<?xml version="1.0" encoding="UTF-8" standalone="no"?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0"><channel><title>Droit objectif</title><description></description><managingEditor>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</managingEditor><pubDate>Tue, 25 Mar 2025 04:05:02 +0100</pubDate><generator>Blogger http://www.blogger.com</generator><openSearch:totalResults xmlns:openSearch="http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/">63</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex xmlns:openSearch="http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/">1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage xmlns:openSearch="http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/">25</openSearch:itemsPerPage><link>http://droitobjectif.blogspot.com/</link><language>en-us</language><item><title>Députés ministres: quelles voies contentieuses?</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2024/07/deputes-ministres-quelles-voies.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Sun, 21 Jul 2024 23:29:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-1249757057762500783</guid><description>&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Les 17 "députés ministres" ont donc, comme c'était prévisible, pris part à l'élection du président de l'Assemblée nationale. Comme nous l'expliquions dans un &lt;a href="https://droitobjectif.blogspot.com/2024/07/trois-questions-sur-les-consequences-de.html" target="_blank"&gt;précédent billet&lt;/a&gt;, la licéité d'une telle manœuvre est loin de faire l'unanimité. Sans revenir sur cette question, on peut néanmoins s'intéresser sur ses possibles suites contentieuses. Il appert cependant que les voies de droit que les divers requérants pourraient tenter d'emprunter tiennent plus de l'impasse que du boulevard.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;I. La contestation de l'élection du président de l'Assemblée nationale&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Disons-le d'emblée, une telle contestation ne saurait être couronnée de succès.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Devant le &lt;b&gt;Conseil constitutionnel&lt;/b&gt;, la question a été posée en 1986, alors que la thèse de l'irrégularité pouvait néanmoins être sérieusement soutenue. Lors de l'élection, le 2 avril, du président de l'Assemblée nationale (le sempiternel Jacques Chaban-Delmas), les ministres du gouvernement Chirac, pourtant nommés moins d'un mois avant au gouvernement (le 20 mars) avaient démissionné de leur mandat de député et s'étaient fait remplacer par leurs suppléants, qui avaient donc pu voter (et ce alors que la présence d'un important groupe FN – déjà – risquait de compliquer les plans de la majorité). Un telle manœuvre avait suscité des rappels au règlement houleux dès l'ouverture de la séance (1). Mme Yann Piat, députée FN promise à un destin tragique, avait alors introduit un recours devant le Conseil constitutionnel tendant à ce que celui-ci déclare que les remplaçants des députés devenus ministres ne pouvaient participer au scrutin ayant abouti à la proclamation du Président de l'Assemblée nationale. Dans sa décision n° 86-3 ELEC du 16 avril 1986, le Conseil constitutionnel s'était déclaré incompétent pour connaître d'un tel recours.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Cette décision est somme toute logique, aucun texte ne conférant au Conseil une telle attribution – y compris par analogie ou par extension d'une voie de droit existante, puisque c'est souvent ainsi que le Conseil procède pour étendre sa compétence lorsqu'il le souhaite : par exemple, il rattache le contrôle des actes préalables aux élections des députés et sénateurs (le désormais bien connu "recours Delmas") à l'office que lui confère l'article 59 de la Constitution. On voit mal à quelle voie de droit existante rattacher le contentieux de l'élection du président de l'Assemblée nationale.&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Le Conseil constitutionnel aura sans doute l'occasion de réitérer sa jurisprudence de 1986, puisqu'il a été &lt;a href="https://x.com/MathildePanot/status/1814698229956546832"&gt;saisi&lt;/a&gt; &lt;a href="https://www.conseil-constitutionnel.fr/decisions/affaires-instances?id=32217" target="_blank"&gt;par les députés du NFP&lt;/a&gt; de la question de savoir si la participation des 17 "députés ministres" au scrutin du 18 juillet est licite ou non. On peut assez aisément prédire une décision d'incompétence. Du reste, une requête introduite par l'association "ADELICO" tendant à la contestation de l'élection de la présidente de l'Assemblée nationale a été assez &lt;a href="https://x.com/soufron/status/1814365799886229552"&gt;sèchement rejetée&lt;/a&gt; par un simple courrier du Secrétaire général du Conseil constitutionnel.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;(Digression: il n'est pas certain que le rejet sommaire d'une requête fantaisiste entre dans les fonctions du Sécrétaire général, telles que définies par les articles 2 et 3 du décret du 13 novembre 1959. Cependant une telle décision est elle-même insusceptible de tout recours.&amp;nbsp;En 1989, le Conseil d'Etat s'était ainsi déclaré incompétent pour connaître d'une requête dirigée contre une telle décision de rejet du Secrétaire général: v. CE, 7 juin 1989, &lt;i&gt;Front Calédonien,&lt;/i&gt;&amp;nbsp;n°101123, aux tables).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Un recours devant la &lt;b&gt;juridiction administrative &lt;/b&gt;pourrait-il alors être envisageable? Pas davantage. L'élection du président de l'Assemblée nationale n'est bien entendu pas au nombre des actes dont le juge administratif a compétence pour connaître. Le Conseil d'Etat, saisi en 2007 d'un référé liberté (!!!) par l'inénarrable – et un brin quérulent – René Georges Hoffer, avait, sans surprise, décliné sa compétence et rejeté la requête au tri (CE, 25 juillet 2007, n°307825). Il l'avait par ailleurs condamné à une amende pour recours abusif de 1000 euros: n'essayez donc pas ça chez vous.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;II. Une saisine aux fins de déclaration d'incompatibilité?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Une seconde option consisterait à saisir le Conseil, sur le fondement de l'article LO 151-2 C. élec., afin qu'il se prononce sur la situation des différents députés-ministres au regard de l'article 23 de la Constitution et de l'article LO 153 C. élec. Le Conseil serait invité à rendre une décision "I", selon la nomenclature de ses décisions. Une telle voie contentieuse n'est pas sans attrait, mais son intérêt en pratique risque d'être très limité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Tout d'abord, une telle saisine n'est ouverte qu'à un &lt;b&gt;nombre limité de personnes.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;N'importe quel quidam ne peut peut pas porter une telle question devant le Conseil constitutionnel: dès 1958, la Commission constitutionnelle provisoire – habilitée à exercer, dans l'attente de l'installation du Conseil, les fonctions de ce dernier en matière électorale – avait jugé que dans le cadre d'une réclamation dirigée contre l'élection d'un député, la situation d'incompatibilité dans laquelle se trouvait le député ne pouvait être invoquée (décision n° 58-193 AN du 6 janvier 1959). En 1987, le Conseil avait logiquement jugé qu'un particulier ne pouvait directement le saisir de la situation d'incompatibilité d'un député (décision n°87-6 I du 24 novembre 1987), position réitérée depuis (voir&amp;nbsp;décision n°2004-18 I du 4 novembre 2004).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Le Conseil constitutionnel ne peut en effet être saisi que par le &lt;b&gt;Bureau de l'Assemblée concernée&lt;/b&gt;; si celui-ci, saisi de l'incompatibilité, n'a pas émis de doute sur l'incompatibilité et saisi le Conseil, alors le &lt;b&gt;Garde des Sceaux&lt;/b&gt; ou le &lt;b&gt;député concerné&lt;/b&gt; peuvent le faire. Comme dans d'autres domaines (par exemple les irrecevabilités de l'article 40), le Conseil ne dispose donc que d'une compétence d'appel (décision n°76-3 I du 20 décembre 1976).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;En l'espèce, le Bureau étant majoritairement composé de membres du Nouveau Front populaire (13 membres sur 22), une telle saisine n'est pas – du moins politiquement – inenvisageable. Peut-elle être couronnée de succès ? Rien n'est moins sûr.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;En effet, le Conseil constitutionnel n'est appelé à se prononcer (depuis une loi organique de 2013, entrée en vigueur, pour l'Assemblée nationale, en 2017) que sur la compatibilité du mandat parlementaire avec les "activités professionnelles ou d'intérêt général (...) mentionnées par les députés dans la déclaration d'intérêts et d'activités" (article LO151-2). Cette déclaration, prévue à l'article LO 135-1 C. élec, doit être remise par le député à la HATVP dans les &lt;b&gt;deux mois&lt;/b&gt; qui suivent son entrée en fonctions. Il y a donc là deux problèmes. D'une part, il n'est absolument pas certain que les fonctions de membre du gouvernement (de surcroît démissionnaire!) entrent dans les "activités professionnelles" mentionnées à l'article LO 135-1 C. élec. Et pour cause: normalement le cumul député/ministre ne dure qu'un mois, sans droit de vote, et en pratique l'intéressé ne siège jamais. Il se fait remplacer au bout d'un mois par son suppléant, qui, lui, remet une déclaration à la HATVP et ainsi de suite. D'autre part, en principe la saisine du Conseil constitutionnel ne peut intervenir avant les deux mois qui suivent l'entrée en fonctions du député. Or il est à peu près évident que le gouvernement aura alors été remplacé avant cette échéance.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Bref, une décision "I" du Conseil sur la situation de MM. Attal, Darmanin et consorts apparaît hautement improbable. On pourrait cependant imaginer que le Conseil accepte d'être saisi &lt;i&gt;dès maintenant&lt;/i&gt;&amp;nbsp;par le Bureau de l'AN, en &lt;b&gt;créant&lt;/b&gt; une voie de recours spécifique&lt;b&gt; analogue&lt;/b&gt; à celle des décisions "I". Mais quand bien même (cela fait beaucoup de&lt;b&gt; "si" &lt;/b&gt;et de&lt;b&gt; "quand bien même"&lt;/b&gt;) il jugeait qu'il a compétence pour connaître d'un tel recours, il n'est pas certain qu'il constaterait l'incompatibilité.&amp;nbsp; Et pour cause: l'article LO 153 C. élect. dit clairement que l'incompatibilité ne prend pas effet lorsque le gouvernement est démissionnaire ! Il n'est pas douteux que les députés ministres puissent &lt;b&gt;siéger&lt;/b&gt;, la question étant de savoir s'ils peuvent &lt;b&gt;voter &lt;/b&gt;(je renvoie sur ce point à mon précédent billet). On est donc très loin du cas classique d'incompatibilité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Et quand bien même le Conseil constitutionnel acceptait, au fond, de déclarer que les ministres-députés sont dans une situation de simili-incompatibilité, et qu'ils n'avaient pu valablement voter le 18 juillet, cela ne remettrait pas en cause la validité des votes émis à l'occasion de l'élection de la présidente de l'Assemblée nationale. Les ministres députés auraient alors trente jours pour se défaire de leur fonction de ministre (mais on ne peut pas démissionner d'un gouvernement démissionnaire ! – on peut certes en être révoqué). A défaut, ils seraient déclarés démissionnaires d'office de leur mandat parlementaire par le Conseil constitutionnel (3e alinéa de l'art. 151-2 C. élec.).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Bref on est là au summum de l'imagination juridique. Tout ceci apparaît bien improbable.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;III. Une QPC soulevée à l'occasion d'un recours devant le juge administratif?&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Une dernière hypothèse peut-être envisagée (elle a notamment été soulevée par &lt;a href="https://x.com/julienbonnet30/status/1813531215007511023" target="_blank"&gt;Julien Bonnet sur Twitter&lt;/a&gt;): celle d'un recours devant la juridiction administrative, dirigé contre un acte quelconque d'un ministre député. On pourrait alors soit invoquer l'incompétence du ministre, soit à tout le moins demander au Conseil d'Etat de se prononcer sur la situation du ministre au regard des exigences constitutionnelles.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Paul Cassia a, semble-t-il, tenté &lt;a href="https://x.com/PaulCassia1/status/1813835044865159391"&gt;pareille approche&lt;/a&gt;&amp;nbsp;en attaquant un décret pris le 8 juillet au motif que M. Attal, ayant été élu député le 7, n'avait de ce fait plus compétence pour le signer. On notera qu'à cette date le gouvernement n'était pas démissionnaire et n'était donc pas astreint à la seule expédition des affaires courantes. Ce recours me semble avoir peu de chances de prospérer, car il est certain que l'article LO 153 C. élec lève l'incompatibilité du ministre élu député pendant un mois (v. Cons. const., décision n°75-821/822 AN du 28 janvier 1976). On voit mal le Conseil d'Etat affirmer qu'un Premier ministre élu député perd, de ce seul, fait sa compétence de Premier ministre – Elisabeth Borne, Jean-Marc Ayrault ou François Fillon, sans parler de Michel Rocard, Pierre Mauroy ou Raymond Barre ayant tous été élus députés alors qu'ils étaient Premiers ministres sans que personne ne songe à remettre en cause leur compétence pour prendre des décrets. – On se demande d'ailleurs qui, à part M. Attal, pouvait bien avoir compétence pour signer le décret du 8 juillet...&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Un tel recours serait-il davantage voué au succès s'agissant du ministre député d'un gouvernement démissionnaire? On peut en douter. A supposer même que le ministre député ait violé la Constitution en votant lors de l'élection du président de l'Assemblée nationale, cela n'aurait aucun impact sur sa compétence pour prendre les actes qui se rattachent à sa fonction de ministre, compétence certes restreinte à l'expédition des affaires courantes. (Bien entendu, si le ministre excède le strict cadre des affaires courantes, le juge administratif annulera l'acte, mais qu'il soit député ou non ne fera aucune différence). Quand bien même l'article LO 153 devait s'interpréter comme interdisant au ministre député de voter, cette disposition n'aurait en elle-même aucun impact sur l'étendue de sa compétence en tant que ministre, qui demeure régie par les articles 20 et 21 de la Constitution ainsi que par les "principes traditionnels du droit public". On voit mal, donc, ce que pourrait être l'apport du juge administratif au problème de la licéité du vote des ministres députés à l'élection du président de l'Assemblée nationale, dès lors que le moyen tiré de la violation de l'article LO 153 – voire de l'article 23 – serait sans aucun doute jugé inopérant.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Demeure une possibilité: qu'à l'occasion d'un tel recours, une QPC soit soulevée devant le juge administratif invoquant la contrariété à l'article 23 de la Constitution de la dernière phrase de l'article LO 153, du moins dans l'interprétation de cette disposition qui permet aux députés membres d'un gouvernement démissionnaire de voter à l'Assemblée. Est-ce là une piste sérieuse? On peut en douter.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Tout d'abord, encore faut-il que la disposition contestée (ici la dernière phrase de l'article LO 153 C. élec ainsi que, de manière spéculaire, celle de l'article 1er de l'ordonnance 58-1099 du 17 novembre 1958) soit &lt;b&gt;applicable au litige&lt;/b&gt;. Dès lors que le litige porte sur la compétence du ministre et que la disposition contestée n'a, on l'a vu, aucune conséquence sur cette dernière, on comprendrait mal que le critère de l'applicabilité au litige soit considéré comme rempli.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Ensuite, à supposer même que ce premier obstacle soit surmonté, encore faut-il que soit alléguée ici l'atteinte à un &lt;b&gt;droit ou une liberté&lt;/b&gt; que la Constitution garantit (article 61-1 de la Constitution). Or la &lt;b&gt;&lt;i&gt;violation de l'article 23&lt;/i&gt; &lt;/b&gt;de la Constitution ne porte par elle-même atteinte à aucun droit et liberté. Il en va de même de la violation de la &lt;i&gt;&lt;b&gt;séparation des pouvoirs&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;, qui ne peut être invoquée de façon autonome en QPC : "La méconnaissance du principe de séparation des pouvoirs ne peut être invoquée à l'appui d'une question prioritaire de constitutionnalité que dans le cas où cette méconnaissance affecte par elle-même un droit ou une liberté que la Constitution garantit." (Cons. const., décision n°2016-555 QPC du 22 juillet 2016, solution réitérée dans récemment dans la décision n°2023-1046 QPC, &lt;i&gt;Eric D.&lt;/i&gt;). La violation de la séparation des pouvoirs ne saurait donc constituer par elle-même une atteinte aux droits et libertés. Enfin on pourrait invoquer une violation du&lt;b&gt; &lt;i&gt;principe d'égalité&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; (entre députés et députés-ministres), mais le problème vient de ce que des personnes placées dans une situation différente (certains sont simples députés, d'autres sont également ministres) soient l'objet d'un traitement identique (même droit de vote): or le principe d'égalité tel qu'interprété tant par le Conseil constitutionnel (décision n° 85-200 DC du 16 janvier 1986) que par le Conseil d'Etat (CE, Ass., 28 mars 1997, &lt;i&gt;Sté Baxter&lt;/i&gt;) n'exige nullement que des situations différentes reçoivent un traitement différent...&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;J'ajoute que quand bien même le Conseil d'Etat et/ou le Conseil constitutionnel donnaient gain de cause au requérant (ce qui est très improbable), cela ne remettrait derechef pas en cause la validité des votes émis lors des scrutins du 18 juillet dernier...&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: center;"&gt;***&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Les différentes voies contentieuses explorées dans ce billet paraissent donc semées d'embûches et elles risquent fort de déboucher en définitive sur un cul-de-sac. Tant que les textes ne donneront pas compétence au Conseil constitutionnel pour connaître des recours contre les procédures internes aux Chambres du Parlement (qu'il s'agisse de l'élection du Président ou encore des&amp;nbsp;&lt;a href="https://www.legreci.fr/les-motifs-des-propositions/102-cc-juge-dappel-des-sanctions-disciplinaires/"&gt;sanctions disciplinaires&lt;/a&gt;), le Conseil se montrera forcément frileux. Il en ira &lt;i&gt;a fortiori &lt;/i&gt;de même du Conseil d'Etat, qui n'approche les actes des assemblées parlementaires qu'avec une extrême circonspection (pour quelques nuances récentes, cependant, v.&amp;nbsp;CE Ass., 11/10/2023, &lt;i&gt;Syndicat de la magistrature, &lt;/i&gt;n°472669; ou encore CE,&amp;nbsp;13 décembre 2017, &lt;i&gt;Président du Sénat,&lt;/i&gt;&amp;nbsp;n°411788). La période qui s'ouvre pourrait néanmoins nous réserver quelques surprises: c'est dans ces contextes de majorités introuvables, d'expérimentation politique, d'incertitude normative et de remise en question de précédents et de coutumes établies que le droit, souvent, se révèle être "la plus puissante des écoles de l'imagination".&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;---&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;(1) V. JO Débats AN, 3 avril 1986, p. 44-45 (rappel au règlement de M. Martinez) et p. 47 (rappels au règlement de MM. Joxe et Arrighi). Le problème se présentait de la manière suivante: d'une part, en vertu de l'article LO 153 (désormais bien connu), le député nommé ministre dispose d'un délai d'option d'un mois et ne peut se faire remplacer pendant ce délai; d'un autre côté l'article LO176, dans sa rédaction alors en vigueur, disposait qu'en cas de scrutin de liste – qui, comme on le sait, avait été mis en œuvre lors des élections de 1986 – la vacance du député pour quelque cause que ce soit entraînait son remplacement par le prochain sur la liste (alors qu'aujourd'hui, la démission du député provoquerait, sauf dans certains cas énumérés aux article LO 176 et LO 178, une élection partielle). Il y avait donc clairement à l'époque (ce n'est plus le cas aujourd'hui) un conflit entre LO 153 (interdisant le remplaçant du député nommé ministre) et LO 176 (autorisant alors le remplacement du député démissionnaire), de sorte que l'irrégularité n'était pas, comme je l'indiquais dans une précédente version de ce billet, manifeste. – Par ailleurs, l'article 6 du Règlement de l'Assemblée interdisait alors aux députés dont l'élection était contestée devant le Conseil constitutionnel de démissionner avant que celui-ci ne se soit prononcée (et plusieurs ministres étaient dans cette situation). Cette disposition a été supprimée en 2009 (et j'avoue l'avoir complètement oubliée). Ce dernier argument a été soulevé lors des rappels au règlement susmentionnés, mais il n'apparaît pas dans la requête de Mme Piat, du moins d'après le procès-verbal de délibération du Conseil&amp;nbsp; –&amp;nbsp; Je remercie @jojo_le_poisson d'avoir attiré mon attention sur ce dernier point.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Trois questions sur les conséquences de la démission du gouvernement</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2024/07/trois-questions-sur-les-consequences-de.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Thu, 18 Jul 2024 01:33:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-69819998795497112</guid><description>&lt;p style="text-align: justify;"&gt;La période actuelle(1) a ceci d’intéressant que certains aspects des plus anodins ou des plus obscurs de la vie politique et institutionnelle, auxquels les manuels ne consacrent généralement que quelques lignes, prennent soudain une importance démesurée. Les médias s’en font l’écho à longueur de pages ou de sujets télévisés ; les juristes – principalement les constitutionnalistes – connaissent leur quart d’heure de gloire, en dépit d’une incapacité à s’accorder sur une position commune qui les rendrait presque comparables aux leaders du Nouveau Front populaire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce fut, dès 2019, puis en 2023 et en 2024, le référendum d’initiative populaire ; puis le périmètre des projets de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale ; et enfin, la jurisprudence sur les cavaliers législatifs. Aujourd’hui, alors que le président de la République a pris le 16 juillet, un décret mettant fin aux fonctions du président du Gouvernement Attal, c’est au tour de la situation du gouvernement démissionnaire d’être placée sous les feux de la rampe et de tenir en haleine l’opinion. D’ordinaire, il n’y a là rien qui puisse passionner les foules : le gouvernement démissionnaire ne demeure en fonctions que quelques jours – le nouveau gouvernement étant nommé presque immédiatement après (y compris lorsque, comme ce fut le cas au début de l’année, les secrétaires d’Etat et ministres délégués ne sont nommés que dans un second temps). Or la situation est exceptionnelle : la France risque de connaître un scénario que connaissent bien ses voisins européens, à savoir une longue période de transition destinée à faire émerger un consensus (ou pas) entre les partis sur le nouveau gouvernement. &lt;a href="https://blog.juspoliticum.com/2024/07/15/le-president-manque-aux-devoirs-de-sa-charge-par-pierre-avril/" target="_blank"&gt;Un auteur éminent&lt;/a&gt; s’est d’ailleurs élevé contre cet abandon par le Président de son pouvoir d’initiative, puisqu’il dispose en droit du pouvoir discrétionnaire de nommer la personne de son choix. Il demeure que cet entre-deux est voué à durer et qu’il soulève un certain nombre de questions épineuses.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;I. Le président de la République peut-il refuser la démission du Premier ministre ?&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Oui, sauf dans une hypothèse bien précise.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le refus par Emmanuel Macron de la démission d’Elisabeth Borne en juin 2022 puis de celle de Gabriel Attal le 8 juillet dernier a fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses &lt;a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/07/12/elections-legislatives-refuser-la-demission-du-premier-ministre-traduit-un-refus-voire-un-deni-du-resultat_6249246_3232.html" target="_blank"&gt;condamnations&lt;/a&gt;. D’une part parce que la démission du gouvernement à la suite d’une élection présidentielle ou législative est une tradition républicaine bien ancrée ; d’autre part et surtout parce qu’il semble problématique d’accorder au président de la République le pouvoir de refuser la démission de son Premier ministre.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pourtant, d'un point de vue strictement juridique, il n’y a là rien d’ahurissant.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L’article 8 de la Constitution dispose que le président de la République met fin aux fonctions du Premier ministre sur présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. L’article 19 dispense cet acte de contreseing (primo-)ministériel.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C’est bien le président de la République qui &lt;i&gt;met fin&lt;/i&gt; aux fonctions du chef du gouvernement ; la démission de ce dernier n’en constitue qu’une condition (nécessaire). L’acte qui met fin aux fonctions du Premier ministre et du gouvernement c’est le décret présidentiel. Si le Premier ministre ne présente pas la démission de son gouvernement, alors le président de la République ne peut pas mettre fin à ses fonctions ; mais le président n’est jamais tenu d’accepter cette démission – du moins juridiquement ; politiquement c’est bien sûr une autre affaire. Dans l’hypothèse contraire, cela voudrait dire que c’est le Premier ministre qui, de fait, met fin à ses propres fonctions et à celles de son gouvernement. De surcroît, le fait que le décret du président de la République soit dispensé de contreseing implique par nature un usage discrétionnaire.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Tant, par conséquent, que le Président n’a pas pris ce décret, le gouvernement n’est pas démissionnaire.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a néanmoins, on l’a annoncé, une exception : l’hypothèse dans laquelle cette démission est provoquée par la mise en cause de la responsabilité du gouvernement par l’Assemblée nationale (rejet d’une question de confiance, adoption d’une motion de censure). Dans ce cas, le célèbre arrêt d’assemblée &lt;i&gt;Brocas&lt;/i&gt; du Conseil d’Etat du 19 octobre 1962 indique que le gouvernement est démissionnaire dès l’adoption de la motion de censure ou le rejet de la confiance, le refus par le président de la République de prendre le décret mettant fin à ses fonctions n’ayant aucune incidence à cet égard.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;II. A partir de quelle date le gouvernement est-il démissionnaire ? et jusqu’à quand expédie-t-il les affaires courantes ?&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le gouvernement de M. Attal doit-il être réputé démissionnaire à compter de la remise par celui-ci de sa lettre de démission au président de la République ? ou bien à compter de la signature du décret présidentiel ?&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Si l’on suit le raisonnement tenu plus haut, il apparaît que seule la deuxième hypothèse est recevable. Dès lors que seul le président de la République est habilité (sauf en cas de démission provoquée) à mettre fins aux fonctions du gouvernement, celui-ci doit être réputé démissionnaire à compter de la prise du décret présidentiel. Si on devait admettre que c’est à compter la présentation de la lettre de démission que le gouvernement est démissionnaire (ce qui impliquerait l’impossibilité de fait pour le Président de la refuser, v. &lt;i&gt;supra &lt;/i&gt;&lt;b&gt;I&lt;/b&gt;), alors il faudrait conclure que le gouvernement de Mme Borne a été démissionnaire dès le 21 juin 2022, date à laquelle la Première ministre avait présenté la démission de son gouvernement, refusée par M. Macron. Cela semble un peu problématique (des centaines d'actes verraient leur légalité fragilisée!). C’est bien la signature du décret mettant fin aux fonctions du gouvernement qui permet de dater le caractère démissionnaire du gouvernement. On pourrait à la rigueur soutenir que le décret produit rétroactivement ses effets à la date de la lettre de démission, mais rien dans le texte de la Constitution ne permet justifier une construction aussi baroque.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le Conseil d’Etat a d’ailleurs explicitement fixé le terme des pouvoirs normaux du gouvernement à la prise de l’acte du Président de la République, dans son arrêt &lt;i&gt;Commune de Pomerol &lt;/i&gt;du 20 janvier 1988. La Haute juridiction était saisie d’un recours attaquant un décret pris par Pierre Mauroy le 17 juillet 1984, journée au cours de laquelle 1/ il avait présenté sa lettre de démission 2/ le Président l’avait acceptée et 3/ son successeur Laurent Fabius avait été nommé. Le Conseil d’Etat indique : « si le gouvernement a démissionné le 17 juillet 1984, date de l'arrêté &lt;i&gt;[sic]&lt;/i&gt; attaqué, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces signatures aient été données après que le Président de la République ait &lt;i&gt;[re-sic !]&lt;/i&gt; mis fin aux fonctions du gouvernement sur présentation de sa démission par le Premier Ministre ». C’est bien l’acte pris par le Président de la République qui permet de dater la fin de l’exercice par le gouvernement de sa pleine et entière compétence. En l’espèce l’acte litigieux (un décret portant changement de nom d’une commune) rentrait néanmoins clairement dans la catégorie des affaires courantes, mais en tout état de cause il n’avait pas été besoin de rechercher si c’était le cas ou non dès lors qu’il avait été pris avant la signature du décret présidentiel.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A compter donc de la signature du décret présidentiel, le gouvernement est démissionnaire et &lt;a href="https://www.leclubdesjuristes.com/politique/un-gouvernement-des-affaires-courantes-que-dit-le-droit-6571/" target="_blank"&gt;expédie « les affaires courantes » &lt;/a&gt;(CE, Ass., 4 avril 1952, &lt;i&gt;Syndicat régional des quotidiens d'Algérie&lt;/i&gt; ; arrêt &lt;i&gt;Brocas&lt;/i&gt; précité). L’ensemble des actes pris par le Premier ministres et/ou les ministres (voire les décrets en Conseil des ministres) qui excèdent l’expédition des affaires courantes sont de ce seul fait illégaux car pris par une autorité incompétente.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le gouvernement demeure en fonctions – avec cette compétence réduite – jusqu’à la publication du décret nommant le nouveau gouvernement (CE, 21 décembre 1994, &lt;i&gt;Sté des grands magasins Galeries Lafayette&lt;/i&gt;). La nomination du nouveau Premier ministre n’interrompt pas cette période car, hormis pour ce qui concerne les rares actes du Premier ministres dispensés de contreseing (par exemple les arrêtés nommant les membres du cabinet), les actes du nouveau Premier ministre sont contresignés par un ministre démissionnaire : ces actes doivent donc être pris pour la seule expédition des affaires courantes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;On notera enfin que le nouveau gouvernement commence à exercer sa compétence à compter de la signature du décret de nomination (CE, 10 janvier 1958, &lt;i&gt;Sieur Deville&lt;/i&gt;), ce qui implique qu’entre la signature de ce décret et sa publication, il y a pour chaque portefeuille, deux ministres, l’un gérant les affaires courantes, l’autre de plein exercice !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;III. Les membres d’un gouvernement démissionnaire qui ont été élus députés peuvent-ils siéger et voter à l’Assemblée nationale ?&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;17 membres du gouvernement Attal (et pas des moindres) ont été élus députés aux élections législatives du 30 juin et du 7 juillet dernier – et, à l’heure où ont été écrites ces lignes, s’apprêtaient à prendre part aux opérations de vote à l’Assemblée nationale à l’ouverture de la session « de droit » le 18 juillet. Cela a soulevé un tollé chez les constitutionnalistes et a sans doute suscité l’incompréhension de l’opinion.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Même si, chez de nombreux de nos voisins, les ministres siègent au Parlement – c’est même, au Royaume-Uni par exemple, une exigence constitutionnelle –, chez nous, l’article 23 de la Constitution est clair : « &lt;i&gt;Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire&lt;/i&gt; ». Il semble donc ahurissant que des personnes qui sont toujours membres du gouvernement, fût-il démissionnaire, – et qui sont appelés à le rester pendant plusieurs semaines – siègent et votent dans l’une des chambres du Parlement.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pourtant la question est plus complexe qu’il n’y paraît. Tout dépend en définitive de l’interprétation que l’on doit faire de l’article LO 153 du Code électoral, qui reprend les dispositions de l’article 1er de l’ordonnance du 17 novembre 1958 portant loi organique pour l’application de l’article 23 de la Constitution. Cet article dispose : « &lt;i&gt;L’incompatibilité établie par [l’] article 23 [de la Constitution] entre le mandat de député et les fonctions de membre du Gouvernement prend effet à l'expiration d'un délai d’un mois à compter de la nomination comme membre du Gouvernement. Pendant ce délai, le député membre du Gouvernement ne peut prendre part à aucun scrutin et ne peut percevoir aucune indemnité en tant que parlementaire. &lt;b&gt;L'incompatibilité ne prend pas effet si le Gouvernement est démissionnaire avant l'expiration dudit délai.&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comment interpréter cet article LO153 et notamment sa dernière phrase ? Ici quatre interprétations – pour certaines incompatibles entre elles – peuvent être défendues.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;u&gt;&lt;b&gt;A/&lt;/b&gt; Interprétation reçue, défendue par le Gouvernement&lt;/u&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Selon la première interprétation, il résulte des deux premières phrases de LO153 que la privation du droit de vote et (depuis 2013) de l’indemnité n’est que la conséquence logique de la prise d’effet au bout d’un mois de l’incompatibilité. Pendant le délai d’option d’un mois, le ministre-député siège bien au Parlement, mais – sauf s’il renonce à son poste de ministre entretemps – la prise d’effet prochaine de l’incompatibilité l’empêche de prendre part aux votes.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En revanche, dès lors que, lorsque le gouvernement est démissionnaire, l’incompatibilité n’est jamais vouée à prendre effet : il n’y a pas donc lieu de priver le ministre-député du droit de prendre part aux votes. Par ailleurs non seulement l’incompatibilité ne prenant pas effet, le ministre-député ne peut se faire remplacer par son suppléant, mais s’il démissionne de son mandat de député, il provoque une élection partielle (art. LO178 C. élec.). La dernière phrase de l’article LO153 doit donc s’interpréter comme permettant à un ministre élu député de prendre part aux votes lorsque le gouvernement est démissionnaire. C’est l’interprétation défendue par le Gouvernement actuel à l’appui de la participation de ses membres qui ont été élus députés aux votes pour l’élection du Président de l’Assemblée nationale et du Bureau.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette interprétation peut se prévaloir d’un précédent historique. En 1988, le gouvernement Rocard I, démissionnaire le 23 juin, voit ceux de ses membres qui ont été élus députés voter le même jour pour le président de l'Assemblée, dans un contexte tendu de majorité relative (2)&amp;nbsp; ; le gouvernement Rocard II n'entre en fonctions que le 28 juin.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;u&gt;&lt;b&gt;B&lt;/b&gt;/ Inapplicabilité de LO153 au cas du ministre élu député&lt;/u&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Selon cette seconde interprétation, l’article LO153 n’est applicable qu’au cas du député nommé ministre (puisque le délai d’un mois au terme duquel l’incompatibilité prend effet est computé à compter de la nomination au gouvernement). Cet article n’est pas applicable à la situation du ministre élu député.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans ce dernier cas, la règle générale de l’article 23 de la Constitution s’applique. Le ministre (même d’un gouvernement démissionnaire) élu député devrait être immédiatement remplacé par son suppléant, fût-ce pour quelques semaines seulement (puisqu’une fois que le nouveau gouvernement aura pris ses fonctions, le nouveau ex-ministre reprendra son poste au bout d’un mois, v. art. LO176 C. élec.).&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette interprétation a le mérite de la simplicité : dès lors que l’article LO153 est inapplicable au cas de MM. Attal, Darmanin et consorts, il n’y a en réalité pas lieu de s’interroger sur le sens de la dernière phrase de cet article. Dès lors qu’ils doivent être remplacés par leurs suppléants, ils ne peuvent donc de toute façon voter à l’ouverture de la session.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La pratique semble toutefois n’avoir pas fait sienne cette interprétation. A plusieurs reprises il a été procédé, tant à l’Assemblée qu’au Sénat, à une analogie entre le député nommé ministre et le ministre élu député, de manière à appliquer à ce dernier l’article L0153 – le délai d’un mois étant computé à compter du jour de l’élection. Ainsi (exemple parmi d'autres) le 19 septembre 1965, Roger Frey, ministre de l’Intérieur du gouvernement Pompidou II, est élu député à la faveur d’une élection partielle. Le délai d’un mois lui est appliqué à compter de son élection, délai au cours duquel il ne prend pas part aux votes ; il est remplacé à l’Assemblée le 20 octobre 1965 par son suppléant (JO Débats AN, 21 oct. 1965, p. 3880).&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette pratique a été poursuivie (sans exception à notre connaissance) depuis lors (3). Elle a incidemment consacrée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 75-821/822 AN du 28 janvier 1976 : « &lt;i&gt;en raison, notamment de l'option qui est offerte au candidat proclamé élu, à l'issue d'un délai d'un mois, [l’élection d’un ministre à l’Assemblée] ne saurait être regardée comme ayant pour effet d'assurer une élection directe du remplaçant du candidat &lt;/i&gt;».&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;u&gt;&lt;b&gt;C&lt;/b&gt;/ Inconstitutionnalité de la dernière phrase de l’article LO153&amp;nbsp;&lt;/u&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Selon cette troisième interprétation, à supposer que l’interprétation A/ ci-dessus soit correcte, alors la dernière phrase de l’article LO 153 est forcément contraire à l’article 23 de la Constitution, qui pose une interdiction sans exception : là où la Constitution ne distingue pas, la loi organique ne saurait distinguer. On ne saurait admettre qu’un ministre (même appartenant à un gouvernement démissionnaire) élu député puisse n’être pas placé en position d’incompatibilité, et puisse ainsi voter comme n’importe quel député. Le précédent de 1988, quoique conforme à la loi organique, n'en est pas moins contraire à la Constitution.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le Conseil constitutionnel n’a cependant jamais eu l’occasion de se prononcer sur cette question. La dernière phrase de l’article LO153 a été introduite par l’ordonnance du 17 novembre 1958 précitée, prise sur le fondement de l’article 92 de la Constitution, et non soumise alors au contrôle du Conseil constitutionnel (puisque non seulement rien ne prévoyait ce contrôle, mais le Conseil n’était pas encore entré en fonctions) ; puis elle fut codifiée en 1964 par un décret (sur lequel le Conseil d’Etat ne s’est à notre connaissance pas prononcé au contentieux) et n’a pas été modifiée depuis. Il semble peu probable que le Conseil constitutionnel soit amené à statuer sur cette question : il est ainsi incompétent pour statuer sur la validité des élections du Président et du Bureau de l’Assemblée (décision n° 86-3 ELEC du 16 avril 1986) et ne peut donc pas &lt;i&gt;a fortiori &lt;/i&gt;se prononcer sur la validité des votes émis à cette occasion. Et même si – par hypothèse hautement improbable – il devait être saisi, par exemple, par le Bureau de l’Assemblée de la situation d’incompatibilité de MM. Attal ou Darmanin, l’incompatibilité parlementaire/membre du gouvernement n’est pas au nombre de celles pour lesquelles le Code électoral (art. L0151-1 et sq.) prévoit l’intervention possible du Conseil.&amp;nbsp; (Et pour cause : en situation ordinaire, l’incompatibilité est tellement évidente qu’il n’y a nul besoin que le juge constitutionnel se prononce à son sujet).&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;u&gt;&lt;b&gt;D&lt;/b&gt;/ Dissociation de l’incompatibilité et de la privation du droit de vote&lt;/u&gt;.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette interprétation, défendue notamment par Julien Boudon, est, en réalité, celle qui est le plus de nature à contrecarrer l’interprétation &lt;b&gt;A/&lt;/b&gt; plus haut. Hors cas du gouvernement démissionnaire, l'article LO 153 pose en réalité deux règles : &lt;b&gt;1/&lt;/b&gt; &lt;i&gt;(première phrase de l’article)&lt;/i&gt; l’incompatibilité prend effet au bout d’un mois : il n’y a donc pas d’incompatibilité avant ce terme, ce qui explique que si l’intéressé démissionne du gouvernement avant le délai d’un mois, il peut recouvrer directement son poste de député sans passer par la case « remplacement par le suppléant » ;&lt;b&gt; 2/&lt;/b&gt; &lt;i&gt;(deuxième phrase de l’article)&lt;/i&gt; le ministre-député est privé du droit de prendre part au vote et des indemnités. Ces deux règles sont indépendantes l’une de l’autre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans le cas du gouvernement démissionnaire, il est seulement dérogé à la règle &lt;b&gt;1/&lt;/b&gt;: n’étant placé dans aucune situation d’incompatibilité, le ministre député peut donc siéger à l’Assemblée, et ce pour une durée indéterminée, que n’interrompt pas la nomination du gouvernement suivant. Mais dans le silence du texte, la règle&lt;b&gt; 2/&lt;/b&gt; continue de s’appliquer au ministre député, qui est donc privé du droit de vote jusqu’à ce qu’il cesse d’être membre du gouvernement, ce dernier fût-il démissionnaire.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette interprétation, la plus rigoureuse pour le Gouvernement, rend impossible tout à la fois au ministre député d’un gouvernement démissionnaire de se faire remplacer par son suppléant et de prendre part aux votes.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En définitive, aucune des quatre interprétations n’emporte véritablement la conviction : A/ repose sur un interprétation assez intuitive du texte, mais paraît fort opportuniste ; B/ semble avoir été démentie par la jurisprudence du Conseil constitutionnel ; C/ est peut-être juste, mais platonique ; D/, qui n’est pas dénué de logique, et que l’auteur de ces lignes avoue trouver très séduisante, est sans doute trop frileuse à l’interprétation téléologique (à quoi bon faire siéger indéfiniment un député sans qu’il ne puisse ni voter, ni se faire remplacer ?). Il faut donc se résoudre au fait que, l’article LO153 C. élec. (comme de nombreuses autres dispositions de ce Code) étant si mal rédigé qu’il approche de la malfaçon législative, son « sens véritable » est très certainement introuvable. Face à un cas topique d’indétermination – ou de sous-détermination – du droit, la prudence et le sens de la nuance paraissent particulièrement nécessaires au juriste – même si, par les temps qui courent, ces qualités sont de moins en moins partagées de ses contemporains.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;–––––––&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;(1)&amp;nbsp; L’auteur souhaiterait adresser ses remerciements les plus sincères à Julien Boudon, Serge Slama, Gilles Dumont, Ulysse Lévy-Bruhl, ainsi qu’un utilisateur nommé @jojo_le_poisson pour les discussions menées sur le réseau social Twitter, qui ont grandement contribué à faire avancer sa réflexion.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;(2)&amp;nbsp;&amp;nbsp; Laurent Fabius fut néanmoins élu au perchoir dès le deuxième tour grâce au retrait du candidat communiste, en dépit du refus du groupe communiste d’appartenir à la majorité (v. JO Débats AN, 24 juin 1985, p. 325).&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;(3) Par exemple, Elisabeth Borne, élue députée le 19 juin 2022, et dont le mandat commençait le 22, a été remplacée le 23 juillet par son suppléant (JO Débats AN, 24 juillet 2022, p. 2889). Le cas de figure demeure rare, dès lors notamment que, le gouvernement démissionnant traditionnellement au début de la législature et étant reconduit dans la foulée, l'hypothèse "normale" de LO 153 (député nommé ministre) s'applique.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Réflexions hâtives sur la notion de "réforme" et le référendum d'initiative partagée. </title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2023/04/reflexions-hatives-sur-la-notion-de.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Sat, 15 Apr 2023 12:02:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-6703921526763152007</guid><description>&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Le Conseil constitutionnel a donc rendu hier, vendredi 14 avril, deux décisions très attendues: la décision 2023-849 DC sur la Loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023 (LFRSS) et la décision 2023-4 RIP sur la Proposition de loi, transmise le 20 mars au Conseil par la présidente de l'Assemblée nationale visant à affirmer que l’âge légal de départ à la retraite ne peut être fixé au-delà de 62 ans. Il y aurait beaucoup à dire sur la première décision, mais c'est la deuxième qui va nous intéresser ici. Le Conseil constitutionnel a en effet rendu une décision de non-conformité, mettant ainsi fin au processus qui aurait pu conduire, après une période de 9 mois destinée à recueillir le soutien 1/10e du corps électoral, à une adoption par le Parlement ou, à défaut de l'examen par chacune de ses chambres du texte au cours des 6 mois suivant la fin de la période de recueil des soutiens, à une adoption par référendum.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Comme on le sait, les parlementaires de gauche, anticipant une telle décision, ont déposé, au Sénat, une deuxième proposition de loi RIP, différente de la première. On peut se demander, pourtant, si ce "RIP 2" n'est pas tout autant condamné à l'échec que le "RIP 1". Je n'ai bien sûr aucune certitude et les décisions d'hier ont montré que &lt;b&gt;bien fol est celui qui prétend prédire avec certitude les décisions du Conseil constitutionnel&lt;/b&gt;. Il s'agira donc uniquement de quelques éléments de réflexion à la lumière de la décision 2023-4 RIP rendue hier.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3 style="text-align: justify;"&gt;Une "réforme"&lt;/h3&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Le Conseil constitutionnel a jugé hier que la proposition de loi RIP 1 ne constituait pas une "réforme" au sens de l'article 11 de la Constitution. Qu'est-ce à dire?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;L'article 11, al. 3 de la Constitution dispose:&lt;/p&gt;&lt;blockquote style="border: none; margin: 0px 0px 0px 40px; padding: 0px;"&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Un référendum portant sur &lt;b&gt;un objet mentionné au premier alinéa&lt;/b&gt; peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d'une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;"L'objet mentionné au premier alinéa" de l'art. 11 peut être de multiples sortes, mais nous retiendra ici l'objet qui était celui de la proposition de loi (selon ses auteurs); une "&lt;i&gt;&lt;b&gt;réforme&lt;/b&gt;&amp;nbsp;relative à la &lt;b&gt;politique &lt;/b&gt;économique,&amp;nbsp;&lt;b&gt;sociale&lt;/b&gt;&amp;nbsp;ou environnementale de la nation".&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;span style="text-align: left;"&gt;La proposition de loi RIP 1 comportait en effet un article unique ainsi rédigé:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote style="border: none; margin: 0px 0px 0px 40px; padding: 0px;"&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;L’âge d’ouverture du droit à une pension de retraite mentionné au premier alinéa de l’article L. 351‑1 du code de la sécurité sociale, à l’article L. 732‑18 du code rural et de la pêche maritime, au 1° du I de l’article L. 24 et au 1° de l’article L. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite ne peut être fixé au‑delà de soixante‑deux ans.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Saisi d'une telle proposition de loi doit, en vertu du de l'article 45-2 de l'ordonnance du 7 novembre 1958, article introduit par la loi organique du 6 décembre 2013, effectuer un certain nombre de vérifications:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;blockquote style="border: none; margin: 0px 0px 0px 40px; padding: 0px;"&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Le Conseil constitutionnel vérifie, dans le délai d'un mois à compter de la transmission de la proposition de loi :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote style="border: none; margin: 0px 0px 0px 40px; padding: 0px; text-align: left;"&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;(...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;2° Que son objet respecte les conditions posées aux troisième et sixième alinéas de l'article 11 de la Constitution, les délais qui y sont mentionnés étant calculés à la date d'enregistrement de la saisine par le Conseil constitutionnel ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;3° Et qu'aucune disposition de la proposition de loi n'est contraire à la Constitution.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Je reviendrai plus loin sur certains aspects de cette procédure. Ici, le Conseil a, en application du 2° de cet article, vérifié que la proposition de loi portait bien sur une "réforme de la politique sociale de la nation". Qu'elle porte sur la politique sociale ne faisait aucun doute. En revanche, comme l'affirmait le gouvernement dans ses observations, la proposition de loi RIP ne modifiait pas à la date de la saisine (ni même à la date de la décision, j'y reviendrai) l'état actuel du droit. Et pour cause! la LFRSS n'avait, à cette date, été promulguée (elle l'a été hier soir) et donc l'âge légal de départ à la retraite était bien, en vertu des dispositions alors contenues des le Code de la sécurité sociale, de 62 ans. Le RIP1 ne faisait donc que "réaffirmer" l'état actuel du droit, et ne le modifiait pas. Le gouvernement, dans ses observations, s'était&amp;nbsp; placé sur le terrain de l'absence de valeur normative de loi, et il n'a pas été suivi sur ce point. En revanche il soulignait que ce RIP ne constituait pas davantage une "réforme" au sens de l'article 11, puisqu'une réforme suppose un changement du droit. Le Conseil a fait droit à cet argument:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;blockquote style="border: none; margin: 0px 0px 0px 40px; padding: 0px; text-align: left;"&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;7. A la date à laquelle le Conseil constitutionnel a été saisi de cette proposition de loi, l’article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale prévoit que l’âge d’ouverture du droit à une pension de retraite mentionné à ces mêmes dispositions est fixé à soixante-deux ans.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;8. Ainsi, à la date d’enregistrement de la saisine, la proposition de loi visant à affirmer que l’âge légal de départ à la retraite ne peut être fixé au-delà de 62 ans n’emporte pas de changement de l’état du droit. (...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;10. Dès lors, elle ne porte pas, au sens de l’article 11 de la Constitution, sur une « réforme » relative à la politique sociale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Cette décision est intéressante à plusieurs titres. Elle invite notamment à remettre sur le métier les interrogations soulevées par la précédente décision 2022-3 RIP, dont j'avais soutenue qu'elle devait être comprise comme limitée à la matière fiscale: d'après le Commentaire (car le raisonnement tenu dans la décision est implicite, voir cryptique), le Conseil constitutionnel aurait en effet jugé que pour être une "réforme" relative à la politique économique de la Nation, une mesure fiscale devait comporter une réforme d'ampleur de la structure de la fiscalité. On pouvait se demander si cela était propre à la matière fiscale ou bien si toute "réforme" au sens de l'article 11 devait être une modification d'ampleur de l'état du droit. Dans la décision d'hier, le Conseil n'a pas indiqué que pour être une réforme, une proposition de loi RIP devait entraîner des modifications structurelles ou ambitieuses du droit (en l'espèce du droit social); il a uniquement indiqué qu'elle devait entraîner... une modification du droit. Cependant il est tout à fait possible qu'il faille tenir un argument &lt;i&gt;a fortiori: &lt;/i&gt;si une réforme est une modification d'ampleur, alors a fortiori une proposition qui ne modifie rien n'est pas une réforme. Mais c'est le cas, alors tout RIP en matière économique, sociale et environnementale est, dans la pratique impossible, dès lors que toute inconstitutionnalité même mineure entraîne la censure totale de la proposition RIP (voir &lt;i&gt;infra notamment la note (4)&lt;/i&gt;). C'est pourquoi j'estime probable que 2022-3 RIP soit limité à la matière fiscale, même si le Commentaire est ambigu sur ce point: mais&lt;b&gt; le Commentaire n'est pas la décision&lt;/b&gt;, et la décision 2022-3 RIP est au mieux laconique au pire cryptique sur ce point. De surcroît, le Conseil n'avait pas retenu une telle notion "robuste" de réforme dans sa décision 2019-1 RIP. Mais je peux me tromper.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Cette décision 2023-4 RIP emporte plusieurs conséquences potentiellement dommageables pour la proposition de loi RIP 2 dont il a été saisi le 13 avril et sur laquelle il rendra sa décision le 3 mai.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3 style="text-align: left;"&gt;Un "catch-22"&lt;/h3&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;C'est la deuxième fois, après la loi PACTE en 2019, qu'une proposition de loi RIP est déposée pour faire échec à une disposition législative en cours d'adoption au Parlement. En 2019, dans sa décision 2019-1 RIP, le Conseil constitutionnel avait laissé passer la proposition de loi RIP érigeant Aéroports de Paris en service public national, ouvrant la voie au recueil de soutiens. (J'avais d'ailleurs soutenu à l'époque (1) que le RIP ne changerait dans les faits rien à l'état du droit relatif à la participation de l'Etat au capital d'ADP, mais j'étais minoritaire en doctrine.) Dans sa décision 2022-4 RIP ici commentée, le Conseil constitutionnel met un frein certain à la possibilité pour les parlementaires de s'opposer par un RIP à une loi qu'ils ne parviennent pas à faire échouer au Parlement.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;En effet, l'article 11 al. 3 de la Constitution dispose qu'une proposition de loi RIP &lt;i&gt;ne&lt;/i&gt;&lt;i style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an. &lt;/i&gt;&lt;span style="text-align: justify;"&gt;Le 2° de l'article 45-2 de l'ordonnance de 1958 précitée indique que cette condition s'apprécie à la &lt;b&gt;date de l'enregistrement de la saisine du Conseil&lt;/b&gt;. De ce point de vue les propositions RIP 1 (retoquée hier) et 2 sont "dans les clous", car, on l'a vu, la LFRSS n'avait pas été promulguée à la date d'enregistrement de la saisine.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="text-align: justify;"&gt;La proposition de loi RIP doit donc intervenir avant la promulgation de loi qui modifie, de manière néfaste selon les auteurs de la proposition, l'état du droit: or dès lors que la loi qui modifie l'état du droit n'a pas été promulguée, la proposition de loi RIP ne peut espérer revenir dessus (2) qu'en réaffirmant l'état du droit en vigueur à la date du dépôt de la proposition de loi et de la saisine subséquente du Conseil constitutionnel. Mais si c'est le cas, alors la proposition de loi n'est pas conforme à l'article 45-2 de l'ordonnance et à l'article 11 de la Constitution, puisqu'elle ne comporte pas une réforme ! Pile tu gagnes, face je perds.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="text-align: justify;"&gt;C'est ce qu'on appelle en bon français un "catch-22", un dilemme dont on ne peut s'extraire, en raison de la codépendance de règles contradictoires. La seule manière d'en sortir est à la fois de modifier le droit en vigueur à la date de la saisine et de contredire la loi en cours d'adoption ou même déjà adoptée mais non encore promulguée à laquelle on souhaite faire échec. Par exemple les auteurs de la proposition auraient pu reporter l'âge légal de la retraite à 62 ans et 1 mois: c'est purement formel, c'est assez bête, mais cela aurait sans doute été une "réforme" au sens de l'article 11 de la Constitution....&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;Et le "RIP 2"?&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;La &lt;a href="https://www.senat.fr/leg/ppl22-530.html" target="_blank"&gt;deuxième proposition RIP&lt;/a&gt; (ci-après "RIP 2") transmise au Conseil constitutionnel le 13 avril comporte deux articles. L'article 1er modifie l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale (ce que curieusement ne faisait pas le RIP1, qui reprenait très largement la formulation de cet article qui est celui qui fixe juridiquement l'âge légal, mais ne le modifiait pas formellement), mais reprend peu ou prou la formulation de l'article unique du RIP 1:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;blockquote style="border: none; margin: 0px 0px 0px 40px; padding: 0px; text-align: left;"&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;L’article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale est ainsi rédigé :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;« Art. L. 161-17-2. – L’âge d’ouverture du droit à une pension de retraite mentionné au premier alinéa de l’article L. 351-1 du présent code, à l’article L. 732-18 du code rural et de la pêche maritime, au 1° du I de l’article L. 24 et au 1° de l’article L. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite ne peut être supérieur à soixante-deux ans. »&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Comme M. David Libeau me l'a fait remarquer sur Twitter (qu'il soit remercié), la proposition de loi RIP 2 ampute largement une partie de l'article L. 161-17-2 du Code de la sécurité sociale. Il pourrait donc s'agir d'une modification du droit – sous réserve bien sûr que le Conseil n'envisage pas la "réforme" comme étant nécessairement d'ampleur comme le suggère le Commentaire de la décision 2022-3 RIP, &lt;i&gt;v. supra&lt;/i&gt;. Si le Conseil interprète l'article 1 comme modifiant l'état du droit, alors il est probable que, toutes choses égales par ailleurs, il laisse passer la proposition de loi RIP 2, indépendamment même de son article 2.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Cependant, il faut voir que les dispositions de cet article que le RIP2 entend supprimer n'avaient déjà plus d'objet puisqu'elles concernaient l'âge légal de départ à la retraite des personnes nées avant 1955, qui ont de toute manière dépassé cet âge! Donc le Conseil pourrait juger que les dispositions modifiées par le RIP2 étant sans objet, celui-ci ne modifie pas véritablement l'état du droit: même si, contrairement au RIP 1, il modifie la &lt;i&gt;formulation &lt;/i&gt;d'un texte (ici un article du Code de la sécurité sociale), il n'en altère pas la &lt;i&gt;substance normative. &lt;/i&gt;Par ailleurs comme le Conseil constitutionnel l'a rappelé dans sa décision d'hier, la limite ("ne peut être supérieur") n'a pas de valeur normative dès lors que le législateur (même possiblement référendaire) ne saurait (auto-)limiter le législateur.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;C'est sans doute pourquoi les parlementaires ont inséré dans le texte du RIP2 un deuxième article, qui modifie le taux de la CSG pour certaines catégories de revenus. Il fait peu de doute que, du moins si on suit la lecture de la notion de réforme proposée plus haut, ce deuxième article constitue bien une "réforme" (3).&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Si donc le Conseil décide que les &lt;b&gt;deux&lt;/b&gt; articles modifient l'état du droit, alors il est probable qu'il laissera passer le RIP 2. En revanche s'il estime que seul l'article 2 modifie l'état du droit, se pose la question est la suivante: une proposition de loi RIP dont &lt;b&gt;&lt;i&gt;seule une partie des dispositions&lt;/i&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;(ici l'article 2) constitue une "réforme" constitue-t-elle elle-même une réforme? Je n'ai pas de réponse. Quelques éléments néanmoins.&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;a. &lt;/b&gt;A priori une décision de non-conformité &lt;i&gt;partielle &lt;/i&gt;n'est guère possible en RIP. En effet, lorsqu'il vérifie sur le fondement du 3° de l'article 45-2 de l'ordonnance précitée, "qu'aucune disposition de la proposition de loi n'est contraire à la Constitution", la moindre inconstitutionnalité entraîne une décision de non-conformité totale. J'en ai expliqué les raisons sur Twitter &lt;a href="https://twitter.com/CarpentierUT1/status/1425756175497416708?s=20"&gt;ici&lt;/a&gt;, après que le Conseil, dans sa décision 2021-2 RIP, avait fait échec à une proposition de loi fort longue en raison d'une seule inconstitutionnalité (4). C'est seulement en effet si cette condition ("aucune disposition contraire à la Constitution") est – avec les autres conditions fixées par cet article, &lt;i&gt;v. supra&lt;/i&gt; – satisfaite que le processus de recueil des soutiens peut commencer. Donc une seule disposition inconstitutionnelle et le processus RIP s'arrête.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Rien ne fait obstacle à ce ce raisonnement, portant sur le 3° de l'article 45-2, soit applicable au 2° qui nous intéresse seul ici, c'est-à-dire à la vérification de la conformité de l'objet de la réforme à l'article 11 de la Constitution. On peut donc difficilement envisager que le Conseil "censure" l'article 1er du RIP 2 comme ne constituant pas une "réforme" et laisse se poursuivre un processus référendaire concernant une modification du taux de la CSG pour certaines catégories de revenus (question qui, du reste, n'intéresse personne ou presque !).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;b. &lt;/b&gt;Il y aura donc probablement pas de censure partielle sur le fondement du 2° de l'article 45-2. Le Conseil devra juger si la proposition &lt;b&gt;dans son ensemble&lt;/b&gt; constitue une réforme. Si le Conseil constitutionnel avait décidé, pour en juger, de se placer à la &lt;b&gt;date de sa décision&lt;/b&gt;, comme rien ne le lui interdisait (5), alors il n'y aurait pas de problème: le 3 mai, à la date où il jugera, l'article 1er du RIP 2 aura bien pour objet de modifier l'état du droit puisque la LFRSS a été promulguée hier. Or le Conseil a décidé hier de se placer &lt;b&gt;à la date de la saisine&lt;/b&gt;&amp;nbsp;ce qui renforce singulièrement le "catch-22" mentionné ci-dessus. En effet à la date de la saisine, la LFRSS n'avait pas été promulguée, et l'article 1er RIP n'avait donc pas pour objet de modifier le droit en vigueur.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;c.&lt;/b&gt; Le Conseil pourrait certes juger que dès lors qu'à la date de la saisine, &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; disposition de la proposition de loi RIP 2 constitue une réforme, l'ensemble du texte l'est. C'est ce qu'espèrent bien sûr les auteurs de la proposition. Je n'ai pas de réponse définitive mais j'ai un doute. En effet, le Conseil constitutionnel en vertu du 2° de l'art. 45-2 précité vérifie que l'&lt;i&gt;objet &lt;/i&gt;de la proposition de loi est conforme à l'article 11 de la Constitution. Or supposons une proposition de loi RIP qui comporterait non seulement des éléments appartenant au domaine référendaire, mais également des éléments étrangers au domaine du référendum (portant par exemple sur le mariage pour tous, ou la fin de vie). Dès lors qu'une "censure partielle" du texte est impossible ou en tout cas peu probable (voir le&amp;nbsp;&lt;b style="font-style: italic;"&gt;a. &lt;/b&gt;ci-dessus), il serait logique que le Conseil constitutionnel ne laisse pas passer une telle proposition de loi. La question est donc: tiendra-t-il sur le caractère de "réforme" ou non un raisonnement analogue à celui qu'il tiendrait très vraisemblablement sur l'appartenance de la proposition au domaine matériel du référendum (organisation des pouvoirs publics, politique économique, sociale etc. de la Nation, etc.)?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Certes, étant donné le climat social et politique extrêmement dégradé, le Conseil pourrait décider de "lâcher du lest" et de laisser passer le RIP2 comme un lot de consolation pour les opposants à la réforme qu'il a très largement validée hier. Mais c'est là une appréciation politique. D'un point de vue purement juridique, il me semble que le Conseil s'est compliqué la tâche en appréciant le caractère de "réforme" à la date de la saisine et non à la date de sa "décision". Il pourra certes dire que les deux articles changent le droit et que l'ensemble de la proposition RIP 2 est une réforme. Dans l'alternative (plus probable) il devra répondre à la question de savoir si une proposition de loi RIP qui comprend une disposition qui ne constitue pas une "réforme", constitue elle-même une "réforme" au sens de l'article 11 de la Constitution. Et s'il reprend et étend l'interprétation "robuste" de la "réforme" comme modification structurelle d'ampleur (comme le fait le Commentaire de la décision 2022-3 RIP), &lt;i&gt;all bets are off.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Que fera-t-il&amp;nbsp; ? C'est l'avenir qui nous le dira. Rendez-vous le 3 mai.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;Remerciements : &lt;/b&gt;Je remercie M. David Libeau et&amp;nbsp;&lt;span style="text-align: left;"&gt;@NCBFIFA pour leurs observations sur Twitter sur une précédente version de ce texte, que j'ai modifié en conséquence.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;blockquote class="twitter-tweet"&gt;&lt;p dir="ltr" lang="fr"&gt;–––––––––––&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;(1) M. Carpentier, "Aéroports de Paris: l'illusoire invocation du service public national", AJDA, 2019.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;(2) On objectera que ni le RIP 1 ni le RIP 2 n'ont pour objet d'&lt;i&gt;abroger &lt;/i&gt;les dispositions introduite par la LFRSS dans le Code de la sécurité sociale et d'autres codes, mais uniquement de les &lt;i&gt;modifier. &lt;/i&gt;Cette distinction est à mon avis peu opérante, car la modification d'une norme s'interprète comme son abrogation &lt;i&gt;pro tanto&lt;/i&gt; et son remplacement par une nouvelle norme. Du reste, le droit administratif traite l'abrogation et la modification des actes de manière équivalente (v. par ex. l'art. L243-1 CRPA).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;(3) Cependant, s&lt;span style="text-align: justify;"&gt;'agissant de dispositions relatives à des &lt;i&gt;prélèvements obligatoires&lt;/i&gt;, un raisonnement analogue à celui de 2022-3 RIP mentionné plus haut pourrait être tenu quant au caractère "relatif à la politique sociale". Même si je n'imagine guère que le Conseil constitutionnel aille sur ce terrain, il pourrait décider qu'il ne s'agit pas d'une modification suffisamment importante et structurelle de la fiscalité sociale pour être une "réforme" relative à la politique sociale de la Nation&lt;/span&gt;. C'est ce qu'envisage Agnès Roblot Troizier dans un billet sur le blog du Club des juristes (https://blog.leclubdesjuristes.com/reforme-des-retraites-pourquoi-le-conseil-constitutionnel-a-t-il-rejete-la-demande-de-referendum-dinitiative-partagee-par-agnes-roblot-troizier/) – Par ailleurs, si le Conseil décide d'étendre la notion robuste de réforme issue de 2022-3 RIP à l'ensemble de la matière économique, sociale et environnementale, alors la proposition RIP 2 échouera de toute façon, privant d'objet la plupart des réflexions menées dans ce billet...&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="text-align: justify;"&gt;(4)&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Ce point constitue d'ailleurs un autre "catch-22" vu l'exigence de réforme fiscale d'ampleur qui, selon le Commentaire officiel, est issue de la décision 2022-3 RIP: plus une proposition de loi est longue, plus il y a de chance pour qu'une de ses dispositions soient inconstitutionnelles; mais plus elle est brève, plus il est probable que les mesures fiscales qu'elle comprend ne constituent pas une réforme structurelle apte à être une "réforme" relative à la politique économique de la Nation. Si, contrairement à ce que j'affirme, cette interprétation "robuste" de la réforme s'applique au delà de la matière fiscale, alors concrètement cela rend tout RIP relatif à la politique économique, sociale et environnementale de la Nation pratiquement impossible.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;"&gt;(5) Le 2° de l'art. 45-2 de l'ordonnance du 7 nov. 1958 indique, on l'a vu que les délais mentionnés aux alinéas 3 et 6 de l'article 11 de la Constitution se calculent à la &lt;b&gt;date de la saisine&lt;/b&gt;: il s'agit 1/ du délai d'un an minimum (alinéa 3) séparant la proposition de la promulgation de la disposition législative qu'elle vise à abroger et 2/ du délai de deux ans séparant la proposition de la date du rejet par le peuple français d'une précédente proposition RIP. La règle posée au 2° de l'article 45-2 est sans incidence sur la date à laquelle le Conseil doit se placer pour apprécier le caractère de "réforme" de la proposition, date qui n'est mentionnée ni à l'alinéa 3 ni à l'alinéa 6 de l'article 11 de la Constitution. De ce point de vue, rien ne s'opposait à ce que le Conseil se plaçât à la date de la décision.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/p&gt;</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Le Glaucon. Dialogue sur un sophisme constitutionnel. </title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2023/01/le-glaucon-dialogue-sur-un-sophisme.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Thu, 5 Jan 2023 20:09:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-2936457075151386487</guid><description>&lt;p class="p1" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: center;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE&amp;nbsp;– Si je te demande, cher Glaucon, de creuser un demi-trou, que me répondras-tu&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON&amp;nbsp;– En vérité, Socrate, je te demanderai de préciser ce que tu entends par là car un demi-trou demeure un trou.&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – C’est donc que, pour un objet tel que le trou, la partie vaut le tout. N’es-tu pas d’accord&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Je le suis, par Zeus.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;Mais je ne vois guère où tu veux en venir.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Tu as sans doute eu vent de cette &lt;a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-billet-politique/emmanuel-macron-pourrait-il-jouer-les-prolongations-8836015"&gt;bien étonnante rumeur&lt;/a&gt; qui a circulé sur l’agora – je veux dire, sur Twitter –&amp;nbsp;il y a quelques semaines: le président de la République actuel, M. Emmanuel Macron, pourrait, s’il démissionnait, se représenter dans la foulée à la présidence de la République.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;En effet Socrate. &lt;a href="https://www.lessurligneurs.eu/jean-jacques-urvoas-ancien-garde-des-sceaux-defend-la-possibilite-pour-emmanuel-macron-de-briguer-un-troisieme-mandat-presidentiel/"&gt;Un ancien ministre de la Justice&lt;/a&gt; a même &lt;a href="https://www.liberation.fr/checknews/dou-vient-le-scenario-dun-possible-troisieme-mandat-demmanuel-macron-20221203_BE76QJHW5BF55P5O33KAEK5LWE/"&gt;fait sienne &lt;/a&gt;cette étrange thèse.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Pourtant, le texte de l’article 6 al. 2 de la Constitution – dans sa rédaction issue de la révision du 23 juillet 2008 –&amp;nbsp;est semble-t-il clair&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs&amp;nbsp;».&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – En effet. Si M. Macron, dont il est constant qu’il a été réélu pour un deuxième mandat consécutif en 2022, démissionne aujourd’hui, il aura bien exercé deux mandats – quelque incomplet que soit le deuxième – et il ne pourra se représenter qu’à l’issue du mandat de son successeur.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;C’est l’évidence même, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Oui, par Athéna&amp;nbsp;! Les interprétations les plus simples sont souvent les plus convaincantes.&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Quel excès de naïveté, cher Glaucon&amp;nbsp;!&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Je ne comprends pas. Affirmerais-tu, ô Socrate, que l’article 6 al. 2 ne s’applique qu’au cas où deux mandats &lt;i&gt;pleins&lt;/i&gt; auraient été accomplis consécutivement par le président de la République&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Considère ce qu’a dit le Conseil d’Etat dans son avis du 25 octobre 2022 relatif aux conditions de cumul dans le temps du mandat de président de la Polynésie française.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Je ne comprends pas. Comment un avis relatif au président de la Polynésie française pourrait-il avoir quelque pertinence que ce soit pour résoudre une question relative au président de la République&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Eh bien, dans cet avis, le Conseil d’Etat a jugé que bien que limité par la loi organique à deux mandats consécutifs, l’actuel président de la Polynésie française pouvait légalement briguer un troisième mandat consécutif.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Je tombe des nues, Socrate. Mais si le Conseil d’Etat l’a dit, il faut le croire.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;N'est-il pas le véritable oracle de la vérité constitutionnelle?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Tu es sage, Glaucon. Pourtant, n’est-il pas vrai que, contrairement au président de la République, le mandat du président de la Polynésie française est – en vertu de l'article 72 de la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 portant statut d'autonomie de la Polynésie française – lié à celui de l’Assemblée qui l’a élu, pour une durée de cinq ans&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – C’est vrai, ô Socrate.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="text-align: left;"&gt;Avec l’expiration des pouvoirs de l’assemblée cesse de plein droit le mandat du Président. C’est une règle somme toute commune à l’ensemble, ou presque, des collectivités territoriales.&lt;/span&gt;&lt;span class="Apple-converted-space" style="text-align: left;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – N’est-il pas également exact, cher ami, que, dans ces conditions, un président élu par l’Assemblée au cours du mandat de cette dernière –&amp;nbsp;et non en son début –&amp;nbsp;sera amené à effectuer un mandat de moins de cinq ans?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;C’est la logique même.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Bien. Considère la situation de M. Edouard Fritch, l’actuel président de la Polynésie française. Il a été élu en 2014 alors que son prédécesseur, M. Gaston Flosse, avait démissionné au cours de la deuxième année de son mandat. Il en résultait que le premier mandat de M. Fritch serait inférieur à 5 ans. Celui-ci fut ensuite réélu en 2018. A l’échéance de ce deuxième mandat, en mai prochain, il aura donc exercé deux mandats consécutifs. Pourtant il a indiqué sa volonté de se présenter à sa propre succession.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Si je comprends bien, le Conseil d'Etat a dit que c'était possible.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Tout à fait. Mon très noble ami, as-tu en tête la formulation du troisième alinéa de l’article 74 de la loi organique précitée ?&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Je te concède, Socrate, que je ne l’ai jamais lu. Ces contrées lointaines et leurs règles spécifiques ne m’ont jamais intéressé.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Tu as bien tort. Voici ce que dit cet article&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le président de la Polynésie française ne peut exercer plus de deux mandats de cinq ans successifs.&amp;nbsp;» N’y a-t-il pas dans cette formulation un élément susceptible de retenir ton attention&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Que veux-tu dire&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Si je te demande de creuser un trou de 2 mètres de profondeur et que tu ne creuses que sur 50 cm de profondeur, auras-tu réalisé mon souhait&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Te revoilà avec tes trous&amp;nbsp;! Je n’y comprends rien.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Réponds à ma question, je te prie.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Non, je n’aurai pas réalisé ton souhait. Il aurait fallu que je creuse sur 1m50 supplémentaires.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Bien. Tandis que si je ne t’avais demandé, sans précision de profondeur, de me creuser un trou, ton misérable trou de 50 cm aurait-il fait l’affaire&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Oui, Socrate, il aurait fait l’affaire.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;L’article 74 de la loi organique précitée mentionne bien «&amp;nbsp;deux mandats de cinq ans&amp;nbsp;» (soit deux quinquennats) successifs.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;En effet.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Une telle mention de durée est absente de l’article 6 alinéa 2 de la Constitution, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;C’est exact.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Le président de la Polynésie dont le mandat prendrait fin au bout de trois ans aura-t-il réalisé un «&amp;nbsp;mandat de cinq ans&amp;nbsp;»&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Non, Socrate, de la même manière que je n’aurai pas creusé un trou de 2 mètres si je ne creuse que sur 50 cm.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Je vois que tu as compris. Le président de la République française, s’il démissionne au bout d’un an, n’aura pas accompli un mandat de cinq ans&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Pourtant…&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Oui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;…il aura bien accompli un mandat. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Tout à fait&amp;nbsp;: or c’est là tout ce qu’exige l’article 6 al. 2&amp;nbsp;: si un tel mandat succède à – ou est succédé par –un autre mandat (plein ou inachevé peu importe), le Président aura exercé deux mandats. Combien de mandats ont été exercés par le général de Gaulle&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Deux. Et Georges Pompidou, un seul.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE&amp;nbsp;–&amp;nbsp;Le deuxième mandat du Général, et le mandat de M. Pompidou furent inachevés n’est-ce pas&amp;nbsp;? Or il s’agit bien d’un mandat. A moins d’affirmer qu’il n’y a pas eu de président de la République entre 1965 et 1974.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Ce serait absurde, Socrate.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Tu comprends donc pourquoi le raisonnement du Conseil d’Etat dans l’avis précité n’est pas applicable au président de la République: en réalité les deux dispositions ont une signification très différente, en dépit d’une formulation en apparence similaire. Ce que la loi organique interdit au président de la Polynésie française, c’est d’exercer plus de deux mandats consécutifs &lt;i&gt;si (et seulement si) &lt;/i&gt;la durée cumulée des deux mandats n’est pas inférieure à dix ans. Lorsqu’elle est inférieure, la réélection à un troisième mandat consécutif est possible. En revanche la Constitution interdit au président de la République l’exercice de plus de deux mandats consécutifs &lt;i&gt;quelle qu’en soit la durée&lt;/i&gt;.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – Par Zeus tu as raison, Socrate!&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – D'ailleurs, s'il en était autrement rien n’interdirait à M. Macron de démissionner un mois avant la cessation de ses fonctions et d’être indéfiniment réélu à la présidence de la République.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Tout à fait. Si j’ai bien compris, le mandat est comme un trou&amp;nbsp;: sauf à en préciser la durée (qui est au mandat ce que les dimensions sont au trou), un demi-mandat sera encore un mandat.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Je suis fier de toi, Glaucon.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;J’ai pourtant un doute.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE&amp;nbsp;–&amp;nbsp;Je t’écoute, cher ami.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;En cas de vacance de la présidence de la République, le président du Sénat exerce par intérim les fonctions de président de la République. Supposons que M. Macron démissionne demain. Ne peut-on pas dire que M. Larcher exerce un mandat de président de la République, qui viendrait, dans l’hypothèse qui est la nôtre s’intercaler entre le deuxième mandat inachevé de M. Macron et le mandat suivant&amp;nbsp;? De sorte que M. Macron pourrait se représenter immédiatement après avoir démissionné, dès lors que son deuxième et son troisième mandat ne seraient pas, du fait de l’intérim du président du Sénat, consécutifs&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Comme tu es ingénieux, mon cher Glaucon&amp;nbsp;! Un parlementaire peut-il être en même temps ministre&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Non, l’article 23 de la Constitution y fait obstacle. Mais je ne vois pas où tu veux en venir.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Un parlementaire peut-il être président de la République&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;A vrai dire aucun texte ne prévoit une telle incompatibilité.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;Pourtant si un parlementaire ne peut être ministre, ne faut-il pas en déduire qu’il ne peut davantage être président de la République, dès lors que celui-ci préside le Conseil des ministres&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Oui. Le principe de séparation des pouvoirs y fait du reste clairement obstacle.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;En 1969 et en 1974, M. Poher a-t-il démissionné du Sénat&amp;nbsp;?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Non.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – A-t-il été remplacé à la présidence du Sénat durant l’intérim ?&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Non.&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – C’est bien qu’il n’exerçait pas un &lt;i&gt;mandat&lt;/i&gt; de président de la République, mais uniquement qu’il exerçait provisoirement les &lt;i&gt;fonctions&lt;/i&gt; de la présidence (et encore, avec l’ensemble des limitations imparties par les alinéas 4 et 11 de l'article 7 de la Constitution). Dans l’hypothèse contraire, il aurait été placé dans une situation d’incompatibilité, ce qui l’aurait obligé à démissionner de son mandat parlementaire – et ce même si on transpose ici le délai d’un mois applicable aux membres du gouvernement (article LO 153 C. élec), dès lors que dans les deux cas l’intérim a duré plus d’un mois.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;C’est vrai&amp;nbsp;!&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;L'article 7 évoque bien, au sujet de l'intérim, les &lt;i&gt;fonctions &lt;/i&gt;du président de la République et nullement de son mandat.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE –&amp;nbsp;De surcroît le mandat suppose l’élection, mais c’est un point de théorie constitutionnelle qui est surabondant.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON –&amp;nbsp;Tu as raison.&lt;span class="Apple-converted-space"&gt;&amp;nbsp;Le texte de la Constitution n'est toutefois pas, sur ce point, d'une grande constance (notamment lorsqu'il évoque, à l'article 56, le &lt;i&gt;mandat&lt;/i&gt; des membres du Conseil constitutionnel – ce qui, sauf à soutenir la thèse du juge constitutionnel représentant un temps défendue par Michel Troper, est un abus de langage.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Tu es sage, Glaucon ! Résumons&amp;nbsp;: si M. Macron démissionnait aujourd’hui, il ne pourrait se présenter pour un troisième mandat qu’à l’issue du mandat de son successeur, élu après sa démission.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;GLAUCON – C'est ce que commande la droite raison.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class="p2" style="font-family: &amp;quot;Helvetica Neue&amp;quot;; font-size: 13px; font-stretch: normal; font-variant-east-asian: normal; font-variant-numeric: normal; line-height: normal; margin: 0px; text-align: justify;"&gt;SOCRATE – Allons donc boire un peu de vin sous les tonnelles. Alcibiade nous y attend.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Pourquoi je ne signerai pas la pétition de soutien à l’agrégation</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2019/10/pourquoi-je-ne-signerai-pas-la-petition.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Wed, 23 Oct 2019 09:05:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-4280387137471675474</guid><description>&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;
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   Name="Hyperlink"/&gt;
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   Name="Document Map"/&gt;
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   Name="Plain Text"/&gt;
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   Name="E-mail Signature"/&gt;
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   Name="HTML Top of Form"/&gt;
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   Name="HTML Bottom of Form"/&gt;
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   Name="Normal (Web)"/&gt;
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   Name="HTML Acronym"/&gt;
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   Name="HTML Address"/&gt;
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   Name="HTML Cite"/&gt;
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   Name="HTML Code"/&gt;
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   Name="HTML Definition"/&gt;
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   Name="HTML Keyboard"/&gt;
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   Name="HTML Preformatted"/&gt;
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   Name="HTML Sample"/&gt;
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   Name="HTML Typewriter"/&gt;
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   Name="HTML Variable"/&gt;
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   Name="Normal Table"/&gt;
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   Name="annotation subject"/&gt;
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   Name="No List"/&gt;
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   Name="Outline List 1"/&gt;
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   Name="Outline List 2"/&gt;
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   Name="Table Simple 1"/&gt;
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   Name="Table Simple 3"/&gt;
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   Name="Table Contemporary"/&gt;
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   Name="Table Web 1"/&gt;
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   Name="Table Web 3"/&gt;
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   Name="Balloon Text"/&gt;
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   Name="Table Theme"/&gt;
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   Name="Subtle Reference"/&gt;
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   Name="Intense Reference"/&gt;
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  &lt;w:LsdException Locked="false" Priority="52"
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&lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt;
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&lt;![endif]--&gt;

&lt;br /&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Ayant eu la chance de devenir
professeur par cette voie, je suis naturellement attaché au concours d’agrégation.
Le nombre de postes mis au concours de droit public en 2020 est nettement
insuffisant, et l’on peut espérer que les Universités qui ne l’ont pas fait
ouvriront des postes très prochainement. Je suis en plein accord avec les auteurs
&lt;a href="https://www.petitionenligne.com/defendre_lagregation_de_droit_et_la_reformer?s=64133245" target="_blank"&gt;du texte de la pétition&lt;/a&gt; sur la nécessité de préserver la diversité des voies d’accès
au corps des professeurs d’université, et de maintenir un concours qui me
semble présenter deux avantages importants&amp;nbsp;: il constitue un tempérament
de l’endogamie (qui doit cependant être nuancé, v. &lt;i style="mso-bidi-font-style: normal;"&gt;infra&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; il permet à de jeunes docteurs d’obtenir un poste d’enseignant
chercheur titulaire assez tôt dans la carrière, alors que le nombre de postes
de maîtres de conférences est en raréfaction constante depuis cinq ans. La
situation actuelle, marquée par un gel de plus en plus fréquent des postes
libérés par la mutation ou le départ en retraite de leurs titulaires, voire par
la suppression pure et simple de postes – dans chacun des deux corps d’enseignants-chercheurs
universitaires – aboutit, comme l’a fort bien dit l'actuelle présidente du concours de
droit public, à sacrifier une génération entière de jeunes chercheurs. On ne saurait s’en
satisfaire&amp;nbsp;; on ne doit pas s’y résigner.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Cependant, certains des arguments
mis en avant par les auteurs de la pétition ne peuvent recevoir ma pleine
adhésion. (Je passe sur le fait que cinq des six auteurs exercent ou exerçaient jusqu’à
récemment dans des universités parisiennes qui, sauf exception récente, n’ont
jamais recruté par la voie du concours d’agrégation). Le premier argument qui me semble contestable
consiste à &lt;b&gt;dévaloriser inutilement&lt;/b&gt; la voie d’accès au corps des professeurs par
le biais du 46 1° (c’est-à-dire sur une liste de qualification établie par le
CNU parmi les titulaires d’une habilitation à diriger les recherches), qui est
pourtant la voie de recrutement la plus courante dans les autres disciplines – et
qui,&amp;nbsp;qualification nationale en moins, correspond à ce qui se fait dans la
plupart des pays étrangers. On ne saurait affirmer sérieusement que passer
quatre leçons orales, dont une constitue avant tout une épreuve d’endurance dont
le support est rarement rédigé par le candidat, permet de former des
enseignants plus aguerris que les professeurs recrutés par la voie du 46 1°,
qui ont souvent enseigné pendant 10 ou 15 ans avant d’accéder au corps des
professeurs. Le mépris, sans nul doute involontaire, qui sous-tend les propos
des auteurs du texte est insupportable. De manière générale, l’idée selon laquelle
le recrutement du 46 1° devrait essentiellement servir à repêcher les candidats
qui ont échoué au concours – alors qu’il s’agit de promouvoir des enseignants-chercheurs en raison de la qualité de leurs travaux scientifiques, ce que la
qualification par le CNU garantit – laisse subsister l’idée selon laquelle
cette voie d’accès est en quelque sorte un concours de seconde zone.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Le second argument tient à faire
du concours un modèle d’impartialité, la réalisation même de l’idéal méritocratique
républicain&amp;nbsp;; au contraire le recrutement par la voie du 46 1° inciterait
au localisme, voire au clientélisme. Il est vrai que l’ancienne «&amp;nbsp;voie
longue&amp;nbsp;» (le 46 3°, qui perdure mais est de moins en moins usité) était
essentiellement un outil de promotion locale&amp;nbsp;; il est également vrai que
de nombreuses universités, hélas, continuent d’envisager de la sorte le recrutement
par le 46 1°. Cependant il convient d’effectuer plusieurs remarques. Tout d'abord, il convient de noter que le format du concours, qui repose exclusivement sur quatre épreuves orales, n’est pas de nature à faire taire les critiques qui (de manière justifiée ou non) y voient davantage un exercice de cooptation &amp;nbsp;qu’une véritable promotion du mérite républicain.&amp;nbsp;Ensuite, contrairement à ce qui est parfois affirmé, l’agrégation n’est pas un rempart absolu contre
le localisme. Il arrive très fréquemment que des postes mis au concours soient
officieusement fléchés pour tel ou tel candidat, de sorte que si un candidat
mieux classé lui a l’impudence de vouloir être affecté dans l’université en
question, on lui fera comprendre qu’il n’y sera pas bien reçu. Enfin, c’est
précisément la dévalorisation constante du recrutement au 46 1° qui aboutit à
en faire une sorte de voie longue 2.0, alors qu’il devrait s’agir d’une voie d’accès
d’égale valeur à celle de l’agrégation. Un changement des mentalités est ici
nécessaire. Un changement des règles également.&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Nul ne contestera que le
concours d’agrégation apporte un sang neuf aux universités, et que lorsque les
jeunes professeurs s’y investissent, les universités en sortent clairement gagnantes,
en termes de vitalité scientifique et de participation à la vie universitaire.
Mais il arrive trop fréquemment que les agrégés, en particulier ceux auxquels
leur classement n’a pas permis d’être affectés dans l’université de leurs vœux,
se transforment en «&amp;nbsp;turbo profs&amp;nbsp;», ne prennent pas part à la vie de
l’université, se contentent, quant à leurs obligations statutaires, du strict
minimum et repartent le plus vite possible vers une université plus proche de
la grande métropole où ils résident. &lt;span style="mso-spacerun: yes;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Je
sais bien qu’il y a des contraintes personnelles et familiales qui entrent en
jeu&amp;nbsp;; loin de moi l’idée de blâmer les collègues concernés. Mais on admettra
que ce comportement n’est pas la meilleure publicité pour l’agrégation et que
les universités,&amp;nbsp;échaudées par de nombreuses expériences décevantes, ne
souhaitent plus mettre de postes au concours.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Que faire&amp;nbsp;? Les auteurs de la pétition ont raison sur un point essentiel: le localisme est une plaie de l’Université française. Ce problème, dans les facultés de droit, est particulièrement aigu en ce qui concerne l’accès au corps des maîtres
de conférences. Ainsi, certes, dans les sciences économiques, le recrutement des
professeurs par la voie du 46-1° est endogame à 45 %, mais il ne faut pas oublier
que les maîtres de conférences y sont exorecrutés à plus de 90% (p. 28 du
Rapport HCERES du 13 juin 2019)&amp;nbsp;: la mobilité a déjà eu lieu après la
thèse, ce qui n’absout pas de ses péchés la promotion locale au professorat,
mais garantit au moins aux jeunes docteurs une certaine égalité dans l’accès à
la profession universitaire. Dans les disciplines juridiques, l’endorecrutement
des maîtres de conférences est beaucoup plus important — difficile à mesurer cependant dès lors que les statistiques disponibles sur le site du ministère sont réalisées par grands blocs de disciplines —, ce qui prive les
candidats extérieurs, en particulier ceux qui proviennent des universités qui
ne pratiquent pas le localisme, de toute perspective de recrutement. Lorsque
cette endogamie est généralisée aux deux corps d’enseignant-chercheurs, il est inévitable
que le mandarinat et le clientélisme prennent le dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi il est nécessaire que nous modifions nos pratiques et que nous adoptions des règles venant limiter les possibilités d’endorecrutement. Des pistes existent: contingentement du nombre
de postes de maîtres de conférences susceptibles d’être pourvus par le recrutement de candidats ayant réalisé leur thèse dans l'établissement de recrutement ; renforcement de la proportion de membres extérieurs dans les comités de sélection&amp;nbsp;; mise en œuvre des critères d’impartialité plus clairs que ceux qui
résultent de la jurisprudence du Conseil d’Etat (CE, 17 octobre 2016, N°386400)
et qui font l’objet d’une interprétation souvent généreuse au sein des comités
de sélection... une réflexion collective s’impose et une évolution des pratiques est nécessaire. Quant aux Universités parisiennes (ainsi que certaines « grandes » universités de province), elles devraient repenser radicalement leur positionnement au sujet de l’agrégation, qu’elles sont les premières à défendre mais dont elles contribuent pour une large part à accélérer le déclin.&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
En tout cas croire que la survie
du concours d’agrégation permettrait à elle seule de résoudre les maux de l’Université
française &amp;nbsp;en général et des facultés de droit en particulier est largement illusoire.&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Mathieu Carpentier&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Professeur de droit public&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;
Université Toulouse 1 Capitole &lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>CE, ord., XX août 2017, Cne de Dannemarie </title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2017/08/ce-ord-xx-aout-2017-cne-de-dannemarie.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Thu, 17 Aug 2017 14:35:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-1933129969313559184</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;arial&amp;quot; , &amp;quot;helvetica&amp;quot; , sans-serif;"&gt;Août 2017: plongée dans la torpeur estivale, la France est soudain agitée par la présence, dans les rues de la riante commune de Dannemarie (Haut-Rhin) de panneaux en contreplaqués représentant des silhouettes de femmes dans des poses lascives. Le juge des référés du Tribunal administratif de Strasbourg a, &lt;a href="http://strasbourg.tribunal-administratif.fr/content/download/108089/1086627/version/1/file/1703922.pdf" target="_blank"&gt;par une ordonnance du 9 août&lt;/a&gt;, ordonné au maire de faire retirer ces panneaux. Celui-ci a relevé appel de cette ordonnance.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;arial&amp;quot; , &amp;quot;helvetica&amp;quot; , sans-serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;arial&amp;quot; , &amp;quot;helvetica&amp;quot; , sans-serif;"&gt;Droitobjectif s'est procuré un brouillon de la décision du Conseil d'Etat. Le voici en exclusivité mondiale, voire universelle. [NB. C'est un fake, hein]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;b&gt;Conseil d’Etat&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;b&gt;N°413356&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
ECLI:FR:CEORD:2017:413256.20171708&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
Publié au recueil Lebon&lt;/div&gt;
&lt;div class="p2" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;div style="text-align: right;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p2" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;div style="text-align: right;"&gt;
&lt;b&gt;Juge des référés&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;b&gt;Lecture du jeudi 17 août 2017&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;div style="text-align: center;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p3" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;div style="text-align: center;"&gt;
&lt;b&gt;REPUBLIQUE FRANCAISE&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p3" style="background-color: #fff8f1; color: #454545; font-family: Georgia, Utopia, &amp;quot;Palatino Linotype&amp;quot;, Palatino, serif; font-size: 15.4px;"&gt;
&lt;div style="text-align: center;"&gt;
&lt;b&gt;AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;Vu la procédure suivante&amp;nbsp;: &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;L’association
«&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;» a demandé au juge des référés du tribunal
administratif de Strasbourg, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du
code de justice administrative, d’ordonner au maire de Dannemarie de retirer de
l’espace public les panneaux en contreplaqué ayant l’apparence de silhouettes
féminines qui y étaient apposées depuis le mois de juin 2017. Par une
ordonnance n°1703922 du 9 août 2017, le juge des référés du tribunal
administratif de Strasbourg a fait droit à cette demande.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Par
un recours enregistré le 12 août 2017 au secrétariat du contentieux du Conseil
d’État, la commune de Dannemarie demande au juge des référés du Conseil d’État,
statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice
administrative&amp;nbsp;: &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 1°)
d’annuler cette ordonnance&amp;nbsp;; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 2°)
de rejeter la demande de première instance de l’association «&amp;nbsp;Les
Effronté-e-s&amp;nbsp;»&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 3°)
de mettre à la charge de l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;» la somme
de 3000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Elle soutient&amp;nbsp;que&amp;nbsp;: &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; -
la requête est irrecevable pour défaut de qualité pour agir dès lors, d’une
part, que les statuts de l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;» ne
désigne pas l’organe autorisé à agir en justice et, d’autre part, que
l’association ne justifie pas être régulièrement déclarée ; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; -
l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;» ne justifie d’aucune circonstance
rendant nécessaire l’intervention immédiate du juge des référés ; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; -
il n’existe aucune atteinte grave et manifeste à une liberté fondamentale ;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; -
les prétentions de l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;» se heurtent à
la liberté d’expression qui doit être appréciée d’autant plus largement qu’il
s’agit d’œuvres artistiques.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Par
un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2017, l’association «&amp;nbsp;Les
Effronté-e-s&amp;nbsp;» conclut au rejet de la requête. Elle soutient que&amp;nbsp;: &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; -
les panneaux en cause, qui confinent la femme à ses attributs sexuels ou à son
rôle reproductif, promeuvent l’infériorité du statut de la femme, qui est
réduite à des stéréotypes inspirés du modèle archaïque dominant ; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;-
la représentation de la femme véhiculée par ces panneaux porte une atteinte
grave au principe d’égalité entre les femmes et les hommes et à la dignité de
la personne humaine ; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; -
en outre, en encourageant une conception dévalorisante de la femme, elle
favorise les violences à leur encontre ; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; -
le comportement de la commune de Dannemarie et de son maire est ainsi
manifestement contraire aux dispositions de la loi n° 2014-873 du 4 août 2014
pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Vu
les autres pièces du dossier&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Vu&amp;nbsp;:
&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; -
la Constitution&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; -
la loi n° 2014-873 du 4 août 2014 ;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; -
le code de justice administrative.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Après
avoir convoqué à une audience publique, d’une part, le maire de Dannemarie et,
d’autre part, les représentants de l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;»&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Vu
le procès-verbal de l’audience publique du 17 août 2017 à 10h au cours de
laquelle ont été entendus&amp;nbsp;: &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; -
Me Basmati, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, avocat de la
commune de Dannemarie&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; -
Me Tompère, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, avocat de
l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;»&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 70.9pt; text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;et à l’issue de
laquelle le juge des référés a clos l’instruction&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 1.
Considérant qu'aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice
administrative : «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Saisi d'une
demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner
toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à
laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé
chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de
ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés
se prononce dans un délai de quarante-huit heures&lt;/i&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 2.
Considérant que l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;» a demandé au juge
des référés du Tribunal administratif de Strasbourg d’ordonner, sur le
fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, au maire de
Dannemarie de retirer de l’espace public les panneaux en contreplaqué ayant
l’apparence de silhouettes féminines qui y étaient apposées&amp;nbsp;; que, par une
ordonnance n°1703922 du 9 août 2017, le juge des référés du tribunal
administratif de Strasbourg a fait droit à cette demande&amp;nbsp;; que la commune
de Dannemarie relève appel de cette ordonnance&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Sans
qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune
de Dannemarie&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 3.
Considérant qu’il résulte de l’instruction et des débats à l’audience que le
maire de Dannemarie a décidé l’installation, au mois de juin 2017, de panneaux,
au nombre d’environ 125, en bordure des voies publiques et dans les autres
espaces publics de la commune, dans le cadre d’une opération intitulée « 2017
Dannemarie année de la femme » ; que ces panneaux figurent des accessoires ou
des éléments du corps féminin, principalement des lèvres de femmes, ainsi que,
dans 65 cas, des silhouettes féminines ; que les éléments du corps féminins,
notamment les bouches, sont grossièrement déformés et les femmes sont
représentées d’une manière caricaturale&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 4.
Considérant qu’aux termes de l’article 1er de la loi du 4 août 2014 pour
l’égalité réelle entre les femmes et les hommes : « &lt;i&gt;L’État et les collectivités territoriales, ainsi que leurs
établissements publics, mettent en œuvre une politique pour l'égalité entre les
femmes et les hommes selon une approche intégrée. (…) La politique pour
l'égalité entre les femmes et les hommes comporte notamment : 1° Des actions de
prévention et de protection permettant de lutter contre les violences faites
aux femmes et les atteintes à leur dignité ; (…) 3° Des actions destinées à
prévenir et à lutter contre les stéréotypes sexistes (…) &lt;/i&gt;»&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 5.
Considérant qu’au regard de ces dispositions, le caractère grossier et sexiste
des représentations litigieuses est de nature à créer un doute sérieux quant à
la légalité de la décision du maire de Dannemarie de procéder à leur
installation&amp;nbsp;; que, toutefois, cette décision ne constitue pas en
elle-même une illégalité manifeste portant gravement atteinte à une liberté
fondamentale qu’il appartiendrait au juge administratif des référés, saisi sur
le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de faire
cesser&amp;nbsp;; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 6.
Considérant, par ailleurs, que l’atteinte au principe d’égalité entre les
hommes et les femmes ne constitue pas en elle-même un trouble à l’ordre
public&amp;nbsp;; que, à supposer même que les représentations litigieuses
causassent un trouble à l’ordre public qu’il reviendrait, en tout état de
cause, au maire lui-même, par l’usage de ses pouvoirs de&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: 12pt;"&gt;police, de prévenir ou de faire cesser,
il ne saurait entrer dans l’office du juge administratif des référés, statuant
sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative,
d’ordonner au maire de prendre des mesures en ce sens, en l’absence de toute
atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale qui
résulterait de son abstention&amp;nbsp;;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; 7.
&lt;span style="background: white;"&gt;Considérant qu’il résulte de ce qui précède que la
commune de Dannemarie est fondée à soutenir que c’est à tort que, par
l’ordonnance attaquée, le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg
a fait droit à la demande de l’association «&amp;nbsp;Les
Effronté-e-s&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; qu’il n’y a pas lieu, dans les circonstances de
l’espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Dannemarie présentées
au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative&amp;nbsp;;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="background-color: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: 12pt; text-align: center;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div align="center" class="MsoNoSpacing" style="text-align: center;"&gt;
&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;O
R D O N N E&amp;nbsp;:&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div align="center" class="MsoNoSpacing" style="text-align: center;"&gt;
&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;---------------&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;Article 1&lt;sup&gt;er&amp;nbsp;&lt;/sup&gt;&lt;/span&gt;&lt;/u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;:
L’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg en
date du 9 août 2017 est annulée.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;Article 2&lt;/span&gt;&lt;/u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;:
La demande présentée par l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;» devant le
juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg est rejetée.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;Article 3&lt;/span&gt;&lt;/u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;:
Les conclusions de la commune de Dannemarie présentées au titre de l’article L.
761-1 du code de justice administrative sont rejetées.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;Article 4&lt;/span&gt;&lt;/u&gt;&lt;span style="background: white; font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot; , &amp;quot;serif&amp;quot;; font-size: 12.0pt;"&gt;&amp;nbsp;:
La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Dannemarie et à
l’association «&amp;nbsp;Les Effronté-e-s&amp;nbsp;». &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total><enclosure length="35037" type="application/pdf" url="http://strasbourg.tribunal-administratif.fr/content/download/108089/1086627/version/1/file/1703922.pdf"/></item><item><title>CE Ass., 9 novembre 2016, Fédération de la Libre Pensée de Vendée</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2016/11/ce-ass-9-novembre-2016-federation-de-la.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Sun, 6 Nov 2016 20:57:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-7546014365273777928</guid><description>&lt;div class="p1"&gt;
&lt;b&gt;Conseil d’Etat&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;b&gt;N°395223&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
ECLI:FR:CEASS:2016:395223.20161109&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
Publié au recueil Lebon&lt;/div&gt;
&lt;div class="p2"&gt;
&lt;div style="text-align: right;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p2"&gt;
&lt;div style="text-align: right;"&gt;
&lt;b&gt;ASSEMBLEE&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
(…)&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;b&gt;Lecture du mercredi 9 novembre 2016&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: center;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p3"&gt;
&lt;div style="text-align: center;"&gt;
&lt;b&gt;REPUBLIQUE FRANCAISE&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p3"&gt;
&lt;div style="text-align: center;"&gt;
&lt;b&gt;AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
Vu la procédure suivante&amp;nbsp;: (…)&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
Vu les autres pièces du dossier&amp;nbsp;;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
Vu&amp;nbsp;:&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
- la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
- le code général des collectivités territoriales&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
- le code de justice administrative&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
Après avoir entendu en séance publique&amp;nbsp;:&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
- le rapport de Mme Anne Iljic, auditrice&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
- les conclusions de Mme Aurélie Bretonneau, rapporteur public&amp;nbsp;;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
(…)&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
1. Considérant qu’il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que, par une lettre du 3 septembre 2012, le président de la Fédération de la Libre Pensée de Vendée a demandé au président du conseil général de la Vendée de s’opposer, en sa qualité de gestionnaire du domaine départemental que lui confèrent les dispositions de l’article L. 3221-4 du code général des collectivités territoriales, à l’installation de tout élément de culte que ce soit, notamment d’une crèche, dans les locaux du conseil général ; qu’une crèche ayant néanmoins été mise en place dans le hall de l’hôtel du département pendant la période de Noël, la Fédération de la Libre Pensée de Vendée a demandé au tribunal administratif de Nantes d’annuler la décision implicite de rejet de sa demande, que révélait cette installation&amp;nbsp;; que, par un jugement du 14 avril 2014, le tribunal administratif a fait droit à cette demande&amp;nbsp;; que, sur appel du département de Vendée, la Cour administrative d’appel de Nantes a, par un arrêt du 13 octobre 2015, annulé le jugement du tribunal administratif de Nantes&amp;nbsp;; que la Fédération de la Libre pensée de Vendée se pourvoit en cassation contre cet arrêt&amp;nbsp;;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
2. Considérant que l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat dispose&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; que ces dispositions s'opposent à ce qu’un objet possédant un caractère religieux ou manifestant de toute autre manière l’appartenance à une religion soit installé dans l'enceinte d’un bâtiment public, quelle que soit l’intention qui ait présidé à cette installation&amp;nbsp;;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
3. Considérant, il est vrai, que les dispositions précitées de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 prévoient une exception pour « les musées et expositions » ; que les bâtiments publics abritant le siège des assemblées délibérantes des collectivités territoriales, pour n’être pas des musées, peuvent occasionnellement accueillir des expositions temporaires ; que de telles expositions peuvent sans violer les dispositions précitées comporter des objets ou œuvres susceptibles d'être qualifiés de signes ou emblèmes religieux ; que, toutefois, le seul fait qu’un objet soit montré ou présenté au public ne saurait être qualifié d’exposition au sens des dispositions précitées ;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1" style="text-align: justify;"&gt;
4. Considérant que la crèche litigieuse a pour objet de représenter Jésus ainsi que d'autres personnages bibliques ; que ces représentations possèdent un caractère religieux, ce qu'au demeurant l'arrêt attaqué, qui relève que la crèche litigieuse ne comporte pas «&amp;nbsp;d’autre élément religieux&amp;nbsp;», ne conteste pas ; que, par conséquent, en jugeant que la crèche litigieuse ne revêtait pas la nature d’un signe ou emblème religieux au sens des dispositions précitées de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, la Cour administrative d’appel de Nantes a entaché son arrêt d’une erreur de qualification juridique ; que, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens du pourvoi, la Fédération de la Libre Pensée de Vendée est fondée à demander l’annulation de l’arrêt attaqué&amp;nbsp;;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
5. Considérant que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la Fédération de la Libre Pensée de Vendée, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante ; qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Fédération de la Libre Pensée de Vendée au titre de ces mêmes dispositions ;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
DECIDE&amp;nbsp;:&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
------------&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Article 1&lt;span class="s1"&gt;&lt;sup&gt;er&amp;nbsp;&lt;/sup&gt;&lt;/span&gt;: L’arrêt de la Cour administrative d’appel de Nantes du 13 octobre 2015 est annulé.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Article 2&amp;nbsp;: L’affaire est renvoyée à la Cour administrative d’appel de Nantes.&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Article 3 : Les conclusions de la Fédération de la Libre Pensée de Vendée présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Article 4 : La présente décision sera notifiée à la Fédération de la Libre Pensée de Vendée et au département de Vendée.&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;style type="text/css"&gt;
p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 13.0px 0.0px; font: 13.0px Helvetica}
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span.s1 {font: 11.0px Helvetica}
&lt;/style&gt;




















































&lt;br /&gt;
&lt;div class="p1"&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;[NB 1. Cet arrêt est de pure fiction. Si vous consultez cette page après le 9 novembre 2016 à 14h, il est recommandé de se reporter au site internet du Conseil d'Etat pour consulter le texte de l'arrêt véritable.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;i&gt;NB 2. &amp;nbsp;Pour rédiger cette pochade, je n'ai eu accès au texte du pourvoi ni aux conclusions du rapporteur public. D'où des hésitations inévitables dans la formulation des motifs.]&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Burkini et République (suite)</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2016/08/burkini-et-republique-suite.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Sat, 20 Aug 2016 15:04:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-3220821120230967055</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Le billet d'hier a été écrit à la hâte, d'où le caractère parfois confus des réflexions qu'il contenait. Comme ses faiblesses (ainsi que les cauchemars de mon aînée) m'ont empêché de passer une nuit paisible, voici trois nouvelles séries de réflexions (moins confuses je l'espère) sur le burkini, le voile, et la République.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
1° &lt;u&gt;Sur la notion d'activité privée&lt;/u&gt;. Aux yeux de l'Etat, dans le modèle français de la laïcité, la religion relève de l'activité privée. Ceci est indéniable, et c'est une excellente chose. Le fait d'exercer une religion ne saurait faire l'objet d'aucune reconnaissance de la part des pouvoirs publics. Ce qui serait encore plus excellent, c'est si les pouvoirs publics affichaient une stricte neutralité comme la loi (et la Constitution) le leur impose – tel Président qui, dans un discours officiel, vante les mérites du curé comparativement à l'instituteur viole le droit, mais YOLO OSEF, comme disent les jeunes. Donc la pratique religieuse, l'exercice d'un culte sont des activités privées. Mais de cela on ne saurait déduire que ces activités &lt;b&gt;ne peuvent être pratiquées que dans l'espace privé&lt;/b&gt;. En portant un voile dans la rue, une femme informe bien les passants de son appartenance religieuse, de la même manière qu'en portant un T-Shirt des Ramones (mon goût pour ces derniers relevant de ma vie privée) j'informe les passants de mon affection pour ce groupe si talentueux. &lt;b&gt;L'espace public&lt;/b&gt;&amp;nbsp;est traversé de nombreuses activités privées, des activités marchandes, religieuses, revendicatives, etc. Reconnaître le caractère privé de la religion n'implique nullement d'imposer aux citoyens la neutralité religieuse dans l'espace public.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Notons au passage que (nonobstant la loi de 2010) l'espace public n'est pas une notion juridique. En revanche appartient au vocabulaire juridique la notion de domaine public, qui désigne une catégorie de biens appartenant au patrimoine des personnes publiques. Parmi les biens appartenant au domaine public on trouve ceux qui sont affectés à l'usage direct du public. Ces biens font donc partie de ce qu'on appelle couramment l'espace public. Or parmi les biens du domaine public de l'Etat, des départements et des communes, on trouve un grand nombre d'églises dont ces personnes étaient déjà propriétaires avant la loi de 1905 et qu'elles mettent à disposition des ministres du culte et des fidèles. Il s'agit donc d'espaces publics. Songerait-on à y interdire la pratique du culte catholique au motif que ce ne sont pas des espaces privés?&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;u&gt;2° Sur l'imposition de règles religieuses à la République.&lt;/u&gt;&amp;nbsp;Une objection (apparente) au propos développé hier pourrait être la suivante: vous faites comme si l'islam ne comportait que des commandements moraux adressés aux individus et entraînant l'adoption de pratiques purement privées, alors qu'il comprend également un projet de société qui n'a rien de républicain, cf. l'Arabie saoudite. Cet argument est tout à fait valable. Il va de soi que que la République ne saurait tolérer que l'on se soustraie à ses loi en faisant valoir ses croyances religieuses; de même elle ne saurait tolérer de se voir imposer des règles par des religions quelles qu'elles soient. C'est la raison pour laquelle l'immixtion des autorités religieuses de toutes confessions dans le débat sur le mariage pour tous était tout simplement scandaleuse. (Ceci ne veut pas dire, naturellement, que les &lt;i&gt;citoyens&lt;/i&gt;&amp;nbsp;de telle ou telle confession doivent être tenus à l'écart du débat public, bien au contraire).&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Simplement ce n'est pas une raison pour interdire des pratiques qui n'ont de portée qu'individuelle. Porter le voile ou le burkini dans l'espace public, ce n'est pas prétendre vouloir imposer des règles à ses concitoyens. C'est tout simplement manifester des choix vestimentaires et une affiliation religieuse qui, les uns comme l'autre, relèvent de la pure et simple vie privée. Par conséquent, interdire le burkini, c'est prendre des règles &lt;i&gt;discriminatoires&lt;/i&gt;&amp;nbsp;(nonobstant la généralité factice affichée) à raison des choix privés de leurs destinataires.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Ce qui m'a peiné, dans le considérant 5 de l'ordonnance du TA de Nice du 13 août dernier, c'est précisément l'incapacité à distinguer deux situations: 1) l'existence de règles communes remises en question par ceux qui prétendent s'y soustraire au nom de leurs croyances; 2) l'existence de règles discriminatoires visant exclusivement certaines pratiques en raison des croyances que ces pratiques expriment ou pensent exprimer. L'interdiction du burkini tombe clairement dans la deuxième catégorie.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;u&gt;3° Sur le communautarisme&lt;/u&gt;&amp;nbsp;Le véritable universalisme républicain c'est, disais-je hier, que la République n'accorde aucune importance à vos croyances, ainsi qu'à vos choix privés en général. On pourrait m'objecter que l'universalisme républicain c'est plus que cela. C'est une certaine image de la citoyenneté et de la participation à la chose publique, un certain type de vertu civique à laquelle les citoyens doivent être éduqués.&amp;nbsp;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;La compréhension libérale de la
laïcité, à laquelle je suis porté à me ranger, paraît bien en retrait par rapport à ce modèle. Or il est difficile de ne pas être sensible aux critiques du
libéralisme politique qui mettent en avant les effets d’atomisation sociale
qu’il induit: une des variantes populaires de cette critique est précisément la mise en avant des dangers du communautarisme (au sens ordinaire; pas au sens du courant philosophique du même nom): on laisserait se développer des allégeances à des systèmes de valeurs qui sont parfois incompatibles avec la vertu civique du projet républicain.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;Certes, le projet républicain français est,
comme dans toutes les formes classiques de républicanisme civique, un projet
perfectionniste&amp;nbsp;: il revient à l’Etat de promouvoir une certaine forme de
vertu civique, une certaine conception de la vie bonne centrée autour de la
participation de tous à la réalisation d’un bien commun. Ceci est exact. En
revanche, l’idée selon laquelle la réalisation du bien commun obligerait les
individus à renoncer aux diverses conception du bien qu’ils peuvent avoir par
ailleurs, comme s’il s’agissait de choisir entre plusieurs loyautés, relève du
raccourci simpliste, qui rapproche le républicanisme de la théocratie
séculière. Au contraire, le vrai républicanisme est celui qui affirme que les
individus ne sont pas réductibles à leurs conceptions du bien, à leurs
croyances et à leurs certitudes morales, et que ceux-ci peuvent développer le
type de vertu civique qui fait d’eux des citoyens&amp;nbsp;; le républicanisme
implique de faire la part des choses entre ce qui relève d’un côté du bien
individuel, qui procède des conceptions de chacun, et du bien commun. En
affirmant que certaines conceptions du bien individuel sont incompatibles
avec la réalisation du bien commun, alors même qu’elles ne causent de tort à
personne et qu’elles ne troublent pas l’ordre public, nos intolérants excluent
ceux qui partagent ces conceptions, de la participation à la réalisation de ce
bien commun au nom duquel elles prétendent s’exprimer, et créent les conditions
de l’atomisation sociale et du communautarisme que, précisément, le vrai républicanisme se
donne pour objet d’éviter. A bien des égards, l’attachement au projet républicain
est donc non seulement compatible avec, mais de surcroît exige, le respect du
pluralisme et la tolérance religieuse. C’est, comme je l’ai dit, la véritable
signification de l’universalisme républicain. On peut être une bonne républicaine, pleinement engagée dans la vie de la cité, et porter le voile, si cela procède d'un choix conscient et réfléchi.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;; font-size: 12pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;; font-size: 12pt;"&gt;A force de répéter que l’islam est un problème
pour la République, que cette religion, plus que les autres serait, sauf à se
modifier, incompatible avec les valeurs qui fondent notre pays, que nos
compatriotes musulmans devraient faire preuve d’un zèle tout particulier dans
la preuve de leur attachement à la République et à la France, on risque
précisément d’accentuer la perception, qu’une partie d’entre eux peuvent avoir,
d’être l’objet d’un soupçon permanent, voire d’un rejet. Le fait est que la
plupart de nos compatriotes de confession musulmane vivent dans le plus strict
respect des lois de la République.&amp;nbsp;
&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;; font-size: 12pt;"&gt;Pourquoi les sommer sans cesse de choisir entre cette dernière et la
religion qui est la leur, ou à défaut de se conformer à une version édulcorée –
et soi-disant républico-compatible –&amp;nbsp;de leur dogme élaborée par quelque
bureaucrate de la place Beauvau&amp;nbsp;? Pour reprendre une formule lumineuse de... Bernard
Cazeneuve en 2012&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;de mauvais amalgames aboutissent à
l’enfermement de groupes entiers dans le communautarisme, au grand préjudice de
la morale républicaine qui rassemble ». On ne saurait mieux dire.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;!--StartFragment--&gt;



&lt;!--EndFragment--&gt;&lt;br /&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">5</thr:total></item><item><title>Burkini: Les républicains ne sont pas ceux qu’on croit</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2016/08/burkini-les-republicains-ne-sont-pas.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Fri, 19 Aug 2016 12:17:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-5992499878757898222</guid><description>&lt;div align="center" class="MsoNormal" style="text-align: center;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;J’étais tranquillement en train
de préparer un cours de finances publiques – &lt;/span&gt;&lt;i style="font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;"&gt;o tempora&amp;nbsp;! o mores&amp;nbsp;!&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;– quand j’ai appris que ce qui
faisait scandale ces jours-ci n’était pas le caractère hautement irréaliste des
prévisions relatives aux déficits publics pour 2017 (2,7%&amp;nbsp;! C’est
Noël&amp;nbsp;!), mais un bout de vêtement fortement hideux, mais apparemment prisé
de certaines de nos compatriotes. J’ai l’impression que ce qui fait scandale
est moins le vêtement lui-même, que le nom qui lui a été donné. &lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;En réalité ce vêtement ne ressemble ni à une
burka, ni à un bikini – la contraction des deux termes ayant d’ailleurs un
inévitable effet comique. J’aurais suggéré de le rebaptiser «&amp;nbsp;maillot
intégral&amp;nbsp;» si cette expression n’avait pas déjà une signification bien
établie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;span lang="FR" style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;L’interdiction de ce vêtement,
qui provoque la risée de nos voisins, m’inspire trois types de réflexions, qui
visent à la fois les dénonciateurs de l’islamophobie et les pseudo-républicains
qui prétendent faire de la République un paravent pour l’intolérance
religieuse. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;span lang="FR" style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;span lang="FR" style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;1° &lt;/span&gt;&lt;span lang="FR" style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;; mso-bidi-font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;"&gt;L’&lt;u&gt;islamophobie&lt;/u&gt;
est un concept creux et vide, qu’il faut distinguer de la &lt;u&gt;haine des
musulmans&lt;/u&gt;. Cette dernière est naturellement néfaste&amp;nbsp;; et du reste il
n’y a pas loin de l’intolérance religieuse à l’intolérance culturelle, et au
racisme. Certaines personnalités, non seulement à droite, mais aussi à gauche
semblent être profondément hostiles au mode de vie de certains de nos
compatriotes&amp;nbsp;: porter le burkini ou le voile est perçu, on ne sait pourquoi,
comme le reflet nécessaire d’une idéologie politico-religieuse radicale, des
maires refusent (illégalement, du reste) d’accorder des permis de construire à
des associations cultuelles musulmanes, privant ainsi les musulmans de leurs
villes de lieux de culte, etc. Dernière mode enfin, l’interdiction du port de
vêtements tels que le burkini. Tout ceci relève, à divers degrés et de manière
plus ou moins marquée, de la haine des musulmans.&lt;span style="mso-spacerun: yes;"&gt;&amp;nbsp; &lt;/span&gt;N’en relève pas – et ne devrait pas y être
assimilé – le blasphème ou la critique de l’islam. Evidemment les gens
raisonnables tels que moi trouvent de meilleur goût une critique rationnelle,
informée, énoncée en connaissance de cause, qu’une caricature salace&amp;nbsp;:
mais l’une comme l’autre doivent pouvoir exister dans une société séculière,
démocratique et bénéficiant d’une certaine protection de la liberté
d’expression. C’est pourquoi l’islamophobie est un concept creux et sans doute
dangereux. Certes, dans de nombreux cas, la critique de l’islam est un
paravent, ou un cache-sexe, à la détestation des musulmans, mais le fait qu’il
arrive, très souvent, qu’il n’en aille pas ainsi, y compris d’ailleurs sous la
plume d’auteurs de confession musulmane, permet de rejeter le concept englobant
et dangereux d’islamophobie. Défendre le droit des femmes à porter un burkini
n’est pas incompatible avec la critique de leur religion, ni avec la
dénonciation des théocraties islamistes et de la manière dont ces dernières
traitent les femmes et les immigrés. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;span lang="FR" style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;2° Si le burkini ou le voile sont
une menace pour la République, alors la République est bien fragile. Partons&lt;/span&gt;&lt;span lang="FR" style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;; mso-bidi-font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;"&gt;,
pour les besoins de l’argument, de la prémisse que l’islam prescrit bien le
port du voile ou encore (mais là on touche aux limites du grand n’importe quoi)
du burkini. –En réalité le voile est un symbole culturel qui se retrouve dans
de nombreuses traditions de par le monde, et non un symbole spécifiquement
religieux propre à l’islam. Mais passons –. Reste à savoir quelle signification
la République souhaite y attacher. En prétendant que la République est attaquée
par un morceau de tissu, on fait de celui-ci le symbole de ce que précisément les
tenants de l’islam radical souhaitent y mettre, un symbole de coupure avec le
monde, d’infériorité de la femme, de réclusion volontaire, etc. Or de très nombreuses
femmes musulmanes ne le voient pas du tout comme cela, et il est gênant de voir
des défenseurs autoproclamés des droits des femmes ignorer complètement la
parole de ces dernières, et la remplacer par des fantasmes purs et simples.
Mais, de surcroît – et c’est le point important – le voile, &lt;b style="mso-bidi-font-weight: normal;"&gt;aux yeux de la République&lt;/b&gt;, n’a et ne
devrait avoir aucune valeur&amp;nbsp;: c’est un vulgaire bout de tissu qui ne
diffère guère – &lt;b style="mso-bidi-font-weight: normal;"&gt;aux yeux de la
République &lt;/b&gt;–&amp;nbsp;du fichu de la grand-mère qui promène son chien. Toute
autre position reviendrait à faire adopter à Marianne le raisonnement d’une
salafiste. Voilà qui semble bien curieux. Quelle que soit l’interprétation (y
compris la plus abjecte) que l’on donne à une pratique privée (telle que le
port du voile ou d’un T-Shirt des Ramones), cette interprétation n’a aucune
valeur aux yeux de Marianne, dès lors que la pratique en question ne trouble
pas l’ordre public (comme le rappelle opportunément l’art. 10 de la DDHC). &lt;b style="mso-bidi-font-weight: normal;"&gt;C’est cela, l’universalisme républicain&lt;/b&gt;,
et le véritable sens de la neutralité relieuse de l’Etat qui est au cœur de la
notion française de laïcité. Et c’est d’ailleurs précisément ce qui justifie
que nul ne puisse «&amp;nbsp;se prévaloir de ses croyances religieuses pour
s’affranchir des règles communes&amp;nbsp;» (CC, Décision n° 2004-505 DC du 19
novembre 2004 &lt;i style="mso-bidi-font-style: normal;"&gt;Traité établissant une
Constitution pour l’Europe&lt;/i&gt;, qui a fait l’objet d’un gros contresens du juge
des référés du TA de Nice). Vous croyez en Dieu&amp;nbsp;? Tant mieux – ou tant pis
– pour vous, mais la République s’en fout. Si elle s’en fout, je ne vois pas
pourquoi elle se sentirait menacée par la simple expression de votre croyance. Affirmer
que la laïcité impose la neutralité religieuse dans l’espace public, et aux
usagers des services publics, c’est n’avoir rien compris à la loi de 1905 ni à
la Constitution. C’est confondre un Etat laïque et une théocratie séculière.
D’ailleurs ceux qui prônent le port de «&amp;nbsp;tenues compatibles avec la
laïcité&amp;nbsp;» (sic, sic et re-sic) devraient remplacer «&amp;nbsp;laïcité&amp;nbsp;»
par «&amp;nbsp;islam&amp;nbsp;» ou tout autre religion pour voir que l’usage qu’ils
font du concept de la laïcité se rapproche de l’intégrisme religieux.&lt;span style="mso-spacerun: yes;"&gt;&amp;nbsp; &lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;!--StartFragment--&gt;























&lt;!--EndFragment--&gt;&lt;br /&gt;
&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"&gt;
&lt;span lang="FR" style="font-family: &amp;quot;times new roman&amp;quot;;"&gt;3° Si donc l’interdiction du
burkini –&amp;nbsp;et bientôt, peut-être, du voile – n’a RIEN A VOIR avec la
laïcité, supposons qu’elle ait à voir avec les droits des femmes. Il est vrai
que lorsque le port d’un vêtement est &lt;b style="mso-bidi-font-weight: normal;"&gt;contraint&lt;/b&gt;,
il convient de le dénoncer avec force. Un homme qui force sa femme à se voiler
ou à porter le burkini non seulement viole la loi, mais de surcroît est
moralement abject. Reste à savoir quelle place on accorde, non seulement
juridiquement, mais moralement, au &lt;b style="mso-bidi-font-weight: normal;"&gt;consentement
et au choix volontaire&lt;/b&gt;. Il y a ici deux extrêmes dont il faut se
garder&amp;nbsp;: soit le consentement est toujours pertinent – toute pratique
consentie serait juridiquement et moralement inattaquable&amp;nbsp;; soit il ne
l’est jamais. Si on retient le premier extrême, alors il faut légaliser les &lt;i style="mso-bidi-font-style: normal;"&gt;suicide pacts&lt;/i&gt; et absoudre le meurtrier
lorsque la victime est consentante – je mets de côté le problème très compliqué
de la fin de vie, du suicide assisté, etc. Si on retient le second extrême,
alors on ne peut pas expliquer la différence entre le viol et un rapport sexuel
consenti. En réalité il faut opérer un travail casuistique, et refuser à la
fois de faire du consentement la clé du l’appréciation morale d’un acte, comme
certaines théories libérales le souhaiteraient, et d’affirmer que le
consentement n’est jamais pertinent, ce qui conduit tout droit au paternalisme.
Concernant le burkini ou le voile, le choix de l’interdiction range ses
partisans clairement du côté de cet extrême qu’est le paternalisme. Pour les
exprits modérés, tels que moi, le véritable problème est d’arriver à établir
l’existence d’un consentement lorsque l’individu est pris au sein d’un réseau
de déterminismes qui ne le rendent jamais entièrement libre de ses choix. C’est
un problème philosophique majeur. Il y a un dégradé de situations entre d’un
côté celle qui porte le voile contrainte, y compris par la force, et qu’il faut
évidemment défendre, aider et secourir et celle qui le porte de manière non
seulement consentie, mais volontaire&amp;nbsp;; entre les deux il y a toute une
zone grise de pratiques non contraintes, mais orientées par le poids familial
et religieux, et pour lesquelles il est très difficile d’établir à la fois
l’absence et la présence du consentement. Mais il en va ainsi de &lt;b style="mso-bidi-font-weight: normal;"&gt;toutes les pratiques sociales&amp;nbsp;! &lt;/b&gt;Par exemple il y a des gens soumis au&amp;nbsp;travail forcé, ce qui doit être dénoncé, et il y a sans doute des gens très heureux et
très épanouis dans leur vie professionnelle, ce qui doit être applaudi ; entre les deux, le monde du
travail est parcouru de déterminismes et de dominations, de sorte que l’on n'y est
jamais complètement libre, ni complètement contraint. &lt;span style="mso-spacerun: yes;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Interdire le voile ou le burkini pour protéger
les femmes, y compris comme elles-mêmes, c’est refuser de prendre au sérieux la
diversité des situations et des raisons pour lesquelles les femmes font des
choix. C’est annihiler la valeur morale du consentement et du choix volontaire. Et même à supposer que la valeur morale de l'acte ne soit pas limitée au consentement, il demeurerait une différence fondamentale&lt;b&gt; entre d’une
part ce qui est moralement blâmable et ce qu’il est moralement permissible d’interdire&lt;/b&gt;.
Je ne suis personnellement enthousiasmé ni par le voile ni par le burkini. Je
serais peiné si l’une de mes filles venait à décider de vêtir ces tenues&amp;nbsp;;
mais il ne revient pas à l’Etat ni au droit de se mêler de leur choix dès lors
qu’il ne cause de tort à personne et qu’il ne trouble pas l’ordre public. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Colloque sur le droit et l'indétermination</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2016/03/colloque-sur-le-droit-et.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Wed, 9 Mar 2016 10:46:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-7411696439962898496</guid><description>Le lundi 21 mars 2016 de 11h à 18h30 se tiendra à l'Institut Michel Villey un colloque international intitulé "Droit et indétermination". Cette manifestation est organisée par le professeur Denis Baranger et par votre serviteur, et elle aura lieu en Salle des conseils du Centre Panthéon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y aura des sommités, venez nombreux!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus d'informations &lt;a href="http://institutvilley.com/Colloque-international-Droit-et" target="_blank"&gt;ici&lt;/a&gt;.</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Liberté religieuse v. non-discrimination</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2015/04/liberte-religieuse-v-non-discrimination.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Thu, 2 Apr 2015 01:24:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-9113979110455067749</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
La polémique du moment aux Etats-Unis est l'adoption par l'Etat d'Indiana d'une "loi de restauration de la liberté religieuse" (&lt;i&gt;Religious Freedom Restauration Act, &lt;/i&gt;ci-après &lt;i&gt;RFRA). &lt;/i&gt;Ce genre de loi, déjà adoptée dans une vingtaine d'Etats américains, est&lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;analogue à celle qui a été votée sur le plan fédéral en 1993, qui oblige les pouvoirs publics fédéraux à accorder toute exemption pour motif religieux à des lois d'applicabilité générale, sauf si un intérêt public impérieux (&lt;i&gt;compelling government interest)&amp;nbsp;&lt;/i&gt;y fait obstacle. Dans &lt;i&gt;City of Boerne v. Flores, &lt;/i&gt;un arrêt de 1997, la Cour suprême a statué que le RFRA fédéral ne s'imposait qu'aux pouvoirs publics fédéraux, et qu'elle ne saurait contraindre les Etats ou les autorités locales. C'est la raison pour laquelle l'Indiana, comme d'autres Etats, a été amenée à mettre en oeuvre son propre RFRA.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Il existe de nombreuses différences entre le RFRA fédéral et le RFRA d'Indiana (voir &lt;a href="https://inadvancesheet.wordpress.com/2015/03/27/the-indiana-religious-freedom-restoration-act-an-analysis-of-its-controversy/" target="_blank"&gt;ici&lt;/a&gt;, pour un petit aperçu), mais les deux principales sont 1° que "l'exercice" de la religion dont la liberté est "restaurée" est défini de manière très large et 2° que les exemptions pour motifs religieux sont invocables non seulement&amp;nbsp;à l'encontre de l'action des pouvoirs publics (poursuites pénales, sanctions administratives ou fiscales...) mais également à l'occasion d'un litige entre particuliers. C'est cela qui, joint à un autre point d'importance, à savoir l'absence de toute loi prohibant en Indiana la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, a justifié la polémique qui s'en est suivie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;h3 style="text-align: justify;"&gt;
RFRA et strict scrutiny&lt;/h3&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Pour le comprendre, partons du RFRA (fédéral) de 1993. Dans un arrêt de 1990,&amp;nbsp;&lt;i&gt;Employment Division v. Smith, &lt;/i&gt;la Cour suprême fédérale avait jugé que l'équivalent du Pôle emploi de l'Oregon avait pu, sans violer la Constitution, refuser de verser des allocations chômage à des personnes licenciées de la clinique de désintoxication dont elles étaient salariées au motif qu'elles consommaient une substance interdite par l'Etat, le peyote. Le moyen selon lequel l'usage du peyote, faisant partie d'un rituel religieux, était protégé par la &lt;i&gt;Free exercise clause&lt;/i&gt; du Premier amendement, n'avait pas prospéré devant la Cour suprême, le juge Scalia notant que le Premier amendement ne pouvait être invocable contre des "&lt;u&gt;lois neutres d'applicabilité générale&lt;/u&gt;".&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Le Congrès réagit, et passa le RFRA en 1993. – Il est à noter que Scalia, qui n'est pas à une incohérence près, est aujourd'hui l'un des défenseurs d'une extension maximale du champ d'application du RFRA, puisqu'il fit partie de la majorité dans &lt;i&gt;Hobby Lobby,&lt;/i&gt; mais ne me lancez pas sur ce sujet de grâce, j'y passerais des heures –. La section 3 prévoit que : &amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;i&gt;(a) IN GENERAL- Government shall not substantially burden a person’s exercise of religion even if the burden results from a rule of general applicability, except as provided in subsection (b).&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;i&gt;(b) EXCEPTION- Government may substantially burden a person’s exercise of religion only if it demonstrates that application of the burden to the person--&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;i&gt;(1) is in furtherance of a compelling governmental interest; and&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;i&gt;(2) is the least restrictive means of furthering that compelling governmental interest.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Vous noterez que nulle part il n'est fait explicitement mention d'exemptions. Mais, comme on va le voir, le résultat est le même.&lt;br /&gt;
Tout d'abord, il est clairement établi que la liberté d'exercice de la religion ne saurait être restreinte (&lt;i&gt;burdened&lt;/i&gt;), même lorsque cette restriction provient d'une règle d'applicabilité générale. On n'a bien entendu pas attendu le RFRA pour savoir qu'une loi ou un acte administratif qui cibleraient directement la religion, ou telle ou telle religion, seraient bien entendu inconstitutionnels. Par conséquent, si l'Etat prohibe les rituels religieux indiens, il viole la Constitution, ce qui ne fait aucun doute. L'innovation du RFRA est d'affirmer que si l'Etat interdit le peyote en général, il ne saurait ce faisant restreindre la liberté religieuse de l'individu qui utilise du peyote &lt;i&gt;pour raisons religieuses&lt;/i&gt;; ce qui veut bien dire qu'à l'occasion de l'application de cette loi, l'individu pourra demander à en être exempté pour raisons religieuses.&lt;br /&gt;
Ensuite, et de manière plus significative, en réservant la possibilité de restreindre (&lt;i&gt;burden&lt;/i&gt;) l'exercice d'une religion au seul cas où &lt;i&gt;un intérêt public impérieux&lt;/i&gt; le requiert, le RFRA donne aux cours pour instruction d'utiliser le test de &lt;i&gt;strict scrutiny, &lt;/i&gt;qui est le plus rigoureux. Les différents degrés de contrôle (du &lt;i&gt;rational basis test&lt;/i&gt; – l'équivalent fonctionnel de notre erreur manifeste d'appréciation – au &lt;i&gt;strict scrutiny)&lt;/i&gt; ont été pour la première fois évoqués dans une célèbre note en bas de page de l'arrêt &lt;i&gt;US v. Carolene Products and Co. &lt;/i&gt;de 1938; ils valent avant tout pour le contrôle de constitutionnalité des lois. L'objet du RFRA est d'obliger les cours à un test de &lt;i&gt;strict scrutiny &lt;/i&gt;lorsque l'application d'une loi est susceptible d'entraîner une restriction à la &lt;i&gt;Free Exercise Clause&lt;/i&gt; du Premier amendement de la Constitution. (Vous suivez ?) En ce sens on peut dire que le RFRA fédéral est plus qu'une simple loi ordinaire, en ce qu'il s'agit surtout d'une loi visant à contrôler l'interprétation du Premier amendement. Le but est bien sûr de généraliser les exemptions pour motifs religieux, puisqu'évidemment un test moins rigoureux est beaucoup plus favorable à la restriction étatique. Le RFRA fédéral est venu ainsi renverser l'arrêt de 1990 précité par lequel la Cour avait renoncé au test de&amp;nbsp;&lt;i&gt;strict scrutiny &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;Employment Division v. Smith&lt;/i&gt;) et, après avoir regimbé dans &lt;i&gt;Boerne &lt;/i&gt;déjà cité, la Cour s'est définitivement couchée en 2006 dans &lt;i&gt;Gonzales v. UDV.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Pour résumer : le Premier amendement consacre le principe de la liberté d'exercice de la religion; le RFRA fédéral affirme que cette liberté ne peut être restreinte, même lorsque cette restriction proviendrait d'une loi d'applicabilité générale (interprétation du premier amendement comme impliquant les exemptions) ; que la restriction n'est possible que si un intérêt public impérieux le requiert (interprétation du premier amendement comme imposant un test rigoureux de strict scrutiny); ce qui veut dire que non seulement l'exemption est la règle, et que la restriction est l'exception, mais de surcroît que la charge de la preuve est particulièrement lourde qui pèse sur le gouvernement quant à l'intérêt public impérieux qu'il invoque.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;h3&gt;
&lt;br /&gt;Revenons donc à l'Indiana...&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;
...ou plutôt passons par le Nouveau Mexique. Dans une affaire qui avait défrayé la chronique il y a quelques années, la Cour suprême du Nouveau Mexique avait confirmé la condamnation au civil d'un photographe qui avait refusé, pour motifs religieux, d'officier (comme photographe, bien sûr) à un mariage entre personnes du même sexe. La Cour suprême fédérale avait refusé de se saisir de l'affaire.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
Il est à noter que le Nouveau Mexique dispose d'un RFRA adopté en 2000, mais qui diffère du RFRA fédéral en ce qu'il admet des restrictions à la liberté d'exercice de la religion dès lors que ces dernières proviennent de lois d'applicabilité générale ; c'est donc tout le contraire de la logique des exemptions instaurée par le RFRA fédéral.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
Le Nouveau Mexique dispose également d'un&lt;i&gt; Human Rights Act (HRA)&amp;nbsp;&lt;/i&gt;dont la section 28-1-7 F prohibe à "&lt;i&gt;any person in any &lt;b&gt;&lt;u&gt;public accommodation&lt;/u&gt;&lt;/b&gt; to make a distinction, directly or indirectly, in offering or refusing to offer its services, facilities, accommodations or goods to any person because of (...) sexual orientation&lt;/i&gt;".&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
La notion de &lt;i&gt;public accommodation&lt;/i&gt; remonte au &lt;i&gt;Civil Rights Act&lt;/i&gt;&amp;nbsp;fédéral de 1964 : il s'agissait de prohiber la discrimination (fondée sur la couleur, le sexe, etc.) non seulement lorsqu'elle était pratiquée par les pouvoirs publics, mais également par des personnes privées, ce qui était tout l'enjeu de la déségrégation : il fallait en finir avec les bars qui refusent de servir des Noirs ("&lt;i&gt;No Niggers, No Jews, No Dogs&lt;/i&gt;"), et les innombrables autres abus de ce genre. Dans son HRA, le Nouveau-Mexique reprend cette doctrine en l'étendant à la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
C'est donc pour violation du HRA que le photographe avait été condamné, et le RFRA Néo-Mexicain, qui ne reconnaissait de toute façon pas d'exemption, n'y avait rien changé.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
Revenons cette fois-ci vraiment en Indiana.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
Le RFRA passé par le Parlement d'Indiana et promulgué le 26 mars dernier par le gouverneur Pence a pour objet de transposer au au niveau de l'Etat les dispositions du RFRA fédéral de 1993, et en particulier l'interprétation du Premier amendement comme protégeant les exemptions pour motifs religieux à des lois d'applicabilité générale. Nous avons cependant déjà noté un certain nombre de différences notables : l'exercice de la religion y est défini de manière très large, de manière à recouvrir toute pratique motivée par une croyance religieuse – on rappelle que le Premier Amendement ne protège pas directement la liberté de conscience, mais la liberté d'exercice de la religion – c'est-à-dire des actes matériels publics ou privés : célébrer une messe, célébrer le shabbat, manger du peyote dans une cérémonie rituelle – ainsi, bien sûr, que la liberté d'expression et de la presse. D'autre part le RFRA d'Indiana peut non seulement être invoqué contre le gouvernement mais à l'occasion d'un litige entre particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;Ajoutons à cela que l'Indiana ne possède aucun instrument de rang législatif ou constitutionnel prohibant la discrimination fondée sur la discrimination sexuelle.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;
&lt;b&gt;Par conséquent supposons que demain un hôtelier&amp;nbsp;&lt;i&gt;Hoosier &lt;/i&gt;(oui, les habitants de l'Indiana sont des Hoosiers, ne me demandez pas pourquoi) refuse au nom de ses convictions religieuses d'accueillir dans son établissement un couple de personnes du même sexe, ce refus lui-même s'apparenterait à l'"exercice" d'une religion. Si le couple le poursuit devant les juridictions civiles, l'hôtelier pourra exciper de cet "exercice", et ce y compris alors qu'une personne publique n'est pas partie à l'instance. Et le fait qu'il n'y ait aucune loi anti-discrimination suffit à priver de tout "intérêt public impérieux" le refus d'accorder une telle exemption.&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;h3&gt;
Le ver était dans le rFRaUIT&lt;/h3&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité ce conflit entre principe de liberté religieuse et principe de non-discrimination provient de la conception très curieuse du sécularisme à l'américaine, que j'avais mentionnée dans &lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2015/02/la-laicite-nest-pas-lintolerance.html" target="_blank"&gt;un précédent billet&lt;/a&gt;. En effet, ce sécularisme s'en tient à une stricte exigence de neutralité religieuse, mais refuse de mettre en oeuvre ce que j'avais appelé dans ce précédent billet l'indifférence religieuse de l'Etat. Le fait d'exercer une religion (plutôt que pas)&amp;nbsp;&lt;i&gt;fait&lt;/i&gt;&amp;nbsp;une différence aux yeux de l'Etat aux Etats-Unis.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
De fait, il est comique de voir ceux qui avaient introduit et soutenu à la Chambre et au Séant le RFRA de 1993 (tel le démocrate Charles Schummer) pousser des cris d'orfraies à la vue du RFRA de l'Indiana. Ils ne s'aperçoivent pas que c'est le RFRA fédéral, perçu comme une conquête à l'époque, qui a accéléré l'ancrage de cette conception très particulière du sécularisme, en gravant dans le marbre l'idée selon laquelle les lois valent pour tout le monde, sauf pour ceux qui ont leur religion à faire valoir. Le ver était donc dans le fruit, dès 1993.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
S'il est permis d'être très critique contre les dévoiements de la "laïcité" à la française, dont l'invocation – ou l'incantation – n'a souvent rien à voir avec la laïcité, il est utile de se remémorer ces paroles du juge John Paul Stevens, dans son opinion concourante sur &lt;i&gt;Boerne v. Flores &lt;/i&gt;déjà cité.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;i&gt;In my opinion, the Religious Freedom Restoration Act of 1993 (RFRA) is a "law respecting an establishment of religion" that violates the First Amendment to the Constitution.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;i&gt;If the historic landmark on the hill in Boerne happened to be a museum or an art gallery owned by an atheist, it would not be eligible for an exemption from the city ordinances that forbid an enlargement of the structure. Because the landmark is owned by the Catholic Church, it is claimed that RFRA gives its owner a federal statutory entitlement to an exemption from a generally applicable, neutral civil law. Whether the Church would actually prevail under the statute or not, the statute has provided the Church with a legal weapon that no atheist or agnostic can obtain. &lt;b&gt;This governmental preference for religion, as opposed to irreligion, is forbidden by the First Amendment&lt;/b&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;br /&gt;
Nul n'est prophète en son pays.&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>"L'influence de Kant sur le droit de la preuve bulgare au XVIIIe siècle"</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2015/03/linfluence-de-kant-sur-le-droit-de-la.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Tue, 31 Mar 2015 11:04:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-7840969692087613699</guid><description>Orin Kerr, collaborateur régulier du blog &lt;i&gt;Volokh Conspiracy&lt;/i&gt;&amp;nbsp;(d'orientation libertarienne, mais avec le sens de l'humour), a mis en ligne &lt;a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2586464" target="_blank"&gt;cet article&lt;/a&gt;, qui est appelé à être LA référence dans son domaine. C'est un &lt;i&gt;must read,&lt;/i&gt;&amp;nbsp;comme on dit.</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>La laïcité n'est pas l'intolérance</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2015/02/la-laicite-nest-pas-lintolerance.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Mon, 9 Feb 2015 22:19:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-3456978541334386834</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;Quel est le point commun entre l’affaire Babyloup, la controverse concernant le port du voile par les mamans accompagnant les sorties scolaires et l’atroce tuerie de Charlie Hebdo ? Réponse : aucune n’ont quoi que ce soit à voir avec la laïcité.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;Dès qu’il est question de religion (et, comme par hasard, de l’islam en particulier) dans le débat public, on en appelle à la « laïcité ». Voilà un mot magique, à la fonction clairement incantatoire, et qui est destiné à couper court à tout débat : vous vous opposez à la loi de 2010 sur la dissimulation du visage dans l’espace public ou à celle de 2004 relative au port de signes religieux à l’école, on vous répondra immédiatement : « mais c’est la laïcité, Monsieur ! ».&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;Un petit rappel sur ce qu’est la laïcité s’impose. La laïcité, ou, si l’on préfère, la conception française du sécularisme, tient en trois aspects principaux. La neutralité religieuse de l’Etat ; le deuxième est ce qu’on pourrait appeler l’indifférence de l’Etat vis-à-vis de la religion ; le troisième est la garantie de la liberté de conscience et de croyances.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;La neutralité religieuse de l’Etat implique que l’Etat ne reconnaît ni ne subventionne aucune religion ni aucun culte. Il n’y a pas de religion d’Etat, et les religions sont des activités privées n’intéressant pas la chose publique. L’Etat ne cherche pas à influencer les religions et vice versa. On retrouve cet aspect dans la plupart des Etats sécularisés, par exemple aux Etats-Unis, via l’Establishement Clause du Premier Amendement de la Constitution fédérale. L’une des spécificités françaises, de ce point de vue, est que l’exigence de neutralité s’étend aux agents publics dans l’exercice de leurs fonctions.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;L’indifférence de l’Etat vis-à-vis de la religion implique que l’Etat n’accorde aucune valeur particulière à la religion elle-même, c’est-à-dire au fait d’avoir des croyances religieuses plutôt que de ne pas en avoir. Le caractère religieux d’une croyance ou d’une activité ne fait ainsi aucune différence aux yeux de l’Etat, ce qui entraîne deux conséquences principales.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;La première conséquence est que l’Etat ne cherche pas à promouvoir la religion comme étant dotée de valeur spécifique, fût-ce une religion transcendant toutes les autres, tel le culte de l’Être suprême. Il en résulte par exemple l’absence de référence à la religion au sein du discours public. On imagine mal la cérémonie d’investiture du président de la République s’ouvrir par une prière – fût-elle œcuménique – et on imagine encore moins le président de la République conclure ses discours par « Que Dieu bénisse la France ! ». Ces seuls exemples montrent tout le fossé qui sépare la laïcité française de la culture politique américaine. Dans l’arrêt Town of Greece v. Galloway de 2014, la Cour suprême (il est vrai très divisée sur la question) a ainsi statué que faire précéder par une prière l’ouverture d’un conseil municipal n’était pas contraire au Premier Amendement.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;La seconde conséquence de l’indifférence religieuse est que l’Etat ne saurait accorder aux individus des accommodements à raison de leurs croyances religieuses, et qu’on ne saurait exciper de celles-ci pour demander à être exempté d’obligations pesant sur tous. La religion, dans cette optique, ne saurait justifier à ce que soit dérogé à des lois d’applicabilité générale, dès lors que de telles dérogations entraîneraient un fardeau supplémentaire pour les non-croyants (à commencer par le fardeau de l’inégalité de traitement). Si votre religion vous ordonne de prendre régulièrement de l’opium, vous ne pourrez pour autant vous soustraire aux lois qui répriment la consommation de stupéfiants. Ici encore la comparaison avec les Etats-Unis est édifiante, puisque le législateur américain a inscrit dans la loi l’obligation faite aux pouvoirs publics d’accorder de telles exemptions pour motifs religieux.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;Enfin, la laïcité consiste en une garantie de la liberté de conscience et de la liberté religieuse. Cet aspect, qui semble le plus évident, est curieusement le plus oublié aujourd’hui.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;N’ont en effet rien à voir avec la laïcité des lois, telles celles de 2004 ou de 2010, qui ciblent spécifiquement les religions en général ou l’une d’entre elles en particulier. Par définition, de telles lois ne sont pas d’applicabilité générale, puisqu’elles n’emportent aucun fardeau pour les non-croyants ou pour les religions épargnées. Elles ont bien davantage à voir avec une forme d’intolérance religieuse. Certains comportements, qui sont considérés – à tort ou à raison, là n’est pas la question – par les croyants comme étant requis impérativement par leur religion sont interdits, sinon absolument, du moins dans certains lieux, tels que l’espace public, les établissements publics, etc.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;Non seulement cette intolérance n’a rien à voir avec la laïcité, mais elle lui est même contraire, puisqu’elle fait fi de la liberté de conscience. Dès lors que certaines croyances religieuses requièrent certains comportements physiques (tels que l’exercice du culte, par exemple), il est contraire au principe de la liberté de conscience de prohiber spécifiquement ces comportements.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;On m’objectera que la religion étant une activité privée, on ne saurait tolérer ses manifestations dans l’espace public. Ce raisonnement est absurde. Le fait d’être une activité privée signifie ici uniquement que la religion ne bénéficie d’aucune reconnaissance officielle par les pouvoirs publics (en vertu de la neutralité et de l’indifférence religieuses qui caractérisent la laïcité) ; cela n’implique nullement l’interdiction d’exprimer ses convictions religieuses dans l’espace public, pour autant qu’elles n’occasionnent aucun trouble à l’ordre public.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;Arrêtons donc d’invoquer la laïcité à chaque fois qu’il est question de religion dans le débat public ; bien davantage, arrêtons de dévoyer ce beau nom de laïcité pour justifier les formes les plus odieuses d’intolérance religieuse. A l’heure où, dans la rhétorique d’extrême-droite, le musulman a remplacé l’arabe et le maghrébin, moins politiquement corrects, à l’heure où l’intolérance religieuse devient une forme nouvelle et acceptée de l’intolérance culturelle, il est urgent de rappeler ce qu’est la laïcité, et quels en sont ses véritables ennemis.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Chose dénuée de caractère sérieux</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2014/12/chose-denuee-de-caractere-serieux.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Tue, 30 Dec 2014 15:57:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-6584040966868754940</guid><description>&lt;span style="text-align: justify;"&gt;Pas grand chose à voir avec ce qui précède. Ma fille aînée me fait remarquer que lorsque, à la fin de la&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;i style="text-align: justify;"&gt;Belle et la bête&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;span style="text-align: justify;"&gt;(de Disney, pas de Cocteau, hein, elle a les références qu'elle peut), la Bête se transforme de nouveau en prince, ce dernier prend les traits de Jean Sarkozy.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;a href="https://www.youtube.com/watch?v=ms05La1pDIU" style="text-align: justify;" target="_blank"&gt;Voyez par vous-mêmes&lt;/a&gt;&lt;span style="text-align: justify;"&gt;, la ressemblance est troublante.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Encore et toujours la dignité</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2014/12/encore-et-toujours-la-dignite.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Tue, 30 Dec 2014 15:56:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-3955446063426829906</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Je n'ai pas vu “Exhibit B" et, partant, je n'ai aucune opinion à donner sur ce spectacle. Intéressante est, en revanche, l'ordonnance que le juge de référés du Conseil d'Etat a rendue le 11 décembre dernier par laquelle il rejette la requête de diverses associations tendant à ce que soit ordonnée la "suspension" (?) dudit spectacle. Le juge des référés a été ici particulièrement expéditif, usant de la procédure de l'article L 522-3 du CJA qui permet d'omettre instruction contradictoire et audience publique lorsque (pour la faire courte) il est manifeste que la requête est mal fondée.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Du coup, le juge n'a pas vraiment soigné son argumentation, et c'est dommage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
A vrai dire, la requête même est absolument incompréhensible. Il s'agit d'un référé "liberté fondamentale". L'article L 521-2 du CJA définit ainsi ce recours &amp;nbsp;: "&lt;i&gt;Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public &lt;/i&gt;[ici l'EPCC "Le Centquatre"] (...)&amp;nbsp;&lt;i&gt;aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale"&lt;/i&gt;). Or ici, l'enjeu est non pas de sauvegarder une liberté fondamentale, mais de demander à ce que soit limitée celle de quelqu'un d'autre (en l'espèce la liberté d'expression). Ca semble déjà bizarre.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Du coup, les requérants font usage de la notion de dignité de la personne humaine (tiens, tiens, te revoilà toi...). La question se pose donc de savoir si la dignité de la personne humaine est une liberté fondamentale. D'un point de vue abstrait, cela ne fait aucun doute (même si ici, on pourrait se demander à quelle dignité, et de quelle personne, il est ici porté atteinte, mais je ne veux point vous bassiner de nouveau avec ça). En revanche, le droit administratif comprend la dignité de la personne comme une composante de l'ordre public. Or je ne suis pas sûr que le référé-liberté puisse être à bon droit employé pour demander à ce que l'ordre public soit maintenu – sauf bien sûr &lt;i&gt;indirectement&lt;/i&gt;&amp;nbsp;lorsque&amp;nbsp;les troubles à l'ordre public résultant de l'inaction de l'administration entraînent une atteinte à une liberté fondamentale, mais ce n'est pas le cas ici, puisque la dignité de la personne humaine est pleinement composante de l'ordre public. &amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
C'est pourquoi on peut regretter que le juge des référés du Conseil d'Etat ait préféré prendre appui sur le &lt;u&gt;contenu&lt;/u&gt; du spectacle pour rejeter la requête : "&lt;i&gt;le spectacle « Exhibit B » avait pour objet de dénoncer les pratiques et traitements inhumains ayant eu cours lors de la période coloniale ainsi qu’en Afrique du Sud, au moment de l’apartheid"&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, il laisse à entendre que si le spectacle avait été une apologie de l'apartheid – et les associations requérantes, qui ne sont pas complètement connes non plus, n'affirmaient pas qu'il en fût ainsi, mais soutenaient que la frontière était précisément mince entre les deux situations, et que l'enfer est pavé de bonnes intentions –, &lt;i&gt;alors ledit spectacle aurait constitué une atteinte à la dignité de la personne humaine. Dans ce cas, le juge aurait-il donné gain de cause aux requérants? &lt;/i&gt;Dans l'affirmative, on peut soutenir que cela reviendrait à dénaturer la fonction même du référé-liberté, qui est conçu pour protéger à très brève échéance les administrés contre certains agissements de l'administration "&lt;i&gt;dans l'exercice d'un de ses pouvoirs"&lt;/i&gt;, et non pour les habiliter à forcer l'administration à &lt;i&gt;user de ses pouvoirs &lt;/i&gt;contre des tiers. Que le juge utilise la dignité de la personne humaine pour venir légitimer après coup des mesures de police à la légalité douteuse, passe encore; mais qu'il s'en serve pour forcer l'administration à sévir contre des tiers, voilà qui semble franchement grotesque.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Bon, je sollicite sans doute beaucoup le texte de l'ordonnance, qui n'a sans doute pas fait l'objet d'autant d'arrière-pensées de la part du juge.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Dignité et ordre public</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2014/02/dignite-et-ordre-public.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Tue, 18 Feb 2014 14:20:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-7680537372993652673</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;i&gt;Disclaimer&lt;/i&gt; &lt;i&gt;:&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Cette entrée est un poil plus sérieuse que la précédente (non que celle-ci fût tordante); elle est également plus ennuyeuse (non que la précédente fût excessivement captivante).&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Quoi de commun entre un humoriste antisémite et la situation tragique d'un tétraplégique en état de conscience minimale ? En premier lieu, l'un comme l'autre ont amené le Conseil d'Etat à être sous les feux de la rampe à un mois d'intervalle; en second lieu, dans les deux cas le Conseil a statué dans l'urgence, saisi d'un appel contre une ordonnance de référé rendue par un tribunal administratif; en troisième lieu, dans chacun des cas, le Conseil a mobilisé la notion de &lt;i&gt;dignité&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Dans le second cas, celui du jeune tétraplégique, cet usage n'a rien de bien étonnant : le Conseil ne fait qu'employer les termes des dispositions législatives applicables au litige (en particulier les articles L1110-2 et L-1110-10 du Code de la santé publique issus de la loi du 4 mars 2002 dite "loi Kouchner"). Et il n'est pas douteux, pour le sens commun, que l'une des questions qui touchent cette douloureuse affaire ait de près ou de loin rapport avec la dignité du patient.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Dans le premier cas, celui de l'humoriste antisémite, la référence à la dignité est plus surprenante.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Je vais me concentrer sur le premier cas, qui, pour n'être plus dans l'actualité (mais je n'avais pas le temps d'écrire ce texte lorsque cette affaire faisait la une des journaux), n'en est pas moins très intéressant. Je ne dirai rien du second cas, tout simplement parce que je n'ai rien de très original à dire à ce sujet. &lt;/div&gt;
&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;h3&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;h3&gt;
Yay! Le Conseil cite ses précédents!&lt;/h3&gt;
&lt;br /&gt;
Il est toujours malaisé de commenter une ordonnance de référé, tout simplement parce que le juge statue dans l'urgence – même s'il semble évident que le président Stirn avait préparé à l'avance ses arguments. Il est de bonne prudence d'attendre que le Conseil statue au fond (d'ici quelques années...) afin d'avoir une idée plus précise de sa jurisprudence à venir. Cependant, ce n'est pas une, mais trois ordonnances que le juge des référés du Conseil d'Etat a été amené à rendre coup sur coup les 9, 10 et 11 janvier derniers, et leur lecture ne fait pas apparaître de grandes différences ou hésitations dans l'argumentation -- la route est donc en partie tracée.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Je ne vais pas commenter tous les aspects de cette jurisprudence naissante. Je ne vais pas m'appesantir sur la liberté d'expression, sur la référence faite par le juge&amp;nbsp; à la "tradition républicaine" et à la "cohésion nationale" (arguments juridiques assez incertains). Je vais uniquement m'intéresser à un glissement sémantique opéré par le juge dans l'emploi de la notion de "dignité". &lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Comme il n'y a pas de différence significative entre les trois décisions, je vais ici m'appuyer principalement sur la première ordonnance, celle du 9 janvier, pour plusieurs raisons : d'abord, c'est celle qui a fait couler le plus d'encre; ensuite elle &lt;i&gt;annule&lt;/i&gt; l'ordonnance du tribunal administratif (ici, Nantes) -- contrairement aux deux suivantes qui confirment la décision de la juridiction inférieure (dans les deux cas le TA d'Orléans). Il en résulte que l'argumentation y est nécessairement plus soignée et plus développée que dans les ordonnances suivantes, qui sont souvent un copié-coller rafistolé de la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'est un point très intéressant, cette ordonnance du 9 janvier fait partie des rares décisions où le Conseil d'Etat mentionne explicitement dans les visas &lt;i&gt;des précédents&lt;/i&gt;, notamment les arrêts &lt;i&gt;Benjamin&lt;/i&gt; du 19 mai 1933 et&lt;i&gt; Morsang-sur-Orge&lt;/i&gt; du 27 octobre 1995. – L'ordonnance mentionne également une décision du Conseil d'Etat&amp;nbsp;&lt;i&gt;Mme C...&amp;nbsp;&lt;/i&gt;du 16 février 2009. Il s'agit en réalité de l'&lt;i&gt;avis contentieux&lt;/i&gt;&amp;nbsp;dit "Hoffman-Glemane" rendu le 16 février 2009 par l'Assemblée du contentieux du Conseil d'Etat, dans lequel celui-ci reconnaît (entre autres) que les persécutions antisémites du gouvernement de Vichy portent atteinte au principe de la dignité de la personne humaine.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Ces précédents ne sont cependant pas discutés dans les considérants. C'est dommage, même si le contraire aurait bien sûr été très surprenant.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;h3&gt;
Un peu d'histoire&lt;/h3&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Très brièvement, l'arrêt &lt;i&gt;Benjamin &lt;/i&gt;est connu comme la décision qui a consacré le caractère (prétendument) exceptionnel des atteintes portées par l'administration au principe de la liberté de réunion, ces atteintes pouvant être ne pouvant justifiées que lorsqu'elles sont indispensables au maintien de l'ordre public. Le juge consacrait ainsi l'un des premiers usages du contrôle de proportionnalité en droit public français.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Jusqu'ici tout va bien(&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html#(*)"&gt;*&lt;/a&gt;).&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
L'arrêt &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge&lt;/i&gt; est une autre affaire. L'arrière-plan factuel est connu : le maire de la riante commune de l'Essonne qui donne son nom à l'arrêt avait pris un arrêté interdisant un spectacle de "lancer de nains" organisé à l'intérieur d'une discothèque. Si vous n'avez aucune idée de ce dont il s'agit, voyez le dernier Scorsese. La société organisatrice du spectacle, ainsi que la personne de petite taille en question, avait attaqué l'arrêté pour excès de pouvoir, en raison de l'atteinte portée par celui-ci aux principes constitutionnels de la liberté du travail et de la liberté du commerce et de l'industrie. Face à quoi, suivant les conclusions du commissaire du gouvernement dont le principal argument juridique était tiré d'un film de David Lynch, le Conseil indiqua que la dignité de la personne humaine faisait partie intégrante de l'ordre public et que le consentement de la personne de petite taille ne changeait rien à l'affaire.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Cet arrêt fit grosse impression... et puis tout le monde l'oublia. Y compris le Conseil, si on en juge la très maigre jurisprudence prise sur son fondement dans les quinze ans qui suivirent (la plus célèbre étant la fameuse ordonnance dite de la "soupe aux cochons" rendue en janvier 2007). – Après tout, on aurait pu interdire, sur le fondement de cet arrêt, la plupart des émissions de télé-réalité qui firent florès quelques années plus tard. – A plusieurs reprises, le Conseil a rappelé que le principe de la dignité de la personne humaine devait s'entendre de manière assez stricte. Dans son rapport, adopté le 25 mars 2010 par l'Assemblée générale plénière, relativement au projet de loi sur la dissimulation du visage dans l'espace public, il est allé jusqu'à écrire que "l’appréciation de ce qui porte ou non atteinte à la dignité de la personne est, au moins potentiellement, relativement subjective"(&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html#(**)"&gt;**&lt;/a&gt;), minimisant au passage la portée de sa propre jurisprudence &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge&lt;/i&gt;! (Voir p. 19-20 du rapport qui se trouve &lt;a href="http://www.conseil-etat.fr/media/document/avis/etude_vi_30032010.pdf" target="_blank"&gt;ici&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h3&gt;
"L'inquiétante protection" de la dignité de la personne humaine&lt;/h3&gt;
&lt;br /&gt;
L'arrêt &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge &lt;/i&gt;a fait l'objet de nombreuses critiques, et mon objectif ici n'est pas de me joindre au chœur des imprécateurs. C'est naturellement le statut du consentement de la "victime" qui est au cœur des débats – et c'est un point sur lequel le Conseil d'Etat n'a pas vraiment eu l'occasion d'affiner sa jurisprudence. Je vais, comme annoncé, uniquement m'intéresser à la consistance du concept de dignité lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son &lt;a href="http://www.revue-klesis.org/pdf/Klesis-Philosophie-analytique-du-droit-1-Quiviger.pdf" target="_blank"&gt;étude&lt;/a&gt;&amp;nbsp;remarquable sur ce qu'il appelle l'inquiétante protection de la dignité de la personne humaine, mon maître Pierre-Yves Quiviger fait remarquer qu'existe une ambiguité dans le concept même de dignité de la personne humaine, ambiguité qui est poussée à son firmament dans les ordonnances de référé qui sont l'objet du présent post. Dans l'affaire du "lancer de nains", l'indignité ne vient pas de l'acte de lancer une personne, mais du fait que la personne en question est &lt;i&gt;de petite taille&lt;/i&gt;. Si je déshabille en public n'importe quel individu, je lui fais de toute évidence subir un traitement indigne. En revanche si je lance un individu, le caractère indigne de ce traitement n'intervient que si cet individu est une personne de petite taille (ou souffrant d'un handicap quelconque). Le caractère indigne n'est donc pas attaché à la personne même de l'individu en question, mais à la "nanitude" qu'il incarne. A travers l'individu on vise la catégorie à laquelle il appartient – ou à laquelle on souhaite le faire appartenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, il demeure que le "traitement indigne"que se spectacle faisait subir pouvait encore, dans l'affaire &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge,&amp;nbsp;&lt;/i&gt;être attaché à un individu de chair et d'os, même si &lt;i&gt;ce qui rendait&lt;/i&gt; le traitement indigne (selon le Conseil) était son appartenance à une catégorie donnée. Il faut donc distinguer le sujet de l'indignité et ce qui rend son traitement indigne. Après tout on pourrait imaginer que le Conseil d'Etat juge légale l'interdiction d'un spectacle où un individu consentant (de taille "normale") serait mis à nu et humilié devant un public. Bref, dans cette affaire, on pouvait encore parler de &lt;i&gt;traitement indigne&lt;/i&gt;, tout simplement parce qu'une personne de chair et d'os était l'objet même (si ce n'est le clou) d'un spectacle visant à lui faire subir un tel traitement. Il ne s'agissait pas d'un spectacle où un individu ferait l'apologie du "lancer de nains", mais il s'agissait d'un spectacle... de "lancer de nains". – Ce rattachement à une personne de chair et d'os était également possible dans l'ordonnance de la "Soupe au cochon", où le juge des référés pouvait encore parler de la "dignité des personnes privées du secours proposé".&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenons maintenant à l'affaire de l'humoriste antisémite (appelons-le "l'humoriste"). A quelle personne de chair et d'os celui-ci fait-il subir un &lt;i&gt;traitement indigne&lt;/i&gt;&amp;nbsp;? A la dignité de &lt;i&gt;quelle personne humaine&lt;/i&gt;&amp;nbsp;ses propos (moralement et juridiquement condamnables – et condamnés) portent-ils atteinte ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait en premier lieu penser qu'il s'agit de la personne... de l'humoriste lui-même. On aurait ici une stricte application de la jurisprudence &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge&lt;/i&gt; : l'humoriste, en tenant des propos abjects, s'humilierait (de façon consentante) devant un public voyeur et lâche. Ai-je besoin de dire pourquoi cette hypothèse est somme toute assez peu vraisemblable ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La véritable réponse est bien entendu la suivante : En faisant l'apologie de (ou en se moquant ouvertement de) la Shoah, l'humoriste porte atteinte à la dignité de la personne humaine &lt;i&gt;en général&lt;/i&gt;. On remarquera qu'il est ici impossible&amp;nbsp;(sauf à torturer la langue) de parler de &lt;i&gt;traitement indigne&lt;/i&gt;. On ne fait pas subir un &lt;i&gt;traitement&lt;/i&gt;&amp;nbsp;quelconque à une abstraction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, faire subir un traitement indigne à un individu (par exemple, lancer une personne de petite taille dans une soirée alcoolisée) consiste également en une atteinte à la personne humaine (en général) &lt;i&gt;en lui. &lt;/i&gt;Mais l'inverse n'est pas exact. C'est pourquoi la jurisprudence &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge&lt;/i&gt; ne s'applique pas véritablement dans l'affaire de l'humoriste antisémite: ici, le couple indignité vs. consentement ne joue pas (l'humanité ne saurait consentir ou ne pas consentir à ce que soit porté atteinte à sa dignité); et aucun individu ne subit un &lt;i&gt;traitement indigne&lt;/i&gt;(&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html#(***)"&gt;***&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, faire un peu de philosophie est utile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Conseil effectue en effet un véritable glissement sémantique entre deux types de "dignité de la personne humaine"(&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html#(****)"&gt;****&lt;/a&gt;) : d'un côté, la dignité – appelons-la &lt;i&gt;dignité 1&lt;/i&gt; – qui s'attache à un individu (ou éventuellement à un groupe, une communauté entendue comme simili-personne morale), et qui peut être retirée à raison d'un certain &lt;i&gt;traitement ce cet individu&lt;/i&gt;; de l'autre, la dignité de l'&lt;i&gt;humanité&lt;/i&gt; –  appelons-là &lt;i&gt;dignité 2&lt;/i&gt; –, y compris en ce qu'elle est incarnée par les individus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est certes parce que l'individu est une personne &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt;, c'est à raison de son humanité, que le traitement qui lui est infligé est indigne, et moralement blâmable. Autrement dit la dignité de l'humanité est ce qui rend immoral le traitement indigne réservé aux individus, par lequel ces derniers &lt;i&gt;perdent &lt;/i&gt;leur dignité 1. Mais ils ne peuvent jamais perdre la dignité qui s'attache non à leur personne, mais à la personne humaine en général telle qu'instanciée par eux : ils ne peuvent perdre leur dignité 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi nature de l'&lt;i&gt;atteinte&lt;/i&gt; diffère lorsqu&lt;i&gt;'&lt;/i&gt;on a &lt;i&gt;uniquement&lt;/i&gt; affaire à l'humanité en tant que telle, c'est-à-dire lorsque l'on porte atteinte à la dignité 2 de la personne humaine. La dignité de l'individu (la dignité 1) est quelque chose qui peut lui être retirée – par un certain traitement, donc. Or l'atteinte à la dignité de la personne humaine en général, à la dignité 2, ne peut consister de la sorte dans la soustraction d'une propriété, mais, simplement, dans une forme d'&lt;i&gt;irrespect de l'humanité&lt;/i&gt;. De sorte que &lt;i&gt;même lorsqu'on fait subir à un individu un traitement indigne&lt;/i&gt;, et qu'on lui ôte sa dignité, on ne saurait, ce faisant, retirer la dignité qui s'attache à la&lt;i&gt;&amp;nbsp;personne humaine &lt;/i&gt;(en général, i.e. la dignité 2) qui s'incarne en lui. &lt;i&gt;A fortiori&lt;/i&gt; lorsque cette dignité 2 est désincarnée, et que l'irrespect pour celle-ci ne passe pas par un traitement indigne de quiconque – c'est-à-dire lorsque cet irrespect n'a pas pour corollaire une atteinte à la dignité 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conséquences de ce glissement sémantique d'un sens à l'autre de l'expression "dignité de la personne humaine", entendue comme composante de l'ordre public, sont potentiellement très dangereuses. Sans justifier le moins du monde la jurisprudence &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge &lt;/i&gt;(qui me semble très critiquable, mais tel n'est pas le point), je suis tenté d'affirmer que cette dernière se fondait sur une notion de la dignité de la personne humaine entendue au premier sens : la dignité 1, qui s'attache à un individu et qui doit lui être garantie au nom du respect que l'on porte à l'humanité qu'il instancie – du respect que l'on doit à la dignité 2. Dans l'affaire Dieudonné, où nulle atteinte n'est portée à la dignité 1 d'un individu ou d'un groupe, la dignité en jeu n'est autre que la seule dignité 2 désincarnée de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de savoir si un individu ou un groupe s'est vu ou non retirer sa dignité est certes relativement tributaire des appréciations "subjectives" que l'on peut avoir – pour reprendre cette expression de subjectivité employée par le Conseil lui-même. Mais ô combien plus "subjective" est la question de savoir si telle ou telle action, tel ou tel propos constitue un manque ou non de respect à l'humanité! Faisons-nous confiance à l'administration pour décider de ce qui constitue ou non une telle atteinte à la dignité de la personne humaine ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En semblant retenir, comme &lt;i&gt;partie intégrante de l'ordre public&lt;/i&gt;, qui forme le cœur conceptuel de la légalité des actes de police administrative, une notion large de dignité de la personne humaine, entendue comme respect dû à l'humanité en tant que telle, le juge ouvre la voie aux pires abus. Mais nul ne doute que, dans sa sagesse habituelle, il saura refermer les vastes portes donnant sur l'incertain qu'il a lui-même, un peu précipitamment, contribué à ouvrir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
_________________&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html" name="(*)"&gt;(*)&lt;/a&gt; Il est de coutume de citer, à titre "d'intermédiaire" entre &lt;i&gt;Benjamin &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge &lt;/i&gt;le fameux arrêt &lt;i&gt;Société des films Lutétia &lt;/i&gt;du 18 décembre 1959. Dans cet arrêt, le Conseil affirme qu'un maire peut prendre un arrêté interdisant la projection d'un film dès lors que le "caractère immoral" de ce dernier &lt;i&gt;&lt;u&gt;et &lt;/u&gt;&lt;/i&gt;"les circonstances locales" seraient susceptibles de constituer des troubles à l'ordre public.&amp;nbsp;La théorie des circonstances locales ne joue pas dans l'affaire Dieudonné (ni dans &lt;i&gt;Morsang-sur-orge&lt;/i&gt; d'ailleurs) étant donné que le caractère d'atteinte à la dignité de la personne humaine (entendue comme composante pleine et entière de l'ordre public) &lt;i&gt;ne saurait être susceptible de variations territoriales&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt; &lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html" name="(**)"&gt;(**)&lt;/a&gt; Point d'autant plus piquant que le commissaire du gouvernement Frydman, dans ses conclusions sur l'arrêt &lt;i&gt;Morsang-sur-Orge, &lt;/i&gt;déclarait, au sujet des récriminations de la "victime consentante": "&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times&amp;quot; , &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: x-small;"&gt;Le respect de la dignité de la personne humaine, concept absolu s’il en est, ne saurait en effet s’accommoder de quelconques concessions en fonction des appréciations subjectives que c&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: &amp;quot;times&amp;quot; , &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: x-small;"&gt;hacun peut porter à son sujet" !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times&amp;quot; , &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: x-small;"&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt; &lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html" name="(***)"&gt;(***)&lt;/a&gt; Le fait que les propos de l'humoriste offensent de nombreuses personnes – de même d'ailleurs que le traitement indigne peut offenser des tiers; par exemple dans l'affaire&amp;nbsp;&lt;i&gt;Morsang-sur-Orge&lt;/i&gt;, certaines associations de personnes de petite taille avaient apporté leur appui au maire de la commune – n'implique nullement que ces dernières subissent un traitement indigne. Je trouve (à titre personnel) tout à fait offensant, et irrespectueux, le traitement que le "lancer de nains" fait subir à certaines personnes de petites tailles même consentantes (cela ne veut pas dire que leur consentement ne soit pas moralement pertinent, bien sûr! – mais ce n'est pas le point important ici); mais je ne subis pas pour autant un traitement indigne. Il en va ici de même pour les propos antisémites, que je trouve tout à fait abjects,&amp;nbsp;&lt;i&gt;et tout à fait irrespectueux de l'humanité,&amp;nbsp;&lt;/i&gt;mais&amp;nbsp;qui ne constituent pas un traitement indigne de ma personne.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span style="font-family: &amp;quot;times&amp;quot; , &amp;quot;times new roman&amp;quot; , serif; font-size: x-small;"&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt; &lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2014/02/dignite-et-ordre-public.html" name="(****)"&gt;(****)&lt;/a&gt; J'ai récemment effectué (le hasard fait bien les choses) la révision de la traduction d'un texte remarquable de Ian Carter, au détour duquel celui-ci effectue une distinction proche de celle faite ici entre "dignité kantienne" et "dignité extérieure". (Voir I. Carter, "Le respect et la tolérance sont-ils compatibles?", &lt;i&gt;Annuaire de l'Institut Michel Villey&lt;/i&gt;, 5, 2014). Je me suis ici largement inspiré de cette distinction très éclairante.&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt; – Une autre manière de voir les choses serait d'envisager le rapport de la dignité aux droits : Jeremy Waldron a fait remarquer dans plusieurs articles et ouvrages que la dignité s'entendait à la fois comme le contenu de certains de droits fondamentaux (le droit &lt;i&gt;à la dignité&lt;/i&gt;) et comme le fondement des droits de l'homme (ce qui fonde l'ensemble des droits, y compris le droit à la dignité). Ce que j'appelle dignité 1 s'attache naturellement au &lt;i&gt;contenu de droits&lt;/i&gt;, qui sont bien entendu fondés par la dignité 2. Si je dois respecter votre dignité 1 (e.g. ne pas vous déshabiller au milieu de la rue), c'est parce que votre dignité 2 (la dignité qui s'attache à vous en tant que personne humaine) fonde ce droit au respect de la dignité 1. Cependant il faut noter que Waldron ne thématise pas vraiment la différence conceptuelle entre la dignité comme contenu et la dignité comme fondement.&amp;nbsp;   &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total><enclosure length="299331" type="application/pdf" url="http://www.revue-klesis.org/pdf/Klesis-Philosophie-analytique-du-droit-1-Quiviger.pdf"/></item><item><title>Un scandale !</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2014/02/un-scandale.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Mon, 17 Feb 2014 13:02:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-5931173008799288749</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Au grand dam de mes trois lecteurs, je n'ai pas été très actif sur ce blog récemment. Je sors de mon silence pour attirer votre attention un véritable scandale, dont la presse à la solde du pouvoir, comme d'habitude, s'est bien gardée de faire mention.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
On a récemment dénoncé, à juste titre, l'immixtion déplorable de la théorie du genre dans les programmes scolaires et les livres pour enfants. Mais on a moins entendu parler de la non moins détestable &lt;i&gt;théorie de l'espèce&lt;/i&gt;, qui va jusqu'à infester la production cinématographique destinée à la jeunesse.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Dernier exemple en date : un &lt;a href="http://www.imdb.com/title/tt0864835/?ref_=fn_al_tt_1" target="_blank"&gt;film récemment paru &lt;/a&gt;dans lequel un enfant a pour père adoptif un chien. Vous avez bien lu : &lt;i&gt;un chien&amp;nbsp;&lt;/i&gt;! Que fait Jean-François Copé contre cette attaque infâme contre les valeurs de la famille traditionnelle ?&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Alain Bauer, ministre de l'intérieur et de la "réalité criminologique"</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/08/alain-bauer-ministre-de-linterieur-et.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Tue, 13 Aug 2013 13:26:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-8283720630490722779</guid><description>&lt;span style="color: inherit;"&gt;&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;Voilà, comme ça, &lt;a href="http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/08/13/la-lettre-de-valls-a-hollande-qui-torpille-la-reforme-taubira_3460787_3224.html" target="_blank"&gt;c'est clair&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;
&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif;"&gt;J'aime beaucoup la fine ironie du ministre mettant en garde contre "&lt;span style="line-height: 21px;"&gt;les dangers d'une stratégie qui [fait] de la loi pénale un vecteur de communication politique". Je me tords de rire.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Post scriptum</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/07/post-scriptum.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Thu, 4 Jul 2013 14:48:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-2658318468049176050</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;
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&lt;![endif]--&gt;

&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
"DOMA under­mines both the public and private significance
of state­ sanctioned same-sex marriages; for it tells those couples, and all the
world, that their otherwise valid marriage sare unworthy of federal
recognition. This places same-sex couples in an unstable position of being in a
second-tier marriage. The differentiation demeans the couple, whose moral and
sexual choices the Constitution protects, see &lt;i&gt;Lawrence&lt;/i&gt;, 539 U. S. 558,
and whose relationship the State has sought to dignify. And it humiliates tens
of thousands of children now being raised by same-sex couples. The law in
question makes it even more difficult for the children to understand the
integrity and closeness of their own family and its concord with other families
in their community and in their daily lives."&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: right;"&gt;
&lt;i&gt;United States v. Windsor, &lt;/i&gt;570 U.S.&amp;nbsp;&lt;u&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/u&gt; (2013) (&lt;i&gt;Slip Opinon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Opinion of the Court&lt;/i&gt;, p. 22-23)&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;
&lt;span style="font-size: 9.0pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Ce blog parle de nouveau de mariage pour tous (en Californie)</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/06/ce-blog-parle-de-nouveau-de-mariage.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Wed, 26 Jun 2013 23:33:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-481195387227935008</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Vous savez déjà que la Cour suprême américaine a rendu le 26 juin deux décisions très attendues. Dans &lt;a href="http://www.supremecourt.gov/opinions/12pdf/12-307_g2bh.pdf" target="_blank"&gt;United States v. Windsor&lt;/a&gt;, la Cour a confirmé l'arrêt de la Cour d'appel du Second Circuit déclarant inconstitutionnel la section 3 du DOMA Act. Cette section indiquait que les avantages (en matière d'impôts, de successions, etc.) que le droit fédéral reconnaît au couples mariés ne devaient pas s'appliquer aux couples de même sexe, quand bien même ceux-ci auraient dûment convolé en justes noces dans les Etats reconnaissant le "mariage pour tous". Selon la Cour, la section 3 est contraire à la &lt;i&gt;Due Process Clause&lt;/i&gt;&amp;nbsp;du cinquième amendement. On peut résumer ainsi l'opinion : dès lors qu'un mariage est légal dans un Etat, la reconnaissance de ce mariage confère au couple marié un statut et une dignité, que le gouvernement fédéral ne peut leur ôter. Le DOMA Act crée &lt;i&gt;de facto &lt;/i&gt;une inégalité entre des cas qui ne devraient pas être inégaux (puisque les Etats les reconnaissent comme égaux). Je cite la décision : "la liberté protégée par la &lt;i&gt;Due Process Clause&lt;/i&gt;&amp;nbsp;du Cinquième amendement contient en elle l'interdiction de dénier à toute personne l'égale protection des lois" (p. 25). Par conséquent, dès lors qu'un couple est légalement marié, il a un droit constitutionnel à ne pas voir son union considérée comme un mariage de seconde zone. &lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Evidemment sur un arrêt très politisé comme celui-ci, on retrouve l'habituelle répartition 5-4 : la majorité se compose des quatre juges progressistes (Kagan, Sotomayor, Ginsburg, Breyer) auxquels se joint l'habituel juge charnière (le libertarien incohérent Kennedy), qui rédige l'opinion ; les quatre conservateurs (Roberts, Alito, Scalia, Thomas) ne sont pas d'accord, pour des raisons diverses.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Plus intéressante pour le juriste est, à mon avis, la décision&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.supremecourt.gov/opinions/12pdf/12-144_8ok0.pdf" target="_blank"&gt;Hollingsworth v. Perry&lt;/a&gt;&amp;nbsp;rendue le même jour, toujours à une majorité 5-4, mais différente de la précédente (Roberts, Scalia, Ginsburg, Kagan, Breyer pour; Thomas, Alito, Kennedy, Sotomayor contre). Il faut bien voir que la décision US v. Windsor, que l'on vient de commenter, évite comme la peste la question de savoir si une loi d'Etat limitant le mariage aux couples de sexe différent est ou non conforme à la Constitution. Comme l'écrit le Président Roberts, dans son opinion dissidente sous &lt;i&gt;US v. Windsor&lt;/i&gt;, "il est possible que nous soyons dans le futur appelés à résoudre les contestations des définitions du mariage présentes dans les lois d'Etat et affectant les couples du même sexes. Cette question, cependant, n'est pas la nôtre dans la présente affaire" (p. 3-4 de l'opinion dissidente). L'arrêt Windsor évite soigneusement la question de savoir s'il y a pour tous un droit égal au mariage reconnu par la constitution et se contente d'affirmer que si un mariage est légal dans un Etat, alors les époux ont un droit constitutionnel à ce qu'il soit reconnu sans discrimination par le gouvernement fédéral. Cette solution un peu équilibriste est déjà très critiquée, mais, comme je l'indiquerai à la fin de ce texte, il me semble qu'elle est la plus raisonnable. Le fait que ce soit Kennedy (et non un des juges progressistes) qui rédige l'opinion est d'ailleurs assez révélateur d'une solution de consensus &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;, d'autant plus la section 2 du DOMA, qui fait interdiction aux cours de contraindre les Etats n'ouvrant pas le mariage pour tous à reconnaître les unions de couples du même sexe célébrées dans d'autres Etats, n'est pas examinée par la Cour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de l'inconstitutionnalité des lois d'Etat anti-mariage pour tous était posée aux juges dans Hollingsworth v. Perry,&amp;nbsp; et les juges ont tout simplement préféré... ne pas y répondre.&amp;nbsp;La décision, tout comme l'opinion dissidente d'ailleurs, est un monument d'habileté rhétorique, et se concentrent exclusivement sur un point important de procédure, sans jamais aborder l'affaire au fond. &amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Il était question de savoir si la fameuse Proposition 8 (adoptée, conformément à une possibilité ouverte par la Constitution de Californie, à la suite d'un référendum d'initiative populaire), qui limite les mariages aux couples de sexes différents, est ou non conforme à la Constitution fédérale. Après l'adoption du référendum, des couples de même sexe avaient contesté la conformité de la Proposition 8 à la Constitution fédérale devant une juridiction fédérale (une District Court). L'exécutif de Californie, officiellement visé par l'action en justice, avait déclaré ne pas défendre la loi  (qu'elle continuait cependant à appliquer); c'est la raison pour laquelle la District Court avait accepté d'entendre les arguments des responsables de l'initiative ayant donné lieu au référendum. La District Court ayant déclaré la Proposition 8 contraire à la Constitution fédérale, ces responsables décidèrent de former un recours devant la Cour d'appel pour le Neuvième Circuit : étant donné que les requérants avaient gagné et que l'exécutif de Californie ne souhaitait pas défendre la Proposition 8, c'était, conceptuellement, la seule possibilité d'appel.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Or selon la Cour suprême, la Cour d'appel a eu tort de déclarer recevable le recours des auteurs de l'initiative, qui, par définition, ne sont pas des autorités publiques et qui, de ce fait, n'avaient aucun intérêt à agir (&lt;i&gt;standing&lt;/i&gt;) : n'étant pas visés par l'action initiale, et ne pouvant être envisagés comme des représentants de l'Etat de Californie, ils ne peuvent interjeter appel contre un jugement prononcé à l'occasion d'une action à laquelle ils ne sont pas partie.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
La Cour d'appel avait, sur le fond, confirmé le jugement de la District Court. Et c'est naturellement que les auteurs de l'initiative avaient formé un recours devant la juridiction de dernier ressort, la Cour suprême. Or, s'ils n'ont pas d'intérêt à agir devant la Cour d'appel, ils n'en ont -- &lt;i&gt;a fortiori &lt;/i&gt;-- pas davantage devant la Cour suprême. C'est pourquoi, l'arrêt de la Cour d'appel est vidé (&lt;i&gt;vacated&lt;/i&gt;), et l'affaire est renvoyée devant cette dernière, avec pour instruction de déclarer le recours irrecevable.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Le résultat est que, de ce fait, le jugement initial de la District Court devient définitif. La Proposition 8 est donc inapplicable, et des couples de même sexe vont pouvoir se marier en Californie. En revanche, nulle part la Cour (pas plus que l'opinion dissidente, qui conteste seulement que les requérants n'aient pas intérêt à agir) ne se prononce sur la question de savoir si la District Court et la Cour d'Appel après elle ont eu raison d'interpréter la Constitution comme elles l'ont fait. Le statut des lois analogues à la Proposition 8 dans les autres Etats n'est donc absolument pas réglé.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Ce faisant la Cour peut s'offrir un moment de répit et éviter de rendre deux décisions très politisées le même jour. Les restrictions apportées par le gouvernement fédéral aux avantages dont devraient jouir les couples de même sexe dûment mariés selon la loi des Etats ne sont pas constitutionnelles. Le statut constitutionnel de l'interdiction faite par certains Etats (qui ont compétence souveraine en matière de droit de la famille) aux couples de même sexe de se marier n'est en revanche pas réglé.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
J'ai le sentiment que la Cour a choisi de régler la question la plus simple. En matière de constitutionnalité substantielle, évidemment, il n'y a pas de cas clairs; une déclaration d'inconstitutionnalité est clairement une &lt;i&gt;décision&lt;/i&gt;. Cependant, il me semble que le caractère inconstitutionnel de DOMA est plus avéré que celui de la Proposition 8. Bien que je sois partisan du "mariage pour tous", je ne crois pas que son interdiction soit clairement inconstitutionnelle (je pense que, par le passé, le Conseil constitutionnel a eu pleinement raison de refuser de se substituer à l'appréciation du législateur sur ce sujet, et il ne me semble pas qu'il y ait plus à chercher là-dessus dans la Constitution américaine que dans la Constitution française). L'ouverture du mariage aux couples de même sexe est clairement une question d'opportunité, comme disent les juristes, et Dieu sait qu'il est opportun de le faire aujourd'hui. Déclarer la proposition 8 inconstitutionnelle donnerait inutilement du grain à moudre à ceux qui rebattent l'idée éculée selon laquelle la Constitution est ce que les juges disent qu'elle &amp;nbsp;est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plutôt que de faire une confiance excessive aux juges, il faudrait peut-être élire des législateurs intelligents.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total><enclosure length="173339" type="application/pdf" url="http://www.supremecourt.gov/opinions/12pdf/12-144_8ok0.pdf"/></item><item><title>Ce blog parle de nouveau de prostitution</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/06/ce-blog-parle-de-nouveau-de-prostitution.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Sat, 8 Jun 2013 12:30:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-3220533227471041373</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Je suis désolé de revenir sur une de mes vieilles lubies. On sait que se prépare à l'Assemblée nationale une nouvelle proposition de loi visant à pénaliser les clients des prostituées. Je n'ai pas besoin de revenir sur les &lt;a href="http://droitobjectif.blogspot.fr/2011/12/dune-abolition-lautre.html" target="_blank"&gt;raisons&lt;/a&gt; de fond qui motivent mon opposition aux projets de ce genre. Je voudrais simplement poser une question, qui semble anecdotique, mais qui révèle beaucoup sur l'état d'esprit des néo-abolitionnistes: il est entendu que la loi (si la proposition de loi est adoptée) pénalisera les clients de prostitué&lt;b&gt;E&lt;/b&gt;s; pénalisera-t-elle également les clients et client&lt;b&gt;E&lt;/b&gt;s de prostitu&lt;b&gt;É&lt;/b&gt;s ? (J'ajouterais les client&lt;b&gt;E&lt;/b&gt;s de prostitué&lt;b&gt;E&lt;/b&gt;s, mais je ne sais pas si cela existe).&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Si la prostitution est en soi condamnable pourquoi s'en tenir à la seule prostitution féminine ? Pourquoi est-ce la ministre des droits de la femme (et non pas le ministre de l'intérieur ou la ministre de la justice) qui a annoncé, il y a quelque temps, la détermination du gouvernement à abolir la prostitution ?&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
En somme la prostitution apparaît dégradante uniquement lorsque ce sont des femmes qui la pratiquent.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Qui est sexiste ?&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Colloque sur Hart à Paris II le 19 avril</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/04/colloque-sur-hart-paris-ii-le-19-avril.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Sat, 6 Apr 2013 10:46:00 +0200</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-1546945623920434357</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Une fois n'est pas coutume, je m'y prends un peu à l'avance pour faire une annonce. Le 19 avril prochain aura lieu à l'Université Paris II Panthéon-Assas un colloque international consacré à la pensée de H.L.A. Hart. Ce colloque, à l'initiative du professeur Olivier Beaud et de Grégory Bligh, qui consacre sa thèse à Hart, est organisé par l'Institut Michel Villey et la Maison française d'Oxford. Vous trouverez toutes les informations nécessaires &lt;a href="http://www.institutvilley.com/Colloque-H-L-A-Hart-le-droit-et-la,211" target="_blank"&gt;ici&lt;/a&gt;. J'ajoute que paraîtra prochainement une traduction aux soins de Grégory Bligh de &lt;i&gt;Law, Liberty and Morality&lt;/i&gt;, paru il y a exactement cinquante ans.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Votre serviteur a l'honneur de participer aux travaux du colloque, mais s'il vous faut une bonne raison de venir, ce doit plutôt être le casting de stars internationales à faire pâlir d'envie le PSG réunies pour l'occasion.&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Wow</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/03/wow.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Thu, 21 Mar 2013 19:38:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-1249434847215480213</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Imaginez que demain le législateur décide que les fonds de l'ANR destinés aux équipes de science politique ne puissent être alloués qu'aux projets de recherche qui "promeuvent la sécurité nationale ou les intérêts économiques de la France". Je suis sûr que mes camarades de l'UFR 11 seraient ravis.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
C'est ce ravissement que doivent éprouver actuellement leurs collègues d'outre-Atlantique. J'ai en effet appris aujourd'hui via le blog de L. Solum que le Sénat américain a&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.huffingtonpost.com/2013/03/21/tom-coburn-national-science-foundation_n_2921081.html#slide=1615628" target="_blank"&gt;adopté un amendement &lt;/a&gt;présenté par le formidable sénateur Coburn (républicain, it goes without saying) visant à rendre impossible toute subvention de la &lt;i&gt;National Science Foundation&lt;/i&gt;&amp;nbsp;à un projet de recherche en science politique qui n'aurait pas vocation à "promouvoir la sécurité nationale ou les intérêts économiques des Etats-Unis".&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Wow.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
L'&lt;i&gt;American Political Science Association &lt;/i&gt;s'est fendu d'un &lt;a href="http://www.prnewswire.com/news-releases/senate-delivers-a-devastating-blow-to-the-integrity-of-the-scientific-process-at-the-national-science-foundation-199221111.html" target="_blank"&gt;communiqué rageur&lt;/a&gt; (avec argument de la pente glissante et tout et tout), qui ne changera évidemment rien, puisqu'on imagine mal la Chambre rejeter l'amendement.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Sur le délit d'offense et l'arrêt Eon v. France de la CEDH</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/03/sur-le-delit-doffense-et-larret-eon-v.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Fri, 15 Mar 2013 09:06:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-6868282847474380843</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
La CEDH vient de condamner la France pour violation de l'article 10 de la Convention. (Vous trouverez l'arrêt, relativement bref et clair, &lt;a href="http://hudoc.echr.coe.int/sites/fra/pages/search.aspx?i=001-117137" target="_blank"&gt;ici&lt;/a&gt;). Le sieur Eon avait brandi, lors d'une visite du Président Nicolas Sarkozy à Laval en août 2008 une pancarte où figuraient les mots "Casse toi pov'con" et il avait été condamné, sur le fondement de l'article 26 de la loi du 29 juillet 1881, à 30 euros d'amende avec sursis pour offense au président de la République. Le maximum prévu par la loi étant 45000 euros, on peut dire que le sieur Eon l'a échappé belle, mais il a néanmoins formé un recours auprès de la CEDH contre l'arrêt de la cour d'appel d'Angers devenu définitif après que la Cour de cassation eut refusé d'admettre son pourvoi. &lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Cet arrêt est intéressant à plusieurs titres. Tout d'abord il intervient alors que le statut du président de la République va faire l'objet d'un projet de révision constitutionnelle. A la lumière de ce contexte, la pertinence de maintenir une protection aussi exorbitante de la personne du président de la République que le délit d'offense n'est pas établie, et, étant donné la quasi désuétude (pour reprendre les mots de la Cour) dans laquelle l'article 26 est tombé jusqu'à sa réactivation sous Nicolas Sarkozy, le législateur pourrait, en l'abrogeant, s'offrir à peu de frais une mesure symbolique et relativement consensuelle.&lt;br /&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Ensuite, et c'est sans doute plus intéressant, l'arrêt permet de nourrir une réflexion assez poussée sur les rapports entre diffamation (publique), injure (publique) et offense, trois délits prévus par la loi du 29 juillet 1881 (respectivement aux articles 29, 33 et 26). En effet, dans son célèbre arrêt &lt;i&gt;Colombani v. France&lt;/i&gt; qui avait conduit à l'abrogation du délit d'offense à chef d'Etat étranger (anc. art. 36 de la loi du 29 juillet 1881), le &lt;i&gt;nexus&lt;/i&gt; de l'argumentation de la Cour portait sur le fait que, contrairement à la diffamation, l'&lt;i&gt;exceptio veritatis&lt;/i&gt;, prévue par l'article 35 de la même loi, n'était pas admise en matière d'offense. Autrement dit, le directeur du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et le rédacteur de l'artice, poursuivis pour avoir soutenu que l'entourage du roi marocain était mêlé au trafic de haschich (pour le dire rapidement), n'avaient pas été admis à apporter la preuve que l'entourage du roi était bien mêlé au trafic de haschich. Il y avait là une violation de la liberté d'expression protégée par l'article 10 de la Convention de sauvegarde.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Or dans son arrêt Eon v. France, la cour fait remarquer que l'arrêt Colombani v. France, en dépit des similitudes, ne saurait être invoqué. Bien que le chef d'accusation soit quasiment identique, les cas sont néanmoins différents. Tout d'abord parce que les propos reprochés à M. Eon n'ont pas été rendus publics par voie de presse; surtout M. Eon ne saurait invoquer l'exception de vérité, puisqu'en raison de la nature des propos incriminés, cette dernière, même reconnue par la loi, eût été inopérante. "Pov'con" étant une injure et non une allégation, il serait absurde de chercher à prouver devant un tribunal que Nicolas Sarkozy est bien un pov'con. (Il s'agit d'une illustration triviale de la théorie des actes de langage: un énoncé doté de force illocutoire non assertive n'est pas susceptible du vrai et du faux. Pour une analyse très fine de l'insulte comme acte de langage, voir J. Leiber, "Insulting", &lt;i&gt;Philosophia&lt;/i&gt;, 8/4, 1979).&amp;nbsp; &lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
En revanche, si le journal &lt;i&gt;le Monde &lt;/i&gt;avait titré : "Mohammed VI est un pov'con", peut-être que l'article 36 serait peut-être toujours en vigueur aujourd'hui, puisque la Cour aurait vraisemblablement confirmé la condamnation des requérants. En effet, ce qui va conduire la Cour à indiquer que dans l'affaire Eon, une violation de l'article 10 a &lt;i&gt;bien &lt;/i&gt;eu lieu ce sont des considérations tirées des faits de l'espèce. Cf. au § 55 de l'arrêt : "A la lumière de ces éléments, la Cour considère qu’il n’y a pas lieu en l’espèce d’apprécier la compatibilité avec la Convention de la qualification pénale retenue, fut-elle (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;) considérée comme présentant un caractère exorbitant". Par conséquent, ce n'est pas la conformité à la Convention du délit d'offense &lt;i&gt;per se&amp;nbsp;&lt;/i&gt;que la Cour va considérer, mais seulement si, dans le cas présent, l'application de l'art. 26 de la loi de 1881 n'a pas violé la liberté d'expression du sieur Eon.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Le plus drôle est qu'elle s'appuie, pour retenir la violation de l'article 10, sur les faits retenus par la cour d'appel&amp;nbsp;pour &lt;i&gt;condamner &lt;/i&gt;M. Eon&amp;nbsp;(le fait que M. Eon soit un ancien élu, un militant politique, etc.). Là où la cour d'appel indiquait que ces éléments permettaient d'exclure la bonne foi de l'accusé, la CEDH indique que cela suffit à caractériser ses propos comme de nature à exprimer une critique &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; de l'action du président de la République. De surcroît, c'est parce que "casse toi pov'con" est devenue une référence facilement identifiable (un mème, diraient certains) que ce propos s'avère être satirique -- et ne saurait être véritablement injurieux pour la personne du chef de l'Etat. (Ce que la Cour semble indiquer ici est que même si le sieur Eon avait été poursuivi sur le fondement de l'article 33 de la loi du 29 juillet 1881, c'est-à-dire pour injure publique, il y aurait quand même eu violation de la Convention).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut par conséquent envisager les hypothèses (contrefactuelles) suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- si le sieur Eon avait écrit sur son écriteau "Sarkozy est un fils de pute de sa race", il aurait pu être convaincu d'offense au président de la République sans que soit porté atteinte à la liberté d'expression de M. Eon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- si le sieur Eon avait écrit "casse-toi, pov'con", mais avait destiné ces propos non au président de la République, mais à un quidam, il aurait pu être convaincu d'injure publique sans que soit porté atteinte à sa liberté d'expression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- si le sieur Eon avait écrit, à destination du président de la République "Sarkozy a reçu de Mme Bettencourt 500 000 euros pour financer sa campagne présidentielle", sa condamnation pour offense aurait vraisemblablement constitué une violation de l'article 10 al. 2 de la Convention de sauvegarde -- il resterait loisible cependant au ministère public de poursuivre pour diffamation (tout ceci en application de l'arrêt &lt;i&gt;Colombani &lt;/i&gt;interprété pour s'appliquer hors du strict cadre de la presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s'aperçoit alors que si en l'espèce les poursuites pour offense au président de la République sont de nature à porter atteinte au principe de la liberté d'expression tel qu'il est protégé par la Convention, &lt;i&gt;c'est précisément parce que ces propos s'adressent au président de la République! &lt;/i&gt;C'est précisément parce que ces propos, qui ont eux-mêmes été prononcés auparavant par Nicolas Sarkozy, prennent, &lt;i&gt;dans le contexte de locution&lt;/i&gt;, une inévitable connotation satirique (ce qui ne serait pas le cas s'ils étaient adressés à un quidam) qu'ils ne peuvent être tenus pour répréhensibles. Pour le dire autrement : c'est précisément parce qu'ils sont adressés au président de la République que le chef d'offense au président de la République ne peut être retenu sans violer l'article 10 !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On aurait tort, nonobstant ce qu'on vient de voir, de penser que l'arrêt &lt;i&gt;Eon v. France&lt;/i&gt; n'a qu'une portée limitée, même si cette portée est assurément plus limitée que celle de l'arrêt &lt;i&gt;Colombani et al. v. France.&lt;/i&gt;&amp;nbsp; Dans cet arrêt (que vous pourrez consulter &lt;a href="http://hudoc.echr.coe.int/sites/fra/pages/search.aspx?i=001-65089" target="_blank"&gt;ici&lt;/a&gt;), la Cour avait retenu que la non-reconnaissance de l'exception de vérité en matière d'offense au chef d'Etat étranger, &lt;i&gt;en ce que cette dernière avait d'analogue avec la simple diffamation, &lt;/i&gt;suffisait à rendre le délit d'offense contraire à la Convention. Elle indiquait même :&lt;br /&gt;
&lt;span style="background-color: white; font-size: x-small;"&gt;&lt;span class="sB8D990E2" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif; line-height: 18px; text-indent: 18.9333px;"&gt;La Cour constate donc que le délit d'offense tend à&amp;nbsp; porter atteinte à la liberté d'expression et ne répond à aucun «&lt;/span&gt;&lt;span class="sB8D990E2" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif; line-height: 18px; text-indent: 18.9333px;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span class="sB8D990E2" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif; line-height: 18px; text-indent: 18.9333px;"&gt;besoin social impérieux&lt;/span&gt;&lt;span class="sB8D990E2" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif; line-height: 18px; text-indent: 18.9333px;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span class="sB8D990E2" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif; line-height: 18px; text-indent: 18.9333px;"&gt;» susceptible de justifier cette restriction. Elle précise que c'est le régime dérogatoire de protection prévu par l'article 36 pour les chefs d'Etats étrangers qui est attentatoire à la liberté d'expression, et nullement le droit pour ces derniers de faire sanctionner les atteintes à leur honneur, ou à leur réputation, ou encore les propos injurieux tenus à leur encontre, dans les conditions de droit reconnues à toute personne (&lt;i&gt;Colombani&lt;/i&gt;, § 69).&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
Dans l'arrêt Eon, la Cour refuse de considérer que, par lui-même, le délit d'offense au président de la République, quoi qu'il soit le strict analogue du délit d'offense à chef d'Etat étranger, et ait le même régime, soit contraire à l'article 10. Cependant, le paragraphe 61 permet d'en faire autre chose qu'un simple arrêt d'espèce :&lt;br /&gt;
&lt;span class="sB8D990E2" style="background-color: white; line-height: 18px; text-indent: 18.9333px;"&gt;&lt;span style="font-family: Times, Times New Roman, serif; font-size: x-small;"&gt;La Cour considère que sanctionner pénalement des comportements comme celui qu’a eu le requérant en l’espèce est susceptible d’avoir un effet dissuasif sur les interventions satiriques concernant des sujets de société qui peuvent elles aussi jouer un rôle très important dans le libre débat des questions d’intérêt général sans lequel il n’est pas de société démocratique.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
Autrement dit : formellement, nous n'avons pas de raisons de déclarer le délit d'offense &lt;i&gt;per se&amp;nbsp;&lt;/i&gt;non conforme à la Convention, mais il l'est pour toutes les situations analogues à celles que nous venons d'examiner. Etant donnée la largesse avec laquelle la Cour a manié la notion de satire, il n'est pas douteux que les cas analogues seront plus nombreux qu'on pourrait bien le croire au premier abord. -- Cela dit, on admettra que 30 euros avec sursis, ce n'est pas franchement dissuasif (mais comme le note la juge Power-Forde dans son opinion (très) partiellement dissidente, il y a quand même "l'épreuve du procès pénal (...) qui provoque angoisse, appréhension est désarroi"!)*.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, avis au législateur français : par prudence, abrogez l'article 26, qui ne sert vraiment à rien, et dont l'office peut être tout à fait rempli par le délit d'injure**, ou le cas échéant, par le délit de diffamation. Se faire condamner par la CEDH pour un truc aussi ridicule, ça ne fait pas vraiment bon genre. D'un autre côté, ceux qui montent sur leurs grands chevaux et dénoncent la permanence en droit français d'un crime de lèse-majesté se détournent sans doute de combats plus utiles. L'actualité récente a du reste fourni un &lt;a href="http://www.lemonde.fr/international/article/2013/01/25/lese-majeste-dix-ans-de-prison-pour-un-journaliste-thailandais_1822486_3210.html" target="_blank"&gt;exemple&lt;/a&gt; de crime de lèse-majesté dont son auteur aurait sans doute bien voulu qu'il lui ne lui occasionnât qu'une amende de 30 euros avec sursis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-------&lt;br /&gt;
* On peut remarquer à ce sujet que la Cour se contredit quelque peu, puisqu'à la fois elle dénonce l'effet dissuasif de la condamnation du sieur Eon ET elle reconnaît que les 30 euros avec sursis, c'est vraiment des clopinettes, et que par conséquent le seul constat de la violation de l'art. 10 de la Convention constitue une satisfaction équitable au sens de l'art. 41. D'où l'opinion dissidente de la juge Power-Forde, qui indique qu'on aurait du être plus généreux avec M. Eon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
** J'ai par ailleurs tendance à considérer que, au moins&lt;i&gt; prima facie, &lt;/i&gt;le droit ne devrait pas se mêler de réguler les injures, qu'elles soient publiques ou, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;,&amp;nbsp;non publiques (art. R621-2 du Code pénal). A tout prendre je préfère la doctrine, beaucoup plus serrée et restrictive, des &lt;i&gt;fighting words&lt;/i&gt;&amp;nbsp;en droit américain (voir l'arrêt de la Cour Suprême &lt;i&gt;Chaplinsky v. New Hampshire&lt;/i&gt; 315 US 568 (1942)), doctrine qui, contrainte par le Premier Amendement, s'efforce de trouver des critères stricts permettant de prohiber certains types d'injures (l'atteinte à la paix publique, le fait de causer un préjudice -- &lt;i&gt;injury&lt;/i&gt;). Je n'ai ni la place ni le temps d'expliquer les raisons de mon scepticisme, qui ne tiennent en réalité que très partiellement à mon attachement à la liberté d'expression, et bien plus à des considérations sur la dignité du législateur.&amp;nbsp;Et je vous quitte sur cette méditation de Hobbes : "L'offense que l'on peut ressentir du fait de mots ou de gestes outrageants, lorsque ceux-ci ne font pas d'autre mal que le chagrin momentané de celui qui est pris à partie, n'a pas été prise en considération par les lois des Grecs, des Romains, et des autres Républiques anciennes ou modernes, le législateur estimant que la véritable cause d'un tel chagrin ne réside pas dans l'outrage (qui n'a pas de prise sur les hommes conscients de leur valeur) mais dans la petitesse d'esprit de celui qui s'offense de ces choses" (&lt;i&gt;Léviathan&lt;/i&gt;, chap. XXVII, trad. Tricaud, p. 329).&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item><item><title>Conférence de T. Endicott à Nanterre</title><link>http://droitobjectif.blogspot.com/2013/02/conference-de-t-endicott-nanterre.html</link><author>noreply@blogger.com (Mathieu Carpentier)</author><pubDate>Sun, 24 Feb 2013 11:12:00 +0100</pubDate><guid isPermaLink="false">tag:blogger.com,1999:blog-8447221840415893043.post-2653595465753188478</guid><description>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
J'avais vu cela il y a quelque temps et puis Elodie Djordjevic a eu la gentillesse de le rappeler à mon bon souvenir : le professeur Timothy Endicott (Doyen de la faculté de droit d'Oxford) sera à Nanterre demain lundi 25 février, pour parler du rôle de l'intention de l'auteur dans l'interprétation juridique. Comme c'est un sujet qui m'est cher, je suis peiné de ne pouvoir assister à cette conférence. Tous les détails sont &lt;a href="http://ctad.u-paris10.fr/cdr-theorie-droit/seminaire-interpretation-and-the-intention-of-an-author-442966.kjsp?RH=cdr_ctad" target="_blank"&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
A ceux que ça intéresse, je conseille de lire trois papiers d'Endicott sur l'interprétation, où il n'aborde pas de front la question de l'intention, ce qui rend la conférence de demain d'autant plus alléchante:&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
- "Putting Interpretation in its Place", &lt;i&gt;Law and Philosophy&lt;/i&gt;, 13/4, 1994 (un compte rendu de l'ouvrage d'A Marmor, &lt;i&gt;Interpretation and&amp;nbsp;Legal Theory, &lt;/i&gt;repris en partie dans son &lt;i&gt;opus magum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Vagueness in Law, &lt;/i&gt;Oxford UP, chap. 8).&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
- "The Only True Interpretation" in P. Comanducci et R. Guastini (dir.),&amp;nbsp;&lt;i&gt;Analisi e diritto 2005&lt;/i&gt;, Turin, Giapiccchelli, 2006) &lt;a href="http://www.giuri.unige.it/intro/dipist/digita/filo/testi/analisi_2006/08endicott.pdf" target="_blank"&gt;disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
- "Legal Intepretation" in A. Marmor (dir.), &lt;i&gt;Routledge Companion to Philosophy of Law&lt;/i&gt;, dont une version est &lt;a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1872883" target="_blank"&gt;disponible sur SSRN&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Il peut être utile également de lire trois défenses classiques (ou, pour la dernière, plus récente) de la thèse intentionnaliste en matière d'interprétation législative, thèse qu'Endicott attaquera demain.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
- Le &lt;i&gt;locus classicus &lt;/i&gt;est A. Marmor, &lt;i&gt;Interpretation and Legal Theory&lt;/i&gt;, 2e édition, Oxford, HArt Publishing, 2005 [1ère ed. 1994, OUP]&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
- Pour une théorie "minimale" de l'interprétation, sans doute compatible avec l'argument général d'Endicott, voir J. Raz, "Intention in Interpretation" in &lt;i&gt;Between Authority and Interpretation,&lt;/i&gt; Oxford, Oxford UP, 2009.&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
- Plus récemment, Richard Ekins a mis en avant une défense robuste de la thèse intentionnaliste dans &lt;i&gt;The Nature of Legislative Intent&lt;/i&gt;, Oxford, Oxford UP, 2012. Vous trouverez l'introduction de l'ouvrage &lt;a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2171398" target="_blank"&gt;sur SSRN.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;
Enfin, pour un aperçu des controverses classiques sur le sujet, l'article de MacCallum reste indépassable: G. MacCallum, "Legislative intent", &lt;i&gt;Yale Law Journal&lt;/i&gt;, 75/5, 1966.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;
</description><thr:total xmlns:thr="http://purl.org/syndication/thread/1.0">0</thr:total></item></channel></rss>