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    <title>Le blog d'Alain Mabanckou</title>
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    <dc:creator>amabanck@yahoo.com</dc:creator>
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      <title>“Bêtes sans patrie”</title>
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      <description>Je menvole ce jour pour quelques semaines au Rwanda, “Le Crédit a voyagé” reste bien entendu grandement ouvert  et vous pouvez dailleurs consommer sans modération ! C’est loccasion aussi de vous signaler la parution le mois prochain en France du  roman exceptionnel du jeune prodige nigérian Uzodinma Iweala (Beasts of no nation - titre que l’auteur doit au musicien Fela), écrit à 23 ans. Salué sur le plan international et par les auteurs anglophones les plus éminents (Salman Rushdie, Toni Morrison...), couronné des prix les plus prestigieux aux Etats-Unis, ce premier roman est à mon avis le plus puissant, le plus “furieux” et le plus inventif des fictions parues à ce jour sur les « enfants soldats » en Afrique. L’auteur, né aux Etats-Unis, est considéré aujourd’hui parmi “les dix écrivains les plus prometteurs des Lettres américaines"… 


Ici ce nest plus la violence gratuite qui lemporte, ce n’est plus l’inventaire insipide des viols et des massacres, mais livresse d’une écriture qui gicle, qui eclabousse tout  à son passage. On mavancerait certainement que je ne suis pas le plus habilité pour en faire léloge parce que jai traduit ce livre de langlais au français ! Cest justement parce que ce roman mavait ébloui et continue à m’éblouir que jai accepté la demande des Editions de L’Olivier de le « faire entendre » dans la langue française et de mettre entre parenthèses l’écriture de mon propre roman qui devait paraître au Seuil en septembre… 


Cette expérience de la traduction ma permis par ailleurs de comprendre les mécanismes du passage dune langue à une autre. Mieux encore, le pari est très délicat lorsquil sagit dun écrivain qui traduit un autre. Notre jeune prodige  il a 25 ans aujourdhui -  est un admirateur de son aîné et compatriote Amos Tutuola - auteur de L’Ivrogne dans la brousse ( traduction de Raymond Queneau). Cela se ressent aussi bien dans lexagération, la recomposition du monde, la quête dune philosophie de la nature, le questionnement des origines, bref le sens de notre existence dans un monde où le réel, en se décomposant, nous dénude - et cest  sans doute à cet instant que nous découvrons quen réalité nous ne sommes que des « bêtes sans patrie »…


Bêtes sans patrie dUzodinma Iweala (notre traduction), aux Editions de LOlivier,  en librairie à partir du 21 août… 


Lire les extraits du livre : http://www.lamartinieregroupe.com/assets/OLI/visuals//bulletin.pdf</description> 
      <dc:subject>Événements</dc:subject>
      <dc:date>2008-07-14T23:46:00+01:00</dc:date>
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      <title>SITUATIONS DE LA DÉMOCRATIE EN AFRIQUE, Achille Mbembe s’exprime au “Courrier International”</title>
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      <description>Au début des années 90, lAfrique semblait etre à son tour atteint par la grande vague de démocratisation du dernier quart du vingtième siècle. Celle-ci avait commencé avec la fin des dictatures du Sud de lEurope (Espagne, Portugal) avant datteindre lAmérique du Sud.&amp;nbsp; La chute du Mur de Berlin, la fin de lUnion soviétique et le démantèlement de lapartheid en Afrique du Sud avaient accéléré ce processus. Près de quinze ans plus tard, quelle est la situation de la démocratie en Afrique ? Quel sens faudrait-il accorder au regain de violence politique au Kenya, au Zimbabwe et dans dautres pays du continent ? Dans cet entretien accordé au Courrier International, Achille Mbembe brosse un tableau contrasté de la situation et esquisse des perspectives inédites.




Dans lune de ses éditions récentes, le Wall Street Journal consacrait une grande enquête à la progression de la démocratie en Afrique. Est-ce une réalité ou un fantasme ?


Le paysage est très contrasté. Restauration autoritaire par-ci,  multipartisme administratif par là, ailleurs maigres avancées au demeurant réversibles et, à peu près partout, niveaux très élevés de violence sociale, voire situations denkystement, de conflit larvé ou de guerre ouverte, sur fonds dune économie dextraction qui, dans le droit fil de la logique mercantiliste coloniale, continue de faire la part belle à la prédation  voilà, je dirais, le paysage densemble.&amp;nbsp; 


Dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont lobjectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des élections sont truquées. On sacrifie aux aspects procéduraux les plus élémentaires de la concurrence, mais lon garde le contrôle sur les principaux leviers de la bureaucratie, de léconomie, et surtout de larmée. La possibilité de renverser le gouvernement par la voie des urnes nexistant pratiquement pas, seul lassassinat, la rébellion ou le soulèvement armé peuvent contredire le principe de la continuation indéfinie au pouvoir. Globalement, les choses sont donc plutôt bloquées, y compris en Afrique du Sud où, le système électoral aidant, lon peut dire que le pays vit, de facto, sous un régime de parti unique. 


Quatre tendances lourdes me frappent par contre. La première est labsence dun réel projet démocratique, dune pensée de la démocratie qui constituerait une véritable alternative au modèle prédateur en vigueur dans la plupart des pays. La deuxième est le recul de toute perspective de révolution sociale radicale sur le continent. La troisième est la sénilité croissante des pouvoirs nègres  le fait que plus ils sont vieillissants, plus ils deviennent hystériques et carnassiers. La quatrième, cest  lenkystement que lon voit à luvre y compris là où une certaine alternance a effectivement eu lieu.&amp;nbsp; À ces dynamiques structurelles vient sajouter une autre  lémergence dune culture du racket, de lémeute sanglante et sans lendemain et qui, à loccasion, tourne carrémment à la guerre de pillage. Cette sorte de lumpen-radicalisme, à la vérité violence sans projet politique alternatif, est porté par les « cadets sociaux ». Et « lenfant-soldat » et le « sans-travail » des bidonvilles en sont les tragiques  symboles. 


Il faut craindre que cette violence sans projet politique alternatif ne se généralise. Elle provoquerait en retour le raidissement dun État qui, bien quillégitime, bénéficie du soutien dune classe qui en a fait linstrument de son enrichissement personnel ou, simplement, une ressource privée ou encore une source de rackets, dans le contexte de la lutte quotidienne pour la survie. Quitte à détruire lÉtat, léconomie et les institutions, cette classe est prête à tout pour conserver le pouvoir, la politique nétant dailleurs à ses yeux quune manière de conduire la guerre civile ou la guerre ethnique par dautres moyens. 


Plutôt que de pérorer sur les avancées de la démocratie en Afrique, la réflexion devrait donc, à mon avis, porter sur ces tendances lourdes, nourries quelles sont par les structures historiques de la violence et de la prédation que favorisent désormais les politiques néolibérales, voire les pieuses injonctions sur « la bonne gouvernance », pour ne pas parler des effets pervers du Bon Samaritanisme et de lhumanitaire.


Pourquoi cet ancrage de la démocratie en Afrique ? 


Il  sagit justement de tout sauf dancrage de la démocratie en Afrique. Il y a, certes, un désir manifeste de liberté et de bien-être. Mais ce désir peine à trouver un langage, des pratiques effectives, et surtout une traduction dans une culture politique neuve, où le pouvoir nest plus un jeu à somme nulle. 


Pour que la démocratie puisse senraciner en Afrique, il faudrait quelle soit portée par une Idée dont elle serait la métaphore vivante et absolue. Ainsi, en réarticulant par exemple le politique et le pouvoir autour de la critique des formes de vie, ou plus précisément de limpératif du « laisser vivre », on ouvrirait la voie à une nouvelle pensée de la démocratie dans un continent où le pouvoir de tuer reste plus ou moins illimité. Pour etre crédible, cette nouvelle pensée de la démocratie devrait cependant se situer au-delà des catéchismes qui ont colonisé notre regard sur lAfrique  quil sagisse de la « bonne gouvernance », de la rhétorique des « droits de lhomme » ou encore  du Bon Samaritanisme qui se cache derrière les oripeaux de lhumanitaire. 


Au fond, une telle pensée devrait etre, de nécessité, une pensée de lémergence et du soulèvement. Mais ce soulèvement devrait aller bien au-delà de lhéritage anti-colonialiste et anti-impérialiste dont les limites, dans le contexte de la mondialisation et au regard de ce qui sest passé depuis les indépendances, sont désormais flagrantes. 


Quels sont les freins à une démocratisation plus rapide du Continent ?


Deux facteurs parmi plusieurs autres. Dabord une certaine économie politique. Ensuite un certain imaginaire du pouvoir, de la culture et de la vie. 


Dune part, la brutalité des contraintes économiques dont les pays africains ont fait lexpérience au cours du dernier quart du XXe siècle - et qui se poursuit sous la férule du néo-libéralisme  a contribué à la fabrication dune multitude de « gens sans-part » dont lapparition sur la scène publique seffectue de plus en plus sur le mode de la tuerie lors de bouffées xénophobes ou à loccasion de luttes ethniques, surtout au lendemain délections truquées ou encore dans le contexte des protestations contre la vie chère. 


Ce sont des gens qui nont strictement rien à perdre, qui de surcroit sont totalement livrés à labandon  condition de laquelle ils ne peuvent souvent échapper que par la migration,  la criminalité et toutes sortes dillégalismes. Cest une classe de « superflus » dont lÉtat (là où il existe), voire le marché lui-meme, ne savent que faire. Ce sont des gens que lon ne peut guère vendre en esclavage comme aux débuts du capitalisme moderne, ni réduire aux travaux forcés comme à lépoque coloniale et sous lapartheid. Du point de vue du capitalisme tel quil fonctionne dans ces régions du monde, ils sont complètement inutiles - des rebuts humains livrés à la violence, à la maladie, à lévangélisme nord-américain, aux croisés de lIslam et à toutes sortes de phénomènes dillumination. 


Dautre part, la brutalité des contraintes économiques a aussi vidé de tout contenu le projet démocratique en réduisant celui-ci à une simple formalité  un rituel sans contenu ni symbolique, et plus grave encore sans conséquence réelle sur la vie quotidienne des gens ordinaires. Puis, comme je le suggérais à linstant, lincapacité à sortir du cycle de lextraction et de la prédation dont lhistoire, dailleurs, prédate la colonisation  cette incapacité pèse énormément sur les formes que prend le politique dans nos pays.&amp;nbsp; 


À ces données fondamentales sajoute lévénement quaura été la grande diffraction sociale commencée au milieu des années 80. Cette diffraction de la société a conduit à peu près partout à une informalisation des rapports sociaux et économiques, à une fragmentation sans précédent du champ des règles et des normes, et à un  processus de dés-institutionalisation qui na pas épargné lÉtat lui-même. 


Cette diffraction a également provoqué un  grand mouvement de défection de la part de nombreux acteurs sociaux, ouvrant dès lors la voie à de nouvelles formes formes de la lutte sociale  une lutte sans pitié pour la survie centrée autour de laccès aux ressources. Aujourdhui, le bidonville est devenu le lieu névralgique de ces nouvelles formes daffrontements souvent sans tete apparente. Il sagit daffrontements de type moléculaire et cellulaire qui combinent des éléments de la lutte des classes, de la luttes des races, de la lutte ethnique, des millénarismes religieux et des luttes en sorcellerie. 


Pour le reste, la faiblesse des oppositions est connue. Pouvoir et opposition opèrent en fonction dun temps court marqué par limprovisation, les arrangements ponctuels et informels, les compromis et compromissions diverses, les impératifs de conquête immédiate du pouvoir ou la nécessité de le conserver à tout prix. Les alliances se nouent et se dénouent constamment. Mais surtout, limaginaire du pouvoir ne sest guère transformée. Limaginaire structurant de la politique en Afrique reste celui de la guerre civile permanente. Et tant que lon ne découplera pas la politique et la guerre, le potentiel de violence restera explosif.


La France accepte-t-elle cette démocratisation ou est-elle encore un frein à ce processus ?


Elle ne laccepte que du bout des lèvres. Dans son pré-carré, elle sy oppose farouchement et avec ténacité depuis 1960, nhésitant pas, le cas échéant, à recourir à lassassinat et à la corruption. 


La France est connue pour son soutien le plus retors et le plus indéfectible aux satrapies les plus corrompues du continent et aux régimes qui, justement, ont tourné le dos à la cause africaine. 


Il y a une raison simple à tout cela  les conditions historiques dans lesquelles sest effectuée la décolonisation et le régime des capitations quont cimenté les accords inégaux « de coopération et de défense » signés dans les années 1960. 


On ne le sait peut-etre pas assez, lobjet de ces accords secrets, ce fut non pas de liquider le rapport colonial, mais justement de le contractualiser. Cest au nom de cette contractualisation des vieux rapports coloniaux que la France continue, de facto,  dexercer un droit de propriété sur le sol, le sous-sol et lespace aérien de ses anciennes colonies. Cest également en son nom quelle protège les régimes corrompus de lAfrique francophone. 


Voilà pourquoi près de 50 ans après quils aient été signés, il faut continuer de dénoncer ces accords, dexiger quils soient rendus publics et dappeler à ce quils soient résiliés. Tant quils ne le seront pas, les pays africains liés par ces accords ne seront jamais souverains, et encore moins des démocraties.


Linfluence croissante de la Chine sur le continent noir risque-t-elle dempêcher cette démocratisation ?


La présence de la Chine en Afrique est un contrepoids à léchange inégal si caractéristique des relations que le Continent entretient avec les puissances occidentales et les institutions financières internationales. Il est vrai que pour le moment, la relation avec la Chine ne sort pas du modèle de léconomie dextraction. Or, je viens de suggérer que cette économie dextraction, ajoutée à la prédation, constitue la base matérielle des tyrannies nègres.


Et celle de lInde ?


Linfluence indienne en Afrique est, pour linstant, marginale.


Considérez-vous que lAfrique du Sud joue un rôle suffisant pour la promotion de la démocratie, notamment au Zimbabwe ?


LAfrique du Sud nest pas responsable de la crise zimbabwéenne.&amp;nbsp; Les responsables de la crise zimbabwéenne, ce sont les Zimbabwéens et, dans une certaine mesure, leur ancien maitre colonial, le Royaume-Uni. 


LAfrique du Sud ne peut pas, à elle toute seule, promouvoir la démocratie en Afrique. Elle nen a ni les moyens, ni la volonté. Du reste, elle doit dabord approfondir la démocratie chez elle avant de penser à la promouvoir chez dautres. Il est dommage que des forces externes continuent de faire pression sur elle pour quelle exerce sur le Continent un role de gendarme  qui ne lui convient pas du tout et pour lequel elle est si mal équipée.


Ce à quoi il faudrait arriver, cest à une sorte de « New Deal » continental, librement et collectivement négocié par les différents États africains  un « New Deal » en faveur de la démocratie qui viendrait compléter et clore une fois pour toutes le chapitre de la décolonisation. 


Survenant plus dun siècle après la fameuse Conférence de Berlin qui inaugura la partition de lAfrique, ce « New Deal » pourrait faire lobjet de garanties par les grandes puissances mondiales. Ces garanties seraient assorties dune prime économique sous des formes quil faudrait imaginer  une sorte de « Plan Marshall » pour la reconstruction du continent par exemple. Mais elles comporteraient également un volet pénal, des mécanismes de sanction, voire de mise au ban, dont la mise en oeuvre serait nécessairement multilatérale. Ceci impliquerait quà loccasion, des régimes coupables de crimes et datrocités contre leurs peuples pourraient légitimement etre déposés par la force.


Cest à ce niveau de profondeur historique quil importe désormais denvisager la question de la démocratisation du continent. Celle-ci doit est dabord une question africaine, certes. Mais elle a aussi des dimensions internationales qui exigent des garanties internationales, des accords qui ne sauraient relever dune seule puissance.


Quel rôle peuvent jouer les sociétés civiles africaines dans la démocratisation ?


Leur rôle est crucial, là où elles existent  ce qui nest guère le cas partout. Une partie de leur role serait justement daider à « internationaliser » la question de la démocratisation de lAfrique, dans le droit fil des efforts des dernières années visant à mutualiser le droit international et qui ont vu lapparition dinstances juridictionnelles supra-étatiques.


Je crois que sagissant de lAfrique, il faut aller au-delà de la conception traditionnelle de la société civile, celle qui est étroitement dérivée de lhistoire des démocraties capitalistes. Dune part, il faut tenir compte du facteur objectif quest la multiplicité sociale  multiplicité des identités, des allégeances, des autorités et des normes  et, à partir delle, imaginer de nouvelles formes de mobilisation et de leadership. 


Dautre part, le besoin de création dune plus-value intellectuelle na jamais été aussi pressant. Cette plus-value doit etre réinvestie dans un projet de transformation radicale du continent. La création de cette plus-value ne sera pas loeuvre de lÉtat. Elle est, à mes yeux, la nouvelle tache des sociétés civiles africaines. Pour y parvenir, il faudra à tout prix sortir de la logique de lurgence et de la logique des besoins immédiats qui a, jusquà présent, colonisé le débat sur lAfrique. 

 

Les pays qui possèdent dimportantes ressources en matières premières  notamment le pétrole  sont-ils condamnés à rester à la traine de la démocratisation ?


Oui, tant que la logique de lextraction et de la prédation qui caractérise léconomie politique des matières premières en Afrique nest pas brisée. Dailleurs, dans la plupart des cas, ces pays ne sont pas seulement à la traine de la démocratisation. Ils font également lexpérience de conflits meurtriers liés, en partie, à un mode dexploitation des richesses du sous-sol africain qui allie fort bien mercantilisme, désordres politiques et militarisme. Cette sorte de capitalisme, on en voit déjà les prémisses à lépoque coloniale, avec le régime des sociétés concessionnaires. Tout ce dont il a besoin pour fonctionner, ce sont des enclaves fortifiées, des complicités au coeur de lÉtat local, et un minimum de garanties juridiques internationales.


Les grandes puissances font-elles tout leur possible pour empêcher la démocratisation de lAfrique ?


La France, oui. Elle est un vrai facteur de nuisance et il faut souhaiter que faute de réformer radicalement sa politique africaine, elle se désengage véritablement du Continent. 


Les autres (les États-Unis notamment) ne sy opposent peut-être pas activement. Cynisme et hypocrisie suffisent largement  encore que de nombreuses institutions privées américaines apportent une aide multiforme à la consolidation des sociétés civiles africaines. Cest par exemple le cas des nombreuses fondations américaines.


Ceci dit, si les Africains veulent la démocratie, cest à eux den payer le prix. Personne ne le paiera à leur place. Ils ne lobtiendront pas non plus à crédit. Ils auront néanmoins besoin de sappuyer sur de nouveaux réseaux de solidarité internationale, une grande coalition morale en dehors des États - pas la coalition des faiseurs de charité, mais celle de tous ceux qui croient que sans sa part africaine, notre monde décidément sera plus pauvre encore en esprit et en humanité.


Achille Mbembe interviewé par Pierre Cherruau  du Courrier International</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2008-06-28T13:03:00+01:00</dc:date>
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      <title>LA FIN DES EMISSIONS LITTERAIRES EN FRANCE ?</title>
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      <description>Léviction brutale de Patrick Poivre dArvor (PPDA) de la présentation du journal télévisé de TF 1 a été la nouvelle qui a dominé lactualité des medias de la semaine dernière. Nous étions alors venus nombreux au pot que lanimateur-vedette de cette chaîne avait organisé dans les prestigieux locaux de TF 1. Au départ il ne sagissait que dun pot célébrant les deux décennies démissions littéraires de  PPDA à la télévision, les invitations ayant été envoyées bien avant cette décision inattendue que le concerné apprit par la presse. Dans les locaux de TF1 où furent invités des journalistes, des éditeurs, des membres des Academies de prix littéraires, des libraires et la plupart des auteurs reçus dans les émissions de PPDA (Place aux livres et Vol de nuit), les choses prirent tout d’un coup une tournure de “pot dadieu”  et dailleurs le discours prononcé par lanimateur allait dans ce sens. Il aurait été viré pour « impertinence » à légard du Président Sarkozy quil avait comparé à un enfant qui entre dans la cour des grands. Poivre dArvor répondit alors au Président de manière originale : il lui envoya un roman de Saint-Exupéry, Vol de nuit. Roman dont il nous lut quelques citations lors de ce pot. Curieusement il n’y avait aucun journaliste de TF1 à ce pot, en dehors de Robert Namias dont l’épouse, Anne Barrère, produisait jusqu’alors les émissions de PPDA… 


Layant croisé ce week-end à Toulouse où nous étions réunis pour le Marathon de Mots et où il lisait des passages de Flaubert, cest un Poivre dArvor combatif qui était en face de nous,  décidé à trouver une nouvelle orientation. Pour lheure les négociations continuent avec TF 1 qui lui propose ce quil est convenu dappeler « le placard ». 


Le départ de PPDA signe la fin des émissions littéraires à la télévision. Le constat est alarmant : si Daniel Picouly arrive sur France 2 et “prend le creneau” de Guillaume Durand qui animait Esprits libres, rappelons toutefois que Franz Olivier Giesbert (Chez FOG, France 3)  et Fréderic Ferney (Le Bateau-Livre, France 5) ont été écartés des grilles de programmes littéraires… 


Il ne restera sans doute pour les écrivains que les émissions de cuisine ou de défense des animaux pour aller discuter de leurs livres.&amp;nbsp; Et cest ainsi que la France est une grande nation de Lettres !</description> 
      <dc:subject>Événements</dc:subject>
      <dc:date>2008-06-15T12:22:00+01:00</dc:date>
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    <item>
      <title>L’EMISSION “CE SOIR OU JAMAIS”, CE LUNDI 9 JUIN, SUR “FRANCE 3”.</title>
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      <description>La victoire de Barack Obama doit-elle être considérée comme historique ? Pourquoi Hillary Clinton avait-elle tardé à reconnaître sa défaite ? Peut-elle être la Vice-Présidente dObama comme le souhaitent 54% des Américains sondés ? Saura-t-elle  si elle est retenue par Obama  travailler en équilibre avec celui-ci alors que planera lombre de Bill Clinton dont la renommée internationale nest plus à démontrer ? 

Barack Obama a besoin dHillary  celle-ci a comptabilisé plus de 17 millions de voix. Par ailleurs Obama doit « travailler dur » : il est « loin » de lélectorat féminin, il doit convaincre en particulier dans les grands Etats remportés presque tous par Hillary Clinton. Mais le danger est là : Obama fonde sa campagne sur lidée du changement ( CHANGE). Peut-on parler de “changement”, et nommer ensuite  comme vice-présidente une personnalité qui est au coeur de la politique depuis plus de trente ans ?


Enfin John McCain  le candidat des Républicains  fera-t-il le poids devant Obama ? 

Tout laisse à penser que McCain aura de sérieux problèmes lors des confrontation entre candidats. Comment en effet pourra-t-il mener sa campagne sans évoquer la question de la race  qui demeure essentielle même si les candidats feignent de la reléguer au second plan ?


Ce lundi 9 juin à 23h je suis invité à débattre de tout cela dans lémission « Ce soir ou jamais » animée par Frédéric Taddei sur France 3. Loccasion pour moi aussi de voir comment la France perçoit cette campagne…</description> 
      <dc:subject>Événements</dc:subject>
      <dc:date>2008-06-08T15:32:00+01:00</dc:date>
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    <item>
      <title>ENFANCES, recueil de nouvelles paru chez POCKET, Paris, 2008. Analyse de Florent Couao-Zotti</title>
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      <description>Le romancier béninois Florent Couao-Zotti vient de poster sur son Blog un commentaire sur le recueil « Enfances » que nous avons fait paraître il y a deux ans et qui est sorti le mois dernier en collection « poche » chez Pocket. Loccasion aussi de vous dire de visiter le Blog de notre collègue dont lhumour et la perspicacité des analyses ne manqueront pas de vous séduire. Pour lheure, voici ce quil dit du recueil dont il était également un des contributeurs.


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ENFANCES, Neuf écrivains racontent ou réinventent un souvenir d’enfance, Nouvelles réunies et préfacées par Alain Mabanckou, Pocket, Paris, 2008. 


Lillustration de couverture renvoie au personnage de Kirikou, cette espèce de lutin africain familier des enfants et des foyers français. Ils sont deux  une fillette et un garçonnet  tout nus, mèche de cheveux sur le crâne, de grands yeux interrogateurs. On devine quils sont préoccupés par un mystère, lapparition dun adulte ou peut-être la matérialisation, devant eux, dun être étrange. Anne Buget, la dessinatrice nest pas allée chercher ailleurs lémotion qui éclate dans les yeux des enfants lorsque la curiosité et la découverte du monde se disputent leurs regards. Une émotion, une moisson démotions que neuf écrivains africains et de locéan indien ont voulu inscrire dans des formes courtes (récits, nouvelles, témoignages) pour des lecteurs dici et dailleurs, des lecteurs avides dhorizons nouveaux pour qui le royaume de lenfance est létape transversale de toute vie.&amp;nbsp; 


Publié pour la première fois par les éditions Akoma Mba en 2004 et repris, lannée daprès, par les éditions Ndze, le recueil vient de bénéficier dune nouvelle présentation, cette fois-ci sous le label de Pocket, lédition populaire française.&amp;nbsp; Commentaire de l’éditeur: « En Afrique comme ailleurs, les enfants lisent le petit prince et, parfois des livres quils ne devraient pas. En Afrique comme ailleurs, ils senthousiasment des exploits dun acrobate de cirque, ils espionnent les adultes et sinterrogent sur leurs comportements, ils saventurent dans les marais ou sur la mer alors quon le leur avait interditMais lAfrique où la nature, les traditions et le merveilleux sont omniprésents, leur offre un terrain de jeux un peu plus grand quailleurs »  


Cest ainsi que défilent les histoires émouvantes, sensibles, parfois comiques, parfois tristes, ancrées dans un quotidien aussi sobre que merveilleux, que le style spécifique de chaque auteur rend si attachantes. Si le congolais Alain Mabanckou y parle de sa sur-étoile, prolongeant ainsi le merveilleux mythe de lanthropomorphisme de létoile, Ananda Dévi nous livre les « secrets » de lenfant du banian, jumeau disparu dans la forêt au moment de sa naissance. Quand livoirienne Julie Kodjo campe la marginalité de lenfant-albinos dans une société très superstitieuse, le togolais Kangni Alem nous embarque dans les rues de Lomé où le jeune Bonito entend percer le mystère des néons. Bref, chaque auteur plonge le lecteur dans lunivers de son enfance ou de lenfance tout court, là où linnocence et la spontanéité effacent les barrières, là où les mots savent débrider les yeux et provoquer la magie. La magie dune cité sans doute perdue, mais dans laquelle on a besoin de se ressourcer virtuellement pour rendre le monde plus vivable, pour nomadiser lespoir aux quatre coins du monde.&amp;nbsp; 


Heureuse enfance et bonne lecture!


Florent Couao-Zotti ( Blog : L’Atelier-Café de Florent-Couao-Zotti )</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2008-06-07T05:25:00+01:00</dc:date>
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      <title>Lhomosexualité en Afrique noire, entre tabou et idées fausses. Texte de CHRISTIAN EBOULE</title>
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      <description>Dans de nombreux pays dAfrique noire aujourdhui, une partie de la population continue daffirmer que lhomosexualité vient de lOccident et la situation des homosexuels ne cesse de se dégrader. Selon  « The Daily Observer » de Banjul, lors dun discours tenu le 18 mai dernier, le président gambien Yahya Jammeh a donné « vingt-quatre heures » aux homosexuels pour quitter le pays. «Tout hôtel qui héberge ce type dindividus sera fermé, car leur comportement est illégal. Nous sommes un pays musulman, et je naccepterai jamais de tels individus dans ce pays » a-t-il lancé. 


Il y a quelques mois, cest au Sénégal quune dizaine de personnes avait été arrêtée et placée en garde à vue à la Division des investigations criminelles de Dakar. Des arrestations qui faisaient suite à la publication dans un mensuel, dun dossier consacré à lhomosexualité, et dans lequel apparaissaient les photos de personnes qui auraient célébré un mariage homosexuel. Et il y a presque deux ans, au Cameroun, des scandales politico-médiatiques autour de « la question homosexuelle » avaient soulevé une vague homophobe sans précédent. 


Finalement, dans ces trois pays, comme dans bien dautres dAfrique subsaharienne, le sentiment homophobe est aujourdhui très largement répandu. Les homosexuels sont ainsi devenus les boucs émissaires de sociétés où les valeurs morales sont en perte de vitesse, où les égoïsmes prennent le pas sur les solidarités ancestrales, où largent est roi, quelle que soit la manière dont il est gagné, où la majorité de la population est en proie à dincommensurables difficultés économiques et sociales. 


Désormais, lhomophobie saffiche au grand jour dans toutes les couches sociales. Pis, les amalgames entre homosexualité, pédophilie, pédérastie, franc-maçonnerie, Rose-Croix, prostitution, tourisme sexuel et pratiques perverses de toutes sortes se multiplient. 


Limmense majorité est violement homophobe


Dans cette cacophonie, le débat est souvent difficile, voire impossible. Les positions sont manichéennes. Il faut être pour ou contre. Et pour limmense majorité des populations qui est bien entendu violemment homophobe, lhomosexualité est une inclination contraire aux « traditions africaines ». Doù la résurgence du vieux mythe selon lequel, lhomosexualité aurait été introduite en Afrique par les Occidentaux. 


Or ce qui est vrai, cest quà leur arrivée sur le continent, les premiers explorateurs et les missionnaires considéraient les pratiques sexuelles africaines comme le comble de la dépravation. Et sans avoir réalisé la moindre étude sur le sujet, ils affirmèrent que lhomosexualité nexistait pas en Afrique. Malheureusement, aujourdhui encore, beaucoup continue de croire que lhomosexualité na jamais existé avant larrivée des Européens.&amp;nbsp; 


Ainsi, ces affirmations sinon mensongères, du moins hâtives, associées aux deux grands monothéismes dont lAfrique noire a hérité, lIslam et le Christianisme, déterminent en grande partie la perception que les populations ont actuellement de lhomosexualité. Mieux, dans la quasi-totalité des pays francophones, nous avons aussi en héritage, le code napoléonien qui a interdit lhomosexualité dès lorigine. Et lorsquon sait quen Afrique noire, lunivers de la sexualité est entouré de tabous, alors on comprend les controverses que peuvent susciter ces questions. Lon oublie trop souvent que pour tous les êtres humains, la construction de lidentité sexuelle est un processus complexe, qui intègre des facteurs psychologiques, sociologiques et culturels. 


De plus, des études récentes, réalisées notamment au Cameroun , montrent que lhomosexualité est et a toujours été de toutes les cultures. Seules sa perception sociale, sa désignation, son interprétation bref sa conceptualisation changent, en fonction des univers sociaux. Et lhistoire de lhomosexualité en Afrique noire démontre non seulement son existence, mais aussi son enracinement à travers quatre grands piliers de certaines traditions africaines. Le premier pilier concerne lhomosexualité liée aux classes dâge et aux jeux érotiques. 


Il existait par exemple chez les Bafia du Sud du Cameroun, où lon considérait autrefois, que les garçons devaient franchir trois étapes différentes, pour bénéficier dune bonne croissance. Au cours de la première étape, tous les garçons âgés de six à quinze ans vivaient entre eux, à lécart des jeunes filles. Doù une très grande promiscuité, qui amenait nombre dadolescents à avoir parfois des relations sexuelles avec les plus jeunes dentre eux. 


Le deuxième pilier concerne les rites initiatiques qui comportaient parfois des pratiques homosexuelles. Ces rites servaient soit à souder les liens au sein du groupe, soit à initier les hommes à lart de la guerre, ou encore à permettre le passage de ladolescence à lâge adulte. Dans le Sud et le centre du Cameroun, deux rites ancestraux, le « Mevungu » chez les Beti et le Koo  lescargot  chez les Bassa, sont des cérémonies initiatiques qui comprenaient notamment des attouchements à caractère homosexuel entre femmes. 


Le Mevungu par exemple est un rite exclusivement féminin, dans lequel les initiées ménopausées jouent le rôle masculin. Ce rite nétait pratiqué que lorsque le gibier était rare en forêt ou encore en cas de mauvaises récoltes. En revanche, chez les Fang du Gabon, du Cameroun et de Guinée-Equatoriale, les relations homosexuelles étaient considérées comme le meilleur moyen pour devenir riche. 


Le troisième pilier concerne les pratiques homosexuelles en labsence dhommes ou de femmes. Chez les Azande du Sud-Ouest du Soudan, au sein des foyers polygames, les relations homosexuelles entre femmes nétaient pas rares. Tout comme en République Démocratique du Congo, où dans les foyers polygames des femmes nkundo, les pratiques homosexuelles existaient parfois entre co-épouses, qui disaient ne pas être satisfaites par leurs maris. En Afrique australe, lorsquelles étaient mariées, les jeunes femmes Herero expliquaient également leurs pratiques homosexuelles désignées par le terme epang, par linsatisfaction à laquelle elles étaient confrontées dans leurs foyers. 


Obligés de mener deux vies parallèles


Enfin, le dernier pilier, qui ne doit pas être confondu avec les trois autres, concerne lhomosexualité identitaire. Il sagit exclusivement dhommes ou de femmes, qui préfèrent avoir des relations avec des personnes du même sexe. Dans le Sud de lactuelle Zambie par exemple, ces personnes étaient appelées mwaami dans la langue Ila. Et, si certaines langues africaines offrent un vide conceptuel et linguistique au sujet de lhomosexualité, dautres permettent en revanche dappréhender cette notion de façon très précise. On peut donc affirmer, sans risque de se tromper, que lhomosexualité, tout comme les pratiques homosexuelles existent en Afrique depuis la nuit des temps. 


Malheureusement, beaucoup continuent de nier cette « évidence », obligeant ainsi la quasi-totalité des homosexuels à vivre cachés et dans des milieux fermés. Afin de ne pas éveiller les soupçons, ils mènent bien souvent une double vie : femme et enfants à la maison en guise de couverture  au Cameroun, on appelle ça le Nfinga , puis des relations homosexuelles en cachette. Si lon ajoute à tout ceci les dispositions du code pénal qui criminalisent lhomosexualité dans de nombreux pays (Cameroun, Sénégal) alors on comprend pourquoi la majorité dentre eux ne rêve que dexil. Dailleurs, le véritable mythe, cest de croire que les dispositions légales qui interdisent lhomosexualité sont une résultante des traditions africaines. Il ne sagit là que dun banal héritage colonial. 


Christian Eboulé</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2008-05-30T19:18:00+01:00</dc:date>
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      <title>Afrique du Sud : La vitrine se brise, par ACHILLE MBEMBE</title>
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      <description>Le Gauteng est la région la plus riche dAfrique du Sud. Cest ici quest située Johannesburg, la plus moderne, la plus puissante et la plus racialement mixte des métropoles africaines. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, cette immense ville-région fondée par des migrants venus de diverses parties du monde en 1896 à la suite de la découverte des mines dor du Witwatersrand est devenue la nouvelle frontière du continent. 


Au cours du dernier quart du XXe siècle, lécroulement de lapartheid et le passage à la démocratie aidant, de nouvelles vagues de migrants en provenance du reste de lAfrique sont venues sajouter à ce complexe social et urbain déjà fort bariolé. Dans cette mini-New York, mini-Sao Paulo et mini-Los-Angeles à léchelle de lAfrique, lon retrouve aujourdhui presque toutes les nationalités du monde.


Bouffée xénophobe


Beaucoup sont originaires de pays en guerre, divisés contre eux-mêmes ou en proie à lincurie et à la gabegie délites prédatrices et (ou) séniles. Si certains sont en quête de refuge, dautres viennent dans lespoir déchapper à des situations de misère chronique et de corruption endémique. Nombreux sont ceux qui, entrés illégalement dans le pays, mènent depuis lors une existence précaire et quasi-clandestine, soumis quils sont à un harcèlement permanent des autorités sud-africaines et sans cesse menacés darrestation et de déportation.


Cette « immigration de bas de gamme » sest développée parallèlement à une autre, faite de cadres africains hautement qualifiés et délites que lon retrouve dans des domaines aussi variés que la finance, les  médias, télécommunications et nouvelles technologies, les universités, les cabinets internationaux dexpertise et les grandes firmes commerciales. 


Il y a moins de dix jours, tout semblait encore, du moins en apparence, indiquer quà Johannesburg était en train de naitre, pour la première fois sur le Continent, une forme de fusion culturelle inédite, sous-bassement dune modernité afropolitaine. 


Mais voilà que depuis plus dune semaine, lAfrique du Sud vit des scènes de violence  et de cruauté que lon croyait typique des pays arriérés. 


On parle dune bouffée xénophobe. De fait, près dune cinquantaine de non-nationaux (Zimbabwéens, Mozambicains, Malawites) ont dores et déjà été tués, souvent dans des conditions dune extraordinaire sauvagerie.&amp;nbsp; Chassés des lieux quils occupaient, à peu près vingt mille autres migrants ont perdu le peu quils avaient, et leur vie est désormais plus précaire encore quelle ne la jamais été. 


La vitrine sest donc brisée et limage dun pays qui se voulait jusqualors le symbole dune Afrique debout, non-raciste, cosmopolite et ouverte sur le futur a été irrémédiablement ternie. 


Survenant à la suite dincidents à répétition au cours desquels plusieurs commerçants somaliens avaient déjà trouvé la mort dans la région du Cap et dans le bidonville dAtteridgeville, non loin de la capitale Prétoria, les attaques criminelles dirigées par des noirs sud-africains contre les gens dorigine africaine ont également mis à nu le mythe de la solidarité raciale dont se revendiquent, depuis le XIXe siècle, les courants dominants du nationalisme noir et du panafricanisme. 


De façon tout à fait ironique, léruption en cours a commencé dans le bidonville dAlexandra, haut-lieu de la lutte anti-apartheid, aux portes du célèbre quartier des affaires de Sandton. 


Des gens qui, récemment encore, subissaient les affres dun État raciste qui nhésitait pas à verser le sang des Noirs ont choisi de passer eux-mêmes à lacte. 


Allant de porte à porte, la horde a procédé à léviction brutale de la plupart des non-nationaux. Armés de poignards, de machettes et de gourdins, des jeunes gens pour la plupart ivres et sans travail ont détruit par le feu tout ce sur quoi ils pouvaient mettre la main. Sur fond de chants de lépoque de la lutte de libération, mais aussi de cris, de  sarcasmes et de railleries, ils ont contraint les étrangers qui vivaient en leur sein à la fuite, tandis que  femmes et enfants, avec ou sans papiers, trouvaient refuge dans le commissariat de police local. 


Le mouvement sest ensuite propagé dans les immenses poches de pauvreté qui ceinturent la ville et menacent de létrangler - de lEast Rand à Diepsloot, de Primrose à Ekurhuleni jusquaux portes de Hillbrow et de Jeppestown, deux des plus grandes concentrations de non-nationaux dans tout le pays. 


Pendant le weekend,  lon a assisté à dhorribles scènes de cruauté rappelant les heures sombres de létat durgence des années quatre-vingt. Ici et là, linfâme « supplice du collier » a réapparu.&amp;nbsp; Utilisée à lépoque contre les « traitres » et les « informateurs », cette technique consiste à faire incendier, vivant,  la victime  nimporte laquelle - au kérosène.

 

Profitant du désordre et de lincertitude si caractéristique de la vie sud-africaine aujourdhui, des bandes de criminels armés sont venues sajouter à la meute. Ensemble, les deux groupes ont pillé ce quil était possible de piller. Puis, après avoir brutalisé les hommes, ils ont violé un nombre indéterminé de femmes  et tiré à bout portant sur des forces de lordre dont lincompétence et la vénalité sont notoires, linstitution policière et les services du ministère de lintérieur sud-africains constituant au demeurant des rouages essentiels dans le harcèlement quotidien dont les Noirs dAfrique sont victimes dans ce pays.


Un pays transnational


Les raisons de ce déchainement de violence sont les mêmes que celles que lon avance partout ailleurs dans les mêmes circonstances : «  Ils prennent nos maisons, nous volent nos emplois et nos femmes ». « Ils parlent des langues étranges ». « Ils ne nous respectent pas ». « Ils sont à lorigine de notre pauvreté ». « Ils sont responsables de la hausse de la criminalité ».&amp;nbsp; « Ils ont le teint plus noir que nous autres ».


Or, la présence des étrangers en terre sud-africaine nest pas nouvelle. Comme dans le reste du Continent avant la colonisation, les migrations étaient la norme. Le brassage des populations à la faveur des guerres, des échanges commerciaux, des transactions dordre religieux ou des alliances était la règle. Lessaimage était la forme dominante de la mobilité. « Faire société » consistait essentiellement à « faire réseaux »,  à tisser des chaines de parenté et à nouer des dettes, que cette parenté et ces dettes soient réelles ou fictives. 


Cest la raison pour laquelle loin de constituer des unités closes, les entités ethniques sud-africaines sont si enchevêtrées aussi bien sur le plan culturel, linguistique que territorial puisque des rapports étroits les unissent non seulement entre elles, mais aussi à leurs pairs du Mozambique, du Zimbabwe, du Botswana, du Lesotho ou du Swaziland. 


Limmigration européenne à partir du XVIIe siècle, limportation de la main-duvre servile dans la région du Cap, limplantation des Indiens dans le Natal au début du boom sucrier, voire des Chinois au début de lère industrielle dans le Witwatersrand  tout cela a largement contribué à faire objectivement de lAfrique du Sud un pays transnational, même si, lapartheid aidant, il ne sest jamais reconnu comme tel.


Ce caractère transnational ira saccentuant au cours de la première moitié du XXe siècle avec lafflux des Juifs, puis à partir du milieu des années soixante-dix avec larrivée des ex-colons portugais fuyant le Mozambique et lAngola, les ex-colons rhodésiens après lindépendance du Zimbabwe, et des minorités en provenance dEurope de lEst.


Au fond, depuis la découverte des mines dargent de Kimberley et surtout des mines dor dans le Witwatersrand à la fin du XIXe siècle, les frontières réelles de lAfrique du Sud sétendent du Cap au Katanga, les apports européen  et asiatique dilatant davantage encore lidentité de ce pays et lui assignant une dimension transversale, transnationale et pluriculturelle que peuvent revendiquer bien peu de nations modernes. 


Race, mobilité et lutte pour la survie


Pour créer et augmenter ses richesses, lAfrique du Sud a toujours dépendu du travail des étrangers. À lépoque de lindustrialisation, une partie importante de la main-duvre dans les mines était recrutée dans toute lAfrique australe. À lintérieur du pays, le travail saisonnier et migrant a lui aussi constitué lune des technologies-clé du processus de prolétarianisation.


Dépossédés de leurs terres et déchus de leur citoyenneté, les Noirs sud-africains étaient relégués dans les bantustans, sortes de réserves indigènes où la lutte pour la reproduction était des plus sévères. Ils ne pouvaient séjourner que temporairement dans la ville blanche. Linstitution du laissez-passer permettait de contrôler leur  mobilité au sein dune économie capitaliste où la race produisait la classe tout en bloquant autant que possible  lémergence de la conscience du même nom.


Le travail saisonnier et migrant dune part et, de lautre, la relégation des Noirs sud-africains dans les réserves contribuèrent de façon décisive à limplosion des structures familiales urbaines. Les liens communautaires furent atrophiés.&amp;nbsp; La culture du petit entreprenariat et de linitiative individuelle fut brisée lorsque la liberté de faire du petit commerce ne fut pas abolie par la loi.&amp;nbsp; 


Mais surtout naquit une culture de la dépendance et de lassistanat qui, aujourdhui encore, pèse lourdement sur les conduites, hypothéquant les capacités des Noirs sud-africains à tirer parti des nouvelles conditions dans lesquelles se déroule désormais la lutte pour la survie en milieu urbain.


Pour les Noirs sud-africains, la fin de lapartheid est donc synonyme daccession de plein droit à la ville. Le démantèlement des lois racistes rend possible la liberté de mouvement et  la liberté de résidence.&amp;nbsp; Mais  fait capital -  il est également à lorigine dun double mouvement migratoire interne et externe dont les conséquences sociales et politiques sont loin davoir été mesurées. 


Sur le plan interne, le régime dapartheid commence à sécrouler dès le début des années quatre-vingt, à un moment précisément où, la crise de production dans les bantustans saggravant, lÉtat raciste nest plus capable de sceller hermétiquement ses frontières internes, de contrôler la mobilité des Noirs, dintensifier leur exploitation par le capital tout en affermissant la ségrégation raciale. 


Cest alors quune masse de gens sans travail, à peine éduqués et sans autre moyen de survie que la petite prédation commence à quitter les campanes et à se déverser  dans la périphérie des grands centres urbains,  rendant dès lors impossible tout effort de planification urbaine, défigurant au passage le visage des principales villes sud-africaines, provoquant la fuite des classes moyennes blanches et noires dans des quartiers résidentiels (suburbs)ou dans des enclaves protégées par des compagnies privées de sécurité, et ouvrant la voie à des pratiques de survie qui accordent une place privilégiée au crime.&amp;nbsp; 


La formidable lutte pour les ressources qui, jusquà présent, était  difficilement  contenue dans les bantustans, se déplace dans le contexte urbain où arrivent, presquau même moment, des milliers dimmigrants illégaux en provenance du reste du Continent. 


Du coup, les Noirs sud-africains font face, pour la première fois, non plus à leurs oppresseurs dhier, mais à dautres migrants (pour la plupart mieux éduqués queux, disposant dune pratique de la ville et habitués à ne rien attendre de lÉtat) venus dautres pays dAfrique et avec lesquels ils sont immédiatement en compétition, notamment dans le secteur informel, espace privilégié de la lutte pour la survie, ou encore dans le domaine du logement, de lemploi, voire simplement loccupation dun bout despace dans des camps de fortune qui ne cessent de sallonger.


Haine de soi et haine du semblable


Ces camps de la pauvreté sétendent à perte de vue et ceinturent toutes les grandes métropoles dAfrique du Sud. Zones où se mêlent le droit et le non-droit, la maladie, la mort prématurée et la lutte sans pitié pour la survie, ils constituent des poudrières et menacent objectivement la stabilité du pays. 


Cest dans ces non-lieux que sest déplacée une bonne partie de la violence sociale caractéristique des années dapartheid. À plusieurs égards, lÉtat ny est présent que par les réseaux de la corruption tissés au détour du système des subsides aux indigents (social grants) mis en place par lANC au milieu des années quatre-vingt-dix dans lespoir de juguler la pauvreté.


Mais la violence des Noirs sud-africains contre des Noirs dautres pays dAfrique est le symptôme dune crise bien plus grave encore, que la fin de lapartheid na fait que cacher. Celle-ci a trait à la profonde haine de soi et du semblable et au profond mépris de la vie si caractéristiques de la conscience blessée et victimaire. Les ressorts historiques de cette haine de soi et de ce mépris de la vie sont à chercher dans les longs siècles de déshumanisation dont lAfrique du Sud, Noirs et Blancs, ont fait lexpérience et desquels ils sont encore loin detre sortis. 


Les dommages psychiques et physiques infligés aux Noirs par le pouvoir blanc pendant ces siècles obscènes a laissé des traces vivantes chez les uns comme chez les autres. Cest tout le pays qui est encore jonché de moignons  ce mélange de stupéfiante beauté, de cruauté et de laideur de lesprit si typique des lieux que le démon humain a, à un moment donné, choisi dhabiter. Littéralement, le pays reste fracturé, couvert des stigmates de la Bête, le dieu-au-cul-de-chèvre que fut, ici, le racisme dÉtat, et dont on peut encore voir leffigie dans le paysage, dans larchitecture, dans la manière dont les villes sont construites, les noms des rues et des avenues, les statues, les manières de parler des uns et des autres, limpossibilité pour les uns et pour les autres de voir en le tiers le visage du semblable, ou simplement dimaginer ce que cela peut vouloir dire davoir, quelque part, quelque chose en commun.


En dépit de taux de croissance économique élevés, lAfrique du Sud reste confrontée au phénomène corrosif quest la pauvreté de masse. Celle-ci touche en majorité les Noirs même si apparaissent de plus en plus, ici et là, des poches de « pauvres blancs ».&amp;nbsp; Plus grave encore, le pays est peuplé dune classe de gens totalement superflus qui, au regard des besoins actuels de léconomie et de ses transformations prévisibles, ne présentent aucun intérêt puisque, strictement parlant, ils ne sont simplement pas « exploitables », et encore moins producteurs de quelque valeur ajoutée que ce soit. Aujourdhui, etre « prolétaire » est un luxe que bien peu de gens peuvent soffrir.


Depuis 1994, le gouvernement a mis en place deux dispositifs extrêmement couteux dont le but est, non déradiquer la pauvreté en tant que tel, mais de la soulager. Il sagit dune part des subventions sociales pour les indigents (social grants) et dautre part dun mécanisme complexe daccès à des services sociaux  minimum tels que le logement. Mais ces mécanismes sont gangrenés par une corruption rampante à laquelle sajoute la rareté de cadres compétents.


Une véritable guerre sociale est en cours.&amp;nbsp; Chaque année, environ 18 000 personnes sont victimes daccidents de circulation.&amp;nbsp; À peu près  50 000 autres perdent leur vie, victimes de crimes de toutes sortes. Le chiffre annuel des morts relatifs à lépidémie de SIDA sélève à près de 100 000. Le crime est si rampant et si lourdement présent dans la vie de tous les jours que nimporte qui peut perdre sa vie nimporte quand, nimporte où et pour nimporte quelle raison. Il nexiste de sécurité pour personne, et la violence revêt des formes de plus en plus brutales, de plus en plus prédatrices et de plus en plus sadiques. Le sentiment démasculation est si fort chez la plupart des hommes que plus de 50 000 femmes et jeunes filles font lobjet, chaque année, de viols.


Plus que tout autre facteur, la criminalisation rampante de lordre social, ajoutée à une croissance exponentielle de la corruption, représente la menace la plus directe contre lordre politique sud-africain. Que la transition démocratique soit, pour lessentiel, bloquée ne fait quaggraver cette menace.&amp;nbsp; Depuis 1994, le système politique na guère fait lobjet dune profonde déracialisation. Il nexiste, en ce moment, aucune perspective dalternance. Bien que déchirée par des luttes intestines, lANC est, de facto, le parti hégémonique  ce qui accroit le risque de confusion entre lEtat et le parti. Progressivement, les intérêts objectifs de la nouvelle classe dirigeante et des classes moyennes noires se distinguent de ceux des classes subalternes  vivier à la disposition des forces populistes tentées par le mirage dun pouvoir  et dun « homme fort ».


Ceci dit, la violence contre les migrants dorigine africaine a fait lobjet dune condamnation sans appel de lensemble de la société sud-africaine. Dores et déjà sorganise, dans les universités, parmi les intellectuels et au sein de multiples associations civiques, sesquisse un contre-mouvement. Ce dernier cherche  à réaffirmer la vocation panafricaine de lAfrique du Sud, son ancrage au reste du Continent et son attachement aux valeurs dhospitalité sans lesquelles la victoire contre lapartheid perdrait de son universalité. Plus quaucun autre pays, lAfrique du Sud a largement contribué, au cours des dix dernières années, à la consolidation des institutions interafricaines, à la résolution des conflits dans bien des pays, et à la consolidation dun agenda et dune politique africaine des relations internationales. La présence économique de lAfrique du Sud dans le reste du Continent est considérable même si cette présence  relève souvent du mercantilisme pur et simple. Pour lheure, le pays représente toujours lunique chance qua le Continent de se tenir debout par lui-même.


Achille Mbembe</description> 
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      <title>“AIMEZ SES AIRS !”  Texte d’Eugène Ebodé (photo)</title>
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      <description>Nous avons aimé, Césaire, tes vers à la puissance de flamme. Nous avons récité tes harangues perce-murailles, et nous avons psalmodié tes incantations comme on reprend des prières-souffle pour pulvériser les réducteurs de civilisation. Ils étaient nombreux et il en reste encore, ceux qui nuisent à la ronde universelle, à lappétit universel. Mais ils se faisaient petits malgré la rage qui empourprait leurs bajoues et dégoulinait en eux comme du jus de rancur. Ils savaient se  déguiser en bonificateurs, ces hommes aux ferments de haine et aux mâchoires en fer rongeant nos os dans le minuit de nos silences. Né en Martinique, tu vins à Paris en conquistador et tu filas en Croatie où tu composas lhymne au soleil jadis coupé et désormais au cou redressé. Avec les surréalistes,  tu as su ferrailler contre la multitude-canaille pour réveiller les peuples résignés, assommés, encrassés, et fourbus. 


Comment survivre aux avalanches et aux dénigrements ? Il fut dabord question de langage, car il ne saurait y avoir de libération sans mot dordre. Cest celui qui rassemble, celui qui élève, celui qui redresse ce qui était plié et qui plie ce qui horripilait. Avec Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas et Alioune Diop, le lancement de la fusée indocile, baptisée Négritude, pris son envol au cur du quartier latin à Paris. Et le temps suspendu au rabaissement des Noirs et au rabougrissement de leur condition changea. Mais gardons-nous de toute myopie et de tout sentimentalisme. Les Antilles ont-elles recouvré une autonomie de décision ? LAfrique a-t-elle repris son destin en main ? Lhomme sest-il changé de panthère en agneau ? LOccident a-t-il compris que la terre tourne autour du soleil ? 


Mais luvre césairienne ne souffre aucune contestation. Ceux qui faisaient mine de vouloir tuer le père dans lespoir dadvenir et dêtre mieux cajolés par les régisseurs du sur-place se sont empressés de baiser les pieds du gisant ou de courir ventre à terre en Martinique pour porter la bière. Muets ou paltoquets hier, les voici déguisés en palombes encombrant le ciel de leurs éloges marmonnés ou sincères. Rituel. Césaire, sils apprécient enfin tes airs et louent ton chant, alléluia ! 

Gageons que la mémoire gommeuse, malgré sa capacité à nuire et à jeter à loubli ce qui appartient à la lumière, fléchira devant le phare resté allumé à Fort-de-France. Nul noubliera que Césaire fut dun bloc et ses vérités proclamées à tous.


Aux racistes perclus de préjuges comme on peut lêtre de rhumatismes, tu hurlas ta gigantesque indignation en expédiant au diable les « gueules de flic et les gueules de vache, les larbins de lordre et les hannetons de lespérance. »  Plus sévère encore, tu te tournas vers les Noirs et, sous le masque du roi Christophe, tu lanças : « Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres. »

 

A ceux des Afro-américains qui revendiquaient une appartenance exclusive à lAmérique, dans laquelle ils étaient pourtant

marginalisés, tu leur crias en 1956 à la Sorbonne : « En Amérique, mes frères, vous y vivez une situation de type coloniale ». Richard Wright prit la mouche mais Joséphine Baker approuva. Pablo Picasso approuva. René Depestre approuva. Cheikh Anta Diop approuva. Du Bois, confiné en Amérique, approuva avant démigrer au Ghana et dy mourir, en 1963, en Ghanéen. 

Césaire, fanion de la rouspétance universelle, poète essentiel, toi, exceptionnel compositeur des harmoniques, tu parvins, à cheval sur deux siècles, à parler pour la postérité. Lancé dans un combat de tous les instants contre linjustice, les discriminations et les entreprises de relégations sociales, de relégation civique, de relégation poétique, tu fus un homme

politique tout aussi capital pour la Caraïbe et pour son chapelet dîles gorgées de soupirs que pour lAfrique. 


Tu as donc tenu dune main ferme le gouvernail des insulaires tout en les arrimant au continent principiel : LAfrique. Une phrase le signale comme un cri du cur : « A force de penser au Congo je suis devenu un Congo bruissant de forêts et de fleuves. » Ce salut à la patrie fondatrice de tous tes rugissements na pas été unanimement salué, mais il a accru ta vigilance civique, il a accentué ta raideur bienveillante, il a conforté ta prestance de vigie insubmersible devant les assauts des puissants. Cest par passion unique pour le continent premier que tu as fait tien  ce vers lumineux du poète Québécois Gaston Miron : “Moi, le Noir, moi le forcené magnifique”. 


Que dire au voyageur immobile ? Quil subsiste trop de malheurs coloniaux ou post-coloniaux quil convient encore de dénoncer. Admettons aussi que le message essentiel, réclamant légalité réelle entre les hommes et une présence africaine plus hardie dans le concert des nations, a été déçu. Cest labsence africaine qui brille de mille feux obscènes et déplorables. Nous savons donc, au regard des situations lamentables qui nous épouvantent et qui défient le bon sens en Afrique et dans le vaste monde, que longue est la route pour la dignité des peuples et pour leur juste gouvernabilité. Mais elle est plus encore belle luvre dinsubordination maximale et de salut planétaire réalisée par Césaire. 


Colosse de la Martinique, ô colosse débène, il fallait bien que tu te retires un jour. La compagnie des pleutres, abonnée aux accommodements avec le risible et le renoncement, applaudit et se sent soulagée. Elle aurait tort de se réjouir si vite, car tu nous laisses un sublime héritage. Il  comprend Le Cahier, ce monument offert aux peuples afin quils puissent le noircir de nouveaux Discours, y écrire de rageuses Lettres à Maurice, à Omar ou à Paul afin que se fabriquent encore des Armes miraculeuses pour lesprit, pour le progrès et pour une véritable Saison de paix et de prospérité équitablement répartie. Alors, Les chiens se tairont et viendra la fin de La tragédie au Congo et ailleurs. Alors, il y aura sur toutes les lèvres ce « Moi Luminaire » en hommage à celui qui restera comme une laminaire. Chargé de guérir lhomme qui souffre de ses maladies réelles ou imaginaires, il fut un prince des métamorphoses et un esthète de la métempsycose. 

Homme-cadence, être-mystère, Bantou solaire, ô toi Césaire !… 


Il mest arrivé une drôle daventure aujourdhui ! En roulant vers Nîmes, je suis entré dans un village inondé de soleil, près des quartiers ouest de la ville sapprêtant à fêter les taureaux et les toreros. Ô surprise, ce village a pour nom Saint-Césaire. Dans le département du Gard, un humain inconsolé, un homme-feu, un homme-sang, un homme aux rouges couleurs de Tamatave, de Yaoundé ou de Bafoussam, a son nom écrit en lettres de sainteté dans le cur reconnaissant des vivants. Dans le Gard, je vous dis ! Accourez, hommes et femmes, en ce lieu qui a vu un et qui a cru en un homme invaincu.


Il ne nous reste donc plus quà louer Césaire, me suis-je dit en reprenant la route, et à aimer ses airs pour garder en bouche les sifflotements indispensables aux oreilles des humains. Ave Césaire ! Ave compositeur magistral ! Ave pour ses airs immortels !


Eugène Ebodé</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2008-05-20T03:35:00+01:00</dc:date>
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    <item>
      <title>Hillary Clinton doit-elle jeter léponge ?</title>
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      <description>La soirée du mardi 6 mai a été un calvaire pour Clinton même si celle-ci à remporté dun cheveu lEtat dIndiana (51% contre 49%). Mais elle est toujours derrière Obama quant au nombre des délégués, quant au vote populaire et actuellement les fameux « Super Délégués » rallient peu à peu Obama. Mathématiquement il est donc impossible que Clinton rattrape son adversaire  il ne reste plus que quelques Etats, le système de la proportionnelle fait que même si Clinton les gagne tous, elle naura jamais assez de délégués pour remonter son déficit qui se creuse de jour en jour.


 Obama a remporté la Caroline du Nord, une victoire écrasante qui la poussé à délivrer dans la même soirée un de ses discours les plus pathétiques  il a parlé de son père, du rêve américain, de linertie des institutions qui estiment que la route est trop longue, et cest ainsi quelles ont pendant longtemps découragé tout effort de redressement. Il a rappelé à lintention de ceux qui ne votent pas pour lui que même sils sont différents de lui, même si les routes ne sont pas les mêmes, lEspoir est toutefois la préoccupation, et cet espoir est le même pour tout Américain. Ce discours brillant, éloquent, structuré tranchait considérablement avec lintervention morne dune Clinton affectée sensiblement par la tournure des événements. Or elle a décidé de poursuivre le combat et demande le soutien financier des électeurs par le biais du web pendant quObama sattèle maintenant à torpiller John McCain. 


A ce stade lobstination de Clinton est suicidaire pour le parti des Démocrates. Hillary devrait jeter léponge, rallier Obama afin que le Parti narrive pas en mille morceaux lors des élections générales en novembre prochain - John McCain attend… Or on rapporte que le clan Clinton naccepte jamais une défaite. Mais souvent certaines décisions  le retrait de sa candidature par exemple et le ralliement  peuvent ne plus être interprétées comme une défaite mais une victoire, une grandeur d’esprit. A condition, bien entendu, de se décider à temps et non devant le ridicule d’une situation qui vous met les pieds au mur. Une chose est certaine, disons-le maintenant : Barack Obama sera le prochain candidat des Démocrates à lélection présidentielle américaine. Tout le monde le sait. Y compris, j’en suis convaincu, le clan Clinton. 


Et comme on dit chez moi, « Cest quoi quon attend maintenant donc alors ? »</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2008-05-07T17:17:00+01:00</dc:date>
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      <title>Zimbabwe : le cynisme des nations. Un article d’Achille MBEMBE</title>
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      <description>Il nest pas certain que lextrême personnalisation du conflit et la diabolisation de lun des principaux protagonistes -  Robert Mugabe (photo) en loccurrence - aient aidé en quoi que ce soit à clarifier les enjeux de la lutte sociale et  politique en cours au Zimbabwe.&amp;nbsp; 


Hystérie et hypocrisie


Dune part, en faisant de cet autocrate un monstre absolu et le parangon de lirrationalité, on se prive des moyens dexpliquer comment, pendant les quinze premières années de son règne, il est parvenu à bâtir un pays relativement moderne, doté dinfrastructures viables et dune économie sans doute insuffisamment diversifiée, mais à plusieurs égards productive. 


On fait également limpasse sur le fait quau cours de cette période, il a assuré à une bonne partie de ses citoyens un minimum de sécurité sociale. Au passage, le Zimbabwe a enregistré dimportants progrès en matière de scolarisation et de santé, fructifiant ainsi son capital humain et portant celui-ci à des niveaux que navait jamais atteint le régime colonial. 


Dautre part, en faisant comme si Mugabe était à lui tout seul la cause de tous les malheurs du Zimbabwe, on oublie que jusquà la fin des années 1990, son pouvoir reposait sur une base sociale relativement élargie. Il bénéficiait en effet du soutien actif de groupes dintérêt et dune caste passablement bien organisée, bien représentée au sein de lappareil dÉtat, de larmée, de la bureaucratie et dans les entreprises en particulier, et profondément enracinée dans la société. 


Contrôlé par le parti dominant (ZANU-PF), lÉtat décidait des avantages et des exemptions, accordait des faveurs, distribuait des subsides et garantissait la transmission des avantages acquis. En contrepartie des possibilités dascension sociale, de mobilité professionnelle et daccumulation des richesses, cette constellation dintérêts toléra plus ou moins, au cours de la même période, un modèle dassujettissement fait de répression policière, de paternalisme et daccommodement négocié.


Auréolé de la légitimité forgée au cours de la lutte contre le régime raciste et minoritaire de Ian Smith, Mugabe était parvenu par ailleurs à instiller au sein de la population zimbabwéenne une sensibilité et une fierté patriotique, nationaliste et anticolonialiste. Les affiliations partisanes nonobstant, cette sensibilité  fait désormais partie intégrante de la culture politique de ce pays et contribue à en façonner lidentité sur la longue durée. 


Par assentiment, par peur ou par habitude, la contrainte avait été peu à peu internalisée même si la dissidence en tant que telle navait jamais été totalement étouffée.&amp;nbsp; Dans les zones rurales, léthos du pouvoir était plus ou moins partagé par la population, et la répression, virtuelle, occasionnelle ou récurrente, nexplique pas à elle seule les formes dadhésion culturelle dont bénéficia ce projet de domination. 


Du reste, cest la combinaison de ces facteurs qui explique quaprès 28 ans au pouvoir et malgré la défection de certains de ses soutiens historiques (syndicats, classes moyennes désormais appauvries, jeunes sans emploi des bidonvilles et cadres frappés par la clochardisation), Mugabe commande encore aujourdhui près de 43%  des suffrages, soit un peu moins de la moitié de la population en âge de voter. 


Le mélange dhystérie et dhypocrisie qui, à lintérieur et hors du Continent accompagne la tourmente en cours ne contribue quà obscurcir davantage encore ce qui, neut été lampleur des souffrances inutiles endurées par la population et notamment par les plus démunis, ne serait quune banale crise dune dictature essoufflée, dont la perversité na dégale que la sénilité. Après tout,  la manière dont Mugabe aura colonisé la société zimbabwéenne et exercé le pouvoir depuis 1981 est loin dêtre unique dans les annales des satrapies africaines. 


Si lon écarte les massacres perpétrés dans le Matabeleland au début des années 1980 et qui, de lavis de nombreux observateurs, vaudraient sans doute un passage devant le Tribunal Pénal de la Haye, il est responsable de bien moins de morts que de nombreux autres tyrans africains.&amp;nbsp; Après tout, les coresponsables du génocide au Rwanda et les seigneurs des guerres dAngola, du Mozambique, du Darfour, dÉthiopie et dÉrythrée, du Burundi, dOuganda, de lEst du Congo Démocratique, de la Sierra Leone ou de la Somalie  portent bien sur leurs têtes  - calcul macabre sil en était - au minimum deux ou trois bons millions de victimes directes et indirectes. La plupart jouissent pourtant dune totale impunité et les chances de les assigner un jour  en justice sont quasi-inexistantes.


Sur un autre plan, Mugabe nest pas le seul tyran sénile à vouloir, par tous les moyens, rester au pouvoir jusquà sa mort. Quil sagisse de Paul Biya (Cameroun), Omar Bongo (Gabon), Idriss Deby (Tchad), Eduardo dos Santos (Angola), Denis Sassou Nguesso (Congo), Lansana Conté (Guinée), Ben Ali (Tunisie),  Yahya Jammeh (Gambie), Hosni Mubarak (Égypte), Muammar Gaddaffi (Lybie), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Yoweri Museveni (Ouganda), Meles Zenawi (Éthiopie), Paul Kagame (Rwanda) ou Teodoro Obiang Nguema (Guinée Équatoriale), la durée au pouvoir de nombreux autocrates africains  varie entre 20 et 40 ans. La possibilité de renverser par la voie électorale les régimes établis nexistant pratiquement pas,  seule la mort du despote sous sa forme naturelle (maladie) ou criminelle (meurtre, assassinat) est susceptible de mettre un terme (et encore) à la tyrannie.


Finalement, en matière de « bonne gouvernance », le Zimbabwe  nest pas le seul pays africain à avoir fait lexpérience de fraudes électorales. Dans la plupart des pays francophones par exemple, la corruption électorale et la brutalité politique constituent, depuis lépoque coloniale, des rouages essentiels du maintien au pouvoir. Par ailleurs, en dépit de la confiscation de propriétés redistribuées ensuite aux hommes de main du régime, la fortune personnelle de Mugabe est de très loin inférieure au butin amassé des décennies durant par  les kleptocrates du Kenya, du Nigéria, du Gabon, de Guinée ou du Cameroun où la privatisation des ressources publiques, la prédation et la vénalité constituent des modes à part entière de gouvernement.


Misères du nationalisme anticolonial


Comment se fait-il donc que dans un continent généralement livré au cynisme et à la perversité, cet ancien héros de lindépendance, symbole dune certaine idée de lémancipation africaine, soit tombé si facilement dans la trappe du mépris et de lopprobre et ait été si prestement désigné pour servir de bouc émissaire aux turpitudes de tous, Africains et non-Africains, alors que ses agissements relèvent de ce qui, ici, a fini par tenir lieu de norme ?&amp;nbsp; 


Aux yeux de nombreux Africains, lexplication tient en un mot. Mugabe est mis à lindex parce quil aurait attenté à la propriété des fermiers blancs. Se serait-il limité à brutaliser ses congénères noirs que ses agissements nauraient  suscité aucun cri de haine de la part de ceux qui, aujourdhui, veulent sa tête sur le plateau dargent des droits de lhomme et de la démocratie.


Mais lon peut également faire valoir que par-delà lhypocrisie et le cynisme des nations,  la raison principale de son échec tient à la faillite politique et morale dune certaine idée de lémancipation africaine héritée des nationalismes anticoloniaux de laprès-guerre. 


La présence de fortes minorités blanches a marqué dune empreinte singulière lexpression des nationalismes africains en Afrique australe. Dans cette sous-région caractérisée dès le XVIIIème siècle par limplantation de colonies de peuplement, des États racistes avaient été  mis en place dans la foulée de la conquête européenne. Dans la mise en uvre de cette politique des races, ces États avaient érigé la ségrégation, la cruauté et lexpropriation économique des Africains en autant déléments décisifs de leurs modes de gouvernement. Pendant longtemps, lAfrique du Sud constitua lemblème paroxystique de cette perversité. 

  

Or, de lidéologie coloniale et raciste, les nationalismes africains ont repris, sur un mode mimétique, deux éléments centraux. 


Dune part, ils ont adhéré à lidée alors répandue au long du XIXème siècle selon laquelle la colonisation fut un processus de conquête, dasservissement et de « civilisation » dune race par une autre. Au demeurant, la plupart des mouvements armés luttant pour lindépendance de lAfrique ont internalisé  la fable selon laquelle lhistoire elle-même se ramènerait à un affrontement des races. Dans cette lutte pour la vie, les conflits de race ne se superposeraient pas seulement aux conflits de classe. La race serait la matrice des rapports de classe et, à ce titre, le moteur de la guerre sociale.


Lidéologie de la suprématie blanche (dont les nationalismes africains étaient la réponse) partait exactement du même postulat. Au sein des États racistes de lAfrique australe, les indigènes nétaient pas des citoyens. Ils étaient des sujets raciaux considérés comme des ennemis tant quils ne se soumettaient pas sans conditions à un ordre politique gouverné par la violence. Politique et violence formaient, dans tous les cas, un seul et même faisceau, une distinction étant cependant établie entre la violence supposée pure des mouvements de résistance et la violence jugée immorale des colonisateurs.


Dans le même esprit, les mouvements armés anticoloniaux considéraient que lennemi était toujours, par principe, dune autre race. Lémancipation consistait, quant à elle, à purifier constamment la société de cette autre race, de préférence en inversant radicalement les rapports de propriété et en restituant aux Africains tout ce quils perdirent au moment de laffrontement initial (terres, traditions, dignité).


Le deuxième élément que les nationalismes africains empruntèrent à lidéologie coloniale avait trait à lidentification de la politique et de la guerre. Là où cette conflation de la politique et de la guerre fut poussée jusquau bout comme ce fut le cas en Angola et dans une moindre mesure au Mozambique, la conséquence fut la défaite militaire des colons blancs, leur  départ massif et laccaparement de leurs biens par les nouveaux régimes, linstauration dÉtats nègres, lavènement dune nouvelle classe dominante suivi dune guerre civile prolongée et opposant cette fois-ci les Noirs entre eux.


Dans les cas où en dépit de la lutte armée, les conditions dune victoire militaire nette ne furent jamais réunies, les mouvements de libération utilisèrent la violence en tant quélément complémentaire dune stratégie de négociation et de compromis foncièrement politique. Au terme de tels compromis, ces États se sont retrouvés avec de substantielles minorités blanches. Défaites sur le plan politique, ces minorités ont néanmoins conservé lessentiel de leurs biens après la décolonisation. Dans nombre de cas, ces minorités raciales continuent dexercer une hégémonie culturelle sur la société. Il en est ainsi de lAfrique du Sud et, dans une bien moindre mesure, de la Namibie et du Zimbabwe.&amp;nbsp; 


Déracialisation de la propriété 


Déracialiser le pouvoir et la propriété au bénéfice des Africains, tel a donc toujours été le moteur des nationalismes anticoloniaux en Afrique australe. En dépit des compromis passés au moment de la transition des « pouvoir pales » aux « pouvoirs nègres», lidée dun renversement radical des rapports coloniaux de pouvoir et des rapports de propriété a continué de hanter limaginaire politique de ces pays longtemps après les indépendances.&amp;nbsp;  


Cest ce qui est arrivé au Zimbabwe lorsque, sur fonds de crise économique au début du XXIème siècle, lancien mouvement de libération a été obligé de faire face à une opposition interne et structurée. 


Afin détouffer cette opposition, le régime au pouvoir a alors fait main basse sur lextraordinaire gisement symbolique qua toujours représenté, dans la société et la culture, le rêve de déracialisation de la propriété. En même temps, il a réactivé la ressource imaginaire que fut, au moment de la mobilisation anticoloniale, la lutte des races. Mais cette fois-ci, la race en question est composée à la fois des fermiers blancs et de lopposition noire. 


Dans un bouillonnement brouillon qui navait rien de révolutionnaire, la lutte pour le maintien au pouvoir a été assimilée à la lutte anticoloniale. Sous le couvert dune réforme foncière menée dans une brutale improvisation, il a confisqué des fermes appartenant à des zimbabwéens blancs avant de les transférer à ses affidés, à la manière dun butin de guerre. 


Puis, faute darmer purement et simplement tous ses partisans, il sen est pris aux structures de léconomie dans le but dinstrumentaliser le désordre et le chaos. Il en a résulté une dégradation dramatique des conditions matérielles des populations et une paupérisation généralisée que les problèmes de ravitaillement, la dévaluation vertigineuse de la monnaie, le recours aux réquisitions et au contrôle des prix et des salaires nont fait quaccélérer. La quasi-confiscation des élections ne constitue quun épisode de plus de ce long processus. 


Sortir de lindigénisme


Quil sagisse de la colonisation ou de lapartheid, lexpérience des « pouvoirs blancs » en Afrique a été désastreuse. Quil en ait été ainsi sexplique largement par le fait que ces pouvoirs étaient mus par la logique des races et lesprit de violence qui en était le corollaire. 


Dans leur forme comme dans leur contenu, les nationalismes africains se sont malheureusement contentés de récupérer à leur profit et dans un geste purement mimétique et cette politique des races, et son esprit de  violence. Au lieu dembrasser la démocratie, ils ont mis cette logique et cet esprit au service dun projet de perpétuation de leur propre pouvoir. Cest ce projet dun pouvoir sans autre justification que lui-même qui, aujourdhui, rencontre ses limites au Zimbabwe et ailleurs sur le Continent.


Dans la crise au Zimbabwe se jouent par conséquent deux ou trois questions décisives pour lavenir de lAfrique. Dune part, si le rêve démancipation africaine na été que lenvers mimétique de la politique et de la violence de la race mise en branle par la colonisation, alors il est temps dimaginer une sortie du nationalisme qui ouvre la voie à une conception afropolitaine et post-raciale de la citoyenneté, faute de quoi les Africains dorigine européenne nont aucun avenir en Afrique. 


Dautre part, les Africains dorigine européenne nauront davenir en Afrique que si lon procède effectivement à une déracialisation et une mutualisation de la propriété. Déracialiser la propriété ne signifie pas  expropriation pure et simple des blancs, mais investissements multiformes en vue de la fructification de lensemble du capital humain disponible. Or, cette fructification de lensemble du capital humain disponible nest guère possible dans un contexte de tyrannie. Doù linconditionnelle nécessité dun véritable passage à la démocratie. Tel étant le cas, Mugabe  et tous les autres - doivent partir. Mais qui peut jurer aujourdhui que leurs successeurs feront nécessairement mieux ?


Achille MBEMBE</description> 
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