
C'est officiel : le premier ministre Yasuo Fukuda fait désormais plus de mécontents que d'heureux. Selon le dernier sondage de l'agence Kyodo, 50,6 % des Japonais désapprouvent son action. Après six petits mois au pouvoir, son gouvernement vogue de crise en crise, au milieu d'un chaos parlementaire et médiatique quotidien indescriptible. Et l'avenir proche n'apportera aucune bonne nouvelle économique qui pourrait réconforter Yasuo Fukuda.
Ce qu'on lui reproche ? De ne disposer ni d'autorité ni de l'art du compromis. Chaque crise donne lieu à un dialogue de sourds entre le premier ministre et l'opposition qui, fait nouveau, compte depuis qu'elle a remporté les élections sénatoriales en juillet dernier. Tout projet de loi adopté en Chambre basse, tenue par la majorité, est rejeté par la Chambre haute, tenue par l'opposition.
Dernier blocage en date, la désignation du prochain gouverneur de la Banque du Japon : lorsque le Sénat a repoussé le candidat du gouvernement pour son appartenance au ministère des Finances, Yasuo Fukuda a proposé en remplacement un candidat issu… du ministère des Finances. À nouveau rejeté. Résultat, depuis deux semaines la Banque du Japon n'a plus de gouverneur.
Heureusement, Yasuo Fukuda peut compter sur la médiocrité de ses adversaires. La politique japonaise est devenue un concours de bassesse entre la majorité et son opposition. La première, incarnée par l'indéboulonnable Parti libéral démocrate (PLD), soutient Yasuo Fukuda comme la corde soutient le pendu.
Le premier ministre chute si rapidement dans les sondages que les caciques du PLD souhaitent qu'il quitte le pouvoir avant les prochaines élections, qui auront lieu à l'automne 2009, pour ne pas les entraîner avec lui. Mais l'opposition, représentée par le Parti démocrate (PDJ) ajoute à la cacophonie. Ses députés, partisans d'un affrontement sans merci avec le premier ministre, ont passé les derniers mois à désavouer leur chef de file Ichiro Ozawa. Adepte du «billard à trois bandes» en politique, Ichiro est favorable à une «grande coalition» avec les partis du gouvernement.
Yasuo Fukuda, lui, était venu au pouvoir à contrecœur. Tiré par la manche par les hiérarques du PLD après la démission fracassante de son prédécesseur Shinzo Abe pour cause de surmenage, ce bureaucrate austère et pince-sans-rire incarnait le «recours» il y a six mois. Il avait fait preuve, comme porte-parole du flamboyant premier ministre que fut Junichiro Koizumi, d'une singulière dignité.
Il faut croire qu'il n'était à l'aise que dans l'ombre : «Junichiro Koizumi était un soleil, et Yasuo Fukuda sa lune. Aujourd'hui, Yasuo Fukuda n'est pas à sa place, lune pale au milieu du ciel», se désole l'éditorialiste Takao Toshikawa.
«Heureusement que dans notre pays les hommes politiques n'ont pas d'importance. L'administration, elle, reste», se rengorge un haut fonctionnaire de la Banque centrale.
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