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	<title>The Monbusho Diaries</title>
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	<description>L'expérience d'un étudiant français installé à Tokyo depuis deux ans. Un blog où il est surtout question de (a) comment obtenir une bourse Monbusho, (b) les gloires et déboires du système universitaire japonais et (c) de petits extras sur le Japon</description>
	<pubDate>Tue, 16 Sep 2008 18:07:10 +0000</pubDate>
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		<title>Les aventures d’un candidat Monbusho, Episode 4 - Recommandation Directe par l&#8217;Université</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Sep 2008 18:05:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Voici un post dont le contenu est garanti 100% introuvable sur le web : comment obtenir une daigaku suisen, ou recommandation directe par l'université japonaise. Cette option est mentionnée dans toutes les pages officielles de description de la bourse Monbusho... mentionnée, mais jamais expliquée.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="Hitotsubashi_library.jpeg" src="/wp-content/uploads/Hitotsubashi_library.jpeg" border="0" alt="Hitotsubashi_library.jpeg" width="400" height="285" align="middle" /></p>
<p>Nous sommes mi-septembre et mon précédent billet remonte à fin Mai, ce qui est un véritable crime contre le blog. Je suis confus. Pour me rattraper voici un nouvel épisode dont le contenu est garanti 100% introuvable sur le web : comment obtenir une <em>daigaku suisen</em>, ou recommandation directe par l&#8217;université japonaise. Cette option est mentionnée dans toutes les pages officielles de description de la bourse Monbusho&#8230; mentionnée, mais jamais expliquée.</p>
<p>Comme vous le savez, le gouvernement japonais propose les bourses Monbusho dans le monde entier. Chaque année, des milliers d&#8217;étudiants sont concernés. Pour chaque pays, un quota est défini qui correspond au nombre maximum d&#8217;étudiants à qui l&#8217;Ambassade du Japon peut octroyer la bourse. Selon le pays, sa situation économique et sociale et l&#8217;état de ses relations avec le Japon, le nombre de candidats peut varier grandement. Dans un pays en développement qui n&#8217;a que de faibles liens historiques et culturels avec le Japon, seuls certains étudiants des établissements d&#8217;élite candidatent, ceux qui sont les mieux informés, et ceux qui sont assez motivés pour poursuivre leurs études dans un pays dont ils ignorent tout de la culture. Par exemple, il n&#8217;y a pas énormément de candidats en Ouzbékistan. Je prends cet exemple parce qu&#8217;il se trouve que le Japon donne beaucoup de bourse à l&#8217;Oubékistan. Le Japon a un intéret stratégique à s&#8217;attacher les loyautés de ressortissants des pays qui peuvent l&#8217;aider à contrôler ses approvisionnements en énergie, et l&#8217;Ouzbékistan est de ceux-là. Dans mon université, le hasard veut que nous soyons en moyenne deux à trois Français pour une dizaine d&#8217;Ouzbèques&#8230;</p>
<p>La bourse Monbusho peut être vue en effet comme un outil éminemment politique, par le biais duquel le gouvernement sponsorise des jeunes à potentiel, en misant sur la fraction d&#8217;entre eux qui, utilisant l&#8217;acquis de leur séjour au Japon, orientent leur carrière de manière à coopérer économiquement ou culturellement avec le pays qui les a accueillis et a contribué à leur formation. Mieux qu&#8217;un VIE, mieux qu&#8217;une expatriation par le biais d&#8217;une grande entreprise, mieux que d&#8217;enseigner l&#8217;anglais chez NOVA et peut-être mieux que de partir avec un visa vacances-travail et voir ce qui se présente, la bourse Monbusho allie (a) le financement du coût de la vie et (b) le temps disponible pour acquérir les compétences linguistiques et culturelles qui permettent de s&#8217;intégrer professionnellement dans la société japonaise. Si l&#8217;on bosse sérieusement pendant le temps que dure la bourse, on obtient un ensemble de soft skills assez rare, et dont l&#8217;utilité sociale et économique potentielle est grande : on est capable de collaborer - avec plus ou moins de réussite - avec des Japonais en japonais, tout en étant protégé par la <em>social proof </em>que représente le diplôme d&#8217;une université japonaise. L&#8217;ancien Monbusho a le potentiel de devenir un excellent médiateur entre le Japon et son pays d&#8217;origine. Je ne dis pas que c&#8217;est facile mais clairement, le potentiel est là. En ce sens, la bourse Monbusho est un pour le gouvernement japonais un important outil diplomatique et économique.</p>
<p>Mais revenons à notre sujet : les quotas par pays. La situation en France est bien différente de celle en Ouzbékistan. La France est un pays ami du Japon de longue date, avec lequel les relations économiques et diplomatiques ont été établies et confirmées il y a bien longtemps. Un pays également où le japonais est plutôt bien enseigné, où le succès de la culture populaire japonaise motive de nombreux jeunes à apprendre la langue par eux-mêmes. L&#8217;attrait réciproque et la coopération entre nos deux pays sont considéres comme un vieil acquis. Comment ce contexte se traduit-il pour le candidat français à la bourse Monbusho ?</p>
<p>C&#8217;est simple. Par rapport à, mettons, l&#8217;Ouzbékistan - bon, je crois que j&#8217;ai assez écrit le mot &#8220;Ouzbékistan&#8221; pour aujourd&#8217;hui -, on a beaucoup plus de demandeurs pour un nombre limité de bourses : les candidats français sont nombreux à se battre pour chaque place disponible. En France, il y a beaucoup de déçus de la bourse Monbusho. Ils en ont rêvé, ils se sont battus pour y parvenir, mais doivent en définitive voir la vérité en face : cette bourse, ce sera pas pour eux.</p>
<p>Théoriquement, après l&#8217;échec de ma première candidature, narré en détail dans l&#8217;<a href="http://monbushodiaries.fr/2008/05/23/les-aventures-dun-candidat-monbusho-episode-3-interview-a-lambassade/">épisode précédent</a>, je me trouvais dans cette situation. C&#8217;était d&#8217;autant plus rageant qu&#8217;à la sortie de mon école de commerce, j&#8217;avais refusé une offre alléchante de l&#8217;éditeur de jeux vidéo EA, un programme de training sur deux ans qui laissait présager de belles évolutions de carrière. J&#8217;avais refusé l&#8217;offre pour la seule et unique raison que cela impliquait de faire une croix définitive sur mon vieux rêve de vivre au Japon. J&#8217;avais refusé de signer le contrat qu&#8217;on me présentait en prenant le pari que je réussirais à obtenir la bourse Monbusho l&#8217;année suivante. C&#8217;était vraiment le choix du coeur. Et voilà que l&#8217;ambassade m&#8217;annonçait que la bourse était probablement hors de ma portée si je ne parlais pas japonais.</p>
<p>J&#8217;étais donc, vous me pardonnerez l&#8217;expression, dans la merde. Un peu abattu. J&#8217;avais joué, j&#8217;avais perdu. Du moins c&#8217;est ce que je croyais jusqu&#8217;à ce que mon superviseur potentiel mentionne dans un mail qu&#8217;il me restait toujours la possibilité d&#8217;obtenir la <em>daigaku suisen</em>.</p>
<p>Les informations sont rares concernant cette procédure mais le principe est simple : il s&#8217;agit d&#8217;obtenir une bourse Monbusho sans passer par l&#8217;intermédiaire de l&#8217;Ambassade. Les universités japonaises ont semble-t-il le droit de recommander quelques étudiants chaque année au ministère de l&#8217;éducation japonais. L&#8217;année où j&#8217;ai obtenu la bourse, nous sommes deux à avoir intégré l&#8217;université par ce biais. Ce n&#8217;est pas beaucoup.</p>
<p>J&#8217;ignore si toutes les universités japonaises bénéficient de ce droit. Selon moi, plus l&#8217;université est nationale et plus elle est réputée, et plus il y a de chances qu&#8217;elle jouisse de certains privilèges auprès du ministère. Je vous recommande de lire un maximum sur le système éducatif japonais, et de retenir les noms des grandes universités afin de savoir où vous mettez les pieds. Dans mon cas, ce n&#8217;est que bien après l&#8217;admission que j&#8217;ai finalement réalisé que mon université était l&#8217;une des meilleures du pays dans ma spécialité, le management. Un coup de chance, mais mon approche était bien naïve.</p>
<p>Voici une liste des universités nationales japonaises, celles qui ont une certaine influence sur le ministère et sur lesquelles il faudrait donc a priori miser pour essayer d&#8217;obtenir une <em>daigaku suisen</em> :</p>
<p><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Japanese_national_universities">THE LISTE</a></p>
<p>Nous nous sommes donc mis d&#8217;accord avec mon superviseur sur le principe de ma candidature pour une daigaku suisen à Hitotsubashi. Mon professeur a alors lancé une procédure en interne qui a duré longtemps, très longtemps. J&#8217;ai passé environ six mois à échanger des mails avec le Japon. Dans chacun de mes messages, sans aucune exception, je m&#8217;arrangeais pour que mes divers interlocuteurs sentent qu&#8217;ils avaient affaire à un étudiant motivé à bloc.</p>
<p>Ma candidature s&#8217;est effectuée en deux étapes : (a) le screening avec l&#8217;assistante de mon professeur et l&#8217;administration de la faculté de commerce, et (b) une interview marathon avec plusieurs professeurs de cette même faculté.</p>
<p>(a) Screening:</p>
<p>J&#8217;utilise Gmail depuis de nombreuses années maintenant, et la fonction &#8220;conversations&#8221; est bien pratique pour identifier les correspondances particulièrement soutenues que l&#8217;on a pu avoir par le passé. Selon mon Gmail donc, j&#8217;ai eu une &#8220;conversation&#8221; de 45 messages, agrémentée de moultes pièces jointes, avec l&#8217;administration de la fac de commerce. En substance, il s&#8217;agissait de réenvoyer toutes les pièces du dossier Monbusho classique - celui de l&#8217;Ambassade -, plus quelques extras, le tout sous contrainte de temps avec une deadline qui approchait, et une administration aussi aimable avec moi que pointilleuse envers mes documents. J&#8217;ai tout réécrit deux ou trois fois, jusqu&#8217;à ce que la taille de telle ou telle police soit adaptée, jusqu&#8217;à ce que telle marge soit respectée. Ce fut fastidieux mais je n&#8217;allais pas faire la fine bouche. Je me suis sagement prêté à tous les caprices.</p>
<p><img title="Onuki.bmp" src="/wp-content/uploads/Onuki.bmp" border="0" alt="Onuki.bmp" width="800" height="19" align="middle" /></p>
<p>(b) Interview:</p>
<p>Une fois franchi le cap des formalités administratives, il fallait convaincre le corps professoral de la faculté de commerce que j&#8217;étais un cheval sur lequel ils pouvaient miser. Mon superviseur lui-même, qui m&#8217;avait donné son accord de principe et était naturellement bienveillant à mon égard, allait saisir cette occasion de tester ce que je valais réellement.</p>
<p>L&#8217;échange a duré une semaine, je travaillais à cette époque et j&#8217;ai donc passé une série de nuits blanches pour répondre dans les temps. Les questions étaient simples, mais dans un cadre académique, une réponse simple c&#8217;est comme une insulte. J&#8217;ai décidé que toutes mes réponses devraient être argumentées, développées, référencées. J&#8217;ai écrit chaque réponse comme un mini-rapport, souvent deux à trois pages Word, Arial taille 10, dans l&#8217;esprit des &#8220;notes de synthèse&#8221; des concours administratifs. Ce qui suit est un best of des questions qui m&#8217;ont été posées. Rien de vraiment difficile, mais ils ont quand même testé en profondeur la validité et le sérieux de ma démarche.</p>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">Dear Julien:</span></p>
<p><span style="color: #888888;">How are you? In order to make a personal interview for the admission, the faculty of commerce has selected three professors for you; Professors T, I and myself, Seiichiro Yonekura.</span></p>
<p><span style="color: #888888;">As each of three professors will give some questions through email, you have to respond to each of them through email. We are requested to carry out three session of the email interviews with you. You have to understand that all response you made will be openly examined and reported to the admission office.</span></p>
<p><span style="color: #888888;">As also we must finalize the report by February 23, we have to finish the interview within a week. So please reply our question as soon as possible.</span></p>
<p><span style="color: #888888;">My first question is as follows;</span></p>
<p><span style="color: #888888;">1) As you pointed out, certain Japanese mangas and animations were accepted and became popular in Europe and the US. Why do you think in spite of the big cultural difference between Japan and the Western world, those mangas and animations were accepted? Is this because of the skillful marketing strategy?</span></p></blockquote>
<p>Je ne sais plus si je l&#8217;ai mentionné par le passé, mais mon projet touchait au marketing des mangas - un &#8220;thème&#8221; que, avec le recul, je décrirais comme très cliché, peu légitime, un peu amateur, bref plutôt dangereux face à un public académique. Les professeurs eux-mêmes, comme vous pouvez le constater, ont été gentils et m&#8217;ont posé des questions au moins aussi &#8220;cliché&#8221; que ne l&#8217;était mon projet initial. Tout allait donc dépendre du niveau de réflexion de mes réponses. Plus encore que de la validité de ce sujet particulier - il a d&#8217;ailleurs grandement évolué par la suite, c&#8217;est toujours pareil avec un projet de recherche -, je devais les persuader de mon potentiel académique en général. Le sujet n&#8217;était qu&#8217;un prétexte.</p>
<p>Les trois professeurs m&#8217;ont posé des questions à tour de rôle. Morceaux choisis, une semaine résumée en quelques lignes :</p>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">T-1)  Please specify your plan to learn Japanese language from this April.<br />
・At which institution will you learn?<br />
・How much time are you going to devote to the learning per week?<br />
・What is your target level for the next six months?<br />
・Is that level high enough for you to carry out research in Japan?</span></p></blockquote>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">I-1) Your research plan seems to focus on marketing. Why do you focus on<br />
marketing ? The research and analysis of other functions of manga<br />
publishers is needless ?</span></p></blockquote>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">T-2) What do you think is the reason why no serious marketing research has ever been made about Japanese manga publishing in Western management literature? What value can you add essentially to Western management literature by your planned research?</span></p></blockquote>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">I-2) How do you analyze the Japanese manga publishers ? You focus on the differences among them, or focus on the similarities among them ?</span></p></blockquote>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">Y-2) How do you evaluate the Japanese soft power in Europe? I mean how do you think of the future potential of the Japanese cultural influence and acceptance, ie., Japanese pop music, fashion, movie, literature as well as manga, video games and animation.</span></p></blockquote>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">I-3) I understand that you capture the present condition(s) of Japan&#8217;s manga industry and market for the basis of your research in Japan. But I think the historical point of view is need to understand more deeply Japan&#8217;s manga industry. In other words, the process of the manga publishers  start-ups, grown-ups, and building up their strategies, organizations, and competitive edges need to be understood. How do you think the importance of the historical point of view ? If this point of view is important, how would you research and analyze Japan&#8217;s manga industry from the historical point of view ?</span></p></blockquote>
<blockquote>
<div><span style="color: #888888;">T-3)　What do you think of some negative influence which Japanese manga has on French culture?</span></div>
<div></div>
</blockquote>
<p>Je répondais de mon mieux mais ne recevais aucun feedback. Aucun signe qui pourrait m&#8217;indiquer s&#8217;ils étaient satisfaits de la tournure que prenait l&#8217;interview. Jusqu&#8217;à la dernière question de mon professeur :</p>
<blockquote>
<div><span style="color: #888888;">Y-3) Your analysis on the market penetration of the Japanese animation was very persuasive and logical. I like the way you see the things going on and I agree that it is not necessary for Japan to export all her mass culture and products. The last question I would like to ask you is, what is your concrete study plan when you were accepted as an exchange student here in Hitotsubashi.</span></div>
</blockquote>
<p>Pas besoin de vous faire un dessin. C&#8217;était encourageant. J&#8217;ai répondu à ce mail le 22 février 2006. La longue attente monbushiste a alors commencé. La faculté de commerce allait demander à l&#8217;administration de l&#8217;université de plaider ma cause auprès du ministère. Je les avais convaincus. Restait à savoir si le ministère allait accéder à notre requête. Personne à Hitotsubashi n&#8217;était capable de prédire la réponse. Pile ? Ou face ?</p>
<p>Quatre mois plus tard, le 30 Juin 2006, quelques minutes à peine avant de discuter sérieusement avec mon chef du renouvellement de mon contrat et de mon avenir dans la boîte, je reçois cet email de mon superviseur:</p>
<blockquote>
<div><span style="color: #888888;">Julien:</span><span style="color: #888888;">You made it. The ministry of Education and Hitotsubashi University finally decided to accept you. But as a formal acceptance letter will be delivered to you by the middle of July, you have to wait your formal celebration until then.</span></div>
</blockquote>
<p>Mon coeur battait vite et fort. J&#8217;étais heureux. Le &#8220;you made it&#8221;, mes amis, je ne l&#8217;oublierai jamais&#8230; Il se fait tard, je vais rendre l&#8217;antenne. La suite dans un prochain billet. Good night, and good luck.</p>
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		<title>Les aventures d&#8217;un candidat Monbusho, Episode 3 - Interview à l&#8217;Ambassade</title>
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		<pubDate>Fri, 23 May 2008 15:54:02 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Une fois que vous avez envoyé votre candidature pour la bourse Monbusho, et si celle-ci retient l'attention du comité de sélection à l'Ambassade, à quoi faut-il vous attendre ? Ce billet vous aidera à comprendre en quoi consiste l'étape des entretiens.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="GTO.jpg" src="/wp-content/uploads/GTO.jpg" border="0" alt="GTO.jpg" width="350" height="244" align="texttop" /></p>
<p>Une fois que vous avez envoyé votre candidature pour la bourse Monbusho, et si celle-ci retient l&#8217;attention du comité de sélection à l&#8217;Ambassade, à quoi faut-il vous attendre ? Ce billet vous aidera à comprendre en quoi consiste l&#8217;étape des entretiens.</p>
<p>J&#8217;avais réussi dans le court laps de temps qui m&#8217;était imparti à assembler les différentes pièces du dossier. J&#8217;avais finalement trouvé un professeur. Un projet de recherche qui tenait à peu près la route - c&#8217;est ce que je croyais mais je me trompais, en fait il ne la tenait pas, la route. J&#8217;avais fait les examens de santé nécessaires, ce qui vu que je vivais en Allemagne à l&#8217;époque avait été l&#8217;occasion d&#8217;apprendre beaucoup de nouveaux mots très utiles tels que <em>Atembeschwerde</em> ou <em>Enzephalogramm</em> (oui, celui-là ressemble à sa version française).</p>
<p>Il me restait à m&#8217;assurer qu&#8217;il n&#8217;y avait aucune faute d&#8217;ortaugraphe, aucune pièce manquante, aucune  question mal comprise et à laquelle j&#8217;aurais répondu de travers. J&#8217;ai probablement vérifié une cinquantaine de fois le tout, d&#8217;autant plus prudent que je croyais savoir que la moindre petite imprécision sur un document administratif au Japon entraîne son annulation.</p>
<p>Hanté par cet énervante sensation d&#8217;oublier quelque chose d&#8217;important sans pouvoir mettre le doigt dessus, j&#8217;ai repoussé l&#8217;échéance fatidique de l&#8217;envoi de ma candidature jusqu&#8217;au jour de mon départ pour les îles <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Lofoten" target="_blank">Lofoten</a> en Norvège. Les îles Lofoten sont connues entre autres pour leurs morues séchées, le froid, et le petit village de Å (notez qu&#8217;ils en ont plusieurs en Norvège, des villages qui s&#8217;appellent Å). N&#8217;étant pas sûr qu&#8217;ils aient un service postal, j&#8217;ai pris la précaution d&#8217;envoyer ma lettre avant d&#8217;y arriver, depuis l&#8217;aéroport d&#8217;Oslo. Il me restait à peine une douzaine d&#8217;heures avant la deadline, mais heureusement un Saint-Exupéry norvégien m&#8217;a promis que mon courrier arriverait dans les temps.</p>
<p><img title="___i_Lofoten.jpg" src="/wp-content/uploads/___i_Lofoten.jpg" border="0" alt="___i_Lofoten.jpg" width="300" height="225" align="texttop" /></p>
<p>Après un ou deux mois, je ne vois rien venir de l&#8217;Ambassade. Rien, c&#8217;est-à-dire ni oui ni non. Mais étant de ceux qui estiment stratégiquement préférable d&#8217;attendre (raisonnablement) longtemps avant de se résoudre  à relancer son interlocuteur plutôt que d&#8217;être dans ses jambes à la première occasion au risque de passer pour quelqu&#8217;un de collant, j&#8217;ai pris mon mal en patience.</p>
<p>Jusqu&#8217;à ce que je juge le temps venu de m&#8217;enquérir de mon statut auprès de l&#8217;Ambassade. Normalement, si l&#8217;on attend trop longtemps, c&#8217;est que le résultat est négatif. On souhaite seulement la confirmation officielle de la mauvaise nouvelle, pour pouvoir proprement faire le deuil de ses projets. C&#8217;est dans cet état d&#8217;esprit que j&#8217;appelle l&#8217;Ambassade, mais la réponse de la secrétaire me désarme :</p>
<blockquote><p><span style="color: #888888;">- Ah monsieur Vig, dépêchez-vous, ils vous attendent !</span></p></blockquote>
<p>J&#8217;avais appelé au moment même ou mon interview commençait. Mais ça se passait à Paris et j&#8217;étais à Cologne. J&#8217;étais invité, le jury s&#8217;était réuni et j&#8217;étais en train de leur poser un beau lapin. Car voilà, le problème, c&#8217;est que je n&#8217;avais jamais vu l&#8217;invitation que la secrétaire a affirmé m&#8217;avoir elle-même envoyée.</p>
<p>Avez-vous déjà eu recours quand vous étiez plus jeune à cette excuse qui vous fait gentiment sourire maintenant que vous êtes adulte, cette excuse qui sonne comme un &#8220;nan mais en fait mon chat est mort hier donc j&#8217;ai pas entendu le réveil ce matin&#8221;, j&#8217;ai nommé, la fameuse &#8220;ah nan, j&#8217;ai pas reçu ta lettre, elle doit s&#8217;être perdue en route&#8221;. La Poste a pour principe de <a href="http://www.mylittlebuzz.com/?post/Colis-perdus-a-la-Poste-en-forte-augmentation-646" target="_blank">ne pas communiquer le pourcentage réel de pertes</a>, mais il est très faible quoi qu&#8217;il en soit. Les adultes anticipent cela et ont généralement du mal à faire confiance à quelqu&#8217;un qui jure qu&#8217;un courrier (important !) s&#8217;est &#8220;égaré&#8221;.</p>
<p>Dans mon cas, je devais convaincre l&#8217;Ambassade que je n&#8217;avais pas reçu le courrier, m&#8217;excuser indirectement de leur avoir posé un lapin et surtout&#8230; obtenir une seconde chance. Ah, j&#8217;oubliais, je devais aussi les convaincre que je n&#8217;avais pas non plus reçu les deux emails de relance qu&#8217;ils m&#8217;avaient envoyés. Croix de bois croix de fer, ceux-là non plus je ne les ai pas vus, je ne suis qu&#8217;une énième victime de cette maudite loi de Murphy.</p>
<p>Ca n&#8217;a pas été facile, mais ils se sont montrés compréhensifs. Après avoir convaincu mes interlocuteurs de ma bonne foi, et bien que les apparences aient été contre moi, je m&#8217;en suis sorti avec une invitation pour les examens écrits d&#8217;anglais et de japonais au 1er juillet, et un entretien de rattrapage.</p>
<p>Que dire de ces examens ?</p>
<ul>
<li><strong>L&#8217;anglais est très facile.</strong> Si vous êtes bon, vous allez survoler le texte.</li>
<li><strong>Le japonais est&#8230; ben je sais pas trop en fait.</strong> Mais si mes souvenirs sont bons il y a un certain nombre de questions de difficulté croissante, et vous atteindrez votre limite soit lorsque les kanjis seront devenus illisibles, soit par manque de temps pour tout remplir. Personnellement, je lisais lentement les hiragana et katakana, et connaissais deux dizaines de kanjis. Aucune notion de grammaire dépassant le niveau de &#8220;j&#8217;adore les patates&#8221; ou &#8220;le chat est rouge&#8221;. J&#8217;ai donc cartonné sur l&#8217;examen anglais et rendu feuille presque blanche en japonais.</li>
<li><strong>Le test de japonais est un test créé spécifiquement pour la sélection des boursiers Monbusho. </strong>Mais considérez-le comme une version simplifiée du JLPT, puisqu&#8217;il demande essentiellement le même genre de compétences.</li>
</ul>
<p>Ces tests sont plus qu&#8217;une formalité. Ma perception était peut-être faussée, mais je ne les voyais pas comme une importante étape de ma candidature. Du moins pas l&#8217;examen de japonais. Je croyais savoir qu&#8217;ils considéreraient seulement la meilleure des deux notes, et que les compétences anglais étaient à peu près autant valorisées que celles en japonais.</p>
<p>Dans une certaine mesure, je me mettais le doigt dans l&#8217;oeil. Je vais y revenir.</p>
<p>Deux heures plus tard, je vais me poser dans une petite brasserie avec les trois jeunes gens qui avaient passé l&#8217;examen avec moi. L&#8217;un avait rendu feuille blanche en japonais. Les deux autres avaient été assez moyens en anglais et pas mal en japonais. Nous nous sommes raconté nos projets respectifs. Bien que nous soyons à ce moment-là très clairement en concurrence, nous étions tous d&#8217;humeur à échanger des informations sur la bourse et nos projets respectifs plutôt que de la jouer perso.</p>
<p>J&#8217;ai compris trois choses durant ce déjeuner, qui recoupaient le peu que je savais et que j&#8217;ai également pu vérifier lors de des rencontres ultérieures :</p>
<ul>
<li><strong>Tout le monde est très motivé,</strong> tellement d&#8217;ailleurs qu&#8217;il est probablement très intéressant de se positionner moins en termes de &#8220;c&#8217;est mon rêve&#8221; et plus en termes de &#8220;je veux devenir chercheur, j&#8217;ai choisi le Japon pour telle et telle raison, mais si je ne suis pas financé par le Monbusho je ne pourrai pas partir&#8221;. Un candidat trop motivé véhicule sans le vouloir le message suivant : &#8220;je rêve de partir au Japon (et étudier), aidez-moiii siouplé&#8221;. Mais le ton juste est plus proche de &#8220;je veux étudier (au Japon), et cette bourse est le moyen nécessaire pour réaliser cet objectif&#8221;. N&#8217;oubliez pas ça. Les jurys de l&#8217;Ambassade ont vu défiler énormément de candidats solides à l&#8217;écrit, qui à l&#8217;oral révèlent que leur véritable intention est la réalisation d&#8217;un fantasme de vie au Japon. Soyez plus malin que ça.</li>
<li><strong>Il est souvent possible de savoir qui sera dans votre jury.</strong> Celui-ci sera probablement composé de deux à trois japonais dont l&#8217;un des responsables principaux du programme de l&#8217;Ambassade, et d&#8217;un chercheur français, parfois de gros calibre, impatient de vous titiller sur les détails de votre projet de recherche. Les japonais testent le sérieux de votre démarche, vos compétences linguistiques générales, votre niveau de préparation pour le monde académique japonais ; le chercheur français rentre dans les détails de votre projet de recherche. Ca vaudrait presque le coup de demander en avance à l&#8217;Ambassade comment sera composé votre jury : ils vous répondront peut-être, et ce serait une information précieuse.</li>
<li><strong>Les candidats sont bons, mais tous ne sont pas de l&#8217;ENS, X ou HEC. </strong>Je suppose que les candidats issus d&#8217;écoles très côtées ont davantage de chances, dans la mesure où l&#8217;on peut se fier à la &#8220;marque&#8221; de leur établissement et s&#8217;attendre à une performance académique supérieure. Mais parmi ceux qui m&#8217;ont tenu compagnie avant l&#8217;interview, certains sont passés en beauté en jouant sur leurs qualités personnelles : parcours scolaire bancal, mais projet en béton, solides compétences en japonais et assez de tact et d&#8217;humilité pour remporter l&#8217;adhésion. Ce que je veux dire ici, c&#8217;est : foncez, quel que soit votre profil ou votre &#8220;pedigree&#8221; étudiant. Il y a de la place pour vous, et les candidats issus des meilleurs établissements sont peu nombreux de toute façon.</li>
</ul>
<p>Après le déjeuner, quelques derniers échanges avec les candidats qui comme moi attendaient leur passage dans la salle d&#8217;interview, et moultes cigarettes (je stresse peu, mais ça ne m&#8217;empêche pas de fumer beaucoup avant une interview), c&#8217;est mon tour.</p>
<p>Dans mon jury : la personne (Japonais) qui m&#8217;a donné une seconde chance pour les interviews, et qui se trouve être le principal responsable du programme Monbusho pour le compte de l&#8217;Ambassade du Japon, probablement un fonctionnaire moyennement haut placé ; une assistante (japonaise); un autre homme japonais d&#8217;âge moyen dont je n&#8217;ai jamais compris la fonction ; enfin, une Française, la cinquantaine et l&#8217;air aussi intelligent que sévère.</p>
<p>Je m&#8217;assieds. Je salue. Bancalement, parce que je suis déjà assis, et que je ne sais pas saluer de manière japonaise en japonais. Et là commence une interview tellement peu glorieuse que j&#8217;en ai oublié la plupart des détails.</p>
<p>Je me rappelle normalement très bien de mes entretiens, parce que j&#8217;ai l&#8217;habitude de les réussir et que j&#8217;y prends un certain plaisir. C&#8217;est une forme d&#8217;échange unique, à l&#8217;enjeu symbolique extrême, où l&#8217;on doit montrer 100% de ce que l&#8217;on est en utilisant 200% de ce que l&#8217;on sait, le tout en conservant en permanence assez d&#8217;intelligence sociale pour que notre interlocuteur nous range dans la bonne case, celle des candidats qui &#8220;fittent&#8221;.</p>
<p>De cet entretien, je me rappelle peu de choses, hormis que j&#8217;étais d&#8217;un ennui mortel, et horriblement mal préparé :</p>
<ul>
<li><strong>1er Conseil : préparez une <em>jikoshokai</em> (self-introduction) digne de ce nom. </strong>Je voulais faire bonne figure en japonais, sans en avoir les moyens. On m&#8217;a demandé de me présenter en japonais, et je me suis exécuté, rempli de bonne volonté. Mais je n&#8217;étais pas prêt, et ce que j&#8217;ai bégayé leur a probablement écorché les oreilles. Une bonne jikoshokai dans le contexte de cette interview, c&#8217;est : une minute, un japonais correct, et surtout la gestuelle et le non-verbal qui va avec. C&#8217;est énormément de travail pour un débutant, mais c&#8217;est faisable. La jikoshokai a énormément d&#8217;impact au Japon, et quelqu&#8217;un qui fait l&#8217;effort de se présenter proprement alors qu&#8217;il ne parle pas ou peu japonais sera très bien considéré. Vous noterez que mes conseils concernant la langue japonaise sont souvent destinés à ceux qui comme moi à l&#8217;époque n&#8217;ont que peu ou pas de compétences linguistiques. Mais ce conseil vaut tout autant pour les meilleurs parmi vous : si vous déchirez grave en japonais, alors faites une jikoshokai qui tue tout.</li>
<li><strong>2eme Conseil : préparez-vous à défendre votre projet de recherche à l&#8217;oral.</strong> Ce n&#8217;est pas précisé dans la brochure destinée aux candidats, mais OUI, on va vous attaquer sur les détails, concrets et théoriques. Si le projet a été vite ficelé, ils s&#8217;en rendront compte tout de suite. Le niveau attendu est, pour proposer une comparaison simple, à peu près similaire à celui que l&#8217;on attend d&#8217;un projet de mémoire de maîtrise : académiquement rigoureux et visiblement mûri, même si un certain amateurisme sera encore pardonné.</li>
<li><strong>3eme Conseil : utilisez toutes les infos qui traînent sur ce blog pour trouver le &#8220;ton&#8221; juste. </strong>Dans tous mes billets consacrés à la bourse Monbusho, j&#8217;essaye de vous aider à vous faire une image mentale du &#8220;candidat idéal&#8221;, des critères de sélection et des idées qui passent par la tête des différents acteurs et interlocuteurs dont dépend entièrement votre succès final. Utilisez ces infos à bon escient pour vous positionner.</li>
</ul>
<p>Voilà, ce billet touche à sa fin. Je suis sorti plutôt frustré de la salle d&#8217;entretiens, et assez pessimiste sur le résultat final. Celui-ci m&#8217;est parvenu un mois plus tard, dans une lettre trop fine pour être de bon augure. Je ne les avais pas convaincus à l&#8217;interview. Je n&#8217;avais pas la bourse. Les raisons principales selon moi : (a) le couac administratif du départ, (b) mon niveau de japonais ridicule, qui est pardonné en sciences dures mais pas en sciences humaines, (c) ma jikoshokai toute pourrie, et (d) mon manque de préparation pour soutenir mon projet face à des questions un peu futées.</p>
<p>Je pouvais sans difficultés progresser sur (a), (c) et (d), mais si je voulais recandidater l&#8217;année suivante, il allait me falloir trouver une solution à (b). Je devais devenir bon en japonais en un an. Je n&#8217;allais jamais y arriver, parce que, jeune diplômé, j&#8217;allais commencer à bosser à plein temps.</p>
<p>J&#8217;ai trouvé une solution, qui fera l&#8217;objet d&#8217;un prochain billet. Cette solution sort des sentiers battus, utilise une option plutôt obscure et mal expliquée de la bourse Monbusho, mais surtout, surtout, peut permettre à un étudiant en sciences humaines qui ne parle pas japonais d&#8217;être pris quand même.</p>
<p>Cette solution, c&#8217;est la <em>daigakusuisen</em>, ou &#8220;recommandation directe par l&#8217;université&#8221; d&#8217;accueil japonaise. Et ça m&#8217;a sauvé. Mais croyez-moi mes amis, j&#8217;en ai bavé pour l&#8217;obtenir.</p>
<p>Pour finir en images, voici quelques exemples de jikoshokai :</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=wejL5PCFY5s</p>
<p>Celle-là, vous ne voulez pas la copier, mais Dieu qu&#8217;elle est belle. C&#8217;est une jikoshokai de Yakuza, old school, à la fois virile, un peu décalée et étonnamment polie.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=kp6dDKqNclo</p>
<p>Celle-là, c&#8217;est une jikoshokai privée, dans un japonais plutôt naturel mais qui serait tout à fait déplacée dans le cadre officiel d&#8217;une interview.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=PbtR9LFXVNs</p>
<p>Pareil. Je vous en prie, ne copiez pas ça. Le mec est model au Japon et est devenu maniéré jusquà la caricature.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=Y9AB5Wub_mU</p>
<p>Bien que la jikoshokai en elle-même soit expédiée en deux phrases, cette vidéo montre le ton juste. Le bonhomme n&#8217;est <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Joi_Ito" target="_blank">pas n&#8217;importe qui</a>, donc il faut croire qu&#8217;en parlant comme ça on peut aller loin au Japon.</p>
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		<title>Deux mots sur l&#8217;activisme étudiant japonais</title>
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		<pubDate>Mon, 19 May 2008 18:42:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Je suis membre du rijikai de mon université, qu'à défaut d'un meilleur terme je traduirai par "groupe des délégués de promotion". Etre délégué de promotion, même si je ne comprends que les grandes lignes de ma fonction et de ce qui se passe autour de moi, me donne pas mal d'avantages, m'ouvre les yeux sur ce qui se passe dans les coulisses du quotidien universitaire, mais aussi et surtout : me donne un point de vue privilégié sur d'un phénomène en voie de disparition au Japon, j'ai nommé l'activisme étudiant.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="fue1CohnBendit.jpg" src="/wp-content/uploads/fue1CohnBendit.jpg" border="0" alt="fue1CohnBendit.jpg" width="224" height="203" align="texttop" /></p>
<p>Je suis membre du <em>rijikai </em>de mon université, qu&#8217;à défaut d&#8217;un meilleur terme je traduirai par &#8220;groupe des délégués de promotion&#8221;. Comme dans bon nombre d&#8217;activités auxquelles par défi j&#8217;ai essayé de me consacrer depuis mon arrivée au Japon, je suis le seul occidental. Le dernier aurait été aperçu il y a environ 6 ans. Etre délégué de promotion, même si je ne comprends que les grandes lignes de ma fonction et de ce qui se passe autour de moi, me donne pas mal d&#8217;avantages, m&#8217;ouvre les yeux sur ce qui se passe dans les coulisses du quotidien universitaire, mais aussi et surtout : me donne un point de vue privilégié sur un phénomène en voie de disparition au Japon, j&#8217;ai nommé l&#8217;activisme étudiant.</p>
<p>Bien que la conscience politique diminue d&#8217;année en année parmi les populations lycéennes et estudiantines en France, notre jeunesse conserve un diffus désir de révolte, et a toujours la grève facile. La puissance du mouvement étudiant anti-CPE du printemps 2006 en a récemment témoigné. Le jeune français, quand il n&#8217;est pas content, il le montre. Un discours cohérent donne de la crédibilité aux mouvements étudiants, mais ce n&#8217;est finalement même pas nécessaire : les très rares étudiants politisés offrent un alibi idéologique à tous les autres en les représentant face aux médias et au gouvernement. Les mouvements étudiants en France obéissent souvent au même schéma : personne ne comprend les enjeux, mais tout le monde est partant pour un peu d&#8217;action.</p>
<p>Rien de tout ça au Japon. La langue japonaise n&#8217;a pas de mot original pour signifier &#8220;grève&#8221;. On emploie la mot <em>sutoraiku</em>, de l&#8217;anglais <em>strike</em>. La semaine dernière notre toujours blagueur secrétaire d&#8217;Etat auprès du ministre du budget, André Santini, rappelait à propos du mouvement enseignant qu&#8217;il préférerait les voir en &#8220;grève japonaise&#8221;.  La grève japonaise, c&#8217;est celle que les politiques français rêveraient de voir plus souvent. C&#8217;est la grève formidable du monde merveilleux des Barbapapa, où tout le monde est gentil. C&#8217;est une grève où les ouvriers, poussés à bout, expriment leur fureur en arborant un brassard &#8220;en grève&#8221;. Sans s&#8217;arrêter de travailler.</p>
<p><img title="greve.jpg" src="/wp-content/uploads/greve.jpg" border="0" alt="greve.jpg" width="300" height="200" align="texttop" /></p>
<p>D&#8217;un point de vue français ça a l&#8217;air soft, voire peu efficace, mais ça marche très bien. Plus proches de nous, les Allemands ont un style pas si éloigné, qui consiste à souvent menacer de faire grève, en passant très rarement à l&#8217;acte. En Allemagne comme au Japon, la menace est un signal suffisant. Elle est prise très au sérieux et des négociations en amont permettent de désamorcer la situation sans passer par la phase de crise que la tradition (la culture !) française semble exiger.</p>
<p>Au Japon donc, quand on fait la grève, on la fait calmement. Chez les étudiants, c&#8217;est plus simple : ils ne la font pas. Ils sont dépolitisés, comme chez nous. Mais à cela s&#8217;ajoute l&#8217;absence de culture de la contestation, tout au moins en public et en groupe.</p>
<p>Comment cela se traduit-il concrètement par rapport au boulot des délégués de promotion ?</p>
<ul>
<li><strong>Les délégués ne sont pas élus.</strong> Il suffit de se porter volontaire. Personne ne veut de ce boulot. En France, les candidats sont peu nombreux, mais dans tous les cas notre tradition démocratique nous impose absolument d&#8217;organiser au moins un simulacre d&#8217;élections, pour sauver les apparences. C&#8217;est chez nous un rite quasi-religieux. Pas ici. Vous voulez savoir comment je suis devenu délégué ? Au troisième jour d&#8217;orientation pour les élèves de première année de maîtrise de la fac de socio, deux étudiants, la toute jeune trentaine, ont pris la parole pour nous dire d&#8217;une voix candide : &#8220;salut je suis X et voilà Y, de l&#8217;organe représentatif des étudiants <em>graduate</em> de l&#8217;université. On a besoin de 4 délégués parmi votre promotion, et bien que ce n&#8217;est pas un boulot populaire ou intéressant, on ne vous laissera pas partir d&#8217;ici avant d&#8217;avoir ces 4 noms sur le tableau. Des volontaires ?&#8221; Donc voilà, pour le pitch sexy on repassera. Il a fallu 25 minutes, non pas pour élire 4 délégués, mais pour <em>trouver</em> 4 délégués. Le 4e, c&#8217;était moi. Et bien qu&#8217;on m&#8217;ait félicité pour mon courage et mon dévouement, j&#8217;ai pris la précaution de préciser que j&#8217;étais &#8220;motivé mais pas sûr d&#8217;être utile&#8221;. Euphémisme : je ne sers à rien, en fait. Motivé, mais je ne sers à rien. Motif : grave handicap linguistique et culturel, bien sûr.</li>
<li><strong>Les délégués les plus actifs sont très motivés.</strong> Au total, toutes années et facultés confondues, nous sommes une cinquantaine de délégués pour les graduate students. Parmi lesquels une petite dizaine, la plupart en doctorat ou en deuxième année de master, semblent animer le groupe. Parmi eux, la moitié sont laids, aussi charismatiques qu&#8217;un oeuf à la coque et formidablement soporifiques lorsqu&#8217;ils prennent la parole. L&#8217;autre moitié, ce sont des étudiants idéalistes, fiers et indomptables, certains plutôt beaux gosses, bref des rebelles de haute voltige qui de toute évidence sont tout à fait dans leur élément. Ils représentent la microscopique minorité politisée de l&#8217;université. Et le nombre de réunions, de documents, mails, compte-rendus divers et variés qu&#8217;ils font circuler chaque semaine me laisse penser qu&#8217;ils prennent leur boulot très au sérieux.</li>
<li><strong>Les délégués n&#8217;ont aucun pouvoir. </strong>Certes, en France aussi, les étudiants politisés ne sont pas nécessairement populaires. La contestation comme profession de foi, ce n&#8217;est plus dans l&#8217;air du temps. Mais les représentants des étudiants français obtiennent ponctuellement un pouvoir immense : ils sont en mesure de mobiliser les masses en organisant des grèves, qui en France sont systématiquement suivies par des étudiants trop heureux d&#8217;avoir un peu d&#8217;action. Ces mêmes délégués, au Japon, n&#8217;organisent jamais de grève car personne n&#8217;y participerait. Ils sont peu crédibles dans les négociations avec l&#8217;administration, car ils sont peu suivis. Un exemple extrêmement terre à terre. Une nouvelle vague de coupes budgétaires s&#8217;est abattue récemment sur les universités publiques japonaises (dont la mienne fait partie). Cela s&#8217;est traduit notamment par une mesure extraordinairement stupide, qui a été de réduire la quantité de thé vert en poudre mélangé à l&#8217;eau dans les distributeurs de thé de la cafétéria. Le thé, froid et chaud, est aussi important ici que peut l&#8217;être la carafe d&#8217;eau dans une cafétéria française. C&#8217;est naturellement devenu un sujet de conversation parmi les étudiants, moins parce que c&#8217;est choquant et intolérable que parce que c&#8217;est con et marrant. L&#8217;accumulation d&#8217;une série d&#8217;affaires plutôt bénignes, comme celle-ci, a fini par générer un climat dans lequel la direction de l&#8217;université réduit le confort général au lieu de l&#8217;améliorer. Les délégués en sont très conscients, et s&#8217;insurgent avec virulence à chaque rencontre avec l&#8217;administration. Mais les étudiants ne les soutiennent pas. Les étudiants s&#8217;en foutent. Ils acceptent le changement avec fatalisme, obéissance, détachement. Ce n&#8217;est pas de leur ressort. Faire la grève ou montrer son mécontentement n&#8217;est même pas une option.</li>
<li><strong>Les délégués font des réunions trop longues et coupent les cheveux en quatre.</strong> Ce qui n&#8217;est pas surprenant. On applique ici aussi le principe, à mes yeux positif, de la décision par consensus, et on n&#8217;a pas peur de la réunionnite chronique, culturellement acceptée. Un exemple concret. Dans deux semaines est prévue une réunion bi-semestrielle avec le <em>fukugakuchou</em>, le vice-président. C&#8217;est un grand évènement pour les délégués, qui s&#8217;y préparent très sérieusement. Pour la seule journée d&#8217;aujourd&#8217;hui, le troisième mail que j&#8217;ai reçu à ce sujet soulevait la question ô combien cruciale de &#8220;comment s&#8217;habiller pour la réunion&#8221;. Peut-être est-ce un problème important. Mais lorsqu&#8217;il est soulevé dans le 150e message (je n&#8217;exagère pas) d&#8217;une liste plutôt stérile à propos d&#8217;un évènement pas si décisif que ça, le cerveau du français que je suis finit par se déconnecter. Ca illustre bien à quel point le fossé est large entre la compréhension et le respect d&#8217;un mode de pensée différent, et l&#8217;<em>acceptation</em> de ce même mode de pensée. Il m&#8217;a fallu une semaine pour comprendre que je devais absolument attendre que le bonhomme passe au vert avant de traverser la rue au Japon&#8230;. et un an et demi pour l&#8217;accepter.</li>
</ul>
<p>Vous l&#8217;aurez compris, l&#8217;expérience est intéressante mais pas très glamour puisque je ressens assez fortement la vacuité du rôle des délégués de promotion : motivés mais inutiles. J&#8217;avais jusqu&#8217;à présent une image assez romantique de la contestation à la japonaise. L&#8217;influence du marxisme dans les années 60 a abouti à un mouvement de 68 <a href="http://histoire-geo-documents.blogspot.com/2008/03/lanne-1968-au-japon.html" target="_blank">plutôt costaud</a>. Les artistes japonais de la génération du baby boom sont connus pour leur passion et leur engagement. L&#8217;armée rouge japonaise (<em>sekigun</em>) fut l&#8217;un des groupes terroristes d&#8217;extrême gauche les plus romantisés, à l&#8217;image de son extravagante fondatrice au visage d&#8217;ange, <a href="http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/1012780.stm" target="_blank">Fusako Shigenobu</a>.</p>
<p><img title="Fusako.jpg" src="/wp-content/uploads/Fusako.jpg" border="0" alt="Fusako.jpg" width="300" height="195" align="texttop" /></p>
<p>En 1970, un communiqué de presse de l&#8217;Armée Rouge, qui faisait les gros titres dans la presse mondiale après un détournement d&#8217;avion, revendiquait : &#8220;Nous sommes Ashita no Joe&#8221;. <em>Ashita no Joe</em> est un manga de boxe qui au début des années 70 était devenu le symbole universel des différents mouvements contestataires japonais. Cette improbable rencontre entre le politique et l&#8217;imaginaire, la réalité et le manga, m&#8217;a beaucoup marqué la première fois que j&#8217;en ai entendu parler. C&#8217;est probablement un peu pour voir de mes propres yeux la passion qui habite les rares agitateurs de gauche au Japon que je suis devenu délégué de promo.</p>
<p>Pour finir en images, voici la célébrissime scène finale de Ashita no Joe. Elle fut vécue comme un petit drame national.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=VemWSTCVNp0</p>
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		<title>Les aventures d&#8217;un candidat Monbusho, Episode 2 - Trouver un professeur</title>
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		<pubDate>Thu, 15 May 2008 08:29:07 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Votre superviseur sera l'un des piliers de votre candidature pour une bourse Monbusho. Si c'est un professeur connu, c'est mieux. Si l'université est connue, c'est mieux. Surtout, s'il a vraiment envie de travailler avec vous au Japon, c'est encore mieux.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="Agasa.jpg" src="/wp-content/uploads/Agasa.jpg" border="0" alt="Agasa.jpg" width="200" height="195" align="texttop" /></p>
<p>Votre superviseur sera l&#8217;un des piliers de votre candidature pour une bourse Monbusho. Si c&#8217;est un professeur connu, c&#8217;est mieux. Si l&#8217;université est connue, c&#8217;est mieux. Surtout, s&#8217;il a vraiment envie de travailler avec vous au Japon, c&#8217;est encore mieux. Nombre de superviseurs n&#8217;en ont que le nom, et acceptent des étudiants étrangers par devoir ou pour faire plaisir à l&#8217;un de leurs collègues. D&#8217;autres acceptent de vous recevoir sans réellement comprendre ce que signifie cette bourse et se révèleront de mauvais superviseurs, par manque de temps ou d&#8217;investissement personnel.</p>
<p>Bien qu&#8217;il soit possible d&#8217;obtenir la bourse sans avoir le soutien préalable d&#8217;un professeur qui se porte garant du succès de votre séjour académique, je vous conseille fortement d&#8217;oublier cette option. Elle est risquée sur le long terme, et à moins d&#8217;un miracle vous n&#8217;obtiendrez pas la bourse si vous ne pouvez pas, dès la candidature, nommer au moins un prof prêt à vous accueillir en connaissance de cause dans son établissement.</p>
<p>L&#8217;objectif est donc simple : il faut vous faire aimer d&#8217;un professeur japonais.</p>
<p>Si vous sortez d&#8217;un établissement français côté et que certains des professeurs qui vous connaissent peuvent vous recommander auprès de collègues japonais, n&#8217;allez pas chercher plus loin : foncez dans cette direction. Si vous pouvez rencontrer, en France, des professeurs japonais dans le cadre d&#8217;une conférence, foncez aussi. Ce sont les deux meilleurs moyens de trouver un tuteur.</p>
<p>Maintenant tout n&#8217;est pas aussi simple pour tout le monde. Dans mon cas par exemple :</p>
<ul>
<li>J&#8217;étais déjà diplômé de l&#8217;ESCP-EAP (commerce), et bien que mon réseau d&#8217;anciens soit très actif l&#8217;administration de l&#8217;école elle ne voulait plus bouger le petit doigt pour moi</li>
<li>Aucun de mes professeurs n&#8217;était en mesure de me recommander auprès d&#8217;un collègue japonais</li>
<li>Je ne parlais pas japonais</li>
<li>Je ne connaissais rien aux codes du monde académique (les écoles de commerce fonctionnent très différemment des universités), et encore moins à ceux du monde académique japonais</li>
<li>Malgré tout ce qui précède, je disposais de seulement trois semaines pour obtenir l&#8217;accord de principe d&#8217;un professeur</li>
</ul>
<p>A l&#8217;époque en 2005, les sites web des universités et de manière générale l&#8217;information en anglais sur le monde académique japonais était quasi-inexistante, ce qui heureusement a changé aujourd&#8217;hui. Quoi qu&#8217;il en soit, voilà comment j&#8217;ai procédé :</p>
<p>J&#8217;ai contacté les quelques japonais que je connaissais, notamment un ami diplômé de Kyodai, pour leur demander de m&#8217;introduire auprès de professeurs &#8220;connus et ouverts d&#8217;esprit&#8221; ou &#8220;qui pourraient être intéressés par mon thème de recherche&#8221;. J&#8217;ai eu quelques pistes, qui n&#8217;ont pas abouti</p>
<p>J&#8217;ai contacté les anciens de mon école qui étaient parti en accord d&#8217;échange dans l&#8217;une des deux universités japonaises partenaires de mon école (Chuo à Tokyo, et Kobe) de m&#8217;introduire auprès de quelqu&#8217;un. L&#8217;un d&#8217;entre eux, que je connaissais déjà depuis quelques années, m&#8217;a mis en contact avec la responsable des étudiants étrangers de l&#8217;université de Chuo avec qui il s&#8217;était extrêmement bien entendu. Elle m&#8217;a trouvé un professeur, qui m&#8217;a donné son accord de principe. Il ne parlait pas anglais, n&#8217;avait qu&#8217;une vague idée de ce que c&#8217;était que cette bourse, et semblait aussi perdu que moi. MAIS j&#8217;avais trouvé un professeur. Il pouvait se porter garant. C&#8217;était une belle sécurité.</p>
<p>J&#8217;ai parcouru le web à la recherche de noms et coordonnées de professeurs dont les travaux pouvaient être liés à mon projet de recherche. Je n&#8217;en ai pas trouvé beaucoup à l&#8217;époque, mais rassurez-vous la situation a changé en trois ans. Une recherche en solitaire sur le web vous donnera de nombreux résultats, notamment si vous utilisez à bon escient les sites des universités. Si vous vous débrouillez déjà en japonais bien sûr, vous aurez beaucoup plus de pistes.</p>
<p>J&#8217;ai envoyé des mails à l&#8217;aveuglette, une dizaine en tout, espérant recevoir au moins deux réponses dont pourquoi pas une favorable. J&#8217;ai reçu deux réponses, un &#8220;non&#8221; très poli et un autre mail, plus positif, d&#8217;un professeur de Todai qui me conseillait de m&#8217;adresser à deux de ses collègues, l&#8217;un à Sendai, l&#8217;autre à l&#8217;université de Hitotsubashi à Tokyo. Ce qui était un gros plus, dans la mesure où je pourrais citer son nom dans les premières lignes de mon mail et ainsi passer de &#8220;élément étranger soti de nulle part&#8221; à &#8220;étudiant étranger plus ou moins recommandé par XXX-sensei&#8221;.</p>
<p>Et là, miracle. L&#8217;un de ces deux profs me renvoie assez vite le mail suivant:</p>
<blockquote>
<div><span style="color: #999999;">Dear Julien:</span></div>
<div><span style="color: #999999;"><br />
</span></div>
<div><span style="color: #999999;">Many thanks for your email. I do understand your <span class="nfakPe">research</span> passion and plan. I would love to be your supervisor if you can come to Institute of Innovation <span class="nfakPe">Research</span> at Hitotsubashi University. I also strongly believe that the institute is the best place to study manga, viedo games, music, and subcultures in Japan. In order to accept you as a visiting student, you have to pass MEXT scholarship. If you pass the exam, let me know, I will proceed your application.</span></div>
</blockquote>
<div><span style="color: #ffffff;">.</span></div>
<div>Ca y est, j&#8217;avais trouvé mon professeur. Il avait suffi d&#8217;un échange, mais le ton de son email ne me laissait aucun doute sur la sincérité de son soutien. Pourtant, mon sujet de recherche était (je l&#8217;ai découvert par la suite) plutôt risqué dans le sens où sa crédibilité académique est assez limitée.</div>
<div><span style="color: #ffffff;">.</span></div>
<div>Après seulement cinq jours, j&#8217;ai donc été en mesure, dans ma candidature, de nommer deux universités (1. Hitotsubsashi, 2. Chuo) et les noms des superviseurs qui m&#8217;y attendaient. Du point de vue de la sélection Monbusho, c&#8217;est tout ce dont j&#8217;avais besoin. Je n&#8217;allais pas être pénalisé par le fait que ces professeurs ne me connaissaient ni d&#8217;Eve ni d&#8217;Adam, que nous ne nous étions jamais rencontrés, n&#8217;avions jamais discuté par téléphone, et n&#8217;avions échangé en tout et pour tout qu&#8217;un seul petit email.</div>
<div><span style="color: #ffffff;">.</span></div>
<div>Voilà pour les faits.</div>
<div><span style="color: #ffffff;">.</span></div>
<div>Mais pour compléter ce billet, j&#8217;aimerais réanalyser, avec le recul, la manière dont j&#8217;ai candidaté. Je trouve que j&#8217;ai eu une chance hallucinante. Et que, seul face à l&#8217;inconnu, j&#8217;ai certainement été aussi inconscient que maladroit. Maintenant que je suis capable de me mettre à la place du professeur japonais recevant un premier mail d&#8217;un candidat Monbusho, et que je peux replacer la signification de cette bourse dans son contexte japonais, notamment du point de vue du personnel administratif de l&#8217;université, je ferais les choses très différemment. Voilà les dix commandements que je suivrais :</div>
<div><span style="color: #ffffff;">.</span></div>
<ol>
<li><strong>Comprendre le système universitaire japonais.</strong> Essayez de vous faire une image mentale la plus précise possible de cet univers. Vous y gagnerez ainsi en empathie, et ce sera certainement perçu.</li>
<li><strong>Connaître la liste des 50 meilleures universités japonaises</strong> (beaucoup sont à Tokyo). A la simple évocation du nom d&#8217;une université, êtes-vous capable de dire si c&#8217;est une université de 1ere, 2eme ou 3eme classe ? Eventuellement, pouvez-vous vous prononcer au cas par cas par département ? Dans mon cas, j&#8217;ai appris APRES avoir obtenu la faculté de commerce de mon université était parmi les trois meilleures du pays, ce qui était incroyablement stupide de ma part . La surprise aurait pu être plus mauvaise. Au Japon comme en France, la &#8220;marque&#8221; compte énormément et l&#8217;on ne saurait trop recommander d&#8217;obtenir un diplôme du meilleur établissement possible.</li>
<li><strong>Aller sur les sites de chacune de ces universités et y chercher des informations sur TOUS les professeurs de votre spécialité</strong>: plutôt que 10 en tous, autant contacter 50 professeurs au total. Vous augmenterez vos chances de tomber sur le bon.</li>
<li><strong>Contacter le responsable des étudiants étrangers de chaque université retenue</strong> (en général, tous les chemins mènent à la même personne): c&#8217;est l&#8217;ultime gatekeeper avec qui vous voulez faire ami-ami. Dans l&#8217;immédiat, il peut vous mettre en contact avec un professeur. Par la suite, vous réaliserez que c&#8217;est aussi lui qui s&#8217;occupe chaque mois de votre bourse. C&#8217;est quelqu&#8217;un qui comptera non seulement pendant la candidature, mais aussi durant votre séjour.</li>
<li><strong>Chercher à être recommandé à tout prix.</strong> Même une recommandation informelle, tacite, pourrie. Ne sortez pas de nulle part, montrez patte blanche.</li>
<li><strong>Trouver un professeur qui parle anglais.</strong> Si vous ne parlez pas japonais, c&#8217;est hautement recommandable. Si vous parlez japonais, cela vous sera aussi utile : un professeur qui parle anglais est un professeur qui sait interagir avec un occidental et avec qui les relations seront rapidement assez naturelles. Dans les bons établissements, de nombreux profs ont des PhD des meilleures universités américaines. C&#8217;est eux que vous voulez comme superviseurs. Votre immersion dans le monde académique japonais sera de toute façon totale, mais en cas de besoin ils seront <em>capables</em> de se mettre à votre place et de comprendre vos doutes et problèmes, ou de pardonner vos erreurs.</li>
<li><strong>Viser les meilleurs établissements. </strong>Ils ont les meilleurs professeurs. Les plus gros budgets. Sont plus internationalisés. Implicitement prioritaires pour le financement des bourses. Leur diplôme est plus côté. Surtout, professeurs comme personnel administratif sont tous largement au courant de l&#8217;existence de la bourse Monbusho et savent comment celle-ci fonctionne. Ce qui facilite la présentation de votre projet dès le début. Si vous pensez que votre diplôme français ne vous permettra pas de postuler à Todai, prenez votre courage à deux mains et essayez quand même.</li>
<li><strong>Comprendre qui sont vos concurrents du point de vue japonais.</strong> En France, vos concurrents sont des Français. Mais pour les japonais, les Européens de l&#8217;Ouest dans leur ensemble ne représentent qu&#8217;une petite partie de l&#8217;effectif étranger total. Vos concurrents sont Chinois et Coréens. Américains et Australiens. Indiens et Bengalis. Russes et Bulgares. Dans mon université, il y a 1 post-grad student français (c&#8217;est moi) pour 7 Ouzbèkes (l&#8217;Ouzbékistan est un pays stratégique pour l&#8217;approvisionnement en matières premières du Japon)&#8230; Gardez donc à l&#8217;esprit que du point de vue japonais, un Monbusho français, c&#8217;est relativement rare. Et, pourquoi pas, apprécié si l&#8217;on sait tourner ça à son avantage, d&#8217;un point de vue personnel (capital sympathie) comme académique (choix d&#8217;un sujet de recherche par rapport auquel c&#8217;est un plus d&#8217;être Français).</li>
<li><strong>Ne pas être &#8220;needy&#8221;.</strong> Soyez adulte, soyez pro, soyez motivé sans être gnangnan, soyez prudent et respectueux MAIS sûr de vous. Le prof ne vous fait pas une faveur en vous accueillant, au contraire c&#8217;est au moins être un jeu gagnant-gagnant. Si par votre premier email, il comprend que vous n&#8217;êtes pas un étudiant complètement débile, ignorant sur le Japon, paranoïaque, emmerdant ou excessivement naïf, il considèrera plutôt favorablement votre demande. Objectivement, il n&#8217;a pas grand chose à perdre et tout à gagner. Vous pouvez l&#8217;aider ponctuellement dans ses recherches en y apportant une perspective européenne. Par votre simple présence, vous exposerez les étudiants de son séminaire à une certaine &#8220;altérité&#8221; dont bon nombre d&#8217;étudiants ignorent tout. Il aura un relatif gain en termes de statut, dans la mesure où un étudiant sera venu de l&#8217;autre bout du monde pour étudir en sa compagnie. Les professeurs les plus réputés, et ceux qui comme le mien accueillent régulièrement, depuis de nombreuses années, au moins un ou deux étudiants étrangers n&#8217;ont plus grand chose à y gagner dans la mesure où ils sont déjà &#8220;blasés&#8221; et en fin de carrière ; mais il est fort probable qu&#8217;à titre personnel, ils apprécient la présence d&#8217;un jeune occidental à leurs côtés. Dans le cas de mon professeur (qui est un spécialiste de l&#8217;innovation et de l&#8217;entrepreneuriat), sa principale motivation est de favoriser à sa manière l&#8217;entente entre le Japon et le reste du monde, en laissant ses étudiants japonais voir nos bons et nos mauvais côtés, et en nous poussant à comprendre ce qui va et ce qui ne va pas dans le Japon moderne.</li>
<li><strong>Envoyer CV (académique) et courte présentation de son projet de recherche dès le premier mail d&#8217;introduction.</strong></li>
</ol>
<p>Voilà pour aujourd&#8217;hui. Bien que certains de ces conseils soient très généraux et peut-être déjà cent fois entendus, dans l&#8217;ensemble j&#8217;espère avoir atteint mon but, qui est de vous aider à vous mettre à la place du professeur qui reçoit votre premier email (que vous l&#8217;ayez rencontré en France ou pas, que vous ayez été recommandé par votre établissement ou pas). En sachant où vous mettez les pieds, vous trouverez les mots justes.</p>
<p>Comparez donc mon point de vue à <a href="http://www.fr.emb-japan.go.jp/jp_fr/voix1.html" target="_blank">ces intéressants témoignages</a> de boursiers trouvés sur le site de l&#8217;Ambassade.</p>
<p>Et ne manquez pas la suite des aventures d&#8217;un candidat Monbusho dans mon prochain billet, qui sera consacré à l&#8217;examen écrit et oral de l&#8217;Ambassade (auquel j&#8217;ai échoué).</p>
<p>Pour patienter, voici une petite vidéo de mon professeur en action. Voilà à quoi peut ressembler un cours en fac de commerce au Japon. Même au Japon, les profs ne vont pas vous manger.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=UqVv4clU3Nk</p>
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		<title>10 films occidentaux sur le Japon à voir ou à revoir</title>
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		<pubDate>Sun, 11 May 2008 18:06:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Il fallait bien qu'on y arrive tôt ou tard. Voilà le premier "Top 10" de ce blog : j'ai choisi de le consacrer au cinéma japonais. Ou plutôt, au parent pauvre du cinéma japonais, à savoir le cinéma fait par les occidentaux, pour les occidentaux, sur le Japon et les Japonais.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="Murray.jpg" src="/wp-content/uploads/Murray.jpg" border="0" alt="Murray.jpg" width="350" height="235" align="texttop" /></p>
<p>Il fallait bien qu&#8217;on y arrive tôt ou tard. Voilà le premier &#8220;Top 10&#8243; de ce blog : j&#8217;ai choisi de le consacrer au cinéma japonais. Ou plutôt, au parent pauvre du cinéma japonais, à savoir le cinéma fait par les occidentaux, pour les occidentaux, sur le Japon et les Japonais. Pour la plupart, les Japonais ne connaissent pas ces films. Ce n&#8217;est peut-être pas plus mal, puisqu&#8217;ils sont tous naturellement basés sur le principe du plus petit dénominateur commun. Un samurai. Un yakuza. Un affreux businessman japonais des années 80. La folie de Tokyo au quotidien. Une geisha. N&#8217;importe quoi, tant que cela a une certaine résonnance dans la culture populaire occidentale.</p>
<p>J&#8217;ai vu un bon paquet des films disponibles ayant pour thème principal ou secondaire (voire tertiaire dans le cas de Die Hard 1) le Japon et les Japonais. La recherche par mots-clé sur IMDb aide beaucoup à dénicher de petites perles, qu&#8217;il s&#8217;agisse de court-métrages en noir et blanc des années 50 tombés dans l&#8217;oubli ou de films indépendants sortis beaucoup plus récemment mais passés inaperçus. Si je prends la peine de préciser ceci, c&#8217;est dans l&#8217;espoir que les puristes qui m&#8217;en voudront de ne pas faire figurer tel ou tel film daignent m&#8217;accorder leur pardon.  Je n&#8217;ai que dix places, il faut donc que je trie.</p>
<p>Certains de ces films sont des classiques que vous aurez probablement déjà vus. Mais j&#8217;ai l&#8217;espoir qu&#8217;il y en aura au moins un pour vous surprendre. Le classement est plutôt éclectique. Action, horreur, drame, comédie, mainstream ou indépendant, films intelligents et films très cons, tout y passe. Aucun de ces films n&#8217;est considéré comme un chef d&#8217;oeuvre (ça, c&#8217;est le monopole de <em>Hiroshima mon Amour</em> de Resnais). Mais tous je vous le promets vous feront passer un bon moment.</p>
<p>Vos avis et suggestions sont les bienvenus si vous pensez qu&#8217;il manque un ou plusieurs films essentiels.</p>
<p>Allez, c&#8217;est parti.</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0391198/" target="_blank">The Grudge</a> (2004) : la J-horror tourne en rond depuis quelques années maintenant, mais The Grudge est peut-être le meilleur remake hollywoodien qui en ait été fait.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=S3VTvU1kKtw</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0318725/" target="_blank">Stupeur et Tremblements</a> (2003) : si vous ne l&#8217;avez pas encore vu, dépêchez-vous, il n&#8217;est pas trop tard.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=Wmqnae5Jb-E&amp;feature=related</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0335266/" target="_blank">Lost in Translation</a> (2003) : le très médiatisé film de Sofia Coppola. Je suis toujours sous le choc de la légendaire scène dite du &#8220;Suntory time&#8221;.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=yYAS92XPvIM</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0096933/" target="_blank">Black Rain</a> (1989) : c&#8217;est la guerre des gangs et les Yakuzas sont encore plus méchants que les Triades&#8230; A noter, le dernier rôle du trop méconnu Steve McQueen japonais, Matsuda Yuusaku, mort peu après le tournage</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=5SVxX3SgIfE</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0091159/" target="_blank">Gung Ho</a> (1986) : clash des cultures lorsqu&#8217;un groupe automobile japonais accepte de sauver une usine américaine de la fermeture. Le film illustre à merveille les tensions économiques de l&#8217;époque entre le Japon et les Etats-Unis.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=mTS8OlK9NFE</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0486554/" target="_blank">Big Dreams, Little Tokyo</a> (2006) : pour ceux qui ont vu Tanguy, ce film y ressemble. Mais en dix fois mieux.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=ncKkHQUzF-U</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0358294/" target="_blank">Into the Sun</a> (2005) : un Steven Seagal curieusement passé inaperçu. Steven va fracturer des bras et séduire des femmes, mais cette fois il va le faire à Tokyo. Et nous prouver qu&#8217;il parle VRAIMENT japonais.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=TTrvKrJoklE</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0104926/" target="_blank">Mr Baseball</a> (1992) : cette fois le choc des cultures est sportif : Tom Selleck va entaîner une équipe japonaise.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=aclo1xsaXX4<br />
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0222851/" target="_blank">Brother</a> (2000) : j&#8217;ai un faible pour ce film japonais de Takeshi Kitano (pardonnez-moi je triche) dont l&#8217;action se passe quasi-entièrement aux Etats-Unis.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=NVEW8QB93WA</p>
<p><a href="http://www.imdb.com/title/tt0449467/" target="_blank">Babel</a> (2006) : Tokyo n&#8217;est que l&#8217;un des décors de ce film surprenant. Mais la ville y est montrée avec une justesse assez étonnante, et c&#8217;est l&#8217;occasion de découvrir le grand Kouji Yakusho.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=9R0WfYhwATU</p>
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		<title>Pierre Bourdieu en japonais : un vrai champ de mines</title>
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		<comments>http://monbushodiaries.fr/?p=17#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 08 May 2008 15:33:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[J'ai régulièrement l'occasion de réaliser tout le chemin qu'il me reste à parcourir en japonais. Dernier choc en date : la lecture en classe de La Distinction de Pierre Bourdieu. Un pavé de 600 pages écrit en tout petit par l'un des grands esprits du XXe siècle, qui avec Max Weber et consorts occupe une suite royale au panthéon de la sociologie. En français si je me concentre c'est bon. En japonais... rien n'y fait : je ne comprends pas.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="distinction.JPG" src="/wp-content/uploads/distinction.JPG" border="0" alt="distinction.JPG" width="181" height="250" align="texttop" /></p>
<p>Je suis donc en première année de master de sociologie à l&#8217;université de Hitotsubashi. Bien que la grande majorité des professeurs soient anglophones, les cours sont en japonais. Cela va faire maintenant un an et demi que je vis au Japon. Quatre mois de cours intensifs pour débutants m&#8217;ont aidé à me lancer, puis j&#8217;ai essayé de voler de mes propres ailes. L&#8217;environnement académique permet de faire des progrès rapides.</p>
<p>Malheureusement j&#8217;ai régulièrement l&#8217;occasion de réaliser tout le chemin qu&#8217;il me reste à parcourir. La dernière en date et pas des moindres, c&#8217;est le livre qui anime les discussions dans l&#8217;une de mes classes : <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Distinction" target="_blank"><em>La Distinction</em></a> de Pierre Bourdieu. Un pavé de 600 pages écrit en tout petit par l&#8217;un des grands esprits du XXe siècle, qui avec Max Weber et consorts occupe une suite royale au panthéon de la sociologie. Un livre absolument passionnant et toujours d&#8217;actualité, mais particulièrement profond et érudit.</p>
<p>Je voulais lire le premier chapitre en japonais. Une petite centaine de pages. Je m&#8217;attendais à ce que ce soit difficile, mais j&#8217;étais prêt à y passer les dizaines d&#8217;heures qu&#8217;il faudrait. Je ne pouvais en sortir que plus fort.</p>
<p>J&#8217;en suis sorti perplexe. Je me suis interrompu à la page 3. Motif principal : après avoir vérifié deux mots sur trois dans le dictionnaire et déchiffré la totalité du texte, je ne COMPRENAIS TOUJOURS PAS de quoi il était question. Je connaissais les mots et les structures grammaticales, mais le sens me glissait entre les doigts.</p>
<p>J&#8217;ai sorti la version anglaise, relu les mêmes pages, constaté que Bourdieu dans le texte, c&#8217;est du costaud. Mais j&#8217;ai compris.</p>
<p>J&#8217;ai ressorti la version japonaise. Je n&#8217;ai re-pas compris. J&#8217;ai posé les deux livres côte à côte afin de comparer laborieusement la structure du texte, phrase par phrase, mot par mot. Et j&#8217;ai dû me rendre à l&#8217;évidence : même avec la traduction sous le nez, Bourdieu est incompréhensible en japonais.</p>
<p>Mon professeur a finalement accepté de me laisser lire le livre en anglais, dans la mesure où je faisais l&#8217;effort de participer à la discussion en japonais. C&#8217;est durant les discussions que j&#8217;ai réalisé que si moi je bloque au niveau linguistique, les Japonais bloquent au niveau culturel :</p>
<ul>
<li>il étudie la société française</li>
<li>il fait souvent référence, entre autres, à Kant et à Proust</li>
<li>nombre de concepts et expressions sont, en japonais comme en anglais, &#8220;en français dans le texte&#8221;</li>
<li>ces expressions-clé ainsi que la plupart des grands concepts bourdivins (<em>habitus, illusio</em>&#8230;) font tacitement référence à l&#8217;héritage grec et latin de la pensée occidentale</li>
</ul>
<p>Résultat : mes camarades Japonais eux-mêmes se retrouvaient non pas à critiquer ou analyser le fond, mais restaient entièrement bloqués sur la forme. Ainsi pouvait-on passer une heure à tergiverser sur le sens de l&#8217;expression &#8220;jugement de goût&#8221; au sens où l&#8217;entend la tradition occidentale. L&#8217;heure suivante à discuter de ce qu&#8217;est la &#8220;bourgeoisie&#8221;. Le Japon a bien sûr des concepts similaires, mais les connotations n&#8217;ont rien à voir. Le concept de &#8220;classe sociale&#8221; n&#8217;est ni répandu, ni forcément accepté au Japon. Passez donc voir <a href="http://classiques.uqac.ca/contemporains/bernier_bernard/japon_societe_sans_classe/japon_societe_sans_classe_intro.html" target="_blank">cet article</a> pour mieux comprendre de quoi il retourne.</p>
<p>Un texte comme celui de Bourdieu présuppose un lourd bagage culturel pour être compris. Un bagage culturel occidental. Que les Japonais n&#8217;ont pas à l&#8217;origine. Ils peuvent l&#8217;acquérir, mais cela demande des efforts tout à fait considérables, et à mon avis la maîtrise d&#8217;au moins une langue européenne.</p>
<p>La tâche est encore plus dure pour le traducteur de Bourdieu, qui doit déployer des trésors d&#8217;inventivité pour surmonter le canyon culturel et sémantique qui sépare la France et le Japon.</p>
<p>Au final, il n&#8217;y a pas que moi qui ne comprends pas Bourdieu en japonais. Les camarades qui parlent anglais et qui ont essayé la version anglaise sont unanimes : en anglais, ils comprennent ce que veut dire Bourdieu. En japonais, non. La langue fait écran.</p>
<p>Quand on y réfléchit c&#8217;est plutôt normal au fond. On ne peut espérer comprendre un grand penseur sans avoir d&#8217;accointances culturelles et / ou linguistiques préalables. La même difficulté se pose pour l&#8217;occidental qui souhaite comprendre les grands esprits asiatiques.</p>
<p>La différence, c&#8217;est que les auteurs classiques de la sociologie sont presque tous occidentaux. Souvent français et allemands. Les Japonais auront toujours Weber et Bourdieu dans leurs programmes. C&#8217;est l&#8217;histoire de la science et le rôle qu&#8217;y a joué l&#8217;Occident qui veut ça. Pourtant le Japon aussi a de grands sociologues. Mais vous connaissez, vous, Yasuma Takada ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Yoneji_Masuda" target="_blank">Yoneji Masuda</a> ?</p>
<p>Pour le plaisir, une vidéo d&#8217;un Bourdieu charmant (surtout sur les trente dernières secondes) :</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=rHwKkIjCc7I</p>
<p>&#8230; et un Bourdieu académique - aride mais franchement intéressant :</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=TGAX4OFy2cs&amp;feature=related</p>
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		<title>Les aventures d&#8217;un candidat Monbusho, Episode 1 - Préparatifs</title>
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		<pubDate>Mon, 05 May 2008 17:42:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Il n'y a à ma connaissance guère de témoignages racontant dans le détail le fil des évènements qui ont conduit les boursiers Monbusho à obtenir leur ticket pour le Japon. Je vous propose donc aujourd'hui le récit rocambolesque de ma (ou plutôt, de mes) candidatures, et un mot d'encouragement : si un mur paraît infranchissable, cassez-le. S'il est trop épais, faufilez-vous par la petite porte de derrière, celle que personne n'avait remarquée. Et si elle est fermée... attendez un an et revenez à la charge.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="_______________.gif" src="/wp-content/uploads/_______________.gif" border="0" alt="_______________.gif" width="300" height="277" align="texttop" /></p>
<p>Il n&#8217;y a à ma connaissance guère de témoignages racontant dans le détail le fil des évènements qui ont conduit les boursiers Monbusho à obtenir leur ticket pour le Japon. Je vous propose donc aujourd&#8217;hui le récit rocambolesque de ma (ou plutôt, de mes) candidatures, et un mot d&#8217;encouragement : si un mur paraît infranchissable, cassez-le. S&#8217;il est trop épais, faufilez-vous par la petite porte de derrière, celle que personne n&#8217;avait remarquée. Et si elle est fermée&#8230; attendez un an et revenez à la charge.</p>
<p>Mais lisez plutôt comment ça s&#8217;est passé pour moi.</p>
<p>En 2003, alors en première année d&#8217;école de commerce à Paris, j&#8217;ai remarqué dans un couloir l&#8217;affichette de promotion d&#8217;un concours d&#8217;expression libre sur le Japon, &#8220;<a href="http://okurimonokami.free.fr/japon-paris.html" target="_blank">Générations France-Japon</a>&#8220;, qui avec l&#8217;appui de nombreux sponsors français et japonais envoyait les lauréats, billet aller-retour et un chèque de 1000 euros en poche, à la découverte du pays du soleil levant. Ca m&#8217;a séduit de suite.</p>
<p>Il s&#8217;agissait d&#8217;envoyer un petit discours de ma composition, sujet absolument libre, sur un aspect à mes yeux remarquable de la culture japonaise. La langue était au choix, français ou japonais. J&#8217;ai écrit un texte en français. Je l&#8217;ai envoyé. Et j&#8217;ai été gentiment recalé. Mais je suis un peu têtu. En deuxième année d&#8217;école de commerce, j&#8217;ai réenvoyé le même texte. Retouché, repensé, amélioré, mais en définitive le même texte. Cette fois j&#8217;ai été invité, avec dix autres candidats, à lire mon discours en public à la Maison du Japon à Paris.</p>
<p>Mon discours a plu. J&#8217;ai gagné. Et quelques mois plus tard je prenais l&#8217;avion pour Tokyo - malheureusement j&#8217;ai choisi le mois d&#8217;Août, personne ne m&#8217;a prévenu que cette horrible chaleur humide allait me tuer. Le séjour fut au demeurant formidable. Assez pour que je me promette d&#8217;y retourner, cette fois pour plus d&#8217;un mois.</p>
<p><strong>[Conseil #1 : allez passer au moins un mois au Japon au préalable, pour confirmer que ce pays est bien fait pour vous. J'ai été conquis. D'autres tombent parfois de haut. ]</strong></p>
<p>L&#8217;occasion allait se présenter plus tôt que je ne l&#8217;aurais pensé. A côté de moi dans l&#8217;avion du retour était assis le lauréat japonisant du concours de discours. Heureux hasard, et belle conversation. C&#8217;est là que j&#8217;ai entendu parler pour la première fois de la bourse Monbusho. On en a parlé des heures. Il avait passé deux ans à Todai quelques années auparavant, et me faisait un récit lumineux de tout ce que cette bourse pouvait m&#8217;apporter. J&#8217;ai été très vite conquis.</p>
<p>Nous sommes restés en contact. Et je me suis promis de partir moi aussi, un jour, avec une bourse Monbusho.</p>
<p><strong>[Conseil #2 : arrangez-vous pour rencontrer un ancien Monbusho. Si vous n'en connaissez pas, et si vous n'en rencontrez aucun par chance dans un avion, cherchez bien sur Internet, il y a des emails d'anciens qui trainent. ]</strong></p>
<p>Vers le mois d&#8217;avril 2005, à quelques mois de la diplomation et résidant alors en Allemagne, je décidai de m&#8217;attaquer à mon dossier de candidature. Je n&#8217;avais à la base aucune information. Aucun prof de japonais vers qui me tourner. Et un mois pour monter mon dossier. Ca allait être chaud. J&#8217;ai fait avec les moyens du bord.</p>
<p>En commençant par un tour d&#8217;horizon des connaissances susceptibles de m&#8217;aider : un ancien de mon école qui était parti un an en échange à l&#8217;université de Chuo ; un Japonais diplômé de Kyodai qui avait vécu un an chez moi quand j&#8217;étais en Terminale ; mon nouvel ami, l&#8217;ancien Monbusho rencontré dans l&#8217;avion ; et deux ou trois autres personnes. C&#8217;était finalement beaucoup mieux que je ne l&#8217;aurais cru : j&#8217;avais quelques bons interlocuteurs.</p>
<p><strong>[Conseil #3 : fouillez bien dans votre mémoire pour faire le tour de tous les appuis possibles et imaginables. Votre ange gardien est peut-être parmi eux. ]</strong></p>
<p>J&#8217;ai téléchargé les éléments du dossier sur le site de l&#8217;Ambassade. Et là j&#8217;ai eu un sacré choc. Le dossier était long, compliqué, à moitié en japonais - que je ne parlais pas. On me demandait un scanner cérébral - ?. Le détail de mon parcours scolaire depuis l&#8217;école primaire - ce qui semblait bien fastidieux. Un solide projet d&#8217;études et une présentation de mon projet de recherche - je n&#8217;en avais pas. Le nom des universités et professeurs qui seraient prêts à m&#8217;accueillir - je ne connaissais que Todai de nom et certainement aucun professeur. Cerise sur le gâteau, le tout sentait bon l&#8217;hyperbureaucratie : de ce genre de formulaires dont la simple apparence froide et austère (et à moitié en japonais) vous contraint à vérifier non pas deux mais vingt fois que vous avec bien écrit le nom de votre ville en majuscules et que l&#8217;année d&#8217;obtention de votre première étoile en ski se trouve proprement alignée à deux centimètres et demi de la marge à gauche, pas plus, pas moins.</p>
<p>J&#8217;avais un mois pour monter un dossier sérieux. C&#8217;était chaud. Et le malaise était renforcé par la distance culturelle que je percevais à la simple vue des documents - qui seraient destinés au comité de sélection de l&#8217;ambassade du Japon en France, et indirectement aux décideurs du ministère de l&#8217;éducation japonais. Il y a avait quelque chose de déstabilisant dans la manière dont ils étaient rédigés, quelque chose que quiconque accomplissant diverses procédures administratives à l&#8217;étranger sans le niveau de compétence culturelle préalable ressent forcément : l&#8217;impression que quoi qu&#8217;on écrive, on va se planter.</p>
<p><strong>[Conseil #4 : remplissez le dossier avec sérieux sans vous laisser désarmer par son apparence austère. C'est plus facile qu'il n'y paraît.]</strong></p>
<p>Je me suis mis au travail. J&#8217;ai perdu un temps fou à procrastiner sur le web pour me rassurer (à ce sujet, jetez un oeil sur <a href="http://monbushodiaries.fr/2008/04/27/bourse-monbusho-ou-trouver-les-bonnes-infos/" target="_blank">mon précédent article</a>). J&#8217;ai lu et relu cent fois les mêmes infos. Je n&#8217;étais pas très efficace. Mais j&#8217;ai à peu près compris quels étaient les éléments qui pouvaient permettre à un dossier de sortir du lot :</p>
<ul>
<li>Impeccable dans la forme. Votre plus belle écriture, ou mieux encore : le traitement de texte là où c&#8217;est possible. Vous ne savez pas combien de japonais vont lire ce dossier. Facilitez-en leur au maximum la compréhension. Les Japonais, même excellents francophones, sont souvent moins à l&#8217;aise avec l&#8217;alphabet que l&#8217;on se l&#8217;imagine : ils auront plus de mal à déchiffrer certaines écritures que nous, qui sommes mentalement habitués à inférer le sens de n&#8217;importe quel texte, même le plus illisible.</li>
<li>Aucune rature. Recommencez la page s&#8217;il y a le moindre accroc. Pas de blanc. Pas de gomme. Pas de barrés. La forme compte.</li>
<li>Complet à 110%. Plus de détails valent mieux que pas assez. Si ça vous révolte de raconter votre école primaire parce que vous n&#8217;en voyez pas l&#8217;intérêt, ravalez votre fierté et faites-le.</li>
<li>Un vrai projet de recherche. Pas une demi-page écrite à l&#8217;arrache. Si vous ne savez pas comment faire, acheter un livre d&#8217;initiation à l&#8217;écriture académique. Dans tous les cas, faites-le vérifier par un professeur. Ca prendra du temps, mais c&#8217;est un facteur de différentiation fort. D&#8217;autant plus si vous arrivez jusqu&#8217;aux entretiens : les examinateurs sont exigeants, et un projet qui ne tient pas la route a des chances d&#8217;être laminé. Passez-y au grand minimum 10 heures. 50 heures, c&#8217;est mieux : vous aurez une vraie démarche et une biblio qui tient la route. Vous candidatez pour une bourse de deux ans : réfléchissez à ça et demandez-vous si 50 heures c&#8217;est cher payé (la réponse est non).</li>
<li>Une promesse ferme auprès d&#8217;au moins un professeur, dans au moins un établissement. Vous pouvez lire sur plusieurs forums que &#8220;le choix du tuteur est l&#8217;élément le plus important du dossier&#8221;. C&#8217;est vrai je pense. Bien que le dossier de candidature soit relativement vague sur le sujet, ne vous-y méprenez pas. Les candidats qui partent sont des candidats attendus au Japon. Ceux qui partent malgré l&#8217;absence de tuteur (le gouvernement japonais en désignera alors un d&#8217;office) sont une petite minorité de chanceux.</li>
</ul>
<p>Vous me direz désabusés, &#8220;TOUT est important donc&#8221;. Ben oui. Je reviendrai sur la valeur actuelle en Euros d&#8217;une bourse Monbusho dans un prochain post. Mais c&#8217;est réellement, réellement, beaucoup d&#8217;argent. Ne perdez pas ça de vue. Ca doit se mériter. C&#8217;est la moindre des choses de leur envoyer un dossier parfait.</p>
<p>Il y a une grosse vingtaine de bourses disponibles chaque année. Les candidats sont nombreux, car la Monbusho est la plus connue des bourses d&#8217;études japonaises. Une (très) optimiste loi de Pareto me ferait dire que vous avez des chances d&#8217;être meilleurs que 80% d&#8217;entre eux. Les 20% restants seront des brutes. C&#8217;est eux que vous devez battre. Ca ne sert à rien d&#8217;être le dernier des meilleurs, et de rater la bourse à une place.</p>
<p><strong>[Conseil #5 : donnez 110% de ce qui est demandé pour assurer. La sélection EST rude.]</strong></p>
<p>- bon, il est très très tard maintenant et je me lève tôt demain. L&#8217;épisode 2 des aventures d&#8217;un candidat Monbusho sera bientôt disponible et sera consacré à la recherche d&#8217;un superviseur au Japon.</p>
<p>Oyasumi.</p>
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		<title>GTA IV, est-ce que les Japonais vont aimer ?</title>
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		<pubDate>Sat, 03 May 2008 15:09:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[GTA IV devrait battre le record de la meilleure première semaine de ventes pour un produit culturel en sortie mondiale. Mais qu'en pensent les joueurs japonais ? GTA remporte-t-il le même succès au pays du soleil levant ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="gta_4_capcom.jpg" src="/wp-content/uploads/gta_4_capcom.jpg" border="0" alt="gta_4_capcom.jpg" width="350" height="267" align="texttop" /></p>
<p>GTA IV fait énormément de bruit. Selon le très respecté journal <a href="http://www.variety.com/article/VR1117984089.html?categoryid=20&amp;cs=1" target="_blank">Variety</a>, le dernier opus de la franchise à succès, sorti il y a quelques jours après des retards à répétition, devrait battre un record jusqu&#8217;ici détenu par le film <em>Pirates des Caraïbes 3 </em>: celui de la meilleure première semaine de ventes pour un produit culturel en sortie mondiale.</p>
<p>Ce record se situe autour de $400m. C&#8217;est énorme. C&#8217;est le PIB des Comores.</p>
<p>Economiquement c&#8217;est énorme, mais socialement aussi c&#8217;est énorme. Le jeu par sa violence fait l&#8217;objet d&#8217;une vive controverse, sur laquelle Barack Obama s&#8217;est prononcé à l&#8217;occasion d&#8217;un discours de campagne à Indianapolis. C&#8217;est énorme : le jeu s&#8217;invite dans la campagne présidentielle américaine !<span style="color: #808080;"> </span></p>
<p>Et au Japon ?  Est-ce que GTA est énorme au Japon ?</p>
<p>Il y a plus de vingt ans maintenant, les grands du jeu vidéo japonais ont su entrer et s&#8217;imposer sur les marchés occidentaux, faisant du Japon un market-maker dans le milieu - rôle qui perdure aujourd&#8217;hui encore.  Mais le mouvement inverse n&#8217;a jamais vraiment eu lieu. Le jeu vidéo occidental ne se vend pas au Japon. Certains comme Microsoft et sa XBox s&#8217;acharnent à essayer de pénétrer ce marché, mais rien n&#8217;y fait : les Japonais jouent à des jeux japonais. Les profondes différences de &#8220;gaming culture&#8221; y sont pour beaucoup. On note ainsi que le jeu d&#8217;arcade, genre fondateur de la culture vidéoludique japonaise,  est moribond en Occident mais reste un secteur clé au pays du soleil levant. La sortie imminente du très attendu <em>Street Fighter IV</em> devrait le confirmer. On constate aussi que le FPS (First-Person Shooter), genre issu de la culture PC américaine qui n&#8217;a cessé de monter en puissance pour devenir la vitrine occidentale du jeu à grand spectacle / grand succès, ne rencontre que peu voire pas d&#8217;écho au Japon.</p>
<p>Et pourtant. Dans ce contexte et contre tout attente, GTA est énorme au Japon. Les Japonais ne jouent pas aux jeux occidentaux, mais ils jouent à GTA.</p>
<p><em>GTA : San Andreas</em> est ainsi le seul jeu occidental à avoir avec une note de 38/40 frôlé la note maximale dans la revue japonaise de référence, <a href="http://fs.finalfantasytr.com/" target="_blank"><em>Famitsu</em></a>. Avec plus de 500 000 unités écoulées, les ventes ne furent pas en reste. GTA est aussi le seul jeu non-japonais à pointer (en 76e place) dans l&#8217;enquête <a href="http://www.next-gen.biz/index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=2401&amp;Itemid=2&amp;limit=1&amp;limitstart=1" target="_blank">All Time Top 100</a> réalisée en 2006 par le même magazine auprès des lecteurs.</p>
<p>La franchise est pourtant dans le collimateur de l&#8217;ECOR, l&#8217;agence de surveillance / notation des contenus vidéoludiques japonais : elle est notée Z, soit l&#8217;équivalent du film X en cinéma français.</p>
<p>Mais elle bénéficie d&#8217;un soutien de taille. Dans un récent communiqué de presse, Capcom, l&#8217;un des éditeurs clé du marché japonais, a été officiellement désigné pour la promotion / localisation de GTA IV. Ils avaient déjà en tant que partenaire largement contribué au succès des opus précédents.</p>
<p>La version japonaise est attendue courant septembre. C&#8217;est tard. Mais tant que le jeu sort. En attendant, voià comment patiente le joueur japonais :</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=Ni3auLReS7A&amp;feature=related<br />
Je me permettrai tout de même de rappeler que le marché de jeu vidéo au japonais a été profondément bouleversé - bien davantage qu&#8217;en Europe ou aux Etats-Unis - par le retour de Nintendo. La Wii et la DS n&#8217;ont pas seulement laissé les autres consoles loin derrière (les bases d&#8217;utilisateurs de la PS3 et de la XBox 360 sont plus faibles qu&#8217;ailleurs),  elles ont aussi changé en profondeur les habitudes des joueurs en donnant ses lettres de noblesse au casual gaming. Le Japon s&#8217;est largement converti aux parties de Wii en famille pendant vingt minutes après le dîner. Aux jeux de mémoire. A des jeux qui demandent peu de temps, peu d&#8217;adresse, peu d&#8217;investissement. Et surtout, à des jeux dont le contenu est marqué par l&#8217;esprit Nintendo : entre autres choses, un refus de la violence.</p>
<p>Dans ce contexte, et vu qu&#8217;une éventuelle sortie de GTA IV sur les consoles Nintendo n&#8217;est qu&#8217;une rumeur pour l&#8217;instant peu crédible, on peut douter de la performance du jeu sur le marché japonais. En 2004, Sony régnait sur le marché et imposait une majorité de titre adultes, appréciés des hardcore gamers. En 2008, GTA risque peut-être de faire tâche dans le joli monde bien propre que Nintendo et sa nouvelle armée de &#8220;casuals&#8221; ont récemment mis en place.</p>
<p>On prend les paris ?</p>
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		<title>Nakama, ou l&#8217;amitié au sens large</title>
		<link>http://monbushodiaries.fr/?p=14</link>
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		<pubDate>Fri, 02 May 2008 07:05:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Linguistique]]></category>

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		<description><![CDATA[
En japonais comme en français, le vocabulaire de l&#8217;amitié est exceptionnellement riche. Mais le français moderne retranscrit avec difficulté la notion de compagnonnage ou camaraderie, le lien fort qui peut exister entre membres d&#8217;un même groupe. En japonais, cette idée est omniprésente. Et en plus ils ont un très joli mot pour l&#8217;exprimer.
Depuis quelques années [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="One_piece_nakama_1.jpg" src="/wp-content/uploads/One_piece_nakama_1.jpg" border="0" alt="One_piece_nakama_1.jpg" width="394" height="276" align="texttop" /></p>
<p>En japonais comme en français, le vocabulaire de l&#8217;amitié est exceptionnellement riche. Mais le français moderne retranscrit avec difficulté la notion de <em>compagnonnage</em> ou <em>camaraderie</em>, le lien fort qui peut exister entre membres d&#8217;un même groupe. En japonais, cette idée est omniprésente. Et en plus ils ont un très joli mot pour l&#8217;exprimer.</p>
<p>Depuis quelques années un shonen manga à succès, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/One_Piece" target="_blank">One Piece</a>, est en train de populariser le terme <em>nakama </em>(仲間). Le manga est traduit avec diligence dans de nombreuses langues, mais ce mot bénéficie d&#8217;un curieux traitement de faveur : on l&#8217;alphabétise mais on ne le traduit pas. Menaçant : &#8220;Personne ne touche à mes nakama !&#8221;, amical : &#8220;Un nakama c&#8217;est fait pour ça, non ?&#8221; ou plus posé : &#8220;Je vois que tu as su t&#8217;entourer d&#8217;excellents nakama.&#8221;, le mot rythme réellement l&#8217;action du manga.</p>
<p>Exemple avec la scène ci-dessous, un extrait de l&#8217;anime. Au terme d&#8217;un interminable combat, Luffy, fringant capitaine d&#8217;une petite troupe de pirates, vient enfin à bout de son adversaire. Il lance alors à Nami, talentueuse jeune fille qu&#8217;il souhaite recruter dans son équipage, un retentissant &#8220;Tu es ma nakama !&#8221;.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=-xlZs-dV_fA</p>
<p>Le mot recontre depuis quelques années un certain succès semble-t-il puisque tous les forums et communautés de fans en ligne l&#8217;emploient généreusement, souvent en lieu et place du mot <em>ami</em>. Sans pour autant entrer dans la mainstream comme a pu le faire le mot <em>kawaii</em>, <em>nakama</em> est l&#8217;un des mots japonais en vue du moment. L&#8217;ampleur de l&#8217;usage fait de ce terme me laisse penser qu&#8217; il permet d&#8217;exprimer une idée, un sentiment que la langue française moderne a du mal à évoquer. Il remplit un vide.</p>
<p>Diriez-vous que les Trois Mousquetaires-qui-en-fait-étaient-quatre étaient des <em>amis</em> ? Moi, ce mot ne me convient pas. Ils étaient des compagnons. Des mousquetaires. Des frères d&#8217;armes. La valeur de leur relation naissait dans l&#8217;esprit de groupe et les difficultés surmontées ensemble. Quelque chose dans les connotations du mot <em>ami</em> manque pour exprimer au plus juste le lien qui unit les Mousquetaires.</p>
<p>On peut ainsi lire dans <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Trois_Mousquetaires" target="_blank">Wikipédia</a>,</p>
<blockquote><p><span style="color: #808080;">la postérité des Trois Mousquetaires, le <em>Un pour tous ! Tous pour un !</em> déborde largement le cadre de la littérature. Pour André Roussin, s&#8217;adressant aux membres de l&#8217;Académie Française en 1980, c’est <em>le mythe de l’amitié entre les hommes qui, sous le double sceau de la loyauté et du courage, deviennent invincibles</em>. [...] L&#8217;académicien évoque ensuite le quatuor du tennis français des années 1920, Henri Cochet, Jacques Brugnon, René Lacoste et Jean Borotra, qui incarne par sa jeunesse, l&#8217;amitié entre ses membres et son apparente invincibilité un idéal si proche des héros de Dumas qu&#8217;ils sont surnommés <em>Les Quatre Mousquetaires.</em></span></p></blockquote>
<p>J&#8217;ai choisi le cas des Mousquetaires à dessein, car la nature de leur relation, complexe, à la fois professionnelle et fraternelle,  semble échapper à la définition.</p>
<p>C&#8217;est là que le mot <em>nakama</em> intervient : il est passe-partout. Il possède un spectre de définitions exceptionnellement large, comme en atteste le dictionnaire <a href="http://dic.yahoo.co.jp/dsearch?enc=UTF-8&amp;p=%E4%BB%B2%E9%96%93&amp;stype=0&amp;dtype=0" target="_blank">Yahoo! en japonais</a> :</p>
<blockquote><p><strong>１</strong> Le fait de faire quelque chose ensemble. La personne avec qui l&#8217;on fait quelque chose.<br />
<strong>２</strong> Personnes exerçant la même profession.<br />
<strong>３</strong> Personnes ou choses faites du même bois. Tout ce qui est semblable.</p></blockquote>
<p>Si l&#8217;on complète ces résultats avec ceux du dictionnaire <a href="http://dic.yahoo.co.jp/dsearch?enc=UTF-8&amp;p=%E4%BB%B2%E9%96%93&amp;dtype=3&amp;dname=2ss&amp;stype=1&amp;pagenume=1" target="_blank">japonais-anglais de Yahoo!</a>, on est frappé de voir que <em>nakama</em> nous renvoie aussi bien à l&#8217;idée d&#8217;ami que de collègue, partenaire, pair, confrère, compagnon, camarade&#8230; La liste peut s&#8217;allonger. Un collègue de bureau à qui l&#8217;on n&#8217;a jamais parlé est un nakama ; un rival dans son club sportif est un nakama ; l&#8217;ami de longue date avec qui l&#8217;on décide de créer une entreprise est un nakama.</p>
<p>Derrière ses multiples connotations, le mot exprime une idée essentielle : être nakama, c&#8217;est <strong>appartenir à un groupe</strong>, réel ou symbolique.</p>
<p>Pour illustrer cela par des exemples tirés de ma vie à l&#8217;université :</p>
<ul>
<li>Les autres Français que j&#8217;y ai rencontrés sont des <em>nakama</em>. Nous sommes faits du même bois (français).<em><br />
</em></li>
<li>Les membres du club sportif auquel j&#8217;étais inscrit l&#8217;année dernière sont des <em>nakama</em>. Ce qui nous lie, c&#8217;est moins le jeu des atomes crochus que la conscience du temps passé, ensemble, à avancer vers un but commun.</li>
</ul>
<p>J&#8217;aime beaucoup cette idée de nakama. Une fois assimilée elle peut aider l&#8217;occidental vivant au Japon à développer un sentiment positif d&#8217;appartenance au groupe qui facilite énormément la vie au quotidien. J&#8217;aimerais bien voir cette mentalité &#8220;nakama&#8221; se développer davantage dans l&#8217;hexagone.</p>
<p>Pas vous ?</p>
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		<title>Meishi, beaucoup</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Apr 2008 15:30:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Politesse]]></category>

		<category><![CDATA[american psycho]]></category>

		<category><![CDATA[carte]]></category>

		<category><![CDATA[carte de visite]]></category>

		<category><![CDATA[échange]]></category>

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		<category><![CDATA[encyclopedia britannica]]></category>

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		<description><![CDATA[L'échange rituel de cartes au Japon permet d'éviter les démonstrations d'ego. On ne demande, ni ne propose. On échange mécaniquement. Personne n'est vexé. Personne n'en fait trop. La séduction est probablement à l'oeuvre, comme partout ailleurs. Mais elle se passe de mots et d'effets de manche. Pas besoin de convaincre verbalement son interlocuteur que l'on est quelqu'un de bien. Il s'est déjà fait une opinion bien avant l'échange.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="552px_Meishi_example.svg.png" src="/wp-content/uploads/552px_Meishi_example.svg.png" border="0" alt="552px_Meishi_example.svg.png" width="300" height="195" align="texttop" /></p>
<p>Ces derniers jours j&#8217;ai vu et échangé pas mal de <em>meishi</em> (<span style="font-weight: normal;"><span class="t_nihongo_kanji" lang="ja" xml:lang="ja">名刺, &#8220;nom piqué / épinglé&#8221;), les cartes de visite japonaises. Assez pour me donner envie de me lancer dans ce billet. </span></span><br />
Vous le noterez à la lecture de ce blog, j&#8217;aime bien faire référence à Wikipédia pour faire le point sur un sujet. L&#8217;encyclopédie en ligne est fiable, jusqu&#8217;à dans certains domaines scientifiques égaler le niveau de la très respectée Encyclopedia Britannica selon <a href="http://www.wired.com/culture/lifestyle/news/2005/12/69844" target="_blank">un article devenu célèbre</a> paru dans la non moins respectée revue Nature en 2005. Pour les sujets plus triviaux, sa fiabilité est plus discutable mais les articles vont droit au but et permettent de visualiser rapidement les informations essentielles. On évite ainsi de se lancer dans une recherche peut-être plus approfondie, mais souvent fastidieuse sur les centaines d&#8217;autres articles présents sur la toile.</p>
<p>Que nous raconte Wikipédia sur les meishi ?</p>
<blockquote><p><span style="color: #999999;">A person is expected to present a meishi upon meeting a new business partner. Meishi are kept in a leather case where they will not become warm or worn, both of which would be considered a sign of disrespect or thoughtlessness. The presenter holds the meishi out with both hands and introduces his/herself by affiliation, position and name. The card should be held at the top two corners using both hands, face up and turned so that it can be read by the person receiving the meishi.</span></p>
<p><span style="color: #999999;">When receiving a meishi, one should hold it at the bottom two corners using both hands. Placing one&#8217;s fingers over the name or other information is considered rude. Upon receiving the meishi, one is expected to read the card over, noting name and rank, then thank the presenter saying <em>choudai-itashimasu</em>, or <em>choudaishimasu</em> and bow. A received meishi should not be written on or placed in a pocket; it is considered proper to file the meishi at the rear of the leather case. When meishi are being exchanged between parties with different status, such as between the president of a company and someone in middle management, it is proper that the person of lower status extend his or her business card so that it goes under or is at a lower level than that of the person in a high position. If the meishi is being presented at a table, the meishi you received is kept on top of your leather case whilst you have a conversation/meeting. If several people are involved in the meeting and you have several meishi, the one with the highest rank is kept on the leather case and the others beside on the table.</span></p></blockquote>
<p>On retient que l&#8217;échange de meishi est une opération plutôt délicate car extrêmement codifiée. Cela fait presque peur je trouve. Et je ne suis pas sûr que cela illustre bien le quotidien japonais. J&#8217;aimerais compléter un peu cet article.</p>
<p style="padding-left: 30px;"><strong>1. L&#8217;étui (<em>meshi-ire</em>)<br />
</strong></p>
<p style="padding-left: 30px;">Si la carte est cornée ou sortie nonchalamment de sa poche, c&#8217;est un signe clair de laisser-aller qui laissera une mauvaise impression.</p>
<p style="padding-left: 30px;"><strong>2. L&#8217;échange</strong></p>
<p style="padding-left: 30px;">A deux mains, avec une légère révérence. Souvent les mots sont inutiles, et la plupart du temps un mot aimable suffit. Les formules de politesse haut de gamme ne seront utiles que dans des circonstances officielles, ou si la différence de statut est particulièrement importante.</p>
<p style="padding-left: 30px;"><strong>3. La lecture</strong></p>
<p style="padding-left: 30px;">On ne range pas la carte dans sa poche. On la traite avec courtoisie, comme l&#8217;extension de la personne, et on fait au moins semblant de la lire pendant quelques secondes. C&#8217;est important. Il faut faire semblant de la lire. Je dis semblant parce qu&#8217;il n&#8217;y a rien d&#8217;intéressant sur une carte de visite. Une démonstration manifeste d&#8217;intérêt à la lecture de la carte peut être bienvenue : un signe, n&#8217;importe lequel, qui traduit l&#8217;idée que &#8220;aaah, vraiment je suis content d&#8217;en savoir enfin plus sur vous grâce à cette merveilleuse meishi, maintenant je sens beaucoup plus proche de vous et j&#8217;ai beaucoup d&#8217;admiration pour la société xyz et le boulot abc que vous y faites&#8221;.</p>
<p style="padding-left: 30px;"><strong>4. Quand échanger ?</strong></p>
<p style="padding-left: 30px;">Dans tout contexte qui déborde du cadre des relations privées ou amicales. En affaires, l&#8217;échange a souvent lieu avant le début des hostilités. Sinon, c&#8217;est plutôt au moment de se séparer. Exemple : lors d&#8217;un récent voyage en Chine avec mon professeur et les membres de mon séminaire, au moment de se séparer à notre retour à l&#8217;aéroport de Narita, mon professeur et notre guide ont tout naturellement échangé leurs cartes de visite. Brièvement, mais poliment.Le cérémonial est toujours respecté, mais puisque dès l&#8217;âge de 22-23 ans environ les  <em>shakaijin</em> (actifs salariés) sont amenés à distribuer énormément de cartes de visite, on se contente des marques de politesse essentielles. L&#8217;opération se fait souvent en quelques secondes.</p>
<p style="padding-left: 30px;"><strong>5. Que font les jeunes ?</strong></p>
<p style="padding-left: 30px;">Les lycéens comme les étudiants n&#8217;échangent pas de meishi. Tous les téléphones portables (<em>keitai)</em> ont une option infra-rouge intégrée (<em>sekigaisen</em>) qui s&#8217;est imposée comme un substitut naturel. Après avoir déterminé qui envoie et qui reçoit, on rapproche les capteurs infra-rouge, jusqu&#8217;à faire &#8220;s&#8217;embrasser&#8221; les téléphones, et on envoie son profil complet - à la manière d&#8217;un contact Outlook - en quelques secondes. Il s&#8217;agit là aussi d&#8217;un rituel, mais beaucoup plus informel.</p>
<p>Voilà pour l&#8217;essentiel. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un occidental devrait retenir de tout ça ?</p>
<p>Tout d&#8217;abord, que si l&#8217;échange obéit effectivement à une forme de rituel, il est beaucoup plus simple que l&#8217;article de Wikipédia veut bien nous le laisser paraître. 5 minutes suffisent pour comprendre comment on fait.</p>
<p>Ensuite et surtout, que l&#8217;échange de cartes au Japon se fait forcément dans les deux directions. La méthode franco-américaine met l&#8217;accent sur le donneur : &#8220;tenez, voilà ma carte&#8221;. Il n&#8217;attend pas forcément de carte en retour. Et se sentira peut-être obligé de rajouter une phrase accrocheuse, souvent préparée en avance : car donner sa carte en Occident, c&#8217;est une opération séduction. On souhaite que notre interlocuteur se rappelle de nous, et la carte de visite est un moyen d&#8217;y parvenir. On ne la donne pas à tout le monde. Il arrive aussi que l&#8217;on refuse une carte de visite dont on n&#8217;aura pas l&#8217;usage.</p>
<p>L&#8217;échange rituel de cartes au Japon permet d&#8217;éviter les démonstrations d&#8217;ego. On ne demande, ni ne propose. On échange mécaniquement. Personne n&#8217;est vexé. Personne n&#8217;en fait trop. La séduction est probablement à l&#8217;oeuvre, comme partout ailleurs. Mais elle se passe de mots et d&#8217;effets de manche. Pas besoin de convaincre verbalement son interlocuteur que l&#8217;on est quelqu&#8217;un de bien. Il s&#8217;est déjà fait une opinion bien avant l&#8217;échange.</p>
<p>On peut voir l&#8217;échange de meishi comme l&#8217;un des innombrables outils culturels développés par la société japonaise pour lisser les relations humaines. L&#8217;ego est peut-être bien présent ; mais on le fait taire.</p>
<p>Pour illustrer mon propos, je vous laisse vous délecter de la légendaire &#8220;scène de cartes de visite&#8221; du film <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/American_Psycho" target="_blank"><em>American Psycho</em></a>, tiré du roman de Easton Ellis. Des businessmen américains. Un condensé d&#8217;ego. Un grand moment de bonheur.</p>
<p>httpv://www.youtube.com/watch?v=qoIvd3zzu4Y</p>
<p>Vous noterez que je me suis penché sur l&#8217;aspect &#8220;relationnel&#8221; de l&#8217;échange de meishi et sa signification, en essayant de relativiser l&#8217;aspect intransigeant de ce rituel. C&#8217;est parce que je vois le Japon avec des yeux d&#8217;étudiant.</p>
<p>Passez donc sur le blog <em>Lost in translation</em> pour avoir le point de vue d&#8217;un compatriote qui lui a les deux pieds dans le monde du travail. Il vous fera découvrir les arcanes de <a href="http://finsou.free.fr/blog/index.php/2007-06-30/les-reunions-a-la-maniere-japonaise-partie-1/">l&#8217;échange de cartes &#8220;groupé&#8221;</a>. Très codé, mais finalement vite expédié. Cqfd.</p>
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