15/03/2008

Bachelot et les diabetiques : c'est moins grave"

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"Bachelot et les diabetiques chronique : c'est moins grave"



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Un pas de plus vers la fi n de notre système de solidarité
Lors d’un entretien à Canal +, le 19 février dernier, Madame Roselyne Bachelot, Ministre
de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, a abordé les questions de la réforme du fi nancement
de notre politique de santé.
Les maladies chroniques : un sujet crucial dans la réforme de l’économie de la santé
Elle a notamment évoqué les affections de longue durée (ALD), c’est-à-dire les maladies chroniques,
qui représentent à l’heure actuelle 60% des dépenses de santé et pourraient atteindre
70% dans quelques années.
Les ALD sont couvertes actuellement à 100% par la sécurité sociale, hormis les différentes franchises
qui, comme pour toutes les pathologies, restent à la charge des patients.
Comme l’a rappelé la Ministre, des discussions sont en cours pour aboutir à des réformes début 2009.
Dans son évocation des problèmes posés par les affections de longue durée, la Ministre a effectué
une différenciation nette entre ces dernières, déclarant :
« Les affections de longue durée regroupent des maladies très diverses. Des
maladies très graves, comme le cancer, le sida, alzheimer… et des maladies moins
graves comme le diabète ou l’hypertension ».


La suite de la démonstration, bien que sous-entendue, est claire. Il y a moins d’argent. Nous ne
pouvons donc plus continuer à prendre en charge toutes les maladies chroniques à 100%. Il
faut donc soutenir en priorité celles qui sont les « plus graves ».

Cette façon de hiérarchiser les maladies est moralement inacceptable, mais aussi médicalement
aberrante et les conclusions qui en sont tirées, économiquement erronées.

Une hiérarchisation des maladies moralement inacceptable
De quel droit, au nom de quel principe, peut-on juger qu’une personne qui souffre au quotidien
dans son corps et dans son âme d’une maladie qui ne se guérit pas, est plus ou moins à risque
d’invalidité et de co-morbidité qu’une autre, atteinte d’une pathologie toute aussi lourde ?
Il nous semble que dans une société moderne et démocratique, on ne saurait se limiter à la simple
préservation de la vie, mais aussi à la qualité de celle-ci.
Des propos médicalement aberrants
Trouble métabolique majeur, le diabète exige une adaptation profonde, un suivi et un traitement
permanents. Cette maladie se traite mais ne se guérit pas. C’est toute la vie et tous les jours.
L E T T R E O U V E R T E
à Madame Roselyne Bachelot, Ministre
de la Santé, de la Jeunesse et des Sports
Le 25 février 2008
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Comment peut-on accepter que l’on veuille ramener cette maladie à une pathologie
banale, sur l’argument fallacieux que l’on n’en meurt pas ou le plus souvent, pas
tout de suite ?
Oui, on peut très bien vivre avec le diabète, mais on peut aussi en mourir à cause de
ses complications : il ne faut pas l’oublier.
Les risques que représente cette maladie, constituent une menace permanente.
Madame la Ministre, les personnes atteintes de diabète vivent plus longtemps aujourd’hui en
France qu’il y a 20 ou 30 ans, grâce à une meilleure prise en charge de la maladie et de ses complications.
Doit-on revenir en arrière ?
Vous êtes-vous interrogée sur le nombre de personnes qui meurent chaque année
des complications du diabète ?
Rappelons quelques chiffres « sans gravité » : les complications du diabète, c’est près de
20% des maladies cardiovasculaires (2e cause de décès en France), la 1ère cause de cécité avant 65
ans, plus de 8 000 amputations par an et 20% des dialysés.
Des conclusions économiques erronées
Or, les complications du diabète, que nous avons la faiblesse de considérer comme très graves,
sont essentiellement la conséquence du mauvais suivi du traitement. La Haute Autorité de Santé
(HAS) a d’ailleurs précisément défi ni les examens réguliers et les prescriptions à suivre pour éviter
ces complications, ainsi que la nécessité de l’éducation et de l’accompagnement du patient.
Il est évident que les patients qui ne pourront plus assumer les frais des examens et des médicaments
prescrits, ne respecteront plus demain ces recommandations de bonnes pratiques.
La suite ? Ils vont suivre imparfaitement leur traitement et à terme, connaître des complications
très lourdes en terme médical, mais aussi en terme économique. Le diabète, c’est 10 milliards
d’euros par an et demain (2015), 20 milliards d’euros selon la CNAM.
On sait tous que les complications du diabète entraîneront des frais beaucoup plus importants
pour la collectivité, qu’une véritable politique de prévention et d’éducation.
L’AFD au nom de tous les diabétiques et solidaire de toutes les personnes atteintes de
pathologies chroniques, tient à exprimer sa profonde indignation face à de tels propos,
qui n’ont d’autres objectifs que de rompre notre système de solidarité nationale.
Gérard Raymond Pr Patrick Vexiau
Président de l’AFD Secrétaire général de l’AFD et chef du service
de diabétologie de l’Hôpital Saint-Louis à Paris
C O N T A C T
Eva PULCINELLI, chargée des relations presse et publiques
Tél. : 01 40 09 68 57 - Email : e.pulcinelli@afd.asso.fr
Depuis 1938, l’AFD accompagne, informe et défend
les personnes diabétiques.
AFD - 88 rue de la Roquette, 75544 Paris Cedex 11
Tél. : 01 40 09 24 25 / Fax. 01 40 09 20 30 / www.afd.asso.fr
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