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	<title type="text">Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerreMoyen Orient » Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerre</title>
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	<updated>2012-05-09T09:49:04Z</updated>

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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Voyage dans la Syrie de Bachar]]></title>
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		<updated>2012-03-20T09:42:39Z</updated>
		<published>2012-03-14T14:35:12Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Push" />		<summary type="html"><![CDATA[Syrie, envoyée spéciale 
affiche de Bachar al Assad, Damas
A Homs, les bombardements et le massacre des civils continuent. Dans un restaurant branché de Damas, on lève son verre à Hafez]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2012/03/voyage-dans-la-syrie-de-bachar"><![CDATA[<p><strong>Syrie, envoyée spéciale</strong><strong> </strong></p>
<div id="attachment_3031" class="wp-caption alignleft" style="width: 650px"><img class="size-large wp-image-3031" title="Damas" src="http://sara-daniel.com/wp-content/uploads/2012/03/Damas-768x1024.jpg" alt="affiche de Bachar al Assad, Damas" width="640" height="853" /><p class="wp-caption-text">affiche de Bachar al Assad, Damas</p></div>
<p>A Homs, les bombardements et le massacre des civils continuent. Dans un restaurant branché de Damas, on lève son verre à Hafez el Assad et on remercie les Russes pour leurs vetos obstinés à l’Onu. Autour de Deraa, l’Armée libre affronte les blindés du régime. Partout, les enlèvements politiques ou crapuleux se multiplient. Et l’opposition, de plus en plus divisée, redoute l’engrenage de la guerre civile.<br />
<strong> </strong><br />
Ils regardent devant eux pour dominer la peur, se serrent les uns contre les autres et murmurent entre leurs dents : « Allah, viens-nous en aide ». Puis ils sortent, s’avancent sous un pont, se rassemblent quelques instants par petit groupes, avant de se disperser à nouveau et de reprendre leur étrange ballet.<br />
Comme chaque vendredi, jour de prières, la mosquée Hassan de Damas devient l’un des centres de la révolte. Le thème de la manifestation de cette semaine est sans ambiguïté : « La Russie tue nos enfants ». Mais à al Midan, ce quartier qui ne compte plus ses morts depuis le début du soulèvement, les  protestataires savent que s’ils ne veulent pas être abattus jusqu’au dernier, tout ce qu’ils peuvent oser, ce sont ces  « manifestations-secondes ». Face à eux, il y a l’appareil sécuritaire du régime au complet. Sur le pont, les barrages de l’armée et de la police anti-émeutes. A chaque carrefour, pour les encercler, les disperser, parfois même en pointant sur eux leurs armes, des nuées de chabiha, les terribles séides du régime, leur embonpoint sanglé dans de petits blousons kaki, lunettes noires et kalachnikov, prêts à tirer.<br />
Qu’il semble lointain, l’espoir d’une issue proche et d’un effondrement du régime. La semaine dernière, les combattants de l’Armée syrienne libre avaient pourtant réussi à approcher de la banque centrale de Damas, au cœur même de la capitale. Las, les vétos de la Russie et de la Chine au Conseil de Sécurité de l’ONU ont modifié la donne. Fort de la bénédiction de ses alliés qui ont encore une fois bloqué toute initiative internationale, le régime a repris la main. Et de Deraa à Homs, ses forces regagnent un à un les quartiers insurgés à coup de bombardements, de batailles de rues et de descentes dans les maisons&#8230;<br />
Depuis quelques minutes, il n’y a plus un bruit à al Midan. Les manifestants se sont tus. L’air est devenu épais comme du béton. Et même l’homme &#8211; un sympathisant du régime &#8211; qui m’escorte en Syrie, où je voyage avec un visa accordé par le ministère des Affaires étrangères, est devenu gris de peur. Parmi les civils postés aux carrefours, il a reconnu des membres des Jaouie, les services de sécurité de l’armée de l’air.<br />
Or parmi les dix-sept services de renseignements que compte la Syrie et dont chacun dispose de ses propres prisons &#8211; à tel point que lorsque quelqu’un disparaît, on met parfois des semaines avant de savoir qui le détient -, les Jaouié sont les plus redoutés. Créés autrefois par Hafez al Assad, lorsqu’il était ministre de la Défense et voulait disposer d’un service de renseignements qui ne dépendrait que de lui, les Jaouié, qui comptent près de 20 000 membres, se sont petit à petit affranchis de toute tutelle et ne répondent aujourd’hui qu’à leur chef, le général Jamil Hassan. Resté fidèle à la mémoire d’Hafez, c’est un partisan de la ligne dure qui reproche au fils de son héros sa mollesse. A son arrivée au pouvoir, Bachar al Assad avait tenté de mettre au pas les Jaouié. Mais lorsque la crise a commencé et que le régime a vacillé, les renseignements de l’air ont renoué avec leurs méthodes : barbes arrachées à coups de pinces, viols, brulures, torture du « tapis volant »,  où l’on attache ensemble les quatre membres derrière le corps, puis reliés au cou.<br />
Au mois de juillet dernier, Bachar a fait installer des caméras dans les bureaux des Jaouié qui sont désormais directement reliées au palais. Mais personne ne sait vraiment si c’est pour limiter leur cruauté ou par crainte d’un coup d’Etat.</p>
<p><strong>Une soirée à « l’Oxygène »</strong><br />
A l’autre bout de la ville, à l’Oxygène, un restaurant branché de la vieille ville chrétienne fréquenté par les partisans du régime, les habitués fêtent le véto russe. Sur les murs, en guise de décor, un mélange psychédélique mêlant une photo officielle de Bachar et des images de sous-vêtements féminins. Au karaoke, on chante des chansons du folklore syrien en sirotant des cocktails ou des verres d’Arak. Moulée dans un slim, longs cheveux blonds, l’animatrice d’une radio privée confie en s’étirant d’aise : « Moi je suis très pro régime, comme si elle parlait de son équipe de foot préféré. Il n’y a que les alaouites qui sont capables de diriger ce pays. Nous, les sunnites, nous avons tous un petit Allah dans la tête. C’est ce que vous voulez, vous, les Occidentaux, que toutes les femmes soient voilées dans ce pays ? » A sa table, il y a la femme du propriétaire, Majid Niazi, membre du conseil municipal de Damas, qui s’était illustrée en mettant à la porte du restaurant l’ambassadeur américain parce qu’il soutenait Israël. Majid se présente comme une opposante au régime. Elle affirme vouloir porter plainte contre les exactions des services de sécurité. Et se félicite d’avoir été l’une des premières à avoir reçu l’autorisation de fonder son propre parti politique qui, au début de la révolte, ambitionnait avec une naïveté confondante de regrouper toutes les composantes de la société syrienne, des Chabiha aux différents courants de l’opposition. Depuis, ceux de l’opposition sont partis, quelques-uns des Chabiha sont restés, mais Majid rêve toujours d’un gouvernement d’union nationale conduit par Bachar.<br />
L’invité d’honneur de la soirée arrive. Il s’agit du docteur Kadri Jamil, le chef du Parti communiste syrien, un grand homme baraqué âgé d’une cinquantaine d’années, seul membre de l’opposition à avoir accepté de faire partie de la commission de réforme de la constitution, créée par Bachar. Jamil explique que le texte qui sera soumis à référendum le 15 mars s’est beaucoup inspiré de la constitution française, voire la dépasserait puisque même le droit de grève y serait, selon lui, consigné. Le seul article qu’il regrette est celui qui précise que le président devra être de religion musulmane.<br />
Après avoir lancé quelques blagues dans lesquelles les juifs et les Français n’ont pas exactement le beau rôle, Jamil commande un grand verre de vodka dans le russe parfait qu’il a appris pendant ses études à Moscou. Puis il explique que le nouvel ordre mondial qui consacre la suprématie russe et chinoise est arrivé. « Hélène Carrère d’Encausse a vraiment écrit n’importe quoi, s’amuse le chef du PC syrien. L’empire russe ne s’est jamais aussi bien porté ». Selon lui, les Etats-Unis n’ont cru à la détermination russe qu’au deuxième veto et leur position est comparable à celle de la France et de la Grande Bretagne pendant cette crise de Suez qui, en 1956, a consacré la perte de leur influence. « L’Occident n’a pas encore compris qu’il était fini ! » exulte Kadri Jamil. Il y a deux mois, il s’est rendu à Moscou pour y rencontrer le président de l’assemblée et le représentant du président russe au Moyen-Orient, Mikhail Bogdanov : « Ils étaient déterminés à éviter coûte que coûte une intervention étrangère, je savais qu’ils nous soutiendraient… » A l’autre bout de la table, la jeune animatrice, si enthousiaste au début du diner s’est recroquevillée sur la banquette. Elle vient de recevoir un sms : « Espèce de Chabiha, on va te faire la peau ».</p>
<p><strong>Avec l’Armée libre de Dera</strong>a</p>
<p>Pour circuler dans Deraa, il faut prendre son mal en patience. Zigzaguer entre les chicanes de béton, rebrousser chemin sur les routes barrées, attendre aux check-points qui jalonnent la route tous les deux cents mètres. Car depuis le véto russe, la ville « où tout a commencé » est à nouveau occupée par l’armée. Ici, les bâtiments brulés, les statues d’Hafez al Assad déboulonnées, les graffitis anti régime recouverts à la hâte de peinture noire montrent à chaque carrefour que l’on est dans une des capitales de l’insurrection. Le gouverneur de Deraa, un homme trapu au visage buriné qui a des manières de soldat, se plaint beaucoup de la situation sécuritaire et de la proximité avec la frontière jordanienne qui se situe à 3 km et par où, à l’entendre, transitent toutes les armes qui parviennent aux insurgés de l’Armée libre.<br />
Pour rencontrer des membres de l’opposition armée, il faut distancer les agents des moukhabarat qui nous suivent, faire mine de reprendre la route en direction de Damas, puis bifurquer dans un de ces chemins de campagne qui desservent les villages qui entourent Deraa. Mais les forces de sécurité nous ont précédés à Dael, où soixante personnes ont trouvé la mort depuis le mois de mars. Quatre chars sont positionnés à l’entrée du bourg. Les murs de la rue principale sont recouverts d’une succession de slogans : « Bachar, prépare- toi à mourir avec dignité… », « Dégage »…Ici, pour éviter d’attiser la colère des habitants, le régime a remplacé sur les façades les portraits de Bachar par le drapeau syrien.<br />
Nous continuons notre route jusqu’à Ebta. Dans les arrière-cours des fermes du village, des hommes creusent le sol avec des excavatrices. Le traducteur explique qu’ils cherchent de l’or et des antiquités, le « trésor des Templiers », pour financer le renversement du régime. Fantasme ou réalité, au sein du pouvoir comme parmi les révoltés, tout le monde pense que le sous-sol regorge de richesses enterrées par les Croisés. Le régime interdit donc aux fermiers de fouiller le sous-sol et réprime durement ceux qui bravent cet interdit. Amar, un agriculteur couvert de poussière qui a pris comme nom de guerre « Eagle 9 », s’interrompt un moment pour nous parler. Tout juste libéré de prison, il raconte avec force détails les tortures, la privation de sommeil, son anus déchiré par les matraques des geôliers. Sunnite, il dit qu’il le regrette mais que sa guerre, il l’a mène désormais contre les alaouites : « Le régime l’a bien cherché ».  Tous les jeudis soir, sur l’écran de la place du village, il suit les prêches du cheikh Arour, un Syrien exilé en Arabie Saoudite d’où il appelle au massacre des alaouites et au viol de leurs femmes.<br />
Dans une des fermes voisines, Amar nous présente Rachid, un des commandants de l’Armée libre de la région de Deraa qui revient de l’hôpital de fortune du village où l’on soigne les blessés de la veille. Il est recherché par la police qui veut le prendre mort ou vif, tout comme l’imam du village de Dael qui nous a rejoints. Au début de la révolte, quand les enfants surpris en train d’écrire des graffitis contre Bachar ont été arrêtés et torturés, certains à mort, et que la répression des  manifestations avaient déjà fait plus d’une centaine de victimes, l’imam s’était joint à une délégation de notables de la région de Deraa qui s’était rendue chez le président : « J’ai trouvé un homme prisonnier de son propre palais. Il nous a dit qu’il n’était au courant de rien, qu’il ne regardait jamais la télévision… Moi, je lui ai demandé au nom de quoi, alors, il était notre président. »<br />
Un coup de fil nous interrompt : l’armée s’apprête à lancer un assaut sur le village. Rachid nous conduit sur des chemins de traverse, au milieu des champs pour éviter la route principale. Dans sa ferme, l’armée fera trois blessés ce soir-là.</p>
<p><strong>La gifle reçue par Bachar</strong><br />
Une pluie fine et glacée tombe sur Al Qardaha, le village natal d’Hafez al Assad. C’est dans cette montagne couverte d’oliviers, qui surplombe Lattakié, que s’étaient autrefois réfugiés les alaouites fuyants l’oppression des ottomans. Surprise dans cette dictature qui entretient le culte de la personnalité : le village est assez mal entretenu. Le siège du parti Baas semble avoir brulé tant il est décrépi. Et seuls des hommes de la police secrète  sont visibles autour du mausolée d’Hafez el Assad. Cette négligence traduit-elle la distance que le fils a voulu établir avec le style du père ? C’est l’avis d’une partie de la jeunesse syrienne qui vomit le régime mais veut croire encore et malgré tout en son président. On souligne sa faiblesse vis à vis des caciques du régime, en rappelant aussi que pendant longtemps, il avait montré peu d’appétit pour le pouvoir et la succession de son père.<br />
« Si Bachar n’avait pas été aussi populaire, cela fait longtemps que le régime se serait effondré », affirme un jeune homme qui vient de rencontrer le « rais », à l’heure où le président semble n’avoir rien d’autre à faire que de recevoir des délégations venues des quatre coins du pays. Il raconte l’anecdote que lui a confiée le président. Lorsque Bachar était étudiant, il avait assisté à une cérémonie publique pour l’anniversaire de son père. Alors que tout le monde applaudissait, le jeune homme se demandait quelle attitude adopter. C’est alors qu’un membre des services secrets qui ne l’avait pas reconnu s’approcha de lui et lui administra une violente gifle pour punir son manque de ferveur. « Je me suis demandé s’il fallait que je me fasse reconnaître. Finalement, j’ai décidé de partir », a raconté Bachar devant le groupe de jeunes médusés par cette confidence. Pour cet étudiant séduit par son président, l’anecdote montre la modestie de Bachar. Ou « sa faiblesse de caractère », persifle un de ses amis…</p>
<p><strong>Autant d’opposants que de Syriens</strong><br />
Bassam al Qadi, de l’Observatoire syrien pour les femmes, veut déboulonner le parti Baas mais pas le président. Il n’aime ni Burham Ghalioun, président du Conseil national syrien, « parce qu’il veut le pouvoir et qu’ils n’a pas de programme ». Ni Michel Kilo, l’un des opposants historiques « qui change d’avis tout le temps ». Et pas davantage son amie Suhair Atassi, qui « joue à l’opposition comme on joue à un jeu vidéo ».<br />
Mohamed Abdel Majid Marjane, avocat à Alep et membre des Tanzikiyat, les comités de coordination de l’opposition a passé plus de dix ans en prison. Lui, il reproche à la communauté internationale de pousser  l’opposition en exil à adopter une ligne dure, quitte à précipiter la Syrie dans une guerre civile qui lui semble désormais difficilement évitable. « Pourquoi la France a-t-elle refusé d’organiser une conférence des Tanzikiyat, la seule opposition légitime, celle de l’intérieur, à Paris ? » s’interroge-t-il.<br />
Pour Fateh Jamous, rencontré dans le village de Bisnada près de Lattakiye, où il est constamment sous la surveillance des services secrets, il était évident que les aspirations démocratiques qui ont conduit à la révolution en Tunisie finiraient par gagner la Syrie. Mais il savait aussi que le pays, avec ses dizaines de minorités, risquait l’explosion. « J’étais à la fois heureux et inquiet », explique cet ex-militant communiste, balloté entre l’espoir d’une révolution et la crainte de la guerre civile. Le docteur Mounzer Khaddam, enfin, un opposant de Lattakiye, dit comprendre la lutte de l’Armée libre, même s’il se présente comme un pacifiste. Pour lui, la seule chose qui rassemble l’opposition de l’intérieur, c’est sa haine du Conseil national syrien, qu’elle appelle « l’opposition de Paris ». En réalité, devant les risques de guerre confessionnelle qui augmentent de jour en jour en Syrie, l’opposition intérieure se déchire parce qu’elle est obsédée par la crainte d’une guerre civile.</p>
<p><strong>Comme en Irak…</strong><br />
A Alep, Fares al Shehabi, le jeune président de la Chambre de commerce ne décolère pas : « Parce qu’on veut punir Alep pour sa neutralité, les hommes d’affaires que je représente sont menacés, enlevés, assassinés devant leurs usines. Si les services de sécurité continuent à nous protéger si mollement, nous constituerons des milices privées pour nous protéger nous-même, comme en Irak ! » Quant à l’attitude de la Turquie qui arme l’Armée libre, le businessman proche de Bachar prévient : « Toutes les armes que nous confisquons à nos opposants, nous les donnons au PKK. Il faut que la Turquie sache qu’elle arme sa propre opposition ! »</p>
<p><strong>Le tyran de Homs</strong><br />
Comme tous ceux qui reviennent de Homs, il parle à travers ses larmes. Moncef explique qu’un jour, un seul,  au cours de la première manifestation, il s’est senti libre. Puis il y a eu le massacre, 100 morts, 600 blessés. Depuis, chaque vendredi, il va à des manifestations et chaque samedi à des enterrements.<br />
Il raconte les turpitudes de Iad Ghazal, le préfet de Homs, pour que l’on comprenne pourquoi on en est arrivé là. C’est-à-dire au nettoyage confessionnel des quartiers, aux gens que l’on fait descendre des bus parce qu’ils sont sunnites, chrétiens ou alaouites et qu’on ne revoit jamais. Iad Ghazal, qui maltraitait les sunnites, qui avait imposé des taxes supplémentaires sur la vente des voitures, sur les transactions immobilières et tout ce qui pouvait alimenter sa cassette personnelle. A Homs, à cause de lui, tout était plus cher, l’électricité, l’eau, le câble, le tyran prélevait sa dime sur tous les services. Quant aux alaouites qui entendaient réclamer leurs droits, ils signaient leur arrêt de mort.  Puis la guerre est arrivée et ceux qui ne voulaient pas participer aux combats ont été renvoyés dans leur village. « Aujourd’hui, il y de tout à Homs, explique Moncef, des combattants légitimes, des fous de Dieu et des criminels qui kidnappent et assassinent pour de l’argent… »</p>
<p>Le business des enlèvements<br />
Dans son appartement d’Alep, situé en face du siège des services de renseignements qui a été pulvérisé par deux bombes, Ahmed Koussa, un homme politique de confession alaouite qui ne quitte plus ni son gilet pare-balles ni son revolver, me montre le SMS qu’il a envoyé aux ravisseurs de ses parents à Homs. « Je suis le fils des personnes que tu as enlevées. Garde-les en vie et tu auras ce que tu veux ».  Quelques heures plus tard, il a reçu un coup de fil. Le ravisseur s’est présenté comme « le furieux ». Il a exigé la libération de dix sunnites et dix millions de livres. « Je lui ai dit que c’était d’accord pour l’argent mais que je ne détenais personne, alors il a tué mon père de 96 ans, puis ma mère ». Ahmed avait essayé de convaincre ses parents, les derniers habitants alaouites du quartier de Bab Dreid de Homs de quitter leur maison en les mettant en garde contre ce nettoyage confessionnel qui était en train d’avoir lieu dans les quartiers de Homs. En vain. « Mon père me disait que les gens qui n’ont plus de maison ne sont plus rien ».<br />
Les voisins sunnites des Koussa, qui les connaissent depuis l’enfance, ont essayé de s’interposer lors de leur enlèvement mais les hommes armés étaient trop nombreux. Depuis le début des opérations à Homs, on enlève tous les jours, pour de l’argent, pour avoir une monnaie d’échange et récupérer ses proches qui ont été eux-mêmes enlevés. Asma, la femme d’Ahmed, une dentiste originaire elle aussi de Homs, s’exaspère de cette dictature des groupes armés. « Faudra-t-il remplacer une dictature par une autre ? Pour moi, la Syrie, ce n’est ni Bachar ni le parti Baas ni ces fous de Dieu qui terrorisent ceux qui ne croient pas comme eux… »</p>
<p><strong>Les listes noires de Facebook</strong><br />
En Syrie, Facebook ne sert pas seulement à organiser les manifestations anti régime. Depuis quelques mois, les loyalistes à Bachar al Assad comme les groupes armés qui se battent contre le régime y publient des listes de gens à éliminer. Une des listes de loyalistes du régime, qui compte 2067 amis, propose de tuer Burham Ghalioun, le chef du Conseil national syrien. Ou un coiffeur qui aurait chassé de son salon la première dame de Syrie. Ou encore Asala Nasri, une actrice accusée d’être ingrate envers le régime qui l’avait envoyée se faire soigner en Russie.<br />
Parmi les centaines de listes noires qui courent sur le réseau social, certaines sont plus ou moins létales. Une des plus dangereuses est celle du bataillon Abou Obeida bin el Jara, qui compte 2500 amis. Plusieurs des personnes qu’elle a désignées ont déjà été effectivement tuées. Comme Samir Qanatri, ce pharmacien de la ville d’Idlib à la frontière turque, accusé d’être un indicateur du régime et dont la femme a été violée. Où l’évêque Bassilios Nasar, tombé dans un piège alors qu’on lui avait demandé de venir donner une extrême onction. En Syrie, un pays au bord de la guerre civile, Facebook sert aussi à tuer.<br />
Sara Daniel</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Le double jeu du Pakistan]]></title>
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		<updated>2011-05-31T14:01:07Z</updated>
		<published>2011-05-31T14:01:07Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Ben  Laden vivait à 60 kilomètres de la capitale
Le double jeu du Pakistan 
La mort de Ben Laden va-t-elle marquer la fin de la tolérance des Américains pour les]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/05/le-double-jeu-du-pakistan"><![CDATA[<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ben  Laden vivait à 60 kilomètres de la capitale</span></p>
<p><strong>Le double jeu du Pakistan </strong></p>
<p>La mort de Ben Laden va-t-elle marquer la fin de la tolérance des Américains pour les petits arrangements des Pakistanais avec les terroristes?</p>
<p>Savez-vous où se trouve Ben Laden? » Au Pakistan, c&#8217;était la question à ne pas poser, le comble de la mauvaise éducation lorsqu&#8217;on s&#8217;entretenait avec les directeurs des écoles coraniques ou les imams des mosquées des zones tribales, qui s&#8217;empressaient alors de reconduire sèchement leur visiteur trop curieux. Non, pour voir se dessiner un sourire sur les visages barbus des cheikhs sympathisants d&#8217;Al-Qaida, il était vivement recommandé, dans la récitation des formules de politesses, de s&#8217;enquérir de la santé du terroriste. &#8211; « Comment va le Cheick Oussama? &#8211; Grâce à Dieu, il est en très bonne santé, merci!»<br />
C&#8217;est ce que m&#8217;avait répondu en 2007 le maulana Muhammad Yousouf Qureshi, le mollah de la plus ancienne mosquée de Peshawar, qui venait alors d&#8217;offrir un million de dollars à toute personne qui assassinerait le dessinateur danois, auteur des caricatures du Prophète. «Il va aussi bien que les talibans », avait poursuivi ce religieux, qui assurait avoir des nouvelles régulières de l&#8217;homme le plus recherché au monde et allait jusqu&#8217;à prétendre que c&#8217;était le président Musharraf lui-même qui veillait à la sécurité de son héros: « La dernière fois qu&#8217;il est venu me voir, le président m&#8217;a dit qu&#8217;il devait faire semblant d&#8217;aider les Américains, mais que c&#8217;était pour Oussama et pour les talibans qu&#8217;il avait de la sympathie!»<br />
« Comment va Ben Laden?» C&#8217;est encore la question que j&#8217;avais posée à Omar Khattab, un des talibans auteurs du guet-apens d&#8217;Uzbin en Afghanistan, qui avait coûté la vie à dix soldats français. Il habitait dans une maison cossue de Peshawar avec sa femme et ses enfants lorsqu&#8217;il ne partait pas se battre de l&#8217;autre côté de la frontière, en Afghanistan, contre les forces de l&#8217;Otan. «Il vit paisiblement, comme nous, grâce au Pakistan dont les militaires &#8211; Dieu les garde nous encouragent à mener le djihad contre les infidèles qui occupent l&#8217;Afghanistan », avait répondu le taliban, éliminé depuis par un membre de ces services secrets qui pullulent dans la région.</p>
<p>JOHN BRENNAN, principal conseiller antiterroriste du président Barack Obama: « Je pense qu&#8217;il est inconcevable que Ben Laden n&#8217;ait pas bénéficié d&#8217;un système de soutien dans le pays qui lui a permis de rester là pendant longtemps .»</p>
<p>Le gouvernement pakistanais ou ses services secrets, l&#8217;Inter-Services Intelligence (ISI) ont-ils protégé le terroriste le plus recherché au monde, comme l&#8217;affirment certains de ses sympathisants? Dans ce pays gangrené par l&#8217;extrémisme, qui a fait du soutien aux talibans l&#8217;axe principal de sa politique étrangère, mais dont l&#8217;armée ne survit que grâce aux perfusions de dollars américains, la capture d&#8217;Oussama Ben Laden, à 60 kilomètres de la capitale du Pakistan et à 700 mètres d&#8217;une académie militaire, dévoile aux yeux du monde entier ce double jeu dans lequel s&#8217;est engagé Islamabad depuis le 11 septembre 2001.<br />
Comment s&#8217;imaginer en effet que Ben Laden ait pu vivre dans cette demeure d&#8217;Abbottabad entourée de murs de 5 mètres de haut surmontés de barbelés, dans une ville abritant trois régiments de l&#8217;armée pakistanaise sans que l&#8217;ISI ne soit au courant? C&#8217;est justement parce qu&#8217;il aurait dû quitter les zones tribales pilonnées par les bombes américaines que Ben Laden se serait fait prendre, avancent certains experts. Une analyse peu convaincante, selon les représentants de ces zones, qui expliquent que dans les montagnes frontalières du Pakistan et de l&#8217;Afghanistan, on sait tout ce qui se passe, qui contrôle quoi et qui se cache où&#8230;<br />
Déjà, en 2008, le président George Bush, prévenu par son directeur des renseignements des nombreux contacts qu&#8217;entretenaient un colonel pakistanais de l&#8217;ISI et Siraj Haqqani, le principal chef de l&#8217;armée des talibans, exprimait dans sa langue fleurie tout le mal qu&#8217;il pensait de la duplicité des Pakistanais: « On arrête déjouera ce jeu. Ces fils de putes tuent des Américains, j&#8217;ai eu ma dose. » Mais les conditions de l&#8217;arrestation de Ben Laden prouvent que rien n&#8217;a changé depuis le coup de sang de l&#8217;ancien président américain.<br />
Comment en est-on arrivé là, presque dix ans après le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis avaient fait du Pakistan leur allié privilégié dans la lutte contre le terrorisme, lui octroyant même plus de 10 milliards de dollars d&#8217;assistance militaire? « C&#8217;est consternant de voir à quel point les Américains ont été dupés par Musharraf. Il leur a fait croire qu&#8217;il pourrait mettre de l&#8217;ordre dans les zones tribales alors qu&#8217;il n&#8217;en avait ni les moyens ni la volonté», analyse le journaliste pakistanais Ahmed Rashid, l&#8217;un des meilleurs spécialistes des talibans. Un ancien haut gradé de l&#8217;armée décrit bien la perte de contrôle du pouvoir central sur les frontières: «Jusqu&#8217;en 2006, j&#8217;ai réussi à contrôler plus ou moins la situation en m&#8217;appuyant sur les tribus, confie Mehmud Shah. Mais, à partir de 2006, le président Musharraf s&#8217;est tellement affaibli qu&#8217;il a dû donner des gages aux religieux afin d&#8217;obtenir leur soutien électoral et la situation est devenue incontrôlable. »<br />
Et puis le Pakistan n&#8217;a jamais cru que les Américains resteraient très longtemps en Afghanistan. S&#8217;ils se retirent, comme ils l&#8217;ont déjà fait à la fin de la guerre froide en 1989, Islamabad redoute que l&#8217;Iran et l&#8217;Inde n&#8217;occupent l&#8217;Afghanistan. La peur de l&#8217;encerclement: c&#8217;est ce qui explique l&#8217;aide apportée par le Pakistan aux talibans et aux extrémistes d&#8217;Al-Qaida.<br />
Elu président de la République le 9 septembre 2008, Asif Ali Zardari déclare vouloir donner à ses « amis occidentaux» des gages de la nouvelle politique du pays vis-à-vis de cette guerre contre le terrorisme qui, dit-il, est aussi devenue « la guerre du Pakistan ». C&#8217;est dans ce contexte que Zardari procède à de nouvelles nominations à la tête de l&#8217;obscur et inquiétant ISI. Et pourtant rien ne change vraiment avec l&#8217;élection de ce président trop faible qui sera contraint, comme son prédécesseur, Pervez Musharraf, de nouer des accords avec ces fondamentalistes, qui le haïssent. Zardari n&#8217;a-t-il pas autorisé la reconstruction de la Mosquée rouge, rasée en juillet 2007 parce qu&#8217;elle était devenue, au coeur de la capitale, un bastion des combattants du djihad, un centre d&#8217;études coraniques dont les étudiants n&#8217;hésitaient pas à kidnapper des citoyens au nom de la guerre sainte? Aujourd&#8217;hui, le dôme de la mosquée est blanc, mais le mémorial aux martyrs de la Mosquée rouge, qu&#8217;il abrite, et le discours des Zardari, fidèles, tous restés en contact avec l&#8217;ancien maulana de la mosquée qui se présentait comme un ami de Ben Laden, montrent clairement qu&#8217;on protège toujours, ici, les talibans et Al-Qaida contre un gouvernement dont on espère la disparition prochaine.</p>
<p>ASIF ALI SARDARI, président du Pakistan: «Bien que les événements de dimanche ne soient pas le fruit d&#8217;une opération conjointe, une décennie de coopération et de partenariat entre les Etats-Unis et le Pakistan ont mené à l&#8217;élimination d&#8217;Oussama Ben Laden, synonyme de menace permanente contre le monde civilisé.»</p>
<p>Par ailleurs, Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe pakistanaise, qui a participé à un trafic d&#8217;armes nucléaires à destination de la Libye, de la Corée du Nord et de l&#8217;Iran est, depuis 2009, libre de ses mouvements. Les auteurs de l&#8217;attentat de l&#8217;hôtel Marriott, qui a causé 55 morts en 2008 à Islamabad, n&#8217;ont pas été inquiétés. Et l&#8217;instigateur de l&#8217;attentat de Bombay, qui a fait 173 morts et plus de 300 blessés en novembre 2008, Hafz Muhammad Saeed, fondateur du groupe de combattants pour la libération du Cachemire, Lashkar-e-Taiba (« l&#8217;Armée des purs »), a été relâché par les autorités pakistanaises. C&#8217;est dans ce contexte extrêmement tendu entre les Pakistanais et les Américains qu&#8217;a eu lieu la capture de Ben Laden, sans que les autorités pakistanaises aient été averties du raid d&#8217;Abbottabad. Et on comprend pourquoi&#8230;<br />
La duplicité du Pakistan n&#8217;a plus de secret pour l&#8217;administration Obama: lors de sa dernière visite à Islamabad, Hillary Clinton s&#8217;était étonnée que les services secrets pakistanais n&#8217;aient pas réussi à localiser Ben Laden. Pourquoi, dans ces conditions, la patronne de la diplomatie américaine a-t-elle éprouvé le besoin de remercier le Pakistan pour sa coopération, qui «a contribué à nous conduire à Ben Laden et au complexe dans lequel il se cachait»? Est-ce une façon de mettre le pays de tous les dangers au pied du mur? De prévenir l&#8217;Etat pakistanais, qui a toujours considéré les talibans et ses comparses comme des alliés objectifs &#8211; soit pour frapper l&#8217;Inde, l&#8217;ennemi congénital, soit pour contrôler l&#8217;Afghanistan, arrière-cour qui lui offre une profondeur stratégique face à New Delhi&#8230; &#8211; qu&#8217;il devra désormais choisir son camp et surtout imposer ses choix à son opinion publique? «Les Pakistanais vont devoir prouver qu&#8217;ils ne savaient pas que Ben Laden était là », a exigé le sénateur indépendant Joe Lieberman, président de la commission de la Sécurité intérieure.<br />
Et si la mort de Ben Laden entraînait la fin de la tolérance incompréhensible des Américains pour les petits arrangements des Pakistanais avec les terroristes? Dans ce cas, la disparition de l&#8217;ennemi public américain pourrait marquer un tournant aussi décisif dans la région que la vague des révolutions dans le monde arabe. Un changement qui pourrait accélérer un retrait des troupes de l&#8217;Otan en Afghanistan, tant il est vrai que le sort du confit afghan se joue au Pakistan. Un pays qui détient la bombe atomique et abrite ce qui reste aujourd&#8217;hui de l&#8217;état-major d&#8217;Al-Qaida.<br />
SARA DANIEL</p>
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		<published>2010-01-01T00:00:00Z</published>
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2010/01/bagram-le-bagne-secret-dobama"><![CDATA[<p>Ils se regardent, heureux et émus. Un peu embarrassés aussi. Comment se retrouver après si longtemps ? Comment reprendre le fil d&#8217;une existence interrompue il y a trois ans, quatre ans ? Ils ne savent plus très bien. A Bagram, on perd la notion du temps. Ce matin de décembre, ils sont trois à avoir été relâchés de « la prison des Américains ». Dans cette ruelle de Kaboul, c&#8217;est un étrange spectacle que de voir ces hommes engoncés dans leur tunique bleu ciel toute neuve qu&#8217;ils viennent de troquer contre leur uniforme rouge de prisonniers. Ils rient de retrouver les leurs, qu&#8217;ils n&#8217;osent pas embrasser. « C&#8217;est bien toi, Ahmad, mon frère ? &#8211; Je te croyais mort !» Poliment, les deux premiers ex-prisonniers écartent nos questions : ils ont hâte de se retrouver seuls avec leur famille, après une si longue absence. Bientôt, leurs silhouettes disparaissent, effacées par le vent de poussière de Kaboul.</p>
<p>Seul le troisième s&#8217;attarde, heureux de pouvoir parler. Personne n&#8217;est venu le chercher. Hadji Gul Raman raconte le pire en souriant. Ses dents cassées à coups de poing le jour de son arrestation. L&#8217;air conditionné qui lui gelait les os en plein hiver. Les lances à incendie qui aspergeaient d&#8217;eau glacée les prisonniers entassés à vingt dans des cellules grillagées. La promiscuité, les bagarres quotidiennes pour accéder à l&#8217;unique WC&#8230; Ces humiliations et ces tortures, appliquées hier à Abou Ghraib et à Guantanamo, sont toujours de mise à Bagram, malgré les déclarations de Barack Obama. Malgré l&#8217;horreur que semblent lui inspirer les dérives de la «guerre aux terroristes » déclenchée par son prédécesseur. Et encore, Raman n&#8217;a pas connu les « techniques » en vigueur dans les premières années de la prison de Bagram, construite il y a huit ans. Il n&#8217;a pas vécu ce qu&#8217;a subi Omar Kadr, 15 ans au moment de son arrestation, que les matons transformaient en serpillière vivante, le traînant sur le sol après l&#8217;avoir enduit d&#8217;encaustique. Ou Dilawar, mort en 2002 après avoir été suspendu par les mains pendant quatre jours alors qu&#8217;il n&#8217;y avait aucune preuve contre lui. Selon un rapport d&#8217;autopsie, ses jambes avaient doublé de volume. </p>
<p>Hadji Gul Raman aura donc passé trois ans dans ce cachot de l&#8217;Amérique en guerre parce que, comme presque tous les Afghans, il possédait une kalachnikov&#8230; Un jour de décembre 2006, Raman était parti avec ses oncles à la recherche de son cousin, Hadji Ahmed Sharkan, gouverneur de district dans la province de Helmand, kidnappé par des trafiquants &#8211; un sport national en Afghanistan. A un checkpoint, des soldats américains les ont contrôlés. Ils ont arrêté celui qui tenait l&#8217;arme ; ils ont fini par relâcher les autres. Raman n&#8217;a jamais vu un avocat ni un juge, il est donc impossible de vérifier sa version des faits&#8230; «On m&#8217;a rayé de la liste des vivants, dit-il. Je ne savais pas combien de temps je resterais enfermé, ni où je me trouvais. » Comment situer un lieu qui n&#8217;existe pas ?</p>
<p>Sur aucune carte</p>
<p>Car le centre de détention de Bagram, situé sur une base militaire américaine au nord-est de Kaboul, ne figure sur aucune carte. L&#8217;emplacement de la plus grande prison militaire américaine située hors des Etats-Unis est classé secret-défense. Contrairement à Guantanamo, aucun journaliste n&#8217;a pu visiter les deux hangars couleur sable entourés de béton. Aucun observateur extérieur, aucun inspecteur de la Croix-Rouge n&#8217;a eu accès au quartier « spécial» du centre de détention, où l&#8217;on interroge les prisonniers de « très haute valeur». Dans cette «geôle noire», comme l&#8217;appellent les détenus, les cellules individuelles en béton n&#8217;ont pas de fenêtre ; la lumière reste allumée 24 heures sur 24. En août dernier, le gouvernement américain a limité à &#8230; deux semaines le temps de séjour dans ces lieux d&#8217;interrogatoire. </p>
<p>Bagram, la prison qui, selon le mot d&#8217;un procureur militaire américain, ferait passer Guantanamo pour «un bel hôtel». Bagram, la hantise des Afghans, qui connaissent tous un proche ou un voisin disparu un jour sans laisser de traces, happé par ce trou noir. Bagram, que les militants américains des droits de l&#8217;homme ont baptisée «le bagne d&#8217;Obama». Car, après l&#8217;élection du nouveau président, le ministère de la Justice américain a décrété que ceux qui y étaient enfermés ne pourraient pas &#8211; à la différence de ceux de Guantanamo contester leur détention devant une juridiction civile, ni même voir un avocat&#8230; Une décision si contraire aux principes affichés par Obama qu&#8217;il est aujourd&#8217;hui soupçonné de vouloir remplacer le bagne cubain par la prison afghane. Tandis que le nombre de détenus à Guantanamo n&#8217;a cessé de diminuer (ils sont actuellement moins de 200), il a rapidement augmenté à Bagram, en particulier au cours des derniers mois. Selon Stephen Clutter, un porte-parole de l&#8217;armée américaine, ils seraient aujourd&#8217;hui 750, dont 30 non-Afghans et 5 mineurs. Comme si les Etats-Unis, empêtrés dans leur lutte contre le terrorisme et Al-Qaida, avaient finalement estimé qu&#8217;ils ne pouvaient se passer, en temps de guerre, d&#8217;une prison de non-droit où tous les moyens sont bons pour « recueillir » des informations. D&#8217;abord centre de triage de prisonniers arrêtés sur le théâtre d&#8217;opérations afghan, Bagram est ainsi devenue la destination finale de suspects arrêtés dans le cadre de la guerre contre la terreur.</p>
<p>Dans le petit matin d&#8217;une journée glacée de décembre, des hommes attendent, accroupis, dans le jardin de roses du procureur de Kaboul. Ils sont venus s&#8217;enquérir de leurs disparus. Des familles de toutes les régions de l&#8217;Afghanistan ont dépêché leurs vieillards : ceux qui ne peuvent plus travailler aux champs campent parfois des mois entiers dans la capitale dans l&#8217;espoir d&#8217;avoir des nouvelles de leurs prisonniers. Le procureur ne reçoit que les notables qui peuvent produire une lettre de recommandation signée d&#8217;un chef de tribu. Les autres sont ballottés de bureaux en officines, dirigés vers des subalternes, qui les chassent d&#8217;un revers de la main ou s&#8217;empressent d&#8217;égarer leurs dossiers dans des piles de paperasse.</p>
<p>Dans le lot, il y a des coupables, bien sûr, des auteurs d&#8217;attentats animés par la haine de l&#8217;occupant. Mais la majorité des histoires que racontent ces hommes décrivent le formidable malentendu qui s&#8217;est installé entre les Afghans et les troupes d&#8217;occupation. La peur et l&#8217;incompréhension. Le choc des cultures, habilement exploité par des chefs de guerre ou de simples paysans : pour se débarrasser d&#8217;un rival encombrant, il suffit de le dénoncer comme un dangereux taliban à des soldats occidentaux, qui n&#8217;entendent rien à toutes ces querelles. Cette guerre menée à coups de rafles aveugles envoie en prison pour des années des gens qui souvent n&#8217;ont eu que le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.</p>
<p>Abdul Razak, un marchand du bazar de Kandahar, a été détenu cinq ans à Guantanamo puis à Bagram parce qu&#8217;il avait&#8230; le même nom que le ministre de l&#8217;Intérieur des talibans. Abdul Rahman, enfermé lui aussi dans la prison afghane, a été accusé d&#8217;avoir tué un policier qui n&#8217;était pas encore mort le jour de son arrestation&#8230; L&#8217;affaire qui a conduit Alam Khan, un jeune paysan, jusqu&#8217;à Bagram est tout aussi ubuesque. Son père, un vieil homme au visage barré de rides profondes, raconte, en pestant contre le manque de discernement des Américains : « Un jour, dans la province de Zaboul, notre voisin Nasrallah a tiré deux balles sur mon fils, dont il convoitait la terre. Pendant sa convalescence, mon fils a juré de se venger. Mais avant qu&#8217;il puisse le faire, Nasrallah l&#8217;a dénoncé aux Américains pour se protéger. Il a prétendu que mon fils était un commandant taliban, un certain Salim. Tout le monde sait pourtant que ce Salim n&#8217;est même pas de notre district !»</p>
<p>« Odeur de zoo »</p>
<p>Indignés par ces arrestations arbitraires, le comité de paix et de réconciliation (chargé de rallier les talibans «modérés» au gouvernement afghan) et le président Karzaï ont demandé aux Américains de laisser la justice afghane réexaminer le cas des prisonniers dont les chefs de tribu se portent garants. Les Américains &#8211; comme en Irak &#8211; ont finalement accepté de communiquer certains dossiers aux autorités locales. A ce jour, le comité a reçu plus de 2 300 lettres de chefs tribaux, qui ont abouti à plusieurs centaines de libérations. Membre du comité, le professeur de droit Hachimi, ex-conseiller du ministre afghan de la Justice, reconnaît que les relaxes sont souvent aussi arbitraires que les arrestations : « Il est trop dangereux de se rendre dans les provinces pour entendre les protagonistes. Alors on se contente de faire répéter aux détenus leur version des faits. S&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;incohérence, on propose leur libération. Et les Américains décident&#8230; »</p>
<p>Sayed Sharif Sharif, le juge afghan chargé d&#8217;instruire les dossiers que les Américains veulent bien lui communiquer, reçoit dans un bureau exigu dont les armoires débordent. Il n&#8217;oubliera jamais la première fois qu&#8217;il a visité la prison de Bagram : «Les chiens, l&#8217;odeur de zoo qui émanait des cages&#8230; » Sur les 600 cas qu&#8217;il a pu examiner, 200 prisonniers ont été aussitôt innocentés &#8211; « des erreurs judiciaires ». Les autres ont été jugés pour des délits mineurs et relâchés après deux ans de prison. « Quant à la centaine de prisonniers de Bagram arrêtés avant 2007, ceux-là, nous n&#8217;avons jamais pu avoir accès à leur dossier&#8230; », dit le juge Sharif.</p>
<p>« Nous devons payer même les juges »</p>
<p>Barack Obama, qui n&#8217;a pas renoncé à fermer la prison de Guantanamo, n&#8217;a jamais évoqué Bagram dans ses discours. Après son élection, il a pourtant signé un décret ordonnant la fermeture de tous les sites secrets contrôlés par la CIA. Mais ce décret n&#8217;a pas été appliqué à la prison de Bagram, puisque celle-ci dépend de la section forces spéciales de l&#8217;armée&#8230; Un tel mystère entoure ce centre de détention situé en zone de combats que bon nombre d&#8217;Américains ne connaissent même pas son existence. Ce sont les procédures engagées par des militants des droits de l&#8217;homme qui ont levé un coin du voile. L&#8217;Union américaine pour les Libertés civiles, une ONG new-yorkaise qui s&#8217;est donné pour mission de « défendre et préserver les droits et libertés individuels garanties par la Constitution et les lois des Etats-Unis», a saisi la justice et obtenu que l&#8217;administration pénitentiaire militaire américaine soit contrainte de révéler les noms de la plupart des détenus de Bagram. Mais ceux qui figurent sur cette liste restent des « combattants ennemis » et n&#8217;ont toujours pas le droit d&#8217;être représentés par un avocat.</p>
<p>Tina Foster, une avocate de l&#8217;ONG juridique Center for Constitutional Rights de New York, défendait des prisonniers de Guantanamo lorsqu&#8217;elle a réalisé que les pires sévices subis par ses clients avaient eu lieu à Bagram. Depuis qu&#8217;elle s&#8217;est penchée sur le dossier du «goulag afghan », la jeune femme accueille les promesses d&#8217;Obama avec scepticisme. Le gouvernement américain vient d&#8217;annoncer qu&#8217;il envisageait de confier l&#8217;administration de la prison au gouvernement afghan dès que celui-ci aura formé le personnel nécessaire. Mais Tina Foster n&#8217;y croit pas. Elle fait remarquer qu&#8217;aucune date n&#8217;a été fixée pour cette passation de pouvoir d&#8217;autant plus hypothétique que le président Karzaï, qui depuis des mois essaie en vain de former un gouvernement, n&#8217;a jamais été aussi faible. « Ils ne s&#8217;apprêtent pas du tout à fermer la prison, dit l&#8217;avocate. Ils l&#8217;agrandissent, au contraire. Les Etats-Unis ont besoin de Bagram pour pouvoir remplacer Guantanamo. Sur les méthodes de la guerre contre la terreur, entre l&#8217;administration Bush et l&#8217;administration Obama, il n&#8217;y a que le discours qui ait changé. » En attendant, depuis quelques mois, les prisonniers de Bagram contre lesquels il y a le moins de preuves sont progressivement transférés vers la prison afghane de Pul-e Charkhi &#8211; qui, elle aussi, a été agrandie. Là, ils retrouvent une identité et reçoivent un jugement, prélude à leur sortie de prison : une façon de donner un cadre légal à leur libération, à défaut de l&#8217;avoir fait pour leur incarcération. Mais ce sas vers la liberté n&#8217;est pas sans écueils. Car, dans le système judiciaire afghan, d&#8217;autres embûches guettent les « libérables ». Comme l&#8217;explique le père de Hayatullah, un prisonnier de 20 ans qui espère depuis des mois sortir des limbes de Pul-e Charkhi : « Si mon fils est innocent, pourquoi ne pas le libérer directement ? Depuis qu&#8217;il est à Pul-e-Charkhi, nous devons payer tout le temps, même les juges. Mais nous n&#8217;avons pas les moyens&#8230; Les riches commandants talibans, eux, ont des cellules confortables ; ils ont même des téléphones portables ! »</p>
<p>Dans un rapport confidentiel de 700 pages sur le système carcéral en Afghanistan &#8211; commandé par le général Petraeus -, Douglas Stone, un officier des marines, a démontré la perversité du système. Sur les 600 prisonniers incarcérés à Bagram en juin 2009, 400 au moins étaient innocents ! Mais les conditions de détention et la surpopulation carcérale résultant de la multiplication des opérations militaires, notamment dans le sud du pays, aboutissent souvent à transformer des innocents en enragés. Autrement dit : les détentions arbitraires et les mauvais traitements fabriquent des terroristes à la chaîne. Un cercle vicieux que risque de conforter l&#8217;envoi annoncé de 30 000 soldats supplémentaires. Et qui dessert gravement la cause pour laquelle l&#8217;Amérique se bat en Afghanistan. Tel est le paradoxe de Barack Obama, prix Nobel de la paix, qui mène deux guerres de front. Humaniste sincère qui maintient des prisons secrètes en violation des principes de cette Amérique qui l&#8217;a élu.</p>
<p>Prison de Bagram</p>
<p>Depuis qu&#8217;Obama est président des Etats-Unis, le nombre de prisonniers dans la prison de Bagram n&#8217;a cessé d&#8217;augmenter. Pour répondre aux critiques des défenseurs des droits de l&#8217;homme, l&#8217;administration américaine vient de construire un nouveau bâtiment (coût : 67 millions de dollars, soit 44 millions d&#8217;euros) encore inoccupé. Il ne pourra abriter que 300 prisonniers sur les 750 toujours détenus dans les cages vétustes de l&#8217;ancienne prison.</p>
<p>Tina Foster</p>
<p>Depuis 2005, Tina Foster, une avocate new-yorkaise de 35 ans, se bat pour les prisonniers de Bagram. En leur nom, elle soumet des pétitions d&#8217;habeas corpus (aux Etats-Unis, il est en principe illégal d&#8217;emprisonner sans jugement) mais jusqu&#8217;ici en vain. Tina Foster avait fait campagne pour Obama pensant qu&#8217;il mettrait fin aux méthodes illégales mises en oeuvre au nom de la « guerre contre la terreur ». Aujourd&#8217;hui, elle est cruellement déçue.</p>
<p>Visioconférence</p>
<p>Depuis deux ans à peine, et grâce au Comité international de la Croix-Rouge, les prisonniers de Bagram peuvent communiquer avec leurs proches par visioconférence. Le CICR a aussi obtenu, en septembre 2008, la permission d&#8217;organiser des visites de familles dans l&#8217;enceinte de la prison. Mais récemment les détenus ont refusé d&#8217;y participer pour protester contre leurs conditions d&#8217;incarcération.</p>
<p>Khaled Cheikh Mohammed</p>
<p>Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11 -Septembre, a été le plus célèbre détenu de la prison de Bagram, où il a séjourné avant d&#8217;être envoyé dans une geôle secrète en Pologne puis à Guantanamo. A Bagram, il a été torturé : « Ils m&#8217;ont mis dans l&#8217;anus un tube dans lequel ils ont versé de l&#8217;eau », a-t-il confié à des représentants de la Croix-Rouge.</p>
<p>Conférence de Londres sur l&#8217;Afghanistan</p>
<p>A la conférence de Londres sur l&#8217;Afghanistan, il a été question de réconciliation nationale avec les talibans&#8230; Selon le représentant de l&#8217;ONU à Kaboul, le Norvégien Kai Eide, un premier sujet de discussion avec la faction talibane pourrait porter sur « la liste des détenus dans la prison de Bagram ».</p>
<p>Hadji Gul Raman</p>
<p>Hadji Gul Raman, Abdul et Karim, au moment de leur libération en décembre dernier. Ils ont passé plus de trois ans dans les prisons de Bagram et de Pul-e Charkhi.</p>
<p>Sara Daniel</p>
<p>Le Nouvel Observateur</p>
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		<title type="html"><![CDATA[L’ordre des pasdarans]]></title>
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		<updated>2011-04-04T14:44:05Z</updated>
		<published>2010-01-01T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Ce n&#8217;est plus seulement un bruit de bottes. Venue des casernes, la menace se répand désormais par tous les canaux officiels du régime de la République islamique.
Un appel aux armes]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2010/01/lordre-des-pasdarans"><![CDATA[<p>Ce n&#8217;est plus seulement un bruit de bottes. Venue des casernes, la menace se répand désormais par tous les canaux officiels du régime de la République islamique.</p>
<p>Un appel aux armes qui a pris ces derniers jours la forme d&#8217;un appel au meurtre. C&#8217;est l&#8217;ayatollah Haeri Shirazi, par exemple, qui affirme récemment sur la télévision d&#8217;Etat que les arrestations d&#8217;opposants sont une mauvaise stratégie parce qu&#8217;elles transforment ces contestataires en victimes, qu&#8217;il vaut mieux éliminer sans autre procès: «Le fait de les tuer est commandé par l&#8217;obéissance à Allah et au Prophète. Ne pensez pas que le Guide suprême soit coiffé d&#8217;un turban moelleux. L&#8217;imam caché le soutient et son turban est de fer. E brisera vos têtes.» Ou l&#8217;ayatollah fondamentaliste Ahmad Jannati, chef du Conseil des Gardiens, qui, pendant son prêche du vendredi à la grande mosquée de Téhéran, menace ouvertement de mort les leaders de la révolte.</p>
<p>«Laissez-nous les mains libres pour rendre aveugle l&#8217;oeil de la discorde», demande aussi l&#8217;éditorialiste de «Sob-e Sadegh» («Matin sincère»), la revue politique des gardiens de la révolution. Une prière adressée au Guide suprême pour lui signifier que l&#8217;armée idéologique du régime, pas encore directement impliquée dans la répression, s&#8217;impatiente. Car jusqu&#8217;ici les assassinats, les milliers d&#8217;arrestations, les fermetures de journaux ont été commis par les miliciens de quartiers, les bassidji ou les forces de sécurité en civil, les lebaschahsi. Or, loin d&#8217;intimider les protestataires, cette répression a au contraire renforcé la détermination d&#8217;une opposition peu structurée dont tous les observateurs avaient prédit l&#8217;épuisement.</p>
<p>La «république des képis» </p>
<p>«Jusqu&#8217;à quand le régime va-t-il tolérer d&#8217;entendre les opposants appeler de leurs voeux sa chute?», s&#8217;interroge Ramin, qui s&#8217;est rendu la semaine dernière, malgré l&#8217;interdiction formelle du régime, au cimetière de Behecht-e Zahra où a été enterré le neveu de Mir Hossein Moussavi, tué par balle lors des célébrations de la fête de l&#8217;Achoura, le 27 décembre. Selon lui, lors des derniers rassemblements, c&#8217;est à peine si ses amis opposants évoquaient encore la fraude électorale qui a déclenché la crise politique, il y a sept mois. Ce qu&#8217;ils réclamaient, c&#8217;est la démocratie et la fin du velayat, ce pouvoir suprême du Guide qui demeure le fondement du régime. Si bien qu&#8217;aujourd&#8217;hui, dans les rues de Téhéran ou d&#8217;Ispahan, on ne se demande plus si mais quand le Guide suprême va lâcher les pasdarans sur l&#8217;opposition.</p>
<p>Est-ce pourtant si simple de donner carte blanche aux ultras de la nouvelle nomenklatura militaire, des jusqu&#8217;au-boutistes qui veulent éradiquer la révolution de velours à l&#8217;arme lourde? Pas sûr. Car cela signifierait que le Guide décide de laisser les mains libres à un homme comme Abdollah Araghi, le commandant des gardiens de la révolution de Téhéran, qui a prétendu que les contestataires avaient prévu de renverser le régime bien avant le résultat des élections du 12 juin, affirmant: «Le régime n&#8217;est pas en position de perdre du temps en jugeant les saboteurs. La Sécurité nationale exige que ces saboteurs soient punis aussi vite que possible.» Ou au général Massoud Jazayeri, chef de la propagande du régime, qui a exigé des services de renseignement et de la justice une plus grande sévérité, déclarant: «Les traîtres ne devraient pas être autorisés à faire la fête&#8230;»</p>
<p>Pour ces anciens commandants de la guerre contre l&#8217;Irak, la révolte verte n&#8217;est pas une affaire politique mais un simple problème sécuritaire. C&#8217;est aussi ce dont Moshtaba Khamenei, l&#8217;héritier, celui qui commande à tout l&#8217;appareil sécuritaire des gardiens de la révolution, voudrait convaincre son père. Tous appellent de leurs voeux l&#8217;instauration d&#8217;un état d&#8217;urgence qui les affranchirait une fois pour toutes du carcan juridique. Mais en Iran la Constitution ne permet la déclaration de l&#8217;état d&#8217;urgence qu&#8217;en temps de guerre, et pour moins de trente jours. Et l&#8217;ayatollah Ali Khamenei sait qu&#8217;une loi martiale risque de provoquer un embrasement. D&#8217;où sa volonté de temporiser, en ordonnant des assassinats ciblés, comme celui du neveu de Mir Hossein Moussavi, ou des arrestations périphériques, comme celle de la soeur de Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, qui visent à intimider les meneurs de la contestation. Surtout, il voudrait éviter d&#8217;imposer un régime d&#8217;exception qui le rendrait lui-même prisonnier de cette armée à laquelle il devrait sa survie politique.</p>
<p>Néanmoins, l&#8217;omniprésence d&#8217;une junte militaire devient de plus en plus évidente au fur et à mesure que la République islamique divorce de son clergé: «Depuis les événements de l&#8217;Achoura, la République islamique n&#8217;est décidément plus celle des mollahs mais celle des képis», analyse un militant de l&#8217;opposition. Car en ce jour sacré entre tous pour les chiites, les nervis du régime ont ouvert le feu sur la foule, ce que même la Savak, la redoutable police politique du shah n&#8217;avait pas osé faire à la veille de la révolution de 1979. Un tabou a été levé. Et dans un pays où l&#8217;on revit de manière passionnelle et incarnée la tragédie de Hussein, le petit-fils du Prophète, assassiné en 680 à Kerbala, chaque camp accuse l&#8217;autre d&#8217;être son Yazid, le calife omeyyade qui assassina le saint.</p>
<p>Qom, centre de la contestation </p>
<p>A coup d&#8217;anathèmes, le régime excommunie désormais les plus hauts dignitaires religieux qui osent condamner la répression. Comme à Shiraz, où les bassidji ont chanté des slogans contre l&#8217;ayatollah Dastgheib, un des marja (source d&#8217;imitation) d&#8217;Iran, membre de l&#8217;Assemblée des Experts. Une autre fois, c&#8217;est la maison de l&#8217;ayatollah Sanei qui était attaquée par des miliciens en civil. «Sur huit sources d&#8217;imitation religieuse en Iran, il n&#8217;en reste plus qu&#8217;un, l&#8217;ayatollah Nouri Hamadani, pour soutenir inconditionnellement le régime. La légitimité religieuse de la République islamique s&#8217;érode un peu plus chaque jour», décrypte un journaliste iranien qui préfère garder l&#8217;anonymat.</p>
<p>Qom, le Vatican iranien, est devenu l&#8217;un des centres de la contestation. Le 21 décembre dernier, les funérailles du grand ayatollah dissident Hossein Ali Montazeri ont tourné à la manifestation antigouvernementale. Théoricien de la révolution islamique de 1979 et artisan de la Constitution de la République islamique, l&#8217;ayatollah devait succéder à l&#8217;imam Khomeini jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il prenne ses distances avec les dérives du régime et son principe fondateur du vehyat-e faqih, le «gouvernement du docte» qui confère au religieux la primauté sur le pouvoir politique. «Montazeri n&#8217;est pas mort, c&#8217;est le gouvernement qui est mort», scandait la foule qui suivait son enterrement en arborant des foulards, écharpes ou bracelets verts, signes de ralliement de l&#8217;opposition. </p>
<p>Un gouvernement de l&#8217;ombre </p>
<p>«Il y a encore des mollahs autour du Guide suprême, mais ils ont fait toute leur carrière dans les casernes. Sous le turban, on voit leur casquette», assure un universitaire iranien, en prenant l&#8217;exemple du général-ayatollah Saleh, membre des gardiens de la révolution, et qui supervise les questions nucléaires. Les gardiens sont-ils devenus les nouveaux apparat- chiks de ce régime en crise? Selon Mohsen Sazegara, un dissident qui fut l&#8217;un des fondateurs des gardiens de la révolution, cité par le rapport de la Rand Corporation: «Ils sont comme un croisement entre le Parti communiste, le KGB, une multinationale et la mafia.»</p>
<p>Déjà, plusieurs mois avant les élections de juin 2009, la militarisation du pays était effective. C&#8217;est à ce moment-là que les divisions des gardiens, auxquelles ont été incorporées les milices des bassidji, ont investi chacune des trente provinces d&#8217;Iran. Les gardiens ont alors formé un gouvernement de l&#8217;ombre qui a peu à peu dominé toutes les autres instances du pouvoir. Ils contrôlent non seulement des pans entiers du secteur judiciaire &#8211; les quartiers des prisonniers politiques, comme les sections 209 et 601 de la prison d&#8217;Evine à Téhéran &#8211; mais aussi les installations portuaires, les télécommunications et le bâtiment. C&#8217;est le «milibusiness»: les gardiens sont les premiers entrepreneurs de l&#8217;Iran. Ils ont notamment le monopole du commerce illégal de contournement de l&#8217;embargo. «Les sanctions, loin d&#8217;affaiblir la nomenklatura militaire du pays, la renforcent et transforment les généraux en millionnaires dont vous pouvez voir les placements fructifier dans les pays du Golfe ou s&#8217;effondrer comme dans la crise de Bubaï&#8230;», explique un économiste iranien. Cette mainmise des gardiens de la révolution sur l&#8217;économie de l&#8217;Iran, favorisée par le président Ahmadinejad, a été confortée par le dé- cuplement de leur influence politique à la faveur de la crise politique de ces derniers mois.</p>
<p>Pourtant, les gardiens de la révolution ne sont pas encore prêts à prendre seuls les rênes du pouvoir: «Ils n&#8217;ont pas produit de personnalités représentant les différents courants politico-militaires qui pourraient être les chefs d&#8217;une junte, assure un analyste iranien, mais avec l&#8217;affaiblissement de Khamenei, cela ne saurait tarder.» Certains proches du régime admettent que Khamenei est déjà de plus en plus dépendant de sa garde rapprochée, la division Mohammad Rassoul Allah commandée par le général Arahi. Avec la crise, le Guide suprême a aussi perdu son rôle d&#8217;arbitre entre des factions rivales qui se neutralisaient jusqu&#8217;à présent. Et depuis qu&#8217;il est privé du soutien des mollahs, donc de sa légitimité religieuse, il est autant cerné que protégé par ses gardiens. Reste que, comme tous les centres de pouvoir de l&#8217;Iran, les gardiens de la révolution sont divisés. Les idéologues sectaires et les sécuritaires s&#8217;opposent aux affairistes pragmatiques qui, ne pouvant quitter le pays leur fortune sous le bras comme l&#8217;avaient fait les barons du shah, sont enclins à trouver un compromis avec l&#8217;opposition.</p>
<p>Face à ce pouvoir sous pression, la stratégie de l&#8217;opposition est de gagner du temps. Comme l&#8217;explique un étudiant de l&#8217;université de Téhéran: «Nous devons rester un mouvement de désobéissance civile. Burer coûte que coûte. En attendant qu&#8217;ils se déchirent.» </p>
<p>SARA DANIEL</p>
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		<title type="html"><![CDATA[IRAN: les manifestations continuent]]></title>
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		<published>2009-07-09T21:08:19Z</published>
				<summary type="html"><![CDATA[Manifestations dans les rues de Téhéran, jeudi 9 juillet 2009
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		<title type="html"><![CDATA[Manifestation de médecins en Iran]]></title>
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		<title type="html"><![CDATA[“Le retour des talibans” par Ahmed Rashid]]></title>
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		<updated>2011-04-04T14:26:48Z</updated>
		<published>2009-05-15T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Dans son livre, Rashid explique comment le Pakistan a fourni aux talibans un 
sanctuaire, de l?argent et des armes après l?invasion Américaine de l?Afghanistan, tandis
que le Pakistan devenait dans le]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/05/le-retour-des-talibans-par-ahmed-rashid"><![CDATA[<p>Dans son livre, Rashid explique comment le Pakistan a fourni aux talibans un </p>
<p>sanctuaire, de l?argent et des armes après l?invasion Américaine de l?Afghanistan, tandis</p>
<p>que le Pakistan devenait dans le même temps l?allié stratégique des Américains dans la </p>
<p>région. Il raconte comment les services secrets Pakistanais ont utilisé l?argent que la CIA</p>
<p>leur remettait pour financer les talibans. Il décrit les incohérences et les faiblesses des Etats-</p>
<p>Unis et de l?OTAN, et leur incapacité à installer un Etat et une économie stable qui ont </p>
<p>conduit à l?explosion de la production d?opium qui finance aujourd?hui les talibans. Avec un</p>
<p>style très vivant, ce livre se nourrit d?anecdotes racontées par quelqu?un qui a côtoyé </p>
<p>longtemps et de près tous les acteurs de cette guerre, du président Ahmid Karzai au Mollah </p>
<p>Omar. Il se lit comme une épopée, avec ses personnages hauts en couleurs, seigneurs de </p>
<p>guerre féodaux et leurs prisons secrètes, talibans, membres des services secrets de la CIA. </p>
<p>Comment et pourquoi une guérilla médiévale donne t-elle du fil à retordre à la première armée </p>
<p>du monde ? A quel jeu jouent le Pakistan et ses services secrets ? Pourquoi les Américains </p>
<p>ont-ils continué à financer ceux qui protégeaient l?état major d?Al-Qaida? C?est un décryptage </p>
<p>très fouillé de cette guerre qui nous concerne au premier plan parce que nous avons des </p>
<p>soldats qui meurent sur son front et que cette région est devenue la ligne de cette fracture </p>
<p>symbolique entre des mondes qui ne se comprennent plus. Ce livre est l?incroyable roman vrai </p>
<p>d?un drame dont la fin n?est pas encore écrite.</p>
<p>Biographie de l?auteur : Ahmed Rashid est un journaliste pakistanais. Résidant à Lahore, il </p>
<p>est considéré comme le meilleur expert au monde du mouvement taliban. Il est l?auteur de </p>
<p>plusieurs ouvrages sur l?Asie centrale, dont « L?Ombre des talibans » et « L?Asie centrale, </p>
<p>champ de guerres » publiés en France (Editions Autrement). Il écrit pour le Daily Telegraph, </p>
<p>le Washington Post, la New York Review of Books et l?hebdomadaire américain The Nation.</p>
<p>Son précédent livre sur les talibans, numéro 1 dans la liste des best-sellers du New York </p>
<p>Times a été traduit en 22 langues et vendu à plus de 1,5 millions d?exemplaires.</p>
<p>Il est consultant de Barack Obama. </p>
<p>« Le Retour des talibans est un livre capital, dont le message tombe à point nommé pour les </p>
<p>responsables politiques, les militaires, les stratèges internationaux et surtout le grand public, </p>
<p>mal informé. » New York Times.</p>
<p>« Puissant. » Wolf Blitzer, journaliste, CNN.</p>
<p>« Excellent (?) personne ne raconte mieux que Rashid la duplicité de Musharraf. » Time </p>
<p>Magazine.</p>
<p>« Les décennies passant, Ahmed Rashid a fini par devenir une sorte de prophète de la région </p>
<p>(?) Son livre est un abrégé caustique des erreurs du gouvernement Bush et, par extension, de </p>
<p>ses alliés locaux, dans leur façon d?aborder l?islamisme militant. » International</p>
<p>Herald Tribune.</p>
<p>« En vérité, la guerre d?Afghanistan a duré à la fois trop et trop peu. C?est l?histoire </p>
<p>qu?Ahmed Rashid, le plus remarquable des journalistes indépendants du Pakistan, raconte </p>
<p>dans un nouveau livre, tout à la fois décourageant, déprimant et fascinant, Le Retour des</p>
<p>talibans. Ce devrait être une lecture obligatoire pour le président des Etats-Unis et tous les </p>
<p>dirigeants de l?OTAN qui jouent l?avenir de leur alliance militaire en Afghanistan. » </p>
<p>Financial Times.</p>
<p>« Essentiel (?) Ahmed Rashid, un journaliste doué d?un grand talent narratif et analytique </p>
<p>(?), raconte cette histoire du point de vue d?un Pakistanais très bien informé qui en connaît </p>
<p>personnellement presque tous les acteurs majeurs. » The SundayTimes (Royaume-Uni).</p>
<p>« Une analyse terrible des (?) Etats défaillants qui constituent la plus importante des </p>
<p>menaces. » NewYork Post.</p>
<p>« Rashid est excellent (?) Comme dans ses livres précédents, il déterre ces pépites </p>
<p>d?informations qui vous illuminent et qui expliquent (?) Ce nouvel ouvrage de Rashid est </p>
<p>une contribution majeure à la compréhension de la région. » Observer (Royaume-Uni).</p>
<p>ISBN : 9782917986011</p>
<p>Prix de vente public : 19 ?</p>
<p>Parution : mai 2009</p>
<p>Editeur:</p>
<p>Delavilla</p>
<p>Diffusion :</p>
<p>Dilisco, 01.49.59.50.50</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Iran : le carnaval… jusqu’au vote]]></title>
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		<updated>2012-03-20T09:49:40Z</updated>
		<published>2009-05-09T12:58:04Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[C&#8217;est une immense rave-party, un embouteillage techno qui paralyse les rues de Téhéran jusqu&#8217;au petit matin. Sur l&#8217;avenue Vali Asr, la jeunesse dorée de la ville danse sur les capots]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/05/iran-le-carnaval-jusquau-vote"><![CDATA[<p>C&#8217;est une immense rave-party, un embouteillage techno qui paralyse les rues de Téhéran jusqu&#8217;au petit matin. Sur l&#8217;avenue Vali Asr, la jeunesse dorée de la ville danse sur les capots des voitures, exulte, s&#8217;apostrophe, se frôle en s&#8217;échangeant des tracts. Les garçons murmurent aux filles des slogans électoraux qui résonnent comme des mots d&#8217;amour.<br />
Pendant une courte semaine, campagne électorale oblige, la République islamique a assoupli les règles et bridé sa police des moeurs. Dans les grands parcs de la ville, il arrive que les partisans du président Mahmoud Ahmadinejad et ceux de son principal concurrent, l&#8217;ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi, se lancent des invectives. Mais l&#8217;élection sert surtout de prétexte à faire la fête. «C&#8217;est notre lucarne de liberté, alors on en profite», explique Ali en se déhanchant. Il rêve d&#8217;un Iran débarrassé du «dictateur». «Bye- bye, Ahmadinejad», chante-t-il en faisant les yeux doux à sa voisine, une jeune artiste dont le mini-foulard vert, la couleur du candidat réformateur, trahit ses préférences. «Moussavi, c&#8217;est notre petit Obama à nous. Bo Moussavi, bi mousari [avec Moussavi, sans le foulard] », scande à son tour Rahele, le bras levé. «Quel carnaval ! commente Hossein, que le spectacle de cette catharsis collective rend amer. Qu&#8217;ils soient de l&#8217;opposition ou non, c&#8217;est toujours le régime qui impose les candidats. Et je devrais m&#8217;enthousiasmer pour eux ?»</p>
<p>Travées séparées<br />
A Enghelab Stadium, à l&#8217;ouest de Téhéran, ils sont 20 000 jeunes à être venus écouter leur héros, Mir Hossein Moussavi. Les garçons ont les cheveux gominés au gel vert, les filles sont moulées dans des tuniques vertes. Les slogans fusent. «Même s&#8217;ils bourrent les urnes, c&#8217;est toi, Mir Hossein, qui vas gagner», répète la foule. Ou encore : «Débarrassez-nous de la police politique.» Surtout, ils crient leur joie d&#8217;être si nombreux, même si, dans le stade, garçons et filles occupent des travées séparées. Mais un problème de sono empêche le candidat réformateur de prononcer son discours. Presque une chance pour ce technocrate sans charisme qui bute sur chaque phrase et dont même les partisans se demandent à mi-voix comment il a pu être autrefois le Premier ministre de l&#8217;ayatollah Khomeini. Au même moment, plus de 200 000 personnes sont rassemblées sur la grand-place d&#8217;Ispahan pour acclamer le président Ahmadinejad, qui est, lui, un excellent tribun. En outre, ce Chávez islamiste contrôle les bassidji, ces militants révolutionnaires qui quadrillent le pays, et il peut aisément mobiliser de 7 à 10 millions de votants. Pour avoir une chance de battre cet animal politique, il faudrait que Moussavi attire à lui une bonne partie des 48% d&#8217;électeurs potentiels qui ne votent jamais. Ce qui est tout sauf certain.<br />
Pourtant, au-delà du choix du futur président de l&#8217;Iran, il apparaît déjà évident que cette élection marquera un tournant dans l&#8217;histoire de la République islamique. «C&#8217;est la première fois qu&#8217;une campagne électorale échappe à ce point à ceux qui l&#8217;ont orchestrée. Car chaque candidat a prêché un retour aux sources de la révolution, en la jugeant dévoyée, analyse Ahmed Salamatian, ex-député d&#8217;Ispahan. Cette nostalgie des premiers temps du régime ouvre un processus qui peut devenir très déstabilisateur.»<br />
Au cours des dix-sept heures de débat télévisé dont disposaient les concurrents adoubés par le Guide suprême, la République islamique a lavé son linge sale devant les caméras. Etrange dictature, tout de même, qui permet à l&#8217;opposition d&#8217;accuser le président de mensonge, et les principaux dignitaires du régime d&#8217;être des voleurs ou des mafieux&#8230; Plus significatif encore, deux des trois candidats qui se présentent contre Ahmadinejad, Mehdi Karoubi et Mir Hossein Moussavi, ont appelé à une réforme constitutionnelle. Et lorsque, dans leurs réunions publiques, on scande : «Mort au dictateur !», tout le monde comprend qu&#8217;au-delà d&#8217;Ahmadinejad c&#8217;est le Guide suprême lui-même qui est visé.<br />
Mais paradoxalement c&#8217;est la campagne d&#8217;Ahmadinejad qui a le plus secoué l&#8217;establishment de la République islamique. Au cours de la campagne précédente, le président avait déjà dénoncé les turpitudes des mollahs. Cette fois, il a aussi exhibé des dossiers et livré des noms en pâture, comme celui du plus puissant et du plus riche d&#8217;entre eux, l&#8217;ancien président Hachemi Rafsandjani. Or ces critiques ont rejailli sur le premier des mollahs, Ali Khamenei. «Si Ahmadinejad remporte encore les élections, il y aura à terme un conflit entre le Guide suprême et son poulain», assure un responsable politique. Au cours de son mandat, le président sortant a souvent résisté aux directives de l&#8217;architecte en chef du régime. S&#8217;il gagne une nouvelle fois, il sera tenté de prendre encore plus ses distances. Si bien que, quel qu&#8217;en soit le résultat, le Guide suprême risque d&#8217;être le seul grand perdant du scrutin.</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Méthode douce contre les talibans]]></title>
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		<updated>2011-04-04T14:28:07Z</updated>
		<published>2009-04-23T00:00:00Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Faute de pouvoir les réduire par la force, Etats-Unis et Pakistan tentent d&#8217;acheter les talibans ou au moins certains de leurs fidèles. Dans la région de Wardak, à 50 kilomètres]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/04/methode-douce-contre-les-talibans"><![CDATA[<p>Faute de pouvoir les réduire par la force, Etats-Unis et Pakistan tentent d&#8217;acheter les talibans ou au moins certains de leurs fidèles. Dans la région de Wardak, à 50 kilomètres de Kaboul, les Américains essaient de lever des milices villageoises afin d&#8217;aider une armée et une police afghanes complètement dépassées. La méthode, qui a fait ses preuves en Irak, pourrait être étendue à tout le pays. Mais l&#8217;expérience est loin d&#8217;être concluante: si les Tadjiks et les Hazaras, deux ethnies opposées aux talibans, ont répondu à l&#8217;appel, les Pachtounes ont décliné l&#8217;offre par peur des représailles. Les tali bans ont déjà décimé des villages qui semblaient prêts à collaborer.</p>
<p>De l&#8217;autre côté de la frontière, les autorités pakistanaises cherchent elles aussi à se concilier une partie des talibans qui continuent d&#8217;étendre leur influence au sud de la ligne Durand. Dans la vallée de Swat, Islamabad vient de permettre l&#8217;application d&#8217;une charia particulièrement rigoriste en échange d&#8217;un très hypothétique cessez-le-feu. Dans ce lieu de villégiature autrefois prisé par la bourgeoisie pakistanaise, les exécutions et les châtiments publics sont désormais autorisés. Quant aux femmes qui osent s&#8217;aventurer hors de leur domicile sans être escortées par un homme, elles encourent dorénavant le fouet. Un aveu de faiblesse de la part d&#8217;un gouvernement dont l&#8217;armée subit revers sur revers dans la région.</p>
<p>Le maulana Abdul Aziz</p>
<p>Les insurgés islamistes, qui n&#8217;ont respecté aucune des deux trêves précédentes conclues avec l&#8217;armée, gagnent partout du terrain. Ils font régner la terreur jusqu&#8217;au Pendjab, loin des zones tribales. A Lahore, capitale de cet Etat, le plus peuplé du Pakistan, on n&#8217;ose plus jouer au cricket, le sport national, depuis l&#8217;attentat perpétré contre l&#8217;équipe du Sri Lanka. A Multan, à l&#8217;ouest du Pendjab, les habitants tremblent quand ils vont chez le coiffeur ou au café internet. Mais c&#8217;est à Islamabad que la capitulation du gouvernement paraît la plus totale. Deux ans après avoir été prise d&#8217;assaut par l&#8217;armée, la Mosquée rouge, repaire de talibans et de membres d&#8217;Al-Qaida au coeur de la capitale, vient d&#8217;être reconstruite. Il y a quelques jours, son imam, le maulana Abdul Aziz, qui est sous le coup de vingt-six inculpations dont celles de meurtre et de kidnapping, est sorti de détention. Dans son prêche, l&#8217;homme, qui s&#8217;était enfui de sa mosquée en se déguisant en femme couverte d&#8217;une burqa, s&#8217;est réjoui de l&#8217;accord instaurant la charia dans la vallée de Swat: «L&#8217;islam ne restera pas confiné à Swat, il s&#8217;étendra au Pakistan puis au monde entier, a-t-il proclamé. Le sang des martyrs amènera la révolution islamique.» </p>
<p>SARA DANIEL</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Après avoir publié un communiqué homophobe fustigeant ces «comportements ignobles [...] qui portent atteinte à nos valeurs religieuses et morales», et après avoir expulsé des chrétiens coupables de détenir des]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2009/04/offensive-anti-chiite"><![CDATA[<p>Après avoir publié un communiqué homophobe fustigeant ces «comportements ignobles [...] qui portent atteinte à nos valeurs religieuses et morales», et après avoir expulsé des chrétiens coupables de détenir des Bibles et des vidéos évangéliques, le gouvernement marocain vient d&#8217;ouvrir la chasse aux chiites. Fermeture d&#8217;une école, perquisitions, saisies de livres et de DVD&#8230; Il semble qu&#8217;il ait décidé de s&#8217;aligner sur les islamistes qui attaquent régulièrement la communauté chiite du pays estimée à près de&#8230; 3 000 membres. Le royaume accuse l&#8217;Iran et son ambassade à Rabat d&#8217;un prosélytisme «visant à altérer les fondamentaux religieux [...] et à menacer l&#8217;unicité du culte musulman et le rite malékite sunnite au Maroc».</p>
<p>Les Iraniens sont-ils en train de lancer une «offensive chiite» au Maghreb? C&#8217;est ce que croit le mufti du Qatar, l&#8217;imam Al-Qaradawi, qui a condamné notamment l&#8217;apparition d&#8217;écoles chiites en Algérie. Au Maroc, les services secrets suivent à la trace ces Marocains partis à Qom pour mener des études théologiques dont ils comptent bien faire ensuite profiter leurs compatriotes. Le roi, qui est aussi «commandeur des croyants», pense quant à lui que la République islamique d&#8217;Iran instrumentalise les chiites pour asseoir son hégémonie sur le monde musulman. Le mois dernier, Rabat a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, accusé de convoiter l&#8217;émirat de Bahreïn, à majorité chiite, mais gouverné par une dynastie sunnite. Il n&#8217;en reste pas moins qu&#8217;en attaquant ses minorités le roi fait le jeu de ces islamistes qu&#8217;il entend maîtriser. </p>
<p>Sara Daniel</p>
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