<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:blogger='http://schemas.google.com/blogger/2008' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd="http://schemas.google.com/g/2005" xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-5329044634231914685</id><updated>2024-09-10T00:08:21.871+02:00</updated><category term="MUSIL"/><category term="KRAUS"/><title type='text'>ToujourAussiPareiL ?</title><subtitle type='html'>Les penseurs du XXIe siècle ?</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://henrialberti.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5329044634231914685/posts/default'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://henrialberti.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Henri Alberti</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06784842279344525667</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='https://img1.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>22</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>25</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5329044634231914685.post-6247580429622107066</id><published>2009-12-15T22:52:00.002+01:00</published><updated>2009-12-15T22:57:24.209+01:00</updated><title type='text'>Science + Médias + Culture</title><content type='html'>&lt;div&gt;&lt;object width=&quot;480&quot; height=&quot;365&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/xg02z&amp;amp;related=0&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowScriptAccess&quot; value=&quot;always&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/xg02z&amp;amp;related=0&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;480&quot; height=&quot;365&quot; allowfullscreen=&quot;true&quot; allowscriptaccess=&quot;always&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xg02z_doc-les-zoos-humains_blog&quot;&gt;Doc Les zoos humains&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&amp;eacute; par &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/fanstes&quot;&gt;fanstes&lt;/a&gt;. - &lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Wittgenstein&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:180%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt; ( 1929 )&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:180%;&quot; &gt;&lt;span&gt;Conférence sur l&#39;Éthique&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Avant d&#39;aborder le sujet proprement dit, qu&#39;il me soit permis de faire quelques remarques préliminaires. Je sens que je vais avoir de grandes difficultés à vous communiquer ce que je pense et je crois possible d&#39;atténuer quelques unes de ces difficultés en vous les exposant d&#39;emblée. La première, que j&#39;ai à peine besoin de mentionner, c&#39;est que l&#39;anglais n&#39;est pas ma langue maternelle et que de ce fait mon expression manque souvent de la précision et de la finesse qui seraient requises lorsque l&#39;on traite un sujet difficile. Tout ce que je puis faire est de vous demander de rendre ma tâche plus facile en essayant de saisir ce que je veux dire, en dépit des fautes dont je me rendrai sans cesse coupable à l&#39;encontre de la grammaire anglaise. Il y a aussi cette deuxième difficulté que je voudrais mentionner : probablement ce que nombre, d&#39;entre vous attendez de cette conférence, en venant m&#39;écouter, est-il légèrement inexact. Pour vous mettre sur la voie en cette matière, je vais vous dire en quelques mots les raisons que j&#39;ai eues de choisir le sujet que j&#39;ai choisi : Lorsque votre précédent secrétaire m&#39;a fait l&#39;honneur de me demander une conférence pour votre société, j&#39;ai pensé en premier lieu qu&#39;il me serait certainement agréable de le faire, et, en second lieu, que si je devais avoir l&#39;occasion de parler devant vous, je devrais vous parler de quelque chose dont il m&#39;intéresserait vivement de vous donner communication, et non pas faire un mauvais usage de cette occasion en vous offrant, disons, une conférence de logique. Je dis « mauvais usage » parce que, pour vous exposer une question scientifique, il me faudrait non pas un exposé d&#39;une heure, mais une série complète de conférences. Une autre solution possible aurait été de vous faire ce que l&#39;on appelle une conférence de vulgarisation — c&#39;est-à- dire une conférence destinée à vous faire croire que vous comprenez quelque chose qu&#39;en fait vous ne comprenez pas — et de satisfaire à ce que je crois être l&#39;un des désirs les plus bas de nos contemporains, cette curiosité superficielle qui porte sur les toutes dernières découvertes de la science. Rejetant ces options, j&#39;ai décidé de vous entretenir d&#39;un sujet qui, dans sa généralité, me paraît être important, espérant pouvoir vous aider par là à tirer au clair vos idées en cette matière (même si vous deviez être en désaccord total avec ce que je vais en dire). Ma troisième et dernière difficulté qui est en fait le lot de la plupart des conférences philosophiques de quelque longueur — réside dans le fait que l&#39;auditeur est incapable de voir à la foie le chemin qu&#39;on lui fait prendre et le but auquel celui-ci mène. C&#39;est-à-dire qu&#39;il pensera ou : « Je comprends tout ce que dit le conférencier, mais à quoi diable veut-il en venir? », ou bien : « Je vois ou il veut en venir, mais comment diable va-t-il y arriver? » A nouveau tout ce que je puis faire est de vous demander d&#39;être patients et d&#39;espérer qu&#39;à la fin vous verrez aussi bien le chemin que ce à quoi il mène.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Commençons maintenant. Je traite, comme vous le savez, de l&#39;éthique et j&#39;adopterai l&#39;explication que le professeur Moore a donnée de ce terme dans ses Principia Ethica. Il dit : « L&#39;éthique est l&#39;investigation générale de ce qui est bien. » Je vais maintenant utiliser ce terme dans un sens un peu plus large, en fait dans un sens qui inclut ce qui est, je crois, la partie essentielle de ce qu&#39;on appelle communément esthétique. Et, pour vous faire voir aussi clairement que possible ce que je pense être le sujet propre de l&#39;éthique, je vous soumettrai un certain nombre d&#39;expressions plus ou moins synonymes, telles que l&#39;on puisse toutes les substituer à la définition ci-dessus ; en les énumérant, je cherche à produire le même type d&#39;effet que Galton lorsqu&#39;il photographiait sur la même plaque sensible un certain nombre de visages différents afin d&#39;obtenir une image des traits typiques qu&#39;ils avaient en commun. Et de même qu&#39;en vous montrant une photographie collective ainsi obtenue, je pourrais vous faire voir ce qu&#39;est typiquement, disons, le visage d&#39;un Chinois, de même j&#39;espère qu&#39;en parcourant la liste des synonymes que je vais vous soumettre, il vous sera loisible de voir les traits caractéristiques qu&#39;ils ont en commun, traits caractéristiques qui sont ceux de l&#39;éthique. Ainsi, au lieu de dire : « L&#39;éthique est l&#39;investigation de ce qui est bien », je pourrais avoir dit qu&#39;elle est l&#39;investigation de ce qui a une valeur, ou de ce qui compte réellement, ou j&#39;aurais pu dire encore que l&#39;éthique est l&#39;investigation du sens de la vie, ou de ce qui rend la vie digne d&#39;être vécue, ou de la façon correcte de vivre. Je pense qu&#39;en examinant toutes ces phrases, vous en tirerez une idée approximative de ce dont l&#39;éthique s&#39;occupe. Or la première chose qui nous frappe dans toutes ces expressions, c&#39;est que chacune d&#39;elles est en fait employée dans deux sens très différents. Je les appellerai d&#39;une part le sens trivial ou relatif, et d&#39;autre part le sens éthique ou absolu. Par exemple, si je dis : voilà une bonne chaise, cela signifie que cette chaise sert à certaine fin prédéterminée, et le mot bon que nous employons ici n&#39;a de signification que dans la mesure où cette fin est déjà préétablie. En fait, le mot bon dans le sens relatif signifie tout simplement : qui satisfait à un certain modèle prédéterminé. Ainsi quand nous disons de quelqu&#39;un qu&#39;il est un bon pianiste, nous entendons par là qu&#39;il peut jouer de la musique d&#39;ut certain degré de difficulté avec un certain degré de dextérité. Et, similairement, si je dis qu&#39;il ait important pour moi de ne pas m&#39;enrhumer, j&#39;entende par là que le rhume produit dans ma vie certain dérangements qu&#39;il est possible de décrire ; et si je dis que c&#39;est là la route correcte, j&#39;entends par là que c&#39;est la route correcte pour atteindre un certain but. Employées de cette façon, ces expressions ne suscitent pas de difficultés ni de problèmes graves. Mais ce n&#39;est pas là la façon dont l&#39;éthique les emploie. Supposons que, si je savais jouer au tennis l&#39;un d&#39;entre vous, me voyant jouer, me dise : « Vous jouez bien mal » et que je lui réponde : « Je sais que je joue mal, mais je ne veux pas jouer mieux », tout ce que mon interlocuteur pourrait dire serait : « Ah bon, dans ce cas, tout va bien. » Mais supposez que j&#39;aie raconté à l&#39;un d&#39;entre vous un mensonge extravagant, qu&#39;il vienne me dire : « vous vous conduisez en goujat » et que je réponde : « Je sais que je me conduis mal, mais de toute façon, je ne veux aucunement mieux me conduire », pourrait-il dire alors : « Ah bon, dans ce cas tout va bien »? Certainement pas ; il dirait : « Eh bien, vous devez vouloir mieux vous conduire. » Là, vous avez un jugement de valeur absolu, alors que celui de l&#39;exemple antérieur était un jugement relatif. Dans son essence, la différence entre ces deux types de jugement semble manifestement consister en ceci : Tout jugement de valeur relative est un simple énoncé de faits et peut par conséquent être formulé de telle façon qu&#39;il perd toute apparence de jugement de valeur : Au lieu de dire : « C&#39;est là la route correcte pour Granchester », j&#39;aurais pu dire tout aussi bien : « C&#39;est là la route correcte que vous avez à prendre si vous voulez arriver à Granchester dans les délais les plus courts »; « Cet homme est un bon coureur » signifie tout bonnement qu&#39;il parcourt un certain nombre de kilomètres en un certain nombre de minutes, etc. Ce que je veux soutenir maintenant, bien que l&#39;on puisse montrer que tout jugement de valeur relative se ramène à un simple énoncé de faits, c&#39;est qu&#39;aucun énoncé de faits ne peut être ou ne peut impliquer un jugement de valeur absolue. Permettez-moi de l&#39;expliquer ainsi : supposez que l&#39;un d&#39;entre vous soit omniscient, et que par conséquent il ait connaissance de tous les mouvements de tous les corps, morts ou vivants, de ce monde, qu&#39;il connaisse également toutes les dispositions d&#39; esprit de tous les êtres humains à quelqu&#39; époque qu&#39;ils aient vécu, et qu&#39;il ait écrit tout ce qu&#39;il connaît dans un gros livre ; ce livre contiendrait la description complète du monde. Et le point où je veux en venir, c&#39;est que ce livre ne contiendrait rien  que nous appellerions un jugement éthique ni quoi que ce soit qui impliquerait logiquement un tel jugement. Naturellement, il contiendrait tous les jugements de valeur relatifs, toutes les propositions scientifiques vraies, et en fait toutes les propositions vraies qui peuvent être formulées. Mais tous les faits décrits seraient en quelque sorte au même niveau, et de même toutes les propositions seraient au même niveau. Il n&#39;y a pas de proposition qui, en quelque sens absolu, soit sublime, importante ou triviale. Sans doute quelques-uns parmi vous en conviendront, se souvenant de ce que dit Hamlet : « Rien n&#39;est bon, rien n&#39;est mauvais, c&#39;est la pensée qui crée le bon ou le mauvais. » Mais ceci à nouveau pourrait donner naissance à un malentendu. Les paroles d&#39;Hamlet semblent impliquer que le bon et le mauvais, bien que n&#39;étant pas des qualités du monde extérieur, sont des attributs de nos états d&#39;esprit. Au contraire, ce que je veux, dire, c&#39;est qu&#39;un état d&#39;esprit ( dans la mesure ou nous entendons par cette expression un fait que nous pouvons décrire ) n&#39;est ni bon ni mauvais dans un sens éthique. Par exemple, si nous lisons dans notre livre du monde la description d&#39;un meurtre, avec tous ses détails physiques et psychologiques, la pure description de ces faits ne contiendra rien que nous puissions appeler une proposition éthique. Le meurtre sera exactement au même niveau que n&#39;importe quel autre événement, exemple la chute d&#39;une pierre. Assurément, la lecture de cette description pourrait provoquer en nous la douleur, la colère ou toute autre émotion, ou nous pourrions lire quelle a été la douleur ou colère que ce meurtre a suscitée chez les gens qui en ont eu connaissance, mais il y aura là seulement des faits, des faits, — des faits mais non de l&#39;éthique. Aussi me faut-il dire que si je m&#39;arrête à considérer ce que l&#39;éthique devrait être réellement, à supposer qu&#39;une telle science existe, le résultat me semble tout à fait évident. Il me semble évident que rien de ce que nous pourrions jamais penser ou dire ne pourrait être cette chose, l&#39;éthique ; que nous ne pouvons pas écrire un livre scientifique qui traiterait d&#39;un sujet intrinsèquement sublime et d&#39;un niveau supérieur à tous autres sujets. Je ne puis décrire mon sentiment à ce propos que par cette métaphore : si un homme pouvait écrire un livre sur l&#39;éthique qui fût réellement un livre sur l&#39;éthique, ce livre, comme une explosion, anéantirait tous les autres livres de ce monde. Nos mots, tels que nous les employons en science, sont des vaisseaux qui ne sont capables que de contenir et de transmettre signification et sens — signification et sens naturels. L&#39;éthique, si elle existe, est surnaturelle, alors que nos mots ne veulent exprimer que des faits ; comme une tasse à thé qui ne contiendra jamais d&#39;eau que la valeur d&#39;une tasse, quand bien même j&#39;y verserais un litre d&#39;eau. J&#39;ai dit que dans la mesure où il s&#39;agit de faits et de propositions, il y a seulement valeur relative, justesse, bien relatifs. Avant de poursuivre, permettez-moi de l&#39;illustrer par un exemple assez parlant. La route correcte est celle qui conduit à un but que l&#39;on a prédéterminé de façon arbitraire et il est tout à fait clair pour chacun de nous qu&#39;il n&#39;y a pas de sens à parler d&#39;une route correcte en dehors d&#39;un tel but prédéterminé. Voyons maintenant ce que nous pourrions bien entendre par l&#39;expression : « la route absolument correcte ». Je pense que ce serait la route que chacun devrait prendre, mû par une nécessité logique, dès qu&#39;il la verrait, ou sinon il devrait avoir honte. Similairement, le bien absolu, si toutefois c&#39;est là un état de choses susceptible de description, serait un état dont chacun, nécessairement, poursuivrait la réalisation, indépendamment de ses goûts et inclinations, ou dont on se sentirait coupable de ne pas poursuivre la réalisation. Et je tiens à dire qu&#39;un tel état de choses est une chimère. Aucun état de choses n&#39;a en soi, ce que j&#39;appellerais volontiers le pouvoir coercitif d&#39;un juge absolu. Car nous tous — y compris moi-même — qui sommes tentés malgré tout d&#39;employer des expressions telles que « bien absolu », « valeur absolue », qu&#39;avons-nous dans l&#39;esprit et que cherchons-nous à exprimer ? Chaque fois que j&#39;essaie pour mon compte d&#39;arriver à quelque clarté sur ce point, il est naturel que j&#39;évoque les cas dans lesquels j&#39;aurais certainement employé ces expressions, ce qui me met dans la situation dans laquelle vous seriez si ma conférence devait porter, par exemple, sur la psychologie du plaisir. Votre réaction serait alors de chercher à évoquer des situations typiques dans lesquelles vous ressentez constamment du plaisir. Car, ayant par devers vous cette situation à l&#39;esprit, tout ce que je vous dirais deviendrait concret et en quelque sorte contrôlable. L&#39;un d&#39;entre vous choisirait peut-être comme son exemple-type la sensation qu&#39;il éprouve en se promenant par un beau jour d&#39;été. C&#39;est bien dans cette situation que je suis si je veux m&#39;arrêter à considérer ce que je désigne en esprit par valeur éthique ou valeur absolue. Et, ce qui arrive toujours dans mon cas, c&#39;est l&#39;idée d&#39;une expérience particulière qui se présente à moi,  idée qui de ce fait, est en un sens mon expérience par excellence ; c&#39;est la raison pour laquelle, en m&#39;adressant à vous, je vais faire de cette expérience mon exemple privilégié. ( Comme je viens de le dire, il s&#39;agit là d&#39;une affaire purement personnelle et quelqu&#39;un d&#39;autre pourrait trouver des exemples différents et plus frappants ! ) Je vais décrire cette expérience de façon à vous amener à évoquer, si possible, des expériences identiques ou similaires et ainsi à nous donner une base commune pour notre investigation. Je crois que le meilleur moyen de la décrire, c&#39;est de dire que lorsque je fais cette expérience, je m&#39;étonne de l&#39;existence du monde. Et je suis alors enclin à employer des phrases telles que « comme il est extraordinaire que quoi que ce soit existe », ou « comme il est extraordinaire que le monde existe ! » Sans m&#39;arrêter sur cela, je poursuivrai par cette autre expérience que je connais également et qui sera sans doute familière à nombre d&#39;entre vous : celle que l&#39;on pourrait appeler l&#39;expérience de se sentir absolument sûr. Je désigne par là cette disposition d&#39;esprit où nous sommes enclins à dire : « j&#39;ai la conscience tranquille, rien ne peut m&#39;atteindre, quoi qu&#39;il arrive. » Permettez-moi maintenant de m&#39;arrêter à ces expériences, car je crois qu&#39;elles présentent précisément ces caractéristiques que nous cherchons à élucider. La première chose que j&#39;ai à en dire, c&#39;est que l&#39;expression verbale que nous leur donnons est un non-sens ! Si je dis : « je m&#39;étonne de l&#39;existence du monde », je fais un mauvais emploi du langage. Expliquons-le : cela a un sens parfaitement clair et correct de dire que je m&#39;étonne de quelque chose qui arrive, nous comprenons tous ce que cela signifie de dire que je m&#39;étonne de la taille d&#39;un chien quand il est plus gros que tous ceux que j&#39;ai jamais vus, ou que je m&#39;étonne de tout ce qui est extraordinaire — dans le sens habituel qu&#39;a ce mot. Dans tous ces cas, je m&#39;étonne que se produise une chose dont j&#39;aurais pu concevoir qu&#39;elle ne se produirait pas. Je m&#39;étonne de la taille de ce chien parce que j&#39;aurais pu concevoir, pour un chien, une taille différente — la taille normale — de laquelle je ne me serais pas étonné. Dire « je m&#39;étonne que telle ou telle chose se produise » n&#39;a de sens que si l&#39;on peut imaginer sa non-production. Dans ce sens, on peut s&#39;étonner, disons, de l&#39;existence d&#39;une maison, quand on la voit sans y être allé depuis longtemps, alors que l&#39;on avait imaginé qu&#39;elle avait été démolie entre-temps. Mais c&#39;est un non-sens de dire que je m&#39;étonne de l&#39;existence du monde, parce que je ne peux pas imaginer qu&#39;il n&#39;existe pas. Naturellement je pourrais m&#39;étonner que le monde qui m&#39;entoure soit tel qu&#39;il est. Par exemple, si je faisais cette expérience en voyant le ciel bleu, je pourrais m&#39;étonner que le ciel soit bleu, par opposition au cas où il est nuageux. Mais ce n&#39;est pas là ce que je désigne en esprit. Je m&#39;étonne du fait qu&#39;il y a du ciel, quel qu&#39;il soit. On pourrait être tenté de dire que ce dont je m&#39;étonne est une tautologie, c&#39;est-à-dire que le ciel soit bleu ou qu&#39;il ne soit pas bleu. Mais c’est tout simplement un non-sens de dire que l&#39;on s&#39;étonne d&#39;une tautologie. Et ceci s&#39;applique à l&#39;autre expérience que j&#39;ai mentionnée, celle de  sécurité absolue. Nous savons tous ce que cela veut dire, dans la vie ordinaire, qu&#39;être en sécurité. Je suis en sécurité dans ma chambre quand je ne peux  pas être écrasé par un autobus. Je suis en sécurité si j&#39;ai déjà eu la coqueluche et par conséquent ne puis plus l&#39;attraper. Être en sécurité signifie  essentiellement qu&#39;il est physiquement impossible que certaines choses m&#39;arrivent, et par suite c’est un non-sens de dire que je suis en sécurité, quoi que ce soit qui arrive. A nouveau ici il y a mauvais emploi du mot « sécurité » comme, dans l&#39;autre exemple, il y avait mauvais emploi du mot « existence » ou  « étonnement ». Ceci dit, je veux vous faire bien comprendre qu&#39;il y a certain type caractéristique d&#39;emploi abusif du langage qui se retrouve à travers toutes nos expressions religieuses et éthiques. Toutes ces expressions, prima facie, semblent être simplement des simulacres. Ainsi il semble que lorsque nous utilisons le mot « correct » dans un sens éthique, bien que ce que nous désignons par là en esprit ne soit pas correct au sens banal du terme, il y ait quelque chose de similaire; et quand nous disons « cet homme est bon », quoique le mot bon ne signifie pas ici ce qu&#39;il signifie dans la phrase « c&#39;est un bon joueur de football », il semble qu&#39;il y ait quelque similitude. Quand nous disons « la vie de cet homme avait une valeur », nous ne l&#39;entendons pas dans le sens où nous parlerions de bijoux de valeur, mais il semble qu&#39;il y ait quelque espèce d&#39;analogie. En ce sens, tous les termes religieux semblent être employés comme simulacres et allégoriquement. Car lorsque nous parlons de Dieu et disons qu&#39;il voit tout, lorsque nous nous agenouillons pour le prier, tous les termes que nous employons, toutes nos actions semblent être partie d&#39;une vaste allégorie fort raffinée qui le représente comme un être humain doté d&#39;un large pouvoir, dont nous nous efforçons de capter la grâce, etc. Mais cette allégorie décrit aussi l&#39;expérience dont je viens de parler. Car la première de ces expériences est exactement, je crois, celle à laquelle on fait allusion lorsqu&#39;on dit que Dieu a créé le monde ; et on a décrit l&#39;expérience de sécurité absolue lorsqu&#39;on a dit que l&#39;on se sent en sécurité entre les mains de Dieu. Troisième expérience du même genre, celle du sentiment de culpabilité s&#39;est trouvée également décrite par la phrase selon laquelle Dieu réprouve notre conduite. Ainsi paraissons-nous employer constamment des simulacres dans le langage de l&#39;éthique comme dans celui de la religion. Mais un simulacre doit être le simulacre de quelque chose. Et si je puis décrire un fait par le biais d&#39;un simulacre, je dois aussi être en mesure de laisser là le simulacre et de décrire les faits sans recourir à lui. Mais dès que nous essayons de laisser le simulacre de côté dans le cas qui nous occupe et de nous en tenir à énoncer les faits qui subsistent derrière lui, nous trouvons qu&#39;il n&#39;y a pas de faits de ce genre. Aussi ce qui apparaissait au premier abord comme un simulacre semble-t-i1 être maintenant pur non-sens. Et cependant, pour ceux qui les ont faites, pour moi par exemple, les trois expériences dont je vous ai parlé ( j&#39;aurais pu, en citer d&#39;autres en complément ) semblent en un certain sens avoir une valeur absolue, intrinsèque. Mais du moment que je dis qu&#39;elles sont expériences, elles sont sûrement des faits ; elles se sont produites en un lieu et moment donnés, elles ont duré un certain temps bien défini, et par conséquent sont susceptibles d&#39;être décrites. Ainsi, étant donné ce que j&#39;ai dit il y a quelques minutes, dois-je admette, que c&#39;est un non-sens de dire qu&#39;elles ont une valeur absolue. Et je vais donner à cette remarque une pointe encore plus vive en disant : « C&#39;est là le paradoxe qu&#39;une expérience, un fait, semble avoir une valeur surnaturelle. » Or il y a une voie que je serais tenté de prendre pour parer à ce paradoxe. Permettez-moi de revenir sur notre première expérience, celle qui consistait à s&#39;étonner l&#39;existence du monde, et de la décrire d&#39;une façon légèrement différente ; nous savons tous ce qui dans le train ordinaire de la vie, serait appelé un miracle. De toute évidence, c&#39;est simplement un évènement tel que nous n&#39;avons jamais rien vu encore de semblable. Supposons maintenant qu&#39;un tel évènement se produise. Imaginez le cas où soudain une tête de lion pousserait sur les épaules de l&#39;un d&#39;entre vous, qui se mettrait à rugir. Certainement ce serait là quelque chose d&#39;aussi extraordinaire que tout ce que je puis imaginer. Ce que je suggérerais alors, une fois que vous vous seriez remis de votre surprise, serait d&#39;aller chercher un médecin, de faire procéder à un examen scientifique du cas de cet homme et, si ce n&#39;étaient les souffrances que cela entraînerait, j&#39;en ferais faire une vivisection. Et à quoi aurait abouti le miracle ? Il est clair en effet que si nous voyons les choses de cet œil, tout ce qu&#39;il y a de miraculeux disparaît ; à moins que ce que nous entendons par ce terme consiste simplement en ceci : un fait qui n&#39;a pas encore été expliqué par la science, ce qui à son tour signifie que nous n&#39;avons pas encore réussi à grouper ce fait avec d&#39;autres à l&#39;intérieur d&#39;un système scientifique. Ceci montre qu&#39;il est absurde de dire « la science a prouvé qu&#39;il n&#39;y a pas de miracles ». En vérité, l&#39;approche scientifique d&#39;un fait n&#39;est pas l&#39;approche de ce fait comme miracle. En effet vous pouvez bien imaginer n&#39;importe quel fait, il n&#39;est pas en soi miraculeux, au sens absolu de ce terme. Car nous constatons maintenant que nous avons employé le mot « miracle » dans un sens relatif et aussi dans un sens absolu. Et je vais maintenant décrire l&#39;expérience qui consiste à s&#39;étonner de l&#39;existence du monde  en disant : c&#39;est l&#39;expérience de voir le monde comme un miracle. Je suis alors tenté de dire que la façon correcte d&#39;exprimer dans le langage le miracle de l&#39;existence du monde, bien que ce ne soit pas une proposition du langage, c&#39;est l&#39;existence du langage même. Mais que signifie alors le fait que l&#39;on perçoive de ce miracle à certains moments et non à d’autres ? Car tout ce que j&#39;ai dit en faisant passer l&#39;expression du miraculeux d&#39;une expression par les moyens du langage à l&#39;expression par l&#39;existence du langage, tout ce que j&#39;ai fait a été à nouveau de dire que nous ne pouvons pas exprimer ce que nous voulons exprimer et que tout ce que nous disons du miraculeux absolu demeure non-sens. A tout ceci, nombre d&#39;entre vous croiront sans doute trouver une réponse qui semble parfaitement claire. Vous direz : Eh bien, si certaines expériences nous incitent constamment à leur attribuer une qualité que nous appelons valeur ou importance absolue ou éthique, cela montre tout bonnement que ce que nous désignons en esprit quand nous employons ces mots n&#39;est pas non-sens, cela montre que ce que nous désignons en esprit, en disant qu&#39;une expérience a une valeur absolue, n&#39;est après tout qu&#39;un fait parmi d&#39;autres, et que tout se réduit à ceci : nous n&#39;avons pas encore réussi à trouver l&#39;analyse logique correcte de ce que nous désignons en esprit par nos expressions éthiques et religieuse. Quand je suis en butte à cette objection, je vois aussitôt en toute clarté, comme dans un éclair de lumière, non seulement qu&#39;aucune description que je saurais concevoir ne ferait l&#39;affaire pour décrire ce que je désigne en esprit par valeur absolue, mais encore que je rejetterais ab initio n&#39;importe quelle description porteuse de sens qui pourrait m&#39;être  suggérée en raison du fait qu&#39;elle est signifiante. Ce qui revient à dire ceci : je vois maintenant que si ces expressions n&#39;avaient pas de sens, ce n&#39;est pas  parce que les expressions que j&#39;avais trouvées n&#39;étaient pas correctes, mais parce quo leur essence  même était de n&#39;avoir pas de sens. En effet tout ce à quoi je voulais arriver avec elles, c&#39;était d’aller au delà du monde, c&#39;est-à-dire au-delà du langage signifiant. Tout ce à quoi je tendais — et, je crois, ce à quoi tendent tous les hommes qui ont une fois essayé d&#39;écrire ou de parler sur l&#39;éthique ou la religion — c&#39;était d&#39;affronter les bornes du langage. C&#39;est parfaitement, absolument, sans espoir de donner ainsi du front contre les murs de notre cage. Dans la mesure où l&#39;éthique naît du désir de dire quelque chose de la signification ultime de la vie, du bien absolu, de ce qui a une valeur absolue, l&#39;éthique ne peut pas être science. Ce qu&#39;elle dit n&#39;ajoute rien à notre savoir, en aucun sens. Mais elle nous documente sur une tendance qui existe dans l&#39;esprit de l&#39;homme, tendance que je ne puis que respecter profondément quant à moi, et que je ne saurais sur ma vie tourner en dérision.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Ludwig Wittgenstein.&lt;/span&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Il n&#39;est pas douteux, d&#39;ailleurs, que c&#39;est encore pire que ce que les plus pessimistes pouvaient craindre. Dans la longue liste des carnages qu&#39;accompagne l&#39;histoire universelle, les dirigeants du Troisième Reich effacent jusqu&#39;aux plus sinistres souvenirs, tant par le nombre de leurs victimes que par la nouveauté des procédés mis en oeuvre pour les exterminer.&lt;br /&gt;Mais dans la stupeur horrifiée dont témoigne le monde civilisé, n&#39;y a t-il pas quelque chose, sinon de simulé, du moins de bien tardif ? Jusqu&#39;à quel point les horreurs constatées ont-elles été une découverte ?&lt;br /&gt;Car les chiffres hallucinants qu&#39;on allègue ne changeraient rien au problème s&#39;il était démontré que les nazis, bien avant d&#39;opérer sur les masses profondes des déportés de tous les pays, se livraient déjà aux fantaisies sadiques, longuement décrites partout, sur leurs adversaires allemands ou juifs. Tous ceux qui s&#39;intéressèrent depuis 1933 aux événements d&#39;Allemagne connaissent de longue date la lugubre résonance de noms comme Dachau ou Oranienburg, que le grand public apprend seulement aujourd&#39;hui (1). La guerre n&#39;a fait que permettre l&#39;extension et l&#39;industrialisation d&#39;un système qui avait déjà fait ses preuves alors que Hitler et les siens n&#39;étaient pas encore partis à la conquête du monde&lt;br /&gt;Les infamies qu&#39;on révèle aujourd&#39;hui étaient déjà pratiquées - sur une échelle moindre, c&#39;est entendu, mais tout de même largement -, alors que la plupart des « indignés » et des « soulevés d&#39;horreur » de maintenant voulaient les ignorer, quand ils ne s&#39;en constituaient pas les apologistes.&lt;br /&gt;Les malheureux Français qui réchappèrent des abattoirs hitlériens voudront-ils prendre garde que leur trop célèbre compatriote Schneider, que toutes les eaux lustrales de la Résistance ne parviendront jamais à laver, n&#39;est peut-être pas sans responsabilité dans les traitements inhumains qu&#39;ils subirent à Buchenwald, à Mathausen, dans cent lieux de crime et de mort, puisqu&#39;il est avéré qu&#39;il facilitera l&#39;avènement du Führer par les grasses subventions versées par le truchement de la Skoda.&lt;br /&gt;Nous autres, anarchistes, il semble que nous témoignions d&#39;une surprise moins grande que l&#39;ordinaire des hommes quant aux monstruosités que des bourreaux, quels qu&#39;ils soient, peuvent commettre sur des êtres sans défense, qu&#39;un État assassin, sous prétexte de vindicte sociale ou patriotique, a livrés à leur rage sadique. C&#39;est d&#39;abord que l&#39;histoire de notre mouvement nous a beaucoup enseigné à ce sujet. Et en second lieu qu&#39;il n&#39;est pas besoin d&#39;entasser des Pélions sur des Ossas de cadavres pour que se fasse jour notre protestation. Pour nous, la barbarie commence à un.&lt;br /&gt;La barbarie nazie n&#39;est que le cas le plus parfait et le plus extensif d&#39;un phénomène tristement universel. Les fous sanguinaires du Troisième Reich auront innové en. ceci surtout qu&#39;ils ont travaillé sur de plus grandes quantités humaines et qu&#39;ils ont emprunté à l&#39;industrie moderne ou à la « science » de nouvelles techniques d&#39;anéantissement. Aux caprices individuels et aux sauvageries élémentaires, vieilles comme le monde, de tous les chaouchs décharnés, ils ont ajouté les ressources infinies des chimistes et des vivisecteurs.&lt;br /&gt;Les SS - ce personnel de haute qualification dans lequel on a vu, sans étonnement, un maréchal soviétique prétendre distinguer le bon du mauvais grain - ont trouvé aussi des renforts appréciables dans différents pays d&#39;occupation. Le fait doit être souligné, pour montrer ce qu&#39;il y a d&#39;imprudent dans les tentatives d&#39;établir une hiérarchie morale des races. Darnand ne vaut pas mieux que Himmler et la vermine milicienne a pu s&#39;épanouir au soleil de France avec la même facilité qu&#39;elle se serait épanouie en Thuringe ou en Poméranie.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;A. P&lt;br /&gt;Le Réveil anarchiste, mai 1945&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;1. Dès 1934 était paru en traduction française le premier témoignage sur l&#39;univers concentrationnaire nazi du journaliste et député socialiste au Reichstag Gerhart Seger ( 1896-1967 ), Oranienburg 1933 ( réédition La Pensée sauvage, 1984 ), où fut torturé et assassiné l&#39;écrivain et anarchiste Erich Mühsam. [ndlr]&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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André PRUDHOMMEAUX</title><content type='html'>&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:180%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;L’ORDRE RÈGNE EN ALLEMAGNE&lt;/span&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:180%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Le bilan de douze ans de « bolchevisation »&lt;/span&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:180%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;du prolétariat allemand&lt;/span&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;I. DE MAX HOLZ À VAN DER LUBBE&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;L’homme qui retrouve l&#39;Allemagne ouvrière après avoir perdu contact pendant plusieurs années ne peut être qu&#39;effrayé par les progrès à rebours de l&#39;idéologie et de l&#39;initiative dans les masses mêmes les plus radicalisées de ce pays. Il semble que le développement permanent de la passivité et de l&#39;égarement dans le peuple soit l&#39;effet de la diffusion lente d&#39;un venin mortel. De cette transformation lente il est possible qu&#39;un Allemand ne s&#39;aperçoive pas. Mais l&#39;étranger n&#39;en est que mieux placé pour en mesurer les effets et pour en démêler les causes, trop familières, trop quotidiennes peut-être pour être aperçues de près.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;En mars 1921, l&#39;Allemagne centrale était agitée par les secousses pro fondes de la guerre civile (l). C&#39;est là que, pourchassées, affamées, mais non pas vaincues, les avant-gardes révolutionnaires menaient une guérilla héroïque face aux automitrailleuses et aux lance-bombes de Severing (2), face aux mercenaires de la Schupo. Le soutien de la population ouvrière, qui les armait, les renseignait et les cachait de son mieux, était leur seul atout en face de la réaction triomphante. Et cependant, ils la tenaient en échec, rendant coup pour coup, sang pour sang, feu pour feu, expropriation pour expropriation. N&#39;était la passivité des autres parties de l&#39;Allemagne, ils auraient peut-être vaincu, avec le point d&#39;appui de la Lena- Werke, l&#39;usine géante du trust chimique IG Farben, qui avait été occupée par ses milliers d&#39;ouvriers en armes et avait retourné un moment contre l&#39;ennemi de classe sa puissance industrielle formidable !...&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;À la fin, les braves combattants du KAP (3), dont la mobilisation de solidarité autour des insurgés avait été immédiate et sans réserve, furent écrasés, et les sbires de la bourgeoisie allemande eurent la joie de saisir celui qu&#39;on appelait leur chef. Max Holz, le « général rouge », un homme de courage et d&#39;initiative (4). Il fut traîné devant les tribunaux et flétri comme assassin, incendiaire et bandit par une bourgeoisie à laquelle son nom seul donnait encore la colique. Son attitude fut inébranlable et nous donnerons quelque jour le texte du réquisitoire dont il frappa, du haut du « banc d&#39;infamie » où il se trouvait enchaîné, la société dont il était l&#39;ennemi. Qu&#39;il suffise de savoir que sa hautaine attitude, la menace dont son nom restait entouré, la solidarité du prolétariat lui épargnèrent la peine de mort. Il fut condamné au bagne. Le parti communiste ( IIIe Internationale), qui était loin d&#39;avoir joué un rôle brillant dans une action qu&#39;il avait étourdiment déclenchée sans pouvoir y faire bonne figure, s&#39;empressa du moins de saluer en Max Holz, membre de l&#39;organisation tant calomniée des « communistes  ouvriers » ( antiparlementaristes spontanéistes ), un lutteur prolétarien authentique, aussi désintéressé qu&#39;énergique, et digne de devenir un symbole de la résistance ouvrière.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;La direction du parti employa même les avantages que lui assuraient des caisses inépuisables et un réseau complet d&#39;organisations légales pour s&#39;acquérir le monopole d&#39;une campagne d&#39;opinion menée autour de Max Holz et pour suborner moralement le bagnard glorieux qui, lors de sa libé ration, il y a trois ou quatre années, adhéra à l&#39;Internationale de Moscou.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;* * *&lt;/span&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Entre l&#39;internement de Max Holz et sa libération, le PC allemand avait franchi toute la distance qui sépare un parti encore jeune - tiraillé entre la base et le sommet, fortement concurrencé par les organisations d&#39;extrême gauche, et agité des velléités les plus diverses - et une social démocratie numéro deux, hiérarchisée, caporalisée de la base au sommet, étroitement intégrée dans la politique nationale, dans la légalité bourgeoise, dans le système parlementaire et syndical de l&#39;État allemand. Désormais, les seules offensives auxquelles avaient recours le PCA, fort  de la sympathie de millions de petits bourgeois nationalistes, de milliers de schupos et d&#39;innombrables fonctionnaires russophiles, c&#39;était l&#39;offensive à coup de bulletins de vote, avec pavoisement du « grand Berlin rouge » et parades à grand orchestre dans tous les boulevards et les parcs &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;concédés à cette fin par la police&lt;/span&gt;. Celle-ci faisait alterner le maximum de libéralisme électoral avec le maximum de fermeté contre toute grève, manifestation ou mobilisation interdites ; et, comme la direction du PCA faisait aux ouvriers un devoir sacré de respecter ces limites légales, il était facile au gouvernement de restreindre celles-ci à volonté, à coup de décrets- lois, jusqu&#39;au complet étouffement des masses. La seule condition pour cela était le maintien de la discipline « bolchevique » sur les éléments radicalisés de la classe ouvrière, et cette condition, à de rares exceptions près, se trouva généralement remplie.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;En quelques cas, cependant, la pression économique et politique de la dictature bourgeoise fut si brutale, si provocante, la situation faite aux ouvriers si intolérable que la direction du mouvement échappa aux cadres du parti : il se produisit des conflits armés, des recours à l&#39;action directe. Les mercenaires de von Papen, de Hitler et de Seldte apprirent à leurs dépens, tout aussi bien que les administrateurs de la compagnie berlinoise de transports en commun, à quel point des ouvriers allemands exaspérés, unis dans un front de classe par-dessus les partis et décidés à en finir, peuvent être dangereux pour les colonnes massives des massacreurs fascistes, pour les escouades des schupos et pour le pesant matériel des tramways et autobus fonctionnant sous la protection de l&#39;État. En dernier lieu, ce furent les brusques réveils d&#39;Altona, Breslau et Cologne, fenêtres crachant la mitraille, barricades sommaires, quartiers entiers se défendant à coups de bouteilles, à coups de briques, à coups de chaises cassées contre l&#39;invasion de la « peste brune » ou contre les cosaques de Zorgiebel (5). Mouvements de résistance hélas isolés, sans lendemain !&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Quel fut le rôle du parti communiste et de ses annexes, légales ou non, dans ces explosions de révolte spontanée? Absolument nul, lorsqu&#39;il ne fut pas négatif. Sans doute des adhérents au parti y ont joué un rôle méritoire. Mais ce fut pour encourir les foudres de leur centrale ou celle des fonctionnaires locaux. Même après que Heinz Neumann (6), qui fut pour ce fait dégommé de son poste de chef idéologique du bolchevisme allemand, eut, imprudemment laissé échapper ce conseil à ses troupes : « Frappez l&#39;ennemi partout où vous le trouverez », les actes de résistance ou de représailles opposés par des ouvriers isolés à la terreur fascisto-policière furent impitoyablement réprimés dans le sein du parti et de ses dépendances. On fit mieux : dès qu&#39;une dépêche de presse annonçait quelque casse dans le camp de la police et de la réaction, la presse communiste, sans se livrer à la moindre enquête, mettait l&#39;affaire sur le dos de la provocation et demandait une fois de plus à la classe ouvrière de lutter avant tout contre ses propres chefs, contre sa propre combativité, contre les « méthodes anarchistes », et en général contre toute activité non ordon née, dirigée et encadrée par le parti.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;(À suivre...)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Le Libertaire, n&#39;390 17-24 mars 1933&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Une seule écluse était ouverte périodiquement à l&#39;initiative, au brûlant désir d&#39;action, à toutes les virtualités comprimées de la masse : l&#39;agitation électorale. Alors, par un pacte tacite entre le gouvernement et le « parti des masses ouvrières », toute liberté était donnée de déployer emblèmes, symboles, affiches et défilés monstres. Une orgie d&#39;étamine rouge s&#39;étalait sur les façades des maisons. Une orgie de peinture rouge barbouillait murailles, chaussées et trottoirs ; les tracts et les journaux jonchaient la terre, en telle quantité qu&#39;il fallait centupler les équipes de balayeurs municipaux. La propagande, avec ses brochures et ses discours en plein air, envahissait journellement chaque rue, chaque cour, chaque atelier, chaque maison ouvrière. Troncs électoraux ! Défilés électoraux, quatre par quatre, au pas et en uniforme, les rangs impeccables pivotant sur eux-mêmes à chaque tournant de rue, bannières et clairons au vent ! Réunions électorales, où affluaient des centaines de milliers d&#39;hommes, des dizaines de milliers de figurants en costume, et qui se dissipaient ensuite sans un cri, sans un geste, après une débauche de proclamations, de serments et de chants révolutionnaires ! Prodiges d&#39;organisation, ces fêtes, ces exhibitions de chants allégoriques, ces choeurs parlants sillon nant sur des camions les artères des villes, ces équipes de propagandistes parcourant jusqu&#39;aux moindres recoins des campagnes ! Prodiges d&#39;illusion, cette attente nerveuse du succès, qui faisait tenir debout, des journées et des nuits entières, sans répit, d&#39;innombrables chômeurs au ventre creux, qui soulevaient d&#39;espoir toute une jeunesse fanatique, prête à donner son dernier sou, sa dernière bouchée de pain, le dernier battement de&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; &lt;/span&gt;son cœur pour le triomphe de&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; son &lt;/span&gt;parti, de &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;sa&lt;/span&gt; « conception du monde », de &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;son&lt;/span&gt; numéro fétiche ( les partis en période électorale sont désignés par des numéros ), du dernier espoir qu&#39;elle mettait dans &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;sa&lt;/span&gt; vie, dans sa croyance en un chef, en un idéal, en un salut quelconque ! Qui n&#39;a pas vu s&#39;agiter le communisme allemand en période électorale ne comprendra jamais à quel point ce combat imaginaire, chez un peuple épris de mystique et de discipline, peut être un &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;équivalent psychologique&lt;/span&gt;, une &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;répétition&lt;/span&gt;, un &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;succédané de la révolution&lt;/span&gt;. C&#39;est là que se décharge en des saturnales de démagogie militariste le besoin d&#39;action collective, d&#39;épanouissement vital, de révolte torrentielle qui s&#39;écrase des années durant dans le coeur des masses allemandes. Sans les élections, cette soupape de sûreté de la dictature, l&#39;explosion aurait depuis près de quinze ans envoyé au diable la bourgeoisie allemande (7). &lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Mais la social-démocratie lassalienne et marxiste n&#39;a pas pour rien fait subir au peuple travailleur allemand soixante-quinze ans de profitable dressage politique. Les antiparlementaristes, fils des Spartakistes berlinois et des communards de Munich, ne sont pas écoutés et moins que jamais en période électorale. Il leur manque aujourd&#39;hui l&#39;audace nécessaire pour opposer aux méthodes parlementaires d&#39;autres méthodes effectives, immédiatement applicables. Ils attendent que les masses aient épuisé les désillusions du parlementarisme, alors que six crises ministérielles et présidentielles, déclenchant coup sur coup six crises d&#39;hystérie électorale, n&#39;ont fait que raffermir de façon inouïe et&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; l&#39;arbitraire du pouvoir central &lt;/span&gt;et la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;participation&lt;/span&gt; aux élections ( qui atteint presque 100 % ) ! Ils ne comprennent pas que si les ouvriers allemands se ruent derrière le premier « grand chef » venu, et laissent tomber une grève &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;de classe&lt;/span&gt; comme celle des transports berlinois, pour se jeter les uns contre les autres et courir aux urnes, ce n&#39;est pas parce qu&#39;ils&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; peuvent&lt;/span&gt; attendre longtemps&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; encore &lt;/span&gt;un changement social mais parce qu&#39;ils sont &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;trop pressés&lt;/span&gt;, et qu&#39;il n&#39;y a personne pour leur montrer aujourd&#39;hui un plus court chemin révolutionnaire que le fameux « plan de quatre ans » d&#39;Adolf Hitler - lequel laisse bien loin derrière lui le plan de cinq ans stalino-soviétique !&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Et pourtant, il y en a un, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;celui que les anarchistes et les insurgés illettrés des faubourgs et des campagnes espagnoles montrent actuellement aux opprimés de l&#39;Europe entière&lt;/span&gt; : la lutte directe insurrectionnelle et expropriatrice, oeuvre des individus, puis des groupes, puis des masses, agissant sous leur propre contrôle, avec les préparations et les liaisons strictement indispensables, mais hors de toute responsabilité de parti. Cette lutte-là est la seule qui puisse &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;rendre&lt;/span&gt; deux coups pour un, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;paralyser&lt;/span&gt; la réaction, même lorsqu&#39;elle n&#39;aboutit pas au triomphe révolutionnaire, égarer la fureur policière par une mobilité insaisissable, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;éduquer&lt;/span&gt; les classes travailleuses par l&#39;exemple, par la collaboration directe des avant-gardes et des populations opprimées, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;leur apprendre&lt;/span&gt; à tolérer l&#39;action subversive, puis à l&#39;admettre, puis à la favoriser, puis à y participer, puis à la mener pour leur propre compte, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;réparer&lt;/span&gt; de façon efficace les brèches et les pertes subies ( d&#39;ailleurs relativement minimes : 200 hommes pour toute l&#39;Espagne après deux années de lutte ; en quinze jours, les Spartakistes allemands trop « disciplinés » ont perdu 15 000 hommes ) ; enfin, préparer les forces morales nécessaires pour l&#39;avènement d&#39;une société « où le libre développement de chacun soit la condition du libre développement de tous » (Marx).&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Max Holz était de ceux qui ont frayé la route à cette émancipation de l&#39;individu par la vie subversive qui est bien en effet la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;condition&lt;/span&gt; de l&#39;émancipation des masses. Mais où sont les Max Holz de l&#39;Allemagne d &#39;à-présent ? Dans les sections d&#39;assaut de Hitler, où ont échoué beaucoup de prolétaires égarés, dégoûtés par l&#39;inaction criminelle des partis marxistes ? Dans le parti communiste où on les tient étroitement bridés, pour les lâcher de préférence sur des opposants au parti, sur des ouvriers socialistes, ou même sur des hitlériens d&#39;occasions, au sort desquels ne s&#39;intéresseront, et pour cause, ni la police ni la maison brune (8) ? Dans les cimetières où sont étendus déjà tant de braves coeurs qui avaient combattu pour la révolution ? Dans les bas-fonds du quartier Alexanderplatz et dans les bouges de Hambourg, où leur vie de hors-la-loi échoue dans l&#39;abrutissement écoeurant du bordel et du cabaret ? Sans doute, beaucoup, lisant journellement les communiqués de « victorieuse résistance » du parti communiste allemand, où l&#39;on ne voit qu&#39;arrestations complaisamment énumérées, locaux du parti occupés sans coup férir, assassinats d&#39;ouvriers exécutés sans le moindre risque, pillages accomplis de sang-froid, incendies de maisons ouvrières, organisations et assemblées entières jetées d&#39;un seul bloc en prison, saisies d&#39;adresses et de matériel illégal par dizaines de tonnes, suppression de journaux, et les décrets de répression s&#39;accumulant sur les actes d&#39;arbitraire et de terrorisme - oui, sans doute, beaucoup de militants énergiques se sentent désarmés, déshonorés, désespérés, par la veulerie générale, par celle de leur parti. Ils pensent : « Il n&#39;y a plus rien à faire », et c&#39;est avec un rictus de désespoir qu&#39;ils lisent dans la presse « communiste » comment le député Torgler « s&#39;est rendu volontairement à la prison pour s&#39;y faire arrêter, accompagné de son avocat, le social-démocrate Rosenfeld (9) », ou bien comment l&#39;ambassade soviétique « a obtenu de la police » ( hitlérienne ) qu&#39;elle vienne protéger la vie des citoyens soviétiques immigrés contre les fureurs des fascistes ( hitlériens ), « geste qui, de la part du ministère de l&#39;Intérieur, n&#39;a été qu&#39;une simple comédie » (sic)... Peut être se demandent-ils si ce n&#39;est pas dans l&#39;intérêt bien entendu de « l&#39;ordre public » que Hitler accorde encore une existence légale au parti communiste et à une partie de sa presse, de même qu&#39;il continue de s&#39;appuyer sur le Parlement.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( A suivre... )&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Le Libertaire, n&#39;391 24-31 mars 1933&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Au milieu de l&#39;inconcevable passivité des partis de gauche, dans la déroute générale des organisations ouvrières, tandis que les ouvriers communistes terrorisés par les raids fascistes et par la psychose de la « provocation » se tenaient cois - retentit tout à coup la nouvelle : « Le Reichstag brûle ! » Et malgré toute l&#39;éducation écrasante imprimée aux cerveaux prolétariens par l&#39;État et la discipline de parti, bien des cœurs se mirent à battre plus vite. Enfin quelque chose ! Une riposte, un signe, un geste de défi ! ...&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Peu après, toute l&#39;Europe apprenait qu&#39;un jeune homme sans veston et sans chemise avait été arrêté comme il s&#39;échappait du Reichstag. Il était pourvu d&#39;un passeport hollandais au nom de Marinus Van der Lubbe et d&#39;une vieille carte du parti communiste de Hollande (10). Il déclarait avoir cessé tous rapports avec l&#39;Internationale de Moscou depuis plusieurs années et rallié à cette époque un groupement d&#39;études révolutionnaires, le Groupe des communistes internationaux. Mais il avait agi seul, « sans que personne n&#39;ait inspiré ou connu son projet », et le mobile qui l&#39;avait guidé était « la haine du capitalisme international ». Ces déclarations avaient été faites, ajoutèrent certaines feuilles, « avec un calme et une netteté d&#39;autant plus impressionnants que l&#39;arrêté avait été visiblement fort malmené lors de son arrestation et devait s&#39;attendre à bien pire encore ». Les commentaires de presse ajoutaient que l&#39;incendie avait été provoqué par six ou sept foyers différents constitués de tampons d&#39;étoffe arrachés par Lubbe à ses vêtements et imbibés de pétrole. La salle des séances avait été complètement détruite malgré les efforts des pompiers.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Seuls subsistaient, épargnés par les flammes et se faisant vis-à-vis, une statue de l&#39;empereur Guillaume et un drapeau républicain noir, rouge, or, divinités jumelles de ce sanctuaire &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;désinfecté&lt;/span&gt; du parlementarisme allemand. Ce que la presse ne disait pas, c&#39;est la panique féroce des classes dirigeantes. Persuadées que ce geste n&#39;était que le signal d&#39;une série d&#39;autres attentats, et finalement d&#39;une révolte générale des masses, les maîtres fascistes du pays se jetèrent à corps perdu dans une répression sans mesure. Même leur ombre les inquiétait et ils ne parvenaient à se raisonner qu&#39;en emprisonnant pêle-mêle catholiques, socialistes, communistes, intellectuels et ouvriers.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Le triomphe populaire dont devait s&#39;entourer l&#39;avènement de Hitler et son prochain plébiscite se démasquait d&#39;avance comme une vulgaire parodie. Le parti du massacre se dévoilait dans toute sa repoussante nudité, et Hugenberg lui-même devait reconnaître « Goering a complètement perdu la tête. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Par malheur, le spectacle donné par les partis ouvriers, par les partis « marxistes » était à peine moins répugnant. Bien loin de nourrir la flamme de rébellion et de prendre appui sur la réprobation universelle dont s&#39;entourait&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; le parti du massacre&lt;/span&gt; pour jouer leur va-tout les armes à la main, les « marxistes » firent tout pour reporter cette même réprobation sur « l&#39;acte de vandalisme » commis contre le Reichstag et pour jeter toute la responsabilité de la répression sur les épaules du « provocateur Van der Lubbe » !!! La psychose de la provocation, un instant rompue, reprenait ainsi son empire sur les masses. De résistance à main armée, il n&#39;était plus question, le mot d&#39;ordre général était : « Sauve qui peut ! » D&#39;Allemagne, le refrain absurde était répété de proche en proche par toutes les feuilles de gauche : Van der Lubbe, « nazi camouflé », avait agi pour nuire « au succès électoral » des partis démocratiques le 6 mars et pour légitimer la répression contre le prolétariat allemand. Personne ne parut s&#39;aviser de ceci : il n&#39;y a qu&#39;une chose qui puisse « légitimer » la réaction qui s&#39;abat à l&#39;heure actuelle sur l&#39;Allemagne, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;et c&#39;est justement la passivité et la veulerie avec laquelle les partis « marxistes » se sont inclinés depuis plus de dix ans sous tous les coups de botte de cette même réaction.&lt;/span&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;* * *&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Il était fort heureux en vérité, que Van der Lubbe se trouvât là pour endosser tous les crimes de tous les partis allemands. Le « crime du Reichstag » est devenu ainsi &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;le crime des crimes&lt;/span&gt;, le pêché auprès duquel chacun apparaît blanc comme neige. Le parti hitlérien présente Lubbe comme l&#39;instigateur d&#39;un plan de destruction par incendie, massacre et empoisonnement qui résume en soi tous les « complots bolcheviks » présents, passés et futurs. Le parti communiste charge Lubbe de la responsabilité de tous les crimes commis par la réaction sur les ouvriers et les militants « marxistes »,  puisque ces crimes ont été &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;« provoqués par lui »&lt;/span&gt;. Dès lors, les nazis ne sont plus coupables qu&#39;en fonction de leurs rapports supposés avec Van der Lubbe, ils sont les « complices de Van der Lubbe » et ne peuvent se défendre qu&#39;en prétendant que « les vrais complices de Van der Lubbe sont les communistes et les marxistes ». Il existe donc, dans toute l&#39;Allemagne, un seul homme qui a eu une conduite humaine, virile, indépendante, et tous les autres sont d&#39;accord pour rejeter sur lui leurs infamies, leurs lâchetés, leurs atrocités, leurs souillures. Il existe un homme qui n&#39;a pas de sang sur les mains, et qui n&#39;a jamais plié : aux crapuleux assassinats nocturnes, aux tortures infligées, dans des caves, à des hommes désarmés, il a opposé une destruction purement matérielle, celle d&#39;une Bastille de laideur et d&#39;esclavage bâtie sur les cadavres de 1870 -1871, alimentée des cadavres de tout un peuple que les parlementaires allemands ont envoyé à la tuerie, en 1914, à l&#39;unanimité. À la lâcheté de ceux qui pleurnichent, supplient ou crient à la provocation lorsqu&#39;on leur tend une arme pour se défendre, il a répondu par l&#39;emblème du cou rage, de la vie, de la liberté : la flamme, le feu de joie, le flambeau, le phare ! Voilà pourquoi cet homme est en prison, au secret, dans les griffes d&#39;un ennemi acharné à lui arracher des aveux du « complot », des listes de « complices ». Voilà pourquoi il s&#39;acharne à répéter : « J&#39;ai agi seul : je ne connais pas Torgler, ni Thaelmann (12), ni personne : personne ne m&#39;a aidé, personne n&#39;est avec moi, je n&#39;ai qu&#39;un seul chef, et qu&#39;un seul parti : moi-même. Je n&#39;ai qu&#39;un seul ennemi : le capitalisme international. » Et pourtant, chacune de ses paroles est trahie, truquée, salie par la presse « ouvrière » internationale, qui essaye en dépit de toute bonne foi et de toute logique de la présenter comme un « aveu » que « le pro vocateur Lubbe » a été contraint de faire. &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Contraint par quoi&lt;/span&gt; ? je le demande, alors que toutes les forces de la persuasion, de la corruption, de la menace, de la torture sont employées vainement pour arracher à Lubbe le nom d&#39;un seul « complice ».&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;* * *&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Quels sont les arguments que l&#39;on invoque pour « prouver » les rapports de Van der Lubbe avec les nazis ?&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Il est impossible d&#39;en donner une réfutation complète. Chaque jour apporte une preuve nouvelle ! Mais cette preuve « accablante » et « irréfutable » est remplacée le lendemain par une autre bien plus forte, bien plus « sensationnelle », bien. plus « renversante ». Finalement, on ne peut mieux faire que de récapituler tant bien que mal, sans même les discuter, les différentes « révélations » qui ont été présentées, jour après jour, dans les colonnes de &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;L&#39;Humanité&lt;/span&gt;, avec un échantillon des &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;sophismes qu&#39;on y accolait &lt;/span&gt;pour en déduire, inévitablement, la même conclusion calomnieuse. La seule énumération de ces « arguments » suffit à faire lever les épaules ; la voici, provisoirement complète, sauf erreur ou omission :&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;1. Van der Lubbe n&#39;est pas allemand. « Il fallait un homme venant d&#39;on ne sait où pour que ses antécédents ne puissent être contrôlés. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;2. « Van der Lubbe n&#39;est pas Van der Lubbe. C&#39;est un nazi camouflé dont l&#39;identité reste inconnue. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;3. Van der Lubbe avait gardé en sa possession un passeport hollandais et une vieille carte du parti communiste hollandais. « Il est donc un agent de la police hollandaise prêté à Hitler. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;4. « Le passeport de Van der Lubbe n&#39;a pas été rédigé par les autorités hollandaises. C&#39;est un faux passeport. Donc la carte est également fausse et tout cela est une machination des nazis pour camoufler un des leurs. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;5. Il est exact que Van der Lubbe a appartenu au parti communiste de Hollande, mais il en a été exclu en 1931 « pour son attitude hostile au parti et sa conduite provocante ». « Il est donc clair qu&#39;il a mis le feu au Reichstag dans un but de provocation. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;6. « Ce n&#39;est pas Van der Lubbe qui a mis le feu au Reichstag mais la section d&#39;assaut n° 17 de Berlin-Moabit. &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Des nazis l&#39;auraient avoué à des communistes&lt;/span&gt;. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;7. Van der Lubbe avait déjà essayé de mettre le feu au château impérial de Potsdam juste avant de s&#39;attaquer au Reichstag. Il n&#39;avait pas réussi. « C&#39;est louche : il a réussi avec le Reichstag et pas avec le château impérial : cela prouve ses sympathies pour Guillaume II. »&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;8. Van der Lubbe aurait déjà été démasqué par des nazis auprès desquels il essayait de se faire passer pour membre du parti hitlérien. « Cela prouve justement qu&#39;il était bien un hitlérien. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;9. Par contre, Van der Lubbe n&#39;essaye pas de passer pour un communiste IIIe Internationale. Il nie toute relation avec les bolchevisants et la social-démocratie. &lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;« Donc, il ne peut être qu&#39;un agent d&#39;Hitler et de Deterding. (13) »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;10. Confronté avec Torgler et d&#39;autres communistes emprisonnés comme ses complices supposés, il nie les avoir jamais rencontrés, ou avoir quoi que ce soit de commun avec eux. « Mais la preuve qu&#39;il est un mouchard, c&#39;est que les nazis lui ont &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;promis 50 000&lt;/span&gt; marks et la liberté pour sa besogne de trahison et ont offert 20 000 marks à qui découvrirait ses complices. »&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;On ne peut prétendre en finir en une fois avec les révélations sensationnelles de&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; L&#39;Humanité&lt;/span&gt; sur l&#39;affaire Lubbe. Nous l&#39;avons vu : il en sort une par jour. Les unes sont des évidences archiconnues, établies par Lubbe lui-même dès le premier jour et d&#39;où l&#39;on tire des conséquences ridicules. Les autres sont de pures fantasmagories ou de lâches insinuations - « On lui a promis de l&#39;argent » ; « Il voulait se faire nazi » - récoltées, paraît-il, chez les nazis eux-mêmes. Si cet amas de sophismes et de faux témoignages mêlés à quelques vérités défigurées avait été examiné de sang-froid par le prolétariat international, il est probable que Van der Lubbe serait aujourd&#39;hui considéré comme un second Max Holz et les racontars de la presse comme une fable ignoble et grotesque.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Il est grotesque, en effet, de supposer que Hitler aurait éprouvé le besoin de donner le signal d&#39;une guerre civile au moment où il était acclamé comme le sauveur du pays et où ses adversaires se terraient sans résistance, utilisant la seule arme du bulletin de vote.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Il est grotesque de supposer que, voulant donner ce signal, il se soit adressé à un étranger, exclu des organisations bolchevistes, alors qu&#39;il a sous la main, en Allemagne, tant de mouchards, de lâches et de renégats &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;inscrits ou non au parti communiste allemand&lt;/span&gt;.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Il est grotesque de supposer que la police hitlérienne aurait fabriqué grossièrement un passeport hollandais, alors qu&#39;elle pouvait faire à n&#39;importe qui des papiers d&#39;identité allemands revêtus de tous les cachets officiels et qu&#39;elle disposait des archives saisies dans les locaux communistes allemands.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Il est grotesque d&#39;appeler mouchard un homme qui a agi seul, qui n&#39;a pas avoué un seul complice, qui a répudié toute communauté de vue avec le bolchevisme et la social-démocratie et qui a gardé devant les tentatives de corruption ou d&#39;intimidation de ses adversaires une attitude inébranlable, persistant à affirmer à la fois sa parfaite indépendance d&#39;action et sa haine du capitalisme international.&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( À suivre...)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;NDLR [du Libertaire]. Nous ne partageons pas le point de vue de notre camarade A. P Il nous apparaît au contraire que Van der Lubbe est bien un agent d&#39;Hitler.&lt;/span&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;Le Libertaire, n&#39;392 31 mars-7 avril 1933&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;1. Sur la période 1918-1921 en Allemagne, lire, d&#39;André et Dori Prudhommeaux, Spartacus et la Commune de Berlin, Spartacus, 1949; Philippe Bourrinet, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;La Gauche hollandaise&lt;/span&gt;, &lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;. [ndlr]&lt;/http:&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;2. Homme d&#39;État social-démocrate, Carl Severing (1875-1952) négocia un compromis afin de dissoudre l&#39;Armée rouge fondée pour s&#39;opposer au putsch raté d&#39;extrême droite de Kapp ( 13-17 mars 1920 ). Il fut ensuite ministre de l&#39;Intérieur du gouvernement de Prusse. [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;3. En fait, le KAPD ( Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands - parti com muniste ouvrier d&#39;Allemagne ). Fondé à Berlin début avril 1920 par l&#39;opposition du KPD, il regroupait environ 40 000 membres, soit les quatre cinquièmes du KPD d&#39;avant la scission, en majorité des ouvriers et des jeunes chômeurs prêts à l&#39;action insurrectionnelle, mais aussi des artistes expressionnistes regroupés autour de la revue &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Die Aktion&lt;/span&gt; et des intellectuels comme le pédagogue et publiciste Otto Rühle ou le poète néerlandais Herman Gorter. ( Sur les positions politiques du KAPD, lire le « Programme du parti communiste ouvrier d&#39;Allemagne » ( mai 1920 ), &lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;. ) [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;4. Originaire d&#39;un milieu modeste, engagé volontaire dès août 1914, Max Holz ( 1889-1933 ) fut révolté par la guerre et s&#39;intéressa aux idées socialistes. En 1918, il s&#39;engagea avec passion dans le mouvement des conseils, fonda un comité de chômeurs puis adhéra au KPD. En mars 1920, il participa à la résistance armée au putsch de Kapp, mettant sur pied une Armée rouge et refusant de désarmer après la fin de la grève générale. Exclu pour indiscipline, il fut accueilli dans les cercles du KAPD et, l&#39;année suivante, il dirigea « l&#39;action de mars ». Arrêté à Berlin après l&#39;échec du soulèvement ouvrier, il fut jugé et condamné à la prison à perpétuité. Revenu au KPD en 1922, il bénéficia d&#39;une amnistie en 1928; mais, après une tournée triomphale lors de sa libération, qui en faisait le communiste allemand le plus populaire, il fut envoyé en Union soviétique. En 1933, il se noya dans des conditions obscures aux environs de Nijni-Novgorod - une rumeur circulant sur son assassinat par la Guépéou. Lire Max Holz,&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; Un rebelle dans la révolution. Allemagne 1918-1921&lt;/span&gt;, texte traduit, présenté et annoté par Serge Cosseron, Spartacus, 1988; ainsi que sa notice dans le &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international ( Allemagne )&lt;/span&gt;, Éditions ouvrières, 1990, p. 249-250. [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;5. Carl Zôrgiebel (1876-1961) était l&#39;adjoint d&#39;Albert Grzesinski ( 1879-1947 ), ministre de l&#39;Intérieur social-démocrate de Prusse en 1926. En 1929, à Berlin, il noya dans le sang une manifestation du 1er mai interdite par la police. [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;6. Rédacteur à &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Die Rote Fahne&lt;/span&gt; à partir de 1922, représentant du KPD à Moscou en 1925, Heinz Neumann ( 1902-1937 ? ) fut considéré comme l&#39;« homme à tout faire » de Staline après qu&#39;il eut endossé la responsabilité de l&#39;insurrection manquée de Canton en 1927. Revenu en Allemagne l&#39;année suivante, il joua un rôle décisif dans la « stalinisation » de son parti d&#39;origine. S&#39;étant opposé à la ligne stalinienne en 1931, il fut envoyé en Union soviétique en avril 1932. Après deux missions à l&#39;étranger, il fut arrêté le 27 avril 1937 et probablement exécuté peu après (&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; Dictionnaire biographique..., op. cit., p. 363-364&lt;/span&gt; ). Sa compagne Margarete Buber-Neumann fut arrêtée en juin 1938, déportée à Karaganda, dans le Kazakhstan, puis livrée aux nazis durant l&#39;hiver 1939-1940 et internée au camp de Ravensbrück. ( Lire Charles Jacquier, « Margarete Buber-Neumann ou la double expérience des camps », suivi de Margarete Buber-Neurnann, « Qui est pire? Satan ou Belzébuth? » [1950], &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Commentaire&lt;/span&gt;, printemps 1998, n° 81, p. 235-244; et Margarete Buber-Neumann, « Âmes mortes au xxe siècle » [1949], Agone, 2001, n° 25, p. 165-169.) [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;7. La périodicité des élections et l&#39;intensité des campagnes électorales a suivi à peu de choses près le rythme de la misère et de l&#39;énervement des masses allemandes jusqu&#39;à atteindre une périodicité tri semestrielle pendant l&#39;hiver 1932- 1933. Voici, pour les seules élections de novembre 1932, l&#39;effort fourni par l&#39;organisation communiste allemande sur le terrain électoral : « 25 000 réunions électorales, dont 2 500 à Berlin ; 30 millions de tracts légaux et 2 millions de tracts illégaux ; 700 000 affiches grand format et 1 million et demi de plus petites ; 1 mil lion et demi de brochures nouvelles, sans compter les anciennes et 300 000 au moins fournies par les organisations amies ; 7 millions d&#39;exemplaires d&#39;éditions spéciales de nos journaux, en plus des 6 millions de &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Rote Fahne&lt;/span&gt; sur Versailles et de 200 000 feuilles illégales, etc., etc. » ( &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;L&#39;Humanité&lt;/span&gt;, 24 novembre 1932). [nda].&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;8. En juillet 1930, les nazis achètent le palais Barlow à Munich pour en faire la centrale de leur parti, sous le nom de « Braunes Haus [Maison brune] » - d&#39;autres villes eurent ensuite leurs maisons brunes. [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;9. Président du groupe parlementaire communiste au Reichstag, Ernst Torgler ( 1893-1963 ), fort de son innocence et faisant preuve d&#39;une belle naïveté, se livra à la police le 28 février 1933 après avoir appris par la radio qu&#39;il était soupçonné de l&#39;incendie. Accusé et emprisonné, il refusa de suivre les consignes données par le parti pour sa défense au cours du procès qui s&#39;ensuivit. Acquitté faute de preuves, il resta néanmoins en prison jusqu&#39;en 1936. Il avait été exclu du KPD l&#39;année précédente. (&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; Dictionnaire biographique..., op. cit., p. 477. &lt;/span&gt;) [ndlr] &lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;10. Ouvrier du bâtiment, Marinus Van der Lubbe ( 1909-1934 ) milita dès l&#39;adolescence au sein de la section des jeunesses du parti communiste de Leyde ( Pays Bas ) avant de rompre en 1931 avec la ligne officielle pour se consacrer aux luttes des chômeurs tout en sympathisant avec les communistes de conseils. En 1932, il fonda un éphémère&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; journal des chômeurs&lt;/span&gt;, prônant l&#39;autonomie des luttes et l&#39;auto-organisation des sans-emploi. Dans la soirée du 27 février 1933, il fut arrêté à l&#39;intérieur du Reichstag en flammes et revendiqua aussitôt son acte de protestation individuel contre un monument symbolique. D&#39;un côté, les nazis l&#39;accusèrent d&#39;être un agent communiste, tandis qu&#39;un décret instaurait l&#39;état d&#39;urgence et que des milliers d&#39;opposants étaient arrêtés. De l&#39;autre, l&#39;Internationale communiste le dénonça comme un provocateur nazi et mit en marche sa machine propagande pour répandre la calomnie. Cette double accusation donna naissance à l&#39;« un des mensonges les plus étonnants qui devaient entrer dans l&#39;histoire de nos jours » (Paul Barton, « Marinus Van der Lubbe ou le mythe dans l&#39;histoire » [1959], Agone, 2001, n° 25, p. 177-195; lire également Marinus Van der Lubbe, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Carnets de route de l&#39;incendiaire du Reichstag&lt;/span&gt;, textes présentés et annotés par Yves Pages et Charles Reeve, Verticales, 2003, p. 87-258; Nico Jassies, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Marinus Van der Lubbe et l&#39;incendie du Reichstag&lt;/span&gt;, Éditions antisociales, 2004, p. 9-79.) [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;11. En 1919, après avoir été le directeur des usines Krupp, Alfred Hugenberg ( 1865-1951 ) fondait un parti conservateur, le Deutschnationale Volkspartei. Durant la république de Weimar, il construisit un empire de presse favorable à la droite et à l&#39;extrême droite avant de devenir le ministre de l&#39;Économie du premier gouvernement de Hitler. [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;12. Originaire de Hambourg, Ernst Thaelmann ( 1886-1944 ) exerça divers métiers portuaires avant d&#39;émigrer en Amérique. Revenu dans sa ville natale en 1903, il adhéra au SPD et au syndicat des Transports. Licencié en 1914 et mobilisé l&#39;année suivante ( il fut blessé deux fois ), il adhéra au KPD en 1920. Membre du présidium de l&#39;Internationale communiste, il fut, à partir de 1924, l&#39;artisan de la bolchevisation du parti, dont il devint le président et le candidat aux élections présidentielles de 1925. Arrêté le 3 mars 1933 dans la banlieue de Berlin, il fut transféré de prison en prison avant d&#39;être assassiné le 18 août 1944 au camp de Buchenwald sur ordre de Himmler ( Dictionnaire biographique.... op. cit., p. 470-472). [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;13. Industriel hollandais qui ne cachait pas son admiration pour Hitler, sir Henry Deterding ( 1866-1939 ) était directeur général de la Royal Dutch Petroleum Company aux Pays-Bas, qui fusionna en 1907 avec The Shell Transport &amp;amp; Trading Company Ltd., de Londres, pour former la Royal Dutch/Shell. ( Lire « Les alliés d&#39;Hitler », Le Crapouillot, juillet 1933, p. 61-62. ) [ndlr]&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;*&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:85%;&quot;&gt;&lt;http: nl=&quot;&quot;&gt;&lt;www.left-dis.nl f=&quot;&quot; htm=&quot;&quot;&gt;&lt;/www.left-dis.nl&gt;&lt;/http:&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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André PRUDHOMMEAUX'/><author><name>Henri Alberti</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06784842279344525667</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='https://img1.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5329044634231914685.post-297537199483798930</id><published>2007-05-20T19:18:00.000+02:00</published><updated>2007-05-22T22:31:15.121+02:00</updated><category scheme="http://www.blogger.com/atom/ns#" term="MUSIL"/><title type='text'>LA BOUCLE EST BOUCLEE : DERNIER EXTRAIT DE ROBERT MUSIL</title><content type='html'>&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;DE LA BÊTISE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Conférence prononcée à Vienne&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;le 11 et répétée le 17 mars 1937&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;à l&#39;invitation du Werkbund autrichien&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: left;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mesdames et Messieurs,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Quelqu&#39;un qui entreprend de parler de la bêtise court aujourd&#39;hui le risque de subir quelque avanie : on peut l&#39;accuser de prétention, ou de vouloir troubler le cours de l&#39;évolution historique. J&#39;ai écrit moi-même il y a quelques années déjà : « Si la bêtise ne ressemblait pas à s&#39;y méprendre au progrès, au talent, à l&#39;espoir ou au perfectionnement, personne ne voudrait être bête. » C&#39;était en 1931 ; et nul ne s&#39;avisera de contester que le monde, depuis, n&#39;ait vu encore nombre de progrès et de perfectionnements ! Ainsi est-il devenu peu à peu impossible d&#39;ajourner la question : « Qu&#39;est-ce, au juste, que la bêtise ? »&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Je voudrais également ne pas oublier de dire qu&#39;en ma qualité d&#39;écrivain, je connais la bêtise depuis plus longtemps encore, que nous avons même eu plus d&#39;une fois des rapports collégiaux ! Au demeurant, dès qu&#39;un homme naît à la littérature, il se voit opposer une résistance presque indéfinissable et qui semble pouvoir prendre toutes les formes : que ce soit une forme personnelle, comme, par exemple, celle, toujours digne, du professeur d&#39;histoire littéraire qui, habitué à viser à des distances incalculables, manque désastreusement la cible dans l&#39;actualité ; que ce soit une forme plus générale, diffuse, comme l&#39;altération du jugement cri tique par le jugement commercial, depuis que Dieu, dans sa bonté - dont les voies nous demeurent obscures - a prêté langage humain même aux auteurs de films. J&#39;ai déjà décrit ici ou là certains de ces phénomènes ; refaire ou compléter ce bilan n&#39;est pas nécessaire ( et ce serait une tâche probablement impossible, avec l&#39;actuelle tendance de toutes choses au grossissement ) ; il suffira de relever comme un fait indéniable que le manque de sens artistique d&#39;un peuple ne s&#39;exprime pas seulement dans les mauvaises époques et sous forme grossière, mais aussi dans les bonnes et sous toutes les formes, à telle enseigne qu&#39;entre la répression ou l&#39;interdit et les doctorats &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;honoris causa&lt;/span&gt;, l&#39;attribution des chaires universitaires et les distributions de prix, il n&#39;y a qu&#39;une différence de degré.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Je me suis toujours douté que cette résistance multiforme d&#39;un peuple qui se pique d&#39;aimer l&#39;art à la création et à toute finesse d&#39;esprit n&#39;était que de la bêtise, peut-être une variété particulière de bêtise, une bêtise esthétique et peut-être aussi affective ; se manifestant de telle sorte, en tout cas, que ce que nous appelons « bel esprit » pourrait être qualifié aussi bien de « belle bêtise » ; aujourd&#39;hui encore, je ne vois guère de raisons de changer d&#39;avis. Sans doute ne peut-on ramener à la bêtise tout ce qui altère un dessein aussi pleinement humain que celui de l&#39;art ; il faut aussi - les expériences de ces dernières années en particulier l&#39;ont montré - faire leur part aux diverses variétés de veulerie. Mais il ne faudrait pas objecter que le concept de bêtise n&#39;a rien à voir ici, sous prétexte qu&#39;il concerne l&#39;entendement et non les sentiments dont l&#39;art, tout au contraire, relève. Ce serait une erreur. Même la jouissance esthétique est à la fois jugement et sentiment. Et vous me permettrez non seulement de rappeler, après ce grand axiome emprunté à Kant, que celui-ci parle d&#39;une capacité de jugement esthétique et de jugements de goût, mais encore de répéter l&#39;antinomie à laquelle il aboutit ainsi :&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Thèse : Le jugement de goût ne se fonde pas sur des concepts, car, sinon, l&#39;on en pourrait discuter ( trancher par la preuve ).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Antithèse : Il se fonde sur des concepts, sinon, l&#39;on ne pourrait même pas en discuter ( chercher une unanimité ).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Là-dessus, j&#39;ai envie de poser une question : n&#39;y aurait-il pas, à la base de la politique et du chaos de la vie en général, un juge ment et une antinomie analogues ? Et ne peut-on s&#39;attendre à trou ver, là où jugement et raison sont chez eux, leurs soeurs et sœurettes, les différentes formes de la bêtise ? Sur leur importance, je n&#39;insisterai pas davantage. Érasme de Rotterdam a noté, dans un livre délicieux, resté frais comme au premier jour, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;l&#39;Éloge de la folie&lt;/span&gt;, qu&#39;il est de certaines bêtises sans lesquelles l&#39;homme ne verrait même jamais le jour !&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Nous pouvons nous faire quelque idée du pouvoir, énorme autant qu&#39;éhonté, de la bêtise sur nous, en voyant l&#39;aimable conspiration de surprise qui accueille généralement celui qui prétend, alors qu&#39;on lui faisait confiance, évoquer ce monstre par son nom. J&#39;ai commencé par en faire sur moi l&#39;expérience ; je n&#39;ai pas tardé à en avoir la confirmation historique le jour où, parti à la recherche de prédécesseurs dans l&#39;étude de la bêtise - dont je n&#39;ai rencontré qu&#39;un petit nombre d&#39;ailleurs, les sages préférant apparemment traiter de la sagesse ! -, j&#39;ai reçu d&#39;un érudit de mes amis le texte d&#39;une conférence de 1866 dont l&#39;auteur est Joh. Ed. Erdmann, élève de Hegel et professeur à Halle. Cette conférence, intitulée De la bêtise, commence en effet par évoquer les rires qui avaient salué son annonce ; et depuis que je sais que même un hégélien peut y être exposé, je suis convaincu qu&#39;il y a quelque chose de particulier dans cette attitude de l&#39;homme envers celui qui veut traiter de la bêtise -, et la certitude d&#39;avoir ainsi provoqué un pouvoir psychologique puissant et profondément ambigu me remplit de perplexité.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Je préfère donc avouer d&#39;emblée ma faiblesse devant ce problème : c&#39;est que j&#39;ignore ce qu&#39;elle est. Je n&#39;ai pas découvert de théorie de la bêtise à l&#39;aide de laquelle je pourrais entreprendre de sauver le monde ; je n&#39;ai même pas trouvé, à l&#39;intérieur des limites de la réserve scientifique, un seul chercheur qui en ait fini son objet, pas même le témoignage d&#39;une unanimité qui se serait établie tant bien que mal à son sujet dans l&#39;analyse de phénomènes analogues. Peut être cela tient-il à mon manque d&#39;information ; mais il est plus probable que la question : « Qu&#39;est-ce que la bêtise ? » est aussi peu naturelle à la pensée moderne que la question : « Qu&#39;est-ce que le beau, ou le bien, ou l&#39;électricité ? » 1e désir de préciser cette notion et de trouver à cette question préliminaire à toute existence une réponse aussi pondérée que possible n&#39;en reste pas moins vif ; c&#39;est pourquoi, un beau jour, moi aussi, j&#39;ai voulu pouvoir répondre à la question de savoir ce qu&#39;est la bêtise « en réalité », et non plus sous quelle forme elle s&#39;étale, ce qui serait plutôt du devoir et du ressort de mon métier. Et dès lors que je me refusais l&#39;aide de la littérature et que celle de la science m&#39;était refusée, j&#39;ai essayé de m&#39;y prendre tout à fait naïvement, comme on est tenté de le faire en pareil cas, en étudiant simplement l&#39;usage du mot « bête » et des mots apparentés, en examinant les exemples les plus usuels et en m&#39;efforçant de confronter mes observations. Malheureusement, ce genre de méthode ressemble toujours un peu à la chasse aux papillons : on peut bien suivre un instant sans le perdre des yeux l&#39;objet que l&#39;on croit observer, mais comme il ne tarde pas à survenir d&#39;ailleurs, et par les mêmes zigzags, d&#39;autres lépidoptères tout semblables, on ne sait bientôt plus si c&#39;est toujours le même qu&#39;on poursuit. C&#39;est ainsi que les exemples de la famille bêtise ne permettront pas toujours de s&#39;assurer si leur parenté est vraiment originelle ou seulement extérieure, et si l&#39;on n&#39;est pas passé par mégarde de l&#39;un à l&#39;autre ; et il ne sera pas tellement aisé de les rassembler tous sous un même chapeau, dont on puisse dire qu&#39;il est vrai ment fait pour une tête vide.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;En pareil cas, la façon dont on commence est à peu près indifférente ; commençons donc n&#39;importe comment, mais de préférence peut-être par le problème initial, qui est que quiconque veut parler de la bêtise ou tirer quelque profit de tels propos doit par tir de l&#39;hypothèse qu&#39;il n&#39;est pas bête lui-même ; c&#39;est-à-dire pro clamer qu&#39;il se juge intelligent, bien que cela même passe généralement pour une marque de bêtise ! Or, si l&#39;on se demande pour quoi il en va ainsi, la première réponse qui vous vient à l&#39;esprit semble couverte d&#39;une couche de poussière domestique ancestrale, puisqu&#39;elle affirme que la prudence commande de ne pas se montrer intelligent. Cette prudence méfiante, aujourd&#39;hui tout d&#39;abord presque incompréhensible, date probablement d&#39;un temps où il était réellement plus intelligent, pour le plus faible, de ne pas être jugé tel ! La bêtise, au contraire, endort la méfiance ; elle « désarme », comme on le dit encore aujourd&#39;hui. On retrouve quelques traces de ce genre de finauderie dans certains rapports de dépendance où les forces sont à tel point inégales que le plus faible essaie de s&#39;en tirer en se faisant passer pour plus bête qu&#39;il n&#39;est ; ainsi, par exemple, dans ce qu&#39;on appelle les ruses de Normand, le commerce des domestiques avec leurs maîtres plus habiles à parler, les rapports du soldat avec l&#39;officier, de l&#39;élève avec le maître et de l&#39;enfant avec ses parents. Le faible qui ne peut pas irrite moins le détenteur du pouvoir que celui qui ne veut pas. La bêtise le met même « au désespoir », ce qui est indéniablement un état de faiblesse !&lt;br /&gt;Le fait que l&#39;intelligence le met volontiers « en cuirasse  » [ lui échauffe la bile ] cadre parfaitement avec cela. Sans doute l&#39;apprécie-t-on chez l&#39;homme servile, mais à la condition qu&#39;elle soit associée à un dévouement absolu. Dès l&#39;instant où ce certificat de bonne conduite lui fait défaut et qu&#39;il n&#39;est plus certain qu&#39;elle serve les intérêts du maître, plutôt qu&#39;intelligence, on la baptisera immodestie, insolence, malice ; et l&#39;on dirait souvent, alors, qu&#39;elle porte, à tout le moins, atteinte à l&#39;honneur et à l&#39;autorité du maître, même quand elle ne menace pas réellement sa sécurité. On le voit bien à l&#39;école, où l&#39;on traite plus rudement un élève doué mais indocile qu&#39;un rétif par apathie. En morale, cela nous a valu l&#39;idée qu&#39;une volonté est d&#39;autant plus mauvaise qu&#39;est meilleure la conscience contre laquelle elle agit. La justice elle- même n&#39;est pas restée entièrement à l&#39;abri de ce préjugé personnel : un crime perpétré avec intelligence est condamné plus sévèrement, comme « raffiné » et « cruel ». En politique enfin, chacun peut aller chercher ses exemples où il les trouve.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Mais la bêtise aussi - c&#39;est l&#39;objection sans doute inévitable ici -, bien loin qu&#39;elle apaise toujours, peut irriter. Pour être bref, disons qu&#39;elle excite ordinairement l&#39;impatience, mais aussi, dans des circonstances extraordinaires, la cruauté ; et les excès odieux de cette cruauté maladive que l&#39;on désigne couramment sous le nom de sadisme ne montrent que trop souvent, dans le rôle des victimes, des imbéciles. Cela vient évidemment de ce qu&#39;ils sont pour les cruels des proies plus faciles ; mais semble également lié au fait que l&#39;incapacité à résister qui émane de toute leur personne excite l&#39;imagination comme l&#39;odeur du sang le fauve, et l&#39;entraîne dans une sorte de désert où la cruauté « va trop loin » du seul fait, ou peu s&#39;en faut, qu&#39;elle ne se heurte nulle part à des limites. Il y a là un trait de souffrance dans celui qui inflige la souffrance, une faiblesse insérée dans sa brutalité ; et, bien que l&#39;indignation privilégiée de la compassion empêche généralement de le voir, il faut à la cruauté, comme à l&#39;amour, deux partenaire qui se conviennent ! Analyser cela serait certes une tâche importante dans une humanité aussi tourmentée que l&#39;actuelle par sa : « lâche cruauté envers les faibles » - selon la définition probablement la plus courante du sadisme ; mais si l&#39;on ne veut pas perdre de vue le but ici poursuivi, et eu égard à notre première petite collection d&#39;exemples, ce qui a été dit de ce sujet risque déjà d&#39;apparaître comme une digression ; dont on se contentera de retenir, pour l&#39;essentiel, qu&#39;il peut être bête de se prétendre intelligent, mais pas toujours intelligent de passer pour bête. Pas moyen d&#39;en tirer aucune généralisation ; ou la seule admissible serait que le plus intelligent que nous ayons à faire en ce monde est de nous y faire remarquer le moins possible ! Et de fait, c&#39;est là un trait qui a été tiré assez souvent sous le mot sagesse. Mais plus souvent encore, on n&#39;a fait de cette conclusion - qui porte à la sauvage rie - qu&#39;un usage timide ou purement symbolique ; après quoi la réflexion nous entraînerait dans le domaine des conseils de modestie ou d&#39;autres commandements plus vastes encore, sans d&#39;ailleurs nous faire sortir entièrement de ceux de la bêtise et de l&#39;intelligence.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;La crainte de paraître bête comme celle de heurter les convenances font que nombre d&#39;hommes qui se jugent intelligents se gardent bien de le dire. Et s&#39;ils se voient contraints néanmoins d&#39;en parler, ils recourent à des périphrases, du genre : « Je ne suis pas plus bête qu&#39;un autre. » Mais on préfère encore énoncer, sur un ton aussi neutre et objectif que possible, cette remarque « Je crois pouvoir dire que j&#39;ai une intelligence normale. » D&#39;autres fois, la conviction d&#39;être intelligent ressurgit par la bande, comme dans la phrase idiomatique : « Je ne me laisse pas rendre bête ! » La chose est d&#39;autant plus remarquable que ce n&#39;est pas seulement l&#39;individu privé qui se juge, dans le secret de son coeur, extraordinairement intelligent et bien doté, mais que l&#39;homme public aussi dit ou fait dire de lui, dès qu&#39;il en a le pouvoir, qu&#39;il est suprêmement intelligent, éclairé, noble, souverain, gracieux, élu de Dieu et voué à un destin historique. Il va même jusqu&#39;à le dire d&#39;un autre, pour peu que le reflet de celui-ci ajoute à son propre éclat. Nous en trouvons dans des titres comme Votre Majesté, Votre Éminence, Votre Excellence ou Votre Grâce les traces fossilisées et à peu près définitivement mortes ; mais cela retrouve pleine vitalité aujourd&#39;hui chaque fois que l&#39;homme parle en qualité de masse. Une certaine couche inférieure des classes moyennes - intellectuellement et moralement parlant - surtout, affiche à cet égard une prétention proprement indécente dès qu&#39;elle se manifeste à l&#39;abri d&#39;un parti, d&#39;une nation, d&#39;une secte ou même d&#39;une tendance artistique et se sent habilitée à dire « nous » au lieu de « je ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sous une réserve qui va de soi et peut donc être négligée, cette prétention peut aussi avoir nom vanité ; et il règne en fait aujourd&#39;hui sur l&#39;âme de nombreux États et nations des sentiments parmi lesquels la vanité occupe indéniablement une place privilégiée ; or, il y a depuis toujours entre bêtise et vanité un lien étroit - ce qui nous fournit peut-être une indication. Quel qu&#39;un de bête paraît souvent vaniteux, déjà, du seul fait qu&#39;il n&#39;a pas l&#39;intelligence de le cacher ; mais cela même ne serait pas nécessaire, au fond, parce que la parenté de la vanité et de la bêtise est d&#39;ordre direct : quelqu&#39;un de vaniteux donne l&#39;impression qu&#39;il produit moins qu&#39;il ne le pourrait - comme une machine dont la vapeur s&#39;échappe au mauvais endroit. Le vieil adage : « Vanité et bêtise poussent sur la même tige » ne veut pas dire autre chose, tout comme l&#39;expression : la vanité « aveugle ». Ce que nous associons à la notion de vanité est bien l&#39;attente d&#39;une production moindre, l&#39;autre sens du mot « vain » étant tout proche d&#39; « inutile ». Et cette moindre production est attendue même là où il y a tout de même production : vanité et talent aussi sont assez sou vent liés ; mais nous avons alors l&#39;impression que la production pourrait être supérieure, si le vaniteux lui-même n&#39;y faisait obstacle. Cette représentation, si tenace, d&#39;une production inférieure apparaîtra d&#39;ailleurs plus loin comme la représentation la plus générale que nous nous fassions de la bêtise.&lt;br /&gt;Mais si l&#39;on évite le comportement vaniteux, ce n&#39;est pas, on le sait, parce qu&#39;il peut être bête, c&#39;est surtout parce qu&#39;il heurte les convenances. « Qui se loue s&#39;emboue », dit un vieux proverbe ; et cela signifie que fanfaronner, trop parler de soi et trop se van ter est jugé non seulement inintelligent, mais inconvenant. Si je ne me trompe, les exigences que cela blesse font partie des nombreux et divers commandements de réserve destinés à ménager le contentement de soi, en présupposant que celui-ci est aussi grand en autrui qu&#39;en vous-même. Mais ces commandements sur les dis tances à observer condamnent également l&#39;usage des mots trop directs, ils règlent les formules de salutation, interdisent de contredire sans s&#39;en être excusé ou de commencer une lettre par le mot « je »; en bref, ils exigent le respect de certaines règles afin d&#39;éviter trop de familiarité - c&#39;est-à-dire de proximité. Ils ont pour tâche d&#39;aplanir et d&#39;harmoniser les contacts, de faciliter l&#39;amour de soi comme celui du prochain et d&#39;assurer au commerce des hommes, en quelque sorte, une température moyenne ; ce genre de prescriptions se retrouvent dans toutes les sociétés, plus encore, même, dans les primitives que dans les très civilisées, et ne sont même pas ignorées de celle, muette, des animaux, comme il est aisé de le déceler dans nombre de leurs cérémonials. Or, ce souci de distance interdit non seulement de se louer soi- même, mais aussi de louer autrui à l&#39;excès. Dire à quelqu&#39;un, en face, qu&#39;il est un génie ou un saint serait presque aussi énorme que de l&#39;affirmer de soi ; se barbouiller le visage ou s&#39;arracher les cheveux ne vaudrait guère mieux, pour notre goût actuel, qu&#39;insulter autrui. On se contente d&#39;insinuer que l&#39;on n&#39;est pas plus bête ou plus mauvais qu&#39;un autre, comme on l&#39;a déjà noté plus haut !&lt;br /&gt;Évidemment, ce qui est proscrit lorsque l&#39;ordre règne, ce sont les propos sans mesure et sans moeurs. Et, après avoir parlé de la vanité dont les peuples et les partis font étalage aujourd&#39;hui à force de se croire éclairés, il faut maintenant ajouter que la majorité épicurienne - exactement comme l&#39;individu mégalomane dans ses rêves éveillés - a monopolisé non seulement la sagesse, mais encore la vertu, et se trouve brave, noble, invincible, pieuse et belle ; d&#39;autant que les hommes, dans le monde actuel, ont tendance, dès lors qu&#39;ils sont en nombre, à se permettre tout ce qui leur est interdit en tant qu&#39;individus. Du coup, à voir ces privilèges du « nous » devenu grand, on a l&#39;impression que le travail de civilisation et de domestication croissantes de l&#39;individu doit être compensé par une décivilisation proportionnelle des nations, des États et des confréries politiques ; ce qui se manifeste là publique ment n&#39;est rien d&#39;autre qu&#39;un trouble de l&#39;équilibre affectif antérieur, au fond, à l&#39;opposition du moi et du nous, de même qu&#39;à toute évaluation morale. Mais est-ce encore - nous demandera-t-on - de la bêtise, cela a-t-il encore le moindre rapport avec elle ?&lt;br /&gt;Chers auditeurs ! Personne n&#39;en doute. Mais permettez-nous plu tôt, avant de répondre, de reprendre haleine à l&#39;aide d&#39;un exemple qui n&#39;est pas sans agrément ! Nous tous, mais plus particulière ment nous autres hommes, et avant tout les écrivains célèbres, nous connaissons ce type de dame qui brûle de nous confier le roman de sa vie et dont l&#39;âme semble avoir été constamment dans une situation intéressante sans jamais aboutir à l&#39;heureuse issue qu&#39;elle attend peut-être, justement, de nous. Cette dame est-elle bête ? Quelque chose, dans l&#39;abondance de nos impressions, nous chuchote généralement que oui. Mais la politesse, et l&#39;équité aussi bien, commandent d&#39;admettre qu&#39;elle ne l&#39;est pas complètement, ni toujours. Elle parle beaucoup d&#39;elle-même, et beaucoup tout court. Elle tranche, avec décision, de tout. Elle est vaniteuse et indiscrète. Elle nous fait souvent la leçon. D&#39;ordinaire, elle n&#39;est pas tout à fait en règle avec sa vie amoureuse ; et la vie, en général, ne lui réussit pas trop bien. Mais n&#39;y a-t-il pas d&#39;autres varié tés humaines auxquelles tout cela, ou presque, s&#39;applique aussi exactement ? Beaucoup parler de soi, par exemple, est aussi un défaut des égoïstes, des anxieux et même d&#39;une certaine catégorie de mélancoliques. Et tous ces traits s&#39;appliquent parfaitement à la jeunesse ; où c&#39;est presque un phénomène de croissance entre d&#39;autres que de beaucoup parler de soi, être vaniteux, donneur de leçons, pas en règle avec la vie, en un mot, de montrer exactement les mêmes défauts d&#39;intelligence et de convenance - sans être pour autant bête ou, du moins, plus bête qu&#39;il n&#39;est naturel à quelqu&#39;un qui, précisément, n&#39;est pas encore devenu intelligent !&lt;br /&gt;Mesdames, Messieurs ! Les jugements de la vie quotidienne et de son anthropologie mettent le plus souvent dans le mille, mais également, d&#39;ordinaire, à côté. Ils n&#39;ont pas été formés en vue d&#39;une véritable doctrine ; ils ne font en fait que représenter des mouvements d&#39;assentiment ou de refus de l&#39;esprit. L&#39;exemple précédent montre donc simplement que quelque chose peut être bête sans l&#39;être nécessairement, que la signification du mot change avec le contexte, et que la bêtise est étroitement entretissée avec autre chose, sans que dépasse nulle part le fil qui permettrait, si l&#39;on tirait dessus, de défaire d&#39;un coup toute l&#39;étoffe. La génialité même est indissolublement liée à la bêtise ; et l&#39;interdiction, sous peine de passer pour bête, de trop parler de soi, l&#39;humanité a su la tourner de façon originale : en inventant l&#39;écrivain. Lui, a le droit, au nom du sens de l&#39;humain, de raconter qu&#39;il a bien mangé, que le soleil brille dans le ciel, il a le droit de s&#39;extérioriser, de divulguer des secrets, de faire des confidences, de livrer brutale ment des bilans personnels - du moins nombre d&#39;entre eux y tiennent-ils ! -; tout cela comme si l&#39;humanité s&#39;autorisait là exceptionnellement tout ce qu&#39;elle s&#39;interdit ailleurs. De la sorte, elle parle inlassablement d&#39;elle-même et se trouve avoir raconté déjà des millions de fois, grâce aux écrivains, les mêmes histoires et les mêmes aventures, sans en retirer pour elle le moindre progrès ou gain de sens. Ne serait-elle pas là, dans l&#39;usage qu&#39;elle fait de sa littérature et la docilité de celle-ci à cet usage, suspecte à son tour, après tout, de bêtise ? Quant à moi, je ne tiens nullement la chose pour impossible !&lt;br /&gt;Il existe en tout cas, entre les champs d&#39;application de la bêtise et de l&#39;immoralité - ce mot compris au sens large, aujourd&#39;hui peu usuel, qui équivaut à peu près à ignorance de ce qu&#39;est l&#39;es prit plutôt qu&#39;inintelligence - un mélange complexe d&#39;analogies et de différences. Et ces liens sont sans aucun doute proches de ce que Johann Eduard Erdmann a exprimé dans un passage célèbre de la conférence susmentionnée en affirmant que la brutalité était « la pratique de la bêtise ». Il écrit : « Les paroles [...] ne sont pas la seule, manifestation d&#39;un état d&#39;esprit. Celui-ci se traduit aussi par des actes. Il en va de même de la bêtise. &quot; Faire des bêtises &quot; - la pratique de la bêtise, donc - ou la bêtise en action, c&#39;est ce que nous appelons la brutalité. » Or, cette affirmation convaincante nous apprend en particulier que la bêtise est une faute contre le sentiment - puisque la brutalité en est une ! Ce qui nous ramène tout droit dans la direction de ce « trouble de l&#39;équilibre affectif » auquel on avait pu faire allusion plus haut sans lui trou ver d&#39;explication. Il reste que l&#39;explication que suppose la phrase d&#39;Erdmann ne coïncide pas non plus parfaitement avec la vérité ; car, sans parler du fait qu&#39;elle concerne uniquement l&#39;individu brutal, non dégrossi, opposé à l&#39;homme « éduqué » et n&#39;englobe nullement toutes les applications de la bêtise, la brutalité n&#39;est pas simplement une bêtise, ni la bêtise simplement une brutalité ; c&#39;est pourquoi, dans le rapport de l&#39;affect et de l&#39;intelligence tels qu&#39;ils se retrouvent combinés dans la « bêtise appliquée », il reste encore beaucoup de choses à élucider. C&#39;est à quoi il faut main tenant en venir, et qu&#39;on ne saurait mieux faire, là encore, qu&#39;à l&#39;aide d&#39;exemples.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tient-on à mieux cerner les contours du concept de bêtise, il faut avant tout assouplir le jugement selon lequel la bêtise serait uniquement ou par excellence un manque d&#39;intelligence ; comme on l&#39;a déjà noté d&#39;ailleurs en montrant que la représentation la plus courante que nous nous en faisons semble être celle de l&#39;abdication devant les tâches les plus diverses, donc celle d&#39;un man que physique et intellectuel en général. Nos patois nous en fournissent un exemple frappant : le mot qui désigne un dur d&#39;oreille - donc un défaut physique - est &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;derisch&lt;/span&gt; ou &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;terisch&lt;/span&gt;, c&#39;est-à-dire &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;tôrisch&lt;/span&gt; [fou], mot pas très éloigné de « bête ». Au demeurant, c&#39;est tout à fait dans le même sens qu&#39;est pris d&#39;ordinaire, populaire ment, le reproche de bêtise. Quand un champion sportif a une défaillance au moment décisif, il dit volontiers ensuite : «  J &#39;ai perdu la tête », ou « Je ne sais pas où j&#39;avais la tête  », bien que le rôle de la tête en boxe ou en natation reste assez difficile à préciser. De même, dans un groupe d&#39;enfants ou une confrérie sportive, quiconque se montre maladroit, fût-il un Hôlderlin, est taxé de bêtise. De même encore, en affaires, celui qui n&#39;est ni rusé ni sans scrupules passe-t-il souvent pour bête. Dans l&#39;ensemble, ces espèces-là de bêtise correspondent à des espèces d&#39;intelligence antérieures à celles officiellement en honneur de nos jours ; par exemple, si mes renseignements sont exacts, les anciens Germains mettaient non seulement les représentations morales, mais même les concepts d&#39;instruction, d&#39;expérience et de sagesse, autrement dit les concepts intellectuels, en rapport avec la guerre et le combat. Ainsi donc, chaque intelligence a sa bêtise, et la psychologie animale elle-même a pu découvrir, dans ses tests d&#39;intelligence, qu&#39;à chaque « type de performance » correspond un autre « type de bêtise ».&lt;br /&gt;Celui qui chercherait le concept d&#39;intelligence le plus général serait donc amené par ces analogies à adopter celui de « capa cité » ; de sorte que tout homme incapable pourrait à l&#39;occasion être qualifié de bête. En fait, il en va ainsi même quand la capa cité relative à une certaine bêtise n&#39;est pas expressément qualifiée d&#39;intelligence. L&#39;espèce de capacité qui passe au premier plan et prête pour un temps son contenu aux concepts d&#39;intelligence et de bêtise dépend des formes de vie. Aux époques d&#39;insécurité personnelle, la ruse, la force, l&#39;acuité des sens et l&#39;adresse physique imprégneront le concept d&#39;intelligence ; aux époques plus intellectuelles - et il faut ajouter, avec les réserves hélas nécessaires, bourgeoises -, c&#39;est l&#39;activité cérébrale qui s&#39;y substitue. Plus exactement, c&#39;est l&#39;activité supérieure de l&#39;esprit qui le devrait ; mais le cours des choses a entraîné la prépondérance du seul entende ment, qui s&#39;inscrit sur le visage vide et sous le front dur de l&#39;homme affairé ; ainsi s&#39;explique que, de nos jours, intelligence et bêtise, comme s&#39;il n&#39;en pouvait aller autrement, concernent uniquement l&#39;entendement et la mesure de ses capacités, bien que ce soit quelque peu partial.&lt;br /&gt;Le concept général d&#39;incapacité, lié au mot « bête » - dans le sens aussi bien d&#39;incapacité totale que de n&#39;importe quelle incapacité particulière - implique donc aussi une conséquence frappante : c&#39;est que les mots « bête » et « bêtise », parce qu&#39;ils signifient incapacité en général, peuvent remplacer à l&#39;occasion n&#39;importe quel mot destiné à en désigner une particulière. C&#39;est une des raisons pour lesquelles le reproche réciproque de bêtise est aujourd&#39;hui si répandu. (A un autre égard, c&#39;est aussi la cause de la difficulté que l&#39;on rencontre à le définir, comme nos exemples l&#39;ont montré.) Songeons un instant aux annotations qui couvrent les marges des plus ambitieux romans restés assez longtemps dans le circuit presque anonyme des bibliothèques de prêt : on constatera que le jugement du lecteur enfin seul avec l&#39;auteur s&#39;exprime de préférence par le mot &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;bête !&lt;/span&gt; ou ses équivalents : &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;stupide !&lt;/span&gt;, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;absurde !&lt;/span&gt;, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;bêtise insondable !&lt;/span&gt;, etc. Telles sont aussi les premières formulations de l&#39;indignation qui s&#39;exprime dans les salles de théâtre ou les galeries de peinture quand l&#39;homme affronte en masse un créateur qui le choque. Et ce serait également le lieu de parler du mot kitsch qui, parmi les artistes eux-mêmes, est la traduction privilégiée des premières réactions ; sans que l&#39;on puisse, à ma connaissance du moins, le définir ni expliquer son emploi, à moins de recourir au verbe &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;verkitschen&lt;/span&gt; qui signifie, dans l&#39;usage dialectal, « céder au-dessous du prix » ou « brader ». &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Kitsch&lt;/span&gt; désigne rait donc une marchandise de camelote ou de rebut ; et je crois volontiers que l&#39;on retrouverait ce sens, transposé bien entendu sur le plan de l&#39;esprit, chaque fois que le terme est employé inconsciemment à bon droit.&lt;br /&gt;Dès lors que la camelote, les soldes prennent essentiellement, dans ce mot, le sens de marchandise « incapable », sans valeur pratique, et que l&#39;incapacité et l&#39;absence de valeur pratique forment également la base de l&#39;emploi du mot « bête », il est à peine exagéré d&#39;affirmer que nous sommes enclins à qualifier tout ce qui ne nous convient pas - surtout quand nous prétendons, à part cela, l&#39;estimer hautement « culturel » - de « plus ou moins bête ». Et, pour définir ce « plus ou moins », il est significatif que l&#39;usage des termes de bêtise soit inséparable d&#39;un autre, qui englobe les expressions non moins imparfaites du vulgaire et du moralement choquant ; ce qui reporte une seconde fois notre attention sur le destin commun des notions de « bêtise » et d&#39; « inconvenance ». Parmi les jugements critiques sur l&#39;art ou sur la vie tout à fait bruts et non dégrossis, on trouve en effet non seulement le mot kitsch, formule esthétique d&#39;origine intellectuelle, mais des exclamations de type moral telles que « cochonnerie !- », « dégoûtant ! », « ignoble ! », « morbide ! », « scandaleux ! ». Il se peut néanmoins que ces expressions impliquent encore, même utilisées indistincte ment, un effort intellectuel et quelque nuance de sens ; aussi finit on par leur substituer en dernier ressort l&#39;exclamation déjà presque inarticulée : « d&#39;une vulgarité ! » qui peut remplacer toutes les autres et se partager l&#39;empire du monde avec son pendant « d&#39;une bêtise ! ». Si ces deux formules peuvent le cas échéant se substituer à toutes les autres, c&#39;est évidemment que « bête » a pris l&#39;acception d&#39;incapable en général, et « vulgaire » celle d&#39;inconvenant en général. Épions les jugements des humains les uns sur les autres, aujourd&#39;hui : il apparaîtra que l&#39;autoportrait de l&#39;humanité, tel qu&#39;il se constitue clandestinement à partir de photographies de groupes réciproques, est fait exclusivement de variations sur ces deux termes disgracieux.&lt;br /&gt;Peut-être, vaut-il la peine d&#39;y réfléchir. Indubitablement, tous deux représentent le niveau le plus bas d&#39;un jugement encore à l&#39;état d&#39;ébauche, la critique encore totalement informe de quel qu&#39;un qui sent que quelque chose ne va pas sans pouvoir dire quoi. Le recours à ces deux mots est la traduction la plus simpliste qui se puisse d&#39;un refus, c&#39;est le commencement d&#39;une riposte, mais aussi, déjà, sa fin. Il y a là un aspect « court-circuit », et on le comprendra mieux si l&#39;on songe que « bête » et « vulgaire », quel que puisse être leur sens, s&#39;emploient aussi comme injures. Car la signification des injures, on le sait, dépend moins de leur teneur que de leur usage ; c&#39;est ainsi que nombre d&#39;entre nous, qui aiment les ânes, se sentent offensés d&#39;être traités comme tels. L&#39;injure n&#39;assume pas l&#39;image qu&#39;elle évoque, mais un mélange d&#39;images, de sentiments et d&#39;intentions qu&#39;elle ne peut que signaler, mais absolument pas traduire. Notons en passant qu&#39;elles partagent ce caractère avec les mots à la mode et les mots étrangers, ce qui explique que ceux-ci paraissent indispensables alors même qu&#39;on pourrait fort bien leur trouver des équivalents. C&#39;est pour cette raison aussi qu&#39;il y a dans les injures un élément irritant - insaisissable - qui doit coïncider avec leur intention bien plus qu&#39;avec leur teneur ; et rien ne le montre mieux peut-être que les noms que se lancent à la tête les enfants pour se taquiner. Il suffit par fois qu&#39;un enfant traite l&#39;autre de « Jules » ou d&#39; « Auguste » pour le mettre, grâce à de mystérieuses connexions, en fureur.&lt;br /&gt;Mais ce que nous disons là des injures, des mots taquins, des termes étrangers ou à la mode, on peut le dire aussi des mots d&#39;amour, des slogans, des mots pour rire ; et la caractéristique commune à tous ces mots au demeurant si divers, c&#39;est qu&#39;ils sont au service d&#39;un affect et qu&#39;ils doivent justement à leur imprécision et à leur inobjectivité de pouvoir empiéter sur de vastes zones de termes plus pertinents, plus objectifs et plus rigoureux. Il est clair que ce besoin peut se faire sentir quelquefois dans la vie, et on ne lui déniera pas toute valeur ; mais ce qui se produit alors, nul doute non plus que ce ne soit bête, ou n&#39;emprunte, en quelque sorte, les chemins mêmes de la bêtise : phénomène dont l&#39;étude est particulièrement aisée sur un des exemples majeurs et en quel que sorte officiels du manque de cervelle, la panique. Quand quel qu&#39;un est soumis à une épreuve trop lourde pour lui, que ce soit une peur subite ou une trop longue pression morale, il peut arriver qu&#39;il agisse, soudain, en « écervelé ». Il peut se mettre à hurler, comme le font les enfants, il peut fuir « à l&#39;aveuglette » un danger ou, non moins aveuglément, s&#39;y jeter ; ou encore se trouver en proie à un besoin effréné de détruire, d&#39;injurier ou de gémir. En bref, au lieu du seul acte efficace qu&#39;exigerait la situation, il en accomplit quantité d&#39;autres qui sont apparemment toujours, en réalité bien souvent inutiles, sinon même contre-indiqués. Le meilleur exemple de cette contradiction est la « terreur panique » ; mais on peut aussi parler, en un sens moins strict, de paniques de fureur, d&#39;avidité et même de tendresse - c&#39;est-à-dire dans tous les cas où un état de surexcitation ne peut prendre fin que de façon aussi violente qu&#39;aveugle et insensée. Qu&#39;il existe un courage panique, distinct de la terreur panique uniquement par le résultat opposé, un homme aussi spirituel que courageux l&#39;a noté il y a fort longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les psychologues estiment qu&#39;il se produit, dans la panique, une suspension d&#39;activité de l&#39;intelligence et, plus généralement, des fonctions supérieures de l&#39;esprit auxquelles se substitue un mouvement psychique plus primitif ; mais il est permis d&#39;ajouter que ce qui accompagne alors la paralysie et l&#39;étranglement de l&#39;entendement, c&#39;est une régression beaucoup moins vers l&#39;action instinctuelle que, à travers elle, vers un instinct du dernier recours et une dernière forme d&#39;action d&#39;urgence. Cette forme d&#39;action est celle de l&#39;absolu désarroi ; dépourvue de tout plan, il semble que la raison, comme tout instinct de salut, l&#39;ait abandonnée ; mais son plan inconscient consiste à remplacer la qualité des actions par leur quantité, et son astuce, qui n&#39;est pas médiocre, se fonde sur la probabilité que sur cent tentatives aveugles, loin de la cible, il y en ait une qui la touche. L&#39;homme qui a perdu la tête, l&#39;in secte qui, après s&#39;être heurté des heures au battant fermé d&#39;une fenêtre, trouve enfin, par hasard, à fuir par celui resté ouvert, n&#39;agissent pas .autrement, dans leur désarroi, que ne le fait le tacticien par calcul quand, pour « couvrir » son objectif, il recourt au tir en gerbe ou au tir dispersé, ou même simplement au shrapnell ou à la grenade.&lt;br /&gt;C&#39;est là, en d&#39;autres termes, substituer à une action intensive une action extensive, et rien n&#39;est plus humain que de remplacer la propriété des termes et des actions par leur quantité. Or, il y a dans l&#39;usage des mots imprécis une grande analogie avec le recours à un grand nombre de mots ; en effet, plus un mot est imprécis, plus nombreuses sont les choses auxquelles on peut l&#39;appliquer ; et l&#39;on peut en dire autant des mots non objectifs. Si ces mots sont bêtes, la bêtise s&#39;apparentera donc à l&#39;état de panique ; et l&#39;abus de cette accusation de bêtise et de ses pareilles ressemblera fort à une tentative de sauvetage psychique au moyen de méthodes archaïques et - sans doute a-t-on le droit de le dire - malsaines. Et l&#39;on peut reconnaître en effet, dans l&#39;emploi correct de l&#39;accusation selon laquelle une chose est bête - ou vulgaire -, non seulement une suspension de l&#39;intelligence, mais encore une tendance aveugle à une fuite ou à des actes de destruction dépourvus de sens. Ces mots ne sont pas de simples termes injurieux, ils représentent toute une scène d&#39;outrage. Quand ils, constituent le tout dernier recours, les voies de fait ne sont pas loin. Pour revenir à des exemples cités plus haut, on voit, dans de tels cas, des tableaux - à défaut de celui qui les a peints - attaqués à coups de parapluie, des livres jetés à terre, comme si ce geste suffisait à les désamorcer. Mais là aussi, on retrouve l&#39;oppression paralysante qui précède ces accès et dont ils sont censés libérer : « on manque d&#39;étouffer » de dépit; « on n&#39;a plus de mots », hors les plus généraux et les plus pauvres, pour traduire son état; « on en perd la parole », « on en a le souffle coupé ». L&#39;homme qui a perdu la parole, et la tête, à ce point ne peut plus qu&#39;éclater. Il subit un sentiment intolérable d&#39;insuffisance, et les mots qui précèdent sou vent l&#39;explosion : « finalement, c&#39;était par trop bête », se révèlent étonnamment perspicaces. Mais c&#39;est « j&#39;étais par trop bête » qu&#39;il fallait dire. Dans les périodes où l&#39;on apprécie particulièrement l&#39;énergie et la poigne, il n&#39;est pas inutile de penser aussi à ce qui leur ressemble quelquefois à s&#39;y méprendre.&lt;br /&gt;Mesdames et Messieurs ! On parle beaucoup aujourd&#39;hui d&#39;une crise de confiance de l&#39;humanisme, d&#39;une crise qui menacerait la confiance que l&#39;on a mise en l&#39;homme jusqu&#39;ici ; on pourrait aussi parler d&#39;une sorte de panique sur le point de succéder à l&#39;assurance où nous étions de pouvoir mener notre barque sous le signe de la liberté et de la raison. Et nous ne devons pas nous dissimuler que ces deux concepts moraux - qui s&#39;étendent à la morale de la création  artistique : liberté et raison, concepts que l&#39;âge classique du cosmopolitisme allemand nous avait légués comme critères de la dignité humaine, ont commencé, dès le milieu du XIXe siècle, ou un peu plus tard, à montrer des signes de décrépitude. Ils ont peu à peu cessé d&#39; « avoir cours », on n&#39;a plus bien su « qu&#39;en faire » ; et si on les a laissés se ratatiner pareillement, le mérite en revient moins à leurs adversaires qu&#39;à leurs défenseurs. Or, nous ne devons pas davantage imaginer revenir jamais, nous ou nos descendants, à ces représentations telles quelles ; notre tâche, et le sens des épreuves imposées à l&#39;esprit, sera plutôt - comme c&#39;est la tâche, pleine d&#39;espoir et de tourments, si rarement comprise, de chaque génération - d&#39;accomplir avec le moins de pertes possibles le pas toujours nécessaire et si désiré au-devant du Nouveau ! Et plus on aura négligé la transition, indispensable au moment voulu, par des idées intermédiaires entre tradition et changement, plus on aura besoin, pour réussir, de s&#39;appuyer sur des représentations claires de ce qui est vrai, raisonnable, significatif, intelligent, et par conséquent, inversement, de ce qui est bête. Mais comment se former une notion, même partielle, de la bêtise, quand vacillent celles d&#39;entendement et de sagesse ? A quel point les conceptions changent avec le temps, permettez-moi de vous en donner le petit exemple que voici : dans un manuel de psychiatrie naguère bien connu, à la question : « Qu&#39;est-ce que la justice ? », la réponse suivante : « C&#39;est que l&#39;autre soit puni ! » était citée comme un exemple d&#39;imbécillité notoire; aujourd&#39;hui en revanche, elle constitue le fondement d&#39;une conception du droit surabondamment commentée. Je crains donc que les développements même les plus modestes ne puissent trouver de conclusion, si l&#39;on n&#39;arrive pas au moins à pressentir l&#39;existence d&#39;un noyau indépendant des variations temporelles. D&#39;où encore une ou deux remarques et questions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis nullement habilité à me présenter comme psychologue, et je m&#39;en garderai bien ; mais un rapide coup d&#39;oeil du côté de cette science est sans doute la première chose dont on puisse attendre quelque secours dans notre cas. La psychologie ancienne avait distingué entre la sensibilité, la volonté, le sentiment et le pouvoir de représentation ou intelligence ; à ses yeux, il était clair que la bêtise équivalait à un faible degré d&#39;intelligence. Mais la psychologie moderne a retiré de son importance à la distinction élémentaire des pouvoirs psychiques, reconnu l&#39;interdépendance et l&#39;interpénétration des différentes activités de l&#39;âme et, du même coup, rendu la réponse à la question de la signification psychologique de la bêtise infiniment moins simple. La conception actuelle admet encore, bien entendu, une certaine autonomie de l&#39;activité de l&#39;entendement ; mais il semble probable que, même dans les situations de sérénité maximale, l&#39;attention, la compréhension, la mémoire et presque tout ce qui relève de l&#39;entendement dépendent aussi des caractères affectifs ; à quoi vient s&#39;ajouter, dans les moments de passion ou d&#39;intense réflexion, une seconde forme d&#39;interpénétration où intelligence et affectivité sont absolument indissociables. Or, cette difficulté de dissocier entendement et sentiment dans le concept d&#39;intelligence va se retrouver naturelle ment pour celui de bêtise ; et quand la psychologie médicale, par exemple, recourt, pour décrire l&#39;activité mentale des faibles d&#39;es prit, à des termes tels que : pauvre, imprécise, incapable d&#39;abs traction, confuse, lente, influençable, superficielle, bornée, rigide, pointilleuse, instable, décousue, il saute aux yeux que ces qualificatifs renvoient tantôt à l&#39;entendement, tantôt au sentiment. On peut donc affirmer que bêtise et intelligence relèvent à la fois de l&#39;un et de l&#39;autre ; quant à savoir s&#39;ils relèvent plus de l&#39;un que de l&#39;autre, si, par exemple, dans l&#39;imbécillité, la faiblesse de l&#39;intelligence est « au premier plan », ou si c&#39;est, chez nombre d&#39;illustres rigoristes moraux, la sclérose du sentiment, voilà une question que l&#39;on peut abandonner aux spécialistes ; nous autres pro fanes devrons nous débrouiller de façon un peu plus libre.&lt;br /&gt;Dans la vie de tous les jours, on entend généralement par un homme bête quelqu&#39;un d&#39; « un peu faible de la tête ». Mais il existe une grande variété d&#39;anomalies intellectuelles et psychiques capables de si bien entraver, contrarier, fourvoyer même une intelligence naturellement intacte, que l&#39;on aboutit finalement derechef à quelque chose pour quoi le langage ne dispose guère, une fois de plus, que du mot bêtise. Ce terme en englobe donc deux espèces au fond très différentes : une bêtise toute honnête, toute simple, et une autre qui, assez paradoxalement, peut même être un signe d&#39;intelligence. La première tient plutôt à une faiblesse générale de l&#39;entendement, la seconde à une faiblesse de celui-ci par rap port à un objet particulier ; c&#39;est, de loin, la plus dangereuse.&lt;br /&gt;La bêtise honnête est un peu lente à comprendre, elle n&#39;a pas « la comprenette facile », comme on dit. Pauvre en représentations et en vocabulaire, elle ne sait guère s&#39;en servir. Elle préfère le banal, dont la fréquence même rend l&#39;assimilation plus aisée ; et une fois qu&#39;elle a assimilé quelque chose, elle n&#39;est guère encline à se le laisser reprendre trop vite, ni à permettre qu&#39;on l&#39;analyse, ou à équivoquer dessus. Elle a d&#39;ailleurs sa large part des « bonnes joues » de la vie ! Sans doute est-elle souvent confuse dans sa réflexion, que paralyse aisément toute expérience nouvelle ; du coup, elle s&#39;en tient de préférence à ce qui est accessible aux sens, à ce qu&#39;elle peut, en quelque sorte, compter sur ses doigts. En un mot, c&#39;est la brave « pure bêtise » ; et si elle ne se montrait parfois désespérément crédule, confuse et incorrigible, ce serait un phénomène tout à fait plaisant.&lt;br /&gt;Je ne puis me retenir d&#39;en illustrer encore quelques aspects, en empruntant mes exemples au &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Traité de psychiatrie&lt;/span&gt; de Bleuler.  Ce que nous expédierions d&#39;une formule : « Médecin au chevet d&#39;un malade », devient pour un faible d&#39;esprit : «Un homme tenant la main à un autre couché dans le lit, une soeur est debout à côté. » Tout à fait le style d&#39;un peintre primitif ! Une servante un peu timbrée prend pour une mauvaise plaisanterie le conseil de confier ses économies à une Caisse d&#39;épargne afin qu&#39;el les produisent des intérêts : qui serait assez bête pour lui garder son argent et lui donner encore des sous par-dessus le marché ? ! Réponse témoignant d&#39;une tournure d&#39;esprit chevaleresque et d&#39;une conception de l&#39;argent que l&#39;on ne trouvait plus, dans ma jeunesse déjà, que chez de vieilles personnes distinguées ! Un troisième débile mental, symptomatiquement, prétend qu&#39;une pièce de 2 F a moins de valeur qu&#39;une pièce de 1 F plus deux de 50 centimes, en expliquant que la pièce de 2 F, il faut la changer, et qu&#39;on en retire trop peu... J&#39;espère ne pas être le seul débile mental de cette salle qui approuve de tout coeur cette théorie, en pensant à ceux qui sont toujours distraits quand ils changent de l&#39;argent !&lt;br /&gt;Mais, pour revenir à ses rapports avec l&#39;art : la bêtise naïve est souvent une authentique artiste. Au lieu de réagir à un mot-appât par un seul autre, comme c&#39;était l&#39;usage naguère dans nombre d&#39;expériences, elle répond d&#39;emblée par des phrases entières qui, quoi qu&#39;on puisse dire, ne manquent pas de poésie ! En voici, avec le mot-appât, quelques-unes&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allumer :     Le boulanger allume le bois.&lt;br /&gt;Hiver :          Est en neige.&lt;br /&gt;Père :            Il m&#39;a jeté un jour en bas de l&#39;escalier.&lt;br /&gt;Mariage :     Sert de distraction.&lt;br /&gt;Jardin :        Au jardin, il fait toujours beau temps.&lt;br /&gt;Religion :    Quand on va à l&#39;église.&lt;br /&gt;Qui était Guillaume Tell ? On l&#39;a joué dans la forêt, il y avait des dames et des enfants costumés.&lt;br /&gt;Qui était l&#39;apôtre Pierre? Il a chanté trois fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La naïveté et le caractère très concret de ces réponses, la substitution d&#39;une petite histoire à des représentations plus élaborées, l&#39;importance accordée à l&#39;accessoire, au circonstanciel ou au superflu, ou au contraire la condensation et l&#39;abréviation - comme dans l&#39;exemple de saint Pierre -, voilà de très vieilles recettes poétiques ; et même si j&#39;estime que l&#39;abus de ces procédés, tel qu&#39;il est en vogue aujourd&#39;hui, rapproche le poète de l&#39;idiot, il ne faut pas méconnaître ce qu&#39;ils ont de réellement poétique. Et cela explique que la forme d&#39;esprit de l&#39;idiot ait pu être représentée avec tant de plaisir en littérature.&lt;br /&gt;Entre cette bêtise honnête et l&#39;autre, la supérieure, la prétentieuse, le contraste n&#39;est souvent que trop criant. Cette bêtise-là est moins un manque d&#39;intelligence qu&#39;une abdication de celle-ci devant des tâches qu&#39;elle prétend accomplir alors qu&#39;elles ne lui conviennent pas ; elle peut comporter tous les caractères négatifs d&#39;un entendement faible, mais avec, en plus, tous ceux qu&#39;implique une affectivité déséquilibrée, contrefaite, irrégulière, en un mot : maladive. Comme il n&#39;y a pas d&#39;affectivités « normalisées », cette déviation maladive traduit plus précisément une dysharmonie entre les partis pris du sentiment et un entendement incapable de les modérer. Cette bêtise supérieure est la vraie maladie de la formation - disons qu&#39;en fait, pour éviter tout malentendu, elle est absence de formation, formation manquée, mal venue, déséquilibre entre sa substance et sa force ; et la décrire serait une tâche presque sans fin. Elle peut affecter jusqu&#39;à la plus haute intellectualité ; car, si la bêtise authentique est une artiste paisible, la bêtise intelligente, qui contribue à la mobilité de la vie de l&#39;es prit, entraîne surtout son instabilité et sa stérilité. Il y a bien des années déjà, j&#39;écrivais à son propos ceci : « Il n&#39;est pas une seule pensée importante dont la bêtise ne sache aussitôt faire usage ; elle peut se mouvoir dans toutes les directions et prendre tous les costumes de la vérité. La vérité elle, n&#39;a jamais qu&#39;un seul vête ment, un seul chemin : elle est toujours handicapée. » La bêtise dont il s&#39;agit là n&#39;est pas une maladie mentale ; ce n&#39;en est pas moins la plus dangereuse des maladies de l&#39;esprit, parce que c&#39;est la vie même qu&#39;elle menace.&lt;br /&gt;Nous devrions sans doute commencer par la traquer en nous, au lieu d&#39;attendre ses grandes éruptions historiques pour la reconnaître. Mais la reconnaître à quoi ? Et quelle flétrissure sans équivoque lui imprimer ? La psychiatrie actuelle donne pour caractère essentiel des cas qui en relèvent l&#39;incapacité de s&#39;orienter dans la vie, l&#39;abdication devant toutes les tâches qu&#39;elle impose, ou, brusquement, devant celles auxquelles on n&#39;est pas préparé. La psychologie expérimentale, qui s&#39;occupe surtout d&#39;individus sains, ne la définit pas autrement. « Nous qualifions de bête le comportement de quiconque est incapable d&#39;accomplir une tâche pour laquelle toutes les conditions sont réunies, sauf les personnelles », écrit un représentant connu de l&#39;une des plus récentes tendances de cette science. Ce critère de la capacité d&#39;agir objectivement, donc efficacement, ne laisse rien à désirer pour les « cas » sans équivoque des cliniques ou des laboratoires à singes ; mais l&#39;existence d&#39;autres « cas » courant librement le monde nécessite quelques compléments, car « l&#39;accomplissement juste ou faux de la tâche donnée » n&#39;est pas toujours, chez eux, aussi évident. Premièrement, la capacité de se comporter en tout temps comme le fait un homme capable dans des circonstances données implique déjà toute l&#39;ambiguïté supérieure de l&#39;intelligence et de la bêtise : car le comportement « utile », « compétent » peut faire servir son objet à son profit personnel ou au contraire le servir ; et celui qui fait l&#39;un considère généralement celui qui fait l&#39;autre comme bête. ( Alors qu&#39;est seul médicalement bête celui qui ne peut faire ni l&#39;un, ni l&#39;autre.) Secondement, on ne peut nier qu&#39;un comporte ment inobjectif et même inopportun ne soit souvent requis ; l&#39;objectivité et l&#39;impersonnalité, la subjectivité et l&#39;inobjectivité sont en effet apparentées ; et si la subjectivité sans contrepoids est ridicule, un comportement absolument objectif est, bien entendu, invivable, voire impensable. Assurer leur équilibre est justement l&#39;un des problèmes majeurs de notre culture. Enfin, l&#39;on pourrait encore objecter toutes les occasions où personne ne se comporte aussi intelligemment qu&#39;il serait nécessaire, et en déduire que chacun de nous se montre, sinon constamment, du moins de temps en temps, bête. Il faut par conséquent distinguer aussi entre abdication et incapacité, entre bêtise occasionnelle ou fonctionnelle et bêtise constante ou constitutionnelle, entre erreur et inintelligence. C&#39;est même une des choses qui importent le plus, parce que les conditions de vie actuelles sont telles, forment un ensemble si vaste, si complexe, si chaotique, que les bêtises occasionnelles des individus peuvent facilement entraîner une bêtise constitutionnelle de la communauté. L&#39;observateur est ainsi conduit, au-delà du domaine des dispositions personnelles, à concevoir une société affligée de certains défauts mentaux. Sans doute ne peut-on transférer les phénomènes affectant la psychologie réelle de l&#39;individu, donc en particulier les maladies mentales et la bêtise, aux sociétés ; mais l&#39;on devrait pouvoir parler aujourd&#39;hui, à bien des égards, d&#39;une « imitation sociale des faiblesses mentales » : les exemples en sont assez voyants.&lt;br /&gt;Avec ces remarques complémentaires, nous avons certes à nouveau outrepassé les limites de l&#39;explication psychologique. Celle ci nous enseigne qu&#39;une réflexion intelligente suppose des qualités définies - clarté, précision, richesse, souplesse alliée à fermeté - et bien d&#39;autres susceptibles d&#39;énumération ; et que ces qualités sont, pour une part, innées, pour l&#39;autre, acquises, à côté des connaissances que l&#39;on s&#39;approprie, comme une sorte de dextérité intellectuelle : un bon entendement et un cerveau habile signifiant à peu près la même chose. Pas d&#39;autres obstacles à surmonter ici que la paresse et les dispositions naturelles ; cela peut faire l&#39;objet d&#39;un entraînement, et le terme comique de « sport intellectuel » ne dit pas si mal que ça, somme toute, de quoi il retourne.&lt;br /&gt;En revanche, la bêtise « intelligente » a moins pour adversaire l&#39;entendement que l&#39;esprit et - à condition de ne pas entendre par là une simple somme de sentiments - l&#39;affectivité. Comme pensées et sentiments évoluent de concert, et que c&#39;est le même homme qui s&#39;exprime à travers eux, des notions telles qu&#39;étroitesse, ampleur, souplesse, simplicité et fidélité peuvent s&#39;appliquer aussi bien au penser qu&#39;au sentir ; et même si la combinaison qui en résulte n&#39;est pas encore parfaitement claire, elle suffit pour que l&#39;on puisse dire que l&#39;entendement relève aussi de l&#39;affectivité et que nos sentiments ne sont pas sans attaches avec l&#39;intelligence et la bêtise. Contre ce type de bêtise, il faut agir par l&#39;exemple et la critique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La conception ici défendue s&#39;écarte de l&#39;opinion usuelle qui, pour n&#39;être certes pas fausse, ne s&#39;en montre pas moins excessive ment unilatérale en soutenant qu&#39;une affectivité profonde, authentique, n&#39;a que faire de l&#39;entendement, et ne peut même qu&#39;être profanée par lui. La vérité est que, chez les êtres simples, certaines qualités précieuses comme la fidélité, la constance, la pureté du sentiment et d&#39;autres analogues apparaissent sans mélange, mais simplement parce que la concurrence des autres est faible : nous en avons vu un cas limite dans l&#39;exemple de l&#39;imbécillité joyeusement consentante. Loin de moi l&#39;idée de rabaisser par ces propos les natures bonnes et loyales -- leur absence joue un rôle non négligeable dans la bêtise supérieure ! ; mais il importe encore davantage, aujourd&#39;hui, de privilégier la notion de « significatif », cela dit évidemment sous forme d&#39;utopie absolue.&lt;br /&gt;Le significatif associe la vérité que nous pouvons percevoir en lui aux qualités du sentiment qui ont notre confiance pour en tirer un tout nouveau, qui est à la fois compréhension et décision, une obstination rafraîchie, quelque chose qui dispose d&#39;un contenu à la fois mental et psychique et qui « exige » de nous ou des autres un certain comportement ; on pourrait donc dire, et c&#39;est, quant à la bêtise, l&#39;essentiel, que le significatif est accessible aussi bien à l&#39;aspect rationnel qu&#39;à l&#39;aspect affectif de la critique. Le significatif est aussi le contraire à la fois de la bêtise et de la brutalité ; et le malentendu général qui permet aujourd&#39;hui aux affects d&#39;étouffer la raison, au lieu de lui donner des ailes, s&#39;abolit dans la notion de signification. Mais en voilà assez à ce propos, ou peut- être même déjà plus que l&#39;on n&#39;en pourrait assumer ! Car s&#39;il fallait ajouter encore un mot, ce pourrait être seulement que tout ce qui vient d&#39;être dit est encore loin d&#39;offrir un critère qui permette de reconnaître et de distinguer le significatif à coup sûr ; et qu&#39;en fournir un suffisant serait indubitablement malaisé. Mais voilà qui nous conduit tout droit à la meilleure arme contre la bêtise : la modestie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes tous bêtes à l&#39;occasion ; à l&#39;occasion aussi, nous sommes contraints d&#39;agir aveuglément ou à demi aveuglément, sans quoi le monde s&#39;arrêterait ; et si quelqu&#39;un tirait des dangers de la bêtise cette règle : « Abstiens-toi de juger et de trancher chaque fois que tu manques d&#39;informations », nous nous figerions. Mais cette situation dont on fait aujourd&#39;hui tout un monde en rappelle une autre que nous connaissons depuis longtemps, dans le domaine intellectuel. En effet, comme notre savoir et notre pou voir sont limités, nous en sommes réduits, dans toutes les sciences, à énoncer des jugements prématurés ; mais en veillant, comme on nous l&#39;a enseigné, à maintenir ce défaut dans certaines limites et à le corriger le cas échéant, ce qui restitue à notre travail une certaine justesse. Rien, en fait, ne s&#39;oppose à ce que nous transférions dans d&#39;autres domaines cette exactitude et cette fière humilité du jugement et de l&#39;action ; et je crois que le précepte « Agis aussi bien que tu le peux et aussi mal que tu le dois, tout en restant conscient des marges d&#39;erreur de ton action ! » représenterait déjà, s&#39;il était suivi, la moitié du chemin en direction d&#39;une réforme vraiment féconde de notre vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutefois, depuis un moment déjà, ces perspectives m&#39;ont con duit à la fin de mon exposé qui - j&#39;en avais prévenu mes auditeurs - ne pouvait être qu&#39;une étude préliminaire. Et maintenant, le pied sur la frontière, je m&#39;avoue incapable d&#39;aller plus loin rien qu&#39;un pas de plus, en effet, et nous quitterions le domaine de la bêtise qui reste, même abordé théoriquement, si varié, pour le royaume de la sagesse, région déshéritée et généralement évitée par les voyageurs.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Elle tenta de rassembler, dans le groupe « Die Internationale », la petite minorité du SPD (parti social démocrate) opposée à l&#39;engagement dans la Première Guerre mondiale, qui avait rallié jusqu&#39;à extrême gauche. Incarcérée de février 1915 à février 1916 et de juillet 1916 jusqu&#39;à la fin de la guerre, elle est libérée lors de la révolution de novembre 1918. Son analyse, en prison, des erreurs de la social-démocratie, parut dans une brochure, « La crise de la social-démocratie », diffusée clandestinement, qui joua un rôle décisif dans la constitution du mouvement spartakiste. Pendant la semaine sanglante de Berlin, elle refuse de quitter la ville par solidarité avec le prolétariat de la capitale. Elle est arrêtée, en compagnie de Karl Liebknecht, par une patrouille de l&#39;armée qui ratisse la ville sur ordre de Noske, le ministre de l&#39;Intérieur social-démocrate ; ils sont assassinés le 15 janvier 1919.&lt;br /&gt;En juillet 1917, Rosa Luxemburg fut transférée de la forteresse de Wronke à la prison de Breslau, où ses mouvements étaient plus limités tandis qu&#39;elle avait moins de visites : « Je mène ici l&#39;existence normale d&#39;une prisonnière, c&#39;est-à- dire que je suis enfermée nuit et jour dans ma cellule et n&#39;aperçois que la prison des hommes en face. Certes, j&#39;ai le droit de me dégourdir les jambes dans la cour aussi souvent que je le désire, mais c&#39;est une cour des communs au centre des bâtiments pénitentiaires, traversée de temps en temps par des prisonniers pendant leur travail, de sorte que je réduis mes sorties au minimum de ce que le médecin me prescrit pour des raisons d&#39;hygiène et que j&#39;évite de regarder autour de moi durant ces &quot;promenades&quot;. Le contraste avec Wronke est brutal, mais je ne veux pas me plaindre, je veux simplement expliquer par là pourquoi je ne peux pas, pour le moment, vous envoyer des lettres pleines du parfum des roses, de l&#39;azur du ciel et des voiles de nuages comme vous aviez l&#39;habitude d&#39;en recevoir de Wronke. » (J.-P Nettl, La Vie et l&#39;oeuvre de Rosa Luxemburg, Maspero, colt « Bibliothèque socialiste », tome II, 1972, p. 667.) [ndlr]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:100%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:100%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;Lettre de Rosa Luxemburg&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;à Sonia Liebknecht&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Prison de Breslau, décembre 1917&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Ah, ma petite Sonia, j&#39;ai éprouvé ici une profonde douleur : dans la cour où je vais me promener, il y a souvent des charrettes militaires qui arrivent, chargées de sacs ou de vieilles capotes de soldats avec des chemises souvent souillées de sang. On les décharge pour les répartir dans les cellules, où elles sont rapiécées avant d&#39;être à nouveau chargées et renvoyées à l&#39;armée. Il y a quelque temps, l&#39;une de ces charrettes est arrivée mais, au lieu d&#39;être tirée par des chevaux, elle était tirée par des buffles. C&#39;était la première fois que je voyais ces animaux de près. Ils sont plus robustes et plus massifs que nos boeufs, ils ont le crâne aplati et des cornes orientées vers l&#39;arrière, une tête qui ressemble un peu à celle des moutons de chez nous, tout noirs avec des grands yeux doux. Ils viennent de Roumanie, ce sont des trophées de guerre. Les soldats qui conduisent les voitures disent qu&#39;il est très difficile de capturer ces animaux sauvages et encore plus de les utiliser à des travaux de trait, tant ils sont habitués à la liberté. On les frappe de façon terrible avant que le dicton « Vae victis » puisse aussi leur être appliqué. [... ] Rien qu&#39;à Breslau, il y a une centaine de ces bêtes ; en plus, elles qui sont habituées aux grasses prairies roumaines ne reçoivent qu&#39;une maigre et misérable nourriture. On les exploite sans vergogne, elles tirent n&#39;importe quelle charge et succombent souvent à ces travaux.&lt;br /&gt;Il y a quelques jours donc est arrivée une de ces charrettes, si lourde ment chargée que les buffles n&#39;arrivaient pas à lui faire passer le seuil de la cour. Le soldat qui les conduisait, un type brutal, s&#39;est mis à les frapper avec le gros manche de son fouet, tant et si bien que la surveillante s&#39;en est mêlée, indignée, et lui a demandé s&#39;il n&#39;avait donc aucune pitié de ces bêtes ! « Personne n&#39;a pitié de nous, les humains », a-t-il répondu avec un mauvais sourire, et il s&#39;est mis à frapper de plus belle. [...] Les bêtes finirent par faire passer la charrette, mais l&#39;une d&#39;elle saignait. […] Ma petite Sonia, la peau de buffle est réputée pour être épaisse et dure, or là, elle était toute lacérée. Les animaux ne bougeaient plus pendant qu&#39;on les déchargeait, épuisés ; et celui qui saignait avait le regard fixe, avec une telle expression sur le visage - et des yeux noirs et doux comme ceux d&#39;un enfant qui vient de pleurer. C&#39;était vraiment l&#39;expression d&#39;un enfant qui a été sévèrement châtié et qui ne sait pas pourquoi, qui ne sait pas comment échapper à ce tourment et à la violence brutale. [... ] J&#39;étais là debout et l&#39;animal m&#39;a regardé et j&#39;ai senti les larmes couler sur mon visage - c&#39;étaient ses larmes et l&#39;on ne peut frémir avec plus de douleur pour ce frère chéri que je n&#39;ai frémi dans mon impuissance à soulager son tourment muet. Comme elles étaient loin les vertes prairies de Roumanie et son air de liberté ! Comme le soleil était différent là-bas, comme le vent était différent, comme les beaux chants d&#39;oiseaux étaient différents et l&#39;appel mélodieux des bergers ! Alors qu&#39;ici - cette ville étrangère, effrayante, l&#39;étable qui empeste, le foin avarié à en donner des haut-le-coeur, mélangé à de la paille pour rie, et tous ces gens inconnus, terribles, et les coups, le sang coulant des blessures. […] Oh, mon pauvre buffle, mon pauvre frère chéri, nous sommes là si impuissants tous les deux, hébétés, réunis par la douleur, dans l&#39;impuissance et le désir.&lt;br /&gt;Entre temps, les prisonniers s&#39;affairaient autour de la charrette, déchargeant les lourds ballots avant de les emmener à l&#39;intérieur ; quant au soldat, il arpentait la cour à grands pas, les deux mains dans les poches, souriant et sifflotant un air à la mode. Et j&#39;ai revu alors toute la magnifique guerre défiler devant moi. [... ]&lt;br /&gt;Ma petite Sonia, ma très chère Sonia, restez malgré tout calme et sereine. Ainsi va la vie, et il faut la prendre avec courage, sans vaciller et avec le sourire - malgré tout.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;ROSA LUXEMBURG&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;Lettre de Mme von X-Y à la Fackel&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Innsbruck, le 25 août 1920&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Cher M. Kraus,&lt;br /&gt;C&#39;est par hasard que le dernier numéro de votre Fackel m&#39;est tombé entre les mains ( j&#39;étais abonnée jusqu&#39;au 4 février de l&#39;année passée ) et je voudrais me permettre de vous écrire quelques mots à propos de la lettre de Rosa Luxemburg, que vous admirez tant, même s&#39;il ne vous est peut-être pas agréable de recevoir un courrier d&#39;Innsbruck, ville qui n&#39;a pas bonne presse. Bref, cette lettre est vraiment très belle et émouvante et je suis tout à fait d&#39;accord avec vous quand vous écrivez qu&#39;elle pourrait figurer dans les livres de lecture des écoles primaires et élémentaires, à condition quand même d&#39;indiquer en introduction et de façon fort instructive que la vie de Rosa Luxemburg aurait été beaucoup plus féconde et réjouissante si elle avait travaillé comme gardienne dans un zoo ou occupé un autre emploi du même genre plutôt que de chercher à soule ver le peuple, ce qui lui aurait aussi sans doute épargné de se retrouver en « cabane ». Vu ses connaissances en botanique et son amour pour les fleurs, elle aurait en tout cas pu trouver aussi à s&#39;occuper de façon rentable et satisfaisante dans une grande jardinerie, ce qui lui aurait alors évité de faire connaissance d&#39;un peu trop près avec les crosses de fusils.&lt;br /&gt;Pour ce qui est de la description quelque peu larmoyante du buffle, je veux bien croire que celle-ci n&#39;a pas manqué de faire son effet sur les glandes lacrymales des épouses des conseillers de commerce et des jeunes esthètes de Berlin, Dresde et Prague. Mais qui, comme moi, a grandi dans un grand domaine du sud de la Hongrie et connaît bien ces animaux depuis sa prime jeunesse, leur pelage souvent abîmé et crevassé et l&#39;hébétude qui marque constamment leur « faciès », est porté à considérer les choses avec plus de pondération.&lt;br /&gt;La brave Rosa Luxemburg s&#39;est fait mener en bateau par les soldats qu&#39;elle a rencontrés (un peu comme Benedikt avec cette affaire de chiens de mines ), sans compter que son imagination a dû être aussi contaminée par des souvenirs de culottes de peau et de grands troupeaux traversant les prairies, etc. Si vraiment nos soldats en bel uniforme gris, après avoir été engagés dans de durs combats qu&#39;ils ont remportés en Roumanie, avaient encore eu le temps, la force et l&#39;envie d&#39;attraper des buffles sauvages par centaines pour en faire tout à trac des animaux de trait, cela ne pour rait que susciter l&#39;admiration et serait beaucoup plus étonnant que la capa cité de ces animaux primitifs à supporter sans broncher à ce traitement. Il faut savoir en effet que les buffles sont élevés et utilisés depuis des temps immémoriaux dans ces régions pour servir d&#39;animaux de trait ( et sont aussi élevés pour leur lait ). Ils ne sont pas exigeants pour la nourriture et terriblement robustes, même s&#39;ils sont très lents. Je ne crois donc pas que le « frère chéri » de Rosa Luxemburg ait été particulièrement étonné de devoir tirer une charrette à Breslau et de recevoir quelques coups sur l&#39;échine avec « la manche du fouet ». La chose est d&#39;ailleurs indispensable de temps à autre avec les animaux de trait - quand ce n&#39;est pas fait trop brutalement -, dans la mesure où ils ne sont pas toujours perméables aux seuls motifs de la raison; tout comme je puis vous assurer, en tant que mère, qu&#39;une bonne claque fait souvent merveille avec les solides garnements qui n&#39;en font qu&#39;à leur tête !&lt;br /&gt;Il ne faut pas toujours envisager le pire et plaindre les gens ( et les animaux ) sans connaître un peu mieux les circonstances. Cela peut faire plus de mal que de bien. Rosa Luxemburg aurait sans doute bien aimé, si elle en avait eu la possibilité, prêcher la révolution aux buffles et fonder pour eux une république des buffles, même si l&#39;on peut se demander si elle aurait été en mesure de leur procurer ce paradis - dont elle rêvait - avec de « jolis chants d&#39;oiseaux et de mélodieux appels de bergers » et si les buffles accordent une importance particulière à ce dernier point. Il y a comme ça des tas de femmes hystériques qui aiment bien se mêler de tout et cherchent toujours à semer la zizanie ; pour peu qu&#39;elles aient de l&#39;esprit et un bon style, elles ont l&#39;oreille de la foule et causent beaucoup de malheurs dans le monde, si bien qu&#39;il ne faut pas trop s&#39;étonner quand l&#39;une d&#39;elle, après avoir si souvent prêché la violence, connaît une fin violente.&lt;br /&gt;La force tranquille, le travail au profit de ses proches, une bonté tranquille et le goût de la réconciliation, voilà ce dont nous avons besoin, davantage que de sentimentalité et d&#39;incitation à la violence. N&#39;est-ce pas aussi votre avis ?&lt;br /&gt;Avec mes meilleurs sentiments,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;MME VON X-Y&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Mon avis, c&#39;est que cela m&#39;intéresse fort peu de savoir si un numéro de la Fackel est tombé « par hasard » ou d&#39;une quelconque autre façon entre les griffes d&#39;une bête de votre sorte et si celle-ci a été abonnée jusqu&#39;au 4 février de l&#39;année passée ou l&#39;est encore. Si elle l&#39;a été, on ne peut que regretter infiniment qu&#39;elle ne le soit plus, car si elle l&#39;était encore, elle ne le serait plus à la date de réception de cette lettre, c&#39;est-à-dire à partir du 28 août de cette année. Car tout le monde sait que la Fackel sait se défendre contre le sort voulant la faire parvenir à ce genre d&#39;adresse. Mon avis, c&#39;est que ce courrier en provenance d&#39;Innsbruck, ville qui a mauvaise presse, ne me gêne d&#39;aucune façon dans la mesure où il n&#39;altère en rien l&#39;image que j&#39;ai de l&#39;intellectualité de cette ville, et que, au contraire, tout est tel qu&#39;il doit être. Mon avis, c&#39;est que, si ce qu&#39;on appelle les républiques pouvaient se résoudre à transmettre la lettre de Rosa Luxemburg aux générations futures par le biais des livres de lecture, il faudrait aussi qu&#39;elles y fassent imprimer du même coup la lettre de cette mégère, afin d&#39;inculquer à la jeunesse non seulement le respect face à la grandeur de la nature humaine mais aussi le dégoût face à sa bassesse, pour bien faire sentir, par un exemple tangible, tout ce qu&#39;il y a d&#39;effroyable dans l&#39;indécrottable système de pensée de génitrices teutonnes qui veulent nous bousiller la vie jusqu&#39;à la mort en nous préparant de nouvelles guerres et qui semblent avoir conclu un pacte avec Satan, tout comme elles l&#39;ont fait en 1914, tant elles étaient avides d&#39;envoyer des héros à la mort. Mon avis - et là je veux être très clair avec cette engeance dégénérée de propriétaires du sol et du sang et leurs comparses, je veux leur parler tout net parce qu&#39;ils ne comprennent pas l&#39;allemand et ne peuvent déduire ma véritable opinion de mes « contradictions », parce que je considère que la guerre mondiale n&#39;est sujette à aucune ambiguïté et que l&#39;époque qui a réduit la vie humaine à un misérable tas de fumier représente une impitoyable rupture -, mon avis c&#39;est que le communisme, en tant que réalité, n&#39;est que le contraire de leur idéologie qui fait fi de la vie humaine, par la grâce d&#39;une origine idéale et d&#39;une plus grande pureté, un antidote complexe pour une fin idéale et d&#39;une plus grande pureté - que le diable emporte sa pratique mais que Dieu nous le garde comme une menace constante au-dessus de la tête de ceux qui possèdent des biens et qui, pour les protéger, aimeraient envoyer tous les autres au front de la famine et de l&#39;honneur patriotique en le berçant de la consolation que les biens matériels ne sont pas les biens suprêmes. Que Dieu nous le garde afin que cette racaille qui frétille déjà d&#39;impudence ne devienne pas plus impudente encore, afin que ceux qui sont les seuls à avoir accès à la jouissance et pensent que l&#39;humanité à sa botte a reçu suffisamment d&#39;amour une fois qu&#39;ils l&#39;ont contaminée par la syphilis aient le sommeil au moins troublé d&#39;un bon cauchemar ; afin qu&#39;il leur passe au moins l&#39;envie de faire la morale à leurs victimes et qu&#39;ils en perdent l&#39;humour de vouloir faire des blagues à leur sujet !&lt;br /&gt;À propos des considérations sur la vie plus féconde et plus réjouissante qu&#39;aurait eue Rosa Luxemburg si elle avait travaillé comme gardienne dans un zoo plutôt que de chercher à museler les bêtes humaines qui l&#39;ont dépecée, et sur la question de savoir si elle aurait trouvé une occupation plus rentable et plus satisfaisante à cultiver de belles fleurs ( sur lesquelles elle sait plus de choses qu&#39;une propriétaire terrienne ) au lieu de sarcler la mauvaise herbe humaine - à propos de telles considérations, il n&#39;y a pas un souffle à dépenser tant que l&#39;impudence est bridée par la peur.&lt;br /&gt;Il y aurait aussi le risque qu&#39;une, éventuelle moquerie sur la « cabane » où est enfermée une martyre soit directement mise au bénéfice de la personne qui s&#39;est aventurée à commettre une telle honte - si l&#39;on ne préférait la bonne paire de claques qui, comme je peux vous l&#39;assurer, fait merveille avec les solides mères héroïques !&lt;br /&gt;En ce qui concerne enfin la façon de se railler de Rosa Luxemburg qui a « fait connaissance d&#39;un peu trop près avec les crosses de fusils », ce ne serait pas trop cher la payer que de donner à son auteur quelques bons coups de fouets, mais uniquement avec le manche - comme celui qui a frappé le buffle de Rosa Luxemburg. Et surtout pas de sentimentalité ! Nous n&#39;avons pas besoin de larmoyantes descriptions sur ce genre de procédures, et ce n&#39;est pas pour les livres de lecture. Qui a grandi dans un grand domaine du sud de la Hongrie, là où la peau déjà bien abîmée et crevassée des buffles ne provoque déjà plus aucune pitié, et où leur « faciès » abruti - un faciès qui ne mérite donc pas le recueillement d&#39;une Rosa Luxemburg mais simplement des guillemets et les piques d&#39;une dinde - se démarque de façon si antipathique du visage idéal des grands propriétaires fonciers du sud de la Hongrie, sait que l&#39;on a aussi recours en Hongrie à bien d&#39;autres procédures avec les créatures de Dieu, et sans sourciller. Il sait aussi que les propriétaires terriennes rejoignent ici les épouses des conseillers de commerce pour supporter cela sans broncher. Je suis bien sûr d&#39;avis qu&#39;il ne faut pas s&#39;enthousiasmer pour les tribunaux révolutionnaires ni sympathiser avec le point de vue de ces officiers qui, parce que la dernière chose qui leur reste est l&#39;honneur, se sentent portés à castrer leurs congénères. Mais j&#39;ai pourtant l&#39;injustice de vouloir, par exemple, condamner les dames qui disent encore aujourd&#39;hui « nos soldats en bel uniforme gris » à nettoyer les latrines d&#39;une caserne et ainsi à se départir « tout à trac » de la noblesse dont elles ne peuvent se séparer, même en souillant de façon anonyme une dépouille. Bien sûr, je suis aussi d&#39;avis que nos soldats en bel uniforme gris ( mis à part le fait qu&#39;ils ont dû remporter de durs combats en Roumanie, simplement parce que les manuels de lecture étaient inspirés jusqu&#39;en 1914 non par l&#39;esprit de la brave Rosa Luxemburg mais par celui des grandes propriétaire terriennes ) ont eu effectivement le temps, la force et l&#39;envie de voler et de domestiquer des buffles ; et aussi, tant que perdurera l&#39;admiration des walkyries allemandes et Hongroises du Sud pour le dressage militaire, que l&#39;humanité n&#39;échappera pas au danger d&#39;être volontiers traitée comme des animaux de trait.&lt;br /&gt;Mais pour dire encore mon avis - vu que, pour une fois, on veut entendre mon avis et pas seulement ma parole -, si la parole de la brave Rosa Luxemburg n&#39;avait pas été avérée par les plus petits faits et si aucun animal de Dieu ne vivait plus dans les vertes prairies mais s&#39;ils étaient déjà tous au service d&#39;un quelconque marchand, sa parole aurait quand même été plus vraie devant Dieu que celle d&#39;une propriétaire foncière qui vante le peu d&#39;exigence de l&#39;animal pour se nourrir et ne déplore que son allure lente ; et l&#39;humanité qui considère l&#39;animal comme un frère chéri a plus de valeur que la bestialité qui se moque de ce dernier drôle et plaisante avec l&#39;idée qu&#39;un buffle n&#39;est pas « particulièrement étonné » de devoir tirer une charrette à Breslau et de recevoir des coups donnés avec le manche d&#39;un fouet. C&#39;est là le genre d&#39;esprit répugnant qui fait dire à ces messieurs de la Création et à leur dames, « depuis leur prime jeunesse », qu&#39;il ne se passe rien dans l&#39;animal, aussi dépourvu de sensations que son propriétaire, pour la simple raison qu&#39;il n&#39;a pas été doté de la même portion de morgue et n&#39;est pas non plus capable d&#39;exprimer ses souffrance dans le charabia dont ce dernier dispose. Mais parce qu&#39;un animal a l&#39;avantage, par rapport à cette sorte d&#39;individus, de ne pas « être toujours perméable aux seuls motifs de la raison », il apparaît à ces derniers que le manche du fouet est « indispensable de temps à autre ». En vérité, ils ne l&#39;utilisent que sous l&#39;impulsion d&#39;une rage sourde, éprouvée envers un incertain des tin qui semble le lui réserver d&#39;une façon ou d&#39;une autre ! En plus, ils claquent les enfants, dont ils mesurent la force à leur propre force ou les font martyriser par des candidats sexuellement disposés à la théologie pour la seule raison qu&#39;ils ont quelque chose à craindre de la vie ou du Ciel. Ces enfants ont pourtant l&#39;avantage de pouvoir dissiper la honte d&#39;être nés de tels parents en décidant de devenir meilleurs qu&#39;eux, à moins qu&#39;ils se mettent à leur tour à se venger sur leurs propres enfants. Mais les animaux, qui ne deviennent les esclaves de l&#39;homme que sous l&#39;effet de la violence ou de la ruse, n&#39;ont d&#39;autre sort que de se laisser déshonorer avant d&#39;être bouffés. L’homme insulte l&#39;animal en insultant son semblable avec un nom d&#39;animal, et pour lui la créature elle-même n&#39;est d&#39;ailleurs qu&#39;une insulte. Il ne s&#39;étonne plus de rien, sans permettre la pareille à l&#39;animal qui n&#39;a pas désappris l&#39;étonnement. L’animal a le droit d&#39;être tout aussi peu étonné que l&#39;homme de la honte que ce dernier lui fait subir ; et de la même façon qu&#39;un buffle ne doit pas s&#39;étonner de la vie à Breslau, un propriétaire foncier ne s&#39;étonne pas lorsqu&#39;un être humain périt de mort violente. Car même si le monde tombe en ruines pour leur profit et leur ordre, ils trouvent que tout est en ordre.&lt;br /&gt;Que veut la brave Rosa Luxemburg ? Bien sûr, elle qui ne possédait aucun domaine si ce n&#39;est celui de son cœur, qui considérait qu&#39;un buffle était comme un frère, aurait bien aimé, si cela lui avait été possible, prêcher la révolution aux buffles, fonder pour eux une république des buffles, si possible avec de beaux chants d&#39;oiseaux et de mélodieux appels de bergers, même si l&#39;on peut se demander si les buffles auraient « accordé une importance particulière à ce dernier point », vu qu&#39;ils préfèrent bien entendu qu&#39;on accorde d&#39;abord de l&#39;importance à leur existence. Malheureusement, la chose lui aurait été totalement impossible vu que, sur terre, il y a beaucoup plus de mufles que de buffles ! Le fait qu&#39;elle aurait bien aimé essayer prouve seulement qu&#39;elle faisait partie de ces nombreuses femmes hystériques qui aiment bien se mêler de tout et sèment partout la zizanie. Mon avis, c&#39;est que, dans les milieux des grandes propriétaires terriennes, cette image clinique se découpe souvent si nettement sur fond d&#39;activités domestiques et agricoles que l&#39;on serait tenté de croire que ce sont elles les révolutionnaires-nées. Mais en y regardant de plus près, on s&#39;apercevrait bien vite que ce ne sont que des oies stupides. Ce qui nous ferait retomber dans la morgue criminelle de la race humaine, qui a une prédilection pour faire endosser tous ses défauts et ses méchancetés par un monde animal qui ne peut s&#39;en défendre, alors que jamais par exemple un boeuf vivant à Innsbruck ou une oie ayant grandi dans un grand domaine du sud de la Hongrie n&#39;a eu l&#39;idée de traiter l&#39;autre d&#39;« habitant d&#39;Innsbruck » ou de « grande propriétaire hongroise ». Et même s&#39;ils s&#39;enhardissaient à juger des choses de l&#39;esprit, jamais ils ne les aborderaient par le biais du « bon style » et jamais ils n&#39;auraient la mansuétude de reconnaître une qualité qui leur fait défaut de façon aussi criante. Ils auraient - même s&#39;ils ne sont pas toujours « perméables » aux seuls motifs de la rai son - trop de tact pour envoyer une lettre aussi mal écrite et trop de honte à l&#39;écrire. Il n&#39;existe aucune oie ayant une si mauvaise plume qu&#39;elle en serait capable ! N&#39;est-ce pas aussi votre avis ? Elle est intelligente, bonne par nature, et si elle accepte d&#39;être mangée par sa propriétaire, elle ne supporte pas d&#39;être comparée à elle. L’avantage, en revanche, que cette créature a sur la première, c&#39;est que, lorsque les choses deviennent sérieuses et que ça pourrait chauffer, elle sait juger par le catéchisme du Ciel, ayant en plus la bonté d&#39;exhorter l&#39;autre à ne pas « toujours supposer le pire et seulement plaindre par principe les gens ( et les animaux ), sans connaître les circonstances extérieures ; cela peut faire plus de mal que de bien  ». Du mal surtout pour les propriétaire prédestinés de personnes ( et d&#39;animaux ) dont le droit discrétionnaire correspond à un dogme divin que seul des émeutiers et des éléments étrangers veulent attaquer, comme ce fameux Jésus par exemple, mais qui reste valable, vu que le désir de biens terrestre est, Dieu soit loué, plus ancien que le commandement chrétien et qu&#39;il lui survivra. Voilà mon avis !&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;KARL KRAUS&lt;/span&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Une action déclenchée par nos soins au moment opportun semble donc hautement souhaitable afin d&#39;atténuer leurs impressions et expériences malheureuses en captivité et de raviver et d&#39;affermir celles qui furent agréables et réjouissantes. Les Russes qui regagnent leur pays ne se souviendront pas de nous avec une morne indifférence ou même une hostilité haineuse mais se feront sciemment et par conviction les messagers de la civilisation austro-hongroise dans leur propre patrie. Les moyens d&#39;obtenir un effet aussi favorable se trouvent dans la mise en oeuvre d&#39;une propagande politique, sociale et économique généreuse, adaptée à l&#39;âme russe et portée par des intentions sincères. L’intention est que, peu avant l&#39;expulsion -&lt;br /&gt;LE SECRAITAIRE: Comment ?&lt;br /&gt;LE CAPITAINE : - l&#39;expulsion des prisonniers de guerre russes, l&#39;on éveille par le biais de conférences de propagande sur les questions politiques, sociales et économiques un esprit favorable à l’Autriche parmi les prisonniers de guerre russes. En plus de toutes les conséquences importantes par exemple pour notre économie, un tel infléchissement de l&#39;âme russe peut entraîner un important recul de la propagande mensongère que nos ennemis déversent sur le monde entier. Afin d&#39;obtenir un effet durable sur les prisonniers russes, la propagande auprès des prisonniers russes ne se limitera naturellement pas à la tenue de conférences. Au contraire, il sera nécessaire, jus qu&#39;à l&#39;évacuation définitive, d&#39;agir favorablement sur les prisonniers russes par d&#39;autres moyens, comme il se doit, à tous point de vue. - Allez à la ligne.&lt;br /&gt;En considérant les faits, il est évident que si une telle propagande était menée exclusivement par les organes de l&#39;administration militaire elle perdrait indubitablement beaucoup de  sa valeur première - eh oui, c&#39;est vrai après tout - et il semble avantageux dans la perspective de l&#39;objectif que pour cette mission il soit fait appel, comme il se doit, à des personnes compétentes et intéressées tant au plan idéologique que pratique, afin de la hisser à un niveau le plus éloigné possible des formes militaires. - Enfin bon, c&#39;est un peu fort de café ! - Cette condition essentielle entraîne à son tour que, pour des raisons relevant de la discipline militaire, une telle propagande ne puisse être distillée que peu de temps avant le départ des prisonniers de guerre russes - évidemment ! - avec l&#39;espoir que ceux-ci retourneront dans leur patrie avec les impressions fraîches et immédiates reçues par ce biais. - A la ligne. Politiquement : Avec une conviction jaillie de la plus profonde sincérité, c&#39;est en Autriche-Hongrie justement que l&#39;on peut sans arrière-pensée donner aux Russes rentrant au pays l&#39;assurance que notre patrie n&#39;a nullement voulu la guerre, et ardemment souhaité la paix - c&#39;est pas mal qu&#39;il souligne ça, on est des enfants de choeur, nous autres, de toute façon -&lt;br /&gt;LE SECRÉTAIRE : Comment ? On est -&lt;br /&gt;LE CAPITAINE : Non, ça vous ne l&#39;écrivez pas ! - donc souhaité la paix, que l&#39;on regrette expressément, franchement les rigueurs incontestablement liées au sort des prisonniers en captivité et que tous les torts subis - allons, allons ! - par les prisonniers ne sont nullement le fait de ressentiment, mépris, ou pire, de haine à l&#39;égard du peuple russe, mais proviennent uniquement des difficultés accumulées en raison de la durée prolongée du conflit. -À la ligne ! Socialement : Sans effleurer ne serait-ce que d&#39;un mot la situation sociale actuelle en Russie, on peut expliquer efficacement aux russes qui retournent chez eux les avantages et les spécificités de nos structures sociales. Il faut attirer en particulier l&#39;attention sur l&#39;accroissement continu du bien-être et du progrès dans ce type d&#39;organisation sociale, et sur le profit qu&#39;en retirent la communauté aussi bien que l&#39;individu. - Eh oui, c&#39;est vrai après tout - À la ligne. Nous en arrivons maintenant au coeur du problème. Économiquement : Dans la mesure où les faits prouvent que l&#39;on ne surmontera les grandes difficultés nées partout de la durée prolongée de l&#39;état de guerre et de troubles que grâce au déploiement maximal de toutes les forces de travail disponibles et grâce à la mise en route parallèle, rapide et généreuse, dépassant les frontières des États, de l&#39;échange des biens, les Russes rentrant au pays finiront par comprendre tout à fait la nécessité absolue de nouer rapidement et sans réserve des relations commerciales avec la Monarchie. Ce sera facile, dans cette perspective, de démontrer aux gens de manière convaincante que le paysan qui dissimule ses réserves, les sous trayant ainsi au marché libre, se nuit à lui-même, dans la mesure où, ce faisant, justement, il n&#39;entre pas - ou alors très tardivement - en possession des articles de consommation courante qu&#39;il convoite. Car justement, notre population, chargée de la fabrication de ces denrées, n&#39;est pas à même, en vison d&#39;une nourriture insuffisante, de développer les énergies économiques maximales nécessaires en temps de paix, avec une bonne alimentation, à une large exportation. - Bon, ils finiront quand même par le comprendre, ça ! -À la ligne.&lt;br /&gt;En ce qui concerne les zones agricoles, en particulier les prisonniers de guerre des communes rurales, une propagande n’est pas forcément nécessaire, à moins de suggérer aux prisonniers de guerre russes vivant à la campagne que les conditions d&#39;alimentation des populations citadines laissent beaucoup à désirer et qu&#39;un secours sous forme d&#39;importation venue de l&#39;extérieur serait plus qu&#39;urgent. - Ils finiront par le piger, ça. - À la ligne.&lt;br /&gt;Il en va tout autrement des prisonniers de guerre russes dans les usines, sur les chantiers de toute sorte et dans l&#39;administration. En l&#39;occurrence, il serait très utile que les employeurs prennent en charge le devoir patriotique d&#39;alléger, comme il se doit, leurs derniers jours de travail chez nous. - À la ligne !&lt;br /&gt;Tous les directeurs militaires des entreprises soumises à la loi sur l’effort de guerre et des exploitations minières militaires et tous commandants sont par conséquent tenus de visiter, voire d&#39;inspecter immédiatement tous les endroits où sont employés des prisonniers de guerre russes et d&#39;agir de façon semblable sur les prisonniers de guerre, comme cela a été exigé d&#39;ores et déjà des commandants des camps (sous rubrique du décret ministériel n° 14169/18). -À la ligne.&lt;br /&gt;Le commandant du camp visitera les différentes unités d‘habitation et établira des contacts personnels avec les prisonniers russes. &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( D&#39;une voix chaleureuse. )&lt;/span&gt; Tantôt il les interrogera sur leur santé, tantôt sur leurs parents, sur leur alimentation, le courrier, l&#39;habillement. En cas de plaintes, il devra se prêter à une enquête sur place, dans les moindres détails, en public, devant tous les prisonniers de guerre. Il devra les convaincre qu&#39;il ne recule devant aucun effort pour découvrir la vérité et ainsi faire régner la justice. Il se servira des plaintes au sujet de l&#39;alimentation et de l&#39;habillement pour prouver aux Russes que ce n‘est pas notre faute mais celle de nos ennemis à l&#39;ouest et qui donnerions avec joie davantage tout spécialement aux prisonniers russes si nous disposions de plus. À présent les Russes, eux, ne sont plus nos ennemis. &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Encore plus chaleureux )&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;D&#39;ailleurs nous ne les avons jamais considérés comme ennemis, ainsi que le prouvent les nombreuses guerres antérieur qui virent Russes et austro-hongrois se battre vaillamment côte à côte. Le commandant du camp se rendra de temps  à autre aux cuisines quand la viande ou les poissons sont sur le point d’être distribués. Il en prendra un, deux ou quatre à l&#39;instant ou -&lt;br /&gt;LE SECRÉTAIRE : Comment?&lt;br /&gt;LE CAPITAINE : - à l&#39;instant où avec leur gamelle ils vont du lieu de distribution à leur couche. &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Avec zèle. )&lt;/span&gt; Poser la gamelle, apporter la balance, peser la viande ou le poisson. Plus il y a de public, mieux c&#39;est. Ensuite, le livre de comptes, combien de viande a été achetée au total ce jour-là ? Retrancher 25% pour les os, 20 % pour la cuisson, diviser le reste par le nombre de portions et &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( menaçant )&lt;/span&gt; s&#39;il manque ne serait-ce que 10 grammes sur une portion - eh bien, sur deux cents portions, par exemple, deux kilos de viande ou de poissons auront été volés. &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;(Sévèrement.)&lt;/span&gt; Qui a fait ça ? Commission d&#39;alimentation, cuisiniers, chargés d&#39;inspection, au rapport ! Procès sévère devant l&#39;ensemble des prisonniers de guerre de l&#39;unité d&#39;habitation. Conséquence : mise à pied des cuisiniers, de la commission d&#39;alimentation et de tous les employés à la cuisine si le coupable n&#39;est pas trouvé. À la trappe - euh, à la ligne !&lt;br /&gt;Si le commandant du camp trouve chez les Russes du tabac, des cigarettes, du pain acheté à l&#39;extérieur, du saucisson, et cetera, il les interroge sur le prix que tel ou tel prisonnier de guerre a dû payer. Bientôt on découvrira que parmi les prisonniers de guerre il y a de nombreux trafiquants. Ces adeptes du marché noir ne sont pas toujours des juifs. Ils ont des contacts à l&#39;extérieur du camp auprès desquels ils se fournissent au moment opportun pour revendre les articles achetés à leurs camarades, les prisonniers de guerre, trois ou quatre fois plus cher. Si le commandant du camp réussit à attraper un tel trafiquant - &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Rageur. )&lt;/span&gt; à poil, fouille corporelle et fouille de la valise. Bien souvent, il trouvera sur lui 500 couronnes, voire plus. Confisquer et répartir entre les autres prisonniers de guerre toute somme excédant celles dont il peut justifier l&#39;origine. -À la ligne !&lt;br /&gt;Dans les circonstances actuelles, les prisonniers de guerre russes écouteront le commandant du camp pendant des heures s&#39;il est capable de leur donner des informations sur les échanges. Ce sera quand, notre tour, combien de temps encore ? S&#39;il est en mesure de leur prouver par a plus b que ce n&#39;est pas notre faute si les échanges traînent autant, les prisonniers de guerre reprendront goût au travail - sauf qu&#39;il ne devra pas dénigrer la Russie. Ce serait une faute grossière. - À la ligne !&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Avec sensiblerie. )&lt;/span&gt; Les coeurs russes s&#39;ouvriront grand, de plus en plus grand, lorsque le colonel lui-même leur dira de temps à autre les dernières nouvelles de Russie qu&#39;il vient de glaner dans le Morgenblatt. &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Prenant la pose. )&lt;/span&gt; Avec droiture et obéissance, ils l&#39;accueilleront d&#39;un salut, aucun manquement à la discipline n&#39;est à craindre quand il leur parle. Partout, et ici à plus forte raison, il devra donner l&#39;exemple et saluer lui aussi avec toute la droiture que lui permettent son âge et ses infirmités.&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Il fait le salut militaire. ) &lt;/span&gt;Une visite du commandant du camp à l&#39;hôpital du camp -&lt;br /&gt;UN ASPIRANT &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( entrant )&lt;/span&gt; : Mon capitaine, avec votre permission, le colonel demande le rapport sur les prisonniers de guerre russes.&lt;br /&gt;LE CAPITAINE : Le décret sur la propagande ? Je m&#39;y consacre, justement.&lt;br /&gt;L&#39;ASPIRANT : Pas sur la propagande, sur les morts de faim&lt;br /&gt;E CAPITAINE : Les morts de faim ? Où est-ce qu&#39;ils sont encore morts de faim ? On l&#39;a ici, ce dossier ?&lt;br /&gt;L&#39;ASPIRANT : Il s&#39;agit du cas de ce Russe qui dormait sur une couche avec deux autres et qui est mort de faim. Il était déjà en état de décomposition quand l&#39;inspecteur est entré dans la pièce, et les deux autres étaient si faibles qu&#39;ils n&#39;ont pas pu se lever ni appeler.&lt;br /&gt;LE CAPITAINE : Minute - dis au colonel que je vais de  suite examiner les arrivages, mais pour l&#39;instant je m&#39;occupe de la propagande, tu sais, pour atténuer les impressions malheureuses des prisonniers de guerre et qu&#39;on puisse de nouveau nouer des relations commerciales et qu&#39;ensuite ils nous envoient des vivres, les Russes, une fois qu&#39;ils sont rentrés chez eux, et cetera.&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Changement. )&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Scène 22&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Gouvernement provincial à Brno.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE GOUVERNEUR : J&#39;ai une idée !&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; (À son secrétaire.)&lt;/span&gt;&lt;span&gt; parmi les enseignements les plus importants que nous pouvons, que nous devons tirer de cette guerre mondiale meurtrière et des sacrifices qu&#39;elle exige de la part de la population toute entière, le moindre n&#39;est certainement pas l&#39;importance de l’éducation dans l&#39;esprit patriotique qu&#39;il faut transmettre à notre jeunesse dès l’école, de la connaissance et de l&#39;amour de la patrie, dans ses limites les plus étroites et les plus larges, qu&#39;il faut lui inculquer, et de tous ces germes qu&#39;il faut planter dans l&#39;âme enfantine et dont naîtront ces magnifiques qualités viriles qui rendront le jeune homme apte à satisfaire en tant que patriote enflammé, animé par l&#39;amour et par le sens du devoir et de la fidélité envers la maison impériale et la patrie, et à accomplir avec conscience et dévouement ses devoirs de citoyen, et à sacrifier même, le cas échéant, sa vie et sa santé pour ces idéaux.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;En Autriche, hélas, peu de préparatifs ont été menés dans ce sens, et il me semble qu&#39;il serait du devoir de toute personnalité de l&#39;Empire de rattraper ce retard et de se préoccuper du développement futur des sentiments patriotiques et dynastiques de la génération à venir, sentiments qui, Dieu soit loué, sont partout présents en germe.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;Une petite revue mensuelle rédigée dans un style populaire et adaptée à l&#39;esprit de notre jeunesse scolarisée, intitulée&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; Mladé Rakousko&lt;/span&gt;&lt;span&gt;, sera diffusée dans nos écoles primaires et secondaires ainsi que dans nos écoles professionnelles, et je considère comme un devoir sacré de tous nos compagnons d&#39;esprit et de condition , comme une noble tâche de nos grands propriétaires terriens, de soutenir la diffusion de ce mensuel dans les écoles relevant de sa zone d&#39;influence économique en souscrivant un abonnement à un certain nombre d&#39;exemplaires pour ces écoles afin de rendre possible la distribution gratuite de ce mensuel aux élèves démunis : on peut en attendre à juste titre non seulement un effet sur les élèves eux-mêmes, mais aussi une influence sur les membres plus âgés des familles.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;L&#39;abonnement annuel à cette revue s&#39;élève à 2,40 couronnes et peut être souscrit à Brno, au 18, place de l&#39;Empereur-François-Joseph.&lt;br /&gt;Puisse cet appel -&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;( changement.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Scène 23&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans une école primaire.&lt;br /&gt;Quelques bancs sont vides. Les enfants encore en vie sous-alimentés. Tous ont des vêtements en papier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;L&#39;INSTITUTEUR ZEHETBAUER : - - Prenez garde aux rumeurs en circulation et combattez-les comme il se doit. Le projet machiavélique des ennemis est de semer le trouble dans vos rangs, mais ils n&#39;y parviendront pas. Fermez votre oreille à leurs allégations comme quoi nous ne pourrions pas tenir bon jusqu&#39;à l&#39;heureux dénouement et comme quoi régnerait chez nous la famine. Qui en est responsable, sinon les ennemis ? Et à présent ils développent même une activité d&#39;empoisonnement de puits, car - &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Un garçon lève le doigt. ) &lt;/span&gt;&lt;span&gt;Que veux-tu, Gasselseder ?&lt;br /&gt;GASSELSEDER: S&#39;il vous plaît, monsieur, alors on n&#39;a le droit de rien boire ?&lt;br /&gt;L&#39;INSTITUTEUR : Assis, tu es un sot, je n&#39;ai pas parlé au sens  figuré mais au sens propre ! L&#39;ennemi, incapable de nous vaincre sur le champ de bataille, a l&#39;intention de saper nos forces à l&#39;arrière. Ainsi donc, méfiez-vous des rumeurs. Contribuez de la manière la plus énergique à leur répression. Elles font partie de l&#39;arsenal de nos ennemis - &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Un garçon lève le  doigt. ) &lt;/span&gt;&lt;span&gt;Que veux-tu, Anderle ?&lt;br /&gt;ANDERLE : S&#39;il vous plaît, monsieur, nos ennemis aussi ils ont un arsenal ?&lt;br /&gt;L&#39;INSTITUTEUR : Bien sûr qu&#39;ils en ont un, seulement il ne contient que des rumeurs, et ils ne reculent devant aucun moyen pour miner l&#39;édifice de la Monarchie, voire même desserrer les liens d&#39;amour et de vénération qui nous attachent à la maison impériale. Kotzlik, tu déranges le cours, répète ce que je viens de dire.&lt;br /&gt;KOTZLIK : Les ennemis - les ennemis, ils ont - miné l’arsenal - et - nous ne reculons devant aucun lien    - qui nous attache à rien -&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;L&#39;INSTITUTEUR : Mauvais sujet ! Tu resteras ici après la classe et recopieras dix fois la phrase que je te dicterai. Assis, bon à rien ! Et vous autres, soyez fermes. Prenez exemple en cela sur le Soldat de bois. Tant que l&#39;aigle impérial des Habsbourg, symbole défiant les temps, évoluera au-dessus de nos têtes, il restera dressé, comme bâti pour l&#39;éternité. Allez vous en convaincre vous-mêmes, allez sur place et n&#39;hésitez pas à y planter un clou, dans la mesure où il y a encore de la place pour un clou, avec la permission de messieurs vos parents ou tuteurs. En vous y rendant fermez votre oreille aux langues sournoises car elles osent même prétendre que les jours du Soldat de bois sont comptés et qu&#39;à sa place se trouvera bientôt un marchand de saucisses. Dieu soit loué, nous n&#39;en sommes pas encore là et nous supportons volontiers les privations que la patrie nous impose tant que la victoire n&#39;est pas définitivement acquise mais fluctue d&#39;un camp à l&#39;autre. Et pourtant ! Si nous - &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Un garçon lève le doigt. ) &lt;/span&gt;&lt;span&gt;Que veux-tu, Zitterer ?&lt;br /&gt;ZITTERER : S&#39;il vous plaît monsieur, la paix !&lt;br /&gt;L’INSTITUTEUR : Assis, mauvais sujet ! Toi, tu finiras la corde au cou quand tu entreras dans la vie, je te le prédis. Assis, bon à rien ! Tu n&#39;as pas honte ? Et qu&#39;est-ce qui se passe, là, au troisième rang ? Merores, mais tu bavardes !&lt;br /&gt;MERORES : Papa a dit qu&#39;il ne comprend pas cet enthousiasme pour la paix, lui, il n&#39;est pas pressé, au contraire, je crois que ça l&#39;embêterait plutôt, il a gagné pas mal de sous, et s&#39;il va y avoir la paix, ça sera fini tout ça.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;L&#39;INSTITUTEUR : Merores, c&#39;est bien que ton père tienne bon si vaillamment et qu&#39;il donne l&#39;exemple, mais tu parles sans qu&#39;on t&#39;interroge et c&#39;est là un signe que grâce aux menaces de l’ennemi la discipline s&#39;est d&#39;ores et déjà fortement relâchée. Je n’irai pas jusqu&#39;à supposer que vous êtes à la solde de la propagande ennemie qui a ses antennes partout, mais je dois vous dire : alors que la décision finale est à portée de notre main, pareil comportement me paraît hautement suspect. Je ne peux que le marteler encore et encore : restez ferme quoi qu&#39;il arrive ! Que se produirait-il si même vous deviez vaciller ? Les ennemis envahiraient le pays et alors malheur à vous, malheur à vos soeurs et à vos promises, malheur à messieurs vos parents ou tuteurs ! &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Un garçon lève le doigt. ) &lt;/span&gt;&lt;span&gt;Que veux-tu, Sukfüll ?&lt;br /&gt;SUKFÜLL : S&#39;il vous plaît, monsieur, les étrangers ! Mon père, il a dit qu&#39;il ne veut plus tenir bon, il n&#39;y tient plus, il serait grand temps que les étrangers arrivent !&lt;br /&gt;LA CLASSE : Oui, cultivons le tourisme !&lt;br /&gt;L&#39;INSTITUTEUR : Mais non ! Ce n&#39;était pas dans ce sens là ! Le tourisme est une tendre petite plante qui exige tous nos soins. Est-ce que vous auriez la nostalgie des macaronis ?&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LA CLASSE : Oui ! On voudrait avoir quelque chose à manger ! &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;L&#39;INSTITUTEUR : Bah ! Vous êtes de mauvais sujets ! Quelle honte ! Que doit penser de vous feu notre vénéré monarque dont le portrait jadis vous contemplait de là-haut ?    Jamais il n&#39;aurait pu s&#39;imaginer qu&#39;il en résulterait une telle dépravation lorsqu&#39;il se vit contraint d&#39;entreprendre cette guerre défensive délibérément suscitée, et de tirer l&#39;épée contre des forces supérieures en nombre. Gare à vous si l&#39;ennemi envahit le pays ! Il descendrait dans les hôtels de luxe, ça ne serait pas drôle pour vous, et nos épouses, les gardiennes du foyer familial en seraient pour leurs frais. Avez-vous oublié tout ce que je vous ai dit ? J&#39;espère bien que non !&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LA CLASSE : Alors que la rude tempête guerrière balaye nos contrées, que notre illustre monarque a appelé aux armes des milliers et des milliers de nos fils et de nos frères, se font jour les premiers signes d&#39;un accroissement du tourisme. Ainsi donc ne perdons jamais de vue cet idéal. Entonnons plutôt cette vieille chanson que vous nous avez apprise jadis en temps de paix, Cultivons le tourisme ! &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;( Ils chantent. )&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;A, a, a, les touristes les voilà.&lt;br /&gt;Les temps moroses sont révolus,&lt;br /&gt;Les étrangers enfin affluent.&lt;br /&gt;A, a, a, les touristes les voilà.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;(Changement.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Scène 24&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;A la fédération du Tourisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE REDACTEUR : - - de vous demander quelques déclarations sur l&#39;organisation du tourisme après la guerre : savoir si des mesures ont déjà été envisagées dans ce domaine.&lt;br /&gt;LE RESPONSABLE : Bien évidemment. Comme vous le savez, les jours-ci, suite au congrès de la section médicale des corporations estudiantines, a eu lieu un échange entre représentants des groupes spécialisés dans le tourisme des corporations estudiantines d&#39;Allemagne, de Hongrie et d&#39;Autriche.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE REDACTEUR : Il faut sans doute s&#39;attendre à ce que le problème du tourisme après la guerre soit examiné sous des angles totalement nouveaux.&lt;br /&gt;LE RESPONSABLE : Indubitablement.&lt;br /&gt;LE REDACTEUR : Auriez-vous l&#39;amabilité de me donner d&#39;abord un indice sur la direction que prendra après la guerre la situation de nos frères d&#39;armes en regard du tourisme ? Il n&#39;est pas question sans doute que l&#39;ennemi ne subisse pas de pertes aussi dans ce domaine ?&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE RESPONSABLE : Selon toute probabilité, les Allemands ne se rendront évidemment pas sur les lieux de tourisme belges et français.&lt;br /&gt;LE REDACTEUR : Vous voulez dire que les Allemands ne pourraient pas ou ne voudront pas se rendre sur ces lieux ?&lt;br /&gt;LE RESPONSABLE : Je veux dire que les Allemands ne pourront pas vouloir se rendre sur ces lieux.&lt;br /&gt;LE REDACTEUR : Alors les Allemands chercheront sans doute des remplacements ? Je veux dire, des lieux de remplacement dans leur propre pays ?&lt;br /&gt;LE RESPONSABLE : La côte allemande offre suffisamment de lieux pour remplacer les plages de la mer du Nord.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE REDACTEUR : Mais où les Allemands chercheront-ils des lieux pour remplacer la Côte d&#39;Azur ? Selon toute évidence, chez nous ?&lt;br /&gt;LE RESPONSABLE : La côte autrichienne de l&#39;Adriatique est sans doute parfaitement apte à remplacer la Côte d&#39;Azur avec ses avantages climatiques comme lieu de villégiature au printemps et en été ; elle devra donc s&#39;attendre à un gros afflux de touristes.&lt;br /&gt;LE RÉDACTEUR : En mentionnant la côte autrichienne de l&#39;Adriatique en opposition sans doute à la côte italienne, vous voulez en tout cas affirmer que l&#39;Adriatique sera toujours -&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE RESPONSABLE : - nôtre. Certes, sinon les Allemands seraient contraints de chercher un remplacement pour l’Adriatique aussi.&lt;br /&gt;LE RÉDACTEUR : Si je vous ai bien compris, vous êtes donc d&#39;avis que c&#39;est principalement le public allemand que notre tourisme devra prendre en compte ?&lt;br /&gt;LE RESPONSABLE : En effet.&lt;br /&gt;LE RÉDACTEUR : Venons-en à l&#39;essentiel. Quelles serons les attractions que nous pourrons offrir après guerre aux étrangers, ou plutôt que pourrons-nous leur offrir en remplacement des monuments éventuellement détruits par la guerre ? Pour l&#39;Adriatique vous avez très justement établi un pronostic favorable. Mais qu&#39;avons-nous à offrir en plus ?&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE RESPONSABLE : En plus, les pays alpins, avec leurs superbes souvenirs de guerre, constitueront un pôle d&#39;attraction pour le public touristique des empires centraux.  &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;LE RÉDACTEUR : Quel genre de souvenirs de guerre seraient envisagés dans ce domaine ?&lt;br /&gt;LE RESPONSABLE : Nous caressons l&#39;espoir que le recueillement sur les tombes de nos héros et dans les cimetières militaires entraînera la venue de nombreux voyageurs. Il s&#39;agit de mettre de nouveau en valeur notre maison. Et sur ce point justement nous en appelons à la collaboration de la presse puisqu&#39;il nous  incombe de mettre à profit les attractions que recèle chaque époque, et que les tombes de ceux qui sont morts au champ d&#39;honneur semblent faites tout exprès pour autoriser l’espoir d&#39;une reprise du tourisme.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;(Changement.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Un certain nombre d&#39;ouvrages, parmi les quels le livre de Jacques Bouveresse, se sont particulièrement intéressés à la première période de cette campagne. Paru en septembre 2005, mon propre livre se penche sur la seconde moitié de la carrière de Kraus et souligne le caractère toujours pertinent à notre époque de sa critique du militarisme et des médias. Je voudrais montrer ici comment il a introduit un concept fondamentalement nouveau dans le débat sur les médias, celui de « réalité simulée » ou ( comme on dirait aujourd&#39;hui ) de « réalité virtuelle ».&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-family:arial;&quot; &gt;1 . MENSONGES, RUMEURS &amp; MYTHES&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;« Le bombardement de Nuremberg » - « L&#39;or français »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;L&#39;Allemagne « coupable de la guerre »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;À l&#39;automne 1914, devant les abus de la propagande patriotique, Kraus expliqua sa position dans une célèbre proclamation intitulée « In diesergrossen Zeit [ Dans cette grande époque ] ». Sa critique portait sur tout l&#39;ap pareil de propagande et il y affirmait que « le télégramme est une arme de guerre au même titre que la grenade ». Cette référence aux télé grammes peut être rapportée à l&#39;opération menée en août 1914 par la marine britannique, qui coupa les câbles télégraphiques sous-marins reliant l&#39;Allemagne à l&#39;Amérique. Berlin perdit rapidement l&#39;initiative dans ce que l&#39;on appelait alors « la guerre du câble », cependant que l&#39;agence de presse Reuters était considérée comme « l&#39;arme la plus redoutable du gouvernement britannique ».&lt;br /&gt;La machine de propagande battait alors son plein dans tous les pays belligérants et Kraus était, à juste titre, fort sceptique face la propagande anti-allemande, et surtout face aux récits sur les « atrocités allemandes ». À ses yeux, la presse était une « honte internationale ». Mais son principal souci fut de révéler les mensonges qui émanaient des services allemands et autrichiens. Le plus important d&#39;entre eux, dénoncé par Kraus comme « le mensonge primordial », fut l&#39;information selon laquelle des avions français auraient bombardé une ligne de chemin de fer aux environs de Nuremberg, le 3 août 1914. Cette information fut reprise au Reichstag le lendemain par le chancelier Theobald von Bethmann Hollweg pour justifier la déclaration de guerre à la France. Il s&#39;agissait de prouver que l&#39;Allemagne menait une « guerre défensive » et d&#39;offrir un fondement à la vaste campagne de propagande destinée à faire passer l&#39;agression militaire allemande pour un acte d&#39;autodéfense.&lt;br /&gt;Dans le même temps, des rumeurs tout aussi mensongères se propagèrent au sujet de « l&#39;or français ». Le 3 août, le gouvernement allemand affirma que vingt-cinq automobiles transportant quatre-vingts millions de francs-or avaient pénétré sur le territoire allemand à partir des Pays Bas en direction de la Russie. Cette annonce entraîna une réaction de panique dans toute l&#39;Allemagne et provoqua une immobilisation quasi complète de la circulation automobile. Le gouvernement lui-même semble avoir cru bon nombre de ces rumeurs et, le 9 août 1914, son organe de presse officiel, le Norddeutsche Allgemeine Zeitung, fit sa une sur la capture de trois véhicules chargés d&#39;or. Les informations de ce genre furent immédiatement reprises par le reste de la presse allemande, c&#39;est-à-dire par les quelque 3600 journaux de ce pays, le plus cultivé du monde. Ces rumeurs, fabriquées de toutes pièces par les autorités et nourries par les médias, étaient si convaincantes que vingt-huit personnes furent tuées en Allemagne durant cette panique de « l&#39;or français » à cause de l&#39;excès de zèle de gardes-frontières qui tentaient d&#39;intercepter les véhicules. La par faite absurdité de cet épisode inspira à Kraus deux scènes du premier acte des Derniers jours de l&#39;humanité.&lt;br /&gt;« Le bombardement de Nuremberg » et « l&#39;or français » sont ainsi deux informations qui circulèrent en août et septembre 1914 et qui se révélèrent absolument fausses. Elles étaient pourtant si plausibles et la population si crédule que presque tout le monde y crut. Voilà l&#39;origine de ce que Kraus allait baptiser la « réalité simulée ». Mais comment peut-on expliquer l&#39;invention de cette fausse réalité ? Pour Kraus, les coupables étaient les journaux, de mèche avec les politiciens et les militaires. Dans un premier temps, il blâma seulement l&#39;irresponsabilité des journalistes, affirmant que c&#39;étaient eux qui exploitaient les diplomates. Mais, à l&#39;automne 1915, il publia une série d&#39;aphorismes plus élaborés sur les liens existants entre la politique, le journalisme et la guerre. Il parvint alors à un jugement plus équilibré, qu&#39;il présenta sous forme de question-réponse : « Comment le monde est-il gouverné et conduit à la guerre ? - Les diplomates disent des mensonges aux journalistes, puis ils les croient quand ils les voient imprimés. »&lt;br /&gt;Le mot « Luge » - falsification ou mensonge - apparaît des centaines de fois dans la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Fackel&lt;/span&gt;, tout entière construite à partir de l&#39;analyse krausienne d&#39;un système de mensonges qui s&#39;engendrent eux-mêmes. Les mensonges publiés dans la presse sur les prétendues atrocités commises de tout côté incitent les gens à se venger en commettant des atrocités véritables. Ce processus va encore se poursuivre tout au long de quatre années de guerre, durant lesquelles la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Fackel&lt;/span&gt; accumulera des dizaines d&#39;exemples supplémentaires.&lt;br /&gt;Bien entendu, une fausse réalité du même type est créée au même moment en France et en Grande-Bretagne, au travers notamment de comptes rendus outranciers sur les « atrocités allemandes ». Parmi ces mythes, le plus désastreux fut celui de la prétendue « culpabilité de guerre allemande ». L’affirmation que l&#39;Allemagne avait été l&#39;unique responsable du déclenchement de la guerre eut des conséquences dévastatrices, comme le démontra l&#39;homme politique libéral britannique Arthur Ponsoby dans son livre Falsehood in Wartime ( Le Mensonge en temps de guerre ). Les dirigeants britannique et français, Lloyd George et Poincaré, savaient pertinemment qu&#39;imputer à l&#39;Allemagne la responsabilité exclusive de la guerre était une contre-vérité. Mais l&#39;atmosphère anti-allemande engendrée par leur propre propagande les contraignit à faire inscrire la fameuse clause sur la « culpabilité de guerre » dans le traité de Versailles. Comme Kraus le vit dès 1919, ce traité eut pour résultat de rendre une seconde guerre mondiale à peu près inévitable.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-family:arial;&quot; &gt;2. LA MENTALITÉ ALLEMANDE D&#39;APRÈS GUERRE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;« Le coup de poignard dans le dos » - « L&#39;innocence persécutrice »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;« La croix gammée se dresse »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Kraus a emprunté le terme de « mentalité » à la sociologie française moderne pour décrire le climat politique de l&#39;Allemagne du début des années 1920. Pour définir cette mentalité, il reprend le concept familier de « victime innocente » et le renverse en « innocence persécutrice » - « verfolgende Unschuld ». Une parfaite illustration de ce concept est le fameux mythe du « coup de poignard dans le dos », qui permit aux militariste comme Hindenburg d&#39;affirmer que l&#39;armée allemande, restée « invaincue sur le champ de bataille », avait été trahie par les défaitistes - les socialistes, les pacifistes et les juifs. S&#39;il est convaincu d&#39;appartenir au camp des innocents, le criminel peut projeter son acte d&#39;agression sur sa victime. Avec une telle mentalité, c&#39;est la victime qui devient le véritable agresseur et, puisqu&#39;elle est le véritable agresseur, on peut s&#39;en prendre à elle en toute innocence.&lt;br /&gt;Cette mentalité devint si répandue en Allemagne après l&#39;effondrement de novembre 1918 que, lorsque des militants d&#39;extrême droite agressaient et même tuaient un socialiste ou un Juif, ils avaient de bonnes chances d&#39;être acquittés par les juges allemands patriotes. Les tribunaux ne remplissaient plus leur premier devoir : examiner les éléments de preuves pour établir la vérité. Ainsi les juges réactionnaires s&#39;alliaient-ils aux journalistes irresponsables et aux politiciens revanchards. Cela éclaire le commentaire prophétique de Kraus dans la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Fackel &lt;/span&gt;de janvier 1921: « En Allemagne, où la croix gammée s&#39;élève au-dessus des ruines de l&#39;embrasement du monde, le droit légitime s&#39;annonce dans l&#39;acquittement, qui fait chaud au coeur, des étudiants de toutes les facultés du meurtre.» La croix gammée fascinait Kraus : il la voyait comme une croix chrétienne que l&#39;on aurait tordue pour lui donner des crochets et en faire une arme. Elle incarnait en ce sens l&#39;idée d&#39;« innocence persécutrice ». Le symbole de la souffrance chrétienne innocente devenait l&#39;emblème de l&#39;agression et du mal.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-family:arial;&quot; &gt;3. FALSIFICATION DE LA MÉMOIRE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&quot;L&#39;amnésie autrichienne et la forteresse de Przemysl&quot;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La critique des mensonges entreprise par Kraus acquiert une force nouvelle de par son insertion dans le tableau de la mentalité d&#39;après guerre. Mais son analyse se complexifie quand il se concentre sur un troisième élément de la création de la réalité virtuelle, « la falsification de la mémoire ». Dans &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Les Derniers jours de l&#39;humanité&lt;/span&gt;, qui paraît sous forme de livre en 1922, la politique de la mémoire constitue un thème central. L’une des scènes les plus frappantes de ce texte montre que la falsification de la mémoire n&#39;est pas seulement un phénomène psychologique ; elle est aussi politique, puisqu&#39;elle est continuellement reconstruite par l&#39;appareil de propagande - une reconstruction si plausible que nous sommes tentés de nous en rendre complices. Dans la scène 16 de l&#39;acte II, un général d&#39;état-major dicte une dépêche de presse sur la forteresse autrichienne de Przemysl qui vient d’etre prise par les Russes ; alors que celle-ci était jus qu&#39;alors considérée comme la fierté de l&#39;armée austro-hongroise, le général minimise sa perte et la traite comme insignifiante. Au journaliste qui, à l&#39;autre bout du fil, s&#39;interroge sur cette présentation, le général répond « On peut tout faire oublier mon ami ! » À l&#39;acte suivant, une scène parallèle (scène 22) se situe après la reprise de Przemysl. Cette fois, la dépêche de presse retourne l&#39;argument et réaffirme l&#39;importance stratégique de la forteresse : « L’artillerie la plus moderne - Comment ? On ne peut pas faire oublier ? Rien que de la quincaillerie ? Mais non, plus main tenant ! On peut tout faire oublier, mon cher ami ! » Cette scène ajoute encore à la complexité de l&#39;analyse de Kraus en montrant que les journalistes ne travaillent pas à l&#39;écart des institutions politiques. Kraus indique ainsi que les rédactions de la presse officielle, les porte-parole du gouvernement et les conseillers en communication ( les spin doctors ) constituent des éléments essentiels du réseau de désinformation.&lt;br /&gt;« On peut tout faire oublier, mon cher ami ! » est l&#39;un des leitmotive de la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Fackel&lt;/span&gt; de l&#39;entre deux-guerres. Il se menait en effet à cette époque une autre guerre - la fameuse « guerre de la mémoire » - sur la manière dont on devait se remémorer les événements des années 1914-1918. Kraus dénonçait régulièrement l&#39;amnésie autrichienne. C&#39;est le thème de son poème satirique de novembre 1918, « Mir san ja eh die reinen Lamperln [ Nous sommes innocents comme de doux agneaux ] ». En 1918 (et à nouveau en 1945), les Autrichiens prétendirent que la guerre était la faute des méchants Allemands. Mais, comme le fit remarquer Kraus, les Autrichiens ne pouvaient protester de leur innocence que s&#39;ils se faisaient « une gloire de leur mémoire courte ». Tandis que les anciens combattants défilaient dans les rues « N&#39;oublions jamais » devint le slogan de toutes les nations européennes après 1918. Mais tout dépendait des systèmes de valeurs respectifs - de la mentalité dominante. En Angleterre, par exemple, la mobilisation de la Légion britannique pour maintenir vivante la mémoire de « Nos glorieux disparus » fut contrebalancée par le développement certain d&#39;un mouvement pacifiste. Mais en Autriche et en Allemagne, la commémoration de la guerre était orchestrée par des groupes paramilitaires  comme la Heimwehr et le Stahlhelm. Le souvenir devint une activité politique ; mythes glorieux et récits désillusionnés se disputaient le contrôle de la conscience populaire. On mit sur pied un gigantesque appareil de monuments aux morts et de commémorations afin de nimber la mort pour la patrie d&#39;une aura de dignité. La satire de Kraus visait à discréditer ce culte de l&#39;héroïsme - une mémoire pervertie du passé dont il craignait qu&#39;elle ne coûtât plus tard des millions de vies.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-family:arial;&quot; &gt;4. CLICHÉS &amp; SLOGANS&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;« Se serrer les coudes » -L« Anschluss » - Le « Volk »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Si la propagande politique et le revanchisme militaire constituaient pour Kraus des cibles évidentes, celui-ci réservait sa satire la plus subtile à ces instruments de persuasion cachés que sont les « phrases [ Phrasen]  »  - c&#39;est-à-dire les slogans et les clichés. Le mot « Phrasen » apparaît plusieurs milliers de fois dans la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Fackel,&lt;/span&gt; et presque invariablement dans un contexte critique. Dans un texte de février 1929 où il revient sur la Première Guerre mondiale, Kraus rappelle que son idée essentielle a été d&#39;identifier celle-ci à un « déchaînement de clichés préfabriqués ». Par ce lavage de cerveau, la presse est devenue une « organisation mortifère de l&#39;irresponsabilité morale et intellectuelle, créant elle-même les événements ». C&#39;est la corruption journalistique du langage, en particulier par l&#39;usage des clichés, affirme-t-il, qui a causé les pires dégâts.&lt;br /&gt;Les clichés sont-ils réellement si destructeurs ? On peut aborder cette question sous deux angles. Dans une perspective sociolinguistique, les clichés peuvent avoir une fonction constructrice. Ils produisent de la cohésion dans un univers instable. Dans les périodes de modernisation rapide, les clichés, nous rappelle-t-on, « prennent de l&#39;importance en tant que repères d&#39;orientation » : ce sont des « blocs réifiés d&#39;expériences passées » qui aident à combler le « vide institutionnel ». Ils organisent l&#39;expérience vécue en segments prédigérés, encourageant ainsi des modes de comportement conformistes et prévisibles. La société ne pourrait guère fonctionner sans un tel filet de sécurité linguistique, dont les mailles sont formées par des proverbes comme « Il ne faut pas jeter le bébé avec l&#39;eau du bain ». De telles expressions font appel à la sagesse pratique commune pour établir des liens entre sphère domestique et sphère publique - même les politiciens peuvent exiger un « bon coup de balai ».&lt;br /&gt;Puisque Kraus considère le langage comme le creuset d&#39;où jaillissent les idées, on aurait pu s&#39;attendre à ce qu&#39;il se montre moins hostile envers les expressions proverbiales. Mais il fait une distinction entre les créations verbales délicates et les platitudes destinées à séduire. Les guerres éclatent parce que des politiciens irresponsables « peuvent prétendre représenter la volonté d&#39;une nation qu&#39;ils ont préalablement intoxiquée avec des clichés ». Cela serait impossible s&#39;il n&#39;était pas dans la nature même des clichés de favoriser des modèles de pensée collective fort éloignés des réalités de l&#39;action politique. L’exemple le plus convaincant que Kraus nous en donne est l&#39;expression familière « Schulter an Schulter [ Se serrer les coudes ] ». Elle est citée plus d&#39;une centaine de fois dans la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Fackel&lt;/span&gt;. L&#39;homme politique qui déclare que l&#39;Autriche et l&#39;Allemagne - ou, bien sûr, l&#39;Angleterre et les États-Unis - devraient « se serrer les coudes » manque à peu près à tous ses devoirs. Il ne s&#39;agit pas seulement d&#39;un cliché ; c&#39;est un slogan politique proféré sur le ton bravache des écoliers pour détourner l&#39;attention des réalités de la guerre moderne.&lt;br /&gt;Dans les premiers travaux de Kraus, sa critique des clichés concernait les questions esthétiques plus que la propagande politique. Mais pendant les années 1920, l&#39;accent a changé : il ne s&#39;agissait plus de critiquer seulement les clichés vides de sens mais aussi les slogans destinés à endormir les esprits. Les slogans de ce genre apparurent notamment pendant la campagne en faveur de l&#39;Anschluss - le rattachement de l&#39;Autriche à l&#39;Allemagne. Kraus s&#39;opposa à cette campagne, surtout quand l&#39;Anschluss était revendiqué par des gens se prétendant socialistes mais qui étaient en réalité farouchement nationalistes. Le plus important de ces slogans, « le peuple allemand », fut celui qui allait finalement dominer tout le discours politique du national-socialisme. Le terme « Volk [ peuple ] », avec ses connotations populistes, nationalistes et racistes, montre comment un seul mot peut donner forme à une vision destructrice du monde. Dans les années 1920, c&#39;était déjà un terme-clé dans le débat sur l&#39;identité autrichienne et dans la campagne en faveur de l&#39;Anschluss.&lt;br /&gt;C&#39;est dans ce contexte que Kraus écrivit un article prophétique dans la &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Fackel &lt;/span&gt;de mai 1926. Ce texte annonce le phénomène de la réalité virtuelle, c&#39;est-à-dire d&#39;images engendrées par les médias pour créer un monde d&#39;illusions plausibles. En réponse aux gros titres de la presse sur l&#39;éventualité de l&#39;Anschluss, Kraus explique que le pouvoir hypnotique du journal a créé une « réalité simulée [vorgetauschte Wirklichkeit] ». En citant mutuellement leurs usages respectifs des concepts de « Volkstum », de « Das deutsche Volk » et de « das Volk Deutschosterreichs », les journaux de Berlin et de Vienne produisent un discours circulaire qui ne se fonde sur aucun événement politique ou diplomatique réel. Par exemple, le chancelier autrichien est en visite à Berlin, mais il n&#39;a pas encore rencontré son homologue allemand, ni même publié un communiqué ; pour combler ce vide, la presse recycle les slogans tirés de « la dernière conversation de bistrot entre les deux royaumes ». Le commentaire de Kraus à ce propos est incisif : « La réalité insinuée et fabriquée par le journalisme, qui étrangle l&#39;imagination et assassine les hommes, vit et se répand en se fondant sur la seule règle de publier en gras et à la une des opinions parfaitement vides, [...] détritus d&#39;une réalité simulée. [...] Jamais le Volte germano-autrichien ne tolérera une politique qui pourrait faire penser le moins du monde qu&#39;elle puisse être dirigée contre le Volte allemand. [ ... ] Les gros titres et les petites phrases créent un monde où rien n&#39;est réel sauf les mensonges. »&lt;br /&gt;En mettant ainsi en avant le mot « Volk » - un concept tendancieux qui présuppose à la fois une solidarité politique et une homogénéité biologique -, les médias créent un cadre de référence par essence fictif. Le problème est que ce gigantesque appareil a la capacité de transformer des « non -événements » en « action et en mort »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;La transsubstantiation des métaphores : &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;« sang », « sel » et «extermination »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;On considère parfois que la métaphore ne fait qu&#39;endimancher le langage en remplaçant un mot ordinaire par un autre plus poétique. Pour sa part, Kraus soutient au contraire que les métaphores saturent notre discours quotidien et façonnent nos modes de perception. En lisant l&#39;expression « pour sa part », que je viens d&#39;employer, aucun lecteur ne s&#39;est imaginé le partage d&#39;un gâteau ou d&#39;une somme d&#39;argent. L’origine de l&#39;expression est perdue, mais de telles métaphores invisibles imprègnent notre langage et donc notre mode de vie, comme l&#39;ont montré Lakoff et Johnson dans leur étude systématique sur &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Les Métaphores dans la vie quotidienne&lt;/span&gt;. Ce livre défend l&#39;idée que les expériences vécues fondamentales, comme l&#39;amour ou la dispute, n&#39;ont pas de structure intrinsèque et qu&#39;elles n&#39;en acquièrent une qu&#39;au travers de l&#39;articulation métaphorique. Kraus, quant à lui, insiste avant tout sur les métaphores pour lesquelles on peut mourir - le slogan « se serrer les coudes » par exemple.&lt;br /&gt;La question de la métaphore est au coeur de la philosophie du langage de Kraus, et il attribue une importance toute particulière aux métaphores corporelles ; cette insistance a un lien étroit avec la construction de la réa lité virtuelle. Quand nous utilisons une métaphore comme, par exemple, « avoir le sang chaud », faisons-nous référence de manière littérale à quelque chose de physique, au liquide qui coule dans nos veines, ou bien faisons-nous métaphoriquement référence à quelque chose d&#39;intangible, à une disposition psychologique ? Cette question est au coeur de la critique la plus puissante que Kraus ait conduite contre la propagande : Troisième nuit  de Walpurgis, ce classique de l&#39;analyse de la propagande nazie, écrit pendant l&#39;été 1933 et publié aujourd&#39;hui aux éditions Agone dans une traduction française qui fera référence. La réponse de Kraus est que la propagande allemande mêle constamment le sens littéral au sens métaphorique. Pire encore : alors que les métaphores caractérisent le comportement civilisé, cette propagande les ramène en arrière dans l&#39;univers brutal de la violence physique.&lt;br /&gt;L&#39;exemple le plus clair est celui de l&#39;idéologie du « sang ». Le sang a de multiples significations, qui vont des liens de parenté et de l&#39;hérédité bio logique à l&#39;excitation physique et au courage au combat. Ce fluide vital lui transporte les globules rouges et blancs devient une matrice idéo logique qu&#39;invoquent inlassablement racistes et bellicistes. Pendant la la première Guerre mondiale, les réflexions de Kraus l&#39;ont conduit à reconnaître la force motrice à l&#39;oeuvre dans la propagande allemande comme une « soif sanguinaire du langage ». Dans Les Derniers Jours de l&#39;humanité, il nous rappelle que c&#39;est du sang réel qui est versé dans cette guerre, non pas celui des propagandistes mais « le sang des autres » - celui des conscrits jetés dans la bataille. Au lendemain de la guerre, les écrits allemands revanchards furent dominés par le culte du « sang », qui mêlait les notions de courage militaire et de pureté raciale.&lt;br /&gt;Dans &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Troisième nuit de Walpurgis&lt;/span&gt;, ce « mythe du sang » est évoqué des dizaines de fois, depuis l&#39;adhésion de Heidegger au concept de « forces relevant de la terre et du sang » jusqu&#39;à l&#39;exceptionnelle « valeur du sang » pour les SS. La propagande nazie exploite à la fois la croyance selon laquelle le sang détermine l&#39;héritage génétique, et la peur que le « sang aryen » puisse être corrompu par les rapports sexuels avec des non-Aryens. Kraus en conclut que, dans la presse et à la radio allemandes, le mot « sang » apparaît plus fréquemment en un seul jour que pendant une année entière dans tout autre pays. Il cite également le refrain du plus célèbre des chants de marche nazi,&lt;br /&gt;« Quand du sang juif gicle sous le couteau / On ne s&#39;en trouve que mieux ». Ces paroles sont extraites du dernier couplet de Sturmsoldaten, un chant destiné à être entonné non seulement par les SA mais aussi par les groupes de jeunesse. Kraus ajoute que de tels chants ont sur ceux qui les chantent l&#39;effet d&#39;une « bonne dose de méthode Coué ». Émile Coué est ce psychologue français qui fut à l&#39;origine de la vogue de l&#39;« autosuggestion » - cet ânonnement collectif de maximes euphorisantes censées faire disparaître les symptômes de dépression ; ce rituel libérerait les énergies réprimées car l&#39;inconscient « est crédule et accepte avec une docilité ingénue ce qu&#39;on lui dit ». L’idée selon laquelle quand on verse le sang juif « On ne s&#39;en trouve que mieux » est un écho grotesque de la méthode Coué, pimenté de haine raciale.&lt;br /&gt;Pour Kraus, la situation serait moins grave si le « sang » était ici seule ment une métaphore. Mais le « miracle de la transsubstantiation » a opéré : « Et quelle révélation serait plus surprenante pour celui qui a connu la langue de près ? Quel spectacle serait plus fracassant que celui de l&#39;enveloppe des mots se remplissant à nouveau du sang qui était autrefois son contenu ? Spectacle réjouissant lorsque ce sang n&#39;est qu&#39;une métaphore […] Spectacle de Gorgone lorsque c&#39;est la renaissance d&#39;un sang physique qui commence à couler hors de la croûte de la langue »&lt;br /&gt;Le concept de « croûte » de la langue implique que les mots ont un pou voir de guérison, pourvu qu&#39;ils soient utilisés de manière appropriée : ils forment alors un tissu protecteur autour du corps éminemment vulnérable. Utilisées à bon escient, les métaphores participent d&#39;une culture de la dis pute dans laquelle le conflit physique a été déplacé sur un plan symbolique. Mais à présent, c&#39;est l&#39;inverse qui s&#39;est produit : « Nous assistons à l&#39;éclosion de la phrase qui devient acte. » Malgré les dénégations, puisque les métaphores sanguinaires créent un climat qui encourage à infliger des blessures réelles, c&#39;est du sang véritable qui inonde les prisons allemandes.&lt;br /&gt;L&#39;exemple le plus parlant que donne Kraus d&#39;une métaphore corporelle est l&#39;expression « Verser du sel sur une plaie ouverte ». Dans les sociétés anciennes, avant l&#39;émergence de la médecine moderne, le sel servait d&#39;antiseptique. Lorsque les marins étaient fouettés en guise de châtiment disciplinaire, on frottait leurs plaies avec du sel, ce qui les rendait bien sûr plus douloureuses mais aidait également à les soigner. Quand cette pratique eut disparu, l&#39;expression a persisté à titre de métaphore, au sens d&#39;aviver chez quelqu&#39;un un sentiment de honte ou de humiliation. Dans &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Troisième nuit de Walpurgis&lt;/span&gt;, Kraus se sert de cet exemple pour montrer que l&#39;équilibre entre le corps et l&#39;esprit, caractéristique d&#39;une langue civilisée, a été rompu : les voyous nazis ont plongé les mains ensanglantées de l&#39;une de leurs victimes dans un sac de sel afin d&#39;exacerber sa douleur.&lt;br /&gt;Son intérêt pour les métaphores comme « Le sang gicle sous le couteau » ou « Verser du sel sur une plaie ouverte » conduit Kraus à interroger la plus fondamentale de toutes les métaphores nazies, celle de l&#39;« extermination ». Qu&#39;entendent véritablement Hitler et ses sbires quand ils parlent d&#39;« exterminer [ausrotten] » leurs ennemis? À l&#39;époque, la plupart des observateurs pensaient que, lorsque les nazis parlaient de « détruire » les communistes et d&#39;« exterminer » les Juifs, ils utilisaient ces expressions de façon métaphorique, au sens de « les chasser des positions de pouvoir ». Quand la presse britannique interprétait de telles déclarations, elle s&#39;en tenait « au sens figuré ». Mais Kraus montre très clairement que l&#39;essence même du mouvement nazi est l&#39;« anéantissement [Vernichtung] » physique. Il cite un passage dans lequel des juristes nazis invoquent les anciennes lois germaniques censées approuver « l&#39;élimination totale de l&#39;ennemi intérieur ». On y explique que, traditionnellement, tout membre du Volk pouvait « abattre sans se cacher » les ennemis de celui-ci. En soulignant ces expressions, Kraus suggère que l&#39;avertissement doit être pris au sérieux. Bref, il avait fort bien compris que le nazisme était gouverné par une « mentalité exterminatrice ».&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-family:arial;&quot; &gt;CONCLUSION&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;« LIBERTÉ DE LA PRESSE » &amp; « PROPAGANDE GUERRIÈRE »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Kraus a reconnu en 1933 ( comme il l&#39;avait déjà fait en 1914 ) qu&#39;un appareil de propagande avait été mis en place pour justifier une agression militaire. Mon hypothèse est que sa critique peut être considérée comme un « paradigme » : soixante-dix ans plus tard, ses catégories-clés sont toujours valables, et elles peuvent s&#39;appliquer à la guerre qui a débuté en mars 2003 avec l&#39;invasion de l&#39;Irak. Certains optimistes prétendront sans doute que la situation actuelle est complètement différente : nous avons aujourd&#39;hui une presse plus critique et plus indépendante, sans compter les autres médias qui, comme la télévision et l&#39;Internet en particulier, garantissent la liberté d&#39;expression. La réponse de Kraus est que « la liberté de la presse » est pour l&#39;essentiel un mythe. Un journal indépendant ou une chaîne de télévision indépendante, cela ne saurait exister. Tous sont soumis aux pressions des propriétaires, des annonceurs, des intérêts de classe et des idéologies nationalistes. De surcroît, en période de crise, le contrôle effectif des médias passe aux mains des responsables politiques et militaires qui sont bien décidés à diffuser leur propagande belliciste.&lt;br /&gt;La critique que fait Kraus des liens entre le militarisme et les médias constitue l&#39;un des aspects les plus prophétiques de son oeuvre. Nous pourrions conclure sur un exemple simple et assurément paradigmatique : l&#39;affaire Friedjung. En 1908, l&#39;historien néoconservateur Heinrich Friedjung publia un article dans le principal quotidien du pays, la Nette Freie Presse ; il y faisait état de documents censés prouver que l&#39;Autriche était menacée de trahison et de conspiration dans les Balkans. Il s&#39;agis sait de justifier une attaque préventive contre la Serbie. Mais la menace de guerre s&#39;évanouit, et l&#39;Autriche réussit à annexer la Bosnie-Herzégovine sans recourir à la guerre prévue. Un an plus tard, Friedjung fut poursuivi pour diffamation par les hommes politiques croates qu&#39;il avait fausse ment accusés de trahison. Ses « documents » se révélèrent être des faux, fabriqués par le ministère des Affaires étrangères autrichien, et Friedjung subit une humiliation publique.&lt;br /&gt;L’affaire inspira à Kraus sa plus importante analyse politique dans la période qui précéda la Première Guerre mondiale : « Le procès Friedjung» ( décembre 1909 ). Dans ce texte, on trouve le passage suivant  : « l&#39;Autriche est la victime des médias la plus consentante qui soit. Elle ne se contente pas de croire ce qui est imprimé, elle croit également le contraire lorsqu&#39;il est également imprimé. […] Les journaux hurlent :« L’Autriche est en danger! » ; et les gens disent : « Pas possible ! » Puis les mêmes journaux hurlent: « L’ Autriche n&#39;a jamais été en danger! »  ; et les gens répètent : «  Pas possible!» Malheureusement, comme Kraus le faisait remarquer dans cet article, la leçon politique de l&#39;affaire Friedjung n’a pas été retenue, et les va-t-en-guerre l&#39;ont finalement emporté.&lt;br /&gt;Évoquons maintenant le parallèle le plus récent : les faux documents de Colin Powell et des gouvernements américain et britannique. Les preuves utilisées pour justifier l&#39;invasion de l&#39;Irak en 2003 se sont révélées aussi fausses que celles invoquées dans l&#39;affaire Friedjung. Mais aucun tribunal américain ou anglais n&#39;a réussi à condamner les dirigeants poli tiques responsables de ce faux scénario, qui a pourtant coûté d&#39;innombrables vies humaines. Les photos de bases ennemies présentées par le secrétaire d&#39;État américain Colin Powell aux Nations unies pour justifier l&#39;attaque contre l&#39;Irak relevaient davantage des ficelles de la communication que du renseignement fiable. Nous savons aujourd&#39;hui qu&#39;il n&#39;y avait pas d&#39;« armes de destruction massive » en Irak, et que Saddam Hussein n’avait rien à voir ni avec Al Qaida ni avec les attentats contre les Twin Towers. Mais, pendant des mois, ces fables élémentaires ont été rabâchées par les médias patriotiques avec une telle insistance que la majorité des membres du Parlement britannique et du Congrès américain ont fini par les croire. Le fiasco Friedjung se répétait, mais cette fois c&#39;était l&#39;Amérique qui était prétendument en danger : l&#39;Angleterre et la puissance militaire dominante devaient « se serrer les coudes ».&lt;br /&gt;L’attaque austro-hongroise contre la Serbie en août 1914 comportait tout au moins un zeste de logique puisque le complot visant à assassiner l&#39;archi duc François Ferdinand fut bel et bien ourdi à Belgrade. Mais comment un acte de terrorisme commis par des Saoudiens entraînés en Afghanistan peut-il justifier l&#39;invasion de l&#39;Irak ? Nous sommes là devant une réalité simulée à grande échelle. Ainsi ma contribution se conclut-elle comme elle a commencé, en rappelant la déclaration prophétique de Karl Kraus à l&#39;automne 1915 - déclaration qui n&#39;a rien perdu de sa valeur quatre-vingt dix ans plus tard : « Comment ce monde est-il gouverné et conduit à la guerre? - Les diplomates disent des mensonges aux journalistes puis ils les croient quand ils les voient imprimés. »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;EDWARD TIMMS&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Traduit de l&#39;anglais par Frédéric Cotton&lt;/span&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Purement égoïste ne pourrait être qu&#39;une totale surdité affective, un automatisme non accompagné de conscience, le court-circuit entre stimulus sensoriel et volonté sans interposition d&#39;aucun sentiment du monde. Le débauché, le grand criminel, le coeur de glace représentent comme tout autre type d&#39;homme des variétés de l&#39;altruisme ; comme on a dû reconnaître dans le donjuanisme une forme d&#39;amour.&lt;br /&gt;On a démontré que tout mouvement d&#39;altruisme peut être ramené à des gestes d&#39;égoïsme ; on aurait pu démontrer aussi bien que tout acte égoïste cache des élans altruistes sans lesquels il ne serait pas pensable. Les deux déductions, sous cette forme extrême, sont également drôles ; c&#39;est la majesté du concept dans un pot branlant, un jeu intellectuel involontaire - du fait que le terrain affectif sur lequel il se déroule est mouvant.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Ce qui ressort de l&#39;analyse de tout exemple d&#39;égoïsme, c&#39;est un rapport affectif avec l&#39;entourage, une relation entre soi et l&#39;autre qui se trouve être, aux deux bouts, difficile. Mais il n&#39;y a jamais eu non plus d&#39;altruisme à l&#39;état pur. Il n&#39;y a jamais eu que des êtres amenés à rendre service à d&#39;autres parce qu&#39;ils les aimaient, et des êtres amenés à leur nuire parce qu&#39;ils les aimaient sans pouvoir exprimer autrement cet amour. Ou qui faisaient l&#39;un et l&#39;autre, parce qu&#39;ils haïssaient. Mais la haine et l&#39;amour ne sont eux-mêmes que des manifestations trompeuses, des indices fortuits d&#39;une seule et même force qui tourmente nombre d&#39;entre nous et que l&#39;on peut définir seulement comme une agressivité morale, le besoin - d&#39;ordre finalement imaginaire - de réagir de quelque violente façon sur son prochain, de se répandre en lui, de l&#39;anéantir ou de bâtir, par rapport à lui, quelque constellation riche de trouvailles intérieures. L&#39;altruisme comme l&#39;égoïsme sont des possibilités d&#39;expression de cette imagination morale ; mais ils ne sont, ensemble, pas davantage que deux de ses innombrables avatars.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;De même, le mal n&#39;est pas le contraire du bien ou son absence ; ce sont des phénomènes parallèles. Bien et mal ne sont pas des contraires fondamentaux, moins encore ultimes, de la morale, comme on l&#39;a toujours supposé, même pas, probablement, des concepts particulièrement importants pour sa théorie ; ce sont des combinaisons, des abrégés pratiques. Les opposer diamétrale ment relève d&#39;un stade de pensée antérieur où l&#39;on attendait tout de la dichotomie, et n&#39;est guère scientifique. Ce qui prête une apparence de sérieux à toutes ces bipartitions morales, c&#39;est qu&#39;on les confond avec la distinction entre ce qu&#39;il faut combattre et ce qu&#39;il faut encourager. Cette opposition authentique, inséparable de tous nos problèmes, comporte effectivement, elle, une composante importante de la morale, et toute théorie qui chercherait à l&#39;émousser ou à la réduire ne saurait être que boiteuse. Mais pré tendre que tout comprendre, c&#39;est tout pardonner, n&#39;est pas une erreur plus grave que d&#39;affirmer que la décision sur ce qu&#39;a de pardonnable ou d&#39;impardonnable un phénomène moral en épuise la signification. On voit là se confondre deux notions qu&#39;il faut absolument garder distinctes. Ce que l&#39;on doit combattre ou encourager, ce sont des réflexions pratiques et des situations de fait qui le déterminent et suffisent, pourvu qu&#39;on laisse assez de jeu aux contingences historiques, à l&#39;expliquer. Pour justifier le châtiment d&#39;un voleur, il n&#39;est pas besoin de raisons dernières : les actuelles suffisent. Mais on ne trouvera pas trace, en pareil cas, de méditation ou d&#39;imagination morales. Si quelqu&#39;un, en revanche, au moment de châtier, se sent paralysé, s&#39;il voit son droit de toucher à autrui brusquement vaciller, s&#39;il se met à faire pénitence ou se saoule à mort dans des tavernes, ce qui lui arrive alors n&#39;a plus rien à voir avec le bien et le mal; il ne s&#39;en trouve pas moins dans un état de réaction morale extrêmement violente.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;La preuve que nous ressentons la morale, en profondeur, comme une aventure vécue, c&#39;est que ses théoriciens eux-mêmes quittent volontiers le terrain sûr de l&#39;utilitarisme pour tenter d&#39;élever ses commandements au niveau d&#39;une expérience vécue originale, pour faire entendre à notre porte les coups frappés par le sentiment - sous le masque d&#39;un étranger imposant : le devoir. L&#39;impératif catégorique - et tout ce que l&#39;on a tenu depuis pour un événement spécifiquement moral - n&#39;est au fond qu&#39;un détour, masqué de dignité bougonne, pour retrouver le sentiment. Mais, ce faisant, ce que l&#39;on met au premier plan est quelque chose d&#39;absolument secondaire et dépendant qui présuppose des lois morales au lieu d&#39;en créer; une expérience accessoire et nullement, il s&#39;en faut ! l&#39;expérience centrale de la morale.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;De tous les principes moraux jamais énoncés, le plus fortement imprégné d&#39;altruisme n&#39;est ni «Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ni « Fais le bien », mais celui selon lequel la vertu peut s&#39;enseigner. Toute activité rationnelle, en effet, a besoin de l&#39;autre et ne se développe que dans l&#39;échange d&#39;expériences communes. Mais la morale ne commence vraiment que dans la solitude qui sépare chaque homme de l&#39;autre. C&#39;est à cause de l&#39;in communicabilité, de l&#39;enfermement en soi, que les hommes ont besoin du bien et du mal. Le bien et le mal, le devoir ou la forfaiture sont les formes sous lesquelles l&#39;individu crée un équilibre affectif entre lui et le monde. Or, l&#39;important n&#39;est pas seulement d&#39;établir la typologie de ces formes, c&#39;est, plus encore, de comprendre la pression qui les crée ou l&#39;état de dépression sur lequel elles se fondent, ainsi que leur infinie diversité. L&#39;action - que l&#39;on ait affaire à un héros, un saint ou un criminel - n&#39;en est que la traduction balbutiante. Le meurtrier sexuel lui-même est, en quelque recoin de son âme, plein de blessures intimes, de brigues secrètes, il est encore, quelque part, comme un enfant à qui le monde a fait tort ; mais il n&#39;a pas les moyens de l&#39;exprimer autre ment qu&#39;il vient précisément d&#39;y parvenir. Il y a chez le criminel à la fois une résistance et une absence de résistance au monde, et l&#39;une et l&#39;autre se retrouvent en tout homme à forte destinée morale. Avant d&#39;éliminer pareil individu - serait-ce le plus infâme -, on devrait recueillir et conserver ce qu&#39;il y avait en lui de résistance, et que le monde a dégradé. Et nul n&#39;est plus nuisible à la morale que ces maniaques du bien et du mal qui, saisis d&#39;une molle terreur devant telle ou telle de leurs manifestations, en refusent jusqu&#39;au contact.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;Robert Musil. ( Mars 1913 )&lt;/span&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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J&#39;avoue que j&#39;aurais dû réfléchir à cela avant d&#39;accepter d&#39;en parler ; d&#39;autant qu&#39;il n&#39;est même pas absolument sûr que la femme nouvelle existe réellement et ne se juge pas plutôt, momentanément, telle.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Je ne pourrai donc aborder qu&#39;un certain nombre de questions qui m&#39;intéressent plus particulièrement, notamment celle de « la  femme démodée » ; plus précisément, dans notre cas, de la femme qui passe depuis peu pour démodée dans notre milieu, le milieu de la plupart de nos contemporains. Sur un point important, elle aura été plus cohérente que la nouvelle : elle s&#39;emmitouflait de la tête aux pieds, alors que la nouvelle n&#39;est que partiellement nue. Interroge-t-on un sexagénaire sur ses souvenirs de jeunesse, il déclarera que la femme d&#39;aujourd&#39;hui ne peut plus ni s&#39;habiller, ni se déshabiller ; et il y a là une part de vérité sur laquelle ne doivent pas nous faire illusion ces vieilles gravures de mode où les femmes vous ont un air si ridicule que le présent apparaît du coup, avec votre permission, comme un miracle des Temps modernes. Ce sont des concrétions d&#39;où toute vie s&#39;est retirée, des ralentis de l&#39;amour où la forme réduite à elle-même effraie, comme elle le fait toujours dès qu&#39;elle n&#39;est plus baignée par le flux du sensible. Néanmoins, si l&#39;on se débarrasse des pré jugés actuels sans pour autant réendosser ceux de jadis et que l&#39;on considère ces robes et ces chapeaux comme on a appris à faire les statues baroques, on leur reprochera bien un certain manque de goût, mais on ne pourra pas n&#39;y pas voir, en revanche, beau coup de mouvement. Du fait même de leur dessiccation par l&#39;histoire, ces masses vestimentaires à volants, bouillons, ruchés et falbalas se donnent vraiment pour ce qu&#39;elles sont : une prodigieuse multiplication artificielle de la surface érotique. L&#39;oeuvre d&#39;art qu&#39;accomplit la nature en produisant, par le simple déploiement et reploiement d&#39;un pétale de peau, les formes animales et humaines ainsi que les séductions de l&#39;amour, se voit ici dépassée sinon avec élégance, du moins avec efficacité. Le vêtement de la femme démodée avait pour tâche - et sa morale aussi bien - d&#39;accueillir et de répartir le pénétrant désir viril ; il distribuait le trop simple rayon de ce désir sur une vaste surface - et, moralement, sur toutes sortes d&#39;obstacles -, comme, d&#39;un seul cours d&#39;eau, l&#39;on irrigue une vaste contrée ; et, conformément à la loi qui donne au plaisir et à la volonté une situation d&#39;exception parmi les forces humaines, du fait que les obstacles les exaltent au lieu de les affaiblir, il portait le désir à un degré d&#39;intensité quasi ridicule, si bien que des dévoilements qui nous laissent de glace aujourd&#39;hui représentaient pour l&#39;homme d&#39;alors une aventure bouleversante. Mais, pour ne pas nous borner à en sourire, rappelons-nous les charmantes histoires d&#39;amour que raconte Stendhal dans ses nouvelles de la Renaissance : ne doivent-elles pas une bonne part de leur éclat de torches aux extraordinaires difficultés qui obligent les amants à ne se voir que rarement, furtivement, la nuit, au péril de leur vie ? Ce sont là des épices qui commençaient peut -être à s&#39;affadir par excès d&#39;absurdité ; n&#39;empêche que nous sommes sur le point d&#39;en être définitivement privés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;A vrai dire, j&#39;aimerais donner encore ici, de cette absurdité, un autre exemple ; je le dois à un homme longtemps tourmenté par des angoisses nerveuses sans fondement, liées à l&#39;histoire de sa jeunesse. Il avait passé son adolescence dans un internat et décrivait avec quelque amertume la façon dont lui et ses camarades - c&#39;était autour de 1890 - se représentaient « la Femme ». Une vieille bibliothèque romanesque, quelque « trésor » ou « guirlande » de nouvelles empruntées à la littérature universelle, voilà à quelle source ils s&#39;abreuvaient : toutes les femmes qui y figuraient étaient belles, la taille fine, des mains et des pieds minuscules et une très longue chevelure. De caractère, elles se montraient tour à tour fières et douces, gaies et mélancoliques, mais toujours extrêmement féminines et, à la fin de l&#39;histoire, aussi sucrées et fondantes que pommes au four. Elles étaient le rêve des jeunes hommes qui n&#39;avaient pas encore eu l&#39;occasion de jeter un regard sur la vie ; d&#39;où suivait un phénomène curieux. Pour être à la hauteur de ces femmes, il fallait aux hommes une moustache qu&#39;el les pussent presser sur leurs lèvres, moustache que les lois naturelles permettaient aux jeunes gens d&#39;espérer au moins imminente. Ils en venaient donc à se la souhaiter comme un « préliminaire du plaisir », ainsi que l&#39;on dit, je crois, aujourd&#39;hui ; et comme cette moustache devait être, selon le « trésor des nouvelles », blonde ou noire, souple et longue, le narrateur en avait désiré une dont une moitié fût blonde et l&#39;autre, par précaution, noire, et d&#39;un jour à l&#39;autre plus longue ; elle avait commencé par être seulement aussi longue que celle d&#39;un héros décrit dans une première histoire ; quand une deuxième histoire avait engendré un deuxième héros d&#39;égale valeur, elle avait doublé - pour devenir enfin, à tout hasard, aussi longue que la somme de toutes les moustaches existantes, voire un petit peu plus. Arrivé à ce point, le garçon comprit - bienheureuse intuition ! - l&#39;impossibilité de désirer pareille moustache ; et plus tard, il s&#39;effraya, rétrospectivement, que son imagination eût pu, par mégarde, s&#39;égarer de la sorte. A la lumière de cette expérience, la femme lui inspirait un léger effroi ; la petitesse des pieds, des mains, de la bouche, la minceur de la taille, en soulignant le développement de toutes les parties où la physiologie voit des coussins de graisse, étaient autant d&#39;images entraînant une tendance à la réduction illimitée, épuisante pour l&#39;affectivité. Bientôt la taille ne fut jamais assez fine, la bouche idéale prit les dimensions et la rondeur d&#39;une tête d&#39;épingle, les menottes et petons se retrouvèrent posés tels des papillons sans force sur l&#39;opulent calice du corps. Pareil idéal comportait sans nul doute le germe d&#39;un comportement délirant, et quiconque a une teinture de psychologie pensera peut-être à cet insatiable « besoin de sécurité » qui serait, selon l&#39;école d&#39;Adler, un des symptômes de la névrose. Mais comment qualifier ce comporte ment délirant de morbide, quand on voit que la même croissance à vide, la même tendance à une surenchère sans plénitude se manifestent dans toute activité humaine qui s&#39;écarte du terrain naturel où elles côtoyaient encore une foule d&#39;intérêts orientés autrement ou en sens contraire ? La mystique dégénère en masochisme ascétique, la supériorité intellectuelle en combinaison d&#39;échecs, les joies de l&#39;exercice physique ou de la compétition en obsession du record. De l&#39;instant où l&#39;ombre grotesque de ce comportement unilatéral s&#39;étendit à l&#39;amour, il ne faut rien conclure, sinon que la forme idéale qu&#39;on lui avait prêtée jusqu&#39;alors commençait à se décomposer.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Depuis lors, on a suffisamment parlé de la femme nouvelle pour que je puisse être bref sur la transition. Jusqu&#39;au temps des parents et grands-parents des deux générations actuellement en vie, la seule conception recevable de l&#39;amour avait été celle du chevalier en quête de sa dame, et qui la trouve ; avec le temps, il est vrai, les épreuves qu&#39;il devait surmonter à cet effet s&#39;étaient confinées de plus en plus entre les pages des mauvais romans ; de surcroît, l&#39;idéal chevaleresque et chrétien primitif s&#39;était distribué de telle façon que la part chevaleresque en incombât plu tôt à l&#39;homme, et la part chrétienne à la femme. Cette conception de l&#39;amour qui continuait à orienter la vie alors qu&#39;elle en avait presque disparu a vraisemblablement fait son temps. Du coup, la limitation de l&#39;âge de l&#39;amour, pour la femme, au bref laps qui s&#39;étend entre la dix-septième et la trente-quatrième année, perd son sens : déjà nous ne comprenions presque plus cette réserve, conséquence d&#39;une conception sublime, exaltée de l&#39;amour, selon laquelle on ne pouvait y satisfaire que dans sa fleur. Fait caractéristique, la situation sociale de la femme s&#39;est elle aussi vidée de son sens, avec toutes les exagérations qui s&#39;ensuivent. Il faut se représenter qu&#39;à l&#39;origine, le champ d&#39;activité de l&#39;économie domestique était assez vaste et divers pour occuper entièrement la personne qui en avait la charge, et que le peu qui en subsiste n&#39;en est pas moins resté inhérent à la notion, depuis longtemps trop grande pour lui, de maîtresse de maison ; c&#39;est ainsi que la puissante associée de l&#39;homme est devenue une petite mère de famille légèrement ridicule, toujours à bavarder sottement de ses besognes. Cette évolution devait fatalement avoir son pendant dans les rapports avec les enfants. Le problème des enfants ou, comme on dit aujourd&#39;hui, le problème des générations ne réside probablement pas là où on le cherche d&#39;ordinaire, dans cette précocité moderne qui entraîne un précoce besoin d&#39;indépendance, ou dans quelque mouvement ondulatoire de la culture dressant parents et enfants les uns contre les autres, mais tout simplement, sans doute, dans le fait que là où l&#39;on héritait autrefois de tout un mode de vie, l&#39;on n&#39;hérite plus aujourd&#39;hui, au mieux, que de l&#39;argent et des terres. On pourrait même affirmer que le problème des générations est en rapport étroit avec le passage de la mai son de famille, bâtie pour traverser les siècles et manifester rang social et fortune, à l&#39;appartement nomadique des grandes villes. C&#39;était ébranler du même coup la notion de maternité qui avait donné à la femme sa dignité en la dédommageant du sacrifice précoce de sa jeunesse. Cette notion privée de son ossature, il n&#39;en subsistait plus qu&#39;une exigence d&#39;autorité purement psychique ; si celle-ci, même fortement intellectualisée, peut garder quelque réalité, il lui manque la tranquille évidence de la matière, de ce qui n&#39;est pas l&#39;esprit ; dès lors, des déceptions dans les relations parents-enfants deviennent inévitables, ne serait-ce que parce qu&#39;elles sont surchargées d&#39;affectivité. La limitation du nombre des enfants contribue également à alourdir d&#39;exigences morales les relations entre époux et entre parents et enfants, qui ont perdu de leur extension. Comme, d&#39;autre part, la baisse de la fécondité est une conséquence directe de la transformation des conditions de vie et de l&#39;économie, cet exemple montre bien comment des impulsions évolutionnaires d&#39;origine très différente se complètent mutuellement. On pourrait en citer maint autre dans le même sens : le statut juridique intenable de la femme, le travail féminin, l&#39;influence prise sur la formation des moeurs par les besoins des classes naguère inférieures, l&#39;aspiration générale à des conceptions morales plus élastiques, l&#39;affaiblissement de l&#39;individualisme et enfin, derechef, Sa Majesté l&#39;amour qui, des hauteurs du XVIIIe siècle et du romantisme, est tombé aux mains des plus médiocres fabricants de romans et de drames. Ce vaste réseau d&#39;innombrables détails prouve que les modifications intervenues ne sont pas le fait d&#39;une simple oscillation, mais signifient un éloignement durable du passé ; toutefois, vouloir prédire où elles mènent, dans un pareil imbroglio, exigerait l&#39;enthousiasme du prophète. Tous, nous sommes à peu près informés du flot de livres, de discours, d&#39;entreprises partisanes ou individuelles dont est sorti, dans l&#39;espace d&#39;une vie humaine, ce que l&#39;on nomme la femme nouvelle, ou le nouveau statut de la femme. Mais le fait le plus significatif est indéniablement qu&#39;en fin de compte, tout s&#39;est passé autrement que prévu. C&#39;est la guerre qui a fait perdre aux masses féminines le respect des idéaux virils et, du même coup, de la femme idéale ; et le combat décisif, ce ne sont pas les championnes de l&#39;émancipation qui l&#39;ont livré, mais les tailleurs. La femme ne s&#39;est pas libérée en enlevant à l&#39;homme tel ou tel domaine d&#39;activité, comme il avait semblé d&#39;abord ; ses gestes décisifs ont été de prendre possession de ses plaisirs, d&#39;une part, et de se déshabiller, d&#39;autre part. Il a fallu attendre ce moment pour que la femme nouvelle, sortant de l&#39;état d&#39;exception de la littérature ou de la dissidence réformiste, se révèle aux yeux du peuple et, rapidement, prenne corps : processus révolutionnaire qui incite à quelque prudence.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Si l&#39;on examine avec ladite prudence, et l&#39;éternelle sympathie que mérite une créature tenue de bouleverser le monde quand elle a peur d&#39;une souris, l&#39;état actuel des choses, on en peut conclure à peu près ceci : fatiguée d&#39;être l&#39;idéal d&#39;un homme qui a perdu le pouvoir d&#39;idéalisation, la femme a pris sur elle de devenir son propre modèle. Depuis que le démon de midi lui paraît comique, l&#39;atmosphère s&#39;est sensiblement purifiée. La femme ne veut plus être en aucune manière un idéal, elle veut en créer, contribuer à leur élaboration, à l&#39;instar de l&#39;homme ; même si ce doit être, pour le moment, sans grand succès. Dans sa nouvelle activité, elle a encore des gaucheries de jeune fille ; la plupart des lycéennes et des étudiantes ne vont pas jusqu&#39;au bout de leurs études, beau coup peuplent les professions incontrôlables ; elle fait encore appel aux instincts adolescents de son partenaire : maigre comme un jeune garçon, camarade, sportivement prude et puérile. Aux fou les d&#39;hommes habillés assis aux parterres des théâtres, longeant des vitrines ou lisant le journal, elle se montre nue comme un ver; mais devant les quelques-uns qu&#39;elle retrouve à la plage, elle garde tout de même sur elle quelques bouts de tissu dont l&#39;ampleur recommence même depuis peu à augmenter. Mais ces restes d&#39;inconséquence ne joueront aucun rôle. Ce qui compte davantage, c&#39;est que la relation avec les enfants se limite encore, essentiellement - et toujours pour le moment - à les préserver : la femme nouvelle a pris forme un peu plus rapidement que la mère nouvelle. Mais il semble que le prosaïsme extrêmement séduisant qui fut toujours le propre de la femme quand elle se comportait naturellement et non pas conformément au rêve de l&#39;homme - car les êtres délicats sont souvent, pour leur défense, un peu prosaïques, et laissent les donquichotteries aux créatures mieux charpentées - finira par s&#39;exprimer dans une pédagogie rationalisée dont les enfants se trouveront certainement fort bien. L&#39;essentiel, dans cette affaire, pourrait être ce sens du réel dans un sexe condamné durant des siècles à se donner pour l&#39;idéal de l&#39;autre. Je ne suis pas de ceux qui déplorent le prosaïsme des jeunes femmes. Le corps humain ne peut éternellement se borner au rôle de récepteur d&#39;excitations physiques : dans quelque relation qu&#39;il noue, le moment vient toujours où il se fait le montreur, l&#39;acteur de lui-même ; ainsi l&#39;instinct naturel se combine-t-il toujours, en lui, avec un système déterminé de représentations et de sentiments ; cette production d&#39;idéologie ressemble à un jet d&#39;eau qui monte et retombe tour à tour au long des siècles. Aujourd&#39;hui, il est tout près de son point le plus bas, presque invisible ; mais on ne peut douter qu&#39;il ne remonte, sous l&#39;effet de quelque combinai son nouvelle. Les chances de pareille résurgence sont nombreuses et diverses, et l&#39;avenir ne les dissimule vraiment qu&#39;à la façon d&#39;un voile, non d&#39;un mur d&#39;enceinte pavé de préjugés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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L&#39;habitude de voir dans le poète lyri que l&#39;écrivain par essence est bien ancrée, encore qu&#39;un peu archaïque ; rien ne montre plus clairement que le vers, que l&#39;écrivain est quelqu&#39;un dont la vie se déroule dans d&#39;autres conditions que les conditions ordinaires.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Nous n&#39;en ignorons pas moins ce qu&#39;est, à proprement parler, un poème. Nous n&#39;avons même pas, de sa zone extérieure de rayonnement dominée par les notions de rime, de rythme et de strophe, une connaissance suffisante pour faciliter notre rapport avec l&#39;expérience de sa lecture ; à plus forte raison ignorons-nous presque tout de son intérieur. Une forme spécifique, non ordinaire, de combinaison de représentations : réduire le poème à cette définition paraît prosaïque, mais de tous les moyens qui pourraient nous faire progresser pour le moment, c&#39;est encore le plus sûr. Ainsi, d&#39;une représentation pas beaucoup plus belle que d&#39;autres : des enfants passant en chantant sur un pont au-dessous duquel flottent des barques illuminées et les reflets des rives - et à une dis tance infinie même de l&#39;ébauche : Auf der Brücke singen Kinder, / Auf dem Strome schwimmen Lichtlein3, une simple inversion suffit à Goethe pour créer ces deux vers magiques : Lichtlein schwi,nmen auf dem Strome, / Kinder singen auf der Brücken. Considérons leur rythme, facile à tambouriner sur une table : il n&#39;a que l&#39;importance d&#39;un accompagnement, d&#39;un dessous ; la sonorité, qui contribue de façon sensible à la métamorphose de l&#39;impression, ne peut pour autant être dissociée de celle-ci, et n&#39;est pas plus autonome que ne l&#39;est le côté d&#39;une figure. On pourrait continuer ainsi à analyser d&#39;autres modifications de ces vers sans rien trouver que détails dépourvus de signification isolée ; et l&#39;on en serait réduit à conclure que c&#39;est leur somme, et leurs corrélations, qui permettent la naissance, restée mystérieuse, de l&#39;ensemble. Bien des gens, certes, aiment à voir dans la poésie un mystère ; mais on peut aussi aimer la clarté ; et dans ce cas, il n&#39;y a tout de même pas lieu de désespérer de la trouver. Lit-on en effet les deux vers de l&#39;exemple choisi dans leur premier état, puis dans l&#39;état définitif, on se rend compte malgré tout, à côté de ses autres impressions, que la contraction extérieurement saisissable subie par les phrases au moment où elles prennent leur juste place, que l&#39;unité formelle qui se crée là comme d&#39;un seul coup à la place de l&#39;ébauche diffuse, sont moins un événement d&#39;ordre sensoriel qu&#39;une modification extra-logique du sens. Et à quoi serviraient donc les mots, sinon à exprimer un sens ? Le langage du poème lui aussi, en fin de compte, est langage, c&#39;est-à-dire avant tout communication ; et si l&#39;on pouvait apprendre à voir dans cette modification de la teneur du poème obtenue par les seuls moyens de la poésie l&#39;essentiel de l&#39;opération, on donnerait du même coup, à tous les détails que l&#39;on reconnaît collaborer au poème sans pou voir les relier entre eux, une sorte d&#39;axe dont la présence éclaire rait leur mode de combinaison.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Apparemment, les arguments en faveur de ce point de vue ne manquent pas. Le mot est moins le porteur d&#39;un concept, comme nous l&#39;admettons d&#39;ordinaire, impressionnés par le fait que son contenu conceptuel se laisse parfois définir, qu&#39;il n&#39;est, si on ne le réduit par sa définition à un terme technique, un sceau sur un ensemble assez lâche de représentations. Même dans une combinaison verbale aussi simple et prosaïque que « la chaleur était vive », les contenus de représentation des mots « chaleur », « vive », voire « était » sont tout à fait différents selon que la phrase concerne un convertisseur Bessemer ou un poêle d&#39;appartement ; d&#39;autre part, il y a un point commun entre la vive chaleur d&#39;un poêle et celle de nos sentiments. Non seulement la phrase tire sa signification des mots, les mots aussi tirent la leur de la phrase ; et il en va de même pour la phrase et la page, la page et l&#39;en semble du texte. Dans le langage scientifique lui-même jusqu&#39;à un certain point, mais dans une très large mesure dans le langage non scientifique, contenant et contenu interfèrent dans le modelage de leur signification ; et l&#39;architecture d&#39;une page de bonne prose se révèle à l&#39;analyse logique non comme une chose figée, mais comme la vibration d&#39;un pont qui se modifie de pas en pas. Reste, on le sait, que le propre et le devoir de la pensée scientifique, ou logique, ou discursive, ou encore - pourrait-on dire en l&#39;opposant ici à la poésie - fidèle au réel, sont de canaliser autant que possible le processus de la représentation, de le rendre clair et inéluctable ; les règles logiques se bornent à contrôler cette tâche, qui est déjà devenue une habitude psychologique à peu près sans équivoque. On peut aussi renoncer à ce contrôle, rendre aux mots leur liberté ; mais, là encore, ce ne sera pas le pur caprice qui présidera à leurs associations ; car, si les mots ont bien plusieurs significations, ce sont des significations apparentées ; en choisit-on une, l&#39;autre n&#39;est pas loin : elles ne sombrent jamais dans l&#39;incohérence absolue. A l&#39;identité conceptuelle de l&#39;usage ordinaire se substitue d&#39;une certaine manière, dans l&#39;usage poétique, la ressemblance du mot avec lui-même, et aux lois qui règlent le cours logique de la pensée, une loi de l&#39;attraction. Le mot poétique ressemble à l&#39;homme qui va là où il se sent attiré : il va vivre quel que temps une aventure, mais ce temps ne sera pas dépourvu de sens, et il aura des efforts considérables à faire : car la maîtrise de l&#39;instable n&#39;est nullement plus facile que celle du stable.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;On a prétendu que, dans le déroulement du travail poétique, se substituait aux représentations déterminantes de la pensée logique un affect ; et il semble bien qu&#39;une tonalité affective fondamentale et unitaire joue toujours un rôle dans la formation du poème; mais qu&#39;il soit décisif dans le choix des mots, l&#39;intense activité rationnelle dont font état les poètes eux-mêmes y contre dit. On a également expliqué la différence qui affecte les mêmes mots selon qu&#39;on en fait un usage logique ou artistique - ce fut, si mes souvenirs sont exacts, Ernst Kretschmer&#39; dans sa Medi zinische Psychologie, 1922 -, en affirmant qu&#39;ils apparaissent ici dans la pleine lumière de la conscience, et là en marge, dans une zone mi-rationnelle mi-affective qu&#39;il nomme la «sphère ». Mais cette hypothèse - qui d&#39;ailleurs, comme le « sub-conscient » des psychanalystes, désignation beaucoup trop spatiale, n&#39;est qu&#39;une comparaison, car la conscience est un état, non une zone, et presque même un état d&#39;exception du psychisme - nécessite à son tour un complément : la reconnaissance du fait que le tissu objectif, aussi bien que le tissu subjectif de nos représentations, couvre toute l&#39;étendue du spectre entre ladite «sphère » et le concept univoque. Il est des mots dont tout le sens tient dans l&#39;expérience vécue à laquelle nous devons de les connaître : parmi eux, la plu part des représentations morales et esthétiques dont le contenu change avec les individus et avec les périodes de la vie, au point que le fixer conceptuellement, c&#39;est risquer d&#39;en perdre le meilleur. Dans un texte ancien déjà, j&#39;ai parlé à ce propos de pensée « non ratioïde », à la fois pour la distinguer de la pensée scientifique considérée comme ratioïde, c&#39;est-à-dire où le pouvoir de la ratio est adapté à ses contenus, et pour donner ainsi une autonomie intellectuelle au domaine de l&#39;essai et même à celui de l&#39;art. Le jugement scientifique est en effet naturellement enclin à surestimer, dans la création artistique, la part de l&#39;affectivité et du jeu aux dépens de la part intellectuelle, de sorte que l&#39;esprit de la littérature, qui est opinion, croyance, pressentiment ou sentir, apparaît volontiers comme une forme inférieure de l&#39;esprit scientifique, fait, lui, de certitude ; en réalité, ces deux sortes d&#39;esprit se rattachent à deux domaines autonomes du vivre et du con naître, dont la logique n&#39;est pas exactement la même. Le fait que le domaine du communicable et de la communication humaine s&#39;étend probablement, sans solution de continuité, du langage mathématique à l&#39;expression affective, presque totalement irrationnelle de l&#39;aliéné ne vient pas contredire, mais compléter cette distinction entre objets désignables ou non de manière univoque.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Si, excluant les cas pathologiques, nous nous limitons à ce qui possède encore une valeur de communication au moins pour tel ou tel groupe humain, nous pouvons situer à l&#39;opposé du pur concept, sur cette échelle, ce que l&#39;on appelle le « poème sans signification » ; ce poème sans signification, ou sans sujet, tel que le prônent périodiquement certaines écoles poétiques, à l&#39;aide d&#39;arguments invariablement douteux, nous intéresse particulièrement ici du fait qu&#39;il peut être réellement beau. Ainsi ces vers de Hofmannsthal : Den Erben lass verschwenden / anAdler, Lamm und Pfau / das Salbôl aus den Hünden / der toten alten Frau, présenteront-ils sans doute aux yeux de nombre de lecteurs les caractères d&#39;un poème sans signification : il est aussi impossible de deviner sans secours extérieur ce que le poète a voulu dire que de soustraire son esprit à leur pouvoir ; et sans doute en va-t-il au moins partiellement ainsi pour nombre de gens devant nombre de poèmes. Ces vers ne sont pas beaux parce que Hofmannsthal voulait certainement leur faire dire quelque chose ; ils le sont quoi qu&#39;on ne puisse comprendre ce qu&#39;ils disent ; et le comprendrait on qu&#39;ils en seraient peut-être plus beaux, mais peut-être aussi moins beaux. Car tout ce que l&#39;on peut comprendre à leur lecture relève de la pensée rationnelle et ne tire sa signification que de celle-ci. Sans doute pourrait-on voir là, plutôt qu&#39;un exemple du pouvoir de l&#39;art, un exemple du manque d&#39;art du lecteur. Il faudrait faire alors une expérience complémentaire : par exemple, poser une grille sur les poèmes d&#39;un lyrique expressif tel que Goethe, ou simplement en extraire, par quelque autre procédé mécanique, tous les énièmes mots ou les énièmes vers ; et l&#39;on serait surpris par la force des organismes mutilés qui en résulte raient huit fois sur dix. De quoi corroborer notre idée que l&#39;opération poétique essentielle est le modelage du sens, et qu&#39;elle obéit à des lois qui divergent de celles de la pensée réaliste sans perdre tout contact avec elles.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Ce qui éclairerait du même coup le problème des objections que le sentiment du poète élève contre la pensée profane. Celle  ci est bien son ennemie, une forme du mouvement de l&#39;esprit qui s&#39;accorde aussi mal avec la sienne que des rythmes différents dans le mouvement du corps. Cela n&#39;apparaît peut-être nulle part plus nettement que dans l&#39;extrême opposé du poème sans signification, dans cette curiosité qu&#39;est le poème didactique : avec tous les caractères esthétiques du poème, il ne contient pas une once de sentiment et, du même coup, pas une représentation qui ne s&#39;accorde avec les lois rationnelles. On a l&#39;impression, aujourd&#39;hui du moins, qu&#39;une telle oeuvre n&#39;est pas un poème, mais on n&#39;en a pas toujours jugé ainsi. Entre ces deux pôles de l&#39;excès de sens et de l&#39;excès de non-sens, la poésie déploie toutes les nuances de leurs combinaisons et peut être comprise comme leur interférence mi-amicale, mi-hostile, la pensée « profane » s&#39;y mêlant à la pensée « irrationnelle » de façon si intime que ce qui la caractérise, c&#39;est bien moins l&#39;une ou l&#39;autre que leur association. Voilà où il faut chercher l&#39;explication la plus féconde de tout ce que l&#39;on a rangé jusqu&#39;ici sous la rubrique « anti-intellectualisme », y compris son côté élevé et cet éloignement de la vie propre au romantisme comme au néo-classicisme.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;A ce propos, toutefois, il faut ajouter un mot. Il n&#39;est pas rare d&#39;entendre dire, et toujours à des gens qui ont vraiment quel que chose à dire, que la grande poésie implique une doctrine, un consensus idéologique, des convictions générales solides, pour atteindre à sa pleine efficacité - ce qui sous-entend bien souvent qu&#39;il n&#39;y a plus, aujourd&#39;hui, de grande poésie; et cela n&#39;est pas sans apparence de justesse. Il saute aux yeux que l&#39;énergie peut d&#39;autant mieux se libérer et prendre une forme expressive que la dépense consentie en vue de l&#39;expression est dégrevée par un « support » ; et la loi psychologique qui veut que les intérêts affectifs ambivalents le plus souvent s&#39;entre-nuisent, parlerait dans le même sens. Ainsi tout homme qui écrit pourrait-il avoir légitimement appris par son expérience propre que l&#39;on n&#39;accède à la pleine liberté de l&#39;invention formelle qu&#39;à partir d&#39;une maîtrise absolue du fond ; que cela soit également vrai en grand pour l&#39;évolution de la littérature, on peut l&#39;admettre au moins en ce sens que les oeuvres d&#39;une beauté poétique particulièrement fascinante et pure apparaissent dans des périodes où l&#39;idéologie plane à de sereines hauteurs. Franz Blei, à qui nous devons déjà tant d&#39;aperçus critiques profonds, affirme même, en défendant ces vues dans sa belle Histoire d&#39;une vie, que « la poésie, en se voulant aussi philosophie, se nuit à elle-même ». Si c&#39;était absolument exact, on ne donnerait pas cher de l&#39;opinion qui fait de l&#39;âme du poème une entité susceptible d&#39;intensification intellectuelle ; mais, manifeste ment, ce « classicisme radical » répond au besoin de délimiter au moins avec précision, dans un débat thématiquement si incertain, son point de vue propre en désignant le pôle extrême auquel on tend. Car, même si la perfection de la mise en forme était, en poésie, l&#39;essentiel, et même dans une mise en forme apparemment tout à fait libre et dans un temps arrêté, le modelage des conte nus donnés impliquerait encore leur modification. Ainsi n&#39;existe t-il pas d&#39;oeuvre d&#39;art catholique véritable qui ne vaudrait à son auteur, pour crime d&#39;hérésie, au moins un ou deux siècles d&#39;enfer ; et si les idéologies postérieures au catholicisme accusent moins les déviations, c&#39;est qu&#39;elles sont elles-mêmes imprécises. La relation entre beauté classique et fermentation intellectuelle est donc aussi un rapport : celui-là même que l&#39;on a désigné par la fraction « Plein de sens/Dépourvu de sens ». C&#39;est ainsi que Blei dit de Swinburne, « et pas seulement de lui », avec une clarté telle que je ne résiste pas au plaisir de citer : « On peut mesurer à ces conceptions parfois moroses, parfois insincères, l&#39;importance, à tous égards, de la diction du poète, telle que l&#39;expression fait oublier l&#39;exprimé, ou le percevoir à peine : lui-même peut-être l&#39;oubliait. Avec cela, le style de Swinburne n&#39;est pas uniquement musical ou sensuel. Cet improvisateur de strophes élégamment construites montre, avec toute sa spontanéité, une grande précision d&#39;ex pression et une parfaite sûreté de trait. Notre impression que le passage a dû être écrit ainsi et pas autrement est si contraignante que l&#39;on ne peut imaginer la strophe retouchée : elle a dû s&#39;élever d&#39;un coup d&#39;aile à cette hauteur. » On ne pouvait décrire de façon plus concise et plus complète le phénomène qui, même dans le poème classique, transforme le non-sens en sens de telle sorte que non seulement l&#39;expérience sensible, mais la signification même peut avoir « la plus grande précision » tout en naissant de « conceptions insincères ». Rien ne permet de supposer que le don de la pensée, de la réflexion ou de la méditation, si étroite ment lié à l&#39;art, soit en contradiction avec le don du langage ; ce sont sans doute des dons d&#39;origine différente qui atteignent leur&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt; plus grand épanouissement chez des individus et à des époques&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt; différentes; et le fait que les poètes les plus doués pour le langage se contentent souvent d&#39;une vision du monde éclectico-déco rative est lié sans doute à leur goût du langage. Mais le poème né dans ces conditions n&#39;est la plupart du temps qu&#39;une œuvre dépourvue de sens sur un arrière-plan de sens plus ou moins fantasmagorique : cela dit sans aucune irrévérence, car la rareté des grands talents rend pratiquement sans objet toute autre distinction de valeur. Sur le plan de la théorie critique, néanmoins, il faudrait s&#39;en faire une idée&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt; claire ; car la volonté des individus se forme en relation avec la&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt; Totalité, et si le sens du poème se constitue à partir d&#39;une interprétation d&#39;éléments rationnels et d&#39;éléments irrationnels comme on l&#39;a exposé, il importe de maintenir l&#39;exigence aussi grande de part et d&#39;autre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;La signification de la forme&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Ce serait égarer le lecteur que d&#39;attribuer à ces considérations partielles un caractère de totalité fermée ; dans la mesure où elle existe, leur cohésion, si lâche soit-elle, peut parler pour elle  même. Nous la compléterons simplement par quelques mots sur les notions de forme et de mise en forme auxquelles on a eu recours. Ces auxiliaires de l&#39;esthétique ont déjà beaucoup servi ; naguère, surtout dans l&#39;opinion commune, on pensait qu&#39;une forme belle était ce qui s&#39;ajoutait, ou parfois faisait défaut, à un beau fond - ou inversement ; à moins que l&#39;un et l&#39;autre ne fus sent jugés sans beauté. On se souvient peut-être d&#39;une anthologie de poésie allemande des années soixante ou quatre-vingt dont la préface traitait fort intelligemment ce thème : excellents principes, suivis d&#39;un choix de poèmes exclusivement mauvais. Plus tard, on est revenu à l&#39;idée que forme et fond constituent une unité que l&#39;on ne peut entièrement dissocier. Aujourd&#39;hui, on pense que seul un fond mis en forme peut être objet d&#39;analyse esthétique : il n&#39;est pas de forme qui ne se manifeste sur un fond, de fond qui n&#39;apparaisse à travers une forme ; et ce sont ces amalgames de forme et de fond qui constituent les éléments à partir desquels s&#39;édifie l&#39;oeuvre d&#39;art.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Le fondement scientifique de cette interpénétration de la forme et du fond, c&#39;est la notion de Gestalt. Elle implique qu&#39;une juxta position ou une succession d&#39;éléments donnés par les sens peut produire quelque chose qu&#39;il est impossible d&#39;exprimer ou de mesurer uniquement par leur moyen. Deux exemples parmi les plus simples : si un rectangle est bien constitué par ses quatre côtés et une mélodie par ses notes, c&#39;est leur connexion particulière qui fait précisément leur Gestalt, douée d&#39;un pouvoir d&#39;expression que les possibilités expressives de ses parties constitutives n&#39;expliquent pas. Les Gestalten, comme en témoignent également ces exemples, ne sont pas entièrement&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt; irrationnelles, puisqu&#39;elles autorisent comparaisons et classements ; elles n&#39;en comportent pas moins un élément tout à fait individuel et unique. Pour recourir à une désignation plus ancienne mais encore en usage, on peut dire aussi qu&#39;elles sont un tout, à condition de préciser qu&#39;il ne s&#39;agit pas d&#39;un tout par sommation, mais qu&#39;à l&#39;instant où elles surgissent, elles introduisent dans le monde une qualité particulière, différente de celles de leurs éléments ; à quoi l&#39;on peut même vraisemblablement ajouter, non sans conséquences pour la suite, que le tout transmet une expression intellectuelle plus pleine que ses éléments ; car une figure a plus de physionomie qu&#39;une ligne, et une configuration de cinq notes parle mieux à l&#39;âme que leur succession informe. Cela dit, les opinions les plus diverses s&#39;affrontent quant à la place à donner au phénomène de la Gestalt dans La gamme des concepts psychologiques; il n&#39;en est pas moins sûr que ce phénomène existe et que des propriétés importantes de l&#39;expression artistique, comme le rythme et la mélodie de la langue, en sont fort proches. Mais si l&#39;on veut en tirer, comme on le fera plus loin, des conclusions intéressant des manifestations plus élevées et plus complexes de la vie ou de l&#39;art, il ne faudra pas oublier que l&#39;on renonce du même coup, provisoirement, à la précision que permet seule une délimitation scientifique des problèmes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Couvert par cette réserve, on peut affirmer hardiment que l&#39;effort de totalisation de tout ce que l&#39;âme reçoit ou émet, caractéristique de la « mise en forme » élémentaire, contribue également à la bonne administration de toutes les tâches de notre vie. Il est l&#39;un des nombreux dispositifs d&#39;économie intellectuelle qui tendent, par différents moyens, à simplifier le travail et réduire les efforts, et cela dès le niveau de la physiologie. Le « un-deux-trois » qui permet au conscrit exécutant une quelconque gymnastique de dissocier les phases de l&#39;exercice devient à la longue une sorte de formule corporelle facile à répéter sans analyse ; et l&#39;esprit n&#39;apprend guère autrement. Cette production de formules s&#39;observe aussi dans la vie du langage : il est constant que celui qui use des mots et des locutions conformément à leur signification et dans la plénitude de leur sens demeure incompréhensible à la plupart de ses concitoyens, parce que ceux-ci n&#39;emploient pas le langage comme un ensemble articulé, mais sous forme de conserves. On la retrouve dans la vie intellectuelle comme dans la vie affective, dans l&#39;ensemble comme dans les détails du comportement personnel. Représentons-nous, si les exemples réalistes ne nous font pas peur, la plus banale intervention dentaire dans tous ses détails effraction de parties osseuses du corps, introduction de crocs pointus et de matières toxiques, piqûres dans la gencive, ouverture de canaux internes et finalement extirpation d&#39;un nerf, donc, pratiquement, d&#39;un morceau d&#39;âme ! - et nous serons livrés à d&#39;insurmontables terreurs. Le truc qui permet d&#39;éviter à l&#39;esprit cette torture consiste simplement à ne pas se la représenter décomposée, mais à lui substituer, avec le sang-froid du patient exercé, cette unité ronde, lisse et familière nommée « traitement de racine », à laquelle ne s&#39;attache au pis qu&#39;un léger malaise. C&#39;est exactement la même chose qui se produit quand on accroche à son mur un nouveau tableau : il attire le regard pendant quelques jours, après quoi le mur l&#39;absorbe et on ne le remarque plus, même si l&#39;impression d&#39;ensemble donnée par le mur a probablement changé un peu. On pourrait dire, pour employer des termes à la mode en littérature, que le mur fait un effet « synthétique » et le tableau, pendant quelque temps, un effet dissociant ou « analytique »; et que le plus grand tout, le mur, a presque complètement absorbé le plus petit, le tableau. Le terme &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;d&#39;« accoutumance » dont on se contente généralement ne suffit pas à expliquer ce processus, car il ne rend pas compte de son rôle actif qui consiste évidemment à permettre que l&#39;on continue d&#39;habiter « entre ses quatre murs » pour se consacrer avec une force inentamée, dans un ensemble stable, à sa tâche particulière. Processus auquel on peut vraisemblablement imaginer la plus grande extension : car la singulière illusion que l&#39;on nomme « complétude du sentiment de la vie » semble bien être aussi l&#39;une de ces cloisons étanches de l&#39;esprit. Comme en témoignent ces exemples, la formation de ces totalités n&#39;est pas seulement, bien sûr, l&#39;affaire de l&#39;intelligence : tous les moyens dont nous disposons y concourent. D&#39;où l&#39;importance de ces « manifestations ( prétendues) toutes personnelles » qui vont de la façon dont on coupe court à une situation gênante en haussant les épaules jusqu&#39;à celle dont on rédige une lettre ou traite son prochain : nul doute que cette « mise en forme » de la matière vivante ne contribue beaucoup, à côté de l&#39;action, de la pensée et de cette tendance retardataire nommée d&#39;ordinaire sentiment, à faciliter la tâche de l&#39;homme. S&#39;il en est incapable, s&#39;il est par exemple, comme on dit aujourd&#39;hui, un névrosé, ses actes manqués - hésitations, doutes, inhibitions, angoisses, incapacité d&#39;oublier, etc. - peuvent être presque toujours interprétés aussi comme une incapacité d&#39;élaborer les formes et les formules qui &#39;aident la vie plus facile. Revenant à la littérature, on comprendra jusqu&#39;à un certain point le profond malaise qu&#39;y suscite « l&#39;esprit d&#39;analyse ». Quand ils se défendent contre la dissociation des les formules affectives ou intellectuelles dont la modification ne leur semble pas urgente, l&#39;homme, et l&#39;humanité elle-même, défendent un droit semblable à celui du sommeil nocturne. D&#39;autre Part, l&#39;ingurgitation excessive de « totalités.» est aussi caractéristique de la bêtise, surtout de la bêtise morale, que l&#39;excès de fractionnement l&#39;est de la débilité de caractère. Il n&#39;est pas plus facile de trouver l&#39;équilibre de cette combinaison dans notre vie que de trouver, en littérature, le juste dosage entre l&#39;analyse intellectuelle et la narration naïve dont le charme tient à l&#39;intégralité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;En recourant, pour ces considérations, aux notions de tout, de Gestalt, de forme et de mise en forme, nous avons fait jusqu&#39;ici comme si elles étaient identiques : elles ne le sont pas. Origi naires de secteurs différents de la recherche, elles se distinguent en ceci qu&#39;elles désignent soit différents aspects du même phéno mène, soit divers phénomènes étroitement apparentés. Mais, dès lors que l&#39;on n&#39;y recourt ici que pour découvrir un fondement à la notion d&#39;irrationnel en art et indiquer pourquoi son rapport avec le rationnel n&#39;est pas de pure opposition, il est permis de s&#39;en tenir à l&#39;unité thématique sans se préoccuper des nuances ; et même, de l&#39;arrondir encore. Du fait d&#39;influences diverses, en effet, la dernière génération a substitué peu à peu au schéma psychique traditionnel du moi, schéma extrêmement rationaliste calqué, involontairement, sur la pensée logique - schéma qui s&#39;est maintenu en partie dans la pensée juridique et théologique et que l&#39;on aurait pu qualifier de psychologie autoritaire centraliste -, une image de décentralisation : l&#39;homme prendrait la plupart de ses décisions non pas rationnellement, intentionnellement, ni même tout à fait consciemment, mais à la suite de réactions d&#39;éléments en quelque sorte clos, de « complexes de rendement » comme on les a nommés aussi* [* Note de R. M.: A ne pas confondre avec la notion de « complexe » en psychanalyse. Si cet essai évite le recours aux représentations psychanalytiques, c&#39;est, entre autres raisons, que la littérature leur a fait un sort insuffisamment critique, alors qu&#39;elle méprise la « psychologie scolaire », le  plus  souvent,  par  pure  ignorance  de  ses  possibilités &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;d&#39;application. ], qui répondraient à telles ou telles circonstances ; peut-être même serait-ce la personne tout entière qui agit, la conscience se bornant à suivre. Cette conception ne doit pas être entendue comme une « décapitation » : au contraire, elle ne fait que confirmer l&#39;importance de la conscience, de la raison, de la personne, etc. Il n&#39;en demeure pas moins que, pour de nombreux actes, et notamment les plus personnels l&#39;homme, loin d&#39;être conduit par son moi, l&#39;entraîne à sa suite ; celui-ci occupant, dans le voyage de la vie, une situation intermédiaire entre capitaine et passager. Or, c&#39;est précisément cette situation particulière entre le corps et l&#39;esprit qu&#39;occupe la forme, la Gestalt. Considérons quelques lignes géométriques expressives ou la sérénité complexe d&#39;un antique visage égyptien : la forme qui émerge là du donné matériel n&#39;est plus une simple impression sensible et n&#39;est pas encore un contenu conceptuel univoque. On serait tenté de dire que c&#39;est du corps pas encore entièrement transformé en esprit, et il semble que ce soit cela même qui exalte l&#39;âme ; car les expériences élémentaires de la sensation et de la perception, comme celles, abstraites, de la pensée pure, du fait de leurs liaisons avec le monde extérieur, excluent presque l&#39;âme. Aussi est-il parfaitement légitime de voir dans le rythme et la mélodie une entité spirituelle, tout en reconnaissant leur pouvoir immédiat sur le corps. Dans la danse, l&#39;élément corporel prédomine, mais le spirituel y palpite comme un théâtre d&#39;ombres. De théâtre n&#39;a d&#39;autre fin que de donner à la parole un nouveau même, dans lequel elle acquière une signification qu&#39;elle n&#39;aurait pas toute seule. Mais l&#39;expérience se résume peut-être en ceci que nombre d&#39;hommes intelligents se montrent aussi imperméables â l&#39;art que des faibles d&#39;esprit, alors que, d&#39;autre part, des hommes capables de définir avec infaillibilité les beautés et les défauts d&#39;un poème, et d&#39;orienter là-dessus leur action, sont incapables de manier le langage logique. On aurait tort de voir là une capacité esthétique particulière ; ce n&#39;est peut-être en fin de compte qu&#39;une fonction jumelle de la pensée, étroitement liée à celle-ci, même si leurs manifestations extrêmes divergent.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Bilan&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;On ne saurait toutefois, bien entendu, confondre poésie et forme. Car une pensée scientifique a aussi une forme, et non seulement la forme ornementale de sa plus ou moins belle présentation,  généralement vantée à tort, mais une forme intérieure, organique ; laquelle se manifeste surtout dans le fait que cette pensée, même dans son expression la plus objective, n&#39;est jamais entendue par celui qui la reçoit exactement comme l&#39;auteur l&#39;entendait, mais subit toujours une transformation qui l&#39;adapte à la compréhension de chacun. Dans ce domaine, toutefois, la forme reste très en retrait par rapport au fond invariant, purement rationnel. Mais dans l&#39;essai déjà, dans les « considérations » ou les « réflexions », la pensée dépend entièrement de sa forme ; et l&#39;on a fait remarquer plus haut que cette dépendance est liée au fond qui accède à la représentation, dans un essai authentique et non pas pseudo-scientifique. Dans le poème, enfin, ce qu&#39;il faut exprimer n&#39;est ce qu&#39;il est que sous la forme où on l&#39;exprime. Là, la pensée est aussi purement contingente qu&#39;un geste ; elle éveille moins des sentiments que ceux-ci n&#39;en constituent, presque exclusivement, la signification. Dans le roman et le drame, en revanche - et dans les formes intermédiaires entre essai et traité, l&#39;essai pur étant une abstraction presque sans exemple -, la pensée, la combinaison discursive des idées apparaissent à nu. Il n&#39;empêche que ce genre de pas sages, dans un récit, donne toujours une impression désagréable d&#39;impromptu, d&#39;intervention déplacée, de confusion entre l&#39;espace de la représentation et l&#39;espace privé de l&#39;auteur ; à moins qu&#39;ils n&#39;aient eux aussi la nature d&#39;un élément formel. Et c&#39;est précisément dans le roman, parce qu&#39;il est plus apte qu&#39;aucune autre forme d&#39;art à refléter le contenu intellectuel d&#39;une époque, que l&#39;on peut observer le mieux le difficile problème de leur intégration, en mesurant la complexité des superpositions et des imbrications qui cherchent quelquefois à le résoudre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;C&#39;est donc un truisme d&#39;affirmer que la parole du poète ou du romancier a une signification « élevée »; ce n&#39;en est pas un de préciser que cette signification n&#39;est pas la signification ordinaire « plus » cette élévation, mais une signification nouvelle qui ne se confond pas plus avec l&#39;originelle qu&#39;elle n&#39;en est indépendante. La même remarque vaut pour les autres moyens d&#39;expression, plus strictement formels, de la littérature : eux aussi communiquent quelque chose ; mais dans leur application, le rapport entre ce qu&#39;ils communiquent, et ce qui reste en quelque sorte intransitivement lié au phénomène, s&#39;inverse. On peut voir dans ce processus aussi bien l&#39;adaptation de l&#39;esprit à des domaines sur les quels la raison n&#39;a pas de prise, que l&#39;adaptation de ces domaines à la raison ; et la parole, dans cet usage soutenu ou élevé, est comme le javelot qui, pour atteindre son but, doit être lancé par la main, et ne revient pas en arrière. On en arrive donc tout naturellement à se demander quel est le but de ce jet ou, abandon nant les métaphores, quelle est la tâche de la littérature. Il n&#39;est pas dans les intentions de cette étude de prendre position sur ce point ; mais il en ressort qu&#39;elle présuppose l&#39;existence d&#39;un certain domaine de relations entre hommes et choses dont la littérature, précisément, rend compte, et auquel ses moyens sont adaptés. C&#39;est intentionnellement que ce « compte rendu » n&#39;a pas été décrit comme une expression subjective, mais dans son rap port avec l&#39;objectivité présupposée. Autrement dit : en communiquant une expérience vécue, l&#39;oeuvre littéraire communique une connaissance ; celle-ci n&#39;est sans doute nullement la connaissance rationnelle de la vérité - bien qu&#39;elle lui soit mêlée -, mais l&#39;une et l&#39;autre sont le résultat de processus orientés dans le même sens : c&#39;est qu&#39;il n&#39;existe pas deux mondes, l&#39;un rationnel et l&#39;autre irrationnel, en dehors de lui, mais un seul monde, qui les contient tous deux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;Je voudrais conclure ces remarques, non par des réflexions générales, mais par un exemple très caractéristique, celui des formes primitives de la poésie. Il ressort en effet de la comparaison de la poésie archaïque avec des hymnes et rituels primitifs que les caractéristiques fondamentales de notre lyrisme n&#39;ont pratique ment pas changé depuis les temps les plus reculés : la division du poème en strophes et en vers, les symétries, les parallélismes qui se retrouvent aujourd&#39;hui encore dans les refrains et les rimes, l&#39;usage de la répétition et même du pléonasme comme stimulant, l&#39;insertion de mots, de syllabes ou de suites de lettres dépourvus de sens - c&#39;est-à-dire mystérieux, magiques -, enfin le fait que le détail, phrase ou fragment de phrase, ne prend tout son sens que par sa situation dans l&#39;ensemble. ( Même le rôle suspect de l&#39;originalité y a son pendant, car ces danses et ces chants sont souvent le privilège d&#39;un individu ou d&#39;une communauté qui en gardent le secret ou le vendent fort cher! ) Or, ces vieux chants à danser sont des sortes d&#39;instructions pour maintenir en mouvement le cours naturel et influencer les dieux ; leur fond dit ce qui doit être fait pour cela, leur forme détermine exactement, dans l&#39;ordre, la manière de le faire. Leur forme est donc dictée par le déroule ment de l&#39;événement qui constitue leur fond ; et chacun sait que les primitifs, aujourd&#39;hui encore, redoutent énormément, pour leurs conséquences présumées, les fautes de forme. A travers cet exemple et son explication sommaire, on voit que l&#39;analyse scientifique de l&#39;état primitif de l&#39;art conduit à des conclusions tout à fait analogues à celles que l&#39;on a tirées, indépendamment de ces recherches, de l&#39;observation de son état actuel ; mais la comparai son offre l&#39;avantage supplémentaire de rendre plus tangible que ne peut le faire l&#39;analyse littéraire le lien essentiel entre fond et forme, qui est que tout « comment » signifie un « quoi ». L&#39;oeuvre littéraire authentique, aujourd&#39;hui encore, est une opération tendant à une « production », à une « magie symbolique », et non une répétition de la vie ou d&#39;opinions sur la vie que l&#39;on exprimerait mieux en dehors d&#39;elle. Toutefois, tandis qu&#39;à partir du « faiseur de pluie » primitif le côté « fond », avec les siècles, s&#39;est mué en science et en technique et produit depuis longtemps sa forme propre, le côté « forme », s&#39;il a aussi changé de sens en s&#39;éloignant de la magie originelle, n&#39;a pas produit de nouveau « fond » distinct. Le fond de l&#39;oeuvre littéraire est resté plus ou moins son antique forme ; et bien que ce fond, dans le détail, puisse se lier à toutes sortes de buts changeants, la première tâche de la littérature authentique n&#39;en est pas moins de chercher un avatar moderne à la foi, perdue depuis Orphée, en son pouvoir magique sur le monde.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:180%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Je suis convaincu de la fausseté non seulement de ce que je dis, mais aussi de ce qu&#39;on y objectera. Il n&#39;en faut pas moins commencer à parler; en pareil sujet, la vérité ne se trouve pas au milieu, mais tout autour, pareille à un sac qui, à chaque opinion qu&#39;on y fourre, change de forme, mais gagne en consistance.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;1&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Je commencerai par un symptôme.&lt;br /&gt;Nul doute que, depuis dix ans, nous ne fassions de l&#39;histoire mondiale, sous la forme la plus voyante, sans pouvoir, pour autant, l&#39;appréhender. Nous n&#39;avons pas été réellement changés ; un peu d&#39;outrecuidance avant, une vague gueule de bois après ; nous étions des citoyens industrieux, nous sommes devenus des meurtriers, des assassins, des voleurs, des incendiaires et ainsi de suite : nous n&#39;avons pas vécu quoi que ce soit pour autant. Ou est ce que je me trompe ? La vie continue exactement comme par le passé, tout juste un peu affaiblie peut-être, avec des prudences de convalescent; la guerre nous a paru plus proche du carnaval que de la bacchanale, et la révolution a fini au Parlement. Nous avons donc été toutes sortes de choses sans changer pour autant, nous avons beaucoup vu et n&#39;avons rien appréhendé.&lt;br /&gt;A cela, je crois qu&#39;il n&#39;y a qu&#39;une réponse : nous ne disposions pas des concepts qui nous auraient permis d&#39;intégrer ce vécu. Ni même, peut-être, des sentiments dont le magnétisme les y aurait aidés. Il ne nous est resté qu&#39;un malaise plein de stupeur, comme si les voies nerveuses frayées par l&#39;événement avaient été prématurément coupées.&lt;br /&gt;Un malaise. L&#39;Allemagne fourmille de sectes. On lorgne vers la Russie, l&#39;Extrême-Orient, l&#39;Inde. On accuse l&#39;économie, la civilisation, le rationalisme, le nationalisme, on imagine un déclin, un relâchement de la race. La guerre a fait s&#39;effondrer toutes nos voûtes. Même l&#39;expressionnisme se meurt. Le cinéma, lui, pour suit sa progression. (Rome à la veille de sa chute.)&lt;br /&gt;En France, en Angleterre, en Italie - autant qu&#39;un profane en peut juger vu la carence de nos services d&#39;information -, l&#39;incertitude ne semble pas moindre, même si ses manifestations peu vent différer.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;2&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Telle apparaît l&#39;histoire mondiale vue de près : on ne voit rien.&lt;br /&gt;Sans doute objectera-t-on que nous sommes trop près. C&#39;est une comparaison empruntée au sens de la vue: il arrive qu&#39;on soit trop près d&#39;un objet pour l&#39;embrasser du regard. Mais peut-on être trop près d&#39;une vérité pour la reconnaître ? La comparaison ne joue pas. Nous en saurions assez pour nous former un jugement sur le moment présent et sur le passé récent; nous en savons plus, en tout cas, que n&#39;en sauront les temps à venir. Autre source de la comparaison : nous étions trop engagés. L&#39;avons-nous jamais été ?&lt;br /&gt;Le fameux « recul historique » consiste en ceci que sur cent faits passés ayant sombré dans l&#39;oubli, on peut accommoder le cinq pour cent restant à sa guise. Mais l&#39;objectivité se manifeste en ceci que les uns voient dans ces cinq survivants une mode d&#39;il y a vingt ans, et les autres une conversation animée entre des interlocuteurs qu&#39;on n&#39;entend pas. Le grotesque des actions humaines, à peine ont-elles perdu de leur fraîcheur, effraie; et nous mobilisons pour les expliquer toutes les circonstances qui nous sont étrangères, donc celles de l&#39;histoire.&lt;br /&gt;Est historique tout ce que l&#39;on ne ferait pas soi-même; le con traire, c&#39;est le vivant. Si notre temps était une « époque », on serait en droit de se demander si nous en sommes au début, à la fin ou au milieu. S&#39;il y a eu un homme gothique - avec prégothique, gothique primitif, flamboyant et tardif -, quelle est la position de l&#39;homme moderne par rapport à son zénith ? S&#39;il y a une race allemande, ou une race blanche : dans quelle phase biologique se trouvent-elles ? Pour que ces images d&#39;ascension et de déclin ne restent pas une simple allégation gratuite à posteriori, il faudrait disposer d&#39;un tableau symptomatologique de leurs courbes générales. Ce serait là une tout autre objectivité, mais on en est encore loin. Peut-être les faits historiques vivants ne sont-ils nullement univoques, et ne le deviennent-ils qu&#39;une fois morts ? Et l&#39;histoire vivante n&#39;est-elle finalement pas du tout l&#39;histoire, c&#39;est-à-dire rien que l&#39;on puisse enfermer dans les catégories ordinaires de l&#39;histoire ?&lt;br /&gt;Intervient là, en effet, un étrange sentiment de hasard.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;3&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Il y a dans tout ce qui est arrivé de quoi donner un sentiment, très actuel, de hasard. Ce serait solliciter par trop la croyance en la nécessité historique que de chercher, dans toutes les décisions que nous avons subies, l&#39;expression d&#39;un sens cohérent. On peut bien, par exemple, après coup, voir dans l&#39;échec de la diplomatie et de la stratégie allemandes une nécessité ; chacun n&#39;en sait pas moins que les choses auraient pu aussi bien tourner autrement, et que la décision a tenu, plus d&#39;une fois, à un cheveu. A croire que le cours des événements n&#39;est nullement nécessaire, et ne tolère qu&#39;après coup ce qualificatif.&lt;br /&gt;Je ne veux pas faire de philosophie, Dieu m&#39;en garde, en des temps aussi graves ; mais je ne peux m&#39;empêcher de penser à l&#39;homme fameux qui passe sous le fameux toit dont une tuile se détache. Était-ce une nécessité ? Sûrement oui et sûrement non. Que la fameuse tuile se soit détachée et que le fameux homme soit passé, voilà qui, sans nul doute - dirons-nous en faisant abs traction de la doctrine de la volonté libre ou non, selon laquelle toute l&#39;histoire se répète -, a un lien avec la loi et la nécessité; mais que ces deux faits se soient produits au même moment n&#39;en a aucun, à moins de croire au bon Dieu ou au règne, dans l&#39;histoire, d&#39;une raison plus puissante encore. De là que l&#39;on peut bien conclure de Dieu ou d&#39;un Ordre supérieur aux accidents, mais non l&#39;inverse.&lt;br /&gt;Pour parler simplement : ce que l&#39;on nomme nécessité historique n&#39;est évidemment pas une nécessité de la nature de ces lois où d&#39;un facteur A découle un facteur B; c&#39;est une nécessité du type qui règne dans les choses, « où l&#39;une entraîne l&#39;autre ». Sans doute des lois jouent-elles là aussi - comme le lien entre l&#39;évolution intellectuelle et l&#39;évolution économique ou le facteur topologique dans les beaux-arts ; mais il reste toujours un élément qui ne se présente tel qu&#39;une fois, que cette unique fois. Rappelons en passant que, parmi ces faits uniques, il faut nous compter aussi, pour une part, nous autres humains.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;4&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Notre image du monde en perd un peu de sa prétendue sublimité. Consolons-nous avec une échappée.&lt;br /&gt;Dans la verte forêt, un vert chasseur abat un brun cerf. Essayons de rétrograder. La balle a jailli du fusil, l&#39;éclair a suivi, puis le coup de tonnerre, le cerf s&#39;est effondré sur le flanc, ses bois ont heurté le sol, et le voilà gisant. Marche arrière : le corps se redresse - mais il ne pourrait pas tenir debout, il devrait « tom ber » en l&#39;air, ses bois devraient d&#39;abord mimer à rebours le heurt contre le sol, et il lui faudrait commencer à la vitesse finale et finir à la vitesse initiale. La balle devrait revenir au fusil le culot en avant, la fumée de la poudre reprendre forme solide avec la détonation, et ainsi de suite. Ne voudrait-on modifier qu&#39;un seul détail au cours des événements, il ne suffirait pas de le remonter, il faudrait encore pour cela disposer de pleins pouvoirs absolus pour la reconstruction du monde tout entier. La pesanteur devrait agir vers le haut, la terre devrait faire dans l&#39;air un plan vertical, la balistique subir des modifications tout à fait inconcevables ; en bref : une mélodie jouée à l&#39;envers n&#39;est plus une mélodie du tout, et il faudrait, pour qu&#39;il en allât autrement, bouleverser le temps et l&#39;espace.&lt;br /&gt;En fait, rien que pour remettre sur ses pattes un cerf abattu, il faut un événement radicalement nouveau : conversion et réparations ne suffisent pas ! Le monde éclate d&#39;une volonté effrénée de nouveauté, hanté par l&#39;idée-force du changement et du progrès !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;5&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Il y a des gens qui prétendent que nous avons perdu la morale. D&#39;autres prétendent que nous avons perdu l&#39;innocence en ingérant pour jamais, avec la pomme, le démon de l&#39;intellectualité. D&#39;autres encore, que nous devrions dépasser la civilisation pour aboutir à la « culture » telle que l&#39;ont connue les Grecs. Et ainsi de suite.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;6&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La conception de l&#39;histoire qui la découpe en époques successives auxquelles correspondrait chaque fois un type historique donné - comme l&#39;homme grec, l&#39;homme gothique, l&#39;homme moderne - pour supposer là, ensuite, une ascension et un déclin ( ainsi pour le type grec archaïque, classique tardif et décadent, puis le non-grec ), quelque chose qui aurait fleuri puis se serait fané, mais pas seulement un épanouissement : une entité qui se serait épanouie, un type d&#39;homme, une race, une société, un esprit agissant sur le réel, un mystère... cette conception qui n&#39;est pas seulement répandue aujourd&#39;hui dans l&#39;essai, mais a sou vent envahi la recherche historique elle-même, implique une hypothèse.&lt;br /&gt;Dans tout cela, il n&#39;est de donné que le phénomène : un certain style d&#39;édifices, d&#39;ouvrages littéraires, d&#39;oeuvres d&#39;art, d&#39;actes, d&#39;événements, de modes de vie, les signes évidents de leur coexistence et de leurs connexions. Le fait que ce substrat phénoménal d&#39;une période, d&#39;une époque et d&#39;une culture donne, à première vue, l&#39;impression d&#39;une unité qui ne se serait produite qu&#39;en un temps et un lieu déterminés ne doit pas empêcher de remarquer que ce n&#39;est pas tout à fait exact ; chacun sait que des influences orientales ont agi sur la vie grecque, et que des influences grecques agissent encore aujourd&#39;hui sur la nôtre. C&#39;est donc tout le contraire : ces manifestations semblables de la vie ( et en histoire, on ne peut parler que de ressemblances et d&#39;analogies ) forment un véritable continuum réparti dans l&#39;espace et le temps ; simple ment, celui-ci ne se condense jusqu&#39;à devenir visible qu&#39;à de certains moments ou ne se précipite, dirait-on volontiers, qu&#39;en de certaines circonstances.&lt;br /&gt;Cette image phénoménale rappelle à celui qui connaît un peu l&#39;aspect statistique du monde intérieur ou extérieur le croisement d&#39;une déterminante - pour employer un terme général - constante avec des déterminantes variables ; et si l&#39;on prend comme déterminante constante la constitution humaine, celle-ci ne peut être en même temps la cause des différentes époques et sociétés, du moins si l&#39;on entend par là des entités réellement actives et non de simples termes collectifs purement descriptifs ; les causes doivent se trouver dans les circonstances.&lt;br /&gt;Dans une contrée aussi limitée que la Basse-Autriche, par exemple, les botanistes distinguent environ trois mille variétés de roses sauvages, et ne savent pas s&#39;ils doivent les regrouper en trois cents ou en trente espèces ; si incertaine est la notion d&#39;espèce même quand on dispose, comme dans ce cas, de tant de critères univoques. Et l&#39;histoire prétendrait y parvenir avec des critères aussi parfaitement équivoques et manifestement non « essentiels » que le sont les manifestations complexes de l&#39;architecture, des autres arts et des formes de vie ? Élever ces objections, ce n&#39;est pas nier l&#39;existence phénoménale des différentes époques ; et en un certain sens, il est vrai qu&#39;à la base de chacune d&#39;entre elles il y a un autre type d&#39;homme : mais il s&#39;agit de comprendre ce « certain sens » !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;7&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;L&#39;homme, depuis 1914, s&#39;est révélé une masse étonnamment plus malléable qu&#39;on ne l&#39;admettait généralement.&lt;br /&gt;Des raisons religieuses, morales et politiques avaient empêché jusqu&#39;ici de le reconnaître vraiment. Je me rappelle encore fort bien la sympathique étude d&#39;un écrivain allemand représentatif où celui-ci s&#39;étonnait que l&#39;homme ne fût pas tel qu&#39;il l&#39;avait vu, mais aussi méchant que Dostoïevski l&#39;a dépeint. D&#39;autres se rappelleront peut-être l&#39;importance accordée dans nos systèmes moraux au « caractère », c&#39;est-à-dire à l&#39;exigence de pouvoir traiter l&#39;homme comme une constante, alors qu&#39;une mathématique morale plus complexe est non seulement possible, mais probable ment nécessaire. Passer d&#39;une pensée accoutumée à la fiction d&#39;un comportement psychique constant à une pensée qui admet les exceptions au type et à l&#39;époque a cessé d&#39;être difficile.&lt;br /&gt;Ce classement rigide contredit néanmoins aux expériences de la psychologie et de la vie. La psychologie montre que les phénomènes décrivent une ligne sans solution de continuité de l&#39;homme supérieur à l&#39;homme inférieur à la normale; et la guerre a confirmé, sous la forme d&#39;une énorme expérimentation de masse, que l&#39;homme oscille aisément entre les extrêmes sans changer dans sa substance. Il change, mais sans se changer.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;8&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ces expériences devraient se formuler à peu près ainsi : forte amplitude au-dehors, faible amplitude au-dedans. Il ne faudrait pas grand-chose pour faire de l&#39;homme gothique ou du Grec de l&#39;Antiquité un moderne civilisé. Un léger surcroît de circonstances, d&#39;influences extra-psychiques, de contingences, d&#39;aléas, orienté durablement dans le même sens, y suffirait. La créature humaine est capable aussi bien de pratiquer l&#39;anthropophagie que d&#39;écrire la Critique de la Raison pure.  Il ne faut pas s&#39;obstiner à croire qu&#39;elle fait ce qu&#39;elle est : elle devient plutôt, ce que - pour Dieu sait quelles raisons - elle fait. L&#39;homme se fait ses habits, mais on dit aussi que l&#39;habit fait l&#39;homme; et la physionomie est une membrane qui réagit aux pressions du dehors comme à celles du dedans.&lt;br /&gt;On ne niera pas pour autant, bien entendu, la différence entre les cultures primitives et les sociétés évoluées ; celle-ci consiste en une plus grande souplesse du cerveau, telle qu&#39;on ne l&#39;acquiert qu&#39;à travers plusieurs générations - mais exactement comme le menton s&#39;efface ou la marche devient verticale, donc comme une différence physiologique réelle conditionnée par la fonction -, alors qu&#39;imposer à son cerveau une gymnastique aristotélicienne ou kantienne n&#39;entraîne aucune différence fonctionnelle. Quand on attribue à telle espèce ou à telle société humaine ascension, apogée et déclin sans ce genre de réserves, on situe les éléments moteurs, les facteurs décisifs trop au centre ; il faut les chercher, plus qu&#39;on n&#39;a coutume de le faire, à la périphérie, dans les circonstances, dans la « prise de pouvoir » de certains groupes d&#39;hommes ou d&#39;appareils sortis d&#39;un ensemble en gros toujours pareil à lui-même, dans le hasard ou, plus exactement, dans la « nécessité sans loi » où une chose entraîne l&#39;autre non pas par hasard, mais sans qu&#39;aucune loi n&#39;en commande l&#39;enchaînement.&lt;br /&gt;( Un exemple : avec l&#39;organisation technique et commerciale dont nous disposons, nous serions parfaitement en mesure de construire une cathédrale gothique en quelques années ou même, si l&#39;on cherchait le record, avec de nouvelles espèces d&#39;échafaudages Gilbreth et un « planning » scientifique, en quelques semaines. Elle pousserait, cohérente et conforme au plan, comme un cham pignon ; mais, quand même il s&#39;agirait du plan original, elle resterait une ouvre pauvre, parce qu&#39;il lui manquerait l&#39;apport du temps et des générations successives, l&#39;illogisme, le caractère organique qui n&#39;apparaît que dans l&#39;inorganisé, et d&#39;autres qualités du même ordre. La durée étonnamment longue des impulsions de la volonté inhérente à l&#39;expression de l&#39;âme gothique découle donc de la lenteur et de la nécessaire ténacité de la technique de réalisation ; et dans ce seul exemple, pour peu qu&#39;on le creuse, on voit les aspects technique, commercial, spirituel et politique s&#39;enchevêtrer dans un vrai maquis de causes.)&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;9&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;On prétend volontiers que le goût de ce genre de considérations dénoterait un esprit grossièrement mécaniste, une civilisation sans culture et cynique. J&#39;aimerais faire remarquer qu&#39;il comporte un immense optimisme. Car, si nous ne sommes plus dépendants du fuseau de quelque Parque épouvantail, mais simplement couverts d&#39;une quantité de petits poids emmêlés comme pendeloques, c&#39;est à nous qu&#39;il revient de faire pencher la balance.&lt;br /&gt;Or, il se trouve que ce sentiment s&#39;est perdu.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;10&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Comment ?&lt;br /&gt;Il a dû se manifester pour la dernière fois au siècle des Lumières ; les hommes de ce XVIIIe siècle finissant croyaient à quelque chose en nous qui n&#39;attendait que d&#39;être libéré pour jaillir vers le Ciel. Ils l&#39;avaient baptisé la « Raison » et rêvaient d&#39;une « religion naturelle », d&#39;une « morale naturelle », d&#39;une « éducation naturelle », voire même d&#39;une « économie naturelle » ; ils n&#39;avaient pour la tradition qu&#39;un respect limité et se faisaient fort de rebâtir le monde à partir de l&#39;esprit. La construction, fondée sur des assises intellectuelles beaucoup trop étroites, s&#39;écroula en ne laissant qu&#39;un amas de décombres. Le monde moderne a trouvé encore dans les oeuvres de Flaubert, de Dostoïevski et même dans celles de Hamsun l&#39;empreinte de l&#39;effroi inspiré par elle - ou plus exactement par sa reprise affaiblie, sous la forme du naturalisme, au XIXe; le « rationalisme » prés de sa fin était devenu un objet de risée et de mépris.&lt;br /&gt;On comprend qu&#39;à un échec du constructivisme rationnel succède un besoin d&#39;irrationalité, de prédominance des faits, de réalité. Ce contre-courant a emprunté deux voies ; l&#39;une a été l&#39;histoire. En un sens, le brusque regain d&#39;intérêt pour l&#39;histoire a été une façon de retomber de la prétention de l&#39;homme mûr à l&#39;écoute attentive de l&#39;enfant ; goûter l&#39;espace et le repos, se laisser conduire, laisser la raison passer toute seule des choses en l&#39;homme pour y mûrir : une forme de pensée plus universelle, plus conciliante, mais plus imprécise se substitua ainsi à celle, abrupte, de l&#39;activisme éthique. Du coup, hélas ! l&#39;abondance de faits devint surabondance, et la recherche historique, confrontée à cette pléthore, fut condamnée à se faire toujours plus pragmatique et plus exacte : le résultat fut un vrai cauchemar, une montagne de faits grossissant d&#39;heure en heure, un gain de savoir et une perte de vie, un échec psychique que l&#39;histoire, d&#39;ailleurs, était loin d&#39;être seule chargée d&#39;éviter.&lt;br /&gt;L&#39;histoire en effet, depuis la génération de nos grands-pères environ, c&#39;est-à-dire à une époque où la pensée dans son ensemble devenait de plus en plus pragmatique et où la philosophie se gardait bien de philosopher, avait dû prendre la relève de celle-ci et assurer elle-même, en marge de sa tâche principale, l&#39;interprétation de la vie. Du coup, elle a doublement mauvaise conscience envers le pragmatisme qui raille l&#39;inactualité de toute philosophie de l&#39;histoire, et envers la philosophie qui déplore le vide spirituel du pragmatisme, parce que rien ne peut se faire sans être ordonné par de vastes perspectives.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;11&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Qu&#39;on me permette ici une digression, puisque le prestige de l&#39;écrivain continue à impliquer qu&#39;il vitupère l&#39;aridité du pragmatisme.&lt;br /&gt;On sait que nos « grands héros classiques de l&#39;esprit » se bouchaient les oreilles, si l&#39;on me passe l&#39;expression, dès qu&#39;ils entendaient se manifester cette orientation intellectuelle. Goethe, admirateur de Kant, fervent de Spinoza et naturaliste, avait de meilleurs rapports avec l&#39;intellect que les petites âmes goethéennes d&#39;aujourd&#39;hui - on parle trop de son intuition ; il n&#39;y a pas trace, dans ses écrits scientifiques, de cette « autre forme de connaissance » dont on l&#39;a si souvent fait le garant ; sans doute l&#39;époque classique n&#39;a-t-elle pas eu de sympathie excessive pour les métiers à tisser anglais, les mathématiques, la mécanique, ni, si mes souvenirs sont exacts, pour Locke et Hume dont elle récusait ce qu&#39;on appelle le scepticisme ; mais celui-ci n&#39;était qu&#39;une forme de cet esprit positif qui s&#39;est répandu avec les sciences naturelles, les mathématiques et l&#39;industrie, et en qui l&#39;époque classique devinait, d&#39;instinct, le germe de sa ruine. ( Hebbel lui-même, partout ailleurs un médiateur entre cette époque et la nôtre, reste, à cet égard, tout à fait classique. ) Si je me fais de nos grands humanistes une juste image, je crois que, même s&#39;ils y intégraient tous les égarements possibles du coeur, c&#39;était encore à un cosmos, à un ordre paisible, à un code de lois définitif qu&#39;ils avaient à faire ; de toute manière, ils auraient ressenti la quantité de désordre intellectuel et de laideur que nous devons prendre en compte aujourd&#39;hui comme un avilissement intolérable.&lt;br /&gt;N&#39;empêche que cet esprit, si décrié, de respect autarcique des faits qui règne sur les sciences, cet esprit de la statistique, des machines, des mathématiques, du pragmatisme et du nombre, ce tas de sable des faits et cette fourmilière humaine ont aujourd&#39;hui vaincu.&lt;br /&gt;Hélas ou pas : les petites âmes goethéennes posthumes et les goethéanisants doivent apprendre à compter avec lui.&lt;br /&gt;C&#39;est lui qui a creusé le second chenal par où s&#39;est engouffré le reflux, une fois échappé au lit trop étroit du constructivisme rationaliste ; mais il était apparu bien avant le Siècle des Lumières et n&#39;a fait que croître et se fortifier après lui.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;12&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Cela dit, si l&#39;on a recours ici aux termes de pragmatisme et de positivisme, il ne faut pas les prendre au pied de la lettre ou dans un sens philosophique étroit. Ce qui est en cause n&#39;est pas une théorie, mais une manifestation de la vie.&lt;br /&gt;Depuis que la physique, à la Renaissance, a abandonné la spéculation scolastique pour l&#39;observation des faits et de leurs réseaux fonctionnels, on a vu se produire non pas la naissance du rationalisme - la scolastique était déjà rationnelle -, mais, simplement, une restitutio in integrum  ; la rationalité dégénérée en spéculation retrouva, tel Antée, le terrain solide des faits ; il est vrai qu&#39;elle s&#39;orienta dès lors dans une direction où les problèmes de la philosophie, et des mathématiques elles-mêmes, furent fortement marqués par les méthodes quantitatives des sciences naturelles. D&#39;emblée, le point de vue quantitatif ou, comme on dirait volontiers aujourd&#39;hui, impie et matérialiste, se propage comme un incendie. « Il n&#39;est de connaissance véritable que des quanta », écrit Kepler. Le Portugais Sanchez  - mort l&#39;année de la naissance de Locke - revendique pour la philosophie aussi la mentalité agressive de l&#39;observateur et de l&#39;expérimentateur. Le grand Galilée - dont les vues sont plus diversifiées que celles de Kepler et dont l&#39;exemple représente un tournant - et même un artiste comme Léonard partagent cette passion de se convertir à tout ce qui est positif, objectif, terre à terre, et de ne se fier qu&#39;au témoignage des sens et de l&#39;entendement.&lt;br /&gt;Il faut se garder de confondre cette attitude avec les excès qui suivirent ( Descartes ) et, en un temps où le monde intellectuel se plaint d&#39;être l&#39;esclave d&#39;un « aride mécanisme », réaliser avec toute l&#39;intensité voulue qu&#39;elle a eu un jour, pour de grands esprits, la violence contagieuse d&#39;une expérience nouvelle et libératrice.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;13&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La formule pourrait en être : « Ne te fais aucune illusion. Ne te fie qu&#39;à tes propres sens. Creuse toujours jusqu&#39;au rocher ! » Il y a eu là un puissant mouvement d&#39;abstinence d&#39;âme qui a permis à l&#39;âme un nouvel élan, non moins puissant, dans une autre direction ; et il ne faut pas sous-estimer l&#39;ardeur, l&#39;énergie qui l&#39;ha bitent encore aujourd&#39;hui.&lt;br /&gt;Sans doute l&#39;évolution s&#39;est-elle faite, là aussi, davantage en extension qu&#39;en profondeur ; les sciences des faits ont abouti à l&#39;éparpillement de la spécialisation, les synthèses théoriques, même si elles ont permis ici ou là de grandes réalisations, n&#39;ont pas suivi le mouvement et l&#39;on serait tenté de dire qu&#39;on a eu tous les désavantages d&#39;une démocratie de faits ; là aussi, la montagne de cauchemar qui avait déjà enseveli sous ses décombres le travail de l&#39;histoire s&#39;est effondrée. Mais on en donne presque toujours une image tout à fait fausse en affirmant que si notre époque - pour parler bref - n&#39;a pas de philosophie, c&#39;est simplement qu&#39;elle en est incapable, ce qui serait un caractère uniquement négatif ; alors qu&#39;il faut y voir bien plutôt un signe positif : car le pragmatique, le varappeur qui compte sur les crampons des faits tourne en dérision ce que les gardiens du dogme lui offrent en guise de philosophie. Si notre époque n&#39;a pas de philosophie, c&#39;est moins parce qu&#39;elle est incapable d&#39;en produire que parce qu&#39;elle décline les offres qui ne s&#39;accordent pas avec les faits. ( Veut-on un exemple, il suffit de lire le livre du jeune philosophe berlinois Wolfgang Kohler, Die physikalischen Gestalten in Ruhe und im stationaren Zu stand , présenté modestement comme un essai de philosophie de la nature ; si l&#39;on est armé pour le comprendre, on verra comment peut s&#39;esquisser, sur la base des sciences positives, la solution de très anciens problèmes métaphysiques. )&lt;br /&gt;C&#39;est là ce qui rapproche, en dépit de toutes les différences, du type dominant de notre époque dans le domaine intellectuel les types dominants dans le domaine pratique : le commerçant et l&#39;homme politique. Le capitalisme repose lui aussi sur ces attitudes fondamentales : ne prendre en considération que les faits, ne se fier qu&#39;à soi, creuser, travailler dans le solide, assumer son indépendance d&#39;homme positif ; avec, en dehors du service : le désert. La politique plus encore, telle qu&#39;on l&#39;entend de nos jours, est le contraire absolu de l&#39;idéalisme, presque sa perversion. L&#39;homme qui spécule à la baisse sur son semblable et qui s&#39;intitule politique réaliste ne tient pour réelles que les bassesses humaines, seule chose qu&#39;il juge fiable ; il ne table pas sur la persuasion, mais uniquement sur la force ou la ruse. Or, ce que nous en avons vu pendant et après la guerre sous la forme la plus hideusement grimaçante n&#39;est au fond que l&#39;esprit même dans lequel les ministères d&#39;un seul et même État s&#39;affrontent dès que leurs intérêts divergent, ou dans lequel le commerçant avisé traite avec ses homologues. Au plus bas de cet enfer, comme à la pointe d&#39;un cône renversé, on trouvera ce dont l&#39;individu n&#39;a plus du tout conscience, ce mépris luciférien pour l&#39;impuissance idéaliste qui caractérise non seulement les esprits dépravés, mais aussi, bien souvent, les plus éminents de notre époque.&lt;br /&gt;Il y a dans ce mépris autant de profonde confiance en soi que de conscience d&#39;une situation désespérée. On est comme le nageur qui nage sous l&#39;eau dans un océan de réalités et qui serre les dents pour garder son souffle un instant de plus ; au risque, il est vrai, de ne plus jamais remonter à la surface.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;14&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La tâche de mater cet homme-là, de lui enseigner l&#39;harmonie et la durée, de remettre de l&#39;ordre dans ce chaos, de donner un sens, une interprétation à la vie, l&#39;histoire seule était là pour la reprendre - et encore, comme une tâche secondaire ! Mais les concepts indispensables lui manquaient. La philosophie de l&#39;histoire est récusée, on ne dispose pas encore de catégories purement historiques satisfaisantes ; les concepts capables d&#39;ordonner la vie font défaut ; du coup, l&#39;on réintroduit en douce des éléments de la philosophie de l&#39;histoire excessivement subjectifs et conjecturaux. Des concepts tels que raison, progrès, humanité, nécessité dominèrent en vrais revenants le champ de vision, en même temps que des évaluations éthiques non homologuées ou garanties, au mieux, par l&#39;opinio communis : apparence d&#39;ordre au-dessus d&#39;un chaos. C&#39;est ainsi que le fameux tournant vers l&#39;immanence de l&#39;histoire put apparaître au début comme une rédemption, et le nouvel enseignement de l&#39;histoire comme un progrès. On cessait d&#39;abor der les « époques » armé d&#39;une méthode de pensée définie pour se contenter de « tirer de celles-ci des critères de jugement et de mesure ». S&#39;abîmer dans le passé, s&#39;y acclimater, comprendre les phénomènes en les replaçant dans leur contexte, ne pas imposer de synthèse de l&#39;extérieur : jamais aucune époque ne fut aussi dis posée, et habile à faire tout cela que la nôtre. La conséquence en fut - pour reprendre les termes d&#39;Eucken  - un affaiblissement de la volonté et de la personnalité propre par excès d&#39;empresse ment à s&#39;adapter à autrui. Voilà bien ce qu&#39;il nous fallait à un stade de l&#39;évolution où nos propres problèmes prolifèrent !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;15&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Nous voilà revenus à l&#39;actualité. Les concepts qui pourraient ordonner la vie qui nous entoure font défaut. Les faits du passé, les faits des diverses sciences et les faits de la vie nous submergent pêle-mêle. Quand la philosophie vulgarisée et les discussions quotidiennes ne se contentaient pas des défroques du libéralisme avec sa croyance aveugle en la raison et le progrès, elles inventaient ces trop fameuses idoles que sont l&#39;époque, la nation, la race, le catholicisme, l&#39;homme intuitif ; toutes ayant pour dénominateur commun négatif une hargne sentimentale à l&#39;égard de l&#39;intellect et, en positif, le besoin d&#39;un étai, de grands squelettes fantômes où accrocher les impressions à quoi l&#39;on s&#39;était laissé réduire. ( C&#39;est là, soit dit en passant, le centre même du débat littéraire entre culture et civilisation ; et l&#39;une des grandes raisons pour lesquelles l&#39;expressionnisme n&#39;a guère dépassé le niveau de la pitrerie : sur un terrain resté essentiellement impressionniste, il ne pouvait aller plus loin. ) Du coup, une telle lâcheté affecte le jugement et le façonnement directs qu&#39;on a pris le pli de juger même le présent d&#39;un point de vue historique ; à peine un nouvel « isme » a-t-il surgi, on croit qu&#39;un homme nouveau est né, et chaque fin d&#39;année scolaire représente l&#39;avènement d&#39;une époque nouvelle.&lt;br /&gt;Tout ce qui relève de l&#39;esprit est livré désormais au chaos. Par tradition et sans plus bien savoir pourquoi, on combat l&#39;esprit fondé sur les faits et les nombres, mais sans avoir rien d&#39;autre à lui opposer que la pure négation. Quand on proclame, en effet - et qui ne fait plus ou moins chorus ? -, que notre temps man que de synthèse, de culture, d&#39;esprit religieux ou communautaire, cela ne dépasse guère l&#39;éloge du « bon vieux temps », personne n&#39;étant en mesure d&#39;expliquer ce que devraient être aujourd&#39;hui une culture, une religion ou une communauté pour peu qu&#39;on voulût vraiment intégrer dans sa synthèse les laboratoires, les avions et le dinosaure social, au lieu de les juger simplement dépassés. Au fond, cela revient à exiger l&#39;abdication pure et simple du pré sent. L&#39;incertitude, l&#39;apathie et une teinte de pessimisme, voilà ce qui caractérise tout ce qui est « âme » aujourd&#39;hui.&lt;br /&gt;Cela se traduit naturellement sur le plan de l&#39;esprit par une sorte d&#39;extraordinaire détaillisme. Notre temps abrite côte à côte et dans la plus totale dysharmonie tous les contraires : individualisme et sens communautaire, aristocratisme et socialisme, pacifisme et bellicisme, exaltation de la culture et industrie de la civilisation, nationalisme et internationalisme, religion et sciences de la nature, intuition et rationalisme, et bien d&#39;autres encore. Qu&#39;on me pardonne la comparaison : notre temps souffre d&#39;embarras gastrique et ne cesse de rejeter, en des mélanges divers, les débris mal digérés des mêmes aliments. Même à ne la considérer que du dehors, on devine que cette typologie antithétique - cette façon d&#39;exposer les problèmes par couples d&#39;opposés, cette multiplication des « ou bien... ou bien » - dénote un travail intellectuel insuffisant; toute alternative de ce genre suppose une certaine naïveté qui peut convenir à l&#39;homme qui évalue, mais non à celui qui pense et pour qui les contraires se résolvent en des séries de transitions. Dans la réalité pratique, notre paysage intellectuel offre, en pendant à cette problématique, un collectivisme de chapelles poussé à l&#39;extrême. Chaque communauté de lecteurs a son écrivain, le parti des agriculteurs et celui des ouvriers ont chacun sa philosophie ; il y a peut-être en Allemagne une centaine de mai sons d&#39;édition dont chacune a son cercle de lecteurs plus ou moins étroitement liés par une sensibilité commune ; le clergé a son réseau, mais les anthroposophes  ont leurs millions et les universités leur crédit ; j&#39;ai pu lire un jour dans l&#39;organe du syndicat des garçons de café quelque chose sur la philosophie des grooms dont il était dit qu&#39;il fallait la tenir en haute estime.&lt;br /&gt;C&#39;est une maison de fous babélique ; de ses milliers de fenêtres, des milliers de voix, de pensées, de musiques différentes agressent en même temps le passant ; dans ces conditions, il est clair que l&#39;individu devient une arène où s&#39;affrontent des motifs anar chiques et que la morale, à l&#39;instar de l&#39;esprit, se désagrège. Dans les sous-sols de cet asile, cependant, le Vulcain de la volonté créatrice continue à forger ; les plus vieux rêves de l&#39;homme : le vol, les bottes de sept lieues, la vision à travers les corps opaques se réalisent, ainsi qu&#39;un nombre infini de chimères qui relevaient encore aux siècles passés de la pure magie ; notre époque donne réalité à des prodiges, mais elle n&#39;y est plus sensible.&lt;br /&gt;Notre époque est une époque de rêves exaucés, et tout exaucement est déception; il lui manque le désir, le quelque chose qui vous ronge le cœur aussi longtemps qu&#39;on ne l&#39;a pas obtenu.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;16&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Je crois que la guerre s&#39;est déclarée dans le corps de notre société comme une maladie ; une énergie énorme ne s&#39;est pas trouvé d&#39;autre voie d&#39;accès à notre âme que cette fistule gangreneuse.&lt;br /&gt;J&#39;ai lu, il est vrai, une mise en garde contre cette conception - qui serait spécifiquement allemande - de la guerre comme crise de la culture européenne ( Robert Curtius, avec références à l&#39;appui, dans une brochure digne d&#39;intérêt : le Syndicalisme des travailleurs intellectuels en France ) ; mais il s&#39;agit évidemment de savoir quel contenu l&#39;on donne à cette conception. La guerre a dû avoir mille causes diverses, mais il est indéniable que chacune d&#39;elles - le nationalisme, le patriotisme, l&#39;impérialisme économique, la mentalité des généraux et des diplomates comme toutes les autres - est inséparable de données intellectuelles déterminées qui définissent bien une situation générale avec sa part d&#39;in fluence dans la décision.&lt;br /&gt;Il se trouve, avant tout, qu&#39;un symptôme très caractéristique de la catastrophe a été en même temps l&#39;expression d&#39;une certaine situation idéologique : c&#39;est notre complète inertie à l&#39;égard des groupes de spécialistes chargés de la machine de l&#39;État ; nous avons été pareils à ces voyageurs de wagons-lits qui ne se réveil lent qu&#39;au moment de la collision. Un tel laisser-faire n&#39;est pas le fait seulement des « citoyens pensants » à l&#39;égard des « organes agissants » de l&#39;État, mais aussi celui des idéologies concurrentes elles aboient, mais ne mordent pas. C&#39;est le revers de l&#39;intégration de l&#39;individu dans la société ; et quiconque voudrait résoudre par lui-même chaque problème de conscience serait bientôt exposé au surmenage et à la folie. D&#39;un autre côté, il est certains de ces problèmes, comme le mariage ou la vie éternelle, qu&#39;on n&#39;abandonnerait pour rien au monde au « spécialiste » ; et pour ce genre de cas, il faut une signalisation sans équivoque. Il y a donc eu avant tout, jusque dans la façon dont notre monde a dérapé dans la guerre, un manque d&#39;organisation intellectuelle ; que l&#39;on ait négligé ses symptômes et les forces qui y poussaient comme celles qui s&#39;y opposaient s&#39;explique par une situation où les problèmes idéologiques, dans leur aspect confus et creux, étaient réservés aux « beaux esprits », alors que les pouvoirs politiques réalistes avaient au moins sur eux l&#39;avantage d&#39;une certaine capa cité juridique.&lt;br /&gt;Une autre caractéristique de cette catastrophe aura été l&#39;ampleur qu&#39;elle revêtit d&#39;emblée. Le feu n&#39;a pu se propager de façon aussi soudaine et monstrueuse que parce que le terrain s&#39;y prêtait et que tout le monde aspirait au séisme, à l&#39;incendie et aux orages du coeur ; celui qui a vécu l&#39;explosion de la guerre dans toute sa violence sait qu&#39;elle n&#39;a été qu&#39;une fuite devant la paix.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;17&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Il serait naturellement absurde de vouloir réduire une catastrophe aussi vaste à une formule individuelle. Au fond, nous con naissons très mal encore la sociologie de la guerre ; il y a eu des guerres dans toutes les civilisations, et ce seul fait nous empêche de voir dans telle guerre l&#39;échec de telle civilisation particulière ; indubitablement, la guerre est acceptée comme une sorte de tradition, on serait même tenté de dire : comme une institution périodique. La question de savoir comment une guerre peut éclater, dans une époque dont l&#39;esprit - les knock about exceptés - était résolument pacifiste, est tout de même différente. De surcroît, nombre de guerres ont été, pour ainsi dire, juste tolérées ; celles qui se sont propagées comme des incendies sont, socialement, différentes. Aujourd&#39;hui, des forces conciliantes issues du monde du common sense travaillent à dévaloriser la guerre, proclamée inutile et déraisonnable, et ce sont certes des arguments de poids dans une époque axée sur le profit et la raison ; je crois néanmoins que ce genre de pacifistes sous-estiment le facteur d&#39;explosion psychique que comportent les guerres de la seconde espèce, le besoin manifestement très humain de périodiquement tout casser, de tout faire sauter pour voir ce qu&#39;il en adviendra. Ce besoin de « krach métaphysique » - si l&#39;on me passe l&#39;expression - s&#39;accumule en temps de paix comme un résidu d&#39;insatisfaction. Je ne puis voir là, dans les cas où il n&#39;y avait à la ronde ni oppression, ni crise économique sans issue, mais rien que prospérité, autre chose qu&#39;une révolte de l&#39;âme contre l&#39;ordre établi ; révolte qui conduit, en mainte époque, à des soulèvements religieux, en d&#39;autres, à la guerre.&lt;br /&gt;Quand on considère le phénomène sous cet aspect, il faut préciser qu&#39;il ne s&#39;agit pas - ou seulement en apparence - de l&#39;effondrement d&#39;une idéologie et d&#39;une mentalité déterminées - comme l&#39;idéologie bourgeoise aujourd&#39;hui ou le catholicisme en 1618 -, c&#39;est-à-dire de son contenu, mais bien de l&#39;effondrement chronique de toutes les idéologies. Elles sont toujours en porte à faux par rapport à la vie, et celle-ci s&#39;en libère par crises périodiques comme les mollusques, en grandissant, de leur carapace devenue trop étroite.&lt;br /&gt;Quelque lassitude que nous ait laissée une guerre à peine sur montée, la menace, aujourd&#39;hui déjà, redevient visible. Non seule ment les représentants de l&#39;esprit en France se montrent, face au pouvoir, d&#39;une inertie pire encore qu&#39;avant la guerre; mais chez nous aussi, les expériences nouvelles n&#39;ont modifié que les conte nus, alors que la façon d&#39;agir et de réagir restait aussi brouillonne qu&#39;autrefois.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;18&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Toutes les valeurs chancelèrent, nul ne se sentit plus respon sable de rien, et l&#39;on jeta sa vie avec volupté dans les flammes.&lt;br /&gt;N&#39;allons pas croire pour autant qu&#39;une simple réparation, une restitutio in integrum, assortie d&#39;appels à plus de responsabilité, de bonté, de christianisme, d&#39;humanité, en un mot : un quelconque surcroît de ce qui a manqué avant, puisse améliorer notre situation ; car c&#39;est moins l&#39;idéalité qui a fait défaut que ses simples et nécessaires prémisses. Telle est, je le crois, la vérité que notre époque devrait se graver dans l&#39;esprit en traits de feu ! La solution ne se trouve ni dans l&#39;attente d&#39;une idéologie nouvelle, ni dans le combat des idéologies aujourd&#39;hui opposées ; elle est dans la création des conditions sociales capables d&#39;assurer aux efforts idéologiques une stabilité et un tirant d&#39;eau suffisants. Ce qui nous manque, ce ne sont pas les contenus, c&#39;est la fonction !&lt;br /&gt;Notre société blanche ne verra plus jamais surgir toute seule une idéologie unitaire, une « culture » ; même si les premiers âges en ont connu - encore qu&#39;on embellisse probablement ce qu&#39;il en fut -, les fleuves descendent des montagnes, ils n&#39;y remontent pas.&lt;br /&gt;Une société florissante subit toujours, intellectuellement parlant, un processus continu d&#39;autodésagrégation. Le nombre des individus et des opinions qui contribuent à la formation générale des idées augmente sans cesse, comme celui des nouvelles sources idéologiques que feront surgir l&#39;étude du passé et les nouvelles relations établies entre les lieux d&#39;origine les plus distants. Ce que l&#39;on nomme civilisation au sens péjoratif n&#39;est en effet, pour l&#39;essentiel, rien d&#39;autre que la surcharge de problèmes que l&#39;individu subit sans même en connaître les termes - songeons à la démocratie politique ou à la presse -, au point d&#39;y réagir, tout naturellement, de façon tout à fait pathologique : nous attendons aujourd&#39;hui du premier commerçant venu des décisions intellectuelles entre lesquelles un Leibniz n&#39;aurait pu, en conscience, choisir ! On peut malaisément nier, d&#39;autre part, qu&#39;une certaine valeur vitale ne soit inhérente à chacune des idées qui interfèrent un peu partout, que les refouler ne soit une perte, et les accueillir seul un gain ; l&#39;énorme problème d&#39;organisation qui s&#39;impose du même coup consiste à ne pas abandonner la confrontation et la mise en relation des facteurs idéologiques au hasard, mais bien à les favoriser. Cette fonction indispensable de toute société n&#39;existe aujourd&#39;hui que dans le domaine des sciences, donc du pur entendement ; dans le domaine de l&#39;esprit, les créateurs eux-mêmes n&#39;en ont pas compris la nécessité.&lt;br /&gt;Tout au contraire : c&#39;est dans ce monde de l&#39;esprit - opposé ici, pour aller vite, à celui où n&#39;opère que le travail univoque de l&#39;entendement - que se montre le plus tenace préjugé, selon lequel toutes les déviations de la civilisation et surtout la désagrégation des âmes sont imputables au culte de l&#39;entendement. Sans doute peut-on reprocher à celui-ci toutes sortes de partialités et de réactions secondaires néfastes ; mais prétendre qu&#39;il a une influence dissolvante, ce n&#39;est jamais qu&#39;affirmer simplement qu&#39;il désagrège progressivement des valeurs jusque-là intactes et garanties par le sentiment ; or, il ne peut le faire que si les données affectives que ces valeurs présupposent étaient déjà lézardées ; le mal n&#39;est pas dans sa nature, il était déjà dans la leur! L&#39;entende ment lui-même, par essence, est apte aussi bien à lier qu&#39;à délier, il représente même sans doute dans les relations humaines la plus grande force de liaison, et il est étrange que cela échappe si sou vent aux beaux esprits qui se font ses accusateurs. Il ne peut donc s&#39;agir là, en définitive, que d&#39;un mauvais rapport, d&#39;un manque de compréhension mutuelle entre l&#39;entendement et l&#39;âme. Ne disons pas que nous avons trop d&#39;entendement et trop peu d&#39;âme; disons que nous avons trop peu d&#39;entendement dans les problèmes de l&#39;âme. La situation fausse où on lui reproche de s&#39;être mis se ramène en fait à ceci : le cours habituel de nos pensées va d&#39;une pensée à l&#39;autre et d&#39;un fait à l&#39;autre en éliminant le moi, nos pensées comme nos actes ne passent pas par notre moi. Aussi bien est-ce là l&#39;essence même de notre objectivité : elle relie les choses entre elles et, même quand elle les met en rapport avec nous ou - comme dans la psychologie - nous choisit pour son objet, elle le fait en éliminant l&#39;élément personnel. En un certain sens, l&#39;objectivité sacrifie l&#39;intériorité des choses ; ce qui est universellement valable est impersonnel, ou encore - selon une très heureuse définition indirecte de Walther Strich : on ne peut répondre d&#39;une vérité sur sa personne. Dès lors, l&#39;ordre que fonde l&#39;objectivité ne peut valoir que pour les choses, et non pour les humains.&lt;br /&gt;En fait, la longue période de transition vers les temps modernes dont on a parlé et qui a vu l&#39;essor de la pensée positive a déjà connu cette protestation dans toute sa violence : la religion n&#39;est pas la théologie, affirment à peu près Schwenckfeldn, Sébastien Franck et Valentin Weigel conjurés contre le mystique fourvoyé que fut Luther : elle est « renouvellement de tout l&#39;homme ». C&#39;est la protestation du sentiment, de la volonté, du muable et du vivant, c&#39;est-à-dire en somme de l&#39;humain, qui se définit là par opposition à son précipité solide et figé : la théologie, le savoir. Et toute mystique - si on la considère indépendamment de ses liens avec la théologie et des colorations particulières qui en résultent - a toujours eu cette protestation pour ressort principal ; des mots comme amour, vision, réveil et tant d&#39;autres analogues, avec leur profonde indétermination et leur tendre plénitude, n&#39;expriment rien d&#39;autre qu&#39;une pensée baignant plus profondément dans le sentiment, une relation plus personnelle avec l&#39;expérience.&lt;br /&gt;Mais on retrouve une même teneur en vécu et un rapport ana logue avec l&#39;entendement dans toute la littérature de la sagesse non mystique, de Confucius à Emerson et au-delà ; on peut même affirmer que leur ligne se confond avec la frontière entre morale et éthique. La morale, par essence une norme, est liée à des événements répétables ; c&#39;est le même type d&#39;événements qui caractérise la rationalité, puisqu&#39;un concept ne peut s&#39;appliquer qu&#39;à ce qui est univoque et - au sens figuré - répétable ; il y a donc un lien fondamental entre le caractère civilisateur de la morale et celui de l&#39;entendement, alors qu&#39;une expérience proprement éthique comme celle de l&#39;amour, du recueillement ou de l&#39;humilité, même quand elle prend une forme sociale, reste quelque chose de très difficilement transmissible, d&#39;absolument personnel et, presque, d&#39;asocial. « Même dans le Christ... il y avait un homme extérieur et un homme intérieur, et tout ce qu&#39;ils exprimèrent en ce qui concerne les choses extérieures, ils ne le firent que du point de vue de l&#39;homme extérieur, et l&#39;homme intérieur en eux persistait dans un détachement impassible », a dit maître Eckhart . Ce que l&#39;on qualifie d&#39;éthique dans notre littérature actuelle n&#39;est généralement qu&#39;une frêle base supportant une grande superstructure de morale.&lt;br /&gt;Ce qui nous reste aujourd&#39;hui de véritable éthique, on le trouvera, sous une forme très insuffisante, dans les arts, les essais et dans le chaos des relations privées. La musique soulève une houle de sentiments où mûrit la pensée de l&#39;âme et de l&#39;univers, la peinture cherche à se débarrasser de 1&#39; « objet » - porteur de tous les bacilles du rationalisme-, la littérature offre le spectacle d&#39;une stagnation de l&#39;âme et d&#39;un piétinement qui s&#39;épuise en faux départs ; somme toute : une sourde insatisfaction qui éclate en outrances de tout genre, une masse en fermentation où ce sont toujours les mêmes débris qui remontent à la surface, sans qu&#39;il y ait jamais de chimiste pour décanter cette mixture.&lt;br /&gt;Pour le moment, l&#39;orientation de notre esprit n&#39;est nullement telle qu&#39;elle y puisse rien changer. L&#39;histoire, qui a elle-même besoin, on l&#39;a vu, de concepts créateurs d&#39;ordre, n&#39;est plus qu&#39;un expédient dont on abuse pour en créer un ; et l&#39;humanisme tel que nous le pratiquons, qui ne s&#39;élève qu&#39;exceptionnellement, par la comparaison et la mise en valeur des facteurs de vie, au niveau de l&#39;éthique, tend bien plutôt à embrasser du regard, autant que faire se peut, l&#39;ensemble des personnalités, des époques et des cultures pour les donner en exemple. Si l&#39;on présente Goethe ou Lessing comme des totalités fermées, l&#39;exemplarité de ces grandes existences a sans doute une « valeur éducative » ; mais limitée à cela, elle n&#39;apporte guère plus qu&#39;un enseignement de la physique qui se réduirait aux biographies de Kepler ou de Newton. La valeur objective essentielle est négligée, l&#39;aspect bio graphique n&#39;est pas complété par l&#39;aspect consciemment idéo graphique qui, dans la vie comme à l&#39;école, est livré plus ou moins à l&#39;arbitraire et au goût personnel. Mais ces vers de Goethe&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;S&#39;il y a sur ta harpe,&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;O Père de l&#39;amour, un son&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Qui puisse atteindre son oreille,&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Réjouis-en son cœur  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;ces vers n&#39;existent pas tout seuls, ni seulement en rapport avec le jeune et tant soit peu insistant M. Plessing et la biographie de Goethe, ni seulement avec le classicisme et la tradition littéraire ; ils représentent un élément dans les séries de la bonté ou de l&#39;amour humain qui s&#39;étendent des origines à nos jours dans le monde des représentations ; et c&#39;est par leur place dans ces séries qu&#39;ils sont, pour l&#39;essentiel, déterminés.&lt;br /&gt;Cet ordre de l&#39;art, de l&#39;éthique et de la mystique, c&#39;est-à-dire du monde du sentiment et de l&#39;idée, opère, il est vrai, un travail de comparaison, d&#39;analyse et de synthèse, en quoi il est rationnel et apparenté par essence aux plus puissants instincts de notre temps ; mais il n&#39;est pas en opposition avec l&#39;âme ; il a sa fin propre : non pas cette univocité qui réduit l&#39;éthique à une morale ou le sentiment à une psychologie causale, mais un regard d&#39;en semble sur les raisons, les connexions, les restrictions, les fluctuations de sens de nos motifs et de nos actes - une glose de la vie.&lt;br /&gt;On s&#39;étonnera peut-être qu&#39;un examen de notre situation s&#39;achève en appel à une discipline ; mais une époque qui aura cru pouvoir faire l&#39;économie de ce travail et de cette discipline ne sera jamais capable de résoudre les grands problèmes de l&#39;organisation du monde.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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En fait, je ne dispose que de réponses partielles, ou partiellement satisfaisantes. Mais c&#39;est dans ce manque même, persistant en dépit des efforts multipliés pour y obvier, que je reconnais la nécessité d&#39;aborder cette question non pas avec des convictions toutes faites, mais à partir de la perplexité évidente qui est la nôtre à tous, en dépit de toute phraséologie,devant elle.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;II&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ceux qui nient carrément l&#39;existence de la nation se rendent la tâche trop facile. Cet esprit qui, au nom de l&#39;esprit, se proclame extraterritorial et supranational, pratique, en face du mépris et de la tyrannie qui pèsent sur nous tous, la politique de l&#39;autruche il enfouit la tête dans le sable, ce qui n&#39;empêchera pas les coulis qui nous visent tous de l&#39;atteindre où ses plumes s&#39;attachent.&lt;br /&gt;Mais ce séparatisme individualiste de l&#39;esprit néglige autre chose encore : la fameuse expérience de l&#39;été 14 qui devait être le point de départ d&#39;une grande époque - et ce rappel n&#39;est nullement de pure ironie. Au contraire : ce qui fut d&#39;abord balbutié, puis dégénéra en phrases creuses, à savoir que la guerre avait été une expérience étrange, non sans analogie avec l&#39;expérience religieuse, renvoie incontestablement à un fait ; la dégénérescence ne prouve rien contre le caractère originel. Si ce fait s&#39;est changé en phrases creuses, c&#39;est selon le processus habituel, c&#39;est-à-dire justement parce qu&#39;on l&#39;a qualifié d&#39;expérience religieuse, l&#39;affublant ainsi d&#39;un masque archaïque au lieu d&#39;analyser ce qui réveillait là avec une si singulière violence un monde d&#39;images et de sentiments depuis longtemps assoupi ; on ne peut nier pourtant que l&#39;humanité, à ce moment-là - et naturellement, tous les peuples de la même manière - n&#39;ait été ébranlée par quelque chose d&#39;irrationnel, d&#39;insensé, mais d&#39;énorme, quelque chose d&#39;étranger au monde familier; quelque chose qui, du seul fait que sa nature vague ne se laissait ni saisir ni fixer, fut interprété, dès avant les désillusions proprement dites de la guerre, comme une hallucination ou un fantôme.&lt;br /&gt;  Or, cette expérience a comporté aussi le sentiment exaltant d&#39;avoir pour la première fois quelque chose en commun avec tous les Allemands. On était devenu soudain une simple, une humble particule noyée dans un événement supra personnel ; tout enveloppé par la nation, on pouvait presque la palper; c&#39;était comme si des caractères mythiques primitifs qui avaient dormi pendant des siècles à l&#39;abri d&#39;un mot se réveillaient soudain, aussi réels que les fabriques et les bureaux au matin. Il faut, pour oublier cela, une fois le sang-froid recouvré, avoir la mémoire bien courte, ou la conscience fort large. Même les rares individus qui ont voulu se soustraire à cette énorme pression n&#39;ont pu le faire par une résistance passive, mais uniquement par contre-mines. Celui qui fut d&#39;emblée contre la guerre dut l&#39;être avec fanatisme : il crachait au visage de la nation, il la poignardait dans le dos, en ne prouvant ainsi ... qu&#39;une fascination de signe contraire.&lt;br /&gt;  Veut-on maintenant réduire à rien le fait que des millions d&#39;hommes qui n&#39;avaient vécu jusqu&#39;alors que pour leurs intérêts et dans une angoisse mal déguisée de la mort, se sont soudain allègrement offerts à mourir pour la nation? Il faudrait avoir une oreille bien mal préparée à l&#39;écoute de la vie pour que la voix pacifiste de la conscience pût couvrir à elle seule cette voix de l&#39;événement. Et même si des millions d&#39;hommes devaient avoir sacrifié leur existence, le but de leur vie, leurs proches, tout leur capital d&#39;héroïsme à une illusion : pourrait-on simplement, ensuite, comme on se réveille après une soûlerie, rentrer chez soi en pré tendant que tout ne fut qu&#39;ivresse, psychose, hallucination collective, mirage capitaliste, nationaliste, ou que sais-je? On ne le peut certainement pas sans refouler du même coup une expérience qui est loin d&#39;être liquidée, et semer ainsi dans l&#39;âme de la nation les germes d&#39;une monstrueuse hystérie !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;III&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Mais ceux qui nient l&#39;idée de supranationalité se facilitent trop les choses eux aussi. Est-il besoin de le dire?&lt;br /&gt;  S&#39;il n&#39;en est pas besoin, pourquoi entend-on si rarement un accusateur s&#39;élever contre la duperie dont nous avons été les victimes, à la fin de la guerre, grâce à Wilson et à son cheval de Troie, les Quatorze Points ? Sans doute étions-nous aux abois ; mais à l&#39;instant où nous jetions ces armes devenues un objet de dégoût, était ce la force ou la cajolerie qui les avait fait sauter de nos mains? Ne régnait-il pas comme un climat de Pâques universelles : prématurée comme une chaude journée de février, la conviction qu&#39;une ère nouvelle s&#39;ouvrait pour l&#39;humanité? Mais cette attente aussi, mesurée au démenti atterrant qu&#39;elle essuya, ne fut qu&#39;ivresse, psychose, hallucination collective et mirage.&lt;br /&gt;Nous avons donc vécu deux grandes illusions opposées, puis leur naufrage à toutes deux, et plus douloureusement que les autres nations : faut-il s&#39;étonner que nous ayons été intellectuelle ment brisés? La haine farouche qui a éclaté au sein de la nation allemande entre les partisans et les adversaires du réveil des énergies, les appels contradictoires au soulèvement national style 1813 et au soulèvement international moscoutaire, le contraste entre les pacifistes encensant l&#39;Entente et les assassinats perpétrés contre nos propres hommes politiques, entre les pleurs versés sur la perte de notre indépendance et les louches trafics avec l&#39;étranger, la prolifération des mercantis, des dancings et de toutes sortes de réussites sinon illicites, du moins indécentes, enfin l&#39;immense fatigue psychique et l&#39;effritement de la nation en particules épuisées, moroses, soudain étrangères les unes aux autres : tout cela ne correspond pas seulement à la gravité des dommages matériels, mais manifeste un profond ébranlement de l&#39;esprit.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Pour reprendre pied, il faut certes une âme lucide et ferme; s&#39;il est vrai que ces illusions et leur effondrement nous ont affai blis, et que nous souffrions essentiellement d&#39;une sorte de vide psychique, nous n&#39;avons rien de plus urgent à faire que de défi nir notre attitude à leur égard.&lt;br /&gt;Comme elle est vaine, l&#39;échappatoire puérile hélas! trop sou vent entendue en Allemagne : « Ce n&#39;est pas nous qui avons fait cela! Ce sont les empereurs, les généraux, les diplomates! » Nul doute : c&#39;est bien nous qui l&#39;avons fait : nous l&#39;avons laissé faire; cela s&#39;est fait sans que nous essayions de l&#39;empêcher. Ce qui est vrai aussi de l&#39;adversaire. Non moins vaine, cette autre et fréquente justification, selon laquelle nous aurions seulement manqué de fermeté et nous serions laissé tourner la tête. C&#39;est oublier le but vraiment nouveau vers lequel la volonté avait alors tendu. Mais, relit-on dans la presse française l&#39;histoire des négociations de Versailles, on voit s&#39;élaborer sournoisement, non, presque machinalement, irrémédiablement, nécessairement, ce qui tendait à mettre en doute, comme on le fait d&#39;ailleurs chez nous, cette volonté, à la rendre suspecte à la lumière d&#39;expériences antérieures, à créer enfin une atmosphère où ce jeune germe ne pouvait que s&#39;étioler. Versailles aura été pour la pensée politique européenne un miroir ardent. Pourtant, avant 1914, au cours de l&#39;été 14, à Brest-Litovsk, au moment des Quatorze Points et à Versailles, l&#39;individu était resté le même, en France comme en Allemagne. Simplement, il a subi les contradictions les plus effroyables sans se rendre compte, ou peu s&#39;en faut, des transitions; simple ment, il s&#39;est révélé capable de tout, et il a laissé faire; avec l&#39;illusion d&#39;obéir à sa volonté propre, il a suivi, sans volonté, le mouvement. Oui, c&#39;est nous qui l&#39;avons fait, c&#39;est eux qui l&#39;ont fait ou plutôt, ce n&#39;est personne, sinon cela.&lt;br /&gt;Examinons donc ce qu&#39;est « cela ».&lt;br /&gt;Dire que la volonté de la collectivité n&#39;est pas équivalente à la somme des volontés individuelles n&#39;est pas nouveau; cette idée joue déjà un rôle important chez Lagarde, sinon plus tôt; depuis, elle a fait l&#39;objet de nombreux débats et d&#39;analyses approfondies. Même un scrutin direct n&#39;exprime pas seulement la voix des consultés, mais aussi celle de l&#39;appareil auquel ils sont soumis, la voix du peuple n&#39;est donc pas lui tout court; elle est condition née par les divers appareils de la bureaucratie, des lois, des journaux, des institutions économiques et autres, sans oublier les réalisations en apparence les plus individuelles et pourtant partielle ment dépendantes de la littérature. Un peuple est la somme de ses individus augmentée de leur organisation; et comme cette organisation mène, à bien des égards, une existence autonome, il en résulte - si l&#39;on tient compte encore de l&#39;élément extrêmement variable du climat de l&#39;opinion à un moment donné - le « cela » en question. Dans les pages qui suivent, nous supposerons sa formation suffisamment connue, mais insuffisamment comprise. Il est étrange que l&#39;on exploite si peu ces vérités pourtant établies; et si j&#39;essayais de les énumérer ici, ce serait fort long et de médiocre profit.&lt;br /&gt;Ce qu&#39;il faut examiner en revanche avec les plus scrupuleuses précautions, au seuil de toute réforme, c&#39;est le vêtement idéologique sous lequel ledit « cela » se présente.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;V&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Sans doute y aurait-il peu de gens, interrogés de but en blanc, pour confondre nation et race (chacun sait, après tout, que les nations sont des mélanges de races); n&#39;empêche que dans la vie, bizarrement mais spontanément, l&#39;on appuie constamment le concept de nation sur celui de race, et qu&#39;on le manie comme s&#39;il était aussi univoque que celui de cube : voilà le phénomène qu&#39;il y a lieu d&#39;examiner. Loin de moi l&#39;intention de m&#39;étendre sur le problème racial; mais, pour déceler la signification éthique de l&#39;idée de race, il faut commencer par en examiner la spécificité théorique.&lt;br /&gt;Si, à partir d&#39;un moment donné, les tables venaient à se multi plier par engendrement et non plus sur commande, nous verrions aussitôt naître des tables actuellement existantes - avec la même évidence qui nous fait reconnaître le Frison dans un Frison - les races des Rectangulaires-à-quatre-pieds, des Ovales-à-un-pied, et ainsi de suite. Il ne se serait rien passé d&#39;exceptionnel, sinon que chaque couple de tables en engendrerait une troisième qui leur ressemblerait selon une certaine loi de dosage des caractères, et posséderait la propriété de se reproduire de la même façon. Le fait qu&#39;une partie des caractères, durant des générations, ne peut être transmis que dans les germes sans se manifester ailleurs, ne change rien à celui que tout se passe exclusivement entre individus et sur des individus. Dans toute l&#39;affaire, la race n&#39;a rien à voir, hors qu&#39;elle finit par être là, faute de pouvoir être nulle part ailleurs : de même que la pluie est là quand des gouttes tombent du ciel. La race n&#39;a la possibilité d&#39;accéder à l&#39;être réel que par les individus, et n&#39;a pas d&#39;autres résultats que les leurs ; or, qu&#39;est ce type d&#39;existence, sinon une existence pensée, un concept collectif ? Les races existent, certes, mais ce sont les individus qui les font.&lt;br /&gt;Si tel est bien l&#39;état des choses, rien ne peut justifier son renversement, ce gauchissement quasi théologique selon lequel ce seraient les races qui font l&#39;individu. C&#39;est pourtant, on le sait, la formule usuelle.&lt;br /&gt;Si on l&#39;adopte, il ne reste pas davantage de l&#39;homme que ce qui reste d&#39;un bas une fois que toutes ses mailles ont filé&#39;. Sans doute est-ce d&#39;ordinaire pour la facilité de la compréhension que l&#39;on définit un homme par son appartenance à un groupe - si ce peut être la famille X, pourquoi pas la race germanique?; aujourd&#39;hui déjà, il nous semble presque naturel d&#39;entendre Bis marck affirmer que « l&#39;abattage des arbres n&#39;est pas une spécialité germanique, mais slave », ou un critique juif prétendre, à propos du livre de Wassermann, Mein Weg als Deutscher und Jude , qu&#39;« il est impossible à un Juif de devenir un authentique artiste allemand » : ce n&#39;en est pas moins, et justement dans des cas sans conséquence, une dangereuse concession à des habitudes de pensée vicieuses. On connaît la littérature qui les a engendrées et qu&#39;elles ont engendrée. Elle n&#39;a pas pour sujet l&#39;indice céphalique, la couleur des yeux et les proportions du squelette, détails qui n&#39;intéressent pas grand monde, mais des propriétés telles que le sens religieux, l&#39;équité, l&#39;énergie politique, l&#39;esprit scientifique, l&#39;intuition, le talent artistique ou la tolérance, toutes choses dont nous saurions à peine dire en quoi elles consistent, et qu&#39;elle accorde ou dénie, dans son mauvais latin d&#39;anthropologue, aux pré tendues races : croyant pouvoir instiller de la dignité à la nation par l&#39;oreille en prenant devant elle, étrange ventriloque, la voix des millénaires.&lt;br /&gt;On ne peut nier que cette maladie de la pensée ne constitue une bonne part de notre idéalisme national.&lt;br /&gt;Il n&#39;est pas difficile de voir où cela mènera. Rejeter toute la responsabilité du bien ou du mal non plus sur l&#39;individu, mais sur la race, revient à se retrancher perpétuellement derrière autrui ; il s&#39;ensuit non seulement un émoussement de la véracité et de la finesse intellectuelle, mais une dégénérescence des cellules germinales de la morale. Là où la vertu est nationalisée par prédestination, les vignes du Seigneur sont expropriées, et plus personne n&#39;éprouve le besoin d&#39;y travailler. On fait croire à l&#39;individu qu&#39;il a en lui tout ce qu&#39;il faut, pour peu qu&#39;il soit fidèle aux vertus de sa race ; notre bienheureuse Allemagne ne saurait être, moralement parlant, qu&#39;un pays de Cocagne, où les vertus nous tombent toutes rôties dans la bouche&lt;br /&gt;Il semble plus malaisé de comprendre l&#39;origine de cette attitude. On parle d&#39;antisémitisme, mais ce n&#39;est guère qu&#39;un autre mot pour le même phénomène ; l&#39;essentiel est que se cache là  derrière un idéalisme authentique, un cas typique de ce besoin régressif de ramener toute pensée à d&#39;autres antérieures, éternel les, jugées sublimes, au lieu de la penser jusqu&#39;au bout : en un mot, cela même qui passe ici pour l&#39;idéalisme. Cette mentalité produit l&#39;homme à formules strictes, à règles simples et sublimes qui le dispensent de l&#39;aventure de l&#39;esprit : le pharisien. Une habitude étrange et extrêmement dangereuse s&#39;est implantée chez nous : celle de mépriser l&#39;esprit au nom de l&#39;esprit allemand. Nombre de nos compatriotes, et l&#39;on serait tenté de dire les mieux intentionnés, sont devenus indifférents au contenu d&#39;une oeuvre pour ne la juger plus que sur son origine et sa plus ou moins grande conformité à leur système de préjugés ; ainsi l&#39;ampleur est  elle mesurée à l&#39;étroitesse, la diversité de l&#39;esprit à un seul de ses produits ; l&#39;attention s&#39;est reportée des valeurs aux circonstances accessoires, de la réalité à l&#39;hypothèse, et une prétention sectaire à tout savoir s&#39;est emparée de gens plutôt faits pour être des suiveurs. Avec cela qu&#39;on ne peut rattacher à une entité aussi primitive que la race autre chose que des vertus primitives, même les esprits qui peuvent se prévaloir du même sang que leurs juges finissent par se voir refuser l&#39;intérêt de la nation s&#39;ils n&#39;écrivent pas comme M. Walter Bloem ou ne pensent pas comme M. Hilthy , c&#39;est-à-dire s&#39;ils ne sont pas loyaux, vaillants et chas tes, et ne se contentent pas des cinq autres vertus de Sioux attribuées à la race allemande. Dans ce contexte idéaliste, l&#39;idée de race est devenue pour la nation allemande, depuis tant d&#39;années qu&#39;elle en abuse. un véritable cancer.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;VI&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Mais, de toutes les enveloppes idéologiques dont se vêt la nation, la plus corporelle est encore l&#39;État. On serait même tenté de dire qu&#39;il est son véritable corps, s&#39;il n&#39;était, hélas ! davantage : son âme, ou peu s&#39;en faut ! Voyez l&#39;ancien Empire allemand, voyez aussi bien la Russie nouvelle. L&#39;État est une capsule pro tectrice qui prolifère jusque dans les plis les plus reculés de l&#39;organisme.&lt;br /&gt;Il est curieux de constater avec quelle régularité quasi pendulaire ont alterné, dans l&#39;histoire de la pensée, des Grecs à nos jours,, une surestimation et une dépréciation également excessives de l&#39;État. Celui-ci est considéré tantôt comme le suprême Insti tut d&#39;humanité, la quintessence de tous les biens, tantôt comme un Léviathan qui dévore toute réalité supérieure, chose nécessaire sans doute, mais comme peut l&#39;être un mal. Il est clair que des contradictions aussi flagrantes ne peuvent être uniquement théoriques : sinon, un compromis se fût trouvé à la longue, comme dans tous les problèmes intellectuels. Elles apparaissent également indépendantes des principaux types de philosophies : la Grèce, le Moyen Âge catholique et le Siècle des Lumières on dû faire une place égale à l&#39;une et à l&#39;autre attitude. Si ce conflit ne peut être résolu, c&#39;est vraisemblablement qu&#39;il est lié à un contexte de sentiment ; mais, comme il apparaît non moins étranger aux plus fortes variations de notre sentiment du monde, il devrait renvoyer à une différence plus profonde encore : on est tenté de la chercher dans l&#39;opposition de l&#39;individuel et du social qui remonte, au-delà des sociétés humaines primitives, jusqu&#39;à la société animale, et que chacun porte en lui. Chaque individu est partagé entre l&#39;amour et la haine de la société, même si les circonstances de la vie oblitèrent souvent l&#39;un de ces deux sentiments, ou les affaiblissent tous deux jusqu&#39;à l&#39;indifférence.&lt;br /&gt;Or, cette attitude contradictoire de l&#39;homme à l&#39;égard de l&#39;État s&#39;exprime aussi dans le redoutable problème d&#39;arithmétique suivant : si l&#39;on refuse les outrances du racisme, les individus pris isolément sont tous, dans les différents États, à peu près semblables; les États eux-mêmes, en tant qu&#39;appareils, se ressemblent tous. Néanmoins, l&#39;addition « individus + État » produit ces oppositions funestes qui se libèrent dans les guerres et s&#39;expriment, en temps de paix, par l&#39;étrange rituel des ambassades -- notes, audiences, démarches --, si semblable à celui qui règle, dans la rue, les rencontres canines. Veut-on résoudre la contradiction qui fait que les mêmes hommes, organisés de la même façon, ne cessent de s&#39;affronter, c&#39;est dans la forme de leur organisation qu&#39;il faut chercher son origine. Si l&#39;on admet ce point de vue, l&#39;examen le plus superficiel suffira pour constater que l&#39;État est une sorte de peau racornie, de surface fermée qui rejette vers l&#39;intérieur la plus grande partie des forces agissant sur elle, et n&#39;en laisse sortir qu&#39;une proportion bien moindre : un isolateur. La circulation des idées, les transports, l&#39;organisation intellectuelle, la communauté religieuse, le socialisme même, tous ces «champs de force » sont beaucoup plus diffus à l&#39;extérieur qu&#39;à l&#39;intérieur. C&#39;est que l&#39;État est à peu près seul à élaborer des&lt;br /&gt;« organes » actifs : la nation n&#39;en a presque pas; ceux qu&#39;elle a sont, précisément, l&#39;État. C&#39;est pourquoi, dans la plupart des cas, celui-ci pense, sent, décide et agit pour les individus au moyen d&#39;une procuration générale sous traite à tout contrôle; puisque le contrôle, si l&#39;on prend le concept d&#39;État en un sens assez large, c&#39;est encore lui. Cet appareil de la prétendue volonté commune ne se compose pas seulement du gouvernement et des organes exécutifs, mais encore des partis et des diverses représentations d&#39;intérêts. Il y a là une loi de formation générale, histologique en quelque sorte, selon laquelle les éléments de l&#39;organisation ne sont eux-mêmes que des organisations : fait apparemment d&#39;autant plus sensible que la démocratisation est plus poussée. La démocratie n&#39;est pas la souveraineté du demos, mais celle de ses organisations partielles.&lt;br /&gt;Or, quand un groupe agit à la place des individus, il demeure toujours un reste, sous forme de sacrifice ou d&#39;épreuve ; à moins qu&#39;un grand élan, l&#39;engagement dans une entreprise particulière, quelque poussée de fièvre ne le balaient, ou ne le laissent pas accéder à la conscience. Dans des groupes aussi vastes, aussi peu homogènes et aussi sclérosés que les États, cela ne peut se produire qu&#39;en des instants d&#39;exaltation exceptionnelle ; d&#39;ordinaire, quand l&#39;État entre en contact avec l&#39;individu, c&#39;est plutôt pour « peser » sur lui. Ainsi peut-on ne pas être anti-étatiste, reconnaître pleinement la grande importance de l&#39;État et n&#39;en constater pas moins que, dans ces conditions, seule une idéologie irréaliste peut voir en lui le représentant des biens les plus hauts, parce que communs à tous, lui accorder du coup une sorte de supra-volonté ou voir en lui, sous quelque forme que ce soit, une école de perfectionnement de l&#39;humanité. Cette idée est un héritage de l&#39;État autoritaire qui avait trouvé refuge dans les slogans des éducateurs du jeune Reich allemand ; elle semble malheureusement en passe de resurgir dans le socialisme dont l&#39;éthique paraît s&#39;être réduite à un altruisme de confrérie. C&#39;est encore un exemple de cet&lt;br /&gt;« idéalisme-alibi » qui permet à l&#39;homme incapable de donner de la dignité à sa vie personnelle d&#39;en rejeter la charge sur son arrière- plan : la race, l&#39;empereur, telle ou telle association, la sublimité de la loi morale ou tout autre prétexte.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;VII&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;L&#39;attitude généralement adoptée par l&#39;individu à l&#39;égard d&#39;une organisation aussi vaste que l&#39;État, c&#39;est le «laisser-faire » ; aussi bien ces mots sont-ils devenus l&#39;une des formules clefs de notre époque. Les relations interhumaines composent aujourd&#39;hui un tissu si vaste et si serré que nul regard, nulle volonté ne peut plus en embrasser que des parcelles, et que chacun de nous, sorti de son champ toujours plus restreint d&#39;activité, est obligé de s&#39;en remettre comme un enfant mineur à d&#39;autres : jamais encore l&#39;intellect des subordonnés ne fut aussi limité qu&#39;aujourd&#39;hui, où il crée tout. Qu&#39;il le veuille ou non, l&#39;individu est obligé de laisser faire, et ne fait rien. Anglais et Américains n&#39;ont pas fait, mais ont laissé mourir de faim les enfants d&#39;Europe centrale; nous- mêmes, quoique les auteurs des crimes de guerre, n&#39;en avons pas fait, mais seulement laissé faire notre part. Veut-on changer cela, il faut d&#39;abord en mesurer clairement la nécessité. Que ceux qui s&#39;imaginent - ils sont assez nombreux, apparemment, et justement les plus zélés - que l&#39;on pourrait réussir en substituant à la froide organisation la chaleur du coeur ouvrent n&#39;importe quel journal du matin et y fassent le compte des souffrances et des malheurs qu&#39;il serait possible quotidiennement d&#39;éviter : s&#39;ils voulaient ne pas laisser faire, s&#39;ils avaient seulement la capacité de se le représenter concrètement, moins encore, de s&#39;en faire seulement l&#39;idée confuse que le mot « compassion » requiert de chacun... ils deviendraient fous ! Le pendant actif de ce laisser-faire, c&#39;est le traite ment sommaire, général, administratif des problèmes humains : le symbole de la relation indirecte entre l&#39;homme et l&#39;État, c&#39;est le dossier. C&#39;est la vie réduite à une substance sans odeur, sans saveur et sans poids, le bouton sur lequel on presse : ce geste entraîne-t-il mort d&#39;homme, on ne l&#39;a pas fait, puisque tout le champ de la conscience était rempli par la manipulation délicate du bouton. Le dossier, c&#39;est le verdict de la Cour, l&#39;attaque aux gaz de combat, la bonne conscience de nos bourreaux ; c&#39;est le partage le plus funeste de l&#39;homme en deux : la personne privée et le fonctionnaire. Mais le caractère indirect de cette relation représente, dans les circonstances actuelles, une hygiène apparemment indispensable.&lt;br /&gt;L&#39;homme simple corrige la disproportion qui en résulte en volant et en tournant le règlement comme il peut. De fait, il ne reste en dehors de ce système que des influences illégales ou jugées presque illicites : le libre-échange des biens, des opinions et de la vie. En dépit de toutes les entraves, il ne cesse de surgir des pensées qui finissent par faire dévier légèrement le cours de l&#39;évolution ; les hérétiques agissent sur l&#39;Église étatisée, et sur l&#39;esprit étatisé les écrivains indépendants ; mais le principal contrepoids à l&#39;organisation, ce sont encore les passions - parmi les quelles, souveraine et régulatrice, la passion de l&#39;argent. Au lieu de se borner à les condamner, on devrait comprendre qu&#39;elles sont le correctif luciférien nécessaire à ce dieu très imparfait qu&#39;est l&#39;État. Augustin distinguait entre l&#39;État et la civitas Dei, la sphère du royaume de Dieu où l&#39;individu est soustrait aux atteintes de la communauté. Aujourd&#39;hui, la cité dé Dieu se précipite au cinéma, voue son existence au shimmy et, à force de trafiquer sur les devises, pousse sans scrupules l&#39;État au bord dé l&#39;abîme. C&#39;est, bien entendu, dé la dégénérescence ; mais il importé encore plus dé reconnaître que c&#39;est aussi, d&#39;autre part, le simple revers dé l&#39;État, son complément inévitable, le fantôme de la victime humaine emmurée dans lés fondations de la cathédrale.&lt;br /&gt;On ne pouvait trouver la nation dans la race, ni dans l&#39;État; on l&#39;y a cherchée néanmoins. La pensée allemande s&#39;est appuyée tan tôt sur dés chimères raciales, tantôt sur une philosophie du sacrifice à cette somme de toutes les sommes qu&#39;était censé être l&#39;État, en expiation d&#39;une sorte de péché originel dé l&#39;individu qui ne pouvait être obtenue que par l&#39;anéantissement dans le Tout. A côté dé ces deux formules, il en existait une troisième, la cité de Dieu, à laquelle correspond une troisième hypothèse déjà mentionnée en passant, la nation comme esprit. Nos Cicérons disent : « Les biens idéaux supra-personnels, l&#39;esprit de la communauté, les institutions issues de la volonté commune, la tradition culturelle commune - dont l&#39;ensemble nommé État n&#39;est qu&#39;une partie - ont intégré la nation. » Sans vouloir contester une affirmation où entre beaucoup de vrai, on peut lui opposer une vue tout de même plus exacte. Y a-t-il un esprit commun aux universités et aux pénitenciers? Ces deux institutions abritent néanmoins les représentants des deux activités lés plus développées de nos jours. Y a-t-il un esprit commun à M. Anton Wildgans  et à Nietzsche ? Il y en a sûrement un, mais si difficile à définir qu&#39;il vaut mieux y renoncer. Concevons plutôt rassemblés là plusieurs millions d&#39;individus qui, à l&#39;intérieur d&#39;un espace de temps singulièrement béant, ont fourré la tête dans un monde qu&#39;ils comprennent dans une mesure et d&#39;une façon très différentes, dont ils attendent des choses non moins différentes ; un monde dont ils ne voient et n&#39;entendent qu&#39;un grand vacarme absurde au sein duquel un son, de loin en loin, leur fait dresser l&#39;oreille. Cette masse énorme, hétérogène, qui né peut ni s&#39;imprimer quoi que ce soit profondément dans l&#39;es prit, ni entièrement s&#39;exprimer, dont la composition varie chaque jour selon celle des excitations qu&#39;elle subit, cette masse hésitant entre solide et liquide, cette non-masse, ce rien dépourvu de sentiments, de pensées et de résolutions fixés, voilà, sinon la nation, du moins la substance qui l&#39;alimente.&lt;br /&gt;Cette substance même ne peut voir dans tout vêtement idéologique qu&#39;un « nous » inauthentique ; un « nous » sans rapport avec la réalité. « Nous autres Allemands » : fiction d&#39;une communauté entre manoeuvres et professeurs, mercantis et idéalistes, écrivains et cinéastes, qui n&#39;existe pas. Le véritable « nous » s&#39;exprime par la formule : nous ne nous sommes mutuellement de rien. Nous sommes des capitalistes, des prolétaires, des intellectuels, des catholiques... beaucoup plus liés, en fait, à nos intérêts particuliers - au  delà de toute frontière - que les uns aux autres. Pour ce qui lui tient vraiment à coeur, le paysan allemand est plus proche du paysan français que du citadin allemand. Nous - chaque nation en elle-même - nous comprenons mal les uns les autres ; nous nous combattons ou nous flouons chaque fois que faire se peut. Sans doute parvient-on à nous ranger sous un même bonnet quand il s&#39;agit de l&#39;enfoncer sur la tête d&#39;une autre nation : alors, oui, nous connaissons la félicité de l&#39;expérience mystique communautaire ; mais il est permis de supposer que, si cette expérience est mystique, c&#39;est parce qu&#39;elle devient si rarement pour nous réalité. Cette vérité, encore une fois, vaut aussi pour les autres ; mais dans nos crises, nous avons, nous autres Allemands, l&#39;avantage inappréciable de discerner plus clairement qu&#39;eux la combinaison authentique ; c&#39;est sur cette vérité que nous devrions fonder notre patriotisme, et non sur l&#39;illusion que nous sommes le peuple de Goethe et de Schiller, ou celui de Voltaire et de Napoléon.&lt;br /&gt;On garde toujours, en tout temps, un sentiment de coïncidence insuffisante entre la vie publique et la vie privée ; mais y a-t-il aucun événement de l&#39;histoire publique qui puisse jamais être la vraie expression de celle-ci? Moi-même, en tant qu&#39;individu, suis je cela que je fais, ou ce que je fais est-il un compromis, en vue de la réalisation, entre des forces inarticulées au fond de moi et des formes préexistantes et capables de transformation? Dans la relation avec le Tout, cette petite nuance prend une importance centuplée. Une association d&#39;intérêts artificielle ne peut être main tenue, à moins d&#39;une inertie obstinée, que s&#39;il y a un intérêt commun à user de violence envers les autres, sans qu&#39;il s&#39;agisse nécessairement de celle de la guerre. Mais quand on dit qu&#39;au moment où une guerre éclate, des phénomènes de suggestion collective sont en jeu, il faut l&#39;entendre uniquement comme la rupture d&#39;un ordre qui ne s&#39;était pas assez préoccupé de ses tensions involontaires. Cet élan explosif dans lequel l&#39;homme s&#39;est libéré et, en sautant en l&#39;air, a retrouvé son semblable, ce fut le reniement de l&#39;existence bourgeoise, le choix du désordre au lieu de l&#39;ordre ancien, le saut dans l&#39;inconnu - quels qu&#39;aient été les noms plus moraux dont on le baptisa. La guerre, c&#39;est la fuite devant la paix.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;VIII&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;A strictement parler, dans toutes les versions qu&#39;on en a don nées, la nation est une fiction.&lt;br /&gt;Il n&#39;est pas agréable d&#39;en convenir en un temps où d&#39;autres nations s&#39;enflent d&#39;illusions et nous ont imposé, à nous citoyens de langue allemande, la solidarité de la privation des droits, de la condition d&#39;exploités et d&#39;esclaves. On objectera donc qu&#39;il vaudrait mieux, dans les circonstances présentes, même si le patriotisme, la nation et autres entités du même ordre sont des illusions, ne pas le dire. Indépendamment de la question de savoir si la nation existe ou non, l&#39;hypothèse qu&#39;elle existe a sa valeur ; peut- être même faudrait-il évoquer sa présence d&#39;autant plus suggestivement que son unité, en pratique, est douteuse ! Ce sera l&#39;avis, notamment, de ceux qui voient dans la nation un idéal réalisable uniquement à long terme et qu&#39;il faut rappeler de temps en temps au peuple pour que celui-ci se purifie à sa vue. Mais un tel idéal, qui n&#39;a jamais vraiment épanoui ses influences purifiantes que les jours de fête, pour ainsi dire, ou en des occasions telles que les mobilisations générales, fait penser à une maison où le locataire ne dormirait que la semaine des quatre jeudis, préférant coucher, le reste du temps, dans les prés marécageux d&#39;à côté ; un idéal qui agit ainsi ne saurait être particulièrement indiqué ou bénéfique.&lt;br /&gt;Oui, on peut le dire : tous les cas que nous avons passés en revue jusqu&#39;ici n&#39;ont été que des cas particuliers d&#39;un mauvais usage de l&#39;idéal. De même que l&#39;on n&#39;a pas conçu l&#39;hypothèse de la race sous forme progressive, comme un but à atteindre, mais sous forme régressive, comme un fétiche mystique, on a sublimé l&#39;État en le soustrayant au désir irrespectueux de le considérer comme aménageable, à l&#39;instar d&#39;un quelconque appartement ; et le concept de nation n&#39;a pas été reconnu, institutivement, comme une matière à informer, mais proclamé, constitutivement, comme un donné dont l&#39;expression seule serait imparfaite. Cette façon d&#39;user de tous nos idéaux est probablement une séquelle des temps où il était encore difficile de faire respecter les règles les plus simples autrement qu&#39;en les déclarant tabous. Notre éthique actuelle porte encore la marque du tabou préhistorique. Nous attribuons à nos idéaux l&#39;inamovibilité et l&#39;inaltérabilité des idées platonico-pythagoriciennes ; et quand la réalité ne s&#39;y conforme pas, nous n&#39;hésitons pas à définir comme le critère même de l&#39;idéalité cette «impureté» de leur réalisation. Nous essayons de rapprocher la courbe difficilement calculable de l&#39;être du rigide polygone que dessinent les points fixes de notre morale, en brisant sans cesse d&#39;angles nouveaux la ligne droite de nos principes, sans jamais parvenir pour autant à coïncider avec cette courbe. Il se peut que la vie intérieure ait le même besoin de points d&#39;appui solides que la pensée ; mais ceux-ci, sous leur forme d&#39;idéaux, nous ont conduits à un seuil que l&#39;on ne saurait guère dépasser. Il faut en effet - chacun le sait - imposer à chaque idéal, pour le rapprocher du réel, tant de restrictions et d&#39;amendements qu&#39;il finit par n&#39;en plus rien rester. Quand un fond blanc est entière ment couvert de taches sombres, le moment n&#39;est pas loin où la pensée travaillera avec un fond sombre taché de blanc ; dans le domaine éthique, on n&#39;en est pas encore là, il s&#39;en faut. Cette façon de « pactiser » avec la réalité est malheureusement juste le contraire de ce que nos idéalistes considèrent comme l&#39;idéalité. J&#39;appelle idéalisme le fait de former la réalité selon des idées - et idéalisme au second degré seulement, le fait de se soumettre à ces idées imposées jusqu&#39;à ce que soit atteint le degré suivant de réalisation ; dès lors, si la vie ne se soumet pas à un système d&#39;idéaux, je ne puis reconnaître en eux beaucoup d&#39;idéalisme. Il faudrait comprendre une bonne fois que si la vie ne se soumet pas, ce n&#39;est pas simple insubordination d&#39;écolier ; c&#39;est que les idéaux eux-mêmes sont fautifs.&lt;br /&gt;Une morale soucieuse aujourd&#39;hui de dépasser le simple ravaudage, je veux dire une morale simplement « civilisatrice » comportant le sacrifice de ce bel atavisme qu&#39;est la Kultur - dont le rejet peut se déduire, accessoirement, de ce qui précède-, doit se bâtir sur cette informité que la civilisation européenne et l&#39;extraordinaire développement de ses échanges nous ont imposée. Je crois que les expériences faites depuis 1914 auront appris à la plupart d&#39;entre nous que, du point de vue éthique, l&#39;homme est une réalité pratiquement sans forme, étrangement malléable, capable de tout, dans laquelle bien et mal peuvent pencher d&#39;un côté et de l&#39;autre aussi loin que l&#39;aiguille d&#39;une balance ultrasensible. Cela ne fera probablement que s&#39;aggraver, et les hommes échapperont de plus en plus aux bornes éthiques, d&#39;ailleurs presque impuissantes, que l&#39;on a dressées autour d&#39;eux. Car il est permis de se représenter l&#39;homme, à l&#39;origine, comme une créature indifféremment bonne ou mauvaise, c&#39;est-à-dire égoïste ou sociale - sans parler de la bonne dose d&#39;égoïsme que comporte le social; mais les intérêts auxquels il est mêlé de nos jours sont si nombreux, le monde qui l&#39;entoure si étanche, le corps social si mauvais conducteur des stimuli intellectuels qu&#39;au moment de l&#39;action n&#39;in flue jamais sur lui qu&#39;une part infime des déterminants éthiques possibles. C&#39;est pourquoi tout événement éthique, aujourd&#39;hui, s&#39;il est réellement vécu, présente plusieurs « côtés » : bon de l&#39;un, mauvais de l&#39;autre, il est, d&#39;un troisième côté, quelque chose dont on ne sait s&#39;il faut le juger bon ou mauvais. Le bien apparaît non plus comme une constante, mais comme une fonction variable. Il tient seulement à la lourdeur de la pensée que nous n&#39;ayons pas trouvé, pour exprimer cette fonction, de formule logique qui satisfasse au besoin d&#39;univocité sans étouffer l&#39;ambivalence des faits : les mœurs n&#39;en souffriraient pas plus que les mathématiques ne sont mortes quand on a découvert que le même nombre pouvait être le carré de deux nombres différents.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;IX&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Cette morale qui serait à la hauteur des faits de notre vie; il va sans dire que nous ne l&#39;avons pas. Toutefois, notre conscience d&#39;une transition exige dès maintenant que nous traitions l&#39;État et la nation non plus comme des idéaux, mais simplement comme des objets sommés de répondre à leurs fins. Mais de ces fins qui changent avec le temps, personne ne peut rien dire de concluant, sinon que l&#39;on doit laisser à la civilisation le soin de les élaborer à partir d&#39;elle-même. Mais cela signifie, si l&#39;on adopte le «pessimisme optimiste» qui convient - sans s&#39;imaginer que le mythe, l&#39;intuition ou l&#39;idéal classique puissent être d&#39;aucun secours à une génération de constructeurs et de vendeurs de machines, sans estimer non plus les énergies qui bouillonnent jusque dans les excès de cette civilisation -, cela signifie qu&#39;il faut laisser aux hommes, dans la mesure compatible avec la vie en commun, le soin de se chercher eux-mêmes leur voie et d&#39;obéir à leurs intérêts propres. N&#39;est-ce pas là d&#39;ailleurs un principe que nous appliquons dès l&#39;école maternelle? Puisqu&#39;il s&#39;est révélé produire de meilleurs élèves, il est grand temps de l&#39;étendre aux adultes. Prolétaires, capitalistes, ichtyologues, peintres, etc., voilà dès aujourd&#39;hui des associations internationales naturelles - même si elles ne représentent, dans l&#39;ensemble linguistique national, que des sous-associations. On commence lentement à prendre conscience que la vie économique constitue un tout international, et que c&#39;est pure myopie que de pratiquer une politique économique égoïstement nationale au lieu de faire de l&#39;organisation du travail en gros ; et faut-il donner des preuves du caractère effective ment international des intérêts intellectuels ? Dans les conférences diplomatiques censées résoudre les différends des États, la dis proportion entre la dépense et le résultat est si énorme que l&#39;on en vient fatalement à juger ces méthodes incapables de faire progresser d&#39;un pas l&#39;évolution ; et la Société des Nations, sous sa forme actuelle de banquets d&#39;États, apparaît de plus en plus comme une farce. Mais renverser l&#39;État ne se pourrait qu&#39;au prix d&#39;une révolution mondiale : le programme d&#39;organisation de la vie après cette mort de l&#39;ordre ancien est-il prêt, ou n&#39;attend-on pas plutôt que l&#39;évolution., à travers une longue réflexion révolutionnaire, vous décharge de la responsabilité d&#39;une décision ? Quoi qu&#39;il en soit, rien ne peut gêner davantage une articulation naturelle de la société humaine que d&#39;élever au-dessus de l&#39;homme ces deux idéaux : l&#39;État et la nation. La seule issue est de travailler à favoriser l&#39;évolution qui se poursuit en dehors d&#39;eux, d&#39;éveiller et de maintenir vivante la conviction de leur désuétude.&lt;br /&gt;On objectera que, partout où des associations internationales cherchent à s&#39;imposer, de très gros intérêts matériels se cachent derrière ; et que toute organisation nécessitant de grands moyens ne peut être mise sur pied qu&#39;à condition de faire entrevoir de grands succès matériels. Il suffit d&#39;ailleurs d&#39;un coup d&#39;oeil sur la politique intérieure pour constater qu&#39;aucune entreprise désintéressée ne prospère, que seuls les intérêts les plus palpables par viennent à unir les hommes ; sans parler, dans nos partis politiques, -des liaisons perverses qui permettent à de vieilles beautés idéales de se faire entretenir par des besoins matériels. On finit par penser que même l&#39;ordre juridique interne qui est à l&#39;origine de toute civilisation n&#39;a pu être établi qu&#39;imposé d&#39;abord par la force, et que le bolchevisme aussi croit devoir faire de la force le soutien de l&#39;idée. Il se peut que la forme de vie authentiquement moderne dont il est question ici ne puisse elle aussi être atteinte sans recourir à la force. Mais les idées, plutôt que de montrer à l&#39;avenir une voie, ne font que lui suggérer une direction; elles sont des filets que l&#39;on jette sur l&#39;avenir pour le capturer et que celui -ci, s&#39;il les déchire par endroits, ne détruit jamais entièrement. Quel est donc l&#39;avenir qui nous attend ? Sera-ce un rétablissement progressif de notre ancienne corpulence qui nous console des torts subis ? Une revanche, en l&#39;absence - puisqu&#39;on nous en a privés - de tout but politique? Ou bien: l&#39;invention d&#39;un but de politique mondiale? Quand la guerre a éclaté, l&#39;Église s&#39;est récusée, le socialisme s&#39;est récusé, tous deux sous la pression d&#39;une idéologie de l&#39; « ou bien... ou bien » qui n&#39;était en fait qu&#39;une pseudo idéologie. Le peuple qui fera le premier pas hors de l&#39;impasse de l&#39;impérialisme nationaliste vers une nouvelle possibilité d&#39;ordre mondial et qui saura donner cet élan d&#39;avenir à toutes ses initiatives aura bientôt le leadership du monde et pourra faire triompher ses voeux légitimes. Aujourd&#39;hui, personne ne peut encore tracer avec précision la voie à suivre; ce qu&#39;il faut, c&#39;est créer sans retard l&#39;état d&#39;esprit qui permette de s&#39;y engager.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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D&#39;ail leurs, n&#39;importe qui peut reconstituer sa philosophie : le schéma en est des plus simples. Il suffit d&#39;adopter les prédicats « est en un certain sens », « devient en un certain sens », de négliger des différences secondaires dans la forme d&#39;expression, puis de com biner chacun des concepts cités avec tous les autres, en affirmant la possibilité d&#39;accord de tous les concepts cités en premier lieu dans chaque couple, comme de tous ceux cités en second lieu, et en niant toute possibilité de combinaison d&#39;un concept situé en premier lieu avec un concept situé en second lieu ; obéit-on doci lement à ce schéma, on verra se reformer automatiquement toute la philosophie spenglérienne, et même quelque chose de plus, Exemples : la vie... est objet de perception, a une forme, est sym bole, devenir, etc. La relation causale... est morte, est objet de connaissance, a une loi, est du devenu, etc. La vie n&#39;a pas de systématique, le destin ne peut être objet de connaissance, et ainsi de suite. Spengler verrait là le défaut de la rationalité ; je ne dis pas autre chose.&lt;br /&gt;Il faut seulement, contre le reproche fait à Spengler de trop emprunter, sans le dire, à Bergson, défendre.... Bergson lui-même. Chez celui-ci, les choses sont tout de même différentes. Mais pour le fond du problème : loin de concerner seulement Spengler ou Bergson, il nous fait remonter, au-delà du romantisme allemand et de Goethe (invoqué d&#39;ailleurs par notre auteur), plus haut encore.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;X&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt;L&#39;intuition est un problème à elle seule. Je suggère que tous les écrivains allemands, pendant deux ans, s&#39;abstiennent de ce terme. Car on en est au point que quiconque, aujourd&#39;hui, veut affir mer quelque chose qu&#39;il ne peut prouver ou qu&#39;il n&#39;a pas pensé à fond, invoque l&#39;intuition. Et quelqu&#39;un pourrait mettre cette trêve à profit pour éclairer les innombrables sens de ce terme.&lt;br /&gt;On serait alors un peu plus attentif au fait, si volontiers négligé aujourd&#39;hui, qu&#39;il existe aussi, sur le plan purement rationnel, une intuition. Là aussi, quelque méthodique qu&#39;ait pu être la préparation, l&#39;idée décisive surgit tout à coup, comme venue du dehors, devant la conscience. La pensée purement rationnelle, qui semble absolument étrangère au sentiment, peut aussi être stimulée par des états d&#39;âme plus intenses. A combien plus forte raison la pen sée que nous appelons ici non ratioïde, dont la force de pénétra tion et la vitesse de propagation intérieure dépendent justement de la vitalité des mots, de cette sorte de nuage de pensée et de sentiment qui enveloppe l&#39;insignifiant noyau conceptuel. Que l&#39;on songe également à ces découvertes qui « illuminent soudain la vie », triomphes de l&#39;intuition... Mais, là encore, on constatera qu&#39;il ne s&#39;agit pas du brusque déclenchement d&#39;une autre espèce d&#39;activité mentale, mais d&#39;un état de tout l&#39;être, depuis longtemps en crise, qui vire brusquement, et où la pensée actuelle, présumée décisive, n&#39;est généralement que l&#39;éclair de l&#39;explosion qui accom pagne le grand bouleversement intérieur.&lt;br /&gt;« Quelque chose qui ne se laisse pas connaître, définir, décrire [...] seulement sentir et vivre intérieurement, que l&#39;on ne comprend jamais mais dont on est absolument sûr », « d&#39;un seul coup, a partir d&#39;un seul sentiment, que l&#39;on n&#39;apprend pas, qui se dérobe à toute intervention intentionnelle […], qui se manifeste sous sa forme la plus haute avec une singulière rareté », écrit Spengler. Ce n&#39;est qu&#39;un échelon de la grande échelle qui, de là, par l&#39;état de croyant, d&#39;amant, d&#39;homme éthique, conduit à la « simplifica tion », à la visio beata et autres grandes formes de l&#39;ouverture au monde ; avec une très intéressante dérivation pathologique, qui va de la banale cyclothymie aux plus graves états délirants.&lt;br /&gt;On objectera que, si cette attitude purement analytique à l&#39;égard du processus intuitif peut intéresser les savants qui règlent ces questions entre eux, l&#39;homme, lui, recherche, bien plus que l&#39;analyse d&#39;une forme psychologique, la synthèse des contenus qu&#39;elle permet d&#39;acquérir. Le monde dans lequel nous vivons et auquel nous participons d&#39;ordinaire, fait d&#39;états d&#39;âme et d&#39;états de raison autorisés, n&#39;est que le succédané d&#39;un autre monde avec lequel la vraie relation s&#39;est perdue. On sent parfois que rien de tout cela n&#39;est essentiel ; pour quelques heures ou quelques jours, tout cela fond au feu d&#39;un autre comportement envers les autres et le monde. On est la paille et le souffle, le monde la sphère tremblante. A chaque instant, toutes choses renaissent nouvelles ; les considérer comme un donné immuable serait, on le sent, mort intérieure. Le cheval tirant la voiture et le passant communiquent. Ou du moins, l&#39;homme et l&#39;homme ne se toisent plus, ne se flai rent plus comme des espions ; ils se connaissent comme, dans un même corps, la jambe et la main. Telle est l&#39;atmosphère des états philosophiques créateurs ou éclectiques. On peut en donner une interprétation de chrétien attardé, y retrouver le flux héraclitéen, en extraire ou y fourrer tout au monde, y compris un nouvel éthos. Mais y croyons-nous ? Non. Nous en faisons de la littéra ture. Nous galvanisons Bouddha, le Christ et autres nuées. Tout autour, la raison se déchaîne en milliers de chevaux-vapeur. On la défie ; on prétend détenir, dans un coffret bien fermé, une autre autorité. C&#39;est le « coffret à intuition ». Ouvrons-le donc une bonne fois pour voir ce qu&#39;il contient. Peut-être un nouveau monde ?&lt;br /&gt;On ne trouvera pas aisément d&#39;aussi belles et fortes ébauches de mise en forme de ces idées que celles de Spengler. Mais que toute la richesse de l&#39;intuition aboutisse finalement à ceci : que l&#39;essentiel ne peut jamais être dit ou traité, que l&#39;on se montre extrêmement sceptique in ratione (c&#39;est-à-dire précisément contre ce qui n&#39;a d&#39;autre vertu que d&#39;être vrai !), mais incroyablement crédule à l&#39;égard de tout ce qui vous passe par la tête, que l&#39;on mette les mathématiques en doute pour mieux faire confiance à ces prothèses de la vérité que sont, en histoire de l&#39;art, la culture et le style, que l&#39;on fasse, dans la comparaison et la combinai son des données, malgré l&#39;intuition, exactement ce que fait l&#39;em piriste, en moins bien, en tirant plutôt avec de la fumée qu&#39;à bal les : voilà le portrait clinique de l&#39;esprit aveuli par les jouissances trop prolongées de l&#39;intuition, du bel esprit de notre temps.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;XI&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt;L&#39;idée que les cultures périssent par épuisement interne est plausible, même en dehors de toute métaphysique. Que l&#39;on y puisse distinguer des phases d&#39;essor et de déclin corrélatives, également.&lt;br /&gt;La tension de l&#39;âme maintient droit ; quand elle n&#39;est plus nécessaire et se relâche, l&#39;organisme s&#39;effondre. On ne peut douter qu&#39;il n&#39;en aille de même dans la vie des sociétés. Celles-ci, dès qu&#39;il n&#39;y a plus de forces directrices pour agir sur elles, se changent en masses informes.&lt;br /&gt;Or, toutes les cultures sont nées dans des sociétés et des terri toires relativement restreints, à partir desquels elles se sont éten dues. D&#39;où une tendance à la raréfaction et à l&#39;épuisement, qu&#39;ac centue d&#39;ailleurs l&#39;action temporelle des générations. Les idées (le non-ratioïde) ne se laissent pas transmettre comme le savoir ; elles exigent un même état psychique, quand la réalité n&#39;offre au mieux que des dispositions psychiques analogues ; aussi sont-elles sujettes à se modifier sans cesse. Tant qu&#39;elles sont encore neuves, cela peut les enrichir ; plus tard, cela les corrompt. Sans doute se sont-elles réalisées entre-temps dans des institutions, des formes de vie ; mais réaliser une idée, c&#39;est déjà partiellement la détruire. Toute réalisation est déformation ; vieilles, les idées deviennent toujours plus vides et plus incompréhensibles. C&#39;est que la forme et l&#39;idée ont un rythme de vie tout différent : les formes d&#39;une couche plus ancienne ne cessent d&#39;interférer sur les idées d&#39;une couche plus récente, et de concurrencer leur influence.&lt;br /&gt;Telles sont quelques-unes des raisons pour lesquelles les époques tardives sont si hétérogènes, et les cultures, dans ces époques de civilisation, si promptes à s&#39;écrouler comme des montagnes.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;XII&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt;L&#39;évolution elle-même n&#39;est pas quelque chose qui se déroule sur une seule ligne. Du fait, naturel, que l&#39;idée s&#39;affaiblit en se répandant, l&#39;influence de nouvelles sources d&#39;idées vient interférer. Le noyau vivant, le centre même de chaque époque, masse confusément bouillonnante, se retrouve pris dans des formes qui sont le précipité d&#39;époques bien antérieures. Le temps présent est toujours à la fois ici et très loin, à plusieurs millénaires en arrière. C&#39;est une sorte de ver qui se déplace sur des anneaux politiques, économiques, culturels, biologiques et une infinité d&#39;autres dont chacun a son tempo, son rythme propre ; sans doute peut-on en donner une image unitaire et la développer selon une perspective centrale à partir d&#39;une seule raison, comme le fait Spengler ; mais on peut aussi bien être tenté par le contraire. Il n&#39;y a là ni plan, ni rationalité, c&#39;est entendu : est-ce vraiment plus déplaisant que s&#39;il y en avait ? L&#39;agnosticisme est-il confortable ? Il peut être vrai ou faux, pénétrant ou superficiel, puisque c&#39;est une affaire de rai son ; mais qu&#39;il soit humainement profond ou non, c&#39;est là une propriété non plus de la connaissance, mais des complexes – non ratioïdes, dans mon langage abrégé – bâtis sur ce genre de con victions rationnelles. Cette confusion s&#39;est en quelque sorte éter nisée, par exemple, dans l&#39;évaluation du matérialisme (philosophi que) : on s&#39;entête à le juger plat, étriqué, quand il peut être aussi chargé d&#39;affectivité que la croyance en les anges. Peut-être com prendra-t-on maintenant ce que j&#39;entends par le voeu que de telles théories – à moins qu&#39;elles ne soient expressément justes ou faus ses – ne soient pas traitées autrement que de simples hypothèses&lt;br /&gt;intellectuelles pour l&#39;élaboration d&#39;une nouvelle vie, plutôt que d&#39;accorder – comme on ne manque jamais de le faire aujourd&#39;hui – à la théorie, si naïvement, si lourdement, un caractère affectif. Comment s&#39;explique l&#39;intellectualisme, au sens péjoratif du mot, la mode actuelle de la précipitation intellectuelle, le flétrissement prématuré des pensées ? Par le fait que nous cherchons la profondeur avec nos pensées et la vérité avec nos sentiments ; et que, faute de voir cette interversion, nous som mes à tout moment déçus de n&#39;y pas réussir. Des tentatives idéolo giques d&#39;envergure comme celle de Spengler sont fort belles ; mais elles souffrent du fait qu&#39;un beaucoup trop petit nombre de possi bilités intérieures ont été préalablement élaborées. C&#39;est ainsi que l&#39;on réduit la guerre mondiale, ou notre effondrement, tantôt à tel groupe de causes, tantôt à tel autre. C&#39;est une illusion, aussi trom peuse que de réduire un événement physique particulier à une chaîne de causes. En réalité, dès les premiers maillons, les cau ses se diluent à l&#39;infini. En physique, le concept de fonction nous a tirés d&#39;affaire. Dans le domaine de l&#39;esprit, nous sommes désarmés. L&#39;intellect nous a laissés en plan. Non parce qu&#39;il est sans profondeur – comme si tout le reste ne nous avait pas aussi laissés en plan ! –, mais parce que nous n&#39;avons pas travaillé.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;XIII&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt;La distinction entre culture et civilisation fait l&#39;objet d&#39;une vieille controverse, à mes yeux parfaitement stérile. Cependant, si l&#39;on tient à distinguer, je crois que le mieux est de parler de culture partout où règnent une idéologie unique et une forme de vie encore unitaire, et de définir une civilisation, au contraire, comme un état de culture diffus. Toute civilisation a été précédée par une culture qui déchoit en elle ; toute civilisation est caracté risée par la maîtrise technique de la nature et un système com plexe – qui exige, mais consomme aussi beaucoup de matière grise – de relations sociales.&lt;br /&gt;On attribue presque toujours à la culture une relation immé diate avec les essences, une sûreté de comportement encore ins tinctive et comme fatale, comparé auxquelles l&#39;entendement, symptôme premier de la civilisation, présenterait une incertitude et une médiateté assez misérables. On connaît les éléments sur lesquels s&#39;appuie cette conception. D&#39;une part le grand geste du mythe et de la religion qui fait, surtout de loin, un effet de tota lité, d&#39;autre part la maladresse de l&#39;entendement à exprimer ce qu&#39;un regard, un silence, une décision traduisent beaucoup mieux. L&#39;homme, en effet, n&#39;est pas pur intellect : il est volonté, senti ment, inconscient et souvent aussi simple fait, comme le train des nuages dans le ciel. Mais enfin, si l&#39;on ne veut voir en lui que ce qui ne dépend pas de la raison, il faut choisir pour idéal la four milière ou la ruche : car la mythologie, l&#39;harmonie et la sûreté intuitive des fourmis et des abeilles réduisent probablement à zéro tout ce dont l&#39;homme peut, sur ce plan, se prévaloir.&lt;br /&gt;Comme je l&#39;ai déjà dit, je tiens l&#39;augmentation du nombre d&#39;hommes attelés à ces problèmes pour la cause principale du passage de la culture à la civilisation. Il est clair que l&#39;on n&#39;imprègne pas des millions d&#39;individus comme on en imprègne des centaines de milliers. Les aspects négatifs de la civilisation tiennent pour une bonne part à la disproportion entre la masse du corps social et sa perméabilité aux influences. Considérons le point culmi nant atteint avant la guerre : chemins de fer, télégraphe, télé phone, avions, journaux, librairies, système scolaire et post-sco laire, service militaire : tout cela absolument insuffisant. Une différence entre la grande ville et la campagne « noire » plus grande qu&#39;entre les races. Une impossibilité totale, même à son propre niveau, d&#39;avoir accès aux données d&#39;un autre domaine intel lectuel à moins d&#39;énormes sacrifices de temps. Conséquence : une scrupulosité bornée ou une superficialité effrénée. L&#39;organisation intellectuelle est en retard sur l&#39;accroissement numérique : voilà à quoi l&#39;on peut ramener le 98 % des phénomènes de civilisation. Aucune initiative ne peut pénétrer le corps social sur une longue distance, ni recevoir le contrecoup de la totalité de celui-ci. On aura beau faire : le Christ lui-même redescendrait-il sur la terre, il est absolument exclu qu&#39;il y puisse agir. La question de vie ou de mort : une politique d&#39;organisation de l&#39;esprit. C&#39;est le premier problème de l&#39;activisme&quot; comme du socialisme. S&#39;il n&#39;est pas résolu, tous les autres efforts seront vains, car il ne peuvent être efficaces qu&#39;à partir de sa solution.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;XIV&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Je me résume; c&#39;est la première fois de ma vie que je dois le faire après coup.&lt;br /&gt;J&#39;ai attaqué un livre qui jouit d&#39;une grande faveur. Je m&#39;étais promis – ce n&#39;est pas un compte rendu que j&#39;en fais –de dénoncer à travers cet exemple illustre les erreurs de notre temps : la superficialité ; la spiritualité dont on se couvre comme d&#39;un manteau un mannequin ; le débordement de l&#39;imprécision lyri que sur les terres de la raison. En effet, si grande que soit, par exemple, la différence entre le « philosophe » explosif qui digère sous forme de « condensations » tout ce qui circule dans l&#39;air de l&#39;esprit et le rat de bibliothèque qui dévore chaque jour plusieurs fois son poids intellectuel, consommant de la science qu&#39;il ne peut rendre évidemment que sous forme plus lâche, ce sont là des phénomènes opposés, mais identiques dans leur signification : les symptômes d&#39;une époque qui ne sait pas se servir de son enten dement. Non qu&#39;elle en ait trop, comme on le prétend toujours ; mais elle ne l&#39;a pas où il faut. Si, pour donner un autre exemple, notre époque a extériorisé et banalisé, avec l&#39;expressionnisme, une forme de connaissance artistique originelle, c&#39;est que les hommes qui voulaient faire entrer l&#39;esprit dans la littérature étaient inca pables de penser. Et s&#39;ils en étaient incapables, c&#39;est qu&#39;ils pen saient en termes vides auxquels faisaient défaut le contenu, et le contrôle de l&#39;expérience. Le naturalisme a produit de la réalité à laquelle manquait l&#39;esprit, l&#39;expressionnisme de l&#39;esprit auquel manquait la réalité ; l&#39;un comme l&#39;autre, du « non-esprit ». Mais, de l&#39;autre côté, chez nous, on voit aussitôt surgir un rationa lisme de poisson séché : les deux adversaires sont dignes l&#39;un de l&#39;autre.&lt;br /&gt;Je reviens encore une fois à cette distinction entre le ratioïde et le non-ratioïde que j&#39;ai, non pas inventée, mais seulement si mal baptisée. Là est la racine du problème capital de l&#39;intuition et de l&#39;appréhension affective, qui ne sont rien d&#39;autre que des particularités, mal comprises, du domaine non ratioïde. Là est la clef de l&#39;« éducation ». Là sont nés l&#39;idéalisme rachitique et le dieu de notre temps. Et c&#39;est à partir de là qu&#39;il serait possible de com prendre pourquoi le débat encore stérile entre la pensée scientifique et les exigences de l&#39;âme ne peut être tranché que par un « plus », un plan, une orientation du travail, une nouvelle évalua tion de la science comme de la littérature !&lt;br /&gt;Et je déclare publiquement à Oswald Spengler, en témoignage d&#39;affection, que si d&#39;autres écrivains commettent moins d&#39;erreurs que lui, c&#39;est uniquement faute d&#39;avoir la portée de ce pont entre les deux rives, qui leur laisse immanquablement plus de place.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Mais connaît-on toujours ? Lire Emerson, Maeterlinck, Novalis - à qui j&#39;ajouterai Nietzsche et, pour citer un contemporain, Rudolf Kassner - donne à l&#39;esprit une impulsion très forte, mais on ne peut parler de connaissance, il manque là la convergence vers l&#39;univocité, l&#39;impression ne se laisse pas condenser en précipité ; on se trouve devant des transcriptions intellectuelles de quel que chose que l&#39;homme peut certes s&#39;approprier, mais ne peut exprimer que par d&#39;autres transcriptions du même type.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;La raison en est que les représentations, dans ce domaine, n&#39;ont pas de signification constante, que toutes sont plus ou moins des expériences vécues, individuelles, que l&#39;on ne comprend qu&#39;à la condition de s&#39;en rappeler d&#39;analogues. Elles exigent chaque fois d&#39;être revécues, ne le sont jamais que partiellement, et jamais défi nitivement comprises. C&#39;est le cas de toutes les représentations qui reposent non sur les fondements solides du sensoriel et du pur rationnel, mais sur des sentiments et des impressions diffici lement renouvelables. Bien entendu, toutes les manifestations de la vie pratique s&#39;y rattachent : tout dialogue, toute entreprise de persuasion, toute décision, toute relation entre deux êtres repo sent, comme on dit, sur des impondérables. Groupe-t-on ces repré sentations et ces contenus en ensembles de ce genre ( comme le font l&#39;essai, l‘« opinion », la conviction « personnelle » ), on obtient des organismes compliqués, non moins fragiles, naturellement, que les combinaisons d&#39;atomes complexes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;A peine entrés dans ce domaine, nous y voyons la logique détrô née. Plus une pensée y est située haut, plus la part du vécu l&#39;em porte sur celle de l&#39;intellect. C&#39;est pourquoi je l&#39;ai baptisé naguère le domaine « non ratioïde » (dans le volume 4 de la revue Summa où l&#39;on trouvera quelques autres remarques occasionnelles à ce sujet ) ; mais cela n&#39;est valable, il va sans dire, que dans le sens sus-mentionné. Au concept rigide se substitue la représentation respirante, à l&#39;équation l&#39;analogie, à la vérité la probabilité : la structure fondamentale n&#39;est plus systématique, mais créatrice. Ce domaine comporte toute une gamme de nuances : de l&#39;attitude quasi scientifique propre aux essais d&#39;un Taine ou d&#39;un Macaulay comme, d&#39;ailleurs, à la plupart des historiens, jusqu&#39;au pres sentiment, à l&#39;arbitraire ou à ces simples émetteurs d&#39;impulsions que deviennent certains écrits d&#39;aujourd&#39;hui. De ce fait, le con tenu de telles œuvres offre tantôt une convergence qui va pres que jusqu&#39;à l&#39;univocité, tantôt des divergences confinant à l&#39;ab solu disparate et ne suscitant plus que des velléités de pensée et de vagues ébranlements de l&#39;esprit.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Quiconque est familier de ces ouvrages sait ce que l&#39;ordre, l&#39;analyse, la comparaison, en un mot : la pensée est capable d&#39;en tirer, bien que leur quintessence ainsi se perde; sait aussi tout ce qui se cache en eux de rationalité, sans même parler de celle, évi dente, sans laquelle aucune expression n&#39;est possible. ( Je fais abs traction des cas où l&#39;entendement presque seul occupe soudain des domaines où ne régnait jusqu&#39;alors que l&#39;idée, ou même la litté rature, comme pour la psychanalyse.) Si ce n&#39;était, eu égard au malentendu qui oppose actuellement les réalisations du domaine non ratioïde à celles, purement rationnelles, de la science, un peu présomptueux, je dirais que l&#39;intellect, là où il est privé, en quel que sorte, de ses aises, doit se montrer d&#39;autant plus souple et, là où tout est fluide, d&#39;autant plus strict dans ses distinctions et ses définitions. Ce malentendu entre l&#39;esprit et l&#39;entendement est funeste; toutes ces histoires de rationalisme et d&#39;antirationalisme ne peuvent qu&#39;embrouiller les problèmes humains essentiels ; le seul rêve que l&#39;on puisse faire et où les pertes n&#39;effacent pas les gains, c&#39;est le sur-rationalisme.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;On ne fait pas grand-chose pour éclaircir ces problèmes fonda mentaux. Les philosophes ne sont guère enclins à explorer métho diquement un domaine où les faits sont des événements vécus dont la plupart d&#39;entre eux ne connaissent pas assez la diversité. Ainsi n&#39;existe-t-il, à ma connaissance, aucune tentative d&#39;analyse logique de l&#39;analogie et de l&#39;irrationnel. « Il y a une expérience scientifique et une expérience vivante, écrit Spengler, il y a entre vivre une chose et la connaître une différence trop souvent sous-estimée. » « Les comparaisons pourraient être le bonheur de la pen sée historique [...]. La technique en devrait être étudiée sous l&#39;in fluence d&#39;une idée d&#39;ensemble, donc jusqu&#39;à la nécessité excluant toute idée de choix, jusqu&#39;à la maîtrise logique. » J&#39;admire ce pro jet passionné d&#39;imposer à toute l&#39;histoire universelle de nouveaux moules de pensée. S&#39;il échoue, ce n&#39;est pas seulement la faute de Spengler, cela tient aussi au défaut de tout travail préparatoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;VII&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Quiconque a pris conscience que l&#39;essentiel de la pensée peut être, selon l&#39;objet, soit sa conceptualité, soit le caractère fluc tuant du vécu, aura compris la distinction que Spengler n&#39;est pas seul à faire entre connaissance vivante et connaissance morte, en dehors de toute mystique. Ce que l&#39;on peut apprendre sur le mode scolaire, le savoir, l&#39;ordre rationnel, les objets et les relations défi nissables conceptuellement, cela peut s&#39;assimiler ou non, s&#39;oublier ou non, se ranger dans notre cerveau ou en ressortir comme un cube équarri, égrisé avec soin : mais ces pensées-là, en un sens, sont mortes ; leur validité en dehors de nous, c&#39;est le revers du sentiment. La précision, la justesse tuent ; ce qui se laisse définir, ce qui est concept, est mort : fossile, squelette. Dans le cadre de ses préoccupations, un rien-que-rationaliste n&#39;aura probablement jamais l&#39;occasion d&#39;en faire l&#39;épreuve. Mais dans les domaines de l&#39;esprit où règne le principe : connaissance = remémoration - ou, comme je l&#39;ai indiqué naguère, la trinité hégélienne : thèse-antithèse-synthèse, qui n&#39;est justement pas valable dans le domaine ratioïde où il l&#39;a appliquée -, c&#39;est une expérience que l&#39;on fait à tout moment. Là, le mot ne désigne rien de fixe. C&#39;est un mot vivant, riche de significations et de relations intellectuel les tant qu&#39;il est imprégné de volonté et de sentiment ; une heure plus tard, il ne vous dit plus rien, bien qu&#39;il dise encore tout ce que peut dire un concept. Cette forme de pensée mérite bien d&#39;être qualifiée de vivante.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;VIII&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Spengler écrit : « Analyser, définir, mettre en ordre, délimiter selon la cause ou l&#39;effet, on peut le faire quand on veut. C&#39;est un travail, l&#39;autre chose est une création. La forme et la loi, l&#39;ana logie et le concept, le symbole et la formule ont des orga nes très différents. C&#39;est le rapport entre vie et mort, engen drer et détruire, qui apparaît ici. L&#39;entendement, le concept tue en &quot;reconnaissant&quot;. Il fait du reconnu un objet figé, qui se laisse mesurer et diviser. La perception anime. Elle s&#39;incorpore le singu lier d&#39;une unité vivante sentie. La poésie et la recherche histori que sont apparentées, comme le calcul et la connaissance... L&#39;ar tiste, l&#39;historien authentique voit comment les choses deviennent. Il revit le devenir sous les traits de l&#39;objet considéré. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Ces remarques conduisent encore à une distinction étroitement liée à celle entre connaissance vivante et connaissance morte ou, comme dit Spengler, entre perception et connaissance : ce que j&#39;ai appelé un jour la distinction entre causalité et motivation. La causalité cherche la règle à travers la régularité, et constate un enchaînement ; la motivation fait comprendre le motif en libé rant l&#39;impulsion qui pousse à agir, à sentir, à penser dans ce sens. On peut fonder là-dessus la distinction susmentionnée entre expé rience scientifique et expérience vivante. Je noterai toutefois en passant que la confusion si fréquente entre psychologie scientifi que et psychologie littéraire se retrouve souvent dans ces para ges-là. Vers 1900, tous les écrivains voulaient être de « profonds psychologues » ; en 1920, « psychologue » est devenu une injure. C&#39;est se battre avec des chimères. Car la psychologie causale n&#39;a jamais beaucoup servi en art ; quant à ce que l&#39;on nomme d&#39;ordi naire psychologie, c&#39;est simplement la connaissance des hommes et la capacité de motivation ; non pas la connaissance des hommes du maquignon, fondée sur une typologie, mais celle de l&#39;homme à qui rien n&#39;a été caché ou épargné.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://technorati.com/faves?add=http://henrialberti.blogspot.com&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://static.technorati.com/pix/fave/tech-fav-1.png&quot; alt=&quot;Add to Technorati Favorites&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://henrialberti.blogspot.com/feeds/5784553668722374619/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment/fullpage/post/5329044634231914685/5784553668722374619' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5329044634231914685/posts/default/5784553668722374619'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5329044634231914685/posts/default/5784553668722374619'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://henrialberti.blogspot.com/2007/01/esprit-et-exprience-remarques-pour-des.html' title=''/><author><name>Henri Alberti</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06784842279344525667</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='https://img1.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5329044634231914685.post-284743498485953202</id><published>2007-01-01T01:08:00.000+01:00</published><updated>2007-02-17T19:52:31.367+01:00</updated><category scheme="http://www.blogger.com/atom/ns#" term="MUSIL"/><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a onblur=&quot;try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}&quot; href=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhFkCBFEqINTaQcycIefPZoVTtmAFA1WhPofvnczkYLuJLvLmsRhFDMXbggiS9dSpxKPPPKYJV2pWJn52SAOzux2IZvLabeO3I1REE1qjMa3EHaqb8VhUeqie-MBFdHk8IvL_9TsCnoF8Ad/s1600-h/musil.jpg&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;&quot; src=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhFkCBFEqINTaQcycIefPZoVTtmAFA1WhPofvnczkYLuJLvLmsRhFDMXbggiS9dSpxKPPPKYJV2pWJn52SAOzux2IZvLabeO3I1REE1qjMa3EHaqb8VhUeqie-MBFdHk8IvL_9TsCnoF8Ad/s200/musil.jpg&quot; alt=&quot;&quot; id=&quot;BLOGGER_PHOTO_ID_5032577784261574050&quot; border=&quot;0&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(153, 0, 0);font-family:times new roman;font-size:85%;&quot;  &gt;Pour comprendre le contexte voir:&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Oswald_Spengler&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(153, 0, 0);font-family:times new roman;font-size:85%;&quot;  &gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Oswald_Spengler&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(153, 0, 0);font-family:times new roman;font-size:85%;&quot;  &gt;Oswald Spengler est pratiquement l’ancêtre de ce que l’on peut appeler aujourd’hui, le Post modernisme. Bizarrement oublié par leurs chantres.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-family:times new roman;font-size:180%;&quot;  &gt;ESPRIT ET EXPÉRIENCE&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:180%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-family:times new roman;font-size:180%;&quot;  &gt;REMARQUES POUR DES LECTEURS RÉCHAPPES DU DÉCLIN DE L&#39;OCCIDENT&lt;br /&gt;Robert Musil ( 1921 )&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div  style=&quot;text-align: center;font-family:times new roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;I&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div  style=&quot;text-align: justify;font-family:times new roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;    Schiller dans l&#39;essai &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Sur la mesure nécessaire dans l&#39;emploi des belles formes&lt;/span&gt; : « L&#39;arbitraire des Belles-Lettres dans la pen sée est vraiment un grand mal. » Mais les chapitres mathématiques ont sur les autres l&#39;avantage de faire tomber tout de suite le masque d&#39;objectivité scientifique qu&#39;arborent si volontiers, dans n&#39;importe quel domaine des scien ces, les littéraires. Spengler écrit : « [Telle ou telle chose] peut être moins apparente dans les parties populaires des mathémati ques, mais les formations numériques supérieures auxquelles cha cun d&#39;eux [...] ne tarde pas à s&#39;élever, comme le système décimal hindou, les groupes antiques des sections coniques, des nombres premiers et des polyèdres réguliers, ceux, en Occident, des corps numériques, les espaces multidimensionnels, les constructions hau tement transcendantes de la théorie des transformations et de la théorie des ensembles, le groupe des géométries non euclidien nes... », etc. Cela fait si sérieux qu&#39;un non-mathématicien se persuade aussitôt que seul un mathématicien peut parler ainsi. En réalité, cette énumération de Spengler évoque le zoologue qui clas serait parmi les quadrupèdes les chiens, les tables, les chaises et les équations du 4e degré ! Spengler écrit également : «La consé quence de cette intuition grandiose des univers spatiaux symboli ques est la conception dernière et définitive de la mathématique occidentale : celle qui élargit et spiritualise la théorie en la trans formant en théorie des groupes. » Or, en fait, la théorie des grou pes n&#39;est nullement un élargissement de la théorie des fonctions. Et Spengler de définir encore : « les groupes sont... », seulement, ce qu&#39;il définit, ce ne sont nullement des groupes, mais, sous cer taines réserves, une « quantité », et sinon, rien de précis ! Définit-il une « quantité », à savoir « la teneur d&#39;une quantité d&#39;éléments de même nature », il se trompe, et croit tenir là la définition d&#39;un corps numérique ! Il écrit encore : «Au contraire, dans la théorie des fonctions, le concept de transformation des groupes a une signification décisive, et le musicien confirmera qu&#39;une partie essentielle de la composition moderne est faite de transformations analogues. » Mais la notion de transformation de groupes n&#39;existe pas dans la théorie des fonctions ; seul existe l&#39;objet intellectuel groupes-de-transformation, mais dans la théorie des groupes, et non dans celle des fonctions. Voilà un bon exemple à la fois de l&#39;universalité et du style de la démonstration.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;;font-family:times new roman;font-size:130%;&quot;  &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div  style=&quot;text-align: center;font-family:times new roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;II&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;;font-family:times new roman;font-size:130%;&quot;  &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div  style=&quot;text-align: justify;font-family:times new roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt; Sur la foi de tels exemples, on ne peut vraiment pas prétendre que je sois un maniaque de l&#39;exactitude littérale. On le prétendra quand même. Car il existe dans les milieux, j&#39;aimerais dire, et je dis :&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt; intellectuels&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt; ( mais je pense aux milieux &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;littéraires&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt; ) un pré jugé favorable à l&#39;égard de tout ce qui est entorse aux mathéma tiques, à la logique et à la précision ; parmi les crimes contre l&#39;es prit, on aime à les ranger au nombre de ces honorables crimes politiques où l&#39;accusateur public devient, en fait, l&#39;accusé. Soyons donc généreux. Spengler pense « à peu près », travaille à coups d&#39;analogies : de la sorte, en un certain sens, on peut toujours avoir raison. Quand un auteur veut absolument donner de faus ses dénominations aux concepts ou les confondre, le lecteur finit par s&#39;y habituer. Il n&#39;en faut pas moins maintenir, au minimum, un code, une relation quelconque, mais univoque, entre mot et pen sée. Or, cela même fait défaut. Les exemples cités, choisis sans chercher bien loin entre beaucoup, ne sont pas des erreurs de détail, mais un &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;mode de pensée !&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Il existe des papillons jaune citron ; il existe également des Chi nois jaune citron. En un sens, on peut donc définir le papillon : Chinois nain ailé d&#39;Europe centrale. Papillons et Chinois passent pour des symboles de la volupté. On entrevoit ici pour la pre mière fois la possibilité d&#39;une concordance, jamais étudiée encore, entre la grande période de la faune lépidoptère et la civilisa tion chinoise. Que le papillon ait des ailes et pas le Chinois n&#39;est qu&#39;un phénomène superficiel. Un zoologue eût-il compris ne fût-ce qu&#39;une infime partie des dernières et plus profondes décou vertes de la technique, ce ne serait pas à moi d&#39;examiner le pre mier la signification du fait que les papillons n&#39;ont pas inventé la poudre : précisément parce que les Chinois les ont devancés. La prédilection suicidaire de certaines espèces nocturnes pour les lampes allumées est encore un reliquat, difficilement explicable à l&#39;entendement diurne, de cette relation morphologique avec la Chine.&lt;br /&gt;Peu importe ce que l&#39;on cherche à prouver ainsi ; j&#39;ai choisi l&#39;exemple des mathématiques, dont Spengler lui-même affirme qu&#39;il est le seul à pouvoir corroborer sa démonstration, pour mon trer quelle confiance celle-ci mérite.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;;font-family:times new roman;font-size:130%;&quot;  &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div  style=&quot;text-align: center;font-family:times new roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;III&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;;font-family:times new roman;font-size:130%;&quot;  &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;    Passons aux conclusions épistémologiques que tire Spengler de son examen de la physique.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Il affirme que « des mots comme ceux de grandeur, position, processus, changement d&#39;état, représentent déjà des images spé cifiquement occidentales [...] mais qui dominent complètement le caractère des faits scientifiques comme tels et leur manière d&#39;être connus, sans parler des notions aussi compliquées que celles de travail, tension, quantité d&#39;énergie, quantité de chaleur, probabi lité, qui renferment chacune pour soi un véritable &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;mythe&lt;/span&gt; natu rel ». &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;« L&#39;expérimentation, le maniement systématique de l&#39;expérience est hautement dogmatique, et présuppose un aspect par ticulier de la nature. » « Le complexe fermé, hautement convain cant, &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;des vérités irréfutables&lt;/span&gt; dépend, dans un sens très important, de l&#39;évolution, des destins généraux, nationaux et particuliers. Chaque grand physicien dont la personnalité donne une direction et une couleur particulières à ses découvertes, chaque hypothèse, impensable sans un arrière-goût d&#39;individualité, chaque problème qui tombe plutôt dans les mains de tel chercheur que dans cel les de tel autre, représentent autant d&#39;interventions du destin dans la formation de la doctrine. Qui le conteste ne comprend pas la grande part de relatif qu&#39;il y a dans les moments absolus de la mécanique. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Ces remarques de Spengler, compte non tenu de quelques ambi guïtés, sont entièrement justifiées. Le seul tort de l&#39;auteur est de les croire nouvelles : elles sembleront familières à quiconque est tant soit peu informé des travaux d&#39;épistémologie de ces cin quante dernières années.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Mais, quand il en déduit qu&#39;il s&#39;agit, dans les choix de la physi que, de «&lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;problèmes de style&lt;/span&gt;... » ( « Il y a des systèmes de physi que comme il y a des tragédies et des symphonies. On trouve ici, comme en peinture, des écoles, des traditions, des manières, des conventions...» ), il fait d&#39;un &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;gallus Matthiae &lt;/span&gt;un galimatias.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Spengler affirme qu&#39;il n&#39;y a pas de réalité. Que la nature est une fonction de la culture. Que les cultures sont la dernière réalité qui nous soit accessible. Que le scepticisme de notre dernière phase doit avoir un caractère historique. Mais pourquoi donc les haches du paléolithique et les leviers du temps d&#39;Archimède ont-ils agi exactement comme aujourd&#39;hui ? Pourquoi un vulgaire singe peut-il se servir d&#39;un levier ou d&#39;une pierre comme s&#39;il con naissait la statique et la loi des solides, et une panthère déduire d&#39;une trace la présence du gibier, comme si la causalité lui était familière ? Si l&#39;on ne veut pas être obligé de supposer une « cul ture » commune au singe, à l&#39;homme de l&#39;âge de la pierre, à Archimède et à la panthère, on ne peut qu&#39;admettre l&#39;existence d&#39;un régulateur commun extérieur aux sujets, c&#39;est-à-dire une expé rience susceptible d&#39;extension et de perfectionnement, la possibi lité d&#39;une connaissance, une version quelconque de la vérité, du progrès, de l&#39;essor; en un mot, ce mélange de facteurs subjec tifs et objectifs de connaissance dont la distinction constitue jus tement le pénible travail de tri de l&#39;épistémologie dont Spen&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;gler s&#39;est dispensé, sans doute parce qu&#39;il oppose décidément trop d&#39;obstacles au libre envol de la pensée.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Spengler note quelque part que la connaissance n&#39;est pas un simple contenu, mais un acte vivant ; qu&#39;elle soit &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;aussi&lt;/span&gt; un con tenu, voilà ce qu&#39;il néglige infiniment trop. Mais ce qui caracté rise et détermine notre situation intellectuelle, c&#39;est précisément la pléthore des contenus, l&#39;hypertrophie de la science des faits ( faits moraux compris ), l&#39;étalement de l&#39;expérience à la surface de la nature, le désordre, à perte de vue, de tout ce dont on ne peut se débarrasser en le niant. Ou nous en périrons, ou nous le surmonterons en nous faisant une âme plus ferme. Raison de plus pour juger humainement absurde d&#39;escamoter ce risque et cet espoir immenses en retirant aux faits, par un faux scepticisme, leur caractère de faits.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt; Comme un grand nombre de lois naturelles sont le produit de mensurations spatiales, on voit quel succès ce serait pour l&#39;auteur de parvenir à montrer que l&#39;espace, dans chaque culture, non seu lement est autrement &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;vécu&lt;/span&gt;, mais qu&#39;il est réellement autre : quelle meilleure preuve brandir en effet que la nature n&#39;est qu&#39;une fonc tion de la culture ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;De fait, Spengler prétend avoir dissipé « l&#39;illusion d&#39;un espace constant enveloppant tous les hommes, sur lequel on pourrait s&#39;ac corder conceptuellement sans réserves », et avoir révélé « qu&#39;une étendue en soi... indépendante du sentiment spécifique de la forme du sujet connaissant » n&#39;est qu&#39;une « chimère ».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Il se réfère à l&#39;existence de géométries non euclidiennes et en déduit qu&#39;il y a plusieurs concepts de l&#39;espace qui se définissent par cela même que ces géométries sont ou non valables pour eux. Appelons-les espaces mathématiques. Ils sont nés du fait que cer taines propriétés de l&#39;espace euclidien traditionnel ont été modi fiées ; ajoutons que l&#39;on peut tout de même les utiliser pour l&#39;ex pression mathématique de faits physiques, donc réels. Mais là, d&#39;ordinaire, on introduit une distinction : tout comme les autres symboles mathématiques, l&#39;espace choisi pour la représentation n&#39;est jamais d&#39;abord qu&#39;un pont conceptuel ouvert à des phénomènes qui se produisent dans un autre espace, celui de la réalité profane. Nommons-le l&#39;espace empirico-métrique, puisqu&#39;il n&#39;est autre que l&#39;espace de l&#39;expérience où prédomine l&#39;aspect mesure ; ce dont on se convaincra aisément en se rappelant qu&#39;il existe, à côté de l&#39;espace empirico-métrique et en un certain sens avant lui, d&#39;autres espaces visibles, tangibles ou audibles à tous les degrés, de l&#39;impression primaire à la perception pleinement consciente. Ces espaces sont rien moins qu&#39;euclidiens : dans l&#39;espace visuel, par exemple, les parallèles se coupent, la longueur dépend de la position relative des segments, les trois dimensions ne sont pas équivalentes, et il se produit des illusions spécifiques qui ne se révèlent souvent comme telles que par coïncidence avec des expé riences d&#39;un autre domaine sensoriel. Je n&#39;ai pas l&#39;intention de développer cela, ni de montrer comment, à partir de là, se cons titue l&#39;espace total de l&#39;expérience, pourquoi il passe pour eucli dien, et dans quelle mesure l&#39;approfondissement de l&#39;expérience mathématico-physique a raison de le mettre en doute. Il me suffit de constater que ce problème a fait l&#39;objet de nombreux travaux d&#39;épistémologie et de psychologie dont les conclusions, si elles ne fournissent pas encore la solution, la laissent du moins prévoir. Spengler a donc tout à fait raison d&#39;affirmer qu&#39;il existe une plu ralité d&#39;espaces mathématico-physiques ; mieux encore : la « plu ralité des structures d&#39;aperception variables » qu&#39;il affirme existe bel et bien ; son seul tort est d&#39;y voir un fondement de la théorie de l&#39;espace. Là encore, il a pris le point de départ d&#39;une réflexion pour son aboutissement. C&#39;est une erreur qu&#39;il aurait évitée s&#39;il ne considérait pas les « sottes méthodes de la psychologie expérimen tale » comme « un terrain de chasse pour cerveaux médiocres », donc indigne de lui, et les travaux d&#39;épistémologie comme des « bagatelles pédantes ». Je laisse de côté les considérations analo gues sur le temps, le « mystère de la spatialisation » au profit d&#39;un ensemble plus vaste : dans le détail, en effet, c&#39;est toujours la même image qui se répète.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;V&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;    Une remarque avant d&#39;aller plus loin. On a invoqué à plusieurs reprises ici l&#39;autorité de l&#39;expérience.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Certains répondront en haussant les épaules : philosophie d&#39;empi-ristes ! C&#39;est-à-dire une orientation de la réflexion qui n&#39;est juste ment, elle aussi, qu&#39;une direction entre beaucoup, et qui ne sau rait prétendre détenir à elle seule la vérité. Cette insistance sur le caractère de &lt;span style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;fait&lt;/span&gt;, Spengler l&#39;écarterait négligemment comme un autre symptôme de la civilisation occidentale. Le chœur des défenseurs de l&#39;esprit et des belles âmes, de Goethe - indû ment enrégimenté - au dernier dadais et au dernier bigot venu, ressasse depuis longtemps à l&#39;unisson l&#39;affirmation, tout intuitive, qu&#39;il n&#39;est rien de plus pitoyable que l&#39;empirisme.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Avant de répondre, je tiens à préciser que j&#39;estimerais injuste à l&#39;égard d&#39;une œuvre qui a sa signification et sa vie propre ( c&#39;est ainsi que je ressens celle de Spengler ) de commencer par en ridi culiser les faiblesses pour s&#39;empresser ensuite de glisser sur le feu sa petite marmite personnelle, afin d&#39;y faire mijoter sa supé riorité et cela plus superficiellement encore que l&#39;auteur, puisque le temps, la place et la conscience de mon importance me man quent ! Je précise donc que je ne juge pas ici le livre de Spengler, mais que je l&#39;attaque. Je l&#39;attaque par où il est typique ; par où il est superficiel. Attaquer Spengler, c&#39;est attaquer l&#39;époque dont il est issu et à laquelle il plaît, parce que ses fautes et celles de son époque se confondent. Mais on ne réfute pas une époque : je ne dis pas cela par agnosticisme, mais parce que aucun homme n&#39;aurait le temps de s&#39;y consacrer. On ne peut guère que lui sur veiller les doigts et, de temps en temps, taper dessus.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;L&#39;expérience qui s&#39;en charge, chez Spengler, n&#39;a absolument rien à voir avec les distinctions de l&#39;histoire de la philosophie. Aucun système de pensée ne peut être en contradiction avec l&#39;expérience ou les justes conclusions que l&#39;on en tire : en ce sens, toute philosophie sérieuse est un empirisme. Comment cer ner avec précision le concept d&#39;expérience, distinguer les éléments aprioristiques des éléments d&#39;expérience au sens strict, et en quel sens il est permis de parler d&#39;à priori, autant de débats comple xes et qui ne sont pas près de finir. Mais si on peut les laisser de côté, c&#39;est, entre autres raisons, parce que l&#39;aversion généralisée dont on a parlé concerne non pas des travaux théoriques incon nus des profanes, mais une attitude d&#39;esprit qui, favorisée par le succès des sciences naturelles depuis le XVIIIe siècle, gagne de plus en plus l&#39;humanité civilisée. L&#39;expérience qui compte pour les scientifiques - il y a bien eu des penseurs qui affirmaient avoir fait l&#39;expérience de Dieu - est celle qui peut être garantie à cha cun dans des circonstances déterminables. J&#39;aimerais, non sans malignité, ajouter qu&#39;il s&#39;agit d&#39;une expérience triviale. En ce sens, évidemment, l&#39;empirisme rétrécit l&#39;esprit. Obligé de bâtir à partir du bas et non plus du haut, en terrain accessible et sûr - les grandes pensées théoriques sont relativement rares -, l&#39;exac titude, souvent, l&#39;embourgeoisé un peu ; le premier mouvement va toujours au plus bas ; et comme le second, qui s&#39;élèverait, réus sit généralement moins bien, on finit par s&#39;en tenir au premier. L&#39;empirisme - quand il ne devient pas une des plus hautes ver tus intellectuelles - suppose un certain flegme philosophique : on colle bout à bout des fragments d&#39;expérience, en attendant qu&#39;il en sorte, peut-être !, un système. On tourne en rond en se bornant à ranger des phénomènes dans des groupes d&#39;autres phénomènes. Et si, dans une telle attitude, le besoin métaphysique n&#39;est pas aussi négligé qu&#39;on l&#39;admet communément faute de voir au-delà des apparences, il faut reconnaître que la passion de la réduction y entraîne à des excès, et que certaines explications ne sont vala bles, pour ainsi dire, que dans les limites du jargon. Voilà ce qui peut justifier le combat contre l&#39;étroitesse de l&#39;esprit scientifique, de l&#39;intellectualisme, du rationalisme, etc. Mais ne l&#39;oublions pas : toute forme de pensée a son cortège de grotesques, et celui de l&#39;adversaire est singulièrement plus long. Si l&#39;empiriste est Luci fer précipité par Dieu dans l&#39;abîme, songeons que l&#39;argument prin cipal en sa faveur est l&#39;insuffisance de tous les anges philosophi ques ! C&#39;est pour montrer, en l&#39;honneur d&#39;une valeur plus haute, l&#39;un de ces anges par mes soins déplumé, que j&#39;ai choisi l&#39;exemple de Spengler.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Robert Musil</title><content type='html'>&lt;a onblur=&quot;try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}&quot; href=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEg3Ch75hdQuTnp078s8ITPOxk73ebkHnby2GH63etCV7HvkOyBZJCYfmiGAEfXQSKhcyNdT8rUI1kbhMe-Jfi7agXRhkHQCS5vn3ZQDuB0b98OKQDOBuwHHTj8JJpnQKNl5ASp5TfLl00GT/s1600-h/musil.jpg&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;&quot; src=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEg3Ch75hdQuTnp078s8ITPOxk73ebkHnby2GH63etCV7HvkOyBZJCYfmiGAEfXQSKhcyNdT8rUI1kbhMe-Jfi7agXRhkHQCS5vn3ZQDuB0b98OKQDOBuwHHTj8JJpnQKNl5ASp5TfLl00GT/s200/musil.jpg&quot; alt=&quot;&quot; id=&quot;BLOGGER_PHOTO_ID_5032577290340334994&quot; border=&quot;0&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Entre les nombreuses sottises que fait dire sur les mathématiques l&#39;ignorance de leur vraie nature, il en est une qui consiste à qualifier les grands capitaines de &quot; mathématiciens du champ de bataille &quot;. En fait, si l&#39;on veut éviter la catastrophe, il ne faut pas que leurs calculs logiques dépassent l&#39;innocente simplicité des quatre opérations. La soudaine nécessité d&#39;une déduction aussi modérément subtile et complexe que la résolution d&#39;une équation différentielle simple coûterait la vie à des milliers d&#39;hommes.&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ce n&#39;est pas attaquer la stratégie, c&#39;est défendre la singularité des mathématiques. On dit qu&#39;elles représentent pour la pensée le maximum d&#39;économie, et sans doute est-ce exact. Mais le fait même de penser est une affaire obscure et problématique. C&#39;est devenu depuis longtemps (quand même ç&#39;aurait été d&#39;abord une simple épargne biologique) une complexe passion d&#39;épargner, qui ne se soucie pas plus de l&#39;ajournement du résultat que l&#39;avare de sa pauvreté, lentement, voluptueusement, convertie en son contraire.&lt;br /&gt;Les mathématiques permettent, dans des conditions favorables, de mener à terme en quelques instants une opération telle que l&#39;addition d&#39;une série infinie, que l&#39;on serait incapable de jamais achever autrement. Elles peuvent déjà effectuer à la machine de complexes calculs logarithmiques, et jusqu&#39;à des intégrations ; le travail du calculateur moderne se borne à disposer les données du problème et à tourner une manivelle ou à presser un bouton. Ainsi, un simple assistant est?il capable d&#39;expédier des problèmes que son professeur, voilà deux cents ans seulement, n&#39;eût pu résoudre sans consulter Newton à Londres ou Leibniz à Hanovre. Et même pour les problèmes que la machine est encore incapable de résoudre (naturellement, beaucoup plus nombreux), on peut considérer les mathématiques comme un appareil intellectuel idéal dont le but, et le succès, sont de prévoir, à partir des principes, tous les cas possibles.&lt;br /&gt;C&#39;est le triomphe de l&#39;organisation rationnelle. Aux grands chemins de la raison, menacés d&#39;intempéries et de brigands, se sont substituées des lignes de wagons-lits. Du point de vue de la théorie de la connaissance, voilà, sans nul doute, une économie.&lt;br /&gt;On s&#39;est demandé quelle proportion de ces cas possibles servait réellement. On a calculé quelles sommes de vies humaines, d&#39;argent, de fatigues, d&#39;ambitions ont été dépensées dans l&#39;histoire de cet énorme système d&#39;épargne, combien y sont encore investies et doivent l&#39;être, ne fût-ce que pour ne pas en perdre l&#39;acquis ; et l&#39;on a tenté de les mettre en balance avec le profit retiré. Là encore, cet appareil, certes compliqué, encombrant, s&#39;est révélé économique, et proprement incomparable. Notre civilisation tout entière lui doit l&#39;existence, et nous ne saurions par quel autre moyen le remplacer ; il satisfait pleinement les besoins auxquels il répond, et la générosité de son fonctionnement à vide est l&#39;un de ces faits uniques qui échappent à la critique.&lt;br /&gt;Il faut donc détourner son regard des profits extrinsèques, l&#39;appliquer, à l&#39;intérieur même des mathématiques, à la répartition des éléments restés inutilisés, pour découvrir l&#39;autre visage, le vrai visage de cette science. Alors, rien moins qu&#39;efficace, elle s&#39;avère de nature dispendieuse et passionnelle. L&#39;homme moyen n&#39;en utilise guère plus que ce que l&#39;école primaire lui a appris ; l&#39;ingénieur, juste ce qu&#39;il faut pour se retrouver dans les colonnes de formules des manuels techniques, c&#39;est-à-dire pas grand-chose ; le physicien lui-même, d&#39;ordinaire, travaille avec des moyens mathématiques relativement peu différenciés. Lui en faut?il davantage, il se trouve réduit le plus souvent à lui-même, les mathématiciens n&#39;ayant que peu de goût pour ce genre d&#39;adaptation. Voilà comment, dans de nombreux domaines de cette science (domaines d&#39;une importance pratique incontestable), les spécialistes se trouvent être des non-mathématiciens. Mais tout à côté, s&#39;étendent d&#39;immenses domaines qui n&#39;ont d&#39;existence que pour le mathématicien ; comme un vaste réseau nerveux autour des points d&#39;attache de quelques rares muscles. C&#39;est quelque part là-dedans que travaille le mathématicien isolé : ses fenêtres ne donnent pas sur l&#39;extérieur, mais sur les pièces voisines. C&#39;est un spécialiste : on ne saurait concevoir de génie qui soit encore en mesure de dominer l&#39;ensemble. Sans doute pense-t-il que son travail finira bien par rapporter un jour un avantage exploitable, mais ce n&#39;est pas cela qui le stimule ; il est au service de la vérité, c&#39;est-à-dire de son destin à lui, non de la fin de ce destin. Le résultat pratique de son activité serait-il un miracle d&#39;économie, ce qui l&#39;habite, c&#39;est la prodigalité et la passion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les mathématiques sont aujourd&#39;hui l&#39;une des dernières témérités somptuaires de la raison pure. Sans doute de nombreux philologues exercent-ils aussi une activité dont eux-mêmes ne voient pas le profit, pour ne rien dire des philatélistes et des collectionneurs de cravates. Mais ce sont là d&#39;innocentes manies, qui se déploient fort loin des affaires sérieuses, alors que les mathématiques y font pénétrer, au contraire, quelques?unes des aventures les plus amusantes et les plus hardies de l&#39;existence. Un petit exemple : pratiquement, on peut dire que nous vivons entièrement des résultats de cette science, dont elle?même se désintéresse totalement. Notre pain se cuit, nos maisons se bâtissent, nos voitures roulent grâce à elle. À l&#39;exception de quelques produits manufacturés : meubles, vêtements, souliers, et des enfants, tout nous est fourni par l&#39;enclenchement d&#39;opérations mathématiques. Toute cette vie autour de nous qui court, circule ou s&#39;arrête, non seulement est tributaire des mathématiques pour sa compréhensibilité : elle en est effectivement le produit, elle repose, dans l&#39;infinie variété de ses déterminations, sur elles. Les pionniers des mathématiques s&#39;étaient fait de certains éléments de base des représentations utilisables : d&#39;où suivirent des déductions, des systèmes de calcul et des résultats dont s&#39;emparèrent les physiciens pour obtenir de nouvelles conséquences ; sur quoi vinrent les techniciens, qui se contentèrent souvent d&#39;ajouter à ces résultats quelques calculs supplémentaires, et les machines de faire leur apparition. Or, quand tout cela eut pris la plus belle forme du monde, voilà que les mathématiciens (infatigables fouineurs théoriques) découvrirent soudain, dans les fondements mêmes de toute l&#39;entreprise, quelque vice irrémédiable : et constatèrent, en allant au fond des choses, que l&#39;édifice tout entier ne reposait sur rien ! Mais les machines fonctionnaient... Nous voilà donc réduits à convenir que notre existence est fantasmagorie pure ; nous la vivons, certes, mais uniquement en vertu d&#39;une erreur sans laquelle elle ne serait pas ! Nul homme, aujourd&#39;hui, ne côtoie le fantastique de plus près que le mathématicien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce scandale intellectuel, le mathématicien l&#39;impute, de façon exemplaire, c&#39;est-à-dire avec assurance et fierté, à la nature diaboliquement dangereuse de son intelligence. Je pourrais citer d&#39;autres exemples, tel l&#39;acharnement que les physiciens ont quelquefois mis à nier la réalité de l&#39;espace et du temps. Et cela, non pas du tout en l&#39;air, comme il arrive aux philosophes (que l&#39;on excuse aussitôt sur leur profession), mais en s&#39;appuyant sur des raisons qui s&#39;imposent soudain à vous avec l&#39;évidence d&#39;une automobile, et terriblement dignes de foi. Mais en voilà assez pour comprendre à quels gaillards l&#39;on a affaire.&lt;br /&gt;Quant à nous, depuis le siècle des Lumières, nous avons bien perdu courage. Un petit insuccès a suffi à nous dégoûter de l&#39;intelligence, et nous laissons le premier exalté venu taxer de creux rationalisme la tentative d&#39;un Diderot ou d&#39;un d&#39;Alembert. Nous braillons pour le sentiment contre l&#39;intellect, oubliant que le sentiment sans l&#39;intellect, à de rares exceptions près, n&#39;est que boursouflure. Nous avons déjà si gravement corrompu notre littérature, qu&#39;après avoir avalé coup sur coup deux romans allemands, il ne nous reste plus qu&#39;à vite résoudre une intégrale, pour désenfler.&lt;br /&gt;N&#39;allez pas nous objecter que les mathématiciens, sortis de leur spécialité, sont des êtres banals ou stupides, à qui leur logique même ne sert de rien. C&#39;est que leur logique n&#39;y a plus sa place, et qu&#39;ils font dans leur domaine ce que nous devrions faire dans le nôtre. Telle est la leçon considérable, exemplaire, de leur existence : ils sont une image du futur représentant de l&#39;esprit.&lt;br /&gt;Pour peu que ce sérieux ait percé sous les plaisanteries que l&#39;on s&#39;est permises ici à leur propos, les conclusions suivantes ne paraîtront pas trop inattendues. On se plaint qu&#39;il n&#39;y ait pas de culture de notre époque. Cela peut être entendu diversement ; en fait, la culture a toujours été une unité qu&#39;assurait soit la religion, soit la société, soit encore l&#39;art. Nous sommes devenus trop nombreux pour une société ; trop nombreux aussi pour une religion (fait que l&#39;on ne peut ici qu&#39;énoncer, non prouver). Et quant à l&#39;art, l&#39;époque où nous vivons est la première qui ne puisse aimer ses artistes. Il n&#39;empêche que cette même époque, non seulement voit en activité des énergies intellectuelles telles qu&#39;il n&#39;en fut jamais, mais encore connaît une harmonie et une unité de l&#39;esprit jusqu&#39;ici insoupçonnées. Prétendre que tout cela ne concerne qu&#39;un savoir limité serait stupide : depuis longtemps déjà, le vrai but, c&#39;est la pensée en général. Sans doute, cette forme de pensée, avec ses exigences de profondeur, de hardiesse, de nouveauté, se borne-t-elle pour Ie moment au domaine exclusivement rationnel et scientifique. Mais elle s&#39;étend peu à peu ; quand elle aura gagné le sentiment, elle méritera le nom d&#39;esprit. Aux écrivains de franchir ce pas. Pour ce faire, ils n&#39;ont pas à apprendre une quelconque méthode (psychologique, juste ciel ! ou autre) ; seulement à s&#39;imposer des exigences. Au lieu de cela, ils se contentent de considérer leur situation avec perplexité, et se consolent en blasphémant. Et si les contemporains ne peuvent pas davantage, par eux-mêmes, transposer dans l&#39;humain leur niveau de pensée, ils n&#39;en sont pas moins sensibles à ce qui demeure là au-dessous de leur niveau.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;[Texte paru en 1913 dans la revue Der lose Vogel ; traduction française de Philippe Jaccottet, Robert Musil, Essais, Seuil]&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Robert Musil'/><author><name>Henri Alberti</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06784842279344525667</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='https://img1.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" url="https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEg3Ch75hdQuTnp078s8ITPOxk73ebkHnby2GH63etCV7HvkOyBZJCYfmiGAEfXQSKhcyNdT8rUI1kbhMe-Jfi7agXRhkHQCS5vn3ZQDuB0b98OKQDOBuwHHTj8JJpnQKNl5ASp5TfLl00GT/s72-c/musil.jpg" height="72" width="72"/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5329044634231914685.post-4875827907462284332</id><published>2006-12-18T23:06:00.000+01:00</published><updated>2007-02-17T19:48:39.246+01:00</updated><category scheme="http://www.blogger.com/atom/ns#" term="KRAUS"/><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a onblur=&quot;try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}&quot; href=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEj3ElKnLyTMsJtF_zQ1adepV0nA7wr0Ji7cSqWMDPJa0afoW2vzK8vQtmbUHjC9Nx2xxmdGIB5URQxqWGOBsCqARz2iQzQYPnOeTr8lWdZZu-SsGKejPGrrTw_T9dqbeBxKnTRvhVh_RgWe/s1600-h/kraus.jpg&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;&quot; src=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEj3ElKnLyTMsJtF_zQ1adepV0nA7wr0Ji7cSqWMDPJa0afoW2vzK8vQtmbUHjC9Nx2xxmdGIB5URQxqWGOBsCqARz2iQzQYPnOeTr8lWdZZu-SsGKejPGrrTw_T9dqbeBxKnTRvhVh_RgWe/s200/kraus.jpg&quot; alt=&quot;&quot; id=&quot;BLOGGER_PHOTO_ID_5032576800714063234&quot; border=&quot;0&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold; color: rgb(255, 0, 0);font-size:180%;&quot; &gt;(extrait des Derniers Jours de l’humanité)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Le Râleur à son bureau (lisant)&lt;/span&gt; : « Désirant établir le temps exact nécessaire pour qu’un arbre qui se dresse dans la forêt se transforme en journal, le patron d’une papeterie a eu l’idée de procéder à une expérience fort intéressante. À 7 heures 35, il fit abattre trois arbres dans le bois voisin et, après écorçage, les fit transporter à l’usine de pâte à papier. La transformation des trois troncs d’arbre en cellulose de bois liquide fut si rapide que, dès 9 heures 39, le premier rouleau de papier d’impression sortit de la machine. Ce rouleau fut emmené immédiatement à l’imprimerie d’un journal à quatre kilomètres de là, et dès 11 heures du matin, le journal se vendait dans la rue. Il n’a donc fallu que trois heures et vingt-cinq minutes pour permettre au public de lire les dernières nouvelles sur un matériau provenant des arbres sur les branches desquels, le matin même, les oiseaux gazouillaient encore. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Il est donc cinq heures. La réponse est là. L’écho de ma démence sanglante… Comment ? Nous serions les commis-voyageurs des usines d’armement, censés témoigner non pas avec leur bouche des performances de leur entreprise mais avec leur corps de l’infériorité de la concurrence ? Là où les voyageurs furent nombreux, il y aura beaucoup d’éclopés ! Qu’ils transforment les secteurs de vente en champs de bataille, soit ! Qu’ils aient eu le pouvoir de mettre les plus nobles d’esprit au service de la crapulerie, le diable même n’aurait osé imaginer une telle consolidation de son pouvoir. Et si on lui avait susurré que dès la première année de la guerre une raffinerie de pétrole ferait 137 % de bénéfice net sur la totalité du capital en actions et David Fanto 73 %, le Creditanstalt 19,9 millions de bénéfice net, et que les trafiquants en viande, en sucre, en alcool à brûler, en fruits, en pommes de terre, en beurre, en cuir, en caoutchouc, en charbon, en fer, en laine, en savon, en huile, en encre, en armes seraient dédommagés au centuple de la dépréciation du sang d’autrui, le diable lui-même se serait prononcé en faveur d’une paix par renonciation ! Et c’est pour ça que vous avez rampé pendant quatre ans dans la gadoue, c’est pour ça que furent entravées les lettres qui vous étaient destinées, retenus les livres qui devaient vous consoler. Ils voulaient que vous restiez en vie car ils n’avaient pas encore assez volé dans leurs Bourses, pas encore assez menti dans leurs journaux, pas encore assez malmené les gens dans leurs bureaux, pas encore assez affolé l’humanité, pas encore assez tiré prétexte de la guerre pour justifier leur incapacité et leur sadisme — ils n’avaient pas encore fini de danser dans ce carnaval tragique où des hommes mouraient sous les yeux de reporters de guerre du sexe féminin et où des bouchers devenaient docteur ès lettres _honoris causa_… Des hommes d’État, appelés en pleine déchéance uniquement pour refréner les pulsions bestiales de l’humanité, les ont débridées ! Sous le manteau de la technique, l’hystérie prend d’assaut la nature, le papier commande aux armes. Nous fûmes invalides par l’action des rotatives avant que les canons fassent des victimes. Tous les domaines de l’imagination n’avaient-ils pas déjà été évacués ? À la fin était le Verbe. Celui qui tua l’esprit n’eut plus d’autre choix que d’engendrer l’action. Et c’est la presse qui a fait cela, elle seule, elle qui a corrompu le monde par sa putasserie. Ce n’est pas elle qui a mis en action les machines de mort : mais d’avoir vidé notre cœur au point de ne plus pouvoir nous imaginer le résultat probable, voilà sa responsabilité dans la guerre !…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Et vous, les sacrifiés, vous ne vous êtes pas insurgés contre ce projet ? Vous ne vous êtes pas défendus contre l’obligation de mourir et contre l’ultime liberté : devenir incendiaires ? Contre cette ruse diabolique d’exiger, sous les drapeaux du pathos moral, le sacrifice au bénéfice du marché de la laine !… Et la gloire et la patrie dans tout cela ? Vous étiez nus comme devant Dieu et votre bien-aimée, face à une commission de bourreaux et de salauds ! La patrie, nous l’avons vue dans la soif de pouvoir de l’esclave déchaîné et dans l’aménité du maître chanteur assoiffé de pourboire. Sauf que nous autres, si nous ne l’avions vue que sous les traits de ces atroces généraux — qui pendant cette grande époque s’immisçaient dans les pages-spectacles des feuilles de chou en lieu et place des dames de la haute afin d’attester qu’en ce monde on ne fornique pas seulement, on tue aussi — en vérité, nous aurions espéré l’heure de fermeture de ce bordel sanglant !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Comment, vous là-bas, les tués, les dupés, vous ne vous êtes pas insurgés contre cette entreprise ? Vous avez supporté la liberté et la belle vie de ces stratèges de la presse, des parasites et des farceurs, tout comme votre malheur et vos contraintes ? Tout en sachant qu’eux recevaient des distinctions honorifiques pour vos souffrances ? Vous ne leur avez pas craché la gloire à la figure ? Couchés dans des trains de blessés que ces canailles pouvaient étaler dans la presse ? Vous ne vous êtes pas échappés, n’avez pas déserté pour rejoindre cette guerre sacrée : nous libérer à l’arrière de l’ennemi mortel qui nous bombardait quotidiennement le cerveau avec ses mensonges ? Vous êtes morts pour ce commerce ? Vous avez enduré l’horreur pour prolonger la nôtre, nous qui tirions ici la langue entre l’usure et la détresse, entre les contrastes douloureux de l’impertinence replète et de la phtisie muette. Oh, vous éprouviez moins de compassion pour nous que nous pour vous, nous qui voulions leur réclamer au centuple chaque heure de toutes ces années qu’ils ont arrachée à votre vie, nous qui n’avions toujours qu’une question à la bouche : à quoi ressemblerez-vous si vous survivez à ça ? Quand vous aurez échappé à l’ultime but de la gloire : que les hyènes se fassent guides et offrent vos tombes à la curiosité des touristes ! Maladie, pauvreté, délabrement, poux, faim, agonie, mort au front, tout cela pour faire monter le tourisme — voilà notre lot commun ! Ils ont risqué votre peau, et dans la nôtre leur esprit pratique s’est taillé des porte-monnaie. Vous, vous aviez des armes — et vous n’êtes pas partis à l’assaut de l’arrière ? Vous n’avez pas fait demi-tour pour nous sauver, nous et vous, en quittant ce champ de la honte pour la plus honnête des guerres ? Morts, vous ne vous relevez pas de vos trous dans la terre, demandant des comptes à cette sale engeance, pour hanter son sommeil de vos visages grimaçants arborés à l’heure du trépas, avec vos yeux ternis par l’attente héroïque, avec votre masque inoubliable que la mise en scène de la folie a imposé à votre jeunesse ! Levez-vous donc et affrontez-les de votre mort héroïque afin que la lâcheté qui commande à la vie connaisse enfin ses traits et qu’elle la regarde les yeux dans les yeux, une vie durant ! Arrachez-les à leur sommeil de votre cri d’agonie ! Troublez leur jouissance par le fantôme de vos souffrances ! Ils étaient capables d’embrasser des filles la nuit qui suivait le jour où ils vous ont étranglés ! Sauvez-nous d’eux, sauvez-nous d’une paix qui nous apporte la peste de leur voisinage ! Sauvez-nous du malheur de serrer la main des juges militaires rentrés au pays et des bourreaux revenus au civil.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Au secours, les tués ! Assistez-moi, que je ne sois pas obligé de vivre parmi des hommes qui, par ambition démesurée ou instinct de survie, ont ordonné que des cœurs cessent de battre, que des mères aient des cheveux blancs ! Revenez ! Demandez-leur ce qu’ils ont fait de vous ! Ce qu’ils ont fait quand vous souffriez par leur faute avant de mourir par leur faute !… Cadavres en armes, arrachez-vous à cette pétrification ! Avancez ! Avance, cher partisan de l’esprit, et réclame-leur ta chère tête ! Et toi — où es-tu, toi qui es mort à l’hôpital ? Ils m’ont renvoyé ma dernière carte portant la notification : « Sorti de l’hôpital. Adresse inconnue. » Avance pour leur dire où tu es et comment c’est là-bas, dis-leur que tu ne voulais plus jamais te laisser utiliser pour ça !… Ce n’est pas votre mort — c’est votre vie que je veux venger sur ceux qui vous l’ont infligée !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;font-size:130%;&quot; &gt;&lt;span style=&quot;font-family:times new roman;&quot;&gt;Karl Kraus 1919.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://technorati.com/faves?add=http://henrialberti.blogspot.com&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://static.technorati.com/pix/fave/tech-fav-1.png&quot; alt=&quot;Add to Technorati Favorites&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://henrialberti.blogspot.com/feeds/4875827907462284332/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment/fullpage/post/5329044634231914685/4875827907462284332' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5329044634231914685/posts/default/4875827907462284332'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5329044634231914685/posts/default/4875827907462284332'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://henrialberti.blogspot.com/2006/12/extrait-des-derniers-jours-de-lhumanit.html' title=''/><author><name>Henri Alberti</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06784842279344525667</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='https://img1.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" url="https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEj3ElKnLyTMsJtF_zQ1adepV0nA7wr0Ji7cSqWMDPJa0afoW2vzK8vQtmbUHjC9Nx2xxmdGIB5URQxqWGOBsCqARz2iQzQYPnOeTr8lWdZZu-SsGKejPGrrTw_T9dqbeBxKnTRvhVh_RgWe/s72-c/kraus.jpg" height="72" width="72"/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5329044634231914685.post-5746441922663898718</id><published>2006-12-16T21:38:00.000+01:00</published><updated>2006-12-16T22:22:52.372+01:00</updated><category scheme="http://www.blogger.com/atom/ns#" term="KRAUS"/><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a onblur=&quot;try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}&quot; href=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhBcP9DQApSGVSs0O3TGI-gpRryRCShL1BUqmaeaWQndf6nLkTxR2OFLkGPghyU4avTFR2MHVC-ogAc4pS7TFsejvUs9D3TxPZXS_M41wUU811irJUXRJuvXFszZd3aRasyHl7g4QGOnKKp/s1600-h/kraus33.jpg&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;&quot; src=&quot;https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhBcP9DQApSGVSs0O3TGI-gpRryRCShL1BUqmaeaWQndf6nLkTxR2OFLkGPghyU4avTFR2MHVC-ogAc4pS7TFsejvUs9D3TxPZXS_M41wUU811irJUXRJuvXFszZd3aRasyHl7g4QGOnKKp/s200/kraus33.jpg&quot; alt=&quot;&quot; id=&quot;BLOGGER_PHOTO_ID_5009238199316597538&quot; border=&quot;0&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-size:180%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;Avant Propos du traducteur &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold;&quot;&gt;En traduisant Dritte Walpurgisnacht&lt;br /&gt;in « Troisieme nuit de Walpurgis » de Karl Kraus 1933.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Troisième nuit de Walpurgis est le dernier long texte de Kraus, le point d&#39;orgue de son activité de journaliste et de polémiste, qui a commencé en 1899 avec la création de Die Fackel, journal dont la mission est déjà annoncée par son titre qui peut se traduire par « Le Flambeau ». Éclaireur et sentinelle, Kraus a été animé par la volonté de combattre l&#39;obscurantisme et d&#39;attirer l&#39;attention sur les démissions de l&#39;esprit, les manquements à la raison et les agressions contre la nature. Possédé par sa mission et persuadé de son devoir d&#39;intransigeance, il a rédigé seul Die Fackel à partir de 1911 . Les numéros pouvaient être d&#39;importance très inégale, allant de quelques feuillets à plus de cent pages. Rien de plus contraire à l&#39;exigence de vérité, selon Kraus, que de sortir un journal ayant toujours le même nombre de pages alors que l&#39;intérêt de l&#39;actualité fluctue. Avant même toute considération sur la façon dont est traitée l&#39;information, la régularité du volume est déjà pour lui le signe d&#39;un mensonge et d&#39;un danger car, bridant toute hiérarchie, la presse met ainsi les informations au même niveau sans pouvoir toujours en souligner aucune à sa juste valeur, gonflant ou réduisant l&#39;importance d&#39;un événement en raison des seules nécessités d&#39;un calibrage figé : selon la saison, autant de place peut être accordée à l&#39;invasion d&#39;un pays ou aux dérapages policiers qu&#39;aux mariages princiers ou aux frasques d&#39;une femme d&#39;avocat, le tout entrecoupé de publicités - subsides dont se passait Die Fackel, qui ne vivait que des recettes des ventes et des abonnements. Aussi longtemps qu&#39;il a paru, ce journal a bénéficié d&#39;un lectorat qui pouvait lui aussi fluctuer, allant de 9 000 à 38 000 lecteurs selon les numéros. Kraus ne se souciait pas de fidéliser ses lecteurs en les caressant dans le sens du poil. Il s&#39;en prend même parfois directement à eux quand ils l&#39;agacent et veulent l&#39;enfermer dans un rôle comme celui du trublion patenté qui doit avoir une idée sur tout et le faire savoir publiquement. C&#39;est ainsi qu&#39;il déclare au début de Troisième nuit de Walpurgis: « Certains [lecteurs] sont si impétueux que je recule davantage devant eux que devant le danger; ils prennent en effet d&#39;assaut une librairie avant de partir à regret en insinuant que &quot;c&#39;est sans doute par peur qu&#39;on ne paraît pas&quot;. Bien deviné dans la mesure où la conscience de se présenter dans ces moments-là devant de tels partisans est aussi un facteur de blocage. » À l&#39;obligation d&#39;écrire, Kraus a substitué, pendant les premiers mois de l&#39;année 1933, celle de prendre la mesure de la catastrophe. Comme un acteur de théâtre qui fait de son silence un soutien de la réponse à venir,&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;«Je reste coi; &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;&lt;br /&gt;et ne dis pas pourquoi, &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Et il Y a du silence,&lt;br /&gt;alors que la terre craquait. &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Aucune parole qui touchait; [.,.] &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;ensuite c&#39;était indifférent. &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;La parole s&#39;endormait&lt;br /&gt;lorsque ce monde s&#39;éveillait », &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;fait-il paraître dans le bref numéro qui précède Troisième nuit de Walpurgis, dont le texte était destiné au départ à faire tout un numéro de Die Fackel. Il ne l&#39;a été que partiellement - numéros 890-905, fin juillet 1934 -, Kraus ayant renoncé au dernier moment à tout publier pour ne pas mettre ses amis en danger. Car le danger qui menace tous les opposants en cet année 1933 est plus grave que jamais. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, Kraus semble être l&#39;un des rares a s‘en apercevoir si tôt et avec autant de clairvoyance, ne portant pas un jugement simplement politique mais fournissant, à partir d&#39;une critique de la langue, une analyse de ce phénomène qu&#39;il appelle 1&#39;« Événement ».&lt;br /&gt;Les trois cents pages de Troisième nuit de Walpurgis ont été rédigées en cinq mois, et seulement trois après la nomination de Hitler au poste de chancelier par Hindenburg, le 30 janvier 1933. Mais déjà Kraus semble avoir tout compris de ce qui se préparait: non pas pressenti ou anticipé, car ce n&#39;est pas le livre d&#39;un voyant mais celui de quelqu&#39;un qui simplement sait regarder. Les documents sur lesquels il s&#39;appuie, tout le monde pouvait en disposer. Kraus n&#39;avait pas de sources d&#39;information secrètes ou privilégiées. Il lisait simplement les journaux, écoutait la radio (« Souvent il suffit d&#39;écouter la radio quand on recherche la vérité »), opérait des recoupements, vérifiait, classait. Il donne d&#39;ailleurs expressément ses sources d&#39;informations: l&#39;Arbeiter Zeitung, le Berliner Tageblatt, la Neue Freie Presse, la Reichspost, la Berliner Illustrierte et - modérément, comme il le dit - Mein Kampf (car qui sait lire n&#39;a pas besoin d&#39;en faire son livre de chevet pour voir quelle idéologie il colporte et quel but il poursuit). Dès 1933 donc, Kraus parle longuement des préparatifs de guerre de l&#39;Allemagne nazie, de ses visées expansionnistes, de l&#39;antisémitisme affiché et brutal, de la structure préfasciste de la société allemande, des camps de concentration (le premier, Oranienburg, a été ouvert en février 1933, suivi par celui de Dachau en mars de la même année), des tortures, des exécutions sommaires, des sévices perpétrés contre les femmes accusées de « se commettre » avec des Juifs, de la « détention préventive » comme incarcération arbitraire et sans jugement permettant de mettre rapidement les opposants à l&#39;écart. Si Kraus est prophétique, c&#39;est dans quelques phrases qui résument la nature profonde du nazisme - dont il ne verra pourtant jamais toute l&#39;horreur puisqu&#39;il est mort en 1936, deux ans avant l&#39;Anschluss, dont il honnissait l&#39;idée: « C&#39;est un moment, dans la vie des nations, qui ne manque pas de grandeur dans la mesure où, en dépit de l&#39;éclairage électrique et même de tous les expédients de la radiotechnique, on renoue avec l&#39;état primitif où un bouleversement de toutes les conditions de vie passe souvent par la mort. » Ou ceci : « Simultanéité d&#39;électrotechnique et de mythe, de désintégration atomique et de bûcher, de tout ce qui existe déjà et n&#39;existe plus ! »&lt;br /&gt;Comment prétendre alors qu&#39;on ne savait pas, qu&#39;il était impossible de savoir ? Ces « millions de gens qui ont tout sous les yeux et ne remarquent rien » ... La seule explication pour Kraus est qu&#39;on ne voulait pas savoir, qu&#39;on se refusa à imaginer comme possible ce qui arrivait aux autres parfois au vu et su de tous : « Les rites très stricts de la préventive [ ... ] subsistent en vertu de la fidélité des zélateurs à leur foi et plus encore parce que ceux qui dorment dans des lits ne veulent pas y croire. » Ne pas admettre les choses tant qu&#39;elles ne nous touchent pas personnellement. C&#39;est ainsi que le président du Pen Club autrichien, lui-même juif, déclare qu&#39;il n&#39;a rien à reprocher (personnellement) aux nazis et qu&#39;on ne lui a jamais rien demandé sur sa judéité, répétant qu&#39;il n&#39;a jamais été importuné par les nazis et que c&#39;est leur faire un bien mauvais procès d&#39;intention que de les suspecter de visées aussi horribles que les interdictions professionnelles, les camps de concentration et les tortures.&lt;br /&gt;Ce qui semble avoir initialement profité au nazisme est moins le fait que la population ait été tenue à l&#39;écart qu&#39;elle ait été intégrée dans une orchestration du mensonge; elle a favorisé son installation au pouvoir avant de refouler et de dénier sa participation. Loin d&#39;être une catastrophe surgie de nulle part, le nazisme a su s&#39;appuyer sur les attentes, les peurs et les désirs refoulés de tout un peuple qui, dans une large part et depuis les années d&#39;après la Première Guerre mondiale, y a trouvé son compte. Plusieurs fois Kraus s&#39;insurge contre la léthargie ambiante et contre cette abdication de la conscience : « Les Allemands ne se rendent-ils pas compte - car les autres s&#39;en rendent compte - non seulement qu&#39;aucune nation ne se réfère aussi souvent qu&#39;elle au fait qu&#39;elle en est une mais que le reste du monde n&#39;emploie pas aussi souvent en une année le terme de &quot;sang&quot; que ne le font les radios et les journaux allemands en une journée ? » Ou ceci: « Ces voix et ces visages ne devraient-ils pas au moins permettre à celui qui est né d&#39;une mère de voir juste ? » Ou à propos de Hitler: « L&#39;observateur ne ressent-il pas des brûlures d&#39;estomac quand notre homme apparaît en public, affable et surtout débordant d&#39;amour pour les enfants ? » Et ceci encore: « Que cela ait un effet encourageant plutôt que déprimant, voilà ce qui est phénoménal. »&lt;br /&gt;Non moins phénoménal est le paradoxe voulant que cet homme d&#39;une lucidité aussi extrême soit longtemps passé - du moins dans les pays de langue allemande - pour quelqu&#39;un qui n&#39;avait rien dit sur le nazisme, qui pouvait s&#39;insurger pour un barbarisme mais qui n&#39;avait pas eu la clairvoyance de voir la barbarie qui arrivait ni le courage d&#39;écrire sur ce sujet. Cette erreur est fondée sur la première phrase de Troisième nuit de Walpurgis, « Je n&#39;ai aucune idée sur Hitler », où Kraus insiste sur le pronom personnel placé en tête de phrase et qui renvoie à lui-même. Cette phrase liminaire, nous avons choisi de la laisser en allemand, « Mir fiillt zu Hitler nichts ein », pour conserver la voix de Kraus, comme la clef au début d&#39;une portée musicale. Qui connaît les enjeux de la traduction sait en effet qu&#39;elle est invalidée dans son projet même dans la mesure où, comme le dit Georges Arthur Goldschmidt, le choix d&#39;une langue marque l&#39;impossibilité de recourir à une autre pour dire ce qui est dit. Qui veut traduire malgré tout se trouve alors confronté à la gageure de devoir transposer un texte - avec tout ce qu&#39;il contient et induit - dans une langue qui a été d&#39;emblée exclue de son champ d&#39;expression. C&#39;est un travail où l&#39;on tâtonne, cherche, invente, ordonne et jette beaucoup - avec pourtant toujours le même résultat, après avoir fait le tour complet des possibilités, celui de se retrouver au point de départ: la meilleure façon de dire ce qui a été dit, c&#39;est celle de l&#39;auteur. Ne resterait alors plus qu&#39;à recopier fidèlement le texte original- non pas de façon naïve mais en toute connaissance de cause - avec la conviction que l&#39;on n&#39;écrit que les seuls mots appropriés. Ce n&#39;est pourtant pas à cette extravagance que ressortit la non-traduction de la phrase liminaire du texte de Kraus, même si ce choix accomplit de façon jubilatoire (et dérisoire dans son volume) ce secret désir de refuser de traduire parce qu&#39;on a parcouru auparavant tous les chemins de la transposition qui vous ont ramené à la force de l&#39;original. Si cette phrase est laissée telle, c&#39;est que, abondamment citée, elle ne fait pas seulement entendre la voix de Kraus, elle est aussi devenue un emblème. Elle n&#39;est pas une simple boutade, un Witz - un trait d&#39;esprit -, mais l&#39;expression d&#39;un agacement, d&#39;un désespoir et d&#39;une révolte. Kraus s&#39;en sert comme d&#39;une captatio benevolentiae qui, par l&#39;effet de recul, va lui permettre de bondir et de saisir son sujet à bras-le-corps. Il passe ainsi les vingt premières pages de Troisième nuit de Walpurgis à expliquer toute la difficulté qu&#39;il y a à dire ce qu&#39;il a vu. Il avoue qu&#39;il se sent abattu par ce déferlement de sauvagerie et de bêtise qui déforme tant la réalité que cette déformation lui coupe l&#39;herbe sous les pieds, à lui le polémiste dont la mission est justement de grossir et de déformer les traits d&#39;une réalité pour montrer, en caricaturiste, la vilenie et l&#39;abomination en œuvre. Or comment déformer encore ce qui est déformé jusqu&#39;au paroxysme ? Comment exagérer une exagération qui est allée plus vite et plus loin que notre imagination ? Comment décrire le sacrilège qui a déjà atteint la stature de l&#39;abomination? Ce n&#39;est qu&#39;après avoir évoqué tout ce qu&#39;il y a d&#39;indicible et d&#39;indescriptible dans la montée du nazisme, au point de croire que l&#39;on sombre dans sa propre folie en étant le spectateur de cette folie, que Kraus s&#39;attelle à la tâche de débouter l&#39;habitant nauséeux qui s&#39;est introduit dans la maison du langage.&lt;br /&gt;Depuis la parution du texte intégral de Dritte Walpurgisnacht chez Suhrkamp en 1952, les critiques n&#39;ont pu faire autrement que d&#39;en rendre compte. Or ce que beaucoup ont écrit sur cet ouvrage, en Allemagne et en Autriche, est sidérant. Comme s&#39;ils n&#39;avaient lu que la première phrase ...&lt;br /&gt;_ Willy Haas déclare (en 1953 dans le Tagesspiege!) que les trois cents pages du texte « ne contredisent pas la première phrase de Kraus » et qu&#39;il ne s&#39;agit que d&#39;assouvir « une rancune personnelle » ;&lt;br /&gt;_ Hans Habe (en 1961 dans la Rhein-Neckar-Zeitung) : « Cet homme de soixante-deux ans qui, pendant quarante ans, a eu des idées sur tout et tout le monde, s&#39;est retrouvé totalement figé devant le phénomène Hitler sur lequel, comme il l&#39; avoue, il n&#39;a eu aucune idée » ;&lt;br /&gt;_ Bodo Scheurig (en 1961 dans le Vorwdrts, organe du parti social-démocrate allemand ) : « Lorsque l&#39;homme en chemise brune avec une mèche sur le front se mit à tambouriner jusqu&#39;à en percer les tympans, le maître de la langue ne sut s&#39;arracher qu&#39;une phrase: &quot;Je n&#39;ai aucune idée sur Hitler&quot; ; »&lt;br /&gt;_ Fritz Raddatz (en 1968 dans Merkur) : « Karl Kraus s&#39;est tu. [ ... ] Le livre se tait pendant trois cents pages. [ ... ] Non, ce livre est effrayant. [ ... ] Non, Troisième nuit de Walpurgis de Karl Kraus est la déclaration d&#39;une faillite intellectuelle : il n&#39;a eu aucune idée sur le nazisme » ;&lt;br /&gt;_ Werner Ross (en 1974 dans le Süddeutsche Zeitung) : « Mais Kraus n&#39;avait plus aucune idée sur Hitler et cela aura été d&#39;un bien faible réconfort pour lui de voir que le tyran a opprimé le monde journalistique à coups de pied et de botte » ;&lt;br /&gt;_ Rainer Kawa (en 1974 dans Die Welt) : « &quot;Je n&#39;ai aucune idée sur Hitler&quot;, écrivit Kraus en 1933, penaud » ;&lt;br /&gt;_ Johannes Gross (en 1981 dans la Frankfùrter Allgemeine Zeitung) : « L&#39;excellent Kraus, qui se mettait à avoir toutes sortes d&#39;idées pour une virgule mal placée et qui n&#39;en eut aucune sur Hitler qui allait le détruire, lui et ses semblables, marque l&#39;abdication complaisante de la raison. »&lt;br /&gt;Pour reprendre une phrase de Kraus : on en reste tellement coi qu&#39;il est difficile de trouver des mots. Quelques journalistes intègres mis à part (Friedrich Jenaczeck, Edwin Hartl et Werner Kraft entre autres), il n&#39;y a guère eu que des écrivains comme Alfred Polgar, Michaël Scharang, Friedrich Dürrenmatt ou Elfriede Jelinek (devenue Prix Nobel de littérature en 2004) pour saisir et souligner l&#39;importance de ce texte dérangeant au point de déclencher pendant plus de trente ans - jusqu&#39;à quand ? - ce déluge d&#39;inepties. Le moindre mal serait que ces journalistes de langue allemande aient péché par paresse, ne trouvant pas le courage de lire ce texte difficile, s&#39;arrêtant justement à cette première phrase qui leur semblait suffisamment simple, commode et décidée pour se faire aussitôt une opinion simpliste mais tout aussi commode et décidée sur l&#39;attitude de Kraus par rapport au nazisme. Car s&#39;ils ont lu tout Dritte Walpurgisnacht, ils se condamnent eux-mêmes sans appel d&#39;un point de vue intellectuel et moral.&lt;br /&gt;Au vu toutefois de la virulence et la persistance de ces attaques, il ne fait guère de doute que l&#39;on n&#39;est pas en face de dérapages individuels mais d&#39;une véritable intention de dénigrer. Même si un lecteur décide de s&#39;arrêter à cette première phrase, le simple bon sens voudrait qu&#39;il soit prudent et se demande s&#39;il est possible d&#39;écrire trois cents pages - non pas pour ne rien dire (beaucoup réussissent souvent cette prouesse) mais - pour dire qu&#39;on n&#39;a rien à dire. L&#39;enjeu de cette propagande est un secret de polichinelle à deux bosses: si même le grand Kraus, l&#39;impitoyable sentinelle, n&#39;a rien vu venir, comment le peuple allemand aurait-il pu se douter de quelque chose ? Si même celui qui se voulait le modèle du journaliste intègre n&#39;a rien trouvé à écrire sur Hitler, comment la presse de l&#39;époque (dont les journalistes de l&#39;après guerre sont les héritiers) aurait-elle pu faire mieux ? Double absolution par falsification. Il n&#39;en reste pas moins que beaucoup de ceux qui se sont fait un nom dans les journaux préfèrent passer pour des imbéciles incultes, bornés et malhonnêtes avouant qu&#39;ils ne savent pas lire plutôt que de rendre compte d&#39;un livre - dont ils ne sont pas obligés de partager toutes les analyses et les conclusions mais - qu&#39;il est impossible de balayer d&#39;un revers de main en prétendant, pour le condamner avant toute véritable analyse critique, qu&#39;il ne dit rien sur le nazisme. « Impudence satanique ou bêtise sans fond ? » aurait demandé Kraus. On peut espérer que les temps ont changé depuis la réunification allemande en 1990 et que nous allons donner tort à Kraus qui écrivait, cinglant, en 1915 : « Il faut dire avec toute la compréhension nécessaire que je suis conscient du fait que j&#39;écris de façon incompréhensible. Je n&#39;ai jamais douté du fait que les imbéciles du moment ne comprennent pas mon style. Cela devrait aller un peu mieux avec les imbéciles à venir, même si je suis certain que je n&#39;écris pas pour eux non plus. »&lt;br /&gt;[….]&lt;br /&gt;Je dois ici adresser des remerciements particuliers à Gerald Stieg qui a répondu avec patience et pertinence [….]. Sans lui, cette traduction, dont j&#39;assume toutes les imperfections et les insuffisances, ne serait pas ce qu&#39;elle est. Et elle n&#39;est rien d&#39;autre que la première traduction de ce livre dans une langue européenne. Si l&#39;on se penche en effet sur le destin de Troisième nuit de Walpurgis, on s&#39;aperçoit que, plus de soixante-dix ans après sa rédaction, ce texte a été jusque-là réservé aux seuls lecteurs maîtrisant l&#39;allemand, à l&#39;exception d&#39;une seule autre langue, le japonais, trois traducteurs s&#39;étant attaqués à ce texte dans les années 1970. Cette traduction, vu ma totale ignorance de cette langue, ne m&#39;a été bien sûr d&#39;aucun secours. Il m&#39;a simplement fallu autant d&#39;années pour traduire ce texte en français qu&#39;il a fallu de Japonais pour le transposer dans leur langue.&lt;br /&gt;Pourquoi ce texte est-il difficile?&lt;br /&gt;Première difficulté : Il faut se replacer dans l&#39;optique de Kraus, « se rendre poreux » - comme dit joliment la traductrice Françoise Cartano - et accepter de se défaire de ce que l&#39;on pourrait appeler une idéologie. Le discours de Kraus n&#39;est pas toujours en phase avec ce que l&#39;on sait habituellement de cette époque et des personnalités qui l&#39;ont marquée. Il y a quelque chose de révolutionnaire dans le point de vue que Kraus nous fait découvrir. Des figures comme Felix Salten, président du Pen Club autrichien et créateur de Bambi (repris par les studios Disney), ou encore Franz Werfel et bien d&#39;autres passent aujourd&#39;hui pour des gens avisés qui ont dénoncé et fui le nazisme. C&#39;est le bilan que nous a laissé l&#39;histoire. Si cette image est vraie, elle n&#39;est vraie que quelques années plus tard. Or Kraus écrit en 1933, alors que bon nombre de personnages publics ne s&#39;étaient pas encore donné un certificat de bonne conduite en émigrant et non seulement s&#39;étaient bercés d&#39;illusions mais avaient parlé et agi en fripouilles, preuves à l&#39;appui. Il faut donc, pour traduire correctement, accepter de se replacer dans un nouveau sillage et de voir que certaines lignes de conduite n&#39;ont pas toujours été celles que l&#39;histoire officielle a retenues. Il en est ainsi pour Alfred Kerr (le plus important critique théâtral de l&#39;époque, que l&#39;on attendait de savoir arrivé dans sa loge avant de faire se lever le rideau). Si celui-ci a bien dénoncé le nazisme dès 1928, installé dans une réputation de pacifiste convaincu ayant toujours œuvré pour l&#39;entente des peuples, il dut d&#39;abord pour cela gagner un procès contre Kraus qui l&#39;avait menacé de publier ses poèmes bellicistes des années 1914-1918 et lui avait réclamé de reverser les honoraires de ses conférences aux veuves et aux orphelins de guerre. Car, pour Kraus, celle qui n&#39;est pas encore la Première Guerre mondiale est déjà grosse de la seconde.&lt;br /&gt;Ils sont peu nombreux parmi les gens de lettres ceux qui ont toujours condamné la violence d&#39;Etat et qui d&#39;emblée et sans équivoque se sont opposés à la montée du nazisme sans essayer d&#39;abord d&#39;en profiter, au mépris des victimes qui déjà s&#39; amoncelaient, pour ne réagir qu&#39;au moment où ils devenaient victimes à leur tour. Kraus les cite: « Quelques-uns se sont élevés contre la mise sous tutelle d&#39;une vie intellectuelle de plus grande envergure, protestation suffisamment insistante pour au moins couvrir de honte le silence ; des savants comme Franck et Stein, Planck et Koehler se sont dressés avec courage contre le tohu-bohu qui réclame que l&#39;université soit un champ de tir et un antiséminaire ; des artistes comme Liebermann et Ricarda Huch se sont opposés à la mission qui voulait donner aux muses une orientation héroïque. » Il faut y ajouter Brecht, Einstein et Tucholsky, que Kraus évoque à plusieurs reprises.&lt;br /&gt;[….]&lt;br /&gt;Cette concentration sur la langue n&#39;est pas un jeu gratuit de virtuose mais le moyen choisi par Kraus pour la soustraire à l&#39;emprise nazie et de débouter ceux qui la manipulent pour pervertir et falsifier la pensée. Cette approche de la montée du nazisme est certes fragmentaire et ne peut rendre compte à elle seule de toute l&#39;ampleur du phénomène mais elle est fondamentale. Au moment où Kraus commence sa Troisième nuit, toute la langue n&#39;est pas encore contaminée, « alors que s&#39;éveille une nation et se dresse une dictature qui, aujourd&#39;hui, maîtrise tout à l&#39;exception de la langue », et c&#39;est la confrontation d&#39;une langue architecturée avec une langue désarticulée, d&#39;une langue saine avec une langue malade (comme Goethe a pu dire que le romantisme est ce qui est malade et le classicisme ce qui est sain) qui fait le corps de ce texte.&lt;br /&gt;La langue est pour Kraus le lieu de la justice. Ce n&#39; est donc pas un hasard si ses cibles privilégiées sont les professionnels de la manipulation des mots - principaux responsables de la diffusion d&#39;une réalité déformée: les intellectuels. Au vu des réactions à la parution de la version intégrale de Dritte Walpurgisnacht, la tradition de résistance à la vérité et de trahison de la langue ne semble pas être en perte de vitesse chez les intellectuels. Ce qui donne, hélas! raison à Kraus, qui mettait au-dessus de tous trois groupes de responsables - ou  d&#39;irresponsables : les journalistes et les écrivains, les leaders politiques (notamment ceux de la social-démocratie) et le chef de la propagande nazie, 1&#39;« intelligent Goebbels ».&lt;br /&gt;Certes il y a aussi les actes, et ceux du nazisme au pouvoir suffisent pour condamner ce régime. « Ce qui distingue l&#39;homme, ce sont ses actions; c&#39;est l&#39;aspect de ses actes qui montre ce qu&#39;est l&#39;homme. Il n&#39;y a rien d&#39;autre en lui que ses actes et c&#39;est par là qu&#39;il montre ce qu&#39;il est », disait Hegel à ses étudiants dans ses Leçons sur la philosophie de l&#39;esprit (1827-1828). Mais les actes sont initiés par des paroles. Il ne peut donc y avoir de critique sociale sans critique du langage. Chaque idéologie, consciente ou inconsciente, a son propre langage, manipulé avec cynisme par certains ou employé avec naïveté par d&#39;autres mais jamais sans conséquence pour le corps social. Qui a le pouvoir politique ou social possède celui des mots ; et qui a le pouvoir des mots consolide un peu plus son pouvoir social et politique. Il est difficile d&#39;investir toutes les pièces dans la maison du langage mais il est facile de faire croire que certaines sont fermées ou n&#39;ont jamais existé quand le groupe à qui l&#39;on s&#39;adresse n&#39;est pas vraiment curieux et se contente d&#39;une visite guidée. Kraus fonde sa démonstration sur le constat que nous ne savons pas lire, que nous nous contentons de visiter certaines pièces, celles qui ont été les plus habilement décorées pour nous faire croire qu&#39;il s&#39;agit là des seuls vrais lieux habitables. Si Kraus fait référence aux nuits goethéennes de Walpurgis, c&#39;est non seulement pour dénoncer la nouvelle sorcellerie qui se prépare, ce sombre chaos qui  « promet un renouveau », mais aussi parce que les grands écrivains, qui n&#39;utilisent pas le langage passivement, comme une matière stéréotypée, ont à leur façon déjà tout dit sur les dangers qui nous menacent. C&#39;est ainsi qu&#39;il répond aux intellectuels déçus qu&#39;un numéro de Die Fackel ne contienne que des sonnets de Shakespeare: « Chez Shakespeare, on trouvait déjà tout ce qui est actuel, y compris ma prise de position. » C&#39;est aussi le sens des citations de Goethe avec lesquelles Kraus ouvre cette nouvelle nuit:&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Vers la fête d’épouvante, cette nuit, comme souvent, &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;J&#39;avance ... &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Que de fois elle se répète! &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;suivie de près par celle-ci : &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Un nouvel empereur a paru. &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Et sur des voies toutes tracées, &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;La foule traverse champs et pâtures; &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Tous suivent les bannières déployées &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: italic;font-size:130%;&quot; &gt;Qui clament le mensonge. - Grégaire nature. &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Bannières du mensonge autant qu&#39;éléments du discours rationnel ou artistique, les mots sont donc tout autant lieux de clarification que d&#39;illusion et de mystification. La chose n&#39;était pas nouvelle quand Kraus lança Die Fackel. Ce qui a changé est l&#39;ampleur du phénomène, qui ne se limite plus à une sphère privée ni géographiquement limitée. « La pensée national-socialiste fascine par sa capacité à faire croire que celui qui dit une fois la vérité est crédible pour tous les mensonges et à présenter le vol, qu&#39;exceptionnellement elle n&#39;a pas commis, comme un alibi pour des milliers de meurtres. » Certains intellectuels ne se contentent pas de suivre l&#39;étendard mais le brandissent bien haut : de Benn délirant sur le nouveau type d&#39;homme aux journalistes écrivant, après la journée du boycott contre les Juifs, qu&#39;il n&#39;est rien arrivé à ceux qui en étaient la cible. Tandis que l&#39;opposition social-démocrate ne s&#39;autorise aucun autre moyen que ceux qu&#39;autorise la Constitution pour arrêter la vague fasciste, refusant de traiter en hors-la-loi les nazis - qui ont déjà emprisonné leurs camarades allemands. Dans ces conditions, les nazis, aussi habiles dans la pratique de la violence que dans l&#39;art de brouiller les pistes, jouent sur du velours. « Le monde, qui conserve encore des formes de pensée, suit cette joute des paroles avec les actes, des actes avec les paroles, ébranlé, inquiet, dans l&#39;attente de l&#39;issue. S&#39;il s&#39;en tient davantage aux paroles et à leur sens belliqueux, on lui répond qu&#39;il faut davantage juger le Reich sur ses actes ; s&#39;il les montre du doigt, on lui cite le discours du Reichstag. S&#39;il évoque une contradiction, cela devient des épiphénomènes qui ne peuvent toucher le cœur de la révolution, laquelle est arrivée légalement au pouvoir. » Kraus est bien conscient de l&#39;ampleur de la tâche: « Il ne faut pas croire qu&#39;on arriverait en un tournemain à débrouiller la toile sophistiquée de cette araignée porte-croix. » La propagande mélange une chose et son contraire - « renaissance d&#39;une nation» ... « amour de la liberté » ... « défense des valeurs germaniques » ... -, ralliant le plus grand nombre autour d&#39;idéaux flous. « C&#39;est dans son essence de ne jamais être ce qu&#39;elle paraît et d&#39;intégrer toutes les antithèses, de sorte qu&#39;elle agit de façon plus forte en se reniant que par ce qu&#39;elle renie. » La raison n&#39;est plus maître du jeu mais une sorte de « magie» (le mot est de Kraus) : identification à un groupe par dénégation émotionnelle qui permet de mieux en exclure d&#39;autres - notamment les Juifs. Stigmatisation qui ne vient pas tant de préjugés que du désir de s&#39;attacher au puissant: faire œuvre de lâcheté pour ne pas risquer d&#39;être traité de lâche par le dominant. Qu&#39;importent alors les actes des exclus, qui n&#39;entrent pas en compte puisqu&#39;ils ne sont pas jugés pour ce qu&#39;ils font mais pour ce qu&#39;ils sont. C&#39;est pourquoi Kraus s&#39;attaque sans hésitation aux illusions des Juifs qui, dérision suprême, s&#39;efforcent d&#39;être plus allemands que les Allemands afin de s&#39;attirer les bonnes grâces des nazis. Celui qui chasse la bêtise pour ses conséquences désastreuses, aussi bien générales que particulières, ne voit aucune raison de faire l&#39;impasse sur la responsabilité des victimes - qu&#39;elles soient juives, communistes ou franc-maçonnes. « En propageant l&#39;idée que les Juifs, les marxistes, les cyclistes tout comme les adeptes de la relativité sont cause de tous les malheurs et aussi de l&#39;issue de la guerre, on a causé quelques troubles dans les esprits. » Plutôt que de s&#39;apitoyer, Kraus fait chaque fois le choix de l&#39;ironie, avec laquelle il mord les sujets les plus sensibles. La « détention préventive » : « Il n&#39;y a peut-être jamais eu d&#39;époque qui ait participé aussi intensément à la protection des citoyens, et cette bienveillante intention aurait en tout cas besoin d&#39;une meilleure compréhension. » Les assassinats commis contre ceux qui cherchent à prendre la fuite : « Il n&#39;est pas rare que l&#39;on assiste à une crise de nerfs, principalement chez des voyageurs sur qui l&#39;on commet ensuite un suicide. » Les mensonges officiels: « On pourrait déjà se simplifier les choses en admettant d&#39;emblée que c&#39;est toujours le contraire de ce qui est dit qui soit pensé - même si ce n&#39;est pas sûr. » Mais il y a un sujet sur lequel Kraus n&#39;exerce jamais son ironie, c&#39;est la souffrance humaine, les vies brisées au nom des idées. Après l&#39;apocalypse que fut à ses yeux la Première guerre mondiale, Kraus voit venir une nouvelle ère de barbarie, comme si personne n&#39;avait rien appris, comme si l&#39;imagination s&#39;était tarie. Kraus peut faire rire de la presse et de ses formules toutes faites, ses fausses attaques et ses mensonges, il peut railler discours et stratégies politiques; mais il est intraitable quand le prix se compte en vies humaines, quand les plaintes corporatistes sur les petits soucis des nantis remplacent la dénonciation des atrocités, emprisonnements, tortures et assassinats. Lui qui passe pour un intellectuel hautain, un formaliste outrancier, un analyste froid ne s&#39;est jamais trompé sur les urgences, sur la hiérarchie des valeurs: « La moindre des vies humaines, ne serait-ce même qu&#39;une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PIERRE DESHUSSES&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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Les spectateurs de ce monde-ci n&#39;y résisteraient pas. Car il est fait du sang de leur sang, et son contenu est arraché à ces années irréelles, impensables, inimaginables pour un esprit éveillé, inaccessibles au souvenir et conservées seulement dans un rêve sanglant, années durant lesquelles des personnages d&#39;opérette ont joué la tragédie de l&#39;humanité. L’action éclatée en centaines de tableaux ouvre sur des centaines d&#39;enfers, elle est, elle aussi, impossible, dévastée, dépourvue de héros. L’humour n&#39;est que le reproche à soi même de quelqu&#39;un qui n&#39;est pas devenu fou à la pensée d&#39;avoir gardé le cerveau intact en témoignant de cette époque. Seul lui, qui livre à la postérité la honte de sa participation, a droit à cet humour. Quant à ses contemporains, qui ont toléré qu&#39;adviennent les choses décrites ici, qu&#39;ils relèguent le droit de rire derrière le devoir de pleurer. Les faits les plus invraisemblables exposés ici se sont réellement produits, j&#39;ai peint ce qu&#39;eux, simplement, ont fait. Les conversations les plus invraisemblables menées ici ont été tenues mot pour mot; les inventions les plus criardes sont des citations. Des phrases dont l&#39;extravagance est inscrite à jamais dans nos oreilles deviennent chant de vie. Le document prend figure; les récits prennent vie sous forme de personnages, les personnages dépérissent sous forme d&#39;éditorial; la chronique a reçu une bouche qui la profère en monologues; de grandes phrases sont plantées sur deux jambes - bien des hommes n&#39;en ont plus qu&#39;une. Des voix fusent, fulminent à travers l&#39;époque et enflent, choral de l&#39;acte sacrilège. Des gens qui ont vécu parmi l&#39;humanité et lui ont survécu, acteurs et orateurs d&#39;un présent qui n&#39;a pas de chair mais du sang, pas de sang mais de l&#39;encre, sont reproduits sous forme d&#39;ombres et de marionnettes et réduits à la formule de leur inconsistance active. Des larves, des lémures, masques du carnaval tragique, sont pourvus de noms vivants; or il doit en être ainsi car dans cette existence temporelle déterminée par le hasard rien n&#39;est dû au hasard. Cela ne confère à personne le droit de considérer tout cela comme une affaire locale. Même ce qui se passe sur le Ring devant chez Sirk est régi par un centre cosmique. Quiconque a les nerfs fragiles, bien qu&#39;assez solides pour endurer l&#39;époque, qu&#39;il se retire du spectacle. Il ne faut pas s&#39;attendre à ce que l&#39;époque qui a permis cela prenne l&#39;horreur devenue verbe pour autre chose qu&#39;une plaisanterie, surtout là où elle résonne dans les douces profondeurs des dialectes les plus horrifiants, et qu&#39;elle prenne ce qu&#39;elle vient de vivre, ce à quoi elle vient de survivre, pour autre chose qu&#39;une invention. Une invention dont elle honnit le contenu. Car plus grande que la honte de la guerre est celle des hommes qui ne veulent plus rien en savoir: ils admettent qu&#39;elle est mais pas qu&#39;elle a été. Ceux qui ont survécu ont fait une croix sur elle; quand bien même les masques défilent le mercredi des Cendres, ils ne veulent pas être rappelés les uns aux autres. Ô combien compréhensible le désenchantement d&#39;une époque qui, à jamais incapable de vivre ou même de s&#39;imaginer vivre quoi que ce soit, reste inébranlable devant son propre effondrement, elle qui ressent aussi peu le repentir que les effets de l&#39;action et qui a pourtant suffisamment l&#39;instinct de conservation pour se boucher les oreilles devant les enregistrements de ses chants héroïques et suffisamment le sens du sacrifice pour les entonner à l&#39;occasion. Qu&#39;une nouvelle guerre éclate paraît le moins inconcevable à ceux pour qui le slogan  « Que voulez-vous, c&#39;est la guerre! » permettait et couvrait toutes les infamies, mais pour qui le seul fait de rappeler  « C&#39;était la guerre» perturbe le repos mérité des survivants. Ils avaient l&#39;impression de conquérir le marché mondial -le but pour lequel ils étaient nés - en armure de chevalier; ils doivent se contenter d&#39;une affaire bien moins reluisante: bazarder la ferraille à la brocante. Allez donc leur parler de guerre dans pareil climat! Et il est à craindre que l&#39;avenir, sorti de la cuisse d&#39;un présent à ce point ravagé, ne fasse pas preuve lui non plus d&#39;une plus grande force de compréhension, en dépit d&#39;une distance plus grande. Il n&#39;empêche qu&#39;un aveu de culpabilité aussi total, celui d&#39;appartenir à cette humanité là, ne manquera pas d&#39;être bienvenu en quelque endroit et utile en quelque temps. Et « tant que les esprits des hommes encore sont en furie », délivrons à la haute cour sur les&lt;br /&gt;decombres ce message d&#39;Horatio à celui qui incarne le renouveau:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et laissez-moi dire au monde qui l&#39;ignore&lt;br /&gt;Comment tout ceci advint; vous apprendrez&lt;br /&gt;Des actes charnels, sanglants, contre nature,&lt;br /&gt;Des verdicts hasardeux, des assassinats aveugles,&lt;br /&gt;Des meurtres dus à la violence et à la perfidie,&lt;br /&gt;Et des projets qui, échoués, retombent&lt;br /&gt;Sur ceux qui les conçurent; de tout ceci Je vous ferai&lt;br /&gt;Le récit véritable&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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L&#39;homme politique, député ou ministre, m&#39;apparaissait comme le domestique qui a le soin, dans la maison, des choses insignifiantes de la vie: qui veille à ce que la couche de poussière ne soit pas trop épaisse et à ce que les repas soient prêts à l&#39;heure. Bien entendu il s&#39;acquitte de ces devoirs aussi mal que tous les domestiques, mais tant que ça peut aller, on se garde d&#39;intervenir. Le programme d&#39;un parti ou les interventions des députés au Parlement me tombaient-ils sous les yeux, cela ne faisait que me confirmer dans l&#39;idée qu&#39;il s&#39;agissait là d&#39;une activité humaine tout à fait subalterne et parfaitement indigne de nous concerner intérieurement. Ma&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;i&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;s il se cachait là-dessous un vieux préjugé. Je ne sais quand je l&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;’&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;avais acquis et quel nom je dois lui donner. Notre monde me plaisait. Les pauvres souffrent; leurs mille nuances composent une échelle qui descend en dégradé de moi jusqu&#39;aux animaux. Et même, en réalité, plus bas qu&#39;eux, car aucune espèce animale ne vit dans des conditions aussi « inanimales » que sont inhumaines celles de nombre d&#39;humains. Et les riches me plaisaient par leur incapacité à tirer de leur richesse un parti intéressant pour l&#39;âme : en quoi ils sont aussi comiques que ces insectes au vol scintillant qui, vus de près, n&#39;ont pour tout corps qu&#39;un stupide sachet velu et pour tous nerfs qu&#39;une misérable tigelle. Et les rois, dans leur majesté, me plaisaient comme des personnages débonnaires atteints d&#39;une légère anomalie dont chacun s&#39;accommode avec un clin d&#39;œil. Et la religion me plaisait, parce que nous , continuons à vivre le plus sérieusement du monde dans des Etats chrétiens alors que nous avons depuis longtemps perdu la foi. Et ainsi de suite. Cette attitude comportait non seulement le plaisir que l&#39;on prend à la diversité du monde et l&#39;étonnement quasi philosophique qu&#39;inspire l&#39;extraordinaire ténacité, élasticité et résistance à toute pression de la nature humaine, qui a donné à ce singe sans dignité sa souveraineté terrestre, mais encore, et surtout, l&#39;appréciation du grand désordre intérieur que suppose le fait de pouvoir à la fois exploiter notre prochain et le plaindre, nous soumettre à lui et ne pas prendre cette soumission au sérieux, ou encore parler d&#39;un meurtre avec effroi, et de mille avec sérénité. Il me semblait en effet qu&#39;un désordre à ce point illogique, un tel relâchement des liens qu&#39;avaient constitués autrefois certaines forces et certains idéaux, devait être un bon terrain pour un grand logicien des valeurs d&#39;âme. Puisque cette vie, dans son couplage d&#39;éléments antagonistes, est extraordinairement hardie - même si c&#39;est à force d&#39;inconséquence et de lâcheté -, il ne reste plus qu&#39;à se montrer soi-même encore plus hardi, mais à force de lucidité. Et dans une période, la nôtre, où chaque sentiment lorgne dans deux directions, où tout flotte, où plus rien n&#39;est tenu, où plus rien n&#39;est associable à rien, on devrait réussir à tester une fois encore et à réinventer toutes ses possibilités intérieures, à transférer enfin des laboratoires de physique à la morale les avantages d&#39;une technique d&#39;expérimentation sans préjugés. Que cela nous aide à sortir de la lente évolution qui a conduit, à travers bien des échecs, de l&#39;homme des cavernes à celui d&#39;à présent, pour entrer dans une ère nouvelle, je continue à le croire aujourd&#39;hui. Pour me définir d&#39;un mot: j&#39;étais un anarchiste conservateur. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;La réflexion qui a modifié cela paraîtra peut-être ridicule. Elle se traduit en quelques mots simples qu&#39;elle me souffla : « Toi-même, dans ce que tu poursuis, tu es déjà un enfant de la démocratie, et l&#39;avenir n&#39;est accessible qu&#39;à travers une intensification et une purification de la démocratie.» &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;Affirmer que tous les hommes sont fondamentalement égaux et frères m&#39;a toujours paru, et me paraît encore, une exagération sentimentale: ma sensibilité a toujours été plutôt rebutée qu&#39;attirée par celle d&#39;autrui. Mais je crois évident que la science est un produit de la démocratie. Pas seulement parce que, là, le grand collabore avec le petit et le plus grand dépasse à peine la moyenne de la génération suivante. Non: le facteur décisif, c&#39;est que la démocratisation de la société au cours des deux derniers siècles a permis à un plus grand nombre d&#39;hommes d&#39;accéder au travail commun et que, dans ce plus grand nombre - contrairement au préjugé aristocratique -, le choix en hommes doués s&#39;est élargi. Je ne méconnais pas le risque de nivellement que peut comporter une activité scientifique trop « fourmilière », mais je crois que le nombre des grandes réalisations est en proportion de celui des moyennes; le génie, en effet, ne produit jamais du nouveau mais toujours, simplement, du différent, et ce sont les talents moyens qui lui donnent la possibilité de se condenser en œuvres. L&#39;essor irrésistible qu&#39;ont pris, depuis lors, la connaissance et la maîtrise de la nature ne saurait s&#39;expliquer autrement. C&#39;est pure ingratitude que de faire sans cesse à ces réalisations de l&#39;intelligence le même reproche : a savoir que l&#39;âme n&#39;y a rien gagné, ou même que les choses de l&#39;âme n&#39;ont pu, depuis, que lentement dépérir. Sans doute ces réalisations ont-elles ruiné toutes les félicités simples (y compris celles qui l&#39;étaient au bon sens du mot), en créant un climat mieux fait pour d&#39;autres, plus complexes; mais ce n&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;’&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;était pas leur tache de créer, par-dessus le marché, ces dernières. C&#39;est la nôtre. L&#39;intelligence scientifique avec sa conscience stricte, son absence de préjugés et sa volonté de remettre chaque résultat en question, fait dans une zone d&#39;intérêt de second plan ce que nous devrions faire dans les problèmes de la vie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;Il n&#39;en est pas moins certain que les dommages subis de son fait tiennent aussi à son origine démocratique. C&#39;est l&#39;appauvrissement de la totalité intérieure au profit de ses parties distinctes. L&#39;existence de puissants cerveaux spécialisés dans des âmes d&#39;enfants. Non seulement les jugements des hommes de science sur des problèmes extrascientifiques sont généralement consternants; mais le mathématicien lui-même ne comprend pas l&#39;histoire des civilisations; ni l&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;’&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;économiste l&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;’&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;existence du botaniste. Cette divergence, des goûts ne tient pas seulement à l&#39;excessive complexité, donc a la grandeur de la science. Si les savants en effet étaient les fils et les membres d&#39;une société cohérente: la science serait devenue un simple exercice social, une éducation harmonieuse et universelle de l&#39;esprit à laquelle le bon goût eût imposé ses limites, éducation qui aurait été à la nôtre ce que sont les capacités physiques du gentiluomo de la Renaissance aux modernes records sportifs. Mais il se trouve que les jeunes savants viennent des régions les plus diverses de la société, avec des habitudes de vie, des exigences et des espérances non moins diverses, qu&#39;ils se fourrent aussitôt la tête dans leur science à l&#39;endroit même où ils sont parvenus et continuent à mener ensuite, séparés les uns des autres et ignorants de toute autre culture, l&#39;existence frugale de leur village spirituel d&#39;origine. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Dans le domaine de l&#39;art, nous retrouvons les mêmes gains et les mêmes peines. Qu&#39;avons-nous en effet, dans l&#39;art d&#39;aujourd&#39;hui, je me le demande, de plus précieux que, pour le sentiment, cette liberté de séjour que nous devons à la libéralisation des principes moraux et des règles du goût, donc, en fin de compte, là aussi, au grand nombre? C&#39;est elle qui nous donne l&#39;extraordinaire mobilité de points de vue grâce à quoi nous reconnaissons le bien dans le mal comme le laid dans le beau, dissolvons les évaluations rigides que l&#39;on nous a transmises et recomposons à partir de leurs éléments de nouvelles figures de notre imagination artistique ou morale. Mais c&#39;est toujours la même raison qui nous empêche d&#39;imposer vraiment ces œuvres; de là les particularismes artistiques, la multiplication impuissante des chapelles, l&#39;escalade effrénée de révolutions et d&#39;innovations à laquelle se livrent les arts, dès lors qu&#39;aucun public ne les modère. De là la méfiance avec laquelle on accueille toute nouveauté comme l&#39;œuvre d&#39;un fou et enfin, pour ne pas dire surtout, la persistance générale de ce besoin absurde et fallacieux d&#39;une rédemption par l&#39;art, d&#39;un retour à une simplicité homérique où nous pourrions une bonne fois nous retrouver tous unis dans l&#39;abolition de nos différences. Il n&#39;en reste pas moins hors de doute à mes yeux que nous ne sacrifierons jamais les avantages ainsi acquis et que nous pourrons en surmonter les préjudices. Et que nous gagnerons, si nous ne craignons pas de pousser plus loin encore l&#39;évolution en cours. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Telle est - esquissée - ma pensée. Et ma conviction, dès lors, m&#39;engage à agir dans un sens dont mon sentiment ne veut rien savoir. Je me livre aux études théoriques préparatoires qui doivent m&#39;aider à mettre en œuvre ma décision. Je cherche un programme économique qui garantisse la réalisation d&#39;une démocratie pure, exaltante, capable de soulever de plus grandes masses encore. En attendant, bien sûr, je voterai social-démocrate ou libéral selon les circonstances; mais il est clair que nous avons besoin de quelque chose qui nous arrache à la platitude des partis actuels et qu&#39;à ce genre d&#39;idées, il faut un programme économique à titre de décret d&#39;application. Et je me pose ces questions naïves : qui cirera mes chaussures, qui charriera mes excréments, qui rampera pour moi, la nuit, dans les mines? Mon «frère humain»? Qui accomplira les gestes dont la réalisation correcte exige que l&#39;on passe toute sa vie devant la même machine à faire la même chose? Je puis imaginer nombre de tâches aujourd&#39;hui méprisées et qui ont pourtant leur magie, dès lors qu&#39;on les accomplit de plein gré. Mais qui voudra se charger de tous ces autres travaux auxquels la misère seule peut contraindre? Avec cela, je veux des. voyages plus confortables qu&#39;aujourd&#39;hui et un courrier plus rapide. Je veux de meilleurs juges, de meilleurs logements. Je veux manger mieux. Je veux ne pas avoir à me fâcher contre l&#39;agent du coin. Quoi donc! moi, l&#39;homme, qui suis l&#39;habitant de cette terre, je ne pourrais pas obtenir de ce mien logement un confort un peu meilleur que son piètre confort actuel? !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt; &lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;En attendant, nous faisons de la politique parce que nous ne savons rien. La façon dont nous nous y prenons le montre assez. Nos partis doivent leur existence à la peur des théories. A toute idée, songe avec effroi l&#39;électeur, on peut toujours en opposer une autre. C&#39;est pourquoi les partis se protègent mutuellement contre les deux ou trois idées dont ils ont hérité. Ils ne vivent pas de ce qu&#39;ils promettent, mais de dénigrer les promesses des autres. Là est leur communauté d&#39;intérêts tacite. Cette obstruction mutuelle qui n&#39;autorise que de petits résultats pratiques, c&#39;est ce qu&#39;ils ont baptisé Realpolitik. Aucun d&#39;eux ne sait vraiment où le fait d&#39;obéir aux agrariens, aux exigences de la grande industrie ou à celles de la social-démocratie pourrait conduire. Ils ne veulent nullement faire de la politique; ils veulent représenter des classes sociales et s&#39;assurer l&#39;oreille du gouvernement pour des revendications limitées. Je n&#39;y verrais pas d&#39;objection si, du même coup, ils laissaient la politique à d&#39;autres; mais non! ils vont jusqu&#39;à conserver, en les alliant à des avantages économiques immédiats des idéologies aussi dévaluées que le christianisme, le royalisme, le &lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;libéralisme&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt; et la social-démocratie. Et en ne les mettant jamais en pratique, ils leur prêtent une apparence de sens et de sainteté ce qui est, de surcroît, un péché contre l&#39;esprit.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt; &lt;span lang=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;J&#39;ai la conviction qu&#39;aucun de leurs programmes économiques n&#39;est réalisable et qu&#39;il ne faut même pas songer à en amender un seul. Ils seront emportés à la première bourrasque avec tout le fumier qui s&#39;est accumulé sur une terre encore abritée du vent, ils se réduiront à des questions mal posées auxquelles on ne pourra plus répondre ni oui, ni non, à la première rafale de désir qui secouera le monde. Sans en avoir de preuves, je sais que nombreux sont ceux qui partagent mon attente. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Pour le moment, le temps est encore au calme, nous sommes là comme dans une cage de verre sans oser risquer le moindre choc, de peur que tout ne vole aussitôt en éclats. Nous sommes pris, avec le meilleur de nous-mêmes: notre art, nos découvertes, dans le filet de la finance ... oui, nous aimons l&#39;argent comme une sorte de dieu, de hasard, un organe irresponsable de décision. Croyons nous vraiment aucune organisation sociale en mesure d&#39;encourager les bons artistes et d&#39;évincer les mauvais? De reconnaître à telle invention, à telle idée, une valeur qui ne se manifeste que des années plus tard? Au fond, nous avons l&#39;intime conviction que l&#39;État est le dernier des imbéciles. L&#39;argent non plus n&#39;est pas réparti selon la justice, mais il l&#39;est au moins selon le hasard et la chance - et ce n&#39;est pas le désespoir institué que représenterait un État omnipotent. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;C&#39;est ainsi que viennent les jours de dépression. Il y a une heure, j&#39;ai visité, à Rome, un asile d&#39;aliénés, après quoi je suis entré dans une église. Pour que ce propos n&#39;ait pas l&#39;air d&#39;une pointe, je le dis d&#39;emblée: tout ce que j&#39;ai vu là m&#39;a rappelé notre situation. A sept, le médecin, moi et cinq grands gardiens, nous avons fait le tour du quartier d&#39;agités. Dans une cellule particulière, un homme nu, déchaîné; nous l&#39;avions entendu crier de loin déjà. Blond, musclé, la barbe pleine d&#39;une bave épaisse. Il faisait sans cesse le même mouvement, un mouvement semi-circulaire du torse avec un spasme de tous les muscles et toujours le même geste d&#39;une main, comme s&#39;il voulait expliquer quelque chose à quelqu&#39;un. Et il criait quelque chose que personne ne comprenait, toujours la même chose. Pour lui, c&#39;était sans doute quelque chose d&#39;important qu&#39;il lui fallait faire entendre, enfoncer à coups de marteau dans l&#39;oreille du monde, pour nous c&#39;était un cri broyé, informe. Là-dessus, je me suis retrouvé écoutant chanter des religieuses françaises. Une petite voix montait, hésitante, on ne savait si elle était jeune ou vieille, et les voix des sœurs la rejoignaient, la réchauffaient dans la froide incertitude du cosmos. Or, à deux pas devant moi, un homme chantait aussi béat, et démolissait tout. C&#39;était un de ces vieux qui ne peuvent &lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;maîtriser&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;, trois fois par jour, un besoin urgent de prier, et que le Dieu des catholiques est censé tant aimer. Tout le côté vieille fille paysanne, mal aéré, du catholicisme, m&#39;a assailli comme une odeur de moisi. De si méchants détours sont-ils nécessaires pour aboutir a cet instant de chant? Les détours sont-ils nécessaires? Les à-coups, les spasmes, l&#39;absence ou les changements de plan? Est-il absurde de ne choisir qu&#39;une partie, de n&#39;ouvrir qu&#39;un chemin ? Tout n&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;’&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt;advient-il que tout seul, n&#39;importe quand, accessoirement? Et jamais par le fait de la conscience et d&#39;une volonté rectiligne? J&#39;ai pensé au Giardino zoologico, guère éloigné de cette église: tout m&#39;apparaissait du même ordre. Un animal va et vient là sans relâche, va et vient. Enfermé sans barreaux. J&#39;ai vu cela hier. L&#39;homme n&#39;est-il pas, lui aussi, un animal jeté du cosmos dans cette cage? Enfermé sans barreaux? Qui va et vient ? Qui ne comprend pas pourquoi il ne peut pas sortir? Je &lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;réponds&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;&quot;&gt; sans aucune sentimentalité, froidement : oui. Toutefois cette trouvaille littéraire me gêne. La vieille envie me reprend de juger toutes choses vaines. Je bats en retraite. Mais la volonté je l&#39;ai toujours! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;   &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size:130%;&quot;&gt;Robert Musil, novembre 1913 &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot; align=&quot;justify&quot; lang=&quot;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;blogger-post-footer&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://feeds.feedburner.com/blogspot/JfSp&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://feeds.feedburner.com/~fc/blogspot/JfSp?bg=99CCFF&amp;amp;fg=444444&amp;amp;anim=0&quot; height=&quot;26&quot; width=&quot;88&quot; style=&quot;border:0&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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