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	<title type="text">Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerreAmérique du sud » Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerre</title>
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	<updated>2012-05-09T09:49:04Z</updated>

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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Nabil, n° 238 à Guantánamo]]></title>
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		<updated>2011-04-04T14:24:17Z</updated>
		<published>2009-01-22T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[A Guantánamo, la nuit, Nabil rêve de l&#8217;ogresse. Cette tante qui l&#8217;a recueilli lorsqu&#8217;il a quitté la France pour l&#8217;Algérie, à la mort de son père. Comme un mauvais génie,]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/nabil-n%c2%b0-238-a-guantanamo"><![CDATA[<p>A Guantánamo, la nuit, Nabil rêve de l&#8217;ogresse. Cette tante qui l&#8217;a recueilli lorsqu&#8217;il a quitté la France pour l&#8217;Algérie, à la mort de son père. Comme un mauvais génie, elle envahit l&#8217;isolement total de sa cellule métallique, dans la lumière bleutée des néons qui ne cessent jamais de clignoter. Il n&#8217;arrive pas toujours à chasser la vision de cette femme qui, lorsque ses neveux lui demandaient à manger, relevait ses jupes jusqu&#8217;à la taille et disait: «Vous avez vu quelque chose de comestible?» avant de les envoyer voler sur le marché. Les jours de bombance, elle fracassait une pastèque sur les tomettes, avant de s&#8217;accroupir au milieu des éclats de chair rose qu&#8217;elle dévorait à même le sol. Allongé sur le lit d&#8217;acier de sa cellule du camp 6, construit selon le modèle des prisons les plus sécurisées d&#8217;Amérique, Nabil ne cesse de penser à la terrible tante qui incarne désormais ce pays qui lui fait si peur: l&#8217;Algérie.</p>
<p>Depuis plus d&#8217;un an et demi, pour des raisons aussi obscures et arbitraires que celles qui ont motivé son incarcération, Nabil Hadjarab, 29 ans, numéro d&#8217;écrou 238, est «libérable», à condition de trouver un pays d&#8217;accueil. Il supplie qu&#8217;on ne le renvoie pas en Algérie, où il ne connaît plus personne et où il redoute l&#8217;accueil qui lui serait réservé. Les hasards des allers- retours de son père entre la France et l&#8217;Algérie l&#8217;ont fait naître algérien. Mais tous ses frères et soeurs sont français. Alors il rêve de retourner en France, où il a vécu jusqu&#8217;à l&#8217;âge de 9 ans. La France, elle, examine son cas sans enthousiasme: prôner un accord européen pour régler le sort des détenus de Guantánamo? Bien sûr. Mais pourquoi s&#8217;embarrasser d&#8217;un islamiste de plus, fût-il blanchi par l&#8217;armée américaine&#8230; Personne ne sait de quel crime Nabil est accusé. Pas même son avocate. Son dossier est classé «secret-défense». Pas d&#8217;inculpation. Pas de procès. Un régime de détention rédigé en volapük de l&#8217;absurde, où les tentatives de suicide s&#8217;appellent «comportement autodestructeur-manipulateur», où l&#8217;on n&#8217;est pas un «prisonnier de guerre» avec les droits qui vont avec, mais un «ennemi combattant illégal». Où l&#8217;on est «en iso» à l&#8217;intérieur du «wire» (barbelé), et où l&#8217;on risque à tout moment de se faire «erfer», c&#8217;est-à-dire écraser au sol par la «ERF», «force de réaction extrême», si on ne respecte pas les mille consignes qui changent sans prévenir.</p>
<p>Au printemps 2007, un administrative review board, un «conseil d&#8217;examen administratif», a reconnu que Nabil ne représentait pas de menace pour les Etats-Unis. Et qu&#8217;il ne détenait aucune information utile à la «guerre contre le terrorisme». Un «tribunal de révision du statut de combattant» avait déjà admis en 2006 que l&#8217;un des soldats qui conduisaient son interrogatoire l&#8217;avait confondu avec un autre détenu qui avait fréquenté un camp d&#8217;entraînement près de Kandahar&#8230; Mais si le jeune homme est libérable, c&#8217;est parce qu&#8217;il aurait dit «qu&#8217;il était désolé pour le 11-Septembre» et qu&#8217;il «ne savait pas que l&#8217;Afghanistan était un repaire de terroristes». Comme près d&#8217;une soixantaine des 245 prisonniers de Guantánamo, Nabil ne devrait plus être là. Comme les 17 prisonniers ouïgours qui ont fui l&#8217;oppression chinoise en Afghanistan, comme cet enfant violé par un chef de guerre afghan, comme ce membre des services secrets anglais torturé par son propre camp&#8230;</p>
<p>En 2007, il a été reconnu que Nabil ne représentait pas un danger pour les Etats-Unis.  </p>
<p>Le chauffeur de Ben Laden, Salim Hamdan, qui a côtoyé l&#8217;ennemi public numéro un pendant toute la période de l&#8217;offensive américaine en Afghanistan, vient, lui, de retrouver sa famille au Yémen. Car une décision de la Cour suprême des Etats-Unis par cinq voix contre trois a invalidé la création des tribunaux militaires dont il était le premier «client». Mais eux, les «ex»-combattants illégaux, sont toujours ici, au secret, dans les limbes juridiques de ce bagne qui continue à faire appliquer ses règles impitoyables.</p>
<p>Cori Crider, l&#8217;avocate de Nabil, n&#8217;a toujours pas osé dire à ses 31 clients que l&#8217;administration pénitentiaire a aussi trouvé une périphrase pour désigner «ceux qui ne devraient plus être là»: ils s&#8217;appellent «les prisonniers en détention militaire non punitive». Bientôt sept ans que Nabil est retenu dans ce lieu qu&#8217;invoquent les dictateurs de la planète pour rejeter les leçons de morale de l&#8217;Occident. Qu&#8217;il y subit le walling (le fait d&#8217;être projeté contre un mur), les humiliations sexuelles et religieuses, toutes ces méthodes dont on a découvert qu&#8217;elles s&#8217;inspiraient directement des techniques d&#8217;interrogatoire de la Chine communiste pendant la guerre de Corée&#8230; Et qui risquent de compromettre le procès des seuls véritables gros poissons de Guantánamo, dont Khaled Cheick Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11-Septembre&#8230; Et pourtant le jeune homme préfère rester dans le goulag offshore de l&#8217;Amérique en rêvant à ses papiers français plutôt que de retourner en Algérie. «Paradoxalement, on s&#8217;est battu pendant sept ans pour faire sortir nos clients de ce bagne, et aujourd&#8217;hui on doit parfois lutter pour qu&#8217;ils y restent»: Cori Crider, la jeune avocate de Nabil, partage les angoisses de son client. Car c&#8217;est parfois avec plusieurs jours de retard, et par la presse, que les avocats apprennent le transfert secret de leurs clients. Elle n&#8217;a pas oublié Abdallah ben Omar al-Hajji, renvoyé en Tunisie en avril 2007 après un interrogatoire poussé au cours duquel il fut drogué et où on menaça de violer sa femme. Il a fini par signer une fausse confession qui l&#8217;a conduit (pour combien de temps?) dans les geôles de Ben Ali. Quant à ses clients libyens, ils ont tout bonnement disparu de la surface de la terre&#8230;</p>
<p>La première fois que Cori, 27 ans, a rendu visite à Nabil, elle ne lui a posé aucune question. Cela faisait plusieurs heures qu&#8217;il l&#8217;attendait les pieds enchaînés dans la hutte de bois des visites. On l&#8217;avait prévenu qu&#8217;il avait une «réservation», un mot qui désigne à la fois un interrogatoire et une visite d&#8217;avocat. Au cours des premières années, les agents des services de renseignement se faisaient parfois passer pour des avocats; alors est-il presque impossible d&#8217;instaurer la confiance. «Je me suis excusée deux fois, parce que je suis américaine et parce que je viens du Texas.» La frêle jeune femme blonde, coiffée «par respect» d&#8217;un petit foulard, est peu à peu devenue «la voix de ceux qui n&#8217;ont pas de voix». Tous ses clients acceptent de l&#8217;écouter. Même les Yéménites (qui représentent 100 des 245 détenus à Guantánamo aujourd&#8217;hui), qui viennent parfois des régions reculées et très pieuses de l&#8217;Hadramaout. Elle leur apporte de petits plats: «A ceux qui se méfient toujours, je dis qu&#8217;ils n&#8217;ont qu&#8217;à me considérer comme la fille qui livre les pizzas.» Au début, les parents de Cori, des scientifiques peu politisés, ont été surpris par l&#8217;engagement de leur fille. Mais petit à petit ils se sont intéressés aux cas des prisonniers de Guantánamo. Comme celui de cet ex-détenu qui est venu les chercher à l&#8217;aéroport alors qu&#8217;ils rendaient visite à leur fille: Bishar al-Rawahi, un intermédiaire entre les services secrets britanniques et l&#8217;islamiste Abou Qatada, envoyé par erreur au bagne cubain alors qu&#8217;il était en mission pour le MI5&#8230; Nabil, peut-être parce qu&#8217;il est un ancien enfant battu, n&#8217;a jamais voulu parler à Cori des mauvais traitements qu&#8217;il a subis. Elle n&#8217;a jamais insisté. D&#8217;ailleurs, en principe, elle n&#8217;a le droit de lui parler de rien: ni de ce qui se passe dans le monde ni de ce qui n&#8217;est pas directement lié à son affaire. En principe, la caméra qui filme leurs rencontres n&#8217;est pas censée enregistrer ce qu&#8217;ils se disent. Mais, à Guantánamo, les avocats aussi se méfient de la police militaire. Alors, pour ne pas risquer d&#8217;enfreindre les règles, il lui montre les progrès qu&#8217;il fait en anglais et évoque un peu sa famille, son enfance.</p>
<p>Sa naissance à Aïn Taya, en Algérie, le 21 juillet 1979, une ville qu&#8217;il ne connaît pas puisqu&#8217;il quitte aussitôt l&#8217;Algérie pour la France lorsque son père, Saïd, qui a servi dans l&#8217;armée française, décide d&#8217;ouvrir un petit café dans la banlieue de Lyon. Un jour, les services sociaux découvrent l&#8217;enfant, prostré, affamé, malade et couvert de gale. On le place dans une famille d&#8217;accueil, chez des Témoins de Jéhovah&#8230; C&#8217;est la période la plus heureuse de sa vie. Mais six ans plus tard son père le reprend et l&#8217;emmène en Algérie, où il est recueilli par sa terrible tante. En 1999, le jeune homme rentre enfin à Vénissieux. Son demi- frère, Hakim, se souvient d&#8217;un gentil gosse qui aimait sortir et boire, peu religieux. Mais Nabil n&#8217;a pas de papiers. Parcours classique de ce jeune garçon introverti et très seul qui se cherche des modèles. De la mosquée de Vénissieux à celle de Finsbury Park, à Londres &#8211; celle d&#8217;Abou Hamza, le sinistre prédicateur intégriste, qui l&#8217;enrôle pour l&#8217;Afghanistan: «C&#8217;était une proie si facile, explique Hakim. Il était comme de la pâte à modeler entre leurs mains.» Ensuite, dans les quelques documents officiels déclassifiés, on perd sa trace. On comprend tout juste que l&#8217;armée américaine l&#8217;accuse d&#8217;avoir reçu un entraînement militaire dans deux camps afghans, à Jalalabad et à Tora Bora. Selon son dossier, Nabil aurait été arrêté en décembre 2001 et remis aux forces de l&#8217;Alliance du Nord. Puis, après un passage par la prison de Kandahar, il est arrivé à Guantánamo en février 2002. Dans les cages exposées à tous vents du Camp X-Ray, aujourd&#8217;hui désertées, il est placé à côté d&#8217;un autre gars de Vénissieux, Mourad Benchellali. Leur parcours, de la mosquée Finsbury aux camps d&#8217;entraînement des montagnes afghanes, est en tout point semblable&#8230; Mais Mourad a la chance d&#8217;être français, alors il ne passera que deux ans et demi à Guantánamo&#8230; Il se souvient des quelques semaines où il a côtoyé Nabil: «Il me parlait de sa famille d&#8217;accueil, des chrétiens qu&#8217;il aurait aimé revoir, de la violence de son père. Et puis on essayait d&#8217;évoquer des choses agréables, nos endroits préférés à Lyon&#8230;» C&#8217;est là aussi que les deux hommes ont commencé à vraiment s&#8217;intéresser au Coran, le seul livre mis à leur disposition. «Nous commentions la sourate de Youssouf qui est jeté dans un puits et qui réussit à faire de son enfermement une expérience enrichissante.» Le seul sujet tabou, c&#8217;était la politique. «Notre expérience nous a rendus moins naïfs. On avait compris qu&#8217;il y a des manipulateurs et des gens bien partout. Dans les camps d&#8217;Afghanistan comme à Guantánamo. Des tortionnaires, qui adoraient nous cracher dessus et nous frapper, mais aussi des gens qui nous plaignaient&#8230;» Aujourd&#8217;hui, Mourad s&#8217;inquiète pour son camarade d&#8217;infortune: «J&#8217;espère qu&#8217;il a gardé la raison&#8230;» Selon les informations qu&#8217;a pu glaner Cori justement chez ces gardiens compatissants, Nabil n&#8217;est pas devenu fou: il joue un peu au foot, fait du sport dans sa cellule. Mais ce qui étonne le plus l&#8217;avocate, c&#8217;est qu&#8217;il ne soit pas devenu amer: «Il ne met pas tous les Occidentaux dans le même sac&#8230; Si les gens pouvaient avoir l&#8217;esprit aussi ouvert à propos des détenus de Guantánamo&#8230;»</p>
<p>Les avocats aussi se méfient de la police militaire.  </p>
<p>Fermer Guantánamo: Barak Obama s&#8217;y est engagé. Mais combien de temps cela prendra-t-il encore? On a évoqué la date de décembre 2009. Mais le collège de personnalités indépendantes qui deva examiner le cas de chaque détenu n&#8217;a pas encore été nommé. Une fois les centaines de milliers de pages des interrogatoires et des documents examinées, il restera à convaincre l&#8217;Europe et leurs pays d&#8217;origine d&#8217;accueillir les prisonniers marqués au fer rouge de la militance islamiste. Il faudra changer les lois américaines pour autoriser les Etats-Unis à accorder l&#8217;asile aux détenus ouïgours. Inventer un tribunal qui pourra juger les 14 «cibles de très haute valeur». Car ces prisonniers très importants n&#8217;ont fait leur apparition à Guantánamo qu&#8217;en 2006. Jusque-là, ils ont été torturés dans les centres secrets de la CIA, qui leur a extorqué des aveux que les tribunaux civils américains ne pourront pas considérer comme recevables. On l&#8217;a bien vu en mai 2008, quand certains des chefs d&#8217;accusation retenus contre Mohammed al-Qahtani, soupçonné d&#8217;être le vingtième pirate de l&#8217;air des attaques du 11-Septembre, ont été abandonnés de façon inexpliquée.</p>
<p>Cori n&#8217;est pas rassurée: «Et si le nouveau président ne voulait pas être perçu comme l&#8217;homme irresponsable qui s&#8217;apprêtait à ouvrir les portes de toutes les bagnes de l&#8217;ère Bush?» La jeune avocate sait bien que Guantánamo n&#8217;est qu&#8217;une des pièces du dispositif totalitaire déployé par les faucons de la précédente administration. Elle sait qu&#8217;il faudra aussi en finir avec les geôles secrètes de la CIA, les navires-prisons, les kidnappings extra-judiciaires, les dictatures complices où l&#8217;on délocalise la torture. Faire sortir aussi des oubliettes de l&#8217;armée les 700 prisonniers de Bagram, en Afghanistan, qui n&#8217;ont jamais vu un avocat. Réduire à néant tout le dispositif illégal de guerre mis en place par l&#8217;administration Bush et dont on mettra de longues années, jalonnées de décisions de justice, à se débarrasser. Nabil, lui, attend. Dans sa cellule d&#8217;acier du camp 6, sans air ni lumière, il attend qu&#8217;on le libère enfin de son si long cauchemar&#8230;</p>
<p>Encadrés:</p>
<p>Barack Obama a reconnu avant son investiture, que fermer rapidement Guantánamo représentait «un défi». «Je crois que cela va prendre un certain temps et nos équipes de juristes travaillent avec les responsables de la sécurité nationale, pour arriver à savoir exactement ce que nous allons faire», a-t-il prudemment déclaré. En attendant, le procès des cinq hommes accusés d&#8217;avoir organisé les attentats du 11- Septembre a commencé à Guantánamo.  </p>
<p>Près de 800 personnes ont été détenues à Guantánamo, dans la plupart des cas sans inculpation ni jugement. Environ 245 détenus s&#8217;y trouvent toujours. Hors Guantánamo, la CIA a aussi détenu secrètement un nombre indéterminé d&#8217;individus. On reste toujours sans nouvelles d&#8217;une trentaine de personnes. (Source: Amnesty International)  </p>
<p>Cori Crider défend 31 des prisonniers de Guantánamo. Le 11 septembre 2001, elle était encore sur les bancs de la fac de droit à Harvard. Une fois son diplôme en poche, elle se fait embaucher par Clive Clifford Smith, un avocat spécialisé dans la défense des condamnés à mort, noirs et pauvres, et l&#8217;un des premiers à s&#8217;intéresser au sort des prisonniers de Guantánamo.  </p>
<p>Paris avait d&#8217;abord demandé un accord global européen pour régler le sort des détenus de Guantánamo. Bernard Kouchner envisage désormais d&#8217;«examiner favorablement» les demandes d&#8217;asile de prisonniers non français détenus dans le camp. Le Quai-d&#8217;Orsay précise que ces demandes seraient étudiées «au cas par cas».  </p>
<p>Salim Hamdan, le chauffeur personnel de Ben Laden, a été relâché en janvier, après avoir passé cinq ans et demi, dans la prison de Cuba. Il a été le premier détenu jugé par une commission militaire américaine à Guantánamo. Pour l&#8217;accusation, qui avait requis une peine de trente ans d&#8217;emprisonnement, sa libération est un vrai camouflet.  </p>
<p>Erik Saar, interprète de l&#8217;armée américaine, est le premier soldat à raconter dans son livre, «Inside the Wire», les humiliations d&#8217;ordre sexuel infligées aux détenus à Guantánamo. Striptease et utilisation de faux sang menstruel par des geôliers femmes qui en barbouillent le visage des prisonniers.  </p>
<p>SARA DANIEL</p>
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		<published>2009-01-01T00:00:00Z</published>
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/le-piege-de-guantanamo"><![CDATA[<p>Fermer le bagne de Guantanamo en janvier 2010 : Barack Obama en avait fait l&#8217;un de ses principaux objectifs pendant sa campagne. Il fallait tourner l&#8217;une des pages les plus sombres de l&#8217;administration Bush, anéantir le symbole le plus visible de l&#8217;arbitraire. L&#8217;existence même de la prison, avait-il expliqué, amenait de nouvelles recrues aux terroristes. Malgré sa détermination, il aura donc échoué. Trop d&#8217;obstacles juridiques, trop de résistance au sein du Congrès. Et une quadrature du cercle énoncée par le président lui-même : que faire de ces prisonniers très dangereux pour les Etats-Unis ? Les juger ? Mais comment, dès lors que leurs aveux ont été extorqués sous la torture ?</p>
<p>Les Etats-Unis n&#8217;apureront pas facilement le très lourd passif de l&#8217;ère Bush : les prisons secrètes de la CIA, ou «renditions» , cette sous-traitance de la torture des ennemis de l&#8217;Amérique confiée à des dictatures. Un des collaborateurs d&#8217;Obama, Gregory B. Craig, l&#8217;a bien compris. Avocat de la Maison-Blanche, il avait élaboré le décret devant conduire à la fermeture du bagne tropical. Dépité, il vient de démissionner. Il n&#8217;y a pas que Guantanamo qui perdure. En Afghanistan, dans la prison sous administration américaine de Bagram, 620 prisonniers n&#8217;ont toujours pas vu d&#8217;avocat. Pour «améliorer» leurs conditions de détention, les Etats-Unis viennent de faire construire un nouveau pénitencier. Coût : 60 millions de dollars&#8230;</p>
<p>Evolution positive</p>
<p>Autre sujet d&#8217;inquiétude pour les organisations de défense des droits de l&#8217;homme : une loi promulguée par Barack Obama en octobre dernier permet de bloquer la diffusion de photographies de prisonniers torturés, en violation du Freedom Act que les organisations américaines utilisent pour avoir accès aux dossiers de la CIA, du Pentagone ou du Département d&#8217;Etat. Le gouvernement américain veut empêcher la divulgation de photos de détenus subissant des abus sexuels à la prison d&#8217;Abou Ghraib. Le président Obama avait dans un premier temps accepté leur diffusion. Mais après avoir consulté le secrétaire à la Défense Robert Gates, il aurait changé d&#8217;avis pour ne pas mettre davantage en danger les soldats américains qui se battent en Irak et en Afghanistan.</p>
<p>Il y a aussi, bien sûr, quelques évolutions positives : cinq des principaux responsables du 11-Septembre détenus aujourd&#8217;hui à Guantanamo, dont Khaled Cheikh Mohammed, seront bientôt jugés à New York par un tribunal de droit commun, malgré les protestations de représentants républicains dont le maire de New York à l&#8217;époque de l&#8217;attentat, Rudolph Giuliani. A Bagram, certains prisonniers peuvent désormais recevoir des visites de leur famille. Mais on le sait aujourd&#8217;hui : il faudra des années pour en finir avec tout le système de coercition illégal mis en place par l&#8217;administration Bush dans sa croisade contre le terrorisme.</p>
<p>Sara Daniel</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Cuba : jusqu’où ira Raúl ?]]></title>
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		<updated>2011-04-04T20:01:12Z</updated>
		<published>2008-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Pour les Menendez, l&#8217;approche a été progressive. Par circonvolutions, coups d&#8217;oeil timides dans les rayons de Dita, le magasin le mieux fourni de La Havane, Galerias del Paséo. Au début,]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2008/01/cuba-jusqu-ou-ira-raul"><![CDATA[<p>Pour les Menendez, l&#8217;approche a été progressive. Par circonvolutions, coups d&#8217;oeil timides dans les rayons de Dita, le magasin le mieux fourni de La Havane, Galerias del Paséo. Au début, Hanna osait à peine s&#8217;approcher. Elle languissait devant les alignements de Cocote-Minute Wanjiu ou les machines à laver coréennes. Non parce qu&#8217;elle n&#8217;avait pas d&#8217;argent. Son père, un ancien professeur d&#8217;allemand à l&#8217;université, travaille aujourd&#8217;hui avec des groupes de touristes. Alors, dans ce pays aux mondes et aux économies parallèles, les Menendez sont passés de l&#8217;autre côté du miroir, loin des pénuries, des mauvaises savonnettes des magasins d&#8217;Etat aux rayonnages aussi arides que ceux des brousses africaines, et des pesos qui n&#8217;achètent rien. Non, c&#8217;est par peur qu&#8217;elle n&#8217;a pas osé sortir de sa poche les pesos convertibles qui, entre deux coupures de courant, lui auraient acheté une tranche de chinese way of life .</p>
<p>Hanna, comme la majorité de ses compatriotes, est toujours habitée par cette angoisse sourde dont on ne sait pas encore, dans le Cuba de Raúl, s&#8217;il faudra apprendre un jour à s&#8217;en débarrasser. Car les fameux décrets qui permettent désormais aux Cubains d&#8217;acheter des ordinateurs, d&#8217;ouvrir une ligne de portable ou d&#8217;entrer dans les hôtels réservés jusque-là aux touristes n&#8217;ont toujours pas été publiés. Pendant des semaines, le père de Hanna a scruté le quotidien «Granma», la «Pravda» cubaine, pour trouver la confirmation écrite des changements annoncés. En vain. Et si le gouvernement revenait sur ses décisions ? L&#8217;oncle Menendez, qui en a pourtant vu d&#8217;autres puisqu&#8217;il a fait un séjour dans les prisons de Guantanamo, le bagne cubain qui n&#8217;a rien à envier à son voisin de la base américaine, a rappelé les mauvais souvenirs de l&#8217;opération Maceta dans les années 1990, lorsque le gouvernement avait confisqué l&#8217;électroménager de ceux qui étaient accusés d&#8217;«enrichissement illicite» puisque leur salaire ne leur permettait pas de payer ces nouveaux équipements. Comme on ne se débarrasse pas d&#8217;un réflexe que l&#8217;on a fini par se transmettre comme un trait de caractère, les Menendez ont pris leurs précautions. La cocote a été inscrite au nom du petit dernier et c&#8217;est la grand-mère, qui ne voit plus très bien, qui est la propriétaire du lecteur de DVD. En attendant&#8230; Car les Cubains pragmatiques attendent de voir ce que l&#8217;avenir et le gouvernement de Raúl leur réservent.</p>
<p>Pour l&#8217;instant, le pays retient son souffle et hausse les épaules lorsque l&#8217;on rapporte une énième rumeur annonçant un changement ou une réforme à venir. Même les paysans, à qui l&#8217;on a concédé la culture privée de lopins de terre, se demandent si le gouvernement n&#8217;a pas trouvé là un moyen de leur faire défricher des terres en jachère pour mieux les leur confisquer lorsqu&#8217;elles seront fertiles. Et si «le Vieux» revenait ?, s&#8217;inquiètent certains. Car Fidel, tel un fantôme, fait des apparitions régulières dans les colonnes de «Granma». Il y évoque le réchauffement climatique, commente les primaires américaines et, parfois, tape d&#8217;un poing symbolique et rétablit le curseur de l&#8217;idéologie. Ce qui fait dire aux Cubains que «Papa» est devenu le premier opposant à disposer d&#8217;une tribune dans la presse du régime. Les Cubains sentent confusément qu&#8217;il n&#8217;y aura pas de tournant idéologique tant que la figure tutélaire de Fidel sera là. Personne ne voudrait prendre le risque de se faire rappeler à l&#8217;ordre par celui qui incarne la Révolution. Celui qui a survécu à dix présidents américains, qui a réussi à «humilier les Yankees» en 1961, et qui a tenu un rôle majeur dans le scénario presque catastrophe- troisième guerre mondiale évitée de justesse &#8211; de la crise des missiles en 1962.</p>
<p>Les changements annoncés par Raúl sont-ils «une tactique pour gagner du temps» , comme l&#8217;a déclaré Carlos Gutierrez, le secrétaire d&#8217;Etat américain au Commerce, dont la famille a fui la Havane en 1960 ? Yoani Sánchez, une blogueuse de 32 ans qui raconte sa vie quotidienne dans le monde ubuesque d&#8217;une des dernières utopies socialistes et dont le blog, lu chaque mois par des millions d&#8217;internautes, lui a valu d&#8217;être choisie par «Time Magazine» parmi les 100 personnes les plus influentes du monde, n&#8217;est pas loin de le penser. Couvrant le brouhaha d&#8217;une gargote du Vedado par sa voix claire où chaque mot sonne comme une déclaration de désobéissance, cette jeune femme gracile affirme que si Cuba a changé, cela s&#8217;explique plus par le retrait de Fidel, le père fondateur de la vie politique, que par les petits changements autorisés par Raúl et qui n&#8217;ont fait que légaliser un état de fait : les riches Cubains qui écoutent du jazz dans les jardins de l&#8217;Hotel Nacional sont les mêmes que ceux d&#8217;hier, et ils disposaient d&#8217;ordinateurs et de portables bien avant que Raúl n&#8217;en autorise l&#8217;acquisition.</p>
<p>«Le changement principal, c&#8217;est celui qui s&#8217;est opéré dans l&#8217;esprit des Cubains lorsqu&#8217;ils ont appris que Fidel renonçait à diriger l&#8217;Etat. La peur a commencé à se dissiper et les langues se sont déliées. Raúl a donc concédé ces petits «changements» pour conserver le pouvoir. Mais c&#8217;est une décision risquée : le système cubain a une structure si baroque que si une pièce tombe, tout l&#8217;édifice peut s&#8217;effondrer&#8230;» , analysela blogueuse. D&#8217;autant que l&#8217;effet principal de ces nouvelles permissions est d&#8217;étaler aux yeux de chacun les disparités de revenus qui existent dans la société cubaine. Personne ici n&#8217;a oublié que le combat contre l&#8217;inégalité et le contrôle des richesses par une infirme minorité était, il y a un demi-siècle, l&#8217;un des objectifs prioritaires des révolutionnaires de la Sierra Maestra.</p>
<p>Selon le journaliste et opposant Reinaldo Escobar, le mari de Yoani Sanchez, il y a des années que les slogans révolutionnaires qui couvrent encore les murs de La Havane &#8211; «Nous bâtirons la société la plus juste au monde» &#8211; sont contredits par la réalité. Car c&#8217;est au cours de la «période spéciale», imposée en 1990 par l&#8217;effondrement du bloc soviétique, que le gouvernement &#8211; contraint d&#8217;ouvrir le pays aux touristes et aux investisseurs étrangers pour se procurer des devises &#8211; a donné naissance à cette économie duale, à ce pays coupé en deux. «D&#8217;un côté, les Cubains qui travaillent dans les hôtels, payés en pesos convertibles, qui bénéficieront des nouvelles mesures. De l&#8217;autre, ceux qui doivent se contenter d&#8217;un salaire mensuel compris entre 15 et 20 dollars&#8230;»</p>
<p>Depuis, c&#8217;est vrai, le Venezuela a remplacé la Russie dans le rôle de bienfaiteur de la dictature tropicale. Contre les services des médecins et des entraîneurs sportifs cubains, Hugo Chavez a fourni à ses compañeros 92 000 barils de pétrole par jour et une aide d&#8217;une valeur de 1,5 milliard de dollars en 2007. Mais pourquoi, alors, prendre le risque de reconnaître des disparités sociales dont le spectacle pourrait déstabiliser le régime ? Raúl, lider minimo , serait-il un Gorbatchev des tropiques, prêt à réformer le régime de l&#8217;intérieur ? Personne, à Cuba, ne semble le croire. «Il apparaît plutôt , avance un écrivain, comme l&#8217;exécuteur testamentaire d&#8217;un frère qui l&#8217;a dominé et humilié pendant toute sa vie.» Personnage paradoxal, Raúl le terrible n&#8217;est pas connu pour ses états d&#8217;âme ou son ouverture d&#8217;esprit. Il n&#8217;a pas hésité à faire fusiller son meilleur ami, le général Arnoldo Ochoa &#8211; exécuté en 1989 avec trois autres officiers pour trafic de drogue et trahison &#8211; dont le véritable crime était peut-être d&#8217;avoir souhaité l&#8217;ouverture du régime. Mais cet homme dépourvu de charisme est aussi un pragmatique qui rêve d&#8217;appliquer à Cuba les méthodes des exploitations agricoles contrôlées par l&#8217;armée, et qui semble avoir observé de près les expériences chinoise et vietnamienne.</p>
<p>Raúl l&#8217;a compris après le référendum au Venezuela de décembre dernier qui a empêché Hugo Chavez de changer la Constitution pour se maintenir indéfiniment au pouvoir : l&#8217;aide du voisin «bolivarien» pourrait ne pas durer toujours. Et son interruption serait une catastrophe pour Cuba qui a importé l&#8217;année dernière pour 1,6 milliard de dollars de nourriture. L&#8217;autre moteur des «changements» introduits par Raúl, c&#8217;est le mécontentement populaire, en particulier celui de la génération internet qui échange des critiques sur le régime par clef USB, apostrophe le président de l&#8217;Assemblée nationale, Ricardo Alarcon, filme l&#8217;altercation et la met en ligne sur U-Tube. Cette cyber-opposition, représentée par Yoani Sanchez, est si difficile à contrôler et si marginale, dans un pays où les ordinateurs sont une curiosité, que le pouvoir a décidé de la tolérer, au grand dam de la communauté cubaine de Miami qui va jusqu&#8217;à présenter la jeune femme comme un agent des Castro ! «Raúl ne sait pas jusqu&#8217;ou il faut ouvrir pour conserver le pouvoir. Il tâtonne, il cherche jusqu&#8217;où ne pas aller trop loin pour sauvegarder le régime» , explique Miriam Leiva, fondatrice des Dames en blanc, un groupe d&#8217;épouses de prisonniers politiques qui organisent des manifestations pacifiques, sous l&#8217;étroite surveillance des autorités qui ont clairement défini les lignes rouges à ne pas franchir. Devant l&#8217;église Santa Rita, à Miramar, les manifestantes, qui ont été arrêtées quelques semaines auparavant, peuvent aujourd&#8217;hui s&#8217;exprimer mais toutes leurs déclarations &#8211; et les conversations avec leurs interlocuteurs &#8211; sont filmées par la police politique.</p>
<p>Personne ne croit ici que le modèle chinois, mélange d&#8217;ouverture économique et de dictature politique, dont la section des intérêts américains fait la publicité sur l&#8217;île auprès des opposants, soit applicable à Cuba. Oscar Espinosa Chepe, qui fut un économiste du régime avant d&#8217;être envoyé à Guantanamo en 2003 parce qu&#8217;il réclamait les «changements» qu&#8217;envisage aujourd&#8217;hui Raúl, y croit moins que tout autre. «Le contrôle monolithique des esprits en échange de la liberté économique ne peut fonctionner à Cuba , estime-t-il. Il conduirait inexorablement à la liberté politique. Nous sommes trop près des Etats-Unis. Et trop différents des Chinois&#8230;»</p>
<p>_______________________________________</p>
<p>«Generacion Y»</p>
<p>Extraits du blog de Yoani Sanchez</p>
<p>5 mars 2008. Nous attendons toujours le mea culpa</p>
<p>J&#8217;ai remarqué depuis plusieurs années déjà qu&#8217;on a laissé tomber l&#8217;usage de phrases comme «excuse-moi», «pardon», «je suis désolé». [...] Une phrase de ce genre, c&#8217;est évident, ne résout pas le problème, mais donne au moins l&#8217;impression qu&#8217;il n&#8217;y a pas de malveillance dans le mauvais service. Le record absolu d&#8217;excuses à présenter est détenu par les bureaucrates et les politiciens. [...] Nous attendons toujours le mea culpa pour l&#8217;offensive révolutionnaire de 1968, l&#8217;atrocité des meetings anti-dissidents, pour la dépendance soviétique, pour les désastreux projets économiques successifs qui nous ont conduits à l&#8217;asphyxie productive. La liste est si longue et si dramatique qu&#8217;elle impose plus que des excuses, un acte prolongé d&#8217;«autoflagellation publique».</p>
<p>25 février 2008. A la recherche de la «pierre de Rosette»</p>
<p>Hier, je me suis sentie comme l&#8217;égyptologue français Champollion, essayant de déchiffrer chaque mot, chaque nouvelle personne ayant pris place dans le groupe gouvernemental. Même si je n&#8217;ai pas encore réussi à interpréter tout ce qui vient de se passer, je peux déjà identifier quelques signaux et de possibles futurs indices. Le fait, par exemple, que Machado Ventura soit maintenant notre vice-président montre que nous n&#8217;allons pas vers davantage de flexibilité, ou vers l&#8217;apparition d&#8217;une nouvelle génération. Orthodoxie, verticalité et fidélité extrême sont les seules choses qui semblent caractériser celui qui, il y a déjà presque une décennie, a signé une très fameuse directive interdisant les arbres de Noël dans les endroits publics.</p>
<p>19 février 2008. Plus légère&#8230;</p>
<p>On ne me laisse pas dormir depuis 3 heures du matin. Le téléphone a commencé à sonner quelques minutes après la publication sur la page web du «Granma» des dernières réflexions de Fidel Castro. [...] Toute ma vie, j&#8217;ai eu le même président. Pas seulement moi mais ma mère et mon père, nés respectivement en 1957 et en 1954, ne se souviennent d&#8217;un autre que celui qui a renoncé à ses charges aujourd&#8217;hui. [...] Bien que je tombe de sommeil, j&#8217;arrive à me rendre compte qu&#8217;aujourd&#8217;hui, un cycle vient de se refermer. [...]. Pour le moment, je ferme les yeux et déjà, je me sens plus légère.</p>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Tortionnaires Sans Frontières]]></title>
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		<updated>2011-04-04T20:01:39Z</updated>
		<published>2006-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[La lutte contre le terrorisme rend obsolètes les protections juridiques assurées aux prisonniers de guerre par les conventions de Genève : forte de cette certitude, l&#8217;administration Bush a décidé que]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2006/01/tortionnaires-sans-frontieres"><![CDATA[<p>La lutte contre le terrorisme rend obsolètes les protections juridiques assurées aux prisonniers de guerre par les conventions de Genève : forte de cette certitude, l&#8217;administration Bush a décidé que les services secrets américains avaient le droit d&#8217;enlever des « suspects » où bon leur semble, de les détenir au secret et de les transférer pour interrogatoire dans des pays où la torture a libre cours</p>
<p>Ce jour-là, il avait d&#8217;abord pensé envoyer dix avions pour attaquer les Etats-Unis. Khalid Cheikh Mohamed, le planificateur des attentats du 11-Septembre, a confessé aux agents de la CIA qu&#8217;il voulait aussi attaquer la côte Ouest, l&#8217;Etat de Californie et celui de Washington. Neuf des dix avions se seraient écrasés sur leurs cibles. Le dixième, c&#8217;est lui qui l&#8217;aurait piloté. A bord, il aurait tué tous les hommes adultes, puis il aurait contacté les médias et se serait posé sur un aéroport américain. Là il aurait fait un discours pour dénoncer la politique américaine au Moyen-Orient, avant de relâcher les femmes et les enfants. Mais Ben Laden a finalement jugé le plan de Khalid Cheikh Mohamed trop ambitieux&#8230;</p>
<p>On aurait pu penser que le gouvernement américain s&#8217;empresserait d&#8217;organiser un procès retentissant pour juger le cerveau des attentats du 11-Septembre. D&#8217;autant que « KCM », désigné par les Américains comme le numéro trois d&#8217;Al-Qaida, est aussi soupçonné d&#8217;avoir organisé l&#8217;assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, les attaques contre le destroyer américain « USS Cole » et les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie. Ou encore contre la synagogue de Djerba. Mais Khalid Cheikh Mohamed, le terroriste pakistanais éduqué en Caroline du Nord, a disparu.</p>
<p>Il est à ce jour le plus célèbre des prisonniers fantômes détenus par la CIA dans ses oubliettes secrètes. Après avoir déclenché une première guerre &#8211; en Afghanistan &#8211; pour répondre aux terribles attentats de New York et de Washington et invoqué les liens &#8211; inexistants &#8211; entre Saddam Hussein et Al-Qaida pour envahir l&#8217;Irak, l&#8217;administration américaine n&#8217;a toujours pas déféré à la justice celui qu&#8217;elle présente comme l&#8217;organisateur du 11-Septembre&#8230;</p>
<p>Le 30 septembre 2004, le président Bush reconnaissait certes que Khalid Cheikh Mohamed était « en prison ». Mais on ignore toujours où et quand exactement il a été arrêté. Seule une photo prouve son arrestation. On y voit le terroriste hagard, les cheveux hirsutes, semblant émerger d&#8217;un cauchemar. On reconnaît clairement son triple menton, sa moustache de croquemitaine et son torse poilu dépassant du tee-shirt.</p>
<p>On sait qu&#8217;il a d&#8217;abord été transféré du Pakistan au centre d&#8217;interrogatoires de la CIA, à Bagram, près de Kaboul, puis qu&#8217;il a été envoyé, quelques jours plus tard, vers une destination inconnue dissimulée sous le nom de code « Hotel California » : un porte-avions ou un centre de détention secret situé dans une de ces nations qui ont accepté d&#8217;accueillir les prisonniers &#8211; de la Thaïlande au Maroc en passant par l&#8217;Europe de l&#8217;Est. Cheikh Mohamed se trouve sans doute dans un nulle part où l&#8217;on ne distingue pas le jour de la nuit, le propre du sale ou le vrai du faux. Un lieu sans règles ni routine pour que les détenus ne s&#8217;habituent à rien. Un espace où l&#8217;on ne peut ni se tenir debout ni s&#8217;allonger. Et où les geôliers utilisent d&#8217;autres méthodes que celles autorisées par la loi américaine pour faire parler les détenus. Le water boarding, par exemple. Après avoir attaché le prisonnier sur une table inclinée, la tête à peine plus haut que les pieds, on lui enveloppe le visage de Cellophane et on l&#8217;asperge d&#8217;eau, ce qui le fait suffoquer et lui donne l&#8217;impression de se noyer. Peut-être inspirés par le général Massu qui avait testé lui-même la « gégène », des agents de la CIA ont testé sur eux le procédé. Ils n&#8217;ont pas tenu plus de quatorze secondes. Certains ont prétendu que Khalid Cheikh Mohamed avait enduré cette épreuve plus de deux minutes, à l&#8217;étonnement des experts chargés de mener l&#8217;interrogatoire&#8230;</p>
<p>Est-il légitime d&#8217;utiliser la torture contre des terroristes ? Sur les décombres du World Trade Center, le débat a vite quitté les bureaux des agents fédéraux ou des militaires et fait son chemin jusque dans les journaux de la plus puissante démocratie du monde. En novembre 2001, dans un éditorial de « Newsweek » titré : « Il est temps de penser à la torture », Jonathan Alter, qui passait jusque-là pour être assez libéral, se demandait s&#8217;il n&#8217;était pas licite d&#8217;« utiliser au moins la torture psychologique » ? Et le journaliste allait jusqu&#8217;à proposer quelques méthodes de son cru pour briser la résistance des terroristes, suggérant de « leur faire écouter des cris de lapins qui meurent » ou de « les envoyer en Arabie Saoudite, terre de décapitation ». Pour lui, ceux qui réprouvaient ces méthodes étaient des « «10-septembre», vivant dans un pays qui n&#8217;existe plus ».« Nous allons devoir songer à transférer certains suspects dans des pays alliés moins facilement scandalisés, même si c&#8217;est hypocrite », concluait Alter, précisant : « Personne n&#8217;a dit que ça allait être joli » (1).Quelques jours après le 11-Septembre, le vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney, n&#8217;avait-il pas déclaré lui-même à l&#8217;émission « Meet the Press » que le gouvernement devrait travailler « du côté obscur, silencieusement, sans discussions, en utilisant les sources et les méthodes de nos agences de renseignement » ?</p>
<p>Il faudra près de quatre ans, le travail opiniâtre des organisations de défense des droits de l&#8217;homme et la mobilisation d&#8217;une poignée de journalistes plus curieux que d&#8217;autres pour mettre au jour les sombres conséquences d&#8217;un système mis en place, entre autres, par Alberto Gonzales, lorsqu&#8217;il était conseiller de la Maison-Blanche. Avec pour objectif déclaré d&#8217;obtenir des informations dans les délais les plus brefs, quitte à agir dans le mépris le plus complet des droits des suspects. « Selon moi, le nouveau paradigme rend obsolètes les limitations strictes des conventions de Genève sur l&#8217;interrogatoire des prisonniers ennemis et rend vieillots certains de leurs articles », écrivait à George Bush, dans un mémo confidentiel révélé par « Newsweek », celui qui est devenu depuis le ministre de la Justice des Etats-Unis.</p>
<p>En février 2002, alertée sans doute par les scrupules de Colin Powell, la Maison-Blanche décidait finalement que les conventions de Genève s&#8217;appliqueraient à la guerre en Afghanistan, mais que les détenus d&#8217;Al-Qaida et les talibans ne bénéficieraient pas du statut de prisonnier de guerre. Après quoi, toujours selon les informations obtenues par « Newsweek », Bush signa un décret secret accordant de nouveaux pouvoirs à la CIA. Elle était autorisée à établir une série de prisons secrètes hors des Etats-Unis et à questionner leurs détenus avec une grande dureté. Washington négocia alors avec les pays concernés des accords garantissant l&#8217;immunité à ses fonctionnaires&#8230;</p>
<p>C&#8217;est ce réseau mondial de « tortionnaires sans frontières » qui livre aujourd&#8217;hui quelques-uns de ses secrets. Depuis les attentats du World Trade Center, les Etats-Unis ont détenu 80 000 personnes dans des prisons dispersées dans une vingtaine de pays, de l&#8217;Afghanistan jusqu&#8217;à la base de Guantanamo à Cuba. Aujourd&#8217;hui près de 14 500 « suspects » sont détenus au nom de la guerre contre le terrorisme dans ces « trous noirs » du droit international. Sans parler des « disparus », dont on ne connaît pas le nombre exact (dans son enquête du « Washington Post », Dana Priest évalue leur nombre à une centaine). Combien sont-ils à avoir été maltraités, torturés, privés de leurs droits, extradés vers des pays où ils ont été torturés ? Combien d&#8217;innocents arrêtés et brutalisés « par erreur », simplement parce qu&#8217;aux yeux de l&#8217;administration américaine et de ses alliés un suspect devient facilement un « combattant illégal », c&#8217;est-à-dire un détenu privé des protections élémentaires attachées au statut de « prisonnier de guerre » ?</p>
<p>Chaque semaine, de nouveaux récits des prisonniers libérés viennent ajouter leur touche au sombre tableau. Comme celui de Binyam Mohammed, 27 ans, qui dit avoir passé presque trois ans dans le réseau des prisons secrètes de la CIA après avoir été arrêté au Pakistan. Les seules charges retenues contre lui s&#8217;appuient sur la confession qu&#8217;on lui a extorquée sous la torture, notamment au Maroc, où un avion de la CIA l&#8217;avait déposé en juillet 2000. « L&#8217;un d&#8217;entre eux a pris mon pénis entre ses mains et a commencé à le taillader, confie-t-il dans le récit qu&#8217;il a fait à son avocat Clive Stafford Smith. Il l&#8217;a fait une fois puis s&#8217;est arrêté pour regarder pendant peut-être une minute. La douleur était terrible. Je pleurais en essayant désespérément de me supprimer&#8230; Ils ont dû faire cela entre 20 et 30 fois. Il y avait du sang partout. » Un ancien agent de renseignement confie qu&#8217;au sein de la CIA et parmi les membres du bureau des opérations clandestines beaucoup s&#8217;inquiètent. Car la torture et les enlèvements suivis de transferts clandestins sont non seulement moralement condamnables mais ils exposent les agents et les diplomates américains à des poursuites. Comme ces 22 officiers de la CIA mis en accusation en Italie pour avoir joué un rôle dans l&#8217;enlèvement de Hassan Moustafa Oussama Nasr (voir encadré p. 16).</p>
<p>En Afghanistan, plaque tournante du réseau de transfert des prisonniers de la CIA, le docteur Bidar est le directeur régional de la commission indépendante des droits de l&#8217;homme. A l&#8217;origine, il enquêtait sur les violences commises par les chefs de guerre afghans sur les femmes. « Aujourd&#8217;hui je ne fais qu&#8217;enregistrer des plaintes contre l&#8217;armée américaine, raconte-t-il dans le «Guardian». Plusieurs milliers d&#8217;Afghans ont été enfermés ici avec des détenus transférés depuis l&#8217;étranger. Ils disent qu&#8217;ils ont été brutalisés. Les méthodes employées sont indescriptibles&#8230; » Sans parler de ceux qui meurent en détention ou qui « disparaissent ».</p>
<p>En octobre 2005, le département de la Défense américain a « déclassifié », c&#8217;est-à-dire levé le secret-défense qui couvrait 44 autopsies de prisonniers morts pendant leur détention en des lieux sous contrôle américain. « Il ne fait pas de doute que les interrogatoires ont causé des morts », explique Anthony Romero, directeur de l&#8217;American Civil Liberties Union, une des organisations non gouvernementales qui ont demandé la liberté d&#8217;accès aux documents. Huit des homicides recensés dans ces autopsies apparaissent comme le résultat d&#8217;interrogatoires (étranglements, asphyxies, blessures) menés par les agents de la CIA, mais aussi par des membres des forces spéciales de la Marine (US Navy Seals) et par des hommes du renseignement militaire. Quant aux « morts naturelles » d&#8217;autres prisonniers, elles ont été attribuées, pour la plupart, à des « maladies cardio-vasculaires » providentielles.</p>
<p>« Plus personne aujourd&#8217;hui ne peut croire que le scandale d&#8217;Abou Ghraib n&#8217;a été le fait que d&#8217;une poignée de soldats dégénérés et irresponsables », estime Anthony Romero. Les photos des tortures d&#8217;Abou Ghraib, ces 1 800 clichés qui n&#8217;ont été montrés pour l&#8217;instant qu&#8217;aux membres du Congrès, sur lesquels figurent des scènes de violences sexuelles sur des prisonniers irakiens, de masturbation forcée et de profanation de cadavres, suffiraient à le prouver. « Les hauts fonctionnaires qui étaient au courant de la torture et qui n&#8217;ont rien fait et ceux qui ont mis au point et approuvé ces méthodes doivent rendre des comptes, affirme Anthony Romero. Les Etats-Unis doivent sortir leur tête du sable et faire face au scandale de la torture qui a ébranlé notre armée. »</p>
<p>La question est aussi de savoir comment les « disparus » des prisons secrètes vont pouvoir sortir un jour de leurs limbes géographiques et juridiques. Et comment la justice américaine, si elle doit les juger un jour, pourra faire comparaître des accusés qui ont livré des informations sous la torture. Quelle valeur légale, par exemple, auront les renseignements livrés au cours de ses 76 interrogatoires par Khalid Cheikh Mohamed, s&#8217;il est démontré qu&#8217;ils ont été obtenus par des méthodes d&#8217;interrogation que la morale et le droit réprouvent ? C&#8217;est un véritable piège qui risque fort de se refermer sur l&#8217;administration Bush si les témoignages des centaines de terroristes présumés qu&#8217;elle détient sont récusés par les tribunaux américains parce qu&#8217;une poignée de conseillers du président ont décrété un jour que les conventions de Genève étaient aujourd&#8217;hui obsolètes&#8230;</p>
<p>(1) Article cité dans le livre de Philippe Bolopion « Guantanamo. Le bagne du bout du monde », La Découverte.</p>
<p>Khalid Cheikh Mohamed, le cerveau des attentats du World Trade Center. Il est actuellement détenu dans une des prisons secrètes de la CIA. Plus de quatre ans après le drame du 11-Septembre, il n&#8217;a toujours pas été jugé.</p>
<p>Prisonnier, menotté et cagoulé dans le centre de détention irakien d&#8217;Abou Ghraib. Cette photo fait partie de centaines d&#8217;images et de vidéos de soldats américains se livrant à des mauvais traitements sur des détenus, obtenues par le « Washington Post ».</p>
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		<published>2005-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Les enquêteurs américains ont mis un an pour l&#8217;innocenter. Et une autre année pour le libérer. Au-delà de l&#8217;injustice révoltante dont il a été victime, l&#8217;ancien journaliste Bader Zaman dénonce]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2005/01/prisonnier-a-guantanamo"><![CDATA[<p>Les enquêteurs américains ont mis un an pour l&#8217;innocenter. Et une autre année pour le libérer. Au-delà de l&#8217;injustice révoltante dont il a été victime, l&#8217;ancien journaliste Bader Zaman dénonce l&#8217;arbitraire des centres de détention américains</p>
<p>Sara Daniel, envoyée spéciale au Pakistan</p>
<p>Il souffre d&#8217;hypermnésie. Cela fait douze mois qu&#8217;il est sorti de la prison de Guantanamo, mais Bader Zaman se souvient de chaque détail de sa détention. Pas seulement de la douleur, de l&#8217;humiliation, de la solitude, mais aussi des petites choses, de l&#8217;haleine des chiens, du raclement du rasoir sur ses sourcils, de l&#8217;accent de ce maton qui criait au mégaphone aux autres soldats : « Ne manifestez pas de sympathie aux terroristes !&#8230; » Il ne peut rien oublier. Aujourd&#8217;hui il est libre. Les Américains l&#8217;ont blanchi de toutes les accusations portées contre lui. Pourtant, à Peshawar, la liberté de cet ancien journaliste reste toujours étroitement surveillée. Il y a quelques semaines, des agents de l&#8217;ISI, les services secrets pakistanais, lui ont rendu une nouvelle visite. Il les a reçus avec calme : « Qu&#8217;ai-je à craindre de vous, maintenant ? Avez-vous trouvé un enfer pire sur la terre que celui où vous m&#8217;avez fait jeter ? »</p>
<p>Pour rencontrer Bader Zaman, il faut s&#8217;enfoncer dans les ruelles du Vieux Peshawar. Le journaliste, âgé de 35 ans mais qui en paraît dix de plus, s&#8217;est reconverti depuis sa libération dans le commerce des pierres précieuses. C&#8217;est dans une petite pièce obscure, au milieu du souk de pneus en caoutchouc, qu&#8217;il entrepose ses lapis-lazuli d&#8217;Afghanistan. Dans cette ville dirigée par les islamistes, il est très mal vu de rencontrer une femme étrangère. Mais Bader Zaman tient à témoigner. Il n&#8217;en veut pas vraiment aux Américains. Les responsables de son calvaire selon lui, ce sont les services secrets pakistanais, qu&#8217;il a décidé de poursuivre en justice. « J&#8217;ai passé deux mois et vingt-deux jours dans la prison de Peshawar, quatorze jours à Bagram, deux mois et huit jours à Kandahar et deux ans et quatre mois à Guantanamo, uniquement parce que je dénonçais leurs pratiques. »</p>
<p>Lorsqu&#8217;il était un très jeune homme, Bader et son frère ont appartenu à une organisation religieuse afghane proche de Ben Laden et d&#8217;Al-Qaida, qui combattait l&#8217;occupation soviétique en Afghanistan. Il en avait démissionné en 1987 pour protester contre les liens de cette organisation avec les services secrets pakistanais. Plus tard, lui qui n&#8217;a jamais touché une arme avait dénoncé dans son journal l&#8217;obscurantisme des talibans, qualifiés de marionnettes des services secrets pakistanais. « Alors ces derniers m&#8217;ont vendu aux Américains. Une pratique courante au lendemain de l&#8217;offensive américaine en Afghanistan, explique-t-il. Il s&#8217;agissait pour eux d&#8217;occuper les Américains avec de faux suspects. Ils n&#8217;ont cessé de jouer avec la communauté internationale. »</p>
<p>Le journaliste connaît l&#8217;histoire de tous les détenus qui étaient voisins de sa cellule à Guantanamo. Il évoque un chauffeur de taxi vendu pour 5 000 dollars : « Les Pakistanais venaient de faire un raid pour trouver des Arabes proches d&#8217;Al-Qaida et n&#8217;avaient trouvé personne, alors ils l&#8217;ont arrêté. L&#8217;officier qui l&#8217;a vendu aux Américains lui a dit : «Comprends-moi, ça vaut le coup de vendre des gens comme toi pour éviter que les Américains viennent faire la guerre au Pakistan»&#8230; » Selon lui, ce chauffeur de taxi serait toujours à Guantanamo.</p>
<p>A écouter Bader, moins de 20% des détenus qui se trouvent actuellement dans la prison américaine de Cuba sont de véritables « bad guys » ou des responsables talibans, comme le mollah Fazel. Mais ce sont les centres de détention de Kandahar et de Bagram, en Afghanistan, qui lui ont laissé les pires souvenirs. Pendant vingt-quatre jours, il est resté enfermé dans un conteneur. Puis on lui a interdit de se laver pendant trois mois. La lumière allumée en permanence, les liens trop serrés qui cisaillent les membres, les tortures. A Bagram, il a vu des prisonniers se faire rouer de coups de pied, et d&#8217;autres pendus par les mains. Il y avait aussi les offenses envers le Coran, dont il dit qu&#8217;elles étaient une pratique courante dans le centre de détention de Kandahar. C&#8217;est d&#8217;ailleurs là qu&#8217;il a vu les gardiens jeter le livre sacré dans un seau qui avait servi à vidanger les toilettes.</p>
<p>Lorsqu&#8217;il est arrivé à Guantanamo, en mai 2002, Bader a été placé en isolement pendant plus d&#8217;un an. Dans la prison de Cuba, il n&#8217;y avait pas de tortures physiques. « Souvent, c&#8217;était les prisonniers qui attaquaient les gardiens. J&#8217;ai vu des Américains se faire mordre ! » Mais on cherche à faire craquer les détenus moralement. Comme lorsqu&#8217;une des gardiennes a touché l&#8217;un d&#8217;entre eux au visage, la main maculée de ce qu&#8217;elle a prétendu être son sang menstruel. Un témoignage corroboré par l&#8217;un des enquêteurs de Guantanamo, le sergent Erik Saar, qui a consigné cet épisode dans un livre.</p>
<p>Pour Bader, après de longs mois de désespoir à répéter toujours la même histoire à propos des services secrets pakistanais à des gens qui ne voulaient rien entendre, c&#8217;est le dénouement. « Au bout d&#8217;un an d&#8217;interrogatoires, les agents fédéraux ont fini par me dire qu&#8217;ils n&#8217;avaient plus rien contre moi. Que j&#8217;étais blanchi. Mais après cela, j&#8217;ai encore dû attendre une autre année avant de quitter Guantanamo. Une si longue année ! »</p>
<p>A partir de ce moment-là, les conditions de détention de Bader s&#8217;assouplissent. Il est transféré au camp 4, un camp pour les prisonniers qui « collaborent ». Il troque son survêtement orange contre une tunique blanche et l&#8217;on organise même un pique-nique pour que les prisonniers puissent apercevoir la mer. « On nous a transportés enchaînés dans une ambulance fermée. Puis on nous a placés entre des rangs de fil de fer barbelé près de l&#8217;eau. Je me rappelle avoir vu un navire au large. »</p>
<p>Bader Zaman a un seul bon souvenir de Guantanamo : c&#8217;est l&#8217;arrivée dans la cellule voisine de la sienne de son ennemi mortel, celui qui avait servi d&#8217;intermédiaire auprès des services secrets pakistanais pour le vendre aux Américains, qui était bien, lui, un proche d&#8217;Al-Qaida. Tous les prisonniers qui connaissaient la vérité l&#8217;ont hué. Lui a baissé la tête. « Ce jour-là, j&#8217;ai compris qu&#8217;on m&#8217;avait cru. Que je pouvais espérer quitter cet enfer. Celui qui m&#8217;a donné, il y est encore, dans le bagne de Guantanamo&#8230; »</p>
<h2 id="titre-2">Qui sont les détenus de Guantanamo ?</h2>
<p>Le centre de détention de Guantanamo compte 500 détenus qui ont été pour la plupart capturés en Afghanistan à l&#8217;automne 2001. Parmi les prisonniers, on trouve par exemple le mollah Fazel, ex-ministre de la Défense des talibans, mais aussi des gens qui ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit, comme Wazir Mohamed, un chauffeur de taxi, dont le cas est défendu par Amnesty International. Les sept Français détenus dans la prison américaine ont tous été relâchés et cinq d&#8217;entre eux sont désormais en prison en France. Washington continue de libérer des dizaines de détenus pour, selon Pierre Prosper, le diplomate américain chargé de négocier ces transferts, « partager le fardeau » avec leurs pays d&#8217;origine.</p>
<p>Le « goulag de notre époque », selon la formule choc utilisée par Amnesty dans son rapport à propos de Guantanamo, continue de faire l&#8217;objet d&#8217;indignations et de polémiques très embarrassantes pour le gouvernement américain. Washington est engagé dans un bras de fer avec</p>
<p>l&#8217;ONU, dont les représentants veulent pouvoir rencontrer tous les détenus pour enquêter sur les accusations de torture. Le Pentagone a été contraint d&#8217;ajourner le procès du « taliban australien » David Hicks pour se conformer à la décision d&#8217;un juge exigeant que la Cour suprême se prononce auparavant sur la légalité des tribunaux militaires d&#8217;exception.</p>
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		<updated>2011-04-04T20:02:30Z</updated>
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		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Dans les cages du Camp X-Ray
Aux yeux de leurs geôliers, les 300 talibans et combattants d?Al-Qaida détenus sur l?île de Cuba ne sont pas des combattants réguliers, donc ne méritent]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2002/01/les-fantomes-de-guantanamo"><![CDATA[<p>Dans les cages du Camp X-Ray</p>
<p>Aux yeux de leurs geôliers, les 300 talibans et combattants d?Al-Qaida détenus sur l?île de Cuba ne sont pas des combattants réguliers, donc ne méritent pasle statut de prisonniers de guerre?Reste à savoir si le poulailler humain de Guantanamo est destiné à mettre hors d?étatde nuire les complices de Ben Laden ou à rassurer les Américains</p>
<p>Je suis sûre que vous allez aimer votre voyage. C?est très impressionnant. Surtout lorsqu?ils chantent pour la prière.» Il est 5 heures du matin sur le tarmac de la base aéronavale américaine de Porto Rico, et le commandant Gabriel Puello, du corps des marines, supervise la fouille des visiteurs. C?est ici que commence le voyage pour les treize journalistes que le Pentagone emmène dans l?endroit «le moins pire possible», selon le mot de Donald Rumsfeld, pour voir «les hommes les plus dangereux du monde». Pendant qu?un berger allemand renifle les sacs de voyage à la recherche d?explosifs, le commandant Puello, blonde et enthousiaste, fait la conversation: «Ne vous inquiétez pas, les détenus sont bien gardés. Bien sûr, si nous possédions une île entière, ce serait encore plus sûr. Ce serait une bonne idée, non?»</p>
<p>Après une heure et demie d?un vol affrété par l?armée pour emmener les familles des marines sur la base, on atterrit à Guantanamo Bay, Cuba, Etats-Unis, une enclave de rocaille fichée à l?extrême sud-est de l?île. Curiosité stratégique, la base, louée aux autorités cubaines par les Etats-Unis en 1903, a résisté à toutes les péripéties de la guerre froide. Victime de la détente, elle semblait sombrer dans la torpeur caraïbe ? il était même question de la fermer ? lorsque les premiers prisonniers transférés d?Afghanistan y ont été débarqués le 1er janvier dernier.</p>
<p>Aujourd?hui, tout est changé. Il n?est plus question de fermeture. Un panneau l?annonce dès l?arrivée: la base est en état d?alerte maximal. Des blindés sillonnent les 72 kilomètres carrés de cailloux, tandis que les vedettes de l?US Navy, armées de mitrailleuses, patrouillent dans la baie. Check-points, déviations, routes fermées «par sécurité»: Guantanamo est passée de la léthargie à la guerre. Les journalistes admis à visiter les lieux sont cantonnés près de la base aérienne, à une demi-heure de ferry du Camp X- Ray, le centre de détention, aménagé de l?autre côté de la baie. Même pour les visiteurs, toute promenade est interdite. Défense d?aller à l?ouest: il n?est pas question de s?approcher des barbelés qui séparent la base américaine du territoire cubain. Défense d?aller à l?est, du moins sans escorte: c?est là qu?on prend le ferry pour le Camp X-Ray. Reste le McDonald?s. Un vrai «McDo», grouillant de marines, à deux pas du «socialisme réel» délabré de Fidel Castro. Les reporters des télévisions demandent l?autorisation de filmer. Refusée. A Guantanamo, même les hamburgers sont classés «secret défense»?</p>
<p>Le bureau du commandant de la base, le général Michael Lehnert, est à quelques check-points de là. Sa conférence de presse a lieu en plein air sous un soleil accablant. Les officiers de presse sont presque aussi nombreux que les journalistes. «J?imagine que beaucoup d?entre vous vont me poser des questions sur la grève de la faim des détenus, commence le général, visiblement mieux préparé à la guerre qu?aux relations publiques. Il est important que vous vous souveniez que ces gens ne sont pas des enfants de ch?ur. Ils sont très forts pour manipuler nos valeurs.» Dans quelles circonstances les prisonniers ont-ils été capturés? Comment ont été choisis ceux qui ont été transférés à Guantanamo? Nous n?en saurons rien. Lorsque les questions ne plaisent pas au major Fox, conseiller de presse du général, il les écarte d?un «pas maintenant» cinglant. Mais il y a des questions qui lui plaisent. Comme celle-ci, posée par le reporter d?une chaîne de télévision américaine: «Comment pouvez-vous expliquer à l?opinion américaine que vous traitiez si bien des gens qui ont montré une telle cruauté avec nos soldats pendant l?opération Anaconda?» «C?est vraiment une très bonne question, commence le général Lehnert. Il faut dire aux Américains que c?est la chose qui nous différencie de nos ennemis: nous ne les traitons pas comme ils nous traitent&#8230;»</p>
<p>C?est le major Fox qui a été choisi pour conduire la visite guidée du Camp X-Ray. «Attention, prévient-il, là-bas, personne ne salue personne. C?est une zone de combat et les marines ne veulent pas que les ennemis identifient leurs chefs qui pourraient devenir des cibles.» Le bus escalade un monticule et débouche sur un enchevêtrement de barbe-lés, des miradors, et 300 cages métalliques de 2 mètres sur 2, où 300 hommes suffoquent, sous un soleil de feu, dans leurs uniformes orange. Pour se protéger de la lumière aveuglante et de la chaleur, beaucoup se sont recroquevillés sous un drap en attendant le crépuscule. «Si vous voulez voir de plus près les détenus, nous allons longer les grilles en minibus ce soir pendant la prière, propose le major, mais vous ne pourrez pas les photographier: c?est contraire aux lois internationales.»</p>
<p>Personne ne dit un mot, ce soir-là, tandis que le bus longe les cages où les détenus en prière sont prosternés. «Arrêtez-vous. De là, on a une bonne vue», ordonne le major au chauffeur. L?un des prisonniers se relève, rompant l?alignement des silhouettes orange, glisse sa main dans une ouverture de sa cage et l?agite en criant. Malgré l?obscurité, on pourrait presque distinguer son visage: les projecteurs ont commencé à inonder les cages de leur lumière blanche qui ne s?éteindra qu?au petit jour. «Rappelez-vous que ces gens sont des détenus et non des prisonniers de guerre. Ils n?ont pas droit à ce statut, insiste le major Fox. Mais depuis peu, ils peuvent envoyer une lettre et deux cartes postales par mois comme le stipulent les conventions de Genève. Et ils ont droit, toujours en accord avec ces conventions, à deux promenades d?un quart d?heure par semaine.»</p>
<p>Maintenant, le bus passe devant l?enclos où ont été prises, en janvier, les photos qui ont tant choqué l?opinion internationale. Elles montraient des captifs à genoux, équipés d?un masque à gaz au cours de leur transfert dans le camp. Carter, un garde-côte qui, lui aussi, escorte les journalistes, ne comprend pas les scrupules des Européens. «Ces types-là, il suffit de voir ce qu?ils ont fait à nos soldats pour comprendre que ce ne sont pas des combattants réguliers. Le président Bush l?a bien dit: ils sont il-lé-gaux. Donc ils ne méritent pas le statut de prisonniers de guerre. D?ailleurs, on ne les prive pas beaucoup: ils n?ont besoin ni de tabac, ni d?instruments de musique que je sache..»</p>
<p>Les prisonniers entassés par centaines dans les caves ou les conteneurs métalliques des prisons de Kaboul ou de Kandahar étaient bien plus mal traités que ceux-ci, et le sort des «Arabes» d?Al-Qaida enfermés dans la prison de Taloqan en attendant d?être liquidés sans autre forme de procès par les combattants de l?Alliance du Nord semblait bien pire que celui de ces détenus en combinaisons orange. Comment expliquer alors le profond malaise que l?on ressent au Camp X-Ray? Quelque chose ici sonne faux. Comme si le poulailler humain de Guantanamo était davantage destiné à rassurer les Américains qu?à mettre hors d?état de nuire les dangereux terroristes d?Al-Qaida&#8230;</p>
<p>Ce doute qui étreint les visiteurs semble aussi effleurer parfois l?imam des marines, dont la présence au Camp X-Ray ressemble fort à un message adressé au monde musulman. Le lieutenant Abuhena Mohammad Saiful Islam ? «Prononcez ?safe islam?» (islam sans danger), recommandent les marines ? aime les Etats-Unis et l?islam, l?armée américaine et le Coran. Il est l?homme le plus important du camp. Tout le monde le consulte. Ce matin, il accompagne le général Lehnert qui va s?adresser aux détenus. Le commandant du camp a décidé de leur distribuer la fatwa émise, à la demande des autorités, par le cheikh Alaouani, président du Conseil du Droit islamique d?Amérique, pour condamner la grève de la faim. «Pensez-vous que je doive indiquer le numéro du verset du Coran auquel se réfère la fatwa?», demande le général à l?imam? «Bon, ça je peux le faire», concède le religieux originaire du Bangladesh.</p>
<p>Cet homme au sourire doux passe pour être celui qui connaît le mieux les prisonniers. Mais les marines veillent. Les journalistes devront se contenter de quelques mots. Après avoir précisé qu?il n?est «pas le porte-parole des détenus», l?aumônier admet qu?il lui arrive de relayer leur malaise qui est peut-être aussi le sien: «Je leur dis qu?ils sont à Cuba mais beaucoup ne savent pas où c?est. Ils aimeraient savoir combien de temps ils vont rester ici. S?ils vont être jugés. Et de quoi on les accuse. Et je ne peux répondre à aucune de ces questions.» Certains des détenus le considèrent comme un traître, d?autres pleurent dans ses bras. Et lui, comment juge-t-il son pays d?adoption? Un pays qui lance des «croisades» contre les terroristes et commande des fatwas sur mesure? En aparté, il a tout juste le temps de confier qu?en homme du tiers-monde, il en a pris son parti et choisi de faire allégeance à l?Amérique parce qu?elle apporte beaucoup à l?Asie, avant qu?un marine n?interrompe ses confidences?</p>
<p>«Vous savez, c?est un peu comme dans le film &laquo;&nbsp;MASH&nbsp;&raquo;»: peut-être parce qu?il n?y a pas grand-chose à faire aujourd?hui, les marines essaient de «vendre» aux journalistes l?hôpital de campagne du camp. Les officiers de presse ont même réalisé un communiqué spécial pour vanter les atouts de cette impressionnante clinique gonflable où peuvent être réalisées des opérations à c?ur ouvert. Ici, pour des raisons obscures, ce qui était interdit dehors est autorisé. On peut frôler les prisonniers qui viennent se faire soigner et même prendre des photos. Un Afghan d?une vingtaine d?année vient d?être amputé des deux jambes en dessous du genou. Il repose, visiblement très affaibli. Une perfusion s?enfonce dans l?un de ses bras, l?autre est menotté au lit. Comme s?il pouvait s?enfuir? «Combien ses prothèses vont-elles coûter au contribuable américain?», demande le journaliste qui posait les «bonnes questions» au général Lehnert.</p>
<p>Avant de prendre congé des journalistes, les marines ont organisé une dernière cérémonie. A quelques mètres des prisonniers, devant la porte du camp, le drapeau de la ville de New York va être hissé. Ce drapeau ne quitte plus Joseph Patrick McShea, un réserviste qui a participé aux opérations de secours dans les décombres du World Trade Center. Il l?avait hissé à Kandahar. Il le fait aujourd?hui à Guantanamo, en s?adressant aux marines: «A vous qui n?avez pas vu vos familles depuis des mois, je voudrais dire merci au nom des New-Yorkais. C?est un grand réconfort pour nous de savoir que les gens qui ont participé à cet attentat sont derrière les barreaux maintenant.» Il n?y a personne pour lui dire que ces hommes raflés dans des camps d?entraînement d?Al-Quaida n?ont probablement pas participé à l?attentat qui a ravagé l?Amérique, qu?ils n?ont pas été jugés, et qu?ils ne sont encore, pour l?instant, accusés de rien?</p>
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