• Paris célèbre la liberté retrouvée d'Ingrid

    Jérôme Bouin (lefigaro.fr)
    04/07/2008 | Mise à jour : 18:32 |
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    Lorsqu'on appose une affiche «Libre» sur le portrait d'Ingrid Betancourt, dans la foule, les premières clameurs se font entendre
    Lorsqu'on appose une affiche «Libre» sur le portrait d'Ingrid Betancourt, dans la foule, les premières clameurs se font entendre Crédits photo : AP

    REPORTAGE - Devant la mairie de Paris, touristes et Parisiens sont venus dire leur bonheur après la libération de la Franco-Colombienne, à l'appel du comité de soutien à Ingrid Betancourt.

    «Achetez les tee-shirts, ce sont les derniers». Devant l'hôtel de ville de Paris, le comité de soutien pour la libération d'Ingrid Betancourt brade en effet les derniers vestiges de six années de combat. Les badges et autocollants appellent encore à la libération d'Ingrid. Libre, elle l'est pourtant depuis moins d'une journée. Il est 16h15 et, dans une heure, le maire de Paris entouré de nombreux représentants de la municipalité mais aussi des écrivains, chanteurs, et membres des comités de soutien, vont célébrer la liberté retrouvée d'Ingrid Betancourt. En attendant, les techniciens de la ville de Paris s'affairent autour du portrait géant qui trône encore devant l'édifice parisien. Il est 16h40. On appose alors une affiche sur le portrait. «Libre» proclame celle-ci. Dans la foule, les premières clameurs se font entendre.

    Une foule d'abord essentiellement composée de journalistes, en majorité francophones. Progressivement, ils sont rejoints par des centaines de passants, curieux, touristes, qui se pressent sur le parvis de la mairie. Un parvis divisé en deux par l'installation d'un jardin éphémère.

    Collé aux grilles qui l'empêchent d'accéder au podium et au portrait d'Ingrid Betancourt, un jeune Belge se prête de bonne grâce aux interviews, en flamand puis en français. «Il y a d'autres otages», rappelle-t-il. Ce message reviendra de manière lancinante, aussi bien dans les déclarations des «officiels» que dans la bouche des simples curieux.

    «J'ai tout laissé tomber»

    Elise à sans doute moins de quinze ans. Originaire du Vexin, elle est venue en compagnie de sa grand-mère, habitante de Paris. Cette dernière a voulu lui permettre de vivre l'événement dans toutes ses dimensions. Quand on lui demande ce qui l'impressionne le plus, la jeune fille n'hésite pas : «Toutes les caméras». Non loin de là, l'écrivain Marek Halter dit son bonheur de «célébrer une victoire».

    Sous le soleil parisien, Georges semble ému. La libération d'Ingrid Betancourt, il ne l'a apprise qu'en début d'après-midi. «J'ai tout laissé tomber, ma voiture est à trois kilomètres mais moi je suis là», explique-t-il. À propos des Farc, les geôliers d'Ingrid Betancourt, il dit son dégoût. «Je ne comprends pas comment la société peut laisser ces gens s'enrichir. Je lève mon chapeau à Sarkozy, il a des tripes».

    L'autre message lancinant de cet après-midi de fête émane directement des nombreux Colombiens qui se tiennent devant la mairie, souvent une pancarte ou un drapeau à la main. «Nous sommes fiers d'Uribe (le président colombien, ndlr)», explique Juliana, une jeune touriste de passage en France avec deux amies. «Fiers de notre gouvernement, fiers de l'armée». Le même discours dans la bouche de John et Ximena. Eux habitent en France mais sont originaires de Florida et Pradera, deux localités appartenant à un vaste territoire colombien. Territoire que la guérilla envisageait d'inclure dans la zone démilitarisée dont elle réclamait la création afin d'y mener des négociations. «En Colombie tout le monde soutient Uribe», affirment-ils, persuadés que leur chef d'État est sorti renforcé de l'épreuve. À leurs côtés, Rosaura, touriste colombienne, en profite pour faire la promotion du «plus beau pays du monde».

    «Aujourd'hui on peut rire»

    Pendant ce temps, les élus arrivent. Il y a là Denis Baupin, Yves Contassot, Christophe Girard, Anne Hidalgo mais aussi plusieurs membres de l'opposition, Roxanne Decorte ou Jean-François Lamour. Autour d'eux le chanteur Yves Duteil, Florence Aubenas, ex-otage, l'ambassadeur colombien, un ex-otage des Farc et, heureux «comme un gosse», Hervé Marro, le sémillant président du comité de soutien à Ingrid Betancourt. Ce dernier met la main à la pâte quand il s'agit de distribuer des confettis au public. Après Bertrand Delanoë, particulièrement applaudi quand il rappellera qu'«il y a d'autres otages», les remerciements s'enchaînent au travers des discours.

    Plusieurs hymnes colombiens seront chantés. Puis, la foule se disperse. Avant de rentrer à Montreuil, Gilberte lâche, satisfaite : «Je viens ici depuis le début (le parvis de l'hôtel de ville a été le point de ralliement de plusieurs rassemblements pour réclamer la libération de l'otage franco-colombienne, ndlr). Quand on essaye de faire quelque chose, ça paye».

    Alors que la circulation des piétons devient plus aisée devant l'édifice municipal, le comique Raphael Mezrahi arrive, après tout le monde. «Il y a cinq ans et demi, j'étais le premier», explique-t-il, avant de corriger aussitôt sur le mode humoristique : «En fait on était huit. Tant mieux que cela arrive aujourd'hui (la libération, ndlr) parce que la semaine prochaine, je n'étais pas libre ». Et tant pis si le second degré de Mezrahi ne fait pas rire tout le monde car comme l'a répété Florence Aubenas : «Aujourd'hui c'est terminé, en tout cas pour Ingrid. Donc on a le droit de rire».

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