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	<title>Nouveaux Medias</title>
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	<description>Observatoire des nouvelles écritures</description>
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		<title>&#034;Soundhunters&#034; &#8211; Entretiens avec François Le Gall et Pedro Watanabe</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/soundhunters-interviews/</link>
		<pubDate>Mon, 13 Feb 2017 13:46:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Adèle Binaisse]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Web-documentaire]]></category>

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		<description><![CDATA[François Le Gall François Le Gall est le co-producteur et le co-auteur du projet Soundhunters. Il est à la tête de la société de production parisienne Camera Talk. &#160; Comment est née l&#8217;idée de Soundhunters<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/soundhunters-interviews/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="page" title="Page 8">
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<h1 style="text-align: center;">François Le Gall</h1>
<p><a href="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/08/logo_60px.png"><img class="size-full wp-image-1230 aligncenter" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/08/logo_60px.png" alt="" width="461" height="60" /></a></p>
<p><em>François Le Gall est le co-producteur et le co-auteur du projet Soundhunters. Il est à la tête de la société de production parisienne Camera Talk.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Comment est née l&rsquo;idée de Soundhunters ?</strong><br />
Nicolas, producteur à a_BAHN avait cette idée à l&rsquo;état embryonnaire, et nous l&rsquo;avons développé ensemble. Nous avons eu des fnancement du CNC, à hauteur de 115 000€, du Film Found Luxembourg, l&rsquo;équivalent du CNC au Luxembourg, et de la chaîne régionale allemande SWR. L&rsquo;idée de permettre aux gens de pouvoir enregistrer des sons étaient là dès le départ. Nous avons eu l&rsquo;idée vers janvier 2013. Il nous a fallu un an pour la conception et la production.</p>
<p><strong>A combien s&rsquo;élève le budget ?</strong><br />
Le montant global était de 750 000€. 400 000€ pour le film, le reste pour la partie projet et le développement de l&rsquo;application.</p>
<p><strong>Quel a été le rôle des partenaires ?</strong><br />
C&rsquo;est un montage un peu compliqué. Ce n&rsquo;est pas Arte qui nous a fnancé mais SWR, qui appartient à ARD, le groupe qui détient 50% d&rsquo;Arte. Ils travaillent étroitement ensemble, et c&rsquo;est comme ça que c&rsquo;est remonté chez Arte, du côté allemand. Nous avons eu 45 000€ pour le long métrage et 25 000€ pour le site .</p>
<p><strong>Comment avez-vous imaginé le projet ?</strong></p>
<p>On a fait toute l&rsquo;écriture et la conception du projet. On a d&rsquo;abord trouvé les quatre villes, qui avait toutes quelque chose à raconter au niveau linguistique. Nous avons ensuite cherché les réalisateurs locaux. Une fois qu&rsquo;on a constitué l&rsquo;équipe de tournage, on a commencé à chercher des artistes qui accepteraient de vivre une expérience documentaire en immersion pendant une semaine dans la ville qu&rsquo;on leur proposait.</p>
<p><strong>Quand a commencé le tournage ?</strong><br />
Les tournages du web-documentaire se sont déroulés entre mai et août 2014. Sur le 52 minutes, les tournages ont démarré en mars pour se terminer en septembre 2014.</p>
<p><strong>Pourquoi faire un documentaire de 52 minutes ?</strong></p>
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<p>On est sur quelque chose de plus pédagogique. Deux petits personnages fictifs et muets partent dans un voyage à la rencontre de huit chasseurs de son, qui sont des musiciens représentatifs des différentes pratiques qu&rsquo;on peut avoir en chasse aux sons. Il ne font pas tous la même chose, ils n&rsquo;utilisent pas tous les sons du réel de la même façon. Certains les utilisent pour avoir un discours politique, d&rsquo;autres en font quelque chose de plutôt fun et expérimental. L&rsquo;idée est de montrer que dans la musique moderne, énormément d&rsquo;artistes utilisent les sons du réel et pas des notes. Ce long format est là pour contextualisation la pratique du field recording. On revient sur l&rsquo;histoire de cette pratique. Les films sur web-documentaire sont plutôt une expérience qu&rsquo;on a menée avec un artiste, pas forcément chasseur de son à la base. Une expérience que l&rsquo;internaute peut lui- même prolonger, avec les sons de l&rsquo;artiste ou avec ses propres sons. C&rsquo;est pas du tout la même approche, même si on raconte toujours la même histoire.</p>
<p><strong>Comment avez-vous choisi les artistes ?</strong></p>
<p>On avait nos quatre villes, les premiers artistes contactés ont eu le choix de leur ville. Par exemple Simonne Jones, qui est Américaine, était intéressé par le Brésil. L&rsquo;idée était d&rsquo;envoyer des artistes dans des endroits qu&rsquo;ils ne connaissent pas plus que cela. Si ça ne s&rsquo;est pas fait avec certains, c&rsquo;est plutôt des questions de planning. On avait par exemple contacté Rone, qui était super emballé, mais il n&rsquo;avait pas le temps avec la sortie et la promotion de son dernier album. Cela demande une réelle implication de la part de l&rsquo;artiste.</p>
<p><strong>Les histoires étaient-elles écrite à l&rsquo;avance ?</strong></p>
<p>Oui par les réalisateurs. Nous savions les sujets qu&rsquo;on voulait traiter. On savait qu&rsquo;on voulait parler de l&rsquo;argot allemand-turc à Berlin, de la cause guarani au Brésil, mais après ce sont les réalisateurs qui ont écrit leur flm. Pedro Wanatabe a travaillé main dans la main avec Simonne dans le flm. Comme Simonne écrit beaucoup de choses dans ces carnets, il a eu l&rsquo;idée d&rsquo;intégrer ce travail. En documentaire, ce n&rsquo;est pas comme en fction, il y a des choses qui se passent et qu&rsquo;on ne maitrisent pas. Mais c&rsquo;est important toujours d&rsquo;avoir une écriture préalable.</p>
<p><strong>Comment avez-vous pensé la partie diffusion ?</strong></p>
<p>Ces œuvres ont besoin de relais médias pour exister. On a noué pleins de partenariats avec des médias et des marques différentes. Il y a Arte, mais aussi Tsugi et Les Inrocks avec qui ont a fait de l&rsquo;échange de contenus. Il y a aussi Native Instruments, qui édite des logiciels pour créer de la musique, que presque tous les musiciens utilisent. Eux ont relayé le projet auprès de leur base, avec leur newsletter qui compte environ deux millions de personnes. On cherche des stratégies pour que le projet soit vu le plus possible. On a besoin d&rsquo;aller chercher les gens là où ils sont, puisque les gens ne vont pas sur notre site naturellement.</p>
<p><strong>Le projet est-il hébergé sur le site d&rsquo;Arte ?</strong></p>
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<p>L&rsquo;architecture est un peu compliqué. L&rsquo;espace « CREATE » n&rsquo;est pas hébergé chez Arte, mais disons que c&rsquo;est comme si tout le projet était hébergé chez Arte. Le jour où Arte n&rsquo;en voudra plus, on le remettra chez nous. C&rsquo;est important pour nous d&rsquo;avoir cette marque qui nous légitime en quelque sorte.</p>
<p><strong>Le résultat correspond-t-il à ce que vous recherchiez ?</strong></p>
<p>Pour la partie web-doc, c&rsquo;est très conforme à ce qu&rsquo;on avait en tête. Pour la partie application, on a pas mal évolué au cours du temps. Ce que l&rsquo;on propose n&rsquo;est pas évident au départ pour les gens, il a fallu simplifier au maximum. C&rsquo;est pas encore terminé, la nouvelle version va arriver dans quelques semaines, qui permettra de créer sa piste, avec la fonction « CREATE » sur smartphone. C&rsquo;est l&rsquo;atelier Calico qui a développé avec nous toute la partie site et application. Derrière l&rsquo;application, il y a un algorithme très puissant qui a demandé à un ingénieur un an de travail. On est plus proche de la création de logiciel que de l&rsquo;application pour faire joujou. Il a beaucoup de technologie derrière.</p>
<p><strong>Comment allier la casquette auteur à celle de producteur ?</strong></p>
<p>C&rsquo;est assez souvent le cas dans la production de nouvelles écritures, à la différence de la production audiovisuelle classique. Quand vous portez vous-même votre projet, vous en parlez mieux, vous véhiculez des choses peut-être plus convaincantes à l&rsquo;interlocuteur.</p>
<p><strong>Quel est votre regard sur la post-production ?</strong></p>
<p>Nous avons bien-sûr notre avis sur le travail de post-production. Pour le montage des web- documentaires, nous n’étions pas présents mais les réalisateurs nous envoyaient des drafts souvent et nous étiez en communication permanente avec eux.</p>
<p><strong>Vous aviez pas peur que ces films soient trop différents et que cela nuise à la cohérence globale du projet ?</strong></p>
<p>C&rsquo;était quelque chose qu&rsquo;on assumait complètement. C&rsquo;est aussi pour ça qu&rsquo;on a choisi des réalisateurs avec des profils très différents. Emeka Ogboh, qui a réalisé le film qui se déroule à Lagos, au Nigéria, fait surtout des captures sonores de ville et des installations artistiques, pas des films. A New-York, au contraire, c&rsquo;était un réalisateur aguerri. On voulait vraiment cette diversité dans les films. Le film d&rsquo;Antonino D’Ambrosio va être proposé au MoMa, Pedro aussi va présenter ses films au Brésil. Les films pourraient vivre indépendamment, mais l’expérience du web-documentaire, avec l&rsquo;interaction qui s&rsquo;ajoute, est complètement différente. Nous avons l&rsquo;entièreté des droits, mais on ne s&rsquo;oppose pas à ce que les films soient diffusé sur des festivals, bien au contraire.</p>
<p><strong>Vous avez aussi gagné plusieurs prix&#8230;</strong></p>
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<p>Oui, le smart FIPA à Biarritz, deux prix en Chine, où ils adorent le projet Soundhunters ! Ils sont comme des fous avec ce projet. Je crois qu&rsquo;il y a côté ludique qui les fait marrer. On développe l&rsquo;appli en chinois, en espagnol et en portugais. On a aussi été en compétition au festival Europa et dans un autre festival à Liège en Belgique.</p>
<p><strong>C&rsquo;est vital pour le projet d&rsquo;avoir ces reconnaissances ?</strong></p>
<p>C&rsquo;est bien pour le projet, c&rsquo;est bien pour nous, c&rsquo;est bien aussi pour les artistes&#8230; Il y a énormément de personnes qui ont travaillé sur le projet, pas loin d&rsquo;une centaine de personnes.</p>
<p><strong>Comment étaient payé les artistes ?</strong></p>
<p>Il étaient défrayé bien-sûr, et on leur a surtout payé leur droits sur leur musique. Depuis la semaine dernière, on a lancé un EP 4 titres, « Zoolok revisited », qui est sur toutes les plateformes de musique en ligne. On monétise les musiques, parce qu&rsquo;on a acheté les droits. Dans quelques mois, on va ajouter les 6 morceaux qui viennent du concours « Zoolook », avec Jean-Michel Jarre, auquel les internautes ont participé. Au fnal, ce sera un album de dix titres. Avec le transmédia, on peut tirer la pelote très loin, avec toujours la même histoire. Ici, c&rsquo;est l&rsquo;histoire de sons captés dans la rue.</p>
<p><strong>Y a-t-il encore d&rsquo;autres projets en route ?</strong></p>
<p>On est en train de mettre en place une exposition avec la Gaîté Lyrique, et des ateliers avec des enfants . Cela se fait déjà au Luxembourg, notamment à travers l&rsquo;application. C&rsquo;est un peu magique pour les enfants !</p>
<p><strong>Comment faire pour convaincre les financeurs avec des ébauches de projet ?</strong></p>
<p>Il faut apporter des maquettes, des intentions biens ficelés. Il faut aussi utiliser une écriture qui arrive à expliquer et à énoncer un concept le plus clairement possible. Surtout sur un projet comme ça, on peut embrouiller très vite les gens. Convaincre alors qu&rsquo;on a rien tourné, c&rsquo;est pas simple !</p>
<p><strong>Comment faire des recettes ?</strong></p>
<p>Quand vous faites un 52 minutes, vous pouvez le vendre à plusieurs chaînes, à l&rsquo;étranger, en VOD, en DVD. L&rsquo;exploitation secondaire est possible, ce qui n&rsquo;est pas le cas avec le web- documentaire. On ne revend pas un web-documentaire, ça ne s&rsquo;est jamais vu. L&rsquo;enveloppe est arrêtée, on aura jamais plus. On ne fait pas de projection de recettes potentielles, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y en a pas, ou très peu. Il y a quand même des petits apports possibles, par exemple Native Instruments est intéressé par l&rsquo;algorithme de la machine à faire des sons, qui pourrait être un module à brancher sur son ordinateur.</p>
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<h1 style="text-align: center;">Pedro Watanabe</h1>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Pedro Watanabe, réalisateur brésilien, a réalisé le film qui se déroule à São Paulo et qui raconte la quête sonore de Simonne Jones et sa rencontre avec les Guarani, en pleine forêt amazonienne.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Comment avez-vous réussi à contacter les Guarani ? Cela a-t-il été difficile d&rsquo;établir une relation de confiance ?</strong></p>
<p>Par le biais d&rsquo;une amie en commun j&rsquo;ai réussi à avoir le contact de Marcos Tupã, un des leaders des Guarani Mbya qui à l&rsquo;époque, fn 2013, habitait dans un des villages de São Paulo. Il a bien accueilli l&rsquo;idée et m&rsquo;a conseillé d&rsquo;en parler aussi avec d&rsquo;autres leaders pour avoir leur accord. Parmi eux, il y avait Jera, celle qui, dans le flm, discute avec Simonne à propos des rêves et de la musique. Avant le tournage nous avons réféchi, elle et moi, aux meilleures situations à flmer. C&rsquo;est grâce à elle qu&rsquo;on a pu avancer dans l&rsquo;écriture du projet, mais ça nous a pris quelques mois avant qu&rsquo;on se sente prêts à tourner.</p>
<p><strong>Quelle était votre part de liberté dans l&rsquo;écriture du scénario?</strong></p>
<p>Nous sommes partis d&rsquo;une idée de base des producteurs, qui cherchaient à faire des flms courts dans un schéma quatre artistes et quatre langues qui s&rsquo;inventent ou qui se réinventent dans quatre mégalopoles différentes. A partir de cette idée de base, on était libre de créer le flm qu&rsquo;on avait envie. C&rsquo;est pour ça que les documentaires sont bien différents les uns des autres, même s&rsquo;ils ont tous un fond commun. Mais dans le cas des Guarani on ne peut pas dire que la langue s&rsquo;invente ou se réinvente à São Paulo, car la langue existe depuis bien avant la ville, qui s&rsquo;étend sans cesse et menace les terres indigènes.</p>
<p><strong>Est-ce que ça a été difficile d&rsquo;intégrer les sons et les textes de Simonne dans la vidéo?</strong></p>
<p>En fait, les textes de Simonne n&rsquo;étaient pas du tout prévus pour le film. Pour nous, son cahier c&rsquo;était son enregistreur. On avait écrit ça et on essayait de la suivre pendant tous les moments de prise de son. On avait tourné des mises en scène d&rsquo;elle en train d&rsquo;écrire sur son cahier, comme la séquence du train qui ouvre le film, mais on ne savait pas du tout ce qu&rsquo;elle écrivait. Durant les derniers jours, je lui ai demandé de me raconter de quoi il s&rsquo;agissait puisqu&rsquo;elle écrivait beaucoup entre les déplacements et les pauses. Elle a lu sans prétention quelques passages et c&rsquo;était magique de l&rsquo;entendre. C&rsquo;était frais. Pour moi, ça racontait de manière très efficace son parcours à São Paulo et aussi son processus de création, au moment même où il se passait. Du coup, on a enregistré la lecture dans sa chambre d&rsquo;hôtel, après une longue journée de tournage. Nous avons fait une seule prise de 20 minutes à peu près.</p>
<p><strong>10 jours pour le tournage ont-ils été suffisants?</strong></p>
<p>Pour un film de 15 minutes 10 jours me paraissait assez. Mais en terme d&rsquo;immersion ça passe vite. On a filmé plein de situations qui ne sont pas dans le montage final, en revanche j&rsquo;ai voulu intégrer des images que j&rsquo;avais fait avant et après que Simonne soit là, lors des manifestations de Guarani en ville, par exemple. On a utilisé aussi un mborai (une chanson Guarani) capté dans une situation plus intime et quotidienne, sans équipe, juste moi et un enregistreur.</p>
<p><strong>Combien étiez-vous dans l&rsquo;équipe?</strong></p>
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<p>Lors des dix jours de tournage, on était cinq dans l&rsquo;équipe : Simonne, moi, le co-realisateur (Lucas), un chef op (Marcão) et une personne de son direct (Debora).</p>
<p><strong>Quelles ont été les plus grosses difficultés ?</strong></p>
<p>Un obstacle assez évident c&rsquo;est justement la barrière linguistique. Nous avons dû traduire à Simonne tout ce qui se passait en portugais et du coup les interactions ont rarement été directes, ce qui est dommage. Tout ce qui se passait en guarani, surtout la parole des anciens, on ne l&rsquo;a su que quelques mois plus tard, après les traductions. Mais je pense que le fond de cette parole est assez claire, même sans le traduire, on l&rsquo;a tous senti. Langue, musique, culture, terre et vie ne sont pas des concepts dissociables pour les Guarani. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de terre, il n&rsquo;y a pas de langue.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Soundhunters, entre fiction et documentaire.</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/soundhunters/</link>
		<pubDate>Wed, 08 Feb 2017 13:00:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Adèle Binaisse]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[Page d&#8217;accueil du site © Soundhunters Soundhunters est un projet ambitieux qui prend la forme, notamment, d&#8217;une plateforme interactive hébergé sur le site web d&#8217;Arte. A la croisée entre la fiction et le documentaire, le<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/soundhunters/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="page" title="Page 1">
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<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-1217 aligncenter" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2017/02/Capture-d’écran-2017-02-08-à-11.24.27.png" alt="" width="704" height="398" /><em>Page d&rsquo;accueil du site © Soundhunters</em></p>
<p><em>Soundhunters est un projet ambitieux qui prend la forme, notamment, d&rsquo;une plateforme interactive hébergé sur le site web d&rsquo;Arte. A la croisée entre la fiction et le documentaire, le projet regroupe quatre films (en ligne <a href="http://soundhunters.arte.tv/">ici</a>), une application mobile et un documentaire de 52 minutes. Son objectif est de montrer une expérience musicale dans une ville différente à chaque fois, que l&rsquo;artiste ne connaît pas bien. L&rsquo;expérience peut être prolongée par l&rsquo;internaute qui est invité à produire sa propre composition.</em></p>
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<p style="text-align: right;"><em>Adèle Binaisse</em></p>
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<p style="text-align: center;"><a href="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2017/02/Capture-d’écran-2017-02-08-à-11.24.33.png"><img class="alignnone size-full wp-image-1218" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2017/02/Capture-d’écran-2017-02-08-à-11.24.33.png" alt="" width="702" height="395" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em>Mikael Seifu à Lagos © Soundhunters</em></p>
<h1 style="text-align: center;"><strong>Interaction ouverte et semi-ouverte</strong></h1>
<p>Dans la première catégorie, appelée «WATCH», l&rsquo;internaute a le choix de regarder l&rsquo;un des quatre films proposés. Chacun de ses films, de dix à quinze minutes, allie l&rsquo;exploration sonore par un musicien et la rencontre avec les habitants de nos villes modernes. L&rsquo;interaction avec l&rsquo;auditeur dans cette catégorie est semi-ouverte, puisqu&rsquo;il peut choisir d&rsquo;arrêter la vidéo pour écouter des sons débloqués au fur et à mesure du visionnage. Ces sons ont été enregistrés par le musicien pendant le tournage. A la fin du film, il est proposé à l&rsquo;internaute de continuer l&rsquo;expérience en créant sa composition à partir des sons captés par le musicien.</p>
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<p>Deux autres catégories permettent une interaction complètement ouverte avec l’internaute, qui devient véritablement acteur et auteur d&rsquo;une production. Avec la fonction «<em>REC</em>», il peut enregistrer des sons dans son quotidien, auxquels il peut ajouter des effets, depuis son ordinateur ou son smartphone. Ses sons collectés pourront ensuite être assemblés sur une piste (ou «<em>TRACK</em>») grâce à l&rsquo;option «<em>CREATE</em>».</p>
<p>&nbsp;</p>
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<h1 style="text-align: center;"><strong>Une co-production entre Camera Talk et a_BAHN</strong></h1>
<p>Cette production transmédia a été imaginée par deux amis, François Le Gall, producteur chez Camera Talk (Paris) et Nicolas Blies, producteur chez <em>a_BAHN</em> (Luxembourg). Pendant un an, à partir de janvier 2013, ils ont à la fois cherché des financements et poursuivi l&rsquo;écriture des différents documentaires. L&rsquo; idée de départ est restée la même tout au long du projet. « <em>On voulait dès le début mettre le web au cœur du projet. On avait aussi décidé de trouver d&rsquo;abord les villes avant de contacter les musiciens. Quatre villes avec des thématiques linguistiques fortes, avec quelque chose à raconter</em> », explique François Le Gall, à la fois producteur et auteur de Soundhunters.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h1 style="text-align: center;"><strong>Artistes étrangers et réalisateurs locaux</strong></h1>
<p>Le choix des villes a donc été décidé assez rapidement : São Paulo, Berlin, Lagos et New-York. Il a ensuite fallu contacter les artistes et les réalisateurs pour le projet. « <em>Nous voulions que des artistes s&rsquo;immergent dans une ville qu&rsquo;ils ne connaissaient pas plus que ça et travaillent en collaboration avec des réalisateurs locaux</em> », souligne François Le Gall. La plupart des artistes contactés sont enthousiastes, même si certains refusent, plutôt par manque de temps. C&rsquo;est par exemple de cas de Rone, musicien électronique français. Les réalisateurs écrivent ensuite leur film et constituent leur équipe. « <em>Les réalisateurs peuvent utiliser l&rsquo;imprévu, mais un documentaire nécessite un travail d&rsquo;écriture préalable</em> », rappelle le producteur de Camera Talk. Les artistes ayant participé au projet sont des musicien issus du milieu électro : l&rsquo;américain Daedelus (à Berlin), l&rsquo;américaine Simonne Jones (à São Paulo) , l&rsquo;éthiopien Mikael Seifu (à Lagos) et le britannique Luke Vibert (à New- York).</p>
<p>&nbsp;</p>
<h1 style="text-align: center;"><strong>750 000 € de financement</strong></h1>
<p>Le projet a été financé à hauteur de 750 000€ : 250 000€ pour le web-documentaire, 100 000€ pour l&rsquo;application et 400 000€ pour le film de 52 minutes, réalisé par Beryl Koltz. Les producteurs ne sont pas les financeurs du projet, à la différence de la production audiovisuelle classique, un cas assez fréquent dans les projets de « nouvelles écritures ». « <em>Quand on porte le projet, on en parle certainement mieux, car on véhicule des choses plus convaincantes à l&rsquo;interlocuteur</em> », explique François Le Gall.</p>
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<div class="column">
<p>Quatre personnes ont participé à l&rsquo;écriture et à la conception : Nicolas Blies, Marion Guth, Stephane Hueber-Blies et François Le Gall. Les financements viennent en grande partie du Film Found Luxembourg, qui a financé le projet à hauteur de 520 000€. Le Centre National du Cinéma et de l&rsquo;image animée (CNC) a versé 110 000€ et la chaîne allemande SWR, 70 000€. Il faut souligner qu&rsquo;une centaine de personnes a travaillé sur le projet. Chaque film a nécessité dix jours de tournage, avec une équipe technique de cinq personnes environ. L&rsquo;application a quant à elle demandé un an de travail par un ingénieur de l&rsquo;atelier Calico, qui a aussi travaillé sur le site web. L&rsquo;objectif était de rendre la création musicale accessible à tous, grâce à cette application qui devait être à la fois facile d&rsquo;utilisation, ergonomique et pas trop lourde pour pourvoir se charger facilement depuis un appareil mobile de type smartphone.</p>
<p>&nbsp;</p>
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<div class="page" title="Page 3">
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<h1 style="text-align: center;"><strong>Des partenaires de qualité</strong></h1>
<p>Les vidéos sont en ligne sur le site d&rsquo;Arte, qui a financé le projet de manière détournée. En effet, la chaîne SWR appartient au groupe ARD qui détient 50% d&rsquo;Arte. Le fait que le projet soit sur le site d&rsquo;Arte est une plus-value, une vitrine pour le projet. « Le relai média fait partie de notre stratégie. Il faut aller chercher les gens là où ils sont, parce qu&rsquo;ils ne viendront pas naturellement sur notre site », analyse François Le Gall. Et pour trouver cette audience, de nombreux partenariats ont été noués avec des médias (Les Inrocks, Tsugi), des sites d&rsquo;hébergement de musique (Soundcloud), de développement de logiciels (Native Instruments, Blend, Ohm Force) et même d&rsquo;école de musique électronique (Dubspot). Les Inrocks ont par exemple proposé le site de Soundhunters sur leur homepage au moment du lancement.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2017/02/Capture-d’écran-2017-02-08-à-11.34.59.png"><img class="size-full wp-image-1220 aligncenter" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2017/02/Capture-d’écran-2017-02-08-à-11.34.59.png" alt="" width="698" height="569" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em>Capture d&rsquo;écran de Facebook © Soundhunters</em></p>
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<h1 style="text-align: center;"><strong>Au Brésil avec Simonne Jones</strong></h1>
<p>Les quatre réalisateurs qui ont travaillé sur le projet n&rsquo;étaient pas tous des professionnels. Emeka Ogboh, qui a tourné avec le musicien Mikael Seifu au Nigeria, utilise la vidéo dans son travail artistique de manière expérimentale mais n&rsquo;avait jamais tourné de documentaire auparavant. Pedro Watanabe, réalisateur brésilien, a quant a lui été formé au documentaire à l&rsquo;école de Lussas, en France. Pour le film qu&rsquo;il a réalisé dans le cadre du projet Soundhunters, il a choisi d&rsquo;intégrer les textes que Simonne Jones écrivait tous les jours, ce qui n&rsquo;était pas prévu à l&rsquo;origine. «<em> On avait tourné des mises en scène d&rsquo;elle en train d&rsquo;écrire sur son cahier, comme la séquence du train qui ouvre le film, mais on ne savait pas du tout ce qu&rsquo;elle écrivait. Durant les derniers jours, je lui ai demandé de me raconter de quoi il s&rsquo;agissait puisqu&rsquo;elle écrivait beaucoup entre les déplacements et les pauses. Elle a lu sans prétention quelques passages et c&rsquo;était magique de l&rsquo;entendre. C&rsquo;était frais. Pour moi, ça racontait de manière très efficace son parcours à São Paulo et aussi son processus de création, au moment même où il se passait</em> », détaille Pedro Watanabe.</p>
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<p>Cette voix-off poétique contribue à immerger le spectateur dans un univers sonore urbain étrange, parfois angoissant, souvent intriguant. Pedro Watanabe avait pris contact au préalable avec les Guarani et s&rsquo;était rendu à plusieurs reprises sur les lieux du film, ce qui a facilité le tournage. Pour lui la principale difficulté a été la barrière de la langue : « <em>Nous avons dû traduire à Simonne tout ce qui se passait en portugais et du coup les interactions ont rarement été directes, ce qui est dommage</em> », explique-t-il. Simonne a été honorée qu&rsquo;on lui propose ce projet et elle a été beaucoup inspiré par le thème. Certaines de ces expériences n&rsquo;ont pas été gardées au montage mais lui ont servi pour composer sa musique : «<em> J&rsquo;ai construit un microphone de contact dans la chambre d&rsquo;hôtel et j&rsquo;ai grimpé dans un arbre sur un site industriel pour enregistrer le son à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;arbre(&#8230;). L&rsquo;intérieur de l&rsquo;arbre avait le son d&rsquo;une zone de guerre et reflétait la violence de l&rsquo;industrialisation sur la pureté de la nature. Cela a inspiré en partie ce que je raconte dans le film.</em> » La voix de Simonne ressemble à u poème qui guide la narration, à une métaphore flée qui soutient le propos et nourrit les images : « <em>Ce n&rsquo;est pas une vie solitaire comme je l&rsquo;imagine. En fait, la vie urbaine consiste à être entourée de gens tout en étant isolée et seule. La ville est en béton, mais les hommes courent comme des loups. Les machines sont enrayées, coincées dans les embouteilles, mais les hommes courent comme des loups.</em> »</p>
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<p>Dans cette équipe de tournage, il y avait trois autres personnes : un chef opérateur, un co-réalisateur et une preneuse de son. La post-production s&rsquo;est également faite sur place mais le réalisateur était en contact étroit avec les producteurs. Il y a une partie qui a été filmé sans être gardé au montage.</p>
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<h1 style="text-align: center;"><strong>Relais médias, communication et prix</strong></h1>
<p>La communication autour de la plateforme Soundhunters, active depuis le 19 juin 2014, s&rsquo;est beaucoup déroulée par les réseaux sociaux, Twitter (1 619 abonnés) et Facebook (1 229 abonnés) en tête. Sur Twitter, 1 114 tweets ont été postés. Les partenariats ont permis de communiquer sur le projet à une plus large audience. Par exemple, Native Instruments a envoyé un newsletter à plus de deux millions de personnes. Soundhunters a également été récompensé par le Fipa d&rsquo;or au festival de Biarritz (catégorie smart Fip@) et par le prix de la rédaction de Courrier International lors du mois du web-documentaire, le 1er décembre.</p>
<p>Le jury du Fipa a particulièrement apprécié « <em>la simplicité, la facilité de partage et le dépassement des frontières de la langue</em> », selon un article sur RFI. Le projet a été également récompensé en Chine par deux Golden Panda. La page Twitter sert en partie à relayer ces informations, le plus souvent en anglais. Le public visé est donc international, à l&rsquo;image de cette co-production entre la France et le Luxembourg, aidé aussi par l&rsquo;Allemagne, et de ces tournages dans trois continents et quatre pays différents.</p>
<h1 style="text-align: center;"><strong>« Un projet tentaculaire »</strong></h1>
<p>François Le Gall qualifie Soundhunters de « <em>projet tentaculaire</em> ». En effet, le web- documentaire et les quatre films constituent la partie la plus importante du projet, mais d&rsquo;autres exploitation en ont découlé. Tout d&rsquo;abord, un concours ouvert aux internautes, qui étaient invités à créer leur propre piste avec les sons que les artistes avaient enregistrés. Intitulé « <em>Zoolook Revisited</em> », le but était de s&rsquo;inspirer du travail sur les samples (extraits sonores) réalisé par Jean-Michel Jarre dans les années 80 avec son album Zoolook.</p>
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<p>L&rsquo;application mobile, gratuite, permet au plus grand nombre de créer de la musique, avec des sons issus de leur quotidien. La création musicale n&rsquo;est plus cantonnée aux conservatoires et ne nécessite plus forcément de matériel lourd. L&rsquo;application Soundhunters permet à n&rsquo;importe qui de créer une composition, avec un simple téléphone. L&rsquo;EP de quatre titres, proposé sur les sites de musique en ligne, a été agrémenté par les six titres sélectionnés lors de ce concours. Un vinyle est également sorti (on peut le retrouver sur la page de couverture Facebook). Une exposition à la Gaîté Lyrique, à Paris, ainsi que des activités ludiques avec les enfants sont également au programme. « <em>C&rsquo;est magique pour les enfants de créer de la musique avec leur propre voix et avec ce qui les entoure</em> », explique François Le Gall.</p>
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<h1 style="text-align: center;"><em>Grille d&rsquo;analyse utilisateur</em></h1>
<p><strong>Expérience utilisateur</strong><br />
Cette production est selon moi d&rsquo;une très grande qualité technique. Le site est ergonomique, avec un scroll qui permet de passer d&rsquo;une catégorie à l&rsquo;autre. Je n&rsquo;ai jamais eu de problème de réactivité, les sons débloqués sont accompagnés d&rsquo;un court texte explicatif. Le mode d&rsquo;interactivité est pertinent, puisque le but est de montrer le travail d&rsquo;un chasseur de son. Petit bémol cependant : ces samples semblent un peu courts, on aimerait en écouter plus. Le design est simple et effcace, la couleur rose pâle est agréable et refète assez bien l&rsquo;atmosphère du web- documentaire, qui ressemble parfois à une œuvre artistique et poétique.<br />
<strong>Qualité des contenus</strong><br />
J&rsquo;ai trouvé la qualité des images et des prises de son irréprochable, sauf pour le flm qui se passe à Lagos, où l&rsquo;image est de moins bonne qualité. De même à New-York, on entend le vent de manière trop forte selon moi lorsque une poète d&rsquo;origine ukrainienne lit son texte sur un toit de la ville. Dans trois des flms, la voix-off du musicien aide l&rsquo;internaute à se plonger dans l&rsquo;histoire et les sons collectés permettent de ressentir l&rsquo;univers sonore et la diversité de la ville. Dans le flm tourné à New-York, j&rsquo;ai moins aimé le dispositif qui passe d&rsquo;un personnage à l&rsquo;autre, sans que la présence du musicien ne se fasse ressentir. L&rsquo;apport journalistique provient surtout des personnes rencontrées : le jeune Tariq à Berlin, David Martin et Gilseda Pires de Lima à São Paulo, les artistes (musiciens, écrivains) à Lagos et à New-York.</p>
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<p><strong>Impact</strong><br />
La stratégie de communication par les réseaux sociaux a très bien fonctionné, et le projet a gagné quatre prix au total. Les partenariats ont aussi été judicieux, puisqu&rsquo;il ont permis des transferts de contenus. Les retombées économiques sont faibles, mais la sortie d&rsquo;un vinyle et la création d&rsquo;atelier pédagogique permet de faire vivre le projet ailleurs que sur Internet. Les réseaux ont bien été mobilisés, notamment grâce au concours avec Jean-Michel Jarre et au partenariat avec Native Instruments et Les Inrocks.<br />
<strong>Subjectivité</strong><br />
J&rsquo;ai consacré beaucoup de place dans cette étude au film de Pedro Watanabe car je considère que c&rsquo;est le plus réussi. Les images sont très belles, la voix Simonne Jones qui fait écho aux propos des Guarani sur la nature et la survie de leur mode de vie crée un ensemble harmonieux. Les autres aussi sont réussis et je suis d&rsquo;accord avec le producteur pour dire qu&rsquo;il y a une cohérence malgré la patte apportée par chaque réalisateur et musicien dans les films.<br />
Je lui attribue la note de 18/20 (un point en moins pour la longueur des sons, un autre pour la qualité du film au Nigeria et pour la narration parfois bancale du film sur New-York).</p>
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		<title>&#034;Refugees&#034; : Entretiens avec Anne-Florence Garnier et Donatien Huet</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/refugees-entretiens-anne-florence-garnier-donatien-huet/</link>
		<pubDate>Mon, 21 Nov 2016 08:15:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Cluzel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Les Acteurs]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://nouveauxmedias.fr/?p=1133</guid>
		<description><![CDATA[Anne-Florence Garnier, directrice de la production &#160; Quelle est l’origine de ce projet ? Quelle en était la volonté de départ ? C’est un projet global sur les réfugiés, plus précisément sur la question des<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/refugees-entretiens-anne-florence-garnier-donatien-huet/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center;">Anne-Florence Garnier, directrice de la production</h1>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Quelle est l’origine de ce projet ? Quelle en était la volonté de départ ?</strong></p>
<p>C’est un projet global sur les réfugiés, plus précisément sur la question des camps de réfugiés partout dans le monde. Il a débuté en mai 2013, suite à la rencontre entre la présidente d’Arte, Véronique Cayla, le directeur de l’information d’Arte, Marco Nassivera, et le producteur, scénariste et réalisateur, Régis Wargnier. L’idée était de porter un regard différent sur cette thématique complexe. Il s’agissait de toucher un public plus jeune, de renouveler le genre en le rendant plus interactif, sans qu&rsquo;il ne soit ludique pour autant.</p>
<p>Le projet s&rsquo;est articulé en deux parties. D&rsquo;une part, par le biais des points de vue d’artistes qui mettaient en avant des approches différentes, susceptibles de toucher un plus large public. Les artistes avaient carte blanche pour s&rsquo;exprimer à travers de multiples supports : dessins, textes, photos, bande-dessinée,&#8230; Cette variété a permis d&rsquo;apporter une grande richesse. Et d’autre part, le côté journalistique se retrouve dans le « serious game » qui place l&rsquo;internaute dans le costume d&rsquo;un reporter, missionné pour réaliser un reportage dans un camp de réfugiés. Même si la forme est différente, le fond lui reste bien journalistique dans ce newsgame.</p>
<p><strong> Vous avez sélectionné quatre camps de réfugiés à travers le monde. Pourquoi cette sélection ?</strong></p>
<p>Chacun de ces camps présente une particularité : le camp du Népal est en passe d’être fermé, celui du Liban est le plus ancien au monde; en Irak c&rsquo;est un camp d&rsquo;urgence car récemment ouvert et enfin, le camp du Tchad montre des réfugiés oubliés de tous. L&rsquo;ensemble donne un panorama des différentes réalités qui existent à travers le monde.</p>
<p><strong>Comment avez-vous choisi les artistes ?</strong></p>
<p>Le choix s’est fait avant tout selon les rencontres et les connaissances. Cela a nécessité un très gros travail. Les artistes devaient tout d&rsquo;abord accepter de travailler sur le sujet, hors c’est un thème difficile, assez rude. Ensuite, leurs disponibilités devaient coïncider avec notre planning&#8230; Et enfin nous voulions des hommes et de femmes de nationalités variées.</p>
<p><strong>Quel a été le travail préalable nécessaire pour réaliser ces reportages ?</strong></p>
<p>Des journalistes se sont rendus en amont dans chaque camp pour se renseigner sur la situation du pays en question, sur les réfugiés, les problématiques,&#8230;<br />
Il a également fallu trouver des traducteurs disponibles avant l’arrivée de l’équipe de tournage. Et puis bien sûr, il y avait tout le côté administratif à gérer (visas, autorisations diverses,&#8230;).</p>
<p><strong>Pour ce qui est du tournage et de la mise en ligne quel était le calendrier établi ?</strong></p>
<p>Le tournage a débuté en septembre 2013 avec le Népal. Ensuite l&rsquo;Irak en décembre 2013 , puis le Liban en juin 2014 et enfin le Tchad en octobre 2014. Les trois premiers camps ont également fait l&rsquo;objet d’un serious game. Pour le Tchad cela n’a pas pu se faire car on a eu interdiction de filmer 15 jours après notre arrivée! A l&rsquo;origine, il ne devait y avoir que quatre camps mais finalement le tournage d&rsquo;un cinquième va débuter en décembre/janvier. Ce camp aussi est emblématique puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de Calais.</p>
<p>Le tournage du documentaire durait environ une dizaine de jours. Dix jours supplémentaires étaient nécessaires pour le newsgame. Les artistes eux restaient sur place en moyenne cinq à sept jours et avaient ensuite un mois pour « rendre leur copie ». Au départ le format initial de la vidéo était de 26min mais tous ont rendus des documentaires de 48min. Forcément le montage a été plus long que prévu !</p>
<p>La mise en ligne, elle, a débuté en janvier 2014, plus tard que prévue mais ce n&rsquo;était pas faisable autrement.</p>
<p><strong>De combien de personnes était composée l’équipe de tournage ?</strong></p>
<p>C&rsquo;était une équipe plutôt restreinte : un cameraman, un ingénieur son, moi-même et un assistant. Il faut également ajouter pour chaque camp le cinéaste, le photographe, le dessinateur et l’écrivain ainsi que le(s) traducteur(s) qui nous accompagnaient.</p>
<p><strong>Quelles ont été les principales difficultés rencontrées lors du tournage ?</strong></p>
<p>La traduction a posé quelques soucis : nous avions besoin de traducteurs pour nous faire comprendre et communiquer. Parfois ce n&rsquo;était pas forcément évident&#8230; Il y a également eu un temps pour que la collaboration entre cinéastes/cameramen se mette au point car ces derniers sont habitués aux règles journalistiques et non pas cinématographiques. D&rsquo;un point de vue général, les difficultés étaient surtout administratives comme l’obtention des visas ou encore les autorisations pour tourner. Pour anecdote, nous avons eu le visa pour le Népal l’avant-veille du départ !</p>
<p><strong>Par qui a été diffusé le projet final ? et quels sont les supports de diffusion ?</strong></p>
<p>C&rsquo;est le site web d’Arte sur l’onglet Arte Reportage et sur Arte Info qui ont diffusé le projet. Pour le projet dans sa globalité, c&rsquo;est la société Arte GEI qui s&rsquo;en est chargé.</p>
<p><em>(ARTE est un Groupement Européen d&rsquo;Intérêt Economique (GEIE) formé et financé par deux pôles français et allemand d’édition et de fourniture de programmes, ARTE France à Paris et ARTE Deutschland à Baden-Baden, qui sont représentés au sein des instances de décision</em>).</p>
<p><strong>Qui s’est occupé de gérer la partie serious game ?</strong></p>
<p>La réalisation du serious game a été confiée à la société Method in the Madness qui s’occupe de concevoir, entre autres, des serious game et des applications mobiles. Nous n&rsquo;avions pas les moyens techniques pour le faire par nous même.</p>
<p><strong>A combien s’élevait le budget réel du projet et comment a-t-il été financé ?</strong></p>
<p>Il est difficile de donner un chiffre exact car on englobe le web et la TV dans nos budgets donc le coût seul de ce projet n’existe pas réellement. Le budget final s’élève entre 500 000 et 700 000 euros (avec le contenu). Il a été entièrement financé par Arte, qui l&rsquo;a produit en trois langues (français, allemand et anglais).</p>
<p><strong>Quels sont les différents partenaires de « Refugees » ?</strong></p>
<p>« Refugees »a été réalisé en collaboration avec le Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés.</p>
<p>Il y a également eu des partenaires de visibilité : Le Soir (Belgique), Rue 89 (France), Süddeutsche Zeitung (Allemagne), Neue Zurcher Zeitung (Suisse)</p>
<p><strong>« Refugees » a t-il été bien relayé par les médias ?</strong></p>
<p>La couverture médiatique du projet a été plutôt bonne. L’Obs, Paris Match, Télérama, La Croix, l’Humanité,… ont écrit des articles sur le sujet. « Refugees » a aussi été nominé au Grimme Preis (prix qui récompense les films télévisés en Allemagne). On a également fait des expositions photos avec Reza ou des partenaires institutionnels types musées.</p>
<p><strong>Quels sont les points qui mériteraient une amélioration selon vous ? ceux qui vous ne satisfont pas ?<br />
</strong></p>
<p>Selon moi l’interface n’est pas bonne : je trouve que ce n&rsquo;est pas suffisamment clair. D&rsquo;après moi, elle ne donne pas forcément envie, contrairement aux autres projets que l’on a pu faire sur l’Afrique ou l’Afghanistan par exemple. A mon sens, il faudrait une interface plus généraliste, qui regrouperait l&rsquo;ensemble de tout le projet et non pas mettre uniquement l&rsquo;accent sur le « jeu » comme c&rsquo;est le cas sur l&rsquo;une des pages.</p>
<p>Les contraintes techniques nous ont empêché de faire tout ce que l&rsquo;on désirait au départ : il a fallu gérer le timing, la technique,&#8230; De ce fait, le serious game n&rsquo;est pas assez attractif selon moi.<br />
Un des points essentiels sur lequel je ne suis pas satisfaite c’est l’appellation « serious game ». Nous avons eu de longues discussions avec l’équipe pour savoir si l&rsquo;on gardait ou non cette dénomination&#8230; J’aurais préféré qu’on conserve « web-doc » parce que la notion de « game » ne s’applique vraiment pas au sujet. D&rsquo;ailleurs cela est revenu plusieurs fois dans les critiques émises à l&rsquo;encontre du projet.</p>
<p>Toujours à propos du serious game, les règles auraient besoin d&rsquo;être plus compréhensibles. Au final, elles sont simples mais c’est la réalisation qui est compliquée. Les consignes n’ont pas été bien vendues. Bon, en même temps moi j’ai refait chaque jeu au moins quinze fois avant de réussir !</p>
<p>&nbsp;</p>
<h1 style="text-align: center;">Donatien Huet, chef de projet web</h1>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Qui était chargé de la réalisation du serious game ?</strong></p>
<p>Nous avons fait appel à un prestataire de service pour la réalisation car nous ne possédions pas les ressources techniques pour le faire par nous même. C’est l’entreprise Method in the Madness qui s’est chargé de cette partie, du graphisme et du développement compte tenu de ses compétences en game designer.<br />
Il faut voir le newsgame comme la 5eme roue du carrosse du projet: ce n’est qu’une partie d&rsquo;un projet global. Ce qui est important dans celui-ci c’est que pour la première fois, on donne la parole à des artistes sur cette question, on les laisse exprimer leurs ressentis librement, à travers des supports variés.</p>
<p><strong>Quels étaient les critères du cahier des charges à respecter ?</strong></p>
<p>Il y avait deux critères : le prix -il y avait un budget à respecter- et le fait que nous voulions réaliser un jeu plutôt qu’un web-doc classique.</p>
<p><strong>Quels logiciels/techniques ont été utilisés dans l’élaboration du jeu ?</strong></p>
<p>Pour ce jeu, Method in the Madness a utilisé du HTML et du Javascript. La grosse base de données a nécessité l&rsquo;utilisation du logiciel Python.</p>
<p><strong>Y a t&rsquo;il eu des défis à gérer au niveau technique ?</strong></p>
<p>Le principal défi était justement cette importante base de données à gérer. Il y a plus de 200 vidéos au final, multipliées par 3 langues différentes! C’est aussi pour cette raison, vu la lourdeur de la base, que nous avons du faire des compromis et abandonner à regret, l’idée du jeu sur mobile alors même que le mobile est aujourd’hui un outil essentiel. Le joueur peut néanmoins consulter son compte via son smartphone, mais ça s&rsquo;arrête là.</p>
<p><strong>Quelles ont été les techniques particulières utilisées pour le tournage ?</strong></p>
<p>Pour chaque camp le mode de tournage variait. Par exemple pour le Liban nous avons filmé avec une Go pro : le joueur déambule dans les ruelles du camp, il a l&rsquo;impression de se déplacer dans l&rsquo;espace et de totalement ressentir l&rsquo;ambiance. Il est pleinement immergé dans ce camp de réfugiés.<br />
Au départ nous voulions tourner avec des caméras à 360 degrés mais les camps étant des environnements surpeuplés avec des allées étroites dans un cadre peu sécurisé, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;idéal. On s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;avec du gros matériel ce n’est ni pratique, ni très prudent.</p>
<p><strong>A-t il été facile de rentrer en contact avec les réfugiés ? Quels problèmes avez-vous pu rencontrer durant le tournage ?</strong></p>
<p>C’était plus facile de rentrer en contact avec les réfugiés « fixes » comme dans le camp en Irak. Dans un camp, le rythme du temps est vraiment spécial, il n’y a pas la même temporalité que chez nous car les réfugiés n’ont pas de cadre, ils n’ont pas de règles qui régissent leur vie. Il est donc difficile de fixer des RDV et encore plus qu’ils s’y rendent. On a du apprendre à gérer cela. Toujours au niveau de la temporalité, nous avons du composer avec le « tea and talk » c&rsquo;est-à-dire parlementer, papoter avant chaque tournage ce qui décalait inévitablement nos agendas et nos RDV! Nous étions présents pendant des périodes de tension avec notamment la guerre à proximité, ensuite le ramadan (ou là aussi le rythme est particulier) puis ensuite avec l’arrivée de Syriens, qui donnaient une atmosphère particulière.<br />
Les réfugiés étaient en général ouverts : les jeunes étaient ravis de parler, les anciens plutôt las car pas mal de journalistes étaient déjà venus les voir sans qu’il n’y ait eu de changement. Les Syriens étaient par contre très méfiants par crainte de représailles ou d’infiltration d’agents des services secrets. Mais en majorité ces peuples sont très accueillants, bien plus qu’ici. Ils ont le sens de l’hospitalité.</p>
<p><strong>Pourquoi choisir de mettre le joueur dans la peau d&rsquo;un journaliste ?</strong><br />
Nous avons préféré jouer la facilité et la sureté en prenant le personnage d’un journaliste, un métier que nous connaissons, plutôt que de prendre un humanitaire. De plus, les règles journalistiques offraient des règles parfaites pour le newsgame. Elles posaient déjà le cadre et les contraintes/défis que le joueur aurait à relever.</p>
<p><strong>Quels ont été les retours ?</strong></p>
<p>Il y a eu des retours négatifs notamment sur l’association jeu/camps de réfugiés, qui a parfois été mal comprise. En fait, il ne s’agit pas d’un jeu pour s’amuser mais d’un jeu à visé pédagogique, et dans ce cas un jeu journalistique. Il est également ressorti que certains le trouvaient trop complexe, qu’ils avaient du mal à se plonger dedans. En effet, ce n’est pas un web-doc que l’on regarde sans participer mais un jeu qui demande de l’implication et des actions afin d’obtenir un résultat.</p>
<p>Les retours positifs mettent en avant le fait que le jeu offre une expérience personnalisée, que le joueur se sent complètement immergé dans cet univers particulier. Les reportages offrent aussi un regard nouveau sur des problématiques du quotidien de ces réfugiés auxquelles on ne pense pas forcément.<br />
Nous avons aussi des retours d’écoles qui s&rsquo;en servent pour aborder la question des camps et des réfugiés. Étant une chaine publique, c’est aussi la mission d’Arte d’informer et d’éduquer.</p>
<p><strong>En quoi consistait la stratégie de communication ?</strong></p>
<p>A vrai dire, la stratégie de communication n’a pas été très importante. Elle a été classique via les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) et la télévision avec la diffusion de bande-annonces.<br />
Les partenaires de visibilité, comme les médias partenaires, ont permis de mettre un peu plus en avant le projet et de le rendre plus visible.</p>
<p><strong>Quelle a été l’audience enregistrée ?</strong></p>
<p>Le site a reçu quelques 1 500 visiteurs qui sont en moyenne restés 15 minutes.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>« Refugees » : serious game produit par Arte</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/refugees-serious-game-produit-arte/</link>
		<pubDate>Mon, 14 Nov 2016 08:15:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Cluzel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[***]]></category>
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Doc-game]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://nouveauxmedias.fr/?p=1128</guid>
		<description><![CDATA[Analyse par Clémence Cluzel Voilà une expérience inédite et pour le moins originale : Arte propose un « serious game » pour aborder la question très actuelle des réfugiés dans le monde. « Refugees », entièrement produit et réalisé<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/refugees-serious-game-produit-arte/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right"><em><strong>Analyse par Clémence Cluzel</strong></em></p>
<p><strong>Voilà une expérience inédite et pour le moins originale : Arte propose un « serious game » pour aborder la question très actuelle des réfugiés dans le monde. « Refugees », entièrement produit et réalisé par le média franco-allemand, en partenariat avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, place l&rsquo;internaute dans la peau d&rsquo;un envoyé spécial, engagé pour réaliser un reportage dans l&rsquo;un des quatre camps sélectionnés par la rédaction. Une plongée au cœur du quotidien de ces milliers de déplacés, un outil pédagogique pour mieux comprendre aussi.</strong></p>
<p>Un « serious game » pour aborder la question ô combien difficile des réfugiés à travers le monde. Le pari était osé, voire un peu fou! Mais Arte a franchi le pas avec « Refugees », un projet multimédia global qui entre dans l&rsquo;univers des réfugiés, à travers quatre camps dans le monde. D&rsquo;une part, de septembre à décembre 2015, un « serious game », idée phare de la production, dans lequel l&rsquo;internaute se retrouve plongé dans la peau d&rsquo;un envoyé spécial chargé de réaliser un reportage et propulsé dans le quotidien d’individus déracinés. Délais à respecter, consignes de la rédactrice en chef et imprévus, rythment ce jeu à visé pédagogique qui tend à éclairer et informer.</p>
<p>D&rsquo;autre part, « Refugees » c&rsquo;est aussi en parallèle une plateforme qui regroupe les travaux d&rsquo;un.e cinéaste, d&rsquo;un.e dessinateur.rice, d&rsquo;un.e photographe et d&rsquo;un.e écrivain.e, pour chaque camp visité. Une multitude de points de vue et de ressentis afin de fournir « <em>un patchwork le plus représentatif possible des différentes situations existantes dans ces camps mais aussi un moyen de toucher un large public</em>« , explique Anne-Florence Garnier, directrice de la production.</p>
<p><strong>« Et si on changeait de lunettes ? »<br />
</strong></p>
<p>Ce projet multimédia est né de la rencontre entre Marco Nassivera, directeur de l’information pour Arte et ancien rédacteur en chef d&rsquo;Arte Reportage, et le réalisateur, producteur et scénariste de cinéma, Régis Wargnier &#8211; césar du meilleur film étranger pour « Indochine ». C’est de la boutade « Si on changeait de lunettes ? » que « Refugees » a peu à peu pris forme. Partis de l’idée que « <em>le sentiment de l’exil porte la marque de notre siècle, que les camps de réfugiés se multiplient au fil des années, encore un peu plus avec la guerre en Syrie</em>« , les deux hommes souhaitent en parler autrement. Décidés à donner une voix à ces plus de 50 millions de réfugiés à travers le monde, ils élaborent la genèse de « Refugees » afin de raconter les univers, les vies, les histoires et les destins individuels de ces déplacé.e.s.<br />
Quatre camps ont été choisis à travers le monde. Il s’agit du Népal, du Liban, de l&rsquo;Irak et du Tchad. « <em>Ces camps sont différents et leur ensemble représente un panorama des diverses réalités existantes. Le camp du Népal est en passe d’être fermé, celui du Liban est le plus ancien camp de réfugiés, en Irak c’est un camp récemment ouvert donc un camp d’urgence et enfin celui du Tchad montre les réfugiés oubliés »,</em> détaille la directrice de la production. Majorité de Palestiniens dans le camps libanais en raison du conflit sans fin entre Israël et la Palestine, rejoints depuis le début de la guerre en 2011 par les Syriens ; guerre en Irak qui a jeté sur les routes de nombreux hommes, en particulier les populations kurdes;  des milliers de Bhoutanais, privés de citoyenneté népalaise depuis la loi de 1985, en attente dans des camps au Népal; ou encore plus de 3 millions de Soudanais contraints par la guerre du Darfour, à se déplacer vers le Tchad,&#8230; Chaque camp est emblématique : ils illustrent hélas tous les grands conflits, guerres, catastrophes humanitaires du siècle dernier, dont les conséquences sont toujours d&rsquo;actualité. Quatre univers, quatre historiques et enjeux particuliers mais toujours les mêmes problématiques : vivre, se nourrir, se reconstruire,&#8230;</p>
<p>Le projet a débuté en mai 2013 avec un premier tournage en septembre de la même année au Népal. L&rsquo;équipe de tournage était plutôt restreinte puisqu&rsquo;elle comptait un ingé-son, un caméraman, la directrice de production, un assistant, les 4 artistes ainsi qu’un traducteur. Hormis l’ingé son et la directrice de production, l&rsquo;équipe changeait pour chaque pays.</p>
<p><strong>Un « projet-patchwork « </strong><br />
Ces nouvelles lunettes, se sera un projet multimédia en bi-parties. Tout d’abord, une mosaïque de regards différents portés par des professionnels : cinéastes, photographes, dessinateurs et écrivains. Tous ont été choisis en fonction de leurs parcours personnels ainsi que professionnels. Ils sont eux-mêmes exilés à l’image de Reza et Atiq Rahimi, connaissent bien la réalité du terrain comme la photographe libanaise Christina Malkoun ou bien sont étrangers à cette problématique mais se sentent concernés. « <em>Le choix s’est opéré en fonction des rencontres et des connaissances mais aussi de la disponibilité des artistes. Il a fallu gérer avec leur emploi du temps,  choisir des hommes et des femmes, de nationalités différentes » </em>commente Anne-Florence Garnier. Carte blanche leur a été donnée. Pour chacun de ces quatre camps de réfugiés, seize artistes ont, en filmant, photographiant, dessinant et en écrivant, raconté et livré la réalité des camps, de cet univers qui parait abstrait et lointain. Reportage de Régis Wargnier suivant une famille de Bhoutanais qui choisit de s&rsquo;exiler aux USA; la vie dans le camp de Kawergosk en Irak immortalisée par le photographe iranien Reza; les lettres rédigées par l&rsquo;écrivain afghan Atiq Rahimi ou encore la BD-reportage du dessinateur de presse franco-burkinabéen Damien Glez&#8230; ne sont qu&rsquo;un échantillon de ces pans de vie retranscrites. Ils ont ensuite été diffusés sur Arte Reportage et sur le site Arte Info. « <em>Ces artistes nous livrent des témoignages variés dans l’irrespect assumé des règles journalistiques</em> » relate le communiqué de presse du média.</p>
<p>« <em>Le tournage, qui durait entre cinq à sept jours pour les artistes, a débuté en septembre 2013 avec le premier camp au Népal.  Ensuite décembre 2013 pour l’Irak, le Liban en juin 2014 et octobre 2014 pour le Tchad », </em>détaille Anne-Florence Garnier<em>. </em>Au départ, il ne devait y avoir que quatre camps mais un cinquième, dont le tournage a débuté en décembre/janvier, c&rsquo;est imposé tout naturellement : Calais. « Et c&rsquo;est de loin le pire de tous », se désole t&rsquo;elle.</p>
<p>Un projet patchwork donc mais avant tout, l&rsquo;élément phare de « Refugees » c&rsquo;est son « serious game », le premier pour Arte.</p>
<p><strong>Le « serious game », l&rsquo;idée phare du projet global&#8230;</strong><br />
Pour compléter ce patchwork, s’ajoute un exercice inédit, la touche novatrice du projet multimédia global: le « serious game » imaginé par Arte, avec l’ambition de rendre les internautes plus acteur.rice.s. L&rsquo;idée de départ? L’internaute incarne ici un journaliste dépêché par ARTE dont la mission est de réaliser un reportage multimédia pour le compte de l’émission ARTE Reportage à partir des éléments récoltés dans les quatre camps de réfugiés. A cela s&rsquo;ajoute des consignes, des obstacles (chrono, contretemps,&#8230;) et un angle thématique à respecter, définis par la rédactrice en chef Andrea Fies. Bienvenue dans le monde des journalistes! Au fil de ses déplacements dans les camps et des rencontres avec les réfugiés, ONG et autorités, le.a joueur.se glane des séquences et des témoignages (vidéos, photos) qui constitueront au final son reportage multimédia. La mission n&rsquo;est réussie que si le reportage est conforme à la commande. Le.a joueur.se peut ainsi accéder au niveau &#8211; camp &#8211; suivant. Tous les reportages (« les contributions ») produits par les participants sont publiés sur les sites correspondants de la page web du jeu avec mention des pseudonymes choisis par les participants. Ces derniers acceptent que leurs contributions soient nominatives et autorisent leur utilisation, leur diffusion et leur exploitation sur les sites d’ARTE et dans les programmes audiovisuels, sans contrepartie et pour une durée illimitée.</p>
<p>Pour chaque camp, le mode de tournage du « serious game » était différent. Par exemple pour le Liban, l&rsquo;équipe a filmé avec une go pro ce qui donne une réelle impression de déambulation dans le camp. L&rsquo;internaute est immergé.e dans l’aventure. Au départ, l&rsquo;idée était de filmer avec des caméras à 360 degrés mais compte tenu du surpeuplement et de l’environnement peu sécurisé, la Go pro s&rsquo;est révélée plus pratique. Le premier niveau a été accessible dès le lancement du site en septembre 2014.</p>
<p>Le « serious game » a été intégralement produit par la structure qui a sous-traité sa réalisation à l’entreprise Method in the Madness. « <em>En raison du manque de ressources techniques de l’équipe d’Arte dans ce domaine, l&rsquo;entreprise s’est chargée du graphisme et du développement du serious game</em>« , explicite Donatien Huet, chef de projet global. Le cahier des charges était le suivant: réaliser un jeu vidéo plutôt qu’un web-doc classique et bien évidemment, ne pas dépasser le budget alloué! Et en terme de coût justement, la directrice de la production nous dit qu »<em>il est difficile de donner un chiffre exact : on englobe le web et la TV dans nos budgets donc le coût seul du projet n’existe pas réellement. Il se situerait entre 500 000 et 700 00 0euros (avec le contenu). »  </em>Produit en trois langues -français, anglais et allemand -, il a été entièrement financé par Arte.</p>
<p><strong>&#8230;qui n&rsquo;a pas toujours été bien perçu</strong></p>
<p>Les deux initiateurs du projet savaient que leur idée allait les exposer aux critiques, notamment avec l’idée de faire un « jeu » sur la misère de ces réfugiés. Et effectivement l&rsquo;association jeu-réfugiés en a choqué plus d&rsquo;un! « <em>Il a fallu expliquer que c’était un jeu à visée pédagogique et journalistique</em> » répète Donatien Huet. Anne-Florence Garnier, elle même n&rsquo;était pas « emballée » par cette dénomination&#8230; A ces attaques, M. Nassivera et R. Wargnier opposent plusieurs contre-arguments. « <em>Le newsgame, comme l’appelle les Anglo-Saxons, est un genre journalistique largement répandu. Il permet de décliner des thématiques très variées et « sérieuses »: conflits, catastrophes naturelles, tensions sociales, etc. Ce reportage à jouer représente une mise en situation qui installe l’internaute dans le rôle d’un journaliste de la rédaction d’Arte. Les règles et les contraintes inhérentes au métier du journalisme nous paraissaient être un parfait cadre pour un serious game ».<br />
</em>Pour ceux qui douteraient de l&rsquo;aspect journalistique, Anne-Florence Garnier réponds que <em>« celui-ci se retrouve dans le serious game avec le reportage que l’internaute doit réaliser. C’est uniquement la forme qui change mais le fond, lui, est journalistique.</em> » Mais ne nous fourvoyons pas! Ce reportage à jouer ne cherche pas pour autant à remplacer à terme la couverture classique de l’actualité. Il s’agit seulement de compléter l’offre sous une forme originale et pédagogique. Rien de plus!</p>
<p>A travers ce jeu, la volonté était d’offrir une nouvelle approche sur une réalité complexe, à l’image de l’ensemble du projet dans lequel elle s’inscrit. « <em>Plus que de jouer, le but est avant tout d’apprendre puisque chaque séquence visionnée apporte un lot d’informations</em>« , poursuivent les deux instigateurs du projet.</p>
<p>Pour Donation Huet, « <em>il faut voir le serious game comme la cinquième roue du carrosse de ce projet. C’est un ensemble. Le point fort c&rsquo;est aussi les points de vue des artistes, car c’est la première fois qu’ils vont sur le terrain et livrent leurs visions.</em> »</p>
<p>Cela n&rsquo;aura pas suffit à refroidir la curiosité du public. Au total, l&rsquo;audience du « serious game » comptabilise environ 1 500 visiteurs, restant connectés en moyenne 15 min.</p>
<p><strong>Une production 100 <span class="st">%  </span>Arte</strong></p>
<p>Le projet a été produit et diffusé par Arte GEI, via deux onglets de son site web : Arte Reportage et Arte Info. <em>ARTE est un Groupement Européen d&rsquo;Intérêt Economique (GEIE) formé et financé par deux pôles français et allemand d’édition et de fourniture de programmes, ARTE France à Paris et ARTE Deutschland à Baden-Baden, qui sont représentés au sein des instances de décision.</em> « Refugees » a été réalisé en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.</p>
<p>Malgré une campagne de communication somme toute classique, via les réseaux sociaux et par le biais de bande-annonces diffusées à la télévision, de nombreux articles sont parus dans les médias pour relayer le projet: L’Obs, Paris Match, Télérama, La Croix, l’Humanité,&#8230; Cette visibilité a notamment été importante grâce aux partenaires du projet : »Rue89&Prime; en France, la « Süddeutsche Zeitung » en Allemagne, « Le Soir » en Belgique et la « Neue Zürcher Zeitung » en Suisse.</p>
<p>Preuve de plus de son succès, »Refugees » a également été nominé pour le Grimme Preis (prix allemand récompensant les films télévisés).</p>
<p><strong>Quelques péripéties et des accros mais aussi des retours positifs!<br />
</strong></p>
<p>Les difficultés rencontrées durant tout long de ce projet ont surtout été administratives, notamment concernant les visas et autorisation de tourner. Anne-Florence Garnier se souvient: « <em>Nous avons eu le visa pour le Népal l’avant-veille du départ ! » </em>Autre aléa avec lequel il a fallu composer :  » <em>Nous avons eu interdiction de filmer 15 jours après notre arrivée au Tchad. Donc impossible de faire un serious game de ce camp</em>« , raconte-elle. Globalement, une fois sur place, les tournages se sont très bien déroulés même s’ils ont du faire face à quelques contraintes quotidiennes : « <em>Le rythme est spécial avec des RDV compliquées à fixer, un agenda difficile à tenir en raison du « tea talk » (bavardage autour du thé au préalable à toute discussion sérieuse), de périodes de tensions avec la guerre, puis le ramadan et enfin l’arrivée de Syriens</em>« , nous explique Donatien Huet. Mais selon lui, « <em>ces populations sont très accueillantes, bien plus qu’ici donc nous avons pu dans l&rsquo;ensemble rentrer</em><em> facilement </em><em> en contact avec elles</em>. » Il ajoute: « <em>Les anciens étaient plutôt las des sollicitations mais les jeunes ouverts au dialogue. Seuls les Syriens étaient très méfiants par crainte de représailles ou d’infiltrations des services secrets</em>. » Avant chaque départ, un travail de repérage préalable avait été réalisé par des journalistes sur place. Question coordination, des ajustements ont du se mettre en place pour que <em> » les cinéastes s’accordent avec les cameramen afin de collaborer au mieux. Ces derniers étaient plus habitués aux règles journalistiques qu’à celles du cinéma », </em>complète Anne-Florence Garnier. Bref des petits aléas qui n&rsquo;ont pas réussi à gripper la réalisation. Tout au plus à ralentir le projet comme pour la date de mise en ligne qui était fixée à 2013 à l&rsquo;origine. Finalement, elle n&rsquo;a eu lieu que début janvier 2014 faute de pouvoir faire mieux. « <em>Au départ, le format initial de la vidéo était de 26min mais tous les réalisateurs ont rendu des documentaires de 48min! Forcément le montage a été plus long que prévu! « , </em>plaisante Anne-Florence Garnier. L&rsquo;équipe a dû se réinventer, improviser et revoir parfois sa feuille de route pour composer avec ces changements mais « Refugees » est bel et bien arrivé à terme!</p>
<p>D&rsquo;un point de vue purement technique, pour ce projet, l&rsquo;équipe web a utilisé le langage HTML, du javascipt ainsi que le langage de programmation Python afin de gérer la grosse base de données du jeu. Le défi était en effet de gérer cette base conséquente (environ 200 vidéos, multipliées par 3 langues). Celle-ci a pu être gérée sans souci par l&rsquo;important serveur du site d&rsquo;Arte. « <em>Grâce à ce serveur, le site a pu gérer sans problème une audience importante</em> » constate le chef de projet web, Donatien Huet. Du fait de ces données en surnombre, impossible de mettre en place une version mobile, à sa grande déception. Actuellement, on peut uniquement consulter son compte via son smartphone.</p>
<p>Hormis les critiques soulevées concernant la dénomination « serious game », l&rsquo;un des regrets régulièrement évoqué par le public concerne la faisabilité du jeu. En effet, plusieurs internautes se sont plaints de la complexité du jeu, ou tout du moins « <em>de la mauvaise présentation des règles »,</em> comme le rapporte Anne-Florence Garnier, avant de préciser que selon elle, l&rsquo;interface du projet n&rsquo;est peut être pas suffisamment claire. « <em>Bon après, je ne suis pas forcément un exemple: j&rsquo;ai recommencé les jeux une dizaine de fois avant de pouvoir les terminer! « </em>, plaisante-t&rsquo;elle. Autre point et qui a son importance: l&rsquo;’internaute est présenté comme étant le seul acteur du « serious game », pouvant déterminer ses actions et faire ses propres choix. En réalité, son rôle est bien plus limité, encadré par les consignes et missions qui lui sont imposées. Une liberté toute relative donc&#8230;Un peu à l&rsquo;image de ces réfugiés finalement : libres à l&rsquo;intérieur de ces camps qui pourtant sont aussi leur prison à ciel ouvert&#8230;</p>
<p>Des retours positifs saluent cette expérience personnalisée et novatrice. Le « serious game » est utilisé au sein d&rsquo;écoles afin de pouvoir mieux expliquer aux jeunes générations la question des réfugiés. Et comme le note Donatien Huet, « u<em>ne chaîne publique comme Arte a une mission d’information et d’éducation à remplir. Au final, c&rsquo;est aussi ce que l&rsquo;on a fait avec ce jeu.</em> » Mission accomplie donc!</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Évaluation personnelle</strong></p>
<p><em><strong>Expérience utilisateur</strong></em></p>
<p><em>Ergonomie :</em> 0.5 <em>Réactivité :</em> 0.5 <em>Design :</em> 0.5 <em>Pertinence :</em> 1 <em>Critère subjectif :</em> 0.5</p>
<p><em><strong>Qualité des contenus</strong></em></p>
<p><em>Qualité technique :</em> 0.5 <em>Qualité audio :</em> 1 <em>Qualité image :</em> 1 <em>Qualité enquête :</em> 1 <em>Qualité de la narration :</em> 1</p>
<p><em><strong>Impact</strong></em></p>
<p><em>Mobilisation de réseaux :</em> 0.5 <em>Retours professionnels :</em> 0.5 <em>Durabilité :</em> 1 <em>Retombées :</em> 0.5</p>
<p><em>Subjectivité :</em> 2</p>
<p><strong>Total :</strong> 12/20</p>
<p>L’idée de départ était séduisante. Le résultat est un peu décevant pour le « serious game » en lui-même : l’internaute passe plus de temps à cliquer sur les icônes et à produire un reportage prémâché qu&rsquo;à réellement réaliser un travail journalistique. Néanmoins, les documentaires insérés pour chaque camp sont très intéressants et fort instructifs. Ils sont des éclairages précieux de la réalité. Mention spéciale pour la manière de filmer qui donne une impression d’immersion totale. J’ai finalement plus adhéré au projet global, notamment à la partie qui donne la parole aux artistes qu&rsquo;au « serious game ». Les regards des artistes offrent à mon sens une vision variée et riche (supports, points de vue), peut être plus humaine que le jeu, sur ce sujet difficile et plus que jamais d&rsquo;actualité.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Silvain Gire &#8211; Responsable éditorial du pôle radio d&#8217;Arte France</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/silvain-gire/</link>
		<pubDate>Mon, 24 Oct 2016 09:09:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Camille Ledun]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Silvain Gire est responsable éditorial pour le pôle radio d&#8217;Arte France. Il est également en charge de la gestion du web sur son pôle. C&#8217;est lui qui a dirigé toutes les productions sonores de la<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/silvain-gire/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em><strong>Silvain Gire est responsable éditorial pour le pôle radio d&rsquo;Arte France. Il est également en charge de la gestion du web sur son pôle. C&rsquo;est lui qui a dirigé toutes les productions sonores de la fresque « Mistral Urbain ».</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Q: Pourquoi avoir décidé de lancer ce projet &lsquo;Mistral Urbain&rsquo; ?</strong><br />
SG : Nous avions déjà lancé un programme de ce genre à Lens, baptisé &lsquo;Louvre-Lens&rsquo; que nous avions pris beaucoup de plaisir à réaliser. En 2008, lorsque nous avons appris que Marseille serait Capitale européenne de la culture en 2013, l&rsquo;occasion était parfaite. De plus, la partie web d&rsquo;Arte France travaille chaque jour à l&rsquo;élaboration de contenus variés. Elle créé constamment des programmes sous différentes formes. De façon plus autonome, elle travaille également sur différents films portés sur certaines villes de France.<br />
Chez Arte, nous essayons constamment de trouver des formes innovantes. Nous avons par exemple ajouté les couleurs entre notre œuvre sur Louvre-Lens et Mistral Urbain.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Quel était l&rsquo;objectif de cette fresque (l&rsquo;impact voulu) ?</strong></p>
<p style="text-align: center;">L&rsquo;objectif était de montrer toute la complexité de la ville de Marseille mais tout cela sans tomber dans les clichés. Nous voulions faire parler les gens sur place de leur quotidien, de leurs habitudes et de leurs traditions. La fresque, qui mêle le dessin et le son était un bon outil pour cela. Le son apportait le côté informatif pour capter le réel, le son aidait à se rendre compte du côté « en mouvement », du dynamisme de la ville. Marseille c&rsquo;est une ville facile avec des gens ouverts et qui aiment communiquer mais elle aussi très complexe de par son organisation, son histoire. La richesse de Marseille, est dans ses habitants et leur façon de vivre et dans des éléments que les gens ne voient pas forcément ou ne suspectent même pas. A travers le travail de Jeanne Robet et Caroline Fontana mais aussi à travers la rencontre avec Thomas Azuélos, nous voulions laisser voir cette ville en mouvements.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Vous avez sans doute du rencontrer quelques problèmes lors du tournage&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: center;">Le tournage a duré six mois au total. C&rsquo;est peu comparé à beaucoup de documentaires qui sont lancés en France et à l&rsquo;étranger mais en même temps nous avions une petite équipe à disposition et les semaines étaient assez denses. Néanmoins, la principale difficulté que je pense nous avons rencontré n&rsquo;est pas tellement liée à la densité de travail ou au calendrier. Il s&rsquo;agissait plutôt de la complexité entre une production web (puisque Mistral Urbain était d&rsquo;abord un projet lancé par Arte Radio mais financé par le web) et l&rsquo;intégration de dessins plus proches de la bande dessinée. Il fallait caler le son sur l&rsquo;image mais toujours faire en sorte que le contenu soit adapté pour une consultation sur le web. De plus, il est indispensable de nos jours qu&rsquo;un contenu multimédia soit lisible sur tous les navigateurs. J&rsquo;ai pu m&rsquo;appuyer sur Christophe Barre, mon chef technique, pour régler tous ces problèmes.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Êtes vous satisfait du résultat ?</strong></p>
<p style="text-align: center;">Comme je vous l&rsquo;ai dit, Marseille, c&rsquo;est une ville très facile. Il y a d&rsquo;après moi à travers cette fresque une grande réussite pour faire comprendre sa complexité. Le projet en lui-même ressemble beaucoup à ce que nous attendions au départ et il remplit l&rsquo;ensemble des objectifs que nous nous étions fixés au départ. J&rsquo;ai moi-même pu découvrir un nombre important d&rsquo;aspects de la ville que je ne connaissais pas forcément, ou des choses que je pensais différente. Puis lorsque des Parisiens arrivent sur Marseille &#8230; le projet était audacieux et ambitieux mais il est abouti.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>La communication n&rsquo;a pourtant pas semblé à la hauteur de tout le reste. Êtes-vous d&rsquo;accord avec cette constatation ?</strong><br />
C&rsquo;est le gros point noir de ces mois de travail intenses. Le projet a été relayé sur les sites internet de quelques pôles d&rsquo;Arte France mais sans conviction ni entêtement. D&rsquo;ailleurs aucun autre média n&rsquo;a évoqué notre travail. Nous pensions par exemple pouvoir toucher des médias locaux marseillais comme « La Provence » mais cela n&rsquo;a pas été le cas. Je trouve cela vraiment dommage de s&rsquo;investir autant dans un travail jusqu&rsquo;à son lancement et ensuite de le laisser tomber à un moment crucial. Nous avons eu très peu de visites sur le site, la diffusion a été très discrète. Et même si nous nous sommes grandement appuyés sur « Marseille Provence 2013 » et le MuCEM, nous n&rsquo;avons pas trouvé beaucoup d&rsquo;échos auprès d&rsquo;eux. Les partenaires institutionnels et médiatiques n&rsquo;ont pas été assez présents.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Ce genre d&rsquo;initiative de la part d&rsquo;Arte sur une ville, peut-elle être reconduite dans le futur ?</strong></p>
<p style="text-align: center;">Cela n&rsquo;est pas garanti. L&rsquo;initiative a beaucoup plu à l&rsquo;étranger et notamment aux États-Unis ou une demande de projet avait été faite notamment pour la ville de Chicago. Néanmoins, je ne pense pas que cela va aboutir. Ce genre de projets demande une infrastructure technique particulière mais également un budget non négligeable (environ 22 000 euros aux États-Unis).</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>« Mistral-Urbain » : le son comme arme contre les préjugés à Marseille</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/mistral-urbain/</link>
		<pubDate>Mon, 10 Oct 2016 08:30:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Camille Ledun]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Documentaire interactif]]></category>
		<category><![CDATA[POM - Petit Objet Multimédia]]></category>

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		<description><![CDATA[A chaque ville son caractère et sa complexité. A chaque ville également son lot d&#8217;idées reçues. Marseille ne déroge pas à la règle. Dans la lignée de ses précédentes œuvres, Arte Radio, accompagné par le<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/mistral-urbain/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>A chaque ville son caractère et sa complexité. A chaque ville également son lot d&rsquo;idées reçues. Marseille ne déroge pas à la règle. Dans la lignée de ses précédentes œuvres, Arte Radio, accompagné par le pôle web, est allé directement sur place pour les étudier en profondeur. Pas de commentaires, pas d&rsquo;analyses. Le son est l&rsquo;arme pour faire passer le message.</em><br />
<em> En 2013, Marseille était la capitale européenne de la culture. A cette occasion, la ville lance son musée (MuCEM : musée des cultures européennes et méditerranéennes). Arte profite de cet engouement culturel autour de la ville pour penser un projet qui mettrait à mal les clichés qui persistent sur Marseille. L&rsquo;initiative démarre du pôle Radio et de son responsable éditorial Silvain Gire. Journalistes et techniciens décident de reprendre les bases de ce qui avaient déjà été posés sur le projet Louvre-Lens tout en y ajoutant de l&rsquo;innovation. Le son sert de base dans le multimédia avec en complément des dessins, le tout déposé sur une des plate formes d&rsquo;Arte. Un concept simple pour une ligne éditoriale claire et direct.</em></p>
<h1 style="text-align: center;">2013 : Marseille, point d&rsquo;orgue de la culture</h1>
<p style="text-align: center;">Mistral Urbain, c&rsquo;est une fresque divisée en séquences dans les différentes zones géographiques et thématiques de la ville. A chaque séquence son extrait sonore, à chaque son son aspect de la culture marseillaise et méditerranéenne. Une fois le bouton de départ enclenché, la fresque se déroule sur plus d&rsquo;une heure. Aucun aspect n&rsquo;est mis de côté. Thomas Azuelos, célèbre dessinateur accompagne les sons purs de dessins abstraits et colorés. Pas d&rsquo;images, aucun commentaire ou analyse des réalisateurs. Le visiteur regarde, analyse et se construit sa propre opinion. Une méthode simple et efficace de mettre à mal les idées reçues sur une culture trop peu connue des autres régions de France. La fresque vient également appuyer la place prépondérante de la culture à Marseille en 2013.</p>
<p style="text-align: center;">Comme le reste, la structure du projet multimédia est des plus simplifiées et donc percutante. Une page d&rsquo;accueil, quelques lignes de présentation sur l&rsquo;origine, le concept et le fonctionnement, un bouton d&rsquo;entrée et l’œuvre apparaît. La règle des trois clics pour accéder au contenu est largement respectée, le public entre presque directement dans le vif du sujet.<br />
Des mois de travail intenses</p>
<p style="text-align: center;">C&rsquo;est Arte Radio qui a pensé ce sujet sous la forme que l&rsquo;on connaît aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;idée est ensuite arrivée à la direction du web. La réalisation des sons a été confiée à deux jeunes femmes, diplômées d&rsquo;écoles de cinéma et d&rsquo;audiovisuel : Jeanne Robet et Caroline Fontana. Accompagnées de techniciens et des responsables éditoriaux du web et de la radio, elles se sont penchées sur ce qui étaient réalisables ou non, et surtout sur ce qui représentent le mieux la diversité et la richesse de Marseille.</p>
<p style="text-align: center;">Les responsables souhaitaient accompagner la narration non pas d&rsquo;images qui porteraient un message caché beaucoup trop fort de par le choix d&rsquo;angles, de lieu mais plutôt par des dessins. « Les dessins apportent quelque chose de différent. Ils laissent place à l&rsquo;imaginaire et à l&rsquo;interprétation de chacun sans influencer » confiait Silvain Gire. Pour ces dessins, la demande a été faite à Thomas Azuelos, un habitué des dessins de bandes dessinées et de dessins abstraits. La personnalité et le profil étaient parfaitement adaptés aux demandes de la direction et des réalisateurs.</p>
<div id="attachment_1164" style="width: 790px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/10/fresque-sonore-interactive-arte-mistral-1.gif"><img class="wp-image-1164 size-full" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/10/fresque-sonore-interactive-arte-mistral-1.gif" alt="fresque-sonore-interactive-arte-mistral-1" width="780" height="385" /></a><p class="wp-caption-text">La fresque sonore</p></div>
<p style="text-align: center;">Les trois principaux auteurs (sons et dessins) sont tous concernés de près ou de loin par Marseille et connaissent donc très bien la ville. Un critère important déposé par Arte. Car lorsque vous souhaitez détruire les préjugés qui peuvent exister sur quelque chose, il est indispensable de maîtriser le sujet et de renvoyer vers les bonnes informations. Ce fait a aussi permis à l&rsquo;écriture de se faire plus rapidement, Jeanne Robet et Caroline Fontana savaient assez vite ou retrouver les éléments qui « faisaient » Marseille. Les deux jeunes femmes sont allées au contact de personnes lambda, ceux qui font vivre la ville au quotidien et qui permettent aux autres de pouvoir s&rsquo;identifier à ce qu&rsquo;ils entendent.<br />
Le projet, d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre de sa réalisation, n&rsquo;a pas demandé des moyens techniques très conséquents. La plus grosse nécessité était surtout une fois les sons et les dessins passés au mixage. Lors de cette étape, Mistral Urbain a pu profiter des moyens importants d&rsquo;Arte à Paris. La fresque traverse le vieux port, le bord de mer, le centre ville &#8230; tout en conservant une certaine linéarité dans la trame narrative.</p>
<h1 style="text-align: center;">Petite équipe, petits délais</h1>
<p style="text-align: center;">Le deuxième gros défi de ce projet se trouve dans la toute petite équipe mise à disposition pour ce projet à côté des délais très serrés qui ont été les leurs. Entre les trois auteurs, les techniciens et les deux responsables éditoriaux, ce sont environ dix personnes qui ont participé au projet. Vu le budget très serré (20 000€) qui a été mis à disposition, envisager une équipe plus grande paraissait compliqué.</p>
<p style="text-align: center;">C&rsquo;est Arte Radio, l&rsquo;endroit où a germé l&rsquo;idée du projet qui est le producteur principal du projet, surtout étant donné que le son représente le point capital. Par contre, le gestionnaire est Arte Web qui est aussi le financeur principal. L&rsquo;ensemble production / post-production a été géré en exclusivité par Radio/Web.</p>
<h1 style="text-align: center;">Une communication pas à la hauteur du reste</h1>
<p style="text-align: center;">Le « produit fini », livré il y a maintenant plus de deux ans semble être une réussite intemporelle. « Marseille, c&rsquo;est une ville très facile. Il y a d&rsquo;après moi à travers cette fresque une grande réussite pour faire comprendre sa complexité. Le projet en lui-même ressemble beaucoup à ce que nous attendions et il remplit l&rsquo;ensemble des objectifs » confirme Silvain Gire. La fresque, aussi simple soit elle, valide tous les critères imposés au départ.</p>
<div id="attachment_1167" style="width: 460px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/10/569816-silvain_gire.jpg"><img class="wp-image-1167 size-full" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/10/569816-silvain_gire.jpg" alt="569816-silvain_gire" width="450" height="562" /></a><p class="wp-caption-text">Silvain Gire, Arte Radio</p></div>
<p style="text-align: center;">Alors qu&rsquo;elle était en ligne sur le site, cette fresque sonore n&rsquo;a trouvé presque aucun écho dans les médias. Une déception pour l&rsquo;ensemble des personnes qui ont travaillé au quotidien mais aussi au vue de la qualité du projet multimédia. Le public visé n&rsquo;était pas uniquement français mais pourquoi pas européen vu qu&rsquo;il a été réalisé dans le cadre de l&rsquo;élection de la capitale européenne de la culture mais personne n&rsquo;a véritablement été informé de l&rsquo;existence de ce projet.</p>
<p style="text-align: center;">Les partenaires institutionnels comme le MuCEM, qui s&rsquo;était pourtant investi au moment de la production n&rsquo;a pas donné d&rsquo;échos particuliers. « Les partenaires institutionnels et médiatiques n&rsquo;ont pas été assez présents au moment de la communication. C&rsquo;est le gros point noir de ces mois de travail intenses. Le projet a été relayé sur les sites internet de quelques pôles d&rsquo;Arte France mais sans conviction ni entêtement. D&rsquo;ailleurs aucun autre média n&rsquo;a évoqué notre travail » regrettait Silvain Gire. Et lorsque l&rsquo;on connaît le nombre de documentaires qui naissent régulièrement avec des budgets nettement plus importants que celui-ci &#8230;</p>
<h1 style="text-align: center;">Un bilan général mitigé</h1>
<p style="text-align: center;">Au niveau de la production et de la réalisation finale, le résultat fonctionne parfaitement bien. Néanmoins, vu le peu de visites sur le site, peu de personnes ont donc été touchés et il est difficile de dire que beaucoup de choses ont bougé. La méthode employée pour transmettre l&rsquo;information était pourtant bien pensée mais un manque d&rsquo;investissement dans la post-production pèse sur la qualité du bilan global.</p>
<p style="text-align: center;">D&rsquo;après un tableau de notation bien précis, le projet multimédia récolterait une petite moyenne de 10,5/20 (4/5 pour l&rsquo;expérience utilisateur, 3/5 pour la qualité des contenus, 1/5 pour l&rsquo;impact et 2,5/5 pour des critères plus subjectifs tels que l&rsquo;intérêt personnel, la curiosité, le temps passé&#8230;).<br />
En définitif, « Mistral-Urbain » c&rsquo;est une fresque sonore formidablement bien pensée avec des objectifs pertinents, une structure efficace et une ligne éditoriale intéressante. Mais l&rsquo;essentiel est gâché par des chiffres d&rsquo;audience bien en dessous des espérances de départ et une communication décevante pour un média avec un réseau aussi important que celui d&rsquo;Arte. Le potentiel n&rsquo;a semble t- il pas été exploité pleinement.</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>Are Vah : un documentaire intéractif sur le nucléaire</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/are-vah/</link>
		<pubDate>Tue, 20 Sep 2016 07:55:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Lucas Babillotte]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[***]]></category>
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Documentaire interactif]]></category>
		<category><![CDATA[Notes]]></category>

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		<description><![CDATA[« Are Vah » est un documentaire interactif qui raconte le projet d’implantation d’une centrale nucléaire à Jaitapur, dans le sud-ouest de l’Inde, par l’entreprise française Areva. Le groupe français a en effet signé un<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/are-vah/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>« Are Vah » est un documentaire interactif qui raconte le projet d’implantation d’une centrale nucléaire à Jaitapur, dans le sud-ouest de l’Inde, par l’entreprise française Areva. Le groupe français a en effet signé un contrat de vente de six réacteurs EPR avec le Sous-continent en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Avec une capacité électrique de près de 10 000 mégawatts, cette centrale nucléaire, dont la construction est prévue pour 2017, serait la plus grande centrale nucléaire au monde, ce qui n’est pas sans incidence : les activités de pêche et de production agricole de près de 10 000 habitants des alentours seraient notamment menacées. Le webdoc militant « Are Vah » raconte ainsi la lutte des paysans, des pêcheurs et des habitants du secteur, contre ce projet.</em></p>
<p style="text-align: right;">Par Lucas Babillote</p>
<p><iframe src="https://player.vimeo.com/video/96933862" width="750" height="422" frameborder="0" title="ARE VAH ! - Teaser -" webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen></iframe></p>
<h1 style="text-align: center;">Le projet de deux auteurs</h1>
<p style="text-align: center;">A l’origine de ce projet se trouvent deux auteurs : Micha Patault et Sarah Irion. Le premier est photojournaliste et réalisateur. Passionné par le nucléaire depuis quelques temps maintenant, il est notamment parti aux Etats- Unis en 2010 pour réaliser un premier webdoc intitulé « Atomic City », destiné à montrer la dépendance d’une ville à l’uranium. Micha Patault est également parti une dizaine de fois en Inde depuis 2009, depuis qu’Areva envisage d’y construire 6 réacteurs EPR. Au printemps 2011, lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, et alors que tous les yeux se tournent vers le Japon, pour tenter de déterminer les responsabilités et les causes de la catastrophe, Micha Patault choisit lui de s’intéresser à l’Inde pour expliquer les raisons de la construction d’une centrale nucléaire. Micha Patault est également impliqué dans l’ONG Greenpeace.</p>
<p style="text-align: center;">Sarah Irion est la co-auteure de ce projet. Preneuse de son et journaliste radio, elle a déjà co-réalisé un premier webdoc en 2011, « Yunnan Export », qui raconte l’expansion commerciale chinoise. Diplômée de l’école de journalisme de Strasbourg (Cuej), en spécialité radio, Sarah Irion a notamment travaillé en tant que journaliste radio pour France Bleu et France Culture.</p>
<p style="text-align: center;">Le documentaire interactif « Are Vah », qui est sorti en France le 17 juin 2014, a mobilisé une dizaine de personnes durant plusieurs mois. C’est ainsi que l’entreprise française The Pixel Hunt a réalisé le game design et la scénarisation interactive du webdoc, qui a été coproduit par la boîte de production française Fat Cat Films, développé par l’entreprise canadienne Hypractif et diffusé simultanément par RFI et Les Inrocks. Les illustrations ont été réalisées par Théo Guignard, le montage par Conrad Chemetoff et les bruitages sonores par Gabriel Guerin.</p>
<h1 style="text-align: center;">Un documentaire linéaire et un documentaire interactif</h1>
<p style="text-align: center;">C’est Micha Patault qui, le premier, a eu l’idée – et l’envie – de faire ce webdoc. Trois raisons ont motivé son choix : Areva (2009), Atomic City (2010) et Fukushima (2011). Après avoir réalisé un premier webdoc consacré à l’énergie nucléaire, l’auteur cherchait à raconter « une histoire traitant du même thème mais inscrite dans le présent et plus proche de la France », selon ses propres termes. Le projet d’Areva de construire la centrale de Jaitapur était très peu connu des Français à ce moment-là, « bien qu’ayant toujours été controversé », c’était donc pour lui le sujet idéal.</p>
<p style="text-align: center;">Le format du rendu n’a cessé d’évoluer tout au long du projet. Les auteurs envisageaient initialement de faire un webdoc, un reportage photo et un documentaire radiophonique. Ils réaliseront finalement un webdoc et un documentaire linéaire, pour la télévision, qui sortira en février 2014.</p>
<h1 style="text-align: center;">Des faibles moyens au début</h1>
<p style="text-align: center;">C’est en janvier 2012 que le projet d’Are Vah a véritablement commencé. Le 16 janvier, Micha Patault et Sarah Irion décident de lancer une campagne de financement participatif sur la plateforme Kiss Kiss Bank Bank, pour réunir les fonds nécessaires au voyage en Inde et pouvoir mener l’enquête. Parallèlement, les auteurs cherchent déjà d’autres sources financières et ont des premiers rendez-vous avec des boîtes de production et des diffuseurs. Un mois plus tard, le binôme a collecté 7000 € et part pour l’Inde.</p>
<p style="text-align: center;">Le 12 février, Micha Patault et Sarah Irion arrivent donc à Bombai avec pour objectif de faire des interviews et des reportages. En termes de matériel, le duo de réalisateurs décide de ne pas emmener « trop de choses sur place, pour rester discret ». Ils se contenteront donc de deux appareils photo, dont un Canon 5D « et un autre appareil pas très sophistiqué », selon la coréalisatrice. Ils emmèneront également un zoom H4N et un micro mono pour le son. Les rôles des deux auteurs étaient clairement établi puisque Sarah Irion était responsable du son et Micha Patault de l’image. Les interviews étaient préparées ensemble, en amont, et c’est Sarah Irion qui les réalisait. Au niveau du contenu éditorial, le travail du réalisateur était plus axé sur l’aspect technique, c’est- à-dire sur le nucléaire à proprement parler, alors que Sarah Irion s’intéressait davantage à l’aspect humain, en allant notamment à la rencontre des pêcheurs et des « habitants du coin ». Les deux auteurs se complétaient donc plutôt bien.</p>
<p style="text-align: center;">Au total, Micha Patault et Sarah Irion ont parcouru 10 350 kilomètres en deux mois en Inde. Ils ont beaucoup bougé et ont fait pas mal d’interviews. Mais à leur retour, en avril, les auteurs se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas assez d’images d’illustration. Problème : ils n’avaient plus les moyens de retourner sur place, n’étant « que deux à ce moment-là » et n’étant « pas du tout encadrés financièrement ». Ils ont donc patienté quelques mois et ont fait une demande d’aide à l’écriture au CNC, en septembre 2012. Aide qu’ils ont obtenue en décembre (19 000 €). Entre temps, le duo de réalisateurs a aussi commencé à chercher une boîte de production, constatant que le projet commençait à être « trop gros » pour eux. La boîte de production française Fat Cat Films, dirigée par Antoine Cayrol, a accepté de produire leur webdoc. Elle les a rejoints dans l’aventure en septembre 2012.</p>
<h1 style="text-align: center;">« Un sujet très tabou et très surveillé »</h1>
<p style="text-align: center;">Durant le tournage en Inde, les auteurs ont dû faire face à un certain nombre de difficultés, c’est ce que nous a expliqué Sarah Irion : « Le nucléaire en Inde, c’est très tabou et très surveillé. Nous savions que nous n’entrerions jamais dans le pays en demandant un visa journalistes. D’autant plus qu’avec la campagne de financement participatif qu’on venait de lancer un mois auparavant, il suffisait d’entrer nos noms sur Google pour connaître notre projet détaillé. » Les réalisateurs ont donc demandé un visa touristes et n’avaient logiquement pas le droit de filmer. « On s’est camouflé pour ne pas se faire interpeller par la police, indique Sarah Irion. C’est aussi pour ça qu’on avait décidé de filmer à l’appareil photo, parce que c’était beaucoup plus discret&#8230; Là où les choses se sont compliquées, c’est à Jaitapur, dans la zone de construction de la future centrale, parce que ce n’est pas du tout un lieu touristique. » Les réalisateurs avaient fait connaissance avec des gens du village opposés au projet, qui les aidaient à faire leurs reportages de nuit, avec moins de matériel que d’habitude. « On avait juste nos iPhones et un appareil photo, se souvient la réalisatrice. Le reste du temps, je portais un voile pour ne pas me faire repérer. »</p>
<h1 style="text-align: center;">Deux ans d’écriture</h1>
<p style="text-align: center;">Avant même leur départ pour l’Inde, en janvier 2012, les deux auteurs se sont beaucoup impliqués dans l’écriture du scénario du webdoc. La trame narrative de leur objet n’a ensuite cessé d’évoluer. En septembre 2012, les réalisateurs avaient terminé une première version du scénario qu’ils ont envoyée au CNC pour demander l’aide à l’écriture, mais ils n’étaient toujours pas satisfaits du résultat. Souhaitant introduire une expérience « plus immersive », ils ont continué à écrire&#8230; jusqu’à ce qu’ils trouvent un producteur (Fat Cat Films).<br />
Dès lors, les deux auteurs ont pu demander une aide à la production au CNC, qu’ils ont obtenue (39 000 €). Et l’écriture en a clairement profité. « Avec cette nouvelle aide, on a pu faire appel à un scénariste interactif, également game designer, Florent Maurin (The Pixel Hunt), en septembre 2013. Ce dernier nous a alors proposé d’utiliser la centrale nucléaire comme structure narrative. L’écriture s’est débloquée », explique Sarah Irion. Un travail de scénarisation à trois a alors débuté et a duré trois mois. En janvier 2014, ce travail d’écriture était 2<br />
terminé. Il aura donc fallu deux ans (janvier 2012-janvier 2014) à l’équipe d’Are Vah pour finaliser la trame narrative de son projet. Et pour cause, il ne s’agissait pas d’un travail d’écriture « ordinaire » : « La scénarisation interactive consiste à réfléchir aux conditions de l’expérience pour que l’utilisateur comprenne l’objet qu’il a en face de lui, le défi qui lui est lancé et les actions nécessaires pour relever le défi, explique Florent Maurin. On parle aussi de « game design » et cela représente entre 5 et 10 % du budget d’un webdoc. »</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/09/3f9c4a3.png"><img class="size-full wp-image-1148 aligncenter" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/09/3f9c4a3.png" alt="3f9c4a3" width="646" height="223" /></a></p>
<h1 style="text-align: center;">Fat Cat Films : « Une boîte de production touche à tout »</h1>
<p style="text-align: center;">Au niveau de la production, la boîte française Fat Cat Films a donc décidé de rejoindre l’aventure Are Vah en septembre 2012. Avant cela, elle avait déjà produit d’autres web documentaires tels que « Paroles de conflits », de Raphaël Beaugrand, et « Conseils au président ». Mais elle produit aussi beaucoup de publicités et même des fictions pour le cinéma, et c’est bien ce qui a convaincu les auteurs : « On ne voulait pas d’une boîte qui ne produit que des webdocs parce qu’elles n’ont souvent pas beaucoup de moyens. Fat Cat Films est une boîte touche à tout. » Le producteur, Antoine Cayrol, explique de son côté avoir « eu un coup de cœur pour Are Vah parce que les auteurs avaient une vision précise et très bien développée de leur projet. C’est également un devoir citoyen de parler de ces questions. »<br />
Avec ces nouveaux moyens, Micha Patault et Sarah Irion ont pu repartir en Inde pour un deuxième tournage, au printemps 2013. Le producteur leur a parallèlement suggéré de faire un documentaire linéaire à côté. Sarah Irion s’est donc chargée de l’écriture d’un scénario documentaire.</p>
<h1 style="text-align: center;">Quinze tableaux interactifs</h1>
<p style="text-align: center;">Le webdoc Are Vah a nécessité un gros travail d’écriture mais également un gros travail d’illustrations. Pour cela, le réalisateur, Micha Patault, a tout d’abord fait des schémas de la centrale à partir des plans qu’il avait pu se procurer et de ce qu’il avait vu sur place. Le tout a ensuite été transmis à un illustrateur, Théo Guignard, qui a dessiné les quinze tableaux qui constituent le documentaire interactif. Théo Guignard est parvenu à reconstruire la centrale dans un style au croisement entre la bande-dessinée et l’hyper réalisme. Tous les boutons et graphismes complémentaires (panneaux, journaux, infographies) ont ensuite été dessinés par le réalisateur.</p>
<p style="text-align: center;">S’il y a un autre élément, en plus des images, qui participe pleinement à l’expérience immersive proposée par les auteurs d’Are Vah, c’est bien le son. Deux techniques ont été utilisées pour rendre compte de ces effets sonores. Les sons extérieurs tels que les voix des pêcheurs ou le bruit des vagues ont été pris sur place, en Inde, par Sarah Irion. Le son à l’intérieur de la centrale n’est en revanche « qu’un » assemblage de bruitages de mécanismes d’usine qui a été ajouté au montage. Une fois que les travaux de post production, de scénarisation, de son et d’image étaient terminés, le projet a été livré aux développeurs.</p>
<p style="text-align: center;">L’entreprise canadienne Hypractiv, en charge du développement, a pris le relais en janvier 2014. Le développement d’Are Vah a mobilisé trois membres de la firme, pendant plusieurs semaines. Ces derniers ont travaillé en HTML.<br />
110 000 € de budget</p>
<p style="text-align: center;">En termes de budget, les auteurs d’Are Vah ont obtenu :<br />
&#8211; 7000 € de financement participatif,<br />
&#8211; 19 000 € d’aide à l’écriture (CNC),<br />
&#8211; 5000 € de la SCAM,<br />
&#8211; 38 000 € d’aide à la production (CNC),<br />
&#8211; 2000 € de RFI,<br />
Et 40 000 € de Fat Cat Films. Soit un budget total de 110 000 €.<br />
&#8211; 30 % de ce budget a été alloué au tournage,<br />
3<br />
&#8211; 30 % à la post production (Dé-rush/montage/étalonnage/mixage/bruitage/conformation),<br />
&#8211; 30 % à l’écriture, au développement et à la communication.</p>
<h1 style="text-align: center;">« Are Vah touche différents types de publics »</h1>
<p style="text-align: center;">Pour ce qui est de la cible visée, les réalisateurs n’avaient pas défini de public en particulier. Mais ils savaient, en revanche, que « seule une petite partie de la population a généralement la patience de consulter des webdocs ». Ce constat justifie le choix du producteur d’avoir demandé que soit réalisé un documentaire linéaire, parallèlement au documentaire interactif, pour toucher plus de monde.</p>
<p style="text-align: center;">En ce sens, on peut estimer qu’Are Vah touche différents types de public. Le public qui s’intéresse vraiment au nucléaire et qui cherche des infos très techniques les trouvera dans le web doc, qui est plus complet, alors que le film est, comme tout documentaire linéaire, un peu moins technique et beaucoup plus anglé. Mais ce n’est pas tout. « Les publics plus passifs préféreront voir le documentaire linéaire à la télé alors que les internautes, plus habitués, opteront pour le webdoc, ajoute Sarah Irion. Le but de la production était de viser des publics mais aussi des festivals différents : le film a énormément tourné en festival alors que le webdoc était plus difficile à faire tourner. »</p>
<h1 style="text-align: center;">Sortie le 17 juin 2014</h1>
<p style="text-align: center;">Le webdoc était très attendu selon les réalisateurs. C’est la boîte de production qui a établi la stratégie de communication. Are Vah a tout d’abord été lancé au Point éphémère, qui est un centre parisien de dynamiques artistiques. Il a ensuite fait l’objet de nombreux relais dans la presse et a été présenté dans plusieurs festivals. Les réalisateurs ont également été interviewés plusieurs fois, par le Mouv’ et RFI notamment.<br />
Pour ce qui est de la diffusion, les auteurs savaient à peu près vers quels médias se tourner. Ils avaient notamment pensé à Médiapart mais c’est finalement Les Inrocks et RFI qui ont accepté de le diffuser. Les auteurs avaient initialement prévu de diffuser le webdoc avant l’élection présidentielle de 2012, ce qui était très ambitieux puisque c’était seulement 3 mois après le premier tournage. Mais au fur et à mesure qu’ils enquêtaient en Inde, ils se sont rendus compte que le sujet était de plus en plus gros et qu’il y avait énormément de points à aborder. Ils ont également compris qu’ils auraient besoin de lever beaucoup plus de fonds que prévu pour y arriver. Le résultat final du webdoc a finalement été publié en juin 2014.<br />
Upside Television était en charge de la distribution du documentaire linéaire (février 2014), une chaîne italienne serait aujourd’hui intéressée pour l’acheter.<br />
« L’objectif est de montrer comment se vend une centrale »</p>
<p style="text-align: center;">Selon les réalisateurs, « l’objectif d’Are Vah n’est pas forcément de donner à voir, mais plutôt de donner à comprendre les enjeux du nucléaire. » Leur objectif n’était pas de faire un documentaire « complètement anti- nucléaire », mais de « créer un débat chez les gens et de voir comment ils réagissent ». « Le but du webdoc est davantage de montrer comment on vend une centrale nucléaire et ce qu’il se trame derrière la vente d’une centrale, explique Sarah Irion. On voulait montrer que c’est énormément de politique, de géopolitique et d’accords commerciaux. »</p>
<p style="text-align: center;">En tout, Are Vah a obtenu 8 prix, dont 4 pour le documentaire linéaire et 4 pour le webdoc. Les réalisateurs se disent fiers du travail accompli et heureux d’avoir réussi à mener une enquête en Inde, où tout est généralement très opaque. En termes de portée, le webdoc a fait « beaucoup de vues dans les semaines qui ont suivi le lancement », selon les réalisateurs, qui n’ont pas pu nous fournir de chiffres précis. Ceux-ci ont également constaté que les gens étaient très réactifs dans les festivals et « qu’ils posaient beaucoup de questions. »</p>
<p style="text-align: center;">Le producteur n’a pas souhaité nous communiquer de chiffres précis en termes de retombées économiques. Les auteurs nous ont en revanche indiqué qu’ils font partie des rares réalisateurs de web docs qui ont gagné leur vie : « Ce n’est pas exceptionnel mais cela nous a fait vivre pendant les trois années de travail. »</p>
<h1 style="text-align: center;">« On aurait bien voulu viser plus large »</h1>
<p style="text-align: center;">Les auteurs se disent fiers du travail accompli mais ont également quelques regrets. Parmi eux, le fait qu’aucun intervenant pro-nucléaire n’ait accepté de témoigner. « On aurait bien voulu obtenir une interview avec un représentant du gouvernement indien mais on n’a pas eu de réponse. Idem pour Areva qui n’a pas donné suite à nos multiples demandes, et c’est dommage », estime Sarah Irion. Le documentaire interactif aurait sans doute semblé plus objectif avec ces éléments et c’était bien l’intention des réalisateurs.<br />
A la fin de l’aventure dans Are Vah, l’internaute a le choix entre démarrer ou démanteler la centrale. Et hasard ou non : « Il y a beaucoup plus de gens qui décident de la démanteler que de la démarrer », constatent les auteurs (70 % &#8211; 30 %), c’est là encore un regret des réalisateurs : « On peut en effet estimer qu’il y a un public déjà acquis alors qu’on aurait bien voulu viser plus large. »<br />
Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’Are Vah est un documentaire interactif qui est toujours d’actualité, un an et demi après sa sortie, pour la simple et bonne raison qu’aucun réacteur EPR n’a à ce jour été construit dans le monde, et encore moins en Inde. Début des travaux prévu pour 2017.</p>
<h1 style="text-align: center;">On fait le point</h1>
<p style="text-align: center;">En définitive, le documentaire interactif militant Are Vah est le fruit d’un long travail d’écriture, de tournage, de post-production ou encore d’illustration qui a nécessité trois années de travail alors que les auteurs « tablaient » sur trois mois à l’origine. Et pour cause, Micha Patault et Sarah Irion avaient un peu sous-estimé l’importance du sujet qui n’a cessé de grandir au fil de l’enquête. La coréalisatrice nous l’a confié, « jamais [ils n’auraient] pensé que cela allait prendre une telle ampleur ».</p>
<p style="text-align: center;">Are Vah est le fruit d’un long travail d’enquête, les contenus proposés sont à la fois très intéressants et très informatifs. Mais c’est aussi le fruit d’un vrai travail graphique, avec un design au croisement de la bande- dessinée et de l’hyper réalisme. Le travail de post production des contenus journalistiques n’a pas été le plus long, le principal défi des auteurs a, au contraire, été de trouver le meilleur moyen de le mettre en valeur, ce qui explique que le travail de scénarisation interactive ait duré près de deux ans.</p>
<p style="text-align: center;">La qualité de l’enquête, de la narration, des images et la qualité technique sont pour moi irréprochables (4/4). Are Vah pêche un peu plus par la qualité de ses éléments sonores qui auraient pu, selon moi, contribuer à une expérience encore plus immersive (0,5/1). Concernant l’expérience utilisateur, je trouve que ce documentaire interactif aurait pu gagner en ergonomie (0,5/1) et en réactivité (0,5/1) : il y a par exemple différents types de flèches (accès et pastilles vidéo) qui ne sont pas toujours évidentes à distinguer. Le dispositif (1/1) et le design (1/1) de cet objet répondent, selon moi, parfaitement au sujet : l’idée d’utiliser la centrale nucléaire comme structure narrative fonctionne plutôt bien. Pour ce qui est du critère subjectif (0,5/1), j’avoue avoir eu un peu de mal à me situer dans le « jeu » au début, entre les différents tableaux, et ne pas comprendre quel chemin suivre pour arriver à la salle des commandes.</p>
<p style="text-align: center;">S’agissant de l’impact du web documentaire, je pense que le producteur d’Are Vah a parfaitement su mobiliser les réseaux (1/1), il n’y a qu’à entrer le nom du webdoc sur un moteur de recherche pour se rendre compte des relais presse et web dont il a fait l’objet. Le retour professionnel qu’il a suscité me semble aussi être très important (1/1), en témoigne le nombre de prix que les auteurs ont obtenus pour ce projet. Are Vah est un documentaire qui était « d’actualité » en 2014, qui l’est encore aujourd’hui et qui le sera sans doute encore demain, notre dépendance au nucléaire est en effet l’un des sujets du moment (COP21 oblige). Il s’agit donc d’un documentaire « durable » (1/1). Je suis néanmoins un peu plus sceptique quant aux retombées que le documentaire a suscité, n’ayant pas pu obtenir de chiffre précis (0,5/1).</p>
<p style="text-align: center;">Concernant la note de subjectivité, je dois avouer que le fonctionnement d’une centrale nucléaire était pour moi très flou avant d’avoir vu Are Vah, et que ce flou ne s’est pas totalement dissipé après l’avoir vu. Au moment de pénétrer dans l’enceinte de Jaitapur, au début du web doc, on s’attend à découvrir tous les secrets de fonctionnement d’une centrale nucléaire et on est finalement assez déçu de voir que cette centrale n’est qu’un décor, une structure narrative pour présenter les interviews et les reportages sur le cas très particulier de Jaitapur. Je pense que nous aurions gagné en « immersion de l’utilisateur » et en « compréhension du fonctionnement de la structure » si certaines infographies avaient été animées et si l’utilisateur avait l’occasion d’intervenir à d’autres moments qu’uniquement sur le chemin à prendre (via les flèches) et le choix final (démarrer ou démanteler). Je donnerais donc une note de 2,5/5 pour ce dernier critère de notation.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Note globale : 14</strong></p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>« IRAK 10 ans, 100 Regards » : Entretiens avec Feurat Alani, réalisateur et Uwe Lothar Müller, rédacteur en chef adjoint Arte Reportage</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/alani-muller/</link>
		<pubDate>Thu, 18 Aug 2016 07:30:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Aurore Cros]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Les Acteurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Des éclats de rires, des enfants qui jouent dans une décharge tandis que des responsables irakiens profitent de leurs soirées festives. En arrière-plan, les puits de pétroles viennent contraster le tableau. «Maliki quitte le gouvernement,<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/alani-muller/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><strong>Des éclats de rires, des enfants qui jouent dans une décharge tandis que des responsables irakiens profitent de leurs soirées festives. En arrière-plan, les puits de pétroles viennent contraster le tableau. <em>«Maliki quitte le gouvernement, le peuple ne te veut pas »</em> scandent ces enfants. </strong><strong>Le regard de l’un d’eux se tourne vers l’usine pétrolière qu’on aperçoit au loin, à quelques mètres de là. Des « regards d’Irakiens » croisés à ceux qui ont embrassé une décennie irakienne entre 2003 et 2013, c’est ce que propose le web-documentaire d’Arte Irak, 10 ans, 100 regards » lancé en mars 2013 à l’initiative du directeur d’information d’Arte Reportage, Marco Nassivera,et des rédacteurs en chef d’Arte Reportage, Philippe Brachet et Uwe Lothar Müller. Que reste-t-il de l’Irak dix ans après l’invasion américaine ? Que sait-ont vraiment de l’Irak ? Encore aujourd&rsquo;hui, un flou glaçant dans les médias tend à effacer des mémoires l&rsquo;après conflit irakien.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><em>Propos recueillis par Aurore Cros</em></p>
<p><img class="aligncenter wp-image-1107" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/08/feurat_alani.jpg" alt="feurat_alani" width="375" height="375" /></p>
<p><strong>Feurat Alani</strong></p>
<h1>Voir comment vivent les gens après, quand on oublie la guerre, voilà ce qui m&rsquo;intéresse et, je pense, intéresse les gens.</h1>
<p><strong>Feurat Alani est un journaliste français d&rsquo;origine irakienne, ancien correspondant à Bagdad entre 2003 et 2008, il est surtout réalisateur de documentaire. Il a couvert la guerre et l&rsquo;après-guerre en Irak pour des médias français, belges, suisses, canadiens. Il a créé sa société de production à Dubaï. Il réalise des reportages et documentaires pour des chaînes françaises mais également pour Al Jazeera ou encore la RTS. Dans ce web-documentaire, on lui a confié la mission du « Carnet de Route ».</strong></p>
<p><strong>Expliquez-moi la démarche de la rubrique « Carnet de Route » sur le site « Irak : 10 ans, 100 regards » ?</strong></p>
<p>La démarche était de donner un aperçu de la vie quotidienne des Irakiens que l&rsquo;on voit peu dans les médias. On résume l&rsquo;Irak à des chiffres, à des attentats, à des kidnappings. Ce web-documentaire avait pour vocation de montrer autre chose, de raconter les histoires humaines.</p>
<p><strong>Est-ce que c&rsquo;était votre idée d&rsquo;aller à la rencontre de ces irakiens ?</strong></p>
<p>On m&rsquo;a donné la responsabilité d&rsquo;une rubrique nommée Carnet de route où le but était effectivement d&rsquo;aller à la rencontre des Irakiens. C&rsquo;est un choix personnel. Et c&rsquo;est surtout une ligne éditoriale que j&#8217;emploie dans la plupart de mes travaux sur l&rsquo;Irak ou ailleurs : donner la priorité aux Irakiens lambdas, s&rsquo;intéresser à leur vie au-delà des chiffres et des clichés.</p>
<p><strong>A un moment donné vous parlez d&rsquo;un vide sécuritaire causée par l&rsquo;administration américaine après la chute du régime de Sadam Hussein? Vous pouvez m&rsquo;en dire plus là-dessus ?</strong></p>
<p>Lorsque Paul Bremer a été choisi par Georges W. Bush pour gouverner l&rsquo;Irak après la chute de Bagdad en 2003, toutes les institutions étatiques ont été démantelées. Paul Bremer a mis à la rue des centaines de milliers de soldats, de policiers, d&rsquo;agents de l&rsquo;Etat, de professeurs, et j&rsquo;en passe. Sous le prétexte de « débasifier » l&rsquo;Irak, donc expurger le pays de l&rsquo;ancien parti politique gouvernant le pays, le gouverneur américain a mis à la porte tous ces éléments constitutifs d&rsquo;un Etat : les institutions et les personnes qualifiées. Résultat : un vide sécuritaire, politique, sociale s&rsquo;est installé.</p>
<p><strong>Vous dites que la vie ne cesse d&rsquo;augmenter en Irak pour ses habitants qui gagnent un salaire d’environ 300 euros par mois ? Comment expliquez-vous cela ? Alors que pourtant avec l&rsquo;Iran, l&rsquo;Irak est l&rsquo;un des premiers exportateurs de pétrole.</strong></p>
<p>Malgré la guerre, la vie est chère en Irak. Notamment parce que le pouvoir d&rsquo;achat n&rsquo;augmente pas, parce que la corruption gangrène tous les secteurs de la société, et parce que le pétrole vendu est mal redistribué et utilisé. L&rsquo;Irak a les plus grandes réserves de pétrole au monde. En terme d&rsquo;exportations, il se situe effectivement en troisième position après l&rsquo;Arabie et l&rsquo;Iran. Et pourtant, rien n&rsquo;y fait. Le pays ne se développe pas à cause de l&rsquo;insécurité, de l&rsquo;incompétence des élites politiques, de la guerre contre l&rsquo;organisation de l&rsquo;Etat islamique et de la corruption.</p>
<p><strong>Qu&rsquo;avez appris sur l&rsquo;industrie du pétrole en Irak?</strong></p>
<p>Beaucoup de choses mais bien avant ce web-documentaire, j&rsquo;avais co-réalisé en 2009 un film intitulé « A qui appartient l&rsquo;Irak? » diffusé sur Arte.<br />
J&rsquo;avais eu accès au ministère du pétrole irakien et suivi les négociations de contrats avec des compagnies pétrolières étrangères jusqu&rsquo;aux signatures. Là encore, nous allions d&rsquo;abord voir les Irakiens de la rue pour savoir ce qu&rsquo;ils attendaient de ces contrats. Comme toujours, la déception et l&rsquo;amertume dominaient dans leurs discours.</p>
<p><strong>Dans vos reportages, vous avez un regard très humain, très proche des irakiens, c’est une autre manière d’interpeller les gens sur la situation en Irak ?</strong></p>
<p>L’angle que je choisis pour mes reportages est très humain parce que je veux raconter l&rsquo;actualité en intéressant les gens. Les intéresser passe d&rsquo;abord justement par nous intéresser aux gens. Je n&rsquo;aime pas la qualification que l&rsquo;on me donne parfois de <em>« reporter de guerre »</em>. D&rsquo;abord parce que je ne me rends pas uniquement dans les pays en guerre, mais surtout parce que j&rsquo;y vais souvent juste après, lorsque les journalistes ont déserté. Je préfère donc être vu comme un « reporter d&rsquo;après-guerre ». Voir comment vivent les gens après, quand on oublie la guerre, voilà ce qui m&rsquo;intéresse et, je pense, intéresse les gens.</p>
<p><strong>Qui souhaitiez-vous atteindre dans vos reportages ?</strong></p>
<p>Tout le monde, sans distinction. L&rsquo;idée est de faire passer le message. Qu&rsquo;il soit compris et entendu par un maximum de monde. Mais je ne crois pas que les journalistes pensent à cela lorsqu&rsquo;ils sont sur le terrain. Je pense d&rsquo;abord à raconter une histoire et à relater les faits.</p>
<p><strong>Quelles ont été justement les premières réactions après la diffusion de ces reportages ? </strong></p>
<p>Beaucoup de gens, notamment sur Internet, nous ont remercié parce qu&rsquo;ils trouvaient ces histoires très humaines. La réaction des gens s&rsquo;est porté sur les ressemblances finalement dans la vie quotidienne des irakiens et de celle des Français par exemple : la cherté de la vie, la sécurité des enfants, l&rsquo;avenir.</p>
<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous a profondément marqué dans la réalisation de vos reportages ?</strong></p>
<p>Ce qui me marque le plus sont les rencontres avec les parents de victimes. Je rencontre souvent des parents qui ont perdu leurs enfants, des frères et sœurs qui ont perdu leurs parents. Tout cela dans des conditions horribles liées à la guerre.</p>
<p><strong>Quelle rencontre vous a le plus marqué en Irak?</strong></p>
<p>Il y en a eu beaucoup. Je pense par exemple à cette famille pauvre que j&rsquo;avais rencontré sur le chemin de retour d&rsquo;un champ pétrolifère vers Bassorah, dans le Sud de l&rsquo;Irak. Ils étaient très pauvres, leurs visages étaient noircis (peut être par la pollution environnante) et en second plan, on voyait les flammes au loin des champs pétroliers. La richesse du pays et en même temps la pauvreté des Irakiens.</p>
<p>Il y a une rencontre d&rsquo;un autre type qui m&rsquo;a marqué, celle du politicien irakien Ahmed Al Chalabi dans sa maison à Bagdad. Il est célèbre pour avoir été la caution irakienne des mensonges américains. Il a été parmi d&rsquo;autres celui qui justifié les mensonges sur les armes de destruction massive. Notre rencontre a été assez étrange. J&rsquo;avais en face de moi l&rsquo;un des principaux artisans de cette catastrophe qu&rsquo;a été et continue d&rsquo;être l&rsquo;invasion américaine de l&rsquo;Irak.</p>
<p><strong>Quelle fut la principale difficulté que vous avez rencontré dans la réalisation de « Carnet de Route » ?</strong></p>
<p>La principale difficulté a été de passer d&rsquo;une région à l&rsquo;autre sans trop se faire repérer. Nous avons traversé tout l&rsquo;Irak du nord au sud en passant par des villes à majorité sunnites, chiites, kurdes. Il a donc fallu composer avec cela.</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-1108" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/08/AU_MUELLER_GUELDEMEISTER_L-600x400.jpg" alt="AU_MUELLER_GUELDEMEISTER_L" width="375" height="500" /></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Uwe Lothar Müller</strong></p>
<h1 style="text-align: center;">On voit des êtres humains qui agissent, qui sont touchés par cette violence, qui ne savent pas quoi faire, qui veulent la paix.</h1>
<p><strong>Uwe Lothar Müller, est le rédacteur en chef adjoint d’Arte Reportage, en charge du côté allemand, il travaille depuis plus de vingt ans pour Arte. Il y a dix ans il a été rédacteur en chef d’Arte Journal, d’Arte Info. Depuis quatre ans, il est rédacteur en chef adjoint chez Arte Reportage. Il travaille en ce moment sur le web-documentaire « Refugies » et s’est occupé en 2013 de tout l’aspect éditorial du projet.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em><strong>Quel a été votre rôle dans le web-documentaire « Irak, 10 ans, 100 regards » ?</strong></em></p>
<p>Je discute de l’aspect éditorial avec mes collègues français, et je suis responsable du côté allemand, je relis donc tous les textes en allemands. Dans la rubrique « Coups de Crayons » j’ai réalisé l’interview avec Anja Niedringhaus, une photographe allemande qui présentait ses photos noir et blanc, elle a travaillé pour l’AP à Kaboul. Et une autre avec un spécialiste, un orientaliste sur Babylon. Ici on est très polyvalent chez Arte.</p>
<p><em><strong>Et justement concernant les partenaires, vous avez travaillé en collaboration étroite avec trois grands journaux Le Monde, The Guardian et Süddeutsche Zeitung. Quels ont été leur rôle exact dans ce web-documentaire ?</strong></em></p>
<p>On a rassemblé les reportages de ces trois journaux publiés sur dix ans entre 2003 et 2013. C’était une manière de voir aussi à travers ces archives quelle différence il y avait entre la façon de traiter l’actualité en France, en Allemagne, et en Angleterre. Nous avions un partenariat avec ces trois journaux qui ont publié les reportages sur leur site, sur leur homepage.</p>
<p><em><strong>Quelle était l’idée de départ, la ligne éditoriale définie avec vos collègues Philippe Brachet et le directeur Marco Nassivera ?</strong></em></p>
<p>On voulait montrer 100 regards différents, sur une situation compliquée à comprendre. Comprendre qu’est-ce que c’était l’Irak à l’époque et qu’est-ce que c’est devenu. On voulait donner un spectre, le point de vue des spécialistes, des gens concernés par les irakiens, et surtout les irakiens eux-mêmes. Des scientifiques qui rassemblent les pièces d’un puzzle. L’objectif était de comprendre la situation en Irak dans sa globalité.</p>
<p>J’ai été très étonné moi-même, c’est le berceau de l’humanité Babylone, ça a duré 800 ans. Tout ce qu’on a aujourd’hui, ça vient de Babylone. Et l’Irak c’est un pays qui a 100 ans. On voulait comprendre, essayer d’expliquer comment et pourquoi la situation en Irak est si compliquée aujourd’hui. On voulait discuter avec des irakiens qui nous donnaient leurs points de vue. Le but était de lire les choses différemment que dans ce que l&rsquo;on voit dans les médias classiques. C’était un moyen de donner un overlook sur l’Irak. Aujourd’hui, quand vous lisez un article sur la situation en Irak, on relate seulement des faits qui se sont passés sur le moment, alors qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, la situation n’est plus du tout la même qu’il y a une semaine. Et comprendre la situation dans son ensemble, ce n&rsquo;est pas la même chose, on voulait montrer tout le background à travers cent perspectives différentes.</p>
<p><em><strong>Quels étaient ces regards ?</strong></em></p>
<p>Des photographes, des scientifiques, des irakiens, des spécialistes, des journalistes, des illustrateurs. Un correspondant ne raconte pas la même chose qu’un irakien sur son pays. Par exemple, Anja, de l’agence AP a dévoilé des choses très intéressantes sur le comportement des soldats américains sur place. C’est très intéressant d’entrevoir une toute autre réalité.</p>
<p><em><strong>Et qu’est-ce qu’on apprend de cette autre réalité ?</strong></em></p>
<p>On voit des êtres humains qui agissent, qui sont touchés par cette violence, qui ne savent pas quoi faire, qui veulent la paix. Mais après la dictature, Sadam Hussein, et après les attaques à l’amiante c’est un pays qui est encore déchiré. Ce qu’avait dit Monsieur Bush, « on va faire tomber Sadam Hussein, pour faire venir la démocratie totale », c’est un mensonge.</p>
<p><em><strong>Quels ont été les étapes de production ? Comment avez-vous sélectionné les réalisateurs ?</strong></em></p>
<p>Nous avions déjà un réseau bien établi, on les connaissait d’avant. Aujourd’hui, c’était la 740ème émission, cela fait dix ans que Arte Reportage existe. Pendant des années, nous avons travaillé avec de nombreux reporters. On réfléchit alors à une équipe avec un peu d’expérience. Nous avons des spécialistes, des reporters qui ont l’habitude de travailler dans des situations de crise. On ne peut pas envoyer quelqu’un sans expérience. Même quelqu’un d&rsquo;expérimenté est censé rester en contact avec la rédaction. Tous les jours, il y avait un croisement des mails, des sms, de <em>Whatsapp</em>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
			</item>
		<item>
		<title>&#034;IRAK 10 ans, 100 Regards&#034; : Entretien avec Katia Jarjoura, réalisatrice scénariste de &#034;Choses vues&#034;</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/katia-jarjoura/</link>
		<pubDate>Mon, 15 Aug 2016 07:30:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Aurore Cros]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Les Acteurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Des éclats de rires, des enfants qui jouent dans une décharge tandis que des responsables irakiens profitent de leurs soirées festives. En arrière-plan, les puits de pétroles viennent contraster le tableau. «Maliki quitte le gouvernement,<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/katia-jarjoura/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><strong>Des éclats de rires, des enfants qui jouent dans une décharge tandis que des responsables irakiens profitent de leurs soirées festives. En arrière-plan, les puits de pétroles viennent contraster le tableau. <em>«Maliki quitte le gouvernement, le peuple ne te veut pas »</em> scandent ces enfants. </strong><strong>Le regard de l’un d’eux se tourne vers l’usine pétrolière qu’on aperçoit au loin, à quelques mètres de là. Des « regards d’Irakiens » croisés à ceux qui ont embrassé une décennie iakienne entre 2003 et 2013, c’est ce que propose le web-documentaire d’Arte Irak, 10 ans, 100 regards » lancé en mars 2013 à l’initiative du directeur d’information d’Arte Reportage, Marco Nassivera,et des rédacteurs en chef d’Arte Reportage, Philippe Brachet et Uwe Lothar Müller. Que reste-t-il de l’Irak dix ans après l’invasion américaine ? Que sait-ont vraiment de l’Irak ? Encore aujourd&rsquo;hui, un flou glaçant dans les médias tend à effacer des mémoires l&rsquo;après conflit irakien.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Propos recueillis par Aurore Cros</em></p>
<h1 style="text-align: center;"><a href="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/07/B011-JARJOURA-1200x650_bw.jpg"><img class="aligncenter wp-image-1078 size-medium" src="http://nouveauxmedias.fr/wp-content/uploads/2016/07/B011-JARJOURA-1200x650_bw-900x507.jpg" alt="B011-JARJOURA-1200x650_bw" width="900" height="507" /></a></h1>
<p style="text-align: right;"><a href="http://lesourirede.tv5monde.com/le-lapin-syrien/">crédit photo</a></p>
<h1 style="text-align: center;"><em><strong>Katia Jarjoura</strong></em></h1>
<p>&nbsp;</p>
<p><em><strong>Katia Jarjoura est une réalisatrice documentaire et scénariste de cinéma. Au cours des dernières années de sa vie, elle est passée du journalisme au cinéma. Pendant dix ans, elle a réalisé une dizaine de documentaires sur des sujets géopolitiques à Beirut et écrivait en parallèle des scénarios. Dans le web-documentaire, elle a réalisé la rubrique « Choses vues » et supervisé un atelier de cinéma de jeunes réalisateurs irakiens qui ont collaboré à la rubrique « Irak, mon pays ».</strong></em></p>
<p><strong>Vous avez réalisé « Choses vues », pouvez-vous m’expliquer un peu la démarche de cette rubrique ? Y-a-t-il d’autres rubriques pour lesquelles vous avez travaillé ?</strong></p>
<p>Je connaissais déjà assez bien l’Irak, l’idée était de faire des petites histoires, j’ai décidé qu’elles soient sans commentaire, sur la vie quotidienne, montrer Bagdad autrement. Je choisissais mes sujets, j’avais carte blanche, je tournais toute seule. Je suis partie un mois à Bagdad en janvier 2013, et je faisais en moyenne, une histoire pour deux jours.</p>
<p><strong>Quelles embuches peut-on rencontrer à Bagdad lorsqu’on réalise des reportages comme ceux-là ?</strong></p>
<p>A Bagdad le plus compliqué, c’est obtenir des autorisations. Les gens n’ont pas spécialement envie de se faire filmer, c’était pas toujours simple. Les histoires ont l’air relativement anodines quand on regarde, mais à Bagdad tout est compliqué. Pour les vendeurs d’alcool, ça m’a pris trois jours avant d’amadouer la personne, de pouvoir le rencontrer, lui expliquer pourquoi on fait ce film. Les rendez-vous sont compliqués, les gens arrivent en retard. La circulation est bloquée. Des petites histoires qui auraient pu prendre une journée à tourner pouvaient prendre plus de temps. Mon idée était de chercher des choses qu’on ne voyait pas sur Bagdad. C’était la première fois que je faisais des sujets qui ne touchaient pas à la géopolitique.</p>
<p><strong>Les sujets étaient définis à l’avance par Arte ou bien vous êtes arrivés sur place et vous avez trouvé les sujets une fois arrivée là-bas ?</strong></p>
<p>En fait au départ, lorsque je me suis rappelée que c’était les dix ans après l’invasion américaine de l’Irak, j’ai contacté Arte en leur disant que j’aimerais beaucoup y retourner. Cela faisait longtemps que je n’étais pas allée à Bagdad, j’y suis allée entre 2003 et 2004 peu de temps après la chute de Sadam Hussein. Et j’avais envie de faire quelque chose là-dessus, Arte m’a répondu qu’ils venaient de faire un très gros documentaire sur l’Irak qui s’appelait <em>« Tambour roulant »</em> sur Bagdad de Jean Pierre Krief. Et ils m’ont dit que cette année-là, ils allaient faire une sorte de web-doc avec plusieurs points de vue. Et donc que je pourrais m’occuper d’une partie du web-doc. Donc on a discuté, je leur ai dit qui me tentait, on en est venu à la conclusion que ça serait intéressant de créer des <em>« pastilles de vie »</em>.</p>
<p><strong>Vous êtes aussi partie pour une autre rubrique, vous encadriez de jeunes cinéastes irakiens… ?</strong></p>
<p>Et en parallèle je suis partie pour une autre section,<em> « Regards d’Irakiens »</em> devenu ensuite <em>« Irak, mon pays »</em>, qui présentait des petits films d’irakiens. Certains ont été produits par un atelier de documentaire de l’ONG Alterdoc fondée par Baudoin Koneing et sa femme qui allaient régulièrement en Irak ou au Kurdistan Irakien pour donner des ateliers d’initiation au documentaire. Ils ont ramené des petits films qui étaient diffusés sur Arte. Certains de ces films ont été repris pour le web-documentaire. Pour les cinq autres, j’avais lancé une formation à Bagdad avec des réalisateurs irakiens. On a lancé un concours avec Arte auprès de jeunes réalisateurs qui ont ensuite été sélectionnés. Ceux qui ont été sélectionnés ont gagné une diffusion sur Arte.</p>
<p><strong>Être réalisateur en Irak, cela ne doit pas être facile tous les jours…</strong></p>
<p>Pour les jeunes réalisateurs, ce n’est pas facile du tout, mais il y en a de plus en plus. Il y a l’Ecole des Beaux-Arts de Bagdad. De plus en plus de jeunes étudient le cinéma. Ils s’achètent de l’équipement et travaillent entre eux. Ils sont à la fois monteurs, caméramans, réalisateurs, producteurs. Ils s’expriment de plus en plus à travers la caméra, le plus difficile pour eux est d’exporter leur film ou même d’être encadré. Je pense que c’est l’encadrement qui manque beaucoup.</p>
<p>Le plus difficile est de trouver des autorisations pour tourner à l’extérieur, ils ont toujours des pistons à droite à gauche à travers l’armée, leur famille, c’est très connexion locale. La lourdeur de la vie à Bagdad, que ce soit au niveau des infrastructures, de l’électricité, de l’eau, de l’instabilité n’est pas favorable à l’émergence d’un cinéma. Pour faire du cinéma, il faut que les conditions soient réunies. C’est déjà suffisamment compliqué de tourner un film, alors de tourner un film dans un pays où tout s’effondre. La chaleur l’été dure cinq mois, pour les équipements ce n’est pas bon du tout, le sable s’infiltre dans les caméras, le son est excessivement bruyant. Mais ils se débrouillent. Ils n’ont pas beaucoup d’argent. Il n’y a pas de subventions gouvernementales qui leur sont accordées. Par contre dans leur film ils n’abordent pas beaucoup de sujets tabous…</p>
<p><strong>Et pourquoi selon vous ?</strong></p>
<p>Je pense qu’ils ont tellement grandi dans un carcan assez traditionnel. L’Irak reste un pays très religieux, très conservateur. Je ne pense même pas que c’est de l’autocensure, je pense que c’est eux qui n’ont pas forcément envie d’aborder ces terrains. En tout cas, peut-être qu’ils y pensent. Certains y pensent, l’un d’eux avait abordé l’homosexualité. Je ne veux pas parler à leur place, mais ils doivent avoir des envies de parler de sexualité, les rapports avec les filles, des sujets un peu plus libéraux.</p>
<p><strong>Et à travers ces regards irakiens, qu’est-ce qui change concrètement du regard occidental des médias classiques ? Quelle différence constatez-vous ?</strong></p>
<p>Une certaine recherche, une certaine quête. Nous les médias occidentaux, on part quelque part avec une idée un peu préconçue, en disant « il faut que je fasse un sujet là-dessus », « je dois obtenir telle entrevue ». Il n’y a pas d’ampoule temps pour la recherche ou par la quête, on ne se laisse pas prendre par la réalité, on prend la réalité à bras le corps. Alors qu’eux ils sont dans une espèce de quête, qui suis-je ? Où vais-je ? Je pense que l’Irak est à la croisée d’une époque, une époque charnière. Il y a d’un côté l’extrémisme aux portes de Bagdad, avec l’ascension de l’Etat Islamique et la prise des villes du nord. Mais d’un autre côté à Bagdad il y a une certaine ouverture. Et il y a une jeunesse, toute une génération qui est née à la fin de la dictature de Sadam et qui n’a qu’une envie c’est de vivre. Et il ne faut pas oublier toute l’influence d’internet. Beaucoup d’entre eux passent du temps sur Facebook. C’est une influence que leurs parents n’avaient pas.</p>
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		<title>IRAK 10 ans, 100 Regards</title>
		<link>https://nouveauxmedias.fr/irak-10-ans-100-regards/</link>
		<pubDate>Mon, 08 Aug 2016 07:30:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Aurore Cros]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Documentaire interactif]]></category>
		<category><![CDATA[Web-documentaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Des éclats de rires, des enfants qui jouent dans une décharge pendant que des responsables irakiens profitent de leurs soirées festives. En arrière-plan, les puits de pétroles viennent contraster le tableau. «Maliki quitte le gouvernement,<a class="moretag" href="https://nouveauxmedias.fr/irak-10-ans-100-regards/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><strong>Des éclats de rires, des enfants qui jouent dans une décharge pendant que des responsables irakiens profitent de leurs soirées festives. En arrière-plan, les puits de pétroles viennent contraster le tableau. «Maliki quitte le gouvernement, le peuple ne te veut pas » scandent ces enfants. </strong></em><br />
<em><strong> Le regard de l’un d’eux se tourne ensuite vers l’usine pétrolière qu’on aperçoit au loin, à quelques mètres de là. Des « regards d’Irakiens » croisés à ceux qui ont embrassé une décennie iakienne entre 2003 et 2013, c’est ce que propose le web-documentaire d’Arte Irak, 10 ans, 100 regards » lancé en mars 2013 à l’initiative du directeur d’information d’Arte Reportage, Marco Nassivera,et des rédacteurs en chef d’Arte Reportage, Philippe Brachet et Uwe Lothar Müller.</strong></em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Analyse documentaire par Aurore Cros</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Que reste-t-il de l’Irak dix ans après l’invasion américaine ? Que sait-ont vraiment de l’Irak ? Aujourd’hui encore, un flou glaçant dans les médias occidentaux tend à effacer de nos mémoires les conflits au Moyen-Orient. Finalement, que retient-on de ces pays dont l’actualité est désormais noyée dans un flux d’informations ? Les médias dominants, obéissant à une logique d’immédiateté ont tendance à n’aborder que l’actualité sanglante du Moyen-Orient. L’Irak figure parmi ces grands oubliés de l’information, reflétant une image de chaos devenu presque ordinaire dans les esprits. </em><br />
Le web-documentaire fait suite à une précédente production d’Arte lancée en 2011 sur l’Afghanistan.</p>
<h2 style="text-align: center;"><em>Tout ce qu’on a aujourd’hui vient de Babylone. L’Irak, c’est un pays qui a cent ans à peine </em></h2>
<p style="text-align: right;"><em><strong>Uwe Lothar Müller, rédacteur en chef adjoint chez Arte Reportage</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans celui-ci, la parole est laissée aux irakiens, leur voix occupe une place centrale. <em>« L’idée était d’abord de donner la parole aux irakiens, et ensuite à ceux qui ont vécu cette décennie »</em> explique Philippe Brachet, rédacteur en chef d’Arte Reportage. A cela s’ajoutent les points de vue de journalistes, caricaturistes, photographes qui commentent leurs travaux qui se mélangent aux points de vue de jeunes réalisateurs irakiens. <em>« La situation en Irak est compliquée à comprendre, il y a aussi des spécialistes pour nous aider à rassembler toutes les pièces d’un puzzle »</em> confie Uwe Lothar Müller, rédacteur en chef adjoint chez Arte Reportage. <em>« J’ai été très étonné moi-même en discutant avec des spécialistes. L’Irak, c’est le berceau de l’humanité, Babylone ça a duré plus de huit-cents ans. Tout ce qu’on a aujourd’hui vient de Babylone. L’Irak, c’est un pays qui a cent ans à peine »</em>. Face au flou médiatique qui règne autour de ce pays, pour lui, il semblait évident de donner à cette époque charnière, les clés aux spectateurs pour connaître et mieux comprendre l’après-guerre en Irak. Le journaliste et ancien reporter de guerre déplore le fait que dans les médias aujourd’hui <em>« on relate des faits qui se sont produits à l’instant »</em> en oubliant que <em>« la situation n’est plus la même qu’il y a une semaine »</em>. L’objectif était alors de mettre en lumière un <em>« background »</em> à travers cent perspectives différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour éviter d’exploser les coûts, il fallait alors définir une ligne directrice et <em>« trouver des points communs possibles entre chaque contenu »</em> dans les reportages explique Donatien Huet, journaliste web qui s’est chargé d’articuler l’aspect éditorial et graphique du site, en lien étroit avec des graphistes et des développeurs de la société FCINQ. Ensemble, ils ont donc choisi une navigation sous forme de dossier en mosaïque qui renvoie à une rubrique bien précise (Irak, mon pays, L’œil d’Arte, Choses vues, Carnet de route, En exil, Images irakiennes, Coups de crayons, Irak 2.0, Le kiosque à journaux). Le site a été conçu en responsive design et en HTML 5 pour qu’il soit consultable autant sur tablette que sur mobile. Dans la rubrique <em>« commentaires »</em> du site, les internautes décrivent des <em>« images émouvantes »</em> et <em>« pleines d’humanité »</em>. Ils pouvaient ainsi apporter leurs contributions en temps réel (interaction semi-ouverte).</p>
<p style="text-align: justify;">A la parution du web-documentaire, tous les contenus n’étaient pas tous en ligne. Le site était mis à jour progressivement entre mars et mai 2013 pour <em>« ne pas noyer les internautes dès le début »</em> explique Donatien Huet. Chaque semaine, des vidéos étaient ajouté. Fin 2013, le site dénombre près de 350 000 visiteurs. Le web-documentaire n’a pas tardé à se faire connaître, notamment grâce au partenariat décidé avec les trois grands journaux français, anglais et allemands. Dans la rubrique du <em>« Kiosque à journaux »</em> on retrouve des plumes du Monde, du Guardian et de la Süddeutsche Zeitung dont les reportages retracent une décennie irakienne entre 2003 et 2013. <em>« C’était une manière de voir aussi à travers ces archives quelle était la différence de traitement de l’actualité entre la France, l’Allemagne, et l’Angleterre »</em> explique Uwe Lothar Müller, rédacteur en chef adjoint d’Arte Reportage. En publiant leurs reportages sur leur homepage, Arte récupérait leurs clics, un système gagnant gagnant dont bénéficiaient à la fois Arte et ses partenaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour définir les premières étapes de construction de ce projet, il a donc fallu établir un plan, définir une articulation et surtout trouver les personnes ressources. Les grands axes étaient d’abord définis par Arte Geie, la production centrale basée à Strasbourg qui a ensuite fait appel à une société de production parisienne Baozi Production qui s’est chargée d’envoyer les reporters sur le terrain.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Nous avons envoyé des spécialistes, des reporters qui ont l’habitude de travailler dans des situations de crise. On ne peut pas envoyer quelqu’un sans expérience. Tous les jours, il y a des échanges par mail, sms, sur WhatsApp »</em> soutient Uwe Lothar. De son côté, Baozi production s’est chargée de tout l’aspect logistique : la sécurité des journalistes qui partent sur le terrain, les assurances, contacter des fixeurs, réserver les billets d’avons, des hôtels, trouver des chauffeurs, des traducteurs, vérifier que les choses étaient bien callées en amont.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, la première étape de post-production, lorsque les journalistes rentrent sur Paris, fut la traduction, et le montage des vidéos. Baozi est alors à ce moment-là en échange étroit avec Arte qui lui demande de faire des modifications et valide ou non les reportages. Et quand vient la phase de livraison, des problèmes techniques peuvent survenir, (les formats des vidéos, le poids utilisé, les codecs utilisés selon les players d’Arte). Et il faut ensuite tout retranscrire dans les trois langues d’Arte : anglais, allemand, et français. Une phase importante dans la post-production qui a été réalisée par l’agence de traduction Eclair Group.</p>
<h2 style="text-align: center;"><em>Après la diffusion de ses vidéos, les réactions se faisaient écho : les français se reconnaissaient parfois dans la vie quotidienne des irakiens.</em></h2>
<p style="text-align: justify;">Parmi les rubriques qui ont été sélectionnés par Arte, une grande liberté a été accordé à ses deux principaux réalisateurs : Feurat Alani en charge de la rubrique <em>« Carnet de route »</em> et Katia Jarjoura qui a réalisé <em>« Choses vues »</em> et <em>« Regards d’irakiens ».</em> Feurat s’est rendu en Irak en décembre 2012. <em>« Aller à la rencontre des irakiens était un choix personnel. Et c’est surtout une ligne éditoriale que j’emploie dans la plupart de mes travaux sur l’Irak ou ailleurs : donner la priorité à des irakiens lambda, et s’intéresser à leur vie au-delà les chiffres et des clichés »</em> raconte Feurat. L’idée était de cheminer à travers le pays, de la périphérie vers la capitale pour rencontrer les populations. Selon lui, après la diffusion de ses vidéos, les réactions se faisaient écho : les français se reconnaissaient parfois dans la vie quotidienne des irakiens (sur la vie qui augmente, la sécurité des enfants, l&rsquo;avenir).</p>
<p style="text-align: justify;">Un itinéraire calculé à l’avance par Séverine Bardon, journaliste chez Baozi Production qui s’est chargée de sélectionner les zones sécurisées. Pas question de mettre en danger les journalistes qui ont malgré tout un avantage : Feurat est d’origine irakienne, et Katia d’origine libanaise. <em>« Pour être discrète, j’étais toujours habillée en noir, mon chauffeur était irakien, et je parlais arabe, très souvent, je m’attachais les cheveux »</em> confie-t-elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Katia s’est rendue à Bagdad en janvier 2013. Quatre semaines. C’est le temps qui lui était attribué pour rechercher des petites <em>« pastilles de vie »</em>, des histoires d’irakiens. Même si elle avait établi à l’avance une liste bien précise de ses sujets, une fois sur place, les choses se sont avérées plus compliquées. <em>« Ce n’est pas facile d’obtenir des autorisations de tournage, car les gens n’ont pas spécialement envie de se faire filmer. Ce n’est pas toujours simple. Les histoires ont l’air anodines quand on les regarde, mais à Bagdad tout est compliqué »</em> constate-t-elle. <em>« Des petites histoires qui m’aurait pris une journée ont pris plus de temps »</em>. Pour la première fois, Katia a oublié la dimension géopolitique de ses reportages pour des angles plus humains, proche des gens. Montrer leur vie. Montrer que leur vie continue après la guerre. Un mariage chrétien, des plantations d’abre pour reboiser Bagdad, un vendeur d’alcool. Elle offre un regard complètement décalé sur l’Irak. En parallèle, elle a aussi supervisé une autre section <em>« Regards d’Irakiens »</em> qui regroupe des films d’auteurs irakiens sélectionnés par un concours quelques jours plus tôt. Durant un mois, elle animait un atelier de formation pour jeunes réalisateurs irakiens. En face, il y avait aussi une ONG audiovisuelle : Alterdoc, un collectif de professionnels de l’audiovisuels pour la défense des droits de l’Homme fondé par Baudouin Koenig, un réalisateur documentariste et sa femme.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ces jeunes réalisateurs sortis parfois de l’école des Beaux-Arts de Bagdad, le cinéma est devenu une nouvelle manière de s’exprimer<em>. « La lourdeur de la vie à Bagdad, que ce soit au niveau des infrastructures, de l’électricité de l’eau, de l’instabilité, n’est pas favorable à l’émergence d’un cinéma »</em> souligne-t-elle.<em> « C’est déjà suffisamment compliqué de tourner un film, alors dans un pays où tout s’effondre, où la chaleur de l’été dure cinq mois, ce n’est pas bon du tout »</em>. Le sable qui s’infiltre dans les caméras, le son très bruyant de la circulation. <em>« C’est compliqué de prendre du son, mais ils se débrouillent ».</em> Et là-bas, il ne faut pas espérer recevoir de subventions de la part du gouvernement.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour elle, les regards d’irakiens ne sont forcément pas les mêmes que les occidentaux. Katia voit en le travail de ces jeunes une certaine recherche, une « quête » que les médias occidentaux n’ont pas : <em>« qui suis-je ? »</em>, <em>« où je vais ? »</em>. <em>« Chez nous, on part souvent quelque part avec une idée préconçue (…) on ne se laisse pas prendre par la réalité »</em>. Même s’ils semblent encore très timides selon elle à l’idée de d’aborder des sujets tabous, il s’agit d’une nouvelle génération Bagdad 2.0. Une génération qui évolue avec Facebook, à l’inverse de ses parents.<em> « La ville a beau être fermée du monde, c’est quand même une ville qui commence à s’ouvrir via les réseaux sociaux »</em>. La documentariste décrit une <em>« génération qui bouge »</em> et qui crée avec <em>« des bouts de ficelles ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans<em> « Images irakiennes »</em>, le travail de photo-reporter livre un autre regard sur l’intervention américaine. On met des visages sur les soldats américains, et sur les civils irakiens. Les journalistes commentent leurs productions. A travers le regard d’Anja Niedringhaus, une photo-journaliste allemande qui travaillait à l’époque pour l’Associated Press à Kaboul, on découvre une toute autre réalité. Bien différente de celle renvoyée par George Bush à la fin de l’intervention américaine, lorsque celui-ci a déclaré le célèbre et controversé <em>« mission accomplie »</em> dans un discours.</p>
<p style="text-align: justify;">Des modes de narration hiérarchisés dans plusieurs catégories. Une mosaïque pour guider le lecteur. Le graphisme du site interpelle et a d’ailleurs séduit le jury des <a href="http://webbyawards.com/winners/2014/web/general-website/politics/irak-10-years-100-viewpoints/"><em>« Webby Awards »</em></a>, les <em>« Oscars de l’internet »</em> dans lequel le web-documentaire fut nominé en avril 2014. En revanche, si les modes de narrations ne laissent pas indifférents, l’aspect mosaïque peut aussi perdre le lecteur dans sa navigation qui devra renouveler plusieurs fois l’expérience avant de comprendre le fonctionnement du site.</p>
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