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	<title type="text">Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerreAmérique du nord » Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerre</title>
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	<updated>2012-05-09T09:49:04Z</updated>

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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Pourquoi le Pentagone a échoué]]></title>
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		<updated>2011-04-04T14:57:56Z</updated>
		<published>2008-03-20T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Le Nouvel Observateur. &#8211; Quel bilan tirez-vous de cinq ans d&#8217;occupation américaine en Irak ?
Pierre-Jean Luizard. &#8211; Cinq ans après l&#8217;intervention américaine, il n&#8217;y a toujours pas d&#8217;Etat irakien. La]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2008/03/pourquoi-le-pentagone-a-echoue"><![CDATA[<p>Le Nouvel Observateur. &#8211; Quel bilan tirez-vous de cinq ans d&#8217;occupation américaine en Irak ?</p>
<p>Pierre-Jean Luizard. &#8211; Cinq ans après l&#8217;intervention américaine, il n&#8217;y a toujours pas d&#8217;Etat irakien. La reconstruction des institutions sous régime d&#8217;occupation se solde par un échec. Elle a signifié le triomphe des intérêts particuliers, d&#8217;abord communautaires, puis de plus en plus locaux. Tous les acteurs politiques irakiens sans exception ont été pris dans un engrenage infernal qui a fini par vider de tout sens politique leurs actions et leurs discours. Sans Etat pour les protéger, les Irakiens s&#8217;en sont en effet remis au plus petit dénominateur commun : la tribu, le clan, le quartier. C&#8217;est un cercle vicieux : l&#8217;occupation étrangère interdit toute stabilisation d&#8217;un Etat, et l&#8217;absence d&#8217;Etat empêche d&#8217;envisager la fin de l&#8217;occupation.</p>
<p>N. O. &#8211; Il semble que les accords passés par l&#8217;armée américaine avec ses ennemis d&#8217;hier, la guérilla sunnite, pour lutter contre Al-Qaida se soient soldés par une diminution de la violence ? Que pensez-vous de cette stratégie américaine ? Est-ce la fin d&#8217;Al-Qaida en Irak ?</p>
<p>P.-J. Luizard. &#8211; Al-Qaida n&#8217;a jamais projeté de prendre le pouvoir à Bagdad. Le seul objectif des djihadistes internationaux est de piéger les Américains sur les rives du Tigre et de l&#8217;Euphrate en perpétuant le chaos aussi longtemps que possible. L&#8217;Irak est à leurs yeux un champ de bataille privilégié contre l&#8217;Amérique dans des enjeux qui dépassent de loin le cadre irakien. Or la situation actuelle lui offre des possibilités infinies de maintenir le chaos. Jusque-là Al-Qaida était bridée par une posture de défenseur des sunnites d&#8217;Irak en tant que communauté. Aujourd&#8217;hui, les Américains l&#8217;ont libérée de cette «mission». En désespoir de cause, ils ont armé et financé leurs ennemis d&#8217;hier. Avec un résultat qui ne s&#8217;est pas fait attendre : la division des sunnites en mille allégeances rivales. Car le propre de toute politique tribale, c&#8217;est qu&#8217;elle ne peut satisfaire tout le monde. Lorsque l&#8217;on passe une alliance avec une tribu, qu&#8217;on la paie, on s&#8217;en aliène une autre. Pour un feu que l&#8217;on éteint, ce sont dix feux que l&#8217;on attise. Al-Qaida prospère sur le terreau de ces rivalités, disposant d&#8217;un vivier inépuisable de kamikazes qui agissent désormais, non plus au nom des sunnites, mais pour appliquer la loi du talion après qu&#8217;un mari, un frère ou un fils ait été tué par les nouvelles milices armées par les Américains. Conséquence : les Américains ont précipité l&#8217;atomisation de la communauté sunnite dont les rangs sont désormais aussi divisés que ceux des chiites.</p>
<p>N. O. &#8211; La décision de Bush d&#8217;envoyer 30 000 hommes supplémentaires en Irak, «the surge» (la déferlante), est donc un faux succès ?</p>
<p>P-J. Luizard. &#8211; Désespérés par la situation irakienne en 2007, les Américains ont joué avec le «surge» leur va-tout. Ils y ont mis énormément de moyens. Mais le recours au tribalisme en Irak ne pourra leur offrir les mêmes services qu&#8217;aux Britanniques dans les années 1920-1930. Les Américains ne pourront pas continuer indéfiniment à donner 300 euros par mois &#8211; presque deux fois le salaire d&#8217;un enseignant &#8211; à chaque supplétif des milices qu&#8217;ils arment. La diminution temporaire des violences n&#8217;est due qu&#8217;à cette manne. Ne valait-il pas mieux avoir un ennemi relativement homogène avec qui pouvoir négocier sur des bases politiques que ces mille allégeances qui se combattent les unes les autres, hypothéquant toute solution politique ?</p>
<p>N. O. &#8211; Le retrait des troupes américaines d&#8217;Irak que les candidats démocrates à l&#8217;élection présidentielle appellent de leurs voeux est-il une perspective réaliste ?</p>
<p>P.-J. Luizard. &#8211; Aujourd&#8217;hui il ne peut plus y avoir en Irak qu&#8217;un simulacre de retrait. Regardez ce qui se passe à Bassora, où des milliers de gens ont manifesté pour demander aux Britanniques de revenir dans le centre-ville ! Ils ne peuvent plus sortir de chez eux sans risquer la mort&#8230; Nous allons donc assister à un faux retrait, comme le surge a été une fausse victoire à destination de l&#8217;opinion publique américaine. Les Américains misent beaucoup sur les sociétés privées de sécurité. Ces mercenaires qui viennent du monde entier sont appelés à jouer un rôle grandissant dans ce conflit. Avec les dangers et les dérives que l&#8217;on a déjà vues. Mais cette privatisation a ses limites. Car sans la présence massive d&#8217;armée étrangère, c&#8217;est tout le fragile système laborieusement construit qui risque de s&#8217;effondrer.</p>
<p>Sara Daniel</p>
<p>Bagdad, février 2008 </p>
<p>Pierre-Jean Luizard </p>
<p>Chercheur au groupe de sociologie des religions et de la laïcité du CNRS, spécialiste de l&#8217;Irak, Pierre-Jean Luizard est notamment l&#8217;auteur de «Laïcités autoritaires en terres d&#8217;islam» (Fayard, 2008) et de «la Question irakienne» (Fayard, 2004).</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Le Pentagone n’a plus de plan B]]></title>
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		<updated>2011-04-04T15:01:58Z</updated>
		<published>2006-10-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[A moins de deux semaines des élections législatives américaines et alors qu&#8217;un diplomate du Département d&#8217;Etat vient de déclarer sur Al-Jazira que les Etats-Unis avaient fait preuve «d&#8217;arrogance» et de]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2006/10/le-pentagone-na-plus-de-plan-b"><![CDATA[<p>A moins de deux semaines des élections législatives américaines et alors qu&#8217;un diplomate du Département d&#8217;Etat vient de déclarer sur Al-Jazira que les Etats-Unis avaient fait preuve «d&#8217;arrogance» et de «stupidité» en Irak avant de retirer ses propos, George Bush étudie enfin une nouvelle stratégie pour les troupes américaines. Ce n&#8217;est pas le déchaînement des assassinats confessionnels ou l&#8217;évaluation par « The Lancet » à 650 000 Irakiens tués depuis le début du conflit qui a suscité cette tardive prise de conscience. Ce sont les sondages. Selon « Newsweek », deux Américains sur trois estiment désormais que les Etats-Unis «perdent du terrain» en Irak, tandis que le fait de souligner que les républicains veulent garder le cap en Irak est devenu l&#8217;argument de la campagne des démocrates. </p>
<p>Le problème pour la Maison-Blanche, c&#8217;est que les généraux consultés ont admis qu&#8217;il n&#8217;y avait plus de plan B. Selon eux, la sécurisation de Bagdad était la clé de voûte de la nouvelle tactique définie il y a quelques mois par le Pentagone. Mais la campagne pour arrêter la violence dans la capitale irakienne lancée le 7 août, avec l&#8217;arrivée de 12 000 hommes supplémentaires, s&#8217;est révélée un échec cuisant. Le nombre d&#8217;attaques a augmenté de 22% pendant les trois premières semaines du ramadan et 73 soldats américains ont été tués, ce qui fait déjà d&#8217;octobre 2006 l&#8217;un des mois les plus meurtriers en trois ans. Tandis que le vice-Premier ministre irakien Barham Saleh demande aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne de ne pas «céder à la panique», des dissensions de plus en plus nettes apparaissent entre le gouvernement américain et l&#8217;administration irakienne sur des points aussi importants que l&#8217;amnistie des rebelles sunnites, le désarmement des milices chiites et la possible partition du pays. </p>
<p>Sara Daniel</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Interview de Lakhdar Brahimi à NY]]></title>
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		<updated>2011-04-04T15:38:31Z</updated>
		<published>2004-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Il ne faut pas oublier que le Conseil de gouvernement irakien a été désigné par Bremer pour le conseiller et guère plus. Les Etats-Unis ont jusqu&#8217;ici concentré tous les pouvoirs.]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2004/01/interview-de-lakhdar-brahimi-a-ny"><![CDATA[<p>Il ne faut pas oublier que le Conseil de gouvernement irakien a été désigné par Bremer pour le conseiller et guère plus. Les Etats-Unis ont jusqu&#8217;ici concentré tous les pouvoirs. Certains ont cru, ce qui est assez flatteur, que j&#8217;avais carte blanche en Irak.</p>
<p>Le Nouvel Observateur. &#8211; Que vouliez-vous dire lorsque, le mois dernier, vous avez traité l&#8217;administrateur américain Paul Bremer de «dictateur» de l&#8217;Irak?</p>
<p>Lakhdar Brahimi. &#8211; Ce que je voulais dire c&#8217;est que jusqu&#8217;à ces jours derniers, seul le pouvoir américain était internationalement reconnu. Il ne faut pas oublier que le Conseil de gouvernement irakien a été désigné par Bremer pour le conseiller et guère plus. Les Etats-Unis ont jusqu&#8217;ici concentré tous les pouvoirs. Certains ont cru, ce qui est assez flatteur, que j&#8217;avais carte blanche en Irak. Que j&#8217;y arrivais pour chasser les Américains! Mais je vous rappelle que ce sont les Américains qui ont invité les Nations unies à venir pour «donner un coup de main».</p>
<p>N. O. &#8211; Quelle a été votre latitude vis-à-vis des Etats-Unis dans la formation du gouvernement transitoire?</p>
<p>L. Brahimi. &#8211; Les deux lettres de mission qui ont précisé le rôle de l&#8217;ONU nous ont assigné un rôle extrêmement précis: Bremer et le Conseil de gouvernement étaient censés former un gouvernement, avec consultation de l&#8217;ONU en cas de besoin. Nous avons accepté cette tâche limitée, mais nous l&#8217;avons considérablement élargie. Nous nous sommes chargés de consulter la population. Puis j&#8217;ai mis quelques idées sur la table. Des idées qui n&#8217;étaient pas les miennes mais un résumé de ce que j&#8217;avais entendu. Certains m&#8217;ont reproché d&#8217;avoir bradé mon plan pour l&#8217;Irak. Mais il n&#8217;y avait pas de «plan Brahimi». Je me suis contenté d&#8217;être un vecteur. Et la revendication première de ceux que j&#8217;ai écoutés, c&#8217;était d&#8217;éviter de voir un gouvernement accaparé par les partis politiques. La plupart voulaient un gouvernement de gens honnêtes et qualifiés. Dans le même temps, il fallait associer au processus de sélection le plus de formations politiques possible. Car en Irak, si les partis ne sont pas très représentatifs, ils ont un grand pouvoir de nuisance &#8211; mieux vaut les avoir avec soi que contre soi. S&#8217;il avait fallu négocier avec chacun des 25 membres du Conseil de gouvernement, la formation de la nouvelle entité aurait pris une éternité. J&#8217;ai donc imaginé des conversations tripartites avec une troïka des présidents du conseil d&#8217;avril, mai et juin. Le hasard faisant bien les choses, il s&#8217;agissait d&#8217;un Kurde, d&#8217;un sunnite et d&#8217;un chiite. Je faisais des propositions et chacun opposait ses vetos. Ce qui a suffi à éliminer beaucoup de monde&#8230;</p>
<p>N. O. &#8211; Issu d&#8217;un tel compromis, le nouveau gouvernement réussira-t-il à asseoir sa légitimité?</p>
<p>L. Brahimi. &#8211; Je l&#8217;espère. Ce que l&#8217;on peut dire, c&#8217;est que ce n&#8217;est pas perdu d&#8217;avance. Il a beaucoup d&#8217;atouts. Des ministères clefs ont changé de main au profit de personnalités moins contestées. Le gouvernement est plus neutre. Les liens avec les partis plus lâches. Cette équipe a-t-elle une chance de réussir? Cela va dépendre de ce que elle et les Etats-Unis vont faire. Chaque jour, ils devront apporter la preuve que la souveraineté de l&#8217;Irak n&#8217;est pas une formule creuse. Dans ce domaine, le Conseil de Sécurité a apporté une contribution efficace: le projet de résolution présenté par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne plaçait la police et l&#8217;armée irakiennes sous le commandement de la force multinationale. Le Conseil a obtenu qu&#8217;il n&#8217;y ait pas d&#8217;opérations de la coalition sans que le gouvernement soit consulté. Avec 160 000 soldats étrangers présents sur leur sol, dont 135 000 Américains, les Irakiens ne sont pas convaincus qu&#8217;ils vont récupérer leur souveraineté. Il appartient aux Etats-Unis et aux étrangers présents en Irak de faire la démonstration, de manière concrète, que leur scepticisme n&#8217;est pas fondé.</p>
<p>N. O. &#8211; Existe-t-il un risque de guerre civile en Irak?</p>
<p>L. Brahimi. &#8211; Ce risque existe, on ne peut le nier. L&#8217;Irak est un pays profondément fracturé. La débaassification et la déstructuration de l&#8217;armée ont conduit à bien des règle-ments de comptes. Il faut trouver un moyen de renforcer l&#8217;Etat irakien en évitant les injustices. La corde est raide. Et certains sont prêts à la sécession. Le président Bush a dit que tous les «résistants» à l&#8217;occupation n&#8217;étaient pas des terroristes. Il faut donc trouver un moyen de parler à ces opposants comme on l&#8217;a fait avec Moqtada al-Sadr. Et espérer que ceux qui se dressent contre les Américains et le Conseil de gouvernement saisiront la chance de participer à la conférence nationale de 1 000 personnes qui élira un Conseil national intérimaire et qui pourra alors, peut-être, jeter les bases d&#8217;une union sacrée irakienne.</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Le grand pardon de la presse américaine]]></title>
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		<updated>2011-04-04T20:03:17Z</updated>
		<published>1998-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Le grand pardon de la presse américaine David Brock est l?un des meilleurs journalistes de sa génération. Les Américains l?appellent le Bob Woodward de droite, en référence à ce reporter]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/1998/01/le-grand-pardon-de-la-presse-americaine"><![CDATA[<p>Le grand pardon de la presse américaine David Brock est l?un des meilleurs journalistes de sa génération. Les Américains l?appellent le Bob Woodward de droite, en référence à ce reporter du &laquo;&nbsp;Washington Post&nbsp;&raquo; qui avait révélé l?affaire du Watergate avec son confrère Carl Bernstein. Sans David Brock, on n?aurait sans doute jamais entendu parler de Paula Jones. Ni de Monica Lewinsky. Jusqu?ici, Brock pouvait se vanter d?avoir été le premier à signer un article sur les infidélités du président. Publié dans le très conservateur &laquo;&nbsp;American Spectator&nbsp;&raquo; et titré &laquo;&nbsp;Son c?ur trompeur&nbsp;&raquo;, ce papier rapportait les ragots des gardes du corps de Clinton ? ceux-là même qui avaient conduit Paula Jones dans la chambre d?hôtel du gouverneur de l?Arkansas. C?est la lecture de cet article qui a décidé Paula Jones à porter plainte contre le président, parce que son prénom y était mentionné. Aujourd?hui, David Brock ne se pavane pas dans les innombrables talk-shows consacrés à &laquo;&nbsp;l?affaire&nbsp;&raquo;. Il essaie de faire oublier que ses informations ont servi de carburant à une machine judiciaire qui risque d?écraser l?homme le plus puissant du monde. Le journaliste s?excuse. Depuis plusieurs mois il fait son mea culpa. &laquo;&nbsp;C?était du mauvais journalisme&nbsp;&raquo;, reconnaît-il. Dans une lettre ouverte au président, publiée par le magazine &laquo;&nbsp;Esquire&nbsp;&raquo; d?avril, il explique que ses motivations étaient avant tout politiques: &laquo;&nbsp;Ce qui m?a excité dans cette affaire, ce n?était ni l?intérêt supérieur de la nation ni mon travail de journaliste scrupuleux. Non, je voulais vous atteindre entre les deux yeux.&nbsp;&raquo; Brock reconnaît avoir fait acte de propagande. C?est le trésorier d?un institut conservateur créé par Newt Gingrich qui l?a mis en contact avec les gorilles de Clinton, qu?on appelle ici &laquo;&nbsp;troopers&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Plus Clinton réussissait, explique Brook, plus la droite était prête à tout pour gagner, comme de chercher à le détruire sur le plan personnel. Ce qui explique le Troopergate.&nbsp;&raquo; Les scrupules de Brock sont estimables. Mais ils révèlent surtout qu?aujourd?hui en Amérique le journalisme d?investigation est en mauvaise posture. Cette forme d?enquête avait conquis ses lettres de noblesse avec le Watergate. Ses révélations avaient provoqué la démission du président des Etats-Unis. Aujourd?hui, l?investigation a bien changé. La plupart de ses &laquo;&nbsp;scoops&nbsp;&raquo; ont pour origine des fuites distillées à des fins exclusivement politiques et donc très orientées. L?affaire Monica Lewinsky est inquiétante pour l?avenir de la démocratie américaine. Car cette fois, la presse libérale, prétendument majoritaire aux Etats-Unis, n?a pas joué son rôle de contre-pouvoir. Abreuvée d?indiscrétions savamment calculées par le bureau du procureur Kenneth Starr, lequel bombardait les journalistes d?exclusivités invérifiables, la machine médiatique s?est emballée. Enfermés dans une concurrence de plus en plus acharnée, complètement dépendants de leur source unique, tous les médias sans exception ont relayé la propagande du procureur, de peur de rater &laquo;&nbsp;le&nbsp;&raquo; scoop qui provoquerait l?impeachment du président. &laquo;&nbsp;La grande différence entre l?affaire Monica et le Watergate, analyse Bob Woodward, c?est qu?à l?époque les procureurs ne connaissaient pas les gens que nous allions interroger, Bernstein et moi. C?était cela, le Watergate: le fait que le gouvernement n?enquêtait pas correctement sur l?affaire, et que nous, les journalistes, nous nous substituions à lui. Dans l?affaire Monica, le reportage consiste à écrire sous la dictée ce que disent les juges.&nbsp;&raquo; Alors certains réagissent. Consterné par le traitement médiatique de l?affaire Lewinsky, Steven Brill, fondateur de la chaîne Court TV qui retransmet les procès en direct, a créé un nouveau magazine, &laquo;&nbsp;Brill?s Content&nbsp;&raquo; qui entend élaborer, à partir d?exemples concrets, une nouvelle déontologie des médias et dénoncer tous les abus de ses confrères journalistes. Dans son premier numéro, daté de juillet-août 1998, Steven Brill revient sur la couverture médiatique des premières semaines de l?affaire Lewinsky. Son article a provoqué un électrochoc. &laquo;&nbsp;Ce qui fait du comportement des médias dans cette affaire un véritable scandale, l?exemple d?une institution complètement corrompue, c?est que la course au scoop les a si bien ensorcelés qu?ils ont laissé l?homme de pouvoir (Kenneth Starr) écrire l?article&nbsp;&raquo;, affirme-t-il en préambule. Le reportage qui suit est édifiant. Il montre comment les médias les plus renommés se sont mis à colporter des ragots jamais vérifiés. Un exemple? L?histoire du témoin qui aurait assisté à une rencontre entre Clinton et Lewinsky est proprement consternante. Le 23janvier, sur la chaîne ABC, Jackie Judd annonce qu?elle a du nouveau sur l?affaire: plusieurs &laquo;&nbsp;sources&nbsp;&raquo; (l?expression deviendra un leitmotiv et désigne en réalité les aides du procureur Starr) ont révélé à la présentatrice qu?il existait un témoin oculaire d?un des rendez-vous entre Bill et Monica. Cette &laquo;&nbsp;révélation&nbsp;&raquo; survient au moment où Starr essaie de convaincre la stagiaire de témoigner qu?elle a bien eu une aventure avec le président, et que ce dernier lui a demandé de mentir à ce propos. Le &laquo;&nbsp;Daily News&nbsp;&raquo; et le &laquo;&nbsp;New York Post&nbsp;&raquo; sortent avec ce titre de une: &laquo;&nbsp;Pris sur le fait&nbsp;&raquo;. NBC reprend l?histoire. Et le &laquo;&nbsp;Saint Louis Post Dispatch&nbsp;&raquo; cite le &laquo;&nbsp;scoop&nbsp;&raquo; de ABC. C?est alors que Larry King, de CNN, lisant à l?antenne une dépêche citant le &laquo;&nbsp;Dallas Morning News&nbsp;&raquo;, annonce qu?un agent du secret service est prêt à témoigner qu?il a assisté aux ébats de Monica et du président. Steven Brill a retrouvé la source de ce &laquo;&nbsp;scoop&nbsp;&raquo;. Il s?agit en fait des confidences d?un avocat de Washington. Ce lawyer, nommé Di Genova, a entendu sa femme parler à l?ami de quelqu?un qui a parlé à quelqu?un qui dit avoir vu Clinton et Lewinsky. CNN est donc le septième relais de l?histoire, puisqu?il faut ajouter à la liste le &laquo;&nbsp;Dallas Morning News&nbsp;&raquo; et Associated Press avant d?arriver à Larry King, le présentateur vedette de la chaîne d?information. On n?a évidemment pas retrouvé le fameux témoin. Mais l?audience de CNN a progressé de 40% pendant ces premières semaines. Un groupe de journalistes inquiets de la tournure prise par la couverture médiatique, le Committee of Concerned Journalists, a examiné plus de 1500déclarations faites par les télévisions et les journaux pendant les six premiers jours de l?affaire. Ils ont découvert que 41% des déclarations ne procédaient pas de reportages factuels, mais de &laquo;&nbsp;spéculations ou jugements&nbsp;&raquo;, et que 26% seulement de ces déclarations provenaient de sources identifiées&#8230; L?analyse de Steven Brill est extrêmement pessimiste: &laquo;&nbsp;A cause de ce besoin désespéré de nourrir son appétit vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la presse a abandonné son rôle de quatrième pouvoir. L?affaire Lewinsky marque un changement fondamental dans le rôle de la presse. On discutera des problèmes que ce changement soulève bien après que l?on aura déterminé la culpabilité du président et le fait de savoir s?il a fait ou non obstruction à la justice.&nbsp;&raquo; Il est donc paradoxal que l?une des premières conséquences visibles de la médiocrité de la couverture de l?affaire Lewinsky ait été un mouvement de moralisation de la presse. Pour retrouver un peu de leur crédibilité, les médias ont dû s?imposer des règles plus strictes. C?est ainsi que le talentueux reporter Steven Glass, 25ans, collaborateur du magazine &laquo;&nbsp;George&nbsp;&raquo; et de &laquo;&nbsp;The New Republic&nbsp;&raquo;, a été licencié en mai dernier parce qu?il avait inventé de toutes pièces des citations, des personnages ou des détails de ses articles. En juillet, CNN renvoyait deux de ses producteurs, coupables d?avoir monté un faux scoop selon lequel les militaires américains auraient tué des déserteurs au gaz sarin, au cours d?une mission commando au Laos, en 1970. Peter Arnett, le commentateur de la guerre du Golfe pour CNN, qui avait repris le &laquo;&nbsp;scoop&nbsp;&raquo;, était réprimandé publiquement. Enfin, en août dernier, Mike Barnicle, éditorialiste depuis vingt-cinq ans au &laquo;&nbsp;Boston Globe&nbsp;&raquo; était remercié. Il était accusé d?avoir totalement inventé l?histoire poignante de deux familles, l?une blanche et riche, l?autre pauvre et noire, qui s?étaient liées d?amitié parce que leurs fils avaient tous deux un cancer. Dans le même temps, certains journalistes qui couvrent l?affaire Lewinsky ont commencé à se montrer plus circonspects. Interrogé par Larry King sur les nouveaux développements de l?affaire, le journaliste Jeff Greenfield de CNN répondait: &laquo;&nbsp;Comme je n?étais pas dans la chambre avec eux, comme je n?ai pas parlé à Linda Tripp ni à Monica Lewinsky, comme je n?ai pas écouté l?enregistrement, je pense que pour moi le mieux serait de vous répondre que je ne sais pas&#8230; Et, je commence à penser que ce sont les mots les plus précieux de notre vocabulaire, et que nous, les journalistes, nous devrions nous en souvenir&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Sara Daniel</p>
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/1998/01/la-revanche-d%c2%92hillary"><![CDATA[<p>La revanche d?Hillary Il y a quelques semaines, un ami du couple présidentiel expliquait à Bill Clinton qu?il devait rapidement choisir entre la présidence et sa famille. S?il continuait à nier l?affaire, il garderait sa femme, mais le parjure lui coûterait sa place. S?il avouait, il pourrait garder la présidence mais perdrait son épouse. Une fois de plus Hillary a évité à Clinton de faire ce choix. Parce que dans l?adversité, malgré la douleur qu?elle ressent, elle a décidé de rester à ses côtés. Clinton pourra probablement tout garder : sa femme et la présidence. Cette fois les critiques s?abstiennent de rechercher les intentions cachées d?Hillary Rodham Clinton. Aime-t-elle le pouvoir au point de ravaler sa fierté de femme ? Cette suspicion n?est plus de mise. Symbole de la douleur et de la constance, Hillary est entrée dans le martyrologue moderne, entre Diana et Jackie Onassis. D?une des femmes les plus haïes aux Etats-Unis, elle est devenue l?une de celles que l?on respecte le plus. Il faut dire que, même aux pires moments de la cabale qui a sévi contre elle, elle a toujours été une figure emblématique : épouse professionnelle avec un bureau dans l?aile ouest de la Maison-Blanche, conscience de la génération de l?après-Watergate, chef officieux de l?aile libérale du Parti démocrate, toute une génération s?est identifiée à elle. Et a projeté sur elle ses espoirs et ses déceptions. Alors, sainte ou pécheresse ? s?interrogeait &nbsp;&raquo; Newsweek &nbsp;&raquo; en février 1996, comme s?il n?y avait pas de troisième voie. Lady Macbeth de Little Rock ou version moderne d?une Jeanne d?Arc protectrice des opprimés, promettant à tous une couverture sociale décente ? La first lady a déchaîné la haine toutes tendances politiques confondues. Comme l?écrit David Broke, un journaliste du &nbsp;&raquo; Spectator &laquo;&nbsp;, auteur d?une biographie d?Hillary : &nbsp;&raquo; Des auteurs de droite, comme cet agent du FBI qui l?a décrite dans un livre comme une castratrice dérangée et folle de pouvoir, aux écrivains de gauche comme l?historien Roger Morris qui dépeint dans son livre une femme cynique et sans principes au service de l?oligarchie des hommes d?affaires de Little Rock, Hillary a suscité plus de commentaires que toutes les autres épouses présidentielles réunies. &nbsp;&raquo; Les grands tacticiens de la Maison-Blanche l?ont peu défendue. Pendant qu?on éreintait Hillary, on épargnait parfois Bill. L?épouse servait de paratonnerre. On la haïssait pour de mauvaises raisons. Les raisons qui poussent à l?adorer aujourd?hui ne sont pas meilleures. On l?aime parce qu?elle souffre comme une femme. Pour une fois on imagine chez ce personnage fort et intraitable une blessure, une féminité retrouvée. Mais paradoxalement, cette nouvelle popularité va sans doute permettre à Hillary de sortir de l?ombre de son mari. Car Hillary est la véritable locomotive idéologique qui fait avancer le couple. D?un côté, elle a toujours admis les avantages politiques que l?on pouvait tirer à se montrer conservatrice sur le plan de la morale. Que ce soit dans la campagne sur l?éducation en Arkansas ou dans le repositionnement centriste de Bill Clinton en 1994. Mais cette morale austère ne s?explique pas uniquement par le cynisme politique. Il suffit pour s?en convaincre de lire son livre, &nbsp;&raquo; Il faut tout un village pour élever un enfant &laquo;&nbsp;, fortement influencé par les préceptes religieux de la gauche chrétienne. Ce qui distingue Hillary à la fois des nouveaux démocrates et des républicains, c?est la volonté d?imposer cette vision morale par l?action gouvernementale. La puce antiviolence dont Bob Dole s?est fait l?avocat, les couvre-feux pour les enfants, les uniformes scolaires sont autant de propositions que l?on trouve dans &nbsp;&raquo; Il faut tout un village? &laquo;&nbsp;. En présentant sa réforme du système de santé, elle a clairement indiqué qu?elle voulait introduire quelques règles dans la jungle de la concurrence. &nbsp;&raquo; En réalité, écrit David Broke, c?était une OPA sociale du gouvernement sur le système privé de santé. Si Hillary a échoué, c?est que son projet était beaucoup trop radical. &nbsp;&raquo; C?est cette volonté farouche d?imposer ce qu?elle estime être le bien par l?action gouvernementale qui a séduit Bill Clinton. Homme de peu de convictions, il a été fasciné par cette femme volontaire. &nbsp;&raquo; Né à Yale, ce lien érotique et intellectuel s?est renforcé lors de la défaite de Bill en 1980 et s?est confirmé en 1989 au cours de ce qu?il faut appeler la &laquo;&nbsp;double candidature&nbsp;&raquo; des Clinton, explique David Broke. La capacité qu?a montrée Hillary de le remettre en course puis de le propulser sur la scène politique nationale en lui proposant un projet de réforme de l?éducation lui a conféré aux yeux du président une aura presque surnaturelle. Hillary est devenue tout pour Bill. Il l?avait surnommée sa &laquo;&nbsp;boussole morale&nbsp;&raquo;. &nbsp;&raquo; Les avantages qu?a tirés Bill Clinton de ce partenariat sont assez évidents. La réciproque est moins vraie. En 1974, elle a dû abandonner le comité du Watergate pour venir vivre en Arkansas. En 1980, elle a dû sacrifier sa carrière d?avocate et changer son nom pour préserver la carrière de son mari. Puis ce fut l?affaire Whitewater où la probité de Clinton était mise en cause. Chaque fois, elle a choisi de &nbsp;&raquo; faire face aux côtés de son mari &laquo;&nbsp;. Pourquoi cette soumission à un homme si imprévisible de la part d?une femme si forte ? &nbsp;&raquo; Il faut faire appel à sa psychologie la plus intime pour répondre à cette question, analyse David Broke, mais il est clair que malgré ses succès d?excellente élève à Yale, il y avait une grande part d?insécurité chez Hillary. Bill lui a procuré tout ce que Hugh Rodham, son père, ne lui a pas donné, l?approbation, l?admiration, la reconnaissance publique et le sentiment d?être désirée par un homme en vue. Elle a pu également être attirée de manière perverse par l?avanie que lui faisait subir le libertinage de Clinton. Ce qui est sûr, c?est qu?il a un besoin vital d?elle. Et qu?elle aime cela. &nbsp;&raquo; Aujourd?hui Hillary doit encore une fois subir les conséquences de la conduite irréfléchie de son mari. A-t-elle dit la vérité en août lorsqu?elle a assuré n?avoir appris la liaison de Clinton que quelques jours avant sa comparution devant le Grand Jury ? Ou bien a-t-elle menti pour protéger le président ? Etait-elle au courant lorsqu?elle a qualifié l?enquête de Starr de complot idéologique ? Seule la popularité de la première dame empêche les journalistes et les juristes de creuser plus avant cette question. Pour l?heure, des proches du couple présidentiel expliquent qu?Hillary a l?intention de continuer à travailler avec Bill sur des dossiers qui lui tiennent à c?ur comme la réforme du système de santé et de l?éducation. Souvent, la first lady envisage l?après-Maison-Blanche. Elle voudrait alors diriger un think tank, ces centres de recherche qui façonnent l?opinion, ou une organisation publique comme la Fondation McArthur à Chicago, qui aide les enfants défavorisés. On pense aussi qu?elle pourrait chercher à se faire élire gouverneur dans son Etat natal, l?Illinois. En attendant, avec le poids de sa nouvelle popularité, elle a, contrairement à son mari, plus de pouvoir qu?elle n?en a jamais eu au sein du tandem présidentiel.</p>
<p>SARA DANIEL</p>
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/1998/01/les-feministes-au-secours-de-clinton"><![CDATA[<p>Elles ont entre 27 et 35 ans. Elles sont peintres, avocates ou journalistes au &laquo;&nbsp;New York Times&nbsp;&raquo;, réunies dans un restaurant indien, au coin de la 28e Rue et de Lexington. Au cours de leurs dîners, jamais elles n?évoquent de sujet politique. &laquo;&nbsp;Je sais que cela paraît aberrant, reconnaît Jennifer Callahan, 34 ans, romancière, mais les joutes partisanes des politiciens de Washington semblent si vides qu?elles n?arrivent pas vraiment à nous intéresser. En fait, on évoque nos hommes politiques comme on parlerait de telle célébrité à Hollywood ou de Michael Jordan. Nous les appréhendons sous l?angle anecdotique. Si vous voulez, on parle plus du fait que le gouverneur du Texas, fils de George Bush, soit un ancien alcoolique qui parle couramment espagnol que de ses opinions, que personne ne connaît&#8230;&nbsp;&raquo; Très vite, la conversation tourne autour du Monicagate. Les jeunes femmes ont beau être féministes et de gauche, elles ne trouvent pas de mots assez durs pour décrire la bêtise de Monica ou la vulgarité des goûts du président. Comme la majorité des femmes du pays, sur le plan moral elles ont désapprouvé la tromperie. Mais elles lui ont déjà pardonné: &laquo;&nbsp;J?ai remarqué que les hommes étaient beaucoup plus durs avec Clinton que les femmes, continue Jennifer Callahan. Dans ce pays aux valeurs finalement machistes, où les héros sont des joueurs de base-ball ou de basket, les hommes sont censés se contrôler. Ils pensent que ceux qui ont failli doivent payer. Peut-être est-ce de l?envie? Les femmes, elles, comprennent la force de la tentation dans cet univers hypercontrôlé.&nbsp;&raquo; Plus tolérantes, alors? Il est pourtant un épisode de la fougue présidentielle que ces femmes ne sont pas prêtes à excuser. C?est la moins médiatique des tentatives de séduction faites par Clinton. Lorsque Kathleen Willey est venue demander à son ami Bill Clinton de l?aider à trouver un emploi, elle était dans une situation financière désespérée. Le jour même, son mari allait d?ailleurs faire une tentative de suicide: &laquo;&nbsp;Il est difficile d?imaginer une personne plus vulnérable, écrivait l?éditorialiste Richard Coen. On ne peut pas, il ne faut pas tenter de séduire une femme dans cette situation. C?est cette disproportion dans le rapport de forces qui a enflammé les féministes lors de l?affaire Clarence Thomas. Mais lorsqu?il s?agit de Clinton, les féministes font silence.&nbsp;&raquo; Richard Coen avait parlé trop tôt. Jusque-là, depuis le début du Sexgate, soucieuses de soutenir le président le plus favorable à l?avortement et à la cause des femmes, les organisations féministes avaient observé un silence gêné. Mais l?affaire Willey les a contraintes à affiner une position qui les avait fait taxer d?hypocrisie par leurs détracteurs: Patricia Ireland, présidente de la National Organisation for Women, a reconnu que si Clinton avait réellement saisi la main de Willey pour la mettre sur son sexe, il était alors coupable de violence sexuelle. Et cela contrairement à l?affaire Monica Lewinsky, où la jeune femme était consentante, ou à l?affaire Paula Jones dans laquelle le président avait obtempéré après avoir essuyé un refus: &laquo;&nbsp;Nous parlons ici réellement de prédateurs sexuels et de gens qui, occupant des positions de pouvoir, ont utilisé ce pouvoir pour abuser de femmes&nbsp;&raquo;, déclarait Patricia Ireland. Il faut comprendre le désarroi et le malaise que connaissent aujourd?hui les mouvements féministes américains avec le Monicagate. Leur fer de lance idéologique, la théorie du harcèlement sexuel élaborée par Katherine Mc Kinnon, est en train de leur revenir comme un boomerang dans la figure. Devenue une arme politique incontrôlable, elle menace de décapiter le président qui a été de tout temps le plus favorable à leur cause. C?est ce qui explique la casuistique savante à laquelle se livrent des chercheuses qui n?étaient pas jusque-là connues pour leur modération. Le dernier communiqué publié par la National Organisation for Women traduit pour la première fois sans détour ce malaise: &laquo;&nbsp;A la suite des relations sexuelles engagées par le président avec une stagiaire à la Maison-Blanche, les progrès enregistrés par la cause des femmes sont certainement en danger. Moins à cause de la conduite consternante quoique banale du président que du fait des conséquences de ce scandale sur les élections de 1998 et les suivantes&#8230; Nous ne devons pas laisser les forces de droite vaincre du fait de la déception des électrices.&nbsp;&raquo; Le Sexgate est en passe de discréditer le mouvement féministe américain, accusé de faire deux poids deux mesures selon que le harcèlement est le fait d?un républicain, comme dans le cas de Clarence Thomas, ou d?un démocrate, Bill Clinton. Et il est vrai que lorsqu?en 1991 Anita Hill, une femme noire de la classe moyenne, diplômée de Yale, a déclaré qu?elle avait été harcelée sexuellement par son employeur Clarence Thomas, les féministes ont tout de suite épousé sa cause, sans prendre en considération le fait qu?elle n?apportait aucune preuve pour étayer son accusation et qu?elle avait cherché à rester en contact amical avec Thomas même après avoir quitté son emploi. A court terme, les féministes américaines ont perdu: elles n?ont pu empêcher Clarence Thomas de siéger à la Cour suprême des Etats-Unis. Mais à long terme elles ont enregistré une victoire: avec cette affaire, le concept marginal de harcèlement sexuel allait devenir une des clés de voûte du &laquo;&nbsp;politiquement correct&nbsp;&raquo;, avec toutes les dérives juridiques qui devaient s?ensuivre. Celles-ci ont été stigmatisées par le penseur très conservateur Norman Podhoretz dans la revue &laquo;&nbsp;Commentary&nbsp;&raquo;: &laquo;&nbsp;Après l?épisode Anita Hill, chaque fois qu?un homme exerçait son pouvoir en tant que législateur, juge, employeur, administrateur, doyen de faculté ou chef militaire, il se devait de traduire la &laquo;&nbsp;révélation&nbsp;&raquo; [des dangers du harcèlement sexuel] en lois, codes, règlements qu?il faisait appliquer avec un zèle qu?on n?avait plus vu en Amérique depuis les jours des procès de Salem.&nbsp;&raquo; On se souvient du cas de ce garçon de 7 ans accusé de harcèlement sexuel parce qu?il avait embrassé une fillette sur la joue ou de cet employé de la Miller Brewing Company renvoyé préventivement parce qu?il avait raconté à une de ses collègues un épisode de &laquo;&nbsp;Seinfeld&nbsp;&raquo; qui évoquait la masturbation&#8230; Bien sûr, on ne peut rendre les féministes américaines complètement responsables de ces dérives absurdes. Mais jusqu?à l?épisode du Monicagate, aucune d?entre elles n?avait pensé à établir des garde-fous, à lutter contre les aberrations observées chaque jour. Alors comment ne pas voir dans la modération des féministes aujourd?hui un calcul politique? Sans chercher à conforter les détracteurs conservateurs de ces mouvements, on peut s?étonner de voir aujourd?hui des championnes du radicalisme féminin comme Gloria Steinem, Susan Faludi ou Susan Estrich soutenir que la liaison du président avec Monica ne contrevient pas aux principes du féminisme américain. Dans un article de &laquo;&nbsp;Vanity Fair&nbsp;&raquo; sur Monica Lewinsky, Marjorie Williams s?indigne de voir que, loin de s?insurger contre la manière dont la Maison-Blanche essaie de ternir la réputation de &laquo;&nbsp;la victime, Monica&nbsp;&raquo;, des féministes comme Susan Estrich participent à sa disgrâce. Professeur de droit, chantre du mouvement des femmes, Susan Estrich avait en effet écrit: &laquo;&nbsp;Lewinsky, en flirtant, a réussi à décrocher un job chez Revlon, puis une offre de mannequin pour 2 millions de dollars et le statut de femme la plus recherchée du monde. Pas mal pour quelqu?un qui ne savait même pas taper une lettre&#8230;&nbsp;&raquo; Dans les pages éditoriales du &laquo;&nbsp;New York Times&nbsp;&raquo;, Gloria Steinem, la marraine des féministes américaines, s?est expliquée ainsi: &laquo;&nbsp;Clinton n?est pas coupable de harcèlement sexuel. Pourquoi? Parce que, contrairement à Clarence Thomas et à Bob Packwood, le président a compris ce que signifiait un &laquo;&nbsp;non&nbsp;&raquo; (dans le cas de Paula Jones et de Kathleen Willey) et ce que signifiait un &laquo;&nbsp;oui&nbsp;&raquo; (celui de Monica). C?est la leçon que l?on peut tirer après trente ans de lutte au sein du mouvement des femmes: non signifie non et oui signifie oui.&nbsp;&raquo; L?argument témoigne d?une évolution théorique considérable. On se souvient de l?influence qu?à exercée une extrémiste comme Andrea Dworkin, qui assimilait toute relation hétérosexuelle à une violation de la pensée féministe américaine. Ou encore de la codification des comportements amoureux dans l?Amérique d?aujourd?hui où la séduction, le flirt sont soumis à des règles. Le nouveau best-seller de John Gray, &laquo;&nbsp;Mars et Vénus, ensemble pour toujours&nbsp;&raquo;, rappelle la conduite à suivre pour réussir ce court moment de trêve entre les sexes, le rendez-vous amoureux, le &laquo;&nbsp;date&nbsp;&raquo;. Sans aller jusqu?à cette extrémité, Susan Estrich écrivait: &laquo;&nbsp;Tant que les femmes n?ont pas le même pouvoir que les hommes, on ne peut pas considérer le mot oui comme un vrai signe d?assentiment?&nbsp;&raquo; et Katherine Mc Kinnon: &laquo;&nbsp;La question est de savoir si, structurellement, les femmes ont seulement la possibilité de pouvoir se poser la question de savoir si elles veulent faire l?amour ou pas.&nbsp;&raquo; Pour Norman Podhoretz, cette évolution des féministes américaines est un signe de leur hypocrisie, une des conséquences de leur allégeance au Parti démocrate: &laquo;&nbsp;Après tout, la liaison de Lewinsky avec le président correspondait en tout point à la définition du harcèlement sexuel que le mouvement féministe nous a obligées à accepter. L?affaire s?est passée sur le lieu de travail, un endroit où le seul fait de raconter une blague peut vous faire renvoyer et poursuivre en justice. Et les rapports sexuels ont eu lieu entre un chef ? le chef de tous les chefs ? et une subordonnée ? la plus subordonnée de toutes les subordonnées.&nbsp;&raquo; Pourtant, le Monicagate risque d?avoir une conséquence inattendue: désigné comme le responsable de tous les débordements, contraint de faire son autocritique, le mouvement féministe américain va peut-être entrer enfin dans son âge de raison. Selon Cathy Young, du Women?s Freedom Network, l?attitude des féministes pendant la crise que traverse la Maison-Blanche leur interdit définitivement de faire de la lutte contre le harcèlement sexuel le fer de lance du combat d?avant-garde pour les femmes. Et heureusement: &laquo;&nbsp;Sept ans après la débâcle de l?affaire Anita Hill, écrit-elle, il y a un grand ressentiment contre un régime qui a durci les relations entre les sexes, qui a considéré les hommes comme coupables jusqu?à ce que leur innocence soit prouvée et qui a encouragé les femmes à jouer les victimes.&nbsp;&raquo; Avec le Monicagate, les féministes sont en passe d?être définitivement dépassées par l?arme qu?elles avaient forgée. Devenus autant d?instruments juridiques au service de logiques partisanes qui s?affrontent au Congrès, les cas de harcèlement sexuel risquent de se multiplier au rythme des enquêtes que vont diligenter les partis sur la vie privée de leurs adversaires. Et cela au détriment de la cause des femmes. Amanda Hasser, 27 ans, chroniqueur gastronomique au &laquo;&nbsp;New York Times&nbsp;&raquo;, en a pris son parti: &laquo;&nbsp;Notre seul modèle à nous les femmes, c?était Hillary Clinton. Regardez comme elle a été humiliée&#8230; Le Sexgate nous montre une fois de plus combien sera longue la route qu?il nous reste à parcourir.&nbsp;&raquo;</p>
<p>SARA DANIEL</p>
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		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Des ghettos dorés sur tranche Sur son uniforme gris perle, Ben Dyas, 62 ans, arbore un ciré jaune, cadeau de la police de San Diego. Lorsqu&#8217;il pleut &#8211; c&#8217;est rare]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/1996/01/des-ghettos-dores-sur-tranche"><![CDATA[<p>Des ghettos dorés sur tranche Sur son uniforme gris perle, Ben Dyas, 62 ans, arbore un ciré jaune, cadeau de la police de San Diego. Lorsqu&#8217;il pleut &#8211; c&#8217;est rare à Rancho Bernardo -, les papys de la Milice privée des Retraités volontaires ménagent leurs articulations. Ils laissent aux lasers et aux caméras qui balaient le gazon taillé de frais des jardinets l&#8217;essentiel de la surveillance de leurs quartiers à sécurité renforcée, qui sont, en plus, bouclés par des barrières électriques. Mais aujourd&#8217;hui, c&#8217;est l&#8217;état d&#8217;urgence. Malgré la pluie battante, Ben et son coéquipier Al Baumer, 68 ans, doivent y aller. Le &laquo;&nbsp;capitaine de block&nbsp;&raquo;, chargé de surveiller les allées et venues dans le pâté de maison, a repéré une fourgonnette Datsun délabrée devant la maison d&#8217;une vieille dame. Elle était conduite par des gens décidément trop jeunes pour ne pas être louches. L&#8217;alerte vient de Seven Oaks, rebaptisé &laquo;&nbsp;la cité des rides&nbsp;&raquo; par ceux qui n&#8217;y habitent pas. Dans cette enclave seules les personnes de plus de 55 ans ont le droit d&#8217;acheter une propriété. Le centre communautaire a d&#8217;ailleurs posté à toutes les intersections des panneaux qui confirment la chose: &laquo;&nbsp;This is a senior community&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Ce n&#8217;est pas que nous détestions les jeunes, explique Ralph Bing, le directeur. Ils ne sont pas un mal en soi. Mais nous voulons vivre pleinement notre retraite sans avoir à craindre de trébucher sur un vélo ou d&#8217;avoir les oreilles percées par les hurlements des enfants.&nbsp;&raquo; A Seven Oaks, avoir moins de 21 ans frise le délit. Fausse alerte! Ben, qui roule des mécaniques et gonfle la voix comme un flic de feuilleton, en sera cette fois pour ses frais. Il s&#8217;agit encore d&#8217;un cas de &laquo;&nbsp;visite abusive&nbsp;&raquo;: une famille a reçu ses petits-enfants -des individus de moins de 55 ans- pendant plus longtemps que les six semaines réglementaires. &laquo;&nbsp;Il va falloir alerter le Comité architectural&nbsp;&raquo;, soupire Ben. Ledit comité est en l&#8217;occurrence seul habilité à prendre des sanctions contre la vieille dame qui s&#8217;est permis d&#8217;enfreindre les fameux &laquo;&nbsp;codes, contrats et restrictions&nbsp;&raquo; de la ville la plus réglementée du monde. A Rancho Bernardo, on ne plaisante pas avec les &laquo;&nbsp;C. C. and R.&nbsp;&raquo;. Personne n&#8217;échappe au Big Brother législatif, à la Bible des ghettos de riches&#8230; Ils sont plus de 30 millions aux Etats-Unis, ces Américains, des Blancs à une écrasante majorité, qui ont choisi de vivre retranchés derrière les murs de règlements de ces forteresses dorées qu&#8217;on appelle pudiquement les &laquo;&nbsp;communautés planifiées&nbsp;&raquo;. Ce chiffre est en augmentation constante: on prévoit qu&#8217;en l&#8217;an 2000 &#8211; dans quatre ans! &#8211; 30% de la population américaine sera rassemblée dans ces cocons identitaires. Les habitants s&#8217;y regroupent par niveau de richesse, par classe d&#8217;âge et par affinités professionnelles. Un bond de plusieurs siècles en arrière, un retour aux guildes du Moyen Age, aux utopies de &laquo;&nbsp;la Cité de demain&nbsp;&raquo; de Dürer. Et une philosophie évidente: lorsqu&#8217;on vit avec des gens qui vous ressemblent, on évite tous les sujets de confrontation. Le conformisme du lieu ne tient pas uniquement aux toits de brique rouge imposés ou à la peinture marronnasse qui doit recouvrir chaque maison et dont les Codes vont jusqu&#8217;à préciser la marque. Il découle de la terrifiante uniformité sociale de ses habitants. Loin des centres urbains et de leurs débordements ethniques, on vit, et on meurt, ici entre soi. Rancho Bernardo comprend un hôpital et une maison de retraite, deux centres commerciaux, treize banques, un cinéma où les jeunes de moins de 17 ans ne peuvent entrer qu?accompa-gnés d&#8217;un adulte, et même des entreprises, comme Hewlett Packard. A moins de se sentir claustrophobe, on peut ne jamais éprouver le besoin de sortir de Rancho Bernardo. Avec ses 40000 habitants, c?est la plus grande communauté planifiée des Etats-Unis. Située à 25 miles au nord de San Diego, elle comprend sept enclaves, véritables ghettos dans le ghetto, où l&#8217;on se sent encore plus entre soi. Au Nord, très chic, Bernardo Heights, où le prix des maisons atteint plusieurs millions de dollars. Deux quartiers de vieux, Seven Oaks (où l&#8217;âge minimum est de 55 ans) et Oaks North (où l&#8217;âge requis n&#8217;est que de 45 ans), des maisons pour les sportifs à Golf and Tennis, des groupes d&#8217;immeubles et plusieurs communautés à sécurité renforcée comme Las Flores. Chaque quartier compte environ six ou sept règlements différents &#8211; parfois un par pâté de maison ? qui font chacun une centaine de pages. Rancho Bernardo est donc régi au total par près de 4200pages de &laquo;&nbsp;Codes, Contrats et Restrictions&nbsp;&raquo; qui précisent jusqu&#8217;à la couleur des rideaux, le poids maximal autorisé pour les animaux domestiques ou la forme à donner aux rosiers. Ben Dyas, de la Milice privée des Retraités volontaires, se souvient de l&#8217;époque où les troupeaux de vaches Black Angus paissaient sur les collines de Rancho Bernardo. Ses parents, fermiers dans l&#8217;Oklahoma pendant la crise de 1929, s&#8217;étaient fait refouler à la frontière de l&#8217;Etat lorsqu&#8217;ils étaient venus chercher du travail dans l&#8217;eldorado californien. Il s&#8217;était juré, lui, de franchir &laquo;&nbsp;sa&nbsp;&raquo; frontière. Les barrières de Rancho Bernardo ont été son rêve américain à lui, un éden à l&#8217;abri des gangs de Tijuana, la ville qui marque la frontière avec le Mexique, loin des programmes d&#8217;Affirmative Action pour la promotion des minorités ethniques, loin du péril asiatique&#8230; Ben rechigne bien un peu quand on lui impose de demander l&#8217;autorisation pour repeindre les plinthes de sa maison de la même couleur qu&#8217;avant. Mais d&#8217;une façon générale tout le monde reconnaît la vertu des Codes, gardiens de la communauté. Anita Adler, de Las Flores, ou Joyce Tavrow, de Seven Oaks, trouvent des accents lyriques pour décrire leur mode de vie: &laquo;&nbsp;enclaves de beauté&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;villages de solidarité retrouvée&nbsp;&raquo;. Mais la propreté excessive des ruelles est acquise au prix d&#8217;une contrainte quasi militaire. Incroyable paradoxe: ce sont ces mêmes Blancs aisés et conservateurs qui protestent le plus contre toutes les intrusions de l&#8217;Etat fédéral qui s&#8217;imposent à eux-mêmes des lois et des règlements auxquels nul gouvernement ne songerait jamais à les contraindre. Quant à la &laquo;&nbsp;solidarité retrouvée&nbsp;&raquo;, elle se transforme vite en un militantisme strictement égoïste. Les associations de propriétaires de Rancho Bernardo n&#8217;ont pas d&#8217;autre projet social que la défense des intérêts les plus immédiats de ceux qu&#8217;ils représentent. Joyce Tavrow, une habitante de Seven Oaks à la retraite, court de réunion en comité pour faire interdire l&#8217;enseigne du Taco Bell ou les antennes paraboliques, expliquer à une assemblée de petits vieux aux Sonotone attentifs quel sera le candidat le mieux à même de défendre les intérêts de la communauté. Joyce, c&#8217;est la marraine de Rancho Bernardo, elle est de tous les coups, de tous les combats. Le mois dernier, elle a organisé le voyage d&#8217;une délégation des habitants à Washington pour faire interdire l&#8217;aéroport militaire dont la construction était prévue dans la région. Les communautés planifiées tentent depuis quelque temps déjà de constituer des lobbies capables d&#8217;agir au niveau national. Mais ce civisme privé leur coûte cher. Les Bernardiens s&#8217;élèvent donc contre ce qu&#8217;ils appellent la&nbsp;&raquo;double taxation&nbsp;&raquo;. Là où la police et l&#8217;entretien des routes sont assurés par une association privée, certains se demandent pourquoi il faut encore payer des impôts à la Ville. C&#8217;est ce que le secrétaire d&#8217;Etat au travail Robert Reich a appelé &laquo;&nbsp;la sécession de ceux qui ont réussi&nbsp;&raquo;. Charles Murray, un sociologue conservateur de Washington, a prédit que les Américains qui vivent dans ces ghettos finiraient par considérer les centres-villes comme des sortes de réserves, des lieux à la dérive par lesquels ils finiraient un jour par ne plus du tout se sentir concernés. A la mairie de San Diego, d?aucuns pensent qu&#8217;il faudrait interdire les &laquo;&nbsp;communautés barri-cades&nbsp;&raquo;, les plus sécuritaires de ces zones planifiées. Elles pullulent dans la région. Dans l?Orange County, par exemple, elles rassemblent près de 80% de l&#8217;habitat. A l&#8217;instar du Ranch Fairbanks, protégé par six barrières successives et où tout dépassement de la limitation de vitesse peut entraîner le bannissement pour un mois de la voiture et de son conducteur&#8230; Pourtant, la révolte gronde à l&#8217;intérieur de ces ghettos dorés sur tranche. D&#8217;abord parce que de plus en plus de Californiens entrent contraints et forcés dans les communautés planifiées. C&#8217;est le cas de Richard Louv, journaliste au &laquo;&nbsp;San Diego Tribune&nbsp;&raquo;, auteur d?&nbsp;&raquo;America 2&#8243; où il dénonce ce qu&#8217;il appelle &laquo;&nbsp;la civilisation des abris&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;En Californie, on ne peut plus échapper à ces communautés. J&#8217;ai très peur pour nos enfants. Quelle idée pourront-ils se faire de la liberté, eux qui seront nés et auront grandi dans ce monde d&#8217;interdits?&nbsp;&raquo; Ensuite, beaucoup sont lassés par la dictature de l&#8217;oligarchie communautaire. Ce sont les plus gros possédants qui veillent au respect des règlements. Du coup, locataires et petits propriétaires commencent à faire entendre leur voix: pour une clôture qu&#8217;ils n?ont pas eu le droit de poser ou parce que leur est refusée la possibilité de léguer leur maison à leurs enfants, trop &laquo;&nbsp;jeunes&nbsp;&raquo; pour pouvoir l?habiter. Tout cela perce derrière l&#8217;apparente cordialité des cocktail-parties du Community Center, univers de haies taillées au cordeau qui à perte de vue délimitent des carrés de pelouse identiques. Les &laquo;&nbsp;capitaines de block&nbsp;&raquo; sur le retour ont beau être vigilants, l&#8217;exaspération commence à poindre dans l&#8217;atmosphère aseptisée des ghettos dorés du sud de la Californie.</p>
<p>Sara Daniel</p>
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		<published>1995-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Un carnage venu du coeur de l&#8217;?Amérique Les Etats-Unis ne sont plus à l?abri du cauchemar terroriste: les Américains avaient dû, stupéfaits, finir par admettre cette rude vérité après l?attentat]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/1995/01/un-carnage-venu-du-coeur-de-l%c2%92amerique-2"><![CDATA[<p>Un carnage venu du coeur de l&#8217;?Amérique Les Etats-Unis ne sont plus à l?abri du cauchemar terroriste: les Américains avaient dû, stupéfaits, finir par admettre cette rude vérité après l?attentat contre le World Trade Center de New York, qui avait fait 6morts et plus d?un millier de blessés le 26 février 1993. Mais il s?agissait d?une violence importée. Tous les coupables et leurs complices étaient d?origine arabe, liés à des degrés divers à des organisations intégristes islamiques nées dans la poudrière du Proche-Orient. Comme d?autres métropoles du monde occidental ? Londres, Rome, Paris ?, New York était exposé au terrorisme des Fous d?Allah. Le constat était douloureux et le réveil brutal, mais l?Amérique, après tout, ne découvrait qu?une évidence: à l?aube du XXIe siècle, l?océan Atlantique n?est plus une frontière infranchissable, même pour les poseurs de bombes. Aujourd?hui, c?est une révélation d?une autre nature, autrement plus cruelle, qui explique le véritable état de choc dans lequel est plongée la première puissance de la planète depuis l?attentat d?Oklahoma City. Au-delà de l?ampleur de la tragédie ? plus de 80morts, 200blessés, près de 150disparus, ensevelis sous les décombres de l?immeuble fédéral, dont la majorité risquent fort de n?avoir pas survécu à l?attentat ?, c?est l?identité des coupables présumés, c?est ce que l?on croit connaître de leurs motivations qui jette l?Amérique dans l?effroi. Après avoir d?abord cru, après l?arrestation à Londres d?un Américain d?origine palestinienne, à une piste islamiste, les enquêteurs du FBI sont désormais convaincus que les responsables du carnage d?Oklahoma City appartiennent à une milice d?extrême droite, les Patriotes, engagée dans une véritable guerre contre l?Etat fédéral. Oui, l?attentat le plus meurtrier commis aux Etats-Unis depuis 1920, où une bombe imputée à des anarchistes avait tué 40personnes à Wall Street, a été imaginé, préparé, réalisé par des citoyens américains, blancs, qui rêvent d?un pays revenu au temps des pionniers où chacun portait ses armes et faisait régner sa loi. Le premier suspect arrêté, Timothy McVeigh, est un paumé de 27ans, ancien sergent de l?armée de terre pendant la guerre du Golfe, qui avait tenté en vain de s?engager dans les Forces spéciales et qui était convaincu que l?armée lui avait implanté une puce informatique dans la fesse pour pouvoir le suivre à la trace. &laquo;&nbsp;C?était un bon soldat. Si on lui donnait une mission et une cible, il en venait à bout&nbsp;&raquo;, se souvient James Ives, l?un de ses camarades de combat au Koweït. Depuis qu?il avait été rejeté par les Bérets verts, Timothy McVeigh était à la dérive. Toujours armé, il partageait son temps entre les réunions de la Milice du Michigan, les entraînements à la guérilla et de longues virées à bord de sa voiture, bourrée d?armes et de munitions, qu?il vendait aux sympathisants de sa cause. Selon des documents officiels, dont la teneur a été communiquée aux journalistes par les enquêteurs, il était littéralement obsédé par l?affaire de Waco, au Texas, où le FBI avait donné l?assaut à la ferme-forteresse de la secte des Davidiens, faisant 86morts parmi les adeptes, deux ans jour pour jour avant l?attentat d?Oklahoma City. Il avait même fait le pèlerinage de Waco, et jurait depuis qu?il vengerait les Davidiens, victimes de la police fédérale. Les deux autres suspects interrogés par le FBI, les frères James et Terry Nichols, étaient également connus des services de police pour leur opposition au gouvernement fédéral. Propriétaire d?une ferme à Decker, dans le Michigan, où McVeigh avait travaillé après sa démobilisation, James Nichols avait l?habitude d?apposer sur ses billets de banque un tampon indiquant qu?il n?était pas responsable de leur valeur. Quant à son frère Terry, ancien compagnon d?armes de McVeigh, il était, selon l?un de ses voisins, Ray Hull, &laquo;&nbsp;le genre de type qui peut faire n?importe quoi. Je l?ai vu fabriquer une bombe, dans le passé. Il pouvait fabriquer une bombe en cinq minutes.&nbsp;&raquo; Il faudra attendre la suite de l?enquête, et sans doute le procès pour savoir ce qui a incité ces trois hommes et leurs complices éventuels à passer à l?acte. Et à choisir pour cible cette petite ville assoupie. Selon des informations recueillies à Oklahoma City, une partie au moins des agents du FBI qui avaient participé à l?assaut de Waco avaient leurs bureaux dans l?immeuble fédéral Alfred-Murrah qui abritait aussi les services secrets, la brigade des stupéfiants, les services du logement, un bureau des Marines, le service des alcools, du tabac et des armes à feu, l?administration des autoroutes, le bureau du budget, le service social de l?armée et une crèche. Aujourd?hui, il ne reste plus de cet immeuble de neuf étages qu?une carcasse éventrée hérissée de câbles, de morceaux de ferraille, de fragments de béton, où s?affairent des sauveteurs désormais impuissants. Une image qui rappelle aux Américains d?autres images d?horreurs venues, il y a quelques années, du Proche-Orient: l?ambassade américaine au Liban, soufflée par une voiture piégée en avril 1983 (63morts), le QG des Marines à Beyrouth, pulvérisé par un camion-suicide, six mois plus tard (241morts). &laquo;&nbsp;Beyrouth! C?est Beyrouth!&nbsp;&raquo;, répétaient, hébétés, les premiers témoins. Depuis une semaine, pas une personne vivante n&#8217;a été retrouvée dans les ruines. William Rush, un pompier volontaire, vient de découvrir quatre cadavres disloqués: &laquo;&nbsp;On a eu un incendie à Shawnee, et j&#8217;ai vu beaucoup de corps brûlés, mais là, c&#8217;est comme de travailler dans une morgue.&nbsp;&raquo; Déserté, le centre d&#8217;Oklahoma City dont les rues sont jonchées de verre brisé donne l&#8217;impression d&#8217;avoir subi un bombardement. Le périmètre délimité par les barrages de police, entre Walker et Broadway, est quadrillé par une centaine d&#8217;agents du FBI en tenue bleue, par la police montée du comté ou par les patrouilles d&#8217;autoroute dont les voitures sont abandonnées en travers des rues comme si la ville était en guerre. Malgré ce déploiement, le silence est oppressant. Partout dans le quartier envahi par les centaines de camions des équipes de télé, ont surgi des baraquements militaires, des stands de fortune et des buvettes qui donnent à la ville un étrange air de foire. A quelques kilomètres de là, les familles des 150disparus et des dizaines de victimes non identifiées sont rassemblées dans la First Christian Church. Pour elles l&#8217;attente est insupportable. Même si les sauveteurs ne cessent de répéter qu?après soixante-douze heures les chances de retrouver des survivants sont inexistantes, comment renoncer à l?espoir d?un miracle? Sur le perron de l&#8217;église, une jeune femme entourée de ses deux enfants de 3 et 5ans distribue des petits rubans bleu et mauve, le bleu pour l&#8217;Etat de l&#8217;Oklahoma et le mauve pour les enfants morts, que toute la ville bientôt portera en signe de deuil. Au moment de l&#8217;explosion, elle était dans le bâtiment. Elle pleure doucement. A 21ans, Lyne Johns n&#8217;a jamais quitté l&#8217;Oklahoma: &laquo;&nbsp;Je pensais que c&#8217;était l&#8217;Etat idéal pour élever une famille.&nbsp;&raquo; L&#8217; Amérique est en état de choc. Personne ne comprend que l&#8217;acte de terrorisme le plus meurtrier de l?histoire des Etats-Unis ait eu lieu ici. En Oklahoma, le c?ur de l&#8217;Amérique dont les voyelles chantées avec l&#8217;accent traînant du pays évoquent pour les Américains l&#8217;opulence de ses champs de blé et les lacs aux rives d&#8217;argile rouge ou l&#8217;on pêche le poisson-chat. Une Amérique abasourdie a découvert que le terrorisme avait choisi pour cible cette ville tranquille et provinciale dont le musée le plus important est consacré aux cow-boys et où un panneau vous annonce fièrement à la sortie de l&#8217;aéroport qu&#8217;elle est la patrie de Vince Gill, le chanteur de musique country. &laquo;&nbsp;La peine de mort sera requise contre les responsables de cet attentat&nbsp;&raquo;, ont annoncé, dès les premières heures qui ont suivi la tragédie, Bill Clinton et son ministre de la Justice, Janet Reno, qui ont lancé sur la piste des coupables les meilleurs spécialistes du FBI, la police fédérale. &laquo;&nbsp;Je suis fier du travail des policiers&nbsp;&raquo;, a affirmé samedi dernier Bill Clinton, tandis que Janet Reno déclarait: &laquo;&nbsp;A ce stade, toutes les preuves indiquent que cette affaire est intérieure.&nbsp;&raquo; Car la clé du drame, c?est bien ici qu?il faut la chercher. Dans cette Amérique profonde qui a voté à une écrasante majorité contre ces démocrates qui voulaient la désarmer, dans ces petites villes qui prêtent une oreille attentive aux émissions de Rush Linbaugh, l?un des hérauts de la lutte contre les &laquo;&nbsp;excès de pouvoir&nbsp;&raquo; de l?administration fédérale. En Oklahoma, le seul représentant démocrate qui ait survécu aux élections de novembre 1994 militait, contre son parti, pour le droit des citoyens à acquérir une arme sans les entraves imposées par la loi Brady. Dans cette Amérique du Midwest qui par tradition se méfie du gouvernement fédéral. C&#8217;est sur ce terreau contestataire que se sont mises à fleurir les milices, ces groupes paramilitaires d&#8217;extrême droite qui refusent l&#8217;autorité fédérale et revendiquent leur droit constitutionnel à utiliser leurs armes pour se défendre. Parce qu&#8217;elle a orchestré et amplifié la ranc?ur populiste qui critiquait le gouvernement fédéral, la nouvelle majorité républicaine porte sans doute une part de responsabilité dans le développement de ces milices. Interrogé pendant son voyage éclair à Oklahoma City sur son degré de responsabilité indirecte dans le drame, le chef de file des Républicains, Newt Gingrich, s&#8217;est indigné. Pourtant, après avoir écarté la piste islamiste, l&#8217;Amérique vient de réaliser qu?on ne peut sans cesse dénoncer la corruption des bureaucrates de Washington et proclamer le droit des citoyens à s?armer sans encourager des dérives qui peuvent déboucher sur l&#8217;attentat terroriste le plus meurtrier qu&#8217;elle ait jamais connu.</p>
<p>SARA DANIEL</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Voyage au sein de l’ultradroite américaine]]></title>
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/1995/01/voyage-au-sein-de-lultradroite-americaine"><![CDATA[<p>On prenait les maniaques des armes à feu et du treillis pour des illuminés. Depuis le carnage d?Oklahoma City et l&#8217;attentat contre le train Miami-Los Angeles, revendiqué par &laquo;&nbsp;les fils de la Gestapo&nbsp;&raquo;, on découvre que les milices armées constituent une menace majeure pour la démocratie américaine. Enquête chez ces petits Blancs qui ont déclaré la guerre à l?Etat fédéral</p>
<p>Voyage au sein de l?ultradroite américaine C&#8217;est le petit livre rouge des milices, le catéchisme de l&#8217;ultradroite américaine. Tim McVeigh, l&#8217;auteur présumé de l&#8217;attentat d&#8217;Oklahoma City, ne se séparait jamais de son exemplaire des &laquo;&nbsp;Turner Diaries&nbsp;&raquo;. L&#8217;action du livre se déroule en novembre 1989. La loi Cohen vient d&#8217;interdire aux citoyens de posséder des armes à feu, les Noirs sont chargés de faire respecter la loi. Un homme, Earl Turner, résiste. Après avoir fait sauter un bâtiment du FBI et dirigé une attaque au mortier sur le Congrès, il deviendra le héros d&#8217;une guerre raciale mondiale qui s&#8217;achèvera par la destruction de Toronto, où les juifs du monde entier ont trouvé refuge. Ecrit par le nazi William Pierce, &laquo;&nbsp;Turner Diaries&nbsp;&raquo; ressemble à la centaine d&#8217;autres ouvrages paranos et délirants dont les milices du Montana à la Floride se faxent les meilleurs extraits. &laquo;&nbsp;Sa spécificité, c&#8217;est qu&#8217;il préconise la propagande par l&#8217;action&nbsp;&raquo;, explique ce milicien d&#8217;Arizona en brandissant son exemplaire où il a surligné au Stabilo Boss jaune les passages où l&#8217;on égorge des Noirs, ainsi que les récits de hold-up ou d&#8217;attentats à la bombe ? soit les neuf dixièmes du livre. Cette apologie de la résistance par les armes à un prétendu complot mondial aura conduit à deux attentats terroristes en moins de six mois aux Etats-Unis. Après l&#8217;explosion du bâtiment fédéral d&#8217;Oklahoma City, le 19 avril dernier, le déraillement criminel du train Miami-Los Angeles à l&#8217;ouest de Phoenix, Arizona, le 9 octobre, a fait 1 mort et 112 blessés. Dans la carcasse calcinée, Roberto Concepcion, un des barmen du train, a trouvé une feuille tapée à la machine où étaient énumérés les griefs traditionnels de l&#8217;ultradroite à l&#8217;encontre du FBI et du gouvernement fédéral. Evoqué aussi, bien sûr, le point culminant du martyrologue des milices: l&#8217;assaut contre la secte des davidiens, à Waco. La feuille était signée &laquo;&nbsp;les fils de la Gestapo&nbsp;&raquo;. Avec sa barbe de patriarche et son air de doux dingue, John Trochmann, leader de la milice du Montana, a été convoqué au Sénat devant une commission réunie pour juger du degré de dangerosité des milices, et qui l&#8217;écoutait abasourdie. Poliment, il leur a expliqué l&#8217;imminence de l&#8217;invasion d&#8217;une armée sous commandement de l&#8217;ONU, aidée par des gangs de banlieue qui jusqu&#8217;ici se cachent dans les forêts de la nation en attendant le signal. Il leur a montré les photos de missiles russes sur leurs rampes de lancement au Texas, et le plan de partage des Etats-Unis tel qu&#8217;il figurait au dos d&#8217;une boîte de corn flakes Kix, sans qu&#8217;on puisse lui faire préciser pourquoi les armées du nouvel ordre mondial avaient choisi ce support original. Magnanime, il leur a accordé le bénéfice du doute: &laquo;&nbsp;Vous-mêmes, messieurs, devez être manipulés&#8230;&nbsp;&raquo; Les agents du grand complot contre l&#8217;Amérique authentique ont-ils déjà engagé les hostilités? Beaucoup le pensent dans cette frange de laissés-pour-compte du rêve américain qu&#8217;on a baptisée &laquo;&nbsp;white trash&nbsp;&raquo; (&laquo;&nbsp;le déchet blanc&nbsp;&raquo;). Anciens militaires ou chômeurs, qui survivent avec les 300 dollars mensuels de leur chèque d?aide sociale, ils passent leur journée à décortiquer dans les journaux ou sur Internet les informations les plus insignifiantes. Pour ces groupes isolés, dont la surinformation renforce la paranoïa parce qu&#8217;ils interprètent chaque nouvelle à travers le prisme de leur théorie de la conspiration, tout peut être le signe des intentions malignes du gouvernement. Pour Tim McVeigh, le signe aura peut-être été l&#8217;exécution en Oklahoma, le jour même de l&#8217;attentat, de Richard Snell, ce suprématiste blanc accusé d&#8217;avoir tué un policier noir et un commerçant juif. Pour &laquo;&nbsp;les fils de la Gestapo&nbsp;&raquo;, l&#8217;annonce d&#8217;un verdict racialement orienté ou d&#8217;une marche de Noirs sur Washington. &laquo;&nbsp;La prochaine fois que vous viendrez en Arizona, j&#8217;espère que je pourrai vous montrer notre beau désert.&nbsp;&raquo; En s&#8217;excusant maladroitement auprès des victimes, le gouverneur Fife Symington avait l&#8217;air consterné. Cette fois encore l&#8217;extrémisme milicien avait désigné le désert d&#8217;Arizona comme son berceau. Selon Michael Reynolds, de Klan Watch, il y aurait en Arizona plus de 22 milices violemment antigouvernementales, attirées par la tradition locale du culte de la liberté et le fait qu&#8217;on puisse y être ouvertement armé. Déjà Kingman, une petite ville de 31000 habitants dans la vallée Hualapai, au nord-ouest de l&#8217;Etat, avait fait parler d&#8217;elle lorsqu&#8217;on avait appris que Tim McVeigh y avait élu domicile pendant près d&#8217;un an. C&#8217;est à Kingman qu&#8217;avec ses complices Nichols et Fortier il aurait fait les derniers préparatifs en vue de l&#8217;attentat, aidé par une population sympathisante et peut-être par une des milices les plus secrètes et les plus dangereuses du pays: les Patriotes de l&#8217;Arizona. Alors la ville se terre, dégoûtée par le portrait que la presse a brossé de ses habitants. C&#8217;est l&#8217;article d&#8217;un journaliste australien qui a le plus choqué: &laquo;&nbsp;Kingman, c&#8217;est le cauchemar américain de base, fait de pauvreté et de saleté, un microcosme de l&#8217;extrémisme de droite, où tous les détritus blancs qui n&#8217;ont pu se faire une place en Californie ont échoué&#8230;&nbsp;&raquo; Au croisement de l&#8217;Interstate 40 (celle qui mène à Oklahoma City) et de la route 93, Kingman, ville de roulottes sédentaires, est un lieu de passage. Ses motels à 20 dollars abritent les petits voyous de Las Vegas venus &laquo;&nbsp;se perdre dans le désert&nbsp;&raquo;. Devant le moins cher de tous, l&#8217;Imperial Motel, où McVeigh a passé deux semaines enfermé dans sa chambre, un garçon d&#8217;une vingtaine d&#8217;années sirote un Coca. Il faisait partie d&#8217;un gang à Las Vegas. Sa fiancée a été tuée sous ses yeux. Il prétend connaître quelques personnes qui ont été mêlées aux attentats: &laquo;&nbsp;Je ne suis qu&#8217;un OG (old gangster), mais tout ça je l&#8217;ai lu dans la Bible. Les attentats à la bombe, c&#8217;est le Nouvel Ordre mondial. Ça ne fait que commencer.&nbsp;&raquo; Helmut Hoffer, le patron du motel, n&#8217;aime pas les fédéraux. Il n&#8217;a que des compliments à faire sur McVeigh: &laquo;&nbsp;Si tous les clients étaient aussi propres, aussi polis&#8230; Il faisait son lit tous les matins à la militaire: quand la femme de ménage a voulu changer les draps, elle a eu du mal à les décoller.&nbsp;&raquo; Extrémiste ou pas, à Kingman on met un point d&#8217;honneur à défendre le droit des citoyens à posséder autant d&#8217;armes qu&#8217;ils le désirent, en vertu du deuxième amendement de la Constitution. Quand le shérif Caroll Brown, originaire de Caroline du Nord, est venu s&#8217;installer à Kingman, il a mis un temps à s&#8217;adapter. &laquo;&nbsp;Ici, c&#8217;est une région d&#8217;armes. Ça n&#8217;a rien à voir avec la côte Est. Là-bas, quand on trouve quatre ou cinq pistolets, cinq ou six fusils dans une maison, on dit: &laquo;&nbsp;C&#8217;est un arsenal&nbsp;&raquo;. Par ici, c&#8217;est vraiment pas une affaire.&nbsp;&raquo; Dans ce bled, on n?aime pas que les fédéraux viennent fouiner dans la vie des gens: &laquo;&nbsp;Dans ces endroits, poursuit Brown en montrant les roulottes qui s&#8217;étendent à perte de vue jusqu&#8217;aux montagnes, vous pouvez vivre comme vous l&#8217;entendez. Beaucoup préfèrent tirer l&#8217;eau de leur puits et ne pas avoir l&#8217;électricité pour ne pas payer de taxes.&nbsp;&raquo; Avec leurs drapeaux confédérés, ou ceux qui demandent qu&#8217;on ne les &laquo;&nbsp;serre pas de trop près&nbsp;&raquo; surmontés d&#8217;une tête de mort, les roulottes rafistolées ne sont pas vraiment accueillantes. Mais, selon le shérif, qui a eu l&#8217;occasion de voyager en Europe, cette volonté d&#8217;indépendance vis-à-vis du gouvernement, c&#8217;est la caractéristique des Etats-Unis. L&#8217;esprit des plaines de l&#8217;Ouest: &laquo;&nbsp;A l&#8217;étranger, j&#8217;ai vu des flics qui avaient des mitraillettes en bandoulière. C&#8217;est cet Etat policier que nous voulons éviter. De là à devenir un rat du désert&#8230;&nbsp;&raquo; Le regard du shérif se perd dans les montagnes Aquarius qui se dressent au bout de la plaine. Jamais il n&#8217;aurait évoqué le nom de leur hôte le plus tristement célèbre, de peur de donner le coup de grâce à la réputation de sa ville d&#8217;adoption. Il refusera même de m&#8217;indiquer le chemin de sa roulotte. Mais depuis longtemps la notoriété de Jack Maxwell Oliphant, &laquo;&nbsp;le grand-père des milices d&#8217;Arizona&nbsp;&raquo;, a franchi les limites de l&#8217;Etat. Fondateur des Patriotes de l&#8217;Arizona, l&#8217;homme a passé quatre ans en prison à la fin des années 80, avec trois de ses complices, pour avoir organisé l&#8217;attaque d&#8217;un fourgon blindé qui transportait la recette d&#8217;un casino de Laughlin (Nevada). Le magot de 10 millions de dollars aurait servi à financer les camps d&#8217;entraînement de la milice. Des agents infiltrés l&#8217;ont entendu préparer des attentats contre une synagogue et contre le bâtiment fédéral de Phoenix. Aujourd&#8217;hui, le FBI le soupçonne d&#8217;être au courant des faits et gestes de tous les groupuscules d&#8217;extrême droite de la région. Jack Oliphant, 71 ans, veut mettre le plus de distance possible entre lui et une civilisation corrompue. Il vit à 60 kilomètres à l&#8217;est de Kingman, dans les montagnes Aquarius, son pitbull, sa femme Margo, et un couguar dans le jardin. Il n&#8217;y a pas de chemin pour aller à son ranch, qu&#8217;il a baptisé Hephzibah, d&#8217;après la Bible. Pour y arriver, il faut affronter la montagne aride à pic avec un 4&#215;4, ouvrir trois barrières et déranger deux troupeaux de vaches. &laquo;&nbsp;Vous êtes venue voir l&#8217;homme le plus dangereux des Etats-Unis?&nbsp;&raquo; Etonné d&#8217;être débusqué dans son refuge, Oliphant est plutôt accueillant, un peu cabotin. Nous devrons pourtant nous replier fissa dans la voiture lorsqu&#8217;un de ses voisins, venu en visite, un vétéran de la guerre du Viêt Nam qui a quelques packs de Budweiser dans le nez et n&#8217;aime pas les journalistes, menacera d&#8217;aller chercher son fusil. &laquo;&nbsp;Je suis le prisonnier de guerre d&#8217;un gouvernement dirigé par des banquiers sionistes&nbsp;&raquo;, commence Oliphant, un mégot piqué dans la pointe dorée qui lui tient lieu de dent unique. Ses jeans troués, sa chemise et même sa peau sont recouverts d&#8217;une fine pellicule de poussière de la montagne. Jusqu&#8217;en 1976, Oliphant a sillonné le pays pour appeler à la révolte contre le gouvernement et prévenir ses concitoyens de l&#8217;imminence d&#8217;une guerre raciale qui préfigurerait l&#8217;Apocalypse. Puis il s?est retiré dans les montagnes, mais ses fidèles l&#8217;ont suivi et ont installé leurs trailers autour du ranch: &laquo;&nbsp;Je les ai entraînés à la guerre de maquis. C&#8217;est ça qui a fait flipper le FBI&nbsp;&raquo;, explique-t-il. A cette époque, Jack avait acheté une concession dans une petite mine d&#8217;or de la région. Un jour, en voulant régler une dispute entre propriétaires pour un arpent de terre, il a saisi son fusil par le mauvais bout. Le bras de Jack a été déchiqueté: &laquo;&nbsp;Même si j&#8217;ai appris à tirer de la main gauche, ça m&#8217;a calmé.&nbsp;&raquo; De temps en temps, les skinheads du pays viennent lui rendre visite. &laquo;&nbsp;De là à me présenter comme le complice de McVeigh&#8230; C&#8217;est vrai, j&#8217;ai dit que si l&#8217;explosion avait eu lieu de nuit, il aurait été un héros. Mais, contrairement à ce que prétend le FBI, je ne le connaissais pas.&nbsp;&raquo; Quelques semaines après l&#8217;attentat d&#8217;Oklahoma, lorsqu&#8217;il a appris par le bouche-à-oreille que les fédéraux le recherchaient, Jack s&#8217;est présenté de lui-même à leurs bureaux de Kingman. C&#8217;est un agent noir qui l&#8217;a interrogé. &laquo;&nbsp;J&#8217;ai pas pu m&#8217;empêcher de lui demander s&#8217;il savait ce que devenait un nègre qui allait à l&#8217;université? Quand j&#8217;ai répondu: &laquo;&nbsp;Un nègre instruit&nbsp;&raquo;, il s&#8217;est mis à rigoler. Lui aussi trouvait ça loufoque que ce soit un Noir qui s&#8217;occupe de mon cas à moi, Jack Oliphant&#8230;&nbsp;&raquo; Des voisins, Steve, 35 ans, beau-fils de l&#8217;allumé du Viêt Nam, et Mike, 60 ans, le secrétaire de Jack, nous rejoignent dans la voiture. Steve est venu rapporter un livre, &laquo;&nbsp;le Complot des trente&nbsp;&raquo;, une nomenclature des piliers du nouvel ordre mondial: l&#8217;ONU, la Fed&#8230; Les annotations des dizaines de personnes qui ont eu le livre entre les mains se superposent dans la marge. Depuis qu&#8217;il a raccroché les armes, Jack fait club de lecture pour les isolés de la montagne; il s&#8217;emploie à éveiller les consciences aux signes du complot mondial. Pour acheter les livres de la collection Palladin, un fleuron du genre, on se cotise. Quelques titres: &laquo;&nbsp;le Livre de cuisine de l&#8217;anarchiste&nbsp;&raquo;, qui explique la fabrication de bombes artisanales; &laquo;&nbsp;Comment faire disparaître un corps sans laisser de traces&nbsp;&raquo;; ou encore &laquo;&nbsp;Comment détruire des ponts&nbsp;&raquo;. Quand le sujet est trop salé, le catalogue Palladin précise: &laquo;&nbsp;Pour étude théorique seulement.&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Jack m&#8217;a ouvert les yeux&nbsp;&raquo;, murmure Steve en regardant le vieil homme manchot. &laquo;&nbsp;Une milice bien contrôlée étant nécessaire à la sécurité d&#8217;un Etat libre, le droit du peuple de posséder et de porter des armes ne doit pas être transgressé.&nbsp;&raquo; Le shérif Brown l&#8217;avait dit: en Arizona, le deuxième amendement de la Constitution a été érigé en commandement biblique. La fraction la plus dure de la National Rifle Association, le lobby des armes aux Etats-Unis, ne s&#8217;était pas trompée en organisant à Phoenix un des congrès les plus importants de son histoire. C&#8217;était en mai dernier, un mois après l&#8217;attentat d&#8217;Oklahoma City ? 167 morts. L&#8217;organisation était accusée d&#8217;avoir, par sa rhétorique extrémiste, créé un climat de sédition. Wayne Lapierre, son président, avait dû expliquer pourquoi il avait traité les agents du FBI de &laquo;&nbsp;voyous fascistes aux bottes militaires&nbsp;&raquo; ? ce qui avait conduit George Bush à rendre sa carte de la NRA. Après quatre jours de réunion, Tanya Metaxa, la Calamity Jane de l&#8217;association, présente les Katona, couple vedette du congrès, symbole de l&#8217;arbitraire fédéral, héros des citoyens prêts à prendre les armes pour défendre leurs droits. Louis Katona, agent immobilier de Bucyrus, Ohio, et flic à mi-temps, collectionnait les armes. Dans sa cave il en avait pour plus de 300000 dollars, qui devaient servir selon lui à financer l&#8217;éducation de ses enfants. Un jour, comme le raconte la NRA dans de pleines pages de publicité dans les journaux, &laquo;&nbsp;des agents fédéraux, criant et jurant, se sont rués chez lui pour confisquer ses armes. Ils ont attrapé sa femme enceinte et l&#8217;ont jetée contre le mur. Quelques jours après elle faisait une fausse couche&nbsp;&raquo;. En fait, trois spécialistes appelés à examiner le dossier médical de la femme de Katona concluront que la fausse couche a eu lieu bien avant le raid. Mais, fausse couche ou pas, l&#8217;histoire fait tilt dans ce public de Blancs qui, depuis la loi Brady imposant un délai de trois jours avant l&#8217;acquisition d&#8217;une arme, pense que le gouvernement veut les désarmer par tous les moyens pour finir par leur imposer des lois de plus en plus arbitraires. La parano est telle qu&#8217;un membre du comité de la NRA me racontera comment ses impôts servent à détourner des camions entiers de homards du Maine vers les prisons quatre-étoiles du pays&#8230; Pour eux, l&#8217;histoire de Katona est un exemple de plus dans la liste des exactions commises par l&#8217;Etat fédéral. Comme celle de Randy Weaver, qui a perdu sa femme et son fils de 14 ans lors d&#8217;un raid mené par l&#8217;ATF, une branche du FBI. Ou encore l&#8217;assaut contre les disciples de David Koresh, devenu le martyr des milices. Un mois après l&#8217;attentat d&#8217;Oklahoma City, alors que son auteur présumé est devenu l&#8217;ennemi public numéro un, des jeunes en treillis distribuent à la sortie du stand d&#8217;exposition des armes de la NRA des tracts intitulés &laquo;&nbsp;Pourquoi McVeigh n&#8217;est pas un terroriste&nbsp;&raquo;. Le manifeste, d&#8217;une violence extrême, est signé par &laquo;&nbsp;la Milice constitutionnelle de 1791&#8243;. Son siège se trouve à Cornville, une petite ville du désert à mi-chemin entre Phoenix et Sedona, dans une roulotte exiguë, sur un terrain vague. A l&#8217;intérieur, sur le sol, des coussins éventrés, deux chiens, une perruche, deux drapeaux américains et un fusil. Sur les tables, deux ordinateurs allumés, une télé, une CB et deux fax qui ne cessent de crépiter. Dans la pénombre on distingue une grosse femme assise sur son lit, elle porte un tee-shirt où est inscrit: &laquo;&nbsp;Waco, réveille-toi l&#8217;Amérique!&nbsp;&raquo; La fondatrice de la milice, Sheila Reynolds, vient de subir une opération des cordes vocales. Avec la voix métallique de Dark Vador dans &laquo;&nbsp;la Guerre des étoiles&nbsp;&raquo;, elle donne un compte rendu de sa journée à Frank, 30 ans, chef de la sécurité. Le matin, elle a échangé des fax avec Clive Doyle, un rescapé de l&#8217;incendie de Mount Carmel, à Waco, afin d&#8217;organiser une collecte en faveur des davidiens. Puis elle a téléphoné à son ami John Trochmann, de la milice du Montana. La discussion a porté sur la question de savoir si, au nom du deuxième amendement, on devait autoriser les particuliers a acquérir des armes nucléaires. L&#8217;après-midi, elle a envoyé un E-mail (message par Internet) à son ami Jack Mac Lamb, fondateur de la Police contre le Nouvel Ordre mondial de Phoenix, pour faire le point sur l&#8217;état des traités des forces de l&#8217;Antéchrist: le Gatt et l&#8217;Alena. Frank écoute respectueusement. Sheila est le cerveau de l&#8217;organisation. Lui en est le bras armé. Le week-end avec son &laquo;&nbsp;unité&nbsp;&raquo;, il s&#8217;entraîne à la guerre dans le désert. Il marmonne, il a des sautes d&#8217;humeur. On ne peut s&#8217;empêcher de penser que McVeigh doit lui ressembler. Avec sa voix d&#8217;ordinateur, Sheila appelle sa fille, une petite blonde de 17 ans, diaphane, aussi frêle que sa mère est massive. &laquo;&nbsp;Présente-toi&nbsp;&raquo;, ordonne la mère. Cathy s&#8217;exécute. Elle raconte comment elle a claqué la porte de l&#8217;école après un cours d&#8217;éducation sexuelle où on ne prônait pas l&#8217;abstinence avant le mariage. Avec ses amis et voisins, ils ont pensé créer une communauté religieuse. Et puis l&#8217;exemple de Waco les en a dissuadés. Alors Cathy reste avec sa mère impotente à la voix métallique. Huis clos dans une roulotte au milieu du désert. La jeune fille étudie par correspondance. Elle veut devenir infirmière. Son ordinateur est resté allumé. On peut y lire: &laquo;&nbsp;Pourquoi McVeigh n&#8217;est pas un terroriste.&nbsp;&raquo; C&#8217;est une gamine de 17 ans qui est à l&#8217;origine d&#8217;un des pamphlets les plus violents jamais écrits par les milices&#8230; Quelques jours avant que le train Miami-Los Angeles ne déraille, un avertissement est arrivé sur le fax de Sheila Reynolds. Il mettait en garde contre &laquo;&nbsp;un possible attentat du gouvernement fédéral contre le peuple d&#8217;Arizona dans un avenir proche&nbsp;&raquo;. Certaines milices avaient reçu un message similaire avant l&#8217;attentat d&#8217;Oklahoma City. La petite Cathy a dû y voir un signe annonciateur de l&#8217;Armaguedon, la grande bataille de l&#8217;Apocalypse, où les forces du Bien affronteront celles de l&#8217;Antéchrist et délivreront enfin sa mère de cette voix de rocaille.</p>
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