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  <title type="html">Carnets de grenier</title>
  <subtitle type="html">Ce temps est celui des substitutions : chaque chose est remplacée pas son faux.
— Drieu la Rochelle, L'homme couvert de femmes.</subtitle>
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— Drieu la Rochelle, L'homme couvert de femmes."/>
  <updated>2026-05-14T05:08:15+02:00</updated>
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    <name>Constant</name>
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    <title>Ne confondons (ni ne jugeons) pas</title>
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    title="Ne confondons (ni ne jugeons) pas" />
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    <updated>2012-02-17T23:05:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Analyse</dc:subject>
        <dc:subject>nominalisme</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;Et sans arrêt la même antienne&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Tout est différent, si différent… Il y a telle et telle chose&amp;nbsp;; ne confondons pas…&lt;/em&gt; Chacun se perd dans les nominalismes les plus enchevêtrés, au point de vouloir restituer en pensée l'étonnement du réel et laisser la théorie elle-même aussi interdite que la matière muette. Et pourtant… les mêmes qui s'esclaffent que tout n'est que cas particulier, nécessairement incommensurable à tout autre, se scandalisent aussitôt que telle chose distinguée plaît, que telle autre déplaît, et que, de fait, une hiérarchie éclot de la plus naturelle façon de leurs propres dires. Et ce n'est pas la contradiction qui les frappe&amp;nbsp;; c'est le fascisme latent dont est gros tout esprit critique, sitôt que l'on a vu qu'à vouloir séparer des choses, on court le risque de les classer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour eux, il n'y a qu'un recourt&amp;nbsp;: ne plus évaluer, ne plus apprécier, mourir comme la pierre… sauf s'il s'agit de haïr ce qui a commencé à juger d'abord. Double bénéfice&amp;nbsp;: le mal étant déterminé, il suffit de voir à quoi il s'oppose, et le bien l'est du même coup. Je me méfie de la métaphysique, fut-elle nietzschéenne, mais ne s'agit-il pas là simplement de la définition même d'une morale réactive, du type d'homme réactif&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Topor, Max Lampin</title>
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    <updated>2011-09-09T15:00:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
            
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/Max_Lampin.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.Max_Lampin_m.jpg&quot; alt=&quot;Topor, Max Lampin.&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Topor, Max Lampin.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Ils n'égorgent rien du tout, ils saillent</title>
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    <updated>2011-09-09T10:52:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>celine</dc:subject><dc:subject>destouches</dc:subject><dc:subject>interracial</dc:subject><dc:subject>je suis partout</dc:subject><dc:subject>lettre</dc:subject><dc:subject>marseillaise</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.interracial_by_SharkyFilmMaker_m.jpg&quot; alt=&quot;SharkyFilmMaker, Interracial, Deviantart.&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;SharkyFilmMaker, Interracial, Deviantart.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;«Ils viennent jusque dans nos bras&amp;nbsp;! Égorger etc.» Ce ne sont pas du tout les «féroces soldats» qui ravagent et détruisent la France mais bien les renforts négroïdes de notre propre armée. Pour être juste, ils n'égorgent rien du tout, ils saillent. Et c'est l’imprévu de la «Marseillaise»&amp;nbsp;! Rouget n'avait rien compris, la conquête, la vraie de vraie, nous vient d’Orient et d’Afrique, la conquête intime celle dont on ne parle jamais, celle des lits. Un empire de 100 millions d’habitants dont 70 millions de cafés au lait, sous commandement juif est un empire en train de devenir haïtien, tout naturellement. Sommes-nous complètement abrutis&amp;nbsp;? C’est un fait, par l’alcool et le métissage, et puis pour bien d'autres raisons... (Voir &lt;/em&gt;les Beaux Draps&lt;em&gt;, interdits…)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— &lt;a href=&quot;http://stalker.hautetfort.com/archive/2011/09/08/celine-haines-passion-philippe-almeras-pierre-chalmin.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Céline, 15 juin 1942, lettre à Henri Poulain de ''Je suis partout''.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>N. Sarkozy, Le métissage contraint</title>
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    title="N. Sarkozy, Le métissage contraint" />
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    <updated>2011-01-05T17:12:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>affirmative action</dc:subject><dc:subject>discours</dc:subject><dc:subject>discrimination positive</dc:subject><dc:subject>métissage</dc:subject><dc:subject>racisme</dc:subject><dc:subject>sarkozy</dc:subject><dc:subject>École polytechnique</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/paint_it_black.jpg&quot; alt=&quot;Paint it Black&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Paint it Black&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discours de Nicolas Sarkozy à l’École polytechnique, le 17 décembre 2008.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;… &lt;em&gt;Quel est l’objectif&amp;nbsp;? Cela va faire parler, mais l’objectif, c’est relever le défi du métissage&amp;nbsp;; défi du métissage que nous adresse le XXIe siècle. Le défi du métissage, la France l’a toujours connu et en relevant le défi du métissage, la France est fidèle à son histoire. D’ailleurs, c’est la consanguinité qui a toujours provoqué la fin des civilisations et des sociétés. Disons les choses comme elles sont, jamais le métissage. La France a toujours été, au cours des siècles, métissée. La France a métissé les cultures, les idées, les histoires. Et l’universalisme de la France n’est rien d’autre que le fruit de ce constant métissage qui n’a cessé de s’enrichir d’apports nouveaux et de bâtir sur tant de différences mêlées les unes aux autres un sentiment commun d’appartenance et au fond un patrimoine unique de valeurs intellectuelles et morales qui s’adressent à tous les hommes. La France, dans son histoire, ce sont des hommes tellement différents qui sont venus constituer la France. La France qui a su métisser ses cultures et ses histoires, en a construit, produit un discours universel parce qu’elle-même, la France, se sent universelle dans la diversité de ses origines.&lt;/em&gt; …&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;em&gt;Mesdames et Messieurs, c’est la dernière chance. Si ce volontarisme républicain ne fonctionnait pas, il faudra alors que la République passe à des méthodes plus contraignantes encore, mais nous n’avons pas le choix. La diversité, à la base du pays, doit se trouver illustrée par la diversité à la tête du pays. Ce n’est pas un choix. C’est une obligation. C’est un impératif. On ne peut pas faire autrement au risque de nous trouver confrontés à des problèmes considérables.&lt;/em&gt; …&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Archischmock filme et blogue</title>
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    title="Archischmock filme et blogue" />
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    <updated>2010-04-02T17:35:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Vidéo</dc:subject>
        <dc:subject>Archischmock</dc:subject><dc:subject>blogue</dc:subject><dc:subject>Guillon</dc:subject><dc:subject>homosexualité</dc:subject><dc:subject>humour</dc:subject><dc:subject>publicité</dc:subject><dc:subject>racailles</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;Pour rappel, il s'agit de Monsieur.
&lt;/p&gt;

&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;object width=&quot;400&quot; height=&quot;321&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/Gb5iLPxbBoQ&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowscriptaccess&quot; value=&quot;always&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.youtube.com/v/Gb5iLPxbBoQ&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; allowscriptaccess=&quot;always&quot; allowfullscreen=&quot;true&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;321&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Et maintenant, &lt;a href=&quot;http://archischmock.blogspot.com/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;il blogue&lt;/a&gt; !…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Nouvelle dans le journal : deux homos se sont fait tabasser par des jeunes, ailleurs, il sera écrit : gamins, on nous relate ainsi la barbarie urbaine. Gamin, j’imagine un p’tit gars sympa, qui va à l’école, m’ouvre la porte voire me cède la place, un enfant sans histoires. Faux ! une bande de pitbulls enragés, un troupeau uniformisé des baskets à la capuche, des OGM humains, une bande de gamins ! Le mot se décompose, puis se recompose fortifié par l’humus médiatique, gamin devient gamin, comment les différencier ?&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Deux pédés s’embrassent, un peu plus loin la meute adolescente se recroqueville prête à sévir. La racaille se rêve flicaille, sens des valeurs exacerbé, respect de la loi, leur loi, inspirée de la police des mœurs saoudienne. Voilà des flics parfaits, des flics de dictature. Ces gamins apprentis flics sont déjà accomplis, rien à envier aux tortionnaires d’Abou Ghraib, aux gardiens de Guantanamo. Ils sont pires que ceux qu’ils exècrent pour la bonne cause. Les coups de pieds joyeux cassent des côtes, défoncent une mâchoire, éclatent une couille, des vociférations scandent : « je t’encule », et rebelote : ils haïssent les flics et sont les pires, ils vomissent les homos et seront les clients assidus des backrooms les plus glauques.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Quand le calvaire se termine, la nuée s’éparpille, mais ils se font prendre par les flics. Les gamins endossent le costume de gamin, celui qui est poussiéreux et dont ils ont une vague idée. Ils se font péteux, pleurnichent et quand l’inspecteur interroge l’un d’entre eux, ça donne à peu près ça: « Tu l’as cogné parce qu’il était homosexuel ? » Flairant le piège, le gamin ancienne mode balance ses oripeaux machinalement, se fait malicieux, esquive le crochet et tout à trac répond : «C’est pas vrai môssieur, je pensais que c’était des juifs ».&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/user/MegaArchibald#p/u/26/w5fYbdVwj20&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Sa chaîne Youtube&lt;/a&gt;.&lt;em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Je m'aime, moi non plus</title>
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    <updated>2010-03-06T13:11:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Analyse</dc:subject>
        <dc:subject>amour de soi</dc:subject><dc:subject>Aristote</dc:subject><dc:subject>colonisation</dc:subject><dc:subject>dialectique</dc:subject><dc:subject>généralité</dc:subject><dc:subject>haine de soi</dc:subject><dc:subject>Hegel</dc:subject><dc:subject>Hume</dc:subject><dc:subject>logique</dc:subject><dc:subject>Nietzsche</dc:subject><dc:subject>Rousseau</dc:subject><dc:subject>Tidiane N Diaye</dc:subject>    
    <content type="html">&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/nietzsche.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.nietzsche_m.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;margin-top: 0; margin-right: auto; margin-bottom: 0; margin-left: auto; display: block&quot; title=&quot;Nietzsche, Pajak, in L'imbécile, n°1.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait, pour commencer : les Français ne s'aiment pas. C'est un fait général, mais un des grands propos de ce blogue est de montrer qu'aujourd'hui comme toujours, selon le mot d'Aristote, &lt;em&gt;il n'y a de science que du général &lt;/em&gt;(&lt;em&gt;Seconds Analytiques&lt;/em&gt;, I, 31, 87b, 35 sq., Tricot dit &lt;em&gt;universel&lt;/em&gt; plutôt que &lt;em&gt;général&lt;/em&gt;.)
Deux interprétations s'opposent, et m'ont longtemps semblé partiellement vraies ; jusqu'à ce qu'il me semble avoir trouvé le sens d'un tel paradoxe apparent, c'est-à-dire la raison unique et sous-jacente qui lie ensemble les deux termes de l'opposition.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;
Première thèse : les Français ne s'aiment pas car ils sont dégoûtés de leur histoire — qu'il la connaisse ou non est une autre affaire. Les tenants d'une telle théorie cherchent soit à montrer en quoi un tel dégoût est justifié, ou en quoi les faits sur lesquels il prétend reposer sont infondés. D'où la controverse sur l'utilité et les causes réelles de la colonisation, l'esclavage (cf. &lt;em&gt;Le Génocide voilé&lt;/em&gt; de Tidiane N'Diaye, Gallimard, « Continent noir »). Le cas extrême d'une telle discussion consiste ainsi à mettre à la question la réalité des chiffres de l'extermination des Juifs, voire sa réalité même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes polémiques, celles-ci on leur intérêt propre, en ce qu'elles amènent à revoir l'histoire sous plusieurs angles, à apporter un peu de complexité rationnelle et morale dans le flot de moraline calibré suintant des préjugés d'une époque. Mais elles manquent aussi une part essentielle du réel, plus fondamentalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est là qu'il faut en venir à la deuxième thèse : les Français semblent ne pas s'aimer parce qu'ils s'aiment, en réalité, plus qu'il n'est raisonnable. Pourquoi se repentir, pour le chrétien ? Parce que le Salut est toujours possible, que Dieu s'est fait homme et que la créature a donc en elle la voix d'un Créateur parfait, qui la ramène certes à son insuffisance ontologique, mais la met aussi face à son devoir de transcendance. Dire qu'on se hait parce qu'on a mal fait, c'est sous-entendre qu'on aurait pu faire autrement, mieux, c'est-à-dire qu'on est potentiellement autre chose que ce qu'on est en effet. C'est-à-dire : je vaux mieux que ce que j'ai fait. Les Français valent mieux que l'inquisition, mieux que l'esclavage, que la colonisation ou que la collaboration. C'est pour cela qu'ils se haïssent : ils se rêvaient plus grands que leur histoire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux thèses à vrai dire, me semblent avoir leur part de vérité, et pas seulement au sens idéologique d'un Hegel. Il ne s'agit pas, abstraitement, de supposer une vérité composée, même de façon purement phénoménale, et d'affirmer que la &lt;em&gt;vérité vraie&lt;/em&gt; ne naît que d'une négation permettant l'accès à une véracité dialectique, pleine et authentique. Il s'agit aussi d'hommes. Certains se haïssent en effet, conformes en cela à l'adage de Drieu selon qui « nous saurons qui nous sommes quand nous verrons ce que nous avons fait » (in &lt;em&gt;Le Chef&lt;/em&gt;). D'autres au contraire visent plus haut qu'eux-mêmes, et croient au progrès moral. Mais en certains les deux vérités s'emboutissent. Paradoxe grinçant qui cause quelque inquiétude aux plus probes, surtout s'ils sont eux-mêmes le lieu d'un tel carambolage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se fonde en fait, il me semble, sur l'idée même d'idéal. Sitôt que vous avez l'idée d'un droit qui s'oppose au fait, au sens antique ou religieux (&lt;em&gt;le bien n'est pas la somme des choses bonnes&lt;/em&gt;, ou&lt;em&gt; la voix en moi qui me dit &lt;/em&gt;soit bon &lt;em&gt;est vraiment transcendante&lt;/em&gt;) ou moderne (le&lt;em&gt; is-ought gap &lt;/em&gt;de Hume, pendant britannique du rousseauisme français), un tel paradoxe devient possible, et même parfois inévitable. Je suis ce que je fais, certes, on reconnaît l'arbre à ses fruits, oui, mais l'arbre n'est pas le fruit, et je suis plus que ce que j'ai montré en acte(s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retirez cela, laissez seulement une morale du dépassement de soi, remplaçant l'idéalisme par une ascèse de l'identité, et cela devient plus clair, et à vrai dire plus supportable. Si la colonisation est indigne de nous, elle n'est indigne que de notre moi présent ; elle pouvait fort bien être la pointe du possible moral pour nos ancêtres. S'il n'y a de contradiction qu'entre un terme et sa négation, toute modification du terme fait quitter le règne étroit de la logique pour entrer dans celui, plus riche et plus humain, de la dialectique, de l'histoire. La logique nie l'homme car l'homme n'est pas un sujet logique, il est bien plus que cela. Si &lt;em&gt;A&lt;/em&gt; ne saurait être &lt;em&gt;non-A&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;A'&lt;/em&gt; peut l'être, sans paradoxe.
&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>L'éthologue &amp; l'évangile</title>
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    <updated>2010-03-06T00:29:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>agression</dc:subject><dc:subject>bible</dc:subject><dc:subject>ethologie</dc:subject><dc:subject>evangile</dc:subject><dc:subject>inhibition</dc:subject><dc:subject>insécurité</dc:subject><dc:subject>konrad lorenz</dc:subject><dc:subject>loup</dc:subject><dc:subject>nature</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/lorenz.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;margin-top: 0; margin-right: auto; margin-bottom: 0; margin-left: auto; display: block&quot; title=&quot;Konrad Lorenz et son oie.&quot; /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Certes l'envie de mordre ne cesse nullement chez le chien auquel un autre demande grâce en lui tendant sa gorge. On a vu nettement, au contraire, qu'il voudrait bien mais qu'il ne peut pas. &lt;/em&gt;[…]&lt;/p&gt;
&lt;em&gt;Mais ne connaissons-nous rien de semblable dans le comportement humain ? Le guerrier d'Homère qui veut se rendre demande grâce, jette son casque et son bouclier, tombe à genoux et courbe la tête, tous gestes qui facilitent la mise à mort, mais en réalité la rendent plus difficile. Aujourd'hui encore, des vestiges symboliques de ces marques d'humilité subsistent dans beaucoup de gestes de politesse : s'incliner, ôter son chapeau, et, dans le cérémonial militaire, présenter les armes. D'ailleurs la demande de grâce des guerriers grecs ne semble pas avoir été très efficace ; les héros d'Homère ne se laissaient guère influencer et se montraient moins cléments que les loups. &lt;/em&gt;[…] &lt;em&gt;C'est l'œuvre de la morale traditionnelle et religieuse qui rend le chevalier chrétien aussi chevaleresque que l'est le loup obéissant uniquement à ces instincts et ses inhibitions naturelles. Quel étonnant paradoxe !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il va sans dire que les inhibitions héréditaires et instinctives qui empêchent un animal d'utiliser sans réserves ses armes contre ses semblables ne constituent qu'une analogie fonctionnelle, tout au plus une pâle aube, et pour ainsi dire un précurseur phylogénétique de la morale sociale des hommes. L'éthologiste devra donc se montrer très prudent dans ses jugements éthiques sur le comportement animal. Je vais, malgré cela, porter un de ces jugements entâchés de sentiments : je trouve émouvant et admirable de voir que le loup ne veut pas mordre, mais plus encore de voir l'autre se fier à cette inhibition ! Un animal remet sa vie à la vertu chevaleresque de l'autre ! L'homme devrait bien en prendre de la graine. J'en ai, pour ma part, tiré une nouvelle et plus profonde connaissance d'une parole magnifique et souvent méconnue de l'Évangile qui n'éveillait en moi qu'un mouvement de contradiction : « Si on te frappe sur la joue droite… » Un loup m'a instruit : ce n'est pas pour que ton ennemi te frappe à nouveau que tu devras tendre l'autre joue, mais pour qu'il lui devienne impossible de le faire !&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;Konrad  &lt;span style=&quot;font-variant: small-caps&quot;&gt;Lorenz&lt;/span&gt;, &lt;em&gt;Il parlait avec les Mammifères, les oiseaux et les poissons&lt;/em&gt;, « Les Armes et la morale », trad. Denise Van Moppès, Flammarion, 1968, pp. 200–202.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attention : le mécanisme d'inhibition décrit ci-dessus ne fonctionne que chez les mammifères supérieurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.racaille_m.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;margin-top: 0; margin-right: auto; margin-bottom: 0; margin-left: auto; display: block&quot; title=&quot;Un bien bel exemple de métissage.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Boutang, conférence sur le Prince chrétien</title>
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    <updated>2010-03-03T16:58:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Vidéo</dc:subject>
        <dc:subject>Charles Maurras</dc:subject><dc:subject>cohabitation</dc:subject><dc:subject>monarchisme</dc:subject><dc:subject>Pierre Boutang</dc:subject><dc:subject>politique</dc:subject><dc:subject>prince</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;div align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;object width=&quot;400&quot; height=&quot;300&quot;&gt;&lt;param name=&quot;allowfullscreen&quot; value=&quot;true&quot; /&gt;&lt;param name=&quot;allowscriptaccess&quot; value=&quot;always&quot; /&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=9392354&amp;amp;server=vimeo.com&amp;amp;show_title=1&amp;amp;show_byline=1&amp;amp;show_portrait=0&amp;amp;color=&amp;amp;fullscreen=1&quot; /&gt;&lt;embed src=&quot;http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=9392354&amp;amp;server=vimeo.com&amp;amp;show_title=1&amp;amp;show_byline=1&amp;amp;show_portrait=0&amp;amp;color=&amp;amp;fullscreen=1&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; allowfullscreen=&quot;true&quot; allowscriptaccess=&quot;always&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;300&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://vimeo.com/9392354&quot;&gt;Colloque de Pierre BOUTANG à Marseille&lt;/a&gt; posté par &lt;a href=&quot;http://vimeo.com/user3037662&quot;&gt;Paul Leonetti&lt;/a&gt; sur &lt;a href=&quot;http://vimeo.com&quot;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Le plaisir de voir à l'œuvre l'esprit brillant de Pierre Boutang vaut bien une vidéo au son tout à fait exécrable.</content>
    
    

    
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    <title>Houellebecq,  une vie de vieux torchon</title>
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    title="Houellebecq,  une vie de vieux torchon" />
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    <updated>2010-02-23T12:47:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>Extension du domaine de la lutte</dc:subject><dc:subject>Houellebecq</dc:subject><dc:subject>José Garcia</dc:subject><dc:subject>libéralisme</dc:subject><dc:subject>moeurs</dc:subject><dc:subject>Philippe Harel</dc:subject><dc:subject>ressentiment</dc:subject><dc:subject>sexe</dc:subject><dc:subject>torchon</dc:subject><dc:subject>usure</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.Houellebecq__Harel_m.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;margin-top: 0; margin-right: auto; margin-bottom: 0; margin-left: auto; display: block&quot; title=&quot;Houellebecq, Ph. Harel &amp;amp; J. Garcia.&quot; /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Du point de vue amoureux Véronique appartenait, comme nous tous, à une &lt;/em&gt;génération sacrifiée&lt;em&gt;. Elle avait certainement été capable d’amour ; elle aurait souhaité en être encore capable, je lui rends ce témoignage ; mais cela n’était plus possible. Phénomène rare, artificiel et tardif, l'amour ne peut s’épanouir que dans des conditions mentales spéciales, rarement réunies, en tous points opposées à la liberté des mœurs qui caractérise l’époque moderne. Véronique avait connu trop de discothèques et d’amants. Un tel mode de vie appauvrit l’être humain, lui infligeant des dommages parfois graves et toujours irréversibles. L’amour comme innocence et comme capacité d’illusion, comme aptitude à résumer l’ensemble de l’autre sexe à un seul être aimé, résiste rarement à une année de vagabondage sexuel, jamais à deux. En réalité, les expériences sexuelles successives accumulées au cours de l’adolescence minent et détruisent rapidement toute possibilité de projection d’ordre sentimental et romanesque ; progressivement et en fait assez vite, on devient aussi capable d’amour qu’un vieux torchon. Et on mène ensuite, évidemment, une vie de torchon. En vieillissant on devient moins séduisant, et de ce fait amer. On jalouse les jeunes, et de ce fait on les hait. Cette haine condamnée à rester inavouable, s’envenime et devient de plus en plus ardente ; puis elle s’amortit et s’éteint, comme tout s’éteint. Il ne reste plus que l’amertume et le dégoût, la maladie et l’attente de la mort.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. &lt;span style=&quot;font-variant: small-caps;&quot;&gt;Houellebecq&lt;/span&gt;, &lt;em&gt;Extension du domaine de la lutte&lt;/em&gt;, J'ai lu, 2001 (Nadeau, 1994 pour l'édition originale), p. 114.&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>M.C.</title>
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    title="M.C." />
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    <updated>2010-02-21T00:02:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Récit</dc:subject>
        <dc:subject>femme</dc:subject><dc:subject>innocence</dc:subject><dc:subject>jeune fille</dc:subject><dc:subject>loi de l œuf</dc:subject><dc:subject>nature</dc:subject><dc:subject>récit</dc:subject><dc:subject>sexe</dc:subject><dc:subject>usure</dc:subject>    
    <content type="html">&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/grass_field.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.grass_field_m.jpg&quot; alt=&quot;Tant qu&amp;#039;y a du gazon, ça joue.&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Tant qu&amp;#039;y a du gazon, ça joue.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ah la beauté sournoise&amp;nbsp;! La petite chose aux yeux bleus rayonnants, sans effets ni fanfreluches l'avait bien saisi par les couilles. Il n'avait pas eu même le temps de l'entreprendre, ni de savoir quelle occulte qualité en elle l'attirait, mais sitôt la nouvelle de son engagement découverte, il se maudissait d'avoir perdu son temps à soupeser ses raisons. Bras ballants, vit enflé, tête encombrée&amp;nbsp;: le beau tableau clinique du pucelage, avec dix années de retard. Il avait du même coup un prétexte commode pour justifier ses moroses jongleries, et il s'y adonna bientôt sans mauvaise conscience.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;M.C. était menue et enfantine, intelligente et d'une douceur suspecte. Discrète à l'excès, si l'on excepte ce rire étouffé qu'elle laissait échapper le plus souvent sans raison suffisante. Que cette gaîté candide excitât en lui l'instinct paternel ou celui de reproduction, il n'avait plus pu, dès lors, que tomber insensiblement dans ses rets diaphanes. Ne l'aurait-il pas presque tuée dans ses habituelles furies viriles&amp;nbsp;? Elle n'avait pas l'air très solide, et quant à lui, sa mécanique était telle qu'il ne lui semblait pas possible d'honorer sans briser l'admirable petit cul.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que cet être blanc et faible eut pu le piéger sans retour, voilà qui ne cessa bientôt de le tracasser&amp;nbsp;; pour comprendre cette erreur-là, il en fit bientôt une autre qui transforma l'inquiétude en supplice. S'étant rendu intime du jeune esprit afin de saisir la raison de son attirance, il avait attisé le feu couvant du bûcher qui lui dévorait bientôt la cervelle. Heureuse de ce regain d'intérêt, la naïve parque sembla croire à la mythique amitié platonique, tandis que Constant maudissait la Création d'avoir ainsi joint en son corps un cœur à un pénis. C'est qu'elle était par-dessus le reste sensible et sujette sans doute à souffrir de la vérité toute crue du désir interlope de son aîné. Il n'était plus question pour lui d'avouer son envie de la sauter, ni d'ajouter qu'elle lui semblait une petite sœur adorable, mais qu'il préférait tout autant relâcher une proie à l'attention déjà distraite.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'était trivialement dit &lt;em&gt;un fameux bordel&lt;/em&gt;, et malgré les efforts de Constant pour détourner le cours de ses échauffements vers une commode salope plus à sa mesure, il se mit à rêver fréquemment que la jeune poule lui parlait, la bouche propre et sèche, de philosophie et qu'elle buvait ses paroles comme le catéchumène celle d'un évêque. Le plus beau de l'histoire était que ces oniriques socratisations ne faisaient que suivre la diurne réalité de leur relation, et il fut doublement affecté d'ainsi rêver de ce qui était déjà réel, et de ne pas parvenir à la foutre même en rêve.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le nœud coulant de cette histoire était qu'un être rigide et tendre tel que lui avait un besoin profond de tâter de cette lumineuse fraîcheur et d'imprimer sa marque tranchée dans la vierge cire de semblable poulette. Sa propre virulence l'avait en effet condamné à adosser ses doutes remuants à un inconditionnel amour de soi qui l'obligeait maintenant à répondre sans condition à toute authentique admiration venue d'une jolie et brillante jeune fille. Les circonstances lui faisaient enfin découvrir les joies difficiles d'une telle rencontre, et les faiblesses encore inaperçues de son système.&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Usure</title>
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    title="Usure" />
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    <updated>2010-01-06T08:22:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Récit</dc:subject>
        <dc:subject>grosse</dc:subject><dc:subject>jeune fille</dc:subject><dc:subject>malgre</dc:subject><dc:subject>nature</dc:subject><dc:subject>parce que</dc:subject><dc:subject>sexe</dc:subject><dc:subject>usure</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.youngfatandfabulous.com/2008/12/yff-girl-of-moment-emily-b.html&quot; hreflang=&quot;en&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.fatty_m.jpg&quot; alt=&quot;Fatty&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Fatty&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Quand donc le cocher, apercevant un objet digne d’amour […] celui des deux chevaux qui est docile aux rênes […] se contient pour ne pas assaillir le bien-aimé. Mais l’autre coursier n’est détourné ni par le fouet ni par l’aiguillon du cocher […]
Quand arrive le terme convenu, comme ils font semblant d’oublier, il les rappelle à leur engagement, les violente, hennit, tire sur les guides et les oblige pour de mêmes propos à s’approcher du bien-aimé. Quand ils s’en sont approchés, il se penche sur lui, raidit sa queue, mord son frein et tire avec impudence sur les rênes. Frappé d’une émotion plus forte, le cocher alors se rejette en arrière comme s’il allait franchir la barrière, tire avec plus de vigueur le mors qui est aux dents du cheval emporté, ensanglante sa langue diffamatrice et ses mâchoires, fait toucher terre à ses jambes et sa croupe, et le livre aux douleurs. »&lt;br /&gt;
— &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Platon
&lt;/span&gt;, &lt;em&gt;Phèdre&lt;/em&gt;, trad. M. Meunier, 254.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;




&lt;p&gt;Elle était juste à la table à côté. Ses bras moelleux étiraient le tissage doux de son chemisier, et elle souriait sans conviction en parlant à une autre jeune fille assise en face d'elle. Ses cheveux blonds juvéniles, bien rangés, lui donnaient l'air d'une jolie petite ogresse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sa face épanouie était large et mobile, son sourire agréable. Il montrait que malgré toute cette chair qui l'encombrait, elle se savait désirable pour certains. Sa bouche fine et maussade trahissait pourtant qu'elle n'avait pas toujours accepté ce cul pesant et rond, sorte de lest monstrueux sur quoi se fondait sa stature&amp;nbsp;; mais elle redressait désormais les épaules en avançant sa poitrine épaisse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sa voix nerveuse lui parvenait en éclats indistincts, et il sentait, tout cela pesé, qu'elle se savait aimable parce qu'on l'avait aimé, sans doute avec cette sauvagerie qu'on réserve à celles qu'on saisit à pleines mains.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle se croyait avant cela disgraciée, et quand on l'avait prise sans ambages, après quelque stupeur, elle avait songé avec délice qu'on l'aimait malgré le tangage lourd de ses formes et l'enflure de ses cuisses blanches. Puis elle avait compris qu'on la désirait parce qu'elle était grosse, et si cela n'avait pas commencé par lui sembler déshonorant, elle savait maintenant qu'être aimé malgré, ou parce que, c'était le même pis-aller intolérable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quoique sa vie sexuelle fût désormais ouverte, et qu'on la devinait brutale, sans faux-semblants, elle avait conçu de cela quelque amertume, et rêvait sans doute, sous la couverture, à cette innocence supérieure, qui lui avait été ôtée tandis qu'un étranger lâchait, râlant, un peu de lui dans son ventre candide. Était-ce même arrivé en elle&amp;nbsp;? Tant d'artifices nous séparent de cette perspective au fond décevante, que cela même lui avait été probablement refusé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pourquoi cette liberté tant louée nous use-t-elle mieux que tous les maux que l'époque déplore ? Laissant là son verre, il sortit, fuma sa dernière cigarette, en pensant avec force à autre chose. Le soir était frais, les rues tranquilles ; puis le vin fit son office, et tout lui sembla enfin presque acceptable.&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Jean Dutourd, Sagesse gnomique</title>
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    title="Jean Dutourd, Sagesse gnomique" />
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    <updated>2010-01-02T12:32:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>cynisme</dc:subject><dc:subject>Dictionnaire des proverbes et dictons de France</dc:subject><dc:subject>Dournon</dc:subject><dc:subject>Dutourd</dc:subject><dc:subject>gauche</dc:subject><dc:subject>la grande memoire populaire</dc:subject><dc:subject>pessimisme</dc:subject><dc:subject>proverbes</dc:subject><dc:subject>realisme</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img title=&quot;Dournon, Dictionnaire des proverbes et dictons de France&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.dournon_m.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Quand j'étais gamin, c'est-à-dire en révolte contre tout, je m'amusais à triturer les proverbes.&lt;/em&gt; […]&lt;em&gt; Je croyais, grâce à cet exercice, atteindre des sommets de pessimisme, ce qui plaisait beaucoup, car la jeunesse aime le pessimisme ; elle s'imagine, en le professant, qu'elle a plus de savoir que les vieux.
&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Je me trompais, naturellement. Les vrais proverbes sont plus pessimistes que les faux. C'est le trésor légué par des générations de petites gens qui se sont rudement heurtés au monde et qui ont constaté qu'on ne peut rien sur lui, ou peu de chose. &lt;/em&gt;[…] &lt;em&gt;C'est le grand cours de philosophie des humbles, les mille et une manières de se faufiler à travers l'existence quand on est pauvre et quand on est faible.
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Je ne voyais rien de tel.&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;&lt;em&gt;Étant un jeune bourgeois et, pis encore, un jeune bourgeois de gauche, je prenais les proverbes pour des leçons de morale bourgeoise, c'est-à-dire pour des blagues séculaires inventées dans le but de me rendre bête et craintif. Je détestais le passé, comme il se doit. À la rigueur, j'en retenais quelques héros : Philippe le Bel, Richelieu, Jean Jaurès, mais j'en répudiais les obscurantismes. &lt;/em&gt;[…]
&lt;br /&gt;&lt;em&gt;La société voulait me mettre, comme elle disait, « du plomb dans la tête » &lt;/em&gt;[…] &lt;em&gt;Du plomb ! Pourquoi pas de l'or ? On reconnaît là la ladrerie des bourgeois ! À moins que ce ne fussent leurs envies de meurtre devant ce qui leur était supérieur. &lt;/em&gt;[…] &lt;em&gt;J'écoutais avec délice les imbéciles faire des gorges chaudes sur la « sagesse des nations ». Je ne voulais pas de cette sagesse-là, moi, de cet esprit terre-à-terre, de ces petites vues, de cette école de prudence et de renoncement, je voulais à chaque instant brûler mes vaisseaux… quoique je n'eusse pas de vaisseaux, ni même de radeau, ni même de barcasse.
&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Je détaille un peu tout cela pour montrer comme on peut se tromper, quand on est jeune et que l'on croit au progrès, sur cette grande question du pessimisme, lequel, en fin de compte, est une clef du monde. On va chercher les vérités au diable, alors qu'elles sont sous nos yeux, bien rangées par les soins des hommes qui nous ont précédés sur la terre. On se croit un monstre et on s'aperçoit en vieillissant que la nature est bien plus féroce que vous, que l'on était qu'un bon jeune homme, et qui avait des illusions, comble de honte !
&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;On comprend que la gauche n'aime le peuple qu'abstraitement, ou idéalement &lt;/em&gt;[…]&lt;em&gt;. De là son mépris pour les humbles qui composent les nations et qui en sont la grande voix anonyme. Cette voix dit sans cesse le contraire de ce que la gauche veut entendre. Si encore elle le proclamait avec fureur, si elle le criait ! Pas même. Elle le murmure avec des sourires résignés, avec humour, ma foi ! Ce réalisme ou ce cynisme est insupportable aux personnes qui nourrissent de grands rêves.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean &lt;span style=&quot;font-variant: small-caps;&quot;&gt;Dutourd&lt;/span&gt;, « La grande Mémoire populaire », préface au &lt;em&gt;Dictionnaire des proverbes et dictons de France&lt;/em&gt; de J.-Y. Dournon, Hachette, 1986.</content>
    
    

    
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    <title>Les Nains n'y changeront rien</title>
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    title="Les Nains n'y changeront rien" />
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    <updated>2009-12-24T15:49:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>Bonnie Clyde</dc:subject><dc:subject>Brasillach</dc:subject><dc:subject>Cohn-Bendit</dc:subject><dc:subject>de Gaulle</dc:subject><dc:subject>de Maistre</dc:subject><dc:subject>Degrelle</dc:subject><dc:subject>esthétique</dc:subject><dc:subject>fascisme</dc:subject><dc:subject>Hitler</dc:subject><dc:subject>Hitler pour mille ans</dc:subject><dc:subject>Jack Marchal</dc:subject><dc:subject>morale</dc:subject><dc:subject>Mussolini</dc:subject><dc:subject>Musée du Prado</dc:subject><dc:subject>nains</dc:subject><dc:subject>Napoléon</dc:subject><dc:subject>politique</dc:subject><dc:subject>Reddition de Breda</dc:subject><dc:subject>rexisme</dc:subject><dc:subject>Rousseau</dc:subject><dc:subject>Régis Debray</dc:subject><dc:subject>révolution</dc:subject><dc:subject>sublime</dc:subject><dc:subject>Truman Capote</dc:subject><dc:subject>Vélasquez</dc:subject>    
    <content type="html">&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/2009/12/24/../public/blowup-images/Images/Velasquez_La_Reddition_de_Breda.jpg&quot;&gt;&lt;img title=&quot;Vélasquez, La reddition de Breda.&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/2009/12/24/../public/blowup-images/Images/.Velasquez__La_Reddition_de_Breda_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour
faire suite à la mention par Jack Marchal du nom de Léon Degrelle, un
peu d'exaltation littéraire.
Un des plus grands pamphlétaires, des plus grands écrivains français
sans doute est belge, et il n'est pas même détesté ou maudit, mais
simplement écarté. Pas esthète puisque politique, et pas accessible au
jugement esthétique puisque profondément mauvais. – Il conviendrait de
préciser qu'il y a le mal mauvais et le mal bon, dit &lt;em&gt;transgressif&lt;/em&gt;… Il y aurait beaucoup à dire sur ce que cet exemple montre de &lt;em&gt;l'immoralisme moral&lt;/em&gt; de l'époque, mais ce sera pour une autre fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Écarté
donc. Pourtant il y a du Rousseau et du Joseph de Maistre chez Léon
Degrelle, mais il y a aussi du Hitler – ceci devant sans doute, par
quelque formidable tour de passe-passe rhétorique, annuler cela. La
démocratie qu'il conchiait et qu'aujourd'hui l'on pare des milles
vertus de l'évidence – que sont tristes les époques d'évidence ! et
qu'elles servent mal ce qu'elles soutiennent… – ne vaut qu'en ce
qu'elle pourrait faire entendre au peuple, c'est-à-dire à l'homme en
entier, dans sa faiblesse et sa rudesse, cette beauté radicale,
autonome mais incarnée, purement esthétique mais tout entière
politique, d'un texte immoral, haineux et génial, en un mot d'un texte
fou et sans égal dans son ordre.
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la démocratie réelle en reste là-dessus aux ravachols du
pétard mouillé, et refuse au peuple – qu'elle prétend autonome tant que
cela n'implique pas de libertés concrètes – tout ce qui est grand, pour
lui opposer ce qui est bon, et qui par malheur, est petit et bien laid.
La liberté pour quoi faire, si ce n'est pour faire entendre ce qui est
inouï ? La démocratie pour quoi faire, si ce n'est pour donner à tous
le sentiment enfin vif, enfin épuré des scories moralisatrices, des
prêches, des religions qui s'ignorent, le sentiment tout simple et par
lui-même si vrai du sublime ? Quitte à connaître enfin ce qu'on prétend
haïr par humanité, au risque humain de l'aimer aussi par côtés.
&lt;/p&gt;    Voici donc, pour juger sur pièces, un large extrait de cette prose bouillonnante et éclairée, tiré de l'immortel et immoral Hitler pour mille ans, et qui monte en toute putasserie son début et sa fin afin de faire sentir tout l'échec de notre époque de liberté de ton calibrée et de consensus merdique. Car la meilleure façon de mettre à bas les discours ridicules qui prétendent établir les lois du beau, c'est encore d'y opposer, toutes cornes dehors, le beau lui-même, dans son horreur, ses excès, ses erreurs – car il n'y a de beauté qu'humaine, et qu'il n'y en a par conséquent ni d'angélique ni de démocrate.
Pas plus d'ailleurs que de beauté dans le mal, ou dans le fascisme : en réalité, il n'y a que la beauté tout court, qui doit certes s'instancier dans quelque prétexte limité, et particulier, mais de façon toute occasionnelle : la politique, la guerre, la haine, Degrelle lui-même ne sont que des biais extérieurs, touts récusables mais pourtant nécessaires. Car l'art pour l'art suppose de laisser, ici, l'Histoire à l'Histoire.
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;A nous, rescapés en 1945 du front de l’Est, déchirés par les blessures, accablés par les deuils, rongés par les peines, quels droits nous reste-t-il encore ? Nous sommes des morts. Des morts avec des jambes, des bras, un souffle, mais des morts.
Prononcer un mot en public, ou écrire dix lignes lorsqu’on a combattu, arme au poing, contre les Soviets, et, surtout, lorsqu’on a été un chef dit « fasciste », est considéré sur-le-champ, du côté « démocratique », comme une sorte de provocation.
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;A un bandit de droit commun, il est possible de s’expliquer. Il a tué son père ? Sa mère ? Des banquiers ? Des voisins ? Il a récidivé ? Vingt journaux internationaux ouvriront leur colonnes à ses Mémoires, publieront sous des titres ronflants le récit de ses crimes, agrémenté de mille détails hauts en couleur, qu’il s’agisse de Cheisman ou de dix de ses émules.
Les descriptions cliniques d’un vulgaire assassin vaudront les tirages et les millions d’un best-seller à son analyste pointilleux, l’Américain Truman Capote.
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;D’autres tueurs publics comme les Bonnie et Clyde connaîtront la gloire des cinémas et dicteront même la mode dans les drugstores les plus huppés.
Quant aux condamnés politiques, ça dépend. C’est la couleur de leur parti qui commandera leur justification ou leur exécration.
Un Campesino, paysan rustaud devenu chef de bande du Frente Popular, et que les scrupules n’étouffaient guère lorsqu’il s’agissait de faucher les rangs des Nationaux, a pu, en Espagne même, et à des centaines de milliers d’exemplaires, dans le journal au tirage le plus élevé de Madrid, expliquer, largement et librement, ce qu’avait été son aventure sanglante d’Espagnol de « Gauche ».
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Mais voilà, lui était de Gauche.
Alors, lui avait le droit, comme tous les gens de Gauche ont tous les droits. Quels qu’eussent été les crimes, voire les exterminations massives auxquels les régimes marxistes se soient livrés, nul ne leur fera grise mine, la Droite conservatrice parce qu’elle se pique d’être, assez imbécilement, ouverte au dialogue, la Gauche parce qu’elle couvre toujours ses hommes de main.
Un agitateur révolutionnaire à la Régis Debray pourra compter sur toutes les audiences qu’il voudra ; cent journaux bourgeois reprendront avec éclat ses propos. Le Pape et le général de Gaulle se précipiteront pour le protéger, l’un sous sa tiare, l’autre sous son képi.
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Comment, à ce propos, ne pas tracer un parallèle avec Robert Brasillach, le plus grand écrivain de France de la Deuxième Guerre mondiale ? Passionné de son pays, à qui il avait vraiment voué son œuvre et sa vie, il fut, lui, impitoyablement fusillé à Paris, le 6 février 1945, sans qu’un képi quelconque ne s’agitât, si ce n’est pour donner le signal du tir du peloton d’exécution…
De même, l’anarchiste juif, né en Allemagne, nommé Cohn-Bendit, mollement recherché et, bien entendu, jamais retrouvé par la police de Paris alors qu’il avait été tout près d’envoyer la France en l’air, a pu, tant qu’il l’a voulu et comme il l’a voulu, publier ses élucubrations, aussi incendiaires que médiocres, chez les éditeurs capitalistes, empochant, en ricanant, les chèques que ceux-ci lui tendaient pour couvrir ses droits d’auteur !
&lt;/em&gt;[…]&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Staline lui-même, le pire tueur du siècle, le tyran implacable, intégral, faisant massacrer, dans ses fureurs démentes, son peuple, ses collaborateurs, ses chefs militaires, sa famille, reçut un mirobolant sabre d’or du roi le plus conservateur du monde, le roi d’Angleterre, qui ne comprit même pas ce que le choix d’un tel cadeau à un tel criminel avait de macabre et de cocasse !
Mais que nous, les survivants « fascistes » de la Seconde Guerre mondiale, poussions l’impertinence jusqu’à desserrer les dents un seul instant, aussitôt mille « démocrates » se mettent à glapir avec frénésie, épouvantant nos amis eux-mêmes, qui suppliants, nous crient : &lt;/em&gt;attention ! attention !&lt;em&gt;
Attention à quoi ?
&lt;/em&gt; […]&lt;em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Est-il juste, est-il décent que ceux qui virent clair à temps, ceux qui jetèrent, de 1941 à 1945, leur jeunesse, les doux liens de leur foyer, leurs forces, leurs intérêts en travers du chemin sanglant des armées soviétiques, continuent à être traités comme des parias jusqu’à leur mort et au-delà même de leur mort ?… Des parias à qui on cloue les lèvres dès qu’ils essayent de dire : « tout de même ».
&lt;br /&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Tout de même… Nous avions des vies heureuses, des maisons où il faisait bon vivre, des enfants que nous chérissions, des biens qui donnaient de l’aisance à notre existence…&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Tout de même… Nous étions jeunes, nous avions des corps vibrants, des corps aimés, nous humions l’air neuf, le printemps, les fleurs, la vie, avec une avidité triomphante…
&lt;br /&gt;Tout de même… Nous étions habités par une vocation, tendus vers un idéal…
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Tout de même… Il nous a fallu jeter nos vingt ans, nos trente ans et tous nos rêves vers d’horribles souffrances, d’incessantes angoisses, sentir nos corps dévorés par les froids, nos chairs déchirées par les blessures, nos os rompus dans des corps à corps hallucinants.
Nous avons vu hoqueter nos camarades agonisants dans des boues gluantes ou dans les neiges violettes de leur sang.
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Nous sommes sortis vivants, tant bien que mal, de ces tueries, hagards d’épouvante, de peine et de tourments. Un quart de siècle après, alors que nos parents les plus chers sont morts dans des cachots ou ont été assassinés, et que nous-mêmes sommes arrivés, dans nos exils lointains, au bout du rouleau du courage, les « Démocraties », hargneuses, bilieuses, continuent à nous poursuivre d’une haine inextinguible.
Jadis, à Breda, comme on peut le voir encore dans l’inoubliable tableau de Vélasquez, au musée du Prado à Madrid, le vainqueur offrait ses bras, sa commisération et son affection au vaincu. Geste humain ! Être vaincu, quelle souffrance déjà, en soi ! Avoir vu s’effondrer ses plans et ses efforts, rester là, les bras ballants devant un avenir disparu à jamais, dont on devra pourtant regarder le cadre vide, en face de soi, jusqu’au dernier souffle !
Quel châtiment, si l’on avait été coupable ! Quelle douleur injuste, si l’on n’avait rêvé que de triomphes purs ! &lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Alors, on comprend qu’en des temps moins féroces, le vainqueur s’avançait, fraternel, vers le vaincu, accueillait l’immense peine secrète de celui qui, s’il avait sauvé sa vie, venait de perdre tout ce qui donnait à celle-ci un sens et une valeur…
Que signifie encore la vie pour un peintre à qui on a crevé les yeux ? Pour un sculpteur à qui on a arraché les bras ?
Que signifie-t-elle pour l’homme politique rompu par le destin, et qui avait porté en lui, avec foi, un idéal brûlant, qui avait possédé la volonté et la force de le transposer dans les faits et dans la vie même de son peuple ?…
Plus jamais il ne se réalisera, plus jamais il ne créera… Pour lui, l’essentiel s’est arrêté.&lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[Fin de l'ouvrage]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Le mythe démocratique, à l’ancien style, pompier, bavard, incompétent, stérile, n’est plus qu’une baudruche à cent têtes vides, qui ne mystifie plus personne, n’intéresse plus personne, et fait même rire la jeunesse.
Qui se préoccupe encore des vieux partis et de leurs vieux bonzes démonétisés et oubliés ? Mais Hitler, mais Mussolini, qui les oubliera jamais ?… &lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Des millions de nos garçons sont morts, au bout d’une odyssée horrible. Que sont même devenues, là-bas, tout au loin, leurs pauvres tombes ? … Nos vies à nous, les survivants, ont été broyées, saccagées, définitivement éliminées. Mais les fascismes, pour lesquels nous avons vécu, ont modelé notre époque à jamais. Dans nos malheurs, c’est notre grande joie.&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;On aura beau gratter le tatouage sous nos bras de soldats ! Trop tard ! Nous regardons les exterminateurs en les défiant. Le rideau de l’Histoire peut tomber sur Hitler et Mussolini, comme il tomba sur Napoléon.
&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Les nains n’y changeront rien. La grande Révolution du XXe siècle est faite.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.nseuropa.org/French/leon_degrelle_hitler_pour_1000_ans.pdf&quot;&gt;Léon &lt;span style=&quot;font-variant: small-caps;&quot;&gt;Degrelle&lt;/span&gt;, &lt;em&gt;Hitler pour mille ans&lt;/em&gt; [PDF]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Merci</title>
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    title="Merci" />
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    <updated>2009-12-23T18:56:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Analyse</dc:subject>
        <dc:subject>bonheur</dc:subject><dc:subject>bourgeoisie</dc:subject><dc:subject>Hergé</dc:subject><dc:subject>je m en fous</dc:subject><dc:subject>Quick Flupke</dc:subject><dc:subject>remerciements</dc:subject><dc:subject>tolérance</dc:subject><dc:subject>vacances</dc:subject>    
    <content type="html">&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/2009/12/23/../public/blowup-images/Images/.quick_et_flupke_m.jpg&quot; alt=&quot;Hergé, Quick &amp;amp; Flupke&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Hergé, Quick &amp;amp; Flupke&quot; /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On prend quelques vacances et tout s'éclaire. Maintenant que je
n'ai plus à supporter tout ce que je déteste, je m'en fous et je
comprends comment j'ai pu faire pour ça pendant si longtemps. Je
comprends surtout tous les moralistes du bon sentiment qui m'en veulent
de ne pas supporter ce qu'ils supportent eux-mêmes – belle tolérance
que voilà&amp;nbsp;! En réalité ils ne supportent rien, ils s'en foutent
seulement. Comme c'est pratique et reposant de faire mine d'acquiescer
à ce qu'on ignore&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a plus d'acceptation dans mes
vitupérations haineuses que dans leur inconscience, car lorsque je
hais, je suis plus proche du réel que quand ils aiment… leur amour est
formel (&lt;em&gt;les étrangers en soi&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;les minorités opprimées en soi&lt;/em&gt;…
mais les étrangers véritables, qu'on croise dans la rue, rue de
Marseille à Lyon, à Bordeaux Nord, à Chapelle ou dans les quartiers du
Nord de Marseille&amp;nbsp;? Mais le refus de s'intégrer, la volonté de donner
honte à la majorité qui refuse d'en accepter plus tandis qu'elle n'a
rien demandé, ça c'est autre chose…) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'on touche deux mots de
la culture arabe pour dire que c'est quelque chose de merveilleux, et
on acquiescera. Qu'on dise autre chose, même avec grande modération et
retenue, et on se récriera sur l'air de l'évidence : &lt;em&gt;mais enfin, ce dont vous parlez n'existe pas&lt;/em&gt;.
C'est qu'on joue les Arabes en soi contre les Arabes réels quand le
réel est moche, mais quand on croit voir quelque chose de bon dans les
Arabes tels qu'ils sont ou même dans l'idée qu'on s'en fait, là les
portes sont ouvertes à toutes les gâteries baveuses. Étrange réalité
qui ne supporte que d'être louée, et pas flétrie&amp;nbsp;! Soit les choses sont
bonnes et alors elles existent, soit elles ne le sont pas, et sont
alors illusoires, et toute idée de jugement est rejetée. Juger l'autre
autrement qu'en bien&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Mais enfin, vous n'y pensez pas&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; Dire du bien de ce qu'on ignore, ça par contre…
&lt;/p&gt;    Ces bourgeois éthérés sont en plus bons chrétiens, à ceci prêt qu'ils n'ont pas même le cran de la bêtise chrétienne (aimer ce qu'on ne connaît pas et ce qu'on connaît en même temps, et de la même manière, ça n'est pas déjà de l'aveuglement, et &lt;em&gt;un refus de séparer le bon grain de l'ivraie&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? – Mais les chrétiens revendiquent ce choix sans méconnaître sa faiblesse). Tandis qu'eux n'aiment que le proche, autant dire qu'eux-mêmes s'ils ont de la chance… leur désir de flagellation n'est d'ailleurs qu'un amour de soi boursouflé (&lt;em&gt;j'aurais dû faire mieux car j'aurais pu faire mieux, parce que je vaux mieux que ça&amp;nbsp;; j'exige le meilleur de moi car je suis le meilleur&lt;/em&gt;). Leur suffisance est telle que le monde n'est pour eux qu'un prétexte à se montrer bon, surtout lorsque ça ne leur coûte rien ; d'ailleurs, le monde, ils n'y vont pas&amp;nbsp;: &lt;em&gt;le réel est toujours décevant&lt;/em&gt; diraient-ils s'ils étaient simplement capables de cynisme, derrière la couche grasse de leur bêtise hermétique.
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces sagouins malfaisants qui n'aiment rien et prétendre aimer tout pervertissent tout usage positif du concept de tolérance et rendent les gens honnêtes, aux prises avec le réel, coupables d'intolérance – et avancent même l'explication&amp;nbsp;: &lt;em&gt;c'est parce qu'ils ne connaissent pas l'autre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! Réjouissant foutage de gueule… car oui, aujourd'hui, je m'en fous. Ayant ainsi accablé d'autres de leurs propres turpitudes, il leur est loisible de prétendre aimer ce qu'ils méconnaissent, et de détester ceux qui seraient coupables de ne pas aimer assez un réel &lt;em&gt;que ceux-ci, précisément, connaissent&lt;/em&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je comprends la force de la bourgeoisie&amp;nbsp;: un peu d'espace entre soi et les autres, plus de promiscuité repoussante, ils sont indiscernables les recoins puants du réel&amp;nbsp;: les étrangers malfaisants, les connards malappris et les futurs repris de justice sont loin, presque irréels. Les curés du bon sentiment, cloîtrés dans leur amour d'eux-mêmes, dans leur amour vide de l'autre, loin aussi. Je ne pense même plus à la France, de toute façon telle qu'elle est elle peut bien finir de crever, qui s'en soucie&amp;nbsp;? Il n'y a plus rien ou presque à sauver. On aime les mangas, Euro Disney, Moby plutôt que La Fontaine ou saint Augustin&amp;nbsp;?
Pas mon problème. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceux qui doivent être sauvés se sauvent eux-mêmes, au détour d'une lecture, d'un film ou d'une rencontre. Les pourceaux continueront pourtant à jouir de leurs excrétions et à prendre cela pour un bain d'ambroisie, l'époque est ainsi faite que c'en est fini du catholicisme, qu'on est contraints au jansénisme voire au protestantisme, c'est &lt;em&gt;la porte étroite&lt;/em&gt; et tant pis pour les damnés qui erreront devant le seuil – d'ailleurs ils errent en riant, c'est la damnation &lt;em&gt;fun&lt;/em&gt;, d'autant qu'ils croient être sauvés lorsqu'ils se perdent, alors, que demander de plus&amp;nbsp;? C'est le symptôme du condamné qui profite du sac de jute qu'on lui serre sur le cou pour finir sa nuit tranquille.
De ça aussi je m'en fous. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est facile d'être heureux : il suffit d'être un peu loin des autres. Alors merci à vous qui laissez détruire la culture qui vous a élevé au-dessus du niveau votre anus, merci à vous, venus d'ailleurs ou d'ici, bloqués à ce niveau sans espoir de rémission, qui la pillez en lançant des rires fous, merci à vous qui avez conscience de tout ça et qui ne dites rien, et empêchez d'autres de parler, pour ne pas «&amp;nbsp;attiser la haine&amp;nbsp;», merci à vous tous, parce que moi, pendant ce temps, je profite du cadavre, le cœur léger, et que je me branle à vrai dire de toutes vos mascarades. Je suis chez moi, et vous, vous, vous êtes ailleurs. Merci.</content>
    
    

    
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    <title>L'Ironie de l'histoire</title>
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    title="L'Ironie de l'histoire" />
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    <updated>2009-12-20T22:38:00+01:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>BD</dc:subject><dc:subject>Chlorophylle</dc:subject><dc:subject>dialectique</dc:subject><dc:subject>GUD</dc:subject><dc:subject>Houellebecq</dc:subject><dc:subject>jack marchal</dc:subject><dc:subject>Lauzier</dc:subject><dc:subject>Macherot</dc:subject><dc:subject>rat</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img title=&quot;Macherot, Chlorophylle&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.chlorophylle_m.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;D'où vient la fascination qu'exercent les rats noirs en général et Anthracite &lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;strong&gt;[héros maléfique de la BD de Macherot, &lt;/strong&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Chlorophylle&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;strong&gt;, qui est un rat]&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt; en particulier sur les gens tels que nous ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le tout est de savoir de quel «&amp;nbsp;nous&amp;nbsp;» il s'agit. Le «&amp;nbsp;nous&amp;nbsp;» d'il y a 50 ans ou un siècle aurait rejeté avec effroi ce symbole d'amoralité démoniaque. Le «&amp;nbsp;nous&amp;nbsp;» d'aujourd'hui le révère. C'est qu'entre les deux nous sommes passés du stade normatif au stade subversif. Pardon pour la digression, mais il faut rappeler que les théoriciens nationalistes (acceptons cet adjectif, l'invariant qui traverse notre histoire reste la référence à la nation, prise au sens étymologique) des années 20 ou 30 proposaient des systèmes complets allant d'une éthique individuelle jusqu'à une conception de l'État ; leurs idées étaient candidates au pouvoir, elles se battaient contre d'autres conceptions, c'était projet contre projet (voire projectile contre projectile). C'était le temps des idées simples forgées dans l'urgence et des ambitions constructivistes (ou re-constructivistes, dans le cas des maurrassiens et plus généralement de tous les traditionalismes, aussi organicistes qu'ils se veuillent). Depuis, sans devenir beaucoup plus malins, nous avons quand même appris des choses. Nous étions jadis en concurrence avec les marxistes sur le terrain de l'enthousiasme révolutionnaire, l'échec de leur totalitarisme nous a guéris. D'être écartés de l'espérance du pouvoir nous a fait un bien fou. Chez nous, plus personne de sérieux ne songe à dresser une société hiérarchisée rigide et froide, vierge de tout conflit interne. Nous avons appris la nécessité des oppositions entre idées et individus, des luttes de castes, de races et de classes (mais oui). Nos ennemis nous prennent encore pour des SA des années 30 et c'est tant mieux, il ne faudrait pas se réjouir si l'adversaire devenait intelligent. Nous connaissons la valeur de la révolte mais aussi ses limites. Nous savons très bien que si nous étions au pouvoir nous résoudrions un certain nombre de problèmes, que d'autres continueraient à se poser et que nous en susciterions d'inédits. A notre façon, nous sommes devenus plus libertaires et démocrates que nos ennemis, tout en demeurant conscients des paradoxes et contradictions que recèlent libertés et démocratie. Nous savons mieux que personne la valeur de la fonction critique ? même violente et vulgaire… Après tout, nos idées valent mieux que d'autres qu'on se batte pour elles, et nous avons aujourd'hui face à nous le pire totalitarisme de l'histoire, l'absolutisme de la Loi (celle qui n'en respecte aucune). Et donc : l'urgence est à la subversion, par tous les moyens même rigolos. Le tournant du normatif au subversif a été amorcé il y a longtemps (Degrelle a été un précurseur, et Céline dans un autre registre), et n'a vraiment pris dans la mouvance militante qu'au cours des années 70. Le Pen ne s'y est fait qu'au milieu des années 80 (c'est alors qu'il a décollé, pas un hasard) et Mégret demeure normatif comme la pluie. Le mode subversif est une question de ton et de contenu à la fois. Dans le contexte présent, rien n'est plus subversif que de rappeler la dimension passionnelle et animale de la nature humaine, a fortiori quand on le fait dans la bonne humeur (ce que la gauche moralisante ne pardonnera jamais à Gérard Lauzier ou Michel Houellebecq). Face à la pure volonté de puissance d'un prédateur hilare et sans scrupule tel qu'Anthracite, que valent les calembredaines sur la conscience universelle, le devoir de mémoire et l'éthique des Droits de l'Homme ?&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jack &lt;span style=&quot;font-variant: small-caps;&quot;&gt;Marchal&lt;/span&gt;, dessinateur historique du GUD, et inventeur du rat noir, interrogé in &lt;a href=&quot;http://www.les-identitaires.com/Devenir13/Culture_resistance4.htm&quot;&gt;&lt;em&gt;Devenir&lt;/em&gt;, 13&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;cf. aussi &lt;a href=&quot;http://www.scribd.com/people/documents/394906/folder/136784&quot;&gt;&lt;em&gt;Les Rats maudits&amp;nbsp;: histoire des étudiants nationalistes&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Marcel  Aymé, La déèsse aux mamelles déssechées</title>
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    title="Marcel  Aymé, La déèsse aux mamelles déssechées" />
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    <updated>2009-10-19T11:35:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Extrait</dc:subject>
        <dc:subject>désespoir</dc:subject><dc:subject>Marcel Aymé</dc:subject><dc:subject>Paul Valéry</dc:subject><dc:subject>Philippe de Champaigne</dc:subject><dc:subject>philosophie</dc:subject><dc:subject>scandale</dc:subject><dc:subject>sécularisation</dc:subject><dc:subject>théologie</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Maigre immortalité noire et dorée,&lt;/br&gt;
Consolatrice affreusement laurée,&lt;/br&gt;
Qui de la mort fais un sein maternel,&lt;/br&gt;
Le beau mensonge et la pieuse ruse !&lt;/br&gt;
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,&lt;/br&gt;
Ce crâne vide et ce rire éternel ! »&lt;br /&gt;
— P. &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Valéry
&lt;/span&gt;, « Le Cimetière Marin ».&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.Champaigne_Vanite_m.jpg&quot; alt=&quot;Philippe de Champaigne, Vanité.&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Philippe de Champaigne, Vanité.&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;




&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quant à la philosophie, il &lt;/em&gt;[le scandale] &lt;em&gt;est devenu rare depuis qu'elle a divorcé d'avec la théologie. Jadis, sous le règne des docteurs de l'Église, les spéculations de la pensée profane n'intéressaient pas seulement les spécialistes et les chiens de garde. La chrétienté y apercevait un reflet de paradis, l'alphabet d'un bonheur que la religion dispensait au compte-gouttes au prix d'humiliantes disciplines. Au treizième siècle, le public se ruait aux conférences d'Abélard comme on fait aujourd'hui à un tournoi olympique de football. Les tribunaux ecclésiastiques et les bulles fulminées se multipliaient pour étouffer le scandale sans cesse renaissant de la pensée libre. Dans la flamme des bûchers briller et la promesse des consolations gratis. La cause de l'esprit semblait être celle de l'homme. Devenu libre, la philosophie eut bientôt liquidé ce bazar d'espérances de sensibleries. Seules, les vérités raisonnables lui ont paru dignes de l'occuper. L'homme peut crever d'ennui et de désespoir, ce n'est pas son rayon. Aussi le public se désintéresse-t-il de cette pucelle glacée et de ses entreprises de faiseuse d'anges (sans compter qu'elle n'est pas commode à suivre, avec ses façons qu'elle a de dire les choses). Ce qui singulier, c'est que les philosophes trouvent naturelle cette indifférence du vulgaire et s'en félicitent comme d'un brevet d'inhumanité. Il est vrai qu'elle constitue un élément de sécurité pour la philosophie. Pourtant, tout espoir de scandale n'est pas perdu. Un jour viendra peut-être où les hommes commenceront à regarder de travers la déesse aux mamelles desséchées et ne supporteront plus de la voir travailler avec tant d'acharnement à dénuder leur misère.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
M. &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Aymé
&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Silhouette du scandale&lt;/i&gt;, Grasset, 1973, pp. 182-183.


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>« Le Boucher » de Chabrol : carnage et état de nature</title>
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    <updated>2009-10-09T17:55:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Critique</dc:subject>
        <dc:subject>carnage</dc:subject><dc:subject>Chabrol</dc:subject><dc:subject>cinema</dc:subject><dc:subject>etat de guerre</dc:subject><dc:subject>guerre</dc:subject><dc:subject>Hobbes</dc:subject><dc:subject>Jean Yanne</dc:subject><dc:subject>Le Boucher</dc:subject><dc:subject>Le Leviathan</dc:subject><dc:subject>Que la bete meure</dc:subject><dc:subject>sacrifice</dc:subject><dc:subject>sang</dc:subject><dc:subject>sauvagerie</dc:subject><dc:subject>Stéphane Audran</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Il faut que la bête meure, mais l'homme aussi doit mourir. »&lt;br /&gt;
— C. &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Chabrol
&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Que la Bête meure&lt;/i&gt;, 1969.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.Chabrol_Le_boucher_1969_m.jpg&quot; alt=&quot;Chabrol, « Le Boucher », 1969.&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Chabrol, « Le Boucher », 1969.&quot; /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le Boucher&lt;/em&gt; de Claude Chabrol (1970) explore la question de la sauvagerie dans l'Histoire, et dans l'homme. Jean Yanne, boucher rogue d'un village frappé par une vague de meurtres sanguinaires, incarne cette présence de l'homme archaïque, de l'homme des cavernes en des temps civilisés. La sauvagerie n'est pas cet autre ancien que nous pouvons rejeter dans les abymes du temps, il est ce fond permanent d'humanité sur lequel toute élévation spirituelle et abstraite peut se construire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'institutrice (Stéphane Audran &lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/2009/10/09/sic&quot; title=&quot;sic&quot;&gt;sic&lt;/a&gt;) figure à la fois cette élévation et cette faiblesse de notre société moderne, qui s'étant abstraite des conditions de la vie sauvage, croit en avoir fini avec l'homme primitif. Mais le boucher est cette figure ambiguë dont la fonction sociale est de perpétrer le sacrifice animal des bêtes pour que cette société sans violence puisse vivre. Ce sang animal fait écho au sang humain versé par le criminel, et le boucher, dans sa volonté de conquérir la jeune institutrice, en passe par des offrandes de gigots et de steaks, parties mortes et saignantes d'une bête qu'il dit avoir tué lui-même, rétablissant ainsi l'ordre ancien du mâle chasseur nourrissant les siens et celle qu'il convoite.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais c'est bien de l&lt;em&gt;'état&lt;/em&gt; de guerre dont il ici est question, en dernière analyse, dans cette persistance du carnage. C'est à travers l'expérience traumatique de la guerre que les hommes redécouvrent l'invicible violence qui les accompagne à travers l'Histoire. Par là, la guerre elle-même ne fait que réveler à la civilisation un état sauvage toujours latent en l'homme.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Car, tout comme la nature du mauvais temps ne réside pas dans une ou deux averses, mais dans une tendance au mauvais temps durant de nombreux jours, la nature de la guerre ne consiste pas en un combat effectif, mais en une disposition connue au combat, pendant tout le temps où il n'y a aucune assurance du contraire.  »&lt;/br&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Hobbes
&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Le Léviathan&lt;/i&gt;, trad. Folliot, Université du Québec, « Les Classiques des sciences sociales », ch. XIII, p. 108.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette révélation personnelle est pour le guerrier devenu civil, et criminel, l'occasion d'un nouveau messianisme sanguinaire et sacrificiel. Si l'état civil est aussi potentiellement martial, et si l'ordre humain reste toujours essentiellement sanglant, le boucher et l'assassin sont deux instances d'une même nature, situées de part et d'autre et de la loi, dont le soldat accomplit l'union en permettant la transition de l'une à l'autre, précisément en ce que la guerre  qu'il connaît suspend la loi commune pour lui substituer pour un temps la sienne.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Chabrol illustre à sa façon, dans ce film d'une beauté inquiétante, la vision hobbesienne d'un état de nature guerrier qu'on ne saurait réduire à un moment historique&amp;nbsp;: la sauvagerie est toujours avec nous, elle est &lt;em&gt;l'état naturel de l'homme&lt;/em&gt;, et non simplement un « état de nature ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Il peut sembler étrange, à celui qui n'a pas bien pesé ces choses, que la Nature doive ainsi dissocier les hommes et les porter à s'attaquer et à se détruire les uns les autres […] Qu'il s'observe donc lui-même quand, partant en voyage, il s'arme et cherche à être bien accompagné, quand, allant se coucher, il ferme ses portes à clef, quand même dans sa maison, il verrouille ses coffres; et cela alors qu'il sait qu'il y a des lois et des agents de police armés pour venger tout tort qui lui sera fait. Quelle opinion a-t-il de ces compatriotes, quand il se promène armé,de ses concitoyens, quand il ferme ses portes à clef, de ses enfants et de ses domestiques, quand il verrouille ses coffres ? N'accuse-t-il pas là le genre humain autant que je le fais par des mots ? Mais aucun de nous deux n'accuse la nature de l'homme en cela. Les désirs et les autres passions de l'homme ne sont pas en eux-mêmes des péchés. Pas plus que ne le sont les actions qui procèdent de ces passions, jusqu'à ce qu'ils connaissent une loi qui les interdise, et ils ne peuvent pas connaître les lois tant qu'elles ne sont pas faites, et aucune loi ne peut être faite tant que les hommes ne se sont pas mis d'accord sur la personne qui la fera.&lt;/br&gt;&lt;/br&gt;

Peut-être peut-on penser qu'il n'y a jamais eu une telle période, un état de guerre tel que celui-ci; et je crois aussi que, de manière générale, il n'en a jamais été ainsi dans le monde entier. Mais il y a beaucoup d'endroits où les hommes vivent aujourd'hui ainsi. […] Quoi qu'il en soit, on peut se rendre compte de ce que serait le genre de vie, s'il n'y avait pas de pouvoir commun à craindre, par celui où tombent ordinairement, lors d'une guerre civile, ceux qui ont précédemment vécu sous un gouvernement pacifique. »&lt;/br&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p. 109.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Généralités III : finitude et apparences</title>
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    title="Généralités III : finitude et apparences" />
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    <updated>2009-10-06T15:10:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Analyse</dc:subject>
        <dc:subject>apparence</dc:subject><dc:subject>espérance mathématique</dc:subject><dc:subject>essence</dc:subject><dc:subject>finitude</dc:subject><dc:subject>généralisation</dc:subject><dc:subject>généralité</dc:subject><dc:subject>méthodologie</dc:subject><dc:subject>pari</dc:subject><dc:subject>Pascal</dc:subject><dc:subject>pragmatisme</dc:subject>    
    <content type="html">&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.BorrelldelCasoPere-Escapandodelacrt_m.jpg&quot; alt=&quot;Borrell del Caso, « Échapper à la critique ».&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Borrell del Caso, « Échapper à la critique ».&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappels&amp;nbsp;: &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/2009/09/16/Generalite-et-generalisation-I&quot;&gt;Généralités I&amp;nbsp;: de leur possibilité&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/Generalite-et-generalisation-II&quot;&gt;Généralités II&amp;nbsp;: de leur nécessité&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;




&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;Voici donc la généralité rétablie dans sa dignité&amp;nbsp;: elle est possible — car elle supporte et suppose l’exception, en ce qu'elle n’est pas &lt;em&gt;logique&lt;/em&gt; dans sa nature — et même nécessaire — car nous ne saurions prendre le temps d’examiner chaque objet du monde pour plonger jusqu’au cœur de son essence propre&amp;nbsp;: nous devons au contraire nous hâter de vivre et de juger.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous sommes finis&amp;nbsp;: nous seulement car nous sommes mortels, et que notre temps pour penser et agir est limité, mais aussi parce que notre esprit ne contemple pas directement le vrai, mais peut seulement le chercher dans un jeu dialectique, indirect, réfléchi. La question du temps mis à part, si notre entendement était sans limites, il n’y aurait rien à approcher, rien à déjouer&amp;nbsp;: nous nous contenterions de cette contemplation sans intermédiaire. Mais puisque nous sommes loin de posséder cette faculté d’intuition surnaturelle, nous devons nous contenter, le plus souvent, de ne pas voir l’essence dernière des choses que nous étudions.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sur quoi s’appuient nos connaissances, si l’essence est invisible, et qu’il est nécessaire de faire comme si elle était ne l'était pas&amp;nbsp;? Nul n'étant tenu à l'impossible, il faut en passer par la croyance aux phénomènes, autrement dit par l’apparence.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;h3&gt;&lt;em&gt;L’habit fait le moine&lt;/em&gt;…&lt;/h3&gt;


&lt;p&gt;Un tel passage ne saurait aujourd’hui qu’être assimilé à une honteuse déchéance — pensez, juger sur les apparences&amp;nbsp;! Elles sont &lt;em&gt;trompeuses&lt;/em&gt;… le &lt;em&gt;délit de sale gueule&lt;/em&gt;… &lt;em&gt;faut pas se fier aux apparences&lt;/em&gt;… et autres &lt;em&gt;don’t  juge a book by its cover&lt;/em&gt;. C’est qu’on y croit, à tout ça&amp;nbsp;; l’école, les curés laïcs, &lt;em&gt;maman, papa, la bonne et moi&lt;/em&gt;, tous se sont ligués dans un effort collectif pour faire avaler l’antienne sucrée aux z’enfants-de-tous-les-âges-et-de-toutes-les-couleurs — surtout s’ils sont &lt;em&gt;blancs&lt;/em&gt;, dans tous les sens du terme… mais nous y reviendrons.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le prince changé en crapaud, c’est une belle histoire, au moins en ce que ça promet la métamorphose inverse. Loin de nous l’idée de vouloir balayer tout ça d’un revers de la main&amp;nbsp;: chaque chose a une place, et ces maximes ont aussi la leur. On se trompe souvent lorsqu’on croit voir partout affirmées des évidences. On dit qu’il s’agit de ne pas oublier certaines vérités fondamentales, auxquelles chacun adhère sans même y penser. C’est confondre aujourd’hui et hier, les conséquences et les causes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pourquoi l’habit ne fait pas le moine&amp;nbsp;? Si cela était si clair, qui aurait pris la peine de forger ces maximes, de les répéter, et des les transmettre&amp;nbsp;? Elles n’ont de sens que si on commence par accepter que c’est dans la nature des choses et des êtres de fonctionner à l’inverse&amp;nbsp;; même l’homme d’aujourd’hui le sait au fond de lui, placé dans des circonstances où les tripes parlent plutôt que l’encéphale. Ces évidences-ci luttent contre d'autres, qui s'opposent à elles, et qu'on a oubliées.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que &lt;em&gt;les femmes violées ont souvent peur des hommes&lt;/em&gt;… Que &lt;em&gt;les enfants rackettés ont peur de ceux qui ressemblent à leurs bourreaux&lt;/em&gt;… Que &lt;em&gt;les parents laissent leur progéniture à la jeune fille propre sur elle pour aller au cinéma, qui ressemble plus à l’idée qu’on se fait de la garde d’enfants idéale que Manuel, le caporal sauvagement tatoué du 2° régiment étranger parachutiste&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces généralités pourront paraître artificielles, spécieuses, odieuses, mais une chose n’en demeure pas moins vraie&amp;nbsp;: elles disent quelque chose de l'homme. &lt;em&gt;Chat échaudé craint l’eau froide&lt;/em&gt;, si l’on veut. On pourra bien parler, des sanglots dans la voix, de cette peur qui ronge les cœurs, et qui exclut l’autre dans sa différence, ce genre de laïus étant décidément fort à la mode. Mais ce sont des foutaises. Les apparences commencent toujours par nous guider, sans toujours, d'ailleurs, nous égarer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Toutes ces réactions peuvent bien choquer les prosélytes d'un existentialisme dévoyé, pour autant, elles sont humaines, et pleines de bon sens pratique. Que les femmes violées aient une méfiance instinctive à l'égard des hommes qui ne l'ont pas encore violée, c'est signe qu'elles ne sont pas encore folles, et le fait que ce comportement soit discriminant n'a d'importance que si on scrute ces problèmes concrets du haut d'un édifice tout abstrait, tout &lt;em&gt;moral&lt;/em&gt;. C'est ce que font, en effet, tous les tenants d'une égalité abstraite dans lequel chaque individu, voire chaque acte serait séparé du contexte dans lequel il est perçu&amp;nbsp;: là est leur erreur la plus pernicieuse, c'est à elle que nous finirons par nous attaquer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;h3&gt;Discours policé et discours pondéré&lt;/h3&gt;


&lt;p&gt;Certaines circonstances particulières nous amènent à préférer ce que nous savons, ce que  nous croyons savoir au fond de nous, à tous les discours factices qu’il fait bon tenir en société pour se faire bien voir. Les situations de danger en sont une, à l’évidence. Plus généralement, une certaine vision statistique du réel permet de mettre au jour cette rupture. Pas une simple statistique empirique, du type&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;j’ai peu de chances de gagner au Loto, donc je ne joue pas », car précisément, de fait, on joue au Loto, et cela il faut bien l’expliquer — pour peu que l’exemple soit pris de façon métaphorique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le fond de ce mécanisme mental qui nous fait préférer une certaine franchise pressante à l’hypocrisie valorisée, est plutôt à chercher du côté de la notion d’&lt;em&gt;espérance mathématique&lt;/em&gt;. Il s’agit d’introduire une pondération dans le régime statistique, qui permette d’expliquer qu’on préfère avoir une chance sur un million de devenir immensément riche, quitte à être certain, dans tous les cas, de perdre la petite somme que représente l’achat d’un billet de Loto, plutôt que d’être absolument certain de ne rien avoir. On dit alors&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’ai peu de chances de gagner un million, je suis sûr de payer le ticket, mais tout bien réfléchi, je préfère tenter ma chance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La peur pondère fort bien notre vision statistique du monde, c’est ainsi. Tout ce qui a de l’importance pèse sur nos évaluations statistiques&amp;nbsp;: la vie, la souffrance, l’avenir de nos enfants, ou à peu près tout ce qu’on voudra, car bien sûr, ces principes changent d’une population à l’autre, d’un individu à l’autre&amp;nbsp;: nous ne parlerons pas de ce moment où l’on doit déterminer ce qu’on désire, dans l’absolu —&lt;em&gt; i.e.&lt;/em&gt; toute considération statistique mise à part—, que chacun se pose la question.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Exempli gratia.&lt;/strong&gt; Le couple bourgeois de gauche qui aime à penser qu’on doit laisser sa chance à &lt;em&gt;l’autre&lt;/em&gt; dans l’absolu de leur raison sentimentale — zéro enjeu — en vient à laisser ses enfants en garde à une jeune fille qui pourrait être la leur, blanche, souriante, bien élevée, saine, plutôt qu’à ce Manuel dont on imagine qu’il a peut être déjà tué à mains nues des enfants de cet âge — c’est qu’ici, l’enjeu est d’importance.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;C’est donc sur l’apparence que nous nous appuyons pour juger lorsque des données plus complètes nous manquent, et cela d’autant plus qu’il y a de l’enjeu à bien juger, doublée d’une urgence. Nous pouvons désormais répondre à la première question posée à la fin de la partie précédente&amp;nbsp;: selon quel principe varient le temps et l'attention à accorder à l’élaboration de chaque généralité&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;h3&gt;Réconcilier méthode et généralités&lt;/h3&gt;


&lt;p&gt;Le temps et l’attention à accorder à un cas nouveau, sur lequel nous devons juger, afin de le réduire ou non à la règle générale varient en fonction de l’enjeu subjectif — combinaison de statistique personnelle et de principes pondérés. On réfléchit peu pour savoir si oui ou non, on doit jouer au Loto, sachant qu’en général on ne gagne pas — on ne risque quoi qu’il en soit pas la ruine&amp;nbsp;; c’est plus difficile si l’on doit confier son enfant à quelqu’un pendant une soirée, sachant qu’on y tient et que le risque, s’il est statistiquement mineur, est potentiellement horrible&amp;nbsp;: mauvais traitements, meurtre, viol, enlèvement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De là, nous pouvons articuler clairement deux principes que l’on pouvait croire à première vue incompatibles&amp;nbsp;: la rigueur désirable d’une analyse minutieuse, visant à pénétrer l’essence de tous les cas qui se présentent à nous — ce que nous appellerons le modèle méthodologique cartésien, voir &lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/Generalite-et-generalisation-II&quot;&gt;partie précédente&lt;/a&gt; — et ce mécanisme plus pascalien de pari&amp;nbsp;: le pari de Pascal fonctionnant précisément selon le principe de l’espérance mathématique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu est. Estimons ces deux cas  : si vous gagnez, vous gagnez tout  ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. »&lt;br /&gt;
— B. &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Pascal
&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Pensées&lt;/i&gt;, éd. Brunschvicg, 233.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans les cas vraiment cruciaux, où l’enjeu est vital, on prend pour juger tout le temps dont on a besoin. Le problème est alors celui de l’urgence morale  — dont la question de l’espérance de vie n’est qu’un cas particulier — on n’a pas toujours tout le temps dont aurait besoin pour bien juger. Autrement dit, même dans ce cas, on peut passer au régime statistique, en passer par des généralités basées au moins en partie sur l’apparence, parce qu’on n’a pas le temps de creuser jusqu’à la vérité cachée, essentielle du cas qui se présente.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Exempli gratia.&lt;/strong&gt; Ainsi, si l’on pense que tout le monde ne mérite pas de vivre en traversant le pont d’Avignon et qu’on aperçoit en contrebas quelqu’un qui se noie, il n’est plus temps d’enquêter sur la moralité de cette personne afin de savoir si l’on doit ou non la laisser noyer. On prend un pari&amp;nbsp;: on plonge, on ne plonge pas, on fait autre chose, en tout cas, on n’aura pas le temps d’être sûr avant qu’il soit noyé. Pragmatiquement, on choisit l'apparence, ce qui, au fond, ne nie pas l'idéal méthodologique, mais le suspend.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Et puis, il y a les autres cas, moins cruciaux, et de proche en proche, on en vient à ce dont on se fout&amp;nbsp;: des cas ou la statistique ou la pondération sont telles que l’enjeu est nul&amp;nbsp;: savoir s’il reste du gaz dans mon briquet quand je sors de chez moi (enjeu proche de zéro), ou s’il ne va pas exploser et me castrer pendant qu’il se ballade dans la poche de mon jeans (statistiquement presque impossible, même si l’on tient très fort à ses couilles).
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Résumons-nous donc&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;a.      &lt;/strong&gt; Les généralités sont possibles car nous ne vivons pas dans un monde purement logique.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;b.     &lt;/strong&gt; Elles sont aussi nécessaires, car nous n’avons pas le temps à toujours sacrifier à une méthode nominaliste exigeante, qui examine chaque objet au cas par cas&amp;nbsp;: nous sommes mortels et les objets du monde sont en quantité indéfinie, et plus généralement nous sommes parfois confrontés à une situation d’urgence morale — penser ne suffit plus, il faut agir.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;c.      &lt;/strong&gt; Le choix du moment où l’on passe du stade de l’examen particulier à celui de l’assignation de ce cas à une règle générale s’appuie sur une analogie mathématique&amp;nbsp;: le concept d’espérance, qui combine principe statistique — car notre monde n’est pas logique, ce n’est pas &lt;em&gt;tout ou rien&lt;/em&gt; — et pondération — car nous n’attachons pas la même importance à toutes les possibilités.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;d.     &lt;/strong&gt; Reste alors à poser la question de la rigueur intellectuelle du sujet, qui peut s’obstiner à bien juger, ou chercher la facilité des idées toutes faites. Il s’agit en un mot de sa probité. Mais aussi grande qu’elle soit, il faut bien fonctionner, bien souvent, sur le mode du général incertain plutôt que sur celui du particulier méthodique.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;e.     &lt;/strong&gt; Dans tous les cas, lorsqu’on passe au régime de l’espérance, on n’est, par définition, pas en mesure de juger en totale connaissance de cause, aussi l’on se base sur ce qu’on a vu pendant la première phase&amp;nbsp;: c'est-à-dire sur l’apparence.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;f.       &lt;/strong&gt; Mais attention&amp;nbsp;! Cette apparence n’est pas monolithique&amp;nbsp;: il faut oublier la vision simpliste qui oppose apparence et essence, comme on a oublié celle qui opposait méthodologie et généralité. On creuse, selon ce schéma rationnel, l’apparence jusqu’au point où, tout pris en compte (espérance, urgence morale, probité personnelle), on décide de s’y tenir. D’ailleurs, pour fonctionner, cette théorie n’a pas besoin de supposer une essence dernière&amp;nbsp;: simplement que la première apparence peut être dépassée par une autre, qui est plus juste, et celle-ci par encore une autre, etc.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Nous reviendrons sur ce dernier point prochainement.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;À suivre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Généralités IV&amp;nbsp;: jugements « prima facie »&lt;/em&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Généralités II : de leur nécessité</title>
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    title="Généralités II : de leur nécessité" />
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    <updated>2009-10-01T17:00:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Analyse</dc:subject>
        <dc:subject>abduction</dc:subject><dc:subject>Descartes</dc:subject><dc:subject>doute</dc:subject><dc:subject>ebullition</dc:subject><dc:subject>empirisme</dc:subject><dc:subject>epistémologie</dc:subject><dc:subject>evidence</dc:subject><dc:subject>expérimentation</dc:subject><dc:subject>finitude</dc:subject><dc:subject>généralisation</dc:subject><dc:subject>généralité</dc:subject><dc:subject>Hume</dc:subject><dc:subject>idéalisme</dc:subject><dc:subject>induction</dc:subject><dc:subject>logicisme</dc:subject><dc:subject>logique</dc:subject><dc:subject>philosophie</dc:subject><dc:subject>pragmatisme</dc:subject><dc:subject>réductionnisme</dc:subject><dc:subject>Soleil</dc:subject>    
    <content type="html">&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »&lt;br /&gt;
— Attribué à Arnauld &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Amalric
&lt;/span&gt;, pendant le sac de Béziers.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.Sac_de_Bezier__tuez_les_tous__Dieu_reconnaitra_les_siens__m.jpg&quot; alt=&quot;Sac de Béziers.&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Sac de Béziers.&quot; /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;





&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel :&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/2009/09/16/Generalite-et-generalisation-I&quot;&gt;Généralités I&amp;nbsp;: de leur possibilité&lt;/a&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous n'avons fait jusqu'ici que rendre légitime la question de la généralité, en écartant le totalitarisme moral (&lt;em&gt;c'est mal&lt;/em&gt;) ou logique (&lt;em&gt;l’existence de cas particuliers exclut de fait toute généralité acceptable&lt;/em&gt;). Reprenons le problème de façon plus positive.
En quoi généraliser est nécessaire&amp;nbsp;? Nous avons évoqué «&amp;nbsp;l'embouteillage nominaliste&amp;nbsp;» : détournons, pour expliciter plus précisément ce que recouvre l'expression, une des formes de pensées les plus utilisées pour étayer ce nominalisme épais.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« […] ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c'est-à-dire […] éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute. […]&lt;br/&gt;
Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m’avaient donné occasion de m’imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s’entresuivent en même façon, et que […] il n'y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu'on ne découvre.  »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
— R. &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Descartes
&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Discours de la méthode&lt;/i&gt;, deuxième partie.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;C'est d’un tel appel au canon géométrique que le refus commun de s’appuyer sur toute généralité semble tirer sa légitimité.  D'aucuns imaginent en effet que la méthode scientifique — &lt;em&gt;mal comprise&lt;/em&gt; — permettrait une réforme définitive de tout mode de pensée non scientifique, c'est-à-dire que la rigueur méthodologique de type scientifique permettrait aux sciences humaines de sortir du laïus pour entrer dans le domaine balisé du discours véridique.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Mal comprise&lt;/em&gt;, mais en quoi&amp;nbsp;? Il ne s'agit en réalité pas à proprement parler d'une méthode &lt;em&gt;scientifique&lt;/em&gt; — qui suppose un appel à l'expérience maîtrisé, réitéré et passé au crible de l'induction ou de l'abduction. Autrement dit, par observation de l'expérience, une hypothèse est formée, puis vérifiée expérimentalement un grand nombre de fois. Si des cas non concluants apparaissent, on modifie l'hypothèse et on continue les expériences jusqu'à ce qu'ils n'apparaissent plus&amp;nbsp;: oublier la nécessité de ces expériences concrètes, c'est en rester à la logique ou à la métaphysique, sans rentrer dans la science expérimentale. L’étude des idées ou des concepts tout abstraits de la logique et des mathématiques ne saurait servir de modèle à toute science de la matière, de ce fait&amp;nbsp;: chose évidente — notre propos n’étant pas de dévoiler quelque mystère, mais bien de rétablir quelques truismes dans leur nécessaire clarté, en les tirant du bouillon relativiste et réductionniste à l’œuvre partout. Voyons quel mécanisme, schématiquement, structure à l’inverse la découverte d’une loi en sciences physique, à travers un exemple grossier — qui n’apprendra rien non plus à personne.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Exempli gratia :&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;1 —&lt;/strong&gt; On remarque que l'eau bout à une température donnée. &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;2 —&lt;/strong&gt; On détermine expérimentalement que cela arrive à 100°C.&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;3 —&lt;/strong&gt; Les cas où l'eau bout à 98 ou 102°C sont réduits à des questions de modification de la pression ambiante, ou de non-pureté chimique de l'eau.&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; On affirme enfin que &lt;em&gt;l'eau pure bout à 100°C sous une pression de une atmosphère&lt;/em&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Ce qui se passe et qui n'est ici pas explicité, c'est qu'une cinquième étape ne se termine jamais d'elle-même — et donne lieu à ce qu'on appelle le &lt;em&gt;trilemme d'Agrippa &lt;/em&gt;ou &lt;em&gt;de Fries&lt;/em&gt; — c'est celle durant laquelle on attend de trouver des cas expérimentaux non concluants — une étape 3 bis, donc. Au cas où un grand nombre d'expérimentations concluantes est obtenue, sans qu'une exception irréductible advienne, on considère que cet ensemble de cas particuliers où l'eau bout à 100°C forme un cas général. C'est cela, l'induction.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette question très débattue appellerait des développements divers, mais nous entraînerait trop loin — de même que celle de l’&lt;a href=&quot;http://plato.stanford.edu/entries/peirce/#dia&quot; hreflang=&quot;en&quot;&gt;abduction&lt;/a&gt;, que nous avons évoqué en passant. Notons simplement que le passage de &lt;em&gt;l'eau pure a bouilli à 100°C sous une pression de une atmosphère à N reprises sans exception&lt;/em&gt; à &lt;em&gt; l'eau pure bout à 100°C sous une pression de une atmosphère&lt;/em&gt; n'est pas simplement logique, elle implique autre chose, que nous appellerons le bon sens, c'est-à-dire en l'occurrence la foi en cette idée simple&amp;nbsp;: &lt;em&gt;le monde physique est relativement stable, et il semble absurde que ce qu'on observe sans arrêt dans la nature soit brutalement modifié du tout au tout&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;« Le soleil ne se lèvera pas demain, cette proposition n'est pas moins intelligible et elle n'implique pas plus contradiction que l'affirmation : il se lèvera. Nous tenterions donc en vain d'en démontrer la fausseté. Si elle était démonstrativement fausse, elle impliquerait contradiction et l'esprit ne pourrait jamais la concevoir distinctement. […]
J'oserai affirmer, comme une proposition générale qui n'admet pas d'exception, que la connaissance de cette relation ne s'obtient, en aucun cas, par des raisonnements a priori ; mais qu'elle naît entièrement de l'expérience quand nous trouvons que des objets particuliers sont en conjonction constante l'un avec l'autre. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
— D. &lt;span style=&quot;font-variant:small-caps&quot;&gt;
Hume
&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Enquête sur l'entendement humain&lt;/i&gt;, trad. A. Leroy, section IV, partie I.&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Notre problème général ne relève bien sûr pas de la physique&amp;nbsp;; nous avons quoi qu'il en soit remarqué que dans ce cas non plus, la logique ne suffit pas à produire une règle générale. Mais le point important n'est pas là&amp;nbsp;: il consiste à reposer la question du doute cartésien — quitte à laisser Descartes lui-même de côté, il ne s’agit pas d’histoire ni même de philosophie à proprement parler ici, simplement de bon sens. Jusqu'où aller pour ne plus pouvoir mettre en doute&amp;nbsp;? On pourrait continuer l'expérience jusqu'à la consommation des siècles sans jamais induire. Pourtant, il le faut&amp;nbsp;: précisément parce que nous ne saurions attendre jusque-là. Pas pour des raisons de rationalité au sens strict&amp;nbsp;: une masse de cas particuliers ne font pas un cas général, quelle que soit l'accumulation — c’est tout le sens du texte de Hume. Pour une raison pragmatique&amp;nbsp;: notre temps est compté — nous sommes mortels.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il est compté et nous n'avons pas toute la vie devant nous pour nous faire une opinion authentiquement évidente, authentiquement indubitable, au sens où une lecture littérale de la règle de Descartes pourrait nous y pousser. Les expériences faites, nous finissons par en avoir assez — dans les deux sens qu’on peut donner à l’expression — par bricoler une règle, pour finalement passer à autre chose. Parce que nous n'avons pas tout notre temps face à la quantité indéfinie d'objets dans le monde, il nous faut bien bricoler ces règles, et continuer à vivre, ou même à penser, mais avancer, dans tous les cas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce principe irrationnel au sens strict, mais terriblement raisonnable est-il valable ailleurs qu'en physique&amp;nbsp;? Il est valable partout dans le monde réel, dans le monde non logique, où il reste toujours des choses &lt;em&gt;si cachées qu'on ne les découvre&lt;/em&gt;, pour détourner Descartes. Le grand bouleversement ici est qu’à l’optimisme épistémologique de Descartes on préfère un pragmatisme raisonnable&amp;nbsp;: ce qui revient simplement à prendre conscience de notre finitude, au fond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que l'arbitraire est à l'œuvre partout&amp;nbsp;: le principe méthodologique reste valable en général, parfois indispensable, il faut cependant bien vouloir y mettre un terme, et cela ne peut dépendre de nulle règle rigide, mais bien d'un bon sens critique. &lt;em&gt;On apprécie selon des règles méthodologiques, on pèse, et puis on juge — sans règle — afin de produire une règle empirique, générale, pragmatique&lt;/em&gt;. Le moment de ce jugement ne peut se déterminer qu'à l'intuition&amp;nbsp;: puisqu’un cas critique, détruisant toute la légitimité de la règle, demeure &lt;em&gt;pensable&lt;/em&gt;, et possible. Le Soleil peut bien ne pas se lever, l’eau bouillir à la sortie du robinet d’eau froide… On juge cela simplement improbable, et on passe à autre chose. De la pensée on en vient à l’acte, préféré à la ratiocination perpétuelle&amp;nbsp;: vrai sens du pragmatisme.
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À ce stade, trois questions se posent, liées à trois objections majeures.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; Le risque d’arbitraire dans le choix du moment où cesse l’examen, et où une réponse est finalement donnée.  Selon quel principe varient le temps et l'attention à accorder à l’élaboration  de chaque généralité&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; Le risque du dogmatisme&amp;nbsp;: quelle place laisser à la défaillance de la règle, laquelle ne saurait être, dans son empirisme, irréfragable comme le sont ces lois logiques dont on a cherché à écarter l’exemple&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; Le risque de l’aveuglement idéologique — on ne trouve que ce qu’on cherche —&amp;nbsp;: sur quoi juger les cas qui apparaissent après le bricolage de ces règles générales, tout en semblant s'y réduire, sans pour autant ignorer leur caractère original&amp;nbsp;? Autrement dit, comment sauvegarder une dose minimale, nécessaire et acceptable de nominalisme&amp;nbsp;? Tout notre raisonnement ne tend au fond qu’à répondre à cette dernière question, dont les applications politiques apparaissent cruciales — nous y reviendrons en temps utiles.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;À venir&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/Generalite-et-generalisation-III&quot;&gt;Généralités III&amp;nbsp;: finitude et apparences&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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    <title>Généralités I : de leur possibilité</title>
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    title="Généralités I : de leur possibilité" />
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    <updated>2009-09-28T02:00:00+02:00</updated>
    <author><name>Constant</name></author>
        <dc:subject>Analyse</dc:subject>
        <dc:subject>amalgame</dc:subject><dc:subject>cliché</dc:subject><dc:subject>coprophagie</dc:subject><dc:subject>généralisation</dc:subject><dc:subject>généralité</dc:subject><dc:subject>idéalisme</dc:subject><dc:subject>Jean Roscelin</dc:subject><dc:subject>moraline</dc:subject><dc:subject>nominalisme</dc:subject><dc:subject>racisme</dc:subject><dc:subject>realpolitik</dc:subject><dc:subject>religion athée</dc:subject><dc:subject>scatologie</dc:subject>    
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/public/blowup-images/Images/.Tous_pareils_m.jpg&quot; alt=&quot;Tous Pareils&amp;nbsp;! (c&amp;#039;est plus simple)&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Tous Pareils&amp;nbsp;! — c&amp;#039;est plus simple&quot; /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ante-Scriptum&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: Afin de comprendre d'où l'on veut en venir, un &lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?pages/quovadis&quot;&gt;rappel général et synthétique&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Halte aux généralisations hâtives !&lt;/em&gt; Tel est le &lt;em&gt;credo&lt;/em&gt; bien fidéiste de notre époque sans foi, &lt;em&gt;comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer&lt;/em&gt;, dirons-nous en citant Jacques Prévert. Mais une telle déclaration demeure trop complexe, trop réfléchie, en un mot, trop proche encore du réel, c'est-à-dire pas assez &lt;em&gt;morale&lt;/em&gt;. Ce que nous dirions ce jour même, touchant les questions de généralités, de clichés, d'amalgames, se réduirait plutôt à ceci&amp;nbsp;: &lt;em&gt;c'est mal&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tout est là, malheureusement. Dans un mouvement délirant d'entonnoir, de siphon de chiottes publiques, le nominalisme le plus grossier, c'est-à-dire le plus &lt;em&gt;moralisateur&lt;/em&gt;, le plus conforme à l'invraisemblable simplisme de l'époque se résume en effet à cet anathème fait argument. Jean Roscelin s'en retournerait probablement dans sa tombe, s'il n'était pas déjà plié en quatre par le sérieux pathologique avec lequel ce beau monde qui crache sur le christianisme et toute sa subtilité casuistique a ressuscité le zombie méconnaissable du manichéisme. &lt;em&gt;Tout ce qui n'est pas bon est mauvais, tout ce qui n'est pas mauvais est bon, et rien n'est exclu de cette alternative&lt;/em&gt;. Voilà donc la forme complète et développée de toute pensée morale actuelle chez le &lt;em&gt;quidam&lt;/em&gt;, encore renforcée par la réduction de tout ce qui n'est pas tout à fait voire pas du tout moral (politique, recherche scientifique, philosophie) à la morale elle-même.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'existence des races&amp;nbsp;? Ce n'est pas une question scientifique, mais bien une hérésie. La &lt;em&gt;realpolitik&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Pas un problème politique, mais encore un oubli de la morale. La valeur esthétique du rap ou de l'art contemporain&amp;nbsp;? Pas un jugement esthétique, mais l'expression d'un &lt;em&gt;fascisme rampant&lt;/em&gt; — le terme n'étant d'ailleurs jamais pris dans son acception politique, mais bien éthico-curetonnante. Libre à vous de faire la liste de ces glissements, elle est sans doute infinie pour peu qu'on détaille les questions que chacun d'entre ceux-là impliquent, en tout cas, elle ne cesse, jour après jour, de s'allonger.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La question de la généralisation &lt;em&gt;doit &lt;/em&gt;exister &lt;em&gt;de fait &lt;/em&gt;: parce qu'il faut bien penser la diversité des cas particuliers sous une idée générale, sans pour autant tomber dans le schématisme le plus grossier. Autrement dit&amp;nbsp;: il faut sans cesse manœuvrer entre l'embouteillage nominaliste (&lt;em&gt;tout est particulier, il faut tout penser au cas par cas&lt;/em&gt;) et l'aveuglement idéaliste (&lt;em&gt;il n'y a que des règles générales, et aucun cas particulier&lt;/em&gt;). Dans le premier cas, il faudrait tout examiner jusqu'à la fin des temps avant d'agir ou de juger de quoi que ce soit avec une légitimité minimale, dans le second, on substitue à la réalité un cliché monochrome dans lequel tout est toujours tout blanc ou tout noir, toujours vrai ou toujours faux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces deux erreurs, dans leur essence, n'en font d'ailleurs qu'une. Qui serait assez sot pour soutenir qu'il existe, hors la logique, des cas dans lesquels les lois générales sont simplement universelles et n'acceptent aucune exception&amp;nbsp;? Seuls  ceux qui croient qu'il n'y a, d'un côté, que de l'universel, et de l'autre qu'une inclassable diversité. Autrement dit&amp;nbsp;: des logiciens devenus fous comme notre époque en chie à la chaîne, sous les efforts cumulés d'une éducation-nationale-cul-bénie et d'une sous-culture moralisatrice.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Grâce à ce long processus de lavage de cerveau — et du colon — sans cesse recommencé, tout adulte en âge de donner son avis est selon toute vraisemblance acquis à tous les préceptes ridicules de l'égalité réelle, du relativisme dogmatique et de la foi-qui-n'ose-pas-dire-son-nom, et ne se prive pas de le faire savoir, dans un concert parfumé de flatulences onctueuses. On est pas loin du primitif &lt;em&gt;Maman, viens voir le gros caca que j'ai fait&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: rien de ce qui se tire du modernisme béni ne saurait être en effet être dégoûtant&amp;nbsp;; l'époque est coprophage comme elle est infantile et narcissique. Aussi acquiesce-t-elle toujours&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Oh mais tu en as fait un beau caca, maman est fière de toi mon chéri !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi, dire qu'il n'y a pas de règle sans exception, c'est empêcher, par principe, qu'il y ait ne serait-ce qu'une règle en dehors de la logique&amp;nbsp;; c'est aussi mécomprendre tout à fait ce qu'est une règle. &lt;em&gt;L'exception confirme la règle&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: l'adage n'est ni stupide ni gratuitement paradoxal, il dit simplement qu'une règle générale, par définition, admet des exceptions, sans quoi, il n'y a pas de règle générale, mais bien une loi universelle. Il peut bien y avoir des pygmées géants, des femmes à barbe ou des Africains bridés&amp;nbsp;: est-ce pour autant qu'on ne peut rien dire d'inverse, en général, concernant ses congénères&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sitôt prévenu de ces extrémismes absurdes et qui ne font qu'un, l'espace intellectuel est disponible pour une enquête empirique — et quant à elle, enfin potentiellement délivrée des &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt; —, qui réponde à ces questions générales tout en les laissant ouvertes. Nous y reviendrons bientôt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;À venir&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://carnets.de.grenier.blog.free.fr/index.php?post/Generalite-et-generalisation-II&quot;&gt;Généralités II&amp;nbsp;: de leur nécessité&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</content>
    
    

    
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