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	<title>La Swompe</title>
	
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	<description>Le marécage de la culture</description>
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		<title>La fêlure (Annexe II) – Québec, 2012</title>
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		<comments>http://www.laswompe.com/2012/05/15/la-felure-annexe-ii/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 15 May 2012 14:25:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sylvie-Anne B.</dc:creator>
				<category><![CDATA[éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[la fêlure]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis quelques mois, je ne vais pas très bien. En fait, je ne vais pas bien du tout. Je n’ai plus la force de m’aventurer dans les grandes métaphores. Cette crise, elle était nécessaire, mais ses conséquences me pétrifient et me lèvent le cœur.  Sylvie-Anne Boutin ajoute son grain de sel à la Fêlure.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Je m’appelle Sylvie-Anne Boutin. J’ai 24 ans, je termine mes études de deuxième cycle en littérature à l’Université de Montréal. Depuis quelques mois, je ne vais pas très bien. En fait, je ne vais pas bien du tout. Je n’ai plus la force de m’aventurer dans les grandes métaphores. Cette crise, elle était nécessaire, mais ses conséquences me pétrifient et me lèvent le cœur. J’alternerai entre le je et le nous, pour moi, maintenant, ça n’a plus d’importance, c’est la même chose.</p>
<p style="text-align: center;" dir="ltr"><img class="aligncenter  wp-image-1519" title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/Lhommen.jpg" alt="" width="487" height="241" /></p>
<p dir="ltr">Je croyais bêtement que l’égalité, la démocratie et le respect primaient avant toute chose, avant tout autre débat politique et économique. Je pensais même que c’était une évidence. Contester les choix gouvernementaux était tout à fait légitime, puisque nous étions dans un régime démocratique. De la part d’un gouvernement attiré par le néo-libéralisme et corrompu jusqu’à la moelle, je ne pouvais vraiment rien attendre. Le mépris de ce gouvernement, des recteurs et des éditorialistes populistes assoiffés de capital politique m’a aussi prouvé que la justice était quelque chose de bien abstrait et complètement obsolète devant le discours des gens d’affaires. Prendre la parole, en 2012, est automatiquement critiqué, inconçevable, indécent. La démocratie apprise à l’école ne semble pas être une règle absolue et au Québec, en 2012, elle porte une drôle de couleur.</p>
<p dir="ltr">Pendant que le débat s’enlise, que les camps se polarisent, nous attendons une sortie de crise respectable mais de plus en plus impossible. Débat de sémantique sur débat de sémantique, nous, les étudiants et les étudiantes, refusons tout de même d’abdiquer malgré l’absurdité d’un gouvernement corrompu et dangereux au pouvoir. Nous avons saisi  rapidement que le véritable enjeu dépasse largement l’augmentation des frais de scolarité. La crise actuelle déroge des crises précédentes; la paix sociale n’est pas entravée que pour 1625 $ de hausse. Prétendre le contraire vient démontrer une malheureuse méconnaissance du débat.</p>
<p dir="ltr">J’ai appris à mes dépens et assez rapidement que les policiers, &laquo;&nbsp;agents de la paix&nbsp;&raquo;, protègent les vitrines des commerces, mais pas les vies humaines. La répression policière, ça arrive ailleurs, ça arrive aux autres, puis ça arrive à soi. J’ai compris rapidement que le débat de fond, le débat de société que nous souhaitons si avidement s’éclipsait pour laisser place à un discours emprunt de démagogie, de débat de sémantique et de lâcheté.</p>
<p dir="ltr">NOUS, la jeunesse &laquo;&nbsp;apolitique&nbsp;&raquo;, nous nous sommes levés et avons décidé de revendiquer nos droits, de réveiller la population endormie depuis trop de décennies. Notre argumentaire, celui des syndicats et des chercheurs en économie n’a pas alarmé les Libéraux. Il fallait s’y attendre. Cette hausse est une affaire de valeurs et de principes. Partout au Québec, de l’Outaouais aux Iles-de-la-Madeleine en passant par St-Félicien jusqu’à Sherbrooke, le carré rouge est devenu un symbole phare de la lutte estudiantine. Montréal accueille manifestation sur manifestation, souvent empreintes d’une rare brutalité, mais aussi d’une belle inventivité (et, celles-là, les journaux n’en parlent pas). Toutefois, la région de Québec, comme toujours, s’est vautrée dans son confort bien conservateur, royaume des radios poubelles, incapable de regarder par delà ses petites frontières et de voir que, partout autour, les gens étaient en marche. Car avant les universités et les égalités, sociales, à Québec, il y a l&#8217;amphithéâtre.</p>
<p dir="ltr">Les véritables enjeux n’ont pu qu’être effleurés. Ceux et celles qui se targuent à nous traiter d’enfants-roi et d’idéalistes me semblent avoir une vision bien courte de la société. Je me suis faite taxer de tous les noms et j’en remercie toutefois mes détracteurs; je n’en suis sortie que plus forte, convaincue qu’il fallait à tout prix un grand vent de changement. Je suis peut-être jeune et conne, mais je n’accepterai plus le saccage de ma société. Si être jeune et conne, c’est contester l’ordre établi, prendre la parole dans l’espace public contre le gouvernement, oser la désobéissance civile et protéger des valeurs fondamentales, alors je suis jeune et conne. Et fière de l’être. La crise aura formé beaucoup de jeunes et cons et c’est très bien comme ça.</p>
<p dir="ltr">Et puis je relis Roland Giguère et je reprends des forces.</p>
<blockquote>
<p dir="ltr">la grande main qui nous cloue au sol<br />
finira par pourrir<br />
les jointures éclateront comme des verres de cristal<br />
les ongles tomberont</p>
<p dir="ltr">la grande main pourrira<br />
et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs[1].</p>
</blockquote>
<p dir="ltr">Le Québec a une richesse, une culture et des valeurs fortes qui méritent sincèrement d’être défendues.</p>
<p dir="ltr">Bref, je ne vais pas très bien. Je suis épuisée, déprimée, chaque jour un peu plus révoltée. Mais je ne serai jamais seule.</p>
<p>[1] Roland Giguère, « La main du bourreau finit toujours par pourrir » dans <em>L’âge de la parole</em>, Montréal, Éditions de l’Hexagone, 1965, p. 17.</p>
<p>par Sylvie-Anne Boutin</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La fêlure (Annexe I) – Là, on jase!</title>
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		<comments>http://www.laswompe.com/2012/05/11/la-felure-annexe-i/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 11 May 2012 16:06:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Philippe Tremblay</dc:creator>
				<category><![CDATA[éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[la fêlure]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Le fait de toujours préférer la paix à la vérité, de ne jamais lever la voix et de laisser faire et dire, même lorsque nous ne sommes pas d&#8217;accord, au nom du calme et de la non-confrontation, peut-être que cela, aussi, à sa manière, cause une certaine maladie relative à ce choix de vie. Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p dir="ltr">&laquo;&nbsp;Le fait de toujours préférer la paix à la vérité, de ne jamais lever la voix et de laisser faire et dire, même lorsque nous ne sommes pas d&#8217;accord, au nom du calme et de la non-confrontation, peut-être que cela, aussi, à sa manière, cause une certaine maladie relative à ce choix de vie. Je crois que si les gens de mon pays souhaitent mourir aussi souvent, c&#8217;est parce qu&#8217;il n&#8217;y a plus de politique autour de nous.&nbsp;&raquo;</p>
<p dir="ltr">- Maxime-Olivier Moutier, Pour une éthique urbaine</p>
</blockquote>
<p dir="ltr"><img class="aligncenter size-full wp-image-1509" title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/target-practice-with-baby.jpg" alt="" width="400" height="319" /></p>
<p dir="ltr">Je crois que nous sommes en train de créer une poche d&#8217;air dans cette asphyxie qui nous sert de demeure collective depuis beaucoup, beaucoup trop longtemps, c&#8217;est tout que je voulais vous dire. Elle est reconnaissable à cette énergie inusitée qui nous emplit soudain, nous fait bomber le thorax, lever la tête et serrer les poings. Elle est reconnaissable aux gaz que l&#8217;on nous lance pour la boucher et au nombre de fois par jour qu&#8217;on nous hurle dessus de fermer nos gueules. Respirer fait des jaloux chez ceux qui se croient déjà morts tant on les a enterrés, ça va de soi. C&#8217;est d&#8217;eux dont je veux vous parler.</p>
<p>Pas d&#8217;un gouvernement petit, gris et corrompu, couché en furet entre le monde corporatif et la mafia qui convoque une conférence de presse pour annoncer, la voix enrouée, le regard fuyant, qu&#8217;il refuse de s&#8217;asseoir avec ses enfants parce qu&#8217;ils ne partagent pas les mêmes valeurs. Encore moins de propositions, d&#8217;amendements, de modes de financement. Tout cela mérite d&#8217;être analysé, et l&#8217;est quotidiennement de très belle manière. Mais vu l&#8217;ordre actuel des choses, ça me semble secondaire. Interchangeable. Un prétexte tout au plus. Une injure de plus qui, on ne sait trop comment, a rallumé un feu qu&#8217;on croyait noyé. Qu’on a protégée de nos mains toutes petites et sur laquelle on a soufflé avec le peu de voix qu’on avait jusqu’à se souvenir de quelque chose d&#8217;enfoui très profondément par papa et maman dans la bière cheap, les téléromans, la médication, les plans de retraite, les fantasmes de coupe Stanley. Et maintenant ils nous regardent. Voient dans notre oeil cette lumière nouvelle, l&#8217;arrogance de la liberté. Et ils sont terrifiés. C&#8217;est d&#8217;eux dont je veux vous parler.</p>
<p>Les évènements récents sont le grand reality check d’une génération, c’est un phénomène rare et précieux. Ils nous permettent de mettre en lumière ce qui normalement se cache dans l’arrière-scène de notre société sclérosée; le mépris populiste des médias, le fascisme latent du beau-frère, le coup de bâton dans face du pouvoir, la peur du changement d’un peuple comme un vieillard amer qui regarde un show comique à la tv en grattant son 6/49 pendant qu’on démolit sa maison au bulldozer. Ils nous ont aussi permis d’ouvrir une boite de pandore qui traînait depuis longtemps, et ma foi présentement elle m’effraie un peu.</p>
<p>La question de l&#8217;aliénation est celle qui me préoccupe aujourd&#8217;hui, et c&#8217;est celle qui devrait aussi vous préoccuper. J&#8217;ai la nette impression que nous avons fait tous les bons moves jusqu’ici, et que c’est là que nous sommes rendus, un peu pris au dépourvu.</p>
<p>Nous nous sommes levés, nous avons marché, nous avons bloqué, nous avons bousculé, nous nous sommes battus. Nous nous sommes parlé, avons créé des ponts, des réseaux de diffusions, une véritable machine pour nous reconnaître, nous indigner, combattre la désinformation, les tentatives d’écrasement et les tactiques de divisions, et nous avons compris. Compris une chose toute simple; que la différence entre la réalité et les fictions de leurs empires médiatiques, c’est que dans la réalité l’histoire peut être changée. Nous nous retrouvons aujourd’hui dans cette poche d’air, cette bulle de résistance, à nous encourager, à croire, à briller, à nous baigner de la dignité nouvelle de ceux qui savent qu’ils sont debout, et qu’ils ne sont plus seuls.</p>
<p>Maintenant cette bulle m’inquiète.</p>
<p>Il est nécessaire d’en sortir, de prendre toute l’énergie qu’on y a puisé et de s’en servir pour aller ailleurs. Et la question fondamentale, maintenant, c&#8217;est: comment on leur parle? À eux. Mononcle André, grand-maman Thérèse, le beau-frère mécanicien, le voisin Pierre qui se fait une fierté d&#8217;avoir mangé de la marde toute sa vie, et qui trouve profondément irritant qu&#8217;une génération qui devrait lui être reconnaissante de toute ces montagnes de marde d’héritage vienne lui dire que ce n’est pas très nourrissant?</p>
<p>C’est la question qui me préoccupe. Le point tournant qui décidera de tout le reste. Parce que les gouvernements passent. Les décisions d’état se modifient. Mais le peuple, on ne peut pas le congédier. Ni lui faire la guerre. L’escalade en ce sens est perdue d’avance, vouée à l’échec et au discrédit de tout notre mouvement. D’abord parce qu’on l’aime, profondément, ce peuple, et qu’on a même la prétention de lutter en son nom, pour son avenir, sa survie. Ensuite parce qu’on comprend très bien qu’il n’est pas méchant, qu’il a peur.</p>
<p dir="ltr">Nous n’avons pas de dirigeants de monopoles médiatiques qui nous doivent des faveurs pour services rendus. Nous n’avons pas de valises pleines de petites coupures d’argent public à refiler à des spécialistes en damage control et en relations publiques afin d’échafauder des menteries assez grosses pour passer, à répéter assez souvent qu’elles semblent aller de soi.</p>
<p>Mais nous avons quand même quelque chose; nous avons raison.</p>
<p>Il est épatant de constater avec quelle facilité on peut démonter même le plus hostile des vieux chiâleux dérangé par l’agitation actuelle du Québec. J’en ai fait l’expérience récemment, simplement en ravalant mon envie d’envoyer chier avec vigueur un inconnu qui m’a apostrophé en gueulant contre ces « enfants-rois-bébés-gâtés qui veulent toujours plus de tout gratis en saignant le pauvre contribuable ». Eh oui, il pense ça, mononcle, c’est ce qu’on dit dans le journal. J’ai pris deux minutes et je me suis assis avec lui pour lui expliquer quelque chose d’encore mystérieux en dehors de notre bulle : que les étudiants en grève ne seront même plus au études quand la hausse entrera en vigueur. Qu’ils se font battre et gazer quotidiennement depuis trois mois pour les générations à venir. Je l’ai convaincu en deux minutes. Il était très, très soulagé. Comme libéré. Parce que ça fait mal, maudire ses enfants.</p>
<p>Il y a beaucoup d’autres choses à expliquer à mononcle. Parce qu’on lui a menti, et qu’au fond, il le sait. Et qu’il ne trouve pas ces gens qui lui mentent particulièrement sympathiques. Il est simplement assez habitué au mensonge, c’est du connu, et c’est plus rassurant que l’incertitude de l’indignation. Il est bête au premier abord, certes. Un peu amer et jaloux; c’est de l’envie.</p>
<p>Et on envie pas ce qu’on exècre, mais ce qui nous fait défaut.</p>
<p>Il n’est pas si loin de la rue, mononcle. Quoi qu’on en dise, il ne va pas laisser un gouvernement de mitaines rétablir le droit de cuissage sur ses enfants.</p>
<p>Il faut lui parler.</p>
<p>Par Jean-Philippe Tremblay</p>
<p>Ce texte est publié en simultané sur <a href="http://www.poemesale.com">Poème Sale</a>.</p>
<p><a href="http://www.laswompe.com/category/10-editorial/la-felure/">Lire les autres textes de la Fêlure</a>.</p>
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		<title>La fêlure continue</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 14:55:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Éric Samson</dc:creator>
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		<category><![CDATA[la fêlure]]></category>

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		<description><![CDATA[La fêlure a d&#8217;abord été conçue comme un projet collectif. Le sujet a cependant trouvé écho chez plusieurs d&#8217;entre vous, dont certains nous ont envoyé leur texte. Nous poursuivrons donc la publication des textes jusqu&#8217;à épuisement des stocks. Nous vous rappelons que vous pouvez envoyer vos propres contributions à l&#8217;adresse du comité de rédaction. Les textes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_1500" class="wp-caption aligncenter" style="width: 522px"><a href="http://www.flickr.com/photos/ourigo1955/2082823877/in/photostream/"><img class=" wp-image-1500 " title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/murrougebleu.jpg" alt="" width="512" height="384" /></a><p class="wp-caption-text">crédit photo ourigo</p></div>
<p>La fêlure a d&#8217;abord été conçue comme un projet collectif. Le sujet a cependant trouvé écho chez plusieurs d&#8217;entre vous, dont certains nous ont envoyé leur texte.</p>
<p>Nous poursuivrons donc la publication des textes jusqu&#8217;à épuisement des stocks. Nous vous rappelons que vous pouvez envoyer vos propres contributions à l&#8217;<a href="mailto:poemesale@laswompe.com">adresse du comité de rédaction</a>.</p>
<p>Les textes seront toujours publiés en simultané sur <a href="http://www.poemesale.com">Poème sale</a>.</p>
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		<title>La fêlure (VIII) – Le doute</title>
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		<pubDate>Wed, 09 May 2012 14:28:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Poulin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[(Huitième et dernier d&#8217;une série de textes d&#8217;un collectif d&#8217;auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. Voir les textes précédents: I, II, III, IV, V, VI, VII) Le doute est ma plus grande qualité et mon plus grand défaut. Positivement, j&#8217;entends le doute au sens d&#8217;esprit critique, ce réflexe de remise en question qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">(Huitième et dernier d&#8217;une série de textes d&#8217;un collectif d&#8217;auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. Voir les textes précédents: <a title="La fêlure (I)" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-i/">I</a>, <a title="La fêlure (II) – Fahrenheit 450" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-ii-fahrenheit-450/">II</a>, <a title="La fêlure (III) – Le chaud et le froid" href="http://www.laswompe.com/2012/05/04/la-felure-iii/">III</a>, <a title="La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie" href="http://www.laswompe.com/2012/05/05/la-felure-iv/">IV</a>, <a title="La fêlure (V) – ENCORE!" href="http://www.laswompe.com/2012/05/06/la-felure-v-encore/">V</a>, <a title="La fêlure (VI) – Le Québec après la bêtise" href="http://www.laswompe.com/2012/05/07/la-felure-vi/">VI</a>, <a title="La fêlure (VII) – Mettre au ban(c) d’école" href="http://www.laswompe.com/2012/05/08/la-felure-vii/">VII</a>)</p>
<div id="attachment_1447" class="wp-caption aligncenter" style="width: 501px"><a href="http://www.flickr.com/photos/sfantti/239849911/"><img class=" wp-image-1447  " title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/lafelure-poulin.jpg" alt="" width="491" height="327" /></a><p class="wp-caption-text">crédit photo SFAntti</p></div>
<p dir="ltr">Le doute est ma plus grande qualité et mon plus grand défaut. Positivement, j&#8217;entends le doute au sens d&#8217;esprit critique, ce réflexe de remise en question qui agit comme rempart contre la complaisance et la naïveté. Depuis le début des actions militantes contre la hausse de frais de scolarité, je suis plus que jamais guidé par ce doute, qui m&#8217;empêche tout autant d&#8217;avaler sans chigner les arguments généralement vides et fallacieux balancés avec arrogance par le gouvernement, que de relayer sans hésiter un discours étudiant parfois un peu trop romantique, un discours aux accents de vierge offensée et bien-pensante. Mais négativement, ce doute me contraint trop souvent à l&#8217;hésitation, à cette hésitation stérile qui, sous-tendue par la paralysante peur de se tromper, débouche plus souvent qu&#8217;autrement sur l&#8217;inaction.</p>
<p dir="ltr">Or voilà : en période de crise sociale, cette inaction n&#8217;est pas acceptable.</p>
<p dir="ltr">Idéologiquement, j&#8217;ai toujours été pour l&#8217;accessibilité aux études supérieures. J&#8217;ai toujours cru qu&#8217;il fallait encourager chaque individu à bénéficier d&#8217;études universitaires, fort efficaces pour, justement, développer l&#8217;esprit critique. J&#8217;ai milité pour la première fois en ce sens lorsque j&#8217;étais au baccalauréat, en 2005, contre les 103 millions de Fournier. L&#8217;expérience fut très formatrice, voire transformatrice, autant socialement, discursivement que créativement. Cette fois, je ne suis plus étudiant, je suis prof. Logiquement, j&#8217;estime encore l&#8217;éducation. Et lorsque j&#8217;ai vu le mouvement actuel prendre forme, lorsque j&#8217;ai commencé à réellement prendre conscience des enjeux, j&#8217;ai par le fait même compris que mes responsabilités avaient évolué. Que le rôle que j&#8217;avais à jouer allait, du moins en partie, changer.</p>
<p dir="ltr">Avant le déclenchement de la grève, des représentants de l&#8217;association étudiante du collège où je travaille sont venus à quelques reprises faire des topos en classe. Parfois convaincants, parfois malhabiles, mais toujours enthousiastes, ils y allaient d&#8217;un argumentaire de base : l&#8217;université coûte déjà cher, il faut encourager l&#8217;égalité des chances au succès, les riches vs les pauvres, les recteurs sont des crosseurs, Jean Charest est un crosseur. Il fallait être contre la hausse. Et même si, au plus profond de moi-même, je croyais qu&#8217;il fallait effectivement s&#8217;opposer à ce dégel brutal et mal foutu, systématiquement (mais après leur départ, je suis poli), je remettais en question l&#8217;argumentaire de ces représentants, j&#8217;exposais les sophismes et les exagérations (surtout au niveau des chiffres). Ça pouvait certes nuire à la l&#8217;efficacité de leur performance rhétorique, mais ça redonnait un peu d&#8217;objectivité au discours duquel ils étaient un pôle. Après tout, je suis prof de français ; mon travail, c&#8217;est de déconstruire et d&#8217;analyser les discours qui nous entourent (littéraires essentiellement, mais les outils de base sont les mêmes pour tous les types). C&#8217;est également d&#8217;enseigner à le faire par soi-même. Et pour déconstruire un discours, fondamentalement, il faut douter de son innocence, de sa bonne volonté.</p>
<p dir="ltr">Évidemment, le même exercice était fait avec les différentes « voix du pouvoir », qui font usage de stratégies fort semblables pour convaincre. En tant que prof, le doute devint plus qu&#8217;une habitude, il devint une responsabilité. L&#8217;essentiel était, selon moi, d&#8217;exhorter mes étudiants à s&#8217;informer, à s&#8217;intéresser à une question sociopolitique qui les toucherait directement et contre laquelle une structure d&#8217;opposition était en train d&#8217;être organisée. Mais pour bien s&#8217;informer, il fallait d&#8217;abord douter de l&#8217;information qui était diffusée, il fallait se méfier, contre-vérifier, ne pas s&#8217;abandonner à la paresse de l&#8217;acceptation docile. Et, alors que d&#8217;entrée de jeu je les sentais encore distants, hésitants à se lancer dans l&#8217;arène de la véritable vie citoyenne, je les vis de plus en plus curieux, de plus en plus enclins à discuter et débattre de la question, de plus en plus conscients que certains enjeux (qui les dépassent peut-être individuellement) méritent d&#8217;être pris au sérieux. Après quelques semaines de réflexion, la grève fut déclenchée, et elle dure encore aujourd&#8217;hui, symbole d&#8217;un doute collectif envers la bonne foi du gouvernement. Le doute est ici, à mon sens, constructif.</p>
<p dir="ltr">Le problème, c&#8217;est que, depuis le début de la grève, même si je m&#8217;implique assez activement dans le mouvement de contestation de la hausse (plusieurs manifestations, lecture boulimique sur le sujet et transmission de beaucoup d&#8217;information), je ne peux m&#8217;empêcher de douter de la légitimité de notre lutte. J&#8217;ai de la difficulté à concevoir qu&#8217;une aussi large partie de la population puisse être aussi agressivement contre les revendications étudiantes, qui m&#8217;apparaissent pourtant justifiées. La « majorité » peut-elle avoir tort? Difficile à soutenir, surtout à la lumière de la logique très démocratique qui fait la fierté des étudiants. À force de vouloir faire ­- peut-être pour alléger ma conscience &#8212; l&#8217;avocat du diable, j&#8217;en deviens hésitant, je me remets en question, je fais, périodiquement, des pas en arrière pour retrouver la bien plus confortable (mais stérile) posture de l&#8217;observateur. Un jour je suis dans la rue, le lendemain je me demande s&#8217;il faudrait accepter une quelconque offre gouvernementale. Comme si j&#8217;avais peur d&#8217;avoir tort, que nous militions pour une mauvaise décision.</p>
<p dir="ltr">L&#8217;hésitation provient de la peur des conséquences de son choix, de la peur de subir le contrecoup d&#8217;une décision ne jouant finalement pas en sa faveur. C&#8217;est la peur du changement. Et c&#8217;est probablement ici que je peux commencer à comprendre le doute ambiant envers le combat mené par les étudiants. Cette majorité, ouvertement hostile ou simplement immobile (comme l&#8217;entend Fabrice Masson-Goulet), est frileuse, elle se replie sur le discours officiel parce qu&#8217;elle craint la force de la voix qui réclame que les choses changent, cette voix qui peut-être fut déjà sienne, cette voix qui annonce un changement de garde. Le doute peut être un fort vecteur de conservatisme.</p>
<p dir="ltr">Tous s&#8217;entendront : la crise actuelle a déjà réussi à polariser la population québécoise, à la diviser profondément autour d&#8217;un enjeu dépassant la trivialité des faits divers. Depuis longtemps nous vivions dans un calme relatif, une harmonie sociale reposant sur la docilité  et la réticence à l&#8217;affrontement. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;affrontement est quotidien : plus jeunes contre plus vieux, grévistes contre haussistes, manifestants contre policiers, gauche contre droite. C&#8217;est dans cette mesure que l&#8217;on peut prétendre que le Québec a changé : il est à vif. Certains le remettent en question, d&#8217;autres redoutent le changement. On pourrait même, dans l&#8217;absolu, dire que le Québec doute de lui-même, mais ce serait peut-être surexploiter mon filon.</p>
<p dir="ltr">Cette dynamique d&#8217;affrontement disparaîtra-t-elle par elle-même au fil des prochains mois?</p>
<p dir="ltr">J&#8217;en doute.</p>
<p dir="ltr">par Mathieu Poulin</p>
<p dir="ltr">Avec</p>
<p>Laurie Bédard<br />
Charles Dionne<br />
Gautier Langevin<br />
Fabrice Masson-Goulet<br />
Samuel Mercier<br />
Alice Michaud-Lapointe<br />
Éric Samson</p>
<p>Ce texte est publié en simultané sur <a href="http://poemesale.com/" target="_blank">Poème sale</a>.</p>
<div>Voilà qui conclut la (première?) phase de la Fêlure. Vous voulez soumettre un texte, un commentaire ou une suggestion? <a href="mailto:felure@laswompe.com">Écrivez-nous</a>!</div>
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		<title>La fêlure (VII) – Mettre au ban(c) d’école</title>
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		<comments>http://www.laswompe.com/2012/05/08/la-felure-vii/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 08 May 2012 14:29:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alice Michaud-Lapointe</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En faisant la sourde oreille à nos cris, en balayant du revers de la main nos revendications, en nous traitant avec paternalisme, mépris et condescendance depuis maintenant plus de douze semaines de grève, le gouvernement Charest a provoqué l’inévitable. Alice Michaud-Lapointe présente le septième texte de La Fêlure.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>(Septième d&#8217;une série de textes d&#8217;un collectif d&#8217;auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. Voir les textes précédents: <a title="La fêlure (I)" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-i/">I</a>, <a title="La fêlure (II) – Fahrenheit 450" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-ii-fahrenheit-450/">II</a>, <a title="La fêlure (III) – Le chaud et le froid" href="http://www.laswompe.com/2012/05/04/la-felure-iii/">III</a>, <a title="La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie" href="http://www.laswompe.com/2012/05/05/la-felure-iv/">IV</a>, <a title="La fêlure (V) – ENCORE!" href="http://www.laswompe.com/2012/05/06/la-felure-v-encore/">V</a>, <a title="La fêlure (VI) – Le Québec après la bêtise" href="http://www.laswompe.com/2012/05/07/la-felure-vi/">VI</a>)</p>
<div id="attachment_1465" class="wp-caption aligncenter" style="width: 522px"><a href="http://www.flickr.com/photos/azrasta/6083755333/"><img class=" wp-image-1465 " title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/lafelure-alice.jpg" alt="" width="512" height="512" /></a><p class="wp-caption-text">crédit photo azrasta</p></div>
<p>En faisant la sourde oreille à nos cris, en balayant du revers de la main nos revendications, en nous traitant avec paternalisme, mépris et condescendance depuis maintenant plus de douze semaines de grève, le gouvernement Charest a provoqué l’inévitable. Vite, qu’on appelle la DPJ ! Papa Jean pis Maman Line ont fait preuve de grosse négligence sale : nous voulons retourner en famille d’accueil ! Mais le gouvernement, à force d’ignorance et de maltraitance, nous aura, du même coup, rendu service en réveillant le Québec du lourd coma dans lequel il s’était lui-même plongé.</p>
<p>Ça fait peur, un peuple dont le pouls recommence à battre, un peuple qui ouvre les yeux, un peuple qui se sent d’attaque, prêt à recommencer, reconstruire, réclamer son avenir. Et puisque c’est terrifiant, inhabituel, grisant, que ça demande mobilisation, souplesse et invention, certains, très rapidement, ont voulu nous bâillonner à coups d’injonctions et de désinformation, arguant que c’était assez, que nous avions fait valoir notre point, qu’il nous fallait être raisonnables et rentrer dans le rang. &laquo;&nbsp;Qu’est-ce que les étudiants ne comprennent pas dans le mot “NON” ?&nbsp;&raquo;, ai-je lu encore récemment sur les commentaires de la page Facebook de Jean Charest.</p>
<p dir="ltr">Tout ce qu’il y a à répondre à cette question inepte et infantilisante, c’est que le mouvement étudiant refuse d’entendre le mot « non » précisément parce qu’il est utilisé par le gouvernement à titre de point final, de muselière, de verdict, alors même qu’aucune réelle discussion n’a été engagée entre les deux partis. Si les enfants sont ceux qui refusent d’obéir quand on leur répond de façon évasive, avec des arguments sans queue ni tête, des expressions préformatées du type &laquo;&nbsp;C’est comme ça parce que c’est comme ça&nbsp;&raquo;, alors très bien, nous sommes des enfants.</p>
<p dir="ltr">Des enfants avides de vérité, de pertinence, de justice. Des enfants curieux qui analysent ce qu’on leur met sous les yeux, qui posent des questions, qui sont à même de soulever les contresens, les paradoxes, les antinomies des discours qu’on tente de leur imposer. Des enfants prêts à jouer à la &laquo;&nbsp;tag&nbsp;&raquo;, à &laquo;&nbsp;Cache-Cache&nbsp;&raquo;, à &laquo;&nbsp;Police Voleur&nbsp;&raquo;, si c’est la seule façon pour que le gouvernement daigne leur concéder un regard. Des enfants qui seront heureux de retourner sur les bancs d’école, comme tous les petits verts de jalousie les en somment, mais seulement lorsqu’ils l’auront voté démocratiquement en assemblée. Bref, des enfants à l’imagination fertile qui, sans faire de caprice ou verser de larmes de crocodile, ont finalement mis leur pied à terre.</p>
<p dir="ltr">Et même si nous, jeunes Québécois, émergeons enfin d’un sommeil de plomb, nous réalisons, certains avec surprise, d’autres avec joie, que nous ne sommes pas amnésiques. Au grand dam du gouvernement, nous nous souvenons encore de nos tables de multiplication et de comment diviser un chiffre par sept. De notre devise et du chapitre &laquo;&nbsp;Révolution Tranquille&nbsp;&raquo; de nos manuels d’Histoire du Québec et du Canada. De nos cours d’enseignement moral et des heures passées autour du mot &laquo;&nbsp;démocratie&nbsp;&raquo;. La théorie est assimilée ; nous sommes arrivés au temps de la pratique, de l’action, de la résistance.</p>
<p dir="ltr">Certes, il y aura toujours des bullies de cour d’école pour brimer nos actions, nous intimider et tenter d’étouffer nos voix, ainsi que des drama queen &laquo;&nbsp;moi-moi-moi-ma vie-my life&nbsp;&raquo; pour se rabattre sur le narcissisme et l’individualisme à l’heure où le « nous » n’a jamais aussi fièrement affiché ses vraies couleurs — rouge vif, rouge sang, rouge colère. Mais des enfants, c’est poreux comme des éponges, ça grandit aussi vite que ça apprend, toute matante qui se respecte vous le dira.</p>
<p dir="ltr">Déjà, nous ne sommes plus dupes ; une poussée de croissance fulgurante s’est emparée de nous ces derniers mois. Nous savons que personne ne peut nous forcer à copier cent fois &laquo;&nbsp;Les étudiants doivent payer leur juste part&nbsp;&raquo;. Que personne ne peut nous ordonner d’aller &laquo;&nbsp;Au piquet !&nbsp;&raquo;, auquel cas nous répondrions que le piquetage, on connaît. Mais surtout, que personne ne peut désormais nous punir d’avoir atteint l’âge de raison et de nous tenir à la hauteur de nos rêves et de nos convictions. Ni Père Noël ni État-Providence, nous en sommes bien conscients, mais nos certitudes, nos valeurs, nos exigences, elles, demeurent.</p>
<p dir="ltr">Par Alice Michaud-Lapointe</p>
<p dir="ltr">Avec</p>
<p>Laurie Bédard<br />
Charles Dionne<br />
Gautier Langevin<br />
Fabrice Masson-Goulet<br />
Samuel Mercier<br />
Mathieu Poulin<br />
Éric Samson</p>
<p>Cette série de textes est publiée en simultané sur <a href="http://www.poemesale.com">Poème Sale</a>. Lire le texte suivant.</p>
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		<title>La fêlure (VI) – Le Québec après la bêtise</title>
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		<comments>http://www.laswompe.com/2012/05/07/la-felure-vi/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 07 May 2012 14:20:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fabrice Masson-Goulet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chaque jour, la bêtise répand tant et si bien sa semence que je ne serais pas surpris de nous voir tous sous peu incapables de tenir un raisonnement simple: est-ce un végétal ou un animal?

Fabrice Masson-Goulet présente le sixième texte de La Fêlure. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;" dir="ltr">(Sixième d’une série de textes d’un collectif d’auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. Voir les textes précédents : <a title="La fêlure (I)" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-i/">I</a>, <a title="La fêlure (II) – Fahrenheit 450" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-ii-fahrenheit-450/">II</a>, <a title="La fêlure (III): Le chaud et le froid" href="http://www.laswompe.com/2012/05/04/la-felure-iii/">III</a>, <a title="La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie" href="http://www.laswompe.com/2012/05/05/la-felure-iv/">IV</a>, <a title="La fêlure (V) – ENCORE!" href="http://www.laswompe.com/2012/05/06/la-felure-v-encore/">V</a>)</p>
<p style="text-align: left;" dir="ltr"><img class="aligncenter size-full wp-image-1412" title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/buffalo-jump.jpg" alt="" width="375" height="316" /></p>
<p style="padding-left: 270px;" dir="ltr">Chaque jour, la bêtise répand tant et si bien sa semence que je ne serais pas surpris de nous voir tous sous peu incapables de tenir un raisonnement simple: est-ce un végétal ou un animal?</p>
<p dir="ltr">Je réfléchissais, hier soir, à la nature de l’engagement des &laquo;&nbsp;verts&nbsp;&raquo; depuis le début du conflit. J’avais même trouvé un court extrait de Pessoa qui illustrait parfaitement mon propos, nous apprenant que &laquo;&nbsp;ne pas agir donne tout&nbsp;&raquo; — devise qui prévaut surtout quand ceux-ci étayent leur argumentaire : on nous refuse l’accès aux assemblées, se répètent-ils à dire, on empêche les votes secrets ou les scrutins électroniques, les &laquo;&nbsp;rouges&nbsp;&raquo; font tout en leur possible pour invalider une démarche véritablement démocratique. À tout prendre, je me suis dit que leur engagement se concrétisait dans l’inaction — ceci expliquant cela — soit l’immobilisme de leur &laquo;&nbsp;majorité silencieuse&nbsp;&raquo;.</p>
<p dir="ltr">Bref, pour eux &laquo;&nbsp;<a href="http://emmila.canalblog.com/archives/2007/12/01/7088900.html">ne pas être, […] c’est posséder un trône</a>&laquo;&nbsp;.</p>
<p dir="ltr">Combien de fois, depuis le commencement de cette grève, j’ai entendu de la bouche de certains journaleux que les grévistes se comportent comme des &laquo;&nbsp;bébés gâtés&nbsp;&raquo;, comme des &laquo;&nbsp;enfants-rois&nbsp;&raquo;. Ces &laquo;&nbsp;enfants&nbsp;&raquo;, comme vous aimez si bien les appeler, s’associent, réfléchissent, discutent, manifestent, posent des gestes concrets qui donnent à la silencieuse majorité un air de fruits verts, un goût de bois mort. À bien y penser, ce qui me désole le plus chez &laquo;&nbsp;les verts&nbsp;&raquo;, c’est de ne pas avoir donné, depuis le début de la grève, un sens à leur parole, une teneur à leurs propos, et ce, malgré la pluralité des voix qui se sont élevées dans les médias pour défendre leur cause. Ceci reflète en partie pourquoi j’ai si peu de respect pour ces derniers, car au bout du compte qui des deux camps récoltera les fruits du labeur de l’autre?</p>
<p dir="ltr">Si, dans son <a title="La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie" href="http://www.laswompe.com/2012/05/05/la-felure-iv/">texte</a>, Samuel Mercier parle d’un &laquo;&nbsp;Québec après l’ironie&nbsp;&raquo;, d’un état qui, au courant de cette grève, n’a pas eu peur de donner corps et forme à la parole de certains démagogues populistes, il appert, suite à la publication d’un<a href="http://www.theglobeandmail.com/news/opinions/opinion/quebecs-university-students-are-in-for-a-shock/article2418431/"> article</a> de Margaret Wente dans le Globe and Mail, que l’on devra maintenant parler d’un &laquo;&nbsp;Québec après la bêtise&nbsp;&raquo;. Dès à présent, on ne peut plus ignorer cet appel à l’abrutissement général qui veut qu’un diplôme n’a de valeur que s’il débouche sur une carrière lucrative. C’est tout un pan de la pensée critique qu’on met à mal.</p>
<p dir="ltr">On s’attaque désormais à l’humanité en nous.</p>
<p dir="ltr">Je me rappelle avoir souri en entendant Denys Arcand affirmer, dans le cadre d’une<a href="http://www.contacttv.net/i_dossier_recherche_contenu.php?id_article=3216&amp;id_rubrique=701"> entrevue</a> pour son film <em>Les invasions barbares</em>, &laquo;&nbsp;que la civilisation occidentale, celle qui a commencé avec Montaigne et Dante, est en train de mourir&nbsp;&raquo;. Je trouvais qu’il nous jugeait sévèrement. Je pensais surtout qu’il nous dépeignait à tort comme des êtres incultes et abrutis. En ne me reconnaissant ni dans les valeurs du père ni dans celles du fils, je me sentais comme l’exception qui confirme la règle — sachant bien que je n’étais pas le seul à trouver un refuge dans les livres — que tout n’était pas perdu finalement.</p>
<p dir="ltr">C’est seulement depuis les douze dernières semaines que je sens que le vent tourne — que quelque chose à changé — qu&#8217;un nombre grandissant d’étudiants ont préféré la surface des choses à la profondeur vertigineuse de l’analyse. Heureusement pour le Québec de demain, des milliers d’individus ont compris qu’il fallait prendre la rue pour nous rappeler que nous ne sommes plus des bêtes!</p>
<p><strong id="internal-source-marker_0.14092067605815828"><br />
</strong>par Fabrice Masson-Goulet</p>
<p>Avec</p>
<p>Laurie Bédard<br />
Charles Dionne<br />
Gautier Langevin<br />
Samuel Mercier<br />
Alice Michaud-Lapointe<br />
Mathieu Poulin<br />
Éric Samson</p>
<p>Ce texte est publié en simultané sur <a href="http://poemesale.com/2012/05/07/la-felure-vi-le-quebec-apres-la-betise/" target="_blank">Poème sale</a>. Pour lire les textes suivants: <a title="La fêlure (VII) – Mettre au ban(c) d’école" href="http://www.laswompe.com/2012/05/08/la-felure-vii/">VII</a>, VIII.</p>
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		<title>La fêlure (V) – ENCORE!</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 14:07:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gautier Langevin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Québec est perturbé. Comme une trentenaire à peine sortie de l'adolescence qui vient d'apprendre que son patron met du GH dans ses drinks à tous les cinq à sept, pour mieux la baiser à son insu.
Gautier Langevin présente le cinquième texte de La Fêlure. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>(Cinquième d’une série de textes d’un collectif d’auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. Voir les textes précédents : <a title="La fêlure (I)" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-i/">I</a>, <a title="La fêlure (II) – Fahrenheit 450" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-ii-fahrenheit-450/">II</a>, <a title="La fêlure (III): Le chaud et le froid" href="http://www.laswompe.com/2012/05/04/la-felure-iii/">III</a>, <a title="La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie" href="http://www.laswompe.com/2012/05/05/la-felure-iv/">IV</a>)</p>
<div id="attachment_1443" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><img class="size-full wp-image-1443" title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/57867087_01a5f7c042.jpg" alt="" width="500" height="375" /><p class="wp-caption-text">Crédit photo ~db~</p></div>
<p>Le Québec est perturbé. Comme une trentenaire à peine sortie de l&#8217;adolescence qui vient d&#8217;apprendre que son patron met du GH dans ses drinks à tous les cinq à sept, pour mieux la baiser à son insu.</p>
<p dir="ltr">Le Québec n&#8217;est pas en train de changer. Quelques citoyens sortent de leur torpeur orgasmique, agressés par la pénétration trop brutale et par les mécanismes de contrôle qui tentent de les étrangler maintenant de manière évidente. À force de gémir, la gag ball s&#8217;est enfoncée trop profondément dans leurs bouches, et les a réveillés en sursaut.</p>
<p><strong><strong> Et Pourtant!</strong></strong></p>
<p dir="ltr">La majorité continue de prendre un plaisir malsain à être créative dans l&#8217;horreur, assiégée par un pernicieux et lucratif syndrôme de Stockholm. Le sadomasochisme est à la mode. À ceux qui n&#8217;en peuvent plus et qui tentent, tragiquement, de se libérer de son étreinte, l&#8217;agresseur ne fait que donner quelques baffes de plus qu&#8217;à l&#8217;habitude. Mais la majorité aime ça, à mort.</p>
<p dir="ltr">Se passe-t-il quelque chose?</p>
<p dir="ltr">Vraiment?</p>
<p dir="ltr">Nous, qui nous nous débattons tant bien que mal afin d’éviter l’ivresse de l’abandon, sommes-nous prêts à nous défendre?</p>
<p dir="ltr">Vraiment?</p>
<p dir="ltr">Présentement, nous n&#8217;avons rien à dire, ou si peu. À entendre nos contemporains, il faudrait se laisser faire, être « pacifiques ». Accepter de changer de position, au mieux.</p>
<p dir="ltr">On aime tous baiser, mais il y a des limites. Notre chatte n&#8217;en peut plus, et ils sont si nombreux à écarter les jambes. Le Québec n&#8217;est pas en train de changer. Il est perturbé, meurtri. Loin d’être cicatrisé. Il se peut même que nous jouissions encore, bien malgré nous, entre deux sanglots. Ce sera peut-être assez pour nous faire oublier la cire chaude et les menottes. Peu importe. L&#8217;agresseur ira jusqu&#8217;au bout. Tant que les jouets de toutes sortes exerceront sur nous un pouvoir d&#8217;attraction charmeur, la foreuse s&#8217;en donnera à cœur joie.</p>
<p dir="ltr">Débandons, nous aussi!</p>
<p dir="ltr">L&#8217;étreinte romantique dont nous rêvons implique trop de changements radicaux dans la manière selon laquelle nos systèmes politiques et économiques se déploient. Dans cette société huilée au désir, la rationalité, la sagesse, la transparence, l&#8217;humilité, l&#8217;équité ne sont pas sexy. Le petit Jérémy ne chantera jamais la justice sociale. La lenteur et la réflexion énervent. Ils se font raccrocher la ligne au nez par Simon Durivage. La plus grande contestation socio-écologique de l’histoire de l’amérique du Nord est ignorée par le journal le plus lu au Québec. Les mouvements sociaux où aucune fenêtre n’est brisée ne sont pas rapportés. Au souper de famille du dimanche, on se fait dire de se calmer.</p>
<p dir="ltr">C&#8217;est vrai, finalement, que le Québec n&#8217;est plus le même. Son masque est tombé, et le visage qu’il dévoile est paniquant. L’agresseur est aussi victime. Ses traits étirés par l’insomnie lui donnent des airs de spectre. Il n’en peut plus, mais il ne sait pas quoi faire d’autre. Comme nous, il est né parmis les panneaux réclame, les carrosseries luisantes, les sièges en cuir et les jambes de cinq pieds de Barbie. On aurait presque envie de le prendre dans nos bras, de le consoler. De lui dire que l’on comprend sa souffrance, et la haine qu’il recrache à notre visage comme une bile toxique.</p>
<p dir="ltr">Et puis&#8230; si ça peut lui faire du bien. On aime bien baiser. Après tout&#8230;  non?</p>
<p>par Gautier Langevin</p>
<p>avec<br />
Laurie Bédard<br />
Charles Dionne<br />
Fabrice Masson-Goulet<br />
Samuel Mercier<br />
Alice Michaud-Lapointe<br />
Mathieu Poulin<br />
Éric Samson</p>
<p dir="ltr">Cette série de textes est publiée en simultané sur <a href="http://www.poemesale.com" target="_blank">Poème sale</a>. Pour lire les textes suivants:  <a title="La fêlure (VI) – Le Québec après la bêtise" href="http://www.laswompe.com/2012/05/07/la-felure-vi/">VI</a>, <a title="La fêlure (VII) – Mettre au ban(c) d’école" href="http://www.laswompe.com/2012/05/08/la-felure-vii/">VII</a>, VIII.</p>
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		<title>La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie</title>
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		<pubDate>Sat, 05 May 2012 14:04:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Samuel Mercier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Aujourd’hui, j’ai l’impression de vivre dans un Québec différent. Différent d’il y a à peine quelques mois. Ni meilleur, ni pire, seulement plus pesant et plus présent.

Samuel Mercier présente le quatrième texte de La Fêlure. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>(Quatrième d’une série de textes d’un collectif d’auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. Voir les textes précédents: <a title="La fêlure (I)" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-i/">I</a>, <a title="La fêlure (II) – Fahrenheit 450" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-ii-fahrenheit-450/">II</a>, <a href="http://www.laswompe.com/2012/05/04/la-felure-iii/">III</a>)</p>
<div id="attachment_1459" class="wp-caption aligncenter" style="width: 522px"><a href="http://www.flickr.com/photos/loungerie/358549496/in/photostream/"><img class=" wp-image-1459 " title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/lafelure-sam.jpg" alt="" width="512" height="398" /></a><p class="wp-caption-text">crédit photo loungerie</p></div>
<p>Aujourd’hui, j’ai l’impression de vivre dans un Québec différent. Différent d’il y a à peine quelques mois. Ni meilleur, ni pire, seulement plus pesant et plus présent, comme si tout d’un coup les événements étaient devenus graves alors qu’on se contentait jusque là de les regarder passer bien loin de l’histoire. Bien sûr, les quelques mois du conflit étudiant que nous sommes en train de traverser ont profondément marqué les esprits : en plus d’avoir polarisé la population côté frais de scolarité, la grève a entraîné une réflexion en profondeur sur nos valeurs en tant que société. Tout ça, on le sait, on se le répète depuis des semaines, si bien que le conflit n’a plus grand-chose à voir avec une question de facturation. N’empêche qu’une impression étrange demeure, comme une blessure qui restera, je pense, assez longtemps : cette idée qu’un équilibre a été rompu, et que nous ne pourrons plus jamais regarder certains de nos adversaires de la même façon.</p>
<p>L’ironie était de mise il y a quelques mois lorsqu’un animateur de la radio de Québec décriait les artistes &laquo;&nbsp;gogauches&nbsp;&raquo;, les universitaires &laquo;&nbsp;dans leur tour d’ivoire&nbsp;&raquo; ou les étudiants &laquo;&nbsp;gâtés&nbsp;&raquo;. Les mots n’étaient que des mots, et on les laissait traîner à l’ouïe de tout le monde, certes, mais on pouvait bien rire entre geeks de tout ça, se dire qu’ils avaient beau parler, les idiots, les charognes, et qu’ils ne feraient jamais vibrer autre chose que l’air à coup d’ondes hertziennes. C’était avant les injonctions, le gaz, les matraques…</p>
<p>Comme plusieurs, j’ai passé les dernières semaines accroché aux fils de presse, le pouls palpitant au rythme de Twitter et de Facebook, à regarder l’image renvoyée de la grève que je vivais, à discuter avec d’autres pour refaire entre nous cette image, question de s’assurer une toute petite mainmise sur l’écriture de l’histoire. Il faut peut-être se rappeler que l’histoire ne s’écrit jamais d’elle-même, qu’on l’écrit au fil de morceaux choisis, que certains doivent décider à l’ombre des hashtags ce qui sera plus tard le vrai récit d’une grève que nous aurons vécue, et qu’à travers il y a tous ces récits qui sont les nôtres, ceux qui ne font ni les livres ni les manchettes, certains diront l’anecdotique ou le témoignage, peu importe, comme tous je ne garderai pas de cette grève que ce que j’en ai vécu, mais aussi ce qu’on m’en a dit et ce qu’on m’en a montré.</p>
<p>Je suis arrivé en retard au Salon du Plan Nord. Les pierres avaient déjà été lancées, il restait les traces d’un feu de cônes oranges, l’hélicoptère de la SQ survolant le centre-ville, de la vitre brisée, quelques morceaux de la barricade sur Saint-Antoine et une fille qui pleurait de douleur (ou de panique, je ne sais pas) tandis que l’antiémeute la faisait monter dans l’ambulance. J’étais à l’arrière du cortège quand les grenades assourdissantes ont éclairé la nuit et la manifestation sur la rue Sainte-Catherine, je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait quand les chevaux ont foncé vers la foule et je n’ai respiré que les dernières effluves des lacrymogènes. L’histoire, vue du dessous, a quelque chose de ridicule.</p>
<p>Pourtant, il reste de tout cela une image, l’impression générale d’une répression qui me dépassait largement, pas tant dans son caractère policier somme toute assez tranquille que dans son caractère discursif. Nous étions ignorés par une partie importante de la population, cette ignorance avait ses armes, ses lois, sa justice qui s’érigeaient en partie contre nous, oui, mais elle avait surtout ses mots.</p>
<p>On entend souvent dire que les mots sont des armes, mais on ne pourrait dire plus faux. C’est à cet endroit précis que nous nous sommes trompés, croyant que les mots se suffisaient à eux-mêmes, qu’il ne fallait que rire du discours des limaces du gros bon sens pour les évincer à bon compte. Nous avions oublié que, si les mots ne sont pas véritablement des armes, c’est qu’il y en a d’autres beaucoup plus efficaces. Nous pensions que tout cela s’arrêtait seulement au mauvais goût, que l’anti-intellectualisme ou l’anti-progressisme n’étaient qu’affaires de discours graisseux versés sur la bande FM et dans la presse jaune. Nous étions en train de nous croire plus libres que nous l’étions vraiment.</p>
<p>Puis, nous avons vu les injonctions tomber, le discours creux des relationnistes couler jusqu’au bout des matraques de la &laquo;&nbsp;juste part&nbsp;&raquo; ou du marteau anti &laquo;&nbsp;boycott&nbsp;&raquo;, le tout relayé par une rage et une colère que nous ne soupçonnions pas. Nous étions tout à coup plus à l’étroit. Il faisait moins bon être un geek dans le Québec du bas XXIe siècle. Nous n’avions plus le choix de prendre parti. Ce qui ne relevait que d’une simple position quelques mois plus tôt devenait un engagement et, dans cet engagement, nous n’étions plus seuls, tentant d’opposer la force du nombre à la violence d’État, prenant parti contre un certain Québec qui se dressait devant nous.</p>
<p>On nous a cassé les oreilles durant des décennies à propos de l’individualisme contemporain, de l’oubli de l’autre : nous étions ensemble dans ce combat, et c’est sans doute ce qu’il y a eu de plus beau dans notre lutte, la fraternité. Nous étions avec les gens de l’UQO comme avec ceux de Sherbrooke. Nous étions Chiliens, nous étions Londoniens… face au même mépris et à la même force, il n’y avait plus rien d’autre à faire que de prendre parti. Tout devenait plus lourd, les mots pouvaient soudainement tourner à l’égalité ou au poivre, l’ironie était réellement une arme et non pas un enfermement, nous avions des amis et des ennemis&#8230;</p>
<p>Nous avons osé proposer une autre voie et nous avons appris ce qu’il en coûtait de croire en quelque chose. Nous avons aussi appris que certains de nos adversaires étaient prêts à se rendre jusqu’au bout de leur mépris pour nous faire taire. Le Québec demeurera sans doute inchangé, prostré sur le fleuve gelé qui lui sert de gueule, à suivre les moutons de panure de la version cheap du rêve américain; il n’est déjà plus le même à mes yeux, à la fois beau et inquiétant.</p>
<p>par Samuel Mercier</p>
<p>avec<br />
Laurie Bédard<br />
Charles Dionne<br />
Gautier Langevin<br />
Fabrice Masson-Goulet<br />
Alice Michaud-Lapointe<br />
Mathieu Poulin<br />
Éric Samson</p>
<p>Cette série de textes est publiée en simultané sur <a href="http://poemesale.com/2012/05/04/la-felure-iv-le-quebec-apres-lironie/">Poème Sale</a>. Pour lire les textes suivants:  <a title="La fêlure (V) – ENCORE!" href="http://www.laswompe.com/2012/05/06/la-felure-v-encore/">V</a>, <a title="La fêlure (VI) – Le Québec après la bêtise" href="http://www.laswompe.com/2012/05/07/la-felure-vi/">VI</a>, <a title="La fêlure (VII) – Mettre au ban(c) d’école" href="http://www.laswompe.com/2012/05/08/la-felure-vii/">VII</a>, VIII.</p>
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		<title>La fêlure (III) – Le chaud et le froid</title>
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		<pubDate>Fri, 04 May 2012 14:31:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurie Bédard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On raconte que le peuple québécois aurait une vilaine tendance à parler température. On exporte même nos plus belles miss météo jusque dans l'Hexagone, ce n'est pas rien. Laurie Bédard présente le troisième texte de La Fêlure. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>(Troisième d’une série de textes d’un collectif d’auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. Voir les textes précédents: <a title="La fêlure (I)" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-i/">I</a>, <a title="La fêlure (II) – Fahrenheit 450" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-ii-fahrenheit-450/">II</a>)</p>
<div id="attachment_1469" class="wp-caption aligncenter" style="width: 464px"><a href="http://www.flickr.com/photos/speedofshutter/"><img class="size-full wp-image-1469" title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/lafelure-laurie.jpg" alt="" width="454" height="294" /></a><p class="wp-caption-text">crédit photo speedofshutter</p></div>
<p dir="ltr">On raconte que le peuple québécois aurait une vilaine tendance à parler température. On exporte même nos plus belles <em>miss météo</em> jusque dans l&#8217;Hexagone, ce n&#8217;est pas rien. On dit aussi que la température au Québec nous donnerait des bonnes raisons pour qu&#8217;on jase d&#8217;elle, surtout quand elle fait l&#8217;été au mois de mars. <em>Small talk</em>, il y a des printemps plus chaleureux que d&#8217;autres. Pendant qu&#8217;on papote sur les tergiversations du mercure, mine de rien, les esprits québécois s&#8217;échauffent. Les reproches fusent de toutes parts de sorte qu&#8217;un consommateur non-averti s&#8217;y perdrait volontiers (mon empire pour le confort et la tranquillité d&#8217;une opinion, forfait internet et ligne téléphonique inclus). Des gens prennent position, les allégeances de centaines de milliers de citoyens se décomplexent tranquillement, on s&#8217;assume, on en parle, on se chicane même (quand ça vaut la peine) avec notre cousin de Québec ou avec l&#8217;inconnu de la table d&#8217;à côté au café. Il se passe des choses et ça chauffe dans le beau Québec pas si tranquille des derniers mois. Quelque chose s&#8217;est produit, et on l’a senti déraper lorsqu&#8217;à l&#8217;UQO, le 17 avril dernier, des étudiants se sont fait matraquer, poivrer, arrêter sous le couvert d&#8217;une injonction rendant la liberté individuelle de certains plus importante que la mission de l&#8217;université. Et si le courage de nos opinions se raffermit sous la matraque, les failles d&#8217;un gouvernement nous apparaissent de plus en plus clairement. C&#8217;est dans l&#8217;inquiétude et l&#8217;excitation qu&#8217;on se dit qu’on ne peut plus reculer, que quelque chose vient de basculer. Quelque chose s&#8217;est ouvert, une possibilité, un espace nécessaire pour échapper à ça, et cet espace se nomme le refus. Alors oui, le Québec a ceci de changé même s&#8217;il reste par endroits glacé de peur d&#8217;intervenir pour vrai et de désobéir, parce que ça implique le désordre, et parce qu&#8217;il faut en payer le prix.</p>
<p dir="ltr">On mesure la valeur des choses aux sacrifices qu&#8217;on est prêts à endurer pour leur défense. Ça fait des mois qu&#8217;on subit (en plus de la répression des autorités) les railleries d&#8217;un Québec froid, pseudo-rationnel et bien-pensant, qui carbure au mépris. On nous reproche un lyrisme passé date, comme si ce n&#8217;était pas nécessaire, comme si ça n&#8217;allait pas de soi. Tant qu&#8217;à se décomplexer, aussi bien assumer notre lyrisme. On ne doit pas réduire ce lyrisme à la glorification d&#8217;une nation et autres simplicités générationnelles, il n&#8217;est d&#8217;ailleurs aucunement question de cela. Sortons de notre casting de lyriques quétaines, il s&#8217;agit ici d&#8217;opposer un nouveau langage à celui d&#8217;un gouvernement qui n&#8217;a apparemment «pas le temps de jouer avec les mots». Quand il s&#8217;agit de dénoncer, la parole de la résistance fait toujours plus de bruit que les discours de plomb.</p>
<p dir="ltr">Depuis des mois, mêmes mes nuits se transforment. Je fais malgré moi des rêves étranges de révolution. Si j&#8217;ai bien compris la fonction des rêves, j&#8217;imagine que c&#8217;est parce que mon inconscient en a gravement besoin. Il est généralement mal vu de partager ses rêves, c&#8217;est gênant et pas mal toujours ennuyant. Serais-je décomplexée? Oui. Qu&#8217;on m&#8217;analyse, advienne que pourra, je parle, je dis: c&#8217;est ca-po-té.</p>
<p dir="ltr">Un rêve m&#8217;a profondément troublée la semaine dernière. C&#8217;était à propos d&#8217;une femme inconnue. Elle parlait une langue étrangère et tentait de protéger sa fille d&#8217;un groupe de soldats. Elle pleurait doucement, assise, résignée, horrifiée. Elle comprenait tranquillement qu&#8217;elle avait vendu sa fille. Un soldat se couchait sur l&#8217;enfant allongée, l&#8217;embrassait, touchait partout son petit corps juvénile et moi aussi j&#8217;avais peur qu&#8217;il l&#8217;étouffe. La petite fille était nue, elle semblait à moitié morte, mais en vie. La mère cherchait à intervenir mais les soldats lui expliquaient qu&#8217;il était trop tard, que c&#8217;était comme ça. C&#8217;était cela qui était cela, final bâton. Peut-être l&#8217;auraient-t-elle tuée si elle s&#8217;était levée, c&#8217;était peut-être vraiment trop tard, je n&#8217;en sais rien et c&#8217;est pas ma faute, on ne décide pas du contenu de nos rêves. Toujours est-il que j&#8217;étais bien heureuse de me réveiller, et que non, ce n&#8217;était pas vraiment un rêve de révolution, sauf si.</p>
<p dir="ltr">Sauf que si cette majorité silencieuse dont on parle tant reste trop occupée à entendre les discours des piètres rhéteux, chroniqueurs de journaux vendus et animateurs de radios grotesques, pour s&#8217;intéresser vraiment à sa condition, si cette majorité continue de répéter ad nauseam des discours vides de sens, qui ne servent au final qu&#8217;à assurer l’ascendant de ce gouvernement corrompu sur ce peuple qui ne parle plus aucun langage sauf ce &laquo;&nbsp;oui-oui Charest&nbsp;&raquo; identitaire, j&#8217;ai bien peur que nos enfants finissent couchés sur l’asphalte, sous une bande de policiers.</p>
<p dir="ltr">Sauf si, sauf si. Sauf que si nous ouvrons les yeux sur la situation actuelle au Québec, si nous sortons des discours proxénètes de Québécor, nous réalisons que quelque chose a changé récemment, et ce changement s&#8217;effectue principalement autour du verbe <strong>sortir</strong>. D&#8217;abord nous sommes sortis, fâchés pas contents de nous faire attoucher contre notre gré. Ensuite il s&#8217;est passé quelque chose que nous-mêmes n&#8217;avions pas prévu. Le mouvement est en train d&#8217;accomplir une sortie de lui-même. La hausse des frais de scolarité est devenue secondaire. Ce qui importe maintenant, c&#8217;est la défense d&#8217;un projet plus grand pour se sortir d&#8217;un Québec devenu absurde. De ce mouvement naît une parole prête à déborder du cadre prévu, à envahir l&#8217;espace public, à sérieusement déranger.</p>
<p dir="ltr">Antidote m&#8217;apprend que sortir est un synonyme de dire. Parce que dire, <em>vraiment</em> dire, c&#8217;est troubler l&#8217;ordre établi, c&#8217;est quitter un lieu, un état, une condition pour mesurer les possibilités de changement, se projeter dans une action. Antidote me dit aussi qu&#8217;en Acadie et dans certaines régions du Québec, on dit &laquo;&nbsp;ressoudre&nbsp;&raquo;, faites les liens que vous voudrez. C&#8217;est grâce à ce verbe qu&#8217;au milieu du découragement général d&#8217;un peuple habitué à ne pas oser, alors que tout le monde s&#8217;était assis sur la fin des récits, on se permet un peu de se débarrasser de cette honte de n&#8217;être rien. On se met à s&#8217;en foutre que le gouvernement ne nous comprenne pas. C&#8217;est au risque de se faire traiter de fous, de pelleteux de nuages (et/ou de pavés), d&#8217;enfants gâtés (et comment), que nous ouvrons la possibilité de sortir d&#8217;un état de peur, d&#8217;ordre et de bouches ouvertes sur le cirque du soleil. Nous exigeons mieux, à tout prix. Même s&#8217;il faut pour certains se retrouver couchés sur le sol, une botte de policier sur le dos à respirer l&#8217;odeur piquante de la démocratie. Faites plaisir à votre pays, protégez vos enfants et demandez à votre maman s&#8217;il n&#8217;est pas trop tard, demandez-lui si elle sait défendre le vrai sens du mot liberté.</p>
<div>
<p>par Laurie Bédard</p>
<p>avec<br />
Charles Dionne<br />
Gautier Langevin<br />
Fabrice Masson-Goulet<br />
Samuel Mercier<br />
Alice Michaud-Lapointe<br />
Mathieu Poulin<br />
Éric Samson</p>
<p>Cette série de textes est publiée en simultané sur <a href="http://poemesale.com/2012/05/04/la-felure-iii-le-chaud-et-le-froid/">Poème Sale</a>. Pour lire les textes suivants:  <a title="La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie" href="http://www.laswompe.com/2012/05/05/la-felure-iv/">IV</a>, <a title="La fêlure (V) – ENCORE!" href="http://www.laswompe.com/2012/05/06/la-felure-v-encore/">V</a>, <a title="La fêlure (VI) – Le Québec après la bêtise" href="http://www.laswompe.com/2012/05/07/la-felure-vi/">VI</a>, <a title="La fêlure (VII) – Mettre au ban(c) d’école" href="http://www.laswompe.com/2012/05/08/la-felure-vii/">VII</a>, VIII.</p>
</div>
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		<title>La fêlure (II) – Fahrenheit 450</title>
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		<pubDate>Thu, 03 May 2012 17:02:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Éric Samson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y a cinq mois, je ne savais pas ce qu’était une grenade assourdissante. Maintenant, je les appelle par leur petit nom : flashbang, mon amour. Éric Samson présente le deuxième texte de La Fêlure. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>(Deuxième d&#8217;une série de textes d&#8217;un collectif d&#8217;auteurs qui réfléchit sur un Québec en crise. <a title="La fêlure (I)" href="http://www.laswompe.com/2012/05/03/la-felure-i/">Voir le texte précédent.</a>)</p>
<div id="attachment_1471" class="wp-caption aligncenter" style="width: 522px"><a href="http://www.flickr.com/photos/eightfivezero/2258559502/in/photostream/"><img class=" wp-image-1471 " title="La fêlure" src="http://www.laswompe.com/wp-content/uploads/2012/05/lafelure-eric.jpg" alt="" width="512" height="337" /></a><p class="wp-caption-text">crédit photo eightfivezero</p></div>
<p>Il y a cinq mois, je ne savais pas ce qu’était une grenade assourdissante. Maintenant, je les appelle par leur petit nom : flashbang, mon amour. Il y a cinq mois, un policier casqué, matraque à la main, patrouillant le métro à 8h30 le matin, ça m’aurait tétanisé. Pas juste surpris, là : tétanisé. Aujourd’hui je me dis qu’il y a probablement un blocage quelque part ou une bombe fumigène qui a éclaté dans le centre-ville, je hausse les épaules et je recommence à jouer à Angry Birds.</p>
<p>Je prenais Stéphane Gendron pour un triste personnage sans grande envergure. Un petit homme qui vivait dans sa petite bulle de Huntingdon. Alors quand il pétait des coches, je trouvais ça comique, un peu comme quand Cartman saute un câble dans South Park. Regarde le qui s’énerve encore pour rien, il devrait faire attention, c’est pas bon pour son cœur.</p>
<p>Après tout, on a eu Gilles Proulx qui s’est emballé quotidiennement sur le même ton depuis la Révolution Tranquille et personne n’est viré fou avec ça.</p>
<p>Sauf que ses mots ont trouvé écho, chez certains – comme ceux des animateurs de talk-radio de Québec, que nous avions beau jeu d’ignorer ou d’écouter sur radio-ego.com en attendant que notre bagel soit prêt le matin, le café bio-équitable dans le percolateur qui s’ébroue à finir la job.</p>
<p>J’ai découvert depuis un certain Québec qui m’était insoupçonné: le Fahrenheit 450.</p>
<p>Où les seuls accrocs à la loi et l’ordre sont des chicanes de clôtures ou de filtreur de piscine trop bruyant, qui se règlent soit à coups de poing dans le parking, soit en Cour des petites créances. Pas étonnant, alors, que les solutions les plus largement proposées pour résoudre la crise de la grève étudiante soient la bastonnade et les injonctions.</p>
<p>Le Fahrenheit 450 où la taylorisation est tellement intégrée aux moeurs que ça tombe sous le sens que les artistes devraient juste gratter leur guitare, et laisser la politique aux politiciens.</p>
<p>Laisser la politique aux politiciens, c’est tellement vrai, dans le fond: c’est tous des crosseurs, anyways, alors pourquoi les écouter? Il suffit d’aller, une fois aux quatre ans, regarder celui qui parle le plus fort de couper dans le gras, et d’aller voter pour lui.</p>
<p>Ce Fahrenheit 450 qui se méfie de quelqu’un qui parle trop bien mais aussi de quelqu’un qui parle trop mal. Ce Fahrenheit 450 pour qui Falardeau était un être immonde et vulgaire, qui manquait de respect envers tout le monde, mais pour qui un Gabriel Nadeau-Dubois paraît un peu trop bien et est un peu trop articulé pour être sain – il a certainement quelque chose d’Hitler.</p>
<p>(Le juste milieu se trouvant probablement quelque part entre Bock-Côté et Martineau, une esthétique bancale construite de faux-semblants de franc-parler, enrobés d’arguments ayant la valeur nutritive d&#8217;une bambino all-dressed de Boston Pizza.)</p>
<p>Ce Fahrenheit 450 qui habite une McMansion de Brossard avec fierté mais qui se méfie d’un Guy A Lepage dans son loft du Plateau, parce que quand t’es riche, faut que ça paraisse. De dehors.</p>
<p>J&#8217;ai l’air méprisant, comme ça, mais ce certain Québec m&#8217;était carrément inconnu jusqu&#8217;à tout récemment. Ou plutôt, je le voyais, je savais qu&#8217;il existait, mais je n&#8217;y portais qu&#8217;une attention passagère, le regardant un peu de loin, me disant que si des pubs de Harley avec un gars de 43 ans qui veut que ça fasse vroum-comme-une-vraie-moto passaient avant les Invincibles sur tou.tv c&#8217;était probablement qu&#8217;il y avait un marché pour ça. Mais sans plus.</p>
<p>Je sous-estimais le Fahrenheit 450. Je sous-estimais ce Québec plus contre que pour, qui passe à première vue pour égoïste (pour ne pas dire bête et méchant) alors qu&#8217;au fond il n&#8217;est rien d&#8217;autre que lui-même, convaincu d&#8217;avoir raison par ces innombrables coach de vie collectifs qui valorisent tellement la prétendue &laquo;&nbsp;intelligence émotionnelle&nbsp;&raquo; que l&#8217;intelligence pure et dure en est devenue suspecte, sûr de lui au point d&#8217;en oublier qu&#8217;il n&#8217;y a pas qu&#8217;un seul bon sens (le gros).</p>
<p>Je le sous-estimais parce que je le trouvais insignifiant, je l&#8217;avoue. C&#8217;était avant de le connaître et, surtout, avant de voir que nos gouvernants l&#8217;écoutaient plus que moi.</p>
<p>Ils l&#8217;écoutent parce que la force du nombre écrase la raison, parce qu&#8217;il est docile et se laisse gouverner sans chialer trop fort. Parce qu&#8217;il vote toujours du bon bord.</p>
<p>Quand je vois des gens appeler à un dialogue intergénérationnel, tendre la main au Gars de Québec comme <a href="http://voir.ca/jepenseque/2012/05/01/lettre-au-gars-de-quebec/">Parenteau l&#8217;a fait</a> mardi, je trouve ça drôle. Parce que le Fahrenheit 450 ne viendra pas marcher dans la rue avec nous – après tout, il prend son char pour se rendre jusqu&#8217;au dépanneur. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;il est con, ou qu&#8217;il est contre la cause. C&#8217;est, avant tout, qu&#8217;il est contre les causes. Ça le rend mal à l&#8217;aise. Alors il se tait et attend.</p>
<p>Et le gouvernement l&#8217;a bien compris.</p>
<p>C&#8217;est bien facile d&#8217;être à l&#8217;écoute de la majorité silencieuse.</p>
<p>par Éric Samson</p>
<p>avec<br />
Laurie Bédard<br />
Charles Dionne<br />
Gautier Langevin<br />
Fabrice Masson-Goulet<br />
Samuel Mercier<br />
Alice Michaud-Lapointe<br />
Mathieu Poulin</p>
<p>Cette série de textes est publiée en simultané sur <a href="http://poemesale.com/2012/05/03/la-felure-ii-fahrenheit-450/">Poème Sale</a>. Pour lire les textes suivants:  <a title="La fêlure (III): Le chaud et le froid" href="http://www.laswompe.com/2012/05/04/la-felure-iii/">III</a>, <a title="La fêlure (IV) – Le Québec après l’ironie" href="http://www.laswompe.com/2012/05/05/la-felure-iv/">IV</a>, <a title="La fêlure (V) – ENCORE!" href="http://www.laswompe.com/2012/05/06/la-felure-v-encore/">V</a>, <a title="La fêlure (VI) – Le Québec après la bêtise" href="http://www.laswompe.com/2012/05/07/la-felure-vi/">VI</a>, <a title="La fêlure (VII) – Mettre au ban(c) d’école" href="http://www.laswompe.com/2012/05/08/la-felure-vii/">VII</a>, VIII.</p>
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