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	<title>Omnilogismes du jour : questions et réponses de culture générale</title>
	<link>https://omnilogie.fr</link>
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		<title>Omnilogismes du jour : questions et réponses de culture générale</title>
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	<description>Chaque jour, un article de culture générale sur tout et n'importe quoi. Une infusion de savoir quotidienne !</description>
	<managingEditor>omni@neamar.fr (Administrateurs Omnilogie)</managingEditor>
	<language>fr-FR</language>

	<item>
		<title><![CDATA[Le tigre qui se croyait vert]]></title>
		<pubDate>Sat, 26 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27U</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Le_tigre_qui_se_croyait_vert</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2725.png" alt="Le tigre qui se croyait vert" />
			<p>Vous êtes un cerf, broutant paisiblement dans une forêt du Bengale. Vous levez la tête, scrutez les fourrés&hellip; tout est vert<sup><a class="footnote" id="Note-1" href="#Ref-1" title="En fait, il ne voit pas vraiment le vert. Techniquement, tout est plutôt de la même teinte. ">(1)</a></sup>. Les feuilles, les tiges, les buissons, et ce gros truc rayé qui rampe vers vous. Rien d'anormal. </p>

<p><img src="https://omnilogie.fr/images/O/937ded3496caa9a568fbd92ef592847e.png" alt="Fausse image, mais ça donne une idée&nbsp;! " title="Fausse image, mais ça donne une idée&nbsp;! " /><br />
 <br />
Enfin, rien d'anormal de votre point de vue. Parce qu'un humain, placé au même endroit, aurait immédiatement repéré l'énorme félin <strong>orange vif</strong> qui se faufile dans la végétation. Le tigre, le plus grand des félins, semble en effet avoir raté le cours de camouflage&nbsp;: comment se cacher dans une forêt verte avec un pelage orange fluo&nbsp;? </p>

<p><img src="https://omnilogie.fr/images/O/f4690c568d3ff6ad69d38b2c25cfbac3.png" alt="Vision humaine" title="Vision humaine" /><br />
 <br />
Pour comprendre, il faut faire un petit détour par la rétine. <a href="https://omnilogie.fr/O/Cônes_et_bâtonnets">Les cônes</a>, ces cellules qui nous permettent de percevoir les couleurs, existent en trois types chez l'humain&nbsp;: bleu, vert et rouge. C'est ce qu'on appelle la vision <em>trichromatique</em>&nbsp;; c'est elle qui nous permet de distinguer des millions de nuances. Nous partageons cette particularité avec les autres grands singes et&hellip; honnêtement, pas grand monde d'autre chez les mammifères. <br />
 <br />
Car la plupart des mammifères terrestres &ndash; cerfs, sangliers, antilopes, bref, le menu habituel du tigre &ndash; ne possèdent que <strong>deux types de cônes</strong>&nbsp;: le bleu et le vert. Ils sont <em>dichromates</em>. Concrètement, ils ne font pas la différence entre l'orange et le vert<sup><a class="footnote" id="Note-2" href="#Ref-2" title="C'est l'équivalent du daltonisme rouge-vert chez l'humain. ">(2)</a></sup>. Pour eux, un tigre tapi dans les herbes hautes n'est qu'une masse verdâtre, parfaitement fondue dans le décor. Les rayures noires, elles, imitent les ombres du feuillage et achèvent de briser la silhouette du prédateur. <br />
 <br />
Mais au fait, pourquoi le tigre n'est-il pas <em>vraiment</em> vert, histoire de tromper tout le monde, y compris les primates&nbsp;? Parce que les mammifères en sont tout simplement incapables. La couleur de leur pelage dépend de deux pigments, et de deux pigments seulement&nbsp;: l'eumélanine (qui donne le noir et le brun) et la phéomélanine (qui donne le roux et l'orangé). En combinant ces deux molécules, on obtient du noir, du brun, du fauve, du blanc&hellip; mais jamais de vert, jamais de bleu, <a href="https://omnilogie.fr/O/La_malédiction_du_drapeau_violet">jamais de violet</a>. Les oiseaux et les reptiles s'en tirent avec des pigments supplémentaires ou des effets de structure microscopique, mais ce n'est pas au programme des mammifères. <br />
 <br />
Une question demeure&nbsp;: pourquoi les cerfs n'ont-ils jamais développé la vision trichromatique&nbsp;? <br />
La question reste ouverte scientifiquement. <br />
La piste la plus crédible&nbsp;: on ne commande pas à l'évolution. La trichromatie des primates provient d'une duplication accidentelle d'un gène sur le chromosome X, un loto gagné qui n'a eu lieu que deux fois en plusieurs dizaines de millions d'années, et jamais chez les cervidés. On ne peut pas sélectionner une mutation qui ne s'est pas produite&nbsp;! </p>

<hr class="footnote court" />
<ol>	<li><a class="footnote" id="Ref-1" href="#Note-1"><sup>(1)</sup> <small>&uarr;</small></a> En fait, il ne voit pas vraiment le vert. Techniquement, tout est plutôt de la même teinte. 
</li>
	<li><a class="footnote" id="Ref-2" href="#Note-2"><sup>(2)</sup> <small>&uarr;</small></a> C'est l'équivalent du daltonisme rouge-vert chez l'humain. 
</li>
</ol>			]]>
		</description>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Qui veut du shit ?]]></title>
		<pubDate>Thu, 24 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27R</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Qui_veut_du_shit_%3F</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2722.png" alt="Qui veut du shit ?" />
			<p>«&nbsp;Tu veux du shit&nbsp;?&nbsp;» En français, la question ne prête à aucune ambiguïté&nbsp;: il s'agit d'un morceau de résine de cannabis. Traduite littéralement de l'anglais, elle propose pourtant à l'acheteur&hellip; de la merde. <br />
 <br />
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'affaire n'est pas une invention hexagonale&nbsp;: le mot nous arrive tout cuit de l'argot anglophone. Le <em>Green's Dictionary of Slang</em> relève les premiers emplois autour de 1950, d'abord chez les jazzmen et les beatniks américains &#8212; où <strong>shit</strong> désigne surtout l'héroïne &#8212; puis très vite le cannabis. Dès 1959, l'écrivain britannique Frank Norman rapporte les conversations entre un <em>hop head</em>, amateur de morphine, et un <em>shit smoker</em>, fumeur de haschich. <br />
 <br />
Reste la question qui fâche&nbsp;: pourquoi baptiser d'un nom pareil une marchandise que l'on vend à prix d'or&nbsp;? <br />
 <br />
Il y a d'abord l'apparence. Une plaquette de résine brune, molle, collante et odorante ne demandait pas un effort d'imagination considérable. <br />
 <br />
Il y a ensuite le besoin de code. Un vendeur ne peut pas crier sa marchandise sur les toits, et un mot ordinaire, prononçable devant un policier sans éveiller les soupçons, est pertinent. <br />
 <br />
Il y a enfin l'humour noir du milieu. L'argot raffole de la <em>dysphémie</em>, ce procédé qui consiste à désigner par le pire mot possible ce que l'on apprécie le plus<sup><a class="footnote" id="Note-3" href="#Ref-3" title="Le même réflexe qui fait dire «&nbsp;ma vieille&nbsp;» à une amie ou «&nbsp;sale bête&nbsp;» à un chat que l'on adore. ">(3)</a></sup>. Le mécanisme est si puissant qu'il a fini par se retourner complètement&nbsp;: à force de vanter la marchandise en promettant du <em>good shit</em>, l'anglais américain a fait de <strong>the shit</strong> un superlatif absolu. Aujourd'hui, dire d'un plat que <q>this is the shit</q>, c'est affirmer qu'il n'existe rien de meilleur. <br />
 <br />
Le mot débarque en France au tout début des années 1970 &#8212; les premières attestations écrites datent de 1972 &#8212; dans le sillage des hippies et de la presse underground. Mais en traversant la Manche, il rétrécit. En anglais, <em>shit</em> peut désigner à peu près n'importe quelle drogue&nbsp;: héroïne, cocaïne, cannabis. En français, il ne désigne plus que la résine, par opposition à la <strong>beuh</strong>, verlan d'«&nbsp;herbe&nbsp;». Comme le «&nbsp;smoking&nbsp;» ou le «&nbsp;footing&nbsp;», c'est un emprunt qui a coupé les ponts avec sa langue d'origine et vit désormais sa vie propre &#8212; au point de se voir orthographier «&nbsp;chite&nbsp;» ou «&nbsp;schit&nbsp;», et de repasser à la moulinette du <a href="https://omnilogie.fr/O/Loufoque,_larfeuille_et_loucedé,_quand_un_argot_entre_dans_la_langue_courante">verlan</a> pour donner «&nbsp;teuchi&nbsp;», puis «&nbsp;teuch&nbsp;». <br />
 <br />
Petit mot, mais vieux mot. <em>Shit</em> descend du vieil anglais <em>scitan</em>, lui-même issu d'une racine indo-européenne <em>*skei-</em> qui signifiait «&nbsp;couper, séparer&nbsp;»&nbsp;: l'excrément, c'est étymologiquement ce qui se sépare du corps. Or cette même racine a donné, en passant par le latin <em>scire</em> &#8212; savoir, au sens de «&nbsp;distinguer une chose d'une autre&nbsp;» &#8212;, deux mots que l'on n'attendait pas dans ce voisinage&nbsp;: <strong>science</strong> et <strong>conscience</strong>. Le dealer et le chercheur puisent donc au même puits linguistique, et l'expression anglaise <em>to know one's shit</em>, «&nbsp;s'y connaître&nbsp;», est bien plus profonde qu'elle n'en a l'air. <br />
 <br />
Quant à la légende urbaine qui fait de <em>shit</em> l'acronyme de <em>Ship High In Transit</em>, une prétendue mention portée sur les cargaisons de fumier au temps de la marine à voile&nbsp;: c'est de la&hellip; enfin, vous voyez. </p>

<hr class="footnote court" />
<ol>	<li><a class="footnote" id="Ref-3" href="#Note-3"><sup>(3)</sup> <small>&uarr;</small></a> Le même réflexe qui fait dire «&nbsp;ma vieille&nbsp;» à une amie ou «&nbsp;sale bête&nbsp;» à un chat que l'on adore. 
</li>
</ol>			]]>
		</description>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Du poison sous les rails]]></title>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27Q</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Du_poison_sous_les_rails</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2721.png" alt="Du poison sous les rails" />
			<p>Il y a une odeur que l'on n'oublie pas&nbsp;: celle, âcre et goudronneuse, qui monte des vieilles voies ferrées un jour de canicule. Ce parfum d'enfance a un nom, et c'est celui d'un cancérogène avéré. </p>

<p>Reprenons depuis le début. Poser un rail suppose de le faire reposer sur quelque chose&nbsp;: ce sont les traverses, ces poutres de chêne ou de hêtre couchées sur le <a href="https://omnilogie.fr/O/Pierre_qui_roule_n'amasse_pas_mousse_:_les_cailloux_sur_les_rails">ballast</a>. Problème&nbsp;: un morceau de bois posé à même le sol, arrosé par la pluie et grignoté par les champignons et les insectes, ne fait pas de vieux os. Quelques années tout au plus. À l'échelle d'un réseau national qui compte des millions de traverses, c'est une catastrophe industrielle (et une déforestation problématique). </p>

<p>D'où l'idée, au <span class="century">XIX</span><sup>e</sup> siècle, de <strong>tremper le bois dans un produit que rien de vivant ne supporte</strong>. </p>

<p>Ce produit existe. Le chimiste allemand Karl von Reichenbach l'isole vers 1832&nbsp;en distillant du goudron, et le baptise d'un nom flatteur formé sur le grec <em>kréas</em> (la chair) et <em>sôzein</em> (sauver)&nbsp;: la <strong>créosote</strong>, littéralement «&nbsp;ce qui sauve la chair&nbsp;». À l'époque, on ne plaisante pas avec la publicité&nbsp;: la substance sert à conserver la viande, à calmer les rages de dents, et on la fait même inhaler aux tuberculeux. </p>

<p>En 1838, l'Anglais John Bethell dépose un brevet. Son procédé «&nbsp;à cellules pleines&nbsp;» consiste à enfermer les traverses dans un immense cylindre, à en aspirer tout l'air &#8212; y compris celui contenu dans le bois &#8212; puis à y injecter de la créosote chauffée à 80&nbsp;&#8451; sous une pression de huit ou neuf bars. Le vide fait le reste&nbsp;: l'huile pénètre jusqu'au c&#339;ur de la fibre. Une traverse ainsi gorgée de plusieurs kilos de produit tient trente à quarante ans. La Compagnie des chemins de fer de l'Est s'y met en 1865, et le monde entier suit. </p>

<p>Sauf que la créosote employée n'est pas celle de Reichenbach. C'est sa cousine industrielle, la <strong>créosote de houille</strong>, tirée du goudron des fours à coke &#8212; un sous-produit dont la sidérurgie ne savait que faire. Elle est composée à plus de 80&nbsp;% d'hydrocarbures aromatiques polycycliques, ces molécules qui lui donnent son odeur caractéristique&hellip; et qui la classent aujourd'hui «&nbsp;cancérogène probable&nbsp;» par le Centre international de recherche sur le cancer. Les ouvriers exposés y ont notamment gagné un surcroît de cancers de la peau et du scrotum, exactement comme les ramoneurs du <span class="century">XVIII</span><sup>e</sup> siècle. </p>

<p>Depuis un arrêté de 2018, la créosote n'a plus qu'un seul usage autorisé en France&nbsp;: les traverses de chemin de fer, et rien d'autre. Une traverse déposée devient officiellement un <em>déchet dangereux</em>. Ce qui n'empêche pas les petites annonces de fleurir chaque printemps&nbsp;: bordures de potager, escaliers de jardin, tables basses «&nbsp;au charme rustique&nbsp;»&hellip; L'Anses s'en alarme régulièrement, et rappelle qu'il ne faut ni les scier, ni les brûler, ni laisser les enfants jouer dessus. </p>

<p>Cerise sur le barbecue&nbsp;: pendant des années, une bonne partie du <a href="https://omnilogie.fr/O/Le_charbon_de_bois">charbon de bois</a> vendu en France provenait de traverses recyclées &#8212; avec l'aval des autorités sanitaires, qui avaient estimé le procédé sans risque particulier. De quoi donner un goût nouveau à vos merguez. </p>

<p>La SNCF, elle, a fini par mettre au point un traitement de remplacement à base d'huile cuivrée. Après cent soixante ans de bons et loyaux services, «&nbsp;ce qui sauve la chair&nbsp;» prend enfin sa retraite. </p>

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		</description>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[L'Australie en guerre]]></title>
		<pubDate>Sun, 20 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27N</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/L%27Australie_en_guerre</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2718.png" alt="L'Australie en guerre" />
			<p>Novembre 1932. Quelque part dans l'ouest de l'Australie, trois soldats de l'artillerie royale débarquent du train avec deux mitrailleuses Lewis, dix mille cartouches et un caméraman. En face&nbsp;: vingt mille oiseaux incapables de voler. </p>

<p>Vous connaissez la fin, mais le chemin vaut le détour. </p>

<p>Tout commence après la Première Guerre mondiale, quand le gouvernement australien installe ses vétérans sur des terres agricoles du <em>Wheatbelt</em>, la ceinture céréalière à l'est de Perth. Des terres ingrates, défrichées à la hâte, sur lesquelles on demande à ces anciens soldats de faire pousser du blé. Arrive la Grande Dépression, les cours s'effondrent, les subventions promises n'arrivent jamais. L'ambiance est déjà morose. </p>

<p>C'est alors que débarquent les émeus. Ces grands échassiers, deuxièmes plus grands oiseaux du monde après l'autruche, migrent chaque année vers la côte après la saison de reproduction. Or, les colons leur ont involontairement construit un paradis&nbsp;: des champs de céréales à perte de vue et, surtout, des abreuvoirs pour le bétail en pleine sécheresse. Vingt mille émeus s'installent donc dans les fermes, dévorent le blé, piétinent le reste, et éventrent au passage les clôtures anti-lapins &#8212; laissant entrer les lapins. Double peine. </p>

<p>Les fermiers étant d'anciens militaires, ils ont une idée bien à eux de la solution appropriée&nbsp;: ils envoient une délégation réclamer des mitrailleuses au ministre de la Défense, Sir George Pearce. Et celui-ci, contre toute attente, dit oui. Avec quelques conditions&nbsp;: les armes seront maniées par des militaires, le gouvernement paie le transport, et les fermiers logent et nourrissent la troupe. Un caméraman est du voyage&nbsp;: on compte bien immortaliser le triomphe. </p>

<p>Le corps expéditionnaire se compose du major G.P.W. Meredith, du sergent McMurray et du canonnier O'Halloran. </p>

<p><strong>2 novembre&nbsp;: première bataille. </strong> Une cinquantaine d'émeus sont repérés près de Campion&hellip; hors de portée. Les fermiers tentent de rabattre les oiseaux vers l'embuscade&nbsp;; les émeus se dispersent en petits groupes et s'évaporent dans la nature. </p>

<p><strong>4 novembre&nbsp;: deuxième bataille. </strong> Meredith poste ses hommes près d'un barrage. Un millier d'oiseaux s'approchent. On laisse venir, on ouvre le feu&hellip; et la mitrailleuse s'enraye après une douzaine de victimes. Le reste du régiment à plumes s'enfuit tranquillement. </p>

<p>Suit la phase créative du conflit&nbsp;: monter une mitrailleuse sur un camion pour poursuivre les fuyards. Deux problèmes. D'abord, un émeu court à cinquante kilomètres par heure. Ensuite, le terrain est si chaotique que le tireur ne peut viser quoi que ce soit. Le seul fait d'armes de la journée sera un émeu percuté par le camion, qui se prendra dans la direction et enverra le véhicule dans une clôture. </p>

<p>Le 8 novembre, l'armée se retire&nbsp;: deux mille cinq cents cartouches pour une cinquantaine d'oiseaux. Le Parlement s'esclaffe, la presse se déchaîne. Meredith, beau joueur, rendra à l'ennemi cet hommage resté célèbre&nbsp;: </p>


<blockquote> <p>Si nous avions une division militaire dotée de la capacité à encaisser les balles de ces oiseaux, elle affronterait n'importe quelle armée du monde. Ils font face aux mitrailleuses avec l'invulnérabilité des chars. </p></blockquote>
<p>Rappelé le 13&nbsp;novembre à la demande des fermiers, il fera mieux&nbsp;: une centaine d'oiseaux par semaine. Bilan final au 10 décembre&nbsp;: 986 émeus abattus pour 9&nbsp;860&nbsp;cartouches tirées. Exactement dix balles par oiseau. Insultant. </p>

<p>L'armée déclinera poliment les demandes suivantes, en 1934, 1943&nbsp;et 1948. Le gouvernement préférera une prime par oiseau abattu, autrement plus efficace&nbsp;: 57&nbsp;034&nbsp;primes réclamées sur les six premiers mois de 1934. Puis, plus définitif, des clôtures. </p>

<p>Aujourd'hui, l'émeu se porte très bien, avec quelque 600&nbsp;000&nbsp;individus et un statut de conservation «&nbsp;préoccupation mineure&nbsp;». Il figure sur les armoiries de l'Australie et sur sa pièce de cinquante cents &#8212; contrairement à son compatriote <a href="https://omnilogie.fr/O/Les_animaux_exterminés_par_l'homme_:_le_thylacine">tigre de Tasmanie</a>, qui n'aura pas eu cette chance. </p>

<p>Il faut croire qu'ils l'ont mérité. </p>

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		</description>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Sept coups de foudre, et pas une seule amoureuse]]></title>
		<pubDate>Fri, 18 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27M</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Sept_coups_de_foudre%2C_et_pas_une_seule_amoureuse</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2717.png" alt="Sept coups de foudre, et pas une seule amoureuse" />
			<p>Roy Cleveland Sullivan a eu sept coups de foudres. Aucun ne venait de Cupidon. </p>

<p>Né en 1912&nbsp;dans le comté de Greene, en Virginie, Roy Sullivan devient en 1936&nbsp;garde forestier du parc national de Shenandoah, une longue échine de montagnes boisées où il passe ses journées dehors, à arpenter les crêtes. Un métier idéal pour qui aime la nature. Beaucoup moins pour celui qui souhaite éviter les orages. </p>

<p>Le premier épisode documenté date d'avril 1942&nbsp;: réfugié dans une tour de guet flambant neuve &#8212; et, détail fâcheux, <strong>dépourvue de paratonnerre</strong> &#8212; Sullivan voit le feu jaillir de partout autour de lui. Il s'enfuit et se fait cueillir à quelques mètres de la porte&nbsp;: la décharge lui brûle une bande de peau le long de la jambe droite et perce un trou dans sa chaussure. </p>

<p>Suivront six autres visites du ciel&nbsp;: </p>

<ul>
	<li><strong>Juillet 1969</strong>&nbsp;: la foudre frappe des arbres puis s'engouffre par la fenêtre ouverte de son camion. Sourcils et cils brûlés, cheveux en feu, chauffeur assommé&nbsp;; le véhicule termine sa course près d'un précipice<sup><a class="footnote" id="Note-4" href="#Ref-4" title="Ironie du sort&nbsp;: une carrosserie métallique est normalement une excellente cage de Faraday. Encore faut-il fermer les vitres. ">(4)</a></sup>. </li>
	<li><strong>Juillet 1970</strong>&nbsp;: devant chez lui, un éclair touche un transformateur électrique et rebondit sur son épaule gauche. </li>
	<li><strong>Printemps 1972</strong>&nbsp;: il travaille <em>à l'intérieur</em> d'un poste de garde. Ses cheveux s'enflamment&nbsp;; il se précipite aux lavabos, ne parvient pas à glisser sa tête sous le robinet et doit se rabattre sur une serviette mouillée. </li>
	<li><strong>Août 1973</strong>&nbsp;: en patrouille, il voit un nuage se former, l'imagine le poursuivre, roule pour le semer, descend de son camion&hellip; et prend l'éclair. Il affirme l'avoir vu arriver. </li>
	<li><strong>Juin 1976</strong>&nbsp;: cheville blessée, cheveux en feu, même scénario du nuage tenace. </li>
	<li><strong>Juin 1977</strong>&nbsp;: foudroyé en pêchant. Le crâne brûle, la décharge descend jusqu'au ventre. Et comme si cela ne suffisait pas, un ours choisit ce moment précis pour venir chiper ses truites. Sullivan, la tête fumante, le chasse à coups de branche &#8212; la vingt-deuxième fois de sa vie qu'il tapait sur un ours, dira-t-il. </li>
</ul>
<p>Incroyable, quand on sait que la probabilité d'être touché par la foudre UNE fois est de&hellip; une pour quinze mille&nbsp;! </p>

<p>Après le quatrième épisode, l'homme change. Lui qui n'avait peur de rien se met à guetter le ciel, se couche sur la banquette de son camion en attendant que l'orage passe, et transporte en permanence un bidon d'eau au cas où sa chevelure s'embraserait. Le pire est peut-être ailleurs&nbsp;: ses collègues commencent à l'éviter. </p>


<blockquote> <p>Je marchais un jour avec le chef garde forestier quand la foudre est tombée au loin. Le chef m'a dit&nbsp;: on se voit plus tard. </p></blockquote>
<p>Sa femme sera elle aussi touchée une fois, alors qu'elle étendait le linge &#8212; son mari, à côté d'elle, s'en tirera sans une brûlure. </p>

<p>Alors, malédiction&nbsp;? Un statisticien de l'université George Washington a chiffré la probabilité d'un tel parcours à 4,15&nbsp;sur 10&nbsp;puissance 30, ce qui fait beaucoup de zéros. Mais avant d'invoquer le surnaturel, rappelons que Sullivan a passé quarante ans dehors, sur des lignes de crête, dans un État particulièrement orageux&nbsp;: la loterie se joue rarement avec autant de tickets&nbsp;! Ajoutons que les sept coups n'ont été «&nbsp;documentés&nbsp;» que par le directeur du parc, jamais présent lors des faits &#8212; et qui n'était même pas en poste à certaines des dates annoncées. </p>

<p>Le <em>Guinness World Records</em> lui a néanmoins consacré une catégorie, et deux de ses chapeaux de ranger troués par la foudre sont exposés dans ses musées. Quant à Roy Sullivan, il est mort le 28&nbsp;septembre 1983, à 71 ans, d'une blessure par balle qu'il s'était lui-même infligée. Le ciel, pour une fois, n'y était pour rien. </p>

<hr class="footnote court" />
<ol>	<li><a class="footnote" id="Ref-4" href="#Note-4"><sup>(4)</sup> <small>&uarr;</small></a> Ironie du sort&nbsp;: une carrosserie métallique est normalement une excellente <a href="https://omnilogie.fr/O/La_cage_de_Faraday,_ou_comment_survivre_au_coup_de_foudre">cage de Faraday</a>. Encore faut-il fermer les vitres. 
</li>
</ol>			]]>
		</description>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Le système monétaire Inca]]></title>
		<pubDate>Wed, 16 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27L</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Le_syst%C3%A8me_mon%C3%A9taire_Inca</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2716.png" alt="Le système monétaire Inca" />
			<p>Combien coûtait un lama à Cuzco en 1500&nbsp;? La question n'a aucun sens. Non pas parce que nous avons perdu les archives, mais parce qu'il n'y avait pas de prix. Pas de prix, pas de pièces, pas de billets, pas de marchés, pas de boutiques. Rien. </p>

<p>Le Tahuantinsuyu &#8212; «&nbsp;les quatre parties réunies&nbsp;», le nom que les Incas donnaient à leur empire &#8212; s'étirait sur près de 4&nbsp;500 kilomètres du nord au sud, de la Colombie actuelle au Chili. Les estimations de population varient beaucoup (les recensements incas étaient excellents, mais nous ne savons plus les lire), disons entre six et quatorze millions d'habitants. Et cette administration tatillonne, capable de nourrir des armées entières et de bâtir Machu Picchu, fonctionnait <strong>sans aucune monnaie</strong>. </p>

<p>Le plus déroutant pour les Espagnols fut de constater que l'or ne manquait pourtant pas. Le Coricancha de Cuzco en était plaqué. Simplement, l'or était la «&nbsp;sueur du Soleil&nbsp;» et l'argent les «&nbsp;larmes de la Lune&nbsp;»&nbsp;: de la matière sacrée et décorative, jamais un moyen de paiement. Pizarro exigea d'Atahualpa une rançon d'or&nbsp;; du point de vue inca, c'était à peu près comme réclamer une rançon en vitraux d'église. </p>

<p>Alors comment cela tenait-il debout&nbsp;? <strong>En remplaçant l'impôt en argent par un impôt en temps de travail. </strong> Chaque foyer devait à l'État une corvée tournante, la <em>mit'a</em>&nbsp;: cultiver les champs impériaux, entretenir les routes, servir dans l'armée, tisser. En échange, l'État garantissait l'accès à la terre, nourrissait et habillait le corvéable pendant son service, et le renflouait en cas de mauvaise récolte. Le tout reposait sur un principe andin très ancien, la réciprocité (<em>ayni</em>)&nbsp;: je t'aide à bâtir ta maison, tu m'aideras à moissonner. </p>

<p>Restait à gérer les stocks. Le long des routes se dressaient des milliers de <em>qollqa</em>, greniers de pierre ventilés par les vents d'altitude, gorgés de maïs, de pommes de terre déshydratées, de laine et d'armes. Ce que l'État prélevait, il le redistribuait &#8212; souvent lors de fêtes gigantesques où l'on servait de la bière de maïs à des milliers de sujets. La générosité du souverain n'était pas de que la charité&nbsp;: c'était le paiement de sa part du contrat&nbsp;! </p>

<p>Et la comptabilité de tout cela, sans écriture&nbsp;? Par les <strong>quipus</strong>, des faisceaux de cordelettes nouées et colorées où étaient consignés recensements, récoltes et inventaires, tenus par des fonctionnaires spécialisés, les <em>quipucamayoc</em>. Un État bureaucratique sans alphabet et sans caisse. </p>

<p>Soyons toutefois honnête&nbsp;: la pureté n'était pas totale. Le troc existait entre voisins, et sur la côte, le royaume Chincha entretenait de véritables marchands maritimes qui échangeaient le <em>mullu</em>, une coquille de spondyle rouge, si prisée que les chroniqueurs la surnommèrent «&nbsp;l'or rouge des Incas&nbsp;». Le coquillage servait d'objet de valeur, et parfois de quasi-monnaie &#8212; mais uniquement dans une niche marginale, tolérée par l'empire. </p>

<p>Quant à savoir si le système aurait tenu sur la durée, l'expérience a été brutalement interrompue&nbsp;: l'empire n'a existé à cette échelle que pendant un petit siècle, avant de s'effondrer non pas sous ses contradictions économiques mais sous la variole, une guerre de succession et cent quatre-vingts Espagnols. <br />
Cela dit, cent ans, c'est plus long que la durée d'existence de la plupart des monnaies. </p>

<p>Ironie finale&nbsp;: les conquistadors trouvèrent la <em>mit'a</em> si commode qu'ils la conservèrent. Ils l'utilisèrent pour envoyer des centaines de milliers d'Andins dans les mines d'argent de Potosí. La seule grande société à s'être passée de monnaie a ainsi fini par extraire le métal qui allait inonder l'Europe&hellip; de pièces de monnaie&nbsp;! </p>

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	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Frigo éteint, nez qui craint]]></title>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27K</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Frigo_%C3%A9teint%2C_nez_qui_craint</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2715.png" alt="Frigo éteint, nez qui craint" />
			<p>Vous rentrez de trois semaines de vacances. Par souci d'économie, vous aviez vidé, nettoyé et débranché le réfrigérateur avant de partir. Vous ouvrez la porte, confiant&hellip; et vous reculez d'un pas. Une odeur de cave, de vieille éponge et de vestiaire de rugby vous saute au visage. Pourtant, il était <em>propre</em> et <em>vide</em>&nbsp;! </p>

<p>Pour comprendre, il faut se souvenir de ce que fait vraiment un frigo en marche. Il ne se contente pas de <a href="https://omnilogie.fr/O/Le_chaud_qui_refroidit">refroidir</a>&nbsp;: en condensant l'humidité de l'air sur son évaporateur, il <strong>assèche</strong> aussi son intérieur. L'eau ruisselle, s'échappe par un petit trou au fond, et va s'évaporer dans un bac posé sur le compresseur chaud. Un frigo qui fonctionne, c'est donc deux freins anti-microbes&nbsp;: le froid et la sécheresse. </p>

<p>Débranchez-le&nbsp;: la température remonte tranquillement à 20&nbsp;&#8451;, mais l'humidité, elle, reste enfermée. Le joint magnétique, si efficace pour garder le froid, est tout aussi efficace pour garder la vapeur d'eau. Résultat&nbsp;: une boîte close, tiède, sombre et proche de 100&nbsp;% d'humidité. Autant dire un incubateur de laboratoire. </p>

<p>«&nbsp;Mais je l'avais nettoyé&nbsp;!&nbsp;» Nettoyé, oui. Stérilisé, non. Il reste toujours une goutte de lait sous une clayette, un film gras dans les plis du joint, un bouchon de miettes dans le trou d'évacuation et un fond d'eau croupie dans le bac arrière<sup><a class="footnote" id="Note-5" href="#Ref-5" title="Ce bac est le grand oublié du ménage&nbsp;: personne ne va regarder derrière son frigo, et pourtant c'est souvent là que se cache l'odeur de «&nbsp;bête crevée&nbsp;». ">(5)</a></sup>. </p>

<p>Là-dessus se réveille une population qui vivait déjà au ralenti dans le froid&nbsp;: bactéries psychrotrophes, moisissures du genre <em>Penicillium</em> ou <em>Cladosporium</em>. Et surtout, dans ces flaques et ces biofilms, l'oxygène s'épuise vite. Or c'est toute la différence&nbsp;: une dégradation en présence d'air produit surtout du gaz carbonique et de l'eau, discrets et inodores. Une dégradation <strong>sans</strong> air produit des composés soufrés, des acides gras volatils et des amines aux noms qui ne trompent personne&nbsp;: <em>putrescine</em> et <em>cadavérine</em>. C'est exactement pour cette raison qu'un composteur mal aéré empeste alors qu'un tas de feuilles au grand air ne sent presque rien. </p>

<p>Notre nez fait le reste, et il fait très bien son travail. Les molécules émises par les moisissures &#8212; les charmants COVM, composés organiques volatils microbiens &#8212; sont détectables à des concentrations ridicules. La géosmine, responsable de la note «&nbsp;terre mouillée&nbsp;» que l'on retrouve dans la betterave, la carpe et l'odeur de la pluie sur le bitume, se perçoit à quelques dizaines de nanogrammes par litre. Le 1-octène-3-ol, lui, apporte la touche «&nbsp;champignon de cave&nbsp;». Ces deux-là suffisent à signer une odeur de renfermé. </p>

<p>Dernier détail cruel&nbsp;: dans un volume clos de 300 litres, rien ne se dilue. Tout s'accumule pendant trois semaines. Les parois en plastique, avides de molécules grasses, absorbent une partie de ce cocktail pour le relarguer ensuite lentement &#8212; c'est pourquoi l'odeur revient après un premier nettoyage. Et parfois un second, croyez mon expérience. </p>

<p>La parade tient en une phrase, et vaut aussi pour vos chaussures de sport et vos machines à laver&nbsp;: <strong>ne fermez jamais complètement un appareil humide que vous arrêtez</strong>. Une porte laissée entrouverte, un torchon coincé dans le joint, et l'humidité s'évapore au lieu de fermenter. Pour les cas déjà désespérés, le bicarbonate ou le charbon actif dans une coupelle piégeront les composés volatils survivants. </p>

<hr class="footnote court" />
<ol>	<li><a class="footnote" id="Ref-5" href="#Note-5"><sup>(5)</sup> <small>&uarr;</small></a> Ce bac est le grand oublié du ménage&nbsp;: personne ne va regarder derrière son frigo, et pourtant c'est souvent là que se cache l'odeur de «&nbsp;bête crevée&nbsp;». 
</li>
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	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Le nutella et les insectes]]></title>
		<pubDate>Sat, 12 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27J</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Le_nutella_et_les_insectes</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2714.png" alt="Le nutella et les insectes" />
			<p>Laissez traîner sur la table de la terrasse, un jour d'été, une soucoupe de confiture, un morceau de beurre et une tranche de jambon. Comptez dix minutes. Les mouches sont là, les guêpes tournent, et une colonne de fourmis a déjà tracé son autoroute. Mais posez à côté une cuillère de Nutella&hellip; et il ne se passe rien, ou presque. Comme si la pâte à tartiner bénéficiait d'une étrange immunité. </p>

<p>Première chose à dire&nbsp;: les fourmis raffolent du Nutella &#8212; au point qu'il est un des appâts les plus recommandés dans les recettes maison de pièges à l'acide borique&nbsp;: on mélange le poison à la pâte, les ouvrières l'emportent au nid, et la colonie s'empoisonne toute seule. </p>

<p>Pourtant, les insectes coloniseront d'abord tous les autres aliments&hellip; mais pourquoi&nbsp;? </p>

<p><strong>D'abord, l'odeur. </strong> Un insecte ne «&nbsp;voit&nbsp;» pas la tartine&nbsp;: il la sent, parfois à des dizaines de mètres, grâce à des molécules volatiles très spécifiques. Ce qui attire <a href="https://omnilogie.fr/O/Mais_quelle_mouche_a_piqué_la_drosophile_?">la drosophile</a>, ce n'est pas «&nbsp;le sucre&nbsp;» en général, mais les composés de la fermentation (éthanol, acide acétique, esters)&nbsp;: le signal universel du fruit trop mûr. Ce qui appelle la mouche à viande, ce sont les composés soufrés et les amines de la putréfaction. Or le Nutella ne fermente pas et ne pourrit pas&nbsp;: il sent la noisette grillée et le cacao, c'est-à-dire des molécules issues de la réaction de Maillard, qui ne veulent rien dire du tout dans le «&nbsp;vocabulaire&nbsp;» olfactif d'une mouche. </p>

<p><strong>Ensuite, l'eau. </strong> Les biologistes mesurent l'<em>activité de l'eau</em> d'un aliment (notée <em>aw</em>)&nbsp;: la part d'eau réellement disponible, entre 0&nbsp;et 1. La viande fraîche est à 0,99, la <a href="https://omnilogie.fr/O/Confiture,_Gelée,Compote,euh_Marmelade_et_un_peu_de_Sirop!">confiture</a> autour de 0,8, mais le Nutella tombe très bas, bien en dessous du seuil de 0,6&nbsp;sous lequel plus aucun micro-organisme ne se développe. C'est d'ailleurs tout le secret du pot qui traîne six mois dans le placard sans moisir et sans conservateur&nbsp;: il n'y a tout simplement pas d'eau libre à boire. Et cela ne concerne pas que les microbes&nbsp;: une <a href="https://omnilogie.fr/O/Pourquoi_les_mouches_se_frottent-elles_les_pattes?">mouche domestique</a> ne sait pas mâcher. Elle régurgite sa salive sur l'aliment pour le dissoudre, puis aspire le liquide obtenu. Sur une pâte grasse et sèche, le repas devient franchement laborieux. </p>

<p><strong>Enfin, le gras. </strong> Le sucre du Nutella (plus de la moitié du pot&nbsp;!) est piégé dans une matrice d'huile. Il ne cristallise pas en surface, il ne colle pas comme un sirop, il ne s'évapore pas. Une goutte d'huile, pour un insecte de trois millimètres, c'est aussi un terrain glissant et poisseux&nbsp;: rien de très engageant. </p>

<p>Le Nutella n'est donc pas un répulsif. C'est simplement un aliment <em>discret</em>&nbsp;: il ne crie pas sa présence, il ne se laisse pas boire&hellip; mais une fois le pot trouvé, les fourmis ne le lâcheront pas. Et il vous restera à <a href="https://omnilogie.fr/O/De_l'art_de_manger_son_pot_de_Nutella">gratter les bords</a>, comme d'habitude. </p>

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	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Le toit du monde]]></title>
		<pubDate>Fri, 04 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27I</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Le_toit_du_monde</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2713.png" alt="Le toit du monde" />
			<p>Everest, 8&nbsp;848 mètres. Depuis l'école, c'est <strong>le</strong> toit du monde, la référence absolue, le sommet que personne ne peut détrôner. </p>

<p>Sauf que le toit du monde, ça dépend un peu d'où l'on tient le mètre ruban. </p>

<p>Permettez-moi de vous présenter son rival le plus improbable&nbsp;: le <strong>Chimborazo</strong>, un volcan endormi planté en Équateur. Avec ses 6&nbsp;263 mètres d'altitude, il pointe à plus de 2&nbsp;500 mètres <em>en dessous</em> de l'Everest. Autant dire que, sur le papier, le match semble plié d'avance. Et pourtant, <a href="https://omnilogie.fr/O/À_quelle_distance_est-on_d'un_point_?">son sommet est le point de la surface terrestre le plus éloigné du centre de la Terre</a>. Comment un tel «&nbsp;nabot&nbsp;» peut-il coiffer le géant himalayen au poteau&nbsp;? </p>

<p>La réponse tient dans une petite trahison géométrique&nbsp;: <strong>la Terre n'est pas ronde</strong>. Enfin si, mais pas <em>tout à fait</em>. À force de tourner sur elle-même, notre planète s'est un peu avachie&nbsp;; elle est légèrement aplatie aux pôles et bombée à l'équateur, comme un ballon de baudruche sur lequel on se serait assis<sup><a class="footnote" id="Note-6" href="#Ref-6" title="Ce même renflement explique d'ailleurs pourquoi l'on pèse un poil moins lourd à l'équateur&nbsp;: on y est plus loin du centre, donc un peu moins attiré. ">(6)</a></sup>. Résultat&nbsp;: le rayon de la Terre mesuré à l'équateur est environ 21 kilomètres plus long qu'au niveau des pôles. </p>

<p>Or, où se trouve notre Chimborazo&nbsp;? À peine à un degré de la ligne équatoriale, c'est-à-dire pile sur le bourrelet de la planète. L'Everest, lui, est perché beaucoup plus au nord, sur une partie plus «&nbsp;rentrée&nbsp;» du globe. Le petit volcan part donc avec plusieurs kilomètres de bonus. </p>

<p>Faisons les comptes. En mesurant non pas depuis le niveau de la mer, mais depuis le centre exact de la Terre, on obtient&nbsp;: <strong>6&nbsp;384&nbsp;416 mètres</strong> pour le sommet du Chimborazo, contre <strong>6&nbsp;382&nbsp;605 mètres</strong> pour l'Everest. Soit une victoire nette de 1&nbsp;811 mètres pour l'Équateur<sup><a class="footnote" id="Note-7" href="#Ref-7" title="Ces mesures ont été confirmées au centimètre près en 2016&nbsp;par une mission franco-équatorienne, à grand renfort de GPS hissé jusqu'au sommet. ">(7)</a></sup>&nbsp;! </p>

<p>Autrement dit, si une gigantesque bulle d'eau parfaitement sphérique venait envelopper la Terre, ce serait la pointe du Chimborazo, et non celle de l'Everest, qui aurait l'honneur de disparaître en dernier. C'est aussi lui, techniquement, le point du globe le plus proche des étoiles. </p>

<p>De quoi consoler ce cher Alexander von Humboldt, qui tenta l'ascension du Chimborazo en 1802&nbsp;sans jamais atteindre le sommet<sup><a class="footnote" id="Note-8" href="#Ref-8" title="Il dut renoncer vers 5&nbsp;900 mètres, ce qui lui valut tout de même le record d'altitude de l'époque. Belle défaite. ">(8)</a></sup>&nbsp;: il ignorait alors qu'il s'échinait, sans le savoir, sur le plus haut sommet du monde. </p>

<p>Rassurez-vous, l'Everest ne rend pas les armes pour autant. Il reste le champion incontesté de l'<em>altitude</em>, cette hauteur qui se mesure sagement à partir du niveau de la mer. Tout est affaire de référentiel&nbsp;: l'un est le plus haut, l'autre le plus loin. Comme souvent, il y avait deux bonnes réponses à la question, et tout le monde peut rentrer content. </p>

<hr class="footnote court" />
<ol>	<li><a class="footnote" id="Ref-6" href="#Note-6"><sup>(6)</sup> <small>&uarr;</small></a> Ce même renflement explique d'ailleurs pourquoi l'on <a href="https://omnilogie.fr/O/Perdre_du_poids_en_tournant">pèse un poil moins lourd à l'équateur</a>&nbsp;: on y est plus loin du centre, donc un peu moins attiré. 
</li>
	<li><a class="footnote" id="Ref-7" href="#Note-7"><sup>(7)</sup> <small>&uarr;</small></a> Ces mesures ont été confirmées au centimètre près en 2016&nbsp;par une mission franco-équatorienne, à grand renfort de GPS hissé jusqu'au sommet. 
</li>
	<li><a class="footnote" id="Ref-8" href="#Note-8"><sup>(8)</sup> <small>&uarr;</small></a> Il dut renoncer vers 5&nbsp;900 mètres, ce qui lui valut tout de même le record d'altitude de l'époque. Belle défaite. 
</li>
</ol>			]]>
		</description>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Un réacteur nucléaire bio]]></title>
		<pubDate>Wed, 02 Sep 2026 02:00:00 +0200</pubDate>
		<author>omni@neamar.fr (Neamar)</author>
		<guid>https://omnilogie.fr/27H</guid>
		<link>https://omnilogie.fr/O/Un_r%C3%A9acteur_nucl%C3%A9aire_bio</link>
		<description>
			<![CDATA[<img src="https://omnilogie.fr/images/Banner/2712.png" alt="Un réacteur nucléaire bio" />
			<p>On vous a sûrement déjà décrit une centrale nucléaire&nbsp;: de l'uranium soigneusement enrichi, des ingénieurs en blouse blanche, des salles de contrôle dignes d'une fusée. Le sommet de la technologie humaine. </p>

<p>Alors imaginez la tête des chercheurs français qui, en juin 1972, comprennent qu'un réacteur nucléaire a déjà fonctionné tout seul, sans personne, il y a deux milliards d'années. </p>

<p>Notre article, et donc notre histoire, commence par une anomalie minuscule. À l'usine d'enrichissement de Pierrelatte, une analyse de routine mesure la proportion d'<a href="https://omnilogie.fr/O/La_vaisselle_radioactive">uranium 235</a> &ndash; le seul isotope <em>fissile</em>, celui qui entretient les réactions en chaîne &ndash; dans un échantillon venu du Gabon. Résultat&nbsp;: 0,717 %. Or cette teneur devrait valoir 0,720 %, absolument partout<sup><a class="footnote" id="Note-9" href="#Ref-9" title="Cette valeur est une constante&nbsp;: on la retrouve identique sur Terre, sur la Lune ou dans les météorites, puisque tout ce petit monde provient de la même nébuleuse d'origine. ">(9)</a></sup>. </p>

<p>Trois millièmes d'écart, autant dire rien. Sauf que sur <a href="https://omnilogie.fr/O/Quatre_constantes_fondamentales_(1)_:_c,_la_célérité_de_la_lumière">une constante de l'univers</a>, «&nbsp;rien&nbsp;» n'existe pas. C'est un peu comme peser <a href="https://omnilogie.fr/O/Des_unités_capitales">un litre</a> d'eau et tomber sur 999 grammes&nbsp;: impossible, il y a forcément une explication. </p>

<p>Et la voici&nbsp;: dans ce minerai, une partie de l'uranium 235&nbsp;avait tout bonnement déjà été <strong>consommée</strong>. Par des réactions de fission. Naturelles. </p>

<p>Comment un tas de cailloux se change-t-il en centrale&nbsp;? Il faut trois ingrédients&nbsp;: </p>

<ul>
	<li>de l'uranium très concentré</li>
	<li>de l'uranium 235&nbsp;en quantité suffisante</li>
	<li>et de l'eau. </li>
</ul>
<p>Le premier point est réglé &ndash; Oklo est un gisement exceptionnellement riche. Le deuxième pose problème <em>aujourd'hui</em>, car avec 0,7&nbsp;% d'uranium 235, aucune réaction en chaîne spontanée n'est possible. Mais il y a deux milliards d'années, la donne était tout autre&nbsp;: l'uranium 235&nbsp;se désintègre bien plus vite que son grand frère l'uranium 238<sup><a class="footnote" id="Note-10" href="#Ref-10" title="Une demi-vie de 700&nbsp;millions d'années environ, contre 4,5&nbsp;milliards pour l'uranium 238. Conclusion&nbsp;: plus on remonte le temps, plus l'uranium 235&nbsp;est proportionnellement abondant. ">(10)</a></sup>. En remontant le temps, il était donc bien plus présent&nbsp;: autour de 3 %, soit peu ou prou la teneur du combustible de nos réacteurs modernes&nbsp;! </p>

<p>Reste l'eau, qui jouait le rôle de <em>modérateur</em>&nbsp;: en ralentissant les neutrons, elle les rendait capables de déclencher de nouvelles <a href="https://omnilogie.fr/O/Fission_et_fusion_nucléaire">fissions</a>. Et le système se régulait seul&nbsp;: quand la réaction s'emballait, la chaleur faisait bouillir l'eau, qui s'évaporait&nbsp;; privée de modérateur, la réaction s'éteignait. Le temps que l'eau revienne, et c'était reparti. On estime que certaines zones suivaient ainsi des cycles d'une trentaine de minutes d'activité pour quelques heures de repos, et cela durant plusieurs centaines de milliers d'années. </p>

<p>Au total, une quinzaine de ces réacteurs fossiles ont été identifiés sur le site, pour une puissance modeste de quelques dizaines de kilowatts<sup><a class="footnote" id="Note-11" href="#Ref-11" title="De quoi alimenter quelques grille-pains, là où un réacteur actuel dépasse allègrement le million de kilowatts. ">(11)</a></sup>. </p>

<p>Les déchets radioactifs engendrés par ces fissions sont, pour l'essentiel, restés sagement sur place pendant deux milliards d'années sans migrer. De quoi rassurer un peu nos ingénieurs sur le stockage géologique de nos propres déchets&nbsp;: la nature avait déjà mené l'expérience, grandeur nature, bien avant nous. </p>

<hr class="footnote court" />
<ol>	<li><a class="footnote" id="Ref-9" href="#Note-9"><sup>(9)</sup> <small>&uarr;</small></a> Cette valeur est une constante&nbsp;: on la retrouve identique sur Terre, sur la Lune ou dans les météorites, puisque tout ce petit monde provient de la même nébuleuse d'origine. 
</li>
	<li><a class="footnote" id="Ref-10" href="#Note-10"><sup>(10)</sup> <small>&uarr;</small></a> Une demi-vie de 700&nbsp;millions d'années environ, contre 4,5&nbsp;milliards pour l'uranium 238. Conclusion&nbsp;: plus on remonte le temps, plus l'uranium 235&nbsp;est proportionnellement abondant. 
</li>
	<li><a class="footnote" id="Ref-11" href="#Note-11"><sup>(11)</sup> <small>&uarr;</small></a> De quoi alimenter quelques grille-pains, là où un réacteur actuel dépasse allègrement le million de kilowatts. 
</li>
</ol>			]]>
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	</item>
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