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	<title type="text">Sara Daniel, Grand Reporter : enquete, article et reportage de guerre</title>
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	<updated>2011-08-04T09:45:23Z</updated>

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		<author>
			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[MAROC / Mohammed VI, l&#8217;intouchable?]]></title>
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		<updated>2011-08-04T09:45:23Z</updated>
		<published>2011-08-03T09:17:28Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Vous n&#8217;allez pas écrire que le roi aime le risotto? », supplie le cuisinier du restaurant italien d&#8217;un grand hôtel de Marrakech, éperdu d&#8217;avoir laissé échapper ce secret défense devant]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/08/maroc-mohammed-vi-lintouchable"><![CDATA[<div id="_mcePaste">Vous n&#8217;allez pas écrire que le roi aime le risotto? », supplie le cuisinier du restaurant italien d&#8217;un grand hôtel de Marrakech, éperdu d&#8217;avoir laissé échapper ce secret défense devant une journaliste. Et cet habitué du palais qui regrette d&#8217;en avoir trop dit: dans un moment d&#8217;exaltation, il vient en effet de louer la bonté de Mohammed VI, qui fait la lecture tous les jours à un ami malade. Mais surtout, qu&#8217;on ne le cite pas: « Sa Majesté pourrait me soupçonner de flagornerie&#8230; » A l&#8217;heure où les faits et gestes de la plupart des têtes couronnées sont aussi médiatisés que ceux des stars de cinéma, il est interdit de parler du monarque marocain, même pour en dire du bien.</div>
<div id="_mcePaste">Qui est cet homme de 48 ans qui règne depuis près de douze ans sur le royaume chérifen? Regard noir, cheveux ras, toujours l&#8217;ombre d&#8217;une barbe sur un visage impénétrable. Alors que le Maroc est à son tour gagné par la fièvre démocratique qui s&#8217;empare du monde arabe, il sera peut-être le seul dirigeant de la région à avoir su désamorcer la révolte à temps. En Occident, il incarne la modernité et l&#8217;ouverture. Mais, dans son royaume, il est l&#8217;objet d&#8217;une étrange vénération. « Faire un portrait du roi, vous n&#8217;y pensez pas &#8216;.C&#8217;est impossible. Le rencontrer? Il serait plus facile de voir Dieu&#8230; », s&#8217;exclame un diplomate proche du palais. Le roi est le secret le mieux gardé du royaume. Le sujet tabou par excellence, l&#8217;une des dernières lignes blanches &#8211; avec la question du Sahara occidental &#8211; que la presse ne doit franchir sous aucun prétexte. Il y a deux ans, l&#8217;hebdomadaire « Tel Quel » a été interdit pour avoir osé évaluer le bilan du monarque. Le sondage montrait pourtant que 91% des Marocains le jugeaient positif ou très positif!</div>
<div id="_mcePaste">Comme le Seigneur des Ténèbres dans « Harry Potter », Mohammed VI est celui dont on ose à peine prononcer le nom. Pourquoi tant de mystère? Pourquoi ce respect qui semble s&#8217;imposer à tous? Bien sûr, « le peuple l&#8217;aime ». Le 1er juillet, les Marocains ont plébiscité par référendum son projet de révision constitutionnelle, avec un enthousiasme et un score (98%) qu&#8217;un Ben Ali ou un Kadhaf n&#8217;obtenaient qu&#8217;en bourrant les urnes et en achetant les voix. Mais cette popularité n&#8217;explique pas à elle seule la « sanctuarisation » de celui que l&#8217;on surnomme ici « M6 ». Le roi lui-même entend se protéger. Surtout, sa cour et la classe dirigeante marocaine travaillent de concert pour le soustraire aux curiosités. Plus encore aujourd&#8217;hui, en ces temps troubles de printemps arabe aux révoltes contagieuses, il faut gommer l&#8217;homme pour consolider le mythe.</div>
<div id="_mcePaste">« Sous Hassan II, on avait peur du roi, aujourd&#8217;hui, on a peur pour lui », avaient coutume de dire les Marocains au début du règne de Mohammed VI. Désormais, face au pays qui gronde, l&#8217;élite marocaine a aussi peur pour ses privilèges et se retranche derrière la monarchie consensuelle, ses rites et ses fastes. La hiba, ce sentiment de crainte et de déférence qui faisait courber l&#8217;échine aux sujets de Hassan II, a rejailli sur son fils parce que le makhzen, l&#8217;« Etat » marocain, y trouve son compte. Il suffit pour s&#8217;en convaincre d&#8217;observer ces directeurs d&#8217;entreprise qui, recevant un coup de fil du palais, se dressent soudain au garde-à-vous alors que leur interlocuteur ne peut pas les voir&#8230; Dans ce pays où l&#8217;identité nationale s&#8217;est construite autour de la monarchie, M6 a beau avoir abdiqué son caractère sacré, il reste magique aux yeux de ses sujets. Après le résultat du référendum, malgré la chaleur de l&#8217;été, l&#8217;aristocratie respire. C&#8217;est la monarchie et la vénération qu&#8217;elle suscite chez les Marocains qui retarde l&#8217;heure des comptes.</div>
<div id="_mcePaste">Voilà pourquoi, dès qu&#8217;on pose la question la plus anodine sur Sa Majesté, on vous regarde comme si vous aviez commis la pire des inconvenances. Il ne faut pas donner un « corps au roi ». L&#8217;homme, pourtant, a une histoire, lourde et pleine de secrets. Il fallait le voir le 17 juin dernier.</div>
<div id="_mcePaste">C&#8217;était le jour le plus important de son règne. Mais, comme souvent, il donnait l&#8217;impression de vouloir être ailleurs&#8230; Ce soir-là, vers 20 heures, le Commandeur des Croyants s&#8217;engage à limiter ses pouvoirs et à instaurer une monarchie parlementaire. Un discours historique. Mais le roi avale péniblement sa salive et se lance dans une récitation fastidieuse des articles de loi, les yeux rivés sur ses papiers. « Cher peuple, je m&#8217;adresse à toi pour renouveler notre pacte par une nouvelle Constitution&#8230; » M6 a toujours détesté parler en public. Son premier discours, il l&#8217;a prononcé en tremblant à l&#8217;âge de 7 ans devant des agriculteurs, sous le regard impitoyable de son père.</div>
<div id="_mcePaste">L&#8217;ombre d&#8217;Hassan II est toujours là, écrasante. Et chaque péroraison ravive le souvenir de ces moments solennels où l&#8217;effroi le disputait à l&#8217;ennui quand le petit Mohammed n&#8217;était que le figurant de son célèbre géniteur. En 1974, à 10 ans, il avait été chargé de le représenter à l&#8217;enterrement de Georges Pompidou. Un enfant habillé d&#8217;une djellaba blanche et coifé d&#8217;un tarbouch grenat, l&#8217;air perdu sur les bancs de Notre-Dame. « J&#8217;avais l&#8217;impression d&#8217;être une petite virgule rouge dans la cathédrale&#8230; », dira plus tard Mohammed VI. Ce 17 juin 2011 aussi, devant les caméras qui filment ses promesses de « révolution tranquille », il a l&#8217;air au supplice. Engoncé dans un costume trop ajusté, flanqué pour symboliser la pérennité de la monarchie des deux héritiers du trône, son fils, le prince Moulay el-Hassan, et son frère, le prince Moulay Rachid, aussi rai de que lui. Et puis il y a ce trône démesuré, rose et doré, qui se profile derrière lui, comme une menace. Avant d&#8217;y accéder, Mohammed VI a beaucoup enduré.</div>
<div id="_mcePaste">Son père Hassan II n&#8217;a jamais vu en Mohammed un fils, mais un successeur. Dès sa plus tendre enfance, il l&#8217;oblige à assister à toutes les audiences royales, tout en lui interdisant d&#8217;y prononcer un mot. Lorsque le prince a un accident de voiture à l&#8217;âge de 22 ans, il lâche: « L&#8217;inquiétude du roi a été supérieure à celle du père&#8230; Je voyais vingt années d&#8217;éducation, deformation complètement anéanties. » Pour le former au métier de roi, Hassan II a appliqué les méthodes héritées de son père, Mohammed V. Contrôle serré des résultats scolaires, sélection sévère de ses camarades de classe &#8211; qui sont aujourd&#8217;hui devenus ses conseillers -, surveillance étouffante de ses loisirs&#8230; Mais Hassan II y a ajouté une dose de cruauté. Il convoque son fils à 5 heures du matin pour le sermonner, l&#8217;humilie publiquement. Sur les photos d&#8217;époque, on voit le jeune Mohammed, petit garçon tendre et rêveur, qui se tient craintif aux côtés de son père, avec ce rictus d&#8217;inconfort qui ne le quittera plus, comme s&#8217;il redoutait toujours de recevoir une correction. « Dans la société marocaine, Freud, nous ne connaissons pas, a dit un jour Hassan II dans une interview au «Figaro». On manipule ses enfants directement, même si ça fait mal aune jointure&#8230; »</div>
<div id="_mcePaste">C&#8217;est cette violence, exercée par un père à la fois haï et admiré, qui a façonné le futur roi et son rapport au pouvoir. « Comme si Hassan II avait voulu faire payer à son fils le fait qu&#8217;un jour il allait lui succéder », explique un proche. La perversité du monarque est inépuisable. Ainsi il laisse entendre au prince héritier qu&#8217;il pourrait bien céder le trône à son cousin, le prince Moulay Hicham, un brillant jeune homme qu&#8217;il élève comme son fils depuis la mort de son père, et qui se montre passionné par cette chose publique qui assomme tant le petit Mohammed. Dans ces rivalités d&#8217;enfance vont naître les prémices d&#8217;une dissidence qui sera d&#8217;autant plus nocive pour le futur roi qu&#8217;elle vient du cercle le plus intime du palais. Plus tard, Moulay Hicham, qui appelle de ses voeux une réforme de la monarchie, ne ménagera pas ses critiques contre Mohammed VI. La presse, qu&#8217;il aime autant que son cousin la fuit, l&#8217;appellera « le prince rouge ».</div>
<div id="_mcePaste">Lorsque Hassan II meurt, le 23 juillet 1999, Mohammed VI semble vouloir tourner la page noire du régime chérifen qui, loin des résidences luxueuses où le roi son père recevait ses amis, enfermait et torturait ses opposants. Il choisit d&#8217;habiter les palais que son père boudait, fuit ceux qu&#8217;il aimait. A Rabat, il réside dans sa villa Dar Salam, aux Sablons, et non au palais royal. Déboulonner la statue du commandeur, exister enfin.</div>
<div id="_mcePaste">Les Marocains accueillent ainsi la réhabilitation de l&#8217;opposant Abraham Sarfati, un leader prosahraoui de confession juive, et la destitution de Driss Basri, le détesté ministre de l&#8217;Intérieur d&#8217;Hassan II qui était aussi chargé de surveiller le prince, comme le signe d&#8217;une ère nouvelle. Pour les jeunes, c&#8217;est l&#8217;heure de l&#8217;espoir et des slogans: « Génération M6 », « le roi des pauvres » &#8230; La censure allège son carcan sur la presse. Même des membres du premier cercle du roi, comme Hassan Aourid, collaborent à ces nouveaux journaux où soufle un vent de liberté. Le fils veut apurer le passif du père. En 2004, il crée une instance, Equité et Réconciliation, chargée de faire la lumière sur les « années de plomb » de l&#8217;ère Hassan II . La commission épluche plus de 16 800 dossiers et entend 200 victimes. Il lance aussi une réforme du Code de la Femme qui instaure l&#8217;égalité entre les époux. Pourtant, la parenthèse enchantée fnit par se refermer. Les journaux irrévérencieux envers la monarchie sont privés de publicité. Certains mettent la clé sous la porte. Les organisations des droits de l&#8217;homme &#8211; tout en reconnaissant que l&#8217;étau de la répression se desserre &#8211; continuent à dénoncer les traitements subis par les détenus.</div>
<div id="_mcePaste">M6 rattrapé par le fantôme d&#8217;Hassan I I . Par les lourdeurs de la monarchie et d&#8217;une courtisanerie d&#8217;un autre âge. Comment résister lorsque vos anciens amis d&#8217;enfance se prosternent devant vous, que vous vivez dans un monde où l&#8217;on dore à l&#8217;or fin les sabots de vos chevaux et que vous pouvez d&#8217;un froncement de sourcil décider des fortunes ou du malheur de vos sujets? « J&#8217;ai changé », admettra le roi lui-même dans l&#8217;un de ses rares entretiens avec la presse. En douze ans de règne, le jeune homme timide et compatissant a goûté à l&#8217;ivresse du pouvoir absolu. Un diplomate raconte qu&#8217;en recevant certains dirigeants occidentaux il se laisse parfois aller à leur rappeler que leurs pouvoirs respectifs ne sont pas soumis aux mêmes échéances&#8230; « Mon rythme est celui du Maroc. Ce n&#8217;est pas nécessairement le même que celui que veulent nous imposer, avec arrogance et ignorance, certains observateurs transformés en procureurs. »</div>
<div id="_mcePaste">Aujourd&#8217;hui, les plus téméraires murmurent qu&#8217;il a mauvais caractère. Une colère du roi et toute la géographie du pouvoir marocain se trouve bouleversée. Telle éminence, autrefois incontournable, devient un sous-fifre. La disgrâce peut conduire à l&#8217;exil. « Mais le pire, raconte un membre du sérail qui a fait les frais des bouderies royales, c&#8217;est quand vous n&#8217;êtes même pas congédié. Vous l&#8217;apercevez encore, mais lui ne vous voit plus. Vous faites antichambre en vous gavant de clubsandwichs au homard, vous prenez du poids, malheureux, en espérant regagner ses faveurs. Cela peux durer des mois. » Ces disgraciés, on les croise, mal peignés, presque en deuil, dans les salons de la haute bourgeoisie marocaine. Il y a même une série de noms pour désigner leur triste condition: le moharem, le roi ne le voit plus ; le penek, il ne lui parle plus&#8230; Les bannis sont privés de fêtes nomades et de voyages officiels. Les autres évaluent en permanence leur cote à un mot gentil, un regard appuyé. « Exactement comme au temps de son père, lorsqu&#8217;on chronométrait ses poignées de main », se souvient un familier d&#8217;Hassan II.</div>
<div id="_mcePaste">Surtout, « le roi des pauvres », qui voulait pourtant rompre avec les habitudes de son père grand amateur de bijoux et de Rolls, ne cache désormais plus ses goûts de luxe. Il a ses habitudes dans les boutiques de la rue Saint-Honoré à Paris et de Madison Avenue à New York. Son garage compte plusieurs centaines de véhicules &#8211; dont les voitures de collection héritées d&#8217;Hassan II &#8211; parquées dans un écrin de verre et d&#8217;acier. Sa dernière folie? La construction du magnifique hôtel Royal Mansour à Marrakech, qu&#8217;il a supervisée lui-même jusqu&#8217;aux plus infimes détails. Les suites les plus luxueuses, vitrines des chefs- d &#8216; oeuvre de l&#8217;artisanat marocain, abritent souvent la famille royale et sont facturées plusieurs dizaines de milliers d&#8217;euros la nuit.</div>
<div id="_mcePaste">Est-ce le désir de surpasser son père qui explique cette frénésie? En 2008, le magazine « Forbes » a classé Mohammed VI au 7e rang des fortunes royales, loin devant la reine d&#8217;Angleterre et l&#8217;émir du Koweït, avec un patrimoine estimé à 2,5 milliards de dollars. Selon les calculs du magazine, l&#8217;entretien et la maintenance des douze palais royaux coûteraient 1 million de dollars par jour. « Hassan II se servait de son argent pour consolider son pouvoir, M6 maximise ses richesses, il est de son temps », décrypte un grand banquier marocain. Indécente richesse, dans un pays où 5 millions de personnes vivent avec moins d&#8217;un euro par jour? Les Marocains, pourtant, accusent la cour plutôt que le roi. Et en particulier ses deux plus proches conseillers, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi: les deux principales têtes de Turcs des manifestants du mouvement contestataire dit « du 20 février ».</div>
<div id="_mcePaste">Les deux hommes sont les piliers du « système M6 ». « Si vous voulez faire des affaires au Maroc, il vous faudra obligatoirement passer par le roi, Fouad Ali el-Himma ou Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi et patron de la holding Siger, qui s&#8217;occupe des intérêts économiques de la famille royale », explique &#8211; dans un câble récemment révélé par WikiLeaks &#8211; un homme d&#8217;affaires proche du palais, non pour le déplorer mais simplement pour indiquer aux Américains la marche à suivre. « La holding royale Siger contrôle les entreprises privées, notamment en captant l&#8217;épargne marocaine et l&#8217;argent de la Caisse de Dépôt et de Gestion. Résultat: M6 est le premier banquier et le premier assureur du pays. On assiste à une véritable «monarchisation&nbsp;&raquo; de l&#8217;économie », se désole l&#8217;ancien journaliste Aboubakr Jamaï.</div>
<div id="_mcePaste">Aujourd&#8217;hui, pourtant, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi font partie de ces parias à qui le roi n&#8217;adresse presque plus la parole. Cette captation des richesses par le palais a exaspéré le « makhzen économique », autrement dit la grande bourgeoisie marocaine. L&#8217;un de ses représentants enrage: « Les nouveaux conseillers bling-bling du roi ont pété les plombs. Nous, au moins, nous avons l&#8217;argent discret, un peu comme la bourgeoisie lyonnaise, si vous voulez. Et ils nous ont fait honte. » A entendre cet homme d&#8217;affaires, le roi a compris le message: pour l&#8217;instant, « son peuple » lui a fait la politesse de croire que seuls ses deux conseillers étaient responsables des maux dont soufre le Maroc. Jusqu&#8217;à quand? Et l&#8217;homme d&#8217;affaires de la vieille école de paraphraser Giuseppe Tomasi, qui décrit dans « le Guépard » une Sicile aux prises avec les tourments de la révolution: « Aujourd&#8217;hui, au Maroc, pour que rien ne change, ce que nous voulons tous, il faut que tout change. La Constitution, mais surtout la redistribution des richesses. » Pour qu&#8217;un jour le prince héritier, le jeune Moulay al-Hassan, puisse assumer, avec moins de difcultés que le roi, l&#8217;héritage de son père.</div>
<div id="_mcePaste">Sara Daniel</div>
<div id="_mcePaste">EMINENCES CRITIQUÉES Deux conseillers du roi sont aujourd&#8217;hui dans le collimateur des contestataires: Mounir Majidi, son secrétaire particulier (surnommé « 3M »), homme clé de l&#8217;économie marocaine, et Fouad Ali el-Himma, son ex-ministre de l&#8217;Intérieur (ami d&#8217;enfance, « sélectionné » pour aller en classe avec le jeune Mohammed au Collège royal).</div>
<div id="_mcePaste">L&#8217;EPOUSE Ingénieur en informatique, la princesse Lalla Salma est la première épouse d&#8217;un monarque marocain à avoir été présentée publiquement au peuple. Un journal marocain a été réprimandé par le palais pour avoir divulgué que son plat préféré était le tajine aux carottes et qu&#8217;elle aimait se promener pieds nus dans la résidence royale. Elle ne porte pas le voile.</div>
<div id="_mcePaste">LE GRAND-PÈRE Le grand-père de M6, Mohammed V, qui dut s&#8217;exiler parce qu&#8217;il s&#8217;opposa à la domination française du Maroc, était adoré par les Marocains, qui le considéraient comme « le Père de la nation marocaine moderne ». Il pourrait recevoir de façon posthume le titre de « Juste des Nations » en reconnaissance de son action pour la protection des juifs marocains durant la Shoah.</div>
<div id="_mcePaste">L&#8217;OMBRE DU PERE Hassan II a régné trente-huit ans (1961-1999). Et a formé son fils à la dure dès son plus jeune âge. En 1967 (ci-dessus), le petit Mohammed se tient à ses côtés lors de la commémoration de l&#8217;indépendance du Maroc. En 1976, il assiste à une conférence de presse à Paris (à droite). Au printemps dernier, M6 s&#8217;est engagé à modifier la Constitution héritée de son père, mais il a gardé le titre de Commandeur des Croyants, qui en fait une personnalité « inviolable et sacrée ».</div>
<div id="_mcePaste">&laquo;&nbsp;M6&#8243; EN CINQ DATES 21 août 1963 Naissance à Rabat. 23 juillet 1999 Proclamé roi du Maroc. Juillet 2009 Grâce de 25 000 détenus pour les dix ans du règne. 1er juillet 2001 Référendum approuvant la réforme de la Constitution. 7 octobre 2011 Des élections législatives anticipées sont prévues.</div>
<div id="_mcePaste">VENERATION Ce 30 juillet, comme chaque année, la cérémonie d&#8217;allégeance au roi, la Bay&#8217;a, viendra clôturer la fête du Trône. Le monarque y apparaît juché sur un étalon pour être le seul à ne pas toucher terre, protégé du soleil par un parasol. Oulémas, walis, ministres, hauts fonctionnaires et parlementaires se courbent à son passage en criant: « Que Dieu te bénisse, Majesté! » Les serviteurs du palais répondent: « Sa Majesté vous a accordé sa bénédiction. »</div>
<p>Vous n&#8217;allez pas écrire que le roi aime le risotto? », supplie le cuisinier du restaurant italien d&#8217;un grand hôtel de Marrakech, éperdu d&#8217;avoir laissé échapper ce secret défense devant une journaliste. Et cet habitué du palais qui regrette d&#8217;en avoir trop dit: dans un moment d&#8217;exaltation, il vient en effet de louer la bonté de Mohammed VI, qui fait la lecture tous les jours à un ami malade. Mais surtout, qu&#8217;on ne le cite pas: « Sa Majesté pourrait me soupçonner de flagornerie&#8230; » A l&#8217;heure où les faits et gestes de la plupart des têtes couronnées sont aussi médiatisés que ceux des stars de cinéma, il est interdit de parler du monarque marocain, même pour en dire du bien.<br />
Qui est cet homme de 48 ans qui règne depuis près de douze ans sur le royaume chérifen? Regard noir, cheveux ras, toujours l&#8217;ombre d&#8217;une barbe sur un visage impénétrable. Alors que le Maroc est à son tour gagné par la fièvre démocratique qui s&#8217;empare du monde arabe, il sera peut-être le seul dirigeant de la région à avoir su désamorcer la révolte à temps. En Occident, il incarne la modernité et l&#8217;ouverture. Mais, dans son royaume, il est l&#8217;objet d&#8217;une étrange vénération. « Faire un portrait du roi, vous n&#8217;y pensez pas &#8216;.C&#8217;est impossible. Le rencontrer? Il serait plus facile de voir Dieu&#8230; », s&#8217;exclame un diplomate proche du palais. Le roi est le secret le mieux gardé du royaume. Le sujet tabou par excellence, l&#8217;une des dernières lignes blanches &#8211; avec la question du Sahara occidental &#8211; que la presse ne doit franchir sous aucun prétexte. Il y a deux ans, l&#8217;hebdomadaire « Tel Quel » a été interdit pour avoir osé évaluer le bilan du monarque. Le sondage montrait pourtant que 91% des Marocains le jugeaient positif ou très positif!<br />
Comme le Seigneur des Ténèbres dans « Harry Potter », Mohammed VI est celui dont on ose à peine prononcer le nom. Pourquoi tant de mystère? Pourquoi ce respect qui semble s&#8217;imposer à tous? Bien sûr, « le peuple l&#8217;aime ». Le 1er juillet, les Marocains ont plébiscité par référendum son projet de révision constitutionnelle, avec un enthousiasme et un score (98%) qu&#8217;un Ben Ali ou un Kadhaf n&#8217;obtenaient qu&#8217;en bourrant les urnes et en achetant les voix. Mais cette popularité n&#8217;explique pas à elle seule la « sanctuarisation » de celui que l&#8217;on surnomme ici « M6 ». Le roi lui-même entend se protéger. Surtout, sa cour et la classe dirigeante marocaine travaillent de concert pour le soustraire aux curiosités. Plus encore aujourd&#8217;hui, en ces temps troubles de printemps arabe aux révoltes contagieuses, il faut gommer l&#8217;homme pour consolider le mythe.<br />
« Sous Hassan II, on avait peur du roi, aujourd&#8217;hui, on a peur pour lui », avaient coutume de dire les Marocains au début du règne de Mohammed VI. Désormais, face au pays qui gronde, l&#8217;élite marocaine a aussi peur pour ses privilèges et se retranche derrière la monarchie consensuelle, ses rites et ses fastes. La hiba, ce sentiment de crainte et de déférence qui faisait courber l&#8217;échine aux sujets de Hassan II, a rejailli sur son fils parce que le makhzen, l&#8217;« Etat » marocain, y trouve son compte. Il suffit pour s&#8217;en convaincre d&#8217;observer ces directeurs d&#8217;entreprise qui, recevant un coup de fil du palais, se dressent soudain au garde-à-vous alors que leur interlocuteur ne peut pas les voir&#8230; Dans ce pays où l&#8217;identité nationale s&#8217;est construite autour de la monarchie, M6 a beau avoir abdiqué son caractère sacré, il reste magique aux yeux de ses sujets. Après le résultat du référendum, malgré la chaleur de l&#8217;été, l&#8217;aristocratie respire. C&#8217;est la monarchie et la vénération qu&#8217;elle suscite chez les Marocains qui retarde l&#8217;heure des comptes.<br />
Voilà pourquoi, dès qu&#8217;on pose la question la plus anodine sur Sa Majesté, on vous regarde comme si vous aviez commis la pire des inconvenances. Il ne faut pas donner un « corps au roi ». L&#8217;homme, pourtant, a une histoire, lourde et pleine de secrets. Il fallait le voir le 17 juin dernier.<br />
C&#8217;était le jour le plus important de son règne. Mais, comme souvent, il donnait l&#8217;impression de vouloir être ailleurs&#8230; Ce soir-là, vers 20 heures, le Commandeur des Croyants s&#8217;engage à limiter ses pouvoirs et à instaurer une monarchie parlementaire. Un discours historique. Mais le roi avale péniblement sa salive et se lance dans une récitation fastidieuse des articles de loi, les yeux rivés sur ses papiers. « Cher peuple, je m&#8217;adresse à toi pour renouveler notre pacte par une nouvelle Constitution&#8230; » M6 a toujours détesté parler en public. Son premier discours, il l&#8217;a prononcé en tremblant à l&#8217;âge de 7 ans devant des agriculteurs, sous le regard impitoyable de son père.</p>
<p>L&#8217;ombre d&#8217;Hassan II est toujours là, écrasante. Et chaque péroraison ravive le souvenir de ces moments solennels où l&#8217;effroi le disputait à l&#8217;ennui quand le petit Mohammed n&#8217;était que le figurant de son célèbre géniteur. En 1974, à 10 ans, il avait été chargé de le représenter à l&#8217;enterrement de Georges Pompidou. Un enfant habillé d&#8217;une djellaba blanche et coifé d&#8217;un tarbouch grenat, l&#8217;air perdu sur les bancs de Notre-Dame. « J&#8217;avais l&#8217;impression d&#8217;être une petite virgule rouge dans la cathédrale&#8230; », dira plus tard Mohammed VI. Ce 17 juin 2011 aussi, devant les caméras qui filment ses promesses de « révolution tranquille », il a l&#8217;air au supplice. Engoncé dans un costume trop ajusté, flanqué pour symboliser la pérennité de la monarchie des deux héritiers du trône, son fils, le prince Moulay el-Hassan, et son frère, le prince Moulay Rachid, aussi rai de que lui. Et puis il y a ce trône démesuré, rose et doré, qui se profile derrière lui, comme une menace. Avant d&#8217;y accéder, Mohammed VI a beaucoup enduré.<br />
Son père Hassan II n&#8217;a jamais vu en Mohammed un fils, mais un successeur. Dès sa plus tendre enfance, il l&#8217;oblige à assister à toutes les audiences royales, tout en lui interdisant d&#8217;y prononcer un mot. Lorsque le prince a un accident de voiture à l&#8217;âge de 22 ans, il lâche: « L&#8217;inquiétude du roi a été supérieure à celle du père&#8230; Je voyais vingt années d&#8217;éducation, deformation complètement anéanties. » Pour le former au métier de roi, Hassan II a appliqué les méthodes héritées de son père, Mohammed V. Contrôle serré des résultats scolaires, sélection sévère de ses camarades de classe &#8211; qui sont aujourd&#8217;hui devenus ses conseillers -, surveillance étouffante de ses loisirs&#8230; Mais Hassan II y a ajouté une dose de cruauté. Il convoque son fils à 5 heures du matin pour le sermonner, l&#8217;humilie publiquement. Sur les photos d&#8217;époque, on voit le jeune Mohammed, petit garçon tendre et rêveur, qui se tient craintif aux côtés de son père, avec ce rictus d&#8217;inconfort qui ne le quittera plus, comme s&#8217;il redoutait toujours de recevoir une correction. « Dans la société marocaine, Freud, nous ne connaissons pas, a dit un jour Hassan II dans une interview au «Figaro». On manipule ses enfants directement, même si ça fait mal aune jointure&#8230; »<br />
C&#8217;est cette violence, exercée par un père à la fois haï et admiré, qui a façonné le futur roi et son rapport au pouvoir. « Comme si Hassan II avait voulu faire payer à son fils le fait qu&#8217;un jour il allait lui succéder », explique un proche. La perversité du monarque est inépuisable. Ainsi il laisse entendre au prince héritier qu&#8217;il pourrait bien céder le trône à son cousin, le prince Moulay Hicham, un brillant jeune homme qu&#8217;il élève comme son fils depuis la mort de son père, et qui se montre passionné par cette chose publique qui assomme tant le petit Mohammed. Dans ces rivalités d&#8217;enfance vont naître les prémices d&#8217;une dissidence qui sera d&#8217;autant plus nocive pour le futur roi qu&#8217;elle vient du cercle le plus intime du palais. Plus tard, Moulay Hicham, qui appelle de ses voeux une réforme de la monarchie, ne ménagera pas ses critiques contre Mohammed VI. La presse, qu&#8217;il aime autant que son cousin la fuit, l&#8217;appellera « le prince rouge ».<br />
Lorsque Hassan II meurt, le 23 juillet 1999, Mohammed VI semble vouloir tourner la page noire du régime chérifen qui, loin des résidences luxueuses où le roi son père recevait ses amis, enfermait et torturait ses opposants. Il choisit d&#8217;habiter les palais que son père boudait, fuit ceux qu&#8217;il aimait. A Rabat, il réside dans sa villa Dar Salam, aux Sablons, et non au palais royal. Déboulonner la statue du commandeur, exister enfin.<br />
Les Marocains accueillent ainsi la réhabilitation de l&#8217;opposant Abraham Sarfati, un leader prosahraoui de confession juive, et la destitution de Driss Basri, le détesté ministre de l&#8217;Intérieur d&#8217;Hassan II qui était aussi chargé de surveiller le prince, comme le signe d&#8217;une ère nouvelle. Pour les jeunes, c&#8217;est l&#8217;heure de l&#8217;espoir et des slogans: « Génération M6 », « le roi des pauvres » &#8230; La censure allège son carcan sur la presse. Même des membres du premier cercle du roi, comme Hassan Aourid, collaborent à ces nouveaux journaux où soufle un vent de liberté. Le fils veut apurer le passif du père. En 2004, il crée une instance, Equité et Réconciliation, chargée de faire la lumière sur les « années de plomb » de l&#8217;ère Hassan II . La commission épluche plus de 16 800 dossiers et entend 200 victimes. Il lance aussi une réforme du Code de la Femme qui instaure l&#8217;égalité entre les époux. Pourtant, la parenthèse enchantée fnit par se refermer. Les journaux irrévérencieux envers la monarchie sont privés de publicité. Certains mettent la clé sous la porte. Les organisations des droits de l&#8217;homme &#8211; tout en reconnaissant que l&#8217;étau de la répression se desserre &#8211; continuent à dénoncer les traitements subis par les détenus.<br />
M6 rattrapé par le fantôme d&#8217;Hassan I I . Par les lourdeurs de la monarchie et d&#8217;une courtisanerie d&#8217;un autre âge. Comment résister lorsque vos anciens amis d&#8217;enfance se prosternent devant vous, que vous vivez dans un monde où l&#8217;on dore à l&#8217;or fin les sabots de vos chevaux et que vous pouvez d&#8217;un froncement de sourcil décider des fortunes ou du malheur de vos sujets? « J&#8217;ai changé », admettra le roi lui-même dans l&#8217;un de ses rares entretiens avec la presse. En douze ans de règne, le jeune homme timide et compatissant a goûté à l&#8217;ivresse du pouvoir absolu. Un diplomate raconte qu&#8217;en recevant certains dirigeants occidentaux il se laisse parfois aller à leur rappeler que leurs pouvoirs respectifs ne sont pas soumis aux mêmes échéances&#8230; « Mon rythme est celui du Maroc. Ce n&#8217;est pas nécessairement le même que celui que veulent nous imposer, avec arrogance et ignorance, certains observateurs transformés en procureurs. »<br />
Aujourd&#8217;hui, les plus téméraires murmurent qu&#8217;il a mauvais caractère. Une colère du roi et toute la géographie du pouvoir marocain se trouve bouleversée. Telle éminence, autrefois incontournable, devient un sous-fifre. La disgrâce peut conduire à l&#8217;exil. « Mais le pire, raconte un membre du sérail qui a fait les frais des bouderies royales, c&#8217;est quand vous n&#8217;êtes même pas congédié. Vous l&#8217;apercevez encore, mais lui ne vous voit plus. Vous faites antichambre en vous gavant de clubsandwichs au homard, vous prenez du poids, malheureux, en espérant regagner ses faveurs. Cela peux durer des mois. » Ces disgraciés, on les croise, mal peignés, presque en deuil, dans les salons de la haute bourgeoisie marocaine. Il y a même une série de noms pour désigner leur triste condition: le moharem, le roi ne le voit plus ; le penek, il ne lui parle plus&#8230; Les bannis sont privés de fêtes nomades et de voyages officiels. Les autres évaluent en permanence leur cote à un mot gentil, un regard appuyé. « Exactement comme au temps de son père, lorsqu&#8217;on chronométrait ses poignées de main », se souvient un familier d&#8217;Hassan II.<br />
Surtout, « le roi des pauvres », qui voulait pourtant rompre avec les habitudes de son père grand amateur de bijoux et de Rolls, ne cache désormais plus ses goûts de luxe. Il a ses habitudes dans les boutiques de la rue Saint-Honoré à Paris et de Madison Avenue à New York. Son garage compte plusieurs centaines de véhicules &#8211; dont les voitures de collection héritées d&#8217;Hassan II &#8211; parquées dans un écrin de verre et d&#8217;acier. Sa dernière folie? La construction du magnifique hôtel Royal Mansour à Marrakech, qu&#8217;il a supervisée lui-même jusqu&#8217;aux plus infimes détails. Les suites les plus luxueuses, vitrines des chefs- d &#8216; oeuvre de l&#8217;artisanat marocain, abritent souvent la famille royale et sont facturées plusieurs dizaines de milliers d&#8217;euros la nuit.<br />
Est-ce le désir de surpasser son père qui explique cette frénésie? En 2008, le magazine « Forbes » a classé Mohammed VI au 7e rang des fortunes royales, loin devant la reine d&#8217;Angleterre et l&#8217;émir du Koweït, avec un patrimoine estimé à 2,5 milliards de dollars. Selon les calculs du magazine, l&#8217;entretien et la maintenance des douze palais royaux coûteraient 1 million de dollars par jour. « Hassan II se servait de son argent pour consolider son pouvoir, M6 maximise ses richesses, il est de son temps », décrypte un grand banquier marocain. Indécente richesse, dans un pays où 5 millions de personnes vivent avec moins d&#8217;un euro par jour? Les Marocains, pourtant, accusent la cour plutôt que le roi. Et en particulier ses deux plus proches conseillers, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi: les deux principales têtes de Turcs des manifestants du mouvement contestataire dit « du 20 février ».</p>
<p>Les deux hommes sont les piliers du « système M6 ». « Si vous voulez faire des affaires au Maroc, il vous faudra obligatoirement passer par le roi, Fouad Ali el-Himma ou Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi et patron de la holding Siger, qui s&#8217;occupe des intérêts économiques de la famille royale », explique &#8211; dans un câble récemment révélé par WikiLeaks &#8211; un homme d&#8217;affaires proche du palais, non pour le déplorer mais simplement pour indiquer aux Américains la marche à suivre. « La holding royale Siger contrôle les entreprises privées, notamment en captant l&#8217;épargne marocaine et l&#8217;argent de la Caisse de Dépôt et de Gestion. Résultat: M6 est le premier banquier et le premier assureur du pays. On assiste à une véritable «monarchisation&nbsp;&raquo; de l&#8217;économie », se désole l&#8217;ancien journaliste Aboubakr Jamaï.<br />
Aujourd&#8217;hui, pourtant, Fouad Ali el-Himma et Mounir Majidi font partie de ces parias à qui le roi n&#8217;adresse presque plus la parole. Cette captation des richesses par le palais a exaspéré le « makhzen économique », autrement dit la grande bourgeoisie marocaine. L&#8217;un de ses représentants enrage: « Les nouveaux conseillers bling-bling du roi ont pété les plombs. Nous, au moins, nous avons l&#8217;argent discret, un peu comme la bourgeoisie lyonnaise, si vous voulez. Et ils nous ont fait honte. » A entendre cet homme d&#8217;affaires, le roi a compris le message: pour l&#8217;instant, « son peuple » lui a fait la politesse de croire que seuls ses deux conseillers étaient responsables des maux dont soufre le Maroc. Jusqu&#8217;à quand? Et l&#8217;homme d&#8217;affaires de la vieille école de paraphraser Giuseppe Tomasi, qui décrit dans « le Guépard » une Sicile aux prises avec les tourments de la révolution: « Aujourd&#8217;hui, au Maroc, pour que rien ne change, ce que nous voulons tous, il faut que tout change. La Constitution, mais surtout la redistribution des richesses. » Pour qu&#8217;un jour le prince héritier, le jeune Moulay al-Hassan, puisse assumer, avec moins de difcultés que le roi, l&#8217;héritage de son père.</p>
<p>Sara Daniel<br />
EMINENCES CRITIQUÉES Deux conseillers du roi sont aujourd&#8217;hui dans le collimateur des contestataires: Mounir Majidi, son secrétaire particulier (surnommé « 3M »), homme clé de l&#8217;économie marocaine, et Fouad Ali el-Himma, son ex-ministre de l&#8217;Intérieur (ami d&#8217;enfance, « sélectionné » pour aller en classe avec le jeune Mohammed au Collège royal).</p>
<p>L&#8217;EPOUSE Ingénieur en informatique, la princesse Lalla Salma est la première épouse d&#8217;un monarque marocain à avoir été présentée publiquement au peuple. Un journal marocain a été réprimandé par le palais pour avoir divulgué que son plat préféré était le tajine aux carottes et qu&#8217;elle aimait se promener pieds nus dans la résidence royale. Elle ne porte pas le voile.<br />
LE GRAND-PÈRE Le grand-père de M6, Mohammed V, qui dut s&#8217;exiler parce qu&#8217;il s&#8217;opposa à la domination française du Maroc, était adoré par les Marocains, qui le considéraient comme « le Père de la nation marocaine moderne ». Il pourrait recevoir de façon posthume le titre de « Juste des Nations » en reconnaissance de son action pour la protection des juifs marocains durant la Shoah.</p>
<p>L&#8217;OMBRE DU PERE Hassan II a régné trente-huit ans (1961-1999). Et a formé son fils à la dure dès son plus jeune âge. En 1967 (ci-dessus), le petit Mohammed se tient à ses côtés lors de la commémoration de l&#8217;indépendance du Maroc. En 1976, il assiste à une conférence de presse à Paris (à droite). Au printemps dernier, M6 s&#8217;est engagé à modifier la Constitution héritée de son père, mais il a gardé le titre de Commandeur des Croyants, qui en fait une personnalité « inviolable et sacrée ».</p>
<p>&laquo;&nbsp;M6&#8243; EN CINQ DATES 21 août 1963 Naissance à Rabat. 23 juillet 1999 Proclamé roi du Maroc. Juillet 2009 Grâce de 25 000 détenus pour les dix ans du règne. 1er juillet 2001 Référendum approuvant la réforme de la Constitution. 7 octobre 2011 Des élections législatives anticipées sont prévues.</p>
<p>VENERATION Ce 30 juillet, comme chaque année, la cérémonie d&#8217;allégeance au roi, la Bay&#8217;a, viendra clôturer la fête du Trône. Le monarque y apparaît juché sur un étalon pour être le seul à ne pas toucher terre, protégé du soleil par un parasol. Oulémas, walis, ministres, hauts fonctionnaires et parlementaires se courbent à son passage en criant: « Que Dieu te bénisse, Majesté! » Les serviteurs du palais répondent: « Sa Majesté vous a accordé sa bénédiction. »</p>
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		<updated>2011-07-28T08:54:26Z</updated>
		<published>2011-07-28T08:52:46Z</published>
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/07/marrakech-la-lumineuse"><![CDATA[<div><span><strong><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ses  palaces et ses riads luxueux attirent la jet-set, tout Saint-Germain-des-Prés se  croise place Djemáa el-Fna: ville d&#8217;art et d&#8217;histoire, Marrakech l&#8217;impériale est  devenue incontournable. Mais le charme de la médina ne masque pas complètement  la misère. Plongée dans une cité aux mille couleurs.</span></strong></span></div>
<div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">J&#8217;aurais pu être un terroriste.  Comment ne pas avoir envie de tout faire sauter quand on vit au milieu des  ordures? » Assis dans un des fauteuils en velours rouge du bar de la Mamounia,  Mahi Binebine, un des peintres les plus cotés du Maroc, évoque son dernier  livre, « les Etoiles de Sidi Moumen », récompensé par le nouveau prix littéraire  de l&#8217;hôtel préféré de Churchill. Le roman a pour décor le bidonville natal des  auteurs de l&#8217;attentat de Casablanca de 2003. Binebine raconte ces enfants,  recroquevillés dans les bennes à ordures, qui se font ensevelir par les détritus  pour être les premiers à dénicher les trésors des poubelles. Tandis que les  serveurs imperturbables, dont les tuniques &#8211; on dit <em>«vêtements d&#8217;image»</em> à  la Mamounia &#8211; changent selon les heures, distribuent de petites serviettes de  gaze entre deux gorgées de chardonnay marocain. Dans le jury de ce prix, on  retrouve Guillaume Durand, Julien Clerc, Christine Orban&#8230; Isabelle Adjani  était pressentie, mais a fait défaut. <em>« C&#8217;est le monde de la Mamounia à la  rencontre des bidonvilles marocains!»</em></span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">La  misère, Binebine la connaît. S&#8217;il roule aujourd&#8217;hui dans une belle voiture, le  peintre a grandi dans les ruelles de la médina. A la croisée de ces deux mondes,  il dit la stupéfaction du Marrakech d&#8217;en haut, ce 28 avril 2010, lorsqu&#8217;une  explosion a pulvérisé le café Argana, situé sur la célèbre place Djemáa el-Fna.  Dans cette Miami du monde arabe, les très riches pensaient qu&#8217;ils étaient à  l&#8217;abri de la rancoeur des plus démunis. Marrakech au climat si doux, tapie dans  l&#8217;ombre de l&#8217;Atlas et ses neiges éternelles, Marrakech la tolérante, Marrakech  et sa lumière célébrée par les peintres, ses remparts ocre, se teintant de feu  au crépuscule, ses muezzins formés aux meilleures écoles de musique du royaume.  Jamais le luxe n&#8217;a réussi à polluer complètement l&#8217;âme de la cité impériale aux  artisans et aux traditions si raffinées. Comme une Californie des mille et une  nuits, c&#8217;est le passé de cette ville qui attirait les nouveaux riches anoblis à  son contact, transformés en sultans de contes qui recevaient dans leurs palais.  Même les tourments du siècle n&#8217;avaient pas prise sur Marrakech, la ville où est  mort le philosophe, poète et mathématicien andalou du XIIe siècle Averroès.  Jusqu&#8217;ici, les murs épais des palaces et des riads avaient assourdi la clameur  des rues, éloigné le grondement de ce printemps arabe à la fièvre contagieuse.  Qui aurait eu intérêt à tuer la poule aux oeufs d&#8217;or? Pas les indigents qui  recevaient les miettes du festin, ni les islamistes de la ville, réputés moins  hostiles aux étrangers. Et puis sont venues les premières manifestations de  février. Et les « révélations » fracassantes d&#8217;un ex-ministre, accusant un autre  de turpitudes inavouables commises ici, dans un pays où l&#8217;homosexualité est  punie de prison. Marrakech, Sodome du monde arabe! La pédophilie, le tourisme  sexuel, produits honteux de la disparité des richesses pointés du doigt. Et si  l&#8217;exception Marrakech n&#8217;était plus qu&#8217;une illusion? Chez les plus riches, la  peur cohabite désormais avec l&#8217;arrogance. En arabe, il y a un mot pour décrire  cela: la <em>« hogra ». « C&#8217;est un mot difficile à traduire, </em>dit Binebine.  <em>Il exprime à la fois le mépris du dominant pour le dominé, mais aussi la  crainte qu&#8217;il éprouve pour lui. »</em> Du palais aux somptueux riads de  Marrakech, la <em>hogra</em> s&#8217;est insinuée chez les puissants.</span></div>
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>«Choisir la  place, c&#8217;est choisir le vice»</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Djemáa el-Fna est noire de monde  mais il n&#8217;y a pas un touriste. Il faut venir dans la chaleur suffocante de  juillet pour voir les Marrakchis regagner leurs droits sur cette place « des  trépassés », qui attire pourtant près de 1 million de touristes par an. Quand la  nuit tombe, ils viennent y déguster des brochettes d&#8217;agneau au cumin sous les  tréteaux et admirer les acrobates. Personne ne jette un regard aux toiles  blanches qui masquent le café Argana et sur lesquelles les artistes de la ville  ont peint de grandes fresques de couleur. <em>«Il a hélas fallu cet attentat pour  que les pouvoirs publics se mobilisent enfin pour la place! » ,</em> soupire  Ouidad Tebbaa, doyenne de la faculté des lettres de Marrakech. Cela fait des  années qu&#8217;elle se bat avec l&#8217;écrivain espagnol Juan Goytisolo pour repousser les  projets des promoteurs. En 2001, grâce à leurs efforts, Djemáa el-Fna a été  inscrite au patrimoine culturel immatériel de l&#8217;humanité. Aujourd&#8217;hui, ils  veulent sauver les métiers de la place, faire reconnaître les charmeurs de  serpents qui appartiennent à une confrérie religieuse de Meknès, les herboristes  et les jongleurs qui dépendent du mausolée de Tazeroualt à Souss comme « trésors  humains vivants », une dénomination qui existe au Japon.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Déjà les sept conteurs n&#8217;exercent  plus que de loin en loin. <em>«Plus de 120 reportages leur ont été consacrés et  pourtant ils ne gagnent que 3 euros par jour», </em>déplore Ouidad. Pour devenir  conteur sur Djemáa el-Fna, il faut commencer tôt. Sécher l&#8217;école, hanter la  place, quitter sa famille, se choisir un maître et devenir son ombre: <em>« Ce  sont des artistes parias. Choisir la place, c&#8217;est choisir le vice. »</em> Longtemps, d&#8217;ailleurs, les intellectuels arabes ne se sont pas autorisés à  écrire sur ce lieu sulfureux. Incontournable et dérangeante, la place a ses  propres règles. Avec ses travestis, ses gigolos, et l&#8217;ombre portée du minaret de  la Koutoubia, la religion et le sexe y cohabitent. <em>«C&#8217;est une place rebelle  métissée, amorale, l&#8217;aimant et l&#8217;âme de Marrakech. »</em></span></div>
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>«Mustapha, je  cherche un cheval de course»</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Il  n&#8217;y a pas d&#8217;enseigne, ni de vitrine. Pour dénicher le magasin d&#8217;antiquités de  Mustapha Blaoui, il faut se perdre dans les ruelles de la médina, surfer pour  éviter les vendeurs d&#8217;oranges et les carrioles charriant des pastèques lourdes à  crever, se faire happer par les odeurs de poisson cru. C&#8217;est pourtant ici, chez  l&#8217;affable Mustapha, que se croise toute la jet-set de Marrakech. Entre deux  achats ou avant de repartir, on passe toujours ici, pour discuter autour d&#8217;un  thé à la menthe. François-Marie (Banier) était là il y a quinze jours, il  aménage le riad qu&#8217;il vient d&#8217;acheter à côté de celui de Pascal (Greggory).  Dominique (Strauss-Kahn)? Un ami, espérons qu&#8217;il reviendra bientôt. Une dame:  <em>«Je n&#8217;ai jamais voté socialiste de toute ma vie, mais si ça avait été  lui&#8230;»</em> Mustapha, souriant, acquiesce. Il apprécie beaucoup <em>«Dominique», </em>il l&#8217;a d&#8217;ailleurs aidé à dénicher son riad. Mustapha connaît tout le monde, </span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Mustapha arrange tout. A la  boutique, un monsieur lui demande: <em>«Mustapha, je cherche un cheval de course,  un pur-sang arabe. On ne trouve rien à moins de 1 million d&#8217;euros, mais, tu  sais, j&#8217;ai les moyens. »</em> Un autre, qui vit entre Bâle et Marrakech, parle  golf. <em>«Marrakech, c&#8217;est le nouveau Palm Springs &#8216;.Bientôt il y aura  vingt-deux golfs. Enfin, si la mairesse se montre raisonnable&#8230;»</em> Soupir  agacé. Signe des temps qui changent? Fatima Zahra Mansouri, la jeune maire de 33  ans, tout récemment élue, s&#8217;est permis de dénoncer ces <em>«projets insensés», «  une insulte à l&#8217;écologie ».</em> Qu&#8217;importe! Le bruit de la ville ne parvient que  de très loin aux clients de Mustapha, cantonnés dans leurs riads. Ils préfèrent  évoquer la dernière grande fête donnée il y a deux semaines par une baronne  belge dans sa propriété à Taroudant: cent musiciens, un champ d&#8217;oliviers parsemé  de milliers de lanternes. La baronne a désormais également son palais dans la  médina, à Marrakech, qui lui a demandé sept ans de travaux: tombée amoureuse  d&#8217;un plafond ouvragé dans une autre demeure, elle voulait se l&#8217;offrir. Le  propriétaire refusait. Elle a acheté la maison et découpé le plafond. Mustapha,  prévenant, lui a repris la demeure décapitée. <em>« Vous voulez voir son  riad?»</em> Un lacis de ruelles poussiéreuses, une impasse, une porte étroite en  bois qui s&#8217;ouvre. Et là, une ambiance de mille et une nuits, jardins luxuriants,  débauche de céramiques, piscine intérieure copiée sur les citernes d&#8217;Istanbul.  Et le fameux plafond. Dans le patio, la compagnie sirote des « mimosas »,  champagne et jus d&#8217;orange. Ici, on adore le Maroc. D&#8217;ailleurs, la baronne ne  reçoit qu&#8217;en caftan: elle en a cinq mètres dans son dressing.</span></div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>Les aveugles  de Sidi Bel Abbès</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Assis par terre, les vingt aveugles  du mausolée Sidi Bel Abbès psalmodient le Coran. Une femme qui porte un enfant  malade dans les bras vient de leur glisser une pièce afin qu&#8217;ils disent une  prière pour sa guérison. Au Maroc, les aveugles savants sont <em>«ceux qui  voient», </em>bref, des messagers de Dieu. Le mausolée où on les trouve est un  lieu sacré, dédié à la mémoire de Sidi Bel Abbès, le plus respecté des sept  saints patrons de Marrakech parce qu&#8217;il a consacré sa vie aux indigents. Depuis  le xiie siècle, l&#8217;endroit est devenu un lieu étonnant, cour des miracles où  convergent les handicapés et les pèlerins, chargés de toutes sortes d&#8217;offrandes  en espèce et en nature. Kamel Tebbaa est le responsable de la distribution des  dons, comme son père et le père de son père le furent jadis. Ce professeur de  mathématiques à l&#8217;université se consacre au mausolée avec passion et dévouement.  Et le sentiment de ne jamais en faire assez: <em>«Lorsque je reçois une belle  donation, je suis sur un nuage, mais cela ne dure pas. Je me mets à faire des  divisions et je sais qu&#8217;au bout du compte les pauvres n&#8217;auront pas assez. ..  »</em> En bon mathématicien, Tebbaa a organisé les dons avec logique: <em>«Nous  avons aujourd&#8217;hui près de 2000 bénéficiaires. Ils doivent répondre à certains  critères. Etre handicapé, ou très pauvre. Preuves à l&#8217;appui. »</em> Il y a le  certificat d&#8217;indigence fourni par le ministère des Affaires religieuses. Ou  encore la facture d&#8217;électricité. <em>«A 70 euros, on ne les prend pas en charge.  Nos bénéficiaires ont plutôt des factures à 4,50 euros. Ce sont des familles qui  vivent ensemble dans une seule pièce, qui n&#8217;ont pas les moyens d&#8217;avoir une  télévision.»</em> Tous les mois, les pauvres du mausolée viennent faire la queue  pour recevoir leur subvention: 25 euros les bons mois, 5 euros les mauvais. A  deux pas du mausolée, le riad magnifique de l&#8217;un des héritiers Hermès. Deux  mondes qui se côtoient sans jamais se rencontrer. <em>«Sidi Bel Abbès donnait aux  pauvres les neuf dixièmes de ce qu&#8217;il possédait, </em>dit Kamel Tebbaa. <em>Bien  sûr, cela serait bien si les étrangers pouvaient nous aider, puisqu&#8217;ils vivent  là, si riches, mais je ne suis pas sûr qu&#8217;ils connaissent notre existence&#8230;  »</em></span></div>
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<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>L&#8217;hôtel du  roi</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ne  pas prononcer le nom du propriétaire, même si tout le monde le connaît. Ne pas  parler du prix des chambres, des millésimes des vins, des clients que l&#8217;on  croise. Ne pas trop insister sur le caractère unique des tadelakts sculptés dans  les endroits où ils se voient le moins, sur les meubles de marqueterie, sur les  ascenseurs de cuir et les sols en marbre rouge du Pakistan, les embrases en  plumes rouges d&#8217;oiseaux rares. Mis à part le riad royal, une suite à 32 000  euros la nuit, nous avons pu tout voir du Royal Mansour mais nous ne pouvons  rien en dire. Comme l&#8217;explique la direction, <em>« en ces temps de socialisme  rampant, la beauté est mal vue ».</em> Il est donc interdit de décrire cette  médina reconstituée, flambant neuve, ces riads ou chaque meuble, chaque objet  unique, est un chef-d&#8217;oeuvre de l&#8217;artisanat marocain, ces patios ouverts et  pourtant climatisés. Le plus étonnant, cependant, est au sous-sol du Royal  Mansour. Là où travaille activement le personnel de cette grande machine. Dans  cette ville souterraine, 500 employés pour 53 suites circulent dans un entrelacs  souterrain de corridors, poussent des chariots de linge, préparent de fins  repas. Et, furtifs fantômes, prennent l&#8217;ascenseur de service qui, par une porte  dérobée, leur permet d&#8217;accéder à chaque riad de l&#8217;hôtel pour y faire le ménage.  Une savante organisation pour que jamais les illustres clients n&#8217;aient à croiser  de femme de chambre dans les ruelles de cette médina réservée aux  VIP.</span></div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>Gueliz, ses  mariages et ses prostitués</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">A  Gueliz, le quartier français, les avenues sont larges et droites. Avec ses  palmiers sur le bitume, ses villas aux noms désuets et aux jardins luxuriants,  ses centres commerciaux tout neufs, Gueliz fait ressembler Marrakech à une  station balnéaire où il manquerait la mer. L&#8217;église de Marrakech, qui a donné  son nom au quartier, a adopté les tons roses de la ville.</span></div>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Elle est désormais des plus  prisées, depuis que Marrakech est devenu l&#8217;endroit où il faut organiser sa fête  de mariage. Gueliz a rebaptisé ses rues, mais le souvenir du protectorat  français et du maréchal Lyautey le premier « résident général » du Maroc, y  plane toujours. Lyautey le bâtisseur avait imaginé ce quartier européen pour que  les colons n&#8217;aient pas à croiser les autochtones. D&#8217;un côté les rues tortueuses  de la médina, de l&#8217;autre les villas fleuries du Gueliz, chacun restait chez soi.  Le maréchal, ami de Marcel Proust, a inspiré le personnage du baron de Charlus  de la « Recherche ». Il avait un penchant pour les jeunes garçons dans un  Maghreb où l&#8217;on fermait les yeux sur les amours viriles. Un siècle après, les  écrits d&#8217;un Pierre Loti vantant les charmes d&#8217;esclaves nubiles de 11 ans  suscitent moins d&#8217;indulgence. Devant le McDonald&#8217;s de Gueliz, tous les soirs,  après minuit, se joue un curieux ballet. Des étrangers arpentent le macadam.  D&#8217;autres patientent dans leurs voitures. Des garçons, très jeunes, à peine  sortis de l&#8217;enfance, les effleurent. <em>« Tu veux faire le sexe? »</em> On  échange un numéro. Un homme aux cheveux blancs part avec trois jeunes  adolescents, en tee-shirt moulant et short. Derrière la vitrine du magasin Zara,  immense, des bosquets sombres: on y fait des passes à 300 dirhams, le prix d&#8217;un  jean.</span></div>
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<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><strong><strong>L&#8217;heure de la  sieste à Mouassine</strong> </strong></span></p>
<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Dans une demeure bourgeoise de  Mouassine, dans la médina, c&#8217;est l&#8217;heure de la sieste. Les femmes de chambre  lavent le patio à grande eau et les enfants hébétés de chaleur ont quitté leur  lit pour faire des glissades sur les carrelages ou s&#8217;accroupir dans la fontaine.  Repliée sur l&#8217;intérieur, la maisonnée ne s&#8217;est aperçue ni de l&#8217;absence des  touristes, dont ils notent à peine la présence pendant la haute saison, ni même  de cette manifestation des étudiants protestant contre la timidité de la réforme  constitutionnelle proposée par le roi, à quelques centaines de mètres de leur  porte. Car il n&#8217;y a pas que les riches étrangers des riads qui ne sortent pas de  chez eux à Marrakech. La géographie des maisons de la médina invite au  repliement et, dans le dédale des cours intérieures et des jardins fermés, les  Marrakchis sont happés par les problèmes de leur quotidien. Ici il faudra  bientôt égorger un mouton pour fêter la naissance du petit dernier, malgré les  cris de protestation des enfants de la maison. Il faut convaincre le mari de la  nouvelle bonne de la laisser travailler malgré ses principes. Et puis céder sous  les pressions de sa famille. Chez Ines et Driss, on ne sait pas où se trouvent  les riads des « célébrités ». Dans ce monde à part où les confidences se  murmurent et où il est inconvenant de jeter un coup d&#8217;oeil chez le voisin depuis  sa terrasse, on ne s&#8217;occupe pas des petites manies des riches. Dans la maison,  personne n&#8217;a voté, le 1er juillet, pour la Constitution. On se détourne de la  politique comme si son bonheur en dépendait. On voudrait juste que le temps  suspende son cours dans la maison protégée par l&#8217;épaisseur des murs de tadelakt.  Etre heureux comme avant, comme toujours à Marrakech.</span></div>
<div>
<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>DOAN BUI </strong></span>, <span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><strong>SARA DANIEL </strong></span></p>
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<div><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;"><em><br />
</em></span></div>
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]]></content>
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		<updated>2011-05-31T14:05:05Z</updated>
		<published>2011-05-31T14:05:05Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[UN PAS VERS UNE INTERVENTION AU SOL?
Des hélicoptères contre Kadhafi 
Les Gazelle françaises et les Apache britanniques, bientôt déployés en Libye, permettront des frappes plus précises. Mais seront très exposés]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/05/des-helicopteres-contre-kadhafi"><![CDATA[<p>UN PAS VERS UNE INTERVENTION AU SOL?<br />
<strong>Des hélicoptères contre Kadhafi </strong><br />
Les Gazelle françaises et les Apache britanniques, bientôt déployés en Libye, permettront des frappes plus précises. Mais seront très exposés aux tirs de lance-roquettes</p>
<p>Alors que les bombardements de l&#8217;Otan s&#8217;intensifient sur Tripoli et que l&#8217;Union européenne a élevé le Conseil national de Transition de Benghazi au rang d&#8217;« interlocuteur politique clé représentant les aspirations du peuple libyen », une étape décisive de la guerre menée par l&#8217;Otan contre les forces du colonel Kadhafi vient d&#8217;être franchie. En décidant d&#8217;envoyer en Libye des hélicoptères de combat pour mener des « opérations plus précises », la France et la Grande-Bretagne se rapprochent inexorablement d&#8217;une intervention au sol, pourtant proscrite par la résolution de l&#8217;ONU qui a autorisé les frappes.<br />
Officiellement la stratégie n&#8217;a pas changé et Alain Juppé a justifié cette décision par la nécessité d&#8217;« accentuer la pression militaire sur le régime de Kadhafi ». Mais tous les analystes militaires le savent, l&#8217;utilisation d&#8217;hélicoptères risque de déboucher sur un engagement au sol: ces appareils, une douzaine de Tigre et de Gazelle antichars français et des Apache britanniques, conçus pour détruire des véhicules, volent à basse altitude. Ils sont donc plus vulnérables que les avions qui ne descendent pas en dessous de 5 000 mètres. D&#8217;ailleurs, des hélicoptères permettant de récupérer au sol un équipage abattu feront aussi partie du dispositif.<br />
Depuis plusieurs semaines, l&#8217;état-major de l&#8217;opération alliée Protecteur unifié suggérait le recours à de tels appareils, plus précis que les avions et capables de rotations rapides. Mais ils sont aussi des cibles de choix pour les lance-roquettes dont dispose l&#8217;armée de Kadhafi. Tous les stratèges ne peuvent s&#8217;empêcher de penser au drame de Mogadiscio, en 1993, au cours duquel un lance-roquettes soviétique avait réussi à abattre un Black Hawk des forces spéciales américaines. L&#8217;opération, terriblement meurtrière, qui avait suivi afin de récupérer l&#8217;équipage avait incité les Etats-Unis à se retirer de Somalie.<br />
Deux mois après avoir donné le coup d&#8217;envoi des bombardements alliés, c&#8217;est encore une fois la France qui a convaincu son allié britannique de cet engagement militaire supplémentaire en Libye. A l&#8217;Otan comme à Paris, on a remarqué que l&#8217;intensification récente des bombardements sur Tripoli avait accéléré le rythme des défections. C&#8217;est sans doute aussi cet effet psychologique qui est recherché par l&#8217;annonce de l&#8217;arrivée des hélicoptères français. « Des défections, il y en a désormais tous les jours et nous ne voulons en rater aucune », a reconnu Alain Juppé. Cette décision s&#8217;explique aussi par les impératifs du calendrier: le mandat libyen de l&#8217;Otan, d&#8217;une durée de quatre-vingt-dix jours, s&#8217;achèvera fin juin. Les alliés sont donc pressés d&#8217;enregistrer des succès d&#8217;ici là pour qu&#8217;il puisse être reconduit. D&#8217;autant que de plus en plus de voix s&#8217;élèvent pour mettre en garde contre les risques d&#8217;enlisement en Libye: alors que Tripoli a été lourdement bombardé au cours des deux semaines passées et que la flotte de l&#8217;armée du colonel Kadhafi a été presque entièrement coulée, il se trouve encore des gens pour manifester leur soutien au colonel tandis que les insurgés à l&#8217;est sont toujours bloqués sur la route entre Ajdabiya et Brega.<br />
En Grande-Bretagne, où le débat qui entoure l&#8217;intervention en Libye est beaucoup plus animé qu&#8217;en France, les analystes mettent en garde contre le coût exorbitant de l&#8217;opération. Au sein de la coalition, Londres assume déjà l&#8217;effort de guerre principal avec 1 300 vols d&#8217;avion et 25 % des frappes (suivi par les Français avec 1 200 sorties d&#8217;avion). Le ministère de la Défense britannique estime que l&#8217;opération militaire durera environ six mois et coûtera 400 millions de livres, tandis que des experts militaires évaluent plutôt la note à 1 milliard de livres (le ministère de la Défense français ne divulgue aucun montant). D&#8217;où des critiques de plus en plus vives émanant de l&#8217;état-major britannique. Récemment un amiral à la retraite, Chris Parry, ancien directeur des opérations tactiques au ministère de la Défense, a comparé la guerre en Libye à celles d&#8217;Irak et d&#8217;Afghanistan, et déploré « une opération au but ambigu&#8230; menée à la hâte et dont nous nous repentirons&#8230; lorsque le pays tombera dans l&#8217;anarchie ».<br />
Au sein du ministère de la Défense britannique, il se trouve de plus en plus de militaires pour réclamer l&#8217;engagement de la force d&#8217;intervention spéciale de la Royal Navy postée aujourd&#8217;hui au large de Chypre. Selon certain membres de l&#8217;état-major britannique, cela permettrait d&#8217;exercer une pression supplémentaire sur Kadhafi et, en cas de nécessité, de déployer un petit contingent d&#8217;hommes au sol. Une option jugée pour l&#8217;instant inacceptable par la communauté internationale, mais qui, selon l&#8217;ex-amiral, deviendrait inévitable si la Libye sombrait dans le chaos.</p>
<p>SARA DANIEL</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Le double jeu du Pakistan]]></title>
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		<updated>2011-05-31T14:01:07Z</updated>
		<published>2011-05-31T14:01:07Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Ben  Laden vivait à 60 kilomètres de la capitale
Le double jeu du Pakistan 
La mort de Ben Laden va-t-elle marquer la fin de la tolérance des Américains pour les]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/05/le-double-jeu-du-pakistan"><![CDATA[<p><span style="font-family: Verdana,Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: x-small;">Ben  Laden vivait à 60 kilomètres de la capitale</span></p>
<p><strong>Le double jeu du Pakistan </strong></p>
<p>La mort de Ben Laden va-t-elle marquer la fin de la tolérance des Américains pour les petits arrangements des Pakistanais avec les terroristes?</p>
<p>Savez-vous où se trouve Ben Laden? » Au Pakistan, c&#8217;était la question à ne pas poser, le comble de la mauvaise éducation lorsqu&#8217;on s&#8217;entretenait avec les directeurs des écoles coraniques ou les imams des mosquées des zones tribales, qui s&#8217;empressaient alors de reconduire sèchement leur visiteur trop curieux. Non, pour voir se dessiner un sourire sur les visages barbus des cheikhs sympathisants d&#8217;Al-Qaida, il était vivement recommandé, dans la récitation des formules de politesses, de s&#8217;enquérir de la santé du terroriste. &#8211; « Comment va le Cheick Oussama? &#8211; Grâce à Dieu, il est en très bonne santé, merci!»<br />
C&#8217;est ce que m&#8217;avait répondu en 2007 le maulana Muhammad Yousouf Qureshi, le mollah de la plus ancienne mosquée de Peshawar, qui venait alors d&#8217;offrir un million de dollars à toute personne qui assassinerait le dessinateur danois, auteur des caricatures du Prophète. «Il va aussi bien que les talibans », avait poursuivi ce religieux, qui assurait avoir des nouvelles régulières de l&#8217;homme le plus recherché au monde et allait jusqu&#8217;à prétendre que c&#8217;était le président Musharraf lui-même qui veillait à la sécurité de son héros: « La dernière fois qu&#8217;il est venu me voir, le président m&#8217;a dit qu&#8217;il devait faire semblant d&#8217;aider les Américains, mais que c&#8217;était pour Oussama et pour les talibans qu&#8217;il avait de la sympathie!»<br />
« Comment va Ben Laden?» C&#8217;est encore la question que j&#8217;avais posée à Omar Khattab, un des talibans auteurs du guet-apens d&#8217;Uzbin en Afghanistan, qui avait coûté la vie à dix soldats français. Il habitait dans une maison cossue de Peshawar avec sa femme et ses enfants lorsqu&#8217;il ne partait pas se battre de l&#8217;autre côté de la frontière, en Afghanistan, contre les forces de l&#8217;Otan. «Il vit paisiblement, comme nous, grâce au Pakistan dont les militaires &#8211; Dieu les garde nous encouragent à mener le djihad contre les infidèles qui occupent l&#8217;Afghanistan », avait répondu le taliban, éliminé depuis par un membre de ces services secrets qui pullulent dans la région.</p>
<p>JOHN BRENNAN, principal conseiller antiterroriste du président Barack Obama: « Je pense qu&#8217;il est inconcevable que Ben Laden n&#8217;ait pas bénéficié d&#8217;un système de soutien dans le pays qui lui a permis de rester là pendant longtemps .»</p>
<p>Le gouvernement pakistanais ou ses services secrets, l&#8217;Inter-Services Intelligence (ISI) ont-ils protégé le terroriste le plus recherché au monde, comme l&#8217;affirment certains de ses sympathisants? Dans ce pays gangrené par l&#8217;extrémisme, qui a fait du soutien aux talibans l&#8217;axe principal de sa politique étrangère, mais dont l&#8217;armée ne survit que grâce aux perfusions de dollars américains, la capture d&#8217;Oussama Ben Laden, à 60 kilomètres de la capitale du Pakistan et à 700 mètres d&#8217;une académie militaire, dévoile aux yeux du monde entier ce double jeu dans lequel s&#8217;est engagé Islamabad depuis le 11 septembre 2001.<br />
Comment s&#8217;imaginer en effet que Ben Laden ait pu vivre dans cette demeure d&#8217;Abbottabad entourée de murs de 5 mètres de haut surmontés de barbelés, dans une ville abritant trois régiments de l&#8217;armée pakistanaise sans que l&#8217;ISI ne soit au courant? C&#8217;est justement parce qu&#8217;il aurait dû quitter les zones tribales pilonnées par les bombes américaines que Ben Laden se serait fait prendre, avancent certains experts. Une analyse peu convaincante, selon les représentants de ces zones, qui expliquent que dans les montagnes frontalières du Pakistan et de l&#8217;Afghanistan, on sait tout ce qui se passe, qui contrôle quoi et qui se cache où&#8230;<br />
Déjà, en 2008, le président George Bush, prévenu par son directeur des renseignements des nombreux contacts qu&#8217;entretenaient un colonel pakistanais de l&#8217;ISI et Siraj Haqqani, le principal chef de l&#8217;armée des talibans, exprimait dans sa langue fleurie tout le mal qu&#8217;il pensait de la duplicité des Pakistanais: « On arrête déjouera ce jeu. Ces fils de putes tuent des Américains, j&#8217;ai eu ma dose. » Mais les conditions de l&#8217;arrestation de Ben Laden prouvent que rien n&#8217;a changé depuis le coup de sang de l&#8217;ancien président américain.<br />
Comment en est-on arrivé là, presque dix ans après le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis avaient fait du Pakistan leur allié privilégié dans la lutte contre le terrorisme, lui octroyant même plus de 10 milliards de dollars d&#8217;assistance militaire? « C&#8217;est consternant de voir à quel point les Américains ont été dupés par Musharraf. Il leur a fait croire qu&#8217;il pourrait mettre de l&#8217;ordre dans les zones tribales alors qu&#8217;il n&#8217;en avait ni les moyens ni la volonté», analyse le journaliste pakistanais Ahmed Rashid, l&#8217;un des meilleurs spécialistes des talibans. Un ancien haut gradé de l&#8217;armée décrit bien la perte de contrôle du pouvoir central sur les frontières: «Jusqu&#8217;en 2006, j&#8217;ai réussi à contrôler plus ou moins la situation en m&#8217;appuyant sur les tribus, confie Mehmud Shah. Mais, à partir de 2006, le président Musharraf s&#8217;est tellement affaibli qu&#8217;il a dû donner des gages aux religieux afin d&#8217;obtenir leur soutien électoral et la situation est devenue incontrôlable. »<br />
Et puis le Pakistan n&#8217;a jamais cru que les Américains resteraient très longtemps en Afghanistan. S&#8217;ils se retirent, comme ils l&#8217;ont déjà fait à la fin de la guerre froide en 1989, Islamabad redoute que l&#8217;Iran et l&#8217;Inde n&#8217;occupent l&#8217;Afghanistan. La peur de l&#8217;encerclement: c&#8217;est ce qui explique l&#8217;aide apportée par le Pakistan aux talibans et aux extrémistes d&#8217;Al-Qaida.<br />
Elu président de la République le 9 septembre 2008, Asif Ali Zardari déclare vouloir donner à ses « amis occidentaux» des gages de la nouvelle politique du pays vis-à-vis de cette guerre contre le terrorisme qui, dit-il, est aussi devenue « la guerre du Pakistan ». C&#8217;est dans ce contexte que Zardari procède à de nouvelles nominations à la tête de l&#8217;obscur et inquiétant ISI. Et pourtant rien ne change vraiment avec l&#8217;élection de ce président trop faible qui sera contraint, comme son prédécesseur, Pervez Musharraf, de nouer des accords avec ces fondamentalistes, qui le haïssent. Zardari n&#8217;a-t-il pas autorisé la reconstruction de la Mosquée rouge, rasée en juillet 2007 parce qu&#8217;elle était devenue, au coeur de la capitale, un bastion des combattants du djihad, un centre d&#8217;études coraniques dont les étudiants n&#8217;hésitaient pas à kidnapper des citoyens au nom de la guerre sainte? Aujourd&#8217;hui, le dôme de la mosquée est blanc, mais le mémorial aux martyrs de la Mosquée rouge, qu&#8217;il abrite, et le discours des Zardari, fidèles, tous restés en contact avec l&#8217;ancien maulana de la mosquée qui se présentait comme un ami de Ben Laden, montrent clairement qu&#8217;on protège toujours, ici, les talibans et Al-Qaida contre un gouvernement dont on espère la disparition prochaine.</p>
<p>ASIF ALI SARDARI, président du Pakistan: «Bien que les événements de dimanche ne soient pas le fruit d&#8217;une opération conjointe, une décennie de coopération et de partenariat entre les Etats-Unis et le Pakistan ont mené à l&#8217;élimination d&#8217;Oussama Ben Laden, synonyme de menace permanente contre le monde civilisé.»</p>
<p>Par ailleurs, Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe pakistanaise, qui a participé à un trafic d&#8217;armes nucléaires à destination de la Libye, de la Corée du Nord et de l&#8217;Iran est, depuis 2009, libre de ses mouvements. Les auteurs de l&#8217;attentat de l&#8217;hôtel Marriott, qui a causé 55 morts en 2008 à Islamabad, n&#8217;ont pas été inquiétés. Et l&#8217;instigateur de l&#8217;attentat de Bombay, qui a fait 173 morts et plus de 300 blessés en novembre 2008, Hafz Muhammad Saeed, fondateur du groupe de combattants pour la libération du Cachemire, Lashkar-e-Taiba (« l&#8217;Armée des purs »), a été relâché par les autorités pakistanaises. C&#8217;est dans ce contexte extrêmement tendu entre les Pakistanais et les Américains qu&#8217;a eu lieu la capture de Ben Laden, sans que les autorités pakistanaises aient été averties du raid d&#8217;Abbottabad. Et on comprend pourquoi&#8230;<br />
La duplicité du Pakistan n&#8217;a plus de secret pour l&#8217;administration Obama: lors de sa dernière visite à Islamabad, Hillary Clinton s&#8217;était étonnée que les services secrets pakistanais n&#8217;aient pas réussi à localiser Ben Laden. Pourquoi, dans ces conditions, la patronne de la diplomatie américaine a-t-elle éprouvé le besoin de remercier le Pakistan pour sa coopération, qui «a contribué à nous conduire à Ben Laden et au complexe dans lequel il se cachait»? Est-ce une façon de mettre le pays de tous les dangers au pied du mur? De prévenir l&#8217;Etat pakistanais, qui a toujours considéré les talibans et ses comparses comme des alliés objectifs &#8211; soit pour frapper l&#8217;Inde, l&#8217;ennemi congénital, soit pour contrôler l&#8217;Afghanistan, arrière-cour qui lui offre une profondeur stratégique face à New Delhi&#8230; &#8211; qu&#8217;il devra désormais choisir son camp et surtout imposer ses choix à son opinion publique? «Les Pakistanais vont devoir prouver qu&#8217;ils ne savaient pas que Ben Laden était là », a exigé le sénateur indépendant Joe Lieberman, président de la commission de la Sécurité intérieure.<br />
Et si la mort de Ben Laden entraînait la fin de la tolérance incompréhensible des Américains pour les petits arrangements des Pakistanais avec les terroristes? Dans ce cas, la disparition de l&#8217;ennemi public américain pourrait marquer un tournant aussi décisif dans la région que la vague des révolutions dans le monde arabe. Un changement qui pourrait accélérer un retrait des troupes de l&#8217;Otan en Afghanistan, tant il est vrai que le sort du confit afghan se joue au Pakistan. Un pays qui détient la bombe atomique et abrite ce qui reste aujourd&#8217;hui de l&#8217;état-major d&#8217;Al-Qaida.<br />
SARA DANIEL</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Libye «Si l&#8217;Occident ne nous aide pas à éliminer Kadhafi&#8230;»]]></title>
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		<updated>2011-05-24T12:05:15Z</updated>
		<published>2011-04-14T13:31:23Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="Kadhafi" /><category scheme="http://sara-daniel.com" term="occident" />		<summary type="html"><![CDATA[Avec les djihadistes de Derna
Des combattants islamistes ont-ils investi les rangs de l&#8217;insurrection, comme on le répète à Tripoli? Les services secrets occidentaux n&#8217;y croient pas. Et pourtant&#8230;
Pour renverser Kadhafi,]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/04/libye-%c2%absi-loccident-ne-nous-aide-pas-a-eliminer-kadhafi-%c2%bb"><![CDATA[<p>Avec les djihadistes de Derna</p>
<p><strong>Des combattants islamistes ont-ils investi les rangs de l&#8217;insurrection, comme on le répète à Tripoli? Les services secrets occidentaux n&#8217;y croient pas. Et pourtant&#8230;</strong></p>
<p>Pour renverser Kadhafi, ce n&#8217;est pas de l&#8217;Otan dont nous avons besoin, c&#8217;est de Dieu!» Abdelkarim alHasadi, l&#8217;homme qui se tient devant moi dans sa veste de camouflage se définit comme un militaire et un croyant qui dirige une katiba (camp d&#8217;entraînement) forte de près d&#8217;un millier d&#8217;hommes. Il enrage quand on évoque l&#8217;organisation de défense qui a repris ses bombardements autour d&#8217;Ajdabiya: « Quand un homme se noie, il tend la main à n&#8217;importe qui, même au diable. » La tête d&#8217;Al-Hasadi a été mise à prix par Kadhafi. Au cours d&#8217;une réunion avec les ambassadeurs des pays de l&#8217;Union européenne, Khaled Kaïm, le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, a affirmé que ce membre d&#8217;Al-Qaida a établi un émirat islamique en Cyrénaïque, qu&#8217;il impose le port de la burqa et liquide les personnes qui refusent de se plier à ses oukases religieux.</p>
<p>Qui sont vraiment les révolutionnaires soutenus par l&#8217;Occident? Des fondamentalistes se sont-ils immiscés dans les rangs des insurgés anti-Kadhafi? Ces questions hantaient les chancelleries, en particulier le Sénat américain. Les services secrets et les experts avaient fini par répondre non. Certes très dévots, les membres du Conseil national de Transition ne sont-ils pas profondément acquis aux principes démocratiques? Et s&#8217;il est vrai que les quelques barbus au visage fermé qu&#8217;on croise parfois sur la ligne de front ont l&#8217;air moins malhabiles que les autres à manier le lance-roquettes, ils semblent faire figure d&#8217;exception. D&#8217;ailleurs la rhétorique de Kadhafi, qui, dans une logorrhée délirante, affirmait devant des journalistes médusés que « tout son peuple l&#8217;aimait et que cette révolte était fomentée par Al-Qaida», avait fini par nous faire croire que cette propagande grossière était sans aucun fondement. D&#8217;autant que le Guide s&#8217;était employé à éradiquer tous les groupes extrémistes, à commencer par le Groupe islamique de Combat libyen, rallié à Al-Qaida en 2007. Le discours d&#8217; Abdelkarim al-Hasadi montre que la situation est sans doute un peu plus complexe.</p>
<h2 id="titre-3">Cacophonie de prêches</h2>
<p>Pour rencontrer Al-Hasadi, il faut quitter Benghazi et ses révoltés, qui ont soif de démocratie, de liberté d&#8217;expression, et qui crient chaque jour leur haine de Kadhafi sur la Corniche. Emprunter la route de l&#8217;est, passer devant les ruines désertées de Cyrène, la première ville édifiée par les colons grecs au VIsiècle avant Jésus-Christ. Se rendre au pied du plateau qui marque la fin des pâturages verts du djebel Akhdar, à Derna, une ville de 120 000 habitants qui étale ses barres d&#8217;immeubles léprosés par l&#8217;air marin. Derna qui a payé au prix fort son soulèvement contre Kadhafi en 1995 et dont les habitants prétendent que chaque famille a eu un prisonnier, un torturé ou un martyr. Derna, la seule ville de Cyrénaïque où les hommes ne serrent pas les mains des femmes et où celles-ci sont presque toutes en burqa. Ici, le vendredi, c&#8217;est une cacophonie de prêches qui émanent des trentecinq mosquées de la ville.<br />
Abdelkarim al-Hasadi était l&#8217;imam d&#8217;une de ses mosquées jusqu&#8217;à ce que sa participation à la révolte islamique de 1995 ne le contraigne à l&#8217;exil. Martial, précis, ce qui surprend lorsque l&#8217;on parle avec Al-Hasadi, c&#8217;est la franchise presque brutale avec laquelle il assume sa haine de l&#8217;Occident et son extrémisme religieux. Il admet avoir mené le djihad en Afghanistan où il a passé cinq ans de 1997 à 2002: «Madame, on ne se rend pas en Afghanistan pour garder des moutons&#8230; » Il y a fréquenté tous les « bad guys » recherchés par les forces américaines: «Je vous mentirais si je vous disais que je n&#8217;ai pas rencontré les grands héros de la oumma. Je n&#8217;ai pas eu la chance de combattre aux côtés d&#8217;Oussama Ben Laden, mais j&#8217;ai fréquenté Ayman al Zawahiri [numéro deux d'Al-Qaida]. »</p>
<p>Arrêté en 2002 à Islamabad par les Américains, il a été transféré d&#8217;une geôle secrète à l&#8217;autre, pour finalement atterrir à Bagram, la grande base américaine de Kaboul. Ironie de l&#8217;histoire, c&#8217;est Seif al-Islam, le fils de Kadhafi, qui, avec son organisation d&#8217;aide aux prisonniers, a négocié sa relaxe auprès des Américains. Depuis son retour en Libye en 2002, Al-Hasadi a passé la plus grande partie de son temps en détention, dont trois ans dans la sinistre prison d&#8217; Abou Salim, où il a subi les pires sévices. Son expérience carcérale explique qu&#8217;il haïsse autant les Etats-Unis que Kadhafi. «Je savais depuis longtemps qu&#8217;en réalité ils se fichent des droits de l&#8217;homme, explique le cheikh. Et s&#8217;ils n&#8217;interviennent pas pour arrêter le massacre de Misourata, ce qu&#8217;ils pourraient faire facilement, c&#8217;est parce qu&#8217;ils ont passé un accord secret avec Kadhafi&#8230; »</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-2854 aligncenter" title="Abdul_Salam_al-Gadi" src="http://sara-daniel.com/wp-content/uploads/2011/05/Abdul_Salam_al-Gadi.png" alt="" width="159" height="159" /> <img class="size-full wp-image-2855 aligncenter" title="Achour_Bourachid" src="http://sara-daniel.com/wp-content/uploads/2011/05/Achour_Bourachid.png" alt="" width="159" height="164" /></p>
<h2 id="titre-4">Ex-djihadistes</h2>
<p>Quel rôle joue Al-Hasadi au sein du Conseil national de Transition de la révolution libyenne? Membre du conseil de Derna, il est responsable de la sécurité de l&#8217;est de la Cyrénaïque. «Nous avons quadrillé la région pour nous substituer aux miliciens de Kadhafi », explique-t-il. Et s&#8217;il commande une katiba de combattants de Dieu, c&#8217;est avec la bénédiction du général Abdel Fattah Younes, le chef militaire de l&#8217;insurrection. Cette semaine, il a acheminé des armes à Misourata, entraîné des combattants à Benghazi, récupéré et adapté tous les missiles antiaériens qu&#8217;il a pu trouver dans les casernes abandonnées de Derna. Lorsqu&#8217;il se rend sur le front, c&#8217;est incognito, car les hommes de Kadhafi le recherchent. La semaine dernière encore, on a tenté de l&#8217;abattre, mais l&#8217;homme chargé de son exécution y a renoncé puis s&#8217;est confessé au chef militaire, qui semble inspirer un grand respect à Derna. Pendant toute notre conversation, Al-Hasadi a reçu des appels de gens qui voulaient savoir s&#8217;il avait été blessé et comment il se portait.<br />
Selon Achour Bourachid, l&#8217;un des membres du Conseil de Transition, originaire de Derna, Al-Hasadi est sous l&#8217;autorité du conseil, donc inoffensif. Cet avocat évoque les Lumières et la Révolution française. Il ne s&#8217;offusque pas de la présence des fondamentalistes au coeur de la révolution: « Nous sommes tous musulmans, dit-il. Nous sommes dans la phase de libération nationale. Ce n&#8217;est pas le moment d&#8217;exacerber nos différences. Nous commencerons à nous inquiéter lorsque ces gens s&#8217;exprimeront!»<br />
Al-Hasadi a trois femmes, l&#8217;une afghane, les deux autres libyennes, et douze enfants. Il souhaite l&#8217;instauration de la charia. «N&#8217;est-ce pas son droit?» argumente Achour Choukri Assi, l&#8217;un des imams de la mosquée Qaramanli de Derna, la plus grande mosquée à coupoles de Cyrénaïque. Il a lui aussi passé le plus clair de son temps en prison pour «extrémisme»: «Nous sommes nombreux à appeler de nos voeux une démocratie qui respectera nos coutumes religieuses », dit-il. A Derna, personne ne songerait à se priver des compétences militaires d&#8217;un combattant du djihad qui affirme avoir étudié l&#8217;histoire de Che Guevara et même rédigé un précis sur la technique de la guérilla. Or le regard du stratège islamiste sur l&#8217;insurrection est sombre: «Nous n&#8217;avons pas d&#8217;armes, les chabab, ces jeunes insurgés inexpérimentés, restent dans nos jambes et nous gênent. Militairement, Kadhafi est le plus fort. Heureusement, il ne va pas dans le sens de l&#8217;histoire. Ses jours sont comptés. »</p>
<p>Pour pallier les insuffisances de l&#8217;Otan, l&#8217;expert en guérilla explique qu&#8217;il entraîne des volontaires originaires de Derna qui ont tous été réprimés par le régime à cause de leurs convictions religieuses. A l&#8217;entendre, tous les habitants de la ville sont prêts à aller se battre contre Kadhafi. Parmi ces jeunes qui assurent la sécurité de Derna en attendant de monter au front, à Ajdabiya ou à Brega, il y a Tarek al-Majri, étudiant à la faculté des beaux-arts. Comme si c&#8217;était la chose la plus naturelle au monde, il raconte qu&#8217;il était parti se battre en Irak en 2003 pour prêter main forte aux forces de Saddam Hussein contre les Américains. Tarek s&#8217;était inscrit sur les registres ouverts par Kadhafi pour enrôler des Libyens dans la défense de Bagdad: « Mais notre départ était sans arrêt remis et, avec mes amis, nous avons décidé de partir par nos propres moyens. » Avec des ingénieurs, des avocats et des médecins libyens, il s&#8217;est rendu d&#8217;abord au Caire, puis en Syrie, où, devant l&#8217;ambassade irakienne, des bus attendaient pour les acheminer en Irak. Les fedayin de Saddam les ont cachés dans les écoles pendant les bombardements. Puis le jeune homme a été blessé alors qu&#8217;il était couché sur le dos pour recharger sa kalachnikov, le jour même où les Américains se sont emparés de Bagdad. Il a été très déçu par la rapidité avec laquelle ses frères irakiens se sont rendus: «Nous, nous nous battrons jusqu&#8217;au bout! », affirme l&#8217;étudiant, qui finit par admettre que Saddam Hussein était un tyran aussi sanguinaire que Kadhafi, même s&#8217;il ne regrette pas d&#8217;avoir « défendu un peuple arabe contre une invasion étrangère ».</p>
<p>Abdul Salam al-Gadi, ancien joueur de football de l&#8217;équipe de Derna, est lui aussi un exdjihadiste qui attend d&#8217;être mobilisé. Après le soulèvement de 1995, il avait quitté la Libye pour rejoindre l&#8217;idéologue islamiste Hassan al-Tourabi au Soudan. Puis il s&#8217;est battu en Afghanistan aux côtés des fidèles de Ben Laden. En 2002, il fuit vers l&#8217;Iran, où il sera arrêté par la Sepah, la police politique du régime des mollahs. Dès lors et jusqu&#8217;à la chute du régime de Kadhafi en Cyrénaïque, il ne sortira plus de prison. Des geôles iraniennes à celles de Kadhafi en passant par les prisons américaines d&#8217;Afghanistan comme Bagram, où les agents de la CIA lui demandaient pourquoi tous les djihadistes libyens venaient de Derna&#8230; « C&#8217;est vrai, nous ne sommes pas des anges, reconnaît Al-Gadi. Ce n&#8217;est que pour chasser Kadhafi que je soutiens les frappes des infidèles. »</p>
<p>«Encore faudrait-il qu&#8217;ils s&#8217;impliquent vraiment dans la bataille », s&#8217;énerve Abdelkarim al-Hasadi, qui ne décolère pas contre la coalition militaire occidentale. Le chef militaire islamiste prévient que, si la communauté internationale tergiverse trop, son cauchemar pourrait se réaliser: « Nous avons une grande frontière avec l&#8217;Algérie, où se trouve Al-Qaida. Le gouvernement de la Tunisie est extrêmement faible et l&#8217;Egypte est instable. Pour l&#8217;instant, on tient les frontières, mais si l&#8217;Occident refuse de nous aider, alors on devra se tourner vers d&#8217;autres forces », menace Abdelkarim en laissant entendre qu&#8217;il a gardé d&#8217;excellents contacts avec ses anciens camarades de djihad: « Contrairement à ce qu&#8217;affirme Kadhafi, je ne fais plus partie d&#8217;Al-Qaida. Mais si la situation d&#8217;instabilité perdure, je n&#8217;hésiterai pas à avoir recours à eux!»</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Ben Ali : L&#8217;histoire secrète de sa fuite]]></title>
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		<updated>2011-05-02T14:29:53Z</updated>
		<published>2011-02-10T14:24:23Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Le dictateur tunisien a été poussé à l&#8217;exil par l&#8217;armée mais aussi par sa femme, la machiavélique Leïla. Grâce à des témoignages inédits, Sara Daniel revient sur le récit de]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/02/ben-ali-lhistoire-secrete-de-sa-fuite"><![CDATA[<p><strong>Le dictateur tunisien a été poussé à l&#8217;exil par l&#8217;armée mais aussi par sa femme, la machiavélique Leïla. Grâce à des témoignages inédits, Sara Daniel revient sur le récit de ce départ forcé et sur les derniers moments du président sur le sol de son pays en pleine révolution.</strong></p>
<h2 id="titre-10">De notre envoyée spéciale</h2>
<p>Il refuse de monter dans l&#8217;avion. Sur le tarmac de l&#8217;aéroport de Tunis, il résiste, se tord les mains, serre sa petite mallette noire, son seul bagage, essaie de rebrousser chemin vers la Mercedes qui vient de le déposer. Il supplie: «Laissez-moi, je ne veux pas y aller, je veux mourir ici dans mon pays. » On l&#8217;a pressé de monter dans une voiture sans même lui laisser le temps de prendre une veste. Alors il frissonne dans sa chemise bleue, de la même couleur que son pantalon et ses chaussures, sous le ciel couvert de Tunis. Ce vendredi 14 janvier à 17 heures, alors que la révolte gronde dans les rues de la capitale, Ben Ali ne veut pas partir. Il gémit, hagard. «Bordel de Dieu! Tu vas monter! » C&#8217;est Ali Seriati, l&#8217;homme de l&#8217;ombre, le redouté chef de la police politique, compagnon de Ben Ali depuis trente ans, qui le bouscule et l&#8217;oblige à gravir les marches en jurant. Aucun des militaires qui font cercle autour du petit groupe composé du président, de sa femme Leïla, de leur fils Mohamed, de sa fille Halima, du fiancé de celle-ci, du majordome Moustafa qui a tenu à les accompagner et de deux employées de maison philippines, n&#8217;a osé toucher le président. Avec la langue fleurie qu&#8217;elle affectionne, Leïla rudoie ce mari hébété dont les jérémiades l&#8217;exaspèrent maintenant qu&#8217;il a perdu son pouvoir: «Monte, imbécile, toute ma vie il aura fallu que je supporte tes conneries! » Sur la passerelle de l&#8217;avion, leur fille Halima, qui s&#8217;est toujours très mal entendue avec sa mère, menace Leïla et Seriati: «Lâchez mon père, sinon je descends tous vous tuer!»</p>
<h2 id="titre-11">Scène de ménage</h2>
<p>Deux semaines plus tard, ce haut gradé de l&#8217;armée de l&#8217;air, qui avait été convoqué à l&#8217;aéroport ce vendredi 11 janvier pour escorter le président tunisien à son avion, a encore les larmes aux yeux quand il se rappelle ce moment d&#8217;histoire, tragique et grotesque à la fois. Il continue envers et contre tout à éprouver une certaine affection pour «son» président et veut raconter cette scène qui l&#8217;a bouleversé et l&#8217;obsède. Comme beaucoup de Tunisiens, il aurait aimé que Ben Ali ait le courage d&#8217;affronter son destin en Tunisie. Comme s&#8217;il était plus difficile encore d&#8217;accepter d&#8217;avoir vécu pendant toutes ces années sous le joug d&#8217;un lâche. Quant à la régente de la Tunisie, la détestée Leïla Trabelsi, elle aurait pu dire à Ben Ali comme la mère de Boabdil, chassé de Grenade par Ferdinand II d&#8217;Aragon pendant la Reconquista qui mettait fin à sept siècles de domination maure de l&#8217;Espagne: « Tu pleures comme une femme ce que tu n&#8217;as pas su garder comme un homme » &#8230; Mais non, ce sont ses invectives et ses jurons que retiendront les Tunisiens et les livres d&#8217;histoire. La parenthèse de vingt-trois ans du « bénalisme », affaire de famille, se sera refermée sur une scène de ménage.<br />
«Pourquoi a-t-il fui? Même Saddam Hussein a eu le courage de mourir dans son pays» : ces jours-ci, on entend souvent les Tunisiens, stupéfaits de la rapidité avec laquelle le despote a rendu les armes, faire cette comparaison peu flatteuse. Piètre consolation pour eux quand ils apprendront que le tyran ne voulait pas quitter son pays, mais que, face au couple diabolique formé par sa femme et par son Fouché, homme des basses besognes, il n&#8217;aura pas eu la force de s&#8217;opposer à son exil.</p>
<p>A l&#8217;aéroport, un cortège suit de près celui du cercle rapproché des Ben Ali. C&#8217;est la famille de Leïla, sa cour dont elle ne se sépare jamais. Une vingtaine de personnes qui se serrent dans des limousines noires. Pour éviter une scène supplémentaire, l&#8217;armée a expliqué à Leïla que l&#8217;Arabie saoudite ne veut pas accepter sa famille mais que des avions sont sur le point d&#8217;arriver pour les conduire à Lyon et à Rome. En fait, c&#8217;est un subterfuge: les membres de la famille de Leïla seront arrêtés dans le salon d&#8217;honneur de l&#8217;aéroport et conduits en minibus à la caserne de Tunis, dès que l&#8217;avion présidentiel baptisé « Oscar Oscar» aura décollé. Parmi eux se trouve Imed, maire de La Goulette &#8211; le port de Tunis &#8211; et neveu favori de la présidente, un escroc qui n&#8217;a pas hésité à voler le yacht de Bruno Roger, le PDG de la banque Lazard, dans le port de Bonifacio. Imed, dont on avait annoncé quelques jours auparavant la mort dans les journaux&#8230;</p>
<p>Le pilote de l&#8217;avion ne sait pas vers quelle destination il se dirige. L&#8217;état-major de l&#8217;armée qui a pris le contrôle de la situation lui communique son plan de vol au fur et à mesure. Au niveau de Tripoli, deux avions chasseurs les rejoignent pour escorter le Boeing présidentiel. Il n&#8217;y aura qu&#8217;une escale technique à Malte, avant l&#8217;atterrissage à Djeddah. Au cours du voyage, Ben Ali se lève toutes les dix minutes pour rejoindre le pilote dans le cockpit. Il lui met la main sur l&#8217;épaule et lui répète inlassablement la même phrase, comme un dément: « Mon fils, n&#8217;est-ce pas que tu vas me ramener en Tunisie après?» Le pilote ému choisit de mentir à cet homme hagard: «Bien sûr, monsieur le président, j&#8217;ai reçu des instructions dans ce sens&#8230; » Dans l&#8217;avion, Ben Ali donne l&#8217;image d&#8217;un homme sous influence, entièrement dominé par sa femme et son chef de la sécurité qui, selon des membres de la famille Trabelsi, gèrent déjà une partie des affaires du pays sans lui. Et pourtant, la veille, le jeudi 13 janvier, le président avait tenté de s&#8217;affranchir de la pesante tutelle de Leïla et de ses conseillers qui sont en réalité passés dans le camp de sa femme. Affolé par la tournure que prennent les événements et la mise en demeure de Rachid Ammar, le chef d&#8217;état-major de l&#8217;armée de terre, qui lui a demandé expressément de quitter le pouvoir pour éviter un bain de sang, Ben Ali décide de demander le conseil d&#8217;un de ses gendres, marié à une des filles nées de son premier mariage.</p>
<p><em>Le 7 novembre 1987, Ben Ali destitue Habib Bourguiba pour sénilité. Il devient alors président et chef des forces armées. Annonçant à la radio sa prise de pouvoir, il déclare: « L&#8217;époque que nous vivons ne peut plus souffrir ni présidence à vie ni succession automatique à la tête de l&#8217;Etat desquelles le peuple se trouve exclu&#8230; »</em></p>
<h2 id="titre-12">Les Corleone de Carthage</h2>
<p>Chez ces Corleone de Carthage, les clans familiaux recoupent des clivages politiques et la famille du premier lit du président, formée par les filles de Naïma Kéfi et leurs maris, est réputée plus ouverte que la famille de Leïla (voir l&#8217;arbre généalogique) . Homme d&#8217;affaires brillant, proche des milieux sarkozystes, le gendre conseille alors à son beau-père de lâcher du lest s&#8217;il ne veut pas tout perdre. Il met en garde le président contre l&#8217;influence de ses conseillers, qui le coupent des réalités. Il accepte aussi de participer à la rédaction du fameux discours que son beau-père prononcera le 13 janvier, le premier que Ben Ali ait jamais fait en arabe dialectal. Quand celui-ci ose, référence cousue de fil blanc à de Gaulle, un «Je vous ai compris » , on le sent bien mal à l&#8217;aise. A plusieurs reprises, il fait tomber son micro. Pas facile après vingt-quatre années de dictature de promettre soudain qu&#8217;il va desserrer l&#8217;étau&#8230; Ben Ali assure aussi ne pas briguer de mandat en 2014 et ordonne la fin des tirs à balles réelles sur la foule.<br />
Aussitôt, Facebook et Twitter sont accessibles en Tunisie. Ben Ali va même jusqu&#8217;à autoriser un débat sur les « événements » . D&#8217;un ton incroyablement libre, celui-ci va même évoquer le sujet le plus tabou du régime, la rachwa , la corruption. Au palais, c&#8217;est la déflagration. Le soir même, Abdelwahab Abdallah, que les journalistes surnomment « Goebbels » parce qu&#8217;il tient les médias d&#8217;une main de fer, appelle le directeur de la télévision pour l&#8217;insulter. Et lui interdire d&#8217;organiser d&#8217;autres débats. Facebook est à nouveau censuré et, le vendredi matin, le palais « convoque » une manifestation grotesque de soutien à Ben Ali qui montre bien que «le changement» annoncé la veille a été de très courte durée.</p>
<p>Leïla est folle de rage contre son mari. En promettant de lâcher un peu de lest, Ben Ali a perdu les rênes du pouvoir, pense-t-elle. Dans la matinée du 14 janvier, le palais de Hammamet où Ben Ali s&#8217;est réfugié résonne des cris de Seriati qui essaie de convaincre le président de son plan. Ben Ali, comme de Gaulle &#8211; encore! &#8211; pendant Mai-68, doit s&#8217;éclipser. Pendant ce temps Seriati et ses milices sèmeront le chaos, et le président sera alors rappelé en sauveur. Mais au même moment le général Ammar, chef d&#8217;état-major de l&#8217;armée de terre, prévient le président que l&#8217;armée est sur le point de se retourner contre lui et lui offre une dernière fois la possibilité de quitter le pays. Ce sont les interventions de ces deux hommes, pour des raisons diamétralement opposées, qui finiront par convaincre Ben Ali, la mort dans l&#8217;âme, avec les revirements et les remords que l&#8217;on sait, qu&#8217;il n&#8217;a plus le choix. Mais jamais le président n&#8217;aurait accepté de décoller si Seriati ne lui avait juré que son départ n&#8217;était que temporaire. Son entourage arrive à le persuader qu&#8217;il va bientôt être rappelé pour « sauver » une deuxième fois la Tunisie: déjà en janvier 1984, alors qu&#8217;on l&#8217;avait envoyé en exil doré en Pologne où il exerçait la fonction d&#8217;ambassadeur, Ben Ali avait été rappelé pour mater de sanglantes émeutes, ce qui l&#8217;avait propulsé au poste de patron de la Sûreté nationale avant qu&#8217;il ne prenne le pouvoir.<br />
Seriati et Leïla ont-ils cru sérieusement que le président ou sa femme pourraient revenir à la tête du pays ou savaient-ils déjà que leur sort était scellé? Ce qui est sûr aux yeux des proches, des membres de la famille comme du personnel du palais qui ont accepté de témoigner pour cet article de façon anonyme, souvent à voix basse et jamais par téléphone tant ils ont encore peur de la Lady Macbeth de Carthage, c&#8217;est que le transfert du pouvoir entre Ben Ali et Leïla avait déjà eu lieu, bien avant la révolution. Un membre de la famille Trabelsi explique que Ben Ali affaibli par son cancer de la prostate avait émis le souhait de raccrocher les gants au moment des élections de 2009. Un souhait balayé aussitôt par Leïla, qui lui avait demandé de lui accorder encore un peu de temps: «Dans son esprit, le scénario était clair, elle assurerait la régence jusqu&#8217;à ce que son fils Mohamed [âgé aujourd'hui de 6 ans] soit en âge de régner. Et dès qu&#8217;on évoque le nom de son fils adoré, Ben Ali s&#8217;exécute. » Ce n&#8217;est pas nouveau. Il y a quelques mois, un médecin apparenté au clan était venu rendre visite à Leïla à propos de son association pour les handicapés. Leïla avait besoin d&#8217;un dossier et, devant son interlocuteur éberlué, elle avait appelé son mari pour qu&#8217;il vienne lui apporter le document. «Zine Ben Ali s&#8217;est exécuté docilement. On voyait clairement qui dominait qui&#8230; »</p>
<address>A 63 ans, Rachid Ammar, chef d&#8217;état-major de l&#8217;armée de terre, est devenu l&#8217;un des héros de la révolution tunisienne. Le 1 2 janvier, il a été limogé pour avoir refusé de donner l&#8217;ordre à ses soldats de tirer sur la foule. L&#8217;armée tunisienne, forte de 35 000 hommes, a été marginalisée par Ben Ali au profit de la police, dont les effectifs se montent à 1 50 000 hommes. </address>
<address> Au siège de la commission d&#8217;enquête sur la corruption et les malversations, les Tunisiens viennent déposer plainte, ou seulement raconter les expropriations et rackets en tous genres que leur ont fait subir les dignitaires du régime. </address>
<h2 id="titre-13">Le plan de Leïla</h2>
<p>Leïla se voit alors déjà en train de présider aux destinées de la Tunisie enfin libérée de la tutelle agaçante de Ben Ali: elle n&#8217;a apparemment pas conscience de la haine féroce qu&#8217;elle suscite. «Qu&#8217;est-ce que les Tunisiens penseraient de moi comme présidente?» , avait-elle demandé, quelques semaines seulement avant l&#8217;immolation de Mohamed Bouazizi, aux membres de sa famille réunis en conclave au club Alissa, le cercle luxueux que dirige sa soeur Samira, près de Sidi Bou Saïd, le village chic qui domine Carthage. «Et si c&#8217;était Sakhr el Materi?» , a demandé une de ses soeurs, en mentionnant le gendre préféré de Leïla, celui dont elle a arrangé le mariage avec sa fille, Nesrine, et qu&#8217;on présentait souvent comme un des possibles dauphins de Ben Ali. Sèchement, Leïla l&#8217;a fait taire: « Vous pouvez toujours rêver! » Car Leïla a un plan. Elle aussi veut se débarrasser du président. C&#8217;est la révolution qui la prendra de vitesse.</p>
<h2 id="titre-14">Le ressentiment de la fille-mère</h2>
<p>Incroyable destin que celui de cette femme, née en 1957 dans une famille de onze enfants, au coeur d&#8217;un des quartiers les plus pauvres de la médina. Lorsqu&#8217;il croise la route de l&#8217;ex-coiffeuse en 1984, le général Ben Ali est déjà marié et père de famille, il installe Leïla dans une villa cossue de la Soukra, près de Tunis. Leïla se souvient avec amertume de ces années d&#8217;amours clandestines. Lorsqu&#8217;elle est enceinte, les filles de Ben Ali viennent lui proposer de leur confier le bébé pour l&#8217;élever. C&#8217;est de cet épisode que vient la haine tenace qu&#8217;elle nourrit à l&#8217;égard de ses belles-filles. Et l&#8217;amour inconditionnel qu&#8217;elle voue à sa famille qui l&#8217;a soutenue dans ces moments difficiles. Plus tard, en 1992, lorsqu&#8217;elle s&#8217;installe enfin au palais avec le président, elle répète souvent devant ses interlocuteurs surpris qu&#8217;elle se vengera des grands bourgeois de Tunisie, ceux qui l&#8217;ont traitée par le mépris parce qu&#8217;elle était fille-mère, d&#8217;un milieu social défavorisé et qu&#8217;elle jure comme une charretière. Haineuse, elle promettait: «Je les écraserai. »<br />
La détermination que montre Leïla à livrer la Tunisie aux appétits destructeurs de son clan s&#8217;explique aussi par ce ressentiment social qui l&#8217;a façonnée. Phase ultime de son ascension, la conquête du pouvoir lui offrira sa revanche finale. Madame la présidente sera vengée de toutes ces premières dames du monde arabe, aristocrates surdiplômées et cosmopolites qui la méprisent, comme Rania de Jordanie ou Sheikha Mozah du Qatar, et qui vont jusqu&#8217;à bouder les manifestations internationales auxquelles Leïla se rend. Et pendant que Bouazizi s&#8217;immole et que la rue s&#8217;enflamme en écho à son martyre, Leïla prépare son accession à la présidence. Imitant l&#8217;exemple de son mari qui, le 7 novembre 1987, avait destitué Habib Bour guiba pour sénilité avant de prendre sa place.</p>
<p>C&#8217;est donc ce rêve de pouvoir et de reconnaissance qui s&#8217;effondre ce vendredi 12 février à 17 heures sur le tarmac de l&#8217;aéroport de Tunis. «Monte, imbécile, toute ma vie il aura fallu que je supporte tes conneries » Le rêve de Leïla est devenu un cauchemar qui a pris le visage d&#8217;un vieux despote aux cheveux teints, au visage botoxé, celui-là même qu&#8217;elle voulait évincer et dont il lui faut désormais, à jamais, partager l&#8217;exil.</p>
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		<title type="html"><![CDATA[Kasserine : l&#8217;heure des comptes]]></title>
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		<updated>2011-05-02T14:35:42Z</updated>
		<published>2011-02-03T14:32:28Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Dans cette ville aux cinquante morts, les victimes du «système Ben Ali» prennent maintenant la parole. Et la liste des personnes recherchées circule&#8230;
De notre envoyée spéciale
A contre-coeur, ils ont repris]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/02/kasserine-lheure-des-comptes"><![CDATA[<p><strong>Dans cette ville aux cinquante morts, les victimes du «système Ben Ali» prennent maintenant la parole. Et la liste des personnes recherchées circule&#8230;</strong></p>
<h2 id="titre-16">De notre envoyée spéciale</h2>
<p>A contre-coeur, ils ont repris le chemin de Kasserine. Depuis le départ de Ben Ali, Hamzaoui, un agriculteur reconverti dans la sculpture sur bois, et ses amis campaient sur la place de la Kasbah. Ils voulaient obtenir la démission de tous les ministres de «l&#8217;ancien régime». Ils affirmaient qu&#8217;ils ne laisseraient personne confisquer «leur » révolution, celle des sans-grade, des déshérités de cette région du Sahel où tout avait commencé. Ne sont-ils pas ceux qui ont payé le plus lourd tribut à la liberté? A Kasserine, cette ville dont beaucoup de Tunisiens du Nord avouent aujourd&#8217;hui avec mauvaise conscience n&#8217;avoir jamais entendu parler avant les « événements », il y a eu plus de 50 morts. Mais après avoir obtenu la démission de quatre anciens ministres, les révoltés de la Kasbah ont été délogés par les gaz lacrymogènes d&#8217;une police qui a repris du service. Et malgré leur fureur, le Premier ministre de Ben Ali, Mohamed Ghannouchi est resté en place. «S&#8217;ils essaient de nous tromper, nous reviendrons», jure Hamzaoui sur la route qui le ramène chez lui.</p>
<p>A Kasserine, comme après toutes les révolutions, c&#8217;est l&#8217;heure des règlements de comptes et des purges. Il faut savoir avec qui se montrer. A qui ne pas serrer la main. Il y a les résistants de la dernière heure qui crient plus fort que les autres contre l&#8217;ancien régime, ceux qui retournent tranquillement leur veste. Et puis il y a les miliciens de la police secrète qui pratiquent la politique de la terre brulée, vandalisent les écoles et les hangars: ils savent qu&#8217;ici, dans la ville des laissés-pourcompte de la croissance tunisienne, qui compte les taux de chômage, de prisonniers, de suicides et de divorces les plus élevés du pays, on ne leur pardonnera pas.</p>
<p>Moncef, le propriétaire d&#8217;une usine de carrelage, a glissé dans sa poche une liste de 21 personnes recherchées par la population de Kasserine. Y figurent le maire, le gouverneur et les chefs de la police politique, mais surtout les personnages les plus haïs du système Ben Ali, les Omdas &#8211; ces agents du gouvernement qui exigeaient de l&#8217;argent en échange d&#8217;une place à l&#8217;hôpital ou d&#8217;un emploi. Et puis il y a le représentant de « l a famille», Griri Ali, celui a qui les Trabelsi avaient accordé le monopole de la contrebande avec l&#8217;Algérie, toute proche, contre un pourcentage. Directement victime de la colère populaire, Griri Ali panse ses blessures à l&#8217;hôpital, sous bonne garde, avant de rendre des comptes à la justice.</p>
<p>Tout le monde a son histoire à raconter, qui brosse à petites touches le tableau du système mafieux et kafkaïen qui, loin des usines à touristes d&#8217;Hammamet ou de Nabeul, a gangrené jusqu&#8217;au plus petit village de Tunisie. Il y a ce propriétaire d&#8217;un hammam qui a dû fermer boutique parce qu&#8217;il n&#8217;arrivait pas à faire un don de 5 000 dinars à la caisse de solidarité géré directement par Ben Ali. Il y a ce chef de service à l&#8217;hôpital qui a osé mettre en cause une décision du président et dont les propos ont été enregistrés par un de ses collègues avec son téléphone portable, non par orthodoxie idéologique mais parce qu&#8217;il voulait prendre sa place. Et puis il y a Abdelkader, un instituteur, accusé d&#8217;appartenir à un mouvement islamiste parce qu&#8217;il allait trop souvent à la mosquée et qui, depuis sa sortie de prison en 1990, doit signer une feuille de présence tous les jours à deux postes de police distants de 160 kilomètres l&#8217;un de l&#8217;autre&#8230;</p>
<p>Dans la cité de Zoor, un des quartiers les plus pauvres de Kasserine, Afaf Idoudi, 17 ans, reçoit allongée dans une petite pièce plongée dans la pénombre. Pendant la révolution, elle a reçu une balle dans la jambe alors qu&#8217;elle suivait l&#8217;enterrement d&#8217;un de ses jeunes voisins, tué d&#8217;une balle dans la tête par un tireur d&#8217;élite. Quand elle a dit au Omda qu&#8217;elle n&#8217;avait pas d&#8217;argent à lui donner contre cet emploi de serveuse payé 70 euros par mois, il lui a conseillé d&#8217;emprunter&#8230; A son chevet, son frère Bilal, qui n&#8217;a le droit, lui, que de travailler un mois par an à l&#8217;hôtel Yasmine Beach d&#8217;Hammamet parce qu&#8217;il fréquente trop la mosquée. Juste après la démocratie, c&#8217;est la liberté de culte que revendique aujourd&#8217;hui cette jeunesse déshéritée de Kasserine. Tous racontent les harcèlements qu&#8217;ils ont subis parce qu&#8217;ils ont choisi envers et contre tout de porter le hidjab ou la barbe. «Sous Ben Ali, la religion était notre seul espace de liberté», explique Bilal qui votera pour Ennahda, le parti islamiste, aux prochaines élections.</p>
<p>Dans ses nouveaux bureaux, Ahmed Néjib Chebbi, le ministre du Développement régional, que l&#8217;on présente comme l&#8217;un des possibles futurs présidents de la Tunisie, sait que l&#8217;avenir démocratique de son pays se joue là, dans cette jeunesse déshéritée de Tala, de Sidi Bouzid ou de Kasserine qui, par frustration, s&#8217;est réfugiée dans la religion. «Si nous n&#8217;arrivons pas à répondre aux besoins sociaux des gens, nous allons sauter et Dieu sait qui gagnera alors&#8230; La Tunisie, pionnière et vitrine de ce mouvement de démocra tisa tion du monde arabe, a besoin de 5 à 10 milliards de dollars pour faire face à ses défis&#8230; Aidez-nous!»</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Au Maroc, la révolution serait sanglante]]></title>
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		<updated>2011-05-02T14:46:29Z</updated>
		<published>2011-01-20T14:44:56Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Aboubakr JamaiFondateur du «Journal hebdomadaire ». dénonce les dérives à la tunisienne du monarque et de la cour
Aboubakr Jamai Le Nouvel Observateur.- Quelle a été la réaction du Maroc après]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/01/au-maroc-la-revolution-serait-sanglante"><![CDATA[<p><strong>Aboubakr JamaiFondateur du «Journal hebdomadaire ». dénonce les dérives à la tunisienne du monarque et de la cour</strong></p>
<p>Aboubakr Jamai Le Nouvel Observateur.- <em>Quelle a été la réaction du Maroc après le départ de Ben Ali ?</em></p>
<p>Aboubakr Jamai.- Dans un premier temps, il n&#8217;y a eu aucune réaction officielle de la part des autorités marocaines. A la télévision 2M, proche du roi, le sujet des reportages était surtout le chaos et l&#8217;état d&#8217;anarchie dans lequel ce départ avait plongé le pays.</p>
<p>N. O.- <em>Les situations politiques au Maroc et en Tunisie ont-elles des points communs ?</em></p>
<p>A Jamai.- Il y a eu une phase d&#8217;ouverture au Maroc, initiée par Hassan II dans les années 1990. Mais très vite le pouvoir s&#8217;est appuyé justement sur l&#8217;exemple tunisien pour refermer cette parenthèse démocratique. Le général Laânigri, ancien chef des services de sécurité, faisait ainsi, au début du règne de Mohammed VI, le tour des différents centres de pouvoir pour vanter le modèle de la Tunisie qui, en dépit du fait qu&#8217;elle ne respectait pas les droits de l&#8217;homme, était perçue comme le pays le plus stable de la région et qui combattait avec succès les islamistes. « Le Journal hebdomadaire », avant d&#8217;être interdit il y a un an, a d&#8217;ailleurs fait la une sur cette «benalisation » du Maroc.</p>
<p>N. O.- <em>Qu&#8217;entendez-vous par là ?</em></p>
<p>A. Jamai.- Elle s&#8217;opère à deux niveaux. Politique d&#8217;abord: le PAM, le Parti Authenticité et Modernité du conseiller du roi, Fouad Ali el-Himma, imite le RCD tunisien dans sa volonté d&#8217;hégémonie sur la vie politique du pays. Mais surtout on assiste à une véritable «monarchisation » de l&#8217;économie. Les câbles de WikiLeaks ont révélé que la corruption était bien plus importante aujourd&#8217;hui que du temps de Hassan II . «Si vous voulez faire des affaires au Maroc, il vous faudra obligatoirement passer par l&#8217;une de ces trois personnes: le roi, Fouad Ali el-Himma ou Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi et patron de la holding Siger, qui s&#8217;occupe des intérêts économiques de la famille du roi», expliquait un homme d&#8217;affaires proche du palais, non pour le déplorer mais simplement pour indiquer aux Américains la marche à suivre! Siger contrôle les entreprises privées, notamment en captant l&#8217;épargne marocaine et l&#8217;argent de la Caisse de Dépôt et de Gestion, CDG. Aujourd&#8217;hui, le roi est le premier banquier, le premier assureur du pays à titre privé. Il est dans les télécoms.</p>
<p>N. O.- <em>Pourtant, le Maroc ne semble pas à la veille d&#8217;un soulèvement&#8230;</em></p>
<p>A. Jamai.- C&#8217;est un miracle, dans un pays où la richesse est aussi obscène que la misère. Ce qui sauve le Maroc d&#8217;une révolution, c&#8217;est l&#8217;existence d&#8217;intermédiaires sociaux &#8211; comme l&#8217;Association marocaine des Droits de l&#8217;Homme &#8211; qui canalisent la colère des Marocains et les islamistes qui, en soulageant localement les pauvres, agissent comme la soupape d&#8217;une Cocotte-Minute. Mais n&#8217;oubliez pas que nous avons nos émeutes sporadiques pour protester contre la cherté de la vie.</p>
<p>Ce qui est nouveau, c&#8217;est que les élites, qui pensent que la démocratie conduirait un Etat comme le Maroc au chaos, commencent à s&#8217;inquiéter. Car même les systèmes autoritaires ont besoin d&#8217;être bien gérés. Mohammed VI a commis une série de fautes politiques: il a été actionnaire des brasseries du Maroc et de casinos à Macao, lui le commandeur des croyants! Les élites marocaines, qui jouent aujourd&#8217;hui leur survie, doivent choisir: démocratiser ou périr! Et si le Maroc s&#8217;embrase, la disparité des richesses est telle que la révolution y sera beaucoup plus sanglante qu&#8217;en Tunisie.</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[« Cette révolution sonne le glas des dictatures arabes »]]></title>
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		<updated>2011-05-02T14:44:27Z</updated>
		<published>2011-01-20T14:40:02Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Dans le monde arabe, les élites et la société civile ont atteint un degré de maturité comparable à celui de la Tunisie
Bassma Kodmani Le Nouvel Observateur. &#8211; Quelle est la]]></summary>
		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/01/%c2%ab-cette-revolution-sonne-le-glas-des-dictatures-arabes-%c2%bb"><![CDATA[<p><strong>Dans le monde arabe, les élites et la société civile ont atteint un degré de maturité comparable à celui de la Tunisie</strong></p>
<p>Bassma Kodmani Le Nouvel Observateur. &#8211; <em>Quelle est la spécificité de la révolution tunisienne ?</em></p>
<p>Bassma Kodmani. &#8211; Cette révolution est partie d&#8217;un geste de désespoir: elle n&#8217;était pas planifiée. Ce qui l&#8217;a rendue possible, c&#8217;est l&#8217;existence d&#8217;acteurs particuliers, comme l&#8217;Union générale des Travailleurs tunisiens, qui a toujours joué le rôle de courroie de transmission entre la société civile et le pouvoir. Mais l&#8217;UGTT n&#8217;est pas un acteur politique. Qui prendra le relais du pouvoir dans la Tunisie de demain? L&#8217;élite a une vision claire de la société qu&#8217;elle appelle de ses voeux, mais elle n&#8217;a aucune pratique de la chose publique. Ce qui est vrai aussi des islamistes. Les nouvelles forces politiques tunisiennes vont-elles s&#8217;imposer à la tête du pays? C&#8217;est toute la question.</p>
<p>N. O.- <em>L&#8217;exemple tunisien peut-il servir de laboratoire démocratique aux autres pays arabes ?</em></p>
<p>B. Kodmani.- Oui, bien sûr, mais il peut aussi servir de repoussoir si les choses tournent mal. Dans plusieurs de ces pays, les sociétés civiles ont atteint un degré de maturité comparable, parfois même supérieur à celui de la Tunisie. Théoriquement, la révolution tunisienne pourrait donc se reproduire ailleurs: en Egypte, en Jordanie, en Algérie et jusqu&#8217;à un certain point au Yémen. Mais souvent, la complexité de la composition de la société rend le changement plus difficile qu&#8217;en Tunisie. L&#8217;existence de différences ethniques et religieuses (Kurdes, chrétiens&#8230;) ou de conflits qui drainent les ressources et structurent les forces militaires, comme le conflit israélo-palestinien, sont une composante majeure de la vie politique jordanienne, égyptienne ou syrienne.<br />
De plus, aujourd&#8217;hui, dans les pays arabes, les forces de sécurité sont devenues un acteur incontournable de la vie politique car ce sont souvent elles qui assurent l&#8217;ordre social. Dans le cas tunisien, il est intéressant de noter que l&#8217;armée et la police se sont opposées. En Algérie et en Egypte, un processus de négociation entre la société civile et les forces de sécurité est déjà en cours. En Algérie, on sait que les liens entre l&#8217;armée et les services restent étroits. On ignore en revanche quelle serait l&#8217;attitude de chacune de ces forces en cas de soulèvement en Egypte.</p>
<p>N. O.-<em> Quelle a été la réaction des pays arabes à la révolution tunisienne ?</em></p>
<p>B. Kodmani.- Les régimes arabes ont immédiatement accentué la répression et l&#8217;encadrement de l&#8217;opposition. Et dans le même temps, ils ont cherché à donner des gages à la société en annonçant une baisse du prix des denrées de première nécessité. C&#8217;est le prétexte récurrent de leur autoritarisme: les impératifs sociaux auxquels ils font face seraient trop urgents pour permettre une démocratisation. D&#8217;ailleurs, c&#8217;est toujours au nom de ces impératifs, éducation, nourriture, logement, qu&#8217;ils sollicitent aussi l&#8217;aide des grands organismes internationaux comme la Banque mondiale. Si ces régimes acceptent de se réformer et d&#8217;arrêter leur course folle au libéralisme, peut-être pourront-ils se maintenir encore quelque temps, disons, entre cinq et dix ans. Cela sera plus facile dans les pays dirigés par de jeunes chefs d&#8217;Etat, comme le Maroc, la Syrie ou la Jordanie. Ce qui n&#8217;est pas le cas de l&#8217;Egypte, ni de l&#8217;Algérie, où la distribution de la manne pétrolière et gazière ne suffit plus à créer des emplois ou à réduire l&#8217;économie informelle. Mais, à terme, les événements en Tunisie sonnent le glas de toutes les dictatures arabes.</p>
<p>N. O.- <em>Parce qu&#8217;ils vont provoquer un réveil des peuples ?</em></p>
<p>B. Kodmani.- La rue arabe appelle de ses voeux la fin de la corruption, de la dictature et du mépris. Mais si tout le monde s&#8217;accorde à vouloir mettre fin à l&#8217;autoritarisme, reste à savoir comment. En Egypte, par exemple, il y a beaucoup de discussions entre les différents acteurs politiques, Frères musulmans et société civile, pour imaginer l&#8217;après-Moubarak Un chrétien pourra-t-il accéder à la présidence de la République? Quid du droit des femmes et de la charia? Aucune de ces questions n&#8217;a jusqu&#8217;ici été résolue. Espérons que la révolution du jasmin accélère ces réflexions, et l&#8217;élaboration de programmes communs de gouvernement.</p>
<p>N. O.- <em>Une démocratisation des pays arabes ne risque-t-elle pas de faire le lit des islamistes ?</em></p>
<p>B. Kodmani.- En Tunisie, le risque est minime. Les islamistes s&#8217;inscrivent dans une logique de coalition et ils savent à quel point les Tunisiens tiennent à leurs acquis, économiques, sociaux, comme le rôle de la femme, etc. Ailleurs, si les forces sociales sont relayées par les forces politiques, l&#8217;ensemble constituera un vrai rempart contre les islamistes. Aujourd&#8217;hui, par leurs actions sociales qui soulagent les souffrances des populations, les mouvements islamistes contribuent, volontairement ou non, au maintien des régimes autoritaires en place. On le voit bien en Egypte, où la pauvreté et l&#8217;injustice sont telles qu&#8217;il devrait y avoir une révolte par jour. Dans les démocraties arabes de demain, les islamistes feront partie du paysage politique, bien sûr, mais ils ne domineront pas les gouvernements. Et s&#8217;ils arrivaient tout de même au pouvoir, ce serait sur le modèle d&#8217;un islam modéré, comme en Turquie.</p>
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			<name>Sara Daniel</name>
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		<title type="html"><![CDATA[Sud-Soudan: le pays sans nom]]></title>
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		<updated>2011-05-02T14:50:58Z</updated>
		<published>2011-01-13T14:46:54Z</published>
		<category scheme="http://sara-daniel.com" term="Articles" />		<summary type="html"><![CDATA[Après deux décennies de guerre et 2 millions de morts, les populations noires à majorité chrétienne ou animiste du Sud devraient voter la partition avec le Nord musulman et arabe.
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		<content type="html" xml:base="http://sara-daniel.com/2011/01/sud-soudan-le-pays-sans-nom"><![CDATA[<p><strong>Après deux décennies de guerre et 2 millions de morts, les populations noires à majorité chrétienne ou animiste du Sud devraient voter la partition avec le Nord musulman et arabe.</strong></p>
<h2 id="titre-19">De notre envoyée spéciale</h2>
<p>A Juba après le premier jour de scrutin le 9 janvier</p>
<p>C&#8217;est une joie contenue, une jubilation discrète, quelques pas de danse esquissés, un air fredonné à mi-voix, des sourires échangés, des mains qu&#8217;on serre. Après cinquante ans de guerre civile, 2 millions de morts, 4 millions de déplacés, une terrible famine qui a pavé les routes d&#8217;ossements humains, après les pogroms, les villages rasés et les habitants réduits en esclavage, on aurait imaginé que les habitants de Juba, la capitale du Sud-Soudan, marqueraient avec plus d&#8217;exubérance ce qu&#8217;ils considèrent comme leur libération.<br />
Le référendum d&#8217;autodétermination prévu par les accords de paix de 2005 est sur le point de leur permettre de s&#8217;affranchir des vexations et de l&#8217;ostracisme du gouvernement central de Khartoum. Mais cette première étape vers l&#8217;indépendance que l&#8217;écrasante majorité des Sud-Soudanais appellent de leurs voeux, ils la célèbrent en retenant leur souffle. Comme s&#8217;ils n&#8217;osaient pas encore croire qu&#8217;ils pourront bientôt s&#8217;affranchir de ceux qui les traitaient comme des parias en raison de leur couleur de peau, de leur religion et de leur éloignement. Comme s&#8217;il ne fallait pas provoquer la colère du voisin du Nord avant l&#8217;annonce des résultats, le 15 février. Déjà, dans la région d&#8217;Abyei, zone frontalière entre les deux Soudan et objet de toutes les convoitises du fait de ses terres fertiles et surtout de son pétrole, des échauffourées entre des tribus nomades arabes et des tribus africaines ont fait plusieurs morts. Car ce conflit ethnico-religieux entre un Nord majoritairement arabe et musulman et un Sud noir, chrétien ou animiste, se double d&#8217;un enjeu économique: le contrôle des réserves pétrolières, estimées à 2 milliards de barils.</p>
<p>Alors, obéissant aux consignes qui, à chaque coin de la ville, exhortent à une élection pacifique, les habitants du Sud-Soudan font tranquillement la queue, parfois depuis l&#8217;aube, devant les bureaux de vote. C&#8217;est pour eux un jour de fête, l&#8217;occasion aussi de se souvenir de tous ceux qui ont donné leur vie pour enfanter le 193pays du monde. Un pays déshérité, sous-équipé, déjà en faillite avant d&#8217;être né et dont le nom même fait l&#8217;objet d&#8217;un conflit, au point qu&#8217;on a repoussé son baptême à plus tard. Mais, au moins, ses habitants ne seront plus considérés comme des citoyens de seconde classe.</p>
<h2 id="titre-20">Le moindre mal</h2>
<p>«John, tu nous manques tellement», lit-on sur les tee-shirts et les petites banderoles arborés par des passants. Cet homme dont ils pleurent l&#8217;absence aujourd&#8217;hui, c&#8217;est John Garang, leur héros, le fondateur du SPLM, le Mouvement populaire de Libération du Soudan, un colonel de l&#8217;armée soudanaise entré en rébellion en 1983 contre un régime qui voulait alors imposer la charia, la loi coranique, aux populations animistes et chrétiennes du Sud. Vingt-deux ans et 2 millions de morts plus tard, le gouvernement de Khartoum et les rebelles signent enfin un accord de paix, le CPA, Comprehensive Peace Agreement, le 9 janvier 2005. Garang devient alors le vice-président du Soudan, le plus grand pays d&#8217;Afrique. Cet homme, aussi populaire au Nord qu&#8217;au Sud, veut réformer l&#8217;attitude du pouvoir central vis-à-vis des régions. Mais il meurt quelques mois plus tard dans un accident d&#8217;hélicoptère.</p>
<p>C&#8217;est dans son mausolée, transformé pour ce moment historique en bureau de vote, que le futur président du Sud-Soudan, Salva Kiir Mayardit, cow-boy endimanché coiffé d&#8217;un éternel chapeau de feutre, est venu glisser son bulletin dans l&#8217;urne. Devant la modeste tombe de Garang, pavée de carreaux de salle de bains, jonchée de fleurs en plastique et protégée par un auvent en tôle ondulée, se tient une très grande femme entourée de ses enfants, sa veuve, Rebecca de Mabior, ex-ministre du Transport du Sud-Soudan et conseillère de l&#8217;actuel président. Les larmes coulent sur son visage: «Pour nous, la séparation marque la fin de ce double apartheid, racial et religieux, que nous faisait subir le Nord, alors je suis heureuse, soupire la femme la plus populaire du Sud-Soudan. Mais je sais que dans les divorces, les enfants souffrent toujours »Elle sait aussi que seul son mari aurait pu empêcher cette partition qui se profile, en obligeant le gouvernement d&#8217;Omar Béchir à reconnaître le droit des «Africains» du Sud. «J&#8217;étais naïve Je croyais que le Soudan était séparé en deux: au nord les Arabes, au sud les Africains Mais le «docteur John» m&#8217;a expliqué que la majorité des Soudanais étaient des Africains «Pourquoi couper le gâteau en deux, alors que c&#8217;est le nôtre?» disait-il »</p>
<p>Mais John Garang est mort et avec lui sa vision d&#8217;un grand Soudan unifié. Et depuis la signature du CPA en 2005, Khartoum n&#8217;a guère tenu ses promesses. «En mettant si peu de bonne volonté à appliquer les accords de paix entre le Sud et le Nord, Béchir a commis une grave faute politique, explique un diplomate occidental. Car c&#8217;est le Nord qui va faire les frais de la partition. »Et pas seulement parce que la majorité des ressources naturelles, l&#8217;eau, le cadmium et surtout le pétrole, se trouvent du côté sécessionniste. Le risque, c&#8217;est aussi la balkanisation du reste du pays. Les Etats du Nil bleu et du Sud-Kordofan, qui se sont battus contre le pouvoir central aux côtés de Garang, vont se retrouver du côté nord de la frontière et seront tentés de proclamer eux aussi leur indépendance. Et puis il y a le Darfour, qui rêve de suivre la voie du Sud-Soudan.</p>
<p>Déjà Hassan al-Tourabi, le compagnon de route de Ben Laden, qui avait, aux côtés de Béchir, engagé l&#8217;islamisation forcée du pays, a demandé la tête du président soudanais, très fragilisé par sa mise en examen pour crimes de guerre et crime contre l&#8217;humanité par la Cour pénale internationale et qu&#8217;il accuse de brader l&#8217;unité nationale. «Si la séparation échoue, c&#8217;est la guerre, si elle réussit c&#8217;est le possible morcellement du pays», résume un fonctionnaire international. C&#8217;est donc en choisissant un moindre mal que la communauté internationale s&#8217;est résolue à soutenir ce référendum à haut risque. Mais du Caire à New York, personne ne pensait que le scrutin aurait vraiment lieu à la date prévue. George Clooney, l&#8217;acteur américain qui se passionne pour la cause du Darfour, est venu assister à ce tournant de l&#8217;histoire du Soudan. En observant la longue file des gens venus voter, il se souvient, narquois, du scepticisme des grandes puissances: «Il y a quelques semaines, j&#8217;étais ici en même temps que les représentants du Conseil de Sécurité. Tous étaient certains que le référendum serait repoussé! »Et comment les blâmer? Il y a tellement de questions qui ne sont pas résolues. Quel sera, par exemple, le sort des Sud-Soudanais qui continueront à vivre au Nord? Omar Béchir a annoncé qu&#8217;en cas de partition, les «Sudistes»pourront s&#8217;installer de part et d&#8217;autre de la frontière mais que Khartoum soumettra tous les habitants de sa zone à la charia. Qui paiera la dette de 40 milliards de dollars contractée par le Soudan? Le Nord voudrait la voir partagée entre les deux pays. «Nous voulons d&#8217;abord savoir où cet argent est allé, rétorque Barnaba Benjamin, le ministre de l&#8217;Information du Sud-Soudan. Ensuite, nous nous engagerons à rembourser le montant qui a été investi dans le Sud. » Surtout, comment seront répartis les bénéfices du pétrole? Depuis les accords de paix de 2005, les recettes tirées de leur exploitation sont partagées à égalité entre le Nord et le Sud, même si le président Kiir accuse le gouvernement de Béchir de lui dérober environ un tiers du pactole.</p>
<p>Le ministre de la Coopération régionale, Deng Abr Knol, explique que ce partage continuera après l&#8217;indépendance: «Au Sud, nous a vons le pétrole Au Nord, ils ont les infrastructures et les oléoducs qui acheminent le brut à Port-Soudan. Nous avons intérêt à nous entendre Un effondrement économique du Nord affecterait non seulement le Sud mais toute la région, de l&#8217;Ethiopie à l&#8217;Egypte »Et puis les réserves pétrolières soudanaises s&#8217;amenuisent (certains prédisent leur épuisement dans une vingtaine d&#8217;années). Les autorités du Sud, qui se montrent d&#8217;autant plus disposées au compromis que le pétrole se trouve sur leur territoire, expliquent qu&#8217;elles n&#8217;ont pas intérêt à se battre pour une ressource en train de se tarir. Mais le noeud de la discorde, ce sont aussi les bassins pétrolifères qui n&#8217;ont pas encore été forés et qui sont prometteurs, selon les géologues. C&#8217;est la compagnie française Total qui détient aujourd&#8217;hui le plus grand bloc d&#8217;exploration au Sud-Soudan. Pour des raisons de sécurité, elle n&#8217;a pas encore commencé à forer, au grand agacement du président sud-soudanais Kiir, qui s&#8217;impatiente.</p>
<p>Autre question non résolue, sans doute la plus grave: le statut d&#8217;Abyei. La région, qui produit aujourd&#8217;hui un quart du brut soudanais et possède aussi des nappes non encore exploitées, est à cheval sur la frontière entre les deux Soudan. Les accords de paix de 2005 avaient prévu qu&#8217;un référendum d&#8217;autodétermination se tiendrait dans cette région en même temps que celui qui a lieu en ce moment au Sud. Mais il a été repoussé car les deux parties n&#8217;ont pas réussi à se mettre d&#8217;accord sur le fait de savoir si les Massiriya, les tribus arabes nomades venues du Nord, avaient le droit de voter au même titre que les populations sédentaires, les Dinkas. A Abyei, les armées du Nord et celles du SPLA se font face, dans des camps parfois séparés par une centaine de mètres&#8230; «Une guerre pourra éclater si les représentants de la tribu Dinka annoncent unilatéralement qu&#8217;Abyei appartient au Sud-Soudan », a prévenu le président soudanais.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, alors que des affrontements ont éclaté à Abyei, causant la mort de plusieurs policiers, les Sudistes commencent à perdre patience. Sur les marches du tombeau de Garang, le ministre de la Coopération régionale, Deng, qui est aussi le principal négociateur de la question d&#8217;Abyei, ne décolère pas: «On sait qui arme les bergers arabes! C&#8217;est une violation inadmissible de l&#8217;accord de paix par le parti du président Béchir! Nous les avons prévenus: nous ne signerons aucun accord avec eux, ni sur la monnaie ni sur les frontières ou le pétrole, tant que la question d&#8217;Abyei ne sera pas résolue » Et le ministre Deng de mettre Khartoum en garde: «Si les forces armées du Nord-Soudan continuent à soutenir ces attaques, nous devrons répliquer. La guerre est imminente » Un pessimisme partagé par certains fonctionnaires internationaux. Ces derniers redoutent que le référendum ne débouche à la fois sur la désintégration du Soudan et sur la reprise d&#8217;un conflit qui fut, on l&#8217;oublie, dix fois plus meurtrier que celui du Darfour.</p>
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