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	<title type="text">Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerreAfrique &#187; Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerre</title>
	<subtitle type="text">articles de Sara Daniel grand reporter à l&#039;Obs</subtitle>

	<updated>2020-01-13T13:50:18Z</updated>

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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[« Cette constante brulure de l’air qui vous enfièvre »]]></title>
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		<updated>2019-11-11T10:39:45Z</updated>
		<published>2019-11-11T10:34:04Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[En 1881, le quotidien « le Gaulois » envoie Guy de Maupassant couvrir un soulèvement anti-Français qui agite l’Algérie. Pendant plusieurs mois, ses « Lettres d’Afrique » dénonceront et  la colonisation, les travers des]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2019/11/%c2%ab-cette-constante-brulure-de-l%e2%80%99air-qui-vous-enfievre-%c2%bb"><![CDATA[<p>En 1881, le quotidien « le Gaulois » envoie <strong>Guy de Maupassant</strong> couvrir un soulèvement anti-Français qui agite l’Algérie. Pendant plusieurs mois, ses « Lettres d’Afrique » dénonceront et  la colonisation, les travers des Algériens et chanteront la sensualité du pays.</p>
<p>Par Sara Daniel</p>
<p>Le 12 juillet 1881, Maupassant embarque pour Alger à bord de l’« Abd-el-Kader », un paquebot en fer flambant neuf, qui, prouesse de l’âge industriel, fait la traversée en vingt-huit heures seulement. Il est accompagné par son ami, le journaliste Harry Alis, qui trouvera la mort au cours d’un duel en 1895. La découverte de l’Algérie est pour l’auteur de « Boule de suif » une révélation. La baie d’Alger lui rappelle le golfe de Naples : «<em> On regarde extasié cette cascade éclatante de maisons dégringolant les unes sur les autres du haut de la montagne jusqu’à la mer. On dirait une écume de torrent, une écume d’une blancheur folle et, de place en place, comme un bouillonnement plus gros, une mosquée éclatante luit sous le soleil.</em> »</p>
<p>Loin de reprendre la propagande colonialiste en vigueur dans les années 1880, Maupassant va dénoncer avec une grande audace les excès de la colonisation, d’autant que le pseudonyme sous lequel il s’abrite parfois (« un colon ») l’autorise à aller très loin dans la critique. Ainsi, dans son premier billet, il écrit :</p>
<p>« <em>Quels sont ces administrateurs</em> <em>? Des colons</em> <em>? Des gens élevés dans le pays, au courant de tous ses besoins</em> <em>? Nullement</em> <em>! Ce sont simplement les petits jeunes gens venus de Paris à la suite du vice-roi</em> <em>: les ratés de toutes les professions, ceux qui s’intitulent les ATTACHÉS des grandes administrations. Or, cette classe d’ATTACHÉS, ou plutôt de déclassés ignorants et nuls, est pire ici que partout ailleurs. On ne nous expédie que les tarés.</em> <em>»</em></p>
<p>Et c’est bien l’esprit de la colonisation qu’il dénonce comme un projet voué à l’échec<em> : «</em> <em>Dès les premiers pas, on est saisi, gêné par la sensation du progrès mal appliqué à ce pays </em>[…]<em>. C’est nous qui avons l’air de barbares au milieu de ces barbares, brutes il est vrai, mais qui sont chez eux, et à qui les siècles ont appris des coutumes dont nous semblons n’avoir pas encore compris le sens. </em>[…]<em> Nos mœurs imposées, nos maisons parisiennes, nos usages choquent sur ce sol comme des fautes grossières d’art, de sagesse et de compréhension. Tout ce que nous faisons semble un contresens, un défi à ce pays, non pas tant à ses habitants premiers qu’à la terre elle-même. »</em></p>
<p>Reporter méticuleux, il décrit avec un luxe de détails les erreurs des Français ayant conduit à cette révolte qu’il est venu couvrir : <em>« Un particulier quelconque quittant la France va demander au bureau chargé de la répartition des terrains une concession en Algérie. On lui présente un chapeau avec des papiers dedans et il tire un numéro correspondant à un lot de terre. Ce lot désormais lui appartient. Il part, il trouve là-bas toute une famille installée sur la concession qu’on lui a désignée ; cette famille a défriché </em>[…]<em>. Elle ne possède rien d’autre. L’étranger l’expulse. Elle s’en va résignée puisque c’est la loi française. Mais ces gens, sans ressources désormais, gagnent le désert et deviennent des révoltés. </em>[…]<em> En somme, tout se borne à une guerre de maraudeurs et de pillards AFFAMÉS. Ils sont peu nombreux, mais hardis et désespérés comme des hommes poussés à bout. Mais comme le fanatisme s’en mêle, comme les marabouts travaillent sans repos la population, comme le Gouvernement français semble accumuler les âneries, il se peut que cette simple révolte, insurrection religieuse avortée, devienne enfin une guerre générale que nous devrons surtout à notre impéritie et à notre imprévoyance.</em> » Belle clairvoyance…</p>
<p>Pourtant, l’écrivain n’est pas plus tendre avec ce qu’il croit déceler de « l’âme arabe » : sur l’administration de la justice par exemple, il écrit : <em>« Ils apportent des réclamations invraisemblables, car nul peuple n’est chicanier, querelleur, plaideur et vindicatif comme le peuple arabe. </em>[…]<em> Chaque partie amène un nombre fantastique de faux témoins qui jurent sur les cendres de leurs pères et mères et affirment sous serment les mensonges les plus effr</em>ont<em>és. »</em></p>
<p><strong>Amour des sens</strong></p>
<p>Mais Maupassant en Algérie ce sont aussi des descriptions sensuelles, des récits sexuels et débordants chauffés au soleil de ce Sud qu’il découvre, antidote à ses mélancolies noires de maniaco-dépressif. <em>« Entendons-nous bien. Je ne sais si ce que vous appelez l’amour du cœur, l’amour des âmes, si l’idéalisme sentimental, le platonisme enfin, peut exister sous ce ciel ; j’en doute même. Mais l’autre amour, celui des sens, qui a du bon, et beaucoup de bon, est véritablement terrible en ce climat. La chaleur, cette constante brûlure de l’air qui vous enfièvre, ces souffles suffocants du Sud, ces marées de feu venues du grand désert si proche, ce lourd sirocco, plus ravageant, plus desséchant que la flamme, ce perpétuel incendie d’un continent tout entier brûlé jusqu’aux pierres par un énorme et dévorant soleil, embrasent le sang, affolent la chair, embestialisent</em>. »</p>
<p>En Algérie, Bel Ami débride sa nature, aime les femmes, fréquente les bordels, parcourt les déserts. Ses villes l’envoûtent, ainsi Constantine : <em>« Et voici Constantine, la cité phénomène, Constantine l’étrange, gardée, comme par un serpent qui se roulerait à ses pieds, par le Roumel, le fantastique Roumel, fleuve de poème qu’on croirait rêvé par Dante, fleuve d’enfer coulant au fond d’un abîme rouge comme si les flammes éternelles l’avaient brûlé. </em>[…]<em> La cité, disent les Arabes, a l’air d’un burnous étendu. Ils l’appellent Belad-el-Haoua, la cité de l’air, la cité du ravin, la cité des passions. Elle domine des vallées admirables pleines de ruines romaines, d’aqueducs aux arcades géantes, pleines aussi d’une merveilleuse végétation. »</em></p>
<p>Quant aux paysages désertiques, ils apaisent les angoisses de l’écrivain : <em>« Et si vous saviez comme on est loin, loin du monde, loin de la vie, loin de tout, sous cette petite tente basse qui laisse voir, par ses trous, les étoiles et, par ses bords relevés, l’immense pays du sable aride ! Elle est monotone, toujours pareille, toujours calcinée et morte, cette terre ; et, là, pourtant on ne désire rien, on ne regrette rien, on n’aspire à rien. Ce paysage calme, ruisselant de lumière et désolé, suffit à l’œil, suffit à la pensée, satisfait les sens et le rêve, parce qu’il est complet, absolu, et qu’on ne pourrait le concevoir autrement. »</em></p>
<p><em>« Guy de Maupassant sur les chemins d’Algérie », Edition Magellan &amp; Cie.</em></p>
<p><em>« Au soleil », Guy de Maupassant, Folio classique.</em></p>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<updated>2013-03-29T12:35:15Z</updated>
		<published>2013-03-28T15:54:12Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[katiba, Libye
Libye 2013
Un Etat impuissant, des milices omniprésentes, une insécurité croissante, la Libye de l&#8217;après-Kadhafi fait peur. D&#8217;autant qu&#8217;elle est aussi devenue un vaste supermarché où viennent s&#8217;approvisionner en armes]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2013/03/libye-la-loi-des-katibas"><![CDATA[<p>katiba, Libye<br />
Libye 2013</p>
<p>Un Etat impuissant, des milices omniprésentes, une insécurité croissante, la Libye de l&#8217;après-Kadhafi fait peur. D&#8217;autant qu&#8217;elle est aussi devenue un vaste supermarché où viennent s&#8217;approvisionner en armes tous les groupes de la région. A commencer par ceux du Sahel&#8230;</p>
<p>DE NOTRE ENVOYEE SPECIALE<br />
C&#8217;est un immense terrain vague planté au milieu de Benghazi, la capitale de la Cyrénaïque. Une sorte de place Djemaa el-Fna de Marrakech en plus pauvre, où l&#8217;on négocie âprement. Mais sur ce marché on ne trouve pas de poulets, ni d&#8217;ousban (saucisses d&#8217;abats de mouton mélangés à du riz), ni même de truffles du désert. Sur de petits tréteaux sont exposés tous les rebuts des casernes du kadhafisme. Bienvenue au souk des armes de Benghazi!<br />
Dès l&#8217;arrivée à l&#8217;aéroport bondé de la ville, vous êtes mis en garde: évitez soigneusement le marché coupegorge. Alors, en convoquant nos souvenirs d&#8217;autres lendemains de guerre qui déchantent, on avait imaginé un commerce clandestin au fond de ruelles sinueuses, derrière des rideaux de fer, comme à Falloujah en Irak ou à Peshawar au Pakistan. Mais non, dans la deuxième ville du pays, c&#8217;est à guichets ouverts, sur de petites estrades de bois, que sont gentiment disposées les kalachnikovs, munitions 12,7 ou lance-roquettes, étiquetés avec leur prix. Toute la panoplie du preneur d&#8217;otage du Sahel, un rêve de djihadiste du Mali. On déambule entre les étals dans une pétarade de coups de feu. Ici, on soupèse, on brandit, on mitraille: la concurrence est si grande qu&#8217;on a le droit d&#8217;essayer la marchandise. « Et encore, si vous étiez venus il y a quelques semaines, le marché était bien mieux achalandé », regrette un agent de sécurité privé. Soudain un mouvement de panique et la foule manque de piétiner les acheteurs concentrés: une grenade a été lancée&#8230; mais ce n&#8217;est qu&#8217;un « commerçant » qui a fait une blague&#8230; Depuis les fenêtres de la présidence du Conseil de Benghazi, on pourrait presque apercevoir le marché, distant de quelques centaines de mètres. « Ce marché, c&#8217;est une honte pour notre ville », soupire Saad alSaïti, vice-président du Conseil de Benghazi. Ce jeune ingénieur est désespéré par son impuissance: « Avant d&#8217;être élu, je nourrissais de grandes ambitions pour ma ville. Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai perdu mes illusions. Et pourtant je travaille dans le pétrole je sais que nous avons du cash, alors pourquoi Tripoli nous délaisse-t-il? » Sur l&#8217;insécurité qui règne dans la ville, sur les milices et les armes qui pullulent, il considère que la question doit être réglée nationalement: « Si nous essayons de collecter les armes, ce sera la guerre. Au moins, aujourd&#8217;hui, comme tout le monde est armé, c&#8217;est la paix par la terreur. » Une paix bien précaire dans une ville qui a connu 33 assassinats politiques en 2012 et qui, depuis l&#8217;attaque contre les consulats des Etats-Unis et d&#8217;Italie, est désertée par les étrangers. Il y a un mois, le chef de la police de Benghazi, qui enquêtait sur la mort de l&#8217;ambassadeur américain Chris Stevens, a été kidnappé parce qu&#8217;il avait osé déférer à Tripoli des membres du groupe extrémiste Ansar al-Charia pour les interroger. Depuis, la ville tremble à l&#8217;idée de voir réapparaître son corps au détour d&#8217;une rue, ce qui pourrait entraîner une vague de représailles. A Benghazi, les milices sont si nombreuses que le chef de la principale d&#8217;entre elles, la « Katiba des martyrs du 17 février », est incapable de nous dire leur nombre.<br />
Ismaïl al-Salabi a un parcours très représentatif de ces nouveaux hommes forts qui font la loi en Libye aujourd&#8217;hui. Mi-imam, mi-homme d&#8217;affaires, l&#8217;homme a passé six ans en prison pour avoir participé à la révolte contre Kadhafi et le pouvoir central de Tripoli en 1995. Aujourd&#8217;hui, sa milice a intégré pour la forme le ministère de l&#8217;Intérieur, mais ses hommes n&#8217;obéissent qu&#8217;à lui. Ils ont pris il y a quelque temps leurs distances avec le groupe Ansar al-Charia avec lequel ils faisaient jusqu&#8217;ici cause commune: « Nous non plus ne croyons pas à la laïcité et au gouvernement d&#8217;Ali Zeidan, mais il faut savoir patienter. » Que pense-t-il de l&#8217;attaque contre le consulat américain? « Je dois vous dire que les Libyens n&#8217;acceptent pas la présence de ces Américains qui tuent des musulmans partout dans le monde. Demain, ce sera au tour des Français d&#8217;être attaqués en Libye », prévient l&#8217;homme fort de Benghazi qui semble définitivement avoir oublié le rôle joué par la France dans la révolution. « Comme les Américains en Irak, les Français vont payer cher leur intervention au Mali. La France est entrée dans une période sombre et les Libyens s&#8217;apprêtent à partir au Sahel pour se battre contre eux », annonce Al-Salabi, avant de nous conseiller de quitter rapidement la ville parce qu&#8217;il « ne peut assurer la sécurité des Français ».<br />
A l&#8217;hôpital de Benghazi, la directrice adjointe, Leila Bughaigis, qui a été pressentie pour devenir ministre de la Santé, décrit le manque de sécurité et le chaos qui règnent depuis que les étrangers qui y menaient plusieurs programmes d&#8217;assistance ont dû plier bagage. Comme pour la plupart des membres de l&#8217;élite de la ville, pour la doctoresse, c&#8217;est la centralisation du pays qui est à l&#8217;origine de tous les maux. Elle s&#8217;exaspère de constater que la capitale de la révolution et de la Cyrénaïque est toujours aussi méprisée par Tripoli, comme aux pires moments du kadhafisme. Elle rêve de revenir à l&#8217;époque de la Constitution de 1951, lorsque la Libye avait deux capitales et que Benghazi abritait la banque centrale, la compagnie d&#8217;aviation nationale et celle du pétrole.<br />
Le problème, c&#8217;est que dans cette «république des villes» qu&#8217;est devenue la Libye, chacune des cités veut s&#8217;arroger le pouvoir qu&#8217;elle estime avoir conquis à l&#8217;aune de sa participation à la révolution. Misrata, Zinten, Benghazi sont autant d&#8217;Etats dans l&#8217;Etat, de forces centrifuges qui défient l&#8217;embryon d&#8217;Etat libyen. Alors que le pouvoir central est quasi inexistant, que le Parlement est dirigé en sous-main par des partis issus des milices, aucune des villes qui a payé le tribut du sang ne voit pourquoi elle devrait céder le pouvoir à un gouvernement aussi faible. Officiellement, toutes les milices ont rejoint le ministère de l&#8217;Intérieur ou celui de la Défense, mais elles n&#8217;ont pas été pour autant démantelées. Militaire à la mine patibulaire, chargé de la formation des policiers sous Kadhafi, Ali, qui a supervisé l&#8217;intégration des miliciens au sein des ministères de la Défense et de l&#8217;Intérieur, admet cet échec: «Pour construire une force chargée défaire respecter la loi, il aurait fallu casser les milices, puis recruter et former leurs meilleurs éléments. Mais on a préféré intégrer tout le monde, les révolutionnaires, les voleurs, les chômeurs. Sans uniforme, sans entraînement, ils continuent à obéir à leurs chefs. Nous avons désormais des milliers de Kadhafi!» Et quand on demande à cet ex-cadre de l&#8217;ancien régime comment il &#8211;s&#8217;explique la paix relative qui règne à Tripoli, malgré l&#8217;omniprésence des milices de tout le pays représentées dans la capitale, il n&#8217;hésite pas une seconde: «Pourquoi ce calme Parce que tout le monde a une arme. Ici, je pourrais lever une armée en une heure. »<br />
Abdelkarim Belhaj, ex-gouverneur militaire de Tripoli, a aujourd&#8217;hui troqué son treillis pour un costume gris. Selon lui, le gouvernement a été bien trop lent à intégrer les katiba: « C&#8217;est leur propre loi qu&#8217;elles font régner dans les rues, pourquoi voudraient-elles faire appliquer d&#8217;autres règles qui ne seraient pas les leurs Je le sais bien, moi qui ai donné 35000 hommes au ministère de la Défense et à celui de l&#8217;Intérieur. » Aujourd&#8217;hui, l&#8217;ex-émir du Groupe islamique combattant, lié à Al- Qaida, reconnaît que ses hommes n&#8217;obéissent en fait qu&#8217;à lui. Lui qui «défendra la Libye avec son sang», dit-il, ponctuant son propos d&#8217;un geste sans équivoque avec le tranchant de la main. Reste à comprendre quelle est cette nouvelle Libye qu&#8217;il appelle de ses voeux. « Une Libye islamiste inspirée par des valeurs que ne comprennent pas les Français», affirme le camarade de djihad de Zarkaoui, l&#8217;ancien chef d&#8217;Al-Qaida en Irak. Et, dans son esprit, il est à mille lieues de la vision des chefs de la ville de Zinten qu&#8217;il accuse à demi-mot d&#8217;avoir vendu des armes aux-terroristes qui ont conduit la prise d&#8217;otages d&#8217;In Amenas en Algérie.<br />
A 140 kilomètres au sud-ouest de Tripoli, Zinten, la petite ville du djebel Nefoussa où est détenu Saïfal-Islam, le fils de Kadhafi, vit dans le culte de sa gloire révolutionnaire. Moussa Grifa, un des chefs tribaux les plus respectés de la ville, nous fait visiter le cimetière des martyrs et le petit musée à ciel ouvert où rouillent les chars et les mitrailleuses qui ont permis aux défenseurs de la ville de repousser l&#8217;offensive menée par les troupes de Kadhaf. Tout en déambulant le long de l&#8217;immense tranchée qui entoure la cité, Grifa confirme que la plupart des miliciens de Zinten se sont déployés le long de la frontière sud de la Libye pour la sécuriser. Il en tire une ferté non dissimulée: au moment où la France mène son opération au Mali, ce sont des combattants de sa ville qui sont chargés de cette mission capitale. Mais lui aussi regrette le morcellement du pouvoir en Libye: «Notre pays est en train de devenir la Somalie, une Somalie aux portes de l&#8217;Europe. »<br />
A Zinten, ce vendredi après la prière, le conseil des notables de la ville a décidé de publier un communiqué pour apporter son soutien, une fois n&#8217;est pas coutume, au gouvernement central. Il s&#8217;agit d&#8217;enrayer cette «seconde révolution» qui pourrait naître du mécontentement populaire et d&#8217;une contagion égyptienne, en ces temps de fièvre révolutionnaire où l&#8217;on a le regard vissé sur ses voisins. Mais dans la salle de réunion des cris s&#8217;élèvent, des portes claquent -:«Pourquoi ai-je été écarté? Pourquoi celui-ci est-il plus légitime que moi pour s&#8217;exprimer?» A l&#8217;échelle de la ville se joue donc la même partition qu&#8217;à l&#8217;échelle du pays. La scène en dit long: ils sont tous d&#8217;accord mais personne ne veut que son voisin s&#8217;exprime à sa place. Résultat, une bousculade de chefs tribaux et de notables qui prennent tous place sur la petite estrade pour lire leur communiqué de soutien. Parmi eux se trouve Osama al-Juwali, l&#8217;ex-ministre de la Défense du gouvernement transitoire de Libye. Assis aux côtés du chef de la puissante katiba Al-Qaqa de Zinten, Othman al-Molaiktah, il nous confie qu&#8217;il était contre l&#8217;intégration forcée des katiba au sein du ministère de la Défense: «Nous n&#8217;avons ni police ni armée mais une juxtaposition de «katiba» sous l&#8217;ombrelle du gouvernement. Il y a un an encore je vous a dit qu&#8217;une guerre civile en Libye était impossible, je n&#8217;en suis plus si sûr aujourd&#8217;hui. La faiblesse du gouvernement, les désordres régionaux, l&#8217;omniprésence des armes m&#8217;inquiètent&#8230; Que Dieu nous vienne en aide!»</p>
<p>SARA DANIEL</p>
<p>La Libye est le deuxième producteur de pétrole brut en Afrique après le Nigeria et devant l&#8217;Algérie. Mais la Libye dispose de la plus grande réserve de pétrole en Afrique, ses réserves sont estimées à 46,4 milliards de barils en 2011.</p>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Les nouveaux atouts du djihadisme]]></title>
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		<updated>2013-02-13T11:05:49Z</updated>
		<published>2013-02-13T11:05:49Z</published>
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VERS UNE NOUVELLE VAGUE DE TERRORISME ?



Pour Gilles Kepel, si elles ont  chassé les dictateurs, les révolutions arabes n&#8217;ont pas tenu leur promesse  d&#8217;établir des régimes fondés]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2013/02/les-nouveaux-atouts-du-djihadisme"><![CDATA[<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"> </span></p>
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="90%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="120">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>VERS UNE NOUVELLE VAGUE DE TERRORISME ?</td>
</tr>
<tr>
<td><span style="font-family: Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Pour Gilles Kepel, si elles ont  chassé les dictateurs, les révolutions arabes n&#8217;ont pas tenu leur promesse  d&#8217;établir des régimes fondés sur la justice sociale. Elles sont captées par les  mouvements les plus extrémistes</span></div>
<p></strong></span></td>
</tr>
<tr>
<td>
<table border="1" width="100%">
<tbody>
<tr valign="middle">
<td valign="middle"><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong>BIO</strong> <strong>GILLES KEPEL, </strong>spécialiste du monde arabe contemporain, est professeur à l&#8217;Institut  d&#8217;Etudes politiques de Paris. Son carnet de route des révolutions arabes, «  Passion arabe », sortira en mars chez Gallimard. </span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Le Nouvel Observateur La  prise d&#8217;otages d&#8217;In Amenas en Algérie montre-t-elle qu&#8217;Al-Qaida est en train de  renaître malgré la mort de Ben Laden?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong>Gilles Kepel</strong> Al-Qaida a subi  une défaite historique en Irak. Il n&#8217;a pas réussi, comme il le voulait, à  transformer l&#8217;invasion américaine de l&#8217;Irak en un second Vietnam. Pourquoi?  Surtout parce qu&#8217;au lieu de concentrer ses attaques sur les militaires  américains sa dimension salafiste sunnite l&#8217;a poussé à tuer plus de chiites que  de soldats étrangers. Et les chiites, majoritaires, ont fini par l&#8217;emporter:  paradoxalement, l&#8217;invasion de l&#8217;Irak a eu pour conséquence d&#8217;y porter au pouvoir  un gouvernement proche de l&#8217;Iran, ennemi irréductible des  Etats-Unis.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Puis, lorsque Ben Laden a été tué,  le mouvement a achevé sa déstructuration et s&#8217;est adapté aux réseaux sociaux.  Mohamed Merah était typique de cette troisième génération d&#8217;Al-Qaida, qui suit  les préceptes d&#8217;Abou Moussab al-Souri, un djihadiste qui a aujourd&#8217;hui  probablement élu domicile à Alep. Celui-ci considère que les groupes doivent  agir sans coordination mais en portant le maximum de coups à l&#8217;ennemi, filmés de  préférence pour permettre de nouvelles recrues. Ce recrutement par la  vidéosphère a été remarquablement expliqué dans le livre d&#8217;Abdelasiem  el-Difraoui, « Al- Qaida par l&#8217;image »<span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"> (1) </span>.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Il  faut aussi souligner le rôle des Etats arabes du Golfe dans le développement de  ces groupuscules d&#8217;Al-Qaida. Car l&#8217;essentiel des financements des mouvements  djihadistes vient de donateurs privés de la péninsule Arabique à l&#8217;insu ou non  de ses dirigeants. Pour eux, qui considèrent l&#8217;Iran comme un ennemi plus  redoutable encore qu&#8217;Israël, le fait de transformer les soulèvements  démocratiques qui ont traversé le monde arabe en un confit sunnites-chiites (par  Alaouites interposés en Syrie par exemple), c&#8217;était l&#8217;occasion de tuer deux  oiseaux d&#8217;une seule pierre, comme on dit chez les Arabes. D&#8217;une part, de  canaliser les révoltes arabes en un affrontement anti-chiite qui permet aux  pétro-monarchies de s&#8217;immuniser contre la contagion démocratique. D&#8217;autre part,  de récupérer le leadership sur ces révolutions. Ceux qui ont mené ce processus  de la manière la plus radicale, ce sont les Qataris, principal sponsor des  révolutions arabes, avec leur bras cathodique, Al-Jazeera.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Ce regain du salafisme  djihadiste est-il une conséquence des révolutions arabes?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Oui, à plus d&#8217;un titre. Les  révolutions arabes se sont faites au nom de plus de liberté et de justice  sociale. Les dictateurs sont tombés, sauf en Syrie, mais deux ans après le début  des mouvements, le bilan social des révoltes est catastrophique. Du fait de la  baisse du tourisme et des investissements, le niveau de vie des révoltés s&#8217;est  encore dégradé. La révolte a été captée par des mouvements salafistes qui se  sont développés dans la jeunesse déshéritée et qui ont pris de la distance avec  la tiédeur des Frères musulmans, ces classes moyennes barbues mais bourgeoises.  La phase deux des révoltes arabes, que l&#8217;on voit émerger avec beaucoup de  virulence en Tunisie, en Libye, en Syrie, est donc celle d&#8217;un fondamentalisme  qui prône un rejet culturel absolu des systèmes démocratiques avec lesquels  composent les Frères musulmans. Le salafisme djihadiste bénéficie également du  fait que les systèmes de répression des dictatures ne fonctionnent plus.  D&#8217;autant que les nouveaux gouvernants sont hantés par la crainte d&#8217;être  assimilés aux appareils sécuritaires des anciens régimes.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Troisièmement, le pillage des  arsenaux libyens a fourni aux djihadistes, de la Syrie jusqu&#8217;au Mali, une  quantité inouïe d&#8217;armes lourdes. Donc vous avez aujourd&#8217;hui des groupes  fortement endoctrinés, en rupture totale avec l&#8217;islam traditionnel (ce qui  explique la destruction des mausolées de marabouts, de Sidi Bou Saïd en Tunisie  jusqu&#8217;à Tombouctou au Mali, comme en Libye ou en Egypte), qui ont le culte du  martyre et le don d&#8217;ubiquité (leur symbole pourrait être le pick-up), et qui ont  su tirer parti du délitement des Etats, social et sécuritaire, que les  révolutions arabes ont rendu possible.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Ce qu&#8217;on appelle déjà le «  Sahélistan » est-il le nouvel abcès de fixation du terrorisme islamique?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">La  zone Afghanistan-Pakistan était le chaudron dans lequel s&#8217;était structuré, à  l&#8217;est du Moyen-Orient, l&#8217;essentiel des forces du salafisme djihadiste à la fin  des années 1990 avec les talibans. Aujourd&#8217;hui, la tentation pour ces groupes de  créer un « Sahélistan » est importante. D&#8217;abord, à cause de la Libye voisine,  Etat failli par excellence où les milices surarmées se sont partagé les arsenaux  et les régions: Misrata est indépendante, Derna est devenu un émirat islamique,  et les Libyens de l&#8217;Ouest ne peuvent plus pénétrer à Benghazi. Rappelez-vous que  le complexe gazier d&#8217;In Amenas n&#8217;est qu&#8217;à 25 kilomètres de la Libye du Sud où  les katibas islamistes, et non le gouvernement, font la loi.</span></div>
<p><img src="http://www.pressedd.fr/_part/67e5bbd5eb85405f128a4168a9284e89.jpg" alt="" /><br />
Des  rebelles islamistes d&#8217;Ansar Dine, près de Tombouctou, le 24 avril 2012</p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Le  Sahel est beaucoup moins peuplé que l&#8217;Afghanistan, mais il est beaucoup plus  proche de nous. Lieu de passage de tous les trafics entre l&#8217;Afrique noire et  l&#8217;Europe, il s&#8217;inscrit dans le contexte de la mondialisation. La cocaïne  produite en Amérique du Sud arrive par avion dans des aéroports de fortune du  sud du Sahel. Puis elle est convoyée dans les pick-up des islamo-gangsters  jusqu&#8217;à des embarcations en Afrique du Nord à destination de l&#8217;Europe. C&#8217;est  cette proximité qui a décidé la France à intervenir dans cette zone qu&#8217;on  appelait autrefois le « Soudan français ». Il est vrai que la communauté  malienne de France, composée de 100 000 personnes majoritairement originaires du  sud du pays, est favorable à l&#8217;intervention française. Mais les plus déshérités  d&#8217;entre eux &#8211; qui vivent dans des communautés où sévit la polygamie et où les  enfants sont souvent livrés à eux-mêmes &#8211; ne sont pas à l&#8217;abri de l&#8217;influence  radicale des imams salafistes de banlieue.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>La crise malienne fait-elle  courir le risque d&#8217;un retour aux années noires en Algérie?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">On  peut soupçonner que dans l&#8217;affaire d&#8217;In Amenas, les terroristes ont bénéficié de  complicités algériennes. La presse algérienne pluraliste, qui permet donc à  toutes les tendances de la Sécurité militaire de s&#8217;exprimer, a fortement  critiqué le survol du territoire par les avions français. Et l&#8217;on peut imaginer  que la Sécurité algérienne surveillait son usine de gaz, si proche du chaudron  libyen. De quel niveau de corruption ont bénéficié les terroristes à In Amenas?  On ne le sait pas encore. Soulignons aussi que, au plus fort de la guerre civile  algérienne, dans les années 1990, jamais une installation gazière n&#8217;a été  touchée.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Il  y a eu un quitus de la France, qui a besoin de l&#8217;Algérie pour mener son  opération au Mali, sur la manière dont Alger a mené l&#8217;opération d&#8217;In Amenas.  Tous les pays sur lesquels l&#8217;Algérie s&#8217;est appuyée contre la France &#8211; les  Etats-Unis, le Japon, l&#8217;Europe du Nord, gros acheteurs d&#8217;hydrocarbures algériens  &#8211; sont aujourd&#8217;hui furieux de voir comment on a négligé les possibilités de  libération de leurs ressortissants lorsque les assauts ont été donnés, en  particulier lorsque la colonne de pick-up qui fuyaient avec les otages a été  anéantie par les hélicoptères de l&#8217;armée algérienne. On peut aussi penser que la  prise d&#8217;otages d&#8217;In Amenas n&#8217;est que la première d&#8217;une série. Or, pour Alger,  l&#8217;enjeu est énorme: si l&#8217;Algérie est touchée au coeur de ses hydrocarbures, tout  le système du pouvoir de l&#8217;armée algérienne s&#8217;effondre, puisqu&#8217;il est fondé sur  la rente gazière et sa redistribution.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Jusqu&#8217;ici, l&#8217;Algérie avait semblé  épargnée par les révolutions arabes. Les mouvements berbères de 2011 ont été  immédiatement réprimés, et le pouvoir a tiré sur la rente pétrolière en  augmentant les salaires, comme en Arabie saoudite, lorsque le roi a mis 130  milliards de dollars sur la table, en mars 2011, pour calmer toute velléité de  soulèvement. Mais la situation reste fragile et, en Algérie, tous les facteurs  qui ont causé les soulèvements dans les autres pays restent  présents.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>La France est-elle destinée à  rester longtemps au Mali et à superviser le règlement politique de la crise?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">La  frappe de François Hollande au Mali intervient deux ans après celle de Nicolas  Sarkozy sur la colonne de chars qui se dirigeait vers Benghazi. Elle en est la  continuation nécessaire. En Libye, l&#8217;intervention française qui a sauvé des  milliers de vies n&#8217;a pas été accompagnée par un mécanisme de consolidation qui  aurait permis de substituer à l&#8217;Etat Kadhafi un autre Etat, avec pour effet  d&#8217;éviter la prolifération des arsenaux. Au Mali, cette fois, l&#8217;accompagnement  politique sera crucial. Mais la France ne peut mener cette mission seule. Or la  Cedeao, la Communauté économique des Etats de l&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest, n&#8217;existe que  sur le papier, et l&#8217;Union européenne a beau approuver l&#8217;intervention, elle ne  met pour l&#8217;instant ni un soldat ni un sou dans l&#8217;opération. Ce qui va finir par  poser la question de son utilité.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Quant aux critiques que nous  adressent les Américains, elles sont surprenantes! S&#8217;il n&#8217;y avait pas eu de  frappe française au Mali et que Bamako était tombé aux mains des  fondamentalistes, il y aurait eu véritablement un « Sahélistan » aux portes de  l&#8217;Europe. Les conséquences auraient été dramatiques et coûteuses, et la  mobilisation aurait alors dû être  mondiale.</span></div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA DANIEL </strong></span></p>
</div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td>(1) « Al-Qaida par l&#8217;image. La prophétie du martyre », PUF.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Le nouveau sanctuaire libyen]]></title>
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		<updated>2013-02-13T11:02:16Z</updated>
		<published>2013-02-13T11:02:16Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[










BOMBES, LANCE-ROQUETTES ET  TREILLIS






C&#8217;est là qu&#8217;ils se fournissent en  armes et qu&#8217;ils préparent leurs attaques: l&#8217;ancien pays de Kadhafi est devenu la  base arrière des terroristes du]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2013/02/le-nouveau-sanctuaire-libyen"><![CDATA[<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="90%">
<tbody>
<tr>
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<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td><strong><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">BOMBES, LANCE-ROQUETTES ET  TREILLIS</span></strong></td>
</tr>
<tr>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td><span style="font-family: Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">C&#8217;est là qu&#8217;ils se fournissent en  armes et qu&#8217;ils préparent leurs attaques: l&#8217;ancien pays de Kadhafi est devenu la  base arrière des terroristes du  Sahel</span></div>
<p></strong></span></td>
</tr>
<tr>
<td><img src="http://www.pressedd.fr/_part/36e86ff15462bd47cb573743e2d256c4.jpg" alt="" /><br />
Caisses  de munitions abandonnées dans le désert à 100 kilomètres au sud de Syrte, en  2011</p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Selon la presse algérienne, les  véhicules utilisés par les terroristes d&#8217;In Amenas proviendraient de la Libye  voisine. Les gardes-frontières libyens pensaient qu&#8217;ils avaient affaire à un  cortège d&#8217;officiels libyens en visite en Algérie, ce qui expliquerait qu&#8217;ils  aient laissé les terroristes islamistes passer sans les contrôler.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Le  groupe lié à Mokhtar Belmokhtar serait parti de la ville de Ghat, une ville de  désert, au sud-ouest de la Libye. Puis il aurait traversé la frontière  algéro-libyenne à hauteur de Zarzaitine, avant d&#8217;arriver à In Amenas. Selon des  sources sécuritaires algériennes les leaders d&#8217;Aqmi se rendraient souvent à Ghat  pour faire leur marché dans les arsenaux pris par les rebelles libyens durant la  chute du régime du colonel Kadhafi. Ils y font le plein de bombes, munitions,  lance- roquettes RPG, gilets pare-balles, treillis, et moyens de communication  sans fil. Les terroristes d&#8217;In Amenas auraient d&#8217;ailleurs été vêtus de treillis  jaune et brun, comme ceux que les Qataris avaient fournis à l&#8217;armée rebelle du  Conseil de Transition libyen.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Selon le journal algérien « Djazair  News », des rapports des services de renseignement ont confirmé que les leaders  d&#8217;Al-Qaida au Maghreb islamique avaient tissé, bien avant l&#8217;attaque d&#8217;In Amenas,  des liens avec le groupe extrémiste Ansar al-Charia en Libye, afin de pouvoir y  créer une base destinée à frapper les intérêts occidentaux dans la  région.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">S&#8217;il se confirme que les  terroristes d&#8217;In Amenas ont bien préparé leur opération depuis la Libye (après  l&#8217;attaque du consulat américain de Benghazi au cours de laquelle l&#8217;ambassadeur  Christopher Stevens a trouvé la mort, celle du consulat italien, la destruction  des églises et les règlements de comptes qui ensanglantent quotidiennement le  pays), ce nouveau coup apporterait la confirmation que la désagrégation de la  Libye, où des milices surarmées ne reconnaissent aucun pouvoir au gouvernement  de Tripoli, menace la région tout entière. L&#8217;attaque d&#8217;In Amenas et la crise au  Mali seraient bien la conséquence du démantèlement du régime libyen. Et  l&#8217;intervention française au Mali, décidée par François Hollande, la suite  inévitable de celle de Nicolas Sarkozy en  Libye.</span></div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA DANIEL </strong></span></p>
</div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td></td>
</tr>
</tbody>
</table>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Libye: les assassins de Benghazi]]></title>
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		<updated>2013-02-13T11:10:11Z</updated>
		<published>2013-02-13T10:42:05Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[










LE  FILM SACRILEGE N&#8217;AURAIT ETE QU&#8217;UN PRETEXTE






C&#8217;est un groupe de combattants  djihadistes proche d&#8217;Al-Qaida qui aurait mené l&#8217;attaque contre le consulat  américain




A  Benghazi, l&#8217;angoisse vespérale vous]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2013/02/libye-les-assassins-de-benghazi"><![CDATA[<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="90%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="120">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td><strong><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">LE  FILM SACRILEGE N&#8217;AURAIT ETE QU&#8217;UN PRETEXTE</span></strong></td>
</tr>
<tr>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td><span style="font-family: Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">C&#8217;est un groupe de combattants  djihadistes proche d&#8217;Al-Qaida qui aurait mené l&#8217;attaque contre le consulat  américain</span></div>
<p></strong></span></td>
</tr>
<tr>
<td>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">A  Benghazi, l&#8217;angoisse vespérale vous saisit dès que la nuit tombe et que l&#8217;on  commence à épier les clameurs de protestation qui secouent régulièrement, depuis  la chute de Kadhafi, la torpeur de cette ville de province. <em>« En espérant que  nous ne mourrons pas cette nuit »</em>, écrivait Sean Smith, l&#8217;expert  informatique du consulat, à l&#8217;un de ses partenaires d&#8217;un site de jeux en ligne  quelques heures avant de mourir avec l&#8217;ambassadeur américain en Libye, Chris  Stevens, et deux soldats du corps des marines.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ce  soir-là, vers 20h30, racontent les témoins et les voisins, une centaine d&#8217;hommes  arborant de longues barbes, armés pour certains de lance-roquettes, attaquent le  consulat et font fuir les policiers qui gardaient les lieux. Profitant d&#8217;une  accalmie, les diplomates américains parviennent alors à s&#8217;échapper pour gagner  une propriété à la périphérie de la ville, louée par l&#8217;ambassade pour y servir  de refuge. Seul l&#8217;ambassadeur Stevens reste bloqué dans le bâtiment où il sera  découvert, mort par asphyxie, plusieurs heures plus tard, par une foule de  curieux. Pendant ce temps, huit marines arrivés de Tripoli essaient de libérer  les diplomates américains retranchés dans leur refuge, qui essuient une nouvelle  attaque. Deux d&#8217;entre eux seront tués et plusieurs des Libyens qui les  escortaient, blessés.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Norman Benotman, un ancien  djihadiste libyen qui se consacre désormais à l&#8217;étude de ses anciens camarades  de combat au sein de la Quilliam Fondation à Londres, en est convaincu:  l&#8217;indignation suscitée par le film « l&#8217;Innocence des musulmans » n&#8217;a été qu&#8217;un  prétexte. Il ne croit pas à la thèse d&#8217;une manifestation qui aurait mal tourné,  d&#8217;abord parce que la date choisie, le 11 septembre, désigne clairement les  djihadistes d&#8217;Al-Qaida, toujours très attachés aux dates symboliques. <em>« Il  est rare que l&#8217;on vienne avec des lance-roquettes pour participer à une  manifestation spontanée et pacifique&#8230; et cela fait six mois que le film  circule sur le Net »</em>, fait-il remarquer.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">L&#8217;attaque ferait donc suite à la  vidéo diffusée par la tête pensante d&#8217;Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, qui exhortait  les musulmans à venger la mort de Yahya al-Libi, l&#8217;un de ses adjoints, lui-même  d&#8217;origine libyenne, tué en juin dernier par un drone américain dans les zones  tribales pakistanaises. <em>« Son sang vous appelle, vous commande et vous presse  à combattre et à tuer les croisés »</em>, éructait le docteur égyptien. Selon les  contacts de Norman Benotman à Benghazi, l&#8217;assaut aurait été mené par les  Brigades Omar Abdul Rahman, qui exigent la libération d&#8217;Abdul Rahman, le cheikh  borgne responsable du premier attentat contre le World Trade Center à New York  en 1993, détenu aujourd&#8217;hui dans une prison de Caroline du Nord. Ce groupe a  commis deux attentats à Benghazi, le premier en mai dernier, contre le bâtiment  de la Croix-Rouge internationale (CICR), le second en juin, déjà contre le  consulat américain.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Mais l&#8217;attaque pourrait aussi être  le fait de plusieurs autres milices extrémistes qui ont intérêt à attiser la  colère du peuple. Le groupe Ansar al-Charia, dirigé par un ex-prisonnier de  Guantanamo, par exemple, ou des combattants de l&#8217;Aqmi venus de l&#8217;étranger, du  Yémen ou du Mali, comme semble le penser le gouvernement libyen qui a procédé à  une cinquantaine d&#8217;arrestations. Depuis la chute du régime de Kadhafi, l&#8217;est de  la Libye, en particulier la région de Derna, compte un certain nombre de  groupuscules extrémistes prêts à en découdre avec l&#8217;Occident. Or, depuis la  guerre, ils ont mis la main sur un armement important, lance-roquettes,  lance-missiles, pièces d&#8217;artillerie, issu de l&#8217;arsenal libyen. En avril dernier,  Abdulbasit Azuz, l&#8217;un des compagnons d&#8217;Al-Zawahiri en Afghanistan, qui commande  une centaine d&#8217;hommes à Derna, s&#8217;est senti suffisamment fort pour organiser un  grand rassemblement sur la place principale de la ville. Il aurait aussi dépêché  des militants à Ajdabia et à Marsa el-Brega pour tenter d&#8217;étendre le réseau  d&#8217;Al-Qaida à l&#8217;ouest du pays. Dans un télégramme diplomatique daté de 2008 et  révélé par WikiLeaks, l&#8217;ambassadeur Stevens avait déjà alerté sa hiérarchie sur  la montée du fondamentalisme à Derna et dans l&#8217;est du pays, qui lui semblait  être devenu le principal vivier libyen d&#8217;Al-Qaida. Il y soulignait les  conséquences du chômage, l&#8217;acharnement particulier de Kadhafi contre cette  ville, et l&#8217;influence déjà croissante des combattants islamistes de retour  d&#8217;Afghanistan.</span></div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA DANIEL </strong></span></p>
</div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td></td>
</tr>
</tbody>
</table>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[«Ils veulent la charia»]]></title>
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		<updated>2013-02-13T11:10:25Z</updated>
		<published>2013-02-13T10:39:23Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[ 










































Le Nouvel Observateur Qui  sont ces salafistes qui menacent le processus démocratique? 
Hamadi Redissi (1) Pendant la révolution,  les démocrates ont libéré des prisons 1 090 islamistes]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2013/02/%c2%abils-veulent-la-charia%c2%bb"><![CDATA[<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"> </span></p>
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="90%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="120">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2"></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td bgcolor="#ffffff"></td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>
<table>
<tbody></tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Le Nouvel Observateur Qui  sont ces salafistes qui menacent le processus démocratique?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong>Hamadi Redissi</strong><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"> (1) </span>Pendant la révolution,  les démocrates ont libéré des prisons 1 090 islamistes qui ont été rejoints par  une diaspora salafiste réfugiée jusqu&#8217;alors en Europe ou dans le Golfe. On peut  les séparer en deux principales composantes: un courant dit « scientifique » ou  « intellectuel », qui s&#8217;inspire du wahhabisme et qui est piloté par l&#8217;Arabie  saoudite, laquelle n&#8217;a aucun intérêt à voir la Tunisie devenir démocratique. Et  un courant djihadiste violent, qui s&#8217;est procuré des armes en Libye et dont  certains membres partent se battre en Syrie.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Quel est leur projet?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ils  veulent l&#8217;application de la charia ici et maintenant, et non pas à l&#8217;avenir  comme le souhaite le parti Ennahda au pouvoir. Ils ne comprennent pas la  prudence de son chef, Rached Ghannouchi, dont ils se sentent pourtant proches.  Ils veulent contraindre les Tunisiens à vivre comme au temps du Prophète. Pour  eux, la Tunisie est une terre de prédication et non de djihad, ce qui changerait  si le gouvernement se retournait contre eux.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>N&#8217;est-ce pas ce qu&#8217;il a  commencé à faire?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">C&#8217;est vrai que le gouvernement a  procédé à une centaine d&#8217;arrestations à la suite des violences de la semaine  dernière. Mais le parti islamiste Ennahda n&#8217;a pas intérêt à se retourner contre  ses frères. Ces derniers appartiennent à la même famille idéologique. D&#8217;ailleurs  ils lui obéissent et renoncent à manifester dès qu&#8217;il l&#8217;exige. Ennahda est de  plus en plus enclin à remettre en question le contrat démocratique auquel il  avait fait mine de se plier. Les universitaires français qui évoquent le modèle  turc les qualifient d&#8217;islamo-démocrates. Quelle blague! Aujourd&#8217;hui, les  Tunisiens sont terrorisés par les anathèmes, par les milices du bien et du mal,  par l&#8217;islamisation à marche forcée de la société qu&#8217;ils mettent en place. Nous  avons cru à leurs mensonges. Nous nous sommes bien fait avoir!</span></div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA DANIEL </strong></span></p>
</div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td>(1) Professeur à la Faculté de droit et de sciences politiques de Tunis,  auteur de « la Tragédie de l&#8217;islam moderne » (2011, Seuil).</td>
</tr>
</tbody>
</table>
]]></content>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Tunisie: le défi des salafistes]]></title>
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		<updated>2013-02-13T11:10:47Z</updated>
		<published>2013-02-13T10:37:29Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[









LA  RÉVOLUTION CONFISQUÉE



Pour les intégristes tunisiens,  leur pays est encore une terre de prédication plus que de djihad. Mais «il ne  faudrait pas que les provocations du]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2013/02/tunisie-le-defi-des-salafistes"><![CDATA[<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td><strong><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">LA  RÉVOLUTION CONFISQUÉE</span></strong></td>
</tr>
<tr>
<td><span style="font-family: Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Pour les intégristes tunisiens,  leur pays est encore une terre de prédication plus que de djihad. Mais «il ne  faudrait pas que les provocations du gouvernement changent la  donne&#8230;»</span></div>
<p></strong></span></td>
</tr>
<tr>
<td>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">La  cicatrice qui lui mange le cou l&#8217;empêche de tourner la tête. A 19 ans, Ala Idoun  est un des héros de la révolution tunisienne. En février 2011, alors qu&#8217;il  manifestait à Sidi Bouzid, une balle l&#8217;a atteint près de l&#8217;aorte. Après une  semaine entre la vie et la mort, il est sorti du coma. Aujourd&#8217;hui, alors qu&#8217;il  est monté à Tunis pour subir une énième opération, il ne cache pas son amertume.  Il voulait abolir le régime de Ben Ali et sa corruption, redistribuer les  richesses et réenchanter le monde. Mais les politiciens lui ont confisqué ses  rêves: rien n&#8217;a changé sauf le coût de la vie qui a doublé. <em>«Pour faire une  salade de tomates, je dois prendre un crédit», </em>dit-il. Puis: <em>«Je déteste  cette révolution. »</em> Et encore: <em>«Finalement, on vivait bien mieux sous Ben  Ali. »</em> Gavroche aux yeux tristes qu&#8217;éclaire parfois un large sourire  d&#8217;enfant, il bat le pavé à la recherche d&#8217;un discours, d&#8217;un homme, d&#8217;une cause  qui pourrait redonner un sens à cette blessure qui le fait  souffrir.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ce  soir, dans un café du parc Ennahli, au nord de Tunis, il a rendez-vous avec  Hamza abou Amer, dit « le Palestinien », qu&#8217;il a rencontré pendant les  manifestations de la Casbah. A 18 ans, Hamza est le cheikh salafiste le plus  jeune de Tunisie. Théoricien précoce de la radicalité, il a déjà écrit quatre  livres et en prépare un cinquième sur le chiisme. A son ami plutôt de gauche qui  l&#8217;écoute bouche bée, il fait la démonstration de la supériorité du califat sur  les autres formes de gouvernement. Emporté par son raisonnement, il n&#8217;a pas  réalisé qu&#8217;il a haussé le ton. Il lève un doigt vengeur et lance ses anathèmes  contre <em>« l&#8217;islam light »</em> du parti islamiste au pouvoir Ennahda, qui fait  selon lui confiance aux juifs et aux croisés. Et qui veut faire de Dieu <em>« la  reine d&#8217;Angleterre»</em> de la communauté des croyants en ne lui accordant qu&#8217;un  pouvoir symbolique. Dans le café, des femmes, les cheveux nus, jettent des  regards inquiets vers notre table. Le patron a baissé le son de la télévision  qui diffuse un concert de George Wassouf, l&#8217;un des chanteurs les plus populaires  du monde arabe malgré son soutien à Bachar al-Assad. On n&#8217;entend plus que les  gargouillis des narguilés et les longues diatribes en arabe classique du jeune  cheikh. Fasciné, A la Idoun n&#8217;a pas réalisé que l&#8217;atmosphère a changé. <em>«Ce  qui me plaît, c&#8217;est sa radicalité, </em>reconnaît le héros de la révolution,  <em>il représente le vrai changement. »</em> La perspective de vivre dans un  califat islamique comme au temps du Prophète n&#8217;a pas l&#8217;air de l&#8217;effrayer: <em>«En  Tunisie, nous sommes tous des musulmans pratiquants. »</em></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Des  musulmans comme Ahmed Nejib Chebbi, président du Parti républicain, menacé de  décapitation par les salafistes parce qu&#8217;il a pris le parti des artistes du  palais de la Abdellia de la Marsa, accusés d&#8217;avoir porté atteinte au sacré et à  l&#8217;islam <em>(voir encadré p. 58).</em> Aujourd&#8217;hui, Chebbi est accompagné par deux  gardes du corps privés: le ministre de l&#8217;Intérieur, membre du parti Ennahda, lui  a conseillé de prendre les menaces au sérieux mais il n&#8217;a pas pour autant  organisé sa protection. Chebbi a dû aussi supprimer sa promenade quotidienne sur  la plage de Gammarth, où, dit-il, des groupes de salafistes s&#8217;entraînent tôt le  matin.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Comme Caïd Essebsi, ancien ministre  de Bourguiba et Premier ministre du gouvernement de transition? Condamné à mort  par les salafistes, parce qu&#8217;il a été l&#8217;avocat du président de la chaîne Nesma,  traîné en justice pour avoir diffusé le film « Persepolis », il a décidé, à 86  ans, de lancer un grand rassemblement d&#8217;unité nationale devant la montée du  péril extrémiste.</span></div>
<table border="1" width="100%">
<tbody>
<tr valign="middle">
<td valign="middle"><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong>ASSEMBLEE</strong> Au cours des  premières élections libres de l&#8217;histoire de la Tunisie, le 23 octobre 2011, les  islamistes d&#8217;Ennahda ont obtenu une victoire nette avec 90 des 217 sièges à  l&#8217;Assemblée constituante tunisienne, devant le Congrès pour la République  (gauche nationaliste, laïque) qui obtenait 30 sièges, et le parti Ettakatol  (gauche), 21 sièges. </span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>«Les  mécréants doivent être punis&#8230;»</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><em>«C&#8217;est scientifique: en tant que  savant de l&#8217;islam, je vous le dis, ces gens-là doivent mourir!», </em>explique le  cheikh Mokhtar al-Jebali, dans un français parfait qu&#8217;il parle à contrecoeur. Le  président du Front tunisien des Associations islamiques, qui n&#8217;a accepté de me  recevoir qu&#8217;en tenue islamique, garde les yeux baissés pendant tout l&#8217;entretien.  <em>«Lisez le verset 66 de la sourate Taouba. Qui se moque du Prophète est devenu  mécréant, et les mécréants doivent être punis de mort. »</em> Selon lui, c&#8217;est le  gouvernement qui devrait se charger de l&#8217;exécution de cette sentence, mais le  parti Ennahda, sous la pression des Américains et des Européens, n&#8217;a pas encore  pu imposer la charia dans la nouvelle Constitution. Ce qui impatiente le cheikh:  <em>«Les Tunisiens en ont assez des lois héritées de Bourguiba, s&#8217;ils veulent  prendre quatre femmes aujourd&#8217;hui, c&#8217;est leur droit!»</em></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Reproche-t-il à Rached Ghannouchi,  président d&#8217;Ennahda, d&#8217;avoir cédé aux pressions de l&#8217;Occident? <em>«Je le connais  depuis plus de trente ans: il faut l&#8217;aider. C&#8217;est toujours mon frère. Pendant  nos années de prison sous Ben Ali, je me souviens que nous défendions les mêmes  idées. »</em> Le cheikh Mokhtar est tout à fait d&#8217;accord avec l&#8217;analyse de cet  homme politique qui préfère rester anonyme: <em>«Ennahda ne peut pas se permettre  d&#8217;entrer en confit direct avec les salafistes. Ils représentent sa base, son  bras armé, ceux auxquels ils sous-traitent l&#8217;islamisation de la société. »</em> Reste que depuis les émeutes qui ont suivi l&#8217;affaire de l&#8217;exposition de la  Marsa, le gouvernement a dû reprendre les choses en main après avoir été rappelé  à l&#8217;ordre par l&#8217;armée qui a fait annuler les deux manifestations: celle des  salafistes et celle d&#8217;Ennahda organisées pour s&#8217;émouvoir de cette atteinte au  sacré que représentait l&#8217;exposition du palais de la Abdellia. Depuis, plus de  200 salafistes ont été arrêtés par le gouvernement islamiste. <em>«Les jeunes ne  comprennent pas pourquoi le gouvernement est si faible avec les mécréants et si  dur avec les croyants, </em>met en garde Mokhtar. <em>Ennahda doit faire  attention, sinon ils seront peut-être tentés défaire une deuxième révolution,  contre eux, cette fois-ci. »</em></span></div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>Recoba, le  barbu branché</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Devant le tribunal de Tunis, de  jeunes salafistes à longue barbe, vêtus de la tunique traditionnelle,  s&#8217;entretiennent avec des avocats. Un de leurs amis, Imed Drich, vient d&#8217;écoper  de vingt ans de prison pour attaque d&#8217;un commissariat de police et complot  contre l&#8217;Etat. Parmi eux, on discerne le catogan, les tee-shirts grifiés, les  baskets sans lacets de Recoba. C&#8217;est un salafiste branché qui aime Bob Marley et  le foot et qui est pourtant de toutes les manifestations des groupes radicaux.  Etudiant brillant, titulaire d&#8217;une maîtrise de finance à la faculté de gestion  de Tunis, Recoba ne décolère pas. <em>«Ennahda emploie exactement les mêmes  méthodes que Ben Ali: parti omnipotent, justice à la botte du pouvoir&#8230; », </em>dit-il, reprenant ainsi mot pour mot les critiques formulées par  l&#8217;opposition laïque. A un détail près: selon lui, tout le monde en Tunisie veut  la charia, <em>«alors pourquoi ne l&#8217;applique-t-on pas? Ce n&#8217;est pas cela, la  démocratie »?</em> Mais la démocratie, il l&#8217;invoque seulement quand ça l&#8217;arrange.  Car le jeune homme aspire à un retour aux sources, au temps du Prophète:  <em>«Autrefois, nous, les Arabes, étions les premiers en tout. C&#8217;est le système  démocratique occidental qui nous a mis à genoux! »</em> La seule chose qui  l&#8217;attriste, c&#8217;est de devoir admettre qu&#8217;il n&#8217;est pas encore tout à fait un bon  musulman. <em>« Tu fumes? Tu as une copine?», </em>lui demande l&#8217;un de ses amis.  Le jeune homme confesse en rougissant qu&#8217;en effet il aime trop le reggae et les  vêtements. Quant aux femmes qui refusent de se voiler, il faudra bien qu&#8217;à  l&#8217;heure du califat elles appliquent la loi islamique. <em>«Laissons l&#8217;islam, </em>tente -il gentiment pour se mettre à ma portée. <em>Moi, je suis jaloux, je  n&#8217;ai pas envie que des millions de Tunisiens voient ma femme. Le voile, c&#8217;est  comme le papier d&#8217;un bonbon, tu manges les bonbons qui n&#8217;ont pas de papier,  toi?»</em></span></div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>«Nous ne  sommes pas la France»</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><em>«Vous êtes dans le haut lieu de  la contestation»:</em> retranché dans son bureau de la faculté de la Manouba, le  doyen Habib Kazdaghli montre les serrures arrachées et les meubles vandalisés  qui jonchent le couloir. Depuis qu&#8217;en octobre dernier des professeurs ont  demandé à des étudiantes en niqab de se découvrir pour passer leurs examens, la  faculté a été occupée par les salafistes, les professeurs harcelés, les vitres  des bâtiments brisées. Et le drapeau noir a un moment flotté à la place du  drapeau tunisien mis en pièces. Le 6 mars dernier, quand deux étudiantes en  niqab s&#8217;introduisent dans le bureau du doyen et déchirent ses papiers  d&#8217;identité, il tente de les repousser, puis sort pour porter plainte. Accusé de  violences, il sera jugé le 5 juillet, alors que la justice n&#8217;a pas inquiété les  étudiants qui ont mis à sac l&#8217;université. Ils étaient conduits par Mohamed  Bachti, un étudiant célèbre, condamné à huit années de prison sous Ben Ali pour  avoir appartenu au groupe Soliman, branche tunisienne du GSPC algérien, le  Groupe salafste pour la Prédication et le Combat, dont tous les membres ont été  amnistiés après la révolution. <em>«De victime, je deviens l&#8217;accusé! Le ministère  de l&#8217;Enseignement supérieur m&#8217;a même reproché de les avoir provoqués, alors que  je ne fais qu&#8217;appliquer la loi&#8230;», </em>soupire le doyen.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Au  ministère de la Justice, Ali Ferjani, membre du bureau politique d&#8217;Ennahda,  s&#8217;agace quand on évoque l&#8217;affaire. <em>« Nous savons qui il est », </em>affirme-t-il en rappelant le curriculum du doyen, ex-communiste et  spécialiste universitaire des juifs tunisiens. <em>«Les fondamentalistes laïcs ne  pourront pas imposer leur vision. Nous ne sommes pas la  France!»</em></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">A  la faculté de la Manouba, Moncef, un étudiant salafiste en deuxième année de  français, s&#8217;apprête à faire sa prière sous les fenêtres du doyen. Pour <em>«  lechichiter», </em>explique-il. Mais pourquoi ce militant d&#8217;un islam radical  a-t-il choisi d&#8217;étudier le français? <em>«Pour mieux combattre la France, </em>répond-il d&#8217;un ton sérieux. <em>Il faut tuer ceux qui s&#8217;en prennent à  l&#8217;islam, Sarkozy et François Hollande, le communiste&#8230;»</em></span></div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>La complainte  du djihadiste</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Si  une balle ne lui avait pas pulvérisé le nez il y a quelques jours, Choukri  serait déjà en train de se battre en Syrie. Il reçoit, alité, dans sa belle  villa du centre de Tunis. Car Choukri n&#8217;est pas un de ces salafistes miséreux  contraints de vendre des feuilletés dans les souks pour survivre. C&#8217;est un  djihadiste, un vrai, mais aussi un investisseur, engagé dans des projets  touristiques. Alors qu&#8217;il filmait les émeutes qui ont embrasé les quartiers  populaires de la capitale à la suite de l&#8217;affaire de l&#8217;exposition du palais de  la Abdellia, une balle l&#8217;a touché en pleine figure. Sur son film, on voit un  policier en train de mettre le feu à l&#8217;étal de fripes d&#8217;un petit marchand. Selon  lui, on a tiré sur lui délibérément. Connu pour avoir participé à la guerre en  Libye, Choukri a passé près de dix mois à combattre les troupes de Kadhafi, de  Zeitan à la frontière avec le Tchad, aux côtés de ceux qui ont arrêté Saïf  ai-Islam. Avant de quitter le territoire libyen, il a fait comme ses camarades  de djihad, il a enterré ses armes &#8211; une dizaine de kalachnikovs &#8211; et rendu une  Jeep équipée d&#8217;une mitrailleuse. La destruction par l&#8217;armée tunisienne, il y a  quelques jours, de camions d&#8217;armes libyens alors qu&#8217;ils s&#8217;apprêtaient à franchir  la frontière algérienne, n&#8217;est pas une surprise pour lui. Il décrit d&#8217;ailleurs  la Libye d&#8217;aujourd&#8217;hui comme le paradis du djihadiste. Il y a quelques mois, il  a vu des casernes remplies d&#8217;armes chimiques, une centaine de roquettes Grad  abandonnées dans la banlieue de Sabaa, des missiles antiaériens Sam-7 et des  missiles antichars Milan: <em>« Chacun venait y faire son marché. »</em> Y  compris, toujours d&#8217;après lui, le célèbre cheikh Arour, ce salafiste syrien qui,  depuis son exil en Arabie Saoudite, appelle au massacre des Alaouites. Choukri a  aussi aperçu Abdelhakim Belhadj, le chef militaire de Tripoli, muni de faux  papiers pour livrer de l&#8217;argent aux opposants syriens réfugiés en Turquie.  <em>«J&#8217;étais à l&#8217;aéroport lorsqu&#8217;on l&#8217;a arrêté, mais le président du Conseil,  Mustafa Abdeljelil a donné l&#8217;ordre de le laisser passer: si on avait arrété  Belhadj, c&#8217;était la guerre civile. »</em></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Aujourd&#8217;hui, Choukri affirme ne  plus rien comprendre à ce gouvernement de <em>«Ben-alistes qui portent la barbe  », </em>ni à la révolution: <em>«Ils disent que Bouazizi, en s&#8217;immolant par le  feu, a déclenché la révolution, et qu&#8217;il est un martyr, alors qu&#8217;en islam il est  interdit de se suicider. »</em> Et les kamikazes? <em>«Eux, c&#8217;est différent, ils  se servent de leur corps comme d&#8217;une arme de guerre, ce sont bien des martyrs.  »</em> Choukri explique que pour les salafistes la Tunisie est plus une terre de  prédication que de djihad. Mais il prévient: <em>«Il ne faudrait pas que les  provocations du gouvernement changent la donne&#8230;»</em></span></div>
<p><img src="http://www.pressedd.fr/_part/e73a4efe831394003d86c5b483d508d8.jpg" alt="" /><br />
Cheikh  Mokhtar al-Jebali</p>
<table border="1" width="100%">
<tbody>
<tr valign="middle">
<td valign="middle"><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong>JUGEMENT</strong> L&#8217;ancien président  tunisien Zine El-Abidine Ben Ali vient d&#8217;être condamné par contumace à  perpétuité par un tribunal militaire du Kef pour son rôle dans la répression des  révoltes à Thala et Kasserine, qui avaient provoqué la mort de 22 personnes  entre le 8 et le 12 janvier 2011. L&#8217;ancien chef de la garde présidentielle, Ali  Seriati a, lui, bénéficié d&#8217;un non-lieu. </span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA DANIEL </strong></span></p>
</div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
]]></content>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[La menace salafiste]]></title>
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		<updated>2013-02-13T11:12:35Z</updated>
		<published>2013-02-13T10:26:50Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[







Comment comprendre le salafisme et  sa dérive djihadiste dont Mohamed Merah est l&#8217;acteur terrifiant? Décryptage de  l&#8217;auteur de «Quatre-Vingt-Treize», un essai capital sur l&#8217;islam en  France




Le Nouvel]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2013/02/la-menace-salafiste"><![CDATA[<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="100%">
<tbody>
<tr>
<td><span style="font-family: Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Comment comprendre le salafisme et  sa dérive djihadiste dont Mohamed Merah est l&#8217;acteur terrifiant? Décryptage de  l&#8217;auteur de «Quatre-Vingt-Treize», un essai capital sur l&#8217;islam en  France</span></div>
<p></strong></span></td>
</tr>
<tr>
<td>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Le Nouvel Observateur Fin  2011, vous écriviez dans votre livre « Quatre-Vingt-Treize » que « le champ du  salafisme français était en pleine ébullition », un salafisme « qui exprime  fondamentalement le refus radical de toute intégration à la société française ».  Et duquel s&#8217;est réclamé Mohamed Merah.</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong>Gilles Kepel</strong> L&#8217;un des  phénomènes qui m&#8217;a le plus frappé entre mon enquête pour « les Banlieues de  l&#8217;islam », parue en 1987, et mes deux récents essais, c&#8217;est qu&#8217;il y a vingt-cinq  ans le salafisme en France n&#8217;existait pas. A l&#8217;époque, le mouvement qui m&#8217;avait  le plus intéressé était le <em>tabligh</em> (en arabe, « propagation » de  l&#8217;islam), un mouvement de réislamisation piétiste qui s&#8217;adressait, par  l&#8217;intermédiaire de prédicateurs et de missionnaires itinérants, plutôt à des  travailleurs immigrés peu éduqués et généralement marocains. Aujourd&#8217;hui, le  salafisme est une représentation de l&#8217;islam extrêmement rigoriste basée sur une  sorte de vénération absolue pour les grands ulémas d&#8217;Arabie saoudite. Ce  mouvement ne pourrait pas exister avec cette ampleur sans internet. On n&#8217;imagine  pas un salafiste sans un ordinateur! C&#8217;est sur internet que les disciples vont  demander des fatwas à leur directeur de conscience en Arabie pour savoir par  exemple s&#8217;ils ont le droit de mettre leurs enfants à la crèche, de se marier  avec une non-musulmane, s&#8217;ils doivent immigrer tout de suite ou rester en  France&#8230; Ce salafisme actuel prône une vision complètement décontextualisée de  la religion. Cela aboutit au fait que ceux qui s&#8217;en réclament ne peuvent plus  vivre dans la société française et sont pris dans une logique au sens propre de  désintégration. Récemment, le très bon film de Philippe Faucon qui décrivait ce  type d&#8217;embrigadement religieux n&#8217;avait pas par hasard pour titre « la  Désintégration ». Apparemment, dans le cas de Mohamed Merah, le salafisme a  basculé dans le djihad et la violence absolue alors que, dans la plupart des  cas, il se traduit par une volonté d&#8217;émigration définitive hors de France.  Idéalement vers l&#8217;Arabie saoudite, mais, ironie de l&#8217;histoire, les Saoudiens  refusent de donner des visas aux jeunes salafistes français! Du coup, ces  dernières années, un certain nombre d&#8217;entre eux sont allés se former surtout à  Damaj, au nord du Yémen. Mais aujourd&#8217;hui ils en partent car la région est en  guerre civile et les houthistes chiites les assaillent. Le paradoxe est que ces  salafistes français qui ont fui la France vont quérir la protection du consulat  français pour être rapatriés en France, pays impie et impur, où au moins on ne  va pas les tuer. D&#8217;autres allaient en Egypte, mais la situation y est de plus en  plus difficile. Alors certains aujourd&#8217;hui retournent au bled, en Algérie ou au  Maroc, que leurs parents avaient quitté pour venir en France. Mais, comme il n&#8217;y  a toujours pas de travail au bled, on ne réinstalle que les femmes qui peuvent y  porter le niqab, interdit en France.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Quelle est la spécificité du  salafisme et du djihadisme en France? Quelle est cette minorité radicale de  salafistes djihadistes alors qu&#8217;on sait que la version quiétiste du salafisme  est majoritaire en France?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Les  salafistes ne sont en France que quelques milliers, mais du fait que l&#8217;Arabie  saoudite, grâce à sa puissance financière et l&#8217;organisation de ses imams, est en  passe d&#8217;imposer sa norme à l&#8217;ensemble du monde musulman sunnite, ils sont, en  dépit de leur petit nombre, en train d&#8217;incarner la pureté islamique. Au point  que les grands ulémas marocains et l&#8217;université Al-Azhar, en Egypte, essaient de  bâtir une digue pour résister à la salafisation. Cet enjeu se joue aussi très  fortement dans l&#8217;islam de France aujourd&#8217;hui.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Le  salafisme passe désormais principalement par internet, même si un certain nombre  de prédicateurs dans les mosquées resocialisent les jeunes dans une logique  salafiste avec des signes très visibles tels que le port de la barbe, la femme  en niqab, la ségrégation des sexes&#8230; Dans un premier temps, jusqu&#8217;aux années  2000, les sites salafistes (qui se comptent aujourd&#8217;hui par dizaines et  s&#8217;excommunient les uns les autres) publiaient des textes dans un français  calamiteux, mal traduit de l&#8217;arabe, mais, ces dernières années, la qualité des  traductions s&#8217;est beaucoup améliorée, notamment sur l&#8217;un des sites qui fait  autorité comme salafis.com. Mais le salafisme, qui se développe dans un monde de  contamination informatique, est lui-même exposé à l&#8217;interactivité de l&#8217;internet  2.0. Auparavant, le salafisme était une autorité religieuse qu&#8217;on consultait.  Mais aujourd&#8217;hui tout le monde commence sur la Toile à s&#8217;autoproclamer imam et à  faire circuler des injonctions contradictoires. La guerre des sites bat son  plein. Ce phénomène du 2.0 est très préoccupant car on poste sur les sites  toutes sortes de choses. Quelqu&#8217;un comme Mohamed Merah avait l&#8217;intention d&#8217;y  mettre ses vidéos monstrueuses d&#8217;assassinats. On est vraiment passé dans une  autre logique du salafisme djihadiste.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Comment passe-t-on de  salafiste quiétiste à salafiste djihadiste?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Le  salafisme quiétiste, majoritaire en France, n&#8217;est pas violent et vit dans la  dévotion de l&#8217;ordre saoudien, qui n&#8217;est pas avare de ressources. Les salafistes  quiétistes vivent dans une autoexclusion sociale, un peu à la manière de  certaines sectes du judaïsme comme les satmars à New York ou des sectes  protestantes comme les amish. Pour comprendre comment certains basculent dans le  djihadisme, il faut revenir aux années 1980 en Afghanistan, où s&#8217;est inventée  cette espèce d&#8217;hybridation islamiste entre des Frères musulmans radicalisés,  dont Ayman al-Zawahiri était le symbole, et des salafistes tel Ben Laden. Ce  bouillon de culture afghan a produit Al-Qaida. Aujourd&#8217;hui cette organisation a  été détruite dans sa logique pyramidale depuis 2005 et l&#8217;échec du djihad en  Irak, dont Ben Laden espérait au départ qu&#8217;il serait son Afghanistan bis, en  combattant cette fois-ci les Américains au lieu des Soviétiques. L&#8217;échec irakien  a été patent car les chiites et l&#8217;Iran ont profité de la situation pour  contrôler le pouvoir. Une révolution idéologique dans le salafisme djihadiste  s&#8217;est alors produite avec l&#8217;apparition, sur le web là encore, du Syrien Abou  Moussab al-Souri (que Bachar al-Assad vient de libérer pour introduire davantage  de confusion dans l&#8217;opposition syrienne). Al-Souri s&#8217;était rendu célèbre dès les  années 1990 quand, basé à Londres, il était le coéditeur d&#8217;« El Ansar », le  journal du GIA algérien. Puis il est parti en Afghanistan et s&#8217;est opposé à la  stratégie d&#8217;Al-Qaida en disant qu&#8217;il était suicidaire de vouloir s&#8217;opposer comme  un quasi-Etat aux Etats-Unis. Pour lui, c&#8217;était livrer les djihadistes au  massacre. Il a donc proposé une nouvelle stratégie, diffusée sur internet, avec  le texte « Appel à la résistance islamique globale ». Il y développe la théorie  qu&#8217;il appelle « la méthode et non l&#8217;organisation »: il ne faut plus fonctionner  de manière pyramidale, mais former des individus formatés intellectuellement et  entraînés au maniement des armes, puis les renvoyer dans leur pays et développer  à travers eux, sans organisation structurée que les services de renseignement  seraient capables d&#8217;identifier et de traquer, une sorte de terrorisme de  proximité. La cible est d&#8217;abord les « traîtres » dans les rangs des musulmans,  puis les ennemis, en premier lieu les juifs. Car cibler Israël est ce qui  rapporte le plus de popularité, y compris chez les laïques. Pour lui, il faut  développer la guerre d&#8217;escarmouche où l&#8217;on multiplie les actes de violence sans  pitié. En visant les hérétiques, on contraint les musulmans à accepter la norme  djihadiste ; en ciblant les juifs et les « croisés » chrétiens, on suscite des  adhésions. D&#8217;un côté, terroriser les musulmans et de l&#8217;autre, tuer, y compris  des enfants, délibérément, en prétendant venger « oeil pour oeil, dent pour dent  » les enfants de Gaza victimes des Israéliens.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Peut-on dire que Merah a agi  selon cette logique?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Merah a-t-il lu l&#8217;« Appel à la  résistance » d&#8217;Al-Souri, on n&#8217;en sait rien, mais ses meurtres s&#8217;inscrivent très  directement dans cette logique. Même si les militaires qu&#8217;il a tués n&#8217;étaient  pas tous musulmans, leurs noms ont pu le faire croire. Par ailleurs, il a filmé  ses meurtres pour diffuser un message terrible sur internet. Il y regardait des  décapitations et des exécutions, qui relèvent de cette obscénité du web, où l&#8217;on  regarde énormément de la violence et du porno. De 1996 à 2012, la France a été à  l&#8217;abri du djihadisme de la génération précédente puisque le dernier terroriste a  été Khaled Kelkal, qui présente d&#8217;ailleurs des similarités avec Merah. Tous deux  sont des Franco-Algériens. Seize ans après, Merah fait signe à Kelkal. Autre  fait troublant, Merah a tué le 19 mars, jour du 50e anniversaire des accords  d&#8217;Evian. Les djihadistes adorent les commémorations, les symboles, les actions  répétitives et simultanées, qui sont pour eux un signe de puissance  mobilisatrice. On a connu souvent des séries de deux attentats simultanés: les  deux tours du World Trade Center, les attentats de Londres et de Madrid&#8230; et  les meurtres de Montauban et de Toulouse. Merah était imprégné inconsciemment de  cette exemplarité.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Il paraîtrait que Mohamed  Merah se serait islamisé en prison. Est-ce le principal terrain de recrutement  des salafistes en France?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Là  encore, c&#8217;est un signe de ressemblance entre Merah et Kelkal. C&#8217;est en prison  que Kelkal a été réislamisé par un recruteur. C&#8217;est dans ces moments de  faiblesse qu&#8217;un prosélyte musulman vous dit que si vous êtes en prison c&#8217;est de  la faute de la société. Que pour vous en sortir, il faut remettre en cause les  valeurs que la France impie vous a inculquées. Qu&#8217;on ne peut retrouver les  valeurs de la religion que dans une logique radicale et salafiste et mettre la  révolte qui s&#8217;est exprimée dans la délinquance au service du  djihad.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Entre « les Banlieues de  l&#8217;islam » et « Banlieue de la République », que vous avez publié cette année, il  s&#8217;est écoulé vingt-cinq ans. Comment l&#8217;islam s&#8217;est-il développé dans les  banlieues avec la construction de mosquées, la pratique du ramadan, l&#8217;expansion  de la consommation halal?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">En  vingt-cinq ans, l&#8217;islam en France est devenu islam de France. L&#8217;année du  basculement, c&#8217;est 1989 avec l&#8217;affaire du voile qui a été un détonateur. L&#8217;islam  a connu trois âges en France. Le premier est celui « des darons » (terme utilisé  par les jeunes en banlieues pour parler des « pères »), les pères qui arrivent  après la guerre pour reconstruire la France. Ils pratiquent un islam populaire  et maraboutique et sont prêts à des accommodements religieux, d&#8217;autant qu&#8217;ils  croient que la France n&#8217;est qu&#8217;un pays de passage. Le deuxième âge est l&#8217;islam «  des Frères » ou « des blédards ». Les autorités françaises, de Joxe à Sarkozy,  ont essayé de mettre en place une structure consistoriale de l&#8217;islam de France  qui échapperait aux autorités des pays d&#8217;origine. Mais le personnel disponible  qui allait gérer le culte musulman en France est venu du bled. Ce sont des  jeunes Frères musulmans, tunisiens puis marocains, dont la langue est plutôt  l&#8217;arabe. L&#8217;univers des darons, c&#8217;était l&#8217;usine. Pour cette deuxième génération,  le monde privilégié d&#8217;intervention n&#8217;était pas le monde du travail mais l&#8217;école.  L&#8217;objectif étant de réislamiser les enfants des darons et d&#8217;éviter que l&#8217;école  française en fasse des petits Français laïques. Donc, en 1989, l&#8217;affaire du  voile est un marqueur qui signifie que des Français musulmans sont en droit, en  tant que Français, de réclamer l&#8217;application de la charia pour ce qui les  concerne. Le troisième âge, c&#8217;est l&#8217;islam « des jeunes », celui du quartier, de  la participation politique et du halal.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><em>Pourquoi, selon vous, le  halal constitue-t-il un fort marqueur identitaire?</em> </strong></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Le  halal au départ est une question purement sociale. En banlieue pauvre, la  boucherie à la découpe a perdu pied devant les supermarchés. Les boucheries  traditionnelles ont alors été bradées et remplacées par des boucheries halal  pour répondre à la demande d&#8217;un marché communautaire. La viande y est moins  chère car souvent de second choix, et les plus pauvres, non musulmans aussi, s&#8217;y  approvisionnent. Ainsi, par exemple à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, il n&#8217;y a  plus que des boucheries halal, hors supermarchés. C&#8217;est par ailleurs en France  un marché d&#8217;à peu près 5 milliards d&#8217;euros par an qui suscite des appétits. Ce  sont les mosquées de Paris, d&#8217;Evry et de Lyon qui donnent le label halal, et les  islamistes de troisième génération se battent pour un code alimentaire plus  strict, copié sur la kashrout des juifs. Il n&#8217;est pas dû au hasard que le  fournisseur de viande halal le plus ultra soit juif &#8211; il est du reste  régulièrement sommé de se justifier de ne pas financer l&#8217;Etat d&#8217;Israël avec  l&#8217;argent des consommateurs musulmans sur les sites web de « Vigilance halal »!  On est dans cette espèce de « rivalité mimétique » avec le judaïsme, une espèce  de cashérisation du halal. Le contrôle du halal est une manière de contrôler  politiquement la communauté musulmane, d&#8217;où des confits entre salafistes et  Frères musulmans. Autre paradoxe: les opposants les plus résolus à la conception  ultrarigoriste d&#8217;un halal sur le modèle casher sont les salafistes, qui  soupçonnent les Frères de vouloir accumuler un trésor de guerre. On a donc sur  le halal une situation très confuse. Depuis les logiques de rupture face à  l&#8217;intégration laïque jusqu&#8217;aux confits internes pour l&#8217;hégémonie politique sur  l&#8217;islam de France.</span></div>
<table border="1" width="100%">
<tbody>
<tr valign="middle">
<td valign="middle"><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong>GILLES KEPEL, </strong>professeur à  Sciences-Po, membre de l&#8217;Institut universitaire de France, est l&#8217;auteur de  nombreux ouvrages sur l&#8217;islam contemporain: du « Prophète et Pharaon » (1984,  nouvelle version en Folio) et des « Banlieues de l&#8217;islam » (1987) à l&#8217;enquête «  Banlieue de la République » (Gallimard) paru cette année. Il vient de publier  chez Gallimard « Quatre-Vingt-Treize », un livre fondamental pour comprendre  l&#8217;islam en France. </span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="5">
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>GILLES ANQUETIL </strong></span>,  <span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>FRANCOIS ARMANET </strong></span>, <span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA  DANIEL </strong></span></p>
</div>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
]]></content>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
					</author>
		<title type="html"><![CDATA[MAROC / Mohammed VI, l&#8217;intouchable?]]></title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://sara-daniel.com/2011/08/maroc-mohammed-vi-lintouchable" />
		<id>http://sara-daniel.com/?p=2996</id>
		<updated>2011-08-04T09:45:23Z</updated>
		<published>2011-08-03T09:17:28Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Vous n&#8217;allez pas écrire que le roi aime le risotto? », supplie le cuisinier du restaurant italien d&#8217;un grand hôtel de Marrakech, éperdu d&#8217;avoir laissé échapper ce secret défense devant]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/08/maroc-mohammed-vi-lintouchable"><![CDATA[<div id="_mcePaste">Vous n&#8217;allez pas écrire que le roi aime le risotto? », supplie le cuisinier du restaurant italien d&#8217;un grand hôtel de Marrakech, éperdu d&#8217;avoir laissé échapper ce secret défense devant une journaliste. Et cet habitué du palais qui regrette d&#8217;en avoir trop dit: dans un moment d&#8217;exaltation, il vient en effet de louer la bonté de Mohammed VI, qui fait la lecture tous les jours à un ami malade. Mais surtout, qu&#8217;on ne le cite pas: « Sa Majesté pourrait me soupçonner de flagornerie&#8230; » A l&#8217;heure où les faits et gestes de la plupart des têtes couronnées sont aussi médiatisés que ceux des stars de cinéma, il est interdit de parler du monarque marocain, même pour en dire du bien.</div>
<div id="_mcePaste">Qui est cet homme de 48 ans qui règne depuis près de douze ans sur le royaume chérifen? Regard noir, cheveux ras, toujours l&#8217;ombre d&#8217;une barbe sur un visage impénétrable. Alors que le Maroc est à son tour gagné par la fièvre démocratique qui s&#8217;empare du monde arabe, il sera peut-être le seul dirigeant de la région à avoir su désamorcer la révolte à temps. En Occident, il incarne la modernité et l&#8217;ouverture. Mais, dans son royaume, il est l&#8217;objet d&#8217;une étrange vénération. « Faire un portrait du roi, vous n&#8217;y pensez pas &#8216;.C&#8217;est impossible. Le rencontrer? Il serait plus facile de voir Dieu&#8230; », s&#8217;exclame un diplomate proche du palais. Le roi est le secret le mieux gardé du royaume. Le sujet tabou par excellence, l&#8217;une des dernières lignes blanches &#8211; avec la question du Sahara occidental &#8211; que la presse ne doit franchir sous aucun prétexte. Il y a deux ans, l&#8217;hebdomadaire « Tel Quel » a été interdit pour avoir osé évaluer le bilan du monarque. Le sondage montrait pourtant que 91% des Marocains le jugeaient positif ou très positif!</div>
<div id="_mcePaste">Comme le Seigneur des Ténèbres dans « Harry Potter », Mohammed VI est celui dont on ose à peine prononcer le nom. Pourquoi tant de mystère? Pourquoi ce respect qui semble s&#8217;imposer à tous? Bien sûr, « le peuple l&#8217;aime ». Le 1er juillet, les Marocains ont plébiscité par référendum son projet de révision constitutionnelle, avec un enthousiasme et un score (98%) qu&#8217;un Ben Ali ou un Kadhaf n&#8217;obtenaient qu&#8217;en bourrant les urnes et en achetant les voix. Mais cette popularité n&#8217;explique pas à elle seule la « sanctuarisation » de celui que l&#8217;on surnomme ici « M6 ». Le roi lui-même entend se protéger. Surtout, sa cour et la classe dirigeante marocaine travaillent de concert pour le soustraire aux curiosités. Plus encore aujourd&#8217;hui, en ces temps troubles de printemps arabe aux révoltes contagieuses, il faut gommer l&#8217;homme pour consolider le mythe.</div>
<div id="_mcePaste">« Sous Hassan II, on avait peur du roi, aujourd&#8217;hui, on a peur pour lui », avaient coutume de dire les Marocains au début du règne de Mohammed VI. Désormais, face au pays qui gronde, l&#8217;élite marocaine a aussi peur pour ses privilèges et se retranche derrière la monarchie consensuelle, ses rites et ses fastes. La hiba, ce sentiment de crainte et de déférence qui faisait courber l&#8217;échine aux sujets de Hassan II, a rejailli sur son fils parce que le makhzen, l&#8217;« Etat » marocain, y trouve son compte. Il suffit pour s&#8217;en convaincre d&#8217;observer ces directeurs d&#8217;entreprise qui, recevant un coup de fil du palais, se dressent soudain au garde-à-vous alors que leur interlocuteur ne peut pas les voir&#8230; Dans ce pays où l&#8217;identité nationale s&#8217;est construite autour de la monarchie, M6 a beau avoir abdiqué son caractère sacré, il reste magique aux yeux de ses sujets. Après le résultat du référendum, malgré la chaleur de l&#8217;été, l&#8217;aristocratie respire. C&#8217;est la monarchie et la vénération qu&#8217;elle suscite chez les Marocains qui retarde l&#8217;heure des comptes.</div>
<div id="_mcePaste">Voilà pourquoi, dès qu&#8217;on pose la question la plus anodine sur Sa Majesté, on vous regarde comme si vous aviez commis la pire des inconvenances. Il ne faut pas donner un « corps au roi ». L&#8217;homme, pourtant, a une histoire, lourde et pleine de secrets. Il fallait le voir le 17 juin dernier.</div>
<div id="_mcePaste">C&#8217;était le jour le plus important de son règne. Mais, comme souvent, il donnait l&#8217;impression de vouloir être ailleurs&#8230; Ce soir-là, vers 20 heures, le Commandeur des Croyants s&#8217;engage à limiter ses pouvoirs et à instaurer une monarchie parlementaire. Un discours historique. Mais le roi avale péniblement sa salive et se lance dans une récitation fastidieuse des articles de loi, les yeux rivés sur ses papiers. « Cher peuple, je m&#8217;adresse à toi pour renouveler notre pacte par une nouvelle Constitution&#8230; » M6 a toujours détesté parler en public. Son premier discours, il l&#8217;a prononcé en tremblant à l&#8217;âge de 7 ans devant des agriculteurs, sous le regard impitoyable de son père.</div>
<div id="_mcePaste">L&#8217;ombre d&#8217;Hassan II est toujours là, écrasante. Et chaque péroraison ravive le souvenir de ces moments solennels où l&#8217;effroi le disputait à l&#8217;ennui quand le petit Mohammed n&#8217;était que le figurant de son célèbre géniteur. En 1974, à 10 ans, il avait été chargé de le représenter à l&#8217;enterrement de Georges Pompidou. Un enfant habillé d&#8217;une djellaba blanche et coifé d&#8217;un tarbouch grenat, l&#8217;air perdu sur les bancs de Notre-Dame. « J&#8217;avais l&#8217;impression d&#8217;être une petite virgule rouge dans la cathédrale&#8230; », dira plus tard Mohammed VI. Ce 17 juin 2011 aussi, devant les caméras qui filment ses promesses de « révolution tranquille », il a l&#8217;air au supplice. Engoncé dans un costume trop ajusté, flanqué pour symboliser la pérennité de la monarchie des deux héritiers du trône, son fils, le prince Moulay el-Hassan, et son frère, le prince Moulay Rachid, aussi rai de que lui. Et puis il y a ce trône démesuré, rose et doré, qui se profile derrière lui, comme une menace. Avant d&#8217;y accéder, Mohammed VI a beaucoup enduré.</div>
<div id="_mcePaste">Son père Hassan II n&#8217;a jamais vu en Mohammed un fils, mais un successeur. Dès sa plus tendre enfance, il l&#8217;oblige à assister à toutes les audiences royales, tout en lui interdisant d&#8217;y prononcer un mot. Lorsque le prince a un accident de voiture à l&#8217;âge de 22 ans, il lâche: « L&#8217;inquiétude du roi a été supérieure à celle du père&#8230; Je voyais vingt années d&#8217;éducation, deformation complètement anéanties. » Pour le former au métier de roi, Hassan II a appliqué les méthodes héritées de son père, Mohammed V. Contrôle serré des résultats scolaires, sélection sévère de ses camarades de classe &#8211; qui sont aujourd&#8217;hui devenus ses conseillers -, surveillance étouffante de ses loisirs&#8230; Mais Hassan II y a ajouté une dose de cruauté. Il convoque son fils à 5 heures du matin pour le sermonner, l&#8217;humilie publiquement. Sur les photos d&#8217;époque, on voit le jeune Mohammed, petit garçon tendre et rêveur, qui se tient craintif aux côtés de son père, avec ce rictus d&#8217;inconfort qui ne le quittera plus, comme s&#8217;il redoutait toujours de recevoir une correction. « Dans la société marocaine, Freud, nous ne connaissons pas, a dit un jour Hassan II dans une interview au «Figaro». On manipule ses enfants directement, même si ça fait mal aune jointure&#8230; »</div>
<div id="_mcePaste">C&#8217;est cette violence, exercée par un père à la fois haï et admiré, qui a façonné le futur roi et son rapport au pouvoir. « Comme si Hassan II avait voulu faire payer à son fils le fait qu&#8217;un jour il allait lui succéder », explique un proche. La perversité du monarque est inépuisable. Ainsi il laisse entendre au prince héritier qu&#8217;il pourrait bien céder le trône à son cousin, le prince Moulay Hicham, un brillant jeune homme qu&#8217;il élève comme son fils depuis la mort de son père, et qui se montre passionné par cette chose publique qui assomme tant le petit Mohammed. Dans ces rivalités d&#8217;enfance vont naître les prémices d&#8217;une dissidence qui sera d&#8217;autant plus nocive pour le futur roi qu&#8217;elle vient du cercle le plus intime du palais. Plus tard, Moulay Hicham, qui appelle de ses voeux une réforme de la monarchie, ne ménagera pas ses critiques contre Mohammed VI. La presse, qu&#8217;il aime autant que son cousin la fuit, l&#8217;appellera « le prince rouge ».</div>
<div id="_mcePaste">Lorsque Hassan II meurt, le 23 juillet 1999, Mohammed VI semble vouloir tourner la page noire du régime chérifen qui, loin des résidences luxueuses où le roi son père recevait ses amis, enfermait et torturait ses opposants. Il choisit d&#8217;habiter les palais que son père boudait, fuit ceux qu&#8217;il aimait. A Rabat, il réside dans sa villa Dar Salam, aux Sablons, et non au palais royal. Déboulonner la statue du commandeur, exister enfin.</div>
<div id="_mcePaste">Les Marocains accueillent ainsi la réhabilitation de l&#8217;opposant Abraham Sarfati, un leader prosahraoui de confession juive, et la destitution de Driss Basri, le détesté ministre de l&#8217;Intérieur d&#8217;Hassan II qui était aussi chargé de surveiller le prince, comme le signe d&#8217;une ère nouvelle. Pour les jeunes, c&#8217;est l&#8217;heure de l&#8217;espoir et des slogans: « Génération M6 », « le roi des pauvres » &#8230; La censure allège son carcan sur la presse. Même des membres du premier cercle du roi, comme Hassan Aourid, collaborent à ces nouveaux journaux où soufle un vent de liberté. Le fils veut apurer le passif du père. En 2004, il crée une instance, Equité et Réconciliation, chargée de faire la lumière sur les « années de plomb » de l&#8217;ère Hassan II . La commission épluche plus de 16 800 dossiers et entend 200 victimes. Il lance aussi une réforme du Code de la Femme qui instaure l&#8217;égalité entre les époux. Pourtant, la parenthèse enchantée fnit par se refermer. Les journaux irrévérencieux envers la monarchie sont privés de publicité. Certains mettent la clé sous la porte. Les organisations des droits de l&#8217;homme &#8211; tout en reconnaissant que l&#8217;étau de la répression se desserre &#8211; continuent à dénoncer les traitements subis par les détenus.</div>
<div id="_mcePaste">M6 rattrapé par le fantôme d&#8217;Hassan I I . Par les lourdeurs de la monarchie et d&#8217;une courtisanerie d&#8217;un autre âge. Comment résister lorsque vos anciens amis d&#8217;enfance se prosternent devant vous, que vous vivez dans un monde où l&#8217;on dore à l&#8217;or fin les sabots de vos chevaux et que vous pouvez d&#8217;un froncement de sourcil décider des fortunes ou du malheur de vos sujets? « J&#8217;ai changé », admettra le roi lui-même dans l&#8217;un de ses rares entretiens avec la presse. En douze ans de règne, le jeune homme timide et compatissant a goûté à l&#8217;ivresse du pouvoir absolu. Un diplomate raconte qu&#8217;en recevant certains dirigeants occidentaux il se laisse parfois aller à leur rappeler que leurs pouvoirs respectifs ne sont pas soumis aux mêmes échéances&#8230; « Mon rythme est celui du Maroc. Ce n&#8217;est pas nécessairement le même que celui que veulent nous imposer, avec arrogance et ignorance, certains observateurs transformés en procureurs. »</div>
<div id="_mcePaste">Aujourd&#8217;hui, les plus téméraires murmurent qu&#8217;il a mauvais caractère. Une colère du roi et toute la géographie du pouvoir marocain se trouve bouleversée. Telle éminence, autrefois incontournable, devient un sous-fifre. La disgrâce peut conduire à l&#8217;exil. « Mais le pire, raconte un membre du sérail qui a fait les frais des bouderies royales, c&#8217;est quand vous n&#8217;êtes même pas congédié. Vous l&#8217;apercevez encore, mais lui ne vous voit plus. Vous faites antichambre en vous gavant de clubsandwichs au homard, vous prenez du poids, malheureux, en espérant regagner ses faveurs. Cela peux durer des mois. » Ces disgraciés, on les croise, mal peignés, presque en deuil, dans les salons de la haute bourgeoisie marocaine. Il y a même une série de noms pour désigner leur triste condition: le moharem, le roi ne le voit plus ; le penek, il ne lui parle plus&#8230; Les bannis sont privés de fêtes nomades et de voyages officiels. Les autres évaluent en permanence leur cote à un mot gentil, un regard appuyé. « Exactement comme au temps de son père, lorsqu&#8217;on chronométrait ses poignées de main », se souvient un familier d&#8217;Hassan II.</div>
<div id="_mcePaste">Surtout, « le roi des pauvres », qui voulait pourtant rompre avec les habitudes de son père grand amateur de bijoux et de Rolls, ne cache désormais plus ses goûts de luxe. Il a ses habitudes dans les boutiques de la rue Saint-Honoré à Paris et de Madison Avenue à New York. Son garage compte plusieurs centaines de véhicules &#8211; dont les voitures de collection héritées d&#8217;Hassan II &#8211; parquées dans un écrin de verre et d&#8217;acier. Sa dernière folie? La construction du magnifique hôtel Royal Mansour à Marrakech, qu&#8217;il a supervisée lui-même jusqu&#8217;aux plus infimes détails. Les suites les plus luxueuses, vitrines des chefs- d &#8216; oeuvre de l&#8217;artisanat marocain, abritent souvent la famille royale et sont facturées plusieurs dizaines de milliers d&#8217;euros la nuit.</div>
<div id="_mcePaste">Est-ce le désir de surpasser son père qui explique cette frénésie? En 2008, le magazine « Forbes » a classé Mohammed VI au 7e rang des fortunes royales, loin devant la reine d&#8217;Angleterre et l&#8217;émir du Koweït, avec un patrimoine estimé à 2,5 milliards de dollars. Selon les calculs du magazine, l&#8217;entretien et la maintenance des douze palais royaux coûteraient 1 million de dollars par jour. « Hassan II se servait de son argent pour consolider son pouvoir, M6 maximise ses richesses, il est de son temps », décrypte un grand banquier marocain. Indécente richesse, dans un pays où 5 millions de personnes vivent avec moins d&#8217;un euro par jour? Les Marocains, pourtant, accusent la cour plutôt que le roi. Et en particulier ses deux plus proches conseillers, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi: les deux principales têtes de Turcs des manifestants du mouvement contestataire dit « du 20 février ».</div>
<div id="_mcePaste">Les deux hommes sont les piliers du « système M6 ». « Si vous voulez faire des affaires au Maroc, il vous faudra obligatoirement passer par le roi, Fouad Ali el-Himma ou Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi et patron de la holding Siger, qui s&#8217;occupe des intérêts économiques de la famille royale », explique &#8211; dans un câble récemment révélé par WikiLeaks &#8211; un homme d&#8217;affaires proche du palais, non pour le déplorer mais simplement pour indiquer aux Américains la marche à suivre. « La holding royale Siger contrôle les entreprises privées, notamment en captant l&#8217;épargne marocaine et l&#8217;argent de la Caisse de Dépôt et de Gestion. Résultat: M6 est le premier banquier et le premier assureur du pays. On assiste à une véritable «monarchisation&nbsp;&raquo; de l&#8217;économie », se désole l&#8217;ancien journaliste Aboubakr Jamaï.</div>
<div id="_mcePaste">Aujourd&#8217;hui, pourtant, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi font partie de ces parias à qui le roi n&#8217;adresse presque plus la parole. Cette captation des richesses par le palais a exaspéré le « makhzen économique », autrement dit la grande bourgeoisie marocaine. L&#8217;un de ses représentants enrage: « Les nouveaux conseillers bling-bling du roi ont pété les plombs. Nous, au moins, nous avons l&#8217;argent discret, un peu comme la bourgeoisie lyonnaise, si vous voulez. Et ils nous ont fait honte. » A entendre cet homme d&#8217;affaires, le roi a compris le message: pour l&#8217;instant, « son peuple » lui a fait la politesse de croire que seuls ses deux conseillers étaient responsables des maux dont soufre le Maroc. Jusqu&#8217;à quand? Et l&#8217;homme d&#8217;affaires de la vieille école de paraphraser Giuseppe Tomasi, qui décrit dans « le Guépard » une Sicile aux prises avec les tourments de la révolution: « Aujourd&#8217;hui, au Maroc, pour que rien ne change, ce que nous voulons tous, il faut que tout change. La Constitution, mais surtout la redistribution des richesses. » Pour qu&#8217;un jour le prince héritier, le jeune Moulay al-Hassan, puisse assumer, avec moins de difcultés que le roi, l&#8217;héritage de son père.</div>
<div id="_mcePaste">Sara Daniel</div>
<div id="_mcePaste">EMINENCES CRITIQUÉES Deux conseillers du roi sont aujourd&#8217;hui dans le collimateur des contestataires: Mounir Majidi, son secrétaire particulier (surnommé « 3M »), homme clé de l&#8217;économie marocaine, et Fouad Ali el-Himma, son ex-ministre de l&#8217;Intérieur (ami d&#8217;enfance, « sélectionné » pour aller en classe avec le jeune Mohammed au Collège royal).</div>
<div id="_mcePaste">L&#8217;EPOUSE Ingénieur en informatique, la princesse Lalla Salma est la première épouse d&#8217;un monarque marocain à avoir été présentée publiquement au peuple. Un journal marocain a été réprimandé par le palais pour avoir divulgué que son plat préféré était le tajine aux carottes et qu&#8217;elle aimait se promener pieds nus dans la résidence royale. Elle ne porte pas le voile.</div>
<div id="_mcePaste">LE GRAND-PÈRE Le grand-père de M6, Mohammed V, qui dut s&#8217;exiler parce qu&#8217;il s&#8217;opposa à la domination française du Maroc, était adoré par les Marocains, qui le considéraient comme « le Père de la nation marocaine moderne ». Il pourrait recevoir de façon posthume le titre de « Juste des Nations » en reconnaissance de son action pour la protection des juifs marocains durant la Shoah.</div>
<div id="_mcePaste">L&#8217;OMBRE DU PERE Hassan II a régné trente-huit ans (1961-1999). Et a formé son fils à la dure dès son plus jeune âge. En 1967 (ci-dessus), le petit Mohammed se tient à ses côtés lors de la commémoration de l&#8217;indépendance du Maroc. En 1976, il assiste à une conférence de presse à Paris (à droite). Au printemps dernier, M6 s&#8217;est engagé à modifier la Constitution héritée de son père, mais il a gardé le titre de Commandeur des Croyants, qui en fait une personnalité « inviolable et sacrée ».</div>
<div id="_mcePaste">&laquo;&nbsp;M6&#8243; EN CINQ DATES 21 août 1963 Naissance à Rabat. 23 juillet 1999 Proclamé roi du Maroc. Juillet 2009 Grâce de 25 000 détenus pour les dix ans du règne. 1er juillet 2001 Référendum approuvant la réforme de la Constitution. 7 octobre 2011 Des élections législatives anticipées sont prévues.</div>
<div id="_mcePaste">VENERATION Ce 30 juillet, comme chaque année, la cérémonie d&#8217;allégeance au roi, la Bay&#8217;a, viendra clôturer la fête du Trône. Le monarque y apparaît juché sur un étalon pour être le seul à ne pas toucher terre, protégé du soleil par un parasol. Oulémas, walis, ministres, hauts fonctionnaires et parlementaires se courbent à son passage en criant: « Que Dieu te bénisse, Majesté! » Les serviteurs du palais répondent: « Sa Majesté vous a accordé sa bénédiction. »</div>
<p>Vous n&#8217;allez pas écrire que le roi aime le risotto? », supplie le cuisinier du restaurant italien d&#8217;un grand hôtel de Marrakech, éperdu d&#8217;avoir laissé échapper ce secret défense devant une journaliste. Et cet habitué du palais qui regrette d&#8217;en avoir trop dit: dans un moment d&#8217;exaltation, il vient en effet de louer la bonté de Mohammed VI, qui fait la lecture tous les jours à un ami malade. Mais surtout, qu&#8217;on ne le cite pas: « Sa Majesté pourrait me soupçonner de flagornerie&#8230; » A l&#8217;heure où les faits et gestes de la plupart des têtes couronnées sont aussi médiatisés que ceux des stars de cinéma, il est interdit de parler du monarque marocain, même pour en dire du bien.<br />
Qui est cet homme de 48 ans qui règne depuis près de douze ans sur le royaume chérifen? Regard noir, cheveux ras, toujours l&#8217;ombre d&#8217;une barbe sur un visage impénétrable. Alors que le Maroc est à son tour gagné par la fièvre démocratique qui s&#8217;empare du monde arabe, il sera peut-être le seul dirigeant de la région à avoir su désamorcer la révolte à temps. En Occident, il incarne la modernité et l&#8217;ouverture. Mais, dans son royaume, il est l&#8217;objet d&#8217;une étrange vénération. « Faire un portrait du roi, vous n&#8217;y pensez pas &#8216;.C&#8217;est impossible. Le rencontrer? Il serait plus facile de voir Dieu&#8230; », s&#8217;exclame un diplomate proche du palais. Le roi est le secret le mieux gardé du royaume. Le sujet tabou par excellence, l&#8217;une des dernières lignes blanches &#8211; avec la question du Sahara occidental &#8211; que la presse ne doit franchir sous aucun prétexte. Il y a deux ans, l&#8217;hebdomadaire « Tel Quel » a été interdit pour avoir osé évaluer le bilan du monarque. Le sondage montrait pourtant que 91% des Marocains le jugeaient positif ou très positif!<br />
Comme le Seigneur des Ténèbres dans « Harry Potter », Mohammed VI est celui dont on ose à peine prononcer le nom. Pourquoi tant de mystère? Pourquoi ce respect qui semble s&#8217;imposer à tous? Bien sûr, « le peuple l&#8217;aime ». Le 1er juillet, les Marocains ont plébiscité par référendum son projet de révision constitutionnelle, avec un enthousiasme et un score (98%) qu&#8217;un Ben Ali ou un Kadhaf n&#8217;obtenaient qu&#8217;en bourrant les urnes et en achetant les voix. Mais cette popularité n&#8217;explique pas à elle seule la « sanctuarisation » de celui que l&#8217;on surnomme ici « M6 ». Le roi lui-même entend se protéger. Surtout, sa cour et la classe dirigeante marocaine travaillent de concert pour le soustraire aux curiosités. Plus encore aujourd&#8217;hui, en ces temps troubles de printemps arabe aux révoltes contagieuses, il faut gommer l&#8217;homme pour consolider le mythe.<br />
« Sous Hassan II, on avait peur du roi, aujourd&#8217;hui, on a peur pour lui », avaient coutume de dire les Marocains au début du règne de Mohammed VI. Désormais, face au pays qui gronde, l&#8217;élite marocaine a aussi peur pour ses privilèges et se retranche derrière la monarchie consensuelle, ses rites et ses fastes. La hiba, ce sentiment de crainte et de déférence qui faisait courber l&#8217;échine aux sujets de Hassan II, a rejailli sur son fils parce que le makhzen, l&#8217;« Etat » marocain, y trouve son compte. Il suffit pour s&#8217;en convaincre d&#8217;observer ces directeurs d&#8217;entreprise qui, recevant un coup de fil du palais, se dressent soudain au garde-à-vous alors que leur interlocuteur ne peut pas les voir&#8230; Dans ce pays où l&#8217;identité nationale s&#8217;est construite autour de la monarchie, M6 a beau avoir abdiqué son caractère sacré, il reste magique aux yeux de ses sujets. Après le résultat du référendum, malgré la chaleur de l&#8217;été, l&#8217;aristocratie respire. C&#8217;est la monarchie et la vénération qu&#8217;elle suscite chez les Marocains qui retarde l&#8217;heure des comptes.<br />
Voilà pourquoi, dès qu&#8217;on pose la question la plus anodine sur Sa Majesté, on vous regarde comme si vous aviez commis la pire des inconvenances. Il ne faut pas donner un « corps au roi ». L&#8217;homme, pourtant, a une histoire, lourde et pleine de secrets. Il fallait le voir le 17 juin dernier.<br />
C&#8217;était le jour le plus important de son règne. Mais, comme souvent, il donnait l&#8217;impression de vouloir être ailleurs&#8230; Ce soir-là, vers 20 heures, le Commandeur des Croyants s&#8217;engage à limiter ses pouvoirs et à instaurer une monarchie parlementaire. Un discours historique. Mais le roi avale péniblement sa salive et se lance dans une récitation fastidieuse des articles de loi, les yeux rivés sur ses papiers. « Cher peuple, je m&#8217;adresse à toi pour renouveler notre pacte par une nouvelle Constitution&#8230; » M6 a toujours détesté parler en public. Son premier discours, il l&#8217;a prononcé en tremblant à l&#8217;âge de 7 ans devant des agriculteurs, sous le regard impitoyable de son père.</p>
<p>L&#8217;ombre d&#8217;Hassan II est toujours là, écrasante. Et chaque péroraison ravive le souvenir de ces moments solennels où l&#8217;effroi le disputait à l&#8217;ennui quand le petit Mohammed n&#8217;était que le figurant de son célèbre géniteur. En 1974, à 10 ans, il avait été chargé de le représenter à l&#8217;enterrement de Georges Pompidou. Un enfant habillé d&#8217;une djellaba blanche et coifé d&#8217;un tarbouch grenat, l&#8217;air perdu sur les bancs de Notre-Dame. « J&#8217;avais l&#8217;impression d&#8217;être une petite virgule rouge dans la cathédrale&#8230; », dira plus tard Mohammed VI. Ce 17 juin 2011 aussi, devant les caméras qui filment ses promesses de « révolution tranquille », il a l&#8217;air au supplice. Engoncé dans un costume trop ajusté, flanqué pour symboliser la pérennité de la monarchie des deux héritiers du trône, son fils, le prince Moulay el-Hassan, et son frère, le prince Moulay Rachid, aussi rai de que lui. Et puis il y a ce trône démesuré, rose et doré, qui se profile derrière lui, comme une menace. Avant d&#8217;y accéder, Mohammed VI a beaucoup enduré.<br />
Son père Hassan II n&#8217;a jamais vu en Mohammed un fils, mais un successeur. Dès sa plus tendre enfance, il l&#8217;oblige à assister à toutes les audiences royales, tout en lui interdisant d&#8217;y prononcer un mot. Lorsque le prince a un accident de voiture à l&#8217;âge de 22 ans, il lâche: « L&#8217;inquiétude du roi a été supérieure à celle du père&#8230; Je voyais vingt années d&#8217;éducation, deformation complètement anéanties. » Pour le former au métier de roi, Hassan II a appliqué les méthodes héritées de son père, Mohammed V. Contrôle serré des résultats scolaires, sélection sévère de ses camarades de classe &#8211; qui sont aujourd&#8217;hui devenus ses conseillers -, surveillance étouffante de ses loisirs&#8230; Mais Hassan II y a ajouté une dose de cruauté. Il convoque son fils à 5 heures du matin pour le sermonner, l&#8217;humilie publiquement. Sur les photos d&#8217;époque, on voit le jeune Mohammed, petit garçon tendre et rêveur, qui se tient craintif aux côtés de son père, avec ce rictus d&#8217;inconfort qui ne le quittera plus, comme s&#8217;il redoutait toujours de recevoir une correction. « Dans la société marocaine, Freud, nous ne connaissons pas, a dit un jour Hassan II dans une interview au «Figaro». On manipule ses enfants directement, même si ça fait mal aune jointure&#8230; »<br />
C&#8217;est cette violence, exercée par un père à la fois haï et admiré, qui a façonné le futur roi et son rapport au pouvoir. « Comme si Hassan II avait voulu faire payer à son fils le fait qu&#8217;un jour il allait lui succéder », explique un proche. La perversité du monarque est inépuisable. Ainsi il laisse entendre au prince héritier qu&#8217;il pourrait bien céder le trône à son cousin, le prince Moulay Hicham, un brillant jeune homme qu&#8217;il élève comme son fils depuis la mort de son père, et qui se montre passionné par cette chose publique qui assomme tant le petit Mohammed. Dans ces rivalités d&#8217;enfance vont naître les prémices d&#8217;une dissidence qui sera d&#8217;autant plus nocive pour le futur roi qu&#8217;elle vient du cercle le plus intime du palais. Plus tard, Moulay Hicham, qui appelle de ses voeux une réforme de la monarchie, ne ménagera pas ses critiques contre Mohammed VI. La presse, qu&#8217;il aime autant que son cousin la fuit, l&#8217;appellera « le prince rouge ».<br />
Lorsque Hassan II meurt, le 23 juillet 1999, Mohammed VI semble vouloir tourner la page noire du régime chérifen qui, loin des résidences luxueuses où le roi son père recevait ses amis, enfermait et torturait ses opposants. Il choisit d&#8217;habiter les palais que son père boudait, fuit ceux qu&#8217;il aimait. A Rabat, il réside dans sa villa Dar Salam, aux Sablons, et non au palais royal. Déboulonner la statue du commandeur, exister enfin.<br />
Les Marocains accueillent ainsi la réhabilitation de l&#8217;opposant Abraham Sarfati, un leader prosahraoui de confession juive, et la destitution de Driss Basri, le détesté ministre de l&#8217;Intérieur d&#8217;Hassan II qui était aussi chargé de surveiller le prince, comme le signe d&#8217;une ère nouvelle. Pour les jeunes, c&#8217;est l&#8217;heure de l&#8217;espoir et des slogans: « Génération M6 », « le roi des pauvres » &#8230; La censure allège son carcan sur la presse. Même des membres du premier cercle du roi, comme Hassan Aourid, collaborent à ces nouveaux journaux où soufle un vent de liberté. Le fils veut apurer le passif du père. En 2004, il crée une instance, Equité et Réconciliation, chargée de faire la lumière sur les « années de plomb » de l&#8217;ère Hassan II . La commission épluche plus de 16 800 dossiers et entend 200 victimes. Il lance aussi une réforme du Code de la Femme qui instaure l&#8217;égalité entre les époux. Pourtant, la parenthèse enchantée fnit par se refermer. Les journaux irrévérencieux envers la monarchie sont privés de publicité. Certains mettent la clé sous la porte. Les organisations des droits de l&#8217;homme &#8211; tout en reconnaissant que l&#8217;étau de la répression se desserre &#8211; continuent à dénoncer les traitements subis par les détenus.<br />
M6 rattrapé par le fantôme d&#8217;Hassan I I . Par les lourdeurs de la monarchie et d&#8217;une courtisanerie d&#8217;un autre âge. Comment résister lorsque vos anciens amis d&#8217;enfance se prosternent devant vous, que vous vivez dans un monde où l&#8217;on dore à l&#8217;or fin les sabots de vos chevaux et que vous pouvez d&#8217;un froncement de sourcil décider des fortunes ou du malheur de vos sujets? « J&#8217;ai changé », admettra le roi lui-même dans l&#8217;un de ses rares entretiens avec la presse. En douze ans de règne, le jeune homme timide et compatissant a goûté à l&#8217;ivresse du pouvoir absolu. Un diplomate raconte qu&#8217;en recevant certains dirigeants occidentaux il se laisse parfois aller à leur rappeler que leurs pouvoirs respectifs ne sont pas soumis aux mêmes échéances&#8230; « Mon rythme est celui du Maroc. Ce n&#8217;est pas nécessairement le même que celui que veulent nous imposer, avec arrogance et ignorance, certains observateurs transformés en procureurs. »<br />
Aujourd&#8217;hui, les plus téméraires murmurent qu&#8217;il a mauvais caractère. Une colère du roi et toute la géographie du pouvoir marocain se trouve bouleversée. Telle éminence, autrefois incontournable, devient un sous-fifre. La disgrâce peut conduire à l&#8217;exil. « Mais le pire, raconte un membre du sérail qui a fait les frais des bouderies royales, c&#8217;est quand vous n&#8217;êtes même pas congédié. Vous l&#8217;apercevez encore, mais lui ne vous voit plus. Vous faites antichambre en vous gavant de clubsandwichs au homard, vous prenez du poids, malheureux, en espérant regagner ses faveurs. Cela peux durer des mois. » Ces disgraciés, on les croise, mal peignés, presque en deuil, dans les salons de la haute bourgeoisie marocaine. Il y a même une série de noms pour désigner leur triste condition: le moharem, le roi ne le voit plus ; le penek, il ne lui parle plus&#8230; Les bannis sont privés de fêtes nomades et de voyages officiels. Les autres évaluent en permanence leur cote à un mot gentil, un regard appuyé. « Exactement comme au temps de son père, lorsqu&#8217;on chronométrait ses poignées de main », se souvient un familier d&#8217;Hassan II.<br />
Surtout, « le roi des pauvres », qui voulait pourtant rompre avec les habitudes de son père grand amateur de bijoux et de Rolls, ne cache désormais plus ses goûts de luxe. Il a ses habitudes dans les boutiques de la rue Saint-Honoré à Paris et de Madison Avenue à New York. Son garage compte plusieurs centaines de véhicules &#8211; dont les voitures de collection héritées d&#8217;Hassan II &#8211; parquées dans un écrin de verre et d&#8217;acier. Sa dernière folie? La construction du magnifique hôtel Royal Mansour à Marrakech, qu&#8217;il a supervisée lui-même jusqu&#8217;aux plus infimes détails. Les suites les plus luxueuses, vitrines des chefs- d &#8216; oeuvre de l&#8217;artisanat marocain, abritent souvent la famille royale et sont facturées plusieurs dizaines de milliers d&#8217;euros la nuit.<br />
Est-ce le désir de surpasser son père qui explique cette frénésie? En 2008, le magazine « Forbes » a classé Mohammed VI au 7e rang des fortunes royales, loin devant la reine d&#8217;Angleterre et l&#8217;émir du Koweït, avec un patrimoine estimé à 2,5 milliards de dollars. Selon les calculs du magazine, l&#8217;entretien et la maintenance des douze palais royaux coûteraient 1 million de dollars par jour. « Hassan II se servait de son argent pour consolider son pouvoir, M6 maximise ses richesses, il est de son temps », décrypte un grand banquier marocain. Indécente richesse, dans un pays où 5 millions de personnes vivent avec moins d&#8217;un euro par jour? Les Marocains, pourtant, accusent la cour plutôt que le roi. Et en particulier ses deux plus proches conseillers, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi: les deux principales têtes de Turcs des manifestants du mouvement contestataire dit « du 20 février ».</p>
<p>Les deux hommes sont les piliers du « système M6 ». « Si vous voulez faire des affaires au Maroc, il vous faudra obligatoirement passer par le roi, Fouad Ali el-Himma ou Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi et patron de la holding Siger, qui s&#8217;occupe des intérêts économiques de la famille royale », explique &#8211; dans un câble récemment révélé par WikiLeaks &#8211; un homme d&#8217;affaires proche du palais, non pour le déplorer mais simplement pour indiquer aux Américains la marche à suivre. « La holding royale Siger contrôle les entreprises privées, notamment en captant l&#8217;épargne marocaine et l&#8217;argent de la Caisse de Dépôt et de Gestion. Résultat: M6 est le premier banquier et le premier assureur du pays. On assiste à une véritable «monarchisation&nbsp;&raquo; de l&#8217;économie », se désole l&#8217;ancien journaliste Aboubakr Jamaï.<br />
Aujourd&#8217;hui, pourtant, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi font partie de ces parias à qui le roi n&#8217;adresse presque plus la parole. Cette captation des richesses par le palais a exaspéré le « makhzen économique », autrement dit la grande bourgeoisie marocaine. L&#8217;un de ses représentants enrage: « Les nouveaux conseillers bling-bling du roi ont pété les plombs. Nous, au moins, nous avons l&#8217;argent discret, un peu comme la bourgeoisie lyonnaise, si vous voulez. Et ils nous ont fait honte. » A entendre cet homme d&#8217;affaires, le roi a compris le message: pour l&#8217;instant, « son peuple » lui a fait la politesse de croire que seuls ses deux conseillers étaient responsables des maux dont soufre le Maroc. Jusqu&#8217;à quand? Et l&#8217;homme d&#8217;affaires de la vieille école de paraphraser Giuseppe Tomasi, qui décrit dans « le Guépard » une Sicile aux prises avec les tourments de la révolution: « Aujourd&#8217;hui, au Maroc, pour que rien ne change, ce que nous voulons tous, il faut que tout change. La Constitution, mais surtout la redistribution des richesses. » Pour qu&#8217;un jour le prince héritier, le jeune Moulay al-Hassan, puisse assumer, avec moins de difcultés que le roi, l&#8217;héritage de son père.</p>
<p>Sara Daniel<br />
EMINENCES CRITIQUÉES Deux conseillers du roi sont aujourd&#8217;hui dans le collimateur des contestataires: Mounir Majidi, son secrétaire particulier (surnommé « 3M »), homme clé de l&#8217;économie marocaine, et Fouad Ali el-Himma, son ex-ministre de l&#8217;Intérieur (ami d&#8217;enfance, « sélectionné » pour aller en classe avec le jeune Mohammed au Collège royal).</p>
<p>L&#8217;EPOUSE Ingénieur en informatique, la princesse Lalla Salma est la première épouse d&#8217;un monarque marocain à avoir été présentée publiquement au peuple. Un journal marocain a été réprimandé par le palais pour avoir divulgué que son plat préféré était le tajine aux carottes et qu&#8217;elle aimait se promener pieds nus dans la résidence royale. Elle ne porte pas le voile.<br />
LE GRAND-PÈRE Le grand-père de M6, Mohammed V, qui dut s&#8217;exiler parce qu&#8217;il s&#8217;opposa à la domination française du Maroc, était adoré par les Marocains, qui le considéraient comme « le Père de la nation marocaine moderne ». Il pourrait recevoir de façon posthume le titre de « Juste des Nations » en reconnaissance de son action pour la protection des juifs marocains durant la Shoah.</p>
<p>L&#8217;OMBRE DU PERE Hassan II a régné trente-huit ans (1961-1999). Et a formé son fils à la dure dès son plus jeune âge. En 1967 (ci-dessus), le petit Mohammed se tient à ses côtés lors de la commémoration de l&#8217;indépendance du Maroc. En 1976, il assiste à une conférence de presse à Paris (à droite). Au printemps dernier, M6 s&#8217;est engagé à modifier la Constitution héritée de son père, mais il a gardé le titre de Commandeur des Croyants, qui en fait une personnalité « inviolable et sacrée ».</p>
<p>&laquo;&nbsp;M6&#8243; EN CINQ DATES 21 août 1963 Naissance à Rabat. 23 juillet 1999 Proclamé roi du Maroc. Juillet 2009 Grâce de 25 000 détenus pour les dix ans du règne. 1er juillet 2001 Référendum approuvant la réforme de la Constitution. 7 octobre 2011 Des élections législatives anticipées sont prévues.</p>
<p>VENERATION Ce 30 juillet, comme chaque année, la cérémonie d&#8217;allégeance au roi, la Bay&#8217;a, viendra clôturer la fête du Trône. Le monarque y apparaît juché sur un étalon pour être le seul à ne pas toucher terre, protégé du soleil par un parasol. Oulémas, walis, ministres, hauts fonctionnaires et parlementaires se courbent à son passage en criant: « Que Dieu te bénisse, Majesté! » Les serviteurs du palais répondent: « Sa Majesté vous a accordé sa bénédiction. »</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<updated>2011-07-28T08:54:26Z</updated>
		<published>2011-07-28T08:52:46Z</published>
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/07/marrakech-la-lumineuse"><![CDATA[<div><span><strong><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ses  palaces et ses riads luxueux attirent la jet-set, tout Saint-Germain-des-Prés se  croise place Djemáa el-Fna: ville d&#8217;art et d&#8217;histoire, Marrakech l&#8217;impériale est  devenue incontournable. Mais le charme de la médina ne masque pas complètement  la misère. Plongée dans une cité aux mille couleurs.</span></strong></span></div>
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<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">J&#8217;aurais pu être un terroriste.  Comment ne pas avoir envie de tout faire sauter quand on vit au milieu des  ordures? » Assis dans un des fauteuils en velours rouge du bar de la Mamounia,  Mahi Binebine, un des peintres les plus cotés du Maroc, évoque son dernier  livre, « les Etoiles de Sidi Moumen », récompensé par le nouveau prix littéraire  de l&#8217;hôtel préféré de Churchill. Le roman a pour décor le bidonville natal des  auteurs de l&#8217;attentat de Casablanca de 2003. Binebine raconte ces enfants,  recroquevillés dans les bennes à ordures, qui se font ensevelir par les détritus  pour être les premiers à dénicher les trésors des poubelles. Tandis que les  serveurs imperturbables, dont les tuniques &#8211; on dit <em>«vêtements d&#8217;image»</em> à  la Mamounia &#8211; changent selon les heures, distribuent de petites serviettes de  gaze entre deux gorgées de chardonnay marocain. Dans le jury de ce prix, on  retrouve Guillaume Durand, Julien Clerc, Christine Orban&#8230; Isabelle Adjani  était pressentie, mais a fait défaut. <em>« C&#8217;est le monde de la Mamounia à la  rencontre des bidonvilles marocains!»</em></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">La  misère, Binebine la connaît. S&#8217;il roule aujourd&#8217;hui dans une belle voiture, le  peintre a grandi dans les ruelles de la médina. A la croisée de ces deux mondes,  il dit la stupéfaction du Marrakech d&#8217;en haut, ce 28 avril 2010, lorsqu&#8217;une  explosion a pulvérisé le café Argana, situé sur la célèbre place Djemáa el-Fna.  Dans cette Miami du monde arabe, les très riches pensaient qu&#8217;ils étaient à  l&#8217;abri de la rancoeur des plus démunis. Marrakech au climat si doux, tapie dans  l&#8217;ombre de l&#8217;Atlas et ses neiges éternelles, Marrakech la tolérante, Marrakech  et sa lumière célébrée par les peintres, ses remparts ocre, se teintant de feu  au crépuscule, ses muezzins formés aux meilleures écoles de musique du royaume.  Jamais le luxe n&#8217;a réussi à polluer complètement l&#8217;âme de la cité impériale aux  artisans et aux traditions si raffinées. Comme une Californie des mille et une  nuits, c&#8217;est le passé de cette ville qui attirait les nouveaux riches anoblis à  son contact, transformés en sultans de contes qui recevaient dans leurs palais.  Même les tourments du siècle n&#8217;avaient pas prise sur Marrakech, la ville où est  mort le philosophe, poète et mathématicien andalou du XIIe siècle Averroès.  Jusqu&#8217;ici, les murs épais des palaces et des riads avaient assourdi la clameur  des rues, éloigné le grondement de ce printemps arabe à la fièvre contagieuse.  Qui aurait eu intérêt à tuer la poule aux oeufs d&#8217;or? Pas les indigents qui  recevaient les miettes du festin, ni les islamistes de la ville, réputés moins  hostiles aux étrangers. Et puis sont venues les premières manifestations de  février. Et les « révélations » fracassantes d&#8217;un ex-ministre, accusant un autre  de turpitudes inavouables commises ici, dans un pays où l&#8217;homosexualité est  punie de prison. Marrakech, Sodome du monde arabe! La pédophilie, le tourisme  sexuel, produits honteux de la disparité des richesses pointés du doigt. Et si  l&#8217;exception Marrakech n&#8217;était plus qu&#8217;une illusion? Chez les plus riches, la  peur cohabite désormais avec l&#8217;arrogance. En arabe, il y a un mot pour décrire  cela: la <em>« hogra ». « C&#8217;est un mot difficile à traduire, </em>dit Binebine.  <em>Il exprime à la fois le mépris du dominant pour le dominé, mais aussi la  crainte qu&#8217;il éprouve pour lui. »</em> Du palais aux somptueux riads de  Marrakech, la <em>hogra</em> s&#8217;est insinuée chez les puissants.</span></div>
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<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>«Choisir la  place, c&#8217;est choisir le vice»</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Djemáa el-Fna est noire de monde  mais il n&#8217;y a pas un touriste. Il faut venir dans la chaleur suffocante de  juillet pour voir les Marrakchis regagner leurs droits sur cette place « des  trépassés », qui attire pourtant près de 1 million de touristes par an. Quand la  nuit tombe, ils viennent y déguster des brochettes d&#8217;agneau au cumin sous les  tréteaux et admirer les acrobates. Personne ne jette un regard aux toiles  blanches qui masquent le café Argana et sur lesquelles les artistes de la ville  ont peint de grandes fresques de couleur. <em>«Il a hélas fallu cet attentat pour  que les pouvoirs publics se mobilisent enfin pour la place! » ,</em> soupire  Ouidad Tebbaa, doyenne de la faculté des lettres de Marrakech. Cela fait des  années qu&#8217;elle se bat avec l&#8217;écrivain espagnol Juan Goytisolo pour repousser les  projets des promoteurs. En 2001, grâce à leurs efforts, Djemáa el-Fna a été  inscrite au patrimoine culturel immatériel de l&#8217;humanité. Aujourd&#8217;hui, ils  veulent sauver les métiers de la place, faire reconnaître les charmeurs de  serpents qui appartiennent à une confrérie religieuse de Meknès, les herboristes  et les jongleurs qui dépendent du mausolée de Tazeroualt à Souss comme « trésors  humains vivants », une dénomination qui existe au Japon.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Déjà les sept conteurs n&#8217;exercent  plus que de loin en loin. <em>«Plus de 120 reportages leur ont été consacrés et  pourtant ils ne gagnent que 3 euros par jour», </em>déplore Ouidad. Pour devenir  conteur sur Djemáa el-Fna, il faut commencer tôt. Sécher l&#8217;école, hanter la  place, quitter sa famille, se choisir un maître et devenir son ombre: <em>« Ce  sont des artistes parias. Choisir la place, c&#8217;est choisir le vice. »</em> Longtemps, d&#8217;ailleurs, les intellectuels arabes ne se sont pas autorisés à  écrire sur ce lieu sulfureux. Incontournable et dérangeante, la place a ses  propres règles. Avec ses travestis, ses gigolos, et l&#8217;ombre portée du minaret de  la Koutoubia, la religion et le sexe y cohabitent. <em>«C&#8217;est une place rebelle  métissée, amorale, l&#8217;aimant et l&#8217;âme de Marrakech. »</em></span></div>
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<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>«Mustapha, je  cherche un cheval de course»</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Il  n&#8217;y a pas d&#8217;enseigne, ni de vitrine. Pour dénicher le magasin d&#8217;antiquités de  Mustapha Blaoui, il faut se perdre dans les ruelles de la médina, surfer pour  éviter les vendeurs d&#8217;oranges et les carrioles charriant des pastèques lourdes à  crever, se faire happer par les odeurs de poisson cru. C&#8217;est pourtant ici, chez  l&#8217;affable Mustapha, que se croise toute la jet-set de Marrakech. Entre deux  achats ou avant de repartir, on passe toujours ici, pour discuter autour d&#8217;un  thé à la menthe. François-Marie (Banier) était là il y a quinze jours, il  aménage le riad qu&#8217;il vient d&#8217;acheter à côté de celui de Pascal (Greggory).  Dominique (Strauss-Kahn)? Un ami, espérons qu&#8217;il reviendra bientôt. Une dame:  <em>«Je n&#8217;ai jamais voté socialiste de toute ma vie, mais si ça avait été  lui&#8230;»</em> Mustapha, souriant, acquiesce. Il apprécie beaucoup <em>«Dominique», </em>il l&#8217;a d&#8217;ailleurs aidé à dénicher son riad. Mustapha connaît tout le monde, </span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Mustapha arrange tout. A la  boutique, un monsieur lui demande: <em>«Mustapha, je cherche un cheval de course,  un pur-sang arabe. On ne trouve rien à moins de 1 million d&#8217;euros, mais, tu  sais, j&#8217;ai les moyens. »</em> Un autre, qui vit entre Bâle et Marrakech, parle  golf. <em>«Marrakech, c&#8217;est le nouveau Palm Springs &#8216;.Bientôt il y aura  vingt-deux golfs. Enfin, si la mairesse se montre raisonnable&#8230;»</em> Soupir  agacé. Signe des temps qui changent? Fatima Zahra Mansouri, la jeune maire de 33  ans, tout récemment élue, s&#8217;est permis de dénoncer ces <em>«projets insensés», «  une insulte à l&#8217;écologie ».</em> Qu&#8217;importe! Le bruit de la ville ne parvient que  de très loin aux clients de Mustapha, cantonnés dans leurs riads. Ils préfèrent  évoquer la dernière grande fête donnée il y a deux semaines par une baronne  belge dans sa propriété à Taroudant: cent musiciens, un champ d&#8217;oliviers parsemé  de milliers de lanternes. La baronne a désormais également son palais dans la  médina, à Marrakech, qui lui a demandé sept ans de travaux: tombée amoureuse  d&#8217;un plafond ouvragé dans une autre demeure, elle voulait se l&#8217;offrir. Le  propriétaire refusait. Elle a acheté la maison et découpé le plafond. Mustapha,  prévenant, lui a repris la demeure décapitée. <em>« Vous voulez voir son  riad?»</em> Un lacis de ruelles poussiéreuses, une impasse, une porte étroite en  bois qui s&#8217;ouvre. Et là, une ambiance de mille et une nuits, jardins luxuriants,  débauche de céramiques, piscine intérieure copiée sur les citernes d&#8217;Istanbul.  Et le fameux plafond. Dans le patio, la compagnie sirote des « mimosas »,  champagne et jus d&#8217;orange. Ici, on adore le Maroc. D&#8217;ailleurs, la baronne ne  reçoit qu&#8217;en caftan: elle en a cinq mètres dans son dressing.</span></div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>Les aveugles  de Sidi Bel Abbès</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Assis par terre, les vingt aveugles  du mausolée Sidi Bel Abbès psalmodient le Coran. Une femme qui porte un enfant  malade dans les bras vient de leur glisser une pièce afin qu&#8217;ils disent une  prière pour sa guérison. Au Maroc, les aveugles savants sont <em>«ceux qui  voient», </em>bref, des messagers de Dieu. Le mausolée où on les trouve est un  lieu sacré, dédié à la mémoire de Sidi Bel Abbès, le plus respecté des sept  saints patrons de Marrakech parce qu&#8217;il a consacré sa vie aux indigents. Depuis  le xiie siècle, l&#8217;endroit est devenu un lieu étonnant, cour des miracles où  convergent les handicapés et les pèlerins, chargés de toutes sortes d&#8217;offrandes  en espèce et en nature. Kamel Tebbaa est le responsable de la distribution des  dons, comme son père et le père de son père le furent jadis. Ce professeur de  mathématiques à l&#8217;université se consacre au mausolée avec passion et dévouement.  Et le sentiment de ne jamais en faire assez: <em>«Lorsque je reçois une belle  donation, je suis sur un nuage, mais cela ne dure pas. Je me mets à faire des  divisions et je sais qu&#8217;au bout du compte les pauvres n&#8217;auront pas assez. ..  »</em> En bon mathématicien, Tebbaa a organisé les dons avec logique: <em>«Nous  avons aujourd&#8217;hui près de 2000 bénéficiaires. Ils doivent répondre à certains  critères. Etre handicapé, ou très pauvre. Preuves à l&#8217;appui. »</em> Il y a le  certificat d&#8217;indigence fourni par le ministère des Affaires religieuses. Ou  encore la facture d&#8217;électricité. <em>«A 70 euros, on ne les prend pas en charge.  Nos bénéficiaires ont plutôt des factures à 4,50 euros. Ce sont des familles qui  vivent ensemble dans une seule pièce, qui n&#8217;ont pas les moyens d&#8217;avoir une  télévision.»</em> Tous les mois, les pauvres du mausolée viennent faire la queue  pour recevoir leur subvention: 25 euros les bons mois, 5 euros les mauvais. A  deux pas du mausolée, le riad magnifique de l&#8217;un des héritiers Hermès. Deux  mondes qui se côtoient sans jamais se rencontrer. <em>«Sidi Bel Abbès donnait aux  pauvres les neuf dixièmes de ce qu&#8217;il possédait, </em>dit Kamel Tebbaa. <em>Bien  sûr, cela serait bien si les étrangers pouvaient nous aider, puisqu&#8217;ils vivent  là, si riches, mais je ne suis pas sûr qu&#8217;ils connaissent notre existence&#8230;  »</em></span></div>
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>L&#8217;hôtel du  roi</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ne  pas prononcer le nom du propriétaire, même si tout le monde le connaît. Ne pas  parler du prix des chambres, des millésimes des vins, des clients que l&#8217;on  croise. Ne pas trop insister sur le caractère unique des tadelakts sculptés dans  les endroits où ils se voient le moins, sur les meubles de marqueterie, sur les  ascenseurs de cuir et les sols en marbre rouge du Pakistan, les embrases en  plumes rouges d&#8217;oiseaux rares. Mis à part le riad royal, une suite à 32 000  euros la nuit, nous avons pu tout voir du Royal Mansour mais nous ne pouvons  rien en dire. Comme l&#8217;explique la direction, <em>« en ces temps de socialisme  rampant, la beauté est mal vue ».</em> Il est donc interdit de décrire cette  médina reconstituée, flambant neuve, ces riads ou chaque meuble, chaque objet  unique, est un chef-d&#8217;oeuvre de l&#8217;artisanat marocain, ces patios ouverts et  pourtant climatisés. Le plus étonnant, cependant, est au sous-sol du Royal  Mansour. Là où travaille activement le personnel de cette grande machine. Dans  cette ville souterraine, 500 employés pour 53 suites circulent dans un entrelacs  souterrain de corridors, poussent des chariots de linge, préparent de fins  repas. Et, furtifs fantômes, prennent l&#8217;ascenseur de service qui, par une porte  dérobée, leur permet d&#8217;accéder à chaque riad de l&#8217;hôtel pour y faire le ménage.  Une savante organisation pour que jamais les illustres clients n&#8217;aient à croiser  de femme de chambre dans les ruelles de cette médina réservée aux  VIP.</span></div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>Gueliz, ses  mariages et ses prostitués</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">A  Gueliz, le quartier français, les avenues sont larges et droites. Avec ses  palmiers sur le bitume, ses villas aux noms désuets et aux jardins luxuriants,  ses centres commerciaux tout neufs, Gueliz fait ressembler Marrakech à une  station balnéaire où il manquerait la mer. L&#8217;église de Marrakech, qui a donné  son nom au quartier, a adopté les tons roses de la ville.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Elle est désormais des plus  prisées, depuis que Marrakech est devenu l&#8217;endroit où il faut organiser sa fête  de mariage. Gueliz a rebaptisé ses rues, mais le souvenir du protectorat  français et du maréchal Lyautey le premier « résident général » du Maroc, y  plane toujours. Lyautey le bâtisseur avait imaginé ce quartier européen pour que  les colons n&#8217;aient pas à croiser les autochtones. D&#8217;un côté les rues tortueuses  de la médina, de l&#8217;autre les villas fleuries du Gueliz, chacun restait chez soi.  Le maréchal, ami de Marcel Proust, a inspiré le personnage du baron de Charlus  de la « Recherche ». Il avait un penchant pour les jeunes garçons dans un  Maghreb où l&#8217;on fermait les yeux sur les amours viriles. Un siècle après, les  écrits d&#8217;un Pierre Loti vantant les charmes d&#8217;esclaves nubiles de 11 ans  suscitent moins d&#8217;indulgence. Devant le McDonald&#8217;s de Gueliz, tous les soirs,  après minuit, se joue un curieux ballet. Des étrangers arpentent le macadam.  D&#8217;autres patientent dans leurs voitures. Des garçons, très jeunes, à peine  sortis de l&#8217;enfance, les effleurent. <em>« Tu veux faire le sexe? »</em> On  échange un numéro. Un homme aux cheveux blancs part avec trois jeunes  adolescents, en tee-shirt moulant et short. Derrière la vitrine du magasin Zara,  immense, des bosquets sombres: on y fait des passes à 300 dirhams, le prix d&#8217;un  jean.</span></div>
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<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>L&#8217;heure de la  sieste à Mouassine</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Dans une demeure bourgeoise de  Mouassine, dans la médina, c&#8217;est l&#8217;heure de la sieste. Les femmes de chambre  lavent le patio à grande eau et les enfants hébétés de chaleur ont quitté leur  lit pour faire des glissades sur les carrelages ou s&#8217;accroupir dans la fontaine.  Repliée sur l&#8217;intérieur, la maisonnée ne s&#8217;est aperçue ni de l&#8217;absence des  touristes, dont ils notent à peine la présence pendant la haute saison, ni même  de cette manifestation des étudiants protestant contre la timidité de la réforme  constitutionnelle proposée par le roi, à quelques centaines de mètres de leur  porte. Car il n&#8217;y a pas que les riches étrangers des riads qui ne sortent pas de  chez eux à Marrakech. La géographie des maisons de la médina invite au  repliement et, dans le dédale des cours intérieures et des jardins fermés, les  Marrakchis sont happés par les problèmes de leur quotidien. Ici il faudra  bientôt égorger un mouton pour fêter la naissance du petit dernier, malgré les  cris de protestation des enfants de la maison. Il faut convaincre le mari de la  nouvelle bonne de la laisser travailler malgré ses principes. Et puis céder sous  les pressions de sa famille. Chez Ines et Driss, on ne sait pas où se trouvent  les riads des « célébrités ». Dans ce monde à part où les confidences se  murmurent et où il est inconvenant de jeter un coup d&#8217;oeil chez le voisin depuis  sa terrasse, on ne s&#8217;occupe pas des petites manies des riches. Dans la maison,  personne n&#8217;a voté, le 1er juillet, pour la Constitution. On se détourne de la  politique comme si son bonheur en dépendait. On voudrait juste que le temps  suspende son cours dans la maison protégée par l&#8217;épaisseur des murs de tadelakt.  Etre heureux comme avant, comme toujours à Marrakech.</span></div>
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<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>DOAN BUI </strong></span>, <span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA DANIEL </strong></span></p>
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<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><em><br />
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