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	<title type="text">Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerreAsie » Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerre</title>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Parution des GUERRES DE L’EAU]]></title>
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		<updated>2011-04-04T20:31:26Z</updated>
		<published>2009-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Aujourd?hui 1,7 milliards de personnes manquent
d?eau douce et sont au dessous du seuil
de rareté établi par l?ONU. En 2025, elles seront
2,4 milliards. Que se passera-t-il lorsque
l?eau s?épuisera à certains points]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/parution-des-guerres-de-leau"><![CDATA[<p>Aujourd?hui 1,7 milliards de personnes manquent</p>
<p>d?eau douce et sont au dessous du seuil</p>
<p>de rareté établi par l?ONU. En 2025, elles seront</p>
<p>2,4 milliards. Que se passera-t-il lorsque</p>
<p>l?eau s?épuisera à certains points du globe ?</p>
<p>Déjà des conflits éclatent pour le contrôle de</p>
<p>l?eau.</p>
<p>En Israël, la volonté de s?approprier les eaux</p>
<p>du Jourdain a été l?une des causes de la guerre</p>
<p>des 6 jours. A qui appartient le Nil ? Le Tigre</p>
<p>et l?Euphrate, sont source de tensions entre la</p>
<p>Turquie, la Syrie et l?Irak. L?Hindus est l?objet</p>
<p>d?un bras de fer entre les frères ennemis pakistanais</p>
<p>et indiens. Les Etats-Unis doivent</p>
<p>face à une pénurie d?eau croissante à l?ouest</p>
<p>et lorgnent sur l?eau du Canada?</p>
<p>Frédéric Lasserre, un des plus éminents géopoliticiens</p>
<p>de l?or bleu analyse chaque cas de</p>
<p>ces conflits de l?eau et propose des solutions</p>
<p>pour éviter qu?ils dégénèrent.</p>
<p>L?eau sera-t-elle au coeur des conflits du</p>
<p>XXIème siècle ? Une chose est certaine : il importe</p>
<p>d?agir pour gérer une rareté croissante.</p>
<p>Il ne reste que peu de temps avant que la</p>
<p>pénurie d?eau ne devienne le catalyseur de</p>
<p>tension bien plus vives que celles que nous</p>
<p>connaissons depuis le XXème siècle.</p>
<p>Un livre clair, illustré par des cartes et des</p>
<p>encadrés (Michel Rocard,? diplomates, géographes,</p>
<p>ONG et physiciens).</p>
<p>Changements climatiques, pollution, surpopulation,</p>
<p>problèmes d?irrigation, conflits liés</p>
<p>à l?eau. Ce livre aborde tous les aspects écologiques</p>
<p>et géopolitiques de l?eau.</p>
<p>L?Auteur</p>
<p>Frédéric Lasserre est professeur au département</p>
<p>de géographie de l?Université Laval</p>
<p>(Québec), chercheur à l?Institut québécois des</p>
<p>hautes études internationales où il dirige l?Observatoire</p>
<p>de recherches internationales sur l?eau.</p>
<p>Il conduit des recherches sur la géopolitique de</p>
<p>l?eau, il est considéré comme l?un des meilleurs</p>
<p>experts de ces problématiques.</p>
<p>www.editionsdelavilla.fr</p>
<p>Contact : 01.81.29.40.01</p>
<p>editeur@editionsdelavilla.fr</p>
<p>Service presse : presse@editionsdelavilla.fr</p>
<p>ISBN : 978-2-917986-02-8</p>
<p>Prix de vente public : 17 ? &#8211; 250 pages environ</p>
<p>Parution : octobre 2009</p>
<p>Édition : Delavilla</p>
<p>Diffusion : Dilisco, 01.49.59.50.50</p>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[La sainte guerre des fous de Rama]]></title>
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		<updated>2011-04-04T19:55:57Z</updated>
		<published>2009-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[C&#8217;est une ville abandonnée aux singes. Dans les ruelles sales du centre d&#8217;Ayodhya, ils trônent devant les temples jaune d&#8217;oeuf ou bleu cobalt, agressifs et indifférents aux hurlements des télés]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/la-sainte-guerre-des-fous-de-rama"><![CDATA[<p>C&#8217;est une ville abandonnée aux singes. Dans les ruelles sales du centre d&#8217;Ayodhya, ils trônent devant les temples jaune d&#8217;oeuf ou bleu cobalt, agressifs et indifférents aux hurlements des télés qui montrent des acteurs ventripotents, incarnant le dieu Rama, le roi mythique des hindouistes. Parfois, ils attaquent les centaines de militaires qui gardent ce qui est devenu, le 6 décembre 1992, la capitale du conflit intercommunautaire entre musulmans et hindous.</p>
<p>Ce jour-là, des milliers de fanatiques hindouistes, ascètes religieux à demi nus ou jeunes en jean et bandana safran, venus de plusieurs Etats de l&#8217;Inde, convergent vers Ayodhya pour accomplir une mission sacrée : détruire la Babri Masjid, une mosquée datant du XVIe siècle. Edifiée par Bâbur, fondateur de la dynastie moghole, elle est supposée être bâtie sur le lieu même de la naissance de Rama, là où s&#8217;élevait jadis un temple à sa gloire. Les fous de Rama comptent le reconstruire. A leur tête, L. K. Advani, un ancien critique de cinéma devenu chef du Bharatiya Janata Party le BJP, parti nationaliste hindou, qui s&#8217;est fait transporter du Gujarat à Ayodhya, comme le dieu-roi qu&#8217;il vénère, sur une voiture transformée en char. A la suite de la destruction de la mosquée, 2 000 personnes trouveront la mort dans des affrontements entre la majorité hindoue (80,5%) et la minorité musulmane (13,5%). Ayodhya devient le lieu symbole de la revanche de la passion communautaire sur la laïcité que Nehru avait rêvée.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui le site de la Babri Masjid ressemble à une caserne. Le gouvernement a acheté le terrain pour le soustraire aux factions rivales. Mais il autorise les hindouistes à venir se recueillir sur ce qu&#8217;ils croient être le lieu de naissance de Rama, avant que les tribunaux ne tranchent la querelle. Après plusieurs barrages et fouilles minutieuses, le visiteur progresse dans un long tunnel. Au bout, sous une tente de plastique, un autel est dressé où l&#8217;on aperçoit, entre les barbelés, une statue en stuc de Rama, en compagnie de Hanuman, le dieu-singe. Des policiers essaient de maintenir à distance les centaines de singes, bien réels ceux-là, que la présence des offrandes de sucreries rend fous.</p>
<p>Non loin, un porte-parole du Vishva Hindu Parishad (VHP), l&#8217;aile radicale du BJP, fait visiter un vaste terrain où sont entreposées les pierres du futur temple. «Nous avons une liste de mosquées qui devront être détruites, comme celle de Bénarès, explique- t-il. Le terrorisme islamiste a 1 000 ans. Bâbur, aussi, était un terroriste. Si nous unissons nos forces avec les Occidentaux et les Israéliens, nous pourrions en finir avec eux, une fois pour toutes&#8230;»</p>
<p>Sara Daniel</p>
<p>Le Nouvel Observateur</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Des barbelés sur la rizière]]></title>
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		<updated>2011-04-04T19:53:23Z</updated>
		<published>2009-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[C&#8217;est un double mur de barbelés qui déchire à perte de vue les rizières du Bengale. Il longe les rives du Brahmapoutre et va finir dans les jungles épaisses du]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/des-barbeles-sur-la-riziere"><![CDATA[<p>C&#8217;est un double mur de barbelés qui déchire à perte de vue les rizières du Bengale. Il longe les rives du Brahmapoutre et va finir dans les jungles épaisses du Chittagong. Une gangue de fer qui encercle déjà les deux tiers du Bangladesh, pays presque entièrement enclavé en Inde. La clôture de 3 000 kilomètres achève d&#8217;étouffer cette nation, la plus densément peuplée au monde, dont les 1000 habitants au kilomètre carré doivent encore se recroqueviller lorsque ses deux fleuves débordent au moment des moussons. Comme les Etats-Unis et Israël, l&#8217;Inde se barricade contre les indésirables : à l&#8217;ouest, elle a déjà construit un mur pour prévenir les infiltrations de combattants du Cachemire pakistanais. Avec l&#8217;achèvement prochain de cette nouvelle barrière à l&#8217;est, elle aura matérialisé les frontières de la partition avec ces pays musulmans dont elle s&#8217;est séparée en 1947. Comme pour consolider son identité de pays hindouiste, alors qu&#8217;elle est aussi le deuxième pays musulman au monde&#8230;</p>
<p>Au moment de la création du Bangladesh, l&#8217;Inde, qui avait besoin de main-d&#8217;oeuvre, s&#8217;est pourtant empressée d&#8217;accueillir celle de son voisin : 4 millions de Bangladais vinrent s&#8217;y installer après la guerre de 1971. Aujourd&#8217;hui, ils sont plus de 10 millions, accusés de voler les emplois des Indiens et de fomenter des complots terroristes. Alors, après les attentats de Bombay, l&#8217;achèvement du mur de séparation entre les deux pays est devenu une cause nationale &#8211; et un argument électoral. </p>
<p>C&#8217;est dans l&#8217;Etat de l&#8217;Assam que le racisme antibangladais est le plus vif. Là pullulent les partis glorifiant les Assamais de sang pur. Comme le Front uni de Libération de l&#8217;Assam, dont les attentats firent 60 morts à Guwahati en octobre 2008. Dans certains districts frontaliers, les immigrés clandestins, qui continuent à s&#8217;infiltrer par toutes les brèches du mur au péril de leur vie, seraient plus nombreux que les Indiens. Impossible de les distinguer des Indiens musulmans de langue bengalie. Même physionomie, même accent : rien ne les différencie. Dans le doute, les hindouistes ostracisent tout ce qui porte une barbe. «Il faut fermer hermétiquement la frontière, autrement nous, les Assamais, nous allons être noyés sous le flot des immigrés, qui finiront par demander leur rattachement au Bangladesh», déclare Inamulhok, avocat et animateur d&#8217;un mouvement anti-immigrés, qui voudrait construire des murs partout. A la frontière du Népal et du Bhoutan, en particulier, «pour ne pas être envahis par leurs maoïstes».</p>
<p>A Dhubri, un petit bourg frontalier qui s&#8217;étire au bord du Brahmapoutre, près de 70% des 700 000 électeurs sont des musulmans, majoritairement originaires du Bangladesh. Pas un n&#8217;accepte de le reconnaître. La loi prévoit que tous les immigrés qui sont venus après 1971 doivent être reconduits à la frontière. La chasse aux Bangladais est ouverte et les dénonciations se multiplient. Nurbanu, elle, s&#8217;est présentée spontanément au tribunal de Dhubri, une demeure coloniale en bois qui tombe en ruine. Elle jure qu&#8217;elle est indienne. Elle voudrait faire effacer le D, la lettre d&#8217;infamie qui barre ses papiers d&#8217;identité et désigne les citoyens «douteux». La funeste lettre lui interdit de voter et de recevoir les bons d&#8217;alimentation que le régime indien offre à ses indigents. Le président du tribunal, le cheikh Shahgaham, accepte en soupirant de fixer une date pour son procès. Des cas litigieux comme celui de Nurbanu, il doit en traiter une cinquantaine par jour. «Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un citoyen indien philosophe-t-il. De part et d&#8217;autre de la frontière, les gens sont les mêmes, ils appartiennent parfois à la même famille. Alors mon boulot n&#8217;est pas seulement difficile, il est absurde.» </p>
<p>Avec les différentes partitions, les lois régissant la nationalité indienne relèvent du casse-tête. Toute personne née au Pakistan ou au Bangladesh et arrivée en Inde avant 1966 est indienne. Après 1971, elle devient illégale&#8230; Ajoutez que la corruption, cette plaie du système politique indien, sévit dans la gestion de l&#8217;immigration aussi. Comme les musulmans votent traditionnellement pour le Parti du Congrès, les fonctionnaires acquis à sa cause distribuent généreusement aux musulmans du Bangladesh les cartes d&#8217;électeur qui leur confèrent la citoyenneté indienne. «Tout ça est si embrouillé qu&#8217;on ne peut pas faire grand-chose, conclut le juge Shahgaham. A moins de construire un immense mur de béton&#8230;»</p>
<p>Le «Grand Jeu»</p>
<p>Veena Sikri était ambassadrice d&#8217;Inde au Bangladesh jusqu&#8217;en 2008. Elle se souvient que le mur était un sujet de tension constant entre les deux pays. Pourtant, on ne peut trouver avocate plus ardente du rideau de fer : «Les clandestins sont le terreau des groupuscules terroristes manipulés par les services secrets pakistanais qui veulent déstabiliser notre pays.» L&#8217;ambassadrice évoque avec effroi ce jour d&#8217;août 2005 où un commando djihadiste venu du Bangladesh fit exploser des bombes simultanément dans 63 districts du pays. La menace ne vient d&#8217;ailleurs pas seulement des fondamentalistes musulmans. Les services secrets indiens en sont convaincus : ici, aux confins orientaux de la péninsule indienne se joue une partie cruciale dans le «Grand Jeu» opposant l&#8217;Inde au Pakistan. Derrière tous les foyers d&#8217;agitation locaux, Delhi aperçoit la main de l&#8217;ISI pakistanaise (Inter-Services Intelligence), qui alimenterait en armes et en argent les tribus insoumises et autres mouvements séparatistes dressés contre le pouvoir central. Mais contre ses ennemis de l&#8217;intérieur, l&#8217;Inde ne peut pas construire de mur.</p>
<p>Sara Daniel</p>
<p>Le Nouvel Observateur</p>
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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Mayawati, reine des dalits]]></title>
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		<published>2009-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[C&#8217;est un petit bout de femme à la voix criarde, qui aime les rivières de diamants et les saris de soie rose. Une intouchable devenue la politicienne la plus riche]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/mayawati-reine-des-dalits"><![CDATA[<p>C&#8217;est un petit bout de femme à la voix criarde, qui aime les rivières de diamants et les saris de soie rose. Une intouchable devenue la politicienne la plus riche de l&#8217;Inde. Il y a quelques années, le magazine «Forbes» l&#8217;a consacrée 59e femme la plus puissante au monde. Mais Mayawati ne se contentera pas de ce rang. Pour elle, comme pour les laissés-pour-compte qui la vénèrent, c&#8217;est sûr : demain ou dans quatre ans, elle sera le Premier ministre de l&#8217;Inde. N&#8217;est-elle pas déjà à la tête du plus grand Etat de l&#8217;Inde, l&#8217;Uttar Pradesh, 182 millions d&#8217;habitants ?</p>
<p>Mayawati Kumari, 53 ans, incarne le meilleur et le pire de la politique indienne. Le meilleur, parce que la plus grande démocratie du monde a permis à une dalit, la dernière des parias, de gravir un à un les échelons du pouvoir. Le pire, parce que, loin de prendre ses distances avec un système détestable, elle cultive le communautarisme de castes. Jusqu&#8217;à l&#8217;absurde lorsqu&#8217;elle construit, en plein centre de sa capitale Lucknow, une cité à la gloire des intouchables hérissée d&#8217;éléphants de granit, emblèmes de son parti. Car Behenji, «la soeur», comme l&#8217;ont baptisée ses partisans, a la folie des grandeurs. Elle a déclaré le 15 janvier, jour de son anniversaire, «Journée de respect de soi pour les intouchables». A cette occasion ses fidèles se bousculent par milliers pour couvrir d&#8217;offrandes et d&#8217;argent celle dont la fortune est estimée à 13 millions de dollars. </p>
<p>Tout lui est dû, puisqu&#8217;elle incarne l&#8217;honneur retrouvé de ceux qui ne sont rien. On lui reproche ses rivières de diamants ? «Les diamants ne sont pas réservés aux hautes castes ?», rétorque-t-elle. Ses 70 maisons et ses dépenses somptuaires ? Une revanche sur les nantis. La classe moyenne et les intellectuels s&#8217;offusquent de son despotisme et de sa vulgarité ? Elle hausse les épaules. Ce sont les basses castes qui constituent la base de son parti, le BSP, pas l&#8217;establishment.</p>
<p>Née à Delhi en 1956 dans une famille originaire de l&#8217;Uttar Pradesh, «l&#8217;impératrice des dalits» a passé son enfance dans un bidonville de la capitale. Sa mère est analphabète; son père, un petit fonctionnaire, a obtenu son emploi grâce à la discrimination positive : en Inde, 15% des emplois publics et des places à l&#8217;université sont réservés aux intouchables. Parce qu&#8217;ils sont des «chamars» (des tanneurs), la sous-caste la plus méprisée, les grands-parents de Mayawati vivent à l&#8217;écart de leur village, dans une zone insalubre. Des souvenirs qui marquent. «Dès mon plus jeune âge, j&#8217;ai appris à haïr le système des castes de toutes mes forces», écrit-elle dans son autobiographie, qui fait déjà quatre volumes de 1500 pages. Alors la jeune Mayawati s&#8217;appuie sur son ressentiment de caste pour brûler les étapes. Elle devient institutrice et, le soir, prépare le concours de l&#8217;ENA indienne. En 1977, au cours d&#8217;un meeting, elle reprend publiquement le ministre de la Santé qui a qualifié les intouchables de «harijans» («enfants de Dieu»), terme jugé condescendant. C&#8217;est alors que Kanshi Ram, un activiste dalit qui fondera le BSP en 1984, la remarque. Il devient son mentor. Marx a rencontré son Lénine. </p>
<p>A coups d&#8217;accords tactiques, l&#8217;opportuniste Mayawati réussit à prendre le pouvoir en Uttar Pradesh. En mai 2007, elle obtient même la majorité absolue au prix d&#8217;une alliance de circonstance avec les brahmanes, pour lesquels elle se met soudain à exiger plus d&#8217;avantages. Ses foudres, elle les dirige désormais sur les moyennes castes, celles des propriétaires terriens, qui mangent le pain des dalits mais aussi des brahmanes pauvres&#8230; La reine des dalits a élargi sa base. Et elle ne compte pas s&#8217;arrêter là. A l&#8217;issue des présentes élections, si elle n&#8217;est pas en mesure de briguer le poste de Premier ministre, elle pourrait bien se retrouver en position d&#8217;arbitre entre le Parti du Congrès et le BJP, et ainsi jouer les faiseurs de roi. En attendant mieux.</p>
<p>Mais au fait, celle qui encourageait les intouchables à «frapper les nantis avec leurs chaussures», qu&#8217;a-t-elle fait pour sa caste ? Il suffit pour le constater de faire quelques kilomètres hors de Lucknow et de ses chantiers pharaoniques à la gloire de Behenji. Aller à Biroura, par exemple, un village déclaré prioritaire parce qu&#8217;il compte plus de 50% de dalits. Ici, les poteaux électriques installés il y a un an n&#8217;ont toujours pas de fils et presque tous les hommes sont au chômage. Dans ces petits bourgs de l&#8217;Uttar Pradesh, la ségrégation est toujours aussi violente. Et il arrive encore que les dalits soient chassés des écoles ou lynchés parce qu&#8217;ils ont flirté avec une personne d&#8217;une caste supérieure. Les habitants reprochent à Mayawati la corruption qui sévit à tous les échelons. On l&#8217;accuse de pactiser avec la mafia locale, qui rackette la population. Mais à leur «soeur», les déshérités sont prêts à beaucoup pardonner. «Au fond, décrypte un journaliste local, elle est importante pour ce qu&#8217;elle représente, et pas pour ce qu&#8217;elle a fait.»</p>
<p>Sara Daniel</p>
<p>Le Nouvel Observateur</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Le défi indien]]></title>
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		<published>2009-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Plus de 700 millions d&#8217;électeurs, 6 millions de policiers, soldats et observateurs civils pour surveiller les 828 000 bureaux de vote de l&#8217;Union indienne : les élections législatives qui s&#8217;achèvent]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/le-defi-indien"><![CDATA[<p>Plus de 700 millions d&#8217;électeurs, 6 millions de policiers, soldats et observateurs civils pour surveiller les 828 000 bureaux de vote de l&#8217;Union indienne : les élections législatives qui s&#8217;achèvent en Inde ont été le plus grand exercice démocratique organisé dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité. Et cela seul constitue une manière de miracle dans ce monstre démographique qu&#8217;est l&#8217;Inde &#8211; plus de 1,1 milliard d&#8217;habitants, 28 Etats, 8 religions et 22 langues officielles. Churchill, au moment de l&#8217;indépendance, croyait le pays voué à la balkanisation ou à la militarisation. Ce que les Britanniques n&#8217;avaient pas prévu, c&#8217;est que Gandhi et Nehru inventeraient un modèle qui fait de la démocratie le ciment de la nation (peut-être le seul avec le cinéma de Bollywood et le cricket, «ce sport indien inventé par hasard par les Anglais») et tenir ensemble les pièces de ce continent-puzzle toujours en tension, au bord de la rupture..</p>
<p>Violence sociale de l&#8217;antique système des castes qui perdure jusque dans la politique de discrimination positive : en créant des quotas d&#8217;emplois et de sièges pour les représentants des basses castes, on a institutionnalisé la caste dans l&#8217;espace public, au profit de quelques-uns. Fléau de la corruption qui gangrène tous les échelons de l&#8217;appareil d&#8217;Etat. Impuissante à combattre la collusion entre partis politiques et mafias locales, la Cour suprême de Bombay a décrété que les frais de racket sont déductibles des impôts payés par les sociétés&#8230; </p>
<p>Tensions interreligieuses. «Le plus difficile, c&#8217;est de faire une nation laïque à partir d&#8217;un pays religieux», avait dit Nehru à Malraux. Soixante-deux ans après l&#8217;indépendance et la partition, la question reste brûlante. Avec 150 millions de fidèles, l&#8217;Inde est le 2e pays musulman au monde, après l&#8217;Indonésie. Le rejet de l&#8217;islam &#8211; dont témoigne la poussée de l&#8217;hindouisme radical &#8211; a redoublé avec les attentats qui ont secoué le pays en 2008. D&#8217;autant qu&#8217;à l&#8217;exception du raid sur Bombay, en novembre, la plupart de ces attentats étaient l&#8217;oeuvre d&#8217;islamistes de l&#8217;intérieur, soupçonnés de constituer une «cinquième colonne» au service du Pakistan, l&#8217;ennemi originel. A quoi s&#8217;ajoutent les séparatismes locaux, dans les régions du Nord-Est. Et la prolifération de foyers de rébellion maoïstes, qui touchent désormais plus de la moitié des Etats.</p>
<p>Fini le rêve d&#8217;un axe Delhi-Pékin, oublié le «Hindi Chini bhai bhai» («les Indiens et les Chinois sont frères») cher à Nehru. L&#8217;Inde, géant cerné, est de plus en plus préoccupée par la montée en puissance, économique et militaire, du nouvel empire chinois, dont l&#8217;influence se renforce dans toute la région : Népal, Birmanie, Bangladesh, Sri Lanka&#8230; Et surtout Pakistan. «Nous n&#8217;oublierons jamais que les Chinois ont donné l&#8217;arme atomique au Pakistan &#8211; c&#8217;est le seul cas au monde !», insiste un diplomate indien.</p>
<p>Mais le vrai défi de l&#8217;Inde est culturel. Pour tenir le rang qu&#8217;elle ambitionne dans le nouveau siècle, il lui faudra d&#8217;abord vaincre ses propres démons. Extirper l&#8217;esprit de caste, la misogynie, un certain fatalisme inscrits dans la mentalité collective, qui confortent un des systèmes les plus inégalitaires au monde. Certes, le pays est devenu une puissance technologique, un des leaders mondiaux des industries de l&#8217;intelligence, grâce aux 250 000 ingénieurs qui sortent chaque année de ses écoles. «Mais nos 150 millions de «riches» ne peuvent faire oublier le demi-milliard d&#8217;Indiens au bord de la survie, explique Tarun Tejpal, le rédacteur en chef de la revue «Tehelka». Je ne comprends même pas comment nos politiciens peuvent vanter le modèle de la «shining India» alors que des gosses mendient dans les rues.» Nababs mondialisés, les nouveaux capitalistes (les Ambani, Mittal et Cie) se sont prodigieusement enrichis depuis dix ans : en 2008, on comptait 4 Indiens parmi les 10 plus grandes fortunes du monde. Mais un quart des Indiens vivent avec moins d&#8217;un quart de dollar par jour. «La fracture est aggravée par l&#8217;économie souterraine, qui représente probablement 50% de notre économie globale», explique l&#8217;économiste Arun Kumar. La «black economy», en effet, enrichit les 3% les plus favorisés et fait flamber les prix, au préjudice des plus démunis. Pis, l&#8217;argent sale, investi dans le financement des partis, a pollué la démocratie et ruiné l&#8217;idée même de bien commun. «Résultat, note Arun Kumar, chacun vote pour «son» candidat, celui de sa caste, de son identité particulière.» Et pourtant ils votent&#8230; Avec passion même. Et de leur vote, dont le résultat sera connu dans quelques jours, dépend le sort d&#8217;un Terrien sur six. </p>
<p>Inde</p>
<p>- Capitale : Delhi.</p>
<p>- Superficie : 3 237 590 km3.</p>
<p>- Population : 1.1G milliard d&#8217;habitants.</p>
<p>- Population urbaine : 28,7%</p>
<p>- PIB par habitant : 780 S (France : 327005).</p>
<p>- Religions : hindouites (82%), musulmans ( 12%), chrétiens;2%), sikhs (2%).</p>
<p>- Régime : République parlementaire.</p>
<p>- Principales activités économiques : agriculture (banane, riz. blé. canne à sucre, pomme de terre, sorgho, coton, mais, volailles, hou ns. pêche;, industrie (chimie, textile, sidérurgie, agroalimentaire), tourisme.</p>
<p>Sara Daniel, Ursula Gauthier</p>
<p>Le Nouvel Observateur</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<updated>2011-04-04T19:51:32Z</updated>
		<published>2009-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Jeudi 14 Mai 2009 
Enquête  
Bombay 
Les tueurs de «l&#8217;Armée des Purs» 
172 morts, plus de 300 blessés: l&#8217;attaque terroriste du 26 novembre 2008, dont le procès vient de]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/01/les-tueurs-de-%c2%ablarmee-des-purs%c2%bb"><![CDATA[<p>Jeudi 14 Mai 2009 </p>
<p>Enquête  </p>
<p>Bombay </p>
<p>Les tueurs de «l&#8217;Armée des Purs» </p>
<p>172 morts, plus de 300 blessés: l&#8217;attaque terroriste du 26 novembre 2008, dont le procès vient de s&#8217;ouvrir, a été la plus meurtrière que l&#8217;Inde ait connue. Grâce aux écoutes téléphoniques et aux aveux de l&#8217;unique survivant du commando, la police de Bombay a pu reconstituer le film du «11-Septembre indien». Sara Daniel raconte</p>
<p>J&#8217;ai fait une grosse bêtise&#8230;» Le seul terroriste de l&#8217;attentat de Bombay à avoir été pris vivant est un Pakistanais de 21 ans, au visage poupin et imberbe. Un fou de Dieu rougissant, qui s&#8217;est excusé comme un gosse quand la police est venue l&#8217;interroger sur son lit d&#8217;hôpital. Ajmal Kasab n&#8217;avait pas l&#8217;air de réaliser qu&#8217;il était accusé d&#8217;être directement responsable d&#8217;un bon tiers des 172 morts et des 300 blessés de la tuerie de Bombay&#8230; Il soupirait, le regard implorant. Tous ces innocents, ces enfants sur lesquels il avait ouvert le feu à la gare centrale? A l&#8217;entendre, c&#8217;était la faute de son père, un méchant homme qui lui avait ordonné de rejoindre les djihadistes, de «l&#8217;oncle», le chef du groupe terroriste qui l&#8217;avait endoctriné, de la vie misérable qu&#8217;il menait à Faridkot, un village du Pendjab pakistanais&#8230;</p>
<p>Cinq mois après les faits commence le procès du «11-Septembre indien», qui est aussi le procès du Pakistan, cet ennemi intime de l&#8217;Inde dont sont originaires tous les assaillants. Kasab, seul survivant, doit répondre de douze chefs d&#8217;accusation, dont celui «d&#8217;actes de guerre contre l&#8217;Inde». Il risque la pendaison. Mais contre toute attente, le terroriste, qui a pourtant été filmé par les caméras de surveillance de la gare centrale une kalachnikov à la main, est revenu sur sa confession. Il affirme avoir avoué sous la torture: Mohammad Ajmal Amir Iman, alias «Kasab», plaidera non coupable. Coup dur pour le procureur, qui comptait bien tirer le fil rouge menant du petit djihadiste interchangeable jusqu&#8217;aux arcanes du pouvoir pakistanais, en passant par les camps d&#8217;entraînement du Cache mire. Et pourtant Kasab a avoué.</p>
<p>L&#8217;un des assaillants, Ajmal Kasab, à la gare centrale de Bombay</p>
<p>Plusieurs fois. Devant Rakesh Maria, le patron de la criminelle de Bombay, il a tout raconté. Tout ce qu&#8217;il sait. Avec son air fatigué et ses poches sous les yeux, le premier policier de la ville a l&#8217;air d&#8217;un flic de cinéma. D&#8217;ailleurs Bollywood a déjà tiré un film des aventures de ce champion de taekwondo. «Tous tes complices ont donné leur version des faits, alors tes jérémiades sentimentales sur ton père&#8230;», ment le divisionnaire. Alors Kasab, qui croit que ses compagnons de djihad sont encore en vie et ont parlé, se met à table. Son récit fournit une avalanche de détails sur la préparation de l&#8217;attentat, le plus spectaculaire que l&#8217;Inde ait jamais connu. Il montre aussi l&#8217;incroyable division du travail qui règne parmi les djihadistes pakistanais &#8211; et qui complique tant la tâche des enquêteurs chargés de traquer ces nouveaux terroristes..</p>
<p>«Selon les médias, vous êtes dans la chambre 360 ou 361. Comment peuvent-ils savoir cela?»  </p>
<p>Le procès de Kasab se déroulera au tribunal spécial de la prison d&#8217;Arthur Road. Des chaînes d&#8217;acier ont été déroulées tout autour du bâtiment, protégé par des centaines de policiers et de soldats munis de gilets pare-balles et d&#8217;armes automatiques. La circulation sera interdite autour de la prison pendant les six mois d&#8217;audiences, au cours desquelles 2 000 témoins doivent comparaître. Un tunnel blindé a été construit entre le tribunal et la cellule de Kasab.  </p>
<p>Vidéos de repérage </p>
<p>A Lahore, où il vit depuis qu&#8217;il s&#8217;est disputé avec son père, Kasab travaille à Welcome Tent Service, une entreprise qui loue des tentes pour les réceptions. Toujours à court d&#8217;argent, lui et son associé participent parfois à des petits cambriolages. Mais les deux garçons voudraient passer à la vitesse supérieure, faire un gros coup qui les sortirait de la misère. «Pour cela il nous fallait des armes, explique le djihadiste au chef Maria. C&#8217;est alors que nous avons pensé à nous enrôler dans le Lashkar-e-Taïba. Eux nous fourniraient des armes et nous apprendraient à nous en servir. Nous avons rempli quelques papiers puis rejoint l&#8217;organisation.»</p>
<p>Ils n&#8217;ont pas loin où aller. Le Lashkar-e-Taïba (L-e-T, l&#8217;«Armée des Purs») a été créé dans les années 1990 à Lahore, non loin de la frontière indienne, avec l&#8217;aide des services secrets pakistanais, pour lutter contre «l&#8217;occupation» du Cachemire par l&#8217;Inde. L&#8217;organisation a bien été interdite en 2002, mais elle s&#8217;est contentée de changer de nom et a renforcé ses liens avec les talibans pakistanais et Al-Qaida. Le groupe est notamment soupçonné d&#8217;avoir organisé l&#8217;attaque du Parlement indien à New Delhi, qui a fait dix morts le 13 décembre 2001 et conduit l&#8217;Inde et le Pakistan au bord d&#8217;une quatrième guerre. Aujourd&#8217;hui, le Pakistan est quadrillé par ses bureaux de recrutement.</p>
<p>Très vite Kasab est envoyé à Mansera, au Cachemire, dans un camp d&#8217;entraînement où on lui enseigne le maniement de l&#8217;AK 47 et du pistolet mitrailleur Uzi. C&#8217;est là aussi qu&#8217;il écoute les prêches d&#8217;Hafiz Saeed, le guide suprême du L-e-T, qui exhorte au djihad et détaille ses bienfaits, comme le merveilleux parfum qui émane du corps des kamikazes morts à la guerre sainte. Le chef Maria se plaira à rappeler à Kasab les paroles de son guide, après lui avoir montré les cadavres disloqués de ses camarades. «C&#8217;est en écoutant ces prêches que j&#8217;ai décidé d&#8217;arrêter de voler pour me consacrer au djihad», lui a confié le terroriste.</p>
<p>Après plusieurs mois d&#8217;entraînement, Kasab est envoyé près de Lahore, à Muridke, le quartier général de l&#8217;Armée des Purs, celui que ses dirigeants font parfois visiter à des journalistes pour prouver qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une organisation terroriste&#8230; Là on lui apprend à utiliser un GPS, à conduire un bateau et à nager. Il ne le sait pas encore, mais il vient d&#8217;être choisi par «l&#8217;oncle Zaki», le chef des opérations militaires de l&#8217;Armée des Purs, pour participer à l&#8217;attentat de Bombay. Début septembre 2008, il est transféré dans une maison du L-e-T, dans la banlieue de Karachi. Il y restera plusieurs mois, à l&#8217;isolement complet, avec neuf acolytes. Comme des pions qu&#8217;on déplace sur l&#8217;échiquier de la guerre sainte.</p>
<p>L&#8217;attaque contre Bombay, d&#8217;abord prévue le 28 septembre, est repoussée de deux mois. On ne lui donne aucune explication. En fait, l&#8217;équipe indienne qui a repéré les lieux de l&#8217;attentat vient d&#8217;être arrêtée par la police de l&#8217;Uttar Pradesh pour une autre affaire&#8230; Par précaution, l&#8217;Armée des Purs retarde l&#8217;opération, puis décide finalement qu&#8217;elle n&#8217;a rien à craindre: son agent indien Faheem Ansari a remis à l&#8217;organisation les vidéos de repérage, en décembre 2007 au Népal. Comme les autres, Ansari, qui a filmé des heures de rushes dans toute la ville de Bombay, ignore tout du déroulement de l&#8217;opération: il ne pourra donc rien apprendre aux services indiens.</p>
<p>«Ne vous faites pas prendre vivants» </p>
<p>Le 22 novembre au petit matin, le commando embarque près de Karachi sur un gros hors-bord qui appartient à «l&#8217;oncle Zaki». Après trente heures de navigation, qu&#8217;ils passent enfermés au fond du bateau, les terroristes sont transférés sur un chalutier indien qui a été détourné pour l&#8217;opération. Le 26 novembre en fin d&#8217;après-midi, ils aperçoivent enfin Bombay à l&#8217;horizon. Après avoir égorgé le marin indien qui les conduisait, l&#8217;équipe embarque sur un Zodiac et accoste à Badhar Park, au sud de Bombay. De là, les dix hommes, armés de bombes, de grenades et de fusils d&#8217;assaut, se séparent en cinq groupes. Ils hèlent des taxis et se dirigent vers leurs cibles: la gare centrale, le café Léopold, l&#8217;hôtel Taj Mahal, l&#8217;hôtel Oberoi et le centre loubavitch Chabad House.</p>
<p>A partir de là, c&#8217;est par téléphone que les chefs du Lashkar-e-Taïba restés à Karachi donnent leurs instructions au commando, explique Kasab au chef de l&#8217;enquête. Les dix hommes sont les bras armés d&#8217;un cerveau qui dirige l&#8217;opération depuis le Pakistan. Mais cela, l&#8217;inspecteur Maria le sait déjà. Car très vite, dès les premiers moments de cette attaque qui va durer soixante heures, la police de Bombay réussit à intercepter les communications des terroristes. Ironie du sort: dans cette guerre des espions que se livrent le Pakistan et l&#8217;Inde, deux des portables Thuraya utilisés par les terroristes ont été fournis par des policiers indiens infiltrés dans l&#8217;organisation djihadiste pakistanaise. Une ruse qui n&#8217;a servi à rien, puisque les terroristes pakistanais n&#8217;ont ouvert leurs portables indiens qu&#8217;une fois l&#8217;opération déclenchée&#8230;</p>
<p>27 novembre, 3 h 53 du matin, hôtel Oberoi, Bombay. Extrait d&#8217;écoutes téléphoniques:</p>
<p>Commanditaire: Frère Abdul, les médias comparent votre acte au 11-Septembre. Un des chefs de la police a été tué.</p>
<p>Abdul Rehman [un membre du commando]: Nous sommes au 10e/11e étage. Nous détenons cinq otages.</p>
<p>Commanditaire: Les médias suivent tout ce que vous faites. Infligez un maximum de dommages. Ne vous faites pas prendre vivants.</p>
<p>Commanditaire [autre voix]: Tuez tous les otages, sauf les musulmans. Laissez votre téléphone ouvert pour que nous puissions entendre les coups de feu.</p>
<p>Fahadullah [un autre membre du commando]: Nous avons trois étrangers de Singapour et de Chine. Et des femmes.</p>
<p>Commanditaire: Tuez-les.</p>
<p>On entend alors Fahadullah et Abdul Rehman ordonner aux otages de s&#8217;aligner et aux musulmans de s&#8217;écarter. Puis les coups de feu. Et les cris de satisfaction des commanditaires.</p>
<p>Lorsque la police de Bombay réussit à intercepter les communications téléphoniques des terroristes, elle croit d&#8217;abord que les superviseurs de l&#8217;attentat donnent leurs instructions depuis un de ces hôtels de deuxième catégorie qui jouxtent l&#8217;Oberoi ou le Taj Mahal. Les indications sont si précises&#8230; Pendant deux heures, la police fouille les bagages et les ordinateurs de Palestiniens et d&#8217;Iraniens clients de ces hôtels. En vain. Les commanditaires de l&#8217;attentat sont loin, au Pakistan, et c&#8217;est grâce aux informations retransmises par les télévisions qu&#8217;ils dirigent leurs équipes: «Selon les médias, vous êtes dans la chambre 360 ou 361, comment peuvent-ils savoir cela? Y a-t-il une caméra? Si oui, détruisez-la!»</p>
<p>Minute par minute, les donneurs d&#8217;ordres guident les pas des hommes du commando, qui n&#8217;osent prendre aucune initiative sans en référer à leurs supérieurs. Dans cet attentat téléguidé, ce sont les chefs de l&#8217;Armée des Purs qui parlent aux otages par téléphone, qui les réconfortent même.</p>
<p>27 novembre après midi, Chabad House, le centre loubavitch:</p>
<p>Commanditaire: Passe-moi un otage.</p>
<p>Terroriste: Voilà, parlez!</p>
<p>On entend les sanglots d&#8217;une femme, terrorisée, incapable de parler.</p>
<p>Commanditaire: Relaxez-vous&#8230; Gardez vos forces pour les bons jours. Si le consulat nous contacte, peut-être pourrez-vous célébrer le shabbat avec votre famille&#8230;</p>
<p>On retrouvera deux femmes assassinées dans les décombres de la Chabad House.</p>
<p>Les superviseurs du djihad vont jusqu&#8217;à s&#8217;assurer que leurs soldats ont trouvé de quoi se nourrir:</p>
<p>- Avez-vous mangé? </p>
<p>- Un peu&#8230; </p>
<p>- Comment un peu? Ces gens [NDLR: les juifs] font beaucoup de fêtes et leur nourriture est halal, alors ne vous inquiétez pas.</p>
<p>C&#8217;est aussi en écoutant les terroristes que la police de Bombay comprend que la piste indienne, celle des «moudjahidin du Deccan», est une fausse piste, un leurre tendu par le L-e-T pour brouiller les cartes et déstabiliser l&#8217;Inde. «Dites-leur que vous venez d&#8217;Hyderabad, dans le Deccan, et s&#8217;ils vous demandent pourquoi vous faites cela &#8211; vous écrivez ce que je vous dis -, dites-leur que c&#8217;est à cause de l&#8217;attitude du gouvernement [NDLR: indien] vis-à-vis des musulmans, que nous exigeons que les musulmans soient relaxés des prisons indiennes et le droit à l&#8217;autodétermination pour les Cachemiris.»</p>
<p>Laxisme du gouvernement pakistanais </p>
<p>Qui sont ces superviseurs de l&#8217;attentat, qui guident pas à pas les terroristes depuis le Pakistan? Pour la première fois, la confession de Kasab aurait permis, du moins s&#8217;il ne s&#8217;était pas rétracté, d&#8217;impliquer formellement des dirigeants du Lashkar-e-Taïba. Il y a d&#8217;abord «l&#8217;oncle» Zaki-ur-Rehman Lakvi, celui qui a recruté Kasab, le chef des opérations militaires du L-e-T et le cerveau de l&#8217;attentat de Bombay. Ce djihadiste de 48 ans a combattu en Tchétchénie, en Bosnie et en Irak. Il y a aussi Yusuf Muzammil, le chef du «département indien» de l&#8217;Armée des Purs. Et puis bien sûr le fondateur de l&#8217;organisation terroriste, Hafiz Saeed.</p>
<p>Quels sont les liens de ces hommes avec l&#8217;appareil sécuritaire du Pakistan? Jusqu&#8217;au 11 septembre 2001, le chef des services secrets pakistanais assistait souvent à la conférence annuelle de l&#8217;Armée des Purs, dans son quartier général de Muridke. Mais à une époque, même la CIA contribuait à financer l&#8217;organisation qui combattait les Soviétiques en Afghanistan. Après le 11-Septembre, les liens entre les services pakistanais et le L-e-T se firent plus discrets. Mais l&#8217;Inter-Services Intelligence, comme l&#8217;armée pakistanaise, n&#8217;a en réalité jamais cessé de soutenir les groupes djihadistes présents à la frontière de l&#8217;Inde. Ahmed Rashid, un des meilleurs spécialistes des mouvements extrémistes au Pakistan et en Afghanistan, explique que «les officiers des services secrets pakistanais à la retraite aident les talibans pakistanais et sont devenus de plus farouches partisans de l&#8217;Armée des Purs que l&#8217;organisation elle-même&#8230;».</p>
<p>Selon le chef Rakesh Maria, plusieurs officiers en exercice seraient aussi incriminés dans l&#8217;attentat. Il y a ce «major» auquel les terroristes font constamment référence. Maria accuse aussi un spécialiste des communications de l&#8217;armée pakistanaise, le colonel Sadatullah, d&#8217;avoir facilité les coups de téléphone entre le commando et ses chefs &#8211; ce que l&#8217;intéressé dément.</p>
<p>Comment expliquer le laxisme du gouvernement pakistanais vis-à-vis de ces groupes extrémistes? Ne menacent-ils pas aujourd&#8217;hui son existence même? Sous la pression internationale, les autorités pakistanaises ont arrêté «l&#8217;oncle Zaki» dans son centre de Muzaffarabad, la capitale du Cachemire pakistanais. Mais comment comprendre qu&#8217;à ce jour les camps d&#8217;entraînement du L-e-T au Cachemire et surtout son quartier général de Muridke, dans la banlieue de Lahore, restent opérationnels? Les généraux pakistanais, sans lesquels le gouvernement du président Zardari ne peut rien, sont peu enclins à répondre aux exigences de l&#8217;Inde, qu&#8217;ils soupçonnent de chercher à déstabiliser leur pays, en particulier dans les zones insurrectionnelles du Baloutchistan. Pourquoi se priver de groupes comme le Lashkar, qui constituent une arme pointée contre ce voisin tellement haï, depuis la sanglante partition de 1947?</p>
<p>«La guerre [entre l'Inde et le Pakistan] est-elle la seule solution?», s&#8217;interrogeait à la une le magazine indien «Outlook» au lendemain des attentats de Bombay. En revenant sur sa confession, Kasab pourrait faciliter la tâche du gouvernement pakistanais, tenté comme il l&#8217;a si souvent fait par le passé de couvrir les organisations djihadistes. Reste à savoir si cette fois encore, et alors que les talibans gagnent tous les jours du terrain au Pakistan, pays doté de l&#8217;arme atomique, les Américains accepteront de voir les commanditaires de l&#8217;attentat de Bombay en liberté sous le prétexte que Kasab, un jeune kamikaze qui ne veut pas mourir, est revenu sur ses aveux.</p>
<p>SARA DANIEL </p>
<p>* Hafiz Mohammed Saeed, qui a créé le Lashkar-e-Taïba en 1990 avec l&#8217;aide d&#8217;officiers des services secrets pakistanais, vient d&#8217;être placé en résidence surveillée par les autorités d&#8217;Islamabad. A la suite de pressions occidentales, il a déjà été arrêté à cinq reprises (mais aussitôt relâché), en relation avec les attentats terroristes qui ont frappé l&#8217;Inde depuis 2001. «Le L-e-T ne laissera pas le gouvernement pakistanais livrer Oussama Ben Laden aux Etats- Unis», déclarait-il au lendemain du 11-Septembre.  </p>
<p>* En 2008, «l&#8217;oncle Zaki», chef des opérations militaires de l&#8217;Armée des Purs, donnait une conférence de presse pour inciter les jeunes Pakistanais à prendre les armes. Après les attentats de Bombay, il a été arrêté par les autorités pakistanaises.  </p>
<p>* Selon le procureur général indien Ujwal Nikam, «toutes les per sonnes accusées, y compris celles qui sont recherchées ou décédées, sont le produit d&#8217;une culture stratégique du terrorisme. Cette culture a pénétré très profondément au Pakistan, par le fait d&#8217;organisations terroristes comme le Lashkar-e- Taïba. C&#8217;est institutionnalisé là-bas, fermement enraciné. (&#8230;) Le Pakistan est de fait devenu un berceau du terrorisme».  </p>
<p>* Fils d&#8217;un producteur de Bollywood, Rakesh Maria, patron de la criminelle de Bombay et chef de l&#8217;enquête sur la tuerie du 26 novembre, est une star. Son enquête sur les attentats de Bombay de 1993, qui ont fait plus de 250 morts, a nourri le scénario du film indien «Black Friday». Dans ce film, le personnage qui porte son nom malmène un suspect. Mais Maria dit croire avant tout à «l&#8217;approche psychologique».</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Qui sont les terroristes de Bombay ?]]></title>
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		<published>2008-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Le Nouvel Observateur. &#8211; Qui est responsable des attentats de Bombay ? 
Ahmed Rashid. &#8211; Cet attentat a été coordonné et pensé par Al-Qaida et les talibans pakistanais avec l&#8217;aide]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2008/01/qui-sont-les-terroristes-de-bombay"><![CDATA[<p>Le Nouvel Observateur. &#8211; Qui est responsable des attentats de Bombay ? </p>
<p>Ahmed Rashid. &#8211; Cet attentat a été coordonné et pensé par Al-Qaida et les talibans pakistanais avec l&#8217;aide de mouvements djihadistes du Cachemire dans le but de créer un regain de tension entre le Pakistan et l&#8217;Inde. Les talibans pakistanais et Al-Qaida sont sous le feu de l&#8217;armée pakistanaise dans la région de Bajaur et dans les zones tribales, et ils espèrent par cet attentat contraindre l&#8217;armée pakistanaise à redéployer ses troupes à la frontière indienne. L&#8217;Inde est aujourd&#8217;hui victime du djihad global. </p>
<p>N. O. &#8211; Les groupuscules de musulmans indiens ont-ils eu une part dans cet attentat ?</p>
<p>A. Rashid. &#8211; Il existe effectivement des groupes de musulmans indiens dont la mobilisation est croissante et dont les attentats très artisanaux ont causé des milliers de morts en Inde. Mais ces groupes n&#8217;auraient pas été capables de ce degré de sophistication et de coordination. Non, l&#8217;attentat a été exécuté par des djihadistes du Penjab qui se battaient au Cachemire. Après le cessez-le-feu de 2004, les services secrets pakistanais ont cessé d&#8217;autoriser ces groupes de militants comme le Lashkar-e-Taiba (l&#8217;Armée des Vertueux) et le Jaish-e-Mohammed (l&#8217;Armée de Mohammed) à se rendre au Cachemire. Mais ils ne les ont pas reconvertis à la vie civile. Ces groupes se sont alors fragmentés en une multitude d&#8217;entités. Quelques-uns se sont démobilisés. Certains ont rejoint Al-Qaida, d&#8217;autres les talibans pakistanais dans les zones tribales. D&#8217;autres encore attendaient le moment propice pour passer à l&#8217;action. Ils sont éduqués et vivent dans les villes. Ils sont responsables de plusieurs des attentats qui ont ensanglanté récemment le Pakistan. </p>
<p>N. O. &#8211; Pourquoi le gouvernement pakistanais n&#8217;a t-il pas encouragé et contrôlé leur démobilisation ?</p>
<p>A. Rashid. &#8211; Parce que les services secrets pakistanais voulaient les garder sous le coude au cas où&#8230; Au moment du tremblement de terre d&#8217;octobre 2005, ils ont aidé ceux qui continuaient à s&#8217;entraîner dans des camps à retrouver une respectabilité. Ceux-ci ont prétendu s&#8217;être reconvertis en organisations et ont drainé ainsi la majorité des fonds et de l&#8217;aide destinée aux victimes.</p>
<p>N. O. &#8211; Le gouvernement pakistanais a t-il une part de responsabilité dans ces attentats ?</p>
<p>A. Rashid. &#8211; Le gouvernement pakistanais n&#8217;est pas responsable des attentats de Bombay. Il n&#8217;y a aucun intérêt, ni pour l&#8217;armée, ni pour les services secrets à voir monter la tension entre l&#8217;Inde et le Pakistan, alors que le Pakistan est en faillite, qu&#8217;il ne peut payer les soldes des militaires et que le terrorisme déstabilise tout le pays. Il se peut que certains des ex-chefs des services secrets qui contrôlaient ces organisations (Jaish-e-Mohammed, Lashkar-e-Taiba) du temps de la guerre au Cachemire aient participé aux attentats. Mais pas l&#8217;Etat pakistanais.</p>
<p>N. O. &#8211; Quelles en seront les conséquences sur les relations indo-pakistanaises ? Pourrait-on envisager que les deux pays joignent leurs forces pour lutter contre ce qui est devenu un ennemi commun ?</p>
<p>A. Rashid. &#8211; Il y a une telle méfiance entre eux ! Et notamment entre leurs services secrets, l&#8217;inter Services Intelligence pakistanais et l&#8217;Intelligence Bureau indien. Bien sûr, la CIA pourrait essayer de les rapprocher comme elle l&#8217;a fait pour les services secrets pakistanais et les services afghans. Pour cela le Pakistan devra être transparent sur l&#8217;aide que ses services secrets ont apporté à ces groupes et communiquer toutes les informations dont ils disposent. Mais s&#8217;il y a le moindre soupçon que l&#8217;Inde se mobilise, le Pakistan massera ses troupes à la frontière. Comme en 2001 . Rappelez-vous, après la bataille de Tora Bora, les Américains ont demandé à Islamabad de déployer des troupes à la frontière afghane pour empêcher les membres d&#8217;Al-Qaida de s&#8217;enfuir. C&#8217;est alors que l&#8217;attaque du Parlement indien par un commando terroriste composé de Pakistanais a provoqué un regain de tension qui a amené le Pakistan à concentrer des troupes à la frontière indienne : pendant quatre ans, il n&#8217;y avait plus de soldats dans les zones tribales ! Ce qui a permis à Al-Qaida et aux talibans de se renforcer tranquillement. C&#8217;est en réalité après la bataille de Tora Bora, au cours de laquelle Ben Laden a pris la fuite, que les liens entre Lashkar-e-Taiba et Al-Qaida se sont tissés : Lashkar a escorté les combattants d&#8217;Al-Qaida jusqu&#8217;à Karachi, leur a fourni des faux passeports pour qu&#8217;ils puissent retourner dans leurs pays d&#8217;origine&#8230;  </p>
<p>N. O. &#8211; Comment pensez-vous que la situation va évoluer dans la région ? Etes-vous inquiet ?</p>
<p>A. Rashid. &#8211; Dans les mois à venir, nous allons assister à un bain de sang, une attaque massive d&#8217;Al-Qaida en Afghanistan et au Pakistan. Pour démoraliser les Occidentaux et Barack Obama avant qu&#8217;ils n&#8217;envoient des renforts de troupes. Les djihadistes sont prêts à tout pour conserver leur fief des zones tribales et du sud de l&#8217;Afghanistan, ouvrir de nouveaux fronts et distraire l&#8217;ennemi&#8230; et les attentats de Bombay sont la première manche de cette stratégie de diversion.</p>
<p>		* Auteur du best-seller «Taliban», sur les origines du régime des «étudiants en religion», Ahmed Rashid vient de publier «Descent into chaos» où il montre notamment comment le Pakistan a permis aux talibans de reconquérir une partie de l&#8217;Afghanistan.</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Les Gardiens de l’Arc-en-ciel]]></title>
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		<updated>2011-04-04T20:10:24Z</updated>
		<published>2001-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[On les accuse d?être vendus à l?Ouest. De vouloir saper l?industrie de leur pays. Les autorités locales ne voient pas d?un bon ?il les Gardiens de l?Arc-en-ciel, ces anarcho-écologistes qui]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2001/01/les-gardiens-de-larc-en-ciel"><![CDATA[<p>On les accuse d?être vendus à l?Ouest. De vouloir saper l?industrie de leur pays. Les autorités locales ne voient pas d?un bon ?il les Gardiens de l?Arc-en-ciel, ces anarcho-écologistes qui organisent des &laquo;&nbsp;camps d?été&nbsp;&raquo; devant les usines les plus polluantes de Russie. Déchets radioactifs, pollution industrielle, hangars d?armes chimiques, ces nouveaux militants n?ont que l?embarras du choix. A 28 ans, Olga Miryasova est la porte-parole de ce groupe, qui compte environ 500 activistes, sans compter tous ceux qui les rejoignent ponctuellement. L?action dont elle est le plus fière a eu lieu l?été dernier à Kassimov, à quelques heures de route à l?ouest de Moscou. Dans ce petit village, les Gardiens de l?Arc-en-ciel ont pactisé avec les paysans pour protester contre la pollution de l?usine de traitement de vieux câbles, qui rejette de la dioxine, substance très toxique. Deux camps de tentes ont été installés à côté du site industriel, et les militants ont empêché les ouvriers de gagner leurs postes de travail plusieurs jours de suite. Les Gardiens de l?Arc-en-ciel ont alors obtenu des autorités locales qu?elles stoppent les projets d?agrandissement de l?usine. Mais les actions peuvent être beaucoup plus mouvementées. En Russie, il est interdit de s?approcher des installations nucléaires et les jeunes écolos se font parfois éjecter des sites manu militari. Le problème qui préoccupe le plus Olga dans la Russie d?aujourd?hui, c?est la contradiction entre les impératifs écologiques et les impératifs économiques et sociaux. Devant les usines, les Gardiens de l?Arc-en-ciel sont violemment pris à parti. Par les ouvriers.</p>
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		<title type="html"><![CDATA[St Pétersbourg, Les enfants du trottoir]]></title>
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		<updated>2011-04-04T20:10:35Z</updated>
		<published>2000-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Racket, prostitution, petits trafics&#8230; Les enfants que la désagrégation familiale a jetés dans la rue survivent en marge de la société, et sous l?aile de la mafia
Il est toujours pressé,]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2000/01/st-petersbourg-les-enfants-du-trottoir"><![CDATA[<p>Racket, prostitution, petits trafics&#8230; Les enfants que la désagrégation familiale a jetés dans la rue survivent en marge de la société, et sous l?aile de la mafia</p>
<p>Il est toujours pressé, Sergueï. Contre le vent glacé qui balaie la perspective Nevski, il trotte vers son petit business, mains dans les poches et bonnet de laine noire sur les yeux. Depuis le jour de ses 11 ans, lorsque sa mère l?a flanqué à la porte, il vit dans les rues de Saint-Pétersbourg. Cela fait déjà trois ans. Il n?a pas vu le temps passer. Il a beau vivre la nuit, il n?a pas une minute. Tous les enfants qui ont élu domicile sous les arcades du métro Pushkinskaya connaissent ses yeux bleus.Tous les après-midi, lorsque Maxime se réveille, vers 16 heures, Sergueï passe taxer 20 ou 30roubles à ce gosse de 13 ans en chaise roulante, qui a perdu son pied alors qu?il sniffait de la colle un peu trop près d?une voie ferrée. Lorsque la recette de Maxime a été bonne, Sergueï peut s?offrir des graines de tournesol et de la glace. Sa préférée: celle avec la vanille entre des gaufrettes. C?est le bon côté de son existence: quand on vit dans la rue, personne ne vous oblige à manger des betteraves.Un petit crochet par Gorkovski pour passer une heure avec sa petite amie, que sa mère empêche de sortir le soir, et Sergueï se dirige vers la station de métro Gastinevod, où des hordes de petits gavroches galopent dans les rames bien chaudes. Il est 19 heures, l?heure de pointe pour les enfants du métro. C?est ici que Sergueï vient racketter les gosses qui revendent des jetons de transport: quand on a entre 5 et 7 ans, face à un grand on vide ses poches. Entre un endroit tiède et un autre ? greniers, égouts, chaufferies ?, les tout-petits, eux aussi, sont toujours en mouvement.Dans la rue, les seuls qui restent immobiles, ce sont les chefs. Seuls leurs yeux s?agitent pour suivre du regard leurs minuscules travailleurs. Leurs troupes? Ce sont les 40000 enfants qui vivent dans les rues de Saint-Pétersbourg. Ceux qui ont préféré déserter une famille dégradée avec laquelle ils entretiennent des rapports distants. Car un quart seulement de ces enfants sont orphelins.Deux fois par mois, Sergueï va rendre visite à sa mère. Il supporte alors le regard flou de cette femme toujours ivre et les insultes de son beau-père. Le temps de s?assurer qu?ils ne vont pas appeler la milice pour le faire rechercher. Son père? Il a quitté la ville il y a deux ans sans laisser d?adresse. A Saint-Pétersbourg, la désagrégation de la famille est un phénomène généralisé. La pauvreté a touché de plein fouet les habitants, qui étaient employés aux deux tiers par l?industrie de la défense. En trois ans, des salariés des classes moyennes qui avaient un revenu stable et bénéficiaient de congés payés se sont retrouvés sans travail et sans protection sociale. Personne n?est à l?abri. Sergueï connaît deux jumeaux de 12 ans, Slava et Sacha Nikitine, petits-fils d?un général de l?armée russe, qui vivent dans la rue comme lui. Et puis il y a le choc psychologique créé par la perte des anciens repères et l?avènement brutal des plaisirs du libéralisme ? sexe et vodka à volonté ?, que les adultes ont pris en pleine figure, comme les enfants: sans y être préparés. Alors certains en viennent à évoquer avec nostalgie cet ancien régime qui protégeait ses enfants, ce bon temps où, de l?école de quartier au Komsomol, le Parti se substituait à la famille pour guider les jeunes.21 heures: Sergueï se rend au Niej Kondnisad, le centre de jeux électroniques de la perspective Nevski, baptisé &laquo;&nbsp;Jardin d?Amusement&nbsp;&raquo;. Il vient dans cet endroit une quinzaine de fois dans la journée. Les patrons l?aiment bien, ils lui offrent des parties gratuites. Son jeu préféré, c?est Tomb Raider, mais il a rarement le temps de finir une partie. Ici, on se regarde en coin et les clins d??il sont sans équivoque. &laquo;&nbsp;Tous les chauffeurs de taxi me connaissent&nbsp;&raquo;, crâne le jeune garçon. Pour 100roubles (20 francs), 300 si Ivan, son copain de bitume, se joint à lui, Sergueï passe la nuit chez les hommes, souvent ivres, qui lui demandent de l?accompagner. Car le Jardin d?Amusement est un haut lieu de la prostitution pédophile. &laquo;&nbsp;Si on est habillés comme des clochards, ça marche mieux, explique Ivan, les types savent que cela ne leur coûtera pas grand-chose. Pas comme avec une fille à qui il faudra faire des cadeaux.&nbsp;&raquo; Pendant que son copain raconte sa vie, Sergueï cache sa honte en jouant les machos: &laquo;&nbsp;Vous savez, on en profite toujours pour leur piquer des trucs. A ce jour, j?ai déjà fait plus de vingt cambriolages.&nbsp;&raquo;L?ogre des bébés qui tapinent, c?est le redoutable Iacov. Entremetteur et consommateur, il a des liens avec la pègre locale. Sergueï, qui a fini par abandonner sa pudeur, raconte la partouze du jour de l?an chez Iacov où il y avait plus de dix enfants de 5 à 14 ans et plusieurs cartons de vodka. C?est Iacov qui a présenté Sergueï à Victor, un mafieux qui lui donnait des cadeaux mais qui a dû s?exiler à Chypre parce qu?il avait des ennuis avec la justice. C?est encore Iacov qui a demandé à Sergueï de lui trouver des enfants pour aller à l?hôtel Cobra, chez Vadim, où l?on filme des hommes qui ont des rapports sexuels avec des enfants dans un Jacuzzi. Pour pouvoir les faire chanter ensuite. &laquo;&nbsp;Après le pétrole, les appartements et les filles, les petits garçons sont devenus la nouvelle monnaie d?échange de la mafia. Mais personne ne veut en parler&nbsp;&raquo;, commente Sacha, un ancien député de la Douma. Pourtant beaucoup de ces &laquo;&nbsp;rencontres&nbsp;&raquo; se font sans intermédiaire: &laquo;&nbsp;Les Américains qui viennent à Saint-Pétersbourg savent très bien où nous trouver&nbsp;&raquo;, raconte Sergueï.Aujourd?hui si les langues se délient à propos de Iacov, c?est que celui-ci vient d?être arrêté. Au grand étonnement de Sergueï, qui a toujours vu jusqu?ici la milice fermer les yeux. &laquo;&nbsp;Un jour, nous avons été contrôlés dans la rue alors que Iakov transportait un pack de six bouteilles de vodka. Quand elle l?a reconnu, la milice m?a demandé si toute cette vodka était à moi!&nbsp;&raquo;, soupire le garçon.Lorsqu?ils en ont marre du Jardin d?Amusement ou de l?Etable, la discothèque à la sortie de laquelle ils viennent racoler, Sergueï et son copain peuvent quelquefois aller dormir chez la mère d?Ivan. Toujours ivre, elle ne s?aperçoit même pas que les enfants s?introduisent dans la pièce unique qui abrite toute la famille dans le quartier de l?Amirauté. Pourtant, même ce havre très relatif est menacé. Un agent immobilier propose à la mère d?Ivan 500 dollars et deux chambres dans un appartement communautaire contre son studio dans un quartier où le mètre carré vaut actuellement 700 dollars. Sergueï refuse de voir l?arnaque, alors que tous les enfants des rues ont connu la même histoire: ces opérations immobilières sont l?une des principales causes de la situation des enfants de Saint-Pétersbourg. Au cours des trois dernières années, 4317 familles en situation précaire ont perdu leur appartement à la suite d?affaires douteuses et 6049enfants se sont retrouvés à la rue à la suite de ces arnaques. Un zacone (décret) a même été édicté pour interdire aux parents de vendre leur appartement s?ils ont des enfants. Ils doivent désormais, pour le faire, demander une autorisation à la milice.Souvent, cependant, les inspecteurs sont de mèche avec les agents immobiliers. Le système est le suivant: un agent repère une famille dans le besoin qui vit dans un quartier où les prix ont flambé. Il lui propose de les reloger en dehors de la ville avec en plus une petite somme d?argent et une bouteille de vodka par jour. Le milicien accorde l?autorisation. Lorsque la famille arrive sur les lieux supposés de son nouveau domicile, elle ne trouve qu?un hangar. En cas de plainte, le milicien étouffe l?affaire. Les deux complices peuvent alors se partager jusqu?à 20000 dollars, dissoudre l?agence pour ne pas laisser de trace et en recréer une autre deux mois après. &laquo;&nbsp;Lorsque les propriétaires isolés et alcooliques refusent de vendre, on peut aussi les faire disparaître et amener un homme de paille chez le notaire, explique un employé de la mairie qui préfère rester anonyme. D?ailleurs, la Ville a intérêt à maintenir quelques pauvres dans ces appartements qui valent aujourd?hui des fortunes: elle contrôle ainsi les prix du marché.&nbsp;&raquo;Mais il n?y pas que les appartements qui suscitent la convoitise des employés de la Ville. Pour certains fonctionnaires peu scrupuleux, les enfants des rues sont une manne, et un bon moyen de soutirer de l?argent à des organisations non gouvernementales occidentales. Victor Lapan, directeur du Centre de la Famille dea Ville, fait un tableau de la corruption qui existe à touses échelons de l?aide sociale.Le résultat est confondant. D?abord, les 800000 enfants de la région de Saint-Pétersbourg qui sont élevés par des tuteurs ne reçoivent qu?une partie infime de l?argent qu?est censé leur consacrer le budget de la Ville. Souffrant de la faim, ces enfants se retrouvent dans la rue pour essayer de dénicher de quoi manger. Ils sont alors pris en charge par les éducateurs de rue de l?Institut du Mineur. Le directeur de l?Institut détourne la majeure partie des fonds qui lui sont alloués, explique Victor Lapan.Ce soir encore, Sergueï joue aux consoles sous les arcades de la Perspective, en rêvant à ce nouveau Russe à la grosse Mercedes blanche qu?il deviendra peut-être. Avec deux autres de ses petits camarades, il a rendez-vous avec un inspecteur de la milice qui lui a proposé de lui donner quelques roubles s?il trouvait des enfants pour témoigner contre Iacov l?entremetteur. Mais à la milice de la ville, personne ne connaît ce fonctionnaire qui achèterait les témoignages des enfants. Alors Sacha, un des éducateurs de rue, s?inquiète: si l?individu que le petit garçon a rencontré est l?un des hommes de main de Iacov, c?est peut-être la dernière fois, ce soir, que l?on verra Sergueï user ses yeux bleus sur les écrans des jeux vidéo du Jardin d?Amusement.</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Ubu roi en Kalmoukie]]></title>
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		<updated>2011-04-04T20:10:55Z</updated>
		<published>2000-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Ici, comme dans plusieurs Républiques orientales, les oukases du Kremlin se perdent dans la steppe. Et il n?est pas conseillé de mettre en colère le président Kirsan Ilioumjinov, qui règne]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2000/01/ubu-roi-en-kalmoukie"><![CDATA[<p>Ici, comme dans plusieurs Républiques orientales, les oukases du Kremlin se perdent dans la steppe. Et il n?est pas conseillé de mettre en colère le président Kirsan Ilioumjinov, qui règne en autocrate sur sa République</p>
<p>Ce qui saute aux yeux d?abord, c?est la steppe, immense et grise. Une plaine navrante où quelques moutons rescapés d?une époque plus clémente n?arrivent pas à rompre la monotonie du paysage. Lorsqu?on approche de la capitale, Elista, on ne peut plus les manquer, ces signes de la démence ordinaire du régime kalmouk. Ils sont là, entre les masses sombres des immeubles soviétiques déglingués qui bordent l?unique route de la République. Il y a d?abord les immenses panneaux qui représentent le président de la Kalmoukie, Kirsan Ilioumjinov, en train de serrer la main du Dalaï Lama, puis celle du Pape, enfin celle du patriarche Alexei. Le jeune président de la République bouddhiste n?est pas sectaire, sauf en matière de jeu d?échec, dont il a fait l?autre religion locale. Car Kirsan est un champion, un maître de la diagonale du fou. A l?école, le jeu est matière obligatoire. Des statues de tour ou de cavalier, pièces gigantesques, rappellent au passant qu?ici, il vaut mieux savoir &laquo;&nbsp;pousser le bois&nbsp;&raquo; si on ne veut pas finir mat. Des 89 républiques, régions et oblasts de la fédération de Russie, qui, pourtant, compte de nombreux spécimens de tyranneaux insolites, la Kamoulkie est peut-être la plus désespérante. En 1993, Kirsan Ilioumjinov, 31 ans, est élu président de la République dans le respect des règles les plus démocratiques. Depuis, l?Ubu du Caucase a pris quelques accommodements avec la constitution de sa République ? constitution qu?il a rebaptisée &laquo;&nbsp;code de la steppe&nbsp;&raquo;. Il a décidé de prolonger son deuxième mandat jusqu?en 2002. Alexeï Simonov, président de l?association Glasnost, une organisation qui veille au respect des règles démocratiques dans les médias et a fort à faire, explique la placidité avec laquelle a été accueillie l?entorse faite au suffrage universel: &laquo;&nbsp;En Kalmoukie comme dans le reste de la Russie, les gens sont fatigués du soi disant processus démocratique. On ne cesse de leur demander leur avis, sans aucun bénéfice tangible pour eux?&nbsp;&raquo; Dans les villages, on s?éclaire à la bougie. Les habitants n?ont pas perçu leur salaire depuis plusieurs mois. Il y a quelques jours, des enfants ont été empoisonnés par la cantine scolaire qui leur avait servi une nourriture avariée. A écouter Kirsan, lors de son premier mandat, sa République, l?une des plus pauvres de Russie, allait bientôt devenir un autre Koweit. Le moindre berger devait disposer d?un téléphone portable. &laquo;&nbsp;Je suis l?un des hommes politiques les plus riches de Russie, claironnait-il, je serai donc l?un des moins corrompus&nbsp;&raquo;. Ex membre du Soviet Suprême, il s?est enrichi au lendemain de la chute du communisme dans l?import-export et l?implantation de casinos. Dès son élection, il dispose des ressources de la République comme si elles lui appartenaient en propre. Les journaux officiels le décrivent aujourd?hui comme un milliardaire dont les 50 entreprises font 500 millions de dollars de chiffre d?affaires. Le président se complaît à en rajouter: il est sans doute moins riche qu?il ne le prétend. Sept ans après son élection, son entourage a ravalé de sa superbe: A peine: &laquo;&nbsp;Nous tiendrons nos promesses!&nbsp;&raquo;. Comment? &laquo;&nbsp;Il faut faire naître chez le peuple le sentiment de la nécessité de posséder&nbsp;&raquo;, martèle Kirsan 1er, adepte du marketing. Sur le chapitre de la consommation, pas question de laisser le choix à ses sujets: il a royalement payé les récoltes des paysans par des abonnements au journal &laquo;&nbsp;la Vérité kalmouke&nbsp;&raquo;, le seul journal rédigé en langue mongole. Une langue qui n?est plus enseignée&#8230; Kirsan 1er a décrété la nécessité de consommer du spirituel. Les 45% de Kalmouks bouddhistes, qui arrivent à peine à se nourrir, n?ont pas eu d?autre choix que d?accepter un prélèvement sur leur salaire (les quelques fois où ils l?ont touché) pour payer la construction du temple dans lequel trône un Bouddha en or. Un chanteur de folklore kalmouk, promu au titre pompeux de &laquo;&nbsp;secrétaire d?Etat à l?idéologie&nbsp;&raquo;, élabore une &laquo;&nbsp;pensée ethno-planétaire&nbsp;&raquo; destinée à mettre du baume dans les c?urs, à défaut de beurre dans les épinards. Mais qui s?en plaindrait? Pas les habitants de la République, qui baissent les yeux dès qu?on leur pose une question&#8230; Il n?est pas conseillé de mettre en colère le petit Caligula de la Steppe. Tout le monde le sait ici. Larissa Youdina est morte de refuser l?omerta. Elle était la rédactrice en chef de &laquo;&nbsp;Kalmoulie soviétique&nbsp;&raquo;, le seul journal d?opposition de la République. Son corps a été retrouvé dans un étang près d?Elista, le 6 juin 1998. Boris Eltsine lui-même en a parlé comme d?un crime politique. On soupçonne le propre frère du président Kirsan et le directeur de la banque centrale kalmouke Steppe d?avoir commandité l?assassinat. Les hommes de main ont été jugés et condamnés. Mais six mois après le meurtre, ils couraient déjà dehors, relaxés? Larissa Youdina enquêtait sur les détournements de fonds budgétaires de Kirsan. Des crédits avaient été débloqués par le Kremlin pour une filature et un projet fédéral de développement de la région de la mer Caspienne. La journaliste s?intéressait également à l?agence Aris, que le président kalmouk avait chargé du montage financier du championnat international d?échecs d?Elista. Un projet à l?échelle de sa mégalomanie, pour lequel il avait exigé la construction d?un quartier au beau milieu de la steppe. Un an et demi ont passé depuis ces Olympiades. Dans la Cité des Echecs, pavillons et cottages rouillent déjà sur pied. Personne n?a pu s?offrir les appartements luxueux avec &laquo;&nbsp;confort à l?occidentale&nbsp;&raquo;. La yourte de verre et d?acier qui abritait le tournoi reste désespérément vide. Qui aurait envie de tenir séminaire à Elista? Interrogé sur le meurtre de la journaliste, Alexandre Dorjdieiev, le président du gouvernement kalmouk s?impatiente: &laquo;&nbsp;Nous n?avons eu qu?un seul meurtre, un seul! et tout le monde nous demande des comptes. En Russie, il y en a des dizaines, tous les jours?&nbsp;&raquo; Ulcéré par un si grand désir de nuire à la réputation de la République, il brandit le livre de Brzezinski au dessus de la tête. Comme une explication: &laquo;&nbsp;Tout le monde veut mettre la main sur les réserves du pétrole de la mer Caspienne. On nous jalouse. On veut nous faire tomber. Voilà pourquoi Iakoblo, le parti démocrate, nous calomnie avec l?assassinat de cette journaliste!&nbsp;&raquo; Sans le meurtre de Larissa, la Cour des Comptes de Russie se serait-elle décidée à venir mettre son nez dans les affaires d?Ilioumjinov? Dès l?arrivée des inspecteurs de Moscou, une rupture de canalisation noyait les archives de l?agence Aris. Malgré ce &laquo;&nbsp;contretemps&nbsp;&raquo;, les enquêteurs ne repartent pas tout à fait bredouilles. Ils découvrent que Kirsan 1er bat monnaie! Le rouble est devenu, un moment, une devise étrangère dans cette République de la Fédération! Kirsan ne se laisse pas démonter par les reproches des &laquo;&nbsp;fédéraux&nbsp;&raquo; : il les jette tout simplement à la porte! Les foudres du Kremlin se déchaînent? Pas du tout. Moscou abandonne les recherches et ferme les yeux sur les affaires louches de la présidence kalmouke comme sur le meurtre de Larissa Youdina. Car face à un roitelet de province qui lève l?impôt et verrouille son administration et sa police, le tsar est nu. Il peut prononcer autant d?oukazes qu?il veut, elles resteront lettres mortes tant que le seigneur de l?oblast en aura décidé ainsi. Légitimés par le suffrage universel, les gouverneurs règnent désormais de droit divin. Et le Kremlin n?y peut mais, qui les craint plus qu?ils ne le craignent. En Ingouchie, par exemple, quarante articles de la constitution locale ? pas moins ? sont en flagrante contradiction avec la constitution de la Fédération. Tant pis pour la Constitution? Le pouvoir central a contesté l?élection de Rakhimov, au Bashkotostan. Rakhimov est cependant président. Tant pis pour le pouvoir central? Pour faire encore bon poids sur le centre, les gouverneurs se liguent. Ils se sont organisés en parti. Au gré de leurs intérêts, ils forment des coalitions qu?ils font et défont. Le Kremlin courbe l?échine. La faiblesse de Moscou, dont le budget est équivalent à celui de la Belgique, n?explique pas tout. En Russie, les intérêts des hauts fonctionnaires sont souvent plus puissants que ceux de l?Etat. Retour à la Kalmoukie, et à son statut de zone offshore: paradis fiscal du Caucase, plus de 500 entreprises russes y sont enregistrées. La nomenclature y a ses habitudes? Et Kirsan beaucoup de &laquo;&nbsp;relations&nbsp;&raquo;. Il n?a jamais eu de chance, l?Ubu du Caucase, avec les journalistes. Une ancienne présentatrice de la télévision, élue députée de la Kalmoukie à la Douma, veut lui pourrir la vie. Alexandra Barateïva, 35 ans, star des médias, a abandonné le salaire confortable que lui versait la chaîne de Berezovski pour, dit-elle, &laquo;&nbsp;changer la République&nbsp;&raquo;. La rumeur prétend qu?elle doit son élection à l?insistance musclée du Kremlin qui aurait dépêché quelques gendarmes pour &laquo;&nbsp;surveiller&nbsp;&raquo; les urnes. Alexandra est confiante, elle vient de rencontrer Poutine: &laquo;&nbsp;Il m?a assuré, annonce-t-elle d?un ton confiant, que la seule dictature acceptable en Kalmoukie, c?est celle de la loi. Seul Poutine est capable d?imposer l?ordre dans cette région de fous&nbsp;&raquo;. Pourtant, Madame la députée n?ignore pas que le président du comité de soutien à l?élection de Poutine est le directeur de la société Aris, l?homme par lequel transite tout l?argent sale de Kalmoukie.</p>
<p>Larissa enquêtait sur lui, avant d?en mourir&#8230;</p>
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