Attachement et Vélo
Ne pas confondre attachement au vélo et attachement du vélo. Et pourtant, ces notions sont étrangement liées. Je propose qu’on s’y attarde un peu.
Il m’est arrivé une expérience qui vient à point nommé pour illustrer mon propos : je me suis fait voler un vélo fin 2006. Expérience désagréable sur le coup, puisqu’il m’a fallu parcourir à pied les huit kilomètres que je devais faire à vélo, et vite, puisque j’étais attendu à un petit-déjeuner que j’avais organisé en l’honneur des ”déplacements alternatifs”, c’est-à-dire autrement qu’en voiture.
Mon quart d’heure de retard et l’annonce de sa cause ont eu leur petit effet. Et la nouvelle s’est bien évidemment vite propagée. C’est là que j’ai pris conscience de la différence de conception que j’ai de certaines choses, par rapport à bien des gens, et que cette différence explique en partie pourquoi il m’est si facile et si agréable de prendre le vélo à la place de la voiture.
Au préalable, je me dois de m’expliquer sur un petit calcul que j’ai fait, avant de décider de laisser un vélo en permanence à la gare. En venant au travail en train, puis à vélo, j’économise entre 100 et 250 euros par mois par rapport à la voiture, selon le mode de calcul que j’adopte sur le coût kilométrique (mon mode propre, basé sur mon expérience d’utilisateur économe d’une voiture, ou les barèmes en vigueur auprès de l’automobile club). A côté de ça, on trouve à moins de 100 euros des vélos tout à fait acceptables pour faire les vingt kilomètres quotidiens que je leur demande. Bref, un vélo et les accessoires (antivol, porte-bagages…) me coûtent un peu plus qu’un plein d’une voiture familiale.
Fort de ces calculs, j’ai résolu le problème du vol en me disant que tant que je me faisais voler moins d’un vélo tous les quinze jours, c’était économiquement rentable d’utiliser ce moyen de déplacement, avec le plaisir en plus. Je me suis fait voler ce vélo après un an, et je reconnais que j’ai une part de responsabilité de par le choix d’un antivol sous-dimensionné. (NDLR: la Fubicy vient utilement de publier un nouveau test d’antivols dans son numéro de juin 2008 de la revue Vélocité). Donc, pas de souci. J’ai repris un vélo à trois francs six sous en occasion, et c’est reparti…
Mais là où l’expérience a été formatrice pour moi, c’est au niveau des témoignages.
Peu de temps après cet événement, une collègue m’a interpellé pour me manifester sa compassion par rapport à ce vol. Cela m’a surpris, car ça ne me paraissait pas si grave que ça. Et en fait, je me suis rendu compte que pour beaucoup, se faire voler un vélo, c’est se faire voler un véhicule. Et là, c’est plus traumatisant que de perdre simplement le montant d’un caddie de courses au supermarché.
Cette anecdote m’a amusé car j’ai immédiatement considéré que mon vélo de rechange m’avait coûté moins qu’un plein d’essence, et imaginé combien incongru cela paraîtrait si quelqu’un allait exprimer de la compassion à chaque fois qu’un collègue fait son plein d’essence!
Mais je ne dis pas cela tout à fait au hasard. En effet, le risque de vol est, après la peur des accidents, la deuxième raison invoquée justifiant de ne pas utiliser le vélo pour se déplacer. Pourtant, il s’agit bien là d’une erreur de calcul.
Le raisonnement ci-dessus démontre que, pour peu qu’on l’utilise suffisamment souvent pour économiser le prix des déplacements en auto, le principal inconvénient du vol d’un vélo est le temps perdu lors de cet événement imprévu. Mais là encore, concernant le temps perdu, je ne compte pas le nombre de collègues qui arrivent régulièrement au travail avec une demi-heure de retard pour cause d’encombrements sur la rocade, suite à un accident ou une météo défavorable. A la limite, à les entendre, la pluie est encore plus gênante en auto, de par les bouchons qu’elle engendre, qu’à vélo.
Mon raisonnement vous paraît un peu tiré par les cheveux ? Peut-être, mais franchement, ceux justifiant de ne pas pouvoir se passer de la voiture le sont souvent au moins autant et puis… C’est pour la bonne cause.
Hervé Bellut, Président de l’Organisation Bus Cyclistes
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Merci Hervé, pour ce témoignage instructif et plein de … réalisme !
J’ai pour ma part le même vélo depuis 5 ans (Rockrider 5.2 collection 2002 (!) ) et je ne le perds pas grâce à deux antivols dont l’un (type “scooter” en acier massif ;.) ) se révèle très dissuasif.
Autant dire que mon vélo ne vaut rien sur un argus (ou juste assez pour m’acheter une nouvelle fourche), mais c’est sentimental !
Dans le petit monde des étudiants, il y a ceux qui ont une voiture, et ceux qui marchent, roulent à vélo ou prennent les transports en communs pour tous les déplacements. Ayant eu mon permis il y a peu, je n’envisage pas l’achat d’une voiture avant quelques années pour des raisons économiques, mais aussi parce que je suis habitué à rouler pour aller en cours à 2km comme pour faire les courses à 12km. Pas mal de personnes que je rencontre sont étonnées de l’utilisation étendue que j’en fait, que je réussisse à me débrouiller sans voiture alors que mon campus est un peu éloigné de tout.
Et il est vrai que ce serait un peu un traumatisme qu’on me le vole (bien plus que s’il on me volait ma télé), tant ce serait un peu une partie de ma liberté/mon indépendance qu’on me soustrairait.
Les 3/4 des gens que je connais se sont fait voler au moins un vélo, parmi lesquels beaucoup ne roulent plus à cause de cela.
La question de la sécurité est - c’est mon point de vue - surestimée par les personnes qui ne roulent pas régulièrement. Les vrais dangers de la route, ce sont les autres (rien de nouveau). Roulant pour la plupart de mes trajets depuis le collège, je pense m’être habitué à beaucoup d’aspects de la circulation en ville, et il ne s’agit pas là d’une routine, mais d’un état d’esprit dans lequel il faut être conscient que tout peut arriver n’importe quand, comme en voiture, somme toute.
Le vrai problème vient qu’on est un peu “tout nu”, sans habitacle pour se protéger. C’est vrai, mais en contrepartie, on est bien plus réactif en vélo qu’à voiture/scooter/…
Je trouve un peu dommage qu’il y ait un retard dans les mentalités concernant le vélo comme moyen de livraison (en France, tout du moins), et si j’évoque ceci, ce n’est pas par hasard, c’est que les qualités du vélo comme moyen de déplacement en aire urbaine sautent aux yeux : lorsqu’on observe les grandes villes actuelles, avec leurs sens uniques, rues mixtes (piétons et cycles), feux rouges, heures de pointe, camions de livraison qui bouchent la voie, … le vélo se révèle le moyen le plus réactif aux changements d’itinéraires, rapide, fiable, passe-partout (dans les escaliers en montant, si-si !), sans oublier ses qualités environnementales pour ce qui est du bruit et des émissions (odorantes et polluantes).
Reste le coût. Vraiment moindre, et c’est là que je rejoins l’article. Après tout, l’inflation du pétrole devrait rester bien supérieure à celle des denrée alimentaires …
Alors, même s’il se trouve que le vélo souffre un peu d’une image “Tour de France” ou “pour les non-titulaires du permis B”, j’espère que ça va changer, notamment grâce à des sites et assos comme Weelz et OBC.
Roulez bien, roulez malins ;.D
Bon vent !
Merci pour ce témoignage Vincent