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	<title>Science &amp; Fiction</title>
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	<description>Des histoires courtes de SF chaque semaine !</description>
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	<title>Science &amp; Fiction</title>
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		<title>Le temps de l&#8217;effondrement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jérémy Roggy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Jun 2020 23:35:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
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					<description><![CDATA[De loin, Inorlae était son endroit préféré. Ce petit village d’environ deux cents soixante âmes avait véritablement un charme certain. Les maisons bariolées pleines de vie, cette forêt miniature où les orthydonx – de grands monotrèmes apparentés aux échidnés australiens – se prélassaient nonchalamment, ou encore la bibliothèque si riche pour un endroit si peu&#8230;]]></description>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" width="1024" height="512" src="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-temps-de-leffondrement-Article.jpg" alt="" class="wp-image-50" srcset="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-temps-de-leffondrement-Article.jpg 1024w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-temps-de-leffondrement-Article-300x150.jpg 300w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-temps-de-leffondrement-Article-768x384.jpg 768w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-temps-de-leffondrement-Article-800x400.jpg 800w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-temps-de-leffondrement-Article-360x180.jpg 360w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="has-text-align-justify"><em>De loin, Inorlae était son endroit préféré. Ce petit village d’environ deux cents soixante âmes avait véritablement un charme certain. Les maisons bariolées pleines de vie, cette forêt miniature où les orthydonx – de grands monotrèmes apparentés aux échidnés australiens – se prélassaient nonchalamment, ou encore la bibliothèque si riche pour un endroit si peu peuplé&nbsp;: ce cadre particulier lui paraissait agréable. Au milieu de la nuit, Arline se dirigea calmement vers la plage, en particulier pour retrouver aisément les rares endroits sablonneux. Cela faisait deux ans qu’elle n’avait pas eu le temps de retrouver cet endroit si atypique. </em></p>



<span id="more-54"></span>



<p class="has-text-align-justify">Elle lâcha brusquement au sol son sac assez lourd, puis elle se rapprocha doucement des flots. Au loin, elle pouvait discerner assez aisément le phare qui émettait périodiquement une couleur rouge vif pour guider les navires de pêcheurs. Les pieds dans l’eau plutôt tiède, elle fouilla ses affaires pour retrouver ce livre paru récemment et dont le titre avait tout particulièrement retenu son attention. Introuvable dans sa ville, elle le dénicha par chance dans cette bibliothèque locale.</p>



<p class="has-text-align-justify">Elisandra Alkeny était la figure de proue du mouvement de contestation dans la florissante industrie forestière du continent. En quelques années, elle avait gagné une large audience, une forte estime et surtout elle se démarquait par ses analyses et propositions radicales. Une véritable icône aux yeux d’Arline. Lors d’un événement informel à l’Université Corcondia, elle s’était retrouvée côte à côte d’Elisandra et était littéralement restée sans voix, ne sachant pas comment s’introduire dans ce moment inattendu. Dans son université, elle avait commencé une licence d’écologie historique, un cursus unique à Adélia. Il s’agissait d’une nouvelle branche historique qui relevait de l’étude des évolutions environnementales depuis le vingt-deuxième siècle et qui alliait sciences, histoire et politique. Une formation exigeante qui ne lui avait pas fait du tout peur au premier abord, bien au contraire. Arline exécrait la médiocrité de manière résolue, et elle voulait humblement être la meilleure en tout&nbsp;: ses études étaient d’après elle un moyen efficace pour y parvenir.</p>



<p class="has-text-align-justify">Jusqu’à la semaine qui avait précédé les événements tumultueux à Adélia, elle travaillait depuis presque trois mois et demi au laboratoire d’analyses géochimiques de son université. Sa tâche consistait à étudier les prélèvements de sols anciens, afin d’essayer de comprendre finement les bouleversements qui étaient advenus par le passé. Cette mission lui plaisait fortement, elle qui aimait à la fois œuvrer à la paillasse, lire de la littérature scientifique, discuter quotidiennement avec les membres de son équipe de recherche. Et par-dessus tout, pouvoir apprendre de nouvelles choses. Son étude patiente des sédiments recueillis l’avait amené à proposer une publication finalement acceptée par une revue scientifique, après une longue série de révisions minutieuses. Celle-ci portait sur les clathrates présentes dans le sous-sol du continent&nbsp;: son étude concluait sur un relargage massif de méthane, très probablement vers le milieu du vingt-troisième siècle, avec une incertitude d’une trentaine d’années. Elle savait pertinemment qu’à l’autre bout du monde ce même phénomène s’était produit de manière intense au cours du siècle précédent. Il fallait forcément documenter cela pour l’Antarctique, car les anciennes agences avaient progressivement renoncé à leurs programmes de surveillance des évolutions climatiques.</p>



<p class="has-text-align-justify">À deux cents trente kilomètres de la plage plus calme où elle se trouvait, la mousson sévissait fortement depuis quelques semaines. Ces événements météorologiques étaient devenus de plus en plus fréquents, selon les dires de ses arrière-grands-parents. Avec une température moyenne de 23°C pendant la saison, l’océan austral rendait tout cela propice. Elle décida d’entamer sa lecture nocturne. Le titre du livre l’avait véritablement interloquée. <em>«&nbsp;Niae hit hé oltraen planitiy&nbsp;: Aona storie don pastiy&nbsp;»</em>. Polyglotte, l’Adélien était sa langue maternelle. Elle ne comprenait pas réellement ce titre en forme de slogan. Bien sûr que si, il y a d’autres planètes dans le système solaire et au-delà&nbsp;! Celles et ceux qui avaient peuplé ce monde avant elle étaient-ils si primitifs que cela&nbsp;? Fort d’environ quatre cents cinquante pages, l’ouvrage apportait un contenu déroutant. Ses tuteurs de stage le lui avaient vivement recommandé : selon eux, c’était un outil incontournable pour saisir clairement ce qui avait changé la face du monde au cours des siècles passés. Du moins, ce que les sources historiques éparses permettaient de nous révéler. Quatre grandes parties structuraient ce livre&nbsp;: une première sur «&nbsp;les prémices du chaos&nbsp;», une seconde sur «&nbsp;l’effondrement d’un monde&nbsp;», une troisième sur «&nbsp;un monde reconfiguré&nbsp;» et une dernière avec «&nbsp;des propositions pour avancer&nbsp;». Lectrice avide, elle le dévora en quelques heures.</p>



<p class="has-text-align-justify">Tout d’abord, le chaos qui advint. Le vingt-deuxième siècle fut le début du temps de l’effondrement. Après des décennies d’inaction relative, les tensions étaient montées d’un cran à l’échelle du globe. Les oppositions sur la base de l’appartenance à un groupe, quel qu’il soit, furent de plus en plus prégnantes. Les nations ne s’engageaient pas nécessairement dans des conflits armés, mais elles attisaient les haines viscérales en leur sein et contre tout ce qui venait de l’extérieur. Les unions étaient devenues un alibi pour porter une unité de façade. Le Nord fut l’avant-garde de ce mouvement historique. Partout, des partis, des mouvements, des associations n’étaient pas forcément interdits, par volonté affichée de respecter une liberté d’expression, mais la répression informelle était plus que féroce et sans pitié. Les monstres du passé et leurs icones associées ressurgirent de manière violente. Les plus modérés n’avaient plus du tout peur de se réclamer des horreurs historiques, tout en cherchant à se démarquer des plus radicaux qui allaient toujours plus dans le champ de l’inconcevable. Les esprits furent littéralement gangrénés par la peste. Les outils de communications, étatiques ou non, devinrent de puissants éléments de propagande au service d’idéologies rétrogrades. Ceux qui affichaient une mince volonté de subvertir étaient traqués rapidement et mis en moins d’une demi-heure devant leurs torts, à savoir ceux d’avoir oser penser renverser le régime supposément idéal et d’espérer établir une société nouvelle.</p>



<p class="has-text-align-justify">Ce fut aussi le moment urbain. Les villes ne cessaient de grandir au dépend d’un monde rural laissé sciemment à l’abandon. Les Etats donnèrent toujours plus de pouvoir aux villes, mais sans les moyens suffisants. La tactique était délibérée&nbsp;: attiser les tensions, rejeter les fautes sur ceux d’en bas, et ressortir gagnant de ces manœuvres viles. La ghettoïsation des villes fut considérable&nbsp;: les plus riches s’enfermaient dans leurs demeures cossues et ultra-sécurisées, tandis que les moins lotis devaient se contenter de services quotidiens peu satisfaisants, d’emplois sous-rémunérés et dépourvus de droits sociaux, de conditions de vie toujours plus déplorables. Ce fut le temps du «&nbsp;eux contre nous&nbsp;». Dans tous les sens du terme. La lutte faisait totalement rage et les apparences de bienséance avaient carrément volé en éclats. Ceux qui opprimaient étaient plus que minoritaires mais leur travail de sape était puissant et efficace. Plus que tout, ils craignaient le renversement de leur monde. Plus que tout, ils avaient aussi besoin de garder en vie le plus longtemps possible celles et ceux qu’ils appelaient les <em>malvenus</em>, pour espérer tirer le plus grand profit de leur dur labeur quotidien. Dès que l’un d’entre eux tombait, des milliers d’autres attendaient à la porte pour le remplacer tout aussi rapidement. <em>La Grande Périphérie</em>&nbsp;: c’est comme cela que les plus aisés nommaient en bloc les quartiers démunis et tout ce qui se trouvait au-delà des frontières des gigantesques villes, là où les droits civiques étaient réduits à peau de chagrin. Des réserves avaient été fondées où travaillaient presque gratuitement les exclus du monde urbain. Les révoltes étaient sporadiques et brutales, et la répression qui s’ensuivait était résolument inique.</p>



<p class="has-text-align-justify">Dans le même temps, ce fut une crise sans précédent qui eut lieu. La température du globe avait augmenté d’environ 16°C par rapport à l’ère préindustrielle, la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone avait atteint 1580 parties par millions au cours de la deuxième moitié du vingt-deuxième siècle, et le Grand Nord fut le théâtre de gigantesques désastres. En dépit des subterfuges technologiques, des pays entiers, des littoraux peuplés, des iles déjà menacées commencèrent à être brutalement engloutis. Après s’être perçu comme le centre du monde pendant si longtemps, l’Europe fut tout simplement réduite à peu de chagrin : les déserts avaient d’abord envahi ses régions méridionales, puis ses côtes étaient rapidement battues sous les coups des eaux. Elle devint littéralement un archipel avec deux grandes îles, neuf plus moyennes en taille, et dix-huit autres mineures. Parmi elles, seule celle de Bircèna faisait régner un cadre enviable sur les plans des libertés et de l’égalité pour tous ses citoyens et citoyennes. Devenus paranoïaques, les dirigeants des autres nouveaux pays du continent immergé construisirent des fortifications hautes de plusieurs mètres tout le long des côtes pour empêcher une érosion folle. Ils n’avaient pas eu le temps de sauver ce qui avait fait selon eux la grandeur d’un continent perdu. Ils décidèrent de s’unir avec les pays sécessionnistes d’Amérique du Nord pour tenter d’envahir le reste de la planète, et ce sans aucune merci. Sur ce dernier continent, des firmes avaient décidés de se déclarer État dans l’État et recruter des milices lourdement armées pour faire régner leurs lois. Elles n’hésitaient pas à aller au-delà de leurs frontières, au-delà de leur région, pour gagner toujours plus. Les États-Unis et le Canada furent morcelés en une kyrielle de mini-États, regroupés dans trois grandes alliances antagonistes : la Ceinture Vermeille, union au service des minorités autrefois opprimées ; l’Union Nouvelle, tenue par les firmes-Etats et aux ambitions expansionnistes ; l’Alliance pour la Liberté, certes plus modérée que la seconde mais qui n’hésitait pas à s’allier aussi avec les pays de l’Europe-archipel pour essayer de conquérir le Sud. « La liberté, c’est la liberté de celui qui pense autrement » : cette citation était intégralement dévoyée par les pays et alliances du Nord pour faire valoir des projets toujours plus réactionnaires.</p>



<p class="has-text-align-justify">Arline fut grandement surprise de constater une vision du monde aussi violente. En Antarctique, l’émancipation, l’égalité des droits et le respect collectif étaient des notions que l’on faisait vivre réellement, en commençant par là où on étudie, par là où on travaille. Comment un continent comme l’Europe, qui avait fait naitre en son sein de si grands penseurs, avait-elle pu tomber si bas&nbsp;? Elle ne comprenait absolument pas comment le Finistère désormais englouti avait pu sombrer si rapidement, comment le Monde Pourpre avait pu céder aux sirènes d’un système fait d’oppressions insupportables. Partout, les États et les Unions avait littéralement explosé. Le temps de l’effondrement fut le temps de la dislocation, le temps des pandémies, le temps des migrations. En raison de trop faibles soutiens, les pays qui se réclamaient d’un autre modèle un tant soit peu égalitaire furent balayés sans ménagement. L’expansion croissante des villes se fit toujours plus aux dépends des écosystèmes environnants. Les maladies incurables, anciennes comme nouvelles, surgirent brusquement et pouvaient paralyser le monde pendant plusieurs mois de manière continue. L’extinction de masse commença brutalement dans le Sud, nouveau centre du monde. Ce qu’on continuait d’appeler l’Amérique Latine, l’Afrique et l’Asie s’étaient unies progressivement. Là-bas, la restauration de l’ancien système fut violente. Les batailles pour les ressources naturelles furent dantesques. Les inégalités y étaient incroyablement criantes, et les firmes-États du Nord lorgnaient de manière vorace sur cette région du monde. Sur sa téléfeuille, ou sa <em>télèphe</em> pour faire court, Arline avait entendu parler de ces êtres mythiques des siècles passés.</p>



<p class="has-text-align-justify">Mais surtout, et c’est cela qui l’intéressait le plus, comment l’Antarctique était devenu habitable&nbsp;? Elle avait appris par hasard que le nom de son université provenait de celui d’une station de recherche scientifique qui se trouvait sur l’ancien inlandsis. L’émergence d’un Antarctique Vert – <em>aon Graeni Antarktikiya</em> – avait eu lieu progressivement. Le réchauffement global avait bouleversé les courants océaniques autour du continent, et l’immense calotte glaciaire commença à être sérieusement fragilisée avec la hausse des températures. Cette calotte laissa peu à peu la place à un sol légèrement gelé fait de mousses et de lichens, et les premières canopées firent leur apparition tout le long du vingt-troisième siècle. Les premières revendications territoriales émergèrent sur le continent, et le Sud était uni pour tenter d’annexer le continent. Mais les scientifiques, qui étaient pour la collaboration internationale, luttèrent vivement contre ces prétentions. L’Antarctique fut aussi une terre d’émigration pour les opprimés de tout bord venant du Nord et du Sud. Ces derniers rapportèrent avec eux de grands textes et manifestes qu’ils avaient pu sauver de la destruction annoncée, en même temps qu’ils enrichissaient le continent tout entier de leurs fermes ambitions de changement profond du monde. Ensemble, au bout d’un peu plus de deux siècles de luttes sans relâche, ils proclamèrent ouvertement et fièrement leur indépendance en 2453. Le Nouveau Traité Fondamental qu’ils écrivirent ensemble commençait par cette maxime forte&nbsp;: «&nbsp;Au nom des hommes et des femmes libres et égales, nous faisons le serment de bâtir depuis ce continent un ordre nouveau, juste et fraternel&nbsp;qui rayonnera partout ailleurs. Les peuples opprimés peuvent compter sur notre soutien résolu et notre amitié sincère dans leurs luttes victorieuses dans un seul but&nbsp;: leur propre libération pour faire avancer main dans la main le monde tout entier&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p class="has-text-align-justify">Mais des alliés du Sud continuaient d’agir ouvertement pour remettre en cause cette victoire considérable. C’est contre ces agents qu’Arline avait mis en garde lors de son intervention de la semaine dernière. L’Antarctique Vert était une réalité&nbsp;en même temps qu’un projet&nbsp;: les forêts avaient fait leur retour et l’ambition écologique était au cœur de l’idéologie central du gouvernement fédéral comme des assemblées locales disséminées sur l’ensemble du pays. Elisandra Alkeny avançait à la fin de son livre des propositions, non seulement pour le continent, mais aussi pour le monde. D’après elle, il fallait renouer avec une certaine forme de matérialisme pratique pour faire vivre plus que jamais les fondements du Nouveau Traité Fondamental. Repenser constamment les pouvoirs et leur étendue, tant individuellement que collectivement, pour garantir de véritables décisions acceptées par le plus grand nombre et toujours soumises à des débats continus, et ce au service de toutes et de tous. L’enjeu écologique devait être la boussole du projet antarctique&nbsp;: exploiter les ressources naturelles durablement, être attentifs aux évolutions des nouveaux écosystèmes du continent, développer une industrie collective qui réponde à ces impératifs tout comme aux besoins humains. En tout et pour tout, il s’agissait par-là de rendre le travail libre et associé toujours plus fort et établi. Alors que le reste du monde était en proie au chaos et aux incertitudes grandissantes, l’Antarctique Vert était un véritable modèle de société qui visait à briser les chaines du passé. En refermant ce riche ouvrage, Arline avait désormais une certitude sans faille&nbsp;: le moment du parti pris de l’avenir était venu&nbsp;!</p>
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		<title>Ce si beau drapeau pourpre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jérémy Roggy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Jun 2020 12:00:00 +0000</pubDate>
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<p><em>Le combat pour la liberté de son continent ne fait que commencer. Si bien qu&rsquo;Arline a décidé de mettre en mots ses pensées, pour organiser son engagement de manière efficace. Et elle s&rsquo;affirme avec force et audace !</em></p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" width="724" height="1024" src="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-parti-pris-de-lavenir-724x1024.png" alt="" class="wp-image-24" srcset="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-parti-pris-de-lavenir-724x1024.png 724w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-parti-pris-de-lavenir-212x300.png 212w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-parti-pris-de-lavenir-768x1086.png 768w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-parti-pris-de-lavenir-127x180.png 127w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-parti-pris-de-lavenir.png 794w" sizes="(max-width: 724px) 100vw, 724px" /></figure></div>
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		<title>Le soulèvement d&#8217;Adélia</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jérémy Roggy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Jun 2020 07:19:53 +0000</pubDate>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" width="1024" height="512" src="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1.png" alt="" class="wp-image-34" srcset="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1.png 1024w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1-300x150.png 300w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1-768x384.png 768w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1-800x400.png 800w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1-360x180.png 360w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure></div>



<p class="has-text-align-justify"><em>À cette heure de la nuit, le soleil continuait de briller à l’horizon. L’été était sa saison préférée, elle qui aimait profiter de ballades au milieu de la petite forêt qui longeait la côte rocailleuse. Elle avait parcouru tout ce chemin à pied, lentement et patiemment, pour profiter de ce cadre idyllique. L’océan était chaotique et impétueux. Son esprit aussi. Elle avait pris la décision de se mettre en retrait, pour repenser à cette semaine mouvementée, à ces événements bouleversants. Il fallait que les choses changent. Il faut vraiment que les choses changent. </em></p>



<span id="more-42"></span>



<p class="has-text-align-justify">Son enthousiasme effréné trouvait ses racines dans la découverte de cette éruption soudaine en Equateur en Novembre dernier&nbsp;: le peuple s’était violemment révolté contre un état des choses de plus en plus intenable, contre un ordre social obsolète qui brimait totalement les corps et les esprits. Un vent de contestation qui avait embrasé toute l’Amérique latine, peu de temps après de nombreux pays d’Afrique et d’Asie. L’Europe et l’Amérique du Nord vieillissantes et rabougries, elles qui avaient cessé depuis longtemps de se considérer comme le centre du monde, regardaient tout cela avec une relative indifférence. Mais les grands penseurs et militants de la fin du deuxième millénaire qui avait marqué à jamais le Vieux continent étaient pour Arline une source grandiose d’inspiration.</p>



<p class="has-text-align-justify">Un système marqué par les inégalités et l’exploitation. Ici comme ailleurs. Cela la révoltait profondément. Elle voyait dans le monde d’hier des raisons d’espérer pour changer celui d’aujourd’hui. Bien sûr, se disait-elle, il y une réelle nécessité à actualiser pour mon époque ce qu’ils et elles ont réussi. Et se questionner sur leurs échecs plus ou moins marqués. Du haut de ses vingt-huit ans, elle se faisait sympathiquement surnommer&nbsp;Carla par ses amis pour sa fougue et sa volonté enhardie de questionner et de bousculer radicalement le monde qui l’entoure. Elle trouvait cela amusant et flatteur d’être un peu vue comme une héritière de ce philosophe. Casser les codes, penser hors-les-murs, rompre brutalement avec l’inertie ici-bas et au-delà&nbsp;: voilà ce à quoi elle aspirait. C’était sa façon résolue d’être, de penser et d’agir. Son appétence marquée pour les arts et l’histoire, son goût prononcé pour les sciences, son intérêt vivace pour la philosophie et surtout pour la politique la caractérisaient pleinement. Si cela pouvait paraître prétentieux aux yeux de certains, elle assumait intégralement son ambition sincère et dénuée d’arrière-pensée d’être une intellectuelle résolue au service de la cause du plus grand nombre, de celles et ceux qui subissent au quotidien un ordre toujours plus brutal.</p>



<p class="has-text-align-justify">Il faisait 16 degrés à Inorlae. C’était du moins ce que lui indiquait sa montre qui fonctionnait de moins en moins bien. Seule, je peux penser librement, se disait-elle ! Elle s’émerveilla en repensant à cette photographie prise par une sonde spatiale qui avait quitté le système solaire depuis plusieurs siècles. Un point bleu pâle. L’immensité du cosmos la fascinait. Elle avait candidaté dès le premier jour au sein de son université à ce programme spatial très sélectif pour la mission <em>Exadorion</em>. La première étape de ce long voyage serait Mars, à coup sûr. Depuis l’arrivée des premières astronautes, la planète rouge avait un peu évolué. Il n’y avait pas de réelle colonisation, mais une présence humaine régulière. Les ruptures technologiques avaient enfin permis de poser le pied sur le sol ocre. <em>Liberté&nbsp;! </em>C’était bien le premier mot qui lui venait en tête. Elle voulait une émancipation réelle, pour elle, pour tous les autres, partout. Elle voulait s’évader. Et en même temps, elle ne pouvait pas partir avant d’avoir véritablement changé cette société rongée par la corruption et l’avilissement prolongés des esprits. Cet ordre des choses inique devait cesser maintenant. Pas demain, pas dans dix ans, pas dans trente ans, maintenant&nbsp;! Elle croyait résolument en la capacité du plus grand nombre à briser leurs chaines, à prendre leur propre destin en main.</p>



<p class="has-text-align-justify">«&nbsp;Onervi eti kolna. Nak verdi. Mole astra&nbsp;»&nbsp;: elle avait vu ce slogan irimita sur les murs de son université occupée par les étudiants et étudiantes contestant avec force et tenacité la mise en place de frais d’inscriptions à dix-mille-neuf-cents arcts par an et la suppression immédiate de leur salaire mensuel. Pouvoir et résistance. Pas de répit. Jusqu’aux étoiles.&nbsp;Plus que tout, elle adorait ce mot d’ordre. Oui, il fallait que chacun, chacune puisse réussir, et faire avancer le continent tout entier. Oui, il fallait reprendre le pouvoir qu’on nous avait progressivement volé. Oui, il fallait ne rien lâcher face au camp adverse. Oui, il fallait regarder jusqu’au ciel et au-delà, avoir une vision du monde élargie pour espérer gagner&nbsp;! Elle avait enflammé l’auditoire avec sa verve, son aura et son enthousiasme sans bornes. Elle disait qu’il fallait qu’on unisse nos forces au-delà de notre pré-carré. Qu’on se rassemble avec les travailleurs et les travailleuses. Qu’on se batte sans relâche contre la rapacité croissante sur les ressources du continent, face à ceux qui remettaient en cause de manière toujours plus affichée le Nouveau Traité Fondamental, ce texte qui avait été ratifié il y a 236 ans par le gouvernement fédéral d’alors et qui faisait depuis force de loi. Là où il y a une volonté, il y a un chemin, citait-elle de manière affirmée. «&nbsp;Nous devons être infatigables. Nous devons être résolus. Nous devons penser pour aujourd’hui et pour demain. Nous devons réfléchir à ce qui s’est fait hier pour apprendre, avancer et faire mieux encore. Nous pouvons vaincre&nbsp;!&nbsp;». Elle brandissait fièrement le journal de son organisation et appelait haut et fort à se joindre en nombre au rassemblement de la semaine prochaine. Les applaudissements fusaient de toute part. Les chants à la gloire de cette figure d’un pays disparu depuis si longtemps résonnaient intensément dans l’amphithéâtre.</p>



<p class="has-text-align-justify">Maintenant, que faire&nbsp;? Elle savait la difficulté marquée à gagner des victoires durables face à des adversaires aussi bien organisés et coordonnés, face à des opposants qui ne voulaient pas lâcher une seule concession immédiate. Revenir à Adélia après-demain, après s’être laissé le temps de la réflexion. Son esprit bouillonnait. Elle voyait les choses autour d’elle avec passion, elle voulait vivre de manière véritablement intense, elle s’engageait à penser le monde avec singularité. Les débuts enflammés de ce nouveau siècle étaient enivrants. Neuf siècles plus tôt, quelque part en Europe, elle avait appris grâce à un document rare trouvé par hasard que des hommes et des femmes s’étaient soulevés pour renverser un système totalement dépassé. Mais elle préférait de loin cette femme, Alexandra, qui avait fait de l’émancipation de son genre, et bien plus encore, le cœur de son combat. Ah, cette grande révolutionnaire&nbsp;! Arline en avait assez de ce retour insidieux à l’oppression par l’autre genre. Elle pensait pourtant que cela était quelque chose de révolu depuis plusieurs siècles. Du moins, c’est ce qu’on lui avait appris depuis l’école. À ses yeux, cela tuait dans l’œuf pour tous, et surtout pour toutes, les chances de vivre pleinement. «&nbsp;Oui, comme Alexandra, je suis féministe&nbsp;!&nbsp;» criait-elle à tue-tête au milieu de la forêt, le poing levé et le sourire aux lèvres.</p>



<p class="has-text-align-justify">Depuis son plus jeune âge, elle aimait véritablement questionner le monde autour d’elle et, surtout, le transformer de fond en comble. Sa découverte de l’astronomie avait forgé chez elle un éclectisme prononcé. Elle rêvait de l’exploration de ces mondes, elle voulait y aller plus que tout autre chose, elle voulait rapporter tout ce qu’elle pourrait voir là-bas. Ici, le monde est un théâtre où chacun aime à se mettre en scène&nbsp;et elle avait horreur de tout cela. Pour elle, il fallait être foncièrement direct, résolument sans fard et faire surtout preuve, autant que possible, d’originalité. Il fallait bousculer les autres et surtout se bousculer soi-même, sans blesser, sans se blesser. Oui, l’originalité, c’est la marque réelle d’une individualité riche qui trouve ses racines profondes dans un collectif pluriel. Le soulèvement d’Adélia était une opportunité à saisir pour faire vivre cela avec détermination. Plus que jamais, tout pouvait basculer. L’ancien monde commençait à vaciller et elle entrevoyait une lueur d’espoir, des jours heureux. Plus rien ne la ferait reculer. Elle voulait gagner. Avec elles, avec eux. Pour ouvrir dès maintenant une nouvelle page de l’histoire de l’Antarctique.</p>
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		<title>Lancement prévu le 20.06.2020 !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jérémy Roggy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jun 2020 12:34:04 +0000</pubDate>
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<p>Le 20 Juin prochain, le site <em>Science &amp; Fiction </em>sera officiellement lancé avec une toute première histoire courte : <em>Le soulèvement d&rsquo;Adélia</em>.</p>



<p>Par la suite, une histoire originale sera publiée sur le site chaque samedi. <em>Stay tuned !</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" width="1024" height="1024" src="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-17" srcset="https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1024x1024.jpg 1024w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-300x300.jpg 300w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-150x150.jpg 150w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-768x768.jpg 768w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-1536x1536.jpg 1536w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-800x800.jpg 800w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia-180x180.jpg 180w, https://science-et-fiction.fr/wp-content/uploads/2020/06/Le-soulèvement-dAdélia.jpg 1600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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