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	<title>Playlist Society » Littérature</title>
	
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	<description>Critiques et Chroniques Culturelles</description>
	<lastBuildDate>Tue, 28 Feb 2012 08:00:43 +0000</lastBuildDate>
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		<title>DANS LES FORETS DE SIBÉRIE de Sylvain Tesson [5,5/10]</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 08:00:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Récit]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est l’histoire d’un mec, Sylvain Tesson, qui décide de vivre une expérience d’ermite avant ses 40 ans. Se retirer de la civilisation, fuir les contraintes sociales et les gesticulations qui accompagnent la sortie du nouvel Iphone. Il va même par voie de conséquence louper la dernière saison en date de Dr House et la fin [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est l’histoire d’un mec, Sylvain Tesson, qui décide de vivre une expérience d’ermite avant ses 40 ans. Se retirer de la civilisation, fuir les contraintes sociales et les gesticulations qui accompagnent la sortie du nouvel Iphone. Il va même par voie de conséquence louper la dernière saison en date de Dr House et la fin de la Ligue des Champions. Il devrait avoir bien les boules&#8230; mais non. Parce qu’il est comme ça, Sylvain, la vie moderne le gonfle un peu.</p>
<p>Il choisit une région qu’il a déjà traversée lors de ses pérégrinations d’écrivain-voyageur et se fixe donc sur un coin qui attire peu les yachts de pop-stars ni même le vacancier allemand : le lac Baïkal, au Sud de la Sibérie. Avec neige à haut débit.</p>
<p>Le Lac Baïkal, c’est on ne peut plus rustique. On a même coutume de dire que « c’est beau, mais c’est chiant ». A noter que l’endroit est également (peu) fréquenté par des Russes rustres qui ne sont pas les derniers à boire des coups en regardant au loin, le regard hagard et la pensée fugace. On a envie de dire à Sylvain : excellent choix, tu vas bien te faire ch&#8230; et pouvoir faire connaissance avec ton toi intérieur. En même temps, c’est un peu l’objectif&#8230;</p>
<p>Car Sylvain Tesson va relater cette expérience de vie via un journal qui fait aujourd’hui l’objet de ce livre à grand succès. Chaque jour, notre ermite va noter ses impressions, ses pensées, ses activités quotidiennes, en enfilant les aphorismes et les verres de vodka glacées (sans avoir besoin du moindre frigo à froid ventilé tant le climat est rude). Accessoirement, Sylvain Tesson poétise abondamment, ému par la beauté simple et austère des paysages et animaux qui lui tiennent lieu de compagnons, et pas peu fier de son expérience.</p>
<p>« <em>Dans le hamac, j’étudie la forme des nuages. La contemplation, c’est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que « chacun trouve sa place dans la société active »</em>. »</p>
<p>Surtout (et parce qu’il n’a quand même rien d’autre à foutre), il va profiter de cette robinsonnade  pour faire un point sur sa vie et LA vie en général. Depuis son point de chute, Sylvain semble heureux, sans contraintes autres que celles qui consistent à occuper son corps (balades de 20 km, coupe de bois, patinage artistique..), remplir son estomac, lire des bouquins et regarder le panorama. Sylvain Tesson se place en retrait du monde et jouit du bonheur d’être détaché de tout matérialisme.</p>
<p>« <em>Rien ne me manque de ma vie d’avant. Cette évidence me traverse alors que j’étale du miel sur mes blinis.</em> »</p>
<p>(je me permets de couper cette citation extraite de la page 176 : sur ce coup-là, c’est un peu Philippe Delerm au pays des Soviets dans « La première bouchée de blinis »&#8230; Mais cessons de faire le malin et reprenons&#8230;)</p>
<p>« <em>Rien. Ni mes biens, ni les miens. Cette idée n’est pas rassurante. Quitte-t-on si facilement les habits ajustés de ses 38 ans de vie ? On dispose de tout ce qu’il faut lorsqu’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder.</em> »</p>
<p><strong>Dans les forêts de Sibérie</strong> constitue pour Sylvain Tesson la preuve qu’il se donne à lui-même que ses nourritures spirituelles le satisfont plus grandement que tout le jeu social et matériel de cette vie urbaine qui l’oppresse tant. Sa démonstration est assez efficace et l’on ressort de la lecture de ce texte avec la confirmation que le monde moderne n’est qu’un parc d’attractions où les mieux lotis cherchent les animations les plus efficaces pour occuper le temps qui passe.</p>
<p>Et donc ? Est-il vraiment besoin de fuir à ce point la modernité pour prouver la supériorité de l’esprit sur le matériel ? Ne peut-on pas arriver aux mêmes conclusions sans pour autant adopter un tel radicalisme dans son choix de vie, aussi temporaire soit-il ? Et pourquoi pêcher soi-même des ombles dans le trou d’un lac gelé plutôt que de faire confiance à une aimable poissonnière ?</p>
<p>Il traîne chez Sylvain Tesson un fond de misanthropie qui le pousse à la fuite et l’aide à supporter la difficile épreuve du froid et de l’isolement. Le détachement, l’expérience d’ermitage aident assurément à mettre sa propre vie en perspective mais il est difficile pour le lecteur d’envier l’auteur, malgré tous ses efforts pour nous convaincre de la justesse de sa perspective. Si ce n’est dans l’idée – et seulement l’idée – d’un dénuement révélateur.</p>
<p>Le fin mot de cette histoire ? Sylvain Tesson revient de son séjour d’homme des bois et va affronter le monde en lui livrant <strong>Dans les forêts de Sibérie</strong>. L’acte d’isolement est suivi d’un acte immensément social, la sous-exposition au monde succédant ironiquement à la sur-exposition due au succès de son livre. Etrange besoin de partage, finalement&#8230; Qu&#8217;aura-t-il vraiment fui, au juste ?</p>
<p>Le récit de Sylvain Tesson fait dans une certaine mesure l’effet que peuvent produire certains urbains lorsqu’ils annoncent fièrement leur départ à la campagne car « non, vraiment, on n’en peut plus de la ville&#8230; Et puis pour les enfants, c’est mieux&#8230; Le grand air, le calme&#8230;». L’idée est séduisante mais, en Sibérie ou ailleurs,  pour combien de temps ?</p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="DANS LES FORETS DE SIBÉRIE de Sylvain Tesson" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/12/dans-les-forets-de-siberie-de-sylvain-tesson/17577/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>QUAI D’ORSAY TOME 2 de Blain et Lanzac [8,5/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 08:00:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Les Etats-Unis semblent décidés à déclarer la guerre au Lousdem, pays arabe riche en pétrole et dirigé par un dictateur cachottier quand il s’agit de faire preuve de transparence sur son programme d’armement&#8230; Toutefois, les griefs semblent légers pour engager le monde dans une guerre qui semble inévitable. C’est sans compter sur le bouillonnant locataire du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les Etats-Unis semblent décidés à déclarer la guerre au Lousdem, pays arabe riche en pétrole et dirigé par un dictateur cachottier quand il s’agit de faire preuve de transparence sur son programme d’armement&#8230; Toutefois, les griefs semblent légers pour engager le monde dans une guerre qui semble inévitable. C’est sans compter sur le bouillonnant locataire du Quai d’Orsay, Alexandre Taillard de Vorms, qui va oeuvrer pour éviter le déclenchement de ce conflit injuste&#8230;</p>
<p>Bizarre, tiens&#8230; ça me dit quelque chose, cette histoire de luttes diplomatiques mondiales sur fond d’ONU et de faucons républicains&#8230; Un reportage de Benoît Duquesne sur les coulisses du conflit irakien ? Un document plein de révélation écrit par un journaliste d’investigation du Monde ? En tout cas, pas une BD, ça c’est sûr&#8230; Trop austère comme sujet&#8230; Pas assez de flingues, de chevaliers ou de belles filles aux formes généreuses&#8230;</p>
<p>Bah si.</p>
<p>C’en est même passionnant sous cette forme.</p>
<p>La diplomatie française décrite par Christophe Blain et Abel Lanzac dans ce tome 2 qui conclut la série <strong>Quai d’Orsay</strong>, c’est l’exaltation des gesticulations de couloirs face à la détermination des faucons américains, déterminés à jurer sur la Bible qu’un jeu de jokari irakien contiendrait du plutonium. C’est le portrait d’un ministre, un ogre, un cyclone qui emporte tout sur son passage sans jamais préserver le moindre répit à ses collaborateurs. C’est également le récit de la vie quotidienne de ce petit peuple de diplomates de la République, dévoués corps et âme à leur mentor excité et inspiré.</p>
<p>Arthur Vlaminck, avatar de Lanzac, est le fil rouge de cette aventure à la fois feutrée et tempétueuse, un jeune type responsable des « Langages » du ministre, autrement dit sa plume, son nègre, l’ouvrier fidèle qui met en mots les concepts parfois fumeux et abscons de son patron. Et la diplomatie sous Alexandre Taillard de Vorms (grand escogriffe sous les traits duquel il serait peu clairvoyant de ne pas reconnaître Dominique de Villepin), c’est l’art français de ne pas aller en guerre, tout en conservant ce panache de loser gaulois qui fait préférer la défaite footballistique de Séville ’82 (face aux affreux Allemands mal coiffés de Hörst Hrubesch et Harald Schumacher) à la victoire un peu fade de Stade de France ‘98.</p>
<p>Si la diplomatie suppose un art consommé du verbe, de la nuance, où chaque virgule, chaque allusion comptent et prennent sens, signifiant en jargon diplomatique une décision irréversible ou une menace légère selon qu’on use ou non du conditionnel, elle implique également un art du rapport de force. Les mots restent au service de l’action politique ou militaire, les mains serrées et les sourires de façade des sommets internationaux ne constituant qu’un habillage civilisé à des décisions souvent dramatiques.</p>
<p>La grande réussite de l’entreprise de Blain et Lanzac, déjà auréolée de succès l’an dernier avec le premier tome de <strong>Quai d’Orsay</strong>, c’est l’alliage parfait entre les mots et l’action. Les mots de Lanzac, d’abord, ancien collaborateur du ministère, restituent le bouillonnement intense qui agite les cerveaux du ministère malgré les moquettes épaisses et les ors de la République. Les dessins de Blain, nerveux et tremblants, à la fois très schématiques et regorgeant de détails, insufflent une vie étonnante à ces chroniques d’une grande tension, matérialisant avec maestria le contraste entre la retenue diplomatique et la férocité des combats qui sous-tendent chaque prise de parole à l’ONU. Les nerfs des personnages sont mis à rude épreuve, tout autant que ceux des lecteurs.</p>
<p>On aurait difficilement imaginé que ces VLAM !, BANG ! BONK ! ou TCHAA ! puissent exister en dehors des comics remplis de super-héros affublés de collants et autres masques. <strong>Quai d&#8217;Orsay</strong> apporte la preuve que dans la diplomatie mondiale, même s’il s’agit rarement de défendre la veuve et l’orphelin ou de dérouiller les méchants, les capes sont remplacées par les complets-cravate.</p>
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		<title>PORTUGAL de Cyril Pedrosa [9/10]</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Oct 2011 07:00:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
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		<description><![CDATA[Portugal n&#8217;est pas un énième Guide de la bande de Philippe Gloaguen et sa horde de malins routards mais bel et bien un petit bijou de bande dessinée. Osons les superlatifs : ce brillant pavé de Cyril Pedrosa recevrait une flopée d&#8217;étoiles méritée sur un Trip Advisor de la BD. Portugal, c&#8217;est l&#8217;histoire de Simon, un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Portugal</strong> n&#8217;est pas un énième Guide de la bande de Philippe Gloaguen et sa horde de malins routards mais bel et bien un petit bijou de bande dessinée. Osons les superlatifs : ce brillant pavé de <strong>Cyril Pedrosa</strong> recevrait une flopée d&#8217;étoiles méritée sur un Trip Advisor de la BD.</p>
<p><strong>Portugal</strong>, c&#8217;est l&#8217;histoire de Simon, un auteur de BD (tiens, tiens&#8230;) qui traverse une grave période de doute. Incapable de s&#8217;engager avec son amie Claire, en panne d&#8217;inspiration, tournant en rond dans une psychanalyse interminable qui va jusqu&#8217;à épuiser sa thérapeute, Simon n&#8217;a juste plus envie. De rien.</p>
<p>2 évènements simultanés vont sortir Simon de sa torpeur et avoir finalement raison de sa relation avec Claire : une invitation à un festival au Portugal &#8211; l&#8217;occasion pour Simon de fouler la terre d&#8217;origine de sa famille et retrouver ces odeurs au parfum d&#8217;enfance &#8211; et le mariage de sa cousine qui va lui permettre de récréer du lien avec son oncle et son père. Faisant table rase de son présent, Simon va partir en quête de ses origines, démêlant les mystères du passé pour mieux se construire un avenir.</p>
<p>Dans la famille de Simon, le Portugal est un lieu aussi proche que lointain, un objet de nostalgie aussi bien qu&#8217;une cause de fuite. Une source de fêlures comme il en existe de nombreuses dans les familles, a fortiori lorsque celles-ci ont dû se séparer. Les uns reconstruisant leur vie dans une France accueillante, les autres subissant la dictature de Salazar. Entre le père de Simon et son frère, un non-dit traîne, l&#8217;héritage d&#8217;un traumatisme familial persiste malgré les années qui passent. Des choses non résolues qui se transmettent de père en fils comme un gêne récurrent. Simon s&#8217;en convainc dans son âme et son cœur, puis l&#8217;évidence se fait : l&#8217;explication est là-bas, au Portugal&#8230; Pour enfin se retrouver. Ou se trouver, tout simplement.</p>
<p>Le cheminement de Simon, l&#8217;émotion qui l&#8217;assaille au moment de ses premiers pas au Portugal, se traduisent dans les dialogues de <strong>Pedrosa</strong> mais surtout dans la mise en forme de son récit. Le jeu des couleurs – l&#8217;alternance de tons sépias pour le récit du passé, les couleurs maussades de la période de déprime de Simon aux côtés de Claire, l&#8217;apparition des couleurs chaudes lors du mariage de sa cousine et plus encore lors des voyages au Portugal – accentue la sensation d&#8217;assister à une transformation de l&#8217;état psychologique de Simon. Le lumière se fait autour de lui aussi bien qu&#8217;au plus profond de son être, les révélations sur le passé de son grand-père et des raisons de son arrivée en France agissent sur Simon comme une photo pleine de contrastes apparaissant petit à petit sur un tirage Polaroïd.</p>
<p>Dans le même registre formel, les parties du récit situées au Portugal conduisent <strong>Pedrosa</strong> à jouer également sur le son, où les cases se remplissent soudainement de bulles en langue locale, noyant Simon dans un déluge de mots chantants dont il ne comprend pas la signification. Et puisque le talent est dans les détails, <strong>Pedrosa</strong> va jusqu&#8217;à coloriser ces bulles de mots exotiques, soulignant l&#8217;isolement et l&#8217;immersion de Simon dans ce pays aussi accueillant que nouveau.</p>
<p>Croisant les genres de la chronique familiale, du récit existentiel, du carnet de voyages et de la quête des origines, les 260 pages de <strong>Portugal</strong> sont un grand spectacle intimiste, un Son &amp; Lumières de la quête de soi, un modèle de sensibilité et de sincérité. Un Guide du Routard introspectif, où <strong>Pedrosa</strong> épate par l&#8217;intelligence qu&#8217;il déploie dans la conduite de son récit.</p>
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		<title>VOUS ETES NÉS A LA BONNE EPOQUE de Matthieu Jung [4/10]</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Sep 2011 07:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Lu sur le forum de www.femme-de-son-epoque.fr &#8230; Message de : Nathalie D. Bonjour. Je m’appelle Nathalie D., j’ai 42 ans, je suis médecin, mère célibataire&#8230; Un peu seule, aussi&#8230; Ma fille de 20 ans vient de partir vivre aux Etats-Unis et je le vis comme un déchirement. Qui plus est, cet événement fait ressurgir en moi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Lu sur le forum de <a href="http://www.femme-de-son-epoque.fr/">www.femme-de-son-epoque.fr</a> &#8230;</em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Message de : Nathalie D.</span></p>
<p>Bonjour. Je m’appelle Nathalie D., j’ai 42 ans, je suis médecin, mère célibataire&#8230; Un peu seule, aussi&#8230; Ma fille de 20 ans vient de partir vivre aux Etats-Unis et je le vis comme un déchirement. Qui plus est, cet événement fait ressurgir en moi l’urgence d’assouvir mon envie, mon besoin irrépressible d’avoir un 2<sup>ème</sup> enfant&#8230; Je n’imagine pas poursuivre ma vie sans avoir une nouvelle fois connu le bonheur de donner la vie. Et recommencer, en reprendre pour les mêmes 20 ans qui viennent de s’écouler. Mais le temps presse, après 5 ans de perdus avec un tocard&#8230; Horloge biologique, la garce !</p>
<p>Il y a quelques jours, j’ai fait la connaissance de Arno, un jeune homme&#8230; inattendu ! Une maturité exceptionnelle, une attention de tous les instants, une étonnante fusion intellectuelle, spirituelle est vite née entre nous&#8230; Nous vivons des heures magiques. Il est de ces êtres qu’on rencontre et qu’on reconnaît, car ils habitent en nous depuis toujours. Je sens qu’Arno est de ceux-là. L’homme idéal pour partager mon projet de grossesse. Seulement, Arno a 20 ans&#8230; Raisonnablement, je ne peux pas imaginer faire un enfant avec un homme qui pourrait être mon fils !! Mais pourtant, mon coeur me dit de foncer&#8230; On ne reproche pas aux hommes de vivre leur vie avec des femmes plus jeunes !!</p>
<p>Qu’en pensez-vous ?</p>
<blockquote>
<p style="text-align: right;"><strong>Commentaire de : Lucas</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Lucas dit </em>:<br />
Tu as de la chance, Nathalie, tu es née à la bonne époque ! Rien n’est impossible, aujourd’hui ! Tu peux refaire ta vie comme tu le souhaites, la pression sociale n’est plus celle qu’ont connue nos parents.  Tu l’as, ta seconde chance ! Lance-toi avec Arno, c’est ça la vie aujourd’hui !</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p style="text-align: right;"><strong>Commentaire de :  Stéphanie</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Stéphanie dit</em> :<br />
Si tu ne fais pas ton gosse, le manque créera chez toi une blessure narcissique insurmontable, et tu vas virer aigrie, au point de plus pouvoir croiser un landau dans la rue ! Alors, fais-le comme tu peux, mais fais-le, ton gosse ! Avec ton jeune mec ou un autre ! Mais au pire, tu auras fait l’essentiel, tu as déjà une fille&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><strong> Commentaire de : Lionel</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em> Lionel dit</em> :<br />
J’vais te l’faire, ton gosse, moi ! Volontaire, Lio ! Et pis tu verras, chui pas chiant avec les marmots parce que j’t’le laisse ! J&#8217;veux pas en entendre parler ! Les mecs, c’est pas fait pour mettre les mains dans la merde&#8230; Biberonner les chiards, c’est une ablation des testicules, ça te tue un couple en trois coups de cuillère à p&#8217;tit pot ! J’vais pas t’emmerder longtemps, mais j’te promets que tu l’oublieras pas, la nuit avec Lio !</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Réponse de : Nathalie D.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em> Nathalie D. dit :</em><br />
Au moins Lionel, tu ne tournes pas autour du pot ! A l&#8217;ère de la perte de valeur de la parole, j&#8217;espère que tu assures autant que tu es prétentieux ! Je te rappelle que je cherche &#8211; idéalement &#8211; un père à mon enfant, pas juste un géniteur&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><strong> Commentaire de : Adelaïde</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Adelaïde dit</em> :<br />
Etre crevée pendant 10 ans à ton âge, je trouve ça courageux. Les gamins, ce serait bien de les avoir à 20 ans parce qu’après 30 ans, bonjour ! Entre le boulot et le coût de la vie à Paris&#8230; Et puis, sois pas trop exigeante avec les mecs. Vivre avec un homme, c’est un acte de raison. Le type parfait, beau, intelligent, supercoup au pieu et drôle, ça n’existe pas. Trouve-toi un gentil bonhomme, faites votre enfant et donne-lui tout ce que tu peux&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Commentaire de : Anonyme</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Anonyme dit</em> :<br />
T’es sûr que c’est pas ton fils caché, ton Arno LOL !! Trop beau pour être vrai !</p>
<p style="text-align: right;"><strong> Commentaire de : Matthieu J.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Matthieu dit</em> :<br />
Tiens, ça me donne une idée de roman, un instantané de l’époque écrit d’un point de vue féminin, léger sur le ton mais un peu grave quant aux thèmes abordés, en soignant bien les dialogues&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Commentaire de : Modérateur de <a href="http://www.femme-de-son-epoque.fr/">www.femme-de-son-epoque.fr</a></strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Bonjour Matthieu. Il n&#8217;est peut-être pas nécessaire d&#8217;en faire un roman&#8230; Mais n’hésitez pas à poursuivre la conversation sur notre site.</em></p>
</blockquote>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="VOUS ETES NÉS A LA BONNE EPOQUE de Matthieu Jung" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/09/vous-etes-nes-a-la-bonne-epoque-de-matthieu-jung/16515/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>ILS ONT TOUS RAISON de Paolo Sorrentino [6,5/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Sep 2011 12:00:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thomas Messias</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Plus proche de Frank Sinatra que de Frédéric François (c&#8217;est en tout cas ce qu&#8217;il nous dit), Tony Pagoda est un chanteur de charme. Un vrai. Qui fait se pâmer les ménagères, pleurnicher les minettes, vibrer les foules. C&#8217;est aussi un sacré queutard, avec plus d&#8217;une coucherie impulsive ou honteuse à son actif. Tony Pagoda [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Plus proche de Frank Sinatra que de Frédéric François (c&#8217;est en tout cas ce qu&#8217;il nous dit), Tony Pagoda est un chanteur de charme. Un vrai. Qui fait se pâmer les ménagères, pleurnicher les minettes, vibrer les foules. C&#8217;est aussi un sacré queutard, avec plus d&#8217;une coucherie impulsive ou honteuse à son actif. Tony Pagoda aime les femmes, la coke, les pâtes et l&#8217;Italie ; mais, plus que tout, Tony Pagoda aime parler. Raconter. Se raconter. Digresser comme si sa vie n&#8217;était plus qu&#8217;une longue soirée alcoolisée où l&#8217;anecdotique prime sur l&#8217;essentiel.</p>
<p>Assez maladroitement, le résumé figurant sur la quatrième de couverture d&#8217;<strong>Ils ont tous raison</strong> tente de donner l&#8217;illusion d&#8217;un vrai fil narratif, avec progression dramatique et envolées existentielles. Pourtant, s&#8217;il porte en filigrane les stigmates d&#8217;un retour aux racines plus cruel que prévu, le premier roman de Paolo Sorrentino est avant tout affaire de <em>storytelling</em>. En tant que cinéaste, l&#8217;Italien est toujours moins intéressé par ses personnages que par les élucubrations fumeuses qu&#8217;ils vivent ou dont ils se souviennent devant sa caméra. Régulièrement tournés en ridicule et pas toujours sauvés par la fausse tendresse dont il fait souvent preuve, les anti-héros d&#8217;<strong>Il divo</strong> ou de l&#8217;<strong>Ami de la famille</strong> ne sortent jamais grandis de leurs aventures, mais restent aussi mémorables qu&#8217;attachants de par leur façon de concevoir l&#8217;oralité comme le meilleur moyen de s&#8217;évader ou de faire volte-face. Il y a tout ça dans ce roman : lorsqu&#8217;il est trop gêné pour se confier réellement, lorsqu&#8217;il est sur le point de prendre une décision qui pourrait s&#8217;avérer cruciale, Pagoda élude la question pour ne jamais y revenir.</p>
<p>Cette façon de sauter de chapitre en chapitre sans souci du lien narratif ou des attentes du lecteur a ici quelque chose de profondément gonflé : mais Sorrentino a tellement confiance en sa propre prose (trop sans doute) qu&#8217;il préfère donner la part belle à la faconde de Tony Pagoda plutôt que de le laisser s&#8217;empêtrer dans une mélasse trop mélodramatique. Nul besoin de s&#8217;attarder sur les amours meurtrières vécues par le chanteur, ni même sur son long exil du côté de l&#8217;Amazonie, pour comprendre et apprécier ses fêlures : la logorrhée du narrateur et de l&#8217;écrivain, souvent ronde en bouche, n&#8217;est clairement là que comme un écran de fumée destiné à masquer leurs fragilités communes.</p>
<p>Et donc, Pagoda raconte. Comment il a plus ou moins rencontré Frank Sinatra. Comment il est tombé en amour pour une fille dont la robe de chambre sentait le <em>zucchine alla scapece</em>, un chouette plat à base de rondelles de courgettes frites marinées dans du vinaigre aillé. Comment son cousin obèse a fini par déféquer sur le tapis du salon de sa soeur pour la punir d&#8217;avoir oublié son anniversaire. Il y a mille histoires comme ça dans <strong>Ils ont tous raison</strong>, délicieuses ou pathétiques. Il y résonne un amour immodéré des mots, de l&#8217;échange, des gens et des mouches qui les piquent parfois. Pas de doute, Sorrentino est bien derrière chaque mot : on y retrouve la même emphase, le même excès, et au final la même impression de désorientation que dans ses films. <strong>Ils ont tous raison</strong> donne le tournis, peine souvent à aller au-delà du pittoresque, mais il y a pourtant en lui quelque chose de singulièrement émouvant, qui tient sans doute à sa façon de parler avec les mains, encore et encore, pour mieux masquer son désarroi face à la vie qui passe.</p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="ILS ONT TOUS RAISON de Paolo Sorrentino" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/09/ils-ont-tous-raison-de-paolo-sorrentino/16574/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>JOUEUR_1 de Douglas Coupland [2/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Sep 2011 07:00:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivier Ravard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Le problème des romans à clefs c&#8217;est que quand on a perdu les clefs on n&#8217;arrive pas à rentrer dedans. - Prenons Joueur_1. - Que s&#8217;est-il passé dans le cerveau malade de Douglas Coupland ? - Quelle impulsion mal avisée a-t-elle enclenché la séquence neuronale dysfonctionnelle &#8211; je ne sais pas ce qu&#8217;est une &#171;&#160;séquence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!--?xml version="1.0" encoding="UTF-8" standalone="no"?--></p>
<div style="text-align: justify;">Le problème des romans à clefs c&#8217;est que quand on a perdu les clefs on n&#8217;arrive pas à rentrer dedans.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Prenons <strong>Joueur_1</strong>.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Que s&#8217;est-il passé dans le cerveau malade de <strong>Douglas Coupland</strong> ?</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Quelle impulsion mal avisée a-t-elle enclenché la séquence neuronale dysfonctionnelle &#8211; je ne sais pas ce qu&#8217;est une <em>&laquo;&nbsp;séquence neuronale dysfonctionnelle&nbsp;&raquo;</em> ni même si ça existe mais vous voyez l&#8217;idée &#8211; à l&#8217;issue de laquelle un écrivain plutôt recommandable fort d&#8217;un sujet porteur &#8211; la fin de la civilisation, en gros &#8211; décide de traiter le dit sujet porteur sans sortir d&#8217;un bar d&#8217;hôtel miteux ? En cinq heures chrono ?</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">La lecture de la chose n&#8217;éclaire guère. On y trouve une mère divorcée traversant les Etats Unis par avion pour rencontrer un homme dragué sur Internet. On y trouve le dit homme, qui ne ressemble pas du tout à sa photo de profil. On y trouve un barman cabossé par la vie et un prédicateur trop uvéisé pour être honnête. On y trouve un pasteur ayant perdu la foi et gagné 20 000 dollars, piqués dans les caisses de sa paroisse. On y trouve enfin Rachel, une superbe semi autiste en fourreau Chanel à 3400 $, souffrant de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Prosopagnosie" target="_blank">prosopagnosie</a> et de tout un tas d&#8217;autres trucs qui font d&#8217;elle, outre le seul intérêt du roman, une très jolie jeune femme limite humaine et parfaitement capable de retenir les mille premières décimales de Pi.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Placez ces personnages dans un bar d&#8217;hôtel et attendez cinq heures.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Pendant ces cinq heures en vase clos, il y aura une fin du monde fort brusque, due à l&#8217;épuisement des réserves mondiales de pétrole et dont nous ne verrons rien. Et pendant la fin du monde civilisé tel que nous le connaissons, nos personnages deviseront doctement. Il sera question de théologie, de métaphysique et de pop culture. Nos héros seront capables de dire des choses comme <em>&laquo;&nbsp;J&#8217;aimerais être fécondée par un mâle Alpha afin de prouver à mon père que je suis bel et bien un être humain, et non un monstre ni une extra-terrestre.&nbsp;&raquo;</em>. Il sera question  d&#8217;ADN, de Daffy Duck et de tout un tas de données qui ont dû demander à Douglas Coupland pas mal d&#8217;heures de recherches sur Wikipedia.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Ha, et il y a aussi un sniper fou.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">J&#8217;évoque Wikipedia à dessein. C&#8217;est que<strong> « Joueur_1 » </strong>(ha oui, le &lt;Joueur_1&gt; du titre constitue l&#8217;avatar de Rachel, la sépulcrale semi tarée, il prend parfois la parole, ne me demandez pas pourquoi) fait partie de ces romans à forte portée civilisationnelle, à peine sortis et déjà datés, où l&#8217;on cite Google, CNN, Gmail, Wikipedia, et ebay.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Et puis il y a cette unité de lieu. On a beau dire, placer son grand roman apocalyptique au comptoir d&#8217;un bar d&#8217;hôtel en minimise singulièrement la portée. Car très vite (page 37, environ) un ennui poli point, pour laisser place, tandis que les dialogues sans issue s&#8217;entassent et que rien ne laisse entrevoir la victoire de l&#8217;auteur sur son sujet, à un parfait embarras devant le prévisible désastre : Douglas Coupland est périmé.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">C&#8217;est triste, un auteur périmé. Pour situer, c&#8217;est à peu près aussi triste qu&#8217;un épisode de Breaking Bad écrit par Marguerite Duras.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">C&#8217;est que depuis<em> &laquo;&nbsp;Generation X&nbsp;&raquo;</em>, le fameux roman générationel de Coupland, qui a donné corps, euh, à la génération X, il y a eu Chuck Palahniuk, qui ne se mouche pas du pied dès lors qu&#8217;il s&#8217;agit de camper des personnages borderline dont les névroses sociétales pathétiques annoncent la fin du monde civilisé en menant l&#8217;être humain à sa perte dans la joie, l&#8217;allégresse, les stéroïdes et les bêta-bloquants.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Les personnages de Coupland passent leur temps à ne rien faire en se demandant ce qu&#8217;ils feraient s&#8217;ils étaient des personnages de Palahniuk.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Qu&#8217;il est triste, le destin d&#8217;auteur périmé, obligé de placer des underscore dans ses titres, comme_ceci, pour entretenir vaillamment une illusion qui ne trompe plus que lui. Qu&#8217;il est douloureux l&#8217;instant passé par le lecteur à constater la sordide évidence : il se fait chier.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">L&#8217;ennui est fâcheux, mais pardonnable. Non, l&#8217;impardonnable trahison de Coupland, c&#8217;est de faire douter, l&#8217;espace d&#8217;un instant, le lecteur abruti d&#8217;ennui métaphysique : l&#8217;oeuvre serait-elle au delà de ses capacités de compréhension ?</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">Que le lecteur se rassure : sa capacité de compréhension est intacte, c&#8217;est la capacité de narration de Douglas Coupland qui s&#8217;est perdue en route.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">De guerre lasse, « <strong>Joueur_1 »</strong> s&#8217;achève sur cette phrase prémonitoire : <em>&laquo;&nbsp;Bonne nuit et adieu à tous.&nbsp;&raquo;</em></div>
<div style="text-align: justify;"><em><br />
</em></div>
<div style="text-align: justify;">Oui, voilà.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">-</span></div>
<div style="text-align: justify;">(Il restera au fan transi le compte Twitter de Douglas Coupland, <a href="http://twitter.com/#!/dougcoupland">@dougcoupland</a>, bien plus recommandable)</div>
<p style="text-align: justify;">
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="JOUEUR_1 de Douglas Coupland" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/09/joueur_1-de-douglas-coupland/16582/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>LE DERNIER TESTAMENT DE BEN ZION AVROHOM de James Frey [5/10]</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 12:00:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Que se passerait-il si le Messie (re)apparaissait aujourd’hui parmi nous ? Probablement rien. Il tenterait tant bien que mal de vivre sa vie ; au mieux il créerait une secte, au pire il finirait dans une émission de télé réalité ; on s’intéresserait beaucoup à ses miracles, très peu à sa philosophie ; ça occuperait les médias [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Que se passerait-il si le Messie (re)apparaissait aujourd’hui parmi nous ? Probablement rien. Il tenterait tant bien que mal de vivre sa vie ; au mieux il créerait une secte, au pire il finirait dans une émission de télé réalité ; on s’intéresserait beaucoup à ses miracles, très peu à sa philosophie ; ça occuperait les médias un instant ; on vendrait quelques t-shirt, peut-être des mugs à son effigie et on passerait à autre chose. Ou alors ce serait une histoire à la Marc-Antoine Mathieu comme dans « Dieu en personne ».</p>
<p>Dans « <strong>Le dernier testament de Ben Zion Avrohom</strong> », <strong>James Frey</strong> cherche à traiter le sujet sans cynisme ; il retrace la vie d’un  <em>fils de Dieu</em>, de son enfance malheureuse à sa révélation, de ses absences à ses prodiges, et l’histoire, contée par sa mère et 12 apôtres, prend la forme d’un troisième testament. Mais là où Chuck Palahniuk aurait tiré une monstruosité pleine de gimmicks et de personnages fantasques, James Frey se contente de coller à son sujet sans éclat et avec une absence de recul confondante : là où le premier changerait de style en fonction des personnages (« <a href="http://www.playlistsociety.fr/2009/09/peste-de-chuck-palahniuk-810/1277/">Peste</a> »), le second se satisfait d’une succession de phrases mal dégrossies dont le seul ressort est la répétition à outrance et le refus d’utiliser des pronoms ; là où le premier inventerait la prière pour retarder l’orgasme (« Survivants »), le second offre un Messie qui chantonne « Faites l’amour pas la guerre ».</p>
<p>Lorsque Ben Zion Avrohom professe l’amour libre et la jouissance débridée comme solutions au bonheur terrestre, il ne s’agit pas un trait d’humour de l’auteur, et encore moins d’une mascarade parodique. Non James Frey s’affirme avec la plus grand sérieux comme le chef de file d’une nouvelle philosophie hippie. Tenant dans la main droite le livre des vérités vraies (l’amour prévaut sur la haine ; il faut réussir sa vie, pas sa mort), et clamant avec aplomb de jolis sophismes sur Dieu et l’infini, Ben Zion réalise une inversion du politiquement correct où ce sont les deux autres testaments qui deviennent des textes subversifs.</p>
<p>Pendant ce temps, <strong>James Frey</strong>, est lui persuadé d’écrire une mythologie à la hauteur des enjeux du monde moderne, et armé de <em>la philosophie pour tous</em>, il enfonce des portes ouvertes sous le prétexte fallacieux que nous oublions trop souvent les valeurs fondamentales de la vie. « Le dernier testament de Ben Zion Avrohom » ploie alors sous ses convictions. La perte de son fils, ses ambitions colossales, le besoin de marquer son temps et surtout cette affirmation viscérale de ne pas écrire comme les autres (c’est à dire correctement), finissent par lui cacher la vacuité de son propos ! Que faire de cette vision  où il suffirait de baiser pour accepter la perte d’un être aimé, ou bien faire disparaitre un mal de tête ? Lorsque qu’il prétend que la fin approche et que seul l’amour et la jouissance pourraient nous sauver, on a envie de lui répondre, avec ce cynisme qu’il toise, que oui la fin approche mais que rien ne nous sauvera !</p>
<p>Pourtant, il aurait suffit d’introduire un peu d’humour dans ces thèses (les attaques contre ceux qui fondent leur vie sur un livre écrit deux mille ans auparavant, sont en soi plaisantes) et délester le roman de ses prétentions pour en faire une folie surréaliste usant de sa naïveté pour moquer la société américaine. « <strong>Le dernier testament de Ben Zion Avrohom</strong> » serait alors devenu une œuvre dans la lignée des moins bons Douglas Coupland (« Toutes les familles sont psychotiques »). Car jamais le roman ne manque de rythme ou ne loupe les descriptions de son héros ; et on suit finalement avec facilité et amusement le parallèle entre la désagrégation du corps de Ben Zion et son aura grandissante. On finit même par partager sa méfiance des religions et du gouvernement, ainsi que l’idée qu’on ne peut avoir confiance en un autre homme qu’en le regardant dans les yeux.</p>
<p>Peut-être que « <strong>Le dernier testament de Ben Zion Avrohom</strong> » se révélerait s’il ne s’agissait au final que d’une vaste blague et d’une nouvelle manipulation de James Frey ; soit une mise en abyme de la capacité des hommes à remplacer un dogme par un autre, et de se prosterner devant des apparences plus que devant des idées.</p>
<p>Mais lorsque la sœur de Ben Zion découvre la magie des chansons pop qui parlent d’amour et d’ailleurs et qu’on croit alors entendre :</p>
<p><em>Love, love, love, love, love, love, love, love, love.<br />
There&#8217;s nothing you can do that can&#8217;t be done.<br />
Nothing you can sing that can&#8217;t be sung.<br />
Nothing you can say but you can learn how to play the game<br />
It&#8217;s easy.<br />
There&#8217;s nothing you can make that can&#8217;t be made.<br />
No one you can save that can&#8217;t be saved.<br />
Nothing you can do but you can learn how to be you<br />
in time &#8211; It&#8217;s easy.</em></p>
<p><em>All you need is love, all you need is love…</em></p>
<p>Alors on sait que <strong> James Frey</strong> s’annonce définitivement comme le prédicateur de la pop philosophie.</p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="LE DERNIER TESTAMENT DE BEN ZION AVROHOM de James Frey" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/09/le-dernier-testament-de-ben-zion-avrohom-de-james-frey/16297/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>LE RAVISSEMENT DE BRITNEY SPEARS de Jean ROLIN [3/10]</title>
		<link>http://www.playlistsociety.fr/2011/09/le-ravissement-de-britney-spears-de-jean-rolin/16499/</link>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 07:00:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Arbogast</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Routier du clavier, Jean Rolin n&#8217;est pas non plus journaliste pour rien. Il documente ses livres, facile lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de L&#8217;organisation inspiré de sa jeunesse militante, plus inattendu lorsqu&#8217;il embarque sur L&#8217;Albatros qui assure la liaison entre les possessions françaises en terres australes. Primé et respecté, Rolin est autant considéré comme intellectuel que comme écrivain. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Routier du clavier, Jean Rolin n&#8217;est pas non plus journaliste pour rien. Il documente ses livres, facile lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de <em>L&#8217;organisation</em> inspiré de sa jeunesse militante, plus inattendu lorsqu&#8217;il embarque sur L&#8217;Albatros qui assure la liaison entre les possessions françaises en terres australes. Primé et respecté, Rolin est autant considéré comme intellectuel que comme écrivain. Pas comme un styliste, espère-t-on.</p>
<p>L&#8217;écriture est à l&#8217;ancienne, avec Rolin, l&#8217;apostrophe au lecteur, la construction rétrospective qui crée un &laquo;&nbsp;faux-présent&nbsp;&raquo;. Rien de surprenant à ce que l&#8217;auteur reprenne ces préférences dans son dernier ouvrage, c&#8217;est cela aussi être écrivain. Coller à son sujet, modeler l&#8217;écriture à son sujet, c&#8217;en est une autre manière. Dans ce &laquo;&nbsp;ravissement&nbsp;&raquo; qui n&#8217;aura lieu ni pour Britney Spears ni pour le lecteur, Rolin ne choisit malheureusement pas entre ces deux options qui s&#8217;annulent et se nuisent l&#8217;une l&#8217;autre.</p>
<p>Ajoutez un penchant pour la citation et l&#8217;abondance de références culturelles, et le jeu des comparaisons devient plus que légitime. Changements de registre, diversions du récit, multiplication des points de vue, ce <em>Ravissement </em>redouble d&#8217;artifices pour tirer le livre de l&#8217;ennui profond et du néant dans lequel son sujet premier l&#8217;attire : la fascination médiatique pour les people et le vide insondable de leur existence. Mais surtout, à quinze ans de distance on lit un mauvais décalque, une copie fanée, de <em>L&#8217;organisation</em>. Tout ici s&#8217;en fait l&#8217;envers, le négatif, son sujet fort, son choix narratif et stylistique cohérent, jusqu&#8217;à l&#8217;humour, omniprésent dans le précédent et qui ici fait mouche dès la page 220. Rolin se trahit par moment, la tentation du style revient, une tournure un peu plus recherchée, une phrase bien tournée, émergent de ce flot aussi lisse que le papier glacé des magazines qu&#8217;il met en scène.</p>
<p>Le pari du titre, écho d&#8217;un livre phare de Marguerite Duras qui a éclairé tant de ses pairs, ne manquait pas de panache vu de loin. La comparaison n&#8217;en devient que plus cruelle avec <em>Lol V Stein</em>, modèle entre tous d&#8217;écriture en pointillés, de style épuré, de mystère dosé au plus juste et de captivante mise en abîme du presque rien. Les deux auteurs partageant un même éditeur, P.O.L, il eut été incongru de ne pas saisir perche si lourdement tendue. Stratégie déceptive?</p>
<p>Ni documentaire, ni illustration-reflet du néant hollywoodien, ni essai, ni récit fantasmagorique, ni polar, Rolin débute tout cela et ne finit rien, nous laissant dans la bouche un désagréable salmigondis d&#8217;aliments pas cuits et mal assortis. Des livres possibles, beaucoup sont esquissés pourtant, Borat meets Candide, Hollywood paradis des toiletteurs pour chiens, Depeche mode (people are people), jusqu&#8217;à la métaphore trop appuyée de la ville des apparences dans laquelle on finit par se perdre. Le potentiel comique de ce livre, très tôt affiché, était même considérable. On en guette en vain la manifestation, jusqu&#8217;à cet assommant sommet de pantalonade, page 257 : &laquo;&nbsp;Albertine disparue&nbsp;&raquo;. Embarras du lecteur.</p>
<p>De tous ces livres esquissés, le plus politique est à l&#8217;évidence le plus solidement ébauché. On voit dans les paradoxes du personnage de FUCK une dénonciation toute particulière. La culture trash, la &laquo;&nbsp;mise à disposition de temps de cerveau disponible&nbsp;&raquo;, la sous-culture qui tire vers le bas sans, ô grand jamais, chercher à élever, sont dues à des personnes comme ce FUCK. Symboliquement, ce nom en forme de doigt tendu reprend en réalité les initiales d&#8217;un aristocrate français. Admirateur du peintre Rothko, capable de fines analyses sur la haute culture qu&#8217;il maîtrise à la perfection, ce nobliau gagne sa vie en volant celle des personnalités sans intérêt, vendant ses clichés à la &laquo;&nbsp;presse people&nbsp;&raquo;. Ceux qui dirigent ces journaux, ceux qui dirigent TF1, la liste serait longue, sont cultivés, sont passés par les &laquo;&nbsp;grandes écoles&nbsp;&raquo;, sont partie intégrante d&#8217;une élite.</p>
<p>Ce mélange de cynisme, et de renoncement à toute aspiration par ceux qui seraient les mieux armés pour les accomplir, traverse tout le livre. Le roman ne manque donc pas de propos, capable par instant de nouer critique de la société de consommation, trahison des élites (une de plus ou de moins), et bilan désenchanté du monde soviétique qui s&#8217;était posé en contre-modèle à un Occident voué à Mammon. Fort bien. Fort peu, pourtant.</p>
<p>Faute d&#8217;avoir choisi, faute probablement d&#8217;avoir éprouvé le moindre intérêt à écrire ce livre, Rolin ne donne rien. Pas plus que ces photos vides décrites dans son livre, où des stars en manque de respectabilité organisent d&#8217;être &laquo;&nbsp;surprises&nbsp;&raquo; en train de promener leur chien ou de sortir du pressing.<br />
Bon résumé du livre : de-pressing.</p>
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		</item>
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		<title>LE PREMIER ÉTÉ de Anne Percin [5/10]</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 12:00:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Catnatt</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous avons tous des étés d’adolescence qui nous marquent plus que les autres. Des étés où tout bascule ; la chair, le désir, l’accomplissement accompagnent souvent ce moment. Des étés où le cœur se laisse aller dans la chaleur, palpite, s&#8217;affole secoué par des sentiments, des émotions brutales, souvent incompréhensibles ; des étés où la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous avons tous des étés d’adolescence qui nous marquent plus que les autres. Des étés où tout bascule ; la chair, le désir, l’accomplissement accompagnent souvent ce moment. Des étés où le cœur se laisse aller dans la chaleur, palpite, s&#8217;affole secoué par des sentiments, des émotions brutales, souvent incompréhensibles ; des étés où la violence humaine, sous le soleil, fracasse vos illusions.</p>
<p><em>« Il n’y a pas eu de mots. Il n’y en a jamais eu, ni avant, ni après. C’est quelque chose qui ne ressemble à rien d’écrit. »</em></p>
<p><strong>Anne Percin</strong> tient un sujet en or avec <strong>&laquo;&nbsp;Le premier été&nbsp;&raquo;.</strong> Pourtant, dans le genre tordu, je me pose là, mais j’avoue que je suis restée séchée quand j’ai compris. Séchée par le culot monstre dont faisait preuve l’auteur, créer une histoire d’amour, ou un embryon de, sur un terrain où la projection n’est quasi pas possible. Vous ne pouvez pas vous mettre à la place de l’héroïne, ou si peu, un genre d’interdit social pèse lourdement, vous stoppe net dans votre élan. L’innocence de l’héroïne est perturbante, elle pose un regard sur une rencontre qui n’est pas cadré par la société, et cependant ce regard-là est envisageable. Difficilement, mais il l’est.</p>
<p>Deux sœurs vident la maison de leur grand-mère, lieu d’enfance et de vacances. L’une est mariée, avec des enfants, vivante, l’autre, l’héroïne, Catherine est libraire et solitaire. Les heures passées à trier, jeter, sauvegarder vont générer un climat propice aux confidences. Dire ce qui n’a jamais été dit, tenter de se délivrer d’un secret destructeur. Catherine, parce que c’est le moment ou jamais, entame une longue confession et déroule les évènements d’un été meurtrier : <em>« C’est une histoire d’innocence et de cruauté que nous raconte <strong>Anne Percin</strong>. Sensuelle et implacable à la fois, douce-amère comme tous les crève-cœurs de l’enfance »</em>. (4eme de couverture)</p>
<p>Le problème du sujet en or, le risque, le péril c’est qu’il  dévore tout sur son passage et que le style suit rarement. J’ai été saisie par l’histoire, moins par l’écriture elle-même. Pourtant Anne Percin a de jolies fulgurances :</p>
<p><em>« Ce sont des fleurs en plastique aux couleurs fanées qui tirent toutes vers le rose, exactement comme les photos qui restent trop longtemps au soleil, à croire que le rose est la couleur originelle de toute chose. »</em></p>
<p><em>« Une joie profonde me venait, d’être seule dans la maison au milieu de vos rêves, alors que tous les bruits du monde résonnaient dans le grenier (…) Être la seule éveillée au début d’une après-midi d’été, c’était mon aube… »</em></p>
<p><em>« Un poing serré entre mes jambes, les cuisses refermées sur lui, les yeux grands ouverts dans la nuit, j’appuyais de toutes mes forces sur ce cœur nouveau qui palpitait à travers le tissu du pyjama. »</em></p>
<p>Pour autant, si j’ai souligné quelques passages au début du livre, très vite je ne vais pas éprouver le besoin de marquer les pages. Il n’y a rien qui m’ait marquée dans le style de l’auteur. C’est évidemment totalement subjectif.</p>
<p>Il y a pourtant de belles idées. Evidemment le sujet dont je ne peux rien dire finalement car si vous le lisez, ce serait criminel d’en dire plus. Il y a un côté très charnel, de la peau et de la sueur. Il y a la musique aussi. <strong>Anne Percin</strong> s’en sert comme levier pour appuyer un monde coupé en deux. Le roman se situe en 1985 et on le sait car c’est l’été où « Tomber pour la France » d’Etienne Daho est sorti. La musique dans ce roman fait date.</p>
<p>La musique comme un calendrier mais aussi comme un axe. Les questionnements de l’adolescence y trouvent un écho révélateur : <em>« Un tube qui datait déjà un peu, mais dont le pouvoir tribal était resté intact, ouvrant des horizons illimités à coups de guitare saturée et d’échos dans la voix. On respirait enfin. C’était comme si on nous rendait la vie, comme si le monde disait qu’il était bien fait pour nous. Qu’on ne s’était pas trompés, qu’on avait raison d’être là, qu’on n’était pas des erreurs de la nature, des monstres. Que l’avenir était avec nous. »</em></p>
<p>Dans les années 80, même fin 70, le monde se scindait en deux. C’est ainsi que le perçoit Catherine. Il y avait la musique que tout le monde écoutait et il y avait l’autre musique. Je comprends parfaitement ce à quoi fait allusion <strong>Anne Percin</strong>. Mon adolescence s’est passée à la même période et j’ai ressenti la même chose. L’arrivée fracassante de ce que j’appelais, peut-être à tort, la new-wave créa une faille. La faille qui sépara le monde, un mur de Berlin musical, ceux et celles qui écoutaient ce genre musical et les autres. La musique dans le roman d’Anne Percin sert à expliquer la place à part qu’occupe une jeune adolescente dans son univers. En décalage. Ce même décalage qui l’amènera à vivre une situation totalement ingérable, l’a traumatisera, la mettra un peu plus à côté de la vie. La sensation qu’éprouve l’héroïne du livre, cette apnée psychologique, est très bien illustrée par les passages qui évoquent la musique :</p>
<p><em>« Je me demande où sont passées les musiques de l’autre fête, celles de l’oncle Jeannot. Ce sont celles-là que j’ai envie d’entendre. Les Cure, les Smiths, Clan of Xymox, Joy Division,  les Stranglers. Si c’était ça, je pourrais peut-être prendre part à quelque chose. Mon cœur serait à l’unisson. Les basses résonneraient dans mon ventre gonflé de solitude. Je respirerais comme font les poissons, à l’intérieur, à l’intérieur même de ce qui devrait les noyer. Je serais triste et grave et je serais vivante ainsi, comme ces musiques peuvent enseigner à le faire. »</em></p>
<p>La musique est une façon de trouver une place dans le monde, de se trouver des frères et sœurs semblables à soi à défaut de comprendre la sienne, sa sœur, celle qui grandit, comprend, et s’inscrit dans la société avec une telle facilité.</p>
<p><em>« J’enviais aussitôt ceux qui les écoutaient, ceux pour qui cela faisait sens. Ceux – ils ne devaient pas être nombreux, ce soir-là, à Sainte-Marie ! – qui avaient la chance de connaître déjà ces groupes mystérieux, ces voix graves, ces envolées lyriques et d’une mélancolie terrible, qui disaient des choses à l’oreille du cœur, sans intermédiaire, sans mystère, comme si, d’elles à moi, un canal s’était ouvert, une ligne d’ondes dont j’étais le récepteur. Cette musique sûrement avait ses adeptes, et j’en devins instantanément une. Où qu’ils soient, eux et moi aurions cela en commun. Nous ne serions plus jamais seuls. »</em></p>
<p>J’ai aimé le choix de <strong>Anne Percin</strong> d’illustrer le basculement dans une solitude quasi intolérable de l’héroïne par la musique. On ne se refait pas…</p>
<p>Pour autant, cela ne sauve pas forcément un livre. <strong>« Le premier été »</strong> est un roman sur l’adolescence, cette période d’exil douloureux dont certains ne reviennent jamais. Et si l’auteur fait régulièrement mouche, cela reste insuffisant. Je me dis finalement que ce serait un excellent scénario de film au sujet dérangeant qui remuerait les foules.</p>
<p>Il est certain que je me souviendrais de cette histoire, pas sûr que je me rappelle de l’auteur. C’est toute la problématique de ce bouquin.</p>
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		<title>PASSER LA NUIT de Marina De Van [4/10]</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 07:00:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thomas Messias</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
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		<description><![CDATA[« Rester en vie, ce n’est que du music hall. Un spectacle hors de prix, une grande foire agricole. » Si certaines des élucubrations de Christophe Miossec se caractérisent avant tout par un sens aigu de la rime pauvre, elles présentent au moins l’intérêt de montrer l’existence sous un jour tragi-comique, absurde et désabusé, telle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«  <em>Rester en vie, ce n’est que du music hall. Un spectacle hors de prix, une grande foire agricole.</em> » Si certaines des élucubrations de Christophe Miossec se caractérisent avant tout par un sens aigu de la rime pauvre, elles présentent au moins l’intérêt de montrer l’existence sous un jour tragi-comique, absurde et désabusé, telle une grande fête à la picole destinée à patienter avant la fin du monde. La vie selon Miossec s’apparente à de la survie, certes, mais une survie imbibée de joie, d’instants de folie entrecoupés de terribles moments de lucidité. Des montagnes russes grandeur nature, en somme.</p>
<p>Lire Marina De Van donne envie de réécouter Miossec, et de se rappeler qu’une dépression peut aussi être fantaisiste ; ou en tout cas décrite comme telle. Car c&#8217;est justement cela que semble totalement réfuter la cinéaste devenue romancière, qui s’emploie à restituer point par point la douleur de sa propre dépression, à en étirer chaque minute, à en disséquer cliniquement chaque sensation, chaque cigarette. Noir comme une nuit sans lune passée dans un bunker, <strong>Passer la nuit</strong> entend ne faire aucune concession, atteindre un niveau de vérité jamais atteint sur ce sujet, faire converger le témoignage et l’exercice de style. Les phrases sont âpres, rigoureuses en diable, pesées et soupesées pour qu’aucun mot ne dépasse, pour qu’aucun sentiment n’affleure derrière les sensations décrites. Pas le moindre millilitre d’oxygène là-dedans : un parti pris évidemment volontaire mais qui fait du roman un calvaire communicatif.</p>
<p>Les premières pages décrivent par le menu l’emploi du temps de la narratrice, citant les heures précises auxquelles se déroulent les événements – ou plutôt les non-événements –, décrivant chaque bouffée de chaque cigarette fumée, du matin au soir, par ce personnage auquel il est évidemment impossible de s’identifier ou de s’attacher. Dès le départ, il convient de s’accrocher fermement aux pages, de serrer les dents bien fort pour tenter de survivre à ce cauchemar. Pourquoi tenter de tenir ? Pour voir ce que De Van a dans le ventre, pour observer ses tentatives de s&#8217;extraire du gouffre dans lequel elle s’est enfermée, ou encore pour profiter de l’imaginaire qu’elle finira par déployer sous les effets de sa méditation enfumée. Mais on finit vite par se rendre à l’évidence : le bouquin tout entier est à l’image de ses crispants débuts ; deux cents pages sur le même mode, passées à montrer avec insistance à quel point les journées sont semblables donc de plus en plus insupportables. Répétitif  ? Oui. Complaisant ? Pas sûr. La façon dont l’auteure cisèle chaque phrase permet à <strong>Passer la nuit</strong> de s’en tirer avec le bénéfice du doute.</p>
<p>S’il suffit probablement d’en lire un quart pour s’en rendre compte, <strong>Passer la nuit</strong> se distingue néanmoins par sa façon ahurissante de prolonger le travail sur le rapport au corps et à la peau entamé par Marina De Van dans ses films ; et notamment <strong>Dans ma peau</strong>, où le personnage, qu’elle s’était écrit, finissait par devenir autophage. Ici, il y a de quoi être subjugué, paralysé même, par les nombreux instants dans lesquels elle décrit la décrépitude physique qui est la sienne. Sa peau s’étire et s’assouplit, la cigarette abime son épiderme, son corps se recroqueville et peine à se déployer. C’est lorsque l’enfermement psychique se met à avoir des résonances physiologiques que le livre se fait le plus passionnant, de façon hélas trop éparse.</p>
<p><strong>Passer la nuit</strong> n’a rien d’une thérapie, mais c’est incontestablement un défi que De Van s’est lancée à elle-même, seule face à sa page blanche, en oubliant au passage le lecteur situé à l’autre bout de la chaîne. « <em>Rester en vie et devenir luciole. Se tourner vers la lumière, et n’être plus que tournesol.</em> » Sans atteindre de pareilles extrémités, la jeune romancière aurait sans doute dû éviter de négliger la part de lumière, même infime, qui aurait pu lui permettre d’établir un véritable rapport avec son lecteur.</p>
<p><em>&gt;&gt; les 25 premières pages (les meilleures) sont disponibles en pdf sur </em><a href="http://www.editions-allia.com/files/pdf_465_file.pdf"><em>le site de l&#8217;éditeur : http://www.editions-allia.com/files/pdf_465_file.pdf</em></a></p>
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		<item>
		<title>L’ART FRANCAIS DE LA GUERRE d’Alexis Jenni [7/10]</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Sep 2011 13:00:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Le roman français, a fortiori lorsqu&#8217;il est le premier de son auteur, est souvent une petite chose fragile et sensible, puisant dans les souvenirs, explorant les failles, dépoussiérant les recoins de l&#8217;enfance ou radiographiant les fêlures de la vie. Débarrassé de toute dimension épique, délaissant les grands espaces, il tire parfois la larmichette par son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le roman français, a fortiori lorsqu&#8217;il est le premier de son auteur, est souvent une petite chose fragile et sensible, puisant dans les souvenirs, explorant les failles, dépoussiérant les recoins de l&#8217;enfance ou radiographiant les fêlures de la vie. Débarrassé de toute dimension épique, délaissant les grands espaces, il tire parfois la larmichette par son habileté à faire partager les états d&#8217;âme de son auteur, il puise dans l&#8217;intime en espérant toucher à l&#8217;universel.</p>
<p>C&#8217;est un peu caricatural, mais c&#8217;est souvent vrai. Aussi réjouissant qu&#8217;une escalope de dinde-brocolis.</p>
<p>Par exception, le roman français, a fortiori lorsqu&#8217;il est le premier de son auteur (bis), est ample, épique, lyrique, grave et ambitieux. Encore plus rarement, il est épais.</p>
<p>Aussi emballant qu&#8217;un repas gastronomique servi dans un petit bouchon lyonnais exclusivement fréquenté par des habitués. La nourriture est riche, on frôle l&#8217;indigestion. L&#8217;eau-de-vie offerte par le patron à la fin du repas est vraiment too much&#8230; La tête tourne et l&#8217;organisme est mis à rude épreuve&#8230;</p>
<p>Vous êtes prévenus. Faites un jeûne avant d&#8217;entamer <strong>L&#8217;Art Français de la Guerre</strong>: c&#8217;est une nourriture riche. Trop riche, peut-être.</p>
<p>Son auteur, <strong>Alexis Jenni</strong>, s&#8217;est embarqué dans une sorte de roman total, rempli de thèmes et de thèses développées de manière plus ou moins maîtrisée le long de 632 pages denses. Deux hommes se font face : le narrateur, un homme qu&#8217;on suppose à peine quadragénaire, en phase de marginalisation presque volontaire, et Victorien Salagnon, ancien militaire de l&#8217;Armée coloniale française, revenu des enfers de 20 ans de conflits, des maquis de la Résistance à l&#8217;indépendance de l&#8217;Algérie. Hasard d&#8217;une rencontre, mélange des genres et des histoires personnelles, le lien qui se créé&#8230; Les deux hommes passent rapidement un marché : le narrateur écrira l&#8217;histoire de Victorien Salagnon en échange de cours de dessin, talent dont dispose l&#8217;ex-militaire depuis son plus jeune âge&#8230; <strong>L&#8217;Art Français de la Guerre</strong>, composé de 13 longs chapitres, alternera alors les parties dites de « Romans » &#8211; le récit de la vie militaire de Salagnon – avec les « Commentaires », où le narrateur prend la parole et inscrit son propos dans la France contemporaine. Un va-et-vient dans les époques qui va permettre d&#8217;extraire un fil rouge de la pelote de l&#8217;histoire récente de la France&#8230;</p>
<p>Ce fil rouge, ce lien entre les époques et les générations, repose selon <strong>Alexis Jenni</strong> sur un mensonge originel, légende auto-persuasive construite de toutes pièces par, je cite, le <em>Romancier</em> Charles De Gaulle au sortir de la guerre : la Grandeur de la France&#8230; Mensonge martelé à une nation sortie exsangue de l&#8217;Occupation allemande, un pays déchiré qui avait besoin d&#8217;une histoire de vainqueur à se raconter au coin du feu. Un pays qui serait fier de sa force, de sa langue et des valeurs qu&#8217;elle aurait besoin de transmettre à un monde qui ne l&#8217;attendait plus. Alors, la France aurait exporté sa légende, son mensonge, dans des contrées exotiques, par le truchement de guerres coloniales perdues d&#8217;avance&#8230; Les défaites sont d&#8217;autant plus amères que ces guerres funestes en Indochine et en Algérie ont réimplanté leurs symptômes,  telles des métastases solidement accrochées aux organes vitaux, sur le territoire métropolitain. <strong>Alexis Jenni</strong> entend le démontrer sans détours : ces guerres se poursuivent aujourd&#8217;hui sur notre territoire devenu exigu, où les armes sont remises aux mains d&#8217;une police qui poursuit la pratique coloniale des contrôles au faciès, héritage d&#8217;une époque où tout sujet non blanc était un ennemi en puissance&#8230;</p>
<p>Autour de ce fil rouge s&#8217;étire un texte protéiforme, tenant à la fois du récit historique, du roman générationnel, ou de l&#8217;essai politique et social. La structuration de <strong>L&#8217;Art Français de la Guerre </strong>(segmentation des chapitres en « Romans » et « Commentaires »)<strong> </strong>trahit son trop-plein de thèmes, et fait se côtoyer l&#8217;excellent et le facultatif.</p>
<p>A ce titre, les pages consacrées au parcours de Victorien Salagnon sont assurément les plus réussies : on plonge dans la chaleur pouasseuse des conflits, les sueurs chaudes et froides des hommes qui constituent la chair fragile de ces affrontements les yeux dans les yeux (contrepoint éloquent des guerres technologiques et télévisuelles d’aujourd’hui), l’égarement de ces troupes mal préparées et la spirale sordide des interrogatoires qui sombrent rapidement dans la torture et les exécutions sommaires. Une histoire personnelle dont Salagnon préfère dessiner le décors et les protagonistes plutôt que de les dire.</p>
<p>A l&#8217;inverse, les chapitres de « Commentaires » tombent parfois dans le démonstratif, l&#8217;explication de texte répétitive, le pamphlet nerveux malgré quelques belles fulgurances. Au risque d&#8217;atténuer la portée de la voix de son auteur, pourtant doué d&#8217;une écriture ample et épique, animé d&#8217;un sens certain du rythme littéraire, décochant de longues phrases qui plongent en apnée en manquant rarement de souffle.</p>
<p>Alors, dans cette distorsion entre la puissance du récit du passé et le ressassement triste de la description de la France contemporaine, on en vient à considérer qu&#8217;<strong>Alexis Jenni</strong>, à son insu et sans pour autant cautionner le fait colonial, ressent une vague forme de mélancolie à l&#8217;évocation de ces années sombres où des hommes ont vécu avec une sordide intensité. Comme si embrasser la mort au quotidien, malgré les horreurs de la guerre, malgré le quiproquo du mensonge originel, valait mieux que de ne rien vivre de fort.</p>
<p>Car, comme le signale un compagnon d&#8217;armes de Salagnon, triste personnage, au narrateur : « (…) <em>dans votre vie, il n&#8217;est rien qui ait pu servir de forge. Vous êtes intact comme au premier jour, on voit encore l&#8217;emballage d&#8217;origine. L&#8217;emballage protège, mais vivre emballé n&#8217;est pas une vie</em>. »</p>
<p>Le propos de <strong>L&#8217;Art Français de la Guerre</strong> est, finalement, peut-être aussi paradoxal que son titre : un roman pacifiste fasciné par la guerre, recouvert d&#8217;un titre aussi sérieux qu&#8217;ironique.</p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="L&#8217;ART FRANCAIS DE LA GUERRE d&#8217;Alexis Jenni" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/09/lart-francais-de-la-guerre-dalexis-jenni/16487/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>INVERNO de Hélène Frappat [7/10]</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Sep 2011 07:00:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[Hélène Frappat est une auteur de l’errance ; elle virevolte entre les éléments puis se perd en eux. Dans « Sous Réserve », son premier roman, elle mettait en perspective les fragments de son existence avec ceux de son univers culturel ; les citations philosophiques illustraient ses souvenirs, tandis que le cinéma expliquait ses états d’âmes. Dans « Par effraction », [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Hélène Frappat</strong> est une auteur de l’errance ; elle virevolte entre les éléments puis se perd en eux. Dans « Sous Réserve », son premier roman, elle mettait en perspective les fragments de son existence avec ceux de son univers culturel ; les citations philosophiques illustraient ses souvenirs, tandis que le cinéma expliquait ses états d’âmes. Dans « Par effraction », le voyage était initié par des bobines de films tournés en super-8, et là encore on s’engouffrait dans des méandres d’un monde plus ou moins réel dont on ressortait plus ou moins indemne. Avec « <strong>Inverno</strong> », la française poursuit sa collection d’instants en s’appuyant cette fois uniquement sur la mémoire ; et il s’agit de jouer avec les pièces d’un puzzle sans jamais reconstituer l’image finale. On pense alors à ces livres vignettes comme « La pluie, avant qu&#8217;elle tombe » de Jonathan Coe mais avec un style plus proche de Modiano où les protagonistes se perdent dans des villes/vies qui ne sont pas les siennes.</p>
<p>Avec son style incisif, qui essaye toujours d’en dire le maximum en un minimum de mots, <strong>Hélène Frappat</strong> enchaine les scènes comme autant de souvenirs entraperçus à travers les vitres d’un train filant à toute allure. Dans un état semi-endormi, on vogue alors entre les événements passés, les rêves et les fantasmes. On aime ainsi se perdre entre la fiction et l’autobiographie, avec ses personnages qui sont peut-être des anonymes ou peut-être des incarnations (« L. » comme un début phonétique de Hélène). Cette succession de vielles photos en forme de courts chapitres d’une page – qui comme n’importe quel cliché fonctionne à la fois tout seul et à la fois au sein d’un album complet – cherche à nous englober, et à nous rappeler que les histoires des autres sont tout aussi importantes que nos propres histoires. Ce qui mène aux retrouvailles compte autant que les retrouvailles elles-mêmes.</p>
<p>Les femmes sont ici liées par un bâton suspendu entre leurs épaules : qu’elles soient mère, fille ou amie, elles ne gardent de l’hiver que leur amitié comme butin ; et c’est pour cela que « Inverno » s’efforce à tracer des lignes entre elles, indépendamment des époques et des lieux. Qu’il s’agisse de L., de Emmanuelle ou de Bérangère, elles sont toutes habitées par la solitude, une solitude que les hommes ne peuvent pas comprendre et qui induit toujours la séparation (avec des conséquences plus ou moins tragiques). Les hommes n’apparaissent d’ailleurs qu’au travers des mots des femmes, comme des histoires qui n’apparaissant qu’au travers des souvenirs. Ils n’ont pas le droit de se défendre, la mélancolie parle pour eux. Dans « Sous Réserve », elle disait &laquo;&nbsp;<em>Et pourquoi, faudrait-il que, se découvrant entièrement à l&#8217;autre, on perde son estime ?</em>&nbsp;&raquo; ; et « <strong>Inverno</strong> » semble répondre « Parce que c’est la nature humaine, parce que les hommes sont ainsi ! ». Mais au final, il n’y a que de la fatalité. Les personnages de Jean et de L. sont-ils si différents ? Tous deux s’inventent des jalousies, et toute la vie est ici résumée : d’un côté il y a les souvenirs du passé et de l’autre les inventions du présent ; le monde ne peut fonctionner autrement.</p>
<p>Mais alors qu’il vise une universalité vaporeuse, « <strong>Inverno</strong> » reste un brouillard dans lequel on ne pénètre jamais totalement. C’est un livre où l’on n’apprend rien sur soi même (« il n’y a rien à savoir sur vous même ») ; l’auteur nous avait averti : il s’agit juste d’une plongé dans nos souvenirs pour se rapproprier qui nous sommes, une plongée languissante et pleine de mélancolie, qui n’interagit que discrètement avec l’imbrication totale du récit. On flotte et on flâne dans notre tête. Et cette expérience se doit d’être collective, car l’on ne se souvient jamais très bien de soi-même et l’ami qui a vécu les scènes de l’extérieur en sait parfois, via son regard neuf, plus que nous.</p>
<p>Alors les temps se télescopent, et on passe du passé simple au présent dans la même narration. Qu’est ce qui est un souvenir et qu’est ce qui compose encore notre présent ? Peut-on se perdre en soi même et si oui n’est ce pas un moyen de revivre ?</p>
<p><strong>Hélène Frappat</strong> ne développe pas, ne construit pas, et ne donne jamais les clefs de son roman. « Inverno » comporte beaucoup de petites histoires et n’a besoin de trois fois rien pour densifier ses personnages, mais on s’y perd sans jamais s’y noyer. Peut-être que contrairement à ses précédents romans, le cadre est trop réel pour que l’on se satisfasse de si peu de repères ; peut-être que comme les souvenirs, le roman finit par tenir dans une coupe…</p>
<p>« <em>Ainsi marchons-nous en exil, sur des trottoirs qui ne nous appartiennent pas, accompagnés par une foule indifférente et anonyme, regrettant le lieu où nous ne sommes pas, magnifiant les époques défuntes, à l’affût d’une étincelle de nostalgie qui, en auréolant les promesses non tenues du passé d’une lumière illusoire, plonge le présent qui n’existe déjà plus dans l’ombre.</em> »</p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="INVERNO de Hélène Frappat" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/09/inverno-de-helene-frappat/16288/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>DU DOMAINE DES MURMURES de Carole Martinez [8/10]</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Sep 2011 12:00:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Catnatt</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[Semaine Littéraire 2011]]></category>

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		<description><![CDATA[« Je suis l&#8217;ombre qui cause. Je suis celle qui s&#8217;est volontairement clôturée pour tenter d&#8217;exister. Je suis la vierge des Murmures. À toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l&#8217;espoir des emmurées. […] Entre dans l&#8217;eau sombre, coule-toi dans mes contes, laisse mon verbe t&#8217;entraîner [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Je suis l&#8217;ombre qui cause.<br />
Je suis celle qui s&#8217;est volontairement clôturée pour tenter d&#8217;exister.<br />
Je suis la vierge des Murmures. </em></p>
<p><em>À toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l&#8217;espoir des emmurées. […]<br />
Entre dans l&#8217;eau sombre, coule-toi dans mes contes, laisse mon verbe t&#8217;entraîner par des sentes et des goulets qu&#8217;aucun vivant n&#8217;a encore empruntés.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Je veux dire à m&#8217;en couper le souffle.<br />
Écoute ! » </em></p>
<p>D’abord le titre, magnifique : <strong>« Du domaine des Murmures »</strong>. J’ai eu beau chercher, nul château se nomme ainsi en France et je me surprends à le regretter. J’ai traqué la réalité au sein de ce livre à l’histoire et l’écriture puissantes et je n’ai trouvé que deux points de chute : la légende de la dame verte et la vallée de la Loue. Curieuse coïncidence, celui qui commit le tableau le plus scandaleux au monde, l’abysse de la féminité, « l’origine du monde », Gustave Courbet, a peint la Loue à de nombreuses reprises (à se demander si la Loue ne préfigurait pas l&#8217;oeuvre incroyable, voir diaporama sur le côté). Et « Du domaine des Murmures », il est surtout question de féminisme.</p>
<p><em>« En cet an 1187, Esclarmonde, Damoiselle des Murmures, prend le party de vivre en recluse à Hautepierre, enfermée jusqu’à sa mort dans la petite cellule scellée aménagée pour elle par son père contre les murs de la Chapelle qu’il a bâtie sur ses terres en l’honneur de Sainte Agnès, morte en martyre à 13 ans de n’avoir pas accepté d’autre époux que le Christ. »</em></p>
<p>Je me suis retenue de le dévorer, lisant lentement et pourtant j’ai abdiqué, j’ai sombré dans les méandres de l’imagination de l’auteur, ses sinuosités littéraires et ses dédales psychologiques. <strong>Carole Martinez</strong> a l’art et la manière de vous faire oublier en quelques pages ce qui vous touchait tant, pour mieux vous rattraper  d’un mot, d’une tournure de phrase, d’un paragraphe cinglant.</p>
<p>Si le roman se déroule au Moyen-Âge (ce qui pourrait être rédhibitoire, j’en conviens) <strong>Carole Martinez</strong> ne se laisse jamais dominer par l’évocation barbante historique. Il y est question des femmes et de leur liberté ; comment négocier en ce bas-monde quand la nature vous a confié cet état ? J’avais écrit il y a très longtemps :</p>
<p>«  Mais jamais, jamais, être né garçon ne fut une infortune. Nulle part. Juste une journée pour garder en mémoire cette disgrâce&#8230; »</p>
<p><em>« Certes ton époque n’enferme plus si facilement les jeunes filles, mais ne te crois pas pour autant à l’abri de la folie des hommes. J’ai vu passer les siècles, l’histoire n’a jamais cessé de chambouler nos vies et les évidences sont infiniment fragiles »</em> écrit Carole Martinez. Le plafond a toujours existé, il était de pierre, à présent il est de verre par chez nous.</p>
<p><strong>« Du domaine des Murmures »</strong>, c’est le destin d’une jeune fille qui voulait être libre et qui choisit l’enfermement total pour l’être. L’histoire d’une naïve qui voulait dominer les hommes par le pouvoir de Dieu, seul au-dessus de tous, imbattable. « Du domaine des Murmures », c’est la redistribution des pouvoirs, quatre libertés contées : C’est Esclarmonde qui refuse son destin et s’en crée un autre par la grâce de Dieu : le pouvoir spirituel. C’est Bérangère qui s’émancipe de son passé, s&#8217;offre à la vie, hymne à la sensualité et à la magie : le pouvoir sexuel, <em>« Elle avait brisé les invisibles chaînes qui l’entravaient depuis l’enfance, cette tenue qu’on lui avait imposée, et la géante s’offrait désormais aux frôlements du vent, à la fraîcheur des sous-bois, aux langues de soleil. Il lui arrivait de jouir du paysage ou même d’une petite brise égarée sous ses jupes –voluptés solitaires – de s’accoupler avec le monde le temps d’un courant d’air »</em>. C’est Douce à qui l’on offre la liberté de diriger le domaine et qui se mure dans un autoritarisme sans pitié pour que nul ne la remette en cause : le pouvoir temporel. Et c’est Jehanne, la serf qui finalement sera la plus libre, ni enchaînée à Dieu, ni au temps, ni au sexe, pas de pouvoir :  juste l&#8217;amour et le libre-arbitre. Quatre libertés qui rythment le château : <em>« Il me semblait parfois que les Murmures s’étaient définitivement dégagés du pouvoir des hommes, et que Bérangère, Douce et moi-même tenions désormais, chacune dans notre domaine, les fils du monde »</em>.</p>
<p>C’est un roman sur le mensonge, ou plutôt une omission salvatrice, comme une absence qui serait un espace pour l’imaginaire, la légende : <em>« Je ne redoutais plus leur jugement ni même celui de Dieu. Je n’avais pas menti, je m’étais contentée de taire une vérité que personne n’avait envie d’entendre et mon silence avait offert un espace blanc à broder, un vide dont chacun s’était emparé avec délice. »</em> Et c’est étrange à lire, nous qui vivons dans le culte de la transparence, transparence dont on peut douter qu’elle nous ait rendus vraiment heureux car comme le souligne <strong>Carole Martinez</strong> <em>« Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits.  (…) Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans savoir pourquoi. »</em></p>
<p>C’est l’histoire d’un amour fou entre un père et sa fille. Le père qui se retrouve en fin de compte aussi prisonnier que sa fille et pourtant libre de ses mouvements. Le père et la fille, tous deux <em>« agenouillés au carrefour des vivants et des morts »</em>, lui reclus par les regrets et les rêves des disparus. C’est l’histoire d’une névrose, névrose personnelle, familiale, collective. Tous les personnages crées par Carole Martinez sont complètement ravagés finalement. Le siècle portait à la folie, certes, mais elle distille de ci de là la démence qui monte en puissance jusqu’à éclater par la foule : <em>« Comme si une longue chaîne de douleurs nous ligotait les uns aux autres sous prétexte que nous partagions le même sang. Comme si semblable à l’eau, ce sang tendait toujours à se rejoindre dans une goutte unique. »</em> . <strong>Carole Martinez</strong> est sadique avec ses personnages, elle les broie, les fait renaître, sombrer, abdiquer.</p>
<p>De mort, il en est question ; <strong>« Du domaine des murmures »</strong> traite aussi des croisades, des souffrances, du sang et de la peur : <em>« Tous ces cadavres en marche ployaient sous leur croix dont le rouge sang tournait à l’ocre, car les couleurs elles-mêmes s’épuisaient, rongées par le même soleil assassin. »</em> ; de la religion au dangereux pouvoir contradictoire, celle qui sauve Esclarmonde de son destin tout tracé et celle qui est assoiffée de conquête et de vengeance : <em>« Imagine, toi qui m’écoutes dans l’ombre, imagine une armée de plus de 100 000 hommes, la plus imposante des armées jamais levées, une armée dont les chants résonnaient aux oreilles du grand Saladin depuis des mois, une armée toute grouillante d’êtres animés par la foi et la haine&#8230; »<br />
</em></p>
<p>Je ne saurais mieux dire que Pierre Jourde : <em>« Carole Martinez incarne à mes yeux l’écrivain qui peut devenir populaire sans renoncer à son exigence littéraire (ce qui est aussi le cas, dans un genre très différent, de Marie Ndiaye), en dehors de genres populaires en eux-mêmes, comme le policier, où l’on trouve d’excellents textes. »</em></p>
<p>Il est rare, de nos jours, de retrouver et du style et de la construction et une histoire. <strong>« Du domaine des murmures »</strong> est l’incarnation de ce que devrait être un grand roman populaire, accessible et tirant vers le haut, du fond et de la forme, des tripes et des émotions. Certes, nous sommes dans le féminin, mais il est aussi question des hommes, de leur arrogance de ce temps-là et de leur chute éternelle : <em>« Sans révolte, sans orgueil et sans force, absolument démuni de ce qu’il avait longtemps cru essentiel à un homme de sa trempe, mon père a compris que son sentiment dernier serait cette tendresse, qu’elle seule avait pu résister à cette horrible guerre qu’on disait sainte, qu’elle seule le tenait encore en vie, alors même qu’il avait passé la plus grande partie de sa vie à l’ignorer ou la combattre. »</em></p>
<p>Le seul défaut que je trouve à ce livre est la fin. Je l’ai trouvée convenue et peut-être facile. L’on pourrait presque croire que <strong>Carole Martinez </strong>a cédé aux sirènes des anciens temps, la morale est sauve, on finit toujours par payer le prix de sa liberté. Elle qui avait su créer une dramaturgie extravagante n’a pas pu ou n’a pas voulu conclure en cohérence. La réalité rattrape les rêves éveillés et c’est infiniment dommage. Ou juste plausible.</p>
<p>Mais il est temps. Alors, toi qui me lis, &laquo;&nbsp;écoute&nbsp;&raquo; Carole Martinez te conter la folle histoire <strong>&laquo;&nbsp;Du domaine des Murmures&nbsp;&raquo;</strong>, la sainte éphémère de la Loue, sa dame verte, Barberousse, Jérusalem, Dieu et l’éternel féminin :</p>
<p><em>« La tour seigneuriale se brouille d’une foule de chuchotis, l’écran minéral se fissure, la page s’obscurcit, vertigineuse, s’ouvre sur un au-delà grouillant, et nous acceptons de tomber dans le gouffre pour y puiser les voix liquides des femmes oubliées qui suintent autour de nous »</em></p>
<p><em>&gt;&gt; </em><a href="http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/tag/du+domaine+des+murmures"><em>A lire, la critique de Pierre Jourde ici </em></a></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="DU DOMAINE DES MURMURES de Carole Martinez" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/09/du-domaine-des-murmures-de-carole-martinez/16330/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>LES PIEDS NICKELES – TOME 1 : PROMOTEURS DU PARADIS par Philippe Riche [7/10]</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Jul 2011 07:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[Du haut de leurs 90 ans passés, les Pieds Nickelés sont tombés dans le domaine public (encore quelques décennies pour que ce soit enfin le tour d&#8217;Astérix mais c&#8217;est une autre histoire&#8230;). Qui dit domaine public dit ribambelles d&#8217;auteurs et d&#8217;éditeurs prêts à s&#8217;emparer du mythe que représente ce trio d’escrocs sympathiques dotés d&#8217;une gouaille haute en couleurs et d&#8217;un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
Du haut de leurs 90 ans passés, les <strong>Pieds Nickelés</strong> sont tombés dans le domaine public (encore quelques décennies pour que ce soit enfin le tour d&#8217;Astérix mais c&#8217;est une autre histoire&#8230;).</p>
<p>Qui dit domaine public dit ribambelles d&#8217;auteurs et d&#8217;éditeurs prêts à s&#8217;emparer du mythe que représente ce trio d’escrocs sympathiques dotés d&#8217;une gouaille haute en couleurs et d&#8217;un esprit plus porté sur l&#8217;entourloupe du bourgeois bedonnant que dans le dévouement made in Scout de France.  On n&#8217;imagine pas un Pied Nickelé aider un petit vieux en loden à traverser une rue sans lui tirer son portefeuille au beau milieu de la rue, ce serait péché&#8230;</p>
<p>Sur la ligne de départ de cette relecture des aventures des 3 compères, Delcourt et Glénat &#8211; via sa filiale Vents d&#8217;Ouest &#8211; ont déjà chaussé les crampons et revisité les aventures de Filochard, Ribouldingue et Croquignol. L&#8217;expérience Delcourt fut un échec (ennui complet, à peine un sourire à la lecture des 2 tomes de la Nouvelle Bande des Pieds Nickelés depuis 2009&#8230;) mais celle de Philippe Riche est ici plus convaincante.</p>
<p>Car s&#8217;emparer de figures légendaires et populaires de la bande dessinée suppose de respecter les valeurs originelles de la série créée par Louis Forton en 1908 (et reprise par Pellos à partir de 1948) tout en les inscrivant dans l&#8217;époque contemporaine. On imagine mal ces <strong>Pieds Nickelés</strong> vêtus en 2011 comme en 1930, ambiance bretelles et casquette, roulant dans une traction avant alimentée par une bonbonne de gaz logée sur la galerie&#8230; A l&#8217;inverse, il est hors de question de penser une seule seconde que les <strong>Pieds Nickelés</strong> pourraient travailler honnêtement pour payer la facture de leur forfait 4 H + SMS illimités&#8230;</p>
<p>Ainsi, les fondamentaux doivent être solidement suivis, aussi sûrement qu&#8217;une aventure de James Bond doit comporter de beaux gadgets, des femmes séduisantes et (parfois) fourbes et un méchant vraiment, mais alors vraiment méchant (et fourbe)&#8230; Donc, en résumé :</p>
<ol>
<li>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> sont d&#8217;attendrissantes fripouilles fauchées, cyniques et portées sur le pinard (mais vachement sympas, hein) qui n&#8217;ont de cesse de trouver, sans foi ni loi ni Dieu ni maître, de quoi subvenir à leurs besoins financiers.</li>
<li>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> fomentent un coup improbable pour ratisser jusqu&#8217;à l&#8217;os de caricaturaux bourgeois, opulents et naïfs. En gros, tondre l&#8217;ordre établi.</li>
<li>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> montent une escroquerie tellement improbable que leurs victimes fortunées tombent dans le panneau comme des mouches dans un pot de miel.</li>
<li>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> donnent toujours l&#8217;impression de surmonter les obstacles qui se mettent en travers de leur marche vers la fortune.</li>
<li>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> tombent sur un os imprévu qui ruine tous leurs efforts, sur le principe du tel-est-pris-qui-croyait-prendre (car on ne tond pas l&#8217;ordre établi aussi facilement que ça).</li>
<li>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> sont aussi fauchés au début qu&#8217;à la fin de leur aventure mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;on a bien rigolé au détriment de ces cons de bourgeois&#8230;</li>
<li>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> peuvent redémarrer une aventure avec peau-de-balle dans leurs poches pour enrichir leurs auteurs et éditeurs à défaut d&#8217;eux-mêmes (belle ironie).</li>
</ol>
<p>Dans ces <strong>Pieds Nickelés</strong> à la sauce 2011, le bourgeois bedonnant a fait place au nouveau riche du chobiz et aux milliardaires boursiers (ici, un rapper breton et 2 clones de Bernard Arnault et Liliane Bettencourt) et les 3 escrocs losers sont croqués par Philippe Riche dans des tenues plus conformes à ce XXIème siècle qui a vu l&#8217;avènement du pantalon coupe slim. Pour le reste, l&#8217;arnaque est délirante à souhait &#8211; vendre à des nantis des terrains sur l&#8217;île Seguin de Boulogne-Billancourt sur la foi d&#8217;une promesse de transformation de l&#8217;emplacement de l&#8217;ex-usine Renault en paradis fiscal &#8211; et les embûches nombreuses pour parvenir à un sublime échec qui sonne comme une fatalité.</p>
<p>Le dessin de Philippe Riche contribue également fortement à la modernisation des aventures de ces <strong>Pieds Nickelés</strong> là : un trait rapide et rythmé, pas de bords de cases où les dessins s&#8217;enchaînent sans temps morts sur des planches copieusement garnies, des décors réduits à leur plus simple expression, une vraie patte pour caricaturer les pas-si-pauvres victimes des 3 aminches&#8230;</p>
<p>Les basiques sont là. Check.</p>
<p>Une fois <strong><em>Promoteurs du Paradis</em></strong> refermé, force est de constater que les personnages nagent dans notre époque comme des poissons dans l&#8217;eau et restent crédibles malgré leur gran âge. Car les Ribouldingue, Filochard et Croquignol de Philippe Riche évoluent dans une France qui sonne aussi vraie que celle du siècle dernier : absurdité des petits boulots payés au lance-pierre par des patrons estampillés Thénardier, recherche du profit maximum en un minimum de temps, esprit franchouillard qui glorifie le petit malin magouilleur, règne du paraître, abhorration des riches plus préoccupés de faire fructifier leur trésor que d&#8217;en faire profiter leur prochain, gouvernement considéré comme complice de ces nantis&#8230;</p>
<p>Les <strong>Pieds Nickelés</strong> sont des Robin des Bois oeuvrant pour leur seul avantage, des chirurgiens amateurs cherchant à soigner leur propre fracture sociale, des anarchistes individualistes qui ne cracheraient pourtant pas sur un petit pactole. Ils l&#8217;ont toujours été. La modernité des <strong>Pieds Nickelés</strong>, même soumise à un lifting graphique et scénaristique, n&#8217;est finalement que la conséquence d&#8217;un constat d&#8217;immobilisme de la société qui les a vus naître il y a presque 100 ans.</p>
<p>Face à la permanence des archétypes inventés par Forton en 1908, tous les indicateurs sont donc au beau fixe pour que ces 3 zigomars continuent de donner le change à leurs lecteurs et rencontrent le succès. Forton, depuis la tombe qui l&#8217;accueille depuis 1934  suite à une cirrhose fatale, s&#8217;en étonnerait peut-être. Quand à nous, il vaut mieux en rire.</p>
</div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="LES PIEDS NICKELES &#8211; TOME 1 : PROMOTEURS DU PARADIS par Philippe Riche" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/07/les-pieds-nickeles-tome-1-promoteurs-du-paradis-par-philippe-riche/16028/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>JAN KARSKI de Yannick Haenel [7.5/10]</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Jun 2011 07:00:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2009]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[« L’Histoire me sera indulgente, car j’ai l’intention de l’écrire » aimait à dire Churchill. Le premier ministre britannique avait le sens de la formule, ce n’est un secret pour personne ; mais il avait aussi le sens de l’Histoire. Surtout il savait parfaitement s’inscrire dans celui-ci. Certes pour cela tenir la plume du vainqueur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« L’Histoire me sera indulgente, car j’ai l’intention de l’écrire » aimait à dire Churchill. Le premier ministre britannique avait le sens de la formule, ce n’est un secret pour personne ; mais il avait aussi le sens de l’Histoire. Surtout il savait parfaitement s’inscrire dans celui-ci. Certes pour cela tenir la plume du vainqueur est toujours plus aisé mais, par ses mots, Churchill n’a que l’honnêteté de reconnaître ce que tout le monde ne sait que trop bien, à savoir que « l’Histoire est écrite par les vainqueurs » (Brasillach) ! Dès lors où trouver la vérité historique ? Et qui serait dans ces cas là, exception faite de l’historien trop souvent tourné vers un passé révolu, le dépositaire de l’objectivité requise quand il s’agit de rendre compte pour les générations présentes et futures du cours des événements actuels.  Car du romancier au témoin direct, de l’homme politique au biographe chacun donne sa propre interprétation en se souciant parfois moins de la véracité des faits que de l’utilisation qu’il pourrait en faire. Alexandre Dumas, ou son nègre, on ne sait plus trop aujourd’hui, avait d’ailleurs eu ces mots fameux si révélateurs des libertés qu’il jugeait pouvoir prendre avec l’Histoire : « Il me paraissait permis de violer l’Histoire pourvu qu’on lui fasse de beaux enfants ». <em>Les Trois Mousquetaires</em>, <em>Vingt après</em> ou encore la saga des <em>Rois maudits</em> de Maurice Druon attestent ainsi parfaitement des licences prises parfois par les romanciers avec la grande Histoire. A leur décharge, il faut souligner que leur finalité n’est pas la même, leur responsabilité historique n’est pas engagée. Il ne s’agit que de fiction, revendiquée comme telle, qui n’abîme pas l’Histoire mais la met en valeur, la restitue sous des traits certes parfois à peine honnête mais qui ont au moins le mérite de permettre une vulgarisation aux vertus pédagogiques certaines. J’ai toujours beaucoup aimé ces mots de Victor Hugo dans <em>Quatre-vingt treize</em>, grande fresque historique sur les Guerres de Vendée, qui à mes yeux synthétisent parfaitement le rapport de l’écrivain à l’Histoire : « La Vendée ne peut être complètement expliquée que si la légende complète l’Histoire. <em>Il faut l’Histoire pour l’ensemble et la légende pour les détails</em> ».  Dès lors, si le romancier doit être exclu, serait-ce donc la responsabilité du politique de se poser comme le garant d’une juste transmission de la vérité historique ? Là encore, difficile d’envisager confier un tel rôle à nos hommes politiques, eux qui sont à la fois juge et partie, eux dont on ne sait jamais s’ils font l’histoire autant qu’ils l’écrivent ou s’ils écrivent l’histoire bien plus qu’ils ne la font. Et le rôle du biographe peut être pareillement remis en cause, la proximité, l’attrait voire la fascination exercés par son sujet pouvant déformer ou infléchir l’objectivité du propos. Reste alors le témoin direct et la parole incontestable de « celui qui a vécu ». Mais que faire alors quand le témoignage épouse le roman pour se mettre en histoire ? Sommes-nous dans l’Histoire ? Dans la fiction ? Et surtout, quelle croyance porter aux propos tenus, aussi forts et déroutants soient-ils ? C’est là l’une des premières réflexions qu’impose <strong>Jan Karski</strong>, l’œuvre de <strong>Yannick Haenel</strong>.</p>
<p>Mais au préalable, il convient bien évidemment de préciser qui était Jan Karski. Jan Karski était un résistant polonais, l’œil et la voix de la Pologne outragée, un messager qui eut la lourde tâche au cours de la seconde guerre mondiale d’assurer la liaison entre la Résistance de son pays et le gouvernement polonais, en exil à Londres, afin d’alerter le monde sur les atrocités commises par les nazis en Europe. Meurtri  à jamais par la vision du ghetto de Varsovie que la Résistance lui fit clandestinement « visiter », Karski fera dès lors tout son possible pour hâter une intervention alliée et venir en aide aux Juifs d’Europe. Alertant les puissants, de Churchill à Roosevelt, sur l’existence des camps de concentration et d’extermination, il parcourra le monde pour délivrer son témoignage et son message d’urgence, appels et cris désespérés telle une bouteille à la mer submergée par la vague d’un monde en perdition : il ne sera jamais vraiment entendu. Le récit de Haenel est donc un roman de témoignage-fiction inspiré de la vie de Karski, œuvre bigarrée construite en trois parties distinctes. La première reprend et décrypte les paroles confiées par Jan Karski à Claude Lanzmann pour réaliser Shoah, ce documentaire et œuvre d’une vie de plus de 9h30 sur l’extermination des juifs sorti en 1985 : le témoignage est fidèle. La seconde partie du roman est un résumé proposé par Haenel du livre écrit par le messager polonais en 1944, <em>« Mon témoignage devant le monde – Histoire d’un Etat clandestin »</em> : le témoignage se fait interprétation. La troisième partie écrite, fait troublant, à la première personne est l’occasion de réflexions plutôt engagées que Haenel prête fictivement à  Karski. La frontière entre le romancier et le témoin se brouille : le témoignage devient pure fiction voire uchronie. Cette troisième partie a d’ailleurs très largement porté à polémique, Lanzmann lui-même ayant très sévèrement critiqué l’œuvre de Haenel pour sa véracité relative et expliquant qu’elle n’était en rien conforme à la pensée de Karski, décédé en juillet 2000 et donc à jamais absent pour trancher cette querelle finalement sans grand intérêt. Car qu’importe le débat, l’important est ailleurs. L’important tient aux propos mêmes tenus par Haenel et à la thèse en réalité assez simple qu’il développe, à savoir la responsabilité engagée des Alliés dans l’Holocauste et ce pour deux raisons : d’une part parce qu’informés de ce qu’il se passait ils n’ont rien fait pour intervenir, laissant le massacre se produire ; d’autre part parce qu’alertés sur le génocide perpétré ils ont tout fait pour le dissimuler, laissant l’ignorance gouverner. Cette attitude passéiste, criminelle aux yeux de certains, se voulait évidemment guidée par des motifs que le recul pris aujourd’hui ne doit pas nous faire pour autant perdre de vue : éviter des actions isolées et non-coordonnées aux conséquences possiblement lourdes pour la Résistance ; laisser le temps aux Alliés de s’organiser et ne pas hâter une intervention décisive que la précipitation aurait pu faire échouer. Pourtant, Yannick Haenel refuse toute compromission à l’égard de circonstances atténuantes ayant pu dicter le comportement des occidentaux. Il veut voir bien au contraire, dans le sort réservé aux Juifs d’Europe, l’abandon des hommes par les hommes, et de se demander alors, dans une sorte d’écho mystique à Beckett : « Dieu est-il mort à Auschwitz ? »</p>
<p>Ainsi, témoignage fidèle ou fiction objective tout cela demeure sans incidence tant le roman de Haenel  secoue, dérange, bouleverse. Il secoue car il aborde sous un angle nouveau une version de l’Histoire qui ébranle nos certitudes. Il dérange car il trouble la vision toute manichéenne donnée habituellement de la Shoah, remettant en cause une dichotomie aussi rassurante que déculpabilisante. Il bouleverse car il nous raconte l’histoire d’un sacrifice, un sacrifice dont nous sommes les héritiers, mais surtout un sacrifice dont nous sommes peut-être, sans le savoir, les enfants d’aveugles bourreaux. Il se dégage alors une saine indignation, une juste révolte qui, si elle peut porter à contestation, oblige à la réflexion. Il en va ainsi de certains extraits notamment, de ces passages qu’on lit légèrement tout d’abord, vers lesquels on revient et qui nous hantent ensuite tout au long de la lecture en nous invitant à poser le livre pour réfléchir quelques instants. Ce fut le cas par exemple de ce court passage : « Le procès de Nuremberg n’a pas seulement servi à prouver la culpabilité des nazis, il a eu lieu afin d’innocenter les Alliés. La culpabilité des Allemands a servi à fabriquer l’innocence des Alliés. En 1945 on a enterré les dossiers, en 1945 on a effacé les traces. 1945 c’est la pire année dans l’histoire du XXème siècle, celle où l’on a osé falsifier le plus grand crime jamais commis en commun. Car l’extermination des Juifs d’Europe n’est pas un crime <em>contre</em> l’humanité, c’est un crime commis <em>par</em> l’humanité ». On peut légitimement penser que les propos de Yannick Haenel sont exagérés, ou qu’il a du moins le défaut d’oublier un peu rapidement ce que furent réellement la lutte et la résistance contre les nazis. Mais à sa décharge on sent poindre dans son écriture le gouvernement d’une indignation et d’une passion brûlantes qu’on ne saurait nécessairement regretter ni déplorer puisque, comme le disait si bien Léon Bloy : « on ne voit bien le mal dans ce monde qu’à condition de l’exagérer ».</p>
<p>Au terme de la « Grande Guerre », Paul Valéry avait eu ces mots graves et profonds : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». A l’issue du deuxième conflit mondial ayant ensanglanté le XXème siècle, le grand poète aurait pu être plus sévère encore et graver de sa plume de fer cette sentence foudroyante : « Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous ne sommes plus humaines ». Mais Valéry s’est éteint quelques semaines à peine avant qu’Enola Gay, avion le plus tristement célèbre de l’Histoire du monde, ne lâche son cher « petit garçon » sur Hiroshima, en ce jour de non-retour où la barbarie épousa la démocratie. Malheureusement depuis, de Staline à Khadafi, de la révolution culturelle chinoise au génocide rwandais, de l’Afghanistan à Israël, c’est un peu comme si cette triste maxime était devenue la devise d’un monde qui ne tourne plus rond. Peut-être l’Histoire saura-t-elle un jour condamner cette horreur que nous sommes toujours prompts à dénoncer tant qu’elle ne nous oblige pas à regarder en face nos propres atrocités. Peut-être d’autres romanciers auront-ils la force de dépeindre la cruelle hypocrisie de sociétés déculpabilisées où reconnaître ses fautes passées s’apparente à un déshonneur fatal. Demeurons optimistes sur l’issue du combat et gardons à l’esprit, comme une lueur incandescente qu’entretient la flamme de l&#8217;espérance, cette maxime de l’un des plus grands historiens latins : « La vérité est souvent éclipsée mais jamais éteinte » (Tite-Live)</p>
<p><strong>Note : 7,5/10</strong></p>
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		<title>GRANDVILLE MON AMOUR par Bryan Talbot [8,5/10]</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Jun 2011 12:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>

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		<description><![CDATA[Tarantino meets Blacksad meets Sherlock Holmes meets Dirty Harry meets La Ferme des Animaux meets Jean Ignace Isidore Gérard (qui ??? Lui, là&#8230;). Le tout avec un budget Effets Spéciaux digne de Star Wars mais pour le prix d&#8217;une licence Photoshop et d&#8217;une collection de crayons de couleurs (et avec des cachets d&#8217;acteurs bien éloignés des [...]]]></description>
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<p><strong>Tarantino</strong> <em>meets</em> <strong>Blacksad</strong> <em>meets</em> <strong>Sherlock Holmes</strong> <em>meets</em> <strong>Dirty Harry</strong> <em>meets</em> <strong>La Ferme des Animaux</strong> <em>meets</em> <strong>Jean </strong><strong>Ignace Isidore Gérard</strong> (qui ??? Lui, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Grandville" target="_blank">là</a>&#8230;).</p>
<p>Le tout avec un budget Effets Spéciaux digne de Star Wars mais pour le prix d&#8217;une licence Photoshop et d&#8217;une collection de crayons de couleurs (et avec des cachets d&#8217;acteurs bien éloignés des standards hollywoodiens, acteurs dont l&#8217;expressivité du jeu de certains évoque plus sûrement Snoopy que, au hasard, Klaus Kinski&#8230;).</p>
<p>Welcome donc to <strong>Grandville Mon Amour</strong>, la nouvelle bande dessinée anthropomorphique et <em>steampunk</em> de Bryan Talbot.</p>
<p>BD à grand spectacle s&#8217;il en est, <strong>Grandville Mon Amour</strong> (épisode 2) remet en selle l&#8217;inspecteur de Scotland Yard LeBrock, un blaireau (au sens propre, je parle bien de la bestiole noire et blanche) taillé comme Vin Diesel mais qui dégage une humanité autrement plus convaincante que celle du héros de <strong>Fast and Furious</strong>. Accompagné de son fidèle acolyte, le rat Radzi (toujours au sens propre&#8230;), LeBrock fait un cas personnel de l&#8217;arrestation du chien Mad Dog Mastock, qui vient de s&#8217;échapper de la Tour de Londres au moment où il allait subir une décapitation définitive par voie de guillotine.</p>
<p>Mais, me direz-vous par le truchement d&#8217;une belle présence d&#8217;esprit : une guillotine en Angleterre ?</p>
<p>Oui. Une guillotine. Car dans le monde uchronique de <strong>Grandville</strong> où nous ne sommes pas à une surprise près, l&#8217;Angleterre sort tout juste de 200 ans d&#8217;occupation française à la suite de la victoire des Bleus &#8211; une fois n&#8217;est pas coutume &#8211; dans les guerres napoléoniennes. Arrachée de haute lutte par des mouvements de désobéissance civile et d&#8217;attentats anarchistes, l&#8217;indépendance anglaise est déclarée depuis 23 ans au moment où débute notre histoire&#8230;</p>
<p>Suite à son évasion inattendue, le psychopathe Mastock, ancien héros de la Résistance britannique, s&#8217;est donc fait la malle en France où il égorge consciencieusement des prostituées. Mais dans quel but ? Lebrock et Ratzi vont traverser la Manche à bord d&#8217;un aéronef à vapeur et leur enquête va les plonger au coeur d&#8217;une machination politique qui touche les plus hauts sommets de la jeune République Socialiste de Grande-Bretagne&#8230;</p>
<p>Une fois encore, Bryan Talbot dénonce dans sa série &#8211; dont il est dessinateur et scénariste - les dérives dont se rendent coupables les leaders politiques de tous genres (les modalités d&#8217;entrée dans la guerre en Irak dans le premier tome de <strong>Grandville</strong>, les petits arrangements consécutifs à une guerre révolutionnaire, où les amis d&#8217;antan deviennent adversaires à la faveur de la disparition de l&#8217;ennemi commun dans <strong>Grandville Mon Amour</strong>). Mais chez Bryan Talbot, les <em>bad guys</em> finissent toujours pas payer de leur vie le prix de leur compromission, poussés à la faute par un justicier implacable et violent. Un héritage peut-être chez l&#8217;auteur d&#8217;un passé de dessinateur de super-héros aux profils complexes et sombres (Batman et Judge Dredd dont au sujet desquels on ne peut pas utiliser le qualificatif de &laquo;&nbsp;détendus du slip&nbsp;&raquo;) .</p>
<p>Mais au-delà du message politique convenu (quoi qu&#8217;assez habilement distillé dans le développement de l&#8217;intrigue, conçue pour atteindre son <em>climax</em> dans les dernières pages), c&#8217;est la richesse du vocabulaire graphique de Bryan Talbot qui force le respect. Truffé de références à l&#8217;histoire de la BD et de clin d&#8217;yeux à certains héros emblématiques (on croisera notamment Donald Duck ou un Gaston Lagaffe bouffi comme s&#8217;il était dessiné par Tardi), <strong>Grandville Mon Amour</strong> fait preuve d&#8217;un sens du détail, d&#8217;un découpage des cases et d&#8217;un travail sur la lumière et la mise en couleur assez bluffants. Certaines planches, jouant sur des effets de flou entre l&#8217;arrière-plan et le premier plan ou usant d&#8217;une certaine esthétisation de la violence (de bien belles projections de sang qui rendraient jaloux le délicat Dexter), renvoient à des codes du genre cinématographique. Le rythme de ce thriller rétro-futuriste s&#8217;en trouve renforcé, et l&#8217;immersion du lecteur est totale, déjà décuplée par le choix par Bryan Talbot de donner vie à un véritable zoo d&#8217;animaux humanisés.</p>
<p>Bryan Talbot invente avec <strong>Grandville</strong> un monde déroutant et violent, peuplé d&#8217;animaux aussi vils, brutaux et ambigus que leurs modèles humains. Mêlant habilement ses influences, il signe <em>de facto</em> un hommage à plusieurs genres &#8211; cinéma, littérature policière et SF, arts graphiques &#8211; pour les sublimer dans une bande dessinée qui pourrait, si ses suites s&#8217;appuient sur des scénarios plus riches encore, rejoindre l&#8217;étagère des Classiques.</p>
<p><strong>Note : 8,5/10</strong></p>
</div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="GRANDVILLE MON AMOUR par Bryan Talbot" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/06/grandville-mon-amour-par-bryan-talbot/15677/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>LA FÊTE DU SIÈCLE de Niccolò Ammaniti [7/10]</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Jun 2011 12:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Vous êtes une réalité insignifiante dans le dur panorama du satanisme italien.&#160;&#187; On peut comprendre la colère de Saverio Moneta dit Mantos, leader de la secte des Enragés d&#8217;Abaddon (4 membres), lorsque cette vérité lui est assénée par son rival en matière de culte du Malin (personnellement, je lui aurais ouvert les entrailles à coup [...]]]></description>
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<p>&laquo;&nbsp;Vous êtes une réalité insignifiante dans le dur panorama du satanisme italien.&nbsp;&raquo;</p>
<p>On peut comprendre la colère de Saverio Moneta dit Mantos, leader de la secte des Enragés d&#8217;Abaddon (4 membres), lorsque cette vérité lui est assénée par son rival en matière de culte du Malin (personnellement, je lui aurais ouvert les entrailles à coup de crucifix en chantant une chanson de Led Zeppelin à l&#8217;envers&#8230;). Mais dans un pays où même les satanistes en sont arrivés à concocter des stratégies de prise de part de marché, où va le monde, ma bonne dame, je vous le demande&#8230;</p>
<p>En observateur caustique de l’Italie de Berlusconi, Niccolò Ammaniti peint à grands coups de pelle le portrait d’un pays décadent et apparemment fier (ou inconscient) de l’être, où les satanistes sont loin d’être les plus ridicules. Cette <strong>Fête du Siècle</strong>, c&#8217;est le passage à tabac d&#8217;une société où la vulgarité est élevée au rang de modèle, l&#8217;extermination d&#8217;une aristocratie médiatique et économique qui ne pense qu&#8217;à jouir sans entraves ni valeurs morales. <em>Carpe Diem</em> et <em>Vaffanculo</em> !</p>
<p>Tout le monde passe devant le peloton d&#8217;exécution du procureur Ammaniti : Fabrizio Ciba, le jeune auteur bellâtre en panne d&#8217;inspiration après le succès d&#8217;un de ses romans, Mantos, le loser qui étouffe la frustration de sa vie en dirigeant tant bien que mal les Enragés d&#8217;Abaddon, Chiatti, le milliardaire parvenu en quête de respectabilité, Simona, la blonde actrice au QI aussi mince que la surface de tissu recouvrant ses courbes généreuses, ou encore Bocchi, le médecin oubliant le serment d&#8217;Hippocrate pour embrasser le culte de Bacchus&#8230; Sans compter avec l&#8217;aréopage d&#8217;abrutis qui gravitent autour de ces personnages principaux, tous aussi misérables les uns que les autres.</p>
<p>100 pages suffisent à réunir tous ces bras cassés dans un cadre qui rassemble toutes les unités d&#8217;une pièce classique : le temps (une nuit), le lieu (une Villa romaine privatisée), l&#8217;action (<strong>La Fête du Siècle</strong>). Refusant une proposition d&#8217;OPA sur sa secte,  Mantos décide de réaliser un coup d&#8217;éclat suicidaire pour faire entrer son groupuscule dans la légende : commettre un crime rituel sur une ex-sataniste, Larita, devenue chanteuse de pop tendance &laquo;&nbsp;soupe de bons sentiments&nbsp;&raquo;. L&#8217;organisation d&#8217;une méga-soirée VIP par le riche entrepreneur immobilier Chiatti, louant les services de Larita pour un concert privé clôturant de délirantes chasses à courre, devrait permettre à Mantos et ses pieds nickelés de connaître leur heure de gloire. La fête devient alors l&#8217;épicentre de la superficialité du ghota romain, prêt à tout pour<em> en être</em>&#8230;</p>
<p>Niccolò Ammaniti n&#8217;y va pas avec le dos de la cuillère et se livre dans <strong>La Fête du Siècle</strong> à une entreprise de démolition de la supposée élite de son pays, ponctuant son propos de cri de rage face à l&#8217;ineptie de l&#8217;Italie, maltraitant sa culture et son Histoire confisquées par de riches incultes. Comédie amère où le rire est jaune caca d&#8217;oie, où seuls s&#8217;en sortent (parfois) indemnes les rares personnages conservant au fond d&#8217;eux quelques traces de lucidité et d&#8217;humanité, <strong>La Fête du Siècle</strong> signe l&#8217;acte de décès d&#8217;une société qui ne sait plus ce qu&#8217;est la honte, à l&#8217;heure où aucune valeur positive ne compense plus la spirale négative qui tire l&#8217;Italie vers le bas&#8230;</p>
<p>Les limites de la farce sont toutefois atteintes ici dans une sorte de dommage collatéral du genre : oubliant l&#8217;adage clamant que les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures, Niccolò Ammaniti a tendance à vouloir prolonger le grotesque jusqu&#8217;à inventer un dénouement vraiment <em>too much, </em>presque indigeste pour un lecteur dont les dents du fond baignent déjà dans une soupe d&#8217;aigreurs gastriques. <strong>La Fête du Siècle</strong> voit alors se diluer quelque peu l&#8217;intention initiale de son auteur, qui semble divaguer comme si son sujet avait tellement été poussé dans les outrances que seule une outrance encore plus aberrante pouvait lui permettre d&#8217;atteindre le <em>climax</em> de son histoire. A moins qu&#8217;il n&#8217;ait, finalement, préféré détourner son regard&#8230;</p>
<p>Peut-être traîne-t-il dans l&#8217;ADN collectif italien un gêne de décadence, un atavisme de la chute de l&#8217;Empire Romain. Comme une fatalité inscrite dans l&#8217;Histoire passée, présente et à venir, comme un goût particulier pour l&#8217;alternance entre la splendeur et la déchéance. A l&#8217;heure actuelle, Niccolò Ammaniti constate que le fond reste à toucher et que la seule solution consisterait à faire table rase de ce qu&#8217;il reste de cette société sans morale, dans un vaste Jugement Dernier des vacuités. Puis espérer que l&#8217;ère de Berlusconi ne sera qu&#8217;une réalité insignifiante à l&#8217;échelle de l&#8217;Histoire italienne&#8230;</p>
<p><strong>Note : 7/10</strong></p>
</div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="LA FÊTE DU SIÈCLE de Niccolò Ammaniti" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/06/la-fete-du-siecle-par-niccolo-ammaniti/15356/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>LES PRINCESSES AUSSI VONT AU PETIT COIN par Chabouté [7/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 27 May 2011 12:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;esprit d&#8217;un auteur se planque toujours, d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, dans ses mots, dans ses cases, dans ses dessins, dans son découpage. Parfois, tel un gamin jouant à cache-cache, l&#8217;auteur se camoufle avec grande application, ne laissant aucune chance à ses lecteurs les moins affûtés de le percer à jour. Mais parfois, au contraire, [...]]]></description>
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<p>L&#8217;esprit d&#8217;un auteur se planque toujours, d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, dans ses mots, dans ses cases, dans ses dessins, dans son découpage. Parfois, tel un gamin jouant à cache-cache, l&#8217;auteur se camoufle avec grande application, ne laissant aucune chance à ses lecteurs les moins affûtés de le percer à jour. Mais parfois, au contraire, il se dissimule à peine derrière un fin rideau, laissant dépasser ses pieds, ses mains ou sa tête pour être rapidement débusqué.</p>
<p>Dans<strong> Les princesses aussi vont au petit coin</strong>, on dira très vite &laquo;&nbsp;Vu !&nbsp;&raquo; à Christophe Chabouté.</p>
<p>Le point de départ de l&#8217;histoire prend la tournure banale d&#8217;un polar : Jorn, un jeune type paranoïaque aux yeux écarquillés par la folie, s&#8217;enfuit d&#8217;un hôpital où il est retenu contre son gré, et prend rapidement en otage un couple de voyageurs partis en vadrouille à bord de leur combi Volkswagen. Sous la menace de son pistolet, Jorn leur indiquera la route à suivre afin d&#8217;échapper au complot qu&#8217;il est le seul à pouvoir dénoncer. Peu perturbé par l&#8217;intrusion de ce doux dingue dans leur voyage, le couple joue le jeu de Jorn, en n&#8217;hésitant pas à le malmener au sujet de ses thèses conspirationnistes. De toute façon, ils ont du temps à revendre puisqu&#8217;ils ont tout plaqué pour partir enfin à l&#8217;aventure et laisser derrière eux leur vie de &laquo;&nbsp;commetoutlemonde&nbsp;&raquo;&#8230;</p>
<p>Fidèle à son style habituel tout de noir et blanc vêtu, Chabouté prend son temps, reste silencieux dans de nombreuses cases et gère la progression de son histoire avec patience, s&#8217;attardant aussi souvent que possible sur des séquences de progression de l&#8217;action et multipliant les angles de prises de vue. La gestion du temps chez Chabouté, laissant une impression contemplative peu répandue dans la BD française, renforce la sensation d&#8217;incertitude liée à la prise d&#8217;otage.</p>
<p>Mais Chabouté ne laisse pas son histoire vivre sa petite vie pépère de polar en noir et blanc, dont on attendrait le dénouement avec impatience pour refermer la BD et se faire un bon petit épisode des Experts avant d&#8217;aller au dodo&#8230; Non, il y intègre à intervalles réguliers des séquences mystérieuses et taiseuses qui petit à petit s&#8217;intègrent dans le récit des pérégrinations de Jorn et ses otages, séquences qui décrivent des tranches de vie d&#8217;un homme qu&#8217;on ne voit que de dos. Les pièces du puzzle s&#8217;emboîtent jusqu&#8217;à révéler le sujet réel de l&#8217;histoire qui défile sous nos yeux : l&#8217;alchimie de la création, la cuisine intime de l&#8217;auteur et ce qu&#8217;il met de tranches de sa propre vie dans son oeuvre.</p>
<p>Véritable mise en abyme dont il serait cruel de dévoiler toutes les ficelles, <strong>Les princesses aussi vont au petit coin </strong>place ouvertement Chabouté dans le rôle du démiurge tout puissant, dont même les plus infimes détails de la vie quotidienne peuvent se transformer en source d&#8217;inspiration et en matière première de fiction. Une scène superbe, en particulier, fait basculer le récit dans un courte parenthèse fantastique, épisode absurde dans le contexte du polar mais dont l&#8217;apparition n&#8217;est explicitement due qu&#8217;à un abus de pastis de l&#8217;auteur&#8230;</p>
<p>A l&#8217;instar du Kevin Spacey de <strong>Usual Suspects</strong>, dont la fin du film révèle la bluffante supercherie, Christophe Chabouté égraine les indices des conditions de création d&#8217;une intrigue. Le polar d&#8217;origine devient alors accessoire et ne sert de prétexte qu&#8217;à un exercice de style finement mené. La lecture complète de <strong>Les princesses aussi vont au petit coin</strong> n&#8217;appelle finalement qu&#8217;à une nouvelle lecture, pour dénicher les détails qui échappent nécessairement à la première compréhension.</p>
<p>S&#8217;il est donc acquis que les princesses ont également des besoins naturels à satisfaire, au risque de démystifier la magie des contes de fées, Christophe Chabouté remet la création artistique dans une perspective d&#8217;une belle banalité, comme une tentative de replacer modestement l&#8217;auteur dans la réalité de son art. Comme pour dire que toutes les histoires possibles sont là, juste sous nos yeux.</p>
</div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="LES PRINCESSES AUSSI VONT AU PETIT COIN par Chabouté" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/05/les-princesses-aussi-vont-au-petit-coin-par-chaboute/15278/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>LE DERNIER COSMONAUTE par Aurélien Maury [6,5/10]</title>
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		<pubDate>Wed, 18 May 2011 12:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[La première oeuvre &#8211; dite parfois également &#171;&#160;oeuvre de jeunesse&#160;&#187; &#8211; présente généralement 2 caractéristiques : charme et maladresse. Deux impressions que tous les parents du monde ont ressenti lorsque, fiers de leur effort surhumain d&#8217;1/4 d&#8217;heure, tous les enfants du monde soumirent un jour leur premier dessin abouti à l&#8217;avis de leurs géniteurs. Au [...]]]></description>
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<p>La première oeuvre &#8211; dite parfois également &laquo;&nbsp;oeuvre de jeunesse&nbsp;&raquo; &#8211; présente généralement 2 caractéristiques : charme et maladresse.</p>
<p>Deux impressions que tous les parents du monde ont ressenti lorsque, fiers de leur effort surhumain d&#8217;1/4 d&#8217;heure, tous les enfants du monde soumirent un jour leur premier dessin abouti à l&#8217;avis de leurs géniteurs. Au bout du dessin, deux mains potelées et un sourire fier et inquiet à la fois, ne permettant aucun autre commentaire qu&#8217;un &laquo;&nbsp;C&#8217;est très beau, chéri(e) !&nbsp;&raquo; (il serait pédagogiquement discutable de répliquer un &laquo;&nbsp;Mais qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que cette merde, pupuce ?&nbsp;&raquo; ou hors de propos de suggérer que &laquo;&nbsp;la prochaine fois, dessine une fleur plus petite que maman, les pâquerettes dépassent rarement 1m62 !&nbsp;&raquo;). On ne peut donc que s&#8217;attendrir en gardant pour soi les approximations techniques qui se corrigeront avec le temps.</p>
<p>Aurélien Maury a très largement dépassé le stade du dessin de Maternelle dans son premier album <strong>Le Dernier Cosmonaute</strong><em>. </em>Il est même doué d&#8217;une belle technique graphique, se rapprochant sur la forme d&#8217;un <strong>Chris Ware</strong>, dans une filiation moderne du <em>comic strip</em> américain. Ici, point de pâquerettes géantes ni de soleil aux rayons maladroitement tracés : <strong>Le Dernier Cosmonaute</strong> n&#8217;a d&#8217;enfantin que la naïveté du récit et la psychologie de son personnage principal, Larry, un jeune homme qui préfère s&#8217;attarder dans ses rêves de voyage dans les étoiles plutôt que de prendre à bras le corps la vie d&#8217;homme qui se présente à lui (sous la forme assez claire d&#8217;un dépucelage en bonne et due forme par la gentille Alice, son amie d&#8217;enfance).</p>
<p>Le décor planté par Aurélien Maury pour y faire évoluer ses personnages, ainsi que les différentes étapes du récit, contribuent à laisser cette impression générale d&#8217;oeuvre de jeunesse : Larry est outrageusement nigaud, un peu <em>geek</em>, vivant dans une petite bourgade américaine d&#8217;un ennui abyssal où son meilleur ami prend les traits de son nounours Teddy, confident et double mature de Larry (car Teddy fume des clopes et fait office de figure paternelle auprès de Larry, caractéristiques assez éloignées du nounours de facture traditionnelle&#8230;). Entrepris assez franchement par Alice qui lui déclare ses sentiments dans le cadre fiévreusement sensuel d&#8217;une laverie automatique, Larry semble égaré, incapable de réagir avec justesse à cette déclaration soudaine. Contraint de devoir grandir et basculer dans l&#8217;âge adulte,  Larry, un peu benêt, se fait remonter les bretelles par l&#8217;ours Teddy et va enfin faire le deuil de ses rêves d&#8217;enfants&#8230;</p>
<p><strong>Le Dernier Cosmonaute</strong> est une histoire d&#8217;apprentissage, une peinture du renoncement aux chimères de l&#8217;enfance, dont le procédé allégorique  - la tête dans les étoiles <em>versus</em> les pieds sur Terre &#8211; se retrouve jusque dans la description de la première nuit de Larry et Alice, le jeune homme s&#8217;imaginant au moment crucial propulsé dans l&#8217;espace à bord d&#8217;un vaisseau de forme phallique se dirigeant vers une planète en forme d&#8217;ovule&#8230; Ah ? Vraiment ? Est-ce bien raisonnable ? Raconté comme ça, cet épisode peut aisément susciter un certain scepticisme&#8230;</p>
<p>Pourtant, il émane un charme nostalgique de cette bande dessinée, une candeur attendrissante qui excuse ces maladresses d&#8217;écriture, presque touchantes de sincérité. On imagine aisément Aurélien Maury, achevant <strong>Le Dernier Cosmonaute</strong> comme s&#8217;il mettait le point final au testament de sa propre enfance, enfin prêt à oublier ses fusées et son ours pour s&#8217;attaquer à des histoires plus matures et entamer une oeuvre adulte. C&#8217;est en tout cas ce que laisse augurer la conclusion de cette BD.</p>
<p><strong>Le Dernier Cosmonaute</strong> peut donc se lire avec le regard d&#8217;un parent attendri mais lucide sur le fait que son auteur n&#8217;a plus, depuis bien longtemps, de petites mains potelées.</p>
</div>
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		<title>LES GRANDES PERSONNES de Marie NDiaye [8/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 06 May 2011 12:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[« Les grandes personnes », premier texte de Marie NDiaye après son brillant « Trois Femmes Puissantes » (l’un des Goncourt les plus mérités depuis longtemps), est une pièce de théâtre sur le bien comme source de tristesse. Ici les grandes personnes sont des êtres moraux qui débordent d’amour pour leurs enfants. Qu’il s’agisse de Eva et Rudy [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« <strong>Les grandes personnes</strong> », premier texte de <strong>Marie NDiaye</strong> après son brillant « Trois Femmes Puissantes » (l’un des Goncourt les plus mérités depuis longtemps), est une pièce de théâtre sur le bien comme source de tristesse. Ici les grandes personnes sont des êtres moraux qui débordent d’amour pour leurs enfants. Qu’il s’agisse de Eva et Rudy ou de Isabelle et Georges, les deux couples n’ont apparemment qu’une idée en tête : le bonheur de leurs enfants. Mais cette idée est trompeuse, elle porte un masque, celui de l’intérêt personnel. Ce que les deux couples chérissent avant tout c’est leur idée du bonheur, celle où les parents sont heureux d’avoir des enfants heureux. D’un côté des parents riches dont les deux enfants ont fugués et reviennent plusieurs années après sous forme fantasmagorique pour la fille et réel pour le fils, de l’autre des parents pauvres dont le fils aimant est un pédophile qui hurle son vice sans écho ; au milieu l’assurance que l’enfer est pavé de bonnes intentions.</p>
<p>C’est un livre sur l’amour qui écrase, sur l’amour qui étouffe, sur l’amour qui a des œillères et qui porte des  boules quiès. C’est un livre sur la solitude qui existe dans toutes les familles les plus aimantes et ce quelque soit le milieu social, une solitude dont les ravages sont terribles au point de mener à la mort, une solitude qui s’explique par la peur de décevoir, par la peur de ne pas mériter, par le sentiment de devoir confronter seul son corps à la face du monde, juste pour s’assurer qu’on pourrait s’en sortir sans l’amour.</p>
<p>« <strong>Les grandes personnes</strong> » est aussi une anthologie des apparitions (thème récurent chez Marie NDiaye), un conte où le fantastique s’est encré dans les cultures comme contrepoids à l’aveuglement humain. On pense souvent à la scène du diner du « <a href="http://www.playlistsociety.fr/2010/09/oncle-boonmee-de-apichatpong/1613/">Oncle Boonmee</a> » de Apichatpong Weerasethakul dans cette manière de voir le mystérieux être traité comme une chose implicite de la vie. C’est sûrement ce qui crée cette ambiance et ce troublant décalage : alors que les parents sont prêts à accepter le surnaturel, ils refusent d’entendre la simple vérité. Chacun possède un secret mais le plus dur n’est pas ici d’avouer mais de se faire comprendre : les vérités sont éructées dans l’air et il n’y a personne pour les attraper. Et l’on se fige (sans être au final étonné) lorsque l’on apprend que le passage sur la dénonciation du pédophile a été inspiré par une mésaventure de son mari et écrivain Jean-Yves Cendrey.</p>
<p>Dans chaque ligne et surtout dans chaque interligne, il y a à la fois un humour glaçant  et un constat humain implacable, car et c’est peut-être la plus grande force de la pièce, la farce possède toujours la dose suffisante d’émotion pour ne jamais limiter l’ensemble à une simple critique agile mais didactique.</p>
<p>En peu de mots <strong>Marie NDiaye</strong> rappelle que le théâtre peut-être le pendant synthétique et direct du roman. « Les grandes personnes » aurait pu être un roman de 400 pages mais le théâtre a su en extraire sa substantifique moelle et condenser le cœur de la cruauté bien pensante où chaque rapport se dit amour mais n’est qu’un dialogue en réalité qu’avec soi-même. Le résultat est à la hauteur du « Huis Clos » de Sartre et confirme, si besoin était, combien Marie NDiaye est partie pour marquer la littérature française contemporaine.</p>
<p>Tout le monde se vante de posséder l&#8217;amour mais au final personne n’en connait ne serait-ce que la définition…</p>
<p><strong>Note : 8/10</strong></p>
<p><em>&gt;&gt; A lire également, <a href="http://www.legolb.com/2011/03/marie-ndiaye-comme-un-air-de-chef-duvre.html">la critique de « Trois Femmes Puissantes » par Thomas sur Le Golb</a></em></p>
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		<title>POUR L’EMPIRE de Bastien Vivès et Merwan Chabane [8,5/10]</title>
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		<pubDate>Thu, 05 May 2011 12:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[La conquête est un cycle, une ascension puis un déclin, sombre destin intrinsèquement inscrit dans ses gênes. La conquête, comme le bonheur (dixit ce gros malin de Bouddha), n’est pas un but, au fond, mais un chemin. Un moyen de repousser les limites de l’inconnu, jusqu’à l’épuisement, l’abandon ou la mort (ce qui, convenons-en, est [...]]]></description>
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<p>La conquête est un cycle, une ascension puis un déclin, sombre destin intrinsèquement inscrit dans ses gênes.</p>
<p>La conquête, comme le bonheur (dixit ce gros malin de Bouddha), n’est pas un but, au fond, mais un chemin. Un moyen de repousser les limites de l’inconnu, jusqu’à l’épuisement, l’abandon ou la mort (ce qui, convenons-en, est généralement fatal).</p>
<p>La conquête est donc – CQFD – une sorte de métaphore de la vie. Vie dont au sujet de laquelle on se demande bien tous ce qu’il y a au bout…</p>
<p>Ramenons ces questions existentielles de premier choix au problème qui taraude l’Empereur de cette trilogie <strong>Pour L’Empire</strong> : une fois conquises toutes les terres connues, réunies dans un Empire immense, que lui reste-t-il à découvrir ? Les territoires inconnues imaginés par les ancêtres, pardi ! (pas con, l’Empereur, c’est peut-être pour ça qu’il est Empereur…)</p>
<p>C’est la mission qu’il va confier à Glorim Cortis et ses hommes, ses meilleurs soldats : pousser au-delà des frontières répertoriées et tracer les contours manquants sur les cartes incomplètes esquissées par les glorieux aïeux.</p>
<p>Mille kilomètres à pied n’usent pas les sandales des légionnaires de Glorim… Dépassant un poste avancé aussi festif qu’un fortin du <em>Désert des Tartares</em>, fendant les grands espaces dans un ennui que ne peut même pas tromper un Ipod (du fait d’un fossé technologique évident entre l’époque d’Octave et celle de Steve Jobs), affrontant de redoutables amazones au sein d’une forêt descendue de l’Eden, retrouvant les portes d’une ancienne civilisation oubliée… Au nom d’une foi aveugle en leur Empereur, les soldats invincibles de Glorim vont chercher leur chemin, repousser leurs limites, éprouver leur courage, résister aux tentations de renoncer à leur mission malgré la fatigue, le doute, la peur, la faiblesse… Ils vont finalement penser atteindre le bout de leur chemin, et comprendre la finalité de leur mission. Ou pas.</p>
<p>Mourir. Ou revenir à la vie, puis recommencer…</p>
<p>Admirablement dessinée, servie par une mise en couleur – travail époustouflant de Sandra Desmazières &#8211; qu’on voit rarement autant en phase avec son sujet (teintes cuivrées comme une vieille cuirasse de centurion, délavés dignes des décorations usées de vestiges romains), et surtout un scénario maîtrisé de bout en bout dans sa progression et sa conclusion temporairement déroutante, cette trilogie <strong>Pour L’Empire</strong> de Bastien Vivès et Merwan Chabane relève un défi ardu avec un souffle et un brio qui méritent quelques pouces en l’air.</p>
<p>Piochant dans les registres ultra-codés de la mythologie, des légendes antiques et de l’Histoire (ainsi que dans la meilleure littérature du genre), <strong>Pour L’Empire</strong> prend le temps nécessaire pour renverser les certitudes de ces hommes, les pousser dans leurs derniers retranchements, et transformer une conquête impérialiste en quête métaphysique et fantastique.</p>
<p>Ces bonnes vieilles histoires antiques, traversant les âges et remplissant désormais les salles de cinéma, continuent de nous fasciner car elles renvoient à un âge où la compréhension et la connaissance du monde restaient un mystère. Alors, par un effet de miroir négatif avec notre époque moderne où presque plus rien n’échappe sur Terre à la portée de nos yeux, une étrange nostalgie nous envahit : que reste-t-il de grand à vivre aujourd’hui ?</p>
<p>Les hommes de l’Empereur regardaient droit devant eux pour tenter de percer l’inconnu. Les lecteurs de <strong>Pour L’Empire</strong>, par procuration, en partageront les découvertes. C&#8217;est déjà ça, en attendant de conquérir Mars et de rencontrer des petits hommes verts&#8230;</p>
<p><strong>Note : 8,5/10</strong></p>
</div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="POUR L&#8217;EMPIRE de Bastien Vivès et Merwan Chabane" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/05/pour-lempire-de-bastien-vives-et-merwan-chabane/14858/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>SOLAIRE de Ian McEwan [7/10]</title>
		<link>http://www.playlistsociety.fr/2011/04/solaire-de-ian-mcewan/14517/</link>
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		<pubDate>Fri, 15 Apr 2011 12:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Vous lirez ici ou là que Solaire, le nouveau roman de Ian McEwan, est un petit bijou d&#8217;humour, une charge en règle contre les catastropportunistes du dérèglement climatique. Si vous vous attendez à une poilade dantesque, passez votre chemin et emparez-vous au plus vite de l&#8217;intégrale de Louis de Funès, vous aurez plus de chances de vous froisser [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Vous lirez ici ou là que <strong>Solaire</strong>, le nouveau roman de <strong>Ian McEwan</strong>, est un petit bijou d&#8217;humour, une charge en règle contre les <em>catastropportunistes</em> du dérèglement climatique. Si vous vous attendez à une poilade dantesque, passez votre chemin et emparez-vous au plus vite de l&#8217;intégrale de Louis de Funès, vous aurez plus de chances de vous froisser les côtes. Quand on (sou)rit en lisant <strong>Ian McEwan</strong>, on (sou)rit jaune, d&#8217;un jaune ocre qui rappelle plus surement une fiente de volatile qu&#8217;un radieux rayon de soleil.</p>
<p>Il en est justement question, du soleil. Celui qui tombe sur nous et qui irradie vainement la Terre sans que ses stupides locataires  - nous, quoi&#8230; &#8211; sachent en tirer le profit qu&#8217;un extra-terrestre mono-neuronal, arrivant sur notre planète,  saurait immédiatement identifier comme une source de richesse infinie.  Ce soleil, objet de convoitises, c&#8217;est le fil rouge du roman, en contrepoint évident du profil très peu solaire de son héros malgré lui, Michael Beard.</p>
<p>Lauréat d&#8217;un Prix Nobel de Physique acquis grâce aux atermoiements d&#8217;un jury divisé (dans ces cas-là, comme pour l&#8217;attribution du Goncourt, c&#8217;est rarement un génie ou un audacieux qui emporte la queue du Mickey&#8230;), Michael Beard cherche un second souffle dans sa carrière en berne. Trop gros, trop égoïste, trop coureur, trop opportuniste, trop pleutre, trop fainéant, trop menteur&#8230; le scientifique court des jours malheureux à la tête d&#8217;un Institut qui claque ses subsides à développer une éolienne individuelle qui fournirait de l&#8217;énergie à chaque foyer anglais. Il s&#8217;ennuie et se fiche de l&#8217;avenir de la planète comme de sa première équerre, il trompe sa 5ème femme qui le lui rend bien, il fait illusion auprès de jeunes scientifiques à peine admiratifs de la carrière de leur boss.</p>
<p>A la faveur de concours de circonstances où Michael révélera l&#8217;étendue de sa médiocrité, sa carrière va connaître un sursaut inespéré, acquis au prix d&#8217;arrangements sordides avec la morale et l’honnêteté. Développant un projet de panneaux solaires révolutionnaires, il va rallier la cause de la sauvegarde de la planète, y voyant une occasion formidable de renflouer son ego hypertrophié ainsi que son compte en banque. Mais chez <strong>Ian McEwan</strong>, la gloire frôle de près la déchéance, et Michael Beard figure ici un Icare moderne, plus cynique que naïf, brûlé par sa vanité et ses égarements.</p>
<p><strong>Solaire </strong>n&#8217;est en aucun cas un roman à thèse consacré au dérèglement climatique ou aux énergies renouvelables. Il s&#8217;agit plus surement pour <strong>Ian McEwan</strong> de la poursuite d&#8217;une forme de comédie humaine qui lui est propre, à travers le portrait sans aucune concession d&#8217;un homme qui passe son temps à faire de mauvais choix, aveuglé par ses tentations les plus viles. Rien n&#8217;est sauvé chez Michael Beard excepté certaines des femmes qu&#8217;il croise dans sa vie, ces femmes dont la sincérité aurait pu le ramener vers une existence plus honorable. Mais il était écrit dès le départ que le héros de <strong>Ian McEwan</strong> boirait la coupe jusqu&#8217;à la lie, rattrapé en fin de roman par un effet boomerang qu&#8217;on voyait venir de loin.</p>
<p>A sa manière pleine d&#8217;un humour noir qui prête peu à rire, <strong>Ian McEwan</strong> adopte la posture du moraliste et semble vouloir démontrer dans <strong>Solaire </strong>que tout se paye. A la fois sur un registre général &#8211; la voracité de l&#8217;homme à l&#8217;égard de sa planète &#8211; et sur un registre particulier &#8211; la fourberie d&#8217;un homme finit toujours par se retourner contre lui. Les minuscules mauvais choix que notre âme trouble nous pousse à faire ne peuvent que nous conduire à notre perte. Déjà abordé avec génie dans <strong>Samedi</strong>, son exceptionnel avant-dernier roman, <strong>Ian McEwan</strong> développe ici cette même thématique, avec moins d&#8217;intensité mais avec un talent toujours évident.</p>
<p>Du coup, question : avait-on besoin de 400 pages bien serrées pour étayer à nouveau cette démonstration ?</p>
<p>Probablement pas. Mais l&#8217;auteur est un brillant bavard (qui s&#8217;égare parfois dans un salmigondis de propos scientifiques), un habile constructeur d&#8217;histoires, et surtout un excellent portraitiste. Enrobant son roman de variations sur les thèmes du couple, du mensonge, de l&#8217;ambition, des impénétrables voies du hasard et du prix à payer des choix aventureux, <strong>Ian McEwan</strong> entrelace les grands sujets contemporains et la petite histoire d&#8217;un homme médiocre, avec un savoir-faire qui force le respect. Le plaisir de lecture est indéniable, ce qui demeure au final l&#8217;une des attentes qu&#8217;on formule à un roman.</p>
<p>Au fond, Michael Beard est peut-être un double très sombre de <strong>Ian McEwan</strong> dans sa vision du monde et de l&#8217;humanité. Cette phrase, extraite d&#8217;une interview que l&#8217;auteur a accordée au Figaro Madame (je jure sur le programme de Nicolas Hulot que je ne suis pas abonné au Figaro Madame !) en dit beaucoup sur sa psychologie au sortir de la lecture de <strong>Solaire</strong> : &laquo;&nbsp; <em>Vous savez, je suis convaincu que ce n’est pas de la vertu que viendra le salut, mais de l’égoïsme. La première révolution industrielle, qui a tiré des millions de gens de la pauvreté, a été menée par des entrepreneurs cupides et impitoyables. Et ce seront encore eux, et non Greenpeace, qui pourront demain sauver la planète&#8230;</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Michael Beard n&#8217;y sera pour rien, mais malheureusement, <strong>Ian McEwan</strong> dit probablement vrai.</p>
</div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="SOLAIRE de Ian McEwan" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/04/solaire-de-ian-mcewan/14517/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>DES DIEUX ET DES HOMMES – TOME 1 : LA FIN DU COMMENCEMENT par Dionnet &amp; Theuriau [3/10]</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Apr 2011 07:00:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[Oh my Gods ! Ce premier tome de la série Des Dieux et des Hommes, annoncée comme fleuve (30 volumes prévus, dessinés par une pléiade de dessinateurs),  invite à réviser son dictionnaire des superlatifs négatifs : ampoulé, lourd, prétentieux, décousu&#8230; En un mot, raté. Raté certes, mais un ratage proportionnel à l&#8217;ambition affichée par Jean-Pierre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Oh my Gods !</p>
<p>Ce premier tome de la série <strong>Des Dieux et des Hommes</strong>,  annoncée comme fleuve (30 volumes prévus, dessinés par une pléiade de  dessinateurs),  invite à réviser son dictionnaire des superlatifs  négatifs : ampoulé, lourd, prétentieux, décousu&#8230; En un mot, raté.</p>
<p>Raté certes, mais un ratage proportionnel à l&#8217;ambition affichée par  Jean-Pierre Dionnet &#8211; respectable personnage au demeurant dont on n&#8217;étalera pas ici le pedigree &#8211; qui prétend  créer la rencontre virtuelle entre Jack Kirby, ponte du comics US, et  Eric Rohmer. Mince ! Le rapprochement est osé, et d&#8217;emblée, la tentation  de pouffer nous assaille. Tiens, et pourquoi pas Frank Miller <em>meets</em> Claude Sautet ? Ou croiser Stan Lee et Claude Chabrol, en bon docteur Frankenstein de bazar ?</p>
<p>Bref&#8230;</p>
<p>Restons de prime abord l&#8217;esprit ouvert, tout en sachant que certaines  disciplines ne souffrent pas l&#8217;approximation. Notamment celle qui  consiste à recréer une mythologie, exercice millénaire ô combien  casse-gueule et dominé par quelques vétérans entrés dans la légende :  Homère, Tolkien, Frank Herbert, Jésus ou Kamel Ouali&#8230; Jean-Pierre Dionnet ne peut donc pas  ignorer la hauteur de  la barre à franchir pour espérer ne serait-ce  qu&#8217;arriver au genou de ces illustres prédécesseurs. Mais plutôt que  d&#8217;enfiler ses plus belles chaussures de sport, il s&#8217;est manifestement  chaussé de Moon Boots de contrefaçon.</p>
<p>L&#8217;idée de départ est pourtant séduisante : lors de la grande crise de  1929 aux Etats-Unis, 66 créatures naissent le long de la Route 66.  Immortelles et indestructibles, elles assistent passivement à  l&#8217;extinction de l&#8217;humanité et trompent leur ennui en se battant entre  elles&#8230; Les fans d&#8217;uchronie, de SF, de Moebius et Neil Gaiman  trépignent d&#8217;avance en découvrant ce programme alléchant peuplé  d&#8217;American Gods.</p>
<p>Mais derrière une couverture aguichante imaginée par Moebius en personne, <strong>Des Dieux et des Hommes</strong> sombre vite dans le grand n&#8217;importe quoi. Le dessin de Laurent Theuriau  est pourtant ample, parfois impressionnant, et épique à souhait. Les  planches sont pleines d&#8217;un déluge de couleurs et d&#8217;explosions,  remplissant finalement leur mission théorique : se mettre au service d&#8217;une histoire  pleine de bruit et de fureur. Malheureusement, le scénario tombe à plat  et fait naître un sourire gêné au coin des lèvres. Les dialogues, aussi  boursouflés que les cuisses d&#8217;un sumotori, frisent le ridicule, et  toutes les tentatives d&#8217;incursion dans le comique tournent au gros bide.  En effet, la flamboyance de la mise en scène des planches, la solennité  et le volume du dessin, s&#8217;opposent à la fatuité du propos. Le texte et l&#8217;image sont tristement décalés, et la recette de sauce mythologique de Jean-Pierre Dionnet se  transforme alors en ketchup industriel premier prix.</p>
<p>A titre d&#8217;exemple, citons l&#8217;interminable séquence introductive (près  d&#8217;un tiers de la pagination totale, tout de même), visuellement bien  construite, qui voit deux dieux s&#8217;affronter suite à la provocation en  duel du Numéro 1 par le Seigneur des Mouches . Les deux protagonistes  s&#8217;envoient des &laquo;&nbsp;Quand tu m&#8217;as dérangé, je venais juste de comprendre que  l&#8217;immortalité&#8230; c&#8217;est l&#8217;éternité plus un jour !&nbsp;&raquo;, sentence mystique  qui s&#8217;entend répondre &laquo;&nbsp;Je sais que tu sais que je sais que tu mens&nbsp;&raquo;.  Pauvres dieux&#8230; Jack Kirby et Eric Rohmer se peuvent décemment pas  reposer en paix.</p>
<p>Par charité, attendons toutefois le 2ème tome prévu en mai pour se  faire une opinion plus définitive sur les objectifs de son auteur. Mais  la déception à l&#8217;issue de ce premier tome est à la hauteur de l&#8217;attente  suscitée par ce projet audacieux. Premier de cordée avec un scénario qui  manque de prises sécurisées, il serait regrettable que Dionnet,  s&#8217;attaquant à la face nord d&#8217;un Olympe hélas trop haut pour lui,  entraîne dans sa chute le casting rêvé de dessinateurs qu&#8217;il annonce  s&#8217;engager dans l&#8217;expédition. Car quand le scénario d&#8217;une BD dévisse, un  dessin magistral ne sert jamais de parachute.</p>
<p><strong>Note : 3/10</strong></p>
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		<title>PARKER – TOME 2 : L’ORGANISATION par Stark &amp; Cooke [9/10]</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Mar 2011 08:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>

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		<description><![CDATA[Miami, 1963. Bronson, Je n&#8217;irai pas cracher sur ta tombe, je préfère largement garder ma salive pour échanger quelques fluides corporels avec une beauté de passage. J&#8217;ai eu beau changer de visage au prix d&#8217;une opération qui m&#8217;aura coûté un joli paquet de biffetons, tu n&#8217;as pas daigné me lâcher les basques. Tu l&#8217;as payé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p><em>Miami, 1963.</em></p>
<p>Bronson,</p>
<p>Je n&#8217;irai pas cracher sur ta tombe, je préfère largement garder ma salive pour échanger quelques fluides corporels avec une beauté de passage. J&#8217;ai eu beau changer de visage au prix d&#8217;une opération qui m&#8217;aura coûté un joli paquet de biffetons, tu n&#8217;as pas daigné me lâcher les basques. Tu l&#8217;as payé de ta vie, sale merde.</p>
<p>C&#8217;est sûrement pas tes sbires dégénérés, dont la somme des QI atteint à peine la valeur de ma température rectale les jours de fièvre, qui auraient pu m&#8217;empêcher de te régler ton compte. Tu voulais certainement jouer la princesse dans ton château de brique, mais au lieu de recevoir un petit bisou du prince charmant, pas de bol, Bronson&#8230; C&#8217;est moi, Parker, et mon fidèle Handy qui sommes venus te délivrer du mauvais sort, le mauvais sort que tu t&#8217;étais connement jeté sur toi-même en mettant un contrat sur ma peau. C&#8217;est le baiser du Diable, Bronson, celui qui mène tout droit en enfer.</p>
<p>Tes potes de l&#8217;Organisation vont pas te pleurer longtemps.  Ces vautours se sont réjouis d&#8217;avance de siffler la fin des hostilités, à condition que je t&#8217;expulse du terrain de jeu. On n&#8217;est jamais aussi bien trahi que par les siens, crois-en ma longue expérience.</p>
<p>Ils en avaient marre, tes compères, tu vois. Mon pouvoir de nuisance a été décuplé par ta volonté stupide de me régler mon compte. Alors, j&#8217;ai tapé là où ça vous fait le plus mal : le portefeuille. Quelques gars bien intentionnés se sont fait un plaisir d&#8217;effacer la dette qu&#8217;ils avaient à mon égard en joignant l&#8217;utile à l&#8217;agréable. Ils se sont bien servis, les rapaces, dans vos bouges pourris et vos casinos pour petits commerçants en mal de sensations fortes du samedi soir. C&#8217;est que je les connais, toutes vos combines de paris clandestins, de transferts de cash ou de couverture de bookmakers. J&#8217;ai lâché mes chiens sur tes caniches, et les caniches vexés ont été tentés de mordre la main de leur maître. Le maître, c&#8217;est toi. Correction :  C’ÉTAIT toi.</p>
<p>Ce qui m&#8217;emmerde le plus dans toute cette histoire, c&#8217;est que j&#8217;étais peinard à Miami, en train de me refaire une virginité avec une poupée qui l&#8217;avait perdue depuis longtemps. Quelques coups en prévision, histoire de renflouer mon compte passablement éprouvé, du soleil et quelques rasades de Cuba Libre&#8230; J&#8217;aimais bien mon nouveau programme des réjouissances. Tu m&#8217;as contraint à interrompre mes vacances, Bronson&#8230; Je déteste les changements de scénario et les plans merdiques, tu le savais pourtant bien. Dans ces cas-là, j&#8217;en reviens à ma triste nature : implacable, froid, la tête haute et le poing serré sur un flingue.</p>
<p>Je n&#8217;aspire plus qu&#8217;à la paix des braves avec la bande de bras cassés qui vont assurer ta succession, Bronson. Ils auront, j&#8217;espère, l&#8217;intelligence des lâches qui consiste à s&#8217;attaquer à plus faible qu&#8217;eux. Je crois que j&#8217;ai prouvé qu&#8217;il fallait pas me chier dans les pompes, faute de quoi les mesures de rétorsion peuvent s&#8217;avérer aussi définitives que celles qui t&#8217;ont menées au cimetière.</p>
<p>Rendez-vous en enfer, Bronson. Je compte y faire un tour le plus tard possible, et s&#8217;il faut t&#8217;expédier des camarades de jeu auprès du Diable, sache que je n&#8217;aurai aucun état d&#8217;âme.</p>
<p>Avec mes regrets éternels (non, je plaisante).</p>
<p>Parker.</p>
<p><strong>Note : 9/10</strong></p>
</div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="PARKER &#8211; TOME 2 : L&#8217;ORGANISATION par Stark &amp; Cooke" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/03/parker-tome-2-lorganisation-par-stark-cooke/13965/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>R.U.R. (ROSSUM’S UNIVERSAL ROBOTS) de Karel Capek [8/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Mar 2011 09:00:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[1920]]></category>
		<category><![CDATA[Tchécoslovaquie]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Julien Lepers relut rapidement sa fiche afin de s&#8217;assurer de ne pas trébucher sur quelques éléments de vocabulaire qui auraient déserté son cerveau, un cerveau usé par des années à servir de faire-valoir à une cohorte de profs d&#8217;histoire-géo et autres inspecteurs des impôts galvanisés par la perspective de gagner le Larousse en 2 tomes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Julien Lepers relut rapidement sa fiche afin de s&#8217;assurer de ne pas trébucher sur quelques éléments de vocabulaire qui auraient déserté son cerveau, un cerveau usé par des années à servir de faire-valoir à une cohorte de profs d&#8217;histoire-géo et autres inspecteurs des impôts galvanisés par la perspective de gagner le Larousse en 2 tomes des Champignons de France. Il fixa la caméra avec le sourire un brin narquois de celui qui sait. La réponse était sous ses yeux et il la supposait sacrément difficile à trouver. Reprenant son souffle, il se lança, exercé à ces apnées de 30 secondes&#8230;</p>
<p>&laquo;&nbsp;<em>TOP ! Je suis un auteur tchèque né en 1890 en Bohème. Je fus au cours de ma carrière à la fois journaliste, auteur de théâtre et de romans. Opposé aux régimes totalitaires, je me moque du national-socialisme dans mon roman de 1936 <strong>La Guerre des Salamandres</strong>, ce qui me vaudra de figurer au premier rang des personnalités que la GESTAPO voulait arrêter lors de l&#8217;annexion de la Bohème. Mais comme je suis mort depuis 1938, les Boches se rabattent sur mon frère Josef, les bâtards. Je suis surtout célèbre pour avoir inventé en 1920 le mot Robot, décliné du tchèque &laquo;&nbsp;robota&nbsp;&raquo; qui signifie &laquo;&nbsp;corvée&nbsp;&raquo;, et que j&#8217;ai popularisé dans ma pièce de théâtre de 1920 <strong>Rossum&#8217;s Universal Robots</strong> ou <strong>R.U.R.</strong> Je suis, je suis, je suis&#8230;&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Ni Chantal, prof d&#8217;anglais à Lisieux, ni Jean-Michel, employé au cadastre à la mairie de Gujan-Mestras, n&#8217;esquissèrent la moindre tentative de réponse. Il se tournèrent déconfits vers Julien Lepers, la mine faussement déçue et la bouche en arrêt, et exprimèrent du regard tout le désarroi et la honte qui les submergeaient face à cette énigme irrésolue. L&#8217;animateur les délivra en leur révélant la réponse.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Il s&#8217;agissait de <strong>Karel Capek</strong>, enfin ! L&#8217;un des plus grands auteurs tchèques du XXème siècle ! 8-5 pour Chantal&#8230; la suite&#8230; une question de Botanique !&nbsp;&raquo;</p>
<p>A ce stade de cette chronique consacrée dans quelques lignes à <strong>R.U.R.</strong> , force est de constater que ce sujet accumule les handicaps dans la perspective de conserver l&#8217;intérêt du lecteur : un auteur tchèque d&#8217;entre-deux guerres, une pièce de théâtre, et pas d&#8217;écoute possible sur Spotify ou Deezer&#8230;  (pour cette raison, une version putassière de cet article  comportera sur <a href="http://polychroniques.wordpress.com/" target="_blank">Polychronique(s)</a> une photo de type érotique). Cher lecteur, tu es admirable de curiosité et d&#8217;abnégation, et pour tout ça, je t&#8217;aime.</p>
<p>Bref.</p>
<p><strong>R.U.R.</strong> met en scène une poignée de scientifiques ayant réussi à créer et produire à échelle industrielle des robots, main d&#8217;oeuvre servile et corvéable à merci remplaçant les hommes à moindre prix dans les tâches ingrates de production. Dénués de vie spirituelle, ces esclaves modernes transforment la vie des hommes en une vaste récréation sans contraintes. Mais à mesure que les hommes deviennent improductifs (et donc inutiles), les robots finissent par prendre conscience de leur supériorité et se révoltent contre leurs créateurs et maîtres. L&#8217;humanité ne se relèvera pas de sa propre déchéance et sera supplantée par des robots peu à peu envahis de sentiments humains (par le truchement d&#8217;un effet <em>ghost in the shell </em>du meilleur aloi).</p>
<p>Par la grâce d&#8217;une réédition en petit format et petit prix aux éditions de la Différence, il est intéressant, au moins historiquement, de lire <strong>R.U.R.</strong> et s&#8217;étonner &#8211; encore &#8211; de la clairvoyance de cette poignée d&#8217;auteurs du début du XXème siècle qui pressentirent avant tout le monde les enjeux (et dangers) de la mécanisation du monde et les motivations profondes de l&#8217;humanité à l&#8217;ère industrielle et scientifique. En gros, remplacer Dieu et proposer à l&#8217;espèce humaine une vie de jouissances et de loisirs, débarrassée une fois pour toutes des corvées de subsistance peu susceptibles d&#8217;élever l&#8217;âme. Et gagner un paquet de fric, accessoirement (cette préscience est d&#8217;autant plus remarquable que <strong>Karel Capek</strong> ne connaissait pas l&#8217;existence du Juste Prix).</p>
<p>Certes, l&#8217;argument peut sembler galvaudé pour qui s&#8217;est enquillé des pages de romans de science-fiction gavés de robots, de mutants, et autres créatures créées par l&#8217;homme à son image (du <em>Frankenstein</em> de Mary Shelley au cycle des Robots d&#8217;Asimov ou aux androïdes de Philip K. Dick), mais <strong>R.U.R.</strong> illustre avec justesse cette fuite en avant, presque hystérique et totalement irrépressible, de la science élevée au rang de démiurge. Aveuglée par son propre génie, l&#8217;espèce humaine, en visant l&#8217;immortalité et le bonheur, ne fait que creuser sa tombe. L&#8217;issue tragique de la vie (car il semblerait que nous soyons toujours mortels&#8230;) et la souffrance qui en découle resteront à jamais la malédiction de l&#8217;être humain, quelles que soient ses tentatives d&#8217;en atténuer la pénibilité. Le contester, c&#8217;est risquer de le payer très cher.</p>
<p>Replacée dans un contexte contemporain, cette oeuvre de <strong>Karel Capek</strong>, si elle n&#8217;échappe parfois pas à l&#8217;emphase propre aux tragédies classiques, résonne donc comme un oracle fatal. A titre d&#8217;exemple, le seul scientifique lucide sur le désastre qui s&#8217;annonce dans <strong>R.U.R.</strong>, Alquist, prononce ces mots : &laquo;&nbsp;<em>(&#8230;) Nous, l&#8217;humanité, le sommet de la vie, rien ne nous intéresse plus &#8211; ni les enfants, ni le travail, ni la misère ! Sauf une chose, bien sûr &#8211; les plaisirs, les jouissances, il en faut le plus possible et le plus vite possible ! Et vous voudriez des enfants ? Hélène, à quoi bon des enfants pour des hommes qui ne servent à rien?&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>Depuis ses origines, la littérature d&#8217;anticipation - <strong>R.U.R.</strong> en est un exemple probant &#8211; semble répéter inlassablement ses mises en garde face aux dangereuses tentations qui s&#8217;offrent à la civilisation. Pour quel résultat ?</p>
<p>A date, nous n&#8217;avons qu&#8217;une certitude : cette littérature alimente régulièrement le tas de fiches de Julien Lepers dans le but d&#8217;arracher à Chantal ou Jean-Michel les points de la victoire&#8230;</p>
<p><strong>Note : 8/10</strong></p>
</div>
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		<item>
		<title>LA VIE TRÈS PRIVÉE DE Mr SIM de Jonathan Coe [7/10]</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Mar 2011 14:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2011]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[21H. Port de Sydney. Une salle de restaurant. Un homme est attablé, seul. Hagard mais curieux, le regard en éveil. Méthodiquement mais discrètement, ses yeux balaient cet univers inconnu, fuyant de table en table comme le ferait un serveur affairé. Que cherche-t-il ? Probablement à tuer l’ennui. Qu’espère-t-il ainsi ? Peut-être repousser les frontières de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>21H. Port de Sydney. Une salle de restaurant. Un homme est attablé, seul. Hagard mais curieux, le regard en éveil. Méthodiquement mais discrètement, ses yeux balaient cet univers inconnu, fuyant de table en table comme le ferait un serveur affairé. Que cherche-t-il ? Probablement à tuer l’ennui. Qu’espère-t-il ainsi ? Peut-être repousser les frontières de sa propre solitude ? Que découvre-t-il alors ? Au fond, à droite, un jeune couple, déjà si vieux, muré dans le silence d’une conversation à bout de souffle que rompt à peine, de temps à autre, la vibration libératrice d’un I-phone 4 dernier cri négligemment posé sur la table ; à l’opposé, près du mur longeant la cuisine, une vieille dame absorbée dans la lecture d’un inédit de Stefan Zweig, comme l’étrange destinée enchevêtrée d’un roman et de sa lectrice tous deux ressuscités d’un oubli et d’un ennui dans lesquels ils pensaient avoir définitivement sombré ; sur le devant, près de la porte vitrée entrouverte et par laquelle s’infiltrent les effluves iodées de la baie, six personnes semblant marquer la fin d’une semaine de vacances, visages sévères, regards en coin et sourires amers d’illusions amicales secrètement envolées dans le déracinement d’un voyage au long cours… Que découvre-t-il donc, cet homme, seul ici, si ce n’est une succession de solitudes encore plus profondes, déclinées sous toutes leurs formes et conjuguées au singulier comme au pluriel. Mais, soudainement, le visage de notre homme s’éclaire. Car là, là, comme flottant au centre même de la salle, point focal où convergent toutes les attentions, une femme et sa petite fille d’une dizaine d’années. Seules, nulle présence masculine à leurs côtés ; seules, imperméables au monde qui les entoure ; seules, comme se suffisant à elles-mêmes. Tour à tour enfants ou grandes personnes, elles jouent aux cartes ou discutent, sans jamais se départir de cette douce connivence. Visages radieux, moments d’échange et de partage privilégiés, instants de complicité entre une mère et une fille à nul autre pareil. Fasciné, le regard de notre homme s’accroche à ce tableau, peinture d’une harmonie parfaite, contraste saisissant avec l’assemblée des fantômes réunis autour d’elles. Captivé, notre homme ne parvient plus à lever les yeux de ce monde en miniature, de cet univers réduit à deux êtres s’appartenant mutuellement. C’est alors que, lentement, la femme tourne la tête. Instant de grâce sublime. Ses yeux balaient la salle d’un air désinvolte, totalement imperméable au monde qui l’entoure, comme si rien, rien, à l’exception de sa petite fille ne comptait. Et puis, comme par magie, son regard accroche, l’espace d’une seconde érigée en éternité, celui de notre homme&#8230;Détonation intérieure foudroyante, électrochoc. « Un éclair…puis la nuit ! – Fugitive beauté / Dont le regard m’a soudainement fait renaître » (« A une passante », Baudelaire).  Subjugué, en même temps que pétrifié, s’instille le sentiment qu’un drame se noue, qu’une situation unique puisque inespérée se présente pour notre homme de rompre les amarres d’une solitude oppressante. Que faire alors ? Leur parler ? Oser le tout pour le tout afin de pénétrer cet univers enchanteur ? Se lancer en citant Baudelaire et son ode à la femme inconnue, à cette passante fascinante que l’on aime sans même souhaiter la connaître… Oui, oui les aborder pour ne jamais regretter. Faire fi des conventions et se rappeler que la « pire folie c’est d’être sage dans un monde de fous » (Erasme). Le temps de se remémorer le poème, de plonger avidement dans les tréfonds d’une mémoire balbutiante, de relever la tête et d’adopter un air décidé…Trop tard, elles sont parties…Seuls les derniers vers du poème prennent alors un sens ô combien tragique d’une rencontre avortée, d’une folle espérance aussitôt enterrée, d’un indicible rêve immédiatement refoulé : « Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais / Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais» …</p>
<p>9H. Arrière-pays anglais. Une route de campagne. Notre homme conduit, accompagné. « Je vous ai déjà raconté, Emma, l’histoire extraordinaire de ce marin amateur, Donald Crowhurst, qui décida un beau jour de participer à un tour du monde à la voile en solitaire, juste pour sauver son entreprise en faillite ? ». <em>« Tournez à gauche »</em>. « Hein, pardon, vous dîtes ?! Ah oui, à gauche vous avez raison. Je suis un peu distrait en ce moment. Mais c’est l’histoire de ce Donald Crowhurst qui me hante. En fait, vous savez, il espérait follement remporter la course et, grâce à la récompense financière, remettre sa société à flot…si vous me passez le mauvais jeu de mot ! ». <em>«…»</em>. « Remettre à flot, pour un marin! Vous avez saisi ?! ». <em>«…»</em>. « Bref, toujours est-il qu’au bout de quelques jours à peine, les pépins ont commencé à s’accumuler à bord de son trimaran. Il a tout de suite senti qu’il ne pourrait jamais aller au bout de son rêve, que son vieux trois mâts ne tiendrait pas dans les mers déchaînées du sud. Et bien savez-vous ce qu’il a fait alors ? ». <em>« Continuez tout droit »</em>. « Exactement, il a poursuivi, droit devant lui jusque dans les eaux de l’Atlantique sud. Et c’est là précisément qu’il a conçu et mis en oeuvre son plan diabolique. Il est resté dans cet océan mais a fait croire à tout le monde qu’il continuait sa route normalement, communiquant de fausses positions. Aujourd’hui avec toute nos technologies, ce ne serait plus possible bien évidemment, l’on n’est plus jamais seul, l’on ne peut pas errer ainsi éternellement ». <em>« … »</em>. « Mais souvenez-vous qu’à l’époque, en 1968, rien de tout cela n’existait. On n’avait même pas encore mis le pied sur la lune, c’est pour dire. Le problème c’est que son mensonge ne pouvait être éternel et que sa folle odyssée commençait à faire parler en Angleterre. On attendait impatiemment son retour pour le fêter en héros. Son plan se retournait sur lui, il en était devenu totalement prisonnier. Sa supercherie allait être vite découverte. Que pouvait-il faire alors ? Qu’aurait-on pu lui conseiller ? ». <em>« Faites demi-tour »</em>. « Et avouer au monde entier qu’il avait menti, se couvrir de déshonneur, affronter les regards de ses proches ? Impossible. Il a alors continué à errer, à naviguer sans but tout en tenant son journal de bord.  Apparemment, c’est à ce moment là qu’il s’est plongé dans les mathématiques. Il n’avait plus qu’une ambition : découvrir la racine carrée de -1 ! Quelle folie ! Toute cette quête insensée portait en elle les germes de sa propre perte. Ca m’a toujours fait penser à une phrase d’Eschyle : « la démesure en fleurissant produit l&#8217;épi de la folie, et la récolte est une moisson de larmes ». Parce que des larmes il en a fatalement coulé. <em>(bip)</em> Un beau jour en effet, on a retrouvé son bateau, au large des côtes angolaises. Qu’était-il devenu ? S’était-il suicidé ? <em>(bip)</em> On ne le saura jamais. Son corps est resté à jamais introuvable <em>(bip)</em>. <em>« (bip) Veuillez recharger la batterie du GPS »</em>. « Oh pardon Emma, je ne prends même pas soin de vous. Je ne voudrais surtout pas que vous cessiez de me parler, j’aurai bien trop peur de me retrouver seul, seul comme ce Donald Crowhurst, perdu ici au milieu de cette campagne inconnue tout comme lui au cœur de l’Atlantique. Car je crois sincèrement que si j’avais été à sa place, j’aurais pu faire la même chose, continuer ainsi, tout droit et me perdre à jamais. D’ailleurs, peut-être suis-je un peu lui ? Vous ne croyez pas que cela soit possible ? Sa réincarnation, son double ou son jumeau ? Car nous nous ressemblons ! Oui c’est ça, c’est ça, je suis probablement lui…je suis certainement lui… Lui n’est plus mais moi je suis, et je suis lui et je suis sa voie, je suis sa route. Je suis Donald Crowhurst et j’avance aujourd’hui, j’avance sans but car je n’ai plus rien à attendre ni de la vie, ni des hommes, j’avance déjà tel un mort vivant  « sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit / Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisés / Triste… » (« Demain dès l’aube », Hugo).</p>
<p>A travers la réinvention et la réécriture, telles que proposées ci-dessus, de deux situations inspirées du dernier roman de <strong>Jonathan Coe</strong> et librement recomposées, on touche probablement à ce qui fait le cœur et l’essence même du roman : la solitude et la quête identitaire vu par le prisme souvent fécond du voyage initiatique. L’homme moderne peut-il encore être réellement seul ? La virtualité a-t-elle définitivement pris le pas et annihilé tout risque de solitude prolongée ? Que deviennent face à cela les trop rares moments authentiques, ceux où les barrières s’ouvrent, les masques tombent et les écrans d’ordinateur s’éteignent ? Mais <em>a contrari</em>o, l’apprentissage personnel, la découverte intime de soi, l’introspection sont-ils toujours possible dans un univers ultra-connecté ?  L’idée n’est évidemment pas nouvelle, mais l’époque oblige à se la poser aujourd’hui avec toujours plus d’acuité. Car reviennent alors en mémoire, comme un souvenir indélébile de Terminal, les mots de Pascal : « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre ». C’est évidemment tout le paradoxe d’une époque emprunte de la peur tenace de la solitude, d’une société individualisée multipliant les artifices et les refuges virtuels pour faire croire que « nous » a encore un sens, sans pour autant admettre ni comprendre qu’il existe une saine solitude : Être seul à plusieurs, est-ce encore être seul ?</p>
<p><strong>Jonathan Coe</strong> donne donc corps dans son nouveau roman, avec sa verve et son cynisme habituels, à un sujet plus grave qu’il n’y parait. Pas facile dès lors de trouver le ton juste sans tomber dans les lieux communs ou la philosophie de salon. Et il faut bien reconnaître que l’auteur anglais a su brillamment éviter ces écueils. Là où le roman pêche d’avantage, c’est dans le rythme du récit, marque de fabrique pourtant intimement liée à l’auteur de « La maison du sommeil ». Certes, il y a un souffle narratif de retour, une petite brise bienvenue après la <em>pétole</em> de « La pluie avant qu’elle tombe » mais l’on est encore loin, bien loin, de la force tourbillonnante, de l’ouragan qui portait le diptyque des Rotters (« Bienvenue au club » et « Le cercle fermé ») ou encore « Testament à l’anglaise ». L’étrange impression se dessine alors que <strong>La vie très privée de Mr Sim</strong> est quasiment à l’image de la folle odyssée de Donald Crowhurst : audacieuse mais inachevée, ou plutôt mal achevée. Car, sans le révéler, le dénouement tourne un peu au naufrage. Le rythme du roman semble lui aussi suivre la terrible épopée du marin anglais. Portée par le Gulf Stream, la première moitié du livre est fraiche, inspirée, vivifiante. Malheureusement, le passage du pot au noir, souvent fatal aux skippers, est là aussi mal négocié. Le roman s’essouffle alors, se perd, stagne, comme hanté par le fantôme de Crowhurst… Entendons-nous bien : il n’y a pas de dessalage, pas de chavirement. Coe tient proprement la barre et maintient son roman à flot mais l’élan et l’enthousiasme faiblissent. Tout cela redémarre plus ou moins sur la fin, soutenu par quelques alizés bienvenus, mais l’impression finale laisse une légère amertume. Peut-être aurait-il fallu pour que ce neuvième roman touche à la perfection que Donald Crowhurst atteigne les quarantièmes rugissants, voire les cinquantièmes hurlants, ces latitudes extrêmes tant redoutées des marins même les plus aguerris, ces parallèles de tous les dangers qui seuls renferment la force créatrice propre à forger les plus belles aventures, les plus beaux romans ? Peut-être aussi en attends-je toujours trop de <strong>Jonathan Coe</strong> ? Car de succès en triomphe, difficile de rééditer systématiquement les mêmes performances. Le jugement se fait donc sévère là où un regard plus indulgent ou un avis plus neuf saurait trouver des circonstances atténuantes et juger en toute objectivité que <strong>La vie très privée de Mr Sim</strong> demeure sans conteste un roman à découvrir…</p>
<p>Grâce à « Testament à l’anglaise », c’est un peu comme si Jonathan Coe avait d’ores et déjà atteint les sommets, ou, pour filer la métaphore, avait bouclé en vainqueur son premier Vendée Globe, cette course à la voile mythique, cet Everest des mers, où la victoire comme le récit met du temps à se dessiner et repose sur une construction aussi rigoureuse que passionnante avant le sprint final digne des plus grands maîtres du suspense. Avec le diptyque des Rotters, l’auteur anglais nous embarquait à bord d’un multicoque en lice pour la route du Rhum, cette course à l’image du roman : épicée, intense, enivrante. <strong>La vie très privée de Mr Sim</strong> serait davantage comparable à une petite transat Jacques Vabre, une régate en solitaire ne parvenant malheureusement pas à rivaliser avec ses aînées mais demeurant tout de même un bel exercice de navigation et une quête intime et personnelle aux profondeurs abyssales.</p>
<p><strong>Note : 7/10</strong></p>
<p><em>&gt;&gt; A lire également, <a href="http://polychroniques.wordpress.com/2011/03/03/jonathan-coe-la-vie-tres-privee-de-mr-sim/">la critique de Anthony sur Polychroniques</a> et <a href="http://murakamien.blogspot.com/2011/02/jonathan-coe-la-vie-tres-privee-de-mr.html">la critique de Murakamien</a></em></p>
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		<title>L’ASSASSIN QU’ELLE MÉRITE – TOME 1 : ART NOUVEAU de Lupano &amp; Corboz [7.5/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Mar 2011 14:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anthony Foret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[La bande dessinée souffre d’une réputation d’art mineur qui peine à s’atténuer. Elle serait, selon ses différents détracteurs, créée par de grands adolescents mal dégrossis pour de vrais adolescents trop fainéants pour se plonger dans un bon vieux Balzac (auteur d&#8217;obédience classique dont la lecture rendrait plus intelligent que celle de l’intégrale de Boule &#38; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La bande dessinée souffre d’une réputation d’art mineur qui peine à s’atténuer. Elle serait, selon ses différents détracteurs, créée par de grands adolescents mal dégrossis pour de vrais adolescents trop fainéants pour se plonger dans un bon vieux Balzac (auteur d&#8217;obédience classique dont la lecture rendrait plus intelligent que celle de l’intégrale de Boule &amp; Bill).</p>
<p>Pour prouver cette mauvaise réputation, faites ce test de crédibilité de la bande dessinée auprès de vos proches moins sensibles aux charmes du 9<sup>ème</sup> art…</p>
<p>Un dimanche pluvieux, prenez place dans le fauteuil du salon et emparez-vous de l’édition en Pléiade des « Correspondances » de Gustave Flaubert. Lisez d’un air pénétré. Au moment fatidique de vous rappeler d’aller acquérir une baguette fraîche nécessaire à la réussite du déjeuner, votre conjoint(e) impressionné(e) par votre exigence intellectuelle tiendra à peu près ce langage : « Excuse-moi de te déranger, mais tu penseras au pain ? ».</p>
<p>La semaine suivante, jetez-vous une nouvelle fois dans le fauteuil du salon accompagné(e), par exemple, de l’intégrale du « Cri du Peuple » de Jacques Tardi. Lisez d’un air pénétré. Votre conjoint(e) vous rappellera sans sommation ni précaution polie que la blanquette va être trop cuite et que saucer sans baguette fraîche est indigne d’un déjeuner dominical réussi. Dans le même temps, votre fille de 11 ans aura allumé la télévision sans bénédiction parentale préalable, autorisant les Jonas Brothers à accompagner de leurs voix chevrotantes les heures graves de la Commune de Paris. Bref, tout le monde se cogne prodigieusement de votre immersion dans une bande dessinée, considérant que la concentration nécessaire à sa consommation ne nécessite qu’une attention superficielle digne de celle qu’on accorderait à la contemplation d’un aquarium. Et je ne vous raconte même pas si vous troquiez Tardi contre Yakari…</p>
<p>Pourtant, la bande dessinée a largement atteint l’âge adulte et la capacité de générer ses  propres chefs-d’œuvre, à la croisée de 3 arts majeurs que sont la littérature, la peinture et le cinéma. L’un des critères de réussite objective d’une bande dessinée est l’atteinte de l’équilibre entre ces 3 dimensions : qualité narrative, qualité graphique, qualité de mise en scène. La série <strong><a href="http://www.ventsdouest.com/bd/livre/l-assassin-qu-elle-merite-tome-01-9782749305554.htm" target="_blank">L’assassin qu’elle mérite</a></strong>, dont seul le premier tome <strong>Art Nouveau</strong> est paru jusqu’à présent, parvient à atteindre plus qu’honorablement cet équilibre.</p>
<p>En 1900, à Vienne, Alec, un dandy richissime et provocateur (dont le visage dessiné évoque parfois le Joker de Batman), fait le pari avec son compère Klement de réaliser une œuvre d’art d’un genre nouveau, loin des fumisteries prétentieuses qui pullulent dans les galeries d’art de l&#8217;époque. Il veut créer de tout pièce un assassin, avec pour matière première un jeune homme moralement pur dont il se chargerait de modifier la trajectoire de vie. La bonne société, dans sa volonté d’être confrontée à la provocation artistique, récolterait alors l’assassin qu’elle mérite (notez ici la brillante astuce relative au titre de l&#8217;album&#8230;).  Alec et Klement vont alors croiser par hasard la route de Victor, un adolescent prolétaire en conflit avec son père, et le manipuler en lui ouvrant à volonté les portes d’un bordel viennois dont les plaisirs défendus déclencheront chez Victor une addiction fatale. Car dans son jeu pervers, Alec va suspendre sans préavis les faveurs accordées à Victor…</p>
<p>Citant Huysmans et Oscar Wilde (références audacieuses), le scénario de <strong>Wilfrid Lupano</strong> s’accorde harmonieusement au dessin réaliste et chatoyant de <strong>Yannick Corboz</strong>, parvenant à distiller un parfum de lutte des classes et de déterminisme social dans cet album séduisant. La construction des cases et la mise en scène des pages manquent peut-être d’une dimension plus spectaculaire  mais l’ambition scénaristique de départ est suffisamment louable et bien menée pour que ce bémol reste anecdotique.</p>
<p><strong>L&#8217;assassin qu&#8217;elle mérite</strong> n&#8217;est en qu&#8217;une illustration parmi d&#8217;autres : la bande dessinée contemporaine sait s’adresser à un public adulte et exigeant, en abordant des thèmes complexes (politiques, historiques, sociaux voire existentiels). Il est donc probable que l’heure approche où la lecture d’un album ne suscitera plus d’indifférence teintée de dédain dans le regard des béotiens.</p>
<p>Et au pire, si les dimanches de lecture de BD se suivent et se ressemblent malgré tout, on pourra toujours décongeler du pain pour saucer la blanquette.</p>
<p><strong>Note : 7,5/10</strong></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="L&#8217;ASSASSIN QU&#8217;ELLE MÉRITE &#8211; TOME 1 : ART NOUVEAU de Lupano &amp; Corboz" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2011/03/lassassin-quelle-merite-tome-1-art-nouveau-de-lupano-corboz/13439/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>GEN D’HIROSHIMA de Keiji Nakazawa [8/10]</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Mar 2011 14:00:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alexis Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Manga]]></category>

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		<description><![CDATA[Hiroshima, 1945. Le Japon affaibli ne capitule pas et continue à se battre contre les américains. Peu importe que ceux-ci soient mieux équipés, qu’ils gagnent du terrain de jour en jour, l’armée japonaise s’attache à sa fierté et à son honneur. S’en suit pour la population, l’embrigadement, le rationnement, la peur, l’attente, les quelques moments [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Hiroshima, 1945. Le Japon affaibli ne capitule pas et continue à se battre contre les américains. Peu importe que ceux-ci soient mieux équipés, qu’ils gagnent du terrain de jour en jour, l’armée japonaise s’attache à sa fierté et à son honneur. S’en suit pour la population, l’embrigadement, le rationnement, la peur, l’attente, les quelques moments de joie car la vie continue, l’espoir d’une fin proche, la fin de l’hiver, la fin du printemps et finalement la bombe.</p>
<p>Gen est issu d’une famille pauvre, pacifiste, courageuse et terriblement humaine. C’est par ses yeux et en se fondant sur son vécu que Keiji Nakazawa décrit l’avant, le pendant et l’après 6 août 1945. Durant dix tomes, l’auteur de Gen d’Hiroshima montre non seulement les séquelles de la bombe mais également la réaction de la société japonaise, son incompréhension et son désemparement. Avec un fil conducteur plus ou moins adroit, Gen découvre un monde où chaque individu est marqué à jamais par les conséquences de la bombe. Beaucoup sont mourants, défigurés ou handicapés à jamais, d’autres ont perdu toute leur famille et se trouvent seuls et sans ressource. Pire peut-être encore, certains sont rejetés par leur proches épargnés par la bombe qui craignent la contagion. Ne comprenant pas les maladies dont souffraient  ceux qui avaient été  touchés par les radiations, la peur ouvre la voie à l’indifférence ainsi qu’à la haine. Il découvre également devant ses yeux un Japon changé, traumatisé par la défaite et sans compassion pour les victimes de la bombe qui l’incarne. Enfin, il constate que même dans une ville détruite où les ossements et les victimes de la bombe ne peuvent être ignorés, l’effort de mémoire est difficile, les vainqueurs contrôlant la diffusion de l’information, les victimes étant trop occupées à survivre, et les instances dirigeantes soumises à l’occupation souhaitant effacer cette tache de l’histoire (1).</p>
<p>L’auteur, terrorisé par la violence qu’il dessine cherche à atténuer la responsabilité des personnages qu’il met en scène en montrant du doigt les coupables de cette situation. Il accuse alors à tour de rôle l’empereur, l’armée  et les autorités japonaises, les américains et bien sûr la bombe elle même, cette bombe qui a soufflé l’humanité des japonais,  et laissé à vif leur instinct de survie. Tenter de comprendre mais ne pas juger, qui sait quel rôle j’aurais tenu sur cette scène infernale.</p>
<p>Car il s&#8217;agit bien de cela. On a beau se dire que l&#8217;époque est différente, que le Japon est incomparable au monde occidental, on ne peut s&#8217;empêcher d&#8217;éprouver un sentiment de culpabilité. Puis-je me jurer que j&#8217;aurais travaillé dans l&#8217;intérêt commun avant d&#8217;avoir mis le peu de proche qu&#8217;il me restait a l&#8217;abris de besoin ? Et même si je l&#8217;avais fait, n&#8217;éprouverais-je pas non plus des remords ? L&#8217;auteur ne cherche finalement peut être pas des excuses mais un moyen de rappeler que tout n&#8217;est pas blanc ou noir et que certaines actions doivent être remises dans leur contexte avant jugement. Trop souvent nous n&#8217;avons que des brides d&#8217;information pour forger notre opinion.</p>
<p>Mais revenons à l&#8217;oeuvre elle-même. Le format de manga joue un rôle important dans la protection du lecteur. Certaines scènes du quotidien sont anormalement violentes (des enfants l’on voit s’écraser dans un mur après avoir été frappés), comme pour faire croire que peut-être les dessins des malades sont aussi décalés de la réalité. Mais l’on ne reste pas dupe longtemps, et la différence est vite faite entre style et description de la réalité. C&#8217;est d&#8217;ailleurs sur ce décalage entre la réalité et la fiction que l&#8217;oeuvre peut pécher. Prenons une bande dessinée comme Maus : le personnage principal, si il est une victime, n&#8217;en est pas moins un homme avec ses défauts. Ici en revanche, Gen est un personnage, sensible, compréhensif, généreux et il est bien rare dans la bande dessinée qu&#8217;il soit l&#8217;auteur d&#8217;une mauvaise action. Je ne dis pas qu&#8217;un tel personnage ne puisse pas exister, mais ce manque de &laquo;&nbsp;défauts humains&nbsp;&raquo; du personnage principal nuit à l&#8217;immersion total dans le récit, le lecteur gardant toujours une certaine réserve par rapport à celui-ci.</p>
<p>En tout cas le message de l&#8217;auteur est clair : malgré la souffrance quotidienne de ceux qui n’ont plus rien, malgré les « maladies de la bombe » qui continuent à tuer plusieurs années après l’explosion, malgré les yakuzas,  malgré le marché noir et les opportunistes, ces dix tomes sont soutenus par un message d’espoir d’un lendemain meilleur. Le père de Gen lui disait : « <em>soit comme le blé, il repousse et il est fort même si il se fait piétiner</em> ».</p>
<p>Hiroshima, qui aujourd&#8217;hui n&#8217;a rien à envier aux autres villes du Japon en est peut-être la meilleure preuve.</p>
<p><strong>Note : 8/10</strong></p>
<p><em>(1)	 : La situation à cet égard a beaucoup changé depuis. le Japon s’affiche « officiellement » comme un pays pacifiste et anti-nucléaire et le mémorial d’Hiroshima décrit en détail et de façon poignante les horreurs de la bombe.</em></p>
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		<item>
		<title>LA PORTE DES ENFERS de Laurent Gaudé [9/10]</title>
		<link>http://www.playlistsociety.fr/2010/12/la-porte-des-enfers-de-laurent-gaude-910/12679/</link>
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		<pubDate>Mon, 13 Dec 2010 08:12:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette critique a été écrite par mon ami Matthieu de Baudelire. Pour ma part, je serai loin d&#8217;ici pour une quinzaine de jours le temps de congés bien mérités à l&#8217;autre bout du monde :) Le petit Filippo traîne, et Matteo s’agace, s’énerve, se fâche. Si seulement Giuliana n’avait pas dû aller travailler plus tôt [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cette critique a été écrite par mon ami Matthieu de </em><a href="http://baudelire.blogspot.com/"><em>Baudelire</em></a><em>. Pour ma part, je serai loin d&#8217;ici pour une quinzaine de jours le temps de congés bien mérités à l&#8217;autre bout du monde :)</em></p>
<p>Le petit Filippo traîne, et Matteo s’agace, s’énerve, se fâche. Si seulement Giuliana n’avait pas dû aller travailler plus tôt ce matin là, elle aurait, comme à l’accoutumé, déposé leur fils à l’école, et lui pourrait déjà être dans son taxi à sillonner les rues de Naples en quête de clients. Alors, quand Filippo demande à s’arrêter pour simplement refaire son lacet, Matteo refuse. Plus en retard que jamais, il accélère même le pas, trainant quasiment son fils dont les courtes jambes semblent littéralement flotter sur le bitume tel un jeune danseur de ballet urbain. Pas une minute à perdre, chaque seconde semble alors si précieuse… Ah, malheureux, si tu pouvais seulement imaginer ce qu’une seconde peut bouleverser dans une vie. Ces quelques instants volés au temps qui amènent à se trouver parfois au mauvais endroit au mauvais moment, au pire moment… Et ces petites contrariétés matinales de paraitre soudain si superflues, ces parcelles de quotidien que l’on aurait vécues si différemment si jamais l’on avait su que le destin avait en cette sombre journée décidé de frapper, brisant un équilibre à nos yeux éternel mais en réalité aussi fragile qu’éphémère…</p>
<p>Car au détour d’un carrefour, la tragédie guette et attend patiemment son heure…celle où les si précieuses secondes gagnées par Matteo se teignent de rouge et où la vie enfile soudain son habit de deuil. Une fusillade éclate, règlement de compte mafieux en plein centre ville entre deux bandes napolitaines. Echanges de tirs. Insultes. Cris et hurlements. Balles perdues. Vies qui basculent…Le père se jette sur son rejeton, le couvre, le couve, le protège…puis se relève tandis que la menace semble s’être évanouie. Le sol est maculé de sang. Filippo gît inconscient, son lacet défait, victime innocente d’un projectile égaré.</p>
<p>« L’enfer c’est l’absence éternelle » avait écrit Victor Hugo après avoir perdu sa si chère Léopoldine. Comment vivre après ça en effet ? Comment survivre lorsque tout ne semble plus qu’ombres et ténèbres ? Pour Giuliana, effondrée, il n’y a qu’une alternative possible : retrouver ces hommes et venger par les armes le sang de son fils. Matteo s’y essaye, par amour pour sa femme, par amour pour son fils mais ne peut finalement s’y résoudre. Noyée de chagrin, déçue par son mari incapable de laver la mort de leur enfant, Giuliana s’enfuit alors, laissant Matteo à son désespoir et à « l’enfer tout entier contenu dans ce mot : solitude » (Hugo). Matteo ère dès lors, sans vie, seul à bord de son taxi, en quête de vide et d’oubli. Jusqu’au jour où il rencontre dans un bar un sombre inconnu, Provolone, et que cet homme lui révèle alors un bien curieux secret : la Porte des Enfers existe ! La Porte des Enfers…celle-là même qui ouvre sur le monde des morts, celle-là même qui pourrait lui redonner son fils trop tôt décédé, celle-là même qui lui offrirait le droit de réécrire l’histoire… Ivre de chagrin et prêt à tout pour sauver Filippo, Matteo accepte alors la proposition de Provolone de le mener au devant de cette si fameuse porte… S’immiscent alors pour le lecteur, derrière les allures et les propos de cet énigmatique personnage, les spectres d’autres démons, aux abords pourtant angéliques, ayant eux aussi hanté les pages les plus infernales de la littérature mondiale. Car on croit évidemment reconnaitre en ce Provolone le Méphistophélès de Goethe scellant un pacte avec le Dr Faust, Lord Henry profitant de la vanité de Dorian Gray dans l’œuvre majeure d’Oscar Wilde ou encore l’Abbé Herrera abusant de la confiance d’un Lucien de Rubempré à un souffle du suicide dans les dernières pages de « Illusions perdues » de Balzac. Et pourtant il s’agit ici d’une rencontre d’un autre type, totalement désintéressée. Loin d’être un bourreau, Provolone s’avère au contraire un maître et un guide. Car cette Porte des Enfers existe réellement, et Matteo y faisant face peut à son tour l’implorer de s’ouvrir, paraclausithyron de la dernière chance renvoyant au souvenir de Tibulle, dans ses « Elégies », suppliant alors la porte gardant l’être cher de s’ouvrir afin de lui permettre de retrouver sa Délie. Mais <strong><span style="font-weight: normal;">« </span>La Porte des Enfers</strong> » ne s’ouvre malheureusement pas si facilement, même vivant il faut être déjà un peu mort pour pénétrer au royaume de ceux qui ne sont plus et avoir en partie enterré avec soi ses espoirs et ses rêves. Car la porte, inflexible, met en garde : « Par moi on va vers la cité dolente; par moi on va vers l&#8217;éternelle souffrance ; par moi on va chez les âmes errantes (…) Avant moi rien ne fut créé sinon d’éternel. Et moi je dure éternellement. Vous qui entrez, abandonnez toute espérance » (Dante, « La Divine Comédie »).</p>
<p><strong><span style="font-weight: normal;">« </span>La Porte des Enfers</strong> » est un roman d’une rare beauté, livre coup de poing et coup de cœur, et adaptation moderne et bouleversante du mythe d’Orphée et Eurydice. Car pourquoi ce père descend-il aux Enfers chercher son fils ? Pour le retrouver inévitablement. Mais aussi et surtout par amour, par amour pour sa femme qui lui a demandé de venger la mort de son fils ou de le lui ramener. Matteo ne va certes pas directement chercher son Eurydice aux Enfers…mais par son sacrifice, en lui redonnant son fils, il espère ainsi accomplir sa promesse et retrouver l’amour perdu de celle qu’il a toujours aimée…Car Matteo sait, à l’instar d’Orphée dans le texte de Cocteau, qu’ « à l’impossible il est tenu » pour obtenir le pardon et le retour de Giuliana. Et ce même en ayant parfaitement conscience de la bien funeste prophétie d&#8217;Horace : « la mort rattrape toujours ceux qui la fuient »…</p>
<p>Après « Le soleil des Scorta » et « La mort du roi Tsangor », <strong>Laurent Gaudé</strong> signe probablement avec ce roman aux échos dantesques, son œuvre la plus poignante et une belle réflexion sur la frontière finalement si perméable entre la vie et la mort, ces deux mondes enlacés où les vivants meurent à petit feu de ces deuils qui ne passent pas et où les morts ne survivent dans l’au-delà que par la mémoire et le souvenir qu’ils laissent chez les vivants, ultimes souffles de vie avant de disparaitre, une fois définitivement oubliés, au centre de la spirale du royaume des Enfers : « Le centre de la spirale, c’est le néant, leur deuxième mort. C’est la règle du pays des morts. Les ombres auxquelles on pense encore dans le monde des vivants, celles dont on honore la mémoire et sur lesquelles on pleure, sont lumineuses. Elles avancent vers le néant imperceptiblement. Les autres, les morts oubliés, se ternissent et glissent à toute allure vers le centre de la spirale » (p194).</p>
<p>En ce mois de décembre, période toujours propice aux bilans, s’instille le sentiment que <strong><span style="font-weight: normal;">« </span>La Porte des Enfers</strong> » effectue une curieuse synthèse de ce que j’ai pu lire et chroniquer cette année. Etrange impression en effet tant le roman semble emprunter à « Maus » les ressentiments de haine de vengeance, de l&#8217;évidence du &laquo;&nbsp;ne jamais oublier&nbsp;&raquo; à la difficile acceptation de conclure le serment et de &laquo;&nbsp;ne jamais haïr&nbsp;&raquo; ; à « Terre des<br />
affranchis » les sombres échos démoniaques émanant de ces eaux infernales ; à « La route » le courage et la force d’un père prêt à tous les sacrifices pour son fils ; et au « Vieil homme et la mer » les sentiments d’abnégation et de persévérance devant une lutte confinant à la folie… Mais plus qu’une synthèse, « La Porte des Enfers » me semble résonner ce soir comme la fin d’un cycle, le terme d’une époque à jamais révolue, et la conclusion, peut-être, d&#8217;une phase d&#8217;écriture éminemment personnelle. Chacun s’est un jour heurté à une porte qui lui résistait, à un rêve échaudé, à une ambition brisée, à un cœur fermé à double tour… Que faire alors ? Insister et espérer ? Peut-être. Mais après ? Regarder par la serrure ce bonheur qui s’échappe et auquel il faut se résigner et renoncer. Et ensuite ? Ensuite peut-être tout simplement finir par accepter. Accepter et comprendre qu’il est inutile de forcer les serrures lorsque la « Porte des Enfers » semble bel et bien à jamais scellée ; accepter et comprendre qu’il est illusoire de « rêver à l’impossible rêve » et que le mieux demeure de partir, partir et marcher sans se retourner trop tôt, sans se retourner jamais vers cette porte close, vestige d&#8217;un idéal abandonné, pour éviter ainsi, à l&#8217;instar d&#8217;Orphée, mort d&#8217;avoir trop impatiemment aimé, de sombrer définitivement dans ce cercle des Enfers nommé regrets éternels ; accepter et comprendre surtout qu’il est vain de dissoudre ses forces dans une lutte désespérée, et que mieux vaut alors savoir les rassembler pour se mettre en quête de nouvelles clés à même d’ouvrir sur d&#8217;autres paradis…</p>
<div><strong>Note : 9/10</strong></div>
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		<title>LA CARTE ET LE TERRITOIRE de Michel Houellebecq [7,5/10]</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Oct 2010 06:12:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[On devrait toujours faire confiance aux gens pour qui l’automne est la saison préférée (ou à minima éprouver envers eux une forme de bienveillance). Aussi lorsque Michel Houellebecq (au travers de Jed Martin) dit Il n’y a qu’à l’automne où Paris soit vraiment une ville agréable, on pense instinctivement aux épiphanies automnales de Eric Reindhardt [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On devrait toujours faire confiance aux gens pour qui l’automne est la saison préférée (ou à minima éprouver envers eux une forme de bienveillance). Aussi lorsque <strong>Michel Houellebecq</strong> (au travers de Jed Martin) dit <em>Il n’y a qu’à l’automne où Paris soit vraiment une ville agréable</em>, on pense instinctivement aux épiphanies automnales de Eric Reindhardt dans « <a href="http://www.playlistsociety.fr/2009/09/cendrillon-deric-reinhardt-910.html">Cendrillon</a> » avec qui il partage le besoin de mettre les personnages en perspective des tendances sociales et des aléas de nos systèmes économiques. Trouver que c’est en automne que les villes sont les plus belles n’a rien d’anecdotique, c’est se placer dans une posture contemplative qui ne s’apitoie pas sur elle-même et qui se laisse enrober par ces teintes particulières du soleil si propices d’abord au vague à l’âme puis à la résignation.</p>
<p>« <strong>La carte et le territoire</strong> » est justement un livre sur la résignation. Douze années durant, <strong>Houellebecq</strong> a vécu avec la conviction (peut-être un brin utopiste) que le clonage procurerait à l’homme une forme d’immortalité et que les effets du temps qui se dessinaient peu à peu sur son corps n’étaient qu’une fatalité passagère, un cap difficile à passer en attendant que la science ne progresse et franchisse la limite &#8211; cette conviction trouvant évidemment son apogée dans « La Possibilité d’une île ». Pourtant dès l’adaptation cinématographique de ce dernier, on sentait qu’il n’y croyait plus, ou plutôt que si, qu’il y croyait encore mais qu’il savait qu’il mourrait avant que les recherches n’aient abouti. Du coup, d’un point de vue idéologique, ce cinquième roman marque une cassure ; pas étonnant que les théories sur la misère sexuelle aient laissé la place à un désintérêt poli pour la concupiscence, là aussi, il y a de la résignation et plus encore une acceptation de la finitude de la vie, une acceptation qu’on lit en filigrane comme un : quitte à tout perdre un jour autant ne rien posséder tout de suite. D’habitude les personnages houellebecquiens ont à se débattre avec les turpitudes de nos sociétés contemporaines. Là ils sont dès le départ en dehors de celles-ci. Oui, ce que certains percevaient comme des provocations a disparu, car l’heure n’est plus aux positionnements tendancieux mais bien aux constats lasses.</p>
<p>L’autre conséquence de cette résignation se retrouve au niveau stylistique même. Ce qui pourrait préalablement passer pour le passage à une strate supérieure en termes d’économie de moyen (suppression des toiles de fond, descriptions visuelles limitées au strict minimum…) se révèle être une forme de paresse : le style est lénifié au point de devenir fade et en oublie le sens des formules qui, a défaut d’être toujours brillantes, rythmaient d’une certaine manière les paragraphes. L’effet est particulièrement tragique dans sa troisième partie. Au moment où le personnage <strong>Michel Houellebecq</strong> décède, l’âme de « <strong>La carte et le territoire</strong> » meurt avec lui et l’on se retrouve dans un livre bancal à l’enquête banal qui joue avec un genre (le genre policier) auquel il n’a strictement rien à apporter. A moins que dans une nouvelle mise en abyme &#8211; le roman est effectivement truffé de phases à reconsidérer dans le cadre de la réalité de l’auteur comme ce <em>C’est une grosse partie qu’on joue, tu sais. C’est très difficile de faire accepter une évolution artistique aussi radicale que la tienne. Et encore, je crois que c’est dans les arts plastiques qu’on est le plus favorisés. En littérature, en musique, c’est carrément impossible de changer de direction, on est certain de se faire lyncher. D’un autre côté si tu fais toujours la même chose on t’accusera de te répéter et d’être sur le déclin, mais si tu changes on t’accuse d’être un touche-à-tout incohérent</em> – Houellebecq ait voulu justement souligner combien l’apport de l’artiste était nécessaire dans notre société et combien son absence vidait le quotidien de son essence.</p>
<p>De plus, sa tendance à recourir trop fréquemment au name-dropping, empêche « <strong>La carte et le territoire</strong> » de laisser l’impression nécessaire d’un roman durable. C’est comme si dans une dernière manifestation de son cynisme – et ce alors que l’instantanéité des choses semble l’affliger &#8211; <strong>Houellebecq</strong> cherchait à nous dire que son roman non plus ne perdurerait pas, que sorti de son contexte de 2010 il ne vaudrait plus rien. Dans cent ans, les références à Jean-Pierre Pernaut et à <a href="http://www.playlistsociety.fr/2009/02/au-secours-pardon-de-frederic-beigbeder.html">Frédéric Beigbeder</a> seront vides de sens et « La carte et le territoire » se décomposera lui aussi sous l’effet de l’acide.</p>
<p>Néanmoins, malgré une remarque d’une rare stupidité sur Picasso qu’on ne peut imaginer n’être que ironique ou bêtement provocatrice (dans le cas contraire, on conseillera à Houellebecq de jeter un œil au hasard à Gertrude Stein ) « <strong>La carte et le territoire</strong> » s’avère souvent être un grand roman sur l’art qui évite les clichés sur l’art contemporain, qui sait souligner les questions financières et le cirque médiatique sans les galvaniser et les mettre au premier plan, et qui surtout sait reproduire avec justesse ce qu’est l’expérience artistique vécue du côté de l’artiste. Alors que le sujet est particulièrement casse-gueule, la mise en perspective au cours des décennies des œuvres de Jed Martin est pertinente et pleine de sens : les orientations ne s’y expliquent pas par de grosses ficelles ou par de vulgaires traumatismes implicites mais par une multitude de détails et de positionnements par rapport à la société. Les concepts ne sont jamais éculés et les réalisations de Jed Martin possèdent une vraie logique, une vraie crédibilité, comme si elles avaient réellement existé. On pourrait trouver que c’est la moindre des choses qu’un tel écrivain puisse inventer avec brio des vies entières et les créations qui les accompagnent, mais encore une fois inventer sur le papier des œuvres graphiques et ce sans lourdeur ou maladresse est un exercice périlleux où les plus grands conteurs peuvent se casser les dents.</p>
<p><em>Houellebecq ? C&#8217;est un bon auteur, il me semble. C&#8217;est agréable à lire, et il a une vision juste de la société</em>. Etait-ce bien utile d’écrire sur « <strong>La carte et le territoire</strong> » après une telle déclaration ?</p>
<p><strong>Note : 7,5/10</strong></p>
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		<title>JULIET, NAKED de Nick Hornby [6,5/10]</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Jul 2010 05:12:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Nick Hornby a toujours été cet ami avec qui vous partagez la passion mais rarement les points de vue. Depuis son générationnel « High Fidelity » et sa cultissime adaptation cinématographique par Stephen Frears (l’un comme l’autre ne s’en remettront jamais vraiment), il est l’incarnation de ce genre d’auteur qui ne génère pas l’affection par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Nick Hornby</strong> a toujours été cet ami avec qui vous partagez la passion mais rarement les points de vue. Depuis son générationnel « High Fidelity » et sa cultissime adaptation cinématographique par Stephen Frears (l’un comme l’autre ne s’en remettront jamais vraiment), il est l’incarnation de ce genre d’auteur qui ne génère pas l’affection par les mots mais par la connivence culturelle et l’identification. Du coup le fond disparait au profit de la joie simple et humaine de se retrouver dans des personnages de fiction, chaque passionné de musique pouvant être vu comme une composition réalisée selon des dosages différents à partir des profils des trois protagonistes de ce second roman. Pourtant, et malgré les souvenirs que vous partagez avec lui, malgré toutes ces soirées de franches rigolades, malgré tous ces fameux tops réalisées dans l’ivresse des sorties musicales, vous ne pouvez pas vous empêcher de le trouver parfois un brin fatiguant et trop confiant dans son propre personnage.</p>
<p>C’est peut-être justement parce qu’il est facile de se sentir proche de lui, que les reproches viennent de plus en plus facilement aux lèvres. En 2003, il publie « 31 songs » un recueil de courts textes chacun liés à une chanson, le tout en forme de bande-son de sa vie. Le résultat est tellement médiocre qu’il en dévalue l’intégralité de son œuvre obligeant même le lecteur à réinspecter le passé sous une lumière nouvelle et à y discerner des tâches anciennement passées inaperçues. La vérité (et c’est sans doute de là que découle la frustration et donc l’énervement) est que « 31 songs » est le bouquin que n’importe quel passionné de musique voudrait (et aurait surement les capacités de) écrire et que l’écrivain n’a rien fait de l’opportunité que son succès avait crée. Outre le fait qu’il mette en exergue des chansons qui auraient tendance à nier sa qualité de spécialiste (sans juger des goûts, je ne suis pas persuadé qu’il soit objectivement pertinent de sélectionner « I’m like a bird » de Nelly Furtado dans un top si restreint) et qu’il essaye sans succès de traiter avec humour et ironie des clichés du rock (« <em>L’interprétation traditionnelle de l’engouement des garçons pour le heavy metal &#8211; ou le nu metal ou le rap &#8211; inclut des guitares qui servent de substitut du pénis, de l’homo-erotisme, et toutes sortes d’autres choses qui sont l’indice d’une perversité, d’une confusion sexuelle, d’inextricables névroses morbides.</em> » ; soit), le recueil dévoile surtout un nombrilisme et une certaine auto-complaisance (qu’il dénonce chez les autres d’ailleurs). Ainsi, il détaille longuement, et avec une fierté mal placée, comment il jette à la poubelle sur seule foi d’une pochette ou d’un communiqué de presse qui fait référence à l’un des 300 000 artistes qu’il ne juge pas digne d’intérêt, les CD qu’il reçoit dans le cadre de son activité de critique au sein du New Yorker. Pour un peu, il nous expliquerait comment chroniquer un disque (sic). Il se permet même de se prendre pour un troll bloguistique en  écrivant avec aplomb que tous ceux qui n’aiment pas la musique pop d’aujourd’hui, sont des imposteurs dont les goûts sont conditionnés par leur intellectualisme (référence à Harold Bloom) et qu’il s’agit de gens qui ne savent pas s’amuser et faire la fête ; soit le genre de discours qu’on peut régulièrement lire dans les commentaires de n’importe quelle critique négative de n’importe quel album mainstream…</p>
<p>Si j’aborde le point du blog, c’est parce que forcément on en revient à la frustration. Frustration futile mais frustration tout de même de réaliser que « le plus grand auteur pop du monde » est incapable d’écrire un article à la hauteur de ce que fait chaque jour <a href="http://kmskma.free.fr/">KMS</a>, avec plus de style et de passion (si un éditeur passe dans le coin&#8230;). Il ne s’agit nullement de s’offusquer d’un manque de reconnaissance ou d’ergoter sur le niveau d’intransigeance que doit avoir un artiste (qui écrit dans le cadre d’une œuvre globale) face à un blogueur (qui écrit dans la passion de l’instant), tant le débat serait vain, prétentieux et plein d’une gênante aigreur, mais plus de  bien souligner que <strong>Nick Hornby</strong> n’est pas LA référence universelle en matière de rock’n’roll (les références n’ayant de toute façon jamais lieu d’être ici).</p>
<p>Cette longue divagation sur « 31 songs » semble nécessaire tant on y retrouve certaines des anecdotes qui auront conduit à « <strong>Juliet, Naked</strong> ». Sans parler du jeu Jackson Browne / Jackson Crowe, le livre évoque déjà le parcours de Tucker Crowe sur le passage Ani DiFranco / Aimee Mann : « Rien de plus rasoir, pourrait-on penser, que ces chansons en miroir qui évoquent la vie dans l’univers de la musique – les joies et les souffrances d’un auteur-compositeur &#8211; interprète talentueux mais qui galère (I’ve Had It), la difficulté de mener de front une relation sentimentale et une carrière dans le rock’n’roll (You Had Time) », ainsi que le personnage de Duncan via cet ami qui est connecté 24h/24 au forum de <a href="http://expectingrain.com/">Expecting Rain</a> et qui possède plus de 130 disques de Bob Dylan. Heureusement, cadre du roman oblige, <strong>Nick Hornby</strong> met de côté ses analyses musicales condescendantes, pour se focaliser sur les personnages, et du coup ce qui n’était que simples anecdotes se transforment ici en une histoire cohérente qui évolue sous l’égide d’une question centrale : « <em>Que fait-on lorsqu’on pense qu’on a gâché quinze ans de sa vie ?</em> » ; « gaché » signifiant ici soit « ne pas avoir fait de musique », soit « s’être vainement consacré à son analyse ». Un positionnement binaire qui pousse forcément des gens comme moi à la réflexion.</p>
<p>Mais là où la connivence permettait à « High Fidelity » de fonctionner parfaitement, « <strong>Juliet, Naked</strong> » souffre du temps qui passe et de la difficulté à rester en phase avec la nouvelle génération. Ce n’est pas pour rien si les héros ont entre quarante et cinquante ans, ils incarnent ces adultes qui restent d’éternels adolescents, mais des adolescents prisonniers de leur propre époque. <strong>Nick Hornby</strong> semble ainsi bien mal à l’aise avec tout ce qui touche à la modernité musicale et à notre manière de la consommer : Duncan arpente un unique forum (on aurait justement préféré qu’il tienne  un blog), les faux articles sur Wikipedia sonnent faux, le mot de l’attaché de presse (« Et j’ai pensé que vous devriez être l’un des premiers à l’écouter ») relève de l’utopie &#8211; à moins qu’il n’ait été envoyé par <a href="http://twitter.com/damienthomas">Damien Capitan</a> – et si l’on apprécie la tentative de vivre avec son temps de l’auteur, on a un peu du mal à croire que la première chose qu’un crowologue fait lorsqu’il reçoit le nouveau disque de l’être admiré, c’est de le convertir en MP3 pour l’écouter sur son Ipod. Même les pseudos des membres du forum semblent avoir été trouvés sous la torture (Julietlover, MrMozza7…).</p>
<p>Cependant en faisant fi de ces quelques détails de forme, « <strong>Juliet, Naked</strong> » s’avère fluide et agréable. Cette histoire d’un couple dont la vie a été corrélée, jusque dans sa rupture, à celle d’un artiste qui a disparu est engageante. Le fait que la séparation soit symboliquement le moment que choisi Tucker pour réapparaitre et se substituer au passionné, sans pour autant être un parti plus valide, permet<br />
de créer un charmant triangle amoureux romanesque. D’autant plus qu’il y a une vraie imagerie naïvement touchante dans le flirt entre fan et artiste déclenché suite à la publication d’une critique (<a href="http://www.playlistsociety.fr/2010/05/joanna-newsom-have-one-on-me-910.html">Joanna</a>, si tu m’entends…).</p>
<p>La manière dont le roman montre combien les schémas de reconnaissance ont été modifiés est assez pertinente. Dans « <strong>Juliet, Naked</strong> », tout le monde est à la fois connu et inconnu selon le référentiel dans lequel il évolue. Il en va de Tucker Crowe et de Duncan bien sûr mais aussi des danseurs de Northern Soul et de Julie Beatty, une femme qui en donnant son nom à un album est devenue un emblème mystérieux. De même, il  y a une vraie destruction des schémas sur ce que doit accomplir l’homme pour devenir « un homme sérieux ».</p>
<p>Au final, ni  l’artiste ni le critique ne sont heureux, le premier vit dans l’imposture musicale, de par l’exagération de la réalité dans le texte de ses chansons, tandis que le second vit dans le mensonge prônant l’existence dans les titres d’un niveau de lecture qui n’existe pas (cf <a href="http://www.playlistsociety.fr/2010/06/philippe-katerine-rencontre-la-villa.html">ma rencontre avec Katerine</a>).</p>
<p>On regrette qu’il n’y ait pas une plus grande force dans le schéma narratif (Jonathan Coe aurait fait des merveilles avec la même idée) et que la majorité des scènes clefs comme la rencontre Duncan / Tucker Crowe soit particulièrement ratée, le discours du premier au second manquant cruellement de la magie rhétorique permettant le revirement psychologique. Il faut dire aussi que celui qui déclare « <em>styliste que je suis en matière de prose</em> » reste bien avare en matière de fulgurances littéraires.</p>
<p>C’est à la fois sa force et sa faiblesse mais <strong>Nick Hornby</strong> est un auteur à thèmes spécifiques. Musique, foot et paternité (ou plus globalement l’éducation) sont dans des proportions différentes chaque fois au cœur de ses romans. Le problème c’est que l’anglais se retrouve aujourd’hui dans une impasse : d’une part, il commence à avoir fait le tour de ses sujets de prédilection et des gimmicks hornbiens, de l’autre, il n’a pas forcément les ressources  littéraires nécessaires pour s’imposer sur des terres complètement vierges. « <strong>Juliet, Naked</strong> » est réussi dans le sens où il tire partie de toutes les qualités de son auteur. Néanmoins, on a vraiment l’impression que ce dernier épuise ici ses dernières cartouches et que jamais plus il ne pourra plus continuer à vivre sur ses acquis.</p>
<p><strong>Note : 6,5/10</strong></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="JULIET, NAKED de Nick Hornby" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2010/07/juliet-naked-de-nick-hornby-6510/1581/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>TERRE DES AFFRANCHIS de Liliana Lazar [8/10]</title>
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		<pubDate>Mon, 24 May 2010 04:12:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[« Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! / Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir / Gardez de cette nuit, gardez, belle nature / Au moins le souvenir… » (&#171;&#160;Le Lac&#160;&#187;, Lamartine). Mais quel souvenir au juste ? Celui, nostalgique, d’une escapade amoureuse, au clair de lune, dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-style: italic;"><a href="http://baudelire.blogspot.com/2010/05/terre-des-affranchis-liliana-lazar-810.html"></a></span></p>
<p><span style="color: #990000;"> </span> « Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! / Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir / Gardez de cette nuit, gardez, belle nature / Au moins le souvenir… » (&laquo;&nbsp;Le Lac&nbsp;&raquo;, Lamartine). Mais quel souvenir au juste ? Celui, nostalgique, d’une escapade amoureuse, au clair de lune, dans la cadre envoutant d’une nature complice que Lamartine érige en temple de l’amour absolu ; ou bien celui, tragique, d’une sombre nuit où mû par la haine Victor Luca libéra sa famille et son cœur du joug oppressant d’un père ivre du soir au matin en le noyant dans ce lac, tombeau d’infortune omniprésent dans « <strong>Terre des affranchis</strong> », la première œuvre de <strong>Liliana Lazar</strong>…</p>
<p>Paradis ou enfer, délire ou réalisme froid, animalité ou humanité, tels sont les entre-deux vertigineux dans lesquels nous plonge Lazar avec ce premier roman. Car il s’agit bien de plonger tant ce lac évoqué ci-dessus baigne toute l’œuvre. Difficile de passer sous silence l’histoire pour bien comprendre le complexe univers de cette jeune auteure roumaine et son roman tant inspiré de son propre environnement. Impossible donc de ne pas évoquer la Fosse aux lions, nom de ce fameux lac, lieu maudit pour les habitants du petit village de Slobodzia puisqu’y rodent, selon la légende, les moroï, ces mort-vivants qui n’ont de cesse de hanter cet endroit que nul n’ose approcher. Seul Victor Luca semble en réalité immunisé par la malédiction qui enveloppe ce lieu. Mieux, depuis qu’il y a noyé son père et débarrassé ainsi sa mère et sa sœur de sa nuisible présence, réalisant la prophétie « dostoëvskienne » du parricide (car « Qui ne désire pas la mort de son père ?», &laquo;&nbsp;Les Frères Karamazov&nbsp;&raquo;), il a le sentiment que le lac est né pour le protéger. Pourtant, c’est auprès de ce même trou d’eau que le destin de Victor, surnommé « Bœuf Muet » par tout le village, va à nouveau basculer. C’est là en effet que, humilié et mû par d’incontrôlables pulsions sexuelles, il tue la femme qu’il a toujours aimé et qui vient de le repousser. Témoin muet de sa folie meurtrière, le lac sera une nouvelle fois le secret complice de Victor qui y fera disparaitre le corps ; et ce, tandis que caché derrière les buissons l’observe Ismaïl, un vieux sorcier solitaire vivant dans les bois, et surtout personnalisation diabolique du Malin s’emparant de Victor au moment de son geste. Caché par une mère et une sœur dévouées à l’extrême, passé pour mort auprès de tout le village, Victor Luca choisit alors de se terrer et de combattre ces pulsions maléfiques en fuyant le monde des hommes. Faisant sien les mots de Mark Twain : « La défense la plus sure contre la tentation c’est la lâcheté », il s’engage dans la voie de la rédemption, acceptant pour ce faire de recopier des livres religieux, interdits par le régime de Ceaucescu, que lui confie le prêtre du village, seul à connaître la vérité sur son existence. Pendant 20 ans, Victor va ainsi vivre caché de la justice des hommes en espérant apaiser, par ce travail de moine-copiste, la justice de Dieu. Mais combien de temps faut-il pour expier une telle faute? Telle est la question qui le hante et l’obsède&#8230;Jusqu’à ce jour où se pensant guéri et pardonné, il ressort de chez lui… Jusqu’à cette heure où il croise un jeune couple enlacé au cœur de la forêt… Jusqu’à cet instant où son démon intérieur le réveille, le submerge et le pousse une nouvelle fois au meurtre…Il n’aura d’autre choix alors que de retourner noyer ses pêchés dans le lac : La Fosse aux lions devient le théâtre macabre d’une bien lugubre catharsis…</p>
<p>Les pulsions humaines, la dégénérescence, la tension permanente entre Bien et Mal, la rémission des pêchés et la quête du grand pardon… tels sont quelques uns des grands thèmes abordés donc par Lazar dans ce roman, dense, trouble, profond et à l’image probablement de cette insondable Fosse aux lions. Est-ce l’effet de ce lac qui fait ressortir des méandres du temps, des remous du passé, des grands fonds de la mémoire, les souvenirs d’œuvres lues il y a déjà quelques années ; ou bien s’agit-il d’une hallucination totale probablement soufflée par les esprits infernaux qui hantent les lignes de &laquo;&nbsp;<strong>Terre des affranchis</strong>&nbsp;&raquo; ; toujours est-il, en tout cas, que rarement roman ne m’aura plus rappelé par certains aspects d’anciennes lectures. Impressions éminemment personnelles, sentiments éphémères tout d’abord mais qui peu à peu s’imposent au point que l’on en vient à guetter chaque réminiscence. Alors, intention délibérée de l’auteur de s’inspirer de ces « œuvres-muses » ou simple fait du hasard ? Impossible de conclure mais certains échos sont frappants bien qu’en aucun cas dérangeants, au contraire, puisque les similitudes sont suffisamment distanciées pour ne pas donner l’impression d’un copier-coller, et les références prêtant à ressemblance suffisamment bonnes pour ne pas goûter au plaisir de ces légers rappels. Ainsi, difficile à mes yeux de ne pas reconnaître en Victor Luca le Harry de Hubert Selby Jr dans &laquo;&nbsp;Le démon&nbsp;&raquo;, cette œuvre magistrale du grand auteur américain, récit d’un homme mû par de sourdes pulsions qui, comme Victor, en vient à tuer des inconnus sans réel mobile. Se pose alors fugacement la question de l’acte gratuit, si chère à Gide notamment dans &laquo;&nbsp;Les caves du Vatican&nbsp;&raquo;. Peut-on tuer ainsi, sans raison, un inconnu, simplement animé par la curiosité ou par une infernale tentation ? Et si « le meilleur moyen de se délivrer d’une tentation c’est d’y céder » (Wilde), les pulsions meurtrières obéissent-elles à ce bien cruel adage ? Non, bien évidemment puisque pulsion et tentation ne sauraient être ainsi confondues. Et ce d’autant plus que contrairement au Harry de Selby Jr qui tuait par besoin, on a davantage le sentiment ici que Victor Luca agit par instinct. Car ce qui frappe en effet dans l’œuvre de <strong>Liliana Lazar</strong>, c’est le détachement avec lequel Victor en vient à tuer ses victimes et à maquiller ses crimes. S’il cherche le pardon de Dieu, il paraît étrangement distant, ne semble ni rongé par le remords, ni torturé par sa conscience. On retrouve ainsi en partie, dans cette distanciation entre l’homme et ses crimes, la figure du meurtrier que peut incarner Jean-Baptiste Grenouille dans &laquo;&nbsp;Le Parfum&nbsp;&raquo; de Suskind. Mais tandis que Grenouille agit de manière certes détachée mais rationnelle, suivant en cela un idéal créatif, mû par la recherche d’un absolu olfactif, « Bœuf muet » semble au contraire en proie à une totale altération de la faculté de juger, parait soumis à des forces antagonistes, donne le sentiment d’abriter en son être l’éternel combat du Bien et du Mal. On le voit distant mais on le sent possédé. Et on pense alors à un troisième personnage, celui du diable personnalisé dans le roman de Lazar par le vieux Ismaïl ; et on revoit alors les figures de Fagotto et de Béhémoth, ce valet et ce chat qui accompagnent partout Satan déguisé sous les traits de Woland dans &laquo;&nbsp;Le Maître et Marguerite&nbsp;&raquo;, le chef-d’œuvre de Boulgakov. Car si la tentation demeure l’œuvre des hommes, les pulsions sont à n’en pas douter les armes du diable…Que faire alors dans ces cas là pour ne pas sombrer et résister ? Peut-être tout sim<br />
plement tenter de suivre les préceptes de Daniel, ce vieil ermite de la forêt de Slobodzia, coupable lui aussi par le passé d’un acte criminel et en quête de rédemption dans la solitude infernale de sa réclusion : « Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas »… Car le grand pardon ne se dérobe jamais à qui garde la foi&#8230;</p>
<p>Julien Gracq a écrit : « Le monde fleurit par ceux qui cèdent à la tentation »… A la lecture de &laquo;&nbsp;<strong>Terre des affranchis</strong>&nbsp;&raquo; on serait bien volontiers tenté de rétorquer qu’a contrario « le monde dépérit par ceux qui cèdent à leurs pulsions »…</p>
<div><strong>Note : 8/10</strong></div>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="TERRE DES AFFRANCHIS de Liliana Lazar" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2010/05/terre-des-affranchis-de-liliana-lazar/1556/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>LA ROUTE de Cormac McCARTHY [8,5/10]</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Mar 2010 06:12:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Vendéen d’origine et de cœur, c’est un exercice un peu particulier auquel je me prête aujourd’hui en décidant de faire la chronique de &laquo;&nbsp;<strong>La route</strong>&nbsp;&raquo; de <strong>McCarthy</strong>. En effet, alors que sont encore dans toutes les têtes vendéennes les terribles images de la tempête qui vient de s’abattre sur nos côtes, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les visions et les sentiments qui me sont venus lorsque j’ai lu le roman de <strong>Cormac McCarthy</strong>. Car, faisant écho à la situation qui frappe mon département de cœur, &laquo;&nbsp;<strong>La route</strong>&nbsp;&raquo; est un roman grave, sombre, désespérant. Bien évidemment, je réalise que cette introduction n’est peut-être pas le meilleur moyen de vous donner envie de vous plonger dans ce roman, il est vrai, assez noir. Ceux qui ont par ailleurs vu le film confirmeront que ce n’est pas l’œuvre la plus euphorisante de l’année. Et pourtant, &laquo;&nbsp;<strong>La route</strong>&nbsp;&raquo; est un très beau roman, récit d’une humanité désespérée où l’espoir surnage malgré tout, qui mérite d’être lu encore bien plus que d’être vu…</p>
<p>&laquo;&nbsp;<strong>La route</strong>&nbsp;&raquo; est ce qu’on l’on pourrait qualifier un peu trop rapidement de roman de l’apocalypse. Dans un futur plus ou moins proche, un jeune père erre seul avec son fils au milieu d’un monde dévasté et totalement déshumanisé. Fuyant des terres désolées, traversant un pays en proie à la barbarie et au cannibalisme, la volonté de vivre se meut peu à peu en simple ambition de survivre, et les rêves de trouver un monde meilleur s’émiettent au fil d’une marche qui prend progressivement des allures de chemin de croix. On devine une catastrophe nucléaire, et on comprend que quasiment rien n’a subsisté à l’exception de quelques hordes de barbares luttant pour une vie qui n’en a plus que le nom. Il n’y a rien d’autre à faire alors pour ces deux êtres qu’à avancer, lentement, péniblement, vers le Sud, vers la mer, tirant un caddie de supermarché, dernier vestige d’un monde qui portait en lui les germes de sa propre perte. Et pourtant, au milieu de ces ténèbres, un semblant d’humanité demeure malgré tout, oasis d’espoir au cœur d’un désert de cendres et de ruines…</p>
<p>Le style de <strong>McCarthy</strong> est extrêmement épuré, les mots sont froids, précis et comme rationnés, à l’image de ce que doivent endurer ce père et ce fils en quête perpétuelle des besoins physiologiques les plus élémentaires ; il n’y a pas d’adjectifs superflus, pas d’envolée dramatico-lyrique, pas de pathos surfait. Le peu de chaleur qui émane du texte vient des rares instants d’échange entre l’homme et son enfant. Les mots se font alors un peu plus généreux, à l’image de l’amour sans borne qui lie ce père et son fils et des efforts qu’ils sont prêts à consentir l’un pour l’autre. Il y a évidemment quelque chose d’extrêmement touchant dans cette relation filiale, comme la persistance d’une humanité où le partage, le sacrifice et le bonheur des choses simples signifient encore quelque chose d’important.</p>
<p>Mais &laquo;&nbsp;<strong>La route</strong>&nbsp;&raquo; est aussi un roman de l’absurde au sens originel du terme, c&#8217;est-à-dire de l’absence de sens. Qu’est-ce qui motive encore ce père pourtant seul contre tous ? Pourquoi lutte-t-il ainsi désespérément dans un monde au sein duquel plus rien ne semble possible ? Que cherche-t-il, qu’espère-t-il encore offrir à son fils ? On sent poindre à chaque page la tentation d’en finir avec cette vie de misère et on entend alors Camus dans Le mythe de Sisyphe expliquant qu’ « il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : le suicide ». Et cependant, tel Sisyphe poussant inlassablement son rocher, rien ne semble pouvoir ébranler la foi de ce père tâchant d’insuffler la force et la volonté de vivre à son fils, s’évertuant à lui léguer les bribes d’une humanité délitée. Qu’il est beau le combat de cet homme, qu’il est noble et courageux dans son abnégation, dans son absence de renoncement. Refusant la posture du suicidaire, le père endosse l’habit du héros absurde si cher à l’auteur de L&#8217;étranger. Mais à quel prix ? Pour quelles joies et quelles souffrances ? Le mieux demeure alors de se souvenir de Camus et d’essayer « d’imaginer Sisyphe heureux », de voir en cet homme et en son fils les dépositaires fictifs de la pensée du grand écrivain de l&#8217;absurde et de les ériger alors en figures modernes de « l’homme révolté »…</p>
<p>Car n’est ce pas le propre de l’homme que cette capacité à se relever quand plus rien ne demeure, que cette force de reconstruire alors même que cela semble impossible ? On ne peut s’empêcher de penser aux mots, dans leur version française, de Rudyard Kipling dans son poème If : « Si tu peux voir détruire l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir (…) Si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres les perdront (…) Tu seras un homme mon fils ». Peut-être qu’en ces sombres jours Kipling aurait conclu en écrivant « tu seras Vendéen mon fils », toujours est-il que la clé de ce roman se trouve peut-être là, dans ce que Spinoza appelait le Conatus, à savoir cette inébranlable volonté de l’homme à persévérer dans son être, cette aptitude à croire en la puissance d’exister, cette capacité à se projeter vers l&#8217;avant et à imaginer des jours meilleurs. Pour ce faire, l’homme dispose d’une formidable ressource, d’un moteur en tout point vital que l’on appelle tout simplement l’espoir. La platitude de l’adage ne doit pas nous faire oublier que oui, l’espoir fait bien souvent vivre&#8230;N’est-ce pas alors en partie le message que nous délivre ce récit ?</p>
<p>Certes, de là à faire de &laquo;&nbsp;<strong>La route</strong>&nbsp;&raquo; un roman de l’espérance, il y a un long sentier que je n’emprunterai peut-être pas. Et pourtant, souvenons-nous tout de même une dernière fois de Camus et n’oublions jamais son message de révolte empli d’optimisme: « En vérité, le chemin importe peu, la volonté d&#8217;arriver suffit à tout ».</p>
<p><strong>Note : 8,5/10</strong></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="LA ROUTE de Cormac McCARTHY" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2010/03/la-route-de-cormac-mccarthy-8510/1160/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>LE LION de Joseph Kessel [9/10]</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Feb 2010 20:59:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[1958]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette critique a été écrite par Matthieu de Baudelire, vous pouvez également la retrouver ici A l’instar de L’écume des jours que l’on fait à mon sens lire beaucoup trop tôt aux enfants (ceux qui me connaissent savent à quel point ce combat m’est cher!), je me suis toujours méfié des romans qualifiés de « [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cette critique a été écrite par Matthieu de </em><a href="http://baudelire.blogspot.com/"><em>Baudelire</em></a><em>, vous pouvez également la retrouver </em><a href="http://baudelire.blogspot.com/2010/02/le-lion-joseph-kessel-910.html"><em>ici</em></a></p>
<p>A l’instar de L’écume des jours que l’on fait à mon sens lire beaucoup trop tôt aux enfants (ceux qui me connaissent savent à quel point ce combat m’est cher!), je me suis toujours méfié des romans qualifiés de « classiques de jeunesse ». Non parce que ce sont de mauvais romans, bien au contraire, mais justement car ce sont des livres qu’on ne relira probablement plus alors même qu’ils mériteraient souvent une lecture plus adulte. Je me faisais à nouveau cette réflexion hier à la FNAC en feuilletant la sélection des livres « jeunesses », et en tombant sur des romans tels Les Royaumes du Nord ou Le journal d’Anne Franck, œuvres phares des rayons jeunesses s’il en est et qui pourtant admettent volontiers plusieurs niveaux ou degrés de lecture. Or, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris que figurait, parmi les indispensables à lire pour les 10-12 ans, &laquo;&nbsp;<strong>Le lion</strong>&nbsp;&raquo; de <strong>Joseph Kessel</strong>, pris en tenaille entre Toi + Moi = Cœur et Le journal d’une sorcière (j’exagère à peine) ! Certes, Le lion est une merveilleuse histoire, un conte éblouissant accessible aux plus jeunes par la simplicité du récit, mais de là à le faire lire dès 10 ans…Bref, tout ça pour dire que si vous n’avez jamais lu ce chef-d’œuvre de Kessel et que vous avez toujours pensé être trop vieux pour vous y plonger aujourd’hui, il n’est absolument pas trop tard, bien au contraire. Et je ne saurai que conseiller également à tous ceux qui l’ont lu lors de leur prime jeunesse de se laisser tenter et de redécouvrir ce très beau roman…</p>
<p>&laquo;&nbsp;<strong>Le lion</strong>&laquo;&nbsp;est en effet au premier abord un roman que l’on recommanderait volontiers aux plus jeunes. Car Le lion c’est d’abord et avant tout le récit d’une histoire d’amour aussi belle qu’improbable entre un jeune fauve et une petite fille. Recueilli à sa naissance par le garde du parc national, King a grandi auprès des hommes, et notamment aux côtés de Patricia, la fille du gardien. Très vite, une relation unique s’établit entre le jeune lion et Patricia. Devenu adulte, King est relâché dans la nature mais il n’en oublie pas pour autant ceux qui l’ont élevé : la complicité entre lui et la jeune fille perdure, et rien ne semble alors pouvoir entraver cet amour si particulier…</p>
<p>Mais si le récit est on ne peut plus envoutant, si on se laisse prendre comme de grands enfants par cette touchante histoire, l’œuvre de Kessel est bien plus que cela ; et c’est pourquoi elle est à mes yeux davantage qu’une simple lecture d’adolescents… Journaliste, <strong>Joseph Kessel</strong> est d’abord et avant tout un grand reporter. Avec &laquo;&nbsp;<strong>Le lion</strong>&laquo;&nbsp;, il nous offre un voyage en terre kenyane, à la découverte de sa faune, de sa diversité, de sa richesse. On gambade avec les impalas, on déboule avec les buffles, on charge avec les rhinocéros et on se laisse totalement transporter et immerger au cœur d’un univers inconnu mais fascinant, le tout porté par une plume magnifique. Ethnologue, Kessel nous emmène à la rencontre des tribus composant ce grand pays. On fait la connaissance alors du peuple Masaï, on découvre son quotidien, on apprend ses rites, et parmi eux celui consistant à combattre un fauve à main nu pour entrer dans l’âge adulte&#8230; On sent alors poindre le drame, on voit se profiler l’inévitable confrontation mais on ne cherche pas pour autant à en deviner davantage, préférant se laisser bercer par le fil du récit. Anthropologue, Kessel étudie les hommes et leur conditionnement, leur réaction, leur adaptation dans ces milieux inhospitaliers, tâchant alors de comprendre quelle place ceux-ci peuvent y prendre sans venir pour autant troubler le subtile équilibre des choses. Ecrivain, il signe un roman puissant et dépaysant servi par une vraie belle écriture. Dans les premières pages du livre, Kessel a ainsi cette phrase magnifique : « Rideau après rideau, la terre ouvrait son théâtre pour les jeux du jour et du monde ». Avec Le lion, c’est page après page que l’auteur ouvre notre imaginaire pour les jeux des hommes et de la nature. Des jeux qui, aussi harmonieux soient-ils, n’en demeurent pas moins dangereux comme la fin du récit ne manque pas de nous le rappeler&#8230;</p>
<p>Pascal écrivait : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraye ». Ici, grâce Kessel, c’est tout le contraire qui se produit… Cette riche nature rassure, ces grandes étendues silencieuses apaisent et l’on se sent enveloppé d’une douce chaleur, d’une parfaite quiétude… Longtemps après avoir fermé le livre résonne encore l’écho de la savane, longtemps s’impose cette vision majestueuse du Kilimandjaro surplombant une nature généreuse, longtemps demeurent ces envies d’aventures, ce profond désir d’évasion, cette aspiration à regarder le monde, dans ce qu’il a de plus beau et de plus noble, chaque jour comme si c’était la première fois sans jamais finir de s’en émerveiller …</p>
<p>Avec &laquo;&nbsp;<strong>Le lion&nbsp;&raquo;</strong>, Kessel se substitue à Baudelaire et nous invite lui-même au voyage en ces terres où tout ne semble qu’ « ordre et beauté ; luxe, calme et volupté ». Il serait bien dommage alors de se priver d’une si belle invitation…</p>
<p><strong>Note : 9/10</strong></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="LE LION de Joseph Kessel" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2010/02/le-lion-de-joseph-kessel-910/1172/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>LES GOUTTES DE DIEU de Tadashi Agi &amp; Shu Okimoto [8,5/10]</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Feb 2010 15:04:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2008]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Manga]]></category>

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		<description><![CDATA[Vous n’avez aucun goût particulier pour les mangas et n’avez finalement que peu de connaissances sur le vin ? Vous êtes curieux et toujours prêt à découvrir de nouveaux univers ? Vous aimez cependant le vin et aimeriez d’ailleurs vous y connaitre davantage ? Alors, parfait, vous êtes dans la même situation que moi au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vous n’avez aucun goût particulier pour les mangas et n’avez finalement que peu de connaissances sur le vin ? Vous êtes curieux et toujours prêt à découvrir de nouveaux univers ? Vous aimez cependant le vin et aimeriez d’ailleurs vous y connaitre davantage ? Alors, parfait, vous êtes dans la même situation que moi au moment où j’ai ouvert pour la première fois Les Gouttes de Dieu. Mais si, a contrario, vous êtes fan de mangas et/ou expert œnologue, ne zappez pas cette chronique pour autant car ces quelques lignes peuvent également vous intéresser…</p>
<p>Les Gouttes de Dieu est un manga japonais consacré au vin, et qui plus est, quasi exclusivement au vin français ! A l’heure actuelle, dix tomes sont parus et, compte tenu du degré d’avancement de l’intrigue, on peut légitimement supposer qu’on est très loin de la fin ! Le synopsis du manga est simple : Yutaka Kanzaki, éminent œnologue japonais, vient de décéder. Son fils naturel, Shizuku, qui n’a jamais bu la moindre goutte d’alcool, pense naturellement hériter de la fantastique et onéreuse collection de vins de son père. Mais, à la lecture du testament, celui-ci découvre qu’il a en fait un frère adoptif, Issei Tomine, qui n’est autre que l’une des figures montantes de l’œnologie japonaise. En outre, le testament explique que l’héritage de Yutaka reviendra à celui de ses deux fils qui parviendra à découvrir les douze grands crus sélectionnés et décrits avant sa mort par celui-ci, ainsi qu’à identifier celui qui les sublime tous, l’apôtre ultime qu’il nomme Les Gouttes de Dieu. Shizuku, aidé de son ami Miyabi, se retrouve alors contraint de se plonger dans un monde qu’il ne connait que superficiellement : celui du vin et de l’œnologie.</p>
<p>A première vue, le cocktail peut paraître étonnant et l’on attend a priori pas grand-chose d’un manga sur le vin, peut-être pas « une piquette » mais en tout cas comme un léger goût de bouchon. C’est vrai, depuis quand les Japonais s’y connaissent en vin a-t-on envie de s’écrier, pétris de notre fierté viticole, riches de nos savoir-faire uniques et de nos terroirs mondialement reconnus ? Pourtant, dès le premier contact, dès le premier nez, si cher aux œnologues, Les Gouttes de Dieu fleure bien plus le grand cru que le petit vin de propriété. La couverture, pareille au disque du vin dans un verre, prête à la curiosité et à l’envie d’ouvrir, de déboucher est-on tenté de dire, ce manga. Les premiers dessins, les premières images, semblables à la robe d’un premier cru, incitent à l’optimisme et donnent un premier aperçu engageant. «L’attaque» du premier tome, terme qui désigne également la première impression qui se dégage lorsque l’on goutte un vin, ne fait que confirmer ces excellentes dispositions et on se retrouve peu à peu totalement immergé au royaume des vignes, des cépages et des domaines…Une fois le premier tome fini, il est bien difficile de laisser décanter ce manga unique en son genre, de s’astreindre d’entamer le second cru et on ne peut donc réellement résister à l’envie de se lancer dans la suite de la série : Les Gouttes de Dieu est tout le contraire d’un vin de garde que l’on conserverait précieusement dans sa cave, transformée en bibliothèque pour l’occasion, attendant patiemment son pic de dégustation pour en retirer la quintessence gustativo-littéraire. Les Gouttes de Dieu est à l’image d’un vin jeune mais robuste, tour à tour frais et léger comme un vin de Loire en même temps que capiteux et corsé tel un Vacqueyras ou profond et émouvant comme un château Chasse-Spleen…</p>
<p>Il faut d’ailleurs signaler que Les Gouttes de Dieu est tout autant un manga enivrant et envoutant qu’une véritable encyclopédie sur le monde du vin et de ses producteurs. Toutes les bouteilles mentionnées existent évidemment, et les références données sont si sérieuses que, depuis le succès de la série, il n’est pas rare que les vins évoqués se trouvent en rupture de stock ! Le fil conducteur de l’histoire, cette recherche des 12 apôtres est d’ailleurs souvent un prétexte pour construire autant de petites histoires dans lesquelles le vin joue inévitablement un rôle central et nous permettre ainsi de découvrir des dizaines de bouteilles, parfois très abordables et aux qualités reconnues. Alors certes, il y a parfois un côté un peu répétitif dans ces successions d’histoires et on aimerait de temps en temps que le récit se concentre davantage sur la recherche des 12 apôtres, impatients que nous sommes de découvrir ces 12 chefs-d’œuvre viticoles et surtout de connaître l’identité des fameuses Gouttes de Dieu, de ce vin qui sublimerait tous les autres. Mais le plaisir est partout ailleurs. Le plaisir se trouve dans la découverte de dizaine de vins, rouges ou blancs, Bordeaux ou Bourgogne, premiers crus ou vins plus modestes…Le plaisir se rencontre dans cette plongée au cœur d’un univers passionnant mais exigeant, à suivre les aventures de Shizuku et Miyabi et de ce duel fratricide. Mais surtout, le plaisir n’est jamais aussi intense que lors des descriptions faites des dégustations de chaque vin. Les images des sentiments évoqués et provoqués par celles-ci sont magnifiquement bien rendues, créatives mais précises et il se dégage par instant une vraie poésie, tant textuellement que visuellement. Il faut d’ailleurs rendre hommage à la parfaite harmonie des mots et des images, à l’excellente association de l’auteur et du dessinateur, ce dernier parvenant à superbement restituer les intentions de l’auteur, un peu à la manière d’un bon sommelier à même de sublimer, par ses conseils de mariage entre mets et vin ou par son décantage, le goût d’un vin et de mettre ainsi en valeur, comme il se doit, le travail du vigneron…</p>
<p>Alors, bien évidemment, tout comme les différents millésimes d’un même vin, certains tomes sont inévitablement meilleurs que d’autres, plus longs en bouche&#8230; Mais quoiqu’il en soit, il est indéniable que ces Gouttes de Dieu ont tout d’un manga « grand cru classé »…</p>
<p>Plus que jamais avec Les Gouttes de Dieu, la subtile alchimie entre l’ivresse et la littérature se réalise à la perfection. Jamais autant qu’avec ce gouleyant manga l’idée de « s’enlivrer » n’a sonné aussi juste…</p>
<p>Il ne me reste alors qu’à vous souhaiter une bonne dégustation !</p>
<p><span style="font-weight: bold;">Note : 8,5/10</span></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="LES GOUTTES DE DIEU de Tadashi Agi &#038; Shu Okimoto" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2010/02/les-gouttes-de-dieu-de-tadashi-agi-shu/1190/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>L’ECUME DES JOURS de Boris Vian [9,99/10]</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 10:11:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Hybert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[1947]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Pourquoi décider d’écrire sur l’écume des jours, en ce dimanche plutôt gris, plus de cinq années après l’avoir lu pour la première fois ? Pour combler un vide ? Pour rendre hommage à un livre publié il y a soixante ans et qui ne cessera jamais de diviser le monde littéraire en deux catégories : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi décider d’écrire sur <strong>l’écume des jours</strong>, en ce dimanche plutôt gris, plus de cinq années après l’avoir lu pour la première fois ? Pour combler un vide ? Pour rendre hommage à un livre publié il y a soixante ans et qui ne cessera jamais de diviser le monde littéraire en deux catégories : ceux qui ont adoré et ceux qui n’ont pas eu cette chance ? Pour le bonheur de me replonger dans ces lignes qui n’en finiront jamais de me toucher ? Probablement les trois et pour bien d’autres raisons encore… Car l’écume des jours est bien plus que mon roman préféré, celui qui trône au sommet de mon panthéon littéraire ; l’écume des jours est à l’image de son titre, poétique et léger en même temps qu’énigmatique et fascinant ; l’écume des jours est un roman d’amour comme on en écrit plus, il n’est pas que « le plus poignant des romans d’amour » comme le disait Raymond Queneau, il est à mon sens le plus humain des romans d’amour…Colin n’est rien sans Chloé, elle est sa préoccupation suprême et superbe, celle à qui, face à ce nénuphar qui obstrue peu à peu son cœur, il consacrera toute son énergie, toute sa force, tout son amour sans jamais se résoudre à accepter l’inévitable. Et lorsque celle-ci s’en va définitivement, ce n’est pas son monde qui s’écroule, c’est LE monde qui disparait. Colin et Chloé sont des héros ordinaires dans un univers extraordinaire, et non l’inverse comme cela est si souvent le cas ! Ils n’ont ni le côté tragique de Chimène et de Rodrigue dans Le Cid, ni la dimension shakespearienne d’un amour défendu à la Roméo et Juliette et encore moins l’empreinte de la fatalité qui lie Tristan et Yseult. Colin et Chloé feraient davantage penser à Orphée et Eurydice, amoureux transis rattrapés par un sort qui s’acharne. Tel Orphée, Colin luttera jusqu’au bout pour celle qu’il aime ; tel le joueur de lyre, il ne se relèvera pas d’avoir perdu sa muse. Il a beau porter un prénom ridicule, on rêve tous un peu d’être un Colin, d’incarner pour nos « Chloé » cette posture du passionné romantique si éloignée pourtant de toute mièvrerie, et de pouvoir répondre comme lui à la question « Et vous, que faîtes vous dans la vie ? » : « Moi, j’apprends des choses et j’aime Chloé ». Apprendre et aimer, quelle belle ambition, quelle simple philosophie…<br />
Mais <strong>l’écume des jours</strong> ce n’est pas qu’une déchirante histoire d’amour. C’est également un roman à l’imagination débridée où se mêlent le jazz et l’existentialisme sartrien, un conte fantastique où les pianos font des cocktails et où les souris parlent, un recueil de néologismes à en donner des sueurs froides à un membre de l’Académie française…Il est inutile de tenter de décortiquer tout l’univers de <strong>Boris Vian</strong>, si inaccessible même aux plus initiés, et il serait même contre-productif de le faire. On ne peut que se laisser bercer par la poésie des images, se laisser entrainer par les frasques de Chick ou de Colin, se laisser envouter par une ordinaire histoire d’amour de laquelle on ne peut se défaire bien des années après l’avoir lue… Alors oui, beaucoup n’aiment pas, pire s’il en est, certains demeurent indifférents, victimes souvent d’une lecture forcée au collège ou au lycée. C’est que, à mon sens, aucun livre ne s’est jamais aussi mal prêté à une lecture obligatoire et à une étude fastidieuse dans le cadre contraint d’une salle de classe. On ne peut « analyser » l’écume des jours comme on étudierait un poème de Rimbaud ou un roman de Flaubert. L’écume des jours oblige à voir au-delà des simples mots, à dépasser le texte et à lire avec un cœur d’enfant qui a déjà un peu vécu, et surtout aimé…</p>
<p>Vian était un proche d’Aragon et on ne peut s’empêcher à la lecture de <strong>l’écume des jours</strong> d’entendre résonner ces vers du poète : «Rien n’est jamais acquis à l’homme ni sa force / ni sa faiblesse, ni son cœur et quand il croit / ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix / et quand il croit serrer son bonheur il le broie / sa vie est un étrange et douloureux divorce / Il n’y a pas d’amours heureux (…)</p>
<p>Et pourtant c’est bien leur amour à tous les deux…</p>
<p><strong>L’écume des jours</strong> restera à jamais ma plus belle aventure littéraire, Colin et Chloé ma plus belle histoire d&#8217;amour, et Chloé ma plus belle rencontre…</p>
<p><strong>Note : 10/10</strong></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="L&#8217;ECUME DES JOURS de Boris Vian" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2009/11/lecume-des-jours-de-boris-vian-1010/1240/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>PESTE de Chuck Palahniuk [8/10]</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Sep 2009 07:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2007]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[On aurait pu imaginer que le dixième ouvrage de Chuck Palahniuk serait celui de la maturité, qu’il était temps pour l’auteur culte de « Fight Club » d’offrir un texte qui le concrétiserait comme un incontournable, qui lui apporterait enfin la reconnaissance et le respect de ses pairs. Que nenni, « Peste » a tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On aurait pu imaginer que le dixième ouvrage de <span style="font-weight: bold;">Chuck Palahniuk</span> serait celui de la maturité, qu’il était temps pour l’auteur culte de « Fight Club » d’offrir un texte qui le concrétiserait comme un incontournable, qui lui apporterait enfin la reconnaissance et le respect de ses pairs. Que nenni, « <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » a tout du premier roman : fougue, difficultés à se focaliser, insertions multiples de réflexions sociales, vulgarité, goût pour la provocation… une sorte de mix entre la violence de « Crash » de David Cronenberg, la noirceur des nouvelles d’anticipation de HP Lovecraft, et l’univers propre, gorgé de freaks issus de l’Amérique profonde, de l’auteur.</p>
<p>« <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » est donc un roman, originellement intitulé « Rant &#8211; An oral biography of Buster Casey » qui traite d’une épidémie de rage lancée par un yankee aux pratiques suspectes dans une Amérique où la population a été scindé en deux, non pas selon des limites géographiques mais selon des zones temporelles (les diurnes vs les nocturnes). La première réaction serait de s’interroger sur le comment du pourquoi d’une telle traduction du titre, mais la traduction a ses codes que seule une poignée d’initiés peut décrypter.</p>
<p>Comme l’indique le titre américain, l’histoire de « <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » se dévoile autour d’interviews et d’interventions de plusieurs protagonistes ayant connu de près ou de loin Rant Casey. De part sa construction narrative, « Peste » est donc palpitant en soi. Plein de faux semblants, d’informations lâchées au compte-goutte, empli des rumeurs répandues par l’inconscient collectif, <span style="font-weight: bold;">Chuck Palahniuk</span> n’y impose aucune vérité sur son personnage. Il fait juste de « <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » un puissant melting-pot mélangeant ses idées du moment avec ses combats du passé, le tout dans un roman de science-fiction.</p>
<p>Pour apprécier à sa juste valeur les romans de <span style="font-weight: bold;">Chuck Palahniuk</span>, il faut avoir lu « Le festival de la couille et autres histoires vraies », texte passionnant où l’auteur explicite combien la majorité des folies de ses livres ne viennent pas de son imagination mais de ses expériences et de ses rencontres. Ainsi on réalise que derrière chaque idée tordue de « <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » se cache une anecdote, un fait divers ou encore un obscur ouvrage scientifique. Les thématiques sont multiples et chaque chapitre est capable de lancer le lecteur sur une nouvelle piste : Le « Crashing » est une autre manifestation des combats de « Fight Club », les participants y recherchant les mêmes effets ; l’explicitation de la manière dont les croyances imposées aux enfants contre récompense (le Père Noël, le Lapin de Pacques, la Petite Souris…) débouche sur la manière dont se développe la confiance dans l’économie ; les transcriptions neuronales sont une métaphore des plus justes de la culture du divertissement ; les réflexions sur le système de circulation automobile en disent long sur le fonctionnement de la société… Enfin « <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » aborde la notion d’espace liminal et des voyages dans le temps d’une manière violente et inédite. Oui, nous passerons sûrement pour des êtres sous-développés lorsque la jeunesse du futur étudiera en cours la géographie du temps.</p>
<p>Aussi engagé que « Fight Club » dans sa critique de l’Amérique, aussi sale que « Monstres Invisibles » dans ses descriptions scato-sexuelles, aussi déjanté que « Survivant » dans son approche des personnages et de leur transformation en mythe, aussi mystique que « Berceuse » dans son approche fantastique, « <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » est clairement typique du style de <span style="font-weight: bold;">Chuck Palahniuk</span>. « <span style="font-weight: bold;">Peste</span> » n’aurait pu être, malgré son esprit de rébellion intact, qu’une blague de sale gosse de plus, mais au final, il s’agit d’un pur roman de SF qui laisse peut être un goût d’inachevé, mais qui recèle d’idées à méditer.</p>
<p><span style="font-weight: bold;">Note : 8/10</span></p>
<div style="float: right; margin-right: 10px; margin-top: 1px;"><a href="http://twitter.com/share" class="twitter-share-button" data-text="PESTE de Chuck Palahniuk" data-via="Playlistsociety" data-url="http://www.playlistsociety.fr/2009/09/peste-de-chuck-palahniuk-810/1277/" data-count="horizontal" data-via="Playlistsociety" data-related="alexisFogel:Web passionate geek entrepreneur">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>CENDRILLON d’Eric Reinhardt [9/10]</title>
		<link>http://www.playlistsociety.fr/2009/09/cendrillon-deric-reinhardt-910/1278/</link>
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		<pubDate>Fri, 25 Sep 2009 07:30:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2008]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[[Attention spoilers] Malgré ses nombreuses qualités, « Existence », le précédent roman d’Eric Reinhardt, ne laissait en rien présager du monstre littéraire qui allait lui succéder. Cynique, féroce et parfaitement construit, il confirmait après le « Moral des ménages » le talent de l’écrivain pour réaliser des satires sociales désenchantées, mais maintenait l’homme dans le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: bold;">[Attention spoilers]</span> Malgré ses nombreuses qualités, « Existence », le précédent roman d’<span style="font-weight: bold;">Eric Reinhardt</span>, ne laissait en rien présager du monstre littéraire qui allait lui succéder. Cynique, féroce et parfaitement construit, il confirmait après le « Moral des ménages » le talent de l’écrivain pour réaliser des satires sociales désenchantées, mais maintenait l’homme dans le sillage de la littérature contemporaine française. Au niveau du style et du récit, aucun éclair de génie ne permettait de deviner qu’<span style="font-weight: bold;">Eric Reinhardt</span> avait les épaules assez larges pour devenir calife à la place du calife, pour mener seul une guerre qu’on pensait que personne n’oserait jamais déclencher.</p>
<p>« <span style="font-weight: bold;">Cendrillon</span> » est un pavé (au sens propre comme au sens figuré) jeté à la gueule fardée de l’establishment littéraire français. Aux autofictions complaisantes et faussement provocatrices, aux introspections psychanalytiques de bas étages, aux histoires vaines qui voudraient avoir un impact politique, aux romans de 150 pages écrits en « Times New Roman / font-size : 16 px », aux niaiseries académiques pompeuses, aux phrases simplistes couchées sur le papier en mai pour une publication au début de l’été, à tout ce que nous a habitué la littérature française contemporaine, <span style="font-weight: bold;">Eric Reinhardt</span> répond par une odyssée qui absorbe comme un tourbillon autant de pans de l’approche littéraire que possible.</p>
<p>Pour mieux prendre à revers le lecteur et la « critique littéraire », « <span style="font-weight: bold;">Cendrillon</span> » emprunte des sillons trompeurs. Le monstre se focalise d’abord sur trois personnages : Laurent Dahl, Thierry Trockel et Patrick Neftel. Se jouant de la temporalité et remontant loin dans les origines de chacun de ses protagonistes, <span style="font-weight: bold;">Eric Reinhardt</span> semble en premier lieu s’aventurer sur les terres de ceux qui conçoivent leurs œuvres comme des épopées où les destins des personnages ne prendront sens qu’une fois replacés dans un contexte global formant une aventure humaine épique. On pense ainsi à ces anglo-saxons, <a href="http://www.playlistsociety.fr/2008/12/testament-langlaise-de-jonathan-coe-910.html">Jonathan Coe</a> en tête, qui n’ont pas peur de noircir des pages et des pages avant de dévoiler les interactions auxquelles seront soumis leurs protagonistes. Puis très vite, « <span style="font-weight: bold;">Cendrillon</span> » revêt des aspirations autobiographiques, mais pas de celles qui ennuient leurs lecteurs avec leurs récurrentes thématiques de l’écrivain complexe, obsédé mais torturé, lâche mais touchant, non Eric Reinhardt  se présente sous un angle tellement « différent » qu’aucune comparaison ne me vient à l’esprit. Brouillant les pistes, alternant entre une émouvante transparence et entre une mise en scène fictionnelle de son propre moi, il ne tarde pas à révéler que tous ses héros ne sont que des alter-égo de lui-même, des doubles littéraires qui lui ressemblent sans lui ressembler, ouvrant ainsi, avec une crédibilité inédite les arcanes de la création littéraire.</p>
<p>Rares sont les thèmes de la vie qui sont laissés de côté : amour, cellule familiale, paternité, carcan social, politique… aucun domaine ne semble mettre <span style="font-weight: bold;">Eric Reinhardt</span> mal à l’aise. Même quand ce dernier s’attaque à des notions économiques, sujet sur lequel se ridiculise la majorité des hommes lettrés, il impressionne, un peu à la manière d’un <a href="http://www.playlistsociety.fr/2008/09/la-possibilite-dune-ile-de-michel.html">Houellebecq</a>, par sa capacité à disserter sans que cela ne donne l’impression de sortir du texte. Lors du dialogue théorique avec Louis Schweitzer ou au cours des aventures financières de Laurent Dahl, il expose sa vision d’un capitalisme corrompu par l’actionnariat, vulgarise la problématique des fonds de pension, sans pour autant jamais nier la logique économique (chose que mêmes certains de nos politiciens ne sont pas toujours capables de faire). Ainsi, il développe, sous ses airs de ne pas y toucher, et ce au sein d’un grand roman, un véritable point de vue entre résignation et envie de révolution ; la peur y étant exposée comme le seul contre-pouvoir capable de redresser, via la notion de compromis, le capitalisme et donc le fonctionnement de notre monde.</p>
<p>Des phrases, que dis-je des paragraphes, que je souhaiterais vous recopier tels quels, il y en a ici des centaines : l’épiphanie, l’automne, les mots mallarméens, la passion, les obsessions, les schémas de pensées, la complicité analogique avec la vitesse et l’obliquité des nuages… tout ici est occasion à des divergences poétiques, à des envolés lyriques qui prennent aux trippes. Rarement, je me suis senti autant en phase avec la vision de l’art et de l’amour d’un auteur ; et ce sentiment qu’on ne réserve habituellement qu’aux plus grands (Proust, Balzac…) révèle bien la puissance de cette folie des grandeurs menée à son terme avec brio.</p>
<p>Vers la fin, la mise en abîme est peut être trop flagrante, et la charge contre la bourgeoisie intellectuelle de gauche un peu trop directe (quoique des plus savoureuses), mais peu importe tant « <span style="font-weight: bold;">Cendrillon</span> » n’est pas qu’un combat mais un véritable cri de ralliement. Peu importe les défauts, <span style="font-weight: bold;">Eric Reinhardt</span> a gagné : il a attaqué tous les auteurs en vue sur leur propre terrain et les a écrasé aussi bien au sprint que sur la distance.</p>
<p>Une « critique » me parait bien peu de chose par rapport à ce roman qui mériterait à minima une analyse de texte. Ainsi je préfère m’arrêter là et finir sur ces mots de l’auteur : « L’amour pas plus que le chef d’œuvre ne tombe du ciel sans effort. […] Vous êtes des paresseux, Vous manquez d’ambition. Vous adorez céder à des inclinations communes. » Se sente visé, qui de droit !</p>
<p><span style="font-weight: bold;">Note : 9/10</span></p>
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		<item>
		<title>LA PLUIE AVANT QU’ELLE TOMBE de Jonathan Coe [6/10]</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Sep 2009 06:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2009]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Que faire après avoir synthétisé toute son œuvre, toutes ses idées, toutes ses passions, tous ses combats dans un diptyque de plus de mille pages ? Qu’écrire lorsqu’on a exploré de fond en comble un style de narration qu’on a soi-même crée ? Comment se réinventer après avoir publié la somptueuse et inusable odyssée contemporaine [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Que faire après avoir synthétisé toute son œuvre, toutes ses idées, toutes ses passions, tous ses combats dans un diptyque de plus de mille pages ?  Qu’écrire lorsqu’on a exploré de fond en comble un style de narration qu’on a soi-même crée ? Comment se réinventer après avoir publié la somptueuse et inusable odyssée contemporaine que forme « Bienvenue au club » et « Le cercle fermé » ? C’est à cette question que devait répondre <a href="http://www.playlistsociety.fr/2008/12/testament-langlaise-de-jonathan-coe-910.html">Jonathan Coe</a>, l’un des plus brillants auteurs actuels, de ceux qui savent mélanger classicisme et pop culture, de ceux qui savent intégrer les problématiques mondiales au sein des vies complexes de leurs protagonistes. Quel angle d’attaque choisir ? Pousser encore plus loin le concept du roman-monde ? Se réinventer complètement et abandonner la littérature pour laquelle on s’est tant battu ? Clairement les opportunités n’étaient pas multiples et je ne vois pas comment <span style="font-weight: bold;">Jonathan Coe</span> aurait pu avoir la force et le courage de réembrayer direct</p>
<p>« <span style="font-weight: bold;">La pluie avant qu’elle tombe</span> » est donc une sorte d’interlude dans la carrière de <span style="font-weight: bold;">Jonathan Coe</span>, quelque-chose de doux, de calme et d’inoffensif, le genre de texte qu’on a envie d’écrire pour se détendre avant de s’attaquer à un nouveau projet faramineux. En temps normal, afin d’expliciter le destin d’Imogen, une jeune fille aveugle adoptée et dont la famille originelle a perdu toute trace, l’auteur anglais aurait noircit des centaines de pages au sein desquelles se seraient accumulées descriptions méticuleuses, révélations inattendues et chassés croisés de personnages. Au lieu de ça, <span style="font-weight: bold;">Jonathan Coe</span> a choisi ici de raconter son histoire au travers de 20 photos destinées à Imogen afin de lui révéler ses origines, 20 photos qui sont décrites et enregistrées sur cassettes par Rosamond, la tante éloignée, avant que cette dernière ne mette fin à ses jours. Le procédé littéraire est attendrissant et permet en 20 scènes clefs de reconstituer une épopée familiale avec ses inévitables déchirements. Et il en résulte un joli texte plus poétique que d’habitude, empli de nostalgie et d’amitiés rompues. Un esprit « carte-postale » avec ses moments de grâce et d’instantané de vie.</p>
<p>Néanmoins, à bien des niveaux, « <span style="font-weight: bold;">La pluie avant qu’elle tombe</span> » est de loin le moins bon roman de <span style="font-weight: bold;">Jonathan Coe</span>, car là où trônaient avant histoires complexes fourmillants d’excitantes révélations, on ne trouve qu’un récit banal, sans ambition, marqué par un certain esprit conservateur. Tout d’abord, il est difficile de s’intéresser aux états d’âme de Rosamond, un personnage finalement assez lisse qui ne cesse de vouloir interférer dans une histoire qui n’est pas la sienne et qui se prend pour une sorte d’ange-gardien, de justicière masquée de la bonne éducation, et ce afin de combler le vide affectif induit par la perte du grand amour. En tant que narratrice, le personnage principal se donne toujours un peu le bon rôle, s’offusque des comportements sibyllins de son entourage mais ne dévoile jamais ses vices et sa part de noirceur. On aurait aimé la voir plus « tendancieuse », plus malsaine, tant cette image de « tante de l’ombre » s’érigeant en modèle de conduite finit par lasser.</p>
<p>De plus, <span style="font-weight: bold;">Jonathan Coe</span> nous avait habitué à des textes psychologiquement forts qui se jouaient de tous clichés et qui évitaient les sous-entendus lourdingues. De ce fait, comment ne pas être légèrement écœuré par cette boucle évidente du manque d’amour des mères pour leur fille et de la répétition du schéma d’éducation marqué par le sceau du père qui bat son fils parce que son père le battait ? Ivy rejetait Beatrix, Beatrix détestait Thea et  Thea maltraitait Imogen… Une redondance psychologique qui ne fait que confirmer la légère paresse qui guide l’auteur au cours de ce septième roman. De même, on passera sur les différents parallélisme finaux (le chien qui s’enfuit, le mauvais présage interprété par Gill) qui en voulant consolider le texte ne font qu’en révéler les failles.</p>
<p>Ainsi, « <span style="font-weight: bold;">La pluie avant qu’elle tombe</span> » souffre de la banalité qui habite tant de romans contemporains. Rien de grave ici, rien qui ne puisse remettre en cause la valeur de <span style="font-weight: bold;">Jonathan Coe</span>, juste un texte presque anecdotique où l’obsession de l’auteur pour les coïncidences et les interactions mystiques entre les destins reste prisonnière des nuages et ne mouille jamais le lecteur.</p>
<p><span style="font-weight: bold;">Note : 6/10</span></p>
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		<title>LE CIEL AU DESSUS DE BRUXELLES de Bernar Yslaire [9/10]</title>
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		<pubDate>Tue, 05 May 2009 09:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alexis Fogel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[2003]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>

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		<description><![CDATA[Je pourrais commencer cette critique en louant le talent du belge Bernar Yslaire, survolant les chefs d’œuvre que sont les séries « XXeciel.com » et « Sambre ». Je pourrais également m’essayer à décrire et à analyser l’évolution artistique de l’auteur au cours de ses créations, ce qui parfois, me semble être une approche intéressante. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: arial;">Je pourrais commencer cette critique en louant le talent du belge Bernar Yslaire, survolant les chefs d’œuvre que sont les séries « XXeciel.com » et « Sambre ».  Je pourrais également m’essayer à décrire et à analyser l’évolution artistique de l’auteur au cours de ses créations, ce qui parfois, me semble être une approche intéressante. Mais afin de respecter la ligne éditoriale de mon frère, je me bornerai à ne parler ici que des 2 tomes qui composent « Le ciel au dessus de Bruxelles ».</span></p>
<p><span style="font-family: arial;">En 1969, John Lennon et Yoko Ohno (soit un occidental et une femme asiatique), se font filmer en train de faire l’amour dans une chambre d’un Hilton afin de protester contre la guerre au Vietnam. S’en suit alors un débat sur l’obscénité de leur acte, mis en relation avec l’obscénité de la guerre. Ce débat, Bernar Yslaire propose de le relancer en offrant une fiction pleinement ancrée dans la réalité. Nous sommes en 2003, à l’aube de la guerre en Irak, et un juif s’enferme avec une kamikaze dans la chambre d’un Hilton pour fuir ensemble la réalité. Ils ne se connaissent pas, ils n’ont aucune raison de s’aimer, pourtant, durant un mois, alors que la télévision ne cesse de vomir des images de la guerre, ces deux symboles d’opposition vont faire l’amour et pleurer ensemble.</span></p>
<p><span style="font-family: arial;">Cette bande dessinée ne fait aucune concession, elle mélange des scènes d’amour crues dignes d&#8217;un film pornographique (en plus stylisé tout de même) et des images réelles qui passaient à la télévision à cette époque. Et pourtant on s’y sent bien, Yslaire arrive à intégrer le lecteur dans la bulle que se sont créées deux personnages, hors du temps, hors de toute réalité. Le style de dessin est très figuratif mais pas surfait pour un sou. Les images troubles rapportées par la télévision semblent vouloir inverser la situation et  donner l’impression que c’est l’extérieur qui est irréel. Même les dialogues, aussi difficiles soient-ils, ne sont ni gnan-gnan, ni trop caricaturaux (j’insiste sur le trop car il faut bien que le poids de leur histoire et de leur culture se ressente dans les paroles des personnages).</span></p>
<p><span style="font-family: arial;">En conclusion je dirais que ce n’est peut être pas une bande dessinée à mettre entre toutes les mains, puisqu’elle est avant tout choquante et qu’elle ne s’en cache pas, mais si l’on arrive à l’aborder avec un peu de recul, « Le ciel au dessus de Bruxelles » est un chef d’œuvre autant sur le fond que sur la forme et il serait dommage de passer à coté.</span></p>
<p><span style="font-family: arial;">Une petite attention qui est assez atypique pour mériter d’être soulignée : à la fin de l’œuvre, l’auteur a écrit un texte d’une page, où il explique dans quel esprit il a écrit cette bande dessinée et où il expose avec beaucoup de respect sa position sur le sujet.</span></p>
<p><span style="font-weight: bold; font-family: arial;">Note : 9/10</span></p>
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