moderne, révèle, par petites touches, des parts de lui-même qui mériteraient d'être analysées plus avant tant elles offrent des clés pour comprendre le personnage, ses forces et aussi, pour beaucoup, ses faiblesses. Il n'est en effet pas neutre qu'il souligne que pour lui "la vie est une performance" et que surtout "il a une vision guerrière de tout". Il y aurait beaucoup à exploiter dans cette dernière formule à la fois lucide et dangereuse qui constitue l'existence comme un immense combat alors qu'à l'évidence elle a ses zones de paix et qu'il y a des manières tranquilles et sereines de se battre sur le plan intellectuel et politique. Mais cet aveu de BHL est peut-être ce à partir de quoi on peut commencer valablement à appréhender sa personnalité et son implication sans répit, pour tout, dans le siècle. Je m'oppose donc je suis.</p>

<p>Sur l'art lui-même qui est au coeur de ces riches échanges, on n'échappe pas à tel ou tel paradoxe dont il est friand et que sa mécanique intellectuelle se contente d'exposer sans les creuser. Par exemple, quand il affirme que l'art n'est pas là pour "apporter de l'harmonie... enjoliver la vie". Un peu tout de même, me semble-t-il. L'art, sous toutes ses facettes, n'offre-t-il pas cet avantage décisif de nous restituer le sombre et le noir du réel sous une forme intense et souvent joyeuse même dans le désespoir apparent de la représentation ? L'art ne crée-t-il pas un lien, une communauté que le monde, dans son objectivité brute, met à mal ?</p>

<p>BHL justifie le choix de "ses" oeuvres au nom de trois critères : l'histoire qu'il souhaitait raconter, la rareté et le fait que ces tableaux ont été peu vus et, enfin, l'émotion que leur beauté lui procure.</p>

<p>Cette élucidation relie émotion et beauté alors que je ne suis pas persuadé, en tout cas pour moi, que ma sensibilité soit touchée par la beauté, difficile à discerner dans l'art moderne que je connais mal au demeurant, mais plutôt par l'identité singulière et troublante d'une subjectivité créatrice qui par miracle s'accorde au moins pour partie avec la mienne heureuse d'être comblée par le génie ou le talent d'une solitude qui a su, voulu, pu me rejoindre.</p>

<p>BHL déclare qu'on "ne fait pas si facilement le deuil de la beauté" alors qu'à mon sens, sa pensée capitale communique que "l'art est moins une question de beauté que de vérité".</p>

<p>Cette assertion qui distingue vérité et beauté, alors que parfois BHL les estime inséparables, est pertinente. On le sent confusément mais la rationalisation n'est pas aisée. Si la beauté en effet n'apparaît pas comme l'élément dominant pour la modernité de l'art qui paraît au contraire s'en méfier comme d'une survivance, presque d'une intrusion archaïques, comment définir la vérité, celle qui se dégagerait d'oeuvres qui n'ont pas pour ambition d'atteindre l'universel mais au contraire de jeter au spectateur le cadeau ou la provocation d'une création fière le plus souvent de ne ressembler à rien ? Comment suivre les traces de la vérité quand l'abstraction les efface et que le figuratif est médiocre ou dépassé ?</p>

<p>Pourtant, il arrive qu'on perçoive, soudain, devant des représentations apparemment vides de sens, autre chose que la satisfaction esthétique devant des lignes et des couleurs mais comme le défi d'une énigme à déchiffrer, d'un mystère à résoudre. Une humanité qui aurait scrupule à trop se manifester mais qui pointe sa chaleur. Timidement.</p>

<p>J'aurais aimé que BHL soit interpellé sur cette tendance lourde de la création d'aujourd'hui, peinture, littérature, cinéma et musique, à laisser de plus en plus le beau rôle au passif d'hier : le témoin ébloui ou dégoûté est devenu aujourd'hui, souvent, l'artisan médiat d'un ordre qui se refuse et d'une cohérence répudiée. Il crée ce que le créateur initial a eu la faiblesse, la paresse de proposer sans apprêt. Son intelligence, ses yeux, ses oreilles et ses sentiments accomplissent le vrai travail. Ils reconstruisent.</p>

<p>Et les peintres nous regardent et les cinéastes nous laissent faire.</p>

<p>J'irai voir ces "Aventures de la vérité".</p></div>
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