<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<?xml-stylesheet type="text/xsl" media="screen" href="/~d/styles/rss2full.xsl"?><?xml-stylesheet type="text/css" media="screen" href="http://feeds.feedburner.com/~d/styles/itemcontent.css"?><rss xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/" xmlns:feedburner="http://rssnamespace.org/feedburner/ext/1.0" version="2.0">

<channel>
	<title>Que lit Stephen Harper?</title>
	
	<link>http://www.quelitstephenharper.ca</link>
	<description />
	<lastBuildDate>Wed, 23 Mar 2011 18:41:55 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.0.1</generator>
		<atom10:link xmlns:atom10="http://www.w3.org/2005/Atom" rel="self" type="application/rss+xml" href="http://feeds.feedburner.com/QueLitStephenHarper" /><feedburner:info uri="quelitstephenharper" /><atom10:link xmlns:atom10="http://www.w3.org/2005/Atom" rel="hub" href="http://pubsubhubbub.appspot.com/" /><item>
		<title>P.S.: Livre Numéro 101: À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, coffret de six volumes</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/PdLyNeyIPmk/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/02/28/p-s-livre-numero-101-a-la-recherche-du-temps-perdu-de-marcel-proust-coffret-en-six-volumes/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 28 Feb 2011 06:03:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2570</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace:  À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, il faut que nous trouvions le temps, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa, ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Je voulais vous offrir un dernier livre. Tous ceux que je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2011/02/A-la-recherche-du-temps-perdu-de-Marcel-Proust.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2573" style="float: right;" title="A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2011/02/A-la-recherche-du-temps-perdu-de-Marcel-Proust-297x300.jpg" alt="" width="297" height="300" /></a><strong>Dédicace: </strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
il faut que nous trouvions le temps,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa, ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Je voulais vous offrir un dernier livre. Tous ceux que je vous ai fait parvenir plus tôt étaient relativement courts, ils comptaient habituellement moins de deux cents pages. Mais celui-ci est beaucoup, beaucoup plus long. Ce n&#8217;est pas pour vous asséner un coup de matraque ironique de 4,347 pages que j&#8217;ai choisi de vous faire cadeau d&#8217;un coffret des six volumes de l&#8217;édition complète de <em>À la recherche du temps perdu</em>, mais plutôt parce que c&#8217;est une œuvre que je veux lire depuis des années. C&#8217;est étonnant que je n&#8217;aie encore jamais lu l&#8217;ouvrage de Proust. Car enfin, le français est ma langue maternelle et j&#8217;ai vécu en France pendant dix années, dont les quatre premières dans l&#8217;arrondissement même où Marcel Proust est né, le 16e. Et j&#8217;ai lu d&#8217;autres très longs romans, par exemple <em>Les frères Karamazov</em>, de Dostoïevski, et <em>Guerre et Paix</em>, de Léon Tolstoï. Pourquoi donc ne me suis-je jamais attaqué a l&#8217;œuvre magistrale de Proust? Je suppose que c&#8217;est la même raison pour laquelle bien des livres ne sont pas lus, un mélange de crainte et de paresse, crainte de ne pas saisir le sens de l&#8217;œuvre et hésitation à dépenser autant d&#8217;énergie intellectuelle à lire toutes ces pages. Mais comme vous et moi le savons, la crainte et la paresse ne mènent nulle part. Les grandes réussites sont toujours le résultat du courage et d&#8217;un effort important. En vous envoyant ce monument de Proust, je me rappelle donc qu&#8217;il faut que moi aussi je le lise. Je m&#8217;engage à l&#8217;avoir fait du début à la fin avant ma mort et j&#8217;espère que vous allez vous joindre à moi dans cet engagement.</p>
<p>La description de dix pages que fait Proust de la dégustation d&#8217;une madeleine est fameuse. Il paraît que c&#8217;est un morceau de bravoure d&#8217;écriture qui est émouvant, profond, propre à changer la vie du lecteur. L&#8217;expérience de lire l&#8217;ensemble de<em> À la recherche du temps perdu</em> est censée justement changer la vie. Je n&#8217;ai pas besoin que ma vie change, je crois, mais je veux découvrir ce que les gens veulent dire quand ils affirment cela du chef-d&#8217;œuvre de nostalgie de Proust. Je veux comprendre comment on peut consacrer dix pages à décrire la dégustation d&#8217;un petit gâteau et comment ma vie pourrait s&#8217;en trouver transformée après que je les aurai lues. Je vous invite à vous joindre à moi, selon vos loisirs, dans la lecture de ce roman colossal. Je crois bien que cela apportera de la quiétude à nos âmes.</p>
<p>Et maintenant notre petit club du livre est véritablement clos. Ce projet a sans l&#8217;ombre d&#8217;un doute été un présent autant pour moi que pour vous. À cause de lui, j&#8217;ai lu ou relu plus de cent livres. Ce défi de trouver pour vous un nouveau livre court à toutes les deux semaines va me manquer. Mais en abandonnant cette activité, j&#8217;espère trouver le temps perdu dont j&#8217;ai besoin pour lire Marcel Proust. J&#8217;espère que vous le trouverez aussi.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un coffret de six volumes dédicacés</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=PdLyNeyIPmk:xa8qfJ836So:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=PdLyNeyIPmk:xa8qfJ836So:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/PdLyNeyIPmk" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/02/28/p-s-livre-numero-101-a-la-recherche-du-temps-perdu-de-marcel-proust-coffret-en-six-volumes/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/02/28/p-s-livre-numero-101-a-la-recherche-du-temps-perdu-de-marcel-proust-coffret-en-six-volumes/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 100: Incendies, de Wajdi Mouawad</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/FMWPGSqNxEc/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/31/livre-numero-100-incendies-de-wajdi-mouawad/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 31 Jan 2011 06:03:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2535</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, une voix qui s&#8217;élève contre l&#8217;effacement, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Cette lettre est la dernière que je vais vous adresser, je pense [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2011/01/Incendies-de-Wajdi-Mouawad.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2537" style="float: right;" title="Incendies, de Wajdi Mouawad" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2011/01/Incendies-de-Wajdi-Mouawad-150x221.jpg" alt="" width="150" height="221" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
une voix qui s&#8217;élève contre l&#8217;effacement,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Cette lettre est la dernière que je vais vous adresser, je pense bien. J&#8217;avais dit à de nombreuses reprises que j&#8217;allais maintenir notre singulier club du livre aussi longtemps que vous demeureriez au pouvoir. Mais choisir un livre pour vous; le lire ou le relire; y réfléchir; écrire la lettre qui doit l&#8217;accompagner; faire traduire la lettre par mes parents et discuter cette version avec eux; numériser la couverture du livre; télécharger les lettres en anglais et en français sur leur site Internet respectif; et finalement poster le livre et la lettre pour qu&#8217;ils vous arrivent au moment voulu, soit à tous les deux lundis—tout cela exige du temps et des efforts et alors que ç&#8217;a été un grand plaisir pour moi (je n&#8217;en sais trop rien quant à vous), cela fait près de quatre ans que je m&#8217;y applique et je veux passer à autre chose. J&#8217;ai le bonheur de vivre entouré de deux grossesses ces temps-ci: la première est celle de ma compagne, Alice, qui porte notre second enfant, une fille qui doit naître fin mai, et la deuxième est la mienne, un nouveau roman en gestation dans ma tête. Je me fais construire un petit studio d&#8217;écriture dans le jardin de la maison pour jouir d&#8217;un espace où je prendrai soin de mon roman tout près de là où Alice et moi prendrons soin de notre nouveau bébé. Je suis très excité au sujet du nouveau roman. Il s&#8217;intitulera <em>Les hautes montagnes du Portugal </em>et il scintille dans mon esprit comme un sommet neigeux au soleil. J&#8217;ai déjà de nombreuses notes d&#8217;écrites, j&#8217;ai rassemblé beaucoup de matériel de recherche que je vais lire, et dans ma tête l&#8217;histoire déborde de promesse. J&#8217;ai tellement hâte de m&#8217;y mettre. Je suis évidemment tout aussi enthousiaste quant à la nouvelle venue dans notre famille. Les deux bébés vont représenter beaucoup de travail, et dans quelle joie ce sera. </p>
<p>Il se trouve que cette lettre est la centième que je vous écris. Cent. Un, zéro, zéro. La même chose que 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1. C&#8217;est un bien grand nombre de lettres et de livres. Et maintenant que j&#8217;y pense, c&#8217;est le même nombre de chapitres qu&#8217;il y a dans mon roman <em>L&#8217;histoire de Pi.</em> Cent est un beau chiffre rond et un bon nombre pour terminer. (Le nombre de fois où vous m&#8217;avez répondu personnellement forme aussi, par ailleurs, un beau chiffre rond: 0. C&#8217;est-à-dire zéro, rien, néant, que dalle.)</p>
<p>Il est vrai aussi que que je suis las de me servir des livres comme de missiles ou de grenades politiques. Les livres sont trop précieux, trop merveilleux pour qu&#8217;on les utilise d&#8217;une telle façon.</p>
<p>Alors quel sera le livre des adieux? La question me préoccupait. Nous avons démarré, si vous vous en souvenez, avec une œuvre puissante—<em>La mort d&#8217;Ivan Ilitch, </em>de Léon Tolstoï, que je vous ai envoyé le 16 avril 2007—et je voulais terminer par une note forte. La réponse m&#8217;est venue tout naturellement quand j&#8217;ai reçu une invitation du Directeur artistique du théâtre français du Centre National des Arts, à Ottawa, tout juste à une minute de marche de là où vous travaillez. J&#8217;ai été convié à participer à une soirée intitulée <em>Mais que lit Stephen Harper?</em> lors de laquelle on célébrera les livres et la lecture. J&#8217;ai accepté avec enthousiasme et j&#8217;espère que vous y viendrez aussi. Considérez ceci comme une invitation personnelle. L&#8217;événement aura lieu à 19h30, le vendredi 25 février au Théâtre du CNA, une salle de 900 sièges. C&#8217;est à guichet fermé, mais je suis sûr qu&#8217;on pourrait trouver deux billets, pour Mme Harper et vous, si vous le souhaitiez.</p>
<p>L&#8217;invitation, c&#8217;est-à-dire <em>mon </em>invitation à moi, est venue de Wajdi Mouawad. Et voilà, j&#8217;ai su quel livre vous envoyer, j&#8217;avais trouvé notre centième livre. Non seulement Wajdi Mouawad est-il le Directeur artistique du Théâtre français du CNA, il est aussi un brillant dramaturge. J&#8217;aimais l&#8217;idée de clore notre club du livre avec une œuvre de lui pour un certain nombre de raisons. D&#8217;abord, parce que je ne vous ai pas envoyé suffisamment de théâtre (ou de poésie). Deuxièmement, quelle meilleure manière de vous démontrer que l&#8217;art est partiel et inachevé puisque sa signification change et évolue constamment, que l&#8217;art exige un engagement soutenu et renouvelé de la part du lecteur, de l&#8217;auditeur, du spectateur, que l&#8217;art est le labeur et la joie de toute une vie pour celui qui le façonne et pour celui qui le reçoit, quelle meilleure manière de souligner cela que de vous faire parvenir une pièce de théâtre sur <em>papier, </em>partielle et inachevée puisqu&#8217;elle n&#8217;est pas mise en scène? En faisant cela, je mets un terme à notre club du livre non pas avec un point final mais plutôt avec des points de suspension. Troisièmement, une pièce de Mouawad est un excellent choix pour notre dernier livre commun parce qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un Québécois multilingue d&#8217;origine libanaise, par conséquent un Canadien hybride typique, et que je voulais terminer avec un auteur canadien. Quatrièmement, je vous envoie <em>Incendies</em>—<em>Scorched</em>, dans la brillante traduction à l&#8217;anglais de Linda Gaboriau—parce que, comme vous le savez certainement déjà, l&#8217;adaptation cinématographique de la pièce par le cinéaste québécois Denis Villeneuve vient de recevoir la distinction d&#8217;une nomination aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger. Encore une autre œuvre d&#8217;art canadienne qui est acclamée à l&#8217;international. Cinquièmement et pour conclure, je vous envoie une pièce de Mouawad parce que, comme je le répète,  il est brillant. Cet homme a le feu aux tripes et du venin dans les crocs. C&#8217;est un Jeune Homme en Colère—Angry Young Man (vous connaissez ce mouvement? Britannique, d&#8217;après-guerre, bruyamment opposé au statu-quo—j&#8217;en ai vu un jour la pièce emblématique, <em>Look Back in Anger—La paix du dimanche, </em>de John Osborne, et il y a des années, quand je vivais à Mexico, j&#8217;ai eu le privilège de rencontrer et d&#8217;entendre un autre de ses brillants membres, Arnold Wesker).</p>
<p><em>Scorched </em>est un titre approprié. Une partie de l&#8217;action de la pièce se déroule dans un pays déchiré par la guerre qui même s&#8217;il n&#8217;est pas nommé, est de toute évidence le Liban, un endroit chaud où il est plausible qu&#8217;on soit brûlé par le soleil. Mais plus précisément, la pièce brûle l&#8217;âme. Elle raconte l&#8217;histoire d&#8217;un frère et d&#8217;une sœur jumeaux, Simon et Janine, et de leur mère, Nawal, qui sombre dans un total silence pour une raison que ses enfants ne découvriront qu&#8217;après sa mort. L&#8217;œuvre est construite autour d&#8217;une révélation qui est vraiment dérangeante. Je l&#8217;ai lue et j&#8217;en ai été sonné. Et cela, rien qu&#8217;après l&#8217;avoir <em>lue. </em>L&#8217;impact qu&#8217;aurait le fait de l&#8217;entendre sur scène, révélée par un acteur, amenée à la vie, serait, je pense, quelque chose qui s&#8217;approcherait de la commotion. Et la force de cette émotion persiste dans l&#8217;esprit également. Je ne crois pas avoir jamais lu une histoire qui symbolise de façon plus puissante l&#8217;horreur et la folie de la guerre. En quelques pages, le pouvoir de l&#8217;art est révélé: juste quelques personnes qui parlent sur une scène, prétendant être quelqu&#8217;un d&#8217;autre et ailleurs, très évidemment du <em>faire-semblant</em>—et pourtant, à la fin, on en sort avec le sentiment d&#8217;avoir vécu une guerre qui a mis en lambeaux notre vie.</p>
<p>J&#8217;adorerais voir la pièce sur une scène et je meurs d&#8217;impatience de voir le film.</p>
<p>Maintenant que nous arrivons à la fin de notre duo littéraire, il y a tant de livres que je regrette de ne pas vous avoir envoyés. Du Ralph Waldo Emerson, <em>Tristram Shandy, </em>de Laurence Sterne<em>, I-thou  (Je et Tu), </em>de Martin Buber, <em>La Divine Comédie</em>, de Dante, <em>La faim, </em>de Knut Hamsum, d&#8217;autres livres de J.M. Coetzee, la liste serait longue. Tant pis, ces livres vous attendront sur une tablette, dans une librairie ou une bibliothèque quelque part. Les livres sont patients. Ils ont tout leur temps. Ils seront encore là bien après que vous et moi serons partis.</p>
<p>Ce que j&#8217;ai tenté de faire pendant ce long cul-de-sac épistolaire avec vous, en dehors de l&#8217;ironie, ça a été ce qui suit:  les livres disponibles dans les librairies et les bibliothèques à travers le Canada, les expositions qu&#8217;on peut voir dans les musées et les galeries de cette nation, les films produits dans ce pays, les pièces de théâtre et les créations de danse qu&#8217;on monte sur les scènes, la musique qu&#8217;on y entend, que ce soit dans les bars ou les salles de concert, les vêtements façonnés par nos couturiers, la cuisine préparée dans nos meilleurs restaurants, et ainsi de suite dans chacun des champs et des actes de création par les Canadiens et Canadiennes, toutes ces manifestations culturelles ne sont pas simplement des divertissements, des choses pour passer le temps et se reposer l&#8217;esprit, une fois accomplies les tâches &#8220;sérieuses&#8221; de la journée, l&#8217;argent gagné—non, non, non, trois fois non. En fait, toutes ces manifestations sont les éléments qui donnent au total  la civilisation canadienne. Ignorez ces choses et il ne reste plus rien de valeur dans la civilisation canadienne. Les entreprises viennent, puis elles disparaissent sans presque laisser de trace. L&#8217;art, lui, perdure.</p>
<p>Et pourtant, à notre époque, ce sont les entreprises et leurs voraces exigences qui règlent notre vie, bien plus que les théâtres, les librairies ou les musées. Pourquoi donc? Pourquoi est-ce que les gens travaillent tellement fort ces temps-ci, aux dépens de leur famille, de leur santé, de leur bonheur? Aurions-nous donc peut-être oublié que le travail est le moyen d&#8217;atteindre un but, que nous travaillons pour pouvoir vivre et non pas le contraire? Nous sommes devenus les esclaves de notre travail et nous avons oublié que c&#8217;est pendant les moments de loisir et de quiétude, quand nous sommes libérés de l&#8217;outil ou du clavier, que nous pouvons contempler la vie et devenir pleinement nous-mêmes. Nous travaillons et travaillons et travaillons, mais quelle trace laissons-nous, que prouvons-nous? Ceux qui sont les esclaves du travail deviennent comme des gommes à effacer: à mesure qu&#8217;ils avancent, ils ne laissent aucune marque de leur passage. Et c&#8217;est donc là la raison de ma stérile entreprise de dons de livres à votre endroit: élever ma voix contre la menace d&#8217;un Canada qui deviendrait une nation de gommes à effacer.</p>
<p>Cordialement vôtre, </p>
<p>Yann Martel   </p>
<p>P.J.: un livre dédicacé  </p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=FMWPGSqNxEc:NcHwb4HEyNk:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=FMWPGSqNxEc:NcHwb4HEyNk:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/FMWPGSqNxEc" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/31/livre-numero-100-incendies-de-wajdi-mouawad/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/31/livre-numero-100-incendies-de-wajdi-mouawad/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 99: Une histoire de la lecture, de Alberto Manguel, traduit de l’anglais par Christine Le Boeuf</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/qFqVmKH4DOI/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/17/livre-numero-99-une-histoire-de-la-lecture-de-alberto-manguel-traduit-de-langlais-par-christine-le-boeuf/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 17 Jan 2011 06:03:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2523</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, une histoire de la lecture, une histoire d&#8217;être d&#8217;un écrivain (et un lecteur) canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Je ne vous ai que rarement envoyé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2011/01/Une-histoire-de-la-lecture-de-Alberto-Manguel.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2526" style="float: right;" title="Une histoire de la lecture, de Alberto Manguel" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2011/01/Une-histoire-de-la-lecture-de-Alberto-Manguel-150x206.jpg" alt="" width="150" height="206" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
une histoire de la lecture, une histoire d&#8217;être<br />
d&#8217;un écrivain (et un lecteur) canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Je ne vous ai que rarement envoyé des essais, mais <em>Une histoire de la lecture, </em>d&#8217;Alberto Manguel, est un ouvrage qui convient tellement à notre quasi dialogue que j&#8217;ai décidé de le choisir pour cette semaine. C&#8217;est un ouvrage cosmopolite et engageant dans son érudition, une érudition qui navigue facilement à travers l&#8217;histoire et traverse les frontières, comme si la planète Terre était un livre que Manguel aurait lu attentivement en prenant note de toutes les références historiques, littéraires, religieuses, philosophiques, physiologiques, archéologiques, sociologiques, biographiques, commerciales, géographiques, techniques, personnelles et anecdotiques qui aient un lien avec la lecture. Pour tout dire, la lecture, c&#8217;est tout. Non pas parce que tout le monde est lecteur de livres. Ce n&#8217;est pas le cas. C&#8217;est plutôt parce que le monde, et tout ce qu&#8217;il y a dedans, est en effet une espèce de livre. Manguel cite Walt Whitman, dans <em>Feuilles d&#8217;herbe:</em></p>
<p style="padding-left: 30px;">Dans tout objet, montagne, arbre, étoile—dans toute naissance et vie,<br />
Comme une partie de chaque signification—issue de chacune—, derrière l&#8217;ostensible,<br />
Un code mystique attend, non révélé.</p>
<p>(C&#8217;est formidable, du Whitman. C&#8217;est un poète passionnant, dont la poésie stimule la perception que le lecteur a de la vie.) Le monde, comme un livre, doit être élucidé. Alors un archéologue lit un fossile comme un lecteur lit un roman policier, en se demandant <em>Mais qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est passé? </em>De même, la personne qui aime lit le visage de la personne aimée comme un lecteur lit un roman sentimental, y trouvant réconfort et sécurité. Parallèlement, un politicien lit une enquête d&#8217;opinion publique comme un croyant lit les Écritures, en se demandant <em>Quel sera mon sort?  </em>Et tout comme il est regrettable qu&#8217;un lecteur ne trouve pas que ça vaille la peine de terminer la lecture d&#8217;un livre, et d&#8217;un autre, et d&#8217;un autre encore jusqu&#8217;à devenir, <em>ipso facto</em>, un non lecteur ou une non lectrice, il est triste qu&#8217;un homme, une femme ou un enfant se détourne du monde considérant qu&#8217;il ne mérite pas qu&#8217;on le lise. Autant dans les livres que dans le monde, il y a un mystère, un &#8220;code&#8230;non révélé,&#8221; et comme c&#8217;est une joie de se baigner, de nager, de se noyer presque, dans ce mystère. Parmi les nombreuses grandes qualités du livre de Manguel, il y a celle-ci: grâce à l&#8217;abondance de données curieuses et intéressantes, il prouve de manière jubilatoire que nous appartenons à une espèce curieuse et intéressante.</p>
<p>Contrairement à un roman, qui est comme un long fil qui doit rester tendu pour être bon et exige donc du lecteur une attention soutenue, si ce n&#8217;est constante, <em>Une histoire de la lecture </em>est composée de nombreux fils courts et colorés et on peut très bien la lire de façon intermittente. Le style de Manguel est élégant, aisé et il rassemble sans effort apparent ses nombreux éléments disparates. Malgré son ampleur, <em>Une histoire de la lecture</em> demeure un ouvrage personnel, non seulement parce que le <em>je </em>de Manguel, raffiné, charmant, intervient pour partager une expérience ou une anecdote de sa longue et heureuse vie de lecteur, mais parce que c&#8217;est véritablement une œuvre personnelle. Remarquez l&#8217;article du titre; c&#8217;est Une <em>histoire </em>et non L<em>&#8216;Histoire de la lecture. </em>En faisant ce choix, Manguel reflète tout simplement l&#8217;un des pouvoirs si plaisants de la personne qui lit: celui de choisir et d&#8217;interpréter comme elle le veut. L&#8217;histoire de la lecture de Manguel pourrait ainsi être fort différente de la mienne ou de la vôtre. Son histoire à lui est riche, variée, joyeuse. Comment serait la vôtre?</p>
<p>Je crois bien que le prochain envoi que je vous ferai, d&#8217;un livre et d&#8217;une lettre, sera le dernier.</p>
<p>Cordialement vôtre, </p>
<p>Yann Martel   </p>
<p>P.J.: un livre dédicacé  </p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=qFqVmKH4DOI:FuBvtvZtiFo:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=qFqVmKH4DOI:FuBvtvZtiFo:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/qFqVmKH4DOI" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/17/livre-numero-99-une-histoire-de-la-lecture-de-alberto-manguel-traduit-de-langlais-par-christine-le-boeuf/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/17/livre-numero-99-une-histoire-de-la-lecture-de-alberto-manguel-traduit-de-langlais-par-christine-le-boeuf/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 98: Sire Gauvain et le Chevalier vert</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/LpU5-qkJUiw/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/03/livre-numero-98-sire-gauvain-et-le-chevalier-vert/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 03 Jan 2011 06:03:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2443</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses vœux pour 2011, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Pourquoi ne pas commencer la nouvelle année, dont nous espérons qu&#8217;elle sera bonne, par quelque chose d&#8217;ancien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Sir-Gawain-et-le-chevalier-vert-dun-auteur-anonyme.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2447" style="float: right;" title="Sir Gawain et le chevalier vert, d'un auteur anonyme" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Sir-Gawain-et-le-chevalier-vert-dun-auteur-anonyme-150x244.jpg" alt="" width="150" height="244" /></a><strong>Dé</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses vœux pour 2011,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Pourquoi ne pas commencer la nouvelle année, dont nous espérons qu&#8217;elle sera bonne, par quelque chose d&#8217;ancien et de sûrement bon? Il y a quelques semaines, j&#8217;ai rencontré par hasard Doug Thorpe, le sympathique directeur du Département d&#8217;anglais de l&#8217;Université de la Saskatchewan. C&#8217;est un grand connaisseur de Sir Walter Scott, alors je lui ai demandé s&#8217;il avait une œuvre courte de Scott à me suggérer pour nos projets de lecture. Il hocha la tête. &#8220;Il n&#8217;y a pas d&#8217;œuvre courte chez Sir Walter Scott. Il était terriblement bavard. Tout livre qu&#8217;il écrivait comptait au moins six cents pages.&#8221; Tant pis pour Sir Walter Scott et notre club du livre vite-vite-ça-presse-je-suis-occupé. Pouvait-il me suggérer autre chose, à brûle-pourpoint, lui demandai-je. Il réfléchit un instant. &#8220;Lui as-tu envoyé <em>Sire Gauvain et le Chevalier vert</em>?&#8221; Non. Doug m&#8217;invita à son bureau et fouilla sur ses tablettes pendant un moment. &#8220;Tiens, le voici,&#8221; dit-il, en me tendant le livre en question.</p>
<p>Tenez, le voici en effet. J&#8217;ai été d&#8217;autant plus touché par ce cadeau qu&#8217;un nom en page couverture me sauta immédiatement aux yeux: James Winny, éditeur et traducteur. James Winny enseignait à l&#8217;Université Trent, à Peterborough, en Ontario, là où j&#8217;ai obtenu un baccalauréat en philosophie. Il était mon directeur de séminaire lors d&#8217;un cours de première année d&#8217;introduction à la littérature anglaise. Je suis convaincu que le professeur Winny m&#8217;a totalement oublié à l&#8217;instant même où son cours a pris fin, mais je me souviens encore parfaitement de lui. Une fois par semaine, sept ou huit étudiants comme moi nous réunissions dans son bureau, où il nous engageait dans une discussion sur un ouvrage de littérature. C&#8217;était un homme dans la soixantaine, à l&#8217;allure patricienne, à la voix forte, à l&#8217;élégant accent anglais et il était chaleureux, de manière flegmatique. Les temps ont changé. De nos jours, dans un système universitaire canadien destiné davantage  à la formation de travailleurs économiquement utiles qu&#8217;à celle de citoyens à la pensée critique, il serait inimaginable que huit étudiants de première année disposent d&#8217;une séance hebdomadaire d&#8217;une heure auprès d&#8217;un professeur titulaire, mais c&#8217;était bien comme ça à l&#8217;époque, au début des années 1980, à l&#8217;Université Trent. Ces échanges m&#8217;ont marqué. Un jour, le professeur Winny lut à voix haute <em>Four Quartets </em>de T.S. Eliot. Il maitrisait toute une gamme d&#8217;accents anglais et ainsi, pour nous, il donna vie au poème; et comment! Je me souviens aussi d&#8217;une discussion que nous avions eue sur <em>L&#8217;Agent secret, </em>de Joseph Conrad, qu&#8217;il considérait comme un roman parfait—avec une autorité qui prenait tout de même l&#8217;allure d&#8217;une suggestion. À chaque rencontre il nous faisait voir des éléments d&#8217;une œuvre que nos esprits encore immatures n&#8217;avaient pas saisis au départ. C&#8217;était passionnant d&#8217;être ainsi guidé dans ce cheminement intellectuel.</p>
<p>Je me souviens clairement de James Winny, mais je n&#8217;avais pas pensé à lui depuis des années et soudain, vingt-cinq ans plus tard, son nom et son œuvre réapparaissaient devant moi. Ç&#8217;a a été un plaisir de me retrouver à nouveau dans le champ de sa pensée. J&#8217;aurais bien aimé être dans une classe où il aurait commenté <em>Sire Gauvain et le Chevalier vert</em>.</p>
<p><em>Sire Gauvain </em>a été composé par un poète anonyme de la fin du 14e siècle &#8220;dans un dialecte régional caractéristique du nord-ouest de l&#8217;Angleterre,&#8221; comme nous en informe<em> </em>l&#8217;introduction du professeur Winny. L&#8217;une des qualités de l&#8217;édition Broadview que je vous envoie, c&#8217; est qu&#8217;elle est bilingue, le texte original étant imprimé sur les pages paires, à gauche, et le texte traduit sur les pages impaires, à droite. Pour moi, le texte en moyen anglais est à peu près incompréhensible et je n&#8217;ai guère de patience pour ce genre de jeu linguistique. Je suis prêt à accorder aux langues que je ne parle pas toute la beauté et la subtilité que le génie humain peut inventer, et un contenu culturel plus riche que les collections de n&#8217;importe quel musée, mais la première chose que je remarque, moi, c&#8217;est la barrière de l&#8217;incompréhension. C&#8217;est comme si je parlais à une clarinette—quoiqu&#8217;une clarinette soit censée être belle alors qu&#8217;une langue est censée communiquer, avec la beauté en plus. Je constate que mon regard, quand il se porte sur le texte de la page de gauche, saute d&#8217;un endroit à un autre, cherchant un mot ou une expression qu&#8217;il comprenne, et il se lasse vite de l&#8217;exercice, tandis que la page de droite saisit l&#8217;esprit et brille de clarté. À droite, je ne vois pas tant les mots que les images. Mais voyez par vous-même. Vous allez peut-être prendre plaisir à déchiffrer le moyen anglais.</p>
<p>Ce qui m&#8217;a surpris de la traduction de <em>Sire Gauvain </em>à l&#8217;anglais moderne faite par le professeur Winny, c&#8217;est à quel point l&#8217;histoire a été portée jusqu&#8217;à moi. Encore et encore, à mesure que je lisais le poème, une chose se révélait, me frappait: la personnalité des personnages, qu&#8217;il s&#8217;agisse de Sire Gauvain ou du Chevalier vert ou de Sire et Dame Bertilak. Comparez cela à une autre œuvre de littérature européenne ancienne que je vous ai envoyée récemment, le <em>Niebelungenlied</em> allemand. À aucun moment me suis-je imaginé Sivrit ou Kriemhilt, Prunhilt ou Hagen comme de vraies personnes. C&#8217;étaient plutôt des symboles littéraires insérés dans une histoire vivante. Sire Gauvain est aussi un symbole de ce genre—concernant les codes de chevalerie et de l&#8217;amour courtois, qu&#8217;on peut identifier comme des idéaux médiévaux qui visaient à réconcilier la sollicitude aimante du Christ avec la brutale réalité sociale de l&#8217;époque—mais Sire Gauvain est un symbole dont la forme humaine semble plus concrètement réelle. Prenez ces vers:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Et quand le chevalier vit son sang tacher la neige<br />
Des deux pieds il fit un bond plus long que la longueur d&#8217;une lance,<br />
Il saisit son heaume  et se l&#8217;enfonça sur la tête,<br />
Il se secoua les épaules pour faire tomber son splendide bouclier,<br />
Il tira une épée brillante et parla d&#8217;une voix furieuse—<br />
Jamais depuis qu&#8217;il était né de sa mère<br />
Cet homme ne s&#8217;était senti à moitié aussi soulagé—<br />
&#8220;Gardez-vous d&#8217;attaquer, sire, ne le tentez pas à nouveau!&#8221;</p>
<p>C&#8217;est le bond en avant, la hâte de mettre son équipement en place, l&#8217;affirmation directe de son soulagement et puis l&#8217;avertissement apeuré—je ne puis m&#8217;imaginer Sivrit, dans le <em>Nibelungenlied,</em> manifestant autant d&#8217;émotions si parfaitement humaines<em>.</em></p>
<p>Ou prenez ces strophes dans la troisième partie où Dame Bertilak tente à plusieurs reprises de séduire Sire Gauvain, qui se repose sur son lit. L&#8217;érotisme de ces pages est manifeste, et moi-même j&#8217;en ai été séduit. Je ne sais pas comment Sire Gauvain a pu résister à ces pulsions si naturelles.</p>
<p>Ce qui est fascinant à lire, c&#8217;est l&#8217;élaboration consciente, dans l&#8217;esprit de Sire Gauvain, de ce que son code exige de lui. Nous observons un homme qui tente de respecter son idéal, et qui regrette sa faiblesse quand il n&#8217;y arrive pas. Cela n&#8217;est pas seulement intéressant, c&#8217;est émouvant. Chacun de nous, dont vous et moi, devons chaque jour lutter pour être fidèles à nos idéaux.</p>
<p><em>Sire Gauvain</em> est une œuvre d&#8217;une remarquable intimité. Cet intimisme résulte non seulement du nombre limité de personnages, mais il est aussi dû à un drame qui est intériorisé. L&#8217;histoire, même si elle se déroule sur une grande partie du territoire britannique, une échelle bien vaste pour l&#8217;époque, se passe  toujours essentiellement en présence de Sire Gauvain. Le lecteur devient ainsi le Sancho Panza de son Don Quichotte.</p>
<p>La description des saisons, tout particulièrement de l&#8217;hiver, est superbe. Les scènes de chasse sont à couper le souffle. Et tout est transmis au lecteur dans une langue poétique qui est claire, vigoureuse et vraie, de cette vérité où le langage ordonne la réalité et lui donne un sens. Cette langue est celle des grands écrivains et notre poète anonyme du nord-ouest de l&#8217;Angleterre était sûrement cela, un grand écrivain.</p>
<p>Je ne vous ai encore rien dit de l&#8217;intrigue. Sire Gauvain est à Camelot avec Arthur et les autres Chevaliers de la Table ronde. C&#8217;est Noël, on joue à divers jeux et tout le monde s&#8217;amuse (dans cette histoire, on s&#8217;amuse beaucoup, on est à l&#8217;aise, on a du plaisir). Et puis apparait dans le hall un chevalier qui est un étranger pour tous. C&#8217;est un géant, mais il frappe grandement pour une autre raison: lui et son cheval sont entièrement verts, d&#8217;un brillant vert émeraude. Il entre, descend de cheval, et dit qu&#8217;il veut participer à un jeu de Noël: il recevra un coup direct de la part de n&#8217;importe qui en échange de pouvoir rendre la réciproque un an et un jour plus tard. Il raille la cour jusqu&#8217;à ce que Gauvain s&#8217;avance. Gauvain se saisit d&#8217;une hache. Le Chevalier vert reste impavide. Gauvain lui tranche la tête. Plutôt que de tomber, le Chevalier se penche, saisit sa tête et la lève en l&#8217;air. La tête parle: <em>Je te reverrai dans un an et un jour, Sire Gauvain.</em> Le Chevalier se remet en selle, tenant toujours sa tête dans ses mains, et s&#8217;en va.</p>
<p>Une année passe vite quand on en craint la fin. À l&#8217;automne, Sire Gauvain se lance à la recherche du Chevalier vert pour remplir sa part du terrible engagement&#8230;</p>
<p><em>Sire Gauvain et le Chevalier vert </em>peut être lu comme une allégorie chrétienne—quoiqu&#8217;elle ne soit pas lourdement religieuse mais plutôt sensible à la faiblesse de la chair—ou l&#8217;œuvre peut être tout simplement lue comme une histoire prenante. Quoi qu&#8217;il en soit, j&#8217;espère que ce livre vous aidera à vous préparer aux défis, aux tentations et aux gratifications de l&#8217;année 2011.</p>
<p>Bonne et heureuse année.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre dédicacé</p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=LpU5-qkJUiw:cQIPHa6hqwg:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=LpU5-qkJUiw:cQIPHa6hqwg:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/LpU5-qkJUiw" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/03/livre-numero-98-sire-gauvain-et-le-chevalier-vert/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2011/01/03/livre-numero-98-sire-gauvain-et-le-chevalier-vert/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livres Numéro 97: Paul à Québec, de Michel Rabagliati; Le géant de la gaffe,  de André Franquin; et Le Lotus bleu, de Hergé</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/vYX7yL_kazU/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/12/20/livres-numero-97-paul-a-quebec-de-michel-rabagliati-le-geant-de-la-gaffe-de-andre-franquin-et-le-lotus-bleu-de-herge/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 20 Dec 2010 06:03:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2468</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, trois leçons de français, trois cadeaux de Noël, d&#8217;un écrivain canadien, Joyeux Noël, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, La bande dessinée jouit en France et en Belgique d&#8217;une tradition bien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/12/Le-lotus-bleu-de-Hergé.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2477" style="float: right;" title="Le lotus bleu, de Hergé" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/12/Le-lotus-bleu-de-Hergé-150x201.jpg" alt="" width="150" height="201" /></a><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/12/Le-géant-de-la-gaffe-de-André-Franquin.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2475" style="float: right;" title="Le géant de la gaffe, de André Franquin" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/12/Le-géant-de-la-gaffe-de-André-Franquin-150x203.jpg" alt="" width="150" height="203" /></a><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/12/Paul-a-Quebec-de-Michel-Rabagliati.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2473" style="float: right;" title="Paul a Quebec, de Michel Rabagliati" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/12/Paul-a-Quebec-de-Michel-Rabagliati-150x190.jpg" alt="" width="150" height="190" /></a><strong>Dédicace: </strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
trois leçons de français,<br />
trois cadeaux de Noël,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
Joyeux Noël,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>La bande dessinée jouit en France et en Belgique d&#8217;une tradition bien établie. J&#8217;ai grandi en l&#8217;appréciant, puisque j&#8217;ai passé quatre ans de mon enfance en France. J&#8217;adorais Astérix et Obélix, Tintin, Lucky Luke, Spirou et Fantasio, Philémon et bien d&#8217;autres. Quand je suis rentré au Canada à l&#8217;âge de douze ans, j&#8217;ai découvert ici que les bandes dessinées généralement disponibles en anglais—les Marvel Comics—étaient intéressantes, mais tristes et dépourvues d&#8217;humour—et qu&#8217;elles avaient un goût d&#8217;ailleurs, puisqu&#8217;elles étaient américaines.</p>
<p>Vous avez fait de louables efforts pour maitriser la langue française, comme je l&#8217;ai déjà noté, alors j&#8217;ai pensé que je vous enverrais trois albums de bandes dessinées en français, <em>Le géant de la gaffe</em>, d&#8217;André Franquin, <em>Le Lotus bleu</em>, de Hergé, tous les deux belges, et <em>Paul à Québec</em>, de Michel Rabagliati, qui est québécois.</p>
<p><em>Le géant de la gaffe</em> met en vedette Gaston Lagaffe, un commis de bureau responsable, en principe, du courrier des lecteurs de la revue qui l&#8217;emploie, Spirou. De fait, il ne s&#8217;applique à rien d&#8217;autre qu&#8217;à poursuivre ses propres intérêts, qu&#8217;ils soient artistiques ou techniques et qui n&#8217;incluent jamais, au grand jamais, la correspondance avec les lecteurs. Il a tendance à faire des gaffes. Les gaffes de Gaston sont d&#8217;un genre qui lui est particulier. Il est la terreur de ses compagnons de bureau et, vraiment, de tout le voisinage. Curieusement, malgré ses nombreuses mésaventures catastrophiques, il n&#8217;est jamais congédié.</p>
<p>Chaque page de l&#8217;album est une planche autonome, contenant sa propre anecdote; il n&#8217;y a donc pas d&#8217;histoire continue. Mais les mêmes personnages sont présents dans toute l&#8217;œuvre. Le génie de la série des Gaston Lagaffe est d&#8217;abord et avant tout visuel. Prenez la page 8, où Gaston offre à Prunelle, son patron, de le reconduire dans sa voiture, qui est une antiquité. Il vient tout juste d&#8217;y installer un gadget nouveau genre, des ceintures de sécurité (nous sommes en 1977). Prunelle est un rien préoccupé, mais Gaston le rassure: il les a installées lui-même. Hélas, Gaston a accidentellement attaché la ceinture de sécurité de Prunelle à l&#8217;arbre de transmission du moteur, alors à mesure qu&#8217;il avance la ceinture de sécurité commence à s&#8217;enrouler autour du moyeu, enfonçant Prunelle à travers son siège vers le châssis de la voiture. Regardez l&#8217;illustration du milieu, dans la troisième rangée, où Prunelle a été complètement aspiré dans son siège. Voyez son pied en l&#8217;air, son poing serré, entendez le bruyant CRRRAC. C&#8217;est épouvantablement drôle. Mieux encore, à la page 29, où Gaston a donné à Lebrac, un collègue, une cuillerée de sa sauce au piment rouge pour qu&#8217;il lui dise si elle est assez épicée. Voyez l&#8217;effet qu&#8217;elle fait sur Lebrac. Les dessins sont extraordinairement expressifs.</p>
<p>En comparaison, Tintin est dépourvu de tout humour. Les blagues, quand il y en a, ne sont pas particulièrement drôles. Et le style du dessin est plus laborieux. Mais le génie de Tintin est ailleurs, dans l&#8217;ample souffle de sa narration. La longue série des Tintin—le premier, <em>Tintin au Congo</em>, a été publié en 1930, et le dernier, le vingt-deuxième, <em>Tintin et les Picaros</em>, en 1976—est dramatique à dessein et a séduit des millions de lecteurs à travers le monde à cause des aventures qui s&#8217;y déroulent. <em>Le Lotus bleu</em>, le Tintin que je vous offre cette semaine, est l&#8217;un des premiers, il date de 1934 (dans sa version originale en noir et blanc), mais ça ne change rien, l&#8217;aventure vous emporte. Et quelques-unes des illustrations sont quand même saisissantes. Jetez un coup d&#8217;œil sur les grandes illustrations de la page 6 et de la page 26, par exemple.</p>
<p>Et il faut placer Hergé dans son contexte historique. Il a, pourrait-on dire, inventé la langue propre aux illustrations des bandes dessinées. Cette façon de raconter une histoire, encadré par encadré pour que la narration soit claire et fluide, avec des gros plans et des grands angles; les détails visant à traduire une émotion, par exemple des étoiles qui gravitent autour de la tête pour marquer la douleur ou encore des gouttes de sueur virevoltant pour illustrer l&#8217;anxiété ou l&#8217;étonnement; l&#8217;ambition de raconter une histoire complète à la fois mémorable et captivante—tout cela a commencé avec Georges Rémi (il a inversé ses initiales pour créer son pseudonyme, Hergé). Je ne veux pas pousser trop loin mon interprétation, car je ne suis pas un historien du sujet, mais je crois bien que Tintin est le grand-père de la bande dessinée narrative franco-belge. Il est le géant sur les épaules duquel les artistes qui lui ont succédé se sont tenus, dont Franquin et, de notre côté de l&#8217;Atlantique, Michel Rabagliati, l&#8217;auteur de <em>Paul à Québec</em>.</p>
<p><em>Paul à Québec</em> est le sixième titre d&#8217;une série. L&#8217;album raconte la triste histoire de la maladie et de l&#8217;agonie du beau-père de Paul. C&#8217;est très émouvant. Je ne crois pas que vous pourrez terminer la lecture de cette histoire les yeux secs. La langue, dans cette série, manifeste une assurance qui témoigne de la maturité qu&#8217;a acquise la bande dessinée, apte à raconter une histoire tout aussi sérieuse que si elle était écrite avec les seuls mots, riche de détails illustrés tout aussi puissants que les métaphores bien choisies d&#8217;un romancier de talent. <em>Paul</em> est tout à fait ancré dans la langue et la culture du Québec. Je l&#8217;ai lu avec une certaine dose de nostalgie, reconnaissant plusieurs des éléments (l&#8217;étrange restaurant des premières planches, par exemple, le Madrid, qui existe toujours entre Montréal et Québec). C&#8217;est d&#8217;où je viens, me suis-je dit. C&#8217;est le peuple qui est le mien, ces histoires sont les miennes aussi.</p>
<p>À vous et à votre famille, joyeux Noël.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: trois bandes dessinées en français, dédicacées</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=vYX7yL_kazU:oU6anb75nmc:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=vYX7yL_kazU:oU6anb75nmc:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/vYX7yL_kazU" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/12/20/livres-numero-97-paul-a-quebec-de-michel-rabagliati-le-geant-de-la-gaffe-de-andre-franquin-et-le-lotus-bleu-de-herge/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/12/20/livres-numero-97-paul-a-quebec-de-michel-rabagliati-le-geant-de-la-gaffe-de-andre-franquin-et-le-lotus-bleu-de-herge/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 96: Six personnages en quete d’auteur, de Luigi Pirandello</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/mVF8zy8EEqQ/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/12/06/livre-numero-96-six-personnages-en-quete-dauteur-de-luigi-pirandello/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 06 Dec 2010 06:03:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2437</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, L&#8217;un des grands monuments du théâtre européen du 20e siècle, c&#8217;est Six personnage en quête d&#8217;auteur, de Luigi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Six-personnages-en-quete-dauteur-de-Luigi-Pirandello.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2440" style="float: right;" title="Six personnages en quete d'auteur, de Luigi Pirandello" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Six-personnages-en-quete-dauteur-de-Luigi-Pirandello-150x237.jpg" alt="" width="150" height="237" /></a><strong>Dé</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>L&#8217;un des grands monuments du théâtre européen du 20e siècle, c&#8217;est <em>Six personnage en quête d&#8217;auteur</em>, de Luigi Pirandello. En quelques mots: un Italien; 1867-1936; auteur de nouvelles, de romans, de pièces de théâtre; prix Nobel de littérature en 1934.</p>
<p><em>Six personnages en quête d&#8217;auteur </em>a été joué pour la première fois en 1921. Comme plusieurs œuvres audacieuses, elle a divisé le public avant de le conquérir. Elle a rendu Pirandello célèbre dans le monde entier. C&#8217;était une pièce comme il n&#8217;y en avait jamais eu auparavant. Au début, il n&#8217;y a qu&#8217;une scène vide, non pas un espace qui se veut une salle de séjour ou un jardin ou quelque autre endroit, mais seulement ça: une scène vide. Progressivement, des acteurs se présentent, bientôt suivis par un metteur en scène, un souffleur, un accessoiriste, et les divers autres membres d&#8217;une troupe de théâtre. Ils se préparent à répéter une pièce. Le recours à une mise en abîme, soit à une pièce à l&#8217;intérieur de la pièce, n&#8217;est pas si révolutionnaire que ça. Shakespeare s&#8217;en est servi dans <em>Hamlet, </em>par exemple. Mais il s&#8217;agit là d&#8217;une pièce complète dans une pièce complète. Ici, au début de <em>Six personnages</em>, la mécanique interne de l&#8217;artifice théâtral est révélée en toute transparence; les acteurs apparaissent en tant qu&#8217;acteurs, flânant sur la scène, bavardant, fumant, lisant un journal, et le metteur en scène et ses acolytes, qu&#8217;on ne voit habituellement jamais, sont parfaitement visibles. Tout cela a l&#8217;apparence de la vie réelle et ordinaire. Et alors—et c&#8217;est ici que la révolution pirandellienne débute—le portier, en s&#8217;excusant, vient interrompre le metteur en scène pour lui annoncer que des gens veulent le voir. Le metteur en scène est contrarié. Il ne faut jamais interrompre une répétition! Mais ces gens insistent, déclare le portier. En fait, ils se sont déjà introduits jusqu&#8217;à la scène, six d&#8217;entre eux, un homme, une femme, une jeune femme, un jeune homme, et deux enfants. Le metteur en scène leur demande avec impatience: qui êtes-vous, que voulez-vous?</p>
<p>Le Père répond: &#8220;Nous sommes en quête d&#8217;un auteur.&#8221; Ils sont—c&#8217;est-à-dire le Père, la Mère, la Belle-fille, le Fils, le Garçon et l&#8217;Enfant—des personnages qui ont été abandonnés par leur auteur. Ils sont venus à ce théâtre en espérant que le metteur en scène deviendrait l&#8217;auteur qui leur permette d&#8217;accomplir leur mission. Le metteur en scène et les acteurs les accueillent avec incrédulité et consternation. Après tout, ce ne sont pas des fantômes, ces personnages, ce sont des êtres de chair et de sang. Et pourtant, ils insistent pour dire qu&#8217;ils sont des personnages. Est-ce qu&#8217;ils s&#8217;excusent de leur étrange situation? Pas du tout, car &#8220;vous savez très bien que la vie est pleine d&#8217;une infinité d&#8217;absurdités qui, étrangement, n&#8217;ont même pas besoin d&#8217;avoir l&#8217;air plausible ou réel puisqu&#8217;elles sont vraies.&#8221;</p>
<p>Les mots &#8220;réel&#8221; et &#8220;vrai&#8221; reviennent souvent dans la pièce. Ils sont au cœur du sujet même de l&#8217;œuvre. L&#8217;idée saugrenue de personnages qui surgissent dans la vraie vie n&#8217;est jamais abandonnée tout au long de <em>Six personnages</em>. Bien au contraire, elle est obstinément présente. Ce que Pirandello recherche, c&#8217;est brouiller la distinction entre le réel et le vrai, le concret et l&#8217;imaginaire. Car ce qui est réel peut ne contenir aucune vérité au delà d&#8217;une simple et factuelle matériallité, et ce qui est vrai peut n&#8217;avoir pas besoin du sceau concret de la réalité pour être encore vrai. Cette insistance n&#8217;est pas une coquetterie littéraire. Une forte proportion de la vie est illusion. Celui que vous étiez auparavant, M. Harper, quand vous étiez un jeune-turc du Parti réformiste, a disparu. Il était réel, mais il a disparu. Qui peut affirmer que qui vous êtes aujourd&#8217;hui ne va pas une fois de plus disparaître dans un brouillard tandis que vous devenez qui vous serez demain? Des milliards de personnes sur la planète ont disparu de la même façon, leur réalité dissoute dans le néant, au début, d&#8217;une manière subtile tandis qu&#8217;elles se déplaçaient d&#8217;une incarnation vers une autre en grandissant, puis en vieillissant, et puis totalement et concrètement alors qu&#8217;elles étaient avalées par le néant qu&#8217;est la mort. Mais voyez par ailleurs le personnage littéraire. Un personnage est toujours qui il est, ou qui elle est, ne se modifie jamais, est permanent, immortel. Tous les spectateurs de <em>Hamlet </em>meurtent éventuellement, mais Hamlet demeure, vivant et immuable sur les pages de la pièce. Comme dit le Père à un certain moment, un personnage &#8220;est toujours &#8216;quelqu&#8217;un&#8217;. Mais un homme&#8230;pourrait fort bien n&#8217;être &#8216;personne&#8217;.&#8221;</p>
<p>Que de fantaisies futiles, direz-vous. Mais songez à ceci: l&#8217;art est l&#8217;essence de la vie. L&#8217;art est la vie, mais sans la banalité, sans l&#8217;ordinaire, sans le terre à terre. Dans un roman, un personnage ne fait jamais perdre son temps au lecteur en l&#8217;amenant au supermarché ou en le prenant à témoin de son brossage de dents et de l&#8217;usage de la soie dentaire, et dans une pièce, on épargne au spectateur les Bonjour-comment-ça-va et autres banalités qui saupoudrent nos échanges quotidiens. Ces choses sont exclues parce que le roman ou la pièce doivent se limiter à raconter l&#8217;essentiel. Ces œuvres possèdent donc une vérité plus vaste qu&#8217;une grande partie de la réalité, souvent ennuyeuse et insignifiante. Si vous continuez d&#8217;affirmer que le théâtre et les romans manquent quand même de réalité, ne faudrait-il pas que ce soit dit en le regrettant plutôt qu&#8217;avec arrogance. Ne souhaitons-nous pas que la vie soit plus semblable à l&#8217;art? Beaucoup, <em>beaucoup</em> de gens le souhaiteraient, il me semble. Et certains y arrivent vraiment. Est-ce que l&#8217;expression courante &#8220;c&#8217;est un vrai personnage&#8221; au sujet de quelqu&#8217;un qui nous fait une forte impression n&#8217;en est pas la preuve? C&#8217;est du pur Pirandello.</p>
<p>Ce que Pirandello veut faire, d&#8217;après moi, c&#8217;est remettre en question le contenu et l&#8217;apparence de la réalité. La réalité est moins réelle qu&#8217;elle n&#8217;en a l&#8217;air. De plus, il peut être difficile de voir la vérité, et encore plus de l&#8217;accepter. Une autre façon de le dire serait d&#8217;affirmer que la vie est davantage un produit de l&#8217;imagination que nous ne le réalisons. Alors nous sommes nous aussi, parfois, des personnages en quête d&#8217;un auteur, d&#8217;une direction, d&#8217;un sens, tandis qu&#8217;à d&#8217;autres moments nous sommes des acteurs consciemment—ou peut-être inconsciemment—en train de jouer notre rôle.  <em> </em></p>
<p>J&#8217;espère que vous aurez l&#8217;occasion un jour de voir sur scène <em>Six personnages en quête d&#8217;auteur</em>. J&#8217;en ai vu une version moderne il y a quelques années à Londres. Ce fut une expérience vivifiante.</p>
<p>Je regrette que la traduction que je vous envoie ne soit pas très bonne. Elle date de près de soixante ans et est écrite en anglais britannique désuet. Il y a même un personnage qui s&#8217;exclame &#8220;By Jove!&#8221; Cela me hérisse, mais c&#8217;est la seule version que j&#8217;aie pu trouver à pied levé. En sus, le livre est en mauvais état. Mais cela n&#8217;est qu&#8217;une réalité passagère d&#8217;une œuvre d&#8217;art par ailleurs toujours vraie.</p>
<p>Cordialement vôtre, </p>
<p>Yann Martel   </p>
<p>P.J.: un livre  de poche dédicacé </p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=mVF8zy8EEqQ:QBvBDEf4CK4:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=mVF8zy8EEqQ:QBvBDEf4CK4:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/mVF8zy8EEqQ" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/12/06/livre-numero-96-six-personnages-en-quete-dauteur-de-luigi-pirandello/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/12/06/livre-numero-96-six-personnages-en-quete-dauteur-de-luigi-pirandello/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 95: La ronde de l’amour, de W. Somerset Maugham</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/LNEFI_cJEc0/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/11/22/livre-numero-95-cakes-and-ale-de-w-somerset-maugham/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 22 Nov 2010 06:03:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2411</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, avoir bavardé avec Thomas Hardy, être comme Rosie, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, La couverture est vilaine, mais le livre est bon. La [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Cakes-and-Ale-de-W.-Somerset-Maugham.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2413" style="float: right;" title="Cakes and Ale, de W. Somerset Maugham" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Cakes-and-Ale-de-W.-Somerset-Maugham-150x241.jpg" alt="" width="150" height="241" /></a><strong>Dédicace: </strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
avoir bavardé avec Thomas Hardy,<br />
être comme Rosie,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>La couverture est vilaine, mais le livre est bon. <em>La ronde de l&#8217;amour</em>—<em>Cakes and Ale </em>en anglais—est la première œuvre de Somerset Maugham que je vous envoie. Maugham est un écrivain anglais qui a vécu de 1874 à 1965, auteur prolifique de romans, de pièces de théâtre, de nouvelles, et de récits de voyage. Son chef-d&#8217;œuvre est <em>Servitude humaine</em>—<em>Of human bondage</em>. Oh, à quelle peine se soumet le coeur qui se languit d&#8217;amour! Mais le calvaire de Philip Carey aux mains de Mildred devra attendre, quand vous disposerez de plus de temps pour lire: <em>Servitude humaine</em> est un livre long, de près de sept cents pages. Alors <em>La ronde de l&#8217;amour</em>, avec ses 190 pages bien comptées, devra suffire pour l&#8217;instant.</p>
<p>Normalement, je pense qu&#8217;on ne situerait pas Maugham au premièr plan de la littérature anglaise. Sa pratique littéraire était trop vieillotte, ignorant toute nouveauté, toute expérimentation. Il écrivait des romans à la même époque où ses contemporains modernistes, Hemingway, Faulkner, Joyce et Woolf réinventaient le roman. Mais qu&#8217;à cela ne tienne, écrire n&#8217;est pas un concours. Tant que la lecture est plaisante, continuons à lire. Maugham s&#8217;appuyait sur les piliers d&#8217;une bonne histoire—personnage, intrigue, émotion—et il s&#8217;en servait très bien.</p>
<p><em>La ronde de l&#8217;amour</em> met en vedette des membres de ma profession. J&#8217;ai pensé que ça pourrait vous amuser de voir comment les scribouilleurs fonctionnent. Les principaux personnages—Edward Driffield, Alroy Kear, William Ashenden—sont tous les trois écrivains. Le premier est décrit comme auteur majeur de la fin de la littérature victorienne, le second comme ayant plus d&#8217;ambition que de talent, tandis que le troisième est notre narrateur, modeste mais plutôt irascible. On dit que Maugham s&#8217;est inspiré de Thomas Hardy pour son personnage d&#8217;Edward Driffield. Dans la préface qu&#8217;il a écrite, Maugham mentionne qu&#8217;un jour, lors d&#8217;un dîner, il avait rencontré Thomas Hardy, alors âgé, et qu&#8217;il avait bavardé en tête-à-tête avec lui pendant trois quarts d&#8217;heure (imaginez ça: converser seul à seul avec Thomas Hardy!), mais il nie explicitement un quelconque lien. Il pose ce jugement surprenant sur Hardy: &#8220;J&#8217;ai lu <em>Tess d&#8217;Urberville </em>à dix-huit ans avec un enthousiasme tel que j&#8217;ai décidé que j&#8217;allais épouser une fille de ferme, mais je n&#8217;ai jamais été aussi emballé par ses autres livres que la plupart de mes contemporains, et je ne pensais pas que son anglais était très bon.&#8221; C&#8217;est ce que dit Maugham, mais son personnage de William Ashenden émet une opinion tout aussi tiède au sujet du fictif grand écrivain Edward Driffield. Créer une aura de gloire pour un personnage est difficile, et Maugham y arrive admirablement avec Driffield, mais si vous préférez croire que Driffield est Hardy, allez-y. Il n&#8217;y a pas de problème à amplifier la fiction. Cela ne fera qu&#8217;enrichir le plaisir de votre lecture.</p>
<p>Ce qui lie ces trois personnages, certainement le premier et le troisième directement, c&#8217;est la voluptueuse, insouciante et belle Rosie Driffield. Elle est la première épouse d&#8217;Edward, l&#8217;ancienne maîtresse de William Ashenden, et elle est cause d&#8217;embarras pour Alroy Kear. Car, vous comprenez, la <em>seconde</em> épouse de Driffield a chargé Kear d&#8217;écrire la biographie du grand homme, et Rosie, aux mœurs honteusement libres, est tout aussi difficile à traiter dans la biographie qu&#8217;il prépare qu&#8217;elle est impossible à ignorer.</p>
<p>Ce qui est consternant dans le roman, c&#8217;est à quel point les questions de classe sociale dominent et restreignent la vie des personnages. Il y a des gens qu&#8217;une personne peut connaître et fréquenter, et il y a des classes entières avec lesquelles il lui faut garder un rapport strictement professionnel des plus rigides. En fait, Rosie est la seule à vivre la vie de son choix, détachée de pareilles notions de correction et de décence. Et cela l&#8217;amène à vivre ses émotions, où qu&#8217;elles la mènent.</p>
<p>Voyez si vous aimez ce premier aperçu de Maugham. Ses nouvelles sont superbes également.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=LNEFI_cJEc0:T5bWZiX-CRU:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=LNEFI_cJEc0:T5bWZiX-CRU:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/LNEFI_cJEc0" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/11/22/livre-numero-95-cakes-and-ale-de-w-somerset-maugham/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/11/22/livre-numero-95-cakes-and-ale-de-w-somerset-maugham/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 94: Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/Xglmc5B44Ew/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/11/08/livre-numero-94-le-premier-qui-pleure-a-perdu-de-sherman-alexie/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 08 Nov 2010 06:03:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2387</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, d’un écrivain canadien, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Il y a trois ans (eh oui, aussi longtemps que cela) je vous ai envoyé le roman Les Oranges ne sont pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Le-premier-qui-pleure-a-perdu-de-Sherman-Alexie.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2390" style="float: right;" title="Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/11/Le-premier-qui-pleure-a-perdu-de-Sherman-Alexie-150x225.jpg" alt="" width="150" height="225" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
d’un écrivain canadien,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Il y a trois ans (eh oui, aussi longtemps que cela) je vous ai envoyé le roman <em>Les Oranges ne sont pas les seuls fruits, </em>de l&#8217;écrivaine anglaise Jeanette Winterson. Comme vous vous en souviendrez—et avec plaisir, j&#8217;espère—c&#8217;était l&#8217;histoire d&#8217;une jeune fille, Jeanette, aux prise avec deux mondes, celui du christianisme fondamentaliste et celui d&#8217;une sexualité lesbienne naissante. Elle doit choisir auquel de ces deux univers elle veut appartenir. Il faut que ce soit l&#8217;un ou l&#8217;autre. Elle ne peut pas alors être à la fois chrétienne et lesbienne, pas, en tout cas, en son temps et là où elle vivait.</p>
<p>Le roman que je vous envoie cette semaine, <em>Le premier qui pleure a perdu, </em>de l&#8217;auteur américain Sherman Alexie, met en scène un conflit en quelque sorte similaire. Junior, le personnage principal, un adolescent indien de la tribu Spokane, vit dans une Réserve dans l&#8217;État de Washington. C&#8217;est un endroit minable. La plupart des adultes sont pauvres, alcooliques et miséreux, et la plupart des enfants sont de malheureux démunis en train de devenir alcooliques. Junior décide un jour de changer d&#8217;école. Il va quitter celle de la Réserve et fréquenter l&#8217;école secondaire de Reardan, le petit village de fermiers juste au bout de la route. Mais il y a un problème: l&#8217;école de Reardan est complètement blanche. Le seul autre Indien qui s&#8217;y trouve est la mascotte de l&#8217;école. Et bien des gens sur la Réserve considèrent qu&#8217;en quittant ainsi, Junior trahit son peuple. Pour sa part, Junior a le sentiment que s&#8217;il reste, quelque chose en lui va mourir. Il va de l&#8217;avant et commence à fréquenter l&#8217;école secondaire de Reardan.</p>
<p><em>Le premier qui pleure a perdu</em> est un livre très drôle, paradoxalement d&#8217;une manière plutôt triste. La prose en est simple, efficace et elle est destinée aux lecteurs adolescents. Mais l&#8217;histoire s&#8217;adresse à tous, adolescents ou adultes. Elle pose des questions difficiles. Comment poursuivre sa vie quand celle-ci est vraiment moche? Qu&#8217;est-ce qui vous soutient quand les choses vont mal? La réponse d&#8217;Alexie est que le salut sur terre tient à la capacité de trouver en soi des ressources pour aller de l&#8217;avant et surmonter les obstacles. Mais chaque bataille a son coût, même celle que l&#8217;on gagne. Junior s&#8217;en tire donc bien à l&#8217;école secondaire de Reardan, mais il vit maintenant dans un monde de blancs et laisse derrière lui l&#8217;identité indienne qu&#8217;il connaissait. Contrairement au dilemme de Jeanette dans <em>Les Oranges</em> qui impose un choix exclusif, le dilemme de Junior est moins radical. Ce n&#8217;est pas la question d&#8217;une identité ou d&#8217;une autre, mais de deux identités qui se mélangent inconfortablement, blanche et indienne, d&#8217;où l&#8217;Indien &#8220;à temps partiel&#8221; du titre en anglais. En prévenant la mort d&#8217;une partie de lui-même dans la Réserve, une autre partie de Junior mourra-t-elle dans le monde blanc?</p>
<p>Ce serait plaisant de croire qu&#8217;un jour Junior ne sera plus déchiré par ce qui ressemble à des opposés existentiels, que son moi indien sera enrichi en devenant un peu blanc (quel que soit le sens de cette expression) et que son univers blanc tirera profit de devenir un petit peu indien (quel que soit le sens de cette expression), jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il n&#8217;y ait plus de frictions entre ces deux mondes. C&#8217;est plutôt bien, n&#8217;est-ce pas, d&#8217;être quelqu&#8217;un à temps partiel seulement. Indien à temps partiel, blanc à temps partiel, écrivain à temps partiel, père de famille à temps partiel, ceci à temps partiel, cela à temps partiel—n&#8217;est-ce pas une manière différente de dire que Junior a grandi pour devenir un être humain hybride normal du 21e siècle, tout un riche univers en soi, varié et complexe, mais quand même entier?</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir…</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=Xglmc5B44Ew:zpF-gUjFRcs:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=Xglmc5B44Ew:zpF-gUjFRcs:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/Xglmc5B44Ew" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/11/08/livre-numero-94-le-premier-qui-pleure-a-perdu-de-sherman-alexie/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/11/08/livre-numero-94-le-premier-qui-pleure-a-perdu-de-sherman-alexie/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 93: Selected Poems,  de Yevgeny Yevtushenko, traduits à l’anglais par Robert Milne-Gulland et Peter Levi</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/xtn-bWwqaQM/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/10/25/livre-numero-93-selected-poems-de-yevgeny-yevtushenko-traduits-a-langlais-par-robert-milne-gulland-et-peter-levi/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 25 Oct 2010 06:03:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2351</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, avez-vous fait une erreur? d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, La politique est l&#8217;art du compromis, dit-on. Quand un journal publie la photo de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/10/Poemes-choisis-de-Yevgeny-Yevtushenko.jpg"><img style="float: right;" title="Poemes choisis, de Yevgeny Yevtushenko" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/10/Poemes-choisis-de-Yevgeny-Yevtushenko-150x237.jpg" alt="" width="150" height="237" /></a></p>
<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/10/Poemes-choisis-de-Yevgeny-Yevtushenko.jpg"></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
avez-vous fait une erreur?<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>La politique est l&#8217;art du compromis, dit-on. Quand un journal publie la photo de deux personnalités politiques qui se serrent la main, un large sourire aux lèvres, que ce soit à Washington, au Moyen-Orient ou ailleurs, le plus probable est qu&#8217;on célèbre un compromis, une percée où des parties opposées sont parvenues à un accord en faisant des concessions. Le compromis fructueux est le moyen par excellence de favoriser la paix sociale, qu&#8217;il s&#8217;agisse de groupes en concurrence ou d&#8217;une personne seule par rapport à d&#8217;autres. Tout individu ou tout groupe qui se campe trop fermement sur ses positions, qui n&#8217;est nullement disposé à négocier avec un autre, se retrouve vite au cœur de constantes frictions sociales et perd toute paix qu&#8217;il aurait souhaitée. Le compromis, par ailleurs, ne sert pas seulement à assurer l&#8217;harmonie sociale, il aide aussi à établir des relations car le compromis est habituellement le résultat d&#8217;un dialogue ouvert et d&#8217;une meilleure familiarité avec l&#8217;adversaire. De telles relations, en plus de rendre le compromis possible, peuvent en arriver à réduire les différends qui étaient à l&#8217;origine de l&#8217;antagonisme. En politique, le compromis fructueux fait souvent disparaître les difficultés. Prenez l&#8217;Irlande du Nord, par exemple. &#8220;Les Troubles&#8221;, comme on en vint à les nommer, ont commencé à la fin des années 1960 et, pendant trois décennies, les Unionistes protestants et les Nationalistes catholiques se sont querellés, tuant hommes, femmes et enfants, dont certains étaient engagés dans les Troubles, d&#8217;autres de simples passants. On n&#8217;aurait pu trouver haine plus intense. Et pourtant, éventuellement, grâce à de lents et constants efforts, les parties en conflit ont signé une trêve, l&#8217;Accord du Vendredi saint de 1998, et maintenant, dans l&#8217;ensemble, la paix est rétablie en Irlande du Nord. Un compromis en a fini avec les Troubles et, avec le temps, à mesure que la paix pénètre le tissu social, on espère que les causes initiales des Troubles vont disparaître. Le compromis de l&#8217;Accord du Vendredi saint a éloigné les difficultés et continue de les maintenir à distance. Ça, c&#8217;est de la politique efficace.  </p>
<p>Mais le compromis n&#8217;est pas votre façon de faire. Vous êtes entré tôt en politique, sans expérience marquante en entreprise ou ailleurs dans le monde du travail qui vous ait enseigné la valeur de l&#8217;accommodement. Il y a eu la Coalition nationale des citoyens, que vous avez présidée pendant quelques années, mais comme c&#8217;est un groupe de pression, ce n&#8217;est guère le genre d&#8217;endroit où on met en pratique la devise &#8220;Dialoguons&#8221;. Vous affirmez vos principes et votre idéologie et vous attendez—vous vous attendez, en fait—que le pays en vienne à partager vos vues. En toute honnêteté, je doute que cela arrive. Vous êtes au pouvoir depuis maintenant plus de quatre ans, en une période où l&#8217;opposition est divisée et, dans le cas des Libéraux, discréditée, et pourtant vous n&#8217;avez réussi à obtenir que deux gouvernements minoritaires de suite et les sondages n&#8217;indiquent pas que vous progressiez d&#8217;une manière significative.</p>
<p>Permettez-moi donc de vous présenter Yevgeny Yevtushenko. Yevtushenko est un poète russe né en 1933. Il avait vingt ans et arrivait à sa majorité en tant que poète quand Staline est mort en 1953. Yevtushenko a profité de l&#8217;accalmie de la répression dans la vie soviétique au cours des années suivantes, sous Nikita Kruschev, et est vite devenu la voix poétique d&#8217;une génération post-stalinienne qui aspirait à une plus grande liberté (c&#8217;est à ce moment-là qu&#8217;<em>Une journée d&#8217;Ivan Denissovich </em>d&#8217;Aleksandre Soljenitsyne, que je vous ai fait parvenir il y a un certain temps, a aussi été publié). Yevtushenko écrivait des poèmes qu&#8217;aucun poète sous Staline n&#8217;aurait osé écrire, pas si ce poète souhaitait continuer à vivre. <em>Babi Yar </em>en est un exemple, un poème inclus dans ce recueil que je vous envoie cette semaine. Babi Yar est un ravin en bordure nord de la ville de Kiev, en Ukraine. On estime à environ cent mille, les personnes innocentes de tous âges qui y ont été assassinées par les Nazis. Les victimes étaient des gitans et des prisonniers de guerre, mais en grande majorité, c&#8217;étaient des Juifs. Yevtushenko, qui n&#8217;est pas juif, écrivit le poème pour protester contre la construction envisagée par les autorités soviétiques d&#8217;une installation sportive sur le site du massacre. Le poème pleure les morts juives, mais châtie aussi le peuple russe pour sa haine des Juifs. C&#8217;est un poème émouvant et, en s&#8217;attaquant explicitement à la victimisation des Juifs comme si c&#8217;était la sienne propre, en affirmant son humanité partagée avec eux, Yevtushenko fait preuve de courage puisqu&#8217;il est le citoyen d&#8217;un pays reconnu pour son inimitié envers les Juifs.</p>
<p>Yevtushenko s&#8217;est mérité gloire et honneurs, autant à l&#8217;Est qu&#8217;a l&#8217;Ouest, au long des années 1950 et 1960. Il a beaucoup voyagé dans les pays de l&#8217;Occident. Si vous cherchez son nom sur Wikipedia, vous verrez une photo de lui, datant de 1972, en conversation avec le président Richard Nixon (ce qui me rappelle que le président Obama m&#8217;a écrit—qui savait que les présidents américains avaient une telle tradition de prêter attention aux écrivains). &#8220;Voici,&#8221; semble dire l&#8217;Union Soviétique, &#8220;une preuve que nous ne sommes pas une société répressive. Nous aussi, nous pouvons produire une poésie de qualité qui nous critique, et voici le poète qui en est le modèle.&#8221;</p>
<p>Sa poésie est-elle vraiment à la hauteur? Et bien, dans ce court recueil, elle se défend très bien. Sauf pour <em>Babi Yar</em>, la politique y est pour bien peu de chose. Ou en tout cas elle n&#8217;est pas plus présente que dans la poésie américaine ou canadienne. Une forte proportion en est bucolique, ce qui me rappelle que la Russie, le plus grand pays au monde même sans les anciens satellites soviétiques, est, <em>ipso facto</em>, essentiellement rurale. Plusieurs poèmes respirent un sens commun et une humanité accessible qui rappellent Robert Frost.</p>
<p>Mais est-ce qu&#8217;il s&#8217;est compromis? Du début à la fin, l&#8217;Union soviétique a été un état répressif où toute liberté était, sinon totalement niée, au moins sous constante et haute surveillance. Dans un tel État, était-il possible d&#8217;être un poète libre? Nombreux sont ceux qui ont critiqué Yevtushenko, dont rien moins que l&#8217;éminent poète et critique russo-américain Joseph Brodsky (avez-vous entendu parler de lui?), qui l&#8217;a accusé d&#8217;être un fourbe et un imposteur, un poète qui avait au cou le collier attaché à une laisse tenue par le Kremlin et qui aboyait et grondait seulement quand et aussi longtemps que cela convenait au Kremlin.</p>
<p>De toute évidence, certains écrivains ont payé un bien plus grand prix pour leurs écritures, forcés à l&#8217;exil, comme Soljenitsyne ou Brodsky, ou, pire encore, envoyés dans une prison de l&#8217;Union soviétique. Peut-être Yevtushenko espérait-il que son pays changerait et s&#8217;ouvrirait aux droits civils? Peut-être aimait-il tout simplement son pays, y inclus ses idéaux communistes? Peut-être que l&#8217;idée d&#8217;un exil permanent, de vivre pour toujours dans un pays dont la langue, les habitudes, la nourriture lui seraient étrangères lui glaçait-elle l&#8217;âme? En d&#8217;autres mots, est-ce que Yevtushenko croyait en son pays d&#8217;une manière distincte de celle de Soljenitsyne et Brodsky?</p>
<p>Je ne prends pas position sur ce sujet. Je n&#8217;en sais pas assez sur Yevtushenko et l&#8217;histoire soviétique, et je ne peux porter de jugement. Sa poésie est plaisante à lire, mais l&#8217;homme politique derrière les poèmes reste difficile à cerner. Une chose est certaine, Yevtushenko a été accusé de se compromettre dans ses relations avec l&#8217;État soviétique. Sa réputation en a souffert. Le compromis, voyez-vous, n&#8217;a pas dans le domaine des arts la valeur qu&#8217;il a dans le domaine de la politique. Il est probable que l&#8217;artiste qui s&#8217;est compromis sera perçu comme un raté, tandis que le politicien qui arrive à un compromis sera perçu comme un gagnant. Si la politique est l&#8217;art du compromis, alors l&#8217;art est la politique de l&#8217;intransigeance. Les artistes défendent ardemment une liberté dont ils ont un besoin intense. C&#8217;est précisément de cette liberté, de cette individualité que l&#8217;art surgit. Un compromis, l&#8217;acceptation d&#8217;une conformité, la reddition, c&#8217;est tuer la pulsion créatrice. L&#8217;art véritable n&#8217;admet pas de compromis. Le grand artiste y va de son &#8220;Voilà où j&#8217;en suis, ceci est ma vision—c&#8217;est à prendre ou à laisser!&#8221; Dans les arts, il n&#8217;y a pas de parlement auquel l&#8217;artiste doive rendre des comptes, pas de Période des questions auquel il ou elle ait à se soumettre. L&#8217;art, c&#8217;est le lieu de ceux ou celles qui n&#8217;acceptent pas de compromis.</p>
<p>De là vient la question que je vous pose, Monsieur Harper. Est-ce que vous n&#8217;avez pas choisi la mauvaise profession? Ne serait-il pas possible que vous soyez un artiste inassouvi?</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=xtn-bWwqaQM:i3se98MpCec:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=xtn-bWwqaQM:i3se98MpCec:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/xtn-bWwqaQM" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/10/25/livre-numero-93-selected-poems-de-yevgeny-yevtushenko-traduits-a-langlais-par-robert-milne-gulland-et-peter-levi/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/10/25/livre-numero-93-selected-poems-de-yevgeny-yevtushenko-traduits-a-langlais-par-robert-milne-gulland-et-peter-levi/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 92: Le joueur d’échecs, de Stefan Zweig</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/4TqxujgZ298/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/10/11/livre-numero-92-le-joueur-dechecs-de-stefan-zweig/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 11 Oct 2010 06:03:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2325</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, à vous de jouer, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Jouez-vous aux échecs? Je suis sûr que vous avez déjà joué. C&#8217;est un jeu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/10/Le-joueur-déchecs-de-Stefan-Zweig.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2327" style="float: right;" title="Le joueur d'échecs, de Stefan Zweig" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/10/Le-joueur-déchecs-de-Stefan-Zweig-150x245.jpg" alt="" width="150" height="245" /></a><strong>Dé</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
à vous de jouer,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Jouez-vous aux échecs? Je suis sûr que vous avez déjà joué. C&#8217;est un jeu qui possède un attrait tout particulier parmi les jeux. Stefan Zweig le dit bien:</p>
<p style="padding-left: 30px;">&#8230;ancien et pourtant éternellement jeune; de structure mécanique, mais dont l&#8217;efficacité dépend entièrement de l&#8217;imagination; restreint à un espace géométriquement limité, et pourtant sujet à un nombre infini de combinaisons; constamment en développement, et pourtant stérile; une pensée qui ne mène nulle part; des mathématiques qui ne calculent rien; de l&#8217;art sans œuvre d&#8217;art; une architecture sans âme—mais cependant on constate qu&#8217;il est plus durable en soi et dans sa pérennité que tous les livres et toutes les œuvres d&#8217;art; le seul jeu qui appartienne à tous les peuples de tous les temps même si personne ne sait quel dieu l&#8217;a  amené sur terre pour vaincre l&#8217;ennui, aiguiser les sens et muscler l&#8217;esprit. Où commence-t-il et où finit-il?</p>
<p>(Il me vient à l&#8217;esprit que les réflexions de Zweig pourraient aussi bien s&#8217;appliquer au sexe, sauf pour la référence à la stérilité, mais cela n&#8217;a rien à voir.) Les échecs sont un  jeu d&#8217;une redoutable complexité. À part le go, je ne connais pas d&#8217;autre jeu qui offre autant de stratégies possibles. Et les échecs exercent un autre attrait: la totale absence de chance. Les échecs sont un jeu foncièrement logique où les coups de chance n&#8217;existent pas. Qu&#8217;on gagne ou qu&#8217;on perde, cela dépend toujours uniquement de l&#8217;intelligence et de l&#8217;esprit qu&#8217;on apporte à l&#8217;échiquier. De là vient l&#8217;aura de génie qui entoure les grands joueurs d&#8217;échecs de l&#8217;histoire. Mais si c&#8217;est du génie, c&#8217;est un génie particulier, peut-être profond, mais aussi très étroit, limité aux mouvements des pièces sur l&#8217;échiquier. Bobby Fischer a dit un jour, &#8220;Les échecs, c&#8217;est la vie.&#8221; Eh bien, pas vraiment. Il y a toujours un élément de chance dans la vie: la chance de là où on naît, et de qui; la chance de notre héritage génétique, la chance des circonstances de notre vie; et ainsi de suite. Et puis la vie n&#8217;est pas logique. En fait, selon un bon nombre de penseurs et d&#8217;écrivains, il n&#8217;est guère certain que la vie ait un sens. Mais les règles des échecs sont simples et elles permettent un jeu d&#8217;une vaste complexité, tout comme la vie, pourrait-on argumenter, possède  des règles simples mais donne lieu à une expérience vaste et complexe. Et nous faisons face aux défis dans la vie, tout comme il y a des défis aux échecs, les pièces noires contre les pièces blanches. Le parallèle est approximatif, certes, mais cette simplification de la vie est plaisante, où il n&#8217;y a que la force de la personnalité qui compte et où chacun contrôle son propre destin. On peut regarder l&#8217;échiquier et imaginer une scène de bataille—ou peut-être la Période des questions.</p>
<p><em>Le joueur d&#8217;échecs</em> de Stefan Zweig fut une publication posthume, l&#8217;auteur s&#8217;étant suicidé en 1942 au Brésil, où il était allé se réfugier avec sa femme pour échapper aux nazis. Zweig fut l&#8217;écrivain européen typique dans la période de l&#8217;entre-deux-guerres, un homme pris entre des bains de sang et qui tenta de trouver une signification à un monde devenu fou. Il s&#8217;y est appliqué en cherchant le monde &#8220;vrai&#8221; dans une série de biographies et en &#8220;échappant&#8221; à ce monde dans des œuvres telles que <em>Le joueur d&#8217;échecs</em>. Mais on ne peut jamais s&#8217;échapper. La réalité de la vie de Zweig se glissa dans ses oeuvres de fiction. Vous allez le constater dans <em>Le joueur d&#8217;échecs</em>. L&#8217;histoire se déroule sur quelques jours à bord d&#8217;un paquebot qui navigue de New York à Buenos Aires. Le champion du monde des échecs, Mirko Czentovic, est l&#8217;un des passagers. Quelques amateurs d&#8217;échecs l&#8217;amènent à jouer une partie, lui contre eux tous. Czentovic les bat facilement. Ils jouent une fois de plus. On dirait que les amateurs sont sur le point de perdre encore. Une voix s&#8217;élève cependant dans la foule et fait une suggestion surprenante pour le coup qui vient. Les amateurs acceptent sa suggestion, et le font encore pour les coups suivants, chaque proposition faite d&#8217;une voix urgente par cet étranger. À l&#8217;étonnement de tous, finalement, c&#8217;est une partie nulle. L&#8217;étranger accepte avec réticence de jouer le lendemain une partie en tête à tête avec le champion du monde. Mais qui est cet étranger? Où et comment a-t-il acquis ses connaissances exceptionnelles aux échecs? <em>Le  joueur d&#8217;échecs</em>  possède cette unité d&#8217;action, de lieu et de temps dont Aristote disait qu&#8217;elle était la caractéristique d&#8217;une bonne histoire, et il s&#8217;agit bien d&#8217;une bonne histoire. Elle vous captive. Vous montez en pensée à bord de ce paquebot et vous vous pressez, tout comme les joueurs d&#8217;échecs, jusqu&#8217;au fumoir où les parties ont lieu. Mais malgré le cadre séduisant de cette fiction, si éloignée du monde et de son  tintamarre, on ne parvient quand même pas à oublier ce monde. L&#8217;expérience vécue par Stefan Zweig avec les nazis imprègne la partie centrale de cette novella. Le jeu d&#8217;échecs y est décrit comme une échappatoire nécessaire, une obsession qui permet à son personnage de préserver sa santé mentale.</p>
<p>Car il s&#8217;agit là d&#8217;une autre des qualités que possède le jeu d&#8217;échecs: un jeu qui est tout à fait logique, où les émotions fortes n&#8217;ont aucun rôle, où une raison rigoureuse permet de gagner et où la défaite vient essentiellement d&#8217;une faute dans sa propre raison, un tel jeu, dans un monde devenu fou, c&#8217;est un soulagement.</p>
<p>Il y a peut-être des jours sur la Colline parlementaire, Monsieur Harper, où vous avez envie de vous retirer dans votre bureau et d&#8217;y jouer aux échecs. Après tout, vous êtes encore aux prises avec un gouvernement minoritaire, et il y a eu tous ces éclats au sujet de la prorogation de la Chambre, les débats concernant des documents sur les détenus Afghans, les sommets qui ont coûté des milliards, les colères suscitées par l&#8217;élimination du recensement obligatoire, les efforts inutiles qui visaient à éliminer l&#8217;enregistrement des armes à feu, les emportements de l&#8217;ombudsman des anciens combattants et d&#8217;autres controverses encore—tout cela doit vous fatiguer. Vous aimez avoir le contrôle. Vous avez des idées établies quant à ce qui doit être, mais constamment vous échouez. Constamment, l&#8217;imprévisible a lieu. Est-ce que ce ne serait pas bien si la politique était une partie d&#8217;échecs où vous puissiez tout simplement vous asseoir et intimider vos adversaires  jusqu&#8217;à ce que vous fassiez échec et mat?</p>
<p>Mais, fort heureusement, le système politique canadien ne fonctionne pas ainsi. Au contraire, vous jouez une partie dans la vraie vie où vous avez perdu un bon nombre de pièces. Comment se terminera la partie? Je me le demande.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel </p>
<p>P.J.: un livre  de poche dédicacé </p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=4TqxujgZ298:ySKewGhNmVc:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=4TqxujgZ298:ySKewGhNmVc:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/4TqxujgZ298" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/10/11/livre-numero-92-le-joueur-dechecs-de-stefan-zweig/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/10/11/livre-numero-92-le-joueur-dechecs-de-stefan-zweig/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 91: La Chanson des Nibelungen, dans une traduction du vieil allemand à l’anglais de Cyril Edwards</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/6zi-URrIXuc/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/09/27/livre-numero-91-la-chanson-des-nibelungen-dans-une-traduction-du-vieil-allemand-a-langlais-par-cyril-edwards/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 27 Sep 2010 06:03:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2290</guid>
		<description><![CDATA[Une réponse a été reçue pour le livre numéro 85. Voir &#8220;Réponses reçues&#8221;. Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs voeux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, J&#8217;étais en Allemagne la semaine [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une réponse a été reçue pour le livre numéro 85. Voir &#8220;Réponses reçues&#8221;</strong>.</p>
<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/09/The-Nibelungenlied.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2291" style="float: right;" title="La Chanson des Nibelungen" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/09/The-Nibelungenlied-150x228.jpg" alt="" width="150" height="228" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs voeux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>J&#8217;étais en Allemagne la semaine dernière pour faire la promotion de mon dernier roman et j&#8217;ai pensé qu&#8217;une fois sur place, je pourrais trouver une œuvre allemande pour vous. Ma première idée avait été de vous envoyer<em> La mort à Venise</em>, de Thomas Mann, véritable œuvre de virtuose. Mais alors que je bouquinais dans la section des livres en langues étrangères d&#8217;une librairie de Francfort, mes yeux sont tombés sur le livre que je vous envoie cette semaine, <em>La Chanson des Nibelungen</em>. C&#8217;est l&#8217;illustration médiévale de la couverture qui a d&#8217;abord attiré mon attention, et puis l&#8217;imprimatur qui apparaît sous le titre m&#8217;a tenté encore plus: Oxford World&#8217;s Classics. C&#8217;était un classique dont je n&#8217;avais jamais entendu parler—quelle meilleure raison de le lire? Le titre n&#8217;est pas très captivant, mais je peux vous en assurer: c&#8217;est bien un grand livre.</p>
<p><em>La Chanson des Nibelungen</em> est issue de la tradition orale et a finalement été mise par écrit—on ne sait si de manière rigoureuse ou en prenant des libertés—par un poète anonyme aux environs de l&#8217;année 1200; il s&#8217;agit là, selon les mots mêmes du traducteur, Cyril Edwards, dans son introduction, &#8220;du plus grand poème—appelé aussi lai—héroïque allemand médiéval, une histoire de vengeance d&#8217;envergure épique qu&#8217;on a, avec justesse, comparée aux oeuvres d&#8217; Homère&#8230;&#8221; L&#8217;introduction, par ailleurs, est utile mais elle n&#8217;est pas essentielle. Vous pouvez plonger directement dans l&#8217;épopée. Malgré le fossé temporel qui nous sépare de cette époque et les changements majeurs qui sont intervenus depuis dans notre pensée et nos moeurs, il y a encore un attrait émotionnel dans cette œuvre qui la rend intemporelle. Il n&#8217;y a plus de chevaliers ni de damoiselles qui habitent notre univers, mais l&#8217;amour, la fidélité, l&#8217;héroïsme, l&#8217;envie, la traîtrise, le désir de vengeance—ce sont toutes des émotions que nous ressentons encore aujourd&#8217;hui et qui figurent dans les romans et les films de tous les genres, des plus littéraires aux histoires d&#8217;amour à l&#8217;eau de rose et aux thrillers.</p>
<p>Le langage dans cet ouvrage, autant celui du ménestrel qui raconte que celui des divers personnages, est gracieux et courtois, plein de flatteries fleuries. Tout chevalier est un héros à la beauté éblouissante, il est toujours vêtu des plus fins tissus que le monde ait jamais vus, il plus fort que Samson ou Arnold Schwarzenegger et plus riche que Crésus ou Bill Gates. Et il en va de même pour les dames. Mais l&#8217;action trahit les mots. La traîtrise succède à l&#8217;échange le plus aimable. Aux délicatesses mondaines qu&#8217;elles échangent d&#8217;abord, les Reines commencent ensuite à se traiter l&#8217;une l&#8217;autre de mégère et de catin, et un chevalier qui a fait serment de loyauté éternelle envers un autre peut fort bien le poignarder peu après dans le dos. C&#8217;est une lecture mémorable!</p>
<p>Je doute que <em>La Chanson des Nibelungen </em>décrive avec une précision anthropologique les véritables comportements de la noblesse du centre de l&#8217;Europe d&#8217;il y a mille ans. C&#8217;est une oeuvre de littérature, non d&#8217;histoire. Mais il y a là quelque chose à gagner pour le lecteur moderne. Si les véritables comportements n&#8217;y sont pas décrits, par contre les comportements <em>idéaux </em>le sont sûrement. La traîtrise de Prunhilt, de Gunther et, surtout, de Hagen—et vous allez voir à quel point ils sont profondément perfides—offre un énorme contraste en comparaison de l&#8217;attitude honnête et honorable de ceux qu&#8217;ils trahissent, Sivrit et Kriemhilt. Les caractéristiques du comportement de ces deux derniers nous donnent une lecture fascinante sur la mentalité de l&#8217;époque.</p>
<p>Par exemple, vous allez peut-être remarquer un surprenant cosmopolitisme. Les personnages de <em>La Chanson des Nibelungen</em> sont originaires de nombreux endroits: la Bourgogne, les Pays-Bas, l&#8217;Islande, la Hongrie, l&#8217;Autriche, le Danemark. (Un lieu qui n&#8217;est jamais mentionné, c&#8217;est l&#8217;Allemagne, qui n&#8217;existait pas encore en tant que nation; on évoque la Bavière au passage, mais c&#8217;est surtout comme dangereux repaire de brigands.) Et pourtant tous ces personnages se côtoient et s&#8217;entendent sans aucune friction linguistique ou culturelle. Ces bonnes relations vont d&#8217;ailleurs au-delà du langage. Les personnages hongrois, qui ont le Roi Etzel à leur tête, sont des Huns, donc des païens. Ils s&#8217;accordent cependant très bien avec les personnages chrétiens. Mieux encore: Etzel, le roi des Huns (historiquement, c&#8217;est Attila) épouse Kriemhilt, une dévote dame chrétienne et veuve de Sivrit, qui a été tué.</p>
<p>Ce qui m&#8217;a frappé encore plus dans la relation entre les divers nobles, c&#8217;est la générosité matérielle qu&#8217;ils manifestent dans leurs échanges. J&#8217;aurais cru que ces rois et reines, ces chevaliers et ces dames, contrôleraient de près leurs biens et effets. Placés au sommet de la pyramide féodale, ils seraient les bénéficiaires d&#8217;une large part de ce qui était produit par leurs vassaux. Mais les riches n&#8217;ont-ils pas tendance à s&#8217;accrocher à leur richesse? Est-ce qu&#8217;ils n&#8217;emmagasinent pas leur fortune, ne sacrifiant à la charité que ce qui ne diminuera pas l&#8217;abondance de leur richesse, comme dans la parabole de la veuve pauvre dans la Bible? Eh bien pas dans <em>La Chanson des Nibelungen</em>. Prenez ce passage, qui décrit ce que Kriemhilt fait quand elle arrive à la cour de son nouveau mari, le roi Etzel:</p>
<p style="padding-left: 30px;">La reine distribua alors de l&#8217;or et des vêtements, de l&#8217;argent et des pierres précieuses. Tout ce qu&#8217;elle avait apporté avec elle de l&#8217;autre côté du Rhin chez les Huns devait être donné dans sa totalité.</p>
<p><em>Dans sa totalité</em>? Et ce n&#8217;est qu&#8217;un exemple de don. De si généreuses distributions ont lieu encore et encore dans <em>La Chanson des Nibelungen</em>. Les gens donnent constamment, ils donnent et donnent et donnent encore, non seulement à des alliés, où il pourrait y avoir un élément de calcul. Non, les dons sont aussi faits à des invités qui sont des étrangers. Ces continuelles largesses me rappellent un livre que je vous ai envoyé plus tôt. Vous souvenez-vous de <em>The Gift</em>, de Lewis Hyde. Là aussi on parlait de sociétés non basées sur l&#8217;accumulation des richesses mais sur la circulation de la richesse; c&#8217;est-à-dire des sociétés où l&#8217;on croit que la richesse croît si elle est maintenue en mouvement et diminue si elle reste en stagnation. Je ne m&#8217;attendais pas à trouver ce type de dynamique dans l&#8217;Europe centrale du treizième siècle. Une fois de plus, cette générosité incessante ne reflétait peut-être pas la réalité. Je m&#8217;imagine que bien des seigneurs gardaient jalousement leurs sacs d&#8217;or, lançant un regard noir sur tous les étrangers qui passaient. Mais il est quand même intéressant de voir que l&#8217;idéal projeté dans <em>La Chanson des Nibelungen </em>en est un de richesse sans cesse partagée. Le noble idéal est celui ou celle qui donne sans retenue.</p>
<p>Une autre surprise pour moi a été de découvrir à quel point les personnages—rois, seigneurs, chevaliers, maris et femmes—se consultent entre eux et valorisent les avis des uns et des autres. Cela atténue l&#8217;image autoritaire que j&#8217;avais de ces temps éloignés. Ah, et puis les femmes sont fortes. Littéralement, dans le cas de Prunhilt: elle ficelle et accroche à un clou son nouveau mari pour la nuit quand il devient trop hardi. Mais moralement aussi, dans le cas de Kriemhilt, par exemple.</p>
<p>Et finalement, l&#8217;aspect totalement profane de l&#8217;œuvre. On mentionne ici et là le christianisme, et Jésus est parfois invoqué, mais dans la majeure partie du texte, le monde est décrit en termes profanes, avec ses plaisirs et ses tourments bien incarnés. Une fois de plus, mon image d&#8217;une Europe médiévale absolument figée dans une froide immobilité chrétienne a été secouée.</p>
<p>Il y a un curieux procédé narratif qui revient souvent: le paragraphe qui se termine par un commentaires de l&#8217;auteur, mis entre parenthèses. Il arrive fréquemment que ces commentaires annoncent un événement, habituellement tragique, qui aura lieu plus tard dans la narration. Cela élimine sans doute un élément de suspense dans l&#8217;histoire, mais à sa place se crée un réel sentiment d&#8217;appréhension. Puisque l&#8217;histoire était initialement racontée, et non lue, je me demande comment on rendait compte de ces parenthèses. Ce ne sont là que quelques-uns des atouts intellectuels de <em>La Chanson des Nibelungen</em>. Mais, en général, il faut tout simplement prendre plaisir à son parcours.</p>
<p>Il y a eu une suite triste qu&#8217;il faut mentionner. <em>La Chanson des Nibelungen </em>a disparu au 16e siècle. Elle a été redécouverte environ deux cents ans plus tard et est devenue l&#8217;un des éléments d&#8217;autorité du nationalisme allemand du 19e siècle, utilisé par Wagner, par exemple, dans sa tétralogie <em>l&#8217;Anneau du Nibelung</em><em>. </em>Et puis, hélas, les Nazis ont exploité le sort de Sivrit, devenu Siegfried, comme un avertissement littéraire de ce qui pourrait affliger les Aryens s&#8217;ils ne résistaient pas aux traîtrises d&#8217;un peuple &#8220;inférieur&#8221;. C&#8217;est de cette façon que les politiciens pervertissent parfois la littérature.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=6zi-URrIXuc:C59R0RAQoOs:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=6zi-URrIXuc:C59R0RAQoOs:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/6zi-URrIXuc" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/09/27/livre-numero-91-la-chanson-des-nibelungen-dans-une-traduction-du-vieil-allemand-a-langlais-par-cyril-edwards/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/09/27/livre-numero-91-la-chanson-des-nibelungen-dans-une-traduction-du-vieil-allemand-a-langlais-par-cyril-edwards/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 90: Selected Poems, de Al Purdy</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/FxgJEoaXoU4/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/09/13/livre-numero-90-poemes-choisis-de-al-purdy/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 13 Sep 2010 06:03:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2257</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, du feu entre vos mains, d&#8217;un écrivain canadien, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Une fois, j&#8217;ai rencontré Al Purdy. Ou devrais-je plutôt dire qu&#8217;une fois on me l&#8217;a montré du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/09/Poemes-choisis-de-Al-Purdy.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2260" style="float: right;" title="Poemes choisis, de Al Purdy" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/09/Poemes-choisis-de-Al-Purdy-150x245.jpg" alt="" width="150" height="245" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
du feu entre vos mains,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Une fois, j&#8217;ai rencontré Al Purdy. Ou devrais-je plutôt dire qu&#8217;une fois on me l&#8217;a montré du doigt lors d&#8217;une fête pendant un festival littéraire à Eden Mills, en Ontario. Purdy était assis, moi j&#8217;étais debout; Purdy était âgé et admiré, j&#8217;étais jeune et au début de ma carrière. Je n&#8217;ai pas profité de l&#8217;occasion car je n&#8217;avais jamais lu sa poésie. Il n&#8217;était qu&#8217;un nom. Je regrette maintenant de ne pas être allé lui serrer la main ni n&#8217;avoir parlé un peu avec lui. L&#8217;écrivain en tant qu&#8217;homme est comme n&#8217;importe quel autre jusqu&#8217;à ce qu&#8217;on l&#8217;ait lu. C&#8217;est seulement quand on l&#8217;a lu que l&#8217;écrivain fait une plus grande impression. Si j&#8217;avais eu lu Purdy avant cet événement, je me serais approché de lui avec une certaine nervosité. Mais je crois comprendre qu&#8217;il était des plus généreux avec les écrivains, surtout les plus jeunes. Je suis certain que nous aurions eu un agréable échange.</p>
<p>Maintenant que j&#8217;ai lu Al Purdy, je sais pourquoi on l&#8217;admirait tant. C&#8217;était un poète intensément canadien, et je ne veux pas par là limiter ses mérites. Tout poète vient de quelque part, mais certains projettent une image plus universelle que d&#8217;autres, la singularité de leur culture d&#8217;origine étant moins perceptible dans leur poésie. Ce n&#8217;était pas le cas d&#8217;Al Purdy. Tout en lui révèle le Canada. On s&#8217;en rend immédiatement compte en observant les lieux qui ont inspiré sa poésie. Le premier poème du recueil que je vous envoie s&#8217;intitule <em>The Road to Newfoundland</em>. D&#8217;autres poèmes mentionnent Vancouver et la Colombie-Britannique. D&#8217;autres encore, c&#8217;est l&#8217;Arctique canadien. Et au centre de sa géographie poétique, la maintenant en place comme le point fixe d&#8217;un compas se trouve le lac Roblin, près du hameau d&#8217;Ameliasburg, dans le Comté de Prince Edward, en Ontario. Plusieurs poèmes évoquent le lac et on a le sentiment que la maison en A que Purdy y a construite était la capitale de sa poésie (je reviendrai plus tard à cette maison en A). Il y a d&#8217;autres géographies qui sont mentionnées aussi—Cuba, par exemple—mais même dans ces poèmes, la sensibilité y est complètement canadienne. Ce que cette canadianité signifie est qu&#8217;un lecteur canadien qui lit la poésie de Purdy va probablement y reconnaître notre pays, alors qu&#8217;un lecteur étranger va y apprendre des choses sur notre pays. En d&#8217;autres mots, il n&#8217;y a pas de couleur locale criarde, rien de plouc dans l&#8217;œuvre de Purdy. On le remarque dans les références historiques, littéraires et politiques qui la parsèment. Il est bien évident qu&#8217;Al Purdy était un homme qui avait beaucoup lu et qui pensait librement.</p>
<p>La langue est familière, le ton est celui de la conversation. Il y a donc une simplicité trompeuse dans la poésie de Purdy. Juste un type qui parle tout au long de la page et qui coupe les lignes à de drôles d&#8217;endroits. Et puis soudain une image vous frappe (me frappe moi, pour être plus précis) et on s&#8217;exclame: ça alors! Prenez par exemple le premier poème, celui que j&#8217;ai mentionné plus haut. Il commence ainsi:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Mon pied a poussé devant moi un feu<br />
pendant mille milles<br />
la réponse de mes bras aux collines et aux roches<br />
a affirmé des courbes vertes parallèles<br />
loin dans mon pays inconnu<br />
le bruit sec des graviers sur les garde-boue s&#8217;enregistre<br />
dans un fantômatique piano mécanique<br />
à l&#8217;intérieur de ma tête dans une musique stridente<br />
je perds contact avec la réalité<br />
mais je bouge le volant d&#8217;un quart<br />
de pouce pour éviter un insecte sur la route&#8230;</p>
<p><em>Mon pied a poussé devant moi un feu/pendant mille milles</em>—avez-vus jamais pensé à une voiture en ces termes? Je ne vais sûrement jamais oublier ces mots. Et cette image moderne d&#8217;un homme qui conduit un véhicule à combustion interne Purdy la relie à une autre image, plus ancienne, quand il fallait transporter d&#8217;un camp à l&#8217;autre le feu précieux dans une panier bordé de mousse. Cela donne un exemple de la manière dont Purdy sans effort survole l&#8217;histoire et la géographie avec cette formidable synthèse qui est le propre de la poésie. Il y a trop de poèmes pour en parler en détail, mais si vous en voulez une dégustation, si vous êtes pressé, je vous suggèrerais de jeter un coup d&#8217;œil à <em>The Cariboo Horses</em>, <em>Late Rising at Roblin Lake</em>, <em>One Rural Winter</em>, <em>Interruption</em>, <em>Married Man&#8217;s Song</em>, <em>Fidel Castro in Revolutionary Square</em>, <em>Hombre</em>, <em>Trees at the Arctic Circle</em>, <em>Lament for the Dorsets</em>, <em>House Guest</em>, <em>At Roblin Lake</em>, <em>Poem</em>, <em>Wilderness Gothic</em>, et <em>Roblin&#8217;s Mills (2)</em>. Cela vous donnera une idée de l&#8217;ensemble. Mais il ne faut pas se presser. Ce n&#8217;est pas ainsi qu&#8217;on doit lire la poésie. Il n&#8217;y a pas lieu non plus de lire les poèmes l&#8217;un après l&#8217;autre, page après page, comme un roman. Ce serait comme de manger vingt bons repas de suite. Il vaut mieux lire quelques poèmes à la fois, comme d&#8217;ouvrir la fenêtre pour un instant en automne, afin de respirer l&#8217;air revigorant avant de la refermer. Et les poèmes se bonifient avec la familiarité. Des lectures répétées vous feront vous sentir plus à l&#8217;aise avec la cadence et vous aideront à déployer en vous les images. J&#8217;ai choisi de vous envoyer <em>Selected Poems</em> publié en 1972 chez McClelland and Stewart; le livre s&#8217;ouvre sur une bonne et solide introduction par George Woodcock.</p>
<p>Je vais mentionner un autre poème, <em>Hombre</em>, dans lequel Purdy se rappelle sa rencontre avec Che Guevara à La Havane, un vrai contact où il lui a serré la main—c&#8217;est stupéfiant. Le Che, ce personnage mythique. Depuis quand est-ce que les poètes et les politiciens se rencontrent et se serrent la main? Vous, avez-vous jamais serré la main d&#8217;un poète? Eh bien, je suppose que c&#8217;est la prérogative des politiciens <em>révolutionnaires</em>, ceux qui sont d&#8217;accord pour partir dans la jungle bolivienne et y mourir pour un rêve. Purdy a connu Guevara à Cuba en 1964, quand le charismatique médecin argentin était ministre de l&#8217;Industrie. Le poète fut-il ébloui par le révolutionnaire? Non. Purdy était un homme du peuple, c&#8217;est certain, mais il était aussi un démocrate et on perçoit dans le poème, tout comme dans les autres poèmes inspirés par sa visite à Cuba, un soupçon que les rêves de Castro et de Guevara en faveur du peuple ne tenaient peut-être pas compte de ce que le peuple voulait vraiment. Une fois de plus, Purdy démontrait qu&#8217;il était profondément canadien, soucieux des petits détails de la bonté ordinaire plutôt que des grandioses visions d&#8217;un idéalisme agressif.</p>
<p>Cette rencontre entre un poète et un politicien me ramène à la maison en A sur le lac Roblin, où une si grande partie de la poésie de Purdy a été écrite et où un si grand nombre de personnes intéressées à la littérature lui ont rendu visite. Cette maison en A est à la fois une pierre angulaire et un croisement des chemins pour la poésie canadienne. Purdy est mort en 2000 à 81 ans et on a lancé une campagne pour acheter sa propriété, créer une dotation et mettre en place une résidence d&#8217;écrivain dans la maison en A. C&#8217;est une formidable idée. La culture littéraire bien sûr est gardée en vie grâce à la publication et à la lecture de livres, mais les lieux qui ont inspiré des livres sont importants aussi. Après tout, si l&#8217;esprit d&#8217;un lieu a inspiré un auteur, il pourrait bien en inspirer d&#8217;autres. J&#8217;ai maintenant moi-même envie de faire une visite à Ameliasburg. Et la mémoire culturelle dure longtemps. Les entreprises commerciales vont et viennent, mais la maison d&#8217;un grand poète, c&#8217;est souvent digne d&#8217;une plaque et d&#8217;un musée, et c&#8217;est justement ce que les gestionnaires du Al Purdy A-Frame Trust cherchent à éviter. Ils veulent conserver bien vivante la générosité d&#8217;Al Purdy. Que d&#8217;autres poètes vivent et travaillent là où a vécu et travaillé un grand poète. Voilà la mission qu&#8217;ils se sont donnée. On a publié une <em>Al Purdy A-frame Anthology</em> chez Harbour Publishing (cette maison d&#8217;édition est la gardienne de l&#8217;héritage de Purdy: elle a publié une compilation plus récente de <em>Selected Poems</em>, qui couvre les années 1962 à 1996, en plus du recueil plus complet <em>Beyond Remembering: The Collected Poems of Al Purdy</em>). Tous les revenus de la vente de la <em>A-frame Anthology</em> sont remis au Trust. J&#8217;avais l&#8217;intention de vous envoyer mon exemplaire, mais il est trop beau. C&#8217;est un mélange évocateur de souvenirs, de poésie et de photos. Je n&#8217;en savais probablement pas plus que vous sur Al Purdy, et pourtant cette anthologie m&#8217;a permis de ressentir l&#8217;énergie créatrice de l&#8217;endroit et le plaisir que Al et sa bande d&#8217;amis y ont connu. La levée de fonds du A-Frame Trust n&#8217;a pas encore atteint son objectif. Si vous souhaitez apporter votre aide, vous pouvez consulter le site Internet <a href="http://www.alpurdy.ca" target="0">www.alpurdy.ca</a>. Vous pouvez faire un don et vous pouvez aussi commander un exemplaire de l&#8217;anthologie.</p>
<p>Avec un peu de chance, vous allez peut-être vous retrouver un jour au bord du lac Roblin à serrer la main d&#8217;un poète.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir&#8230;<strong> </strong></p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=FxgJEoaXoU4:v7gc5WtqRL0:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=FxgJEoaXoU4:v7gc5WtqRL0:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/FxgJEoaXoU4" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/09/13/livre-numero-90-poemes-choisis-de-al-purdy/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/09/13/livre-numero-90-poemes-choisis-de-al-purdy/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 89: Palomar, de Italo Calvino (et Trois vies, de Gertrude Stein)</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/E1Zc6V0fdEY/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/30/livre-numero-89-palomar-de-italo-calvino-et-trois-vies-de-gertrude-stein/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 30 Aug 2010 06:03:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2226</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: pour Palomar: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un livre d&#8217;une quiétude attentive, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel pour Trois vies: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, à peu près le pire livre que j&#8217;aie lu de ma vie, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/08/Trois-vies.-de-Gertrude-Stein.jpg"><img style="float: right;" title="Trois vies. de Gertrude Stein" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/08/Trois-vies.-de-Gertrude-Stein-150x223.jpg" alt="" width="150" height="223" /></a><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/08/Palomar-de-Italo-Calvino.jpg"></a></p>
<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/08/Palomar-de-Italo-Calvino.jpg"><img style="float: right;" title="Palomar, de Italo Calvino" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/08/Palomar-de-Italo-Calvino-150x226.jpg" alt="" width="150" height="226" /></a><strong>Dé</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>pour <em>Palomar:<br />
</em>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un livre d&#8217;une quiétude attentive,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p>pour <em>Trois vies:</em><br />
À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
à peu près le pire livre que j&#8217;aie lu de ma vie,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Peut-être avez-vous remarqué que le dernier livre que je vous ai fait parvenir, <em>Autobiography of Red</em>, de la poète Anne Carson, commençait par une citation de Gertrude Stein. Cela m&#8217;a fait réfléchir. Toute personne lettrée a entendu parler de Gertrude Stein. Personnalité parisienne pendant quarante ans; amie d&#8217;Ernest Hemingway et de Sherwood Anderson, de Pablo Picasso et d&#8217;Henri Matisse; créatrice, dit-on, de l&#8217;expression &#8220;génération perdue&#8221; pour désigner les écrivains américains nés de la désillusion qui suivit la Première Guerre mondiale; auteure de l&#8217;aphorisme &#8220;une rose est une rose est une rose&#8221; pour se railler de l&#8217;ostentation et de la prétention littéraires; et quoi d&#8217;autre encore—Gertrude Stein est un nom qui a duré. Je vois l&#8217;image d&#8217;une femme intelligente, vive, à l&#8217;esprit ouvert et qui aimait se trouver au cœur des choses. Tous les artistes ont besoin de parrains et de partisans, et comme cela devait être plaisant de voir Gertrude Stein jouer ce rôle, d&#8217;être admis dans son salon parisien au décor débordant d&#8217;un art moderne étonnant, qu&#8217;on vous offre nourriture et boisson en vous conviant à la conversation, alors que vous êtes un jeune écrivain ou peintre expatrié et désargenté. Si Paris était une fête mobile, comme disait Hemingway, j&#8217;imagine bien Gertrude Stein en hôtesse de cette fête.</p>
<p>Mais qui a <em>lu</em> Gertrude Stein? Son <em>Autobiographie d&#8217;Alice B. Toklas</em>, qui est sensée traiter de sa compagne de toute la vie mais parle en fait des deux membres du couple et de leur  divertissante vie parisienne, est le livre le plus connu de Stein. Même si en tant que biographie l&#8217;œuvre est fantaisiste, car les faits y sont principalement filtrés par un sujet aux opinions joyeusement arrêtées, ce n&#8217;est quand même pas une œuvre de fiction. Et la véritable fiction de Stein, alors? Je n&#8217;avais jamais rien lu d&#8217;elle et aucun titre ne me venait en tête. Alors le choix était facile.</p>
<p>J&#8217;ai trouvé <em>Trois vies</em>, un recueil de trois longues nouvelles d&#8217;abord publié en 1909 et repris dernièrement par Penguin Classics en anglais et pubié en français par Gallimard en 1954. L&#8217;introduction, rédigée par un universitaire américain, a éveillé mon appétit. J&#8217;y ai découvert que le style de chaque nouvelle avait été grandement influencé par un peintre moderne différent. <em>La bonne Anne</em> tenait de Paul Cézanne, <em>Melanctha</em> de Picasso et <em>La gentille Léna</em> de Matisse. Comme c&#8217;est étrange et fascinant, pensai-je. De quelle façon des coups de pinceaux peuvent-ils influer sur l&#8217;écriture des mots? Comment le jeu de la peinture à deux dimensions sur une surface peut-il avoir de l&#8217;effet sur la composition d&#8217;une histoire sur la page? Je me suis préparé à une excitante promenade moderniste. J&#8217;ai souvent pensé que personne n&#8217;avait jamais repoussé les limites de la langue anglaise autant que les écrivains de l&#8217;entre-deux-guerres du siècle dernier. Hemingway, William Faulkner, James Joyce, Virginia Woolf, John Dos Passos, e.e. cummings, pour ne mentionner qu&#8217;une poignée qui me vient à l&#8217;esprit—ils ont tous fait dire à la langue anglaise des choses nouvelles et de nouvelles façons. Je m&#8217;attendais à trouver dans <em>Trois vies</em> de pareilles expériences,</p>
<p>Eh, bien, j&#8217;ai été déçu, et fâché d&#8217;être aussi déçu. C&#8217;est bien beau d&#8217;avoir des idées et des théories, et il faut mener des expériences, en art tout comme en science, il faut laisser leur chance à ceux et celles qui prennent des risques—mais grand dieu, quel livre ennuyeux! J&#8217;ai réussi laborieusement à terminer <em>La bonne Anne</em>, puis j&#8217;ai entrepris de lire <em>Melanctha</em>, mais après quarante pages, j&#8217;ai laissé tomber, ma lecture interrompue dans la stupeur. De ce que j&#8217;ai lu, je peux dire ceci: il n&#8217;y a aucun souci de réalisme, tant dans le décor que dans la psychologie, il n&#8217;y a aucun sens du détail ni d&#8217;oreille pour le dialogue, à peu près tout est expliqué plutôt qu&#8217;illustré, les personnages ne sont plausibles que sporadiquement, il y a tout juste un mince souffle dans l&#8217;intrigue, la langue est plate et sans attrait, et la répétition—cela même qu&#8217;on annonçait comme la grande trouvaille de Stein—est aussi intéressante que de surveiller de la peinture qui sèche, le seul lien que j&#8217;aie réussi à établir entre <em>Trois vies</em> et le travail de Cézanne, de Picasso ou de Matisse. Et à ma grande surprise, venant de quelqu&#8217;un dont j&#8217;attendais une cascade de bons mots, l&#8217;écriture de Gertrude Stein était sans aucun esprit. Oh oui: le racisme, cela aussi a été une surprise. J&#8217;avais remarqué quelques tentatives de l&#8217;auteur de l&#8217;introduction pour y trouver des justifications, mais je n&#8217;avais pas tenu compte de sa mise en garde. Après tout, n&#8217;y a-t-il pas ces mots dans <em>Le soleil se lève aussi</em>, d&#8217;Ernest Hemingway, dit du personnage de Robert Cohn, affirmant qu&#8217;il avait un &#8220;un côté juif radin&#8221;. Ce deuxième adjectif ne serait pas acceptable de nos jours. Mais ce sont trois mots parmi plusieurs, des mots au cœur d&#8217;une œuvre magnifique et qui, seulement là, dérangent par leur parti pris discriminatoire. C&#8217;est une tache sur l&#8217;art éternel créé par un homme de son époque, éduqué et limité par les préjugés de son temps. Et pour être plus précis, <em>Le soleil se lève aussi</em> n&#8217;est pas <em>Le protocole des anciens de Sion</em>. Le commentaire sur Robert Cohn est une ligne au passage, une boutade qui ne fait pas partie de l&#8217;essentiel dans ce roman. Mais <em>Trois vies</em> de Gertrude Stein, par ailleurs, c&#8217;est bien autre chose. Voyez comment vous réagissez à ce paragraphe:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Rose Johnson était négligente et paresseuse, mais elle avait été élevée par des blancs et elle avait besoin d&#8217;un confort décent. Sa formation blanche ne lui avait donné que des habitudes, n&#8217;avait pas changé sa nature. Rose possédait la simple amoralité de la race noire.</p>
<p>Quant à notre héroïne:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Melanctha Herbert était une négresse gracieuse, jaune pâle, intelligente, jolie. Elle n&#8217;avait pas comme Rose été élevée par des blancs, mais elle avait été faite à moitié avec du vrai sang blanc.</p>
<p>Rose Johnson est une femme fière:</p>
<p style="padding-left: 60px;">&#8220;Non, je ne suis pas n&#8217;importe quelle négresse,&#8221; dit Rose Johnson, &#8220;parce que moi j&#8217;ai été élevée par des blancs, et Melanctha, elle, elle est bien brillante et elle a beaucoup appris à l&#8217;école, elle est pas une négresse ordinaire non plus, même si elle a pas de mari comme moi je suis mariée avec Sam Johnson.&#8221;</p>
<p>Un joli couple, Sam et Rose:</p>
<p style="padding-left: 60px;">L&#8217;enfant même s&#8217;il était en santé après sa naissance, n&#8217;a pas vécu longtemps. Rose Johnson était insouciante et négligente et égoïste, et quand Melanctha a dû s&#8217;absenter pendant quelques jours, le bébé est mort. Rose Johnson avait plutôt aimé le bébé et peut-être qu&#8217;elle l&#8217;a simplement oublié pendant un temps, en tout cas l&#8217;enfant était mort et Rose et Sam son mari étaient bien tristes mais ces choses arrivaient si souvent dans le monde des nègres de Bridgepoint, que ni l&#8217;un ni l&#8217;autre n&#8217;y pensa bien longtemps.</p>
<p>J&#8217;aime le &#8220;<em>peut-être</em> qu&#8217;elle l&#8217;a simplement oublié&#8221; et puis le &#8220;<em>en tout cas</em>&#8220; vexé qui suit, dans le genre il-n&#8217;y-a-pas-de-quoi-en-faire-tout-un-plat. Quant à la mort d&#8217;un bébé à laquelle on ne pense &#8220;pas bien longtemps&#8221; je croirais que ce serait faux même pour une mère gnoue qui vient de perdre un bébé gnou aux griffes d&#8217;un lion dans une savane africaine, alors quand il s&#8217;agit de deux êtres humains&#8230;  Et on trouve toutes ces inepties dans les seules deux premières pages. Après, ça ne s&#8217;améliore pas, ça continue et ça continue sur le même registre, parce que le sujet singulier de <em>Melanctha</em>, ce sont les noirs tels qu&#8217;ils existent dans l&#8217;esprit de Gertrude Stein. </p>
<p>Vous voyez maintenant pourquoi j&#8217;ai interrompu ma lecture. Quelle que soit la théorie sur l&#8217;écriture littéraire que Gertrude Stein ait voulu mettre de l&#8217;avant, cette théorie est enfouie dans une épaisse couche de boue toxique et raciste. Je suis d&#8217;accord pour pardonner le léger dérapage d&#8217;un artiste si l&#8217;ambition de l&#8217;œuvre est élevée. Mais quand ce dérapage est central, quand on ne peut voir et percevoir rien d&#8217;autre que le dérapage, alors l&#8217;ambition élevée est gâtée. Si on tient compte du fait que Gertrude Stein était lesbienne et juive, son livre est d&#8217;autant plus exaspérant qu&#8217;on se serait attendu de sa part à une plus grande sensibilité aux préjugés. Mais non, pas Gertrude Stein. Stupide, stupide femme. Je comprends maintenant pourquoi elle n&#8217;a survécu dans la mémoire des lecteurs qu&#8217;en tant qu&#8217;incarnation de l&#8217;hôtesse de jeunes génies.</p>
<p>Alors pourquoi vous envoyer un livre que j&#8217;ai tellement détesté? Parce que je n&#8217;ai peut-être pas saisi l&#8217;astuce. Tout lecteur ou toute lectrice a ses limites. De toute évidence, je ne suis pas à la hauteur de ce classique de chez Penguin. Vous pourriez avoir une opinion distincte. Peut-être allez-vous tirer quelque chose de <em>Trois vies</em>.  </p>
<p>Mais quant à ce type de livres, ceux d&#8217;auteurs qui essaient quelque chose de neuf, il y a bien mieux que Gertrude Stein. Prenez Italo Calvino, par exemple, un écrivain italien qui a vécu de 1923 à 1985. J&#8217;ai choisi <em>Palomar </em>pour vous. Vous avez ici entre les mains un livre qui n&#8217;a pas d&#8217;intrigue, mais qui est fascinant, expérimental mais satisfaisant, qui est différent sans devenir lassant, qui est bien ancré sans être limité, qui est beau, mais d&#8217;une façon non classique. <em>Palomar </em>est un livre qui charme autant qu&#8217;il stimule. Il vous fait voir le langage et le monde d&#8217;une manière légèrement distincte.</p>
<p>C&#8217;est un livre difficile à décrire. Je suppose qu&#8217;on pourrait dire que c&#8217;est un recueil de nouvelles. Mais ce n&#8217;est pas tout à fait ça. Le livre est divisé en sections qui peuvent être lues dans n&#8217;importe quel ordre, comme un recueil de courtes histoires. Mais ce ne sont pas vraiment des histoires. On pourrait plutôt les décrire comme des méditations sous forme de fiction. Dans chacune d&#8217;entre elles, monsieur Palomar, un homme discret, attentif et plein de sollicitude vit une rencontre ou une expérience sur laquelle il se penche. Son nom est le même que celui du fameux observatoire en Californie. Cela vous donne idée de l&#8217;ampleur des songeries de monsieur Palomar. Et pourtant, l&#8217;échelle en est aussi très petite, tant et si bien que sa vision télescopique devient parfois microscopique. Il y a là une harmonie fort plaisante, puisque ce qui est tout, tout petit, le moléculaire, se présente plutôt comme ce qui est très, très gros, le cosmique, et les deux provoquent dans l&#8217;esprit le même vaste vertige. Mais je ne suis pas assez concret. Dans <em>Le sein nu</em>, monsieur Palomar marche sur la plage et voit, plus loin  devant lui, une femme aux seins nus étendue sur le sable. Comment va-t-il réagir à cette situation, que devra-t-il faire de son regard, où le poser? Ce texte de trois pages et demie décrit les divers choix qui viennent à l&#8217;esprit de monsieur Palomar, ainsi que leurs ramifications. Dans <em>Depuis la terrasse</em>, monsieur Palomar regarde Rome et contemple la signification, du point de vue d&#8217;un oiseau, de ce vaste panorama de toits divers. Dans <em>Le gorille albinos</em>, monsieur Palomar se demande pourquoi un gorille s&#8217;accroche à un vieux pneu. Dans <em>L&#8217;ordre squamata</em>, la diversité des reptiles et comment ils vivent la durée du temps fait l&#8217;objet de la réflexion. Dans <em>Serpents et crânes</em>, on discute de la signification, ou de l&#8217;absence de signification, des motifs de l&#8217;architecture précolombienne mexicaine. Et ainsi de suite. Les décors sont divers (Rome, Paris, Barcelone, le Japon, le Mexique), on observe parfois ce qui est très grand (le ciel la nuit, les planètes, les océans), ou parfois ce qui est très petit (un gecko, un jardin de sable japonais), partout la langue est juste et intensément évocatrice, et on sent toujours une préoccupation quant au sens des choses, comment elles sont reliées entre elles. Italo Calvino est comme une araignée et il tisse avec ses mots les éléments les plus incongrus qui finissent par former une toile où tous les aspects sont liés par un mince fil qui prouve l&#8217;ordre et l&#8217;harmonie dans l&#8217;univers. <em>Palomar </em>est à la fois une œuvre fantaisiste et philosophique, un surprenant mélange. C&#8217;est un livre qui rappelle à celui ou celle qui le lit que son regard sur le monde n&#8217;est pas seulement important, mais essentiel, car ce n&#8217;est qu&#8217;en regardant, qu&#8217;en observant qu&#8217;on peut voir les choses. </p>
<p>C&#8217;est une approche aux antipodes de celle de Gertrude Stein, mais nous n&#8217;allons pas revenir là-dessus. Profitez de <em>Palomar</em>. Le livre m&#8217;a apporté une espèce de quiétude zen, une quiétude comme celle que je vous mentionnais il y a déjà bien longtemps.  </p>
<p>Cordialement vôtre, </p>
<p>Yann Martel </p>
<p>P.J.: deux livres  de poche dédicacés </p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=E1Zc6V0fdEY:1uTZAvuvEBo:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=E1Zc6V0fdEY:1uTZAvuvEBo:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/E1Zc6V0fdEY" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/30/livre-numero-89-palomar-de-italo-calvino-et-trois-vies-de-gertrude-stein/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/30/livre-numero-89-palomar-de-italo-calvino-et-trois-vies-de-gertrude-stein/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 88: Autobiography of Red, de Anne Carson</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/1RCzqNMKRKU/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/16/livre-numero-88-autobiography-of-red-de-anne-carson/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 16 Aug 2010 06:03:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2199</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, une poésie qui vous fasse réfléchir et qui vous émeuve,   d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, &#8220;L&#8217;Art, c&#8217;est du coeur—Art  is heart&#8221;. Voilà ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/08/Autobiography-of-Red-by-Anne-Carson.jpg"><img style="float: right;" title="Autobiography of Red, de Anne Carson" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/08/Autobiography-of-Red-by-Anne-Carson-150x229.jpg" alt="" width="150" height="229" /></a><strong>Dé</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
une poésie qui vous fasse réfléchir et qui vous émeuve,  <br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>&#8220;L&#8217;Art, c&#8217;est du coeur—Art  is heart&#8221;. Voilà ce que mon oncle Vince, un artiste photographe, m&#8217;a dit un jour.  Ce qu&#8217;il entendait par là, c&#8217;est qu&#8217;une expression qui n&#8217;est pas ancrée dans une émotion, ou qui n&#8217;évoque pas une émotion, n&#8217;est pas de l&#8217;art. L&#8217;art peut bien sûr faire réfléchir. S&#8217;il veut perdurer, il doit même le faire en partie du moins, puisque les émotions ont tendance à s&#8217;emporter, puis à s&#8217;effacer, alors qu&#8217;une idée peut tranquillement demeurer dans l&#8217;esprit toute la vie. On peut la faire revivre par le simple fait d&#8217;y penser, alors qu&#8217;une émotion dont on se souvient est bien moins puissante qu&#8217;une émotion qu&#8217;on ressent. Une histoire pleine d&#8217;émotion, par exemple, disons une histoire d&#8217;amour, peut émouvoir, mais on l&#8217;oublie vite puisqu&#8217;elle ne laisse à l&#8217;esprit rien qui fasse réfléchir. Et pourtant, malgré l&#8217;affaiblissement des émotions et la froide immortalité de la pensée, ce sont les émotions qui nous marquent le plus. Rien ne nous pénètre plus profondément que l&#8217;émotion, et ensuite, dans des zones plus superficielles, on réfléchit. Une pensée significative peut déclencher une émotion. Souvenez-vous d&#8217;Archimède qui cria &#8221;Eureka&#8221; (grande émotion) après qu&#8217;il eut découvert qu&#8217;un objet immergé déplaçait un volume équivalent d&#8217;eau (grande pensée). De quoi nous souvenons-nous le mieux? Je crois que c&#8217;est cette image d&#8217;un homme enthousiaste qui court nu dans les rues de Syracuse après avoir bondi hors de sa baignoire.</p>
<p>Et maintenant <em>Autobiography of Red. </em>L&#8217;auteure<em>, </em>Anne Carson, est une universitaire canadienne. Elle a obtenu un doctorat de l&#8217;Université de Toronto et elle a enseigné les lettres classiques à l&#8217;Université de Californie à Berkeley, ainsi qu&#8217;à Princeton et à McGill, entre autres universités. Cela est très impressionnant mais non, oserais-je dire, un milieu idéal pour une poète. Les universités font des merveilles pour les poètes défunts en enseignant leurs œuvres, ce qui se trouve à les maintenir en vie, mais les universités sont un cimetière pour les poètes vivants. Il est à peu près impossible de gagner sa vie en tant que poète, alors un grand nombre d&#8217;entre eux et d&#8217;entre elles se sont réfugiés dans les universités, en y obtenant des diplômes puis en y enseignant. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Pour quelle raison les poètes ne prennent-ils pas refuge parmi les plombiers et les fermiers? Qui donc a décidé que les poètes devraient avoir des mains fines et sans callosités? Le tort que les universités ont causé à la poésie tient au type de pensée qui règne dans ces institutions et qui est par ailleurs nécessaire si elles doivent rendre possible un savoir de qualité: une pensée rigoureuse, codifiée, impersonnelle. Une réflexion à ces altitudes tend à détruire la spontanéité, la vivacité de l&#8217;instinct poétique. On enseigne l&#8217;œuvre de Walt Whitman dans les universités, mais Walt Whitman n&#8217;aurait jamais survécu à l&#8217;université.</p>
<p>Une vive intelligence universitaire est manifeste dans <em>Red. </em>Les cinq premières sections—<em>Red Meat: What Difference Did Stesichoros Make?; Red Meat: Fragments of Stesichoros; </em>puis trois appendices—et la dernière section, <em>Interview, </em>sont intéressantes, mais d&#8217;une manière insolite, détachée, malicieusement cocasse. Il faut savoir qui est Stesichoros. Je n&#8217;avais jamais entendu parler de lui. Et puis il faut prendre ça à cœur. Ça ne m&#8217;intéressait pas vraiment. En comparaison avec d&#8217;autres poèmes que je vous ai envoyés—<em>Lettres d&#8217;anniversaire </em>de Ted Hughes ou Gilgamesh, par exemple—ces sections ne sont pas mémorables. Heureusement, elles sont courtes.</p>
<p>Et puis survient l&#8217;essentiel du livre, l&#8217;<em>Autobiography of Red </em>du titre, qui est de loin la section la plus longue. Elle est superbe. C&#8217;est un roman en vers qui raconte la triste histoire de Géryon, un monstre rouge, et de sa relation malheureuse avec Héraclès (ou Hercule, comme il est plutôt connu). Géryon aime Héraclès, et Héraclès aime aussi Géryon, mais de façon inconstante, ce qui ne répond pas à l&#8217;amour de Géryon. Alors ce dernier aime et souffre tandis qu&#8217;Héraclès aime et prend du bon temps avec Ancash, son amant péruvien qui aime et souffre autant que Géryon du comportement d&#8217;Héraclès. Les noms sont classiques, mais le cadre est contemporain, tout comme le langage et les images. Et les émotions abondent. Prenez par exemple ces vers, décrivant Géryon et Héraclés étendus près l&#8217;un de l&#8217;autre:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Ne se touchant pas<br />
mais unis dans l&#8217;étonnement comme deux coupures parallèles dans la même chair.</p>
<p>Et l&#8217;histoire se termine par une image stupéfiante qui restera dans votre mémoire. Je ne vais pas la gâter en la citant hors de contexte. Vous devez mériter cette image en vous rendant jusqu&#8217;à elle par votre propre lecture. Et puis elle exercera son impact émotionnel sur vous. Et cela vous laissera peut-être dans un état de réflexion.  </p>
<p>Cordialement vôtre, </p>
<p>Yann Martel </p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé </p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=1RCzqNMKRKU:Jmy5eZbtJkc:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=1RCzqNMKRKU:Jmy5eZbtJkc:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/1RCzqNMKRKU" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/16/livre-numero-88-autobiography-of-red-de-anne-carson/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/16/livre-numero-88-autobiography-of-red-de-anne-carson/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 87: Home Sweet Chicago, de Ashton Grey</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/vM6AqlFSv40/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/02/livre-numero-87-home-sweet-chicago-de-ashton-grey/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 02 Aug 2010 06:03:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2153</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Yann Martel Ashton Grey À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un génie qui s&#8217;échappe de sa bouteille, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Il y a de cela quelques [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-2156" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/02/livre-numero-87-home-sweet-chicago-de-ashton-grey/sweet-home-chicago-de-ashton-grey/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2156" style="float: right;" title="Sweet Home Chicago, de Ashton Grey" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/07/Sweet-Home-Chicago-de-Ashton-Grey-150x227.jpg" alt="Sweet Home Chicago, de Ashton Grey" width="150" height="227" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Yann Martel<br />
Ashton Grey</p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un génie qui s&#8217;échappe de sa bouteille,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Il y a de cela quelques semaines, j&#8217;ai participé au &#8220;Saskatchewan Festival of Words&#8221;. C&#8217;est une cordiale célébration de la littérature qui a lieu dans la plaisante ville de Moose Jaw, dans les Prairies. Je suis certain que vous y êtes allé (à la ville, je veux dire). L&#8217;un des jours où j&#8217;étais là, en sortant de la bibliothèque publique où se tient le Festival, j&#8217;ai été interpelé par une personne installée sur un banc. Il avait un bébé dans les bras et était assis à côté d&#8217;un autre homme. J&#8217;aurais bien pu les saluer et poursuivre mon chemin, mais il y avait ce bébé. J&#8217;ai moi-même un bébé. Je me suis donc approché de ces deux hommes. En fait, c&#8217;était le deuxième qui était le père et l&#8217;individu sympathique qui m&#8217;avait salué était son ami. Pendant quelques minutes, nous avons bavardé tous les trois. J&#8217;allais partir quand l&#8217;homme qui tenait le bébé m&#8217;a demandé si j&#8217;achèterais son livre. J&#8217;avais remarqué les minces volumes étalés sur le sol en demi-cercle devant lui. &#8220;Un prix spécial pour le festival,&#8221; dit-il, &#8220;Sept dollars.&#8221; Je lui ai donné dix dollars, il a dédicacé mon exemplaire et je suis parti <em>Sweet Home Chicago</em>, de Ashton Grey, à la main. J&#8217;ai revu M. Grey le lendemain, sur Main Street cette fois, près du Théâtre Mae Wilson, toujours en train de promouvoir son œuvre. Quelqu&#8217;un m&#8217;a dit que M. Grey, qui paraissait dans la trentaine, ne pouvait se payer le coût du transport de Winnipeg à Moose Jaw et qu&#8217;il avait donc fait de l&#8217;auto-stop pour venir vendre son livre au Festival of Words. Quel engagement, ai-je pensé. Et puis son geste de la veille, d&#8217;avoir tenu le bébé dans ses bras, lui avait valu un bon karma.</p>
<p>J&#8217;ai décidé de lire son livre et maintenant je vous l&#8217;envoie. <em>Sweet Home Chicago</em> compte quarante-neuf pages. Je me souviens que M. Grey a dit, quand il était sur le banc du parc, qu&#8217;il n&#8217;aimait pas appeler son livre une novella. Je ne lui ai pas demandé ce qu&#8217;il avait contre le terme, mais par respect pour ses vœux, disons qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une longue nouvelle. Si vous vous reportez à la page des copyright, vous verrez que le livre a été &#8220;d&#8217;abord imprimé&#8221; en 2009 puis imprimé à nouveau en 2010 par Bindle Stick Publications de Hamilton, en Ontario. Le numéro 3 figure sous cette information. Je serais porté à en croire qu&#8217;il s&#8217;agit du troisième tirage de <em>Sweet Home Chicago</em>. Quant à savoir si Bindle Stick Publication est l&#8217;entreprise d&#8217;autoédition de M. Grey et qu&#8217;il vit à Hamilton, en Ontario (et comment il s&#8217;est rendu de Hamilton à Winnipeg), ou si M. Grey vit à Winnipeg et fait affaire avec Bindle Stick Publications, une maison d&#8217;édition publiant à compte d&#8217;auteur à Hamilton,en Ontario, eh bien sur toutes ces questions, je n&#8217;en sais pas plus que vous.</p>
<p><em>Sweet Home Chicago</em> est une longue nouvelle où on note de nombreuses faiblesses. Il y a plusieurs fautes d&#8217;orthographe. À la toute première page, vous pourrez lire la phrase:&#8221;&#8216;Il se pencha au-dessus du bar et prix le manteau de Ronald pour le brasser et l&#8217;éveiller.&#8221; Le plus probable est que le manteau de Ronald a été pris. Et il y a continuellement des fautes de ponctuation dans le dialogue:</p>
<p style="padding-left: 60px;">&#8220;Je pense que je devrais appeler la police.&#8221; Dit-il d&#8217;une voix qui manifestait sa tristesse qu&#8217;il n&#8217;y ait rien d&#8217;autre à faire.</p>
<p>Il devrait y avoir une virgule après &#8220;police&#8221; et le verbe qui suit devrait commencer par une minuscule puisque qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;une seule phrase. En termes plus larges, la narration est parfois malhabile, de nombreux détails sont inutiles, et le thème de l&#8217;histoire n&#8217;est pas très clair dans mon esprit. Et pourtant l&#8217;ensemble possède une belle allure narrative, les personnages ont du charme, il y a des sections drôles, et en-dessous de tout ça il y a une espèce de tendresse sans cynisme. C&#8217;est une histoire qui carbure à l&#8217;alcool, alors en chercher les faiblesses, c&#8217;est manifester trop  de sobriété et rater le propos. Mieux vaut lire <em>Sweet Home Chicago</em> avec l&#8217;indulgence bonhomme et floue de celui qui est pompette. L&#8217;histoire raconte les conséquences pour le protagoniste anonyme de se retrouver dans un bar à côté d&#8217;un homme qui a le malheur de se pencher et de mourir sur-le-champ, juste là. Notre héros se trouve ainsi dans un merdier bien imbibé d&#8217;alcool.</p>
<p>Cette histoire est loin d&#8217;être <em>Au-dessous du volcan</em>. (Vous connaissez ce roman? Vous connaissez Malcolm Lowry? Canadiens, tous les deux. On trouve là la plus grande expression littéraire de la surconsommation d&#8217;alcool.) Mais c&#8217;est un bien autre livre. L&#8217;attrait qui m&#8217;amène à vous envoyer <em>Sweet Home Chicago</em> ne tient pas tant à la qualité de l&#8217;œuvre qu&#8217;à l&#8217;intention de son auteur. C&#8217;est le souhait impérieux d&#8217;Ashton Grey de raconter son histoire qui m&#8217;a frappé, un désir si puissant qu&#8217;il l&#8217;a publiée lui-même et qu&#8217;il en fait lui-même la promotion, au point de faire de l&#8217;auto-stop de Winnipeg à Moose Jaw pour la partager, et tout cela sans de sérieuses chances de succès critique ou commercial. Mais c&#8217;est ça, l&#8217;effet d&#8217;une histoire sur une personne et, collectivement, sur une population. Les histoires sont comme des génies: exactement comme un génie cherche à s&#8217;échapper de sa bouteille, une histoire veut s&#8217;échapper de l&#8217;esprit de l&#8217;homme, de la femme ou de l&#8217;enfant où elle se trouve. Une histoire partagée, c&#8217;est une histoire vivante. Les histoires se passent de famille en famille et tout au long de l&#8217;histoire. Elles survivent à ceux et celles qui les racontent. Maintenant qu&#8217;Ashton Grey a mis son histoire sur papier, elle va survivre. Voilà qui est bien. Nous avons besoin d&#8217;histoires, de toutes sortes d&#8217;histoires, parce que sans histoires, notre imagination meurt et sans imagination, on ne peut pas vraiment apprécier la vie. Vous avez la bonne fortune de posséder l&#8217;un des rares exemplaires de <em>Sweet Home Chicago</em>. J&#8217;espère que vous êtes sensible au privilège singulier que cela représente.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé par l&#8217;auteur et par moi</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=vM6AqlFSv40:XcOYWya4stE:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=vM6AqlFSv40:XcOYWya4stE:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/vM6AqlFSv40" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/02/livre-numero-87-home-sweet-chicago-de-ashton-grey/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/08/02/livre-numero-87-home-sweet-chicago-de-ashton-grey/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 86: Stung with Love: Poems and Fragments, de Sappho, traduction à l’anglais de Aaron Poochigian</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/h1c1yonsr8g/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/19/livre-numero-86-stung-with-love-poems-and-fragments-de-sappho-traduction-a-langlais-de-aaron-poochigian/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 19 Jul 2010 06:03:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2113</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, de la poésie qui a traversé les déserts du temps, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Je suis de retour et vous êtes toujours [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-2115" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/19/livre-numero-86-stung-with-love-poems-and-fragments-de-sappho-traduction-a-langlais-de-aaron-poochigian/stung-with-love-poems-and-fragments-by-sappho/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2115" style="float: right;" title="Poemes et Fragments, de Sappho" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/07/Stung-with-Love-Poems-and-Fragments-by-Sappho-150x231.jpg" alt="Poemes et Fragments, de Sappho" width="150" height="231" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
de la poésie qui a traversé les déserts du temps,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Je suis de retour et vous êtes toujours là. Poursuivons donc ce pas de deux boiteux où je lis, je réfléchis, j&#8217;écris et je mets à la poste, tandis que vous ne dites et ne faites rien. Votre silence ne me dérange pas particulièrement. Ce sont les générations futures qui vont vous blâmer ou, plus probablement, vont se moquer de vous. Moi? Je me sens comme un cow-boy dans un western qui entreprend de traverser un redoutable désert. Pour me rasséréner, je parle à voix haute. Est-ce que ma monture me répond? Non, elle ne dit mot. Est-ce que je préférerais m&#8217;en passer? Non, parce que si je m&#8217;en défaisais, je perdrais ce qui fait de moi un cow-boy—et il faudrait que je traverse ce désert à pied. Vous êtes mon cheval démocratique grâce auquel j&#8217;existe en tant que cow-boy démocratique. Il vaut mieux me déplacer sur votre dos renfrogné que d&#8217;être piétiné par un dictateur. Et qu&#8217;en est-il de ces temps orageux, de ce désert auquel nous faisons face? J&#8217;ai la conviction que nous allons nous en sortir d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre. Ce sont les livres que je lis et les gens que je rencontre qui me guideront. Et vous, notre leader? Je ne sais pas. Est-ce que les chevaux aveugles réussissent à traverser les déserts? Est-ce qu&#8217;ils ne disparaissent pas sous les sables?</p>
<p>Avant de poursuivre, je dois vous demander quelque chose: avez-vous pris plaisir aux livres que quelques excellents écrivains canadiens vous ont envoyés pendant que je faisais une tournée de promotion de mon dernier roman? Je suis reconnaissant à Steven Gallowoay, Charles Foran, Alice Kuipers, Don McKay, René-Daniel Dubois et Émile Martel d&#8217;avoir ajouté à votre bibliothèque croissante. Ce sont des titres bien intéressants qu&#8217;ils vous ont fait parvenir.</p>
<p>Pauvre Grèce. Elle en a vu de toutes les couleurs, ces derniers mois. La mauvaise gestion de ses finances a coûté très cher au pays, et à plusieurs banques européennes. Je ne compatis pas totalement à leurs malheurs. D&#8217;après ce que j&#8217;entends, le blâme pour les problèmes des Grecs revient en grande partie aux Grecs—et ils ont été les victimes des banques cupides qui tiraient profit des prêts faciles qu&#8217;elles leur accordaient. Un vrai gâchis, une insolvabilité qui va noircir et entacher le pays pendant de longues années encore.</p>
<p>Mais un pays ne peut pas être réduit à ses bourses, qu&#8217;elles soient profondes ou pleines de trous. Pauvre Grèce, riche Grèce, Grèce mal gérée, Grèce convalescente—à côté de ce nom, vrai monolithe, ces adjectifs ne sont que roseaux. La Grèce restera toujours la Grèce, et cela veut dire beaucoup. D&#8217;abord, la langue et son alphabet, superbes et saisissants. Je considère la langue grecque comme l&#8217;un des instruments vocaux les plus plaisants à l&#8217;ouïe que l&#8217;espèce humaine ait créés. Peut-être l&#8217;italien, parlé dans un pays d&#8217;à côté, possède-t-il une forme plus coulante, plus mélodieuse, mais le grec a l&#8217;intensité scandée de son contenu. La philosophie occidentale, et par conséquent la civilisation occidentale—puisque avant d&#8217;agir il faut penser—a commencé chez les Grecs, plus spécifiquement chez les Grecs qui vivaient en Ionie, en Asie Mineure, la Turquie actuelle. On les connaît sous le nom de présocratiques car ils ne faisaient pas tout à fait le poids nécessaire pour qu&#8217;on leur attribue leur propre nom et ont plutôt été identifiés par rapport à l&#8217;illustre philosophe qu&#8217;ils ont précédé. Mais ces &#8220;présocs&#8221;, pour ainsi dire—Thalès, Anaximandre, Anaximène de Milet, et, venu d&#8217;Élée, le formidable Parménide, parmi d&#8217;autres—sont importants parce qu&#8217;ils ont été les premiers à tenter de comprendre le monde en s&#8217;appuyant non pas sur la mythologie, mais sur la raison. Ils ont <em>observé </em>l&#8217;univers, quelque chose qui ne s&#8217;était jamais fait auparavant en Occident. Cette brillante approche intellectuelle a apporté à la Grèce une notoriété flamboyante. Elle a été une réussite si singulière que quand les Italiens ont fait la même chose deux mille ans plus tard, inspirés en bonne partie par la redécouverte de certains philosophes grecs oubliés portant les noms de Platon et d&#8217;Aristote, on a nommé leur époque la <em>renaissance</em>, après la <em>naissance</em> initiale due aux Grecs anciens.</p>
<p>Eh bien tandis que les Grecs pensaient, quelques-uns parmi eux éprouvaient aussi des émotions. Dont Sappho. Il y a longtemps que je vous ai envoyé de la poésie. Sappho était une femme qui vivait sur l&#8217;île de Lesbos à peu près entre 630 et 570 av.J.-C. On la tient pour la première femme poète de l&#8217;histoire littéraire. Celles qui l&#8217;auraient précédée ont été happées par le temps. La poésie de Sappho, environ 9000 vers en tout, croit-on, a tout juste survécu aux attaques du temps et n&#8217;existe qu&#8217;en fragments. Vers la fin du XIXe siècle, dans la ville égyptienne d&#8217;Oxyrhynchos, on a découvert un ancien dépotoir qui contenait de vaste quantités de papyrus. Une bonne partie avait été utilisée par les anciens Égyptiens comme rembourrage pour les cercueils et les momies. Dans l&#8217;estomac d&#8217;un crocodile momifié on a trouvé le fragment d&#8217;un poème de Sappho. (Imaginez le bonheur du croco, à digérer, pendant des siècles, une bouchée de poésie de Sappho.)</p>
<p>Même si Sappho a écrit sur une variété de sujets, elle est surtout connue pour ses poèmes d&#8217;amour. Ils sont émouvants et simples. Prenez cet exemple:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Maman chérie, je ne peux plus tisser:<br />
je suis terrassée de désir<br />
pour un garçon,<br />
à cause de la tendre Aphrodite</p>
<p>Tisser était une activité féminine. Une jeune vierge continuait à tisser une fois convenablement mariée, à la tête de son foyer. Mais si on la distrayait du droit chemin&#8230; Il est intéressant de remarquer la prise en charge féminine dans cet extrait. La jeune fille est consciente des options dont elle dispose. Il lui revient de choisir de reprendre la quenouille et de continuer à tisser, ou de choisir le garçon. Un autre extrait nous donne une indication de son choix:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Puisque j&#8217;ai fait mon choix, s&#8217;il te plaît, oh Aphrodite<br />
couronnée de blondeur, permets-moi de gagner.</p>
<p>Et voici un autre cri du cœur lancé il y a vingt-six siècles:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Cet impossible prédateur,<br />
cet Éros qui fait frémir les membres,<br />
doux-amer et nouvellement<br />
il assaille ma chair.</p>
<p style="padding-left: 60px;">Comme un vent rageur qui frappe un chêne<br />
au flanc de la montagne<br />
Éros, d&#8217;un seul coup.<br />
m&#8217;a enflammé l&#8217;esprit.</p>
<p style="padding-left: 60px;">Mais une étrange envie de mourir<br />
me saisit et je voudrais voir<br />
les lotus des rives perlées de rosée de l&#8217;Achéron.</p>
<p>Achéron, c&#8217;était l&#8217;un des fleuves des Enfers, et les lotus de ses rives étaient associés à la perte de mémoire. La poète est malade d &#8217;amour au point de souhaiter mourir et d&#8217;aller manger les fleurs de l&#8217;amnésie.</p>
<p>Quelques poèmes sont étonnement explicites:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Encore et encore nous avons cueilli les luxuriantes fleurs,<br />
nous les avons tressées en guirlandes et les avons<br />
glissées autour de ton cou délicat; tu avais parfumé<br />
de myrrhe ta chevelure luisante—des infusions généreuses</p>
<p style="padding-left: 60px;">en mélanges princiers—et sur le lit<br />
couvert de draps fins et de coussins indulgents,</p>
<p style="padding-left: 60px;">tu as rassasié ton désir&#8230;</p>
<p>Ce sont ces &#8220;coussins indulgents&#8221; qui rendent le passage vraiment érotique.  </p>
<p>Sappho regrette les ravages de la vieillesse:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Tu m&#8217;es tellement chère, va et trouve le lit<br />
de jeunesse qui t&#8217;est dû.<br />
Je ne puis supporter davantage d&#8217;être la femme vieillie<br />
et vivre avec toi.</p>
<p>Elle porte aussi son regard sur ce qu&#8217;on pourrait appeler le domaine politique, et ce qu&#8217;elle en dit est encore d&#8217;actualité de nos jours:</p>
<p style="padding-left: 60px;">La richesse sans la vraie valeur<br />
n&#8217;est pas bonne pour la cité;<br />
Mais le bon mélange de ces deux choses est<br />
le sommet de la béatitude.</p>
<p>Je veux citer un dernier extrait, annonciateur</p>
<p style="padding-left: 60px;">Je dis<br />
qu&#8217;en l&#8217;avenir<br />
même à une époque qui ne ressemblera pas à la nôtre<br />
quelqu&#8217;un se souviendra de qui nous sommes.</p>
<p>En effet. Sappho a vécu parmi des gens qui étaient pour la plupart illettrés. Étonnant qu&#8217;une poésie qui était dite à voix haute et qui au départ n&#8217;a survécu que grâce à la mémoire de ceux qui l&#8217;écoutaient, se soit rendue jusqu&#8217;à nous. Il ne s&#8217;agit bien sûr que de fragments; comment savoir quels sont les trésors que le temps a effacés (ou qui continuent de sommeiller dans quelque animal momifié sous les sables d&#8217;Égypte). Mais ce qui a survécu nous parle encore—et que peut-on demander de plus d&#8217;un poème? Il y a quelque chose de volcanique dans la poésie de Sappho: les lettres sont bien minces et noires, mais en dessous court une lave en fusion.</p>
<p>Alors quand vous penserez à la Grèce, comme cela vous est arrivé souvent récemment, j&#8217;en suis certain, j&#8217;espère que vous pourrez voir les choses dans une perspective historique. L&#8217;économie, c&#8217;est une affaire de court terme. Ce qui perdure, c&#8217;est l&#8217;art. Demandez à n&#8217;importe quel crocodile comment survivre dans le désert et il vous dira: mieux vaut avoir un poème dans l&#8217;estomac qu&#8217;un chiffre dans la tête.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=h1c1yonsr8g:ImCCIvA_HcQ:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=h1c1yonsr8g:ImCCIvA_HcQ:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/h1c1yonsr8g" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/19/livre-numero-86-stung-with-love-poems-and-fragments-de-sappho-traduction-a-langlais-de-aaron-poochigian/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/19/livre-numero-86-stung-with-love-poems-and-fragments-de-sappho-traduction-a-langlais-de-aaron-poochigian/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 85: Maintenant, c’est ma vie, de Meg Rosoff, envoyé par Alice Kuipers</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/oR57MaDojDE/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/05/livre-numero-85-maintenant-cest-ma-vie-de-meg-rosoff-envoye-par-alice-kuipers/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 05 Jul 2010 06:03:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2081</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un livre qui teintera votre imagination, d&#8217;une écrivaine, Alice Kuipers Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Il arrive que des livres vous tombent entre les mains à des moments d&#8217;heureuse surprise. Quant à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-2083" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/05/livre-numero-85-maintenant-cest-ma-vie-de-meg-rosoff-envoye-par-alice-kuipers/maintenant-cest-ma-vie-de-meg-rosoff/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2083" style="float: right;" title="Maintenant, c'est ma vie, de Meg Rosoff" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/07/Maintenant-cest-ma-vie-de-Meg-Rosoff-150x231.jpg" alt="Maintenant, c'est ma vie, de Meg Rosoff" width="150" height="231" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un livre qui teintera votre imagination,<br />
d&#8217;une écrivaine,<br />
Alice Kuipers</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Il arrive que des livres vous tombent entre les mains à des moments d&#8217;heureuse surprise. Quant à moi, la lecture de <em>Maintenant, c&#8217;est ma vie</em>, de Meg Rosoff, a coïncidé avec un séjour de plusieurs semaines dans la campagne anglaise. C&#8217;est un excellent roman. Au début, Daisy, une jeune fille de quinze ans, arrive au Royaume-Uni pour y vivre sur une ferme chez ses cousins. Leur mère s&#8217;en va, puis il y a une guerre qui est déclarée. Rosoff ne donne jamais les raisons de la guerre. Daisy ne s&#8217;y intéresse pas. Elle est trop occupée à tomber amoureuse de son cousin, le fascinant et brillant Edmond. Les péripéties de la guerre les séparent bientôt et Daisy est transformée.</p>
<p>Au Royaume-Uni, pendant les dernières fêtes de Pâques, une chose étrange est survenue. Le ciel s&#8217;est complètement couvert d&#8217;un gigantesque nuage de cendres issu du volcan islandais. Les avions ne pouvaient plus voler. J&#8217;étais dans le Devon, dans un cottage à Dartmoor. Après deux jours sans vols, j&#8217;ai commencé à remarquer à quel point le ciel était étrangement silencieux. Je me prélassais dans le jardin débordant de fleurs, les landes se déployaient devant moi, le roman en suspens ouvert dans mes mains tandis que je fixais l&#8217;immensité bleue et déserte au-dessus de moi. L&#8217;extraordinaire histoire de Daisy et de ses cousins qui parcourent une campagne gâchée par le rationnement et la violence s&#8217;insinua en moi par les pages, venant teinter mon imagination. Le silence du ciel donnait la chair de poule et rappelait l&#8217;arrêt des vols dans le roman. Je ne pouvais me détendre dans le jardin sans ressentir derrière moi la présence des cousins qui se précipitaient vers leur grange. Je ne pouvais me lever et aller marcher dans les landes sans y voir Daisy cherchant désespérément Edmond.</p>
<p>Meg Rosoff publia <em>Maintenant, c&#8217;est ma vie</em> en 2003 et abandonna peu après une carrière dans la publicité. C&#8217;était son premier livre mais elle en a publié plusieurs autres depuis (une excitante découverte pour moi puisque je vais maintenant pouvoir les lire). Elle remet son blog fréquemment à jour <a href="http://www.megrosoff.co.uk" target="0">www.megrosoff.co.uk</a>. À propos de son dernier roman, elle a écrit:</p>
<p style="padding-left: 60px;"><em>Pendant le plus clair de deux années, ce livre a continuellement occupé mon espace, à se plaindre, à faire obstacle, à refuser de jouer le jeu. Je l&#8217;ai haï et je l&#8217;ai aimé, je l&#8217;ai négligé; je l&#8217;ai menacé et je l&#8217;ai caressé, je l&#8217;ai supplié, puis je l&#8217;ai envoyé aux orties, puis je l&#8217;ai récupéré; j&#8217;ai été ferme avec lui, j&#8217;ai tenté de le corrompre et je l&#8217;ai envoyé paître. Je lui ai même dit une fois que je n&#8217;étais pas sa vraie mère.</em></p>
<p>Elle semble percevoir son livre comme un être vivant. Je me demande si c&#8217;est le sentiment qu&#8217;elle éprouvait en écrivant <em>Maintenant, c&#8217;est ma vie</em>. D&#8217;après moi, oui. Les écrivains sont ainsi devant leurs personnages et leurs histoires. Et quand un écrivain a autant de talent que Rosoff, le lecteur sent la vie qui frémit dans les pages de ses livres.</p>
<p>L&#8217;écriture de Rosoff est audacieuse et émouvante. Elle écrit au sujet d&#8217;une adolescente qu&#8217;on envoie en Angleterre parce qu&#8217;elle est en train de se détruire elle-même au point de vue émotif mais aussi, on le découvre, physique. Il est presque trop tard pour Daisy, et pourtant pendant son séjour dans ce pays en guerre, elle découvre qu&#8217;elle vaut bien plus que ce qu&#8217;elle a jamais cru d&#8217;elle-même. C&#8217;est une histoire classique de survie et de rédemption, et c&#8217;est une histoire d&#8217;amour. Ce roman est vivant. Il jaillit de ses pages et il vient colorer votre imagination comme une goutte d&#8217;encre bleue colore l&#8217;eau.</p>
<p>Cette année, pendant que le ciel était déserté par les avions, tandis que Daisy et son histoire habitaient les landes devant moi, la vie surgissait des pages de Rosoff et moi aussi, je me sentais encore plus vivante.</p>
<p>J&#8217;espère que ce roman sera pour vous un moment d&#8217;heureuse surprise (mais sans le drame d&#8217;un pays entier à l&#8217;espace aérien vacant!). Puisse ce livre teinter de bleu votre imagination.</p>
<p>Respectueusement vôtre,</p>
<p>Alice Kuipers</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>Le 3 septembre, 2010</p>
<p>Chère Madame Kuipers,</p>
<p>Au nom du Très honorable Stephen Harper, je souhaite accuser réception de votre lettre à laquelle vous aviez joint un livre intitulé <em>How I live now</em>.</p>
<p>Je vous remercie d&#8217;avoir fait parvenir cette oeuvre au Premier ministre. Votre geste attentionné a été des plus appréciés.</p>
<p>Bien vôtre,</p>
<p>T. Lewkowicz,<br />
Cadre à la correspondance</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=oR57MaDojDE:io9e2vZgsPA:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=oR57MaDojDE:io9e2vZgsPA:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/oR57MaDojDE" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/05/livre-numero-85-maintenant-cest-ma-vie-de-meg-rosoff-envoye-par-alice-kuipers/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/07/05/livre-numero-85-maintenant-cest-ma-vie-de-meg-rosoff-envoye-par-alice-kuipers/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 84: Nikolski, de Nicolas Dickner, traduction de Lazer Lederhendler, envoyé par Émile Martel</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/UV_9CrrGrTA/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/21/livre-numero-84-nikolski-de-nicolas-dickner-traduction-de-lazer-lederhendler-envoye-par-emile-martel/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 21 Jun 2010 06:03:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=2040</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, ce livre plein de pirates et de géographie, d&#8217;un poète et traducteur québécois, Émile Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Premier ministre Harper, Dans une démocratie, le citoyen dispose d&#8217;un privilège qui lui est cher, celui de s&#8217;adresser [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-2041" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/21/livre-numero-84-nikolski-de-nicolas-dickner-traduction-de-lazer-lederhendler-envoye-par-emile-martel/nicfran/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2041" style="float: right;" title="Nikolski, de Nicolas Dickner" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/06/nicFran-150x194.jpg" alt="Nikolski, de Nicolas Dickner" width="150" height="194" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
ce livre plein de pirates et de géographie,<br />
d&#8217;un poète et traducteur québécois,<br />
Émile Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Premier ministre Harper,</p>
<p>Dans une démocratie, le citoyen dispose d&#8217;un privilège qui lui est cher, celui de s&#8217;adresser directement au leader de son pays. Dans notre cœur nous savons tous que c&#8217;est le devoir du leader de répondre à ce geste. Des sujets importants et des préoccupations peuvent ainsi devoir être traités et des réponses réfléchies peuvent aider à rendre la sérénité à celui ou celle qui a initié le dialogue, tout en offrant au leader des éléments sur l&#8217;opinion et l&#8217;esprit de ses concitoyens.</p>
<p>Quand Yann m&#8217;a demandé de participer à la tentative de dialogue intitulée maisquelitstephenharper, j&#8217;ai été enchanté parce qu&#8217;il m&#8217;accordait ainsi un rôle, en tant que poète et traducteur, dans cette campagne qui, comme vous l&#8217;avez appris, a été remarquée et admirée dans de nombreux pays; de plus, elle correspond à un engagement de très longue date de ma part en faveur des relations culturelles internationales, un aspect de la politique étrangère que votre gouvernement a absurdement laissé tomber, une énorme perte non seulement pour les artistes et créateurs canadiens, mais aussi pour l&#8217;image du Canada à l&#8217;étranger.</p>
<p>Le roman que je vous envoie aujourd&#8217;hui a été publié en français à Montréal en 2007 et sa version anglaise a reçu en 2009 le prix du Gouverneur général pour la traduction; vous avez donc en mains deux livres qui rassemblent le talent spécial exceptionnel de deux arrtistes: un romancier et un traducteur.</p>
<p>Le livre, <em>Nikolski</em>, de Nicolas Dickner, a été fort bien reçu au Québec et en France; on lui a accordé de nombreux prix, et il a été très bien traduit par Lazer Lederhendler.</p>
<p>La profession de traducteur est discrète et humble. Nous, les traducteurs, sommes rarement remarqués et il se trouve bien peu de gens pour considérer que nous avons bien fait notre travail. Il y a toujours une nuance, toujours l&#8217;ombre d&#8217;une émotion que nous avons ratée, ou bien une odeur qui a été exagérée, ou un goût diminué. Quoi que nous fassions, nous savons qu&#8217;un autre traducteur ou une autre traductrice traduira le même texte différemment, peut-être mieux, dans quelques années, tout comme un lecteur ou un écrivain qui comprend les deux langues pourrait bien dire que l&#8217;original est bien meilleur que la traduction. Bien sûr que c&#8217;est meilleur! La plupart du temps.</p>
<p>Mais il peut arriver que le traducteur se venge, jusqu&#8217;à un certain point. Il y a une anecdote que j&#8217;aimerais vous raconter: Shakespeare a écrit <em>Hamlet</em> à la toute fin du seizième siècle. Environ cent ans plus tard, Voltaire est né en France. Deux piliers de la culture européenne et mondiale. Voltaire connaissait Shakespeare, bien sûr, et l&#8217;avait lu. Et un jour, je suppose qu&#8217;il a voulu partager avec ses lecteurs et en français le vers le plus fameux prononcé par Hamlet:</p>
<p style="padding-left: 60px;">To be or not to be: that is the question.</p>
<p>Comment transposer ces dix mots tout en respectant non seulement l&#8217;intense désespérance de l&#8217;anglais mais en utilisant la forme poétique courante de l&#8217;époque, soit les vers de douze syllabes avec rimes, les alexandrins? Eh bien il a traduit comme ceci:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Demeure, il faut choisir, et passer à l&#8217;instant<br />
de la vie à la mort, et de l&#8217;être au néant.</p>
<p>Un très bel exercice pourrait se faire ici, qui consisterait à prendre les vers de Voltaire et, sans connaître les mots de Shakespeare, les traduire à l&#8217;anglais&#8230; La traduction peut être une caverne magique qui découvre des beautés que l&#8217;auteur lui-même ne connaissait pas&#8230;</p>
<p>Pour revenir à <em>Nikolski</em>, quelle que soit la version que vous voudrez lire en premier, l&#8217;original en français ou la traduction anglaise, vous remarquerez sûrement l&#8217;illustration de couverture: trois poissons; en fait, ce sont les trois mêmes poissons, mais qui nagent dans des directions distinctes. Horizontalement ou verticalement; il me semble qu&#8217;il doit y avoir là un message spécial. Je ne sais pas lequel. Qu&#8217;en pensez-vous?</p>
<p>Le roman est un splendide assemblage d&#8217;existences tordues et aventureuses où divers personnages circulent les uns autour des autres dans une danse de coïncidences et de chances, en bonne partie autour du Marché Jean-Talon, à Montréal, mais aussi dans d&#8217;autres endroits au Canada—dont les Prairies et la Côte-Nord du Saint-Laurent—mais aussi dans de lointains pays de la Caraïbe. La piraterie est importante dans ce livre, et la navigation. Et il y a une poissonnerie, et&#8230;, et&#8230; Vous allez adorer tous ces gens une fois que vous aurez été présenté à Noah, à Joyce et au narrateur qui est libraire dans une boutique de livres d&#8217;occasion de la rue Saint-Laurent.</p>
<p>La version française du livre se distingue par une dédicace de Nicolas Dickner destinée à notre petite-fille Catherine, l&#8217;encourageant &#8220;à retourner au roman&#8221;. Elle nous avait dit qu&#8217;elle n&#8217;avait pas lu de romans dernièrement. Mais en fait, elle avait déjà un exemplaire de <em>Nikolski</em>. Permettez-moi donc de vous encourager à &#8220;retourner au roman&#8221;, en réponse au vœu de Nicolas Dickner.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Émile martel</p>
<p>P.J.: deux livres de poche dédicacés, dont un par l&#8217;auteur aussi</p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=UV_9CrrGrTA:IOo5gmNcdOE:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=UV_9CrrGrTA:IOo5gmNcdOE:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/UV_9CrrGrTA" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/21/livre-numero-84-nikolski-de-nicolas-dickner-traduction-de-lazer-lederhendler-envoye-par-emile-martel/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/21/livre-numero-84-nikolski-de-nicolas-dickner-traduction-de-lazer-lederhendler-envoye-par-emile-martel/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 83: Caligula, de Albert Camus, envoyé par René-Daniel Dubois</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/n9ospyGoKuw/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/07/livre-numero-83-caligula-de-albert-camus-envoye-rene-daniel-dubois/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 07 Jun 2010 06:03:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1983</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper Premier ministre du Canada Caligula, une pièce extraordinaire Sur la douleur             La quête de Pouvoir                         Et l’échelle humaine Avec tout mon respect René-Daniel Dubois O.C. Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Monsieur le Premier ministre, C’est avec une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1990" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/07/livre-numero-83-caligula-de-albert-camus-envoye-rene-daniel-dubois/caligula_-_fr_-_harper_2010_01/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1990" style="float: right;" title="Caligula, de Albert Camus" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/06/Caligula_-_fr_-_Harper_2010_01-150x248.jpg" alt="Caligula, de Albert Camus" width="150" height="248" /></a><a><strong>Dédicace: </strong></a></p>
<p>À Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
<em>Caligula</em>, une pièce extraordinaire<br />
Sur la douleur<br />
            La quête de Pouvoir<br />
                        Et l’échelle humaine<br />
Avec tout mon respect<br />
René-Daniel Dubois O.C.</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Monsieur le Premier ministre,</p>
<p>C’est avec une très vive émotion que je vous envoie aujourd’hui la pièce <em>Caligula</em>, d’Albert Camus.</p>
<p>Je me permets d’ailleurs de vous l’envoyer en deux versions : originale, d’abord, bien entendu, en français, mais aussi anglaise, dans la fort belle traduction de Stuart Gilbert.</p>
<p>Je me dis—à tort peut-être, libre à vous de me corriger—que si cet auteur ne vous est pas encore familier, la comparaison entre la couleur de ses propos dans une langue puis dans l’autre ne pourra être qu’éclairante.</p>
<p>Plusieurs raisons expliquent le choix de cette pièce.</p>
<p>En voici deux.</p>
<p>D’abord, 2010 marque les cinquante ans de la mort de Camus, un des plus grands écrivains du vingtième siècle.</p>
<p>Il n’est pas dans mes habitudes de catégoriser les écrivains en &#8220;grands&#8221; et &#8221;petits&#8221;: il m’a toujours semblé, et plus je vieillis et plus la chose paraît se confirmer, que la littérature est un trésor où l’apport de chacun est essentiel. Il y a écriture ou non, parole ou non, c’est tout. S’il y a parole, c’est de la littérature. Sinon, ce n’en est pas.</p>
<p>Mais le cas de Camus—et de quelques très rares autres—est nettement à part.</p>
<p>Lui ne s’est pas contenté de parler, il a plongé. Il est allé voir de quoi est tissé le lien entre l’âme des Hommes et leur révolte. De cette plongée, il a rapporté des textes exceptionnels, notamment <em>L’Homme révolté</em>, un essai passionnant et bouleversant sur l’histoire de cette révolte, justement, et <em>Caligula</em>, bien sûr, qui est en quelque sorte<em> L’Homme révolté</em> sous une forme dramatique. Pas un simple résumé, non, ni une illustration dialoguée, bien plus que ça: une mise en œuvre.</p>
<p>Si l’on comparait <em>L’Homme révolté</em> aux plans d’un engin mécanique, par exemple, dessiné par des ingénieurs, eh bien <em>Caligula</em> serait la locomotive elle-même, fonçant devant elle sans jamais dévier d’un cheveu et écrasant tout sur son passage.</p>
<p>La deuxième raison expliquant mon choix est que si le personnage de l’empereur Caligula pouvait sembler à Camus une excellente illustration du mythe qui bouillonnait derrière les événements de son époque—juste avant la Deuxième guerre mondiale—, il n’est certainement pas exagéré d’affirmer qu’à notre époque à nous, ce mythe agit à visage découvert et qu’il est devenu… omniprésent. Il a même, sur les places publiques d’Occident en tout cas, réussi à évincer presque tout ce qui pourrait chercher à le contredire.</p>
<p>La vengeance contre la vie, et son corollaire, le culte de la pure puissance aveugle, sont aujourd’hui partout. Les signes de leur règne sautent aux yeux, où que nous regardions.</p>
<p>En un mot: Albert Camus a laissé derrière lui une œuvre extraordinairement inspirante qui peut sans l’ombre d’un doute nous aider à mieux nous comprendre nous-mêmes, à mieux comprendre ce qui nous anime, à mieux comprendre nos semblables et à mieux comprendre notre époque.</p>
<p>Au cœur de cette œuvre, se trouve <em>Caligula</em>.</p>
<p>Albert Camus a fait avec Caligula ce que Sigmund Freud, en son temps, a fait avec Œdipe : il a dégagé d’une histoire ancienne un mythe essentiel aux êtres humains de toutes les époques. Et il lui a donné un nom.</p>
<p>L’histoire ? Toute simple.</p>
<p>L’empereur de Rome, aimé de tous, vient de perdre sa sœur, qui était aussi son amante. Et il se transforme en monstre. Pourquoi ? Parce que cette perte lui a fait prendre conscience de ce que, tout simplement… &#8220;Les hommes meurent. Et ils ne sont pas heureux.&#8221;</p>
<p>La mort de Drusilla a éveillé en lui un goût d’impossible. Et dans sa quête, il va être impitoyable.</p>
<p>Je vous souhaite, monsieur le Premier ministre, que la lecture de cette pièce aussi magnifique qu’épouvantable soit dans votre vie une source d’inspiration aussi lumineuse qu’elle l’a été dans la mienne.</p>
<p>Avec tout mon respect,</p>
<p>René-Daniel Dubois O.C.</p>
<p>P.J.: deux livres de poche, dont l’un dédicacé</p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir…</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=n9ospyGoKuw:t7ErqBipOLM:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=n9ospyGoKuw:t7ErqBipOLM:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/n9ospyGoKuw" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/07/livre-numero-83-caligula-de-albert-camus-envoye-rene-daniel-dubois/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/06/07/livre-numero-83-caligula-de-albert-camus-envoye-rene-daniel-dubois/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 82: The Grey Islands, de John Steffler, envoyé par Don McKay</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/8yszkgBDXY0/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/05/24/livre-numero-82-the-grey-islands-de-john-steffler-envoye-par-don-mckay/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 24 May 2010 06:03:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1964</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: Livre # 82 24 mai 2010 Lettre: Cher Premier ministre Harper, Comme on le sait déjà, probablement partout sur la planète, Yann Martel est occupé en tournée de promotion de son nouveau livre et il a demandé à d&#8217;autres écrivains de le remplacer pendant son absence. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est mon plaisant devoir de vous présenter, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a onclick="return amz_js_PopWin(this.href,'AmazonHelp','width=700,height=600,resizable=1,scrollbars=1,toolbar=1,status=1');" href="http://www.amazon.ca/gp/product/images/1894078136/sr=1-5/qid=1274621348/ref=dp_image_0?ie=UTF8&amp;n=916520&amp;s=books&amp;qid=1274621348&amp;sr=1-5" target="AmazonHelp"></a><a href="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/05/410x-SnCr3L__SL500_AA300_.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2651" style="float: right;" title="410x-SnCr3L__SL500_AA300_" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/05/410x-SnCr3L__SL500_AA300_-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>Livre # 82<br />
24 mai 2010</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Cher Premier ministre Harper,</p>
<p>Comme on le sait déjà, probablement partout sur la planète, Yann Martel est occupé en tournée de promotion de son nouveau livre et il a demandé à d&#8217;autres écrivains de le remplacer pendant son absence. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est mon plaisant devoir de vous présenter, à vous et aux lecteurs de son site Web, une œuvre littéraire canadienne qui est un classique, <em>The Grey Islands</em> de John Steffler.</p>
<p>Quand je dis &#8220;classique&#8221;, c&#8217;est que je place cette œuvre parmi d&#8217;autres chefs-d&#8217;œuvres de l&#8217;écriture sur l&#8217;environnement, comme <em>Walden</em> de Thoreau, <em>Almanach d&#8217;un comté des sables </em>d&#8217;Aldo Leopold et <em>The Practice of the Wild</em> de Gary Snyder; c&#8217;est un livre qui traite intensément de la nature sauvage, au point de changer notre manière de la percevoir. Contrairement à ces autres textes, <em>The Grey Islands</em> est, techniquement, une œuvre de fiction, mais elle est basée sur l&#8217;expérience réelle et solitaire de John Steffler sur les îles Grey, inhabitées, au large de la Grande Péninsule du Nord de Terre-Neuve. Le livre contient des textes parmi les plus frappants, les plus variés écrits où que ce soit, y inclus de la prose narrative, de la poésie lyrique (qui révèle souvent des aspects du lieu en gros plan), des histoires tirées par les cheveux, des histoires de fantômes, des scènes de rêve, des essais, des cartes, des données de recensement et des chansons. Ce qui en ressort, c&#8217;est une inoubliable évocation de cette île éloignée balayée par les vents et la narration de la difficile transition d&#8217;un homme vers la nature sauvage. Mais en même temps que tout ça, une attention de plus en plus grande est portée aux anciens habitants de l&#8217;île et aux pêcheurs qui s&#8217;y rendent encore, le flot de la narration, où de multiples fils s&#8217;entrecroisent, permettant de faire intervenir leur voix.</p>
<p>J&#8217;aurais de la difficulté à dire si je préfère dans ce livre l&#8217;histoire principale (l&#8217;évolution du protagoniste d&#8217;urbaniste à pèlerin) ou ses merveilleux détours et cachettes. Le langage est si économe, et il y a une telle musicalité chez Steffler, que chacun des passages—qu&#8217;il soit porté par la voix d&#8217;un pêcheur de Terre-Neuve ou par celle du narrateur-poète—chante de son propre chant. Quand je l&#8217;ai lu pour la première fois, dans les années quatre-vingt, j&#8217;ai eu de la difficulté à croire qu&#8217;il avait atteint son but, en créant un livre tellement varié, composé de parties si différentes, et qui forment pourtant un tout si organique. Cela continue de me sembler bien improbable, tout aussi improbable que la confédération, une autre structure dont la force mystérieuse—et les Canadiens et Canadiennes le découvrent sans cesse—tient à sa diversité.</p>
<p>Je me rends compte que ce présent peut être redondant puisque John Steffler a été Poète lauréat du Parlement il y a quelques années. (Si vous disposez déjà d&#8217;un exemplaire, vous voudrez peut-être offrir celui-ci à un autre parlementaire.) <em>The Grey Islands</em> devrait être aussi incontournable pour les Canadiens que <em>Walden</em> l&#8217;est pour ceux du sud de notre frontière, un livre mythique qui nous présente de façon dramatique, dans une riche complexité, à la fois méditative et divertissante, la rencontre difficile et essentielle avec la nature sauvage.</p>
<p>En prime, j&#8217;nclus aussi la version enregistrée du livre, publiée par Janet Russell de Rattling Books, l&#8217;intrépide éditrice terreneuvienne de livres aussi importants que <em>Merrybegot</em> de Mary Dalton et <em>Hard Light</em> de Michael Crummey—deux autres livres qui devraient figurer dans le répertoire de lecture de tous les Canadiens et Canadiennes. Sur le CD, enregistré par John Steffler lui-même, vous entendrez aussi la voix de Frank Holden, incarnant Carm Denny, un résident défunt de l&#8217;île, dont on disait qu&#8217;il était fou. C&#8217;est un passage qu&#8217;il ne faut pas rater et qui inclut la plus formidable scène de bain qui soit. Hollywood peut aller se rhabiller. Il me semble que dans ce qui est sûrement pour vous un horaire extrêmement chargé, vous pourriez écouter le CD maintenant, gardant le livre pour plus tard, quand vous en aurez le loisir.</p>
<p>Une écriture puissante nous permet de vivre avec notre imagination, tout comme de manière pratique; cela élargit les perspectives de la vie. Et quand elle s&#8217;engage dans le champ de la nature sauvage, l&#8217;écriture peut aussi enrichir notre compréhension de nous-mêmes en tant que citoyens du monde, autant que d&#8217;un pays. Cette compréhension va bien sûr s&#8217;appliquer non seulement à notre résistance et à notre courage, mais aussi à notre honteux aveuglement quant aux valeurs de la vie sauvage en elle-même et pour elle-même. Bien que cet aveuglement fît sûrement partie intégrante de l&#8217;expérience coloniale, il demeure une lamentable caractéristique de comportements actuels, des comportements qui figurent souvent dans les politiques gouvernementales. Finalement, lire des livres comme <em>The Grey Islands</em> peut nous aider à devenir meilleurs et plus réfléchis comme habitants de cette planète.</p>
<p>J&#8217;espère que vous verrez en cet envoi un ajout stimulant à ce qui doit être devenu une bibliothèque plutôt éclectique et fascinante.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Don McKay</p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=8yszkgBDXY0:oEzP3p7KCek:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=8yszkgBDXY0:oEzP3p7KCek:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/8yszkgBDXY0" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/05/24/livre-numero-82-the-grey-islands-de-john-steffler-envoye-par-don-mckay/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/05/24/livre-numero-82-the-grey-islands-de-john-steffler-envoye-par-don-mckay/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 81: Le Journal d’un Fou, de Lu Xun, envoyé par Charles Foran</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/ZI58C6WYWC4/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/05/10/livre-numero-81-le-journal-dun-fou-de-lu-xun-envoye-par-charles-foran/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 10 May 2010 06:03:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1920</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, le Tolstoï chinois, le Hugo chinois, avec ma reconnaissance, Charles Foran Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, J&#8217;ai lu dans un journal un article sur une enquête menée par la plus importante entreprise [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1922" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/05/10/livre-numero-81-le-journal-dun-fou-de-lu-xun-envoye-par-charles-foran/41e-zgw1dtl-_ss500_lu_xun/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1922" style="float: right;" title="Le journal d'un fou, de Lu Xun" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/05/41e-Zgw1dTL._SS500_lu_xun-150x150.jpg" alt="Le journal d'un fou, de Lu Xun" width="150" height="150" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
le Tolstoï chinois, le Hugo chinois,<br />
avec ma reconnaissance,<br />
Charles Foran</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>J&#8217;ai lu dans un journal un article sur une enquête menée par la plus importante entreprise de presse en ligne de Chine. L&#8217;étude a révélé les noms des dix personnalités culturelles les plus significatives du 20e siècle, choisies par les citoyens chinois eux-mêmes. Cinq d&#8217;entre elles étaient des écrivains et trois étaient des acteurs/chanteurs. Curieusement, l&#8217;une d&#8217;entre elles était un scientifique spécialiste des fusées, tandis que la dernière figure choisie était un obscur soldat devenu le centre d&#8217;intérêt d&#8217;une campagne de propagande.</p>
<p>Les noms sur la liste m&#8217;étaient familiers après quinze années passées à lire et à écrire sur la Chine et cinq ans de séjour à Beijing et à Hong Kong. Trois des choix, l&#8217;auteur Louis Cha et les acteurs-chanteurs Leslie Cheung et Faye Wong, étaient encore vivants peu avant la date de l&#8217;enquête. D&#8217;autres, comme les écrivains Lu Xun et le chanteur d&#8217;opéra Mei Lanfang, continuaient d&#8217;exercer une grande influence, des décennies après leur mort. J&#8217;ai noté quelques éléments marquants dans les choix et j&#8217;ai constaté que leurs vies avaient été extraordinaires et chargées de difficultés. Et j&#8217;en ai aussi conclu que cette liste, même si elle n&#8217;avait rien de définitif, était très significative et qu&#8217;elle ouvrait une fenêtre sur les valeurs et les sentiments du peuple chinois.</p>
<p>Il m&#8217;est venu à l&#8217;idée de jumeler ces noms avec leur équivalent dans l&#8217;Ouest. Remplacez Faye Wong par Madonna; Leslie Cheung par Elvis Presley avec  une contorsion en plus. On a dit de Mei Lanfang qu&#8217;il était le Paul Robeson de Chine et l&#8217;influence du scientifique Qian Xuesan se comparait avec celle de Robert Openheimer. En reculant dans le temps, le roman <em>Le tireur de pousse-pousse </em>de Lao She a eu le même genre d&#8217;impact moral que <em>Les raisins de la colère </em>de John Steinbeck, tandis que <em>La forteresse assiégée </em>de Qian Zhongshu peut ressembler à une version Shangai du <em>Gatsby le magnifique </em>de F. Scott Fitzgerald. Les romans populaires wuxia de Louis Cha correspondent aux romans western de Zane Grey et aux films de John Ford. Quant à Lu Xun, le plus âgé et le plus vénéré des dix, il n&#8217;a pas de parallèle exact. Pour juger de son importance, il faut évoquer le rôle de Tolstoï dans la Russie du 19e siècle, ou de Victor Hugo dans l&#8217;Europe de son temps.</p>
<p>Ce petit jeu m&#8217;a amené à réfléchir sur l&#8217;étendue de la connaissance de la Chine chez la plupart d&#8217;entre nous. Est-ce que quelqu&#8217;un peut penser, par exemple, connaître les États-Unis sans avoir jamais vu un film western ou entendu parler des <em>Raisins de la colère</em>? Ou sans connaître comment Elvis Presley et Madonna ont transformé le paysage culturel populaire? Notre compréhension de la Chine demeure farouchement emprisonnée à l&#8217;intérieur des repères les plus évidents: une économie vorace et un système politique répressif, une population gigantesque et aux attentes infinies. Et pourtant un pays est avant tout une culture et une culture est la somme des valeurs et des efforts, des rêves et des désirs des gens qui y vivent. Pour comprendre une nation, il faut être l&#8217;intime de ses rêves et de ses rêveurs.</p>
<p>En fait, Lu Xun a été une pierre de touche pour moi depuis que j&#8217;ai commencé à réfléchir sur la Chine. Ce qui est connu en Occident de cette immense figure, ce sont ses nouvelles qui ont ni plus ni moins donné naissance à la littérature chinoise moderne pendant les années 1920, et qui demeurent des analyses vives et dérangeantes d&#8217;une société qui s&#8217;écroule et d&#8217;une conscience qui survit. J&#8217;espère que vous allez aimer cet échantillon des œuvres essentielles de Lu.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Charlie Foran</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>Le 20 mai, 2010</p>
<p>Cher Monsieur Foran,</p>
<p>Au nom du Très honorable Stephen Harper, j’ai le plaisir d’accuser réception de vos récentes lettres auxquelles vous aviez joint un exemplaire de <em>Century</em>&#8221; de RaySmith et un exemplaire de <em>Journal d&#8217;un fou</em> de Lu Xun.</p>
<p>Le Premier ministre m’a demandé de vous transmettre ses remerciements pour l’envoi de ces publications. Soyez assuré que votre geste délicat a été fort apprécié.</p>
<p>Sincèrement vôtre</p>
<p>S. Russell</p>
<p>Agent principal à la correspondance</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=ZI58C6WYWC4:FBoxL_A0axw:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=ZI58C6WYWC4:FBoxL_A0axw:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/ZI58C6WYWC4" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/05/10/livre-numero-81-le-journal-dun-fou-de-lu-xun-envoye-par-charles-foran/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/05/10/livre-numero-81-le-journal-dun-fou-de-lu-xun-envoye-par-charles-foran/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 80: For Those Who Hunt The Wounded Down, de David Adams Richards, envoyé par Steven Galloway</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/YBdGBhu5CfU/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/26/livre-numero-80-for-those-who-hunt-the-wounded-down-de-david-adams-richards-envoye-par-steven-galloway/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 26 Apr 2010 06:03:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1871</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un grand roman canadien, en toute considération, Steven Galloway Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Me revoici. J&#8217;espère que le dernier livre que je vous ai envoyé, King Leary, vous a plu. Même [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1873" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/26/livre-numero-80-for-those-who-hunt-the-wounded-down-de-david-adams-richards-envoye-par-steven-galloway/woundeddown/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1873" style="float: right;" title="For Those Who Hunt The Wounded Down, de David Adams Richards" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/04/woundeddown-150x150.jpg" alt="For Those Who Hunt The Wounded Down, de David Adams Richards" width="150" height="150" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un grand roman canadien,<br />
en toute considération,<br />
Steven Galloway</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Me revoici. J&#8217;espère que le dernier livre que je vous ai envoyé, <em>King Leary</em>, vous a plu. Même si vous ne l&#8217;avez pas encore lu, ou si vous n&#8217;avez pas l&#8217;intention de le lire, je souhaite en tout cas que vous ayez pris plaisir à le recevoir. L&#8217;arrivée inattendue de livres par courrier, à titre gracieux, constitue, maintenant que les mystères du Père Noël et du Lapin de Pâques sont fichus, l&#8217;un des rares présents réjouissants qui me parviennent.</p>
<p>Le livre que vous trouverez ci-joint est un autre de mes favoris. J&#8217;étais à l&#8217;université quand je l&#8217;ai lu pour la première fois et il est devenu l&#8217;un des livres qui m&#8217;ont fait vouloir devenir écrivain. Il serait difficile de prétendre que le roman de David Adams Richards, <em>For Those Who Hunt The Wounded Down</em>, n&#8217;a pas l&#8217;un des meilleurs titres des romans canadiens, ou de tous les romans, point.</p>
<p>Je vous envoie ce roman pour plusieurs raisons. D&#8217;abord, c&#8217;est une œuvre splendide. Peu d&#8217;écrivains saisissent aussi bien que Richards la vie des classes laborieuses, et peu savent comme lui rendre extraordinaires des vies ordinaires. Il a écrit treize romans, dont la plupart se déroulent au Nouveau-Brunswick. Il a récemment été décoré de l&#8217;Ordre du Canada et son écriture lui a mérité à peu près tous les prix littéraires.</p>
<p>Je pense que l&#8217;une des qualités du Canada, c&#8217;est qu&#8217;on peut y discuter de manière constructive d&#8217;idées qui portent à controverse. Demain, je vais me lever avant l&#8217;aube pour prendre un vol de Vancouver jusqu&#8217;au Nouveau-Brunswick où je participerai au Festival Frye, à Moncton. Partout à travers le Canada il y a des festivals littéraires organisés par des gens qui font peu d&#8217;argent, ou qui n&#8217;en font pas du tout. Ceux et celles qui y assistent sont des lecteurs de toutes les orientations politiques, qui sont prêts à dépenser des sous durement gagnés pour passer un après-midi ou une soirée à discuter ou à réfléchir au sujet de livres et des idées qu&#8217;ils contiennent, même quand un livre ne leur plaît pas. Et les meilleurs festivals, ceux dont les organisateurs sont les plus énergiques, se retrouvent dans des lieux comme Moose Jaw, Campbell River et Sechelt. Il arrive souvent que ces festivals jouissent d&#8217;un certain appui du Gouvernement fédéral. J&#8217;en suis reconnaissant. Cela fait de nous un meilleur pays.</p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas tant de rencontrer des écrivains, quoique certaines personnes y prennent plaisir. Mais il arrive souvent que de rencontrer un écrivain soit une expérience particulièrement décevante. Maintes fois, la personne ne correspond pas à l&#8217;idée qu&#8217;on s&#8217;en faisait, elle n&#8217;est pas aussi vive que ses livres, dit des choses qui ne sont pas particulièrement brillantes. Et parfois, au contraire, c&#8217;est votre propre faute. Il y a quelques années, j&#8217;étais, pour une raison quelconque, dans le bureau de mon éditeur à Toronto et on m&#8217;a dit que David Adams Richards était là, dans l&#8217;immeuble, si je voulais le rencontrer. Bien sûr que je le voulais. Nous nous sommes vus alors qu&#8217;il sortait de la cantine, une tasse de café à la main. Je lui serrai l&#8217;autre main avec trop d&#8217;enthousiasme, ce qui lui fit répandre une partie du café sur ses chaussures. C&#8217;était totalement de ma faute et je me suis senti absolument stupide. Depuis, j&#8217;ai systématiquement évité de le rencontrer à nouveau, en espérant qu&#8217;il n&#8217;ait pas entendu mon nom lors de cet incident et que quand je le reverrai j&#8217;aie suffisamment vieilli pour qu&#8217;il ne me reconnaisse pas.</p>
<p>Pourquoi est-ce que je raconte tout ça dans une lettre à la personne qui a été élue pour diriger le pays? D&#8217;une manière détournée je tente de vous démontrer que nous, les écrivains, ne sommes pas des élitistes. On pourrait souvent croire que nous le sommes, et il nous arrive d&#8217;agir comme si nous l&#8217;étions—car si vous passez le plus clair de votre temps tout seul dans une pièce, quand vous en sortez, il y a forcément des malentendus. Mais au fond, nous sommes des gens ordinaires et il se trouve que nous avons du talent pour écrire des histoires. Et je crois que nos histoires forment une partie importante de ce pays. Venez à Moncton ou allez n&#8217;importe où et vous rencontrerez tout plein de gens qui pensent la même chose.</p>
<p>En toute considération,</p>
<p>Steven Galloway</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=YBdGBhu5CfU:VuKFRyKoPT4:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=YBdGBhu5CfU:VuKFRyKoPT4:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/YBdGBhu5CfU" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/26/livre-numero-80-for-those-who-hunt-the-wounded-down-de-david-adams-richards-envoye-par-steven-galloway/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/26/livre-numero-80-for-those-who-hunt-the-wounded-down-de-david-adams-richards-envoye-par-steven-galloway/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 79: La Toile de Charlotte, de E. B. White, envoyé par Alice Kuipers</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/w7KIcY_qj5w/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/12/livre-numero-79-la-toile-de-charlotte-de-e-b-white-envoye-par-alice-kuipers/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 06:03:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1817</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un livre qui vous rappelle les plaisirs de la vie et de la parole écrite d&#8217;une écrivaine, avec ses remerciements, Alice Kuipers Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Il y aura bientôt trois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1819" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/12/livre-numero-79-la-toile-de-charlotte-de-e-b-white-envoye-par-alice-kuipers/img/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1819" style="float: right;" title="Le Petit Monde de Charlotte, de E.B. White" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/04/IMG-150x230.jpg" alt="Le Petit Monde de Charlotte, de E.B. White" width="150" height="230" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un livre qui vous rappelle les plaisirs de la vie et de la parole écrite<br />
d&#8217;une écrivaine,<br />
avec ses remerciements,<br />
Alice Kuipers</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Il y aura bientôt trois ans, Yann a eu l&#8217;idée de vous faire parvenir un livre toutes les deux semaines. Je me souviens du moment où ça s&#8217;est passé. Nous marchions tous les deux le long de la rivière à Saskatoon. Il rentrait d&#8217;une visite à Ottawa et il était très préoccupé de ce que l&#8217;anniversaire du Conseil des arts du Canada ait eu si peu d&#8217;importance aux yeux des politiciens canadiens. La vie de Yann, comme celle de la plupart des écrivains, est profondément ancrée dans les livres—autant ceux qu&#8217;il lit que ceux qu&#8217;il écrit. Il voulait partager cette passion avec vous.</p>
<p>Nous marchions donc le long de la rivière, le soleil brillait comme cela arrive si souvent en Saskatchewan, quand l&#8217;idée est venue à Yann que s&#8217;il vous envoyait un livre toutes les deux semaines, peut-être en liriez-vous un ou deux. Il en était réjoui, et moi j&#8217;étais contre. Je croyais que ça exigerait trop de son temps. Yann décida de choisir des livres courts pour ne pas vous accaparer, et de joindre une lettre à chaque livre pour expliquer son choix. Il lit, ou relit, chacun des livres qu&#8217;il vous envoie et puis rédige avec soin chaque lettre qu&#8217;il vous adresse.</p>
<p>Tout au long de cette expérience, Yann s&#8217;est plongé encore davantage dans la joie de la lecture. En tant qu&#8217;écrivain qui a réussi,  il était souvent si occupé qu&#8217;il ne trouvait guère le temps de lire sauf des ouvrages de recherche. Mais maintenant je le vois, tard dans la soirée, tournant les pages, emporté par Pearl S. Buck, ou ébloui par Zora Neale Hurston. Récemment, il vous a fait parvenir mon livre favori—<em>Property</em>, de Valerie Martin. Ma propre bibliothèque a été quelque peu réduite par l&#8217;acharnement de Yann dans sa chasse aux livres.</p>
<p>Quant à moi, j&#8217;ai mis un moment avant d&#8217;arrêter mon choix car un bon nombre des livres de moins de 200 pages dont nous avions discuté ont déjà quitté la maison depuis longtemps et sont rendus à Ottawa. Mais je remarque que Yann ne vous a pas souvent offert de livres pour enfants, et il m&#8217;a paru que <em>La toile de Charlotte </em>de E.B. White vous intéresserait peut-être. Je pense que vous l&#8217;avez probablement déjà lu, mais il mérite sûrement qu&#8217;on le relise. Je dirais que la plupart des œuvres d&#8217;E.B. White méritent qu&#8217;on les relise.</p>
<p>Elwyn Brooks White est né dans la dernière année du dix-neuvième siècle. Fils d&#8217;un facteur de pianos, il étudia à l&#8217;Université Cornell où il suivit un cours du Professeur William S. Strunk jr. Des années plus tard, White publia une édition critique, revue et rallongée de l&#8217;ouvrage de Strunk, <em>The Elements of Style</em>—un livre extraordinaire que tous les écrivains devraient avoir à portée de la main. Il est plein de suggestions impérieuses sur la manière de bien écrire. J&#8217;ai le bonheur d&#8217;en posséder une édition illustrée. Elle est sur ma tablette depuis des années. Cette lettre que je vous écris me rappelle que j&#8217;aimerais le relire une fois de plus. L&#8217;une des joies de la lecture d&#8217;un livre, c&#8217;est qu&#8217;elle vous mène inévitablement à en lire d&#8217;autres. Ce sont des cartes dans la géographie de vos prochains voyages littéraires. Tout comme<em> La toile de Charlotte</em> me ramène à <em>The Elements of Style</em>, avec un peu de chance, elle vous mènera à un autre livre.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas très clair quand White a décidé de devenir écrivain, mais l&#8217;on sait qu&#8217;au début de la vingtaine il refusa un poste d&#8217;enseignant à l&#8217;Université du Minnesota pour poursuivre sa vocation littéraire. En 1927, il était déjà collaborateur à titre de rédacteur au <em>New Yorker</em>, le magazine auquel il a été associé jusqu&#8217;à sa mort. Sa femme y était rédactrice. Il a écrit de nombreux essais brillants (j&#8217;en ai un recueil sur ma table de chevet), puis il publia <em>La toile de Charlotte </em>(parmi d&#8217;autres livres). Tout cela pour dire qu&#8217;écrire était sa vie. Cela était présent dans la famille de White, dans son travail, dans ses pensées. L&#8217;écriture est ainsi chez certaines personnes. Il écrivit: &#8220;Tout ce que je veux jamais dire dans mes livres, c&#8217;est que j&#8217;aime le monde. Je pense que vous pourrez y retrouver cela, si vous creusez un peu.&#8221;</p>
<p>J&#8217;aime beaucoup qu&#8217;il l&#8217;ait écrit en toutes lettres. J&#8217;aime cet aveu parce que ça traite exactement du plaisir que vous allez ressentir en lisant <em>La toile de Charlotte</em>. White était préoccupé que le livre ne soit trop sobre pour la plupart des enfants, vu son évocation simple, délicieuse de la vie (et de la mort) dans une ferme. Et pourtant, chaque mot précisément placé (je pense à l&#8217;exigence de Strunk dans <em>The Elements of Style </em>d&#8217;<strong>exclure tous les mots inutiles!</strong>) fredonne le simple bonheur chez White d&#8217;être vivant.</p>
<p>C&#8217;est l&#8217;histoire de Wilbur et de ses amis Fern, Templeton, l&#8217;oie, le mouton et surtout, Charlotte l&#8217;araignée. Wilbur est un cochon gentil et innocent, qui découvre qu&#8217;on l&#8217;engraisse en vue de le tuer. Il ne veut pas mourir. Comme il le dit: &#8221;J&#8217;adore vivre dans cette grange&#8230; j&#8217;aime tout ce qui s&#8217;y trouve.&#8221; Alors Charlotte réfléchit afin de trouver un moyen de le sauver. Elle utilise sa toile pour écrire des mots destinés à ceux qui sont dans la vie de Wilbur. Des mots comme FORMIDABLE ou QUEL COCHON. L&#8217;image du garçon de ferme venu verser la moulée, s&#8217;arrêtant incrédule en voyant la toile chargée de rosée qui dessine les mots QUEL COCHON reste gravée dans mon esprit, tout comme les mots de la toile sont gravés dans la conscience de ceux qui contrôlent la destinée de Wilbur.</p>
<p>Ne soyez pas dupe. La simplicité de la langue, le cadre bucolique, les animaux sympathiques, tout mène au chant du cygne de Charlotte—un chant du cygne à son ami le cochon qui est, en même temps, le chant du cygne de White dédié à une manière de vivre, écrit dans le plus élégant des styles. Tandis que Charlotte dépense son énergie à écrire ces mots dans la toile, elle me rappelle l&#8217;importance que peuvent avoir les mots.<em> La toile de Charlotte</em> est un hommage à la puissance du langage tant dans ce qu&#8217;il raconte que dans sa façon de le raconter.</p>
<p>C&#8217;est la raison pour laquelle Yann vous écrit. Car comme Charlotte l&#8217;araignée, il croit que la parole écrite peut modeler la vie, sauver des vies. J&#8217;espère qu&#8217;en lisant sur E.B. White, et plus encore, en lisant ses livres, vous vous souviendrez que tout comme nous avons besoin de politiciens et de premiers ministres, ainsi avons-nous besoin de livres et d&#8217;écrivains.</p>
<p>Et si la lecture de <em>La toile de Charlotte</em> n&#8217;y parvient pas pour vous, j&#8217;espère en tout cas que le livre évoquera un temps et un lieu qui vous accompagneront longtemps. Vous serez là avec Wilbur tandis qu&#8217;il essaie, ridiculement, de tisser une toile. Vous serez là avec Charlotte au moment où elle fait l&#8217;ultime sacrifice. Vous serez avec Fern quand elle essaie d&#8217;arracher la hache des mains de son père. Et avec E. B. White quand il nous montre Wilbur pour la première fois:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Là, à l&#8217;intérieur, qui la regardait, il y avait le cochon nouveau-né. C&#8217;en était un blanc. La lumière du matin brillait à travers ses oreilles, elles en étaient roses.</p>
<p style="padding-left: 60px;">&#8220;Il est à toi,&#8221; dit M. Arable.</p>
<p>Et maintenant ce livre est à vous.</p>
<p>J&#8217;espère qu&#8217;il vous plaira.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Alice Kuipers</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=w7KIcY_qj5w:4HCjqmeWg3w:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=w7KIcY_qj5w:4HCjqmeWg3w:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/w7KIcY_qj5w" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/12/livre-numero-79-la-toile-de-charlotte-de-e-b-white-envoye-par-alice-kuipers/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/04/12/livre-numero-79-la-toile-de-charlotte-de-e-b-white-envoye-par-alice-kuipers/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 78: Century, de Ray Smith, envoyé par Charles Foran</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/NFo8239iYcQ/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/29/livre-numero-78-century-de-ray-smith-envoye-par-charles-foran/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 29 Mar 2010 06:03:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1771</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un livre qui attend toujours patiemment ses lecteurs, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses remerciements, Charlie Foran Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Il arrive à certains livres ce qui arrive à certaines personnes, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1773" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/29/livre-numero-78-century-de-ray-smith-envoye-par-charles-foran/century/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1773" style="float: right;" title="Century, de Ray Smith" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/03/century-150x231.jpg" alt="Century, de Ray Smith" width="150" height="231" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un livre qui attend toujours patiemment ses lecteurs,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses remerciements,<br />
Charlie Foran</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Il arrive à certains livres ce qui arrive à certaines personnes, on les ignore. J&#8217;aimerais profiter de cette occasion si généreusement offerte par Yann pour vous parler d&#8217;une fort belle <span lang="fr-CA">œuvre de fiction canadienne, qui attend toujours qu&#8217;on la révèle vraiment. <em>Century</em>, de Ray Smith a paru d&#8217;abord en 1986, et est resté quasi sans écho. Un bon éditeur avait publié l</span><span lang="fr-CA">e livre, et Smith en avait déjà deux autres à son crédit qui lui avaient valu un cercle d&#8217;admirateurs bruyant mais restreint: le premier, <em>Lord Nelson Tavern </em>et ensuite le roman portant l&#8217;humble titre de <em>Cape Breton is the Thought-Control Centre of Canada</em>. Ces deux œuvres charmantes et plutôt loufoques correspondaient bien à l&#8217;état d&#8217;esprit farceur qui prévalait dans les zones côtières des États-Unis. Smith, originaire du Cap Breton et exilé à Montréal, possédait ses propres vibrations côtières, mais ce n&#8217;était pas du genre cool-drogue-surf; c&#8217;était plutôt de la radio FM nocturne, flegmatique et iconoclaste, taquinant les goûts à la mode sur un ton incisif mais sans malice. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="fr-CA">Malgré cela, </span><span lang="fr-CA"><em>Century </em>n&#8217;a pas pris son envol. Il avait fallu beaucoup de temps à Ray Smith pour le terminer, et ça n&#8217;avait pas été aussi facile de lui donner vie que pour les livres antérieurs: davantage d&#8217;états d&#8217;âme et d&#8217;angoisses, moins d&#8217;optimisme quant à l&#8217;éventuelle victoire de la lumière sur les ténèbres. L&#8217;histoire se passait surtout en Europe, et sur une période de presque un siècle compressé dans 165 pages compactes, presque pointillistes. Entre-temps, les choses avaient changé dans la culture et la littérature canadiennes et Smith répondit à ces changements, d&#8217;une certaine manière, en s&#8217;éloignant encore plus du courant dominant que l&#8217;île de ses origines (à laquelle il est retourné, maintenant qu&#8217;il est à la retraite). Quoi que fût <em>Century</em>, ce n&#8217;était pas de la &#8220;Can Lit&#8221;, c&#8217;est-à-dire de la littérature canadienne, à l&#8217;aune de la tendance littéraire d&#8217;alors, ni à celle de l&#8217;industrie du livre. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="fr-CA">J&#8217;ai une raison d&#8217;appeler </span><span lang="fr-CA"><em>Century</em> &#8220;une œuvre de fiction&#8221;. Le livre, composé de six parties liées par un seul personnage et des superpositions calculées de tons, pourrait être qualifié—aïe—de roman post-moderne. Mais outre le fait que les histoires ne prêtent pas flan aux aridités et tropes académiques, elles sont toutes autonomes, comme dans un recueil. Même le thème caractéristique de Smith—l&#8217;art doit incarner la morale largement absente d&#8217;un monde corrompu—ne figure pas en MAJUSCULES pour que tout un chacun le saisisse. <em>Century</em> défie les classifications et néglige les attentes. Regardez, dit le texte, évidemment que ceci n&#8217;est pas la vie, naturellement que ce n&#8217;est qu&#8217;un livre. Permettez à ces mots si élégamment alignés de se répandre sur vous, comme des confettis à un mariage, et puis décidez ensuite en quoi consiste le mariage. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="fr-CA">&#8220;D&#8217;ailleurs,&#8221; observait récemment un admirateur, &#8220;les textures [de la prose] y sont peut-être également les porteurs de sens; Smith a trop de respect pour la langue, et pas suffisamment de patience face à son message, pour se préoccuper que les lecteurs comprennent le sens de tous ces vocables intelligents et brillants. À certains moments, il se pourrait même qu&#8217;il compte sur la musicalité pour servir tant de medium que de message.&#8221; En fait, c&#8217;est ce que j&#8217;ai écrit au sujet de </span><span lang="fr-CA"><em>Century</em> dans la préface d&#8217;une nouvelle édition, publiée en 2009. Dan Wells, l&#8217;éditeur de la maison Biblioasis Editions dans le sud de l&#8217;Ontario, réédite les anciens livres de Ray Smith, tout comme il publie ses œuvres plus récentes. Je ne vais pas dire que les éditions Biblioasis ont aussi été négligées, mais ces deux hommes, Smith et Wells, sont des types littéraires originaux à l&#8217;audace redoutable, œuvrant en marge des courants dominants, si on insiste pour définir ainsi le flux culturel, ou simplement là où ils ont besoin d&#8217;être en tant qu&#8217;artistes et éditeurs, pour considérer que leur travail, du jour même ou de toute la vie, en vaut la peine. Je suis tout à fait heureux de joindre mon dernier exemplaire de <em>Century</em>, publié chez Biblioasis, à cette note. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="fr-CA">Cor</span><span lang="fr-CA">dialement vôtre, </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Charlie Foran</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="fr-CA">P.J.: un livre de poche </span><span lang="fr-CA">dédicacé</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="fr-CA"><strong>Réponse: </strong></span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="fr-CA">à venir&#8230;</span></p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=NFo8239iYcQ:THWAqMGsMqk:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=NFo8239iYcQ:THWAqMGsMqk:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/NFo8239iYcQ" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/29/livre-numero-78-century-de-ray-smith-envoye-par-charles-foran/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/29/livre-numero-78-century-de-ray-smith-envoye-par-charles-foran/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 77: King Leary, de Paul Quarrington, envoyé par Steven Galloway</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/4dT55dbApA0/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/15/livre-numero-77-king-leary-de-paul-quarrington/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 15 Mar 2010 06:03:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1724</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, j&#8217;espère que ce livre vous fera rire, vous rappellera des souvenirs et vous fera voir l&#8217;avenir, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses remerciements, Steven Galloway Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Ne soyez pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dédicace:<a rel="attachment wp-att-1732" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/15/livre-numero-77-king-leary-de-paul-quarrington/king-leary/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1732 " style="float: right;" title="King Leary, de Paul Quarrington" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/03/king-leary-150x230.jpg" alt="King Leary, de Paul Quarrington" width="150" height="230" /></a></strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
j&#8217;espère que ce livre vous fera rire, vous rappellera des souvenirs et vous fera voir l&#8217;avenir,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses remerciements,<br />
Steven Galloway</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Ne soyez pas déçu, je vous en prie. Je sais que depuis un certain temps vous recevez des livres par la poste de la part de Yann Martel, et je suppose que vous vous y êtes habitué. Même si ses lettres n&#8217;ont pas encore reçu de réponse, j&#8217;aime vous imaginer en train de les lire en robe de chambre et en pantoufles au petit déjeuner, en sirotant un café. Est-ce une manière étrange d&#8217;imaginer son Premier ministre? Peut-être. Si c&#8217;est le cas, je m&#8217;en excuse—vous êtes cependant le leader de notre pays, et les leaders existent autant dans notre imagination que dans leur réalité physique,</p>
<p>Comme vous l&#8217;aurez probablement constaté à ce stade, je ne suis pas Yann. Mon nom est Steven, et je suis un écrivain de Vancouver. Yann vous a envoyé l&#8217;un de mes livres,<em> Le violoncelliste de Sarajevo</em>. J&#8217;espère que vous l&#8217;avez aimé. Si non, merci de n&#8217;en avoir rien laissé savoir. Notre ami Yann est en tournée faisant la promotion de son nouveau livre, <em>Béatrice et Virgile</em>, et il m&#8217;a demandé de le remplacer. Je suis heureux de le faire, d&#8217;abord parce que je me considère comme un type qui coopère de bon gré, et aussi parce que même si bien des gens dans le monde de l&#8217;écriture pensent que Yann se bat contre des moulins à vent en vous envoyant ces livres, j&#8217;aime croire que vous regardez peut-être certaines de ces œuvres, et peut-être que vous en lisez ou en avez lu quelques-unes, et que personne, nulle part, ne croira que de recevoir gratuitement soixante-quinze livres par la poste accompagnés d&#8217;une lettre d&#8217;un auteur de renommée mondiale est une mauvaise chose. D&#8217;un certaine manière, vous appartenez à ce qui doit être le club du livre le plus exclusif au monde, même si c&#8217;est un peu à votre corps défendant. Je gage que M. Obama en est jaloux!</p>
<p>Il y a un groupe rock à Winnipeg qui s&#8217;appelle The Weakerthans et que j&#8217;aime beaucoup. L&#8217;une de ses chansons s&#8217;intitule Night Windows, écrite par John Samson, qui traite de ce qu&#8217;on ressent quand on croit voir une personne qui est morte et, pendant un instant, avant qu&#8217;on ne se souvienne qu&#8217;elle n&#8217;est plus vivante, on a envers elle les mêmes sentiments que quand elle était vivante, on la voit comme quand elle était vivante, et pendant cet instant, on dirait qu&#8217;elle n&#8217;est jamais morte. Cette sensation, qui est rare et merveilleuse et parfois triste, est la raison pour laquelle j&#8217;aime lire. C&#8217;est aussi la raison pour laquelle j&#8217;ai choisi de vous envoyer le roman <em>King Leary </em>de Paul Quarrington.</p>
<p>C&#8217;est un roman du monde du hockey. L&#8217;un de nos meilleurs romans sur le hockey. J&#8217;ai lu quelque part que vous aimiez le hockey, et je vous ai vu récemment à la télé lors du match de la médaille d&#8217;or, assis à côté de Wayne Gretzky. Ça a dû être une expérience plaisante. J&#8217;étais à la maison, assis à côté de ma tante et d&#8217;un gars nommé Jay, et simplement comme ça, c&#8217;était formidable. Quoi qu&#8217;il en soit, dans le roman, Percival &#8220;King&#8221; Leary a été un jour le meilleur joueur de la LNH. Il a gagné la Coupe en 1919, en marquant le but vainqueur après avoir évité Newsy Lalonde et en exécutant un St.Louis Whirlygig parfait. Sauf pour un verre de champagne à cette occasion, il n&#8217;a jamais de sa vie bu d&#8217;alcool. Son breuvage préféré est le ginger ale qui, d&#8217;après lui, le rend plus saoul que n&#8217;importe quel autre. Au début du roman, c&#8217;est un vieillard qui vit dans une résidence pour l&#8217;âge d&#8217;or avec son copain, le journaliste Blue Hermann. On lui offre une énorme somme d&#8217;argent pour aller à Toronto tourner une publicité pour une compagnie de ginger ale. L&#8217;histoire se développe à partir de là et je ne veux pas vous la gâter, mais notre King est en mauvaise santé, et il a eu dans sa vie certains démons qu&#8217;il a tenté de tenir à distance, mais qui sont en train de le rattraper. Il vit de nombreux moments où il voit des morts, et, dans son cas, les morts ont beaucoup à dire quant à la façon dont il a vécu sa vie. C&#8217;est un roman drôle, un roman triste, et le genre de roman que seul un Canadien peut écrire.</p>
<p>Paul Quarrington est mort récemment d&#8217;un cancer. Il n&#8217;avait que 56 ans. C&#8217;était quelqu&#8217;un de formidable. Parfois, en lisant son œuvre, j&#8217;ai pour un instant le sentiment qu&#8217;il est encore vivant. La plupart des gens n&#8217;ont pas connu Paul, ou tout auteur vivant ou mort, d&#8217;ailleurs, mais en lisant un livre, on vit souvent ce moment que Samson décrit—je suis sûr que les Allemands ont un mot pour ça—qui donne une voix à sa vie, ou à la vie collective de tous. Je suppose qu&#8217;un cynique dirait que c&#8217;est une sorte de nostalgie, mais j&#8217;aime croire que c&#8217;est un rappel. Un rappel de comment étaient les choses, comment elles sont ou comment elles pourraient être.</p>
<p>Parfois, ces rappels coûtent des milliards de dollars. Prenez les Olympiques. Même si je ne suis pas fana du copinage qui les accompagne, je pense que les histoires qu&#8217;ils engendrent, et leur représentation des liens que nous partageons en tant que Canadiens, indiquent que cet argent a été bien dépensé. Mais il y a d&#8217;autres moyens de procéder, des moyens qui ne dépendent pas du but que Crosby compte—ou ne compte pas—en prolongation (ouf!). Les livres comptent parmi les meilleurs exemples de cela, et ils sont beaucoup moins chers. Parfois même, ils sont gratuits. J&#8217;espère que vous allez aimer <em>King Leary</em>.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Steven Galloway</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=4dT55dbApA0:L4PZsl5oYDA:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=4dT55dbApA0:L4PZsl5oYDA:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/4dT55dbApA0" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/15/livre-numero-77-king-leary-de-paul-quarrington/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/15/livre-numero-77-king-leary-de-paul-quarrington/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 76: Une journée d’Ivan Denissovitch, de Alexandre Soljénitsyne</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/zCHtXuuGReM/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/01/livre-numero-76-une-journee-divan-denissovitch-de-alexandre-soljenitsyne/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 01 Mar 2010 06:03:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1677</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un livre au sujet d&#8217;un effroyable gouvernement, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, La chose la plus incroyable m&#8217;est arrivée la semaine dernière. Il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1679" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/01/livre-numero-76-une-journee-divan-denissovitch-de-alexandre-soljenitsyne/one-day-in-the-life-of-ivan-denisovich-by-aleksandr-solzhenitsy/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1679" style="float: right;" title="Une journée d'Ivan Denissovitch, de Alexandre Soljénitsyne " src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/02/One-Day-in-the-Life-of-Ivan-Denisovich-by-Aleksandr-Solzhenitsy-150x251.jpg" alt="Une journée d'Ivan Denissovitch, de Alexandre Soljénitsyne " width="150" height="251" /></a><strong>Dédicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un livre au sujet d&#8217;un effroyable gouvernement,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>La chose la plus incroyable m&#8217;est arrivée la semaine dernière. Il y avait une enveloppe de taille moyenne, rigide, dans ma boîte aux lettres. Je ne reçois pas autant de courrier que vous, mais tout de même une bonne quantité (et je n&#8217;ai pas de personnel qui m&#8217;aide à cela).  Alors qu&#8217;est-ce que c&#8217;était, quelle question, quelle demande? Je remarquai que ça venait des États-Unis. Je l&#8217;ouvris. Une plus petite enveloppe glissa d&#8217;entre deux morceaux de carton. Sur le devant, en haut à gauche, une adresse de retour. The White House, Washington, DC 20500. J&#8217;étais intrigué. Pas <em>La </em>Maison Blanche. J&#8217;ouvris l&#8217;enveloppe et elle était là, sous une entête de la Maison Blanche, une <a href="http://www.quelitstephenharper.ca/?attachment_id=1686" target="0">note</a> manuscrite du Président Obama. Je pense bien que mon cœur a raté un battement. Une semaine plus tard, avec précaution, je tire encore la note de son enveloppe pour m&#8217;émerveiller. Le Président des États-Unis d&#8217;Amérique m&#8217;a écrit—à <em>moi</em>! C&#8217;est sûr que je vais la faire encadrer. S&#8217;il y avait moyen de me la faire tatouer dans le dos, je le ferais. Ce qui m&#8217;ébahit, c&#8217;est la gratuité du geste. Comme vous le saurez probablement, il y a une bonne mesure de calcul dans les gestes des personnalités publiques. Mais dans ce cas-ci, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il a à gagner? Je ne suis pas citoyen américain. Je ne peux d&#8217;aucune manière aider le Président Obama. Il a, de toute évidence, fait ce geste pour des raisons personnelles, en tant que lecteur et en tant que père de famille. Et en deux lignes, quelle pénétrante analyse de <em>L&#8217;histoire de Pi</em>. Dieu le bénisse, Dieu le bénisse.</p>
<p>Tous les chefs de gouvernement ne sont pas aussi bons. À titre d&#8217;exemple, le livre que je vous envoie cette semaine, <em>Une journée d&#8217;Ivan Denissovitch , </em>de l&#8217;écrivain russe Alexandre Soljénitsyne. Joseph Staline a rendu son peuple malheureux pendant tout son règne comme leader de l&#8217;Union Soviétique, de 1922 à 1953. Ou, pour être plus précis, les choses qu&#8217;il a bien faites ont été effacées par la quasi incommensurable méchanceté des choses qui les accompagnaient. Le titre de plus odieux dictateur du XXe siècle revient bien sûr à Adolf Hitler, mais Hitler a disparu rapidement, en douze ans, et il n&#8217;était pas représentatif du leadership allemand. Staline, par ailleurs, a duré, il est mort vieux et il était encore au pouvoir, c&#8217;était un phare de méchanceté ferme et persistant. Et alors que ses crimes—bouleversements sociaux, catastrophes économiques, violations massives et systématiques des droits de la personne, famine et pauvreté généralisées—ont été pires que ceux de ses prédécesseurs ou de ses successeurs, la Russie n&#8217;allait pas bien avant lui sous les Tsars, n&#8217;allait pas bien après lui sous les leaders soviétiques qui lui ont succédé, et elle ne va pas bien sous le régime autoritaire présentement en place. Cela me rappelle l&#8217;adage: &#8220;l&#8217;homme est un loup pour l&#8217;homme&#8221;, mais dans ce cas-ci avec une variante: &#8220;le Russe est un loup pour le Russe&#8221;. Cela m&#8217;a toujours laissé perplexe, comment les Russes, malgré les formidables génies individuels qu&#8217;ils ont produits dans les arts et les sciences, ont par ailleurs représenté une telle calamité envers eux-mêmes (et envers les Européens qui ont eu la mauvaise fortune de vivre à l&#8217;ombre de leur empire). De quel autre pays est issu un leader qui a gagné le prix Nobel de la Paix—Mikhail Gorbatchev—pour avoir cherché simplement à libérer son peuple de lui-même? Et cela dans un pays qui n&#8217;a jamais été colonisé et dont les malheurs ne peuvent être imputés à d&#8217;autres.</p>
<p>Il y a un paragraphe, à la page 104 d&#8217;<em>Une journée d&#8217;Ivan Denissovitch, </em>qui résume l&#8217;attitude dont je parle:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Il peinait à rester debout. Mais il continuait quand même. Shukhov [c'est-à-dire Ivan Denissovitch] avait déjà eu un cheval comme ça. Il avait eu beaucoup d&#8217;estime pour le cheval, mais il l&#8217;avait poussé jusqu&#8217;à la mort. Et puis on l&#8217;avait écorché.</p>
<p><em>Il avait eu beaucoup d&#8217;estime pour le cheval, mais il l&#8217;avait poussé jusqu&#8217;à la mort—</em>et sans aucune tentative d&#8217;explication. C&#8217;est simplement ce qu&#8217;on fait. Et le &#8220;il&#8221; du début n&#8217;est pas un autre cheval, mais plutôt un être humain, un compagnon de prison, un homme qu&#8217;Ivan Denissovitch estime et qu&#8217;il pourrait aussi allègrement voir mourir d&#8217;épuisement au labeur. On a envie de crier &#8220;Mais où se trouve l&#8217;humanité, la bienveillance, la compassion?&#8221; Il y en a fort peu dans <em>Une journée d&#8217;Ivan Denissovitch</em>. Ce court roman raconte l&#8217;histoire d&#8217;une journée ordinaire dans la vie d&#8217;un prisonnier ordinaire dans le Goulag, l&#8217;énorme système de camps de travaux forcés qui représentait pour ainsi dire une société parallèle dans la Russie communiste. Au mieux, il y a tout juste une fraternité rude et passagère qui est exprimée dans des moments où la peur et les besoins ont momentanément diminué. Le reste du temps, chaque prisonnier ne s&#8217;occupe strictement que de lui-même. Cela produit des conditions de vie épouvantables, documentées de façon lucide par Soljénitsyne, et un plaidoyer fulgurant contre ce que Staline a imposé à son propre peuple. </p>
<p>Je vous ai envoyé, il y a près de trois ans,<em> La ferme des animaux </em>de l&#8217;écrivain anglais George Orwell. Il est intéressant de comparer ce roman avec <em>Ivan Denissovitch. </em>Les deux œuvres traitent du même sujet, mais de manière très différente. Le premier décrit le fléau du stalinisme par une allégorie, l&#8217;autre d&#8217;une façon réaliste. Lequel préférez-vous?</p>
<p>Je dois vous informer d&#8217;un changement temporaire dans notre petit club du livre. Jusqu&#8217;ici, il n&#8217;y a toujours eu que vous et moi. Mais je pars bientôt pour un voyage de quatre mois, en bonne partie pour faire la promotion de mon nouveau roman et je craignais que la logistique de vous acheminer une lettre et un livre toutes les deux semaines tandis que j&#8217;étais en déplacement ne devienne une contrainte trop lourde. J&#8217;ai donc décidé d&#8217;inviter d&#8217;autres écrivains canadiens à nous accompagner dans notre trajet littéraire. Je suis heureux de cette décision. Il s&#8217;agit vraiment de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Après tout, pourquoi serais-je le seul à vous faire des suggestions de lecture? Ma connaissance du monde des livres est très limitée. Pourquoi ne pas sonder l&#8217;univers littéraire d&#8217;autres écrivains?</p>
<p>Alors votre prochain livre et votre prochaine lettre, qui seront livrés à votre bureau dans deux semaines exactement, le lundi 15 mars, viendront d&#8217;un écrivain canadien différent. Je ne vous dis pas qui—que ce soit une surprise—et je n&#8217;ai aucune idée non plus du prochain livre. Ce sera aussi une surprise.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre de poche dédicacé</p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=zCHtXuuGReM:FE3ZY7xefqk:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=zCHtXuuGReM:FE3ZY7xefqk:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/zCHtXuuGReM" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/01/livre-numero-76-une-journee-divan-denissovitch-de-alexandre-soljenitsyne/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/03/01/livre-numero-76-une-journee-divan-denissovitch-de-alexandre-soljenitsyne/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 75: Nadirs, de Herta Müller</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/cLA-1rc5geA/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/15/livre-numero-75-nadirs-de-herta-muller/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 04:19:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1648</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un livre qui vient de loin, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Toutes les quelques années, il  arrive que l&#8217;annonce du lauréat du Prix [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1650" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/15/livre-numero-75-nadirs-de-herta-muller/nadirs-by-herta-muller/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1650" style="float: right;" title="Nadirs, de Herta Muller" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/02/Nadirs-by-Herta-Muller-150x230.jpg" alt="Nadirs, de Herta Muller" width="150" height="230" /></a><strong>D</strong><strong>é</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un livre qui vient de loin,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Toutes les quelques années, il  arrive que l&#8217;annonce du lauréat du Prix Nobel de littérature soit une source d&#8217;étonnement et de consternation. On entend, presque à travers le monde entier, les gens s&#8217;exclamer, le souffle coupé: &#8220;<em>Qui?</em>&#8220; <em> </em>C&#8217;est exactement comment j&#8217;ai réagi en 2004, je m&#8217;en souviens. Je n&#8217;avais jamais entendu parler de Elfriede Jelinek, l&#8217;écrivaine autrichienne qui a reçu le Prix cette année-là. Évidemment, les lecteurs de langue allemande devaient la connaître et ils ont sans doute applaudi son succès. Le Comité du Nobel a la sagesse et le discernement de lancer son filet très loin, trouvant ainsi des gagnants parmi les écrivains qui ne sont pas largement connus ou qui écrivent à partir de cultures situées à la marge du monde anglo-américain dominant. J&#8217;ai ainsi découvert Elias Canetti, par exemple, un splendide écrivain, quand j&#8217;ai été pareillement surpris, il y a déjà encore plus longtemps, en 1981.</p>
<p>Eh bien, Stockholm remet ça. Il y a quelques mois, le nom de la récipiendaire du prix Nobel de littérature pour 2009 a été annoncé et c&#8217;était—voilà, laissez-la passer, Elfriede—une autre écrivaine &#8220;obscure&#8221; qui écrit en allemand, Herta Müller. Et comme les Jeux olympiques d&#8217;hiver ont maintenant lieu à Vancouver, avec des centaines d&#8217;athlètes étrangers qui sont venus visiter notre pays, j&#8217;ai pensé que je pourrais tenir compte de la haute recommandation du Comité Nobel et vous offrir quelque chose de Herta Müller. <em>Nadirs</em>, son premier livre, est un recueil de nouvelles, la seule œuvre d&#8217;elle que j&#8217;aie pu trouver chez McNally Robinson. C&#8217;est un curieux livre. De prime abord, il semble étranger.  On n&#8217;écrit pas ainsi en anglais. Ce n&#8217;est pas là une question de traduction. Je ne saurais le préciser, puisque je ne parle pas allemand et je ne peux donc pas comparer l&#8217;original avec la traduction, mais je ne crois pas que le livre soit mal traduit. C&#8217;est plutôt une question de sensibilité. On dirait que l&#8217;écriture est impersonnelle, presque mécanique, elle est extrêmement laconique et on sent peu d&#8217;efforts pour embellir le style. Les histoires, sauf pour une anecdote de temps à autre, sont dépourvues d&#8217;intrigue. Elles sont pleines de détails, et pourtant plusieurs d&#8217;entre elles sont irréelles, comme des rêves, des cauchemars. Cela peut aider un peu de savoir qui est Herta Müller: elle vient d&#8217;une région où l&#8217;on parle allemand en Roumanie, le Banat. Une personne qui parle une langue minoritaire dans un pays pauvre: cela pourrait expliquer la sensibilité, qui est si distante de la mienne. Je suis parfois frappé par les étranges réalités intérieures qui ont leur origine en Europe centrale et orientale. Il y a des livres qui viennent de certaines régions du monde qui devraient me sembler plus étrangères—par exemple, le livre que je vous ai envoyé il y a un mois, <em>Le monde s&#8217;effondre, </em>venu du Nigéria—et pourtant ce roman ne m&#8217;a pas semblé si impénétrable. Je n&#8217;ai pas eu de difficulté à me glisser dans la peau africaine d&#8217;Okonkwo. Mais alors l&#8217;Europe, le continent de mes ancêtres, un continent où j&#8217;ai vécu pendant dix ans, dont je parle trois des langues, dont la religion majoritaire emporte en gros mon adhésion, dont la population me ressemble et s&#8217;habille comme moi, produit des histoires qui m&#8217;intriguent totalement. C&#8217;est peut-être le résultat de ce mélange très européen de diversité culturelle, de chaos économique et de misère politique. Quoi qu&#8217;il en soit, j&#8217;ai lu <em>Nadirs </em>et je me suis dit: &#8221;Eh bien ces Allemands, ils ont vraiment trouvé le tour pour ne pas s&#8217;amuser.&#8221;</p>
<p>Un livre de valeur, tout de même. Un rappel que la grande littérature nous emmène en des terres étrangères et élargit notre esprit.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre cartoné dédicacé</p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=cLA-1rc5geA:FCu1JMjnGCI:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=cLA-1rc5geA:FCu1JMjnGCI:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/cLA-1rc5geA" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/15/livre-numero-75-nadirs-de-herta-muller/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/15/livre-numero-75-nadirs-de-herta-muller/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 74: Eunoia, de Christian Bök</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/4pkVjTlBS9Y/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/01/livre-numero-74-eunoia-de-christian-bok/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 06:03:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1604</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un livre en hommage au dépassement, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2   Cher Monsieur Harper, Avez-vous jamais eu l&#8217;impression d&#8217;être limité par la langue? Je suis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1606" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/01/livre-numero-74-eunoia-de-christian-bok/eunoia-by-christian-bok-001/"><img style="float: right;" title="Eunoia, de Christian Bok" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/01/Eunoia-by-Christian-Bok-001-150x239.jpg" alt="Eunoia, de Christian Bok" width="150" height="239" /></a><a rel="attachment wp-att-1609" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/01/livre-numero-74-eunoia-de-christian-bok/eunoia-by-christian-bok-cd/"><img style="float: right;" title="Eunoia, de Christian Bok, le CD" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/01/Eunoia-by-Christian-Bok-CD-150x146.jpg" alt="Eunoia, de Christian Bok, le CD" width="150" height="146" /></a><strong>D</strong><strong>é</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un livre en hommage au dépassement,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2<br />
 <br />
Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Avez-vous jamais eu l&#8217;impression d&#8217;être limité par la langue? Je suis sûr que oui. Un cas fréquent: on parle avec quelqu&#8217;un et on veut communiquer une idée, mais le mot précis nous échappe soudain, il nous reste, comme on dit, &#8220;sur le bout de la langue,&#8221; et on cherche par des périphrases à circonscrire le concept. Une autre occasion courante où la langue impose une limite à l&#8217;expression, c&#8217;est quand on parle une langue étrangère. Vous avez vous-même, par exemple, fait d&#8217;admirables efforts pour apprendre le français, mais il reste une langue avec laquelle vous n&#8217;êtes pas complètement à l&#8217;aise. Quand vous prononcez un discours en français, je suis certain que vous préférez lire un texte et qui a été revu par un francophone. Et quand vous devez improviser, j&#8217;imagine que vous cherchez la sécurité des locutions consacrées et des expressions que vous avez apprises; sinon, vous devez vous efforcer d&#8217;exprimer votre pensée dans le cadre limité de votre connaissance de la langue. En anglais, par ailleurs, vous ne devez pas sentir de limites. Je suppose que vous devez alors vous sentir comme toute personne qui parle dans sa langue maternelle: ce que vous pensez, vous l&#8217;exprimez sans effort, sans hésitation et sans recherche.</p>
<p>Bien évidemment, ce sentiment de liberté, cette rencontre parfaite de la pensée et de l&#8217;expression ne sont que des illusions nées du confort et de la familiarité. Face à une toute nouvelle expérience, exaltante ou horrible, il arrive souvent que nous en perdions la capacité de parler et que nous restions sans voix. L&#8217;expression verbale est aussi plus qu&#8217;une affaire de vocabulaire. Des expériences qui ne sont pas en elles-mêmes extraordinaires sur le plan émotif mais qui sont intellectuellement complexes peuvent aussi nous amener à chercher nos mots pour les commenter de façon significative. Dans de telles situations, ce ne sont pas forcément les mots qui nous manquent, mais la compréhension préliminaire qui mène au choix des mots. Tout ça pour dire que nous sommes parfois muets—et nous n&#8217;aimons pas ça. Nous attachons une grande valeur à l&#8217;expression. Alors nous hésitons, nous marmonnons, nous bafouillons, nous luttons jusqu&#8217;à ce que nous ayons mis en mots une idée ou une expérience.</p>
<p>Le livre que je vous envoie cette fois-ci—le recueil de poésie <em>Eunoia </em>du Canadien Christian Bök (on prononce &#8220;book&#8221;), accompagné d&#8217;un CD (une très bonne lecture par l&#8217;auteur), traite exclusivement des limites et des façons exaltantes de les dépasser. Bök, un fervent admirateur de l&#8217;Oulipo, un collectif d&#8217;écrivains français d&#8217;écriture expérimentale, a mené l&#8217;une de leurs techniques favorites, le lipogramme, à un très haut niveau. Un lipogramme est une composition dont une lettre est absente. Un bon exemple de lipogramme est le roman <em>La disparition, </em>de Georges Perec, écrit complètement sans la voyelle la plus fréquente dans la langue française, le <em>e. </em>Si vous pensez qu&#8217;un lipogramme n&#8217;est qu&#8217;un truc, ce ne l&#8217;est vraiment pas. Dans le cas du roman de Perec, la lettre <em>e </em>en français est prononcée de la même façon que <em>eux.</em> <em>La disparition </em>se réfère non seulement à la disparition d&#8217;une lettre, mais à leur disparition à <em>eux.</em> Qui ça, eux? Eh bien, tout d&#8217;abord, les parents de Perec, qui étaient juifs, et qui ont été emportés par l&#8217;Holocauste. <em>La disparition </em>est donc une métaphore de l&#8217;élimination d&#8217;une grande partie de la civilisation juive en Europe, quelque chose qui ressemble beaucoup à un alphabet qui perd l&#8217;une de ses principales lettres. Ce n&#8217;est pas rien qu&#8217;une astuce; pas du tout.</p>
<p>Bök a poussé le défi plus loin encore. Dans <em>Eunoia,</em> il a écrit une série de poèmes qui n&#8217;omettent pas simplement une lettre, mais plusieurs, et non pas des consonnes, dont il existe un grand nombre, mais des voyelles, et pas rien qu&#8217;une, deux ou trois voyelles par poème, mais <em>quatre </em>voyelles. Ce qui ne laisse qu&#8217;une voyelle par poème. Les premières lignes du recueil vous avertissent dès l&#8217;abord du plaisir qu&#8217;on vous offre:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Awkward grammar appals a craftsman. A Dada bard as daft as Tzara damns stagnant art&#8230;</p>
<p>Le héros de la voyelle A est l&#8217;arabe Hassan Abd al-Hassad, tandis que le E met en vedette Hélène de Grèece qui</p>
<p style="padding-left: 60px;">Restless, she deserts her fleece bed where, detested, her wedded regent sleeps. When she remembers Greece, her seceded demesne, she feels wretched, left here, bereft, her needs never met.</p>
<p>Qui aurait pu croire que l&#8217;Iliade d&#8217;Homère pourait être racontée à nouveau en n&#8217;utilisant qu&#8217;une voyelle? La voyelle I permet à l&#8217;auteur de décrire et de défendre son projet:</p>
<p style="padding-left: 60px;">I dismiss nitpicking criticism which flirts with philistinism. I bitch; I kibitz—griping whilst criticizing dimwits, sniping whilst indicting nitwits, dismissing simplistic thinking, in which philippic wit is still illicit.</p>
<p>À la lettre O, on peut lire que:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Porno shows folks lots of sordor—zoom-shots of Björn Borg&#8217;s bottom or Snoop Dogg&#8217;s crotch. Johns who don condoms for blowjobs go downtown to Soho to look for pornshops known to stock lots of lowbrow schlock—off-color porn for old boors who long to drool onto color photos of cocks, boobs, dorks or dongs.</p>
<p>Et avec O, on jette aussi un clin d&#8217;oeil sur <em>L&#8217;orange mécanique, </em>le roman d&#8217;Anthony Burgess que je vous ai envoyé il y a quelque temps:</p>
<p style="padding-left: 60px;">Crowds of droogs, who don workboots to stomp on downtrod hobos, go on to rob old folks, most of whom own posh co-op condos.</p>
<p>Et même le U, cette voyelle qui sème la terreur chez les joueurs de Scrabble, a sa propre voix:</p>
<p style="padding-left: 60px;"><em>Kultur </em>spurns Ubu—thus Ubu pulls stunts.</p>
<p>Et ainsi de suite, avec l&#8217;esprit et l&#8217;inventivité qui rebondissent de page en page, le lot de mots univocaliques de la langue anglaise explose dans un foisonnement de sujets, du paillard au lyrique, du pastoral à l&#8217;historique.</p>
<p>Et la raison pour tout cela? Vous pourrez croire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un simple jeu dont le manque de sérieux l&#8217;associe au divertissement. À cela, il y a deux réponses: premièrement, c&#8217;est en jouant, en s&#8217;amusant que vient la découverte, le résultat de juxtapositions faites au hasard; et deuxièmement, la langue n&#8217;est jamais un univers clos sur lui même. Ce jeu avec la langue que joue Bök nous enchante à cause de ses commentaires sur le monde parce que chaque mot, qu&#8217;il ait une voyelle ou qu&#8217;il en ait cinq, a finalement un lien avec une réalité concrète. Alors, même s&#8217;il ne parle que monovocaliquement, Bök dit bien des choses. Eunoia, qui en anglais veut dire &#8220;splendide pensée&#8221; et est le plus court mot de la langue anglaise à inclure les cinq voyelles, est un ouvrage étroit mais parfait. Il gambade au travers de la langue et ce serait une grave erreur que de le rejeter comme une œuvre purement facétieuse (<em>facetious </em>qui possède, tiens, tiens, les cinq voyelles dans l&#8217;ordre). Après tant de jeux de paroles, la langue est mieux ancrée dans la bouche et l&#8217;expression vient plus aisément.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre cartoné dédicacé</p>
<p><strong>R</strong><strong>é</strong><strong>ponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<p>**********</p>
<p>P.-S.: il y a une strophe en &#8216;e&#8217; qui a été traduite au français, elle aussi exclusivement en &#8216;e&#8217;, livrant le même message: </p>
<p>Enfettered, these sentences repress free speech. The text deletes selected letters. We see the revered exegete reject metred verse: the sestet, the tercet—even <em>les scènes élevées en grec</em>. He rebels. He sets new precedents. He lets cleverness exceed decent levels. He eschews the esteemed genres, the expected themes—even <em>les belles lettres en vers</em>. He prefers the perverse French esthetes: Verne, Péret, Genet, Perec—hence, he pens fervent screeds, then enters the street, where he sells these letterpress newsletters, three cents per sheet. He engenders perfect newness wherever we need fresh terms.  (p. 31)</p>
<p>Restées elles-mêmes, ces sentences entendent resserrer le <em>free speech</em>. Ce texte rejette en effet d&#8217;emblée des lettres sélectes. L&#8217;exégète respectée excepte les vers métrés: le sextet, le tercet—même &#8220;les scènes élevées en grec&#8221;. Elle se rebelle. Elle crée des précédents. Elle est experte et excède le décent. Elle empêche les genres respectés et les thèmes très répétés—même &#8220;les belles lettres en vers&#8221;. Elle préfère les pervers esthètes très près des belges: Verne, Péret, Genet, Perec—elle met en lettres de fervents thèmes, et elle entre en kermesse vendre ces thèses d&#8217;enfer cent cents le texte. Elle élève excellence et sens en ces temps de détresse de termes récents.</p>
<p>(traduction É. Martel, lu en présence de l&#8217;auteur au Salon du livre de Montréal, 2002)</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=4pkVjTlBS9Y:KhJz5tKVwoU:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=4pkVjTlBS9Y:KhJz5tKVwoU:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/4pkVjTlBS9Y" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/01/livre-numero-74-eunoia-de-christian-bok/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/02/01/livre-numero-74-eunoia-de-christian-bok/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 73: Le monde s’effondre, de Chinua Achebe</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/KvejSnFrfzw/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/18/livre-numero-73-le-monde-seffondre-de-chinua-achebe/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 18 Jan 2010 06:03:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1560</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, un grand roman venu d&#8217;Afrique, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper    Premier ministre du Canada   80, rue Wellington   Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Non, pas de prorogation pour moi. Je suppose que l&#8217;une des distinctions entre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1562" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/18/livre-numero-73-le-monde-seffondre-de-chinua-achebe/things-fall-apart-by-chinua-achebe/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1562" style="float: right;" title="Le monde s'effondre, de Chinua Achebe" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2010/01/Things-Fall-Apart-by-Chinua-Achebe-150x231.jpg" alt="Le monde s'effondre, de Chinua Achebe" width="150" height="231" /></a><strong>D</strong><strong>é</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
un grand roman venu d&#8217;Afrique,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper   <br />
Premier ministre du Canada  <br />
80, rue Wellington  <br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Non, pas de prorogation pour moi. Je suppose que l&#8217;une des distinctions entre l&#8217;art et la politique, c&#8217;est que la politique peut s&#8217;interrompre, au moins pour un temps, mais l&#8217;art, la vie de l&#8217;art, ne s&#8217;arrête jamais.</p>
<p>Le livre que je vous ai réservé cette semaine est <em>Le monde s&#8217;effondre </em>de l&#8217;écrivain nigérian Chinua Achebe. Quelques mots sur lui, au cas où vous en sauriez peu à son sujet: il est né en 1930, dans l&#8217;est du Nigeria, d&#8217;un peuple qu&#8217;on appelait alors les Ibo, maintenant les Igbo. Il a été élevé en ibo et en anglais et il a décidé d&#8217;écrire en anglais. <em>Le monde s&#8217;effondre </em>a été son premier roman, publié en 1958. Son succès a été immédiat et il dure encore. La couverture de l&#8217;édition que je vous envoie, qui date de 1986, affirme que le roman s&#8217;est vendu à deux millions d&#8217;exemplaires. Eh bien, c&#8217;est une donnée qui n&#8217;est pas à jour: ce sont maintenant plus de <em>huit millions </em>d&#8217;exemplaires qui en ont été vendus. C&#8217;est le premier classique de langue anglaise venu d&#8217;Afrique, et on le lit dans les écoles et les universités partout à travers le monde. Comme ce doit l&#8217;être. <em>Le monde s&#8217;effondre</em> est un roman absolument splendide. L&#8217;œuvre semble plutôt simple car elle s&#8217;appuie sur des scènes brèves et descriptives. Mais l&#8217;image d&#8217;ensemble qu&#8217;elle crée est vaste et complexe à en couper le souffle, rien de moins qu&#8217;un instantané de la rencontre entre la société africaine et la société britannique à la fin du 19e siècle, et les dommages dévastateurs résultant du colonialisme. Ce commentaire pourrait laisser croire que <em>Le monde s&#8217;effondre</em> est un roman ouvertement politique, et que l&#8217;auteur impose son message strident aux oreilles du lecteur. Mais ce n&#8217;est pas le cas. <em>Le monde s&#8217;effondre, </em>en tout cas dans les deux premiers tiers, se lit plutôt comme l&#8217;œuvre d&#8217;un anthropologue. Achebe décrit la façon de vivre des villageois d&#8217;Umuofia, leurs croyances et leurs pratiques religieuses, leur économie agricole, leur interaction sociale, et ainsi de suite. Le héros de l&#8217;histoire s&#8217;appelle Okonkwo. Le lecteur l&#8217;accompagne au long des saisons de sa vie, à travers les événements, petits et grands, qui marquent son existence et qui le définissent. Okonkwo est un homme fier, habituellement juste dans sa manière de traiter sa famille et ses voisins; c&#8217;est un fermier prospère et, si nécessaire, un guerrier féroce. Il est loin d&#8217;être parfait, tout comme sa société est loin d&#8217;être idéale, mais l&#8217;un et l&#8217;autre se débrouillent tant bien que mal, lui formé par elle, elle affectée par lui.</p>
<p>Et puis l&#8217;homme blanc arrive, sous l&#8217;habit de missionnaires. Ils ne sont pas fondamentalement mauvais, ces nouveaux arrivants. En fait, M. Brown, le tout premier, est un personnage plutôt sympathique. C&#8217;est un chrétien zélé, bien sûr, mais pas aveuglé par sa foi. Il veut convertir les païens africains avec lesquels il vit, mais il n&#8217;est pas insensible à leurs émotions. Il fait de véritables efforts de dialogue. Hélas, son successeur, M. Smith, n&#8217;est pas aussi ouvert d&#8217;esprit. Quant au Commissaire du District, qui est là pour donner un poids administratif colonial aux prêches religieux, il l&#8217;est encore moins. L&#8217;incompréhension, celle de l&#8217;homme blanc par rapport à l&#8217;Africain et celle de l&#8217;Africain par rapport à l&#8217;homme blanc, l&#8217;emporte—et le monde s&#8217;effondre.</p>
<p>La merveille de ce roman est son impartialité. Ce n&#8217;est pas que la façon de vivre des Africains était un Éden jusqu&#8217;à l&#8217;arrivée de l&#8217;homme blanc. Pas du tout, et c&#8217;est bien clair dans le roman. Quelques-unes des pratiques religieuses des Africains étaient barbares, comme le traitement qu&#8217;on imposait aux jumeaux nouveau-nés dont on croyait qu&#8217;ils incarnaient le mal et qu&#8217;on abandonnait dans la forêt pour qu&#8217;ils meurent exposés aux éléments. Achebe décrit avec véracité les durs labeurs de la vie à Umuofia. Et pourtant les villageois s&#8217;en tirent. La vie est parfois pénible, mais on sait qui on est et on connaît sa place. Il s&#8217;agit d&#8217;un peuple et d&#8217;une civilisation. Pas si différents, en fait, du peuple et de la civilisation de l&#8217;homme blanc. C&#8217;est là la réalité si habilement présentée dans le roman, à savoir que la rencontre entre les Africains et les Européens a lamentablement échoué non pas parce que les uns étaient inférieurs aux autres, mais parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas réussi à se comprendre les uns les autres et, comme conséquence directe, à se respecter les uns les autres. Les gens d&#8217;Umuofia appartiennent à une société patriarcale; par exemple Okonkwo a<em> trois </em>épouses. Un outrage, mais est-ce que la société victorienne était tellement moins patriarcale? La religion des gens d&#8217;Umuofia était un charabia mais était-il vraiment différent du charabia pratiqué par les Blancs? Les villageois s&#8217;attendent à ce que le malheur frappe les missionnaires s&#8217;ils continuent de rejeter les dieux indigènes, tout comme les missionnaires s&#8217;attendent à ce que le malheur frappe les villageois s&#8217;ils continuent de rejeter le nouveau Dieu. Et ainsi de suite. On voit les gens d&#8217;Umuofia dans leur grandeur et dans leur petitesse, tout comme l&#8217;homme blanc est présenté dans sa grandeur et sa petitesse. Pourquoi n&#8217;ont-ils pas su se rencontrer de manière appropriée et en arriver progressivement, lentement à une entente, à une certaine symbiose? Cela n&#8217;allait pas arriver. De là la tragédie déchirante qui se trouve au cœur du roman: tout n&#8217;avait pas à se désagréger. Avec de meilleurs émissaires, avec de plus grands efforts de conciliation, peut-être que l&#8217;Afrique n&#8217;aurait pas été aussi dévastée et l&#8217;Europe aussi entachée.  </p>
<p>J&#8217;ai rarement lu un roman qui m&#8217;ait décrit une réalité étrangère avec un tel mélange de perception, de compréhension et de colère. <em>Le monde s&#8217;effondre </em>est un roman brillant, M. Harper. Je vous le recommande de tout cœur.</p>
<p>Je dois vous dire que je rédige cette lettre dans des circonstances inaccoutumées. Habituellement, je vous écris dans la tranquillité de mon bureau à la maison. Pas cette fois. Ce soir, je suis assis au milieu de la Galerie d&#8217;art Mendel, à Saskatoon, sur une plateforme élevée, et j&#8217;écris ma lettre en public. Je participe à un événement multidisciplinaire, une sorte de carnaval qui s&#8217;appelle Lugo, et qui rassemble des danseurs, des musiciens, des acteurs et d&#8217;autres artistes dans une célébration des arts. Et je demande aux gens de suggérer des titres de livres. Je ferais mieux de commencer à les noter avant que la pile ne tombe par terre. Voici donc, sans ordre particulier, telles que me les donnent les gens autour de moi, des suggestions de titres que vous pourriez vouloir lire, de la part de lecteurs et lectrices canadiens:</p>
<p><em>Billions and Billions, </em><strong> </strong>de Carl Sagan<br />
<em>Ishmael, </em>de Daniel Quinn<br />
<em>Killing Hope, </em>de William Blum<br />
<em>because i am a woman, </em>de June Jordan<br />
<em>L&#8217;Ange de pierre, </em>de Margaret Laurence<br />
<em>Stella, reine des neiges, </em>de Marie-Louise Guay (et la personne qui a fait cette recommandation a ajouté: &#8220;Ce livre répondra à un grand nombre des questions pressantes de la vie et vous fera sourire.&#8221;)<br />
<em>Les deux solitudes, </em>de Hugh MacLennan<br />
<em>The Red Tent, </em>de Arita Ament<br />
<em>Expect Resistance, </em>de crimethinc.org<br />
<em>Le chemin des âmes et</em> <em>Les saisons de la solitude, </em>de Joseph Boyden<br />
<em>The Book of Negroes, </em>de Lawrence Hill<br />
<em>Un long chemin vers la liberté, </em>de Nelson Mandela (je vous envoie habituellement des  livres courts—et celui-ci n&#8217;en est pas un—mais je vous recommande hautement cette autobiographie de Mandela, quand vous disposerez de plus de temps libre. Et pourquoi pas maintenant, j&#8217;y pense, puisque le Parlement ne siège pas.)<br />
<em>Le désir sacré, </em>de Fr. Ron Rolheiser<br />
<em>Staying Alive, </em>une anthologie de poésie éditée par Neil Astley<br />
<em>Your Whole Family is Made of Meat, </em>de Ryan North (quel titre!)<br />
<em>Même les cowgirls ont du vague à l&#8217;âme, </em>de Tom Robbins<br />
<em>The Secret River, </em>de Kate Grenville<br />
<em>Sunshine Sketches of a Little Town, </em>de Stephen Leacock<br />
<em>Money for Nothing, </em>de PG Wodehouse<br />
<em>Che, </em>l&#8217;auteur n&#8217;est pas mentionné<strong> </strong>(peut-être que la personne parlait du film de Steven Soderbergh?)<br />
<em>L&#8217;alchimiste, </em>de Paulo Coelho <br />
<em>Disgrâce, </em>de J. M. Coetzee (une très bonne recommandation—je vous ai déjà envoyé un Coetzee, comme vous vous en souviendrez: <em>En attendant les barbares.</em>)<br />
<em>Lion dans les rues, </em>une pièce de Judith Thompson<br />
La poésie d&#8217;Emily Dickinson (ce qui me rappelle que je ne vous ai pas envoyé de poésie depuis des lustres)<br />
<em>À fleur de peau, </em>de Tsitsi Dangaremba (je viens de chercher sur l&#8217;Internet, ce semble vraiment bien. Ça se passe en Rhodésie dans les années 1960 et 1970, une histoire semi-autobiographique de passage à l&#8217;âge adulte.)<br />
<em>Abattoir 5 ou la croisade des enfants, </em>de Kurt Vonnegut<br />
<em>Born to be Good, </em>de Dacher Kelther<br />
<em>The Golden Mean, </em>de Annabel Lyon<br />
<em>The Exorcist, </em>de Peter Blatty<br />
<em>Tous les noms, </em>de José Saramago<br />
<em>Team of Rivals, </em>de Doris Kearns Goodwin<br />
<em>Les bienveillantes, </em>de Jonathan Littell<br />
<em>Les Belles-Sœurs, </em>de Michel Tremblay<br />
<em>Cent ans de solitude, </em>de Gabriel García Márquez<br />
<em>The Alphabet of Manliness, </em>de Maddox<br />
<em>American Gods, </em>de Neil Gaiman<br />
<em>Le Tao de Pooh, </em>de Benjamin Hoff (la personne qui a fait cette suggestion a ajouté: &#8220;Cet excellent livre lui (c&#8217;est à dire <em>vous</em>) apprendra l&#8217;ouverture et comment apprécier <em>toutes </em>les personnes dans notre communauté et dans notre pays. Il faut être comme Pooh plutôt que comme Lapin et comme Cochonnet!&#8221;)<br />
<em>Nocturne du Chili, </em>de Roberto Bolaño (je vous en reparlerai dans une autre lettre; je pense vous envoyer <em>Amuleto.</em>)<br />
<em>L&#8217;autre moitié du soleil,  </em>de C. N. Adiche (un autre roman africain)<br />
<em>Three Cups of Tea, </em>de Greg Mortenson<br />
<em>Les bâtards de Voltaire, </em>de John Ralston Saul<br />
<em>Le dieu des petits riens </em>et<em> Listening to Grasshoppers: Field Notes on Democracy, </em>de Arundhati Roy<br />
<em>Le maître et Marguerite, </em>de Mikhail Bulgakov<br />
<em>Tigana, </em>de Guy Gavriel Kay (&#8220;au sujet des efforts épuisants qui sont parfois nécessaires pour affronter le règne des tyrans.&#8221;)<br />
<em>Overqualified, </em>de Joey Comeau <br />
<em>Les enfants de minuit, </em>de Salman Rushdie<br />
<em>The Maintains, </em>poésie de Clark Coolidge<br />
<em>Guerre et Paix, </em>de Tolstoï (à peu près le plus long roman possible, et je vous ai déjà fait parvenir deux Tolstoï; mais il faut que vous lisiez <em>G&amp;P</em> avant de mourir.)<br />
<em>A Street Without a Name, </em>le nom de l&#8217;auteur n&#8217;a pas été donné<br />
<em>Confessions d&#8217;un gang de filles, </em>de Joyce Carol Oates (&#8220;Le livre que je relis quand j&#8217;essaie de me souvenir pourquoi j&#8217;écris.&#8221;)<br />
<em>Predicting the Next Big Advertising Breakthrough Using a Potentially Dangerous Method</em><strong>, </strong>poésie de Daniel Tysdal<br />
<em>Mort dans l&#8217;après-midi, </em>d&#8217;Ernest Hemingway<br />
<em>Particules élémentaires,<strong> </strong></em>de Michel Houellebecq<br />
<em>Dream Boy, </em>de Jim Grimsley<br />
<em>L&#8217;Avalée des avalés, </em>de Réjean Ducharme<br />
<em>One Native Life, </em>de Richard Wagamese<br />
<em>Hier, </em>de Nicole Brossard<br />
<em>Ten Little Fingers and Ten Little Toes, </em>de Mem Fox<br />
<em>Mid-Course Correction, </em>de Ray C. Anderson<br />
<em>C&#8217;est fini, </em>de Lydia Davis<br />
<em>Histoire de l&#8217;oeil, </em>de Georges Bataille<br />
<em>Lakeland: Journeys into the Soul of Canada, </em>de Allan Casey<br />
<em>Le miroir a deux visages, </em>de C. S. Lewis (Je ne trouve pas ce titre dans la bibliographie de Lewis, mais il y a un film américain de ce nom de et avec Barbra Streisand de 1996, un remake d&#8217;un film français de 1958. Je me demande bien à quel livre pensait cette personne.)<br />
<em>Siddhartha, </em>de Hermann Hesse<br />
<em>Trainspotting, </em>d&#8217;Irvine Welsh<br />
<em>The Art of Japanese Bondage,</em> auteur inconnu (!)<br />
<em>Les extraordinaires aventures de Kavalier et Clay, </em>de Michael Chabon<br />
<em>La cloche de verre, </em>de Sylvia Plath<br />
<em>La Vérité, </em>de Terry Pratchett<br />
<em>Une femme à Berlin, </em>auteur anonyme<br />
<em>The Crackwalker, </em>de Judith Thompson (cette pièce sera jouée ici à Saskatoon du 4 au 7, puis du 11 au 14 mars. Ceci est une invitation qui vous est faite.)<br />
<em>Pinnochio, </em>de Carlo Collodi<br />
<em>L&#8217;équilibre du monde, </em>de Rohinton Mistry<br />
<em>Franny et Zooey, </em>de J. D. Salinger</p>
<p>C&#8217;est toute une liste de lectures. Et une liste de lectures comme il se doit: multinationale et de tous les genres littéraires, et fraîchement éclose de l&#8217;esprit des citoyens et citoyennes de Saskatoon.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre cartonné dédicacé</p>
<p><strong>Réponse:</strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=KvejSnFrfzw:AjIzEE1spb8:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=KvejSnFrfzw:AjIzEE1spb8:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/KvejSnFrfzw" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/18/livre-numero-73-le-monde-seffondre-de-chinua-achebe/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/18/livre-numero-73-le-monde-seffondre-de-chinua-achebe/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Livre Numéro 72: Books (Des livres), de Larry McMurtry</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/QueLitStephenHarper/~3/pzVGJ--zDkE/</link>
		<comments>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/04/livre-numero-72-books-des-livres-de-larry-mcmurtry/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 04 Jan 2010 06:03:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.quelitstephenharper.ca/?p=1532</guid>
		<description><![CDATA[Dédicace: À Stephen Harper, Premier ministre du Canada, une vie faite de livres, d&#8217;un écrivain canadien, avec ses meilleurs vœux, Yann Martel Lettre: Le Très honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada 80, rue Wellington Ottawa ON K1A 0A2 Cher Monsieur Harper, Cela ne m&#8217;est pas arrivé souvent de vous envoyer des livres qui n&#8217;étaient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-1534" href="http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/04/livre-numero-72-books-des-livres-de-larry-mcmurtry/books-by-larry-mcmurtry/"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-1534" style="float: right;" title="Books (Les livres), by Larry McMurtry" src="http://www.quelitstephenharper.ca/wordpress_french/wp-content/uploads/2009/12/Books-by-Larry-McMurtry-150x226.jpg" alt="Books (Les livres), by Larry McMurtry" width="150" height="226" /></a><strong>D</strong><strong>é</strong><strong>dicace:</strong></p>
<p>À Stephen Harper,<br />
Premier ministre du Canada,<br />
une vie faite de livres,<br />
d&#8217;un écrivain canadien,<br />
avec ses meilleurs vœux,<br />
Yann Martel</p>
<p><strong>Lettre:</strong></p>
<p>Le Très honorable Stephen Harper<br />
Premier ministre du Canada<br />
80, rue Wellington<br />
Ottawa ON K1A 0A2</p>
<p>Cher Monsieur Harper,</p>
<p>Cela ne m&#8217;est pas arrivé souvent de vous envoyer des livres qui n&#8217;étaient pas de la fiction depuis le début de notre petit club du livre, mais comment un ouvrage intitulé<em> Books (Des livres) </em>aurait-il pu ne pas attirer mon attention alors que je bouquinais chez McNally Robinson, la semaine dernière? (Comme vous en avez peut-être entendu parler, McNally Robinson, une bonne chaîne de librairies indépendantes, s&#8217;est récemment placée sous la protection des tribunaux. De ce que j&#8217;en sais, le magasin principal à Winnipeg et celui d&#8217;ici, à Saskatoon, vont survivre; cependant, l&#8217;effort d&#8217;implantation dans la banlieue de Toronto a coûté très cher. Mais les durs labeurs de la vente indépendante de livres sont une autre histoire, quoiqu&#8217;ils ne sont pas, fortuitement, sans rapport avec ce dernier présent que je vous fais.) <em>Books </em>traite d&#8217;une vie dans les livres. Son auteur est Larry McMurtry. Si vous pensez n&#8217;en avoir jamais entendu parler, je gage que vous êtes plus familier avec son œuvre que vous ne le réalisez. McMurtry est un écrivain discipliné: dix pages le matin, chaque jour, sans exception, depuis des années. Il a publié de nombreux livres, comme vous pourrez le constater en jetant un oeil sur la deuxième page de<em> Books </em>qui reprend, en une longue colonne, la liste de ses œuvres. Jusqu&#8217;à maintenant, il a trente-six romans à son crédit, un recueil de nouvelles et trois collections d&#8217;essais. À part <em>Lonesome Dove, </em>dont je me souviens d&#8217;avoir entendu parler quand il a valu à l&#8217;auteur le prix Pulitzer en 1985, aucun des titres ne m&#8217;était familier, à l&#8217;exception de ceux qui ont fait l&#8217;objet d&#8217;un film. Vous vous rappelez <em>Hud</em>, avec Paul Newman—en français <em>Le plus sauvage d&#8217;entre tous</em>? Le film était basé sur le premier roman de McMurtry, <em>Horseman, Pass By. </em>Un autre de ses romans <em>The Last Picture Show </em>est aussi devenu un film de Hollywood couronné de succès, et il en fut de même pour <em>Terms of Endearment—Tendres passions</em>. Plus récemment, McMurtry a co-écrit la brillante adaptation pour l&#8217;écran de la novella d&#8217;Annie Proulx, <em>Brokeback Mountain—Souvenirs de Brokeback Mountain. </em></p>
<p>Voici donc un romancier qui a bien réussi à Hollywood. Mais le livre que vous avez entre les mains est intitulé <em>Des livres </em>et non <em>Des films</em>. McMurtry, en fait, a vécu toute sa vie avec, pour et par les livres, en les écrivant<em>,</em> en les lisant et en en vendant.<em> </em>Il est, pour utiliser un terme qui revient souvent dans ses mémoires, un <em>bookman, </em>un homme de livres. Sa bibliothèque personnelle compte environ 28,000 titres. Sa librairie de livres d&#8217;occasion, Booked Up, à Archer City, au Texas, possède plus de 300,000 livres. Il travaille dans le commerce des livres usagés depuis plus de cinquante ans, ayant commencé en tant que dénicheur de titres rares, puis en ouvrant sa propre librairie de livres usagés d&#8217;abord à Georgetown, un quartier de Washington, D.C., puis au Texas. Et pendant tout ce temps—sous le prétexte et de chercher et de vendre—il a lu et relu des milliers et des milliers de livres. Dans un chapitre, McMurtry mentionne &#8220;un personnage littéraire anglais mineur&#8221; nommé James Lees-Milne (essayez de prononcer ce nom dix fois de suite), auteur de nombreux &#8220;livres pas particulièrement bons sur l&#8217;architecture, de quelques mauvais romans, de plusieurs biographies lisibles et de douze splendides volumes de journaux intimes.&#8221; Il fait ce commentaire: &#8220;J&#8217;ai lu à plusieurs reprises les douze volumes au complet et je suis sûr que je vais les lire à nouveau jusqu&#8217;à la fin de mes jours.&#8221; Je me demande s&#8217;il y a une seule autre personne sur cette planète qui peut prétendre avoir lu <em>plusieurs fois </em>les douze volumes du journal intime de James Lees-Milne. Et il est évident que le jugement de McMurtry sur les autres œuvres de Lees-Milne, celles qui ne sont pas particulièrement bonnes, les mauvaises et celles qui sont tout juste lisibles, est le résultat d&#8217;une lecture de chacune d&#8217;entre elles. Ailleurs, McMurtry, en parlant de son intérêt pour les guerres mondiales du XXe siècle, dit avoir lu la massive histoire de la Seconde Guerre Mondiale par Winston Churchill, les cinq millions de mots de l&#8217;œuvre. Et ainsi de suite, auteurs mineurs et majeurs, ouvrages en un ou en plusieurs volumes—tout cela a été avalé par un esprit vorace et gourmand, ouvert au mot écrit.</p>
<p>Quelle sorte d&#8217;autobiographie intellectuelle produit un tel esprit? Est-ce que le lecteur, le lecteur moyen qui n&#8217;a jamais entendu parler, et encore moins lu, James Lees-Milne, n&#8217;est pas réduit à un sentiment d&#8217;ignorance ou de quasi illettré? La réponse est non, comme vous allez pouvoir le constater aussitôt que vous commencerez à lire <em>Books. </em>Car les livres, quand ils sont bien lus, nourrissent l&#8217;humilité, et non l&#8217;arrogance. Les livres parlent de la vie, et la vie est une expérience qui rend humble. Demandez à n&#8217;importe quelle personne âgée.</p>
<p>Le sujet de<em> Books </em>est la vie de McMurtry avec les livres, surtout les livres qu&#8217;il a lus et ceux qu&#8217;il a vendus, et sur les us et coutumes—et les fortunes fragiles—des marchands de livres anciens. On en tire naturellement et facilement la sagesse. Et les chapitres sont très courts; il y en a qui ne font même pas toute une page et il y en a très peu qui aient plus de trois pages. C&#8217;est une chose que j&#8217;ai aimée dès le début. Tous ces livres qu&#8217;il a lus, et pourtant, le bonhomme ne rédige que de minuscules chapitres. Et le ton est tout aussi accessible. McMurtry est né sur un ranch, quelque part au Texas, de parents qui ne possédaient pas un seul livre, et l&#8217;impression que me fait l&#8217;homme dans ces mémoires me rappelle les qualités essentielles des gens des Prairies, ici en Saskatchewan, intelligence et modestie.</p>
<p>Un livre vous demande de vous mesurer par rapport à lui. La relation en est une de comparaison et de contraste. Si on est lucide, cela permet d&#8217;en sortir un peu plus savant au sujet de soi et, parfois, un peu plus sage. L&#8217;une des choses que j&#8217;ai apprises en lisant <em>Books, </em>c&#8217;est que je ne suis pas un bibliophile comme Larry McMurtry. Il aime bien évidemment non seulement les messages que portent les livres, mais aussi l&#8217;objet, cet assemblage d&#8217;encre, de papier et de carton, avec sa longue histoire et son jargon technique. Je suis bien trop nomade, non disposé à m&#8217;ancrer, pour m&#8217;attacher d&#8217;une pareille manière à des livres. McMurtry a des réserves face aux e-books, les livres électroniques. Pas moi. McMurtry aime être propriétaire de livres vieux et rares. Pas moi. Pour moi, un livre est un chuchotement qui se prolonge et c&#8217;est sans importance qu&#8217;il soit transmis par un livre de poche économique ou par un incunable. Le livre qui est un objet d&#8217;art est autre chose que littéraire. Il a sa place dans un musée plutôt que dans une bibliothèque. Ayant dit cela, j&#8217;adorerais visiter la bibliothèque  personnelle de McMurtry, et sa librairie de livres d&#8217;occasion. Et j&#8217;adore me balader entre les rayons de livres de la bibliothèque de l&#8217;Université de la Saskatchewan. Larry McMurtry et moi sommes certainement d&#8217;accord sur ceci: les livres, qu&#8217;ils soient à nous ou empruntés, vieux ou neufs, nourrissent et soutiennent l&#8217;âme.</p>
<p>J&#8217;espère que vous prendrez plaisir, en cette nouvelle année 2010, à cette célébration de la culture du livre.</p>
<p>Cordialement vôtre,</p>
<p>Yann Martel</p>
<p>P.J.: un livre cartonné dédicacé</p>
<p><strong>Réponse: </strong></p>
<p>à venir&#8230;</p>
<div class="feedflare">
<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=pzVGJ--zDkE:vYrmMttObdg:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?a=pzVGJ--zDkE:vYrmMttObdg:bcOpcFrp8Mo"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/QueLitStephenHarper?d=bcOpcFrp8Mo" border="0"></img></a>
</div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/QueLitStephenHarper/~4/pzVGJ--zDkE" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/04/livre-numero-72-books-des-livres-de-larry-mcmurtry/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.quelitstephenharper.ca/2010/01/04/livre-numero-72-books-des-livres-de-larry-mcmurtry/</feedburner:origLink></item>
	</channel>
</rss>

