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	<title>Grotius International</title>
	
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	<description>Site d'information sur les humanitaire, la solidarité, le DIH, la CPI....</description>
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		<title>La mine au Pérou : filon économique et creuset des conflits</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 17:17:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthias Cougnaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[. POLE AMERIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[conflits]]></category>
		<category><![CDATA[humanitaire]]></category>
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		<description><![CDATA[Les conflits environnementaux, et notamment miniers, agitent l’Amérique latine quitte à mettre certains gouvernements progressistes en porte-à-faux avec des mouvements sociaux qui constituent pourtant leur socle électoral et militant. Exemple au Pérou où le président Ollanta Humala tente de promouvoir un secteur minier “éthique”. Dix mille postes de travail, un fonds social régional et des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les conflits environnementaux, et notamment miniers, agitent l’Amérique latine quitte à mettre certains gouvernements progressistes en porte-à-faux avec des mouvements sociaux qui constituent pourtant leur socle électoral et militant. Exemple au Pérou où le président Ollanta Humala tente de promouvoir un secteur minier “éthique”. </strong></p>
<p>Dix mille postes de travail, un fonds social régional et des ajustements techniques environnementaux. Telles sont les conditions posées en avril dernier par le président Humala à la compagnie Yanacocha pour le projet minier Conga. Depuis 2011, des habitants de Cajamarca protestent contre ce projet au point d’amener le chef de l’Etat à décréter l&#8217;état-d&#8217;urgence dans la région en décembre. L’étude d&#8217;impact environnemental de Conga a fait l&#8217;objet d&#8217;une nouvelle expertise. Elu depuis moins d&#8217;un an, le président nationaliste et progressiste veut croire en l&#8217;avenir d&#8217;une “mine responsable”, dans un pays où le secteur minier génère autant de conflits environnmentaux que de manne économique. Le chef d&#8217;Etat a-t-il la capacité réelle de “moraliser” l&#8217;extraction des richesses du sous-sol, ou compte-t-il d’abord faire oublier que la controverse Conga l’a obligé à remanier son gouvernement ?</p>
<p>Le secteur minier est un levier majeur de la croissance péruvienne. D&#8217;après le ministère de l&#8217;Energie et de la Mine, il représente en 2011 59% de la valeur des exportations et attire des investissements qui s&#8217;élèvent à 7 milliards de dollars US, un montant record. La mine constitue également le premier secteur d&#8217;investissements directs étrangers (IDE), d&#8217;après l&#8217;Agence de promotion de l&#8217;investissement privé au Pérou. Les détracteurs du “boom minier” n’en mettent pas moins en garde contre le risque de dépendance économique, d&#8217;autant plus que le pays a perdu le contrôle direct sur ses ressources minières, à force de céder au capital étranger dans ce secteur. Les mêmes estiment que l&#8217;impact sur le développement reste limité en comparaison des bénéfices empochés par les entreprises d’extraction.</p>
<p>Fort d’une croissance estimée à 5,5% en 2012 par le Fonds Monétaire International, le Pérou a longtemps laissé les compagnies minières faire fi de la protection de l&#8217;environnement. La prédation et la pollution de l&#8217;eau réveillent aujourd’hui la conscience environnementale d&#8217;une partie des citoyens. En février dernier, la “Marche pour l&#8217;eau” a mobilisé à Lima différents secteurs de la société civile, fédérés autour de l&#8217;opposition au projet Conga. L’enjeu sanitaire et agricole se situe désormais au cœur de la controverse minière.</p>
<p>Les droits spécifiques des indigènes pèsent à leur tour dans la balance. La Convention n°169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) établit le “droit à la consultation” des peuples indigènes et tribaux (<a href="../perou-les-adversites-multiples-de-la-cause-indigene/">http://www.grotius.fr/perou-les-adversites-multiples-de-la-cause-indigene/</a>). Son incorporation aux normes péruviennes, avec l&#8217;entrée en vigueur en avril 2012 de la loi “de consultation anticipée”, accorde aux indigènes un droit d’avis préalable sur tout projet pouvant affecter leurs territoires. La loi est censée prévenir des conflits socio-environnementaux comparables à la crise de Conga ou encore aux protestations anti-minières dans la région du lac Titicaca survenues en pleine période du scrutin présidentiel de  2011. Or, beaucoup doutent de son efficacité.</p>
<p>Les revendications indigènes de participation aux décisions du secteur minier font écho à une demande citoyenne plus large en matière de planification et d’aménagement du territoire. La corruption, le clientélisme, et le déficit institutionnel du système politique alimentent la méfiance et la défiance des Péruviens envers les décisions prises d&#8217;en haut. Ce constat vaut également pour d’autres pays d’un continent longtemps pillé, où la réappropriation des ressources naturelles, gage d’indépendance économique, se confond au dessein de la souveraineté nationale enfin acquise, sinon retrouvée. “Mine responsable” ? La proposition d’Ollanta Humala peut sembler naïve et bien en-deçà de la volonté politique que manifeste notamment son homologue argentine Cristina Kirchner, renationalisant au pas de charge la compagnie pétrolière YPF.</p>
<p>Mais l’homme de Lima a autant en tête l’exemple de son pair équatorien Rafael Correa, aujourd’hui fragilisé par une contestation similaire à celle du projet Conga, contre de nouveaux projets d’extraction à grande échelle. Là encore, paysans, indigènes, défenseurs de l’environnement et “marcheurs de l’eau” se détournent d’une majorité politique qu’ils avaient contribué à forger. Mais la somme – ponctuelle &#8211; d’intérêts communs suffit-elle à offrir un projet politique cohérent et à long terme ? Une question cruciale pour de jeunes démocraties.</p>
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		<title>Pour la révolution du reportage</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 05:56:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Léonard Vincent</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'Oeil]]></category>
		<category><![CDATA[humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[reportage]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous connaissons mal le monde parce qu&#8217;on ne nous le raconte pas. Les crises sont incomprises, les acteurs caricaturés, les enjeux faussés. Le journalisme d&#8217;aujourd&#8217;hui, en Occident comme ailleurs, s&#8217;ébroue dans la satisfaction de sa propre vitesse. Ou bien se complaît dans l&#8217;abstraction froide de ses impossibles investigations. Mais qui raconte le monde ? Ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Nous connaissons mal le monde parce qu&#8217;on ne nous le raconte pas. Les crises sont incomprises, les acteurs caricaturés, les enjeux faussés. Le journalisme d&#8217;aujourd&#8217;hui, en Occident comme ailleurs, s&#8217;ébroue dans la satisfaction de sa propre vitesse. Ou bien se complaît dans l&#8217;abstraction froide de ses impossibles investigations.</strong></p>
<p>Mais qui raconte le monde ? Ses odeurs, ses banalités, ses routines. La grandeur de ses assassins, les illuminations de ses divas, la dignité de ses esclaves. On cherche en vain, dans la presse écrite, de grands reportages nous donnant à éprouver, à notre tour, cet autre monde que le reporter a parcouru une première fois pour nous. On cherche en vain le récit d&#8217;expériences inouïes, d&#8217;obstinations généreuses, de joyeuses témérités. Or, on nous offre des choses brutes, incompréhensibles, fades, la plupart du temps simplement repeintes avec un « style maison », c&#8217;est-à-dire du mauvais goût. On nous offre des faits. On nous fait croire qu&#8217;ils sont « objectifs », ces faits, puisqu&#8217;on ne fait pas de philosophie en école de journalisme : on ne sait pas qu&#8217;ils n&#8217;ont d&#8217;autre signification que celle que nous leur donnons. On croit que la déontologie est là, dans cet équilibre de pisse-froid, d&#8217;indécis, de tiède hypocrite qui n&#8217;assume pas ses convictions. Chacun a eu la parole, moi aussi, tout le monde est content, le devoir est rempli et que l&#8217;on vienne pas nous critiquer.</p>
<p>Nous cherchons nos semblables et nous tombons sur une corporation. On cherche notre monde et on trouve des télex, agrémentés parfois d&#8217;une confiture d&#8217;opinion. Triste et décevant. Nous n&#8217;achetons plus les journaux. Car les faits sont désormais gratuits. Mais les grandes histoires sont rares et précieuses.</p>
<p>Du coup, il est tout de même amusant de voir que bon nombre de nos directeurs de journaux se drapent dans les capes d&#8217;Albert Londres et Joseph Kessel, au gré de prix littéraires distribués à des copains ou d&#8217;opportunités marketing du moment, et font tout pour que leurs employés ne « fassent pas du Blaise Cendrars ». Mais si, laissez-les faire du Blaise Cendrars, du Ryszard Kapuściński, du Jean-Claude Guillebaud ! Comme vous même, tous en rêvent secrètement ! Les lecteurs aussi en rêvent ! Supprimez vos « confidentiels » et vos « analyses », vos quatre pages de sondages et vos « petites phrases » venimeuses. Barbez-nous sur des pages et des pages avec le roi idiot du Swaziland, les amours des favelas de Rio, les villages rebelles de la Grèce. Ennuyez-nous, saoûlez-nous, ne nous donnez pas le choix. La France pourrait le faire : elle a une langue après laquelle le monde a couru pendant ses siècles. Notre patrie sait faire advenir des écrivains qui enflamment et réveillent.</p>
<p>Nous serions alors un peuple unique, cultivé et conscient. Nous saurions parler la langue de nos ennemis et anticiper les désirs de nos amis. Mais je rêve, bien sûr. Le changement, ce n&#8217;est pas maintenant.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Yaha Abdelhafidh, « au cœur des maquis de Kabylie »</title>
		<link>http://www.grotius.fr/yaha-abdelhafidh-%c2%ab-au-coeur-des-maquis-de-kabylie-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Wed, 09 May 2012 19:46:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ali Chibani</dc:creator>
				<category><![CDATA[Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[bilan]]></category>
		<category><![CDATA[guerre d'Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[témoignage]]></category>
		<category><![CDATA[Yaha Abdelhafidh]]></category>

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		<description><![CDATA[ « C&#8217;est l&#8217;heure des bilans. » Le ton est donné dès l&#8217;Avant-propos par Yaha Abdelhafidh. Celui qui était nommé par ses compagnons maquisards « Si El Hafid » livre, dans Ma Guerre d&#8217;Algérie. Au cœur des maquis de Kabylie[1] (1954-1962), son témoignage et ses souvenirs sur ce qu&#8217;a été son parcours dans cette guerre. Il le fait avec un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.grotius.fr/wp-content/uploads/2012/05/ma_guerre_d_algerie.png"><img class="alignleft size-full wp-image-14428" title="ma_guerre_d_algerie" src="http://www.grotius.fr/wp-content/uploads/2012/05/ma_guerre_d_algerie.png" alt="ma guerre d algerie Yaha Abdelhafidh, « au cœur des maquis de Kabylie »" width="300" height="446" /></a> <strong>« C&#8217;est l&#8217;heure des bilans. » Le ton est donné dès l&#8217;Avant-propos par Yaha Abdelhafidh. Celui qui était nommé par ses compagnons maquisards « Si El Hafid » livre, dans <em>Ma Guerre d&#8217;Algérie. Au cœur des maquis de Kabylie<a title="" href="file:///C:/Users/genevieve/Downloads/Ali_chibani_note_lecture_Auteur.docx#_ftn1"><strong>[1]</strong></a> (1954-1962), </em>son témoignage et ses souvenirs sur ce qu&#8217;a été son parcours dans cette guerre. Il le fait avec un grand souci de vérité comme l&#8217;indique les multiples incises modalisantes comme « je dois avouer… » et les circonstancielles d’opposition : « En dépit de ce que l’on a tendance à faire aujourd’hui… ».</strong></p>
<p>Le récit suit une progression chronologique linéaire. L&#8217;auteur, né en 1933 sous le regard des montagnes du Djurdjura en Kabylie, commence par évoquer le cadre familial qu’il dit primordial dans la formation de sa conscience sociale et politique. Il décrit en même temps la vie sous la domination coloniale, les injustices et la pauvreté qui vont présider à la guerre de 1954 : «A nous, les herbes sauvages et aux «métropolitains» le blé des vertes plaines algériennes.»</p>
<p>C&#8217;est dans ces conditions difficiles que Yaha Abdelhafidh va grandir bercé par les récits de guerre qui ont pour héros <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lalla_Fatma_N'Soumer">Fadhma N&#8217;Soumer</a> (1851-1860) et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cheikh_El_Haddad">cheikh Aheddad</a> (1871).</p>
<p>Entré dans les rangs du parti nationaliste PPA-MTLD, Si El Hafid va développer une haute conscience anticoloniale. Cela le met face à un monde fait de violences, notamment en le faisant assister à cette scène où des Algériens étaient jetés dans la rivière à Charleville-Mézières. C&#8217;était en 1952 bien avant <a href="http://www.17octobre61.org/?lang=fr">les massacres d’Octobre 61</a>.</p>
<p><em>Ma guerre d&#8217;Algérie </em>est un témoignage qui révèle beaucoup de choses sur l&#8217;organisation interne du PPA-MTLD, devenu <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_national_alg%C3%A9rien">MNA</a>, et confirme le culte de la personnalité de Messali Hadj. Il a aussi l&#8217;audace d&#8217;évoquer les violences commises par des éléments de l&#8217;ALN contre leurs compatriotes. Ces crimes sont devenus un point de focalisation en France, comme le démontre <a href="http://www.youtube.com/watch?v=6BiG5MqiSeQ"><em>La Déchirure</em></a><em>, </em>de Gabriel Le Bonnin et – étonnement – Benjamin Stora,<em> </em>diffusé le 11 mars 2012 sur France 2, suivi d&#8217;un débat où il ne manquait plus à David Pujadas que de demander aux Algériens de se « repentir » pour avoir arraché leur indépendance. En Algérie, le discours officiel et nationaliste (dans le sens négatif cette fois) du Pouvoir en a fait un tabou parmi tant d&#8217;autres dans la fausse histoire qu’il s’est construite.</p>
<p>Durant ce parcours de combattant, on croise de grandes figures du FLN-ALN. Parmi elles, Krim Belkacem, Amirouche, Larbi Ben M&#8217;hidi&#8230; L&#8217;enfer de la guerre contre les populations civiles qui servaient de bouc émissaire à l&#8217;armée française. Celle-ci raflait, torturait et affamait. L’auteur y décrit aussi les opérations militaires et les embuscades menées par le FLN une certaine satisfaction dans le ton. Un sentiment qui disparaît quand il évoque le long drame de la « <a href="http://www.fabriquedesens.net/La-bleuite-ou-l-art-de-la-guerre">Bleuite</a> » contre laquelle il s’est révolté. Il se souvient de la ravageuse « <a href="http://www.reflexiondz.net/REVOLUTION-ALGERIENNE-1954-1962-Operation-Jumelles-7-500-moudjahidine-tombes-aux-champs-d-honneur_a11846.html">Opération Jumelles</a> », la plus importante et la plus brutale opération militaire menée par la France en Algérie et probablement dans toutes ses colonies. Planifiée par le général Challe, l’Opération avait créé les camps de concentration en Kabylie, généralisé la torture et programmé la famine de toute la population, avec la mobilisation d’« environ 25 000 soldats en plus des 15 000 déjà installés » pour quadriller toute la région.</p>
<p>Yaha Abdelhafidh aborde très rapidement les luttes au sein du FLN qui allaient offrir le pouvoir à l’Armée des frontières. La suite de l’histoire est amère et Abdelhafidh la réserve pour le tome II de ses mémoires. Après l&#8217;indépendance, il va compter parmi les membres fondateurs du premier parti de l&#8217;opposition algérien le Front des Forces Socialistes (FFS). De ses années d&#8217;exil et de militantisme, le public attend avec impatience la relation des maquis de Kabylie en 1963, où le FFS avait pris les armes contre la dictature de Ben Bella. Une rébellion éteinte dans le sang et sur laquelle les témoignages sont aujourd’hui d&#8217;une grande rareté.</p>
<p>&nbsp;</p>
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<h6><a title="" href="file:///C:/Users/genevieve/Downloads/Ali_chibani_note_lecture_Auteur.docx#_ftnref1">[1]</a> Yaha Abdelhafid, <em>Ma Guerre d’Algérie. Au cœur du maquis de Kabylie, </em>souvenirs recueillis par Hamid Arab, Paris, Riveneuve éditions, 2012, 381 pages.</h6>
<p>&nbsp;</p>
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<p>&nbsp;</p>
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		<title>Stratégie humanitaire de la République française… Où en sommes-nous ?</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 10:26:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Boinet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[humanitaire]]></category>
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		<category><![CDATA[Stratégie humanitaire]]></category>

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		<description><![CDATA[On se souvient que la Conférence Nationale Humanitaire du 16 novembre 2011, qui faisait suite au rapport Boinet-Miribel  « Analyse et propositions sur l&#8217;action humanitaire d&#8217;urgence dans les situations de crise et de post-crise », a conduit le Ministre d’Etat, Alain Juppé, a demander à ses services d’élaborer une stratégie humanitaire de la France, en concertation avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>On se souvient que la Conférence Nationale Humanitaire du 16 novembre 2011, qui faisait suite au rapport Boinet-Miribel  <em><a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/4/97/01/50/Rapport-Conf/Rapportmars2010.pdf">« Analyse et propositions sur l&#8217;action humanitaire d&#8217;urgence dans les situations de crise et de post-crise »</a>,</em> a conduit le Ministre d’Etat, Alain Juppé, a demander à ses services d’élaborer une stratégie humanitaire de la France, en concertation avec les acteurs et ONG humanitaires. Où en sommes-nous aujourd’hui ?</strong></p>
<p>Deux réunions de concertation ont réunies au Centre de Crise du ministère des Affaires étrangères et européennes tous les ministères concernés et les ONG et acteurs humanitaires qui le souhaitaient. A l’issue de deux réunions, le 15 février puis le 12 avril, nous pouvons dire que le projet est bien avancé que les propositions des ONG humanitaires ont été réellement et sérieusement prises en compte. Et après ?</p>
<p>Nous attendons maintenant avec impatience la troisième et probablement dernière version dès que possible. Pourquoi ? Parce que nous sommes en pleine élections présidentielles et qu’un changement de gouvernement et de ministre pourrait remettre en cause ce projet qui constitue un véritable progrès dans les relations entre l’Etat et les organisations non gouvernementales humanitaires, chacun dans son rôle.</p>
<p>On nous assure qu’il y aura bien  « continuité de l’Etat » et que cette Stratégie sera menée à bien et actée par le ministre concerné et  qu’elle sera ensuite présentée à  la Commission Européenne. Dont acte !</p>
<p>Mais ensuite, ce ne sera pas fini ! Car il faudra faire vivre cette stratégie et cela dépendra aussi des ONG humanitaires. Si, pour ma part, je regrette l’insuffisance des moyens, l’absence d’articulation –urgence-reconstruction-développement, le manque de cartographie des ressources pour réaffectation en fonction de la stratégie, je suis certain que nous pouvons, je dirai même, que nous devons être des interlocuteurs à la hauteur des enjeux que nous portons ! A nous d’en faire la preuve ! Je vous donne donc rendez-vous prochainement pour vous dire où nous en sommes.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le casse-tête du retrait d’Afghanistan</title>
		<link>http://www.grotius.fr/le-casse-tete-du-retrait-d%e2%80%99afghanistan/</link>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 09:49:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Régis Gente</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Barack Obama]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<description><![CDATA[Évacuer nos forces d’Afghanistan n’est pas qu’un immense défi logistique. C&#8217;est également une opération lourde de conséquences politiques et géopolitiques, où s&#8217;entremêlent le risque de devoir graisser la patte à des régimes dictatoriaux et les menaces de déstabilisation islamiste en Asie centrale. Le retrait d’Afghanistan des forces de l’Otan, via le  Northern Distribution Network (1), [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Évacuer nos forces d’Afghanistan n’est pas qu’un immense défi logistique. C&#8217;est également une opération lourde de conséquences politiques et géopolitiques, où s&#8217;entremêlent le risque de devoir graisser la patte à des régimes dictatoriaux et les menaces de déstabilisation islamiste en Asie centrale.</strong></p>
<p>Le retrait d’Afghanistan des forces de l’Otan, via le <em> Northern Distribution Network </em>(1), par l’Asie centrale post-soviétique, est un vrai casse-tête pour les autorités concernées. La dictature ouzbèke,  qui devrait voir passer sur son territoire les troupes de l&#8217;Otan, le sait bien. Ces dernières semaines, Tachkent a été le théâtre d’un vrai ballet de ministres de la Défense des pays membres de la coalition. Côté français, ce n’est qu’après la présidentielle que «<em> le ministre de la Défense du nouveau gouvernement va devoir se rendre en Ouzbékistan pour finaliser nos discussions </em>», explique un haut-fonctionnaire du Quai d’Orsay.</p>
<p>La « Task Force La Fayette », engagée sur le territoire afghan,  c’est 3900 soldats, 1500 conteneurs (dont 318 de munitions), 1200 véhicules (dont 500 blindés)&#8230; La route via Termez en Ouzbékistan, qui emprunte le chemin de fer ouzbek, est privilégiée pour l&#8217;évacuation des troupes, au vu du coût de la voie aérienne, « <em>jusqu’à 35000 euros l’heure </em>», selon <em>Intelligence Online</em>. La route pakistanaise, un temps envisagée, est quasi-fermée. Certes, Washington a ravivé les discussions avec Islamabad mais le retrait anticipé des forces françaises, 2013 pour Nicolas Sarkozy, fin 2012 pour François Hollande, « <em>rend très difficile le passage par le Pakistan dès lors que les Américains y négocient au nom de l’Otan pour un retrait groupé en 2014</em> », estime Emmanuel Dupuy, président de l&#8217;Institut prospective et sécurité de l&#8217;Europe (IPSE).</p>
<p>Une commission mixte franco-ouzbèke s’est réunie ce mardi 27 mars à Tachkent. « <em>Cela devrait faire avancer les choses</em> », espère un cadre de la Délégation aux Affaires Stratégiques (DAS), du ministère de la Défense français. Début février, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, Gérard Longuet déplorait que Tachkent «<em> pose des conditions matérielles assez coûteuses.</em> » D’autant plus coûteuses « <em>qu’en avançant le calendrier, on perd énormément en capacité à négocier</em> », précise Emmanuel Dupuy.Les sommes qui seront engagées ont une portée politique cruciale pour le pouvoir ouzbek, et à sa tête le président Islam Karimov. Selon le site web <em>Uznews</em>, l’accord exclusif signé par le Pentagone avec la société FMN logistics est inquiétant : « <em>FMN est (…) une filiale de Zeromax (…), liée à la fille aînée d&#8217;IslamKarimov, Goulnara. Le président de FMN est Harry Eustace Jr (…). Son père, Harry Eustace Sr était un conseiller “senior”de Zeromax</em>. » Sur un milliard de dollars de chiffre d’affaires de FMN, 85% viendrait des « <em>contrats afghans</em>».</p>
<p>Le Pentagone a classé ces accords « secret Défense. » « <em>Contrairement à la base militaire de Manas, au Kirghizstan, qui est gérée par la DLA (</em>Defense Logistic Agency), <em>le retrait via l’Ouzbékistan se fait par l&#8217;agence gouvernementale américaine TransCom, qui est moins transparente</em>», affirme Scott Horton, avocat américain. Mais pour ce proche des ONG de défense des droits de l’homme, qui a participé aux enquêtes du Congrès sur les contrats de l’armée américaine en Asie centrale, « <em>le problème est insolvable parce que nous avons découvert, aux cours de nos investigations, qu’il est impossible de passer par l’Ouzbékistan sans avoir à traiter avec l’entourage de Karimov</em>. »</p>
<h6 style="text-align: center;"> <strong>La défense des droits de l&#8217;Homme en sommeil</strong></h6>
<p><strong></strong>L’importance stratégique du retrait afghan est aussi une catastrophe en termes de droits de l’homme. « <em>J’ai entendu des diplomates en poste à Bichkek ou à Tachkent me dire que désormais leur boulot consiste à répondre aux exigences de notre ministère de la Défense</em> », raconte Scott Horton. Dès lors, plus question de remontrances sur le thème des droits de l’homme ou de la gouvernance, faites par les « Affaires étrangères » , bien que l’Ouzbékistan compte parmi les pires dictatures du monde. Des télégrammes diplomatiques américains révélés par Wikileaks en témoignent. Qu’il s’agisse de pousser l’Union européenne à lever ses sanctions contre Tachkent, après la répression sanglante d’Andijan de mai 2005, ou de lever le pied quant aux critiques relatives au travail forcé des enfants dans les champs de coton, les diplomaties occidentales se font de plus en plus discrètes dans leurs remontrances</p>
<h6 style="text-align: center;"> <strong>Laisser des armes en chemin</strong></h6>
<p><strong></strong>Le régime ouzbek se pense en situation de force . « Il ne l&#8217;est pas tant que cela, tempèreSteve Swerdlow, de Human rights watch. <em>Tachkent a besoin de l’Otan aujourd’hui. Il faut justement utiliser ce besoin pour imposer des critères en matières des droits de l’homme </em>», Les dirigeants ouzbeks entendent effectivement retirer des gains géopolitiques de la situation actuelle. « <em>Ils utilisent leur relation avec les partenaires du  Northern Distribution Network pour contrer l&#8217;influence russe dans la région. Dans le même temps, ils espèrent que ce partenariat les aidera à renforcer leur armée et le système de sécurité. A la fois pour parer aux menaces extérieures et pour renforcer les capacités sécuritaires de l&#8217;élite au pouvoir </em>», explique Sukhrobjon Ismoilov, directeur de l’Expert working Group, à Tachkent.</p>
<p>D’où la délicate question : Faut-il abandonner de l’armement aux Ouzbeks ? Le Pentagone hésite. En novembre dernier, lors de son passage à Tachkent, le Lieutenant Général Vincent Brooks aurait discuté avec les autorités ouzbèkes du don de matériel militaire dans le cadre du programme Excess defense articles (2). « <em>C’est une question que les Ouzbeks pourraient soumettre à la France. Des sociétés d’armement se disent que cela permet de créer une dépendance industrielle </em>», explique un diplomate français. Au-delà d&#8217;une forme de cynisme commercial, les enjeux sécuritaires sont réels, entre islamisme et trafic de drogue. « <em>Nos dirigeants s’inquiètent vraiment. Même s’ils savent que l’Ouest continuera à soutenir les capacités sécuritaires afghanes</em> », affirme  Sukhrobjon Ismoilov. Le MIO (Mouvement islamique d’Ouzbékistan) et l’Union du djihad islamique, dont beaucoup de membres sont aujourd’hui retranchés au nord de l’Afghanistan, restent menaçants. Cette situation est en grande partie le résultat de la répression aveugle de la dictature ouzbèke contre toute opposition religieuse. « <em>Ces mouvements rêvent toujours de renverser Karimov. Ce dernier n’exclue pas un retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, d’où sa prudence à leur encontre. Dans les médias nationaux, à ses ordres, il n’y a pas de campagne anti-talibans, comme on en a connu dans le passé </em>», constate le politologue ouzbek Kamoliddin Rabbimov, en exil en France. Mais dans ces conditions, faut-il armer l’Ouzbékistan ? La nécessaire sécurité de la région se double du risque de renforcer une dictature patentée.</p>
<h6><strong>(1) Nom donné à l&#8217;ensemble des opérations logistiques autour de l&#8217;évacuation des troupes de l&#8217;Otan d&#8217;Afghanistan.<br />
</strong><strong>(2) Selon le programme Excess defense articles, le gouvernement américain a la possibilité de transférer des surplus militaires aux forces armées étrangères, dans un certain cadre défini par une série d&#8217;amendements.</strong></h6>
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		<title>Chroniques de l’avant-élection présidentielle en Egypte</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 09:34:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien Boussois</dc:creator>
				<category><![CDATA[. POLE MOYEN-ORIENT ET MAGHREB]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Election présidentielle]]></category>
		<category><![CDATA[humanitaire]]></category>

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		<description><![CDATA[La Place Tahrir s&#8217;enflamme à nouveau. Des milliers d&#8217;Egyptiens sont descendus dans les rues du Caire et d&#8217;Alexandrie vendredi 4 mai pour protester contre l&#8217;armée au pouvoir. L&#8217;armée a déployé des troupes&#8230; Retour sur les raisons d&#8217;une colère à quelques semaines de l&#8217;élection présidentielle&#8230; 25 millions d’habitants. Une ville saturée par la circulation. Un goulet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La Place Tahrir s&#8217;enflamme à nouveau. Des milliers d&#8217;Egyptiens sont descendus dans les rues du Caire et d&#8217;Alexandrie vendredi 4 mai pour protester contre l&#8217;armée au pouvoir. L&#8217;armée a déployé des troupes&#8230; Retour sur les raisons d&#8217;une colère à quelques semaines de l&#8217;élection présidentielle&#8230;</strong></p>
<p>25 millions d’habitants. Une ville saturée par la circulation. Un goulet d’étranglement urbain à l’orée du delta du Nil. Une pollution problématique les trois-quarts de l’année. Une place dont le nom résonnera longtemps dans l’histoire et encore totalement en travaux, la place Tahrir, là où a eu lieu la révolution pendant 18 jours. Bienvenue au Caire à quelques semaines d’un scrutin présidentiel observé dans tout le monde arabe et par la communauté internationale toute entière avec une question : l’Egypte réussira-t-elle sa transition démocratique et redeviendra-t-elle l’élève modèle du Proche-Orient ?</p>
<p><em>« Voyez ce que nous a apporté la révolution… regardez toutes ces voitures garées n’importe comment, voyez ces gens faire n’importe quoi. On ne peut pas donner la démocratie comme cela à n’importe qui. La démocratie, ça s’apprend et je suis bien plus inquiet qu’avant. Plus personne ne respecte rien ».</em> Le propos peut faire sourire malgré la gravité du ton de notre chauffeur de taxi. En réalité, si l’on connait bien le Caire, personne ne peut croire que l’anarchie routière et les embouteillages sont dus aux révolutionnaires et sont une conséquence du renversement du président Moubarak. Et des nostalgiques de l’ancien régime, il y en a de toutes sortes : dixit un commerçant rencontré, Nabil, qui nous témoignait des dangers que courait sa communauté depuis la chute du Raïs: <em>« Je suis copte et je me sens plus menacé qu’avant avec la montée des islamistes. Si les Frères musulmans arrivent au pouvoir avec les salafistes, ce ne sont pas seulement quelques incidents qu’ont vécu les Coptes qui auront lieu mais de plus en plus de mes frères seront en danger ».  </em>En attendant, Moubarak malade, est soigné dans un hôpital et attend toujours le verdict de son procès le 2 juin prochain, et encourt la peine de mort pour corruption et la mort de manifestants. Sa femme, Suzanne, a rendu l’argent du peuple et est désormais libre.</p>
<p>Pendant ce temps-là, le peuple s’impatiente. La grande manifestation du 20 avril dernier qui a eu lieu sur la place Tahrir, après la prière du vendredi s’est déroulée pacifiquement. Il en a été de même à Suez et à Alexandrie. Pour autant, elle est la plus grosse démonstration de force citoyenne que le pays ait connue depuis la révolution. Des centaines de milliers d’Egyptiens laïcs et islamistes sont descendus dans la rue pour protester contre le pouvoir militaire. Certes, il est loin le temps de la répression violente du temps de Moubarak et des 800 morts qu’a connu la Révolution en 18 jours et pour lesquels il est jugé mais les Egyptiens ne souhaitent pas avoir troqué la peste contre le choléra. Ils n’ont pas confiance en le Conseil suprême des Forces armées. Les islamistes protestaient contre l’annulation de la candidature de leur candidat favori, Khairat el Chater, condamné et non amnistié sous l’ancien régime. Sur 23 candidats, la commission électorale en disqualifiait 10 le 14 avril dernier, parmi lesquels des favoris. Parmi eux également : Omar Souleyman, l’ancien chef du renseignement de Moubarak pourtant perçu comme le candidat des militaires.</p>
<p>La période politique qui s’ouvre inquiète de plus en plus d’Egyptiens laïcs, qui ont le sentiment de s’être fait voler leur révolution au profit des militaries et des islamistes. Si les élections présidentielles du 23 mai portaient un Frère musulman au pouvoir, beaucoup d’Egyptiens craignent que l’armée ne veuille céder la place au delà du 1<sup>er</sup> juillet, date prévue initialement pour son retrait du pouvoir. En attendant, il reste dans les favoris, Amr Moussa, 76 ans, l’ancien président de la Ligue Arabe qui pourrait avoir les faveurs aussi de l’armée (et qui est aussi un ancien ministre des AE de Moubarak), Mohamed Morsi candidat des Frères musulmans en remplacement de Chater, et Abdel Moneim Abul Fottouh ancien Frère et devenu candidat des libéraux. Meriem, étudiante et membre de plusieurs associations des droits de l’homme, a une position bien tranchée sur ce qui se passe actuellement en Egypte : <em>« Je n’irai pas voter le 23 mai, c’est une mascarade. La révolution nous a été volée, et confisquée par l’armée. Après ce sera une autre dictature, celle des islamistes. Je ne veux pas de cela pour mon pays et continuerai à me battre »</em>. Ayman, jeune entrepreneur, lui est plus nuancé : <em>« Bien sûr que je suis d’accord avec Meriem mais il faut savoir avancer et je ne pense pas que l’on serve le pays en protestant en permanence. Le pays se construit chaque jour et je veux faire avancer mon pays de cette façon »</em>.</p>
<p>Le pays avance en effet et reprend vie mais doucement. Sur la place Tahrir, des badauds viennent voir quelques immeubles brûlés, les tentes des manifestants, et retournent au Musée égyptien, qui tente de se refaire une beauté, même s’il n’a subi que quelques pillages) lors des évènements. Le tourisme est relancé après 16 mois d’interruption. Les hôtels de luxe pratiquent des prix incroyablement attractifs pour les services offerts, et les vendeurs ambulants ou bazaristes divers, autour du grand marché Khan el Kalili, à deux pas de la grande université islamique Al Azhar. Le pays n’en est pas à son premier coup en matière d’atteinte au tourisme : il avait déjà connu un tel choc après les attentats de Louxor dans la Vallée des Rois en 1997. Mais le chemin est encore long et l’ouverture à la voie démocratique probablement chaotique. <em>« Quand nous comparons avec l’Amérique latine, on voit bien qu’après les dictatures les transitions démocratique ont pris 10 à 15 ans pour se réaliser. On ne peut pas demander à notre pays d’y parvenir en seulement un an »</em> précise Youssef, jeune révolutionnaire et militant engagé dans plusieurs ONG du Caire.</p>
<p>Sur la place Tahrir, deux jours après la grande manifestation du vendredi, le dimanche 22 avril, les rangs étaient clairsemés. Il n’y avait plus qu’une centaine de Frères musulmans qui continuaient à protester et dont les slogans scandés rivalisaient en termes de niveau sonore avec ceux des salafistes. L’un d’entre eux, s’exprimant en anglais, ce qui est assez rare, se voulait rassurant en venant vers nous: <em>« Bienvenue en Egypte, c’est un pays magnifique avec beaucoup d’espoir même si les choses sont difficiles en ce moment »</em>.</p>
<p>L’émergence subite de la société civile et la pluralité des partis pose un problème de communication et de réaction des politiques mais également de cohésion d’action entre toutes les nouvelles strates de la société. On dénombre pas moins de 17 000 ONG recensées par les autorités. Ce qui n’est pas sans poser de problèmes politiques et de méfiance à l’égard de toutes ces nouvelles associations financées par différentes voies. La récente polémique autour de la demande d’abrogation de la loi de contrôle sur le financement des ONG adoptée sous Moubarak en est un exemple. Les associations devaient jusque-là rendre des comptes sur les sources de leurs financements : que cela vienne de l’ouest, de l’occident, ou du Golfe, dans ce contexte de renouveau où les puissances extérieures pourraient chercher à poser leur marque, la nouvelle classe politique n’est pas sûre de vouloir l’indépendance totale de ce nouveau maillage associatif. Bien entendu, l’explosion des associations des droits de l’homme inquiète les islamistes et, à l’heure actuelle, il est difficile de savoir ce qui adviendra de cet embryon de société civile foisonnant. En tout cas, il est réellement là, et que l’on boycotte les élections et qu’on poursuive cette révolution, qui pour beaucoup reste en cours, ou que l’on décide de faire avancer son pays par l’entreprise individuelle et l’économique, les forces vives de la nation sont bien décidées à aider l’Egypte à redevenir un modèle politique pour l’ensemble de la région. Y parviendront-elles ? Y aura-t-il un renouveau générationnel ? Avec 14 millions de fonctionnaires en Egypte, la volonté de « dégraisser » et d’apporter le renouveau politique et bureaucratique n’est-il pas un leurre?  Les associations resteront-elles longtemps coincées entre la politique nationale qui les met sous pression et l’international qui cherche à les soutenir ou, selon les avis, les infiltrer ? Lequel des candidats est-il le plus représentatif des espoirs du pays ? Un homme pourra-t-il tout changer ? Autant de questions dont les réponses provisoires ne surgiront pas forcément immédiatement après le scrutin. Plus on a de réponses sur un sujet, plus de nouvelles questions insoupçonnées apparaissent.</p>
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<p><strong><em>La Croix</em>, 15 avril 2012, Nina Hubinet, http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/En-Egypte-les-favoris-a-la-presidentielle-ne-pourront-pas-etre-candidats-_EP_-2012-04-15-794843</strong></p>
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		<title>La guerre n’est pas la boîte à outils de la démocratie</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 09:21:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rony Brauman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les analyses du Crash-MSF]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
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		<category><![CDATA[Syrie]]></category>

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		<description><![CDATA[Le consensus large et immédiat en faveur de la guerre et de son internationalisation comme seule réponse possible à la répression en Libye en mars 2011 m&#8217;a stupéfait. Cela d&#8217;autant plus qu&#8217;au même moment, les troupes internationales entamaient leur retrait d&#8217;Irak et d&#8217;Afghanistan avec les résultats que l&#8217;on sait. À l&#8217;évidence, la volonté d&#8217;en découdre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le consensus large et immédiat en faveur de la guerre et de son internationalisation comme seule réponse possible à la répression en Libye en mars 2011 m&#8217;a stupéfait. Cela d&#8217;autant plus qu&#8217;au même moment, les troupes internationales entamaient leur retrait d&#8217;Irak et d&#8217;Afghanistan avec les résultats que l&#8217;on sait.</strong></p>
<p>À l&#8217;évidence, la volonté d&#8217;en découdre avec Kadhafi, adossée à une confiance irraisonnée dans les vertus de la force, a été suffisamment forte pour faire oublier ce que nul ne peut ignorer, à savoir que la violence armée marginalise les démocrates en favorisant les plus aptes à l&#8217;intimidation et au maniement du fusil ; mais aussi que les interventions étrangères accentuent encore cette dynamique de violence en créant un rapport de force purement militaire avec le pouvoir, découplé du rapport de force politique ; enfin qu&#8217;elles déclenchent des réactions en chaîne imprévisibles, rallumant des foyers dormants et étendant par contiguïté des conflits contenus.</p>
<p>C&#8217;est bien pourquoi, au-delà des souffrances et destructions immédiates qu&#8217;elle cause, la guerre est la plus grave des décisions politiques. Je ne conteste pourtant pas qu&#8217;elle puisse être un mal nécessaire pour un bien plus grand et en cela je ne suis pas pacifiste. Celles qui furent menées au Kosovo (1999), au Timor-Oriental (1999) et en Sierra Leone (2000), certainement critiquables à bien des égards, peuvent relever de cette catégorie du « un mal pour un bien ».</p>
<p>Encore faut-il qu&#8217;elle soit utilisée comme « dernier recours » et qu&#8217;elle offre des « chances raisonnables de succès », selon les critères classiques de la définition des guerres « justes ». Si l&#8217;on peut arguer que l&#8217;intervention armée en Libye répondait aux conditions de légalité internationale, il en va tout autrement de ces critères éthiques essentiels&#8230;</p>
<p>La précipitation avec laquelle celle-ci a été déclenchée semble toutefois s&#8217;expliquer d&#8217;elle-même puisque c&#8217;est apparemment d&#8217;urgence vitale qu&#8217;il s&#8217;agissait : le 21 février, Kadhafi envoyait son aviation mitrailler des manifestants pacifiques à Tripoli ; dès le début du mois de mars, plus de 6 000 morts civils étaient à déplorer tandis que se regroupaient des légions de mercenaires africains dopés au Viagra, prêts à exterminer et à violer, et que des colonnes de blindés faisaient route vers Benghazi.</p>
<p>La presse entière &#8211; ou presque &#8211; faisait ses « unes » de ces atrocités et de ces menaces, toutes « révélées » par la chaîne qatarienne Al-Jazira. La résolution 1973 autorisant in extremis l&#8217;emploi de « tous les moyens nécessaires » pour mettre fin à ces violences a été votée dans ce contexte survolté, empêchant, nous dit-on, un massacre à Benghazi.</p>
<p>L&#8217;histoire serait exemplaire si elle était vraie, mais rien de tout cela ne s&#8217;est produit : le mitraillage du 21 février n&#8217;a jamais eu lieu, pas plus que la distribution de Viagra à de prétendus mercenaires et les 6 000 morts allégués étaient en réalité moins de 300. De même, aucun dispositif militaire capable de détruire Benghazi et ses habitants n&#8217;a été identifié.</p>
<p>Le story-telling a fonctionné admirablement, faisant du régime libyen un mal absolu et de Kadhafi le coupable idéal avec lequel toute négociation n&#8217;était que renoncement. Ce n&#8217;est donc pas au vu des faits mais sous le coup de montages propagandistes orchestrés par la chaîne Al-Jazira et voulus par les gouvernements français, britannique et qatarien que s&#8217;est imposée la nécessité de la guerre.</p>
<p>Comment, d&#8217;ailleurs, comprendre autrement que toutes les propositions de négociations aient été d&#8217;emblée écartées ? Celles qu&#8217;avançait Kadhafi au lendemain de la résolution 1973, puis le 20 mars ; la médiation de la Turquie le 27 mars comme celle de l&#8217;Union africaine début avril. Les diverses offres faites par Tripoli au cours des semaines suivantes sont également restées sans réponse. Rien ne dit, certes, qu&#8217;une médiation internationale aurait conduit à une solution politique moins violente en Libye mais une chose est certaine : aucune n&#8217;a fait l&#8217;objet du moindre examen.</p>
<p>Cette guerre, dont le coût humain s&#8217;élèverait à 30 000 morts selon le Conseil national de transition (CNT), a été menée par choix, non comme un ultime recours. Elle devait nécessairement se conclure, aux yeux de ses instigateurs, par la mise à mort du dictateur, non par un compromis politique. La victoire militaire est incontestable, le résultat politique et humain est désastreux. Le pays est en voie de fragmentation et les Libyens vivent aujourd&#8217;hui sous le règne de milices armées qui ont bien compris la leçon de l&#8217;Otan &#8211; le pouvoir est au bout du fusil. Non, décidément, la guerre n&#8217;est pas la boîte à outils de la démocratie.</p>
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<p><strong><a href="http://www.msf-crash.org/" target="_blank">CRASH-MSF</a> </strong></p>
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		<title>Cinéma algérien: l’urgence d’un plan de sauvegarde</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 09:09:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mohamed Bensalah</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Patrimoine audiovisuel]]></category>

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		<description><![CDATA[A l’occasion des 50 ans de l’indépendance de l’Algérie, Grotius International revient sur le documentaire algérien à travers le témoignage de trois acteurs et spécialistes de la question. L’universitaire et cinéaste Mohamed Bensalah revient sur l’état déplorable des archives filmiques de son pays. «Rendre hommage aux réalisations accomplies par l&#8217;Etat dans le domaine de la lutte contre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>A l’occasion des 50 ans de l’indépendance de l’Algérie, Grotius International revient sur le </strong><a href="../a-luniversite-paris-8-le-documentaire-algerien-a-l%E2%80%99honneur/"><strong>documentaire algérien</strong></a><strong> à travers le témoignage de trois acteurs et spécialistes de la question. L’universitaire et cinéaste Mohamed Bensalah revient sur l’état déplorable des archives filmiques de son pays.</strong><strong><em></em></strong></p>
<p><em>«Rendre hommage aux réalisations accomplies par l&#8217;Etat dans le domaine de la lutte contre les atteintes, les préjudices et les dommages causés aux biens culturels et témoigner une reconnaissance à tous ceux qui mettent leur savoir-faire au service de la préservation du patrimoine et des valeurs culturelles de la nation». </em>Le leitmotiv de notre ministre de la culture, Madame Khalida Toumi, ne souffre d&#8217;aucune ambiguïté. Mais les déclarations chaleureuses ne suffisent plus. Le dossier est certes, épineux et sa prise en charge nécessite, non seulement une logistique et des moyens financiers colossaux, mais en plus, compte tenu des règles de conservation coûteuse en terme de ressources humaines et financières, la valorisation d&#8217;un patrimoine audiovisuel n&#8217;est guère envisageable à l&#8217;échelle d&#8217;un pays.</p>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Valorisation du patrimoine audiovisuel dans le monde</strong></h6>
<p>Les Européens ont bien compris cela. Pour faire resurgir les images du passé et leur immense richesse historique et culturelle, ils ont commencé par unir leurs efforts. Profitant de la célébration du mois du patrimoine culturel, placé cette année sous le thème « Patrimoine culturel et sécurisation », nous souhaitons, encore une fois, alerter les responsables pour une prise en charge urgente de nos fonds patrimoniaux audiovisuels et cinématographiques, aujourd&#8217;hui en péril. Ces œuvres de l&#8217;esprit, entendues comme l&#8217;essence de la créativité des hommes et des femmes, se trouvent dans un état de déliquescence avancée. Ce patrimoine,<em> « part essentielle de la mémoire des hommes d&#8217;aujourd&#8217;hui, faute d&#8217;être transmis aux générations futures dans sa richesse et dans sa diversité, risque d&#8217;amputer l&#8217;humanité d&#8217;une partie de leur conscience de sa propre durée<a title="" href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a>. »</em></p>
<p>L&#8217;intégration de l&#8217;image dans les collections des bibliothèques publiques, nées aux Etats Unis et au Canada où elle était largement répandue dans les années 7O, a servi de catalyseur en France où l&#8217;introduction des images et des sons dans les bibliothèques Françaises remonte à l&#8217;année 1977, avec l&#8217;ouverture de la bibliothèque d&#8217;information du Centre Georges Pompidou à Paris. Depuis, de nombreuses vidéothèques thématiques (en art lyrique, en photographie…) ont vu le jour à côté des médiathèques généralistes. Des fonds consultables sur place offrent aujourd&#8217;hui à tout un chacun la possibilité de revisiter le patrimoine audiovisuel jusqu&#8217;alors inaccessible. Sous d&#8217;autres cieux, à côté des musées pour la peinture et la sculpture, à côté des théâtres et des conservatoires, existent des médiathèques, des filmothèques, des photothèques et des vidéothèques, lieux de mémoire et éléments essentiels du dispositif de restauration des supports anciens, de conservation et de valorisation du patrimoine audiovisuel et cinématographique. La FIAF (Fédération Internationale des Archives du Film), tout comme l&#8217;ACE (Association des Cinémathèques Européennes, qui regroupe une cinquantaine d&#8217;institutions) et l&#8217;UNESCO ont maintes fois sonné l&#8217;alarme afin que des mesures urgentes soient prises. L&#8217;opération nitrate, entamée il y a un peu plus d&#8217;une décennie, est considérée comme une première étape dans la voie de la restructuration des produits filmiques. Son objectif : enrayer la dégradation des films sur supports de nitrate de cellulose et limiter les risques d&#8217;incendie. Mais comment sauvegarder le capital patrimonial algérien en perdition ?</p>
<p>Signaler l&#8217;urgence de l&#8217;exigence de conservation et de la prise en charge des fonds patrimoniaux ne suffit plus. Il faut faire preuve d&#8217;imagination et envisager de nouvelles initiatives à même de mettre à l&#8217;abri et de revivifier toutes nos richesses culturelles en perdition.</p>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Un plan d’urgence</strong></h6>
<p>Au-delà de l&#8217;archivage des films et des émissions de télé, il y a urgence à déployer des activités de restauration, de recherche, de catalogage, de publications et d&#8217;échanges, toutes actions qui nécessitent des équipements adéquats (analogiques et digitaux, nécessaires au transfert des archives sur de nouveaux supports) et un personnel spécialisé dans les domaines du numérique et des techniques multimédias. Au-delà des enjeux cognitifs et culturels, l&#8217;autre aspect, non moins essentiel à prendre en charge est celui relatif aux problèmes d&#8217;ordre technique, juridique, commercial et d&#8217;éthique patrimoniale. Ce patrimoine spécifique, ne l&#8217;oublions pas, recèle une charge symbolique, politique et philosophique évidente qui touche aux fondements d&#8217;une modernité endogène. L&#8217;audiovisuel et le 7<sup>ème</sup> Art ont beaucoup de choses à apporter à l&#8217;identité en devenir. Quelle que soit la distance provoquée par le détour symbolique, l&#8217;œuvre culturelle et artistique n&#8217;existe que par sa relation dialectique et passionnelle au monde. A travers son patrimoine, l&#8217;homme produit du sens et institue des valeurs en engageant sa responsabilité et sa liberté. Un patrimoine se construit par l&#8217;actualisation obstinée de la faculté de penser et se traduit à la fois par un combat contre toutes les formes de déraison dogmatique et aveugle, et par une amélioration permanente de notre condition humaine.</p>
<p>L&#8217;importance stratégique des archives nous incite à établir, de toute urgence, un plan de sauvegarde urgent, car l&#8217;essentiel du patrimoine audiovisuel et cinématographique est en danger. Grâce au Programme International pour le Développement de la Communication de l&#8217;UNESCO (PIDC), la sauvegarde du patrimoine filmique, et plus particulièrement des actualités filmées, est devenue une priorité. La valorisation des fonds documentaires est nécessaire pour retrouver et enrichir les racines et la mémoire et puiser de nouvelles sources d&#8217;inspiration mais aussi comprendre la société d&#8217;aujourd&#8217;hui. La postérité de ces matériaux est essentielle. Il faut les sortir des étagères poussiéreuses et les rendre accessibles à tous. Sauvegarder notre patrimoine audiovisuel et cinématographique implique la capacité de construire, reconstruire, innover, créer et appelle à reprendre les principes fondamentaux de l&#8217;individu moderne. La collecte, la préservation et la valorisation du patrimoine culturel immatériel constitue une priorité absolue. Les œuvres de l&#8217;esprit, en relation dialectique et passionnelle au monde, méritent d&#8217;être valorisées. L&#8217;art et la créativité, leviers de développement et vecteurs d&#8217;avenir et de progrès, impliquent tous les créateurs qui se battent pour créer de la beauté et du sens dans un dialogue avec le présent, l&#8217;avenir et le passé, l&#8217;ici et l&#8217;ailleurs, le proche et le lointain, le particulier et l&#8217;universel.</p>
<p>Lorsque l&#8217;on se prétend chantre de la démocratie, de la culture et du lien social, on ne peut négliger les artistes, la création et donc le patrimoine culturel et artistique.</p>
<p>Depuis le 20 avril 2007 est entrée en vigueur la Convention de l&#8217;Unesco pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel<a title="" href="#_ftn2">[2]</a>. Cet instrument juridique et normatif a pour objet la sauvegarde, la protection et la promotion du patrimoine culturel intangible dans toutes ses expressions (traditions, langues, arts du spectacle, pratiques sociales, savoir-faire artisanal…). La question qui se pose pour nous est celle de savoir pourquoi l&#8217;Algérie, qui fut l&#8217;un des premiers signataires de cette Convention, tarde à mettre en application une véritable politique de sauvegarde à même de mettre un terme aux dégâts irréversibles, occasionnés à ce jour, aux supports audiovisuels et filmiques.</p>
<p>Au regard des nouvelles donnes de la mondialisation des images et des sons et des conséquences économiques et culturelles qui en découlent, La remise en état de nos archives peut non seulement permettre de répondre à l&#8217;augmentation de la demande d&#8217;images liée à la démultiplication des canaux, mais rend également possible la croissance des chaînes télévisuelles, qui vont avoir de plus en plus besoin de fictions, de documentaires et de documents audiovisuels liés à l&#8217;actualité.</p>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Du Machrek au Maghreb : mêmes problématiques, mêmes enjeux</strong></h6>
<p>La question n&#8217;étant pas du seul ressort d&#8217;un pays, il importe aussi de se soucier du patrimoine audiovisuel et cinématographique du Machrek et du Maghreb. Jusqu&#8217;à une période récente, le Machrek était considéré comme le premier producteur de films de l&#8217;espace méditerranéen, avec l&#8217;Egypte en tête de liste fournie par son industrie du cinéma et ses studios « Misr », créés en 1935, qui ont fabriqué des montagnes de films et d&#8217;actualités filmées. Si le cinéma palestinien s&#8217;est développé davantage à l&#8217;extérieur de ses frontières, celui de la Jordanie, du Liban et de la Syrie ne dispose ni de ressources propres, ni de programme de restauration, exception faite d’Israël. Les films sur la Shoah et sur l&#8217;holocauste, diffusés sur tous les écrans du monde, sont la preuve évidente d&#8217;une stratégie intelligente des images du passé.</p>
<p>En Algérie, en revanche, les images de notre révolution sont difficilement accessibles à la jeunesse actuelle et ne seront qu&#8217;un lointain souvenir pour les générations futures. Au Maroc, la cinémathèque de Rabat, créée en 1995, tente vaille que vaille de protéger ses productions filmiques mais, ne disposant d&#8217;aucun moyen, son existence et ses missions sont devenues précaires. Son fonds d&#8217;archives compte à peine une centaine de longs métrages de fiction, et environ 400 courts métrages et documentaires. En ce qui concerne la Tunisie, le problème est vite réglé : il n&#8217;existe tout simplement pas de cinémathèque. Avec environ 500 longs métrages et 1000 courts métrages et documentaires,  la filmothèque, rattachée au Ministère de la Culture fait triste figure face aux grandioses laboratoires de Gammarth, et aux non moins célèbres JCC (Journées cinématographiques de Carthage), le rendez-vous incontournable de toute la cinématographie méditerranéenne.</p>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Quand la diffusion primait sur la conservation</strong></h6>
<p style="text-align: left;">Pour revenir à l’Algérie, la cinémathèque algérienne, créée en 1964 avec le soutien d&#8217;Henri Langlois et de la cinémathèque française, est la seule institution de la région à avoir pour objectif la collecte, la sauvegarde et la diffusion des œuvres du patrimoine cinématographique universel. Durant toute une époque, une quinzaine de villes possédaient une salle de répertoire, mais la diffusion culturelle l&#8217;a toujours emporté sur la conservation et la restauration des films. Le fonds documentaire est actuellement composé de plus de 10 000 titres, longs métrages fiction (dont environ 1% seulement de production nationale) et de 5 000 titres de courts métrages et de documentaires (dont 10% de production nationale).</p>
<p>Outre les films, la cinémathèque dispose d&#8217;un important fonds documentaire composé d&#8217;affiches, de scénarios, de photos, etc. Sans lieux de stockage répondant aux normes de conservation, en absence de négatifs de films, aujourd&#8217;hui disséminés à travers les différents laboratoires étrangers (surtout français, italien et de l&#8217;ex-RDA), et en absence de respect du dépôt légal, la cinémathèque algérienne, creuset du patrimoine filmique, est vouée à une disparition certaine.</p>
<p>Récurrente depuis l&#8217;indépendance, la question des archives à trouve un début de solution. Un premier pas vient d&#8217;être franchi, en attendant la construction d&#8217;un blockhaus adéquat. Les archives filmées vont toutes être transférées au 7<sup>ème</sup> étage de la Bibliothèque nationale du Hamma à Alger, où, dit-on, les conditions de température et d&#8217;humidité répondent aux normes. Mais mettre à l&#8217;abri les milliers de kilomètres de films, les affiches et les images ne suffit plus. Il faut songer à valoriser ce patrimoine fragile encore largement inconnu et qui subit les aléas du temps.</p>
<p>Pour ce faire, il faut non seulement localiser les lieux où se trouvent les négatifs, mais aussi, mettre sur pied un statut financier. <em>« L&#8217;Algérie a retrouvé sa mémoire audiovisuelle »</em>, <a href="http://www.algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-73399.html">titrait</a>, le 6 février dernier, la presse française au lendemain de la remise par l&#8217;INA (Institut National Audiovisuel français) d&#8217;une centaine de copies de cassettes, issues de reportages filmés par les équipes des « Actualités françaises » et de l&#8217;ex-ORTF, datant de 1940 à juillet 1962. 20 ans de regard français sur l&#8217;Algérie, ont fait dire à Benjamin Stora que <em>« ce geste de l&#8217;INA est plus que symbolique»</em>.</p>
<p>Il ne faut cependant pas oublier que deux cent mille cartons, soit environ 6OO tonnes de documents d&#8217;archives algériennes, traitant de tous les domaines de la vie administrative, politique, culturelle, économique et sociale du pays ont été transférés en France en 1962. Côtés cinéma, en dehors de l&#8217;INA, des centaines de films réalisés en Algérie, dorment dans des boites à Aix en Provence. <a href="http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2511">L&#8217;accord archivistique</a> de mars 2008, paraphé avec la France, n&#8217;en fait pas du tout référence. Mais comme le précise M. chikhi, le boss des archives nationales, « Il ne faut pas se focaliser seulement sur la France parce que nous avons des archives un peu partout : en Turquie, en Espagne, en Angleterre, aux USA… ».</p>
<p><strong>* Lire à ce propos, notre contribution parue dans le numéro spécial « Patrimoine en question », Revue <em>Insaniyat</em> du Crasc, N° 12, Vol IV, 3, Décembre 2000).</strong></p>
<div>
<h6><strong><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Extrait de la Charte Européenne du Patrimoine architectural, 1975.<br />
</strong><strong><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Convention de l&#8217;Unesco pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée en octobre 2003 a été ratifiée par 47 Etats membres. </strong></h6>
</div>
<h6 align="center"></h6>
<h6></h6>
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		<title>L’exotisme humanitaire</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 07:21:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Le Pape</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les analyses du Crash-MSF]]></category>
		<category><![CDATA[CRASH-MSF]]></category>
		<category><![CDATA[humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Marc Le Pape]]></category>

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		<description><![CDATA[Il s&#8217;agira dans ce texte d&#8217;exotisme humanitaire et de convictions culturalistes. Celles auxquelles adhèrent couramment des membres d&#8217;ONG. Nous les repérons lorsque ces derniers, par souci d&#8217;empathie ou volonté d&#8217;expliquer des comportements, partent à la recherche de traits culturels caractéristiques des milieux où ils doivent travailler, des patients qu&#8217;ils traitent, des interlocuteurs institutionnels avec lesquels [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Il s&#8217;agira dans ce texte d&#8217;exotisme humanitaire et de convictions culturalistes. Celles auxquelles adhèrent couramment des membres d&#8217;ONG. Nous les repérons lorsque ces derniers, par souci d&#8217;empathie ou volonté d&#8217;expliquer des comportements, partent à la recherche de traits culturels caractéristiques des milieux où ils doivent travailler, des patients qu&#8217;ils traitent, des interlocuteurs institutionnels avec lesquels ils doivent négocier, des collègues. Il n&#8217;est donc pas question du culturalisme savant pratiqué par des anthropologues. </strong></p>
<p>Les théories culturalistes ont depuis longtemps eu des adeptes dans différentes disciplines, anthropologie, sociologie, histoire, elles ont fait également et font toujours l&#8217;objet de critiques et de vives controverses. Ces réflexions sur les « codes culturels » ne seront évoquées que dans la mesure où elles peuvent aider à s&#8217;interroger sur les convictions culturalistes auxquelles adhèrent des intervenants humanitaires, en particulier lorsqu&#8217;ils agissent en Afrique. Cela est sans doute vérifiable sur d&#8217;autres continents.</p>
<p>Par rapport à quelles conduites et de quelle manière, l&#8217; « explication culturaliste » intervient-elle le plus régulièrement de la part d&#8217;intervenants humanitaires et en particulier des membres d&#8217;ONG médicales ? C&#8217;est, me semble-t-il, pour éclairer l&#8217;évaluation péjorative d&#8217;un comportement : « mauvaise » adhérence à un traitement, « recours tardif » à une structure de soins, « comportements à risque », abus de pouvoir à l&#8217;intérieur de la hiérarchie médicale, corruption, etc. Cependant on peut aussi constater quelques recours à l&#8217;explication culturaliste pour nuancer l&#8217;évaluation péjorative : par exemple dans le cas des vols, des différentes sortes de favoritisme (ou d&#8217;entraide) et de passe-droits (ou actes de solidarité communautaire), etc. ; cependant il n&#8217;est pas alors question de justifier une tolérance à ces conduites mais seulement d&#8217;atténuer si possible les sanctions qu&#8217;elles entraînent.</p>
<p>De ces liens entre évaluations péjoratives de comportements et recherches d&#8217;explications culturelles, voici un exemple décrit dans une publication du CRASH-MSF (cf. <a href="http://www.msf-crash.org/publications/2012/01/03/2302/sida-nouvelle-pandemie-nouvelle-pratiques-medicales-et-politique/" target="_blank">Sida : nouvelle pandémie, nouvelles pratiques médicales et politiques, Paris, 2011</a>) : cette étude traite de la prise en charge du sida dans le projet MSF d&#8217;Homa Bay au Kenya. Les responsables de ce projet définissent, en 2010, un programme d&#8217;enquête pour lequel ils engagent une anthropologue, Vanja Kovacic. A cette enquête plusieurs objectifs et en particulier celui d&#8217;apprécier les éléments de la culture Luo (c&#8217;est localement le groupe ethnique dominant) qui favoriseraient la transmission du vih. Les initiateurs du programme ont en effet considéré, avant même que l&#8217;enquête ait été menée, que plusieurs éléments de la culture Luo pouvaient favoriser la transmission : polygamie, absence de circoncision, lévirat. De fait, aucune démonstration épidémiologique, ni résultats de l&#8217;observation empirique n&#8217;ont apporté de preuves pouvant étayer ces argumentations culturalistes, argumentations que, par ailleurs, les aînés luo rejettent en accusant les conditions de vie et les relations sociales créées par la modernité. Autre problème traité par l&#8217;enquête, celui des raisons pour lesquelles les patients feraient appel « tardivement » aux structures de soins de type occidental.</p>
<p>Selon l&#8217;avis général du personnel de santé ce serait parce que les patients préfèrent les traitements traditionnels. L&#8217;enquête anthropologique a montré que le principal facteur explicatif du «retard» n&#8217;est pas d&#8217;ordre culturel mais correspond à la difficulté d&#8217;obtenir, de la part des services de santé, un diagnostic et un traitement appropriés en un temps raisonnable : « il faut attendre la quatrième consultation pour que la moitié des patients soit diagnostiquée. » Pourtant dans ce district, la probabilité qu&#8217;un patient lambda soit infecté par le vih quand il se présente en consultation est énorme puisqu&#8217;un adulte sur cinq est séropositif selon la dernière enquête épidémiologique (2010). Ces deux exemples justifient les courants critiques qui contestent le culturalisme savant en raison de la valeur explicative absolument décisive (et parfois exclusive) qu&#8217;il attribue aux codes symboliques caractérisant le système culturel d&#8217;une ethnie, ou d&#8217;une nation voire d&#8217;un continent dans le cas de l&#8217;Afrique.</p>
<p>L&#8217;association entre explication culturaliste et qualifications péjoratives des conduites d&#8217;autrui est observable de manière fréquente, de fait elle constitue une sorte de routine et de conformisme auxquels cèdent volontiers nombre d&#8217;acteurs humanitaires en situations africaines. Il n&#8217;est pourtant pas question de réduire à ce conformisme toutes les formes d&#8217;intérêt aux traits culturels du milieu étranger où les ONG médicales interviennent. Pour deux motifs (au moins). D&#8217;abord parce que la curiosité culturelle exprime le souci de ne pas se cantonner dans un rapport fonctionnel avec le milieu d&#8217;intervention. En second lieu, cette curiosité culturelle prémunit (ou plutôt peut prémunir) contre les certitudes couramment associées à la pratique médicale : certitudes qui portent sur la valeur universelle de la biomédecine que met en œuvre l&#8217;ONG humanitaire. Sur le terrain, cette pratique de la biomédecine agit aussi comme un instrument de légitimation, les membres de l&#8217;équipe se sentant mis à l&#8217;abri de toute critique, en raison de leur appartenance à une institution de la biomédecine. C&#8217;est cette appartenance à une instance légitimatrice qui risque de produire la certitude d&#8217;une supériorité. La curiosité à l&#8217;égard du milieu, de sa culture peut constituer un antidote.</p>
<p>Il serait enfin possible d&#8217;ajouter une autre forme d&#8217;intérêt et de curiosité aux milieux et aux cultures : celle d&#8217;une observation anthropologique ou sociologique portant sur un contexte limité, sur les représentations et les pratiques d&#8217;un groupe bien circonscrit. Cette démarche exige des enquêtes et du temps, il est difficile d&#8217;en faire un élément indispensable des actions humanitaires urgentistes : restent donc accessibles à qui le veut la sensibilité et la curiosité personnelles aux cultures « des autres » telles qu&#8217;elles se présentent à chacun au cours de rencontres et de dialogues quotidiens.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><a href="http://www.msf-crash.org/">CRASH-MSF</a> </strong></p>
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		<title>Microcrédit : revoir la copie</title>
		<link>http://www.grotius.fr/microcredit-revoir-la-copie/</link>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 07:09:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathilde Goanec</dc:creator>
				<category><![CDATA[Débat]]></category>
		<category><![CDATA[action humaitaire]]></category>
		<category><![CDATA[développement]]></category>
		<category><![CDATA[Microcrédit]]></category>

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		<description><![CDATA[La baguette magique a du plomb dans l&#8217;aile&#8230; Le microcrédit, outil star du développement de ces trente dernières années, montre ses limites, loin d&#8217;être aussi efficace que prédit pour vaincre la pauvreté. Pour autant, tous les acteurs du secteur s&#8217;accordent pour ne pas jeter le bébé avec l&#8217;eau du bain. Quelques repères&#8230; -Près de 200 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La baguette magique a du plomb dans l&#8217;aile&#8230; Le microcrédit, outil star du développement de ces trente dernières années, montre ses limites, loin d&#8217;être aussi efficace que prédit pour vaincre la pauvreté. Pour autant, tous les acteurs du secteur s&#8217;accordent pour ne pas jeter le bébé avec l&#8217;eau du bain. </strong></p>
<p><strong>Quelques repères&#8230;</strong></p>
<p><strong></strong>-Près de 200 millions de personnes bénéficient de microcrédits, distribués par plus de 3000 institutions de microfinance (IMF) dans le monde.</p>
<p>-La croissance du secteur est importante, autour de 30 % par an, et on considère que le portefeuille mondial actif est déjà de 70 milliards de dollars (25 à 30 milliards pour l&#8217;épargne).</p>
<p>-Le taux d&#8217;intérêt moyen est de 35 %, ce qui est souvent plus que dans le secteur bancaire traditionnel mais que les IMF justifient par des frais de fonctionnement élevés au vu de la vulnérabilité de la clientèle.</p>
<p><strong></strong>-10 % du financement des IMF provient de l&#8217;aide internationale, le reste est assuré par le marché local et des investissements privés.</p>
<p>Il devait résoudre tous les problèmes : vaincre la pauvreté, permettre une plus grande émancipation des femmes, résorber le travail des enfants, et pourquoi pas, dénicher le prochain Bill Gates&#8230;<em> « C&#8217;est une vision qui arrangeait tout le monde</em>, constate Hélène Giacobino, directrice de de la branche française du laboratoire J-Pal ( Abdul LatifJameel poverty action lab, unité de recherche sur la pauvreté créé par Esther Duflo et Abhijit Barnajee aux Etats-Unis). <em>Imaginez-vous un peu ce que les gens se disait alors : plus besoin de donner de l&#8217;argent aux pauvres, ils vont se débrouiller tous seuls! L&#8217;espoir était fabuleux. » </em>Mais les différentes études, menées sur le terrain depuis une dizaine d&#8217;années, notamment par le J-Pal, montrent sans fard les défaillances du projet : Les entreprises, lancées grâce au microcrédit sont le plus souvent de taille microscopique, et permettent à peine à leurs propriétaires de subsister. Malgré quelques beaux succès, qui ont tricoté la mythologie du microcrédit dans les médias, les pauvres investissent le plus souvent dans des secteurs déjà saturés (le commerce et l&#8217;artisanat principalement), sans un capital ou un crédit suffisant pour faire décoller leur activité. Les femmes, visées à 80 % par les politiques de microcrédit, s&#8217;en servent surtout pour créer des activités d&#8217;appoint, qu&#8217;elles cumulent avec la gestion du foyer, mais ne gagnent pas  pour autant en indépendance. Esther Duflo et Abhijit Barnajee, dans leur dernier ouvrage « Repenser la pauvreté », sorti en France en début d&#8217;année (après avoir fait un carton à l&#8217;étranger et notamment en Inde), rappellent enfin que tous les pauvres ne sont pas, loin de là, des entrepreneurs nés.</p>
<h6 style="text-align: center;"> <strong>Le microcrédit pour tous remis en cause</strong></h6>
<p>Si dans les pays développés, 12 % de la population se lance dans l&#8217;entreprenariat, les chiffres s&#8217;élèvent à 70 % dans les pays pauvres. Non pas parce que l&#8217;innovation y est plus grande, mais bien parce que créer sa propre activité est souvent le seul moyen d&#8217;avoir un emploi. Or, <em>« tout le monde n&#8217;a pas vocation à obtenir un crédit, et tout projet n&#8217;a pas nécessairement à être financé, </em>rappelle Christophe Villa, directeur de la chaire microfinance au sein de l&#8217;école de management Audienca, à Nantes. <em>Bien sûr, avec une politique plus restrictive d&#8217;attribution, il y aura de la casse, mais l&#8217;âge d&#8217;or de la croissance exponentielle des institutions de microcrédit va devoir cesser. »</em>  Mickaël Knaute, directeur d&#8217; Oxus, la branche microcrédit de l&#8217;ONG Acted, est lui aussi bien conscient des limites de l&#8217;entreprenariat : <em>« Il y a 20 % de nos clients pour qui le crédit peut tout changer, car ils sont créatifs, capables, autonomes. Certains ont aussi le truc ou l&#8217;idée, mais auront besoin d&#8217;éducation pour mener leur projet à bien. Les autres, environ 30 %, vont avoir beaucoup de mal à y arriver, aggravant même parfois leur situation en prenant un crédit. » </em>Sans oublier que pour faire fructifier son entreprise, et donc sortir de la misère, il faut prendre des risques, une stratégie difficilement envisageable pour les plus vulnérables. <em>« Les pauvres sont dans la bagarre en permanence pour l&#8217;accès à l&#8217;eau, au chauffage, pour se nourrir, une lutte de tous les jours difficilement imaginable pour les populations des pays riches,</em> insiste Hélène Giacobino. <em>Cette situation ne les incite pas à prendre des risques sur le plan professionnel. Or, c&#8217;est le risque qui créé l&#8217;innovation. »</em> <strong></strong></p>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Pauvres ou exclus bancaires? </strong></h6>
<p>Jean-Michel Servet va plus loin dans ses critiques, taclant au passage les équipes de chercheurs du J-Pal et la très médiatique Esther Duflo (1). <em>« Je ne suis pas anti-microcrédit, les gens ont besoin de services financiers, dans un monde de plus en plus marchandisé. Mais ce que disent ces intellectuels, nous le savons depuis 10 ans!, </em>affirme cet  ancien professeur à l&#8217;Institut universitaire d&#8217;études du développement à Genève et fondateur du programme de recherche sur la microfinance à l&#8217;Institut français de Pondichéry. « <em>L&#8217;erreur fondamentale, c&#8217;est de croire que le microcrédit s&#8217;adresse aux pauvres, </em>martèle encore Jean-Michel Servet. <em>Il s&#8217;adresse en réalité et en priorité aux exclus bancaires, parmi toute une panoplie d&#8217;outils financiers comme l&#8217;épargne ou la micro-assurance. Mais pour réellement lutter contre la pauvreté, ce qui marche, ce sont de vrais politiques de santé et d&#8217;éducation. » </em>Et de plaider pour la fin de l&#8217;idéologie du « small is beautiful »<em> : « Parce que le microcrédit a été porté par de vrais néolibéraux, comme Muhammad Yunus (2), personne n&#8217;a pas voulu concevoir que le système de la coopérative, par exemple, limitait la prise de risque. Au contraire, on a favorisé à outrance l&#8217;entreprenariat individuel. Le microcrédit s&#8217;est aussi développé dans un discours anti-étatique, anti-subventions publiques, anti-interventionnisme&#8230;» </em>La lutte contre la pauvreté est effectivement <em>« multidimensionnelle »</em>, selon  Mickaël Knaute, le microcrédit à lui seul étant loin d&#8217;être suffisant : <em>« Pour un développement économique sur le long terme, il faut aussi une vraie protection sociale, une redistribution des richesses, des infrastructures et un marché structuré. »</em> Esther Duflo et Abhijit Barnajee, qui ont pourtant longtemps documenté l’inefficacité de l&#8217;Etat dans de nombreuses politiques de développement, rappellent à présent l&#8217;importance de solides politiques fiscales et des subventions publiques à la création d&#8217;entreprise. Car, davantage que la microentreprise, c&#8217;est bien l&#8217;emploi salarié qui reste le plus à même de favoriser la stabilité financière, et de permetre une réelle extraction de la pauvreté.</p>
<h6 style="text-align: center;"> <strong>Revoir les critères pour éviter une nouvelle usure</strong></h6>
<p>La croissance très rapide de certaines IMF ainsi que l&#8217;intérêt croissant des investisseurs privés pour le secteur a achevé de brouiller les pistes. Car, ternissant l&#8217;aura de « cet outil de développement rentable », les voix s&#8217;élèvent, de plus en plus nombreuses, pour dénoncer les risques de surendettement, les taux d&#8217;intérêts pratiqués, la « nouvelle usure » que constituerait le microcrédit. Le scandale de l&#8217;Andhra Pradesh, en 2006 puis en 2010, a pointé les limites du « social business », qui, sans cadre, peut vite virer au cauchemar. Ainsi, dans ce qui est devenue la capitale du microcrédit en Inde, des IMF semblent avoir dérivé lentement dans une logique purement commerciale, qui n&#8217;a plus grand chose à voir avec les idéaux de lutte contre la pauvreté. La justice indienne est d&#8217;ailleurs en train d&#8217;examiner les liens potentiels entre les suicides massifs de paysans depuis le début des années 2000 et certains organismes de microcrédit. Face au scandale, le gouvernement de l&#8217;Andhra Pradesh a pris en 2010 une série de mesures contraignantes, incitant même les clients à ne plus rembourser les emprunts contractés. Emmanuelle Javoy, directrice de Planet ratings, une agence de notation spécialisée en microfinance, tempère : <em>« En Inde, deux mécanismes se sont superposés : en plus des IMF, les banques traditionnelles sont poussées par l&#8217;Etat à dédier une partie de leurs activités aux plus pauvres, via des groupes autogérés, ce qui a généré de très gros volumes de crédits. Ces banques sont aussi en partie responsables de la crise. Ce qui est sûr, c&#8217;est que cela a permis de révéler les problèmes dont souffre le secteur tout entier. » </em>Pourtant, les<em> </em>crises successives (en Inde, au Nicaragua, au Maroc ou encore en Bosnie) ont obligé les IMF à revenir sur leur fonctionnement initial et en particulier sur le concept du prêt garanti par un groupe solidaire, souvent trop contraignant pour les populations les plus vulnérables. Ils tendent également à espacer les remboursements de la semaine au mois, ce qui peut libérer la pression sur les emprunteurs. L&#8217;entrée de quelques IMF en bourse, qui fait débat dans le secteur, a sûrement joué son rôle dans la mise sur pied de l&#8217;« Appel de Paris pour une microfinance responsable », lancé par la plateforme Convergences 2015. Un moyen de rappeler aux financiers que rentable ou pas, le microcrédit est avant tout un outil de développement.</p>
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<p><strong>(1) La jeune française, professeur d&#8217;économie au MIT, cofondatrice du laboratoire Abdul LatifJameel poverty action lab (J-Pal), a connu son heure de gloire dans l&#8217;Hexagone en devenant titulaire, en 2009, de la chaire Savoirs contre pauvreté, au Collège de France.</strong></p>
<p><strong>(2) Muhammad Yunus, prix nobel de la paix en 2006, est considéré comme le « père du microcrédit », qu&#8217;il a lancé au Bangladesh il y a 30 ans via la Grameen bank. Cet économiste et entrepreneur, adulé par une partie du monde humanitaire et économique, surnommé « le banquier des pauvres », est aussi critiqué pour ses appétits politiques et ses connexions avec de grands groupes tels que Danone ou Veolia.</strong></p>
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