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    <title>Justice au singulier</title>
    
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    <updated>2009-11-07T00:00:00+01:00</updated>
    <subtitle>Le blog de Philippe Bilger</subtitle>
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        <title>Le juge d'instruction par la fenêtre ?</title>
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        <published>2009-11-07T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-07T10:06:06+01:00</updated>
        <summary>Le paradoxe, c'est qu'en désirant démontrer l'inutilité du juge d'instruction, par manque d'audace on le légitime. C'était cela, le but ?</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">J'avoue qu'on ne comprend plus trop bien ce qui se passe à propos de la suppression projetée du juge d'instruction. Le comité Léger avait semblé vouloir le faire disparaître par la porte mais si on lit bien le récent entretien de la garde des Sceaux (Le Monde) et son discours devant les congressistes de l'Union syndicale des magistrats (USM), il n'est pas absurde de s'interroger sur son éventuel retour (nouvelobs.com, lefigaro.fr).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Certes, rien ne me semblait plus important que de prolonger une réflexion qui n'avait pas vocation à s'arrêter au mois de juin. Le Pouvoir a perçu cette nécessité, aussi bien le président de la République que la garde des Sceaux et son Secrétaire d'Etat, sans oublier le rôle capital joué par beaucoup de députés (dépités ?) UMP, sous l'égide de Jean-Paul Garraud, qui en ont assez d'une stupide inconditionnalité malgré ce jumelage obscène de leur parti avec le parti communiste chinois. Techniquement, toutes les aspirations étaient à l'unisson pour tirer le meilleur du rapport Léger en lui apportant les aménagements généralement souhaités.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je ne suis pas persuadé que la garde des Sceaux ait senti ce qu'une telle démarche appelait de consensus. Selon l'USM, les trois personnalités chargées de poursuivre  la tâche "ne représentaient qu'elles-mêmes". Qui sont-elles, d'ailleurs ? Sans vouloir tomber dans un narcissisme singulier ou collectif, on a le droit de s'étonner des choix qui sont faits. Veut-on à toute force écarter ceux qui risqueraient de penser autrement, de s'opposer, d'ouvrir des chemins nouveaux ? J'approuve pleinement l'USM qui a protesté sur ce plan et qui aura, paraît-il, à la suite de ses récriminations, la chance de se voir soumettre l'avant-projet. C'est la moindre des concessions.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La garde des Sceaux, dans ses réponses à Cécile Prieur et à Alain Salles, journalistes au Monde, a évoqué deux hypothèses pour apaiser les inquiétudes, tout en affirmant, comme une pétition de principe, qu'il n'y a pas de "risque qu'un dossier sensible soit enterré". S'il y a une contestation entre le procureur et le juge de l'enquête sur le renvoi ou non d'un mis en cause devant une juridiction, il serait envisagé que le second puisse, aussi, prendre cette décision ou qu'une audience soit organisée à l'issue de laquelle il serait à même de statuer. Au regard de cette alternative, il est évident que le recours à une audience constituerait une solution qui serait moins incohérente que la première.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il faut se rappeler ce qu'à l'origine devait être ce juge de l'enquête. Sa mission aurait été seulement de trancher les conflits entre défense et accusation et d'autoriser les actes "lourds" relatifs aux libertés. Lui confier directement la faculté de renvoyer, contre l'avis du Parquet, le doterait d'une prérogative fondamentale - celle d'un véritable magistrat instructeur - sans qu'il ait évidemment la connaissance étendue de la procédure comme ce dernier. Cette hypothèse, si elle était confirmée, ferait en effet revenir dans le jeu le juge d'instruction par la fenêtre. L'audience aurait au moins le mérite, étant évidemment publique, de permettre un contrôle sur la validité des thèses antagonistes et de crier au scandale si celui-ci advenait au regard de l'apparence. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Pour nous éclairer, Jean-Louis Bruguière, qui a été d'une infinie prudence sur France Inter, ne sera pas d'un grand secours. Il souligne seulement la nécessité d'un "juge de l'enquête" sans se prononcer sur le maintien ou non du juge d'instruction. De sorte qu'il propose une généralité qui ne l'engage pas. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Si on veut aller plus loin pour tenter d'analyser les raisons de cette démarche ministérielle qui semble prête à faire du nouveau avec de l'ancien, il convient de prendre conscience d'un double refus.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le Comité Léger n'a pas osé aller jusqu'à une véritable procédure accusatoire dans ses conclusions, sans doute au nom d'une tradition française qui y serait rétive. Mais comment le savoir à l'avance ? La ministre de la Justice à l'évidence n'a jamais manifesté l'intention de pousser les feux dans cette direction qui aurait pourtant tiré toutes les conséquences de la disparition du magistrat instructeur. On a préféré rester entre deux eaux à cause surtout du second refus.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Alors que Jean-Marie Bockel, avec cette fraîcheur des gens intelligents qui, devant l'inconnu, s'imaginent que tout est possible, avait d'emblée accepté au moins une interrogation, voire une remise en cause du statut du Parquet, Michèle Alliot-Marie a fermé toutes les portes de ce côté. On sent bien qu'elle ne parle pas en son seul nom et que le président de la République n'est absolument pas disposé à se priver, au bénéfice de l'Etat, d'une emprise parfois utile sur le processus judiciaire. L'indépendance du Parquet va demeurer un sujet tabou même si on feint d'être assuré que le problème ne se pose pas. J'ai moi-même sous-estimé cette difficulté et je fais amende honorable. Certain que les comportements humains sont capables de dominer les structures, je n'ai pas bien mesuré le poids de celles-ci. Je ne sais pas si le Parquet est gravement dépendant et obéissant dans la gestion des affaires que le Pouvoir estime relever de son impulsion mais en revanche l'air du soupçon, l'ère de la méfiance, au coeur de l'opinion publique, n'autorisent plus qu'on laisse un système aussi gravement décrié en l'état sans tenter au moins de réfléchir à sa métamorphose. Il faut trouver les moyens techniques et politiques, d'abord, pour rassurer le citoyen sur les apparences de l'indépendance.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Parce que la garde des Sceaux s'oppose à ce débat fondamental qui, correctement négocié, rendrait sinon souhaitable du moins indolore pour la plupart la suppression du juge d'instruction, on n'est pas loin de  redonner de la vie à ce dernier. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le paradoxe, c'est qu'en désirant démontrer son inutilité, par manque d'audace on le légitime. C'était cela, le but ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Patrick Ouart, un conseiller de luxe</title>
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        <published>2009-11-05T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-05T20:02:47+01:00</updated>
        <summary>Mais comment ai-je osé mettre en doute "la République irréprochable" puisque la commission de déontologie saisie a rendu "un avis positif sans réserves"  au sujet de Patrick Ouart pour son retour chez LVMH ?</summary>
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Il paraît que Patrick Ouart va quitter sa fonction de conseiller auprès du président de la République pour les affaires judiciaires (Challenges, 20minutes, nouvelobs.com). Si la nouvelle est confirmée, les langues vont se délier et je ne doute pas que les flagorneurs ou les craintifs d'hier vont se muer en critiques audacieux.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je ne risque pas de tomber dans ce travers dans la mesure où je n'ai jamais eu l'occasion de le rencontrer vraiment, de lui parler et de l'écouter. Je ne connais son influence, son pouvoir que par la bande, par le récit de quelques amis, par la rumeur judiciaire, par le bruit de ses démêlés avec Rachida Dati, par ses propres déclarations à Mathieu Delahousse devant lequel il s'est félicité, sans réserve, de son rôle d'avocat conjoint de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Clearstram.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Homme de l'ombre auquel on prête des lumières évidentes, une intelligence certaine, une fidélité sans faille et un sens politique qui lui a permis sans doute de relativiser les exigences de la Justice. Je suis persuadé que dans sa hiérarchie le président était, est au-dessus de tout. Le bonheur d'être inspiré par une inconditionnalité à laquelle on croit dur comme fer, qui vous tient lieu de tout !</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">En tout cas, ce n'est pas à lui que le Premier ministre aurait pu vertement s'en prendre, comme il l'a fait devant les députés UMP à l'encontre d'Henri Guaino, en soulignant que les "conseillers ne font pas partie de l'exécutif", ce qui méritait d'être rappelé. Patrick Ouart a goûté infiniment plus - et cela dénote une grande force de caractère - la puissance dans le secret alors que d'autres, libérés par la permission du président, ne s'en remettent pas d'avoir le droit d'exploser dans la lumière et en abusent.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La discrétion de Patrick Ouart  le conduit même à ne pas répondre aux invitations qu'on lui adresse alors que probablement il dispose à l'Elysée d'un secrétariat performant qui aurait pu lui éviter la corvée de me transmettre directement un oui ou un non. Il s'agissait d'un colloque que j'avais organisé sur la comparaison des justices européennes. Bêtement, je m'étais dit qu'il y avait là un thème qui pourrait l'intéresser. Je n'ose penser que son silence, cette impolitesse pouvaient résulter d'un quelconque mépris du Pouvoir pour tout ce qui n'est pas lui. Il  y aurait eu dans cette attitude un excès peu compatible avec la personnalité de ce conseiller. J'avoue que j'ai attaché du sens à cet épisode somme toute dérisoire.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">A vrai dire, on sait très peu sur lui. Brillant magistrat, inscrit à l'association professionnelle des magistrats (APM), au cabinet du Premier ministre Edouard Balladur, ami de Nicolas Sarkozy, entré dans le luxe en 2004 chez LVMH comme conseiller de Bernard Arnault jusqu'au 16 mai 2007. C'est tout mais cela manifeste à quel point cet homme s'est toujours trouvé en familiarité avec un seul monde. Consécration de son talent certes mais aussi rançon de sa probable difficulté à épouser les aléas et les états d'âme de la magistrature ordinaire. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il a supervisé la réforme de la carte judiciaire. Il a contrôlé celle de la procédure pénale. Il a conseillé Nicolas Sarkozy dans l'affaire Clearstream. Comment fait-on pour tenir la balance égale entre la partie civile et le président, pour ne pas étouffer la pertinence juridique sous la fidélité personnelle, comment fait-on, dans ces conditions, sur un tel dossier, pour échanger avec le procureur de Paris ? On suggère, on s'abstient, on ordonne, on laisse faire, on menace, on promet  ? Dommage que Patrick Ouart ne nous en ait pas révélé davantage sur ce cas d'école qui aurait été très instructif pour les auditeurs de justice. Aucun exemple n'aurait été plus éclairant pour analyser les rapports entre le droit, la justice et la politique. Entre l'institution judiciaire et l'Etat. Il ne racontera jamais rien. Le silence n'est-il pas l'attitude préférée des véritables hommes de persuasion et d'influence ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Sans vouloir le froisser, et pour aggraver ma réputation d'être un naïf trop crédule, je suis persuadé que ce beau thème de la République irréprochable, martelé par le candidat Sarkozy, l'a moins convaincu que moi. Parce qu'il n'est dupe de rien ? Parce qu'ainsi on ne trahit jamais rien ? Une forme de réalisme - cynisme, pour être péjoratif - est commode. On est ainsi toujours en paix avec soi-même, alors que la mauvaise conscience est l'apanage de ceux qui sont gangrenés par un idéalisme forcément détruit par la quotidienneté.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Conseiller de luxe, Patrick Ouart va retrouver Bernard Arnault et continuer sa mission d'éminence grise. Membre du comité exécutif de LVMH, il savourera un autre Pouvoir, cultivera d'autres secrets et aura vraisemblablement à assumer le jugement exaspérant et condescendant de la plupart des privilégiés sur la Justice. Ils en ont peur mais la méprisent. Il est insupportable que l'argent ne les garantisse pas contre tout !  Le retour dans cet autre univers, après l'Elysée, laisse tout de même songeur.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Mais comment ai-je osé mettre en doute "la République irréprochable" puisque la commission de déontologie saisie a rendu "un avis positif sans réserves" sur son départ ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La garde des Sceaux, enthousiaste, ne vient-elle pas aussi de déclarer au sujet de Patrick Ouart : "Je ne rêve que d'une chose, c'est qu'il reste. C'est formidable de travailler avec quelqu'un qui a le sens de l'Etat et des institutions" (Le Figaro).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Tout est dit. C'est ce que je viens d'écrire...</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Hommage à Dominique Charvet</title>
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        <published>2009-11-03T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-03T08:51:35+01:00</updated>
        <summary>Je vais m'arranger avec les souvenirs que Dominique Charvet m'a laissés et que je pourrais résumer par le sentiment inusité et puissant d'avoir frayé trop peu de temps avec un homme exceptionnel, avec un magistrat exemplaire, avec un défricheur d'idées incomparable. Je voudrais faire une suggestion qui lui aurait profondément déplu. Des ministres remettent la Légion d'Honneur à des magistrats. Le président de la République s'est déclaré, en l'honorant, l'ami d'un magistrat que la rumeur judiciaire annonce à Paris comme procureur de la République. Puisque politique et justice sont déjà accordées pour le meilleur, les réjouissances, pourquoi ne pas les allier pour le pire, les tragédies, la mort ? Quand Un Dominique Charvet disparaît, la moindre des délicatesses serait que le président de la République ou au moins le garde des Sceaux lui rendît hommage. Le Pouvoir ne s'en prive pas pour des gens qui ne le valent pas.

Mon hommage fait ce qu'il peut.
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            <name>philippe.bilger</name>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>J'étais en Normandie quand lisant Le Monde, sous la signature d'Yves Bordenave, j'ai appris la mort de Dominique Charvet.</p>
<p>Tout est remonté d'un coup.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">A Lille, mon premier poste en qualité de juge d'instruction, j'ai fait la connaissance de ce collègue déjà emblématique parce qu'il avait été le cofondateur du Syndicat de la magistrature.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Impossible d'échapper à la séduction qu'exerçait cet être d'élite. Il vous prenait dans son intelligence comme dans une nasse, dans sa dialectique éblouissante comme dans un piège, et vous vous retrouviez conquis sans savoir comment. Epoustouflant d'aisance dans son maniement des idées et des concepts, il y avait chez lui, en même temps, une infinie capacité d'écoute qui tranchait avec les décrets roides du subversif qu'il ne cessait de vouloir incarner. Prêchant la nuit la révolution, entouré moins de syndiqués que d'admirateurs, dominant, en dépit de sa volonté affichée d'égalitarisme, la masse de ceux qui l'écoutaient, heureux de sentir que sa parole englobait à la perfection la leur, il s'acharnait à penser collectivement alors que tout, dans sa personnalité, révélait la force et même le triomphe d'une solitude impériale qui ne laissait pas d'autre choix que la rupture ou la soumission. Le jour, magistrat instructeur de haute volée dont seuls les imbéciles s'étonnaient de la rectitude et de la rigueur. Sans doute avait-il besoin de cette alternance entre le rêve d'une autre société et la régulation judiciaire de cette société si réelle. Antigone nocturne, il n'oubliait pas Créon dans la clarté du jour. Jamais, devant qui que ce soit, je ne l'ai surpris en contradiction avec ses exigences d'urbanité et de vérité. Il ne mentait pas mais respectait tout de même chacun. J'avais l'impression, bénéficiant de sa sympathie (je l'espérais) et de son aura, de pouvoir profiter du privilège rare d'échanger avec un Saint-Just mais compassionnel, avec un idéologue mais profondément attentif à la vie, à ses désordres et à ses imprévisibilités. Il était trop intelligent pour mettre son intelligence partout. Il ne refusait pas que l'existence lui donnât tort parfois. La politique était seulement une partie de sa vie. Abrupt, il ne dédaignait pas la douceur. Sec, il ne méprisait pas le velouté de la tolérance. On pouvait n'être pas d'accord avec lui mais on ne pouvait pas le jeter, lui, avec l'idée qui vous déplaisait. On tenait à lui comme il tenait à vous. Il dispensait une affection sans fioritures : on ne pouvait pas la manquer.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Loin de lui, il restait dans votre mémoire.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">J'ai suivi son parcours. Ses postes de pouvoir, notamment à Djibouti,  à la tête de la Protection judiciaire de la Jeunesse ou à la direction des Musées de France, ont vraisemblablement dû offrir à sa puissance de travail et de création de quoi la stimuler, à son autorité de quoi la satisfaire, à son esprit critique de quoi le combler, à son aspiration au changement de quoi la décevoir. Durant cette longue période, je n'ai jamais eu la chance de le revoir. Je ne connaissais rien de sa vie personnelle et familiale. Il demeurait l'étoile de Lille dans ma tête.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Heureusement, le cours judiciaire l'a repris dans ses enchantements douloureux. Premier président à Bastia, il s'est illustré de manière éclatante en présidant en appel le procès du Préfet Bonnet et unanimement ont été célébrées son intelligence, son humanité, sa classe. C'était un bonheur sans mélange, pour ceux qui avaient croisé son chemin, de voir vérifiée cette intuition que le grand magistrat est d'abord celui qui s'est donné la peine de réfléchir sur la magistrature et sur la Justice. Lors d'un colloque sur la liberté d'expression organisé à Cargèse, j'ai pu longuement m'entretenir avec lui. Il n'était plus le même mais la fascination qu'il inspirait n'avait pas pris une ride. Bien qu'attentif aux propos de l'autre, présent dans l'échange, il semblait aussi détaché, ailleurs, comme si un peu de lui  se détournait  de la réalité immédiate, comme si, plus que jamais, il cherchait à sauvegarder des brouillards, un mystère, sans aucune affectation mais avec résolution. Je me souviens de son regard sur moi et de sa tolérance souriante devant les manifestations de mon enthousiasme juvénile et excité sur tel ou tel thème que lui-même abordait avec retenue. Ce n'était plus le Révolutionnaire mais le Sage, si ce raccourci a du sens. Le rêveur sur soi, sur sa condition, plus du tout le rêveur d'une autre société. Il avait réintégré ses pénates intimes. Pourtant, en Créon, flottait encore un parfum d'Antigone.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je l'ai quitté le soir et  ne l'ai plus revu. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Premier président à Chambéry, il a terminé en 2008 sa carrière.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il est mort le 25 octobre 2009 à Caen.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">J'éprouve le sentiment inusité et puissant d'avoir frayé trop peu de temps avec un homme exceptionnel, avec un magistrat exemplaire, avec un défricheur d'idées incomparable. Je voudrais faire une suggestion qui lui aurait profondément déplu. Des ministres remettent la Légion d'honneur à des magistrats. Le président de la République s'est déclaré, en l'honorant, l'ami d'un magistrat que la rumeur judiciaire annonce à Paris comme procureur de la République. Puisque politique et justice sont déjà accordées pour le meilleur, les réjouissances, pourquoi ne pas les allier pour le pire, les tragédies, la mort ? Quand un Dominique Charvet disparaît, la moindre des délicatesses serait que le président de la République ou au moins le garde des Sceaux lui rendît hommage. Le Pouvoir ne s'en prive pas pour des gens qui ne le valent pas.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je vais m'arranger avec les souvenirs qu'il m'a laissés.  </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
</content>


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        <title>Jacques Chirac se tait, Charles Pasqua  flingue </title>
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        <published>2009-11-01T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-11-01T16:53:09+01:00</updated>
        <summary>Est-ce parce qu'il flingue que tous les médias lui sont si complaisamment ouverts ? Je ne crois pas qu'aucun condamné ait bénéficié d'une telle écoute, d'une telle indulgence médiatique sans doute pour compenser la sévérité judiciaire. Il est facile, comparant la démarche de Jacques Chirac avec celle de Charles Pasqua qui, dans la foulée, se vante d'être au moins indirectement responsable du succès présidentiel du premier, de percevoir comme la démocratie est apaisée par l'un, offensée par l'autre. Quoi qu'on pense d'eux, par ailleurs.

L'un méritait d'être président. Pas l'autre.
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Souvent bien plus passionnants que les procès eux-mêmes, leur périphérie, leur contexte éclairent davantage sur les personnalités en cause, permettent d'analyser au mieux leurs réactions et ne sont pas loin, sur un plan plus large, de mettre en évidence la relation qu'elles entretiennent avec la démocratie et ses institutions.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Ainsi, pour Jacques Chirac et Charles Pasqua. Le premier a été renvoyé, avec d'autres, devant le tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics et abus de confiance par Xavière Simeoni, le magistrat instructeur. On ignore encore à ce jour si le Parquet va interjeter ou non appel de cette ordonnance. Le second a été condamné pour trafic d'influence dans l'affaire de l'Angolagate à une peine de trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis et à 100 000 euros d'amende. Il a relevé appel de ce jugement.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Il me semble abusif de tirer de la procédure concernant Jacques Chirac la conclusion que la suppression du juge d'instruction serait une catastrophe (Le Monde, Le Parisien). Elle ne démontre que la nécessité, dans l'espace judiciaire, de magistrats exemplaires, compétents et libres. Ce n'est pas l'instruction qui gagne, c'est Xavière Simeoni dont par ailleurs j'ai apprécié la manière courtoise, discrète et pourtant sans complaisance dont elle a su traiter notre ancien président de la République. Demain, si le juge d'instruction venait à disparaître de notre procédure pénale, nous ne serions pas en deuil avec l'émergence d'un Parquet authentiquement indépendant, ce qui n'est pas un voeu plus absurde que de souhaiter que l'ensemble des magistrats instructeurs soit accordé au même registre que celui, hier, d'un Patrick Desmures, aujourd'hui de Renaud van Ruymbeke ou de Xavière Simeoni.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">A la suite de l'annonce du renvoi de Jacques Chirac, les appréciations formulées par le monde politique n'ont guère été surprenantes. Les unes ont mis en avant le devoir d'humanité, la réputation internationale de la France et le besoin d'apaisement si longtemps après la commission des faits (Marianne 2). Il est à noter que le magistrat instructeur a évoqué ces considérations mais a souligné, à juste titre, que leur prise en compte n'était pas de son ressort qui se devait d'être purement juridique (Mediapart). Les autres ont privilégié le caractère égalitaire de la Justice et le signe positif que celle-ci adressait aux citoyens. Pour ne faire référence qu'à trois de ces propos, Ségolène Royal, pas vraiment à contre-emploi pour qui a fini par la connaître, a affirmé que Jacques Chirac aurait "mérité d'être laissé tranquille", André Vallini, toujours aussi lucide et honnête, a bien mis en balance l'Etat de droit et l'empathie pour Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin s'est malheureusement illustré par une vitupération absurde puisque selon lui il n'aurait pas fallu "toucher à l'homme politique français le plus populaire" (lepoint.fr). Voilà qui est mûri !</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Jacques Chirac, pour sa part, a rappelé à tous ceux qui pouvaient en douter à quel point une certaine conception de l'allure présidentielle peut rendre estimable celui auxquels, pourtant,  des errements anciens sont reprochés. Jacques Chirac, informé par son avocat Jean Veil, a seulement déclaré qu'il avait été mis partiellement hors de cause par le juge d'instruction, qu'il s'expliquerait devant la juridiction de jugement et que sa bonne foi était entière, enfin qu'il se considérait comme un justiciable ordinaire. Puis il s'est tu. Le Maroc, où il se trouve, connaît seul ses pensées, ses espoirs ou ses doutes. Me Jean Veil, à la télévision, s'en est tenu au même registre que celui de son illustre client. Sans rien céder, il a montré comme on pouvait être à la fois pugnace sur le fond et respectueux de la Justice dans la forme. Il y a dans l'attitude de Jacques Chirac, dont la maîtrise de soi a toujours été remarquée, un admirable minimalisme républicain qui n'est pas indigne de cette triste et emblématique "première" d'un ancien président appelé à comparaître devant un tribunal correctionnel. Nul doute qu'il va encore grimper dans les sondages ! Les Français aiment les vaincus et à la fois les battants qui ont de la classe. Avec leur "chouchou", ils sont servis !</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Quand Jacques Chirac ne dit mot, Charles Pasqua flingue à tout va.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">On aurait dû le pressentir. Que Charles Pasqua d'emblée exprime "estime" et "amitié" pour Jacques Chirac était en effet de nature à susciter l'inquiétude. Ce type de formule n'est pas loin de ressembler à des condoléances et je ne suis pas sûr que les embrassades verbales d'un condamné (même non définitif) soient tellement désirées par celui qui s'en sent plus accablé que réjoui. Dans la même veine, Charles Pasqua se déclarant "choqué" par ce système judiciaire "qui juge quinze ans après les faits" n'apporte pas à mon avis une pierre décisive au soutien de Jacques Chirac dans la mesure où pour condamner la justice, en dépit des apparences, il vaut mieux ne pas avoir été condamné par elle (nouvelobs.com).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La suite va évidemment contredire ces dangereuses protestations de solidarité. Le renvoi de Jacques Chirac ressemble à "un règlement de comptes" (nouvelobs.com)). On ne sait pas d'où cette certitude est extraite, ce qui, dans une ordonnance de 225 pages, la justifierait mais peu importe. L'essentiel est d'instiller du trouble, du nauséeux là où le principal intéressé - Jacques Chirac lui-même - n'en met pas. Avec quelle perfide maestria le défenseur prétendu se mue en procureur :" Tout le monde, à droite ou à gauche, a connu les emplois fictifs ", ce qui est une étrange manière de venir au secours de quelqu'un qui nie y avoir eu recours ! Et Charles Pasqua d'en rajouter une pincée : "L'entourage de Jacques Chirac a voulu m'éliminer" !( site du Journal du Dimanche).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Puis c'est l'expression de la virilité politique, qui rappelle le "terroriser le terrorisme" : "Je suis un animal de combat. On m'a cherché, on va me trouver" (20 minutes.fr). On va en effet "le trouver". Il met en cause Jacques Chirac qui a "débloqué 900 000 francs pour la libération de deux pilotes français détenus en Bosnie et libérés à la fin de 1995". Pour faire bonne mesure, Charles Pasqua dénonce Edouard Balladur, Dominique de Villepin qu'il déteste et Alain Juppé. Les trois  n'auraient rien ignoré de ces tractations tarifées. Pourquoi pas ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">En réalité, ce qui étonne, c'est moins la nature des révélations qui ne comportent en elles-mêmes l'affirmation d'aucun déshonneur que cette envie frénétique de mêler, de "mouiller", de faire d'énormes moulinets avec la parole pour faire peur, pour se donner, au sein d'un pire pour lequel il a été sanctionné une première fois, le beau rôle : celui de justicier malgré tout. Imperméable à tout ce qui lui advient judiciairement, Pasqua n'hésite pas à brandir sa vertu proclamée comme une menace, ses secrets comme des bombes et sa personnalité comme une arme. Innocent par définition, il est forcément légitime pour donner quitus aux autres. Très conscient du risque qu'il leur fait courir par ses effusions si contraires à son réalisme souvent cynique, il les enfonce en prétendant les assister. Charles Pasqua est un ami qui ne vous veut pas du bien.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Est-ce parce qu'il flingue que tous les médias lui sont si complaisamment ouverts ? Je ne crois pas qu'aucun condamné ait bénéficié d'une telle écoute, d'une telle indulgence médiatique sans doute pour compenser la rigueur judiciaire. Il est facile, comparant la démarche de Jacques Chirac avec celle de Charles Pasqua qui, dans la foulée, se vante d'être au moins indirectement responsable du succès présidentiel du premier, de percevoir comme la démocratie est apaisée par l'un, offensée par l'autre. Quoi qu'on pense d'eux, par ailleurs.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">L'un méritait d'être président. Pas l'autre. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify" /></div>
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        <title>C difficile pour Nicolas Demorand</title>
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        <updated>2009-10-30T14:27:45+01:00</updated>
        <summary>J'espère que d'une manière ou d'une autre on aura le courage de refaire Ripostes avec C Politique. </summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Ripostes, avec Serge Moati, a été une émission touchée en pleine gloire. Un des nombreux paradoxes de la vie médiatique : on tue ce qui est aimé (trop ?) par le téléspectateur.</p>
<p>C politique, avec Nicolas Demorand, a pris la relève chaque dimanche à la même heure.</p>
<p>Je n'ai pas l'intention de jouer le "Michel Drucker" des blogueurs et de me lancer dans des dithyrambes sur l'un et sur l'autre. Je connais mieux Serge Moati - un ami passionné et passionnant -, que Nicolas Demorand que je n'ai eu l'occasion de rencontrer que dans le registre professionnel. Mais les deux, dans des genres différents, ne me laissent évidemment pas indifférent et il va de soi que j'ai suivi avec beaucoup d'attention bienveillante les débuts de Demorand après m'être attristé de la fin de Ripostes.</p>
<p>C politique, sur le plan de sa structure, a pâti de la volonté manifeste d'abandonner le pluralisme du débat, l'affrontement d'opinions et de points de vue multiples au profit d'un dialogue entre Nicolas Demorand et son invité politique. Quel que soit le talent du premier, il est quasiment impossible pour le second de susciter un intérêt vif et durable dans ce cadre. L'opposition, même fortement exprimée parfois entre les contradicteurs, ne suffit pas à créer cette tension, ce stimulant désordre qui venaient seulement de l'imprévisibilité des propos d'un groupe dont les membres avaient justement été choisis pour leur antagonisme.</p>
<p>Nicolas Demorand a vite senti les lacunes de cette nouvelle formule et faute de pouvoir ou de vouloir récréer Ripostes, il a tenté, par sa seule attitude intellectuelle et son verbe pugnace, d'instaurer un climat qui ferait gagner sur le plan de la qualité des échanges ce que le nombre réduit à deux avait fait perdre.</p>
<p>Il me semble qu'ici ou là, des réussites sont apparues mais trop fugaces pour ne pas inquiéter les partisans, dont je suis, d'une émission politique emblématique le dimanche. Le contraste entre le Demorand radiophonique et le Demorand télévisuel est éclatant. Sur France Inter, nous ne sommes confrontés qu'à sa voix, à son contenu et à sa tonalité et même si d'aucuns croient devoir le critiquer, par exemple pour la partialité qu'ils lui prêtent, Nicolas Demorand n'est jamais pris en position directe d'agressivité. La voix permet de présumer mais n'établit rien. A la télévision, au contraire, le questionnement qui se veut sans complaisance et qui de fait ne l'est pas toujours, dans tous les cas est enrichi du visage qui par ses expressions illustre de manière redondante ce que le langage et son mode avaient déjà révélé. Non pas que Nicolas Demorand soit mal à l'aise techniquement. Il n'est pas particulièrement gêné par le fait d'être VU en même temps qu'il parle et à l'évidence il maîtrise le processus de la télévision et de ce qu'elle implique. Son visage n'est pas moins télégénique que celui de tel ou tel autre mais il n'empêche que son ton donne l'impression de friser le vindicatif parce que, tout simplement, son apparence physique et la sévérité souvent délibérée de sa physionomie ajoutent une part de partialité et une verve trop polémique à des questions qui, à la radio, demeureraient enfermées dans leur autarcie sonore. Nicolas Demorand force souvent le trait, joue de son visage pour que le téléspectateur le prenne au sérieux dans ce rôle d'interviewer où il est tenté d'en faire trop pour ne pas être accusé de ne pas en faire assez.</p>
<p>Ainsi a-t-il questionné Marine Le Pen avec une violence contenue, une aigreur civique, certes traditionnelles à l'encontre de la famille Le Pen et notamment de sa fille, mais qui m'a étonné de sa part. On sentait poindre sous chaque interrogation la justification du journaliste : "Je lui pose une question mais vous avez vu et entendu sur quel ton, et j'écoute à peine sa réponse !" Aussi surprenant qu'ait été cet échange d'une durée substantielle, j'avoue ne pas avoir été scandalisé par la nature de ce dialogue dans la mesure où Marine Le Pen, quoi qu'on pense d'elle, a su ne pas rendre la joute trop inégale.</p>
<p>En revanche, la tranquillité voire l'affabilité avec lesquelles Henri Guaino a été sollicité m'a perturbé. Certes, il parvenait à placer l'adjectif "républicain" dans chacune de ses phrases mais était-ce une raison pour lui permettre un dialogue aussi peu risqué, si rarement inquisiteur ! Je me suis rendu compte alors à quel point le journalisme français gagnerait non pas à se laisser apprivoiser par des personnalités comme celles de Le Pen père et fille mais à traiter l'ensemble de la classe politique de la même manière. Ou bien faut-il considérer que l'onction du Pouvoir, le parfum élyséen doivent naturellement entraîner urbanité et modération ? J'aurais été ravi de voir et d'entendre Henri Guaino soumis au même régime, à la même répétitive acrimonie. La démocratie deviendrait vite exemplaire si elle offrait aux citoyens, par l'entremise de la télévision, des séquences nettes et brutes d'analyse politique et de décapage personnel sans flagornerie ni détestation - de la vraie et pure parole de journalistes indépendants.</p>
<p>Le hasard, au cours de cette émission où Henri Guaino n'a pas été rudoyé par Nicolas Demorand, a pourtant favorisé une ouverture en démontrant ce que pourrait être un C politique qui ne laisserait pas le téléspectateur à distance mais le prendrait à l'esprit, sans le lâcher une seconde. Henri Emmanuelli, que j'avais sous-estimé comme contradicteur, a été remarquable en face d'Henri Guaino et nous avons eu droit à une empoignade où des questions sont certes demeurées sans réponses, non pas à cause de la vacuité du débat mais grâce à son intensité acerbe. Nicolas Demorand, dont "la bêtise n'est pas le fort", a perçu que l'émission lui échappait au moment même où elle devenait passionnante. Artificiellement, parce qu'il était là et que c'était son rôle, il a cru bon de "reprendre la main" mais il a perdu la partie en l'occurrence. Car cette séquence révélait la force possible et la faiblesse réelle de C politique, ses ambiguïtés en tout cas.</p>
<p>J'espère que d'une manière ou d'une autre on aura le courage de refaire Ripostes avec C politique. </p></div>
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        <title>Sébastien Loeb "rallye" les suffrages</title>
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        <published>2009-10-28T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-10-26T23:18:25+01:00</updated>
        <summary>Je regrette. On n'a pas là un héros de raccroc. Sébastien Loeb est jeune, exemplaire et mérite de  nous retenir dans sa combinaison de pilote comme dans sa peau d'homme. J'espère que l'avenir le maintiendra à cette même hauteur.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Ce n'est pas parce qu'il est alsacien comme moi que je l'admire. Ce n'est pas non plus à cause de sa virtuosité exceptionnelle qui l'a conduit, avec Daniel Elena son copilote, à remporter un sixième titre de champion du monde des rallyes. Pourtant, qui aurait pu croire que les Français, vrais sportifs et sportifs en chambre confondus, se passionneraient un jour pour une telle vedette, moins médiatisée que d'autres, pratiquant une discipline guère accordée à la quotidienneté de ses compatriotes ? Le rallye, ce n'est ni le foot ni le rugby ni le vélo, encore moins le tennis. Grâce à Sébastien Loeb, cette compétition est entrée pourtant dans les têtes. Loin d'être lassés par ses victoires, nous avons tremblé lors de sa dernière épreuve et nous l'avons applaudi comme s'il pouvait perdre.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">En réalité, ce qui me fascine, c'est de savoir pourquoi certaines personnalités deviennent emblématiques, échappent à leur sport, à leur art pour se retrouver au centre d'une curiosité émerveillée comme si elles plaidaient, d'un coup, plus pour l'humanité que pour le domaine de leur excellence professionnelle. La Callas a ébloui bien au-delà des fanatiques de l'Opéra et Loeb, depuis quelques jours, a rejoint cette cohorte glorieuse qui nous tient compagnie.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Pourtant, il me semble, à lire les médias et les pages sportives (Le Parisien notamment), qu'on perçoit assez aisément les qualités, les traits fondamentaux du caractère qui ont attiré la sympathie puis une sorte d'adhésion forte pour cet homme de trente ans. Ils sont éclairants car pas loin de correspondre à ceux qu'on attendrait de la classe politique. Rien d'ailleurs, sur ce plan, ne me paraît plus absurde que d'ériger des frontières entre les êtres et de dénier aux uns, à cause du caractère prétendument ludique de leur occupation, le droit d'appartenir à la réputation et au sérieux des autres. Ce qui a fait Loeb est aussi ce qui rendrait remarquable l'homme ou la femme politique.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La rareté d'abord. On n'a pas vu Sébastien Loeb partout au point qu'on aurait risqué la saturation. Il n'a pas fait le clown dans des émissions de télévision ni  parlé pour ne rien dire dans les radios. Il n'a pas donné d'interviews dans les gazettes pour nous transmettre ses pensées sur tout et n'importe quoi. Il n'a à ma connaissance signé aucune pétition. Il n'a soutenu de manière ostensible aucune personnalité politique. Il demeure désespérément discret sur ce qui relève de son for intérieur même si parfois son épouse Séverine dévoile un minuscule fragment de leur vie amoureuse et domestique. Entre l'effacement et la vulgarité de la surabondance, il a su trouver le ton juste et communiquer sur lui seulement quand l'actualité sportive le mettait au premier plan. Bref un oiseau, rare en effet, à une époque où la célébrité fait perdre le nord à plus d'un et où la vanité fond si vite sur les psychologies éclairées mais faibles.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La simplicité, ensuite. Aux antipodes du bling-bling que ses revenus annuels lui permettraient, toujours fidèle à ses amitiés alsaciennes, enraciné dans un terreau, si sûr de soi qu'il n'a pas besoin de la lumière, il offre l'image saisissante d'un champion hors du commun et d'un homme heureusement commun. Ce contraste entre une gloire sportive renouvelée et une discrétion de bon aloi constitue sans doute la cause principale de la focalisation intense d'aujourd'hui. Ils sont si peu nombreux ceux qui surmontent les effets pervers d'une réussite trop éclatante. J'oserais dire que la tâche est presque plus rude que de savoir triompher de ses échecs. La personne qui s'accommode aussi bien du clair que de l'obscur n'est pas banale.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Enfin, c'est le plus important, la morale, l'allure, l'esthétique de la classe. Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas lors cette fameuse course endeuillée où Sébastien Loeb par décence a refusé d'être sacré champion du monde qu'il a gagné la partie. Cela semble évident mais tant de belles âmes auraient tout simplement accepté le trophée en versant une larme ! La fraternité et la solidarité de son attitude de vainqueur, l'immédiateté de sa réaction digne, son abstention non négociable - il a été couronné à la course d'après - et ce sens de l'honneur : on ne se réjouit pas quand la mort a frappé un adversaire amical, m'ont fait prendre conscience que nous tenions là une personnalité d'exception à tous points de vue. Si éloignée d'un Luc Alphand dont les propos et l'attitude à la suite d'un accident mortel sur le Paris-Dakar avaient scandalisé.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je sais. On va me reprocher mon enthousiasme, ma naïveté. Cette manière, ridicule pour certains, d'appliquer Plutarque à des vies d'aujourd'hui. On va me considérer avec condescendance, l'air à la fois amusé et vaguement attristé, pour ce délire consacré à un champion de rallye. Tant de bruit, de mots pour un Sébastien Loeb !</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je regrette. On n'a pas là un héros de raccroc. Celui-ci est jeune, exemplaire et mérite de nous retenir dans sa combinaison de pilote comme dans sa peau d'homme. J'espère que l'avenir le maintiendra à cette même hauteur. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Attente à Paris, enfer à Juvignac</title>
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        <published>2009-10-26T00:00:00+01:00</published>
        <updated>2009-10-26T00:16:50+01:00</updated>
        <summary>Pour le magistrat, la vérité ne se joue jamais à pile ou face. Pour l'avocat, elle dépend de sa position. Cet antagonisme intellectuel et tactique explique peut-être la fréquence de l'impérialisme du premier et de la tolérance du second.</summary>
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<content type="xhtml" xml:lang="fr-FR" xml:base="http://www.philippebilger.com/blog/">
<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Vendredi prochain, Jacques Chirac connaîtra  la décision du magistrat instructeur dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Xavière Siméoni suivra-t-elle les réquisitions du Parquet tendant au non lieu ou les contredira-t-elle (Journal du Dimanche, nouvelobs.com ) ? Avec ce juge unanimement apprécié et à la discrétion exemplaire, personne ne peut prétendre connaître par avance ce que sera son ordonnance. Cette incertitude est déjà la marque d'une justice réussie puisque rien n'est venu de manière vulgaire signaler, annoncer ou proclamer des orientations qui en effet ne relèvent, dans un secret pour une fois préservé, que de la seule  Xavière Siméoni. Il y a un intense sentiment de satisfaction, pour tous ceux qui sont passionnés par la justice équitable, à percevoir que cette procédure se trouve entre de bonnes mains et que la conclusion de vendredi aura été mûrement, lucidement et objectivement pesée. Le moins qu'on puisse dire, pour parler franc, est que cet apaisement rassurant ne nous a pas habités  pour toutes les affaires médiatico- politiques.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je ne minimise pas l'inquiétude probable de l'ancien président de la République devant cet avenir judiciaire si proche mais une actualité, rapportée par Le Parisien, a mis en évidence une tragédie, à Juvignac dans l'Hérault, qui par son intensité et ses conséquences, permet de considérer d'un esprit plus serein les péripéties parisiennes.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Un père de famille, pour se défendre et sauver son épouse et son fils, a tué un jeune homme de 27 ans. Résumée de la sorte, cette histoire donne une faible idée de ce qu'à dû être cette épouvantable soirée dans cette maison à Juvignac.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Sous la signature de Jean-Marc Ducos, l'article nous apprend que Philippe Joron, maître de conférences à l'université Paul-Valéry, anthropologue et spécialiste de la télé-réalité violente au Brésil, son épouse Chlélia et leur fils Hugo, âgé de 11 ans, étaient présents lorsque vers 22 heures 30, un homme encagoulé et ganté, "armé d'un pistolet automatique avec une balle engagée dans le canon" s'est introduit dans leur habitation. Il les a aspergés d'essence et a brandi un briquet. Insultes et menaces. "Si vous bougez, je vous brûle". Hugo s'est mis à hurler. L'agresseur a sorti des cordes. L'épouse l'ayant remarqué s'est relevée mais a été frappée violemment à la tête. Philippe Joron s'est jeté sur le malfaiteur qui a perdu l'arme dont Hugo s'est emparé. Son père lui a crié de fuir et, sentant sa famille toujours menacée, est resté sur l'agresseur, comprimant sa cage thoracique. Il l'a maintenu au sol pour assurer la sauvegarde de son épouse et de son fils, en attendant les secours. A leur arrivée, les gendarmes constatent que le coeur du jeune homme a cessé de battre.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Philippe Joron et son épouse ont décidé de quitter Juvignac avec leur fils qui a dû être hospitalisé à la suite de ce qu'il avait vécu. Philippe Joron a été mis en examen pour homicide volontaire mais évidemment laissé libre.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Ce qui rend la tragédie encore plus singulière, c'est que le malfaiteur, Saïd Ouamalik, était un ancien élève de Philippe Joron, avec lequel il avait eu un différend au sujet de certaines notes. Il était manifeste, à entendre la relation du père, que la motivation de l'agression résidait au moins pour partie dans le ressentiment, dans un désir de vengeance.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Pour un lecteur averti des choses criminelles, le récit d'une telle soirée, avec sa fureur, l'angoisse de voir une famille brûlée vive, l'énergie du désespoir et le courage insensé du père, est glaçant. Nous sommes tellement marqués par les représentations cinématographiques et extrêmes de la violence  que ce qui s'est passé à Juvignac renvoie à la liberté illimitée et terrifiante de la fiction plus qu'à un quotidien qu'on aurait eu du mal à concevoir aussi traumatisant. Le crime, c'est un imaginaire incroyable qui ne cesse pas de s'incarner. Si une défense semble légitime, c'est bien celle de ce père, héros ordinaire, accablé par les conséquences de sa résistance au mal. La mort qu'il a causée représente, pour lui qui a sauvé sa famille, une catastrophe réelle qui n'est pas occultée par le désastre qu'il a su prévenir. Il y a des personnalités que l'existence, un trait de temps, affronte au pire, qui ne se glorifient pas du compromis qu'elles ont été appelées à négocier dans l'urgence entre leur morale et le danger mais qu'on a scrupule à blâmer, tant on douterait de soi dans les mêmes circonstances.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">J'ai évoqué le magistrat Xavière Siméoni. Je voudrais, pour finir, réfléchir sur l'avocat Me Jean-Charles Teissedre qui s'est constitué partie civile pour la famille Ouamalik. Il adopte la posture classique en s'interrogeant sur la légitime défense et en mettant en cause le comportement du père au cours de l'action. C'est de bonne guerre, si j'ose dire. En même temps, je n'ai jamais mieux compris pourquoi le rapport que l'avocat entretient avec la vérité ne cesse pas de me troubler. Au fond, à partir du moment où le conseil choisit la cause qui l'a choisi, soutient forcément le point de vue de ceux qui lui ont confié la défense de leurs intérêts, il lui est évidemment impossible, dans le débat judiciaire, de privilégier la vérité du fait, le caractère parfois univoque de la réalité criminelle puisque son seul souci est de mettre sa compétence et son talent au service seulement de ce qu'on lui dit. Accepter le décalage entre le discours de mon client et l'intuition de ce que je pressens aurait  été au-dessus de mes forces. Pour le magistrat, la vérité ne se joue jamais à pile ou face. Pour l'avocat, elle dépend de sa position.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Cet antagonisme intellectuel et tactique explique peut-être, en général,  l'impérialisme du premier et  la tolérance du second.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">  </p></div>
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        <title>Jacques Weber nous fait honte</title>
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        <published>2009-10-24T00:00:00+02:00</published>
        <updated>2009-10-22T20:33:33+02:00</updated>
        <summary>Jacques Weber, en insultant de la sorte, avec ce degré zéro de la foucade , même aux Grandes Gueules, nous a offensés comme si nous étions tous Frédéric Lefebvre. La démocratie, c'est peut-être, pour l'humain, ce partage des honneurs et des offenses. Quoi qu'on en ait, au-delà de nos sympathies ou antipathies personnelles. On est sali par contagion.

Jacques Weber nous a fait honte.
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Parce que le comédien-metteur en scène Jacques Weber a été invité aux "Grandes Gueules" sur Radio Monte Carlo (RMC), il n'aurait pas dû se croire tout permis.</p>
<p>Parce que Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, n'hésite pas dans le débat public à dire ce qu'il pense et qu'il est devenu "la tête de turc" de beaucoup, on aurait le droit de le traiter d'une manière indigne ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">De quelle légitimité les artistes tirent-ils donc les privautés qu'ils s'octroient pour détruire, fustiger et traîner dans la boue de leur langage des personnalités qui valent au moins autant qu'eux ? </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Jacques Weber, sans doute très fier de lui devant d'excellents animateurs que j'apprécie et qui n'en demandaient certainement pas tant, s'est permis de qualifier Frédéric Lefebvre de "le plus vulgaire... de crétin de service... du plus con... du plus effroyable qui soit pour parler à la population..." Il ne s'est pas arrêté là. Comme "la population est bête et imbécile, il faut un bête et un imbécile pour leur parler". Il a terminé en laideur : "Jamais vu un type pareil. A certains moments, le porte-parole de l'UMP lui donne envie de lui casser la gueule !(nouvelobs.com, Le Post et Le Figaro.fr).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Incidemment, on perçoit l'estime que Jacques Weber porte à ses concitoyens dont il est bien heureux que certains viennent voir ses spectacles. Quelle triste caricature de l'humanisme surexcité qu'il déverse quand il vient faire oeuvre promotionnelle, que cette bile méprisante qui renvoie le "peuple" au néant d'où il n'aurait jamais dû sortir, pour laisser toute la place aux élites !</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Ainsi, l'opposition intellectuelle et politique trouverait sa plus magnifique illustration dans ces mots de violence brute et humiliante ! Quel paradoxe d'entendre cet homme cultivé "se payer" Frédéric Lefebvre sur ce mode infiniment grossier  que ce dernier - auquel on peut reprocher ses propositions, ses apologies ou ses provocations - n'a jamais exploité ni dans ses mots ni dans ses tournures ! L'UMP a de beaux jours devant elle si rien d'autre que cette outrageante déclaration ne lui est adressée !</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">C'est une honte qu'on en soit arrivé là. Certes, je ne surestime pas l'influence de Jacques Weber mais il n'empêche qu'il bénéficie, pour certains, d'une aura, d'une influence qui devraient lui imposer un devoir de dignité et de tenue, qui n'exclut en rien la virulence du fond. Toutes les polémiques que l'actualité de ces derniers mois a suscitées (de Clearstream à l'EPAD avec Jean Sarkozy - il a réglé le problème sur France 2 - en passant par la lecture forcée de la dernière lettre de Guy Môquet et la critique des médias) méritaient-elles d'être ainsi ridiculisées, dévoyées par un ton si peu républicain, des insultes de type totalitaire qui s'acharnent à tourner en dérision haineuse l'homme faute d'avoir le talent de pourfendre ses idées ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La conséquence de cette misérable prestation - et j'en suis satisfait pour la démocratie - est que dans l'instant on préfèrerait avoir tort avec Frédéric Lefebvre que raison avec Jacques Weber. On aspire à défendre le premier quand le second est tombé dans l'indécence.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Jacques Weber, en insultant de la sorte, avec ce degré zéro de la foucade, même pour les Grandes Gueules !, nous a offensés comme si nous étions tous Frédéric Lefebvre. La démocratie, c'est peut-être, pour l'humain, ce partage des honneurs et des offenses. Quoi qu'on en ait, au-delà de nos sympathies ou antipathies personnelles. On est sali par contagion.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Jacques Weber nous fait honte.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"> </p></div>
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        <title>Les profs doivent-ils obéir ?</title>
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        <published>2009-10-22T00:00:00+02:00</published>
        <updated>2009-10-22T16:01:54+02:00</updated>
        <summary>L'Etat généreux, mais qui se mêle, dans l'enseignement, de ce qui ne le regarde pas devrait prendre garde à ce que ce mélange détonant pourrait entraîner comme catastrophe démocratique si nous nous laissions aller.  Nous ne sommes à l'abri de rien. Des fonctionnaires tristement passifs, un Etat omniprésent et impérieux, demain, pour de mauvaises causes : le totalitarisme serait à craindre.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Que les conservateurs se rassurent, cette interrogation n'est pas destinée à mettre le feu à la société. Elle est née du couac qui, après avoir déclaré facultative la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet à ses parents, l'a rendue obligatoire pour les enseignants.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je me garderai bien de me prononcer sur la personnalité de Guy Môquet, fusillé à l'âge de 17 ans par les Allemands le 22 octobre 1941 à Chateaubriant. Sa mort a fait de lui un jeune héros et je rejoins assez Gilles Perrault dans son analyse. Guy Môquet a été arrêté à Paris le 13 octobre 1940. Son père était député communiste et lui-même appartenait à ce parti. Celui-ci ne s'est lancé résolument dans la résistance qu'au mois de juin 1941 après le déclenchement des hostilités entre l'Allemagne nazie et l'URSS. Lors de son arrestation, Guy Môquet distribuait d'ailleurs des tracts n'appelant pas à résister mais dénonçant  "le caractère impérialiste de la guerre". Toutefois, Gilles Perrault, en admettant ces données de fait, considère qu'on n'a plus à discriminer et que Guy Môquet, jeune fusillé communiste, appartient à la cohorte des glorieux. Pourquoi pas ? Il serait indécent, à l'abri, si longtemps après, de passer au crible le destin tragique et courageux de ceux qui ont affronté une Histoire bouleversante. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Guy Môquet, soit. C'est lui que le candidat Sarkozy puis le président de la République ont élu. C'est sa lettre qui, chaque 22 octobre, devra être lue obligatoirement par les professeurs à leurs élèves.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Henri Guaino s'est permis, sur France Info, de traiter de manière infiniment cavalière, pour ne pas dire méprisante, les enseignants qui exercent un métier à la fois prestigieux et déclassé (Le Monde).  En substance, les professeurs sont là pour obéir, ils doivent appliquer les directives de l'Education nationale, silence dans les rangs, un point c'est tout. Le conseiller spécial (est-il toujours spécial ?) du président de la République se persuade que la plupart, dans leur loyauté, respecteront l'injonction de lecture en rappelant que les "profs", après tout, ne pratiquent pas une profession libérale. J'avoue être choqué par cette désinvolture intimidante qui prend les enseignants pour des enfants qu'on mettra au coin s'ils n'obtempèrent pas. Qu'un haut conseiller du président s'autorise de tels propos avec la volonté affirmée de manifester le peu de cas qu'il fait de la liberté et de l'intelligence des professeurs me fait craindre le pire. J'y vois sans doute déjà la trace de frustrations personnelles. Quoi qu'on pense d'eux collectivement, on ne traite pas les éducateurs sur ce ton. C'est vouloir saper par avance la considération qui leur est due et ruiner une légitimité déjà quotidiennement mise à mal dans beaucoup de lycées et de collèges. Comment s'étonner demain de la désobéissance, violente parfois, à leur encontre, avec ce décret sommaire d'obéissance qui leur est signifié et qui les infantilise ? On les dépouille d'une autorité dont par ailleurs ils ne feraient pas assez preuve dans les classes. La République affaiblit le métier républicain par excellence et se tire une balle dans l'esprit.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Les professeurs doivent-ils obéir ? Doivent-ils courber leur être devant toutes les obligations qu'on fait peser sur eux ? Tout doit-il être mis au même plan dans la démarche de l'Etat ? Convient-il, pour des enseignants, de ne jamais avoir à s'interroger sur la nature de ce qu'on leur ordonne d'enseigner, de lire, de transmettre ? </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">La cousine de Guy Môquet, Michelle Bouhours, âgée de 76 ans, déclare que "la lecture de sa lettre ne doit pas être imposée" (Le Parisien). Avant même d'examiner l'opportunité du facultatif ou de l'obligatoire, il me semble qu'il serait nécessaire de juger le fond même de la démarche de l'Etat. Que ce dernier ait évidemment le souci et la charge de diffuser dans tous les établissements scolaires et pour l'ensemble des enseignants un contenu pédagogique unifié et cohérent, indiscutable et à respecter, me paraît une évidence. C'est ce qui nourrit la substance même de l'enseignement, dans toutes les matières concernées. En ce sens, un professeur qui oserait refuser la loi commune serait à blâmer, à sanctionner. Il défierait des prescriptions que l'Etat a pour mission d'édicter.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Mais pour la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet, nous ne sommes plus dans ce cadre. Il s'agit d'une vision éthique, historique, mémorielle que les pouvoirs publics ont décidé de propager et de rendre obligatoire. Cette contrainte résulte d'un dessein présidentiel qui a choisi de généraliser sa sympathie citoyenne sans se soucier des aléas de l'Histoire et de l'autonomie des professeurs. Difficile en effet de soutenir que ceux-ci seraient tenus, comme pour le pédagogique, au respect de toutes les sollicitations à la fois subjectives et politiques d'un Etat dont on peut sérieusement se demander s'il est fondé à les imposer et donc à en exiger l'application une fois par an. C'est prendre le risque grave de poser une chape uniforme  sur la conscience et la culture de chacun.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Je ne suis pas sûr que ce rituel scolaire célébré par beaucoup dans notre démocratie - même si d'excellents historiens, comme par exemple Jean-Pierre Azéma, dénoncent "cette caporalisation mémorielle et le dirigisme"  envers les enseignants -, ne soit pas lourd de menaces pour l'avenir. L'ordre donné par un Etat à des fonctionnaires dont l'obéissance, l'absence d'esprit critique sont désirées, sur des sujets qui ne relèvent pas du champ strict de la compétence du premier ni des devoirs des seconds laisse imaginer ce que pourrait devenir une telle pratique sous d'autres cieux politiques.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">L'Etat généreux mais qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, devrait prendre garde à ce que ce mélange détonant pourrait entraîner comme catastrophe démocratique si nous nous laissions aller.  Nous ne sommes à l'abri de rien. Des fonctionnaires tristement passifs, un Etat omniprésent et impérieux, demain, pour de mauvaises causes : le totalitarisme serait à craindre.  </p></div>
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        <title>Le Premier ministre fait la morale</title>
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        <published>2009-10-20T00:00:00+02:00</published>
        <updated>2009-10-20T13:01:43+02:00</updated>
        <summary>Le Premier ministre a eu raison de faire la morale. Ce n'est pas un gros mot. Ce n'est pas ringard ni ridicule.

Juste une espérance, un défi, une chance.
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p style="TEXT-ALIGN: justify">Ce ne serait même pas à relever tant la morale, les exigences éthiques, devraient constituer des évidences dans l'espace démocratique. Il me semble qu'en effet la République, c'est moins le consensus impossible sur une politique que le rassemblement autour d'une même conception de la morale publique, de la pratique de l'Etat et des valeurs qui rendent fier le citoyen d'appartenir à sa nation. Nous ne serions pas dans des temps troublés, l'intervention du Premier ministre devant la promotion 2008 des jeunes polytechniciens ne serait même pas remarquée puisque ce qui va de soi, ce qui donne à une démocratie sa respiration naturelle et exemplaire n'ont pas vocation à être mis en évidence. Eprouve-t-on le besoin de faire un sort à l'air, à l'eau, à la familiarité de notre quotidien ? (Le Parisien).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Pourtant, quand François Fillon "vante les devoirs moraux des élites" de la nation et qu'il rappelle avec force "qu'il ne faut pas chercher uniquement à s'entourer de gens qui vous ressemblent", il met en émoi, ce qui montre à quel point nous nous éloignons de ce qui, hier ou avant-hier, aurait été perçu comme une bienheureuse banalité. A quel niveau sommes-nous tombés pour que cette injonction pertinente adressée aux "élites" apparaisse presque comme une provocation,  le message officiel mais aujourd'hui surprenant  d'un honnête homme qui perçoit que le pouvoir n'a pas au fond d'autre justification que l'exemple qu'il donne et l'influence vertueuse qu'il diffuse ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Comme j'aimerais être sûr que cette adresse solennelle ne soit pas qu'une manière suprêmement élégante de se dispenser, une fois l'hommage verbal rendu, de l'effectivité de la mise en oeuvre ! Si cette crainte se réalisait, quel dommage ce serait non seulement pour la contrariété que suscite toute distorsion entre l'idéal et le réel mais pour la politique elle-même. En effet, je suis persuadé que la morale authentiquement assumée va devenir le "must" de ceux qui s'offriront à nos suffrages. Le citoyen ne supporte plus les fausses habiletés et les vraies tromperies. Il a besoin de vérité. </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Le Premier ministre a eu raison de faire la morale. Ce n'est pas un gros mot. Ce n'est pas ringard ni ridicule.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">Juste une espérance, un défi, une chance.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">  </p></div>
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