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Afghanistan: une Jirga pour la paix critique l'action des USA et de l'Otan Version imprimable Suggérer par mail
08-05-2008

KABOUL - Près de 3.000 hommes politiques et intellectuels afghans, réunis lors d'une Jirga (assemblée) nationale de la paix à Kaboul, ont critiqué jeudi la campagne militaire internationale contre les talibans en Afghanistan et ont appelé au dialogue pour mettre fin aux combats.

Un nouvel organe a été créé, à l'occasion de cette rencontre qui a réuni essentiellement des Pachtounes, le plus important groupe ethnique du pays, pour travailler à "sauver les personnes qui ont été capturées au combat" et pour aider "celles impliquées dans le conflit à cesser les combats".

L'Afghanistan doit faire face à une insurrection menée par les talibans, qui sont majoritairement pachtounes, et qui étaient au pouvoir entre 1996 et 2001, date à laquelle ils en ont été chassés par une coalition militaire emmenée par les Américains. Le gouvernement afghan est épaulé par quelque 70.000 soldats étrangers, principalement américains, pour faire face à cette insurrection.

"Aujourd'hui, nos aînés, nos enfants et nos femmes sont arrêtés et emprisonnés", a déclaré à la foule Daoud Mirakai, l'un des fondateurs de la nouvelle Jirga (assemblée: NDLR) nationale de la paix d'Afghanistan.

Il faisait référence aux arrestations de suspects pendant les opérations menées par les Américains ou l'Otan dans le sud et l'est de l'Afghanistan, où la population est majoritairement pachtoune et où les talibans sont les plus actifs et bénéficient de soutiens locaux.

Les troupes étrangères arrêtent régulièrement des suspects mais la présence d'aucune femme n'a été rapportée parmi ces prisonniers.

"Aujourd'hui, elles (les forces étrangères) forcent nos portes alors que nos femmes dorment", a poursuivi Daoud Mirakai, évoquant ainsi un problème très délicat pour les Pachtounes qui ont réagi en criant "Allahu akbar" (Dieu est grand).

Les troupes internationales qui poursuivent les talibans, les membres d'Al-Qaïda et d'autres insurgés, sont régulièrement accusées de ne pas respecter la culture locale. Elles estiment, elles, que les insurgés se cachent délibérément parmi des femmes et des enfants.

Daoud Mirakai a dénoncé le fait que les forces internationales revendiquaient avoir apporté la paix et la démocratie dans le pays, estimant que ce n'était pas le cas.

Au lieu de cela, "les gens sont obligés d'abandonner leurs villages sous les obus de mortiers des forces américaines et de leurs alliés qui tuent les gens d'abord et posent les questions ensuite", a-t-il dit.

Les Pachtounes sont les principales victimes des violences, a-t-il encore ajouté, affirmant que ce groupe ethnique, qui a été au pouvoir pendant deux siècles, a été écarté par le gouvernement du président Hamid Karzai, lui-même pachtoune.

"La paix en Afghanistan est impossible tant que les Pachtounes sont des cibles d'attaques aériennes et terrestres de façon quotidienne", a-t-il encore déclaré.

Un autre organisateur de cette Jirga, le parlementaire Bakhtar Aminzai, a indiqué que cette nouvelle assemblée voulait apporter la paix via des pourparlers avec les insurgés.

"Les combats ne sont pas la solution", "le dialogue et la réconciliation sont les solutions du conflit", a-t-il déclaré.

(©AFP / 08 mai 2008 18h36)