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    <title>Justice au singulier</title>
    
    
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    <subtitle>Le blog de Philippe Bilger</subtitle>
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        <title>Les francs-maçons : une richesse ou une menace ?</title>
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        <published>2012-06-03T18:41:25+02:00</published>
        <updated>2012-06-03T18:58:14+02:00</updated>
        <summary>La franc-maçonnerie, qu'on en soit ou non, n'est pas une maladie honteuse.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Initialement je désirais m'interroger sur le point de savoir si les francs-maçons n'étaient pas des adultes en mal d'enfance, au fond des enfants attardés. Pour être provocant, ce titre aurait d'emblée entraîné mon billet dans une dérive moqueuse alors qu'au contraire je suis partagé tout en étant assuré de mon éloignement permanent à l'égard de ces Associations.</p>
<p>Je les considère au pluriel puisque j'ai appris qu'il y avait au moins trois tendances fondamentales, qu'elles se respectaient sans véritablement s'apprécier mais que ce n'était pas se tromper que de tenter une analyse globale de la franc-maçonnerie en dépit de ses visages et de ses pratiques divers.</p>
<p>Revenant d'un séjour à Tours, une ville magnifique où, convié par une obédience de rite écossais présidée par un Vénérable de grande classe, j'ai eu l'honneur de m'exprimer et de répondre à des questions sur le thème de "la parole, expression de liberté", j'ai envie de développer, peut-être pour me les préciser à moi-même, les pensées qui me sont venues au cours de cette soirée et des agapes qui l'ont couronnée. J'ai pu à cette occasion, sans fard ni retenue, entendre plusieurs "frères" m'exposer avec conviction et délicatesse les raisons de leur appartenance.</p>
<p>Si le rituel de la cérémonie, les règles imposées et strictement observées, la symbolique matérielle et vestimentaire peuvent faire sourire, force est de d'admettre que, pour impressionnants qu'ils soient, ils relèvent de ce que les communautés instituées secrètent plus ou moins dès lors que leur organisation et leur sélection l'exigent. La comparaison n'est pas offensante mais le Rotary Club a aussi sa hiérarchie même si les francs-maçons répliqueraient que leur souci est de devenir meilleurs et non pas de se créer un réseau de relations. Il n'empêche que dans le premier mouvement, gardant un regard critique sur ce qui est présenté au tiers non affilié, il n'est pas interdit d'estimer que ces adultes ayant souvent des responsabilités professionnelles importantes et acceptant pourtant de se plier à un cérémonial et à des contraintes à la fois solennels et pesants éprouvent le bonheur régressif de retomber en enfance quand on se déguise, qu'on est dirigé, gouverné et qu'une alchimie voluptueuse naît de l'effacement de soi et de processus mystérieux. L'allégresse d'être des initiés et sentir ce sentiment partagé.</p>
<p>Mais, évidemment, il faut aller plus loin. A les écouter, à les voir vivre - et plusieurs témoignages m'ont persuadé que l'adhésion à la franc-maçonnerie à changé positivement le cours de beaucoup d'existences sur le plan intime et familial -, ces personnes graves, sérieuses, souriantes, en tout cas réfléchies, n'ont rien d'enfants égarés mais au contraire d'adultes seulement obsédés par leur amélioration morale et intellectuelle et la relation avec autrui.</p>
<p>Le rapport avec l'autre m'est apparu comme la clé de tout. L'autre n'est jamais une menace mais toujours une richesse. Il ne vient pas troubler votre espace mais vous avez besoin de lui au contraire pour vous dire humain, pour vous espérer fraternel. Peu importe son métier qui n'est pas nécessairement connu puisque l'essentiel est précisément d'appréhender son prochain dans sa seule intégrité humaine dépouillée des oripeaux et attributs de la comédie sociale et du pouvoir.</p>
<p>Il m'a été donné de constater, au moins durant quelques heures, la réalité concrète de cette disponibilité à l'égard d'autrui qui se résumerait en une bienveillance constante, en tout cas apparente. Le for intérieur ne regarde pas l'autre. J'avoue un agaçement devant cette aspiration à une sorte de "sainteté laïque" qui par sa volonté d'universalité ne trie pas, ne discrimine pas, prend ensemble le bon grain et l'ivraie et fait de l'amitié fraternelle une immense et inépuisable ressource. Pour quelqu'un dont la principale disposition n'est pas cette confiance totale, il y a comme un zeste de démagogie du coeur. Je suis mal à l'aise quand on feint de considérer qu'au-delà de l'égalité d'essence de chaque être humain, il y aurait forcément une égalité des apports, des dialogues et des intelligences. Si l'élitisme revient à souligner que chacun ne vaut pas chacun, j'y suis favorable comme à un constat d'évidence, en ne donnant pas à "valeur" un sens choquant.</p>
<p>C'est probablement pour se défendre de ce risque inévitable dont la quotidienneté démontre qu'il n'est pas vain - dans l'humain, on hiérarchise comme on respire - que les francs-maçons, pour ne pas exclure, embrassent, pour ne pas séparer, réunissent et, pour ne pas blesser, gratifient.</p>
<p>S'ils parviennent à si bien se comporter, s'ils demeurent fidèles à ce que leur "fraternité" implique, ce n'est pas seulement parce qu'autrui, étant tout, les enferme dans un échange qui les fera échapper à la vanité absolue de la victoire mais aussi parce qu'ils veillent à ne pas se surestimer eux-mêmes. Conscients de tout ce qui peut venir altérer et dégrader l'humain. A l'issue de mon intervention initiale d'une vingtaine de minutes, des questions m'ont été posées soit directement soit par lecture et, ma réponse faite, aucune réplique n'était possible, aucune contradiction soulevée. Dans cette abstention obligatoire, comment ne pas percevoir l'intuition fondamentale que livrée à elle-même n'importe quelle personne se laisse aller et sera prête à s'engager dans une joute douteuse et vulgaire ?</p>
<p>Dans un autre registre mais qui tient à la même prudence, prescrire une année de silence au moins aux "apprentis" constitue une démarche qui me serait inconcevable mais vise à mettre en place un terreau de doute, de réserve, de domination de soi et d'écoute d'autrui qui sera fondamental et nécessaire pour la suite.</p>
<p>La franc-maçonnerie, richesse ? Indiscutablement, surtout si on la rapporte à la philosophie humaniste qui préside à l'une des obédiences mais enrichit aussi les deux autres préoccupées par ailleurs de l'organisation planifiée ou non de l'univers par le "grand architecte". Même si on demeure indifférent à ce déisme profane, si l'appareil de la franc-maçonnerie semble bien lourd par rapport au projet éthique qu'elle s'assigne, la validité et la qualité de celui-ci, les aspirations nobles et généreuses de ceux qui le servent ne peuvent que conduire à un respect civique. Il n'est jamais inutile, pour une société, d'avoir en son sein de telles instances.</p>
<p>Menace, alors, la franc-maçonnerie ? Tant de fantasmes circulent sur elle, se nourrissent d'elle. Il y a des influences, des réseaux, des solidarités et des connivences. Il serait absurde de nier que certaines péripéties regrettables, notamment à Nice, n'aient pas attiré l'attention sur des manifestations franc-maçonnes délétères. Mais, pour l'essentiel, ne serait-il pas temps de sortir des élucubrations pour  retenir de la franc-maçonnerie honorable, qui s'aide et aide à penser plutôt qu'à se rendre des services, le rôle éclatant qu'elle joue pour défendre et illustrer les lumières ?</p>
<p>A cause de cette interrogation, après y avoir beaucoup réfléchi, j'incline à refuser cette fausse bonne idée de la transparence pour les francs-maçons. Au moment même où ceux-ci sont de moins en moins ligotés par un secret assez mal compris, il serait paradoxal de les obliger à révéler une appartenance comme si elle était en elle-même dangereuse et blâmable.</p>
<p>La franc-maçonnerie, qu'on en soit ou non, n'est pas une maladie honteuse.</p></div>
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        <title>Nicolas Sarkozy a-t-il réussi la rupture ?</title>
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        <published>2012-06-01T16:00:00+02:00</published>
        <updated>2012-06-01T18:48:39+02:00</updated>
        <summary>François Hollande reprend le cours d'une V° République ayant recouvré son sang-froid et sa maîtrise. On est rentré chez nous.

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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Certes, on n'en est pas encore à le regretter.</p>
<p>Pour ma part, d'ailleurs, je n'imagine pas pouvoir un jour être atteint par ce virus nostalgique qui fait aimer les présidents quand leur absence est acquise et définitive.</p>
<p>Cette association des "amis de Nicolas Sarkozy", créée pour des motifs affectifs selon Brice Hortefeux - il y a quelque chose de trop contradictoire dans cette explication  !-, est composée de personnalités dont la plupart vous détourneraient plutôt d'une fidélité même hypocrite qu'elles ne vous attireraient.</p>
<p>Il n'empêche qu'au quotidien je suis étonné par beaucoup de réactions qui, tout en critiquant les débuts de François Hollande, viennent au secours de Nicolas Sarkozy moins pour le fond de sa politique durant le quinquennat qu'à cause de l'irrespect notamment médiatique et judiciaire dont il aurait été l'objet. En gros, les médias l'auraient honteusement traité et les magistrats dans leur ensemble auraient abandonné leur devoir de réserve en s'engageant résolument contre lui jusqu'à souhaiter ostensiblement la victoire de son adversaire socialiste. Elles prennent l'ancien président de la République pour une victime.</p>
<p>Je ne me moque pas de ces analyses d'autant moins que, par ailleurs, elles ne sont pas loin d'intégrer le fait qu'au moins durant deux ou trois années Nicolas Sarkozy a lui-même dégradé l'image présidentielle. Pourtant, même en validant cette donnée incontestable, elles s'élèvent avec vigueur contre le peu de considération qui aurait été attaché à la fonction présidentielle au-delà de la personne de Nicolas Sarkozy.</p>
<p>Le débat, en réalité, consiste à s'interroger sur la nature de ce quinquennat et sur son appréhension au regard des pratiques singulières de Nicolas Sarkozy. Ces cinq ans, aussi discutables qu'ils aient pu être, s'inscrivent-ils dans la continuité politique, démocratique et institutionnelle de la V° République, Nicolas Sarkozy est-il un successeur, atypique certes mais en définitive dans une sorte de norme, de ses si différents et contrastés devanciers ou bien son quinquennat sort-il de toute épure, relève-t-il de l'inédit ?</p>
<p>Si on opte pour la première branche de l'alternative, il va de soi que les débordements de l'ancien président n'auraient jamais dû conduire aux débordements médiatiques et judiciaires, à commencer par les miens, qu'on a connus. Il aurait fallu continuer à percevoir ce quinquennat, malgré ses dérives et ses étrangetés, comme une période ordinaire où à toute force le statut présidentiel devait être préservé. Nicolas Sarkozy, pour les tenants de cette thèse, n'aurait jamais totalement réussi sa rupture pour le pire et derrière l'apparence agitée, la majesté et la sérénité de la République étaient, en dépit de tout, sauvegardées. Le président demeurait sauf malgré l'être Sarkozy et les médias et les juges auraient dû se résoudre à respecter le premier coûte que coûte. Pour le présent comme pour l'avenir. Rien d'absurde dans cette conception classique du pouvoir qui, pourtant, en l'occurrence, ne peut avoir mon agrément.</p>
<p>Répondant en effet à mes contradicteurs en référence à la seconde branche de l'alternative, j'alléguais que pour les journalistes comme pour les magistrats, le fauteur initial des troubles avait été le président de la République. Ayant lui-même transgressé, en de multiples occasions, les vertus et les principes consubstantiels à une démarche présidentielle acceptable sans être forcément exemplaire, ayant violé les règles d'équité, d'urbanité et d'impartialité à maintes reprises, il avait naturellement contribué à ce que les ripostes soient parfois démesurées, outrancières, toujours vives en tout cas. Ne se comportant pas en président, il ne pouvait guère espérer qu'on le créditât du respect et de la modération qu'un autre aurait suscités. Les institutions, les corps, les diplomates, les services publics, devant ses agressions inadmissibles qui n'avaient pas attendu d'être justifiées par quoi que ce fût pour jeter leur venin, pouvaient à juste titre, avec bonne foi, invoquer une légitime défense républicaine qui appelait des excès inconcevables en d'autres temps et sous d'autres latitudes présidentielles. La démocratie mise à mal par celui qui aurait dû en être le garant naturel était fondé à se rebeller. Les obligations de réserve pèsent peu quand la réserve présidentielle est abandonnée avec une sorte de volupté quii montre comme on est heureux de briser et d'offenser.</p>
<p>Pour les magistrats : petits pois, amitié judiciaire ostensible pour Philippe Courroye, détestation revendiquée de Renaud Van Ruymbeke, hostilité affichée pour les juges et les diplomates, le premier Président de la Cour de cassation convoqué deux fois à l'Elysée et y allant!, gestion orientée et partisane des dossiers politiques, démarches erratiques sur le fond manifestant sa désinvolture et son mépris pour la substance et l'élaboration des réformes, narcissisme du bon plaisir mêlé à des approximations techniques... Je pourrais continuer la litanie.</p>
<p>A mon sens, ce quinquennat n'est pas une continuité mais une rupture réussie pour le pire. Même si François Hollande ne s'était pas revendiqué "normal", après Nicolas Sarkozy n'importe qui serait apparu comme un restaurateur bienfaisant. Sans paradoxe, Nicolas Sarkozy qui nous avait promis une rupture pour le meilleur ne nous l'a offerte que de manière négative et destructrice. Son quinquennat sera une parenthèse trop extra-ordinaire à cause de sa personne, de son absence délibérée et provocatrice d'allure, de ses actes, de son talent vibrionnesque et impulsif pour qu'on puisse craindre la réitération de comportements judiciaires et médiatiques de ce type qui pouvaient choquer. Il n'y aura plus de président comme lui. Heureusement. Il n'y aura plus de médias et de juges obligés en permanence de se défendre.</p>
<p>François Hollande reprend le cours d'une V° République ayant recouvré son sang-froid et sa maîtrise. On est rentré chez nous.</p></div>
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        <title>Qui est Yo ?</title>
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        <published>2012-05-31T08:00:00+02:00</published>
        <updated>2012-05-31T12:31:30+02:00</updated>
        <summary>J'avoue que j'aimerais avoir quelque lumière sur cette interrogation : qui est Yo ?</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Pourquoi les footballeurs n'auraient-ils pas droit au mystère ?</p>
<p>Cela fait longtemps que la personnalité de Yoann Gourcuff passionne les amateurs de sport bien au-delà de sa conduite de balle.</p>
<p>A Bordeaux, avec Laurent Blanc comme entraîneur, Gourcuff surnommé Yo avait étincelé en étant un grand meneur de jeu.</p>
<p>Transféré à Lyon - avec un salaire mensuel énorme pour la France -, il n'a jamais retrouvé le rayonnement qui était le sien. Des blessures l'ont maintenu longtemps éloigné des terrains et quand il a pu reprendre, malgré tous ses efforts son niveau est demeuré très inférieur à ce que sa classe et sa technique permettaient d'attendre de lui.</p>
<p>Laurent Blanc, devenu entraîneur de notre équipe nationale, n'a pas cessé de lui faire confiance contre vents et marées jusqu'à ce jour récent où, ayant à retenir 25 joueurs pour le championnat d'Europe de juin, il a dû en éliminer deux dont Yoann Gourcuff. Son départ s'est effectué sans drame ni ressentiment. Yo avait le sourire (Libération, Le Monde).</p>
<p>Mais que cachait cette attitude ?</p>
<p>De la nostalgie pour cette période où il éblouissait par son talent et où lui était prédit un avenir somptueux et encore plus somptuaire ?</p>
<p>De l'indifférence à l'égard de ce monde de "footeux" qu'il semble n'avoir jamais beaucoup apprécié ?</p>
<p>Du soulagement parce qu'il ne serait plus obligé de côtoyer certains partenaires qui sous la déplorable ère Domenech ne l'avaient pas beaucoup ménagé et s'étaient plaints de lui ?</p>
<p>De la résignation parce qu'il était conscient que Laurent Blanc, à cause de sa dernière prestation contre l'Islande, ne pouvait pas le conserver dans le groupe ?</p>
<p>Un vif sentiment et un désir de solitude comme d'habitude ?</p>
<p>Qui est cet homme jeune, très beau physiquement, qui répugne à participer à la joie collective avec ses coéquipiers lyonnais à la suite d'une victoire inespérée en coupe d'Europe ? Qui, alors que l'équipe de Lyon est dominée et menée 3 à 0 sur le terrain de l'adversaire italien, tombe dans les bras de Kaka, de l'autre équipe, sous les yeux médusés de ses partenaires ? Qui s'échauffe et s'entraîne seul avant les matchs ? Qui à l'évidence ne s'intègre pas et demeure dans je ne sais quelle très élégante réserve occultant sans doute des tourments, des fêlures intimes, des blessures familiales ?</p>
<p>Qui est Yo dont la vie personnelle est totalement dans l'ombre ? Jamais une photographie sur lui et son existence en dehors du champ sportif. Jamais le moindre indice sur une quelconque relation féminine, masculine. Un magazine, un jour, lui avait prêté une liaison avec une fille de Dominique de Villepin. Pas de réaction ni démenti, rien. Une certaine année, il avait été sacré idole des gays. On sait qu'il a une maison en Bretagne, proche de celle de son père Christian, lui-même entraîneur emblématique de Lorient. On ne le voit nulle part. Discret au-delà du concevable. Pas la moindre fissure, pas une once de voyeurisme.</p>
<p>Pour un footballeur de sa notoriété et de son apparence, il est miraculeux que l'étanchéité entre ses deux univers ait été si rigoureusement respectée et qu'il y ait porte absolument close entre Yoann Gourcuff le sportif et Yo l'homme, entre ses performances positives ou négatives et ses états d'âme. Entre lui ici et lui ailleurs.</p>
<p>Je n'ai jamais jamais perçu comme dérisoires les questions concernant la nature humaine, ses obscurités, ses richesses, ses singularités.</p>
<p> Aussi, j'avoue que j'aimerais avoir quelque lumière sur cette interrogation : qui est Yo ?</p></div>
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        <title>Eric Zemmour à contredire ou à brûler ?</title>
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        <published>2012-05-29T08:00:00+02:00</published>
        <updated>2012-05-29T12:23:46+02:00</updated>
        <summary>Pour finir, je me demande si EZ n'est pas surtout honni, derrière les apparences de l'acrimonie intellectuelle et politique, à cause de cette insupportable tare qui rend ses contradicteurs habituels malades de dépit et d'envie : son intelligence, sa liberté ont du TALENT !</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Je n'ai pas vocation à me spécialiser dans la défense d'Eric Zemmour d'autant plus qu'il le fait très bien tout seul (RTL).</p>
<p>La différence entre aujourd'hui et la période où magistrat je l'avais soutenu à propos de l'évidence judiciaire qu'il avait formulée est considérable : je ne risque plus une procédure disciplinaire d'ailleurs absurde et vite classée par MAM puisque depuis le mois d'octobre 2011 l'obligation de réserve ne pèse plus sur mon esprit.</p>
<p>Je crains tout de même le futur d'EZ parce que, sans qu'il y soit pour rien, un péché irréparable va lui être reproché et aggraver son cas : Marine Le Pen est venue à son secours. Autant dire que son sort est scellé.</p>
<p>Je ne sais pas si son contrat va être renouvelé au mois de septembre à RTL mais les pronostics ne lui sont guère favorables. Christopher Baldelli, que j'apprécie pour avoir pu échanger à plusieurs reprises avec lui, n'oubliera pas qu'EZ est en effet "dans son rôle de chroniqueur" et que surtout son propos est en général parfaitement accordé aux auditeurs de RTL si j'en juge par "On refait le monde", où la "langue de vipère" choisie par les auditeurs est accordée régulièrement aux intervenants de droite, souvent de surcroît pétris de talent : notamment Ivan Rioufol, Jean-Christophe Buisson ou Alain-Gérard Slama.</p>
<p>Eric Zemmour s'en est pris récemment au garde des Sceaux Christiane Taubira en articulant son analyse autour de troix axes principaux (Le Monde).</p>
<p>Le ministre aurait choisi "ses victimes, les femmes, les jeunes des banlieues qui sont dans le bon camp à protéger" et "ses bourreaux, les hommes blancs qui sont dans le mauvais".</p>
<p>Par ailleurs, "comme une maman pour ses enfants", elle ferait preuve de compassion et de compréhension pour "ces pauvres enfants qui volent, trafiquent, torturent, menacent, rackettent, violentent, tuent aussi parfois".</p>
<p>Enfin EZ, au nom d'une féminisation de la société qu'il dénonce, reproche à CT, la première loi sur le harcèlement abrogée par le Conseil constitutionnel,  de vouloir en remettre une sur le chantier pour la faire adopter dans les meilleurs délais.</p>
<p>Il est clair qu'EZ ne s'est jamais assigné pour ambition d'avoir une pensée tiède et consensuelle, un langage doux et mou et un comportement intellectuel et médiatique conforme aux canons de notre époque de bienséance : rien qui trouble, rien qui offense.</p>
<p>Cela ne signifie nullement qu'il faille approuver forcément ce qui sort de sa bouche pour ne pas évoquer ses articles, notamment ses percutants regards sur la vie politique dans Le Figaro Magazine. Pour ma part, je persiste : je ne suis pas persuadé que CT soit obsédée par la volonté de préjudicier à l'homme blanc. Il y a sans doute un risque d'angélisme avec la politique pénale de gauche mais comment laisser croire que le ministre serait systématiquement aux côtés des mineurs délinquants ou criminels qui se livrent au pire ? Enfin, si le CC a heureusement abrogé la loi sur le harcèlement parce qu'elle était trop floue, trop vague, guère conforme à l'Etat de droit, je n'objecte rien à ce que la Chancellerie en prépare une seconde à condition que l'incrimination soit clairement définie et ne frappe pas de suspicion toutes les attitudes de séduction et de proximité, librement acceptées ou refusées. Mais il existe à l'évidence dans les rapports personnels, professionnels et sociaux un harcèlement qui peut représenter une pression indigne et il doit être sanctionné.</p>
<p>Mais, aussi discutables que soient, pour certains, les aperçus fulgurants ou grossiers d'EZ, ils relèvent d'un genre qui pousse au paroxysme l'intensité de l'idée et la vigueur de la critique. Un chroniqueur qui chaque jour laisserait l'auditeur de glace devrait être remplacé.</p>
<p>D'ailleurs peu importe, et j'en arrive à l'essentiel.</p>
<p>Une démocratie se dégrade quand, naturellement attentive au fond et aux idées elle en vient à oublier que son honneur fondamental est de les laisser s'exprimer. La finalité d'une République n'est pas de désarmer la parole et l'écrit mais de les faire vivre. Je n'aurais même pas dû mettre l'esprit dans un engrenage où la liberté d'EZ pouvait sembler dépendante de la validité, de la bienséance intellectuelle, politique et morale de sa chronique C'est faire courir un risque infini aux citoyens que nous sommes que de subtilement leur imposer un imprimatur pour l'expression orale ou écrite de leurs pensées au lieu de proclamer spontanément et civiquement leur droit de tout dire.</p>
<p>Qu'ai-je entendu à son encontre ? Il tiendrait des propos machistes et racistes, une "chronique haineuse, raciste et misogyne". SOS Racisme et le MRAP, évidemment, au premier rang de ces attaques après que le journaliste Bruno Roger-Petit avait de manière surprenante ouvert le feu contre EZ (nouvelobs.com). Une fois qu'on a proféré ces condamnations avec un langage paresseux car en définitive les adjectifs utilisés sont exploités jusqu'à l'usure, on n'a en réalité rien démontré. On a seulement apposé une étiquette insultante sur des propos qu'on prétend eux-mêmes insultants. La dénonciation souvent est si assurée de l'éthique dont elle serait propriétaire qu'elle oublie le principal : expliquer pourquoi un tel opprobre serait justifié. Comme c'est difficile, voire impossible, on préfère les décrets du menton tremblant et du coeur blessé. Ou la judiciarisation forcenée, encore démontrée ce mardi 29 avec sa comparution étonnante pour diffamation devant le tribunal correctionnel à cause du CRAN.</p>
<p>J'ai tenté modestement à deux reprises de transmettre mon point de vue sur cette globalisation outrancière et peut-être partiale d'EZ, sur Europe 1 avec Michel Grossiord et à France Inter en réponse à des questions très fines de Patrick Boyer sur la liberté d'expression.</p>
<p>EZ a pris la peine de répliquer, sur RTL toujours, au procès en sorcellerie qui lui était intenté en se défendant d'avoir voulu porter atteinte, en Christiane Taubira, "à la femme et encore moins évidemment à la femme noire". Il a vilipendé "les professionnels de l'indignation tarifée et du choquage" en soulignant avoir procédé seulement à "une analyse politique, idéologique".</p>
<p>Il a mis en lumière, dans sa riposte, la perversion qui consiste à censurer les mots puis les pensées, enfin les arrière-pensées. Ce mécanisme est en effet dévastateur qui interdit véritablement à un chroniqueur tel qu'EZ de demeurer lui-même sauf à emprunter les chemins que ses adversaires et les tenants d'une vision classique, traditionnelle, banale voudraient lui imposer ainsi qu'à tous ceux tentés, comme lui, par des démarches moins confortables, des intuitions moins ronronnantes.</p>
<p>Entendant Dominique Sopo sur France Inter, j'ai été effaré par sa comparaison absurde faite, pour justifier une chape, un étouffement dans les domaines sensibles du racisme et du féminisme, avec la pédophilie comme s'il y avait quoi que ce soit à voir entre ces crimes et la responsabilité d'EZ, entre l'odieux d'une parole au soutien de tels agissements et la liberté d'une oralité consacrée à la réflexion civique.</p>
<p>Pour finir, je me demande si EZ n'est pas surtout honni, derrière les apparences de l'acrimonie intellectuelle et politique, à cause de cette insupportable tare qui rend ses contradicteurs habituels malades de dépit et d'envie : son intelligence, sa liberté ont du TALENT !</p>
<p>Qu'on le contredise alors si on en est capable mais qu'on ne le brûle pas, lui, à coups de décrets fulminés par ceux qui pensent bien et ont médias ouverts.</p></div>
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        <title>A l'antenne, on parle sale !</title>
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        <published>2012-05-27T16:14:27+02:00</published>
        <updated>2012-05-27T20:18:41+02:00</updated>
        <summary>Pourtant ces mots sales, ce sont comme des ordures qu'on nous jette aux oreilles, dans l'esprit.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>On s'interroge gravement : La radio en fait-elle trop ?</p>
<p>Comme si la réponse n'était pas évidente. Comme si, de plus en plus, sexe, insultes, gros mots, vulgarités, salacités et inélégances ne prospéraient pas dans l'univers médiatique, notamment, en effet, à la radio.</p>
<p>Devant ce constat irréfutable - il suffit d'être attentif au langage et de l'entendre quotidiennement souillé par ceux qui au contraire devraient se faire un honneur de le cultiver le mieux possible -, les réactions négatives, quasiment outragées n'ont pas manqué. La plus significative est celle d'Yves Bigot qui, responsable des programmes de RTL, défend la verdeur des mots et profère cette justification aussi péremptoire qu'elle est discutable, "à l'antenne, on parle vrai". Je peux le rassurer ou l'inquiéter : à "On refait le monde", sur RTL, si on essaie de parler vrai, on échappe pourtant au pire !</p>
<p>A suivre son propos à la lettre, "le parler vrai" imposerait la dégradation des mots, la dénaturation du langage, l'abaissement du vocabulaire et l'utilisation systématique de ce qui, dans une société normalement constituée et civilisée, est perçu comme des provocations et grossièretés. Il conviendrait donc de multiplier ces effets sales de style, cette indécente course à la trivialité, pour demeurer nuancé. Le ciblage obsessionnel de certains attributs sexuels serait, par exemple, indispensable à la radio ou à la télévision parce que cette dernière n'est évidemment pas épargnée.</p>
<p>Regardons par exemple Laurent Ruquier s'esbaubir des quelques gros mots, dont la tonalité apparemment le stimule puisqu'elle est toujours la même et qui parsèment un langage dont il est le premier à rire. Pourquoi se priverait-il puisque la claque présente applaudit mécaniquement ce qui lui paraît représenter le comble du bon goût et qu'elle adhère au bas, faute de se voir haussée et donc honorée ?</p>
<p>On ne parle pas vrai quand on parle ainsi. On parle sale. La verdeur, la vigueur des mots n'ont rien à voir avec précisément cette méconnaissance des mots, de ce qu'ils portent de plus rare, de plus fin ou de plus direct en eux. On tente de nous faire accroire que l'alternative n'existerait qu'entre un réalisme répugnant ou une préciosité ridicule. Heureusement il y a tout le reste qui couvre un immense espace : celui du langage simple, celui de l'oralité familière, celui des mots respectés.</p>
<p>Faudra-t-il supporter encore longtemps cette descente vers la mutilation, le vulgaire et l'inepte ? Cette incoercible volonté, à chaque fois qu'un choix se présente, de privilégier le cru et l'audacieux de pacotille ?</p>
<p>Pourquoi cette propension ? Sans doute parce que ces présentateurs, animateurs, comiques ou histrions ont toujours considéré, faute de culture et d'amplitude intellectuelle, que l'impudence, l'irrévérence, la contestation, la dérision et la révolte passaient nécessairement par la puanteur du langage alors que l'inverse est vrai : le fond est d'autant plus troublant et décapant que la forme qui le transmet est belle ou au moins acceptable.</p>
<p>Le problème n'est évidemment pas de mettre en place "une quelconque censure qui serait en effet dérisoire". Il consiste à apprendre à parler correctement à ceux qui à la télévision et à la radio se doivent d'être des modèles parce que regardés et écoutés ils n'ont pas le droit à l'erreur, ils ont une obligation d'excellence et d'allure. Si leur vocabulaire est restreint et leur langage fasciné par le nauséabond, qu'ils changent de métier.</p>
<p>Surtout, qu'on ne nous serine pas cette antienne selon laquelle on aurait du mal à distinguer ce qui est sale ou propre, vulgaire ou non. Dans cet exercice quotidien, notamment à la radio, on perçoit ce qu'on entend et on sait ce qu'on dit.</p>
<p>On ne doit pas s'y tromper. Dans cette insupportable dérive, pas trace d'un quelconque progressisme ni du moindre défi. Au contraire, la banalisation réside dans ce naturel qui ne se surveille plus, dans cette abjection si fréquente, si régulière qu'elle ne nous touche plus, ou trop peu.</p>
<p>Pourtant ces mots sales sont comme des ordures qu'on nous jette aux oreilles, dans l'esprit.</p></div>
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        <title>Justice : la lumière et l'ombre</title>
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        <published>2012-05-25T16:21:56+02:00</published>
        <updated>2012-05-26T01:12:41+02:00</updated>
        <summary>La lumière ici. L'ombre là. Pour faire triompher la justice ici. Pour la faire oublier là ? </summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>J'ai failli intituler ce billet "Le lièvre et la tortue" mais, outre que cette alternative aurait été un tantinet vulgaire pour la justice, elle n'aurait pas bien exprimé ce que j'ai l'intention de souligner. En effet, le lièvre baguenaude, batifole alors que la tortue part à point, avance lentement et atteint le but la première. On ne peut pas dire qu'il y a des procédures qui folâtrent et d'autres qui s'acheminent lentement mais sûrement. Quoique ? Au fond, ce qui importe est le plus ou moins d'éclat projeté sur les investigations judiciaires et sur l'énergie déployée par les magistrats. La chape de silence, et on présume l'enlisement, le pire. Un éclairage régulier et on se réjouit du mouvement, peut-être du meilleur.</p>
<p>Personne ne doute que les dossiers Karachi instruits respectivement par Marc Trévidic et Renaud Van Ruymbeke progressent parce que d'une manière qui n'offense aucunement une bonne administration de la justice, le citoyen est tenu informé de leurs péripéties principales par les médias et souvent par les avocats concernés. Entre la discrétion totale qui respecterait un secret de l'enquête et de l'instruction "intégriste" et la divulgation à tout crin, une voie raisonnable existe qui offre à la société ce à quoi elle a droit et ne fait pas tomber dans une profusion dangereuse.</p>
<p>Comparons deux informations qui sont au coeur de ma réflexion entre la lumière rassurante et l'ombre troublante.</p>
<p>La première se rapporte à l'affaire du juge Gentil à Bordeaux pour les délits d'abus de faiblesse et d'abus de confiance. Après le désastre de Nanterre longtemps prétendu exemplaire par le procureur Courroye, la saisine du tribunal de grande instance de Bordeaux est venue enfin dénouer les fils délibérément enchevêtrés de réalités suspectes et diverses.</p>
<p>Pour l'action conduite par Jean-Michel Gentil, en dépit de la réserve manifestée par ce dernier, nous avons pu disposer d'éléments, être attentifs à des avancées, presque nous sentir en symbiose intellectuelle avec une démarche qui méthodiquement entendait des témoins, rassemblait des preuves et se rapprochait des plus hauts responsables pour éventuellement les incriminer. Récemment encore, après la défaite de Nicolas Sarkozy le constituant comme citoyen ordinaire à partir du 16 juin, sont apparues, à l'encontre de celui-ci, des données recoupées ne rendant plus absurde - comme il l'avait prétendu - ni inconcevable son implication, avec d'autres proches politiques, dans le financement illégal de l'UMP (Le Monde). Bettencourt, aujourd'hui, résonne moins comme un honneur que comme une marque de générosité ciblée, l'expression d'un monde où l'argent et les privilèges, sans magouilles, ne seraient plus vraiment eux-mêmes.</p>
<p>L'éthique démocratique n'a pas de souci à se faire. Il y a à Bordeaux le cours d'une justice dont les oeuvres sont indéniables et la volonté d'aboutir incontestable. Si elle ne se déroule pas heureusement à ciel ouvert, elle est suffisamment transparente pour abolir tout soupçon d'emprise suspecte, tout risque de disparition dans les limbes du temps.</p>
<p>Mettons en face de cette instruction du juge Gentil celle de la commission chargée d'informer sur le rôle de Christine Lagarde dans l'arbitrage honteux rendu en faveur de Bernard Tapie et, en amont, sur les nombreuses irrégularités et anomalies l'ayant engendré comme la fleur le fruit ! Il n'est plus nécessaire de rappeler le caractère gravissime de ces épisodes à l'inspiration desquels Nicolas Sarkozy ne peut être étranger puis, pour le processus, Jean-Louis Borloo avant Christine Lagarde, enfin cette dernière en charge et en responsabilité pour l'essentiel avant la triste et regrettable influence d'un arbitre sur les deux autres (Mediapart).</p>
<p>Grâce à l'ancien procureur général près la Cour de cassation Jean-Louis Nadal qui a joué un rôle décisif dans l'illustration d'une justice moins indigne qu'auparavant, au mois d'août 2011 la commission d'instruction de la Cour de justice de la République (CJR) a été saisie de complicité de faux et de détournement de biens publics à l'encontre de Christine Lagarde. Depuis cette date, la République se trouve dans une totale ignorance de ce qu'accomplit ou non la Cour de justice qui agit théoriquement en son nom. Les médias apparemment sont contraints de demeurer dans l'attente, personne ne cherche à découvrir ce qui se trame sur ce territoire à la fois ordinaire et spécial. L'instruction progresse-t-elle ou non ? Est-elle au point mort parce qu'on refuserait de la voir vivre ? Des auditions, des commissions rogatoires, des témoignages, des expertises ? Le néant ou un peu d'être ?</p>
<p>Certes deux autres procédures étaient diligentées en même temps que celle de la CJR. Pour le Conseil d'Etat, il a donné tort au député Charles de Courson qui n'a jamais failli et s'est battu autant qu'il l'a pu pour vaincre le scandale financier par le droit. Reste la Cour de discipline budgétaire. Peut-on, pour excuser cette apparente inertie, ce secret gardé, supputer que la commission d'instruction diffère dans l'attente de la décision budgétaire ? Cela ferait tout de même un délai considérable puisque huit mois se sont écoulés depuis aoüt 2011 !</p>
<p>Je suis étonné que personne ne proteste devant une lenteur aussi déplorable, à supposer que des opérations s'effectuent en catimini, à notre insu, ou face à un tel désir d'effacement, de réduction à rien d'une affaire pourtant la plus ostensiblement indécente de ce dernier quinquennat. On n'a pas le droit, au prétexte que la CJR est composée comme elle l'est et qu'elle devrait de ce fait adopter un train de députés et de sénateurs, de se satisfaire d'une justice si molle, aussi ralentie. Il n'est écrit nulle part que cette instruction devrait par principe se laisser distancer par celles de la justice ordinaire ou alors notre démocratie, concédant trop aux anciens ministres, ferait mieux de s'interroger sur elle-même.</p>
<p>Aussi, François Hollande n'a pas eu tort, à cause de sa structure et peut-être aussi de la constatation de ses incroyables lenteurs, de prévoir la suppression de la CJR (nouvelobs.com). Personne ne la pleurera mais en attendant, pour un Tapie qui rit et est heureux, une Christine Lagarde directrice générale du FMI - bien joué, Nicolas Sarkozy ! -, on a une République qui espère obtenir justice. La victime est singulière et éclatante. C'est elle qui en effet, offensée dans son honneur et spoliée pour ses finances, a pâti. Faut-il, par lassitude, s'indigner ailleurs ?</p>
<p>La lumière ici. L'ombre là. Pour faire triompher la justice ici. Pour la faire oublier là ?</p></div>
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        <title>François Hollande est-il vraiment le président de tous les Français ?</title>
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        <published>2012-05-24T00:17:36+02:00</published>
        <updated>2012-05-24T11:41:57+02:00</updated>
        <summary>Le président de tous les Français, c'est aussi celui, je l'espère, de ceux qui l'ont fait élire et ne sont pas socialistes. Il n'est pas interdit de rêver d'une gauche du réalisme sachant parfois maintenir les oeuvres d'une droite qui n'a pas eu tort sur tout.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Il n'est pas un président de la République qui, élu, ne déclare vouloir être celui de tous les Français.</p>
<p>Cette volonté semble devoir aller de soi quand la charge suprême vous est confiée et que cet immense honneur engage. On ne pourrait pas théoriquement se muer en chef d'un clan, d'un parti, d'une partie de la France contre l'autre. Je considère que ce fut peut-être la faiblesse principale du récent quinquennat que la trahison de cette promesse proclamée en 2007. En même temps, le tempérament explosif et agité de Nicolas Sarkozy inspirait d'emblée le doute sur son aptitude à pacifier et à rassembler, sur l'équanimité nécessaire à une présidence impartiale.</p>
<p>En revanche, François Hollande m'est apparu plus plausible sur ce plan non seulement parce qu'il n'a cessé d'exprimer une obsession de l'unité mais surtout parce que sa personnalité semblait naturellement plus accordée à ce rêve d'un pays géré pour tous, d'une démocratie offerte, par le coeur, l'esprit et la politique, à tous.</p>
<p>Mais que signifie, au-delà de la pétition de principe, une présidence effective pour l'ensemble de la société ? Quelle peut être la traduction de ce désir d'universel ?</p>
<p>François Hollande, tout en prônant une gauche sociale démocrate, celle du possible et de la réforme, n'a pas caché qu'il ne s'inscrivait tout de même pas dans un socialisme mou. Son projet, qu'il s'applique à mettre en oeuvre notamment sur le plan international avec une certaine réussite, va naturellement s'incarner, autant que les contraintes de la réalité et l'avenir parlementaire le permettront, dans notre quotidien avec l'économie et la finance comme vecteurs fondamentaux.</p>
<p>Cette donnée incontestable doit-elle faire oublier au président de la République qu'une majorité substantielle de ceux qui l'ont fait élire ne s'est prononcée en sa faveur que par rejet personnel de Nicolas Sarkozy et pour qu'il assure la relève avec une personnalité et une pratique de l'Etat moins insupportables ? En aucun cas, cette multitude (60% d'après une estimation fiable) n'a fait acte d'adhésion à l'ensemble des mesures socialistes projetées ni au socialisme lui-même. Elle a investi sur un homme remarquable, conscient de ses devoirs, républicain convaincu et attentif à un exercice du pouvoir plus simple, moins vulgaire et narcissique (Le Monde, Le Figaro, Marianne 2).</p>
<p>Aussi, se contenter d'appliquer à la lettre le programme socialiste, jour après jour, sans s'interroger sur sa compatibilité avec cet électorat revient à tenir pour rien un soutien dont le poids a été décisif. Réciter le catéchisme idéologique, surtout en matière judiciaire pour l'instant, n'a aucun sens parce qu'on défait sans réfléchir et qu'on abandonne des citoyens à un sort qui les fait demeurer fidèles à un président mais regretter que sa politique ânonne quand elle pourrait se situer dans un juste milieu entre réalisme et conviction.</p>
<p>Pour ma part, je crains d'autant plus cette déshérence qu'en choisissant, au nom de la parité, Christiane Taubira plutôt qu'André Vallini, le président a plus servi la cause des femmes que celle de la justice. Non pas que ce ministre soit de médiocre qualité mais, en dépit de l'espoir qu'elle avait suscité, elle a immédiatement emprunté des chemins balisés par un humanisme plus abstrait qu'opératoire en décidant d'abolir la comparution des mineurs récidivistes de 16 à 18 ans devant le tribunal correctionnel et, bientôt sans doute, les peines planchers. Je suis persuadé qu'André Vallini, plus compétent en la matière, moins soucieux de complaire au clan judiciaire progressiste à tout crin, aurait sans doute constitué un utile contre-pouvoir au pouvoir des idéalistes guère avertis.</p>
<p>Eric Zemmour a dénoncé avec une vigueur et une verve sans retenue l'action et les projets de Christiane Taubira en lui reprochant notamment de s'en prendre exclusivement à l'homme blanc (RTL). Bruno Roger-Petit (nouvelobs.com) a appelé à une riposte contre lui sur un ton vengeur qui me fait mal augurer, au sein même de l'univers des journalistes, du respect de la liberté d'expression.</p>
<p>Il n'est pas besoin d'avoir le talent et la fougue polémique d'Eric Zemmour pour déplorer calmement que Christiane Taubira et, avec elle, le président qui l'a nommée en accord avec le Premier ministre ne songent pas assez, en ces premiers jours du quinquennat, à ces citoyens qui sont venus en nombre au soutien de François Hollande entre les deux tours.</p>
<p>Le président de tous les Français, c'est aussi celui, je l'espère, de ceux qui l'ont fait élire et ne sont pas socialistes. Il n'est pas interdit de rêver d'une gauche du réalisme sachant parfois maintenir les oeuvres d'une droite qui n'a pas eu tort sur tout.</p></div>
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        <title>Le sosie du Texas</title>
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        <published>2012-05-22T15:05:04+02:00</published>
        <updated>2012-05-22T17:02:58+02:00</updated>
        <summary>Le défaut de conscience, de vigilance, de compétence, quelle catastrophe !

Mais la peine de mort, quelle horreur !
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Sans doute ai-je laissé passer plus de deux jours, pour la première fois depuis longtemps, entre la publication de deux billets parce que je ne parvenais pas à me décider entre l'ordinaire analyse politique française et un drame américain bouleversant.</p>
<p>Celle-là m'aurait conduit à m'étonner des réactions ironiques de l'opposition devant la diminution des salaires du président de la République, du Premier ministre et des ministres. Il est facile de se moquer quand, en s'en étant abstenu lors de l'exercice du pouvoir, on veut laisser croire que cette avancée est dérisoire. Si elle l'était, et si peu signifiante sur le plan symbolique, pourquoi ne pas l'avoir accomplie alors que l'opinion publique, elle, en a compris la portée en dépit de la misérable polémique sur l'augmentation du nombre de ministres ? Je regrette qu'un Henri Guaino se soit laissé aller à tourner en dérision ce progrès en déplorant qu'on n'ait pas fait travailler le gouvernement pour rien, laissant subsister ses membres avec leurs revenus personnels (BFM) ! Pour la démocratie, j'aurais espéré un consensus sur cette réduction qui a dans tous les cas de l'allure.</p>
<p>Rien à voir, évidemment, avec la tragédie qui s'est déroulée en 1989 au Texas. Carlos DeLuna âgé de 27 ans a été condamné et exécuté pour le meurtre d'une jeune femme, commis en 1983 (Le Parisien, le Télégramme).</p>
<p>Une enquête vient d'être menée, durant cinq ans, par un professeur de droit et ses étudiants. Elle a permis d'établir que DeLuna avait un sosie, Carlos Hernandez, qui demeurait dans la même région et qui avait un casier judiciaire chargé avec notamment des agressions et un vol à main armée. Mais son passé judiciaire n'a jamais empêché qu'il soit traité avec une étrange indulgence par les autorités du Texas.</p>
<p>Le comble, c'est que Carlos DeLuna n'avait pas cessé de protester de son innocence tandis qu'Hernandez à plusieurs reprises a avoué être l'auteur de cet homicide. Incarcéré à nouveau, ce dernier est mort en 1996.</p>
<p>Ces deux hommes se ressemblaient tellement que même leurs proches les confondaient. Le jour des faits cependant, un témoin avait fourni un signalement vestimentaire et physique - moustachu et une chemise grise - qui correspondait à Hernandez mais non à DeLuna : rasé, avec une chemise blanche.</p>
<p>La certitude de l'existence dans le même secteur de ces deux jeunes gens si similaires d'apparence n'avait pas dissuadé le procureur, lors du procès, de prétendre "qu'Hernandez n'est qu'un fantôme né de l'imagination de DeLuca".</p>
<p>Les deux sont morts mais l'un dans la honte, en ayant réclamé justice sans l'avoir jamais obtenue, l'autre en se sachant coupable mais en n'étant pas cru.</p>
<p>Le défaut de conscience, de vigilance, de compétence, quelle catastrophe !</p>
<p>Mais la peine de mort, quelle horreur !</p></div>
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        <title>Christiane Taubira : un garde des Sceaux de combat ?</title>
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        <published>2012-05-19T17:55:32+02:00</published>
        <updated>2012-05-20T08:46:20+02:00</updated>
        <summary>Christiane Taubira sera un garde des Sceaux de combat. Elle conservera ce que la réalité conduit à conserver. Elle n'écoutera pas que ses amis.</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Ce n'est pas parce que je l'ai rencontrée à quatre reprises sur des plateaux médiatiques que je peux prétendre connaître le nouveau garde des Sceaux qui a su d'emblée s'adjoindre un directeur de cabinet d'expérience et de qualité. Christiane Taubira, d'un caractère aimable et maîtrisé en apparence, est connue pour être une personnalité de principes et de convictions qui ne transigera pas avec le corpus socialiste. Je n'ai pas l'intention de revenir sur la loi qu'elle a fait voter sur la repentance de l'esclavage et qui a ouvert la voie à toute une série de textes discutables puisqu'ils prétendaient figer une matière infiniment évolutive à la disposition de la recherche historique. C'est le passé. Aujourd'hui ce qui l'attend est autrement difficile.</p>
<p>Pour ce billet je me fonde sur l'excellente page du Figaro sous la signature de Stéphane Durand-Souffland "Justice : des réformes emblématiques", insistant sur le rôle d'apaisement qui devra être celui de la ministre.</p>
<p>A vrai dire, et au risque de concilier la fin de l'ancien quinquennat avec le projet du nouveau, force est de reconnaître que Michel Mercier parfois injustement moqué pour son effacement avait commencé à traiter la magistrature de manière respectueuse et que son instinct politique l'avait détourné de graves erreurs. Il n'a pas été inutile dans cette mission destinée à restaurer une tranquillité collective mise à mal. Christiane Taubira poursuivra cette salubre entreprise, j'en suis sûr.</p>
<p>Elle se gardera bien de se faciliter excessivement la tâche en succombant à deux tentations qui sont le lot de tout pouvoir récemment investi : défaire tout ce qui avait été accompli avant lui et s'évertuer à promouvoir une magistrature d'une seule couleur politique aux postes de responsabilité. Elle échappera ainsi à ce qui a été, pour le second point, la plaie du quinquennat de Nicolas Sarkozy : la domestication de la justice dans les quelques affaires ayant troublé la quiétude de l'Etat ou susceptibles de la troubler.</p>
<p>L'une des réformes emblématiques visées concerne le fait de nommer les procureurs comme les juges du siège. J'insiste sur l'absolue nécessité, pour que cette modification ait un sens et une portée, de la sélection par le ministère de la Justice d'hommes et de femmes compétents, de caractère et d'autorité. Si on continue à proposer des personnalités évidemment prêtes à se placer sous la main du pouvoir, les nommer autrement ne changera rien au problème lancinant de l'indépendance du parquet dans les dossiers sensibles.</p>
<p>Pour les autres mesures sans doute prévues, aucune n'est blâmable véritablement sauf la suppression des peines plancher. En effet, la disparition de la Cour de justice de la République ne choquera personne pas davantage qu'à rebours la multiplication des centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants. Une loi nouvelle sera adoptée contre le harcèlement sexuel.</p>
<p>Les peines plancher devraient pouvoir résister au catéchisme socialiste, à l'idéologie de la table rase. Leur principe est excellent et leur application a été une réussite puisque cette loi contenait en elle-même les moyens d'éviter une mise en oeuvre trop rigide en permanence. Il n'est pas offensant pour la magistrature que soit maintenu un dispositif sanctionnant de manière cohérente les parcours délictuels et criminels et lui imposant à elle un regard lucide et ferme sur eux. L'abolition des peines plancher fera retomber les pratiques dans la sévérité générale ou la mansuétude coupable. Les peines planchers contraignent à un ciblage et à une répression intelligente.</p>
<p>Christiane Taubira sera un garde des Sceaux de combat. Elle conservera ce que la réalité conduit à sauvegarder. Elle n'écoutera pas que ses amis.</p></div>
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        <title>François Hollande a-t-il été grossier ?</title>
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        <published>2012-05-17T17:43:27+02:00</published>
        <updated>2012-05-17T18:30:28+02:00</updated>
        <summary>Sous la simplicité perce déjà un sacré chef de l'Etat !</summary>
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<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><p>Plus personne ne songe à reprocher au président de la République sa mollesse.</p>
<p>En réalité, le changement de perception a commencé avec le débat du 2 mai entre les deux candidats dont François Hollande est sorti clairement vainqueur, en tout cas libéré de l'accusation d'être un personnage sans ressort ni aspérités. La suite a démontré à quel point cette vision de notre nouveau président était la bonne. Avec une simplicité au quotidien à laquelle il tient et qui sera difficile à sauvegarder compte tenu des contraintes de sa charge, avec un sourire et une amabilité qui manifestent qu'en effet il n'a pas à se forcer pour se sentir bien au milieu de ses concitoyens, il a cultivé en même temps la réserve présidentielle dans ce qu'elle peut avoir de plus frustrant pour ceux, proches, conseillers, affidés, qui attendent, espèrent des signaux du Pouvoir. Il a su garder le secret jusqu'au dernier moment, jusqu'à l'instant où il avait décidé de le lever, sur le nom de son Premier ministre et des ministres auxquels il songeait. Il n'a tenu aucun compte de la joute ridicule sur la condamnation réhabilitée de Jean-Marc Ayrault. Cette part d'autorité et de sadisme nécessaire est indissociable de l'exercice de la puissance qui vous a été dévolue par le suffrage universel. Cette personnalité que d'aucuns s'étaient permis de qualifier de falote parce qu'elle n'était pas vulgaire, d'effacée parce qu'elle n'existait pas ostensiblement a révélé en quelques jours qu'elle s'efforcerait de réussir une synthèse difficile entre l'amour de la France et des Français et son ancrage socialiste, qu'elle tenterait de concilier l'esprit partisan avec une présidence pour tous. Le projet, l'idéologie avec une pratique de l'Etat généreuse et ouverte.</p>
<p>A peine l'UMP s'était-elle consolée de sa méprise sur le tempérament prétendument faible de François Hollande qu'elle enfourchait un nouveau cheval de bataille qui se rapportait aux modalités selon elle critiquables de l'investiture (Le Monde, nouvelobs.com).</p>
<p>Pourtant, la réserve élégante de Ségolène Royal et la sage abstention de leurs enfants avaient déjà distingué la solennité d'aujourd'hui de la "foire" de 2007 où était visible, éclatant, tout ce qui allait dégrader les cinq années suivantes.</p>
<p>Le président de la République, en cette occasion qui mêlait son destin personnel à celui de la France, a prononcé un remarquable discours à la fois militant et humaniste, inspiré par la volonté de rassemblement puisqu'à l'évidence au bout de ce quinquennat notre pays a besoin de retrouver ses marques, la paix, la fraternité. Il a trop longtemps souffert de plaies et de tensions sur lesquelles Nicolas Sarkozy se plaisait à jeter du gros sel au lieu d'avoir l'ambition de les rendre infiniment moins sensibles. François Hollande, qui a beaucoup réfléchi sur le pire et le moins mauvais en matière de gouvernance, semble au contraire n'être obsédé que par l'unité et et la civilité d'une nation qui est trop belle pour ne pas être traitée avec ménagement et délicatesse.</p>
<p>Trouvant à chacun des présidents l'ayant précédé une qualité fondamentale dans leur service de la France, il s'est contenté - scandale absolu pour l'UMP et même pour Henri Guaino !- de former des voeux à l'égard de Nicolas Sarkozy sans créditer ce dernier de la moindre avancée pour le pays.</p>
<p>A dire vrai, cette courtoisie républicaine minimale m'a semblé bien suffisante et j'ai aimé que pour une fois on sorte du rituel affecté, de la convention mécanique et de l'hypocrisie en tirant des conclusions nettes et péremptoires d'un affrontement sans merci et d'une estime pour le moins réduite du nouveau président envers l'ancien. Il n'en demeure pas moins que Nicolas Sarkozy aurait été sans doute plus ulcéré - il n'a rien montré !- si François Hollande s'était laissé aller à seulement vanter son énergie durant cinq ans.</p>
<p>Le président de la République, alors que sur le perron de l'Elysée l'épouse et la compagne s'embrassaient, aurait commis un grave impair par rapport aux usages, après avoir salué Nicolas Sarkozy, en ne le raccompagnant pas jusqu'à sa voiture ou au moins en ne demeurant pas présent et attentif jusqu'à la sortie de celle-ci de la cour. De fait, François Hollande a immédiatement tourné les talons.</p>
<p>Il n'était peut-être pas nécessaire, surtout après l'allocution sans complaisance, de rajouter cette pincée au mieux de désinvolture, au pire d'humiliation. Je n'ose penser que notre président de la République si fin, si urbain se soit livré par hasard à ce minimalisme. Il l'a voulu, il a pris le risque des polémiques certes dérisoires qui ont suivi. Elles n'ont pas dû beaucoup l'affecter puisqu'elles émanaient de gens que le quinquennat passé n'avait pas mis au premier plan de la lutte pour la courtoisie, le respect, la tenue et une République irréprochable. Si François Hollande, comme je le crois, a résolument négligé Nicolas Sarkozy, la poignée de main finale donnée, force est alors d'évaluer à sa juste mesure l'hostilité que le premier éprouvait à l'encontre du second.</p>
<p>On pourrait continuer à gloser mais maintenant que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est constitué et qu'il comporte tout de même la bagatelle de trente-quatre ministres, avec une parité parfaitement respectée, les choses sérieuses vont commencer.</p>
<p>Ce ne sont pas les citoyens qui proposent au président les ministres mais le Premier ministre. Comme citoyen passionné de politique, j'aurais rêvé d'autres noms, parfois, et souhaité peut-être moins de banale créativité pour l'énoncé de certaines missions dans le domaine scolaire ou industriel.</p>
<p>Il y a les incontournables : Laurent Fabius, Pierre Moscovici, Michel Sapin, Jean-Yves Le Drian, Manuel Valls. Ce dernier me réjouit tout particulièrement comme ministre de l'Intérieur. Je suis persuadé que d'Evry à la nation, la logique, la fermeté, la rectitude, une rigueur intelligente, un soutien lucide seront au coeur de l'action de Manuel Valls. Il y a beaucoup à faire : pour changer les choses, combattre vraiment l'insécurité et favoriser l'exemplarité et l'efficacité de la police.</p>
<p>Christiane Taubira est ministre de la Justice. Ce poste prestigieux échoit à une personnalité aimable, courtoise, de grand talent, une femme de gauche dont les principes et les convictions ne laisseront pas place au moindre doute. Son humanisme généreux s'opposera sans doute à la démocratie musclée de Manuel Valls.</p>
<p>André Vallini n'occupera aucun poste dans ce gouvernement. Christiane Taubira aurait sans doute souhaité, par préférence, une autre fonction alors qu'André Vallini compétent, respecté et riche d'idées n'aspirait qu'à celle-ci. J'espère que le Président ne l'oubliera pas et que l'ouverture socialiste ira un jour jusqu'aux vallinistes !</p>
<p>Sous la simplicité perce déjà un sacré chef de l'Etat !</p></div>
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