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	<title>Misc &#8211; Playlist Society</title>
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	<description>Critiques et Chroniques Culturelles</description>
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		<title>Don Pardo, la voix et l&#8217;âme du Saturday Night Live</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2014/10/don-pardo-la-voix-et-lame-de-saturday-night-live/120184/</link>
		<pubDate>Wed, 15 Oct 2014 07:00:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Gauthier]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[Moments d'histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Comédie]]></category>
		<category><![CDATA[Frank Zappa]]></category>
		<category><![CDATA[Saturday Night Live]]></category>
		<category><![CDATA[télévision]]></category>

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		<description><![CDATA[En août dernier, une des voix les plus impressionnantes de la télévision américaine s’est tue. Don Pardo, 96 ans dont 70 passés au micro de la chaine NBC, est décédé. En France, c’était un quasi-inconnu, à moins d’être un fan de Frank Zappa ou de connaître l’émission comique « Saturday Night Live » (qui n’est plus diffusée [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>En août dernier, une des voix les plus impressionnantes de la télévision américaine s’est tue. Don Pardo, 96 ans dont 70 passés au micro de la chaine NBC, est décédé. En France, c’était un quasi-inconnu, à moins d’être un fan de Frank Zappa ou de connaître l’émission comique « Saturday Night Live » (qui n’est plus diffusée sur aucune chaîne française, pas même sur un canal confidentiel du câble ou du satellite). Alors qu&#8217;aux Etats-Unis, c’était une légende et sa voix était familière pour plusieurs générations d’Américains.</p>
<p>Si j’écris sur Don Pardo aujourd’hui, c’est bien parce que cette personnalité a constitué un pan important de pop culture à lui tout seul. Quand il rejoint le network NBC en 1944 – avec lequel il signe un contrat à vie -, c’est tout d’abord en radio, où sa voix annonce des feuilletons policiers ou de science-fiction. Durant la décennie suivante, il passe de la radio à la télé, mais reste toujours <em>off-camera</em> : à partir de 1956 il devient l’annonceur de la version originale du « Juste Prix », débutant chaque émission en présentant les sponsors du moment, puis en décrivant les objets dont les candidats doivent deviner le prix. De 1964 jusqu’au milieu des années 70, il occupe le même rôle pour le jeu « Jeopardy ». Quand un candidat gagne une partie, le présentateur d’alors, Art Fleming, passe la parole à son comparse, toujours de la même manière : « Tell ’em what they’ve won, Don Pardo ! » La phrase reste dans les têtes des téléspectateurs américains et devient virale. En 1984 le parodiste Weird Al Yankovic s’en moque même dans sa chanson « I Lost on Jeopardy », dans laquelle il demande à Don Pardo de lui dire ce qu’il n’a <em>pas</em> gagné… et la voix de NBC de s&#8217;exécuter, avec la même diction et le même débit que lorsqu’il participait à l’émission vingt ans plus tôt.</p>
<p>Parallèlement à ces jeux télévisés, Pardo accomplit des tâches plus sérieuses et doit assurer des astreintes pour communiquer des nouvelles de la plus haute importance en attendant que les journalistes prennent le relais lors d’éditions spéciales. C’est ainsi que, le 22 novembre 1963, il annonce aux téléspectateurs de NBC l’assassinat du président Kennedy à Dallas. Il fait aussi les lancements au sein de plusieurs journaux télévisés et magazines d’information dans les années 70 et 80, en particulier Live at Five pour lequel, fait rare, il réalise ses annonces sur le plateau, debout devant la caméra.</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=WknkfOmIiNQ">https://www.youtube.com/watch?v=WknkfOmIiNQ</a></p>
<p>[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=WknkfOmIiNQ]</p>
<p>Mais c’est en 1975 que sa carrière prend un tournant décisif. Pour raviver ses soirées du samedi occupées jusqu’alors par des rediffusions du talk-show de Johnny Carson, NBC demande à un jeune producteur, Lorne Michaels, d’imaginer une émission de remplacement. Il imagine alors un show mêlant comédie, satire politique et prestations musicales : « NBC’s Saturday Night », renommé « Saturday Night Live » durant sa deuxième année d’existence. Pour la voix off qui doit présenter les comédiens, les invités et lancer certains sketches, Lorne Michaels se voit présenter par la chaine une liste d’annonceurs. Son choix se porte immédiatement sur Don Pardo. « Jamais je n’aurais imaginé qu’il était disponible. J’étais très enthousiaste à l’idée de le faire travailler pour l’émission : il représentait une connexion directe avec l’histoire de la télévision », raconte le producteur au site Salon.com. À un âge où certains de ses confrères commencent à penser à leur retraite, Pardo, qui approche de la soixantaine, entame ainsi une deuxième carrière.</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/10/Don-Pardo.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-20208" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/10/Don-Pardo.jpg" alt="Don Pardo" width="295" height="445" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/10/Don-Pardo.jpg 295w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/10/Don-Pardo-80x120.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/10/Don-Pardo-150x226.jpg 150w" sizes="(max-width: 295px) 100vw, 295px" /></a>Il trouve très vite une formule efficace. De sa voix de stentor, il prononce chaque samedi un puissant « It’s Saturday Night Liiiiiiiiive ! » sorti du fond des âges de la télévision, d’un temps où il fallait parler fort pour que les micros captent les paroles. Suivi du nom de chaque comédien dans l’ordre alphabétique, de l’artiste musical et enfin de l’invité. En presque quarante ans d’existence, la forme de cette introduction n’a pas changé, contrairement à la musique du générique, à l&#8217;habillage et aux images. L’autre rituel immuable, c’est le lancement de « Weekend Update », le faux journal télé en milieu d’émission. Mais cette fois-ci sans fioritures, à la manière des vrais JT.</p>
<p>Don Pardo ne se limite pas à ces annonces. Régulièrement la troupe fait appel à sa voix pour participer aux sketches, notamment lors de faux jeux où il reprend son rôle de bonimenteur façon Juste Prix ou Jeopardy. Occasionnellement il est mis à contribution dans d’autres situations. En 2002, lors d’une battle de rap entre comédiens East coast et West coast, la géniale Amy Poehler lui lance un « Say my name, Don Pardo ! » d’anthologie, totalement déplacé et hilarant. Il a même droit en 1989 à une rare apparition en bonne et due forme face à la caméra dans un sketch mémorable porté par Jon Lovitz, qui prétend apporter chance, fortune et renommée à tous ceux qui font sa connaissance. Son tonitruant et jubilatoire « I’m on TV ! » à la fin du sketch résonne encore aujourd’hui comme une revanche pour celui dont on connaît plus la voix que le visage.</p>
<p><iframe src="//www.youtube.com/embed/TD3Rz45DEpQ" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p>Reste que, pendant longtemps, Don Pardo n’a été connu que des Américains. Jusqu’à ce que Frank Zappa soit l’invité musical de « Saturday Night Live », le 11 décembre 1976. Il joue ce soir-là trois titres, dont « I’m the Slime », critique acerbe de la télévision, des messages qu’elle véhicule et de son pouvoir d’aliénation. Pour pimenter le tout, il confie à Don Pardo la tâche de réciter une bonne moitié du texte, qui s’exécute avec délectation dans un grand moment d’autodérision.</p>
<p><iframe src="//www.youtube.com/embed/RWoxUvWHtB4" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<div class='leftQuote' >Zappa fait dire les pires choses à Don Pardo, en totale opposition avec son rôle habituel de camelot télévisuel</div>
<p>L’expérience est tellement concluante que Zappa embauche une partie des musiciens de l’émission pour ses concerts prévus quinze jours plus tard, entre Noël et le jour de l’an, ainsi que Don Pardo. Qui intervient sur trois morceaux : « I’m the Slime » dans un arrangement similaire à celui joué à l’émission ; « Punky’s Whips » où il raconte en introduction comment le batteur de Zappa, Terry Bozzio, est tombé amoureux d’une photo de presse d’un guitariste de seconde zone ; et « The Illinois Enema Bandit », dont il fait là aussi l’intro en présentant le principal protagoniste du morceau, l’histoire vraie d’un cambrioleur qui administrait des lavements à ses victimes avant de quitter les lieux de son méfait. Bref, Zappa fait dire les pires choses à Don Pardo, en totale opposition avec son rôle habituel de camelot télévisuel, et cela plait au vieux monsieur. Ces titres se retrouvent publiés sur l’album <em>Zappa in New York</em> sorti en 1978. Pardo y est crédité à la « narration sophistiquée », et c’est finalement grâce à cette curieuse expression que j’ai fait connaissance avec le bonhomme et voulu en savoir plus sur lui. Et que j’ai découvert, par extension, ce pilier de l’histoire de la télévision et de la comédie qu’est SNL.</p>
<p>Et donc, après quasiment quarante années passées à égrener les noms des participants de « Saturday Night Live », Don Pardo a tiré sa révérence. Tout juste un mois avant la diffusion de la première émission de la quarantième saison, qu’il avait prévu de faire. À l&#8217;annonce de sa disparition, plusieurs anciens de l&#8217;émission, sans s&#8217;être passé le mot, ont fait le même commentaire : « Quand Don a prononcé mon nom à l&#8217;antenne, j&#8217;ai su que j&#8217;avais réussi ». Certes, depuis quelques années, sa voix avait perdu de sa superbe, toujours forte certes, mais plus chevrotante, moins assurée. Cela ne le gênait pas : il s’en était même moqué lors de son apparition furtive dans 30 Rock , la série de Tina Fey, ancienne de SNL.</p>
<p><iframe src="//www.youtube.com/embed/xPtXaJf16Vo" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p>Darrell Hammond a pris le relais. Celui qui a passé 14 ans dans la troupe de Lorne Michaels, imitateur hors pair de Bill Clinton et de Sean Connery, avait déjà remplacé au pied levé Don Pardo les soirs où sa voix le lâchait, en émulant sa diction avec succès : la plupart des téléspectateurs ne remarquaient le changement. Mais aujourd’hui, pas question d’imiter son prédécesseur. Hammond utilise un phrasé plus doux et plus suave, qui contraste avec les retentissants éclats de voix d’avant. Une autre école. L’hommage à Don Pardo a été très discret durant la première émission : pas d’effusions, pas de montage d’archives, juste une photo entre deux sketches en milieu d’émission. <em>The show must go on</em>.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
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		<title>701 000 heures de garde-à-vue</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2014/01/701-000-heures-de-garde-a-vue/116176/</link>
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		<pubDate>Tue, 14 Jan 2014 08:00:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Alain Damasio]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>

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		<description><![CDATA[En 2013, que s’est-il passé ? Un jeune homme de 30 ans a déterré brutalement 6 milliards d’autruches le cul à l’air, la tête profondément enfouie dans le sol. Il s’est servi pour ça d’un outil servant d’ordinaire à déraciner des souches, une sorte de pince, que les jardiniers appelent clé USB. Les autruches ont relevé [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class='singleContext'><div class='contextContent'>Lorsque nous avons demandé, <a href="http://www.playlistsociety.fr/2013/01/2012-vu-par-alain-damasio-barca-alone-in-babylone/110333/">pour la seconde année consécutive</a>, à Alain Damasio de nous parler de l’année écoulée, l’auteur de <em>La zone du dehors</em> et de <em>La horde du contrevent</em> nous a tout de suite fait part de son souhait de revenir sur l’affaire Snowden, la NSA, les sociétés de contrôle et le danger qu’elles représentaient. Le texte qu’il publie aujourd’hui sur Playlist Society nous paraît indispensable pour prendre conscience du tournant qui est en train de s’opérer.</div> </div>
<p>En 2013, que s’est-il passé ? Un jeune homme de 30 ans a déterré brutalement 6 milliards d’autruches le cul à l’air, la tête profondément enfouie dans le sol. Il s’est servi pour ça d’un outil servant d’ordinaire à déraciner des souches, une sorte de pince, que les jardiniers appelent clé USB. Les autruches ont relevé mécaniquement la tête, comme des ressorts, dzoing dzoing, pour regarder la plaine électronique qu’on leur indiquait puis elles se sont ébrouées en gloussant, replongeant prestement leur tête dans leur plumage et toutes bruissantes d’un gazouillis qui disait…</p>
<p>—   Et alors ?<br />
—   On le savait<br />
—   Y a rien de nouveau !<br />
—   De toute façon…<br />
—   Moi j’ai rien à cacher…</p>
<p>Edward Snowden est un héros. Un héros sobre et pâle, aussi charismatique qu’un geek délavé, qu’un étudiant qui cube en maths spé. Avec un grain de folie pourtant. Et un courage impressionnant que rien dans son visage ne laissait deviner. Un héros qui a rejoint l’armée solitaire et clairsemée des Bradley Manning, Aaron Swartz ou Julian Assange. Un héros qui, un beau soir, est sorti tranquillement du parking de son entreprise et a décidé une fois pour toute qu’il était prêt à laisser détruire cinquante ans de sa vie future, à habiter une prison mobile qu’il portera pour toujours autour de lui, afin que d’autres gens dans le monde — toi, moi, nous — puissent avoir une chance de vivre un peu plus libres que lui.</p>
<p>Nous le redoutions : nous le savons désormais. En se branchant sur les 250 câbles sous-marins qui relaient nos communications à travers le monde, en s’offrant l’accès caché (sans doute négocié) aux serveurs des plus gros sites web et des plus gros opérateurs téléphoniques mondiaux, la NSA peut surveiller et intercepter la quasi-totalité de nos échanges.</p>
<p>—   Publics et privés ?<br />
—   Oui.<br />
—   Cryptés, pas cryptés ?<br />
—   Les deux.<br />
—   Nos mails, nos textos, nos tchats, nos twits ?<br />
—   Affirmatif.<br />
—   Les sites qu’on consulte, les vidéos qu’on regarde, à quelle fréquence, combien de temps ?<br />
—   C’est ça.<br />
—   Nos communications téléphoniques aussi ?<br />
—   Appels, date, heure, correspondant, position GPS du téléphone, oui ; messages vocaux enregistrés, au besoin ; photos et films s’il le faut.<br />
—   C’est fait en gros ou ciblé individuellement ?<br />
—   Ciblé par site, par mail, par numéro de téléphone, par IP mais tout aussi bien <i>dataminé </i>par trilliards de métadonnées, archivé en masse, stocké autant que faire se peut. La seule limite est technique, et techniquement dépassable chaque année.</p>
<p>Si les capacités de stockage, de traitement, puissance d’analyse des données sont des limites, certes, les algorithmes s’affinent et la productivité de la surveillance est promise à une croissance à deux chiffres. Elle est de toute façon infiniment plus efficace, multitâche, polymorphe et extensive que l’ancienne méthode manuelle et humaine des polars d’il y a à peine 40 ans. Avec le logiciel XKeyscore, les agents de la NSA disposent d’une sorte de Google de l’espionnage numérique. La recherche est facile, appropriable, ne nécessite ni demande officielle ni mandat et peut aussi servir à un espionnage personnel non détectable.</p>
<div class='leftQuote' >Everyone. Everywhere. Everything. WWW = EEE. C’est l’équation dont nous sommes l’inconnue.</div>
<p>Everyone. Everywhere. Everything. WWW = EEE. C’est l’équation dont nous sommes l’inconnue. Jamais le contrôle des populations n’a été aussi puissant et large, aussi précis aussi, et aussi technologiquement outillé. Alors pourquoi si peu de résistance ? Une aussi faible réaction collective et publique, finalement, aux révélations glaçantes de Snowden ? Les écoutes de Mitterrand ou le Watergate, à leurs échelles, avaient suscité bien davantage de scandale. Qu’est-ce qui se passe ?</p>
<div id="attachment_29848" style="max-width: 310px" class="wp-caption alignright"><img src="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/snowden-1-300x315.jpg" alt="" width="300" height="315" class="size-thumbnail wp-image-29848" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/snowden-1-300x315.jpg 300w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/snowden-1-80x84.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/snowden-1-150x158.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/snowden-1.jpg 674w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /><p class="wp-caption-text">Edward Snowden</p></div>
<p>Au plus haut niveau, c’est facile à comprendre. Les multinationales et leurs directions, les gouvernements et leurs polices, les agences de renseignement française, allemande, suédoise ou espagnole font exactement la même chose que la NSA. Mieux, ils travaillent souvent main dans la main ! Les uns pour nous vendre leurs gammes de soupe, les autres pour contrôler qu’on les mange et qu’on ne souhaite pas renverser la table. La réticence des États à une condamnation franche de la NSA est presque un signe de franchise.</p>
<p>Mais du côté des citoyens ? De la rue ? Des contre-pouvoirs ? Pourquoi cette sensation d’une indignation modeste, d’une mobilisation poussive, d’une indifférence blasée marquée de haussements d’épaule, de « baaah », de « ouaissss » et de « tu sais, c pas nouveau » ? Pas nouveau ? Pas <i>nouveau </i>? Surveiller des millions de citoyens innocents à la fois, chaque jour, partout dans le monde, en toute impunité, avec un tel raffinement de profilage ?</p>
<p>On se dit d’abord qu’après 70 ans sans guerre, en Occident, on n’a plus aucune conscience du danger du fichage. Que le recensement, les rafles et l’assassinat des communistes, des homosexuels, des malades mentaux, des tziganes et des juifs auraient aujourd’hui un outil mille fois plus tragiquement efficace et <i>fin</i> qu’en 1940 — mais que très peu de gens le réalisent vraiment faute d’avoir vécu cette guerre. Que ce que font les dictatures chinoises ou coréennes en la matière, la crypto-dictature russe, l’état policier israëlien si prodigieusement équipé pour traquer la moindre dissidence arabe, on tourne la tête pour ne pas le voir. Soit. Ce sont deux réponses possibles (inconscience, désengagement), mais qui ratent sans doute l’essentiel de notre consentement au pire.</p>
<p>Je voudrais ici oser une hypothèse. Une thèse même. Cette thèse serait ceci : la surveillance arachnéenne des citoyens-clients par ceux qui nous gouvernent « verticalement » (pouvoirs d’État tout autant que pouvoirs libéraux des multinationales des réseaux) n’est si étonnamment tolérée que parce qu’elle s’ancre, « horizontalement » sur des pratiques sociales de contrôles mutuels — quotidiennes, familières, devenues naturelles. Autrement dit : la NSA pousse sur un terreau sociétal qui a fait du contrôle de soi, des autres et du monde, par la technologie, une évidence du lien, un ethos, une manière de vivre. La tige croît sur des rhizomes.</p>
<div class='leftQuote' ><i>Écart</i> est le palindrome de <i>Tracé</i>. Et la <i>Carte</i> en est l’anagramme, qui les unit de peur que l’écart échappe à sa trace — que la proie se décale de son ombre.</div>
<p>Je me contrôle, tu me contrôles, nous nous contrôlons, ils nous contrôlent. Il y aurait comme <i>une fractalisation de la surveillance, de la gestion et du contrôle</i> qui fait qu’entre la mère qui s’introduit sur le facebook de sa fille, le recruteur qui scanne les failles d’un candidat sur le web, le mari qui lit aussi bien les SMS reçus par sa femme que ses factures de carte bleue, le vieux qui fait surveiller sa résidence secondaire par webcam à déclencheur de mouvement et la NSA, tout là-haut, qui surveille Alcatel, Merkel, Duschmoll ou Strauss-Kahn, il y a un même motif récurrent, le même pli sordide, la même économie de désir centrée sur la prévention, la peur et la sécurisation à outrance de ce qui peut surprendre, dévier, vivre.</p>
<p><i>Écart</i> est le palindrome de <i>Tracé</i>. Et la <i>Carte</i> en est l’anagramme, qui les unit de peur que l’écart échappe à sa trace — que la proie se décale de son ombre.</p>
<p>Ce matin, 8 janvier 2014, un Palestinien a été tué par un drone israëlien. À distance. « Proprement ». On met des caméras dans les doudous pour rassurer les parents. On filme les baby-sitters et nos maisons vides. On triangule nos portables, régule nos déplacements, strangule nos bouffées d’air. On met des mouchards dans nos pompes, des pass navigo dans nos poches parce que nous sommes des flux, et des puces RFID aux oreilles de nos chats, de nos chiens et de nos moutons. On codebarre les arbres à Paris. On peut hacker le système de freinage d’une voiture à distance, un pacemaker dans un cœur qui bat, dérouter un GPS pour vous perdre, activer la webcam de votre ordi, capter le son autour de vous par votre smartphone. On fabrique des <i>Xbox One</i> qui peuvent monitorer en permanence votre salon, savoir quels films vous voyez, à quoi vous jouez, combien de personnes sont sur le canapé, mesurer le volume sonore et la lumière qui entre — et l’on retire vite ces fonctionnalités face à un tollé que Microsoft n’avait même pas anticipé tant cette logique de contrôle est devenue naturelle.</p>
<div id="attachment_16184" style="max-width: 1034px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/Tour-panoptique.jpg"><img class="size-full wp-image-16184" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/Tour-panoptique.jpg" alt="Une tour panoptique (Intérieur du pénitencier de Stateville, Etats-Unis, XXe siècle)" width="1024" height="715" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/Tour-panoptique.jpg 1024w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/Tour-panoptique-300x209.jpg 300w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/Tour-panoptique-80x55.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2014/01/Tour-panoptique-150x104.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><p class="wp-caption-text">Une tour panoptique (Intérieur du pénitencier de Stateville, Etats-Unis, XXe siècle)</p></div>
<p>La vérité est que nous sommes mithridatisés. Qu’à ce subtil poison si quotidien, qu’à cette nouvelle forme d’emprise intime et de pouvoir extensif que Deleuze avait diagnostiqué en 1990 comme notre entrée dans les sociétés de contrôle, nous nous sommes dangereusement acclimatés et, sous son joug, doucement courbés. La vérité, c’est que ce contrôle n’est plus simplement imposé et reçu. Plus simplement subi de haut en bas sous la forme d’une discipline pyramidale qui descendrait jusqu’à nous, tristes victimes des pouvoirs panoptiques de l’État, du Capital et des maffias — suscitant par son emprise aliénante force résistances et révoltes. Non, c’est mieux que ça.</p>
<div class='leftQuote' >Ce désir de contrôle, cette pulsion de surveillance et de sécurité frénétique, elle passe désormais par chacun d’entre nous. Elle prend corps et fait fibre dans nos nerfs.</div>
<p>Ce désir de contrôle, cette pulsion de surveillance et de sécurité frénétique, elle passe désormais par chacun d’entre nous. Elle prend corps et fait fibre dans nos nerfs. Chacun s’en fait le relai, le colporteur, la conduction jouissive et peureuse. Chacun y trouve son petit plaisir de flic, de gestionnaire en maîtrise, de voyeur à deux balles. Tu contrôles ta maison, ta voiture, tes achats ; il surveille les mails de sa femme, géolocalise sa fille, budgétise le temps de connexion de son fils. Elle contrôle son pouls, sa tension, compte ses calories et ses pas. Vous filtrez vos appels, cherchez votre ex sur Facebook, googueulisez la fille que vous avez rencontrée au bar hier plutôt que de la découvrir telle qu’elle se révèle. Et l’on vous offre tous les outils personnels et paresseux pour ça. Toutes les applis. Toute la quincaillerie clinquante du geek à portée de clics et de bips.</p>
<p>Parfaitement insupportables en 1940, en 1970, la NSA et ses viols arachnéens ne choquent personne en 2014 parce que la NSA, au fond, c’est devenu un peu nous. On y voit en filigrane notre reflet flou. On s’y mire comme dans une glace sans tain. On y reconnaît inconsciemment nos petites pratiques quotidiennes ou pire, la petite envie récurrente de ces pratiques. On s’y identifie presque.</p>
<p>Si bien que (répétons-le) la strate verticale de la surveillance et du contrôle que la NSA incarne, cette strate étatique que relaie si docilement, si conjointement la strate libérale-totalitaire des Google, Yahoo, YouTube, Facebook, Orange et consorts, elle prend au fond source et appui — ou trouve résonance et assentiment — dans la strate horizontale, démocratique et immanente de nos propres désirs de contrôle.</p>
<div class='rightQuote' >Ce n’est plus l’extension du domaine de la lutte : c’est l’extension indéfinie du domaine du contrôle.</div>
<p>Ce n’est plus l’extension du domaine de la lutte : c’est l’extension indéfinie du domaine du contrôle. Sur soi, sur les autres, sur le monde. Et l’acceptation, symétrique, que ce contrôle nous enveloppe, nous recadre et gère nos existences dans une cage souple sécurisante (un technococon) qui nous protège de nos pulsions de liberté.</p>
<p>Vous avez remarqué ceci ? La pub ne vend plus rien au nom de la liberté. Mais tout, ou presque, au nom du confort et de la sécurité. Changement d’ethos majeur.</p>
<p>Au nom de quoi se justifient-ils, au fait  ? Lutter contre le terrorisme ? Combien le terrorisme a-t-il fait de morts en  2012 en Europe ? Dix-sept ! (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Terrorisme">confère la fiche Wikipedia sur le terrorisme</a>)</p>
<p>Le terroriste occidental est une figure, un alibi pur, un épouvantail qui fait moins de morts que les chutes dans l’escalier, l’électrocution dans un bain ou les fausses routes d’un pain au chocolat bloqué dans une trachée. Et s’ils constituaient, même, une menace putative, potentielle, supputable, ce serait plus simple encore : les terroristes ont déjà gagné. Puisqu’en leur nom, nos existences sont devenues des cages numériques aux parois desquelles, à chaque pas un peu libre, on se cogne en se grillant.</p>
<p>Ok, OK, et donc ? On s’assoit et on pleure ? On se complaît ? On cyniquise en sniffant la banquise ? Ou encore, on se drape dans notre moralité intacte d’auteur poli (tu tiques) ?</p>
<p>Faisons mieux. Tu prends conscience et on agit. On résiste, on esquive et on insiste.</p>
<p>Comment ? Ouvrons un manuel de combat, tiens, hop, directement téléchargé sur cette page. Une <i>playlist</i> des luttes à mener. Donnons-lui un nom : « Sister Resist vs Big mother » ? Hum, déjà pris… « À l’atthack ! »… ouais… « Le contre-contrôle comme contrerôle »… euh… Bon, oublions les noms. Voilà le principe :</p>
<div class='rightQuote' >Il est essentiel de protéger les lanceurs d’alerte, juridiquement, financièrement, médiatiquement. Mieux, il faut susciter des vocations.</div>
<p><b>Tactique 1 (empathique)  &gt; Encourager les lanceurs d’alertes.</b> Souvent, tout vient d’eux, tout naît d’eux. Ce sont des scientifiques, des employés, des quidams placés à un endroit stratégique du système et qui découvrent l’inacceptable. Qui en prenne conscience. Et qui ont le courage de le révéler à tous pour que ça cesse. Rappelons qu’un lanceur d’alerte n’est ni un délateur, ni un dénonciateur. Il révèle, avec des intentions nobles et éthiques, une menace concrète et avérée contre l&#8217;intérêt public, contre nous autres, citoyens. Le lanceur d’alerte prend des risques énormes au nom de la cause qu&#8217;il va défendre et divulguer et met en danger sa réputation, sa santé, sa famille et sa liberté. Il va subir presque toujours des « poursuites-bâillons » : des procédures judiciaires dont le but réel est d’intimider, censurer et ruiner un détracteur. Edward Snowden est harcelé par l’administration Obama. Pire que sous Bush junior.  Snowden considéré comme traître à la nation. Snowden exilé, surveillé, bloqué, menacé, déjà condamné. Il est essentiel de protéger les lanceurs d’alerte, juridiquement, financièrement, médiatiquement. Mieux, il faut susciter des vocations, encourager leur émergence partout où l’abus de pouvoir suppure et sporule. Et la fiction, filmique ou littéraire, a un rôle à jouer dans la valorisation et l’héroïcisation des lanceurs d’alerte, pas pour se dédouaner sur d’autres de notre nécessité d’être vigilant, mais pour que chacun ait envie de l’être à son niveau (un peu comme la figure du hacker a été positivée à juste raison, comme une résistance possible et efficace aux technopouvoirs).</p>
<p><b>Pour mesurer le problème sur les lanceurs d’alerte, vous pouvez fouiner lire ceci :<br />
</b><a href="http://wikileaksactu.wordpress.com/2013/01/12/les-lanceurs-dalerte-americains-cibles-de-letat-policier/">&#8211; Les lanceurs d&#8217;alerte américains : cibles de l&#8217;état policier, sur Wikileak Actu<br />
</a><a href="http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/07/19/lanceurs-d-alerte-des-protections-juridiques-bien-faibles_3448750_823448.html">&#8211; Lanceurs d&#8217;alerte : des protections juridiques bien faibles, sur Le Monde Politique</a></p>
<p><b>Tactique 2 (sociétale) &gt; Polariser la résistance collective. </b><i>« United we stand, divided we fall »</i>, le motto est toujours imparable. Les agences et les multinationales sont soudées par l’intérêt bien compris, une compacte ; nous sommes tirés à vue un par un, isolément, et pourtant tous atteints. Alors unifions nos petites et nos grandes gueules. Dans la vraie vie d’abord par des actions directes : occupations de datacenters, sabotages de serveurs ciblés, blackouts électriques. Par des procédures juridiques collectives pour atteinte à la vie privée, exploitation de données personnelles sans consentement, viol de la Constitution. Par un referendum européen sur la protection des <i>whistleblowers</i>. En secouant (très fort) votre député, censé être garant de vos libertés. En manifestant et squattant chez Google, Facebook, Microsoft, Orange, Alcatel. Et encore par flashmobs, zone autonome temporaire, actions artistiques, contrepubs, témoignages, documentaires de l’intérieur, livre, BD, textes.</p>
<p>Sur le réseau même, ensuite, par où ils nous traquent. Tissons, tramons, regroupons. Échangeons nos techniques furtives, nos outils de cryptage, nos tactiques d’esquive et de fuite, nos moteurs de recherche « propres », nos sites libres, aménageons des darknets.</p>
<p><b>Tiens, prends ça, directement dans l’armurerie :</b><br />
&#8211; <a href="http://www.laquadrature.net/">http://www.laquadrature.net/</a> (sans doute l&#8217;association la plus sérieuse sur le sujet pour protéger nos libertés sur internet)</p>
<div class='rightQuote' >On le devine : le hack reste l’avenir de la résistance numérique.</div>
<p><b>Tactique 3 (héroïque) &gt; hacker. </b>On le devine : le hack reste l’avenir de la résistance numérique. Si l’on nous aliène par les réseaux, on s’émancipera (en partie) en retournant la lame contre nos adversaires. Alors il faut attaquer, pour les pirates qui peuvent, qui maîtrisent l’outil, le code, les armes. Prendre l’information là où on la cache, mettre des sites en rideau, mettre à découvert ceux qui font et conscientiser ceux qui subissent — en exhumant les fichiers, les coordonnées, la basse cuisine du <i>profiling</i> et des bases de données individualisées. Localiser les serveurs de stockage, effacer les données confidentielles indûment archivées, indiquer les bâtiments physiques où s’opère la surveillance. Pointer les responsables qui agissent impunément. Les obliger à assumer publiquement et à sortir du bois.</p>
<p><b>Tactique 4 (individuelle) &gt; devenir furtif.</b> C’est la tactique la plus simple, la plus immédiate pour vous qui lisez ces lignes. Elle peut prendre forme dès maintenant, dans la minute où vous cliquerez sur ces quelques liens. L’objectif premier, constant, doit être de minimiser votre sillage numérique. De ne pas laisser de traces exploitables. C’est assez délicat, bien sûr. Ça implique de changer ses pratiques personnelles du web. En commençant par :</p>
<p>&#8211;       <a href="http://www.controle-tes-donnees.net/">http://www.controle-tes-donnees.net/</a> (une belle vulgarisation sur les enjeux et les façons de se protéger &gt; voir et appliquer la précieuse section « reprendre le contrôle par moi-même »).<br />
&#8211;        <a href="http://guide.boum.org/">http://guide.boum.org/</a> (le guide d&#8217;autodéfense numérique &#8211; malheureusement limité pour le moment à la sécurisation de ses données sur l&#8217;ordinateur, pas à celles qui se retrouvent online).<br />
&#8211;       <b>Changer son moteur de recherche &gt;&gt;</b> <a href="https://duckduckgo.com">https://duckduckgo.com</a> considéré comme le plus sain des moteurs actuels.<br />
&#8211;       <b>Protéger ses messages</b> &gt;&gt; Là pas de miracle tant les moyens d’intercepter et de lire vos mails (métadatas ou contenu) sont innombrables. Le mieux semble quand même d’utiliser GnuPG : <a href="http://www.controle-tes-donnees.net/outils/GnuPG.html">http://www.controle-tes-donnees.net/outils/GnuPG.html</a>. A voir aussi, un très bon article explicatif du Guardian sur les métadatas collectées : <a href="http://www.theguardian.com/technology/interactive/2013/jun/12/what-is-metadata-nsa-surveillance">What is metadata NSA surveillance</a>.<br />
&#8211;       <b>Sortir des réseaux sociaux qui violent votre intimité</b> et l’exploitent : no more facebook, skype, etc. Un bon site pour parvenir à s’effacer de tous les sites qui nous sucent la trace : <a href="http://justdelete.me/fr.html">http://justdelete.me/fr.html</a><br />
&#8211;       <b>S’anonymiser au maximum :</b> c’est évidemment le Graal de nos libertés reconquises. On cite souvent Tor, qui reste contournable dans l’absolu (le Tor tue) mais ça reste une solution meilleure que ne rien faire. <a href="https://www.torproject.org">https://www.torproject.org</a>. Au final, si je résume mes sources pirates, l’idéal de la furtivité se résume à ça : <i>« Tout crypter. Contenu des mails (GPG), pieces jointes (GPG), documents (TrueCrypt, GPG), vidéos (Jitsi) disques durs et clés USB (TrueCrypt, GPG, Apple FileVault, Linux LUKS&#8230;), RAM, conversations IM (OTR). Disparaître des DNS. Disparaître des profilings Google, Facebook &amp; co. Changer d&#8217;IP comme de chemise. Être à plusieurs endroits geographiques en même temps. Payer son matériel en bitcoin. Utiliser des machines virtuelles à usage unique ». </i>Respirez !<i></i></p>
<p><b>Tactique 5 (mentale et virale) &gt;</b> Transformer sa façon de voir internet. Internet est un fabuleux outil de libération intellectuelle, artistique et émotionnelle mais un tout aussi fabuleux vecteur d’aliénation de soi et des autres. Apprendre à réfléchir à ses pratiques numériques, à son utilisation du mail, à ses pulsions de facilité, de confort, de contrôle. Se regarder agir et secouer nos proches; comprendre qu’on a tous les mains dans la bouse, à alimenter le système, par paresse le plus souvent ; construire une éthique personnelle et locale avec ses amis, ses clans, ses proches, pour se dépolluer de la surveillance. Mieux réaliser qu’on est acteur, aussi, de cette surveillance et mieux le mesurer, mieux sentir quand et où (au travail, en amour ?) on s’en fait le relai.</p>
<p align="center">***</p>
<div class='leftQuote' >Parce que je n’ai pas envie que mes lettres d’amour soient ouvertes et lues, fût-ce par des robots.</div>
<p>Vivre libre est un droit, pas un luxe. Un droit spirituel et physique qui n’est cependant jamais acquis en démocratie parce que ce droit a été conquis de haute volée, par nos ancêtres, par leur lutte, contre tous ceux qui voulaient et veulent nous l’aliéner, nous le pervertir et régir nos vies en s’appuyant sur une technologie qui leur offre, fraîches et savoureuses, nos intimités sur un plateau d’argent. Le droit n’est jamais fixe, c’est une cloison mobile, une frontière qui avance et recule. Il fixe plutôt, et temporairement, l’état d’un rapport de forces entre la liberté de ceux qui se battent et les mille façons de la restreindre au nom des passions tristes (confort, sécurité, docilité, atermoiement). Alors, ce droit, j’aimerais juste dire, pour finir, sous quelle forme j’aimerais qu’il continue à respirer :</p>
<p><b>Droit à ce que l’intime reste intime.</b> Parce que ce qu’on offre aux personnes qu’on aime ne garde sa beauté, sa fraîcheur fragile, que dans le secret d’un partage unique et protégé des regards. « Rien qu’à nous ». Parce que je n’ai pas envie que mes lettres d’amour soient ouvertes et lues, fût-ce par des robots. Parce que je ne veux pas qu’on sache qui j’appelle quand si souvent et combien de temps. Parce que ce qui est lu, vu et su à notre insu salit ce qu’on vit. Suscite le soupçon d’être épié et le comportement normalisé qui en découle, insidieusement. Parce qu’une autocensure, lugubre, à peine consciente, gâche inévitablement nos fêtes et nos actes les plus beaux, les plus fous, quand on craint qu’un employeur futur surfe sur notre mur, parce qu’il a accès à nos codes ou quand on sait qu’aller sur tel site révolutionnaire, tel blog pirate, active une surveillance automatique qui met notre IP sur leur liste noire, rouge ou grise.</p>
<p>On ne mesure pas à quel point lire nos échanges privés, nos mails, nos tchats, les historiques de nos appels et de nos navigations sur le web est une façon très profonde de fouiller nos âmes — bien plus profonde que d’être filmé dans la rue ou interrogé dans un commissariat. Sur le web, la surveillance est parfaitement opaque et dissymétrique et on ne sait pas à quel moment l’on est réellement surveillé, exactement dans le panoptique de Bentham analysé par Foucault. C’est même cette incertitude qui est anxiogène et psychologiquement très efficace en matière de <i>self-control.</i></p>
<p><b>Droit à la gratuité :</b> une lettre, un surf, un texto n’ont pas à engrosser des bases de données, n’ont pas à définir des profils et des goûts, n’ont pas à produire la plus-value de publicités ciblées qui vont mobiliser notre temps de cerveau disponible pour nous vendre nos propres désirs, en boucle. Parce que j’en peux plus des feedbacks et des back-up !</p>
<p><b>Droit à l’oubli.</b> Parce que l’oubli est ce qui nous permet de naître à nouveau chaque jour. D’évoluer, de s’inventer autre. D’échapper à l’assignation permanente de nos vies aux traces qu’on laisse, aux actes faits, aux habitudes prises — qu’on nous renvoie sans cesse comme prédictive de nos actes, de nos futures envies, de nos attitudes éternellement gelées dans la continuité de ce qu’on a déjà enregistré de nous.</p>
<p><b>Droit à la liberté, tout simplement.</b> Je ne suis pas né en démocratie pour passer les 80 années de mon espérance de vie sous le flicage continu d’un regard électronique totalitaire qui va décider algorithmiquement ce qu’on peut retenir de moi, et contre moi. Je ne suis pas venu au monde pour faire 701 000 heures de garde-à-vue. La durée de ma vie.</p>
<p align="right"><i>Alain Damasio – 9 janvier 2014</i></p>
<div class='singleContext'><div class='contextContent'><i>Un grand merci à Sam Hocevar et à Stéphane Jourdan pour leurs lumières sur les moyens concrets et éprouvés de défendre nos libertés numériques. Sans eux, cet article n’aurait été qu’un énième blabla de hamster hipstérisé tournant dans sa roue comme un noob… &lt;) ;o))</i></div> </div>
<p><em>&gt;&gt; A voir également, cette vidéo de Democraty Now sur la fermeture du service de mails cryptés Lavabit que Snowden aurait utilisé. </em></p>
<div class="rve" data-content-width=""><iframe width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/Ui3KpztUzVg?feature=oembed" frameborder="0" allow="autoplay; encrypted-media" allowfullscreen></iframe></div>
<p><!-- Responsive Video Embeds plugin by www.kevinleary.net --></p>
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		<title>PS&#8217;s playlist novembre 2013</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/11/pss-playlist-novembre-2013/114907/</link>
		<pubDate>Sat, 30 Nov 2013 08:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Collectif]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Categories]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[PS'Playlist]]></category>

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		<description><![CDATA[1) Lou Reed – “Oh Jim” (Christophe Gauthier) Extrait de Berlin – 1973 – Rock surproduit J&#8217;avoue, la mort de Lou Reed m&#8217;a un peu secoué. Du coup, depuis le 27 octobre, il ne se passe pas une journée sans que j&#8217;écoute quelque chose de lui (y compris Lulu, sa dernière vomissure avec Metallica). Je [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><iframe id="spotifyP" src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify:user:playlistsociety:playlist:2O28KuPm0Opc6iGCYeaI5B" height="380" width="300" frameborder="0"></iframe></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/220px-Berlinloureed.jpeg"><img class="alignright size-large wp-image-14954" alt="220px-Berlinloureed" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/220px-Berlinloureed-150x150.jpeg" width="150" height="150" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/220px-Berlinloureed-150x150.jpeg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/220px-Berlinloureed-80x80.jpeg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/220px-Berlinloureed.jpeg 220w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>1) Lou Reed – “Oh Jim” (Christophe Gauthier)</strong><br />
Extrait de Berlin – 1973 – Rock surproduit</em><br />
J&#8217;avoue, la mort de Lou Reed m&#8217;a un peu secoué. Du coup, depuis le 27 octobre, il ne se passe pas une journée sans que j&#8217;écoute quelque chose de lui (y compris Lulu, sa dernière vomissure avec Metallica). Je n&#8217;arrive plus à me sortir de la tête les morceaux de Berlin. Oh Jim en particulier. Titre sans véritable mélodie, construit autour d&#8217;un seul accord, une sorte de drone dégoulinant de la basse de Jack Bruce. Les cuivres pétaradent (mettre des cuivres sur des morceaux de Lou Reed, il n&#8217;y avait bien que Bob Ezrin pour produire un truc pareil), mais l&#8217;ambiance est malsaine. Le morceau raconte un bout de la relation tourmentée entre Caroline et Jim, mais il est aussi passablement autobiographique pour Lou Reed quand il parle de ces amis de pacotille qui refilent des cachetons, demandent des autographes et te poussent sur scène pour se marrer. Lou, tu pouvais être le pire des connards, tu n&#8217;avais pas produit grand chose de bon depuis des lustres mais tu me manques, putain.</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Midlake-Antiphon-2013.jpg"><img class="alignright size-large wp-image-14960" alt="Midlake-Antiphon-2013" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Midlake-Antiphon-2013-150x150.jpg" width="150" height="150" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Midlake-Antiphon-2013-150x150.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Midlake-Antiphon-2013-80x80.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Midlake-Antiphon-2013.jpg 300w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>2) Midlake – “Provider” (Benjamin Fogel)</strong><br />
Extrait de &#8220;Antiphon&#8221; – &#8220;2013&#8221; – &#8220;Indie Rock&#8221;</em><br />
J&#8217;ai toujours cru que c&#8217;était la voix de Tim Smith qui me touchait dans Midlake, et j&#8217;avais l&#8217;impression que leurs cavalcades, à la fois épiques et lancinantes, ne reposaient que sur elle. Aussi, en apprenant que ce dernier quittait le groupe pour ne plus lui imposer son mal être, j&#8217;étais surtout impatient d’entendre son premier album solo. Pourtant, c&#8217;est bien Antiphon, le quatrième album de Midlake, avec Eric Pulido, le guitariste du groupe, au chant, qui a accompagné mon mois de novembre. Il s&#8217;agit d&#8217;une belle illustration de la trop grande importance que l&#8217;on attribue parfois à la voix, et de comment l&#8217;instrumentation peut non seulement guider celle-ci et la faire sienne, mais surtout concentrer toute la puissance émotionnelle en elle. Antiphon est un bel album, plus libre et concentré que ne l&#8217;était The Courage of Others. L&#8217;appel des sirènes succède à la complainte des vikings, dans une belle continuité discographique, au sein de laquelle le changement de chanteur aura servi d&#8217;impulsion et non de remise en question.</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/deus-lp.jpg"><img class="alignright size-large wp-image-14951" alt="deus-lp" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/deus-lp-150x150.jpg" width="150" height="150" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/deus-lp-150x150.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/deus-lp-80x80.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/deus-lp.jpg 300w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>3) dEUs – “The Architect” (Isabelle Chelley)</strong><br />
Extrait de Vantage Point – 2008 – Rock</em><br />
Mon premier souvenir marquant de dEus, c&#8217;est la vidéo de &#8220;Roses&#8221; qui passait dans &#8220;Alternative Nation&#8221;, meilleure émission musicale jamais produite par MTV. Elle avait ce côté décadent qui ne peut que séduire quand on a trippé trop tôt sur le Velvet Underground et la Factory. Et puis, il y a &#8220;The Architect&#8221;, avec ses airs de vieux Depeche Mode, mélodie synthético-rock et paroles nébuleuses comprises. Je l&#8217;ai entendue pour la première fois à Anvers, la ville d&#8217;origine du groupe et pendant un week-end, elle nous a servi de B.O., passée en boucle dans la voiture de notre amie Nikki ou le soir en fond sonore en buvant un verre. J&#8217;écoute trop de musique aujourd&#8217;hui pour vraiment mémoriser chaque détail d&#8217;une chanson. Mais celle-là, je crois que je la connais intimement.</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/nissennenmondai-n.jpg"><img class="alignright size-large wp-image-14910" alt="nisennenmondai n" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/nisennenmondai-n-150x150.jpg" width="150" height="150" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/nisennenmondai-n-150x150.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/nisennenmondai-n-80x80.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/nisennenmondai-n.jpg 260w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>4) Nisennenmondai – “Appointment (you Ishihara mix)” (Arbobo)</strong><br />
Extrait du EP &#8220;N&#8221; – 2013 – minimale japonaise</em><br />
J&#8217;aime tellement ce groupe que j&#8217;aurais le plus grand mal à décrire à quel point ce trio de japonaises équilibrées, humbles et sympathiques, sont le truc de le plus barjot, le plus dément, fucked up, impressionnant, sidérant et flippant que j&#8217;aie jamais vu en concert. Produire une musique minimale d&#8217;une telle précision en jouant live sur de vrais instrument est au-delà de la prousse. Ce morceau remixé donne un mince aperçu de Nisennenmondai, s&#8217;éloigne de l&#8217;original mais dit ce qu&#8217;elles sont bel et bien : une machine à faire danser intelligemment. Nisennenmondai = Ghost in the machine!</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/dj-jubilee-take-it-to-the-st-thomas.jpg"><img class="alignright size-large wp-image-14918" alt="dj jubilee take it to the st thomas" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/dj-jubilee-take-it-to-the-st-thomas-150x146.jpg" width="150" height="146" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/dj-jubilee-take-it-to-the-st-thomas-150x146.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/dj-jubilee-take-it-to-the-st-thomas-80x78.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/dj-jubilee-take-it-to-the-st-thomas.jpg 200w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>5) DJ Jubilee – “Back That Ass Up” (Nathan)</strong><br />
Extrait de Take it to the St Thomas – 1998– Bounce</em><br />
Depuis que je suis rentré de New Orleans, je suis plongé dans le bounce. Sans même en avoir entendu une note sur place, l&#8217;ambiance de la ville, les concerts, les danses folles m&#8217;ont amené vers ce genre aussi primitif que fascinant. Le concept ? Un sample de soul, un beat, une grosse ligne de basse et un MC qui balance des &#8220;shake it like a dog&#8221;, pendant que tout le monde se tortille. En boucle. C&#8217;était bien avant que Miley Cyrus ne soit née, c&#8217;était avant que ce soit considéré comme provoquant, c&#8217;était la façon de s&#8217;amuser de la Nouvelle-Orléans. Ce titre DJ Jubilee incarne le bounce, et m&#8217;obsède complètement. Un sample du &#8220;I want you back&#8221; des Jackson 5 accéléré, une basse bien sale et Jubilee qui enchaîne les incantations à se le secouer, comme comme un chien, une salière et plein d&#8217;autres trucs un peu obscènes. &#8220;Gimme some !&#8221;</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Velvet-Underground-loaded-Thierry.jpeg"><img class="alignright size-large wp-image-14933" alt="Velvet Underground-loaded-Thierry" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Velvet-Underground-loaded-Thierry-150x150.jpeg" width="150" height="150" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Velvet-Underground-loaded-Thierry-150x150.jpeg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Velvet-Underground-loaded-Thierry-80x80.jpeg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/Velvet-Underground-loaded-Thierry.jpeg 240w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>6) The Velvet Underground – “Train Round The Bend” (Thierry Chatain)</strong><br />
Extrait de “Loaded” – 1970 – Rock</em><br />
Le tout premier titre du Velvet que j’ai entendu. Pas forcément majeur, mais le premier. À la radio, et dès sa sortie. Disque de la semaine du fameux Pop Club de José Artur, si mes souvenirs ne me trahissent pas. J’avais 13 ans, je commençais tout juste à m’intéresser vraiment au rock, et ce fut comme l’extrémité d’un fil d’Ariane que je n’ai cessé de dérouler. Comme beaucoup, j’ai été déniaisé par le Velvet. Et pour cela, je resterai éternellement reconnaissant à Lou Reed, trouduc suprême, certes, mais surtout fabuleux portraitiste, guitariste, non-chanteur, défricheur…</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/INS56314.jpg"><img class="alignright size-large wp-image-14957" alt="INS56314" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/INS56314-150x150.jpg" width="150" height="150" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/INS56314-150x150.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/INS56314-80x80.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/INS56314.jpg 160w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>7) Marine Girls – “Falling Again” (Laura Fredducci)</strong><br />
Extrait de &#8220;Extrait de Lazy ways&#8221; – &#8220;1983&#8221; – &#8220;post-punk&#8221;</em><br />
Avec peu de moyens, les Marine Girls dessinent des petites mélodies qui s’entêtent, et dont la douceur accompagne à merveille les matins de novembre, avec son cortège d’émotions en demi-teintes et de paysages banals. On s’ennuie au bord d’une mer grisâtre, sous un soleil trop pâle. On est triste, mais avec cette grâce maladroite de l’adolescence, sourire en surface, regard vide. Restons légers.</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/brian-eno-by-this-river.jpg"><img class="alignright size-large wp-image-14915" alt="brian eno by this river" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/brian-eno-by-this-river-150x147.jpg" width="150" height="147" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/brian-eno-by-this-river-150x147.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/brian-eno-by-this-river-80x78.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/brian-eno-by-this-river.jpg 280w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>8) Brian Eno – “By this river” (Thomas Messias)</strong><br />
Extrait de Before and After Science – 1977 – Chanson triste</em><br />
Je ne sais pas ce qui nous pousse, dans les moments les plus tristes, à aller chercher on ne sait quoi dans les morceaux les plus mélancoliques. Je ne sais pas pourquoi, reclus à l&#8217;hôpital aux côtés d&#8217;une rejetonne en souffrance, on se met à penser à ces films où des enfants meurent. Je ne sais pas pour quelle raison j&#8217;ai tant pensé à <em>La Chambre du Fils</em> de Nanni Moretti et au <em>By this River</em> de Brian Eno, le morceau qui le transperce tel un coup de flèche, alors que le <em>Papayou</em> de Carlos aurait sans doute fait plus de bien à mon moral.</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau.jpg"><img class="alignright size-large wp-image-14922" alt="pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau-150x151.jpg" width="150" height="151" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau-150x151.jpg 150w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau-300x303.jpg 300w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau-80x80.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau.jpg 346w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px" /></a><em> <strong>9) Etienne Daho – “L&#8217;homme qui marche” (Catnatt)</strong><br />
Extrait de Les chansons de l&#8217;innocence retrouvée – 2013– Pop</em><br />
J&#8217;ai essayé de choisir un autre titre, un autre artiste, mais ça ne pouvait être que celle-ci, ma chanson de novembre, elle s&#8217;impose car elle est importante. Rares sont les morceaux qui posent des mots sur une interrogation existentielle diffuse. Ceux qui ont moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre, il faut qu&#8217;il se soit suffisamment passé de temps pour que le vertige vous saisisse. Etienne Daho aura croisé &#8220;mon destin&#8221; par deux fois. Jamais deux sans trois comme on dit&#8230; A l&#8217;aube de la vieillesse, j&#8217;imagine ; à mes futurs soixante ans.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Notre essai sur l&#8217;hantologie en téléchargement gratuit</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/10/notre-essai-sur-lhantologie-en-telechargement-gratuit/19219/</link>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2013 08:54:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Collectif]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyses et critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Hantologie]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[Dossier Hantologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Suite à la publication en de notre dossier sur l&#8217;hantologie, Playlist Society vous propose de télécharger gratuitement l&#8217;intégralité de l&#8217;essai (43 pages) au format PDF : L&#8217;hantologie : Trouver dans notre présent les traces du passé pour mieux comprendre notre futur (V3.00 &#8211; octobre 2013)]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Suite à la publication en de notre dossier sur l&#8217;hantologie, Playlist Society vous propose de télécharger gratuitement l&#8217;intégralité de l&#8217;essai (43 pages) au format PDF :</p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/L_Hantologie_V3.00.pdf"><img class="size-full wp-image-14768 alignleft" alt="pdf" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2012/06/pdf-e1383588031272.png" width="100" height="88" /></a><strong><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/11/L_Hantologie_V3.00.pdf">L&#8217;hantologie : Trouver dans notre présent les traces du passé pour mieux comprendre notre futur (<em>V3.00 &#8211; octobre 2013</em>)</a></strong></p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Merde, pas Gilles Verlant…</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/09/merde-pas-gilles-verlant/113896/</link>
		<pubDate>Sun, 22 Sep 2013 10:03:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Isabelle Chelley]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>

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		<description><![CDATA[Merde, pas Gilles Verlant… c’est tout ce que j’ai pu dire avant hier en apprenant la sale nouvelle. Je laisse les belles phrases aux autres, à ceux qui sont plus étroitement connectés à leurs émotions que moi. N’empêche que cette mort m’a foutu un vrai coup. Parce que, comme la plupart des morts, elle est conne [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Merde, pas Gilles Verlant… </em>c’est tout ce que j’ai pu dire avant hier en apprenant la sale nouvelle. Je laisse les belles phrases aux autres, à ceux qui sont plus étroitement connectés à leurs émotions que moi.</p>
<p>N’empêche que cette mort m’a foutu un vrai coup. Parce que, comme la plupart des morts, elle est conne et injuste. Qu’elle survient dans son cas beaucoup trop tôt. Et qu’en prime, pas moyen de négocier, d’échanger un wagon de sales cons détestables contre un mec bien, intelligent, cultivé, érudit et excellent passeur…</p>
<p>Je n’étais pas une amie de Gilles Verlant, on n’a jamais travaillé ensemble, mais c’est sans doute un peu grâce à lui que j’ai choisi ma voie. Enfin, grâce à un de ses livres, une petite biographie de David Bowie, achetée à l’adolescence juste après qu’on m’ait offert un album du même Bowie. J’avais choisi son livre parce qu’il coûtait moins cher que la biographie signée Jérôme Soligny (je l’ai achetée un mois après et les deux bouquins m’ont accompagnée au fond de mon sac pendant mes trois années de lycée, un peu comme des objets transitionnels réconfortants). Et je n’ai pas été déçue. C’est avec lui (et Soligny) que j’ai découvert en vrac Bowie, le Velvet, Iggy, Lou Reed, la Factory, Bolan, le glam et le reste. Sans ce bouquin-là, j’aurais sûrement aimé Bowie, mais je ne me serais sans doute pas autant immergée dans un autre univers, autrement plus sexy que cette banlieue parisienne où j’avais l’impression permanente d’être une alien, incapable de m’intégrer vraiment quelque part.</p>
<p>Plus tard, alors que ma collection de disques avait pris de l’ampleur, j’ai croisé plusieurs fois Gilles Verlant à Canal+. Il venait y mettre en boîte des bandes annonces et je bossais comme petite main à tout faire à la grille des programmes. Je n’ai jamais osé lui parler à cette époque-là (je me voyais mal lui dire <em>« j’aime vachement ce que tu fais et dis, tu peux me pistonner pour que je devienne rock critique, merci »</em>), mais j’ai le souvenir d’un mec sympa avec tout le monde. Y compris avec moi, même si je n’étais personne et qu’avec mon air glacial, mes fringues noires et ma timidité limite autiste, j’étais à peu près aussi exquise que Lisbeth Salender en plein PMS.</p>
<p>Beaucoup plus tard, Valli m’a invitée à une de ses émissions sur France Inter. Avec Gilles Verlant. J’étais ravie et morte de trouille. Je n’avais pas envie de m’apercevoir que l’un de mes deux <em>parrains de Bowisme</em> était un sale type (même si Jérôme, mon autre initiateur à Bowie est devenu un ami, ça n’aurait pas compensé). Là encore, je n’ai pas été déçue. J’ai aussitôt eu l’impression de discuter avec un vieux copain. J’ai même risqué de passer pour une groupie en lui racontant l’histoire de ce fameux bouquin et il a eu l’air touché, un peu gêné, parce que oui, quand on écrit, on n’a jamais tout à fait conscience de l’importance que ses mots peuvent avoir pour les autres…</p>
<p>Pendant l’émission, Gilles s’est conduit en gentleman, le genre qui écoute son interlocuteur sans couper la chique, qui souligne ce qu’on a dit de juste et glisse sous le tapis l’argument faiblard qu’on a balancé dans la ferveur du moment. A aucun moment, il ne l’a joué <em>« moi, moi, moi, ma vie, mon œuvre, mon expérience, pardon mon petit, c’est moi qui ai inventé le rock »</em>. Et dans un job devenu la foire au personal branling, c’est une qualité rare (j’ai la liste des autres gentlemen et women de cette espèce, elle tient sur un post-it).</p>
<p>Alors pour tout ça, oui, merde, pas Gilles Verlant…</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Du confort de lecture sur Internet et le pourquoi du comment de la V3 de Playlist Society</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/09/du-confort-de-lecture-sur-internet-et-le-pourquoi-du-comment-de-la-v3-de-playlist-society/113609/</link>
		<pubDate>Tue, 17 Sep 2013 07:55:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Collectif]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>

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		<description><![CDATA[La nécessité d’une V3 L’objectif de la V2 de Playlist Society, lancée le 14 février 2011, était de réunir sur une même plateforme une bande de potes, blogueurs et auteurs, qui partageaient une vision commune (ou a minima concordante) de la manière d’appréhender les œuvres et d’en parler. Depuis cette date, nous essayons de proposer [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><b>La nécessité d’une V3</b></p>
<p>L’objectif de la V2 de Playlist Society, lancée le 14 février 2011, était de réunir sur une même plateforme une bande de potes, blogueurs et auteurs, qui partageaient une vision commune (ou a minima concordante) de la manière d’appréhender les œuvres et d’en parler. Depuis cette date, nous essayons de proposer des textes sur les disques, les films, les livres, les jeux-vidéo et l’art en général en variant les approches et en donnant toujours la priorité à l’écrit. Playlist Society s’est ainsi structuré autour de ce projet éditorial : du texte et rien que du texte ; pas de news, pas d’annonce d’événements, pas de concours…</p>
<p>Au fil des mois, bien que s’adaptant à nos nouvelles convictions (<a href="http://www.playlistsociety.fr/notes/">suppression des notes</a>, <a href="http://www.playlistsociety.fr/2012/05/la-fin-des-commentaires/18985/">suppression des commentaires</a>…), la V2 de PS a commencé à montrer des signes de faiblesse en terme de confort de lecture : les  textes devenaient de plus en plus longs et il fallait de plus en plus scroller pour en voir le bout, nous obligeant ainsi parfois à les proposer également en PDF. Qui plus est, le design du site donnait l’impression que le texte était enfermé entre deux blocs : les illustrations, vidéos et playlist à gauche ; les liens vers les autres articles à droite. Non seulement ça ne respirait pas, mais en plus ça limitait les possibilités pour les auteurs d’agencer leurs textes comme ils le souhaitaient.</p>
<p>Alors voilà, lorsque nous avons réfléchi tous ensemble à ce que nous souhaitions pour la V3, il a été clair dès le départ que la question du confort de lecture serait au cœur du débat. Parce qu’au fond, pour un projet comme le nôtre, il n’y a que ça et la qualité des textes qui comptent. Playlist Society est un projet indépendant qui n’a jamais eu pour objectif de générer des revenus et qui n’est donc pas soumis à la nécessité de générer du trafic et de l’audience, nous débarrassant ainsi de la contrainte de la publicité et de la nécessité d’optimiser le design pour maximiser le trafic. Du coup cela nous permet aujourd’hui de proposer aux lecteurs des pages qui ne contiennent que ce qu’il est venu chercher en libérant la lecture de tout contenu parasite.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Le confort de lecture sur Internet</strong></p>
<div class='rightQuote' >Il n’existe pas de recettes miracles pour faciliter la lecture sur Internet</div>
<p>Pour avancer sur la question du confort de lecture, nous nous sommes baladés de sites en sites, nous avons essayé de lister les meilleures pratiques, nous avons lu des dizaines d’articles sur la question, et notre conclusion c’est qu’il n’existe pas de recettes miracles pour faciliter la lecture sur Internet. Il n’y a pas de taille de texte idéal, pas de largeur de colonne qui convienne parfaitement à tout le monde ; même le noir-sur-blanc ne gagne pas à tous les coups contre le blanc-sur-noir.</p>
<p>Ensuite, il a bien fallu composer avec la question du support et du fait que chacun consulte aujourd’hui les sites à partir de machines différentes : ordinateurs aux écrans de toutes tailles, mobiles et tablettes. Une réalité qui implique aussi de nouvelles exigences au niveau des sites : en prenant l’habitude d’avoir accès à des services via des applications claires et optimisées, nous supportons naturellement moins le côté fourre-tout et surchargé que peuvent avoir certains sites.</p>
<p>Du coup, nous avons cherché à proposer une nouvelle version de Playlist Society qui soit entièrement personnalisable pour que chacun puisse définir les paramètres qui lui conviennent le mieux, paramètres qui sont enregistrés via les cookies et que chaque lecteur retrouvera à chacune de ses visites.</p>
<p style="text-align: center;"><b>La V3 de PS</b></p>
<p>Cette question du confort de lecture se traduit par trois points au sein de la nouvelle version de Playlist Society :</p>
<div class='leftQuote' >Une nouvelle version de PS entièrement personnalisable</div>
<p>1) Un <strong>design minimaliste</strong>. Désormais chaque article de PS ne contient plus que le texte, les éléments qui lui sont relatifs et rien d’autre. Il n’y a plus aucun lien vers d’autres articles du site. Même le logo PS a été enlevé. L’objectif est d’offrir au lecteur ce pour quoi il est venu, sans le parasiter avec d’autres informations.<br />
2) Un site intégralement en <strong>responsive</strong>. PS s’adapte désormais à la taille de votre navigateur. Allez-y, rétrécissez, agrandissez votre fenêtre, la mise en page évolue en fonction pour que le texte reste toujours lisible.<br />
3) Une <strong>« Control Text Box »</strong> qui permet de paramétrer la mise en page des articles en fonction de ses habitudes de lecture. En haut à droite de tous les articles, vous retrouverez désormais un bouton « Aa ». En cliquant dessus, vous ouvrez un panel de contrôle qui vous propose les options suivantes :</p>
<p><em><strong>&#8211; Choisir la taille de la police : petit / normal / grand</strong></em></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-1.1-e1378898951760.jpg"><img class="size-full wp-image-13621 aligncenter" alt="PS-1.1" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-1.1-e1378898951760.jpg" width="500" height="255" /></a></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-1.3-e1378899065268.jpg"><img class="size-full wp-image-13624 aligncenter" alt="PS-1.3" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-1.3-e1378899065268.jpg" width="500" height="255" /></a></p>
<p><em><strong>&#8211; Définir la largeur du texte en bougeant le curseur</strong></em></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-2.1-e1378899708760.jpg"><img class="size-full wp-image-13627 aligncenter" alt="PS-2.1" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-2.1-e1378899708760.jpg" width="500" height="255" /></a></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-2.2-e1378899745744.jpg"><img class="size-full wp-image-13628 aligncenter" alt="PS-2.2" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-2.2-e1378899745744.jpg" width="500" height="255" /></a></p>
<p><em><strong>&#8211; Choisir entre deux polices : Georgia et Lucinda</strong></em></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-3.1-e1378901199205.jpg"><img class="size-full wp-image-13629 aligncenter" alt="PS-3.1" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-3.1-e1378901199205.jpg" width="500" height="256" /></a></p>
<p><em><strong>&#8211; Choisir entre noir-sur-blanc et blanc-sur-noir</strong></em></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-4.1-e1378901260121.jpg"><img class="size-full wp-image-13630 aligncenter" alt="PS-4.1" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-4.1-e1378901260121.jpg" width="500" height="256" /></a></p>
<p><em><strong>&#8211; Modifier l’orientation du texte</strong> : c’est ce qui nous aura demandé le plus de travail, le lecteur a désormais la possibilité de passer les articles en mode paysage pour une lecture à l’horizontale, particulièrement utile sur tablette.</em></p>
<p><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-5.1-e1378901342831.jpg"><img class="size-full wp-image-13631 aligncenter" alt="PS-5.1" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/09/PS-5.1-e1378901342831.jpg" width="500" height="263" /></a></p>
<p>Playlist Society enregistre ensuite vos paramètres (via les cookies) et à chaque visite vous retrouvez le site tel que vous l’aviez configuré.</p>
<p style="text-align: center;"><b>Une ligne éditoriale et une équipe qui restent les mêmes</b></p>
<p>Nous avons essayé avec cette nouvelle version d’avoir une réflexion qui dépasse la simple question du relifting et de l’ajout de nouveaux gadgets. Nous n’avons pas la prétention de réinventer la lecture sur Internet (d’autres sites ont surement eu des idées similaires bien avant nous) et nous espérons juste proposer un site qui soit en phase avec nos envies d’écritures.</p>
<p>Pour le reste, l’esprit PS reste le même. <a href="http://www.playlistsociety.fr/auteurs/">L’équipe est toujours composée des mêmes personnes</a> (nous étions 16 en février 2011, et après trois départs et sept arrivées, nous sommes aujourd’hui 20). Nous continuerons de nous développer en fonction des rencontres et des nouvelles amitiés, en restant loin de la méthode qui consiste à « recruter » sur la foi de deux papiers et d’un top envoyés, sans même vérifier si cela colle humainement parlant.</p>
<p>Au niveau des textes en eux-mêmes, pas de révolution non plus. PS a trouvé son rythme de croisière et nous continuerons d’essayer d’améliorer la qualité des papiers sans toucher à nos fondamentaux.</p>
<p><em><strong>En espérant que cette V3 vous plaise autant qu’à nous…</strong></em></p>
<p align="right"><em><strong>Toute l’équipe de Playlist Society aka Alexandre Mathis, Alexis et Benjamin Fogel, Anthony, Arbobo, Axel Cadieux, Catnatt, Christophe Gauthier, Dominique K, Dom Tr, Isabelle Chelley, Jean-Sébastien Zanchi, Julien Lafond-Laumond, Marc, Matthieu Hybert, Nathan Fournier, Olivier Ravard, Thierry Chatain, Thomas Messias &amp; Ulrich.</strong></em></p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>On a gravé des accords sur la Mersey</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/07/on-a-grave-des-accords-sur-la-mersey/112998/</link>
		<pubDate>Fri, 12 Jul 2013 07:00:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Arbobo]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[coulisses]]></category>
		<category><![CDATA[Manchester]]></category>
		<category><![CDATA[Souvenirs]]></category>

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		<description><![CDATA[Ca commence un vendredi soir à la descente de l&#8217;avion, en 2012. Un peu grisés, quatre parisiens montent dans le taxi réservé pour eux, commentent, spéculent, font des plans sur la comète. En tirant leur valise dans le lobby de l&#8217;hôtel, une paire de rires les guide vers les responsables de leur venue. Hilares et [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Ca commence un vendredi soir à la descente de l&#8217;avion, en 2012. Un peu grisés, quatre parisiens montent dans le taxi réservé pour eux, commentent, spéculent, font des plans sur la comète. En tirant leur valise dans le lobby de l&#8217;hôtel, une paire de rires les guide vers les responsables de leur venue. Hilares et un peu éméchés, Loïc et son cousin Nico leur tombent dans les bras et leur racontent une semaine de joies et de déboires. La basse qui ne convient pas. Le coach vocal qui a failli faire capoter toute l&#8217;affaire, l&#8217;ingé son au taquet, le batteur de folie&#8230;</p>
<p>Bon, reprenons. Ca commence donc en 2008-2009. Loïc cherche des paroles. J&#8217;ai carte blanche. Je propose un puis deux, trois textes, plus ou moins carrés côté métrique. On en reparlera, parait-il. Je vais le voir à Manchester où il habite. J&#8217;arpente la ville, il me fait découvrir Liverpool et la Mersey. On en reparle. Il pense enregistrer ici, il a rencontré plein de musiciens, de chanteurs potentiels, ça se met en place tout doucement mais sûrement.</p>
<p>De toute façon, ça n&#8217;a pas de début, et on espère que ça n&#8217;a pas de fin. Ca a commencé in utero, puis nos doigts malhabiles posant le saphir sur les 33 tours de nos pères, lui à Bordeaux, moi un peu plus haut. J&#8217;ai 18 ans et des paroles, il a 18 ans et des notes plein les doigts, des chansons qui prennent forme dans sa musette. Mais on préfère parler foutchebôl et aller le vendredi soir au bar où, poussé l&#8217;un par l&#8217;autre, nous trouvons un peu de courage pour draguer des filles qui parfois veulent bien partager avec nous plus qu&#8217;un sourire coquin.</p>
<p>Il a fallu tout ce temps. A aller le voir au piano dans les concerts d&#8217;un autre. A chanter faux et fort sur des paroles idiotes griffonnées pour faire résonner l&#8217;amitié, ici à Hennezis, ou là à Brou. Dans la bande il finit par convaincre Alex de prendre la guitare, Cyril un clavier, et nous de venir applaudir et les encourager. Il est minuit et quelques dans le milieu des années 90, et chacun s&#8217;accroche de la main gauche à ses rêves en écrivant de l&#8217;autre des &#8220;lu et approuvé&#8221; et en signant nos premiers contrats d&#8217;embauche.</p>
<p>Dans nos caboches pas encore trop déformées par les bosses, un peu de poussière commence à ternir nos ambitions d&#8217;artistes qui auraient pu. Les amitiés se resserrent et les chemins se dessinent. Nos adresses respectives commencent à ressembler à un catalogue Air France, et les retrouvailles n&#8217;en ont que plus de prix.</p>
<p>Et toujours dans un coin, sous le tapis des habitudes, la certitude que ce qui ne s&#8217;est jamais fait finira peut-être un jour par arriver. Qui sait? Si jamais&#8230;</p>
<p>&#8220;Je me lance, j&#8217;ai trouvé un studio, des zikos, l&#8217;aventure commence!&#8221; Et nous d&#8217;encourager de loin, et de nous dire que ce serait tellement bien d&#8217;être une petite souris, tapie dans un coin du studio. Alors que tout semblait bouclé, prêt à mettre en boîte, l&#8217;invitation tombe dans nos boîtes aux lettres : arrivez vendredi soir, tel jour, je nous ai réservé un hôtel pour qu&#8217;on bosse tout le week-end sur l&#8217;enregistrement de mes chansons.</p>
<p>C&#8217;était donc vrai. Le trajet, le parking, le prix déraisonnable des consos à Roissy, et cette odeur qu&#8217;on ne trouve que sur les tarmacs&#8230; Si ça sent le kérosène c&#8217;est que c&#8217;est donc vrai. On ne va pas si loin : Manchester. Ca n&#8217;est qu&#8217;une escapade, deux jours. Et ça n&#8217;est que notre ami et ses chansons, dont nous connaissons déjà certaines depuis des années. Il n&#8217;empêche, nous avons beau faire les cons dans la bagnole et nous installer dans la carlingue comme on monterait dans le wagon du métro, ça turbine dans la cafetière et ça tambourine dans les tempes. De pied en pied l&#8217;altitude grimpe mais ce n&#8217;est pas la bière de tout-à-l&#8217;heure qui nous grise.</p>
<p>Malgré nos airs de rien, un reflet dans le coin de l&#8217;oeil nous trahit, et l&#8217;impatience grandit.</p>
<p>C&#8217;est parti.</p>
<p>Nous avons quarante-huit heures avant de regagner l&#8217;avion et notre train-train. Quarante-huit heures chargées. Plusieurs titres à boucler, des solos à enregistrer, des paroles à retailler, des overdubs à caler, première prise, deuxième prise&#8230; Les doigts dans la prise, nous n&#8217;avons pas eu le temps d&#8217;être intimidés. En quelques minutes nous avons traversé le quartier zonard semi-désert qui nous sépare du studio Blueprint. Fred, co-propriétaire des lieux et ingénieur du son prisé, est toujours impassible, concentré. &#8220;Immarcescible&#8221; même, on a de ces mots qui nous viennent, pour mieux coller à l’étrangeté de ces instants ?</p>
<p>L’un des deux studios nous est réservé. Dans l’autre, des habitués des lieux se débrouillent quasiment seuls. Des mois plus tard nous entendrons l’album qui prend forme à deux mètres de nous : <a href="http://grooveshark.com/#!/album/Dead+In+The+Boot/8307715"><em>Dead in the boot</em></a>. Le quintet Elbow est la plus grande fierté de Fred, mais il consacrera tout le week-end aux morceaux de Loïc. Du reste nous échangerons juste quelques saluts polis avec le groupe. Notre week-end n’est fait que d’instants volés, gagnés ou soustraits à notre ordinaire qui a si peu de rapport avec l’intérieur d’un studio, surtout un lieu où sont venus enregistrer et mixer aussi bien R.E.M, les Ting Tings, Gorrilaz, I am kloot ou Lady Gaga… Mieux vaut rester silencieux, que trahir involontairement notre statut de clandestins, d’usurpateurs venus seconder en amis un vrai musicien.</p>
<p>Le temps a filé comme la nacelle du grand-huit dans la descente finale. Décoiffant. Enivrant. C’était un peu la folie la dedans, comme une mini tornade et Fred, dans l’œil du cyclone, toujours imperturbable. Tu vois j’ai ces paroles, le deuxième couplet sonne mal, tu trouverais à le rendre plus juste ? Heu… bon je suis venu pour ça, allons-y. J-C ne perd aucune miette et partage ses impressions avec le maestro au fur et à mesure. Cyril relit sa partition, encore et encore, avant de prendre le piano droit, puis le Nord Stage pour un autre morceau. Au même moment Alex est dans la cabine pour la troisième prise d’un refrain. Il en aura 4 autres à chanter, et deux parties de guitare qu’il connaît par cœur. Loïc se penche vers la console, glisse quelques remarques dans le micro, puis passe déjà à autre chose. Il faut trouver un son de cuivres sur ce clavier, et un de clochettes sur un autre. Le cousin Nico revient de la cabine où il aidait Cyril à prendre ses marques, et on est déjà en train de potasser d’autres sons, d’autres paroles, d’autres parties, il y a certainement quelqu’un qui sait ce que nous sommes en train de faire. Mais je me demande bien qui. Des abeilles dans la tête je sors avec J-C chercher de quoi déjeuner. Tout parait si calme au dehors.</p>
<p>Le temps de revenir et nous voilà à nouveau aspirés, on écoute un morceau pré-mixé d’une oreille tout en cherchant une chute de couplet de l’autre, l’un de nous compare des prises et un autre égrène nonchalamment ce qu’il lui reste à enregistrer. Nonchalamment ? Nous le croyons presque, sur le moment. Alors qu’on n’aurait pas été plus speed si on avait vidé un baril de coke chacun. On a dormi. On a mangé. On n’a quasiment rien bu. Et quand à 5 heures Loïc nous met dehors pour mixer des morceaux en petit comité, nous voilà posés sur le trottoir le regard vide, le cheveu terne et l’enthousiasme en berne. Vidés. Rincés. Il nous faudra des semaines pour réaliser tout ce qui s’est passé dans cette bicoque en moins d’une journée.</p>
<p>Puis l’envie revient. Nous traversons le centre d’un pas leste, vers Oldham street. Nous furetons dans l’inénarrable Affleck’s palace et ses boutiques, ressortons les mains vides à notre plus grand étonnement, et choisissons enfin un pub. « Le » pub de la ville, son cœur historique, The Old Wellington. Mais le clou du spectacle est ailleurs. Patience.</p>
<p>Nous avons l’adresse. Nous avons l’heure. Nous n’avons pas encore compris ce que c’est. C’est quoi cette église ? T’es sûr que c’est une église ? L’adresse est la bonne, on devrait entrer. Y’a marqué restaurant mais j’y crois qu’à moitié. Comme il fait froid nous finissons par entrer. Loïc est là, débonnaire. Un serveur vient nous présenter les viandes, toutes directement venues d’Argentine. Au fond de l’ancien choeur, des orgues magnifiques s’élèvent jusqu’aux voûtes néo-gothiques. Après le temple du son, voici celui de la viande de bœuf. Même hors du studio, le bougre aura pris soin de nous surprendre et nous faire voyager.</p>
<p>Demain, nous remettons ça dès potron-minet. Claviers, guitares, paroles, chant… Nous sommes plus appliqués. Le rythme parait moins effréné, ce n’est sans doute qu’une impression. Le boss nous lâche à midi, on va déjeuner tous ensemble avant de remonter dans notre petit coucou à moteur. Comme hier soir à table, comme à l’hôtel dans nos chambres, nous rejouons la scène dans nos têtes. Tout le film repasse, lentement, au ralenti, de plus en plus lentement, leeentement, leeeeeeeeentement…</p>
<p><em>Epilogue : </em><em>Ça clignote sur l’ordinateur, le compteur grimpe : téléchargement en cours, 31% effectués, 40%, 98%&#8230; Le premier choc : tu nous avais annoncé enregistrer 9 titres, coco. Pas 24 ! Les morceaux ont subi toute une série de transformation, certains dont Loïc m’avait fait écouter une version « finale » ont été remixés, les paroles réenregistrées. Le maître de cérémonie est dans ses Alpes. Alors réunissons l’autre partie du crew. Les compagnons d’échappée belle, J-C, Cyril, Alex. Un verre à la main, nous faisons une première écoute collective. En quelques notes nous voilà replongés dans l’ambiance, on sent presque le grésil mancunien mais non, la fenêtre est fermée, tout ça c’est dans la tête. On sourit en reconnaissant la voix d’Alex. On commente les paroles de celle-ci, le solo de guitare de telle autre, on opine à l’arrivée d’une contrebasse… Et on commente, on commente, on réécoute et on papote, on conteste, on savoure, et plus rien d’autre n’a d’importance que ça, ce moment, être là ensemble et prolonger ces instants, si courts mais si particuliers, que nous allons radoter jusqu’à nos derniers jours et que nous devons à notre ami.</em></p>
<p><em>C’était en 2012, et nous avons participé à l’enregistrement d’un album.</em></p>
<div class='singleContext'><div class='contextContent'><em>&gt;&gt; Le nom du groupe de Loïc n&#8217;est volontairement pas communiqué pour éviter toute promo déguisée.</em><em></em></div> </div>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Féminisme et musique, là où commencent mes frontières&#8230;</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/06/feminisme-et-musique-la-ou-commencent-mes-frontieres/113434/</link>
		<pubDate>Wed, 19 Jun 2013 07:00:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Catnatt]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[2013]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Orelsan]]></category>

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		<description><![CDATA[« I know you want it, I know you want it, youuuuu&#8217;re a goooood girl » Ça c’est moi : Catnatt, 42 ans, féministe notoire qui chante quasi en cachette Robin Thicke. J’ai vu ressurgir sur twitter un article de Vice écrit par une fille très énervée après ce chanteur et son clip effectivement sexiste. [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>« I know you want it, I know you want it, youuuuu&#8217;re a goooood girl »</em></p>
<p>Ça c’est moi : Catnatt, 42 ans, féministe notoire qui chante quasi en cachette Robin Thicke. J’ai vu ressurgir sur twitter un <strong><a href="http://www.vice.com/fr/read/le-clip-de-robin-thicke-est-une-insulte-a-la-condition-feminine" target="_blank">article</a></strong> de Vice écrit par une fille très énervée après ce chanteur et son clip effectivement sexiste. Je l’ai lu, et parfois, souvent, approuvé. Je ne suis pas très à l’aise mais il n’y a rien à faire, j’adore ce morceau : la ligne de basse irrésistible et implacable, les voix de Robin et de Pharell et le flow de T.I.</p>
<p>Quand on est blogueuse musique et un tant soit peu féministe, on développe, je crois, un genre de schizophrénie qui nous amène à établir une distance quand on parle de chansons. Une distance qui peut s’apparenter au principe de frontière entre individu et artiste. Il est fort probable que si ce que je peux chanter et danser avec ferveur sortait de la bouche d&#8217;un homme dans la vraie vie, il se prendrait une mandale dans la figure aussi sec.</p>
<p>Par exemple, le procès Orelsan : je n’ai pas pipé mot sur le sujet. Je n’ai ni commenté dans un sens ni dans l’autre, je suis le commandant Cousteau, je suis le monde du silence : Pourquoi ? Je n’apprécie pas Orelsan, je n’aime pas sa musique ni ses paroles et j’aime encore moins la chanson pour laquelle il a été condamné. Je comprends parfaitement que certaines femmes au travers de certaines associations se soient emparées du sujet et aient souhaité une condamnation. Je respecte la démarche mais je n’en aurais pas fait autant. D’abord parce qu’il aurait été particulièrement faux-cul de ma part de le faire : on ne peut pas vouer un culte à Snoop Dog (pas la version jamaïcaine, l’ancienne hein..) et aller brailler sur Orelsan même s&#8217;il a largement dépassé les bornes. Ensuite parce que je suis très sensible à la notion de liberté artistique qui ne suit pas fatalement la morale. Je suis tiraillée entre mon féminisme et le respect de ce principe. L’art ne peut pas être moral. En tout cas, pas tout le temps ; il est subversif. Je conviens que la chanson d’Orelsan n’apporte strictement rien à la société mais quelles sont les règles ? Si on condamne Orelsan aujourd’hui, quid de (exemple facile) Céline ? Ça commence où et ça s’arrête où ? Ca ne m’arrange pas en tant que féministe mais en quoi une chanson peut-elle être une incitation à la violence ? Est-ce que ce n’est pas facile et une façon de déresponsabiliser les vrais coupables ? Nous rions tous quand nous entendons « c’est de la faute des jeux vidéo », pourtant, avec cette condamnation, nous entérinons quelque part cette phrase débile. Si on entend dans un film, un type dire &#8220;les meufs, c&#8217;est des putes&#8221;, s&#8217;embarquer dans une tirade sur le sujet en étant tout aussi dégueulasse qu&#8217;Orelsan, est-ce la même chose ? Où commence l&#8217;interprétation ? Dans le processus d&#8217;écriture ? Est-ce un personnage ou est-ce le scénariste/parolier qui parle ?</p>
<p>La conclusion fait mal, elle me pousse à me remettre en question : mon féminisme s’arrête où commence la musique. Je ne suis pas aussi laxiste avec le cinéma ou la littérature mais on pourrait même dire que mon féminisme cesse où commence l’art. Ça me met très mal à l’aise parce que ma position est ingérable. Pourtant, je suis bien obligée de négocier avec et de l’avouer.</p>
<p>C’est tellement pratique d’avoir le français comme langue maternelle d’ailleurs. Je suis loin d’être bilingue mais en général, je comprends vaguement de quoi il retourne. Je suis la reine des faux-culs sur certains morceaux : j’évite de trop me pencher sur le contenu des textes de rap, sinon, je pense que je ferais des bonds partout. Mais le rap est l’arbre qui cache la forêt.</p>
<p>« This is a man’s world »</p>
<p>On adore tous cette chanson : elle a le goût du féminisme, l’odeur du féminisme mais elle ne l’est absolument pas. Et l’excuse de l’époque ne tient pas longtemps. En 1966, les femmes travaillaient, certes pas à des postes à responsabilités ou si peu mais nous continuons à la chanter. « Under my thumb » des Rolling Stones : qui n’a pas dansé dessus ? En 1995, Mike Jagger déclarait : <em>« Ce n&#8217;est pas une chanson plus anti-féministe que les autres &#8230; Oui, c&#8217;est une caricature, et elle est en réponse à une fille qui était une femme très agressive. »</em> Ça se passe de commentaires, non ? « College girls are easy » des Beastie Boys est juste ahurissante, « girl, girl, girl » des Motley Crew donne envie de coller des baffes à tous les membres du groupe et la chanson date de 1987. « Stand by your man » que l’on braille tous dès qu’elle passe est un monument du genre. C’est pas ma came mais arrêtons-nous un instant sur les paroles de « I used to love her » de Guns’n Roses… En termes d’incitation à la violence, elle se pose là mais vous me direz qu&#8217;Orelsan a été condamné précisément par son usage d’un pronom au pluriel : « les meufs sont des putes » et non pas « elle est une pute ». Mouais… Je comprends l’argument mais je ne saisis pas très bien en quoi la chanson d’Orelsan inciterait plus un cinglé à la violence que celle de Jimi Hendrix « Hey Joe »… Beaucoup d’entre nous voue un culte à Morrissey qui ne s’est pas gêné non plus : « Big mouth strikes again ». Je suis certaine que beaucoup de mecs violents plaisantaient aussi n&#8217;est-ce pas et la complainte derrière qui demande pardon, c’est quand même typiquement le genre de conneries que les femmes entendent après s’être pris une raclée. En 1994 (c’est pas si loin) Tarantino ressuscitait « Girl, you’ll be a woman soon ». Il manquait que le « real » et on était dans une totale. Pourtant, combien d&#8217;entre nous se sont précipités pour l&#8217;acheter ? Seul groupe épargné : les Beatles mais l&#8217;on trouve tout de même un vers sexiste dans « Run for your life »*. Reste une question : la musique seule &#8211; la composition, le rythme, les notes, les harmonies, les arrangements, enfin tout ce qui compose le son d&#8217;une chanson &#8211; peut-elle justifier d'&#8221;avaler&#8221; sans broncher des paroles au mieux douteuses, au pire franchement dégueulasses ? Suffit-il de claironner que je ne suis pas dupe ? N&#8217;y a-t-il pas une certaine forme de lâcheté là-dedans ?</p>
<p>Bref, on traîne tous un paxon de chansons sexistes dans nos cœurs mais comme c’est en anglais nous n’y prêtons guère attention. Alors, parlons de Serge Gainsbourg… Le machisme dont il fait preuve à de très nombreuses reprises passe encore très bien. Je ferais volontairement l’impasse sur « Melodie Nelson »… Mais j’adore Serge Gainsbourg. Et je déteste le travail de Michel Sardou qui, lors du bref sondage que j’ai fait sur twitter et facebook, a été le plus cité en termes de chansons misogynes. Mais on ne peut pas décemment fermer les yeux sur le machisme de Serge Gainsbourg et vouer Sardou aux flammes éternelles. Question de talent ?</p>
<p>Qu’est-ce qui est pire ? Chanter « les meufs sont des putes » ou regarder Whitney Houston d’un regard lubrique et dire devant des millions de téléspectateurs « I want to fuck her » la réduisant à un simple objet sexuel ? Pourtant, le regard outragé de Whitney nous fait encore rire, non ? Beaucoup d’entre nous continuent à avoir une certaine indulgence vis-à-vis de Bertrand Cantat alors qu’ils sont choqués par « Je vais te MarieTrintigner ». Deux poids, deux mesures, non ? Parlons d&#8217;Olivia Ruiz qui reprenait une chanson de Brassens en 2006 : <em>« Le comble enfin, misérable salope, comme il ne restait plus rien dans le garde-manger, t&#8217;as couru sans vergogne, et pour une escalope, te jeter dans le lit du boucher. »</em>. L’icône bourrue en prend un coup et si on se penche vraiment sur son répertoire, j’ai la mâchoire qui se décroche, j’ai une folle envie d’envoyer un bulletin d’adhésion aux chiennes de garde. (Mais quand je regarde leur site et que je tombe sur <strong><a href="http://chiennesdegarde.com/Ore-Chansons.html#1erPitbulle" target="_blank">les paroles de Pitbulle à propos d’Orelsan</a></strong>, je range aussi sec ma carte bleue.)</p>
<p>Alors, oui, j’ai réalisé que mon féminisme s’arrêtait à la musique. C’est terrible, n’est-ce pas ? La seule réponse que j’ai trouvée, poussive et pénible, c’est que je ne vois pas le monde à travers le prisme du féminisme <strong>en permanence</strong>. Et en particulier à propos d’art. Est-ce une faute, une erreur, un aveu de faiblesse ? Probablement. Sûrement. J’admire énormément les femmes qui appliquent réellement le postulat que tout est politique. Je n’y arrive pas.</p>
<p>Pour être tout à fait honnête, je me méfie généralement des gens qui ne voient le monde qu’à travers un prisme particulier. Ils ne sont jamais loin du fanatisme. Comment peut-on être si sûr de soi ? J’ai l’habitude de citer Laurent Nunez qui disait dans un superbe numéro sur le doute du Magazine Littéraire : <em>« La certitude obéit même à une définition négative : c’est ce qui n’est pas discutable. Mais l’être humain est un être social, qui ne cherche qu’à discuter. Par conséquent, vivre assuré de ce qu’on est, et figé dans ce qu’on pense, c’est vivre en inhumain. C’est n’être qu’un animal. »</em></p>
<p>Pourtant, concernant le féminisme, qui n’est rien d’autre que l’égalité des droits entre hommes et femmes, je reste désemparée. C’est une cause indéniablement juste. Il n’y a même pas à en discuter. On pourrait en dire autant du racisme. Qui pourrait encore chanter une chanson raciste ? Passerait-elle encore à la radio ? Pourtant, on en laisse passer encore des chansons misogynes sur les ondes… J&#8217;ai un seuil de tolérance extrêmement bas, voire inexistant, sur les morceaux racistes ou homophobes mais il s&#8217;élève très curieusement quand il s&#8217;agit des femmes. Ce qui est paradoxal, vu que j&#8217;en suis une.</p>
<p>Tout ceci m’interroge. J’avais en tête un billet plutôt drôle et je me suis retrouvée à être bien plus grave que je ne l’avais envisagé. Il me reste incontestablement des progrès à faire en matière de féminisme. Je retourne le problème dans tous les sens alors que passe en fond sonore la chanson de Robin Thicke :</p>
<p><em>« OK now he was close, tried to domesticate you</em><br />
But you&#8217;re an animal, baby it&#8217;s in your nature<br />
Just let me liberate you (Hey, hey, hey)<br />
You don&#8217;t need no papers (Hey, hey, hey)<br />
That man is not your maker<br />
And that&#8217;s why I&#8217;m gon&#8217; take a good girl<br />
I know you want it »</p>
<p>Et mon pied de commencer à suivre le rythme et ma bouche de fredonner ces conneries, de me retrouver en fait à jouer les &#8220;bonnes filles&#8221; : je ne suis pas encore sortie de l&#8217;auberge sexiste&#8230;</p>
<div class='singleContext'><div class='contextContent'><em>&gt;&gt; Notes</em><br />
&#8211; Merci à tous celles et ceux qui m&#8217;ont répondu sur twitter et facebook.<br />
* Le vers en question a été trouvé par Ulrich qui fait partie de l&#8217;équipe Playlist Society. Il a suffisamment cherché pour que je lui attribue sa trouvaille. Ceci étant, je trouve cette chanson en fait aussi violente que &#8220;Hey Joe&#8221;.<br />
<em>&#8211; MAJ de 13h12. Je me suis interrogée, j&#8217;ai hésité et puis j&#8217;ai fini par mettre Morrissey. Marc, un blogueur de Playlist Society m&#8217;a fait remarquer qu&#8217;il devait probablement s&#8217;agir d&#8217;un homme et non pas d&#8217;une femme, ce qui était précisément l&#8217;objet de mes interrogations. Peut-être que c&#8217;est une erreur de citer cette chanson.</em></div> </div>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Panorama des revues disques à posséder</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/06/panorama-des-revues-disques-a-posseder/113432/</link>
		<pubDate>Tue, 11 Jun 2013 07:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Ulrich]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[Moments d'histoire]]></category>

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		<description><![CDATA[J’aime de temps en temps me replonger dans des revues-disques qui me rappellent étrangement mon adolescence, lorsque j’étais tout heureux de pouvoir acheter avec mon argent de poche, un flexi, par exemple. J’y ai découvert un nombre de petits groupes fortement dispensables mais sympathiques. Et puis le plaisir des oreilles s’accompagnait souvent du celui des [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">J’aime de temps en temps me replonger dans des revues-disques qui me rappellent étrangement mon adolescence, lorsque j’étais tout heureux de pouvoir acheter avec mon argent de poche, un flexi, par exemple. J’y ai découvert un nombre de petits groupes fortement dispensables mais sympathiques. Et puis le plaisir des oreilles s’accompagnait souvent du celui des yeux et du toucher. A l’époque, je ne sais si on vouait tous à ces livre-objets un amour certain, mais lorsque celui-ci s’accompagnait d’un élément fortement perturbateur, la musique par exemple, on entrait dans une dimension parallèle. Du flexi, on est passé au vinyle et parfois au CD : ces magazines d’un autre genre sont souvent l’antichambre de l’underground et de la contre-culture ; une façon comme une autre de découvrir aussi que l’on peut mettre en scène la musique sur papier.</p>
<p dir="ltr">Dans les années 80, certains fanzines popularisèrent la publication du flexi pour se démarquer de la presse traditionnelle. Grâce à leurs efforts répétés, il se dessina alors un panorama complet de l’underground britannique et permit à certains des créateurs de devenir des références. On pense notamment à Matt Haynes, créateur du fabuleux fanzine Are You Scared To Get Happy ? et futur co-fondateur du label légendaire Sarah Records, qui nous ouvrit les portes de la twee-pop. Ils furent nombreux ainsi à nous faire découvrir et apprécier une musique peu accessible.</p>
<h2 dir="ltr">Flexipop Magazine</h2>
<p dir="ltr">Dans les années 80, cette revue britannique consacra tous ses numéros à la new wave européenne ; ainsi nombre de groupes français, allemands, italiens et anglais se retrouvèrent en une des numéros. L’intérêt du magazine résidait dans son 45 tours, un bon vieux flexi des familles : inusable, incassable et facilement égarable. Flexipop, de par son exigence musicale, devint un véritable label new-wave : on y découvrait certes beaucoup de groupes inconnus mais certains, parmi les plus en vogue du moment, enregistraient des inédits et les offraient au <a href="http://www.discogs.com/label/Flexipop" target="_blank">Flexipop</a>. C’est ainsi que parfois les anglais purent découvrir un inédit de Visage, d’Adam &amp; The Ants, Soft Cell ou encore d’XTC.</p>
<h2 dir="ltr">Point of Yucca</h2>
<p dir="ltr">Un jour, un Suisse eut l’étrange idée de réaliser un journal artistique qui soit un manifeste radiophonique. Quelques milliers de mails plus tard naquit Point of Yucca, un étrange objet musical. Le magazine se présentait sous pochette plastique souple avec à gauche le CD et à droite, douze réalisations graphiques pour chaque artiste qui avait participé à <a href="http://www.discogs.com/label/Yucca+Tree+Records" target="_blank">Point of Yucca</a>. Le magazine se révéla au cours de sa courte existence (trois numéros seulement) être le point de chute international de nombreux artistes. Akira Rabelais, Bene Gesserit et autres Klimperei donnèrent plus qu’un coup de pouce à ce magazine.</p>
<h2 dir="ltr">Volume</h2>
<p dir="ltr">Volume, magazine fish and fiction, popularisa dans les années 90 le concept de revue-disque. Durant une vingtaine de numéros, le magazine imposa son format CD et son livret de 194 pages aux disquaires indépendants. Fort de la vingtaine d’artistes qu’il présentait à chaque fois, le magazine désirait être à la pointe de la culture populaire qui se dessinait alors. La Brit Pop émergeait, la techno s’imposait de plus en plus dans les charts britanniques et l’indie-rock dominait. Aussi dans un joyeux fourre-tout, nous pouvions écouter dans le même magazine des inédits d’artistes aussi différents que Suede, Meat Beat Manifesto, Ride, Laika, The Fall ou Aphex Twin. Mais si la bande son était un plus considérable, les interviews, les petits papiers de fond, les photos de qualité et les petites fictions nous régalaient une fois par trimestre, avec ses pochettes aquarium.</p>
<h2 dir="ltr">Penny-Ante</h2>
<p dir="ltr"><a href="http://www.penny-ante.net/" target="_blank">Penny-Ante</a> est avant tout un magazine artistique. Créé en 2006, ses sorties se font au petit bonheur la chance : seuls trois numéros ont été publiés. Dessins, photographies, textes, interviews, poèmes, le champ des possibilités est large. Entre objet d’art et manifeste artistique, les quelques trois cents pages donnent un aperçu de la scène underground basée à Los Angeles. Son troisième numéro ouvre les pages à la musique et le CD qui accompagne fait la part belle à la scène californienne et d’ailleurs punk rock, garage,  lo-fi et alternative rock. Avec des inédits de Jad Fair ou The Chills, 21 morceaux accompagnent les délires graphiques d’un Robert Pollard ou d’un Billy Childish.</p>
<h2 dir="ltr">The Journal of Popular Noise</h2>
<p dir="ltr">Des vinyles, format 45 tours, un magazine qui se déplie comme un origami, l’avant-garde musicale en guise de cerise sur le gâteau. <a href="http://www.popularnoise.net/" target="_blank">The Journal of Popular Noise</a> est une revue bien étrange à parution irrégulière mais qui offre la particularité de présenter des véritables morceaux inédits. De Teflon Don à Ben Frost, du drone-pop bien frappé à la post-musique de chambre, la musique expérimentale s’émancipe totalement des frontières habituelles. Certains morceaux sont de véritables poèmes sonores qui nous poussent à la méditation. Ici rien de normer, la liberté est totale et parfois on se laisse surprendre à ne pas trouver l’installation spatiale correspondante. Chaque numéro du Journal est un voyage sonore inédit&#8230; qui tient sur un 45 tours.</p>
<h2 dir="ltr">Yeti</h2>
<p dir="ltr">Lorsque vous vous rendez la première sur le <a href="http://www.yetipublishing.com/" target="_blank">site web de Yeti</a>, vous refermez aussitôt la page, tant elle date du siècle dernier. Ce serait dommage d’en rester là car ce premier contact vous empêchera de découvrir une revue qui en est aujourd’hui à son treizième numéro et qui trace tranquillement son petit bonhomme de chemin. La vocation de ce magazine est de dresser à chaque numéro un état des lieux de l’art en général, de la littérature et de la musique, en particulier. Accompagné pour ces onze premiers numéros d’un CD comprenant essentiellement des morceaux d’indie-rock, pour la plupart inédits, Yeti offre depuis ses deux derniers titres un vinyle. De quoi désormais écouter du bon en lisant de bons papiers.</p>
<h2 dir="ltr">Esopus</h2>
<p>Dans ce paysage de livres-disques, <a href="http://www.esopusmag.com/" target="_blank">Esopus</a> fait figure d’exception. Le format en impose déjà : grand format, couverture glacée, papier à différents grammages, Esopus est une revue d’art qui invite ses lecteurs à parfois participer à la conception d’un objet offert ou découper avec attention l’affiche du centre offert gracieusement par un artiste. Non, Esopus n’a pas été créé pour faire enrager ses lecteurs. Deux fois par an, la revue invite des musiciens, des écrivains, des réalisateurs à partager leurs points de vue sur des sujets artistiques particuliers. Trois artistes sont ainsi invités à chaque numéro pour partager leurs projets, un artiste confirmé et deux autres émergeants. Et le partage ne serait pas ce qu’il est sans l’inévitable petite galette sur laquelle on peut écouter une dizaine de morceaux, tous bien sûr inédits.</p>
<p>Mais tout cela, c&#8217;était hier et un peu aujourd&#8217;hui. Les revues-disques sont des objets devenus rares, connus de quelques happy fews. Je n&#8217;ai pas le souvenir d&#8217;une revue française ayant mis le disque au centre de sa réflexion mais certains me démentiront en m&#8217;indiquant ce que j&#8217;ai loupé. Si les quatre derniers sont encore très actifs, surtout Yeti et Esopus, le temps n&#8217;est peut-être plus à ce genre de concept qui demande à ses créateurs du temps, de l&#8217;argent et de la patience, mais j&#8217;avoue que le renouveau d&#8217;un petit Volume me plairait bien.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Carrières Modernes #7 : Vincent Gallo, ne rien devoir</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/04/carrieres-modernes-7-vincent-gallo-ne-rien-devoir/111191/</link>
		<pubDate>Tue, 23 Apr 2013 07:00:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Messias]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Carrières Modernes]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Tout le dossier Carrières Modernes]]></category>

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		<description><![CDATA[La musique n’a pas le monopole des carrières atypiques : il y a, dans la sphère cinématographique, bon nombre d’artistes ayant choisi de travailler autrement  quitte à remettre en question le rapport avec le public. Sur son premier long-métrage, Buffalo ’66 (1998), Vincent Gallo est crédité en tant que réalisateur, scénariste, interprète principal et compositeur. Un [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>La musique n’a pas le monopole des carrières atypiques : il y a, dans la sphère cinématographique, bon nombre d’artistes ayant choisi de travailler autrement  quitte à remettre en question le rapport avec le public.</p>
<p>Sur son premier long-métrage, <b><i>Buffalo ’66</i></b> (1998), Vincent Gallo est crédité en tant que réalisateur, scénariste, interprète principal et compositeur. Un pur control freak, soucieux de livrer la représentation la plus fidèle possible du film qui a mûri dans sa tête pendant des années. Première contrariété : l’actrice de ses rêves, Charlotte Gainsbourg, ne peut pas endosser le rôle principal du film. Elle est enceinte. Amoureux fou de Gainsbourg, Gallo envisage un temps de tout abandonner. Des producteurs lui font retrouver la raison. On lui présente Christina Ricci.</p>
<p>Le film est un succès d’estime. Accessoirement, c’est un chef d’œuvre. Pour arriver à ce niveau d’exigence formelle et d’émotion absolue, Gallo se sera fâché avec l’ensemble de ses acteurs principaux — ne parlez pas de lui à Anjelica Huston — et avec une partie de son équipe technique. Trop pointilleux. Trop ingérable. Conscient d’être un animal asocial, notre homme ira plus loin dans l’enfermement avec son film suivant, <b><i>The brown bunny</i></b> (2002). Cette fois, Vincent Gallo est crédité en tant que réalisateur, scénariste, acteur principal, compositeur, monteur, directeur artistique, chef opérateur, chef décorateur, chef costumier, caméraman et producteur. Accessoirement, il est quasiment le seul acteur crédité dans le film, les autres protagonistes y apparaissant rarement plus de dix minutes.</p>
<p>En compétition à Cannes en 2003, le film connaît l’un des accueils les plus houleux de l’histoire du festival. Réactions typiques du public de ce genre de festivals, troupeau d’enfants de cinq ans venus voir ce qu’ils avaient exactement envie de voir : la projection est émaillée d’insultes proférées en direction de l’écran, de sifflets quasi permanents, de gigantesques éclats de rires. Les rares spectateurs séduits ne sont jamais loin d’en venir aux mains avec cette armée de spectateurs mal éduqués. Présent dans la salle, Gallo est atterré, mortifié : son bébé, mégalomane et nombriliste mais absolument somptueux, est rejeté en masse par la foule. Il jure ses grands dieux qu’on ne le reverra plus derrière une caméra, et encore moins en festival. Le film sort en salles dans une relative indifférence, et Vincent Gallo ne fait plus alors parler de lui que pour d’autres raisons.</p>
<p>Quelques rôles marquants chez Coppola ou Skolimowski l’empêchent de tomber tout à fait dans l’oubli ; mais si Gallo existe encore aux yeux du public, c’est en tant que personnage grotesque, capable d’accepter des pubs ridicules pour H&amp;M, de tourner dans des <i>direct to video</i> absolument nazes  et de vendre son sperme et sa compagnie sur son site internet. L’ombre de lui-même, un fantôme fantoche que l’on croit définitivement hors du circuit.</p>
<p>En vérité, Gallo travaille dans l’ombre.  Ses envies de cinéma sont trop fortes. Il bricole des courts-métrages dont on connaît l’existence sans avoir jamais pu les voir. Il s’acoquine avec Sage Stallone, le fils de qui-vous-savez, et entame avec lui quelques expériences cinématographiques. Un jour de 2010, parmi les films de la sélection de la Mostra de Venise, on a la surprise de découvrir la présence de <b><i>Promises written in water</i></b>, troisième long-métrage de Vincent Gallo. Les yeux des fans s’embrument. L’excitation fait rage. Certains festivaliers trépignent, les autres s’en foutent. Projection vénitienne. Grand jour. Générique d’ouverture. Les rires pleuvent. Pourquoi ? Parce que Gallo, unanimement reconnu dans le milieu comme le pire des mégalomanes, s’est encore une fois confié tous les rôles. Sa présence multiple dans les crédits suffit désormais à attirer l’hilarité. Désormais, on lui rit au nez sans même avoir jugé son travail. Acharnement immérité à l’égard de cet ours bouleversant.</p>
<p>L’accueil n’est pas aussi affreux que celui de Venise, mais le résultat est là. Gallo se sent une nouvelle fois meurtri dans sa chair. Lui qui pensait avoir fait des efforts d’humilité en revenant avec ce tout petit film de 75 minutes, tourné en noir et blanc avec une équipe très réduite, est à nouveau raillé pour nombrilisme. Impossible de parler de lui sans être dorénavant moqué. Ce petit être chétif et susceptible, ce cœur d’artichaut au sale caractère, prend alors une décision que beaucoup interprèteront comme une victimisation outrancière : il récupère ses bobines, repart avec le film sous le bras, et jure ses grands dieux que personne ne verra plus <b><i>Promises written in water</i></b>. Pouf. Envolé. Plus rien. Sauf pour une poignée de festivaliers, le film restera un mystère éternel. Rangé dans un carton, il n’existera plus que dans le cœur et dans le crâne de ceux qui auront pu le voir et su le garder en eux, comme une chose précieuse.</p>
<p>Depuis, Vincent Gallo ne cesse de s’enfermer. Il tourne des courts-métrages chez lui, autour de chez lui, au long des voyages qu’il effectue seul ou en comité très restreint. Il enregistre des images et des sons parce que c’est ce qu’il préfère au monde. Il continue à travailler sur l’amour, la solitude, les meurtrissures liées à son passé. Mais compte bien les garder pour lui, comme un journal intime qu’on relirait à l’occasion pour prendre des nouvelles de son soi antérieur. Gallo a décidé de ne plus avoir de public, parce que le public est entré dans son cabinet d’analyse et a tout saccagé. Il a fermé la porte pour ne plus rien lui devoir.</p>
<p>Sur le site officiel du film, qui donne dans le minimalisme et le dénuement comme c’est également le cas du site personnel de Vincent Gallo, on trouve ce simple synopsis :</p>
<p><em><b>Promises Written in Water</b></em><i> is an extremely stripped down abstract romantic story of a man and a woman, both in crisis.</i></p>
<p><i>Kevin (Vincent Gallo) is a long-time, professional assassin, specializing in the termination of life. Mallory (Delfine Bafort) is a wild, poetic, beautiful young woman confronting her terminal illness and eventual suicide. She reaches out to Kevin to take responsibility for her corpse once she passes, requesting his protection of her dead body’s dignity until her cremation. Kevin’s acceptance of this request causes uncomfortable self-reflection and changes the lens through which he views death.</i></p>
<p>Il reste des amoureux inconditionnels du travail de Vincent Gallo, convaincus de sa sincérité permanente et de son génie absolu. Ceux-là jouent régulièrement dans leur tête ce film-arlésienne qui résonne comme un lien mental établi entre eux et cet artiste absolu. On ne saura sans doute jamais ce que cache réellement Gallo, dans <b><i>Promises written in water</i></b> comme dans ses œuvres suivantes. Mais il n’est pas interdit de creuser au hasard.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Carrières Modernes #6 : Nik Bärtsch, le zen dans la répétition</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/04/carrieres-modernes-6-nik-bartsch-le-zen-dans-la-repetition/111178/</link>
		<pubDate>Mon, 22 Apr 2013 07:00:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Julien Lafond-Laumond]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Carrières Modernes]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Tout le dossier Carrières Modernes]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors que nous avons jusque-là surtout présenté des artistes hors-circuit, nous allons maintenant évoquer la particularité d’un « insider », Nik Bärtsch. Celui-ci est certes bel et bien assimilé à un label on ne peut plus classique, en l’occurrence ECM Records, mais il investit cette ancrage d’une manière bien particulière, avec une rigueur et un formalisme qui [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que nous avons jusque-là surtout présenté des artistes hors-circuit, nous allons maintenant évoquer la particularité d’un « insider », Nik Bärtsch. Celui-ci est certes bel et bien assimilé à un label on ne peut plus classique, en l’occurrence ECM Records, mais il investit cette ancrage d’une manière bien particulière, avec une rigueur et un formalisme qui tranche avec les autres musiciens jazz abrités sous le même toit.</p>
<p>Pour attraper un petit peu ce qui fait l’audace de ce pianiste suisse, nous allons envisager sa carrière avec comme grille de lecture la question du Temps. Au sens traditionnel, la carrière, artistique comme professionnelle, est perçue le plus souvent dans un temps linéaire, qui part d’une jeunesse, arrive bientôt à maturité et finit par vieillir. Dans cette vision, une carrière serait comme une vie, avec sa naissance, sa mort, et entre, son histoire. Envisagée comme telle, une carrière se raconte, on peut en faire le récit. Et une bonne carrière, c’est une carrière qui ne reste pas statique : elle se met en scène et évolue.</p>
<p>Notre paradigme consensuel est qu’un disque est une réponse directe aux précédents. Nous nous sentons obligés de l’inscrire dans le temps historique de son ou ses auteurs, ce qui fait que bien souvent, par exemple, nous balayons d’un revers de main tout album qui ressemblerait trop à ceux qui le précédent. Nous sommes donc quelque part bouffés par le storytelling triomphant de nos sociétés. Au fond, est-il si indispensable qu’un artiste soit à l’égal d’un jeune cadre dynamique – c’est à dire mobile, flexible, ambitieux et toujours plus intéressé par l’avenir que par le passé ?</p>
<p>Pour étayer ce genre de questions, Nik Bärtsch est un recours passionnant. Ce musicien est en effet profondément habité par les philosophies orientales et s’intéresse également aux rituels des sociétés traditionnelles. Il retient de ces enseignements un rapport au Temps bien loin de l’évolutionisme occidental hérité des Lumières. Pour lui, le déploiement du temps est plus cyclique que linéaire, passé, présent et avenir ont moins de sens que des boucles temporelles qui sans cesse recommenceraient. Sa musique est toute entière empreinte de cette perception où le mouvement ne poursuit pas une finalité mais se contente de lui-même. La répétition est le coeur de son travail, dans la façon dont il construit ses morceaux comme dans la façon dont il construit sa carrière.</p>
<p>Nik Bärtsch ne met pas en scène sa propre histoire, sortir un nouveau disque n’est pas écrire un nouvel épisode de sa vie artistique. Au contraire sa carrière se met entièrement au service d’une seule et même idée, une idée aussi simple que géniale : faire du jazz-funk avec l’état d’esprit du minimalisme américain. C’est ce qu’il appelle du « zen funk ». Le pianiste garde du jazz sa légitimité à improviser, du funk ses basses slappées et ses envies de groove, puis il déroule cette sensibilité dans les structures lentes, longues et répétitives d’un Steve Reich ou d’un Philip Glass. Mais attention, la répétition ici n’a pas la valeur d’une insistance dramaturgique et ne cherche aucun crescendo émotionnel : la répétition est zen, méditative, elle absout des turpitudes de l’âme humaine.</p>
<p>Cela fait dix ans que Nik Bärtsch se consacre à cette seule idée de la musique. Chaque album qu’il sort n’est pas un démenti au précédent mais sa confirmation, son approfondissement. Ses compositions, qu’il appelle des modules, sont numérotées. Sur ses nouvelles sorties, il peut apporter des nouveaux modules, jouer des anciens de façon différente (sur des live par exemple) ou bien combiner deux modules existants pour en inventer un troisième.</p>
<p>Il faut appréhender cette systématicité comme une humilité. Nik Bärtsch refuse d’être un héros, de se sentir grisé par le costume de créateur. Il incarne une idée et se range derrière. Qu’importe les attentes du public, qu’importe le bon sens économique et marketing du système, qu’importe le risque de lasser ou d’être périmé, l’idée reste, aussi belle et fraîche qu’au premier jour. Et d’évolution il n’y a pas.</p>
<p>Nik Bärtsch est un pianiste qui a beaucoup intrigué au début et au milieu des années 2000. C’était quelqu’un d’excitant, qui pouvait être l’avenir du jazz. Et puis à mesure que lui insistait tranquillement sur son concept, beaucoup de médias et d’auditeurs s’en sont détournés. C’est vrai : il fait toujours la même chose. Mais ce qui peut être perçu par certains comme de l’ennui et des ruminations mortifères peut tout aussi facilement être envisagé comme une formidable sagesse, comme une clarté bienfaitrice. Resituée dans la logique du temps cyclique, son oeuvre est un exercice de perfectionnement, ritualisé, sacralisé même, où ce qui compte n’est plus l’oscillation permanente de l’esprit mais son apaisement possible. L’apaisement de l’homme au contact d’une architecture musicale absolue : voilà l’horizon de la carrière de Nik Bärtsch.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Carrières Modernes #5 : Jandek, la musique avant l’artiste</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/04/carrieres-modernes-5-jandek-la-musique-avant-lartiste/111168/</link>
		<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 07:00:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Benjamin Fogel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Carrières Modernes]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Tout le dossier Carrières Modernes]]></category>

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		<description><![CDATA[En matière de carrière musicale atypique, Jandek reste un cas extrême. Alors qu’avec Stevie Moore, Ariel Pink et Adrian Orange, la diffusion de la musique semble passer eu second plan, mais existe tout de même à sa manière, Jandek lui se bat strictement contre elle.  Les disques de Jandek ont commencé à apparaître en 1978 [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>En matière de carrière musicale atypique, Jandek reste un cas extrême. Alors qu’avec Stevie Moore, Ariel Pink et Adrian Orange, la diffusion de la musique semble passer eu second plan, mais existe tout de même à sa manière, Jandek lui se bat strictement contre elle.  Les disques de Jandek ont commencé à apparaître en 1978 au sein du label Corwood Industries, une entité mystérieuse dotée pour tout et pour tout d’une boite aux lettres (Corwood Industries / p.o. box 15375 / houston, tx  77220) à laquelle on peut envoyer ses commandes d’album. Pendant plus de 25 ans, le mystère Jandek a été complet. S’agissait-il d’un collectif complet dont la démarche relevait autant de l’art contemporain que de la musique ? Le concept prévalait-il sur les chansons ? Avait-on au contraire réellement affaire à un ermite musical dont le talent n’aurait eu d’égal que sa misanthropie ? Qui était l’homme qui apparaissait sur ces pochettes ? Pendant longtemps ces questions ont animé toute une base de fans et ont fait les beaux jours de certains forums. Les motifs de l’engouement se justifiaient par deux choses : tout d’abord la qualité des chansons de Jandek (du songwriting de haute volée aux influences blues et aux effets de production inexistant) et ensuite par sa productivité (plus de 70 albums sont sortis à ce jour). Que ce soit seul ou avec ce qu’on suppose être un groupe, en acoustique ou en électrique, sous des formats chansons classiques ou via des expérimentations atteignant leur apogée avec une série de trois albums contenant seulement des voix enregistrées, sa carrière et la construction de sa discographie auront emprunté des chemins imprévisibles.</p>
<p>Pourtant en 2004, alors qu’il n’était pas annoncé au niveau de la programmation, Jandek, 26 ans après la création de son premier album, a débarqué sur la scène du festival Instal04 de Glasgow accompagné de Richard Youngs et de Alex Neilson. Et l’homme qui apparut, et que l’on présente toujours comme un représentant de Corwood Industries, était bel et bien celui qu’on apercevait sur les pochettes. Ce premier concert sera suivi par quelques autres à intervalles espacés mais réguliers ; la majorité d’entre eux donnant lieux à des enregistrements.</p>
<p>Jandek ne se fait pas moins évanescent lorsqu’il s’agit des médias. Il ne donne pas d’interviews (si ce n’est deux interviews téléphoniques données à John Trubee pour Spin et à Irwin Chusid dans le cadre de son livre/compile <i>Songs in the Key of Z: The Curious World of Outsider Music</i>), il ne fait pas d’apparitions publiques, il ne s’exprime pas. Il n’a pas de Bandcamp et le site de <a href="http://www.corwoodindustries.com/">Corwood Industries</a> est un modèle de minimalisme où les liens ne sont mêmes pas cliquables.</p>
<p>On pourrait voir derrière ces comportements une manœuvre d’artiste, voire un concept artistique, destinée à démontrer la supériorité de l’œuvre sur le créateur. Mais la vérité est tout autre : Jandek ne s’intéresse qu’au fait d’écrire des chansons. Tout ce qui tourne autour l’emmerde. Au niveau de la production, il ne prête tellement pas attention à celle-ci, il se contente tellement des moyens du bord que sur des chansons comme <i>Cotton belt</i>, lorsqu’il y a une sonnerie de téléphone qui retentit, elle ne semble pas avoir été destiné à être enregistrée sur cette prise unique, c&#8217;est plus comme si elle s&#8217;était retrouvée par hasard sur l&#8217;enregistrement et qu&#8217;il avait eu la flemme de tout recommencer depuis le début.  Enfin on parle de flemme, mais ce n’est pas vraiment de ça qu’il s’agit, car il reste un musicien exigeant avec lui-même. C’est juste qu’il ne met pas le curseur à ce niveau-là. Pour le reste, c’est la même chose : si ses apparitions/interview sont sporadiques, c’est juste qu’il ne s’intéresse pas au décorum.</p>
<p>Pourquoi cela nous étonne tant ? Pourquoi même trouvons nous cela atypique ? Tellement d’artistes ont déjà perdu leur âme au sein de l’industrie, tellement d’artistes ont déjà vu leur discographie (voire leur vie) perdre de leur sens au fur et à mesure que la célébrité, les paillettes et l’illusion de la nécessité d’une production professionnelle se manifestaient, que le positionnement de Jandek aurait dû devenir, si ce n’est la norme, quelque-chose de commun. Mais non, un type qui refuse de faire passer son être avant ses œuvres passera toujours pour un reclus, un misanthrope, un ermite qui refuse de parler aux journalistes (le <i>point Alan Moore</i> n’est pas loin). Pourtant est-ce si incroyable de concevoir qu’on ait pas envie de tout cela, qu’on ait juste envie d’écrire des chansons et de mener une vie paisible à l’abri des regards ? Les types comme Jandek et la manière dont nous les considérons (y compris au sein de ce texte) en dit long sur combien la machine culturelle du XXème siècle a formaté notre vision de ce que devait être un musicien.</p>
<p>Pourtant à l’heure de la dématérialisation de l’art, les enjeux sont tout autant à chercher du côté de la dématérialisation de l’artiste en tant que personne potentiellement « starifiable ». Sans forcément en revenir à l’expression éculée « à taille humaine », Jandek propose une musique sincère (y compris dans ses expérimentations) bien plus en adéquation avec nos vies que celle de beaucoup d’artistes pourtant considérés comme <i>mainstream</i>.</p>
<p><em>&gt;&gt; A noter que Jandek sera en concert au Cabaret Sauvage dans le cadre de la Villette Sonique le 23 mai en compagnie des brillants Mendelson. </em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Carrières Modernes #4 : Adrian Orange, pour le meilleur et pour le pire</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/04/carrieres-modernes-4-adrian-orange-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire/111149/</link>
		<pubDate>Thu, 18 Apr 2013 07:00:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Nathan]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Carrières Modernes]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Tout le dossier Carrières Modernes]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans cette histoire, Adrian Orange présente un itinéraire particulier. Sous son nom, celui de Thanksgiving ou d’autres étranges patronymes, il a fait parti de la galaxie K Records. Il avait donc légitimité, exposition et une médiatisation (relative, certes). Aux côtés de Phil Elverum, il incarnait une partie de cette vague nouvelle de songwriters aux mélodies [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Dans cette histoire, Adrian Orange présente un itinéraire particulier. Sous son nom, celui de Thanksgiving ou d’autres étranges patronymes, il a fait parti de la galaxie K Records. Il avait donc légitimité, exposition et une médiatisation (relative, certes). Aux côtés de Phil Elverum, il incarnait une partie de cette vague nouvelle de songwriters aux mélodies simples et aux paroles sombres. Il était jeune, avait la peau sale et les cheveux ébouriffés, et dans sa besace, une quantité impressionnante de chansons.</p>
<p><em>We Could Be Each Other’s Evidence</em>, sous le nom de Thanksgiving, sorti confidentiellement en 2001, ou <em>Bitches is Lord</em>, cette fois sous le nom d’Adrian Orange sont des diamants bruts, mal enregistrés mais plein de la fougue et de la passion qui rendent des albums attachants. Entre ses premiers pas et 2007, Adrian Orange n’était qu’un nom de plus dans l’underground, un petit secret pas si bien gardé. Sauf que, après 2007, monsieur Orange disparaît. L’internet ne répond plus, trou noir. Les nombreuses recherches sur Thanksgiving ou Adrian Orange ne donnent rien de nouveau, que des vieilles sorties et la page non actualisées sur le site de K records. Ils tombent peu à peu dans l’oubli. Sauf pour quelques irréductibles qui continuent de hanter Google avec son nom.</p>
<p>Plusieurs possibilités dans l’esprit des adeptes : il est mort ; il est retourné à la vie normale, bien conscient que sa musique ne le fera pas vivre ; il a tout arrêté sans raison ; et autres raisonnements plus ou moins tragiques ad libitum.<br />
D’un côté, cette disparition en a fait un artiste mystérieux, une étoile filante ou qu’importe. Disparaître sans raison, façon Jeff Mangum pour s&#8217;assurer le statut de mythe. Ses cassettes, albums et autres sorties deviennent des sésames, des objets difficiles à trouver même en mauvais mp3. De l’autre, ce n’est qu’une preuve de plus que le chemin habituel du musicien est parsemé d’embuches, et que même le talent n’assure pas la réussite.</p>
<p>Avançons jusque juin 2012. Dans un énième élan d’espoir, on tapote Adrian Orange sur notre clavier. On essaie des combinaisons, et on tombe sur d’étranges sites. Un tumblr, deux ou trois comptes bandcamp. C’est bien lui, c’est bien Adrian Orange et son air d’adolescent mal rasé. Il fait des vidéos de lui à la guitare, sans même éteindre la télé derrière lui et publie tout et surtout n’importe quoi sur différents canaux de publications du net. Entre faux LPs, faux EPs, vraies chansons ou chansons d’autres (on y trouve un titre de Joanna Newsom, par Joanna Newsom en introduction d’un EP), l’univers d’Adrian Orange explose aux yeux et aveugle totalement l’adepte. De pas assez à trop, d’un coup, on se retrouve perdu dans ces amas sans fins de chansons et de bouts de trucs mal enregistrés, mal chantés, et mal foutus. Adrian Orange a découvert internet, et la réalité nous a rattrapé. On se retrouve perdu dans le labyrinthe de son esprit, sans repère, sans structure.</p>
<p>Bien sûr que non il n’était pas mort, bien sûr qu’il continue de faire de la musique. Il était juste à l’ombre. Il était dans son coin, à faire de la musique pour le plaisir de faire de la musique, sans vocation, sans pression (s&#8217;il a jamais eu à subir une pression quelconque, d&#8217;ailleurs). On y trouve des pièces totalement expérimentales, du reggae, du folk plus lo-fi que la première cassette de Daniel Johnston et beaucoup de titres sans aucun intérêt. Adrian Orange a juste ouvert son journal intime au monde. Il ne prend plus le temps de nommer ses chansons. Ce sont des moments de sa vie qu’il met en ligne, sans filet. Il y chante faux et mal, y fait des erreurs. La seule différence entre le Adrian Orange de 2007 et de 2012, c’est que le tri n’est plus fait. Il n’y a plus personne pour choisir ce qui mérite d’être entendu ou non, pour le meilleur et pour le pire. Alors on se résigne, et on apprend à accepter qu’il faille chercher les perles rares, et que tout ne puisse pas être bon. Il faut devenir explorateur et prendre son temps pour découvrir la matière rare, celle qui nous avait rendu accroc au début des années 2000.</p>
<p>À propos de Adrian Orange and Her Band, sa dernière sortie « sérieuse », en 2007, K Records explique : «<em> This will probably be the last cohesive album of songs by this artist. It is in the process of vanishing in to the all, the beautiful unknown</em> ». La décision était donc préméditée. Adrian Orange a choisi le tout ou rien. À chacun de choisir s’il veut le suivre ou non.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Carrières Modernes #3 : R. Stevie Moore et Ariel Pink, l’œuvre interne</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/04/carrieres-modernes-3-r-stevie-moore-et-ariel-pink-loeuvre-interne/111158/</link>
		<pubDate>Wed, 17 Apr 2013 07:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Benjamin Fogel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Carrières Modernes]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Tout le dossier Carrières Modernes]]></category>

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		<description><![CDATA[R. Stevie Moore soulève une question importante liée à la diffusion de la musique. Il interroge sur la nécessité de partager toutes ses créations avec le plus grand nombre. Depuis le début de sa carrière, il a sorti des milliers de chansons sur cassette et CD-R, ses véritables albums n’étant que des compilations des meilleures [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>R. Stevie Moore soulève une question importante liée à la diffusion de la musique. Il interroge sur la nécessité de partager toutes ses créations avec le plus grand nombre. Depuis le début de sa carrière, il a sorti des milliers de chansons sur cassette et CD-R, ses véritables albums n’étant que des compilations des meilleures de celles-ci – ne serait-ce que <em>Phonography</em>, son premier véritable album sorti en 1976 sur HP Music label, le label de son oncle, est en réalité une compilation où l’on retrouve des chansons issues de deux ans d’home studio. Il vit complètement en dehors des systèmes de diffusion classique, ses chansons ne pouvant atteindre physiquement le public que via les opportunités du moment (comme la rencontre avec les français de New Rose). Tout doit-il être diffusé et si oui à quelle audience ? R. Stevie Moore a beau être un brillant songwriter et le prince du Lo-Fi, il ne porte pas en lui cette nécessité absolue d’offrir au public tout ce qui sort de son cerveau. Ce n’est pas pour une question d’humilité, c’est juste parce qu’il ne s’intéresse pas au processus de production et de diffusion. Ce qu’il veut c’est simplement écrire des chansons et les enregistrer avec les moyens du bord. Contrairement à la majorité de ses contemporains adeptes des albums de face-b et de la mise en valeur de leur moindre non-trait de génie, R. Stevie Moore conserve ses trésors sur des cassettes que seuls quelques rares curieux arriveront à se procurer.</p>
<p>Il y a chez R. Stevie Moore une sorte de quintessence du Lo-Fi : il enregistre encore et encore, en se fichant bien de tout ce qui pourrait améliorer l’apparence de ses chansons, aussi bien sur le fond que sur la forme. Par exemple, sur un titre comme <i>Califonia Rythhm</i>, il y a un moment où le morceau saute complètement, tandis que l’ensemble semble salement saturer. Il y a chez lui une conviction que les chansons existent en dehors de leur support, et plus encore en dehors de leur structure ; elles existent même si le micro a déconné et que l’intro a été écorchée, même si l’on s’est arrêté nette et que l’on a oublié de leur écrire une fin.</p>
<p>On sent ici un certain paradoxe : d’un côté il y a un homme qui ne ressent pas le besoin d’étaler sa musique, et de l’autre un homme qui ne peut s’empêcher d’enregistrer tout ce qu’il fait et d’archiver la moindre de ses idées et de ses prestations live. La vérité est que R. Stevie Moore est en train de créer une œuvre aux ramifications complexes qui se nourrit d’elle-même. Les cassettes et les CD-R sont un témoignage avant tout pour lui-même. Mais il n’est pas égoïste, il laisse la porte ouverte : on peut toujours lui commander en direct ses œuvres, et l’intégralité de sa production est en écoute sur son gargantuesque Bandcamp (à titre d’exemple, son album réalisé en 2012 avec Ariel Pink contient la bagatelle de 62 titres au milieu desquels, entre les expérimentations et les délires, se cachent de purs moments de bravoure mélodique ; tandis que son dernier en date <i>Burst Upon The Scene</i>, sorti il y a quelques semaines, contient mantra, phrases apocalyptiques et improvisations vocales…).</p>
<p>Sa discographie ressemble à un capharnaüm, on y retrouve des éparpillements, des anecdotes, des collaborations, des compilations de compilations, des rétrospectives et même un album studio (<i>Teenage Spectacular).</i> Mais ce qu’il faut retenir, c’est que ce capharnaüm est avant tout une extension de lui-même, et quelque-chose qui ne saurait être markété et vendu selon les circuits classiques de distribution, car faire ça, cela reviendrait à dire qu’on a réussi à cartographier sa logique d’écriture et à la canaliser.</p>
<p>Ariel Pink, pour revenir à lui, peut à juste titre être considéré comme l’un des principaux disciples de R. Stevie Moore (et ceux bien avant leurs collaborations). Tous ses premiers albums ont été enregistrés pour lui et seulement pour lui-même (au point que l’on puisse douter de la pertinence de la réédition de certains d’entre eux par Paw Tracks). Il collait sur bande ses rêves, comme pour les archiver. Il transformait la banalité en de petites machines musicales. Il fondait les bases de son univers, mais pas seulement d’un point de vue musical. Si l’on parle d’œuvre interne ici, c’est que les productions de R. Stevie Moore et d’Ariel Pink ne sont pas dépendantes de facteurs exogènes. A la limite, ils vivraient seuls sur Terre que cela n’impactera quasiment pas leurs disques. La diffusion de la musique n’est qu’une conséquence, une opportunité qu’ils peuvent saisir (Ariel Pink l’a saisi) ou non. C’est quelque-chose de vraiment secondaire.</p>
<p>Nombreux sont les artistes qui prétendent que le public, la critique, le succès et la sphère marchande n’ont aucune influence sur leur musique. Mais, entre le « quand je fais un disque, je suis 100% artiste, et quand je le vends je suis 100% business man » de David Bowie et la conscience profonde que ses chansons n’ont besoin de rien ni personne, au point de saborder volontairement leur diffusion, il y a une réelle différence d’approche qui rend cette version radicalisée des préceptes Lo-Fi si particulière.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Carrières Modernes #2 : Artistes sans structure</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/04/carrieres-modernes-2-artistes-sans-structure/111142/</link>
		<pubDate>Tue, 16 Apr 2013 07:00:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Benjamin Fogel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Carrières Modernes]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Tout le dossier Carrières Modernes]]></category>

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		<description><![CDATA[Notre rapport à l’art, ou plutôt ce que les industries ont fait de lui, pousse les artistes à être de plus en plus omniprésents afin d’espérer créer des ponts entre leurs œuvres et leur public. Au niveau de la musique, que l’on soit dans une vision classique de l’industrie (labels, chaines interminables d’intermédiaires) ou que [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Notre rapport à l’art, ou plutôt ce que les industries ont fait de lui, pousse les artistes à être de plus en plus omniprésents afin d’espérer créer des ponts entre leurs œuvres et leur public. Au niveau de la musique, que l’on soit dans une vision classique de l’industrie (labels, chaines interminables d’intermédiaires) ou que l’on regarde vers demain (dématérialisation des supports, proximité avec le public), l’aspect créatif représente un pourcentage toujours de plus en plus faible du temps que l’artiste consacre à sa carrière. Les relations avec les labels et les tourneurs, la production (dans une vision purement technique), les tournées promotionnelles, les interviews, la gestion de l’image, la présence sur les réseaux sociaux, les partenariats (publicité…), les questions de droits, tout cela constitue des actions qui décorrèlent l’artiste de la création, au point que la création en elle-même ne devienne qu’une part anecdotique d’un processus bien plus vaste, où la qualité des chansons n’est plus au cœur du débat.</p>
<p>Curieusement, même si on énonce ici une lapalissade, rares sont encore les artistes à choisir une autre voie et à limiter les interactions avec l’industrie en générale. Peut-être est-ce parce que la création intrinsèque n’est plus leur but, et que créer ce fameux lien avec le public (première étape vers la starification) est la seule chose qu’ils recherchent. Ou peut-être est-ce au contraire de notre faute à nous, parce que nous ne reconnaissons pas comme artistes ceux qui ne mènent pas une carrière telle que nous l’entendons : une carrière classique, avec une structure, des albums et des concerts. Le constat est simple à vérifier en prenant l’exemple des écrivains : n’est considéré comme écrivain que celui qui est « signé » et « publié ». Pour le reste, vous pouvez bien avoir écrit des dizaines de bouquins disponibles en téléchargement gratuit sur votre site que vous ne serez jamais considéré comme un « écrivain ». Pas tant que l’industrie ne vous aura défini comme tel.</p>
<p>Parce que tout cela est épuisant et parce que souvent le jeu n’en vaut pas la chandelle, certains artistes s’évertuent à tordre le sens qu’on donne au mot carrière. Ils vivent bien par et au travers de leur musique, mais ils le font via leur propre système en s’assurant toujours que la musique soit à la base de tout et qu’elle ne devienne pas la conséquence d’un simple projet professionnel. On pourra penser qu’il s’agit d’artistes qui n’ont pas réussi à trouver des structures (labels, agents, tourneurs &amp; co) prêtes à les héberger et que c’est une situation d’échec qui les a poussés vers des voies alternatives. Mais en vérité, cette orientation relève le plus souvent d’une incapacité à rechercher ces fameuses structures et d’un désintérêt certain pour tout ce qui ne concerne par leur musique. On ne parle pas de ceux qui veulent simplement jouer pour le plaisir, nous parlons de ceux pour qui leur carrière, au sens discographique du terme, est trop importante pour qu’ils ne la mènent pas à terme dans leur coin.</p>
<p>Les exemples et les choix sont alors nombreux. Le premier qui vient à l’esprit est sans doute Daniel Johnston dont la diffusion des chansons, via des cassettes sur lesquelles il collait ses dessins, traduisait cette absence totale de motivation à faire plus que de la musique. Sa manière de venir et de partir en fonction du rythme imposé par sa santé illustre aussi cette forme de carrière où c’est l’homme qui dicte sa loi, et non le marché.  On peut également s&#8217;attarder sur le cas André Herman Dune. Après avoir quitté Herman Dune parce qu’il n’était pas à l’aise avec la dimension que prenait le groupe et que justement il ne voulait pas franchir cette ligne qui fait basculer la musique au second plan, il se réoriente vers une carrière solo et diffuse depuis, sous le nom de Stanley Brinks, ses chansons via des CD gravés qu’il dépose chez les disquaires (Ground Zero).</p>
<p>Il s’agit avant tout de trouver son propre rythme et son propre schéma de création. Une fois que l’artiste est installé dedans et qu’il le sent pérenne, l’absence de structure n’est plus du tout un obstacle au développement d’une carrière. L’exemple d’Ernesto Violin et de son projet Viol – 8 albums en cinq ans, dont quatre absolument passionnants, distribués <a href="http://ernestoviolin.bandcamp.com/">en <i>name your price</i> sur Bandcamp</a> – est caractéristique. La question qui revenait sans cesse était pourquoi n’essayait-il pas de se tourner vers un système de distribution plus classique (la qualité des chansons ne pouvant être une barrière). Puis, il n’y a pas si longtemps, la conclusion, d&#8217;une simplicité absolue, s’est imposée d’elle-même : ce mode de fonctionnement lui convient bien. Il bâtit une discographie solide sans rien devoir personne, une discographie avec laquelle personne ne pourra jamais interférer.</p>
<p>Mais aujourd’hui, une carrière n’étant plus liée à la sortie stricte d’album, le champ des possibles est ouvert. Un artiste comme Paleo publie sur son site des chansons qui constituent l’ossature d’une œuvre incroyable entre folk, lo-fi et sensibilité hantologique. Chaque chanson est en écoute gratuitement et est accompagnée de son texte. On peut y distinguer plusieurs périodes. La première, celle qui façonné le projet, est celle du <a href="http://www.paleo.ws/"><i>The Song Diary</i></a> : 365 chansons, publiées à raison d’une part jour, pendant un an du 16 avril 2006 au 15 avril 2007. Depuis, Paleo continue de publier hebdomadairement des titres qui commencent systématiquement par <i>time &amp; time again</i> et se terminent par <i>you&#8217;re a birthday, deep with the dayshine, from dusk to moonbreak, the dust of keepsakes, time &amp; time again, i am i am</i>. Si l’on prend cet exemple, c’est que, contrairement à ce qu’un tel projet pourrait laisser supposer, rien n’y est anecdotique. De même, on pourra s’intéresser au pendant français de Paleo avec <a href="http://themusicaldiary.com/"> <em>The Musical Diary</em> de Lucien de Baixo</a> qui au travers de son approche électronique partage ses expériences sur le son comme un work in progress finalement très abouti.</p>
<p>Il y a chez ces artistes un côté <i>bouteille à la mer</i> qui est forcément touchant. Lorsqu’ils terminent une chanson ou un album, celui-ci ne rentre pas dans un circuit, il n’est pas confié à une structure. Il reste là flottant. En espérant que quelqu’un tombe dessus ; tout en sachant que si personne ne trouvait jamais cette bouteille, ça ne les empêcherait jamais de continuer.</p>
<p>Débarrassé de la structure label et probablement galvanisé par la découverte des concerts en appartement (cf <a href="http://septciel.blogspot.fr/">7<sup>ème</sup> Ciel </a>et <a href="http://www.blogotheque.net/serie/soiree-de-poche/">La Blogothèque</a>), certains artistes se passent complètement de tourneur et s’évitent la démarche fastidieuse de trouver des dates dans des bars. <a href="http://www.charlyetsadrolededame.com/">Charly Et Sa Drôle De Dame</a> est par exemple disponible sur demande : il suffit de l’appeler, de caler une date avec lui et il vient jouer gratuitement dans votre appartement devant vous et vos potes. Ce contexte de proximité lui assure de pouvoir donner des concerts régulièrement et de tester de très belles mises en scène faîtes de bric et de broc, de petits objets, d’ambiances musicales faîtes maison et de petites histoires. Ses albums, aux pochettes également faîtes maison, sont disponibles sur place.</p>
<p>Bien sûr, ces « carrières » ne reposent pas sur un véritable modèle économique. Et certains en reviendront probablement à cette catégorisation qui veut que si un artiste ne vit pas de sa musique, il s’agit forcément d’un <em>artiste amateur</em>. Mais c’est un autre débat. Le point important ici est que ces gens-là poursuivent bien une carrière avec tous les enjeux que cela comporte en termes de positionnement artistique et de création.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Carrières Modernes #1 : La Machine artistique moderne</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/04/carrieres-modernes-1-la-machine-artistique-moderne/111122/</link>
		<pubDate>Mon, 15 Apr 2013 07:00:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Julien Lafond-Laumond]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Carrières Modernes]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Tout le dossier Carrières Modernes]]></category>

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		<description><![CDATA[On ne trouve plus en musique de Christophe Colomb, d’Erik le Rouge ou de Magellan – de découvreurs de grands espaces. Écartons-nous tout de suite de ce débat : ce n’est pas un problème de talent, juste de situation globale. À mesure en effet que la densité de musiciens augmente, que chacun y met du [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>On ne trouve plus en musique de Christophe Colomb, d’Erik le Rouge ou de Magellan – de découvreurs de grands espaces. Écartons-nous tout de suite de ce débat : ce n’est pas un problème de talent, juste de situation globale. À mesure en effet que la densité de musiciens augmente, que chacun y met du sien, le champ individuel d’innovations possibles s’amoindrit. C’est fatal. La musique d’aujourd’hui est un fourmillement anarchique, un bruissement permanent ; l’élément premier n’est plus l’artiste, la vision romantique qu’on en a traditionnellement, mais la nuée, le pur « cloud ». De cette façon, les nouveautés et les découvertes formelles ne sont plus datables, nommables, elles sont déterritorialisées ; elles agissent dans le pur flux de la communication globale. Un nom sort du lot, avance un premier pas dans une direction et c’est instantanément qu’à sa gauche et à sa droite, d’autres vont le dépasser, faire le pas de plus, modifier le cap en donnant l’impression de seulement le suivre. Et à ceux-là il arrivera la même histoire, le même grisement éphémère, la même vérité qu’ils ne sont, eux comme tous les autres, que les agents d’une machine artistique mondialisée, qui fonctionne sans plan, sans dessein, et qui ne turbine qu’à l’énergie d’anonymes, de milliers d’anonymes qui, en modélisant un plug-in informatique ou couchant sur mp3 leur tas d’influences bizarres, font imperceptiblement avancer la musique.</p>
<p>L’innovation musicale ne peut plus être que minuscule, c’est un fait. Et gare à celui qui veut croire que la découverte est un processus qui s’auto-engendre, que ce qui est nouveau, en évoluant, sera tout aussi nouveau. Il n’y a plus beaucoup de terre inconnue, et pour celui qui s’aventure un peu trop loin de son pré carré, le risque est grand de se retrouver nez-à-nez avec des semblables, là où il pensait justement être dans un espace vierge. Le rétrofuturisme n’est en soi pas qu’une esthétique, c’est un destin global. L’avancée fait atterrir ou bien dans le passé, ou bien dans la maison des collègues. On n’est peut-être pas prêt en ce sens de revoir des Miles Davis, des Bowie, des Carl Craig ou des Mike Patton, tous ceux-là qui ont infléchi l’histoire des musiques actuelles en construisant leur légende personnelle et en se réinventant jusqu’à la folie. Aujourd’hui, l’avenir ne passe plus par des hommes, mais par les liens imperceptibles qui les relient.</p>
<p>Il y a de la résistance, forcément. C’est dur d’admettre que pour un musicien, le concept de carrière n’ait plus beaucoup de sens. Dur d’admettre que le champ musical ne soit plus qu’une fourmilière sans Reine. Malgré tout, face à cette évidence, il y a des défenses, des arrangements. Il y a ceux qui par exemple se contentent de peu et s’appuient sur leur mégalomanie pour écrire entre les lignes. Il est fou en effet de constater le nombre d’artistes ou de groupes qui se pensent importants en ne se basant que sur une vidéo Youtube pas mal visitée ou sur quelques meufs faciles à serrer. Mais il y a d’autres musiciens, au contraire, qui s’inventent des nouvelles façons d’exister. Qui travaillent autrement que dans le mythe évolutioniste qui affirme qu’un artiste écrit son histoire en même temps qu’il fait évoluer son œuvre et qu’il la communique aux grands médias. C’est là que ça devient intéressant. La modernité regorge en effet de nouveaux modes d’existences, de nouvelles manières d’apposer sa singularité – en quelque sorte de nouvelles habitudes de vie en dehors des grands circuits. Construire une œuvre, ce n’est plus forcément sortir des albums à rythme régulier et les faire adouber par des journalistes et ensuite par un public. Construire une œuvre aujourd’hui, c’est aussi pouvoir questionner la forme du contenu, c’est travailler le fond en même temps que la forme. Les réels innovateurs n’inventent plus nécessairement des sonorités, ils inventent également des nouvelles manières d’être écouté. Parce que les modalités de diffusion de la musique changent, l’architecture discographique change avec. Et au final, c’est l’artiste aussi qui se voit contraint d’être différent. Pour exister et marquer, il faut désormais déployer sa carrière de manière aussi singulière que l’on déploie sa musique.</p>
<p>Au travers de nombreux exemples, nous allons explorer quelques-unes de ces nouvelles façons d’entrer dans l’Histoire. Car aujourd’hui, celui qui fait date n’est pas celui qui fait les premières pages, c’est celui qui reste en tête, c’est celui qui dénote d’un système abrutissant qui n’a que du présent et pas de mémoire. Nous allons dans un premier temps nous concentrer sur la question musicale et sur l’émancipation d’artistes comme R. Stevie Moore, Adrian Orange, Jandek et Nik Bärtsch, qui chacun à leur manière, contredisent les normes actuelles de l’économie de leur discipline. Puis nous nous décalerons sur d’autres carrières atypiques ayant cette fois trait aux arts picturaux, cinéma avec Vincent Gallo et peinture musicale avec Mathias Duhamel. Après quoi nous conclurons sur des perspectives d’avenir sur le profil de l’artiste de demain, perspectives certes spéculatives mais qui s’appuient néanmoins sur d’innombrables signes annonciateurs particulièrement étonnants.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>2012 vu par Alain Damasio : Barça alone in babylone</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2013/01/2012-vu-par-alain-damasio-barca-alone-in-babylone/110333/</link>
		<pubDate>Wed, 09 Jan 2013 08:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Alain Damasio]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[2012 vu par...]]></category>
		<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[>> Toute la série "2012 vu par..."]]></category>

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		<description><![CDATA[Introduction de Catnatt : Alain Damasio est un écrivain important pour moi. Ecrivain important car rares sont ceux qui sont capables de créer des univers entiers, des langages et surtout des Hommes. Au travers de romans de science fiction, il est surtout question de politique et de contrôle. Nous ne sommes pas &#8211; ici et [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Introduction de Catnatt : Alain Damasio est un écrivain important pour moi. Ecrivain important car rares sont ceux qui sont capables de créer des univers entiers, des langages et surtout des Hommes. Au travers de romans de science fiction, il est surtout question de politique et de contrôle. Nous ne sommes pas &#8211; ici et maintenant &#8211; si loin du monde de &#8220;La zone du dehors&#8221;&#8230; Je suis extrêmement fière qu&#8217;il ait accepté de commenter 2012, à sa manière, entre vision politique et oraison du football.</em></p>
<p><em><span style="color: #888888;"><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/Barre1.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-14367" alt="Barre" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/Barre1.jpg" width="1024" height="8" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/Barre1.jpg 1024w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/Barre1-300x2.jpg 300w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/Barre1-150x1.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></span></em></p>
<p>2012, année du flouze, comme 2013 sera l’année du pèze. L’œuvre qui m’a le plus marqué, en 2012 , me demandez-vous ? C’est l’œuvre de sape du capitalisme, sa présence spongieuse en nous et ses métamorphoses sempiternelles, sa prégnance purulente dans nos façons de sentir et d’agir en computant comme des putains. « Il m’a même pas calculé ». « Pas trop dur, avec ton mec ? Ça va, je gère… ».</p>
<div class='leftQuote' >Le capitalisme, on ne sait plus comment en parler. Tout le monde est contre — tout contre.</div>
<p>Le capitalisme, on ne sait plus comment en parler. Tout le monde est contre — tout contre. C’est comme une eau qui pleut en nous continûment, dans laquelle on nage et qui nous noie, une eau qu’on pisse et reboit sans cesse — une soif qu’on nous aurait créée avec du sel et du sucre dans des bouteilles trop pleines pour nous. Partout la même brume, le même smog de poisse crissante, partout cette sensation d’humidité ambiante, d’argent liquide qui dégoutte des têtes et des toits. Ça suinte des affiches et des écrans pour venir grésiller dans la fibre optique. Ça ruisselle dans les crânes qui comptent, ça dégouline des paris et des jeux, ça se chiffre à longueur de brèves sur le net — salaire des stars, des rats, des tsars, pouvoir d’achat et force de vente, cirque du fric et consommation des manèges… C’est une économie libidinale massive et fluide qui traverse chacun, irrigue nos lymphes et hydrate nos peaux. Une économie de désirs qui plisse, plie et redresse nos corps en les bandant vers l’un peu plus, le beaucoup plus, le plus que mieux des très riches. Un système d’échanges quantifiés qui nous assèche les gestes en fermant nos mains, et nous désaltère pourtant, par rasade, quand on souhaiterait juste <em>s’altérer</em>, devenir autre, retrouver en nous et auprès des autres une gratuité perdue. Même ce mot, <em>gratuité</em>, trahit trop qu’en trente ans, la beauté du don ne se définit plus qu’en négatif d’un monde où tout a son prix.</p>
<p>L’amour est devenu un marché, mature et juteux. La rencontre, cette poésie du hasard, ce miracle, s’interpole et se précalcule dans des banques de données que nous remplissons nous-mêmes. L’amitié et l’échange, les affinités électives, la camaraderie tranquille et joyeuse forment, sur les réseaux sociaux, une matrice de traces que les IA orpaillent pour dégager des profils — et de ces profils une consommation programmée. Le capitalisme du XXIe a accouché d’une idée : il est possible d’extraire de la plus-value <em>même sur l’amitié</em>. Nous savions depuis quelques temps qu’il y avait un marché du sexe, de la guerre, de la mort, un marché de la vie, des naissances et des adoptions, tout autant. Qu’on pouvait acheter et vendre du temps, de l’air et de l’eau — et le droit même de les polluer. Que l’honneur, la liberté d’un homme qui viole, un vote, un enfant, un nom, tout peut se tarifer. Bénéfice partout, justice nulle part. Il y a de l’argent dans la moindre goutte de nos spermes ; de l’or dans nos silences complices qui acquiescent ; du plomb dans nos cervelles, peut-être, parce que le plomb sert de tare dans les balances de marché.</p>
<p>Pourtant, quelque chose résiste. Toujours. En nous, ensemble, politiquement, grâce aux militances multiples et coriaces, par les surrections soudaines qui ressuscitent ça et là, têtues, crevant le plan d’eau. Elles nous aèrent et nous sauvent. Et quelque chose résiste aussi parfois là où on ne l’attendait absolument plus, au cœur d’une zone tellement inondée par le capitalisme que la présence même d’un îlot — allez, moins, d’un atoll surnageant de quelques mètres au dessus de l’océan chiffrée, paraît plus qu’improbable.</p>
<p>Je parle ici du sport professionnel. Je parle ici du football.</p>
<div id="attachment_14390" style="max-width: 940px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/le-barca.jpg"><img class="size-full wp-image-14390" alt="Le Barca" src="http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/le-barca.jpg" width="930" height="733" srcset="https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/le-barca.jpg 930w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/le-barca-300x236.jpg 300w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/le-barca-80x63.jpg 80w, https://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2013/01/le-barca-150x118.jpg 150w" sizes="(max-width: 930px) 100vw, 930px" /></a><p class="wp-caption-text">Le Barca</p></div>
<p>Du foot ? <em>Du foooot</em> ? Cette honte en short qui organise le tapinage des stades à travers le <em>naming</em> et ridiculise l’honneur des maillots par la pub ? Ces dirigeants qui gentrifient les tribunes et humilient leurs supporters pauvres ? Ce règne de la finance qui a réduit les clubs prestigieux à des danseuses sans dignité entretenues par des milliardaires maffieux ou des monarchies pétrolières ? Ce sport prétendu collectif qui monte ses équipes comme des troupes de mercenaires, où l’on transfère les joueurs tels des paquets de pâtes aux mercatos d’été et les revend l’hiver, où une marque-homme intitulée Ibrahimovitch gagne 1060 le smic et ne voit pas le problème ? Un sport où l’on importe et naturalise des Africains tant qu’ils sont rentables sur la pelouse, où l’on pille l’Amérique du sud, où l’Europe écrase de sa puissance libérale le reste du monde ? Le foot, hein ? Un sport qui a fait de la valeur individuelle de chaque joueur la seule norme, de la loi du plus riche la seule règle, du marché le seul arbitre d’une accumulation sans scrupule des meilleurs joueurs dans les meilleurs clubs ?<br />
Oui, le foot ! J’avoue : j’adore le foot. Parce que le foot n’a jamais eu besoin de tout ce fric, de tout ce système pour être le foot, à savoir l’un des plus beaux jeux collectifs, altruistes et tactiques du monde.</p>
<p>Aujourd’hui, au plus haut niveau, un îlot d’espoir surnage, ai-je osé. Cette île, c’est le FC Barcelone. Une équipe dont dix des titulaires sur onze ont été formés à la Masia, le centre de formation du club. Où l’on apprend aux gosses de huit ans un art simple et sublime qui fera des plus doués, à vingt ans, des modèles d’élégance technique et de générosité balle au pied : l’art de la passe. La Masia est, étymologiquement, le Mas de la Passe quand le Real de Madrid n’est plus qu’une maison de passe, où des mercenaires ronaldomestiqués viennent prostituer leur talent (c’est le cas désormais, dans la plupart des grands clubs : Chelsea, Manchester City, ou le PSG depuis peu).</p>
<div class='rightQuote' >Chaque passe, au foot, est un don.</div>
<p>Chaque passe, au foot, est un don. De tous les gestes techniques, c’est apparemment le plus courant, le plus trivial. Sauf qu’avec le pressing stressant des adversaires, l’agressivité des tâcles et des anticipations modernes, réussir une passe, en particulier vers l’avant — et spécialement en profondeur, exige des qualités de vision, de tempo et de vista qui relèvent du talent, certes pur, mais d’une pureté ciselée tôt et aiguisée au plus jeune âge pour devenir, adulte, une évidence. Messi, Iniesta, Fabregas ou Xavi, la tétralogie barcelonaise, nous rappelle à chaque match qu’une fois sur le pré, une fois dissipée la brume pailletée et rapace de ceux qui font de la maille sur les maillots et du blé avec de l’art, il reste, devant nous, à fulgurer, quelque chose de magnifique qui s’appelle toujours le foot et qui s’incarne dans la passe.</p>
<p>La passe trouve l’espace, répond à l’appel de balle, suscite l’occasion, crée l’ouverture. La passe distend la défense, perce les lignes, prend de vitesse ou saute soudain le mur des joueurs compacts. Elle surprend, elle invente, elle amène le but. Circulante, redoublée, en triangle ou en carré, elle crée un réseau d’échange et d’entraide mobile, elle tisse l’étoffe soyeuse d’une équipe qui fait vivre le ballon. Et lorsqu’on suit, spectateur, les trajectoires — du cuir qui roule autant que des corps — qu’on lit à mesure les lignes et les espaces qui s’ouvrent, s’écartent et se closent illico, qu’on devine les mouvements qui s’esquissent, sent les appels et comment la passe y fait écho, qu’on dribble parfois et se dégage, avec Iniesta, comme Xavi, pour libérer une offrande à Messi dans la profondeur, à quoi assistons-nous, de quelle vibration aux tripes cette sensation est-elle le nom, sinon la danse ? La danse dans toute son élégance moderne, chorégraphiée par la tactique, l’intuition du geste juste et les gammes répétés — et par ce suprême talent, l’improvisation.</p>
<p>Le foot, tel qu’il est pratiqué par l’actuelle équipe de Barcelone, le fameux tiki-taka, rythmique et tanguant, mérite le nom d’art, oui, triplement : parce qu’il est un savoir-faire, issu d’une technique hors norme, parce qu’il est un savoir-être, fondé sur la générosité d’une transmission (il pense à l’autre, celui qui reçoit et aussi me donne, selon) et puisqu’il est une improvisation enfin, en temps réel, fulgurante, sur la scène d’herbe rase, laquelle se joue à la fraction de seconde et se vit continuée par ceux qui se déplacent autour du porteur du ballon pour enchaîner derrière sa passe et créer avec l’offrande, à nouveau, parfois de longues minutes de feu.</p>
<p>Alors le capitalisme peut bien être partout, tout autour du stade, sur les maillots et sur les panneaux, dans le prix du billet et la rente des droits télérituels, dans la masse salariale hallucinante de 670 millions d’euros des joueurs du Barça, oui. Johan Cruyff, haute figure du beau jeu barcelonais, peut dire avec émotion et raison, lorsque l’exception d’un maillot vierge, propre au Barça, fût définitivement salie par une marque en 2011: « <em>Nous étions un club unique au monde. Nous avons vendu ce caractère unique contre environ 6% de notre budget. Je comprends bien que nous enregistrons actuellement des pertes. Mais en vendant le maillot, nous montrons que nous sommes sans imagination, et que nous sommes devenus vulgaires.</em> ».</p>
<p>Le Capital, cette rongeasse qui rogne tout, peut bien vendre ledit maillot siglé Messi pour 85 euros à des gosses transis par le rêve, il ne leur enlèvera pas ce qui se joue sans lui, hors de lui, éternellement, quelque fric qu’il en retire, ce qui se joue sur ce gazon bordé de blanc, avec une simple boule élastique de 450 grammes et onze garçons auxquels on a appris, suffisamment tôt, qu’un sport d’équipe pratiqué ensemble, l’un pour l’autre, tous pour un et chacun pour tous, est la plus belle école de la générosité partagée. Une générosité qui s’éprouve physiquement et spirituellement, pour quiconque joue au foot, ne fut-ce qu’une demi-heure ou pour quiconque regarde avec les yeux ouverts une équipe comme le barça, grâce à cette petite lueur furtive qui change tout et qui s’appelle la passe — l’autre nom du don et de l’échange. Là où les réseaux sociaux nous ont dressé à partager les couleurs et les goûts et à troquer, au plus cliqué, nos narcissismes tactiques. Là où travail et mariage sont devenus des contrat aux intérêts bien compris. Là où presque partout, on ne donne plus mais on prête — pour un rendu, pour un vendu.</p>
<p><em>Barça alone in Babylone.</em></p>
<p>À l’ère de la prostitution banalisée des existences (par le travail, la vente et la consommation de soi), le prix d’une passe mesure nos consentements. Chacun fait sa gagneuse. Mais la passe est un mot réversible qui désigne aussi le plus élégant des actes, celui du passeur. La communication, a dit Deleuze, est « un ensemble de mots d’ordre ». En sport, cet ordre se crie : « gagner à tout prix ». Mais ajoutait cet immense philosophe, « il y a des mots de passe sous les mots d’ordre ».</p>
<p>Le Barça 2012 n’a rien gagné, ou presque (une Coupe du Roi). C’était donc à mes yeux son année. Et si, en 2013, vous n’arrivez pas à casser les codes, jeter un œil à un match du Barça. Le mot de passe s’appelle <em>Iniesta</em>.</p>
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<div class='singleContext'><div class='contextContent'><em>&gt;&gt; <a href="http://www.lavolte.net/auteur/alain-damasio/">Plus sur l&#8217;auteur sur La Volte</a></em><br />
<em>&gt;&gt; Signalée par Brave Patrie, <a href="http://www.guardian.co.uk/sport/video/2013/jan/07/greek-children-goal-video">une très jolie vidéo du Guardian sur la passe </a></em></div> </div>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>1970, les Rolling Stones se séparent</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2012/10/1970-les-rolling-stones-se-separent/19737/</link>
		<pubDate>Mon, 01 Oct 2012 07:00:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Ulrich]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[1970]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[Rolling Stones]]></category>

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		<description><![CDATA[Le rock, c’est le mal. C’est un truc qui te prend à l’adolescence et te colle aux baskets comme un mauvais chewing-gum. Une fois le nez dedans, tu es camé à vie. La désintox’ est impossible, la rechute est éternelle. Même lorsqu’on te fait le coup plus drôle du tout du r*ck est mort, tu [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Le rock, c’est le mal. C’est un truc qui te prend à l’adolescence et te colle aux baskets comme un mauvais chewing-gum. Une fois le nez dedans, tu es camé à vie. La désintox’ est impossible, la rechute est éternelle. Même lorsqu’on te fait le coup plus drôle du tout du r*ck est mort, tu ris jaune et dans la seconde qui suit, tu vas prendre ton fix’. Tu es passé par toutes les étapes de la dépendance et quand tu essaies de décrocher, le manque te bousille l’estomac : sueur, irritabilité extrême, faut pas te toucher sinon tu cognes&#8230; Bref t’es mal. Tu aimes tellement cette putain de musique que parfois, tu te permets de porter un regard hyper critique sur ce qui sort. Ton oreille éduquée au son électrique supporte assez mal certaines productions. Tu le dis, tu le gueules, tu expliques pourquoi et là&#8230; Tout te pête à la gueule sans que tu ne saches trop pourquoi. Enfin si tu sais, tu as osé toucher au Saint Graal, exprimer un point de vue&#8230; Mec, c’est du rock ! De la musique ! Pas de quoi fouetter un chat dans la nuit ! Ouais&#8230; Sauf que voilà tu es accro’, énervé et ce qui va suivre ci-dessous, tu ne vas pas aimer, mais alors pas du tout.</em></p>
<p>J’entretiens avec les Rolling Stones une relation assez particulière depuis longtemps. De tous les groupes mythiques des années 60, c’est bien le seul &#8211; avec les Beach Boys &#8211; que je ne porte pas aux nues. Sur l’échelle du simple agacement à la pure détestation, je place mon curseur personnel quelque part entre ces deux extrèmes. Je reconnais à ce groupe d’avoir signé quelques morceaux simples et efficaces, dont Paint it Black qui atteint les sommets de la quasi-perfection, et un album d’anthologie, Exile on Main St. Mais sur le reste, ce groupe ne m’a jamais réellement convaincu. Je leu préférerai toujours l’inventivité extrême des Beatles, la sauvagerie à peine civilisée des Who et l’ironie mordante des Kinks. Et par dessus tout, dans le paysage du British Blues, je considère que les Yardbirds ou encore l’incroyable John Mayall &amp; The Bluesbreakers tiennent le haut du pavé. Pour moi, les Stones ne sont que les courroies de transmission d’un rhythm and blues commercial.</p>
<p>Dans le concert actuel de la musique pop/rock contemporaine, qui recherche depuis quelques années un nouveau souffle et se complaît dans ses différents âges d’or, certains en rajoutent des couches en allant jusqu’à célébrer le premier concert des Rolling Stones, le 12 juillet 1962 au Marquee Jazz Club, 50 ans donc auparavant. Comme on aime bien les momies qui bougent encore un peu sur Internet, une certaine littérature s’est brutalement déversée sur nos écrans pour célébrer ce que tout être normalement intelligent considérerait comme un non-événement absolu. Autant dire, moi qui n’aime pas ce groupe, lire sur ma timeline de l’oiseau muet les commentaires sur ledit non-événement m’a clairement&#8230; agacé, pour ne pas dire plus.</p>
<p>Aussi, ai-je eu le plaisir sadique de me poser la question : et si les Stones n’existaient pas ou plutôt plus ? Que serait la planète Rock si, un jour de 1970, dans le sillage de leurs grands rivaux les Beatles, ils s’étaient séparés ? Quel héritage auraient-ils laissé ? Seraient-ils devenus, à l’instar des Beatles, des mythes intouchables ou au contraire, seraient-ils rentrés dans le rang ? Imaginons un moment que nous n’aurions plus eu le droit de goûter au déhanché de Mick Jagger sur scène, à la passivité de Bill Wyman, au phrasé dandyesque de Charlie Watts et au jeu lunaire de Keith Richards. Oui, pour se séparer, l’année 1970 aurait été définitivement la bonne année pour les Stones. Les raisons en sont multiples. Imaginez, 1969 fut une année réellement éprouvante pour eux et elle aurait flingué en l’air n’importe quel groupe : ils durent surmonter la mort de Brian Jones (ce qui, avec le recul, ils ne réussirent jamais) ; la tournée américaine fut épuisante et son point d’orgue, qui fut l’épisode tragique d’Altamont, termina de noircir la réputation du groupe ; n&#8217;oublions pas les problèmes de drogue récurrents et enfin ils durent assurer la sortie stratosphérique de Let it Bleed, album aux contours vaporeux, considéré comme leur meilleur album.</p>
<p>Oui, 1970 est une bonne année pour se séparer. Certes, Exile on Main St. et Sticky Fingers ne seraient jamais sortis. Je n’aurais pas eu à écrire cet article car le cas Stones n’en serait sans doute pas un, car, même sans les comparer aux Beatles, ils n’arrivaient pas, par exemple, à la cheville des Kinks qui, en trois ans, sortirent trois albums essentiels. Les Stones ont été des suiveurs tout le long de leur carrière, jamais ils ne furent des innovateurs au sens littéral. Et il n’a rien de déshonnorant là-dedans, mais autant l’assumer, ce qu’ils n’ont jamais fait.</p>
<p>Et puis un bonheur n’arrivant jamais seul, leur séparation nous aurait épargné quelques incongruités sonores : Ron Wood aurait fini sa pauvre carrière de guitariste de seconde zone ailleurs ; l’affreux Some Girls et son titre putassier disco, Miss You, n’auraient jamais vu le jour. Je ne parle pas du reste de leur discographie hautement dispensable et des tournées mondiales pour arrondir leurs fins de mois. Les Stones furent à partir des années 70 une entreprise commerciale et une énorme machine marketing. Et la musique dans tout cela ? A part les deux albums sus-nommés, donnez-moi un seul bon album des Stones du premier au dernier morceau (et si possible pas un Live)&#8230; Vous cherchez ?&#8230; Et vous ne trouvez pas ? Normal, il n’y en a pas. Les amoureux de la Rock Attitude en auront pour leur frais.</p>
<p>Malheureusement pour eux, les Beatles (et particulièrement John Lennon) ont su garder une aura particulière auprès des générations qui suivirent. L’héritage musical des quatre de Liverpool est aujourd’hui encore intact, renforcé en cela par les bonnes carrières solos &#8211; certes en dents de scie &#8211; de Lennon, McCartney et Harrison. Et puis, la séparation des Beatles nous évita d’assister à la longue agonie du groupe et à la sortie d’albums calamiteux. Les Stones mirent en scène leur longue déchéance, aidés en cela par une industrie qui mit tout en branle pour normaliser ce groupe. Au début des années 80, le groupe était devenu un produit qui vendait&#8230; beaucoup.</p>
<p>Certains pourraient rétorquer que si les Stones s’étaient séparés en 1970, ils auraient eu aussi chacun des carrières solo honorables. Ça reste encore à prouver. Attardons-nous un bref instant sur les deux leaders : Mick Jagger et Keith Richards et leurs carrières solos. Sir Michael Philipp Jagger sortit son premier disque solo, She’s the boss, en 1985 et le dernier Goddess in The Doorway date de 2001. Quatre albums en 16 ans, c’est trop peu pour juger de la qualité d’une carrière solo en règle générale. Et en l’occurrence, comparée à la discographie pléthorique des Stones, celle de Jagger fait vraiment pâle figure et seul le premier album tire l’oreille de l’auditeur de sa probable léthargie : un honnête album de rock mainstream, qu’on oublie aussitôt après la première écoute. Sans son comparse Richards, on mesure la limite du talent de Jagger. Entouré d’une pléiade d’excellents musiciens (Jeff Beck et Herbie Hancock pour ne citer qu’eux) et produit par deux excellents producteurs, Bill Laswell et Nile Rodgers, le résultat&#8230; est honnête. Pour une star du rock, produire un premier album honnête est définitivement un échec. She’s the boss ne sera jamais au panthéon des albums rock et ce qui suivra est tout aussi dispensable.</p>
<p>Il en va autrement pour Keith Richards. Lui, il a toujours vu d’un mauvais oeil que ses potes des Stones fassent autre chose que du Rolling Stones. Il le fit savoir fortement lorsque Jagger s’y aventura en 1985. Depuis la relation entre les deux hommes est restée tendue. Cette attitude a le mérite de la clarté et de la franchise&#8230; Et rajoutons celui de la cohérence puisqu’il n’enregistra que deux albums. Le premier Talk is Cheap parut en 1988 et beaucoup s’amusèrent à dire que ce premier album était&#8230;. le meilleur album des Stones depuis des années. On n’enlèvera jamais à Richards son incroyable jeu de guitare et sur cet album, on prend plaisir à l’écouter. Contrairement à Jagger, il n’a jamais mis en sourdine son amour le rhythm and blues et sur cet album, on le sent détendu sur le sujet et sans atteindre des sommets, Talk is Cheap est un meilleur album que celui produit par son double démoniaque, quelques années plus tôt.</p>
<p>1970 est une bonne année pour se suicider musicalement. Les années 60 se finissant sur une multitude de notes discordantes, le rêve s’est désincarné, laissant derrière lui des traînées de poudre et un désir inassouvi de changer le monde. Et depuis, avouons-le, nous traînons cette misère comme un boulet. Plus que quiconque, les Stones incarnèrent une certaine idée de la rébellion. Plus que quiconque, ils furent les premiers à tuer cet idéal dans l’oeuf, Mick Jagger en tête. 1970, the dream is over, la parenthèse se serait fermée et la dernière image des Stones aurait été le verso de la pochette de Let it Bleed : la photo du recto explosée et fracassée comme un lendemain de fête beaucoup trop arrosé. Dionysos aurait définitivement sifflé la fin de la récré.</p>
<p><em>And I only get my rocks off while I&#8217;m dreaming,<br />
I only get my rocks off while I&#8217;m sleeping.<br />
Extrait de Rocks Off, morceau d’ouverture de Exile on Main St.</em></p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>La fin des commentaires</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2012/05/la-fin-des-commentaires/18985/</link>
		<pubDate>Wed, 09 May 2012 07:30:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Collectif]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[2012]]></category>
		<category><![CDATA[Edito]]></category>

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		<description><![CDATA[L’idée nous trottait dans la tête depuis plusieurs mois et nous venons enfin de franchir le pas : l’intégralité des commentaires a été supprimée et il n’est désormais plus possible de commenter sur Playlist Society ! Cette décision s’inscrit dans la lignée de la suppression des notes qui est intervenue il y a quelques semaines et [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-style: italic;">L’idée nous trottait dans la tête depuis plusieurs mois et nous venons enfin de franchir le pas : l’intégralité des commentaires a été supprimée et il n’est désormais plus possible de commenter sur Playlist Society ! Cette décision s’inscrit dans la lignée de <a href="http://www.playlistsociety.eu/notes/">la suppression des notes</a> qui est intervenue il y a quelques semaines et correspond à notre souhait de voir Playlist Society refléter, au mieux, nos convictions actuelles. Bien qu’il ne s’agisse nullement d’une idée novatrice – de  nombreux sites, comme par exemple <a href="http://www.loreilleabsolue.com/">L’Oreille Absolue</a>, <a href="http://www.mille-feuille.fr/">Millefeuille</a>, <a href="http://www.pinkushion.com/">Pinkushion</a> ou encore <a href="http://www.revuezinzolin.com/">Revue Zinzolin</a> et <a href="http://www.critikat.com/">Critikat</a> ont depuis longtemps un avis tranché sur la question –, nous avons décidé, une fois n’est pas coutume, d’expliciter notre choix en s’attardant sur un sujet qui s’éloigne de notre ligne éditoriale habituelle. Ce texte est cosigné par l’ensemble de la rédaction de Playlist Society.</span></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Quel pourcentage de commentaires pertinents ?</strong></p>
<p>L’apparition des commentaires sur Internet s’est fondée sur une double utopie : d’un côté l’idée que les commentateurs seraient à même d’apporter leur intelligence pour accroitre la pertinence des articles, de l’autre la perspective que les auteurs y seraient réceptifs. On s’imaginait un monde où auteurs et commentateurs travailleraient dans le but commun de fournir un contenu de qualité. Mais, quelques années plus tard, le constat est amer : la perspective d’un cercle vertueux fondé sur les valeurs de partage et d’échange ne s’est que trop rarement concrétisée.</p>
<div class='rightQuote' >L’apparition des commentaires sur Internet s’est fondée sur une double utopie</div>
<p>Les commentaires ont bien inondé l’internet, mais pour quel résultat ? Apportent-t-ils une réelle plus-value ou tout cela n’était-il pas qu’une douce utopie ?  Pour y voir plus clair, nous avons catégorisé les commentaires que l’on peut retrouver sur les blogs en 5 grandes familles :</p>
<p><strong>&#8211; Les commentaires de connivence :</strong> le commentateur possède une sensibilité particulière au sujet et souhaite le notifier. On y croise beaucoup de « j’étais également au courant » et de « moi aussi, je m’intéresse à la question ». Parfois l’ensemble prend la forme de compliments : soucieux de manifester son enthousiasme et d’encourager, le commentateur remercie l’auteur pour son article. Par la suite, l’auteur, bien élevé, poli, flatté et soucieux d’encourager son lectorat à laisser de tels commentaires remercie en retour le commentateur pour sa gentillesse.</p>
<p><strong>&#8211; Les commentaires « avis » :</strong> Le commentateur donne son avis sur le sujet indépendamment de l’article qu’il n’a parfois même pas lu. On y retrouve du « c’est génial » et du « c’est nul », parfois un peu plus, le tout dans un esprit proche des avis qu&#8217;on peut retrouver sous les fiches produits des sites marchands.</p>
<p><strong>&#8211; Les commentaires hors sujet :</strong> Le commentateur profite de l’espace qui lui est offert dans les commentaires pour faire des blagues ou pour parler de tout autre chose. On y retrouve du <em>lol </em>en tout genre<em> </em>parce que faire rire est souvent plus important que le fond des articles. S’il connait l’auteur, le commentaire pourra rapidement prendre la forme d’un « on se voit toujours demain pour le café ? ».</p>
<p><strong>&#8211; Les commentaires non constructifs :</strong> Dans cette catégorie on retrouvera évidemment les trolls classiques, mais aussi les donneurs de leçon, les « je suis spécialiste du sujet et je vais souligner la non exhaustivité de ton texte pour montrer que moi je sais » ou plus globalement tous ceux qui, en désaccord avec l’article, préfèrent balancer une vanne, ou pire un jugement de valeur, plutôt que d’argumenter et, le cas échéant, amener l’auteur à réparer son erreur, affiner et peut-être même s’améliorer.</p>
<p><strong>&#8211; Les commentaires pertinents :</strong> On peut les diviser en trois types : les commentaires de signalement où le commentateur signale poliment une coquille, une erreur, une approximation, afin de permettre à l’auteur de la corriger ; les commentaires de questionnement où le commentateur demande à l’auteur d’approfondir un point, de préciser son point de vue ou souhaite profiter de son expertise ; les commentaires de mise en perspective où le commentateur maitrise le sujet et souhaite apporter sa contribution à l’article soit en critiquant l’article via une analyse construite, soit en élargissant le spectre de celui-ci au travers d’informations complémentaires et de renvoi vers d’autres articles.</p>
<p>Cette décomposition n’est pas là pour stigmatiser le commentateur et encore moins pour souligner une éventuelle médiocrité du lectorat des sites Internet. Premièrement, cette catégorisation s’inspire avant tout de nos propres commentaires (ceux que nous laissons nous-même sur Playlist Society, mais aussi ceux que nous laissons sur d’autres sites). Deuxièmement, il ne s’agit nullement d’un procès à charge : tous ces types de commentaires sont juste très humains, dans le bon et dans le mauvais sens du terme. La question est souhaitons-nous in fine que les commentaires de nos sites reflètent l’humain, ou y préférons-nous une information plus formalisée ?</p>
<p>Sur ces 5 typologies de commentaires, les 4 premières n’apportent rien. Qu’elles flattent l’égo de l’auteur ou le blessent, elles ne génèrent pas de contenu pertinent pour le lecteur. Seule la dernière correspond aux commentaires tels qu’on en avait tous rêvé. Pourquoi la plus-value des commentaires était-elle utopique ?  Parce que ses valeurs en matière de partage et de co-construction de l’information ne concernent au fond qu’une des cinq typologies de commentaires existantes !  Qui plus est, quel est le poids réel des commentaires pertinents sur la masse totale de commentaires ?</p>
<p>Même si l’exercice a ses limites et que Playlist Society n’est surement pas le site le plus représentatif en matière de commentaires, nous avons réalisé une étude sur les 200 derniers commentaires postés sur le site afin d’évaluer la pertinence de les conserver ; l’idée était que s’il s’avérait que la dernière catégorie représentait un pourcentage non négligeable du total des commentaires, cela valait le coup de les conserver.</p>
<p>En sachant qu’il faut écarter les commentaires non représentatifs (exemple : les 50 commentaires qui font suite à un article volontairement provocateur) et qu’il y a quelques commentaires (une dizaine) qu’il n’a pas été possible de rattacher à une catégorie (ceux qui étaient trop transverses), voici les résultats :</p>
<ul>
<li>35% de commentaires de connivence</li>
<li>31% de commentaires « avis »</li>
<li>17% de commentaires hors sujet</li>
<li>08% de commentaires non constructifs</li>
<li>09% de commentaires pertinents</li>
</ul>
<p>On constate alors bien que les commentaires jugés pertinents représentent moins de 10% de la masse globale (et encore on pourrait s’interroger au cas par cas de leur indispensabilité).</p>
<div class='leftQuote' >les commentaires jugés pertinents représentent moins de 10% de la masse globale</div>
<p>Si, contrairement à ce qu’on pensait avant de faire l’étude, les commentaires non constructifs ne représentent finalement qu’une toute partie de l’ensemble, le ventre mou (les des deux tiers) est bien occupé par les commentaires « avis » et de connivence.</p>
<p>Peut-on à partir de là déduire que l’objectif de capturer l’intelligence de l’audience a échoué ? C’est à chacun de le déterminer en fonction du pourcentage de commentaires dit pertinents qu’il juge raisonnable. En tout cas, ce rapide exercice nous a permis d&#8217;y voir plus clair et de s&#8217;appuyer sur des éléments concrets pour prendre notre décision.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Les auteurs, premiers responsables</strong></p>
<p>Une fois ce constat réalisé, il est important de ne pas jeter la pierre aux lecteurs. A un moment ou un autre, ce sont les auteurs des textes et articles qui sont responsables de cette situation.</p>
<p>Tout d’abord, une bonne partie des commentaires inutiles sont générés par les auteurs eux-mêmes, soit parce qu’ils répondent basiquement aux questions, soit parce qu’ils bottent en touche, soit parce qu’ils rentrent dans le jeu d’un troll, soit parce qu’ils veulent chouchouter leur lectorat à coup de merci répétés (encore une fois, on parle beaucoup de nous-même ici). Deuxièmement, ils reflètent parfois l’incapacité de l’auteur à s’impliquer dans la conversation qu’il a générée et à susciter chez le lecteur des remarques intéressantes.</p>
<p>Peut-être que si l’auteur avait le temps de retravailler ses textes en fonction des retours les plus justes et devenait le chef d’orchestre d’articles co-construits avec les lecteurs, le niveau des commentaires se trouveraient plus élevés. Mais là on parle déjà d’un autre modèle complètement différent…</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Pourquoi supprimer les commentaires ?</strong></p>
<p>La question que l’on peut se poser, après avoir identifié que 90% des commentaires étaient inutiles, est pourquoi les supprimer ? C’est vrai, après tout, utiles ou inutiles, ils ne font pas de mal ! Ils attendent juste là sagement sous les articles que quelqu’un veuille bien scroller suffisamment. Pourquoi dans ce cas se priver de l’espace d’expression qu’ils représentent et couper court aux 10% de commentaires restant potentiellement intéressants ?</p>
<p>La réponse tient en un mot : le bruit. Ce bruit permanent qui gronde sans arrêt et qui encombre un peu plus chaque jour le web.</p>
<p><strong>Un bruit qui fatigue :</strong> c’est un brouhaha incessant qui parasite l’information, un bruit qui arrive de partout et qui, lorsqu’on cherche à l’occulter, laisse le sentiment que nous ne sommes pas allés au plus profond des choses (puisque nous n’avons pas lu les avis de tous les lecteurs concernés).</p>
<p><strong>Un bruit qui détourne l’attention :</strong> souvent plus importants en nombre et en caractère que les articles, les commentaires noient l’essentiel. Combien de fois nous retrouvons-nous dans cette situation où le débat stérile qui prend place dans les commentaires attire plus notre œil que l’article lui-même ? Aux réflexions à froid, nous préférons les réflexions à chaud, et alors, sans même nous en rendre compte, nous nous retrouvons à répondre à la volée au commentaire du dessus, sans même avoir pris la peine de prendre connaissance du sujet.</p>
<p><strong>Un bruit qui brule inutilement le temps : </strong>tout ce temps investi dans les commentaires, et pour quelle finalité ? Entre celui qui écrit son commentaires, les autres lecteurs qui le lisent, l’auteur qui se gratte la tête pour savoir s’il va ou non répondre, l’auteur qui répond, les autres commentateurs qui reçoivent une notification par mail, les lecteurs qui reviennent… un temps précieux est consommé. Chacun dispose de son temps, comme il le souhaite, mais nous devons réfléchir à si nous voulons ou non participer à ça.</p>
<p>Les textes autosuffisants n’existent pas et l’on peut toujours améliorer ses articles. Néanmoins derrière chaque texte il devrait y avoir la question suivante : est-ce que ma matière première apporte quelque-chose, que ce soit d’un point de vue réflexion, émotion, sincérité ou autre, qui mérite d’encombrer encore un peu plus le web ? Il y aura bien sûr selon les personnes des réponses différentes à cette question, et même si la réponse est négative, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas publier (chacun a bien le droit de s’exprimer), mais se poser cette question, quelque-soit la réponse finale, est vertueuse. Le texte ainsi conçu pourra ensuite s’améliorer en fonction des retours des lecteurs, mais ces retours n’auront nullement besoin de se faire au travers des commentaires.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Des commentaires qui persistent pourtant</strong></p>
<p>Malgré ces réflexions, qui enfoncent pourtant quelques portes ouvertes, la présence de commentaires reste la norme. La première raison est surement qu&#8217;il y a des centaines d&#8217;exemples de sites / blogs où les commentaires jouent encore un rôle pertinent et indispensable ; ce n&#8217;est pas parce que les commentaires n&#8217;ont pas fonctionné chez nous comme nous l&#8217;espérions, qu&#8217;il en va de même partout. Mais, mis à part, les cas où le système d&#8217;échange fonctionne parfaitement, on peut supposer qu’il y a deux principaux remparts qui protègent les commentaires de la disparition :</p>
<p><strong>&#8211; L’utopie :</strong> Nombreux sont ceux qui croient encore aux notions de partages, de co-construction et d’échange ; et dans un sens, ils ont bien raison, tant ce sont des valeurs qui doivent animer toute personne qui écrit sur Internet (d’autant plus lorsqu’elle le fait gratuitement).</p>
<p><strong>&#8211; L’argent et l’influence :</strong> Les commentaires génèrent du trafic. Les commentateurs viennent et reviennent, génèrent du<em> buzz</em>, relaient plus aisément les articles, et accroissent significativement le nombre de pages vues des sites (et donc leur poids). La stratégie du « user generated content » fait effectivement les beaux jours des médias financés par la publicité. Les supprimer équivaut souvent à se couper l’herbe sous le pied.</p>
<p>Mais quid des blogs qui ne sont pas soumis aux questions financières ? N’est-il pas étonnant de ne pas voir un nombre plus important d’entre eux franchir le pas ? Ce qui est ironique, c’est que ce sont les blogs qui ont été les apôtres des commentaires avant que tous les médias ne s’engouffrent dans l’eldorado promis par ces derniers, et qu’aujourd’hui ce sera probablement aux blogs de démontrer pourquoi il faudra demain en sortir.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>D’autres moyens d’échanger, vers une rationalisation des canaux</strong></p>
<p>Echanger et être en mesure de recevoir des retours constituent toujours un prérequis de l’écriture sur Internet. Les textes ne sont jamais finalisés – ils peuvent contenir des coquilles et des erreurs, ils peuvent être incomplets où rapidement obsolètes – et il serait absurde de ne pas profiter de l’opportunité des échanges pour les améliorer ; qu’il s’agisse de modifications de fond ou du simple ajout d’un lien en référence.</p>
<p>A l’instant T, nous avons décidé de centraliser les échanges autour de quatre canaux : 2 canaux privés (les mails et les rencontres IRL) et 2 canaux publics (Twitter et Facebook).</p>
<p>L’expérience de Playlist Society tout au long de l’année passée nous a rappelé combien les mails privés restaient souvent le moyen le plus simple d’échanger facilement et sereinement dans un but d’améliorer le contenu. Loin des foules et de la question de l’image, il est aisé de creuser un sujet, de notifier des erreurs et de parler franchement sans être pour autant qualifié de trolls ou accusé d’essayer d’attirer l’attention. Sans rentrer dans les détails, nous avons quelques beaux exemples d’échange avec des lecteurs par mail qui ont généré des discussions passionnantes et parfois plus. Ce plus, ça peut aussi être des rencontres IRL. On l’oublie souvent (et c’est certes un brin démagogique de le rappeler) mais les rencontres IRL restent le moyen le plus facile pour échanger sur un sujet qui nous intéresse vraiment. Se retrouver autour d’une bière, c’est souvent bien plus simple qu’on ne le pense.</p>
<p>Concernant Twitter et Facebook, c’est à la fois le choix de la raison et une manière de baisser les bras face à deux plateformes devenues trop imposantes pour nous. Au lancement de la V2 de Playlist Society, nous nous disions qu’il fallait ramener les commentaires sur les sites et contrer cette décorrélation des commentaires par rapport aux textes auxquels ils font références. Clairement une quinzaine de mois plus tard, nous voyons bien à tous les niveaux qu’il s’agissait d’un vœu pieu. Twitter et Facebook ont gagné la bataille et c’est rendre service à tout le monde aujourd’hui de réduire les points de contact afin de mieux canaliser le flux. Qui plus est Twitter possède cet avantage de proposer un rapport horizontal : auteurs et lecteurs sont sur un pied d’égalité où les arguments du type « t’es sur mon site et je ne tolère pas les gens qui mettent les pieds sur la table » n’ont plus lieu d’être.</p>
<p>Ainsi, chaque texte indiquera dorénavant un lien vers le compte Twitter de l’auteur. Néanmoins, nous ne considérons nullement cela comme une victoire, ni même comme une avancée. Il ne s&#8217;agit pas de se gargariser <em>d’être en phase avec les nouveaux moyens de communication</em>. Effectivement, à leur manière Twitter et Facebook restent aussi des outils qui nivèlent l’échange vers le bas (les 140 caractères d’un côté, la culture du <em>Like</em> de l’autre). Disons alors qu’il s’agit ici plus d’un moindre mal : nous allons tenter l’expérience, sans être pour autant convaincu du résultat.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>La fin des commentaires induit-elle la fin du blog ?</strong></p>
<p>On se souvient de cette question qui revenait sans cesse : quelle est la différence entre un blog et un site ? A celle-ci, on répondait souvent que le blog se définissait par ces trois notions :<br />
&#8211; Une structure chronologique des billets<br />
&#8211; Un ton personnel qui donne toute sa place au « je »<br />
&#8211; Un système de commentaire favorisant les interactions (incluant la notion de blogosphère)</p>
<p>Qu’en est-il maintenant ? La structure chronologique des billets est devenue la norme ; le ton personnel, différenciant à l’époque, s’est répandu ; les commentaires ont été intégrés par quasiment tous les médias au détriment des forums. Le format blog, dans un sens, n’offre déjà plus aucune spécificité. Si demain, il franchit le pas de la suppression des commentaires, nous nous retrouverons dans une situation paradoxale où les blogs d’aujourd’hui ressembleront plus aux sites d’hier, tandis que l’inverse se produira pour les sites d’informations qui, eux, répondent dorénavant souvent à toutes les définitions du blog d’hier.</p>
<p>Peut-on alors parler d’une fin proche des blogs ? Peut-être pas, peut-être que le terme continuera de vivre pour caractériser l’emploi du « je ». En revanche il devient difficile de se retrouver dans le terme blogueur. Nous ne sommes plus des blogueurs, nous ne sommes pas des journalistes, nous ne sommes pas des auteurs (au sens littéraire). Si l’on devait choisir un terme pour nous qualifier, peut-être emploierions-nous celui de contributeurs (comme sur Wikipedia). Le net est devenu la plus grande source d’information du monde et nous essayons d’apporter notre petite pierre à l’édifice, avec non plus l’idée d’affirmer notre personnalité et de mettre le « je » au centre du débat, mais avec la volonté de participer à cette grande chose qui nous dépasse un peu tous.</p>
<p><em>Cet article reste tronqué par la nature même de Playlist Society et son positionnement culturel. La réflexion serait probablement un peu différente pour des sites politiques et sociétés. Qui plus est, il y aurait de nombreux autres points à aborder comme les ratios lecteurs/commentateurs ou la diminution croissante de la volumétrie de commentaires sur les blogs. Enfin nous avons bien conscience qu’ironiquement c’est le jour où nous publions l’article qui serait le plus propice à un échange par commentaires que nous décidons de les fermer. En espérant que vous comprendrez notre décision et en restant à votre disposition pour échanger via les autres canaux disponibles.</em></p>
<p><em>On profite également de l&#8217;occasion pour remercier et saluer tous ceux avec qui, indépendamment de ce qui a été écrit plus haut, nous avons toujours pris beaucoup de plaisir à échanger au travers des commentaires. Une pensée particulière pour : Alex, Benoit, Boebis, Burzinski, B2B, Calvin, Cawion, Dat&#8217;, DefJukie, Didier, Erwan, Francky, Gwendal, Joris, Kronem, Loulouille, Matador, Mmarsupilami, Mr. Pat, Paf, Pannouf, Pol, Regcontrelamachine, Ska, Sylvain, Systool, Thibault, Thierry, Thomas, Twist, Tyndare, Vincent, Xavier, Yoan S&#8230; </em></p>
<div class='singleContext'><div class='contextContent'><em>&gt;&gt; Références </em><br />
<em><a href="http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2012/03/13/sxsw-les-commentaires-sont-ils-dans-limpasse/">&#8211; Les commentaires dans l’impasse? Par Alice Antheaume</a></em><br />
<em><a href="http://schedule.sxsw.com/2012/events/event_IAP100127">&#8211; The Nick Denton Interview: The Failure of Comments</a></em><br />
<em><a href="http://www.loreilleabsolue.com/la_charte">&#8211; La charte de L’Oreille Absolue</a></em></div> </div>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>La redéfinition du silence</title>
		<link>https://www.playlistsociety.fr/2011/12/la-redefinition-du-silence/17258/</link>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 08:00:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Benjamin Fogel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrits et nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>

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		<description><![CDATA[&#62;&#62; Ce texte a été écrit dans le cadre de la série sur le silence du site arbobo.fr et traite des conséquences des acouphènes. Une fois n&#8217;est pas coutume, il s&#8217;agit d&#8217;un texte autobiographique. L’apparition de l’acouphène génère à la fois une naissance (ce son qui désormais résonnera nuits et jours dans votre crâne) et [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="color: #888888;">&gt;&gt; Ce texte a été écrit dans le cadre de la série sur le silence du site <a href="http://www.arbobo.fr/tag/serie-silence/">arbobo.fr</a> et traite des conséquences des acouphènes. Une fois n&#8217;est pas coutume, il s&#8217;agit d&#8217;un texte autobiographique.</span></em></p>
<p>L’apparition de l’acouphène génère à la fois une naissance (ce son qui désormais résonnera nuits et jours dans votre crâne) et une mort (ce silence que vous n’entendrez plus jamais). Les conséquences de cette naissance, nous les connaissons bien : le sifflement aigu s’empare de votre corps et vous maltraite de l’intérieur ; c’est une mort à petit feu ; un cri de votre subconscient que le reste de vos fonctions vitales ne peut encaisser. Les premiers mois sont les plus durs : un parasite s’est installé dans votre tête et vous ne pouvez que subir sa présence ! Pour le monde, il n’existe pas vraiment – c’est juste une invention de votre cerveau –, mais pour vous, il est là à chaque instant et gâche tous les moments : il aspire la saveur des choses ; il vous laisse vide d’envie et toujours à sa merci. C’est un poids qu’il faut supporter, une responsabilité supplémentaire ; c’est comme avoir été violé et de devoir s’occuper de l’enfant né de ce viol. Il faut du temps pour retrouver l’amour. Et en attendant, il n’y a rien pour vous aider, rien pour stopper ces images, rien pour vous empêcher de revivre encore et encore l’agression. Contrit par le bruit, vous ne pouvez plus dormir. On se sent sale de l’intérieur : ça vous vrille le cerveau et ça laisse des traces de sang partout. On veut fuir, mais on n’a nulle part où aller ! Comment, de toute façon, pourrait-on bien s’échapper de nous-mêmes ? Cette naissance, c’est ce qui nous obsède en premier lieu. C’est le mal immédiat. C’est une transformation. C’est un nouveau vous. C’est un nouveau moi.</p>
<p>Et puis le temps passe, et on apprend à vivre avec cette présence. On oublie même d’où elle vient et on finit par l’aimer comme la chair de notre chair ; ça devient une partie de nous et on la protège comme telle. Et c’est là qu’on prend conscience que conjointement à cette naissance, il y a eu une mort : la mort du silence. On nous dit que le silence c’est l&#8217;absence de son, et que le contraire du silence est le bruit. Et désormais nous ne vivrons plus que dans le contraire ; l’absence de son sera la norme, y compris la nuit, y comprit le jour. Le silence deviendra un vestige du passé, et il vous manquera comme un être proche.</p>
<p>Ce n’est pas la peine de faire semblant ! Ne vous voilez pas la face ! C’est une véritable mort à laquelle nous avons à faire ! Il n’y aura pas de résurrection, pas de miracle ! Le silence est mort, et le seul moyen de s’en sortir sera de passer par toutes les phases du deuil.</p>
<p>D’abord il y a le choc : le monde qui vous entoure ne génère aucun bruit et pourtant le silence ne se manifeste pas ; l’acouphène vous annonce son décès, votre respiration se coupe, votre corps se paralyse ; pour l’instant ce n’est qu’une annonce dont vous n’avez pas encore mesuré tous les effets.</p>
<p>Ensuite vint le déni. Vous ne pouvez pas y croire, vous ne pouvez pas vous y soumettre : le silence va revenir, il se cache juste et, d’une seconde à l’autre, l’acouphène se taira et il se remanifestera. Vous vous répétez que le silence ne peut pas disparaître : un monde sans silence, c’est comme un monde sans couleur, ça n’existe pas. Votre cerveau doit vous jouer une farce macabre. Peut-être manquez-vous tout simplement de magnésium ! Oui c’est ça, une ou deux gélules et tout rentrera dans l’ordre !</p>
<p>Surgit alors la colère et la rage qui s’empare de nos corps ! On s’arrache les cheveux, on a envie de prendre un couteau et de se gratter le cerveau ! Venger le silence et faire mal à l’acouphène ! On se tape la tête contre les murs, on se triture les oreilles et, peu à peu, on comprend que c’est nous-mêmes qui avons tué le silence. Et on se déteste encore plus. Et on veut mourir. Et c’est la nausée qui s’empare de nous. Et le sifflement lui continue de prendre place dans  notre corps : à chaque seconde, il rigole un peu plus de la mort du silence. Alors on file chez le médecin, on supplie l’ORL, on se met à genoux devant le neurologue, mais le corps médical est comme Dieu : il est impuissant et ne répond jamais à vos prières. Alors on se tait et on reste dans le bruit. On attend et on souffre. Quelque-chose finira bien par arriver.</p>
<p>Malheureusement rien n&#8217;arrive, du moins pas tout de suite, et vous pleurez. Vous pleurez tous les larmes de votre corps, comme si chaque goute qui tombe diminuait d’un dixième de décibels l’intensité du son qui ne cesse de se réverbérer en votre sein. Mais les larmes ne servent à rien : au mieux elles vous sucent votre énergie et vous permettent de dormir. Pourtant pleurer le silence est la seule chose à faire ; on doit tous passer par là. Soudain, tranchante comme une guillotine, une pensée vous assaille : et si vous ne vous en sortiez pas ? Et si vous n’arriviez pas à vivre sans le silence ? Cette idée n’a rien d’absurde ! Où se réfugie-t-on quand le silence est mort ? Allez-y, pensez-y ! Et bien ? Oui vous avez raison : on ne se réfugie nul part quand le silence est mort. On ne peut plus se protéger ; on devient une petite chose vulnérable ! Alors pleurez mes très chers frères, pleurez encore la dépouille de ce silence que vous n’aviez jamais aimé à sa juste valeur. C’est quand les choses disparaissent qu’on réalise à quel point elles nous étaient essentielles. Le silence c’était l’innocence et la pureté ; et maintenant il ne reste que la culpabilité et un corps abimé. Dans « Pierrette », Balzac dit « Quoi de plus complet que le silence ? Il est absolu, n&#8217;est-ce pas une des manières d&#8217;être de l&#8217;infini ? » ; alors nous serons incomplets, alors nous ne serons que relatifs.</p>
<p>Mais vous ne pouvez pas combattre. Il faut se résigner et souffrir sans silence. Vous êtes devenus une télé qui ne s’éteint jamais et dont on ne plus baisser le volume. Allez ce n’est pas grave, plein de gens survivent avec la télé allumée 24h/24. Au fur et à mesure, de nouvelles questions apparaissent. Serez-vous encore capable d’apprécier un disque à sa juste valeur ? On sait l’importance des silences en musique : ce sont eux qui créent les ruptures, ce sont eux qui permettent de respirer ; ils font chavirer le cœur et nous glacent le sang. Que va devenir la musique sans soupir et sans pause ? Là où s’épanouissait auparavant le silence, il y aura maintenant l’acouphène. Il sera tout le temps là, et, à chaque instant, on entendra les autres instruments le combattre. Parfois ils prendront le dessus, parfois non.</p>
<p>Puis un jour, tout s’éclaire : vous comprenez que les choses ne s’amélioreront pas et vous décidez de l’accepter. Le silence ne reviendra pas ! Deux solutions s’offrent à vous alors : mourir ou vivre avec. Après un instant de réflexion, vous choisissez la seconde. C’est le moment de l’acceptation. Vous conservez des souvenirs magnifiques du silence : des nuits d’une pureté absolues et des introspections sans fond ; mais il est maintenant temps de passer à autre chose ; nous devons passer à autre chose. Un futur existe et il se dessine. La vie sans silence est une réalité plausible que nous venons d’expérimenter ces derniers mois. Il faut y croire. Il faut se reformater. Il ne s’agit pas d’oublier le silence ou de faire comme s’il n’avait jamais existé. Non, il s’agit juste d’apprendre à avancer sans lui. Le silence et le bruit ne s’inscrivent pas dans des schémas manichéens, ce n’est pas le bien et le mal. Le bruit aussi peut être de notre côté.</p>
<p>Et alors seulement, la reconstruction se met peu à peu en place. Comme un amour prend la relève d’un autre amour perdu, sans pour autant le remplacer, nous redéfinissons peu à peu le silence. Qu’est-ce que le silence ? Comment puis-je le décrire ? Avant ce n’était rien, maintenant ce sera ce sifflement aigu ! Qu’est ce que ça change si le silence s’appelle autrement, du moment qu’il remplit le même rôle ? Maintenant lorsque j’entends mon acouphène et rien que mon acouphène, je sais que j’entends le silence ! L’acouphène est devenu mon silence ! La naissance et la mort ont fusionné pour créer un nouvel être unique. L’acouphène est même encore plus riche que le silence. Alors que celui-ci ne se manifestait que lorsque tous les autres sons s’endormaient, le silence acouphènique existe lui en continue : quels que soient les bruits qui nous entourent, on peut à chaque instant s’y raccrocher ; c’est un silence qui est toujours là pour nous ; c’est le plus beau des silences.</p>
<p>Bientôt l’acouphène deviendra une nouvelle composante de la musique et incarnera un nouveau silence ; au lieu de se taire, il sifflera, mais son rôle sera bien le même. Et alors la musique sera à nouveau parfaite, et alors on sera à nouveau complet, et alors on sera à nouveau heureux, et alors je serai à nouveau moi-même.</p>
<p><em><span style="color: #888888;">&gt;&gt; Si j’arrive aujourd’hui à écrire sur les acouphènes, je ne me sens pas pour autant encore prêt à partager les souffrances des autres. C’est peut-être un signe de faiblesse ou une forme d’égoïsme, mais je serai bien incapable d’approfondir le sujet dans les commentaires. J’espère que les acouphèniques qui me liront ne m’en tiendront pas rigueur. </span></em></p>
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		<title>Neverending : quand l&#8217;oeuvre devient in-connaissable</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Nov 2011 13:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Arbobo]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyses et critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Misc]]></category>
		<category><![CDATA[Art Contemporain]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelques réflexions triviales inspirées notamment par la Nuit blanche 2011, placée sous le thème du &#8220;temps&#8221;. Clock, de Christian Marclay, présenté à Venise, Londres et à Beaubourg en 2011: un montage d&#8217;images tirées de milliers de films permet de voir à l&#8217;écran l&#8217;heure défiler en temps réel, 24 heures durant. Le public arrive quand il veut, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quelques réflexions triviales inspirées notamment par la Nuit blanche 2011, placée sous le thème du &#8220;temps&#8221;.</em></p>
<p><em>Clock</em>, de <strong>Christian Marclay</strong>, présenté à Venise, Londres et à Beaubourg en 2011: un montage d&#8217;images tirées de milliers de films permet de voir à l&#8217;écran l&#8217;heure défiler en temps réel, 24 heures durant. <a href="http://7and7is.over-blog.com/article-time-is-on-my-side-the-clock-de-christian-marclay-83427493.html" target="_blank">Le public arrive quand il veut, repart après la durée de son choix</a>. Personne, hormis Marclay, n&#8217;aura vu l&#8217;oeuvre dans son intégralité (et encore, pas en une fois).</p>
<p>Voici les oeuvres du siècle.<br />
Pas si nouvelles, dans leur idée, mais plus présentes grâce à la technique (pas seulement). L&#8217;oeuvre sans fin, qui vit sans public. Oeuvres de leurs temps, qui se jouent du temps, dernier défi lancé à un public quasi rassasié.</p>
<p>Théâtre de l&#8217;Atelier, nuit blanche 2011 : <strong>Christian Boltanski</strong> installe son oeuvre &#8220;Demain le ciel sera rouge&#8221;. De 19h à 7h du matin, le public, en flux continu, entre par les coulisses et découvre sur scène une comédienne qui, incarnant &#8220;l&#8217;oracle&#8221;, déclame un texte étrange. Le public passe, repart. L&#8217;oeuvre a débuté avant son arrivée, se poursuit après son départ.</p>
<p>Plus exactement, voilà des oeuvres qui se donnent au public sur une durée telle que, certainement, personne n&#8217;en voit, entend, la totalité. C&#8217;est ainsi qu&#8217;elles sont pensées, créées, se mettre au défi de &#8220;voir&#8221; l&#8217;oeuvre intégrale lui ferait perdre du sens au lieu d&#8217;en ajouter. Tout le contraire d&#8217;un livre ou d&#8217;un film, d&#8217;un disque, qu&#8217;on est censé découvrir entièrement. Pas si nouveau disions nous, souvenons-nous <a href="http://www.arbobo.fr/joseph-ghosn-sur-les-traces-de-la-monte-young-interview/" target="_blank">ce qu&#8217;explique Joseph Ghosn au sujet de <strong>LaMonte Young</strong>, de son cycle musical ininterrompu</a>, et de son installation dans la &#8220;dream house&#8221; (le son est différent selon la position qu&#8217;on occupe dans la pièce, personne ne ressort en ayant entendu la même chose).</p>
<p>Outre la performance technique, voire humaine pour le cas du doux dingue <strong>Gonzales </strong>(un marathon de 27 heures de piano), c&#8217;est dans la relation de l&#8217;artiste à son public que la nouveauté se niche. Enfin la revanche est totale. A la Renaissance, l&#8217;artiste vit dans la sujétion à son ou ses mécènes qui le financent, lui procurent gîte et couvert, lui passent commande comme à un artiste&#8230; domestique. Au XXe siècle, après la contrainte technologique qu&#8217;impose la durée maximale d&#8217;une face de 78 tours, 45 tours, 33 tours, soit 23 minutes maximum, vient s&#8217;ajouter &#8220;la major&#8221;. Les maisons de disques obtiennent dans la deuxième moitié du siècle un tel pouvoir qu&#8217;elles imposent largement leurs vues aux artistes, au point qu&#8217;on parle de <strong>Prince </strong>comme d&#8217;un ovni, dans les années 1990, au seul motif qu&#8217;il a obtenu le droit de faire les disques qu&#8217;il veut ! Vingt ans plus tard, les potentialités d&#8217;internet sont telles que cette revendication paraît saugrenue, les plus jeunes croiront même à une légende. Alors?! Question de pouvoir? Question de technologie?</p>
<p>Il n&#8217;y a pas une, mais différentes manières par lesquelles une oeuvre dépasse l&#8217;appréhension par le public.</p>
<p>On repense aux jazzmen des années 1940, agacés que les disques ne permettent pas de contenir sur une face la totalité de certains morceaux live de 25 ou 30 minutes. Limites de la technique (le &#8220;LP&#8221;  33 tours est créé en 1948). Mais limites de l&#8217;artefact seulement, car l&#8217;oeuvre, elle, le morceau joué sur scène, ne subissait pas la même contrainte. Si l&#8217;auditeur du disque n&#8217;entend qu&#8217;un (long) extrait, le public du concert en a eu l&#8217;intégralité. Marclay. Boltanski. Aucune innovation technique dans leur cas, c&#8217;est le choix de l&#8217;artiste, lui-seul, qui a transformé la durée de l&#8217;oeuvre et en a renversé le sens.</p>
<p>Et la musique? Au milieu. Au centre. Gaité lyrique, 8 octobre 2011, le festival Nemo accueille le collectif <strong>Capture :</strong> au milieu trône un monolithe kubrickien, qui tourne sur lui-même harcelé par trois laser rouges ; aux murs sont projetées images enregistrées et captations de l&#8217;instant, des captures, sur un, deux, quatre murs, tandis que la musique change de registre sans prévenir, du calme au dansant, inversement. L&#8217;ouverture des portes est à 20h, et la performance du collectif québequois (8, 9 artistes?) ne se terminera qu&#8217;à 1 heure du matin, les spectateurs sont de passage pour 20 minutes, 3 heures, mais pas l&#8217;intégralité. Où en sommes nous? Quand sommes nous, quelle heure est-il?</p>
<p>Voici 2011. Et l&#8217;artiste a repris le pouvoir, non pas au niveau économique, mais sur le contenu de son oeuvre. Il l&#8217;a repris à ce point qu&#8217;il ne veut plus même plus partager son oeuvre entière. De peur qu&#8217;on lui reprenne? De crainte de devoir la partager? Voilà le public, de fait, expulsé de son statut de public, ravalé au rang de faire-valoir admiratif. On médit, mais c&#8217;est que le spectateur peut &#8211; doit! &#8211; s&#8217;interroger, se mettre en cause. C&#8217;est fascinant et troublant. Troublant car avec cette remise en cause de la place du public c&#8217;est la nature de l&#8217;oeuvre qui se trouve bouleversée.</p>
<h3>Golem</h3>
<p>Dépassant les individus qui la reçoivent, l&#8217;oeuvre devient ce Golem, qui échappe à son créateur, le dépasse, devient d&#8217;une autre espèce. On connaissait des oeuvres dont la durée avait été &#8220;libérée&#8221; par la technique.  On connaissait des oeuvres dont la durée imposait généralement qu&#8217;on les aborde en plusieurs fois, par fragment, comme les quelques 9 heures de <em>Shoah</em>, le film-évènement de Claude Lanzman. Mais dans ce dernier cas, rien de si différent de la lecture d&#8217;un livre, qu&#8217;on pose et qu&#8217;on reprend, dont la lecture s&#8217;étale dans le temps. Pas de vraie rupture, dans tous ces exemples. L&#8217;oeuvre reste accessible à l&#8217;appréhension humaine, et ne se dérobe pas.</p>
<p>Et Klein redevient visionnaire. <strong>Yves Klein</strong>, celui dont le bleu est devenu plus célèbre que son nom, a réalisé des oeuvres avec des pigments photosensibles, comme ceux qu&#8217;on trouve sur les anciennes pellicules photographiques. D&#8217;heure en heure, de jour en jour, les pigments se transformaient, offrant à la vue du public un spectacle différent de celui dont auront profité le public de la veille, celui du lendemain. On retrouvera plus tard des oeuvres utilisant la matière organique (des fruits, par exemple), dont on pourra tirer le même constat. D&#8217;une autre manière, les <strong>géoglyphes </strong>des Nazcas, visibles seulement du ciel (ou des dieux, à leur époque), n&#8217;étaient pas visibles des humains sinon par une représentation mentale.</p>
<p>Mais on est ici aux confins de l&#8217;art et de la physique, ce sont des propriétés déjà existantes, celles des pigments, celles de la pomme, qui emportent la mutation et font de l&#8217;oeuvre apparemment statique un processus, un work in progress.<br />
Comme si l&#8217;on visitait l&#8217;atelier de l&#8217;artiste du <strong>Frenhofer </strong>de Balzac, profitant de la vue non d&#8217;une oeuvre achevée mais d&#8217;une oeuvre en cours. TOUJOURS en cours! Indéfiniment inachevée.</p>
<p>Différentes manières, donc, d&#8217;être mé-connaissable. Soit que l&#8217;oeuvre mute (Klein), ou qu&#8217;elle soit une installation qui se donne différemment car interactive (la dream house, les oeuvres interactives de Rafael Lozano-Hemmer). Soit encore que sa durée soit telle qu&#8217;on n&#8217;y assiste qu&#8217;en partie. Par sa nature,  grâce  aux facilités du numérique, la musique se prêt particulièrement à l&#8217;exploration de cette nouvelle frontière défrichée par l&#8217;art contemporain.</p>
<p>Vint un moment où l&#8217;oeuvre perdit la mesure humaine. Avec une oeuvre de 12 heures, dont on n&#8217;aura vu que 10 minutes ou 2 heures, il va de soi que notre connaissance de l&#8217;oeuvre ne sera jamais totale. Pourtant, c&#8217;est cette appréhension là, incomplète, qui est celle que l&#8217;artiste a prévu pour nous. Le temps, défié. Le public, littéralement dépassé. La complétude, la notion de totalité, oubliées. Non pas grâce à la technique, non pas par le truchement d&#8217;innovations technologiques. Mirage du progrès technique. Mais par la seule volonté de l&#8217;artiste.</p>
<p>Vous êtes en 2011. Et vous n&#8217;en avez rien vu.</p>
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