Parce qu’il va de soi qu’il n’y a pas de proportion de l’infini au fini.
Il y a 3 formes de mouvements in-finis :
Le continu est un mouvement in-fini bordé à chaque bout. Un mouvement qui sur un segment donné, délimité par des coupures, autorise toujours une nouvelle coupure (permettant in-finiment de nouvelles coupures).
Quand le segment n’est pas borné à tous les bouts, c’est le mouvement lui-même qui qualifie l’in-fini à chacun des pas. Nous le nommerons « infinitude ». A chaque pas de l’infinitude, se dessine aussi un continu, car si chaque pas maintient l’horizon comme non borné, il décrit également le passé comme borné à chaque bout.
Enfin, l’in-fini peut n’être borné en aucun bout. Cet infini-ci change la nature de l’in-fini. Car il ne peut s’agir d’un mouvement ou d’une itération. Chaque itération ne pouvant créer qu’une infinitude ou un continu en lui faisant perdre sa nature de non-borné. Cet in-fini là est impersonnel et intemporel, il est toujours déjà in-fini, et ne peut être coupé en aucun point. Nous le nommerons « infinitif ».
Lorsque Nicolas de Cues défini l’infini, c’est l’infinitif qu’il décrit. Le Maximum absolu – qui est aussi le Minimum absolu – est sans excédent et sans excès, sans borne qui puisse venir le limiter.
c’est pourquoi le maximum absolu, puisqu’il est tout ce qui peut être est tout entier en acte, et, comme il est ce qu’il peut y avoir de plus grand, pour la même raison il est ce qu’il peut y avoir de plus petit
les oppositions n’existent que pour les objets qui admettent un excédent et un excès, elles leur conviennent avec des différences, mais en aucune façon elles ne conviennent au maximum absolu, car il est au-dessus de toute opposition.
Pour le non-philosophe, l’infinitif est Un, non pas parce qu’il est unique, mais parce qu’il serait indiscernable de tout autre infinitif. Pour Nicolas de Cues, rien ne pouvant être égal à un autre, l’indiscernabilité est unicité.
Cette unité, puisqu’elle est maxima, ne peut pas être multipliée, puisqu’elle est tout ce qui peut être. Donc elle ne peut pas devenir elle-même un nombre.
En revanche, le non-philosophe ne demande pas à l’Un d’être, car l’immanence radicale, sans être suffisante, ne demande que la pratique.
le maximum simple sera ce sans quoi rien ne peut exister. En outre restreignons le maximum à l’être et disons : rien n’est en opposition à l’être au maximum (1), donc ni l’être ni l’être au minimum ; comment donc peut-on comprendre que le maximum puisse ne pas être, quand être au minimum est être au maximum ? De plus on ne peut comprendre d’aucun objet qu’il soit sans l’être.
Mais si Nicolas de Cues ne peut échapper à cette définition, dans le même temps il démontre que l’Etre ne le défini pas, mais lui est seulement nécessaire.
Par suite bien que dans les prémisses on ait exprimé que ce nom Être ou n’importe quel autre n’est pas le nom précis du Maximum — et n’est-il pas au-dessus de tout être qu’on puisse nommer ? — cependant on doit lui reconnaître qu’il est au maximum et de façon telle qu’on ne puisse pas le nommer par le nom maximum au-dessus de tout être qu’on puisse nommer.
[…]donc il est très vrai que le maximum est un.
Puis il définit, comme le non-philosophe, une altérité trine comme une inégalité en Un formée d’une égalité et d’un excédent (une différence).
toute inégalité se compose d’une égalité plus un excédent.
[…}unité, égalité et connexion, sont une seule chose.
Dans une pratique idem potente (1 * 1 = 1) éternelle.
mais l’unité répétée une fois seulement engendre l’égalité de l’unité, ce qui ne peut se comprendre autrement que par l’engendrement de l’unité par l’unité, et, en vérité, cette génération est éternelle.
Sans modification de l’Un, la connexion (qu’un non-philosophe nommerait Détermination en dernière instance) n’étant pas engendrée.
Mais nous disons que la connexion n’est engendrée ni par l’unité ni par l’égalité de l’unité parce qu’elle ne naît de l’unité ni par répétition, ni par multiplication et, bien que l’égalité de l’unité naisse de l’unité et que la connexion procède de l’une et de l’autre, c’est une seule et même chose que l’unité, l’égalité de l’unité et la connexion qui procède des deux, comme si on appelait la même chose ceci, cela, le même (hoc, id, idem).
Pourtant lorsque Nicolas de Cues d’écrit l’identité (de dernière instance) de la ligne, du cercle et du triangle, il ne peut plus utiliser – contrairement à ce qu’il croit – l’infinitif. Car pour définir la ligne comme ligne, le cercle comme cercle, le triangle comme triangle, il faut borner ces figures, décrire les infinitudes de la ligne, les bornes du triangle, la continuité de la sphère. Et ces caractéristiques contrarient l’infinitif qui ne peut être borné.
Il commet donc une erreur en applicant les qualités de l’infinitif au continu et à l’infinitude. L’infinitif ne peut être découpé ou multiplié sans perdre ses qualités.