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		<title>Ciné-club Critikat : The Visit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2026 10:33:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 26 octobre à 20h aux 3 Luxembourg pour découvrir ou redécouvrir ce qui constitue peut-être le seul véritable film d’horreur de M. Night Shyamalan : The Visit....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-the-visit/" title="Read  Ciné-club Critikat : The Visit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2207362-the-visit" target="_blank" rel="noopener">le lundi 26 octobre à 20h aux 3 Luxembourg</a> pour découvrir ou redécouvrir ce qui constitue peut-être le seul véritable film d’horreur de M. Night Shyamalan : <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-visit/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Visit</em></a>. La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter wp-image-335529 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Cine-club-The-Visit-1-2000x1047.jpg 2000w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>L’ombre d’un doute — Digger / La Gradiva</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-digger-la-gradiva/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2026 09:41:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de Digger d’Alejandro González Iñárritu et de La Gradiva de Marine Atlan. Disponible également sur Spotify, Deezer,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-digger-la-gradiva/" title="Read  L’ombre d’un doute — Digger / La Gradiva">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/digger/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Digger</em></a> d’Alejandro González Iñárritu et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-gradiva-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Gradiva</em></a> de Marine Atlan.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts,</a>&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a> et <a href="https://youtu.be/rPg4P9Uiggo" target="_blank" rel="noopener">YouTube</a>.</p>
<p>Avec : Marin Gérard, Pierre-Jean Delvolvé et Josué Morel.</p>
<p>Enregistrement : Marin Gérard.</p>
<p>Montage : Luca Mongai.</p>
<p>Musique : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<item>
		<title>Safe</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/safe-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:31:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Dis-moi, Carol, tu ne transpires pas !</em>&nbsp;» Lancée à la suite d’un cours d’aérobic réunissant des femmes au foyer de la banlieue chic de Los Angeles, cette étrange remarque inscrit Carol (Julianne Moore), l’héroïne de <em>Safe</em>, dans la droite lignée d’un précédent moyen-métrage remarqué de Todd Haynes, <em>Superstar : The Karen Carpenter Story</em>. Tourné uniquement avec des poupées Barbie, ce film underground retraçait la vie de Karen Carpenter, une célèbre chanteuse pop morte des suites de son anorexie. Le cinéaste détournait ainsi le jouet de Mattel, incarnation de la normativité féminine imposée par le capitalisme, pour en révéler la face mortifère. «<em>&nbsp;I feel like i’m disappearing / Getting smaller every day&nbsp;</em>» chantait Kim Gordon sur «&nbsp;Tunic (Song for Karen)&nbsp;», un morceau de Sonic Youth dédié justement à Carpenter – des paroles qui pourraient tout aussi bien résumer la trajectoire de l’héroïne de <em>Safe</em>. Dans son immense maison, elle ressemble à une poupée prise dans un quotidien réglé par une série de tâches matérielles et dérisoires, destinées à donner un semblant de consistance à son existence : changer de canapé, passer au pressing, aller chez le coiffeur, s’occuper du jardin, accompagner son mari à des repas mondains où elle n’a rien à dire, etc. Si l’aliénation produite par cet univers aseptisé renvoie à toute une iconographie de la housewife américaine, notamment dans les mélodrames de Sirk que Haynes affectionne, Safe évoque peut-être encore davantage le rituel mécanique autour duquel s’articule <em>Jeanne Dielman</em> (l’un des premiers plans, un rapport sexuel filmé froidement en plongée, rappelle d’ailleurs la fin du film d’Akerman). Ici aussi, l’engrenage finit par s’enrayer : Carol devient progressivement allergique à son environnement, sans que l’on sache si cette hypersensibilité aux produits chimiques omniprésents dans la société moderne relève d’un véritable trouble physique ou d’une anxiété paranoïaque liée à un état dépressif. Ses symptômes (suffocations, saignement de nez, vomi, etc.) paraissent toutefois être le fruit d’une résistance à son devenir-automate, qui la conduisent dans la seconde partie du film à se tourner vers des pratiques de développement personnel, avant d’intégrer un centre de retraite thérapeutique situé dans le désert du Nouveau-Mexique.</p>
<p>Le deuxième long-métrage de Todd Haynes repose sur une figure amenée à devenir clé dans son cinéma (on la retrouvera dans <em>Loin du paradis</em>, <em>Carol</em> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/may-december-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>May December</em></a>) : la ménagère blanche et bourgeoise, dont le quotidien policé se révèle asphyxiant. Ce qui distingue cependant <em>Safe</em>, qui s’affirme sans doute avec le recul comme le plus beau film de son auteur, c’est la puissance d’évocation de sa mise en scène clinique et rigoureuse, qui semble contenir la formule chimiquement pure de son cinéma, encore dépouillé du maniérisme de ses œuvres ultérieures. Celle-ci repose d’abord sur la précision de ses larges compositions, qui accordent autant de place, sinon davantage, aux espaces domestiques qu’aux personnages naviguant à l’intérieur. Les surcadrages et décadrages évoquent les tableaux d’Edward Hopper, à la différence près que Haynes privilégie des compositions frontales plutôt que les perspectives obliques du peintre américain. Chez Hopper, les lignes de fuite nimbent la solitude urbaine d’une certaine mélancolie, là où chez Haynes, la forte géométrisation des plans étouffe les individus de sorte à faire sourdre du plan une profonde angoisse. À plusieurs reprises, le cinéaste use par ailleurs d’un lent travelling avant qui s’approche de Carol, immobile dans le cadre. Il s’agit parfois de travellings compensés, à peine perceptibles, qui donnent l’impression que la pièce autour d’elle se rétracte sur son corps frêle. Accompagnées par des bruits blancs semblables à des sons d’aspirateur, ces stases figurent une bourgeoisie qui s’effondre de l’intérieur. On pense alors à un autre tableau de Hopper, <a href="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/bc/Automat-edward-hopper-1927.jpg?utm_source=fr.wikipedia.org&amp;utm_campaign=index&amp;utm_content=original" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Automat</em>,</a> où les yeux d’une jeune femme attablée à un café sont remplacés par deux boules noires, tandis que les reflets lumineux sur une vitre derrière elle ouvrent une perspective qui aspire le regard vers un espace ténébreux et insondable – dans les deux cas, une vie déshumanisée est comme engloutie par une béance tapie sous le vernis des apparences.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-335609 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="696" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-300x82.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-1024x278.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-768x209.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-1536x417.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-2048x557.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-980x266.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Safe-montage-1-2000x544.jpg 2000w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Paradoxe de l’individualisme</h2>
<p>Cette dissolution progressive se traduit dans le récit par les absences et les pertes de mémoire de Carol, en même temps que sa peau devient de plus en plus livide, au point de se confondre quasiment avec les vêtements et décors blancs du centre New Age de Wrenwood. Au milieu du film, un beau plan figure explicitement cette disparition à l’œuvre, alors que Carol se trouve dans la salle de bain d’une amie dont les murs sont recouverts de miroirs. Haynes joue avec l’effet de confusion provoqué par les surfaces (s’agit-il du personnage ou de son reflet ?), lorsque Carol ouvre la porte coulissante de la petite pièce, produisant dans le cadre un effet de balayage noir qui efface littéralement son visage. La force de ce portrait tient aussi à l’inventivité de Julianne Moore, qui trouve ici l’un de ses plus grands rôles en donnant corps à la fois à ce délitement intérieur et à la terreur qu’il suscite – à plusieurs reprises, Carol est avant tout le témoin horrifié et impuissant de son propre déclin. Formuler ses phrases lui coute chaque fois davantage un peu plus d’efforts, les mots lui restant parfois coincés dans la gorge. Elle ressemble à une petite fille apeurée, constamment sur le point de s’écrouler ou de fondre en larmes, jusque dans une scène où elle tient sur ses genoux une enfant qui paraît presque plus grande qu’elle.</p>
<img decoding="async" class="alignnone wp-image-335610 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="462" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-300x54.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-1024x185.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-768x139.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-1536x277.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-2048x370.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-980x177.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Sage-montage-1-2000x361.jpg 2000w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px">
<p>Si Carol croit se reprendre en main dans la seconde partie de <em>Safe</em>, sa trajectoire ne connaît en réalité aucune déviation. Au contraire, l’isolement et la dégradation physique du personnage s’accélèrent, jusqu’à donner à son itinéraire des accents tragiques. C’est que la vie domestique prônée par l’<em>American Way of Life</em> et le développement personnel New Age se révèlent être les deux faces d’une même pièce, fondées sur un rapport tout aussi individualiste au monde. À Wrenwood, le gourou Peter Dunning prône une forme de responsabilisation personnelle face à la maladie : il suffirait, selon lui, d’apprendre à s’écouter, d’opter pour une forme de retraite spirituelle afin de se protéger de la toxicité de la vie moderne. La « communauté » n’a donc de collectif que le nom, ce que Haynes pointe à nouveau par les surcadrages qui isolent régulièrement les patients dans des petits carrés délimités par les encadrements des cabanes. Se protéger des agressions de l’extérieur revient bientôt à se tenir éloigné de toute forme d’altérité, jusqu’à ce que Carol ne puisse même plus se tenir près de son mari. Les derniers plans dépeignent l’horizon final de cette entreprise, avec l’image glaçante de Carol, recluse dans une sorte d’igloo hermétique, qui n’a plus d’autre interlocuteur que son propre reflet. <span class="selectable-text copyable-text xkrh14z">Haynes avait plus tôt préfiguré ce stade terminal en glissant à deux reprises dans son montage une vision troublante de Lester, l’un des pensionnaires du camp, seul au milieu du désert du Nouveau-Mexique. On y voyait le patient, masqué et entièrement recouvert de tissu, se déplacer étrangement, à mi-chemin entre l’animal et l’extraterrestre. Par la suite, Dunning expliquait à Carol que Lester vivait désormais à l’écart du groupe, en ayant même peur de se nourrir et de respirer : symbole de la déshumanisation qui menace Carol, ce curieux personnage incarne de la sorte le paradoxe d’une idéologie individualiste qui finit fatalement par détruire l’individu.</span></p>
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		<item>
		<title>La Gradiva</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-gradiva-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:30:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a parfois des films qui tombent au bon moment. Quelques mois après sa présentation cannoise, <em>La Gradiva</em> surgit ainsi au milieu d’un vent de révolte des lycées (et désormais des facs), comme en miroir de la souffrance exprimée sur les blocus. Les deux heures et demie de ce récit d’un voyage scolaire à Naples sont en effet teintées d’une certaine gravité : si l’on est loin des barricades, c’est bien le tumulte de la fin de «&nbsp;l’âge ingrat&nbsp;» qui intéresse Marine Atlan. Un mois avant <em>Barça Zou</em>, autre <em>teen-movie</em> français expatrié qui constitue en quelque sorte son pendant allègre, <em>La Gradiva</em> ausculte l’adolescence avant tout par le prisme du mal-être. Le désespoir dont le film se fait le porte-voix tient beaucoup au moment charnière où la cinéaste filme ses jeunes personnages, celui des derniers mois de la classe de terminale, avant que chacun emprunte une voie différente – entérinant la fin de l’idéal égalitaire de l’école. Atlan retarde toutefois cette ultime désillusion (qu’elle emmène, territoire antique oblige, vers la tragédie), en faisant de l’excursion le terreau de plusieurs aventures initiatiques.</p>
<p>La durée des scènes est probablement ce qui permet au film de transcender son programme romanesque. Aux trajectoires individuelles de trois adolescents, le cancre Toni (Colas Quignard), le beau James (Mitia Capellier-Audat) et la solitaire Suzanne (Suzanne Gerin), qui s’observent mutuellement dans l’ouverture située dans un train (Suzanne regarde Toni, qui lui-même regarde James), s’additionne la quotidienneté du voyage scolaire, notamment lors des visites en groupe. Les petits cours impromptus donnés par madame Mercier (Antonia Buresi), la professeure de latin et organisatrice du séjour, sont l’occasion de blocs de durée où la cinéaste se révèle portraitiste, chaque élève ayant droit à&nbsp;son plan lorsqu’il ou elle prend la parole. La drôlerie des réponses et les efforts de l’enseignante pour passionner son auditoire dépeignent alors très bien la teneur imprévisible d’un cours, toujours prêt à&nbsp;entrer en éruption. Magnifique personnage que celui de cette «&nbsp;bonne prof&nbsp;» qui croit en son travail, dont les failles (elle ne peut s’empêcher d’avoir des chouchous et des souffre-douleur), ainsi que l’épuisement, racontent la réalité d’une vocation bien mieux que n’importe quel film à&nbsp;discours (<em>Un métier sérieux</em>, <em>L’Abandon</em>, etc.). Face à son auditoire, madame Mercier performe son rôle de professeure telle une actrice, mais elle n’est pas la seule à jouer : dans <em>La Gradiva</em>, tout le monde est plus ou moins pris dans une logique de représentation. Les personnages changent de comportement selon le nombre d’interlocuteurs (avec la classe, à&nbsp;quatre, à&nbsp;deux, seul), témoignant de l’hyper conscience&nbsp;que les adolescents peuvent avoir de l’image qu’ils renvoient. Le groupe relève d’un assemblage d’identités en crise, déjà prêtes à ne plus devoir se côtoyer, mais qui tentent encore un peu de conserver leurs masques. La séquence des résultats Parcoursup, juste avant la fête du dernier soir, est pour cette raison terrible&nbsp;: l’asymétrie commence à&nbsp;ce moment-là&nbsp;; il ne reste plus qu’à faire semblant en chantant « Kongolese sous BBL » ensemble une dernière fois.</p>
<h2>La Grazia</h2>
<p>«&nbsp;<em>Ah, c’est lyrique&nbsp;!</em> », s’exclame ironiquement la professeure après avoir lu la première ligne de la dissertation que Toni lui rend en retard. On pourrait en dire autant du film, qui substitue aux chroniques adolescentes qu’affectionne le cinéma français une recherche de la grâce. Outre la manière dont la cinéaste (et cheffe opératrice&nbsp;: elle s’est notamment illustrée avec la photo de&nbsp;<em>L’Engloutie</em>) recourt à&nbsp;la lumière naturelle pour envelopper ses acteurs, cette quête prend par exemple la forme d’une chorégraphie muette (dans une salle du musée archéologique de Naples où James et Suzanne se tournent autour autant qu’ils naviguent entre les statues) ou d’une simple course à&nbsp;travers la ville des deux garçons (court moment de félicité au sein d’une relation par ailleurs chaotique). Pour Toni, amoureux de son meilleur ami (qui le sait), ce voyage en Italie est aussi l’occasion d’une enquête sur ses racines&nbsp;: sa grand-mère était napolitaine, mais a&nbsp;quitté le pays suite au tremblement de terre de 1980, au cours duquel le grand-père de Toni aurait soi-disant trouvé la mort. Si le film ne convainc pas toujours lorsqu’il multiplie ainsi les couches narratives, la place qu’Atlan accorde au puzzle identitaire de ses personnages paumés est compensée par une croyance absolue en ces derniers – leurs élans ne sont pas réductibles à de simples trajectoires de scénario, chacun a la place d’exister en dehors du carcan du récit. <em>La Gradiva</em> ressemble à ce titre à un grand film romantique, au sens werthérien du terme : les souffrances des adolescents sont exacerbées par leur jeunesse, le film s’adaptant à leur intensité, quitte à injecter un peu de grandiloquence. C’est précisément à l’intersection entre la banalité d’un voyage scolaire et l’importance qu’il prend dans la vie de ces jeunes personnages que sa discrète majesté se déploie.</p>
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		<item>
		<title>Peking Opera Blues</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peking-opera-blues/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si Tsui Hark bénéficie d’une forte reconnaissance critique en France depuis les années 1980 grâce à la circulation de son œuvre via les festivals, les rétrospectives ou les DVD, bon nombre de ses films n’ont...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peking-opera-blues/" title="Read  Peking Opera Blues">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si Tsui Hark bénéficie d’une forte reconnaissance critique en France depuis les années 1980 grâce à la circulation de son œuvre via les festivals, les rétrospectives ou les DVD, bon nombre de ses films n’ont jamais bénéficié d’une sortie en salles. C’était notamment le cas, jusqu’à aujourd’hui, de son neuvième long-métrage, <em>Peking Opera Blues</em>, réalisé en 1986. À cette époque, Tsui Hark s’était déjà illustré dans de nombreux genres, du film de sabre (<em>The Butterfly Memories</em>) au polar (<em>L’Enfer des armes</em>), de la comédie noire (<em>Histoires de cannibales</em>) au mélodrame en costume (<em>Shanghai Blues</em>), en passant par le <i>wu xia</i> fantastique (<em>Zu, les guerriers de la montagne magique</em>). <em>Peking Opera Blues</em> amalgame lui-même plusieurs registres : entre la comédie d’action et le film historique, il alterne spectacles d’opéra chinois, <em>gunfights</em><i>,</i> combats acrobatiques de kung-fu et séquences davantage mélodramatiques. Ces ruptures de ton et mutations successives sont à l’image des trois héroïnes, qui multiplient les faux-semblants. En 1913, après la proclamation de la République chinoise, le pays reste divisé par une lutte de pouvoirs entre les militaires, les républicains et les partisans de la restauration monarchique. Le général Tsao, un riche seigneur de guerre, complote avec les puissances étrangères pour rétablir la dynastie Qing, tandis que sa fille, Tsao Wan, engagée secrètement auprès des révolutionnaires, œuvre à faire échouer ses projets en tentant de lui dérober une lettre compromettante. Dans sa mission, elle est aidée par deux autres jeunes femmes rencontrées au gré d’une série de hasards : Sheung Hung, une chanteuse itinérante obsédée par l’argent, et Pat Neil, fille du tenancier d’un opéra, qui rêve de monter sur scène malgré l’interdiction du métier aux femmes. À la manière de <em>Raining in the Mountain</em> de King Hu, où plusieurs groupes s’affrontent dans un monastère pour s’emparer d’un texte sacré, la lettre fait ici office de MacGuffin, en même temps que l’instabilité politique fournit un vaste terrain de jeu propice aux poursuites, parties de cache-cache et autres manigances, qui s’organisent autour de deux lieux principaux : le palais du général et l’opéra. Mais l’ambition formelle de <em>Peking Opera Blues</em> ne rend pas pour autant sa portée politique accessoire : cette dernière s’exprime dans l’énergie déployée par la mise en scène plutôt que dans la complexité, parfois complètement farfelue, de son intrigue.</p>
<h2>Énergie burlesque</h2>
<p>Dès le départ, le film frappe par la vélocité avec laquelle se succèdent les péripéties, Tsui Hark s’en tenant essentiellement à cette règle : un plan = une action. La mise en scène se déploie ainsi à deux niveaux. Dans le passage d’un plan à un autre, soit de la cause à sa conséquence, le cinéaste travaille une limpidité mais aussi une expressivité exacerbées, en jouant autant sur la stylisation des cadres<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>que sur le jeu outrancier, voire cartoonesque des acteurs. À l’échelle des séquences et du récit, le film est en revanche emporté par une énergie anarchique, à mesure que les trajectoires des personnages bifurquent et s’embranchent de façon accidentelle. Bien que les maillons de l’action se relient les uns aux autres de manière logique, ils forment une chaîne si invraisemblable qu’il devient souvent difficile pour le spectateur de retracer le cheminement qui a conduit à telle ou telle situation. Les personnages s’en étonnent parfois eux-mêmes, comme lorsqu’une première tentative de vol dans le palais du général conduit les trois jeunes femmes, accompagnées de Ling Pak-Hoi (un révolutionnaire) et de Tung Man (un garde), à se réfugier chez Pat Neil alors qu’aucun d’entre eux ne se connaît encore. Chacun a sa propre motivation, mais tous semblent pris dans un effet boule de neige qui les conduit à agir de concert.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Tsui Hark s’en donne à cœur joie pour entremêler ces trajectoires dans des morceaux de bravoure virtuoses, à l’image d’un segment au milieu du film se déroulant lors d’une représentation d’opéra. Le découpage sous-divise la salle de spectacle en cinq micro-espaces de jeu (la scène, l’orchestre, le balcon, les coulisses et les toilettes) pour suivre cinq actions simultanées qui vont se parasiter l’une l’autre : 1) Tsao Wan cherche à administrer un laxatif à son père, présent dans le public, 2) Tung Man et Ling Pak-Hoi manœuvrent dans l’ombre pour préparer le vol de la lettre, 3) Sheung Hung essaie de dérober une boîte remplie de bijoux, 4) Pat Neil performe sur scène malgré l’interdiction, 5) Le commissaire de police cherche à retrouver un acteur qu’il veut épouser de force après l’avoir vu jouer sur scène (sans être dupe de son véritable genre&nbsp;!). <em>Peking Opera Blues</em> cultive de la sorte une tonalité joyeusement maximaliste, qui prolifère jusque dans les temps faibles de la narration, entre deux séquences plus ambitieuses. Il convoque par exemple le motif rebattu de l’amant caché dans le placard, lorsqu’un matin, le père de Neil rentre dans la chambre de sa fille, qu’il croit seule. Sauf qu’ici, trois personnes l’accompagnent sous les couvertures, alors même que la pièce minuscule ne contient pratiquement qu’un lit, ce qui n’est décidément pas pratique pour se cacher d’un père autoritaire. Tsui Hark invente alors une chorégraphie savoureuse, où les quatre personnages (dont l’un est à moitié endormi) se trouvent à multiplier les acrobaties pour se soustraire au regard du patriarche : le topos vaudevillesque s’est transformé en une scène d’action burlesque.</p>
<h2>La loi du désir</h2>
<p>Ce dernier exemple est par ailleurs révélateur d’une opposition qui traverse l’ensemble du film : à la rigidité du père, qui se fait garant des bonnes mœurs en interdisant à sa fille de monter sur les planches, répond la mobilité des corps et la fluidité du désir des jeunes personnages (ils sont à ce moment deux hommes et deux femmes à partager le même lit). Le film se révèle même assez étonnant dans sa façon de subvertir les frontières du genre. L’opéra chinois offre bien entendu un cadre idéal pour ce type de brouillage, puisque les hommes jouent des femmes, mais aussi que des femmes finissent par se faire passer pour des hommes interprétant des femmes. Ce jeu sur l’inversion des normes déborde la scène pour se répandre dans les coulisses (les acteurs de la troupe sont tous efféminés, avec ce gag sonore consistant à les faire parler en voix de tête dans une cacophonie indistincte), jusqu’au personnage de Tsao Wan, qui s’habille et se coiffe de manière masculine. L’élan débridé qui s’empare des corps est peut-être avant tout celui des désirs mouvants : les affinités ne cessent de se recomposer au sein du groupe de cinq, au point de suggérer explicitement une scène de triolisme lesbien.</p>
<p>La souplesse des identités de la jeune génération et du monde du théâtre contraste ainsi avec l’ordre figé incarné par les figures de pouvoir. Les trois antagonistes (un général, un officier, un commissaire de police) entretiennent un rapport prédateur à la sexualité, tandis que le reste de leurs interactions avec autrui relève exclusivement de la domination. C’est ici que la dynamique burlesque du film se recoupe avec sa dimension politique : les scènes d’action reposent sur la tension entre des dominants qui agissent mécaniquement (grosso modo, soit ils cherchent à coucher avec une femme, soit ils tirent dans tous les sens) et les jeunes protagonistes faisant preuve de ruse pour retourner leurs comportements rudimentaires contre eux. L’idée trouve son expression la plus radicale lorsque Tsao Wan et Sheung Hung en viennent à manipuler le cadavre de l’officier comme une marionnette pour tromper des gardes. La sororité du trio principal, issu de divers milieux sociaux, dessine alors un horizon politique opposé au conservatisme masculin, où l’égalité entre les sexes se double d’une solidarité entre différentes classes.</p>
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		<title>Clayface</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/clayface/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Bonne nouvelle pour les amateurs de films mutants un peu brinquebalants mais joueurs à souhait&nbsp;: plutôt qu’un nouvel ajout au <em>DC Universe </em>(le film raconte la genèse d’un adversaire de Batman), <em>Clayface</em> ressemble plutôt à un petit cousin de <em>Hollow Man</em> de Verhoeven et renoue par moments avec une soif débridée pour les potentialités des effets numériques devenue rare dans le champ du blockbuster. Matt Hagen (Tom Rhys Harries) est un acteur en pleine ascension lorsqu’il est défiguré par un patron de la mafia de Gotham pas ravi ravi de le voir fricoter avec sa petite amie. Tailladé et trahi de toutes parts, l’éphèbe mutilé se tourne vers le Dr Corr (Naomi Ackie), une scientifique travaillant sur un projet médical encore en gestation. L’expérience se révèle, comme le veut le genre, plus efficace que prévue : non seulement la beauté du comédien est restaurée, mais son corps est désormais doté d’une malléabilité semblable à celle de l’argile. Si l’intrigue de la vengeance d’Hagen et de la corruption de son âme par ses nouveaux pouvoirs ne défriche pas des terrains inédits, voire louvoie avec le nanar (de la pègre caricaturale à la satire appuyée de l’impitoyable machine hollywoodienne), le film se révèle autrement inspiré lorsqu’il s’agit d’explorer les possibles ouverts par la mutation de l’ex-star, que le personnage apprivoise pas à pas – souvent, telle ou telle facette de ses pouvoirs jaillit sur le mode de la pulsion, sans qu’il la contrôle. En découle une série de visions n’ayant pas peur de flirter avec le ridicule, mais qui cultivent une réelle étrangeté. Par exemple, dans une séquence où Corr surveille Hagen dans son sommeil, « l’homme d’argile » rêve de la docteure (dont il est tombé amoureux), avant que son visage ne prenne les traits de cette dernière : sa tête féminine, qu’il caresse, est comme greffée sur son corps d’Apollon, dans un spectacle qui tient autant du songe érotique que d’un fantasme paroxystique de fusion.</p>
<p>Des images comme celles-ci, il y en a un certain nombre dans <em>Clayface</em>, et cette profusion d’idées est sans doute à chercher du côté du statut du personnage, anti-héros dont le sens de l’éthique vacille au fil de son trajet. Ce faisant, le film actualise la vieille morale de <em>L’Homme invisible</em> (elle-même inspirée de l’anneau de Gygès)&nbsp;: en se substituant aux lois des hommes, Hagen entrevoit un monde qui pourrait s’accorder, jusqu’à la névrose (la fin, assez belle), à sa propre plasticité. Tant mieux pour nous&nbsp;: contrairement à la plupart des films de super-héros, <em>Clayface</em> (qui est au fond un film d’horreur) fait du super-pouvoir une glaise à triturer dans tous les sens pour modeler ses trouvailles. La métaphore de l’acteur (désormais, le personnage peut prendre les traits de n’importe qui) passe au fond au second plan, au profit d’une galerie des sévices dont est capable ce corps argilacé – Hagen peut ainsi tuer en enlaçant (le corps de l’autre s’enfonce dans le sien) ou encore en faisant gonfler sa main dans la gueule de sa victime jusqu’à l’étouffer. Assurément, on aurait préféré un cinéaste plus aiguisé que James Watkins (la mise en scène baisse de régime dès qu’elle s’éloigne de son phénomène de foire), mais le film a le mérite d’être fidèle à son concept : les vrais mutants ne craignent pas l’impureté.</p>
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		<title>Parallax – Rome, ville ouverte et Moulin</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-rome-ville-ouverte-et-moulin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, une scène de torture de Moulin de László Nemes rappelle celle de Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini (1945)....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-rome-ville-ouverte-et-moulin/" title="Read  Parallax – Rome, ville ouverte et Moulin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, une scène de torture de </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/moulin-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Moulin</a> <em>de László Nemes rappelle celle de </em>Rome, ville ouverte<em> de Roberto Rossellini (1945).</em></p>
<p>Comment figurer à l’écran les atrocités perpétrées par le régime nazi ? Cette question, qui a innervé le cinéma d’après-guerre, est notamment au cœur d’une scène de <em>Rome, ville ouverte</em> de Roberto Rossellini (1945), où le prêtre résistant Don Pietro (Aldo Fabrizi), prisonnier des fascistes, est contraint d’assister à la torture de son allié Manfredi (Marcello Pagliero). Pour ne pas infliger au spectateur la même vision que les nazis imposent à l’ecclésiaste, Rossellini choisissait de déplacer (du moins en grande partie, nous y reviendrons) la brutalité dans le hors-champ, laissant seulement entendre les cris de Manfredi pour filmer plutôt la réaction de Don Pietro.</p>
<p>Ce principe de mise en scène est également à l’œuvre dans <em>Moulin</em> de László Nemes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335632_14('footnote_plugin_reference_335632_14_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_335632_14('footnote_plugin_reference_335632_14_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335632_14_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335632_14_1" class="footnote_tooltip">Son précédent film, <em>Orphelin</em> (2025), dialoguait d’ailleurs déjà avec un film de Roberto Rossellini&nbsp;: <em>Allemagne, année zéro</em> (1948).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335632_14_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335632_14_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, consacré aux derniers jours du chef de la Résistance. Au regard de la période retracée, le film du réalisateur hongrois s’avère relativement peu graphique, préférant escamoter l’essentiel des sévices infligés à Jean Moulin (Gilles Lellouche) pour les figurer par le son ou en montrant leurs conséquences sur le corps meurtri du personnage. L’un des plans les plus terribles du film, tandis que le héros passe entre les mains d’un tortionnaire nazi, ne contient ainsi aucune violence explicite : alors que l’on croit un instant qu’un bourreau attrape la tête de Moulin pour l’étouffer ou le frapper, il le tourne en réalité vers ce qui se tient en dehors du cadre (le regard de Moulin fait alors face à la caméra), pour l’obliger à contempler le traitement infligé à ses camarades résistants.</p>
<p>Le supplice de Don Pietro et Moulin réside donc, au-delà de la souffrance physique, dans l’insupportable spectacle de celle exercée sur autrui. Dans les deux cas, le hors-champ sert alors de refuge pour préserver les spectateurs. Rossellini rompt cela dit ce principe le temps d’un plan succinct : Manfredi brûlé avec un chalumeau. Bien que le film refuse la frontalité d’une restitution <em>in extenso</em> de la torture, celle-ci perfore brièvement le montage, comme une fracture indélébile. De fait, <em>Rome, ville ouverte</em>, qui se fait la chambre d’écho des bouleversements d’une histoire récente, raconte la fin d’une innocence : le film se termine sur le meurtre de Don Pietro devant un groupe de jeunes disciples, dont l’insouciance semble définitivement détruite par la tragédie de la guerre.</p>
<p>En revanche, dans la scène du regard-caméra, Moulin constitue toujours un rempart à la barbarie. Face aux horreurs qu’on le force à voir, le héros refuse de chanceler et garde le silence. D’une certaine manière, son sacerdoce protège aussi les spectateurs : sa <em>résistance</em> gagne le film même qui, contrairement à <em>Rome, ville ouverte</em>, maintient la torture aux frontières de l’écran. Moulin souffre ainsi à notre place, et emporte avec lui la brutalité dont il a été témoin. Si à la fin du film de Rossellini, les enfants baissent la tête, Moulin, lui, continue de faire face : <em>Rome, ville ouverte</em> se termine sur la mort d’un prêtre, comme si la grâce avait quitté notre monde ; à l’inverse, <em>Moulin</em> intronise une figure de martyr.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335632_14();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335632_14();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_335632_14">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_335632_14" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335632_14('footnote_plugin_tooltip_335632_14_1');"><a id="footnote_plugin_reference_335632_14_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Son précédent film, <em>Orphelin</em> (2025), dialoguait d’ailleurs déjà avec un film de Roberto Rossellini&nbsp;: <em>Allemagne, année zéro</em> (1948).</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_335632_14() { jQuery('#footnote_references_container_335632_14').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335632_14').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_335632_14() { jQuery('#footnote_references_container_335632_14').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335632_14').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_335632_14() { if (jQuery('#footnote_references_container_335632_14').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_335632_14(); } else { footnote_collapse_reference_container_335632_14(); } } function footnote_moveToReference_335632_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335632_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_335632_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335632_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-rome-ville-ouverte-et-moulin/">Parallax – Rome, ville ouverte et Moulin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Marie-Madeleine</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marie-madeleine-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans Marie-Madeleine, une église et une maison close se font face. De cette opposition franche, Gessica Généus tire une tension plus ambiguë qu’il n’y paraît en se focalisant sur la relation entre le personnage de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marie-madeleine-2/" title="Read  Marie-Madeleine">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans <em>Marie-Madeleine</em>, une église et une maison close se font face. De cette opposition franche, Gessica Généus tire une tension plus ambiguë qu’il n’y paraît en se focalisant sur la relation entre le personnage de Marie-Madeleine (incarnée par la cinéaste), prostituée, et celui de Joseph, fils du pasteur. Si leur rapprochement fournit un fil au récit, ce dernier épouse de nombreuses bifurcations : Marie-Madeleine lutte parallèlement pour préserver le bordel que le pasteur veut faire disparaître, tandis que la violence de bandes rivales fait parfois irruption aux alentours. Le film est ainsi construit autour d’une disparité narrative à laquelle répond celle des images, la mise en scène passant volontiers d’une observation documentaire à une stylisation beaucoup plus marquée, presque clipesque, notamment dans les scènes de boîte de nuit, entre néons roses et ralentis exacerbant la sensualité de la situation. Ailleurs, certains plans fixes invitent à contempler plus longuement le paysage, ensuite rattrapés par des éclats de violence aux accents hollywoodiens. Si cette hétérogénéité dans l’agencement des séquences reconduit parfois une imagerie assez convenue, elle engage davantage qu’une circulation entre les genres : d’une certaine façon, la mise en scène procède d’un refus de réduire le territoire haïtien à une modalité formelle et narrative unique. D’une séquence à l’autre, ce ne sont donc pas seulement les personnages ou les situations qui changent, mais la manière même de filmer les corps, les lieux et les mouvements qui les animent. Généus laisse de la sorte les croyances et récits déborder, sans leur imposer un ordre qui figerait les liens tissés entre eux.</p>
<p>En témoigne, à mi-parcours, un échange dans la chambre de Marie-Madeleine. Joseph rappelle à la jeune femme l’origine biblique de son prénom, à laquelle l’héroïne oppose toutefois une autre filiation : ce nom, elle le tient de sa grand-mère, prostituée comme elle, dont l’histoire n’est pas moins prodigieuse que celle du Messie. Dans le récit qu’elle en fait, où se mêlent massacres et vengeance, sa grand-mère est engloutie par les eaux, puis revient parmi les vivants ; les différents épisodes de cette histoire sont par ailleurs peints à même les murs de la chambre et successivement cadrés par la caméra. L’histoire de l’aïeule propose de cette façon une alternative à l’héritage chrétien, tout en le prolongeant : le motif de la résurrection appartient désormais aussi à une femme dont la légende se transmet hors de l’Église, sur les murs d’un bordel. On peut reconnaître dans cette reprise la dynamique de la créolisation au sein de laquelle, selon la formule d’Édouard Glissant, les cultures « <em>se changent en s’échangeant</em> » (<em>Introduction à une poétique du Divers</em>) : l’un perd son autorité exclusive, l’autre prend une dimension mythique sans effacer la vie singulière dont elle procède. Aucun des deux récits ne fournit ainsi la mesure de l’autre. Leur rencontre fait naître une figure que ni la référence biblique, ni la seule généalogie familiale ne suffisent à définir. C’est cette puissance de transformation que le film invite à chercher dans ses images&nbsp;: ce que leur mélange fait surgir et qu’aucune ne contenait seule.</p>
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		<item>
		<title>Les Recommencements</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-recommencements/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Stratis Vouyoucas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:29:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=335638</guid>

					<description><![CDATA[<p>«&#160;Il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines&#160;» Francis Scott Fitzgerald Si Les Recommencements est bien un documentaire, le film prend des allures de récit mythologique dès son ouverture dans une nuit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-recommencements/" title="Read  Les Recommencements">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-recommencements/">Les Recommencements</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>«&nbsp;Il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines&nbsp;»<br>
Francis Scott Fitzgerald</p></blockquote>
<p>Si <em>Les Recommencements</em> est bien un documentaire, le film prend des allures de récit mythologique dès son ouverture dans une nuit noire, bientôt transpercée par des éclairs de lumière jaillissant de lampes torches. Nous sommes au beau milieu de barques de pêcheurs amérindiens, mais le saumon, jadis abondant et dont vivent les membres de la tribu Yurok, se fait désormais rare&nbsp;: sans que l’on sache vraiment pourquoi («&nbsp;<em>le fleuve est malade, les hommes sont malades&nbsp;</em>», nous dit-on), les poissons ne reviennent plus comme ils l’ont toujours fait. De cette communauté du nord de la Californie en train de se disloquer émerge alors la figure d’Al Moon, un homme étrange et solitaire, qui vit en marge de sa réserve, à la fois paisible et constamment sur le qui-vive.</p>
<p>Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter ne cachent pas leur présence à ses côtés : elles lui parlent, lui répondent et l’écoutent se raconter. Ce qui n’empêche pas le film de plonger dans &nbsp;&nbsp;la psyché du personnage : ponctuellement, sa parole intérieure murmurée en voix-off (coécrite avec les cinéastes et inspirée de leur correspondance) accompagne le mouvement du film comme une méditation faite de souvenirs et d’aphorismes. Commence alors un <em>road movie</em> documentaire&nbsp;: Al Moon prend la route vers Kansas City, pour aller retrouver ses anciens camarades de bataillon (comme lui vétérans de la guerre du Vietnam) qu’il n’a pas revus depuis plus de quarante ans. « <em>Je dois remonter le temps&nbsp;</em>», confie-t-il dans l’obscurité. « <em>Comprendre ce qui s’est passé. C’est une vieille malédiction. Toute cette folie. L’enfer qu’on porte en soi. La culpabilité.</em> &nbsp;(…) <em>Je dois revoir ces hommes. Pour recommencer. Renaître de mes cendres.&nbsp;</em>»</p>
<h2>Déroutes</h2>
<p>Au fil de son trajet vers l’est, Al remonte le cours de sa mémoire, comme les saumons remontent celui des rivières pour revenir sur leur lieu de naissance après avoir traversé les océans, souvent blessés ou meurtris, afin de transmettre la vie à leur tour. Mais le voyage remonte aussi le passé d’un pays, en faisant défiler les ruines des U.S.A. – lotissements abandonnés, voitures rouillées gisant sur les bas-côtés, etc. Le film varie dans cette perspective les échelles de perception de la réalité, passant de très gros plans, presque tactiles, à de larges panoramas confrontant l’individu aux dimensions cosmiques des ciels ou des paysages. Plus largement encore,&nbsp;le film articule des matières et des régimes d’images très hétérogènes : l’intériorité émotionnelle du personnage et l’observation documentaire, le présent et le passé, le rêve et la pleine conscience, faisant de ce trajet un véritable trip d’où ressurgit l’Histoire traumatique des États-Unis (les guerres indiennes, la catastrophe écologique). Par bribes, les souvenirs affleurent à la surface du film, à commencer par ceux de la guerre du Vietnam où Al était parti fier d’arborer les couleurs et les valeurs de l’Amérique. Face aux Vietnamiens, il s’est toutefois reconnu pour ce qu’il était, un Indien, ressemblant bien plus à ceux qu’il combattait qu’à ses frères d’armes. Il le résume d’une phrase : «&nbsp;<em>Là-bas, j’avais le visage de l’ennemi.</em> » Car son peuple a lui aussi été colonisé, martyrisé et massacré par la même armée dont il portait l’uniforme ; c’est comme s’il avait été, à rebours, le témoin et même le complice du destin de sa communauté.</p>
<p>Au bout de la route, Al retrouve bien ses anciens camarades de régiment, mais sans que le film ne conduise à une révélation : la scène vers laquelle il tendait tout entier, et qui aurait dû en constituer le climax, se voit escamotée. Après avoir soigneusement repassé sa chemise et enfilé son beau costume, Al essuie ses larmes, se ressaisit, sort de sa chambre d’hôtel pour aller rejoindre ses compagnons d’autrefois, et quitte le cadre. Le fameux cliché selon lequel le trajet compte plus que la destination est réactivé ici par le mouvement même du récit&nbsp;: en entreprenant ce voyage, Al Moon partait en fait à la recherche de lui-même et son errance s’avère sans fin, comme le film dont le dénouement reste en suspens. « <em>Home is a place some of us never find.</em> » Cette phrase, graffée sur le mur d’un lotissement à l’abandon, rappelle une question clef du <em>road movie</em>&nbsp;: y a‑t-il seulement une maison où rentrer une fois le chemin parcouru ? C’est par là que <em>Les Recommencements</em> s’inscrit paradoxalement dans cette tradition typiquement états-unienne qui envisage la traversée des espaces infinis de l’Amérique comme des trajets à la fois existentiels et introspectifs, mais aussi politiques.</p>
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		<title>NAZA</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/naza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Stratis Vouyoucas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 10:31:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La projection retentissante à Venise de <em>NAZA, </em>le film de Yuval Abraham et Rachel Szor (journalistes d’investigation et coauteurs avec deux réalisateurs palestiniens, Hamdan Ballal et Basel Adra, de <em>No Other Land</em>), n’a pas suscité des réactions très amènes du gouvernement israélien, le ministre de la Culture Miki Zohar n’hésitant pas à qualifier les cinéastes de «<em>&nbsp;traîtres en temps de guerre&nbsp;» </em>et le chef des armées, Eyal Zamir, d’évoquer la «&nbsp;<em>calomnie du sang&nbsp;</em>». Ils risquent désormais la déchéance de nationalité (c’est du moins ce qu’a déclaré le Premier ministre Benyamin Nétanyahou), tandis que les soldats qui témoignent dans le film de manière anonyme sont menacés de lourdes sanctions s’ils sont identifiés. Que motive un tel courroux ? Dès la fin de l’année 2023, Yuval Abraham et Rachel Szor ont commencé à enquêter sur les méthodes de l’armée israélienne dans son offensive sur Gaza en représailles aux massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas. Cette investigation les a conduits à interroger vingt-quatre soldats, techniciens et officiers du renseignement des Forces de défense israéliennes. Tous les entretiens ont été tournés de nuit sur le toit d’un immeuble de Tel Aviv, avec les témoins filmés à contre-jour, et leurs voix modifiées électroniquement de manière à protéger leur identité. La matière du film est donc constituée avant tout de leurs propos, qui décrivent la mécanique avec laquelle procède l’armée pour repérer des membres du Hamas (surveillance vidéo, recoupement et écoute d’appels téléphoniques, recours à l’intelligence artificielle, etc.) et les cibler à distance, qu’ils soient ou non en présence de potentielles victimes collatérales. Afin d’appuyer leurs explications, certains esquissent des croquis, apportant une certaine matérialité à ce qui, autrement, resterait à la limite de l’abstraction – et qui pourtant renvoie à une réalité absolument tangible que l’armée israélienne se garde précisément de ne jamais formuler.</p>
<h2>Nommer le mal</h2>
<p>Le film prend en charge, dès son titre, la façon dont la langue ordinaire est remplacée par un verbiage où le signifiant est radicalement détaché de son signifié. Un langage administratif qui vise à euphémiser la mort et à déshumaniser les individus : « <em>NAZA</em>&nbsp;» est un acronyme dérivé de l’expression en hébreu, «נזק אגבי&nbsp;» («<em>&nbsp;Nezek Agavi&nbsp;</em>»<em>)</em>, désignant les «&nbsp;dommages collatéraux&nbsp;». Il recouvre indifféremment vieillards, hommes, femmes, enfants et nourrissons, sans distinction d’âge ou de sexe. Car la présence de civils ne constitue pas un obstacle à la décision de bombarder les cibles identifiées (les chiffres peuvent aller de deux personnes à cinq cents individus sacrifiés pour l’élimination d’une seule cible). Il s’agirait même du contraire&nbsp;: d’après les témoignages des soldats, il semble plus «&nbsp;simple&nbsp;» d’éliminer les combattants du Hamas lorsqu’ils sont chez eux et qu’ils dorment aux côtés de leur famille (même éteints, les téléphones portables continuent d’émettre un signal). À titre d’exemple, si un agent du renseignement israélien intercepte l’appel d’une petite fille de douze ans disant que son papa est rentré à la maison, la chose peut, contre toute attente, être à l’origine d’une frappe de missile – cette méthode, qui permet d’éliminer une cible avec toute sa famille, a même un nom, «&nbsp;<em>Where’s daddy?</em> ». Les cinéastes expliquent que l’expression de&nbsp;victimes collatérales&nbsp;relève dès lors d’une volonté de masquer la dimension génocidaire du conflit<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335502_20('footnote_plugin_reference_335502_20_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_335502_20('footnote_plugin_reference_335502_20_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335502_20_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335502_20_1" class="footnote_tooltip">Intention génocidaire explicitement énoncée par Aharon Aliva, l’ancien chef du renseignement israélien, dans des propos qui ont fuité sur la chaîne israélienne Channel 12&nbsp;en août 2025 : « <em>Le fait qu’il y ait déjà 50 000 morts à Gaza est nécessaire et requis pour les générations futures. Pour chaque personne tuée le 7 octobre, 50 Palestiniens doivent mourir. Je ne parle pas par vengeance, je parle d’un message aux générations futures </em>–<em> ils ont parfois besoin d’une </em>Nakba<em> pour ressentir le prix. Peu importe s’il s’agit d’enfants. </em>» La «&nbsp;<em>Nakba</em>&nbsp;» désigne la «&nbsp;catastrophe&nbsp;» des Palestiniens, c’est-à-dire l’épuration ethnique ayant conduit à l’exil forcé de plus de 700 000 personnes et à l’abandon ou à la destruction de 400 villages arabes entre 1947 et 1949. Une grande partie d’entre eux s’est retrouvée parquée dans les camps de réfugiés de la bande de Gaza. La planification de la <em>Nakba</em> par les dirigeants israéliens a été documentée, preuve à l’appui, par l’historien Ilan Pappé dans son ouvrage&nbsp;<em>Le Nettoyage ethnique de la Palestine</em>, publié en 2006.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335502_20_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335502_20_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Non seulement le recours à un vocabulaire volontairement allusif permet de contourner l’une des règles centrales du droit international (la limitation des victimes civiles), mais elle allège aussi le poids de la culpabilité des soldats.</p>
<p>Le film tourne obsessionnellement autour de l’immeuble au centre de Tel Aviv qui sert de pôle de commandement à ces différentes opérations, multipliant les plans sur cette tour dont l’intérieur nous reste opaque. C’est pourtant là que sont traitées, scrutées et stockées des centaines de milliers d’heures d’images de surveillance. <em>NAZA</em> se construit à partir de ce paradoxe formel&nbsp;: des soldats dans la pénombre décrivent avec précision des images qui nous restent invisibles. Au sein du bâtiment, chacun remplit une tâche spécifique&nbsp;: piloter un drone d’observation, croiser les informations ou déclencher la frappe, dans une dissolution presque totale de la responsabilité. Le recoupement des données et le choix des cibles seraient d’ailleurs bien souvent pris en charge par des I.A. ; il ne resterait alors aux opérateurs humains qu’à valider les décisions de la machine en prenant à peine le soin de les contrôler. Mais le film ne s’appesantit jamais (ce serait obscène) sur les états d’âme des soldats israéliens – même si l’un d’entre eux se souvient s’être interrogé sur la nature du mal lors d’un voyage scolaire en Pologne et se demande ce qui le distingue aujourd’hui de ceux qui jusqu’ici incarnaient pour lui le paroxysme de la déshumanisation. Il vise bien plutôt à démontrer la façon dont ces processus opérationnels conduisent, de manière concertée, à des massacres de masse et des destructions systématiques faisant délibérément un maximum de victimes civiles, de sorte à forcer les survivants à évacuer pour de bon la bande de Gaza.</p>
<h2>La machine de vision</h2>
<p>À la description minutieuse de l’observation constante de Gaza, le film répond par des images panoptiques de la ville de Tel Aviv vue depuis les toits. Ces images nocturnes, en très haute définition, montrent des citoyens ordinaires, visibles à travers leurs fenêtres ou leurs baies vitrées, filmés à leur insu, comme par un système de surveillance omniscient. On les voit préparer un repas, fumer une cigarette ou encore regarder la propagande gouvernementale à la télévision, indifférents à ce massacre qui se déroule à une soixantaine de kilomètres de chez eux. Difficile de ne pas penser à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-zone-dinteret/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La</em> <em>Zone d’intérêt</em></a> de Jonathan Glazer (d’ailleurs coproducteur de <em>NAZA</em>) dans cette manière de donner à voir et à penser l’existence simultanée de deux réalités intellectuellement incompatibles : une hypernormalité et une catastrophe intégrale. Une idée qu’on retrouvait aussi dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Oui</em></a>, à la différence que chez Nadav Lapid, le maintien de la violence hors-champ était à la limite de l’oblitération, le cinéaste préférant se focaliser sur les angoisses de ses personnages. Ici, c’est exactement le contraire : ces images du quotidien, couplées à la description froide et méthodique de la façon dont d’autres vies ordinaires sont anéanties jour après jour, ouvrent un abîme cognitif. Les soldats israéliens, masqués dans l’ombre de contre-jours, décrivent comment ils observaient, protégés par la distance, des personnes similaires à celles que nous voyons à l’image et décidaient de leur sort<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335502_20('footnote_plugin_reference_335502_20_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_335502_20('footnote_plugin_reference_335502_20_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335502_20_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335502_20_2" class="footnote_tooltip">On se souvient alors du témoignage du soldat dont l’unité d’élite s’était rendue responsable d’un crime de guerre en Cisjordanie dans <em>Z32</em> d’Avi Mograbi, sorti en 2008. Pour protéger l’anonymat du jeune homme, le cinéaste avait placé un masque numérique sur son visage qui le faisait ressembler à s’y méprendre à quelqu’un que nous aurions pu connaître. Il devenait à la fois personne, et n’importe qui.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335502_20_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335502_20_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Par son dispositif, le film parvient à nous mettre dans cette position toute-puissante d’observateurs de ces vies ordinaires, à la fois invisibles et omniscients. À moins d’être complètement endoctrinés et de ne voir dans les Palestiniens que des <em>«&nbsp;animaux humains&nbsp;»</em> (l’expression est de Yoav Gallant, alors ministre de la Défense), <em>NAZA</em> donne la sensation d’observer la réalité de Gaza telle qu’elle était avant sa destruction, à travers celle de Tel Aviv, dans un jeu de reflets sans fin, chacune des deux villes devenant l’envers monstrueux de l’autre.</p>
<p>Le film ne se contente toutefois pas de ce seul parallèle&nbsp;et se conclut sur des images tournées par un Palestinien, au téléphone portable, dans les décombres de la bande de Gaza. Un homme en larmes y cherche ses enfants dont on voit finalement dépasser les pieds sous les gravats d’un immeuble en ruine. Cette actualisation fait brutalement surgir, par le montage, la réalité de la violence à laquelle venaient faire écran les propos souvent désaffectés des soldats israéliens. Il ne s’agit pas pour les cinéastes de nous révéler des images que nous n’aurions pas vues – elles tournent depuis trois ans &nbsp;sur les écrans du monde –, mais de faire entrer dans le champ ce que le film avait maintenu jusqu’alors à sa lisière. Quelques images suffisent, mais elles nous brûlent la rétine.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335502_20();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335502_20();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_335502_20">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_335502_20" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335502_20('footnote_plugin_tooltip_335502_20_1');"><a id="footnote_plugin_reference_335502_20_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Intention génocidaire explicitement énoncée par Aharon Aliva, l’ancien chef du renseignement israélien, dans des propos qui ont fuité sur la chaîne israélienne Channel 12&nbsp;en août 2025 : « <em>Le fait qu’il y ait déjà 50 000 morts à Gaza est nécessaire et requis pour les générations futures. Pour chaque personne tuée le 7 octobre, 50 Palestiniens doivent mourir. Je ne parle pas par vengeance, je parle d’un message aux générations futures </em>–<em> ils ont parfois besoin d’une </em>Nakba<em> pour ressentir le prix. Peu importe s’il s’agit d’enfants. </em>» La «&nbsp;<em>Nakba</em>&nbsp;» désigne la «&nbsp;catastrophe&nbsp;» des Palestiniens, c’est-à-dire l’épuration ethnique ayant conduit à l’exil forcé de plus de 700 000 personnes et à l’abandon ou à la destruction de 400 villages arabes entre 1947 et 1949. Une grande partie d’entre eux s’est retrouvée parquée dans les camps de réfugiés de la bande de Gaza. La planification de la <em>Nakba</em> par les dirigeants israéliens a été documentée, preuve à l’appui, par l’historien Ilan Pappé dans son ouvrage&nbsp;<em>Le Nettoyage ethnique de la Palestine</em>, publié en 2006.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335502_20('footnote_plugin_tooltip_335502_20_2');"><a id="footnote_plugin_reference_335502_20_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On se souvient alors du témoignage du soldat dont l’unité d’élite s’était rendue responsable d’un crime de guerre en Cisjordanie dans <em>Z32</em> d’Avi Mograbi, sorti en 2008. Pour protéger l’anonymat du jeune homme, le cinéaste avait placé un masque numérique sur son visage qui le faisait ressembler à s’y méprendre à quelqu’un que nous aurions pu connaître. Il devenait à la fois personne, et n’importe qui.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_335502_20() { jQuery('#footnote_references_container_335502_20').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335502_20').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_335502_20() { jQuery('#footnote_references_container_335502_20').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335502_20').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_335502_20() { if (jQuery('#footnote_references_container_335502_20').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_335502_20(); } else { footnote_collapse_reference_container_335502_20(); } } function footnote_moveToReference_335502_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335502_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_335502_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335502_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/naza/">NAZA</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Josh Siegel</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-josh-siegel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 10:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? « Portraits d’Amérique » part à la rencontre de celles et ceux qui font vivre les films et nous parlent de leur pratique. Ce...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-josh-siegel/" title="Read  Portraits d’Amérique — Josh Siegel">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? « Portraits d’Amérique » part à la rencontre de celles et ceux qui font vivre les films et nous parlent de leur pratique. Ce mois-ci : Josh Siegel, curateur au Museum of Modern Art de New York depuis plus de trente ans. Créateur du festival de films restaurés To Save and Project, il revient sur son apprentissage de la cinéphilie dans les salles disparues de Manhattan, la place du cinéma au musée et les difficultés croissantes de la préservation.</em></p>
<p><b>Vous avez grandi dans l’Upper West Side, à Manhattan. Quels souvenirs gardez-vous de votre découverte du cinéma à New York ?</b></p>
<p>Quand je pense à mon enfance, je pense surtout aux doubles programmes. Mes parents traversaient un divorce difficile quand j’avais six ans et se battaient pour ma garde… L’un des avantages, si je puis dire, de devoir affronter cette expérience quand on est enfant, c’était de pouvoir voir deux films pour le prix d’un. Mes parents m’emmenaient chacun au Metro et au Thalia, deux cinémas du quartier, mais aussi dans les autres salles de New York : le Regency, le New Yorker, le Theater 80 St. Marks… Beaucoup de salles qui n’existent plus aujourd’hui. J’associe donc certains films par paires. <em>Une journée aux courses</em> était toujours projeté avec <em>Une nuit à l’opéra</em>. Je pense encore très souvent aux films ainsi. Et ils étaient projetés en pellicule, donc il y avait toujours des petits incidents de projection : cela faisait partie du charme de l’expérience.</p>
<p>Plus tard, à Columbia, j’ai rédigé un mémoire sur les représentations de l’enfance dans les films de la Grande Dépression, mais qui portait aussi sur la littérature, la religion, la politique et l’art. Une opportunité s’est ensuite présentée au MoMA, où je travaille maintenant depuis trente-trois ans.</p>
<p><b>Quel rapport entretenez-vous avec le musée ? En quoi le lieu offre-t-il une autre manière de penser et de montrer le cinéma qu’une salle traditionnelle ?</b></p>
<p>Enfant, j’allais tout le temps au MoMA. J’adorais m’asseoir sur le dos de la chèvre de Picasso dans le Sculpture Garden. À l’époque, on pouvait le faire ; aujourd’hui, bien sûr, c’est interdit. Mais je trouvais également assez mystérieux et magique de pouvoir descendre au sous-sol et découvrir des films réalisés par des cinéastes dont je n’avais jamais entendu parler.</p>
<p>Je plaisante souvent en disant que l’une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais quitté le MoMA, c’est que lorsque j’en ai assez des gens du cinéma, je peux aller voir ceux du monde de l’art, et quand j’en ai assez d’eux, retourner voir les gens du cinéma. Mais plus sérieusement, l’avantage d’être dans un musée est de pouvoir travailler avec une collection extraordinaire, qui permet d’inscrire le cinéma dans une histoire plus vaste du modernisme, ou plutôt au sein de ses multiples histoires. Ce n’est véritablement que depuis une dizaine d’années que nous intégrons pleinement les images en mouvement dans les galeries. Trouver comment juxtaposer un tableau, une chaise, un film et une photographie n’est pas si simple : le film peut par exemple éclipser le tableau simplement parce que c’est une image en mouvement. À notre époque, les gens sont plus spontanément attirés par les images animées. C’est donc un défi amusant.</p>
<p>À la création du MoMA, Alfred Barr a déclaré que le cinéma était une forme d’art comme les autres et un médium propre au XXe siècle, devant un conseil d’administration, un public et un Hollywood très sceptiques. Walt Disney lui-même ne comprenait pas vraiment pourquoi nous voulions collectionner des dessins animés. Les studios jetaient leurs films : ils ne les considéraient pas comme des œuvres d’art, mais comme des marchandises jetables dont ils n’avaient plus besoin une fois leur exploitation en salles terminée.</p>
<p>C’est en grande partie grâce au MoMA et aux autres fondateurs de la Fédération internationale des archives du film que beaucoup de ces films ont été sauvés. Même aujourd’hui, il faut parfois encore défendre l’idée que le cinéma a sa place aux côtés des tableaux de Matisse ou des photographies de Cartier-Bresson. Je pense aussi que notre département a réussi à abolir les distinctions entre culture savante et culture populaire. J’étais très fier de faire entrer <em>Jackass</em> dans la collection permanente du MoMA, en l’inscrivant dans une très longue tradition de <em>slapstick</em> et de comédie cruelle qui remonte aux origines du cinéma !</p>
<p><b>Vous êtes arrivé très jeune au MoMA. Comment avez-vous appris le métier ?</b></p>
<p>J’étais censé travailler avec Steve Harvey, un curateur très aimé, qui était en train de mourir du sida. Il est décédé quatre jours avant mon arrivée et j’ai hérité des expositions qu’il avait laissées derrière lui. Cela a été un véritable baptême du feu : j’ai immédiatement été plongé dans des expositions qu’il fallait terminer dans des délais extrêmement serrés. Quand votre travail ressemble à la publication quotidienne d’un journal, vous n’avez pas le temps de prendre du recul : vous essayez de mettre les choses sur un écran avant une certaine échéance, tout en vous adaptant aux prêteurs, aux studios, aux archives et aux cinéastes eux-mêmes.</p>
<p><b>C’est également vous qui avez créé </b><b><i>To Save and Project</i></b><b>, le festival du MoMA consacré à la restauration. Comment ce projet est-il né ?</b></p>
<p>J’avais remarqué qu’il existait à Bologne un festival qui présentait toutes ces restaurations, alors qu’il n’existait rien de tel à New York. J’ai lancé <i>To Save and Project</i> pour des raisons finalement assez égoïstes, en me disant : « J’ai envie de voir ces films. Je n’ai pas réussi à voir tous ceux que je voulais à Bologne, donc je vais simplement les faire venir à New York et les regarder ici ! » C’était complètement copié sur Il Cinema Ritrovato ! Je me suis dit qu’il devait forcément exister à New York un public suffisamment important pour partager mon enthousiasme pour ces redécouvertes. Le festival posait un défi intéressant : comment partir de classiques familiers pour gagner la confiance des spectateurs et les amener ensuite à découvrir des films inconnus ? D’autant qu’à New York, la concurrence est énorme, non seulement avec les autres cinémas, mais avec toutes les autres formes de culture.</p>
<p>Tout le monde connaît <em>F for Fake</em> d’Orson Welles, mais peut-être pas <em>Une histoire immortelle </em>ou <em><em>The Deep</em></em>, un film qu’il n’a jamais terminé. C’est aussi pour cela qu’il faut dépasser les distinctions entre culture savante et culture populaire. Vous pouvez montrer des films d’action hongkongais et, dans le même temps, des documentaires de Sergei Loznitsa qui portent un regard critique sur la politique et les sociétés russe et ukrainienne.</p>
<p>Tout repose sur la confiance que vous établissez avec votre public. En fin de compte, il faut croire en ce que vous montrez, pour ne pas trahir votre public ni lui faire perdre son temps. C’est la seule manière, me semble-t-il, de le fidéliser : être capable d’expliquer pourquoi on aime quelque chose, ou pourquoi on le trouve intéressant.</p>
<p><b>Depuis la création du festival il y a plus de vingt ans, les conditions d’accès aux films ont profondément changé. La numérisation a notamment créé l’illusion que tout était désormais disponible. Comment cette évolution a‑t-elle transformé votre travail ?</b></p>
<p>Avant, je pouvais appeler Warner Bros et ils m’envoyaient littéralement un camion rempli de cassettes VHS pour mes recherches. Ils avaient tout en VHS et savaient ce qu’ils possédaient. Il y avait un type qui s’appelait Dick May et qui connaissait parfaitement leur catalogue. Je recevais des cartons de VHS que je pouvais regarder pour faire ma sélection. Aujourd’hui, très franchement, il faut aller sur le <em>dark web</em> pour trouver beaucoup de ces films ! Je n’hésite pas à le dire, parce que les studios ne les mettent pas à disposition des chercheurs ou des programmateurs comme moi, alors que nous avons besoin d’y accéder avant même de pouvoir leur payer les droits nécessaires à leur projection.</p>
<p>L’idée selon laquelle tous les films seraient désormais accessibles en streaming est évidemment absurde. En réalité, le catalogue disponible reste assez limité, et la disponibilité des œuvres dépend largement des algorithmes, des prix et récompenses, ainsi que de leur popularité. Il y a aussi une perte croissante du savoir et de l’expertise au sein des studios. Je travaille par exemple sur une rétrospective André de Toth. Beaucoup de ses films n’ont jamais été restaurés : nous ne pouvons pas compter sur des scans numériques, puisqu’ils n’existent pas, ni sur les studios eux-mêmes, qui ne savent pas nécessairement ce qu’ils possèdent. Nous devons trouver des copies un peu partout dans le monde, puis retourner voir les studios pour leur rappeler qu’ils possèdent ces œuvres.</p>
<p><b>Cette perte du savoir au sein des studios vous paraît-elle réversible ?</b></p>
<p>Non, je ne suis pas très optimiste. Les studios appartiennent aujourd’hui à des fabricants de papier toilette et à des conglomérats qui ont leurs propres impératifs vis-à-vis de leurs actionnaires. Ils ne vont pas gagner beaucoup d’argent avec une restauration d’André de Toth et c’est ça, le fond du problème. Mais comme Martin Scorsese le répète encore et encore, il est impératif de sauver notre patrimoine culturel, mondial comme américain. Il suffit de regarder la démocratie s’effondrer autour de nous. Les forces à l’œuvre aujourd’hui menacent donc davantage ce patrimoine qu’elles ne contribuent à sa préservation. L’effervescence culturelle et artistique de New York, ou d’autres villes de hipsters, ne reflète pas nécessairement les préoccupations de ces studios.</p>
<p><a href="https://www.college.columbia.edu/cct/latest/take-five/momas-josh-siegel-92" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><b>Vous avez dit aimer « </b><b><i>la littérature et la pensée sérieuse</i></b><b> », mais aussi les choses « </b><b><i>trash autant que n’importe qui</i></b><b> »</b></a><b>. Quelles sont vos passions inavouables du moment ?</b></p>
<p>« Trash » est un mot un peu méprisant… Si je l’ai utilisé, je n’aurais pas dû ! Je ne crois pas aux plaisirs coupables. Si un film ou un livre vous procure du plaisir, c’est qu’il y a quelque chose qui vous a touché, qui vous a fait rire ou mis en colère. Par exemple, j’adore les films avec Paul Rudd. Des films comme <em>I Love You, Man</em> ou <em>Role Models</em> me font énormément rire à chaque fois que je les vois. Je trouve que c’est un acteur véritablement drôle, qui possède aussi une certaine profondeur émotionnelle. Alors, est-ce que c’est <i>trash</i> ? Non, bien sûr que non. C’est même l’inverse, parce que ces films sauvent la comédie de l’oubli. Il y a aujourd’hui une véritable réticence à programmer des comédies dans les salles. L’une de mes théories, c’est que cela vient notamment du fait que les multiplexes possèdent des systèmes sonores qui ressemblent presque à des cercueils. Dans la plupart des cinémas aujourd’hui, le son est mort. C’est là que les comédies vont mourir : quand vous ne pouvez plus entendre les gens rire autour de vous parce que vous êtes dans une sorte de vide. Donc disons-le comme ça : Paul Rudd accomplit en quelque sorte l’œuvre de Dieu !</p>
<p><b>En trente-trois ans au MoMA, vous avez vu émerger et accompagné plusieurs générations de cinéastes. Qu’est-ce que cette durée change à votre relation avec eux ?</b></p>
<p>Je crois avoir été le premier en Amérique du Nord à montrer les films de Carlos Reygadas, Cristian Mungiu ou Paweł Pawlikowski, en particulier <em>Japón</em>, <em>Occident</em> et <em>My Summer of Love</em>. Plus récemment, j’ai également présenté <em>Some Kind of Heaven</em> de Lance Oppenheim. C’est gratifiant de se dire qu’on a parfois plutôt bon goût et de bonnes intuitions, mais surtout de voir ces gens construire de véritables carrières et développer des visions singulières. Cela se produit probablement en ce moment même avec certains films que nous montrons dans New Directors New Films ou dans Doc Fortnight. Si vous attendez dix ou quinze ans, beaucoup de ces gens auront des carrières extraordinaires.</p>
<p><b>Vous avez aussi inévitablement vu disparaître des cinéastes que vous connaissiez, admiriez, dont vous aviez programmé les films ou avec lesquels vous aviez noué des liens d’amitié. Y a‑t-il un cinéaste qui vous manque particulièrement, non seulement pour son œuvre, mais aussi pour sa présence ?</b></p>
<p>J’étais très proche de Jeanne Moreau, de John Frankenheimer, de Peter Hutton et de Ken Jacobs. Leur présence me manque terriblement. Ce sont des artistes que j’ai essayé de soutenir dès le départ, que j’ai accompagnés et auxquels je suis resté fidèle aussi longtemps qu’ils ont continué à créer. Ce sont aussi des gens auprès desquels on apprend énormément. Ils m’ont transmis des choses sur le cinéma que je n’aurais jamais pu apprendre autrement : sur le jeu d’acteur, le travail avec les réalisateurs, l’expérimentation avec différents formats ou différentes manières de présenter les films. Tout cela façonne ma manière de programmer, de parler des films, de les penser plus largement, à travers l’histoire, la politique ou d’autres formes artistiques.</p>
<p><b>Après trente-trois ans au MoMA, y a‑t-il encore un projet que vous rêvez de réaliser ?</b></p>
<p>Il y en a énormément. Le problème, c’est que j’ai toujours plus d’idées que je ne peux en réaliser. Il n’y a tout simplement pas assez d’heures dans une journée pour élever une famille, mener les projets sur lesquels je travaille, répondre aux 75 000 e‑mails qui m’attendent et réaliser tous ces autres projets dont je rêve. Cela fait beaucoup trop longtemps que je travaille sur un livre, une anthologie de textes d’écrivains latino-américains sur le cinéma. J’aimerais pouvoir dégager suffisamment de temps pour m’y consacrer sans être distrait par les douze autres expositions sur lesquelles je travaille en même temps.</p>
<p><b>Quel est le dernier grand film que vous avez vu ?</b></p>
<p>Il ne fait aucun doute que le film dont tout le monde va parler est <em>You Can See Everything</em> [NDLR : de Lance Oppenheim, coréalisé avec Nathan Fielder]. J’ai déjà très envie de le revoir, parce qu’il y a énormément de choses à démêler. C’est l’un des films les plus fascinants et les plus déconcertants que j’aie jamais vus. Il soulève de véritables questions d’éthique journalistique, mais aussi de performance, d’identité, de masque, de distinction entre personnage public et personne privée. Ce qui m’enthousiasme, c’est de voir de jeunes cinéastes explorer ce qui est encore possible au cinéma, tout en reconnaissant l’héritage de figures comme Herzog, Cassavetes ou Welles, qui ne se sont pas contentés de brouiller les frontières entre fiction et documentaire, mais les ont véritablement fait voler en éclats, de manière ludique, imaginative, perverse et subversive. Il y avait quelque chose de très intense et de très particulier lors de sa première au New York Film Festival. Je crois que nous avions tous conscience d’être face à quelque chose de choquant et de profond. Il y aura inévitablement un retour de bâton, comme toujours : tout le monde dira que le film a été excessivement encensé. Mais je ne le pense vraiment pas. Et je pense qu’il faut reconnaître à Lance Oppenheim que sa patte est perceptible partout. Quand on connaît son travail, on le retrouve dans chaque plan. Mais je pense aussi que le film propose un commentaire incroyablement autocritique sur la propre <em>persona</em> de Nathan Fielder. C’est le film qui m’a le plus enthousiasmé cette année ; je suis certain qu’il résistera à l’épreuve du temps.</p>
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		<title>Minotaure</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/minotaure-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 10:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi Andreï Zviaguintsev a‑t-il décidé de remaker La Femme infidèle de Claude Chabrol ? La réponse se trouve dans l’arrière-plan contemporain du récit (qui n’est pas une simple toile de fond), à savoir la guerre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/minotaure-2/" title="Read  Minotaure">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi Andreï Zviaguintsev a‑t-il décidé de remaker <em>La Femme infidèle</em> de Claude Chabrol ? La réponse se trouve dans l’arrière-plan contemporain du récit (qui n’est pas une simple toile de fond), à savoir la guerre en Ukraine. Le bourgeois rondelet campé par Michel Bouquet dans le film de 1969 laisse place à un entrepreneur mis sous pression par le maire de sa ville : il lui faut désigner quatorze employés qui seront envoyés au front, dans le cadre de la conscription nécessaire pour maintenir la bonne tenue de « l’opération spéciale » dictée par Poutine. Cette trame occupe une place secondaire par rapport à la ligne principale du scénario – toujours l’histoire d’un homme qui découvre que son épouse a un amant –, mais pas accessoire : elle est le ciment d’un dialogue souterrain que le film entretient avec celui de Chabrol. La question n’est donc pas seulement de comparer la reprise à l’original pour déterminer quelle version est la meilleure, mais de comprendre dans quelle direction Zviaguintsev emmène l’intrigue. Si l’on se prête au jeu des différences, on remarque que <em>Minotaure</em> s’attelle à <em>muscler</em> le scénario de <em>La Femme infidèle</em> et sa thèse. Chez Chabrol, l’assassinat constituait la continuité logique du mode de vie bourgeois du personnage : Charles ne tuait pas par amour ou jalousie, mais parce qu’il était dépossédé d’une de ses propriétés ; sa femme, mais aussi un vieux cadeau de mariage qu’elle avait refilé à son amant. Même l’arme du crime improvisé l’attestait : il s’agissait d’un bibelot décorant la garçonnière de l’amant, une babiole reflétant le cadre social dans lequel se combinait le triangle amoureux.</p>
<p>Là où le film de Chabrol était passionnant, c’était justement dans sa manière de donner corps à cette notion de « nature bourgeoise » par une mise en scène du végétal. La bascule vers la violence était notamment médiée par un jeu sur les fleurs et les plantes, tandis que le dénouement faisait du jardin scintillant de la famille le reflet des pulsions bourgeoises (le film finissait même englouti par le vert, dans un dernier plan hallucinant). Rien de tout ça chez Zviaguintsev – et à vrai dire tant mieux, car refaire Chabrol à la lettre n’aurait pas présenté beaucoup d’intérêt –, sinon une idée voisine : le personnage a cette fois une double nature, permettant de comprendre encore un peu mieux son glissement. C’est à cet endroit que le film trouve sa raison d’être : Gleb n’est pas seulement bourgeois, mais russe. Il est frappant que la scène la plus décevante du remake soit celle, centrale, de la traversée du miroir (filmée d’ailleurs telle quelle chez Chabrol, dont la caméra captait la bascule de Charles par l’entremise d’un reflet). Ce qui faisait le sel du crime — l’organisation de l’espace, l’évolution étrange de la conversation — est remplacé ici par la découverte d’une photo érotique (l’amant de son épouse est photographe) justifiant le coup de sang de Gleb. Mais si le segment est raté, c’est surtout parce qu’il ne permet pas d’accueillir le véritable horizon de la mise en scène de Zviaguintsev, qui s’attèle à réinscrire l’intrigue policière dans un contexte géopolitique, par des inscriptions en arrière-plan (des affiches) ou au premier (des graffitis) : « <em>Soutenez la mobilisation&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>Nique cette guerre</em> », etc. Ce redoublement des causes trouve son acmé dans une idée d’une balourdise étonnante : Gleb ne commet pas ici un meurtre, mais deux. Le premier est direct, tandis que le second implique pour le personnage de se servir justement du contexte de la guerre en Ukraine pour effacer les traces de son méfait. Le personnage cesse ainsi d’être le monstre ambivalent de Chabrol pour devenir un authentique salaud, avec pour conséquence le sacrifice de la suprême perversité irriguant le dernier acte du film de 1969. Ce que <em>Minotaure</em> gagne en clarté politique et acuité contemporaine, il le perd dès lors sur le reste : son écriture (filmique et scénaristique) aura substitué au récit mystérieux de <em>La Femme infidèle </em>(notamment sa fin, aux accents fantastiques) une fable démonstrative. Le sentencieux dernier plan, la tête dans les nuages, échoue alors à prendre la hauteur recherchée&nbsp;; il vaut plutôt comme allégorie d’un film qui, en adoptant un surplomb scénaristique, se sera éloigné du trouble et des non-dits de son modèle.</p>
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		<title>Le Jour de son retour</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-jour-de-son-retour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le cinéma de Hong Sang-soo a souvent été rapproché de celui de Rohmer, même si ses films relèvent rarement, à proprement parler, du conte moral. Du moins jusqu’à sa période récente, où l’attention portée à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-jour-de-son-retour/" title="Read  Le Jour de son retour">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le cinéma de Hong Sang-soo a souvent été rapproché de celui de Rohmer, même si ses films relèvent rarement, à proprement parler, du conte moral. Du moins jusqu’à sa période récente, où l’attention portée à la conduite des personnages accouche de considérations ouvertement éthiques. L’une d’elles revient de manière récurrente dans ses derniers films : il faudrait apprendre à <em>« voir les choses telles qu’elles sont</em> ». <em>Le Jour de son retour</em> en fait l’un de ses enjeux centraux : il s’agit de regarder le monde sans chercher immédiatement à l’interpréter. Ce refus herméneutique prend chez Hong une dimension directement spirituelle, quelque part entre le taoïsme et le bouddhisme, comme le suggère d’ailleurs l’une des journalistes interviewant le personnage principal. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-sous-vos-yeux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">De <em>Juste sous vos yeux</em></a> à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/walk-up/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Walk Up</em></a>, cette recherche de la clarté immanente accompagne un déplacement plus général : à la névrose masculine, au désir et à l’alcoolisme caractéristiques des figures hongiennes se substitue une expérience plus contemplative, voire un horizon de sérénité.</p>
<p><em>Le Jour de son retour</em> présente une structure volontairement rigide : une actrice, de retour au travail après plusieurs années d’absence, donne trois interviews à la même table d’un restaurant. Chaque discussion est filmée depuis un point de vue unique ; seuls quelques zooms et panoramiques viennent modifier le cadre. La sobriété croissante du cinéma de Hong n’efface pas pour autant les traits caractéristiques de son esthétique, mais les agence autrement&nbsp;: il y a certes moins d’alcool, les hommes ridicules et coureurs de jupons passent davantage au second plan au profit de personnages féminins centraux, et les grands jeux de bifurcation narrative laissent place à des variations plus discrètes à l’intérieur d’un même dispositif. Mais son sens de l’humour demeure, et l’alcool, bien qu’en quantité plus mesurée, reste un catalyseur d’honnêteté et d’embarras. C’est précisément ce qui se joue dans les entretiens : dès que l’actrice commence à boire, sa parole se libère, jusqu’à laisser affleurer une forme de repentir.</p>
<h2>Réintroduction</h2>
<p>La répétition, moteur central du cinéma de Hong, organise ici aussi bien la logique du film que ses détails. Les interviews se succèdent selon un dispositif presque identique, tandis que des éléments reviennent d’une scène à l’autre : certains sujets énoncés, la bière, le bruit de la cuisine qui interrompt les échanges aux mêmes moments, les rideaux que l’on ferme sur un extérieur surexposé parce que la protagoniste perd progressivement la vue (écho au flou de <em>in water </em>ou aux yeux ensanglantés d’<em>Au fil de l’eau</em><i><span style="font-weight: normal !msorm;">,</span></i> film<i><span style="font-weight: normal !msorm;"> inédit </span></i>de 2024 <i><span style="font-weight: normal !msorm;">qui sortira bientôt en salle</span></i>), ou encore la voix du réalisateur du film dans lequel joue l’actrice, présent lors des entretiens (mais maintenu hors du cadre), qui intervient à la fin de chacun d’eux. Ce dernier motif est aussi l’un des plus drôles : le cinéaste finit invariablement par flirter avec les journalistes (toutes des femmes), et va jusqu’à inviter la dernière à dîner. La figure de l’homme faillible qui occupait autrefois le centre du cinéma de Hong n’a donc pas disparu : il a juste été déplacé hors champ.</p>
<p>Mais plus encore que la répétition des entretiens, ce sont les intervalles les séparant qui donnent au film sa respiration. Après chaque rencontre, l’actrice sort fumer dans le jardin, comme si elle se libérait momentanément du poids de la parole. D’une séquence à l’autre, Hong la filme plus frontalement (d’abord de dos, puis de profil, et finalement de face), tandis qu’elle devient elle-même plus active, jusqu’à décider d’appeler l’une des journalistes pour lui demander de supprimer les passages les plus amers de son entretien, formulés sous l’influence de l’alcool. Cette dynamique se prolonge dans l’épilogue, lorsque l’actrice rejoue les interviews dans le cadre d’un cours de théâtre et modifie les réponses qu’elle aurait voulu formuler autrement. Le film retrouve ainsi, à une échelle réduite, le principe d’<em>Un jour avec, un jour sans</em>, en rejouant une situation pour tenter de trouver une issue plus juste. Si dans un film comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/introduction-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Introduction</em></a> Hong semblait chercher le réel au sein de la représentation, il explore ici la possibilité de la mimèsis de réparer, au moins symboliquement, les fautes des personnages. Dans la dernière séquence, une amie propose à l’actrice d’aller boire une bière. Tout dans le visage de cette dernière indique qu’elle voudrait accepter, mais elle refuse finalement pour rentrer auprès de sa fille, qui constitue d’une certaine manière le cœur secret du film – la petite reste hors champ, mais c’est précisément vers elle que tout le film semble conduire. Telle est la morale du<em>&nbsp;Jour de son retour</em> : la vie excède toujours ce que l’image peut en saisir, même si c’est le cinéma qui nous permet, à chaque nouvelle itération, de mieux discerner ce qui compte réellement.</p>
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		<item>
		<title>Low Expectations</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/low-expectations/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 10:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Low Expectations, présenté cette année à la Quinzaine des cinéastes, partage avec le cinéma de Joachim Trier, et en particulier Julie (en 12 chapitres), une même tendance à figurer la mélancolie dans un décorum douillet....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/low-expectations/" title="Read  Low Expectations">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Low Expectations</em>, présenté cette année à la Quinzaine des cinéastes, partage avec le cinéma de Joachim Trier, et en particulier <em>Julie (en 12 chapitres)</em>, une même tendance à figurer la mélancolie dans un décorum douillet. Le film suit Maja (Marie Ulven), musicienne dont la carrière s’est interrompue et qui retourne chez sa mère à l’approche de la trentaine ; elle travaille désormais dans un lycée et côtoie chaque jour des élèves ou des collègues qui, pour la plupart, ne semblent pas prendre la mesure de son désarroi. Sa route croise en particulier celle d’Aida, jeune lycéenne mal dans sa peau avec laquelle se noue un lien fait de confidences, et de Johannes, collègue quarantenaire lui aussi empreint d’une certaine solitude. À eux trois, ils dessinent une forme de permanence de la mélancolie, dont personne ne réchappe vraiment. L’intérêt du récit tient aux petits déplacements que leurs échanges opèrent chez Maja : sans l’extraire de ce cycle, ils lui ouvrent une voie vers l’acceptation de sa tristesse. Celle-ci prend alors aussi la douceur d’un cocon, rendue sensible par les choix de mise en scène du cinéaste. Le régime d’images majoritaire du film, ponctué de ralentis appuyés étirant les gestes et les regards, de musique pop vaporeuse et de lumières de fin du jour, entretient la joliesse d’un vague à l’âme dans lequel il deviendrait presque agréable de se lover.</p>
<p>Une scène aux deux tiers du film, assez réussie, met toutefois ce refuge à l’épreuve. Maja et sa mère discutent autour d’une table dans le salon, où le mobilier harmonieux compose un camaïeu de beige et la lumière ouatée adoucit les visages. Une fois la conversation terminée, les deux personnages quittent le champ tandis que la caméra reste fixe et s’attarde sur la table et les chaises vides. Hors champ, on entend alors Maja s’effondrer en sanglots. À cet instant, on a l’impression que la tristesse doit être évacuée de ce décor pour pouvoir enfin se faire entendre ; l’atmosphère cotonneuse qui enveloppe le personnage paraît soudain incapable d’en accueillir la douleur profonde. Hélas, cette percée demeure isolée : pour le reste, le film glisse sur la surface d’un mal-être dont le cinéaste nous épargne le poids.</p>
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		<item>
		<title>Les Misérables</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-miserables-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 10:29:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Je ne la voyais pas comme ça moi, la Révolution&#160;», avoue avec regret le camarade de chantier de Jean Valjean (Vincent Lindon) dans la scène d’ouverture des Misérables, dernière adaptation d’une œuvre que l’on ne...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-miserables-4/" title="Read  Les Misérables">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Je ne la voyais pas comme ça moi, la Révolution</em>&nbsp;», avoue avec regret le camarade de chantier de Jean Valjean (Vincent Lindon) dans la scène d’ouverture des <em>Misérables</em>, dernière adaptation d’une œuvre que l’on ne présente plus, tant la fresque historique a dépassé depuis longtemps sa source livresque. Après une lignée de comédiens populaires (Jean Gabin, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo et même Gérard Depardieu dans une version télévisuelle), prendre Lindon, acteur engagé, semble à première vue constituer un choix pertinent, chaque transposition charriant une certaine idée du <em>peuple</em> et, par extension, du film destiné au grand public. On pourrait même discerner dans la trajectoire de Valjean, enfant d’un siècle traversé par différents régimes qui ont réprimé les luttes sociales (le Directoire, l’Empire napoléonien, la Restauration et la monarchie de Juillet), victime de la traque insensée de l’inspecteur Javert (Tahar Rahim), la matrice du drame social auquel est habitué Lindon. Dans cette perspective, l’acteur se démarque par un jeu antithéâtral qui tire alors le récit vers une lecture anachronique du héros hugolien, notamment dans la scène où son personnage rencontre Javert et livre, en guise de présentation, un discours sur l’équité remettant en question le bien-fondé d’une justice punitive. &nbsp;La démarche de Cavayé tourne cependant rapidement le dos à cet horizon pour s’inscrire dans le sillage d’une autre tendance actuelle – ce que l’on pourrait appeler le blockbuster de patrimoine, production à mi-chemin entre l’esthétique de la série et le film en costume ronflant, dont les deux volets des&nbsp;<em>Trois Mousquetaires</em> et <em>Le Comte de Monte-Cristo</em> constitueraient le désolant mètre étalon. D’où l’étrange sentiment de voir se déployer une superproduction construisant ses personnages comme autant de réservoirs à <em>backstories</em>, par ailleurs&nbsp;esquissées à coup d’ellipses assemblées dans une trame déshistoricisée. Difficile de percevoir que l’itinéraire de Valjean (ses dix-neuf ans de bagne, son ascension à la tête d’une entreprise et son élection à la mairie de Montreuil-sur-Mer) est le produit des différents régimes politiques qu’il a traversés, tant le récit se développe sur une chronologie aux contours indistincts. Comment comprendre l’ascension et le déclin des Thénardier (Camille Cottin et Benjamin Lavernhe), aubergistes accédant à la petite bourgeoisie grâce à leur caractère de vautour (Monsieur pille des soldats morts après la bataille de Waterloo, tandis que Madame extorque Fantine, jouée par Noémie Merlant, et réduit sa fille à l’esclavage), sans la moindre précision concernant les mutations sociales qu’a connues la première moitié du XIX<sup>e</sup> siècle ? Pour combler les béances historiques, Cavayé se rabat sur de grandes oppositions abstraites&nbsp;: le bien et le mal, les riches et les pauvres, les ténèbres et la lumière – ce qui nous vaut peut-être un des plans les plus ridicules de cette énième adaptation&nbsp;(Causette soudainement aveuglée par la lumière quand Valjean arrive pour la sauver).</p>
<p>En somme, Fred Cavayé a‑t-il dépolitisé <em>Les Misérables</em> ? L’hypothèse est à nuancer, sans que la chose soit au crédit du film ; bien que les déterminations sociales des protagonistes soient complètement déréalisées, les modalités narratives du récit les enroulent dans une idéologie consistant à faire reposer des problèmes structurels sur la responsabilité individuelle. On en trouve l’exemple le plus parlant dans son traitement des violences policières, avec la figure de Javert. Cavayé apporte pourtant au personnage une épaisseur théoriquement fertile : ancien gardien de prison promu à la tête de la police parisienne, il serait le fils d’une femme tzigane qui l’obligeait enfant à voler des passants. Lorsque sa mère le laisse aux mains des forces de l’ordre, il devient alors un adulte obsédé par l’autorité et la rigueur, n’hésitant pas à employer des méthodes brutales envers la propre classe dont il est issu. La caractérisation du personnage est hélas simplifiée par le tour psychologisant que prend l’intrigue. Ainsi, le spectre de sa génitrice revient le hanter pendant les insurrections de 1832, après avoir contemplé depuis une fenêtre le massacre d’un groupe de manifestants qu’il a lui-même organisé. Dans la vision du monde que nous propose le film, la tuerie des barricades et la mort du jeune Gavroche ne sont dès lors pas les conséquences d’un système et d’une Histoire englobant l’ensemble des couches sociales, mais le résultat d’un trauma personnel. Le film est ainsi comme animé par un impensé bourgeois qui mine sa défense apparente des indigents, les pauvres étant représentés comme des êtres brutaux, incapables de porter leurs propres revendications, la seule figure énonçant un discours révolutionnaire étant Marius (Vassili Schneider), un bourgeois. On attend encore une version des <em>Misérables</em> qui mettrait le feu aux poudres.</p>
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		<title>Ni vue, ni connue</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Stratis Vouyoucas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:31:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Corinne Maclou (Isabelle Huppert), actrice ratée mais talentueuse, parvient à joindre les deux bouts en acceptant des figurations sur divers tournages plus ou moins prestigieux. Elle ne perd pourtant pas espoir d’obtenir un vrai rôle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ni-vue-ni-connue/" title="Read  Ni vue, ni connue">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Corinne Maclou (Isabelle Huppert), actrice ratée mais talentueuse, parvient à joindre les deux bouts en acceptant des figurations sur divers tournages plus ou moins prestigieux. Elle ne perd pourtant pas espoir d’obtenir un vrai rôle et distribue pour ce faire des CV à droite et à gauche sur les plateaux. Jusqu’au jour où elle croise Sandrine Kiberlain (dans son propre rôle), star «&nbsp;<em>déconnectée&nbsp;de la réalité</em> » (l’expression revient à plusieurs reprises), entourée d’une cour de flatteurs. Une amitié naît, forcément déséquilibrée, entre les deux femmes, à la fois sincères et intéressées, puis rapidement dépendantes l’une de l’autre. Sur le papier, ce concept intriguait, promettant une sorte de <em>screwball</em><em>comedy</em> contemporaine (dans le dossier de presse, Marc Fitoussi évoque d’ailleurs le côté <em>«&nbsp;hawksien&nbsp;»</em> de Sandrine Kiberlain), doublée d’une satire de l’entre-soi du cinéma français. De ce canevas, le cinéaste tire en vérité un scénario fait d’allers-retours répétant les mêmes situations : Kiberlain commence par rejeter Maclou, puis par se servir d’elle, avant de culpabiliser, de la prendre sous son aile, pour la rejeter à nouveau, et ainsi de suite. La belle idée de départ, qui consistait à faire de l’actrice française la plus célébrée une figurante, ne sert finalement qu’à multiplier les clins d’œil au spectateur en alignant des allusions aux œuvres prestigieuses qui ont fait la gloire de la star (<em>Madame Bovary</em>, les pièces de Bob Wilson, etc.). Pourtant, demander à une actrice dont le jeu est si immédiatement identifiable de jouer une parfaite anonyme en la faisant disparaître derrière son personnage, elle qui fait systématiquement le contraire, ressemblait à une gageure passionnante. Mais le parti pris reste à l’état de pitch : on dirait que Fitoussi ne croit pas lui-même au postulat de son film, qui ne plonge jamais dans l’excès et la folie sur lequel ouvrait son postulat.</p>
<h2>Isabelle</h2>
<p><em>Ni vue, ni connue</em> n’a par ailleurs hélas pas grand-chose à dire sur le monde du cinéma, sauf à égrener les éternels clichés : cinéastes concentrés et irascibles, acteurs égocentriques, figurants traités comme du bétail. Il y a bien sûr quelques scènes amusantes, comme lorsqu’un réalisateur engage au débotté une figurante pour assurer un petit rôle à la dernière minute, sur le tournage de <em>Madame Bovary</em>, soufflant la place à Corinne – Eva Huault, découverte dans <em>Shana</em>de Lila Pinel, ici vêtue d’une robe à crinoline. Mais lorsqu’il fait mine de poser un œil sur les rapports de classes, le film ne peut s’empêcher de sombrer dans la caricature : dans la scène où Maclou/Huppert invite Kiberlain/Kiberlain dans son petit appartement situé au septième étage, elle lui présente une amie à elle, agente, qui se révèle être évidemment une énorme ringarde. La séquence pourrait être drôle si elle n’était traitée avec une telle condescendance et pesanteur : à l’arrivée, on n’en retient que le regard dédaigneux porté sur ces femmes des classes moyennes et populaires. Un mépris dont Corinne Maclou est toutefois exemptée, puisqu’elle n’est incarnée par nulle autre qu’Isabelle Huppert ; aucun risque pour elle de paraître ringarde. Le talent de l’actrice inconnue se révélera bien sûr aux yeux de tous dans une scène à la fois improbable (la mise en scène ne fait jamais mine d’y croire) et attendue (le scénario nous y a largement préparés). L’idée louable de mettre en lumière les invisibles du cinéma par le truchement d’une star se retourne contre elle-même, à la faveur d’un <em>finale</em> parfaitement tautologique&nbsp;: la seule chance pour une anonyme d’accéder à la célébrité est d’être déjà célèbre. Dans le taxi la ramenant à l’hôtel de luxe auquel elle a enfin droit, Corinne tient contre son cœur le scénario du film où elle a finalement la place qu’elle mérite. Son titre&nbsp;? <em>Isabelle</em>.</p>
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		<title>Butterfly Jam</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/butterfly-jam-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:30:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le troisième film de Kantemir Balagov, repéré avec Tesnota, une vie à&#160;l’étroit puis Une grande fille, quitte la Russie pour la périphérie de New York (plus exactement le New Jersey, où vit une famille de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/butterfly-jam-2/" title="Read  Butterfly Jam">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le troisième film de Kantemir Balagov, repéré avec <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2017/vie-a-letroit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tesnota, une vie à&nbsp;l’étroit</em></a> puis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-grande-fille-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une grande fille</em></a>, quitte la Russie pour la périphérie de New York (plus exactement le New Jersey, où vit une famille de la minorité tcherkesse). Soit un cadre à&nbsp;mi-chemin entre le James Gray des débuts (communauté d’immigrants, tragédie familiale) et le réalisme poétique d’Andrea Arnold – on retrouve d’ailleurs <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bird-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Barry Keoghan et un oiseau</a>. Le récit suit les pas d’un jeune lutteur qui vit avec son père (Keoghan, donc, de nouveau en père pas totalement sorti de l’adolescence) et sa tante (Riley Keough), même si la nature des liens familiaux se devine au fur et à&nbsp;mesure, ménageant une forme d’incertitude et de porosité (le fils pourrait passer pour le petit frère, la tante pour la mère ou la nouvelle copine du père, etc.). Si le cinéma de Balagov s’est déplacé, il n’a pas renoncé à&nbsp;ses ambitions&nbsp;: la nervosité de la caméra à&nbsp;l’épaule, qui filme les corps de près, n’est pas là seulement pour nous plonger dans un bain de réalisme, mais pour fixer une norme de mise en scène dont le cinéaste va s’écarter ponctuellement, afin de saisir un trouble insondable. Il y&nbsp;a des beaux moments dans <em>Butterfly</em> <em>Jam</em>, qui tiennent au déphasage des acteurs&nbsp;: Harry Melling joue ainsi une figure indécidable (ami de la famille&nbsp;? cousin ?) qui rejoint la galaxie des personnages de Balagov atteints de dissociations énigmatiques et de maladies mystérieuses&nbsp;; par moments, il s’absente à&nbsp;lui-même, dans un état proche de la catalepsie. Ce qui est émouvant, aussi, tient à&nbsp;la manière dont le découpage montre comment les personnages comprennent tacitement les particularismes psychiques des uns et des autres, pour organiser une circulation d’affects s’exprimant par des gestes et des micro-attentions.</p>
<p>Deux bémols, toutefois. Le premier, c’est que pour opérer un pas de côté, le film doit adopter comme régime d’écriture majoritaire un réalisme embarqué&nbsp;; la proximité des corps, notamment dans les scènes de lutte, induit une forme d’agitation brouillonne et démonstrative. Le second, c’est que le scénario contrarie parfois l’élan vers le mystère, soit par le symbolisme (le rôle joué par un pélican sauvage), soit par un redoublement scénique (un combat de lutte est le théâtre de la résurgence d’une violence sexuelle représentée plus tôt), soit encore par le coloris (le rose du pélican finit par déteindre sur presque tous les vêtements et même la lumière). Et si le découpage est localement fin, l’armature du récit, elle, reste trop lisible au regard de l’ambivalence recherchée par le film&nbsp;: il s’agit d’une histoire de malédiction familiale, où l’amour comme la haine se transmettent selon un principe de chaîne et de contamination. En atteste la fin du film, qui tourne autour d’un secret inaccessible pour les personnages (le prénom à&nbsp;donner à&nbsp;un nouveau-né) mais pas pour le spectateur, qui a&nbsp;compris de quoi il en retournait. Très belle idée, que le film escamote par un dernier petit décalage inattendu (on n’en dira pas plus) qui présente le paradoxe, malgré ses atours étranges, de solidifier le cap du récit. C’est une contradiction courante du cinéma de festival&nbsp;: la recherche d’une complexité bute sur le fléchage dont témoigne le scénario, pour qu’on ne passe pas non plus à&nbsp;côté des intentions du film. Balagov cherche encore le juste milieu, même s’il faut reconnaître que <em>Butterfly Jam</em>, moins volontariste que ses précédents films, témoigne d’une attention certaine pour les acteurs – tous remarquables, Melling en tête, par sa manière d’osciller entre la gesticulation bouffonne et le vertige, lorsque l’abîme en lui remonte à&nbsp;la surface de son visage.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Le cinéma français face aux fantômes de l’Occupation</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/le-cinema-francais-face-aux-fantomes-de-loccupation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Table ronde]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année, pas moins de quatre films français – par ailleurs très différents les uns des autres –, ont investi avec plus ou moins de réussite la période de l’Occupation : Les Rayons et les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/le-cinema-francais-face-aux-fantomes-de-loccupation/" title="Read  Le cinéma français face aux fantômes de l’Occupation">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Cette année, pas moins de quatre films français – par ailleurs très différents les uns des autres –, ont investi avec plus ou moins de réussite la période de l’Occupation : </strong><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong><em>Les Rayons et les ombres</em></strong></a><strong>, <em>La Bataille de Gaulle (</em></strong><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong><em>volet 1</em></strong></a><strong><em> et </em></strong><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-jecris-ton-nom/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong><em>volet 2</em></strong></a><strong><em>)</em></strong><strong>, </strong><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/notre-salut-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong><em>Notre salut</em></strong></a> <strong>et </strong><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/moulin-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong><em>Moulin</em></strong></a><strong>. Que nous raconte l’auscultation de cette période trouble, alors que le spectre d’un retour de l’extrême droite n’a jamais été aussi présent ?</strong></p>
<p><strong>Josué Morel</strong> : L’idée de cette discussion est de se demander, au-delà du jugement critique porté sur chaque film (égalité parfaite à <em>Critikat </em>: <em>Notre salut</em> et <em>Moulin</em> ont fait l’objet de textes positifs, contrairement à <em>La Bataille de Gaulle</em> et <em>Les Rayons et les ombres</em>), quel tableau général dresse ce petit ensemble. Adrien, tu as écrit la critique du film d’Emmanuel Marre, qui t’a beaucoup intéressé. Je commencerais par une question évidente : pourquoi, selon toi, ce retour aux années 1940, là, maintenant, en 2026 ?</p>
<p><strong>Adrien Mitterrand-Munch :</strong> Depuis plusieurs décennies , on assiste à la résurgence de thèmes et de raisonnements que l’on pensait à tort ensevelis par l’Histoire, ou alors repoussés à la marge. Dernièrement, les crimes des nazis, de même que la complicité active du régime de Vichy, sont régulièrement relativisés, quand ils ne sont pas ouvertement niés par des personnalités politiques de premier plan. Je pense que si on rajoute à ce panorama la crainte légitime que la France se retrouve, pour la première fois depuis les années 1940, dirigée par un gouvernement d’extrême droite, on peut facilement imaginer les causes de ce besoin de regarder une fois de plus la période de l’Occupation, à la lumière des préoccupations de notre époque.</p>
<p><strong>J. M. </strong>: Il faut sûrement préciser un double fait relativement récent sur le pétainisme qui va dans le sens de ton propos : d’une part, <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/journal-de-8-h/propos-de-macron-sur-petain-l-elysee-retropedale-3929446" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la complaisance de Macron à son égard</a>, de l’autre <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/04/02/eric-zemmour-condamne-a-10-000-euros-d-amende-apres-avoir-declare-que-philippe-petain-avait-sauve-les-juifs-francais_6589971_3224.html?srsltid=AU7gw4WQ_iYRJkxn_CMWWZiJZfNGW12aPvrmxPbgwnzgGACJG9v8_OC-" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le révisionnisme&nbsp; de Zemmour</a> (condamné pour ces propos), qui trouva des excuses au Maréchal, tout en singeant l’appel du 18 juin de De Gaulle pour l’annonce de sa candidature en 2022.</p>
<p><strong>A. M. M. </strong>: L’exemple que tu donnes illustre à quel point nous vivons une époque de grand confusionnisme. Peut-être doit-on en déduire une volonté de certains cinéastes de « s’éclaircir les idées » sur la question. Mais en y regardant de plus près, tous ces films résultent en réalité de démarches très différentes.</p>
<p><strong>J. M.</strong> : Oui. Mettons à part pour le moment le cas de <em>Moulin</em>, qui semble moins directement en prise avec une actualité politique franco-française. On pourrait réinscrire les trois autres dans une généalogie récente. Pour Giannoli, le film prolonge distinctement son adaptation d’<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/illusions-perdues-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Illusions perdues</a> </em>: on y retrouve une critique du monde de la presse faisant écho à des préoccupations plus contemporaines – avènement des <em>fake news</em>, concentration des médias dans les mains de financiers privés, etc. <em>La Bataille de Gaulle</em> paraît quant à lui creuser une stratégie industrielle aux accents nationalistes : après <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-trois-mousquetaires-dartagnan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Les Trois Mousquetaires</a></em> et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-comte-de-monte-cristo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Comte de Monte-Cristo</a></em>, De Gaulle serait le nouvel avatar de superproductions mettant en avant le patrimoine français, cette fois-ci sous un angle historique, mais pas moins romanesque. Enfin, <em>Notre salut</em> dresse un parallèle très net entre le climat politique de ces dix dernières années et le système de Vichy, tout en s’inscrivant dans une histoire des formes. On pourrait même avancer l’hypothèse qu’il est, comme <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/2024-rattrapages-et-revisions/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Zone d’intérêt</a></em> avant lui, le fruit des évolutions récentes de l’historiographie de cette période (on pense par exemple aux travaux de Johann Chapoutot, qui ont éclairé entre autres choses l’importance des théories du management au sein de l’idéologie nazie)</p>
<h2>Le bon personnage</h2>
<p><strong>J. M</strong>. : Si j’ai un peu plus de réserves que toi sur <em>Notre salut</em> (cf. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le texte publié après sa présentation cannoise</a>), je lui trouve une qualité non négligeable dans le débat que nous avons&nbsp;: j’ai l’impression qu’il a trouvé vraiment le bon personnage pour entrer dans la période qu’il s’attelle à circonscrire. Le petit fonctionnaire campé par Swann Arlaud permet, comme le montre le premier plan, de faire une radiographie d’un milieu : le film s’ouvre sur Henri Marre, avant que la caméra ne décentre pour révéler une soirée où se trouvent de futurs collaborationnistes. L’idée est simple : on va partir d’un point intime (le personnage est inspiré par le grand-père du cinéaste), dans un mouvement qui articule le particulier au général. C’est une stratégie didactique, posée de façon claire.</p>
<p>Or je ne crois pas qu’il en soit de même pour<em> Les Rayons et les ombres</em> et <em>La Bataille de Gaulle</em>. Devant ces films, je me suis d’ailleurs fait une réflexion commune : au fond, j’aurais voulu qu’il se concentre davantage sur des figures plus passionnantes que celles qui occupent le premier plan – Otto Abetz pour le premier, l’amiral Darlan pour le second. Abetz, par exemple, est un spécimen rare : un nazi francophile qui œuvre pour la Collaboration quand Berlin se montre sceptique sur ce mode de gouvernance. La figure de Luchaire, qui en plus est édulcorée par le scénario (on y reviendra), rabat au contraire le film sur un récit plus classique (des failles humaines et affectives) et une lecture allégorique à gros traits – la maladie du personnage renvoie plus largement à la gangrène de la France occupée. Dans <em>De Gaulle</em>, la question est un peu différente, puisque Baudry se concentre sur un personnage positif, même s’il essaie d’insuffler une pseudo-complexité en faisant mine d’égratigner De Gaulle et sa grandiloquence. Mais la figure reste, sur le plan du scénario, pas très passionnante pour questionner la sinuosité des rapports de force que le récit s’attelle à restituer. De Gaulle, au fond, est un homme grand et droit, quitte à être un peu raide – c’est sa principale caractéristique. On reste dans l’image figée de «&nbsp;l’homme qui a dit non&nbsp;», quand Marre fait montre d’une tactique plus maligne : un personnage à la marge qui aspire à être au centre, un médiocre qui s’aveugle sur sa réussite très relative et dont les «&nbsp;qualités&nbsp;» résonnent avec le <em>bullshit </em>de la technocratie contemporaine.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-335473 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation.jpg" alt width="1920" height="1080" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation.jpg 1920w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation-1536x864.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Notre-salut-table-ronde-le-cinema-francais-face-a-lOccupation-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px"></a>
<p><strong>A. M. M. </strong>: C’est une bonne manière de faire un lien entre les films. Giannoli a de son côté une approche romanesque (il le revendique même dans son titre, emprunté à Hugo). Ses choix de mise en scène, ainsi que les situations sur lesquelles il se concentre, sont toujours motivés par une volonté d’expliquer les agissements du personnage. Jean Luchaire a une bonne raison d’être attiré par la richesse parce qu’il est ruiné et doit donc s’en remettre à des malversations – c’est ouvertement un escroc. Cela ne veut pas dire qu’on le pardonne, mais finalement, tout s’explique, ce qui ne laisse plus de place au trouble, et à la complexité que le film revendique. C’est une approche au contraire cadenassée, où le récit dicte la manière dont s’agencent les scènes, en liant par exemple les radiographies montrant la progression de sa maladie et son avancée dans la collaboration.</p>
<p>Les films de Baudry, c’est autre chose : tout concourt à un mythe que l’on observe en connaissant la fin. On assiste à la fabrication de la légende De Gaulle, à l’accomplissement d’une destinée (qui serait aussi celle de la « vraie France »), et ce dès la première scène, depuis le moment où il se dresse droit comme un pic face à un panzer.</p>
<p><em>Notre salut</em> est certainement le seul qui se risque à chercher une vérité derrière le terme de «&nbsp;collaboration&nbsp;», en se concentrant sur l’ancrage matériel des événements, et c’est quelque chose qui est en rapport, comme tu le disais, avec l’historiographie récente. Tout comme les historiens, mais avec les moyens du cinéma, Marre essaie d’approcher la période au temps présent, de la traverser auprès de personnages qui ne connaissent pas le «&nbsp;sens de l’histoire&nbsp;». Pour ce faire, il replace leurs actes dans un quotidien, dans la spontanéité des dialogues plus que sur un récit très écrit. Et c’est vrai que le cinéma offre des moyens intéressants pour une pareille entreprise : il permet de créer les conditions d’une reconstitution sous la forme d’une simulation. En observant cet homme dans un milieu défini, et dans des situations qui nous sont familières, on voit comment les choses se déroulent, comment on s’assoit à une table en face d’un officier nazi sans réussir à lui refuser quoi que ce soit, etc. C’est plus la manière dont les choses se déroulent qui intéresse Marre : voir «&nbsp;comment&nbsp;» telle ou telle action se produit, c’est aussi entrevoir pourquoi une telle dérive a pu se produire.</p>
<p><strong>J. </strong><strong>M.</strong> : Je suis en partie d’accord, mais avec une réserve sur l’idée de spontanéité : il me semble qu’au contraire le film est surtout – et c’est au fond ma principale limite – bien construit et dosé. Plus que la spontanéité, ce qui me frappe est la manière dont le montage, de façon par endroits assez précise, aménage des contrepoints, des décalages, etc. Ce n’est pas incompatible avec ce que tu décris, mais je trouve qu’à l’arrivée, le film tient plus de l’étude de caractère approfondie que de la stricte simulation, du rejeu improvisé de l’administration vichyste.</p>
<p><strong>A. M. M.</strong> : C’est vrai, mais cette manière de conjuguer cette dissociation des regards entre lui et sa femme à des scènes qui ouvrent sur un certain degré d’improvisation «&nbsp;au présent&nbsp;» m’apparaît justement très convaincante.</p>
<p><strong>J. M.</strong> : Le film cultive par ailleurs également une veine romanesque, mais autrement que chez Giannoli : je pense aux lectures épistolaires, qui au-delà de la beauté du texte travaillent une ambivalence par le passage entre le «&nbsp;tu&nbsp;» et le «&nbsp;vous&nbsp;», l’oscillation entre la tendresse et la cruauté d’une femme déçue, etc. C’est très écrit – c’est d’ailleurs la base historique et intime sur laquelle se fonde le film. Mais la différence de ce romanesque avec celui de Baudry et de Gianolli, c’est l’absence de dimension métaphorique. Par exemple, la fin de <em>De Gaulle</em> produit une opération assez extraordinaire : la figure du Général se mêle à celle de la flamme du Soldat inconnu, et à la faveur d’un raccord, le grand homme devient littéralement la place de l’Étoile. On ne peut pas faire plus clair sur la monumentalisation. Après tout, pourquoi pas : Ford proposait une logique analogue à la fin de <em>Vers sa destinée</em> en s’achevant sur la statue de Lincoln au mémorial de Washington. Mais ici, c’est plus grossier (De Gaulle devient le cœur d’un organisme, Paris et la France toute entière). Marre, lui, reste plus terre-à-terre, en dépit d’une conclusion sur un ciel déclinant. Il reste au ras du sol, voire au ras de la nuque, pour suivre le regard tronqué de son personnage.</p>
<p><strong>A. M. M. : </strong>Plus qu’au ras du sol, je dirais au jour le jour. Je trouve que le rapport au temps joue beaucoup dans <em>Notre salut</em>. On assiste à l’improvisation d’une dictature au rythme des semaines et des saisons qui passent. Il y a par exemple l’ambiance un peu suspendue d’un été au bureau, alors que des collègues sont en vacances, et qu’on ne peut pas attendre leur retour pour prendre des décisions. C’est une situation qui n’a de prime abord rien d’exceptionnel, sauf qu’ici, c’est d’une rafle dont il s’agit. Le vertige vient de la question de discerner (ou non, dans son cas) l’Histoire quand elle surgit dans notre quotidien.</p>
<p><strong>J. M. </strong>: Pour revenir à notre horizon comparatif, il faut dire que le film a pour lui de venir juste après <em>Les Rayons et les ombres</em> – l’exercice de la mise en miroir le met en valeur. Le titre de Giannoli, en reprenant Hugo, opte par ailleurs pour un titre métaphorique qui annonce un programme trompeur, celui d’une radioscopie en clair-obscur, pleine de nuances. Avec l’idée qu’il y aurait deux données, deux choses qu’il faudrait envisager conjointement pour y voir plus net.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-335410 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation.jpg" alt width="2560" height="1073" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation-1024x429.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation-768x322.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation-1536x644.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation-2048x858.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation-980x411.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Moulin-table-ronde-occupation-2000x838.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2><strong>Duels</strong></h2>
<p><strong>A. M. M.</strong> : Cela sonne comme une évidence : la dualité est au cœur des films qui se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais elle peut se définir de manières très différentes – ce dont témoignent les films qu’on est en train d’évoquer. Par exemple, dans les <em>De Gaulle</em>, ce n’est pas tant une lutte de la France libre contre l’Allemagne nazie, mais plutôt un duel entre deux Frances : la vraie, l’éternelle, incarnée par De Gaulle et ceux qui le rejoignent, contre la France qui fait fausse route. Ce n’est donc pas étonnant, quand on envisage les films sous cet angle, que les nazis y soient si peu présents.</p>
<p><strong>J. M.</strong> : Voire une lutte des Français contre les Américains, surtout. Dans la deuxième partie, le grand méchant, c’est Roosevelt. Avec un parallèle assez hallucinant : le film oppose l’homme qui se tient droit, De Gaulle, à celui qui ne peut même pas se lever (le président des États-Unis, paralysé dans son fauteuil).</p>
<p><strong>A. M. M</strong>. : La manière dont est traité le personnage de Roosevelt est en effet assez surprenante, et pas dans le bon sens du terme. Il est filmé comme un antagoniste de film hollywoodien à contre-jour derrière son bureau, il ne lui manque qu’un chat sur les genoux. C’est assez ironique que le film ne cesse de réaffirmer que De Gaulle a permis à la France de résister également à la domination des États-Unis, en reprenant une esthétique un peu inspirée de blockbusters américains.</p>
<p>À bien y réfléchir, il n’y a finalement que <em>Moulin </em>qui s’articule intégralement autour d’un affrontement entre l’Allemagne nazie et la Résistance française, avec deux figures majeures de chaque camp. Jean Moulin, héros et martyr de la Résistance, face à Klaus Barbie, le chef de la Gestapo lyonnaise, surnommé «&nbsp;le boucher de Lyon&nbsp;». L’opposition est absolue : il n’y est pas question de nuances. Pour autant, Nemes ne s’intéresse pas tant que ça à la période en elle-même : elle sert plutôt de scène de théâtre sur laquelle se jouerait, une nouvelle fois, l’éternel affrontement entre le Bien et le Mal, ou plutôt l’éternelle et insoutenable résistance du Bien contre le Mal.</p>
<p><strong>J. M. </strong>: Je suis d’accord pour dire que l’enjeu de <em>Moulin </em>est ailleurs. Même si la dualité est aussi interne : échapper à la mort ou se précipiter dans ses bras, pour ne pas parler sous la torture.</p>
<p><strong>A. M. M. :</strong> Oui, résister reviendrait à réussir à être à la hauteur. Et face à un être aussi maléfique que Barbie, cela nécessite de dépasser les limites humaines du commun des mortels.</p>
<p>Dans <em>Notre salut</em>, il serait intéressant de se demander ce que le personnage affronte. Son principal problème, de son point de vue, c’est de ne pas réussir autant qu’il le voudrait. Son principal antagoniste, par conséquent, ne serait autre que lui-même. Mais il n’envisage aucun embranchement, n’imagine pas une autre voie. C’est justement l’absence de dualité dans sa perception des choses qui est le grand problème. Le chemin à suivre ne peut être, pour lui, que celui tracé par le maréchal Pétain.</p>
<p><strong>J. M.</strong> : Il y aurait peut-être un bref moment où on voit quand même qu’il avale une couleuvre, qu’il est confronté à une contradiction interne. C’est dans la dernière partie, lorsque le personnage entend, lors d’un meeting d’un avatar de Doriot, que le futur de la France passe par l’Allemagne, alors qu’il a toujours tenu une ligne souverainiste. D’ailleurs, ça, c’est un commentaire direct, je pense, de l’actualité : le film pointe sans détour que les grands patrons participent activement à cette nazification.</p>
<p><strong>A. M. M.</strong> : Et Jean Luchaire alors, à quoi doit-il faire face ?</p>
<p><strong>J. M.</strong> : Là encore, un mal intérieur, sa propre corruption… Mais au fond, au risque d’être un peu provocateur, il me semble que le vrai adversaire du film, c’est la vision supposément unanimiste de l’Histoire, dans laquelle il faudrait ramener de la nuance. Le début est limpide là-dessus : l’ennemi, c’est le récit gaullien d’une France propre, qui serait restée droite dans ses bottes.</p>
<p><strong>A. M. M.</strong> : Voilà, en gros, de dire «&nbsp;c’est plus compliqué que ça&nbsp;».</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-335411 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation.jpg" alt width="1800" height="754" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation.jpg 1800w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation-1024x429.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation-768x322.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation-1536x643.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/10/Les-Rayons-et-les-ombres-table-ronde-loccupation-980x411.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1800px) 100vw, 1800px"></a>
<h2><strong>Au royaume des aveugles</strong></h2>
<p><strong>J. M.</strong> : Ce qui est intéressant, c’est que cette question des «&nbsp;rayons et des ombres&nbsp;» est également au cœur du film de Marre. Cf. la scène d’ouverture, mais aussi celle qui achève de décrédibiliser pour de bon le personnage, où il va près de la ligne de démarcation pour une mission supposément importante. En vérité, son but est de récupérer le chat d’un dignitaire vichyste. Sa virée dans la nuit est filmée alors à la torche : on a l’impression d’un lapin pris dans les feux d’une voiture. D’une certaine manière, le titre du Giannoli pourrait aussi s’appliquer à <em>Moulin</em>. Mais cette fois, le film va très loin dans sa plongée dans les ténèbres, et sa manière de faire de l’Occupation une nuit sans fin. Marre, en dépit des petits effets dont on a beaucoup parlé (notamment les anachronismes), vise quelque chose de moins abstrait, de plus ancré dans une quotidienneté.</p>
<p>J’ai l’impression en revanche que la question qui intéresse vraiment Nemes est plastique : l’Occupation est pour lui une affaire de lumière, ou plutôt de pénombre radicale. Giannoli opte de son côté pour une option plus intermédiaire et nécessairement insatisfaisante : il joue la carte de l’atmosphérique (l’Occupation y est vécue comme une saoulerie presque permanente, accompagnée de ses phases de gueule de bois), tout en voulant être un film conséquent sur son plan historique, qui voudrait éclairer une époque qu’on connaîtrait en vérité assez mal. Son horizon, via un dispositif rétrospectif, c’est de raconter les choses comme elles se seraient véritablement passées. Promesse fallacieuse, d’une part parce que le principe narratif n’est pas tenu – on délaisse assez vite le point de vue de Corinne Luchaire&nbsp;–, et de l’autre parce que la narratrice n’est évidemment pas impartiale. Sur la lumière, par ailleurs, son rapport au gris et à la nuance ouvre sur un horizon<em> in fine</em> très académique. Et son aspiration à la «&nbsp;complexité&nbsp;» accouche d’une fausse neutralité assez artificielle, quand Nemes et Marre tiennent un point de vue jusqu’au bout – même si leurs films n’ont pas grand-chose à voir.</p>
<p>Dans <em>Notre salut</em>, les nazis sont par exemple montrés comme des fonctionnaires qui aiment bien manger et sont ramenés à des petits arrangements et renvois d’ascenseurs entre bureaucrates. Dans <em>Moulin</em>, ils sont davantage des apparitions terrifiantes surgissant du noir. Plus largement, il me semble que <em>Moulin</em>, comme je l’ai évoqué dans ma critique, rejoint une famille de films français (<em>L’Armée des ombres</em>, <em>M. Klein</em>) non réalistes et qui ont tenté, par les voies de l’abstraction, de capter quelque chose de l’humeur de l’époque. En comparaison, la direction choisie par Giannoli est beaucoup plus convenue.</p>
<p><strong>A. M. M.</strong> : En plus d’être parfois involontairement ambiguë : l’idée de rétablir une forme de vérité qui se voudrait grise est une pente glissante. On arrive vite à «&nbsp;chacun a ses raisons&nbsp;», parce qu’on veut faire un beau personnage. Et à l’arrivée, on compte les points, dans l’optique de soupeser son âme. Le constat relativiste qui en découle est tout de même assez problématique.</p>
<p><strong>J. M.</strong>: Si je trouve qu’il y a un écart sensible entre les films, on peut tout de même dire qu’il y a une dimension analogue chez Giannoli et Marre : les deux essaient, à des degrés divers, de réinsuffler de l’ambivalence et du trouble chez leurs personnages. C’est plus réussi chez Marre, mais il y a des moments où je sens tout de même la fabrique, comme lors de la bascule vers Paris, avec l’ellipse qui suspend une forme de jugement : Henri est-il seulement stupide, comme semble le signifier son interlocuteur, ou est-ce qu’il s’aveugle sincèrement sur ses convictions, d’où son refus de dénoncer son ex-supérieur&nbsp;? Même s’il n’y a pas ici d’ambiguïté comme pour la figure de Luchaire, le récit doit tout de même par moments remettre un peu d’huile dans le moteur.</p>
<p><strong>&nbsp;A. </strong><strong>M. M.</strong> : La grande différence entre les deux, c’est tout de même que le film de Marre ne cherche pas à exonérer (même partiellement, ou involontairement) son personnage. La complexité repose au contraire sur un vrai trouble, alors qu’on regarde un homme aveuglé, qui traverse la période sans questionner ce à quoi il contribue. De son point de vue, les années&nbsp;1940, c’était surtout beaucoup de boulot.</p>
<p><strong>J. M.</strong> : Indéniablement. Là où le film de Giannoli, qui se penche sur un personnage s’aveuglant sur son comportement, fait preuve lui-même de cécité.</p>
<p><strong>A. M. M. </strong>: À ce propos, il est intéressant de questionner ce qu’il retient de la vie de Jean Luchaire. Pas au sens où il faudrait juger sa fidélité à l’Histoire, mais pour savoir ce que Giannoli a choisi d’exclure, et pour quelles raisons. Par exemple, la période qui aurait pu servir de base à un film entier sur Luchaire, c’est celle de l’exil des vichystes et collaborationnistes parisiens à Sigmaringen, en 1944. Jean Luchaire a joué un rôle de premier plan à ce moment-là. C’est même en un sens l’aboutissement de sa «&nbsp;carrière&nbsp;». Il devient ministre de l’Information, il tient une radio de propagande… Si on avait vu cela, la trajectoire du personnage n’aurait pas du tout été la même, car sa collaboration n’a été que croissante.</p>
<p><strong>J. M. </strong>: C’est très important, ce que tu précises : historiquement, sa collaboration était croissante, alors que tout ce que nous montre le film, c’est au contraire une déliquescence.</p>
<p><strong>A. M. M.</strong> : Exactement. D’ailleurs que retient Giannoli de ces derniers mois du régime en déroute&nbsp;? Une scène dans une auberge où ils ont peur, où tout le monde est au bout du rouleau. Il se passe une chose, une seule : il demande à sa fille de moins boire. Comment est-on passé de ce contexte historique absolument passionnant à quelque chose d’aussi insignifiant ?</p>
<p><strong>J. M. </strong>: D’une certaine manière, le film est contradictoire. Il commence par nous dire «&nbsp;non non, vous allez voir, c’est plus compliqué&nbsp;», et finalement, on a l’impression qu’il est effrayé par la dimension la plus problématique de son personnage, alors même que le plus passionnant est théoriquement là.</p>
<p><strong>A. M. M.</strong> : On aurait par exemple pu nous lire ne serait-ce qu’un petit extrait de n’importe quel passage d’Ici la France, la radio qu’il dirige. Ou observer cet idéologue plongé dans la période finale de la collaboration avec l’Allemagne nazie.</p>
<p><strong>J. M.</strong> : Oui, ou même imaginer un dispositif qui consisterait, dans l’épilogue, à présenter toutes les pièces à conviction laissées hors-champ, pour produire un vertige – il y avait de quoi faire. Je suis d’accord pour dire qu’en comparaison, le film de Marre trouve un chemin beaucoup plus percutant pour rendre compte des ambivalences de la période.</p>
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		<title>La critique doit-elle prendre part à la bataille culturelle ?</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/la-critique-doit-elle-prendre-part-a-la-bataille-culturelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La critique de cinéma peut-elle rester à l’écart de la bataille culturelle qui se joue en ce moment, alors que les idées d’extrême droite ne cessent de progresser dans l’espace public ? Est-ce seulement un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/la-critique-doit-elle-prendre-part-a-la-bataille-culturelle/" title="Read  La critique doit-elle prendre part à la bataille culturelle ?">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La critique de cinéma peut-elle rester à l’écart de la bataille culturelle qui se joue en ce moment, alors que les idées d’extrême droite ne cessent de progresser dans l’espace public ? Est-ce seulement un luxe qu’elle peut s’autoriser&nbsp;? Cette question appelle à plusieurs réponses, mais il convient d’abord de rappeler ce qui devrait être une évidence. La critique, par essence, n’est pas un geste neutre&nbsp;; elle engage toujours une subjectivité et les convictions de chacune et chacun ne restent pas à la porte lorsqu’on écrit, même sur un film qui, de prime abord, ne mobilise pas une lecture directement «&nbsp;politique&nbsp;». Plusieurs phénomènes et faits récents font qu’il me semble aujourd’hui encore plus difficilement négociable de se retrancher derrière une neutralité de façade – de toute façon assez théorique. Le premier est la manière même dont le cinéma est devenu un objet à part entière au sein de cette polarisation des débats. Face aux <em>fakes news</em> sur son mode de financement et à l’antienne pernicieuse de «&nbsp;on tourne des films sur des migrants avec vos impôts&nbsp;», critiques et journalistes culturels doivent régulièrement faire montre de pédagogie pour rappeler le fonctionnement de l’exception culturelle et comment, en France, l’industrie cinématographique repose sur un principe d’autofinancement et de contributions à la fois de la part des régions (en échange d’une obligation de dépenses locales) et d’entreprises privées. Ce travail, on s’en acquitte collectivement parce qu’il le faut bien face à la désinformation, mais il pose question –&nbsp;j’y reviendrai&nbsp;–, car le critique n’est pas un agent culturel&nbsp;; son but n’est pas de promouvoir ou d’épauler l’industrie et l’écosystème du cinéma français, même si ce dernier subit des attaques d’une injustice évidente. À cette situation s’ajoutent par ailleurs les tensions autour de la figure de Vincent Bolloré, dont l’emprise dans l’espace médiatique s’étend aussi dans le cinéma, avec l’acquisition progressive du capital d’UGC (et la perspective d’un contrôle à 100% à l’horizon 2028). En a découlé lors du dernier Festival de Cannes l’initiative <a href="https://desarmerbollore.net/news/zapper-bollore/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Zapper Bolloré</a>, qui entend alerter sur les risques que représente la position de l’homme d’affaires dans l’éventualité où le Rassemblement national accéderait au pouvoir et procéderait à un démantèlement de l’audiovisuel public.</p>
<p>La seconde raison qui motive cet édito tient à la polarisation de la réception des films et des textes qui les accompagnent. On en fait à <em>Critikat</em>, comme la plupart des revues, fréquemment l’expérience. Proposer une critique négative, même argumentée, sur un film tel que <em>L’Abandon</em>, c’est s’exposer à des attaques en islamo-gauchisme et à des reproches sur une supposée minoration des attentats. À l’inverse, partager sur X une critique de <em>L’Odyssée</em> a des conséquences inattendues&nbsp;: la plateforme traduisant désormais automatiquement les tweets, le texte a fait réagir des utilisateurs anglo-saxons qui ont vu dans l’accroche du papier un ralliement à la réception d’extrême droite du film (un commentaire savoureux nous reprochait notamment d’être des «&nbsp;<em>little trumptards</em>&nbsp;»), <a href="https://www.nytimes.com/2026/07/24/opinion/elon-musk-odyssey-ai.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Elon Musk et la galaxie MAGA s’étant ouvertement positionnés contre le blockbuster pour des raisons racistes et transphobes</a>. Plus grave, notre confrère (et ancien collègue de <em>Critikat</em>) Théo Ribeton a subi il y a quelques semaines un raid de la galaxie du Printemps républicain (et de ses différents affiliés, de Sophia Aram à Jean Quatremer) déformant son argumentation dans un article publié dans <em>Libérati</em>on consacré à la série israélienne <em>Fauda</em>. La question se règle alors d’elle-même&nbsp;: qu’elle le veuille ou non, la critique est prise dans ces joutes médiatiques partisanes. Il va sans dire que dans les différents cas de figure évoqués, les textes sont à peine lus, voire pas du tout (on se contente d’un chapô ou d’un propos tronqué)&nbsp;: l’important est de cerner d’un coup d’œil l’affiliation à tel ou tel camp.</p>
<h2>Pas un petit soldat</h2>
<p>Pas de pudeur de gazelle&nbsp;: à <em>Critikat</em>, les convictions des rédactrices et rédacteurs penchent majoritairement à gauche, même si cette couleur politique infuse les textes plus qu’elle ne relève de prises de position affirmées et concertées. Surtout, si nos échanges éditoriaux engagent un rapport au monde, la base sur laquelle nos choix s’opèrent reste toujours la même&nbsp;: à l’origine, il y a un film, dont il faut restituer la logique et déplier la complexité interne. Je précise cette autre évidence, car encore récemment, la rentrée littéraire a offert un exemple illustrant les défis posés par la polarisation des réceptions : la parution de <em>C’était ça ou mourir</em> de Thélyson Orélien, qui a fait l’objet d’une polémique homérique. Au-delà des débats sur la place de l’IA dans la littérature contemporaine, la controverse constitue un cas d’école sur la distance critique nécessaire à adopter pour analyser la situation sans tomber dans une lecture partisane univoque. Oui, <a href="https://www.franceinfo.fr/culture/livres/qui-est-samuel-fitoussi-derriere-le-compte-balance-ton-claude-qui-a-accuse-thelyson-orelien-d-avoir-utilise-l-ia-pour-ecrire-son-roman_8209256.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer">il est indéniable que l’éclatement de l’affaire est teinté de racisme </a>sur la personne d’Orélien, écrivain québécois d’origine haïtienne. Mais dans le même temps, <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/09/24/thelyson-orelien-accuse-a-present-de-plagiat-au-canada-pour-des-textes-publies-dans-les-annees-2010_6781341_4408996.html?srsltid=AU7gw4W0lCePnZTKvuhZS-L_-l8wY1hvZD4tXHqXYsm3KYn7wrVPmiAk" target="_blank" rel="noopener noreferrer">tout aussi avéré est le plagiat dont il est par ailleurs accusé</a>. Et enfin, il est possible, tout en dénonçant l’instrumentalisation de son roman, <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-regard-culturel/le-regard-culturel-chronique-du-jeudi-24-septembre-2026-3077773" target="_blank" rel="noopener noreferrer">d’avoir à redire sur le style même de l’ouvrage&nbsp;– qu’il soit ou non rédigé à l’aide d’une intelligence artificielle.</a> Adopter un recul critique est de facto impossible si on ne retient que les éléments qui servent un «&nbsp;narratif&nbsp;» donné&nbsp;; ce n’est pas une question de neutralité ou d’objectivité (encore une fois, le rôle de la critique n’est pas là), mais de pertinence.</p>
<p>La dernière nuance qu’appelle enfin la question posée en amorce du texte n’est pas mince : celle de l’indépendance d’une parole critique et du risque insidieux de sa remise en cause par ceux-là mêmes qui s’inquiètent de l’avenir du cinéma français. Ce réflexe n’est pas nouveau. Déjà, durant la crise des salles suite à l’épidémie de Covid, on a beaucoup entendu une petite musique consistant à dire que, au regard de la difficulté de la période traversée, producteurs, distributeurs et créateurs avaient besoin du « soutien de la presse » (au risque d’une confusion entre le travail critique et la promotion) – discours par exemple tenu lors de la réunion d’appel à la tenue d’États généraux du cinéma français le 6 octobre 2022. Je donnerai un exemple <em>a priori</em> anodin, voire un peu dérisoire, mais qui traduit bien le climat actuel et la manière dont l’indépendance de la critique est tenue pour une variable d’ajustement. Peu avant les vacances d’été, un membre de la revue s’est rendu à une projection d’un film&nbsp;;&nbsp;l’attaché de presse l’a reçu un peu froidement, sur le mode de «&nbsp;vous n’êtes pas assez gentils à <em>Critikat</em>&nbsp;», avant de dégainer un drôle d’argument&nbsp;: face à l’hydre Bolloré, il faudrait d’autant plus soutenir les petits films indépendants étrangers et mesurer ses réserves (!). Que la critique ait un rôle modeste à jouer dans le débat public est une chose, mais sa contribution ne signifie pas pour autant qu’elle doit devenir un supplétif de l’industrie – au risque justement de confondre sa position dans la bataille qui se joue avec celle du petit soldat. Il nous faudra, dans les mois à venir, jongler avec ces différents impératifs et injonctions&nbsp;: prendre notre part sans abandonner la spécificité de notre position, la seule à partir de laquelle une parole critique est opérante&nbsp;– proche du front, tout en gardant la distance nécessaire à l’indépendance de notre regard.</p>
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		<title>L’Espèce explosive</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lespece-explosive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:30:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’ouverture de L’Espèce explosive nous plonge au cœur d’un affrontement entre agriculteurs et chasseurs argonnais autour de la gestion de l’agrainage des sangliers, dont la prolifération dite « explosive » ravage les cultures. La chasse...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lespece-explosive/" title="Read  L’Espèce explosive">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’ouverture de L’<em>Espèce explosiv</em>e nous plonge au cœur d’un affrontement entre agriculteurs et chasseurs argonnais autour de la gestion de l’agrainage des sangliers, dont la prolifération dite « explosive » ravage les cultures. La chasse apparaît dans cette région comme le loisir privilégié d’une poignée de nantis, tandis que les agriculteurs en essuient les conséquences – jusqu’au jour où M. Brun, un céréalier à bout de nerfs, en vienne au meurtre. Un fait divers, un village traversé par des tensions et une enquête à mener : tous les ingrédients du polar rural semblent alors réunis. Mais les conventions du genre se voient rapidement déjouées lorsque l’enquête est confiée à Fulda (Alexis Manenti), un gendarme corse récemment rétrogradé et présentant un sérieux penchant pour la bouteille. Plutôt que de faire progresser l’intrigue policière, les méthodes peu orthodoxes de l’homme la font au contraire stagner : alors qu’il vient recueillir un témoignage, il est par exemple distrait par une mouche en train de se noyer dans un verre d’eau. Ses pics d’excentricité permettent de contrebalancer l’austérité de la chronique paysanne du début et tiennent ainsi le film à distance de l’analyse sociologique. De fait, <em>L’Espèce explosive</em> travaille plutôt une logique digressive et délaisse progressivement le fil de l’enquête pour s’attarder sur des détails anecdotiques, tels qu’une recette de petits sablés à la cannelle ou encore les tasses de café moisies du commissariat.</p>
<p>Si les personnages se refusent au jeu de l’enquête, c’est que Sarah Arnold s’intéresse, sous le vernis de l’intrigue policière, aux linéaments d’une désobéissance commune. En tuant un notable, M. Brun refuse d’accepter son sort et de continuer à «<em> dire merci alors qu’on lui pourrit la vie </em>», comme le résume Fulda. Mais le film suggère que s’émanciper ne revient pas seulement à rompre avec les rapports de domination : il faut aussi laisser libre cours aux désirs qui sommeillent en soi. C’est précisément ce qui se joue dans la relation entre Fulda et Stéphane (Ella Rumpf), la psychologue affectée à la gendarmerie : ils transgressent le cadre thérapeutique et se retrouvent, au gré de péripéties loufoques, à mener une perquisition sous l’emprise de substances hallucinogènes. Cet épisode psychédélique met alors à nu les désirs enfouis de l’homme et révèle sous ses airs bourrus, une sensibilité jusqu’ici insoupçonnée : celle d’un être profondément romantique. Si le décalage entre le sérieux de l’intervention et l’état second du duo donne lieu à une séquence d’un humour mordant, le film succombe toutefois ici à une lecture psychologisante qui voudrait que, momentanément débarrassé de ses inhibitions, Fulda révèle enfin sa « vraie » nature. De la même manière, la présence des sangliers se cantonne à l’expression d’un inconscient refoulé : tapis dans l’ombre comme une menace susceptible de faire irruption à tout instant, ils ne dépassent jamais le rôle de symbole représentant l’animosité des désirs qui couvent chez les protagonistes. À l’image de ses sangliers (dont le caractère artificiel est renforcé par l’approximation des effets spéciaux), le film pâtit ainsi d’un certain manque de consistance pour réussir à incarner pleinement la fureur qu’il laissait présager.</p>
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		<title>Leviticus</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/leviticus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Leviticus suit Naim et Ryan, deux adolescents dont l’attirance réciproque est rapidement découverte par leurs familles respectives, catholiques et très conservatrices. Pour réprimer ce désir tenu pour impie, les deux garçons sont soumis à un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/leviticus/" title="Read  Leviticus">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Leviticus </em>suit Naim et Ryan, deux adolescents dont l’attirance réciproque est rapidement découverte par leurs familles respectives, catholiques et très conservatrices. Pour réprimer ce désir tenu pour impie, les deux garçons sont soumis à un étrange rituel au cours duquel un prêtre leur inocule une forme de malédiction. Une entité maléfique qu’eux seuls peuvent percevoir les tourmente alors, prenant alternativement, selon le personnage sur lequel est centrée l’action, le visage de l’être aimé – même si, pour l’essentiel, le récit reste arrimé au point de vue de Naim (Joe Bird). Le film tresse ainsi plusieurs motifs familiers du cinéma d’horreur : la répression du désir, le poids de la communauté religieuse, l’association du sexe à la menace de la mort. Sur le papier, son dispositif possède une certaine originalité métaphorique, en ce que la malédiction ressemble à une forme de thérapie de conversion radicalisée : l’entité n’est plus là pour anesthésier le désir des personnages, mais littéralement les tuer en prenant les atours du supposé « péché ».</p>
<p>Si ce postulat ouvre sur un principe d’ambivalence (les personnages sont tiraillés entre désir et méfiance), les scènes horrifiques reproduisent hélas presque toutes le même schéma : Naim est suivi par la menace, hésite un instant pour voir s’il s’agit de Ryan, avant qu’une course-poursuite sans grande invention ne s’engage. Le problème, à mesure que la mécanique se répète, tient au fait que le doute n’existe pratiquement plus : le spectateur reconnaît souvent le piège avant Naim lui-même, au point de s’agacer de le voir encore s’y laisser prendre. On pense notamment à cette scène où Naim reçoit chez lui la visite de Ryan, &nbsp;qui le suit en débardeur seul dans la nuit. S’il est évident qu’il y a anguille sous roche (cf. les inflexions de tons sombres du personnage), Naim va jusqu’à embrasser le double maléfique qui, sans surprise, l’agresse aussitôt. En définitive, ces multiples face-à-face ne complexifient pas l’argument initial ; elles reconduisent inlassablement l’idée que l’être désiré est retourné contre celui qui l’aime.</p>
<p>Aux deux tiers du film, une autre voie semble pourtant s’esquisser. Les deux garçons comprennent que, pour ne plus être dupés par la présence, ils doivent rester ensemble ; une solution toutefois intenable, tant la pression de leur entourage les contraint précisément à se séparer. Le film touche alors à une contradiction assez féconde : condamnés lorsqu’ils sont ensemble, les personnages le sont tout autant lorsqu’ils ne le sont plus – épousant la formule truffaldienne de <em>La Femme d’à côté</em>, « ni avec toi, ni sans toi ». C’est d’ailleurs lorsque le film négocie ce tournant qu’il trouve sa meilleure scène. Au fond d’un bus, les deux adolescents font l’amour avec une douceur que le film ne leur avait jusque-là jamais accordée. Le cadre finit par délaisser leurs corps pour saisir une main glissant sur la vitre embuée, tandis que la bande-son laisse entendre le ronronnement sourd des roues sur l’asphalte. Un reste d’inquiétude affleure encore dans ce grondement comme dans le regard de Naim, qui semble un temps retenir son désir. Lorsque le personnage lâche enfin prise, on dirait alors que la malédiction s’est rompue : &nbsp;les deux jeunes rigolent et s’embrassent sans peur. C’est sans doute là que le film touche quelque chose de plus juste : non pas en figurant le désir enfreint par la menace, mais la possibilité, aussi fragile soit-elle, de s’y abandonner malgré elle.</p>
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		<title>The Social Reckoning</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-social-reckoning/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Timothée Gérardin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a quinze ans, Aaron Sorkin gagnait l’Oscar du scénario pour The Social Network &#160;de David Fincher, qui contait la création de Facebook par Mark Zuckerberg. Présenté comme une suite, The Social Reckoning n’a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-social-reckoning/" title="Read  The Social Reckoning">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quinze ans, Aaron Sorkin gagnait l’Oscar du scénario pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-social-network-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Social Network </em></a>&nbsp;de David Fincher, qui contait la création de Facebook par Mark Zuckerberg. Présenté comme une suite, <em>The Social Reckoning</em> n’a en réalité pas grand-chose à voir avec ce précédent film. Ce n’est plus Mark Zuckerberg qui intéresse Aaron Sorkin, cette fois-ci aussi derrière la caméra, mais les conséquences des décisions du dirigeant sur des milliards d’utilisateurs : le film retrace l’enquête du<em> Wall Street Journal </em>à l’origine des « Facebook Files », en 2021, qui documentaient comment les mécaniques de haine en ligne ont été sciemment promues par le réseau social. Tranchant avec <em>The Social Network</em> par son changement de point de vue, <em>The Social Reckoning</em> s’en démarque également par son rapport à l’actualité. Lorsqu’il est sorti en 2010, le film de David Fincher donnait le sentiment de capter, à travers le portrait de Zuckerberg, l’esprit et la vitesse d’une époque. Le film que propose aujourd’hui Aaron Sorkin frappe au contraire par son côté inactuel. Les événements, qui ne datent que de quelques années, semblent pourtant terriblement anciens, tant les bouleversements sociaux et politiques apportés par la Silicon Valley ont depuis été nombreux. Le film assume ce décalage jusque dans sa manière de placer ses scènes sur une frise chronologique disparaissant quelque part au début des années 2020 : les faits relatés ne sont que des jalons parmi d’autres d’une histoire dont Sorkin ne prétend pas connaître la conclusion.</p>
<p>Embrassant cette obsolescence, <em>The Social Reckoning</em> remonte le temps au lieu de se projeter comme le faisait <em>The Social Network</em>. Plus largement, le film paraît cette fois encore plus «&nbsp;sorkinien&nbsp;»&nbsp;: l’idéalisme démocrate dont il témoigne s’inscrit dans l’esprit de sa série <em>The West Wing</em>, mais aussi des films de complot des années soixante-dix et de l’héritage de Capra, qui est explicitement cité. Le décalage temporel a en réalité toujours été la manière de procéder de Sorkin, habitué à illustrer la manière dont des événements antérieurs sont décortiqués dans des tribunaux, sur des plateaux de télévision ou dans les couloirs des institutions. Le va-et-vient entre le présent et le passé est le mouvement central de ses films : il y a toujours non pas une image manquante, mais une histoire manquante, un fait, une anecdote ou un chiffre, à débusquer dans le passé pour expliquer une situation présente. Ces allers-retours, matérialisés ici par la fameuse frise chronologique, se font entre les deux pans du récit : celui, en 2021, de Mark Zuckerberg préparé par une équipe de communicants pour son audition au Sénat et celui, courant de 2018 à 2021, de l’enquête menée par Jeff Horowitz avec la lanceuse d’alerte Frances Haugen.</p>
<p>Installé dans un certain confort du film d’investigation, <em>The Social Reckoning</em> trouve cependant son originalité dans le duo que forment les personnages de Jeremy Allen White et Mikey Madison. Le premier est un homme de mots à l’ancienne, allergique à la technologie et auquel Sorkin semble s’identifier, tandis que la seconde est une femme de chiffres, qui exerce chez Facebook la fonction de <em>data analyst</em>. L’antagonisme n’est pas nouveau chez le scénariste, mais il modifie ici ses attributs traditionnels : à la figure du <em>geek</em> incompris, qu’on trouvait dans <em>Moneyball</em> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/steve-jobs/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Steve <em>Jobs</em></a>, succède une jeune femme idéaliste qui est aussi douée avec les données qu’elle est mal à l’aise dans ses interactions sociales. Cette dualité est bien rendue par un jeu de mots récurrent : une confusion entre les adjectifs « <em>conscious</em> » et « <em>conscientious</em> », soit « conscient » au sens physique contre « consciencieux », à entendre au sens moral. Sorkin met en scène une héroïne d’une nouvelle génération, consciente d’elle-même jusqu’à la gêne, souffrant d’une maladie qui la contraint à surchauffer son appartement, à porter des mitaines et à s’exiler au soleil au moment du Covid. Ces personnages inversent l’idée que la rationalité serait du côté des chiffres, et l’émotion ou la sensibilité du côté des mots. La dynamique entre la lanceuse d’alerte et le journaliste se reflète d’ailleurs dans un autre tandem : celui que forme Mark Zuckerberg avec l’un de ses anciens conseillers devenu un éditorialiste critique de Facebook. Le premier est campé par Jeremy Strong en robot mutique, obsédé par les profits de son groupe, quand le second, incarné par un Bill Burr bavard, le met en garde dans de grandes envolées verbales. Là encore, les apparences sont trompeuses, car c’est le personnage impassible qui, en priorisant dans l’algorithme les «<em> Meaningful Social Interactions</em> » et en jouant avec les pourcentages, déchaîne les passions qui mènent à l’Assaut du Capitole en janvier 2021. Les émotions sont aussi une affaire de calculs.</p>
<p>Ces deux duos représentent ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans le film de Sorkin. Ni l’audition de Mark Zuckerberg, ni le témoignage de Frances ne sont représentés à l’écran : ce hors-champ symbolise à la fois l’échec du propos sur le rôle social de Facebook, dont la nocivité n’éclatera jamais aux yeux de tous, et la réussite du portrait plus modeste du couple à l’origine des «&nbsp;<em>Facebook File</em>s&nbsp;». Comme souvent, Sorkin est meilleur pour dépeindre les coulisses que le devant de la scène. À la fin, Horowitz annonce sous les applaudissements le nombre de fichiers (vingt-et-un mille) rassemblés pour son enquête. À cette pure performance quantitative répond, dans le carton final, la principale conséquence de ses articles : « Facebook » a changé de nom pour « Meta ». En somme, la montagne statistique a accouché d’une souris lexicale. Face à cette démonétisation de leur langage respectif, Jeff Horowitz et Frances Haugen n’ont plus que le non-verbal. C’est l’autre histoire de leur relation, subtilement esquissée tout au long du film. De la façon dont Frances s’habille, qu’elle présente comme une couverture pour ne pas attirer les soupçons, à leurs retrouvailles dans des chambres d’hôtel ou leur séjour à deux au Costa Rica, Sorkin met en scène une sorte de comédie romantique qui ne se présente jamais comme telle, un récit sentimental totalement en creux, où deux personnages apprennent à se décrypter l’un l’autre sans se toucher ni même déclarer leur flamme, et qui se termine silencieusement, de loin, par un geste de victoire, faisant écho à une image vue ensemble à la télévision. &nbsp;C’est la conclusion, toute en délicatesse, d’une suite en mode mineur.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Ton animal maternel</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ton-animal-maternel-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ton animal maternel paraît d’abord emprunter le chemin narratif classique du retour au pays, en suivant quelques semaines Elsa à&#160;San José au Costa Rica, ville et pays qu’elle avait quittés pour des études d’anthropologie en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ton-animal-maternel-2/" title="Read  Ton animal maternel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ton animal maternel</em> paraît d’abord emprunter le chemin narratif classique du retour au pays, en suivant quelques semaines Elsa à&nbsp;San José au Costa Rica, ville et pays qu’elle avait quittés pour des études d’anthropologie en Belgique. «&nbsp;Paraît&nbsp;», car ses retrouvailles avec sa mère, sa sœur de vingt ans Amalia, et plus brièvement son père, n’accouchent pas du drame familial caractéristique de ce type de fiction, mais plutôt d’une forme d’état des lieux de leurs dysfonctionnements relationnels. Valentina Maurel s’intéresse à ces derniers à&nbsp;la façon d’une anthropologue, sans que sa narration cherche à&nbsp;régler les problèmes des personnages, en se concentrant sur la part sororale de la famille. Car si le père a&nbsp;bien quelques scènes, il s’avère plutôt fuyant et incapable de faire la seule chose que sa fille lui demande (appeler un plombier qu’il connaît). La cinéaste préfère articuler son récit autour du trio féminin, dont les rapports semblent évoluer d’une réplique à&nbsp;l’autre dans un mélange de tendresse et de haine contenue.</p>
<p>D’emblée, le retour au foyer d’Elsa est contrarié&nbsp;: Amalia a&nbsp;changé la serrure de la maison familiale, qu’elle habite à présent seule. La revenante ne sera chez elle nulle part, ni dans le Airbnb qu’elle a&nbsp;loué, ni dans la ville (dont le caractère agressif est retranscrit par des mouvements de caméra brefs et rapides), encore moins dans cette maison occupée par sa sœur instable. C’est surtout autour de ce dernier personnage que se nouent les enjeux du récit. La jeune femme de vingt ans ne va plus à&nbsp;l’université, traîne avec des mecs louches (dont un autoproclamé ex-tueur à&nbsp;gages qui se dit sauvé par Jésus) et voit des reptiliens et des pédophiles partout, en plus d’être visitée la nuit par des esprits. Elsa tente bien, elle aussi, de la «&nbsp;sauver&nbsp;», sans comprendre d’abord la violence normative de son regard. Quand dans une scène de voiture avec sa mère, cette dernière lui reproche de les juger depuis un piédestal européen, Valentina Maurel paraît se tendre à&nbsp;elle-même un miroir. Elle a&nbsp;en effet étudié le cinéma en Belgique, le film étant d’ailleurs une production majoritairement belge. Ce piège de «&nbsp;l’européanisation&nbsp;», le film ne l’évite cependant pas tout à&nbsp;fait, notamment au regard de sa forme – une chronique filmée à&nbsp;l’épaule évoquant le cinéma d’auteur franco-belge.</p>
<p>Mais au sein de ce champ, la cinéaste parvient malgré tout à&nbsp;se démarquer par la singularité de son ton. <em>Ton animal maternel</em> ressemble souvent à&nbsp;une comédie sans véritable blague, qui se contenterait d’installer des situations potentiellement explosives sans les pousser jusqu’au bout. Elsa, qui traverse une forme de panne sexuelle (elle ne parvient pas à&nbsp;jouir, ni seule, ni avec ses partenaires) se retrouve par exemple confrontée à&nbsp;de nombreuses reprises aux allusions de sa mère (laquelle fait reparaître un recueil de poèmes érotiques écrit dans sa jeunesse), tandis qu’une séquence chez l’ancienne nourrice nicaraguayenne des deux sœurs, qui vit désormais avec sa fille, distille une sensation de malaise à&nbsp;la lisière de l’humour <em>cringe</em>. D’où la sensation d’un film progressant en sourdine, pas très émouvant lorsqu’il s’essaie à&nbsp;ce registre, mais qui compense cette lacune par la finesse de son étude de caractères. À&nbsp;travers l’ironie de ce ballet de dominations plus ou moins conscientes (Europe/Amérique latine, Costa-Rica/Nicaragua, mère/enfants, etc.), Maurel invente de vrais personnages atypiques, toujours imprévisibles dans leurs manières de négocier leur place dans le chaos inextricable de la famille.</p>
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		<title>Mémoire de fille</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/memoire-de-fille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 10:29:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après Passion simple et L’Événement, Mémoire de fille confirme la difficulté, voire l’impossibilité d’adapter Annie Ernaux au cinéma. Dans ce récit autobiographique publié il y a une dizaine d’années, l’autrice revenait sur l’été de ses...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/memoire-de-fille/" title="Read  Mémoire de fille">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/passion-simple/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Passion simple </em></a>et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/levenement/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Événement</em></a>, <em>Mémoire de fille</em> confirme la difficulté, voire l’impossibilité d’adapter Annie Ernaux au cinéma. Dans ce récit autobiographique publié il y a une dizaine d’années, l’autrice revenait sur l’été de ses dix-huit ans, durant lequel elle quitte pour la première fois sa famille et devient monitrice dans un camp de vacances. La narration, froide et analytique, décrivait les conditions sociales et historiques dans lesquelles <i>«&nbsp;</i><em>la fille de 1958</em><i>&nbsp;» </i>(c’est ainsi qu’elle est désignée dans le texte)<i> </i>a vécu dans ce contexte sa première expérience sexuelle avec H, le chef moniteur de la colonie de vacances. Cette relation brutale et non consentie était décrite, comme souvent chez Ernaux, de manière paradoxale : elle tenait à la fois du viol et de la soumission acceptée, voire désirée – presque comme une aliénation.</p>
<p>Chez Judith Godrèche, qui a signé avec Ernaux cette adaptation et confié à sa propre fille (Tess Barthélémy) le rôle d’Annie, le trouble a cédé la place à un récit ouvertement militant, qui raconte comment une jeune fille de la fin des années 1950 devient progressivement un «<em>sujet libre</em>». L’expression est énoncée dans l’une des dernières répliques du film, qu’Annie adresse à une formatrice qui lui reproche de ne pas s’être assez investie dans son concours d’institutrice. On sait que l’avenir contredira ce constat d’échec&nbsp;: Annie Ernaux deviendra agrégée de Lettres, puis auteure reconnue, avant d’obtenir le Prix Nobel de littérature. Son émancipation annoncée vient donc conclure avec un certain panache le récit sordide de l’expérience de la colonie de vacances, qui occupe la majeure partie du film. Dans celle-ci, le spectateur est enfermé dans le même climat glauque et anxiogène que dans <em>L’Événement</em><i>, </i>mais là où le film d’Audrey Diwan n’ignorait pas les circonstances sociales de son histoire (il fallait impérativement se faire avorter pour sauver son avenir), celui de Judith Godrèche, dont l’héroïne est hantée par la même peur, enferme son récit dans une prison qui est d’abord le corps d’Annie, «&nbsp;<em>vierge impénétrable </em>». H, l’amant brutal (Victor Bonnel) mais paradoxalement désiré, est ainsi montré par le film comme un prédateur dont les tentatives de pénétration, répétées <em>ad nauseam</em>, se heurtent toujours à la même résistance. La vierge qui s’offre et se refuse à lui dans le même temps pose un défi à la mise en scène&nbsp;: comment rendre compte, comme le fait Ernaux dans son texte, du mélange d’attirance et de défiance qu’inspire à la jeune fille ce premier corps de garçon sexué ? Le film répond, platement, par la dissociation&nbsp;: pendant que l’acte a lieu, la caméra passe en vue subjective et fixe Annie contemplant une ampoule au plafond.</p>
<p>Il n’est pas impossible que Judith Godrèche ait trouvé dans la prose d’Annie Ernaux une matière résonnant avec ce qu’elle a vécu en tant que jeune actrice, mais cette position évacue du récit sa part la plus obscure – celle au nom de laquelle <em>Mémoire de fille </em>a été écrit et se justifie en tant qu’objet littéraire. Revoyant la jeune monitrice du camp comme une entité presque étrangère à elle-même, Ernaux écrivait&nbsp;: «<em>&nbsp;Je la vois, Annie D, dans son désir au sommet de sa force. Elle ne peut pas être au plus haut dans la négation de tout ce qui n’est pas son désir de H</em> […]. <em>Elle veut qu’il fasse les gestes, tous les gestes qui signifient son désir d’elle. Elle veut qu’il prenne plaisir d’elle, qu’il s’épuise de plaisir sur elle</em> […]. <em>Son besoin de lui, de le laisser maître de son corps la rend étrangère à tout sentiment de dignité </em>». Cette aliénation amoureuse, qui est aussi le sujet de <em>Passion simple</em>, ne se ressent quasiment jamais dans le film, sauf de façon grossière, lorsque Tess Barthélémy compense le manque de H par des crises de boulimie. L’actrice fait ce qu’elle peut pour faire exister cette jeune fille qui voudrait s’extraire de la prison de son corps&nbsp;; on la voit, à la fin du film, courir et rigoler dans les rues de Rouen, voler un exemplaire du <em>Deuxième sexe</em> dans une librairie, assister à un spectacle de théâtre engagé, etc. Mais tous ces petits faits, que le film enregistre tardivement pour figurer une émancipation, ne font pas oublier l’atmosphère sèche, carcérale, voire gothique du camp de vacances. Chez Ernaux, la sexualité avec H avait ouvert la jeune fille à une conscience aiguë de son propre désir sexuel (« <em>Depuis H, il lui faut un corps d’homme contre elle, des mains, un sexe dressé&nbsp;</em>»)&nbsp;; dans l’adaptation de Judith Godrèche, c’est un cauchemar dont il faut sortir.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<title>Digger</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/digger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 16:00:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au tiers du film, le vice-président des États-Unis (Michael Stuhlbarg) confie à Digger Rockwell (Tom Cruise), tycoon du pétrole responsable d’une crise écologique et humaine d’une ampleur colossale, qu’il est dans une «&#160;deep, deep, deep...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/digger/" title="Read  Digger">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au tiers du film, le vice-président des États-Unis (Michael Stuhlbarg) confie à Digger Rockwell (Tom Cruise), <em>tycoon</em> du pétrole responsable d’une crise écologique et humaine d’une ampleur colossale, qu’il est dans une «&nbsp;<em>deep, deep, deep shit</em>&nbsp;» – soit, dans la langue de Molière, une «&nbsp;<em>merde très très profonde</em> ». L’ironie de la réplique tient au fait que c’est le propre de Digger (terme argotique qui renvoie autant à la figure du chercheur d’or qu’à celle du croque-mort) de forer la croûte terrestre coûte que coûte, pour en tirer le précieux pétrole, qu’il qualifie plus loin de «&nbsp;<em>mother’s milk</em>&nbsp;». Si à ces mots on croit entendre l’Immortan Joe de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mad-max-fury-road/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mad Max&nbsp;: Fury Road</em></a>, c’est surtout un patriarche irresponsable bien réel que le film a dans son viseur – Trump et son « <em>drill, Baby, drill</em> », dont le président joué par un John Goodman cabotin en diable est également un avatar. Mais puisque le film creuse et qu’il aspire à être profond, il y a encore un autre « digger » ici à l’œuvre, au-delà du personnage et de ses modèles plus ou moins revendiqués : Iñárritu lui-même, qui va percer à plusieurs reprises la surface de son récit pour révéler l’existence d’une nouvelle couche insoupçonnée. Évacuons la chose d’emblée, puisque le discours promotionnel insiste sur les surprises et qu’annoncer la présence de <em>spoilers</em> constitue déjà en soi un <em>spoil</em> (ce que vous voyez va être à un moment chamboulé)&nbsp;: <em>Digger</em> se reconfigure à plusieurs reprises et n’est pas seulement une satire du rôle délétère de l’oligarchie dans la destruction du vivant, mais aussi une satire qui affiche sa conscience d’être une satire, et même, dans un geste faussement retors et assez sentencieux, <em>une satire de l’utilité même de la satire</em>. Si vous n’avez pas encore vu le film, on vous invite donc courtoisement à cliquer sur la petite croix en haut de votre écran&nbsp;: Tom Cruise ne prête pas seulement ses traits à un magnat dégénéré, mais aussi à Curtis, un acteur jouant Digger, puisque le personnage se révèle être le premier rôle d’une pièce de théâtre dont on assiste à l’ultime répétition. Or Curtis, par ailleurs perturbé par une sous-intrigue familiale à la portée métaphorique pas très finaude (il est là aussi question du sort des générations futures), doute de la pertinence de ce qu’il interprète. Le surgissement de la mise en abyme reconfigure ainsi ce qui a été vu préalablement, voire ambitionne de racheter ses dysfonctionnements. Par exemple, on n’a jamais vu le pauvre Michael Stuhlbarg aussi mauvais, mais comme le pointe Curtis dans un échange houleux avec sa metteuse en scène, c’est l’écriture de son personnage (ou plutôt du personnage qu’interprète son personnage), reposant sur des ficelles éculées, qu’il faut tenir pour responsable. L’idée de «<em>&nbsp;merde profonde</em> » prend alors une autre signification&nbsp;: qu’importe que l’acteur soit mauvais, car sa médiocrité se voit octroyer après coup, par la nature même du dispositif, une profondeur d’apparat. Vous avez trouvé telle scène précédente poussive&nbsp;? C’est normal, nous répond Iñárritu, puisque la scène dans la scène n’était en effet pas très bonne et que c’est ainsi qu’il fallait la percevoir.</p>
<p>Quelle idée porte cette mécanique cynique&nbsp;? Que tout est faux mais que du coup tout est vrai, ou du moins, qu’en s’enfonçant suffisamment dans le vrai du faux, les acteurs comme leurs futurs spectateurs finiront par accéder à une vérité en bonne et due forme. Cette vérité, située à la fin (qu’on ne racontera pas), laisse pour le moins dubitatif&nbsp;: tour à tour, le film se sera donc moqué des puissants, aura toisé la vacuité de leur parodie, exposé le caractère bassement vengeur de la catharsis éprouvée par le public – c’est-à-dire nous (ce que confirme sans détour un détail sonore logé dans le générique de fin) –, puis cherché à nous laisser sur un vertige insondable (jusqu’au bout, le film creuse). Mais la démonstration supposément implacable ressemble plutôt à un serpent qui se mord la queue, à force de vouloir faire étalage de sa suprême roublardise en multipliant les grands discours et les chausse-trapes narratives. Reste ceci dit un atout qui pourrait en partie sauver le film, en la personne de Tom Cruise. On comprend vite qu’Iñárritu l’a choisi, au-delà du caractère transformatif de sa performance (l’acteur est à moitié reconnaissable sous ses prothèses), pour des raisons là aussi méta&nbsp;: le film organise le retour de l’acteur à un cinéma d’auteur sérieux, en lui donnant justement le rôle d’un comédien s’interrogeant sur la capacité d’une œuvre à dépasser le simple rang de «&nbsp;<em>divertissement</em>&nbsp;» (veine de la production hollywoodienne dont Cruise est aujourd’hui le roi). Même lui ne peut donc échapper à l’attelage de circonvolutions et de mises en abyme concocté par <em>Digger</em>. Et pourtant, quelque chose résiste un peu : si Stuhlbarg, Hüller et même Goodman pataugent dans ce jeu de dupes, Cruise, lui, fait preuve ici et là d’un vrai brio d’acteur qui excède le programme ménagé par les divers effets de manches scénaristiques. La comédie est sinistre, mais lui croit à la possibilité salvatrice d’une performance, d’un petit bout de virtuosité tirée de la boue – « <em>Bang, bang, bang !</em> » s’amuse le personnage cabot après avoir fait étalage de sa malice devant une assemblée hostile. Cela ne suffit pas à faire de <em>Digger</em> un film honnête (de fait, la malhonnêteté est son moteur), mais grâce à sa présence, la tambouille se révèle légèrement plus digeste que celle de <em>Birdman</em> ou de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-revenant/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Revenant</em></a>.</p>
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		<title>L’après-coup — Dans le bleu des yeux (Disclosure Day)</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-dans-le-bleu-des-yeux-disclosure-day/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2026 10:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les yeux bleus et irisés dans The Fabelmans et Disclosure...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-dans-le-bleu-des-yeux-disclosure-day/" title="Read  L’après-coup — Dans le bleu des yeux (Disclosure Day)">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les yeux bleus et irisés dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-fabelmans/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Fabelmans</a><em> et</em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/disclosure-day/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Disclosure Day</a><em>. </em></p>
<p>Le jeune Sammy est aux anges&nbsp;: le train électrique que ses parents viennent de lui offrir pour Hanouka tourne à un rythme effréné sur les rails. Sa fascination se lit aussitôt dans ses yeux illuminés par le modèle réduit, sifflant et crachant une fumée plus vraie que nature. C’est d’ailleurs précisément ceci que filme alors Spielberg dans <em>The Fabelmans</em> : un regard ébloui et toute la personnalité éveillée du personnage qui perce à travers l’intensité de ce regard. Sa peur également : &nbsp;ce train miniature filmé à hauteur d’enfant convoque en effet celui plus spectaculaire de <em>Sous le plus grand chapiteau du monde</em>, objet d’un déraillement qui l’a précédemment perturbé lors de sa première séance de cinéma. À l’origine, le regard spielbergien procède d’une collision, d’un trauma&nbsp;: d’une image choquante. Le bleu éclatant du premier regard – celui de l’étonnement, de la surprise, de la beauté – ne saurait masquer l’abîme qui lui est consubstantiel. Depuis au moins <em>Les Dents de la mer</em>, on sait que cette couleur bleue, froide par essence, revêt une double connotation chez le cinéaste américain : si elle tient de la pureté originelle (l’océan dans lequel se baignent des corps insouciants et innocents), elle ne peut aussi se départir d’un envers sombre, d’une inquiétude (le danger tapi sous la surface). L’œil qui regarde n’intéresse Spielberg que dans la mesure où, incrédule, il est soudain confronté à une réalité angoissante susceptible d’affoler sa perception des choses.</p>
<p>Chez les personnages spielbergiens, l’iris bleu de l’œil, telle une interface, participe du lien qui maintient la communication entre le réel et le monde de l’imaginaire (Iris n’est-elle pas la messagère des dieux auprès des humains dans la mythologie grecque&nbsp;?). Une scène de <em>Disclosure Day</em> explicite ce passage de l’un à l’autre de façon simple et limpide. Elle pourrait de prime abord presque prêter à sourire, tant elle relève d’une esthétique de conte désuète. Avant même de regarder les yeux d’un enfant, Spielberg filme un monde volontairement surnaturel tout droit sorti de son imagination. Dans cet univers enchanté, la jeune Margaret y fait la rencontre d’un cerf impérial qui la guide jusqu’à une énigmatique demeure perdue dans une forêt féerique. Tandis qu’elle est allongée sur un lit en verre, le cervidé vient délicatement apposer sa tête contre la sienne&nbsp;et plonger ses yeux dans les siens, grands ouverts. Mais à la faveur d’un mouvement de caméra, liant le regard bleu de la fillette à celui, plus sombre, de l’animal, et d’un morphing reconfigurant la texture de son visage, ce dernier révèle sa véritable nature extraterrestre&nbsp;: au fond de l’œil gît l’altérité, qui n’est autre que le réel (les aliens existent bel et bien ici). Ces deux regards en miroir se voient encore redoublés par ceux de Margaret et Daniel adultes, qui visionnent ce souvenir depuis le futur, non sans douleur&nbsp;: la vérité leur apparaît comme une révélation terrifiante. Regarder est une chose, mais voir <em>vraiment </em>en est une autre. Et l’œil qui a vu (celui de Margaret, tout comme celui de Sammy adolescent) se colore dès lors, s’irise, empruntant aux couleurs mordorées de certains vitraux ornant les façades des cathédrales. Acuité perçante et illumination intérieure ne font alors plus qu’un.</p>
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		<title>The Scores (ep.12) : Luna Mahoux</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-12-luna-mahoux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Luna Mahoux, alias Renoiterrible, est artiste, cinéaste et DJ. Kiosk Radio · Outsiders: The Scores w/...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-12-luna-mahoux/" title="Read  The Scores (ep.12) : Luna Mahoux">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Kiosk Radio</span></a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Luna Mahoux, alias Renoiterrible, est artiste, cinéaste et DJ.</em></p>
<div style="font-size: 10px; color: #cccccc; line-break: anywhere; word-break: normal; overflow: hidden; white-space: nowrap; text-overflow: ellipsis; font-family: Interstate,Lucida Grande,Lucida Sans Unicode,Lucida Sans,Garuda,Verdana,Tahoma,sans-serif; font-weight: 100;"><a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Kiosk Radio" href="https://soundcloud.com/kioskradio" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> · <a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Outsiders: The Scores w/ Luna Mahoux @ Kiosk Radio 20.05.2026" href="https://soundcloud.com/kioskradio/outsiders-the-scores-w-luna?utm_source=clipboard&amp;utm_campaign=wtshare&amp;utm_medium=widget&amp;utm_content=https%253A%252F%252Fsoundcloud.com%252Fkioskradio%252Foutsiders-the-scores-w-luna" target="_blank" rel="noopener">Outsiders: The Scores w/ Luna Mahoux @ Kiosk Radio 16.09.2026</a></div>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//soundcloud.com/kioskradio/outsiders-the-scores-w-luna?utm_source=clipboard%26utm_campaign=wtshare%26utm_medium=widget%26utm_content=https%25253A%25252F%25252Fsoundcloud.com%25252Fkioskradio%25252Foutsiders-the-scores-w-luna&amp;color=%23ff5500&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></p>
<h2><em>SUD</em> BY CHANTAL AKERMAN</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Quand j’ai vu <em>Sud </em>de Chantal Akerman, je crois que cela m’a fait du bien de voir une cinéaste belge faire un documentaire sur une histoire qui ne lui appartient pas, et de voir comment elle y place son regard et son esprit. Au début du documentaire, je n’arrêtais pas de penser que les meilleurs films, et les meilleurs documentaires, sont ceux qui n’ont pas de musique. Il faut être vraiment fort pour ne pas avoir besoin de musique pour nous guider vers certaines émotions. La musique dans un film n’est jamais complètement neutre. Et les premiers plans, sans musique, simplement avec les différents sons de la nature, les grillons, les voitures… On ressent la chaleur, on comprend qu’on est dans le Sud, qu’il fait chaud. On entend les voitures et, surtout à travers ce silence, on comprend que ces paysages et cette route ne sont pas neutres.</p>
<p><em>When I watched South by Chantal Akerman, I think it did me good to see a Belgian filmmaker go and make a documentary about a story that doesn’t belong to her, and to see how she places her gaze and her mind within it. At the beginning of the documentary, I kept thinking that the best films, and the best documentaries, are the ones without music. You have to be really strong not to need music to lead you towards certain emotions. Music in a film isn’t completely neutral. And the first shots, without music, just with the different sounds of nature, the crickets, the cars… You feel the heat, you understand that you’re in the South, that it’s hot. You hear the cars, and especially through that silence, you understand that these landscapes and this road are not neutral.</em></p>
<h2><em>MALCOLM X</em> BY SPIKE LEE</h2>
<p><strong>01′15″ ♪ Terence Blanchard — Young Malcolm</strong></p>
<p><em>Malcolm X</em> (1992), avec Denzel Washington dans le rôle principal, raconte la vie de Malcolm X, de son enfance et son emprisonnement jusqu’à sa transformation politique et spirituelle et son engagement pour la libération des Noirs. La musique, composée par Terence Blanchard et accompagnée de morceaux additionnels de Black music, donne encore plus de puissance au film.</p>
<p>Spike Lee est vraiment l’un de mes cinéastes préférés. Il possède cette sorte de magie qui permet de comprendre les histoires de l’intérieur. Il a aussi cette capacité à s’adresser directement à nous. On peut l’entendre derrière la caméra, derrière ses choix musicaux, derrière les histoires qu’il choisit.</p>
<p>Il a cette capacité à rassembler les gens. C’est un exemple formidable de ce que peut être le cinéma populaire. On peut regarder ses films en famille, rire, être ému, comprendre la culture noire américaine de l’intérieur et se sentir complètement happé par elle.</p>
<p>Et dans <em>Malcolm X</em>, avec cette musique, on ressent la puissance de ses mots, de son regard, l’héritage qu’il transmet à travers ce film. On peut comprendre son intention : sincère, forte et radicale. Parfois, certains choix musicaux peuvent aussi nous parler de la connexion spirituelle entre le protagoniste et le cinéaste. Et pour moi, cette musique parle aussi de l’esprit de Spike Lee et de son engagement dans chacun de ses films.</p>
<p><em>Malcolm X (1992), starring Denzel Washington, tells the life of Malcolm X, from his childhood and imprisonment to his political and spiritual transformation and his commitment to Black liberation. The music, composed by Terence Blanchard and surrounded by a soundtrack full of Black music, gives the film even more power.</em></p>
<p><em>Spike Lee is really one of my favourite filmmakers. He has this kind of magic that allows you to understand stories from the inside. He also has this ability to speak directly to us. You can hear him behind the camera, behind his musical choices, behind the stories he chooses.</em></p>
<p><em>He has this ability to bring people together. He is such a great example of cinema because he speaks to everyone. You can watch his films with your family, laugh, be moved, understand Black American culture from the inside, and feel completely drawn into it.</em></p>
<p><em>And in Malcolm X, with this music, you can feel the power of his words, his gaze, the legacy he gives through this film. You can understand his intention: sincere, strong and radical. Sometimes, certain musical choices can also tell you about the spiritual connection between the protagonist and the filmmaker. And for me, this music also speaks about Spike Lee’s spirit and his commitment in each of his films.</em></p>
<h2><em>FRUITVALE STATION</em>&nbsp;BY RYAN COOGLER</h2>
<p><strong>02′56″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Fruitvale Station</em> (2013), raconte les dernières 24 heures d’Oscar Grant, un jeune homme noir de 22 ans tué par un policier à la station Fruitvale BART, à Oakland, le 1er janvier 2009.</p>
<p>J’ai vu ce film quand j’avais 15 ans. Je me souviens qu’il m’avait vraiment bouleversée. C’est l’un des premiers films qui m’a vraiment fait comprendre la violence policière. Je me souviens avoir beaucoup pensé à mon frère et à mon ex après l’avoir vu. Je n’avais jamais autant pleuré devant un film.</p>
<p>On s’attache au personnage parce qu’il veut changer, et parce que ce jour-là, il fait tout ce qu’il faut : il emmène sa fille à l’école, il essaie de trouver un travail… Michael B. Jordan sera toujours l’un de mes acteurs préférés. Je l’ai connu quand il était encore tout jeune dans <em>The Wire</em>. Et le voir dans ce film, plus âgé, essayer de changer, puis finalement être tué par la réalité raciste du système, m’a vraiment marqué.</p>
<p>Je me souviens avoir demandé à mon professeur d’éducation morale de montrer le film en classe parce que je pensais que tout le monde devait le voir.</p>
<p><em>Fruitvale Station (2013) tells the story of the last 24 hours of Oscar Grant, a 22-year-old Black man who was killed by a police officer at the Fruitvale BART station in Oakland on January 1, 2009.&nbsp;</em></p>
<p><em>I watched this film when I was 15. I remember it really shook me. It’s one of the first films that really made me understand police violence. I remember thinking a lot about my brother and my ex after watching it. I had never cried that much in front of a film.</em></p>
<p><em>You get attached to the character because he wants to change, and because he does everything right that day: he takes his daughter to school, he tries to find a job… Michael B. Jordan will always be one of my favourite actors. I knew him when he was so young in The Wire. And seeing him in this film, older, trying to change, and ultimately being killed by the racist reality of the system really stayed with me.</em></p>
<p><em>I remember asking my moral education teacher to show the film in class because I felt like everyone needed to see it.</em></p>
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<h2><em>THE GOSPEL ACCORDING TO ST. MATTHEW</em> BY PIER PAOLO PASOLINI</h2>
<p><strong>04′30″ ♪ Odetta — Sometimes I Feel Like a Motherless Child</strong></p>
<p>Pasolini a été le premier cinéaste d’art que j’ai découvert lorsque j’étudiais à La Cambre. Je ne sais pas pourquoi (ou peut-être que si) mais il m’a toujours fasciné. Sa vie m’a toujours intéressée aussi. Quand j’aime un film, j’essaie également de me renseigner sur la vie du cinéaste, pour mieux comprendre son film et pourquoi son regard et ses mots me touchent.</p>
<p>Et Pasolini a été l’un des premiers exemples de cela pour moi. Sa vie, et la manière dont il est mort, m’ont tellement marquée que, lorsque je suis allée à Rome pour la première fois avec mon père, nous sommes allés sur le lieu où il a été assassiné. Peut-être aussi parce que c’était le cinéaste préféré de mon père. J’ai vu ce film à La Cambre en 2017, et cette musique est restée avec moi pendant longtemps.</p>
<p><em>Pasolini was the first art filmmaker I discovered when I was studying at La Cambre. I don’t know why, or maybe I do, but he has always fascinated me. His life has always interested me too. When I love a film, I also try to understand the life of the filmmaker, to better understand their film and why their gaze and their words touch me.</em></p>
<p><em>And Pasolini is one of the first examples of that for me. His life, and the way he died, affected me so much that when I went to Rome for the first time with my father, we went to the place where he was murdered. Maybe also because he was my father’s favourite filmmaker. I watched this film at La Cambre in 2017, and this music stayed with me for a long time.</em></p>
<h2><em>THE WIRE</em> BY DAVID SIMON</h2>
<p><strong>06′20″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Comment pourrais-je ne pas parler de</em> The Wire. Tout d’abord, c’est grâce à <em>The Wire</em> que je fais de l’art. Quand j’avais 14 ans, j’ai subi une opération et j’ai dû rester au lit tout l’été. Mon père m’a donné deux coffrets : <em>The Wire</em> et <em>The Sopranos</em>.</p>
<p>Je me souviens d’abord que je le voyais tous les soirs dans le salon, assis sur le canapé devant <em>The Wire</em>. Je traversais le salon pour aller manger dans la cuisine et je pensais qu’il regardait un truc du style <em>Criminal Minds</em>.</p>
<p>Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dedans, mais une fois que j’ai compris, j’ai l’impression que mon corps est entré dans l’histoire et dans la série, et que je suis ressortie de cette télévision à la fin de l’été. David Simon est pour moi un modèle de cinéaste et de créateur. J’aime l’idée qu’on puisse être artiste et porter plusieurs casquettes, mais aussi prendre le temps de comprendre les personnes avec lesquelles on travaille.</p>
<p>La série a un impact politique, social, collectif et musical. Et ce qui me touche encore plus, c’est que dans le rap, tout le monde fait référence à <em>The Wire</em>. Quand j’entends 1PLIKÉ140, Ninho ou Koba LaD y faire référence, ça me rend vraiment heureuse, parce que cela montre une fois de plus que le rap est intelligent, tout comme <em>The Wire</em>.</p>
<p>Et bien sûr, la musique est tellement bien choisie, allant de The Temptations à Three 6 Mafia, Gangsta Boo… Il y a des films qui restent gravés en nous, et des personnages aussi. Pour moi, il s’agit d’Omar. Comme dans cet extrait, lorsqu’il arrive en sifflant. C’est resté avec moi comme un tableau dans un musée.</p>
<p><em>How could I not talk about The Wire. First of all, it’s because of The Wire that I make art. When I was 14, I had surgery and had to stay in bed all summer. My father gave me two box sets: The Wire and The Sopranos.</em></p>
<p><em>I remember that at first, I would just see him every evening in the living room, sitting on the couch watching The Wire. I would walk through the living room to go eat in the kitchen and think he was watching something like Criminal Minds.</em></p>
<p><em>It took me some time to get into it, but once I understood it, I feel like my body entered the story and the series, and I came out of that TV at the end of the summer. David Simon is an example of a filmmaker and creator for me. I love the idea that you can be an artist and wear several hats, but also take the time to understand the people you are working with.</em></p>
<p><em>The series has a political, social, collective and musical impact. And what touches me even more is that in rap, everyone references The Wire. When I hear 1PLIKÉ140, Ninho or Koba LaD referencing it, it makes me really happy, because it shows once again that rap is intelligent, just like The Wire.</em></p>
<p><em>And of course, the music is all so well chosen, going from The Temptations to Three 6 Mafia, Gangsta Boo… There are films that stay imprinted on us, and characters too. For me, Omar. Like here, when they say Omar is coming and he arrives whistling. That stayed with me like a painting in a museum.</em></p>
<h2><em>BELLY</em> BY HYPE WILLIAMS</h2>
<p><strong>08′35″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>DMX… Merci à Kevin Elamrani, le boss, parce que je n’aurais jamais découvert ce film s’il ne me l’avait pas montré. Je ne le connaissais absolument pas il y a encore trois ans et, lorsque Kevin me l’a montré, je me suis dit : «<em> Attends… Toi qui aimes autant les films et le rap… comment as-tu pu passer à côté de ça ?</em> »</p>
<p>Belly, réalisé par Hype Williams en 1998, suit Tommy et Sincere, deux amis impliqués dans le milieu de la drogue à New York, et est autant un film de gangsters qu’une expérience visuelle et musicale façonnée par la culture hip-hop.</p>
<p>Que dire de cette scène ? Je crois que je l’aime encore plus parce qu’elle a été réalisée dans les années 1990. On peut sentir l’influence qu’elle a eue par la suite sur les clips, la publicité, le cinéma, l’étalonnage, sur tout. Et bien sûr, cette musique club est incroyable, avec la scène, l’ensemble. Après avoir vu ce film, j’ai joué ce morceau au moins quatre fois pour ouvrir mes sets.</p>
<p><em>DMX… Thank you Kevin Elamrani, the boss, because I would never have discovered this film if he hadn’t shown it to me. I didn’t know it at all three years ago, and when Kevin showed it to me, I thought: “Wait… You, who loves films and rap so much… how did you miss this?”</em></p>
<p><em>Belly, directed by Hype Williams in 1998, follows Tommy and Sincere, two friends involved in the New York drug scene, and is as much a crime film as it is a visual and musical experience shaped by hip-hop culture.</em></p>
<p><em>What can I say about this scene? I think I love it even more because it was made in the 1990s. You can feel the influence it later had on music videos, advertising, cinema, colour grading, everything. And of course, this club music is incredible, with the scene, the whole thing. After watching this film, I played this song at least four times to open my sets.</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/2.GOSPEL_THEWIRE_BELLY.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-335350 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/2.GOSPEL_THEWIRE_BELLY.jpeg" alt width="1377" height="274" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/2.GOSPEL_THEWIRE_BELLY.jpeg 1377w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/2.GOSPEL_THEWIRE_BELLY-300x60.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/2.GOSPEL_THEWIRE_BELLY-1024x204.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/2.GOSPEL_THEWIRE_BELLY-768x153.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/2.GOSPEL_THEWIRE_BELLY-980x195.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1377px) 100vw, 1377px"></a><br>
<br style="font-weight: 400;"><em>GANJA &amp; HESS </em>BY BILL GUNN</h2>
<p><strong>11′05″ ♪ Sam Waymon —&nbsp; The Blood of the Thing</strong></p>
<p><em>Ganja &amp; Hess</em> (1973) suit Hess Green, un anthropologue noir qui devient immortel après avoir été poignardé avec un ancien poignard africain. Le film mélange vampirisme, spiritualité, religion et identité noire d’une manière très étrange et expérimentale. La musique de Sam Waymon, notamment <em>The Blood of the Thing</em>, participe énormément à cette atmosphère. La chanson est incroyable dans cette scène.</p>
<p><em>Ganja &amp; Hess (1973) follows Hess Green, a Black anthropologist who becomes immortal after being stabbed with an ancient African dagger. The film mixes vampirism, spirituality, religion and Black identity in a very strange and experimental way. The music by Sam Waymon, especially The Blood of the Thing, is a huge part of that atmosphere. The song is incredible with the scene, the whole thing.</em></p>
<h2><em>DAUGHTERS OF THE DUST</em> BY JULIE DASH</h2>
<p><strong>12′48″ ♪ Original Score by John Barnes</strong></p>
<p><em>Daughters of the Dust </em>(1991) suit trois générations d’une famille Gullah vivant dans les Sea Islands de Caroline du Sud en 1902, alors qu’une partie de la famille se prépare à quitter l’île pour partir vers le Nord. C’est un film sur la mémoire, les ancêtres, la spiritualité et ce qui se transmet d’une génération à l’autre.</p>
<p>La musique de John Barnes est incroyable. Elle mélange des sonorités africaines, des voix et des percussions avec d’autres traditions musicales, créant quelque chose qui semble profondément lié à l’histoire et à l’esprit du film.</p>
<p>C’est honnêtement l’un de mes films préférés, notamment pour son écriture. J’aime la manière dont l’histoire est construite et le fait que le film ne nous explique pas tout. Il nous laisse entrer progressivement dans la famille, les souvenirs et la spiritualité. On a presque l’impression de se remémorer un lointain souvenir plutôt que de regarder une histoire traditionnelle.</p>
<p><em>Daughters of the Dust (1991) follows three generations of a Gullah family living on the Sea Islands of South Carolina in 1902, as part of the family prepares to leave the island and move North. It’s a film about memory, ancestry, spirituality and what gets passed from one generation to another.</em></p>
<p><em>The music by John Barnes is also incredible. It mixes African sounds, voices and percussion with other musical traditions, creating something that feels deeply connected to the history and spirit of the film.</em></p>
<p><em>This is honestly one of my favourite films, especially because of the writing. I love the way the story is built and the fact that the film doesn’t explain everything to you. It lets you enter the family, the memories and the spirituality slowly. It feels almost like remembering something rather than watching a traditional story.</em></p>
<h2><em>THE SOPRANOS</em> BY DAVID CHASE</h2>
<p><strong>15′25″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>The Sopranos</em> m’a donné l’impression de mieux comprendre les hommes qui m’entouraient à l’époque où je l’ai regardée. Et l’amour que mon père porte à Tony Soprano, interprété par James Gandolfini, est immense. Je me souviens d’une phrase qu’il a dite et qui m’a beaucoup touchée :</p>
<p>« <em>Quand j’ai appris que l’acteur qui jouait Tony Soprano était mort, c’était la première fois que j’avais l’impression d’avoir perdu quelqu’un que j’avais toujours connu.</em> »</p>
<p><em>The Sopranos</em> a été extrêmement important dans ma vie. Ma tête et mes pieds étaient eux aussi à l’intérieur de la télévision lorsque je la regardais, allongée dans mon lit. Et bien sûr, cette scène est iconique : voir toute la famille réunie après les funérailles, et surtout voir l’oncle chanter, voir sa vulnérabilité… Je pourrais parler de <em>The Sopranos</em> pendant des heures.</p>
<p>Ce n’est pas anodin de voir un chef mafieux faire une crise de panique parce que ses canards s’envolent de la piscine. Cela en dit beaucoup sur l’état du monde.</p>
<p>Le fait de savoir que James Gandolfini, l’acteur qui jouait Tony Soprano, est mort d’une crise cardiaque seulement quelques années après la fin de la série rend sa mort étrangement liée au personnage pour moi. Mourir sur son yacht avec son fils aurait presque pu être la fin de la série. Parfois, je me demande, si Tony était encore là, que serait-il devenu dans ce monde, dans cette vie de star ? Quelles auraient été ses convictions politiques ?</p>
<p>Je suis même allée jusqu’au New Jersey pour me promener dans le quartier et voir sa maison. Tout le monde devrait regarder <em>The Sopranos</em> au moins une fois dans sa vie !</p>
<p><em>The Sopranos felt like it helped me understand the men around me at the time I watched it. And my father’s love for Tony Soprano, played by James Gandolfini, is huge. I remember a sentence he said that really touched me: “When I heard that the actor who played Tony Soprano had died, it was the first time I felt like I had lost someone I had always known.”</em></p>
<p><em>The Sopranos have been so important in my life. My head and my feet were inside the TV too when I watched them, lying in bed. And of course, this scene is iconic: seeing the whole family reunited after the funeral of …, and especially seeing the uncle sing, seeing his vulnerability… I could talk about The Sopranos for hours.</em></p>
<p><em>It’s not insignificant to see a mafia boss have a panic attack because his ducks fly away from the swimming pool.</em></p>
<p><em>It says a lot about the state of the world. Knowing that James Gandolfini, the actor who played Tony Soprano, died from a heart attack only a few years after the series ended, makes his death feel strangely connected to the character for me. Tony dying on his yacht with his son could almost have been the ending of The Sopranos itself. Sometimes I wonder: if Tony were still here, what would he have become in this world, in this life as a star? What would his political beliefs have been?</em></p>
<p><em>I actually went all the way to New Jersey to walk around the neighbourhood and see his house. Everyone needs to watch The Sopranos at least once in their life!</em></p>
<p><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/3.GANJA_DAUGHTERS_THESOPRANOS.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-335351 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/3.GANJA_DAUGHTERS_THESOPRANOS.jpeg" alt width="1377" height="274" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/3.GANJA_DAUGHTERS_THESOPRANOS.jpeg 1377w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/3.GANJA_DAUGHTERS_THESOPRANOS-300x60.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/3.GANJA_DAUGHTERS_THESOPRANOS-1024x204.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/3.GANJA_DAUGHTERS_THESOPRANOS-768x153.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/3.GANJA_DAUGHTERS_THESOPRANOS-980x195.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1377px) 100vw, 1377px"></a><br>
<br style="font-weight: 400;"></p>
<h2><em>THE WIRE</em> BY DAVID SIMON</h2>
<p><strong>18′35″ ♪ The Temptations — Just My Imagination (Running Away with me)</strong></p>
<h2><em>GHOST DOG</em> BY JIM JARMUSCH</h2>
<p><strong>20′56″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>C’est en écrivant ceci que je réalise que mon père m’a montré les meilleurs films. Tous les dimanches, nous faisions une heure de route pour aller voir ma grand-mère à la campagne, en dehors de Liège.</p>
<p>J’étais adolescente, et ce trajet me semblait durer une éternité. Nous partions à 9 heures tous les dimanches matin. Alors mon père mettait des CD dans la voiture pour rendre le trajet plus agréable et il m’en parlait. C’est comme ça que j’ai découvert RZA, et qu’il m’a parlé de <em>Ghost Dog</em>.</p>
<p>Je pourrais également parler longtemps de ce film et de son impact, mais cette scène, pour moi, en dit beaucoup sur ce que signifie être un homme noir. Et Jim Jarmusch, à chaque fois : les meilleures bandes originales de films !</p>
<p><em>It’s only while writing this that I realise my father actually showed me the best films. Every Sunday, we would drive for an hour to visit my grandmother in the countryside outside Liège.</em></p>
<p><em>I was a teenager, and that long drive felt like an eternity. We would leave at 9 in the morning every Sunday. So my father would play CDs in the car to make the journey more fun and talk to me about them. That’s how I discovered the RZA group, the story behind it, and how he showed me Ghost Dog.</em></p>
<p><em>I could also talk for a long time about this film and its impact, but this scene, for me, says a lot about what it means to be a Black man. And Jim Jarmusch, every single time: best movie soundtracks!</em></p>
<h2><em>TREME</em> BY DAVID SIMON &amp; ERIC OVERMYER</h2>
<p><strong>21′37″ ♪ Kermit Ruffins — When I Die (You Better Second Line)</strong></p>
<p><em>Treme</em>, créée par David Simon et Eric Overmyer, se déroule à La Nouvelle-Orléans juste après l’ouragan Katrina et suit des musiciens et d’autres habitants qui tentent de reconstruire leur vie tout en protégeant la culture et l’identité musicale de la ville. La musique n’est pas seulement la bande-son de la série ; elle fait partie de la manière dont les personnages vivent et survivent.</p>
<p>Il était évident que David Simon aimait la musique et avait de très bons goûts, surtout après avoir réalisé cette série consacrée au jazz et à la musique de La Nouvelle-Orléans. Encore un coup de David qui ne me déçoit pas. Merci pour la culture, David.</p>
<p>Cette musique est l’une de mes grandes favorites. C’est une sorte de narration musicale. Je ressens cette émotion de l’église, de quelque chose qui n’est plus là, alors que nos pieds continuent de battre la mesure, essayant de rester sur terre tout en cherchant aussi à atteindre le ciel. Cela me rappelle les églises noires de Chicago, où l’on a l’impression que la musique vient à la fois du sol et du ciel.</p>
<p><em>Treme, created by David Simon and Eric Overmyer, takes place in New Orleans just after Hurricane Katrina and follows musicians and other inhabitants trying to rebuild their lives while protecting the culture and musical identity of the city. Music isn’t just the soundtrack of the series; it’s part of the way the characters live and survive.</em></p>
<p><em>It was obvious that David Simon loved music and had really good taste, especially after making this series about jazz and the musical culture of New Orleans. Another David move that doesn’t disappoint me. Thank you for the culture, David.</em></p>
<p><em>This music is a huge favourite of mine. It’s kind of storytelling through music. I feel this emotion of the church, of something that is no longer there, while our feet are still tapping, trying to stay on the ground while also reaching the sky. It reminds me of Black churches in Chicago, where you feel like the music is coming from both the ground and the sky at the same time.</em></p>
<h2><em>THE WIRE</em> BY DAVID SIMON</h2>
<p><strong>23′08″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Encore <em>The Wire</em>, parce que chaque scène est iconique. Cette partie d’échecs parle du système, mais plus largement du jeu auquel nous jouons constamment. Tout tourne autour du jeu, et savoir comment y jouer.</p>
<p><em>The Wire again, because every scene is iconic. This chess game talks about the system, but more broadly about the game we are constantly playing. Everything is about the game, and knowing how to play it.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/4.GHOSTDOG_TREME_THEWIRE.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-335352 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/4.GHOSTDOG_TREME_THEWIRE.jpeg" alt width="1382" height="278" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/4.GHOSTDOG_TREME_THEWIRE.jpeg 1382w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/4.GHOSTDOG_TREME_THEWIRE-300x60.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/4.GHOSTDOG_TREME_THEWIRE-1024x206.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/4.GHOSTDOG_TREME_THEWIRE-768x154.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/4.GHOSTDOG_TREME_THEWIRE-980x197.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1382px) 100vw, 1382px"></a></p>
<h2><em>LAST DAYS</em> BY GUS VAN SANT</h2>
<p><strong>24′27″ ♪&nbsp;</strong></p>
<p><em>Last Days</em> (2005) suit Blake, un musicien fictif librement inspiré de Kurt Cobain, pendant les derniers jours de sa vie. Le film n’essaie pas vraiment de l’expliquer, ni d’expliquer son histoire. Il reste simplement avec lui, observant son isolement, son silence, son corps et sa relation à la musique.</p>
<p>C’est l’une des choses que j’aime chez Gus Van Sant. Il ne nous dit pas exactement ce que nous devons penser de Blake. Il nous oblige à rester avec lui. On le regarde disparaître lentement, presque sans vraiment comprendre ce qui est en train de se passer.</p>
<p>Et puis il y a la scène finale, avec Michael Pitt dans le rôle de Blake, seul dans la serre, jouant et chantant. La caméra s’éloigne lentement de lui jusqu’à ce qu’il disparaisse presque du cadre, tandis que la musique continue. J’aime cette scène parce qu’elle donne l’impression que la dernière chose qui reste à Blake, c’est sa musique. Il disparaît de l’image.</p>
<p>Je serai toujours reconnaissante envers ma meilleure amie du lycée. C’est elle qui aimait tellement le cinéma et qui me l’a fait découvrir en me parlant de ses cinéastes préférés.</p>
<p>J’aime l’idée que Liège, cette petite ville, était elle aussi tellement cinématographique. C’est une ville un peu mystique, et je comprends aussi pourquoi<em> The Virgin Suicides</em> était son film préféré. Elle m’a également montré tous les films de Gus Van Sant.</p>
<p>Ce dernier morceau est l’un des morceaux qu’elle m’a fait découvrir grâce au film, et je le trouve magnifique.</p>
<p><em>Last Days (2005) follows Blake, a fictional musician loosely inspired by Kurt Cobain, during the final days of his life. The film doesn’t really try to explain him or his story. It just stays with him, watching his isolation, his silence, his body and his relationship to music.</em></p>
<p><em>This is one of the things I love about Gus Van Sant. He doesn’t tell you exactly what to think about Blake. He makes you stay with him. You watch him slowly disappear, almost without really understanding what is happening.</em></p>
<p><em>And then there is the final scene, with Michael Pitt as Blake, alone in the greenhouse, playing and singing. The camera slowly moves away from him until he almost disappears from the frame, while the music continues. I love this scene because it feels like the last thing Blake has left is his music. He disappears from the image.</em></p>
<p><em>I will always be grateful to my best friend from high school. She was the one who loved cinema so much and introduced me to it by talking to me about her favourite filmmakers.</em></p>
<p><em>I like the idea that Liège, this small city, was also so cinematic. It’s a slightly mystical city, and I also understand why The Virgin Suicides was her favourite film. She showed me all of Gus Van Sant’s films too.</em></p>
<p><em>This last track is one of the tracks she showed me from the film, and I find it so beautiful.</em></p>
<h2><em>SUD</em> BY CHANTAL AKERMAN</h2>
<p><strong>28′05″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Pour finir, nous revenons à la fin du film de Chantal Akerman, parce qu’elle m’a également appris que, pour rester présent et être capable d’éprouver de l’empathie pour ce que nous regardons, pour ce que nous lisons, nous devons nous concentrer sur les choses simples dans l’image et dans le son.</p>
<p>Elle m’a fait ressentir avec une telle intensité ce qu’est le cinéma, et ce qu’est l’art. La fin du film est, pour moi, une magnifique leçon sur l’image, mais aussi sur ce que nous regardons et ce que nous consommons.</p>
<p>Ici, nous sommes forcés de simplement écouter ces sept minutes de fin en silence, tout en empruntant la route du meurtre de Mr. Byrd, violemment fascinés et traînés le long de cette route.</p>
<p><em>To finish, we come back to the ending of Chantal Akerman’s film, because she also taught me that, in order to stay present and be able to have empathy for what we are watching, for what we are reading, we need to focus on the simple things in the image and the sound.</em></p>
<p><em>She made me feel so strongly what cinema is, and what art is. The ending of the film is, for me, a beautiful lesson about the image, but also about what we look at and what we consume.</em></p>
<p><em>Here, we are forced to simply listen to these seven minutes of ending in silence, while taking the road of Mr. Byrd’s murder, violently fascinated and dragged along this road.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/5.LASTDAYS_SUD.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-335353 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/5.LASTDAYS_SUD.jpeg" alt width="1267" height="350" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/5.LASTDAYS_SUD.jpeg 1267w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/5.LASTDAYS_SUD-300x83.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/5.LASTDAYS_SUD-1024x283.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/5.LASTDAYS_SUD-768x212.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/5.LASTDAYS_SUD-980x271.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1267px) 100vw, 1267px"></a>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-12-luna-mahoux/">The Scores (ep.12) : Luna Mahoux</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Notre salut</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/notre-salut-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2026 10:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Notre salut retrace le parcours d’Henri Marre, un fonctionnaire fictif (mais inspiré par l’arrière-grand-père du cinéaste) du régime de Vichy en poste à Limoges qui, vaille que vaille, suit la voie de la collaboration jusqu’à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/notre-salut-2/" title="Read  Notre salut">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Notre salut</em> retrace le parcours d’Henri Marre, un fonctionnaire fictif (mais inspiré par l’arrière-grand-père du cinéaste) du régime de Vichy en poste à Limoges qui, vaille que vaille, suit la voie de la collaboration jusqu’à la fin, sans jamais briller ni fléchir. Troisième film français de l’année à se concentrer sur la période de l’occupation du pays par l’Allemagne nazie (et non le dernier, en attendant <em>Moulin </em>de László Nemes), le film d’Emmanuel Marre se démarque d’emblée par sa singulière manière d’aborder la question de la reconstitution historique. En optant pour un anachronisme assumé, le cinéaste renonce en apparence à une certaine forme de rigueur historique (mais seulement en apparence) afin de creuser un autre sillon. Si l’on s’en tient à ce que l’on voit, tout semble certes se dérouler dans les années 1940. Mais il n’en est pas de même à l’oreille, les dialogues étant ponctués d’expressions et de tics langagiers – du type « <em>j’ai envie de dire</em> ». Des morceaux de musique en décalage avec l’époque émaillent par ailleurs le film, venant régulièrement bousculer l’illusion narrative, tel un air de Hot Butter (« Popcorn ») pour conclure un repas chez un préfet. Le choix de prendre une certains distance avec le contexte historique (relatif : nous ne sommes tout de même pas dans le <em>Marie-Antoinette</em> de Sofia Coppola) invite, on le comprend rapidement, à éclairer le parcours de ce modeste bureaucrate vichyste bien au-delà du particularisme du contexte de l’Occupation.</p>
<p>Cette démarche évoque partiellement celle (beaucoup plus expérimentale) de Peter Watkins. Dans <em>La Commune</em>, les soixante-douze jours de la révolution parisienne de 1871 étaient rejoués par des comédiens amateurs en improvisation, soi-disant filmés par une équipe de télévision en charge de couvrir les événements. Il s’agissait pour Watkins de se défaire d’une histoire mise en mots par un démiurge pour lui opposer une écriture orale et en direct, afin de saisir une vérité spontanée. Les mouvements de foule et les cris de colère se nourrissaient ainsi de dynamiques collectives, tandis que la présence incongrue des reporters, à une époque où la télévision encore hégémonique imposait une « <em>monoforme&nbsp;</em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334995_56('footnote_plugin_reference_334995_56_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334995_56('footnote_plugin_reference_334995_56_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334995_56_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334995_56_1" class="footnote_tooltip">Le mot est de Peter Watkins</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334995_56_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334995_56_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> des images dans le domaine de l’actualité, introduisait une tension autour de la question de ce qui est capté (ou non) par les caméras.</p>
<p>Le film d’Emmanuel Marre est certes beaucoup moins radical (moins long, plus «&nbsp;écrit&nbsp;», plus découpé, etc.), mais il travaille lui aussi l’idée de saisir des actions sur le vif. La présence de la caméra, sans être intégrée aussi directement dans la diégèse que chez Watkins (pas d’équipe de tournage ici), circule parmi les personnages, saisissant à la volée des gestes, des détails du décor et des conversations prises en cours. Comment se déroule par exemple la rédaction en vitesse d’un télégramme concernant la fourniture de camions destinés à une rafle&nbsp;? Il s’avère qu’on y débat du vocabulaire, en hésitant sur le terme de «&nbsp;<em>ramassage</em>&nbsp;». Les ponts avec le langage et les préoccupations des technocrates de notre époque sont ainsi légion&nbsp;: on évoque dans ces bureaux les courbes du chômage, l’état de l’opinion, les contraintes budgétaires. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Parfois un peu artificiellement appuyés</a> (le parallèle est déjà clair), ces liens parviennent malgré tout le plus souvent à générer une saisissante proximité avec notre temps. Ainsi de cette soirée inaugurale où se trament les amitiés intéressées de jeunes loups ambitieux, qui échangent autour de leurs plans de carrières et sur la situation politique, alors qu’ils s’apprêtent à intégrer les ministères d’un nouveau régime.</p>
<p>Par ce dispositif, qui restitue un point de vue inscrit dans son époque (via la lecture de la correspondance entre Henri et sa femme Paulette, interprétée par Sandrine Blancke) tout en le décontextualisant (par les anachronismes, les liens avec l’actualité ou encore la présence tangible de la caméra), <em>Notre salut</em> constitue une passionnante réponse aux perspectives ouvertes par l’historiographie récente sur la France de Pétain<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334995_56('footnote_plugin_reference_334995_56_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334995_56('footnote_plugin_reference_334995_56_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334995_56_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334995_56_2" class="footnote_tooltip">Les différents textes du récent <em>Vichy, Histoire d’une dictature</em>, dirigé par Laurent Joly, jettent notamment de nouveaux éclairages sur les parcours sinueux de plusieurs dignitaires de l’État français et sur la façon dont s’est improvisé le nouveau régime en quelques mois.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334995_56_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334995_56_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Plus largement, la liberté manifeste laissée aux comédiens apparaît fertile pour raconter la période. La scène du « relooking » des locaux de la CGT récupérés par l’administration vichyste est sur ce point éloquente : les gestes maladroits de Swann Arlaud, alors qu’il accroche des pancartes de propagande pour masquer un mur aux couleurs du syndicat, évoquent habilement comment le régime de Vichy s’est bricolé dans des espaces qu’il s’est employé à « libérer ». De la même manière que ses bureaux sont installés dans un immeuble laissé vacant suite à la dissolution des syndicats, Henri Marre n’hésite pas à déménager avec sa famille dans un bel appartement soudainement disponible – et peu importe qu’il ait appartenu à des juifs. Il est des cas dans lesquels on ne peut pourtant pas se permettre une telle cécité volontaire, sous peine de devenir un rouage à part entière d’une mécanique criminelle.</p>
<h2>Mécaniques de l’aveuglement</h2>
<p>Depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-zone-dinteret/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Zone d’intérêt</em></a>, la question de l’aveuglement des responsables et complices des crimes nazis revient hanter les films sur le sujet. Sous la caméra de Jonathan Glazer, le grand mystère de Rudolf Höss, ce directeur du camp d’Auschwitz gérant au quotidien le massacre industriel de millions de personnes comme on dirigerait une entreprise, semblait tenir en une forme de professionnalisme total. En distinguant rigoureusement travail et vie privée (littéralement, un grand mur séparant la maison et le camp voisin), cet homme consciencieux offrait à sa famille la possibilité de jouir paisiblement d’un logement de fonction sans jamais apercevoir ce qui se déroulait à quelques pas. Même si le film de Glazer mettait en crise cette terrifiante tentative d’effacement du hors-champ (impossible de ne pas entendre les hurlements depuis la piscine, ni de voir la fumée qui s’échappe des cheminées), il était animé par la volonté de dévoiler certains aspects de l’idéologie nazie mis en lumière, entre autres, par les travaux de Johan Chapoutot. Les Allemands encourageaient ainsi une forme très spécifique de « rationalité » dans l’administration, l’industrie et l’armée, ainsi qu’un certain culte du progrès technique, scientifique et managérial. Soient des considérations proches de celles en quoi Henri Marre croit dur comme fer.</p>
<p>On apprend en effet que le personnage a écrit durant l’été 1940 <em>Notre salut</em> (titre du véritable opuscule rédigé par l’aïeul du cinéaste), un ouvrage dédié au management et à l’augmentation de l’efficacité de la technocratie. C’est dire s’il était en phase avec son temps, lui qui propose de remplacer les «&nbsp;<em>poètes&nbsp;</em>» des cabinets par des hauts fonctionnaires d’un nouveau genre, obéissants, zélés et efficaces. Hélas, privé du moindre charisme et bien loin de Vichy, il peine à convaincre. Henri apparaît néanmoins capable de mettre en œuvre les principes prônés dans son livre, qu’il met tout au service de la politique d’extrême droite du gouvernement. C’est ainsi que, forcé par la loi de procéder à la rétrogradation d’un membre de son administration du fait de sa judéité, il envisage tout bonnement de lui proposer une prime afin de compenser en partie le désagrément subi, sans aborder la nouvelle règle en vigueur. Face aux dilemmes moraux (qui ne semblent pas pour lui en être réellement), le visage fermé de Swann Arlaud ne laisse rien paraître. C’est à peine si le bruit de ses semelles sur le plancher, alors qu’il fait nerveusement les cent pas dans son appartement, parvient à témoigner d’un trouble, tandis qu’il doit organiser la logistique d’un convoi sans l’aval de son supérieur. Difficile de savoir si le trouble en question résulte d’une prise de conscience, ou s’il est uniquement le produit de ses doutes sur la manière de procéder dans son propre intérêt.</p>
<h2><strong>Le cas Henri Marre</strong></h2>
<p>Alors que Xavier Giannoli ne cessait de vouloir expliquer la plongée dans la collaboration de son <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jean Luchaire</a> (à cause de sa pneumonie, de ses problèmes d’argent, de son ignorance de ce qui se passe dans le pays, des soirées parisiennes…), allant même jusqu’à raccorder des scènes de compromissions de son personnage avec des radios de ses poumons montrant la progression de la maladie, Emmanuel Marre travaille à maintenir un certain flou sur les raisons qui ont poussé Henri à rester fidèle à un régime criminel et rapidement agonisant. On comprend bien que l’homme envisage toutes choses sous l’angle des éventuelles opportunités qui pourraient se présenter à lui, mais est-ce là tout ce qui le motive ? Sa complicité ne serait-elle qu’intéressée ? Il se pourrait bien, tant le film s’emploie à révéler les fondements de son détachement. Sa lente montée des escaliers parmi les candidates au poste de secrétaire pour parvenir à son bureau témoigne d’une évidente jouissance à donner en spectacle sa supériorité sociale d’apparat. Mais les espoirs qu’il évoque dans les lettres écrites à sa femme peinent à masquer son échec à gravir les échelons. En ne refusant jamais ce qu’on lui demande de faire, Henri Marre finit par ne susciter qu’un certain mépris autour de lui, devenant peu à peu celui qu’on remercie discrètement entre deux portes pour avoir fait la sale besogne. Malgré ses efforts pour se maintenir au premier plan, le corps un peu maigrelet d’Arlaud peine à rester visible au sein des dignitaires de Vichy, recalé vers l’arrière à l’occasion d’une photo de groupe, ou encore relégué en bordure du cadre suite à l’improvisation d’une piste de danse dans une salle à manger. La succession des déceptions n’y fait rien, bien au contraire : obtenir la reconnaissance d’un supérieur demeure son unique obsession, avec, comme objectif, de parvenir à rester dans le cadre coûte que coûte.</p>
<p>Le titre du livre (et du film) annonce le caractère collectif de ce qui est sur le point d’être exposé. Il ne précise cependant pas ouvertement&nbsp;qui est supposé recouvrir ce «&nbsp;nous&nbsp;». Dans le cas de l’ouvrage d’Henri Marre, la réponse paraît évidente&nbsp;: il s’agit des Français. Le film de son arrière-petit-fils complète quant à lui cette définition en confrontant la pensée d’Henri aux accommodements auxquels il consent peu à peu. On observe alors que ce «&nbsp;nous&nbsp;» s’adapte sans mal au projet de ne pas englober les travailleurs étrangers, ni les syndicalistes, pas plus que les francs-maçons, les communistes, les homosexuels et bien entendu les juifs. Suivant ses objectifs de carrière, et eux seuls, Henri participe ainsi à réduire concrètement le nombre des destinataires du «&nbsp;salut&nbsp;» en question. Il ne lui arrivera rien à lui, ni drame ni rédemption (comme lui prédit au début du film le personnage joué par Laurent Poitrenaux), si ce n’est la confrontation au regard de sa femme, cette «&nbsp;<em>petite madame</em>&nbsp;» comme il aime à l’appeler, au moment où elle prend conscience de son impardonnable faillite personnelle, politique et morale. Là encore, difficile de savoir s’il perçoit pleinement ce qu’elle discerne en lui, alors même que ses lettres exprimaient depuis longtemps ses doutes quant à la teneur des choix de son mari. Ce contrepoint, qui vient saper le récit de réussite personnelle qu’il entretient lui-même, ne conduit au contraire qu’au redoublement de sa cécité, avec pour finalité de le rendre totalement incapable de regarder le monde qui l’entoure en face, jusque dans sa plus proche intimité. Tandis qu’on observe cet homme seul, qui marche les yeux écarquillés le long d’un train plein de sympathisants nazis en espérant fébrilement pouvoir y prendre place, Emmanuel Marre nous donne en revanche très clairement à voir les multiples aveuglements de ce «&nbsp;petit monsieur&nbsp;», dont le seul salut aura été en fin de compte celui dont il gratifia le Maréchal.<a href="#_ftnref1" name="_ftn1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334995_56();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334995_56();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334995_56">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334995_56" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334995_56('footnote_plugin_tooltip_334995_56_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334995_56_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le mot est de Peter Watkins</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334995_56('footnote_plugin_tooltip_334995_56_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334995_56_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Les différents textes du récent <em>Vichy, Histoire d’une dictature</em>, dirigé par Laurent Joly, jettent notamment de nouveaux éclairages sur les parcours sinueux de plusieurs dignitaires de l’État français et sur la façon dont s’est improvisé le nouveau régime en quelques mois.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334995_56() { jQuery('#footnote_references_container_334995_56').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334995_56').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334995_56() { jQuery('#footnote_references_container_334995_56').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334995_56').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334995_56() { if (jQuery('#footnote_references_container_334995_56').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334995_56(); } else { footnote_collapse_reference_container_334995_56(); } } function footnote_moveToReference_334995_56(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334995_56(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334995_56(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334995_56(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/notre-salut-2/">Notre salut</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ecrire-la-vie-annie-ernaux-racontee-par-des-lyceennes-et-des-lyceens/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que Claire Simon pose sa caméra dans le milieu scolaire : ainsi de Récréations, en 1992, mais aussi d’Apprendre, son précédent documentaire, qui suivait le quotidien de plusieurs classes...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ecrire-la-vie-annie-ernaux-racontee-par-des-lyceennes-et-des-lyceens/" title="Read  Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que Claire Simon pose sa caméra dans le milieu scolaire : ainsi de <em>Récréations</em>, en 1992, mais aussi d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/apprendre-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Apprendre</em></a>, son précédent documentaire, qui suivait le quotidien de plusieurs classes de primaire en filmant au ras des gestes, sans commentaire ni entretien, pour restituer quelque chose de l’expérience concrète de l’école, plutôt que d’en tirer un discours général sur l’institution. Le cas d’<em>Écrire la vie : Annie Ernaux racontée</em> <em>par des lycéennes et des lycéens </em>est plus complexe, bien qu’il repose sur un principe d’immersion similaire. Après l’attribution du prix Nobel de littérature à Annie Ernaux en 2022, la cinéaste s’est rendue dans plusieurs lycées français (de Cayenne à Villefranche) pour suivre des cours consacrés à l’autrice des <em>Années</em>. Les séquences obéissent globalement à la même structure : on y présente le nom et la localisation de chaque établissement avant la séance en elle-même, filmée dans la longueur et parfois prolongée par une discussion entre élèves hors du lycée et en l’absence de leur professeur. Lors des scènes de classe, la caméra épouse la circulation de la parole pour laisser à chacun le temps d’élaborer son point de vue, de décrire l’émotion produite par la fameuse « écriture plate » revendiquée par l’écrivaine, de porter un regard critique sur la relation amoureuse toxique relatée dans <em>L’Occupation</em>, ou encore de partager le trouble suscité par les descriptions très crues de l’avortement dans <em>L’Événement</em>. En passant d’un visage à l’autre, Claire Simon cherche à enregistrer la formation et le jaillissement d’une pensée ou, plus précisément, une sorte de maïeutique qui voit les élèves mettre en perspective leurs propres histoires familiales à travers l’œuvre d’Ernaux. Se dégage ainsi de ces échanges l’idée que l’œuvre intime de l’autrice acquiert une portée collective en entrant en résonance avec une diversité d’expériences.</p>
<p>Mais plus encore qu’un film sur l’impact des romans d’Ernaux, <em>Écrire la vie</em> porte sur le cadre scolaire, qui joue un rôle important, sinon davantage, dans cette maïeutique au sein de laquelle le professeur se tient en retrait et cherche à ouvrir la discussion, sans arrêter l’interprétation. Un cours à Cayenne illustre même une conception égalitaire de l’école, proche de celle que décrit Jacques Rancière dans <em>Le Maître ignorant </em>&nbsp;: au cours d’un débat sur le parler populaire dans l’œuvre d’Ernaux, une élève évoque son propre rapport contrarié au créole, avant de se rendre au tableau pour en apprendre quelques mots à ses camarades et à son professeur. De la sorte, les salles de classe filmées par Claire Simon se distinguent nettement de celles que le cinéma donne habituellement à voir, mais aussi de ce que l’on peut savoir des conditions ordinaires de l’enseignement au lycée. Ici, chaque cours semble se dérouler de façon idéale, notamment car que tous les élèves paraissent avoir lu les textes et se prêtent volontiers à l’exercice. <em>Écrire la vie</em> entretient même un certain flou sur la nature de ces séances : certaines ressemblent davantage à des ateliers menés en petits groupes d’une dizaine d’élèves (parfois constitués exclusivement de lycéennes, comme lors de cette séance autour de <em>L’Événement</em>, où la liberté avec laquelle elles discutent d’une scène de sexe est sans doute favorisée par la non-mixité). Le film ne permet jamais de comprendre précisément le fonctionnement de ces modules : dans quelle filière sont inscrits ces lycéens ? Ces cours sont-ils proposés uniquement à des volontaires ? Ces questions peuvent paraître anecdotiques, mais elles ne cessent d’affleurer tandis que le film s’attèle à figurer l’école comme un espace d’émancipation.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Une séquence frappante explicite le discours sur l’institution qui sous-tend <em>Écrire la vie</em> dans son ensemble.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Il s’agit d’une minute de silence organisée dans la cour d’un lycée à la mémoire de Samuel Paty&nbsp;: seul moment qui ne soit pas directement consacré à la lecture d’Annie Ernaux, il tranche nettement avec le reste du film et appuie l’hommage rendu par la cinéaste à l’école républicaine ainsi qu’au corps enseignant. Cet éloge ne constitue pas en soi un problème, mais il pose dans le cas présent deux difficultés. D’une part, il<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>implique une homogénéité un peu rébarbative, puisque chaque scène semble empreinte d’un certain idéalisme qui n’interroge jamais les limites de l’enseignement – le cadre scolaire apparaissant systématiquement comme le lieu d’une rencontre féconde avec l’œuvre d’Ernaux. D’autre part, ce positionnement fragilise le contrat de confiance instauré par la forme immersive, qui donne d’abord le sentiment d’une observation sans intervention. La chose est particulièrement frappante dans les scènes de conversation en extérieur, supposées accueillir une parole plus libre et personnelle de la part des lycéens. Or, quelque chose sonne faux : au fil des échanges, on sent que les jeunes ne se sont pas spontanément réunis pour discuter d’Annie Ernaux en sortant de classe, mais que la situation a probablement été organisée pour le tournage, sans que cette entorse au dispositif ne soit véritablement assumée. Si les lycéens et lycéennes n’essaient plus de briller devant leur professeur, une adulte demeure derrière la caméra, dont la présence suffit à infléchir leurs interactions : ils semblent encore chercher à répondre « comme il faut », sans parvenir tout à fait à s’affranchir du cadre scolaire.</p>
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		<item>
		<title>Resident Evil</title>
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					<comments>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resident-evil/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 10:31:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=335249</guid>

					<description><![CDATA[<p>Lorsqu’on les interrogeait sur les influences de Resident Evil, jeu de survival horror qui fit date dès sa création en 1996, ses trois créateurs japonais citaient George Romero, Tobe Hooper et Alfred Hitchcock. Le cinéma...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resident-evil/" title="Read  Resident Evil">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’on les interrogeait sur les influences de <em>Resident Evil</em>, jeu de <em>survival horror</em> qui fit date dès sa création en 1996, ses trois créateurs japonais citaient George Romero, Tobe Hooper et Alfred Hitchcock. Le cinéma industriel américain leur a vite rendu la monnaie de leur pièce, exploitant le succès du jeu à travers une franchise médiocre avec Milla Jovovich, pendant que George Romero lui-même travaillait sur un projet d’adaptation qui ne vit jamais le jour. En 2026, c’est à Zach Cregger – fraîchement auréolé du succès d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Évanouis</em></a> – que revient la lourde tâche de relancer cette machine vieille de trente ans, dont la popularité n’a jamais vraiment faibli. <a href="https://fr.ign.com/resident-evil-9/91796/hideki-kamiya-le-realisateur-de-resident-evil-2-affirme-que-capcom-est-devenu-insensible-au-caracter" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’un des fondateurs historiques du jeu, Hideki Kamiya, réfléchissait récemment à la création d’une esthétique moins oppressante</a>, posant même l’hypothèse d’un&nbsp;mode de jeu «&nbsp;<em>sans peur</em>&nbsp;», où l’on pourrait «&nbsp;<em>simplement profiter des énigmes et des combats dans une ambiance ludique et détendue</em> ». Si ses propos sont postérieurs à la sortie du film, ils résonnent toutefois sur un point avec le projet de Cregger : ce dernier, à la fois décalé et périlleux, s’inscrit dans un entre-deux problématique, entre tentative de retour d’un cinéma d’horreur à message (la fin du film explicite de façon grossière sa métaphore politique) et divertissement cynique, activant par l’ironie permanente le <em>mode sans peur</em>.</p>
<p>Un certain état d’esprit saute aux yeux dès le début du film : Bryan (Austin Abrams), son personnage principal, est un coursier médical au bout du rouleau, qui exécute ses tâches tout en apprenant au téléphone la grossesse de sa copine ; de fait, il ne paraît pas vraiment concerné par ce qu’il fait. Une course particulière va le conduire dans la campagne enneigée du Colorado, là où le « jeu » va commencer. Cette course, dont Bryan va s’acquitter après 1h30 de film, semble être une métaphore du projet piloté par Cregger : le paquet que le personnage trimballe avec lui comme un fardeau, c’est l’univers de <em>Resident Evil</em> que le réalisateur doit porter tout en ayant, à l’instar de son héros, la tête un peu ailleurs. Le film est à la fois saisissant dans certaines de ses créations plastiques, et insignifiant, voire inconséquent dans son récit global. On sent que Cregger veut mettre en avant le travail (remarquable, il faut le dire) de son créateur d’effets spéciaux, Shane Mahan&nbsp;: la mutation des créatures qui croisent la route de Bryan offre un spectacle en soi et rien n’est plus fort que les moments où les corps révèlent leur monstruosité (une fillette au pied infecté, par exemple), se démembrent, s’emboîtent ou s’agrègent les uns aux autres. Mais ce beau travail plastique n’est pas servi par le récit, qui se contente de suivre la mécanique du jeu, obéissant à un principe de fuite en avant incessante. Chaque décor se voit alors réduit à une difficulté qu’il s’agit de détruire ou contourner&nbsp;: une grange surveillée par un cerbère, des égouts où dort un homme obèse, un laboratoire pris d’assaut par des zombies… Et chaque obstacle écarté procure au pauvre Bryan la maigre satisfaction du poltron qui a surmonté ses peurs.</p>
<p>Le film avance donc en «&nbsp;mode sans peur&nbsp;». Cregger sait qu’il pilote un vieux jouet et ne fait pas semblant de susciter l’effroi, mais cette face ironique qui, depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/barbare/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Barbare</em></a>, fait partie de son cinéma<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335249_60('footnote_plugin_reference_335249_60_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_335249_60('footnote_plugin_reference_335249_60_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335249_60_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335249_60_1" class="footnote_tooltip">Le poussant nettement dans <em>Évanouis </em>du côté de la satire horrifique (qui pouvait être vu comme le portrait d’une communauté d’idiots piégés par une sorcière de pacotille).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335249_60_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335249_60_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, se retourne ici contre le principe même de <em>Resident Evil.</em> La lente progression du joueur dans un univers déréglé et hostile, l’exploration fragile et progressive des décors en «&nbsp;mode survie&nbsp;»&nbsp;: tous ces éléments sont étrangement plus sensibles dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/backrooms/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Backrooms</em> </a>de Kane Parsons que chez Cregger, qui traverse pourtant lui aussi les « backrooms » de l’Amérique, mais sans prendre le risque de s’y perdre, presque sans même les voir. Guidé par la course absurde de son médiocre protagoniste, <em>Resident Evil </em>finit curieusement par lui ressembler.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335249_60();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335249_60();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_335249_60">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_335249_60" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335249_60('footnote_plugin_tooltip_335249_60_1');"><a id="footnote_plugin_reference_335249_60_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le poussant nettement dans <em>Évanouis </em>du côté de la satire horrifique (qui pouvait être vu comme le portrait d’une communauté d’idiots piégés par une sorcière de pacotille).</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_335249_60() { jQuery('#footnote_references_container_335249_60').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335249_60').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_335249_60() { jQuery('#footnote_references_container_335249_60').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335249_60').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_335249_60() { if (jQuery('#footnote_references_container_335249_60').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_335249_60(); } else { footnote_collapse_reference_container_335249_60(); } } function footnote_moveToReference_335249_60(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335249_60(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_335249_60(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335249_60(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resident-evil/">Resident Evil</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Hors Satan</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-hors-satan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 11:42:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat fait sa rentrée le lundi 28 septembre à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg et vous invite à découvrir ou à redécouvrir Hors Satan de Bruno Dumont, à l’occasion de la sortie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-hors-satan/" title="Read  Ciné-club Critikat : Hors Satan">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat fait sa rentrée <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/reserver/F9368/D1790618400/VF/" target="_blank" rel="noopener">le lundi 28 septembre à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> et vous invite à découvrir ou à redécouvrir <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hors-satan/" target="_blank" rel="noopener">Hors Satan</a></em> de Bruno Dumont, à l’occasion de la sortie de son nouveau film, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/" target="_blank" rel="noopener"><em>Les Roches rouges</em></a>. La projection sera suivie d’une discussion animée par Josué Morel et Robin Vaz.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-335070 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Cine-club-Hors-Satan-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Garance</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/garance-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 10:30:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Catapulté en compétition à Cannes (on ne sait pas trop pourquoi), Garance mise davantage sur le brio de ses interprètes et l’écriture de ses dialogues que sur sa mise en scène. On y suit Adèle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/garance-2/" title="Read  Garance">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Catapulté en compétition à Cannes (on ne sait pas trop pourquoi), <em>Garance</em> mise davantage sur le brio de ses interprètes et l’écriture de ses dialogues que sur sa mise en scène. On y suit Adèle Exarchopoulos en actrice intermittente qui galère entre ses déménagements successifs, son instabilité professionnelle, la découverte de sa bisexualité et ses sorties à répétition qui lui valent une gueule de bois constante. En vérité, le film avance masqué (ou du moins croit le faire) : son montage elliptique, qui réduit les séquences à des fragments lacunaires accompagnés d’une voix off rétrospective, lui permet de travailler son véritable sujet sans le dévoiler tout de suite, à savoir l’alcoolisme du personnage. Problème : lorsque le film, au bout de quarante-cinq minutes, opère son virage avec une scène d’intervention, on a déjà compris depuis un moment où il voulait en venir. Et la tactique du montage, qui est pourtant arrivée au bout de sa logique, se poursuit sur un mode désormais purement impressionniste ; il s’agit de capter l’énergie de la vie en multipliant de petits morceaux (positifs comme négatifs) gorgés de sa sève.</p>
<p>Le recours à cette stratégie convenue est d’autant plus dommage que le film renferme un portrait d’alcoolique parfois brossé avec une certaine délicatesse – ou du moins une bienveillance qui flirte par endroits avec l’édulcoration, les trous du récit élaguant au passage les moments potentiellement les plus scabreux. Exarchopoulos porte certes le personnage avec vigueur, mais son itinéraire reste cadenassé par un scénario qui n’y va pas avec le dos de la cuillère, ajoutant un autre dossier médical dans la seconde moitié du film (la leucémie de la petite sœur de Garance) pour nous arracher les larmes. Le film reste de fait trop lisse (a‑t-on jamais vu une malade atteinte d’un cancer aussi bien maquillée ?) et formellement mou (le ralenti final, involontairement drôle) pour y parvenir, d’autant que sa morale confine au mantra publicitaire d’une célèbre marque de jus de fruits pétillant destiné aux enfants : sans alcool, la fête est plus folle.</p>
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		<item>
		<title>Her Private Hell</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/her-private-hell-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 10:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dix ans après The Neon Demon et deux séries plus tard, Nicolas Winding Refn signe un nouveau film qui ne satisfera probablement personne : ni les aficionados, qui regretteront un petit objet moins ambitieux, ni...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/her-private-hell-2/" title="Read  Her Private Hell">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix ans après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-neon-demon-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Neon Demon</em></a> et deux séries plus tard, Nicolas Winding Refn signe un nouveau film qui ne satisfera probablement personne : ni les aficionados, qui regretteront un petit objet moins ambitieux, ni les détracteurs, qui y verront sûrement le stade terminal de la glaciation de son cinéma d’esthète. Très mal reçu à Cannes, <em>Her Private Hell</em> vaut pourtant un peu mieux que cet accueil frigide, même s’il entérine la bascule publicitaire de l’esthétique de Refn (qui griffe son générique, comme certains accessoires du film, de ses initiales, NWR), quelque part entre le spot Chanel et la flamboyance d’Argento. C’est, plus que jamais, un film-bocal, sans dehors ni fenêtre ouverte sur le monde : l’action prend essentiellement place dans la tour d’une ville (si l’on en croit le synopsis, il paraît que c’est Tokyo) dont les structures scintillantes baignent dans une épaisse brume. Il n’y a plus de réel ; on est dans la tête d’Elle (Sophie Thatcher), ou plutôt du cinéaste danois, qui installe un terrain de jeu fétichiste entre Bava, De Palma et Kubrick, le tout porté par un <em>score</em> assez magnifique (à une envolée de violons près dans le climax) composé par ce vieux génie de Pino Donaggio. Plus de réel, mais plus de récit non plus : on trouvera seulement trace d’une confuse histoire de rapports familiaux au parfum incestueux, et de la présence d’un mystérieux tueur, « The Leather Man », pure silhouette composée de cuir et d’un épiderme diamanté, qui s’amuse à ouvrir le corps creux des égéries de la mode arpentant de leurs robes argentées les cossus couloirs d’hôtels de luxe et de boîtes de nuit privées.</p>
<p>Si Winding Refn tombe plus d’une fois dans l’écueil du vase clos façon Bertrand Mandico et peine à donner une profondeur à son déluge de miroitements, certaines scènes se dégagent néanmoins, qu’il s’agisse d’un combat creusant le sillon d’<em>Only God Forgives </em>(le film dont <em>Her Private Hell</em> est peut-être spirituellement le plus proche) ou surtout d’une plongée dans une fête rythmée par des décharges stroboscopiques. La lumière devient ici une manière de fragmenter au sein d’un même plan les corps des actrices et une apparition du Leather Man, dont la tête menaçante semble disparaître par intermittence selon les projections de bleu et de rouge dans l’espace. Ce bloc, plutôt impressionnant, ne rachète certes pas des séquences plus dévitalisées et lointainement lynchiennes (à plusieurs reprises, on pense notamment à <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/reclames-de-david-lynch/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ses publicités pour Dior et Gucci</a>), mais NWR reste capable de fulgurances. Même dans un film aux allures de coquille vide.</p>
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		<item>
		<title>Les Roches rouges</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-roches-rouges-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 10:30:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si le cinéma de Bruno Dumont s’est déjà aventuré en dehors de son terreau originel, le Nord de la France, jamais un décentrage géographique n’avait eu un tel impact sur son esthétique que dans Les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-roches-rouges-2/" title="Read  Les Roches rouges">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le cinéma de Bruno Dumont s’est déjà aventuré en dehors de son terreau originel, le Nord de la France, jamais un décentrage géographique n’avait eu un tel impact sur son esthétique que dans <em>Les Roches rouges</em>. Le début est un éblouissement&nbsp;plastique&nbsp;: Dumont filme la Côte d’Azur comme un peintre découvrirait une nouvelle contrée dont les couleurs et la lumière lui sautent à la figure, dans un mélange de magnificence et de violence sensorielle. L’impression de dépaysement est renforcée par le fait que Dumont et son chef opérateur Carlos Alfonso Corral (révélé par son travail chez Roberto Minervini) adoptent deux paramètres que l’on n’associerait pas intuitivement à la filiation «&nbsp;bressono-dreyerienne&nbsp;» du cinéaste&nbsp;: le grand angle et la caméra portée. Les doutes que pouvait susciter ce virage formel s’estompent en une poignée de secondes, alors que Dumont filme en contrebas un train, puis un enfant sous la lumière dure du soleil. C’est comme si le cinéaste opérait une révolution copernicienne (le Sud, le tremblé de la caméra, le grand angle) pour revenir à l’essence même de son cinéma, mais aussi du cinéma tout court&nbsp;: filmer des trains, des enfants, des visages jamais regardés, des corps s’animer dans des plans étirés – tels ceux où Géo (Kaylon Lancel), un blondinet chétif de cinq ans, fait étalage de ses tics et de ses convulsions permanentes. Révolution, là encore&nbsp;: <em>Les Roches rouges</em> adopte le récit le plus minuscule et épuré de la filmographie de Dumont. L’intrigue suit deux bandes d’enfants, une locale, une de touristes, dont deux membres tombent amoureux – ledit Géo et la petite Ève. Et c’est à peu près tout&nbsp;; les enjeux profonds du film ne perceront que par la mise en scène, qui organise un chapelet de séquences tantôt inquiétantes (les enfants sont souvent filmés comme une présence mutique et menaçante, façon <em>Le Village des damnés</em>), tantôt à la recherche d’une élégie aux accents mystiques. Le film s’articule notamment autour des fameuses roches rouges, du haut desquelles les enfants s’amusent à sauter, en dépit du danger que représente ce décor escarpé. Ici, le film vise une forme de «&nbsp;spectaculaire documentaire&nbsp;», en alternant des plongées, contre-plongées et plans de loin qui nous montrent les enfants réduits à des points de couleurs (leurs maillots de bain), escaladant telles des araignées les bords de mer dentés.</p>
<p>Il y a bien du «&nbsp;montage interdit&nbsp;», qui révèle que les enfants ne sont pas <em>réellement </em>mis en danger au tournage, mais les séquences travaillent une incertitude en la matière en même temps qu’une forme de suspense quasi métaphysique, les personnages contemplant l’abîme avec gravité, tandis que leurs compagnons, le visage fermé, assistent aux sauts comme s’il s’agissait d’un rituel occulte. Je devine qu’à la lecture de ces lignes, des détracteurs de Bruno Dumont fronceront les sourcils : indubitablement, <em>Les Roches rouges</em> ne convaincra pas celles et ceux qui considèrent que le cinéaste se repaît de la bizarrerie des prolos qui passent devant sa caméra, ou que sa mise en scène recourt à une froideur aux accents sadisants. Il y a en effet quelque chose <em>d’écrasant </em>dans la manière dont la caméra filme Géo pour la première fois, comme un fascinant petit phénomène de foire en train de rôtir sous le soleil. Mais le montage raconte aussi autre chose&nbsp;: l’articulation d’une échelle gigantesque (le panorama de la ville, les arcs du pont sous lequel se tient le gringalet) avec la profondeur infinie d’un visage contemplant le monde et qui est irradié en retour. Dans la première partie, cette logique tourne à plein&nbsp;: la mise en scène ne cesse de télescoper des panoramas avec des plans collés de près aux enfants, pour accentuer leur dimension lilliputienne ou, au contraire, renverser ce rapport hiérarchique entre l’humain et le paysage. Dans un beau plan où Géo et Ève bafouillent leurs sentiments, la caméra saisit les enfants dans les hauteurs de la région, avec en arrière-plan le pont de l’ouverture, réduit à la taille d’une miniature. Cette élasticité, on la retrouve aussi dans de nombreuses séquences où l’on sent que Dumont, <em>a contrario</em> de sa méthode habituelle, qui joue certes sur de l’improvisation mais aussi sur une direction d’acteur poussée (en guidant ses interprètes via des oreillettes), essaie cette fois-ci de se caler sur l’imprévisibilité d’un corps enfantin ou le bon vouloir d’un chien que l’on appelle dans le champ.</p>
<p>Essaie, car, et c’est ce qui fait autant l’intérêt que la limite du film, le cinéma de Dumont ne semble plus tout à fait relever de l’évidence. La ligne de partage dans la filmographie du cinéaste ne s’organise peut-être finalement pas autour de son virage vers la comédie (<em>P’tit Quinquin</em>) et des embardées fantaisistes qui ont suivi, mais davantage à partir d’un horizon constituant la finalité de son esthétique – la grâce. Avant, les films étaient ici et là frappés par elle (exemplairement, <em>L’Humanité</em>) ; désormais, depuis disons <em>Jeannette</em>, Dumont <em>la cherche</em>. Elle ne s’impose plus naturellement, mais advient au fil d’un labeur, d’une maïeutique qui voit le cinéaste triturer la durée et les visages (celui de Léa Seydoux dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/france-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>France</em></a>) pour faire émerger un vertige. <em>Les Roches rouges</em> cherche beaucoup et ne trouve pas toujours. On sent parfois que le cinéaste s’attarde sur ses jeunes interprètes pour mettre au jour un élan primitif, mais aussi la trace d’un « Satan en dedans » qui, comme dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hors-satan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hors Satan</em></a>, serait à exorciser par une confrontation, voire un fracas ici littéral de l’humain <em>contre</em> le paysage. Ce processus expérimental touche ceci dit régulièrement à son but de manière insoupçonnée : l’un des plus beaux plans est ainsi celui où Ève, contemplant un train passer, voit soudain son visage auréolé par un reflet lumineux d’une beauté aussi somptueuse qu’imprévue. Dumont navigue de la sorte entre foi dans les fondements primitifs du cinéma et volonté presque théorique de retrouver cette source perdue. À la fin du récit, lorsque Géo remonte sur les roches, deux fantômes de cinéma sont alors convoqués : le petit Edmund d’<em>Allemagne année Zéro </em>de Rossellini et Matahi, le pêcheur de perles amoureux de <em>Tabu</em> de Murnau. La beauté du film tient à cette volonté de toucher du doigt le cinéma de ces illustres aînés tout en adoptant une échelle beaucoup plus petite, quitte à perdre en ampleur émotionnelle. S’il y a dorénavant chez Dumont une étrangeté à moitié féconde de bricoleur compulsif, elle s’accompagne d’épiphanies dont lui seul est capable dans le cinéma français. C’est parce qu’il est un cinéaste-chercheur qu’il reste un grand cinéaste.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-roches-rouges-2/">Les Roches rouges</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Parallax — Werewolf et Rose</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-werewolf-et-rose/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 10:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, Rose de Markus Schleinzer rappelle un film estonien redécouvert au dernier FEMA La Rochelle : Werewolf (1968) de Leida...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-werewolf-et-rose/" title="Read  Parallax — Werewolf et Rose">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, </em>Rose <em>de Markus Schleinzer rappelle un film estonien redécouvert au dernier FEMA La Rochelle : </em>Werewolf <em>(1968) de Leida Laius.</em></p>
<p><em>Rose</em>, troisième film de Markus Schleinzer, suit la trajectoire d’une femme (Sandra Hüller) qui prétend être un homme. Au sortir de la guerre de Trente Ans, elle s’établit sous une fausse identité dans une bourgade reculée, où elle mène une vie prospère jusqu’à ce qu’un incident ne dévoile la supercherie et l’expose à l’ire des villageois. Si le dénouement du film, centré sur un procès, regarde ostensiblement du côté de <em>La Passion de Jeanne d’Arc</em> de Carl Theodor Dreyer (1927), Rose dialogue aussi avec un film moins connu : <em>Werewolf</em> (1968) de la réalisatrice estonienne Leida Laius, qui fait également le portrait d’une « intruse » dans un village agraire d’Europe de l’Est. Tiina, recueillie après l’exécution de sa mère soupçonnée de sorcellerie, grandit aux côtés de Margus, avec lequel naît une idylle. Mais une fois devenue adulte, elle est accusée d’être un loup-garou par une autre paysanne visiblement jalouse, ce qui la contraint à l’exil.</p>
<p>Moins austère que le film de Schleinzer, <em>Werewolf</em>, dont l’étrangeté rappelle lointainement celle d’un giallo, circule entre le temps présent et des flashbacks par l’entremise de détails sonores et plastiques – un éclat de soleil, un reflet sur l’eau ou un bruit de crécelle rappellent un événement passé. Comme <em>Rose</em>, accompagné par une voix off aux airs de fable, <em>Werewolf</em> s’affranchit d’un carcan réaliste pour s’approcher du conte philosophique. Situés respectivement au XVIIe et XIXe siècles, les films semblent néanmoins évoluer dans un temps immémorial, permettant de déplier une réflexion plus large sur le principe même de communauté et sa dimension xénophobe et coercitive. D’où une attention particulière aux rituels qui soudent le groupe social : feux de joie, repas et travaux collectifs (<em>Werewolf</em>), mariage, messe et exécution publique (<em>Rose</em>). Le choix commun du noir et blanc participe d’une dialectique qui oppose la communauté et son dehors en accentuant le contraste entre l’intérieur sombre du foyer et l’extérieur baigné d’une lumière crue.</p>
<p>À ce titre, deux scènes clefs se répondent, mettant en lumière la rigueur de la mise en scène de Leida Laius, et l’une des belles idées formelles de Schleinzer. À la fin de <em>Werewolf</em>, Tiina se présente à son ancienne demeure, où dînent Margus et ses parents. Le découpage repose alors sur une stricte partition entre le cercle familial (dessiné par un panoramique à 360° au début de la scène) et la position satellitaire de Tiina, ainsi qu’entre l’intérieur et l’extérieur, dont la séparation trace une frontière au milieu des plans. Le retour de Tiina s’avère impossible et, en dépit de ses sentiments, Margus ne pourra la rejoindre, prisonnier de son appartenance au groupe.</p>
<p>Malgré sa conclusion funeste, <em>Rose</em> ouvre brièvement une parenthèse plus optimiste que l’impasse de <em>Werewolf</em>. Suzanna, une jeune paysanne mariée à Rose, ne découvre sa féminité que tardivement, quand elle tente de soigner son « époux » inconscient suite à une piqûre d’abeille. Les deux femmes s’entendent cependant pour prolonger leur union&nbsp;: Rose conserve sa propriété, tandis que Suzanna bénéficie d’un traitement d’égale à égale plutôt que de se plier à un rôle de femme au foyer. Un plan synthétise habilement cette tentative de se soustraire aux diktats de la communauté. Lorsque Suzanna apprend la vérité sur Rose, elle ferme les volets de sa chambre, percés chacun d’une petite ouverture. Les carreaux des fenêtres, dont les motifs géométriques évoquent les alvéoles d’une ruche, disparaissent donc au profit de faibles rais de lumière&nbsp;: symboliquement, Suzanna repousse l’emprise de la « ruche » (image d’un collectif uniforme et dominant, qui renvoie également à la piqûre mettant en péril le secret de Rose) pour faire émerger deux lignes singulières – une image du chemin que les deux femmes espèrent tracer côte à côte.</p>
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		<title>Les Éléphants dans la brume</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-elephants-dans-la-brume/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Éléphants dans la brume dépeint une communauté méconnue, présente au Népal et dans certaines régions d’Asie du Sud : celle des kinnars, une minorité réunissant des personnes transgenres. Leur singularité tient à ce que...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-elephants-dans-la-brume/" title="Read  Les Éléphants dans la brume">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Les Éléphants dans la brume</em> dépeint une communauté méconnue, présente au Népal et dans certaines régions d’Asie du Sud : celle des kinnars, une minorité réunissant des personnes transgenres. Leur singularité tient à ce que cette identité ne relève pas seulement du genre, mais s’inscrit aussi dans des pratiques religieuses marquées notamment par le culte de la divinité hindoue Bahuchara Mata. Organisées en foyers communautaires, les kinnars forment ainsi un groupe hiérarchisé, au sein duquel les plus âgées jouent auprès des nouvelles venues le rôle de mères et de figures de transmission. Cette dimension spirituelle contribue à leur conférer une place paradoxale dans la société – leurs pouvoirs de bénédiction et de malédiction engendrent à la fois une forme de respect et de méfiance. Abinash Bikram Shah se focalise plus précisément sur Pirati, présentée comme l’une des figures maternelles les plus importantes de la communauté, dans un récit qui bascule brutalement à mi-parcours. D’abord mélodramatique, le film examine les tiraillements de Pirati, qui doit incarner un modèle pour les siens alors même qu’elle entretient secrètement une histoire d’amour avec un homme de la ville, ce qui entre en contradiction avec ses préceptes religieux. <em>Les Éléphants dans la brume</em> mute ensuite en thriller, avec la disparition de l’une de ses filles adoptives qui fait naître le soupçon d’un crime transphobe. Accompagnée de plusieurs de ses camarades, Pirati tente de convaincre une police réticente d’entreprendre des recherches et d’enquêter sur les hommes du village.</p>
<p>Ce récit en deux temps permet d’observer le fonctionnement de la communauté dans toute son ambivalence, notamment à travers le lien entre l’individu et le groupe. Dans la première partie, l’appartenance à ce collectif apparaît comme un poids pour Pirati, qui rêve de s’en affranchir en partant en Inde avec son amant ; dans la seconde, elle permet à ces êtres marginalisés de faire front face aux discriminations d’une société intolérante derrière sa bienveillance de façade. Abinash Bikram Shah dresse ainsi un portrait minutieux de ce groupe constituant autant un refuge (un espace de solidarité pour des marginaux) qu’un ghetto (les kinnars sont tolérées à condition d’être reléguées à la périphérie d’un village). Mais cette approche quasi sociologique marque peut-être aussi la limite des <em>Éléphants dans la brume</em>, dont les évolutions narratives tendent à produire un exposé des mécaniques d’ostracisation d’une minorité – chaque étape de l’enquête semble destinée à illustrer un nouvel aspect de la condition des kinnars. Si le film restitue leur manière d’évoluer et de négocier avec l’extérieur, il peine en définitive à accéder à leur intériorité et à la spécificité de leur rapport au monde – à ce titre, la question religieuse est sous-traitée et vite reléguée à un élément de décorum. La frustration est d’autant plus grande dans les dernières minutes, qui proposent une vision forte à la lisière du surnaturel et cette fois véritablement mystique. Mais s’il puise directement dans les croyances kinnars, le film se rabat alors sur une lecture symbolique et politique (la revanche des opprimés), faute d’avoir figuré la vie spirituelle des personnages.</p>
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		<title>Primetime</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/primetime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Martin Aleyrangues]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 10:29:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=335219</guid>

					<description><![CDATA[<p>En décortiquant les coulisses de l’émission To Catch a Predator, Primetime dresse le portrait d’une Amérique pour qui le lynchage est devenu un divertissement de masse. Le principe de ce show sensationnaliste ? Des jeunes...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/primetime/" title="Read  Primetime">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En décortiquant les coulisses de l’émission <em>To Catch a Predator</em>, <em>Primetime</em> dresse le portrait d’une Amérique pour qui le lynchage est devenu un divertissement de masse. Le principe de ce <em>show</em> sensationnaliste ? Des jeunes acteurs y endossent le rôle d’adolescents pour attirer des pédophiles dans des maisons truffées de caméras, avant que le présentateur, Chris Hansen (Robert Pattinson), ne les sermonne puis les livre à la police. Dans les quelques séquences répliquant les codes de l’émission, le film prolonge son dispositif en faisant des pédophiles les proies et Hansen le prédateur. La mise en scène de la séquence d’introduction renforce ce renversement par un jeu de miroir pervers : Hansen attend dans sa loge, tapi dans la pénombre, le cadre resserré sur sa bouche alors qu’il relit les messages de son « invité » du jour. Si le pédophile est également fragmenté par le montage dans les scènes précédant son entrée dans la maison, une asymétrie se dresse rapidement : Hansen contrôle l’environnement, tandis que sa proie s’aventure dans un espace qui lui est inconnu. À cet endroit, l’utilisation du format 4/3 de la série fait du décor une cage à l’intérieur de laquelle le présentateur possède tout pouvoir : cadré depuis le sommet des marches et surplombant sa victime qui finit par s’écraser au sol en larmes, Hansen adopte la posture d’un charognard se délectant de la souffrance d’une bête blessée. C’est là que cette seconde inversion prend tout son sens : si l’émission entend chasser les chasseurs pour leur rendre la monnaie de leur pièce, le film a ici plus d’empathie pour le prédateur piégé que pour la star sans pitié.</p>
<p>Cette représentation au vitriol d’Hansen se poursuit dans la peinture des coulisses. Lorsque le récit commence à dévoiler ses propres secrets (des relations adultérines), le journaliste se raccroche à son image parfaite du petit écran, allant jusqu’à réveiller ses deux enfants malgré leur jeune âge pour qu’ils admirent cette version mythifiée de lui-même en justicier télévisuel. C’est néanmoins à partir de là que le film commence à pécher : Oppenheim ne parvient jamais à égaler l’efficacité avec laquelle il décrivait Hansen dans la première séquence. <em>Primetime</em> se disperse dans une sous-intrigue sur la vie privée du présentateur, tout en sur-esthétisant la dimension glauque de sa quête supposément purificatrice par l’emploi d’éclairages rouges ou d’ombres marquées sur son visage. L’intérêt pour l’arrière-boutique du programme trouve davantage un second souffle à travers le personnage d’Andie (Merritt Wever), la productrice de l’émission. Moins immédiatement inquiétante, elle traduit l’hypocrisie morale du <em>show</em>, qui se targue de protéger la jeunesse, alors même qu’elle offre des calmants à Dan (Skyler Gisondo), leur nouvel appât, traumatisé par son premier jour de tournage. De même, elle n’hésite pas à demander à Hansen de pleurer lors d’une arrestation pour renforcer l’émotion, requête à laquelle l’animateur répond, le regard figé pendant quelques secondes, avant de couper l’enregistrement en riant.</p>
<p>La maîtrise cynique du dispositif télévisuel vole en éclats dans le dernier acte, centré sur la traque d’un procureur pervers, et délaisse son esthétique de piège en huis clos pour prendre les allures d’un raid policier, notamment via des caméras montées sur les armes à feu des forces de police. Oppenheim tente dans cette partie d’épaissir maladroitement son film en y insérant des signaux politiques, entre un portrait de Ben Laden qui trône dans l’armurerie (déjà, le premier pédophile se révélait être un vétéran revenant de l’Irak) et une intervention finale façon <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zero-dark-thirty/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Zero Dark Thirty</em></a> rappelant l’assassinat du chef d’Al-Qaïda. Reste la conclusion, qui parachève la fabrique d’un spectacle perverti : alors que Hansen finit par verser quelques larmes véritables, secoué par des visions (il croit percevoir dans le visage du procureur la trace d’un « <em>mal ancestral</em> »<em>), </em>Andie fait quant à elle preuve de pragmatisme et pense pouvoir «&nbsp;<em>tirer quelque chose </em>» du drame qui vient de se dérouler. Le cœur des ténèbres n’est plus ici une forêt lointaine (celle où s’imagine Hansen), mais la télévision même.</p>
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		<title>Jean-Pierre Thorn, fraternellement</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/retrospective/jean-pierre-thorn-fraternellement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Stratis Vouyoucas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 10:28:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rétrospective]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Héritier de René Vautier, compagnon de route de Chris Marker et de Bruno Muel, le nom de Jean-Pierre Thorn est aujourd’hui presque oublié. Il incarne pourtant une voix politique et artistique singulière dans le cinéma...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/jean-pierre-thorn-fraternellement/" title="Read  Jean-Pierre Thorn, fraternellement">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Héritier de René Vautier, compagnon de route de Chris Marker et de Bruno Muel, le nom de Jean-Pierre Thorn est aujourd’hui presque oublié. Il incarne pourtant une voix politique et artistique singulière dans le cinéma militant et le documentaire français. Une rétrospective intégrale de ses films, organisée par la BPI (</em>Jean-Pierre Thorn, fraternellement<em>, du 16 septembre au 1<sup>er</sup> novembre), donne l’occasion de redécouvrir et de réévaluer son œuvre.</em></p>
<p>Le premier film de Thorn, au titre explicite (<em>Oser lutter, oser vaincre</em>), s’inscrit dans la mouvance du cinéma militant issu de Mai 68, qui mêle captation documentaire, pédagogie révolutionnaire et agit-prop. Le cinéaste construit son analyse politique à partir de l’exemple des luttes des ouvriers de Flins qui ont su déborder leurs syndicats pour entrer en grève, comme des millions de travailleurs – la France bascule alors d’une révolte étudiante à une situation pré-révolutionnaire. Le film montre concrètement la façon dont les grévistes ont été trahis par ces mêmes syndicats partis signer dans leur dos les accords de Grenelle et qui les incite à poursuivre la lutte. À partir de 1971, Jean-Pierre Thorn s’établit dans l’usine d’Alsthom à Saint-Ouen pendant huit ans, comme un certain nombre de jeunes militants maoïstes.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335144_76_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_1" class="footnote_tooltip"> Robert Linhart tirera de sa propre expérience chez Citroën un livre extraordinaire, <em>L’Établi, </em>publié en 1978.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335144_76_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Lorsque les ouvriers d’Alsthom UNELEC se mettent en grève en 1979, il tourne alors son deuxième long-métrage : <em>Le Dos au mur, </em>où il se défait de la rhétorique démonstrative de son premier film pour se placer au plus près des grévistes, dans une chronique du quotidien de ces six semaines de lutte qui ne déboucheront sur presque rien. L’amertume est palpable, comme elle le sera dans son unique long-métrage de fiction, <em>Je t’ai dans la peau </em>(1989).<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335144_76_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_2" class="footnote_tooltip"> On peut y apercevoir l’auteur de ces lignes, encore adolescent, jouant un militant des jeunesses communistes opposé à la guerre d’Algérie.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335144_76_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>, </em>inspiré de la vie d’une militante exemplaire, ancienne religieuse, syndicaliste et féministe, qui finira par se donner la mort en 1981 à la veille de l’élection de François Mitterrand.</p>
<h2><strong>La vitalité et la rage </strong></h2>
<p>Il aura fallu des années à Thorn pour financer et tourner ce film mal distribué. Alors, dès le début des années 1990, il revient au documentaire en se tournant cette fois vers les enfants de ses anciens camarades de luttes.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335144_76_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_3" class="footnote_tooltip"> Thorn, rallié au collectif Cinélutte, a déjà tourné un moyen-métrage en 1973, <em>La Grève des ouvriers de Margoline</em>, qui évoque les difficultés spécifiques des travailleurs immigrés</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335144_76_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> : les jeunes Noirs et Maghrébins de deuxième génération, élevés dans les ghettos des banlieues de France qui ont trouvé un moyen d’exprimer leur vitalité et leur rage à travers le hip-hop. Thorn a saisi, en l’espace de quelques films, que cette jeunesse était contre toute attente l’héritière de celle de mai 68 et que sa révolution, elle aussi, était avant tout culturelle. Et si elle avait peut-être oublié la tradition ouvrière et les slogans gauchistes, son aspiration à un bouleversement social se manifestait à travers la musique et la danse, devenues des instruments d’émancipation et d’expression de soi. C’est sans doute la partie la plus passionnante de son œuvre : Jean-Pierre Thorn y articule des chorégraphies mises en scène, les destinées personnelles des danseurs et une réflexion sur la ségrégation que subit la jeunesse d’origine immigrée avec ses propres mots. <em>Avec Faire kiffer les anges</em> (1997) et surtout <em>On n’est pas des marques de vélos</em> (2002)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335144_76_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_4" class="footnote_tooltip"> Auxquels on peut ajouter <em>Génération hip-hop ou le mouv’ des ZUP</em> (1995)&nbsp;et&nbsp;<em>93 la belle rebelle </em>(2010).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335144_76_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, il invente une sorte de docu-comédie musicale hip-hop. Ce film propose une allégorie déchirante sur le sort de nombreux jeunes des quartiers populaires à travers le destin singulier de l’un d’entre eux : Bouda, enfant prodige du hip-hop, compagnon de Kool Shen et de Joey Star, mis sur le devant de la scène grâce à l’émission H.I.P.-H.O.P. (animée par Sidney, qui fera découvrir le rap à toutes les banlieues de France dès 1984). Le jeune homme bascule dans la petite délinquance et se voit condamné, à l’âge de dix-neuf ans, à quatre ans de prison et à une exclusion définitive du territoire français sous le régime de la double peine. Ce récit d’un acharnement judiciaire disproportionné contre un jeune homme talentueux mais indiscipliné résume l’implacable mécanique avec laquelle la France a discriminé cette jeunesse issue de l’immigration. La beauté du film se joue dans cette dialectique entre la liberté nouvelle et inouïe qu’offre la danse à de jeunes corps qui refusent de se laisser assigner à une place, et la force des déterminismes qui les rattrape et les rappelle à l’ordre. La parole et la danse y sont traitées à égalité, le langage des corps prolongeant, avec quelquefois beaucoup plus d’acuité et d’émotion, celui des mots. Retracer le parcours de Bouda, c’est revenir sur cette génération sacrifiée des banlieues, celle de la marche des beurs, qui a cru aux promesses non tenues que lui faisait la France. Il n’est pas impossible de voir dans <em>On n’est pas des marques de vélos</em> une influence marquante sur <em>Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe&nbsp;</em>? le premier film de Rabah Ameur-Zaïmèche, sur un homme expulsé en Algérie qui revient clandestinement dans sa cité de Montfermeil, ou sur <em>La mort de Danton</em> d’Alice Diop, où un jeune homme noir d’Aulnay-sous-Bois qui s’essaie à devenir comédien subit le racisme insidieux de ses profs de théâtre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_335144_76('footnote_plugin_reference_335144_76_5');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335144_76_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">[5]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_5" class="footnote_tooltip">Alice Diop sera d’ailleurs présente à l’une des tables rondes de la rétrospective.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335144_76_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335144_76_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
<p>Le dernier film de Jean-Pierre Thorn, <em>L’âcre parfum des immortelles</em>, sorti en 2019, revient sur la mort de celle qui fut son premier grand amour, en entremêlant sa mémoire avec les souvenirs de ceux dont il a documenté les luttes depuis 1968. Mais loin de sombrer dans la nostalgie, le film se conjugue aussi au présent en partant à la rencontre des Gilets jaunes qui occupent alors les ronds-points à Montabon dans la Sarthe. C’est peut-être la leçon à la fois apprise, mais aussi transmise, par le cinéaste : la lutte n’est pas conditionnée à la victoire, car comme l’Histoire, elle est sans fin.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335144_76();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335144_76();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_335144_76">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_335144_76" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335144_76('footnote_plugin_tooltip_335144_76_1');"><a id="footnote_plugin_reference_335144_76_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Robert Linhart tirera de sa propre expérience chez Citroën un livre extraordinaire, <em>L’Établi, </em>publié en 1978.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335144_76('footnote_plugin_tooltip_335144_76_2');"><a id="footnote_plugin_reference_335144_76_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> On peut y apercevoir l’auteur de ces lignes, encore adolescent, jouant un militant des jeunesses communistes opposé à la guerre d’Algérie.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335144_76('footnote_plugin_tooltip_335144_76_3');"><a id="footnote_plugin_reference_335144_76_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Thorn, rallié au collectif Cinélutte, a déjà tourné un moyen-métrage en 1973, <em>La Grève des ouvriers de Margoline</em>, qui évoque les difficultés spécifiques des travailleurs immigrés</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335144_76('footnote_plugin_tooltip_335144_76_4');"><a id="footnote_plugin_reference_335144_76_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Auxquels on peut ajouter <em>Génération hip-hop ou le mouv’ des ZUP</em> (1995)&nbsp;et&nbsp;<em>93 la belle rebelle </em>(2010).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335144_76('footnote_plugin_tooltip_335144_76_5');"><a id="footnote_plugin_reference_335144_76_5" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Alice Diop sera d’ailleurs présente à l’une des tables rondes de la rétrospective.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_335144_76() { jQuery('#footnote_references_container_335144_76').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335144_76').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_335144_76() { jQuery('#footnote_references_container_335144_76').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335144_76').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_335144_76() { if (jQuery('#footnote_references_container_335144_76').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_335144_76(); } else { footnote_collapse_reference_container_335144_76(); } } function footnote_moveToReference_335144_76(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335144_76(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_335144_76(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335144_76(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/jean-pierre-thorn-fraternellement/">Jean-Pierre Thorn, fraternellement</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>La Vie en relief — Jacques Henri Lartigue</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vie-en-relief-jacques-henri-lartigue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2026 10:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il était très courant au XIXe siècle de produire et de regarder des images en 3D grâce au stéréoscope, cet appareil qui donne l’illusion de la profondeur en présentant simultanément deux photographies légèrement différentes à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vie-en-relief-jacques-henri-lartigue/" title="Read  La Vie en relief — Jacques Henri Lartigue">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il était très courant au XIXe siècle de produire et de regarder des images en 3D grâce au stéréoscope, cet appareil qui donne l’illusion de la profondeur en présentant simultanément deux photographies légèrement différentes à chaque œil. C’est ce que nous apprend Denis Gaubert dans <em>Stéréodrome</em><em>, </em>le court-métrage qui précède <em>La Vie en relief</em>, son documentaire centré sur les photographies que Jacques Henri Lartigue a réalisées en amateur, sans aucune prétention artistique. Si la stéréoscopie est vite tombée en désuétude avec l’arrivée du cinématographe, elle n’a pas moins constitué un moment fécond d’inventions formelles (notamment dans des jeux de montage qui produisent une présence spectrale et matérialisent en quelque sorte les croyances spirites fin de siècle). En l’intégrant au film comme aux conditions de projection (des lunettes 3D sont distribuées avant la séance), Denis Gaubert nous invite ainsi à reconsidérer, à la manière d’un « chiffonnier de l’histoire » (dixit Walter Benjamin), la stéréoscopie comme une technique permettant ici de redonner vie à des visages anonymes et des scènes quotidiennes du passé. Cette hypothèse apparaît dès les premières minutes de <em>Stéréodrome&nbsp;</em>lorsqu’on reconnaît la voix de Pascale Ogier et la question qu’elle adresse à Jacques Derrida dans <em>Ghost Dance</em>, «<em>&nbsp;Et vous, vous croyez aux fantômes&nbsp;?</em>&nbsp;<em>»</em>. La citation, tout sauf décorative, engage la démarche du réalisateur dans une perspective assez ambitieuse&nbsp;: celle d’un documentaire entendu comme une archive hantée. Cette approche se complexifie si l’on considère le sujet de <em>La Vie en relief, </em>à savoir la rencontre entre une technique déjà passée de mode (mais qui, selon le film, produit parmi les œuvres les plus belles de Lartigue) et l’obsession du photographe pour la conservation – cf. son désir, couché sur le papier de son journal intime enfantin, de vouloir capturer ce qu’il voit pour ne jamais l’oublier.</p>
<p>Le documentaire se compose de trois parties au cadre chronologique clair (la Belle Époque, la Grande Guerre, l’entre-deux-guerres), reposant sur les images stéréoscopiques de Lartigue et les extraits de ses journaux intimes, puis ponctuées d’un épilogue qui rend compte de la reconnaissance tardive de ses œuvres, dans le New York de la fin des années 1960. Cette contextualisation historique permet de comprendre les déterminations sociales qui ont conditionné la production des œuvres stéréoscopiques de Lartigue et de démystifier l’image convenue de l’artiste génial. C’est l’un des intérêts de ce documentaire que de restituer précisément les pratiques d’un certain monde : fils d’un riche industriel, Lartigue incarne un ethos bien identifiable. Son attachement obstiné à la carrière (ratée) de peintre, la disponibilité matérielle dont il disposait pour s’adonner en amateur dès l’âge de neuf ans à la stéréoscopie ou la possibilité d’éviter l’appel au front pendant la Grande Guerre en constituent quelques traits. Ce travail de sape discret mais précieux de la narration est renforcé par des choix de mise en scène qui visent à miner le récit familial bourgeois et ses angles morts. L’histoire du photographe est ainsi narrée à l’aide de voix de trois acteurs distincts – ce qui renforce la tridimensionnalité du documentaire (en sus de la 3D et des trois parties évoquées). Si l’une prend en charge la fausse conscience bourgeoise, une autre laisse entendre des aspects plus intimes de la vie de Lartigue, tandis que la dernière adopte quant à elle une distance plus ironique. Ce dispositif offre de la sorte une saisie plus dialectique des images en relief de Lartigue, sans sacrifier pour autant le mystère des photographies, qui s’opacifie même dans le redoublement de certains éléments laissés hors champ (on pense par exemple à la relation entre les deux frères Lartigue et au destin de l’aîné). C’est donc conjointement le portrait d’une époque et d’une quête artistique que parvient à brosser le bien nommé <em>La Vie en relief</em>.</p>
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		<title>Teenage Sex and Death at Camp Miasma</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/teenage-sex-and-death-at-camp-miasma-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2026 10:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si&nbsp;<em>I&nbsp;Saw the TV Glow</em>&nbsp;(inédit en salle) est devenu l’un des films étendards d’une nouvelle génération de cinéphiles (celle qui «&nbsp;log&nbsp;» des films sur Letterboxd), c’est probablement pour sa propension au symbolisme et à&nbsp;l’allégorie. Par son goût de l’opacité, cette histoire de deux lycéens obsédés par une série pour ados (au point de vouloir vivre dans leur télé) a&nbsp;produit outre-Atlantique de nombreuses analyses thématiques, de la part d’internautes soucieux de décrypter ses mystères. <a href="https://medium.com/@MeghanCherry25/i-saw-the-tv-glow-and-transgender-mythmaking-3613ea34dfc8" target="_blank" rel="noopener">On pouvait ainsi lire que les allers-retours entre mythe et réalité du récit formaient une métaphore de l’identité trans</a>, et plus précisément de ce moment où une personne se rend compte qu’elle ne s’identifie pas à&nbsp;son assignation sexuelle. L’idée aurait pu être passionnante si le film, derrière cette façade théorique, n’était aussi dévitalisé. Toujours méta,&nbsp;<em>Teenage Sex and Death at Camp Miasma</em>&nbsp;(sacré titre) emprunte un chemin différent, puisque Jane Schoenbrun y&nbsp;met en scène une variation d’elle-même dans la peau d’une jeune cinéaste queer (Hannah Einbinder) qui vient de connaître un succès d’estime avec un film horrifique à&nbsp;petit budget. La distance ironique que Schoenbrun installe autour de ce personnage, à&nbsp;qui l’on dit à&nbsp;plusieurs reprises que son discours est trop conceptuel, paraît témoigner d’une prise de conscience&nbsp;: cette fois, le film devrait être moins alambiqué.</p>
<p>À vrai dire, même si ce nouveau récit n’a plus besoin d’un mode d’emploi pour être compris, il demeure sacrément tortueux. On y&nbsp;suit donc Kris, une réalisatrice un peu geek, qui s’apprête à&nbsp;tourner un reboot «&nbsp;<em>elevated</em>&nbsp;» d’une saga de slashers ringards intitulée «&nbsp;Camp Miasma&nbsp;», dans laquelle un tueur non-binaire, doté d’une bouche de ventilation à&nbsp;la place de la tête, assassine à&nbsp;coups de lance de jeunes animateurs d’un camp de vacances. Pour préparer le film, elle part rencontrer l’actrice du premier épisode, Billy Presley (Gillian Anderson), qui a&nbsp;disparu des écrans depuis trente ans et vit recluse à&nbsp;l’endroit même où a&nbsp;été tourné son unique coup d’éclat. La dynamique méta (de longs extraits du premier&nbsp;<em>Camp Miasma</em>&nbsp;côtoient des commentaires assez drôles sur l’industrie du cinéma d’horreur contemporain) se corse à&nbsp;mesure que la réalité et la fiction se mélangent, comme dans <em>I Saw the TV Glow</em>. Le premier plan augurait déjà ce virage, en représentant le point de vue d’une caméra vivante (on l’entend respirer) qu’on balade sur un plateau pour l’installer sur un trépied&nbsp;: outre les passages qui relèvent de la mise en abyme, Schoenbrun entretient une confusion entre le film que prépare Kris et celui auquel on assiste. Ce jeu de poupées russes, qui rappelle moins Lynch (convoqué par la présence de Patrick Fischler) que Charlie Kaufman, ne produit pourtant pas vraiment le trouble recherché, tant Schoenbrun fait du film un cocon confortable. Enrobé par l’élégante indie pop d’Alex G,&nbsp;<em>Teenage Sex…&nbsp;</em>refuse notamment de faire peur, en désamorçant d’emblée cette potentialité («&nbsp;<em>On dirait qu’il va y&nbsp;avoir un jump scare</em>&nbsp;», dit Kris en arrivant sur les lieux du camp – il n’y en aura pas). Quand Kris et Billy regardent plus tard le premier <em>Camp Miasma</em>, la patine vintage des premières séquences du faux film, pastiche assez fidèle des séries B&nbsp;des années 1980, laisse place à&nbsp;une scène de massacre mise en scène comme un clip simplement grotesque. La superficialité de ce moment de bravoure tape-à‑l’œil décrédibilise alors autant l’univers fictionnel que la fascination qu’il exerce sur le personnage. C’est que Schoenbrun préfère au cinéma d’horreur son image marketing, ce que le fétichisme du générique de début raconte bien, en faisant se télescoper jaquettes de VHS, articles de presse et produits dérivés pour raconter en quelques minutes l’histoire de la saga fictive.</p>
<p>Et de la même manière que Kris n’écoute pas les recommandations de ses producteurs hollywoodiens (oublier un peu les&nbsp;<em>easter eggs</em>&nbsp;pour se concentrer sur l’efficacité du récit), Schoenbrun persévère dans la voie de l’allégorie. Le nom du tueur, «&nbsp;Little Death&nbsp;», évoque ainsi l’orgasme que cherchent à&nbsp;atteindre l’actrice et la réalisatrice en accédant au point de vue du psychopathe pour se voir pénétrées&nbsp;; l’idée raconte la complexité de leurs désirs refoulés, mettant au jour une sexualité non conventionnelle que le film accueille à&nbsp;bras ouverts. Le premier «&nbsp;Camp Miasma&nbsp;» a&nbsp;beau être présenté comme un film transphobe, il a&nbsp;participé à&nbsp;l’éveil queer de l’héroïne quand elle avait huit ans. La part politique de&nbsp;<em>Teenage Sex…</em>&nbsp;se situe ici, dans une forme de réappropriation des récits hétéronormés qui tend la main à&nbsp;toutes les lesbiennes tombées amoureuses de Heather Langenkamp devant&nbsp;<em>Freddy</em>. Mais ce faisant, Schoenbrun fait bien de Kris son alter ego, s’appropriant son CV ironique de «&nbsp;relectrice de la figure du monstre d’un point de vue LGBTQIA+ », sans être encore tout à&nbsp;fait capable de filmer «&nbsp;<em>la chair et les fluides</em>&nbsp;», comme le préconise Billy.</p>
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		<title>Histoires de la nuit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-nuit-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2026 10:30:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La dernière édition du festival de Cannes a été en grande partie hantée par la littérature : si La Bola Negra, L’Inconnue et le Journal d’une femme de chambre sont des adaptations, Fatherland proposait quant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-nuit-2/" title="Read  Histoires de la nuit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La dernière édition du festival de Cannes a été en grande partie hantée par la littérature : si <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Bola Negra</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linconnue-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Inconnue</em></a> et le <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Journal d’une femme de chambre</em></a> sont des adaptations, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fatherland/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Fatherland</em></a> proposait quant à lui une biographie romancée de l’écrivain allemand Thomas Mann et plusieurs productions reposaient sur une structure romanesque (le chapitrage <em>pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vie-dune-femme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Vie d’une femme</a></em> et <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Quelques jours à</em> <em>Nagi</em> </a>ou le processus d’écriture pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/autofiction/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Autofiction</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vénus électrique</em></a>). Il en va de même pour <em>Histoires de la nuit</em>, même si le film s’écarte de ce qui faisait l’intérêt du roman de Mauvignier pour se concentrer sur la simplicité de son argument narratif : la soirée d’anniversaire de Nora (Hafsia Herzi), mère d’Ida (Tawba El Gharchi) et épouse d’un fermier, Thomas (Bastien Bouillon), est parasitée par le retour d’une vieille connaissance, Frank (Benoît Magimel), petit mafieux tout juste sorti de prison. Accompagné de ses frères, il prend en otage la famille ainsi que leur voisine, Cristina (Monica Bellucci), une artiste peintre qui s’occupe parfois de leur fille. La réalisatrice navigue donc entre les eaux du thriller, du film social et du drame familial, sans toutefois jamais réussir à transcender ce mélange des genres.</p>
<p>Dès le début, on comprend que Nora cache un lourd secret, le récit s’attardant sur un élément bénin, grâce auquel elle sera retrouvée par Frank : elle souhaite qu’une vidéo de famille publiée par sa fille sur Tiktok et devenue virale soit supprimée. La scène s’achève sur une réplique assassine d’Ida à sa mère : « <em>J’aimerais être comme toi : orpheline. </em>» En soulignant de la sorte certains éléments de l’intrigue (l’enfant menace réellement de perdre ses parents en les exposant sur Internet), le film semble plus occupé à durcir l’ossature du roman qu’à l’emmener sur un terrain proprement cinématographique. Cette manière de muscler les coutures du scénario s’accompagne par ailleurs d’une faiblesse narrative : les dialogues entre Cristina et son ravisseur appuient un discours grossier sur la différence de classe et de capital culturel, les deux collègues de Nora, invitées à sa fête, n’ont pas vraiment de substance, tandis que le caractère dysfonctionnel du couple est lourdement suggéré par leur absence de vie sexuelle, sans que la cinéaste ne prenne le temps de poser un regard sur leur relation. Malgré la monotonie de la mise en scène, on sent chez Mysius le désir d’exprimer un point de vue féminin sur l’acte créateur, qui serait intimement lié à l’expérience de la domination masculine&nbsp;: le personnage de Hafsia Herzi&nbsp;devient Nora pour ne plus être sous l’emprise de Franck, Cristina achève son tableau après avoir été sous la coupe de ses associés et Ida perce le mystère de son propre nom au cours de cette sombre nuit, où des hommes inconnus ont fait irruption dans ce qui était jusque-là pour elle le monde insouciant de l’enfance. Quelques trouvailles visuelles se dégagent d’ailleurs lorsque Mysius se concentre sur elle : à quelques minutes de la fin, la lumière qui baigne son visage dans la pénombre prépare l’importance qu’elle aura dans le dénouement. C’est peut-être la seule marque d’autrice dans la filmographie de Léa Mysius : un certain don pour filmer la fin de l’innocence.</p>
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		<item>
		<title>La Ligne bleue</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-ligne-bleue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Stratis Vouyoucas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2026 10:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis plus de vingt ans, Marie Dumora mène une exploration documentaire dans l’est de la France qui l’a conduite à effleurer certains traumatismes liés à l’Occupation (comme la déportation des Yéniches dans Belinda, sorti en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-ligne-bleue/" title="Read  La Ligne bleue">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis plus de vingt ans, Marie Dumora mène une exploration documentaire dans l’est de la France qui l’a conduite à effleurer certains traumatismes liés à l’Occupation (comme la déportation des Yéniches dans <em>Belinda</em>, sorti en 2018). C’est sur l’un d’entre eux que se concentre son dernier film, <em>La Ligne bleue</em>, en faisant ressurgir la «<em>&nbsp;cicatrice rose&nbsp;</em>» qu’avait laissée la carrière de granit du camp du Struthof (le seul camp de concentration établi sur le sol français), désormais recouverte par la végétation. La question de la mémoire s’entrelace avec celle de la topographie : il s’agit, à travers la parole des témoins directs ou indirects, d’exhumer le souvenir enfoui d’une violence presque effacée, celle du camp de Natzweiler (plus connu sous le nom de camp du Struthof) implanté en 1941 en Alsace, alors annexée au Troisième Reich. Le camp et la route qui y conduit furent construits par les déportés eux-mêmes, contraints au travail forcé dans la carrière. Environ 52 000 personnes ont été détenues dans l’un des camps du complexe de Natzweiler, et au moins 17 000 y ont péri.</p>
<p>Les témoignages se confrontent ainsi aux paysages et permettent aux images du passé de se superposer à celles du présent pour révéler une réalité enfouie, mais toujours vivace, comme la route qui contourne le village et sinue désormais au cœur de la forêt. Si la démarche rappelle, toutes proportions gardées, celle de Claude Lanzmann dans <em>Shoah</em>, on peut regretter que la mise en scène ne soit pas tout à fait à la hauteur de ce travail de recherche et des témoignages, dont certains sont bouleversants. Le film est un peu tributaire du dispositif de Marie Dumora (caméra portée, objectif 50 mm) qui permet de créer des bulles d’intimité avec les personnes interrogées, mais ne parvient pas tout à fait à mettre visuellement en perspective la relation des récits aux paysages. Le film a néanmoins pour mérite de (re)mettre en lumière cet épisode méconnu de notre Histoire et les formidables élans de solidarité et de fraternité de certains villageois alsaciens envers les déportés (allant du petit geste de charité jusqu’à de véritables histoires d’amour), à une période où la lâcheté, l’indifférence, la négation de l’autre ont pourtant bien souvent été de mise.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Portraits d’Amérique — Beth B</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-beth-b/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Beth B,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-beth-b/" title="Read  Portraits d’Amérique — Beth B">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Beth B, figure radicale du mouvement No Wave, dont l’œuvre, depuis la fin des années 1970, mêle expérimentation formelle et exploration de la sexualité, de la violence et des rapports de pouvoir.&nbsp;</em></p>
<p><strong>Avant de commencer à faire des films, comment avez-vous découvert le cinéma ? Vous souvenez-vous d’une expérience particulièrement fondatrice ?</strong></p>
<p>Je crois que ça remonte à mes années à l’université, au début des années 1970, en Californie. J’ai toujours su que je voulais être artiste. À l’époque, je faisais de la sculpture, principalement de l’art conceptuel. Puis j’ai suivi un cours de cinéma, et le moment décisif a été la découverte de <em>Persona</em> d’Ingmar Bergman. Je n’avais aucune idée que le cinéma pouvait être quelque chose d’aussi visuel, qu’il pouvait aborder des thèmes liés aux femmes, à la perception qu’elles ont d’elles-mêmes, au fait d’évoluer dans un monde dominé par les hommes, à leur médicalisation. On ne parlait absolument pas de ces choses-là, et certainement pas dans les films hollywoodiens. Je suis alors partie à la recherche de tous les films de Bergman et j’ai découvert un monde complètement différent de tout ce à quoi j’avais été exposée jusque-là.</p>
<p><strong>À ce moment-là, envisagiez-vous déjà de devenir cinéaste ?</strong></p>
<p>Non, je pensais encore que ma voie serait celle des arts plastiques. Je n’ai jamais vraiment aimé l’art conventionnel ; j’essayais toujours d’en repousser les limites. J’ai beaucoup voyagé. Pendant mes études, je suis partie en Allemagne travailler pour un galeriste, puis aux Pays-Bas. Avec le recul, je réalise que j’étais assez audacieuse : je suis entrée au Stedelijk Museum à Amsterdam, j’ai obtenu un rendez-vous avec une commissaire, je lui ai montré les vidéos que je réalisais et j’ai décroché une exposition. Je devais avoir dix-neuf ans. J’ai toujours avancé de manière assez directe, même si je ne savais pas quel chemin j’empruntais. J’étais attirée par ce qui se situait à la marge.</p>
<p><strong>Vous avez ensuite vécu une expérience qui semble avoir profondément marqué votre travail : vous avez travaillé dans une maison close à New York.</strong></p>
<p>Oui. Vers mes vingt-un ans, j’ai trouvé un travail comme standardiste dans une maison close. Je répondais aux appels des clients dans le salon, aux côtés des femmes qui y travaillaient. Ça a été la meilleure éducation que j’aie jamais reçue. J’agissais pratiquement comme la tenancière : je séduisais les hommes au téléphone avec ma voix, qui était évidemment beaucoup plus sexy à l’époque (rires), puis ils arrivaient, je les accueillais, je leur présentais les femmes, je prenais l’argent, leur donnais des préservatifs et les prévenais lorsque leur temps était écoulé.</p>
<p>Cette expérience a, d’une certaine manière, façonné toute la suite de ma vie créative. J’y ai vu des choses dont j’ignorais totalement l’existence. Je ne savais même pas ce qu’était une dominatrice. Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est qu’environ 80 % des hommes qui venaient là voulaient être dominés et humiliés. Ce n’était pas une question de sexe. Ça a bouleversé ma manière de voir les choses. Je me souviens notamment d’un très jeune homme, peut-être dix-neuf ans, blond, grand, très beau. Il est monté avec une dominatrice, puis il est redescendu à quatre pattes dans l’escalier, un collier de cuir autour du cou, tandis qu’elle le tenait en laisse. Elle l’a fait traverser le salon devant nous, puis l’a conduit aux toilettes et lui a ordonné de lécher la cuvette. Il l’a fait. Je me suis demandé : « Qu’est-il arrivé à ce garçon ? » Quelque chose avait manifestement détruit son estime de lui-même dès son plus jeune âge. Cette question traverse depuis lors une grande partie de mes films et de mon travail artistique : essayer d’examiner et de comprendre le patriarcat, le pouvoir qu’une personne exerce sur une autre et les raisons pour lesquelles quelqu’un accepte de se soumettre à des comportements qui, dans un autre contexte, seraient totalement inacceptables.</p>
<p><strong>À quel moment êtes-vous passée des arts plastiques au cinéma ?</strong></p>
<p>Au moment où je me suis immergée dans l’underground new-yorkais, je n’avais absolument aucune notion de « carrière ». Je me définissais juste comme une artiste, mais les espaces blancs et froids des musées et des lieux d’art alternatif étaient absolument stériles pour moi. J’avais réalisé une installation à Artists Space à partir d’enregistrements audio de mes conversations téléphoniques avec les clients de la maison close. C’est à ce moment-là que mon travail a commencé à devenir plus interactif. Parallèlement, je me sentais de plus en plus étouffée par cet environnement artistique et j’ai commencé à comprendre que le cinéma réunissait tout ce que je cherchais : l’image, le son, les êtres humains, l’expérimentation, la possibilité de réfléchir au monde qui nous entoure, d’inventer différentes perceptions et de les confronter à un public.</p>
<p><strong>Et ce public, vous l’avez d’abord trouvé dans les clubs plutôt que dans les salles de cinéma.</strong></p>
<p>Oui ! Les gens étaient ivres, ils cherchaient une expérience forte et, soudain, ils se retrouvaient devant ces films expérimentaux très agressifs, bruyants et visuellement violents. Mes premiers films étaient presque une attaque contre le public. Et c’était précisément ce qui m’intéressait : qu’une connexion se crée. Même si je les agressais, les spectateur·rices pouvaient partir ou réagir. Cela m’a conduite vers une manière complètement différente de créer. Des films expérimentaux, je suis progressivement passée à la fiction, puis, au fil des années, au documentaire. Mais j’avais l’impression qu’il n’y avait aucune place pour moi et pour le genre de films que je réalisais.</p>
<p><strong>Vous êtes aujourd’hui considérée comme l’une des figures majeures de la No Wave, un mouvement qui reste relativement peu connu en France. Est-ce qu’il a constitué l’espace que vous cherchiez ?</strong></p>
<p>À New York, à la fin des années 1970, il existait toute une communauté d’outsiders, de marginaux. Beaucoup de gens étaient profondément désillusionnés, n’avaient absolument rien, et donc rien à perdre. La scène musicale est finalement devenue ce qu’on a appelé la No Wave, et les films que je réalisais ont eux aussi été qualifiés ainsi. Mais pour moi, ce n’est qu’une manière de contenir quelque chose, de le mettre dans une boîte pour le commercialiser. Je ne suis pas vraiment d’accord avec ça, mais peu importe aujourd’hui !</p>
<p><strong>Qu’est-ce que cette communauté vous a apporté artistiquement et politiquement ?</strong></p>
<p>Les gens avaient des esthétiques très différentes. Pour moi, il s’agissait beaucoup de la politique de l’époque, mais aussi d’explorer des rôles non traditionnels, notamment pour les femmes. Je pouvais partir d’un scénario apparemment conventionnel, le renverser complètement et placer la femme dans la position de celle qui décide de ce qui va se passer, qui contrôle la situation, qui détient le pouvoir.</p>
<p><strong>Et où pouviez-vous montrer vos films à ce moment-là ?</strong></p>
<p>À part les clubs, presque personne n’en voulait : ni les galeries, ni les espaces alternatifs, ni les salles de cinéma. Il fallait constamment pousser les portes, ce que je continue d’ailleurs à faire aujourd’hui. Et il n’y avait aucun financement. Il fallait faire les choses avec trois fois rien, en se débrouillant.</p>
<p>Puis j’ai commencé à avoir l’ambition de réaliser des longs métrages et à me demander si ce type de films pouvait trouver son public. <em>Salvation!</em> et <em>Two Small Bodies</em> sont probablement les deux qui ont réussi à toucher une audience un peu plus large, même si elle restait très limitée. Encore une fois, je pense que les sujets qu’ils abordaient, comme les rapports entre la sexualité et la violence, étaient très en avance sur leur temps.</p>
<p>La sexualité occupe justement une place centrale dans votre travail, mais moins pour parler du sexe lui-même que pour explorer le pouvoir, le désir, la domination et la soumission. Aujourd’hui, des films hollywoodiens s’emparent de ces mêmes thèmes en les rendant beaucoup plus commerciaux, voire apolitiques. Que pensez-vous de cette récupération ?</p>
<p>C’est devenu à la mode ! Prenez <em>Babygirl</em>. Mon tout premier film, qui était évidemment très influencé par mon travail dans cette maison close, portait déjà sur une dominatrice, son partenaire, leur interaction et la psychologie de cette relation. J’avais constaté que des hommes très puissants allaient voir des dominatrices : des cadres, des avocats, des politiciens, des juifs hassidiques… Il y avait chez eux ce désir de renoncer au pouvoir. Je pourrais donc dire que j’avais presque cinquante ans d’avance !</p>
<p>C’est intéressant de voir le rapport du cinéma à ces questions aujourd’hui. Je pense que cela concerne plus largement tout ce qui se situe en dehors des « normes » et des rôles considérés comme acceptables par la société conventionnelle. Dès que quelque chose remet ces normes en question et devient menaçant, on finit par vouloir le mettre dans une boîte, le rendre inoffensif, le transformer en quelque chose de consommable pour pouvoir le vendre. Je trouve ça à la fois amusant et fascinant.</p>
<p><strong>Aujourd’hui, le terme « indépendant » peut aussi bien désigner des sociétés très installées que des films aux budgets importants. Qu’est-ce que le cinéma indépendant signifie encore pour vous ?</strong></p>
<p>Il existait, dans les années 1980 et 1990, un certain soutien au cinéma indépendant. Les films étaient véritablement entre les mains des cinéastes. Une grande partie des financements venait d’Europe, où le cinéma était, et reste encore dans une certaine mesure, lié à l’idée de créer de l’art. Plusieurs de mes longs métrages de fiction ont donc été financés là-bas. Ils ne l’ont absolument pas été aux États-Unis.</p>
<p>Dans les années 2000, j’ai commencé à faire des documentaires pour la télévision, parce que je ne trouvais plus de débouchés, plus d’endroits prêts à accueillir ce que je faisais. Et, pour la première fois de ma vie, je gagnais de l’argent. Je ne savais même pas que c’était possible ! Mais au bout de huit ans, je me suis aussi dit : « Mon Dieu, sortez-moi de là ! » Je ne voulais plus entendre un seul cadre en costume me dire qu’il n’aimait pas telle couleur, ou la manière dont Joan Jett apparaissait à l’image, ou la manière dont telle autre personne était filmée. J’en ai eu assez et je suis retournée dans l’underground new-yorkais.</p>
<p>Je suis revenue à ma manière initiale de faire des films : une caméra que je manipulais moi-même dans les clubs. J’y ai découvert ces artistes de burlesque extrême que j’ai filmés dans <em>Exposed</em>. Ce film a trouvé un public assez important parce qu’il avait un thème très identifiable et pouvait être vendu d’une manière précise. Il y avait une dimension sexuelle, même si ces artistes étaient avant tout très politiques. Ils se déshabillaient, mais leur message était très différent de celui du burlesque traditionnel.</p>
<p><strong>Et aujourd’hui, où situez-vous ce cinéma véritablement indépendant ? Si vous aviez vingt ans, où chercheriez-vous les espaces réellement marginaux ?</strong></p>
<p>Je n’en ai aucune idée ! Si j’avais la réponse, je la donnerais à tous ces jeunes cinéastes, parce que je la cherche encore moi-même. C’est extrêmement difficile aujourd’hui.</p>
<p><strong>Kino Lorber a restauré et ressorti plusieurs de vos films ces dernières années, permettant à un nouveau public de découvrir des œuvres auxquelles il n’avait peut-être jamais eu accès auparavant. Comment vivez-vous ce regain d’intérêt pour votre travail ? Et que dit, selon vous, cette volonté de redécouvrir des films et des cinéastes autrefois restés à la marge de la cinéphilie américaine actuelle ?</strong></p>
<p>C’est encourageant et cela montre qu’il existe toujours une curiosité pour ce cinéma, notamment chez une nouvelle génération, qui continue à se rebeller contre les discours officiels et normatifs sur l’art. Il faut que cette rébellion continue, car c’est éminemment politique. C’est ce dont notre monde a besoin. L’environnement dans lequel nous vivons est tellement oppressif, tellement violent : comment pourrions-nous ne pas créer des œuvres qui parlent de cela, qui donnent aux gens une autre perspective et qui puissent offrir une forme d’espoir ?</p>
<p>Cet espoir ne peut venir que de la communication avec les autres, de la possibilité de trouver les nôtres et de créer un dialogue. Cela peut se produire à travers le cinéma, l’art, dans les galeries ou les musées, même si c’est devenu très rare. Dans les musées, tout est devenu très prudent. Tout le monde veut rester dans une zone de sécurité. Dans le contexte politique actuel, je peux le comprendre. Mais je ne veux pas faire ça. Si je commence à penser comme ça, autant m’allonger et mourir ! Moi, je veux rester vivante. Je veux voir ce qu’il y a encore à découvrir.</p>
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		<title>Moulin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/moulin-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2026 10:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avant d’entrer dans le détail de ce film étonnant qu’est Moulin, il faut d’abord répondre à une interrogation que sa présentation à Cannes n’a pas complètement dissipée. Pourquoi le cinéaste hongrois s’est-il emparé de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/moulin-2/" title="Read  Moulin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avant d’entrer dans le détail de ce film étonnant qu’est <em>Moulin</em>, il faut d’abord répondre à une interrogation que <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">sa présentation à Cannes</a> n’a pas complètement dissipée. Pourquoi le cinéaste hongrois s’est-il emparé de la figure du chef de la Résistance ?<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335283_88('footnote_plugin_reference_335283_88_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_335283_88('footnote_plugin_reference_335283_88_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335283_88_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335283_88_1" class="footnote_tooltip">Précisons tout de même que cette production à 13 millions d’euros est une commande.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335283_88_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335283_88_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Cette question se pose d’autant plus que <a href="https://www.youtube.com/watch?v=1Uxx1SrmAgo" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nemes s’est empêtré en conférence de presse</a>, suite à une interpellation de Gilles Lellouche concernant la prochaine élection présidentielle, dans un propos lénifiant et dépolitisé qui ne fait guère honneur au film. La réponse qui apparaît au terme du récit est pourtant simple&nbsp;: la résistance est pour lui un problème de mise en scène – et on serait tenté d’ajouter, au risque d’agacer celles et ceux qui exigeront d’un pareil projet qu’il soit mû par une forte nécessité discursive, presque <em>uniquement</em> un problème de mise en scène. Qu’est-ce qu’un résistant ? Toujours quelqu’un qui lutte à l’intérieur d’un espace dont l’ordre et l’agencement sont imposés par autrui, avec à terme l’objectif de renverser cette structure dans laquelle il est contraint d’évoluer. Moulin représente dans cette perspective une incarnation parfaite de la résistance, en cela que quasiment chaque scène resserre davantage le périmètre de son action – plus le film avance, moins il a de marge pour tracer son chemin à l’intérieur des décors qu’il traverse ou qui l’entravent. Il faudrait dès lors substituer à la question originelle une autre. Non pas « pourquoi Moulin ? »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_335283_88('footnote_plugin_reference_335283_88_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_335283_88('footnote_plugin_reference_335283_88_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_335283_88_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_335283_88_2" class="footnote_tooltip">D’autant qu’il faut bien admettre que, sur un plan historique, le film (scénarisé par Olivier Demangel) semble n’avoir essentiellement retenu qu’une chose de Moulin, apprise par chaque écolier sur les bancs de l’école primaire : il est mort sous la torture, et ce sans trahir.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_335283_88_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_335283_88_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, mais plutôt « qu’est-ce que Moulin ? » C’est là, en se détournant d’une perspective strictement scénaristique, réaliste ou hagiographique, que le film trouve sa profondeur.</p>
<p>Moulin est ainsi d’abord figuré comme un individu qui doit se fondre dans un environnement hostile et menaçant ; il suffit de voir comment son ombre, dans le plan de son arrivée à la gare de Lyon, est dédoublée par les fumées de vapeur d’une locomotive, pour saisir sa nature à la fois spectrale et duelle. De fait, « Max » (son nom de code) usera des éléments du décor comme d’une extension de sa fausse identité. Une vitre teintée, un rideau ou un guichet deviennent autant de moyens pour voiler son visage, de la même façon que le personnage s’en remet à des faux papiers et à une couverture étoffée pour dissimuler qui il est réellement. Mais Moulin, c’est aussi, de manière encore plus manifeste, une intelligence en action. Puisque le propre du résistant est d’essayer d’aller contre le sens d’un espace, il lui convient en premier lieu de saisir comment cet espace s’organise. Prenons deux exemples, où le personnage doit faire au mieux avec la main qui lui est donnée. D’abord, son arrestation : dans la salle d’attente du médecin où la Gestapo est sur le point de déferler, le découpage restitue l’hypervigilance de celui qui se fait alors appeler Jacques Martel. Les bruits à l’étage, la berline noire qui se gare devant le cabinet, les possibles sorties de secours : Moulin comprend en temps réel ce qui se passe et en tire les conséquences pour essayer de ne pas perdre la partie – ne rien faire, agir comme un simple patient de passage est ici la meilleure tactique à suivre. Ensuite, sa première entrevue avec Klaus Barbie. Que fait Moulin en arrivant dans le bureau de l’<em>Obersturmführer</em>&nbsp;? Il regarde un petit balcon situé en surplomb, puis ausculte d’un coup d’œil la table et les effets personnels du haut gradé, ce que retranscrivent deux courts plans en vue subjective. Autrement dit, il regarde la pièce <em>comme le ferait un décorateur</em>, soit la profession du personnage dans la peau duquel il s’est glissé&nbsp;: l’objet de cette première conversation sera justement de mettre à l’épreuve la vraisemblance de la couverture du résistant. Ce que restitue alors le montage, c’est l’adaptabilité dont fait preuve Martel/Moulin pour se plier à l’exercice de l’interrogatoire. Toute la séquence obéira ensuite à une logique de duel, Barbie essayant d’insuffler un rythme et une orientation à l’interaction, auxquels Moulin se conforme pour mieux tenter d’en ressortir indemne.</p>
<h2>La couleur de l’époque</h2>
<p>À l’échelle de la filmographie de Nemes, ces deux scènes racontent aussi autre chose, qui explique en partie le distinguo que l’on peut opérer entre ses premiers films et ce dernier, même s’ils ont en commun de s’arrimer à des personnages pris dans les flux de l’Histoire. La différence tient à la distance du cinéaste et à la manière dont il accompagne ses figures&nbsp;: le héros du <em>Fils de Saul</em>, notamment, était comme pris dans une vague&nbsp;; il essayait péniblement de sortir la tête de l’eau, pour reprendre son souffle face au rythme effréné de sa quête, qui constituait déjà à une échelle intime une tentative de résistance à la barbarie nazie – trouver la dépouille de son fils pour ériger une sépulture. Mais la mise en scène avait la limite, comme dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sunset/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sunset</em></a>, le film suivant de Nemes, d’opter pour une forme embarquée et immersive, qui privilégiait le flou et des plans de nuques sur ces personnages de passe-murailles. A contrario, le découpage se fait ici dans un premier temps le relais d’une pensée en mouvement, ou d’une action qui vise à inverser la logique dominante de l’espace. C’est le cas de la scène où Barbie contraint Moulin à danser avec la comtesse qui l’a engagé (et lui sert par extension d’alibi), sur la «&nbsp;Barcarolle&nbsp;» d’Offenbach. En plan-séquence, le nazi donne l’impulsion d’un mouvement giratoire qui fait écho aux rondes des prisonniers dans la cour de la prison, imposant une dynamique à des corps qui n’en veulent pas. Jusqu’à ce que le résistant, sans rompre avec les données de la situation, détourne d’un mot et d’un regard la pantomime humiliante en un petit moment de grâce arraché à ce qui constituait initialement une forme de torture psychologique. Le plan, initialement, était l’œuvre de Barbie&nbsp;; il devient à son terme celui de Moulin. On le disait, la résistance est pour Nemes un problème de mise en scène, précisément aussi parce que le nazisme s’affirme dans son essence comme un décorum&nbsp;; dans la même séquence, deux subalternes de Barbie observent d’ailleurs l’interrogatoire depuis un balcon (celui-là même que Moulin avait plus tôt identifié), comme s’ils assistaient à un sinistre opéra. Mise en scène contre mise en scène&nbsp;: telle est la ligne de Moulin, du moins jusqu’à ce qu’il soit démasqué, dans la dernière véritable séquence diurne du film, où Barbie, ange blanc jaillissant d’une corniche, annonce la bascule pour de bon dans le noir.</p>
<p>D’où le fait que le film échappe au spectre du dolorisme et de l’écrasement de son personnage : si l’étau nazi se resserre, <em>Moulin</em> reste jusqu’au bout l’histoire d’un homme se frayant un chemin dans un labyrinthe, d’abord physique – Lyon filmé comme une gigantesque souricière à ciel ouvert –, puis mental, à mesure qu’il s’enfonce dans une nuit qu’il sait sans retour. Dans cette perspective, l’une des forces du film est d’avoir compris que l’Occupation, au-delà de constituer un système administratif, est un climat que le cinéma peut restituer par des voies se détachant du réalisme ou de la représentation rigoureusement documentée. Melville en faisait de même dans <em>L’Armée des ombres</em>, où la France paraissait, en dépit d’un récit couvrant plusieurs mois et années, comme prise dans un hiver éternel. Et que dire de <em>Monsieur Klein</em> de Losey, qui déplaçait la rafle du Vel d’Hiv dans une aridité glaciale (manifestement en janvier ou février), quand l’événement s’est en réalité produit en pleine moiteur de juillet ? Car une époque peut avoir une couleur. L’Occupation a longtemps été dans le cinéma français un cauchemar à demi éveillé d’un bleu cadavérique, traversé par des visages à la blancheur laiteuse. <em>Moulin</em>, lui, tire la période vers une autre humeur : celle d’une nuit d’un noir de jais, voilant d’une ombre permanente jusqu’aux rares scènes de jour, où brillent la flamme vacillante de Moulin mais aussi les faisceaux aveuglants des berlines de la Gestapo – comme dans la séquence hallucinante où « Max » se retrouve dans une clairière striée de lignes bleues formées par les phares des voitures, et qui le guident vers le cœur des ténèbres nazies.</p>
<h2>Les derniers feux de la Saint-Jean</h2>
<p>Si la partie lyonnaise, épousant l’économie d’un film d’espionnage, brille sur ce terrain, c’est peut-être à la revoyure&nbsp;lorsque le chef de la Résistance est arrêté que le film tutoie le sublime en déclinant les possibilités de ce cadre. Les épiphanies sont nombreuses&nbsp;: une scène d’orage (des flashs blancs irradiant la pénombre d’une geôle), l’extraordinaire avancée de <em>Moulin</em> dans un couloir où semblent jaillir du personnage les feux de Saint-Elme, via un halo mordoré qui répond à la noirceur de la séquence précédente… C’est que le film, au-delà de sa structure en entonnoir, est construit en trois temps correspondant à une gradation plastique et à une suffocante descente aux enfers, du premier plan (une nuit américaine, comme brossée au pinceau) à son dernier (le feu d’une locomotive). Premier temps : tombé du ciel, Moulin se rend à Lyon pour structurer les réseaux résistants avant d’être arrêté. Deuxième temps : incarcéré et questionné par la Gestapo, il peut compter sur la solidité de sa couverture pour garder un espoir de quitter la prison en homme libre. Troisième temps : sa duplicité est démontrée, tout espoir de libération s’envole, il va falloir regarder la mort en face et subir la torture. À Cannes, ce dernier aspect a fait hélas écran : le film a beau y arriver tardivement et maintenir l’essentiel de l’horreur hors champ (il y a en tout et pour tout deux séquences de sévices physiques), il a été abusivement qualifié de « <a href="https://www.indiewire.com/criticism/movies/moulin-review-laszlo-nemes-1235194610/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>prestige torture porn</em></a><a href="https://www.indiewire.com/criticism/movies/moulin-review-laszlo-nemes-1235194610/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">&nbsp;</a>». Reproche incompréhensible au regard du soin avec lequel le film relègue en dehors du cadre la violence, au point qu’il est en la matière moins graphique que, pour citer une œuvre à la trame analogue, <em>Rome, ville ouverte</em> de Rossellini (qu’aurait-on entendu si Nemes s’était autorisé le plan de la peau brûlée au chalumeau&nbsp;!).</p>
<p>Ce qui est en revanche vrai, c’est la dimension irrespirable de ce film très beau, mais à la beauté semblable à celles des caveaux – et de fait le film s’apparente dans son ensemble à un pas de deux avec la mort (d’abord le personnage la fuit, ensuite il la désire). <em>Moulin</em> est taillé dans le noir du néant, comme peuvent l’être certains films d’Eastwood mis en lumière (ou plutôt mis en pénombre) par Tom Stern (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/j-edgar/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>J. Edgar</em></a>, <em>Lettres d’Iwo Jima</em>) ou <em>La Folie Almayer</em> de Chantal Akerman&nbsp;: sa plasticité n’est pas toujours très confortable, mais elle ouvre sur des vertiges formels et une minutie qu’on n’attendait ni de Nemes, ni de Lellouche, remarquable parce que pleinement intégré à la logique formelle du film. L’acteur, on l’aura noté, ne ressemble pas beaucoup à l’homme illustre auquel il prête ses traits (il est moins fluet, moins gracieux), mais son visage présente un relief qui se prête à la chorégraphie en clair-obscur déployée par le film, à l’image de la séquence située dans la berline de Barbie, où seuls son nez et sa mâchoire carrée s’échappent partiellement du noir absolu de cette virée nocturne aux confins de la raison. Jusqu’au bout, <em>Moulin</em> tient cette note sépulcrale qui fait du personnage plus un spectre qu’un martyr ou un saint («&nbsp;<em>Saint Jean-Moulin</em>&nbsp;», raille Barbie après avoir pris connaissance de son nom) – cf. l’ultime scène, dans laquelle un wagon traverse un tunnel d’où jaillissent des étincelles que l’on croirait sorties d’un pandémonium. Et jusqu’au bout, Nemes transcende l’épais cahier des charges (un biopic sur une figure nationale, campé par un acteur <em>bankable</em> et financé par TF1) pour inventer un objet assez unique, voire une bizarrerie industrielle dans le champ du cinéma français : par son sens de l’action et de la lumière, <em>Moulin</em> ringardise l’essentiel des films du milieu et renvoie les grosses productions historiques (dernièrement&nbsp;: <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-jecris-ton-nom/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Bataille de Gaulle</em></a> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Rayons et les ombres</em></a>) à leur médiocrité visuelle. Cela sans transiger&nbsp;: ses éclats sont indissociables de sa noirceur.<a href="#_ftnref1" name="_ftn1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335283_88();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_335283_88();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_335283_88">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_335283_88" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335283_88('footnote_plugin_tooltip_335283_88_1');"><a id="footnote_plugin_reference_335283_88_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Précisons tout de même que cette production à 13 millions d’euros est une commande.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_335283_88('footnote_plugin_tooltip_335283_88_2');"><a id="footnote_plugin_reference_335283_88_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">D’autant qu’il faut bien admettre que, sur un plan historique, le film (scénarisé par Olivier Demangel) semble n’avoir essentiellement retenu qu’une chose de Moulin, apprise par chaque écolier sur les bancs de l’école primaire : il est mort sous la torture, et ce sans trahir.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_335283_88() { jQuery('#footnote_references_container_335283_88').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335283_88').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_335283_88() { jQuery('#footnote_references_container_335283_88').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_335283_88').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_335283_88() { if (jQuery('#footnote_references_container_335283_88').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_335283_88(); } else { footnote_collapse_reference_container_335283_88(); } } function footnote_moveToReference_335283_88(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335283_88(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_335283_88(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_335283_88(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/moulin-2/">Moulin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>À fleur de forêt de Jacques Perconte</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/exposition/a-fleur-de-foret-de-jacques-perconte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 10:30:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334928</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est au musée Michel Ciry de Varengeville-sur-Mer que le cinéaste et plasticien Jacques Perconte expose, jusqu’au 1er novembre 2026, trente-trois tirages issus du cycle À fleur de forêt, ainsi qu’un triptyque vidéo intitulé À fleur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/a-fleur-de-foret-de-jacques-perconte/" title="Read  À fleur de forêt de Jacques Perconte">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>C’est au musée Michel Ciry de Varengeville-sur-Mer que le cinéaste et plasticien Jacques Perconte expose, jusqu’au 1<sup>er</sup> novembre 2026, trente-trois tirages issus du cycle </em>À fleur de forêt<em>, ainsi qu’un triptyque vidéo intitulé </em>À fleur de terre<em>. Organisée dans le cadre du festival Normandie Impressionniste 2026, cette exposition dialogue en parallèle avec </em>À fleur de mer<em>, une installation vidéo que les voyageurs en gare de Rouen ont eu l’occasion de découvrir tout l’été. Nous remercions vivement le cinéaste d’avoir accepté de la rendre disponible en ligne afin d’emmener d’autres spectateurs en terre normande. </em></p>
<div style="padding: 60% 0 0 0; position: relative;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="À fleur de mer, 2026" src="https://player.vimeo.com/video/1212765782?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&amp;loop=1" frameborder="0"></iframe></div>
<p><script src="https://player.vimeo.com/api/player.js"></script></p>
<p>En entrant dans la dernière salle du musée Michel Ciry consacrée à l’exposition <em>À fleur de forêt</em>, mon regard s’est immédiatement arrêté sur un petit tirage au format rectangulaire, où des troncs d’arbres et branchages se détachent d’un fourmillement de particules indigo<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334928_90('footnote_plugin_reference_334928_90_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334928_90('footnote_plugin_reference_334928_90_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334928_90_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334928_90_1" class="footnote_tooltip">«&nbsp;Image n<sup>o</sup> 847, les Communes&nbsp;», série n<sup>o</sup> 16, compressions dansantes de données vidéo détaillées à la main, impression numérique, jet d’encre sur papier photo Rag® Hahnemühle 308 g, encadrement en bois de chêne du Pays de Caux.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334928_90_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334928_90_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Rares sont les œuvres qui, telle la madeleine de Proust, rendent sensibles des souvenirs enfouis de l’enfance. De la contemplation de ce tirage me sont revenues en mémoire les promenades dans les bois de Varengeville, situés à quelques kilomètres de la maison familiale où j’ai passé les vingt premières années de ma vie. Des promenades au cours desquelles nous nous arrêtions toujours en chemin pour contempler les hortensias aux couleurs que ma mère disait n’avoir vues nulle part ailleurs<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334928_90('footnote_plugin_reference_334928_90_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334928_90('footnote_plugin_reference_334928_90_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334928_90_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334928_90_2" class="footnote_tooltip">La floraison bleutée de ces arbustes est favorisée par le taux d’humidité et l’acidité des sols forestiers de la côte.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334928_90_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334928_90_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ; des promenades qui ont fait naître et perdurer mon émerveillement pour ces paysages.</p>
<p>Cet émerveillement, il est également palpable dans le travail de Jacques Perconte, familier des côtes normandes : il y a presque vingt ans qu’il sillonne la côte d’Albâtre, scrutant avec sa caméra les variations de la lumière sur le ressac et les falaises de craies blanches. Ces éléments naturels constitutifs du littoral normand servent de vivier à ses expérimentations numériques — ses compressions dansantes de données vidéo qu’il développe depuis une trentaine d’années maintenant. En témoignent les visions colorées d’<em>Impressions</em> (2012), d’<em>Albâtre</em> (2018) ou encore de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/salammbo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Salammbô</em></a> (2022), où les surfaces rocheuses deviennent aqueuses ou vaporeuses, traversées par l’envol pixelisé de goélands. Une fois enregistrées, les images sont pour le cinéaste une matière malléable et leur compression nous invite, selon <a href="https://www.jacquesperconte.com/oe?15" target="_blank" rel="noopener noreferrer">sa propre description d’<em>Impressions</em></a>, sur «&nbsp;<em>les traces de la lumière et du temps</em>&nbsp;». On peut dès lors aisément y projeter nos propres souvenirs de toiles impressionnistes – il n’est d’ailleurs guère étonnant que Perconte ait été invité en résidence dans le cadre du festival annuel dédié à ce mouvement pictural, lui dont les œuvres ont déjà marché dans les pas de Monet et consorts.</p>
<p>Accueilli plusieurs mois dans l’ancienne demeure du peintre Michel Ciry, le cinéaste a filmé ces mêmes paysages au gré des saisons. Ce calendrier lui a permis d’envisager autrement des espaces devenus familiers, passant et repassant devant le même arbre tortueux du bois des Communes pour contempler la mer du haut des falaises. Un aspect du projet ouvre toutefois un espace nouveau au sein de l’ensemble d’œuvres que Perconte a consacrées à la région : les portes de plusieurs jardins privés des alentours, dont le Clos d’Ailly et le Jardin Bleu, lui ont été ouvertes. Sa caméra s’attarde ainsi sur de nouvelles textures à la palette chromatique caractéristique des jardins boisés de Varengeville – allant du bleu violet des hortensias au rose fuchsia des rhododendrons.</p>
<div id="attachment_334969" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334969" class="wp-image-334969 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-scaled.jpg" alt width="2560" height="717" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-300x84.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-1024x287.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-768x215.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-1536x430.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-2048x573.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-980x274.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet_Perconte-copie-2000x560.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-334969" class="wp-caption-text">Jacques Perconte en résidence à Varengeville-sur-Mer | © Erika Vati</p></div>
<h2>À la lisière</h2>
<p>L’une des forces de l’exposition est de rendre compte de la géographie singulière de la région et de la porosité entre jardins, bois et littoral. Grâce à la variété d’images filmées au long cours, les impressions d’<em>À fleur de forêt</em> semblent précisément extraites de ces lisières où différents milieux cohabitent. Réalisés à partir de flux vidéo dans lesquels le cinéaste a puisé, les trente-trois tirages de l’exposition sont faits de traces – celles des fleurs du Clos d’Ailly, par exemple, qui fusionnent avec celles des arbres du bois des Communes –, et matérialisent la proximité de ces éléments dans la nature varengevillaise. Perconte qualifie d’ailleurs cette phase de « <em>recherche de formes magiques où s’harmonisent les contingences de notre monde dans un même état de co-présence</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334928_90('footnote_plugin_reference_334928_90_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_334928_90('footnote_plugin_reference_334928_90_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334928_90_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334928_90_3" class="footnote_tooltip">Jacques Perconte, <em>Divines Dérives</em>, Paris, Éditions Galerie Charlot, 2025, p. 10.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334928_90_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334928_90_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>». De ce travail numérique des formes et des couleurs prélevées dans la nature se dégage finalement l’essence des lieux filmés ; paradoxalement, l’abstraction révèle les interactions entre la faune et la flore normandes avec une profondeur qu’une illustration scientifique ne saurait saisir. La contemplation d’<em>À fleur de mer</em> dans la gare de Rouen relève de ce même travail : partant d’un plan du récif devenu champ de coquelicots, l’herbe verte, rouge, puis jaune laisse ensuite place aux nuances ocres émanant des falaises. Sur celles-ci flottent encore les taches rouges des coquelicots, empreintes de plantes éphémères qui, au printemps, fleurissent les pâturages des valleuses.</p>
<p><em>À fleur de forêt </em>prend alors les allures de ces promenades qui ont marqué ma mémoire&nbsp;: le souvenir des lisières, du surgissement de la mer à travers le feuillage d’un pin maritime ou d’un chêne centenaire se trouve réactivé par la façon dont Perconte investit l’espace muséal. C’est que l’ouïe des visiteurs est aussi sollicitée par le son provenant d’une série de vidéos qui défilent sur trois panneaux verticaux installés de part et d’autre de la salle. D’un côté, il est donc possible d’entendre (et de contempler) le fracas des vagues sur les rochers, tandis que, de l’autre, résonne le bruissement du vent dans les arbres. Ces enregistrements sonores, réalisés pendant les tournages, renforcent un aspect de l’exposition voulu plus réaliste. Par ailleurs, les vidéos invitent à un autre rapport au temps que les impressions&nbsp;: &nbsp;il faut parfois attendre plusieurs minutes avant de percevoir la métamorphose automnale de la ramure d’un arbre. C’est une manière différente, pour Perconte, de nous emmener sur les chemins des bois alentour. Le dialogue établi entre les tirages et ce triptyque vidéo ne consiste pas seulement à rappeler qu’avant leur fixité et la mue des éléments naturels, il y a toujours la prise de vue <em>in situ</em> – il dit surtout quelque chose de la manière dont l’artiste travaille, en laissant la possibilité aux choses d’arriver. Et le visiteur devra lui aussi observer patiemment s’il souhaite apercevoir plusieurs dauphins traverser subrepticement le rivage dans un plan filmé du haut du bois des Communes, ou bien déceler la résurgence d’infimes éclats de couleurs similaires dans une série d’impressions. Cette attention à ce qui advient trouve un prolongement dans la salle du musée qui s’ouvre sur un jardin fleuri d’hortensias&nbsp;: depuis une petite alcôve vitrée, les visiteurs découvrent des nuances de couleurs qui feront écho, du printemps à l’automne, aux œuvres exposées. C’est là peut-être la plus belle invitation que nous adresse <em>À fleur de forêt </em>: celle de quitter le musée pour déambuler à notre tour dans les bois de Varengeville, sur les traces du jardin maritime de Jacques Perconte.</p>
<div id="attachment_334970" style="width: 2510px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334970" class="wp-image-334970 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte.jpg" alt width="2500" height="794" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte.jpg 2500w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte-300x95.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte-1024x325.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte-768x244.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte-1536x488.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte-2048x650.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte-980x311.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Afleurdeforet2_Perconte-2000x635.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2500px) 100vw, 2500px"></a><p id="caption-attachment-334970" class="wp-caption-text">Vues de l’exposition | © Erika Vati</p></div>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334928_90();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334928_90();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334928_90">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334928_90" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334928_90('footnote_plugin_tooltip_334928_90_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334928_90_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">«&nbsp;Image n<sup>o</sup> 847, les Communes&nbsp;», série n<sup>o</sup> 16, compressions dansantes de données vidéo détaillées à la main, impression numérique, jet d’encre sur papier photo Rag® Hahnemühle 308 g, encadrement en bois de chêne du Pays de Caux.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334928_90('footnote_plugin_tooltip_334928_90_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334928_90_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La floraison bleutée de ces arbustes est favorisée par le taux d’humidité et l’acidité des sols forestiers de la côte.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334928_90('footnote_plugin_tooltip_334928_90_3');"><a id="footnote_plugin_reference_334928_90_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jacques Perconte, <em>Divines Dérives</em>, Paris, Éditions Galerie Charlot, 2025, p. 10.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334928_90() { jQuery('#footnote_references_container_334928_90').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334928_90').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334928_90() { jQuery('#footnote_references_container_334928_90').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334928_90').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334928_90() { if (jQuery('#footnote_references_container_334928_90').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334928_90(); } else { footnote_collapse_reference_container_334928_90(); } } function footnote_moveToReference_334928_90(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334928_90(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334928_90(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334928_90(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/a-fleur-de-foret-de-jacques-perconte/">À fleur de forêt de Jacques Perconte</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Adieu monde cruel</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/adieu-monde-cruel-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 10:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334940</guid>

					<description><![CDATA[<p>Que ce soit à&#160;travers son générique d’ouverture écrit dans une typographie anachronique ou son ultime panneau «&#160;Fin&#160;», Adieu monde cruel, premier long-métrage de Félix de Givry, affiche explicitement son attachement au cinéma français des années...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/adieu-monde-cruel-2/" title="Read  Adieu monde cruel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Que ce soit à&nbsp;travers son générique d’ouverture écrit dans une typographie anachronique ou son ultime panneau «&nbsp;Fin&nbsp;», <em>Adieu monde cruel</em>, premier long-métrage de Félix de Givry, affiche explicitement son attachement au cinéma français des années 1960 et 1970. À&nbsp;quelques détails près (des ordinateurs présents dans un commissariat), le cadre du récit pourrait d’ailleurs être celui de la France d’autrefois, avec ses ados qui s’envoient encore des lettres dans une petite ville de province intemporelle et son jeune héros Otto (Milo Machado-Graner, l’enfant aveugle d’<em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/anatomie-dune-chute-ou-le-cinema-francais-au-tribunal/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Anatomie d’une chute</a></em>) qui ne quitte jamais son blouson de cuir noir. Les références se font parfois plus frontales, à&nbsp;commencer par la voix off de la narratrice confiée à&nbsp;Françoise Lebrun. Quant au personnage d’Otto, il est directement l’héritier des jeunes héros des <em>400 coups</em>, du <em>Souffle au cœur</em>, de <em>Mes petites amoureuses</em> ou de <em>L’Enfance nue</em>&nbsp;: après une tentative de suicide ratée, le garçon de quatorze ans choisit de vivre en marge de la société, se réfugiant dans des bâtiments abandonnés avant de trouver auprès de Léna un soutien qui mutera bientôt en relation amoureuse. Otto semble ainsi évoluer dans un monde imaginaire façonné par le cinéma – la narratrice assume d’emblée qu’il s’agit d’un «&nbsp;conte&nbsp;». De ce parti pris antiréaliste, le film tire ses plus belles idées, surtout dans sa première demi-heure.&nbsp;La photographie accentue les contrastes pour faire d’Otto une silhouette fantomatique, se camouflant dans l’ombre des décors à&nbsp;la manière de Nosferatu. Il devient une figure spectrale, comme dans ce beau plan où il apparaît derrière un rideau blanc translucide. La mise en scène laisse alors planer l’idée qu’il a&nbsp;peut-être finalement réussi sa tentative de suicide, ce que corroborerait le fait que personne n’interagisse avec lui, à&nbsp;l’exception de Léna. Malheureusement, l’ambiguïté sera verbalisée par Léna elle-même, qui se demandera via la voix off si elle n’a pas tout imaginé.</p>
<p>Au-delà de cette maladresse, le véritable problème tient au fait qu’Otto ressemble moins à un personnage fantomatique qu’à un fantôme de personnage réduit à une panoplie stéréotypée – un teint blafard, une frange brune et un blouson noir ne suffisent pas à figurer le mal-être adolescent. En convoquant aussi directement le cinéma de François Truffaut ou de Maurice Pialat, Félix de Givry ne se rend pas service : si chez ces modèles la jeunesse tenait du territoire creusé par des fractures affectives et sociales, la douleur d’Otto s’apparente ici plutôt à un motif référentiel, qui par ailleurs s’estompe rapidement au profit d’une romance adolescente plus conventionnelle. L’opacité psychologique est définitivement sacrifiée dans une conclusion elle aussi décevante : Françoise Lebrun y explicite la morale du film, avant qu’Otto ne lise en off une lettre dans laquelle il présente ses nouvelles résolutions. La mutation d’une figure mal aimable en héros sympathique s’est achevée ; et avec elle, l’hommage à la Nouvelle Vague a basculé vers l’académisme.</p>
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		<title>Robert Kramer, une quête incandescente</title>
		<link>https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/robert-kramer-une-quete-incandescente/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 10:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334947</guid>

					<description><![CDATA[<p>En 2019, la Cinémathèque française organisait une rétrospective dédiée à l’œuvre du cinéaste américain Robert Kramer, accompagnée de la publication de Notes de la forteresse[1]Robert Kramer, Notes de la forteresse (1967–1999), éd. établie et présentée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/robert-kramer-une-quete-incandescente/" title="Read  Robert Kramer, une quête incandescente">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2019, la Cinémathèque française organisait une rétrospective dédiée à l’œuvre du cinéaste américain Robert Kramer, accompagnée de la publication de <em>Notes de la forteresse</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_1" class="footnote_tooltip">Robert Kramer, <em>Notes de la forteresse (1967–1999)</em>, éd. établie et présentée par Cyril Béghin, trad. Cécile Wajsbrot et Cyril Béghin, Paris, Post-éditions, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, un recueil rassemblant ses nombreux textes écrits entre 1967 et 1999, année de sa mort. Le livre de David Yon,<em> Robert Kramer, une quête incandescente</em>, poursuit cette redécouverte d’une œuvre aujourd’hui relativement méconnue, en dépit de la forte reconnaissance critique dont Kramer bénéficia en France de son vivant. Dès 1966, <em>In the Country</em>, son premier film (dont la présentation au festival de Pesaro est favorisée par Jonas Mekas), lui vaut les éloges de Jean Narboni dans les <em>Cahiers du cinéma</em>. La revue accompagnera ensuite durablement son parcours : <em>Ice</em>, en 1970, puis <em>Milestones</em>, en 1975, feront notamment l’objet de tables rondes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_2" class="footnote_tooltip">«&nbsp;<em>Ice</em> de Robert Kramer. 3. Débat&nbsp;», <em>Cahiers du cinéma</em>, n°225, novembre-décembre 1970 ; «&nbsp;<em>Milestones</em> et nous (Table ronde)&nbsp;», <em>Cahiers du cinéma</em>, n°258–259, juillet-août 1975.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Après cette première période de films réalisés aux États-Unis, marqués autant par l’expérimentation formelle que par le militantisme d’extrême gauche, Kramer sent le climat politique se durcir dans son pays. Il décide alors en 1979 de s’installer en France, où le crédit dont il bénéficie lui fait espérer un contexte plus favorable pour poursuivre son travail et trouver des financements. Au fil de ses nombreux voyages, sa filmographie se déploie dans des directions formelles très diverses : deux grandes fresques sur les États-Unis brouillant fiction et documentaire (<em>Milestones</em>, <em>Route One/USA</em>) ; des films dictés par l’urgence d’un contexte politique (<em>People’s War</em> pendant la guerre du Vietnam, <em>Scenes from the Class Struggle in Portugal</em> au moment de la Révolution des Œillets) ; des fictions plus traditionnelles (<em>Guns</em>, ou l’échec artistique et commercial que constitue <em>Diesel</em>, un incongru film de science-fiction) ; jusqu’aux essais vidéo, parfois proches du journal filmé (<em>Berlin 10/90</em>, <em>Dear Doc</em>, <em>Vidéolettres Robert Kramer / Stephen Dwoskin</em>, etc.). La pluralité de ce panorama non exhaustif semble pourtant contredire l’une des affirmations du cinéaste, qui considérait son œuvre comme «<em> un seul grand film. Le film unique d’une vie.</em> » Cet ouvrage permet justement de saisir, derrière cet ensemble hétéroclite et fragmentaire, la profonde continuité qui traverse sa filmographie.</p>
<h2>La vie et l’œuvre<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></h2>
<p>Pour ce faire, l’auteur articule entre elles trois approches distinctes. La première est biographique et donne à l’ouvrage sa structure chronologique. Elle s’appuie sur les fonds Robert Kramer, mais aussi sur de nombreux entretiens menés avec ses proches, qu’il s’agisse de membres de sa famille, d’amis ou de collaborateurs. La deuxième vise à restituer l’évolution de la pensée du cinéaste, que Yon fait entendre à travers de nombreuses citations de <em>Notes de la forteresse</em> et des entretiens accordés par Kramer tout au long de sa vie. Enfin viennent les films en eux-mêmes, dont les images sont mises en relation avec les éléments contextuels et théoriques évoqués. Si ce dernier aspect n’est pas le plus convaincant du livre, en raison de passages parfois plus descriptifs qu’analytiques, l’ensemble vaut pour la précision du portrait qu’il compose, où s’entrelacent de façon inextricable la trajectoire de Kramer et de son œuvre. David Yon accorde une place importante aux nombreuses rencontres, amicales comme professionnelles, qui ont nourri le travail de Kramer, autant sur le plan du financement et de la production (Hélène Vager et Sylvie Blum à l’INA, Paulo Branco et surtout son ami Richard Copans) que sur un plan plus intellectuel et artistique – il écrit par exemple un film avec Raoul Ruiz ou, plus surprenant, deux scénarios avec Félix Guattari. Du festival de Hyères aux Rencontres de Digne se dessine ainsi en creux le portrait de l’écosystème du cinéma français de l’époque.</p>
<p>Parmi ces rencontres, celle avec Serge Daney occupe une place importante : Kramer confiera par exemple que la critique négative de <em>Diesel</em> parue dans <em>Libération</em> fut pour lui «&nbsp;<em>un véritable exemple du rôle du critique dans son rapport intime avec ceux qui font des films. C’était presque une communication personnelle qui passait sur une page de </em>Libération<em>, et qui disait : “Que fait ce type de ses capacités ?”&nbsp;</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_3" class="footnote_tooltip">Robert Kramer, <em>Points de départ. Entretien avec Robert Kramer</em>, par Bernard Eisenschitz, avec la participation de Roberto Turigliatto, Aix-en-Provence, Institut de l’image, 2001, p. 67. Cité par David Yon, <em>Robert Kramer, une quête incandescente</em>, Cherbourg-en-Cotentin, De l’incidence éditeur, 2026, p. 74.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>». Le dialogue se poursuit par la suite avec la participation de Kramer à un épisode de <em>Microfilm</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_4" class="footnote_tooltip">L’émission est accessible sur le site Dérives, fondé par David Yon : <span class="footnote_url_wrap">https://derives.tv/entretien-sonore-entre-robert-kramer-et-serge-daney/</span></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>(l’émission de France Culture animée par le critique) pour la sortie de <em>Route One/USA</em> en 1989, puis l’apparition de Daney dans <em>Sous le vent</em><i>. </i>Mais c’est au fond dans l’ensemble des films tournés en vidéo dès la fin des années 1980 que l’influence de Daney se fait sentir. David Yon explique avoir retrouvé dans les archives de Kramer un article paru dans <em>Libération</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_5');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">[5]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_5" class="footnote_tooltip">Serge Daney, «&nbsp;Marché de l’individu et disparition de l’expérience&nbsp;», <em>Libération</em>, 20 janvier 1992.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, dans lequel le critique revient sur les nouveaux <em>reality shows</em>, qui annoncent selon lui la disparition progressive de l’idée même d’expérience humaine. Cette inquiétude face aux nouvelles images, à leur prolifération et à leurs nouveaux modes de diffusion par la télévision, traverse les essais vidéo de Kramer, notamment <em>Berlin 10/90</em> ou <em>Ghosts of Electricity</em> : celle d’un monde où les images finiraient par se substituer à l’expérience elle-même et par rompre la relation entre l’individu et le réel.</p>
<h2>L’acte de filmer</h2>
<p>La notion d’expérience constitue justement l’un des fils rouges les plus importants de l’ouvrage&nbsp;: le terme revient aussi bien dans les témoignages des proches du cinéaste, qui l’emploient pour caractériser son travail, que dans ses propres écrits, où il cherche à penser ensemble expérience politique et expérience intime. Yon la mobilise à son tour pour éclairer le cinéma de Kramer à plusieurs niveaux, à commencer par sa manière d’envisager l’acte de filmer comme un engagement physique, et ce dès<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span><em>In the Country</em>. Robert Machover, alors chef opérateur de Kramer, raconte les difficultés de leur collaboration : ce dernier insistait pour tourner lui-même des plans « <em>non cadrés </em>», aux mouvements de caméra non prédéterminés. Yon rapproche cette pratique de la pensée de Bergson : « <em>Agir librement, c’est reprendre possession de soi, c’est se replacer dans la pure durée.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_6');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">[6]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_6" class="footnote_tooltip">Cité par David Yon, <em>op. cit</em><i>.</i>, p. 37.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>» Cette première impulsion expérimentale s’approfondit ensuite au contact de deux rencontres décisives. La première est celle du cinéaste et éducateur Fernand Deligny<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_7');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">[7]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_7" class="footnote_tooltip">Fernand Deligny est un éducateur libertaire, proche de Félix Guattari et farouche opposant aux pratiques asilaires. Il crée dans les Cévennes des lieux de vie pour accueillir des enfants autistes, en rupture avec les pratiques psychiatriques institutionnelles. Il y développe également une pratique du cinéma qui donnera lieu en 1971 au <em>Moindre geste</em>, coréalisé par Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> à la fin des années 1970, qui lui montre ses essais vidéo réalisés avec des enfants autistes et lui présente son idée de « <em>camérer</em> », une manière de filmer consistant<i> </i>«&nbsp;<em>à respecter ce qui ne veut rien dire, ne dit rien, ne s’adresse pas, autrement dit échappe à la domestication symbolique</em><i>.</i><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_8');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">[8]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_8" class="footnote_tooltip">Fernand Deligny, «&nbsp;<em>Camérer</em>&nbsp;», Caméra/stylo, n°4, 1983, repris dans Fernand Deligny, <em>Œuvres</em><i>,</i> Paris, L’Arachnéen, 2007, p. 1744. Cité par David Yon, <em>ibid</em><i>.</i>, p. 63.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><i>»</i> Kramer y trouve une nouvelle impulsion pour affirmer son désir de tourner sans scénario préconçu, afin de faire du tournage une expérience à part entière.</p>
<p>La seconde rencontre est celle du contrebassiste Barre Phillips, qui lui ouvre les voies de l’improvisation et du jazz. Pour le musicien, « <em>l’improvisation, c’est la lecture du présent. Au lieu d’imposer le présent avec la composition, il faut comprendre ce que c’est et le faire vivre.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_9');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">[9]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_9" class="footnote_tooltip">Barre Philipps, entretien avec David Yon et Lo Thivolle, Chapelle Sainte Philomène, Puget-Ville, 9 mars 2018. Cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 71.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>» Ces deux conceptions trouvent un prolongement fécond avec le passage à la vidéo, dont la légèreté et la souplesse permettent à Kramer de gagner en disponibilité face à ce qui advient. À partir de <em>Notre nazi</em> en 1984, il prend lui-même en charge l’image, afin de pouvoir « <em>filmer à un stade instinctif en étant disponible à ce qui arrive</em> <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_10');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">[10]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_10" class="footnote_tooltip">David Yon, <em>ibid.</em>, p. 72.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>». Dans une lettre adressée à David Yon, Richard Copans explique que <em>Route One/USA</em> constitue l’aboutissement de cette double influence de Phillips et Deligny, amorcée avec <em>Notre nazi</em>, mais ici approfondie et pleinement déployée à l’occasion de son retour aux États-Unis. Il conclut ainsi : «&nbsp;<em>Ce qui fait de Robert Kramer un filmeur c’est que, lorsqu’il tourne, il est préoccupé par l’idée de son expérience : comment est-ce qu’il est en train de vivre ce moment-là, avec sa confiance du temps, de l’espace, des relations au lieu, de l’architecture, de la météo, comment il vit ce temps présent et comment il est capable de le cristalliser dans un plan qu’il est en train de faire, et ça, c’est un travail intérieur, je veux dire enfin intérieur dans la relation au monde.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_11');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">[11]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_11" class="footnote_tooltip">Richard Copans cité par David Yon, <em>op. cit.</em>, p. 73.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;»</p>
<div id="attachment_334950" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334950" class="wp-image-334950 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="607" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-300x71.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-1024x243.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-768x182.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-1536x364.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-2048x486.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-980x232.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-1-2-2000x474.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-334950" class="wp-caption-text">Milestones, Route One/USA</p></div>
<h2>Fragmentation et tressage</h2>
<p>Au-delà de l’étape du tournage, la notion d’expérience éclaire également son geste de montage. Dès ses débuts, Kramer privilégie des structures fragmentées, en partie inspirées par le cinéma d’Alain Resnais, qu’il admire. Plus encore, Kramer associe cette pratique au flux de conscience caractéristique de la littérature américaine : «&nbsp;<em>Tout le modernisme américain est très proche d’une expérience quotidienne de la vie. C’est lié au fonctionnement des consciences. Alors je me suis inspiré de la technique de ces écrivains pour </em>Milestones<em> en la transposant au cinéma.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_12');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">[12]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_12" class="footnote_tooltip">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 28.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>» Il explicitera de nouveau ce rapprochement dans l’une de ses vidéolettres adressées au cinéaste Stephen Dwoskin en 1991, où il lit un passage de <em>Lumière d’août</em> de Faulkner : un trajet en charrette y devient, au fil d’une même phrase, le lieu d’une succession de sensations disparates éprouvées par le personnage. La vidéo sera là aussi un outil précieux pour radicaliser cette logique de la fragmentation : «&nbsp;<em>Je n’ai pas fait par hasard le choix de la vidéo digitale, de la merveilleuse petite DV. (…) La DV est formidable pour les basses lumières, les gros plans ou les plans rapprochés. C’est donc un instrument qui se prête bien au travail des fragments : parties du corps, de décor, de conversation.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_13');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">[13]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_13" class="footnote_tooltip">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 180.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>»</p>
<p>En plus de restituer la façon dont l’environnement est perçu, cette forme éclatée l’intéresse parce qu’elle permet de briser l’écoulement linéaire du temps. Les analyses que Yon consacre aux films de Kramer pointent à plusieurs reprises cet art de l’assemblage hétéroclite, qui fait coexister l’ici et l’ailleurs, le présent et le passé. L’auteur rapproche cette pratique de celle du tissage que pratiquait la mère du cinéaste : il s’agit de repriser ensemble les époques. Cet entrelacement est à l’œuvre dans <em>Ice</em><i>,</i> qui agrège des matériaux disparates (séquences de fiction, ciné-tracts, cinéma direct, etc.), avant d’être radicalisé dans <em>Route One/USA</em>, où s’entrecroisent la guerre de Sécession et celle du Vietnam, la mémoire des peuples autochtones et la signature de la Constitution. Le montage doit alors lui-même travailler une expérience au temps singulière, opposée au présent perpétuel de la télévision, afin de faire affleurer les différentes strates historiques de ce qui est filmé au présent. L’histoire collective se mêle ainsi au cheminement personnel du cinéaste, qui recycle les images de ses précédents films, les réactualisant ou les recontextualisant selon l’évolution de sa pensée.</p>
<div id="attachment_334952" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334952" class="wp-image-334952 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="504" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-300x59.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-1024x202.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-768x151.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-1536x303.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-2048x403.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-980x193.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-2-2-2000x394.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-334952" class="wp-caption-text">Route One/USA</p></div>
<h2><b>Politique de l’image</b></h2>
<p>Kramer précisera lui-même qu’avec ce montage fragmenté, il souhaite « <em>reconstituer une vision du monde tout en ménageant un espace de réflexion</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_14');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">[14]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_14" class="footnote_tooltip">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 180.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>». La métaphore du tressage se révèle ici encore parlante : le recours à l’entrelacs laisse des espaces vides entre les mailles dans lesquels le spectateur peut s’engouffrer. L’expérience se joue donc également au niveau de la réception, puisque le film est pensé pour mobiliser activement celui qui le regarde. Kramer expliquait vouloir que ses spectateurs ne soient pas <em>devant</em> l’image, mais plutôt <em>dedans</em> – une formulation que Yon comprend comme une invitation pour le spectateur à éprouver le temps. Cette conception motivait déjà le cinéaste lorsqu’il participa à la création du collectif Newsreel dans les années 1960, destiné à diffuser les films militants et à accompagner leurs projections afin de faire de la salle de cinéma un espace de débat. Elle se prolongera, au sein des films même, par l’idée que le spectateur ne devrait jamais être réduit à un consommateur passif. Kramer en formulait encore l’ambition à la fin de sa vie, en 1998 : « <em>le bon film au bon moment offre encore l’une des rares occasions de rester en relation avec ce qui nous entoure réellement, et de nous rappeler pourquoi il est important de ne pas perdre cette relation. L’un des fruits d’une telle expérience, c’est de nous aider à restaurer la communication entre nous et le monde alentour.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_15');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">[15]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_15" class="footnote_tooltip">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 192.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>» En retraçant une vie d’engagement autant qu’une pensée sans cesse remise sur le métier, l’ouvrage de David Yon invite à reconsidérer la trajectoire de Robert Kramer comme celle d’un cinéaste politique du XXᵉ siècle dont les réflexions demeurent d’actualité, notamment sur l’avènement de l’informatique, la circulation mondialisée des images et la menace d’un potentiel technofascisme. Comme Godard ou Marker, il défend l’idée qu’un cinéma politique ne peut faire l’économie d’une politique de l’image. Au fil des années, ses films ne cesseront ainsi de se confronter à l’une des grandes questions de la modernité : « <em>Comment travailler avec les images, la manipulation des images, en un temps où l’image même est devenue le véhicule principal de la confusion ?</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_334947_94('footnote_plugin_reference_334947_94_16');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334947_94_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">[16]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_16" class="footnote_tooltip">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 11.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334947_94_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334947_94_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>»</p>
<div id="attachment_334953" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334953" class="wp-image-334953 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-scaled.jpg" alt width="2560" height="965" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-300x113.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-1024x386.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-768x290.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-1536x579.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-2048x772.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-980x370.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/09/Kramer-montage-3-2000x754.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-334953" class="wp-caption-text">Ice, Berlin 10/90</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334947_94();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334947_94();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334947_94">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334947_94" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Robert Kramer, <em>Notes de la forteresse (1967–1999)</em>, éd. établie et présentée par Cyril Béghin, trad. Cécile Wajsbrot et Cyril Béghin, Paris, Post-éditions, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">«&nbsp;<em>Ice</em> de Robert Kramer. 3. Débat&nbsp;», <em>Cahiers du cinéma</em>, n°225, novembre-décembre 1970 ; «&nbsp;<em>Milestones</em> et nous (Table ronde)&nbsp;», <em>Cahiers du cinéma</em>, n°258–259, juillet-août 1975.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_3');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Robert Kramer, <em>Points de départ. Entretien avec Robert Kramer</em>, par Bernard Eisenschitz, avec la participation de Roberto Turigliatto, Aix-en-Provence, Institut de l’image, 2001, p. 67. Cité par David Yon, <em>Robert Kramer, une quête incandescente</em>, Cherbourg-en-Cotentin, De l’incidence éditeur, 2026, p. 74.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_4');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">L’émission est accessible sur le site Dérives, fondé par David Yon : <span class="footnote_url_wrap">https://derives.tv/entretien-sonore-entre-robert-kramer-et-serge-daney/</span></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_5');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_5" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Serge Daney, «&nbsp;Marché de l’individu et disparition de l’expérience&nbsp;», <em>Libération</em>, 20 janvier 1992.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_6');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_6" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité par David Yon, <em>op. cit</em><i>.</i>, p. 37.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_7');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_7" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Fernand Deligny est un éducateur libertaire, proche de Félix Guattari et farouche opposant aux pratiques asilaires. Il crée dans les Cévennes des lieux de vie pour accueillir des enfants autistes, en rupture avec les pratiques psychiatriques institutionnelles. Il y développe également une pratique du cinéma qui donnera lieu en 1971 au <em>Moindre geste</em>, coréalisé par Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_8');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_8" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Fernand Deligny, «&nbsp;<em>Camérer</em>&nbsp;», Caméra/stylo, n°4, 1983, repris dans Fernand Deligny, <em>Œuvres</em><i>,</i> Paris, L’Arachnéen, 2007, p. 1744. Cité par David Yon, <em>ibid</em><i>.</i>, p. 63.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_9');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_9" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Barre Philipps, entretien avec David Yon et Lo Thivolle, Chapelle Sainte Philomène, Puget-Ville, 9 mars 2018. Cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 71.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_10');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_10" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text">David Yon, <em>ibid.</em>, p. 72.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_11');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_11" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Richard Copans cité par David Yon, <em>op. cit.</em>, p. 73.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_12');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_12" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 28.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_13" class="footnote_backlink" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_13');"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>13,</a> <a id="footnote_plugin_reference_334947_94_14" class="footnote_backlink" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_14');"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 180.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_15');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_15" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 192.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334947_94('footnote_plugin_tooltip_334947_94_16');"><a id="footnote_plugin_reference_334947_94_16" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Robert Kramer, cité par David Yon, <em>ibid.</em>, p. 11.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334947_94() { jQuery('#footnote_references_container_334947_94').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334947_94').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334947_94() { jQuery('#footnote_references_container_334947_94').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334947_94').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334947_94() { if (jQuery('#footnote_references_container_334947_94').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334947_94(); } else { footnote_collapse_reference_container_334947_94(); } } function footnote_moveToReference_334947_94(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334947_94(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334947_94(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334947_94(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/robert-kramer-une-quete-incandescente/">Robert Kramer, une quête incandescente</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La Vie d’une femme</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vie-dune-femme-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À la fin de&#160;La Vie&#160;d’une femme,&#160;Gabrielle, la chirurgienne incarnée par Léa Drucker, donne une conférence à Turin sur la notion d’identité et ce qu’elle implique à l’échelle de son travail, dans le cas de patients...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vie-dune-femme-2/" title="Read  La Vie d’une femme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À la fin de&nbsp;<em>La Vie</em>&nbsp;<em>d’une femme,&nbsp;</em>Gabrielle, la chirurgienne incarnée par Léa Drucker, donne une conférence à Turin sur la notion d’identité et ce qu’elle implique à l’échelle de son travail, dans le cas de patients dont le visage est défiguré. Le film se commente alors lui-même, puisque le récit se focalise sur la crise d’identité d’une femme accro à son travail dont la vie rangée se retrouve (légèrement) chamboulée par sa rencontre avec une écrivaine, Frida (Mélanie Thierry), avec qui se dessine l’esquisse d’une romance. Mais plus indirectement, c’est une autre crise dont le film est le théâtre : celle d’un cinéma d’auteur bourgeois tiraillé par sa mauvaise conscience et qui donne des gages pour montrer qu’il prend la question de son cadre social au sérieux. Caractéristique du <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linteret-dadam-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;Drucker movie&nbsp;»</a> : on découvre le personnage en immersion, sollicité de toutes parts, manœuvrant tour à tour le volant de sa voiture dans les rues de Paris et le scalpel au sein du bloc opératoire. Cette première séquence a le défaut d’afficher trop ses coutures ; les sonneries du téléphone de Gabrielle et l’enchaînement des événements dessinent le portrait d’une experte qui doit prendre en charge une myriade de responsabilités, professionnelles comme personnelles – manière de commenter ce que serait en effet « la vie d’une femme », même bien lotie, en 2026. C’est à la fin de ce premier bloc que le film décolle toutefois, dans l’intimité d’une chambre à coucher où Gabrielle retrouve son mari (Charles Berling). Car c’est précisément là que se loge le désir de Charline Bourgeois-Tacquet, qui signe son deuxième long-métrage : filmer de l’intimité, des acteurs, des regards troublés, des corps élégamment sculptés par des clairs-obscurs ou le surcadrage de portes entrebâillées, le tout dans une forme narrative affichant elle-même son « raffinement » – celle d’une suite de situations découpées en onze chapitres, comme si le film constituait un roman.</p>
<p>En somme, et c’est le nœud assez fascinant du film,&nbsp;<em>La Vie d’une femme</em>&nbsp;n’est jamais meilleur que&nbsp;<em>lorsqu’il assume d’être un film bourgeois</em>, notamment lorsque ses décors reflètent le niveau social des personnages (assez cossu : Frida habitera à Paris et Turin, auxquels s’ajouteront hors champ New York et Kyoto). La scène dans laquelle se tisse le désir entre Gabrielle et Frida se déroule ainsi lors d’une performance dansée et privée, où les corps se déploient dans les couloirs déserts de ce qui s’apparente à un hôtel particulier. Mais à cet endroit, Bourgeois-Tacquet n’a d’yeux que pour ses interprètes, en entrelaçant le tressaillement de Drucker avec le sourire séducteur de Thierry. Si la séquence est belle, c’est précisément parce qu’elle indexe l’arrière-plan sur leurs entrechats amoureux et cette fébrilité désarmante qui accouche d’un « <em>non</em> » chuchoté. Plus loin, c’est le miroitement d’un lac dans les Alpes qui devient l’écrin d’une félicité amoureuse ; dans ce segment, le film prend littéralement de la hauteur, s’installe « hors-sol », loin du milieu hospitalier, pour saisir les hésitations érotiques des personnages, qui se dévorent des yeux au moment de se souhaiter bonne nuit sur le pas de la porte. Fatalement, cette parenthèse ne peut pas durer, et le raccord qui suit ramène un peu de « concret » : à la vision de l’étendue d’eau étincelante succède un plan de Gabrielle près d’une baignoire, en train de laver sa mère atteinte d’Alzheimer. Le segment qui suit, tout en étant serti de beaux détails (cf. un passage un peu désarmant où le personnage, tournant le dos à la malade, se permet de lâcher quelques larmes), a toutefois la limite de manifester trop ouvertement la nécessité de se « reconnecter » au monde réel. Dès que le film va sur ce terrain, dès qu’il tente d’être un peu plus conséquent sociologiquement, il paraît presque aller contre sa nature ou s’en remet à des idées plus lourdes, comme en témoigne une scène de dispute professionnelle redoublée par les aléas de l’éclairage de l’hôpital, en pleins travaux. Ce qu’acte alors en creux le film, c’est qu’un cinéma sentimental français à l’ancienne, disons d’ascendance truffaldo-desplechinienne, n’est plus aujourd’hui envisageable sans adopter un peu de distance critique ou prendre en compte l’ancrage social des personnages. On ne va certainement pas le regretter – ce serait un comble –, mais il faut en revanche noter que, dans le cas présent, l’intégration de cette donnée ne rend pas du tout le film meilleur (au contraire). De fait, ses petites épiphanies se jouent ailleurs : dans des jeux de lumière, dans des regards, dans des visages. Et elles sont surtout portées par la grâce d’une actrice ; Léa Drucker brille à son plus haut depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lete-dernier-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Été dernier</em></a>.</p>
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		<title>Critikat, saison 2026/2027</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/critikat-saison-2026-2027/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Critikat doit désormais conjuguer avec les paradoxes d’une double identité : celle d’une revue à la fois vieille et jeune. Vieille, parce qu’au-delà de sa longévité (vingt-deux ans, tout de même), Critikat repose sur un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/critikat-saison-2026-2027/" title="Read  Critikat, saison 2026/2027">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Critikat doit désormais conjuguer avec les paradoxes d’une double identité : celle d’une revue à la fois vieille et jeune. Vieille, parce qu’au-delà de sa longévité (vingt-deux ans, tout de même), Critikat repose sur un modèle collectif qui n’est plus dominant dans le champ de la critique Internet, où d’autres formats font florès (<em>microblogging</em>, podcasts, pages Substack et autres). Jeune, en ce que la revue regroupe une majorité de contributeurs et contributrices de moins de trente ans, mais surtout parce qu’elle est animée par un désir de renouvellement constant dans la manière d’envisager la pratique critique. Car une revue, ce n’est pas qu’un agglomérat de plumes et de regards, mais un espace collectif où l’on peut penser les films et le cinéma en dehors du seul rythme industriel des sorties&nbsp;; un espace de réflexion commune mais accueillant des voix singulières&nbsp;; un espace dans lequel chaque texte contribue directement ou indirectement à consolider une vision partagée à la fois du cinéma et de la manière dont on en parle. Cet horizon est, avec l’indépendance et la liberté de ton, la préoccupation première de la revue, qui profite de cette rentrée pour dresser une feuille de route qui s’annonce chargée.</p>
<p>Qu’attendre de l’année à venir&nbsp;? Pêle-mêle, la mise en chantier d’un troisième numéro papier, le retour des tables rondes, une série d’entretiens sur la production en France, ainsi que de nouvelles chroniques. Outre la poursuite de<a href="https://www.critikat.com/tags/parallax/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> Parallax</a>, <a href="https://www.critikat.com/tags/portraits-damerique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Portraits d’Amérique</a> et <a href="https://www.critikat.com/tags/lapres-coup/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Après-coup</a>, la revue accueillera bientôt une chronique sur le cinéma d’horreur au féminin, une autre sur la musique et le cinéma… mais aussi un pôle de réflexion sur les images médiatiques de la campagne électorale à venir et plus globalement sur le climat politique dans lequel baigne la France actuellement. C’est un sujet qui risque d’innerver nombre de nos publications dans les mois à venir, dans les plis des critiques comme de textes spécifiquement dédiés à la question&nbsp;: quelle place doit occuper – et selon quelles modalités – la critique dans la bataille culturelle qui se joue en ce moment ? Il va sans dire, alors que l’extrême droite peut accéder au pouvoir en mai prochain et que ses thèmes polluent l’espace médiatique, qu’on ne peut pas faire aujourd’hui de la critique comme si de rien n’était. Allez, c’est l’heure de se retrousser les manches – et de vous souhaiter, tout de même, une bonne rentrée.</p>
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		<title>Hair, Paper, Water</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hair-paper-water/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vers la fin de Hair, Paper, Water, Mme Hậu et son petit-fils glissent sur une rivière à bord d’une barque où se trouve également la caméra Bolex 16mm avec laquelle est tourné le film. Remontée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hair-paper-water/" title="Read  Hair, Paper, Water">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Vers la fin de <em>Hair, Paper, Water</em>, Mme Hậu et son petit-fils glissent sur une rivière à bord d’une barque où se trouve également la caméra Bolex 16mm avec laquelle est tourné le film. Remontée à la main avant chaque prise, elle ne peut tourner qu’environ vingt-cinq secondes. Cette contrainte implique une saisie fragmentaire du réel, faite de gestes et d’impressions recueillis à la volée – ici une main effleurant la surface, une autre se posant sur la roche, etc. Sur ces images, la voix de Mme Hậu raconte sa naissance dans une grotte du centre du Vietnam, vers laquelle l’embarcation se dirige peu à peu. La séquence fait ainsi coexister une attention constante au présent et le retour d’un souvenir plus ancien, comme le film mêle par ailleurs gestes quotidiens, réminiscences, rêves ou encore visions dont le statut demeure incertain. Leur succession n’est pourtant pas entièrement libre et obéit à une certaine logique. Une même scène d’apprentissage revient régulièrement : Mme Hậu égrène dans sa langue natale, le rục, une série de mots (feu, glace, rêve, cheveux, papier, eau…) qui s’inscrivent à l’écran avant que son petit-fils ne les répète. Nicolas Graux et Trương Minh Quý exploitent les virtualités picturales de ce mantra pour inventer une forme d’imagier sensible. Lorsque le mot « pluie » s’inscrit à l’écran, il se superpose à un plan aux accents tarkovskiens : la caméra part des gouttes qui tombent d’une poutre, puis descend jusqu’aux barques et au paysage sous l’averse. Le plan ne s’écarte pas vraiment de ce qu’il nomme ; il en fait varier l’échelle, de la goutte isolée à un monde entièrement traversé par l’eau. À « pluie » succède alors « inondation », comme si le film portait le même élément à un degré supérieur d’intensité. L’eau n’est plus seulement observée dans ses différentes manifestations : elle impose à la séquence son rythme et sa matière. De telle sorte que l’image, plutôt que d’illustrer chaque terme, cherche à en figurer l’ampleur sensible et émotionnelle. L’inscription à l’écran nous livre le sens du mot, tandis que les plans font apparaître le monde dont il conserve la trace.</p>
<p>Ce travail sur la part sensible des choses et de la matière ne passe toutefois pas par les images seules&nbsp;: comme la Bolex 16 mm n’enregistre pas le son, la matière audible de chaque scène est élaborée après coup, à partir de voix, de bruits et d’ambiances recueillis séparément. Loin d’être réaliste, cette reconstitution extrait certains bruits qui sont ensuite exacerbés. Ainsi, lorsque la barque vogue sur la rivière, on entend avec une précision presque tactile la coque fendre l’eau, la pagaie en creuser la surface et les insectes s’agiter autour. Si ces bruits appartiennent bien à la situation filmée, une écoute ordinaire ne les isolerait pas simultanément avec une telle netteté. Par ce travail de «&nbsp;gros plan sonore&nbsp;», là aussi tarkovskien dans l’esprit, les éléments acquièrent dès lors une durée et une présence presque physiques. Le même grossissement s’applique aux mots récités en rục&nbsp;: une fois inscrits à l’écran, ils passent de la voix de Mme Hậu à celle de son petit-fils, chargés d’un timbre, d’un rythme et d’un souffle qui leur donnent une certaine épaisseur.</p>
<h2>Ce vieux rêve qui bouge</h2>
<p>Ce dispositif a toutefois son revers&nbsp;: lorsque les correspondances se relâchent, le montage court le risque de l’empilement. L’ordre des fragments peut alors paraître interchangeable et leur succession nourrit davantage une atmosphère qu’elle ne tisse des rapports précis. A contrario, le film n’est jamais aussi fort que lorsqu’il déploie, à partir d’un seul motif, une séquence entière. Le mot « rêve » en donne l’exemple le plus ample. Mme Hậu raconte le songe qu’elle a fait la nuit précédente, où sa mère défunte lui est apparue, lui a caressé les cheveux et lui a demandé de revenir « à la maison », c’est-à-dire dans la grotte où elle est née. À ce récit se superposent des plans de Mme Hậu déambulant dans Saïgon et dans un cimetière, puis ceux d’un train fendant le paysage, à bord duquel les passagers sont endormis. Le bruit régulier des roues sur les rails rappelle ici la traversée vers la Zone dans <em>Stalker</em>&nbsp;; le train devient à son tour un lieu de transit entre plusieurs strates de réalité, faisant communiquer Saïgon et la région natale, le voyage entrepris et le retour rêvé vers la grotte, les prises sur le présent et les réminiscences du passé. Les lieux et temporalités ne se succèdent alors plus chronologiquement : ils se déposent dans les mêmes images et les mêmes sons, pour composer une forme de généalogie de la mémoire.</p>
<p>En faisant du rục le principe même de son montage, <em>Hair, Paper, Water</em>&nbsp;place donc au centre de sa forme une langue reléguée aux marges du pays. Le film ne prétend pas pour autant exhumer et sauver les vestiges d’un monde disparu&nbsp;; la répétition des mots par le petit-fils montre au contraire une langue encore vivante, saisie dans le mouvement fragile de sa transmission. En contrepoint, la scène où celui-ci apprend l’anglais à l’école est révélatrice. Elle repose elle aussi sur l’énonciation et la répétition des mots, mais demeure beaucoup plus mécanique. Deux régimes de transmission s’opposent : l’un ramène l’apprentissage à l’acquisition d’équivalents standardisés, tandis que l’autre déploie autour des mots un champ d’images, de sensations et de récits. La langue mondialisée, soutenue par l’institution scolaire, n’occupe ainsi qu’un espace restreint dans le film, là où le rục, pourtant minoritaire, en rythme la pulsation. À cette inversion de la hiérarchie des langues répond celle des lieux&nbsp;: bien que Saïgon soit au cœur du récit et constitue la destination apparente du voyage, la métropole demeure étrangement périphérique au sein du montage. Elle n’est pas exclue, mais se trouve indistinctement amalgamée au ruban d’images. Le geste politique tient à ce renversement du regard : la grotte n’est plus envisagée depuis Saïgon, c’est Saïgon qui l’est depuis la grotte.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Akira</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/akira/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Martin Aleyrangues]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 10:29:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Près de quarante ans après sa sortie, ce qui frappe aujourd’hui dans Akira n’est pas tant l’influence qu’il exerce sur l’esthétique cyberpunk, mais plutôt le portrait sociétal qu’il dresse : celui d’une jeunesse enfouie sous...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/akira/" title="Read  Akira">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Près de quarante ans après sa sortie, ce qui frappe aujourd’hui dans <em>Akira</em> n’est pas tant l’influence qu’il exerce sur l’esthétique cyberpunk, mais plutôt le portrait sociétal qu’il dresse : celui d’une jeunesse enfouie sous les décombres d’une société corrompue par le pragmatisme sans pitié de ses élites. Le point de départ du film est la destruction fantasmée de Tokyo en 1988 par une gigantesque explosion. Le responsable de ce nouvel Hiroshima n’est autre qu’Akira, un jeune mutant doté de pouvoirs psychiques ayant échappé au contrôle de l’armée. Les institutions n’ont alors pas eu d’autre choix que d’ériger un sarcophage de béton afin d’ensevelir la dépouille d’Akira dans les tréfonds d’une&nbsp; nouvelle mégapole, Neo-Tokyo, dont les valeurs suprêmes sont l’ordre et la sécurité.</p>
<p>Cette philosophie politique se traduit par une topographie vertigineuse : la ville est constituée d’immenses gratte-ciel dont les mosaïques de verre et d’acier reflètent l’autorité glaciale et mécanique qui la préside. Pourtant, dans les étages inférieurs de cette architecture clinique, un gang de jeunes motards enragés, guidé par un certain Kaneda, arpente ces couloirs de béton. Durant une altercation avec un groupe rival, l’un de ses membres, Tetsuo, percute un cobaye de l’armée tentant de s’échapper. Embarqué par les militaires, il commence lui aussi à développer de dangereux pouvoirs psychiques qui risquent de réveiller la puissance destructrice sommeillant dans les entrailles de la métropole. Au-delà de l’étouffante présence militaire, la densité urbaine suffit à elle seule à asphyxier la jeunesse. Malgré leur vélocité, les motards se heurtent à une architecture qui relègue le ciel hors champ. En obstruant la ligne d’horizon par ces murailles métropolitaines, le film matérialise la façon dont les institutions confisquent l’avenir de cette génération.</p>
<h2>Hémorragie révolutionnaire</h2>
<p>Neo-Tokyo n’est toutefois pas seulement l’écrin de l’ordre métallique instauré par ses inventeurs&nbsp;: en dépit de son apparence froide et dystopique, la ville arbore des nuances de rouge semblables à des viscères, qui font d’elle un organisme à part entière. Au creux de ses artères se diffuse une violence propre à son anatomie, née de la confrontation entre la rigidité mécanique de son squelette et l’énergie de sa jeune population. L’usage symbolique des couleurs, à une échelle plus réduite, contamine également les personnages. D’un côté, les figures d’autorité telles que le colonel Shikishima, le docteur Onishi ou le politicien véreux Nezu sont associées aux teintes bleutées des laboratoires où sont enfermés les sujets de leurs expériences. Ces couleurs froides traduisent leur pragmatisme clinique&nbsp;: pas de boussole morale chez ces individus pour qui la vie humaine n’a guère de valeur, comme en témoignent la volonté du colonel de préserver l’ordre en place au prix du sang, ou l’obsession prométhéenne du docteur de contrôler une puissance divine. De l’autre, les jeunes protagonistes répandent peu à peu le rouge de la révolution au sein de la ville, à travers la moto de Kaneda, la cape de Tetsuo ou encore la tenue de Kei. Cette opposition entre les personnages n’est pas seulement chromatique, mais aussi cinétique : la fougue des jeunes se traduit par une vélocité qui s’oppose formellement à la condensation urbaine mise en place par les institutions. La fluidité de l’animation permet de matérialiser la vitesse du gang de Kaneda à travers les phares de leurs motos laissant une traînée lumineuse, semblable à des flares qui viennent découper l’image et la rigidité de ce quadrillage urbain pour en faire une sorte de graffiti en light painting. La violence, quant à elle, s’articule à travers un écoulement viscéral des fluides – qu’il s’agisse du sang, de la sueur ou de la salive – dans les rues de Neo-Tokyo, accentuant cette scission entre l’organicité de la jeunesse et l’architecture de verre et de métal.</p>
<p>Finalement, c’est sur le corps même de Tetsuo que vient se greffer cette ligne de fracture entre les générations. Lors du climax du film, après avoir perdu son bras au profit d’un substitut cybernétique, ce dernier commence à muter. Une chair purulente surgit des jointures de son extrémité artificielle et finit par le dévorer tout entier, précipitant sa perte. Ce débordement charnel constitue le miroir horrifique de Neo-Tokyo : à force d’étouffer sa jeunesse et l’énergie d’Akira sous un sarcophage de béton, la mégapole finit inéluctablement par être l’instigatrice de sa propre destruction.</p>
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		<item>
		<title>Retour avant 15 heures</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-avant-15-heures/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 10:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aussi habitué au documentaire (cf. ses courts-métrages sur Guy Gilles) qu’à la fiction, Gaël Lépingle mêle les deux formes dans Retour avant 15 heures, film consacré à son père, Dominique Lépingle, professeur de mathématiques disparu...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-avant-15-heures/" title="Read  Retour avant 15 heures">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Aussi habitué au documentaire (cf. ses courts-métrages sur Guy Gilles) qu’à la fiction, Gaël Lépingle mêle les deux formes dans <em>Retour avant 15 heures</em>, film consacré à son père, Dominique Lépingle, professeur de mathématiques disparu en 2021 des suites du covid-19. De cet embranchement, Lépingle tire ici une réflexion sur l’absence et le deuil. Par exemple, la scène d’exposition prend les atours d’une fiction où l’on suit le père, joué par Serge Renko, qui se tient dans le jardin du défunt. La mise en scène marque une certaine volonté de représenter un corps travaillé par l’effort : la caméra observe avec une attention particulière chacun de ses gestes, qu’il arrache de mauvaises herbes, porte une lourde brouette en métal ou entoure les branches d’un arbrisseau avec un morceau de raphia pour le consolider. Aucune musique ne vient perturber cette entrée en matière d’une douce sensorialité : le bruit des feuilles, les jeux d’ombres et de lumières qui découlent du mouvement des arbres et de l’activité du personnage offrent à cette scène du quotidien une impression de vitalité, qui ferait presque oublier le fait qu’elle figure un être absent. C’est seulement lorsqu’on glisse vers le régime documentaire que le film rappelle au spectateur le manque, la béance qui semble à la genèse du projet de Gaël Lépingle. Filmé avec un téléphone, un garçon fouille le tiroir fourre-tout de la maison. Il y trouve la carte d’identité de Dominique Lépingle et une série de post-it verts où l’on peut lire : «<em>&nbsp;parti à Auchan </em>», «&nbsp;<em>parti à la FNAC&nbsp;</em>»<em>, </em>«&nbsp;<em>parti à la fac retour avant 15 heures&nbsp;</em>», etc. Après cette séquence où Dominique est incarné de manière si puissante, comment ne pas ressentir un petit bouleversement en comprenant que son horizon est justement de mettre en scène une absence bien réelle ? La grande ingéniosité du film vient de cette séquence séminale : le vertige qui en découle est inséparablement lié au mélange des genres. De fait, Gaël Lépingle entreprend un film à cheval entre la vie et la mort, et dont le but n’est pas d’opérer une synthèse entre les régimes de représentation, mais plutôt de ménager un écart, ou disons, un intervalle entre eux.</p>
<h2>Le pur de l’impur</h2>
<p>Cet enchevêtrement des matériaux témoigne du penchant du cinéaste pour les matières impures, qui participent à la fois du vrai et du faux. Un des premiers segments du film suggère que cette conception de l’art s’est formée en quelque sorte contre les goûts du père : lorsqu’il interroge l’une des anciennes collègues du professeur, on apprend uniquement qu’il n’aimait pas la façon dont le casino est représenté au cinéma, les scénaristes faisant fi de la loi mathématique qui veut que celui qui possède la plus grosse mise est toujours gagnant. Manière de suggérer qu’au fond, son père n’aimait pas la fiction quand elle manquait de vraisemblance. Mais les autres moyens mobilisés par le metteur en scène servent justement à montrer qu’aucune image ne saurait toucher de trop près au réel, même celles qu’il a prises de son propre père. Les seuls moments où l’on voit l’original, ce sont dans des vidéos de tournage où il le dirigeait en tant qu’acteur. Le véritable Dominique Lépingle, interprétant un personnage, n’apparaîtra jamais à l’écran pour lui seul ; en somme, le film doit en passer par un autre niveau de fiction pour énoncer une vérité à propos. Dans une scène centrale, le cinéaste opte pour une adaptation du <em>Fils </em>de l’écrivain Jon Fosse afin d’évoquer la vraie relation qu’il entretenait avec son père à la fin de sa vie, marquée par le silence et l’éloignement. Le drame se joue dans la maison de Dominique, mais ce qui faisait toute son épaisseur (son corps, sa vie, ses mots) disparaît pour laisser place à une figure littéraire se déplaçant dans ce qui était le décor de sa vie. De sorte que la fiction est parasitée par le documentaire, comme si le plus faux pouvait remonter vers le plus vrai. Une réplique résume ainsi la situation tragique de Dominique, qui imagine sa mort sans son fils : « <em>et puis les vieux, ils meurent, ils s’en vont, et puis les maisons sont là, sombres et froides</em>. »</p>
<h2>Poésie de l’infraordinaire</h2>
<p>Dans <em>Retour avant 15 heures</em>, l’oscillation entre le vrai et le faux est paradoxalement au fondement d’une esthétique de la clarté, qui joue toujours cartes sur table. On ne pourra jamais sonder les errements intérieurs, la psychologie ou l’âme de Dominique Lépingle. Il ne reste plus qu’à regarder ce qui appartient à l’infraordinaire : « <em>ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance</em> » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334880_104('footnote_plugin_reference_334880_104_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334880_104('footnote_plugin_reference_334880_104_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334880_104_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334880_104_1" class="footnote_tooltip"><span lang="fr">Georges Perec, <i>Tentative d’épuisement d’un lieu parisien</i>, Paris, Christian Bourgois, 1982, p. 12.</span></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334880_104_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334880_104_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> comme disait Georges Perec, à qui le cinéaste accorde d’ailleurs une entrée dans l’abécédaire qu’il a conçu à l’occasion de la sortie du film <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334880_104('footnote_plugin_reference_334880_104_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334880_104('footnote_plugin_reference_334880_104_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334880_104_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334880_104_2" class="footnote_tooltip">Inclus notamment dans le dossier de presse du film.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334880_104_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334880_104_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mais, miracle ! Dominique, lui, a tout noté : lorsque sa mère fut diagnostiquée de la maladie d’Alzheimer, il a commencé à consigner les petits éléments de sa vie dans un document de traitement de texte. Jour après jour, sans faille, il a fait le compte rendu des allers et des sorties, des couacs du quotidien (dont Gaël Lépingle s’est servi dans une scène amusante centrée sur une panne de tondeuse à gazon), des rencontres, et ce sans la moindre marque de subjectivité. C’est ce texte qu’interprète Serge Renko, avec d’infinies variations de jeu, parfois comiques, parfois graves. La direction d’acteurs touche ainsi alors qu’elle repose pourtant sur un document brut qui décrit la vie d’un homme comme une pure surface, presque sans qualité, qui pourrait être n’importe qui. Le dernier grand segment du film, entièrement tourné dans une forêt traversée par une rivière, l’illustre avec force. Appuyé contre un arbre, Serge Renko frappe ses répliques avec une intensité croissante, déroulant les lieux et les jours répertoriés, les indications météorologiques et même quelques belles descriptions du ciel, tandis que la symphonie n°5 de Dmitri Chostakovitch rythme ses phrases. Au terme du film, tout ce par quoi un homme a existé, « <em>qu’on chercherait en vain dans nos nécrologies</em> » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334880_104('footnote_plugin_reference_334880_104_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_334880_104('footnote_plugin_reference_334880_104_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334880_104_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334880_104_3" class="footnote_tooltip"><span lang="fr">T.S. Eliot, «&nbsp;La Terre Vague&nbsp;», trad. Michel Vinaver, <i>Po&amp;sie</i>, n°31, 1984, p. 18.</span></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334880_104_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334880_104_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> trouve sa transfiguration poétique.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334880_104();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334880_104();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334880_104">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334880_104" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334880_104('footnote_plugin_tooltip_334880_104_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334880_104_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span lang="fr">Georges Perec, <i>Tentative d’épuisement d’un lieu parisien</i>, Paris, Christian Bourgois, 1982, p. 12.</span></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334880_104('footnote_plugin_tooltip_334880_104_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334880_104_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Inclus notamment dans le dossier de presse du film.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334880_104('footnote_plugin_tooltip_334880_104_3');"><a id="footnote_plugin_reference_334880_104_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span lang="fr">T.S. Eliot, «&nbsp;La Terre Vague&nbsp;», trad. Michel Vinaver, <i>Po&amp;sie</i>, n°31, 1984, p. 18.</span></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334880_104() { jQuery('#footnote_references_container_334880_104').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334880_104').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334880_104() { jQuery('#footnote_references_container_334880_104').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334880_104').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334880_104() { if (jQuery('#footnote_references_container_334880_104').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334880_104(); } else { footnote_collapse_reference_container_334880_104(); } } function footnote_moveToReference_334880_104(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334880_104(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334880_104(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334880_104(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-avant-15-heures/">Retour avant 15 heures</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Amour(s)</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Stratis Vouyoucas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334863</guid>

					<description><![CDATA[<p>La programmation de courts ou de moyens-métrages est un art qui requiert de trouver des équilibres délicats. Associer trois films de réalisatrices très différentes, mais traitant tous les trois du sentiment amoureux, dans une société...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amours/" title="Read  Amour(s)">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La programmation de courts ou de moyens-métrages est un art qui requiert de trouver des équilibres délicats. Associer trois films de réalisatrices très différentes, mais traitant tous les trois du sentiment amoureux, dans une société aux identités (de genre ou de culture) plurielles, ressemble à une bonne idée. Mais comme toujours, lorsqu’un des morceaux choisis se détache trop nettement du reste, l’équilibre se rompt et les films qui l’accompagnent semblent, malgré leurs qualités propres, lui servir de faire-valoir. L’œuvre en question ici, c’est <em>Vers la tendresse</em>, un moyen-métrage tourné en 2016 par Alice Diop que l’on peut considérer désormais comme l’une des pièces maîtresses du cinéma documentaire français de la décennie écoulée.</p>
<h2><em>Vers la tendresse</em> d’Alice Diop</h2>
<p>Partant de quatre entretiens audio portant sur la tendresse, l’amour et la sexualité avec des jeunes hommes de Seine-Saint-Denis, Alice Diop les accompagne de situations mises en scène, le film étant guidé par l’intuition que les rapports aux femmes dont font part les individus interrogés sont un reflet de leur rapport à la société. Le film commence sur des visions stéréotypées (des jeunes de banlieue avec casquettes et capuches) pour déconstruire progressivement ce cliché à travers une relation dialectique complexe entre les paroles et les images. Les quatre entretiens se succèdent, en voix off, partant de celui qui a la relation la plus dégradée aux femmes (et par là à lui-même) à celui qui accepte d’assumer pleinement ses sentiments. On le devine, la violence des paroles et des postures fait écran à l’immaturité affective, à la misère sexuelle, à la solitude, à la détresse, à la peur du regard d’autrui et à la force des déterminismes sociaux. Passant d’un personnage et d’un récit à l’autre, le film chemine peu à peu vers l’acceptation de soi, littéralement <em>vers la tendresse. </em>L’écoute d’Alice Diop est attentive mais pas complaisante, la cinéaste recadrant les remarques misogynes sans juger ou condamner, poussant ses interlocuteurs à se livrer sans filtre. La grande beauté du film est de confronter ces témoignages quelquefois poignants avec des séquences articulées autour de jeunes qui pourraient être ceux que nous entendons, dans des scènes ordinaires de la vie de banlieue, mais dans lesquelles se révèle, de manière quasi imperceptible, la solitude et la distance presque impossible à combler qui les éloigne des corps féminins comme du corps social. Le film se termine pourtant sur un couple d’amoureux se retrouvant à la nuit tombée dans un hôtel Kyriad, au cœur d’une zone suburbaine. Comme une réponse à distance au titre du désespérément prophétique court-métrage documentaire de Maurice Pialat sur la banlieue parisienne, sorti en 1961, <em>L’Amour existe</em>.</p>
<h2><em>Conte cruel de Bordeaux </em>de Claire Maugendre</h2>
<p>La forme du ciné-roman de Chris Marker convient plutôt bien au cadre du conte : à Bordeaux, dont la richesse s’est fondée sur le commerce des esclaves, une jeune femme blanche tombe amoureuse d’un jeune homme noir originaire du Bénin. Mais ce dernier, pour accepter de la revoir, pose une curieuse condition : elle doit promettre de ne jamais le toucher, au risque d’effacer progressivement son corps et jusqu’à son souvenir – promesse que, bien entendu, l’héroïne oubliera. Si les enchaînements de photos argentiques et les effets visuels bricolés touchent par leur beauté fragile, le dispositif du roman-photo empêche cependant la cinéaste de traiter par la mise en scène la plus belle idée du film, celle de ces deux corps, chargés de désirs l’un pour l’autre, qui ne peuvent se toucher<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334863_106('footnote_plugin_reference_334863_106_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334863_106('footnote_plugin_reference_334863_106_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334863_106_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334863_106_1" class="footnote_tooltip">La référence peut paraître incongrue, mais dans un blockbuster hollywoodien, <em>X‑Men </em>(2000)<em>,</em> Bryan Singer traitait avec beaucoup de finesse, à travers le personnage de Malicia (Anna Paquin), cette peur adolescente du corps de l’autre à la fois attirant et terrifiant, créant une bulle de sensibilité intime dans un film par ailleurs tonitruant.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334863_106_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334863_106_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a>. La dimension allégorique devient dès lors trop littérale, réduisant l’étrangeté et l’émotion inhérentes au conte – genre dont les récits sont pourtant par essence ouverts à l’interprétation.</p>
<h2><em>Amour océan</em> de Héléna Klotz</h2>
<p>Dernière entrée du programme, <em>Amour océan</em> d’Héléna Klotz s’attaque quant à lui à un genre très balisé du cinéma français, le <em>coming of age</em>, la découverte du désir et des premières fois d’une adolescente pour qui l’amour ressemble souvent à une émancipation d’un milieu familial oppressant. Jeanne et Camille, dix-sept et quatorze ans, vivent avec leur père dans les Landes, non loin de l’océan, dans une caserne de gendarmerie. Un matin, Jeanne va croiser le regard d’un beau surfeur blond aux longs cheveux bouclés… À partir de ce point de départ archétypal, Héléna Klotz parvient à ménager un chemin plus singulier par l’attention qu’elle porte à ses jeunes comédiennes, prenant le temps de les laisser vivre et de les observer. Le casting permet d’échapper à la fois au stéréotype de l’image de la jeune fille et à la réduction des personnages à un cliché sociologique. Le film peut alors faire subtilement sortir son récit de la norme hétérocentrée (est-ce vraiment un garçon qui se cache derrière ces boucles blondes&nbsp;?), jouant sur la fluidité du désir sans ostentation.</p>
<p>En somme, cette programmation passionnante, bien qu’inégale, a le mérite de lever le voile sur un pan de la création cinématographique française invisible hors des festivals, alors que certains de ces films y ont reçu de multiples récompenses (<em>Vers la tendresse</em> a reçu le César du meilleur court-métrage et a été primé dans de nombreux festivals). Mais surtout, ces trois films traitent du sentiment amoureux comme d’une question intime, mais aussi politique, avec la pleine conscience que l’un et l’autre sont indissociables.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334863_106();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334863_106();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334863_106">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334863_106" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334863_106('footnote_plugin_tooltip_334863_106_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334863_106_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La référence peut paraître incongrue, mais dans un blockbuster hollywoodien, <em>X‑Men </em>(2000)<em>,</em> Bryan Singer traitait avec beaucoup de finesse, à travers le personnage de Malicia (Anna Paquin), cette peur adolescente du corps de l’autre à la fois attirant et terrifiant, créant une bulle de sensibilité intime dans un film par ailleurs tonitruant.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334863_106() { jQuery('#footnote_references_container_334863_106').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334863_106').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334863_106() { jQuery('#footnote_references_container_334863_106').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334863_106').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334863_106() { if (jQuery('#footnote_references_container_334863_106').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334863_106(); } else { footnote_collapse_reference_container_334863_106(); } } function footnote_moveToReference_334863_106(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334863_106(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334863_106(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334863_106(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amours/">Amour(s)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Terminator 2 : Le Jugement dernier</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/terminator-2-jugement-dernier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Goffart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 10:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2015-8904/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cet article a été initialement publié en septembre 2017. Terminator 2 commence par une terrible vision d’apocalypse : en 2029, les hommes et les robots s’affrontent sur un tas de cendres et de détritus, tristes...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/terminator-2-jugement-dernier/" title="Read  Terminator 2 : Le Jugement dernier">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet article a été initialement publié en septembre 2017.</em></p>
<p><em>Terminator 2</em> commence par une terrible vision d’apocalypse : en 2029, les hommes et les robots s’affrontent sur un tas de cendres et de détritus, tristes restes d’une guerre nucléaire. Dans cette version restaurée en 3D, les débris s’envolent mélancoliquement jusqu’au spectateur, les balançoires enflammées se détachent de l’écran, et le visage effrayant du Terminator sort au ralenti des volutes de l’explosion nucléaire pour mieux nous darder de ses yeux rouges. Plus que jamais, la 3D renforce l’art consumé de Cameron dans la stylisation du chaos et de la destruction pour en faire un spectacle à la fois poétique et terrifiant. Il faut dire que la restauration en 3D de <em>Terminator 2</em> correspond à un projet de longue date pour le cinéaste. En 1995, il réalisa en effet pour le parc d’attraction de la Universal un petit film 3D de douze minutes intitulé : <em>Terminator 2 3D : Battle Across Time</em>, pour la modique somme de 60 millions d’euros.</p>
<h2>La foi en l’action</h2>
<p>Dans ce chef-d’œuvre «botoxé» par la 3D, le cinéaste manipule constamment les apparences. Ici, tout le monde se camoufle, à commencer par les deux robots envoyés depuis l’avenir — le T‑1000, venu pour tuer à l’âge de l’adolescence le futur chef de la résistance, John Connor, et le T‑800, reprogrammé par Connor adulte pour protéger ce dernier. Lors de la première course contre la montre entre les deux robots à la recherche de John, le cinéaste détourne astucieusement les attentes du spectateur du <em>Terminator</em> de 1984 :&nbsp; le T‑800 a la gueule farouche et les muscles saillants d’Arnold Schwarzenegger, l’acteur qui jouait justement le tout premier Terminator assassin. Cameron entretient sciemment son allure inquiétante de <em>bad boy</em>, lui qui commence par braquer un bar de bikers, roule en Harley-Davidson, fusil à pompe à la main. Au contraire, le T‑1000 a un visage d’ange, une silhouette frêle et un uniforme de policier. L’erreur et la frayeur du spectateur atteignent leur apogée alors que le T‑800 fait face au jeune John : la botte de roses qu’il transporte s’effondre en 3D dans notre direction et dévoile au ralenti le canon d’un fusil. L’instant d’après, le contrechamp révèle la présence du T‑1000 face au robot — c’était en fait lui que «Schwarzy le robot» visait. Ainsi, la vraie nature des personnages ne se décèle pas grâce aux apparences, mais par l’action. Par exemple, ils prouvent par leurs actes leur humanité. Sarah Connor, décidée à éliminer Miles Dyson, le futur inventeur de l’IA Skynet à l’origine de la guerre contre les humains, se révélera incapable de tuer. Et le T‑800 respecte son engagement auprès du petit John Connor : plus aucune perte humaine. Le<em> blockbuster</em> prend donc tout son sens : il est la déclaration inlassable d’une souveraine confiance dans la vérité de l’action. D’où un évident lyrisme des scènes les plus «musclées», volontiers filmées au ralenti, sublimées par les reliefs saillants de la 3D. Alors que le jeune John file seul en scooter sur la Los Angeles River, un énorme camion conduit par le T‑1000 se jette dans le vide au ralenti depuis les hauteurs de la route pour chasser l’adolescent. La folie destructrice de la machine s’incarne complètement dans la démesure et l’ampleur de la course-poursuite. La vérité du T‑800 se révèle au contraire dans la constance héroïque de son corps gigantesque, lui qui traverse épiquement tous les dangers pour sauver John, avançant sans ciller sous l’impact des balles, lui dont le visage et les membres partent stoïquement en lambeaux dans une lutte acharnée contre le T‑1000. À l’inverse, le robot exterminateur, fait de métal liquide, se définit par son art du simulacre et du mensonge, lui qui est capable de copier tout ce qu’il touche.</p>
<h2>La poésie des éléments</h2>
<p>C’est bien cet être de mercure resplendissant qui est à la fois un enjeu majeur de la narration (comment éliminer un corps capable de toujours se reformer ?) et du spectacle visuel. Ce qui impressionne certainement le plus, ce sont les séquences de<em> morphing</em> (aussi considérablement rajeunies par la restauration numérique) où la figure du T‑1000 transparaît fluidement sous celle d’un autre. Confondus avec une flaque d’eau, le visage impassible puis la silhouette tout entière du T‑1000 surgissent à même un sol carrelé. James Cameron fut alors le premier à créer entièrement numériquement des personnages, grâce à la collaboration d’Industrial Light and Magic (un an plus tard, l’entreprise créait la plupart des dinosaures de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jurassic-park/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jurassic Park</em></a>). Ni tout à fait aqueux, ni tout à fait terrestre, le T‑1000 prolonge la fascinante poétique des éléments déjà présente dans le personnage d’extraterrestre d’<em>Abyss</em>, le précédent film de James Cameron. La créature au corps translucide, aquatique et lumineux y alliait elle aussi de manière spectaculaire le solide et le liquide. Quant au T‑1000, les balles laissent sur lui des auréoles de métal brillant, comme de minuscules ondes de choc à la surface de l’eau ; son corps fendu en deux par une barre métallique s’écarte comme une corolle de fleur, avant de se refondre en un seul geste. Le feu et la glace s’y affrontent également : le corps cryogénisé du Terminator assassin, brisé en mille morceaux, se rassemble à nouveau sous l’effet de la chaleur d’une vaste usine métallurgique. Pour raconter le cauchemar prométhéen d’une humanité asservie par sa propre technologie, James Cameron donne au récit une puissante dimension cosmique, où, comme dans un poème halluciné de Rimbaud, s’illustre génialement le vaste dérèglement du monde. L’ensemble du film est traversé par cette alternance oxymorique entre un univers froid et bleuté, dominé par l’informatique et la technologie à haute dose (même Sarah Connor, internée dans un asile au bleu pâle clinique, sera environnée d’écrans et de caméras de surveillance), et un vrai festival pyrotechnique d’explosions enflammées. Étrange paradoxe : pour exprimer l’angoisse d’un monde gouverné par les machines, la création spectaculaire de James Cameron dépend plus qu’aucune autre d’une débauche innovante et virtuose d’effets spéciaux. Au fond, le T‑800, c’est le cinéaste lui-même — un cheval de Troie de l’ère de la technique qui en exploite tous les possibles pour l’amener à quelque chose d’autre : une œuvre d’art, tout simplement.</p>
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		<title>The Dog Stars</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-dog-stars/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2026 21:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>S’il est adapté d’un roman de Peter Heller paru en 2013, The Dog Stars s’inscrit surtout dans un imaginaire que le cinéma et dernièrement les séries télévisées (The Walking Dead, The Last of Us) ont...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-dog-stars/" title="Read  The Dog Stars">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>S’il est adapté d’un roman de Peter Heller paru en 2013, <em>The Dog Stars</em> s’inscrit surtout dans un imaginaire que le cinéma et dernièrement les séries télévisées (<em>The Walking Dead</em>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-last-of-us-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Last of Us</em></a>) ont beaucoup labouré : la fiction postapocalyptique mêlant grand récit d’aventures et contemplations métaphysiques sur une humanité ramenée à son état primitif. Les premiers plans, situés dans le territoire quasiment vierge du Colorado où Hig (Jacob Elordi) réside en compagnie de son chien Jasper et d’un vieux survivaliste au cuir épais (Josh Brolin), dépeignent un monde qui, loin d’apparaître à l’agonie (à cause d’une grippe ayant décimé l’essentiel de l’espèce humaine), semble au contraire regagner ses forces suite à cette quasi-extinction. L’humain y a presque totalement disparu, remplacé par une végétation luxuriante et des animaux arpentant les vestiges de Denver, où Hig vient régulièrement se ravitailler. De fait, si ces visions caractéristiques du genre ne sont pas nouvelles, elles prennent une autre dimension à l’heure où les urgences écologiques inspirent une remise en cause de l’anthropocène. On croit un petit temps que le film, moulé dans une esthétique grisâtre très standardisée, s’aventure sur ce terrain connu précisément pour le réinvestir à l’aune des problématiques contemporaines – le souvenir de la pandémie de 2020, lui non plus, n’est pas loin. Mais les déambulations d’Elordi, affichant sa silhouette sexy sans parvenir à donner une consistance à son personnage hanté (les laborieuses scènes où il est visité par le fantôme de sa femme enceinte), ouvrent en vérité sur un néo-western qui accuse la vétusté de son logiciel.</p>
<p>Au casting blanc (se greffent plus tard Margaret Qualley et Guy Pearce) s’opposent des hordes tribales tantôt inspirées de la culture maorie, tantôt des Amérindiens. Balles contre flèches, civilisation contre barbares, telle est la ligne de fracture que dessine le film. Seul un segment, le plus poussif, déroge à la règle&nbsp;: l’escale à Grand Junction, où se trouve une communauté de blancs dégénérés qui tentent de s’enfermer dans un passé vitrifié aux accents <em>50’s</em> (un terminal d’aéroport où l’on sirote des cocktails). Cette incartade à la logique générale sonne toutefois faux : la bizarrerie de cet épisode, jouant sur une tonalité bouffonne, paraît plus décrétée que réellement travaillée, comme si Scott avait agrafé à sa fresque sur une Amérique ramenée en arrière quelques pages peuplées de personnages de bande dessinée. C’est dans une autre période (et une autre imagerie) que le film accomplit néanmoins son programme et entérine son propre passéisme : le temps des pionniers et le fantasme d’une communauté à l’ancienne (littéralement ici des mennonites), au cœur du dénouement. À cet endroit, <em>The Dog Stars</em> entend réinvestir le « rêve américain » dont parlent les personnages dans sa quintessence et sa pureté originelle – un lopin de terre, des bons voisins avec qui déjeuner et danser le quadrille, et enfin une carabine pour tenir les sauvages à distance.</p>
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		<title>L’Inconnue</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linconnue-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2026 10:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le héros de L’Inconnue, David Zimmerman (Niels Schneider), est un photographe qui mène un curieux projet&#160;: à&#160;partir d’une collection de vieux clichés, il entreprend de revenir sur les lieux immortalisés (tous situés en banlieue parisienne)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linconnue-2/" title="Read  L’Inconnue">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le héros de <em>L’Inconnue</em>, David Zimmerman (Niels Schneider), est un photographe qui mène un curieux projet&nbsp;: à&nbsp;partir d’une collection de vieux clichés, il entreprend de revenir sur les lieux immortalisés (tous situés en banlieue parisienne) afin de les saisir à&nbsp;nouveau, en adoptant le même cadrage que celui des archives. Si les endroits sont les mêmes, les instantanées révèlent les transformations opérées par le temps. Le personnage explicitera plus tard ses intentions&nbsp;: en confrontant le passé et le présent, l’enjeu est pour lui de rendre visible la disparition. Ce projet artistique est présenté dès l’ouverture, tout en revenant périodiquement au cours du film pour tresser un parallèle symbolique avec la trajectoire du protagoniste qui, lui aussi, va changer d’apparence. Lors d’une fête carnavalesque (autre motif – celui du masque), David croise une femme mystérieuse (Léa Seydoux) qui l’observe de loin. Elle l’entraîne dans un coin isolé, avant qu’ils ne fassent l’amour sans mot dire. Au moment où la femme se réveille, on comprend assez vite qu’il habite désormais le corps de cette inconnue, tandis que le sien a&nbsp;disparu. Ce phénomène de métempsycose interroge d’emblée la notion d’identité&nbsp;: peut-on rester soi-même dans le corps d’un autre&nbsp;? La question est matérialisée par le jeu des comédiens&nbsp;: le personnage de Niels Schneider sera à&nbsp;présent incarné par Léa Seydoux. Le scénario corse encore l’affaire, en ne se limitant pas à&nbsp;un simple <em>body swap</em>. David/Seydoux retrouve son corps (Niels Schneider, donc) en train d’errer dans Paris, avant de comprendre qu’il est dorénavant habité par Malia, une ado de seize ans. Une entité passe ainsi d’une enveloppe charnelle à&nbsp;une autre, en délogeant l’âme de sa nouvelle victime vers le corps de l’ancienne. La contamination rappelle le principe horrifique au cœur de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smile-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Smile</a></em>, bien qu’Harari mise sur un registre intello-psychanalytique plutôt que sur une foire horrifique – et à&nbsp;cette différence près que, pour prendre possession d’un individu, il ne suffit pas de lui sourire, mais bien d’en passer par un coït, comme dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/it-follows-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">It Follows</a></em>.</p>
<p>Le scénario de <em>L’Inconnue</em> est ainsi construit comme une expérience de pensée, dont chaque nouvelle étape vient ouvrir une série d’interrogations destinées à&nbsp;approfondir, puis à&nbsp;brouiller toujours plus la notion d’identité. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à&nbsp;vivre dans un autre corps et un autre genre (cette question est d’ailleurs vite traitée par Harari), mais aussi de devenir spectateur de soi-même en s’observant d’un point de vue extérieur (et même davantage encore, mais n’en dévoilons pas trop). Le film rejoint alors cette forme d’« inquiétante étrangeté&nbsp;» analysée par Freud dans certains récits de rêve, lorsque le sujet se découvre soudain arraché à&nbsp;lui-même et que ce qui était le plus familier devient une source d’altérité. Alors que David/Seydoux se lance à&nbsp;la poursuite de Malila/Schneider, il emprunte une passerelle en forme de spirale filmée en plongée zénithale. La circularité, renforcée sur le plan sonore par un thème lancinant joué au piano, renvoie à&nbsp;la quête de David, qui court après sa propre identité. Elle offre plus largement au film sa structure, qui multiplie des arabesques narratives pour s’approcher de zones moralement ambivalentes. Derrière la complexité du récit, l’objectif est de créer un vertige métaphysique.</p>
<h2>Pris dans le vortex</h2>
<p>Si la volonté de creuser un mystère plutôt que de le résoudre (les nœuds de l’intrigue ne sont pas réductibles à&nbsp;une lecture allégorique) constitue un moteur cinématographique stimulant, Harari semble lui aussi pris dans un vortex, tournant autour de son concept sans réussir à&nbsp;lui donner sa pleine mesure. Dans cette perspective, il s’appuie sur un réseau d’images et de situations familières des cinéphiles, convoquées de manière parfois un peu mécanique. En premier lieu, la spirale renvoie à <em>Vertigo</em>, une filiation hitchcockienne encore renforcée par une scène de filature en flashback. On pense aussi à&nbsp;<em>Blow Up</em> d’Antonioni, puisque le retour en arrière révèle que David avait développé une obsession pour Eva (le personnage de Léa Seydoux), au point de la photographier à&nbsp;son insu et d’agrandir ses tirages pour mieux l’observer. Une nouvelle piste interprétative s’ouvre alors&nbsp;: le passage dans le corps d’Eva pourrait figurer la logique de l’obsession amoureuse, lorsque le désir pour l’autre devient si intense qu’il finit par dissoudre les frontières de l’identité. Le motif du dédoublement par l’image est quant à&nbsp;lui omniprésent, que ce soit à&nbsp;travers les photos, des reflets, des peintures ou un extrait du court-métrage dans lequel jouait Eva, en même temps que se succèdent des images mentales et des plans à&nbsp;la première personne. En puisant dans cet attirail hitchcockien, le film affiche une ambition certaine, mais la multiplication des effets ne dépasse pas le stade théorique. Au contraire, le ton reste plutôt grave, engourdi dans une esthétique assez surannée. À&nbsp;la toute fin, un gros plan insiste sur le visage en larmes de Seydoux. Ici, Harari semble mettre à&nbsp;l’épreuve son édifice narratif, comme pour vérifier si ce labyrinthe identitaire peut déboucher sur une émotion véritable. Le plan repose sur une idée très belle, qui ne laisse pas indifférent&nbsp;: celle d’un personnage qui essaie d’exprimer quelque chose de la vérité de son âme par un regard posé sur un proche. Mais ce trouble n’est pas à&nbsp;la hauteur des aspirations du film&nbsp;: le vertige suscité est moins d’ordre émotionnel qu’intellectuel.</p>
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		<title>Juste pour une nuit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-pour-une-nuit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2026 10:29:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La comédie romantique battrait-elle de l’aile&#160;? On faisait l’an dernier ce triste constat devant Bridget Jones&#160;: folle de lui, où Renée Zellweger, 56 ans, reprenait le rôle-titre de la saga dans une version crépusculaire d’elle-même....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-pour-une-nuit/" title="Read  Juste pour une nuit">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La comédie romantique battrait-elle de l’aile&nbsp;? On faisait l’an dernier ce triste constat devant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bridget-jones-folle-de-lui/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Bridget Jones&nbsp;: folle de lui</em></a>, où Renée Zellweger, 56 ans, reprenait le rôle-titre de la saga dans une version crépusculaire d’elle-même. Tout le film, traversé par le deuil, soulevait cette double question&nbsp;: comment survivre à son propre déclin&nbsp;? Comment se reconstruire après avoir connu l’âge d’or&nbsp;? L’âge d’or en question se situe entre <em>Pretty Woman</em> et <em>Coup de foudre à Notting Hill </em>; le premier <em>Bridget Jones</em> en marque déjà la fin. Des années 2000 à aujourd’hui, le genre a commencé à lentement péricliter, migrant massivement vers les plateformes, tout en mutant vers des formes alternatives (<em>teen</em> ou<em> dark romance</em><i>).</i> La <em>romcom</em> n’a pourtant pas totalement disparu des salles de cinéma, mais elle semble hésiter aujourd’hui entre un classicisme retrouvé (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/is-this-thing-on/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Is This Thing On?</em></a> de Bradley Cooper) et des versions plus contemporaines, prenant acte de l’économie des <i>dates </i>(le personnage de Dakota Johnson dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/materialists/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Materialists</a></em>).</p>
<p>Quelque chose s’est donc cassé dans le monde bien ordonné de la comédie romantique, et loin de questionner cette cassure, <em>Juste pour une nuit</em> tente plutôt de la combler pour rouvrir les yeux dans le monde d’avant. Son horizon est clairement conservateur et sa nostalgie prend la forme étrange d’une dystopie. Dans un futur proche où les relations sexuelles hors mariage sont interdites, une seule nuit de pure consommation sexuelle est autorisée&nbsp;; celle-ci va servir de cadre à la rencontre sans cesse différée entre Allie (Monica Barbaro) et Owen (Callum Turner). Chaque personnage tente de profiter comme il peut des opportunités offertes par cette soirée, mais les déconvenues s’accumulent de chaque côté, les reconduisant irrésistiblement l’un vers l’autre. Si le film suit un rythme plutôt alerte et parvient à traiter avec drôlerie certaines péripéties (notamment la quête laborieuse d’un préservatif), où place-t-il exactement son romantisme&nbsp;?</p>
<p>C’est sans doute sur ce point que <em>Juste pour une nuit</em> peut gêner, en ce que la restauration d’un certain idéal de comédie romantique passe par la validation des principes de la dystopie ici à l’œuvre. Les individus n’ont plus le droit d’avoir librement des relations sexuelles ? Ce n’est peut-être qu’un mal pour un bien, dit un personnage, car si la loi limite drastiquement le nombre de partenaires, elle restaure paradoxalement l’importance de la rencontre et du choix… La régulation de la sexualité apparaît donc comme une mesure fasciste nourrie par un fantasme réactionnaire de retour à l’ordre matrimonial, mais personne – à commencer par Owen et Allie – ne semble vouloir la contredire. Pour faire renaître l’illusion de l’amour comme au temps de <em>Elle et lui</em> (auquel <em>Juste pour une nuit</em> se réfère explicitement, en rêvant d’une scène finale au sommet de l’Empire State Building), il faut faire l’expérience d’une société liberticide.</p>
<p>Du point de vue de la mise en scène, l’idée entraîne inévitablement plusieurs conséquences. La première est l’occultation du collectif : le film peine à imaginer toute forme de récréation sexuelle ; on voit certes quelques couples se former, mais l’image d’une société déréglée reste sagement hors champ, comme dans une Fête de la musique sans musique. La seconde est la sublimation : l’acte sexuel, toujours promis et toujours occulté, se voit transposé métaphoriquement dans la nourriture (le simple fait de manger une pizza devenant, par défaut, une expérience érotique). Loin d’assumer la part de critique sociale et politique propre à la dystopie, le récit nous la présente finalement comme une utopie où le puritanisme – ce vieux démon du cinéma américain – aurait recréé les conditions de la rencontre amoureuse. Dégoûtés de tous les possibles, ayant fait en une seule nuit l’expérience d’un éventail de déceptions sentimentales, Allie et Owen vont enfin pouvoir fondre l’un sur l’autre. C’est à ce prix, nous dit candidement la séquence finale du film, que la vieille comédie romantique pourra peut-être renaître de ses cendres.</p>
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		<title>The Scores (ep.11) : Rob Jacobs</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-11-rob-jacobs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2026 10:29:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Rob Jacobs est réalisateur et membre du collectif Faire-Part.&#160; COLD WAR BY PAWEL PAWLIKOWSKI 00′00″ ♪...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-11-rob-jacobs/" title="Read  The Scores (ep.11) : Rob Jacobs">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Rob Jacobs est réalisateur et membre du collectif Faire-Part.&nbsp;</em></p>
<p><iframe loading="lazy" title="Outsiders: The Scores w/ Rob Jacobs @ Kiosk Radio 19.08.2026 by Kiosk Radio" width="500" height="400" scrolling="no" frameborder="no" allow="autoplay; encrypted-media" src="https://w.soundcloud.com/player/?visual=true&amp;url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F2384844759&amp;show_artwork=true&amp;maxheight=750&amp;maxwidth=500"></iframe></p>
<h2><em>COLD WAR</em> BY PAWEL PAWLIKOWSKI</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Dwa Serduszka (Folk song)</strong></p>
<p>Plusieurs versions de cette chanson traditionnelle ponctuent le film. <em>Dwa serduszka, cztery ocz</em>y — Deux cœurs, quatre yeux — raconte l’histoire d’un amour impossible. Je suis ému à chaque fois, mais particulièrement au début du film, lorsqu’une jeune fille s’exerce à jouer les accords complexes de la chanson.</p>
<p><em>Several versions of this folk song play throughout the film. Dwa serduszka, cztery oczy — Two Hearts, Four Eyes — tells the story of an impossible love. I’m moved every time, but especially in the beginning of the film, when a young girl is practising the song’s tricky progression.</em></p>
<h2><em>DAYSLEEPERS</em> &nbsp;BY ENZO SMITS</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><strong>00′47″ ♪ Original Score by Liew Niyomkarn</strong></p>
<p>Mon ami Enzo a réalisé un très beau et subtil film sur un garçon qui trouve un cheval dans le centre de Bruxelles, par une chaude nuit d’été. Le compositeur Liew Niyomkarn a construit un écrin sonore délicat autour du bruit des pas du cheval sur le béton de la ville.</p>
<p><em>My dear friend Enzo made a subtle and beautiful film about a boy who finds a horse in the centre of Brussels on a hot summer night. Composer Liew Niyomkarn built a delicate sonic room around the sound of the horse’s footsteps on the city concrete.</em></p>
<h2><em>LES CHEVAUX DE FEU</em>&nbsp;BY SERGEI PARAJANOV</h2>
<p><strong>01′57″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><strong>03′12″ ♪ Verbova Doshchechka (folk song)</strong></p>
<p>Mon amoureuse Caro et moi sommes tombés par hasard sur une projection de minuit de ce film, dans un camping, et nous avons été émerveillés. Des mouvements de caméra qui semblent impossibles nous emportent le long de rivières enneigées et à travers des forêts denses. C’est une autre histoire d’amour tragique, cette fois ancrée dans le folklore des Carpates ukrainiennes.</p>
<p><em>My love Caro and I stumbled upon a midnight screening of this film at a campsite and were in awe. Seemingly impossible camera movements carried us along snowy rivers and through dense forests. It’s another tragic love story, this time set in the folklore of the Ukrainian Carpathians.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/1_coldwar_daysleepers_chevauxdefeu.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334836 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/1_coldwar_daysleepers_chevauxdefeu.jpeg" alt width="1341" height="274" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/1_coldwar_daysleepers_chevauxdefeu.jpeg 1341w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/1_coldwar_daysleepers_chevauxdefeu-300x61.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/1_coldwar_daysleepers_chevauxdefeu-1024x209.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/1_coldwar_daysleepers_chevauxdefeu-768x157.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/1_coldwar_daysleepers_chevauxdefeu-980x200.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1341px) 100vw, 1341px"></a>
<h2><em>SOUNDTRACK TO A COUP</em> <em>D’ÉTAT</em> BY JOHAN GRIMONPREZ</h2>
<p><strong>04′19″ ♪ Max Roach and Abbey Lincoln — Triptych: Prayer / Protest / Peace</strong></p>
<p>Un fredonnement hypnotique explose en un cri de 80 secondes dans ce morceau tiré de la bande originale jazzy de <em>Soundtrack to a Coup d’État.</em> Quelques mois seulement après avoir enregistré cette composition, en février 1961, Max Roach et Abbey Lincoln pénétrèrent dans la salle du Conseil de sécurité de l’ONU à New York et protestèrent contre l’assassinat de Patrice Lumumba. Le film retrace la collision entre le jazz et la politique à l’époque de la guerre froide.</p>
<p><em>Hypnotic humming explodes into an 80-second scream in this song from jazz-packed Soundtrack to a Coup d’État. Just a few months after recording the composition in February 1961, Max Roach and Abbey Lincoln walked into the UN Security Council chamber in New York and loudly protested the assassination of Patrice Lumumba. The film traces the collision of jazz and politics in the Cold War era.</em></p>
<h2><em>LUMUMBA, LA MORT DU PROPHÈTE</em> BY RAOUL PECK</h2>
<p><strong>08′12″ ♪ Du côté du Katanga by Henri Lopès (poem)</strong></p>
<p><em>Lumumba, la mort du prophète</em> s’ouvre sur un poème évoquant un géant tombé au Katanga, dans l’est du Congo, tandis que la caméra observe des gens s’abritant de la pluie au cœur de Bruxelles. C’est un film poétique et personnel, mais aussi rigoureux, informatif et sans compromis, réalisé dans les années 1990, sur l’assassinat de Patrice Lumumba et le sabotage de la jeune démocratie congolaise par une intervention conjointe des États-Unis et de la Belgique.</p>
<p><em>Lumumba, la mort du prophète opens with a poem about a giant who fell in Katanga, in eastern Congo, while the camera observes people sheltering from the rain in the centre of Brussels. It is a poetic and personal, but rigorously informative and uncompromising film from the 1990s about the assassination of Patrice Lumumba and the sabotage of young Congolese democracy through a joint US-Belgian intervention.</em></p>
<h2><em>JOY BOY, A TRIBUTE TO JULIUS EASTMAN</em> BY FALLON MAYANJA, PAUL SHEMISI, MAWENA YEHOUESSI, ROB JACOBS, ANNE REIJNIERS, VICTOIRE KARERA KAMPIRE</h2>
<p><strong>08′45″ ♪ Julius Eastman — Joy Boy</strong></p>
<p>Avec cinq amis — Fallon, Mawena, Victoire, Anne et Paul — nous avons réalisé un film en hommage au musicien et militant révolutionnaire Julius Eastman. Ce fut une expérience profondément transformatrice que de travailler aux côtés de ces artistes bienveillants et visionnaires. Le film se compose de quatre clips vidéo qui s’entrecroisent, pour quatre compositions musicales. Cette pièce, <em>Joy Boy</em>, accompagne le dernier chapitre et sonne pour moi comme une renaissance après une longue traversée dans l’obscurité.</p>
<p><em>Together with five beloved friends — Fallon, Mawena, Victoire, Anne, and Paul — we created a tribute to revolutionary musician and activist Julius Eastman. It was transformative to work alongside these kind and visionary artists. The film consists of four interconnected video clips for four musical compositions. This piece — Joy Boy — is the score for the final chapter, and to me sounds like rebirth after a long stretch of darkness.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/2_soundtrackcoupdetat_lumumba_joyboy.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334837 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/2_soundtrackcoupdetat_lumumba_joyboy.jpeg" alt width="1341" height="274" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/2_soundtrackcoupdetat_lumumba_joyboy.jpeg 1341w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/2_soundtrackcoupdetat_lumumba_joyboy-300x61.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/2_soundtrackcoupdetat_lumumba_joyboy-1024x209.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/2_soundtrackcoupdetat_lumumba_joyboy-768x157.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/2_soundtrackcoupdetat_lumumba_joyboy-980x200.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1341px) 100vw, 1341px"></a>
<h2><em>BEAU TRAVAIL</em> BY CLAIRE DENIS</h2>
<p><strong>12′05″ ♪ Souls le soleil brûlant d’Afrique (colonial chant)</strong></p>
<p>Mon ami Jonathan m’a montré ce film lorsque je venais de déménager en ville. C’était l’un des premiers films que j’ai vus qui n’était pas un blockbuster, et il a changé ma conception de ce que pouvait être le cinéma. Un film ambigu, d’une beauté aveuglante, sur la masculinité, l’ego, la répression et le colonialisme. Une lumière solaire éclatante, des têtes rasées, l’hypnose des mouvements synchronisés. On entend une unité de la Légion étrangère française entonner un chant sous le soleil brûlant de Djibouti.</p>
<p><em>My friend Jonathan showed me this film when I first moved to the city. It was one of the first films I saw outside the blockbuster-sphere, and it changed my idea of what cinema could be. An ambiguous, blindingly beautiful film about masculinity, ego, repression, and colonialism. Bright sunlight, shaven heads, the hypnotism of synchronised movement. We hear a French Foreign Legion unit chanting under Djibouti’s blazing sun.</em></p>
<h2><em>ALBERTA’S ROOM</em> BY VICTOIRE KARERA KAMPIRE</h2>
<p><strong>12′22″ ♪ Original Score by Penelope Gratacos</strong></p>
<p>Une caméra tourne lentement autour d’un salon et raconte l’histoire d’Alberta Gaye, la mère de Marvin Gaye, qui a perdu son fils dans un drame familial. J’ai vu ce court métrage de nombreuses fois, et chaque visionnage révèle quelque chose de nouveau — caché dans les meubles de la pièce ou enfoui dans le son. Je l’ai un jour vu au bord de la mer, à Ostende, où se déroule l’histoire. J’ai regardé la mer par la fenêtre de la salle jusqu’à ce que l’écran descende. Lorsqu’il est remonté, la mer était toujours là, mais elle signifiait quelque chose de différent.</p>
<p><em>A camera slowly spins around a living room and tells the story of Alberta Gaye, Marvin Gaye’s mother, who lost her son in a family drama. I’ve seen this short film many times, and each viewing reveals something new — hidden in the room’s furniture or buried in its dense soundscape. I once saw it by the beach in Ostend, where the story is set. I watched the sea through the venue’s window until the screen came down. When it came back up, the sea was still there, but somehow it meant something different.</em></p>
<p><strong>15′52″ ♪ Marvin Gaye — What’s Going On</strong></p>
<p><em>Mother, mother</em><br>
<em>There’s too many of you crying</em><br>
<em>Brother, brother, brother</em><br>
<em>There’s far too many of you dying</em><br>
<em>Father, father</em><br>
<em>We don’t need to escalate</em></p>
<p>Dans la bande originale de <em>Alberta’s Room</em>, deux voix murmurent les paroles de <em>What’s Going On</em> de Marvin Gaye. La manière calme et retenue dont elles prononcent les mots leur donne une tout autre résonance que la façon enjouée avec laquelle ils sont chantés dans la version originale.</p>
<p><em>In the soundtrack of Alberta’s Room, two voices whisper the lyrics of Marvin Gaye’s What’s Going On. The quiet, subdued way they say the words gives them a very different feeling from the upbeat way they’re sung in the original.</em></p>
<h2><em>BLADE RUNNER</em> BY RIDLEY SCOTT</h2>
<p><strong>18′02″ ♪ Vangelis — Memories of Green</strong></p>
<p><strong>22′47″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>« <em>La tortue gît sur sa carapace, le ventre brûlant sous le soleil, battant des pattes pour essayer de se retourner, mais elle n’y arrive pas. Pas sans votre aide. Mais vous ne l’aidez pas. Pourquoi ça ?</em> »</p>
<p>Un réplicant présumé est soumis à une série de questions pour déterminer s’il est humain ou non. L’écho de sa voix, les battements de cœur qui s’accélèrent… le stress prend le dessus. J’ai l’impression que ma température corporelle augmente de deux degrés en deux minutes.</p>
<p><em>“</em>A tortoise lays on its back, its belly baking in the hot sun, beating its legs trying to turn itself over, but it can’t. Not without your help. But you’re not helping. Why is that?<em>”</em></p>
<p><em>A suspected replicant is tested for their humanity through a set of unsettling questions. The echo of his voice, the accelerating heartbeat… stress takes over. My body temperature seems to rise by two degrees in two minutes.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/3_beautravail_albertasroom_bladerunner.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334838 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/3_beautravail_albertasroom_bladerunner.jpeg" alt width="1341" height="274" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/3_beautravail_albertasroom_bladerunner.jpeg 1341w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/3_beautravail_albertasroom_bladerunner-300x61.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/3_beautravail_albertasroom_bladerunner-1024x209.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/3_beautravail_albertasroom_bladerunner-768x157.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/3_beautravail_albertasroom_bladerunner-980x200.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1341px) 100vw, 1341px"></a><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
<h2><em>THIS SUFFOCATING NOW</em> BY VIKA KIRCHENBAUER</h2>
<p><strong>24′07″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><strong>24′47″ ♪ Original Score by Vika Kirchenbauer</strong></p>
<p>Le film de Vika parle du fait de dénoncer les violences génocidaires commises contre les Palestiniens tout en travaillant au sein d’une école de cinéma allemande. Il propose un regard personnel, queer et militant sur la crise politique que traverse l’Allemagne depuis quelques années, replacée dans le contexte plus large de l’histoire allemande. Elle a composé elle-même la bande originale. Je trouve cette musique à la fois troublante et exaltante, comme l’expression presque extatique d’une certaine tension.</p>
<p><em>Vika’s film speaks about calling out the genocidal violence against Palestinians, while working within a German film school. It offers a personal, queer, activist lens on the political crisis in Germany over the past few years, situated within the broader context of German history. Her own music plays through the film. To me, the music feels unsettling but uplifting, an almost ecstatic expression of tension.</em></p>
<h2><em>MAX, MON AMOUR</em> BY NAGISA OSHIMA</h2>
<p><strong>26′52″ ♪ Original Score by Michel Portal</strong></p>
<p>Je suis un jour allé voir mon ami Eduardo en Espagne, avec la bande originale de Max, mon amour qui tournait en boucle dans mes écouteurs. Ce ne sont que des variations autour d’une même mélodie — certaines plus enjouées, d’autres plus mélancoliques. Je me suis profondément attaché à cette bande originale, et je ne peux plus l’entendre aujourd’hui sans penser à mon ami en train de faire cuire des oignons sur un feu de bois, et à la couleur jaune des rochers de la côte. J’aime vraiment beaucoup le doux fredonnement de cette version.</p>
<p><em>I once made a trip to see my friend Eduardo in Spain with the soundtrack of Max, mon amour playing on repeat in my headphones. It’s all variations on the same melody — some more upbeat, some more melancholic. I grew very attached to the soundtrack, and I can’t hear it now without thinking of my friend cooking onions over an open fire, and the yellow colour of the coastal rocks. I really love the soothing humming in this version.</em></p>
<h2><em>MOONSCAPE</em> BY MONA BENYAMIN</h2>
<p><strong>29′17″ ♪ Original Score by Mona Benyamin</strong></p>
<p><em>Moonscape</em> est un court métrage construit comme une succession de clips musicaux. L’une des chansons raconte l’étrange histoire de Dennis M. Hope, qui revendiqua la propriété de la Lune en 1980 et fonda la Lunar Embassy, une entreprise qui vend des parcelles de terrain sur la Lune. Le film fait le lien entre cette absurde fantaisie coloniale et la réalité de la vie de la réalisatrice : une jeune palestinienne vivant sous occupation israélienne. Elle se demande si elle pourrait, elle aussi, acheter une parcelle sur la Lune, puisque la terre de ses ancêtres lui a été prise.</p>
<p><em>Moonscape is a short film shaped like several music videos. One of the songs tells the strange story of Dennis M. Hope, who claimed ownership of the Moon in 1980 and founded the Lunar Embassy, a company selling plots of land on the Moon. The film connects this absurd colonial fantasy with the reality of the director’s own life: a young Palestinian woman living under Israeli occupation. She wonders whether she too could buy land on the Moon, since the land of her ancestors has been taken from her.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334839 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/4_suffocatingnow_maxmonamour_moonscape.jpeg" alt width="1354" height="273" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/4_suffocatingnow_maxmonamour_moonscape.jpeg 1354w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/4_suffocatingnow_maxmonamour_moonscape-300x60.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/4_suffocatingnow_maxmonamour_moonscape-1024x206.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/4_suffocatingnow_maxmonamour_moonscape-768x155.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/4_suffocatingnow_maxmonamour_moonscape-980x198.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1354px) 100vw, 1354px"></p>
<h2><em>ANTUCA</em> BY MARÍA BAREA AND WARMI CINE Y VIDEO COLLECTIVE</h2>
<p><strong>31′34″ ♪ Sound excerpt (folk song)</strong></p>
<p>Le film suit Antuca, une jeune femme autochtone qui quitte Cajamarca pour Lima, au Pérou, où elle trouve un poste de domestique éprouvant et s’engage dans un mouvement politique. Le film — construit à partir de témoignages et de récits de vie de femmes exerçant ce type de travail — est traversé de musique et de chants collectifs. On entend ici un extrait d’un chant autochtone, entonné pendant le travail de la terre.</p>
<p><em>The film follows Antuca, a young Indigenous woman who leaves Cajamarca for Lima in Peru, where she does demanding domestic work and becomes involved in a political movement. The film — based on testimonies and life stories from women in this line of work — is full of music and collective singing. Here we hear a fragment of an Indigenous song, sung while working the land.</em></p>
<h2><em>COMMON SIDE EFFECTS </em>BY JOE BENNETT &amp; STEVE HILEY</h2>
<p><strong>32′16″ ♪ John Leyton — Johnny, Remember Me</strong></p>
<p>Une histoire psychédélique autour d’un champignon mystérieux capable de guérir presque toutes les maladies, et de l’industrie pharmaceutique qui fait tout son possible pour le garder secret. La série est un mélange détonnant de conspiration, d’humour, de commentaire politique et d’animation surréaliste. C’est aussi la chanson parfaite à envoyer à mon ami Jonathan lorsqu’il met trop de temps à répondre à mes messages.</p>
<p><em>A psychedelic story about a mysterious mushroom that can cure almost anything, and the pharmaceutical industry doing everything it can to keep it hidden. This series is a wild combination of conspiracy, humour, political commentary and surreal animation. It is also the perfect song to send to my friend Jonathan when he takes too long to reply to my messages.&nbsp;</em></p>
<h2><em>ANY WAY THE WIND BLOWS</em> BY TOM BARMAN</h2>
<p><strong>34′46″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>“-<em> Un nouveau KISS ?</em></p>
<p><em>- Tu sais bien qu’on ne vend pas ça ici. Ici, on vend de la dance music.</em></p>
<p><em>- Ah, les snobs de la dance réunis ! Eh bien, moi, je danse sur la musique de KISS.</em></p>
<p><em>- KISS ne joue plus, non ?</em></p>
<p><em>- Qu’est-ce que tu viens de dire ?</em>”</p>
<p>- Anything new from KISS?<br>
— You know we won’t sell that here. Here, we sell dance music.<br>
— Ah, the dance snobs together! Well, I dance to the music of KISS.<br>
— KISS stopped playing, right?<br>
— What did you say?</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334840 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/5_antuca_commonsideeffects_anywaythewindblows.jpeg" alt width="1354" height="273" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/5_antuca_commonsideeffects_anywaythewindblows.jpeg 1354w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/5_antuca_commonsideeffects_anywaythewindblows-300x60.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/5_antuca_commonsideeffects_anywaythewindblows-1024x206.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/5_antuca_commonsideeffects_anywaythewindblows-768x155.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/5_antuca_commonsideeffects_anywaythewindblows-980x198.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1354px) 100vw, 1354px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;">
<h2><em>LOVERS ROCK</em> BY STEVE MCQUEEN</h2>
<p><strong>35′15″ ♪ The Revolutionaries — Kunta Kinte</strong></p>
<p>Les DJ passent ce morceau emblématique trois fois de suite lors d’une incroyable fête, jusqu’à ce que la police vienne y mettre fin. J’adore ces dix minutes de dub, débordantes d’énergie. L’une de mes séquences de danse préférées, dans un magnifique film sur la musique, la politique et la scène dub du Londres des années 1970. C’est le genre de film qu’il faut découvrir devant un mur d’enceintes.</p>
<p><em>The DJs play this iconic track three times in a row at an amazing house party, until the police break it up. I love these 10 minutes of uninterrupted, high-energy dub intensity. One of my favourite dance sequences, in a beautiful film about music, politics, and the dub scene in 1970s London. It’s the kind of film best experienced in front of a wall of speakers.</em></p>
<h2><em>ANY WAY THE WIND BLOWS </em>BY TOM BARMAN</h2>
<p><strong>39′45″ ♪ Squarepusher — My Red Hot Car</strong></p>
<p><em>Any Way the Wind Blows</em> présente Anvers au début des années 2000 comme l’endroit le plus cool de la planète. Vrai ou faux, je trouve que c’est un film belge unique, sur l’imprévisibilité de la ville, la chaleur de l’été, les rêves et la paranoïa. Toute la bande originale est géniale. On le passait autrefois dans les bars où je travaillais avec mes amis, ce qui donnait à nos nuits de travail un petit air de cinéma.</p>
<p>Any Way the Wind Blows <em>shows early-2000s Antwerp as the coolest place on earth. True or not true, I think it’s a unique Belgian film, about the unpredictability of the city, summer heat, dreams and paranoia. The whole soundtrack is great. We used to play it in the bars where I worked with my friends, giving our work nights a film-like quality.</em></p>
<h2><em>THE MATRIX</em> BY Lana &amp; Lilly Wachowski</h2>
<p><strong>44′06″ ♪ The Prodigy — Mindfields</strong></p>
<p>- Pourquoi j’ai mal aux yeux ?<br>
— Parce que tu ne les as jamais utilisés.</p>
<p><em>- Why do my eyes hurt?</em><br>
<em>- You’ve never used them before.</em></p>
<h2><em>BEAU TRAVAIL</em> BY CLAIRE DENIS</h2>
<p><strong>46′24″ ♪ Tarkan — Simarik</strong></p>
<p>Une chanson inoubliable qui a accompagné l’enfance de nombreux euro-millennials, souvent chantée sans aucune grâce dans un turc phonétique approximatif. Elle retentit au début de la scène en boîte de nuit de <em>Beau Travail</em>, après les rituels et chants militaires. Le film a récemment été restauré ; j’ai envie de le revoir.</p>
<p><em>An unforgettable song from the childhood of many euro-millennials, often gracelessly sung along to in terrible phonetic Turkish. It plays during the early nightclub scene in Beau Travail, following military rituals, marching and singing. The film was recently restored; I want to see it again.</em></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-334841" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/6_loversrock_matrix_beautravail-300x60.jpeg" alt width="300" height="60" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/6_loversrock_matrix_beautravail-300x60.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/6_loversrock_matrix_beautravail-1024x206.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/6_loversrock_matrix_beautravail-768x155.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/6_loversrock_matrix_beautravail-980x198.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/08/6_loversrock_matrix_beautravail.jpeg 1354w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"><br>
<br style="font-weight: 400;"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Oklahoma Honey</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oklahoma-honey/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Aug 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est suffisamment rare pour le souligner : la tendance des distributeurs à renommer en anglais des titres déjà anglais raconte ici quelque chose de la nature de ce film curieux, qu’on aimerait aimer davantage. D’abord...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oklahoma-honey/" title="Read  Oklahoma Honey">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est suffisamment rare pour le souligner : la tendance des distributeurs à renommer en anglais des titres déjà anglais raconte ici quelque chose de la nature de ce film curieux, qu’on aimerait aimer davantage. D’abord parce que <em>Oklahoma Honey</em> (soit la transposition «&nbsp;française&nbsp;» de <em>The Rivals of Amziah King</em> – le nom du personnage haut en couleur joué par Matthew McConaughey) se concentre sur des figures d’apiculteurs, ensuite parce qu’il résume au fond le programme de la mise en scène : une tranche d’<em>americana</em> recouverte d’une épaisse couche de sucre, comme les protagonistes du film tapissent leurs assiettes de <em>mashed potatoes</em> et de <em>cornbread</em> de gourmandes lampées de <em>gravy</em>. Dès l’ouverture, située dans un <em>fast food</em> accueillant un concert amateur de musiciens <em>bluegrass</em>, Andrew Patterson renoue avec le fétichisme de <em>The</em> <em>Vast of Night</em>. Mais pas d’OVNI ici ; l’objet de sa fascination, ce sont les <em>pickups</em> poussiéreux, les chapeaux de cow-boys, les bottes de vachers et les <em>diners</em> conviviaux. Je présente mes excuses pour l’avalanche d’anglicismes, mais il faut voir comment d’emblée le prologue, ponctué de ralentis et d’arrêts sur images, se love dans l’accumulation d’idoles et de signes empruntés à une mythologie du <em>midwest</em>. Ce fétichisme imprègne toute la première heure, suite d’anecdotes truculentes et sans drame entrecoupées de numéros musicaux filmés de manière frénétique, avec un enchantement un peu béat qui n’est pas sans verser dans l’image d’Épinal (ah, les soleils couchants…). Tout juste un embryon de récit se dessine&nbsp;: Amziah retrouve Kateri, une <em>Native American</em> dont il s’était occupé jadis (enfant, elle a été baladée entre différentes familles d’accueil), qui devient peu à peu son bras droit au sein de son exploitation d’apiculteurs. Et puis, sans trop en dire, le film bascule soudain. La chronique trop sucrée laisse place alors à une sorte de néo-western où l’Amérindienne entend se venger d’une poignée de vilains profiteurs, et notamment d’un puissant propriétaire terrien incarné par Kurt Russell.</p>
<p>Curieux objet, donc, qui navigue entre une félicité naïve et le western tragique à la Anthony Mann, sans pour autant réussir à trouver le juste équilibre entre ses aspirations postmodernes –&nbsp;le film s’inspire pêle-mêle de Peckinpah (de <em>Junior Bonner</em> à l’ouverture de <em>Guet-apens</em>) et Tarantino (<em>Kill Bill</em> et même <em>Boulevard de la mort</em> dans une course-poursuite impliquant Russell) – et sa candeur assez charmante, qui l’éloigne de la distance parfois un peu froide ou vaine des cinéastes pop dont on pourrait le rapprocher (exemplairement les Coen). Mais si la deuxième partie séduit davantage par son actualisation du western, difficile de fermer les yeux sur le gros point noir de sa mise en scène&nbsp;: son montage erratique, qui réduit souvent les séquences à des clips dégoulinants ou les escamote à coups de fondus au noir privant les situations les plus trépidantes de leur résolution (le dernier acte, en particulier). On le regrette, car Patterson, malgré ses limites et son mauvais goût par endroits criant, fait preuve d’une générosité qu’on aimerait retrouver dans une forme plus étoffée et moins ventripotente.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Fjord</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fjord-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Aug 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334713</guid>

					<description><![CDATA[<p>Auréolé d’une deuxième Palme d’Or (dix-neuf ans après le sacre de Quatre mois, trois semaines, deux jours), Mungiu ménage moins avec Fjord un pas de côté qu’il ne bétonne les fondamentaux de sa mise en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fjord-2/" title="Read  Fjord">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Auréolé d’une deuxième Palme d’Or (dix-neuf ans après le sacre de <em>Quatre mois, trois semaines, deux jours</em>), Mungiu ménage moins avec <em>Fjord</em> un pas de côté qu’il ne bétonne les fondamentaux de sa mise en scène. Car si son cinéma quitte la Roumanie pour la Norvège (en partie : Sebastian Stan joue un père de famille originaire de Bucarest), son cap esthétique ne change pas. Il s’agit toujours de cultiver l’ambivalence en installant un certain nombre de pistes maintenues à l’état d’indécision. Si elles peuvent être d’importance ou de nature relatives, elles participent toutes à creuser l’impression d’une complexité, en cela que le spectateur doit relier les points entre eux, compléter ce qui manque, projeter dans un geste ou un regard abrupt la trace d’un mal plus profond. On pourrait voir dans ce principe une invitation du cinéaste à penser ses films avec lui, mais cette « politique du doute » vire très souvent chez lui à la mécanique narrative implacable – voire au soupçon du pire. Famille très chrétienne et conservatrice, les Gheorghiu s’installent dans un village où leurs valeurs traditionnelles tranchent avec le progressisme norvégien mâtiné de raideur puritaine. Des bleus sur le dos de l’aînée adolescente, dont il nous est suggéré qu’elle a pu se blesser dans un autre contexte, valent aux nouveaux arrivants un signalement auprès des services de protection de l’enfance qui, ni une ni deux, engagent une procédure pour retirer aux parents la garde de leurs enfants. L’horizon discursif est alors surligné par un détail : alors que Lisbet (Renate Reinsve), la mère de famille, accueille chez elle les enseignants venus lui annoncer le lancement de la procédure, le drapeau de la Norvège, derrière une vitre et secoué par le vent, apparaît en arrière-plan. La situation est interrompue par l’arrivée de deux enfants plus jeunes, que Lisbet fait monter à l’étage pour poursuivre la conversation. À son retour dans le salon, la position de la caméra a changé ; elle se tient désormais dans l’axe du drapeau, manière de signaler la mise en place d’un piège bureaucratique qui va essorer le couple, en lutte contre le système judiciaire. La sincérité de ce dernier fera elle aussi l’objet d’un soupçon : l’institution veille-t-elle seulement à protéger les enfants, ou ses actions préventives sont-elles le fruit d’une discrimination religieuse à l’égard de ces semi-étrangers ?</p>
<p>Le dispositif judiciaire qui en découle (rendez-vous avec des avocats, préparation du procès civil, interrogatoires au tribunal) se greffe à&nbsp;de courtes scènes qui permettent d’effleurer de nombreux pôles d’ambiguïté&nbsp;: prosélytisme, violence psychique, malveillance, racisme, antireligiosité… Mais par sa manière de ne jamais trancher, Mungiu adopte une position confortable, celle d’un observateur lointain qui peut mettre dos à&nbsp;dos l’hypocrisie du progressisme et l’intégrisme religieux, pour jauger de la médiocrité de chacun. Comme souvent avec lui, l’incertitude passe aussi par des pointes de fantastique&nbsp;: à&nbsp;ce titre, le dernier plan, assez gratuit, vaut comme une couche métaphorique supplémentaire pour épaissir encore davantage son édifice. La tentative est toutefois ici trop volontariste pour qu’on ne voie pas l’intention à&nbsp;l’œuvre, et le surgissement du mysticisme fait dès lors plouf.</p>
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		<title>La Fin d’Oak Street</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-fin-doak-street/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Aug 2026 10:30:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les dinosaures sont-ils l’avenir de l’homme&#160;? La question pourra surprendre, mais cette hypothèse saugrenue se pose un moment dans le quatrième film de David Robert Mitchell. Propulsés 200 millions d’années en arrière, le quartier résidentiel...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-fin-doak-street/" title="Read  La Fin d’Oak Street">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les dinosaures sont-ils l’avenir de l’homme&nbsp;? La question pourra surprendre, mais cette hypothèse saugrenue se pose un moment dans le quatrième film de David Robert Mitchell. Propulsés 200 millions d’années en arrière, le quartier résidentiel d’Oak Street et sa poignée d’habitants se retrouvent subitement plongés au milieu d’une faune mésozoïque particulièrement dangereuse et vorace. Devenu minuscule dans un monde qui le dépasse, l’humain y fait soudain figure d’animal apeuré réduit à survivre avec son seul couteau dans la main ou son modeste arc en bandoulière. Un tel retour en force de l’imaginaire jurassique s’avère d’abord savoureux&nbsp;: le récit rebat les cartes de l’Anthropocène en figurant un point d’origine improbable qui voit la nature reprendre radicalement ses droits.&nbsp;Et le jeu de tourner alors au massacre. Maisons cossues, gazons nickel et voitures bien lavées : les symboles culturels et sociaux d’uniformité et de réussite se voient littéralement piétinés par des dinosaures peu précautionneux. Le cinéaste verse même dans l’ironie scatologique plutôt bon enfant, et cela dès les premières séquences d’installation (les meilleures) où une gigantesque bouse retrouvée dans un jardin anticipe l’apparition de l’inconvenant qui l’a déposée sans sourciller. Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas : plutôt que de se livrer au carnage pervers d’une humanité défaillante et de mettre à mal les valeurs familiales, le film s’attache volontiers à les réhabiliter.</p>
<p>Autant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/under-the-silver-lake-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Under the Silver Lake</em></a> était méandreux, autant <em>La Fin d’Oak Street </em>se révèle clair en empruntant à un schéma dramatique bien connu : un couple sur le point de divorcer et leurs deux enfants cherchent à sauver leur peau – c’est-à-dire leur famille. L’altérité et le danger renforceront <em>in fine</em> les liens, après avoir fait office de révélateurs. Aucune volonté ici de créer du trouble, de multiplier signes et indices, mais plutôt de se fondre dans un récit classique et lisible. David Robert Mitchell ira même jusqu’à expliquer l’inexplicable lors d’une scène de dialogue étonnante. Confinés dans le salon de la demeure familiale, les quatre protagonistes principaux tentent d’élucider leur mystérieuse situation. Le cinéaste filme en gros plan tantôt frontalement un des parents, tantôt un des enfants et un parent de profil, avec une lentille double focale qui permet de voir les visages des deux personnages nettement, alors qu’ils sont éloignés spatialement. C’est l’un des rares moments où Mitchell manœuvre en dehors du blockbuster corseté, mais pour un résultat contrasté. Passé l’effet de surprise déstabilisant, ce choix de mise en scène insistant tourne court, faute de réelle cohérence sur la durée. Le procédé ménage en effet une tension qui n’a pas lieu d’être : la caméra s’obstine jusqu’au bout à fragmenter de façon artificielle la conversation, en séparant les membres de la famille. Le parti pris bute en somme sur l’absence d’un regard le présidant.</p>
<p>Dans ce film produit par J.J. Abrams, qui convoque nombre de références « ambliniennes » (le décor suburbain, la famille dysfonctionnelle, les embardées adolescentes à vélo et, forcément, les dinosaures), que l’on jugera au mieux nostalgiques (les fameuses <em>eighties </em>dorées), au pire régressives, le cinéaste pourtant inspiré de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/it-follows-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>It Follows</em></a> peine à imposer sa patte et à échapper au statut de faiseur pragmatique. Tout juste parvient-il, ici ou là, à exploiter la profondeur de champ et à injecter un peu d’angoisse dans cette série B sans relief. Notamment lorsqu’un tyrannosaure se dirige lentement vers des personnages qui ont la mauvaise idée de lui tourner le dos, ou quand un énorme boa blanc se faufile discrètement dans une maison pendant que ses occupants, au premier plan, s’emploient à regarder tout autre chose. Ces quelques scènes réussies disent l’essentiel&nbsp;: le monstre importe moins que la menace patente qu’il représente – leçon spielbergienne s’il en est, parfaitement assimilée dans <em>It Follows</em>. Dès lors, la terreur tient à l’incertitude qu’il génère à l’intérieur du plan. Hélas, dans <em>La Fin d’Oak Street</em>, les dinosaures sont la plupart du temps à l’image du film&nbsp;: sympathiques et prévisibles.</p>
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		<title>La Providence et la Guitare</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-providence-et-la-guitare/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Aug 2026 10:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Ainsi se termine ce voyage absurde », annonce face caméra l’un des personnages de La Providence et la Guitare dans le dernier plan. Au regard des deux heures qui ont précédé, l’adjectif paraît toutefois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-providence-et-la-guitare/" title="Read  La Providence et la Guitare">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«<em> Ainsi se termine ce voyage absurde </em>», annonce face caméra l’un des personnages de <em>La Providence et la Guitare</em> dans le dernier plan. Au regard des deux heures qui ont précédé, l’adjectif paraît toutefois exagéré. Le nouveau film de João Nicolau est certes traversé par une poignée d’irruptions fantaisistes (des ombres aux yeux rouges obtenues par des effets spéciaux rudimentaires, un ciel nocturne dont les constellations ont été remplacées par des vulves surimprimées, etc.), mais celles-ci s’apparentent davantage à des parenthèses qu’au cœur du « voyage » lui-même. Librement inspiré d’une nouvelle de Stevenson, <em>La Providence et la Guitare </em>suit Léon et Elvira Berthelini, un couple de chanteurs comédiens performant de village en village. Dans un territoire et une époque volontairement indéterminés, leur périple épouse les contours d’une fable sur la place de l’artiste dans la Cité, à mesure qu’ils se heurtent aux résistances de la police et du maire, ou doivent longuement négocier pour jouer dans une taverne. La mise en scène de Nicolau emprunte elle-même à une forme théâtrale, en adoptant majoritairement des plans larges et fixes dans lesquels se tiennent frontalement les acteurs, qui débitent de longs dialogues. La séquence d’ouverture laisse pourtant espérer que le cinéaste saura jouer avec son parti pris minimaliste en évitant l’écueil du théâtre filmé. Dans la chambre de Léon et Elvira, le hors-champ reconfigure à deux reprises la façon d’appréhender la scène : la voix d’Elvira trahit sa présence alors que l’on croyait d’abord Léon seul, puis l’apparition d’un miroir modifie la profondeur de champ. Malheureusement, la suite du film paraît nettement plus tributaire de son origine littéraire et privilégie des cadres qui réduisent les plans à des espaces de jeu pour les comédiens.</p>
<p>Au sein de cette succession de scènes monotones, l’étrangeté de certains choix sert moins à dérégler la rationalité du récit qu’à injecter commodément de la bizarrerie dans un ensemble assez figé. Le goût de la fantaisie n’est pas nouveau chez Nicolau, et plus largement chez les cinéastes portugais de sa génération, mais il n’y a plus ici le charme et la légèreté qui irriguaient <em>John From</em>. Le cinéaste lui-même ne semble plus trop y croire, comme en témoigne une bascule laborieuse vers le surnaturel, à la fin du film, où il est soudainement question d’une malédiction à conjurer. Les meilleurs passages de <em>La Providence et la Guitare</em> tiennent au contraire à une forme de simplicité, par exemple lorsque Nicolau filme, à plusieurs reprises, des performances musicales <em>in extenso</em>. Le film se déleste alors de la pesanteur de ses tirades interminables et de ses effets anachroniques, devenus des tics <em>arty</em> du cinéma d’auteur portugais. Mais ces incartades pèsent malheureusement trop peu face au reste, agrégat d’idées inégales auxquelles s’ajoutent des séquences dressant un parallèle explicite entre la fable et la situation contemporaine (on y retrouve les mêmes acteurs incarnant des versions actualisées de leurs personnages). L’absurdité revendiquée par Nicolau dissimule mal un film bancal.</p>
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		<title>Soudain</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soudain-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Aug 2026 10:32:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’une des plus belles scènes de Soudain, Marie-Lou (Virginie Efira) et Mari (Tao Okamoto) prennent soin de Micheline, pensionnaire de l’EHPAD dont la première est la directrice. On découvre d’abord le visage de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soudain-2/" title="Read  Soudain">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l’une des plus belles scènes de <em>Soudain</em>, Marie-Lou (Virginie Efira) et Mari (Tao Okamoto) prennent soin de Micheline, pensionnaire de l’EHPAD dont la première est la directrice. On découvre d’abord le visage de la vieille femme, d’une étrange sérénité&nbsp;; Marie-Lou et Mari s’approchent d’elle, sans troubler son calme. Elles lui parlent lentement, « <em>d’une voix claire et douce</em> », puis l’emmènent dans la salle de bain : pendant que Marie-Lou la lave, Mari décrit chacun des gestes effectués par son amie afin de rassurer Micheline. Tout, dans la forme qu’adopte Hamaguchi, participe d’une attention semblable à celle dont témoignent les deux héroïnes : la lumière bleutée de la nuit, la peau filmée sans pudeur excessive ni voyeurisme, le découpage presque imperceptible, les bruits feutrés des pas ou de l’eau qui coule. Enfin, la comptine «&nbsp;À la claire fontaine&nbsp;» berce Micheline qui s’assoupit dans l’obscurité. «&nbsp;L’humanitude&nbsp;» (cette approche clinique privilégiant un accompagnement doux et patient des résidents d’EHPAD), relève alors moins chez Hamaguchi d’un sujet à investir que d’une éthique du regard et de mise en scène.</p>
<p>Pourtant, au début du film, le personnage de Marie-Lou se montre assez éprouvé. Tiraillée entre la difficulté d’appliquer à son établissement les protocoles de l’humanitude et les impératifs de rentabilité présidant au fonctionnement de l’EHPAD, elle est montrée tantôt étouffée par la présence de ses collègues, tantôt renvoyée à une grande solitude. C’est cet état que travaille la première heure du film, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">plus dispersée</a>, mais par laquelle Hamaguchi nous fait accéder à la fatigue du personnage. Ainsi de ce beau champ-contrechamp à l’extérieur de la résidence, qui voit Marie-Lou recevoir la démission de l’une de ses infirmières ; les deux personnages sont cadrés de près, donnant l’impression d’une certaine proximité, jusqu’à ce que le dernier plan révèle qu’une petite rue les sépare, actant la rupture en cours. Le film infléchit ceci dit progressivement cette trajectoire. Le décès d’une patiente mène aux premières larmes de Marie-Lou, dans un tramway parisien. Derrière la vitre surgit alors un jeune garçon, qui court en poussant des cris étranges. Alertée par sa présence, Marie-Lou s’arrête à la station suivante et gravit la Butte du Chapeau Rouge. Elle y découvre finalement Tomoki, un adolescent atteint d’autisme, assis au pied d’un arbre. À cet instant, quelque chose se déplace dans la mise en scène : pour la première fois, le cadre s’ouvre largement au paysage parisien. La caméra montre Marie-Lou et Tomoki attendre que la pluie cesse, immobiles, dans un plan suffisamment ample pour que notre regard glisse de leur silhouette aux branches qui frémissent sous le vent, puis à une feuille se détachant d’un chêne. Le regard ne se concentre désormais plus seulement sur les personnages ; il s’étend aussi aux espaces qui les entourent. Une forme de sérénité s’installe, comme si le monde gagnait en consistance et en sensations. C’est au sein de ce nouvel équilibre que Marie-Lou rencontre Mari, metteuse en scène de théâtre japonaise, et que s’opère le grand bouleversement au cœur du film.</p>
<h2>L’utopie</h2>
<p><em>Soudain</em> prend de fait véritablement son envol à l’issue de la représentation de la pièce de Mari à laquelle assiste Marie-Lou. Lors du Q&amp;A qui suit, les deux femmes échangent pour la première fois quelques mots en japonais. La première y confie son épuisement et le sentiment d’une impasse ; la seconde révèle qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale. Ces aveux, que le reste de l’assemblée française ne peut comprendre, posent les fondations d’une intimité inattendue. La langue n’est plus une frontière mais devient un refuge, un territoire provisoire où la parole retrouve sa puissance de lien. Au sortir du théâtre, cette parenthèse ne se referme pas. Elle s’étire au contraire en une séquence nocturne de près d’une heure, durant laquelle les deux femmes marchent et discutent, d’abord dans les rues du XIIIᵉ arrondissement, puis dans les couloirs de l’EHPAD. Les longs travellings suivent autant leurs déplacements qu’ils inscrivent leur rapprochement dans une temporalité donnée et une suite d’espaces. Autour d’elles, Paris vibre : une bourrasque sur l’esplanade de la bibliothèque François Mitterrand fait voleter leurs manteaux, un métro traverse le bord du cadre, les lampadaires s’allument au-dessus des passants, les phares des voitures glissent en arrière-plan, etc. Le mouvement continu de la ville accueille aussi celui, plus discret, d’une amitié naissante.</p>
<p>Gravitant autour d’une réflexion sur les impasses du capitalisme, cette ample conversation témoigne surtout de la précision avec laquelle Hamaguchi donne corps aux considérations théoriques des personnages, mais aussi à leurs affects. Ainsi, lorsque Marie-Lou décrit les premiers gestes de l’humanitude, le découpage en épouse aussitôt la logique. D’abord filmées de profil, les deux femmes basculent dans un délicat champ-contrechamp au moment où Mari prend soudainement Marie-Lou dans ses bras. Le changement d’axe ne se contente pas d’enregistrer l’étreinte : il en fait un émouvant surgissement et lui donne sa pleine intensité. Plus loin, un long plan-séquence les mène jusqu’aux dernières heures de la nuit, alors que l’extrémité de leurs cigarettes éclaire encore leurs ombres. Presque imperceptiblement, la lumière change. Lorsqu’elles se lèvent enfin, un léger recadrage révèle les premières lueurs du matin : la nuit a laissé place au jour sans jamais interrompre leur conversation. C’est peut-être à cet endroit que <em>Soudain</em> dessine un horizon proprement utopique : par la façon dont il invente pour les personnages, plan après plan, un cadre à habiter ensemble.</p>
<h2><strong>La nuit et le jour</strong></h2>
<p>Cette voie vers la lumière pourrait toutefois être entravée par une frontière irréductible rapidement désignée par le scénario : la mort. Dès le départ, on sait Mari condamnée. Son état, comme il l’est précisé, peut à tout moment – <em>soudain</em> – se dégrader. Il ne s’agit néanmoins pas pour les personnages de lutter contre cette finitude, mais de l’appréhender autrement. Lorsque Mari dit au revoir à Goro, l’acteur de sa pièce, un plan-séquence cadre simplement les deux personnages&nbsp;: la première est allongée sur son lit médicalisé, le second penché sur elle. Un détail retient ici l’attention&nbsp;: la lumière orangée du soir dessine sur le mur l’ombre frémissante des arbres. Or peu à peu, cette lumière décline derrière eux, jusqu’à ce que les formes projetées s’estompent. En somme, la disparition n’est pas filmée ici comme une violente rupture, mais davantage comme une lente extinction. Car comme Marie-Lou auprès de Micheline, le film accompagne jusqu’au bout ses personnages vieillissants ou malades, avec la même attention aux gestes, aux paroles, aux silences, aux infimes manifestations du vivant.</p>
<p>Cette douceur obstinée n’abolit donc ni la mort ni les logiques économiques. Elle permet plutôt d’aménager de petits espaces de résistance au sein desquels elles cessent provisoirement d’avoir le dernier mot. C’est précisément dans ces interstices que le film se fait le plus beau. En contrepoint de leur conversation nocturne sur les quais de la Seine, Hamaguchi filme plus tard les deux femmes assistant au lever du jour sur la campagne de Kyoto. Mari y confie craindre moins la mort elle-même que la perspective de disparaître sans laisser de trace. En arrière-plan, de nouveau, la lumière lui répond : le jour se lève, presque à son insu. La mort ne pourra certes pas être évitée, mais elle ne saurait effacer les moments qui l’ont précédée : une promenade nocturne sur un fauteuil roulant, une étreinte dans une chambre d’EHPAD, la nuit qui tombe en France, le jour qui se lève au Japon, ou encore une comptine qu’on a aimé chanter, puis écouter – « <em>Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai</em>.&nbsp;»</p>
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		<title>Undertone</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/undertone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Aug 2026 10:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La promesse d’Undertone, réalisé par Ian Tuason, a de quoi séduire. Evy (Nina Kiri), la jeune animatrice d’un podcast consacré aux phénomènes paranormaux, et son coprésentateur Justin (Adam DiMarco, dont on n’entendra que la voix)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/undertone/" title="Read  Undertone">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La promesse d’<em>Undertone</em>, réalisé par Ian Tuason, a de quoi séduire. Evy (Nina Kiri), la jeune animatrice d’un podcast consacré aux phénomènes paranormaux, et son coprésentateur Justin (Adam DiMarco, dont on n’entendra que la voix) reçoivent un jour un étrange mail contenant dix enregistrements sonores. Ensemble, ils décident de les écouter un par un ; les dix fichiers deviennent ainsi autant de chapitres qui retracent la lente descente aux enfers d’un couple tourmenté par une mystérieuse présence. Retranchée dans sa maison, que le film ne quittera jamais, Evy est rivée à son casque, enfermée dans une position d’attente qui sera aussi celle du spectateur. Le travail sonore ménage alors ses effets avec astuce : les longues plages de silence, comme les conversations bizarrement heurtées, obligent à imaginer les actions du couple, leurs hésitations, leurs déplacements dans un espace progressivement envahi de bruits inquiétants et de phénomènes dont ne nous parviennent que quelques traces sonores. Ce dispositif audio et mental prend dès lors aussi, au-delà de sa dimension effrayante, la forme d’un jeu de pistes : à l’instar des deux podcasteurs, on prête l’oreille à la moindre anomalie qui permettrait potentiellement de dénouer le mystère.</p>
<p>Mais si les enregistrements constituent le moteur du film, le déploiement d’une seconde intrigue escamote la singularité du principe mis en place. Dès les premiers plans, consacrés au corps de la mère d’Evy, plongée dans le coma, <em>Undertone</em> installe discrètement un drame plus intime, consacré aux derniers jours que la jeune femme passe à son chevet. Peu à peu, cette ligne narrative plus conventionnelle gagne en importance, jusqu’à prendre le pas sur les enregistrements. Ceux-ci cessent alors d’exister pour eux-mêmes : le film invite progressivement à les lire comme le reflet du drame qui se joue dans la maison. <em>Undertone</em> consacre ainsi une part croissante de son temps aux allers-retours entre les séances d’écoute et la chambre de la mère, au prix d’une psychologisation de plus en plus appuyée. L’histoire entendue dans les bandes, où la figure maternelle occupe elle aussi une place centrale, se trouve alors mise en regard de l’imagerie catholique qui envahit l’appartement : une statuette de la Vierge revient à plusieurs reprises, tandis que les nombreux portraits religieux invitent à lire les enregistrements comme l’expression d’une culpabilité enfouie envers la mère, surlignant ce que le film avait jusque-là eu l’intelligence de laisser dans l’ombre.</p>
<p>La mise en scène accompagne ce mouvement de repli. À mesure que le film avance, le hors-champ s’amenuise : l’horreur ne provient plus d’un espace invisible que le son ouvrait à notre imagination, mais de l’appartement où se concentre désormais le drame. Ian Tuason s’en remet dès lors à une grammaire horrifique convenue : cadres obliques, travellings d’une lenteur ostentatoire, obscurité envahissante, etc. On retiendra néanmoins quelques idées, comme ce lent zoom dans l’obscurité et le flou, qui abandonne progressivement le visage de l’actrice pour se fixer sur une forme blanchâtre, presque abstraite, comme si l’image produisait enfin un écho aux anomalies des enregistrements. Mais malgré ces trouvailles, on a tout de même l’impression de faire face à un film plus habile dans ce qu’il donne à entendre que dans ce qu’il donne à voir.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/undertone/">Undertone</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Enamorada</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/enamorada/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Stratis Vouyoucas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Aug 2026 10:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334666</guid>

					<description><![CDATA[<p>Découvrir Emilio Fernández aujourd’hui, c’est accéder, bien plus qu’à une curiosité historique, à un jalon essentiel du cinéma classique mexicain. Sa vie, romanesque et aventureuse, pourrait être le scénario de l’un de ses films. Né...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/enamorada/" title="Read  Enamorada">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Découvrir Emilio Fernández aujourd’hui, c’est accéder, bien plus qu’à une curiosité historique, à un jalon essentiel du cinéma classique mexicain. Sa vie, romanesque et aventureuse, pourrait être le scénario de l’un de ses films. Né en 1904 dans le nord du Mexique d’une mère indienne kickapoo, il conservera toute sa vie le surnom affectueux de <em>El Indio</em>. Son père est colonel dans l’une des armées révolutionnaires de 1910. Lui-même n’est pas en reste : compagnon d’armes de Pancho Villa, il doit fuir le Mexique en 1923 après l’échec du putsch révolutionnaire mené par Adolfo de la Huerta. Il s’exile alors à Los Angeles où il travaille comme figurant, devenant même la doublure de Douglas Fairbanks. Amnistié, il rentre au Mexique en 1935 où il entame une carrière de cinéaste, réalisant quarante et un films à partir de 1941, enchaînant les succès, comme <em>María Candelaria</em> (1944), primé à Cannes en 1946. Indissociable du chef opérateur Gabriel Figueroa, il lance la carrière de Pedro Armendáriz, son acteur fétiche, relance celle de Dolores del Río à son retour au Mexique, et donne certains de ses plus beaux rôles à María Félix. Il va aussi croiser la route de plusieurs grands cinéastes hollywoodiens comme John Ford ou John Huston, devenant un visage familier de Mexicain canaille dans de nombreux westerns, en particulier chez Peckinpah. <em>Enamorada</em> (Amoureuse) est son cinquième long-métrage. On y voit non seulement la construction d’une mythologie nationale, mais aussi l’invention d’une écriture cinématographique explicitement baroque dans sa volonté de ne pas se conformer aux limites imposées par les genres (western révolutionnaire, comédie romantique, farce, mélodrame), en les mêlant sans les hiérarchiser.</p>
<p>Révolution mexicaine. Le général révolutionnaire José Juan Reyes (Pedro Armendáriz) s’empare de la petite ville de Cholula. Sa première action est d’emprisonner les notables pour leur soutirer leurs biens au nom de la cause. Mais quand il croise le regard de Beatriz (María Félix), la fille au caractère bien trempé du riche Señor Peñafiel, il en tombe éperdument amoureux. Au contact de la jeune femme, mais aussi du prêtre de la ville, un ancien camarade de séminaire, le général Reyes va adoucir sa lecture quelque peu dogmatique des rapports de classe et, en retour, la belle et hautaine Beatriz finira par céder à ses avances, puis quittera son fiancé yankee pour rejoindre la cohorte des « <em>pouilleuses</em>&nbsp;» accompagnant l’armée révolutionnaire. La construction de la nation ne se fera qu’à l’aune de l’union de toutes ses composantes.</p>
<p>Reyes perd ses moyens face à la résistance de Beatriz, qui le maltraite avec une joie sadique&nbsp;: il doit littéralement capituler devant l’intransigeance de la jeune femme pour qu’à son tour elle décide de se soumettre à lui et à la cause révolutionnaire. En découle un double apprentissage de l’humilité, qui fera des protagonistes non seulement de meilleures personnes, mais de Reyes un meilleur chef, moins impulsif et plus humain. C’est à travers les yeux du prêtre que Beatriz découvre la véritable personnalité de Reyes derrière sa fierté <em>macho&nbsp;</em>: son désir de se mettre au service des autres couplé à celui de rester dans l’ombre, lorsqu’il fait remarquer que le tableau caché sur un mur de la sacristie serait mieux mis en valeur dans la lumière d’un vitrail.</p>
<h2>Ombre et lumière</h2>
<p>Cette dialectique de l’ombre et de la lumière s’incarne notamment dans l’extraordinaire photo en noir et blanc de Gabriel Figueroa. Le cinéaste et son directeur de la photo figurent l’humilité prônée par le catholicisme à plusieurs reprises et de plusieurs manières : lorsque Reyes est ébloui par le lustre baroque de l’église où officie son ami prêtre ; dans la variation des rapports d’échelle lorsqu’il se confronte aux architectures religieuses ; quand il paie à l’instituteur son arriéré de solde de sa poche ; ou lorsque, contrit, il vient demander pardon à Beatriz<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334666_130('footnote_plugin_reference_334666_130_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334666_130('footnote_plugin_reference_334666_130_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334666_130_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334666_130_1" class="footnote_tooltip"> Ajoutons cette scène où Reyes donne une interprétation très personnelle du tableau de Nicolás Rodríguez Juárez, <em>L’Adoration des Rois Mages</em> («&nbsp;<em>symboles de pouvoir, de richesse, et d’oppression</em>&nbsp;»), où les trois émissaires se prosternent dans l’ombre devant l’enfant Jésus (qui selon le général a apporté «&nbsp;<em>l’amour, la charité, la pureté et la bonté</em> »).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334666_130_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334666_130_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. D’abord antagonistes, l’idéal égalitaire porté par le chef révolutionnaire et la charité chrétienne incarnée par le prêtre se rejoignent dans un même don de soi au service des plus démunis. Le projet de refondation révolutionnaire ne s’accomplira donc pas en faisant table rase du passé, mais au contraire en prolongeant une tradition culturelle et esthétique qui prend sa source dans l’art baroque de la Nouvelle-Espagne, né de l’influence coloniale espagnole progressivement métissée au contact de la réalité centraméricaine, et dans lequel l’hybridation des contraires serait harmonieusement possible.</p>
<p>La dramaturgie même du film puise dans les traditions théâtrales baroques espagnoles et élisabéthaines (il est très librement adapté de <em>La Mégère apprivoisée</em> de Shakespeare), où le mélange des genres était de rigueur. Ainsi du jeu de María Félix, qui oscille entre émotion retenue, roulements d’yeux et haussement de sourcils dignes du muet, gestuelle de <em>commedia dell’arte</em> et sentimentalisme exacerbé. Le film, se nourrissant d’influences multiples, invente un vocabulaire qui va irriguer l’art visuel latino-américain du XXe siècle, en contribuant à construire une mythologie et même une imagerie d’un Mexique à la fois idéalisé et contrasté (qu’on trouvait déjà dans <em>Que Viva Mexico</em> de Eisenstein, ou dans les fresques de Diego Rivera), déclinée <em>ad libitum</em> jusqu’à des versions plus subversives chez Kazan, Buñuel, Leone ou Peckinpah. Fernández contribuera lui-même à cette lecture désenchantée de l’histoire mexicaine en interprétant le rôle d’un officier mexicain dégénéré et sadique dans <em>La Horde Sauvage</em> (1969) et d’un chef mafieux dans <em>Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia </em>(1974). Mais il n’est pas impossible de voir aussi une descendance dépolitisée de la vision qu’avait le film des rapports de classes et de la guerre des sexes dans les <em>telenovelas</em> qui vont inonder les petits écrans de l’Amérique latine et du monde entier à partir des années soixante. La mélancolie qu’on peut éprouver à revoir ce film, au-delà de sa beauté propre, tient sans doute à une double perte : celle de la disparition d’un idéal politique enfoui par un siècle de domination, de corruption et de violence, mais aussi celle d’un cinéma, à la fois exigeant et populaire qui, de façon presque messianique, s’en faisait le héraut.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334666_130();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334666_130();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334666_130">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334666_130" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334666_130('footnote_plugin_tooltip_334666_130_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334666_130_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Ajoutons cette scène où Reyes donne une interprétation très personnelle du tableau de Nicolás Rodríguez Juárez, <em>L’Adoration des Rois Mages</em> («&nbsp;<em>symboles de pouvoir, de richesse, et d’oppression</em>&nbsp;»), où les trois émissaires se prosternent dans l’ombre devant l’enfant Jésus (qui selon le général a apporté «&nbsp;<em>l’amour, la charité, la pureté et la bonté</em> »).</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334666_130() { jQuery('#footnote_references_container_334666_130').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334666_130').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334666_130() { jQuery('#footnote_references_container_334666_130').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334666_130').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334666_130() { if (jQuery('#footnote_references_container_334666_130').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334666_130(); } else { footnote_collapse_reference_container_334666_130(); } } function footnote_moveToReference_334666_130(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334666_130(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334666_130(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334666_130(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/enamorada/">Enamorada</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Girl</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/girl-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Aug 2026 10:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Shu Qi dépeint le quotidien oppressant d’une petite fille, Hsiao-lee, au sein d’une famille dysfonctionnelle taïwanaise à la fin des années 1980. Avec ce récit aux accents...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/girl-3/" title="Read  Girl">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Shu Qi dépeint le quotidien oppressant d’une petite fille, Hsiao-lee, au sein d’une famille dysfonctionnelle taïwanaise à la fin des années 1980. Avec ce récit aux accents autobiographiques, l’actrice de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/millennium-mambo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Millenium Mambo</em></a> et de<em> The Assassin</em> semble marcher dans les pas de Hou Hsiao-hsien première période, lorsqu’il se remémorait son adolescence (<em>Les Garçons de Fengkuei</em>) ou son enfance (<em>Un temps pour vivre, un temps pour mourir</em>) – c’est lui qui l’aurait d’ailleurs encouragée à passer derrière la caméra. Le motif de la réminiscence s’incarne toutefois ici autrement, par un goût prononcé pour les visions mentales ou les multiples ruptures de rythmes et inserts qui visent à épouser la subjectivité des personnages (les syncopes du montage viennent par exemple traduire une mémoire fragilisée par des épisodes traumatiques). Si Shu Qi fait ainsi preuve d’une certaine ambition, l’exécution reste brouillonne, donnant l’impression d’une forme encore en gestation, qui se cherche à travers la multiplication de ses effets. C’est qu’il y a une contradiction entre la mise en scène, qui vise à capter des sensations fugaces ou des tressaillements de la conscience, et la lisibilité des enjeux narratifs.<em> Girl</em> tient même du film à thèse, en s’attachant à dépeindre la manière dont la toxicité du mari alcoolique&nbsp;contamine la relation entre la mère et la fille. Cette circulation ambivalente, où la mère est à la fois un bourreau et une victime, perd de sa puissance à force d’être martelée de séquence en séquence. Non seulement les mêmes situations d’humiliation se répètent (tantôt entre le mari et sa femme, tantôt entre la mère et sa fille), mais elles sont aussi soulignées par les dialogues («&nbsp;<em>vous m’appartenez</em> » lance par exemple l’homme à sa conjointe), et même redoublées symboliquement dans des inserts peu subtils (une araignée piégeant sa proie lors d’un accès de colère du patriarche ; le vol d’un oiseau quand Hsiao-lee court seule sur une piste d’athlétisme pour signifier le bref élan d’émancipation ressenti par la jeune fille).</p>
<p>L’aspiration à la liberté de Hsiao-lee se trouve elle aussi entravée par cette tendance au stabilotage, notamment à travers la bipartition rigide que met en place le récit. L’espace domestique est ainsi filmé à travers des surcadrages appuyés qui enserrent les corps dans l’encadrement des portes, ou les visages derrière des barreaux de fenêtre – comprendre : l’espace familial est une prison. À ces scènes d’enfermement répondent les escapades de Hsiao-lee avec sa nouvelle amie Li-li, jeune fille au tempérament fougueux qui l’entraîne dans des échappées solaires, loin de la toxicité du foyer. Par ce jeu de contrastes démonstratifs, les personnages finissent par devenir des figures archétypales. Cette pesanteur didactique est d’autant plus regrettable qu’elle lisse un récit intime dont la noirceur affleure dans un beau plan de l’ouverture, qui figure Hsiao-lee, dissimulée derrière une sorte de cabane en toile dans sa chambre, observant l’ombre d’une main masculine se poser derrière le tissu. À la manière d’une image primitive, la scène réussit à traduire quelque chose d’une blessure de l’enfance liée à la peur de la figure masculine menaçante. Mais elle condense aussi les limites de <em>Girl</em> lorsqu’elle réapparaît sous la forme d’un rêve au milieu du film : cette fois, la main transperce le drap pour venir saisir la jeune fille au cou. Là où le premier plan tirait sa force de son pouvoir de suggestion, sa reprise l’affaiblit par un montage laborieux, multipliant les plans sur la main et le visage terrorisé. Shu Qi semble ici ne plus faire confiance aux moyens de sa mise en scène, en littéralisant une nouvelle fois une idée qui perd alors de sa force d’évocation.</p>
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		<item>
		<title>Des Fleurs pour Tokyo</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-fleurs-pour-tokyo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Aug 2026 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des Fleurs pour Tokyo s’ouvre sur une très belle série de souvenirs où l’on voit une famille passer quelques jours dans une maison de campagne. Si rien n’annonce encore explicitement le drame à venir, le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-fleurs-pour-tokyo/" title="Read  Des Fleurs pour Tokyo">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Des Fleurs pour Tokyo </em>s’ouvre sur une très belle série de souvenirs où l’on voit une famille passer quelques jours dans une maison de campagne. Si rien n’annonce encore explicitement le drame à venir, le rythme alangui de ces dix premières minutes laisse déjà pourtant affleurer une profonde mélancolie. Ainsi, un simple échange de ballon entre le père et son fils se prolonge bien au-delà de sa fonction narrative, laissant s’installer la douceur fragile d’un instant déjà menacé de disparition. Cette suspension passe aussi par un remarquable travail sonore : dans le jardin, le chant continu des grillons semble envahir tout l’espace, quand dans la chambre où les parents se retrouvent enfin seuls, le silence, presque absolu, donne soudain à chaque parole un poids particulier. Au cœur de cette séquence demeure une figure qui échappe sans cesse au regard : la mère. Au début du film, un plan de route la sépare d’abord du reste de la famille. Tandis que le père et les enfants la traversent, elle demeure seule sur le trottoir, retenue par le défilé des voitures et des camions. À partir de là, la mise en scène ne cesse de différer l’accès au personnage : filmée de dos, reléguée au fond des cadres, enfermée dans des surcadrages dessinés par les portes ou fenêtres, elle paraît en retrait du groupe. Même le long champ-contrechamp qui la réunit à son mari ne rompt jamais cette distance : son visage demeure à moitié englouti dans l’ombre, ses larmes à peine perceptibles. Un dernier panoramique prolonge enfin ce geste : alors que le père descend rejoindre ses enfants, la caméra poursuit seule son mouvement jusqu’au couloir et à l’escalier plongés dans l’obscurité, au bout desquels on devine que la mère est seule, inaccessible. Le film ne révèle pas encore sa disparition mais il la prépare, plan après plan.</p>
<p>Le retour au présent marque toutefois un net infléchissement de cette inspiration formelle, visible en particulier dans la manière de filmer Tokyo. Les traversées en voiture, bercées par un synthé <em>lo-fi</em> alors que défilent les façades, cristallisent ce glissement : à contrario du premier segment du film où les enjeux étaient spatialisés, Tokyo apparaît de son côté davantage comme une surface à contempler. Les cadres rectilignes, les surcadrages et le goût pour l’architecture finissent alors par faire système&nbsp;: les personnages sont inlassablement retenus dans des compositions assez uniformes, dont l’élégance tend moins à révéler les singularités de chaque scène qu’à les fondre dans une même tonalité mélancolique.</p>
<p>Le drame se déplace alors presque entièrement du côté des dialogues, qui prennent en charge les retrouvailles entre le père et ses enfants, les aveux de culpabilité ou les sentiments contrariés des uns et des autres. La longue conversation finale entre le frère et la sœur en constitue l’exemple le plus manifeste : malgré les lumières de la ville qui enveloppent la scène, le champ-contrechamp demeure d’une grande neutralité, rythmé uniquement par les répliques. Par instants, le film retrouve néanmoins cette précision qui avait séduit dans le prologue. Lorsque le père et son fils se font enfin face, séparés par une baie vitrée, le logo de l’entreprise d’architecture, fait de diagonales et de cercles entremêlés, se superpose au visage du jeune homme. À cet instant, le son s’interrompt, les plans s’allongent&nbsp;: pendant quelques secondes, l’espace redevient le véritable foyer du drame. Mais ces quelques percées restent l’exception&nbsp;: à force de tout envelopper dans une même douceur contemplative, <em>Des Fleurs pour Tokyo</em> laisse l’émotion à l’état de promesse.</p>
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		<item>
		<title>Les Matins merveilleux</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-matins-merveilleux-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suite à la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) s’occupe des biens légués par la défunte : parmi eux, se trouve un carton rempli de vinyles disco, qu’elle doit remettre à un inconnu habitant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-matins-merveilleux-2/" title="Read  Les Matins merveilleux">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Suite à la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) s’occupe des biens légués par la défunte : parmi eux, se trouve un carton rempli de vinyles disco, qu’elle doit remettre à un inconnu habitant une station balnéaire méditerranéenne. Alors que la trentenaire célibataire est engluée dans un quotidien un peu terne à Paris, ce voyage vers le Sud représente pour elle une échappée. Pour le film, en revanche, il servira de prétexte à dérouler deux trajectoires programmatiques – une quête des origines, bientôt suivie d’un récit d’émancipation. Ces deux pans du scénario s’articulent autour d’une même image, que le mystérieux destinataire des vinyles (Eric Cantonna) montre à Charlie à son arrivée : une courte vidéo datant des années 1980 où la mère de la jeune femme danse en boîte de nuit. Prise dans l’effervescence des années disco, la figure maternelle, décédée quand Charlie était encore adolescente, se révèle aux yeux de sa fille sous un jour inédit. Dans un premier temps, il s’agira donc pour elle d’en apprendre davantage sur le passé de sa génitrice, au contact de cet ancien ami que Charlie imagine être son père, qu’elle n’a jamais connu. Plus encore, la vidéo qu’elle se passe en boucle devient peu à peu un modèle pour vivre sa vie plus intensément. Un plan symbolise cette logique : tandis qu’elle regarde une énième fois les images sur un écran de télévision, Charlie se met à reproduire les pas de danse de sa mère. Le cadrage insiste alors sur la superposition entre la femme à l’écran et le reflet de sa fille, qui tente laborieusement de l’imiter.</p>
<p>Avril Besson essaie certes d’insuffler de la légèreté à ce schéma narratif, en jouant sur le décalage entre la gravité des événements évoqués et l’attitude détachée, légèrement goofy, de sa protagoniste – une trentenaire lunaire et déphasée, figure qui ressemble de plus en plus à un nouvel archétype du cinéma français (Laure Calamy et Lætitia Dosch sont passées par là). Si la réalisatrice ne manque pas de tendresse pour ses personnages, elle a aussi la main lourde pour forcer l’empathie envers la sensibilité à fleur de peau de Charlie, à l’image d’une scène de karaoké où elle reprend « Mon amie la rose » de Françoise Hardy. Filmée <em>in extenso</em>, la performance peine à faire advenir l’émotion recherchée à cause des coquetteries de la mise en scène : plan unique, zoom se resserrant lentement sur le visage d’India Hair, regard caméra de cette dernière. Le personnage de Marina (Raya Martiny), la serveuse flamboyante du bar du coin qui héberge Charlie, souffre de son côté d’une caractérisation schématique. Ses interactions sommaires avec une galerie de figures secondaires (son ex, une ado rebelle, un homme en fin de vie auquel elle rend visite quotidiennement, etc.) servent avant tout à peindre une femme à la carapace dure mais au cœur tendre, sans réussir à masquer le rôle fonctionnel des habitants de la petite ville. Mal assorties au premier abord, les deux personnages vont finir par se rapprocher, permettant à Charlie de vivre une seconde jeunesse à travers une romance lesbienne. Alors que vers la fin du film le duo partage une dose de LSD, une séquence nocturne laisse espérer que la cinéaste va lâcher la bride de son récit pour laisser une situation s’installer dans la durée, en observant leur rapprochement à mesure que la drogue altère leur perception. Malheureusement, on n’aura pas accès à cette expérience importante dans l’évolution de Charlie : une ellipse nous projette soudain au petit matin, où les deux femmes apparaissent hilares, en proie à des hallucinations.<em> Les Matins merveilleux</em> bute ainsi sur le paradoxe de vouloir filmer un éveil à la liberté à travers une forme qui en est elle-même dépourvue.</p>
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		<item>
		<title>The Ugly</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-ugly/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 10:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À peine revenu sur le devant de la scène avec l’assez réjouissant Colony, Yeon Sang-ho déçoit avec The Ugly, adaptation d’un roman graphique dont il est lui-même l’auteur. Loin des zombies et de la science-fiction...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-ugly/" title="Read  The Ugly">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À peine revenu sur le devant de la scène avec l’assez réjouissant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/colony-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Colony</em></a>, Yeon Sang-ho déçoit avec <em>The Ugly</em>, adaptation d’un roman graphique dont il est lui-même l’auteur. Loin des zombies et de la science-fiction qu’affectionne le cinéaste, le récit s’articule autour de l’enquête de Lim Dong-hwan (Park Jung-min), confronté aux zones d’ombre de son passé. Son père (Kwon Hae-hyo, habitué du cinéma de Hong Sang-soo depuis dix ans) est un artisan aveugle renommé qui fait l’objet d’un documentaire télévisé. C’est dans ce contexte que les ossements de sa mère, Young-hee, disparue mystérieusement depuis quarante ans, refont surface. Chapitré autour d’une série d’interviews, le film retrace alors le passé de cette femme aux traits présumément monstrueux – « The Ugly », ce serait donc elle. Enfin, pas vraiment : on comprend vite que le fantôme de Young-hee, dont le visage est constamment masqué dans les flashbacks (par le découpage, par le flou, par ses cheveux qui font office de masque), est le révélateur d’une laideur ambiante logée en chacun des autres personnages, au passé comme au présent.</p>
<p>L’enchâssement des flashbacks implique un jeu de va-et-vient toujours en deçà de son potentiel&nbsp;: même si le film entend télescoper plusieurs regards et interlocuteurs, chaque retour en arrière se détache du point de vue des différents conteurs pour simplement retracer étape par étape les événements qui ont conduit à la mort de la malheureuse. La plongée rétrospective dans une Corée du Sud paupérisée fait certes par endroits penser aux décors poisseux de <em>Spider</em> de Cronenberg (qui repose sur un principe narratif voisin), mais sans jamais parvenir à décoller la narration sinueuse d’une fable à gros sabots – jusque dans le dernier plan, le moins laid des personnages, c’est bien celle qu’on surnommait pourtant «&nbsp;tête de cul&nbsp;». Le film a beau tabler sur l’indécision, l’aveuglement et le mystère, son récit est cousu de fil blanc.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>I Want Your Sex</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/i-want-your-sex/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au moment de présenter I Want Your Sex, Gregg Araki a beaucoup commenté la façon dont le film (son premier en douze ans) se fait l’écho de la baisse de la sexualité dans la Gen...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/i-want-your-sex/" title="Read  I Want Your Sex">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au moment de présenter <em>I Want Your Sex</em>, Gregg Araki a beaucoup commenté la façon dont le film (son premier en douze ans) se fait l’écho de la baisse de la sexualité dans la Gen Z, jusqu’à décrire sa comédie comme « <em>une lettre d’amour positive sur le sexe</em>&nbsp;» adressée aux jeunes adultes de moins en moins portés sur la chose. Pas sûr toutefois que cette comédie, assez anecdotique au sein de sa filmographie, leur parle vraiment&nbsp;: pour la première fois, Araki ne regarde plus tout à fait la jeunesse avec l’énergie tonitruante de ses débuts ou la mélancolie abyssale de <em><a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mysterious Skin</a>.</em> <em>I Want Your Sex</em> ressemble pourtant à bien des égards à un retour d’Araki à sa première manière (parenthèses pop, débordements formels entre le cartoon et le psychédélisme), mais dont le style paraît anémié par l’écoulement du temps. Le film raconte, dans un long flashback, la relation SM et limite entre un jeune homme, Elliott (Cooper Hoffman), et son employeuse, Erika (Olivia Wilde), une artiste contemporaine dont les œuvres sont toutes articulées autour de la sexualité. La narration rétrospective ouvre sur un remake <em>camp</em> de <em>Boulevard du crépuscule</em> (du début dans la piscine à la fin qui figure un visage se liquéfiant), mais aussi sur une étude, qui se voudrait à la fois mordante et nuancée, des interactions des deux amants, Elliott devenant le « <em>sub</em> » (comprendre&nbsp;: le soumis et le jouet) de sa supérieure hiérarchique. Encadré par un interrogatoire policier, le récit est ainsi régulièrement commenté par les inspecteurs, pour que le héros apporte un éclairage en retour&nbsp;: oui, le comportement d’Erika peut passer pour manipulateur, oui certaines de leurs pratiques sexuelles étaient abrasives, mais il n’en demeurait pas moins un cobaye consentant et curieux de repousser les limites de ses fantasmes.</p>
<p>Ce n’est pas un hasard si Erika, dans l’entretien d’embauche qu’elle fait passer à Elliott au début de l’analepse, raille la «&nbsp;<em>police woke</em>&nbsp;»&nbsp;: le film entend justement désamorcer des lectures univoques de leur liaison, tout en donnant quelques taquets à une génération supposément trop frileuse dans son exploration de la sexualité. On le voit bien&nbsp;: du pastiche de Billy Wilder au dispositif de l’interrogatoire, qui veut contrecarrer une série d’interprétations judiciaires et morales (on y entend des termes comme «&nbsp;<em>grooming&nbsp;</em>», «&nbsp;harcèlement sexuel&nbsp;» ou «&nbsp;<em>gaslighting</em> »), le point de vue du film est bien peu du côté des adolescents et jeunes adultes d’aujourd’hui. Le scénario laissera même s’échapper hors champ le seul personnage qui ne vit pas sa sexualité avec épanouissement : la meilleure copine d’Elliott, en larmes après une tentative de plan à trois foirée. Ce qui étonne, surtout, c’est la mollesse de la comédie. La chair est un peu triste et la satire bande mou : l’incursion des fantasmes d’Elliott dans son morne quotidien produit des scènes qui retombent toujours flasquement dans une image numérique dévitalisée, loin de la stylisation foutraque qui faisait jadis la marque de fabrique d’Araki. Il est parfois compliqué pour un cinéaste de la jeunesse de vieillir. Pour le meilleur, l’œuvre peut glisser vers le mélodrame hanté (c’était d’ailleurs le cas, pour Araki, de l’assez beau <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/white-bird/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>White Bird</em></a>) ou radicaliser un geste initial (<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/mostra-de-venise-2014/the-smell-of-us/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Smell of Us</em></a> de Larry Clark)&nbsp;; pour le pire, rejouer avec moins d’entrain l’énergie des débuts ou finir par avoir sur les personnages filmés un regard de «&nbsp;vieux&nbsp;». Soit les deux écueils principaux de <em>I Want Your Sex</em>.</p>
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		<title>Sous le ciel de Kyoto</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sous-le-ciel-de-kyoto/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jul 2026 10:30:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cinéma d’Akiko Ohku, la mise en scène prolonge et exacerbe la vie intérieure de ses protagonistes via une série de procédés formels (jump cuts, slow motion, zooms brusques, etc.), pour donner une expression...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sous-le-ciel-de-kyoto/" title="Read  Sous le ciel de Kyoto">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le cinéma d’Akiko Ohku, la mise en scène prolonge et exacerbe la vie intérieure de ses protagonistes via une série de procédés formels (<span style="font-style: normal !msorm;"><em>jump cuts</em></span>, <span style="font-style: normal !msorm;"><em>slow motion</em></span>, zooms brusques, etc.), pour donner une expression sensible à leurs sentiments. La singularité de <em>Sous le ciel de Kyoto</em> est que cette logique s’incarne notamment par la météo ; le ciel devient le baromètre des humeurs des personnages. À ce motif météorologique s’ajoute une autre spécificité : pour la première fois, la réalisatrice délaisse les portraits de femmes d’âge mûr qui structuraient jusque-là ses films pour se focaliser sur un jeune homme, Toru. Son existence se résume à son travail de nuit dans un bain public, avec son exubérante collègue Sacchan, les rencontres occasionnelles avec son unique ami, Yamane, et une passion silencieuse pour Hana, une jeune femme qu’il observe de loin dans les couloirs de l’université. Le premier échange avec cette dernière déclenche chez Toru une crise de panique retranscrite par des <span style="font-style: normal !msorm;"><em>jump cuts</em></span>, des sons saccadés et des images surexposées, comme si l’espace lui-même se désagrégeait sous le poids de l’événement. Lors de leur deuxième rencontre, c’est au tour du cadre de se contracter, passant du format 16:9 au 4:3. Pendant près d’une demi-heure, le film demeure enfermé dans ce cadre resserré, le temps d’une comédie romantique volontairement étriquée – le monde se réduit alors à l’horizon de la rencontre. Cette bulle vient se rompre de manière inattendue : le souvenir de la grand-mère décédée de Toru, par l’entremise d’un flashback, dissipe l’enchantement et ramène le film au format large, en dehors de la brève utopie sentimentale jusqu’ici tissée. Le soleil qui vient frapper le visage de Toru au moment précis où l’image retrouve sa pleine largeur acte le premier décentrement vis-à-vis de son point de vue.</p>
<p>Le son obéit à cette même logique d’ouverture et de retrait. On entend fréquemment les pensées de Toru, comme lorsqu’il imagine la voix de Hana en poussant une porte, ou reproduit le bruit des nouilles qu’elle aspire, mâche et avale à la cantine en une succession d’onomatopées matérialisant son obsession. Plus généralement, le film fait des bruits (les clochettes à vent, les carillons d’une horloge) les marques d’un passage entre l’intériorité du personnage et le monde extérieur. Les variations sonores pointent souvent les moments où Toru doit choisir entre demeurer enfermé dans sa propre perception ou laisser le réel faire irruption dans son univers sensible. Cette tension trouve son aboutissement dans le motif de la télévision, lorsque Hana confie à Toru qu’elle est incapable d’en écouter le son au volume maximal. La remarque paraît anodine jusqu’au moment où, regardant un bulletin météorologique, le jeune homme tente à son tour d’augmenter le volume. Le journal bascule alors vers un reportage sur les exportations d’armes japonaises au Moyen-Orient, puis sur la mort de dizaines d’enfants lors d’un bombardement à Gaza. Toru se découvre incapable d’aller jusqu’au bout de son geste. Ce qui figurait jusque-là une ouverture au monde devient soudain insoutenable : les informations font irruption dans sa bulle subjective avec une violence telle que le personnage ne peut plus le supporter.</p>
<h2>Comme il pleut sur la ville</h2>
<p>L’acmé du film, en même temps que le tournant pour Toru, intervient exactement à la moitié du récit (attention, <em>spoilers</em>). Il s’agit d’une déclaration d’amour de près de dix minutes, dont la part délirante est nuancée par la sobriété qu’adopte pour une fois la mise en scène, de la part de Sacchan et destinée à Toru. Si cette séquence surgit comme une surprise, l’affection de la jeune femme n’apparaît pas pour autant de manière soudaine. Le film en disséminait depuis longtemps les signes : les orteils qui se replient lorsqu’il lui adresse la parole, les danses improvisées au moindre indice de tendresse, puis ce geste désespéré qui voit le personnage s’immerger sous l’eau lorsqu’elle comprend que ses sentiments ne sont pas partagés. Pourtant, la confession a valeur de choc thermique : le film change instantanément de température. L’idylle entre Toru et Hana nous avait enfermés dans la même illusion que Toru ; comme lui, nous découvrons trop tard ce qui se jouait sous nos yeux.</p>
<p>Bien que la scène tienne du soliloque, il y a quelque chose de lyrique dans la manière dont Sacchan s’exprime : elle parle souvent de façon décousue, se répète, invente des mots, se contredit. Filmé à distance, son corps demeure inscrit dans l’espace qui l’entoure, et la mise en scène rend avant tout perceptible l’écart qui la sépare de Toru. Elle est montrée en plans fixes, à l’exception d’un très lent zoom, qui s’interrompt prématurément avant même de pouvoir atteindre son visage, comme si la caméra reculait au dernier instant. Les plans consacrés à Toru obéissent à une dynamique inverse : filmés à l’épaule, toujours très rapprochés, jusqu’à un zoom violent qui vient enfermer son visage dans une proximité presque agressive. Cette dissymétrie compose deux régimes de regard : Toru maintient Sacchan à distance, incapable de sortir de sa propre perception ; Sacchan, au contraire, le regarde comme si la mise en scène cherchait à abolir l’espace les séparant.</p>
<p>On pourrait décrire tout le mouvement du film comme un déplacement vers le visage d’autrui. L’enjeu consiste à rappeler qu’un monde entièrement intérieur ne peut se suffire à lui-même ; toute existence suppose un univers de relations, et donc une responsabilité envers l’autre. Cette question affleure par la mise en espace des rapports entre les personnages. C’est pourquoi le monologue de Sacchan revient au moment du dénouement sous forme de flashbacks, mais filmé autrement : cette fois, son visage apparaît enfin en gros plan, et lorsqu’elle quitte le cadre, la caméra s’attarde quelques secondes supplémentaires sur l’espace vide, comme si son absence devenait enfin perceptible. Le même principe gouverne un autre moment important à la fin, lorsque le monologue de Hana est accompagné d’un zoom brutal qui vient s’approcher de son visage jusqu’à une proximité inconfortable. Chez Ohku, l’émotion procède toujours de la distance à laquelle elle filme ses personnages.</p>
<h2>Je est un autre&nbsp;?</h2>
<p>À l’image des personnages qu’il suit, <span style="font-style: normal !msorm;"><em>Sous le soleil de Kyoto</em></span> avance dans une forme d’innocence qui fait sa beauté. L’écriture d’Ohku consiste à faire coexister les comportements excentriques de ses protagonistes, socialement inadaptés, avec des sentiments à l’état brut qui explosent sans médiation. Ses personnages semblent presque tous neuroatypiques, évoluant en marge des conventions sociales, et c’est précisément cette condition qui permet à ses tropes mélodramatiques, parfois à la limite du forcé ou de la mièvrerie (les audacieux rebondissements sentimentaux, ou encore les références récurrentes à Gaza, qui apparaissent comme des injonctions morales déplacées), de cohabiter avec une étrangeté qui finit par les racheter. <em>Sous le ciel de Kyoto</em> peut parfois sembler maladroit et naïf – il adopte, après tout, le point de vue d’un adolescent. Son innocence repose sur une croyance enfantine : ce que l’on ressent finit par transformer ce que l’on voit. Mais cette croyance touche fatalement à ses limites lorsque les sentiments de chacun dessinent des mondes incompatibles. La scène finale donne à cette contradiction la forme d’une impasse : l’amour de Toru pour Hana est sincère, mais ne peut plus constituer à lui seul la réalité de son existence. Ainsi, dans le monologue final, la mise en scène acte une forme de dissociation vis-à-vis de l’intériorité du personnage, en s’élevant pour ouvrir le plan à ce qui échappe à son regard. Le titre original du film, que l’on pourrait traduire du japonais par «<span style="font-style: normal !msorm;"><em> Je</em></span><em> ne peux toujours pas dire que le ciel d’aujourd’hui est mon préféré&nbsp;»</em>, désigne la difficulté d’accepter une réalité qui ne se conforme pas à nos désirs. Réceptacle des souvenirs et de la projection de ses fantasmes, le ciel demeure jusqu’au dernier plan encore autre chose : la manifestation d’un réel qui excède le point de vue de Toru et résiste à ce qu’il voudrait y voir.</p>
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		<title>The Scores (ep.10) : Redstarstill</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-10-redstarstill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jul 2026 10:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. redstarstill (Esther Glavany) est productrice de musique et ingénieure du son pour le cinéma. “Par sa...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-10-redstarstill/" title="Read  The Scores (ep.10) : Redstarstill">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. redstarstill (Esther Glavany) est productrice de musique et ingénieure du son pour le cinéma.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" title="Outsiders: The Scores w/ Redstarstill @ Kiosk Radio 15.07.2026 by Kiosk Radio" width="500" height="400" scrolling="no" frameborder="no" allow="autoplay; encrypted-media" src="https://w.soundcloud.com/player/?visual=true&amp;url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F2361568427&amp;show_artwork=true&amp;maxheight=750&amp;maxwidth=500"></iframe></p>
<p>“<em>Par sa faculté de révéler la matière des objets, de rendre présente la chair des corps derrière tout discours, le son nous tient, nous prend et nous bouleverse. Il se révèle autant chair des codes que chair des icônes. Et si l’image sonore ressuscite la mémoire de la chair, elle émerge, comme présence vivante, en train d’être vécue, à partir de l’écoute, c’est-à-dire dans l’instant aigu de la sensation.</em>”</p>
<p style="text-align: right;">Daniel Deshays, <em>Entendre le cinéma</em>, p. 27</p>
<p>Productrice de musique, je travaille aussi le son pour le cinéma. Ces deux pratiques ne sont pas juxtaposées mais interdépendantes selon moi : elles se répondent, se nourrissent, et convergent vers une même hypothèse. Celle d’une coexistence du son, où tout, littéralement, peut devenir matière. C’est par exemple dans le montage son au cinéma que ce principe trouve un terrain fertile : un espace de jeu presque infini, où chaque son peut être déplacé, recomposé, assigné à un autre sens que celui qu’on lui connaissait. Le mix proposé ici aurait pu former une tout autre composition ou ensemble. Une autre écoute, un autre regard, un autre ancrage. Et, c’est un algorithme sensible différent qui en aurait résulté. Un agencement qui n’existera nulle part ailleurs que dans cette sélection précise.</p>
<p>Ce qui suit n’est donc pas une collection de coups de cœur, mais une série de choix. Tout travail du son, s’il est mené jusqu’au bout de sa logique, est un travail politique : il faut constamment questionner, ou déplacer la fenêtre qui semble être fixée. C’est dans cet horizon-là anticapitaliste, antiraciste, antipatriarcal, que s’inscrit mon rapport au son.</p>
<p>Les perspectives sonores, les rythmes, les niveaux, le mixage sont autant de moyens de formulation infinis : la périodicité d’un son, son image, sa représentation, son empreinte, sa superposition à d’autres sons, son mouvement. Tout cela participe d’une même écriture de l’espace-temps… Cette question du souvenir sonore, de ce qui reste et de ce qui s’efface, est un questionnement central dans ma pratique du son et dans ma manière d’écouter. Elle rejoint celle que pose Mark Fisher lorsqu’il évoque le travail de William Basinski autour du coffret<em> Theoretically Pure Anterograde Amnesia</em> (2006). Pensé autour d’une forme d’amnésie où l’on garde le souvenir du passé sans pouvoir en créer de nouveaux<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334762_144('footnote_plugin_reference_334762_144_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334762_144('footnote_plugin_reference_334762_144_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334762_144_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334762_144_1" class="footnote_tooltip"><span style="font-weight: 400;">Mark Fisher<em>, Spectres de ma vie</em>, p. 126.</span></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334762_144_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334762_144_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Basinski y recrée par le son cette désorientation, en semant “<em>des fragments de mélodie émergeant d’un cloaque audio et tonal monotone</em>”<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334762_144('footnote_plugin_reference_334762_144_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334762_144('footnote_plugin_reference_334762_144_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334762_144_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334762_144_2" class="footnote_tooltip"><em><span style="font-weight: 400;">Ibid</span></em><i><span style="font-weight: 400;">.</span></i></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334762_144_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334762_144_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, impossibles à situer précisément dans le temps même après plusieurs écoutes.</p>
<p>Je finirais mon introduction avec une mention de la notion de «paysage sonore», notion pensée par R. Murray Schafer (1977)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334762_144('footnote_plugin_reference_334762_144_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_334762_144('footnote_plugin_reference_334762_144_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334762_144_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334762_144_3" class="footnote_tooltip">Murray Schafer,<i> The Tuning of the World</i>, 1977<i>.</i></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334762_144_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334762_144_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, qui pense l’environnement sonore comme un tissu de significations plutôt qu’un tas de bruits : des signaux repères, des empreintes qui s’ancrent, un silence qui n’est jamais un vide mais l’espace qui laisse respirer le reste. Ce sont quelques-uns de ces paysages-là que j’essaie de vous faire écouter avec ce mix !</p>
<p>“Through its ability to reveal the materiality of objects, to make the flesh of bodies present behind all discourse, sound holds us, seizes us, and moves us. It proves to be as much the flesh of codes as the flesh of icons. And if the sonic image resurrects the memory of the flesh, it emerges as a living presence, unfolding through the act of listening itself—that is, in the acute instant of sensation.”</p>
<p><em>Daniel Deshays</em>, Entendre le cinéma, p. 27</p>
<p><em>I am a music producer, I also work in sound for cinema. To me, these two practices are not separate but deeply interdependent: they respond to one another, nourish one another, and converge toward the same hypothesis—that of a coexistence of sound, where literally anything can become material.</em></p>
<p><em>Sound editing for film is perhaps where this principle finds its most fertile ground: an almost limitless field of play in which every sound can be displaced, recomposed, and assigned a meaning other than the one it originally carried. The mix presented here could just as easily have become an entirely different composition. Another way of listening, another perspective, another anchor point. A different sensory algorithm would have emerged. An arrangement that exists nowhere else but within this precise selection.</em></p>
<p><em>What follows, then, is not a collection of personal favorites, but a series of deliberate choices. Any work with sound, if pursued to the end of its own logic, is political work: it constantly requires questioning—or shifting—the frame that appears to be fixed. It is within this anti-capitalist, anti-racist and anti-patriarchal horizon that my own sonic practice is situated.</em></p>
<p><em>Sonic perspectives, rhythms, levels and mixing offer endless possibilities for articulation: the periodicity of a sound, its image, its representation, its imprint, the way it overlaps with other sounds, its movement. Together, these elements form a single writing of space and time.</em></p>
<p><em>Questions of sonic memory—of what remains and what fades away—lie at the heart of both my practice and my way of listening. They resonate with the questions raised by Mark Fisher when discussing William Basinski’s Theoretically </em>Pure Anterograde Amnesia<em> (2006), a work conceived around a form of amnesia in which one retains memories of the past while remaining unable to create new ones.¹ Through sound, Basinski recreates this sense of disorientation by scattering «</em>fragments of melody emerging from a monotonous audio-tonal swamp<em>«² impossible to place precisely in time, even after repeated listening.</em></p>
<p><em>I would like to conclude this introduction with the notion of the soundscape, developed by R. Murray Schafer (1977).³ Schafer understands the sonic environment not as a mere accumulation of noises, but as a fabric of meanings: signals and landmarks, sonic imprints that become embedded in memory, and a silence that is never emptiness but the space that allows everything else to breathe.</em></p>
<p><em>These are some of the soundscapes I hope to invite you to listen to through this mix.</em></p>
<h2><em>SHAKEDOWN</em> BY LEILA WEINRAUB</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt (Music by Tim DeWit)</strong></p>
<p><strong>08’33” ♪</strong></p>
<p>Pendant près de quinze ans, dans les années 90–2000, Leila Weinraub a filmé les nuits du <em>Shakedown </em>: un club de strip-tease créé pour et par des femmes noires lesbiennes de Los Angeles. Le film rassemble archives VHS, interviews et scènes de club en un seul geste. Presque une mixtape visuelle. <em>Shakedown</em> est le récit d’une communauté qui construit ses propres représentations, en dehors des circuits médiatiques dominants.</p>
<p>La musique de Tim DeWit enveloppe les images, comme s’il fallait traduire en son la tendresse d’un lieu qu’on ne filme jamais tout à fait de l’extérieur. Aussi, le travail sonore participe pleinement à cette position. Weinraub refuse le mixage démonstratif ou l’explication par la voix-off : l’écoute demeure immergée dans le club, traversée par les basses, les cris, les conversations, les annonces du DJ et les réverbérations propres à un espace saturé de corps. Les frontières entre musique, ambiance et parole restent volontairement poreuses.</p>
<p><em>For nearly fifteen years, throughout the 1990s and 2000s, Leila Weinraub documented the nights of Shakedown, a strip club created by and for Black lesbian women in Los Angeles. The film brings together VHS archives, interviews and club footage in a single gesture—almost like a visual mixtape. Shakedown tells the story of a community creating its own representations beyond the reach of mainstream media.</em></p>
<p><em>Tim DeWit’s score envelops the images, translating into sound the tenderness of a place that is never filmed entirely from the outside. The film’s sound design fully participates in this position. Weinraub rejects demonstrative mixing and explanatory voice-over: we remain immersed in the club, carried by bass frequencies, shouts, conversations, DJ announcements and the reverberation of a space saturated with bodies. The boundaries between music, ambience and speech remain deliberately porous.</em></p>
<h2><em>AFTERSUN</em> BY CHARLOTTE WELLS</h2>
<p><strong>03′40″ ♪ Sound excerpt (Music by Oliver Coates)</strong></p>
<p>Une jeune femme se souvient des dernières vacances passées avec son père, en Turquie, quand elle avait onze ans. Le film progresse avec une sensation de distance. Cassette vidéo, souvenirs flous, hors-champ, sans jamais totalement dire ce qui a suivi ce voyage.</p>
<p>Le son de ce film m’a tellement marqué que j’ai même samplé les pleurs du papa dans le son éponyme de mon dernier album. Ce qui m’est resté après la sortie de la salle de cinéma est cette sensation de latence créée par le son : le décalage entre ce que Sophie voit enfant et ce qu’elle comprend des années plus tard. La bande sonore du film est construite de sorte à ce que, les espaces où les silences, les respirations et les sons laissés soient une espèce de reproduction d’une mémoire altérée ? La musique d’Oliver Coates prolonge cette idée de rémanence : une matière sonore qui revient, se déforme et semble toujours sur le point de disparaître.</p>
<p><em>A young woman looks back on the last holiday she shared with her father in Turkey when she was eleven years old. The film unfolds through a sense of distance: camcorder footage, blurred memories, off-screen spaces—never fully revealing what happened after that trip.</em></p>
<p><em>The sound of this film affected me so deeply that I ended up sampling the father’s sobs in the title track of my latest album. What stayed with me long after leaving the cinema was this feeling of latency created through sound—the gap between what Sophie sees as a child and what she comes to understand years later. The soundtrack is shaped so that its silences, breaths and lingering sonic traces become an evocation of altered memory. Oliver Coates’ score extends this sense of persistence: a sonic material that returns, shifts, and always seems on the verge of disappearing.</em></p>
<h2><em>HYPE WILLIAMS — 2008 2011</em> BY INGA COPELAND &amp; DEAN BLUNT</h2>
<p><strong>06′08″ ♪ Original Score by Hype Williams</strong></p>
<p><strong>14′32″ ♪&nbsp;</strong></p>
<p>Difficile de parler de l’avant-garde musicale britannique des années 2010 sans évoquer Hype Williams. Duo iconique composé de Dean Blunt et Inga Copeland. Iels ont développé entre 2007 et 2012 une série de vidéos et de compilations, mêlant par exemple pop culture, clips trouvés et samples déformés. Ce montage vidéo en compile une partie.</p>
<p>Le son, «non résolu», est une matière ambiante et vivante. Ce qui rend leur travail profondément marquant est peut-être cette affirmation radicale : créer sans demander d’autorisation, faire exister une forme simplement parce qu’elle doit exister. Mais cette liberté n’est pas un geste abstrait ou détaché du monde : elle s’inscrit dans un contexte précis, celui d’une génération d’artistes britanniques travaillant depuis les marges des industries culturelles, se réappropriant des images, des sons et des outils qui ne leur étaient pas nécessairement destinés. Leur production devient pour moi un espace de résistance et d’invention. Un geste qui dit moins « regardez-moi » que « cette chose existe parce que je l’aime, et cette existence même constitue déjà une prise de position ».</p>
<p><em>It is difficult to speak about the British musical avant-garde of the 2010s without mentioning Hype Williams, the iconic duo formed by Dean Blunt and Inga Copeland. Between 2007 and 2012, they produced a series of videos and compilations that brought together elements of pop culture, found footage, and manipulated samples. This video montage assembles fragments of that body of work.</em></p>
<p><em>Their sound is deliberately unresolved: ambient, unstable, and alive. What makes their work so compelling is perhaps its radical proposition—to create without asking permission, to bring a form into existence simply because it needs to exist. Yet this freedom is never abstract or detached from the world. It emerges from a specific context: a generation of British artists working from the margins of the cultural industries, reclaiming images, sounds and tools that were not necessarily meant for them. For me, their work becomes a space of resistance and invention, a gesture that says less «look at me» than «this exists because I love it—and that existence alone is already a political stance.»</em></p>
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<h2><em>BORDER</em> BY LAURA WADDINGTON</h2>
<p><strong>10′26″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>En 2002, Laura Waddington passe plusieurs mois cachée dans les champs autour du camp de Sangatte, aux côtés de réfugiés afghans et irakiens qui tentent de traverser le tunnel sous la Manche. Filmé de nuit, avec l’obturateur grand ouvert pour capter la moindre lumière, le film ne montre presque jamais les visages : seulement des silhouettes, tremblées, presque fantomatiques.</p>
<p>Les souffles, les vents, les bruits lointains et les nappes électroniques construisent un espace sonore aussi incertain que l’image. Cette imprécision n’est jamais un manque : elle devient une position éthique.</p>
<p><em>In 2002, Laura Waddington spent several months hidden in the fields surrounding the Sangatte refugee camp, alongside Afghan and Iraqi refugees attempting to cross the Channel Tunnel. Shot at night with the camera’s shutter wide open to capture the faintest traces of light, the film almost never shows faces—only trembling silhouettes, ghost-like figures.</em></p>
<p><em>Breathing, wind, distant noises and electronic drones build a sonic space as uncertain as the image itself. This imprecision is never a shortcoming; it becomes an ethical position.</em></p>
<h2><em>FORSISSIES</em> BY CORA LLEDO</h2>
<p><strong>16′15″ ♪ Sound excerpt (Music by Forsissies)</strong></p>
<p>Forssisies est un documentaire réalisé par Cora Lledo, une plongée dans l’univers du groupe électro-punk bruxellois du même nom. Tourné entre Bruxelles, Paris et les Ardennes, le film suit quatre musiciennes dans leur quotidien, leurs répétitions et leurs concerts. En faisant émerger une parole sur la colère féministe, la sororité et le désir de créer un espace où la musique devient un outil d’expression, et de retournement de pouvoir.</p>
<p>J’ai eu la chance de travailler sur le son du film en tant que preneuse de son, puis de réaliser son mixage dans le cadre d’un projet de troisième année avec l’INSAS. Ce projet a été une réflexion sur ce que peut être un son documentaire : comment préserver une matière vivante, parfois déséquilibrée, sans chercher à la normaliser ? Ce film m’a encore appris à écouter : pour accompagner à la fois la force d’un discours et une matière sonore extrêmement riche d’un groupe dont la musique repose sur l’énergie et la saturation. En documentaire, on ne contrôle jamais totalement l’espace d’enregistrement. On accepte les distances, les accidents, les voix qui disparaissent derrière une basse ou un mur d’ampli.</p>
<p><em>Forssisies is a documentary by Cora Lledo, an immersion into the world of the Brussels-based electro-punk band of the same name. Filmed across Brussels, Paris and the Ardennes, it follows four musicians through their daily lives, rehearsals and performances, while bringing forward a conversation about feminist anger, sisterhood, and the desire to create a space where music becomes both a tool for expression and a means of reclaiming power.</em></p>
<p><em>I had the opportunity to work on the film as its sound recordist, as well as mixing engineer it as part of my third-year project at INSAS. The project became a reflection on what documentary sound can be: how do you preserve a living, sometimes unbalanced sonic material without trying to normalise it? This film taught me, once again, how to listen—how to support both the strength of a political voice and the extraordinarily rich sonic texture of a band whose music is built on energy and saturation. In documentary filmmaking, you never have complete control over the recording environment. You learn to embrace distance, accidents, and voices that disappear behind a bassline or a wall of amplifiers.</em></p>
<h2><em>ATLANTIQUE</em> BY MATI DIOP</h2>
<p><strong>19′46″ ♪ Original Score by Fatima Al Qadiri</strong></p>
<p><strong>21′22″ ♪</strong></p>
<p>À Dakar, un groupe de jeunes ouvriers disparaît en mer en tentant de rejoindre l’Europe ; leurs fiancées, restées à terre, sont bientôt visitées par des présences qui n’en sont pas tout à fait. Mati Diop construit un film de fantômes politiques, entre réalisme social et fable surnaturelle.</p>
<p>La bande son de Fatima Al Qadiri installe une tension permanente entre le concret (le port, le chantier, la ville) et l’irrésolu du deuil collectif. Le son fait exister ce qui, dans l’image, reste à la lisière du visible : les absents, et ce qu’ils laissent derrière eux.</p>
<p><em>In Dakar, a group of young construction workers disappear at sea while attempting to reach Europe. The fiancées they leave behind are soon visited by presences that are not quite ghosts. Mati Diop crafts a film of political hauntings, suspended between social realism and supernatural fable.</em></p>
<p><em>Fatima Al Qadiri’s score sustains a constant tension between the tangible—the port, the construction site, the city—and the unresolved nature of collective grief. The soundtrack gives presence to what remains at the edge of the screen: those who are absent, and what they leave behind.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/2_border_forsissies_atlantique.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334765 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/2_border_forsissies_atlantique.jpeg" alt width="1216" height="254" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/2_border_forsissies_atlantique.jpeg 1216w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/2_border_forsissies_atlantique-300x63.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/2_border_forsissies_atlantique-1024x214.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/2_border_forsissies_atlantique-768x160.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/2_border_forsissies_atlantique-980x205.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1216px) 100vw, 1216px"></a><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;">
<h2><em>ON VANISHING LAND </em>BY JUSTIN BARTON &amp; MARK FISHER</h2>
<p><strong>23′04″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>On Vanishing Land</em> est une fiction sonore prenant la forme d’une dérive le long de la côte du Suffolk, entre le port industriel de Felixstowe et le site archéologique de Sutton Hoo. À travers récit, fiction, histoire locale et enregistrements de terrain, Justin Barton et Mark Fisher imaginent une géographie hantée où différentes strates temporelles coexistent. Le “film” prolonge une idée centrale de Fisher : les paysages contemporains sont hantés par ce que le capitalisme a effacé, mais aussi par les futurs qui auraient pu exister. Le littoral du Suffolk devient ainsi un lieu où différentes temporalités entrent en collision.</p>
<p>J’ai choisi cet extrait parce qu’il pose une question : une œuvre sonore peut-elle être du cinéma ? Sans image, <em>On Vanishing Land</em> produit pourtant une expérience profondément cinématographique, non pas en illustrant un paysage mais en organisant une perception du temps et de l’espace. La voix, les prises de sons, et leurs traitements composent une fiction sonore où le port contemporain de Felixstowe, symbole du capitalisme logistique, entre en collision avec les traces archéologiques et les fantômes du passé. Le son devient ici une sorte de méthode de pensée, un chemin qui n’aboutit pas.</p>
<p>J’en profite également pour rendre hommage au travail de Mark Fisher qui est fondamental. À cette occasion, j’ai composé la musique du générique du long métrage <em>We Are Making A Film About Mark Fisher</em>, un film collectif et autofinancé, sorti en 2025.</p>
<p><em>On Vanishing Land is a sonic fiction that takes the form of a drift along the Suffolk coastline, between the industrial port of Felixstowe and the archaeological site of Sutton Hoo. Through storytelling, fiction, local history and field recordings, Justin Barton and Mark Fisher imagine a haunted geography where multiple temporal layers coexist. The «film» extends one of Fisher’s central ideas: that contemporary landscapes are haunted not only by what capitalism has erased, but also by the futures that never came. The Suffolk coast becomes a place where different temporalities collide.</em></p>
<p><em>I chose this excerpt because it raises a question: at what point does a sonic work become cinema? Even without images, On Vanishing Land produces a profoundly cinematic experience—not by illustrating a landscape, but by organising our perception of time and space. Voice, field recordings and their sonic treatments compose a form of audio fiction in which the contemporary port of Felixstowe—a symbol of logistical capitalism—collides with archaeological traces and the ghosts of the past. Here, sound becomes a method of thinking: a path that never seeks resolution.</em></p>
<p><em>I’d also like to take this opportunity to pay tribute to Mark Fisher, whose work I consider essential. I composed the opening credits music for the feature film We Are Making A Film About Mark Fisher, a collectively made, self-funded project released in 2025.</em></p>
<p>https://www.theguardian.com/film/2026/apr/17/we-are-making-a-film-about-mark-fisher-capitalist-realism</p>
<h2><em>MANDY</em> BY PANOS COSMATOS</h2>
<p><strong>27′44″ ♪ Original Score by Jóhann Jóhanssonn</strong></p>
<p>Dans une forêt isolée pendant les années 1980, une secte détruit la vie tranquille d’un couple ; ce qui suit est une vengeance sensorielle sous LSD, saturée de rouge et de fumée.</p>
<p>Dernière composition de Jóhann Jóhannsson pour le cinéma, la musique de Mandy est vraiment une expérience, nourrie par le doom metal, le heavy metal, et les «grandes masses sonores» du cinéma fantastique. La musique et le son forment une matière physique, une immersion où chaque vibration prolonge l’état de transe du film. D’ailleurs, une des citations du film est la pochette de mon dernier album.</p>
<p><em>Set in an isolated forest in the 1980s, Mandy begins when a religious cult destroys the quiet life of a couple. What follows is an LSD-soaked revenge story, saturated with red lights and clouds of smoke.</em></p>
<p><em>Jóhann Jóhannsson’s final score for cinema is less a soundtrack than a physical experience, drawing from doom metal, heavy metal and the “sonic masses” of fantasy cinema. The music and the sound are almost like physical matter, in which every vibration extends the film’s hallucinatory trance. A quote from the film even appears on the cover of my latest album.</em></p>
<p style="text-align: center;">“<em>When I die&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Bury me deep&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Lay two speakers at my feet&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Wrap some headphones&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Around my head&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>And rock and roll me</em>”</p>
<h2><em>GHOST DOG</em> BY JIM JARMUSCH</h2>
<p><strong>31′36″ ♪ Sound excerpt (Music by Cease Gunz) &amp; Original Score by RZA</strong></p>
<p>Un tueur à gages afro-américain vit selon le code des samouraïs, communique par pigeons voyageurs, et travaille pour un mafieux qui lui a sauvé la vie.</p>
<p>Le Samurai theme, composé par RZA, membre fondateur du Wu-Tang Clan, a largement contribué à faire de <em>Ghost Dog</em> une œuvre culte, en faisant dialoguer la culture hip-hop de la côte Est, et le cinéma de samouraïs. Figure pionnière de cette génération de producteurs qui ont redéfini le langage du rap dans les années 1990, le Wu-Tang Clan a profondément influencé mon propre rapport à la musique et à l’image.</p>
<p><em>An African American hitman lives according to the code of the samurai, communicates by carrier pigeon, and works for the Mafia boss who once saved his life.</em></p>
<p><em>The Samurai Theme, composed by RZA—founding member of the Wu-Tang Clan—played a major role in making Ghost Dog a cult classic by bringing East Coast hip-hop into dialogue with samurai cinema. As pioneers of a generation of producers who reshaped the language of rap throughout the 1990s, the Wu-Tang Clan profoundly influenced my own relationship to both music and image.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/3_vanishedland_mandy_ghostdog.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334766 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/3_vanishedland_mandy_ghostdog.jpeg" alt width="1216" height="254" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/3_vanishedland_mandy_ghostdog.jpeg 1216w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/3_vanishedland_mandy_ghostdog-300x63.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/3_vanishedland_mandy_ghostdog-1024x214.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/3_vanishedland_mandy_ghostdog-768x160.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/3_vanishedland_mandy_ghostdog-980x205.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1216px) 100vw, 1216px"></a>
<h2><em>CARE</em> BY KLEIN</h2>
<p><strong>34′36″ ♪ Sound excerpt (Music by Klein)</strong></p>
<p>Musicienne londonienne et artiste multidisciplinaire, Klein a conçu Care comme une comédie musicale fantastique, inspirée à la fois des contes de princesses Disney et du système britannique de protection de l’enfance (le “care system“).</p>
<p>Chez Klein, les bugs de micro, les coupures, les compressions numériques, les voix déformées ou les ruptures de lecture ne sont jamais des accidents : ils constituent la matière même de son langage. Le défaut devient un outil de composition comme les autres, comme n’importe quelle banque de son ou de plug in. Le choix du «défaut» est capable de produire de nouvelles émotions et de nouvelles façons d’écouter.</p>
<p>Découvrir son travail a profondément transformé mon rapport au son. Sa manière d’intégrer l’imperfection, les erreurs numériques et les textures dégradées a été l’une des influences les plus déterminantes dans ma façon de penser le son au quotidien, bien au-delà du cinéma. Au fond, ce n’est pas forcément une question d’imperfection mais d’arriver à porter ce regard là sur notre environnement quotidien et nos actes de création. Et continuer constamment à se questionner sur : «Pourquoi je choisis ou fais ça ? Et pourquoi cela plutôt qu’autre chose ?»</p>
<p><em>London-based musician and multidisciplinary artist Klein conceived Care as a fantastical musical inspired equally by Disney princess stories and the British child welfare system—the «care system”.</em></p>
<p><em>In Klein’s work, microphone glitches, digital compression, abrupt cuts, distorted voices and playback interruptions are never accidents: they are the very material of her language. Degradation itself becomes a compositional tool, no different from a sample library or a plug-in. Choosing to work with these so-called «defects» opens up new emotional registers and new ways of listening.</em></p>
<p><em>Discovering Klein’s work profoundly transformed my own relationship to sound. Her way of embracing digital errors, degraded textures and technological imperfections has been one of the most decisive influences on how I think about sound—not only in cinema, but in everyday life. Ultimately, it is perhaps less about imperfection than about learning to look at our everyday sonic environment, and at our own creative gestures, through a different lens. To keep asking ourselves: why am I choosing this? Why this, rather than something else?</em></p>
<h2><em>HARU: THE ISLAND OF THE SOLITARY</em> BY KANERVA CEDERSTRÖM &amp; RIIKKA TANNER</h2>
<p><strong>36′32″ ♪ Original Score by RinneRadio</strong></p>
<p>L’écrivaine finlandaise Tove Jansson et sa compagne Tuulikki Pietilä ont passé vingt-cinq étés sur l’îlot de Klovharu, dans le golfe de Finlande. Le film est construit à partir des images Super 8 qu’elles ont filmées l’une de l’autre pendant vingt ans, qui composent peu à peu le portrait d’une vie partagée, de leur intimité et de leur vieillir ensemble.</p>
<p>Peu de dialogue, beaucoup de mer, de vent et de gestes routiniers. La bande-son est très douce, et la musique de Rinne Radio accompagne et laisse au silence toute la place qu’il mérite.</p>
<p><em>Finnish writer Tove Jansson and her partner Tuulikki Pietilä spent twenty-five summers on the tiny island of Klovharu in the Gulf of Finland. Built from the Super 8 films they made of one another over the course of two decades, the documentary gradually becomes a portrait of a shared life, of intimacy, and of growing old together.</em></p>
<p><em>There is very little dialogue—mostly sea, wind and everyday gestures. The soundtrack is remarkably gentle, and RinneRadio’s music accompanies the images while leaving silence all the space it deserves.</em></p>
<h2><em>SÉCURISE TES IMAGES : DÉTRUIS-LES </em>BY LORY GLENN</h2>
<p><strong>39′28″ ♪ Original Score by Elouann &amp; Maël Durieu</strong></p>
<p>Le 25 mars 2023, Lory Glenn filme la manifestation contre les méga-bassines à Sainte-Soline. Evénement marqué par une répression policière d’une violence exceptionnelle : usage massif de grenades, blessures graves et affrontements. En découvrant ses images après coup, il se confronte à une question : comment témoigner d’une lutte sans transformer les personnes filmées en preuves exploitables par des dispositifs de surveillance.</p>
<p>J’ai trouvé le travail sonore d’Elouann et Maël Durieu marquant dans leur manière de reconstruire une mémoire d’un événement traumatique à travers une expérience physique. Sans voix off ni récit explicatif, le film interroge la manière de restituer une telle violence. En l’occurrence celle d’un événement précis, à partir de fragments de souvenirs, de sensations. La force du film réside dans la coexistence précise entre image et son : chaque plan sonore participe à la construction d’un espace mental. Les silences, les matières et les différents plans sonores d’écoute coexistent. Le son ouvre un niveau de perception de l’événement.</p>
<p><em>On 25 March 2023, Lory Glenn filmed the protest against the Sainte-Soline mega-basins, an event marked by exceptionally violent police repression: the massive use of explosive grenades, severe injuries and violent clashes. Revisiting the footage afterwards, he was confronted with a question: how can one bear witness to a political struggle without turning the people being filmed into evidence that can later be exploited by surveillance systems?</em></p>
<p><em>What struck me most about the work of Elouann and Maël Durieu was the way they reconstruct the memory of a traumatic event through a physical sonic experience. Without voice-over or explanatory narration, the film asks how such violence can be conveyed—through fragments of memory, sensation and perception rather than through a linear account. Its strength lies in the precise coexistence of image and sound: every sonic layer contributes to the construction of a mental space. Silences, textures and different planes of listening coexist, opening up another way of perceiving the event.</em></p>
<p><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/4_care_haru_securisetesimages.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334767 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/4_care_haru_securisetesimages.jpeg" alt width="1216" height="254" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/4_care_haru_securisetesimages.jpeg 1216w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/4_care_haru_securisetesimages-300x63.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/4_care_haru_securisetesimages-1024x214.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/4_care_haru_securisetesimages-768x160.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/4_care_haru_securisetesimages-980x205.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1216px) 100vw, 1216px"></a><br>
<br style="font-weight: 400;"></p>
<h2><em>PERFECT BLUE</em> BY SATOSHI KON</h2>
<p><strong>44′54″ ♪ Original Score by Masahiro Ikumi</strong></p>
<p>Une idole pop japonaise quitte la musique pour devenir actrice. Commence alors un dédoublement progressif entre son ancienne image publique et sa nouvelle vie, jusqu’à ce que réalité et fiction ne soient plus démêlables. Kon construit un thriller psychologique sur l’identité et la surveillance, prophétique sur l’ère des réseaux.</p>
<p><em>A Japanese pop idol leaves the music industry to become an actress. What follows is a gradual splitting between her former public persona and her new life, until reality and fiction become impossible to disentangle. Satoshi Kon delivers a psychological thriller about identity and surveillance that proved prophetic in anticipating the age of social media.</em></p>
<h2><em>BLESSED BLESSED OBLIVION </em>BY JUMANA MANNA</h2>
<p><strong>49′37″ ♪ Original Score by Sama Ahmed</strong></p>
<p>À Jérusalem-Est, dans des salles de sport, des carrosseries et des salons de coiffure, Jumana Manna, réalisatrice palestinienne, filme une culture masculine de la performance et du prestige.</p>
<p>La bande-son, faite de pop et de poésie dite à voix haute, fonctionne en collage : elle expose autant qu’elle célèbre les rituels virils qu’elle documente. Manna se laisse séduire par ses personnages sans jamais renoncer à leur ambivalence.</p>
<p><em>In East Jerusalem, across gyms, auto body shops and hair salons, Palestinian filmmaker Jumana Manna observes a masculine culture built around performance, physicality and prestige.</em></p>
<p><em>Composed of pop songs and spoken poetry, the soundtrack functions as a collage: it both reveals and celebrates the masculine rituals it documents. Manna allows herself to be seduced by her subjects without ever abandoning their ambiguity.</em></p>
<h2><em>TERRITORIES</em> BY ISAAC JULIEN</h2>
<p><strong>51′58″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Réalisé au sein du collectif Sankofa, <em>Territories</em> utilise le carnaval de Notting Hill comme un espace de confrontation entre culture noire britannique, représentation médiatique et contrôle policier. En pleine période post-émeutes de Brixton et de fortes tensions autour de la criminalisation des communautés noires au Royaume-Uni, le film refuse l’image d’un carnaval réduit à une simple célébration culturelle : il le présente comme un territoire politique, traversé par des rapports de pouvoir.</p>
<p>Le travail sonore est ancré dans cette histoire. Inspiré par la logique du sound system, le film reproduit au son cette logique avec des superpositions de ruptures, de voix concurrentes et de musiques se répondent. Avec une alternance entre deux musiques principales: Freedom Chant de Mad Professor et Sacco and Vanzetti d’Ennio Morricone. La bande sonore agit comme archive vivante d’une diaspora qui affirme son droit à l’espace public.</p>
<p><em>Made as part of the Sankofa Film and Video Collective, Territories uses the Notting Hill Carnival as a setting, where Black British culture, media representation and police control collide. Produced in the aftermath of the Brixton uprisings, during a period of intense criminalisation of Black communities in the UK, the film refuses to reduce the Carnival to a simple cultural celebration. Instead, it presents it as a political territory shaped by power relations.</em></p>
<p><em>The soundtrack is rooted in this history. Inspired by the logic of the sound system, it recreates that same principle through layers of interruptions, competing voices and musical counterpoint. Alternating between Mad Professor’s Freedom Chant and Ennio Morricone’s Sacco and Vanzetti, the soundtrack functions as a living archive of a diaspora claiming its right to occupy public space.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/5_perfectblue_blessedoblivion_territories.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334768 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/5_perfectblue_blessedoblivion_territories.jpeg" alt width="1215" height="255" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/5_perfectblue_blessedoblivion_territories.jpeg 1215w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/5_perfectblue_blessedoblivion_territories-300x63.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/5_perfectblue_blessedoblivion_territories-1024x215.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/5_perfectblue_blessedoblivion_territories-768x161.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/07/5_perfectblue_blessedoblivion_territories-980x206.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1215px) 100vw, 1215px"></a>
<p>Merci d’avoir lu et écouté ! <em>- Thank you for reading—and for listening !</em></p>
<p>Esther Glavany aka redstarstill</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334762_144();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334762_144();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334762_144">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334762_144" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334762_144('footnote_plugin_tooltip_334762_144_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334762_144_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span style="font-weight: 400;">Mark Fisher<em>, Spectres de ma vie</em>, p. 126.</span></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334762_144('footnote_plugin_tooltip_334762_144_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334762_144_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em><span style="font-weight: 400;">Ibid</span></em><i><span style="font-weight: 400;">.</span></i></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334762_144('footnote_plugin_tooltip_334762_144_3');"><a id="footnote_plugin_reference_334762_144_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Murray Schafer,<i> The Tuning of the World</i>, 1977<i>.</i></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334762_144() { jQuery('#footnote_references_container_334762_144').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334762_144').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334762_144() { jQuery('#footnote_references_container_334762_144').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334762_144').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334762_144() { if (jQuery('#footnote_references_container_334762_144').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334762_144(); } else { footnote_collapse_reference_container_334762_144(); } } function footnote_moveToReference_334762_144(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334762_144(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334762_144(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334762_144(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-10-redstarstill/">The Scores (ep.10) : Redstarstill</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Gavagai, et autres malentendus</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/gavagai-et-autres-malentendus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jul 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On avait quitté le cinéaste allemand Ulrich Köhler avec In My Room, curieux conte post-apocalyptique où un personnage en crise se transformait en Robinson. Il revient ici avec une mise en abyme, en filmant la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/gavagai-et-autres-malentendus/" title="Read  Gavagai, et autres malentendus">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On avait quitté le cinéaste allemand Ulrich Köhler avec <em>In My Room</em>, curieux conte post-apocalyptique où un personnage en crise se transformait en Robinson. Il revient ici avec une mise en abyme, en filmant la naissance d’un amour véritable entre les deux acteurs principaux d’un film – une adaptation abrasive du mythe de Médée par une cinéaste française, tournée à Dakar (Médée y incarne une blanche rejetée des autochtones). Le long prologue de <em>Gavagai, et autres malentendus</em> – une fin de tournage chaotique sur le littoral de la capitale sénégalaise, qui frise volontairement la caricature par son climat pesant et ses tensions abondantes – sert ainsi de point de départ à l’histoire entre Maja (Maren Eggert), actrice blanche allemande, et Nourou (Jean-Christophe Folly), acteur noir sénégalais résidant en France. Séparés par la fin du tournage, les deux comédiens se retrouvent ensuite à l’occasion de la première du film lors de la Berlinale. En dépit d’un incident devant l’hôtel des festivaliers – lorsque Nourou nargue un vigile qui lui enjoint ensuite de présenter son accréditation et ses papiers – les deux personnages sont de nouveau attirés l’un par l’autre. Mais les scènes les montrant côte à côte dans la grande salle de Potsdamer Platz, révèlent l’écart entre la trajectoire de leur relation et celle du couple mythique qu’ils incarnent à l’écran. Ponctuant le récit, les images de l’adaptation apparaissent en effet fidèles à l’esprit particulièrement sombre du mythe. Focalisées sur la trahison de Jason et ses retombées sanguinaires (c’est-à-dire entraînant les époux jusque dans la folie et la mort), elles diffèrent de l’histoire de Maja et Nourou, qui semblent à l’inverse tendre petit à petit vers une forme de douceur et d’humanisme – entre eux mais également envers les autres. Ainsi de l’escapade de l’acteur durant la projection afin de retrouver et discuter pacifiquement avec le vigile qui, suspecté de racisme, a été démis de ses fonctions.</p>
<p>La construction dramatique en deux intrigues parallèles – le film dans le film et celui l’encadrant –, génère de la sorte des jeux de miroirs, notamment avec deux personnages joués par une même interprète, Médée et Maja, également mère. Le segment le plus émouvant du film est d’ailleurs celui qui se resserre sur le quotidien de l’actrice à Berlin, rythmé par la garde alternée de sa fille. C’est le cas dans une scène qui pourrait s’apparenter à une confrontation classique entre parents divorcés : avant que l’enfant ne quitte avec son père l’appartement de sa mère, tous les trois chantent dans sa chambre une comptine au piano. On devine alors que ce rituel musical empli de tendresse a pour but de l’apaiser pour qu’elle souffre le moins possible de la séparation de ses parents.</p>
<p>Un autre aspect séduisant de <em>Gavagai</em> réside dans sa façon de filmer Dakar. Qu’il s’agisse des coulisses du tournage durant le prologue ou des scènes du film dans le film, la netteté numérique de la photographie est comme contaminée par le bouillonnement de la ville, à l’instar des corps, toujours en mouvement et luisants de sueur. Si l’approche de la cinéaste pour son adaptation est discutable (cf. la conférence de presse laborieuse où il lui est demandé si elle a fait « <em>un film pour les Blancs ?</em> »), le regard excentrique et moderne qu’elle pose pourtant sur la tragédie antique ménage un réel trouble à l’image. Tournée en décors naturels et principalement en extérieur, sa version du mythe fourmille d’anachronismes – les personnages costumés se déplacent en jet-ski et motocross dans le Dakar d’aujourd’hui, portent des sacs plastiques ou encore des TN aux pieds – qui fondent entre autres l’ensemble dans une même palette inédite, bigarrée et scintillante, presque étouffante. C’est à cet endroit que l’on comprend son choix du littoral obstrué et labyrinthique de la ville pour mettre en scène sa Médée.</p>
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		<title>Nightborn</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nightborn/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Martin Aleyrangues]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jul 2026 10:30:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nightborn affiche une ambition claire : convoquer les mythes horrifiques du folklore finnois pour à la fois dépeindre les difficultés de la matrescence[1]Concept récent qui désigne la transformation psychologique et émotionnelle d’une femme après être...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nightborn/" title="Read  Nightborn">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nightborn </em>affiche une ambition claire : convoquer les mythes horrifiques du folklore finnois pour à la fois dépeindre les difficultés de la matrescence<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334323_148('footnote_plugin_reference_334323_148_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334323_148('footnote_plugin_reference_334323_148_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334323_148_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334323_148_1" class="footnote_tooltip">Concept récent qui désigne la transformation psychologique et émotionnelle d’une femme après être devenue mère.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334323_148_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334323_148_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>et critiquer la violence insidieuse des modèles familiaux néoconservateurs. Le film s’ouvre sur l’arrivée de Saga (Seidi Haarla) et son mari Jon (Rupert Grint) dans l’ancienne demeure familiale de la première, située au cœur d’une forêt finnoise. Ce retour aux sources pour l’héroïne est d’office présenté comme un enclavement et une régression idéologique : elle quitte son emploi afin de se consacrer pleinement à l’éducation de leur nouveau-né et d’éventuelles grossesses à venir. Le rêve du couple tourne au cauchemar lorsque la maison devient le théâtre d’un étouffement anxiogène entre la mère et son enfant inquiétant. Dès son apparition, il est figuré comme une sorte de démon ponctionnant son sein jusqu’au sang ; se nourrissant exclusivement de viande crue, le nourrisson est par ailleurs constamment plongé dans le noir, dissimulé hors champ ou par des éléments du décor. Ce parti pris esthétique laisse planer le doute : s’agit-il d’une figure monstrueuse ou ce que l’on voit est-il la projection mentale d’une jeune mère épuisée ? Si ce versant horrifique lorgne vers <em>Rosemary’s Baby</em>, le film peine à tirer de ce programme une forme inspirée&nbsp;: la tension s’amenuise alors que la mise en scène s’enlise dans une succession de champs-contrechamps télévisuels ponctuant des scènes de ménage consacrées à la charge mentale du foyer.</p>
<p>Trop corseté dans les murs de la maison, le récit va plutôt chercher une horreur organique dans les bois avoisinants. S’appuyant sur les croyances animistes, le récit nous montre une maison encerclée par une forêt peuplée de <em>haltijas</em>, des esprits protecteurs prenant l’apparence d’arbres mouvants. L’idée d’une mère alliée à la nature se met à croître lorsqu’une plante repousse inlassablement sous le berceau de l’enfant. Jon la déracine de multiples fois, mais la forêt semble devenir de plus en plus forte (jusqu’à ce que les murs extérieurs de la maison soient recouverts de végétaux) à mesure que les injonctions patriarcales du mari se multiplient. Si cette métaphore écoféministe est limpide dans sa charge, elle verse toutefois dans une imagerie numérique assez grotesque qui peine à matérialiser cette présence surnaturelle. Ce qui n’empêche pas le film de s’enferrer jusqu’au bout dans son concept. Ainsi, la symbolique prend le pas sur la tension dans un climax où la nature se charge d’empaler littéralement Jon après qu’il a menacé son épouse de disparaître avec leur enfant. Une fois la menace patriarcale éliminée, un nouvel équilibre s’installe avec l’arrivée d’un nouvel arbre majestueux au sein de la maison, tandis que le garçon rejoint le jardin luxuriant aux côtés de sa mère ; son visage nous apparaît pour la première fois avec un large sourire. <em>Nightborn </em>s’achève alors en révélant sa véritable nature : celle d’une fable sociologique qui n’aura envisagé l’horreur que comme un prétexte.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334323_148();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334323_148();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334323_148">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334323_148" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334323_148('footnote_plugin_tooltip_334323_148_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334323_148_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Concept récent qui désigne la transformation psychologique et émotionnelle d’une femme après être devenue mère.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334323_148() { jQuery('#footnote_references_container_334323_148').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334323_148').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334323_148() { jQuery('#footnote_references_container_334323_148').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334323_148').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334323_148() { if (jQuery('#footnote_references_container_334323_148').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334323_148(); } else { footnote_collapse_reference_container_334323_148(); } } function footnote_moveToReference_334323_148(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334323_148(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334323_148(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334323_148(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nightborn/">Nightborn</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>L’Odyssée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lodyssee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 22:00:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sans doute que le succès phénoménal (et toujours un peu énigmatique) d’Oppenheimer a octroyé la liberté nécessaire à Christopher Nolan pour s’attaquer à l’un des creusets de l’imaginaire occidental – et peut-être même à la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lodyssee/" title="Read  L’Odyssée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sans doute que le succès phénoménal (et toujours un peu énigmatique) d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oppenheimer/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Oppenheimer</em></a> a octroyé la liberté nécessaire à Christopher Nolan pour s’attaquer à l’un des creusets de l’imaginaire occidental – et peut-être même à la mère des histoires, au récit d’aventures à la fois originel et terminal. Devant <em>L’Odyssée</em>, on se demande pourtant à plusieurs reprises pourquoi le cinéaste tout-puissant tenait à ce point à mettre Homère en images. La réponse se trouve possiblement à la fin du film, dans un <em>twist</em> – procédé qui caractérisait la production première manière du Britannique (<em>Memento</em>, <em>Insomnia</em>, <em>Le Prestige</em>) – mettant à bas l’une des composantes importantes de l’épopée&nbsp;: pas de divinité ici à l’œuvre, l’homme est renvoyé à sa condition solitaire et à la bassesse de ses actions. Autrement dit&nbsp;: si le film adapte bien <em>L’Odyssée</em> (dont Nolan retrace plus ou moins fidèlement les grandes étapes sans faire l’impasse sur sa part merveilleuse), il évacue les conflits divins doublant les péripéties humaines<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334603_150('footnote_plugin_reference_334603_150_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334603_150('footnote_plugin_reference_334603_150_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334603_150_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334603_150_1" class="footnote_tooltip">À ce titre, on ne voit pas trop comment Nolan aurait pu adapter <em>L’Iliade</em>, dont certains combats olympiens semblent avoir inspiré l’univers dominant du blockbuster contemporain&nbsp;: Marvel.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334603_150_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334603_150_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Reste que dans cette volonté de «&nbsp;normaliser&nbsp;» le poème, le mastodonte nolanien louvoie beaucoup, le cul entre deux chaises. On pourrait lui trouver du mérite de ramener <em>L’Odyssée</em> à son essence&nbsp;: certes, Nolan reconstitue l’épisode du cheval de Troie (qui ne figure ni dans le texte original, ni même, contrairement à une idée répandue, dans <em>L’Iliade</em>, dont les derniers vers sont consacrés aux funérailles d’Hector), mais retrace l’essentiel de la structure narrative du poème, moins concentrée sur les quelques épisodes les plus connus (le cyclope, Circé, etc.) que sur les intrigues à la cour d’Ithaque et le retour de l’archer rusé à son île. Dans le même temps, il s’écarte néanmoins complètement de son esprit aventurier, de sa soif d’invention ou même de son érotisme latent – chez Homère, Ulysse est loin d’être un époux fidèle.</p>
<p>Devant un texte aussi pétri d’imaginaire que <em>L’Odyssée</em>, le cinéma peut grosso modo emprunter deux voies contraires, tel Ulysse qui, face au détroit gardé par Charybde et Sylla, doit trancher sur le chemin à prendre. Premièrement, faire le choix de l’économie,&nbsp;en retenant de ce retour contrarié au foyer la dimension poétique et les tourments pour y tailler une tragédie à l’os. Deuxièmement, opter pour une frénésie spectaculaire propre au film d’aventures – soit refaire <em>Jason et les Argonautes </em>(le surgissement des squelettes animés de Ray Harryhausen est d’ailleurs cité lors du passage aux Enfers) à l’heure du blockbuster numérique (tentative déjà entreprise sans trop de succès avec le remake du<em> Choc des Titans</em> il y a quinze ans). Nolan, lui, essaie de dégager une troisième voie, qui consiste <em>in fine</em> à faire les choses à moitié : il tourne le dos à l’épique tout en cochant les étapes fondamentales des aventures d’Ulysse et de son équipage. C’est lors des rares occasions où la mise en scène repose sur des effets numériques que le film intéresse le plus, tel ce plan où la main de Polyphème surgit de l’ombre de sa caverne<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334603_150('footnote_plugin_reference_334603_150_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334603_150('footnote_plugin_reference_334603_150_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334603_150_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334603_150_2" class="footnote_tooltip">Et qui fait penser à un plan clef de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hope</em></a> de Na Hong-jin, dont la sortie est prévue à l’automne.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334603_150_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334603_150_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ou la représentation très succincte de Scylla, dont les six têtes s’enroulent dans son repère rocheux en effectuant un mouvement d’une étrange élégance, qui rompt momentanément avec la monotonie de la mise en scène. Le plus souvent, c’est toutefois le parti pris inverse qui est choisi : Nolan s’en remet à des visions sans relief (les Enfers) ou à des jeux de flous et d’effets pratiques pour tantôt remplacer l’imaginaire d’Homère par un autre, tantôt le vider de son aura. Ainsi de la séquence chez Circé, transformée en sorcière scandinave (il est vraiment temps que Nolan arrête de filmer l’Islande), qui fait sentir avant tout son refus de figurer la métamorphose des marins en porcs à l’aide de CGI. Ou encore de celle des sirènes, reposant sur un brouillage du son (pour mimer l’effet obstruant de la cire) et sur la voix-off du héros, qui essaie de retranscrire les effets de leur mélopée.</p>
<p>Ce sérieux de pape, ce manque criant de fantaisie est d’autant plus pénible que <em>L’Odyssée</em> évacue la part joyeuse du poème au profit d’une mise en scène et d’une direction artistique assez standardisées. Le palais d’Ithaque comme celui de Ménélas font par exemple penser à des intérieurs de <em>Dune</em> qu’on aurait assortis d’un habillage vaguement gréco-romain. Ailleurs, le traitement d’Agamemnon, qui se veut radical (on ne l’entend quasiment pas et le visage de Bennie Safdie, son interprète, est casqué), fait soupirer : Nolan le peinturlure en une sorte de Dark Vador ridicule, colosse noir à l’armure outrancièrement musculeuse. On aurait encore préféré un péplum un peu daté façon <em>Troie</em> de Wolfgang Petersen ; c’était tout de même d’une autre tenue que les scènes d’action nolaniennes, corps-à-corps éternellement brouillons et illisibles. Un tourbillon vu de loin (pauvre Charybde), une bataille générique (pauvres Lestrygons), le massacre des prétendants monté avec les pieds (pauvre Pattinson) : pourquoi diable Nolan a‑t-il tenté de gravir l’Himalaya du récit épique s’il a aussi peu d’idées en réserve ? Le dénouement, qui jette des ponts avec le contemporain (le saccage de Troie = l’attaque du Capitole ?) pour faire des Grecs non pas les hérauts de la civilisation, mais peut-être les premiers des hommes à avoir sali son idéal, ne sauvera pas la tentative, ratée dans les grandes largeurs. <em>L’Odyssée</em> est un piteux spectacle.<a href="#_ftnref1" name="_ftn1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334603_150();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334603_150();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334603_150">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334603_150" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334603_150('footnote_plugin_tooltip_334603_150_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334603_150_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À ce titre, on ne voit pas trop comment Nolan aurait pu adapter <em>L’Iliade</em>, dont certains combats olympiens semblent avoir inspiré l’univers dominant du blockbuster contemporain&nbsp;: Marvel.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334603_150('footnote_plugin_tooltip_334603_150_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334603_150_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Et qui fait penser à un plan clef de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hope</em></a> de Na Hong-jin, dont la sortie est prévue à l’automne.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334603_150() { jQuery('#footnote_references_container_334603_150').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334603_150').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334603_150() { jQuery('#footnote_references_container_334603_150').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334603_150').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334603_150() { if (jQuery('#footnote_references_container_334603_150').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334603_150(); } else { footnote_collapse_reference_container_334603_150(); } } function footnote_moveToReference_334603_150(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334603_150(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334603_150(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334603_150(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lodyssee/">L’Odyssée</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>L’Aventure rêvée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventure-revee-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 10:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Aventure rêvée&#160;ressemble tout d’abord à&#160;une suite de&#160;Western, puisque le film s’ouvre sur Syuleyman Alilov Letifov au volant d’une voiture quelque part en Bulgarie. Retrouver neuf ans plus tard ces paysages peu filmés au cinéma, ainsi...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventure-revee-2/" title="Read  L’Aventure rêvée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Aventure rêvée</em>&nbsp;ressemble tout d’abord à&nbsp;une suite de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/western/" target="_blank" rel="noopener"><em>Western</em></a>, puisque le film s’ouvre sur Syuleyman Alilov Letifov au volant d’une voiture quelque part en Bulgarie. Retrouver neuf ans plus tard ces paysages peu filmés au cinéma, ainsi que ce visage à&nbsp;l’expression toujours sereine, porte une promesse de mélancolie que le récit va redoubler. Alilov Letifov ne reprend pas en réalité son rôle de propriétaire d’une carrière, mais joue Saïd, un petit contrebandier de la frontière entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie. De passage dans sa ville natale, Svilengrad, il croise un amour de jeunesse, Veska (Yana Radeva), devenue entre-temps archéologue. Les deux personnages ont plaisir à&nbsp;se tourner autour une journée durant, avant que Saïd ne prenne mystérieusement le large. La narration se reconfigure alors autour de Veska&nbsp;: l’archéologue, dont le prénom évoque celui de Grisebach et qui lui ressemble même un peu (elles sont toutes les deux blondes et semblent avoir le même âge, un peu moins de soixante ans), se mêle alors soudain des affaires de la mafia du coin.</p>
<p>Ce n’est plus un Allemand qui s’installe ici aux tables des Bulgares, mais une femme, induisant d’autres types de rapports conflictuels. La misogynie de cette société masculine, outre les insultes sexistes et les sous-entendus sexuels attendus, s’exprime en vérité surtout par une forme d’étonnement qu’ont les personnages à&nbsp;devoir traiter avec Veska, sans savoir au juste comment s’y prendre. La longue scène où elle se retrouve en face d’Ilya (un autre camarade de jeunesse, qui s’est hissé au sommet de la pègre locale) témoigne bien de cette perplexité. Alors qu’elle lui dit ses quatre vérités, le boss vulgaire répond certes «&nbsp;<em>Comment oses-tu me parler comme ça chez moi&nbsp;?</em>&nbsp;», tel un Joe Pesci d’Europe de l’Est, mais sans broncher, en restant placidement assis, bien qu’il soit éberlué. La cinéaste désosse ainsi le film de gangsters de ses attributs virilistes et spectaculaires (la violence, rare, se déroule en général à&nbsp;l’arrière-plan), pour accompagner une héroïne elle-même imperturbable. Beau personnage que Veska (et superbe actrice), qui apporte à&nbsp;chaque situation une forme de calme raisonné alors même que ses actions relèvent parfois de l’inconscience. Cette «&nbsp;aventure&nbsp;» qu’elle traverse en effet à&nbsp;la manière d’un rêve, lui permet de régler ses traumatismes de jeune femme mêlée à&nbsp;ce milieu, tout en retombant amoureuse, à&nbsp;distance, de Saïd. Mais les deux heures au milieu du film sont trop laborieuses pour que cette idée soit réellement incarnée. L’esquisse d’un film de mafia nonchalant et presque paisible achoppe sur la matérialité de la mise en scène de Grisebach, elle-même assez désinvolte. Pour la réalisatrice, seules comptent les scènes de dialogues, en général à&nbsp;plusieurs, qu’elle découpe conventionnellement sous tous les angles. Si le texte est bien écrit, avec son lot de zones d’ombre et de digressions, les séquences s’enchaînent de façon toujours équivalente, sans réel pas de côté ou respiration, pour suivre l’enquête nébuleuse. Sans les chevauchées de&nbsp;<em>Western</em>&nbsp;et son jeu autour de la traduction (l’impossibilité de communiquer constituait le cœur du film),&nbsp;<em>L’Aventure rêvée&nbsp;</em>s’apparente malheureusement plutôt à&nbsp;une promenade hagarde. Et si la fin suspendue, d’une grande douceur, parvient à&nbsp;émouvoir, elle laisse tout de même l’impression de s’être fait balader pour en arriver là.</p>
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		<title>Comète</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/comete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Comète, Élie Wajeman orchestre une vaste fresque où les destins d’une vingtaine de personnages se croisent sous la trajectoire d’un mystérieux astre traversant le ciel parisien. Loin du film catastrophe, la comète sert de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/comete/" title="Read  Comète">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec <em>Comète</em>, Élie Wajeman orchestre une vaste fresque où les destins d’une vingtaine de personnages se croisent sous la trajectoire d’un mystérieux astre traversant le ciel parisien. Loin du film catastrophe, la comète sert de point de convergence à des figures aussi diverses qu’attachantes, toutes reliées, de près ou de loin, aux répétitions de la pièce <em>Les Trois sœurs</em> de Tchekhov. Plusieurs séquences s’ouvrent notamment au cœur de filages, durant lesquels aucune transition ne permet de distinguer d’emblée les répliques théâtrales des conversations des personnages. Wajeman s’inspire ici ouvertement du film <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/vanya-42eme-rue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Vanya, 42e rue</em></a> de Louis Malle, dont le dispositif brouillait les frontières entre représentation et réalité. De cette porosité découle une temporalité singulière, placée sous le signe de l’entre-deux, qui n’est pas sans rappeler l’univers du dramaturge russe, en ce que ce dernier a peuplé son théâtre de personnages tiraillés entre la nostalgie d’un monde disparu et l’attente d’un bouleversement à venir. C’est cette même temporalité que Wajeman travaille : à l’instar des héros tchekhoviens, ceux de <em>Comète</em> sont mis en scène dans un temps suspendu, à la merci d’un événement qui pourrait, à tout instant, redistribuer les cartes de leur quotidien. Qu’il s’agisse de l’attente de résultats médicaux, de difficultés à réunir les financements nécessaires à l’élaboration de la pièce ou encore de l’approche de l’échéance électorale de 2027, l’avenir se profile comme une source d’incertitude. La présence de la comète cristallise dès lors ces tourments : héritière d’un imaginaire ancestral qui associe les événements célestes à des signes funestes, elle surplombe le récit telle une mauvaise étoile.</p>
<p>On regrette toutefois que cette dimension symbolique soit énoncée avec une insistance contre-productive tout au long du film. Dès la séquence d’ouverture, un personnage livre en effet de manière très littérale la signification historique et mythologique de la comète, avant que plusieurs personnages appuient cette interprétation à de nombreuses reprises. <em>Comète</em> n’échappe ainsi pas à certains effets de surlignage qui relèvent d’un didactisme d’autant plus regrettable que le théâtre de Tchekhov, dont le cinéaste s’inspire manifestement, est fondé sur le non-dit. Le film se révèle en revanche plus convaincant par son habileté à brasser plusieurs registres. Du drame psychologique à la comédie burlesque en passant par les codes du polar, chaque personnage se voit attribuer son propre tempo : la gaucherie des uns côtoie les blessures des autres (rupture, deuil, etc.). Cette diversité rythmique permet à <em>Comète </em>de tirer pleinement parti de sa forme chorale : à l’image de voix distinctes au sein d’une même partition, les trajectoires s’accordent et s’entrelacent pour composer le portrait d’une génération happée dans les mailles d’un horizon brumeux.</p>
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		<title>Another Man’s Poison</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/another-mans-poison/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 10:30:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Another Man’s Poison s’achève sous le signe de la duplicité : deux gros plans juxtaposent les réactions contradictoires de son personnage principal face au revirement final. Manière de souligner toute la complexité d’une figure qui...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/another-mans-poison/" title="Read  Another Man’s Poison">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Another Man’s Poison</em> s’achève sous le signe de la duplicité : deux gros plans juxtaposent les réactions contradictoires de son personnage principal face au revirement final. Manière de souligner toute la complexité d’une figure qui restera jusqu’au bout imprévisible ? Oui, mais pas seulement : l’intérêt de la séquence tient également à la façon dont est mise en scène la métamorphose d’une actrice qu’Irving Rapper a déjà filmée à plusieurs occasions, Bette Davis. Il s’agit en effet de la dernière étape d’une longue série de collaborations entre le Britannique et la célèbre actrice américaine. Le duo se forme en 1942 avec <em>Une femme cherche son destin</em>, où Rapper jouait déjà, avant d’autres cinéastes, sur la plasticité de Bette Davis, qui se changeait tour à tour en vieille fille névrosée, en séductrice et en femme du monde, pour finir en étrange mère de substitution pour la fille de son amant, dans un dénouement qui laisse présager encore d’infinies transformations. Le récit&nbsp;repose de manière plus discrète sur cette capacité d’un individu à devenir quelqu’un d’autre. Accusé à tort de l’homicide d’un policier dans un braquage, George (Garry Merrill) se rend au domicile du coupable, l’un de ses complices. Problème : son épouse, Janet (Bette Davis), une romancière à succès, l’a empoisonné quelques heures avant son arrivée. Personne n’ayant rencontré le mari dans le village (les époux étaient séparés depuis trois ans), il décide de prendre son identité. La situation gagne alors encore en perversité : en se faisant passer pour le défunt, George semble s’imprégner peu à peu de ses traits de personnalité. Il devient le mari jaloux et violent que Janet, en bonne femme fatale, lui a dépeint pour justifier son crime, comme si le spectre reprenait vie dans le corps d’autrui afin d’achever un drame trop longtemps évité par plusieurs années d’absence. Pris à son propre piège, le personnage de Bette Davis se retrouve confronté aux difficultés d’un mariage qu’elle a essayé de conjurer par le meurtre. Le film s’appuie sur cette idée singulière : la répétition ne sert pas seulement à copier le mariage précédent, mais à l’actualiser. Le mensonge permet au cinéaste de déployer une vision retorse de la vie conjugale, vécue par ses acteurs comme un jeu dangereux auquel ils n’ont pas réellement envie de participer.</p>
<p>Adapté d’une pièce (<em>Dreadlocks</em> de Leslie Sands), <em>Another Man’s Poison</em><em>&nbsp;</em>frôle le théâtre filmé, mais évite de s’y enliser par sa manière d’élaborer ce qu’on pourrait appeler du <em>théâtre au carré</em> : la pièce principale où se déroule la plus grande partie du huis clos est régulièrement filmée en contre-plongée, comme une scène, et la performance des acteurs qui interprètent les personnages secondaires tranche avec celle de Merrill et Davis par leur franche théâtralité. Tout ce qui se situe aux frontières de l’illusion conjugale sonne faux, et c’est précisément cette fausseté qui permet souvent d’atteindre une forme de vérité. Le personnage du Dr Henderson (Emlyn Williams), psychologue et voisin proche du couple, en est la meilleure démonstration. Avec son accent bourgeois exacerbé et sa curiosité mal placée, il sort tout droit d’un vaudeville. C’est pourtant lui qui voit juste dans cet immense jeu de dupes et livre peut-être ce qui serait la clé du film. Dans une scène centrale, il affirme que George a un penchant pour la fuite. L’interprétation est triplement juste : le vrai époux se détournait de la réalité de son mariage, George se dérobe quant à lui aux autorités et, plus généralement, comme tous ceux qui veulent prendre la place d’autrui, cherche à échapper à lui-même. C’est une constante dans les films de Rapper avec Davis : les personnages veulent devenir autres et fuir leur passé.</p>
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		<title>Dry Leaf d’Alexandre Koberidze</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/dry-leaf-dalexandre-koberidze/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le troisième film du réalisateur géorgien est un émerveillement plastique.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le troisième film du réalisateur géorgien est un émerveillement plastique.</p>
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		<item>
		<title>The Fin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-fin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>The Fin, dont le titre joue sur l’ambiguïté entre fin (aileron en anglais, pour désigner l’appendice des personnages mutants au cœur de l’intrigue) et la fin d’un monde, nous transporte dans un futur post apocalyptique...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-fin/" title="Read  The Fin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>The Fin</em>, dont le titre joue sur l’ambiguïté entre <em>fin</em> (aileron en anglais, pour désigner l’appendice des personnages mutants au cœur de l’intrigue) et la fin d’un monde, nous transporte dans un futur post apocalyptique où les deux Corées ont été réunifiées. Loin de constituer une réconciliation, cette réunification a engendré un régime qui semble avoir hérité des aspects les plus oppressifs de chaque système : au contrôle autoritaire et à la surveillance généralisée du Nord se superpose le capitalisme implacable du Sud. Cette dystopie politique trouve son prolongement dans la matière même du film, dont l’image, fortement stylisée avec des filtres chromatiques, possède une texture rugueuse qui paraît elle-même corrodée, comme si la catastrophe écologique frappant le monde avait contaminé également les plans. Dans ce pays en crise, une partie de la population a subi des mutations provoquées par la pollution : ces individus, appelés « Omegas », portent un aileron à la place d’un pied. Transformés en main-d’œuvre corvéable, ils occupent les emplois les plus pénibles tout en faisant l’objet d’une intense campagne de stigmatisation orchestrée par l’État. Les immenses panneaux de propagande qui dominent l’espace public, tantôt inspirés de l’imagerie nord-coréenne, tantôt de l’esthétique socialiste chinoise des années 1950, présentent les Omegas comme une menace pour la société. Le film décrit ainsi un mécanisme familier : un pouvoir qui désigne comme parasite une population qu’il exploite pourtant de manière systématique. Le récit se structure autour d’un ouvrier Omega qui, lors d’une opération de nettoyage en mer, récupère l’aileron de l’un de ses compagnons de travail, mort au cours de la mission. Apprenant que celui-ci souhaitait être enterré par sa fille, il entreprend de retrouver la jeune femme afin de lui remettre ce qu’il reste de son corps et d’accomplir le dernier vœu du défunt.</p>
<p>Ce point de départ ouvre sur un programme inégalement mené. Park propose d’explorer de manière contemplative ce monde en ruine, dans une démarche qui rappelle parfois Chris Marker ou Shinya Tsukamoto par sa façon de substituer au spectaculaire une science-fiction économe reposant sur des lieux réels envahis de déchets et filmés en plans serrés. Mais ce principe demeure une fin en soi : le cinéaste semble moins intéressé par ce que cet univers peut révéler que par la contemplation de ses propres textures. Si quelques trouvailles visuelles se dégagent (un plan où le visage de l’orpheline se fond dans un <em>flare</em> en forme d’auréole, ou encore la longue séquence de surimpressions hallucinatoires mêlant poissons et visages humains), elles sont noyées dans un dispositif dont l’austérité finit par tourner à vide : comme souvent dans ce type de dystopie, la dégradation paraît contaminer le film jusqu’à le vider de toute vitalité. À force de n’offrir que des visages épuisés, des espaces délabrés et des rapports humains contaminés par la violence, le film ne produit ni effroi ni véritable désespoir, seulement un état de décrépitude qui verse dans la monotonie. <em>The Fin</em> ressemble finalement à ses propres personnages : c’est un corps mourant et assoiffé, avançant péniblement au milieu de ses visions apocalyptiques sans jamais savoir où elles le conduisent. Fasciné par sa noirceur, le film paraît se satisfaire de l’étaler à l’écran, dans une succession d’images prisonnières de leur propre désolation.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Dry Leaf</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dry-leaf/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Toute une partie du cinéma contemporain trouve sa vitalité dans sa manière d’investir les nouvelles possibilités offertes par la technologie. Qu’il s’agisse des 120 images par seconde d’Un jour dans la vie de Billy Lynn,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dry-leaf/" title="Read  Dry Leaf">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dry-leaf/">Dry Leaf</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Toute une partie du cinéma contemporain trouve sa vitalité dans sa manière d’investir les nouvelles possibilités offertes par la technologie. Qu’il s’agisse des 120 images par seconde d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-jour-dans-la-vie-de-billy-lynn/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un jour dans la vie de Billy Lynn</em></a>, de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/gemini-man/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Gemini Man</em></a> et d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-la-voie-de-leau/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avatar : La Voie de l’eau</em></a> ou de la caméra à 360° de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-human-surge-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Human Surge 3</em></a>, la beauté de ces films repose sur une propriété fondamentale du cinéma : l’œil de la caméra ne voit pas les choses de la même façon que l’œil humain, modifiant notre rapport au mouvement, à l’espace, à la vitesse ou à la couleur. Aussi surprenant que cela puisse paraître, <em>Dry Leaf</em> appartient à cette même famille de films – à la différence près qu’au lieu de miser sur des technologies de pointe qui accroissent le nombre d’informations enregistrées, Alexandre Koberidze opte pour un retour vers une technologie obsolète. Tourné avec la caméra vidéo d’un téléphone Sony Ericsson de 2008, le film convoque une texture d’image datée, qui s’est massivement démocratisée au tournant des années 2000 et 2010, moment à partir duquel chacun a pu désormais filmer avec son portable.</p>
<p>Quelques grands films ont déjà eu recours à une image numérique de faible résolution, notamment au début des années 2000, quand l’avènement de petites caméras vidéo a ouvert le champ des possibles, en particulier dans le champ du documentaire, comme en témoignent <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/dans-la-chambre-de-vanda/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dans la chambre de Vanda</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/retour-sur-a-louest-des-rails/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>À l’Ouest des rails</em></a>. L’utilisation de ces instruments relevait alors d’une nécessité pratique avant de constituer un choix esthétique. Dans le cinéma contemporain, le recours à un numérique archaïque tient au contraire souvent de la coquetterie <em>arty</em>&nbsp;:&nbsp; la dégradation s’apparente à un filtre nostalgique convoquant une époque précise (celle des années 2000) – exemplairement, les séquences tournées en miniDV d’<em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/aftersun-et-tar-une-subtilite-en-question/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Aftersun</a></em>. Pour trouver des usages plus singuliers de ces images, il faut se tourner du côté du cinéma expérimental ou de l’art contemporain, où la vidéo est davantage employée pour ses propriétés plastiques, que ce soit dans les derniers films de Godard, ou encore chez le vidéaste et plasticien <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/christophe-definitivement/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ange Leccia</a>, qui fait du grain vidéo, des surexpositions violentes ou du bavage des pixels la matière de sa poésie visuelle. Si Koberidze s’inscrit bien dans leur lignée, il s’empare toutefois d’une résolution qui n’a presque jamais trouvé sa place au cinéma (y compris dans ses marges), comme si sa texture trop rudimentaire la rendait inadéquate à un usage artistique. C’est ce qui fonde ici l’émerveillement premier du film : la redécouverte de la singulière plasticité de ces images restées confinées dans la sphère privée, qui dorment aujourd’hui dans la mémoire de téléphones perdus au fond de nos tiroirs. Pas besoin de plus pour faire un film : Koberidze entend observer son pays via ce dispositif faisant la part belle aux pixels brouillés. La narration minimale sert à ce titre de prétexte : Irakli recherche sa fille disparue, une photographe sportive partie sillonner la campagne géorgienne pour prendre en photo des terrains de football amateur.</p>
<h2>« Les lignes ont une importance cruciale »</h2>
<p>Le capteur photosensible de l’appareil photo ne saisit le réel que de manière fragmentaire, et le recompose en une trame de pixels relativement grossière. Le mouvement anarchique du portable, couplé à celui des éléments filmés, entraîne de nombreux artefacts de compression et de reconstruction (flou cinétique, perte de définition dans les contours, instabilité des aplats) qui produisent cette espèce de « bouillie visuelle » où les formes deviennent indiscernables. Koberidze opte majoritairement pour des plans fixes auxquels s’ajoutent quelques panoramiques ou zooms aux mouvements fluides et plutôt lents, comme si cette stabilité était la condition pour révéler la beauté d’une image pourtant instable. Le prologue, porté par une musique de piano sautillante signée Giorgi Koberidze (le frère du cinéaste), fonctionne comme un montage ludique qui présente les principes plastiques que le film investira ensuite. Les plans qui le composent articulent trois vitesses distinctes : immobilité totale, éléments mouvants à l’intérieur du cadre (voitures, animaux, enfants, etc.), et enfin des fragments où la caméra se met elle-même à bouger. On remarque alors que la pixellisation affecte différemment l’image : les pixels restituent assez fidèlement les formes géométriques simples (la ligne formée par un câble électrique, une fenêtre rectangulaire, les lignes horizontales d’un escalier, etc.), tandis que les textures ou les plus petites formes tendent à se dissoudre en d’infimes blocs colorés – les arbres, notamment, ressemblent à une explosion d’ocres vifs et de noirs profonds agités par le vent, la structure fine de la matière végétale disparaissant au profit d’une abstraction chromatique.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334421 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="642" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-300x75.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-1024x257.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-768x193.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-1536x385.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-2048x514.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-980x246.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage1-2-2000x502.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>Cet incipit installe ainsi une double tension figurative, qui traversera l’ensemble du film, entre la forme et l’informe. On retrouve ici une dualité qui fut le grand problème d’un peintre que Koberidze cite malicieusement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334417_162_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_1" class="footnote_tooltip">Alors que la picturalité des compositions et les contours indécis de l’image évoquent déjà la peinture impressionniste, Koberidze multiplie les natures mortes dans la seconde partie du film, dont plusieurs sont consacrées aux pommes, motif privilégié de Cézanne qu’il ne cessa de reprendre tout au long de son œuvre.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334417_162_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> : Cézanne. Dans ses écrits et entretiens, le peintre décrit l’acte pictural comme un combat permanent pour maintenir l’équilibre particulièrement précaire entre deux forces fondamentales : la « <em>sensation colorante </em>» et la composition. Accordant le primat à la couleur, il explique qu’à elle seule, elle est capable de relier la peinture à la vie et à la sensation, mais qu’elle menace aussi de dissoudre l’image dans l’abstraction<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334417_162_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_2" class="footnote_tooltip">Il formule ce problème comme une lutte constante résumée ainsi dans une lettre à Émile Bernard : « <em>les sensations colorantes, qui donnent la lumière sont chez moi cause d’abstractions qui ne me permettent pas de couvrir ma toile, ni de poursuivre la délimitation des objets quand les points de contact sont tenus, délicats, d’où il ressort que mon image ou tableau est incomplète. D’un autre côté les plans tombent les uns sur les autres, d’où est sorti le néo-impressionnisme qui circonscrit les contours d’un trait noir, défaut qu’il faut combattre à toute force. </em>» (« Lettre 8<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>à Emile Bernard, le 23 septembre 1905 », in <em>Conversations avec Cézanne</em>, Michael Doran (dir.), Éditions Macula, 2021, p. 93.)</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334417_162_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Une fois l’équilibre rompu, «<em> tout fout le camp </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334417_162_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_3" class="footnote_tooltip">Cézanne, « Conversation avec Joachim Gasquet », <em>ibid</em>., p. 187.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334417_162_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> : la toile ne donne plus rien à voir ni à ressentir. Il insiste alors sur la nécessité de trouver une structure, de « <em>traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_334417_162('footnote_plugin_reference_334417_162_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334417_162_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_4" class="footnote_tooltip">Cézanne, « Lettre 1 à Emile Bernard, le 15 avril 1904 », <em>ibid</em>., p. 59.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334417_162_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334417_162_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Koberidze procède de façon similaire : pour faire tenir ses plans gagnés par l’indistinction, il doit trouver un équilibre entre la composition du cadre et le chaos chromatique, rendu d’autant plus éclatant par les contrastes agressifs du numérique. Le cinéaste livre d’ailleurs les clés du film avec une certaine espièglerie, au détour de deux cours absurdes donnés par Irakli à une classe de footballeurs. Il trace sur un tableau noir une ligne avant d’énoncer : « <em>C’est une ligne. Pour la plupart des gens, il n’y a rien d’intéressant là-dedans. Mais pour nous, les lignes ont une importance cruciale.</em> » À peine le cours commencé, la sonnerie retentit, avant que les plans suivants n’appliquent la leçon d’Irakli &nbsp;: une suite de raccords entrelace les différentes lignes qui composent quelques vues urbaines. Le procédé se répète ensuite avec un cercle : la caméra s’attarde sur la figure dessinée au tableau par le coach, avant de laisser place à un nuage circulaire dans le ciel. Ces motifs (cercles, lignes, rectangles), on les retrouvera tout au long de la dérive du personnage dans la campagne géorgienne&nbsp;: ils permettent d’ancrer une contemplation dans un monde emporté par une déshérence (les terrains vides) et une dissolution (des pixels).</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334422 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="946" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-300x111.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-1024x378.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-768x284.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-1536x568.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-2048x757.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-980x362.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-2-2000x739.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Des puissances de l’invisible</h2>
<p>Bercées par les ritournelles de la musique, les trois heures de <em>Dry Leaf</em> reposent sur un principe de répétition (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/de-la-repetition-dans-dry-leaf/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">cf. de récurrentes séries picturales intégrées dans le montage</a>), même si les séquences présentent un certain nombre de modulations, inventant de nouvelles façons d’agencer les plans selon différentes logiques formelles. Ainsi d’un passage particulièrement sublime. Sur une vitre de voiture recouverte de mousse blanche, des formes se découpent lentement à mesure que l’eau coule, comme si l’image elle-même se désagrégeait en d’étranges polygones, jusqu’à ce qu’une percée laisse apparaître, au centre du cadre, un petit sapin derrière la surface. Entre la déliquescence du cadre provoquée par l’écoulement et les formes momentanément défaites par un jet d’eau, Koberidze filme ici comme un peintre qui frotte ou estompe sa toile avec une éponge. À la manière du gros plan sur des bulles de café dans <em>Deux ou trois choses que je sais d’elle</em>, une action ordinaire et minuscule devient un spectacle figurant en miniature la formation de la matière.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334423 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-scaled.jpg" alt width="2560" height="674" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-300x79.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-1024x269.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-768x202.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-1536x404.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-2048x539.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-980x258.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-3-2000x526.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>Si le film se lance comme une enquête, Irakli devient progressivement un simple spectateur de son environnement. <em>Dry Leaf</em> organise de la sorte une convergence entre la disponibilité du personnage, celle du cinéaste et des spectateurs, vis-à-vis du fantastique tranquille qui affleure au ras des épiphénomènes. La technique devient la voie d’accès à de nouvelles dimensions, comme en témoigne l’usage de l’exposition automatique, propre aux premiers appareils numériques. Avec ce type de caméra, la faible luminosité n’affecte pas seulement les couleurs, mais transforme la texture même de l’image ; les contours sont plus flous, les surfaces se mettent à baver ou à se fondre les unes dans les autres, comme si les mailles du réel se relâchaient. Il suffit dès lors qu’un élément très lumineux entre dans le champ pour que le reste du cadre soit précipité dans l’obscurité, si bien que le moindre mouvement de caméra recompose la matière de ce que l’on voit. Par exemple, dans un panoramique filmé en intérieur, la caméra longe un mur décrépit avant de passer devant une ouverture, de façon à faire ressortir la silhouette d’un âne dans ce surcadrage lumineux. Le plan dans son ensemble donne alors l’impression que deux mondes coexistent au sein d’un même espace, comme si le film passait d’un régime de perception à un autre pour en révéler successivement les différentes strates. De telles visions à la lisière du surnaturel,<em> Dry Leaf</em> en compte beaucoup : un homme et des enfants qui semblent s’avancer près du néant, les yeux d’un chat qui se détachent d’une masse noire, une silhouette rouge pareille à un feu follet flottant dans un champ, etc.</p>
<p>La puissance d’évocation des images indistinctes tient d’une poétique de l’invisible, déjà à l’œuvre dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sous-le-ciel-de-koutaissi/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sous le ciel de Koutaïssi</em></a>, où il s’agit de retirer du visible (dans son précédent film, ce sont les décadrages qui masquaient les visages des personnages) afin de solliciter en retour l’investissement du spectateur. D’où cette impression de liberté que <em>Dry Leaf</em> accorde au regard, le film permettant d’habiter pleinement les plans qu’il déploie. Ce « plein » passe pourtant par un principe soustractif : non seulement le récit est mince et le nombre de pixels réduit, mais certains corps sont absents. Comme le révèle tôt la voix off, certaines figures rencontrées sont… invisibles, en premier lieu l’ami qui accompagne Irakli dans son périple. La soustraction fonctionne ici comme un appel d’air, en ouvrant dans l’image un espace disponible aux projections de l’imagination. Une scène en particulier illustre ce processus : un zoom assez rapide vers une poignée de pixels orangés perdus au fond d’un paysage. En tranchant avec le reste du film, cette plongée vertigineuse dans l’image paraît épouser la façon dont, à plusieurs reprises, le spectateur est invité à se concentrer sur un détail indistinct dans le cadre pour tenter de le déchiffrer. Mais au lieu de dissiper l’incertitude, le mouvement épaissit encore le mystère : le grouillement des pixels finit par évoquer celui des atomes eux-mêmes. Un fondu mêle cette image à une forme blanche, avant qu’un zoom arrière ne révèle que celle-ci correspond au reflet d’une flaque d’eau dans l’obscurité d’un nouveau paysage abandonné. On pense ici à la flaque noire de la Black Lodge dans <em>Twin Peaks</em>, tant ce raccord étrange semble ouvrir un passage entre deux mondes, une brèche enfouie dans les pixels donnant accès à l’envers du réel.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334424 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="1275" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-300x149.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-1024x510.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-768x382.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-1536x765.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-2048x1020.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-980x488.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-Leaf-montage-4-2-2000x996.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Le spectre d’un monde commun</h2>
<p>Plus largement, le film met en scène un monde quasi post-apocalyptique traversé par une forme de joie paradoxale, voire de plénitude, devant chaque fragment contemplé. La tension entre la forme et l’informe évoquée plus haut recoupe celle entre l’humain et la nature : les lignes structurantes des plans sont souvent fournies par les infrastructures humaines – poteaux, clôtures, routes sinueuses, etc. Les cages de football, quant à elles, ont la particularité d’être dépourvues de filets, pour être réduites à leur géométrie la plus élémentaire. Elles apparaissent comme des formes minimales, parfois à peine discernables, perdues dans le chaos végétal qui les entoure. Lorsqu’il filme les traces de présence humaine dans le paysage, le cinéaste semble adopter le regard euphorique d’un archéologue découvrant les restes d’une civilisation disparue et de ce qui faisait le lien entre les individus. Déjà dans <em>Sous le ciel de Koutaïssi</em>, la valeur du football tenait à ce qu’il constituait une culture partagée, permettant de faire communauté. Dans <em>Dry Leaf</em>, le sport représente moins un rite populaire qu’un ensemble de vestiges civilisationnels. Le rôle de lien conféré à ces cages de foot s’observe aussi à l’échelle intime du récit. À la fin du voyage, la voix off révèle que tous les terrains par lesquels Irakli est passé ont été visités par sa fille. Dans sa lettre, elle lui explique avoir décidé de partir en le voyant attristé par la destruction de l’Université des sports. Sa dérive dans la Géorgie rurale constituait ainsi une tentative de sauvegarder ce qui est en train de disparaître. Il n’est dès lors pas anodin que Koberidze insère dans le <em>road trip</em> deux séquences de témoignage qu’on devine documentaires, avec des personnes âgées évoquant le passé : l’objectif de la fille d’Irakli est aussi celui du film. Les trois heures de <em>Dry Leaf</em> n’ont peut-être pas d’autre vocation que celle-ci : célébrer les êtres et les choses aimés, dont l’assemblage fragile suffit à composer un monde.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-334425 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6.jpg" alt width="1300" height="867" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6.jpg 1300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6-300x200.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6-1024x683.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6-768x512.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6-980x654.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6-192x128.jpg 192w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Dry-leaf-illustration-6-90x60.jpg 90w" sizes="auto, (max-width: 1300px) 100vw, 1300px"></a>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334417_162();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334417_162();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334417_162">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334417_162" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334417_162('footnote_plugin_tooltip_334417_162_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334417_162_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Alors que la picturalité des compositions et les contours indécis de l’image évoquent déjà la peinture impressionniste, Koberidze multiplie les natures mortes dans la seconde partie du film, dont plusieurs sont consacrées aux pommes, motif privilégié de Cézanne qu’il ne cessa de reprendre tout au long de son œuvre.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334417_162('footnote_plugin_tooltip_334417_162_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334417_162_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Il formule ce problème comme une lutte constante résumée ainsi dans une lettre à Émile Bernard : « <em>les sensations colorantes, qui donnent la lumière sont chez moi cause d’abstractions qui ne me permettent pas de couvrir ma toile, ni de poursuivre la délimitation des objets quand les points de contact sont tenus, délicats, d’où il ressort que mon image ou tableau est incomplète. D’un autre côté les plans tombent les uns sur les autres, d’où est sorti le néo-impressionnisme qui circonscrit les contours d’un trait noir, défaut qu’il faut combattre à toute force. </em>» (« Lettre 8<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>à Emile Bernard, le 23 septembre 1905 », in <em>Conversations avec Cézanne</em>, Michael Doran (dir.), Éditions Macula, 2021, p. 93.)</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334417_162('footnote_plugin_tooltip_334417_162_3');"><a id="footnote_plugin_reference_334417_162_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cézanne, « Conversation avec Joachim Gasquet », <em>ibid</em>., p. 187.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334417_162('footnote_plugin_tooltip_334417_162_4');"><a id="footnote_plugin_reference_334417_162_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cézanne, « Lettre 1 à Emile Bernard, le 15 avril 1904 », <em>ibid</em>., p. 59.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334417_162() { jQuery('#footnote_references_container_334417_162').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334417_162').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334417_162() { jQuery('#footnote_references_container_334417_162').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334417_162').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334417_162() { if (jQuery('#footnote_references_container_334417_162').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334417_162(); } else { footnote_collapse_reference_container_334417_162(); } } function footnote_moveToReference_334417_162(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334417_162(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334417_162(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334417_162(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dry-leaf/">Dry Leaf</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Coupe du monde 2026 : un football à image humaine</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/coupe-du-monde-2026-un-football-a-image-humaine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Choury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334451</guid>

					<description><![CDATA[<p>Hypothèse : et si le football et sa mise en scène télévisuelle évoluaient de pair ? La preuve avec la Coupe du monde 2026 et l’apparition de la RefCam, qui vient répondre aux évolutions tactiques...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/coupe-du-monde-2026-un-football-a-image-humaine/" title="Read  Coupe du monde 2026 : un football à image humaine">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Hypothèse : et si le football et sa mise en scène télévisuelle évoluaient de pair ? La preuve avec la Coupe du monde 2026 et l’apparition de la </em>RefCam<em>, qui vient répondre aux évolutions tactiques récentes de la discipline.</em></p>
<p>Chaque Coupe du monde de football apporte son lot d’innovations visuelles. En 2010, c’était la généralisation de la <em>SpiderCam</em> ; en 2014, l’introduction de la <em>Goal Line Technology</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_1" class="footnote_tooltip">Dispositif numérique, proche du Hawk-Eye utilisé pour le tennis, qui reconstruit artificiellement les lignes du terrain et calcule la trajectoire probable du ballon pour, dans un premier temps, déterminer si ce dernier a franchi réellement la ligne de but. Plus tard, le même dispositif a été déployé pour déterminer «&nbsp;semi-automatiquement&nbsp;» les hors-jeux.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ; en 2018, celle de l’arbitrage vidéo. Depuis les premiers matchs de l’édition 2026, une nouvelle image a fait son apparition : celle de la <em>RefCam</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_2" class="footnote_tooltip">Pour <em>Referee Cam</em>, aussi appelée Referee View, littéralement « caméra de l’arbitre » ou » point de vue de l’arbitre ».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Produite par une microcaméra directement fixée sur la tête de l’arbitre, elle apparaît régulièrement dans la série de ralentis qui prolonge une action de but, sans bénéficier, pour l’instant, du traitement spectaculaire réservé au <em>slow motion, </em>ni de la primeur d’être diffusée en direct. Malgré cette place encore marginale qui lui est accordée, quelques secondes suffisent pour comprendre que cet appareil ne produit pas des plans comme les autres.</p>
<p>La <em>RefCam</em> n’est pourtant pas née <em>ex nihilo</em>. Des dispositifs comparables avaient déjà été expérimentés dans d’autres sports, notamment au rugby, avant d’être rapidement abandonnés, sans doute parce que la technique ne permettait pas encore de stabiliser suffisamment l’image. Pendant la pandémie de COVID-19, la télévision allemande avait également équipé certains joueurs de Bundesliga de caméras embarquées afin de compenser, par une promesse d’immersion, le vide laissé par des stades privés de spectateurs. L’expérience tourna court : le balancement incessant de l’image, l’irruption brutale de membres désarticulés dans le cadre et la perte des repères spatiaux produisaient moins une vue subjective qu’une étrange vision monstrueuse et impropre dans le champ lisse de l’industrie audiovisuelle. Ces essais, aussi maladroits que fascinants, témoignent d’une même aspiration. Depuis son passage au numérique, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/filmer-le-football-que-nous-racontent-les-images-de-la-coupe-du-monde-au-qatar/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la télévision sportive ne cesse de regarder du côté du jeu vidéo</a>, dont elle envie l’interactivité. Les grandes franchises de football d’EA Sports ou de Konami proposent depuis longtemps un mode de jeu « subjectif », plaçant le joueur dans la position supposée d’un véritable footballeur, selon une représentation que la retransmission télévisée semblait, jusqu’alors, incapable d’atteindre. Plus récemment encore, les séries&nbsp;EA Sports FC&nbsp;ont systématisé des ralentis en&nbsp;<em>point of view</em>&nbsp;après chaque but, comme si cette image appartenait déjà à l’horizon naturel de la représentation du football. La <em>RefCam</em> s’inscrit donc dans une histoire. Mais son apparition à la Coupe du monde 2026<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_3" class="footnote_tooltip">Pour être parfaitement précis, le dispositif technique tel que décrit dans l’article a déjà été testé sporadiquement lors de matchs de championnats nationaux, en Ligue 1 française ou, comme indiqué, en Bundesliga allemande. Il a même parfois été agrémenté <a href="https://www.youtube.com/watch?v=uuiRwR8a-Kg" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de son direct</a>, via l’ajout d’un micro – option non retenue pour l’actuelle Coupe du monde. Mais l’aura d’un tel événement à échelle mondiale dépasse largement la spécificité des compétitions locales : c’est la FIFA qui fait définitivement entrer les nouvelles figures de réalisation dans la culture visuelle footballistique commune.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ne constitue pas seulement l’aboutissement d’une longue série d’expérimentations. Elle révèle surtout que quelque chose a changé dans la manière même de représenter le football. Loin d’être un gadget technologique supplémentaire, elle semble répondre à une transformation plus profonde du jeu lui-même. Et produit, par la même, un émerveillement insoupçonné.</p>
<h2>Filmer en transition</h2>
<p>La <em>RefCam</em> ne constitue pas une innovation technique qui viendrait bouleverser le football. Le mouvement est exactement inverse : elle est une innovation formelle rendue nécessaire par les évolutions de la discipline. Depuis une dizaine d’années, le très haut niveau est en effet dominé par ce que les analystes appellent le « jeu de transition ». Accélérations fulgurantes, verticalité, franchissement immédiat de la ligne médiane, appels dans la profondeur, contre-attaques éclair : l’enjeu n’est plus d’élaborer l’action progressivement mais de traverser le terrain le plus rapidement possible. Chaque récupération de balle devient la possibilité d’une projection instantanée vers le but adverse. L’espace de jeu cesse d’être construit ; il est outrepassé dans un engagement offensif total et parfois virtuose.</p>
<div id="attachment_334452" style="width: 1796px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334452" class="wp-image-334452 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026.jpg" alt width="1786" height="1000" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026.jpg 1786w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026-300x168.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026-1024x573.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026-768x430.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026-1536x860.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.-RefCam-Sampaio_WorldCupOpeningMatch_2026-980x549.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1786px) 100vw, 1786px"></a><p id="caption-attachment-334452" class="wp-caption-text">Wilton Sapaio, arbitre du match d’ouverture de la Coupe du monde 2026, Mexique-Afrique du Sud | © REUTERS</p></div>
<p>Cette mutation tactique apparaît elle-même comme la réponse à une révolution antérieure : celle du&nbsp;<em>tiki-taka</em>, porté à son apogée par le FC Barcelone de Pep Guardiola et la sélection espagnole entre la fin des années 2000 et le début des années 2010. Fondé sur une circulation quasi ininterrompue du ballon, un réseau géométrique de passes courtes et de permutations permanentes, ce football fait du milieu de terrain le foyer stratégique de la rencontre. La possession ne constitue plus seulement un moyen de progresser ; elle devient une manière d’occuper l’espace, de déplacer l’adversaire jusqu’à l’épuisement et d’imposer son propre rythme au match.</p>
<p>Face à cette stratégie sont progressivement apparues deux réponses. La première est celle du « bloc bas », qui concentre les onze joueurs autour de la surface de réparation et transforme le dernier tiers du terrain en forteresse. La seconde, plus radicale, est précisément le jeu de transition. Celui-ci accepte de laisser vivre le jeu de possession pour mieux le dérégler : il consiste à aspirer l’adversaire, à lui opposer un pressing intense pour couper les espaces de transmission, puis à transformer les récupérations en contre-attaques millimétrées et supersoniques. Là où le&nbsp;<em>tiki-taka</em>&nbsp;cherche à contrôler l’espace, la transition cherche à le traverser, voire à le pulvériser.</p>
<div id="attachment_334453" style="width: 1848px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334453" class="wp-image-334453 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026.jpg" alt width="1838" height="518" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026.jpg 1838w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026-300x85.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026-1024x289.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026-768x216.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026-1536x433.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3.-RefCam-Angleterre_Croatie_Bellingham_2026-980x276.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1838px) 100vw, 1838px"></a><p id="caption-attachment-334453" class="wp-caption-text">But de Jude Bellingham, dans le match Angleterre — Croatie, premier tour de la Coupe du monde 2026, en direct (image 1) puis filmée par la RefCam de l’arbitre, M. Clément Turpin (image 2) © ITV</p></div>
<p>Cette opposition n’est pas seulement tactique ; elle engage deux conceptions mentales de l’espace. Le football de possession fait du milieu de terrain le lieu où se fabrique le jeu. Le football de transition tend au contraire à en faire une simple zone à franchir. Il réactive ainsi, sous une forme beaucoup plus sophistiquée, la vieille logique du&nbsp;<em>box-to-box</em>, d’une surface de réparation à l’autre, renouant avec le&nbsp;<em>kick and rush</em>&nbsp;des origines tout en le portant à un degré inédit de vitesse, de précision et d’intensité, par la voie terrestre plutôt qu’aérienne. Face à l’espace continu construit par le jeu de possession, la transition substitue un espace discontinu et fracturé.</p>
<p>Or cette mutation du jeu trouve un écho inattendu dans l’histoire des images télévisées. On considère souvent que la multiplication des gros plans, permise par les progrès techniques, témoigne d’une individualisation croissante du football contemporain. C’est oublier que l’invention décisive de la retransmission moderne demeure le « plan de base » – d’après la formule de Charles Tesson<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_4" class="footnote_tooltip">Formule inventée dans un article fondateur «&nbsp;Le Ballon dans la lucarne&nbsp;», écrit dans les <em>Cahiers du Cinéma</em>, n°386, de juillet-août 1986, à l’occasion de la Coupe du monde organisée au Mexique.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Ce grand panoramique légèrement plongeant ne se contente pas de montrer le jeu : il organise une manière de le penser. En donnant au milieu de terrain la place centrale du cadre, il fait apparaître les déplacements collectifs, les lignes de passes, les ouvertures et les fermetures d’espace. Il invente une vision double du jeu, à la fois onirique – par son mouvement imperturbable et fluide – et analytique, par son angle plongeant&nbsp;: «&nbsp;<em>Le regard en plongée tend vers un football échiquier qui insiste sur la dimension technique, chorégraphique et architecturale du jeu (les trajectoires d’une stratégie qui se déplie, l’ouverture ou la fermeture d’un espace de jeu). </em>[…] <em>La loi normative du regard en plongée valorise donc le football tactique. C’est le football à schémas, la stratégie à outrance, </em>[le]<em> spectre de la rationalisation, la routine des combinaisons stéréotypées au détriment d’un football d’inspiration libre.</em>&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_5');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">[5]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_5" class="footnote_tooltip">Charles Tesson, <em>ibid</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> On comprend alors pourquoi l’âge d’or du&nbsp;<em>tiki-taka</em>&nbsp;a coïncidé presque parfaitement avec les premiers écrans plats en 16/9. L’élargissement du champ signifiait, en retour, l’élargissement cartographique des combinaisons collectives possibles ; l’un semblait avoir été inventé pour l’autre. La retransmission télévisée n’était pas seulement adaptée à ce football : elle en constituait la forme sensible<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_6');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">[6]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_6" class="footnote_tooltip">«&nbsp;<em>En déplaçant, la «&nbsp;zone de vérité&nbsp;» plus au centre du terrain, ce jeu de passes modifie le sens même d’un match de football. Il ne s’agit plus d’inscrire un nombre de buts supérieur à celui de l’adversaire, mais d’assurer le contrôle d’un territoire. Plus exactement, il s’agit de s’approprier un territoire physique (la partie adverse du terrain) en y déployant un territoire mental (l’espace spécifique du jeu).</em>&nbsp;», Patrice Blouin, Télégénie du football (2011).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
<div id="attachment_334454" style="width: 1850px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334454" class="wp-image-334454 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018.jpg" alt width="1840" height="1030" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018.jpg 1840w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018-300x168.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018-1024x573.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018-768x430.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018-1536x860.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4.-Spidercam-France_Argentine_Mbappe_2018-980x549.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1840px) 100vw, 1840px"></a><p id="caption-attachment-334454" class="wp-caption-text">Percée de Kyllian Mbappé contre l’Argentine, huitième de finale de la Coupe du monde 2018, filmée en Spidercam | © TF1</p></div>
<p>La <em>RefCam</em> apparaît précisément au moment où cet équilibre historique se fissure. Si le jeu contemporain tend à court-circuiter le milieu de terrain, à privilégier la profondeur plutôt que la circulation, alors le vieux dispositif hérité des années 1950 doit se renouveler en profondeur pour restituer ce nouveau régime spatial. Avant elle, les premières réponses ont d’abord été aériennes. La <em>SpiderCam</em>, suspendue au-dessus du terrain grâce à quatre longs câbles, introduisit un axe de vision perpendiculaire au plan de base. D’abord cantonnée à des mouvements flottants ou des plongées vertigineuses – suivant la syntaxe d’une mise en scène foraine –,&nbsp;elle trouvait cependant sa justification au moment de certaines contre-attaques magistrales, où son déplacement puissant semblait entrer en résonance avec celui des joueurs, contre la rigidité du panoramique principal. En ce sens, elle a déjà produit une image particulièrement marquante – et magnifique – en gravant dans le marbre la course de Kylian Mbappé contre l’Argentine au début du fameux huitième de finale de la Coupe du monde 2018, produisant un effet de correspondance exacte – de consubstantiation – entre l’action sportive et sa mise en image. La <em>RefCam</em> pousse cette logique un cran plus loin. Elle ne cherche plus seulement à accompagner la transition ; elle tente d’incarner son effet de condensation spatio-temporelle qui fait coïncider presque instantanément récupération, projection et conclusion.</p>
<h2>L’intrusion interdite</h2>
<p>La télévision n’invente jamais des formes indépendamment du jeu, mais parce que le jeu a changé. La «&nbsp;vue arbitrale&nbsp;» s’inscrit dans cette logique. Elle ne relève pas d’une simple caméra supplémentaire, mais d’une tentative de résoudre, par une invention de mise en scène, un défi de représentation introduit par le football contemporain. En ce sens, elle reconduit d’abord le geste inauguré par la <em>SpiderCam</em>. Comme elle, elle rompt avec la frontalité du plan de base en introduisant un nouvel axe de vision. Mais là où la <em>SpiderCam</em> observait encore le jeu depuis une position extérieure, suspendue au-dessus du terrain, la <em>RefCam </em>descend à hauteur d’homme et recrée autant du volume qu’une vision périphérique. Elle ne survole plus les trajectoires et les lignes de fuite nouvelles induites dans les transitions ; elle les éprouve.</p>
<p>Mais la véritable nouveauté est ailleurs. Car la <em>RefCam</em> fait quelque chose de plus – et d’une certaine manière, une chose historique dans la représentation du sport télévisé. Celui-ci s’est construit sur une règle esthétique fondamentale et jamais démentie : il est impossible pour les caméras qui participent au dispositif de franchir l’espace du jeu tant que celui-ci est effectif. Il n’est pas rare de voir des cadreurs entrer sur le terrain, mais jamais pendant qu’une action s’y déroule, au mieux pendant un arrêt de jeu (rarement), le plus souvent après le coup de sifflet de la mi-temps ou de la fin du match. Jusqu’ici, la retransmission sportive s’est donc construite sur un partage rigoureux entre l’espace du jeu et celui de sa représentation. Toute la puissance de la télévision sportive repose sur cette tension : promettre une proximité toujours plus grande avec l’événement tout en maintenant le spectateur à la place qui est la sienne, celle d’un regard extérieur. De ce point de vue, la <em>Spidercam</em> n’a pas remis en cause cette économie scénographique&nbsp;: en conservant une position extérieure et aérienne et en dessinant, par ses trajectoires bombées, l’idée d’une cloche de verre imaginaire, elle accentue plus encore le surplomb scientifique du regard.</p>
<div id="attachment_334455" style="width: 1837px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334455" class="wp-image-334455 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026.jpg" alt width="1827" height="1030" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026.jpg 1827w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026-1024x577.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026-768x433.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026-1536x866.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/5.-RefCam-Exemples_WorldCup_2026-980x552.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1827px) 100vw, 1827px"></a><p id="caption-attachment-334455" class="wp-caption-text">RefCams des matchs du premier tour de la Coupe du monde 2026, Pays-Bas – Japon (image 1), Argentine – Autriche (image 2), Canada-Bosnie-Herzégovine (image 3), Croatie – Ghana (image 4) | © Fox / BBC / ITV</p></div>
<p>La <em>RefCam</em> rompt avec cette logique. Pour la première fois dans une Coupe du monde, l’image surgit depuis l’intérieur même de l’action. Non plus au bord du terrain, ni au-dessus de lui, mais au cœur des courses, à proximité immédiate du ballon et des corps. L’espace du jeu cesse d’être seulement observé : il devient le lieu même d’où l’image est produite. Cette intrusion demeure cependant paradoxale et il serait faux d’y voir l’accomplissement du vieux rêve d’une immersion totale. La caméra se situe certes à l’intérieur du terrain, mais n’épouse jamais le regard d’un joueur. Le point de vue reste celui d’un tiers. La télévision continue ainsi de jouer sur une tension constitutive : promettre une proximité toujours plus grande avec le jeu tout en maintenant le téléspectateur dans une position irréductiblement extérieure. L’immersion demeure asymptotique. On peut déjà imaginer les prochaines étapes de cette fuite en avant – une caméra embarquée dans le ballon, peut-être un jour sur les joueurs eux-mêmes –, sans que jamais ne disparaisse complètement la distance qui fonde le spectacle.</p>
<h2>La Nouvelle Star</h2>
<p>Si elle n’accomplit pas définitivement la révolution optique du football, l’irruption de <em>RefCam</em> reste tout de même déroutante : sa beauté tient à l’étrangeté qu’elle suscite. Loin de prolonger naturellement la grammaire « réaliste » de la retransmission sportive, elle semble appartenir à un autre régime d’images. Son grand-angle étire les corps, déforme les perspectives, saccade les mouvements, désoriente l’espace ; les mouvements brusques de la tête de l’arbitre rompent avec la fluidité habituelle de la réalisation. À certains instants, le stade lui-même paraît se tordre sous l’effet des anamorphoses produites par l’objectif, comme si le football empruntait soudain les coordonnées visuelles de certains dispositifs de réalité virtuelle. Même l’équipement porté par les arbitres – caméra fixée à la tempe, objectif au coin de l’œil – appartient à un imaginaire rétrofuturiste hérité de la science-fiction des années 1980.</p>
<p>La beauté de cette image tient précisément à son hétérogénéité. Elle s’attaque aux piliers du système télévisé du football, prônant la stabilité (le principe du dispositif et du «&nbsp;plan de base&nbsp;» est inchangé depuis les années 1950, simplement agrémenté de prolongements technologiques complexes) et la lisibilité. Les évolutions techniques successives (multiplication des caméras, haute définition, ralentis, super-loupe, incrustations numériques) n’ont jamais remis en cause l’économie générale du dispositif. Toutes tendent vers une même transparence : rendre les raccords imperceptibles, lisser les mouvements, donner l’impression que l’image s’organise d’elle-même.</p>
<p>La <em>RefCam</em> fait exactement l’inverse. Elle réintroduit dans le spectacle télévisé la possibilité d’un regard imparfait et instable. Elle est, à ce titre, la première image véritablement humaine du football télévisé. Certes, la plupart des caméras sont déjà manipulées par des opérateurs<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_7');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">[7]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_7" class="footnote_tooltip">À l’exception des microcaméras accrochées aux filets des buts, dont les images peuvent se comprendre comme la symétrie parfaite de celles de la <em>RefCam</em> : même inversion de la logique axiale du plan de base, même hauteur que le regard humain. Également insérées dans le montage des ralentis qui suivent les buts, elles produisent une émotion toute particulière : d’abord inerte, le plan se met à s’ébranler chaotiquement au moment où la balle entre dans les filets, passant instantanément d’un état à l’autre, au diapason de la libération physique et psychique que signifie un but pour l’équipe qui le marque.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mais ceux-ci travaillent selon une partition très codifiée, sous la direction permanente du réalisateur, dont le rôle consiste à effacer toute singularité de leurs gestes. Même lorsqu’elle est portée par un homme, la caméra doit produire l’apparence d’une vision neutre, presque machinique. Malgré les progrès considérables de la stabilisation numérique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_334451_164('footnote_plugin_reference_334451_164_8');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334451_164_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">[8]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_8" class="footnote_tooltip">Les tentatives pionnières de <em>RefCam</em>, notamment dans le rugby où elles étaient harnachées à la poitrine ou sur le front des arbitres, ont été très rapidement abandonnées tant l’instabilité de l’image ressemblait à des plans de cinéma expérimental et contredisait le pacte de transparence que se doit de respecter la production télévisée.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334451_164_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334451_164_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, la «&nbsp;vue arbitrale&nbsp;» conserve les hésitations de celui qui la porte : un déplacement moins prévisible, de légères secousses, des vibrations, une définition légèrement plus pauvre, des changements d’axe intempestifs, autant de traces laissées par le corps de l’arbitre courant derrière l’action sans jamais pouvoir anticiper complètement ses retournements. L’image cesse alors d’être la simple traduction d’un dispositif technique et se fait l’empreinte d’une présence physique.</p>
<p>Dans le royaume de la mesure qu’est la retransmission sportive, la <em>RefCam</em> introduit une désorientation passagère, mais cruciale. Quelques fractions de seconde sont nécessaires pour que l’image redevienne intelligible et que le téléspectateur retrouve ses repères, reconstitue les directions du jeu et distingue les corps. Cette perte momentanée de lisibilité du jeu n’est pas un défaut ; elle constitue au contraire la condition même de son intensité. Pour la première fois, la télévision ne nous donne plus seulement à voir le football ; elle nous donne à <em>expérimenter</em> ce que signifie suivre une action depuis l’intérieur de son mouvement. Qui plus est lors des phases de transition qui se parent, sous cet angle neuf, d’un sentiment d’urgence et d’euphorie exaltés. Ce surgissement du registre épique dans l’écologie visuelle du football tranche avec la froideur technologique habituelle. Car si l’arbitre se doit de garantir l’intégrité du match, il n’en demeure pas moins son premier spectateur. Les images de la <em>RefCam </em>semblent alors transmettre quelque chose de cette position singulière : celle d’un regard placé au plus près de l’événement, partagé entre les exigences de l’intégrité sportive et l’intensité des grandes actions dont il est le témoin privilégié.</p>
<div id="attachment_334456" style="width: 1850px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334456" class="wp-image-334456 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026.jpg" alt width="1840" height="1030" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026.jpg 1840w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026-300x168.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026-1024x573.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026-768x430.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026-1536x860.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6.-RefCam-France_Senegal_Mbappe_2026-980x549.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1840px) 100vw, 1840px"></a><p id="caption-attachment-334456" class="wp-caption-text">Second but de Kylian Mbappé contre le Sénégal, premier tour de la Coupe du monde 2026, filmé par la RefCam de l’arbitre, M. Alireza Faghani | © Fox</p></div>
<p>L’intronisation officielle de l’arbitre comme premier spectateur du match implique par ailleurs une seconde conséquence, plus inattendue. Il devient, par la force des choses, l’un des composants clés du dispositif technique et l’un des principaux cadreurs de l’événement, participant non plus seulement au bon déroulement du match, mais désormais à sa représentation. Au risque d’être juge et partie ? L’hypothèse est à nuancer : cette promotion symbolique intervient après plusieurs années durant lesquelles la corporation s’est vue profondément remise en cause par l’introduction de l’arbitrage vidéo, qui a officialisé la concurrence de l’œil technologique. Cette réintégration au cœur de l’organisation médiatico-sportive sonne ainsi presque comme une compensation. Déjà, l’installation de la VAR avait donné naissance à un nouveau plan : celui de l’arbitre faisant le geste du cadre télévisuel avec ses mains, puis courant vers l’écran de contrôle situé au bord de la touche, avant de se retrouver seul à l’image, unique objet du regard. Ce dispositif le faisait définitivement sortir de l’anonymat. La<em> RefCam </em>parachève ce mouvement en faisant de l’arbitre un cinéaste potentiel. Car, sait-on jamais, demain, l’homme en noir ne sera peut-être plus seulement jugé sur ses décisions, plus ou moins litigieuses, mais également sur la qualité des images qu’il aura contribué à produire. Peut-être sera-t-il même choisi, un jour, en fonction de ses qualités d’opérateur.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334451_164();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334451_164();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334451_164">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334451_164" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Dispositif numérique, proche du Hawk-Eye utilisé pour le tennis, qui reconstruit artificiellement les lignes du terrain et calcule la trajectoire probable du ballon pour, dans un premier temps, déterminer si ce dernier a franchi réellement la ligne de but. Plus tard, le même dispositif a été déployé pour déterminer «&nbsp;semi-automatiquement&nbsp;» les hors-jeux.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_2');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour <em>Referee Cam</em>, aussi appelée Referee View, littéralement « caméra de l’arbitre » ou » point de vue de l’arbitre ».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_3');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour être parfaitement précis, le dispositif technique tel que décrit dans l’article a déjà été testé sporadiquement lors de matchs de championnats nationaux, en Ligue 1 française ou, comme indiqué, en Bundesliga allemande. Il a même parfois été agrémenté <a href="https://www.youtube.com/watch?v=uuiRwR8a-Kg" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de son direct</a>, via l’ajout d’un micro – option non retenue pour l’actuelle Coupe du monde. Mais l’aura d’un tel événement à échelle mondiale dépasse largement la spécificité des compétitions locales : c’est la FIFA qui fait définitivement entrer les nouvelles figures de réalisation dans la culture visuelle footballistique commune.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_4');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Formule inventée dans un article fondateur «&nbsp;Le Ballon dans la lucarne&nbsp;», écrit dans les <em>Cahiers du Cinéma</em>, n°386, de juillet-août 1986, à l’occasion de la Coupe du monde organisée au Mexique.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_5');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_5" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Charles Tesson, <em>ibid</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_6');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_6" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">«&nbsp;<em>En déplaçant, la «&nbsp;zone de vérité&nbsp;» plus au centre du terrain, ce jeu de passes modifie le sens même d’un match de football. Il ne s’agit plus d’inscrire un nombre de buts supérieur à celui de l’adversaire, mais d’assurer le contrôle d’un territoire. Plus exactement, il s’agit de s’approprier un territoire physique (la partie adverse du terrain) en y déployant un territoire mental (l’espace spécifique du jeu).</em>&nbsp;», Patrice Blouin, Télégénie du football (2011).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_7');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_7" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À l’exception des microcaméras accrochées aux filets des buts, dont les images peuvent se comprendre comme la symétrie parfaite de celles de la <em>RefCam</em> : même inversion de la logique axiale du plan de base, même hauteur que le regard humain. Également insérées dans le montage des ralentis qui suivent les buts, elles produisent une émotion toute particulière : d’abord inerte, le plan se met à s’ébranler chaotiquement au moment où la balle entre dans les filets, passant instantanément d’un état à l’autre, au diapason de la libération physique et psychique que signifie un but pour l’équipe qui le marque.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334451_164('footnote_plugin_tooltip_334451_164_8');"><a id="footnote_plugin_reference_334451_164_8" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Les tentatives pionnières de <em>RefCam</em>, notamment dans le rugby où elles étaient harnachées à la poitrine ou sur le front des arbitres, ont été très rapidement abandonnées tant l’instabilité de l’image ressemblait à des plans de cinéma expérimental et contredisait le pacte de transparence que se doit de respecter la production télévisée.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334451_164() { jQuery('#footnote_references_container_334451_164').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334451_164').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334451_164() { jQuery('#footnote_references_container_334451_164').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334451_164').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334451_164() { if (jQuery('#footnote_references_container_334451_164').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334451_164(); } else { footnote_collapse_reference_container_334451_164(); } } function footnote_moveToReference_334451_164(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334451_164(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334451_164(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334451_164(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/coupe-du-monde-2026-un-football-a-image-humaine/">Coupe du monde 2026 : un football à image humaine</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>La Chaleur</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-chaleur/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>S’il est impossible de reconnaître d’un coup d’œil un film de Stéphane Demoustier, cinéaste qui enchaîne les projets disparates avec un «&#160;style blanc&#160;» (comme on dirait d’un romancier qu’il a une écriture blanche), on peut...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-chaleur/" title="Read  La Chaleur">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>S’il est impossible de reconnaître d’un coup d’œil un film de Stéphane Demoustier, cinéaste qui enchaîne les projets disparates avec un «&nbsp;style blanc&nbsp;» (comme on dirait d’un romancier qu’il a une écriture blanche), on peut cependant rapprocher <em>La Chaleur</em> de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-fille-au-bracelet/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Jeune fille au bracelet</em></a>. En adoptant le livre de Victor Jestin paru en 2019, Demoustier entend de nouveau sonder la psyché d’un jeune personnage mutique et auteur potentiel d’un acte meurtrier. Le doute est néanmoins ici moins prégnant, puisque la mort en question est rapidement montrée&nbsp;: adolescent en vacances dans un camping des Landes, Marouane est pris à partie la veille de son départ par Oscar, qui s’amuse à le tourmenter et à lui piquer sa sacoche. Survient alors un accident&nbsp;: le «&nbsp;<em>bully&nbsp;</em>», lâchant le cordon du sac, bascule par-dessus la rambarde. Marouane n’est donc pas <em>stricto sensu</em> l’auteur d’un crime mais, seul témoin de la scène, il n’agit pas pour autant en innocent&nbsp;: il décide d’enterrer le corps sur la plage et de masquer ses traces. Les événements qui suivent font cheminer le film policier – la pression monte comme le thermomètre, dans un climat caniculaire qui finira par un orage – et le <em>teen movie</em> (le lendemain, le héros rencontre Giulia, une jeune Italienne en vacances). Ce faisant, il entend combiner une forme de douceur et de tragique ; soit précisément les deux adjectifs qu’utilisent Marouane et Giulia pour qualifier l’ouverture de <em>Lohengrin</em> de Wagner, que le premier fait écouter à la seconde le temps d’une scène où l’ombre du drame est percée par les miroitements du soleil sur les vagues et un rapprochement amoureux.</p>
<p>Cette séquence-commentaire montre aussi comment le film avance : par un feuilletage scénaristique aussi bien troussé qu’artificiel, jouant notamment sur des jeux d’échos assez vains, mais qui donnent l’impression d’une complexité narrative. Par exemple, la scène d’accrochage entre Marouane et Oscar renvoie à une autre, plus tôt, où le héros tourmentait gentiment sa petite sœur, qui voulait s’emparer de sa cannette de Coca. Ladite petite sœur s’employait alors à creuser un trou pour un château de sable dont Noé, le copain de Marouane, commentait la profondeur. Devinez où Marouane enterrera justement le cadavre de l’accidenté ? Ce principe de marabout, bout d’ficelle ne raconte rien de précis sur l’intériorité de l’adolescent ; il relève plutôt d’une manière d’étoffer le scénario en distillant des signes de sophistication supposée. Le plus gênant tient à ce que cette préciosité empêche parfois l’émotion de surgir. Notamment dans une scène de prime abord troublante où Marouane se met soudain à pleurer, tandis que Noé, son affable compagnon, le prend dans ses bras. On se dit à ce moment que ce personnage enveloppé, qui passe son temps à draguer sur Tinder et dans les piscines du camping, est décidemment étonnant, avant qu’un virage escamote ce sentiment : son câlin rassurant se transforme en geste érotique maladroit, puis la séquence se termine sur la suggestion d’un secret (l’homosexualité visiblement refoulée du jeune homme) que Marouane se promet de taire – en écho au sien. Lors du dénouement, le sort de ce personnage secondaire reviendra pour faire un nouveau raccord avec la situation criminelle, de façon à inscrire chaque petit bout du récit dans un circuit narratif qui tourne à vide. Demoustier croit se tenir devant un abîme ; en vérité, son film repose sur un scénario ultra-travaillé qui oublie l’essentiel à force d’enluminures. Il est à ce titre symptomatique que la conclusion, qui pourrait s’achever par une vague note d’ambiguïté, soit <em>in fine</em> rattrapée par un bout de voix-off qui dissipe le doute à l’image&nbsp;: il ne peut y avoir de zone d’ombre dans un récit aussi ouvragé.</p>
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		<title>De la répétition dans Dry Leaf</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/de-la-repetition-dans-dry-leaf/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que nous raconte la structure de Dry Leaf, articulée autour de boucles répétitives ? Dry Leaf naît d’une disparition. Lisa, jeune reporter pour une revue sportive, se volatilise après avoir laissé derrière elle une lettre....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/de-la-repetition-dans-dry-leaf/" title="Read  De la répétition dans Dry Leaf">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Que nous raconte la structure de </em>Dry Leaf, <em>articulée autour de boucles répétitives ? </em></p>
<p><em>Dry Leaf</em> naît d’une disparition. Lisa, jeune reporter pour une revue sportive, se volatilise après avoir laissé derrière elle une lettre. Partie photographier les terrains de foot des villages géorgiens éloignés, elle dit ne pas vouloir qu’on la cherche. Pour la retrouver, son père Irakli et son ami Levani entament alors un voyage en voiture qui, très vite, tourne en rond. À chaque terrain de foot, la voiture s’arrête et les personnages tentent d’y retrouver la trace de Lisa. Ils regardent, questionnent parfois ceux qu’ils croisent, et font des pauses ; au même titre que le montage, qui se livre lors de ces « parenthèses » (en vérité le cœur du film) à une ronde d’images. Un motif en particulier revient, celui du personnage principal s’adossant à un poteau ou une barrière, comme pour prendre le temps de s’imprégner des alentours. &nbsp;Terrains vagues, lacs, couchers de soleil, bosquets, chiens ou vaches, etc. : tous ces éléments sont saisis dans une suite de plans confinant à l’abstraction par la pixellisation du téléphone avec lequel filme Koberidze. Dans cette perspective, <em>Dry Leaf</em> est guidé par un principe de récurrence qui consiste à revenir sans cesse à des images semblables pour en sonder l’inextricable mystère.</p>
<p>Semblables, mais pas tout à fait les mêmes, puisque l’image pixellisée joue de variations constantes. De la même façon que la lumière ne touche jamais l’assiette (ou la fleur, ou l’étang) au même endroit et avec la même intensité, l’image du téléphone ne restitue pas les objets selon les mêmes modalités&nbsp;: les blancs sont parfois brûlés, les noirs bouchés, les contours à peine dessinés, les mouvements nettement discontinus, etc. On pense alors à Cézanne, non seulement pour cette manière de flouter les contours, mais aussi pour le travail de répétition qui a guidé son œuvre. Cézanne a peint plus de deux cents natures mortes, parmi lesquelles des dizaines de plateaux de pommes, et a croqué le profil de la montagne Sainte-Victoire sous divers angles. Pourquoi&nbsp;? Pour faire droit au sentiment qu’il est impossible de fixer définitivement les choses dans une image stable. Dans <em>Dry Leaf</em>, la répétition de motifs est le symptôme d’un monde qui ne se laisse jamais épuiser par un seul regard&nbsp;; elle n’accouche pas d’un retour au même, mais au contraire du constat de <em>l’impossibilité du même</em>. Le regard dérive d’une apparition à l’autre, sans jamais pouvoir fixer définitivement son objet. Les choses ne revenant pas dans les mêmes conditions, elles sont alors chaque fois restituées dans leur puissance d’apparition. Ainsi des multiples plans consacrés aux chevaux : un est allongé sur une plaine, un deuxième passe devant un étang d’un blanc saturé, un troisième se tient immobile devant la brume, derrière laquelle se dévoile lentement un village entier, etc.&nbsp;Autant de visions saisissantes qui rappellent qu’un cheval n’est pas qu’un cheval (comme le rappelait Godard à la fin de <em>Scénarios</em>), et que sa captation réitérée est un événement perceptif à chaque fois singulier.</p>
<p>Épousant ainsi une forme d’étonnement renouvelé, les boucles d’images ont pour conséquence directe de mettre tout à égalité : les personnages, la faune, la flore, le ciel, les fleuves et les routes, etc. Koberidze construit un régime perceptif au cœur duquel aucun objet n’occupe durablement le centre du récit ou du cadre. Même les motifs principaux – les cages de foot, les routes – sont peu à peu engloutis par le fourmillement du monde. Ils reviennent régulièrement, se dérobent puis reviennent autrement, après que la caméra s’est attardée sur une myriade d’autres objets : lacs, vaches, fleurs ou ciels. L’enjeu n’est dès lors plus tant de retrouver Lisa que d’habiter un monde devenu indéfiniment disponible au regard. La dérive naît moins d’un manque que d’une abondance : celle d’un réel qui, partout, réclame la même attention.</p>
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		<title>Connaissez-vous Alexandre Koberidze ?</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/connaissez-vous-alexandre-koberidze/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À partir de combien de films peut-on affirmer qu’un cinéaste est grand&#160;? Disons trois, car Alexandre Koberidze, réalisateur géorgien de 41 ans, sort justement son troisième film, Dry Leaf, qui se trouve être le chef‑d’œuvre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/connaissez-vous-alexandre-koberidze/" title="Read  Connaissez-vous Alexandre Koberidze ?">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À partir de combien de films peut-on affirmer qu’un cinéaste est grand&nbsp;? Disons trois, car Alexandre Koberidze, réalisateur géorgien de 41 ans, sort justement son troisième film, <em>Dry Leaf</em>, qui se trouve être le chef‑d’œuvre de sa courte filmographie (même si les films sont longs). En allant voir un peu par hasard <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sous-le-ciel-de-koutaissi/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sous le ciel de Koutaïssi</em></a> en salle au début de l’année 2022 (comme seulement 3171 personnes selon Allociné – sans compter les festivals), je ne m’attendais pas à être à ce point conquis au bout de quelques minutes. Après un coup de foudre en apparence archétypal (un homme et une femme se rentrent dedans en marchant vite), bien que filmé de manière atypique (la mise en scène se focalise uniquement sur leurs pieds), les personnages rentrent chacun de leur côté. Mais alors qu’ils s’endorment la nuit venue, une malédiction s’abat sur eux. «&nbsp;<em>Attention&nbsp;!</em>&nbsp;», s’exclame silencieusement un intertitre, avant qu’un autre nous intime de fermer les yeux après un décompte. En les rouvrant quelques secondes plus tard, les personnages ont changé d’apparence et seront donc incapables de se reconnaître au rendez-vous qu’ils se sont fixés. Je n’avais jamais vu auparavant de film me demandant de fermer les yeux. La facétie absolue de ce tour de magie, encore plus simple qu’un trucage de Méliès, m’a bouleversé – voilà quelqu’un qui cherchait encore à emmener le cinéma ailleurs, en trouvant de nouvelles manières de dialoguer avec le spectateur.</p>
<p>Avant <em>Sous le ciel de Koutaïssi</em>, tourné en numérique et en 16 mm, il y a eu un autre long-métrage, non distribué en France, mais passé notamment <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/aleksandre-koberidze/" target="_blank" rel="noopener">par le FID</a>&nbsp;: <em>Let the Summer Never Come Again</em>. Comme <em>Dry Leaf</em>, <em>Let the Summer…</em> a été tourné avec un Sony Ericsson W595, un petit téléphone portable commercialisé en 2008. Ce choix reflète moins une volonté affichée de radicalité qu’un rapport sensible aux images&nbsp;: dans un entretien publié <a href="https://www.critikat.com/numeros-papier/numero-2-le-cinema-est-il-encore-moderne/" target="_blank" rel="noopener">dans notre deuxième numéro papier</a>, Koberidze raconte que c’est la prise en main instinctive de la fonction vidéo de cet objet, initialement acheté pour écouter de la musique, qui l’a mené à la mise en scène. Ce dispositif relève d’un double coup de génie&nbsp;: 1) voir au cinéma (ou même sur un ordinateur) des images initialement faites pour être regardées sur un écran de la taille d’un gros timbre transforme leur «&nbsp;pauvreté&nbsp;» en richesse plastique. 2) filmer en plans fixes, en installant sur un trépied un appareil pensé pour être tenu à bout de bras, décuple leur picturalité unique. En dehors de quelques panoramiques, le cadre ne bouge pas, mais le fourmillement incontrôlable des pixels ne cesse de reconfigurer les plans, donnant l’impression de se retrouver face à des peintures impressionnistes vivantes. S’il était déjà par endroits éblouissant, <em>Let the Summer Never Come Again</em> rejouait néanmoins l’aspect vaporeux de l’image par une intrigue elle-même nébuleuse (même si ténue), paraissant redoubler par-là une forme d’illisibilité. L’équation est cette fois plus fine dans <em>Dry Leaf</em>, dont la limpidité de l’intrigue narrée par une voix-off légèrement dépassionnée (un père cherche sa fille partie prendre des photos de terrains de football de fortune dans toute la Géorgie) permet l’abandon total à son voyage de pixels. Tout le monde ne semble pas encore le savoir, mais un grand cinéaste sort donc un film – à notre avis, vous devriez aller le voir.</p>
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		<title>Pierre Léon : « Dans chaque film, j’essaie quelque chose que je n’ai encore jamais fait »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/pierre-leon-dans-chaque-film-jessaie-quelque-chose-que-je-nai-encore-jamais-fait/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Miguel Haoni]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 10:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pierre Léon, qui prépare un nouveau film (To Be or Not) et la version française de son ouvrage Histoire naturelle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/pierre-leon-dans-chaque-film-jessaie-quelque-chose-que-je-nai-encore-jamais-fait/" title="Read  Pierre Léon : « Dans chaque film, j’essaie quelque chose que je n’ai encore jamais fait »">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Pierre Léon, qui prépare un nouveau film </em>(To Be or Not) <em>et la version française de son ouvrage </em>Histoire naturelle du cinéma<em>, est un cinéaste, acteur et critique indissociable d’une certaine marge du cinéma français, aussi joueuse que radicale. Nous</em><em> avons souhaité revenir avec lui sur son parcours, de</em><em> la découverte de Diagonale (Vecchiali, Guiguet, Treilhou et</em><em>,</em><em> surtout</em><em>,</em><em> Biette) à la collaboration avec les cinéastes </em><em>issus </em><em>de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/petite-histoire-de-la-lettre-du-cinema-avec-christine-martin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Lettre du Cinéma</a>.</p>
<p><strong>Vous avez passé vos quinze premières années en URSS.</strong></p>
<p>Mon père était correspondant de <em>L’Humanité</em> à Moscou. C’est là qu’il a rencontré ma mère, qui était née à Paris d’immigrés russes installés en France après la Révolution de 1917. Mon père était issu d’une famille juive, qui avait fui Salonique en 1915 pour se retrouver à Avignon. Disons que je suis immigré depuis deux générations et, en quelque sorte, dans les deux sens, puisque la rencontre des deux familles s’est faite en terrain étranger. Je crois que plus personne ne savait réellement d’où il venait et où il allait. À la maison, mon père parlait français, ma mère le russe, sa mère, ma grand-mère, les deux langues à la fois, gardant de l’immigration ce charmant parler volapük à la Elvire Popesco, qui agaçait sa fille. Je pense que cette double affectation à la langue a été déterminante pour moi.</p>
<p><strong>Et vous regardiez des films là-bas ? Y avait-il une cinéphilie familiale chez vos parents ?</strong></p>
<p>En URSS, la culture était au centre du dispositif idéologique. Indépendamment de la propagande, elle était riche et accessible. Tout le monde allait au cinéma et au théâtre, en tout cas dans le milieu où je vivais, celui de la petite intelligentsia relativement aisée. C’était une activité courante, y compris pour mes parents. J’allais au cinéma au moins deux fois par semaine. Je voyais ce que voyait tout le monde, c’est-à-dire les films soviétiques et les films étrangers à succès, comme les comédies avec Louis de Funès, ou des westerns allemands (des wursterns ?), très bizarres, et que j’aimais bien. Un spectateur ordinaire. La cinéphilie, ça date de la France. J’ai failli dire hélas.</p>
<p><strong>Et vous voilà à Paris, à 15 ans, parlant à peine français.</strong></p>
<p>C’était en juillet 1975. J’étais déjà venu en France à plusieurs reprises ; je connaissais la famille du côté de mon père et nous avions habité quelque temps chez mes tantes, place de Breteuil. Puis nous avions passé l’année scolaire 1971–1972 à Ivry, l’un des fiefs communistes de l’époque. Mon oreille a fini par accepter le français et j’ai quasiment perdu mon accent russe. J’allais au cinéma place d’Italie, j’adorais <em>Les </em><em>Aristochats</em>. J’avais aussi découvert, certainement à la télévision, un film qui m’a marqué et qui m’impressionne toujours, <em>Quand la Marabunta gronde</em> (Byron Haskin, 1954), effet que je n’attribue pas seulement aux terrifiantes armées de fourmis, ces milliards de Myrmidons dévorant la montagne, mais aussi au couple formé par Charlton Heston et Eleanor Parker.</p>
<p>C’est déjà agité par ces souvenirs que j’ai débarqué cet été 75 à Paris. À côté du lycée, à Montreuil, il y avait ce qu’on appelait la Maison populaire, comme il y en avait dans toutes les municipalités communistes&nbsp;: on y pratiquait toutes sortes d’activités, des ateliers de théâtre ou de macramé, et il y avait aussi un ciné-club, dirigé par Édouard Waintrop, que j’ai retrouvé dix ans après à <em>Libération. </em>Édouard avait fait un programme de film d’horreur, ça m’avait fait beaucoup rire. Grâce à lui, j’ai vu un film important dans ma vie ; <em>Les Bicots-nègres,&nbsp;vos&nbsp;voisins</em> (Med Hondo, 1974).&nbsp; C’était une sorte de révélation, sur le geste même de filmer, de ce qu’il signifie. La même chose est arrivée avec le festival Pasolini, un peu plus tard. J’avais déjà vu <em>Salò ou les 120 journées de Sodome</em>&nbsp;: je me revois place de l’Odéon, flottant et perplexe. Quand j’ai vu à Montreuil ses autres films, je me suis senti proche de cet homme qui venait d’être assassiné, mais pourquoi&nbsp;? Ça m’a vraiment intrigué. Peut-être que j’étais sensible à l’aspect complet de sa personnalité, poète, romancier, cinéaste, activiste ; j’ai toujours aimé les gens du savoir, les curieux, qui ne sont pas des touche-à-tout, mais qui développent leur intelligence en se servant de tout ce qui les inspire. Je n’avais pas lu grand-chose de lui, mais son aura était extraordinaire, tout le monde connaissait Pasolini. J’étais plutôt un littéraire, je n’avais même pas une idée de ce que pouvait être la peinture, par exemple. Je voulais écrire de grands romans modernes, faire de la belle poésie, moderne également.</p>
<p>Ma première «&nbsp;carrière&nbsp;» de cinéphile s’est développée plus tard, à la fac. Très centrée sur le cinéma moderne. Rivette, Eustache, Demy, Rohmer, Godard (modérément), Bresson, Renoir, les Allemands (Fassbinder, Schroeter), les Suisses (Tanner, Souter), etc. Peu d’Américains. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré le cinéma de Vecchiali.</p>
<h2>L’esprit Diagonale</h2>
<p><strong>À cette époque, ne fréquentiez-vous pas des garçons et des filles de votre âge ? N’avez-vous pas vécu une cinéphilie de groupe, comme celle évoquée dans </strong><strong><em>Les Cinéphiles</em></strong><strong> de Louis Skorecki ?</strong></p>
<p>Oui, j’avais un microgroupe de quatre, à la faculté de Censier. Nous n’étions pas tant des cinéphiles que des apprentis du film&nbsp;: c’était pour en faire que nous en voyions beaucoup. Le reste du temps, on se disputait avec les autres étudiants et les professeurs. Et c’est pour cette raison que la rencontre avec les cinéastes de Diagonale a été un moment important. C’était en 1980. J’ai raconté cette histoire dans le film que j’ai consacré à Jean-Claude Biette [NDLR&nbsp;: <em>Biette</em>, réalisé en 2010]. Il y avait un festival qui s’appelait Les Rencontres de Marcigny, aujourd’hui l’un des plus vieux «&nbsp;petits&nbsp;» festivals de France, &nbsp;qui proposait cette année-là une double affiche intrigante&nbsp;: «&nbsp;Paul Vecchiali et Diagonale/Le nouveau cinéma allemand&nbsp;». À l’époque, personne ne faisait ça. Des films Diagonale, nous n’avions vu que <em>Le Théâtre des matières </em>(Biette, 1977), <em>Les Belles Manières</em> (Jean-Claude Guiguet, 1978), <em>Simone Barbès ou la Vertu</em> (Marie-Claude Treilhou, 1980). Et de Vecchiali, rien à part <em>Femmes, femmes </em>(1974), qui passait une fois par semaine au Daumesnil où il faisait froid comme dans un caveau (du pur cinéphile), et peut-être <em>Corps à cœur </em>(1979), mais je ne suis pas sûr de moi. C’était donc l’occasion rêvée de rattraper tous ces films. Entre parenthèses, le programme allemand était contrasté et appétissant&nbsp;; c’est là que j’ai vu ce Fassbinder période Antiteater, <em>Liberté à Brême</em> (1972), qu’on peut ajouter à mes impressions les plus fortes, après <em>Les Bicots-nègres</em> et <em>Salò</em>, et avant <em>Muriel</em> (Alain Resnais, 1963).</p>
<p>Tout Diagonale, ou presque, était là : tout le monde déjeunait avec tout le monde. Je me souviens que j’avais été très surpris de voir qu’ils ne ressemblaient pas du tout à des artistes, et que c’était pour moi à la fois un étonnement et un soulagement. Les gens qui ont l’air d’être comme tout le monde peuvent faire les films qu’ils font. Ça m’avait frappé. Ça collait très bien avec le décor : Marcigny est une petite ville de Bourgogne, d’une beauté ordinaire et quotidienne.</p>
<p><strong>Donc les échanges étaient horizontaux ? Y avait-il une simplicité dans l’ambiance ?</strong></p>
<p>Oui, mais en même temps, c’étaient des personnes extrêmement vigoureuses et dotées d’une pensée très polémique. Leur rapport au monde avait quelque chose d’immédiat, de littéral, et c’est ce qu’ils filmaient, avec leurs différences, des différences de manière, mais aussi de style, car ils n’étaient pas toujours d’accord entre eux. Cette proximité avec le tissu réel des choses, parfois usé jusqu’à la trame, cette façon de ne pas faire de hiérarchie dans les dignités, étaient pour moi des signes évidents d’un cinéma qui avait une vocation populaire. Il ne l’a pas été, il n’a pas eu de succès : c’est un cinéma populaire qui n’a pas eu de succès, mais ça reste quand même un cinéma populaire. Regardez ce que montre Biette de la précarité, ou Vecchiali de la pauvreté, ou Treilhou, avec ses mélodrames d’appartement, ou Guiguet lorsqu’il paraphrase Fassbinder et Sirk dans la langue lyrique des faubourgs.</p>
<p><strong>Oui, un cinéma populaire qui n’a pas trouvé son peuple.</strong></p>
<p>Ces cinéastes exprimaient dans leurs films – là je peux dire vraiment tous, chacun à sa manière – ce qu’ils voyaient. Disons que ce sont des fictions du réel, uniquement, des fictions de <em>leur</em> réel. Si un voisin dit quelque chose qui les amuse, vous êtes sûr de retrouver ça dans un prochain film. Chez Biette, c’est tout le temps comme ça : ses dialogues viennent de partout, de la rue, de la télé, de la radio, des dîners avec les amis, des conversations avec les gens du quartier. Et les personnages eux-mêmes, quand ce ne sont pas les modèles en personne qui se retrouvent devant la caméra, sont des patchworks de gens de toutes sortes, réels et imaginaires. Biette adorait trouver les noms de ces personnages ; on pourrait croire qu’il les invente. Pas toujours ! Ce réel, imité et inventé à la fois, s’incarnait avant tout dans le travail de l’acteur. Biette se disait redevable à <em>Femmes, femmes</em> – un peu comme nous tous : on n’avait jamais vu ça, des acteurs en train de faire la comédie de l’échec et du mépris social avec une telle fantaisie, un tel dévouement&nbsp;; un quotidien fantastique, mais quotidien quand même, et cruel : des problèmes d’argent et d’alcool, pour simplifier. Hélène Surgère et Sonia Saviange, c’étaient les déesses des rues de Paris, des Madones pour touristes égarés, qui n’avaient pas besoin de glamour pour jouer aussi bien que Marlene Dietrich et Greta Garbo. «&nbsp;<em>On est belles, nous, madame, on n’a pas besoin de perruque</em>&nbsp;», comme dit Sonia dans une scène désopilante. Il suffisait juste qu’elles sortent une fois dans la rue pour provoquer un attroupement. C’est une comédie <em>de fait </em>(et de fêtes), comme une pièce de Tchekhov.</p>
<p><strong>Cette découverte de Diagonale à Marcigny a entraîné une conséquence directe : l’année suivante, en 1981, vous réalisez </strong><strong><em>Montorgueil</em></strong><strong>.</strong></p>
<p>Le vrai titre du film est ridicule, <em>Fragments pour un jeu d’ombres</em>, alors on l’a toujours appelé <em>Montorgueil</em>, du nom de son personnage principal. On l’avait dédoublé, comme Janus, et je partageais le rôle avec Mathieu Riboulet, qui…</p>
<p><strong>Attendez, c’est un personnage central ! À quel moment est-il entré dans l’histoire ?</strong></p>
<p>Tout de suite. Il était étudiant en cinéma, à Censier. Comme Dominique Bolland (qui a fait la photo de mes tout premiers films) et Olivier Séguret (qui entrera ensuite à <em>Libé</em>). J’étais inscrit en lettres, mais j’ai suivi les cours de cinéma en touriste. En rentrant de Marcigny, on a commencé à travailler sur un film, qu’on a tourné au printemps 81, juste avant l’élection de Mitterrand. Le scénario était assez débile et on a tourné un film assez débile aussi, mais avec des choses pas mal dedans. Ce n’était pas complètement nul : quand je dis débile, c’est dans le sens de faible. D’ailleurs, techniquement parlant, le film aujourd’hui est quasiment invisible, presque tout a été gratté par le temps. J’ai réussi il y a une vingtaine d’années à en sauver une partie, dont je me suis servi dans <em>Phantom Power</em> (2014). Pour en revenir au lien avec Diagonale, on avait engagé – c’était la grande affaire&nbsp;! – Sonia Saviange. Nous étions aussi heureux que si nous avions eu Bette Davis. Même mieux&nbsp;: nous avions Sonia Saviange !</p>
<p><strong>Et ce n’était pas encore Spy Films, la société de production que vous avez cofondée avec Riboulet ?</strong></p>
<p>Pas encore.</p>
<p><strong>Mais y avait-il déjà une conception collective du cinéma ?</strong></p>
<p>À peine. Sauf qu’on voulait faire des films sans attendre l’argent. On s’est dit qu’on allait se faire notre petit Hollywood. Évidemment, on était très excités par les expériences fassbindériennes ou vecchialiennes. Mais il n’y avait rien de structuré, pas vraiment une communauté, ni un collectif ; la communauté se faisait autour d’un tournage de film, et se défaisait une fois le film terminé. Après ce premier film, j’ai tenté de trouver un peu de sous, mais je n’ai pas insisté longtemps, d’autant qu’il fallait que je gagne ma vie. Ça a duré sept ans. En 1988, nous avons acheté une caméra vidéo 8mm, lancée par Sony en 1985 ou 1986, et qui avait été une petite révolution pour des gens comme moi qui refusaient la voie classique de financement&nbsp;: tout était incomparablement meilleur qu’avec la VHS, l’image comme le son. Et j’ai tourné, au printemps-été 1988, <em>Deux dames sérieuses, </em>d’après le roman de Jane Bowles que m’avait fait découvrir Louis Skorecki.</p>
<p>Ce que j’avais aimé le plus, dans le livre, c’étaient les dialogues, cette façon de décaler les répliques qui fait qu’il y a toujours quelqu’un en avance et quelqu’un en retard. Ça me faisait penser à la fois à Kafka et à Tchekhov. Alors je me suis dit que je ferais le film avec ça, il suffisait de recopier. Comme ça, le scénario, c’était réglé. Dans le roman, on voyage beaucoup, en bateau, en train, entre les États-Unis et le Panama. C’était un problème, avec nos moyens. Mon amie Jeanne Folly (qui m’avait pistonné à <em>Libération</em>) habitait à ce moment un ancien entrepôt transformé en loft, comme c’était à la mode dans les années 1980. Je lui ai demandé si on pouvait tourner chez elle et si elle nous permettait de peindre sur ses murs les décors du film. Elle a dit oui. Renaud Legrand peignait le décor pendant la semaine, nous tournions le week-end ce qui était censé se passer dans ce décor, puis, la semaine suivante, Renaud peignait le décor à venir par-dessus le premier, et ainsi de suite. Skorecki, qui joue dans le film, comme tous les copains de <em>Libé</em>, m’avait dit en riant&nbsp;: «&nbsp;Tu fais du Méliès&nbsp;».</p>
<h2>Voir des films et en faire</h2>
<p><strong>Comment s’est passée votre découverte des classiques hollywoodiens ? Il me semble que cette rencontre a été importante pour vous aussi. </strong></p>
<p>Est-ce qu’il y a une relation ? Oui, bien sûr, ne serait-ce que parce que nous envisagions Spy Films comme une major de poche, en totale autarcie. Le modèle était plutôt RKO ou Universal que Republic ou PRC. Quoi qu’il en soit, s’il y a bien sûr une influence durable du cinéma classique sur mes films, il est rare que je fasse référence à tel ou tel film, et encore plus rare que je le fasse délibérément. C’est vrai qu’on peut entendre dans <em>L’Adolescent</em> plusieurs échos de <em>L’Argent</em> de Bresson (1983), ou se demander s’il n’y a pas, dans <em>L’Idiot</em>, un pillage éhonté de <em>Gertrud</em> de Dreyer (1964). Ce sont des réminiscences, pas des références, ce n’est jamais délibéré. Mon école de cinéma, c’étaient les films&nbsp;: en voir, en faire. C’est aussi simple que ça. Un film à faire est un ensemble disparate de choses à mettre dans un certain ordre, on fait le ménage, c’est une occupation domestique. C’est pour ça qu’on regarde chez les voisins.</p>
<p>Ce que je déteste, ce sont les <em>private jokes</em> cinéphiles, ces échanges fétichistes de répliques qui ne conduisent à rien. À des effets sans cause. C’est une maladie très française, quoique contagieuse, comme on le voit dans ce tombeau naïf et embarrassant qu’est <em>Nouvelle Vague</em> (2025) de Richard Linklater. Elle se comprend chez les jeunes cinéastes ou les étudiants en cinéma, et ce n’est pas forcément une mauvaise école, comme toutes les maladies. Surtout que celle-ci n’est pas méchante.</p>
<p><strong>C’est quelque chose que l’on retrouve par exemple chez Truffaut et son goût pour Hitchcock.</strong></p>
<p>C’est vrai, mais je crois que c’est le seul chez qui ce goût de la parodie ait donné lieu à des prolongements qui ont un effet plus profond que les bobards de Godard. Ça n’enlève rien à la drôlerie de ces bobards, mais chez Truffaut c’est une conversation qui s’établit, plutôt sérieuse. Et le sérieux de Truffaut est à lui seul une belle source de comédie. Il pousse l’explicite parfois tellement loin que… <em>La Sirène du </em><em>Mississipi </em>(1969), je trouve que c’est vraiment un beau film hitchcockien, comme on dit un beau film familial, un beau film végétal, ou un beau film animal. Ça devient un adjectif commun. Ailleurs c’est dans Renoir qu’il puise, et ça donne ce film bizarre et hybride qu’est <em>Le Dernier Métro </em>(1980). C’est un commentaire, et une suite, de <em>La Règle du jeu</em>. Truffaut ne s’interdit rien, il se fait égal, pas élève.</p>
<p><strong>Il ne s’agit pas d’un cinéma de cinéphiles, obscurci par les références. Du moins, ce n’est pas l’impression qui s’en dégage.</strong></p>
<p>Je pense surtout que sa cinéphilie a pris le bon chemin, avec la nostalgie loin derrière. Qu’est-ce qui reste quand on retire la nostalgie à la cinéphilie&nbsp;? Des films qui vous ont fait. La cinéphilie pour moi c’est fini, ce n’est plus une activité, je m’en fous des films. Il n’y a rien de pire qu’un vieux cinéphile. Et rien de pire que les films des vieux cinéphiles. Surtout quand ils sont jeunes. Je comprends parfaitement qu’on puisse être intimidé par la richesse historique du cinéma, mais qu’est-ce que c’est à côté de la richesse de la peinture, de la musique, de la poésie&nbsp;? Il n’y a que cent trente ans de cinéma dans le monde, presque rien.</p>
<p>Il y a quelque chose que j’ai partagé très tôt avec Biette, c’est son mépris de la modernité. Je ne me suis jamais posé la question si un film était moderne ou non, et les miens encore moins. Quand on demande de l’argent, on vous oblige à penser en termes désagréables. Par exemple, il faut vous demander ce que vous allez apporter de nouveau avec votre film. Ou bien, si c’est un film de « genre », comment il va « renouveler le genre ». Et, surtout, si le film sera bien « ancré dans la réalité », alors que s’il est ancré, ça veut dire qu’il ne quitte pas le port, c’est absurde ! Personne ne sait pourquoi il veut faire un film, mais il faut quand même se forcer à dire pourquoi. Quoique finalement ce ne soit pas un si mauvais exercice, pénible, mais parfois utile, pour se remettre à sa place.</p>
<p><strong>Vous avez décrit </strong><strong><em>Le Complexe de Toulon</em></strong><strong> en disant que vous voyiez l’époque dans le film, ce milieu des années 1990. J’ai eu exactement cette sensation en regardant </strong><strong><em>L’Adolescent</em></strong><strong> par rapport au début des années 2000. Ce film, encore une fois, fait beaucoup penser à Biette. Et aussi par rapport au classicisme : les plans américains qui coupent les jambes et laissent un peu d’air au-dessus des têtes, idéaux pour filmer deux acteurs sur scène. Un certain rapport à la mise en scène qui a été abandonné par le cinéma américain. Vos films récupèrent ce classicisme, cette façon de filmer et de découper.</strong></p>
<p>C’était délibéré ! Je pourrais même dire que je visais l’académisme. Je me souviens que j’avais dit à Vanessa Le Reste, scripte sur le film, que j’allais découper comme chez Granier-Deferre. Elle croyait que je plaisantais. Bien entendu, je plaisantais, mais à moitié. <em>L’Adolescent</em> est un film de crise : j’en avais assez de mes plans fixes interminables et j’avais envie de calcul, quelque chose de précis, et de voir si ça produisait un effet. Ce n’était pas seulement une idée formelle : l’histoire était très alambiquée et je cherchais à ne pas brouiller davantage les pistes en m’en tenant à une mise en scène spatiale plus fluide, ainsi qu’à un rythme plus vif. Je ne crois pas que ça ait rendu les choses plus claires, quoique dans le film l’intrigue soit plus claire que dans le roman de Dostoïevski, dont on s’est inspiré. Tout va trop vite, certes, mais quand ça va trop vite, on n’a pas le temps de s’en rendre compte : c’était mon pari. Comme on tournait en 16mm, le coût de la pellicule m’obligeait à limiter le nombre de prises et à prévoir au maximum ; pas d’improvisation, cette fois-ci, et pas beaucoup de plans-séquences. Cela correspondait aussi à une volonté de dégager l’opacité générale du film. Non pas rendre claires les opacités, mais essayer de filmer l’opacité elle-même. Celle de l’adolescence.</p>
<p>Je me suis rendu compte que le film ne ressemblait pas à du Granier-Deferre ; d’ailleurs, il n’est jamais sorti. Aucun distributeur n’avait voulu de lui : la projection à l’ACID, à Cannes, est probablement l’un des pires souvenirs de ma vie. Ah non, il y a aussi la projection au festival d’Annonay, où le film a été sifflé et hué. Il m’a fallu vingt ans pour formuler cette hypothèse que j’avais peut-être fait un film romanesque, au format 1/37, avec un son mono, alors que personne ne voulait voir ça. C’était l’an 2000, le cinéma d’auteur était en pleine période de lenteur et de durée, de circonvolutions techniques. <em>Octobre </em>(2006), évidemment, ça a mieux pris chez les festivaliers.</p>
<p><strong>Celui-ci était plus contemporain.</strong></p>
<p>Oui, il y a un dispositif. C’est finalement moins déroutant qu’un film d’apparence classique. Et en même temps plutôt hétérogène.</p>
<p><strong>Mais, dans ce classicisme, il y a le goût du détail, toujours subtil et frappant, et une fascinante hétérogénéité dans les interprétations.</strong></p>
<p>J’aime que mes acteurs aient du caractère. Je fabrique des ensembles, à l’intuition, où les différences de jeu et de tempérament s’accordent malgré elles. C’est au son que c’est le plus perceptible. C’est quelque chose qu’on ne peut pas, je crois, faire au théâtre. La langue du théâtre est plus formelle et elle exige que les acteurs, dont l’espace est conventionné, jouent dans la même tonalité ou des tonalités voisines. Dans un film, vous pouvez tout mélanger, Stanislavski, Artaud et Brecht.</p>
<p><strong>Quelques années plus tard, </strong><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-remi-deux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong><em>Deux Rémi, deux</em></strong></a><strong> (2015) adopte une grammaire très différente : beaucoup plus pop, intéressé par les jeux plastiques, avec un goût prononcé pour la beauté de l’image, des lumières et des couleurs que l’on ne voyait pas trop avant chez vous.</strong></p>
<p>Dans chaque film, j’essaie quelque chose que je n’ai encore jamais fait. Pour que chaque tournage (et chaque film) soit différent, sinon je m’emmerde (<em>rires</em>). Pour <em>Deux Rémi, deux</em>, tout était nouveau pour moi, ou presque. J’avais choisi les acteurs, bien sûr, et j’ai pu aussi avoir des gens proches aux postes pratiques. J’étais entouré de ma troupe, j’étais protégé dans un monde où il y avait déjà trop de monde pour moi. Mon producteur avait trouvé un peu d’argent, ça ressemblait à un vrai tournage. J’aimais bien l’idée de me trouver dans un cadre de production plus classique, d’une part parce que l’autoproduction est un piège à la longue, d’autre part parce que j’avais envie d’être, en quelque sorte, pris en charge. J’avais beaucoup à apprendre : une histoire de doubles exige une double attention. J’avais aussi le désir d’expérimenter avec Thomas Favel, le chef opérateur, un certain type de lumière, de combinaison de couleurs. Et de façon explicite.</p>
<p><strong>Et le plus curieux, c’est que ce sont des habitués de votre cinéma</strong><strong>. On voit dans les génériques les mêmes noms, des films en vidéo, si simples et presque secs, à </strong><strong><em>Deux Rémi, deux</em></strong><strong>, qui présente un travail pictural sophistiqué. </strong></p>
<p>C’est parce qu’avec les années, j’ai réussi à constituer une équipe à peu près fidèle (voire une double équipe), qui n’a pas besoin que je lui explique ce qu’il faut faire. On gagne du temps. La lumière, ça a toujours été important pour moi, qu’elle soit explicite ou implicite, ça dépend des films. Dans <em>Deux dames sérieuses</em>, les couleurs étaient vraiment importantes, et assez casse-gueules : on ne savait pas comment elles seraient rendues par l’image vidéo 8. À mes dépens, j’ai appris que le rouge était contre-indiqué. Et j’avais toute une série d’épisodes qui se déroulait dans le même décor, un bar louche et imaginaire d’une petite ville américaine. Le rouge bavait énormément, et avec le temps, la bande s’est encore dégradée et il reste du film ce fantôme pour qui j’ai beaucoup d’affection, comme pour tous les fantômes. Après, il n’en reste pas non plus grand-chose, à cause de l’âge. Mais oui, c’est vraiment par goût.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Disclosure Day / Dry Leaf</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-disclosure-day-dry-leaf/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Jul 2026 19:06:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/disclosure-day/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Disclosure Day</em></a> de Steven Spielberg et de <em>Dry Leaf</em> d’Alexandre Koberidze.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts,</a>&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a> et <a href="https://youtu.be/rPg4P9Uiggo" target="_blank" rel="noopener">YouTube</a>.</p>
<p>Avec : Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p>Enregistrement : Marin Gérard.</p>
<p>Montage : Luca Mongai.</p>
<p>Musique : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Ghost Elephants</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ghost-elephants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jun 2026 10:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Cette quête, c’est un peu comme partir à la recherche de la baleine blanche, de l’inconnu, du mystère&#160;»&#160;:&#160;c’est ce que déclare Werner Herzog à Steve Boyes, un biologiste sud-africain dont les yeux bleus perçants évoquent...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ghost-elephants/" title="Read  Ghost Elephants">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Cette quête, c’est un peu comme partir à la recherche de la baleine blanche, de l’inconnu, du mystère</em>&nbsp;»&nbsp;:&nbsp;c’est ce que déclare Werner Herzog à Steve Boyes, un biologiste sud-africain dont les yeux bleus perçants évoquent immédiatement le regard illuminé des personnages incarnés par Klaus Kinski à l’époque d’<em>Aguirre </em>ou de <em>Fitzcarraldo.</em> La référence à <em>Moby Dick</em> est loin d’être gratuite : être ou ne pas être Achab, telle est la question qui sous-tend le projet de <em>Ghost Elephants</em>. Hanté par «&nbsp;<em>un rêve qui ne lui appartient pas</em> », celui de Josef Fenykovi, l’homme qui a chassé et tué dans les années 1950 un éléphant aux dimensions spectaculaires, Boyes a voué dix années de sa vie à Henry&nbsp;–&nbsp;nom donné à l’animal mythique. Conscient qu’il ne peut rendre le fantôme à la vie, le scientifique part sur les traces de ses descendants sur les hauts plateaux d’Angola, en effectuant des prélèvements ADN. Mais contrairement à d’autres figures d’explorateurs herzogiens, Boyes n’a pas la personnalité d’un chasseur, ni d’un collectionneur. Il ne fait même pas partie de ces gens pris d’une pulsion scopique aiguë&nbsp;: rencontrer un de ces éléphants permettrait certes d’assouvir un long désir, mais éviderait l’enquête de tout son mystère. Avant le début de l’aventure, il confesse qu’il vaudrait mieux ne pas rencontrer l’objet de ses rêves, pour qu’on puisse passer le reste de sa vie à le chercher. Quand il réussit, dans l’une des séquences les plus accomplies, à capturer l’image d’un possible descendant d’Henry sur son iPhone, le moment de liesse est immédiatement interrompu par un plan de Boyes face à un arc-en-ciel, l’air maussade. Chercheur condamné à une errance sans fin, figure obsessionnelle effrayée par son propre désir, il est un Chevalier à la triste figure, dénué d’ironie. Filmé en plan large à côté du titanesque éléphant (présenté dans une salle du musée The Smithsonian, sans ses cornes, ni son crâne, trop lourds pour être suspendus), il représente la faiblesse humaine face à un mystère qui le dépasse – au risque de verser parfois dans l’impensé colonial d’une forme de «&nbsp;mystique&nbsp;» africaine (les chœurs lancinants de la bande son en rajoutent une couche). Recroquevillé sur sa chaise, balbutiant son discours scientifique devant la cour du roi de Nkangala, il illustre une forme de vanité occidentale mêlée d’exotisme.</p>
<p>Le film va toutefois s’atteler à questionner en partie l’horizon commun que partagent le documentaire et le roman de Melville, à savoir que leurs quêtes ne sont au fond qu’un prétexte pour se confronter à une altérité inquiétante. La rencontre entre l’équipe du film et le groupe des <em>master trackers</em> (un groupe d’Angolais spécialisé dans la recherche d’indices concernant la race d’éléphants inconnue), mené par le charismatique Xui, est en cela déterminante. Dans une scène de rituel nocturne, on voit l’un de ces <em>masters</em> en transe, sous la douce lumière du feu, tandis que Boyes, assis sur le côté, l’observe, incapable de participer au mouvement collectif. Après coup, le jeune homme, qui s’est dit animé par l’esprit de l’éléphant, ne ressent contrairement à Boyes ni ravissement, ni mélancolie&nbsp;; simplement un sentiment de joie diffus. La <em>maîtrise</em> de ce groupe d’Angolais tient au fait que l’animal n’a pour eux rien d’étranger. Sans qu’ils ne l’aient jamais vu, sa présence déteint sur leur territoire. Plus loin dans le film, alors que toute l’équipe est prête à abandonner les lieux après avoir inspecté sans succès une zone délimitée, Xui sent un poil d’éléphant de moins d’un centimètre sur l’écorce d’un arbre. À la manière du personnage, Herzog s’attarde sur le presque rien, sur l’invisible. C’est peut-être ce qui permet au film d’échapper au goût du spectaculaire façon National Geographic : une attention sublimée en empathie.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>In Waves</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/in-waves-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jun 2026 10:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il était logique que le cinéma d’animation s’empare du roman graphique[1]Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes dessinées à des lecteurs de littérature. d’AJ Dungo, tant le motif de l’eau...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/in-waves-2/" title="Read  In Waves">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il était logique que le cinéma d’animation s’empare du roman graphique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334401_178('footnote_plugin_reference_334401_178_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334401_178('footnote_plugin_reference_334401_178_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334401_178_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334401_178_1" class="footnote_tooltip">Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes dessinées à des lecteurs de littérature.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334401_178_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334401_178_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> d’AJ Dungo, tant le motif de l’eau (au cœur de ce récit à la première personne) le prédestine à l’image en mouvement. Phuong Mai Nguyen, comme Miyazaki avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ponyo-sur-la-falaise/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Ponyo sur la falaise</em></a>, investit pleinement les potentialités que lui offre l’élément aquatique, en multipliant par exemple les transitions sans coupe (un drap se transforme en vague, l’océan se retrouve enfermé dans une gourde, etc.), ou en jouant sur la proximité matérielle entre l’eau et l’encre. L’histoire d’amour au long cours entre le skateur AJ et la surfeuse Kristen est en effet mise en abîme par l’écriture de la BD et plus largement par les nombreux dessins du personnage, qui prennent parfois vie à&nbsp;l’écran. Le mouvement de cette histoire tragique s’apparente ainsi à celui d’une marée inéluctable, le film semblant inlassablement couler vers le drame.</p>
<p>En parallèle de cette trame figurative, <em>In Waves </em>devient hélas plus commun à partir de la révélation du cancer de Kristen. C’est assez terrible à&nbsp;écrire, puisqu’il s’agit d’une histoire vraie et que le film est d’ailleurs dédié «&nbsp;<em>à&nbsp;Kristen</em> », mais l’arrivée de la maladie installe le récit sur des rails. La narration devient rythmée par le calendrier médical, tandis que la mise en scène délaisse en partie les sensations pour se concentrer sur les émotions et donc les visages, dont les traits à la texture numérique paraissent paradoxalement plus figés que ceux des planches originelles de Dungo. Juste avant la mauvaise nouvelle, le film atteint pourtant son climax émotionnel dans une scène non pas tragique, mais joyeuse. Il s’agit d’un pur segment de <em>teen movie</em>&nbsp;: un échange de textos, un <em>split screen</em>, puis un premier baiser en cachette, le tout sur une très belle chanson originale d’Oklou. Casting musical malin pour ce film français dont l’action se déroule à&nbsp;Los Angeles, en langue anglaise (même si, fait assez rare pour le souligner, la version française avec Lyna Khoudri et Rio Vega se présente également comme une «&nbsp;version originale&nbsp;»), car la plus américaine des chanteuses nées à&nbsp;Poitiers ramène avec elle une forme de mélancolie rêveuse. Quand AJ s’éloigne de la maison de son amoureuse, il semble que c’est son euphorie qui fait soudain pleuvoir le ciel. Ces gouttes d’eau sont plus émouvantes que les larmes à&nbsp;venir.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334401_178();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334401_178();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334401_178">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334401_178" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334401_178('footnote_plugin_tooltip_334401_178_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334401_178_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes dessinées à des lecteurs de littérature.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334401_178() { jQuery('#footnote_references_container_334401_178').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334401_178').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334401_178() { jQuery('#footnote_references_container_334401_178').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334401_178').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334401_178() { if (jQuery('#footnote_references_container_334401_178').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334401_178(); } else { footnote_collapse_reference_container_334401_178(); } } function footnote_moveToReference_334401_178(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334401_178(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334401_178(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334401_178(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/in-waves-2/">In Waves</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Entroncamento</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/entroncamento-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jun 2026 10:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le scénario d’<em>Entroncamento</em> de Pedro Cabeleira devait être un objet, ce serait l’un de ces tableaux en liège que l’on voit souvent dans les films policiers, tapissés de photos pour mettre de l’ordre dans une enquête. Au centre : Laura, jeune femme au passé obscur, qui rejoint à Entroncamento son cousin, un malfrat local. Autour d’elle gravite une constellation de personnages secondaires constituant la sphère criminelle de cette petite ville portugaise. La dynamique du film épouse une logique combinatoire : chaque personnage est relié à un autre par une série de dialogues platement filmés (A parle à B, B à C, C à D, D à A, A à C, etc.). La plupart des séquences s’articule autour de questions simples : qui est associé à qui ? Qui trahit qui ?, etc. Le spectateur n’a plus qu’à se concentrer sur les informations livrées par le scénario pour reconstituer laborieusement ce petit réseau connectant des individus que l’on imaginait évoluer de façon parallèle. La structure vise ainsi à mettre au jour l’interdépendance des personnages et montrer leurs rapports de force.</p>
<p>L’autre commodité de ce puzzle narratif est de jongler entre les tonalités : une scène de drague légère laisse place à un face-à-face tendu ; ce dernier est à son tour suivi d’un échange empreint de mélancolie, etc. Plus encore, il s’agit de construire de manière assez artificielle des figures complexes, chacune d’entre elles révélant une facette inédite au gré de ses nouvelles interactions. Si Laura se montre avenante et chaleureuse lorsqu’elle se rapproche d’un ami de son cousin, elle se révèle ensuite intraitable et téméraire lors des scènes de deal. En redéfinissant en permanence ce personnage, le film s’efforce de la rendre inassignable aux codes habituels du genre, tout en conférant à son regard perçant un mystère insondable (souhaite-t-elle se ranger en travaillant honnêtement au supermarché du coin, ou est-elle encore prête à tout pour tirer son épingle du jeu dans le milieu du crime ?). C’est, au fond, une manière assez mécanique et scolaire d’illustrer le « tout le monde a ses raisons » renoirien. Le procédé devient même franchement embarrassant lorsqu’un malfrat éclate en sanglots devant sa mère (dans la seule scène qui lui est consacrée), lui demandant pourquoi le reste de la famille refuse désormais de lui parler. À force de vouloir systématiquement retourner comme un gant les archétypes du film de gangsters, <em>Entroncamento</em> finit par s’émietter dans un fatras de notes d’intention.</p>
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		<item>
		<title>Numéro 2 – Le cinéma est-il encore « moderne » ?</title>
		<link>https://www.critikat.com/numeros-papier/numero-2-le-cinema-est-il-encore-moderne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 09:42:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Numéros papier]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir imaginé dans notre numéro anniversaire le futur du cinéma à partir de ses contours contemporains, nous avons souhaité dans ce deuxième numéro penser son état actuel à l’aune d’un passé quelque peu statufié...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/numeros-papier/numero-2-le-cinema-est-il-encore-moderne/" title="Read  Numéro 2 – Le cinéma est-il encore « moderne » ?">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p data-pm-slice="1 1 []">Après avoir imaginé dans <a href="https://www.critikat.com/numeros-papier/numero-anniversaire-comment-imaginer-le-cinema-dans-20-ans" target="_blank" rel="noopener noreferrer">notre numéro anniversaire</a> le futur du cinéma à partir de ses contours contemporains, nous avons souhaité dans ce deuxième numéro penser son état actuel à l’aune d’un passé quelque peu statufié – celui de la modernité cinématographique, dont une partie du cinéma d’auteur contemporain se revendique.</p>
<p>Outre des analyses thématiques pour tenter de répondre à cette question, on trouve dans ce numéro plusieurs interviews avec des cinéastes, ainsi qu’un dossier consacré à Robert Altman et un grand entretien qui interroge le rapport de Donald Trump aux images.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://critikat.com/boutique" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Commander le numéro sur notre boutique en ligne</strong></a></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334346 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_1_V1-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px">
<p style="text-align: center;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Au sommaire :</strong></span></p>
<h2><span style="color: #b0c4de;">DOSSIER</span> | Le cinéma est-il encore « moderne » ?</h2>
<ul>
<li><strong>Être moderne, en 2026&nbsp;</strong>par <a href="https://www.critikat.com/author/josuemorel" target="_blank" rel="noopener">Josué Morel</a></li>
<li><strong>La modernité, mirage utile</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/alexandremoussa/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Alexandre Moussa</a></li>
<li><strong>Montage et modernité : le temps des déchirements</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/corentinle" target="_blank" rel="noopener">Corentin Lê</a></li>
<li><strong>L’agitation et l’esquisse – Entretien avec Radu Jude</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/corentinle" target="_blank" rel="noopener">Corentin Lê</a></li>
<li><strong>L’invisible, le miracle et la curiosité – Entretien avec Alexandre Koberidze</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/maringerard/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marin Gérard</a></li>
<li><strong>« <em>Faire un film n’est qu’une excuse pour voyager</em> » – Entretien avec Lisandro Alonso</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/maringerard/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marin Gérard</a></li>
<li><strong><a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/pierre-creton-la-vie-au-travail/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La vie au travail</a> – Entretien avec Pierre Creton</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/clemenceduhornay/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Clémence Duhornay</a></li>
<li><strong>Après les mythes : pour un cinéma collectif – Entretien avec Omnes Films</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/louisebertin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Louise Bertin</a></li>
<li><strong>« <em>Les mythes sont nos plus grands ennemis</em> » – Entretien avec Lav Diaz</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/robinvaz" target="_blank" rel="noopener">Robin Vaz</a></li>
<li><strong>Une petite histoire du cinéma portugais moderne</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/robinvaz" target="_blank" rel="noopener">Robin Vaz</a></li>
<li><strong>Modernité du cinéma d’horreur : sous les pixels, l’abîme</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/adrienmitterrand/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Adrien Mitterrand Munch</a></li>
<li><strong>Alain Guiraudie : faire corp</strong>s par <a href="https://www.critikat.com/author/fabricefuentes/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Fabrice Fuentes</a></li>
<li><strong>Il ne se passe rien</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/maringerard/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marin Gérard</a></li>
<li><strong>Analyses croisées </strong>par La rédaction</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<h2><span style="color: #f0e68c;">RÉTROSPECTIVE</span> | Revoir Altman</h2>
<ul>
<li><strong>Images et mirages de Robert Altman </strong>par <a href="https://www.critikat.com/author/julietteconti/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Juliette Conti</a></li>
<li><strong><a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/jean-baptiste-thoret-les-films-daltman-ne-sont-pas-satiriques-mais-critiques/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un cinéaste du « milieu »</a> – Entretien avec Jean-Baptiste Thoret</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/clementcolliaux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Clément Colliaux</a></li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<h2><span style="color: #8fbc8f;">GRAND ENTRETIEN</span> | Trump : l’offensive des images</h2>
<ul>
<li><strong>Entretien avec Dork Zabunyan</strong> par <a href="https://www.critikat.com/author/robinvaz" target="_blank" rel="noopener">Robin Vaz</a></li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334347 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_2_V1-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px">
<p style="text-align: center;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Caractéristiques :</span></strong></p>
<p>94 pages, 20x26cm, imprimé en France par Media Graphic.</p>
<p><strong>Image de couverture</strong> : <em>N’attendez pas trop de la fin du monde</em> de Radu Jude – © Météore Films.</p>
<p><strong>Ont contribué à ce numéro : </strong>Louise Bertin, Clément Colliaux, Juliette Conti, Clémence Duhornay, Fabrice Fuentes, Marin Gérard, Ana Ilic, Corentin Lê, Adrien Mitterrand Munch et Alexandre Moussa.</p>
<p><strong>Maquette et mise en page : </strong>Étienne Cimetière-Cano – Pecoprod</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334348 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/ExtraitC2_3_V1-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px">
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			</item>
		<item>
		<title>La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-jecris-ton-nom/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 06:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Est-il possible de réaliser une hagiographie critique, qui trouverait un équilibre entre la célébration d’une figure et l’étude consciencieuse de ses actes ? C’était la question que l’on se posait à l’issue du premier volet...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-jecris-ton-nom/" title="Read  La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Est-il possible de réaliser une hagiographie critique, qui trouverait un équilibre entre la célébration d’une figure et l’étude consciencieuse de ses actes ? C’était la question que l’on se posait à l’issue du <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">premier volet de <em>La Bataille de Gaulle</em></a>. Réponse, une fois l’édifice achevé : manifestement non. Il est même frappant de constater que les gages de distanciation donnés dans un premier temps, cette manière de louvoyer entre la grande pompe du verbe gaullien, la bouffonnerie et parfois le recul historique (en interrogeant le rapport du gaullisme aux colonies), relevaient <em>in fine</em> de la retenue tactique, pour mieux dérouler ensuite le tapis rouge à une lecture plus déférente du personnage. À ce titre, <em>J’écris ton nom</em> n’est pas tout à fait le même film que <em>L’Âge de fer</em>&nbsp;: la segmentation de l’épopée en deux volets n’est pas seulement dictée par la chronologie (39–42, puis 43–44), mais par des rapports de force et des lignes narratives qui donnent à chaque moitié sa couleur, ses héros (Koenig dans le premier, Moulin et Leclerc dans le second) ou encore ses antagonistes. Là où le premier volet faisait de l’amiral Darlan une antithèse possible du général de Gaulle, son principal adversaire est ici, plus que l’Allemagne nazie, Roosevelt et son désir de vassaliser la France après la défaite de l’Axe. La convocation du poème de Paul Éluard, entonné sur un montage emphatique alors que les rues de Paris se rebellent contre l’occupant, vaut ainsi comme projet narratif&nbsp;consacrant de Gaulle comme le garant d’une libération de la France ainsi que de son indépendance sur la scène internationale.</p>
<p>Ce programme plus cérémonial s’achève scolairement sur l’Arc de Triomphe, où la flamme du Soldat inconnu se superpose à la silhouette rectiligne du général, avant que des vues contemporaines du monument en fassent la matérialisation de la trace laissée par l’homme illustre. Entretemps, Baudry aura resserré les boulons de sa fresque, plus tenue sur le plan du spectaculaire (ce deuxième volet est moins chiche en scènes d’action et de batailles), sans pour autant dépasser le stade du divertissement calibré. Par ailleurs, ce que le récit gagne en efficacité, il le perd en complexité des enjeux géopolitiques et historiques. <em>J’écris ton nom</em> est de ces films où l’action est rythmée par des figures célèbres qui, le regard dans le vide, s’éclairent soudain en disant «&nbsp;<em>J’ai une idée</em>&nbsp;», avant que le rythme de l’Histoire ne s’emballe. Ou plutôt d’une certaine vision de l’Histoire, fondée sur la truculence et l’enluminure narrative, pour dynamiser la restitution des événements. C’est le cas dans la scène dépeignant la fondation du CNR, où un faux coup de téléphone fomenté par Moulin force la décision de membres réunis. Plus loin, Baudry dépeint de la même manière une photo prise à la Maison Blanche lors du voyage de de Gaulle aux États-Unis, comme un petit stratagème qui permet au général de prendre l’ascendant&nbsp;: les épisodes historiques sont de la sorte à chaque fois réduits à une série de coups de dés et à l’audace de «&nbsp;grands hommes&nbsp;».</p>
<p>Cette simplification, il a été de bon ton, lors de la sortie du premier volet, de la mettre sur le compte d’une inspiration «&nbsp;BD&nbsp;», univers auquel Baudry n’est pas étranger – il a scénarisé <em>Quai d’Orsay</em> sous le pseudonyme d’Abel Lanzac. Mais elle relève aussi à d’autres endroits d’une vision partiale des conflits idéologiques qui prennent place entre les Alliés. Par exemple, une scène avant le «&nbsp;D‑Day&nbsp;» pointe le racisme des G.I., avant qu’un soldat français n’indique que le retrait des tirailleurs sénégalais des rangs des divisions blindées est dû aux directives de l’armée américaine. Le raccourci, qui exonère un peu facilement la France libre de sa propre responsabilité dans le «&nbsp;blanchiment&nbsp;» des troupes au tournant de 1944, est d’autant plus étonnant que le film passe sous silence l’un des désaccords majeurs entre Roosevelt et de Gaulle, à propos du devenir de l’Empire français, que le second souhaitait maintenir. Baudry ne conserve ainsi que les détails qui servent son «&nbsp;narratif&nbsp;» ou offrent des anecdotes savoureuses qu’il peut amplifier (la première entrevue avec Roosevelt, où de Gaulle est surveillé derrière des rideaux par des membres des services secrets, présentés ici comme le tenant en joue). À choisir, on préférait encore <em>L’Âge de fer</em>&nbsp;: le film n’était pas meilleur, mais son numéro d’équilibriste lui donnait une forme de fragilité éloignant (ne serait-ce qu’un peu plus) le spectre de l’académisme.</p>
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		<title>Eega, la mouche vengeresse</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eega/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 10:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le public occidental a souvent tendance à réduire le cinéma indien à Bollywood et ses mélodrames flamboyants qui mêlent action, romance, comédie et musique dans un même élan spectaculaire. Mais la production cinématographique du pays...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eega/" title="Read  Eega, la mouche vengeresse">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le public occidental a souvent tendance à réduire le cinéma indien à Bollywood et ses mélodrames flamboyants qui mêlent action, romance, comédie et musique dans un même élan spectaculaire. Mais la production cinématographique du pays est bien plus vaste et compte au moins huit industries distinctes, chacune dotée de ses propres caractéristiques et de sa propre identité culturelle, la langue elle-même variant selon les régions. Parmi elles, l’industrie télougou, centrée à Hyderabad, occupe une place majeure&nbsp;: son cinéma, désigné aussi sous le nom de Tollywood, cultive une forme plus opératique encore que celle de Bollywood, avec un goût prononcé pour la mythologie et l’épique. Ce penchant pour l’excès fait son intérêt comme sa limite : toujours démesurés, les films concernés assument une foi absolue dans l’artifice, au risque d’un trop-plein qui confine parfois à la vulgarité. Ralentis, montage syncopé, <em>leitmotivs</em> musicaux omniprésents, CGI, <em>jump cuts</em> : les effets se multiplient dans une profusion débridée. C’est dans ce registre que le cinéaste S. S. Rajamouli s’est imposé comme l’une des figures les plus marquantes du cinéma télougou contemporain&nbsp;: doté d’un goût prononcé pour la fable et la simplicité narrative, il compose des épopées populaires peu préoccupées par la vraisemblance. <em>Eega</em> en est peut-être l’exemple le plus saisissant en même temps que l’un de ses films les plus singuliers, comme en témoigne le point de départ : assassiné par un puissant magnat d’Hyderabad qui convoite sa promise, un homme se réincarne en mouche pour assouvir sa vengeance.</p>
<p>Si cette idée de la métamorphose s’inscrit en apparence dans un corpus de films de genre où devenir une mouche représente le pire sort imaginable pour un être humain (on pense immédiatement à Cronenberg, à <span style="font-style: normal !msorm;"><em>La Mouche noire</em></span> de Kurt Neumann ou encore à <em>La Femme guêpe</em> de Roger Corman), Rajamouli en inverse toutefois la logique : ici, la métamorphose n’est pas vécue comme un drame existentiel, au-delà des dangers concrets que cette condition implique. L’insecte, créature méprisée entre toutes, semble n’exister que pour être écrasé : la décision de mettre en scène le meurtre du protagoniste, homme de condition modeste, littéralement <em>piétiné</em> à mort par un riche industriel, plante déjà le décor d’une fable sociale. La réincarnation qui s’ensuit porte alors un message assez simple : si ton existence se résume à être écrasé, canalise ton insignifiance en rébellion, utilise ton invisibilité sociale comme une force pour déstabiliser le pouvoir qui te méprise.</p>
<h2><strong>Entre lisibilité et surenchère</strong></h2>
<p>Rajamouli n’est pas un cinéaste de la nuance. Chez lui, lorsqu’un personnage trouve une femme séduisante, un projecteur se braque sur elle. Et lorsqu’un homme veut tuer une mouche, il mobilise répulsifs, pièges, armes en tout genre, et même la magie noire. La musique remplit dans cette perspective un rôle didactique, pour rendre immédiatement lisible la couleur d’une scène. Cette clarté un peu grossière permet de jouir pleinement des constructions formelles de Rajamouli, même si leur liberté s’accompagne d’un risque permanent de basculer dans le surlignage ou le ridicule. On a souvent l’impression que le cinéaste se pose, à chaque plan, la même question : comment le rendre plus « cool » ? D’où le recours à des transitions très stylisées (un personnage souffle de la fumée vers la caméra pour amorcer la bascule vers un autre espace), ou à des mouvements de caméra inattendus, comme cette séquence où l’objectif adopte le point de vue de deux oiseaux possédés poursuivant la mouche avec une obstination meurtrière.</p>
<p>Sur un mode parfois cartoonesque, le film décline la manière dont cette mouche peut accomplir sa vengeance contre le magnat maléfique. Une grande part du plaisir réside dans la façon dont Rajamouli explore le monde depuis cette perspective minuscule. Le cinéaste manifeste un vrai talent pour orchestrer un parcours d’obstacles à partir d’objets anodins (des semelles de chaussures, une pomme, une tasse, etc.). Ce qui rend possible cette succession presque ininterrompue d’épreuves, c’est aussi la simplicité dramaturgique du récit, où le magnat affiche un manichéisme assumé, qui permet à la mise en scène de se concentrer entièrement sur la mécanique des situations. Le personnage féminin, lui, reste cantonné à une fonction romantique assez stérile, servant surtout de moteur au conflit et de support aux séquences d’action. C’est pourtant de ce personnage que surgissent certaines des inventions les plus ingénieuses : les minuscules lunettes fabriquées pour la mouche, l’arsenal de canons miniatures conçus pour l’aider dans sa vengeance, ou encore la maison de poupée qui lui sert de refuge. Le film trouve sa cohérence dans ce goût du bricolage : il relève, y compris dans sa gourmandise un peu étouffante, d’un pur artisanat du spectacle.</p>
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		<title>The Scores (ep. 9) : Lagrima</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-9-lagrima/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 10:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Lagrima (Avran Thépault) est musicien et compose pour le cinéma. Dans cet épisode, il s’intéresse aux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-9-lagrima/" title="Read  The Scores (ep. 9) : Lagrima">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Lagrima (Avran Thépault) est musicien et compose pour le cinéma. Dans cet épisode, il s’intéresse aux performances musicales diégétiques dans les films, quand les personnages commencent à chanter ou à jouer d’un instrument, que ce soit seuls dans une chambre, sur scène ou pour une personne chère.&nbsp;</em></p>
<p>In this episode, he does a special focus on diegetic musical performances in film, when the characters start singing or playing an instrument, whether it is alone in their rooms, on stage or for a loved one.</p>
<p><iframe loading="lazy" title="Outsiders: The Scores w/ Lagrima - onstage, onscreen @ Kiosk Radio 17.06.2026 by Kiosk Radio" width="500" height="400" scrolling="no" frameborder="no" allow="autoplay; encrypted-media" src="https://w.soundcloud.com/player/?visual=true&amp;url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F2341005890&amp;show_artwork=true&amp;maxheight=750&amp;maxwidth=500"></iframe></p>
<h2><strong><em>LA LEÇON DE GUITARE</em> BY MARTIN RIT</strong></h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un court-métrage tout simple mais très charmant de 2006, avec Serge Riaboukine en quarantenaire un peu paumé qui décide d’apprendre la guitare, et Luc Moullet en vendeur d’instruments de musique.</p>
<p><em>A simple, yet charming short film from 2006. Serge Riaboukine as a slightly lost forty-something who decides to learn guitar, and Luc Moullet as a musical instrument salesman.</em></p>
<h2><em><b>MONSOON </b></em><b>BY APICHATPONG WEERASETHAKUL</b></h2>
<p><strong>00′50″ ♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Apichatpong ouvre ce petit poème filmé par un plan sur un guitariste qui accompagne les images qui suivront : le soir d’un séisme dévastateur au Japon, un homme skype son amant à l’autre bout du monde. Sans un mot, il montre une luciole qui s’est posée sur son doigt.</p>
<p><em>Apichatpong opens this little film poem by a shot of a guitar player, who will play over the next images: on the night of the news of Japan’s devastating earthquake, alone and far from home a man skyped his lover on the other side of the world. No words came — the man discovered a firefly and showed it to his partner.&nbsp;</em></p>
<h2><em>JEUNESSE (LES TOURMENTS)</em> BY WANG BING</h2>
<p><strong>03′11″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je me souviens avoir été assez surpris par cette scène du deuxième volet de la trilogie <em>Jeunesse</em> de Wang Bing. Les ouvriers des usines de textile de Zhili retournent auprès de leurs familles dans la dernière partie du film. Dans une séquence de transition (le voyage), un homme joue de la guitare dans un bus pour chanter son blues.</p>
<p><em>I remember being quite surprised by this scene from the second instalment of Wang Bing’s Youth trilogy. In the final section of the film, the textile workers of Zhili return home to their families. During a transitional sequence (the journey back), one of them plays guitar on a bus and sings his blues.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334297 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/1.leconguitare_monsoon_jeunesse.jpeg" alt width="1427" height="240" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/1.leconguitare_monsoon_jeunesse.jpeg 1427w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/1.leconguitare_monsoon_jeunesse-300x50.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/1.leconguitare_monsoon_jeunesse-1024x172.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/1.leconguitare_monsoon_jeunesse-768x129.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/1.leconguitare_monsoon_jeunesse-980x165.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1427px) 100vw, 1427px">
<h2><em>HAPPINESS</em> BY TODD SOLONDZ</h2>
<p><strong>04′38″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>La chanson-titre, <em>Happiness</em>, a été écrite par Eytan Mirsky, et interprétée par Michael Stipe de R.E.M dans le générique de fin. Mais aussi dans une scène du film par l’actrice Jane Adams, dans une version acoustique bien plus charmante.</p>
<p><em>The title song, “Happiness,” was written by Eytan Mirsky and performed by Michael Stipe of R.E.M. over the end credits. It also appears earlier in the film in a much more charming acoustic rendition performed by actress Jane Adams.</em></p>
<h2><em>LINDA LINDA LINDA</em> BY NOBUHIRO YAMASHITA</h2>
<p><strong>05′37″ ♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Le groupe d’adolescentes de <em>Linda Linda Linda</em> a 3 jours pour préparer le concert de fin d’année du lycée. Mais après la blessure à la main de leur guitariste et la démission de la chanteuse, c’est un peu la panique. Le film est rempli de moments musicaux très cute, à l’énergie punk et DIY.</p>
<p><em>The teenage band at the centre of Linda Linda Linda has three days to prepare for their high school’s end-of-year concert. But after their guitarist injures her hand and their singer quits, things start to unravel. The film is full of cute musical moments, bursting with DIY punk energy.</em></p>
<h2><em>LAST DAYS</em> BY GUS VAN SANT</h2>
<p><strong>07′42″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Les derniers jours de Kurt Cobain, imaginés par Gus Van Sant, avec Michael Pitt dans le rôle-titre. Si le personnage est plutôt taiseux, il déverse toute sa frustration et son mal-être dans cette improvisation musicale dark et rageuse.</p>
<p><em>Kurt Cobain’s final days as imagined by Gus Van Sant, with Michael Pitt in the lead role. Though the character rarely speaks, he pours all of his frustration and sorrow into this dark, furious musical improvisation.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334298 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.happiness_linda_lastdays.jpeg" alt width="1427" height="240" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.happiness_linda_lastdays.jpeg 1427w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.happiness_linda_lastdays-300x50.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.happiness_linda_lastdays-1024x172.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.happiness_linda_lastdays-768x129.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/2.happiness_linda_lastdays-980x165.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1427px) 100vw, 1427px">
<h2><em>DAMNATION</em> BY BÉLA TARR</h2>
<p><strong>11′30″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Vali Kerekes chante <em>Over and Done</em> au Titanik Bar, le Roadhouse de <em>Twin Peaks</em> version béla-tarrienne, c’est à dire en noir et blanc, sous la pluie et plutôt déprimant. Les films de Béla Tarr sont parsemés de séquences musicales qui s’étirent souvent sur de longues minutes, de façon assez hypnotisante.</p>
<p><em>Vali Kerekes performs Over and Done at the Titanik Bar, a Béla Tarr version of Twin Peaks’ Roadhouse: black and white, under the rain, and quite depressing. Béla Tarr’s films are dotted with musical sequences that often stretch on for several hypnotic minutes.</em></p>
<h2><em>TWIN PEAKS: THE RETURN</em> BY DAVID LYNCH</h2>
<p><strong>14′36″ ♪  Sound excerpt</strong></p>
<p>Il y a tellement de scènes de musique mémorables dans la saison 3 de<em> Twin Peaks</em> qu’il fut difficile de faire un choix. Il y a une très jolie chanson chantée par Harry Dean Stanton dans l’épisode 10. Et dans l’épisode 9, une apparition d’Hudson Mohawke sur la scène du Roadhouse pour interpréter son morceau Human. La musique électronique étant assez peu filmée live au cinéma, j’ai eu envie d’inclure cet extrait dans le mix !</p>
<p><em>There are so many memorable musical moments in season three of Twin Peaks that choosing just one was difficult. There’s the beautiful song performed by Harry Dean Stanton in episode 10, and there’s Hudson Mohawke’s appearance on the Roadhouse stage in episode 9 performing Human. Since electronic music is so rarely filmed live in cinema, I wanted to include this one in the mix.</em></p>
<h2><em>LOVE STREAMS</em> BY JOHN CASSAVETES</h2>
<p><strong>16′03″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>A Delusional Opera</em> : dans une séquence musicale rêvée digne d’un film de Bob Fosse, le personnage de Sarah, interprétée par Gena Rowlands, transpose ses angoisses sur scène dans un numéro qui oscille entre fragilité et maîtrise, sur la musique toujours sublime de Bo Harwood.</p>
<p><em>A Delusional Opera: in a dream musical sequence worthy of a Bob Fosse film, Sarah, played by Gena Rowlands, projects her anxieties onto the stage in a performance that balances fragility and mastery, accompanied by Bo Harwood’s ever-sublime music.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334299 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3damnation_twinpeaks_lovestreams.jpeg" alt width="1427" height="240" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3damnation_twinpeaks_lovestreams.jpeg 1427w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3damnation_twinpeaks_lovestreams-300x50.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3damnation_twinpeaks_lovestreams-1024x172.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3damnation_twinpeaks_lovestreams-768x129.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/3damnation_twinpeaks_lovestreams-980x165.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1427px) 100vw, 1427px">
<h2><em>LISBON STORY</em> BY WIM WENDERS</h2>
<p><strong>19′07″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>L’ingénieur du son Philip Winter se rend à Lisbonne pour enregistrer des sons pour un film sur lequel il va travailler. Il croise le groupe Madredeus, auteur de la musique du film de Wim Wenders, mais qui est aussi chargé de composer la bande-originale du film dans le film. Il va assister à des répétitions de plusieurs morceaux, dont le magnifique Ainda.</p>
<p><em>Sound engineer Philip Winter travels to Lisbon to record sounds for a film he has been invited to work on. There he encounters Madredeus, the group responsible for Wim Wenders’ soundtrack, who also happen to be composing the score for the film-within-the-film. He attends several rehearsals, including one for the magnificent Ainda.</em></p>
<h2><em>DESPERADO</em> BY ROBERT RODRIGUEZ</h2>
<p><strong>23’51″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Le guitariste sans nom, El Mariachi, donne un cours de tremolo à un enfant dans la rue. La technique main droite d’Antonio Banderas est un peu à la ramasse, mais son conseil n’est peut-être pas mauvais “<em>practice this every day, all day</em>”.</p>
<p><em>The nameless guitarist, El Mariachi, gives a child a quick tremolo lesson in the street. Antonio Banderas’ right-hand technique seems a bit rusty, but his advice may not be that bad l: “practice this every day, all day.”</em></p>
<h2><em>AFTER SCHOOL KNIFE FIGHT</em> BY JONATHAN VINEL &amp; CAROLINE POGGI</h2>
<p><strong>25’13″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un autre film sur un groupe de lycée, par le duo de réalisateur.ices zicos les plus cools de Paris. Ici dans le rôle de la chanteuse, la pop star Oklou, qui doit bientôt partir à la capitale pour ses études, ce qui signe la fin de leur groupe. Ils répètent pour la dernière fois et le film se termine sur ce joli morceau de shoegaze.</p>
<p><em>Another film about a high school band, this time from Paris’ coolest filmmakers. Pop star Oklou plays the singer, who is about to leave for university in the capital, meaning the end of the band. They rehearse one last time, and the film closes on this beautiful shoegaze track.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334300 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4lisbonstory_desperado_afterschool.jpeg" alt width="1427" height="240" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4lisbonstory_desperado_afterschool.jpeg 1427w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4lisbonstory_desperado_afterschool-300x50.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4lisbonstory_desperado_afterschool-1024x172.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4lisbonstory_desperado_afterschool-768x129.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/4lisbonstory_desperado_afterschool-980x165.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1427px) 100vw, 1427px">
<h2><em>BLED NUMBER ONE</em> BY RABAH AMEUR-ZAÏMECHE</h2>
<p><strong>29’00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Le guitariste Rodolphe Burger fait deux apparitions dans <em>Bled Number One</em>. Elles n’étaient apparemment pas prévues au scénario, et Rabah Ameur-Zaïmeche lui avait seulement demandé de passer sur le tournage pour s’imprégner du lieu avant de composer la BO. Ils ont finalement trouvé un petit générateur et un ampli de guitare pour filmer des séquences musicales dans les montagnes de l’est de l’Algérie.</p>
<p><em>Guitarist Rodolphe Burger appears twice in Bled Number One. These scenes were apparently never planned in the script: Rabah Ameur-Zaïmeche had simply invited him to visit the shoot and absorb the atmosphere before composing the score. In the end, they found a small generator and a guitar amp and filmed these musical sequences in the mountains of eastern Algeria.</em></p>
<h2><em>GILMORE GIRLS</em> BY AMY SHERMAN-PALLADINO</h2>
<p><strong>31’10″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un autre caméo magnifique, celui de Kim Gordon, Thurston Moore et leur fille dans <em>Gilmore Girls</em>. Dans le finale de la saison 6, la ville de Stars Hollow est submergée de troubadours qui interviennent tout au long de l’épisode. Yo La Tengo et Sparks font aussi des apparitions remarquées.</p>
<p><em>Another wonderful cameo: Kim Gordon, Thurston Moore and their daughter appearing in Gilmore Girls. In the season six finale, the town of Stars Hollow is overrun by troubadours who pop up throughout the episode. Yo La Tengo and Sparks also make memorable appearances.</em></p>
<h2>PRAEJUSIOS DIENOS ATMINIMUI BY ŠARŪNAS BARTAS</h2>
<p><strong>32’19″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Le film de fin d’études de Šarūnas Bartas est un moyen-métrage documentaire composé de saynètes dans les rues de Vilnius. Un homme monte péniblement un escalier pour aller s’installer au carillon d’une église, puis joue cette magnifique mélodie.</p>
<p><em>Šarūnas Bartas’ graduation film is a medium-length documentary made up of vignettes filmed in the streets of Vilnius. A man slowly climbs a staircase to reach a church bell tower, where he sits down and plays this beautiful melody.</em></p>
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<h2><em>MON COEUR EST ROUGE</em> BY MICHÈLE ROSIER</h2>
<p><strong>33’32″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Le “noise show” expérimental au cinéma. Le deuxième long-métrage de Michèle Rosier se termine sur une longue séquence où s’enchaînent les performances musicales et artistiques. La très belle BO du film est par ailleurs signée Keith Jarrett.</p>
<p><em>Experimental noise performance on film. Michèle Rosier’s second feature ends with an extended sequence of musical and artistic performances. The film’s beautiful soundtrack was composed by Keith Jarrett.</em></p>
<h2><em>ERASERHEAD</em> BY DAVID LYNCH</h2>
<p><strong>34’24″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>David Lynch est l’un des réalisateurs qui a mis en scène le plus de séquences musicales marquantes. Les scènes de cabaret dans <em>Blue Velvet</em> ou <em>Mulholland Drive</em>, le saxophone dans <em>Lost Highway</em> ou Nicolas Cage chantant Elvis dans<em> Sailor &amp; Lula</em>. Et dès son premier film, la Lady in the Radiator qui chante ce morceau magnifique, <em>In Heaven</em>.</p>
<p><em>David Lynch is one of the filmmakers who has imagined the most unforgettable musical sequences: the cabaret scenes in Blue Velvet and Mulholland Drive, the saxophone in Lost Highway, or Nicolas Cage singing Elvis in Wild at Heart. And already in his first feature, there was the Lady in the Radiator singing the wonderful In Heaven.</em></p>
<h2><em>LENINGRAD COWBOYS GO AMERICA</em> BY AKI KAURISMÄKI</h2>
<p><strong>36’25″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>A la manière des Blues Brothers, les Leningrad Cowboys sont un groupe de musique à la base fictionnel qui ont ensuite eu une vraie carrière hors de la fiction. Le groupe a été créé dans un bar par Aki Kaurismäki et deux membres des Sleepy Sleepers, comme une blague sur le déclin de l’Union Soviétique. Pour commencer ce périple en Amérique, ils débarquent à New York où ils dorment sur un toit et jouent ces quelques notes mélancoliques d’accordéon.</p>
<p><em>Much like the Blues Brothers, the Leningrad Cowboys began as a fictional band before developing a real-life career outside the films. The group was created in a bar by Aki Kaurismäki and two members of the Sleepy Sleepers as a joke about the decline of the Soviet Union. At the start of their American journey, they arrive in New York, sleep on a rooftop, and play these few accordion notes.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334302 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6moncoeur_eraserhead_leningradcowboys.jpeg" alt width="1423" height="238" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6moncoeur_eraserhead_leningradcowboys.jpeg 1423w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6moncoeur_eraserhead_leningradcowboys-300x50.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6moncoeur_eraserhead_leningradcowboys-1024x171.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6moncoeur_eraserhead_leningradcowboys-768x128.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/6moncoeur_eraserhead_leningradcowboys-980x164.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1423px) 100vw, 1423px">
<h2><em>BOYS DON’T CRY</em> BY KIMBERLY PEIRCE</h2>
<p><strong>38’22″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Une scène de karaoké où Chloë Sevigny et deux amies interprètent la chanson The Bluest Eyes in Texas du groupe Restless Hearts. Un long eye contact avec le personnage d’Hillary Swank laisse supposer une romance naissante. Fun fact, le film avait d’abord été proposé à Claire Denis qui a refusé car elle ne pensait pas pouvoir s’impliquer dans un projet qu’elle n’avait pas écrit.</p>
<p><em>A karaoke scene in which Chloë Sevigny and two friends perform The Bluest Eyes in Texas by Restless Heart. An extended exchange of glances with Hilary Swank’s character suggests the beginnings of a romance. Fun fact: the project was initially offered to Claire Denis, who turned it down because she didn’t feel she could fully commit to a film she hadn’t written herself.</em></p>
<h2><em>J’AI PAS SOMMEIL</em> BY CLAIRE DENIS</h2>
<p><strong>39’33″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>La musique est toujours très présente dans les films de Claire Denis. Dans <em>J’ai pas sommeil</em>, il y a deux numéros musicaux, d’abord une scène de drag sur une chanson de Jean-Louis Murat, puis cette scène de concert du chanteur martiniquais Kali, qui chante le morceau Racines.</p>
<p><em>Music is always central to Claire Denis’ films. J’ai pas sommeil features two musical numbers: first a drag performance set to a Jean-Louis Murat song, and then this concert scene with Martinican singer Kali performing Racines.</em></p>
<h2>BARÇA ZOU BY PAUL NOUHET</h2>
<p><strong>43’52″ ♪ Avran Thépault — Barcelona (end credits)</strong></p>
<p>Seul morceau de ce mix ne venant pas d’une performance musicale diégétique. C’est le morceau du générique de fin de <em>Barça Zou</em>, de Paul Nouhet, dont j’ai composé la bande-originale, en utilisant notamment de la guitare lap steel. Dans les salles fin 2026 !</p>
<p><em>The only track in this mix that does not come from a diegetic musical performance. It plays over the end credits of Rewind Barcelona by Paul Nouhet, for which I composed the score, notably using lap steel guitar. In theaters by the end of 2026 !</em></p>
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<h2>RIO BRAVO BY HOWARD HAWKS</h2>
<p><strong>47’06″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Peut-être l’une des chansons les plus iconiques de l’histoire du cinéma. Dean Martin au chant et sifflement, Ricky Nelson au chant et à la guitare, Walter Brennan à l’harmonica, sous les yeux de John Wayne.</p>
<p><em>Perhaps one of the most iconic songs in cinema history. Dean Martin on vocals and whistle, Ricky Nelson on vocals and guitar, Walter Brennan on harmonica, all under the watchful eye of John Wayne.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-334304 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/8riobravo.jpg" alt width="1280" height="720" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/8riobravo.jpg 1280w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/8riobravo-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/8riobravo-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/8riobravo-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/8riobravo-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1280px) 100vw, 1280px">
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Portraits d’Amérique — Sam Fleischner et Courtney Muller</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sam-fleischner-et-courtney-muller/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 10:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sam-fleischner-et-courtney-muller/" title="Read  Portraits d’Amérique — Sam Fleischner et Courtney Muller">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Sam Fleischner et Courtney Muller, qui codirigent le Rockaway Film Festival.</em></p>
<p><strong>Comment s’est construite votre cinéphilie ? Vous souvenez-vous de votre première expérience de cinéma marquante ?</strong></p>
<p><strong>Courtney Muller : </strong>J’ai un souvenir précis de ma première expérience mémorable en salle : c’était dans le Massachusetts, au Coolidge Corner Theatre. J’avais huit ans et je suis allée voir <em>Le Voyage de Chihiro</em> pour un anniversaire. J’ai eu vraiment très peur ! Je crois que c’est parce que je n’avais jamais été confrontée à un film comme celui-là. J’avais grandi avec Disney ; mes parents ne regardaient pas beaucoup la télévision, mais je voyais en boucle tous les classiques. Et donc, découvrir un film de Miyazaki aussi jeune, en salle… ça m’a littéralement bouleversée.</p>
<p><strong>Sam Fleischner : </strong>Mon premier souvenir de film est <em>Stand by Me</em>. J’avais peut-être neuf ou dix ans. C’était le premier film interdit aux moins de dix-sept ans que je voyais et je l’ai regardé chez moi en VHS. Je l’ai adoré. Récemment, je l’ai revu avec mon fils de dix ans et ça a fait remonter un souvenir très fort. Et puis il y a <em>Les Dents de la mer</em>, que j’ai vu adolescent, à Martha’s Vineyard, dans un cinéma à Oak Bluffs. Une grande partie du film a été tournée là-bas. Le fait de voir un film dans un lieu directement lié à son histoire m’a marqué. Cette forme d’ancrage dans un lieu influence encore aujourd’hui ma manière de travailler.</p>
<p><strong>Quand avez-vous compris que votre cinéphilie pouvait devenir un métier ?</strong></p>
<p><strong>S. F. : </strong>Pendant ma première année d’université, j’ai suivi un cours sur le western à la croisée des études américaines et du cinéma, donné par l’historien Richard Slotkin. Ça a été une révélation : analyser les films, comprendre leur impact culturel dans leur contexte historique… Ça m’a ouvert les yeux. C’est là que j’ai commencé à penser le cinéma autrement, comme un objet construit.</p>
<p>Ma deuxième « école de cinéma » a été l’Anthology Film Archives, où j’ai travaillé comme projectionniste en arrivant à New York. Je voulais surtout ce job pour profiter du système d’échange entre salles et voir des films gratuitement. Je gagnais dix dollars de l’heure, mais je pouvais voir un film par jour. C’est là que j’ai découvert le cinéma expérimental et ça a été une expérience déterminante.</p>
<p><strong>C. M. : </strong>Mon frère m’a offert une caméra quand j’étais jeune, parce qu’il savait à quel point j’aimais les films. Vers quinze ou seize ans, j’ai suivi un cours de cinéma en 16 mm qui a été une révélation : le côté tactile, chimique… C’était comme de l’alchimie, une forme de magie totale. J’ai ensuite étudié le cinéma à NYU. Mais à la fin, j’étais plus intéressée par le fait de regarder les films des autres que par l’idée d’en faire moi-même. Après mes études, j’ai travaillé à la Filmmakers’ Co-op, où j’ai renoué avec la pellicule : inspecter les films, les manipuler, les regarder sur une table lumineuse… C’était une expérience complètement différente. C’est comme ça que la programmation est venue : par curiosité pour les archives.</p>
<p><strong>Pour un lecteur français qui ne connaîtrait pas Rockaway, comment décririez-vous cet endroit et ce qui en fait un cadre particulier pour un festival de cinéma ?</strong></p>
<p><strong>S. F. :</strong> Rockaway est une péninsule d’environ dix-huit kilomètres de long, à l’extrémité de Long Island, mais qui fait toujours partie de la ville de New York, dans le Queens. Elle est séparée du reste de la ville par une vaste étendue d’eau, la Jamaica Bay, où se trouve l’aéroport JFK. D’ailleurs, quand on arrive de France, on survole souvent Rockaway sans forcément savoir de quoi il s’agit. Historiquement, c’était une destination de vacances prisée des New-Yorkais·e·s. Bien avant cela, c’était un territoire Lenape [NDLR&nbsp;: un peuple natif américain], appelé Rukawacki, « le lieu sablonneux ». Puis, à partir de la fin du XIXe siècle, c’est devenu une station balnéaire très vivante, avec de grands hôtels, des bâtiments en bois magnifiques et même des cinémas, dont certains assez spectaculaires ! Il y en avait un, par exemple, construit au-dessus de l’océan, sur une jetée.</p>
<p>Et puis, progressivement, tout s’est délité. Les infrastructures ont été négligées. Au milieu du XXe siècle, l’urbaniste Robert Moses a lancé des projets de développement qui ont transformé une partie des résidences estivales en logements plus précaires, souvent mal adaptés. Dans les années 1960–70, de grands ensembles de logements sociaux ont été construits, faisant de Rockaway l’une des zones les plus densément peuplées de ce type à New York. En parallèle, avec l’essor du transport aérien, les classes moyennes ont cessé de venir ici en vacances. Rockaway est alors devenu une périphérie délaissée, un endroit où la ville reléguait certaines populations, avec peu de services publics.</p>
<p>Quand je suis arrivé à New York en 2006, j’ai été frappé par l’énergie du lieu : c’est complètement différent du reste de la ville. On est à la fois très proche de New York et en même temps sur une autre fréquence. Il y a quelque chose de plus lent, de plus ouvert. À cette époque, le surf gagnait en popularité et beaucoup d’artistes ont commencé à s’installer ici parce que les loyers étaient encore abordables. J’ai fini par m’y installer moi-même, puis j’y ai tourné un film en 2012, <em>Stand Clear of the Closing Doors</em>. Le tournage a coïncidé avec l’ouragan Sandy, qui a frappé en pleine production. J’étais sur place pendant la tempête et après. Ce fut un moment marquant : malgré la destruction, il y a eu une solidarité incroyable entre les habitant·e·s, les bénévoles… Ça a profondément renforcé mon attachement à cet endroit et mon envie de participer à ce qu’il pourrait devenir.</p>
<p><strong>C. M. :</strong> J’ai découvert Rockaway en travaillant sur ce film avec Sam. Je vivais déjà à New York, mais je n’avais jamais vraiment passé de temps ici. C’est un lieu singulier, à la fois une métropole et une petite ville côtière. Il y a quelque chose de très intime, presque rural dans certaines interactions, bien qu’on soit dans l’une des plus grandes villes du monde. Je n’avais jamais connu un endroit comme celui-là. Je m’y suis installée définitivement il y a quatre ans et je ne l’ai jamais regretté.</p>
<p><strong>Comment est né le Rockaway Film Festival ?</strong></p>
<p><strong>S. F. :</strong> Au départ, je ne pensais pas du tout créer un festival. J’avais plutôt en tête l’idée d’ouvrir un microcinéma à Rockaway, un lieu avec un écran unique, qui pourrait montrer à la fois des nouveautés et du répertoire. J’en avais parlé avec un producteur, on avait même visité un espace vers 2014 ou 2015, mais le projet n’a pas abouti.</p>
<p>Il y a eu aussi un moment important juste après Sandy : un dôme temporaire a été installé sur un parking. On y a organisé quelques projections, dont <em>Nanouk l’Esquimau</em>, ainsi que la première locale de mon film. C’était un lieu éphémère, mais extrêmement vivant : un espace de projection, de performance, de rencontres. Quand il a disparu, ça a été un vrai choc qui m’a fait réfléchir : comment créer quelque chose de durable ?</p>
<p>En 2018, un promoteur local m’a suggéré de lancer un festival. Ma première réaction a été un refus assez net ! Je suis cinéaste, pas programmateur ou organisateur de festival. Et puis, honnêtement, il y a beaucoup de superbes festivals, mais aussi beaucoup d’autres qui ne sont pas très intéressants… Mais en y repensant, je me suis dit qu’un événement à Rockaway pouvait être quelque chose d’unique, qu’on pouvait inventer une forme qui ne ressemble à aucune autre.</p>
<p><strong>C. M. :</strong> C’était à la fin de l’été, on a monté la première édition en six semaines. On ne savait absolument pas ce qu’on faisait (rires) ! Le projecteur est tombé en panne plusieurs fois… On bricolait tout. Mais les gens sont venus. On a transformé un espace en salle de cinéma avec des amis et ça a marché. C’était assez incroyable !</p>
<p>À la base, l’idée était simple : il n’y avait aucun cinéma ici. On est dans une capitale culturelle mondiale, avec une scène cinéphile exceptionnelle… et pourtant, quand on vit à Rockaway, il faut plus d’une heure pour aller voir un film. Après Sandy, c’était encore pire, car le quartier était difficile d’accès. Même aujourd’hui, il n’y a qu’une ligne de métro et un ferry pendant l’été. Ça reste éloigné pour la plupart des gens. Donc le festival est né de ce manque concret : l’absence d’accès au cinéma.</p>
<p><strong>Comment décririez-vous votre programmation, ce qui vous attire dans un film, au-delà des catégories ou des tendances ?</strong></p>
<p><strong>C. M. :</strong> C’est très intuitif et ça change chaque année. On a mis en place un système d’appels à films parce qu’on recevait de plus en plus de propositions spontanées et qu’il fallait nous structurer. Mais ça reste un mode de découverte parmi d’autres. La majorité de la programmation vient de notre travail de recherche tout au long de l’année, de nos échanges avec des distributeurs, des cinéastes, etc. L’identité du festival a beaucoup évolué. Au début, c’était uniquement un événement annuel, sur quelques jours, avec des films déjà sortis ou présentés ailleurs, des films qu’on avait envie de montrer, tout simplement. Puis, à mesure que le projet a grandi, tout s’est transformé. On a longtemps été nomades, en projetant dans différents endroits de la péninsule : des entrepôts, la promenade en bord de mer… On a créé sept salles de cinéma temporaires. Aujourd’hui, le festival dispose de davantage d’espaces, ce qui nous permet de programmer plus régulièrement, ce qui change forcément notre approche. Le festival lui-même devient alors un point culminant, il continue de se redéfinir chaque année. On essaie d’y inviter des cinéastes, de créer des rencontres avec le public. On ne cherche pas à montrer uniquement des premières. Ce qui compte, c’est l’excitation que suscite un film chez nous. Surtout, on pense le festival comme une séquence : il n’y a pas de projections simultanées, chaque film est montré une seule fois et on accorde beaucoup d’importance à l’ordre, aux correspondances entre les œuvres, à la manière dont un film peut en éclairer un autre. Il y a aussi tout un travail sur les conditions de réception : comment le public entre dans la salle, à quel moment de la journée, dans quel espace, avec quelle lumière, quelle disposition, quel contexte… Tout cela fait partie de la programmation.</p>
<p><strong>Dans une ville où le coût de la vie ne cesse d’augmenter, votre politique tarifaire (dix dollars maximum par billet) se démarque. Comment pensez-vous la question de l’accessibilité ?</strong></p>
<p><strong>C. M. :</strong> On tient beaucoup à garder des prix bas, même si c’est un défi constant. On en discute souvent et on se demande si on pourra continuer comme ça pendant longtemps. Mais c’est essentiel pour nous, avant tout parce que Rockaway est une communauté diverse. On veut que tout le monde puisse venir. Ça implique de trouver d’autres modèles économiques : organiser des levées de fonds, demander des subventions, inventer des solutions. Et puis, il y a aussi une dimension artistique. Dès qu’on commence à programmer en fonction du box-office, ça transforme profondément ce qu’on montre.</p>
<p><strong>S. F. :</strong> On parle beaucoup en ce moment du cinéma comme d’un art profondément démocratique. C’est un art accessible, collectif, qui ne devrait pas être intimidant ou réservé à une élite. En France, il y a une vraie reconnaissance du cinéma comme art, peut-être plus qu’ailleurs. Cela se traduit concrètement dans la manière dont les cinémas fonctionnent, dans les politiques publiques, dans l’attention portée à l’expérience de la salle. Il y a cette idée que le cinéma doit rester accessible à tous, sur tout le territoire. Il y a aussi des détails simples, mais révélateurs : rester dans le noir jusqu’à la fin du générique, ne pas se précipiter dehors… prendre le temps d’être avec le film. Aux États-Unis, tout va très vite, on tombe facilement dans une logique de divertissement.</p>
<p><strong>Sean Price Williams nous parlait récemment d’une institutionnalisation croissante des festivals, au détriment d’une ambiance plus informelle. Comment percevez-vous cette évolution ? Selon vous, quel rôle devrait jouer un festival dans la construction de la cinéphilie collective ?</strong></p>
<p><strong>&nbsp;S. </strong><strong>F. : </strong>C’est une question qu’on se pose souvent. Pour moi, un festival doit avant tout être au service des cinéastes et du public. Or beaucoup d’événements finissent par fonctionner pour eux-mêmes, en privilégiant leur image, leur statut, les premières ou les invités prestigieux. Notre festival essaie de rester ancré localement, tout en accueillant des gens venus d’ailleurs.</p>
<p><strong>C. M. :</strong> Un festival, c’est aussi un moment de découverte, un temps suspendu où l’on accepte de se laisser surprendre. C’est une expérience collective très concrète : être ensemble, dans un même lieu, pour voir quelque chose qu’on n’attendait pas forcément. Aujourd’hui, ce type de rassemblement est devenu assez rare, alors même qu’il répond à un besoin profond.</p>
<p><strong>Après toutes ces années, votre cinéphilie et votre manière de voir les films ont-elles changé ?</strong></p>
<p><strong>S. F. : </strong>Ce qui s’impose surtout, c’est l’ampleur de ce qu’il reste à voir. C’est presque vertigineux et en même temps tellement stimulant !</p>
<p><strong>C. M. :</strong> C’est vrai qu’en tant que programmatrice, le rapport aux films change forcément. On en voit énormément, parfois au point que ça devient un peu écrasant. Je ne peux pas dire que ça n’affecte pas mon expérience, mais en parallèle, il y a aussi quelque chose de joyeux dans le fait d’appartenir à une communauté de gens qui montrent des films. Aller dans la salle de quelqu’un d’autre, découvrir une programmation qu’on n’a pas faite… ça devient une expérience précieuse.</p>
<p><strong>&nbsp;S. </strong><strong>F. : </strong>Et puis le cinéma reste un art jeune, profondément lié à la technologie. Or la technologie évolue à une vitesse exponentielle. Donc, c’est aussi fascinant d’observer comment les formes changent, comment le médium se transforme… Mais pour nous, l’enjeu reste de préserver un espace collectif. Et il y a aussi une dimension sociale concrète. Après la pandémie, il y a eu aux États-Unis des rapports officiels sur « l’épidémie de solitude ». Le fait d’être ensemble, physiquement, dans un même espace, a un impact réel sur la santé mentale.</p>
<p><strong>C. M. :</strong> Oui, et je pense qu’il y a aussi une dimension presque rituelle. Le cinéma comme expérience collective intentionnelle. On se retrouve, on partage quelque chose dans le noir, c’est très simple, mais aussi très puissant.</p>
<p><strong>S. F. : </strong>C’est aussi lié à une question plus large de culture. Les États-Unis sont un pays relativement jeune et, parfois, j’ai l’impression qu’il n’y a pas de culture au sens profond, ou en tout cas pas de la même manière qu’en Europe.</p>
<p><strong>C. M. :</strong> Je ne suis pas sûre d’être d’accord… Tu parlais tout à l’heure du cours sur le western que tu as suivi : c’est quand même une forme de culture ancrée dans l’histoire américaine.</p>
<p><strong>S. F. : </strong>Oui, mais pour moi, c’est davantage de l’ordre du mythe, plus que d’une culture vécue au quotidien. J’ai le sentiment que beaucoup d’Américains cherchent une forme d’ancrage, une connexion à quelque chose de plus ancien. En France, ou dans beaucoup de cultures européennes ou africaines, il y a une continuité historique profonde. Ici, c’est différent, le pays est récent et ça se ressent.</p>
<p><strong>C. M. :</strong> Mais on pourrait dire la même chose ailleurs. Toutes les cultures se construisent, se transforment. Et aux États-Unis aussi, il y a des formes très fortes : les rassemblements familiaux, certaines traditions, la religion, le sport…</p>
<p><strong>S. F. : </strong>Oui, bien sûr. Il y a Thanksgiving par exemple, même si c’est aussi un récit largement construit, presque une forme de fiction nationale. J’ai récemment vu <em>No Picnic</em> de Phil Hartman. Pour introduire son film, il disait qu’il se définissait non pas comme cinéphile, mais comme <em>cinémaphile</em> : quelqu’un qui aime voir les films en salle, avec un public. Le cinéma aussi, d’une certaine manière, fonctionne comme un espace de rassemblement. Presque comme une église.</p>
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		<title>Blue Heron</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/blue-heron/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 10:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334177</guid>

					<description><![CDATA[<p>La trame de Blue Heron entremêle drame psychologique, chronique estivale et geste réflexif. À la fin des années 1990, Sasha, huit ans, emménage avec ses parents et ses frères sur l’île de Vancouver. Son nouveau...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/blue-heron/" title="Read  Blue Heron">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La trame de <em>Blue Heron</em> entremêle drame psychologique, chronique estivale et geste réflexif. À la fin des années 1990, Sasha, huit ans, emménage avec ses parents et ses frères sur l’île de Vancouver. Son nouveau quotidien est toutefois bouleversé par le mal-être de l’aîné, Jeremy, dont les actes se montrent de plus en plus inquiétants : il fait le mort sur le palier, disparaît à la plage, etc. Le film cherche alors à pénétrer, à travers les yeux de Sasha, les secrets de la souffrance de son frère, qui apparaît à première vue comme la conséquence probable de remous familiaux (la mère a refait sa vie avec le père des trois autres enfants du foyer), avant qu’une autre clef ne soit donnée dans le dernier temps du récit. Pour son premier long-métrage, Sophy Romvari vise à ménager de la sorte un mystère autour d’un personnage mutique – Jeremy n’a que deux courtes répliques sur l’ensemble du film. Cette manière qu’il a de ne jamais verbaliser les raisons de son comportement autodestructeur (cf. le diagnostic posé par un médecin) évoque un autre film à l’intrigue voisine : <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/aftersun-et-tar-une-subtilite-en-question/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Aftersun</em></a>, dont on retrouve les zones d’ombre un brin artificielles, mais également les bains de soleil et la nostalgie <em>nineties</em>. Le scénario convoque ainsi des totems <em>vintage</em>, à l’image du logiciel Paint que Sasha apprend à utiliser sur le PC rétro du salon. S’y ajoutent une photographie privilégiant les demi-teintes et un jeu d’échos sur des éléments décoratifs ou vestimentaires (par exemple, les murs de la cuisine, le saladier et le maillot de bain de l’enfant sont bleu turquoise). La cinéaste émaille de surcroît ses plans de références cinéphiles – elle reproduit entre autres la scène de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeanne-dielman-23-quai-du-commerce-1080-bruxelles/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeanne Dielman</em></a> épluchant des pommes de terre dans sa cuisine. Au risque de la vitrification&nbsp;: victime collatérale de cette mise en scène un peu guindée qui donne le ton de la majeure partie du film, l’émotion ne trouve pas le moyen de véritablement s’installer.</p>
<p>La donne change toutefois un peu dans le dernier tiers lorsque Sasha, devenue trentenaire et cinéaste, retourne dans la maison familiale. La nature du récit se transforme alors, troquant la reconstitution apprêtée pour un parti pris plus fantastique, puisque la jeune femme retrouve ses parents, ses frères et elle-même tels qu’ils étaient à l’époque et se glisse dans la peau d’une employée des services sociaux. Moins focalisée sur la cinégénie du décor ou sur les actions de Jeremy, la caméra capture enfin un trouble. C’est notamment le cas lorsque Sasha adulte fait, les yeux embués, une confidence à l’enfant qu’elle a été, ou encore lors de l’entrevue, filmée en plan-séquence, où est abordé le traumatisme scolaire de Jeremy et l’éventualité d’un placement volontaire en famille d’accueil. À cet égard, le panoramique qu’effectue la caméra à la fin de la scène, qui se détourne par tact des visages des parents n’osant pas complètement écarter cette option, se révèle bien plus touchant que la préciosité dont le film fait preuve ailleurs.</p>
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		<title>Éruption</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eruption/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 10:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Éruption repose sur une métaphore simple : la passion amoureuse serait semblable à un volcan prêt à entrer en éruption. Mieux encore, certaines idylles posséderaient le pouvoir mystérieux de réveiller les montagnes endormies. C’est du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eruption/" title="Read  Éruption">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Éruption</em> repose sur une métaphore simple : la passion amoureuse serait semblable à un volcan prêt à entrer en éruption. Mieux encore, certaines idylles posséderaient le pouvoir mystérieux de réveiller les montagnes endormies. C’est du moins ce que se racontent Nel (Lena Góra) et Bethany (Charli XCX), amies et anciennes amantes persuadées que leurs retrouvailles provoquent systématiquement des éruptions quelque part sur la planète. Rebelote&nbsp;: tandis que Bethany, sur le point d’être demandée en mariage par son compagnon Rob (Will Madden), débarque à Varsovie pour retrouver Nel, l’Etna entre en éruption et bouscule son voyage. La jeune femme fuit alors la stabilité de son présent pour retrouver les secousses de cette passion ancienne. Ce point de départ pourrait annoncer un mélodrame romantique aux accents fantastiques, mais Peter Ohs choisit une autre voie. Le caractère grandiloquent de cette mythologie volcanique se heurte en effet constamment à une mise en scène modeste, proche de l’esthétique du <em>mumblecore</em>. Écrit de manière collaborative avec les interprètes, le film privilégie les conversations flottantes, les déambulations urbaines et les situations légèrement absurdes plutôt que les grands élans dramatiques. Cette friction entre le lyrisme et une forme de désinvolture constitue son principal charme&nbsp;: là où les personnages se rêvent en héroïnes d’une grande histoire d’amour cosmique, la mise en scène les ramène sans cesse à la banalité du quotidien, à leurs maladresses et à leurs hésitations.</p>
<p>Dès les premières minutes, Ohs affirme ce double mouvement en confrontant des plans de volcans en éruption avec des vues de Varsovie, le tout accompagné d’une musique pop polonaise aux accents kitsch. Les cartons colorés qui interrompent régulièrement le récit en reprenant parfois une couleur du décor (le bleu du ciel ou le rose d’une enseigne) confèrent au film une légèreté ludique qui désamorce l’emphase du symbolisme amoureux. Le cinéaste trouve également une forme de poésie dans la ville elle-même : Varsovie devient le théâtre d’une errance sentimentale structurée autour de deux temporalités : si les journées sont dévolues aux obligations du quotidien et au planning touristique prévu par Rob, les nuits avec Nel ouvrent un espace plus éthéré, peuplé de rencontres imprévues. C’est dans cette géographie urbaine que le film se déploie, entre mythologies romantiques et résistance comique à cet horizon. Lorsque Nel surprend Bethany sous sa fenêtre après avoir mystérieusement senti sa présence pendant plusieurs jours, elle se moque alors du retour de son amie : « <em>Tu trouves ça marrant d’être sous mon balcon ? C’est pas </em>Roméo et Juliette ». Plus loin, quand les deux femmes racontent avec enthousiasme leur théorie volcanique à un artiste américain, celui-ci leur répond avec un pragmatisme désarmant : « <em>En quoi c’est drôle ? Les volcans tuent vraiment des gens.</em> »</p>
<p>Ce qui intéresse véritablement Ohs n’est de fait pas la romance elle-même, mais le désir de croire que la passion obéit à une logique secrète. Ainsi, les volcans importent moins que le besoin qu’ont les personnages de transformer le hasard en nécessité. Plus que la relance d’une passion inextinguible, le retour de Bethany vers Nel évoque une tentative de réenchanter sa propre histoire, de lui donner la forme et la force d’un destin. Le film ne juge jamais cette aspiration, pas plus qu’il ne condamne l’égoïsme de Bethany ou la placidité de Rob. Le cinéaste regarde ses personnages avec une bienveillance moqueuse, comme s’il reconnaissait dans leurs comportements quelque chose de profondément humain : la tendance à vouloir faire de sa propre vie un récit exceptionnel. Cette légèreté constitue cependant aussi la limite du film. À force de maintenir une distance ironique avec son sujet, <em>Éruption</em> peine parfois à lui donner une véritable épaisseur émotionnelle. Le refus du drame est stimulant, mais laisse également l’impression d’un film qui hésite à s’abandonner complètement à ses propres élans. Reste un objet attachant, souvent drôle, qui transforme Varsovie en terrain de jeu mélancolique pour des personnages en quête de sens. Comme ses volcans imaginaires, <em>Éruption</em> produit davantage de petites secousses que de véritables déflagrations.</p>
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		<title>Toy Story 5</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/toy-story-5/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jun 2026 14:40:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si les troisième et quatrième volets de Toy Story distillaient, chacun à leur manière, un parfum de dernière fois, ou du moins de la fin d’une innocence, Toy Story 5 acte que ce discours n’est...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/toy-story-5/" title="Read  Toy Story 5">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si les troisième et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/toy-story-4/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">quatrième volets de <em>Toy Story</em></a> distillaient, chacun à leur manière, un parfum de dernière fois, ou du moins de la fin d’une innocence, <em>Toy Story 5</em> acte que ce discours n’est plus possible alors que la franchise se prolonge désormais au-delà de sa conclusion naturelle – le temps passe, les enfants grandissent, il faut en faire son deuil. Comment poursuivre lorsqu’on est allé au bout du chemin&nbsp;? Rejouer, par l’entremise d’un nouveau personnage principal (Jessie, la <em>cow-girl</em>, qui relègue Woody et Buzz au rang d’adjuvants), la même trame d’un apprentissage doublé d’un lâcher-prise ? Ou bien actualiser légèrement les paramètres du récit, en incluant la manière dont les enfants vivent à l’heure du tout numérique&nbsp;? C’est le double postulat de <em>Toy Story 5</em>, qui remet donc le couvert en se concentrant sur l’irruption de Lilypad, une tablette offerte à la petite Bonnie pour qu’elle se fasse des amies via une boucle de messagerie et des jeux en ligne, à défaut de pouvoir sociabiliser «&nbsp;en vrai&nbsp;», puisque les enfants semblent désormais délaisser les jouets d’antan pour ce que les poupées et autres peluches laissées-pour-compte appellent «&nbsp;la Tech&nbsp;». Mais cette mise à jour du logiciel s’accompagne aussi d’une forme de renoncement&nbsp;assumé dans l’ambition : pour la première fois, un film <em>Toy Story</em> ressemble moins au nouveau chapitre d’une franchise inventive – même si le précédent épisode flirtait déjà avec la redite – qu’à une histoire bonus qui aurait peut-être davantage sa place sur une plateforme de <em>streaming</em>, pour les aficionados de la première heure.</p>
<p>Est-ce à dire que ce <em>Toy Story</em> est dépourvu de <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/pixar-vers-linfini-et-en-deca/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la petite magie de Pixar</a>, en berne depuis quinze ans, à quelques exceptions près (notamment <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/indestructibles-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Indestructibles 2</em></a>)&nbsp;? Pas tout à fait non plus. C’est sur le plan du burlesque que le film trouve sa raison d’être, en jouant des possibilités offertes par ses nouveaux personnages – gadgets numériques en tous genres, mais aussi animaux qui font de ce dernier volet, plus qu’une «&nbsp;histoire de jouets&nbsp;», une aventure du non-humain. On sent néanmoins que l’équilibre miraculeux du studio s’est effrité&nbsp;: jadis, le blues de Bonnie (raillée par ses supposées «&nbsp;copines&nbsp;»), ou le faux sacrifice de l’un des nouveaux jouets (dans une scène théoriquement poignante, mais trop vite brossée, puis rattrapée par le scénario), aurait ouvert une brèche émotionnelle qu’on peine ici à retrouver, à l’exception de la toute fin. On voit alors, pendant une poignée de secondes, les affects d’enfants dépeints avec une fébrilité rare dans le champ de l’animation&nbsp;: deux petites filles voudraient bien être copines, mais ne savent pas comment s’y prendre et sont entravées par leur manque de confiance en elles. Ce n’est pas grand-chose, mais le temps de quelques plans, on se souvient alors pourquoi Pixar a compté.</p>
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		<title>Backrooms</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/backrooms/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’origine du phénomène des «&#160;backrooms&#160;» remonte à la publication d’une photo en 2019 sur le forum 4chan. On y voyait l’intérieur d’un immeuble vide et inquiétant de par son extrême banalité, avec son papier peint...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/backrooms/" title="Read  Backrooms">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’origine du phénomène des «&nbsp;<em>backrooms</em>&nbsp;» remonte à la publication d’une photo en 2019 sur le forum <em>4chan</em>. On y voyait l’intérieur d’un immeuble vide et inquiétant de par son extrême banalité, avec son papier peint jaune délavé éclairé au néon. De cette simple image naquit un <em>creepypasta</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334166_198('footnote_plugin_reference_334166_198_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334166_198('footnote_plugin_reference_334166_198_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334166_198_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334166_198_1" class="footnote_tooltip"><em>Récit effrayant diffusé sur internet, souvent présenté comme réel.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334166_198_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334166_198_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;construit collectivement par les internautes, autour de l’idée que ce lieu appartiendrait à une autre dimension peuplée de créatures innommables. L’un des principaux contributeurs à cet univers fut justement Kane Parsons qui, avant d’en réaliser l’adaptation pour le cinéma, publia de nombreuses vidéos de «&nbsp;<em>backrooms</em>&nbsp;» sur YouTube. Adoptant le style du <em>found footage</em>, ses personnages y arpentaient les lieux caméra au poing et participaient chacun, par leurs errances, à l’exploration (fictive) de ce monde mystérieux.</p>
<p>Dans ce passage au long-métrage, ce sont Clark (Chiwetel Ejiofor) et Mary (Renate Reinsve) qui découvrent les lieux. Le premier, après avoir traversé un mur dans le magasin de meubles dont il a la gestion, entreprend de cartographier le labyrinthe. La seconde, sa psychanalyste, ne s’y engage que plus tard, suite à la disparition de son patient. Scindé en deux parties séparées par une ellipse, ce <em>Backrooms</em> adopte ainsi une forme étirée (voire décousue) assez contradictoire avec la dimension claustrophobique des vidéos originales de Parsons. Car au cinéma comme sur YouTube, c’est bel et bien quand les personnages se perdent dans ces locaux agencés de manière absurde que le concept fonctionne le mieux. Plus encore que l’absence de fenêtre ou les échos de bruits de pas, c’est ici l’espace lui-même qui fait peur. Aucune logique humaine ne semble avoir présidé à la conception de cet univers aux apparences pourtant familières, sorte de réinterprétation cauchemardesque d’une réalité mal comprise. «&nbsp;<em>Ce serait comme demander à une personne qui n’a jamais vu de chien de dessiner un chien</em> », déclare ainsi Clark alors qu’il essaie de décrire le décor à Mary après y avoir pénétré pour la première fois. L’idée, géniale, évoque fortement les étrangetés que peuvent produire les images générées par IA (sans que le film n’en fasse jamais mention). Malheureusement, à multiplier les allers-retours entre les « <em>backrooms</em> » et le « monde réel », le film finit par diluer la peur de se retrouver piégé dans un tel enfer. D’autant plus que de longues scènes de dialogues viennent alourdir l’ensemble, soit en psychologisant les rapports des personnages au lieu, soit en proposant de fausses bribes d’explication qui servent essentiellement à entretenir le mystère. Restent les troublantes créatures, reposant sur la même idée d’une imitation ratée, cette fois d’êtres humains. Telles les aberrations du début des IA génératives, celles-ci présentent de nombreuses erreurs anatomiques (parties du corps dupliquées ou manquantes, problèmes de proportions…) d’une étrange beauté. Mais la présence de ces monstres fascinants ne suffit pas pour autant à dissiper l’impression d’une adaptation trop étirée, qui hésite entre différentes directions sans jamais trouver sa forme au-delà de ce qui avait déjà été proposé sur YouTube. Peut-être que le passage sur grand écran était, de toute manière, destiné à décevoir, et que ces « <em>backrooms&nbsp;</em>» ne seront jamais plus terrifiantes qu’observées par la lorgnette d’une petite fenêtre vidéo.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334166_198();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334166_198();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334166_198">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334166_198" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334166_198('footnote_plugin_tooltip_334166_198_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334166_198_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Récit effrayant diffusé sur internet, souvent présenté comme réel.</em></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334166_198() { jQuery('#footnote_references_container_334166_198').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334166_198').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334166_198() { jQuery('#footnote_references_container_334166_198').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334166_198').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334166_198() { if (jQuery('#footnote_references_container_334166_198').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334166_198(); } else { footnote_collapse_reference_container_334166_198(); } } function footnote_moveToReference_334166_198(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334166_198(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334166_198(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334166_198(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/backrooms/">Backrooms</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Parallax — Contact et Disclosure Day</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-contact-et-disclosure-day/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, Disclosure Day de Steven Spielberg renoue avec un cinéma de la rencontre extraterrestre. Au-delà d’autres réalisations du cinéaste, le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-contact-et-disclosure-day/" title="Read  Parallax — Contact et Disclosure Day">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/disclosure-day/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Disclosure Day</a><em> de Steven Spielberg renoue avec un cinéma de la rencontre extraterrestre. Au-delà d’autres réalisations du cinéaste, le film dialogue notamment avec </em>Contact <em>(1997) de Robert Zemeckis.</em></p>
<p>« <em>Croyez-vous en Dieu ?</em> » La question est posée à la chercheuse Eleanore Arroway (Jodie Foster), héroïne de <em>Contact</em> (1997), après qu’elle est parvenue à capter un signal extraterrestre. Tout comme <em>Disclosure Day</em>, le film de Robert Zemeckis, sorti près de trente ans plus tôt, s’interroge sur les résonances religieuses d’une rencontre entre l’humanité et une intelligence venue d’ailleurs (tout juste détectée dans <em>Contact</em>, cachée au public depuis longtemps dans <em>Disclosure Day</em>). Dans les deux cas, cette dualité entre science et foi s’incarne dans un couple de protagonistes : d’une part Eleanore et le théologien Palmer Joss (Matthew McConaughey), de l’autre Daniel Kellner (Josh O’Connor), analyste lanceur d’alerte, et Jane (Eve Hewson), ancienne nonne embarquée à ses côtés. Mais plutôt qu’une opposition binaire, les deux films travaillent en réalité une porosité qui se cristallise autour de la notion de croyance. La recherche obstinée par Eleanore d’une vie extraterrestre tient en effet de l’acte de foi : après la mort de ses parents durant sa jeunesse, la future chercheuse observait les étoiles en espérant les y retrouver, confondant la voûte céleste avec l’au-delà. Dans <em>Disclosure Day</em>, si Daniel déchiffre le langage alien en le traduisant en équations mathématiques, ce don résulte d’un premier contact antérieur refoulé avec les extraterrestres, où l’un de ces derniers revêt, dans une vision fantasmatique, les atours d’un cerf, symbole christique.</p>
<p>Alors, quel est l’objet de la croyance des films de Zemeckis et Spielberg ? On peut chercher une réponse dans leurs derniers actes respectifs. <em>Contact</em> et <em>Disclosure Day</em> s’achèvent par des voyages aussi intergalactiques que mémoriels : Eleanore navigue dans une navette jusqu’à atteindre une étoile lointaine, où une présence extraterrestre lui apparaît avec le visage de son père défunt ; tandis que Daniel revisite son souvenir enfoui, pour mieux révéler ensuite au monde entier l’existence des visiteurs aliens. Pas de « <em>disclosure</em> » dans <em>Contact</em>, puisque, si cette rencontre du troisième type aide Eleanore à achever son deuil, elle en demeure la seule témoin et, à son retour, doit affronter l’incrédulité des autorités gouvernementales. La conclusion renverse le scepticisme initial de l’héroïne quant à la notion de foi : c’est elle qui est désormais habitée par une vérité inimaginable qu’elle est la seule à croire.</p>
<p>On pourrait donc lire les deux films en opposition. <em>Contact</em> dépeint une exploration spatiale produisant <em>in fine</em> une illumination individuelle. Un programme annoncé par le spectaculaire premier plan du film, lent travelling arrière s’éloignant de la Terre, qui finit, grâce à la magie des effets spéciaux, par « sortir » de l’œil de la jeune Eleanore – l’univers entier figure ainsi un espace intérieur. Science ou religion, peu importe : le film de Zemeckis nous raconte qu’il faut parfois sillonner le cosmos pour trouver le sens profond de son existence. Pour Eleanore, l’enjeu aura été d’apaiser la petite fille en elle (durant le climax, un <em>morphing</em> superpose le visage juvénile de la chercheuse à celui de Jodie Foster). Spielberg vise quant à lui à étendre l’émoi enfantin des personnages à l’ensemble de l’humanité. Les nombreux dialogues entre le mathématicien (Daniel) et la croyante (Jane) servent dès lors à réconcilier des perspectives antagonistes autour d’une même vision, celle des images secrètes d’extraterrestres enfin dévoilées à la télévision. La révélation intime des héros devient finalement universelle : dans <em>Disclosure Day</em>, la lumière est pour tout le monde.</p>
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		<item>
		<title>Shana</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/shana-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 10:30:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=334159</guid>

					<description><![CDATA[<p>Shana&#160;est tout entier pensé comme un véhicule pour son actrice. Si l’on a déjà&#160;aperçu Eva Huault dans quelques films (notamment en monitrice d’auto-école dans&#160;Baise-en-ville), il revient naturellement à&#160;celle qui l’a révélée avec le moyen-métrage Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/shana-2/" title="Read  Shana">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Shana</em>&nbsp;est tout entier pensé comme un véhicule pour son actrice. Si l’on a déjà&nbsp;aperçu Eva Huault dans quelques films (notamment en monitrice d’auto-école dans&nbsp;<em>Baise-en-ville</em>), il revient naturellement à&nbsp;celle qui l’a révélée avec le moyen-métrage <em>Le Roi David&nbsp;</em>de lui confier son premier rôle principal dans un long. Le film frappe d’abord par sa présence, qui se distingue par un goût de l’artifice (injections dans les lèvres, piercing au nombril et faux ongles), une façon de parler (c’est la reine de&nbsp;<a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/29/affrication-un-tchic-de-langage-qui-provoque-des-frictions_6236103_3232.html" target="_blank" rel="noopener">«&nbsp;l’affrication&nbsp;»</a>, sur le mode «&nbsp;c’est moi kchi décide en fait&nbsp;»), et un talent particulier pour s’énerver (ou plutôt «&nbsp;s’embrouiller&nbsp;»). Lila Pinell, dont la fascination pour Huault est contagieuse, la filme en pellicule, comme pour la mettre sur un pied d’égalité avec les vedettes du siècle dernier. Cette manière de faire dialoguer la jeunesse d’aujourd’hui avec le cinéma d’auteur français (et même parisien) se retrouve dans l’opposition de l’actrice à&nbsp;une autre&nbsp;: Noémie Lvovsky incarne la mère du personnage, bien entendu dépassée par le train de vie de sa fille.</p>
<p>En plus d’une propension à&nbsp;la mythomanie,&nbsp;Shana est en effet une véritable «&nbsp;galérienne&nbsp;» et par là une sorte de personnage safdien au féminin. Comme&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener">Marty Mauser</a>, elle est une figure de juive errante, bien qu’elle cache auprès de ses amis sa religion, elle qui se trouvait en foyer à&nbsp;l’âge où elle aurait dû faire sa bat-mitsvah. S’ouvrant avec des illustrations des dix plaies d’Égypte tirées d’un album religieux consacré à Moïse (traumatisme enfantin de l’héroïne – on la comprend), le film se concentre sur la relation de Shana avec un homme du nom du prophète, lequel purge une peine de prison pour des violences conjugales dont elle a&nbsp;été la victime. Tandis que son «&nbsp;<em>amour passionnel</em>&nbsp;» (sic) est derrière les barreaux, la jeune femme assure la continuité de son «&nbsp;nessbi&nbsp;» de deal de cocaïne, tout en tapant dans la caisse pour sortir avec ses copines. Ce récit relativement minimal, qui se tend alors que se profile une potentielle sortie de prison de Moïse, prend en vérité la forme de ce qu’on pourrait appeler un apprentissage féministe de la&nbsp;<em>street</em>. Emprise, toxicité masculine, sororité, travail du sexe, lesbianisme politique, etc. : tous ces sujets du féminisme contemporain se retrouvent abordés à&nbsp;un moment ou à&nbsp;un autre du parcours de Shana.</p>
<p>Présentée ainsi, l’entreprise pourrait sembler trop discursive, mais le film échappe à la note d’intention par le naturel du personnage, qui traverse ces épreuves et ces questionnements sans se départir de sa gouaille d’ingénue. Le scénario ajoute toutefois une couche allégorique lorsque Shana devient la victime de variations des châtiments bibliques qu’elle craignait enfant (une crise d’eczéma par exemple), comme si son Moïse la maudissait. Pourquoi pas, mais les dessins des plaies n’avaient pas besoin d’être surimprimés à son quotidien pour que ce sous-texte apparaisse. La réalisatrice elle-même ne paraît pas dupe de cet artifice puisqu’elle le délaisse finalement, tout comme elle abandonne en cours de route la voix-off informative et assez inutile. Le cœur du film se situe dans une scène plus dépouillée, quand Shana taxe une cigarette à une serveuse, à l’extérieur d’une fête qu’elle fuit. La manière dont les deux femmes se confient au bout de quelques phrases témoigne alors autant du caractère empathique du personnage que de celui du film. Lila Pinell, contrairement à beaucoup de cinéastes s’intéressant à une jeunesse marginale, ne cherchera jamais à accabler son personnage, ni son actrice.</p>
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		<title>L’Illusion de Yakushima</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lillusion-de-yakushima/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 10:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Illusion de Yakushima repose sur l’entrelacement de deux lignes narratives : d’un côté, le quotidien de Corry (Vicky Krieps), une chirurgienne française travaillant à l’hôpital de Kobe auprès d’enfants en attente d’une transplantation cardiaque ;...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lillusion-de-yakushima/" title="Read  L’Illusion de Yakushima">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Illusion de Yakushima</em> repose sur l’entrelacement de deux lignes narratives : d’un côté, le quotidien de Corry (Vicky Krieps), une chirurgienne française travaillant à l’hôpital de Kobe auprès d’enfants en attente d’une transplantation cardiaque ; de l’autre, la peinture de sa relation naissante avec Jin (Kan’ichiro), un photographe japonais rencontré lors d’une escapade dans la forêt de Yakushima. Kawase développe avec cette narration croisée une fable aux accents mystiques où se mêlent l’amour, la mort et la nature. Si le scénario multiplie les embranchements pour lier entre eux ces motifs (par exemple, une opération du cœur a lieu le jour de l’anniversaire de Jin, en même temps qu’un typhon touche le pays), la mise en scène ne parvient pas à donner forme à ce programme. C’est que Kawase semble avoir définitivement perdu la sensorialité vibrante avec laquelle elle enregistrait la nature dans ses premiers films : les plans de drone sur la forêt, les escapades des amoureux ou la façon un peu ridicule dont la protagoniste s’émerveille à haute voix devant ce qui l’entoure (« <em>Oh les jolies fleurs!</em>&nbsp;») se confondent ici avec une esthétique de publicité Ushuaïa.</p>
<p>Le scénario se heurte par ailleurs à la difficulté de traiter deux «&nbsp;sujets sociétaux&nbsp;» bien distincts, à savoir le phénomène des<em> johatsu</em>, ces individus qui disparaissent volontairement sans laisser de traces, et les réticences culturelles freinant le recours au don d’organes au Japon, où la mort cérébrale n’est toujours pas considérée dans le pays comme une mort véritable. Le lien entre ces deux problématiques demeure ténu – en dehors d’une considération très vague sur la perte et le deuil –, au point qu’elles paraissent empiéter l’une sur l’autre. Si les séquences hospitalières se révèlent plus stimulantes, elles n’en demeurent pas moins frustrantes, notamment lors des cours de Corry face à ses collègues japonais. Les discussions sur l’éthique de la transplantation évoquent par moments le cinéma de Wiseman, mais les échanges sont rapidement écourtés pour renvoyer les positions de chacun dos à dos. Le choix du montage d’adopter une structure non chronologique apparaît dès lors comme un procédé assez laborieux : supposé élever le récit vers des sphères métaphysiques, il relève davantage d’une stratégie pour varier les tons et le atmosphères. Kawase se montre finalement plus convaincante quand elle s’attache à des situations concrètes, à l’image de la longue et plutôt réussie séquence finale, consacrée à une transplantation cardiaque. Avec cette conclusion terre à terre, le film rompt enfin avec ses élans spirituels et lourdement symboliques – mais un peu trop tard.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat / soirée de lancement du numéro papier : Memoria</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-soiree-de-lancement-du-numero-papier-memoria/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 15:06:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’occasion de la sortie du nouveau numéro papier de Critikat, le ciné-club de la revue vous invite à découvrir ou à redécouvrir Memoria d’Apichatpong Weerasethakul, l’un des plus grands films « modernes » de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-soiree-de-lancement-du-numero-papier-memoria/" title="Read  Ciné-club Critikat / soirée de lancement du numéro papier : Memoria">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion de la sortie du <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/numero-2026-lancement-des-commandes/" target="_blank" rel="noopener">nouveau numéro papier de Critikat</a>, le ciné-club de la revue vous invite à découvrir ou à redécouvrir <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/memoria-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Memoria</em></a> d’Apichatpong Weerasethakul, l’un des plus grands films « modernes » de ces dernières années. La séance aura lieu <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/reserver/F376014/D1782151200/VF/269615/" target="_blank" rel="noopener">le lundi 22 juin à 20h aux 3 Luxembourg</a> et sera suivie d’une discussion animée par Josué Morel et Étienne Cimetière-Cano. Il sera possible d’acheter le numéro sur place, ou de récupérer votre exemplaire si vous l’avez commandé en ligne.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-334229 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/Cine-club-Memoria-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Disclosure Day</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/disclosure-day/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 16:00:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On aurait pu croire que le retour de Steven Spielberg à la science-fiction, et plus spécifiquement à la question de la vie extraterrestre, récurrente dans son œuvre (Rencontres du troisième type, E.T., A.I., La Guerre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/disclosure-day/" title="Read  Disclosure Day">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On aurait pu croire que le retour de Steven Spielberg à la science-fiction, et plus spécifiquement à la question de la vie extraterrestre, récurrente dans son œuvre (<em>Rencontres du troisième type</em>, <em>E.T.</em>, <em>A.I.</em>, <em>La Guerre des mondes</em>), augurerait un film «&nbsp;somme&nbsp;» ou du moins aux contours familiers. L’ouverture de <em>Disclosure Day</em> nuance d’emblée ces attentes, en nous plongeant <em>in medias res </em>dans le tumulte d’un match de catch où la netteté brutale de l’image est redoublée par une violence envers la caméra elle-même, écrasée par un lutteur furibond. Cette déstabilisation déborde tout de suite sur la manière dont s’opère l’entrée dans le récit, avec un troc présenté sans préambule dans le public du match, entre Daniel Kellner (Josh O’Connor), un expert en cybersécurité, et les représentants d’une mystérieuse organisation gouvernementale. Cette première scène aux accents de palmesques (on pense à <em>Snake Eyes</em>) installe un monde opaque peuplé d’ombres et de <em>flares</em> lumineux, de surimpressions étonnantes (la fin de la séquence, où le reflet de Daniel s’imprime sur la route que sillonne sa voiture en fuite), d’artefacts occultes et de sociétés secrètes. Un monde en somme dans la pénombre, à l’aube d’une révélation lumineuse annoncée par le titre, qui renvoie autant à une expression popularisée par les ufologues (le dévoilement de l’existence d’une vie par-delà les étoiles) qu’au sens premier de l’Apocalypse (que les anglo-saxons appellent d’ailleurs <em>The Book of Revelation</em>). Mais pour arriver jusqu’à ce «&nbsp;dévoilement&nbsp;», le film empruntera un chemin sinueux, d’une bizarrerie inédite dans l’œuvre de Spielberg, qui fait à la fois son intérêt – c’est une pièce à part dans son parcours, en dépit des nombreux liens qu’elle tisse avec le reste de sa filmographie – et sa limite relative ; il faudra attendre un moment avant que <em>Disclosure Day </em>ne trouve sa pleine vitesse.</p>
<p>Encore que&nbsp;: la nature oblique du film s’explique par le fait que son moteur dramaturgique est la <em>convergence</em>, d’abord de personnages, puis de motifs et de lignes esthétiques. Le récit entrelace ainsi la course de Daniel, lanceur d’alerte en possession de données sensibles qu’il veut révéler à l’ensemble de l’humanité, à la trajectoire de Margaret Fairchild (Emily Blunt), une présentatrice météo de Kansas City dont le quotidien est chamboulé par un événement énigmatique. Son apparition, à la suite d’une scène où Daniel et Jane (Eve Hewson), sa compagne, se cachent dans un monastère, acte les noces iconoclastes du film d’espionnage avec la peinture d’un avènement mystique, en même temps qu’elle révèle l’élasticité dont fait preuve ici la mise en scène, qui creuse un sillon là encore assez inattendu. Un clip montrant Margaret en train de prédire la météo nous amène dans la cuisine de l’animatrice par l’entremise d’une transition surprenante : l’annonce d’une vague de grêle précède une pluie de céréales que son compagnon verse dans son bol en regardant la vidéo sur son ordinateur. La petite scène domestique qui suit vaut comme un condensé de la méthode du film : une longue mise en place (Margaret, constamment en mouvement, prépare son petit-déjeuner en passant d’un placard au frigo) ouvre la voie à l’irruption d’un phénomène paranormal. Un cardinal rouge, se faufilant par la fenêtre, se pose sur la table et regarde fixement l’héroïne, dont les cheveux volètent légèrement comme sous l’effet d’une brise impossible, avant qu’elle n’entame, sans aucune raison, un monologue en russe. On ne le sait pas encore, mais on vient d’assister à une épiphanie qui tient conjointement de l’Annonciation à Marie (le personnage est, <em>dixit</em> un dialogue ultérieur, «&nbsp;<em>imprégné</em>&nbsp;» par l’apparition, émissaire d’une forme de vie céleste) et de la Pentecôte – cet épisode du Nouveau Testament (mais inspiré de la Pâque juive) où les apôtres, réunis cinquante jours après la résurrection du Christ, virent se répandre sur eux des langues de feu leur octroyant le don des langues. Soit le renversement du châtiment divin suivant l’érection de la Tour de Babel, où Yahvé, furieux du désir de l’être humain de s’élever vers ses hauteurs, le frappa d’une atomisation linguistique. N’allons pas trop vite, mais ce sera précisément l’objet du film que de réunir par en haut une humanité dispersée ici-bas.</p>
<h2>La messie</h2>
<p>De fait, <em>Disclosure Day</em> sera une figuration, par endroits vertigineuse, de l’avènement d’une messie cathodique, au point d’en faire le film de Spielberg le plus ouvertement travaillé par sa foi juive, et le grand film américain le plus religieux depuis <em>Tree of Life</em> de Terrence Malick. Sans doute, cet ésotérisme ne sera pas du goût de tout le monde, mais avant de céder à la tentation du procès en bondieuserie, il faut suivre avec attention le cheminement de la mise en scène pour voir sur ce point précis la radicalité et la cohérence du trajet mené par Spielberg. Depuis longtemps, les films du cinéaste sont traversés par un motif trinitaire. Chez lui, on avance souvent par trois&nbsp;: trois hommes contre le requin des <em>Dents de la mer</em>, lui-même blessé de trois harpons lui attachant à son épiderme trois tonneaux&nbsp;; trois <em>precogs</em> devinant l’avenir dans <em>Minority Report</em>&nbsp;; trois tentacules pour les tripodes meurtriers de <em>La Guerre des mondes,</em> etc. C’est, plus largement, un principe de composition régulier, qui fait du plan l’écrin d’une organisation ternaire ou triangulaire – triangle qui constituait d’ailleurs le principe d’incarnation du requin dans son premier blockbuster, où la forme du corps du squale renvoyait à celle de chacune de ses parties identifiables (le museau conique de l’affiche, l’aileron, la dent). Or l’organisation trinitaire, sur un plan religieux, ne coule pas de source dans l’œuvre d’un cinéaste juif, parce que l’idée même de la Trinité – c’est-à-dire que Dieu est à la fois Un et Trois (le Père, le Fils, le Saint-Esprit) – est le point de discordance majeure entre le catholicisme et le judaïsme. <em>Disclosure Day</em> s’empare bien de ce motif, mais l’inscrit dans un cheminement tortueux, qui substitue au triptyque chrétien un autre trident (j’y reviendrai) et surtout une approche du divin se rapprochant d’une conception hébraïque.</p>
<p>Si Margaret est bien une figure messianique, elle se révèlera en revanche résolument non christique, à l’image de cette scène où, face à une femme se signant et se prosternant à genoux devant elle, elle refuse de devenir une «&nbsp;religion&nbsp;» pour quiconque. Un plan hallucinant confirme ce glissement et cet effacement, ici littéral, du motif christique&nbsp;: celui d’une autre visite, durant l’enfance du personnage, où la chambre de Margaret accueille le surgissement d’un cerf, symbole de Jésus. Or ce symbole est un leurre, un déguisement dont la mise à bas va être incarnée&nbsp;par un <em>morphing</em>, l’un des plus beaux de Spielberg, qui a déjà donné à cet effet certaines de ses plus éclatantes occurrences (la poignée de main-dune des <em>Aventures de Tintin</em> ou le tricot-champ labouré de <em>Cheval de guerre</em>). Longeant la tête du mammifère, la caméra métamorphose, à partir de son œil noir, le pelage de la bête en la peau grise d’un alien tel qu’on se l’imagine dans la mythologie de Roswell. Pas de Christ ici donc<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334123_208('footnote_plugin_reference_334123_208_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334123_208('footnote_plugin_reference_334123_208_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334123_208_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334123_208_1" class="footnote_tooltip">On pourrait même poser l’hypothèse que le film commence à dessein comme une condensation d’un parcours christique (de l’imprégnation à l’après-résurrection), pour mieux ensuite détricoter ce dernier.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334123_208_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334123_208_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, mais l’émissaire d’une forme de vie stellaire se présentant comme autre et semblable. Cette approche est à l’origine d’une nouvelle idée forte : l’un des traits messianiques de Margaret est qu’elle peut apparaître à chaque individu comme le reflet de lui-même et de l’amour qu’il porte aux autres. Dans une scène dont l’émotion affleure sans crier gare, elle franchit ainsi une foule d’agents prêts à la stopper en se métamorphosant devant chacun en un proche défunt qui vient apaiser ses souffrances. Le messie n’est pas ici celui qui rachèterait les péchés ou incarnerait le divin, mais le réceptacle de micro-révélations individuelles et intimes, d’une multitude d’infimes épiphanies qui permettent bout à bout de refaire lien.</p>
<h2>Mystique de l’illusionniste</h2>
<p>Cette trame est la porte d’entrée d’une fable sur la croyance et le doute, où les jeux de lumières habituels de Janusz Kamiński, combinés à son goût pour les fumigènes et les clairs-obscurs, font de <em>Disclosure Day</em> un film oscillant entre la blancheur trouble de certains films des années 2000 (<em>A.I.</em>, <em>Minority Report</em>) et une fantasmagorie inquiète (cf. une très belle scène dans un motel, dont la chambre est balayée par les lumières latérales du dehors). Mais le doute affleure aussi à une autre échelle, dans la façon dont le film déploie couche par couche sa matière scénaristique et des séquences émaillées de segments insolites, ou presque ingrats, à l’image d’une très curieuse scène où le personnage d’Emily Blunt s’y prend à trois fois (et c’est probablement ce nombre qui justifie l’incongruité de son acte, cf. la reconfiguration du principe trinitaire) pour se débarrasser de son téléphone portable, de peur d’être traquée. Il y a de fait un pari dans <em>Disclosure Day </em>sur le degré de croyance que demande le cinéma, qui rend le film aussi passionnant que bouleversant. C’est notamment le cas lorsqu’il dépeint un phénomène surnaturel ou défiant les lois de la physique par une mise en scène jouant pour l’essentiel sur le pouvoir d’illusion du montage.</p>
<p>Ainsi d’un long bloc où l’antagoniste, Scanlon (Colin Firth), lui-même assailli de doutes sur le bien-fondé de sa mission, entre en communication télépathique via un cylindre extraterrestre avec Jane, dont il peut également contrôler le corps à distance. Spielberg réinvestit alors un trope que le cinéma de science-fiction a déjà travaillé, de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scanners/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scanners</em></a> de Cronenberg aux <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/star-wars-derniers-jedi/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Derniers Jedi</em></a> de Ryan Johnson (les dialogues entre Rey et Kylo), en tablant sur la minutie du découpage pour mettre en scène un duel mental et une bataille entre le doute et la foi – les mains de Jane incarneront cette opposition, l’une d’entre elles recourant à un crucifix pour essayer d’endiguer l’emprise de Scanlon. Plus loin, une autre séquence aux atours méliésiens fait d’un hangar parsemé de flaques d’eau une guerre rangée entre le visible et l’invisible. Le montage articule alors deux visions d’un même espace entre des assaillants (pour qui le décor apparaît comme vide) et ceux qu’ils traquent (qui profitent de ce brouillage pour leur échapper), en jouant sur des effets rudimentaires (par exemple : un milicien est stoppé en pleine course par un obstacle qu’il ne voit pas). La scène, très ingénieuse, procède en plus à un malicieux renversement des rapports de force : ce sont les agents du secret qui essaient ici de percer le voile recouvrant la vérité, quand les partisans de la révélation recourent à un subterfuge afin d’arriver à leurs fins.</p>
<h2>La maison, le cinéaste et la foi</h2>
<p>C’est plus nettement dans ce dernier acte que le film atteint un stade de sidération et d’émotion mêlées, à partir du moment où Margaret arpente la reconstitution de sa maison d’enfance où, on le devine, elle a été «&nbsp;ravie&nbsp;» par des aliens. Retour à la maison, donc, comme à la fin d’<em>A.I. </em>(autre film du cinéaste auquel on pense beaucoup), mais pour emprunter un autre chemin, et même retourner comme un gant certains aspects de l’œuvre spielbergienne. La séquence de flashback, où Margaret et Daniel s’acheminent vers ce point matriciel, ressemble à un conte inquiétant, ce que renforce la présence d’une comptine empruntée à <em>Blanche-Neige</em> (suivie d’une balade dans la forêt) et la représentation du vaisseau spatial en maison d’<em>Hansel et Gretel</em>. Surtout, l’arrivée dans cette maison irradiant d’une lumière dorée se présente comme le contrechamp total d’un plan fameux de <em>Rencontres du troisième type</em>, où un garçonnet était enlevé sur le seuil de sa demeure par un halo ambivalent (la séquence était par ailleurs filmée comme celle d’un film d’horreur, en dépit de la curiosité joyeuse de l’enfant). Pas de monstre ici, ni de sorcière anthropophage ou d’arbres menaçants&nbsp;: la scène reconstitue un traumatisme enfantin pour l’emmener vers une expérience purement lumineuse, en dépit de l’étrangeté qui couvre la réminiscence d’un voile de malaise – la manipulation des gamins par les extraterrestres emprunte elle aussi au langage du film d’épouvante. L’imaginaire science-fictionnel de l’enlèvement accouche alors d’une communion transcendante avec l’univers qui constitue <em>in fine</em> l’horizon du film, d’abord dans cette séquence mirifique (voire féérique), puis dans une autre plus réaliste, où s’opère à proprement parler le «&nbsp;<em>disclosure day</em>&nbsp;». Dans les deux cas, cet accès à la révélation est filmé comme un processus relevant du cinéma lui-même et l’œuvre d’une nouvelle trinité composée par la dyade Margaret-Daniel, sous la supervision du personnage d’Hugo (Colman Domingo), autre lanceur d’alerte et chef d’orchestre des opérations qui s’avère rapidement constituer au sein de la filmographie de Spielberg l’un de ses avatars les plus directs – le personnage arbore même le petit foulard noué au cou que le cinéaste aime désormais porter.</p>
<p>S’attelant à raviver le passé de Margaret dans un studio ou à organiser la fameuse révélation de manière concrète sur le plateau d’une chaîne d’information (entrée des personnages, conseils prodigués aux acteurs, supervision des moyens techniques), il constitue la pointe d’un triangle en même temps qu’une figure de metteur en scène qui ne tient pas <em>stricto sensu</em> du créateur, mais plutôt du relais ou de l’intermédiaire. Cet autoportrait du cinéaste en maïeuticien est d’autant plus émouvant que, sans trop en dévoiler, la fin de <em>Disclosure Day</em> se réfère à celle d’un film d’un auteur plus ouvertement «&nbsp;total&nbsp;», présent devant et derrière la caméra&nbsp;: <em>Le Dictateur</em> de Chaplin. Le «&nbsp;<em>disclosure</em> » prend ainsi la forme d’une cérémonie télévisuelle qui repose sur une foi profonde en la croyance de son public : plutôt qu’une acmé spectaculaire, le dénouement nous place dans la position d’un téléspectateur découvrant en direct la rencontre matérielle d’un imaginaire « ufoiste » assez éculé (les petits hommes verts ou gris de Roswell) et du monde réel. Le pari valait bien une messe : si cette conclusion s’avère si désarmante, c’est parce que la mise en scène ne s’articule pas autour d’un ravissement comparable au spectacle visuel et sonore de la fin de <em>Rencontres du troisième type</em>, mais d’une convergence, à nouveau, des différents protagonistes, qui se regroupent et s’arrêtent dans une position de spectateur, mus par une volonté tenant de l’inexplicable. Souvent d’ailleurs, les personnages agissent en se disant à eux-mêmes <em>«&nbsp;je ne sais pas ce que je suis en train de faire</em>&nbsp;», sans que l’on sache s’ils sont animés par une force supérieure (les pouvoirs de Margaret, la possession de Jane), ou par la seule énergie déroutante de la foi. La réunion des lignes du récit en un point central devient alors moins l’affaire d’un accomplissement scénaristique que d’un saut fébrile de l’humanité tout entière vers l’inconnu. Jusqu’au bout, <em>Disclosure Day</em> se tiendra sur cette ligne étroite entre l’étonnement et le bouleversement. Si le film nous demande d’avoir une foi égale à la sienne, c’est pour toucher du doigt une émotion désarmante et paradoxale, en ce qu’elle relève d’un geste retors, en surface naïf et en profondeur conscient, puisque sa fabrication est mise en abyme. <em>Disclosure Day</em> n’est pas le Spielberg le plus évident ni l’œuvre récapitulative qui ferait la synthèse de tout un pan de sa filmographie. Il est encore autre chose, et c’est tant mieux&nbsp;: peut-être son film le plus merveilleusement étrange dans sa recherche de la pureté (de la croyance) par l’impureté (d’une forme se donnant à voir comme processus)&nbsp;; son film le plus tordu et dont la conclusion est pourtant la plus simple – «&nbsp;<em>écoutez</em>&nbsp;».</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334123_208();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334123_208();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334123_208">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334123_208" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334123_208('footnote_plugin_tooltip_334123_208_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334123_208_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On pourrait même poser l’hypothèse que le film commence à dessein comme une condensation d’un parcours christique (de l’imprégnation à l’après-résurrection), pour mieux ensuite détricoter ce dernier.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334123_208() { jQuery('#footnote_references_container_334123_208').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334123_208').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334123_208() { jQuery('#footnote_references_container_334123_208').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334123_208').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334123_208() { if (jQuery('#footnote_references_container_334123_208').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334123_208(); } else { footnote_collapse_reference_container_334123_208(); } } function footnote_moveToReference_334123_208(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334123_208(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334123_208(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334123_208(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/disclosure-day/">Disclosure Day</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Pierre Creton : « Le cinéma devrait être un produit de la terre »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/pierre-creton-la-vie-au-travail/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 10:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce texte est extrait de notre numéro papier n°2, disponible ici à la commande : https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2 Jusqu’au 28 juin 2026,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/pierre-creton-la-vie-au-travail/" title="Read  Pierre Creton : « Le cinéma devrait être un produit de la terre »">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ce texte est extrait de notre numéro papier n°2, disponible ici à la commande : </em><a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</em></a></p>
<p><em>Jusqu’au 28 juin 2026, le Credac d’Ivry-sur-Seine accueille l’exposition </em><a href="https://credac.fr/artistique/sambucus-nigra" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sambucus Nigra</a><em>, qui retrace l’œuvre plastique du </em><em>jardinier, artiste plasticien et cinéaste Pierre Creton. </em><em>En écho à « l’herbier filmé » de </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sept promenades avec Mark Brown</a><em>, son dernier film co-réalisé avec Vincent Barré, nous avons souhaité proposer un cheminement alternatif dans sa filmographie à partir de quelques photogrammes de végétaux filmés durant plus de trente ans.</em></p>
<p><strong>Dans l’un de vos premiers films, <em>Le Vicinal</em>, vous dévoilez quelques instants de vie locale : un champ de colza, un bœuf dans son pâturage, les gestes méticuleux de l’apiculteur… Enregistrer les images et les sons de votre quotidien est une pratique constitutive de votre cinéma. En regard des autres formes d’arts que vous pratiquez – dessin, collage, photographie, etc. –, comment et quand avez-vous développé un attrait pour l’image filmée ?</strong></p>
<p>J’ai commencé à filmer pendant mes études aux Beaux-Arts du Havre, grâce au matériel de prise de vue proposé par l’école. Ce n’était pas prémédité car je faisais plutôt du dessin, et il n’y avait par ailleurs aucun enseignement pratique et théorique du cinéma ou de la vidéo. Mais en apprenant à utiliser une caméra, ce médium m’a tout de suite convenu. Je pense que cette envie de filmer remonte à l’enfance. Même si ma famille n’allait pas au cinéma, j’ai pu découvrir de nombreux films à la télévision. J’ai le souvenir d’avoir été frappé par les films en noir et blanc de Dreyer ou Murnau. Pourtant, plutôt que de poursuivre des études en cinéma, vous avez préféré retourner dans votre village natal de Bénouville, en Normandie.</p>
<p>Pour de multiples raisons – économiques, politiques ou érotiques –, je voulais surtout être ouvrier agricole. C’est la démocratisation de l’image favorisée par les caméras vidéo qui m’a permis de continuer à filmer et de faire du cinéma qui ne me coûtait presque rien. Je ne savais pas vraiment pour qui je faisais des films et je n’avais pas l’ambition qu’ils soient vus par le plus grand nombre. À l’époque, j’étais assez influencé par les actionnistes viennois, le <em>body art</em>… Je me souviens avoir fait une première vidéo, qui n’existe plus, dans laquelle je m’enterre au milieu d’un champ de colza. J’ai complètement changé de registre lorsque j’ai rencontré Marcel Pilate, l’apiculteur qui apparaît dans <em>Le Vicinal</em>. Pour la première fois, cette relation a déclenché le désir de faire un film, et j’ai commencé à faire un cinéma de rencontres.</p>
<div id="attachment_334048" style="width: 1492px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334048" class="wp-image-334048 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage1.jpg" alt width="1482" height="574" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage1.jpg 1482w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage1-300x116.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage1-1024x397.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage1-768x297.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage1-980x380.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1482px) 100vw, 1482px"></a><p id="caption-attachment-334048" class="wp-caption-text">Colza (<em>Brassica napus</em>) dans <em>Le Vicinal</em> (1994) | © Pierre Creton</p></div>
<p><strong>Vous avez ensuite filmé la moisson dans <em>Sept pièces d’un puzzle néolibéral</em>. Comment votre quotidien d’ouvrier agricole s’est-il articulé avec votre pratique de cinéaste ?</strong></p>
<p>En 2006, en écrivant le scénario de <em>Paysages Imposé</em>, mon film sur le lycée agricole d’Yvetot, j’ai découvert l’ouvrage Au fond des images du philosophe Jean-Luc Nancy, qui décrit exactement la façon dont je conçois mon travail&nbsp;: « <em>Le paysan est celui qui s’occupe du pays, et il n’est pas pour autant forcément agriculteur. </em>(…) <em>Un paysan est un ouvrier qui ouvrage le temps-et-lieu en même temps que l’objet ouvragé. Et c’est ainsi qu’il peut y avoir un paysan dans la ville, un paysan dans la pensée ou dans l’art&nbsp;: en tant que celui qui ne produit pas seulement, mais qui d’abord cultive, c’est-à-dire qui fait venir et qui laisse croître.</em> » Je n’ai jamais vraiment cherché à filmer l’agriculture. Mes films sont cependant clairs quant à ma position sur le monde que je côtoie. Malgré la couleur lumineuse du colza que butinent les abeilles du <em>Vicinal</em>, il y a l’idée d’une monoculture intensive déplorable.</p>
<p><strong>Vingt ans après, vous exploitez la légèreté des moyens de prise de vues numérique dans L’Avenir le dira, filmé pendant la récolte du lin. Avez-vous le sentiment que ce mode de captation ajoute en proximité avec les agriculteurs Pierre et Arnaud Barray ?</strong></p>
<p>Oui, cette manière de faire me permet d’établir une certaine intimité avec les personnes filmées. Lorsque j’ai tourné <em>Le Vicinal</em>, j’ai écrit un scénario pour obtenir des financements et tourner en pellicule avec une petite équipe. Sur le tournage, des personnes plus expérimentées que moi attendaient que je leur donne des ordres. J’ai vite compris que le modèle classique du tournage ne me convenait pas, ce qui m’a incité à reprendre ma petite caméra pour filmer seul. Cette manière de faire rejoint certainement l’idée d’un cinéma proche du « quotidien »&nbsp;: quand j’ai réalisé <em>L’Avenir le dira</em>, vingt ans plus tard, il n’y avait pas de scénario, aucun financement… J’avais envie d’être au même niveau que Pierre et Arnaud&nbsp;– eux avec leur tracteur et moi avec ma caméra.</p>
<div id="attachment_334049" style="width: 2059px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334049" class="wp-image-334049 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2.jpg" alt width="2049" height="576" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2.jpg 2049w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2-300x84.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2-1024x288.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2-768x216.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2-1536x432.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2-980x275.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage2-2000x562.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2049px) 100vw, 2049px"></a><p id="caption-attachment-334049" class="wp-caption-text">Lin cultivé (<em>Linum usitatissimum</em>) dans <em>L’Avenir le dira</em> (2020) | © Pierre Creton</p></div>
<h2>Filmer le vivant</h2>
<p><strong>En 2021, votre travail a fait l’objet d’une rétrospective dans le cadre de la thématique « Cinéaste en son jardin » de la 43e&nbsp;édition du Cinéma du réel. Comment votre passion horticole s’est-elle intégrée à vos films ?</strong></p>
<p>La dimension sensorielle qui émane de la contemplation des plantes est merveilleuse. Le champ de colza du <em>Vicinal</em>, ce monochrome de jaune agité par le vent… On est presque du côté de la peinture ! Ces plans réveillent nos sens, mais pas plus que les humains ou les animaux, que je filme à égalité. Il n’y a pas de hiérarchie entre les vivants, et je ne crois pas filmer les végétaux pour les conserver dans une visée naturaliste.</p>
<p><strong>Dans <em>Petit traité de la marche en plaine</em>, les plans d’ensemble laissant Vincent Barré s’éloigner de dos s’enchaînent avec des plans rapprochés sur certains détails du paysage, comme les végétaux au bord du chemin. Pourquoi ces inserts ?</strong></p>
<p>Hypothétiquement, ces plans dévoilent des éléments croisés par le marcheur. Je crois surtout qu’il n’y a jamais de décors dans mes films. Pour moi, la notion de décor est presque abjecte. L’essence d’un paysage ou d’un lieu filmé se trouve dans les êtres qui y vivent – que ce soit les oiseaux, les insectes, les plantes, les pierres… Faire ces plans, c’est concevoir les paysages traversés par Vincent autrement qu’un décor. Cette notion m’est étrangère, comme le casting ou bien d’autres éléments du cinéma professionnel.</p>
<div id="attachment_334051" style="width: 2057px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334051" class="wp-image-334051 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3.jpg" alt width="2047" height="576" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3.jpg 2047w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3-300x84.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3-1024x288.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3-768x216.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3-1536x432.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3-980x276.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage3-2000x563.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2047px) 100vw, 2047px"></a><p id="caption-attachment-334051" class="wp-caption-text">Prunier (<em>Prunus domestica</em>) dans <em>Petit traité de la marche en plaine</em> (2014) | © Pierre Creton</p></div>
<p><strong>Ces plans fleuris, qui parsèment votre filmographie, ne sont pas sans évoquer « l’herbier filmique » <em>L’Arc d’Iris</em>, souvenir d’un jardin, filmé sur les sommets himalayens, ou encore les <em>Sept promenades avec Mark Brown</em>, dans lequel le botaniste britannique vous entraîne de plante en plante par les chemins du littoral normand. On retrouve dans les deux films cette manière de diriger le regard vers les espèces qui nous entourent. Avez-vous trouvé en Mark un guide à l’image de votre cinéma ?</strong></p>
<p>C’est drôle que vous utilisiez le terme de « guide », car je parlerais plutôt de « modèle ». Mark fait partie de mes modèles, comme l’ont été Marcel Pilate, Jean Lambert ou Madeleine dans <em>Va, Toto !</em>. Ce sont des modèles de vie, avant d’être des modèles pour l’image et pour le cinéma, comme dirait Bresson. Finalement, il y a très peu de choses qui me servent uniquement pour le cinéma. C’est la même idée que le décor&nbsp;: un paysage est un lieu où j’habite et mes acteurs sont d’abord des amis ou des proches. Le cinéma tout seul n’est pas suffisant, il faut que ce soit avec la vie.</p>
<p><strong>En quoi les images végétales recueillies par votre caméra diffèrent-elles des carnets de plantes séchées&nbsp;de Vincent, que l’on aperçoit dans <em>Un prince</em> ?</strong></p>
<p>La caméra est devenue mon outil artistique principal. En tant que jardinier, je peux évidemment couper des plantes, mais c’est agréable de pouvoir réaliser un herbier sans avoir à le faire. Je coupe les images au montage, tout en laissant vivre les végétaux. C’est un geste cinématographique assez joyeux. Symboliquement, c’est merveilleux de prélever uniquement ce que la plante a à nous offrir.</p>
<div id="attachment_334054" style="width: 1938px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334054" class="wp-image-334054 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4.jpg" alt width="1928" height="576" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4.jpg 1928w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4-300x90.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4-1024x306.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4-768x229.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4-1536x459.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage4-980x293.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1928px) 100vw, 1928px"></a><p id="caption-attachment-334054" class="wp-caption-text">Ophioglosse (<em>Ophioglossum vulgatum</em>) dans <em>Sept promenades avec Mark Brown</em> (2025) | © JHR Films</p></div>
<p><strong><em>Sept promenades…</em> entremêle deux régimes d’images&nbsp;différents&nbsp;: dans la première partie du film, tournée en numérique avec une caméra de poche, on voit le tournage de la seconde, qui consiste en un herbier filmé en 16&nbsp;mm. Quel avantage voyez-vous à la pellicule pour une telle collecte d’images végétales ?</strong></p>
<p>Ce dernier film est à nouveau le fruit de deux rencontres&nbsp;: Mark, qui souhaitait depuis longtemps que je filme son jardin paléobotanique de l’Ailly, et Antoine Pirotte, acteur et chef opérateur d’Un prince, qui venait de suivre une formation sur l’argentique. C’est cette possibilité de filmer en pellicule, presque vingt ans après avoir rencontré Mark, qui nous a décidés. En filmant ces plantes, on souhaitait revenir à l’origine du cinéma comme lui à « l’aube des fleurs ». L’impression de la lumière sur la pellicule produit une nouvelle manière impressionnante de voir les choses. Je ne crois pas avoir déjà vu les prêles comme ça dans la réalité. Ces plans qui composent l’herbier sont presque des peintures du vivant. Mais pour filmer le déroulement du tournage, ma caméra numérique était essentielle&nbsp;: cela m’a permis d’obtenir certains cadrages presque impossibles à reproduire en argentique.</p>
<p><strong>Comme lorsque vous filmez certaines plantes en amorce ?</strong></p>
<p>Pour réaliser ce cadrage de la vipérine en argentique, il aurait fallu mettre tout le monde en scène. J’étais très heureux d’obtenir spontanément ce rapport d’échelle. Le bourdon sur lequel je me focalise ensuite fait quasiment la même taille que les humains dans la profondeur du champ. Cette composition produit un équilibre, une forme de cohabitation idéale entre les êtres vivants.</p>
<div id="attachment_334052" style="width: 2004px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334052" class="wp-image-334052 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6.jpg" alt width="1994" height="576" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6.jpg 1994w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6-300x87.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6-1024x296.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6-768x222.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6-1536x444.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage6-980x283.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1994px) 100vw, 1994px"></a><p id="caption-attachment-334052" class="wp-caption-text">Vipérine commune (<em>Echium vulgare</em>) dans <em>Sept promenades avec Mark Brown</em> (2025) | © JHR Films</p></div>
<p><strong>Mark Brown insiste par ailleurs sur la rareté de certaines espèces, qu’il montre à la caméra. D’autres, plus communes, ne sont pas moins menacées par les activités humaines, comme les prêles qui disparaissent peu à peu des jardins. Alors que les couleurs plus ternes du numérique les confondent dans la végétation, leur deuxième monstration en pellicule les transforme en immenses tiges presque translucides. Ces images participent-elles d’une nouvelle manière d’appréhender la fragilité&nbsp;de ces espèces face à une biodiversité en péril ?</strong></p>
<p>Jean Cocteau l’a dit bien avant nous : « <em>le cinéma c’est la mort au travail</em> ». Quand tu filmes l’ophioglosse ou la prêle, il est impossible de ne pas penser qu’après avoir survécu des millions d’années, elles vont possiblement disparaître. Mais ce n’est heureusement pas toujours conscient chez moi. Si c’était le cas, mon geste artistique serait presque funèbre et je filmerais tout comme un cimetière à venir. J’essaie d’abord de filmer la beauté, la lumière, la vie… Et c’est pareil dans des films comme <em>La Vie après la mort</em>&nbsp;: malgré son âge et ses problèmes de santé, je n’ai pas filmé Jean Lambert en pensant qu’il allait bientôt mourir. Cette pensée-là m’accompagne dans la vie, mais pas lorsque je filme.</p>
<p><strong>Dans <em>Va, Toto !</em>, où vous filmez l’adoption d’un petit marcassin par votre voisine Madeleine, c’est le montage qui instaure l’équilibre entre les êtres dont vous parliez plus haut. La bipartition de l’écran fait tantôt cohabiter les différents animaux de votre amie avec son marcassin rescapé ou, dans ce plan, la couleur d’un rosier avec sa chevelure immaculée. D’où vient cette idée de scinder l’écran en deux, seule occurrence de cette figure de montage dans votre filmographie ?</strong></p>
<p>Madeleine, une amie de longue date qui a toujours refusé que je la filme, m’a permis de m’installer chez elle lorsqu’elle a recueilli le marcassin Toto. J’ai enregistré un certain nombre de rushes au format&nbsp;4:3 avec ma caméra mini-DV, mais ce n’était pas suffisant pour faire le film que j’avais en tête. Lorsqu’on a réellement commencé le tournage de <em>Va, Toto !</em>, j’ai filmé les deux autres histoires&nbsp;– le voyage de Vincent en Inde et les rêves du paysan Joseph – au format&nbsp;16:9. Je me suis donc retrouvé avec deux formats très différents, et la meilleure manière de dialoguer avec le 16:9 était de placer côte à côte les images tournées en 4:3. Par ailleurs, j’avais envie que la présence de Toto chez Madeleine soit dévoilée comme un livre d’images que l’on feuillette. Une idée a confirmé l’autre lors du montage.</p>
<div id="attachment_334056" style="width: 1034px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_VaToto.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334056" class="wp-image-334056 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_VaToto.jpg" alt width="1024" height="576" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_VaToto.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_VaToto-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_VaToto-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_VaToto-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></a><p id="caption-attachment-334056" class="wp-caption-text">Rosier liane Neige d’avril (<em>Rosa</em>) dans <em>Va, Toto !</em> (2017) | © JHR Films</p></div>
<h2>Le produit de la terre</h2>
<p><strong>L’invention d’histoires romanesques, que vous mêlez à votre quotidien normand, est au cœur de <em>Va, Toto !</em>, <em>Le Bel été</em> ou <em>Un prince</em>. Comment vous est venu le goût de l’écriture au cinéma ?</strong></p>
<p>En commençant le tournage de <em>Va, Toto !</em>, j’ai souhaité convoquer d’autres récits de vie que celui de Madeleine. J’ai d’abord essayé de travailler avec des écrivains que j’admirais, mais j’ai finalement préféré les écrire avec Vincent Barré et Mathilde Girard – également scénaristes du <em>Bel été</em> et d’<em>Un prince</em>. Comme toutes les étapes de la création d’un film, je pense que le processus d’écriture est par essence lié à l’amitié.</p>
<p><strong>Dans ces trois films, les récits sont racontés en off par des voix qui ne sont pas celles des protagonistes. Françoise Lebrun interprète par exemple la voix intérieure de Madeleine dans <em>Va, Toto !</em>. Pourquoi ce procédé narratif ?</strong></p>
<p>Il y a dans un premier temps une polyphonie des voix qui découle sûrement du processus d’écriture à trois mains. Nous élaborons des récits singuliers et personnels. Et lorsqu’il a fallu les mettre en scène, j’ai toujours pensé que notre voix intérieure avait un timbre différent de celui de notre organe vocal. Quand on se raconte son histoire, c’est une autre voix qui parle en nous. Par contre, je ne fais jamais de doublage : mes protagonistes conservent leurs propres voix dans la diégèse.</p>
<p><strong>Au début de <em>Paysage Imposé</em>, on entend votre voix en off&nbsp;demander « quelle est la différence entre un paysage filmé dans le cadre d’une fiction ou d’un documentaire ? » Aujourd’hui, quelle serait la différence entre les fleurs montrées dans <em>Un prince</em> et celles découvertes par Mark Brown dans <em>Sept promenades…</em> ?</strong></p>
<p>Je ne dirais pas qu’<em>Un prince</em> ou <em>Le Bel été</em> sont des « fictions », mais plutôt qu’ils ont un aspect romanesque qui produit des formes hybrides. Le premier plan d’<em>Un prince</em> se déroule à Dungeness&nbsp;: ce silène déterré en face du Prospect Cottage de Derek Jarman est imprégné par l’histoire du lieu, par la voix off de Françoise Lebrun… Quand on sort des dogmes de la fiction ou du documentaire, il n’y a plus vraiment de différence. À partir du moment où tu cadres, même l’herbier des <em>Sept promenades…</em>, c’est en quelque sorte déjà de la fiction !</p>
<div id="attachment_334058" style="width: 2001px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-334058" class="wp-image-334058 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7.jpg" alt width="1991" height="576" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7.jpg 1991w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7-300x87.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7-1024x296.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7-768x222.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7-1536x444.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/06/PierreCreton_montage7-980x284.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1991px) 100vw, 1991px"></a><p id="caption-attachment-334058" class="wp-caption-text">Silène (<em>Silene</em>) dans <em>Un prince</em> (2023) | © JHR Films</p></div>
<p><strong>Autre forme d’hybridité avec le réel&nbsp;: dans <em>Le Marché, petit commerce documentaire</em>, vous vous filmez à Fécamp, en train de vendre votre miel, vos fleurs… et vos films.</strong></p>
<p>Le cinéma devrait être un produit de la terre. Évidemment, ça ne peut pas l’être tout à fait, car on filme avec une machine et des artifices. Pour moi, le cinéma moderne est un cinéma décroissant, au plus près possible de la terre. Comme le dit Nancy du travail agricole, plus loin dans Au fond des images, c’est le fruit d’une culture, d’un mûrissement, d’une attente. À soixante ans, je peux dire que toute ma vie, le cinéma aura été au même niveau que la récolte du miel ou des fleurs. Et même si c’était d’abord mû par un désir, j’ai toujours été obligé d’avoir d’autres ressources économiques que mes films. Le cinéma professionnel est un milieu centralisé et je suis plutôt pour le décentrement. Si je voulais vivre du cinéma, il faudrait que je fasse des films pour la télévision, ou que mes films actuels fonctionnent très bien en salle, ce qui n’est évidemment pas le cas. Et je n’ai jamais voulu devenir intermittent du spectacle. De toute façon, cette pratique a toujours été quelque peu contradictoire avec mon mode de vie. Je me demande souvent pourquoi je fais des films si je n’ai pas envie d’en parler, de les montrer ou de rencontrer des gens. Malgré moi, peut-être, j’aime filmer. C’est quelque chose d’essentiel. Ce serait assez ennuyeux si je ne faisais que jardiner… mais ce serait peut-être plus agréable… C’est un grand paradoxe !</p>
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		<title>Retour de Cannes 2026</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/retour-de-cannes-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 10:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quels films ont marqué le dernier Festival de Cannes ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quels films ont marqué le dernier Festival de Cannes ?</p>
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		<title>Le Vertige</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-vertige/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 10:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La filmographie de Quentin Dupieux se distingue par une certaine prédilection pour le parasitage&#160;: ses films s’attellent à fracturer différents mediums (le cinéma dans Nonfilm et le théâtre dans Yannick), ou à s’attaquer à leurs...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-vertige/" title="Read  Le Vertige">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La filmographie de Quentin Dupieux se distingue par une certaine prédilection pour le parasitage&nbsp;: ses films s’attellent à fracturer différents mediums (le cinéma dans <em>Nonfilm </em>et le théâtre dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/yannick/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Yannick</em></a>), ou à s’attaquer à leurs figures de proue (l’acteur dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rubber/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Rubber</em></a> et l’auteur dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/daaaaaali/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Daaaaaalí&nbsp;!</em></a>). Souvent, cette démarche relève d’une forme de plaidoyer pour l’amateurisme (en sus du «&nbsp;<em>no reason</em>&nbsp;» et de l’absurde). Avec son design pixelisé qui rappelle celui des jeux Playstation 1, <em>Le Vertige</em>, premier film d’animation du réalisateur, prolonge ce geste&nbsp;: dès la scène d’ouverture, on assiste à un bug, avec le doigt d’un personnage qui semble s’enfoncer dans la sonnette d’un immeuble. Les erreurs et les imperfections seront assumées de bout en bout par Dupieux. Si par le passé le cinéaste a pu viser un véritable sentiment de vertige (pensons à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/realite-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Réalité</em></a>), il le désamorce ici par une forme précaire qui nous rappelle à chaque instant que <em>ce n’est après tout qu’une blague</em> : pas de sentiment d’inquiétante étrangeté quand Jacky (Alain Chabat) vient annoncer à son meilleur ami Bruno (Jonathan Cohen) qu’ils vivent dans une simulation, seulement un léger goût d’absurde qui n’ira pas plus loin une fois le dispositif installé.</p>
<p>Le récit est d’une telle paresse que Dupieux tente de défendre son absence d’originalité en mettant dans la bouche de ses protagonistes des références à la trilogie <em>Matrix</em> ou à <em>Alice au pays des merveilles</em>, lorsqu’il n’en reprend pas les principaux motifs : la découverte de failles dans le système (ici, un oiseau qui fait du surplace dans une bouche d’égout), la rencontre avec un guide aux air de Morpheus (Jean-Marie Winling), avec sa calvitie et ses lunettes noires, ou la traversée du miroir (qui se joue, évidemment, sur un mode déceptif). Dupieux semble enfin trouver son cap avec le personnage de Jonathan Cohen qui, après un saut temporel, devient un père défaillant (comme l’un des héros de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/full-phil/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Full Phil</em></a>, diffusé en séance de minuit la même année à Cannes) et un magnat de la tech surfant sur le complotisme ambiant. Dans l’une des dernières scènes, sa fille lui reproche d’arnaquer des milliers de personnes avec une machine frauduleuse. Le manque d’égard que Bruno lui manifeste pendant l’ensemble du film annonce au fond qu’il en a très peu aussi pour l’avenir. Mais le scénario botte en touche à quelques minutes de la fin : lorsque le film pourrait poser un regard sur la famille ou sur la société, Dupieux choisit de le faire basculer de l’autre côté du miroir, dans un monde où tous les conflits disparaissent. Signe du peu d’intérêt que le cinéaste porte en général à ses sujets (mais alors : pourquoi les évoquer ?). Ou bien simplement d’un manque d’inspiration ?</p>
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		<title>D’un monde à l’autre</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dun-monde-a-lautre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 10:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut un cinéaste aux reins solides pour mener pareil projet. D’un monde à l’autre est un documentaire de et avec Jérémie Renier, où l’acteur part en Arctique pour une très longue marche sur la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dun-monde-a-lautre/" title="Read  D’un monde à l’autre">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut un cinéaste aux reins solides pour mener pareil projet. <em>D’un monde à l’autre</em> est un documentaire de et avec Jérémie Renier, où l’acteur part en Arctique pour une très longue marche sur la banquise en compagnie d’un explorateur français, Loury Lag. Dès le début, cet exploit physique est présenté comme un moyen pour Renier de conjurer la mort de son meilleur ami, dont on comprend qu’il s’agit de Gaspard Ulliel, même si son nom n’est pas cité avant le carton final, qui révèle que le film lui est dédié. Sujet casse-gueule : Renier entend chausser des skis (soit précisément les conditions dans lesquelles UlIiel a eu son accident fatal !) pour s’approcher au plus près de la mort, dans un désert de glace peuplé de nombreux dangers – froid extrême, ours polaires, crevasses, etc. Le premier écueil dans lequel tombe le film tient à la présence de Renier à tous les niveaux, puisqu’il est à la fois le personnage principal, le réalisateur, le narrateur et sur place le producteur effectif du documentaire (on le voit durant l’essentiel du film superviser avec soin la bonne tenue des opérations, tandis que Loury progresse dans un premier temps seul). Le geste est sincère, mais n’échappe pas à une forme de maladresse. C’est le cas, par exemple, des scènes où Renier fait face aux difficultés et au passé douloureux de Loury, qui est passé par la case prison. Lorsqu’il le confronte, après avoir découvert avec désarroi que l’explorateur a fourni à la production du documentaire des factures frauduleuses, Renier filme moins l’homme cabossé avec empathie <em>qu’il ne se filme en train de montrer son empathie. </em>Involontairement, <em>D’un monde à l’autre</em> échoue ainsi à se confronter à une altérité et reste de bout en bout verrouillé du côté de Renier, qui rabat l’odyssée effective sur un voyage intérieur porté par un texte appuyé et des effets pseudo-poétiques –&nbsp;musique élégiaque, diffraction des plans, visions élégantes du vent sur la neige, etc.</p>
<p>L’autre souci, c’est la part de subterfuge sur lequel repose le périple, dont le principe cathartique rappelle lointainement celui de <em>Sur le chemin des glaces</em> de Werner Herzog, journal retraçant la marche sur plusieurs semaines du cinéaste allemand pour rejoindre son amie Lotte Eisner, hospitalisée à Paris et gravement atteinte d’un cancer. Dans le dernier acte du film, Renier, qui est pour l’instant resté en périphérie de l’avancée de Loury (en retrouvant l’explorateur lors de ses arrêts dans des villages afin de se ravitailler), l’accompagne dans sa traversée du monde glacé. Ce bout du voyage est présenté comme une entreprise dangereuse pour les deux hommes, ramenés à leur extrême solitude et précarité, quand la mise en scène, à coup de plans de drone, de plans larges distanciés ou de champs-contrechamps trop précis, ne cesse pourtant de pointer la présence hors champ d’une équipe technique. Si les difficultés rencontrées par les comparses sont réelles, on sent comment le récit prend ici le pas sur leur captation réelle ; le film <em>fait mine</em> que les deux hommes sont livrés à eux-mêmes. De fait, Renier n’aura pas vraiment fait œuvre de documentariste – cf. la multiplication de scènes et plans très courts réduits à une dimension fonctionnelle, illustrative ou cosmétique. Le paysage comme la spécificité du dispositif s’apparentent en définitive à un écrin pour raconter son trajet intime, au risque de passer à côté de cet « autre monde » promis par le titre.</p>
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		<item>
		<title>Bait</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bait/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 10:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tourné avec une caméra Bolex 16mm en 2019 (soit trois ans avant la sortie d’Enys Men, seul film de Mark Jenkin jusque-là sorti en France), Bait repose sur un canevas narratif relativement simple : dans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bait/" title="Read  Bait">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Tourné avec une caméra Bolex 16mm en 2019 (soit trois ans avant la sortie d’<em>Enys Men,</em> seul film de Mark Jenkin jusque-là sorti en France), <em>Bait</em> repose sur un canevas narratif relativement simple : dans un village des Cornouailles, des pêcheurs peinent à vivre de leur métier. Dans le même temps, de riches Londoniens s’y installent lors de la période estivale, transformant le littoral en villégiature. Martin et son frère ont ainsi dû vendre la maison héritée de leur père à une famille bourgeoise venue de la capitale. Cette dépossession accompagne la dégradation de leur relation : alors que Martin continue de pratiquer la pêche artisanale, son frère a choisi de s’adapter aux mutations économiques de la région en se reconvertissant dans le tourisme (il propose désormais des excursions en mer aux visiteurs). L’intérêt de <em>Bait</em> réside dans la manière dont Jenkin tente d’inscrire ce conflit dans une dramaturgie avant tout formelle (même s’il ne parvient pas à s’y tenir tout du long), plutôt que d’en faire le support d’un conflit psychologique ou d’un dilemme moral attendu (comme <em>As Bestas</em> de Sorogoyen, qui présente un point de départ similaire). En témoigne l’une des premières séquences, construite sur un montage parallèle qui entremêle les gestes du pêcheur avec l’arrivée de la famille londonienne dans leur maison de vacances. Au sein d’une mise en scène fragmentée, Jenkin privilégie les gros, voire très gros plans pour rendre sensibles les deux milieux : aux matériaux rugueux de la pêche (le bois trempé, les cages, les lourdes chaînes de métal, les nœuds et les filets) répondent la carrosserie brillante d’une voiture, la surface lisse d’un réfrigérateur ou encore les coiffes dorées de bouteilles de champagne. La dimension quasi documentaire des plans de pêche est ainsi dramatisée par les raccords et le montage au rythme haché, qui instille une tension en figurant l’antagonisme entre les deux mondes représentés.</p>
<p>La façon dont Jenkin retranscrit ce conflit lorgne ainsi explicitement vers le cinéma muet – les répliques des personnages sont d’ailleurs assez laconiques (du moins dans les vingt premières minutes), se fondant avec la dimension rythmique du montage comme pouvaient le faire les cartons d’autrefois. Le cinéaste semble même s’inspirer des films et écrits de Jean Epstein, notamment dans sa façon de penser la spécificité de la fable cinématographique. Epstein accordait en effet un rôle décisif à la valeur expressive du gros plan, qui confère aux visages et aux objets une forte densité affective et dramatique, plus intense à ses yeux qu’une approche narrative héritée de la littérature : « <em>Généralement, le cinéma rend mal l’anecdote. Et « action dramatique » y est une erreur (…). La véritable tragédie est en suspens. Elle menace tous les visages. Elle est dans le rideau de la fenêtre et le loquet de la porte. Chaque goutte d’encre peut la faire fleurir au bout du stylographe. Elle se dissout dans le verre d’eau.</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_334110_218('footnote_plugin_reference_334110_218_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_334110_218('footnote_plugin_reference_334110_218_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_334110_218_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_334110_218_1" class="footnote_tooltip">Jean Epstein, <em>Bonjour cinéma</em>, Paris, Éditions de la Sirène, 1921 ; <em>Écrits sur le cinéma</em>, Paris, Seghers, 1974, p. 86.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_334110_218_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_334110_218_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Dans ses moments les plus réussis, <em>Bait</em> fait planer la tragédie en la déplaçant de la sorte vers les objets les plus ordinaires du décor, à l’image d’un gros plan récurrent sur un nœud coulissant que l’on serre, où se condense la tension progressive s’emparant du village. Les gestes et objets observés de très près (une cigarette jetée brusquement, un cageot qui tombe sur le sol) deviennent dès lors les moteurs du récit. Les outils de Martin se trouvent par ailleurs dupliqués d’une scène à l’autre : d’abord utilisés lors de scènes de pêche, ils apparaissent ensuite comme les objets d’une déco pittoresque dans le bar du village ou dans la maison réaménagée par les Londoniens. Le mixage sonore postsynchronisé obéit à une logique analogue, en isolant des bruits prosaïques (le bourdonnement d’un moteur de bateau ou le sifflement d’une bouilloire) pour créer une atmosphère inquiète ou suffocante. La « tragédie en suspens » s’inscrit dans la matière même de la pellicule développée de façon artisanale, dont les oscillations lumineuses et altérations font palpiter l’image, en particulier lors de disputes ou affrontements entre les locaux et les nouveaux arrivants.</p>
<p style="text-align: left;">L’image même traduit par ailleurs une différence de point de vue entre les deux « camps ». Le visage particulièrement photogénique du neveu de Martin, souvent filmé clope au bec en gros plan, contraste avec celui du fils de bonne famille, personnage plus falot et gauche, régulièrement saisi dans des postures ou expressions qui soulignent son inadéquation à cet environnement (par exemple, lorsqu’il se trouve engoncé dans sa combinaison de plongée en lycra). En somme, le noir et blanc accidenté de la Bolex a des affinités avec les paysages rocailleux et le monde artisanal des pêcheurs alors qu’à l’inverse, les marques de modernité (les portables, les vêtements et l’intérieur de la maison de pêcheur réaménagée) jurent avec l’esthétique du film. C’est que <em>Bait</em> n’est pas une étude de cas soucieuse de peser équitablement les torts et les raisons de chacun, mais bien une transfiguration cinématographique d’une situation donnée. Le film ne parvient toutefois pas à donner toute sa mesure à ce parti pris, qui tend à s’effriter dans la durée. D’une part, la répétition de situations relativement similaires, bien que modulées selon différents degrés d’intensité, finit par émousser certains procédés – le montage parallèle ou le mixage sonore, qui isole et amplifie certains bruits de chocs, deviennent un peu systématiques. De l’autre, Jenkin finit par recourir à des confrontations dialoguées plus platement mises en scène, où les personnages verbalisent des rapports de force que le travail du cadre et du montage avait déjà rendus perceptibles. Si bien que les expérimentations formelles semblent compartimentées dans quelques séquences saillantes, plutôt que d’irriguer l’ensemble du film. C’est le cas par exemple d’un choix de montage stimulant, mais trop sporadiquement exploité : des plans issus de scènes antérieures ou à venir s’immiscent dans le cours du récit, annonçant par exemple dès les premières minutes une altercation violente qui éclatera plus tard. Cette dynamique se cristallise dans plusieurs motifs récurrents, notamment celui d’un verre brisé ou d’un miroir éclaté, dont les fragments réfléchissent furtivement le visage du père défunt des deux pêcheurs. À travers ces surfaces morcelées, Jenkin figure un monde fissuré par la collision entre différentes temporalités : celle d’un mode de vie vernaculaire inscrit dans une histoire longue et celle, plus récente, incarnée par l’arrivée des touristes. L’idée est séduisante, mais reste surtout cantonnée au début et à la fin du film ; lorsqu’elle réapparaît dans le dernier quart d’heure, on la perçoit comme un principe théorique qui peine alors à susciter un véritable trouble.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334110_218();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_334110_218();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_334110_218">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_334110_218" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_334110_218('footnote_plugin_tooltip_334110_218_1');"><a id="footnote_plugin_reference_334110_218_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean Epstein, <em>Bonjour cinéma</em>, Paris, Éditions de la Sirène, 1921 ; <em>Écrits sur le cinéma</em>, Paris, Seghers, 1974, p. 86.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_334110_218() { jQuery('#footnote_references_container_334110_218').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334110_218').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_334110_218() { jQuery('#footnote_references_container_334110_218').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_334110_218').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_334110_218() { if (jQuery('#footnote_references_container_334110_218').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_334110_218(); } else { footnote_collapse_reference_container_334110_218(); } } function footnote_moveToReference_334110_218(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334110_218(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_334110_218(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_334110_218(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bait/">Bait</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Jean-Baptiste Thoret : « Les films d’Altman ne sont pas satiriques, mais critiques »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/jean-baptiste-thoret-les-films-daltman-ne-sont-pas-satiriques-mais-critiques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 10:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce texte est extrait de notre numéro papier n°2, disponible ici à la commande : https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2 Du 22 avril au...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/jean-baptiste-thoret-les-films-daltman-ne-sont-pas-satiriques-mais-critiques/" title="Read  Jean-Baptiste Thoret : « Les films d’Altman ne sont pas satiriques, mais critiques »">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ce texte est extrait de notre numéro papier n°2, disponible ici à la commande : <a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></em></p>
<p><em>Du 22 avril au 24 mai, la Cinémathèque française proposait </em><a href="https://www.cinematheque.fr/cycle/robert-altman-1559.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>une vaste rétrospective dédiée à Robert Altman</em></a><em>. </em><em>Pour l’occasion, nous avons souhaité discuter de son œuvre avec Jean-Baptiste Thoret, qui a signé </em><a href="https://www.cinematheque.fr/article/2465.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>le texte de présentation</em></a><em> de cette rétrospective. L’occasion de contredire quelques clichés qui collent au réalisateur de </em>M*A*S*H<em> et </em>Nashville,<em> et de revenir sur ce que cette filmographie iconoclaste raconte des États-Unis de la fin du XX<sup>e</sup> siècle.</em></p>
<p><strong>Dans votre texte pour la Cinémathèque française, vous écrivez que « <em>l’histoire du cinéma n’encombre pas</em> » Robert Altman. Qu’entendez-vous par cette formule ? Dans quelle lignée de cinéastes, s’il y en a une, s’intègre Altman ?</strong></p>
<p>Robert Altman est né au milieu des années 1920, comme Arthur Penn, Sidney Lumet, John Frankenheimer ou Sam Peckinpah. Autrement dit, il n’appartient au jeune cinéma des années 1970 que par contingence, même s’il utilisera pleinement la liberté et l’audace créatrice permises par la période. Quand il réalise <em>M*A*S*H </em>(1970), qui le place sur la carte du cinéma hollywoodien, Robert Altman a quarante-cinq ans. Et contrairement à beaucoup de ses contemporains, il n’a jamais eu comme projet de nouer une conversation critique avec le cinéma classique. Ce qui ne veut pas dire qu’Altman ne le connaît pas : je pense que si on devait tracer une généalogie de son style, on trouverait l’essentiel de ses fondements chez Howard Hawks, aussi bien dans ses films les plus connus que dans les plus tardifs, comme <em>Ligne rouge 7000</em> (1965). Les caractéristiques que l’on associe à Altman – la cacophonie naturaliste, le récit choral, le portrait sans fard d’une communauté – trouvent en grande partie leur origine chez Hawks. Il suffit de voir ses comédies des années 1930 et 1940 comme <em>L’Impossible Monsieur Bébé</em> (1938) ou <em>Allez coucher ailleurs</em> (1949), pour y trouver déjà des dialogues qui se chevauchent, cet « <em>overlapping </em>» qui va prendre des proportions démesurées et devenir une pétition de principe chez Altman.</p>
<p>Donc Altman a bien sûr vu beaucoup de films, et même élu certains cinéastes classiques comme ses modèles. Simplement, la question de savoir comment ses propres films s’inscrivent dans l’histoire du cinéma ne l’intéresse pas. Il disait par exemple qu’avec <em>John McCabe</em> (1971), il avait eu envie « <em>de faire un western comme si on n’en avait jamais fait auparavant </em>», qui puisse exister au-delà des références au genre. Pour trouver une réalité de l’Ouest, Altman va enjamber toute l’histoire cinématographique du western et la façon dont le genre a fictionnalisé la réalité de l’histoire. Ce qui place le spectateur dans une position paradoxale. D’un côté, il a le sentiment de n’avoir jamais vu l’Ouest de cette manière, comme un lieu presque contemporain qu’il pourrait habiter ; et en même temps, il a, comme disait Gilles Deleuze, un « <em>essaim d’abeilles dans la tête</em> » composé des codes et de la mythologie du genre : l’arrivée de l’étranger, le duel final, la femme à séduire, les <em>cattle barons</em>, etc. <em>McCabe</em> est une collection de clichés, mais qu’Altman traite par déflation, par exemple en faisant rapidement tomber le héros joué par Warren Beatty de son piédestal ou en perturbant le règlement de compte final entre McCabe et les trois tueurs par l’incendie de l’église qui, lui, mobilise toute la population. Le contraire du <em>finale</em> du <em>Train sifflera trois fois</em>&nbsp;! Même chose dans la longue ouverture du <em>Privé</em> (1973), adapté de Raymond Chandler, qui retarde pendant près de dix minutes le moment où on va reconnaître Philip Marlowe (Elliott Gould), le personnage de Chandler. Le héros du film semble toujours être à la fois Marlowe et à côté de Marlowe, rechignant à jouer le rôle qu’on lui a assigné. La séquence de l’interrogatoire à ce niveau est vertigineuse&nbsp;: Marlowe fait du « méta » en permanence, anticipant les questions qu’on va lui poser et les réponses qu’on attend qu’il donne, s’amusant par avance des conventions de ce type de scènes archétypales. Altman s’amuse avec les clichés, mais je ne crois pas qu’il soit fondamentalement un cinéaste de la critique des genres qui, en réalité, l’intéressent peu en tant que tels.</p>
<div id="attachment_333964" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-333964" class="wp-image-333964 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-scaled.jpg" alt width="2560" height="533" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-300x63.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-1024x213.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-768x160.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-1536x320.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-2048x427.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-980x204.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_2-2000x417.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-333964" class="wp-caption-text"><em>John McCabe</em> (1971) | © Warner Bros Distribution France ; <em>Le Privé</em> (1973) | © Capricci Films</p></div>
<p><strong>Quand Altman devient un cinéaste de premier plan au début des années 1970, il a déjà travaillé au cinéma ou à la télévision depuis plus de quinze ans. À partir de quand son style caractéristique se précise ?</strong></p>
<p><em>M*A*S*H</em> constitue vraiment son acte de naissance artistique, même si c’est à mon avis loin d’être son meilleur film. Son style est encore en gestation. En 1970, Altman a travaillé sur des séries télévisées, notamment <em>Bonanza </em>ou <em>Alfred Hitchcock</em> <em>présente</em>, signé des films moins personnels comme <em>Objectif Lune</em> (1967), qui est cela dit très « hawksien ». C’est avec <em>M*A*S*H </em>qu’Altman pose, de façon plus ou moins convaincante, ce qui l’intéresse vraiment : c’en est fini du récit classique centré sur un ou deux personnages&nbsp;; il s’agit plutôt de cerner un «&nbsp;milieu&nbsp;». Cet hôpital de Corée – dont tout le monde comprend qu’il reflète le Vietnam – constitue une version miniature de ces milieux qu’Altman cherchera ensuite à circonscrire : le monde de la santé (<em>Health</em>, 1982), de la country (<em>Nashville</em>) ou du jeu d’argent (<em>Les Flambeurs</em>), la ville de Presbyterian Church (<em>John McCabe</em>), Los Angeles (<em>Short Cuts</em>) …&nbsp; Les films de Robert Altman ne racontent pas l’histoire de tel ou tel individu qui aurait été détaché des autres parce qu’il est exceptionnel ou emblématique, ils décrivent des environnements précis. Et même lorsque les films sont centrés sur peu de personnages, comme <em>That Cold Day in the Park </em>(1969), <em>Trois Femmes</em> (1977) ou <em>Secret Honor</em> (1984), ils décrivent également des milieux, mais qui sont cette fois mentaux ou intimes. Cette caractéristique est capitale, parce qu’elle chamboule intégralement le mode opératoire du cinéma hollywoodien. On remet les compteurs à zéro : il n’y a plus trois ou quatre personnages principaux qui ont droit de cité, mais quinze ou vingt, voire quarante-huit dans <em>Un mariage</em> (1978). Le principe d’identification aux héros n’opère donc plus du tout, et la distinction entre ce qui relève du premier et de l’arrière-plan disparaît. À partir du <em>Privé</em>, Altman va ainsi systématiser l’utilisation de travellings horizontaux, qui donnent l’impression que la caméra elle-même cherche son sujet, son point d’ancrage. C’est l’un des rares cinéastes à ne pas avoir un rapport centripète aux plans, qui ne se focalise pas sur les acteurs stars – cela a d’ailleurs beaucoup perturbé Gould et Sutherland pendant le tournage de <em>M*A*S*H</em>, qui en voulurent à Altman de ne pas leur prêter suffisamment d’attention, aussi bien sur le plateau que dans sa façon de les mettre en scène.</p>
<p>Ses films sont, à ce titre, scandaleusement démocratiques et plus difficiles à suivre pour le spectateur, parce qu’à tout moment un figurant ou un personnage de second plan peut parasiter la conversation d’autres personnages, s’accaparer une scène sans prévenir. C’est un pacte proposé au spectateur, une manière singulière d’entrer dans le film et de le suivre qui n’appartient qu’au cinéma d’Altman. C’est ce qu’on voit typiquement à la fin de <em>Nashville</em>, l’un de ses chefs‑d’œuvre, quand le personnage de Winifred (Barbara Harris), que le film avait gardé aux abords du récit général, occupe, à la faveur du dénouement, le centre du cadre. C’est très perturbant, mais c’est absolument logique, car toute hiérarchie est abolie. Il y a un élan vitaliste chez Altman, qui s’intéresse aux endroits par lesquels la vie passe. Mais pour cela, il faut accepter que l’histoire ne soit plus celle de personnages identifiés, mais préexiste au cadre lui-même, qu’on n’entende parfois que des bribes de conversations, qu’on ne comprenne pas tout, qu’on suive une succession d’impressions… On voit bien d’ailleurs que même les cinéastes qui se sont inscrits volontairement dans ses pas une fois Altman revenu sur le devant de la scène avec <em>The Player</em> (1992), comme Paul Thomas Anderson avec <em>Magnolia</em> (1999) ou Steven Soderbergh avec <em>Traffic</em> (2000), n’ont pas sa radicalité. Il faut se méfier de l’expression de film « choral »&nbsp;: il ne suffit pas d’entremêler six ou sept lignes narratives classiques qui finissent inévitablement par se croiser. Chez Altman, il n’y a pas de lignes narratives&nbsp;claires, ou plutôt ce qui se passe à l’intérieur des micro-histoires ne l’emporte pas sur ce qui se joue entre elles – je pense à cette séquence formidable entre Jack Lemmon et Jennifer Jason Leigh dans <em>Short Cuts</em> qui, après avoir fait développer des photos d’ordre privé, échangent par erreur leurs enveloppes et découvrent dans le regard de l’autre que leurs fantasmes appartiennent aussi à d’autres. Altman ne rejoue pas à l’échelle microscopique ce qu’il refuse à l’échelle du film. Il ne démultiplie pas le principe classique, il l’atomise. C’est un cinéaste de l’horizontalité et du refus de la centralité, principe autoritaire qui fonde l’essentiel des films qui se produisaient hier et qui se font encore aujourd’hui. Il n’a d’ailleurs filmé que des villes couchées, comme dans <em>Short Cuts</em> (1993) ou <em>Le Privé</em> qui montrent un Los Angeles éclaté, où les gens ne communiquent pas ou mal. Les personnages passent leur temps à se regarder de loin, notamment à travers des jumelles, comme une population d’étrangers, organisée en rhizomes. Et dans <em>A Perfect Couple</em> (1979), ils vont même jusqu’à faire appel à un ordinateur pour pouvoir se rencontrer&nbsp;!</p>
<p>À travers ce bouleversement, c’est donc toute l’idée du peuple qui évolue. Pour moi, autour de cette question, l’histoire du cinéma américain se découpe en trois temps : celui de John Ford, où la communauté se constitue autour d’un idéal, ensuite celui de Hawks, où elle se rassemble autour d’objectifs précis – d’où ses personnages épris de professionnalisme –, et enfin celui de Robert Altman. Chez lui, le « peuple » n’existe plus du tout, c’est un <em>patchwork</em> d’entités qui s’imaginent vivre ensemble parce qu’elles se retrouvent autour de quelques marqueurs. Ils consomment du Coca comme dans <em>Nous sommes tous des voleurs</em>, fêtent le bicentenaire du pays à Nashville, regardent des pubs à la télé, se soudent autour d’images préfabriquées… C’est un « peuple » de consommateurs. D’où la complexité du rapport d’Altman aux clichés, qu’il démonte sans cesse tout en sachant que c’est la dernière chose qui fait tenir les individus ensemble. Et pour lui, le cinéma, comme la télévision, la publicité, la mode ou les bandes dessinées, est d’abord un pourvoyeur d’images qui nous façonnent – c’est par exemple la référence à <em>Bullitt</em> (1968) dans <em>Brewster McCloud</em> (1970) ou à Jean Harlow dans <em>Kansas City</em> (1996). C’est là qu’on voit qu’Altman est un enfant des sociologues américains à la Daniel J. Boorstin (qu’il cite explicitement dans <em>Tanner</em><em>&nbsp;’88</em>), préoccupés par la question de l’aliénation, de la consommation, de la production d’images publicitaires…</p>
<div id="attachment_333965" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-333965" class="wp-image-333965 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-scaled.jpg" alt width="2560" height="542" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-300x64.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-1024x217.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-768x163.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-1536x325.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-2048x434.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-980x207.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_3-2000x423.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-333965" class="wp-caption-text"><em>M*A*S*H</em> (1970) | © Ingo Preminger Productions ; <em>Nashville</em> (1975) | © Paramount Pictures</p></div>
<p><strong>Ce que vous décrivez renvoie à l’ouverture de <em>Nashville</em>, qui visite les coulisses d’un studio d’enregistrement de musique country. On y entend une chanson évoquant l’histoire de l’Amérique, avec comme refrain : « <em>We must be doing something right, to last two hundred years</em> » (« <em>Si l’on existe depuis deux cents ans, c’est que l’on doit faire quelque chose comme il faut </em>»). Cette « <em>chose </em>» qui fait tenir la nation, c’est justement </strong><strong>le récit national, le goût du spectacle.</strong></p>
<p>Altman est d’ailleurs très sévère avec l’interprète de ce morceau, Heaven Hamilton (Henry Gibson), qui s’imagine être un pilier de la communauté. On se rend vite compte que ses chansons ne sont que du cliché, des mots creux, qui intéressent Altman comme un moyen de remettre sur le tapis la question du peuple. Bon nombre de ses films se déroulent autour du 4 juillet ou d’autres fêtes patriotiques&nbsp;; c’est par ailleurs l’un des cinéastes qui ont le plus filmé le drapeau américain et il n’a quasiment jamais tourné hors des États-Unis… C’est vraiment ça, son sujet : qu’est-ce que c’est, être américain ? Répondre à un même récit national ? Avoir dans la tête les mêmes clichés publicitaires ? D’où son intérêt pour la fabrique des récits, comme dans <em>Buffalo Bill et les Indiens</em> (1976) ou <em>Nashville</em>.</p>
<p>Cette question du spectacle est cruciale et distingue notamment Altman d’autres cinéastes du Nouvel Hollywood. Temporellement, on pourrait l’associer par exemple à Hal Ashby, Bob Rafelson, Sydney Pollack ou Alan J. Pakula. Mais tous ces réalisateurs suivent deux lignes qui sont à mon avis très différentes du cinéma d’Altman. La première, ce serait celle d’une relecture de l’histoire du point de vue des marginaux ou des opprimés, avec des films comme <em>Billy Jack</em> (Tom Laughlin, 1971), <em>Little Big Man</em> (Penn, 1970) ou <em>Soldat bleu</em> (Ralph Nelson, 1970). C’est une manière de ressaisir le cinéma classique sans en contester profondément la forme – on change de côté, mais on reconduit un même principe. Le cinéma critique du Nouvel Hollywood forme alors un miroir inversé ou « corrigé » du cinéma classique, propagandiste hollywoodien. Altman, lui, ne croit pas en un rapport dialectique qui distinguerait un bon et un mauvais point de vue ; c’est un cinéma du « en même temps », de la coexistence d’éléments parfois contradictoires. La seconde ligne, innervant notamment le cinéma du complot, c’est celle du secret, qui postule l’existence d’une vérité cachée qu’il faudrait mettre au jour en grattant une surface mensongère. Pour faire court, le Nouvel Hollywood croit qu’il y a du « caché » et du « montré », alors que le cinéma de Robert Altman, pas du tout. Chez lui, tout est montré, il filme une société qui crève non plus du secret, mais de la transparence permanente et de l’hypervisibilité. Que produit un monde où tout est visible ? C’est l’une des grandes questions d’Altman. De fait, je dirais que ses films sont critiques, mais pas satiriques : il n’y pas de masque à faire tomber, tous ses personnages se donnent exactement tels qu’ils sont, presque comme de pures surfaces.</p>
<div id="attachment_333969" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-333969" class="wp-image-333969 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-scaled.jpg" alt width="2560" height="620" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-300x73.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-1024x248.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-768x186.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-1536x372.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-2048x496.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-980x237.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_4-2000x484.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-333969" class="wp-caption-text"><em>Nashville</em> (1975) | © Paramount Pictures ; <em>Buffalo Bill et les Indiens</em> (1976) | © Splendor Films</p></div>
<p><strong>Altman reconduit certains des gestes forts de la modernité européenne, comme la disparition du personnage principal et de l’architecture du récit classique. Mais contrairement à Rossellini ou Antonioni (pour prendre des cinéastes emblématiques), chez Altman, cela ne produit pas une mise à nu ou un appel du vide, mais une surcharge, un bouillonnement.</strong></p>
<p>La modernité européenne s’organise souvent autour de béances, de manques qui vont creuser dans le récit une dimension métaphysique, comme dans <em>L’Avventura </em>(1960). Altman, plus naturaliste et vitaliste, nous dit que ces manques, ces éléments qu’on ne comprend pas, sont une partie intégrante de la vie et des milieux qu’il représente. On a souvent le sentiment qu’on arrive dans ses films alors qu’ils ont déjà commencé, et qu’on les quitte sans que rien n’ait fondamentalement changé. Alors que le cinéma classique nous donnait l’impression qu’il n’y avait qu’une bonne façon d’entrer dans un film, par une séquence précise à un moment précis du récit, Altman ouvre le champ des possibles et ses films semblent grandir par le milieu. On pourrait presque intervertir certaines scènes sans que l’équilibre général ne soit bouleversé. Le cinéma semble se rapprocher d’un pur acte d’enregistrement. La lacune, c’est une obsession de Robert Altman. Il entretient d’ailleurs un rapport particulier à la mort, soit la béance absolue : il y a souvent chez lui des personnages qui disparaissent ou des enterrements, mais toujours de manière curieusement joyeuse, sans que les films s’appesantissent, comme si la mort était toujours avalée par la nécessité de faire spectacle, ce qu’on voit de <em>Buffalo Bill</em> à <em>The Last Show</em> (2006), son dernier film. Les films d’Altman sont d’une incroyable audace, mais ils n’oublient jamais totalement de faire spectacle – on voit bien là en quoi la modernité américaine sera toujours différente de la modernité européenne.</p>
<p><strong>Sur cette question du spectacle, vous mettez en avant dans votre texte la mini-série <em>Tanner ‘88</em>, qui prend place durant la campagne de la primaire du parti démocrate de 1988. Qu’est-ce qui fait selon vous de cette œuvre moins connue l’une des plus accomplies d’Altman ?</strong></p>
<p>C’est une mini-série de onze épisodes, tous réalisés et co-écrits pour HBO par Altman et Garry Trudeau [NDLR&nbsp;: caricaturiste célèbre et producteur de télévision]. L’idée vient de HBO, qui pensait que la campagne, ayant lieu à la fin du deuxième mandat de Ronald Reagan et laissant le champ libre à de nombreux candidats potentiels, allait être un moment politique formidable. Altman va y insérer un faux candidat, Jack Tanner, joué par Michael Murphy – qui campe une espèce de version solaire du personnage de John Triplette qu’il interprétait dans <em>Nashville</em>. Et ce, sans dire au Parti démocrate que Tanner est une pure fabrication. Toute la série, sorte de <em>mockumentary</em> précurseur, repose sur le fait que Murphy s’intègre parfaitement dans la campagne, se mêle sans problème aux autres candidats, dans une perméabilité totale entre le vrai et le faux. Ce qui est fascinant, c’est moins le talent de Murphy et les stratégies d’Altman que d’observer la facilité déconcertante avec laquelle le réel absorbe cette composante de fiction : finalement, Tanner n’est pas beaucoup plus « mensonger » que ses homologues authentiques qui occupent l’espace médiatique. Avec cette idée d’une hypervisibilité généralisée, on a le sentiment qu’Altman anticipe déjà la télé-réalité. C’est une série à redécouvrir absolument, dont Altman disait lui-même que c’était sa réalisation préférée, au milieu d’une filmographie pourtant vaste et loin d’être avare en grands films.</p>
<div id="attachment_333970" style="width: 2410px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-333970" class="wp-image-333970 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5.jpg" alt width="2400" height="675" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5.jpg 2400w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5-300x84.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5-1024x288.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5-768x216.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5-1536x432.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5-2048x576.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5-980x276.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Entretien_Altman_5-2000x563.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px"></a><p id="caption-attachment-333970" class="wp-caption-text"><em>Tanner ’88</em> (1988) | © HBO</p></div>
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		<title>Obsession</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/obsession/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:31:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une peur de l’emprise semble planer sur les films d’horreur américains récents. Une scène en particulier se répète&#160;: Smile 2, Évanouis, et maintenant Obsession montrent tous les trois un personnage qui, dépossédé du contrôle de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/obsession/" title="Read  Obsession">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une peur de l’emprise semble planer sur les films d’horreur américains récents. Une scène en particulier se répète&nbsp;: <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smile-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Smile 2</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Évanouis</em></a>, et maintenant <em>Obsession</em> montrent tous les trois un personnage qui, dépossédé du contrôle de son corps, se frappe violemment le visage avec un objet. Dans le film de Curry Barker, il s’agit de Nikki (Inde Navarette), une jeune femme dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’elle travaille dans un magasin d’instruments de musique, qu’elle rêve d’écrire et, surtout, qu’elle est la victime d’un sortilège plus ou moins involontairement lancé par Bear (Michael Johnston), un de ses collègues. Ce dernier, qui lui voue un amour de longue date sans jamais avoir osé le lui avouer, a en effet formulé le souhait « <em>qu’elle l’aime plus que tout au monde</em> » après avoir brisé un bâtonnet magique supposément en mesure d’accorder un vœu. L’argument fantastique, ridicule (l’objet en plastique ressemble à une simple arnaque), semble annoncer une comédie horrifique à l’humour méta. Mais cette entrée en matière, sous forme de satire horrifique de la série <em>Dawson</em>, cache en réalité une terrifiante plongée dans les mécanismes de l’asservissement.</p>
<p>Dans un premier temps, le film paraît limpide dans ses ressorts horrifiques. Après une courte lune de miel, l’amour sans limite de Nikki révèle son envers : une haine absolue envers tout ce qui pourrait l’entraver. Incapable de résister aux torrents émotionnels que lui impose son envoûtement, Nikki se mue peu à peu en une présence inquiétante, et en une entité vidée de sa substance. Les comportements de plus en plus imprévisibles de la jeune femme déséquilibrent alors les ronronnants champs-contrechamps des premières séquences. En jouant habilement de ruptures rythmiques et de ton, Barker accouche de quelques visions marquantes (grâce, notamment, au jeu remarquable de Navarette), tel ce long plan glaçant qui figure Nikki immobile dans l’appartement, tandis qu’elle attend toute la journée le retour de Bear.</p>
<p>Mais il ne s’agit pas de l’aspect le plus terrifiant de cette histoire, car le film travaille en sous-main une autre question, qui ne se révèle pleinement que dans la seconde partie. Alors que Bear cherche un moyen d’annuler son souhait, il comprend que Nikki n’a pas été à proprement parler « envoûtée ». Elle est plus précisément emprisonnée dans son propre esprit, son corps se trouvant à présent contrôlé par une nouvelle entité créée de toutes pièces pour aimer Bear « <em>plus que tout au&nbsp;monde</em>&nbsp;». Consciente de la situation, Nikki subit cette dépossession, à l’exception de brefs moments où elle parvient à reprendre le contrôle (cf. la scène mentionnée où elle se frappe le visage). Ses mouvements saccadés et ses longues pauses s’expliquent donc autrement que par un emprunt aux codes des films de fantôme (sa silhouette à peine discernable émergeant du coin d’une chambre fait notamment penser aux spectres de Kiyoshi Kurosawa) : ils résultent d’un conflit intérieur entre Nikki et sa geôlière.</p>
<h2>Remettre à l’endroit</h2>
<p>Une nuit, l’esprit de la jeune femme profite du sommeil de l’entité pour reprendre le dessus et s’adresser à Bear, dans une très belle scène où son corps allongé se tient parfaitement immobile, à l’exception de sa bouche, seule à bouger, comme si elle était dotée d’une vie propre. Elle le supplie alors de la tuer plutôt que de la maintenir captive de ce couple qui n’en est pas un. Apeuré, mais sans manifester pour autant la moindre compassion, Bear lui demande en retour d’un ton déçu ce qu’il peut y avoir de si terrible à être avec lui. La réplique, sidérante, achève un processus de retournement qui remet à l’endroit le principe qui semblait guider jusqu’alors le récit. Ce n’est pas Bear qui est victime de l’obsession de Nikki, mais l’inverse.</p>
<p>Le jeune homme, conscient depuis le début que cette idylle n’existe que par sa seule volonté, apparaît de plus en plus nettement comme le responsable de la situation. Par exemple, quand les amis de Nikki s’inquiètent de ne plus la voir qu’en sa présence, il leur assure que tout va bien. La seule scène de sexe du film est par ailleurs éloquente : la passivité totale de Nikki n’évoque rien d’autre qu’un viol. Bear, visiblement, n’en a pourtant guère conscience, il suffirait que ses sautes d’humeur s’estompent pour que la situation lui convienne. Autrement dit, <em>Obsession</em> ne dépeint pas l’évolution cauchemardesque d’une histoire d’amour, mais un processus d’effacement : Nikki se retrouve victime d’une « relation » où l’autre s’accommode de sa disparition au profit d’une simple silhouette sur laquelle il projette son désir. À y repenser, la première scène du film était déjà claire. Bear y récitait sa déclaration d’amour face à une jeune fille que l’on identifiait dans un premier temps comme étant la destinataire. En réalité, il s’agissait seulement d’une personne en charge de l’écouter pour qu’il retravaille son monologue (littéralement une figurante, serveuse d’un <em>diner</em> dont c’est la seule apparition). En somme, dès le début, le film montrait un rapport asymétrique – un champ sans réel contrechamp.</p>
<p>Cet écart rejaillit dans le dernier temps du récit, lorsqu’un troisième personnage ouvre timidement une perspective de <em>happy end</em> (mais ne concernant que Bear, encore une fois). L’entité trahie se déchaîne alors, et il est bien trop tard pour l’arrêter quand la vraie Nikki parvient à reprendre le contrôle de son corps. Dans l’ultime plan, l’horreur de la situation s’affiche pleinement, après coup : le voilà, le regard qui manquait sur le comportement du jeune homme, porté par un contrechamp. Et il est terrible.</p>
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		<title>The Plague</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-plague-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>The Plague est de ces films dont la forme entre en contradiction avec le propos&#160;: si le premier long de Charlie Polinger se veut l’exploration du rejet de la différence et prend le parti des...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-plague-2/" title="Read  The Plague">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>The Plague</em> est de ces films dont la forme entre en contradiction avec le propos&nbsp;: si le premier long de Charlie Polinger se veut l’exploration du rejet de la différence et prend le parti des <em>«&nbsp;weirdos</em>&nbsp;» contre celui des «&nbsp;<em>bullies</em> » (l’intrigue se passe dans un camp d’été de water-polo où de jeunes garçons sont victimes de harcèlement), sa mise en scène est beaucoup plus normée qu’elle ne le croit et s’efforce même de mimer celle des <em>cool kids </em>de la scène indépendante américaine. Impossible, dans les premiers plans baignés d’une musique inquiétante et sentencieuse, de ne pas penser à Robert Eggers ou à la veine horrifique des films A24, même si Polinger se garde de basculer complètement dans le genre. La peste du titre désigne à la fois un jeu cruel consistant à assimiler des ados mal dans leur peau à des lépreux, et le germe d’une haine contaminant les vestiaires du lycée où l’intrigue prend place. Le cadre du water-polo est à ce titre un peu gratuit et ne semble là que pour parfumer le film d’un zeste de singularité : jusque dans son décor, <em>The Plague</em> constitue en vérité une peinture assez classique des mécanismes du harcèlement scolaire.</p>
<p>Haine de soi, qui devient haine de l’autre, qui nourrit à son tour du ressentiment, etc. Le scénario organise de la sorte un cercle vicieux et mâtine son intrigue d’éléments d’épouvante et de références (<em>Carrie </em>en tête) afin de se donner un surplus de consistance. C’est davantage sur son versant de <em>coming-of-age movie</em> que <em>The Plague</em>, sans sortir de ses rails, trouve sa raison d’être. Et pour cause : il s’agit du seul endroit où Polinger filme quelque chose d’intrinsèquement inédit, à savoir le surgissement de jeunes acteurs, avec leurs défauts, leurs corps en transformation, leurs petites hésitations ou au contraire leur aplomb déconcertant. Éternel paradoxe du film de <em>teens</em>, genre souvent hypercodifié : même dans ses itérations les plus scolaires, il a le mérite de s’attarder sur de nouveaux visages.</p>
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		<item>
		<title>L’après-coup – Un espace entre nous</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-un-espace-entre-nous/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : l’enfermement de Casey dans Ella McCay de James L. Brooks....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-un-espace-entre-nous/" title="Read  L’après-coup – Un espace entre nous">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : l’enfermement de Casey dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ella McCay</a><em> de James L. Brooks. </em></p>
<p>Et si le personnage le plus bouleversant dans <em>Ella McCay</em> n’était pas Ella, mais son petit frère, Casey ? Le jour des obsèques de leur mère, ce dernier n’éprouve pas le besoin de pleurer. Pourquoi pleurer, d’ailleurs ? Cela équivaudrait à céder à ses émotions, ce à quoi Carey se refuse catégoriquement. Sa sœur a beau le prendre par la main pour l’emmener à l’étage de la demeure familiale, afin qu’ils noient leur chagrin ensemble à l’abri des regards, il s’y refuse encore. Tandis qu’Ella s’isole dans sa chambre, il reste donc dans le couloir, seul entre deux murs, déjà figuré comme un adulte coincé dans un corps d’enfant. Planté comme une sentinelle protectrice (il porte l’uniforme de l’école militaire où son père l’a expédié), Casey veille à ce que personne ne vienne la déranger. Quand les larmes surgissent malgré tout, et qu’il se décide enfin à franchir le seuil de la chambre pour rejoindre Ella, il se faufile dans l’entrebâillure de la porte. Un espace réduit, c’est assez pour avaler le chagrin de Casey.</p>
<p>Dans <em>Ella McCay</em>, Casey apparaît d’emblée comme un corps à l’étroit dans son environnement et en attente d’une forme de délivrance – contrairement à Ella, tiraillée entre plusieurs aspirations, il n’est pas un personnage en mouvement. Casey a arrêté «&nbsp;d’essayer<em> d’être normal</em>&nbsp;», jusqu’à être prisonnier de ses choix, enfermé en lui-même pour que «&nbsp;<em>la vie soit plus facile</em> ». Une autre scène nous le montre à son domicile, tandis que sa sœur vient le visiter après une longue absence. C’est à présent un jeune homme agoraphobe, reclus chez lui, qui passe l’essentiel de son temps à gérer des paris sportifs sur Internet ; il se consacre en somme à faire gagner les autres pour oublier ce qu’il a perdu lui-même. Ella, comme à son habitude, parle pour deux et s’agite en arpentant le modeste appartement pour combler la distance qui la sépare de son frère. Dans les contrechamps, Brooks s’attache surtout à isoler Casey, assis, d’abord pressé d’en finir : les deux personnages échangent, mais ils ne s’accordent (se raccordent) pas vraiment. À plusieurs reprises, un plan nous le montre au centre de l’image, coincé entre deux écrans d’ordinateur qui bordent son visage, comme en écho à sa position au milieu du couloir dans la scène évoquée plus haut. Casey écoute mais n’entend rien, y compris lorsque Ella se lance dans un discours enfiévré où elle dévoile les grandes lignes de son programme politique, avant de lâcher un retentissant « <em>merci de m’avoir écoutée, maintenant à toi </em>». La réponse s’avère déconcertante : Brooks enchaîne avec un énième plan du frère interposé entre ses écrans, occupé à tapoter sur les touches de son clavier plutôt qu’à donner le change à sa sœur interloquée. La scène est belle parce qu’on comprend à ce moment-là que l’enfermement de Casey a délivré Ella. Il faut qu’un personnage s’oublie pour que l’autre se révèle, que le premier se taise pour que le second existe, pleure ou se mette à espérer, voire, pourquoi pas, à rêver. Brooks fait de la passivité et du silence de Casey d’émouvants catalyseurs émotionnels : le grand dessein d’Ella se dessine à leur aune.</p>
<p>Mais cette longue séquence n’en reste pas là. Elle se poursuit le soir, dans la rue, sous l’impulsion d’un Casey soudainement entreprenant. Ce dernier se décide à agir et il veut démontrer à sa sœur, complètement<em> stone</em> après avoir bu une boisson à base de cannabis, qu’il n’a pas peur du contact avec les autres. Il se risque alors à aller serrer la main des chauffeurs de la politicienne qui l’attendent dans une voiture. Brooks ne change pas son point de vue vis-à-vis de Casey : il filme la scène depuis l’intérieur du véhicule, de sorte que les bordures de la fenêtre passager encerclent le personnage situé sur le trottoir. Toutefois,&nbsp;un élément ici s’ajoute : Casey n’est plus esseulé dans un cadre trop petit pour lui. Ella l’a rejoint ; elle veut rester passer la nuit, vu son état. Leurs corps se rapprochent avec une infinie tendresse. Et Casey de dire enfin à Ella : « <em>On n’est pas obligé de tout verbaliser, tu sais&nbsp;</em>».</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Bouchra</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bouchra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=333934</guid>

					<description><![CDATA[<p>À l’automne dernier, Lafayette Anticipations, la Fondation des Galeries Lafayette, vibrait aux rythmes de Sole Crushing, une installation sonore de Meriem Bennani, où tongs et claquettes devenaient les instruments d’un orchestre monumental. Reposant sur un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bouchra/" title="Read  Bouchra">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’automne dernier, Lafayette Anticipations, la Fondation des Galeries Lafayette, vibrait aux rythmes de <a href="https://www.lafayetteanticipations.com/fr/exposition/meriem-bennani" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sole Crushing</em>, une installation sonore de Meriem Bennani</a>, où tongs et claquettes devenaient les instruments d’un orchestre monumental. Reposant sur un dispositif mêlant système pneumatique et informatique, l’œuvre puisait son inspiration de la dakka marrakchia, un rituel musical marocain, pour en réinventer les sonorités. Dans <em>Bouchra</em>, documentaire d’animation 3D co-réalisé avec Orian Barki, Bennani poursuit ce principe d’hybridation entre technologie et tradition, mais cette fois à une échelle plus intime. L’artiste y investit le champ de l’autofiction pour explorer un tabou : son homosexualité, qui ne va pas de soi au sein de sa famille marocaine. Cette quête identitaire se déploie au prisme d’une mise en scène atypique, dans laquelle l’artiste et ses proches sont dédoublés par des animaux anthropomorphes animés en 3D. La cinéaste en tire un univers aussi mignon qu’étrange, où elle prend pour avatar Bouchra, une coyote bipède vêtue d’un long <em>trench coat</em>, autour de laquelle gravitent des lézards noctambules et une amante ursine. Ne relevant ni de la métaphore ni de la fable, l’emploi de ces figures animales tisse plutôt des liens avec la culture <em>furry</em>, où l’anthropomorphisation agit comme une projection libératrice : ce double imaginaire sert de refuge virtuel pour permettre à Bennani d’explorer librement son identité.</p>
<p>Conçu comme un film réflexif, le tournage fait office de prétexte, voire de stratagème pour libérer la parole. C’est en effet sous couvert des besoins du projet qu’elle engage le dialogue avec sa mère et enregistre leurs conversations téléphoniques afin de les intégrer au film. Si ces échanges ravivent les blessures d’un <em>coming out</em> ayant laissé neuf années de silence entre elles, <em>Bouchra</em> ne verse jamais dans un affrontement cathartique et s’élabore davantage comme une bulle où les personnages peuvent se réconcilier. Bennani y adopte la posture d’une enquêtrice, cherchant à comprendre et à pardonner les réactions de sa mère, conditionnées par un contexte culturel aux fortes injonctions conservatrices. Cette dimension introspective imprègne la structure même du film, dont les coutures sont constamment exhibées : l’artiste se met en scène en train de <em>storyboarder</em> des plans déjà vus ou à venir, tandis que des croquis préparatoires viennent ponctuer les séquences, dévoilant le processus de construction de l’animation. À travers cette mise en abyme, le film questionne les conditions mêmes de la création : comment exprimer son intériorité lorsqu’une partie de son identité se heurte au rejet familial ? Afin de donner corps à cette expérience intime, les cinéastes optent pour une animation à rebours des standards actuels de la modélisation 3D, façon <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zootopie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Zootopie</em></a>. Sous son apparente harmonie – palette chaleureuse, grain délicat et lueurs diffuses –, l’animation ne cesse d’être troublée par la présence de bugs discrets. Ceux-ci apparaissent notamment dans la texture de la fourrure animale, altérée par des bruits parasites, des glitchs, ou encore dans le manque de fluidité des expressions faciales. Ces partis pris, autant esthétiques que politiques, font de « l’imperfection » une matière expressive : Bennani et Barki refusent d’utiliser les codes de l’animation <em>mainstream</em> pour retranscrire la subjectivité d’une expérience diasporique et <em>queer</em>. La réussite de <em>Bouchra </em>tient ainsi en partie à la manière dont il investit, avec une certaine inventivité, les potentialités de l’image animée pour en déjouer les normes.</p>
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		<title>La Bataille de Gaulle : L’âge de fer</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, La Bataille de Gaulle débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer-2/" title="Read  La Bataille de Gaulle : L’âge de fer">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, <em>La Bataille de Gaulle</em> débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a dit non. D’emblée, Antonin Baudry entend restituer la puissance mythologique du général en même temps que désacraliser sa stature. «&nbsp;<em>C’est la débandade, mon colonel&nbsp;»</em>, lui dit un subordonné alors que de Gaulle ne se résout pas à mettre fin au combat. « <em>Ai-je l’air de débander&nbsp;?&nbsp;</em>», lui réplique-t-il avant que, quelques minutes plus tard, sa silhouette longiligne pénètre la tour de la BBC, filmée dans une contreplongée insistant sur la verticalité de l’instant historique (l’appel du 18 juin). Charles de Gaulle, ce serait donc ça : un double-mètre refusant de s’amollir et dont la ferveur patriotique n’a d’égal que la folie des grandeurs. Sur le plan du commentaire historique, <em>La Bataille de Gaulle</em> donne du grain à moudre aux inquiétudes de Roosevelt et consorts, qui voient dans cet homme providentiel autodéclaré la trace d’un narcissisme certain (« <em>C’est moi la France&nbsp;»,</em> tonne-t-il) et un dictateur en puissance (chez lui, le pouvoir se prend et s’impose). Le récit se livre ainsi à un drôle de numéro d’équilibriste, entre les spectacles de Robert Hossein (qui monta en 1999 un show sur de Gaulle au Palais des Congrès de Paris) et le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/napoleon-vu-par-abel-gance/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Napoléon</em></a> d’Abel Gance – auquel le film emprunte l’idée d’un personnage secondaire (ici un jeune gaulliste) incarnant le visage de la France résistante. La reconstitution oscille entre la bouffonnerie mimétique (Churchill, réduit à son essence caricaturale) et le professionnalisme du <em>star system </em>français (Kassovitz, impeccable de rigidité dans le costume de l’ambigu amiral Darlan). L’hésitation contamine surtout la figure du général de Gaulle, un peu embarrassante : il tient à la fois de l’illuminé et du leader charismatique, même si la mise en scène et les dialogues peinent à retranscrire l’aura magnétique du militaire, dont le pouvoir de persuasion accouche régulièrement de coups de force scénaristiques – on ne saisit vraiment pas comment il arrive à fédérer autour de sa personne.</p>
<p>Autre souci qui colle au film de Baudry : la nécessité de ne pas angéliser de Gaulle tout en faisant de lui l’incarnation de la France éternelle, celle de l’Empire colonial sur lequel la stratégie de la France libre repose en grande partie. Le scénario essaie d’éviter les mines en tournant ponctuellement en ridicule l’emphase du général, qui se pâme, alors qu’il traverse en avion les frontières du Cameroun, devant un paysage lui paraissant désormais beau et vert parce que, pardi, on est en France. Ailleurs, de Gaulle devient Delon et parle de lui à la troisième personne ; pas d’anti-moustiques pour le chef, car « <em>Les moustiques ne piquent pas de Gaulle </em>», dixit l’intéressé, qui se retrouve la scène suivante alité par la malaria. Décolonial, cet <em>Âge de fer</em> ? Pas si vite. Quelques plans plus loin, de Gaulle, de retour à Londres, assiste à un bombardement et lâche avec mépris, en contemplant les flammes, «&nbsp;<em>Les barbares !</em> » à l’attention des avions nazis.<b> </b>Qui dit barbares dit nécessairement civilisation (on revient à l’idée d’une jonction entre la frontière géographique et la frontière spirituelle) : le soldat est bien l’incarnation d’une haute idée du pays qui se propage à travers le monde, grandiloquente et un peu compassée. Peut-on faire une hagiographie critique ? C’est le pari impossible de Baudry, qu’il faudra juger définitivement à l’aune du second volet. Mais à mi-parcours, la fresque, qui lorgne aussi vers le cinéma de David Lean (le fameux raccord allumette-soleil est même cité dans une transition impliquant un cigare), fait à ce stade plutôt pschitt, autant sur le terrain de la pyrotechnie que sur celui du <em>biopic</em> aiguisé.</p>
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		<title>The Scores (ep.8) : Fetva</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-8-fetva/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:31:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Fetva est DJ. Kiosk Radio · Outsiders: The Scores w/ Fetva @ Kiosk Radio 20.05.2026 ﻿...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-8-fetva/" title="Read  The Scores (ep.8) : Fetva">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur </em><a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Kiosk Radio</em></a><em> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Fetva est DJ. </em></p>
<div style="font-size: 10px; color: #cccccc; line-break: anywhere; word-break: normal; overflow: hidden; white-space: nowrap; text-overflow: ellipsis; font-family: Interstate,Lucida Grande,Lucida Sans Unicode,Lucida Sans,Garuda,Verdana,Tahoma,sans-serif; font-weight: 100;"><a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Kiosk Radio" href="https://soundcloud.com/kioskradio" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> · <a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Outsiders: The Scores w/ Fetva @ Kiosk Radio 20.05.2026" href="https://soundcloud.com/kioskradio/outsiders-the-scores-w-fetva" target="_blank" rel="noopener">Outsiders: The Scores w/ Fetva @ Kiosk Radio 20.05.2026</a></div>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2324708747&amp;color=%23ff5500&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></p>
<p>Je suis très heureuse d’avoir travaillé sur ce mix, car il n’y a rien que j’aime plus que de partager un bon film avec des amis.</p>
<p>Il n’y a pas de thème précis, juste une sélection de morceaux qui me sont venus à l’esprit lorsque je me suis demandée : « Quelles bandes originales ai-je vraiment aimées ? ».</p>
<p>Sans être nécessairement mes ultimes favorites, ce sont celles qui m’ont profondément marquée musicalement ou que j’écoute au quotidien et, surtout, celles qui, à mon avis, peuvent être agréables à écouter dans un mix.</p>
<p>J’ai aussi inclus mes critiques Letterboxd, comme suggéré par Liyo. <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/16.0.1/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></p>
<p><em>I was very happy to work on this mixtape because there is nothing I love more than watching a good movie with friends. </em></p>
<p><em>There is no specific theme here; it’s a collection of tracks that came to mind when I asked myself, “Which movie scores did I really like?” These are not necessarily my ultimate favorites, but they are the ones that made a huge impact on me musically, or that I play in my daily life and most importantly those that imho could be pleasant to listen to in a mix. </em></p>
<p><em>I’ve also included my Letterboxd reviews, as Liyo suggested. <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/16.0.1/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></em></p>
<h2><em>TITANIC</em> BY JAMES CAMERON</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ A Life so changed — James Horner</strong></p>
<p>Je ne pouvais pas ne pas mettre ce morceau dans le mix. <em>Titanic</em> a été l’un des films les plus importants de ma vie. J’avais 6 ans quand je l’ai vu avec mon grand-père dans un vieux cinéma de Chișinău. Ma vie a changé pour toujours. Ce n’était probablement pas un film pour un enfant de 6 ans, mais bon, c’était l’époque post-soviétique. Mon obsession était profonde. Quand mon père est allé aux États-Unis pour la première fois, il m’a rapporté le CD, que j’ai écouté secrètement un milliard de fois. Il serait difficile de trouver une musique plus gravée en moi que celle-ci.</p>
<p><em>I could not not put this track in the mix. Without a joke, </em>Titanic<em> was one of the most important movies ever for me. I was 6 years old, watching it with my grandpa in an old Kishinev cinema. My life was changed forever. It probably wasn’t a movie for a 6‑year-old, but hey, it was post-Soviet times. My obsession was deep. When my dad went to the USA for the first time, he brought me the official CD, which I secretly listened to a billion times. It would be hard to find music more imprinted on me than this.</em></p>
<h2><em>ORLANDO </em>BY SALLY POTTER</h2>
<p><strong>01′20″ ♪ Pavanne — David Motion, Sally Potter </strong></p>
<p>L’histoire derrière cette bande originale est fascinante. Potter n’avait plus de budget pour engager un compositeur professionnel, mais elle entendait très clairement dans sa tête ce que la musique devait être. Elle a chanté les mélodies à un producteur qui l’a aidée à les enregistrer.</p>
<p><strong>Letterboxd : Méditation sur la beauté. Perfection des costumes et de la bande-son.</strong></p>
<p><em>The story behind this score is fascinating. Potter was completely out of budget to afford a professional composer, but she could hear clearly in her mind what the score should sound like. She sang the melodies to a producer who helped her record them. </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : Meditation on beauty. Perfection of costumes and soundtrack.</em></strong></p>
<h2><em>BARRY LYNDON </em>BY STANLEY KUBRICK</h2>
<p><strong>03′46″ ♪ Saraband — Georges Handel</strong></p>
<p>C’est l’un des premiers films qui me vient quand je pense aux grandes bandes originales. J’ai eu la chance de le découvrir au cinéma. Je venais juste de m’installer en France (en Moldavie, les films de patrimoine sont rarement montrés sur grand écran). Cela m’a énormément marquée.</p>
<p><strong>Letterboxd : Je le regarde chaque fois que j’ai besoin de faire plaisir à mes yeux et à mes récepteurs esthétiques.</strong></p>
<p><em>This is one of the first movies I think of regarding great scores. I was lucky to see it for the first time in a cinema. I had just moved to France; back in Moldova, it wasn’t common to see old movies on the big screen. It marked me a lot. </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : I watch it every time I need to please my eyes and aesthetic receptors.</em></strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/1_titanic_orlando_barrylyndon.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333919" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/1_titanic_orlando_barrylyndon.jpeg" alt width="1150" height="204" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/1_titanic_orlando_barrylyndon.jpeg 1150w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/1_titanic_orlando_barrylyndon-300x53.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/1_titanic_orlando_barrylyndon-1024x182.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/1_titanic_orlando_barrylyndon-768x136.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/1_titanic_orlando_barrylyndon-980x174.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1150px) 100vw, 1150px"></a>
<h2><em>THE PIANO TEACHER </em>BY MICHAEL HANEKE</h2>
<p><strong>04′45″ ♪ Trio En Mi Bémol Majeur Op 100 Andante Con Moto — Franz Schubert</strong></p>
<p>Une bande originale très « schubertienne ». J’ai une playlist des musiques de ce film que j’écoute en permanence. J’aime particulièrement comment on entend la musique provenant des salles de classe en arrière-plan des scènes.</p>
<p><strong>Letterboxd : Un excellent film à regarder pour la fête des mères !</strong></p>
<p><em>A very «Schubert-coded» soundtrack. I have a saved playlist of the music from this movie that I listen to constantly. I particularly love how we hear the music coming from classrooms in the background of the scenes.</em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : A great movie to watch on Mother’s Day!</em></strong></p>
<h2><em>AMADEUS </em>BY MILOŠ FORMAN</h2>
<p><strong>09′14″ ♪ Symphonie Concertante, K 364; 1st Movement — W.A. Mozart </strong></p>
<p>L’exécution est si parfaite… La musique et l’image ensemble. C’est comme un clip musical de trois heures.</p>
<p><strong>Letterboxd : Il y a du drame, il y a de la musique et il y a des costumes absolument délirants. Le Mozart TDAH, beaucoup trop en avance sur son époque, surtout dans ses choix de perruques. Salieri, si frustré sexuellement, aurait probablement dû reconsidérer ce pacte de célibat qu’il avait conclu avec Dieu.<br>
L’apparition inattendue de Miranda, 17 ans, était la cerise sur le gâteau de ce chef‑d’œuvre.<br>
Montage particulièrement génial avec une bande-son remplie de bangers !</strong></p>
<p><em>The way it’s well done…. The music and the image together. It’s like a 3 hour music video.</em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : There is drama, there is music and there is absolutely insane costumes. ADHD Mozart being way too ahead of his time especially with the choice of his wigs. Deeply sexually frustrated Salieri probably should have reconsidered that celibacy dealio he got with god. </em></strong></p>
<p><strong><em>Unexpected appearance of 17 years old Miranda was a cherry on top of this masterpiece of a movie. </em></strong></p>
<p><strong><em>Particularly great montage with absolute bangers soundtrack!</em></strong></p>
<h2><em>GUMMO </em>BY HARMONY KORINE</h2>
<p><strong>11′24″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Harmony Korine est le genre de réalisateur que l’on découvre adolescent et qui nous donne soudain l’impression d’avoir trouvé « notre clan ». Je me souviens avoir vu ce film à 16 ou 17 ans et avoir pensé que rien ne pouvait être plus cool. J’adore toute la bande-son, mais la chanson du coq fait désormais partie de moi, tout comme les cocktails chimiques à la vodka qu’on buvait à l’époque.</p>
<p><em>Harmony Korine is the type of director you watch as a teen and suddenly feel like you’ve found “your people”. I remember watching this at 16 or 17 and thinking nothing could be cooler. I love the entire soundtrack, but the rooster song is part of my system now, just like the chemical vodka cocktails we drank back then.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/2_pianoteacher_amadeus_gummo.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333920" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/2_pianoteacher_amadeus_gummo.jpeg" alt width="1150" height="204" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/2_pianoteacher_amadeus_gummo.jpeg 1150w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/2_pianoteacher_amadeus_gummo-300x53.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/2_pianoteacher_amadeus_gummo-1024x182.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/2_pianoteacher_amadeus_gummo-768x136.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/2_pianoteacher_amadeus_gummo-980x174.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1150px) 100vw, 1150px"></a>
<h2><em>MY OWN PRIVATE IDAHO </em>BY GUS VAN SANT</h2>
<p><strong>12′40″ ♪ The Cattle Call — Eddy Arnold</strong></p>
<p>Comme Harmony, Gus Van Sant et cette chanson en particulier sont comme des madeleines de Proust, qui me rappellent ces moments adolescents où je regardais des films toute la nuit sur l’ordinateur de famille, dans notre appartement de Kishinev.</p>
<p><em>Same as Harmony, Gus Van Sant, and this song in particularly is like a “madeleine of Proust” that brings me to those first moments when I was a teen watching movies all night long on a family computer in the flat in Kishinev </em></p>
<h2><em>ORLANDO </em>BY SALLY POTTER</h2>
<p><strong>14′55″ ♪  The Kiss — David Motion, Sally Potter</strong></p>
<h2><em>SPRING BREAKERS </em>BY HARMONY KORINE</h2>
<p><strong>16′23″ ♪ Ride Home — Skrillex</strong></p>
<p>Tous les morceaux de <em>Spring Breakers</em> sont des bangers ! Je pourrais faire un mix uniquement avec la musique de ce film. Skrillex en producteur d’ambient !!!</p>
<p><em>Every track in this movie is an absolute banger. I could make a mixtape only from music from this movie tbh. </em><em>Skrillex as an ambient producer!!! </em></p>
<p><em> <a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333921" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers.jpeg" alt width="1150" height="204" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers.jpeg 1150w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-300x53.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-1024x182.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-768x136.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-980x174.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1150px) 100vw, 1150px"></a></em></p>
<h2><em>EAT THE NIGHT </em>BY JONATHAN VINEL &amp; CAROLINE POGGI</h2>
<p><strong>18′18″ ♪ See You All — ssaliva</strong></p>
<p>J’adore ce film pour de multiples raisons. Non seulement parce que c’est un super film, mais aussi parce que tant de personnes qui me sont chères ont participé à sa création. Dont ssaliva à la bande-son !</p>
<p><em>I love this movie for multiple reasons. Not only cause it’s such a great movie, but also cause so many people dear to me were involved in it. And the soundtrack by dear ssaliva! </em></p>
<h2><em>NOWHERE </em>BY GREGG ARAKI</h2>
<p><strong>21’12″ ♪ Avalyn II — Slowdive</strong></p>
<p>J’ai revu le film en préparant ce mix. Et je n’arrêtais pas de me dire que j’étais si reconnaissante de l’avoir découvert au début de ma vingtaine, et reconnaissante que ce film existe tout simplement.</p>
<p><strong>Letterboxd : Condamnés par l’érotisme d’une fin inévitable. Si j’étais enlevée par des extraterrestres et allongée sur une table d’expérimentation dans un vaisseau spatial, moi aussi je continuerais probablement à penser à James Duval, je dois dire. La dernière scène représente exactement pourquoi nous avons tous si peur d’aimer et de nous ouvrir aux autres. </strong><strong>Un classique intemporel et incontournable.</strong></p>
<p><em>I rewatched this movie while doing the mixtape. And couldn’t stop thinking how grateful I am that I watched it in the beginning of my 20‘s and how grateful I am for this movie to exist. </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd :&nbsp; Doomed by eroticism of inevitable end. If I would be abducted by aliens and would be laying on an experimental table on a space ship, me too I would still be thinking about James Duval, I must say. </em></strong><strong><em>Last scene is representation of why exactly we all are so afraid to love and open up. Timeless classics and a must see.</em></strong></p>
<h2><em>HACKERS </em>BY IAN SOFTLEY</h2>
<p><strong>26’21″ ♪ The Joker — Josh Abrahams</strong></p>
<p>Après avoir vu ce film enfant (oui, je sais, encore une fois beaucoup trop tôt, mais la télévision était ma baby-sitter), j’ai eu envie de devenir hacker. Il était impossible d’être plus cool que ces personnages. Je l’ai revu récemment et je me suis rappelée à quel point j’aimais la bande-son. Je ne suis pas devenu hacker, mais peut-être que ce film est la raison pour laquelle je suis DJ aujourd’hui :))</p>
<p><strong>Letterboxd : C’est ridicule, c’est stylé et c’est sexy. Les années 90 dans leur âge d’or “<em>The Prodigy</em>”.</strong></p>
<p><em>After watching this movie as a child (yes, I know, again too early, but the TV was my babysitter), I wanted to be a hacker when I grew up. It was impossible to be cooler than those people. I rewatched it recently and remembered how much I loved the soundtrack. I didn’t become a hacker, but maybe this movie is the reason why I’m a DJ now :))</em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : It’s ridiculous, it’s stylish and it’s hot The 90’s in it’s golden prodigy era.</em></strong></p>
<p><em> <a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333922" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers.jpeg" alt width="1149" height="208" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers.jpeg 1149w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-300x54.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-1024x185.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-768x139.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-980x177.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1149px) 100vw, 1149px"></a></em></p>
<h2><em>DEVIL’S PLAYGROUND </em>BY LUCY WALKER</h2>
<p><strong>30’55″ ♪ The Terran Invasion Of Alpha Centauri Year 2794 — DJ Spooky</strong></p>
<p>Ce documentaire que j’ai découvert il y a longtemps sur YouTube y est toujours disponible ! Il parle du <em>Rumspringa</em>, ce moment où les adolescents amish peuvent expérimenter « le monde extérieur ». Je l’adore vraiment, et il y a beaucoup d’Aphex Twin ainsi que d’autres morceaux incroyables dans la bande-son !</p>
<p><em>Oh, it’s this documentary I found a long time ago on YouTube, and it’s still there! It is about </em>Rumspringa<em>, the moment when Amish teens can try to live «the outside world» life. I really love it and there is a lot of Aphex Twin and other amazing tracks!</em></p>
<h2><em>SMILEY FACE </em>BY GREGG ARAKI</h2>
<p><strong>35’15″ ♪ Star Guitar — The Chemical Brothers</strong></p>
<p>Cela se ressent que Araki aime profondément la musique et en écoute en permanence. Et mon dieu, ce morceau !</p>
<p><strong>Letterboxd : Le marxisme sous THC dans une esthétique années 2000 !nLe meilleur rôle d’Anna Faris ! Uncut Gems, mais quand on fume de l’herbe.</strong></p>
<p><em>I love the fact that apparently Araki himself really loves music and listens to it non stop. And omg this track! </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : Marxism on THC in mid 2000’s aesthetics Best role of Anna Faris! Uncut gems but when you smoke weed</em></strong></p>
<h2><em>BERLIN CALLING </em>BY HANNES STÖHR</h2>
<p><strong>38’25″ ♪ Azure — Paul Kalkbrenner</strong></p>
<p>C’est l’une des bandes originales les plus « authentiques » de l’histoire, parce que l’acteur principal, Paul Kalkbrenner, a réellement produit toute la musique en tournant le film. Il ne jouait pas un DJ, il était littéralement le plus grand DJ d’Allemagne à l’époque. Aujourd’hui, le film ne me fait plus le même effet. Je l’ai revu pour ce mix, car la bande-son est vraiment iconique (je l’écoute et je la joue souvent) mais j’ai été un peu déçue.</p>
<p><strong>Letterboxd : La bande-son est incroyable, mais le film est inutile.</strong></p>
<p><em>This is one of the most «authentic» soundtracks in history because the lead actor, Paul Kalkbrenner, actually produced the entire score while he was filming. He wasn’t just «playing» a DJ; he was the biggest DJ in Germany at the time, altho the movie itself I don’t find that amazing anymore. I rewatched it for this mixtape on purpose because the soundtrack is so iconic. I listen and play it a lot tbh, but was a bit disappointed to watch this movie years after </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd :&nbsp; Soundtrack is amazing, but movie itself is unnecessary</em></strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/5_devilsplayground_smileyface_berlincalling.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333923" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/5_devilsplayground_smileyface_berlincalling.jpeg" alt width="1158" height="210" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/5_devilsplayground_smileyface_berlincalling.jpeg 1158w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/5_devilsplayground_smileyface_berlincalling-300x54.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/5_devilsplayground_smileyface_berlincalling-1024x186.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/5_devilsplayground_smileyface_berlincalling-768x139.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/5_devilsplayground_smileyface_berlincalling-980x178.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1158px) 100vw, 1158px"></a>
<h2><em>SPRING BREAKERS </em>BY HARMONY KORINE</h2>
<p><strong>41’18″ ♪ With you friends, long drive — Skrillex</strong></p>
<p>J’adore Skrillex :))</p>
<p><em>I just love Skrillex very much :))</em></p>
<p><em> <a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333924" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers.jpg" alt width="1280" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers.jpg 1280w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-1024x429.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-768x322.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-980x410.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1280px) 100vw, 1280px"></a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>L’Objet du délit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lobjet-du-delit-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des Noces de Figaro, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lobjet-du-delit-2/" title="Read  L’Objet du délit">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des <em>Noces de Figaro</em>, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la France<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332680_234('footnote_plugin_reference_332680_234_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332680_234('footnote_plugin_reference_332680_234_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332680_234_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332680_234_1" class="footnote_tooltip">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332680_234_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332680_234_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a>, sous la forme d’un film choral ; la troupe composée d’interprètes et de techniciens s’apparente à une colonie de vacances entre adultes qui s’entendent difficilement, avant de se déchirer autour d’une controverse. Car « l’objet du délit » donnant son titre au film renvoie à la question épineuse des violences sexistes et sexuelles dans l’industrie du spectacle, mais aussi à la différence d’appréciation sur ces sujets entre la vieille garde et la jeunesse. Tour de passe-passe, donc : si Jaoui semble d’abord s’emparer de <em>Figaro</em> pour actualiser, en 2026, les enjeux du marivaudage, l’opéra se révèle ici un moyen détourné afin d’évoquer le monde du cinéma, sa gestation épousant les mêmes contours que ceux d’un tournage. « <em>Que faire des phallus&nbsp;?</em>&nbsp;» est le mantra du film&nbsp;; on y répète beaucoup cette question, à propos de colonnes au <em>design</em> équivoque que Mirabelle (Claire Chust), jeune star de la mode catapultée au poste de metteuse en scène afin d’attirer un jeune public d’Instagram, souhaite disposer sur scène pour dénoncer «&nbsp;le patriarcat&nbsp;». <em>L’Objet du délit</em> sera donc une comédie sur #MeToo, la <em>cancel</em>&nbsp;<em>culture</em>, la libération de la parole soi-disant confondue avec le Maccarthysme (le chef d’orchestre joué par Daniel Auteuil redoute de figurer sur une « liste » de grands noms dénoncés par une cantatrice mondialement connue), sur le flou existant entre l’art et le harcèlement déguisé, etc.</p>
<p>Quelques semaines après <em>Juste une illusion</em>, la sortie du film confirme que la comédie populaire est souvent l’endroit où le cinéma français contemporain se branche, de manière conscience ou inconsciente, sur les questions tiraillant la société. Mais la proposition de Jaoui, aussi abrasive que passionnante, s’avère surtout ambiguë&nbsp;dans le regard porté sur les revendications de ses sœurs cadettes. La cinéaste, qui se tient à la fois devant et derrière la caméra, se donne une place étrange au sein de l’intrigue : elle campe une interprète renommée, loin d’être présente à toutes les répétitions, mais qui jouit grâce à sa notoriété d’un poids dans les discussions mouvementées affleurant au sein de la troupe. Autrement dit, Jaoui filme la cohabitation difficile entre plusieurs générations <em>depuis le point de vue de la sienne</em>. Tandis que le scénario fait des blagues sur Mirabelle qui ressasse ses désirs de «&nbsp;sororité&nbsp;» et se lamente à plusieurs reprises de ne «&nbsp;<em>pas avoir su faire le safe space</em> » (!), l’actrice/réalisatrice incarne la voix d’une forme de «&nbsp;féminisme nuancé&nbsp;», sensible à la lutte contre le machisme mais qui lève les yeux au ciel et râle «&nbsp;oh là là…&nbsp;» face au volontarisme de ses jeunes camarades et à leur propension à voir le mal partout. À plusieurs endroits, on rit jaune face aux gags égrainés par le film, qui ouvrent toutefois sur des séquences troublantes, comme celle où une réunion collective déborde pour faire entendre la réalité de traumas vécus par ses membres. La cinéaste penche de cette façon un coup à droite, puis un coup à gauche, zigzaguant sur une piste raide qu’elle dévale à toute berzingue.</p>
<p>Mais la volonté de faire feu de tout bois tout en restant au centre s’affirme progressivement comme un leurre. On voit bien que Jaoui a plus de tendresse pour les vieux mâles, tel le ténor abject accusé par ses partenaires de jeu, que le film exonère d’emblée en faisant du personnage un homosexuel (ce qui invaliderait son geste tenu pour délictueux) ; en définitive, elle posera même sur lui un regard empathique alors que sa « cancellisation » précipite sa fin de carrière. Il est à ce titre frappant que la cantatrice campée par Jaoui soit avant tout là pour incarner, en bout de route, un point médian. Le scénario délaisse les autres enjeux la concernant (sa voix éraillée, ses histoires de famille) pour se concentrer sur la façon dont elle tranche l’orientation des débats en même temps que sa position de cinéaste : féministe mais pas trop, solidaire mais indépendante, plutôt #MeToo mais résolument pas « Balance ton porc ». Cette vision ne surprend guère quand on se rappelle que Jaoui, au moment de quitter le collectif 50/50, confiait : « <em>Je suis du côté des victimes, mais pas si elles s’érigent en persécutrices. Je me revendique féministe, mais pas de ce féminisme-là</em>&nbsp;». Et si <em>L’Objet du délit</em> s’inscrit contre «&nbsp;<em>ce féminisme-là</em>&nbsp;», il célèbre en revanche la promiscuité supposément merveilleuse d’un tournage, où les réunions se mêlent aux pots alcoolisés et les rapports professionnels aux badinages amoureux. À l’heure où le cinéma français fait son <em>aggiornamento</em> suite aux innombrables affaires liées à ce mariage des genres, Jaoui choisit en somme de nager à contre-courant de ce «&nbsp;<em>sens de l’histoire contre lequel on ne peut pas aller</em>&nbsp;» (<em>dixit</em> le personnage d’Auteuil).</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332680_234();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332680_234();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332680_234">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332680_234" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332680_234('footnote_plugin_tooltip_332680_234_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332680_234_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332680_234() { jQuery('#footnote_references_container_332680_234').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332680_234').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332680_234() { jQuery('#footnote_references_container_332680_234').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332680_234').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332680_234() { if (jQuery('#footnote_references_container_332680_234').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332680_234(); } else { footnote_collapse_reference_container_332680_234(); } } function footnote_moveToReference_332680_234(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332680_234(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332680_234(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332680_234(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lobjet-du-delit-2/">L’Objet du délit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Vol de nuit pour Los Angeles</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vol-de-nuit-pour-los-angeles-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vol-de-nuit-pour-los-angeles-2/" title="Read  Vol de nuit pour Los Angeles">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en forme de carnet de voyage feuilleté durant une petite heure se résume ni plus ni moins à son titre : soit un vol de nuit entre New York City Idlewild et Los Angeles. Le personnage principal est un enfant de huit ans passionné d’aviation qui assouvit son rêve en effectuant son premier périple aérien en compagnie de sa mère célibataire Helen, une actrice de seconds rôles. Ce gamin attachant n’est autre que Travolta lui-même, qui met ici en images le souvenir de son expérience mémorable lorsqu’il a mis les pieds dans un avion Constellation de la TWA, à l’orée des années 1960.</p>
<p>La nostalgie tourne à plein régime : intérieurs d’aéroport art déco, cabines cosy, moquettes douillettes, sons étouffés, personnel attentionné… L’avion est un cocon fantaisiste complètement déréalisé, appréhendé uniquement du point de vue de l’enfant. Même si l’idée pouvait s’avérer stimulante, Travolta n’est pas Linklater – autrement dit, ce n’est pas un cinéaste. Sa vision de l’enfance reste figée dans un passé plus morne qu’enchanteur ; elle consiste à accumuler une série d’instantanés dépourvus de profondeur, tout en recourant à une incessante voix off (la sienne), qui s’attache à décrire ce que l’on voit pourtant bien sans elle. Comme rien ne se produit vraiment à l’image, l’insistance est mise sur la narration. Au final, <em>Vol de nuit pour Los Angeles</em> s’apparente essentiellement à un caprice de star bien entourée (la plupart des acteurs sont d’ailleurs des membres de sa famille).</p>
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		<item>
		<title>Cocotte</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cocotte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jugée impropre à la vente en raison de son plumage noir et promise à finir en soupe, une poule refuse son sort tout tracé et s’évade, déterminée à réinventer son destin. Le programme de Cocotte...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cocotte/" title="Read  Cocotte">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jugée impropre à la vente en raison de son plumage noir et promise à finir en soupe, une poule refuse son sort tout tracé et s’évade, déterminée à réinventer son destin. Le programme de <em>Cocotte</em> tient en une ligne, presque un gag : celui d’une poule en cavale. Sur le mode de la comédie animalière (<em>Chicken Run, Babe</em>…), une ville côtière grecque se transforme pour la gallinacée en une série d’épreuves où le moindre trottoir devient un rebord vertigineux et où une course-poursuite avec un renard prend les allures d’un thriller haletant. Si György Pálfi filme son improbable héroïne au ras du bitume, il opte néanmoins pour une mise en scène peu inventive, la saisissant le plus souvent d’un point de vue extérieur, dans une alternance entre plans d’ensemble et gros plans. Un parti-pris quelque peu décevant, tant un tel projet semblait appeler à une véritable immersion dans la perception d’une poule – à l’instar d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>EO</em></a> de Skolimowski, qui épousait le point de vue de l’âne dans des visions plastiques plus audacieuses.</p>
<p><em>Cocotte </em>préfère faire de sa poule une sorte d’enquêtrice que la caméra suit au fil de ses déambulations hasardeuses sur le terrain d’un restaurant où elle a échoué après sa fuite. Celle-ci y découvre des cartons d’électroménager empilés, surprend les allées et venues nocturnes de camions, ou encore assiste à des échanges d’argent liquide. De ces observations fragmentaires émergent les contours d’un sombre théâtre en bord de mer. L’établissement sert en effet de toile de fond à une intrigue secondaire : Nikos, le compagnon douteux de la fille du propriétaire, y orchestre divers trafics. La mise en scène n’en livre d’abord que des indices épars, avant de dévoiler plus frontalement un sordide réseau d’immigration clandestine organisé dans les pièces inoccupées du lieu. À partir de cette révélation, la caméra se détourne de sa protagoniste à plumes, abandonnant son point de vue initial pour se mettre à hauteur d’homme. Le film se focalise dès lors sur des enjeux plus balisés autour de la vie du restaurant, structurant son récit selon un affrontement schématique : d’un côté, l’honnête propriétaire voulant réhabiliter son commerce et, de l’autre, l’escroc, profitant de la discrétion des lieux pour mener ses activités illicites. Au fond, le film ne tire pas grand-chose de la présence de l’oiseau dans cet univers vénal. Ce principe de cohabitation n’alimente <em>in fine </em>qu’un propos lourdement appuyé : en tant que figure candide, la poule devient l’instrument d’un discours opposant l’innocence animale à la corruption inhérente à l’humain. Si l’on pouvait ainsi espérer que <em>Cocotte</em> se détache d’une approche strictement anthropocentrée, cette piste se voit rapidement étouffée par une morale surplombante.</p>
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		<item>
		<title>Colony</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/colony-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=333906</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dix ans après Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence Peninsula, suite ratée de Busan) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/colony-2/" title="Read  Colony">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix ans après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dernier-train-pour-busan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dernier train pour Busan</em></a>, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peninsula/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Peninsula</em></a>, suite ratée de <em>Busan</em>) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train à la verticalité d’une tour. Au sein d’un complexe accueillant à la fois un centre commercial et des bureaux, un virus créé par un scientifique fou et revanchard se répand. Ce n’est toutefois pas tout à fait du «&nbsp;zombisme&nbsp;» pur jus&nbsp;: les infectés deviennent les membres d’une colonie interconnectée (un peu sur le mode des hommes-champignons de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-last-of-us-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Last of Us</em></a>) qui, et c’est le cœur véritable du film, ne cesse d’évoluer en se partageant des informations, sur le mode des fourmis dialoguant par l’entremise de phéromones. Quelques rescapés – dont une scientifique, comprenant vite de quoi il retourne – se rassemblent non pas pour échapper au lieu confiné, mais pour trouver le savant malade à l’origine de l’infection, qui s’est inoculé le vaccin du virus. Rapidement, ce grand méchant se révèle être aussi une figure de marionnettiste, qui a gardé sa conscience humaine tout en étant relié à la ruche.</p>
<p>Ce point de départ permet au film de mettre à jour régulièrement ses règles : les zombies, d’abord, sont des corps rampants se jetant sur leurs proies. Ils apprennent ensuite à marcher, à distinguer les êtres humains des panneaux publicitaires ou des mannequins présents dans les échoppes, puis à se greffer les uns aux autres pour former des créatures à plusieurs têtes et membres, etc. La stratification du décor en différents couloirs et niveaux se couple alors à une reconfiguration ludique du fonctionnement même de la série B, qui permet au film de renouer avec l’inventivité de <em>Dernier train pour Busan</em>, mais aussi de reparcourir à vitesse grand V une histoire de l’évolution du genre. Par exemple, le décor originel de la galerie marchande rappelle le canonique <em>Dawn of the Dead</em>, tandis que l’apprentissage par les zombies de gestes moteurs élémentaires renvoie au stade atteint par les morts-vivants de <em>Land of the Dead</em>, l’un des derniers films de Romero. Dans le détail, <em>Colony</em> n’est toutefois pas aussi réjouissant que <em>Dernier train…&nbsp;</em>: il souffre parfois d’un découpage brouillon (cf. une scène dans un ascenseur où l’action n’est pas très lisible, des personnages disparaissant sans que l’on sache trop comment), mais Yeon Sang-ho a le mérite de faire de son dispositif la matrice d’un film de zombies assez malin, qui oppose un réseau collectif (celui des zombies) à un groupe humain rongé de l’intérieur par son manque de solidarité. Si bien que <em>Colony</em> finit par renouer, dans ses plis, avec la part politique propre au genre, dont il actualise la logique : la dissolution de l’individu n’apparaît pas ici comme un châtiment, mais comme le révélateur de l’atomisation&nbsp;de la société sud-coréenne.</p>
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		<title>Cannes 2026, un festival de son temps</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/cannes-2026-un-festival-de-son-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 May 2026 17:27:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le palmarès du 79ᵉ&#160;Festival de Cannes affiche une couleur politique un peu trompeuse, qui reflète mal la teneur d’une compétition (et plus largement d’une édition) où de nombreux films ont tenté de se brancher sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/cannes-2026-un-festival-de-son-temps/" title="Read  Cannes 2026, un festival de son temps">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le palmarès du 79ᵉ&nbsp;Festival de Cannes affiche une couleur politique un peu trompeuse, qui reflète mal la teneur d’une compétition (et plus largement d’une édition) où de nombreux films ont tenté de se brancher sur le tumulte de l’époque. Les prix attribués à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Coward</em></a> (interprétation masculine) et <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Bola Negra</em></a> (mise en scène) ont ainsi récompensé des récits d’émancipation <em>queer</em>&nbsp;dont l’élan romanesque se déploie au détriment de leur dimension historique. Chez Lukas Dhont, cette substitution s’incarne par une opposition schématique entre la violence du charnier de 14–18 et le <em>safe space</em> de revues militaires où les deux personnages principaux apprivoisent leur désir naissant. Plus gênant, la fresque épaisse de Javier Ambrossi et Javier Calvo s’attarde notamment sur une ébauche de romance liant Sebastián, un phalangiste que l’on voit dans l’introduction intimer à sa mère d’exécuter le salut fasciste, et Rafael Rodríguez Rapún, le compagnon du poète Federico García Lorca, qui combat dans le camp républicain durant la guerre civile espagnole. Le dénouement du film est particulièrement embarrassant : le resserrement de la caméra sur Sebastián au milieu d’une foule acquise à la cause de Franco vaut comme relégation hors du cadre de l’engagement fasciste du personnage<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_333901_242('footnote_plugin_reference_333901_242_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_333901_242('footnote_plugin_reference_333901_242_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_333901_242_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_333901_242_1" class="footnote_tooltip">Par ailleurs rapidement traité&nbsp;: plus tôt, au détour d’une réplique, il confiait s’être retrouvé dans ce camp un peu par hasard.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_333901_242_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_333901_242_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, pour se concentrer sur la trame sentimentale et mémorielle du récit. Passons aussi rapidement sur <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fjord/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Fjord</em></a>, auréolé d’une Palme d’or assez inutile – Mungiu était d’ailleurs le seul, parmi les cinéastes en lice, à avoir déjà reçu la récompense suprême. La «&nbsp;politique du doute&nbsp;» (et politique du pire) sur laquelle repose le montage et la mise en scène construit une ambiguïté de façade permettant de mettre dos à dos l’intégrisme religieux et un supposé «&nbsp;wokisme&nbsp;» qui, sous ses atours progressistes, serait tout aussi totalitaire.</p>
<h2>À point nommé</h2>
<p>Certes, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/minotaure/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Minotaure</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Notre salut</em></a> étaient moins ambivalents. Le second, très bien accueilli à Cannes par la presse française, est reparti avec un prix du scénario qui a frustré ses défenseurs, quand bien même il sacre&nbsp;la qualité première du film, reposant sur une étude de personnage fouillée et un travail sur la langue (le parler d’aujourd’hui, les lettres terribles et belles que l’épouse d’Henri envoie à ce dernier). Mais la part politique du festival n’a jamais été plus saillante qu’en dehors des films. Ainsi, en amont du festival, des critiques légitimes sur le manque de diversité géographique et culturelle des profils retenus au sein de la compétition&nbsp;; du discours d’Andreï Zviaguintsev au moment de recevoir son grand prix, durant lequel le cinéaste russe en exil s’est directement adressé à Vladimir Poutine&nbsp;; ou encore de la tonitruante fronde du cinéma français contre la figure de Vincent Bolloré. Dès le premier jour du festival, <a href="https://www.liberation.fr/culture/depardon-binoche-haenel-600-professionnels-du-cinema-denoncent-lemprise-de-bollore-sur-le-septieme-art-20260511_FZW7WRBEXNDPVK5MAUTSFF6EHE/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une tribune publiée dans <em>Libération</em></a> a allumé la mèche de <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la poudrière</a><u>,</u> avant que la menace d’une mise au banc des signataires soit brandie par le directeur de Canal +, Maxime Saada – engendrant un classique «&nbsp;effet &nbsp;Streisand&nbsp;» (ironiquement, l’actrice recevait cette année une Palme d’or d’honneur) et le ralliement à la tribune d’acteurs internationaux (Mark Ruffalo, Javier Bardem, etc.). Cette repolitisation du festival est salutaire, même si elle a pu parfois faire écran dans la réception des films eux-mêmes. L’enthousiasme (voire l’emballement) autour de <em>Notre salut</em> peut ainsi s’expliquer par le contexte politique français (la menace de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite) et le contrepoint quasi immédiat que le film propose à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Rayons et les Ombres</em></a> de Xavier Giannoli), tandis que ses diatribes contre les politiques macronistes, même les plus appuyées, ont ravi. En cela, son titre international, «&nbsp;<em>A Man of His Time</em>&nbsp;» (un homme de son temps), s’applique autant à la figure veule d’Henri qu’à celle d’Emmanuel Marre, dont le film tombait à point nommé.</p>
<p>Cela n’a pas été le cas de l’autre film français présenté en compétition se déroulant sous l’Occupation. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Moulin</em></a> de László Nemes semble quant à lui avoir trébuché dans un trou noir, au point qu’il n’a quasiment pas été discuté, la faute à une tenaille qui s’est installée autour du film, avant et après sa projection. Avant&nbsp;: la messe paraissait dite au regard de l’étrangeté profonde du projet (Gilles Lellouche en Jean Moulin, filmé par le réalisateur du <em>Fils de Saul</em>, le tout financé par TF1) – y compris dans nos rangs, où l’on redoutait le film plus qu’autre chose. Après : au cours d’une conférence de presse assez catastrophique, Nemes n’a pas arrangé ses affaires en livrant une réponse particulièrement maladroite suite à une question piégeuse adressée à son acteur. Le film vaut pourtant bien mieux que cette double image qui lui a collé à la peau&nbsp;: Nemes dépeint l’Occupation comme un labyrinthe plongé dans la pénombre où la figure de Moulin, en «&nbsp;résistance&nbsp;» littérale, essaie de se frayer un chemin (d’abord vers la vie, puis vers la mort). Le film, qui se revendique de Melville et de la photographie de Brassaï, orchestre un ballet d’ombre d’une splendeur aussi majestueuse que parfois suffocante pour accompagner Moulin aux portes de l’enfer. Sans doute, le parti pris détonnait au sein de la sélection, mais la minutie de sa mise en scène, qui joue beaucoup sur le hors-champ et la profondeur du noir, est très éloignée de la caricature de film tortionnaire qu’on en a faite.</p>
<h2>Merci Alain Cavalier</h2>
<p>Quid, plus globalement, du cinéma français, qui débarquait avec une délégation de films cette année astronomique, en compétition mais aussi ailleurs&nbsp;? Fait rare, les films préférés au sein de la revue sont presque tous français&nbsp;: le sublime <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Merci d’être venu</em></a> d’Alain Cavalier, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soudain</em></a> de Ryūsuke Hamaguchi, <em>Moulin</em> donc, mais aussi <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-gradiva/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Gradiva</em></a> de Marine Atlan ou <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Roches rouges</em></a> de Bruno Dumont. Des films fort différents, qui se sont distingués dans un festival où le gros du cinéma français a souvent paru travaillé par son surmoi littéraire. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-paralleles/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires parallèles</em></a><em>,</em> <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vie d’une femme</em></a> ou même <em>Notre salut</em> partaient ainsi d’une matière écrite (un roman, un pamphlet, des lettres) structurant l’agencement du récit, tandis qu’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/histoires-de-la-nuit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la nuit</em></a> adaptait le livre de Laurent Mauvignier. À ce poids de la littérature ont répondu les dispositifs quasi expérimentaux de Dumont ou Hamaguchi (qui tente d’inventer une hétérotopie langagière et humaine), tandis que Cavalier, en agençant une suite de chutes de son journal filmé, parachève son œuvre avec une ultime pièce dont les visions du ciel et les éclats chromatiques évoquent parfois <em>Adieu au langage</em> de Jean-Luc Godard. «&nbsp;Merci d’être venu&nbsp;», magnifique titre, pourrait être aussi la maxime de cette édition qui, en dépit de son ambiance électrique, s’est aussi imposée comme la meilleure de mémoire récente, si l’on compile les films accomplis et ceux, plus bizarres et singuliers (exemplairement <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hope</em></a> de Na Hong-Jin, qui devrait sortir dans un montage légèrement revu). Cette année, le festival fut, au-delà de ses défauts habituels (un mélange hasardeux de glamour et de grandes déclarations politiques&nbsp;; une foire annuelle du cinéma d’auteur déguisée en pèlerinage cinéphile) le théâtre d’un petit décentrement : les films les plus réussis ont tous surpris (mêmes ceux que l’on attendait au tournant) et la pluralité des propositions dessine une année cinématographique déjà d’un haut niveau.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333901_242();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333901_242();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_333901_242">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_333901_242" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_333901_242('footnote_plugin_tooltip_333901_242_1');"><a id="footnote_plugin_reference_333901_242_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Par ailleurs rapidement traité&nbsp;: plus tôt, au détour d’une réplique, il confiait s’être retrouvé dans ce camp un peu par hasard.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_333901_242() { jQuery('#footnote_references_container_333901_242').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333901_242').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_333901_242() { jQuery('#footnote_references_container_333901_242').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333901_242').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_333901_242() { if (jQuery('#footnote_references_container_333901_242').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_333901_242(); } else { footnote_collapse_reference_container_333901_242(); } } function footnote_moveToReference_333901_242(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333901_242(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_333901_242(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333901_242(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/cannes-2026-un-festival-de-son-temps/">Cannes 2026, un festival de son temps</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Histoires de la nuit</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/histoires-de-la-nuit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 14:04:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette dernière édition du festival a été en grande partie hantée par la littérature : La Bola Negra, L’Inconnue et le Journal d’une femme de chambre sont des adaptations, Fatherland propose une biographie romancée de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/histoires-de-la-nuit/" title="Read  Histoires de la nuit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette dernière édition du festival a été en grande partie hantée par la littérature : <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Bola Negra</a>, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/linconnue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Inconnue</a></em> et le <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Journal d’une femme de chambre</em></a> sont des adaptations, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fatherland/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Fatherland </em></a>propose une biographie romancée de l’écrivain allemand Thomas Mann et plusieurs productions reposent sur une structure romanesque (le chapitrage pour <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vie d’une femme </em></a>et <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Quelques jours à Nagi</em></a> ou le processus d’écriture pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/autofiction/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Autofiction</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vénus électrique</em></a>). En cohérence, la compétition s’achève sur la transposition à l’écran du polar de Laurent Mauvignier, <em>Histoires de la nuit</em>. Le récit est relativement simple : la soirée d’anniversaire de Nora (Hafsia Herzi), mère d’Ida (Tawba El Gharchi) et épouse d’un fermier, Thomas (Bastien Bouillon), est parasitée par le retour d’une vieille connaissance, Frank (Benoît Magimel), petit mafieux tout juste sorti de prison. Accompagné de ses frères, il prend en otage la famille ainsi que leur voisine, Cristina (Monica Bellucci), une artiste peintre qui s’occupe parfois de leur fille. La réalisatrice navigue donc entre les eaux du thriller, du film social et du drame familial, sans toutefois jamais réussir à transcender ce mélange des genres.</p>
<p>Dès le début, on comprend que Nora cache un lourd secret, le récit s’attardant sur un élément bénin, grâce auquel elle sera retrouvée par Frank : elle souhaite qu’une vidéo de famille publiée par sa fille sur Tiktok et devenue virale soit supprimée. La scène s’achève sur une réplique assassine d’Ida à sa mère : «<em>J’aimerais être comme toi : orpheline.</em>» En soulignant de la sorte certains éléments de l’intrigue (l’enfant menace réellement de perdre ses parents en les exposant sur Internet), le film semble plus occupé à durcir l’ossature du roman qu’à l’emmener sur un terrain proprement cinématographique. Cette manière de muscler les coutures du scénario s’accompagne par ailleurs d’une faiblesse narrative : les dialogues entre Cristina et son ravisseur appuient un discours grossier sur la différence de classe et de capital culturel, les deux collègues de Nora, invitées à sa fête, n’ont pas vraiment de substance, tandis que le caractère dysfonctionnel du couple est lourdement suggéré par leur absence de vie sexuelle, sans que le la cinéaste ne prenne le temps de poser un regard sur leur relation. Quelques qualités visuelles se dégagent néanmoins lorsque Mysius se concentre sur l’enfant : à quelques minutes de la fin, la lumière qui baigne le visage d’Ida dans la pénombre prépare l’importance qu’elle aura dans le dénouement. On pourrait même avancer que, dans un film où on ne sent presque aucun choix dans la direction d’acteurs, la petite Tawba El Gharchi sort du lot. C’est peut-être la seule marque d’autrice dans la filmographie de Léa Mysius : un don particulier pour filmer la fin de l’innocence.</p>
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		<title>L’Aventure rêvée</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/laventure-revee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 14:00:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Aventure rêvée&#160;ressemble tout d’abord à&#160;une suite de&#160;Western, puisque le film s’ouvre sur Syuleyman Alilov Letifov au volant d’une voiture quelque part en Bulgarie. Retrouver neuf ans plus tard ces paysages peu filmés au cinéma, ainsi...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/laventure-revee/" title="Read  L’Aventure rêvée">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Aventure rêvée</em>&nbsp;ressemble tout d’abord à&nbsp;une suite de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/western/" target="_blank" rel="noopener"><em>Western</em></a>, puisque le film s’ouvre sur Syuleyman Alilov Letifov au volant d’une voiture quelque part en Bulgarie. Retrouver neuf ans plus tard ces paysages peu filmés au cinéma, ainsi que ce visage à&nbsp;l’expression toujours sereine, porte une promesse de mélancolie que le récit va redoubler. Alilov Letifov ne reprend pas en réalité son rôle de propriétaire d’une carrière, mais joue Saïd, un petit contrebandier de la frontière entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie. De passage dans sa ville natale, Svilengrad, il croise un amour de jeunesse, Veska (Yana Radeva), devenue entre-temps archéologue. Les deux personnages ont plaisir à&nbsp;se tourner autour une journée durant, avant que Saïd ne prenne mystérieusement le large. La narration se reconfigure alors autour de Veska&nbsp;: l’archéologue, dont le prénom évoque celui de Grisebach et qui lui ressemble même un peu (elles sont toutes les deux blondes et semblent avoir le même âge, un peu moins de soixante ans), se mêle alors soudain des affaires de la mafia du coin.</p>
<p>Ce n’est plus un Allemand qui s’installe ici aux tables des Bulgares, mais une femme, induisant d’autres types de rapports conflictuels. La misogynie de cette société masculine, outre les insultes sexistes et les sous-entendus sexuels attendus, s’exprime en vérité surtout par une forme d’étonnement qu’ont les personnages à&nbsp;devoir traiter avec Veska, sans savoir au juste comment s’y prendre. La longue scène où elle se retrouve en face d’Ilya (un autre camarade de jeunesse, qui s’est hissé au sommet de la pègre locale) témoigne bien de cette perplexité. Alors qu’elle lui dit ses quatre vérités, le boss vulgaire répond certes «&nbsp;<em>Comment oses-tu me parler comme ça chez moi&nbsp;?</em>&nbsp;», tel un Joe Pesci d’Europe de l’Est, mais sans broncher, en restant placidement assis, bien qu’il soit éberlué. La cinéaste désosse ainsi le film de gangsters de ses attributs virilistes et spectaculaires (la violence, rare, se déroule en général à&nbsp;l’arrière-plan), pour accompagner une héroïne elle-même imperturbable. Beau personnage que Veska (et superbe actrice), qui apporte à&nbsp;chaque situation une forme de calme raisonné alors même que ses actions relèvent parfois de l’inconscience. Cette «&nbsp;aventure&nbsp;» qu’elle traverse en effet à&nbsp;la manière d’un rêve, lui permet de régler ses traumatismes de jeune femme mêlée à&nbsp;ce milieu, tout en retombant amoureuse, à&nbsp;distance, de Saïd. Mais les deux heures au milieu du film sont trop laborieuses pour que cette idée soit réellement incarnée. L’esquisse d’un film de mafia nonchalant et presque paisible achoppe sur la matérialité de la mise en scène de Grisebach, elle-même assez désinvolte. Pour la réalisatrice, seules comptent les scènes de dialogues, en général à&nbsp;plusieurs, qu’elle découpe conventionnellement sous tous les angles. Si le texte est bien écrit, avec son lot de zones d’ombre et de digressions, les séquences s’enchaînent de façon toujours équivalente, sans réel pas de côté ou respiration, pour suivre l’enquête nébuleuse. Sans les chevauchées de&nbsp;<em>Western</em>&nbsp;et son jeu autour de la traduction (l’impossibilité de communiquer constituait le cœur du film),&nbsp;<em>L’Aventure rêvée&nbsp;</em>s’apparente malheureusement plutôt à&nbsp;une promenade hagarde. Et si la fin suspendue, d’une grande douceur, parvient à&nbsp;émouvoir, elle laisse tout de même l’impression de s’être fait balader pour en arriver là.</p>
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		<title>Le tableau final de la compétition cannoise</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-tableau-final-de-la-competition-cannoise-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 11:23:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-tableau-final-de-la-competition-cannoise-2/">Le tableau final de la compétition cannoise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333845" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-scaled.jpg" alt width="1527" height="2560" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-scaled.jpg 1527w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-179x300.jpg 179w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-611x1024.jpg 611w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-768x1288.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-916x1536.jpg 916w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-1222x2048.jpg 1222w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-980x1643.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-2000x3353.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1527px) 100vw, 1527px"></a>
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		<title>Jour 10 — Coward</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-10-coward/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 09:15:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 10 et clap de fin. Deux de nos rédacteurs discutent de Coward&#160;de Lukas Dhont présenté en compétition officielle. Avec un florilège des films préférés de la rédaction durant le festival. Avec :&#160;Josué Morel...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-10-coward/" title="Read  Jour 10 — Coward">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 10 et clap de fin. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Coward</em></a>&nbsp;de Lukas Dhont présenté en compétition officielle. Avec un florilège des films préférés de la rédaction durant le festival.</p>
<p><strong>Avec :&nbsp;</strong>Josué Morel et Robin Vaz. Ainsi que Marin Gérard, Karim Roussel et Juliette Conti pour la séquence finale.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/19nHi5J32_U?si=EafulN0Ub11E6nHw" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>À l’ombre du festival — Léa Le Dimna</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-lea-le-dimna/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 06:00:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce dernier épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Léa Le Dimna, co-autrice du nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, Soudain. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;:&#160;Luca Mongai. Générique&#160;:&#160;Emile...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-lea-le-dimna/" title="Read  À l’ombre du festival — Léa Le Dimna">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce dernier épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Léa Le Dimna, co-autrice du nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, <em>Soudain</em>.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Mariage au goût d’orange</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mariage-au-gout-dorange/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 22:25:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Chambre 212, le cinéma de Christophe Honoré se donne des atours proustiens. À une méditation sur le temps, Mariage au goût d’orange ajoute le défi de la choralité en faisant la chronique d’un jour...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mariage-au-gout-dorange/" title="Read  Mariage au goût d’orange">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <em>Chambre 212</em>, le cinéma de Christophe Honoré se donne des atours proustiens. À une méditation sur le temps, <em>Mariage au goût d’orange</em> ajoute le défi de la choralité en faisant la chronique d’un jour de noces dans la Bretagne de la fin des années 1970. D’inspiration autobiographique, l’intrigue, d’abord pensée pour le théâtre (la pièce <em>Le Ciel de Nantes</em>) adopte une unité de lieu et d’action à laquelle s’ajoute une poignée de <em>flashforwards</em> qui révèleront le destin du marié, Jacques (Paul Kircher), et de sa sœur, Claudie (Adèle Exarchopoulos). Le film cherche justement à ausculter un groupe (en l’occurrence ici une famille) à différentes échelles : l’une microscopique (le poids d’une journée) et l’autre macroscopique (les sauts temporels et la logique mémorielle). Malheureusement, on peine à éprouver le sens presque organique de la durée qui constitue, dans ses occurrences les plus réussies, l’un des intérêts majeurs du film choral. On trouve déjà les indices de cet écueil dans la scène d’exposition : afin de gagner en naturel, l’action commence presque <em>in media res</em>, dans un mouvement d’agitation collective juste avant la cérémonie, au moment où les invités rejoignent leurs voitures respectives. L’impression de chaos est surtout véhiculée par une série de laborieuses entrées et sorties de scène : le montage est trop rapide pour procurer un sentiment de réel et les dialogues sont démonstratifs (un exemple parmi d’autres : dès les premières minutes, Claudie raconte son histoire personnelle à un cercle de proches qui, de toute vraisemblance, est au fait de ses déboires affectifs), quand ils ne réduisent pas les individus à de vulgaires stéréotypes (le personnage de Vincent Lacoste). En bref : les gens crient pour paraître spontanés et s’agitent pour feindre le désordre. D’une théâtralité convenue, le film enferme le groupe dans les mailles de son scénario.</p>
<p>Quelques séquences peu développées laissent néanmoins percer le regard d’un enfant (peut-être le double d’Honoré) qui garde une réminiscence du drame, sans que le récit aille au bout de cette idée, restant dans une zone limitrophe entre l’omniscience et la subjectivité. Cette hésitation n’est pas le signe d’une indétermination fertile. Elle est plutôt le symptôme d’une incapacité à faire un choix entre la peinture d’une époque et l’exploration mémorielle vers laquelle le film paraît tendre. Dans la continuité de son travail d’adaptation du <em>Côté de Guermantes</em> pour le théâtre (il remplaçait alors les aristocrates par des vedettes des années 1970), Honoré cherche en quelque sorte à trouver une forme retranscrivant l’essence de cette décennie. Mais de cette période, Honoré ne retient que des clichés : la violence masculine décomplexée (pas un, mais deux personnages battent femmes et enfants), la mort de Claude François (et le lot de blagues qui va avec), la Renault 12 ou encore le Tang (la boisson en poudre à l’orange à laquelle fait référence le titre). Pire : une conversation sur les tortures infligées aux indigènes pendant la guerre d’Algérie se dilue sans honte dans les méandres d’un mélodrame.</p>
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		<title>L’Objet du délit</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/lobjet-du-delit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 22:14:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des Noces de Figaro, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/lobjet-du-delit/" title="Read  L’Objet du délit">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des <em>Noces de Figaro</em>, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la France<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332672_256('footnote_plugin_reference_332672_256_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332672_256('footnote_plugin_reference_332672_256_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332672_256_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332672_256_1" class="footnote_tooltip">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332672_256_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332672_256_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a>, sous la forme d’un film choral ; la troupe composée d’interprètes et de techniciens s’apparente à une colonie de vacances entre adultes qui s’entendent difficilement, avant de se déchirer autour d’une controverse. Car « l’objet du délit » donnant son titre au film renvoie à la question épineuse des violences sexistes et sexuelles dans l’industrie du spectacle, mais aussi à la différence d’appréciation sur ces sujets entre la vieille garde et la jeunesse. Tour de passe-passe, donc : si Jaoui semble d’abord s’emparer de <em>Figaro</em> pour actualiser, en 2026, les enjeux du marivaudage, l’opéra se révèle ici un moyen détourné afin d’évoquer le monde du cinéma, sa gestation épousant les mêmes contours que ceux d’un tournage. « <em>Que faire des phallus&nbsp;?</em>&nbsp;» est le mantra du film&nbsp;; on y répète beaucoup cette question, à propos de colonnes au <em>design</em> équivoque que Mirabelle (Claire Chust), jeune star de la mode catapultée au poste de metteuse en scène afin d’attirer un jeune public d’Instagram, souhaite disposer sur scène pour dénoncer «&nbsp;le patriarcat&nbsp;». <em>L’Objet du délit</em> sera donc une comédie sur #MeToo, la <em>cancel</em>&nbsp;<em>culture</em>, la libération de la parole soi-disant confondue avec le Maccarthysme (le chef d’orchestre joué par Daniel Auteuil redoute de figurer sur une « liste » de grands noms dénoncés par une cantatrice mondialement connue), sur le flou existant entre l’art et le harcèlement déguisé, etc.</p>
<p>Quelques semaines après <em>Juste une illusion</em>, la sortie du film confirme que la comédie populaire est souvent l’endroit où le cinéma français contemporain se branche, de manière conscience ou inconsciente, sur les questions tiraillant la société. Mais la proposition de Jaoui, aussi abrasive que passionnante, s’avère surtout ambiguë&nbsp;dans le regard porté sur les revendications de ses sœurs cadettes. La cinéaste, qui se tient à la fois devant et derrière la caméra, se donne une place étrange au sein de l’intrigue : elle campe une interprète renommée, loin d’être présente à toutes les répétitions, mais qui jouit grâce à sa notoriété d’un poids dans les discussions mouvementées affleurant au sein de la troupe. Autrement dit, Jaoui filme la cohabitation difficile entre plusieurs générations <em>depuis le point de vue de la sienne</em>. Tandis que le scénario fait des blagues sur Mirabelle qui ressasse ses désirs de «&nbsp;sororité&nbsp;» et se lamente à plusieurs reprises de ne «&nbsp;<em>pas avoir su faire le safe space</em> » (!), l’actrice/réalisatrice incarne la voix d’une forme de «&nbsp;féminisme nuancé&nbsp;», sensible à la lutte contre le machisme mais qui lève les yeux au ciel et râle «&nbsp;oh là là…&nbsp;» face au volontarisme de ses jeunes camarades et à leur propension à voir le mal partout. À plusieurs endroits, on rit jaune face aux gags égrainés par le film, qui ouvrent toutefois sur des séquences troublantes, comme celle où une réunion collective déborde pour faire entendre la réalité de traumas vécus par ses membres. La cinéaste penche de cette façon un coup à droite, puis un coup à gauche, zigzaguant sur une piste raide qu’elle dévale à toute berzingue.</p>
<p>Mais la volonté de faire feu de tout bois tout en restant au centre s’affirme progressivement comme un leurre. On voit bien que Jaoui a plus de tendresse pour les vieux mâles, tel le ténor abject accusé par ses partenaires de jeu, que le film exonère d’emblée en faisant du personnage un homosexuel (ce qui invaliderait son geste tenu pour délictueux) ; en définitive, elle posera même sur lui un regard empathique alors que sa « cancellisation » précipite sa fin de carrière. Il est à ce titre frappant que la cantatrice campée par Jaoui soit avant tout là pour incarner, en bout de route, un point médian. Le scénario délaisse les autres enjeux la concernant (sa voix éraillée, ses histoires de famille) pour se concentrer sur la façon dont elle tranche l’orientation des débats en même temps que sa position de cinéaste : féministe mais pas trop, solidaire mais indépendante, plutôt #MeToo mais résolument pas « Balance ton porc ». Cette vision ne surprend guère quand on se rappelle que Jaoui, au moment de quitter le collectif 50/50, confiait : « <em>Je suis du côté des victimes, mais pas si elles s’érigent en persécutrices. Je me revendique féministe, mais pas de ce féminisme-là</em>&nbsp;». Et si <em>L’Objet du délit</em> s’inscrit contre «&nbsp;<em>ce féminisme-là</em>&nbsp;», il célèbre en revanche la promiscuité supposément merveilleuse d’un tournage, où les réunions se mêlent aux pots alcoolisés et les rapports professionnels aux badinages amoureux. À l’heure où le cinéma français fait son <em>aggiornamento</em> suite aux innombrables affaires liées à ce mariage des genres, Jaoui choisit en somme de nager à contre-courant de ce «&nbsp;<em>sens de l’histoire contre lequel on ne peut pas aller</em>&nbsp;» (<em>dixit</em> le personnage d’Auteuil).</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332672_256();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332672_256();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332672_256">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332672_256" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332672_256('footnote_plugin_tooltip_332672_256_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332672_256_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332672_256() { jQuery('#footnote_references_container_332672_256').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332672_256').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332672_256() { jQuery('#footnote_references_container_332672_256').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332672_256').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332672_256() { if (jQuery('#footnote_references_container_332672_256').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332672_256(); } else { footnote_collapse_reference_container_332672_256(); } } function footnote_moveToReference_332672_256(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332672_256(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332672_256(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332672_256(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/lobjet-du-delit/">L’Objet du délit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>The Man I Love</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/the-man-i-love/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 18:33:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après un film-conversation qui sortira en septembre (Peter Hujar’s Day) et un passage en France, Ira Sachs revient à un cadre new-yorkais a priori plus classique, dans la continuité de son œuvre du début des...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/the-man-i-love/" title="Read  The Man I Love">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un film-conversation qui sortira en septembre (<a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/" target="_blank" rel="noopener"><em>Peter Hujar’s Day</em></a>) et un <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/passages-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>passage</em></a> en France, Ira Sachs revient à un cadre new-yorkais <em>a priori</em> plus classique, dans la continuité de son œuvre du début des années 2010 (<em>Keep the Lights On</em>, notamment). <em>The Man I Love</em> ne se déroule pas au présent mais à la fin des années 1980, durant l’épidémie du SIDA. Jimmy (Rami Malek), un acteur doté d’une petite notoriété au sein de la communauté queer, paraît d’emblée condamné. La première séquence est d’ailleurs marquée par son absence, lorsque Dennis (Tom Sturridge), son compagnon, parle de lui à Vincent (Luther Ford), leur nouveau voisin. Quelques séquences plus loin, la sœur de Jimmy (Rebecca Hall) versera des larmes après l’avoir vu en bonne santé, sachant que cette accalmie ne pourra pas durer. Sachs accompagne le personnage et surtout son entourage dans cette période où la maladie est temporairement invisible.</p>
<p>À l’amour déjà endeuillé de la sœur et du compagnon s’ajoute celui de Vincent, futur amant de Jimmy, qui refuse d’ouvrir les yeux sur la réalité de son état. Un ballet sentimental se crée ainsi autour du malade, présence magnétique qui attire tous les regards. La caméra elle-même paraît ensorcelée par Rami Malek (qui souvent traverse lentement le cadre), cabotin par excellence, constamment en représentation. Tout le monde semble « normal » à ses côtés, si ce n’est banal, le comédien jouant de son pouvoir d’attraction presque sans le vouloir. Tranchant par sa brièveté au sein de la compétition (1h35), <em>The Man I Love</em> brosse ses personnages en quelques scènes, telles des esquisses, sans qu’ils soient désincarnés. Il y parvient grâce à un sens du casting (citons également Ebon Moss-Bachrach, le merveilleux « cousin » de <em>The Bear</em>, qui incarne le beau-frère de Jimmy), mais aussi à son attention au détail. Le neveu du malade, par exemple, existe à l’écran alors même qu’il a un rôle annexe : en le montrant déjà endormi auprès de son père dans le lit double de la chambre d’hôtel lorsque sa mère rentre tard, ou plus loin, tandis qu’il enregistre docilement avec un caméscope les confessions provocatrices de Jimmy dans une vidéo destinée à ses propres parents, le film dresse le portrait d’un adolescent sensible et timide, lui aussi fasciné par son oncle.</p>
<p>Si la sophistication du film, de sa mise en scène épurée à ses personnages cultivés (Jimmy est un acteur de théâtre <em>underground</em>) le tire certes davantage vers l’élégance que l’émotion, Sachs parvient à dépasser cette limite par la musique, qui occupe ici une place centrale. Le titre renvoie notamment au standard de Gerswhin que chante en intégralité Jimmy dans un cabaret au début du film : outre la beauté de l’interprétation, les paroles au futur et au singulier (« <em>Someday he’ll come along, the man I love</em> ») cultivent alors les espoirs de Vincent, tout en creusant une distance avec Dennis, les deux personnages étant filmés en contrechamp lors du concert, tandis que le regard de Malek passe de l’un à l’autre. Juste avant, lors d’un dîner, les amis et la famille chantaient à tour de rôle des couplets <em>a capella</em>, permettant à chacun de se raconter à travers un air. Une femme entonnait en particulier « Down in the Valley », mélodie de folk traditionnelle dont la mélancolie est d’autant plus étonnante que la chanteuse ne deviendra jamais à proprement parler un personnage : il s’agit d’un moment suspendu dans lequel vient se loger la tristesse que les protagonistes ne parviennent pas ailleurs à exprimer. Dernier exemple : alors que résonne le funèbre «Stabat Mater» de Vivaldi, Vincent lance dans un accès de détresse un morceau disco sur son lecteur cassette, qui est en partie inaudible à cause de la « concurrence » organisée ici par la bande son. Par cette cacophonie (une piste extra-diégétique contre une autre intra), Sachs montre que Vincent ne parvient pas à s’accorder à la vérité : aspirant à vivre une histoire d’amour, il est coincé dans un drame. Quant à Dennis, personnage qui lui non plus ne chantera pas ou n’imposera pas « sa » musique, il vit seulement pour recevoir la lumière de Jimmy, ce que figure un plan sublime dans un couloir d’hôpital, où un train hors champ vient éclairer le décor comme si un spectre l’avait traversé. À l’image de la fin de <em>Love is Strange</em>, Sachs filme la mort par une simple sortie de champ : Jimmy, bête de scène, quitte le film en disparaissant dans les coulisses.</p>
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		<title>Coward</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 16:24:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premières minutes de Coward reconduisent l’esthétique des précédents films de Lukas Dhont : on y retrouve l’idée que la vérité d’un être ne peut émerger qu’en collant au plus près de son visage, par...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" title="Read  Coward">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premières minutes de <em>Coward</em> reconduisent l’esthétique des précédents films de Lukas Dhont : on y retrouve l’idée que la vérité d’un être ne peut émerger qu’en collant au plus près de son visage, par un cadre resserré, une profondeur de champ floutée et une caméra portée attentive aux oscillations des acteurs. Cette focalisation a aussi pour conséquence d’oppresser les corps en faisant de leur environnement un bain de stimuli agressifs. L’inscription du récit dans les camps et les tranchées de l’armée belge durant la Première Guerre mondiale n’induit dès lors pas un changement de braquet par rapport à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/close-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Close</em></a> : le milieu militaire relève d’une aliénation similaire à celui de l’école, redoublée par les invectives virilistes qui fusent – « <em>mauviette</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>pleureuse</em>&nbsp;», etc. La seule originalité du film tient à ce qu’il fait de cet environnement impitoyable la condition paradoxale pour l’aménagement d’une romance gay&nbsp;: Pierre, un fermier pas très loquace, fait la rencontre de l’extraverti Francis qui, en compagnie d’une troupe de soldats blessés, animent une revue théâtrale. Tenant des rôles féminins et jouant sur la flamboyance du travestissement, les soldats, même les plus virilistes, s’accommodent sans arrière-pensée de ces jeux sur le genre, si bien que les deux héros peuvent danser quelques pas ou se mirer du coin de l’œil sans que la dimension interlope de leur désir transparaisse aux yeux des autres.</p>
<p>Sans doute, Dhont force un peu le trait&nbsp;: il est peu vraisemblable que l’ensemble des soldats soit à l’aise avec la «&nbsp;<em>queerness</em> » de Francis et de sa troupe en dehors du strict cadre des représentations (à plusieurs reprises, la revue déborde des tréteaux pour érotiser/ « dé-hétérotiser » le décorum militaire). Mais ce parti pris pourrait avoir le mérite d’installer un cadre singulier si l’entêtement de la mise en scène et un épilogue superflu n’escamotaient pas cette idée : elle reste au stade de promesse non tenue à laquelle Dhont substitue une série de visions à fleur de peau, pour « mesurer » (comme dans l’ultime scène, chez un tailleur) la montée du désir. À cette impasse s’ajoute la lourdeur d’un récit qui table sur la polysémie de la lâcheté du titre : s’agit-il de celle du déserteur, ou de l’homosexuel qui, de peur de ne pas trouver sa place, renoncera à son identité profonde ? L’articulation du vérisme de la guerre avec le rapprochement ouaté des deux soldats énamourés accouche par ailleurs d’une stratégie de rupture de ton (violence directe contre désir différé) et de sous-entendus sexuels (tu l’as vu, mon gros obus ?) qui confirme que Dhont n’est décidément pas l’un des réalisateurs cannois les plus subtils.</p>
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		<title>La Bola Negra</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 14:55:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premiers plans de La Bola Negra ressemblent à des photographies animées : les angles rognés du cadre produisent un effet vintage, tandis que des silhouettes posent au centre de l’image dans un décor rural...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/" title="Read  La Bola Negra">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premiers plans de <em>La Bola Negra</em> ressemblent à des photographies animées : les angles rognés du cadre produisent un effet vintage, tandis que des silhouettes posent au centre de l’image dans un décor rural de l’Espagne de 1937. Une attaque aérienne vient bientôt injecter du mouvement dans cette fixité, tandis que s’élève une musique emphatique – les paroles de la chanson commentent l’action à la façon d’un chœur antique. Très vite, la séquence bascule dans une grandiloquence baroque, culminant lorsque le jeune Sebastián escalade une statue de saint Sébastien en prenant appui sur les flèches qui transpercent le corps de pierre. <em>La Bola Negra</em> affiche de la sorte ses velléités épiques, bientôt prolongées par la structure romanesque du récit, puisque sa narration entrelace trois contextes historiques (1932, 1937 et 2017) afin de suivre trois hommes de milieux différents. Toute la question sera de savoir ce qui les unit, hormis leur homosexualité commune.</p>
<p>La reconstitution de deux époques distinctes sert avant tout d’écrin à une iconographie gay qui met en scène des acteurs aux allures de mannequins. Dans le segment situé en 1937, un jeune fasciste, Sebastián, doit veiller sur un prisonnier républicain blessé, mêlant la figure du martyr christique à une érotisation de la virilité militaire, tandis que la période de 1932 s’intéresse à un <em>twink</em> qui cache son homosexualité pour intégrer un club prestigieux. La période contemporaine débute quant à elle avec les rencontres Grindr d’un trentenaire au physique moins stéréotypé, qui doit bientôt s’occuper de l’héritage de son grand-père. Si les premières scènes sont portées par une bizarrerie <em>camp</em>, ces ruptures sont canalisées par des enjeux narratifs assez conventionnels (des romances, <em>un coming-out</em> difficile, la question de la transmission) et débouchent sur une imagerie timorée (on est plus proche d’un <em>soft porn</em> un peu mièvre que de Derek Jarman). Même la machine narrative manque de brio : les trois trames piétinent, alors que l’ambition historique du film achoppe sur une certaine inconséquence politique – particulièrement dans le segment situé en 1937, qui met sous le tapis l’engagement franquiste de Sebastián. Javier Calvo et Javier Ambrossi peinent par ailleurs à trouver leur conclusion : le film n’en finit plus de finir, alors qu’il a perdu son souffle depuis déjà bien longtemps.</p>
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		<title>Jour 9 — Notre salut</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-9-notre-salut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 09:54:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 9. Deux de nos rédacteurs discutent de Notre salut d’Emmanuel Marre présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à La Détention de Guillaume Massart. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec : Marin Gérard et Robin...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-9-notre-salut/" title="Read  Jour 9 — Notre salut">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 9. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Notre salut</em></a> d’Emmanuel Marre présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Détention</em></a> de Guillaume Massart.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/g3msar9kEAI?si=udyLmz7Cg0GG9n1g" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>La Bataille de Gaulle : L’âge de fer</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 09:44:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, La Bataille de Gaulle débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer/" title="Read  La Bataille de Gaulle : L’âge de fer">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, <em>La Bataille de Gaulle</em> débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a dit non. D’emblée, Antonin Baudry entend restituer la puissance mythologique du général en même temps que désacraliser sa stature. «&nbsp;<em>C’est la débandade, mon colonel&nbsp;»</em>, lui dit un subordonné alors que de Gaulle ne se résout pas à mettre fin au combat. « <em>Ai-je l’air de débander&nbsp;?&nbsp;</em>», lui réplique-t-il avant que, quelques minutes plus tard, sa silhouette longiligne pénètre la tour de la BBC, filmée dans une contreplongée insistant sur la verticalité de l’instant historique (l’appel du 18 juin). Charles de Gaulle, ce serait donc ça : un double-mètre refusant de s’amollir et dont la ferveur patriotique n’a d’égal que la folie des grandeurs. Sur le plan du commentaire historique, <em>La Bataille de Gaulle</em> donne du grain à moudre aux inquiétudes de Roosevelt et consorts, qui voient dans cet homme providentiel autodéclaré la trace d’un narcissisme certain (« <em>C’est moi la France&nbsp;»,</em> tonne-t-il) et un dictateur en puissance (chez lui, le pouvoir se prend et s’impose). Le récit se livre ainsi à un drôle de numéro d’équilibriste, entre les spectacles de Robert Hossein (qui monta en 1999 un show sur de Gaulle au Palais des Congrès de Paris) et le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/napoleon-vu-par-abel-gance/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Napoléon</em></a> d’Abel Gance – auquel le film emprunte l’idée d’un personnage secondaire (ici un jeune gaulliste) incarnant le visage de la France résistante. La reconstitution oscille entre la bouffonnerie mimétique (Churchill, réduit à son essence caricaturale) et le professionnalisme du <em>star system </em>français (Kassovitz, impeccable de rigidité dans le costume de l’ambigu amiral Darlan). L’hésitation contamine surtout la figure du général de Gaulle, un peu embarrassante : il tient à la fois de l’illuminé et du leader charismatique, même si la mise en scène et les dialogues peinent à retranscrire l’aura magnétique du militaire, dont le pouvoir de persuasion accouche régulièrement de coups de force scénaristiques – on ne saisit vraiment pas comment il arrive à fédérer autour de sa personne.</p>
<p>Autre souci qui colle au film de Baudry : la nécessité de ne pas angéliser de Gaulle tout en faisant de lui l’incarnation de la France éternelle, celle de l’Empire colonial sur lequel la stratégie de la France libre repose en grande partie. Le scénario essaie d’éviter les mines en tournant ponctuellement en ridicule l’emphase du général, qui se pâme, alors qu’il traverse en avion les frontières du Cameroun, devant un paysage lui paraissant désormais beau et vert parce que, pardi, on est en France. Ailleurs, de Gaulle devient Delon et parle de lui à la troisième personne ; pas d’anti-moustiques pour le chef, car « <em>Les moustiques ne piquent pas de Gaulle </em>», dixit l’intéressé, qui se retrouve la scène suivante alité par la malaria. Décolonial, cet <em>Âge de fer</em> ? Pas si vite. Quelques plans plus loin, de Gaulle, de retour à Londres, assiste à un bombardement et lâche avec mépris, en contemplant les flammes, «&nbsp;<em>Les barbares !</em> » à l’attention des avions nazis.<b> </b>Qui dit barbares dit nécessairement civilisation (on revient à l’idée d’une jonction entre la frontière géographique et la frontière spirituelle) : le soldat est bien l’incarnation d’une haute idée du pays qui se propage à travers le monde, grandiloquente et un peu compassée. Peut-on faire une hagiographie critique ? C’est le pari impossible de Baudry, qu’il faudra juger définitivement à l’aune du second volet. Mais à mi-parcours, la fresque, qui lorgne aussi vers le cinéma de David Lean (le fameux raccord allumette-soleil est même cité dans une transition impliquant un cigare), fait à ce stade plutôt pschitt, autant sur le terrain de la pyrotechnie que sur celui du <em>biopic</em> aiguisé.</p>
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		<title>Le Château d’Arioka</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-chateau-darioka/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 17:08:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le Japon féodal du XVIe siècle, Araki Murashige (Masahiro Motoki), vassal du seigneur tyrannique Oda Nobunaga dont il ne partage plus les aspirations belliqueuses, se retranche dans son bastion. Les représailles ne vont pas...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-chateau-darioka/" title="Read  Le Château d’Arioka">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le Japon féodal du XVIe siècle, Araki Murashige (Masahiro Motoki), vassal du seigneur tyrannique Oda Nobunaga dont il ne partage plus les aspirations belliqueuses, se retranche dans son bastion. Les représailles ne vont pas tarder : tandis que l’armée d’Oda se rapproche dangereusement, un samouraï est assassiné mystérieusement dans les murs de la forteresse, déclenchant une cascade d’incidents et de meurtres qui vont générer une paranoïa grandissante. On devine ce qui a intéressé Kiyoshi Kurosawa dans le roman <em>Le Samouraï et le prisonnier</em> de Honobu Yonezawa : filmer la suspicion se propageant comme un virus insidieux et drainant la mort dans son sillon. Six ans après le beau <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-amants-sacrifies/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Amants sacrifiés</em></a>, le cinéaste japonais renoue avec le film en costume en investissant cette fois-ci le chanbara. La façon qu’a Kurosawa de louvoyer vers l’obscurité en fait une œuvre non seulement à part dans le genre, qui s’éloigne de l’hommage cinéphilique redouté, mais aussi à l’échelle de sa filmographie.</p>
<p>Au faste des reconstitutions dispendieuses, le Japonais préfère les secrets d’alcôve et l’intimité d’échanges en huis clos, souvent réduits à des tête-à-tête. C’est d’ailleurs étonnant, Kurosawa ayant l’habitude de filmer des personnages peu diserts. Ceux du<em> Château d’Arioka</em> parlent au contraire beaucoup : ils ferraillent d’abord avec les mots avant de prendre en dernière instance les armes. Ils échafaudent des stratégies tortueuses, parfois déroutantes pour le spectateur (l’accumulation de noms et d’informations tend à brouiller la lisibilité de certains enjeux), dont on ne verra jamais ou si peu (une brève scène de bataille) les conséquences à l’écran. Le langage montre ce que les hommes cherchent à cacher, et le héros Murashige s’attelle plus que les autres à cette tâche d’élucidation. D’abord droit dans ses bottes, puis de plus en plus vacillant à mesure qu’il est en proie au doute et au soupçon, le personnage apparaît comme un corps mis à mal qui donne de la voix avant de se risquer à la perdre. Figure de mélancolique tourmenté, il souffre de n’entretenir plus aucun rapport avec une violence guerrière à laquelle il doit son rang. Son enquête policière (le récit s’organise autour d’une succession d’interrogatoires) s’apparente alors à une tentative désespérée de retrouver une humanité en voie de disparition. Kurosawa en fait un personnage captif des décors et de ses contradictions : tel un prisonnier, il est enfermé dedans ou dehors par des surcadrages et paraît voué à tourner en rond dans les mêmes plans de corridors jalonnant une forteresse qui, au fil du récit, ressemble progressivement à un tombeau.</p>
<p>Si Murashige veut s’affranchir de la violence, ses velléités de liberté butent en permanence sur la mort. Cette dernière prolifère au sein du château et emporte un à un les corps. Tapie dans les recoins ou inondant de son ombre envahissante le cachot du traitre Kanbei (capable d’élucider le présent sans bouger de son trou, il demeure symboliquement enchaîné à la mémoire d’un temps mythique), elle est ce que les samouraïs, aveuglés par leurs conflits de clans, redoutent avant toute chose. Voulant absolument fuir cette mort promise, les personnages en deviennent des plus monstrueux pour sauver leur peau, au risque de perdre littéralement la tête. C’est finalement au seul protagoniste féminin du film, Chiyoho (Yuriko Yoshitaka), la femme de Muashige, que reviendra la lucidité de choisir, face à elle, entre « <em>avancer jusqu’au paradis&nbsp;» </em>ou<em> «&nbsp;reculer jusqu’à l’enfer</em> ». Le dilemme est fort, le film aussi.</p>
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		<title>Adieu monde cruel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/adieu-monde-cruel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 12:18:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que ce soit à&#160;travers son générique d’ouverture écrit dans une typographie anachronique ou son ultime panneau «&#160;Fin&#160;», Adieu monde cruel, premier long-métrage de Félix de Givry, affiche explicitement son attachement au cinéma français des années...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/adieu-monde-cruel/" title="Read  Adieu monde cruel">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Que ce soit à&nbsp;travers son générique d’ouverture écrit dans une typographie anachronique ou son ultime panneau «&nbsp;Fin&nbsp;», <em>Adieu monde cruel</em>, premier long-métrage de Félix de Givry, affiche explicitement son attachement au cinéma français des années 1960 et 1970. À&nbsp;quelques détails près (des ordinateurs présents dans un commissariat), le cadre du récit pourrait d’ailleurs être celui de la France d’autrefois, avec ses ados qui s’envoient encore des lettres dans une petite ville de province intemporelle et son jeune héros Otto (Milo Machado-Graner, l’enfant aveugle d’<em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/anatomie-dune-chute-ou-le-cinema-francais-au-tribunal/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Anatomie d’une chute</a></em>) qui ne quitte jamais son blouson de cuir noir. Les références se font parfois plus frontales, à&nbsp;commencer par la voix off de la narratrice confiée à&nbsp;Françoise Lebrun. Quant au personnage d’Otto, il est directement l’héritier des jeunes héros des <em>400 coups</em>, du <em>Souffle au cœur</em>, de <em>Mes petites amoureuses</em> ou de <em>L’Enfance nue</em>&nbsp;: après une tentative de suicide ratée, le garçon de quatorze ans choisit de vivre en marge de la société, se réfugiant dans des bâtiments abandonnés avant de trouver auprès de Léna un soutien qui mutera bientôt en relation amoureuse. Otto semble ainsi évoluer dans un monde imaginaire façonné par le cinéma – la narratrice assume d’emblée qu’il s’agit d’un «&nbsp;conte&nbsp;». De ce parti pris antiréaliste, le film tire ses plus belles idées, surtout dans sa première demi-heure.&nbsp;La photographie accentue les contrastes pour faire d’Otto une silhouette fantomatique, se camouflant dans l’ombre des décors à&nbsp;la manière de Nosferatu. Il devient une figure spectrale, comme dans ce beau plan où il apparaît derrière un rideau blanc translucide. La mise en scène laisse alors planer l’idée qu’il a&nbsp;peut-être finalement réussi sa tentative de suicide, ce que corroborerait le fait que personne n’interagisse avec lui, à&nbsp;l’exception de Léna. Malheureusement, l’ambiguïté sera verbalisée par Léna elle-même, qui se demandera via la voix off si elle n’a pas tout imaginé.</p>
<p>Au-delà de cette maladresse, le véritable problème tient au fait qu’Otto ressemble moins à un personnage fantomatique qu’à un fantôme de personnage réduit à une panoplie stéréotypée – un teint blafard, une frange brune et un blouson noir ne suffisent pas à figurer le mal-être adolescent. En convoquant aussi directement le cinéma de François Truffaut ou de Maurice Pialat, Félix de Givry ne se rend pas service : si chez ces modèles la jeunesse tenait du territoire creusé par des fractures affectives et sociales, la douleur d’Otto s’apparente ici plutôt à un motif référentiel, qui par ailleurs s’estompe rapidement au profit d’une romance adolescente plus conventionnelle. L’opacité psychologique est définitivement sacrifiée dans une conclusion elle aussi décevante : Françoise Lebrun y explicite la morale du film, avant qu’Otto ne lise en off une lettre dans laquelle il présente ses nouvelles résolutions. La mutation d’une figure mal aimable en héros sympathique s’est achevée ; et avec elle, l’hommage à la Nouvelle Vague a basculé vers l’académisme.</p>
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		<title>Death Has No Master</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/death-has-no-master/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 06:24:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Caro (Asia Argento) débarque au Venezuela pour vendre la grande maison de son père, située au milieu d’une plantation de cacao dans la jungle. Elle avait quitté le pays enfant et arrive donc en étrangère...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/death-has-no-master/" title="Read  Death Has No Master">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Caro (Asia Argento) débarque au Venezuela pour vendre la grande maison de son père, située au milieu d’une plantation de cacao dans la jungle. Elle avait quitté le pays enfant et arrive donc en étrangère pour découvrir que le personnel de la maison s’est approprié les lieux décrépis, vestiges de l’époque coloniale. Le générique de début, qui s’enfonce à la suite d’une voiture le long d’une route sinueuse et en pente, annonce la couleur : pour Caro, ce retour « <em>chez elle</em> » sera une descente aux enfers. Si le vieux gardien de la maison l’accueille et l’appelle volontiers « <em>patronne</em> », Sonia (Dogreika Tovar), la servante de l’âge de Caro, refuse de quitter les lieux avec son fils. Le film explore dès lors ces différents rapports conflictuels en reconfigurant les dynamiques de domination.</p>
<p>Jorge Thielen Hedderich imagine sans doute injecter de l’ambivalence à travers son personnage mal aimable, qui revêt bientôt les parures du colonialisme (« <em>il ne vous manque plus que le fouet</em> », lui dit une policière à qui elle est venue se plaindre de la présence des « squatteurs »), mais l’horizon du genre l’empêche d’accéder à cette complexité. De multiples signaux, dont des rêves prémonitoires, indiquent en effet que cette histoire est vouée à se terminer dans le sang. Le cinéaste ne cesse de retarder l’explosion en insistant plutôt sur l’atmosphère poisseuse et la lente déréliction de la femme s’enfermant dans des intérieurs sombres. Passe encore ce récit parfaitement artificiel, mais la mise en scène de Thielen Hedderich ne parvient pas à insuffler le trouble recherché. Elle bute même contre ses intentions, en ne cessant de filmer les personnages non blancs comme des menaces, incapable de prendre de la distance face au ressenti de son anti-héroïne. Le point de vue n’est dès lors pas tordu, mais puant, jusqu’à l’inversion au cœur de l’une des dernières scènes, qui montre Sonia fouetter Caro avec rage, comme une revanche sur l’Histoire. Le bain de sang expéditif qui suit, puis l’ultime symbole appuyé (un personnage qui tente de laver ses péchés dans le bassin aux eaux sombres de la villa) achèvent de faire de <em>Death Has No Master</em> l’un des films les moins inspirés et les plus bêtes de ce festival.</p>
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		<title>Jour 8 — Les Roches rouges</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-8-les-roches-rouges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 06:22:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 8. Deux de nos rédacteurs discutent de Les Roches rouges de Bruno Dumont, présenté à la Quinzaine des cinéastes. Avec une carte blanche consacrée à Her Private Hell de Nicolas Winding Refn. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-8-les-roches-rouges/" title="Read  Jour 8 — Les Roches rouges">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 8. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Roches rouges</em></a> de Bruno Dumont, présenté à la Quinzaine des cinéastes. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Her Private Hell</em></a> de Nicolas Winding Refn.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/PHBfyBlfOBY?si=gBQrNButNIUwl1i3" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Josué Morel et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier :&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>À l’ombre du festival — Guillaume Massart</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-guillaume-massart/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 06:00:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, Guillaume Massart évoque avec nous son nouveau long-métrage documentaire, La Détention, présenté à l’Acid. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;:&#160;Luca Mongai....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-guillaume-massart/" title="Read  À l’ombre du festival — Guillaume Massart">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, Guillaume Massart évoque avec nous son nouveau long-métrage documentaire, <em>La Détention</em>, présenté à l’Acid.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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<div class="podcast_player"></div>
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		<enclosure url="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/ALODF_MASSART.mp3" length="41614028" type="audio/mpeg" />

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		<title>Minotaure</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/minotaure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 16:42:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi Andreï Zviaguintsev a‑t-il décidé de remaker La Femme infidèle de Claude Chabrol ? La réponse se trouve dans l’arrière-plan contemporain du récit (qui n’est pas une simple toile de fond), à savoir la guerre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/minotaure/" title="Read  Minotaure">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi Andreï Zviaguintsev a‑t-il décidé de remaker <em>La Femme infidèle</em> de Claude Chabrol ? La réponse se trouve dans l’arrière-plan contemporain du récit (qui n’est pas une simple toile de fond), à savoir la guerre en Ukraine. Le bourgeois rondelet campé par Michel Bouquet dans le film de 1969 laisse place à un entrepreneur mis sous pression par le maire de sa ville : il lui faut désigner quatorze employés qui seront envoyés au front, dans le cadre de la conscription nécessaire pour maintenir la bonne tenue de « l’opération spéciale » dictée par Poutine. Cette trame occupe une place secondaire par rapport à la ligne principale du scénario – toujours l’histoire d’un homme qui découvre que son épouse a un amant –, mais pas accessoire : elle est le ciment d’un dialogue souterrain que le film entretient avec celui de Chabrol. La question n’est donc pas seulement de comparer la reprise à l’original pour déterminer quelle version est la meilleure, mais de comprendre dans quelle direction Zviaguintsev emmène l’intrigue. Si l’on se prête au jeu des différences, on remarque que <em>Minotaure</em> s’attelle à <em>muscler</em> le scénario de <em>La Femme infidèle</em> et sa thèse. Chez Chabrol, l’assassinat constituait la continuité logique du mode de vie bourgeois du personnage : Charles ne tuait pas par amour ou jalousie, mais parce qu’il était dépossédé d’une de ses propriétés ; sa femme, mais aussi un vieux cadeau de mariage qu’elle avait refilé à son amant. Même l’arme du crime improvisé l’attestait : il s’agissait d’un bibelot décorant la garçonnière de l’amant, une babiole reflétant le cadre social dans lequel se combinait le triangle amoureux.</p>
<p>Là où le film de Chabrol était passionnant, c’était justement dans sa manière de donner corps à cette notion de « nature bourgeoise » par une mise en scène du végétal. La bascule vers la violence était notamment médiée par un jeu sur les fleurs et les plantes, tandis que le dénouement faisait du jardin scintillant de la famille le reflet des pulsions bourgeoises (le film finissait même englouti par le vert, dans un dernier plan hallucinant). Rien de tout ça chez Zviaguintsev – et à vrai dire tant mieux, car refaire Chabrol à la lettre n’aurait pas présenté beaucoup d’intérêt –, sinon une idée voisine : le personnage a cette fois une double nature, permettant de comprendre encore un peu mieux son glissement. C’est à cet endroit que le film trouve sa raison d’être : Gleb n’est pas seulement bourgeois, mais russe. Il est frappant que la scène la plus décevante du remake soit celle, centrale, de la traversée du miroir (filmée d’ailleurs telle quelle chez Chabrol, dont la caméra captait la bascule de Charles par l’entremise d’un reflet). Ce qui faisait le sel du crime — l’organisation de l’espace, l’évolution étrange de la conversation — est remplacé ici par la découverte d’une photo érotique (l’amant de son épouse est photographe) justifiant le coup de sang de Gleb. Mais si le segment est raté, c’est surtout parce qu’il ne permet pas d’accueillir le véritable horizon de la mise en scène de Zviaguintsev, qui s’attèle à réinscrire l’intrigue policière dans un contexte géopolitique, par des inscriptions en arrière-plan (des affiches) ou au premier (des graffitis) : « <em>Soutenez la mobilisation&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>Nique cette guerre</em> », etc. Ce redoublement des causes trouve son acmé dans une idée d’une balourdise étonnante : Gleb ne commet pas ici un meurtre, mais deux. Le premier est direct, tandis que le second implique pour le personnage de se servir justement du contexte de la guerre en Ukraine pour effacer les traces de son méfait. Le personnage cesse ainsi d’être le monstre ambivalent de Chabrol pour devenir un authentique salaud, avec pour conséquence le sacrifice de la suprême perversité irriguant le dernier acte du film de 1969. Ce que <em>Minotaure</em> gagne en clarté politique et acuité contemporaine, il le perd dès lors sur le reste : son écriture (filmique et scénaristique) aura substitué au récit mystérieux de <em>La Femme infidèle </em>(notamment sa fin, aux accents fantastiques) une fable démonstrative. Le sentencieux dernier plan, la tête dans les nuages, échoue alors à prendre la hauteur recherchée&nbsp;; il vaut plutôt comme allégorie d’un film qui, en adoptant un surplomb scénaristique, se sera éloigné du trouble et des non-dits de son modèle.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Notre salut</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 16:00:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On n’y coupera pas&#160;: impossible de ne pas comparer Notre salut à Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli, qui se fixe à peu près la même feuille de route, à savoir ausculter une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" title="Read  Notre salut">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On n’y coupera pas&nbsp;: impossible de ne pas comparer <em>Notre salut</em> à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Rayons et les ombres</em></a> de Xavier Giannoli, qui se fixe à peu près la même feuille de route, à savoir ausculter une figure personnifiant la corruption morale qu’a représenté l’Occupation. Emmanuel Marre suit les pas d’Henri Marre (personnage inspiré par son arrière-grand-père), ingénieur un peu escroc sur les bords qui débarque à Vichy avec sous le bras un essai (baptisé «&nbsp;Notre salut&nbsp;») et l’envie de faire ses preuves dans un pays sonné par la défaite face à l’Allemagne nazie. Son ambition&nbsp;? Tirer profit du marasme pour décaper l’administration française et sa complexe bureaucratie, en promouvant les vertus du «&nbsp;<em>management</em> », concept encore à l’état de balbutiement. Tel le Luchaire de Giannoli, « Monsieur Henri », comme on l’appelle, est un petit aventurier animé par des convictions politiques (un patriotisme apparemment sincère) qui lui servent toutefois d’alibi plus ou moins conscient pour nourrir ses appétits personnels. Personnage bien pensé, auquel Swann Arlaud prête son sérieux volontairement terne : Henri n’est pas un jeune idéaliste – il a déjà 49 ans lorsqu’il arrive sans un sou à Vichy –, ni une figure bien intentionnée qui se voit peu à peu avilie par les circonstances, mais plutôt un fonctionnaire rigoureux, prêt à mettre les mains dans le cambouis pour trouver un nouveau souffle dans un pays coupé en deux. C’est, en somme, un homme de second plan qui brûle de passer au premier, ce que le film pointe à plusieurs reprises : légèrement en retrait sur les photos ou dans les raouts diplomatiques, il n’occupera pas une position supérieure à celle de sous-chef provincial (le film se décentrera d’ailleurs de Vichy pour s’installer à Limoges).</p>
<p>Alors, salaud ou pas salaud&nbsp;? La question morale est évidemment au centre du film, qui montre d’emblée la médiocrité ordinaire de cet homme par une série de scènes le mettant peu en valeur, mais aussi via la correspondance en voix off avec son épouse, qui oscille entre un ton amoureux et une lucidité sur les travers de ce mari décevant. Dans le carton final, on découvre que le film a été inspiré par les lettres véritables des aïeux du cinéaste. Ce procédé narratif sert parfois de béquille dans la première partie pour insuffler une profondeur romanesque et une ambivalence aux déambulations miteuses d’Henri dans les couloirs des ministères de Vichy, où il peine à faire son trou. Le film ne brille de fait pas sur le terrain de sa mise en scène, qui rejoue en partie la forme «&nbsp;embarquée&nbsp;» et nerveuse de <em>Rien à foutre</em>, mais se distingue par la manière dont il installe une série de situations permettant l’étude de son personnage et des rouages de la machine vichyste. En ce sens, <em>Notre salut</em> est aussi un film de montage qui tente de chercher la faille, l’écart révélateur de la nature profonde de son personnage.</p>
<h2>En miroir</h2>
<p>C’est ainsi qu’il faut comprendre deux scènes musicales anachroniques, qui cultivent une perspective plus fantaisiste pour accentuer un décalage du regard sur le personnage : la première se superpose à une scène charnière, quand la seconde précède un dialogue révélant aux yeux de son épouse à quel point Henri s’est enfoncé dans la compromission. Ces interludes « pop » mis à part, le scénario se concentre davantage sur la matière administrative et l’intimité d’Henri, qui est rejoint au cœur du récit par sa famille. Mais ici et là, cette étude de caractère minutieuse est rattrapée par une propension à appuyer le trait. À nouveau, Marre passe par un dispositif textuel permettant de commenter l’action d’Henri, en jouant cette fois sur les affiches et slogans pétainistes (quand ce n’est pas le portrait du Maréchal) qui lèchent le bord du cadre ou tapissent l’arrière-plan. Dans une scène où Henri contribue au «<em>&nbsp;ramassage&nbsp;</em>» de centaines de juifs, une pancarte prônant « l’obéissance » au fond du plan vient mettre en exergue la dégringolade du petit administrateur, convaincu qu’il ne fait que suivre les ordres et opter pour la moins mauvaise option. Ailleurs, Marre use de ce procédé pour tisser des liens insistants avec l’actualité : de retour à Paris alors que se profile l’écroulement du régime, Henri se tient devant une affiche sur laquelle se détache le slogan « en marche » (en l’occurrence, contre le bolchévisme).</p>
<p>Mention qui n’a rien d’anodin, car l’une des thèses manifestes du film est que le fascisme ne s’installe pas du seul fait de l’extrême droite. Les méthodes d’Henri (qui prône une évaluation humiliante des travailleurs pour maximiser leur rendement) et celles de son département, consacré à la lutte contre le chômage, font penser aux politiques du centre-droit français contemporain – notamment dans le contrôle des chômeurs. Comme Giannoli, Marre revient à l’Occupation pour en faire le miroir difforme de la France de 2026. Cette fois-ci, ce n’est pas la presse qui est visée, mais plutôt les consortiums de grands patrons, ainsi que les fonctionnaires diligents qui, sous couvert de bon sens et d’intelligence pratique, organisent le pire du pire. Ce versant critique du film, plus volontariste par sa manière de jeter des ponts avec le présent, est cependant compensé par une certaine densité narrative qui fait de <em>Notre salut</em> une étude plus patiente et habile que la chute opératique des Luchaire, à la fois trop complaisante et redondante dans sa peinture d’une déchéance. Marre, lui, reste collé à son personnage pour tenter d’en tirer le portrait d’un milieu tout entier (c’est le geste de l’ouverture, où la caméra part d’un gros plan sur Arlaud avant de décentrer pour filmer une assemblée hétéroclite de futurs collabos) et de sonder ses ambivalences sans trop chercher à ménager une complexité d’apparat. À quelques exceptions près : le montage souligne parfois l’inconséquence d’Henri (exemple : après une scène où il demande à son épouse dans une lettre de se serrer la ceinture, on le voit chez un tailleur pour finaliser la confection d’un élégant costume) ou au contraire cherche à relancer le doute sur sa nature profonde. Ainsi d’une séquence où Henri semble refuser de dénoncer son ancien responsable administratif, au titre que ce dernier, malgré leurs désaccords, serait un authentique « <em>patriote</em> ». Son interlocuteur éclate alors de rire et sa réplique, « <em>Tu déconnes ?</em>&nbsp;», paraît avant tout là pour tourner en dérision la solidité des convictions d’Henri –&nbsp;être patriote à l’heure de la nazification, quelle drôle d’idée. Mais l’ellipse qui ponctue la scène permet au scénario de ne pas trancher la situation donnée, de distiller une incertitude pour réalimenter un peu facilement la question morale au centre du scénario et catapulter le personnage à Paris, théâtre du dernier acte. <em>Notre salut</em> est donc en définitive un film très imparfait, mais qui a le mérite de prendre son affaire au sérieux&nbsp;par le fourmillement de son récit – ce qui, en ces temps troublés, n’est pas négligeable.</p>
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		<title>Les Roches rouges</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 14:45:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si le cinéma de Bruno Dumont s’est déjà aventuré en dehors de son terreau originel, le Nord de la France, jamais un décentrage géographique n’avait eu un tel impact sur son esthétique que dans Les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/" title="Read  Les Roches rouges">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le cinéma de Bruno Dumont s’est déjà aventuré en dehors de son terreau originel, le Nord de la France, jamais un décentrage géographique n’avait eu un tel impact sur son esthétique que dans <em>Les Roches rouges</em>. Le début est un éblouissement&nbsp;plastique&nbsp;: Dumont filme la Côte d’Azur comme un peintre découvrirait une nouvelle contrée dont les couleurs et la lumière lui sautent à la figure, dans un mélange de magnificence et de violence sensorielle. L’impression de dépaysement est renforcée par le fait que Dumont et son chef opérateur Carlos Alfonso Corral (révélé par son travail chez Roberto Minervini) adoptent deux paramètres que l’on n’associerait pas intuitivement à la filiation «&nbsp;bressono-dreyerienne&nbsp;» du cinéaste&nbsp;: le grand angle et la caméra portée. Les doutes que pouvait susciter ce virage formel s’estompent en une poignée de secondes, alors que Dumont filme en contrebas un train, puis un enfant sous la lumière dure du soleil. C’est comme si le cinéaste opérait une révolution copernicienne (le Sud, le tremblé de la caméra, le grand angle) pour revenir à l’essence même de son cinéma, mais aussi du cinéma tout court&nbsp;: filmer des trains, des enfants, des visages jamais regardés, des corps s’animer dans des plans étirés – tels ceux où Géo (Kaylon Lancel), un blondinet chétif de cinq ans, fait étalage de ses tics et de ses convulsions permanentes. Révolution, là encore&nbsp;: <em>Les Roches rouges</em> adopte le récit le plus minuscule et épuré de la filmographie de Dumont. L’intrigue suit deux bandes d’enfants, une locale, une de touristes, dont deux membres tombent amoureux – ledit Géo et la petite Ève. Et c’est à peu près tout&nbsp;; les enjeux profonds du film ne perceront que par la mise en scène, qui organise un chapelet de séquences tantôt inquiétantes (les enfants sont souvent filmés comme une présence mutique et menaçante, façon <em>Le Village des damnés</em>), tantôt à la recherche d’une élégie aux accents mystiques. Le film s’articule notamment autour des fameuses roches rouges, du haut desquelles les enfants s’amusent à sauter, en dépit du danger que représente ce décor escarpé. Ici, le film vise une forme de «&nbsp;spectaculaire documentaire&nbsp;», en alternant des plongées, contre-plongées et plans de loin qui nous montrent les enfants réduits à des points de couleurs (leurs maillots de bain), escaladant telles des araignées les bords de mer dentés.</p>
<p>Il y a bien du «&nbsp;montage interdit&nbsp;», qui révèle que les enfants ne sont pas <em>réellement </em>mis en danger au tournage, mais les séquences travaillent une incertitude en la matière en même temps qu’une forme de suspense quasi métaphysique, les personnages contemplant l’abîme avec gravité, tandis que leurs compagnons, le visage fermé, assistent aux sauts comme s’il s’agissait d’un rituel occulte. Je devine qu’à la lecture de ces lignes, des détracteurs de Bruno Dumont fronceront les sourcils : indubitablement, <em>Les Roches rouges</em> ne convaincra pas celles et ceux qui considèrent que le cinéaste se repaît de la bizarrerie des prolos qui passent devant sa caméra, ou que sa mise en scène recourt à une froideur aux accents sadisants. Il y a en effet quelque chose <em>d’écrasant </em>dans la manière dont la caméra filme Géo pour la première fois, comme un fascinant petit phénomène de foire en train de rôtir sous le soleil. Mais le montage raconte aussi autre chose&nbsp;: l’articulation d’une échelle gigantesque (le panorama de la ville, les arcs du pont sous lequel se tient le gringalet) avec la profondeur infinie d’un visage contemplant le monde et qui est irradié en retour. Dans la première partie, cette logique tourne à plein&nbsp;: la mise en scène ne cesse de télescoper des panoramas avec des plans collés de près aux enfants, pour accentuer leur dimension lilliputienne ou, au contraire, renverser ce rapport hiérarchique entre l’humain et le paysage. Dans un beau plan où Géo et Ève bafouillent leurs sentiments, la caméra saisit les enfants dans les hauteurs de la région, avec en arrière-plan le pont de l’ouverture, réduit à la taille d’une miniature. Cette élasticité, on la retrouve aussi dans de nombreuses séquences où l’on sent que Dumont, <em>a contrario</em> de sa méthode habituelle, qui joue certes sur de l’improvisation mais aussi sur une direction d’acteur poussée (en guidant ses interprètes via des oreillettes), essaie cette fois-ci de se caler sur l’imprévisibilité d’un corps enfantin ou le bon vouloir d’un chien que l’on appelle dans le champ.</p>
<p>Essaie, car, et c’est ce qui fait autant l’intérêt que la limite du film, le cinéma de Dumont ne semble plus tout à fait relever de l’évidence. La ligne de partage dans la filmographie du cinéaste ne s’organise peut-être finalement pas autour de son virage vers la comédie (<em>P’tit Quinquin</em>) et des embardées fantaisistes qui ont suivi, mais davantage à partir d’un horizon constituant la finalité de son esthétique – la grâce. Avant, les films étaient ici et là frappés par elle (exemplairement, <em>L’Humanité</em>) ; désormais, depuis disons <em>Jeannette</em>, Dumont <em>la cherche</em>. Elle ne s’impose plus naturellement, mais advient au fil d’un labeur, d’une maïeutique qui voit le cinéaste triturer la durée et les visages (celui de Léa Seydoux dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/france-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>France</em></a>) pour faire émerger un vertige. <em>Les Roches rouges</em> cherche beaucoup et ne trouve pas toujours. On sent parfois que le cinéaste s’attarde sur ses jeunes interprètes pour mettre au jour un élan primitif, mais aussi la trace d’un « Satan en dedans » qui, comme dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hors-satan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hors Satan</em></a>, serait à exorciser par une confrontation, voire un fracas ici littéral de l’humain <em>contre</em> le paysage. Ce processus expérimental touche ceci dit régulièrement à son but de manière insoupçonnée : l’un des plus beaux plans est ainsi celui où Ève, contemplant un train passer, voit soudain son visage auréolé par un reflet lumineux d’une beauté aussi somptueuse qu’imprévue. Dumont navigue de la sorte entre foi dans les fondements primitifs du cinéma et volonté presque théorique de retrouver cette source perdue. À la fin du récit, lorsque Géo remonte sur les roches, deux fantômes de cinéma sont alors convoqués : le petit Edmund d’<em>Allemagne année Zéro </em>de Rossellini et Matahi, le pêcheur de perles amoureux de <em>Tabu</em> de Murnau. La beauté du film tient à cette volonté de toucher du doigt le cinéma de ces illustres aînés tout en adoptant une échelle beaucoup plus petite, quitte à perdre en ampleur émotionnelle. S’il y a dorénavant chez Dumont une étrangeté à moitié féconde de bricoleur compulsif, elle s’accompagne d’épiphanies dont lui seul est capable dans le cinéma français. C’est parce qu’il est un cinéaste-chercheur qu’il reste un grand cinéaste.</p>
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		<title>Jour 7 — Minotaure</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-7-minotaure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 13:21:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 7. Deux de nos rédacteurs discutent de Minotaure d’Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à&#160;Once Upon a Time in Harlem de William et David Greaves. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-7-minotaure/" title="Read  Jour 7 — Minotaure">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 7. Deux de nos rédacteurs discutent de <em>Minotaure</em> d’Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à<em>&nbsp;Once Upon a Time in Harlem</em> de William et David Greaves.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/mjMszHDQRvs?si=obw-WjbPRK_ZWj0W" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Juliette Conti.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>À l’ombre du festival — Radu Jude</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-radu-jude/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 06:00:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons le cinéaste roumain Radu Jude, venu présenter à la Quinzaine Le Journal d’une femme de chambre. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-radu-jude/" title="Read  À l’ombre du festival — Radu Jude">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons le cinéaste roumain Radu Jude, venu présenter à la Quinzaine <em>Le Journal d’une femme de chambre</em>.</p>
<div class="podcast_player">
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
<div class="podcast_player"></div>
<div class="podcast_player"></div>
</div>
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		<title>L’Inconnue</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/linconnue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 22:11:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le héros de L’Inconnue, David Zimmerman (Niels Schneider), est un photographe qui mène un curieux projet&#160;: à&#160;partir d’une collection de vieux clichés, il entreprend de revenir sur les lieux immortalisés (tous situés en banlieue parisienne)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/linconnue/" title="Read  L’Inconnue">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/linconnue/">L’Inconnue</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le héros de <em>L’Inconnue</em>, David Zimmerman (Niels Schneider), est un photographe qui mène un curieux projet&nbsp;: à&nbsp;partir d’une collection de vieux clichés, il entreprend de revenir sur les lieux immortalisés (tous situés en banlieue parisienne) afin de les saisir à&nbsp;nouveau, en adoptant le même cadrage que celui des archives. Si les endroits sont les mêmes, les instantanées révèlent les transformations opérées par le temps. Le personnage explicitera plus tard ses intentions&nbsp;: en confrontant le passé et le présent, l’enjeu est pour lui de rendre visible la disparition. Ce projet artistique est présenté dès l’ouverture, tout en revenant périodiquement au cours du film pour tresser un parallèle symbolique avec la trajectoire du protagoniste qui, lui aussi, va changer d’apparence. Lors d’une fête carnavalesque (autre motif – celui du masque), David croise une femme mystérieuse (Léa Seydoux) qui l’observe de loin. Elle l’entraîne dans un coin isolé, avant qu’ils ne fassent l’amour sans mot dire. Au moment où la femme se réveille, on comprend assez vite qu’il habite désormais le corps de cette inconnue, tandis que le sien a&nbsp;disparu. Ce phénomène de métempsycose interroge d’emblée la notion d’identité&nbsp;: peut-on rester soi-même dans le corps d’un autre&nbsp;? La question est matérialisée par le jeu des comédiens&nbsp;: le personnage de Niels Schneider sera à&nbsp;présent incarné par Léa Seydoux. Le scénario corse encore l’affaire, en ne se limitant pas à&nbsp;un simple <em>body swap</em>. David/Seydoux retrouve son corps (Niels Schneider, donc) en train d’errer dans Paris, avant de comprendre qu’il est dorénavant habité par Malia, une ado de seize ans. Une entité passe ainsi d’une enveloppe charnelle à&nbsp;une autre, en délogeant l’âme de sa nouvelle victime vers le corps de l’ancienne. La contamination rappelle le principe horrifique au cœur de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smile-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Smile</a></em>, bien qu’Harari mise sur un registre intello-psychanalytique plutôt que sur une foire horrifique – et à&nbsp;cette différence près que, pour prendre possession d’un individu, il ne suffit pas de lui sourire, mais bien d’en passer par un coït, comme dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/it-follows-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">It Follows</a></em>.</p>
<p>Le scénario de <em>L’Inconnue</em> est ainsi construit comme une expérience de pensée, dont chaque nouvelle étape vient ouvrir une série d’interrogations destinées à&nbsp;approfondir, puis à&nbsp;brouiller toujours plus la notion d’identité. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à&nbsp;vivre dans un autre corps et un autre genre (cette question est d’ailleurs vite traitée par Harari), mais aussi de devenir spectateur de soi-même en s’observant d’un point de vue extérieur (et même davantage encore, mais n’en dévoilons pas trop). Le film rejoint alors cette forme d’« inquiétante étrangeté&nbsp;» analysée par Freud dans certains récits de rêve, lorsque le sujet se découvre soudain arraché à&nbsp;lui-même et que ce qui était le plus familier devient une source d’altérité. Alors que David/Seydoux se lance à&nbsp;la poursuite de Malila/Schneider, il emprunte une passerelle en forme de spirale filmée en plongée zénithale. La circularité, renforcée sur le plan sonore par un thème lancinant joué au piano, renvoie à&nbsp;la quête de David, qui court après sa propre identité. Elle offre plus largement au film sa structure, qui multiplie des arabesques narratives pour s’approcher de zones moralement ambivalentes. Derrière la complexité du récit, l’objectif est de créer un vertige métaphysique.</p>
<h2>Pris dans le vortex</h2>
<p>Si la volonté de creuser un mystère plutôt que de le résoudre (les nœuds de l’intrigue ne sont pas réductibles à&nbsp;une lecture allégorique) constitue un moteur cinématographique stimulant, Harari semble lui aussi pris dans un vortex, tournant autour de son concept sans réussir à&nbsp;lui donner sa pleine mesure. Dans cette perspective, il s’appuie sur un réseau d’images et de situations familières des cinéphiles, convoquées de manière parfois un peu mécanique. En premier lieu, la spirale renvoie à <em>Vertigo</em>, une filiation hitchcockienne encore renforcée par une scène de filature en flashback. On pense aussi à&nbsp;<em>Blow Up</em> d’Antonioni, puisque le retour en arrière révèle que David avait développé une obsession pour Eva (le personnage de Léa Seydoux), au point de la photographier à&nbsp;son insu et d’agrandir ses tirages pour mieux l’observer. Une nouvelle piste interprétative s’ouvre alors&nbsp;: le passage dans le corps d’Eva pourrait figurer la logique de l’obsession amoureuse, lorsque le désir pour l’autre devient si intense qu’il finit par dissoudre les frontières de l’identité. Le motif du dédoublement par l’image est quant à&nbsp;lui omniprésent, que ce soit à&nbsp;travers les photos, des reflets, des peintures ou un extrait du court-métrage dans lequel jouait Eva, en même temps que se succèdent des images mentales et des plans à&nbsp;la première personne. En puisant dans cet attirail hitchcockien, le film affiche une ambition certaine, mais la multiplication des effets ne dépasse pas le stade théorique. Au contraire, le ton reste plutôt grave, engourdi dans une esthétique assez surannée. À&nbsp;la toute fin, un gros plan insiste sur le visage en larmes de Seydoux. Ici, Harari semble mettre à&nbsp;l’épreuve son édifice narratif, comme pour vérifier si ce labyrinthe identitaire peut déboucher sur une émotion véritable. Le plan repose sur une idée très belle, qui ne laisse pas indifférent&nbsp;: celle d’un personnage qui essaie d’exprimer quelque chose de la vérité de son âme par un regard posé sur un proche. Mais ce trouble n’est pas à&nbsp;la hauteur des aspirations du film&nbsp;: le vertige suscité est moins d’ordre émotionnel qu’intellectuel.</p>
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		<title>Autofiction</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/autofiction/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 20:14:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On ressort d’Autofiction avec un sentiment de loin contradictoire&#160;: celui d’avoir assisté à un film dépliant un programme aussi routinier qu’acrobatique. Comme le titre le laisse envisager – sans parler de l’affiche, qui inscrit une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/autofiction/" title="Read  Autofiction">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span data-editable-id="2">On ressort d’</span><em>Autofiction</em><span data-editable-id="4"> avec un sentiment </span><span data-editable-id="5">de loin</span><span data-editable-id="6"> contradictoire&nbsp;: celui d’avoir assisté à un film </span><span data-editable-id="7">dépliant un programme aussi routinier qu’acrobatique</span><span data-editable-id="8">. Comme le titre le laisse envisager – sans parler de l’affiche, qui inscrit </span><span data-editable-id="9">une </span><span data-editable-id="10">silhouette</span><span data-editable-id="11"> évoquant celle</span><span data-editable-id="12"> d’</span><span data-editable-id="13">Almodóvar</span><span data-editable-id="14"> dans le prolongement </span><span data-editable-id="15">d’une figure féminine</span><span data-editable-id="16">, manière de faire du cinéaste une icône aussi identifiable </span><span data-editable-id="17">qu</span><span data-editable-id="18">’Hitchcock </span><span data-editable-id="19">et son profil reconnaissable entre mille </span><span data-editable-id="20">–, </span><em>Autofiction</em><span data-editable-id="22"> parle de création et de la manière dont le cinéma est </span><span data-editable-id="23">dans l’œuvre de l’Espagnol</span><span data-editable-id="24"> à la croisée de l’intime et de la projection fantasmatique. Pour ce faire, le film s’organise autour d’une mise en abyme où apparaissent plusieurs doubles d’Almodóvar. R</span><span data-editable-id="25">aúl</span><span data-editable-id="26"> (</span><span data-editable-id="27">Leonardo </span><span data-editable-id="28">Sbaraglia</span><span data-editable-id="29">, déjà à l’affiche de </span><em>Douleur et Gloire</em><span data-editable-id="31">), un réalisateur qui n’a pas tourné depuis cinq ans, écrit un scénario inspiré de sa vi</span><span data-editable-id="32">e. Dans ce film dans le film</span><span data-editable-id="33">, il</span><span data-editable-id="34">&nbsp;</span><span data-editable-id="37">suit son propre avatar, </span><span data-editable-id="38">Elsa</span><span data-editable-id="39"> (</span><span data-editable-id="40">Bárbara</span><span data-editable-id="41"> Lenni</span><span data-editable-id="42">e), metteuse en scène dont le dernier </span><span data-editable-id="43">long-métrage</span><span data-editable-id="44"> date d’il y a dix ans, </span><span data-editable-id="45">et qui s’attelle</span><span data-editable-id="46"> à un script </span><span data-editable-id="47">lui-même </span><span data-editable-id="48">inspiré des mésaventures d’une amie</span><span data-editable-id="49">. Cette dernière</span><span data-editable-id="50"> va s’insurger contre le principe de l’autofiction, au même titre que la collaboratrice de </span><span data-editable-id="51">Raúl</span> <span data-editable-id="53">se rebellera contre lui </span><span data-editable-id="54">à</span><span data-editable-id="55"> la lecture du scénario, dans lequel elle perçoit</span><span data-editable-id="56"> un emprunt à s</span><span data-editable-id="57">on</span><span data-editable-id="58"> histoire</span><span data-editable-id="59"> personnelle</span><span data-editable-id="60">. </span><span data-editable-id="61">Ce principe </span><span data-editable-id="62">cubique</span><span data-editable-id="63"> implique un jeu de va-et-vient scénaristique certes </span><span data-editable-id="64">ponctuellement</span><span data-editable-id="65"> virtuose dans son enchâssement : on ne voit que deux niveaux de réalité (ceux de Raúl et d’Elsa), mais une troisième strate hors champ (le scénario dans le scénario dans le scénario — vous suivez ?) permet de multiplier les jeux d’échos et de miroirs. Ceci dit, cette confusion des genres n’est pas nouvelle chez </span><span data-editable-id="66">Almodóvar</span><span data-editable-id="67"> et </span><span data-editable-id="68">accouche ici d’une forme aux allures de redite en mode (très) mineur. On a l’impression de voir une rockstar débarquer à Cannes </span><span data-editable-id="69" data-editable-touched="1">pour rejouer ses tubes les plus connus avec des microvariations</span><span data-editable-id="71" data-editable-touched="1">, mais dont la voix n’a plus la vigueur du passé : l</span><span data-editable-id="72">es faux </span><em>split-screens</em><span data-editable-id="76"> et les contrastes de couleurs vives </span><span data-editable-id="77">sont tellement recyclés qu’ils paraissent avoir perdu leur éclat d’antan.</span></p>
<p><span data-editable-id="78">Or, surprise, la dimension déjà vue de cette mécanique est tout d’un coup verbalisée et commentée dans l’ultime ligne droite du scénario. Oui, le récit n’est pas très bon&nbsp;; non, cette idée n’est tout de même pas brillante. Et le film jou</span>e alors sur un vertige de réflexivité, pour tordre le cou au concept déployé<span data-editable-id="82"> près de deux heures durant. À partir de là, l’alter ego d’</span><span data-editable-id="83">Almodóvar</span><span data-editable-id="84">, animé par une ferveur retrouvée, </span><span data-editable-id="88">entame la rédaction d’un nouveau scénario dont le contenu ne sera pas dévoilé </span><span data-editable-id="89">– à moins qu’il s’agisse</span> <span data-editable-id="91">du</span><span data-editable-id="92"> film venant de se dérouler sous nos yeux, ce qui pousserait la malice méta dans ses </span><span data-editable-id="93">derniers</span><span data-editable-id="94"> retranchements</span><span data-editable-id="96">. On pourrait trouver ça </span><span data-editable-id="97">audacieux, mais </span><span data-editable-id="98">c’est en vérité surtout gonflé : on aura donc assisté à un film moyen, voire médiocre, pour qu’</span><span data-editable-id="99">Almodóvar</span><span data-editable-id="100"> se réveille dans les dix dernières minutes afin de faire étalage de son intelligence</span><span data-editable-id="101"> tortueuse</span><span data-editable-id="102">. </span><em>Autofiction</em><span data-editable-id="104"> est un film ni de petit, ni de grand, mais de </span><em>vieux malin</em><span data-editable-id="106">. Il a surtout le défaut rédhibitoire d’être réductible à un geste narratif qui ne fera</span> <span data-editable-id="108">pas oublier la mollesse de sa mise en scène.</span></p>
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		<title>La Détention</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-detention/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 20:00:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Détention repose sur un paradoxe : documentaire sur le milieu carcéral, il n’entrera pourtant jamais dans la prison et ne montrera aucun prisonnier (contrairement à La Liberté, le précédent film de Guillaume Massart). Alors...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-detention/" title="Read  La Détention">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Détention</em> repose sur un paradoxe : documentaire sur le milieu carcéral, il n’entrera pourtant jamais dans la prison et ne montrera aucun prisonnier (contrairement à <em>La Liberté</em>, le précédent film de Guillaume Massart). Alors que cet espace a été filmé sous tous les angles, que ce soit du point de vue des prisonniers, des gardiens ou des visiteurs, il est ici appréhendé de façon indirecte pour mieux saisir une étape décisive dans le fonctionnement de l’institution pénitentiaire : la fabrique du geôlier. Guillaume Massart a posé sa caméra dans les salles de classe de l’École nationale d’administration pénitentiaire afin d’observer comment des individus venus d’horizons très divers deviennent les rouages de la prison. Cette dernière se trouve alors envisagée dans sa proximité avec une autre institution, elle aussi fondée sur une logique disciplinaire : l’école. Leur parenté, identifiée au moins depuis les travaux de Michel Foucault, saute aux yeux dès la première séquence, tandis qu’un professeur accueille les nouvelles recrues en les avertissant qu’ils devront rester debout pendant les trois heures de cours. Cette consigne absurde devient le point de départ d’une discussion sur la discipline et sur la nécessité d’obéir ou non aux ordres de la hiérarchie. Si la parole finit par circuler, permettant de questionner l’idée d’une obéissance aveugle, il n’en reste pas moins qu’au terme de l’échange, c’est seulement parce que le professeur les y autorise que les élèves peuvent enfin s’asseoir. Lorsque le titre apparaît à la suite de cette séquence, il semble moins désigner la condition des détenus que celle des apprentis surveillants eux-mêmes. Ce trouble est renforcé par un jeu dans le montage : chaque cours, correspondant à un petit bloc de durée, est ponctué par un fond noir qui marque une pause avant le début de la séance suivante, tout en servant d’écrin à la dernière phrase prononcée, pour la faire résonner quelques secondes de plus. Les répliques ainsi mises en exergue cultivent souvent une certaine ambivalence entre le statut des prisonniers et celui des apprentis surveillants – par exemple, un « <em>je vous libère&nbsp;</em>» lâché par un prof à la fin de son cours. C’est par ce type de procédés que Massart fait émerger son point de vue au sein de l’observation des conditions de formation.</p>
<p>Autre choix notable dans cette première séquence : le choix de jouer sur l’horizontalité du format 2,20:1, pour filmer en gros plan au moins deux visages côte à côte. Les plans agencent de la sorte les élèves par tandems pour observer les réactions de l’un pendant que l’autre parle, ainsi que les différentes manières de se tenir ou de se comporter face à l’autorité du professeur. Régulièrement, de légers décalages comiques émergent lorsque deux expressions diffèrent nettement dans le cadre ou lorsqu’un élève peine à contenir un rire – ce que le professeur ne manque pas de relever. Alors même que les cours visent à inculquer des protocoles stricts et à encadrer les attitudes en bannissant toute forme de spontanéité, la caméra de Guillaume Massart semble au contraire traquer les singularités. Cette tension atteint son point culminant dans une scène de simulation, où une étudiante doit s’occuper d’un faux détenu qui présente des signes annonciateurs de suicide. Manifestement tendue par cette mise en situation, la jeune femme s’efforce d’appliquer avec rigueur le protocole appris, par une série de gestes mécaniques qu’elle exécute avec plus ou moins de minutie. Le quatrième mur de ce petit théâtre en vient cependant vite à se fissurer, notamment lorsque l’on aperçoit dans le dos du professeur le reste de la classe qui mime les bonnes réponses pour aider l’élève interrogée. <em>La Détention</em> s’attache par là à filmer un ordre policier et disciplinaire, qui structure aussi bien le milieu carcéral que les salles de classe.</p>
<p>Mais au bout d’un tiers de film, une bascule s’opère par un lent fondu au noir. Bien que la séquence suivante se déroule à nouveau dans une salle de classe, on comprend qu’une ellipse de plusieurs semaines s’est glissée entre les deux scènes : les surveillants en formation ont entre-temps effectué un stage en prison. Le procédé se répétera en une occasion, coïncidant avec une deuxième mise en pratique avant le retour en classe. En maintenant ces expériences hors-champ, Massart nous invite à aiguiser notre appréhension des séquences suivantes pour remarquer les changements de comportement. Première transformation notable : les professeurs laissent davantage la parole aux étudiants, qui reviennent sur leurs expériences de terrain plus ou moins concluantes. Leurs témoignages pointent l’écart entre la théorie enseignée et son application, soulignant que les exceptions sont en réalité la règle, ce qui laisse les formateurs sans voix. Bref, comme le résumera l’un des étudiants, « <em>la crise est permanente</em> ». Dans ces séquences s’exprime parfois un sentiment d’indignation, par exemple lorsqu’ils remarquent le mauvais comportement de leurs collègues titulaires, avant de céder la place, après la seconde ellipse, à une forme de résignation. Autre inflexion notable : plusieurs étudiants disparaissent au fur et à mesure des cours, à l’image d’une élève qui raconte avoir reçu des menaces de mort de la part de collègues au cours de son stage. Après un rendez-vous laissé hors-champ avec sa professeure, la jeune femme désertera l’écran, laissant deviner qu’elle a finalement abandonné le cursus. La multiplication de ces petits décalages écorne le blason de l’institution, si bien qu’à l’issue de leur formation, les élèves n’apparaissent pas comme les bons représentants d’un ordre policier dont ils auraient pleinement assimilé les valeurs. Par un heureux hasard documentaire, la séquence finale consacrée à la répétition de la remise des diplômes vient condenser symboliquement cette idée en se déroulant sous une pluie battante. Tandis que la direction les contraint à rester rassemblés en uniforme, la cérémonie prend des allures de simulacre : les visages sont fermés, la Marseillaise est chantée sans conviction, les saluts militaires sont maladroitement désynchronisés. L’image donne alors à voir une organisation qui cherche avant tout à sauver les apparences alors même que ses fondements vacillent ; un système brandissant les valeurs d’ordre et de discipline pour mieux masquer l’irrationalité qui l’anime. La force du documentaire tient dans cette tension : parvenir à construire un rapport empathique avec les élèves comme avec certains professeurs, tout en accusant les impasses d’un dispositif structurellement dysfonctionnel, qui n’engendre chez les agents guère autre chose que du cynisme. Si la théorie échoue sans cesse à s’appliquer, ce n’est ni du fait des surveillants qui la trahissent, ni des détenus qui en rendent l’application impossible, mais en raison de l’idéologie disciplinaire même et de son impuissance à rencontrer la réalité du monde pénitentiaire.</p>
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		<title>I’ll Be Gone In June</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ill-be-gone-in-june/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 18:12:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Premier long-métrage de la cinéaste allemande Katharina Rivilis, I’ll Be Gone In June entrelace la question de la construction adolescente avec celle de la découverte d’un nouveau pays. S’inspirant d’une matière autobiographique, la réalisatrice suit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ill-be-gone-in-june/" title="Read  I’ll Be Gone In June">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Premier long-métrage de la cinéaste allemande Katharina Rivilis, <em>I’ll Be Gone In Jun</em>e entrelace la question de la construction adolescente avec celle de la découverte d’un nouveau pays. S’inspirant d’une matière autobiographique, la réalisatrice suit une étudiante allemande arrivée aux États-Unis en 2001 (elle assiste devant sa télévision à l’attentat du World Trade Center) afin de poursuivre sa scolarité au Nouveau-Mexique. Les contrées désertiques deviennent une<em> terra nullius</em> pour la jeune Franny, adolescente un peu paumée. Au-delà du récit, la rencontre entre l’Europe et l’Amérique se traduit ici par une esthétique hybride, qui amalgame une froideur distanciée&nbsp;à une tentation de <em>teen movie </em>pop rappelant les films indé calibrés pour Sundance. Si la rencontre est curieuse, elle accouche d’un film assez informe : d’un côté, l’effervescence adolescente est appréhendée à travers une suite de situations types (premiers émois amoureux, soirées entre amis, etc.) traitées d’une façon si dévitalisée qu’on peine à ressentir de l’empathie pour les personnages ; de l’autre, des échappées plus lyriques viennent ponctuer le récit, trahissant le désir de la cinéaste d’y insuffler une mélancolie contemplative qui ne prend jamais corps. Au-delà de leur laideur, certains effets (des intermèdes musicaux sur des plans de drone survolant le désert du Nouveau-Mexique, ou la représentation d’un essai nucléaire par une lumière rougeoyante) apparaissent comme des afféteries parfois trop littérales, telle cette danse dans les dunes figurant une parenthèse exaltée. Mais d’autres se révèlent de temps à autre plus inspirés, notamment lors des scènes se détournant d’une imagerie onirique pour donner corps à des sentiments précis – par exemple, une scène de flirt adolescent filmé en très gros plan par une caméra vagabondant sur les visages, afin de retranscrire le rapprochement des deux personnages. Il n’empêche que les deux heures d’<em>I’ll Be Gone in June</em> finissent par ressembler à un agrégat très inégal qui, à l’image de son héroïne, cherche encore son identité.</p>
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		<item>
		<title>Her Private Hell</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 17:31:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dix ans après The Neon Demon et deux séries plus tard, Nicolas Winding Refn signe un nouveau film qui ne satisfera probablement personne : ni les aficionados, qui regretteront un petit objet moins ambitieux, ni...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/" title="Read  Her Private Hell">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix ans après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-neon-demon-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Neon Demon</em></a> et deux séries plus tard, Nicolas Winding Refn signe un nouveau film qui ne satisfera probablement personne : ni les aficionados, qui regretteront un petit objet moins ambitieux, ni les détracteurs, qui y verront sûrement le stade terminal de la glaciation de son cinéma d’esthète. Très mal reçu à Cannes, <em>Her Private Hell</em> vaut pourtant un peu mieux que cet accueil frigide, même s’il entérine la bascule publicitaire de l’esthétique de Refn (qui griffe son générique, comme certains accessoires du film, de ses initiales, NWR), quelque part entre le spot Chanel et la flamboyance d’Argento. C’est, plus que jamais, un film-bocal, sans dehors ni fenêtre ouverte sur le monde : l’action prend essentiellement place dans la tour d’une ville (si l’on en croit le synopsis, il paraît que c’est Tokyo) dont les structures scintillantes baignent dans une épaisse brume. Il n’y a plus de réel ; on est dans la tête d’Elle (Sophie Thatcher), ou plutôt du cinéaste danois, qui installe un terrain de jeu fétichiste entre Bava, De Palma et Kubrick, le tout porté par un <em>score</em> assez magnifique (à une envolée de violons près dans le climax) composé par ce vieux génie de Pino Donaggio. Plus de réel, mais plus de récit non plus : on trouvera seulement trace d’une confuse histoire de rapports familiaux au parfum incestueux, et de la présence d’un mystérieux tueur, « The Leather Man », pure silhouette composée de cuir et d’un épiderme diamanté, qui s’amuse à ouvrir le corps creux des égéries de la mode arpentant de leurs robes argentées les cossus couloirs d’hôtels de luxe et de boîtes de nuit privées.</p>
<p>Si Winding Refn tombe plus d’une fois dans l’écueil du vase clos façon Bertrand Mandico, et peine à donner une profondeur à son déluge de miroitements, certaines scènes se dégagent néanmoins, qu’il s’agisse d’un combat creusant le sillon d’<em>Only God Forgives </em>(le film dont <em>Her Private Hell</em> est peut-être spirituellement le plus proche) ou surtout d’une plongée dans une fête rythmée par des décharges stroboscopiques. La lumière devient ici une manière de fragmenter au sein d’un même plan les corps des actrices et une apparition du Leather Man, dont la tête menaçante semble disparaître par intermittence selon les projections de bleu et de rouge dans l’espace. Ce bloc, plutôt impressionnant, ne rachète certes pas des séquences plus dévitalisées et lointainement lynchiennes (à plusieurs reprises, on pense notamment à <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/reclames-de-david-lynch/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ses publicités pour Dior et Gucci</a>), mais NWR reste capable de fulgurances hors de portée de la plupart des metteurs en scène présents cette année à Cannes. Même dans un film aux allures de coquille vide.</p>
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		<item>
		<title>Histoires parallèles</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-paralleles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 10:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=333241</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pourquoi Asghar Farhadi, treize ans après Le Passé (déjà pas son film le plus fameux), est-il revenu en France ? Le début d’Histoires parallèles distille quelques pistes trompeuses, en s’articulant autour d’un personnage énigmatique, Adam...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-paralleles/" title="Read  Histoires parallèles">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi Asghar Farhadi, treize ans après <em>Le Passé </em>(déjà pas son film le plus fameux), est-il revenu en France ? Le début d’<em>Histoires parallèles </em>distille quelques pistes trompeuses, en s’articulant autour d’un personnage énigmatique, Adam (Adam Bessa), sans domicile fixe et au passé trouble, qui pénètre par un concours de circonstances l’intimité d’un intérieur bourgeois – un appartement occupé par une écrivaine, Sylvie (Isabelle Huppert), finalisant son nouveau roman en même temps que son futur déménagement. Mais les quelques traces d’un ancrage réaliste (un centre d’accueil, un contrôle policier) laissent vite la place à un scénario travaillant une mécanique plus intellectuelle. <em>Histoires parallèles</em> est soi-disant inspiré du sixième épisode du <em>Décalogue </em>de Krzysztof Kieślowski, dont il reprend le motif voyeuriste : Sylvie mate l’appartement situé en face de chez elle, studio de bruitage où travaillent Nina (Virginie Efira), son compagnon (Vincent Cassel) et le frère de ce dernier (Pierre Niney). Avant d’accueillir Adam, Sylvie contemple cet appartement (dans lequel elle est née) et y projette un triangle amoureux inspiré de sa propre histoire familiale (sa mère a quitté son père pour le voisin). La première heure d’<em>Histoires parallèles </em>reconstitue dans les grandes lignes la trame de ce drame sentimental, dont les fragments sont entrelacés avec des scènes où Sylvie couche sur le papier le fruit de son imagination. On est donc assez loin de Kieślowski, dont le film adoptait un dispositif beaucoup plus fort : dans sa première moitié, le personnage principal n’avait accès à la réalité de sa voisine que par l’entremise de son télescope, avant que le récit ne bascule dans l’intimité de celle qu’il observait jour et nuit. Farhadi tire plutôt de cette installation scénique un feuilleté narratif construit de la sorte : dans un premier temps, les scènes de l’appartement A se mélangent avec la projection mentale de l’appartement B, avant que la mise en scène franchisse la rue pour cette fois croiser la réalité de l’appartement B avec les pérégrinations d’Adam, figure de plus en plus trouble, dont les actions conduisent à flouter la ligne entre le réel et la fiction.</p>
<p>Pour raconter quoi ? Que la fiction contamine le réel, que le vrai est dans le faux – faux de la littérature, mais aussi des bruitages réalisés par Nina et ses confrères, dans des scènes d’une naïveté confinant à la parodie involontaire (il faut voir Efira tremper ses mains dans une bassine pour reproduire la chevauchée de zèbres dans une rivière). Cette idée assez grossière passe notamment par une alternance très marquée plastiquement entre la neutralité terne des scènes « ordinaires » et la lumière blafarde dans laquelle baigne le récit dans le récit, mauvais vaudeville que le cinéaste filme pourtant avec un premier degré déconcertant. Encore que : l’approximation des acteurs nourrit par endroits une veine comique qui lézarde la grisaille de sa mise en scène (Huppert a quelques mimiques et réactions caractéristiques du jeu libre de l’actrice), ou au contraire jure avec le sérieux de ce qui est dépeint (Pierre Niney, involontairement clownesque). Cette bizarrerie est peut-être le seul intérêt du film, qui tire formellement peu de choses de son entrelacs scénaristique. Notons toutefois une exception, au début : Sylvie, en train d’écrire, est soudainement éclairée par une lumière crue échappant d’une porte qui s’ouvre. Le plan suivant, qui tient de la projection mentale, nous la montre en train d’entrer dans la pièce, de sorte qu’elle paraît être à l’origine de la variation lumineuse observée (et l’éclat matérialise alors l’imprégnation du réel par son imaginaire). Ces débordements sont néanmoins rares ; c’est davantage le fond romanesque de l’affaire qui intéresse Farhadi, dont il tire une fable poussive sur les pouvoirs de l’art et sa capacité à révéler la médiocrité humaine (et plus précisément des hommes). Si bien que le réalisateur iranien semble être revenu en France d’une part pour filmer (pas très bien) les stars françaises d’aujourd’hui, et d’autre part pour se connecter à une certaine idée littéraire du cinéma français. Cela commence à devenir un gag à l’échelle du festival de Cannes qui se tient présentement : encore un film français qui trouve son allégorie dans un livre (après le journal intime de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vénus électrique</em></a>, les chapitres de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vie d’une femme</em></a> et en attendant le film d’Emmanuel Marre, <em>Notre salut</em>, rythmé par des lettres et dont le titre renvoie à un pamphlet). Farhadi est celui qui pousse la logique le plus loin et sur son versant le plus poussiéreux : le cinéma français tient pour lui du romanesque suranné et classieux. En somme, l’Iranien regarde Paris comme derrière une lunette, avec sa part de projections sommaires. Mais quand bien même on envisagerait le film sous cet angle (pour y fantasmer à notre tour une complexité plaquée sur la réalité de ce que l’on voit), cette lecture métatextuelle ne rachèterait pas sa médiocrité.</p>
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		<title>Hope</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 09:13:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Déjà annoncé comme un candidat potentiel à la compétition l’an dernier, Hope arrive entouré d’une aura de film longuement attendu. On dirait presque qu’il s’en amuse, tant le film réserve de nombreuses surprises Place au...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/" title="Read  Hope">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Déjà annoncé comme un candidat potentiel à la compétition l’an dernier, <em>Hope</em> arrive entouré d’une aura de film longuement attendu. On dirait presque qu’il s’en amuse, tant le film réserve de nombreuses surprises Place au tour de manège : la qualité principale du film tient à ce qu’il assume ses effets. Voilà une série B&nbsp;protubérante, dotée des moyens d’un blockbuster, qui remplit son but sans rajouter des couches narratives inutiles : pas de divorce qui se passe mal, pas d’histoire d’amour qui se noue à&nbsp;travers les épreuves, pas même de véritable sous-intrigue politique&nbsp;; le récit s’articule juste autour d’une menace dont il faut se débarrasser. À ce titre, la première heure est de loin la plus réussie&nbsp;: on y&nbsp;suit principalement un policier un peu benêt, qui traverse un village de pêcheurs (le «&nbsp;Hope&nbsp;» du titre) dévasté par une créature mystérieuse. Na Hong-jin, très joueur, ne cesse de retarder l’apparition de la chose, le policier passant de béance en béance (des habitations littéralement trouées) comme s’il se préparait à&nbsp;être dévoré. Les coups de feu des habitants fusent de plus en plus, des cris gutturaux résonnent à&nbsp;travers les rues, mais la bête échappe toujours à&nbsp;la vue de l’homme. C’est la vieille leçon de <em>La Féline</em>&nbsp;: «&nbsp;<em>moins on voit, plus on croit&nbsp;</em>», disait Tourneur, ce qui implique de garder le monstre hors champ pour accroître la peur qu’il suscite. Lorsque ce dernier apparaît finalement (aux deux tiers de ce premier acte), Na ne laisse pourtant pas la tension retomber, au contraire : le film se relance, accélère, déborde presque dans une course-poursuite ahurissante, d’une vélocité et d’une lisibilité pas vue depuis les derniers <em>Mad Max</em>.</p>
<p>Passé cette longue entame, le film se relâche toutefois (narrativement et formellement) dans un long tunnel qui vient préparer la mise en orbite d’un nouveau bloc d’action conséquent. Le montage alterné, évoquant celui d’un épisode de mi-saison de série, est alors surtout l’occasion pour Na de muscler le versant comique du film, notamment autour d’une inénarrable séquence scatologique. On a&nbsp;souvent souligné, depuis <em>Memories of Murder</em>, à&nbsp;quel point le cinéma sud-coréen pouvait mélanger les genres, mais le metteur en scène ose ici un degré de bouffonnerie rarement atteint, qui s’avère moins une manière de creuser une distance par l’ironie que de ménager un chemin vers une autre forme de catharsis. Car il y a bien sûr un autre «&nbsp;monstre&nbsp;» dans le film&nbsp;: l’homme lui-même, dont la bizarrerie et les comportements erratiques se révèlent effrayants si l’on se met à la place de la créature. L’étrange larme numérique versée par la chose, lors d’un ralenti au cours de la première course-poursuite, nous invitait déjà à ce renversement de perspective. La dernière partie trace une voie plus singulière encore dans cette entreprise de décentrement. On ne dira rien du dernier quart d’heure, si ce n’est que c’est encore en jouant sur le hors-champ que <em>Hope </em>atteint une nouvelle échelle. Le film paraissait gigantesque ? Il était en vérité minuscule, suggère cet épilogue qui pourrait appeler une suite (non souhaitée&nbsp;: l’étrangeté et la beauté de la fin tiennent aussi à sa nature de promesse sans lendemain). Si pour en arriver là, le film tombe dans un crescendo parfois répétitif (les <em>deus ex machina</em> en pagaille), il a pour mérite de ne jamais lâcher sa logique chaotique et son approche fondamentalement ludique. Pas sûr qu’il s’agisse de l’événement espéré, mais on se sera au moins bien amusé.</p>
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		<title>Fjord</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fjord/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 09:02:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si le cinéma de Mungiu quitte la Roumanie pour la Norvège (en partie : Sebastian Stan joue un père de famille originaire de Bucarest), son cap esthétique ne change pas. Il s’agit toujours de cultiver...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fjord/" title="Read  Fjord">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le cinéma de Mungiu quitte la Roumanie pour la Norvège (en partie : Sebastian Stan joue un père de famille originaire de Bucarest), son cap esthétique ne change pas. Il s’agit toujours de cultiver l’ambivalence en installant un certain nombre de pistes maintenues à l’état d’indécision. Si elles peuvent être d’importance ou de nature relatives, elles participent toutes à creuser l’impression d’une complexité, en cela que le spectateur doit relier les points entre eux, compléter ce qui manque, projeter dans un geste ou un regard abrupt la trace d’un mal plus profond. On pourrait voir dans ce principe une invitation du cinéaste à penser ses films avec lui, mais cette « politique du doute » vire très souvent chez lui à la mécanique narrative implacable – voire au soupçon du pire. Famille très chrétienne et conservatrice, les Gheorghiu s’installent dans un village où leurs valeurs traditionnelles tranchent avec le progressisme norvégien mâtiné de raideur puritaine. Des bleus sur le dos de l’aînée adolescente, dont il nous est suggéré qu’elle a pu se blesser dans un autre contexte, valent aux nouveaux arrivants un signalement auprès des services de protection de l’enfance qui, ni une ni deux, engagent une procédure pour retirer aux parents la garde de leurs enfants. L’horizon discursif est alors surligné par un détail : alors que Lisbet (Renate Reinsve), la mère de famille, accueille chez elle les enseignants venus lui annoncer le lancement de la procédure, le drapeau de la Norvège, derrière une vitre et secoué par le vent, apparaît en arrière-plan. La situation est interrompue par l’arrivée de deux enfants plus jeunes, que Lisbet fait monter à l’étage pour poursuivre la conversation. À son retour dans le salon, la position de la caméra a changé ; cette dernière se tient désormais dans l’axe du drapeau, manière de signaler la mise en place d’un piège bureaucratique qui va essorer le couple, en lutte contre le système judiciaire. La sincérité de ce dernier fera elle aussi l’objet d’un soupçon : l’institution veille-t-elle seulement à protéger les enfants, ou ses actions préventives sont-elles le fruit d’une discrimination religieuse à l’égard de ces semi-étrangers ?</p>
<p>Le dispositif judiciaire qui en découle (rendez-vous avec des avocats, préparation du procès civil, interrogatoires au tribunal) se greffe à de courtes scènes qui permettent d’effleurer de nombreux pôles d’ambiguïté : prosélytisme, violence psychique, malveillance, racisme, antireligiosité… Mais par sa manière de ne jamais trancher, Mungiu adopte une position confortable, celle d’un observateur lointain qui peut mettre dos à dos l’hypocrisie du progressisme et l’intégrisme religieux, pour jauger de la médiocrité de chacun. Comme souvent avec lui, l’incertitude passe aussi par des pointes de fantastique : à ce titre, le dernier plan, assez gratuit, vaut comme une couche métaphorique supplémentaire pour épaissir encore davantage son édifice. La tentative est toutefois ici trop volontariste pour qu’on ne voie pas l’intention à l’œuvre, et le surgissement du mysticisme fait dès lors plouf.</p>
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		<title>Jour 6 — Moulin / Hope</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-6-moulin-hope/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 06:18:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 6. Deux de nos rédacteurs discutent de Moulin&#160;de László Nemes et Hope de Na Hong-jin, présentés en compétition officielle. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;: Marin Gérard et Josué Morel. Réalisation et montage&#160;: Karim Roussel. Pour commander...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-6-moulin-hope/" title="Read  Jour 6 — Moulin / Hope">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 6. Deux de nos rédacteurs discutent de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" target="_blank" rel="noopener">Moulin</a>&nbsp;</em>de László Nemes et <em>Hope </em>de Na Hong-jin, présentés en compétition officielle.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/lC1bgVKB-UI?si=gurExbNzbGiTF4xJ" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>À l’ombre du festival — Marine Atlan</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/a-lombre-du-festival-marine-atlan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 06:00:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, Marine Atlan évoque avec nous son premier long-métrage, La Gradiva, présenté à la Semaine de la critique. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/a-lombre-du-festival-marine-atlan/" title="Read  À l’ombre du festival — Marine Atlan">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, Marine Atlan évoque avec nous son premier long-métrage, <em>La Gradiva</em>, présenté à la Semaine de la critique.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
<div class="podcast_player"></div>
<div class="podcast_player"></div>
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		<item>
		<title>Vol de nuit pour Los Angeles</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/vol-de-nuit-pour-los-angeles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 22:50:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/vol-de-nuit-pour-los-angeles/" title="Read  Vol de nuit pour Los Angeles">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en forme de carnet de voyage feuilleté durant une petite heure se résume ni plus ni moins à son titre : soit un vol de nuit entre New York City Idlewild et Los Angeles. Le personnage principal est un enfant de huit ans passionné d’aviation qui assouvit son rêve en effectuant son premier périple aérien en compagnie de sa mère célibataire Helen, une actrice de seconds rôles. Ce gamin attachant n’est autre que Travolta lui-même, qui met ici en images le souvenir de son expérience mémorable lorsqu’il a mis les pieds dans un avion Constellation de la TWA, à l’orée des années 1960. La nostalgie tourne à plein régime : intérieurs d’aéroport art déco, cabines cosy, moquettes douillettes, sons étouffés, personnel attentionné… L’avion est un cocon fantaisiste complètement déréalisé, appréhendé uniquement du point de vue de l’enfant. Même si l’idée pouvait s’avérer stimulante, Travolta n’est pas Linklater – autrement dit, ce n’est pas un cinéaste. Sa vision de l’enfance reste figée dans un passé plus morne qu’enchanteur ; elle consiste à accumuler une série d’instantanés dépourvus de profondeur, tout en recourant à une incessante voix off (la sienne), qui s’attache à décrire ce que l’on voit pourtant bien sans elle. Comme rien ne se produit vraiment à l’image, l’insistance est mise sur la narration. Au final, <em>Vol de nuit pour Los Angeles</em> s’apparente essentiellement à un caprice de star bien entourée (la plupart des acteurs sont d’ailleurs des membres de sa famille).</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Garance</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/garance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 19:33:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Défi des projections cannoises&#160;: à peine sorti d’un film, il faut déjà se remettre la tête à l’endroit pour s’attaquer au suivant, sans avoir eu le temps de redescendre. Après Moulin, place donc à Garance...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/garance/" title="Read  Garance">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/garance/">Garance</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Défi des projections cannoises&nbsp;: à peine sorti d’un film, il faut déjà se remettre la tête à l’endroit pour s’attaquer au suivant, sans avoir eu le temps de redescendre. Après <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Moulin</em></a>, place donc à <em>Garance</em> – et à un autre type de cinéma français, reposant davantage sur le brio de ses interprètes et l’écriture de ses dialogues que sur sa mise en scène. On y suit Adèle Exarchopoulos en actrice intermittente qui galère entre ses déménagements successifs, son instabilité professionnelle, la découverte de sa bisexualité et ses sorties à répétition qui lui valent une gueule de bois constante. En vérité, le film avance masqué (ou du moins croit le faire) : son montage elliptique, qui réduit les séquences à des fragments lacunaires accompagnés d’une voix off rétrospective, lui permet de travailler son véritable sujet sans le dévoiler tout de suite, à savoir l’alcoolisme du personnage. Problème : lorsque le film, au bout de quarante-cinq minutes, opère son virage avec une scène d’intervention, on a déjà compris depuis un moment où il voulait en venir. Et la tactique du montage, qui est pourtant arrivée au bout de sa logique, se poursuit sur un mode désormais purement impressionniste ; il s’agit de capter l’énergie de la vie en multipliant de petits morceaux (positifs comme négatifs) gorgés de sa sève.</p>
<p>Le recours à cette stratégie convenue est d’autant plus dommage que le film renferme un portrait d’alcoolique parfois brossé avec une certaine délicatesse – ou du moins une bienveillance qui flirte par endroits avec l’édulcoration, les trous du récit élaguant au passage les moments potentiellement les plus scabreux. Exarchopoulos porte certes le personnage avec vigueur, mais son itinéraire reste cadenassé par un scénario qui n’y va pas avec le dos de la cuillère, ajoutant un autre dossier médical dans la seconde moitié du film (la leucémie de la petite sœur de Garance) pour nous arracher les larmes. Le film reste de fait trop lisse (a‑t-on jamais vu une malade atteinte d’un cancer aussi bien maquillée ?) et formellement mou (le ralenti final, involontairement drôle) pour y parvenir, d’autant que sa morale confine au mantra publicitaire d’une célèbre marque de jus de fruits pétillant destiné aux enfants : sans alcool, la fête est plus folle.</p>
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		<title>Promised Spaces</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/promised-spaces/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 16:00:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Promised Spaces repose sur une intrigue simple, divisée en deux parties : nous suivons d’abord les ouvriers d’un complexe de luxe qui promet confort et cadre naturel dans une zone périphérique du Cambodge, puis l’installation...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/promised-spaces/" title="Read  Promised Spaces">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Promised Spaces</em> repose sur une intrigue simple, divisée en deux parties : nous suivons d’abord les ouvriers d’un complexe de luxe qui promet confort et cadre naturel dans une zone périphérique du Cambodge, puis l’installation de Seda, sa première habitante. Rapidement, tout se détraque : les constructions prennent l’eau à la suite d’une violente averse, les ouvriers prennent le large, une brasse s’improvise sur la piscine d’un toit, etc. Ce dérèglement avait déjà été annoncé, plus discrètement, par les mouvements erratiques des ouvriers, tous insomniaques : errant sur le chantier et s’y endormant ici et là, leurs déplacements et leurs discussions instauraient d’emblée une atmosphère légèrement absurde.</p>
<p>La rigueur des cadres, loin de brider le film, favorise une certaine tension qui rend incertaine l’issue des situations plus qu’elle n’enferme les personnages. C’est particulièrement le cas dans la seconde partie, qui se concentre sur les relations interpersonnelles. Mais ce sont également les tensions propres aux rapports de classe qui se résolvent de façon inattendue : Seda est mise en difficulté par le comportement erratique du personnel, plus démissionnaire que conflictuel. L’une des belles trouvailles du film repose sur la circulation des corps et des fonctions : les ouvriers identifiés dans le premier temps du film réapparaissent une fois l’immeuble achevé ; ils habitent les lieux plus qu’ils n’y travaillent. On retrouve ainsi un couple d’amoureux enlacés à l’identique dans un dortoir de chantier ou dans l’improbable cagibi d’un électricien.</p>
<p>Jouant sur l’ambiguïté de la formule commerciale (une pancarte publicitaire promet la combinaison du confort de la ville et du calme de la nature), le film nous permet d’envisager une autre appropriation de ces ensembles architecturaux. En produisant des images incongrues, des plans hybrides mêlant nature et construction – des vaches dans un chantier, une piscine sur un immeuble inachevé – <em>Promised Spaces </em>les convertit en un théâtre de bifurcations, où les espaces s’inventent à mesure qu’on y progresse, comme dans un jeu.</p>
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		<title>Nos étoiles à mi-parcours</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/nos-etoiles-a-mi-parcours-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 12:17:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/nos-etoiles-a-mi-parcours-2/">Nos étoiles à mi-parcours</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-333503 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026.jpg" alt width="2093" height="2111" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026.jpg 2093w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-297x300.jpg 297w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-1015x1024.jpg 1015w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-150x150.jpg 150w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-768x775.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-1523x1536.jpg 1523w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-2031x2048.jpg 2031w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-980x988.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-120x120.jpg 120w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-60x60.jpg 60w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-2000x2017.jpg 2000w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-1-Festival-de-Cannes-2026-125x125.jpg 125w" sizes="auto, (max-width: 2093px) 100vw, 2093px"></a>
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		<title>La Libertad Doble</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-libertad-doble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 09:27:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le premier plan de La Libertad Doble est presque identique à celui qui ouvrait La Libertad en 2001 : éclairé par un feu de camp, Misael, le bûcheron de la Pampa au cœur du premier...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-libertad-doble/" title="Read  La Libertad Doble">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le premier plan de <em>La Libertad Doble</em> est presque identique à celui qui ouvrait <a href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-lisandro-alonso-la-libertad-retrouvee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Libertad </em>en 2001</a> : éclairé par un feu de camp, Misael, le bûcheron de la Pampa au cœur du premier long-métrage de Lisandro Alonso, mange de la viande tandis que des éclairs illuminent par intermittence l’arrière-plan plongé dans le noir. Toute la première partie de cette «suite» tardive prend ainsi l’allure d’un <i>remake</i> du film d’origine : Misael accomplit sensiblement les mêmes gestes (couper des arbres à la hache ou à la tronçonneuse, manger, dormir) à quelques variations près (par exemple, il urine au lieu de déféquer). Il ne s’agit cependant pas d’une reprise plan par plan, puisque Alonso cadre ici différemment ces mêmes actions. Dans le premier film, la caméra suivait principalement les mouvements de Misael, mais s’autorisait aussi quelques décrochages pour dériver vers la nature environnante, de sorte à créer un brouillage : Alonso filmait-il Misael ou la Pampa autour de lui ? Ici, la caméra quitte rarement son personnage et se refuse à rejouer les puissantes envolées sensorielles du premier volet. Ainsi de la séquence de la sieste, qui coupait quasiment en deux <em>La Libertad</em> : tandis que Misael commençait à s’endormir, la caméra, comme emportée par une bourrasque, se détournait du personnage pour dériver dans la forêt. Alonso joue à cet endroit sur les attentes du spectateur ; lorsque Misael s’endort dans <em>La Libertad Doble</em>, les plans suivants consacrés à son chien, qui vadrouille aux alentours de l’habitation de fortune, laissent croire (et fantasmer) que le film s’apprête à abandonner le personnage humain au profit du canidé. Mais la parenthèse se referme rapidement, comme si Alonso orchestrait délibérément un sentiment de frustration. En retrouvant son héros vingt-cinq ans plus tard, Alonso constate avant tout que la liberté n’est plus possible. C’est peut-être la limite du film, qui troque la puissance sensible de jadis contre une dimension plus conceptuelle.</p>
<p>La (relative) déception qui en découle se trouve néanmoins intrinsèquement liée à une question politique, qui apparaît frontalement dans la deuxième partie, avec l’introduction d’un nouveau personnage : Micaela, la sœur de Misael, internée dans un hôpital psychiatrique. Lorsqu’il se rend dans cet établissement sur le point de mettre la clef sous la porte à cause d’importantes coupes budgétaires, Misael apprend qu’il devra à présent s’occuper de la malade. La séquence, tournée dans un bâtiment aux murs défraîchis, révèle un univers gagné par la désertion et la décrépitude. Les aplats jaune sale des couloirs tranchent avec la sensualité organique de la Pampa, composant un labyrinthe de couloirs vides. Le visage collé à une étroite lucarne, la sœur de Misael attend des trains qui ne passeront jamais, tandis qu’un patient en slip s’est endormi, affaissé sur un banc au milieu du couloir. En quelques plans, Alonso installe une tonalité presque beckettienne de fin du monde, avec des personnages livrés à leur déchéance. L’hôpital devient alors le miroir miniature de l’Argentine sous Javier Milei, un pays gagné par l’austérité et la désagrégation des structures collectives qui laissent à l’abandon les plus démunis. Ce sentiment de claustration suffocante est travaillé tout au long du film par la composition des plans souvent surcadrés ou coupés en deux, comme si les déplacements de Misael étaient ici toujours empêchés. Lorsqu’il s’endort dans l’hôpital, Alonso filme son visage en plongée et en gros plan, isolé dans un faisceau lumineux, en adoptant un cadrage identique à celui qui ouvrait la séquence de sieste dans <em>La Libertad</em>. Mais cette fois-ci, l’espace clos de l’hôpital neutralise la possibilité d’une échappée.</p>
<p>Deux plans somptueux ouvrent toutefois une brèche dans cette morosité ambiante. De retour dans la Pampa dans le dernier temps du film, Misael prépare le dîner tandis que sa sœur s’enfonce dans la forêt. Elle s’approche d’un arbre et commence à le caresser dans un plan filmé en contre-plongée, où le soleil rasant forme autour de sa tête une auréole. Puis la caméra suit lentement sa main glissant sur l’écorce, jusqu’à ce que les rayons lumineux traversent ses doigts, magnifiés par la texture du 35 mm. Ce sont les seuls instants qui renouent pleinement avec l’éveil des sens auquel invitait le premier film – mais là encore, le moment sera interrompu (en l’occurence par Misael). La liberté semble désormais entravée par l’écoulement du temps, notamment par la prise des cachets de Micaela, qui rythme ses journées. Une montre retrouvée sur le sol par la femme acquiert ainsi une portée symbolique à la fin du film, tout en esquissant un semblant d’ouverture. Micaela finit par laisser l’objet derrière elle (juste à côté d’un réveil), avant de s’enfoncer dans la profondeur du champ et de disparaître dans la verdure. « <em>L’espace, pas le temps</em> », disait un vieux sage dans <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2023/eureka-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eureka </a></em>: en abandonnant cette montre, Micaela retrouvera peut-être enfin l’espace – et, avec lui, une forme de liberté.</p>
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		<title>Jour 5 — Paper Tiger</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-5-paper-tiger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 06:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 5. Deux de nos rédacteurs discutent de Paper Tiger de James Gray, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à Barça Zou de Paul Nouhet. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;: Marin Gérard et Robin...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-5-paper-tiger/" title="Read  Jour 5 — Paper Tiger">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 5. Deux de nos rédacteurs discutent de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/paper-tiger/" target="_blank" rel="noopener">Paper Tiger</a> </em>de James Gray, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/barca-zou/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Barça Zou</em></a> de Paul Nouhet.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/LJvWMkh3FMs?si=LdqtUBdrGeTCIrKs" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Marin Gérard et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La Gradiva</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-gradiva/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 06:15:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’enchaînement des séances cannoises invite inévitablement à repérer les échos entre les films. Ils peuvent être parfois très nets, comme ici l’utilisation du tube de Theodora « Kongolese sous BBL », également entendu dans Shana,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-gradiva/" title="Read  La Gradiva">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’enchaînement des séances cannoises invite inévitablement à repérer les échos entre les films. Ils peuvent être parfois très nets, comme ici l’utilisation du tube de Theodora « Kongolese sous BBL », également entendu dans <em>Shana</em>, d’autant que dans les deux cas les paroles sont reprises en chœur (avec la catharsis de pouvoir hurler : « <em>et mes gros seins me font souvent mal au cou</em> »). Mais ils sont occasionnellement plus souterrains&nbsp;; <em>La Gradiva</em> constitue ainsi une sorte de pendant grave de <em>Barça Zou</em>. À la mélancolie allègre du film de vacances d’1h24 à Barcelone répondent ici deux heures et demie d’un voyage scolaire à Naples, empreint de pesanteur. Ce sont deux visions de l’adolescence qui, plutôt que de s’opposer, se complètent : d’un côté, le bonheur de l’amitié simple, sous la bannière d’une passion commune (le skate), et de l’autre, le tumulte de la fin de « l’âge ingrat ».</p>
<p>La durée des scènes est probablement ce qui permet au film de transcender son programme romanesque. Aux trajectoires individuelles de trois adolescents, le cancre Toni (Colas Quignard), le beau James (Mitia Capellier-Audat) et la solitaire Suzanne (Suzanne Gerin), qui s’observent mutuellement dans l’ouverture située dans un train (Suzanne regarde Toni, qui lui-même regarde James), s’additionne la quotidienneté du voyage scolaire, notamment lors des visites en groupe. Les petits cours impromptus donnés par madame Mercier (Antonia Buresi), la professeure de latin et organisatrice du séjour, sont l’occasion de blocs de durée où la cinéaste se révèle portraitiste, chaque élève ayant droit à&nbsp;son plan lorsqu’il ou elle prend la parole. La drôlerie des réponses et les efforts de l’enseignante pour passionner son auditoire dépeignent alors très bien la teneur imprévisible d’un cours, toujours prêt à&nbsp;entrer en éruption. Magnifique personnage que celui de cette «&nbsp;bonne prof&nbsp;» qui croit en son travail, dont les failles (elle ne peut s’empêcher d’avoir des chouchous et des souffre-douleur), ainsi que l’épuisement, racontent la réalité d’une vocation bien mieux que n’importe quel film à&nbsp;discours (<em>Un métier sérieux</em>, <em>L’Abandon</em>, etc.). Face à son auditoire, madame Mercier performe son rôle de professeure telle une actrice, mais elle n’est pas la seule à jouer : dans <em>La Gradiva</em>, tout le monde est plus ou moins pris dans une logique de représentation. Les personnages changent de comportement selon le nombre d’interlocuteurs (avec la classe, à&nbsp;quatre, à&nbsp;deux, seul), témoignant de l’hyper conscience&nbsp;que les adolescents peuvent avoir de l’image qu’ils renvoient. Atlan filme par ailleurs ces jeunes personnages à un moment charnière, celui des derniers mois de la classe de Terminale, avant que chacun emprunte une voie différente, ce qui entérine la fin de l’idéal égalitaire de l’école. La séquence des résultats Parcoursup, juste avant la fête du dernier soir, est pour cette raison terrible : l’asymétrie commence à ce moment-là ; il ne reste plus qu’à faire semblant en dansant ensemble une dernière fois.</p>
<h2>La Grazia</h2>
<p>«&nbsp;<em>Ah, c’est lyrique&nbsp;!</em> », s’exclame ironiquement la professeure après avoir lu la première ligne de la dissertation que Toni lui rend en retard. On pourrait en dire autant du film, qui substitue aux chroniques adolescentes qu’affectionne le cinéma français une recherche de la grâce. Outre la manière dont la cinéaste (et cheffe opératrice&nbsp;: elle s’est notamment illustrée avec la photo de&nbsp;<em>L’Engloutie</em>) recourt à&nbsp;la lumière naturelle pour envelopper ses acteurs, cette quête prend par exemple la forme d’une chorégraphie muette (dans une salle du musée archéologique de Naples où James et Suzanne se tournent autour autant qu’ils naviguent entre les statues) ou d’une simple course à&nbsp;travers la ville des deux garçons (court moment de félicité au sein d’une relation par ailleurs chaotique). Pour Toni, amoureux de son meilleur ami (qui le sait), ce voyage en Italie est aussi l’occasion d’une enquête sur ses racines&nbsp;: sa grand-mère était napolitaine, mais a&nbsp;quitté le pays suite au tremblement de terre de 1980, au cours duquel le grand-père de Toni aurait soi-disant trouvé la mort. Si le film ne convainc pas toujours lorsqu’il multiplie ainsi les couches narratives, la place qu’Atlan accorde au puzzle identitaire de ses personnages paumés est compensée par une croyance absolue en ces derniers – leurs élans ne sont pas réductibles à de simples trajectoires de scénario, chacun a la place d’exister en dehors du carcan du récit. <em>La Gradiva</em> ressemble à&nbsp;ce titre à&nbsp;un grand film romantique, au sens werthérien du terme&nbsp;: les souffrances des adolescents sont exacerbées par leur jeunesse, le film s’adaptant à&nbsp;leur intensité, quitte à&nbsp;injecter un peu de grandiloquence. C’est précisément à&nbsp;l’intersection entre la banalité d’un voyage scolaire et l’importance qu’il prend dans la vie de ces jeunes personnages que la discrète majesté de <em>La Gradiva</em> se déploie.</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>À l’ombre du festival — Paul Nouhet</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-paul-nouhet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 06:00:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, Paul Nouhet évoque avec nous Barça Zou, son premier long-métrage présenté à l’Acid. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;: Luca Mongai....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-paul-nouhet/" title="Read  À l’ombre du festival — Paul Nouhet">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, Paul Nouhet évoque avec nous <em>Barça Zou</em>, son premier long-métrage présenté à l’Acid.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong> Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
<div class="podcast_player"></div>
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		<title>Full Phil</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/full-phil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 22:02:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’une des astuces de Quentin Dupieux pour donner à son cinéma un air de profondeur est de composer ses récits selon un principe gigogne (pensons au rêve dans le rêve de Daaaaaali&#160;! ou au lever...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/full-phil/" title="Read  Full Phil">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’une des astuces de Quentin Dupieux pour donner à son cinéma un air de profondeur est de composer ses récits selon un principe gigogne (pensons au rêve dans le rêve de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/daaaaaali/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Daaaaaali&nbsp;!</em></a> ou au lever de rideau dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/au-poste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Au poste&nbsp;!</em></a>). Ce procédé est couplé ici avec une tension entre l’intérieur et l’extérieur : <em>Full Phil </em>est un huis clos sur un père (Woody Harrelson) essayant de renouer les liens avec sa fille, Madeleine (Kirsten Stewart), au beau milieu d’un Paris à feu et à sang à cause de manifestants (dont on ne connait pas les revendications). Détournant le sketch « Le troisième âge » de <em>Monty Python&nbsp;: Le Sens de la vie</em>, le cinéaste s’amuse à filmer son actrice se goinfrer tout en déplaçant le châtiment de M. Creosote vers la figure de son pauvre père, qui grossit à sa place. L’intrigue familiale est par ailleurs entrecoupée d’extraits d’une série B que regarde Madeleine sur son ordinateur, dans laquelle on retrouve Eric Wareheim, acteur fétiche des premiers films de Dupieux. Structure gigogne toujours : la période française du réalisateur (à partir d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/au-poste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Au poste</em></a>) ingère de la sorte la période dite américaine.</p>
<p>Le film s’apparente donc à une entreprise ludique qui pourrait séduire si la démarche de Dupieux ne la réduisait pas – par paresse ou manque de volonté – à un joujou sans âme. Comme à son habitude, celui-ci lance des idées sans les développer. En témoigne le statut ambivalent de Phil, qui pourrait constituer un avatar du mâle blanc arrogant et dominant. Mais le film ne va pas au bout de sa charge : l’omniprésence du maître d’hôtel joué par Charlotte Lebon (piètre incarnation de la soi-disant <em>cancel culture</em>), qui le soupçonne sans fondement de vouloir infliger du mal à sa fille, a pour conséquence collatérale de le rendre relativement sympathique. Le cinéaste offre à Phil une psychologie dont ne jouit jamais Madeleine qui, passant la plus grande partie du récit à regarder de la fiction en mangeant, renvoie au stéréotype du spectateur-consommateur. Dupieux se réfugie derrière une cruauté à la Ferreri (on ne peut s’empêcher de penser à <em>La Grande bouffe</em>) pour masquer un mépris bête et méchant, dans une forme qui se rapproche, depuis quelques années, d’un sketch diffusé sur Canal +.</p>
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		<title>Moulin</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 20:08:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rien, dans les films précédents de László Nemes, n’avait préparé au choc plastique que représente Moulin, et ce dès le premier plan – un ciel nocturne si profond qu’il paraît avoir été peint, si beau...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" title="Read  Moulin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Rien, dans les films précédents de László Nemes, n’avait préparé au choc plastique que représente <em>Moulin</em>, et ce dès le premier plan – un ciel nocturne si profond qu’il paraît avoir été peint, si beau que dès la première seconde, on sait que ce film-là ne sera pas du même tonneau que le reste de la compétition jusque-là projetée. Rien non plus ne pouvait laisser augurer que les noces de l’auteur hongrois avec le cinéma français commercial (Gilles Lellouche dans le premier rôle, TF1 à la production), accoucheraient d’un objet aussi racé et dense, dépouillé des tics festivaliers du <em>Fils de Saul</em> et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sunset/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sunset</em></a>. Fini la caméra portée et les semelles de plomb&nbsp;; derrière son grand sujet (moins le martyr d’un saint qu’une plongée vers la mort), <em>Moulin</em> n’avance que par la seule assurance de sa mise en scène, taillée dans l’étoffe de la nuit et des ombres. Sa trajectoire est simple&nbsp;: le «&nbsp;patron&nbsp;» de la Résistance tombera du ciel pour zigzaguer jusqu’aux portes de l’enfer. «&nbsp;<em>Entre ici, Jean Moulin…</em> »&nbsp;? Non, sors d’ici Jacques Martel (son nom d’emprunt lors de son arrestation), de ce dédale crépusculaire qu’est Lyon sous l’Occupation, filmé comme un gigantesque labyrinthe dont la silhouette spectrale de Lellouche parcourt les travées pour tenter d’échapper à la Mort – personnifiée par Barbie (Lars Eidinger, tout en politesse feutrée et rouerie diabolique) et présentée dans l’une des rares scènes réellement diurnes comme un ange blanc fermant le chemin du salut au prisonnier. À cet endroit, bien sûr, on ne peut que penser à Melville, même si la mise en scène de Nemes ne pastiche jamais la splendeur cadavérique de <em>L’Armée des ombres</em>, ni ne suit le même cap mathématique. Pourtant, la filiation est évidente, au-delà du sujet et du décor (Nemes a cependant tourné en Hongrie), par la manière dont le film organise un chassé-croisé entre un homme et son destin funeste, vers lequel il court alors même qu’il essaie d’y échapper.</p>
<p>En témoigne la structure du récit, coupé en deux. Premier temps : Moulin, occupé à unifier la Résistance, chemine dans un monde de clairs-obscurs et de faux-semblants, où les innombrables surcadrages et vitres voilant à moitié son visage constituent autant de masques matérialisant sa double identité. Belle idée, d’ailleurs, plus tard dans le film : dans un plan frontal évoquant l’horreur absolue d’un spectacle laissé hors champ (la torture des compagnons de Moulin), les sbires de la Gestapo tentent <em>d’ouvrir</em> le visage du captif afin d’arracher la couche qui le recouvre et lui sert d’armure. Une heure durant, <em>Moulin</em> est ainsi un film d’action(s) purement mû par des enjeux de lumières, une suite de filatures ménageant son lot de vertiges. La mise en scène s’attelle à explorer toutes les possibilités de son écrin : l’ombre du personnage se dessine dans la vapeur d’une locomotive, le reflet d’une flaque d’eau ou en contrebas d’une vitre. Il paraît souvent épié, à la recherche d’une porte dérobée par laquelle échapper à la souricière installée par la mise en scène au cordeau de Nemes. Deuxième temps du récit : une fois capturé (mais pas tout de suite identifié comme « Max », le surnom du chef de la Résistance), Moulin cherche à faire sien l’espace de la prison puis, dans le dernier acte, à trouver sa voie vers une mort que les nazis lui refusent. Lors de ses entretiens avec Barbie, l’enjeu est d’ailleurs de se réapproprier l’espace : le résistant, qui se présente comme un décorateur, est d’abord mis au défi d’imaginer un réaménagement de la salle d’interrogatoire, pour prouver son savoir-faire. Plus loin, une danse qui lui est imposée avec une témoin est reconfigurée par son action ; à la mise en scène guidée par Barbie (qui fait résonner de la musique, contrôle les gestes des prévenus et dicte ses indications), l’ex-préfet substitue une réelle valse, un petit moment de beauté volé au décorum pensé par le nazi.</p>
<p>Autre surprise : on pouvait craindre, au regard du récit, que Nemes verse dans un dolorisme aux accents christiques, pour faire de « Saint Moulin », comme l’appelle ironiquement Barbie, un avatar de Jésus. Mais Moulin, comme jadis le Gerbier de Melville, est, plus qu’un martyr ou un héros, un fantôme en devenir qui aspire à l’étreinte amoureuse de la Mort, à cette <em>«&nbsp;douce nuit d’amour</em>&nbsp;» sur laquelle se referme le film, dans un train depuis lequel on aperçoit, à travers la fenêtre, les étincelles d’un pandémonium. Et jusqu’au bout, la torture prendra davantage la forme d’un sinistre ballet lumineux (les phares des berlines transperçant les ténèbres, le visage buriné de Lellouche comme émergeant de la noirceur d’un caveau) que d’hémoglobine et de violence directe. <em>Moulin</em> est un film sculpté dans le néant, comme le sont certains sommets de Clint Eastwood photographiés par Tom Stern. Qui aurait parié, au début du festival, que l’on verrait en lieu et place de l’hagiographie redoutée le plus beau film français en pellicule depuis des années (la copie 35 mm projetée au grand théâtre Lumière est à se pâmer) ? Que Nemes verrait dans Lellouche, non pas seulement un levier économique pour monter son film, mais un avatar de Lino Ventura (on sent qu’il veut filmer sa mâchoire carrée comme un bloc de marbre) ? On achèvera l’éloge sur cette note : après <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soudain</em></a> de Hamaguchi (au moins pour ses promenades à la nuit tombée), c’est encore un metteur en scène étranger qui vient prouver qu’un autre cinéma français du milieu est possible ; un cinéma moins narratif, moins poussiéreux ; un cinéma qui se fie au pouvoir des rayons et des ombres (les vrais, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">pas ceux de Giannoli</a>). <em>Moulin</em> est beau comme la foudre, et on n’arrive toujours pas à y croire.</p>
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		<title>Barça Zou</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/barca-zou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 19:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On le sait, l’adolescence est l’un des thèmes de prédilection des jeunes cinéastes qui passent le cap du long-métrage. Vingt Dieux, L’Épreuve du feu, Diamant Brut, Il pleut dans la maison… si les exemples récents...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/barca-zou/" title="Read  Barça Zou">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On le sait, l’adolescence est l’un des thèmes de prédilection des jeunes cinéastes qui passent le cap du long-métrage. <em>Vingt Dieux</em>, <em>L’Épreuve du feu, Diamant Brut, Il pleut dans la maison</em><i>…</i> si les exemples récents ne manquent pas, ils souffrent aussi des mêmes écueils. Souvent portés par de jeunes acteurs talentueux (la plupart du temps non professionnels), ces films tendent à canaliser leur énergie dans des récits d’apprentissage calibrés, qui carburent aux conflits amicaux/familiaux/amoureux lestés de considérations sociologiques et psychologiques appuyées. À trop discourir sur le dos de leurs jeunes protagonistes, les films évoqués finissent par ne plus vraiment les regarder&nbsp;; ou du moins, à trop rapidement en faire le symbole abstrait d’une quête d’émancipation. Bonne nouvelle : <em>Barça Zou</em> résiste aux sirènes du <em>coming-of-age</em> formaté et lui préfère une forme plus chaotique et doucement désinvolte, pour suivre les vacances de quatre jeunes skateurs partis quelques jours à Barcelone. Dix ans plus tard, les ados bordelais sont devenus des trentenaires parisiens assagis qui, sous l’impulsion de Paul (incarné par le cinéaste lui-même), décident de s’enregistrer racontant leurs souvenirs de cette échappée barcelonaise. Sur le modèle des films de Sophie Letourneur, le dispositif méta accueille ainsi en voix off les récits des uns et des autres, qui se chevauchent ou se contredisent, recomposant le voyage selon des points de vue multiples.</p>
<p>En même temps qu’il emprunte des chemins de traverse pour arpenter la ville (loin de la Sagrada Familia et des cartes postales touristiques, Barcelone est ici appréhendée à partir d’un réseau de skateparks), Paul Nouhet slalome entre les passages obligés du <em>teen movie</em>,<i> </i>qu’il détourne ou désamorce pour en déplacer les enjeux. Ainsi de la romance adolescente ou de la scène de fête. Pour la première, il privilégie le registre comique et trivial : un long baiser se voit parasité par l’irruption d’une nuée de pigeons, détournant l’attention du jeune Hascoët qui ne sait plus où donner de la langue. Pour la seconde, autre méthode : alors qu’un de ses compagnons veut rejoindre des filles pour danser, le cinéaste se détourne de cette soirée d’ivresse et préfère filmer le malaise du jeune Paul, visage fermé, qui prétexte être fatigué pour rentrer à l’appartement. Il ne s’agit pas pour autant de s’en tenir à la <em>lose</em> de leurs expériences – façon <em>Les Beaux Gosses</em> en skate –, mais de capter une allégresse plus diffuse, qui se situe à la périphérie des étapes constitutives de l’imaginaire adolescent : si le rencard bancal d’Hascoët est traversé de silences gênants, il laisse place à un bref moment de félicité lors de son retour en skate au petit matin ; l’exaltation collective avant de se rendre à une soirée en ville est <em>in fine</em> plus intense que la fête elle-même, etc. Au lieu de céder aux attraits de la mythologie adolescente, <em>Barça Zou</em> se concentre sur ses interstices plus ordinaires, appréhendant la vie des jeunes à une échelle infra, comme pour restaurer le plus fidèlement possible des sensations très précises gravées dans la mémoire.</p>
<p>Si ces instants fugitifs ont leur importance, c’est que Nouhet les observe avec le regard d’un ancien ado, qui tente de toucher du doigt un passé très proche mais déjà irrévocablement perdu. La distance rétrospective est suggérée par la mise en abyme, qui produit un effet de contraste entre la temporalité estivale et le quotidien un peu plus terne des trentenaires mélancoliques. Moins convaincantes et plus rébarbatives, les séquences parisiennes explicitent alors une nostalgie que la mise en scène parvient à faire affleurer plus subtilement dans les segments barcelonais. Ce sentiment s’exprime par exemple dans la façon récurrente de retarder la coupe de certains plans afin de s’attarder sur un visage, ou bien dans l’utilisation de zooms ou recadrages qui viennent isoler un détail du décor. Sans faire tout à fait « avancer le récit », les situations servent d’abord d’écrin à une poignée de souvenirs fragmentés : un éclat de rire qu’on tente de retenir, un regard d’envie ou de jalousie mal retenu, ou simplement une expression fatiguée avec un regard perdu dans le vide. Dans leur caractère anodin, ces détails ne renvoient pas à une expérience particulièrement heureuse ou remarquable, mais la distorsion rétrospective tend à en faire des épiphanies qu’il faut chérir. En ce sens, Nouhet est un vrai nostalgique, puisque son film considère que tout ce qui se rapporte à cette époque révolue mérite d’être regardé avec tendresse. La proximité évidente entre le réalisateur et ses personnages se traduit dans certains épisodes par une mise en scène plus élaborée qui vise à épouser leurs points de vue. C’est le cas par exemple d’un accident de skate, lorsque Hascoët décide de dévaler à toute vitesse une rue en pente, avant de chuter violemment au sol. Le découpage presque cartoonesque restitue la façon dont cette mésaventure a été perçue comme un épisode épique de leur voyage, en même temps que la rupture formelle emphatique témoigne d’une douce ironie. La conclusion de <em>Barça Zou</em> met en perspective la mélancolie qui irrigue l’ensemble : le projet même du film et son dispositif de remémoration collective viendraient répondre à la perte des vidéos que les skateurs avaient enregistrées à l’époque. Il est pourtant finalement peu question de leurs exploits sportifs dans le film ; avec le temps, l’intérêt du voyage s’est déplacé pour devenir quelque chose de plus précieux – le vestige d’un monde commun.</p>
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		<title>Paper Tiger</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/paper-tiger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 17:59:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui est le « tigre de papier » donnant son titre au nouveau James Gray ? La mafia russe rodant autour des frères Pearl, entraînés par un jeu de circonstances dans la face sombre du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/paper-tiger/" title="Read  Paper Tiger">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Qui est le « tigre de papier » donnant son titre au nouveau James Gray ? La mafia russe rodant autour des frères Pearl, entraînés par un jeu de circonstances dans la face sombre du sacro-saint rêve américain ? Le personnage de l’aîné (Adam Driver), ex-flic flamboyant qui affiche une contenance à toute épreuve ? Ou peut-être Gray lui-même, dont ce neuvième film officialise la modestie nouvelle de ses aspirations – son avatar serait donc ici le cadet (Miles Teller), père de famille à la vie simple et rangée ? <em>Paper Tiger</em> assume de fait des ambitions à la baisse, en même temps qu’il opère un retour à la veine des premières œuvres du cinéaste, mêlant le thriller au <em>fatum </em>de la tragédie grecque. Le film s’ouvre sur une citation d’Eschyle qui résume son propos, «&nbsp;<em>Pour que ma vie soit préservée du malheur, qu’il me suffise d’être sage</em>&nbsp;». L’ex-héritier revendiqué du&nbsp;Nouvel Hollywood fait de cette «&nbsp;sagesse&nbsp;» son leitmotiv, au risque de tabler sur une émotion si feutrée qu’elle en devient quasi évanescente. Dans les derniers Gray, le rêve d’une mise en scène classique se confond souvent avec une écriture presque impersonnelle, mais qui accueille toutefois une poignée d’éclats et de scènes renouant avec son inspiration originelle&nbsp;; il ne s’agit plus d’attendre de lui un film plein, mais plutôt des fragments rappelant les promesses du passé.</p>
<p><em>Paper Tiger</em> semble ainsi avoir été pensé pour une série de plans fantomatiques, une petite scène d’action en guise de climax spectaculaire, ou encore un ballet d’ombres figées dans le salon d’une maison ordinaire, où chaque présence se tient au seuil de la violence. Ces visions, à l’échelle de la filmographie de Gray, ne sont pas neuves, d’autant qu’elles s’accompagnent d’un récit figurant de nouveau une fratrie maudite. Mais l’intérêt qu’elles suscitent est en partie relancé par l’épure accrue de la mise en scène – notamment sur la spectralité, motif ici dénué de la solennité des débuts, quitte à sacrifier pour de bon l’ampleur sourde qui a fait jadis de Gray un grand espoir du cinéma américain. Cette petitesse a le mérite d’être assumée, même si elle accouche d’un film sur le fil, dont la part mélancolique est si diffuse qu’elle peine réellement à émouvoir. Reste un acteur, Adam Driver, félin à l’affût dans un champ de roseaux rappelant autant le <em>finale</em> de <em>La Nuit nous appartient</em> qu’une scène célèbre du <em>Parrain</em>. C’est à ses larges épaules qu’il incombe de porter les vestiges opératiques d’une œuvre désormais lucide sur ses limites.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Sheep in the Box</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sheep-in-the-box/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 09:50:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le générique final de Sheep in the Box crédite logiquement Kore-eda de la réalisation et du scénario, mais aussi, plus étonnamment, de «&#160;l’idée originale&#160;» de son nouveau film. On tousse un peu car ladite idée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sheep-in-the-box/" title="Read  Sheep in the Box">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le générique final de <em>Sheep in the Box</em> crédite logiquement Kore-eda de la réalisation et du scénario, mais aussi, plus étonnamment, de «&nbsp;<em>l’idée originale&nbsp;</em>» de son nouveau film. On tousse un peu car ladite idée n’a rien de renversant, ni même « d’original » vu la trajectoire empruntée par le récit, qui commence comme <em>A.I.</em> pour finir tel <em>E.T.</em> Dans <em>«&nbsp;un futur pas si lointain</em>&nbsp;», un couple encore endeuillé par la perte de leur petit garçon recourt aux services d’une entreprise, «&nbsp;Rebirth&nbsp;», qui recrée un double humanoïde de leur fils à l’aide de photos, vidéos et d’IA générative. Point de départ passionnant, qui laisse à un moment croire que le cinéma de Kore-eda, de plus en plus lyophilisé, va ici regagner en cruauté. Vaine espérance&nbsp;: si la volonté de refaire <em>A.I.</em> à l’heure où l’intelligence artificielle devient une réalité pouvait s’entendre, le film s’applique surtout à vider la situation de son potentiel abrasif et de l’étrangeté causée par l’irruption du corps synthétique au sein du foyer des parents. Ce dernier est lui-même glacé ; le père (qui travaille dans le bois) et la mère (architecte) sont des apôtres du <em>design</em> épuré, de l’entretien d’un intérieur où rien ne dépasse. Ce que Spielberg condensait avec une violence à peine rentrée dans une petite portion de son film (la partie domestique), Kore-eda l’étale deux heures durant en faisant de ce cadre l’écrin d’une allégorie redoublée par son titre, inspiré du <em>Petit Prince</em>. Dans un dialogue confondant de littéralité, la mère glisse cette évidence : le mouton dans la boîte, ce n’était finalement pas l’avatar de son enfant défunt, mais elle-même – soit un vide béant à remplir, ce que racontait un plan déjà très appuyé, où le personnage, s’allongeant sur son lit, était surcadré au premier plan par le cube creux servant de socle de recharge au petit robot.</p>
<p>Film après film, le cinéma de Kore-eda repousse les limites de l’aseptisation ; le récit comme le scénario s’appliquent à nettoyer <em>Sheep in the Box</em>&nbsp;du moindre trouble, de la moindre ambiguïté. Exemplairement, lorsque le gamin s’endort sur son cube, placé en face du lit de ses parents, le père se demande s’il leur faut chuchoter dans leur propre chambre à coucher, car la machine, même éteinte, pourrait les entendre. On se dit à ce moment-là que ça devrait être le cadet de leurs soucis et qu’il y a techniquement une bizarrerie plus grande encore à ce que l’androïde se tienne à quelques mètres de l’endroit où ils pourraient avoir l’envie saugrenue de faire l’amour. Mais l’idée même de la sexualité ne peut exister dans un film dont la douceur cotonneuse penche à plusieurs endroits vers la blancheur publicitaire : il est impossible que Kore-eda fasse un film ambivalent sur des automates, car son cinéma est déjà depuis longtemps robotique. L’étude de cette famille dysfonctionnelle tourne de toute façon court, le scénario lui substituant, à l’aide d’une poignée de séquences vite brossées, une trame secondaire sur la prise d’indépendance de ce mini-robot, à la recherche de sa propre identité. Où se trouve-t-elle ? Certainement pas dans la boîte vide qu’est <em>Sheep in the Box</em>.</p>
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		<title>Jour 4 — La Libertad Doble</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-4-la-libertad-doble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 05:37:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 4. Deux de nos rédacteurs discutent de La Libertad Doble de Lisandro Alonso, présenté à la Quinzaine des Cinéastes. Avec une carte blanche consacrée au film La gradiva de Marine Atlan. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;:...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-4-la-libertad-doble/" title="Read  Jour 4 — La Libertad Doble">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 4. Deux de nos rédacteurs discutent de <i>La Libertad Doble </i>de Lisandro Alonso, présenté à la Quinzaine des Cinéastes. Avec une carte blanche consacrée au film <em>La gradiva</em> de Marine Atlan.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/B8lcvfVlpkA?si=XdvqoRV8YUhB5uXS" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Josué Morel et Robin Vaz. Et Marin Gérard pour la carte blanche.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong> : Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>Les matins merveilleux</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-matins-merveilleux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 19:00:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suite à la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) s’occupe des biens légués par la défunte : parmi eux, se trouve un carton rempli de vinyles disco, qu’elle doit remettre à un inconnu habitant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-matins-merveilleux/" title="Read  Les matins merveilleux">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Suite à la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) s’occupe des biens légués par la défunte : parmi eux, se trouve un carton rempli de vinyles disco, qu’elle doit remettre à un inconnu habitant une station balnéaire méditerranéenne. Alors que la trentenaire célibataire est engluée dans un quotidien un peu terne à Paris, ce voyage vers le Sud représente pour elle une échappée. Pour le film, en revanche, il servira de prétexte à dérouler deux trajectoires programmatiques – une quête des origines, bientôt suivie d’un récit d’émancipation. Ces deux pans du scénario s’articulent autour d’une même image, que le mystérieux destinataire des vinyles (Eric Cantonna) montre à Charlie à son arrivée : une courte vidéo datant des années 1980 où la mère de la jeune femme danse en boîte de nuit. Prise dans l’effervescence des années disco, la figure maternelle, décédée quand Charlie était encore adolescente, se révèle aux yeux de sa fille sous un jour inédit. Dans un premier temps, il s’agira donc pour elle d’en apprendre davantage sur le passé de sa génitrice, au contact de cet ancien ami que Charlie imagine être son père, qu’elle n’a jamais connu. Plus encore, la vidéo qu’elle se passe en boucle devient peu à peu un modèle pour vivre sa vie plus intensément. Un plan symbolise cette logique : tandis qu’elle regarde une énième fois les images sur un écran de télévision, Charlie se met à reproduire les pas de danse de sa mère. Le cadrage insiste alors sur la superposition entre la femme à l’écran et le reflet de sa fille, qui tente laborieusement de l’imiter.</p>
<p>Avril Besson essaie certes d’insuffler de la légèreté à ce schéma narratif, en jouant sur le décalage entre la gravité des événements évoqués et l’attitude détachée, légèrement goofy, de sa protagoniste – une trentenaire lunaire et déphasée, figure qui ressemble de plus en plus à un nouvel archétype du cinéma français (Laure Calamy et Lætitia Dosch sont passées par là). Si la réalisatrice ne manque pas de tendresse pour ses personnages, elle a aussi la main lourde pour forcer l’empathie envers la sensibilité à fleur de peau de Charlie, à l’image d’une scène de karaoké où elle reprend « Mon amie la rose » de Françoise Hardy. Filmée <em>in extenso</em>, la performance peine à faire advenir l’émotion recherchée à cause des coquetteries de la mise en scène : plan unique, zoom se resserrant lentement sur le visage d’India Hair, regard caméra de cette dernière. Le personnage de Marina (Raya Martiny), la serveuse flamboyante du bar du coin qui héberge Charlie, souffre de son côté d’une caractérisation schématique. Ses interactions sommaires avec une galerie de figures secondaires (son ex, une ado rebelle, un homme en fin de vie auquel elle rend visite quotidiennement, etc.) servent avant tout à peindre une femme à la carapace dure mais au cœur tendre, sans réussir à masquer le rôle fonctionnel des habitants de la petite ville. Mal assorties au premier abord, les deux personnages vont finir par se rapprocher, permettant à Charlie de vivre une seconde jeunesse à travers une romance lesbienne. Alors que vers la fin du film le duo partage une dose de LSD, une séquence nocturne laisse espérer que la cinéaste va lâcher la bride de son récit pour laisser une situation s’installer dans la durée, en observant leur rapprochement à mesure que la drogue altère leur perception. Malheureusement, on n’aura pas accès à cette expérience importante dans l’évolution de Charlie : une ellipse nous projette soudain au petit matin, où les deux femmes apparaissent hilares, en proie à des hallucinations.<em> Les Matins Merveilleux</em> bute ainsi sur le paradoxe de vouloir filmer un éveil à la liberté à travers une forme qui en est elle-même dépourvue.</p>
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		<title>Gentle Monster</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gentle-monster/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 18:09:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans une scène située aux deux tiers de Gentle Monster, Lucy (Léa Seydoux) révèle enfin à sa mère (Catherine Deneuve) pourquoi son mariage bat de l’aile&#160;: suite à une perquisition de police (au début du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gentle-monster/" title="Read  Gentle Monster">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans une scène située aux deux tiers de <em>Gentle Monster</em>, Lucy (Léa Seydoux) révèle enfin à sa mère (Catherine Deneuve) pourquoi son mariage bat de l’aile&nbsp;: suite à une perquisition de police (au début du film), elle a appris que son mari stockait et partageait des contenus pédopornographiques sur le <em>dark web</em>. «&nbsp;<em>C’est un pédophile</em>&nbsp;» chuchote Seydoux avec son halètement caractéristique, les larmes aux yeux, alors qu’elle ose nommer les choses ainsi pour la première fois. La gravité absolue du dialogue qui suit est proportionnelle à son ridicule, Deneuve semblant incapable, en icône statufiée du cinéma français, de jouer encore la sidération, ou simplement la consolatrice. «&nbsp;<em>Il faut que tu parles au piano</em> », glisse-t-elle même à sa fille musicienne – déjà la réplique la plus involontairement comique du festival. Il faut dire que le <em>star system</em> s’acoquine difficilement avec le film à thèse, et dessert même la volonté de Marie Kreutzer d’alerter sur le sujet : arrivé au carton final rappelant les chiffres alarmants des violences sexuelles perpétrées sur les enfants, l’interpellation tombe à plat, plombée par les nombreux artifices qui ont précédé.</p>
<p>Le programme était déjà fixé par le titre (« le monstre gentil »), qui correspond également au pseudo de l’homme en ligne. Philip (Laurence Rupp), quoique dépressif, est un mari et un père attentionné ; les agresseurs, comme on le sait, sont des messieurs Tout-le-monde. Lucy, après le choc de la révélation, cherchera à savoir si son mari a touché leur fils de six ans. Kreutzer tisse cette quête personnelle (Lucy n’a pas accès aux éléments de l’enquête, tandis que Philip demeure pour le moment en liberté) au quotidien d’Elsa (Jella Haase), la policière en charge de l’affaire. Aux clichés du chemin de croix de Lucy (sa manière de se réfugier dans la musique, par exemple), la cinéaste ajoute celui des contradictions de la femme de loi. Elle ne peut s’empêcher de redoubler l’intrigue en montrant la flic, exemplaire et sévère dans son travail, pardonner son père malade lorsque ce dernier agresse sexuellement une employée de maison. Il n’y a rien dans <em>Gentle Monster</em> qui ne soit alourdi par des intentions clignotantes, pas une couche d’ambiguïté qui ne paraisse artificiellement gonflée. Le vertige du premier quart d’heure, figuré par un beau champ-contrechamp entre le visage de Seydoux et le bouton d’ascenseur du commissariat à côté duquel est indiqué «&nbsp;affaires pédocriminelles&nbsp;», laisse place à un discours purement pédagogique. Ce dernier est sans doute nécessaire, mais il aurait très bien pu tenir dans les contours d’un post Instagram.</p>
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		<item>
		<title>Jour 3 — Soudain</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-3-soudain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 17:13:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 3. Deux de nos rédacteurs discutent de Soudain de Ryūsuke Hamaguchi, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée au film Le Journal d’une femme de chambre de Radu Jude. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;:...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-3-soudain/" title="Read  Jour 3 — Soudain">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 3. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soudain</em></a> de Ryūsuke Hamaguchi, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée au film <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Journal d’une femme de chambre</em></a> de Radu Jude.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/ZDsHfL8FfHk?si=DrZYoazKZEXXMZ_B" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Marin Gérard et Josué Morel. Et Robin Vaz pour la carte blanche.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong> : Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>Sanguine</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sanguine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 17:03:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle entrée dans le champ du body horror français, le premier long-métrage de Marion Le Correller enfonce le clou planté il y a deux ans par The Substance de Coralie Fargeat. D’emblée, le lien de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sanguine/" title="Read  Sanguine">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nouvelle entrée dans le champ du <em>body horror</em> français, le premier long-métrage de Marion Le Correller enfonce le clou planté il y a deux ans par <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-substance-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Substance</em> </a>de Coralie Fargeat. D’emblée, le lien de parenté formelle et pop saute aux yeux : couleurs criardes (ici, le rouge dominant), intérieurs aseptisés filmés en grand angle, plongées et contreplongées déformant les perspectives, rythmique techno qui insuffle sa dynamique épileptique au montage. L’ouverture, située dans un <em>fast-food</em> où un serveur surmené pète les plombs et massacre un client impoli, s’aventure sur un terrain rendu désormais familier, voire caricatural (par excès de second degré et de références), qui laisse d’abord craindre la redite. Par trop déférent et dépourvu de légèreté, le film parvient cependant ici ou là à faire peau neuve grâce à quelques choix graphiques bien sentis et le regard porté sur Margot, une jeune interne parachutée aux urgences.</p>
<p>Première bonne idée : confiner (à l’exception d’une séquence dans une boîte de nuit) l’essentiel des scènes au sein d’un hôpital, réduit sommairement à quelques couloirs angoissants, bureaux, salles de soins et logements étudiants étriqués. Si les conditions du travail hospitalier sont au centre de ce récit de somatisation (une étrange maladie cutanée se développe à mesure que la charge de travail déshumanisante augmente), Le Correller n’en fait pas pour autant un enjeu de satire sociétale (et c’est heureux). L’hôpital ne vaut que comme arrière-fond bariolé&nbsp;: il participe d’une esthétique ludique (le jeu sur les couleurs se mêle à celui sur les échelles de plan) et d’un espace carcéral (la chambre de Margot ressemble à s’y méprendre à une cellule) où l’horreur peut advenir derrière chaque porte lors de la lente descente aux enfers de son héroïne. Seconde bonne idée : tirer profit du visage de Mara Taquin, découverte aussi décisive pour le film que celle de Garance Marillier dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/grave-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Grave</em></a> de Julia Ducournau. Davantage que son corps détraqué, sujet à des transformations de plus en plus gore, ce visage, filmé lui aussi sous toutes les coutures, offre sa fascinante plasticité à la caméra dévorante de la réalisatrice. Sa capacité à encaisser la douleur, à se concentrer ou à se laisser déborder, en fait presque un film réjouissant à lui seul.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Colony</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/colony/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 16:47:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dix ans après Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence Peninsula, suite ratée de Busan) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/colony/" title="Read  Colony">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix ans après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dernier-train-pour-busan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dernier train pour Busan</em></a>, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peninsula/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Peninsula</em></a>, suite ratée de <em>Busan</em>) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train à la verticalité d’une tour. Au sein d’un complexe accueillant à la fois un centre commercial et des bureaux, un virus créé par un scientifique fou et revanchard se répand. Ce n’est toutefois pas tout à fait du «&nbsp;zombisme&nbsp;» pur jus&nbsp;: les infectés deviennent les membres d’une colonie interconnectée (un peu sur le mode des hommes-champignons de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-last-of-us-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Last of Us</em></a>) qui, et c’est le cœur véritable du film, ne cesse d’évoluer en se partageant des informations, sur le mode des fourmis dialoguant par l’entremise de phéromones. Quelques rescapés – dont une scientifique, comprenant vite de quoi il retourne – se rassemblent non pas pour échapper au lieu confiné, mais pour trouver le savant malade à l’origine de l’infection, qui s’est inoculé le vaccin du virus. Rapidement, ce grand méchant se révèle être aussi une figure de marionnettiste, qui a gardé sa conscience humaine tout en étant relié à la ruche.</p>
<p>Ce point de départ permet au film de mettre à jour régulièrement ses règles : les zombies, d’abord, sont des corps rampants se jetant sur leurs proies. Ils apprennent ensuite à marcher, à distinguer les êtres humains des panneaux publicitaires ou des mannequins présents dans les échoppes, puis à se greffer les uns aux autres pour former des créatures à plusieurs têtes et membres, etc. La stratification du décor en différents couloirs et niveaux se couple alors à une reconfiguration ludique du fonctionnement même de la série B, qui permet au film de renouer avec l’inventivité de <em>Dernier train pour Busan</em>, mais aussi de reparcourir à vitesse grand V une histoire de l’évolution du genre. Par exemple, le décor originel de la galerie marchande rappelle le canonique <em>Dawn of the Dead</em>, tandis que l’apprentissage par les zombies de gestes moteurs élémentaires renvoie au stade atteint par les morts-vivants de <em>Land of the Dead</em>, l’un des derniers films de Romero. Dans le détail, <em>Colony</em> n’est toutefois pas aussi réjouissant que <em>Dernier train…&nbsp;</em>: il souffre parfois d’un découpage brouillon (cf. une scène dans un ascenseur où l’action n’est pas très lisible, des personnages disparaissant sans que l’on sache trop comment), mais Yeon Sang-ho a le mérite de faire de son dispositif la matrice d’un film de zombies assez malin, qui oppose un réseau collectif (celui des zombies) à un groupe humain rongé de l’intérieur par son manque de solidarité. Si bien que <em>Colony</em> finit par renouer, dans ses plis, avec la part politique propre au genre, dont il actualise la logique : la dissolution de l’individu n’apparaît pas ici comme un châtiment, mais comme le révélateur de l’atomisation&nbsp;de la société sud-coréenne.</p>
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		<title>Du fioul dans les artères</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/du-fioul-dans-les-arteres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 14:00:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un plan suffit pour savoir où l’on met les pieds. Une caméra portée, nerveuse et floutant l’arrière-plan, suit Étienne (Alexis Manenti ), un routier en train de s’affairer à son prochain chargement. Cette courte introduction...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/du-fioul-dans-les-arteres/" title="Read  Du fioul dans les artères">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un plan suffit pour savoir où l’on met les pieds. Une caméra portée, nerveuse et floutant l’arrière-plan, suit Étienne (Alexis Manenti ), un routier en train de s’affairer à son prochain chargement. Cette courte introduction nous plonge dans un milieu social brossé en quelques coups de pinceaux volontairement nerveux : la fébrilité des plans et la bande-son visent à restituer un réel entendu comme à fleur de peau. Immédiatement, aussi, on devine quelle recette scénaristique le film va adopter : passé l’introduction adviendra une rencontre amoureuse plus ou moins contrariée dont l’étude va progressivement prendre le dessus sur la peinture de cet ancrage. Bingo. Quelques scènes plus loin, l’intuition se confirme, mais les contours qu’épouse ce glissement vers l’intime ont le mérite d’être moins prévisibles, puisque le scénario juxtapose alors à son premier milieu un second particularisme : Étienne est un homosexuel qui fréquente des sous-bois et des aires d’autoroute, où se nouent sans mot dire des histoires d’un soir. C’est là, dans la pénombre, qu’il fait la connaissance de Bartosz, un routier polonais avec lequel va se tisser une romance en pointillés, la cadence infernale de leurs innombrables voyages leur laissant peu de temps pour se voir.</p>
<p>Difficile de faire l’impasse sur la contradiction inhérente de ce premier long, qui nous raconte une histoire hors norme en suivant un schéma hyper identifié – la sélection du film à la Semaine de la critique rend la chose encore plus saillante, tant le film ressemble à un condensé du cinéma français que la salle du Miramar a tendance à accueillir. Si l’on peut saluer les acteurs (Manenti en tête) et la manière dont, ici et là, le film ménage une douceur inattendue sur son versant de comédie romantique (voire de mélo à bas bruit), le film semble toujours engagé sur une autoroute scénaristique qui ménage bien peu d’à‑côtés, alors même que l’essentiel se joue sur les aires où les routiers se reposent momentanément. Un exemple : alors que sa boîte peine à faire face à la concurrence des compagnies étrangères, Étienne doit accepter de livrer des palettes au Royaume-Uni en passant par le tunnel sous la Manche. On a alors accès à un petit brin de documentaire qui nous montre comment se passe concrètement le contrôle à la douane et surtout comment les marchandises transitent de la France vers l’île après le Brexit. Mais immédiatement, la séquence s’interrompt pour se recentrer sur Étienne, que l’on verra d’ailleurs pensif derrière la fenêtre d’une navette, lors d’un de ses voyages vers l’Angleterre. Ce plan relève d’un cliché emblématique du cinéma contemporain : c’est l’éternelle figuration du vague-à‑l’âme de l’individu dans nos sociétés modernisées, l’incarnation du décalage entre l’inertie d’un personnage et la vitesse du monde autour de lui. De fait, l’analyse sociologique de Le Gall tourne court : il est frappant de constater que le mariage intime-sociétal de ce pan vériste du cinéma français acte systématiquement la relégation du politique au profit du romanesque. Que raconte <em>in fine</em> le film&nbsp;? Que face à la dureté du monde du travail et de la concurrence mise en place par l’économie de marché, le mieux est encore de se mettre en couple, pour rendre la vie moins amère. C’est dire à quel point la singularité relative de son point de départ (une sexualité clandestine, et d’ailleurs surveillée par des policiers cherchant à coincer les pédés qui ne se cachent pas assez) est rattrapée par un horizon conventionnel.</p>
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		<title>Ton animal maternel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ton-animal-maternel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 13:40:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ton animal maternel paraît d’abord emprunter le chemin narratif classique du retour au pays, en suivant quelques semaines Elsa à San José au Costa Rica, ville et pays qu’elle avait quittés pour des études d’anthropologie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ton-animal-maternel/" title="Read  Ton animal maternel">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ton animal maternel</em> paraît d’abord emprunter le chemin narratif classique du retour au pays, en suivant quelques semaines Elsa à San José au Costa Rica, ville et pays qu’elle avait quittés pour des études d’anthropologie en Belgique. «&nbsp;Paraît&nbsp;», car ses retrouvailles avec sa mère, sa sœur de vingt ans Amalia, et plus brièvement son père, n’accouchent pas du drame familial caractéristique de ce type de récit, mais plutôt d’une forme d’état des lieux des dysfonctionnements relationnels à l’œuvre. Valentina Maurel s’y intéresse justement à la façon d’une anthropologue, sans que sa narration cherche à régler les problèmes des personnages, en se concentrant sur la part sororale de la famille. Car si le père a bien quelques scènes, il s’avère plutôt fuyant et incapable de faire la seule chose que sa fille lui demande (appeler un plombier qu’il connaît). La cinéaste préfère se concentrer sur le trio féminin, dont les rapports semblent évoluer d’une réplique à l’autre dans un mélange de tendresse et de haine contenue.</p>
<p>D’emblée, le retour au foyer d’Elsa est contrarié : Amalia a changé la serrure de la maison familiale qu’elle habite désormais seule. La revenante ne sera chez elle nulle part, ni dans le Airbnb qu’elle a loué, ni dans la ville (dont le caractère agressif est retranscrit par des mouvements de caméra brefs et rapides), encore moins dans cette maison occupée par sa sœur instable. C’est surtout autour de ce dernier personnage que se nouent les enjeux du récit. La jeune femme de vingt ans ne va plus à l’université, traîne avec des mecs louches (dont un autoproclamé ex-tueur à gages qui se dit « sauvé » par Jésus) et voit des reptiliens et des pédophiles partout, en plus d’être visitée la nuit par des esprits. Elsa tente bien, elle aussi, de la « sauver », sans comprendre d’abord la violence normative de son regard. Quand dans une scène de voiture avec sa mère, cette dernière lui reproche de les juger depuis un piédestal européen, Valentina Maurel paraît se tendre à elle-même un miroir. Elle a en effet étudié le cinéma en Belgique, le film étant d’ailleurs une production majoritairement belge. Ce piège de « l’européanisation », le film ne l’évite cependant pas tout à fait, notamment au regard de sa forme – une chronique filmée à l’épaule évoquant le cinéma d’auteur franco-belge. Mais au sein de ce champ, la cinéaste parvient malgré tout à se démarquer par la singularité de son ton. <em>Ton animal maternel</em> ressemble souvent à une comédie sans véritable blague, qui se contenterait d’installer des situations potentiellement explosives sans les pousser jusqu’au bout. Elsa, qui traverse une forme de panne sexuelle (elle ne parvient pas à jouir, ni seule ni avec ses partenaires) se retrouve par exemple confrontée à de nombreuses reprises aux allusions de sa mère (laquelle fait reparaître un recueil de poèmes érotiques écrit dans sa jeunesse), tandis qu’une séquence chez l’ancienne nourrice nicaraguayenne des deux sœurs, qui vit désormais avec sa fille, distille une sensation de malaise à la lisière de l’humour <em>cringe</em>. D’où la sensation d’un film progressant en sourdine, pas très émouvant lorsqu’il s’essaie à ce registre, mais qui compense cette lacune par la finesse de son étude de caractères. À travers l’ironie de ce ballet de dominations plus ou moins conscientes (Europe/Amérique latine, Costa-Rica/Nicaragua, mère/enfants, etc.), Maurel crée de vrais personnages atypiques, toujours imprévisibles dans leurs manières de négocier leur place dans le chaos inextricable de la famille.</p>
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		<title>Journal d’une femme de chambre</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 12:57:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les films français tournés par des cinéastes étrangers se heurtent souvent au même écueil, celui de tomber dans une imagerie de carte postale, faite de clichés romantiques, de fascination pittoresque ou de fétichisation de quelques...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/" title="Read  Journal d’une femme de chambre">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les films français tournés par des cinéastes étrangers se heurtent souvent au même écueil, celui de tomber dans une imagerie de carte postale, faite de clichés romantiques, de fascination pittoresque ou de fétichisation de quelques totems cinéphiles. Rassurons-nous d’emblée : rien de tel chez Radu Jude, qui conserve en France comme en Roumanie un regard acéré sur les milieux qu’il filme. Avec cette « libre variation » sur <em>Le Journal d’une femme de chambre </em>d’Octave Mirbeau, Jude transpose dans le Bordeaux contemporain le récit d’une relation conflictuelle entre une famille bourgeoise et leur domestique. Outre le cadre temporel et géographique, les origines de la femme de chambre diffèrent du roman : Gianina est une immigrée roumaine qui a dû laisser sa fille et le reste de sa famille derrière elle pour venir travailler en France. Dans la lignée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Bad Luck Banging or Looney Porn</em></a> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Kontinental 25’</em></a>, le cinéaste témoigne d’une attention particulière à l’espace urbain. S’il filme l’architecture raffinée des façades historiques, ce n’est pas pour louer le prestige du patrimoine français, mais plutôt pour le figurer tel un mirage, ce que suggère un passage tourné sur le Miroir d’eau bordelais dans lequel se reflète la place de la Bourse. L’élégante vitrine de la métropole ne tarde pas à se fissurer : au cours de ses pérégrinations, Gianina est régulièrement accostée et insultée par des SDF, tandis qu’elle montre à sa fille lors d’un appel vidéo les sculptures racistes héritées du passé colonial de la ville qui ornent les bâtiments. La question de la lutte des classes, déjà au cœur du roman, s’ouvre ainsi à un problème plus vaste : celui de la domination de l’Occident, dont la richesse repose sur l’exploitation et la misère – un schéma qui structure autant son histoire passée que contemporaine à travers le recours à une main-d’œuvre immigrée et sous-payée.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>La férocité de la charge satirique n’entame pas la précision de l’observation sociologique et la peinture des différentes facettes de l’<i>ethos</i> des dominants, qu’il soit quasiment aristocratique chez le couple interprété par Vincent Macaigne et Mélanie Thierry, ou qu’il relève d’une bourgeoisie intellectuelle de gauche et bien pensante, avec la troupe de théâtre amateur qui monte une adaptation du roman de Mirbeau avec Gianina dans le premier rôle. Là où <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dracula-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dracula</em></a>&nbsp;adoptait un registre univoquement grotesque, <em>Journal d’une femme de chambre</em> module plus finement la force de ses attaques. L’adaptation théâtrale donne l’occasion à Jude de renouer avec la veine outrancière qui lui est chère (même si elle n’est pas toujours convaincante), les acteurs poussant les curseurs du sous-texte sexuel et masochiste du roman original. Dans les scènes d’appartement, Jude déploie une ironie mordante à l’égard du couple bourgeois, qui fonctionne comme un duo comique dissonant : lui s’efforce d’afficher une convivialité chaleureuse à l’égard de la domestique, tandis qu’elle incarne une distance plus rigide, tout en surjouant parfois l’empathie. Le rapport de domination ne passe pas ici par l’affrontement direct ou l’humiliation explicite, mais par une forme d’hypocrisie, où la bienveillance affichée peine à masquer les rapports de pouvoir sous-jacents. Une scène de repas mondain glisse toutefois vers une obscénité plus évidente. Alors que la famille reçoit des invités, une discussion sur la guerre en Ukraine débouche sur des prises de position radicales, quoiqu’elles relèvent davantage de la posture que de réelles convictions. La géopolitique devient un petit théâtre pathétique, jusqu’à ce que le personnage de Macaigne montre des images du conflit à sa domestique, lui demandant de fermer les yeux pour se projeter à la place des soldats. La séquence témoigne du regard sarcastique porté par Jude, mais elle dit aussi plus fondamentalement quelque chose de son rapport à la mise en scène : il a toujours besoin de créer des frictions entre les images pour les dialectiser et mettre le doigt sur une zone inconfortable.</p>
<p>Cette logique irrigue l’ensemble de <em>Journal d’une femme de chambre</em>, qui prolonge le goût de Radu Jude pour le collage et les formes de montage expérimental, composant un film où des régimes d’images hétérogènes entrent en collision. À la quasi-parodie d’un certain cinéma français bourgeois et au registre farcesque des scènes théâtrales s’ajoutent ainsi de nombreuses images de la Roumanie rurale, qui ponctuent le récit, notamment à travers les appels vidéos entre Gianina et sa fille restée au pays. Le montage disruptif produit une temporalité décousue : certaines ellipses couvrent de longues périodes, tandis que d’autres segments s’attardent au contraire sur des jours successifs. Une même journée peut aussi bien se composer d’une scène dialoguée relativement classique que d’un plan de paysage ou d’une image montrant Gianina absorbée dans ses tâches ménagères. Cette impression de désordre est encore accentuée par les coupes abruptes dont Jude use de façon plus ou moins ironique, interrompant parfois un personnage au moment précis où il s’apprête à parler. La fragmentation de la narration qui en résulte fait directement écho à une légende roumaine racontée par Gianina à l’enfant de la famille : celle d’un jeune homme qui, ayant quitté les siens, découvre à son retour que le temps a passé beaucoup plus vite qu’il ne l’imaginait et que ses parents sont morts en son absence. Cette fable, racontée en voix off sur des images de la campagne roumaine marquées par la désolation et l’érosion des bâtiments, renvoie évidemment à la situation de Gianina elle-même, condamnée à vivre loin de sa fille sans pouvoir la voir grandir. Le récit ouvre certes un horizon discursif explicite, mais celui-ci s’incarne surtout par l’agencement chaotique des plans qui semble trouer le quotidien de Gianina. Au-delà de leur ironie, les disjonctions opérées par Jude finissent par faire surgir une émotion sincère, en donnant forme à la manière dont le capitalisme vampirise le temps des plus précaires. À mesure que la surface policée de la bourgeoisie se craquèle, apparaissent dans ses débris la violence et la mort sur lesquelles elle s’est construite.</p>
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		<title>L’Être aimé</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/letre-aime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 10:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hasard (ou cohérence&#160;?) des programmations cannoises&#160;: L’Être aimé se tient à équidistance de deux films présentés l’année dernière en compétition. Esteban (Javier Bardem), cinéaste espagnol internationalement reconnu, demande à sa fille Emilia (Victoria Luengo), une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/letre-aime/" title="Read  L’Être aimé">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hasard (ou cohérence&nbsp;?) des programmations cannoises&nbsp;: <em>L’Être aimé</em> se tient à équidistance de deux films présentés l’année dernière en compétition. Esteban (Javier Bardem), cinéaste espagnol internationalement reconnu, demande à sa fille Emilia (Victoria Luengo), une jeune actrice qu’il n’a pas élevée et n’a pas vue depuis longtemps, de tenir le premier rôle dans son nouveau film, <em>Désert</em> – alibi, on le comprend, pour retrouver cet enfant qui s’est détaché de lui. En somme, Sorogoyen mélange <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/valeur-sentimentale-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em><span style="color: blue; text-decoration: none; text-underline: none;">Valeur sentimentale</span></em></a> à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em><span style="color: blue; text-decoration: none; text-underline: none;">Sirāt</span></em></a>. Ce n’est pas le seul lien que le film noue avec celui de Laxe. En prenant le désert pour décor, les deux cinéastes affichent un désir commun d’interroger le passé colonial de l’Espagne – le film dans le film de <em>L’Être aimé</em> en fait même son sujet déclaré –, qui s’estompe pourtant rapidement pour laisser place à une étude psychologique (Sorogoyen) ou à un trip halluciné (Laxe). Dans le cas qui nous intéresse, le glissement vers la sphère intime est cependant justifié en partie par le scénario, même s’il débouche sur une thèse appuyée. Au cours d’un dîner, un acteur demande à Esteban la raison profonde qui motive l’existence de son film et le choix de son thème. Le cinéaste botte en touche, avant que la réponse ne soit donnée au bout de l’intrigue, en salle de montage, où Esteban commence à pleurer devant les rushes d’Emilia parcourant des dunes ensablées : le tournage du film, dans toute sa lourdeur logistique et sa complexité, n’aura été qu’un prétexte pour voir sa fille comme pour la première fois. Déjà, dans la longue discussion faisant office de prologue, Esteban donnait la clef du récit : <em>Désert</em> raconte l’histoire de gens qui n’arrivent pas à se regarder dans les yeux. La mise en scène de Sorogoyen développe cette idée en figurant des personnages très observateurs, qui profitent que l’autre regarde ailleurs pour le sonder sans être vus en retour. L’essentiel des scènes entre le père et la fille est construit autour de ce principe : ils s’observent du coin de l’œil tout en évitant pendant un temps de baisser leur garde, par pudeur et douleur. Ce repli vers la psychologie est caractéristique de Sorogoyen, dont <em>L’Être aimé</em> confirme l’épaisseur du trait. Mais dans le même temps, le film laisse entrevoir une autre voie (voire une porte de sortie) pour ce cinéma très scénarisé qui court après une sophistication avant tout narrative.</p>
<p>Côté pile, il y a des scènes confondantes de littéralité, notamment lorsqu’Esteban, tout en regardant au loin Emilia dans le restaurant d’un hôtel, écoute la bande-son composée pour son long-métrage, soupe mélodramatique qui assène l’idée que le cinéaste met en scène, mentalement et concrètement, ses retrouvailles avec Emilia. La mise en abyme ouvre aussi sur un jeu concernant les formats d’image, entre le grain du film dans le film, la netteté numérique de la photographie de Sorogoyen, et le passage en noir et blanc de séquences pointant que même dans les coulisses du tournage, une couche de fiction recouvre les interactions entre les personnages. Ce pan du film est d’autant plus raté que Sorogoyen a peu de choses à dire sur le processus de mise en scène d’Esteban, dont la réputation de formaliste audacieux tranche avec ce que l’on voit à l’écran : un cinéaste appliqué mais qui approche avant tout les scènes avec un regard technique et un souci de méticulosité réaliste. Là encore, l’un des cadres élus par le film (le tournage) est subsumé sous un autre sujet : la peinture d’un artiste dont l’exigence confine à la tyrannie, et qui mélange vie privée et vie professionnelle dans un magma présenté comme humainement limite mais artistiquement fécond.</p>
<p>Côté face, en revanche, un aspect du film rachète un peu sa lourdeur générale : son goût des situations déployées dans le temps. Il y en a deux dans le film, deux scènes de déjeuner, où se cristallise la tension latente entre Esteban et Emilia. La première est l’ouverture du film, qui réunit les personnages pour la première fois depuis treize ans et permet d’appréhender la nature de leur lien – il faut d’ailleurs attendre plusieurs minutes pour comprendre qu’ils sont père et fille. L’intérêt ménagé par la scène tient moins dans son jeu de champs-contrechamps, de plus en plus resserrés et lacunaires (des bouts du visage d’Emilia sont masqués ou floutés), que dans la manière dont la temporalité exhaustive de l’interaction induit une oscillation de sa dynamique. Lorsque Emilia sort fumer une cigarette, on est comme Esteban : à la fois en train de profiter de cette accalmie dans leur échange tendu et d’attendre, circonspect, de voir si elle va revenir. La deuxième est l’acmé de tension du film et ne repose plus sur le seul dépliage d’une scène donnée, mais sur son piétinement. Esteban est cette fois derrière son combo, dans une tente noire plongée dans la pénombre, tandis que les acteurs tentent de jouer une scène de déjeuner dont il faut sans cesse refaire la prise. À cet endroit, l’enjeu en surface (le tournage du film) et l’enjeu souterrain (la relation d’Esteban et Emilia) se télescopent dans une situation spatialisée entre divers pôles (le plateau, le combo, l’équipe image) par laquelle est figurée la circulation entre le cinéaste autoritaire et le père blessé. Ces deux facettes sont ici réunies pour faire d’Esteban un ogre – l’un des problèmes qu’il voit dans la scène est d’ailleurs, comme s’il projetait sa propre pulsion dévoratrice, la façon dont Emilia mange une soupe de poisson. Bonne scène, probablement la meilleure tournée à ce jour par Sorogoyen, qui laisse espérer à l’avenir que le cinéaste délaissera ses effets de manche habituels, son symbolisme et sa pesanteur, au profit de cette écriture de la durée.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/letre-aime/">L’Être aimé</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Soudain</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 08:05:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour qui suit avec intérêt l’évolution de Ryūsuke Hamaguchi depuis la révélation de Senses, Soudain constitue une étape aussi curieuse que déroutante. Déroutante, car le film semble dans un premier temps s’éloigner de la sève...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/" title="Read  Soudain">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour qui suit avec intérêt l’évolution de Ryūsuke Hamaguchi depuis la révélation de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/senses/" target="_blank" rel="noopener"><em>Senses</em></a>, <em>Soudain</em> constitue une étape aussi curieuse que déroutante. Déroutante, car le film semble dans un premier temps s’éloigner de la sève de son cinéma pour finalement mieux y revenir et creuser ce qui s’apparente désormais à un projet politique à l’échelle de sa filmographie. Pendant une heure, le film dépeint d’abord le fonctionnement d’un EHPAD parisien dirigé par Marie-Lou (Virginie Efira), une directrice au bord du <em>burn-out</em> qui essaie de convertir ses services à la pratique de « l’humanitude », une approche des soins gérontologiques connue aussi sous le nom de méthode Gineste-Marescotti. On a du mal à reconnaître dans cette lente introduction la patte d’Hamaguchi, dont la mise en scène paraît alors un peu engourdie (à quelques détails près) par le déplacement géographique qu’il opère. Mais passé cette entame assez atone, la singularité de sa fabrication – un cinéaste japonais qui tourne en France avec des acteurs locaux – est directement mise en abyme lorsque Marie-Lou entame une discussion avec Mari (Tao Okamoto), une Japonaise metteuse en scène de théâtre atteinte d’un cancer de stade 4. Il se trouve que les deux femmes parlent avec fluidité la langue de l’autre et peuvent donc entamer une conversation en alternant sans heurts le français et le japonais. Advient alors une authentique rencontre, dépliée dans le temps et l’espace. C’est comme si le film s’éveillait « soudainement » ; Hamaguchi n’apparaît plus à l’étroit dans cette clinique et ce pays étranger, mais pose au contraire un regard neuf sur la capitale, et plus particulièrement sur le 13ᵉ arrondissement, quartier d’où part la balade entre les deux Mari(e). Il aura donc fallu attendre qu’un Japonais pose sa caméra à Paris pour qu’on puisse voir au cinéma les bourrasques caractéristiques de l’esplanade de la Bibliothèque François-Mitterrand, ou certains angles sur la Seine depuis le quai de la Gare. <em>Soudain</em> dessine à partir de là une dialectique étonnante : Hamaguchi filme en France pour mieux emmener ensuite Efira vers son esthétique (il y aura même un segment japonais), avant d’essayer d’inventer une hétérotopie gériatrique n’appartenant qu’au film, l’EHPAD devenant une sorte d’expérience sociologique pour essayer d’inventer un nouveau « possible » au sein de nos sociétés capitalistes.</p>
<p>Dit comme ça, <em>Soudain</em> a l’air très étrange. Et dans les faits, il l’est. Hamaguchi invente un « film <em>care</em> » (il malaxe ses scènes comme ses personnages finissent par tous se masser mutuellement) en même temps qu’il livre un petit traité social – la longue conversation entre Marie-Lou et Mari au cœur du film accueille d’ailleurs un cours de philosophie politique. Le cap du récit, pourtant, est simple : la naissance d’une amitié, figurée dans son évidence la plus pure, devient le ferment d’une reconfiguration sociétale, traçant un trait d’union entre le théâtre d’avant-garde et l’organisation d’une clinique. Hamaguchi frôle parfois la mièvrerie dans sa peinture d’un microcosme harmonieux, mais il est animé par ce que l’on pourrait appeler une douce radicalité ; sa tendresse jusqu’au-boutiste va de pair avec un étirement maximal de la narration, qui fait de <em>Soudain</em> un film qui ne ressemble à aucun autre, même si sa structure tisse des liens avec <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drive-my-car-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">D</a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drive-my-car-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">rive My Car </a></em>(le théâtre, la reconfiguration du scénario au bout d’une heure) et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mal-nexiste-pas/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le mal n’existe pas</em></a> (les longues scènes de discussions collectives). Au-delà de cette foi dans le dialogue (il y a décidément chez Hamaguchi une vision performative du langage, qui devient ici un outil reconfigurant la vie elle-même), le film vaut surtout pour quelques épiphanies poignantes : un champ-contrechamp frontal où l’on dirait, grâce à un jeu sur la perspective, que le visage d’Efira est caressé par la branche d’un arbre secoué par le vent ; une promenade nocturne où les personnages s’enfoncent doucement dans la pénombre, etc. Ce n’est pas toujours convaincant, mais la singularité de <em>Soudain</em> finit tout de même par emporter la mise.</p>
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		<title>Shana</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/shana/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 07:10:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Shana&#160;est tout entier pensé comme un véhicule pour son actrice. Si l’on a déjà&#160;aperçu Eva Huault dans quelques films (notamment en monitrice d’auto-école dans&#160;Baise-en-ville), il revient naturellement à&#160;celle qui l’a révélée avec le moyen-métrage Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/shana/" title="Read  Shana">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Shana</em>&nbsp;est tout entier pensé comme un véhicule pour son actrice. Si l’on a déjà&nbsp;aperçu Eva Huault dans quelques films (notamment en monitrice d’auto-école dans&nbsp;<em>Baise-en-ville</em>), il revient naturellement à&nbsp;celle qui l’a révélée avec le moyen-métrage <em>Le Roi David&nbsp;</em>de lui confier son premier rôle principal dans un long. Le film frappe d’abord par sa présence, qui se distingue par un goût de l’artifice (injections dans les lèvres, piercing au nombril et faux ongles), une façon de parler (c’est la reine de&nbsp;<a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/29/affrication-un-tchic-de-langage-qui-provoque-des-frictions_6236103_3232.html" target="_blank" rel="noopener">«&nbsp;l’affrication&nbsp;»</a>, sur le mode «&nbsp;c’est moi kchi décide en fait&nbsp;»), et un talent particulier pour s’énerver (ou plutôt «&nbsp;s’embrouiller&nbsp;»). Lila Pinell, dont la fascination pour Huault est contagieuse, la filme en pellicule, comme pour la mettre sur un pied d’égalité avec les vedettes du siècle dernier. Cette manière de faire dialoguer la jeunesse d’aujourd’hui avec le cinéma d’auteur français (et même parisien) se retrouve dans l’opposition de l’actrice à&nbsp;une autre&nbsp;: Noémie Lvovsky incarne la mère du personnage, bien entendu dépassée par le train de vie de sa fille.</p>
<p>En plus d’une propension à&nbsp;la mythomanie,&nbsp;Shana est en effet une véritable «&nbsp;galérienne&nbsp;» et par là une sorte de personnage safdien au féminin. Comme&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener">Marty Mauser</a>, elle est une figure de juive errante, bien qu’elle cache auprès de ses amis sa religion, elle qui se trouvait en foyer à&nbsp;l’âge où elle aurait dû faire sa bat-mitsvah. S’ouvrant avec des illustrations des dix plaies d’Égypte tirées d’un album religieux consacré à Moïse (traumatisme enfantin de l’héroïne – on la comprend), le film se concentre sur la relation de Shana avec un homme du nom du prophète, lequel purge une peine de prison pour des violences conjugales dont elle a&nbsp;été la victime. Tandis que son «&nbsp;<em>amour passionnel</em>&nbsp;» (sic) est derrière les barreaux, la jeune femme assure la continuité de son «&nbsp;nessbi&nbsp;» de deal de cocaïne, tout en tapant dans la caisse pour sortir avec ses copines. Ce récit relativement minimal, qui se tend alors que se profile une potentielle sortie de prison de Moïse, prend en vérité la forme de ce qu’on pourrait appeler un apprentissage féministe de la&nbsp;<em>street</em>. Emprise, toxicité masculine, sororité, travail du sexe, lesbianisme politique, etc. : tous ces sujets du féminisme contemporain se retrouvent abordés à&nbsp;un moment ou à&nbsp;un autre du parcours de Shana.</p>
<p>Présentée ainsi, l’entreprise pourrait sembler trop discursive, mais le film échappe à la note d’intention par le naturel du personnage, qui traverse ces épreuves et ces questionnements sans se départir de sa gouaille d’ingénue. Le scénario ajoute toutefois une couche allégorique lorsque Shana devient la victime de variations des châtiments bibliques qu’elle craignait enfant (une crise d’eczéma par exemple), comme si son Moïse la maudissait. Pourquoi pas, mais les dessins des plaies n’avaient pas besoin d’être surimprimés à son quotidien pour que ce sous-texte apparaisse. La réalisatrice elle-même ne paraît pas dupe de cet artifice puisqu’elle le délaisse finalement, tout comme elle abandonne en cours de route la voix-off informative et assez inutile. Le cœur du film se situe dans une scène plus dépouillée, quand Shana taxe une cigarette à une serveuse, à l’extérieur d’une fête qu’elle fuit. La manière dont les deux femmes se confient au bout de quelques phrases témoigne alors autant du caractère empathique du personnage que de celui du film. Lila Pinell, contrairement à beaucoup de cinéastes s’intéressant à une jeunesse marginale, ne cherchera jamais à accabler son personnage, ni son actrice.</p>
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		<title>À l’ombre du festival — Merci d’être venu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-merci-detre-venu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 06:00:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Emmanuel Manzano, monteur du très beau dernier film d’Alain Cavalier, Merci d’être venu. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;:&#160;Luca...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-merci-detre-venu/" title="Read  À l’ombre du festival — Merci d’être venu">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Emmanuel Manzano, monteur du très beau dernier film d’Alain Cavalier, <em>Merci d’être venu</em>.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Fatherland</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fatherland/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 21:51:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Difficile d’imaginer que huit ans séparent Cold War, prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2018, et Fatherland, tant les deux films semblent taillés dans le même bois. Même cadre politico-historique,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fatherland/" title="Read  Fatherland">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Difficile d’imaginer que huit ans séparent <em>Cold War</em>, prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2018, et <em>Fatherland</em>, tant les deux films semblent taillés dans le même bois. Même cadre politico-historique, même intrigue ramassée, même palette formelle dans le récit de ce road-trip, où Thomas Mann (Hanns Zischler) et sa fille Erika (Sandra Hüller) reviennent dans l’Allemagne d’après-guerre, entre Frankfort, contrôlé par la puissance américaine, et Weimar, sous domination soviétique. Les deux films se rejoignent dans leur désir de couler le drame intime dans le moule de la grande Histoire. Quand <em>Cold War </em>faisait de l’inconstance de ses protagonistes une métaphore de l’instabilité de la Guerre froide, <em>Fatherland</em> tire d’une crise familiale une fable sur un pays et une culture en ruines. Pawlikowski oscille, dans <em>Fatherland</em>, entre le sublime rossellinien (difficile de ne pas penser à <em>Voyage en Italie</em>) et la banale élégance d’un album photos. Cette indétermination esthétique constitue le paradoxe de son cinéma et explique, peut-être, sa propension à frustrer le spectateur : soumis à un principe de retenue, le film magnifie sans ravir. La séquence qui met en parallèle le discours de réception du prix Goethe et la déambulation d’Erika dans le jardin du poète disparu l’illustre de manière particulièrement saisissante. Dans les plans consacrés à l’écrivain la régularité presque mathématique des plans et la trop parfaite profondeur de champ font écho au caractère surplombant du discours de Thomas Mann. En revanche, dès que sa fille apparaît, le film offre une promesse : d’abord enfermée entre deux colonnes et minuscule à côté d’un immense monument, elle devient, à mesure que la caméra la filme à sa hauteur, celle qui insuffle du mouvement dans le montage. Mais le miracle rossellinien n’aura jamais lieu, et ce pour une raison simple : bien que le film paraît prendre le parti de la fille, sa facture le fait pencher du côté du père.</p>
<p>Ce n’est pas un hasard s’il choisit, parmi tant d’écrivains, un partisan de l’art pour l’art ; si le film égrène les citations ; si un chœur russe et une chanteuse ouest-Allemande sont filmés avec une telle étrangeté, etc. : son cinéma est marqué par une inquiétude croissante face à un monde dans lequel il ne subsisterait plus une indépendance artistique (c’était déjà, derrières les affres de la passion amoureuse, le vrai sujet de <em>Cold War</em>). L’épure permet au film d’atteindre un point d’acmé émotionnelle, après quelques notes d’orgue, lorsque les protagonistes, séparés pendant presque toute la durée du film (par des champ-contrechamps ou dans une voiture) se tiennent enfin la main. Mais cette conclusion constitue aussi une manière d’afficher sa propre singularité (la fin est quasiment la même que celle de <em>Cold War</em>). Son geste inhibe encore ses effets (même les plus réussis), parce qu’il relève d’une logique de distinction. Il y a pourtant dans les dernières secondes du film les germes d’une réelle émotion qui ne demande qu’à éclore.</p>
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		<item>
		<title>Merci d’être venu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 09:45:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le très beau titre du dernier Alain Cavalier est à l’image du film : derrière l’élégance presque anodine de la formule se dissimule un adieu adressé par le cinéaste aux fidèles spectateurs qui suivent son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/" title="Read  Merci d’être venu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le très beau titre du dernier Alain Cavalier est à l’image du film : derrière l’élégance presque anodine de la formule se dissimule un adieu adressé par le cinéaste aux fidèles spectateurs qui suivent son œuvre, et donc sa vie, depuis des décennies. Quelque chose de funèbre affleure ainsi, mais avec une légèreté qui tient à distance toute solennité. Ce remerciement est sans doute aussi destiné aux personnes ayant accompagné son existence et peuplé ses films, qui réapparaissent ici à l’écran : Françoise Widhoff, sa compagne actuelle ; Irène, sa deuxième femme défunte à laquelle <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/irene/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">il a dédié un film portant son nom</a> ; mais aussi ses acteurs, que ce soit Vincent Lindon ou bien Catherine Deneuve, qu’il mentionne brièvement de manière émouvante. <em>Merci d’être venu</em> pourrait donc être lu comme le bilan de son journal filmé, entamé en 1995. Composé d’archives personnelles collectées au fil des années, il suit une structure apparemment chronologique, de la présentation de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pater/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Pater</em></a> à Cannes à ses voyages en province pour présenter entre autres <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/etre-vivant-et-le-savoir-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Être vivant et le savoir </em></a>ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamitie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Amitié</em></a>. Même la forme des portraits, qui lui est chère, ressurgit dans une poignée de séquences consacrées à des anonymes, où l’on retrouve son attention coutumière aux mains cabossées, comme si elles portaient en elles l’histoire d’une vie. En dépit de cette pluralité des fragments, on aurait du mal à coller à <em>Merci d’être venu</em> l’étiquette réductrice de « film-somme », tant le documentaire est guidé par une logique ouverte, qui met sur un pied d’égalité les épisodes importants de la vie du cinéaste et la fascination exercée par les épiphanies les plus discrètes du quotidien. Sa compagne donne forme explicitement à cette dialectique alors qu’Alain Cavalier vient de subir une lourde intervention chirurgicale : une première image montre les cicatrices sur son torse, avant de céder la place à un pigeon perché dans un arbre – elle commente alors la scène en précisant qu’avec le stress suscité par l’opération, elle avait oublié d’allumer sa caméra comme à son habitude. L’idée n’est pas de réduire la vie à ces phénomènes ordinaires, mais de rappeler que le monde conserve toujours une richesse irréductible, qu’il nous appartient de percevoir et d’accueillir. La dynamique rétrospective se tresse à cet étonnement permanent devant de simples éclats de beauté ; Cavalier expliquera d’ailleurs que son film n’a aucun objectif à atteindre, sinon celui de trouver son chemin.</p>
<p>Pour ce faire, Cavalier multiplie les effets de ruptures, sur un mode rappelant parfois celui de la libre association surréaliste : une fleur rouge filmée en gros plan se raccorde ainsi à un saladier de la même teinte, dont les restes d’huile évoquent le jaune du pollen ; ailleurs, un gros plan sur un savon laisse soudain place à un dindon qui glougloute, comme si le montage était à cet endroit uniquement guidé par la joie d’accoler deux choses qui ne l’avaient jamais été. Ces glissements imprévisibles et souvent comiques produisent de douces sidérations, tout en renforçant la puissance d’émerveillement intrinsèque des images en question. Loin de s’en remettre à un hasard anarchique, Cavalier les agence en faisant montre d’une grande précision plastique. Ainsi d’un cadre tourné vers le ciel bleu azur, qui remplit l’écran d’un pur aplat de couleur, suivi d’un plan à la beauté étrange : Cavalier y a disposé un morceau de papier toilette imbibé de sang (il explique l’avoir utilisé pour arrêter un saignement de nez) posé contre une vitre, derrière laquelle apparaît de la végétation. Le rouge vif du papier traversé par la lumière, associé au vert au fond du cadre et au bleu du plan précédent, fait naître un puissant effet pictural à la lisière de l’abstraction. La grâce émanant du film tient également dans le contraste entre l’intensité de l’expérience esthétique et l’extrême banalité, voire la trivialité de ce qui la compose. Cavalier rappelle ici le Godard tardif d’<em>Adieu au langage</em>, par la façon dont le film découle autant d’un regard chevronné que d’une euphorie enfantine devant le spectacle ordinaire de la vie.</p>
<h2>Au revoir petit Cavalier</h2>
<p>La beauté fragile des instants prélevés par la caméra est cependant travaillée par un fond macabre, qui la conduit parfois à se mêler à des scènes cruelles. Cruauté, par exemple, à filmer le cadavre de son chat, alors que sa compagne en larmes vient de découvrir son corps souillé d’urine. Françoise s’attriste de ce détail répugnant, mais Cavalier, lui aussi ému (on l’entend pleurer), s’approche de l’animal avant de dire : « <em>C’est bien, c’est bien</em> ». Mots particulièrement troublants, puisqu’ils tiennent à la fois de la consolation (il réconforte ainsi Françoise), en même temps qu’ils commentent la justesse du plan, dans l’occasion qu’il lui offre de figurer frontalement la mort. Cet horizon funèbre hante <em>Merci d’être venu</em>, où les morts occupent une place centrale, entre la photographie d’Irène, un segment dédié à son amie Emmanuèle Bernheim (qui décèdera avant qu’ils puissent tourner un film ensemble) ou encore la dépouille de son frère qu’il cadre à la morgue. Bien sûr, Cavalier entrevoit sa finitude à travers celle des autres : filmer le corps inerte de son chat ou l’agonie d’un pigeon semble lui permettre d’assouvir le fantasme lugubre qui consisterait à s’approcher de la seule chose qu’il ne pourra jamais enregistrer – sa propre disparition. Cette obsession se traduit à de nombreuses reprises dans la façon de composer des autoportraits à partir de son reflet ou de son ombre, comme s’il était déjà un spectre. La fin du film donne ainsi l’impression que Cavalier a très minutieusement organisé ses adieux au cinéma. À la sortie de <em>L’Amitié</em>, il annonçait déjà qu’il ne tournerait plus qu’un seul film (celui auquel on assiste), qu’il ne présenterait aucune séance et ne donnerait aucune interview – ce que son absence à la projection cannoise ne dément pas. L’émotion qui nous prend alors à la gorge rappelle celle ressentie devant le dernier plan d’un grand cinéaste récemment disparu : celui de Jean-Luc Godard dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a>, filmé la veille de son suicide assisté, ponctuant d’un laconique « <em>OK !</em> » un regard caméra espiègle. Cavalier témoigne d’une facétie comparable lorsqu’il filme son reflet dans une télévision en disant « <em>Au revoir, petit Cavalier</em> », puis trinque avec un verre de vin, lui qui avait arrêté l’alcool depuis des années. Entre ses deux ultimes autoportraits, s’intercale toutefois une autre image, focalisée sur les doigts d’une harpiste en train de jouer. Quelque chose d’une éthique de cinéaste se dessine dans cette conclusion, qui éclaire la dernière période de son œuvre : au-delà de son rôle introspectif, le cadre du journal filmé dépasse sa fonction introspective pour se faire l’écrin de petits bouts prélevés ici et là. Au fil du film, il s’amuse d’ailleurs à filmer des êtres aimés tout en laissant apparaître son reflet au sein du cadre – sur la coque d’un téléphone, dans le miroir d’un coiffeur, etc. En somme, en même temps qu’il filme les êtres et les choses, Cavalier fait rejaillir la beauté qu’il y a à regarder les autres. La fin de <em>Merci d’être venu </em>tient alors de la profession de foi : toujours garder les yeux grands ouverts sur ce qu’il y a autour de soi.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>À l’ombre du festival — Cannes Classics</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-cannes-classics/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 09:00:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Gérald Duchaussoy, responsable de la sélection Cannes Classics, avec lequel abordons les enjeux actuels de la restauration. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-cannes-classics/" title="Read  À l’ombre du festival — Cannes Classics">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Gérald Duchaussoy, responsable de la sélection Cannes Classics, avec lequel abordons les enjeux actuels de la restauration.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<item>
		<title>Jour 2 — Merci d’être venu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-2-merci-detre-venu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 06:05:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 2. Deux de nos rédacteurs discutent de Merci d’être venu d’Alain Cavalier, présenté à la Quinzaine des cinéastes. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;:&#160;Marin Gérard et Josué Morel. Réalisation et montage&#160;: Karim Roussel. Pour commander le numéro...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-2-merci-detre-venu/" title="Read  Jour 2 — Merci d’être venu">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 2. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Merci d’être venu</em></a> d’Alain Cavalier, présenté à la Quinzaine des cinéastes.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/i2tMSQR-RRw?si=73xhu96kMYeHkoAE" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong>&nbsp;Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<item>
		<title>Teenage Sex and Death at Camp Miasma</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/teenage-sex-and-death-at-camp-miasma/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 21:48:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si&#160;I&#160;Saw the TV Glow&#160;(inédit en salle) est devenu l’un des films étendards d’une nouvelle génération de cinéphiles (celle qui «&#160;log&#160;» des films sur Letterboxd), c’est probablement pour sa propension au symbolisme et à&#160;l’allégorie. Par son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/teenage-sex-and-death-at-camp-miasma/" title="Read  Teenage Sex and Death at Camp Miasma">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si&nbsp;<em>I&nbsp;Saw the TV Glow</em>&nbsp;(inédit en salle) est devenu l’un des films étendards d’une nouvelle génération de cinéphiles (celle qui «&nbsp;log&nbsp;» des films sur Letterboxd), c’est probablement pour sa propension au symbolisme et à&nbsp;l’allégorie. Par son goût de l’opacité, cette histoire de deux lycéens obsédés par une série pour ados (au point de vouloir vivre dans leur télé) a&nbsp;produit outre-Atlantique de nombreuses analyses thématiques, de la part d’internautes soucieux de décrypter ses mystères. <a href="https://medium.com/@MeghanCherry25/i-saw-the-tv-glow-and-transgender-mythmaking-3613ea34dfc8" target="_blank" rel="noopener">On pouvait ainsi lire que les allers-retours entre mythe et réalité du récit formaient une métaphore de l’identité trans</a>, et plus précisément de ce moment où une personne se rend compte qu’elle ne s’identifie pas à&nbsp;son assignation sexuelle. L’idée aurait pu être passionnante si le film, derrière cette façade théorique, n’était aussi dévitalisé. Toujours méta,&nbsp;<em>Teenage Sex and Death at Camp Miasma</em> (comment ne pas caser un titre pareil dans son programme cannois ?) emprunte un chemin différent, puisque Jane Schoenbrun y met en scène une variation d’elle-même dans la peau d’une jeune cinéaste queer (Hannah Einbinder) qui vient de connaître un succès d’estime avec un film horrifique à petit budget. La distance ironique que Schoenbrun installe autour de ce personnage, à qui l’on dit à plusieurs reprises que son discours est trop conceptuel, paraît témoigner d’une prise de conscience : cette fois, le film devrait être moins alambiqué.</p>
<p>À vrai dire, même si ce nouveau récit n’a plus besoin d’un mode d’emploi pour être compris, il demeure sacrément tortueux. On y&nbsp;suit donc Kris, une réalisatrice un peu geek, qui s’apprête à&nbsp;tourner un reboot «&nbsp;<em>elevated</em>&nbsp;» d’une saga de slashers ringards intitulée «&nbsp;Camp Miasma&nbsp;», dans laquelle un tueur non-binaire, doté d’une bouche de ventilation à&nbsp;la place de la tête, assassine à&nbsp;coups de lance de jeunes animateurs d’un camp de vacances. Pour préparer le film, elle part rencontrer l’actrice du premier épisode, Billy Presley (Gillian Anderson), qui a&nbsp;disparu des écrans depuis trente ans et vit recluse à&nbsp;l’endroit même où a&nbsp;été tourné son unique coup d’éclat. La dynamique méta (de longs extraits du premier&nbsp;<em>Camp Miasma</em>&nbsp;côtoient des commentaires assez drôles sur l’industrie du cinéma d’horreur contemporain) se corse à&nbsp;mesure que la réalité et la fiction se mélangent, comme dans <em>I Saw the TV Glow</em>. Le premier plan augurait déjà ce virage, en représentant le point de vue d’une caméra vivante (on l’entend respirer) qu’on balade sur un plateau pour l’installer sur un trépied&nbsp;: outre les passages qui relèvent de la mise en abyme, Schoenbrun entretient une confusion entre le film que prépare Kris et celui auquel on assiste. Ce jeu de poupées russes, qui rappelle moins Lynch (convoqué par la présence de Patrick Fischler) que Charlie Kaufman, ne produit pourtant pas vraiment le trouble recherché, tant Schoenbrun fait du film un cocon confortable. Enrobé par l’élégante indie pop d’Alex G,&nbsp;<em>Teenage Sex…&nbsp;</em>refuse notamment de faire peur, en désamorçant d’emblée cette potentialité («&nbsp;<em>On dirait qu’il va y&nbsp;avoir un jump scare</em>&nbsp;», dit Kris en arrivant sur les lieux du camp – il n’y en aura pas). Quand Kris et Billy regardent plus tard le premier <em>Camp Miasma</em>, la patine vintage des premières séquences du faux film, pastiche assez fidèle des séries B&nbsp;des années 1980, laisse place à&nbsp;une scène de massacre mise en scène comme un clip simplement grotesque. La superficialité de ce moment de bravoure tape-à‑l’œil décrédibilise alors autant l’univers fictionnel que la fascination qu’il exerce sur le personnage. C’est que Schoenbrun préfère au cinéma d’horreur son image marketing, ce que le fétichisme du générique de début raconte bien, en faisant se télescoper jaquettes de VHS, articles de presse et produits dérivés pour raconter en quelques minutes l’histoire de la saga fictive.</p>
<p>Et de la même manière que Kris n’écoute pas les recommandations de ses producteurs hollywoodiens (oublier un peu les&nbsp;<em>easter eggs</em>&nbsp;pour se concentrer sur l’efficacité du récit), Schoenbrun persévère dans la voie de l’allégorie. Le nom du tueur, «&nbsp;Little Death&nbsp;», évoque ainsi l’orgasme que cherchent à&nbsp;atteindre l’actrice et la réalisatrice en accédant au point de vue du psychopathe pour se voir pénétrées&nbsp;; l’idée raconte la complexité de leurs désirs refoulés, mettant au jour une sexualité non conventionnelle que le film accueille à&nbsp;bras ouverts. Le premier «&nbsp;Camp Miasma&nbsp;» a&nbsp;beau être présenté comme un film transphobe, il a&nbsp;participé à&nbsp;l’éveil queer de l’héroïne quand elle avait huit ans. La part politique de&nbsp;<em>Teenage Sex…</em>&nbsp;se situe ici, dans une forme de réappropriation des récits hétéronormés qui tend la main à&nbsp;toutes les lesbiennes tombées amoureuses de Heather Langenkamp devant&nbsp;<em>Freddy</em>. Mais ce faisant, Schoenbrun fait bien de Kris son alter ego, s’appropriant son CV ironique de «&nbsp;relectrice de la figure du monstre d’un point de vue LGBTQIA+ », sans être encore tout à&nbsp;fait capable de filmer «&nbsp;<em>la chair et les fluides</em>&nbsp;», comme le préconise Billy.</p>
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		<item>
		<title>Quelques mots d’amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-mots-damour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 20:18:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au début de Quelques mots d’amour de Rudi Rosenberg, la mère courage jouée par Hafsia Herzi râle avec un peu de tendresse sur le «&#160;caractère&#160;» de sa fille Abi.&#160; Le «caractère » constitue précisément le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-mots-damour/" title="Read  Quelques mots d’amour">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au début de <em>Quelques mots d’amour</em> de Rudi Rosenberg, la mère courage jouée par Hafsia Herzi râle avec un peu de tendresse sur le «&nbsp;<em>caractère&nbsp;</em>» de sa fille Abi.&nbsp; Le «caractère » constitue précisément le carburant de ce mélodrame, puisque le film capitalise sur l’énergie et la tchatche de ses interprètes (en particulier les enfants et adolescents). Tous sont des non-professionnels, hormis Herzi, volontairement en retrait – son personnage est souvent là en soutien à sa fille, cherchant à l’accompagner du mieux qu’elle peut. Abi (jouée d’abord par Ella Bedoucha puis par Nour Salam) est en effet au centre du récit au long cours, et ce dès la première scène, où la jeune fille essaie de faire la connaissance de son père (qui ne l’a pas reconnue) et d’entendre de sa bouche « quelques mots d’amour ». Ce portrait, parfois émouvant, est cependant neutralisé par l’application d’un scénario adepte du redoublement des trames narratives.</p>
<p>Un exemple, assez net : après un premier rejet mutique de son géniteur, Abi recueille un chien errant dans la rue. Le canidé, sorte d’alter ego d’Abi, se perdra de nouveau plus tard dans le récit pour être retrouvé juste avant un autre rapprochement familial, cette fois entre l’adolescente et sa jeune demi-sœur. Il n’y a pas de place pour penser par soi-même&nbsp;: tout est donné d’emblée, au centre du plan, via le corps et les visages des actrices et acteurs, sans s’appuyer sur l’environnement autour d’eux (généralement flouté). Par moments, ça fonctionne, parce que le naturel des enfants (et du chien) rejaillit à l’écran. Mais c’est comme si, pour Rosenberg, le cinéma se réduisait à cette unique étincelle – la vitalité de fortes personnalités intégrées dans une forme quant à elle passe-partout.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Gabin</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gabin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 12:00:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a deux manières de voir Gabin, premier long-métrage de Maxence Voiseux. D’abord, sans trop se poser de questions sur les conditions de sa fabrication, en se concentrant sur ce qui se déploie à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gabin/" title="Read  Gabin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a deux manières de voir <em>Gabin</em>, premier long-métrage de Maxence Voiseux. D’abord, sans trop se poser de questions sur les conditions de sa fabrication, en se concentrant sur ce qui se déploie à l’écran. Soit le portrait d’un jeune homme – le Gabin du titre, benjamin d’une famille du Nord de la France dont le père est boucher et la mère responsable d’une ferme déficitaire. La caméra suit dans un premier temps le garçon âgé de huit ans, qui se révèle discrètement atypique par sa douceur et sa maturité. Ce n’est pas un enfant comme on en voit souvent au cinéma&nbsp;: il est communicatif, posé, en prise directe avec ses émotions et fait montre d’une grande tendresse, notamment pour les femmes de son entourage. Le film s’organise autour de ce beau personnage pour donner à voir <em>son monde à lui</em>, qui n’est pas exactement le monde que les adultes lui proposent – cf. des visions récurrentes empruntées au jeu <em>Farming Simulator</em>, matérialisant sa vie intérieure et ses aspirations (plus grand, il souhaite devenir éleveur plutôt que de reprendre la boucherie paternelle). Mais cette étude empathique entre en conflit avec une donnée qui ne relève pas de l’évidence : <em>Gabin</em> est un documentaire dont le dispositif rappelle lointainement celui de <em>Boyhood</em>. Voiseux filme le jeune homme de ses huit à ses dix-huit ans, sans que les ellipses ne soient perceptibles tout de suite au montage – seule l’évolution physique du garçon indique le passage des années.</p>
<p>Or, et c’est là que la chose devient assez perturbante, le film ressemble à s’y méprendre à une chronique vériste telle que le cinéma français en produit beaucoup, composée de scènes assez courtes et fragmentaires grâce auxquelles on appréhende le quotidien de Gabin. Ce n’est d’ailleurs qu’en sortant de la salle que j’ai découvert, sans pouvoir le déduire de la matière même du film, qu’il ne s’agissait pas d’une fiction documentée, ou d’une matière réelle scénarisée, comme c’est parfois le cas de longs-métrages s’appuyant sur des acteurs non-professionnels. En découle une sensation étrange, qui excède le seul périmètre&nbsp;du film et renseigne sur un certain état du cinéma français «&nbsp;réaliste&nbsp;» : il devient désormais presque impossible de discerner à l’œil nu une fiction dépouillée de ses oripeaux dramatiques d’un documentaire un peu trop balisé et construit dans son montage. Car cette indistinction, elle est le fruit ici d’un formatage qui cultive moins un syncrétisme qu’un entre-deux bâtard – <em>Gabin </em>n’a ni la précision d’une fiction, ni la richesse d’une mise en scène nourrie par l’imprévu du direct. La frustration née de ce choix est par ailleurs renforcée par une lacune, déjà présente dans le modèle linklaterien. Si le tournage au long cours ouvre en théorie sur un jeu de raccords entre les différents blocs temporels, le montage de Voiseux gomme au contraire les coutures pour tirer de ses rushes une coulée s’étalant sur dix ans. Ce principe a pour mérite de ménager une expérience bazinienne ; on voit d’un quart d’heure à l’autre le temps faire son œuvre, tandis que le film télescope plus ou moins<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332683_372('footnote_plugin_reference_332683_372_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332683_372('footnote_plugin_reference_332683_372_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332683_372_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332683_372_1" class="footnote_tooltip">Plus ou moins, car si la figure du père, ambivalente par sa dureté, a le droit à plusieurs contrepoints (une discussion avec un ami où il craque, le dénouement qui lui offre une enclave où trouver la paix), la mère est quant à elle toujours filmée dans le lien d’affection qu’elle entretient avec son fils, sans bénéficier d’une incise la saisissant dans son individualité propre.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332683_372_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332683_372_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> les différents points de vue des membres de la famille Jourdel pour rendre compte de la complexité de leurs liens affectueux. Mais cette dimension n’efface pas pour autant le sentiment que film n’a pas su lâcher la bride de son montage, pour embrasser pleinement la spécificité de son parti pris.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332683_372();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332683_372();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332683_372">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332683_372" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332683_372('footnote_plugin_tooltip_332683_372_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332683_372_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Plus ou moins, car si la figure du père, ambivalente par sa dureté, a le droit à plusieurs contrepoints (une discussion avec un ami où il craque, le dénouement qui lui offre une enclave où trouver la paix), la mère est quant à elle toujours filmée dans le lien d’affection qu’elle entretient avec son fils, sans bénéficier d’une incise la saisissant dans son individualité propre.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332683_372() { jQuery('#footnote_references_container_332683_372').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332683_372').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332683_372() { jQuery('#footnote_references_container_332683_372').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332683_372').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332683_372() { if (jQuery('#footnote_references_container_332683_372').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332683_372(); } else { footnote_collapse_reference_container_332683_372(); } } function footnote_moveToReference_332683_372(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332683_372(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332683_372(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332683_372(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gabin/">Gabin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>We Are Aliens</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/we-are-aliens/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 09:00:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À Cannes, l’animation japonaise se cantonne cette année à la Quinzaine des cinéastes, avec deux films : le court-métrage Eri (annoncé comme « une histoire d’amour queer entre deux vaches&#160;», dixit Julien Rejl lors de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/we-are-aliens/" title="Read  We Are Aliens">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À Cannes, l’animation japonaise se cantonne cette année à la Quinzaine des cinéastes, avec deux films : le court-métrage <em>Eri</em> (annoncé comme « <em>une histoire d’amour queer entre deux vaches</em>&nbsp;», <em>dixit</em> Julien Rejl lors de l’annonce de la sélection) et, dans un registre plus attendu, <em>We Are Aliens</em>. Ce récit de l’amitié accidentée de deux garçons évoque de nombreux films (et séries) d’animation japonais ayant pour cadre l’école, tandis que le principe d’un récit étalé sur plusieurs années rappelle par exemple <em>Look Back</em>, dont le manga d’origine de Tatsuki Fujimoto sera prochainement réadapté, cette fois-ci en prises de vues réelles, par Hirokazu Kore-eda (rendez-vous sur la Croisette l’année prochaine ?). Le début du film, montrant le timide Tsubasa se rapprocher du turbulent Gyotaro, semble d’abord se lover dans un cocon nostalgique (les jeux d’enfants, la GameCube en cachette, etc.) avant que le film ne prenne un détour plus sombre. Car plutôt qu’à une relation au long cours, Kohei Kadokawi s’intéresse à la manière dont une amitié brisée à huit ans peut devenir le drame d’une existence.</p>
<p>Avec son style singulier, mélangeant décors en 3D et coups de crayon apparents (notamment sur les visages, bardés de petits traits comme pour représenter d’infimes variations d’expression), <em>We Are Aliens</em> se branche sur la psyché de ses personnages, qu’il suit l’un après l’autre. Kadokawi joue avec la possibilité qu’a l’animation de déformer le monde à l’aune d’une perception, en représentant par exemple les terreurs enfantines de Tsubasa lorsque ce dernier commence à prendre son camarade pour un alien. Les visions horrifiques qui s’immiscent dans le montage et surgissent parfois comme des <em>jumpscares </em>(tels ces yeux exorbités à la Junji Itō) dépeignent la violence de l’univers mental du petit garçon. La peur à cet âge-là n’est pas une mince affaire, ce dont le film rend compte d’abord très bien. Les affects des personnages semblent alors tous hyperboliques, qu’ils soient positifs ou négatifs. Mais cette façon d’exagérer ne concerne pas uniquement la représentation du regard des enfants et contamine également le scénario, qui va s’alourdir petit à petit, un coup de force après l’autre. La bascule de point de vue avec rembobinage (de Tsubasa adulte à Gyotaro enfant, pour découvrir l’autre versant de l’histoire) fait certes preuve de virtuosité, mais ce système narratif rétablissant une part de vérité apporte avec lui une forme de simplification. Le sort que réserve le récit à Gyotaro s’avère tellement cruel qu’il reproduit d’une certaine manière le <em>bullying </em>dont il a été victime, en plus d’insister sur la culpabilité de ses bourreaux sur le mode d’un tract contre le harcèlement. En multipliant les ellipses tout en tablant sur l’angoisse de possibles retrouvailles, le film perd de vue sa dynamique impressionniste, dans un jeu de causes et de conséquences trop appuyé. Quand il parvient à son épilogue doux-amer, la lessiveuse narrative peine à laisser une place aux larmes, même si les violons sont de sortie.</p>
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		<title>Jour 1 — La Vie d’une femme</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-1-la-vie-dune-femme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 05:34:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 1. Deux de nos rédacteurs discutent de La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à Quelques jours à Nagi de Kōji Fukada. ﻿﻿﻿﻿﻿ Avec...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-1-la-vie-dune-femme/" title="Read  Jour 1 — La Vie d’une femme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 1. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>La Vie d’une femme</i></a><i> </i>de Charline Bourgeois-Tacquet, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Quelques jours à Nagi</i></a><i> </i>de Kōji Fukada.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/ExxyeLksngs?si=LAHj5shbBH1bkKWH" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong> : Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>Quelques jours à Nagi</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 20:37:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le premier film distribué en France de Koji Fukada, Au revoir l’été, plaçait d’emblée son œuvre sous le signe d’Éric Rohmer. Le cinéaste renoue avec cette inspiration première dans Quelques jours à Nagi, qui suit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/" title="Read  Quelques jours à Nagi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le premier film distribué en France de Koji Fukada, <em>Au revoir l’été</em>, plaçait d’emblée son œuvre sous le signe d’Éric Rohmer. Le cinéaste renoue avec cette inspiration première dans <em>Quelques jours à Nagi</em>, qui suit le séjour de Yuri, une architecte tokyoïte venue se réfugier à la campagne auprès de Yoriko, son ancienne belle-sœur sculptrice. Alors que Yuri devient modèle pour Yoriko, de longues séquences dialoguées approfondissent leur relation : à mesure qu’elles évoquent leurs choix de vie ou leurs amours passées, leurs liens se renforcent. Par la circulation de la parole, le village de Nagi devient ainsi le théâtre d’une petite ronde des sentiments qui accueille autant les habitants que le souvenir des absents. Un détail météorologique distingue toutefois nettement <em>Au revoir l’été</em> de <em>Quelques jours à Nagi</em> : au cadre lumineux et estival du premier succède le temps nuageux et grisâtre du second. Ce contraste semble dire quelque chose de l’évolution de la mise en scène du cinéaste, qui, à force de retenue, confine désormais à la frigidité académique. Son minimalisme rappelle par endroits celui d’un autre rohmérien, Hong Sang-soo, les jeux de reprises et variations en moins. Pour sortir de cette torpeur formelle, quelques travellings avant et arrière viennent souligner le cours d’une discussion pour recadrer les visages des personnages, insufflant une poignée de ruptures bienvenues, qui finissent cependant par s’apparenter à des astuces un peu mécaniques destinées à insuffler de la vie aux conversations.</p>
<p>Si les désirs qui traversent Nagi peinent à s’incarner à l’écran, les motifs sciemment disposés tout au long du film sont quant à eux bien visibles : Yuri est d’abord reconnue à partir d’un portrait esquissé au fusain ; l’atelier de Yoriko est peuplé des êtres qu’elle a sculptés ; deux adolescents se déclarent leur amour en regardant à travers une <em>camera obscura</em><i>,</i> etc. On l’aura compris : le sentiment amoureux s’articule aux images et aux projections qu’elles suscitent, avec ceci d’ambivalent qu’elles peuvent tout à la fois révéler la nature profonde des individus que les emprisonner dans un fantasme. L’idée est plutôt belle, mais peine à dépasser le stade théorique pour véritablement émouvoir – à l’exception peut-être d’une séquence de fantôme assez troublante, où la femme que Yoriko aimait apparaît soudainement chez elle alors que l’orage gronde. Après une brève discussion, la défunte s’évanouit, laissant le personnage seul, endormi dans sa cuisine (la scène pourrait donc être un rêve). Le surcadrage fait affleurer la mélancolie de cette solitude, dans une composition à la Edward Hopper – un album consacré au peintre est d’ailleurs offert dans une des premières séquences. Ce type d’émotion reste bien rare à l’échelle du film, où le moindre germe de sentiment est systématiquement mis en sourdine. Même les choses les plus graves ne semblent avoir aucun poids dans cet univers, tels ces bruits de bombes récurrents provenant d’un camp militaire voisin, ou bien les références à la guerre en Ukraine, qui n’ont pas suffisamment de consistance pour ressembler à autre chose qu’une note d’intention.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<title>Mauvaise étoile</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mauvaise-etoile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 20:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il n’est pas anodin que Mauvaise étoile se déroule en pleine canicule, dans une banlieue pavillonnaire du sud de la France. L’atmosphère poisseuse essouffle les personnages et les noie dans la sueur : à de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mauvaise-etoile/" title="Read  Mauvaise étoile">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il n’est pas anodin que <em>Mauvaise étoile</em> se déroule en pleine canicule, dans une banlieue pavillonnaire du sud de la France. L’atmosphère poisseuse essouffle les personnages et les noie dans la sueur : à de nombreuses reprises, Alex fait remarquer à sa compagne Kiki qu’elle sent mauvais, tandis que leur fille se lave à l’intérieur d’une bassine transparente, dans une eau noire de crasse. C’est peut-être là l’horizon d’un certain cinéma vériste, avec sa caméra portée et ses acteurs non professionnels : cherchant à tout prix à extraire la sève du « réel », celle-ci se logerait dans ses aspects les plus triviaux, au plus près des corps que la caméra s’attache à faire sentir. Un plan trahit le volontarisme de Lola Cambourieu et Yann Berlier, décidés à nous faire éprouver le quotidien d’un couple pris dans la spirale infernale de la toxicité masculine, quitte à pousser pour cela les curseurs du scabreux. Il intervient à la fin d’une scène de sexe qui, à l’image de l’ensemble du film, met en jeu les mécanismes de manipulation d’un pervers narcissique. Dans un premier temps, la séquence saisit dans la durée la manière dont l’humiliation et la domination s’expriment dans la sexualité du couple. Tandis que Kiki fait tout pour satisfaire le désir d’Alex, celui-ci ne cesse de la rejeter, de trouver à redire sur son comportement ou son hygiène. De cette violence insidieuse naît peu à peu chez la trentenaire une honte de soi intériorisée, voire une véritable détestation de son propre corps, en particulier de son visage. Le duo de cinéastes réussit à cet endroit à filmer assez finement une situation pourtant franchement casse-gueule – du moins, jusqu’aux derniers plans de la scène. Alors qu’Alex a définitivement débandé, il invite Kiki à venir se blottir contre lui. On croit que le couple s’apprête à s’endormir, lorsqu’une micro-ellipse nous fait passer quelques minutes plus tard : Kiki a alors le visage plaqué contre le sexe d’Alex, les yeux recouverts par ses poils pubiens. Un second plan montre ensuite la chambre à coucher sous un angle plus large : de façon très improbable, Kiki, genoux au sol, semble s’être endormie dans cette position dégradante, pendant qu’Alex scrolle distraitement sur son téléphone. Contrairement au reste de la scène, où la violence sourde s’incrivait dans la continuité d’une dynamique complexe et malsaine, la coupe crée ici un effet choc, visant explicitement à susciter le malaise. Autrement dit, la souillure ne relève plus seulement des agissements d’Alex : elle est pleinement produite par la mise en scène.</p>
<p>Le scénario de <em>Mauvaise étoile</em> prend ainsi la forme d’un piège, qui épouse l’humeur du pervers narcissique oscillant entre des confrontations de plus en plus violentes et de brefs moments d’accalmie. La construction binaire produit un suspense : à chaque retour au calme, on guette le revirement, le petit détail qui fera basculer Alex dans une nouvelle crise de nerfs. Les marques de coups de poing visibles sur la porte de leur salon suggèrent que ce climat de tension fait partie du quotidien, si bien que le film instille progressivement une certaine angoisse, qui nous conduit à nous demander s’il va finir par la frapper. Si cette mécanique de prédation a été précisément identifiée et décortiquée dans le sillage de #MeToo, qu’apporte ici son illustration cinématographique ? Elle paraît surtout motivée par la volonté de nous la faire ressentir dans notre chair par le biais d’une expérience immersive, renforcée par l’unité temporelle resserrée du récit (une journée et surtout une nuit interminable de torture psychologique). Le film avait pourtant la possibilité d’adopter un angle plus singulier pour appréhender cette famille dysfonctionnelle : le point de vue de l’enfant, qui semble être le personnage principal dans les premières minutes, avant de disparaître et de réapparaître à la toute fin. Fillette indocile à la langue bien pendue, son comportement se fait l’écho de la violence du monde adulte. De façon significative, elle adopte par exemple un pigeon qu’elle ne cesse de cajoler et transporter partout avec elle, jusqu’à l’asphyxier et le tuer. Si l’on peut y voir une forme de reproduction de la relation parentale, elle expliquera aussi qu’elle souhaitait par ce moyen faire réagir sa famille, témoignant d’une conscience de la violence ambiante. À travers elle s’éclaire également, de manière indirecte, un autre pan de la situation : si la famille de Kiki s’inquiète de son comportement, elle met avant tout en cause l’éducation maternelle, restant absolument aveugle concernant la responsabilité du père. Alors que le film s’achève sur des plans symboliques et vaguement oniriques où l’enfant regarde des oiseaux s’envoler, vient la sensation frustrante qu’il y avait là un personnage à observer davantage, au lieu de privilégier le versant le plus sensationnaliste du récit.</p>
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		<title>La Vie d’une femme</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 20:14:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À la fin de&#160;La Vie&#160;d’une femme,&#160;Gabrielle, la chirurgienne incarnée par Léa Drucker, donne une conférence à Turin sur la notion d’identité et ce qu’elle implique à l’échelle de son travail, dans le cas de patients...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" title="Read  La Vie d’une femme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À la fin de&nbsp;<em>La Vie</em>&nbsp;<em>d’une femme,&nbsp;</em>Gabrielle, la chirurgienne incarnée par Léa Drucker, donne une conférence à Turin sur la notion d’identité et ce qu’elle implique à l’échelle de son travail, dans le cas de patients dont le visage est défiguré. Le film se commente alors lui-même, puisque le récit se focalise sur la crise d’identité d’une femme accro à son travail dont la vie rangée se retrouve (légèrement) chamboulée par sa rencontre avec une écrivaine, Frida (Mélanie Thierry), avec qui se dessine l’esquisse d’une romance. Mais plus indirectement, c’est une autre crise dont le film est le théâtre : celle d’un cinéma d’auteur bourgeois tiraillé par sa mauvaise conscience et qui donne des gages pour montrer qu’il prend la question de son cadre social au sérieux. Caractéristique du <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linteret-dadam-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;Drucker movie&nbsp;»</a> : on découvre le personnage en immersion, sollicité de toutes parts, manœuvrant tour à tour le volant de sa voiture dans les rues de Paris et le scalpel au sein du bloc opératoire. Cette première séquence a le défaut d’afficher trop ses coutures ; les sonneries du téléphone de Gabrielle et l’enchaînement des événements dessinent le portrait d’une experte qui doit prendre en charge une myriade de responsabilités, professionnelles comme personnelles – manière de commenter ce que serait en effet « la vie d’une femme », même bien lotie, en 2026. C’est à la fin de ce premier bloc que le film décolle toutefois, dans l’intimité d’une chambre à coucher où Gabrielle retrouve son mari (Charles Berling). Car c’est précisément là que se loge le désir de Charline Bourgeois-Tacquet, qui signe son deuxième long-métrage : filmer de l’intimité, des acteurs, des regards troublés, des corps élégamment sculptés par des clairs-obscurs ou le surcadrage de portes entrebâillées, le tout dans une forme narrative affichant elle-même son « raffinement » – celle d’une suite de situations découpées en onze chapitres, comme si le film constituait un roman.</p>
<p>En somme, et c’est le nœud assez fascinant du film,&nbsp;<em>La Vie d’une femme</em>&nbsp;n’est jamais meilleur que&nbsp;<em>lorsqu’il assume d’être un film bourgeois</em>, notamment lorsque ses décors reflètent le niveau social des personnages (assez cossu : Frida habitera à Paris et Turin, auxquels s’ajouteront hors champ New York et Kyoto). La scène dans laquelle se tisse le désir entre Gabrielle et Frida se déroule ainsi lors d’une performance dansée et privée, où les corps se déploient dans les couloirs déserts de ce qui s’apparente à un hôtel particulier. Mais à cet endroit, Bourgeois-Tacquet n’a d’yeux que pour ses interprètes, en entrelaçant le tressaillement de Drucker avec le sourire séducteur de Thierry. Si la séquence est belle, c’est précisément parce qu’elle indexe l’arrière-plan sur leurs entrechats amoureux et cette fébrilité désarmante qui accouche d’un « <em>non</em> » chuchoté. Plus loin, c’est le miroitement d’un lac dans les Alpes qui devient l’écrin d’une félicité amoureuse ; dans ce segment, le film prend littéralement de la hauteur, s’installe « hors-sol », loin du milieu hospitalier, pour saisir les hésitations érotiques des personnages, qui se dévorent des yeux au moment de se souhaiter bonne nuit sur le pas de la porte. Fatalement, cette parenthèse ne peut pas durer, et le raccord qui suit ramène un peu de « concret » : à la vision de l’étendue d’eau étincelante succède un plan de Gabrielle près d’une baignoire, en train de laver sa mère atteinte d’Alzheimer. Le segment qui suit, tout en étant serti de beaux détails (cf. un passage un peu désarmant où le personnage, tournant le dos à la malade, se permet de lâcher quelques larmes), a toutefois la limite de manifester trop ouvertement la nécessité de se « reconnecter » au monde réel. Dès que le film va sur ce terrain, dès qu’il tente d’être un peu plus conséquent sociologiquement, il paraît presque aller contre sa nature ou s’en remet à des idées plus lourdes, comme en témoigne une scène de dispute professionnelle redoublée par les aléas de l’éclairage de l’hôpital, en pleins travaux. Ce qu’acte alors en creux le film, c’est qu’un cinéma sentimental français à l’ancienne, disons d’ascendance truffaldo-desplechinienne, n’est plus aujourd’hui envisageable sans adopter un peu de distance critique ou prendre en compte l’ancrage social des personnages. On ne va certainement pas le regretter – ce serait un comble –, mais il faut en revanche noter que, dans le cas présent, l’intégration de cette donnée ne rend pas du tout le film meilleur (au contraire). De fait, ses petites épiphanies se jouent ailleurs : dans des jeux de lumière, dans des regards, dans des visages. Et elles sont surtout portées par la grâce d’une actrice ; Léa Drucker brille à son plus haut depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lete-dernier-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Été dernier</em></a>.</p>
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		<title>In Waves</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/in-waves/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 18:42:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il était logique que le cinéma d’animation s’empare du roman graphique[1]Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes dessinées à des lecteurs de littérature. d’AJ Dungo, tant le motif de l’eau...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/in-waves/" title="Read  In Waves">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il était logique que le cinéma d’animation s’empare du roman graphique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_333106_384('footnote_plugin_reference_333106_384_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_333106_384('footnote_plugin_reference_333106_384_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_333106_384_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_333106_384_1" class="footnote_tooltip">Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes dessinées à des lecteurs de littérature.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_333106_384_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_333106_384_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> d’AJ Dungo, tant le motif de l’eau (au cœur de ce récit à la première personne) le prédestine à l’image en mouvement. Phuong Mai Nguyen, comme Miyazaki avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ponyo-sur-la-falaise/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Ponyo sur la falaise</em></a>, investit pleinement les potentialités que lui offre l’élément aquatique, en multipliant par exemple les transitions sans coupe (un drap se transforme en vague, l’océan se retrouve enfermé dans une gourde, etc.), ou en jouant sur la proximité matérielle entre l’eau et l’encre. L’histoire d’amour au long cours entre le skateur AJ et la surfeuse Kristen est en effet mise en abîme par l’écriture de la BD et plus largement par les nombreux dessins du personnage, qui prennent parfois vie à&nbsp;l’écran. Le mouvement de cette histoire tragique s’apparente ainsi à celui d’une marée inéluctable, le film semblant inlassablement couler vers le drame.</p>
<p>En parallèle de cette trame figurative, <em>In Waves </em>devient hélas plus commun à partir de la révélation du cancer de Kristen. C’est assez terrible à&nbsp;écrire, puisqu’il s’agit d’une histoire vraie et que le film est d’ailleurs dédié «&nbsp;<em>à&nbsp;Kristen</em>&nbsp;», mais l’arrivée de la maladie installe le récit sur des rails. La narration devient rythmée par le calendrier médical, tandis que la mise en scène semble en partie délaisser les sensations pour se concentrer sur les émotions et donc les visages, dont les traits à&nbsp;la texture numérique paraissent paradoxalement plus figés que ceux des planches originelles de Dungo. Juste avant la mauvaise nouvelle, le film atteint pourtant son climax émotionnel dans une scène non pas tragique, mais joyeuse. Il s’agit d’un pur segment de&nbsp;<em>teen movie</em>&nbsp;: un échange de textos, un <em>split screen</em>, puis un premier baiser en cachette, le tout sur une très belle chanson originale d’Oklou. Casting musical malin pour ce film français dont l’action se déroule à&nbsp;Los Angeles, en langue anglaise (même si, fait assez rare pour le souligner, la version française avec Lyna Khoudri et Rio Vega se présente également comme une «&nbsp;version originale&nbsp;»), car la plus américaine des chanteuses nées à&nbsp;Poitiers ramène avec elle une forme de mélancolie rêveuse. Quand AJ s’éloigne de la maison de son amoureuse, il semble que c’est son euphorie qui fait soudain pleuvoir le ciel. Ces gouttes d’eau sont plus émouvantes que les larmes à&nbsp;venir.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333106_384();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333106_384();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_333106_384">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_333106_384" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_333106_384('footnote_plugin_tooltip_333106_384_1');"><a id="footnote_plugin_reference_333106_384_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes dessinées à des lecteurs de littérature.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_333106_384() { jQuery('#footnote_references_container_333106_384').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333106_384').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_333106_384() { jQuery('#footnote_references_container_333106_384').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333106_384').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_333106_384() { if (jQuery('#footnote_references_container_333106_384').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_333106_384(); } else { footnote_collapse_reference_container_333106_384(); } } function footnote_moveToReference_333106_384(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333106_384(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_333106_384(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333106_384(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/in-waves/">In Waves</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Butterfly Jam</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/butterfly-jam/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 12:08:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année, les voyants sont au vert pour la Quinzaine des cinéastes&#160;: meilleur line-up&#160;théorique (entre autres : Dumont, Cavalier, Alonso, Jude), meilleure affiche, meilleur générique (tout neuf, contrairement à celui de la sélection officielle, qui...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/butterfly-jam/" title="Read  Butterfly Jam">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette année, les voyants sont au vert pour la Quinzaine des cinéastes&nbsp;: meilleur <em>line-up</em>&nbsp;théorique (entre autres : Dumont, Cavalier, Alonso, Jude), meilleure affiche, meilleur générique (tout neuf, contrairement à celui de la sélection officielle, qui aurait besoin d’un petit coup de <em>polish</em>). Et meilleur film d’ouverture ? Probablement, mais un peu par défaut. Le troisième film de Kantemir Balagov, repéré avec <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2017/vie-a-letroit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tesnota, une vie à&nbsp;l’étroit</em></a> puis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-grande-fille-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une grande fille</em></a>, quitte la Russie pour la périphérie de New York (plus exactement le New Jersey, où vit une famille de la minorité tcherkesse). Soit un cadre à&nbsp;mi-chemin entre le James Gray des débuts (communauté d’immigrants, tragédie familiale) et le réalisme poétique d’Andrea Arnold – on retrouve d’ailleurs <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bird-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Barry Keoghan et un oiseau</a>. Le récit suit les pas d’un jeune lutteur qui vit avec son père (Keoghan, donc, de nouveau en père pas totalement sorti de l’adolescence) et sa tante (Riley Keough), même si la nature des liens familiaux se devine au fur et à&nbsp;mesure, ménageant une forme d’incertitude et de porosité (le fils pourrait passer pour le petit frère, la tante pour la mère ou la nouvelle copine du père, etc.). Si le cinéma de Balagov s’est déplacé, il n’a pas renoncé à&nbsp;ses ambitions&nbsp;: la nervosité de la caméra à&nbsp;l’épaule, qui filme les corps de près, n’est pas là seulement pour nous plonger dans un bain de réalisme, mais pour fixer une norme de mise en scène dont le cinéaste va s’écarter ponctuellement, afin de saisir un trouble insondable. Il y&nbsp;a des beaux moments dans <em>Butterfly</em> <em>Jam</em>, qui tiennent au déphasage des acteurs&nbsp;: Harry Melling joue ainsi une figure indécidable (ami de la famille&nbsp;? cousin ?) qui rejoint la galaxie des personnages de Balagov atteints de dissociations énigmatiques et de maladies mystérieuses&nbsp;; par moments, il s’absente à&nbsp;lui-même, dans un état proche de la catalepsie. Ce qui est émouvant, aussi, tient à&nbsp;la manière dont le découpage montre comment les personnages comprennent tacitement les particularismes psychiques des uns et des autres, pour organiser une circulation d’affects s’exprimant par des gestes et des micro-attentions.</p>
<p>Deux bémols, toutefois. Le premier, c’est que pour opérer un pas de côté, le film doit adopter comme régime d’écriture majoritaire un réalisme embarqué&nbsp;; la proximité des corps, notamment dans les scènes de lutte, induit une forme d’agitation brouillonne et démonstrative. Le second, c’est que le scénario contrarie parfois l’élan vers le mystère, soit par le symbolisme (le rôle joué par un pélican sauvage), soit par un redoublement scénique (un combat de lutte est le théâtre de la résurgence d’une violence sexuelle représentée plus tôt), soit encore par le coloris (le rose du pélican finit par déteindre sur presque tous les vêtements et même la lumière). Et si le découpage est localement fin, l’armature du récit, elle, reste trop lisible au regard de l’ambivalence recherchée par le film&nbsp;: il s’agit d’une histoire de malédiction familiale, où l’amour comme la haine se transmettent selon un principe de chaîne et de contamination. En atteste la fin du film, qui tourne autour d’un secret inaccessible pour les personnages (le prénom à&nbsp;donner à&nbsp;un nouveau-né) mais pas pour le spectateur, qui a&nbsp;compris de quoi il en retournait. Très belle idée, que le film escamote par un dernier petit décalage inattendu (on n’en dira pas plus) qui présente le paradoxe, malgré ses atours étranges, de solidifier le cap du récit. C’est une contradiction courante du cinéma de festival&nbsp;: la recherche d’une complexité bute sur le fléchage dont témoigne le scénario, pour qu’on ne passe pas non plus à&nbsp;côté des intentions du film. Balagov cherche encore le juste milieu, même s’il faut reconnaître que <em>Butterfly Jam</em>, moins volontariste que ses précédents films, témoigne d’une attention certaine pour les acteurs – tous remarquables, Melling en tête, par sa manière d’osciller entre la gesticulation bouffonne et le vertige, lorsque l’abîme en lui remonte à&nbsp;la surface de son visage.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>L’Abandon</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/labandon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 10:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi faire un film sur les derniers jours de Samuel Paty, du cours qu’il a donné sur les caricatures de Charlie Hebdo à son assassinat ? On a cette question en tête alors que L’Abandon,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/labandon/" title="Read  L’Abandon">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Pourquoi faire un film sur les derniers jours de Samuel Paty, du cours qu’il a donné sur les caricatures de Charlie Hebdo à son assassinat ? On a cette question en tête alors que <em>L’Abandon</em>, déjà engagé sur un terrain escarpé de par la nature même de son projet, se complique d’entrée de jeu la tâche. 1) Un carton annonce que le récit retrace «&nbsp;<em>fidèlement</em>&nbsp;» le fil des événements. 2)&nbsp;Il est toutefois immédiatement précisé que certains éléments ont été modifiés «&nbsp;<em>à des fins de fiction&nbsp;</em>». 3)&nbsp;La première scène montre l’enseignant (joué par Antoine Reinartz) quittant le collège alors qu’il est sur le point d’être attaqué par Abdoullakh Anzorov, tandis que sa voix-off, déconnectée de l’action, nous livre un discours purement fantasmatique&nbsp;: celui de Paty ayant conscience qu’il est sur le point «&nbsp;<em>d’entrer dans les livres d’histoire</em>&nbsp;», comme si son spectre commentait depuis l’au-delà les dernières secondes précédant sa mise à mort. À quoi a‑t-on affaire, au juste ? À un film-dossier (genre dans lequel le réalisateur, Vincent Gareng, s’est déjà illustré)&nbsp;? À une reconstitution du drame lorgnant vers la tragédie&nbsp;? Au portrait d’un martyr que la République dans son ensemble aurait «&nbsp;abandonné&nbsp;», comme le laisse présager le titre, à son horrible sort&nbsp;? On le voit : le film s’éloigne d’emblée des rivages de la «&nbsp;fidélité&nbsp;» et ne peut échapper à une logique de <em>storytelling.</em> C’est naturel, car l’assassinat de Paty raconte bien des choses, selon l’angle que l’on adopte : la gangrène de l’islamisme radical, les tensions régnant au sein de l’Éducation nationale, l’autocensure des enseignants sur la question de la laïcité, la dérive de cette même notion (Paty a‑t-il, comme l’avance le référent de l’académie des Yvelines, témoigné d’un manque de connaissance des règles en la matière&nbsp;et commis une «&nbsp;erreur&nbsp;» ?), la poudrière que sont devenus les réseaux sociaux, la faillite de l’intégration républicaine, sans parler de débats de fond qui ont été parfois gommés par l’émotion collective (la ligne éditoriale de Charlie Hebdo et la montée de l’islamophobie en France). Bref&nbsp;: cela fait beaucoup pour un seul film, même bien intentionné et souhaitant aborder avec nuance la mécanique qui a conduit à l’acte terroriste. Ce qui est le cas de <em>L’Abandon</em>, dont le discours est un peu moins univoque qu’on pourrait d’abord le croire. Dans un premier temps, le scénario s’éloigne de l’horizon de la commémoration pour dépeindre l’enchaînement des circonstances et la manière dont le drame s’est noué. Ce faisant, le film déroule une dynamique tragique en même temps qu’il ausculte un système constitué de plusieurs maillons&nbsp;: la direction du collège, la police municipale, l’académie, les services de renseignement, etc. Et, surprise, le film se révèle alors aller plutôt contre son titre.</p>
<p>Au lieu de pointer des dysfonctionnements, qui seront rapidement exposés dans l’une des dernières scènes, son montage montre une organisation… qui a globalement fonctionné comme elle le devait. Prenons un exemple, assez limpide : dans un plan, on voit Anzorov, dans la pénombre de son appartement, publier un tweet islamiste. Immédiatement, une coupe nous emmène dans un bâtiment des Renseignements, où un policier, regardant avec concentration son ordinateur, voit passer la publication et la fait remonter. Action, réaction : si l’on suit la chaîne causale disposée par le film, on en tire la conclusion que le plan d’Anzorov aurait été quasiment impossible à empêcher. La principale du collège (Emmanuelle Bercot) s’affirme dans cette perspective comme le personnage central, l’incarnation d’une administration et de ses rouages. Et de fait, ce que le film veut « sauver », plus encore que les institutions républicaines, c’est l’idée même de l’Éducation nationale comme foyer des Lumières (il s’agit d’ailleurs du sujet de l’ultime cours donné par Paty). Il y a bien des injustices, comme la désolidarisation de collègues effrayés ou les conclusions du référent laïcité, qui reproche à Paty d’avoir laissé certains élèves sortir de la salle de classe alors qu’il montrait des caricatures de Mahomet. Mais <em>in fine</em>, l’horizon du film est bien de rendre hommage à l’École avec un grand E. Les membres de la famille Chnina (dont les noms ont été modifiés) sont d’ailleurs figurés comme des individus qui se sont trop éloignés de son rayonnement vertueux : Bachira, la collégienne ayant menti sur le déroulé des faits, passe son temps à sécher les cours, tandis que son père, auteur des vidéos à l’origine du harcèlement dont l’enseignant a été la victime, fait montre durant toute l’intrigue d’un manque d’esprit critique et de recul sur ses actions.</p>
<p>Et puisque le film veut sauver l’idéal républicain, il lui faut alors, dans une logique discursive trop fabriquée, leur opposer de bons modèles, de « bons musulmans » qui permettent d’éviter un propos trop univoque. Ainsi de la fille du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, dont le témoignage avait été remarqué lors du procès de 2024 : débarrassée du foulard que lui impose son père, elle tient un discours axé sur cette école où elle aurait voulu continuer à aller. Dans sa conclusion, le film finit par revenir dès lors à une forme de catéchisme laïc, qui oppose à la martyrologie de l’islamisme terroriste une martyrologie républicaine. C’est très clair dans la mise en scène : Anzorov est le seul personnage dont le visage reste indiscernable tout au long du film, qu’il soit flouté, laissé dans la pénombre ou tronqué par la caméra. Ce faisant, <em>L’Abandon</em> le prive de la notoriété qu’il a voulu atteindre par son acte abject, tandis que Paty, lui, devient une icône religieuse dans l’ultime plan.&nbsp;On y voit, par une surimpression, une photo de Reinardt en Paty laisser place au cliché «&nbsp;officiel&nbsp;» de l’enseignant au travail, soldat de l’école républicaine tombé en première ligne. En dépit de ses précautions et de son soin narratif – on sent le souci d’un film qui ne veut pas s’exposer à une récupération par l’extrême-droite –, <em>L’Abandon</em> substitue à l’étude des maux à l’origine de la radicalisation un discours (constant depuis Manuel Valls) consistant à héroïser les victimes tragiques des attentats. L’émotion collective devient un moyen de resserrer les rangs, au risque de mettre les problèmes les plus abrasifs sous le tapis&nbsp;; le film ne traitera pas réellement de l’épineuse question de la laïcité à l’école, de la position complexe à laquelle sont soumis les enseignants, de ce que l’école comme entité collective peut mieux faire pour apaiser les fractures de la société française. Sa forme est celle du thriller et de la tragédie, mis au service du devoir de mémoire.</p>
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		<title>À l’ombre du festival — Collectif 50/50</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-collectif-50-50/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 06:00:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce premier épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Fanny de Casimacker, déléguée générale du Collectif 50/50, afin de faire le point sur la lutte pour l’inclusion et la parité...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-collectif-50-50/" title="Read  À l’ombre du festival — Collectif 50/50">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce premier épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Fanny de Casimacker, déléguée générale du Collectif 50/50, afin de faire le point sur la lutte pour l’inclusion et la parité au sein de l’audiovisuel français.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong> Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>La Vénus électrique</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 21:37:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Encore une comédie française en ouverture du festival de Cannes&#160;? Oui, mais pas tout à fait&#160;; ou du moins, si Salvadori finit bien par livrer une reconstitution du Paris des années folles plastiquement plus proche...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/" title="Read  La Vénus électrique">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Encore une comédie française en ouverture du festival de Cannes&nbsp;? Oui, mais pas tout à fait&nbsp;; ou du moins, si Salvadori finit bien par livrer une reconstitution du Paris des années folles plastiquement plus proche de Klapisch que de Lubitsch (la photographie du film n’est pas son fort), son scénario vise une sophistication plutôt héritée de la comédie hollywoodienne des années 1930 et 1940. L’une de ses idées les plus prometteuses est ainsi empruntée à <em>New York-Miami</em> de Frank Capra&nbsp;: un drap qui sépare une chambre où un homme et une femme cohabitent, ligne de démarcation improvisée devenant la matrice d’un jeu d’ombres chinoises érotiques, mais aussi une toile de projection fantasmatique – comprendre, une allégorie du cinéma. Pourtant, cette piste de la mise en abyme ne colle pas vraiment à <em>La Vénus électrique</em>, qui télescope d’autres formes spectaculaires (l’univers forain) et artistiques (la peinture) pour trouve <em>in fine </em>son cœur créateur dans l’écriture ; c’est un film où chacun ré-écrit à tour de rôle la trame des événements. Salvadori dispose ainsi un embranchement de mensonges et de faux-semblants impliquant Suzanne (Anaïs Demoustier), une foraine qui par un concours de circonstances s’improvise spirite auprès d’un peintre talentueux mais dépressif, Antoine (Pio Marmaï), hanté par le souvenir de sa bien-aimée Irène (Vimala Pons). S’ajoute Armand (Gilles Lellouche), l’ami marchand d’art du veuf qui, saisissant tout de suite la supercherie, mais aussi ses vertus – en croyant entrer en contact avec le fantôme de la défunte, Antoine retrouve l’envie de peindre –, décide d’apporter sa pierre à l’édifice. La mécanique s’embraie pour de bon lorsque Suzanne tombe sur les journaux intimes d’Irène, qu’elle parcourt en même temps qu’elle apprend à découvrir Antoine. Les fausses séances médiumniques se télescopent alors avec des flashbacks épousant le point de vue de la morte, de sorte à mettre Antoine à la croisée de deux regards féminins qui tendent peu à peu à se confondre.</p>
<p>En découle un réseau de circulations&nbsp;: tout le monde se ment et joue un double jeu, mais le spectacle comme le mensonge deviennent la condition de l’avènement d’une vérité émotionnelle. Sous son vernis fantasmagorique, <em>La Vénus électrique</em> ressemble ainsi à un oignon dont la narration s’applique à faire tomber les couches, dans un mouvement qui tient à la fois de la complexification et de la clarification&nbsp;: chaque nouvelle strate vient approfondir le récit en même temps qu’elle précise son propos. Le principe ouvre sur quelques trouvailles de raccords, qui permettent de jouer sur la porosité des flashbacks et des scènes au présent&nbsp;; Pons et Demoustier tendent presque au montage à fusionner, de la même façon que Suzanne <em>joue</em> à être hantée par Irène. Dommage que cette dynamique se dilapide dans un horizon essentiellement scénaristique. De manière symptomatique, la vue de Suzanne est floutée par les lentilles qu’elle revêt pour mimer ses transes. Mais si les plans, qui épousent sa subjectivité, sont alors flous, le texte, lui, est net : des pages noircies à l’encre, renfermant le « script » qu’Armand confie à Suzanne, recouvrent le climax émotionnel dans une surimpression qui vaut pétition de principe – la vie est un roman et le cinéma de Salvadori, derrière ses aspirations visuelles, tient davantage lui aussi de la littérature (et du scénario). Finalement, <em>La Vénus électrique </em>est donc bien une comédie française.</p>
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		<title>57e Visions du réel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/57e-visions-du-reel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 10:31:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La riche programmation de Visions du réel (près de deux cents films, courts et longs métrages confondus) invite à papillonner d’une section à l’autre pour tracer un chemin de traverse. Pas besoin de suivre une compétition en particulier pour trouver une cohérence globale, car trois jours passés à Nyon auront suffi à identifier notamment une prédilection pour les documentaires à la première personne, dans lesquels le ou la cinéaste devient son propre sujet. De la comédie sur une quête identitaire à travers les continents (<em>Two Mountains Weighing Down My Chest</em> de Viv Li) au récit de deuil frontal (l’émouvant <em>Comme un château fort</em> de Lou Colpé), en passant par diverses enquêtes familiales (<em>Baby Jackfruit Baby Guava</em> de Nông&nbsp;Nhật Quang ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/" target="_blank" rel="noopener"><em>Imago</em></a> de Déni Oumar Pitsaev, présenté quelques jours avant sa sortie suisse), le festival a pu donner l’impression que le cinéma documentaire constituait un moyen de trouver et d’affirmer sa place dans le monde. Au risque parfois d’une certaine complaisance, par exemple lorsque les metteurs en scène installent pour eux-mêmes un beau cadre dans lequel pleurer (cf. <em>Two Mountains…</em>). Cette concentration d’œuvres autobiographiques donne envie, par contradiction, de s’intéresser plutôt à des films tournés vers les autres, où la place du cinéaste n’est pas forcément invisible, mais toujours médiée par un rapport à autrui.</p>
<p>John Wilson, par exemple, est un adepte de la voix-off à la deuxième personne. Le cinéaste américain, après trois saisons de sa série <em>How to with John Wilson</em>, présentait au festival son premier long-métrage, <em>The History of Concrete</em>. Enquête absurde sur le béton et sur ce que cette matière charrie avec elle, le film s’inscrit dans le sillon direct de la série, qu’il faut donc présenter en deux mots. Dans <em>How to…</em>, John Wilson prétend proposer des tutoriels (« How to make small talk », « How to appreciate wine », etc.) en partant seul avec sa caméra enquêter, à New York d’abord, puis là où l’emmène tel ou tel fil qu’il décide de suivre. Il y a mis au point un langage comique consistant à illustrer sa narration par des images glanées dans la vie de tous les jours, entre le décalage ironique et le jeu de mots. Ainsi, la phrase « <em>When you feel stuck</em> » peut être accompagnée à l’image d’un raton-laveur coincé dans une poubelle. <em>The History of Concrete</em> se présente comme une sorte de long format d’<em>How to…</em>, où l’homme à la voix délicieusement nasillarde continue d’arpenter cet étrange «&nbsp;<em>land of opportunity</em> ». Car le béton, à l’instar de la plupart des sujets de ses tutoriels, sert surtout de prétexte à la rencontre de personnages délirants, créatures typiquement américaines pour dresser un tableau des États-Unis comme un pays de <em>freaks</em>. L’hymne américain résonne d’ailleurs au cœur du film, interprété et écouté avec une solennité affectée lors de l’inauguration d’une compétition de maçons dans une rue de Las Vegas. La force du film tient à la manière qu’a Wilson de nouer des relations plus ou moins éphémères avec ces gens, sans les juger, mais en parvenant à mettre au jour leur ADN comique. Il est le premier spectateur de leur excentricité, qui semble s’afficher naturellement, sans que le documentariste ait besoin de recourir à une forme de manipulation. Ce défilé pourrait paraître superficiel, comme si on « scrollait » entre des vidéos consacrées à des personnalités insolites (le patron d’une entreprise qui conserve les tatouages des morts, les coureurs d’un marathon de cinquante jours autour d’une école, etc.) mais, comme dans les meilleurs épisodes de la série, une rencontre parmi d’autres devient l’occasion d’un portrait cette fois au long cours. En discutant, caméra au poing, avec un employé du <em>liquor store</em> de son quartier, Wilson découvre que l’homme joue dans un groupe de rock et décide de filmer l’un de ses concerts, car ses producteurs lui ont recommandé de réaliser un documentaire musical. Ce qui commence comme un énième tableau malaisant (un bar miteux à moitié vide et une reprise de « Seven Nation Army ») se révèle plus complexe à mesure que l’homme se révèle un optimiste au grand cœur. La manière dont Wilson, touché par sa bonté, l’accueille au sein du film le désigne alors davantage comme un neveu américain d’Alain Cavalier que comme l’élève de <a href="https://www.critikat.com/realisateurs/nathan-fielder/" target="_blank" rel="noopener">Nathan Fielder</a>, producteur de <em>How to… </em>et maître du «&nbsp;<em>cringe</em>&nbsp;», qui apparaît d’ailleurs subrepticement dans le film.</p>
<h2>Le progrès et les arbres</h2>
<p>Après <em>The Lichens Are the Way </em>(passé par le FID et l’excellent cycle <a href="https://cinematheque-documentaire.org/programme/cycles/outsiders-rebelles-excentriques-visionnaires" target="_blank" rel="noopener">« Outsiders : rebelles, excentriques, visionnaires »</a> organisé par la Cinémathèque du documentaire l’an dernier), portrait d’un couple d’environnementalistes et lichénologues vivant isolé dans la forêt canadienne, le réalisateur tchèque Ondřej Vavrečka prolonge, dans une forme plus éclatée, sa recherche d’alternatives au mode d’existence capitaliste. Comme l’annonce son titre godardien, <em>1+1+1</em> (mais nulle trace ici des Rolling Stones), il s’agit de coller des séquences hétérogènes les unes aux autres afin d’initier un dialogue ludique. Pensées comme des expériences autour de l’idée de progrès et de ses limites («&nbsp;<em>Que préserver et/ou abandonner pour édifier l’avenir ?</em> », interroge le synopsis du catalogue du festival), les scènes alternent discussions théoriques, divagations musicales et tableaux déconcertants. Se télescopent ainsi une partie d’échecs avec des champignons en guise de pions, une discussion en visioconférence au fond d’un puits avec le philosophe belge Pascal Chabot, ou encore un plan de prairie où une femme déroule intégralement un rouleau de papier toilette. La démarche, que l’on pourrait qualifier d’oulipienne, s’avère grisante à mesure que se multiplient les images 16 mm par ailleurs sublimes, comme autant de « visions du réel » toujours imprévisibles. Vavrečka, qui apparaît dans le film pour sauter nu dans un lac en éclaboussant ses acteurs, incarne une forme de révolutionnaire joyeux, pour qui la lutte passe par l’invention, le jeu et l’humour. Quand, au milieu de nulle part, une voiture s’arrête pour prendre une femme en stop, le récit que fait cette dernière depuis la banquette arrière éclaire la ligne politique du cinéaste. L’auto-stoppeuse raconte comment elle a écrit une thèse et différents livres sur son temps de travail de bureau (il s’agit en fait de Corinne Maier, autrice de <em>Bonjour paresse, de l’art et de la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise</em>). Son calme rend la séquence très drôle : elle est fière de sa logique de sabotage et la défend comme une évidence. Vavrečka est lui-même une sorte de saboteur (voir comment il « gâche » le plan du lac sus-cité), qui plutôt que d’appeler directement à dégonfler des pneus de SUV<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332888_394('footnote_plugin_reference_332888_394_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332888_394('footnote_plugin_reference_332888_394_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332888_394_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332888_394_1" class="footnote_tooltip">Objet d’un sous-chapitre de <em>Comment saboter un pipeline&nbsp;?</em> d’Andreas Malm.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332888_394_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332888_394_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, dresse un inventaire loufoque d’effractions souhaitables. Son empilement de scènes n’a pas la lisibilité d’un programme politique, mais ressemble plutôt à un laboratoire, du genre de ceux qui débordent de tubes à essai remplis de liquides colorés, et donnent envie de provoquer de petites explosions.</p>
<p>Le festival aura également permis de prendre des nouvelles d’Hassen Ferhani, qui après l’escale saharienne de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/143-rue-du-desert/" target="_blank" rel="noopener"><em>143 rue du désert</em></a>&nbsp;revient à Alger avec <em>Alea Jacarandas</em> (Prix de la compétition Burning Lights). Le cinéaste a filmé son père, le journaliste et écrivain Ameziane Ferhani, tandis que celui-ci écrivait un roman sur un personnage obsédé par les jacarandas de la capitale algérienne, ces arbres aux fleurs violettes importés d’Amérique latine. Ce sujet romanesque débouche sur une traversée amoureuse de la ville en compagnie de l’homme érudit, le film devenant à la fois le portrait de la ville et celui de l’homme. Ainsi résumé, le programme paraît simple, mais Ferhani inclut d’emblée des scènes tenant du making-of, où on l’entend diriger son père, lui demandant de parler plus vite, de reprendre telle ou telle explication ou au contraire d’embrayer sur un autre sujet. Ces pas de côté, souvent drôles, racontent une relation singulière entre un père et son fils autant qu’entre deux artistes aux pratiques différentes mais complémentaires. Dans une archive datant de l’adolescence du cinéaste, juste après son achat d’un caméscope, Hassen filme déjà son père alors qu’il s’adresse en ces termes à sa sœur et lui : « <em>c’est une acquisition utile, j’espère que ça nous permettra d’enregistrer nos bons souvenirs, et que ça vous permettra à vous (…) de faire des petits films, des documentaires</em>&nbsp;». Si le souhait du patriarche a été exaucé, le documentariste reconnu se plie désormais moins aux conseils paternels, preuve d’une indépendance d’esprit dont se félicite d’ailleurs le vieil homme, le sourire aux lèvres. Au bout d’une heure, après une longue séquence de discussion nocturne à son bureau, un journal télévisé nous apprend la mort d’Ameziane&nbsp;: l’irruption de l’archive retranscrit le choc d’un décès soudain. Face à ce gouffre qui s’ouvre, on comprend<em> a posteriori</em> que ces séquences de répétition et d’installation témoignaient surtout de qui était cet homme. Hassen remplace dès lors son père devant la caméra, « remakant » un long travelling du début du film, dans lequel on suivait Ameziane en balade jusqu’à la rue Victor-Hugo – où, expliquait-il, les palmiers s’affaissent car ils n’ont pas été taillés depuis l’indépendance en 1962. Cette deuxième occurrence du plan, bouleversante, entérine l’idée d’une ville faite de multiples couches historiques : ses arbres ont été témoins de grands événements, mais aussi des simples déambulations d’un homme de lettres moustachu.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332888_394();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332888_394();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332888_394">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332888_394" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332888_394('footnote_plugin_tooltip_332888_394_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332888_394_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Objet d’un sous-chapitre de <em>Comment saboter un pipeline&nbsp;?</em> d’Andreas Malm.</td></tr>

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		<title>Ella McCay</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330838</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment savoir, il y a quinze ans, semblait l’œuvre d’un alien&#160;: le film était à la fois trop sophistiqué et farfelu, trop pur, trop étrange pour trouver sa place dans le paysage de la comédie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/" title="Read  Ella McCay">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/comment-savoir/" target="_blank" rel="noopener"><em>Comment savoir</em></a>, il y a quinze ans, semblait l’œuvre d’un alien&nbsp;: le film était à la fois trop sophistiqué et farfelu, trop pur, trop étrange pour trouver sa place dans le paysage de la comédie américaine du début des années 2010. <em>Ella McCay</em>, d’ores et déjà un échec commercial et critique dans son pays, au point que Disney (propriétaire de la Fox) a décidé à la dernière minute d’annuler la sortie du film dans les salles françaises, ne va évidemment pas changer la tendance : en situant son intrigue en 2008, soit l’année précédant le tournage de <em>Comment savoir</em>, c’est comme si le film nous parvenait d’un cinéaste inchangé, dont le fossé avec le reste de la production paraît aujourd’hui plus grand que jamais. Dès les premières minutes et la présentation énamourée du personnage (« <em>I’m nuts about her</em>&nbsp;», avoue la narratrice face caméra avec un sourire en coin), ce décalage est manifeste. Ce n’est pas son meilleur, mais <em>Ella McCay</em> est bel et bien un film de James L. Brooks&nbsp;; un film un peu étrange et souvent merveilleux.</p>
<p>Ella (Emma Mackey), jeune politicienne bonne élève, est une sorte de Rory Gilmore ou de Lisa Simpson qui devient gouverneure d’un État jamais nommé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330838_396('footnote_plugin_reference_330838_396_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330838_396('footnote_plugin_reference_330838_396_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330838_396_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330838_396_1" class="footnote_tooltip">On reconnaît toutefois le climat et l’architecture de la côte Est – le film est d’ailleurs tourné à Providence, dans l’État du Rhode Island.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330838_396_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330838_396_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> au service duquel elle travaille au moment où son prédécesseur (Albert Brooks) est nommé secrétaire d’État. Le film la suit durant quelques jours de bouleversement public et privé, ballottée entre un mauvais père venu lui rendre visite pour se faire pardonner (Woody Harrelson), un mari nourrissant de nouvelles ambitions (Jack Lowden), ou encore un petit frère à l’anxiété sociale maladive (Spike Fearn). Cet amoncellement de micro-intrigues ne tient certes pas tout à fait debout, le film alternant entre un sentiment de stagnation et des accélérations soudaines, mais l’aspect éclaté de la narration permet de faire de chaque scène ou presque un laboratoire brooksien. Chez le réalisateur de <em>Broadcast News</em>, il est toujours question de communication. Ses films se reconnaissent à ses personnages qui analysent en direct leur manière de s’exprimer, contrebalançant leur maladresse par une hyper conscience du langage et une volonté de faire (ou dire) mieux. Plus encore que de ses dialogues virtuoses, le style du cinéaste tire son essence de cette manière dont les protagonistes cherchent à se faire comprendre. Chez Brooks, la parole est affaire de négociation, et plus encore de négociation spatiale : s’il doit y avoir une modulation dans les idées ou les émotions, alors les corps doivent également se déplacer. Par exemple, dans l’un des nombreux flashbacks de la première partie du film, lors de l’enterrement de la mère d’Ella, l’héroïne emmène son frère pleurer dans sa chambre. Il n’en a pas envie et reste donc à l’extérieur de la pièce, à monter la garde. Il faudra que leur tante monte à l’étage et aperçoive ce petit garçon faisant le guet, avant de redescendre impuissante, pour que coulent les premières larmes. L’enfant n’a plus qu’à ouvrir la porte pour rejoindre sa sœur dans cet espace où le deuil devient possible. Le film regorge de ce genre de trouvailles, comme autant de petits miracles opérant une déviation discrète par rapport à une situation donnée. Il suffit parfois de se mouvoir : s’installer à l’avant d’une voiture depuis un siège arrière, retourner sur ses pas pour prendre un mouchoir, puis deux, puis la boîte, sortir quelques secondes d’une salle de conférence, etc.</p>
<h2>Bonté et sympathie</h2>
<p>Cet aspect mécanique, allié à l’extravagance de la partition des comédiens, tous plus expressifs les uns que les autres (il n’est pas étonnant que Jack Nicholson ait joué trois fois chez Brooks) confère au film un aspect irréel, presque féérique. La croyance du cinéaste en la bonté de l’homme et une forme de rectitude morale ne peut que prendre de court le spectateur contemporain, habitué aux fictions où le second degré domine. Mais cette candeur se voit toujours portée d’abord par une inventivité et une excentricité qui l’empêchent de basculer dans la mièvrerie. La scène la plus extraordinaire du film, en marge de son fil narratif principal, organise ainsi les retrouvailles d’un couple après une longue séparation. Le frère d’Ella, Casey, se rend chez Susan (Ayo Ediberi, encore plus bourrée de tics que dans <em>The Bear</em>) pour tenter de repartir de zéro après son année passée loin du monde. De prime abord, il semble impossible de croire à l’éventualité d’une relance de leur relation amoureuse : Casey est bien trop paumé pour Susan, en apparence plus « normale ». Comme souvent chez Brooks, c’est aux personnages de prendre les rênes de la mise en scène et de se diriger mutuellement pour que puisse advenir un accord. S’asseoir, se lever, s’accroupir, prendre son manteau, le reposer, marcher de long en large ou au contraire s’arrêter : la chorégraphie complexe qui se met en place, au-delà de maintenir une dynamique de <em>screwball comedy</em>, est la condition du rassemblement final des personnages, comme s’il avait fallu tester différentes combinaisons pour trouver la bonne fréquence.</p>
<p>Si le film ne se maintient pas toujours à ce niveau, cela tient sans doute au fait qu’il s’agit à ce jour de la plus franche comédie de James L. Brooks. Son horizon n’est pas ici d’alterner entre la drôlerie et les larmes (malgré quelques pics), mais d’assumer une certaine légèreté et de multiplier les gags, toujours bien sûr au premier degré. Ce pacte (il a pensé le film comme un hommage à la comédie américaine des années 1940 et 1950) l’oblige par exemple à condamner un peu trop lourdement le mari veule dans des scènes forcément plus sommaires, par nécessité d’un antagonisme fort lié au genre, tranchant avec les personnages en apparence négatifs de sa filmographie (Aurora dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tendres-passions/" target="_blank" rel="noopener"><em>Tendres passions</em></a>, Melvin dans <em>Pour le pire et pour le meilleur</em>, Deborah dans <em>Spanglish</em>) qui font ce qu’ils peuvent à défaut de se racheter totalement. Mais ces petites faiblesses ne sauraient entacher le bonheur de retrouver la voix unique d’un cinéaste plus que jamais à l’écart. En se collant aux basques d’une jeune femme idéaliste, Brooks semble planer au-dessus de la mêlée (et du chaos des États-Unis de 2025), dans une foi obstinée en la possibilité qu’a le cinéma de nous améliorer. Bref, il continue à y croire – on ne demande rien d’autre à Hollywood.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330838_396();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330838_396();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330838_396">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330838_396" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330838_396('footnote_plugin_tooltip_330838_396_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330838_396_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On reconnaît toutefois le climat et l’architecture de la côte Est – le film est d’ailleurs tourné à Providence, dans l’État du Rhode Island.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330838_396() { jQuery('#footnote_references_container_330838_396').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330838_396').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330838_396() { jQuery('#footnote_references_container_330838_396').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330838_396').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330838_396() { if (jQuery('#footnote_references_container_330838_396').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330838_396(); } else { footnote_collapse_reference_container_330838_396(); } } function footnote_moveToReference_330838_396(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330838_396(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330838_396(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330838_396(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/">Ella McCay</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>23e Festival du cinéma de Brive</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/23e-festival-du-cinema-de-brive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 10:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332926</guid>

					<description><![CDATA[<p>Seul festival en France dédié au moyen-métrage, Les rencontres internationales de Brive célèbrent chaque année ce format hybride – entre trente et soixante minutes. Pour cette 23e édition, vingt-six films de tous horizons ont été...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/23e-festival-du-cinema-de-brive/" title="Read  23e Festival du cinéma de Brive">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Seul festival en France dédié au moyen-métrage, Les rencontres internationales de Brive célèbrent chaque année ce format hybride – entre trente et soixante minutes. Pour cette 23e édition, vingt-six films de tous horizons ont été retenus par Giulio Casadei et son équipe. Très éclectique, la sélection a toutefois laissé entrevoir un certain intérêt pour les films figurant une « résistance » contre les injustices sociales. Si cet esprit de révolte s’est surtout manifesté à un niveau narratif et par le choix des sujets, quelques titres sont néanmoins parvenus à emprunter des voies formelles singulières pour monter au front.</p>
<p>La projection de <em>Sense of Water</em> de Mohammad Rasoulof (en sa présence) a constitué l’un des temps forts de l’édition. Financé par le <em>Displacement Film Fund</em>, un fonds d’aide pour les cinéastes contraints au déplacement, ce film autobiographique tourné en Allemagne suit Ali, un écrivain iranien en exil qui rencontre des difficultés à apprendre la langue. Ali s’interroge sur son absence de sentiment lorsqu’il prononce en allemand un mot qui, à l’inverse, le touche profondément en farsi. Afin de mieux appréhender la langue germanique, il met sur pied avec Nazanin, sa nouvelle compagne bilingue, un dispositif pédagogique assez simple : sur une vitre du salon, ils collent des post-its sur lesquels sont écrits des mots en farsi avec en dessous leur traduction allemande. Les termes sont classés en une série d’émotions (par exemple, « <em>responsabilité</em> », « <em>oublier</em> » et « <em>mémoire</em> » sont regroupés dans une même colonne jaune). Ali entretient un rapport ambivalent à cet apprentissage : il désire apprendre l’allemand pour s’intégrer mais craint de trahir ainsi sa langue maternelle et ses racines. En questionnant de la sorte « <em>la valeur émotionnelle</em> » que revêtent les mots pour les personnes contraintes de fuir leur pays d’origine, Rasoulof explore de façon atypique les tiraillements de l’exil. Dommage que le caractère démonstratif de cette fiction minimaliste prenne le dessus dans la deuxième partie du film, dès lors qu’est évoquée l’exécution de détenus qu’Ali a côtoyés en prison. On pense en particulier à cette scène balourde où il tombe de son tapis de course dont il a poussé le curseur à fond, puis se relève blessé à la tête en marmonnant « <em>executed</em> ». Passé cet incident, le récit se focalise sur le dilemme moral du personnage (refaire sa vie en Allemagne ou retourner en Iran pour reprendre la lutte contre le régime ?). Cette pente didactique est particulièrement sensible lors du dénouement, qui tente de faire entrer toute la gravité de la situation dans un ultime échange assez peu subtil entre les amoureux.</p>
<p>Dans <em>With Love and Rage</em> (Prix Diffusion GNCR / Agence du Court), Bojina Panayotova nous plonge quant à elle dans les <em>Women’s Pentagon Actions</em> de novembre 1980, lorsque des milliers de femmes se réunirent autour de l’édifice américain pour réclamer l’égalité des droits sociaux et économiques, entre autres revendications environnementales et pacifistes. Par le montage complexe qu’il déploie à partir d’images d’archives télévisuelles et amateures, <em>With Love and Rage</em> ne restitue pas la simple histoire du mouvement, mais l’énergie et la créativité qui y ont circulé. La cinéaste substitue ainsi à la voix-off attendue une narration à la première personne qui s’écrit entre les images, par l’entremise de cartons sur fond noir. L’intérêt du procédé, en plus de faire respirer ce film bouillonnant, tient à sa manière de libérer la bande-son du poids du commentaire. Panayotova compose un <em>patchwork</em> sonore bigarré qui oscille entre nappes, enregistrements de l’action, prises de parole, conférences et chants féministes (elle s’autorise d’ailleurs à rassembler des extraits au-delà de 1980). De sororité, il est également question dans le tendre <em>Solo Female</em> d’Astrid Söderberg, qui filme les coulisses d’un « <em>OnlyFans Gathering</em> » – week-end où des créatrices se rassemblent dans une maison pour produire du contenu adulte à destination de leurs abonnés. Le film se concentre sur l’aspect ultra-compétitif de cet univers en plein essor : par l’organisation de l’espace (les chambres séparées) et une série de situations, la maison devient le théâtre d’une rivalité grandissante entre les personnages. Une spirale de concurrence que ces femmes, travailleuses précaires du numérique, parviennent malgré tout à rompre en s’épaulant les unes les autres.</p>
<h2>S’évader tant qu’on est jeunes</h2>
<p>Cette année, la jeunesse était à l’honneur dans presque toutes les séances de la compétition. Si elle incarnait souvent l’esprit de lutte mentionné plus haut, certains films se sont toutefois démarqués en figurant de jeunes gens qui, plutôt que de se battre, préfèrent fuir une réalité trop contraignante. C’est le cas d’<em>Un ciel si bas</em> (Prix du Jury Jeunes de la Corrèze) de Joachim Michaux, qui fait le portrait, au moment de la chute du mur de Berlin, de jeunes adeptes de la <em>New Beat</em> – un genre de musique électronique né en Belgique à la fin des années 1980. Michaux cède certes un peu à la facilité en recourant à la pellicule 16 mm en noir et blanc, qui confère à ses images une esthétique branchée et <em>underground</em> proche d’un vidéoclip. <em>Un ciel si bas</em> parvient néanmoins à saisir quelque chose de la quête d’évasion figurée par l’idée même de « transe ». Le film s’enfonce à mi-parcours dans une boîte de nuit bruxelloise et capture alors une déambulation de plusieurs minutes dans la fosse, parmi la foule des danseurs : de longues prises contemplatives les enregistrent chacun dans leur bulle, les flashs répétés des stroboscopes les figeant de façon assez fascinante dans des positions chaque fois différentes. Michaux embrasse ici la dimension équivoque de la fête, <em>a fortiori</em> lorsqu’il s’agit de musique électronique : ouvre-t-elle sur un isolement des individus comme le film nous le suggère ? Ou permet-elle au contraire de faire corps, de se rassembler pour s’abstraire des angoisses collectives ? C’est à cette ambivalence teintée de mélancolie qu’<em>Un ciel si bas</em> doit sa beauté.</p>
<p>L’évasion transcende encore le quotidien dans <em>Joan of Arc</em> de Hlynur Pálmason. Sur le littoral islandais, trois frères et sœurs construisent au milieu d’une nature hostile un épouvantail chevaleresque, pour lui décocher ensuite une myriade de flèches et de coups d’épée. Le cinéaste réemploie ici des prises de vues déjà aperçues dans <em>L’Amour qu’il nous reste</em>, son dernier long-métrage. Mais si les images de l’objet malmené y surgissaient par bribes (pour marquer entre autres le passage des saisons), elles constituent ici l’intégralité de <em>Joan of Arc</em>, qui dure une heure. Les visions de l’épouvantail frappé par les enfants et les éléments (soleil, pluie, neige et gel) ressurgissent par le biais de plans plus longs, mais aussi de rushes inédits, comme prélevés d’un projet à deux têtes. En filmant par plans fixes, toujours sous le même angle, les saisons qui défilent via des <em>jump cuts</em> autour du pantin, Pálmason poursuit son exploration des cycles de la nature et des fluctuations de la lumière. Découpé en tableaux organiques, le film accueille merveilleusement la singularité du paysage et sa matière sonore – à l’instar du bruit, fugace et musical, d’un cheval se frottant énergiquement le dos sur la terre humide. Ni documentaire, ni tout à fait fiction, à la fois écrit et ouvert à l’inattendu, <em>Joan of Arc</em> était le plus beau film de cette édition.</p>
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		<title>Numéro 2026 — Lancement des commandes</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/numero-2026-lancement-des-commandes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 May 2026 11:27:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir imaginé dans notre numéro anniversaire le futur du cinéma à partir de ses contours contemporains, nous avons souhaité dans ce deuxième numéro penser son état actuel à l’aune d’un passé quelque peu statufié...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/numero-2026-lancement-des-commandes/" title="Read  Numéro 2026 — Lancement des commandes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir imaginé dans notre numéro anniversaire le futur du cinéma à partir de ses contours contemporains, nous avons souhaité dans ce deuxième numéro penser son état actuel à l’aune d’un passé quelque peu statufié – celui de la modernité cinématographique, dont une partie du cinéma d’auteur contemporain se revendique.</p>
<p>Outre des analyses thématiques pour tenter de répondre à cette question, on trouve dans ce numéro plusieurs interviews avec des cinéastes, ainsi qu’un dossier consacré à Robert Altman et un grand entretien qui interroge le rapport de Donald Trump aux images.</p>
<p>Le numéro est, pour le moment, uniquement disponible à la commande jusqu’au 15 juin : <a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
<h2>Au sommaire</h2>
<p>Sur 92 pages, le numéro s’organise autour de trois grands axes :</p>
<h2><span style="color: #b0c4de;">DOSSIER </span>| Le cinéma est-il encore « moderne » ?</h2>
<p>Que signifie être moderne en 2026 ? Quelle est l’histoire de cette notion ? Comment a‑t-elle traversé l’histoire du cinéma portugais ou encore l’œuvre d’Alain Guiraudie ? Ce dossier d’une cinquantaine de pages articule des analyses transversales à de nombreux entretiens : Radu Jude, Lisandro Alonso, Alexandre Koberidze, Lav Diaz…</p>
<p>À ces textes s’ajoute un ensemble d’analyses comparatives, mettant en miroir les modernes d’hier et d’aujourd’hui : Weerasethakul est-il un héritier de Tarkovski ? Et si <em>Pacifiction</em> était le <em>Out 1</em> contemporain ? Comment Sophie Letourneur et Radu Jude dialoguent-ils avec Rossellini ?</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-332958" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2><span style="color: #f0e68c;">RÉTROSPECTIVE </span>| Revoir Altman</h2>
<p>De nombreuses pages sont également consacrées à Robert Altman, qui vient de faire l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque française. En plus d’une longue analyse parcourant son œuvre peuplée de miroirs, de doubles et de mythes, nous nous sommes entretenus avec Jean-Baptiste Thoret afin de désamorcer quelques clichés qui collent à cette filmographie iconoclaste.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332959 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2><span style="color: #8fbc8f;">GRAND ENTRETIEN </span>| Trump, l’offensive des images</h2>
<p>Enfin, il nous a semblé nécessaire de revenir sur un autre fait tristement « moderne » : l’émergence d’un techno-fascisme, dont la figure de Trump est devenue l’étendard. Alors que son second mandat marque un durcissement autoritaire, nous avons discuté avec Dork Zabunyan, auteur des <em>Fictions de Trump</em> en 2020, de la façon dont ce « monstre politique » utilise les images – de la spectacularisation de son action politique à l’essor de l’intelligence artificielle.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-332960" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
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		<title>Rebonds — Lisandro Alonso, la Libertad retrouvée</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-lisandro-alonso-la-libertad-retrouvee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 May 2026 14:48:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rebonds]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est l’un des projets les plus singuliers présentés cette année au Festival de Cannes : vingt-cinq après son premier film, La Libertad, Lisandro Alonso livre une suite aux déambulations de Misael, un bûcheron dont on...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-lisandro-alonso-la-libertad-retrouvee/" title="Read  Rebonds — Lisandro Alonso, la Libertad retrouvée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est l’un des projets les plus singuliers présentés cette année au Festival de Cannes : vingt-cinq après son premier film, <em>La Libertad</em>, Lisandro Alonso livre une suite aux déambulations de Misael, un bûcheron dont on suivait les actions prosaïques dans la forêt. En attendant donc <em>La Libertad Doble</em>, il nous fallait réarpenter la nature luxuriante de la Pampa et revenir à ce film hybride, qui cultive à partir de presque rien un vertige. De quoi <em>La Libertad</em> est-elle le nom ? Le «slow cinéma» existe-t-il ? Alonso serait-il aujourd’hui, avec Weerasethakul, le dernier des modernes ? Toutes ces questions sont à l’honneur de ce nouvel épisode de Rebonds.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/zM5PqX1U5hA?si=ZecJDqigU6MZXRNX" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Josué Morel et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Image :</strong> Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Montage :</strong> Karim Roussel.</p>
<p><strong>Musique :</strong> Emile Petitperrin.</p>
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		<item>
		<title>Do You Love Me</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/do-you-love-me/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 May 2026 10:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Do You Love Me répond à une urgence plus que jamais d’actualité : face à l’absence d’archives nationales libanaises, la cinéaste Lana Daher mène un travail de collecte, de documentation et de collage pour son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/do-you-love-me/" title="Read  Do You Love Me">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/do-you-love-me/">Do You Love Me</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Do You Love Me </em>répond à une urgence plus que jamais d’actualité : face à l’absence d’archives nationales libanaises, la cinéaste Lana Daher mène un travail de collecte, de documentation et de collage pour son premier long métrage, qui prend la forme d’un journal à la fois intime et collectif. Couvrant plus de soixante-dix ans et nourri d’une variété de régimes d’images (fiction, documentaire, photos et vidéos de famille, clips, reportages télévisés…) issus de plus de vingt mille sources, le film se situe à cheval entre le documentaire et l’essai. D’un côté, il rend compte de la vie au Liban, et à Beyrouth en particulier, à travers une pluralité de points de vue ; de l’autre, il dépasse rapidement l’horizon de l’assemblage pour composer un récit à part entière à partir de son montage (signé Qutaiba Barhamji). Ainsi, une attente joyeuse à l’aéroport se prolonge dans l’image d’un corbillard, comme si les plans, arrachés à des contextes différents, s’agençaient ensemble pour tisser un récit implicite.</p>
<p>Ce faisant, le film s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’usage des archives et leur manipulation, au sens matériel comme symbolique. <em>Do You Love Me</em> travaille les images dans une logique de mise en commun, à la fois des éléments de la mémoire collective d’un pays, mais aussi des films eux-mêmes. De cette logique émerge un monde à part entière, construit à partir de fragments disparates : les personnages des films de Heiny Srour et Jocelyne Saab (deux cinéastes libanais), la voix de Dalida, ou encore la photographie d’un cheval prise à l’aéroport de Beyrouth par George Semerdjian. Le montage organise ces rencontres selon une logique de résonance plutôt que d’accumulation, notamment grâce à la bande sonore, qui joue un rôle déterminant. C’est le cas d’une scène où, dans une maison détruite, une femme évoque des traditions disparues ; sa voix déborde alors sur d’autres images, plus récentes, de bombardements. En circulant d’un plan à l’autre, le son confère aux fragments une continuité sensible, celle d’une mémoire qui persiste au-delà des époques.</p>
<p>Le film établit un parallèle entre sa forme et la ville de Beyrouth elle-même : «<em> disorientation is part of the journey </em>», nous prévient un texte en grandes lettres jaunes à l’écran. Dès les premières minutes, une voix masculine, probablement celle d’un journaliste, évoque l’incompréhension des voyageurs découvrant la ville. Il en va de même pour le film : le montage procède par associations, presque par esprit d’escalier, mais aussi par ruptures. Lana Daher joue ainsi avec les codes du documentaire ; un passage au début, en apparence didactique, vient en poser les bases. Au bord de la mer, une guide livre à des touristes – et donc ici, par extension, aux spectateur·rices – des informations chiffrées sur la ville (nombre d’habitants, de communautés, superficie, capitale, etc.). La suite du film va contre ce geste : à partir de ces repères factuels, il abandonne toute visée explicative pour procéder par associations, en recomposant la mémoire parfois atomisée de la ville. Aux images de fêtes ou de plages succèdent brusquement celles d’explosions et de conflits. Cette juxtaposition ne relève pas d’un simple effet de choc&nbsp;: elle vise plutôt à rendre compte d’une réalité où la guerre ne constitue pas une parenthèse, mais une donnée intégrée au quotidien. La cinéaste se situe dès lors du côté d’une restitution non pas strictement historique, mais mémorielle ; la réussite du film tient dans cette mise en récit du principe même de l’archive.</p>
<p>Dans <em>Les Trois Disparitions de Soad Hosni</em>, la cinéaste libanaise Rania Stephan racontait la vie de la comédienne égyptienne à partir d’un collage constitué exclusivement d’extraits de ses films, posant la question de ce que sa filmographie disait de son existence. Avec <em>Do You Love Me</em>, Lana Daher déplace cette interrogation : que racontent les images d’une ville lorsqu’elles sont libérées de leur fonction purement documentaire ? Le film ne cherche pas à sédimenter un récit, mais à en faire circuler les éléments. En cela, il transforme l’archive : non plus en preuve, mais en un espace de circulation à partir duquel finit par s’esquisser une forme d’unité – fragile, mais porteuse de la possibilité de recomposer un récit commun.</p>
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		<item>
		<title>L’ombre d’un doute — The Drama / Juste une illusion</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-the-drama-juste-une-illusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:31:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de The Drama de Kristoffer Borgli et de Juste une illusion d’Éric Toledano et Olivier Nakache. Disponible...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-the-drama-juste-une-illusion/" title="Read  L’ombre d’un doute — The Drama / Juste une illusion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Drama</em></a> de Kristoffer Borgli et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Juste une illusion</em></a> d’Éric Toledano et Olivier Nakache.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p>Avec : Clément Colliaux et Josué Morel.</p>
<p>Enregistrement : Clément Colliaux.</p>
<p>Montage : Luca Mongai.</p>
<p>Musique : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<item>
		<title>Sharon Lockhart, déplier le monde</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/sharon-lockhart-deplier-le-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une anecdote raconte que lors des premières projections du Déjeuner de bébé à la fin du XIXe siècle, l’attention du public se portait moins sur l’action principale – le repas de l’enfant en bas âge...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/sharon-lockhart-deplier-le-monde/" title="Read  Sharon Lockhart, déplier le monde">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une anecdote raconte que lors des premières projections du <em>Déjeuner de bébé</em> à la fin du XIXe siècle, l’attention du public se portait moins sur l’action principale – le repas de l’enfant en bas âge d’Auguste Lumière sur la terrasse de sa villa à La Ciotat – que sur les feuilles agitées par le vent, à l’arrière-plan du cadre. Ce n’était pas la scène domestique consciemment élaborée par les frères Lumière qui fascinait, mais plutôt l’inscription chaotique du frémissement du monde sur la pellicule. L’épisode intéressera par la suite les historiens et théoriciens soucieux de saisir l’ontologie du médium<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332721_408('footnote_plugin_reference_332721_408_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332721_408('footnote_plugin_reference_332721_408_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332721_408_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332721_408_1" class="footnote_tooltip">Jean-Michel Frodon y revient par exemple dans son article <a href="https://shs.cairn.info/revue-raison-presente-2020-2-page-57" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;Le cinéma et le réel : les feuilles bougent encore&nbsp;»</a>, paru en 2020 dans le numéro 214–215 de la revue <em>Raison présente</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332721_408_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332721_408_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> : contrairement à la peinture ou au théâtre, « l’œil de la machine » est doté d’un inconscient optique, qui capte indifféremment la multiplicité des phénomènes présents devant lui. Cet étonnement primitif n’est bien sûr plus le même aujourd’hui, les spectateurs s’étant largement accoutumés aux images en mouvement, qui se sont par ailleurs démultipliées : il faut bien l’avouer, il est dorénavant rare de s’émouvoir de l’agitation d’un arbre dans le fond d’un plan. C’est pourtant avec cette expérience séminale que semble vouloir renouer tout un pan du cinéma expérimental contemporain. Deux de ses représentants les plus célèbres étaient justement présents lors de la dernière édition du Cinéma du réel : James Benning et Sharon Lockhart – deux cinéastes ayant d’ailleurs réalisé par le passé une variation sur <em>La Sortie de l’usine Lumière à Lyon</em> (<em>John Krieg Exiting the Falk Corporation in 1971</em> pour le premier et <em>Exit</em> pour la seconde). Leur cinéma se caractérise par une exigence en apparence simple, résumée par Benning avec une formule rudimentaire qui donnait son titre à son cours au California Institute of the Arts : «&nbsp;<em>Looking and Listening&nbsp;</em>». Derrière la sobriété de l’énoncé, qui concerne autant la méthode de tournage que l’expérience procurée par ses films, il pointe que voir et écouter ne relèvent pas d’une captation passive d’un ensemble de stimuli sensoriels, mais constituent bien des actes à part entière, requérant un certain effort d’apprentissage pour accéder pleinement à ce qu’on filme. Le cinéma de Lockhart procède de la même logique : il repose sur des blocs de durée étirée permettant au regard de déambuler à la surface des cadres pour éprouver plus intensément la matière sensible des plans. <em>Windward</em>, présenté cette année au Cinéma du Réel, en témoigne : composée de douze plans fixes d’environ cinq minutes, cette étude des paysages de l’île Fogo, située à l’extrémité est de Terre-Neuve, se focalise sur l’observation paradoxale d’une force invisible, celle-là même qui troublait les spectateurs du <em>Déjeuner de bébé</em> – le vent.</p>
<h2>La perception dans les plis</h2>
<p>Chaque plan de <em>Windward</em> repose sur une gageure : comment rendre remarquables les manifestations pourtant bien ordinaires d’un élément naturel ? Ou bien, comment nous rendre attentifs, et donc conscients de ce qui constitue normalement notre inconscient perceptif ? À partir d’une lecture de Leibniz, Deleuze identifiait dans <em>Le Pli</em> deux niveaux de perception toujours imbriqués l’un dans l’autre : d’un côté, le «&nbsp;<em>grand pli</em>», qui distingue les formes stables «&nbsp;<em>macroscopiques</em> » en découpant et structurant la perception ; de l’autre, les innombrables «&nbsp;<em>plis minuscules qui ne cessent de se faire et de se défaire, (…) qu’aucun de nos seuils de conscience ne peut supporter dans l’état normal&nbsp;</em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332721_408('footnote_plugin_reference_332721_408_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_332721_408('footnote_plugin_reference_332721_408_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332721_408_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332721_408_2" class="footnote_tooltip">Gilles Deleuze, <em>Le Pli</em>, Minuit, 1988, p. 124.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332721_408_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332721_408_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Chez Lockhart, le cinéma sert précisément d’instrument permettant de sortir de cet « état normal » en reconfigurant les conditions d’observation habituelles. Le choix du cadre fixe mobilise, de la même façon qu’en peinture ou en photographie, le grand pli, en agençant les lignes et volumes formés par les roches, l’horizon de la mer, des édifices ou des sentiers qui segmentent l’espace. C’est d’abord la contemplation de cet assemblage général et immobile qui occupe l’attention, avant que la durée du plan n’invite à se concentrer sur l’infinité d’oscillations internes, lesquelles ressortent d’autant plus nettement qu’elles se détachent de la fixité générale. Autrement dit, le cinéma de Lockhart vise à <em>déplier</em> la perception. «&nbsp;<em>Pli sur plis, tel est le statut des deux modes de perception, ou des deux processus, microscopique et macroscopique. C’est pourquoi le dépli n’est jamais le contraire du pli, mais le mouvement qui va des uns aux autres.&nbsp;</em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332721_408('footnote_plugin_reference_332721_408_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_332721_408('footnote_plugin_reference_332721_408_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332721_408_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332721_408_3" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 124.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332721_408_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332721_408_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>
<p>Outre la durée et la fixité des prises de vue, <em>Windward </em>est guidé par un principe de comparaison qui rend perceptibles les modulations des éléments naturels d’une composition à l’autre. Au fil des douze plans, la force du vent se manifeste à travers une diversité de phénomènes : le mouvement des herbes dans une vaste prairie, les ombres des nuages défilant sur le sol, le tournoiement d’un cerf-volant, etc. La matière sonore de chaque plan enrichit encore l’expérience visuelle, de sorte à affiner notre appréhension météorologique des vues pour distinguer la brise des bourrasques sur les reliefs des rafales côtières. L’eau est un autre motif concerné par cette dynamique : tantôt bleue, tantôt grise, elle déferle par vagues sur le rivage, forme de grands courants autour des formations rocheuses, ou bien reste parfaitement calme jusqu’à ce que la baignade de deux garçons ne vienne perturber sa surface d’ondes circulaires. La diversité des agencements formels, à l’échelle interne des plans comme dans leur enchaînement, restitue la richesse sensible des paysages insulaires. Ils ne composent plus une image unique et totalisante, mais sont appréhendés comme un champ traversé par une multiplicité de forces et de phénomènes.</p>
<h2>Terrain de jeu<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></h2>
<p>Le cinéma de Lockhart ne se limite toutefois pas à la seule contemplation des paysages&nbsp;; contrairement aux films de James Benning, ses cadres accueillent systématiquement une présence humaine. Qu’il s’agisse du travail (la ramasseuse de palourdes dans <em>Double Tide</em>, les agriculteurs de <em>Nō</em>, les ouvriers d’<em>Exit</em>), d’activités sportives (les étudiantes japonaises de <em>Goshogaoka</em>, les danses de <em>Rudzienko</em>), ou de jeux d’enfants (<em>Windward</em>, <em>Podwórka</em>), l’homme s’approprie son environnement<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>pour transformer l’espace en territoire. Ainsi du plus beau plan de <em>Windward</em> : un enfant fait voler un cerf-volant au pied d’un massif rocailleux, tandis qu’au sommet du cadre, de minuscules silhouettes arpentent les hauteurs de l’île. La présence humaine y constitue autant de points d’accroche pour le regard, structurant la lecture de l’image : au premier plan, le cerf-volant qui virevolte et sort régulièrement du champ ; au second, l’enfant vêtu d’un t‑shirt rouge vif, accompagné de l’ombre tourbillonnante du jouet projetée sur la roche ; à l’arrière-plan enfin, une fine ligne formée en pointillé par les randonneurs sur un sentier. L’écart spatial entre ces différents éléments, rendu sensible par la stratification de l’image, produit un effet de profondeur saisissant, qui fait éprouver concrètement les reliefs du paysage. Dans <em>Windward</em>, ce rapport à la nature prend la forme d’une harmonie presque édénique, comme soustraite au temps des hommes. Ce suspens constitue peut-être la limite du film au regard de ses œuvres précédentes, qui reposent davantage sur une friction avec le présent. Dans <em>Podwórka</em>, les jeux d’enfants s’inscrivent ainsi dans le décor délabré de la ville de Łódź : on y voit des cours d’immeubles, des entrepôts désaffectés, ou encore des structures métalliques abandonnées qui sont transformées en bacs à sable, en agrès de fortune ou en cages de football improvisées. Le film illustre alors la capacité des enfants à métamorphoser un paysage, marqué par la destruction, en terrain de jeu adapté à leurs envies.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332722 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-scaled.jpg" alt width="2560" height="1888" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-300x221.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-1024x755.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-768x566.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-1536x1133.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-2048x1511.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-980x723.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-2000x1475.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>Il faut à ce stade revenir sur la particularité de la méthode de tournage de la réalisatrice. Ses films sont toujours précédés d’une longue période de repérage, au cours de laquelle la cinéaste noue des liens étroits avec celles et ceux qu’elle filmera par la suite. Si elle leur demande de rejouer des actions qu’elle a bel et bien observées, il s’agit à chaque fois d’une mise en scène ou d’une reconstitution minutieusement chorégraphiée, avec des costumes et des accessoires pensés pour le tournage. Lockhart se met à distance d’une prétendue transparence du cinéma documentaire, entendu comme captation immédiate du réel. Chez elle, filmer avec justesse l’activité humaine nécessite que celle-ci soit recomposée et transfigurée selon les exigences propres du médium, celles d’un art de l’image et de la durée. Son film <em>Nō</em> en offre l’exemple le plus frappant. En un plan unique, la cinéaste filme le travail d’un couple d’agriculteurs au Japon, adeptes d’une forme traditionnelle proche de la peinture de paysage, le <em>nō-no ikebana</em>. À l’arrière-plan, les reliefs d’une région forestière se déploient, tandis que le premier plan est occupé par un champ fraîchement labouré. Un agriculteur entre par le bord droit du cadre, traverse le champ et dépose une meule de foin à l’extrémité gauche. Quelques secondes plus tard, sa femme effectue le trajet inverse, de gauche à droite. Ils répètent ces mouvements plusieurs fois, constituant trois petits monticules jaunes sur la surface noire : l’un au centre, les deux autres aux extrémités du cadre. Si l’on croit d’abord assister à une simple captation d’un travail agricole ordinaire, quelque chose cloche : en déposant leurs meules de manière aléatoire entre les trois monticules, leurs gestes échappent à toute logique d’efficacité. L’étrange chorégraphie passe à une nouvelle étape lorsque le couple dispose de nouveaux tas de foin devant les précédents, en s’approchant progressivement de la caméra. Trois lignes finissent par se dessiner verticalement, formées par l’alignement des monticules. Pour que ces lignes soient droites à l’écran, il leur a fallu s’adapter aux lois de la perspective imposées par l’optique de la caméra – si elles apparaissent plus ou moins parallèles à l’image, elles sont en réalité convergentes. Lockhart filme ainsi le travail agricole comme une performance artistique, dans le but de restituer dans la matière même du plan le rapport singulier que nouent ces travailleurs à leur environnement, en opposition aux méthodes industrielles.</p>
<p>La beauté du cinéma de Sharon Lockhart tient ainsi à la conjonction et à l’imbrication des deux logiques précédemment évoquées : d’un côté, l’intensification de la perception des phénomènes environnementaux par lesquels les éléments naturels stratifient l’espace ; de l’autre, la présence d’une activité humaine qui reconfigure les dynamiques du cadre. Dans <em>Double Tide</em><i>,</i> cet entrelacement produit une sensation assez vertigineuse. Composé de deux plans d’environ cinquante minutes, le film suit une ramasseuse de palourdes arpentant une plage à marée basse, à l’aube puis au crépuscule. Le cadre est autant façonné par les allers-retours de la travailleuse qui dessinent des formes abstraites sur le sable que par d’infimes variations : la mer se retire lentement ; les sons de la forêt aux alentours se transforment en même temps que la nuit passe au jour, et inversement ; le brouillard se lève progressivement en élargissant la profondeur de champ ; la lumière gagne ou perd en intensité au fil de la journée, etc. Les gestes de la travailleuse se découpent sur un fond lui aussi mobile – celui des astres, de la rotation de la Terre et des mouvements lunaires qui dictent les marées. C’est la dimension métaphysique des films de Lockhart, qu’elle condense dans le plan unique d’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/45e-cinema-du-reel/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eventide</em></a>, en orchestrant à la tombée de la nuit une étrange déambulation sur une plage de l’île suédoise de Gotland. Divisé en deux, le cadre fait se juxtaposer des femmes qui parcourent lentement le sable avec leurs torches de téléphone braquées sur le sol, tandis qu’au-dessus d’elles s’étend le ciel illuminé par une pluie d’étoiles filantes. L’effet de miroir établit une correspondance entre les deux parties de l’écran, non pas pour distinguer deux mondes séparés, mais pour faire sentir que l’échelle humaine et cosmique sont prises dans un même tissu sensible.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332723 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="895" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-300x105.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-1024x358.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-768x268.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-1536x537.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-2048x716.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-980x343.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-2000x699.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332721_408();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332721_408();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332721_408">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332721_408" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332721_408('footnote_plugin_tooltip_332721_408_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332721_408_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean-Michel Frodon y revient par exemple dans son article <a href="https://shs.cairn.info/revue-raison-presente-2020-2-page-57" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;Le cinéma et le réel : les feuilles bougent encore&nbsp;»</a>, paru en 2020 dans le numéro 214–215 de la revue <em>Raison présente</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332721_408('footnote_plugin_tooltip_332721_408_2');"><a id="footnote_plugin_reference_332721_408_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gilles Deleuze, <em>Le Pli</em>, Minuit, 1988, p. 124.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332721_408('footnote_plugin_tooltip_332721_408_3');"><a id="footnote_plugin_reference_332721_408_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 124.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332721_408() { jQuery('#footnote_references_container_332721_408').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332721_408').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332721_408() { jQuery('#footnote_references_container_332721_408').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332721_408').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332721_408() { if (jQuery('#footnote_references_container_332721_408').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332721_408(); } else { footnote_collapse_reference_container_332721_408(); } } function footnote_moveToReference_332721_408(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332721_408(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332721_408(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332721_408(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/sharon-lockhart-deplier-le-monde/">Sharon Lockhart, déplier le monde</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Cannes 2026, la France dans tous ses états</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332761</guid>

					<description><![CDATA[<p>Où va le cinéma français&#160;? Cette question, elle se pose de plusieurs manières dans le cadre de cette édition du Festival de Cannes&#160;; on serait même tenté de dire, à l’aube de son lancement, qu’elle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/" title="Read  Cannes 2026, la France dans tous ses états">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Où va le cinéma français&nbsp;? Cette question, elle se pose de plusieurs manières dans le cadre de cette édition du Festival de Cannes&nbsp;; on serait même tenté de dire, à l’aube de son lancement, qu’elle est au cœur du tableau dressé par son programme. Tout d’abord, au regard de l’importance de la délégation française en compétition, qui concerne huit titres sur vingt-deux, si l’on compte trois metteurs en scène étrangers ayant tourné en France – Ryūsuke Hamaguchi (<em>Soudain</em>), László Nemes (<em>Moulin</em>) et Asghar Farhadi (<em>Histoires parallèles</em>). Ce contingent se distingue aussi par le fait que les cinq Français «&nbsp;officiels&nbsp;» sont tous, fait exceptionnel, des cinéastes relativement jeunes et des primo-postulants à la Palme d’or&nbsp;: Arthur Harari (<em>L’Inconnue</em>), Léa Mysius (<em>Histoires de la nuit</em>), Jeanne Herry (<em>Garance</em>), Emmanuel Marre (<em>Notre salut</em>) et Charline Bourgeois-Tacquet (<em>La Vie d’une femme</em>). Les sélections parallèles ne sont pas en reste et témoignent là encore d’une prédominance inédite pour le cinéma hexagonal&nbsp;; la quasi-intégralité des films projetés hors compétition et en séances de minuit sont français, tandis que l’on retrouvera en dehors de la sélection officielle de nombreux auteurs reconnus. Ce sera le cas à la Quinzaine des cinéastes, avec Bruno Dumont, Alain Cavalier, Quentin Dupieux et Radu Jude, qui présentera une nouvelle adaptation (tournée à Bordeaux) du <em>Journal d’une femme de chambre</em> d’Octave Mirbeau. La Semaine de la critique et l’ACID dévoileront quant à elles des premiers films précédés d’une bonne rumeur, <em>La Gravida</em> de Marine Atlan et <em>Barça Zou</em> de Paul Nouhet, ainsi que le deuxième long-métrage du documentariste Guillaume Massart (<em>La Détention</em>), qui avait marqué les esprits avec <em>La Liberté</em>.</p>
<p>Cette concentration pourrait être lue comme la preuve de la vitalité éclatante d’un système de production. Mais une ombre plane&nbsp;; un non-dit qui vient noircir le «&nbsp;cocoricorisme&nbsp;» esquissé par ce panorama. Car la 79<sup>e</sup> édition du festival pourrait malheureusement être, plutôt qu’un cri du coq, un chant du cygne, à un an d’une présidentielle à haut risque pour le pays en général et le cinéma français en particulier, régulièrement attaqué ces derniers mois par l’écosystème médiatique de Bolloré (qui est désormais par ailleurs conjointement le principal argentier du cinéma français avec Canal +<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332761_410('footnote_plugin_reference_332761_410_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332761_410('footnote_plugin_reference_332761_410_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332761_410_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332761_410_1" class="footnote_tooltip">Mais avec une participation à la baisse de <a href="https://ecran-total.fr/2026/01/13/canal-reduit-ses-investissements-de-35-sur-le-cinema-francais/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">35% par rapport aux années précédentes</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332761_410_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332761_410_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et le potentiel futur actionnaire principal du groupe UGC) ou dans le cadre de la commission sur l’audiovisuel public, au sein de laquelle le sinistre Charles Alloncle a pilonné le contrat liant France Télévisions au festival. La sélection de Thierry Frémaux offre un contrepoint au narratif de l’extrême droite, en mettant en avant non seulement des films français réalisés par des cinéastes jeunes et des auteurs internationaux, mais aussi un nombre record de coproductions. Statistique là encore vertigineuse&nbsp;: seize titres en compétition bénéficient de fonds français – à titre de comparaison, on en retrouvait seulement huit en 2024. Et cette volonté de marquer une forme de «&nbsp;résistance&nbsp;» s’exprime également dans les sujets des films&nbsp;: si Cannes est un festival parfois paradoxal dans sa volonté de concilier le glamour avec des velléités politiques, la présence de deux films sur l’Occupation, <em>Notre salut</em> et <em>Moulin</em>, est la trace supplémentaire d’un <em>zeitgeist </em>qui travaille l’imaginaire des cinéastes, retournant vers un passé funeste pour mieux commenter le temps présent<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332761_410('footnote_plugin_reference_332761_410_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_332761_410('footnote_plugin_reference_332761_410_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332761_410_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332761_410_2" class="footnote_tooltip">À ces deux films s’ajoute un troisième, sur un versant toutefois plus spectaculaire et patriotique : la première partie de <em>La Bataille de Gaulle</em>, projetée hors compétition.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332761_410_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332761_410_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Cannes, à sa petite échelle, sera donc peut-être une étape dans la bataille culturelle qui se joue à l’heure actuelle – en témoigne <a href="https://www.lesinrocks.com/non-classe/tribune-pour-un-front-culturel-anti-rn-694787-28-04-2026/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la récente tribune publiée </a><a href="https://www.lesinrocks.com/non-classe/tribune-pour-un-front-culturel-anti-rn-694787-28-04-2026/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">dans </a><a href="https://www.lesinrocks.com/non-classe/tribune-pour-un-front-culturel-anti-rn-694787-28-04-2026/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Inrocks</em></a> prônant la formation d’un « front culturel anti RN&nbsp;». Reste aux films de se montrer à la hauteur du moment et d’être conséquents s’ils décident de questionner les maux de la société française. La première salve de réponses arrive bientôt dans les salles, où vous pourrez découvrir, en même temps que les festivaliers, deux films non encore cités qui nourriront le grand récit collectif produit par le cinéma français en 2026 : <em>L’Abandon</em> de Vincent Garancq, film-dossier retraçant les derniers jours de Samuel Paty, et <em>L’Objet du délit</em> d’Agnès Jaoui, comédie sur les scandales de VSS dans la culture et les conséquences de #MeToo.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332761_410();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332761_410();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332761_410">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332761_410" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332761_410('footnote_plugin_tooltip_332761_410_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332761_410_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Mais avec une participation à la baisse de <a href="https://ecran-total.fr/2026/01/13/canal-reduit-ses-investissements-de-35-sur-le-cinema-francais/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">35% par rapport aux années précédentes</a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332761_410('footnote_plugin_tooltip_332761_410_2');"><a id="footnote_plugin_reference_332761_410_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À ces deux films s’ajoute un troisième, sur un versant toutefois plus spectaculaire et patriotique : la première partie de <em>La Bataille de Gaulle</em>, projetée hors compétition.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332761_410() { jQuery('#footnote_references_container_332761_410').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332761_410').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332761_410() { jQuery('#footnote_references_container_332761_410').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332761_410').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332761_410() { if (jQuery('#footnote_references_container_332761_410').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332761_410(); } else { footnote_collapse_reference_container_332761_410(); } } function footnote_moveToReference_332761_410(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332761_410(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332761_410(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332761_410(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/">Cannes 2026, la France dans tous ses états</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>La Persécution</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-persecution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-persecution/" title="Read  La Persécution">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
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		<title>Ross McElwee : « Lorsque je filme, l’art et la vie composent une étrange équation »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/ross-mcelwee-lorsque-je-filme-lart-et-la-vie-composent-une-etrange-equation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’occasion de la présentation de Remake au festival Cinéma du réel, nous avons rencontré Ross McElwee pour évoquer ce...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/ross-mcelwee-lorsque-je-filme-lart-et-la-vie-composent-une-etrange-equation/" title="Read  Ross McElwee : « Lorsque je filme, l’art et la vie composent une étrange équation »">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>À l’occasion de la présentation de </em>Remake<em> au festival Cinéma du réel, nous avons rencontré Ross McElwee pour évoquer ce dernier film très émouvant, dans lequel il reparcourt sa vie et sa filmographie à l’aune de la mort de son fils Adrian et du projet de remake fictionnel de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/visions-du-reel-20e-edition/" target="_blank" rel="noopener">Sherman’s March</a> <em>par un réalisateur de comédies hollywoodiennes.</em></p>
<p><strong>J’ai entendu parler pour la première fois de <em>Remake</em> lors de votre rétrospective conjointe avec Alain Cavalier à la Cinémathèque du documentaire en 2019. Vous évoquiez alors ce projet comme un making-of du remake annoncé de <em>Sherman’s March</em> par Hollywood. Ce dernier n’a finalement jamais vu le jour, comme on l’apprend dans le film, mais vous avez conservé votre titre et, d’une certaine manière, étendu le concept de « remake ».</strong></p>
<p>Le terme de «&nbsp;remake&nbsp;» recouvre en effet plusieurs aspects ici. Il inclut le remake de <em>Sherman’s March</em>, mais aussi l’idée de <em>remaker</em> ma vie après la mort de mon fils et de la « refaire » avec Hyun [NDLR : Kyeung Kim, son épouse, également documentariste]. Il renvoie par ailleurs à mon utilisation des images tournées par Adrian, pour en tirer le « remake » d’un film qu’il allait peut-être réaliser. Tous ces différents niveaux s’entremêlent.</p>
<p><strong>Il y en a aussi un autre, puisque que vous insérez au montage des séquences de vos précédents films, comme pour leur conférer un nouveau sens.</strong></p>
<p>Revoir aujourd’hui un film tel que <em>Time Indefinite</em> (1993) revient, en tout cas pour moi, à le remaker dans ma conscience : il ne s’agit plus du même film. C’est ce que j’entends dans la scène de <em>Remake</em> où, à l’occasion d’une rétrospective à Prague, je me retrouve à revoir des bouts du film alors que mon ex-épouse et moi venons de nous séparer et que je suis déprimé. Depuis la cabine de projection où défile sur la copie 35 mm la séquence de mon mariage, j’explique alors que le film a été tourné comme un documentaire, mais qu’il est devenu une fiction.</p>
<p><strong>Ce qui renvoie à la notion de «&nbsp;<em>documentaires fictionnels</em>&nbsp;» de Frederick Wiseman, que vous aimez citer. </strong></p>
<p>Je crois que Fred Wiseman utilisait cette expression pour se référer au fait que, lorsque l’on enregistre des moments tirés de la réalité qui peuvent être assez banals, nous avons la responsabilité de les rendre intéressants pour le spectateur. C’est là qu’intervient le montage&nbsp;: on ne peut pas juste projeter les rushes. Pour moi, il s’agit d’une certaine manière de retrouver cette même connexion magique que peut avoir un spectateur avec un film de fiction. Le cinéma documentaire ne peut pas éviter de se poser ces questions-là. Il faut toujours un semblant d’histoire ou de narration, quelque chose qui agrippe le spectateur.</p>
<p><strong>D’où le fait que si votre œuvre constitue un long journal filmé, chaque film développe un sujet qui lui est propre, qu’il s’agisse de l’industrie du tabac dans <em>Bright Leaves</em>, d’un voyage effectué en France pendant votre jeunesse dans <em>Photographic Memory</em>, ou ici du projet de remake de <em>Sherman’s March</em>. On identifie bien dès lors ce que vous tournez dans le cadre d’un récit, mais les films contiennent toujours des images plus quotidiennes.</strong></p>
<p>En effet, je filme souvent juste pour filmer. Ce que je dis au début de <em>Remake</em> est vrai : j’ai beaucoup filmé mon fils quand il était enfant. Je tournais simplement parce que les moments étaient beaux et représentatifs de mon lien avec lui, mais aussi de son lien avec moi. Si je pensais que, peut-être, un pourcentage minuscule de ces images se retrouverait un jour dans un film, je savais <em>a minima</em> qu’un jour lui et moi les regarderions ensemble. C’est pareil avec les images que j’ai de ma fille.</p>
<p><strong>Vous devez avoir beaucoup d’archives.</strong></p>
<p>Au bout de cinquante ans, oui, ça commence à faire beaucoup.</p>
<p><strong>Comment sont-elles rangées ou organisées&nbsp;?</strong></p>
<p>Elles ne le sont pas (<em>rires</em>).</p>
<p><strong>Je pose la question car lorsque j’ai découvert <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamitie/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’Amitié</em></a>, le dernier film d’Alain Cavalier, j’ai été pris de vertige en considérant que le film n’avait pas nécessité de tournage, que la matière était déjà présente dans les archives de Cavalier. Pensez-vous qu’il y a des films potentiels dans vos archives&nbsp;?</strong></p>
<p>Oui, bien sûr. En vieillissant, il est même de plus en plus probable que je me tourne vers le passé davantage que vers le présent. Pour être honnête, je n’ai pas beaucoup de futur qui m’attend, enfin juste un peu, donc ça me semble naturel de regarder en arrière. Dans mes archives, il y a d’ailleurs la fois où j’ai déjeuné avec Alain Cavalier pendant notre rétrospective. Mon français n’est pas très bon et lui ne parle pas du tout anglais, donc nous nous sommes simplement assis l’un en face de l’autre et il a sorti une caméra pour filmer le restaurant, puis a pointé son objectif sur moi, et je l’ai imité. Nous avons ensuite échangé nos appareils pour regarder les images de l’autre. C’était notre façon de communiquer.</p>
<p><strong>Parmi les séquences qui reviennent dans <em>Remake</em>, il y a celle de <em>Sherman’s March</em> où votre amie Charleen vous intime d’arrêter de filmer alors qu’elle vous présente à une amie, en s’insurgeant&nbsp;: «&nbsp;<em>this is not art, this is life!</em> ». Il s’agit bien sûr de la question centrale de votre cinéma, avez-vous évolué depuis&nbsp;sur la réponse à lui apporter ? </strong></p>
<p>Je ne la connais toujours pas&nbsp;! Mais c’est une sorte de blague. À ce moment du film, Charleen est plus ou moins en train de jouer, bien que la scène soit totalement spontanée. Je n’avais aucune idée de qu’elle allait dire, tout se déploie exactement comme vous le voyez. Mais en réalité, lorsque je filme, l’art et la vie composent une étrange équation. Je peux vous donner un autre exemple&nbsp;: dans <em>Time Indefinite</em>, il y a cette scène où je parle à mon frère, qui est docteur, juste après la mort de notre père. Ma voix-off dit alors quelque chose de ce genre&nbsp;: «&nbsp;<em>J’imaginais qu’il en saurait davantage sur les raisons médicales de la mort de mon père que moi</em>&nbsp;». Et lui me regarde, et dit&nbsp;: «&nbsp;<em>Je ne sais pas comment il est mort</em>&nbsp;». J’avais été tellement surpris par cette réponse. Il ajoute qu’il pense que c’est une crise cardiaque, mais que ça aurait pu être un anévrisme, qu’il n’en sait rien, car il n’y a pas eu d’autopsie. Je croyais qu’il aurait la curiosité d’en savoir plus, mais il était comme moi, simplement sous le choc. Il a tout de même ajouté&nbsp;: «&nbsp;<em>Il est mort instantanément, et si tu dois mourir, c’est la bonne manière de le faire</em>&nbsp;». C’est tout ce qu’il avait à dire. Ce que je sais, c’est que je n’aurais pas eu cette conversation avec mon frère si je n’étais pas en train de filmer. Donc l’art et la vie sont interconnectés, ou plutôt dans ce cas, l’art et la mort [<em>il serre ses mains ensemble</em>].</p>
<p><strong>Vous voulez dire que filmer vous permet de vivre plus intensément&nbsp;?</strong></p>
<p>Disons que cela permet d’interagir plus directement que d’ordinaire avec des gens que vous connaissez et que vous aimez.</p>
<p><strong>Une des raisons pour lesquelles je suis attaché à la forme du journal filmé tient à ce qu’elle incite souvent le ou la cinéaste à théoriser en direct sa pratique. C’est particulièrement saillant chez vous, puisque vous semblez toujours réfléchir à haute voix sur la nature de vos images ou au sens qu’elles peuvent revêtir.</strong></p>
<p>Toutes ces réflexions naissent sur la table de montage, lorsque je découvre les images. C’est une différence notable avec Cavalier, qui lui commente en filmant, ce dont je suis incapable, car je ne réfléchis pas assez rapidement&nbsp;! Mais pour donner un exemple : dans <em>Bright Leaves</em>, il y a un plan de mon reflet dans une vitre, tenant une caméra installée sur un trépied. En le tournant, je pense que je n’avais aucune idée de ce que ce plan signifiait pour moi. Mais quand je l’ai vu en salle de montage, j’ai pu prononcer cette phrase que l’on entend à ce moment-là dans le film&nbsp;: «&nbsp;<em>pour moi, filmer est merveilleusement addictif</em>&nbsp;». Donc je dirais que je ne théorise pas en même temps que je tourne, mais plutôt que je tire les idées du matériau même.</p>
<p><strong><em>Remake</em>, par son sujet et sa nature ressemble à un dernier film. Mais vous avez évoqué lors du débat suivant la projection que vous aviez le désir d’en réaliser encore un.</strong></p>
<p>Je pense que oui. Je n’ai pas d’idée, mais c’est une sensation. Avant <em>Remake</em>, je me suis aussi essayé à l’écriture car, après la mort de mon fils, je ne pouvais pas me résoudre à regarder des images où il apparaissait, mais je voulais faire quelque chose pour honorer sa vie. J’ai donc demandé à un assistant de faire des captures d’écran d’Adrian dans mes films, et j’ai commencé à écrire sept ou huit chapitres pour les sept ou huit films dans lesquels il fait une apparition. J’ai écrit sur ce qu’il se passait dans sa vie et dans la mienne à ces différentes époques. C’était un processus assez long, qui m’a permis en quelque sorte de briser la glace. Ce n’est qu’ensuite que j’ai pu réellement regarder les images, et donc travailler sur le film, même si ça reste très douloureux encore aujourd’hui. J’ai d’ailleurs précisé lors de la séance que c’était la dernière fois que j’accompagnais une projection de <em>Remake</em>. Pour revenir à l’écriture, je ne suis pas écrivain, ce n’était pas quelque chose de naturel pour moi, mais peut-être que je ferai quelque chose de ces quelques chapitres. Mais sinon, oui, j’ai la sensation qu’il me reste un film à faire. J’aimerais que ce soit un film joyeux.</p>
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		<title>L’Héritage</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lheritage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lheritage/" title="Read  L’Héritage">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le Viol (le cas Anders)</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-viol-le-cas-anders/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-viol-le-cas-anders/" title="Read  Le Viol (le cas Anders)">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
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		<title>Anja Breien en trois films</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/retrospective/anja-breien-en-trois-films/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rétrospective]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/anja-breien-en-trois-films/" title="Read  Anja Breien en trois films">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
<h2>Les choses</h2>
<p>Premier film de la réalisatrice, <em>Le Viol</em>, sous-titré <em>Le Cas Anders</em>, marque également le début de la « nouvelle vague norvégienne ». Le coup de force de ce galop d’essai tient à la rupture de la continuité temporelle du récit. Après une séquence d’exposition présentant successivement le viol d’une femme bourgeoise dans la neige (sans que le visage du criminel ne soit jamais révélé) et la vie quotidienne d’Anders (Svein Sturla Hungnes), un jeune ouvrier qui devient le suspect principal, le film superpose la chronique linéaire de l’enquête et le compte-rendu rétrospectif du procès qui en découle. Un tel choix de mise en scène, qui met en parallèle le travail de la police et le jugement du tribunal, transforme le film de procès classique en une subtile étude qui vise à mettre en évidence la parfaite équivalence entre les deux institutions. En employant le même régime de plans dans les deux fils du récit, la cinéaste met en évidence une série d’objets sur laquelle se fonde l’ensemble de l’affaire. Les pages du Code pénal, filmées en plan fixe, s’égrènent par ailleurs au fil du récit, pour insister sur la dimension matérielle de la loi. Du côté de l’enquête, la caméra s’attarde sur une suite de pièces à conviction : une empreinte de bottes « Tiger » parfaitement moulée dans la neige, une tenue pour l’hiver récemment lavée, des portes jarretelles roses et une culotte turquoise maculée de deux petites taches gris-blanc à l’entrejambe. Les preuves forment au fur et à mesure de l’enquête une guirlande de signes à deux battants : tandis que le jury voit en elle une raison de punir (ou de ne pas le faire), le spectateur n’aperçoit que la matière muette des objets qui défilent sous son regard. Même si les films suivants de Breien seront moins empreints d’une esthétique documentaire, ils miseront toujours sur cette distance critique entre les mots et les choses. La séquence d’ouverture de <em>L’Héritage</em>, où est filmée en caméra subjective la maison vide d’un grand industriel tout juste décédé, fait des objets le ferment d’une biographie mythifiante qui sert à masquer un lourd secret familial. De la même manière, c’est la possession d’herbes médicinales qui fera d’Eli Laupsaud une sorcière aux yeux des villageois fanatiques de <em>La Persecution</em>.</p>
<h2>La danse</h2>
<p>Malgré la grande diversité des récits qui composent l’œuvre d’Anja Breien, il est possible de saisir une forme d’unité dans l’intérêt qu’elle porte à des individus isolés face à des communautés menaçantes. Ainsi du <em>Cas Ander</em>s, qui constitue en quelque sorte une critique du système judiciaire norvégien, et de <em>La Persécution</em>, inspirée d’une véridique chasse aux sorcières, mais aussi de <em>L’Héritage</em>, qui semble à première vue marquer un pas de côté dans sa filmographie. C’est pourtant dans ce film qu’elle développe ce motif avec le plus de finesse. Le récit est des plus simples : les secrets enfouis d’une famille bourgeoise remontent progressivement à la surface lorsqu’elle doit faire le partage de l’héritage du patriarche récemment disparu. Sans que le film n’abatte immédiatement ses cartes, deux personnages se détachent peu à peu du groupe : le premier fils, Jon (Espen Skjønberg) et sa plus jeune fille, Hanna (Häge Juve). La différence de traitement des personnages ne repose pas ici sur leur importance scénaristique ou sur le temps qui leur est accordé, mais sur les mouvements de caméra. Dans une séquence rythmée par un air de l’opéra de Rossini <em>La Pie voleuse</em>, la collecte d’objets de la maison familiale se transforme momentanément en ballet dans une série de plans fixes filmant avec soin la légèreté de chaque mouvement, jusqu’à ce que la caméra se concentre sur Hanna, qui regarde longuement le portrait du défunt. Le plan fixe s’interrompt pour suivre pendant quelques secondes la déambulation de la jeune fille pensive. La mise en scène distille ces quelques éléments proleptiques (la jeune fille est, évidemment, l’objet d’un lourd secret qui ne sera révélé que dans les dernières minutes du film) sans jamais appuyer sur ses effets, comme si les gestes seuls suffisaient à dire ce qui est tu. Un individu isolé, chez Anja Breien, c’est celui qui ne parvient pas à suivre la chorégraphie du groupe. Seul l’amour change brièvement la donne. Dans l’unique scène d’harmonie amoureuse de <em>La Persecution</em>, Eli et Aslak (Bjørn Skagestad) adoptent le même rythme dans de longs plans qui accompagnent doucement le couple.</p>
<h2>Les spectres</h2>
<p>Dans un cinéma jonché d’indices et de signes muets, où l’intériorité des personnages n’est jamais révélée, assigner un sens trop fort à la matière constitue un acte destructeur. C’est une série d’objets qui actera le délitement des liens familiaux de <em>L’Héritage</em> ou qui hantera Anders dans <em>Le Viol</em>, juste avant la scène finale, lorsqu’il pousse un dernier cri d’angoisse. De hantise, il en est aussi question dans <em>La Persécution</em>. Comme dans L’Héritage, la cinéaste part d’un récit relativement simple : en 1630, une jeune femme est victime de la panique générale d’un village et finit brûlée pour sorcellerie. Mais c’est le chef d’accusation qui constitue la grande originalité du film : dans une scène centrale, qui marque un point de bascule, Aslak voit sa bien-aimée dans un mirage, en plein milieu de la plaine déserte. Manipulé par les rumeurs, le jeune homme perçoit dans cette vision amoureuse une manifestation surnaturelle. Eli est en somme accusée d’être une sorcière parce que son amant juge qu’il a été envouté par elle. L’apparition creuse ainsi le tombeau de la jeune femme aux deux tiers du film : vivante, elle hante déjà les consciences comme un spectre. Une autre scène brillante révèle la perversité d’un regard qui transforme tout ce qu’il voit en signe dévastateur, lorsque des villageois retrouvent un homme gelé dans un bloc de glace et l’interprètent comme un présage divin. Le réalisme d’Anja Breien contraste alors avec le discours de ses personnages, qui se consument à en dire trop, ou pas assez sur ce qu’ils regardent.</p>
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		<title>Fragments choisis du 48e Cinéma du réel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/fragments-choisis-du-48e-cinema-du-reel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que retenir de de la dernière édition du festival Cinéma du Réel ? Trois cinéastes y ont particulièrement brillé : James Benning, Radu Jude et Ross McElwee. Eight Bridges de James Benning Que serait une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/fragments-choisis-du-48e-cinema-du-reel/" title="Read  Fragments choisis du 48e Cinéma du réel">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Que retenir de de la dernière édition du festival Cinéma du Réel ? Trois cinéastes y ont particulièrement brillé : James Benning, Radu Jude et Ross McElwee.</em></p>
<h2><em>Eight Bridges</em> de James Benning</h2>
<p>Que serait une édition de Cinéma du Réel sans la projection d’un nouveau film de James Benning ? Un an après <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinema-du-reel-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Little Boy</em></a>, pas de côté autobiographique reparti avec le Grand Prix, <em>Eight Bridges</em> était présenté en séance spéciale, juste avant <em>Remake</em> de Ross McElwee, autre vieux maître américain à l’honneur ce jour-là. Par son titre programmatique (le film est, tenez-vous bien, constitué de huit plans de ponts), <em>Eight Bridges</em> s’inscrit dans le sillon de deux œuvres majeures de Benning&nbsp;: <em>Ten Skies</em> et <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/lexperience-benning/" target="_blank" rel="noopener"><em>13 Lakes</em></a>. Ces films héritiers de la tradition du «&nbsp;cinéma structurel&nbsp;» (catégorie du cinéma expérimental privilégiant les plans fixes et la prédétermination d’une forme générale par laquelle passe le sens profond du film), composés de plans de paysages d’exactement dix minutes, sont parmi les plus éthérés de Benning&nbsp;; ils se présentent comme de pures études formelles, sans trace d’un quelconque discours. <em>Eight Bridges</em>, accompagné dans le catalogue du festival d’un synopsis laconique et mystérieux («&nbsp;<em>It seems to be the time to consider bridges</em> ») dresse pourtant un pont entre la facette strictement méditative du cinéaste paysagiste et une autre, plus politique. Les ponts ont de fait une portée métaphorique plus nette que les lacs ou les nuages, celle d’un lien entre les peuples et les territoires. Les édifices en question, qu’il s’agisse de structures emblématiques (le Golden Gate de San Francisco ou le George Washington Bridge de New York) ou de ponts plus méconnus, évoquent par ailleurs, dans plusieurs cas, des événements précis. Sur le Pont Edmund-Pettus en Alabama, du nom d’un officier des armées confédérées (par ailleurs « Grand Dragon » du Ku Klux Klan), une marche des droits civiques a par exemple été violemment réprimée par la police et le KKK en 1965. Même si l’on n’a accès à l’information qu’a posteriori, il semble que le film accorde une place aux fantômes, ne serait-ce que par la manière dont ces paysages inébranlables racontent la continuité d’une Histoire. Les voitures américaines roulent toujours, le racisme perdure aussi : les longs plans fixes forgés par Benning invitent autant à la déambulation du regard qu’à celle de la pensée. Leur composition fait ici la part belle aux lignes de force et aux horizons infinis, tout en abritant de nombreux détails qui renforcent leur dimension fourmillante. Le plan du Golden Gate, filmé en plongée depuis un point de vue surélevé, montre par exemple le pont rouge disparaître dans le brouillard, tout en permettant d’admirer, de façon quasi entomologique, la formation d’un embouteillage. À l’avant-plan, malgré une barrière et des fils barbelés, quelques touristes téméraires s’approchent sur un petit monticule de terre pour prendre des photos près de l’abîme. Le vertige découle alors autant de la peur d’assister à un drame que du jeu d’échelle entre les piliers et les hommes. De l’autre côté du cadre, toujours à l’avant-plan, quelques brins d’herbe ballottent au vent : la nature, dans chacun des huit plans, opère encore une forme de résistance. Entre le béton et l’acier, il y a toujours l’eau et le ciel.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<h2><em>Shot Reverse Shot</em> de Radu Jude et Adrian Cioflâncă</h2>
<p>Après<a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/radu-jude-le-chaos-et-la-dialectique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> <em>The Dead Nation</em></a> et <em>The Exit of Train</em>, Radu Jude et l’historien Adrian Cioflâncă prolongent avec <em>Shot Reverse Shot</em> leur investigation critique des images de la Roumanie au XXe siècle. Comme dans leurs réalisations précédentes, le court-métrage adopte la forme d’un montage d’archives photographiques en se tournant cette fois-ci vers une nouvelle période : non plus celle des pogroms et déportations des années 1940, mais la dernière décennie du régime de Ceausescu, à savoir les années 1980. Divisé en deux parties, le film confronte deux points de vue sur un même voyage effectué entre 1985 et 1987 par le journaliste et photographe américain Edward Serotta. La première moitié rassemble les clichés qu’il a pris à l’époque, principalement des instantanés de la vie quotidienne, et plus spécifiquement des communautés juives, tandis qu’il assure lui-même le récit rétrospectif de sa découverte de la Roumanie en voix off. Serotta explique être venu ici afin de photographier les monuments commémoratifs de la Seconde Guerre mondiale, les autorités ayant accepté sa présence sur le territoire dans l’espoir que ses articles contribuent à offrir une vitrine du pays à l’international. Il s’éloigne toutefois rapidement de cet objectif initial pour documenter l’ état de la société roumaine en filmant ses rues dépeuplées et délabrées, de longues files d’attente, d’immenses chantiers à perte de vue, mais aussi de nombreux visages tournés vers l’objectif sur lesquels se lisent la fatigue, la souffrance et la mélancolie. Les images ouvrent ainsi sur un hors-champ historique beaucoup plus large – de la mémoire des pogroms à la déliquescence du système soviétique. La seconde partie du film en propose le contrechamp (le «&nbsp;<em>reverse shot</em>&nbsp;» du titre), en présentant des photographies réalisées par la Securitate, la police secrète du régime communiste chargée de surveiller les allers et venues du journaliste étranger – non sans ironie, le photographe était lui aussi secrètement photographié. Sur ces images, les visages de Serotta et de son entourage sont entourés, numérotés et annotés. En voix off, une voix féminine lit de manière monotone le rapport policier, qui détaille à la minute près l’heure de chacun de leurs déplacements, précise l’identité des personnes photographiées et esquisse un portrait très sommaire du journaliste. Le voyage se voit alors privé de toute profondeur et de hors-champ, en se composant simplement d’une accumulation de données comptables jusqu’à la saturation. Alors que Serotta soulignait lui-même les manques et limites de ses propres tirages (regrettant par exemple de ne pas avoir eu l’occasion de saisir la vie des gens au sein de leurs habitations), le rapport administratif prétend, lui, à une forme d’exhaustivité et d’objectivité. Un humour absurde s’immisce à mesure que les informations recueillies deviennent de plus en plus opaques et approximatives, incapables de dresser un portrait fidèle de Serotta. Au-delà du contexte soviétique, cette mise en miroir pointe malicieusement la façon dont les images de surveillance, mises au service d’une société de contrôle, entretiennent toujours un rapport superficiel au réel et à la vie humaine.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332716 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-1024x759.jpg" alt width="1024" height="759" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-1024x759.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-300x222.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-768x569.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-980x726.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude.jpg 1458w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Robin Vaz</strong></p>
<h2><em>Remake</em> de Ross McElwee</h2>
<p>Le titre de <em>Remake</em> renvoie d’abord au projet d’une chaîne de télévision américaine de produire une adaptation fictionnelle du documentaire <em>Sherman’s March</em>, premier long-métrage de Ross McElwee. Le cinéaste a donné son accord, à la condition de pouvoir en tirer un documentaire sur sa gestation. Bien que le récit de cette aventure subsiste dans le film, celui-ci s’est profondément reconfiguré à la suite d’un événement dramatique : la mort d’Adrian, le fils de McElwee, victime d’une overdose de fentanyl. <em>Remake</em> adopte alors une forme hétérogène, composée aussi bien des images enregistrées par McElwee ses dernières années, que par ses nombreuses archives personnelles, dont certaines étaient déjà utilisés dans ses journaux filmés précédents. Il constitue dès lors le «&nbsp;remake&nbsp;» de son œuvre autant que de sa propre existence (les deux étant chez lui indissociables) – un exercice profondément funèbre puisque tous les plans recontextualisés sont à présent hantés par la disparition d’Adrian. Si le film bouleverse, ce n’est pas seulement par le drame personnel vécu par le réalisateur, mais en nous le faisant éprouver à travers l’écart constitutif de toute image : si elles constituent une empreinte du réel, elles ne se confondent jamais tout à fait avec lui. Elles donnent plutôt l’illusion d’accéder à un fragment de présent encapsulé pour l’éternité («&nbsp;<em>Tu es en vie dans ces images</em>», dira McElwee face au visage souriant de son fils), qui est pourtant définitivement perdu. Plus encore que le mélancolique «&nbsp;<em>ça a été</em>&nbsp;» barthésien, le film creuse le versant tragique d’un «&nbsp;<em>ça aura été</em>», où l’avenir de l’enfant à l’écran appartient déjà au passé. McElwee en vient à formuler une hypothèse douloureuse à mesure qu’il cherche rétrospectivement dans ses films les signes de la catastrophe à venir : l’amour de l’image qu’il a transmis à Adrian pourrait avoir contribué à sa perte. Très tôt, il a en effet imité son père en se filmant quasi quotidiennement en train de skier, de faire la fête avec ses amis, de boire, puis de se droguer. Cette manière de vivre à travers les images, en instaurant un filtre entre lui et la réalité, devient peu à peu difficilement soutenable lorsqu’il devient dépendant à l’héroïne et qu’il entreprend de documenter sa propre destruction, faute de pouvoir lutter contre elle. Ces vidéos, que son père découvrira après sa mort, sont intégrées au montage. <em>Remake</em> pousse ainsi à un point extrême la tension qui traverse le travail du cinéaste: la contradiction entre vivre sa vie et la filmer. Mais lorsque la vie a pris fin (celle de son fils, mais aussi celle de son amie Charleen, figure récurrente de tous ses films), comment ces images pourraient-elles encore être perçues autrement que comme des images de la mort ? L’expérience est d’autant plus troublante pour les spectateurs qui ont vu la naissance d’Adrian filmée dans <em>Time Indefinite</em> ou ont assisté à son adolescence difficile dans <em>Photographic Memory</em><i>, </i>en y percevant simplement une phase chaotique par laquelle passe toute construction individuelle. Vers la fin, une séquence drôle et émouvante ouvre toutefois une brèche dans la noirceur du film. Si le projet de remake de <em>Sherman’s March</em> est finalement tombé à l’eau, il s’est transformé, contre toute attente, en une entreprise pour le moins cocasse : sa transposition en opéra. On assiste alors à une scène emblématique du film original, où Charleen s’agace de la présence de la caméra et invective le cinéaste en prononçant une réplique qui condense le paradoxe du cinéma de McElwee : « <em>This is not art! This is life!</em> », cette fois-ci chantée sur un air lyrique et accompagnée d’un orchestre. Alors même que Charleen apparaît plus tôt dans <em>Remake</em>, atteinte d’Alzheimer et sans souvenir d’avoir tourné le film, cette transfiguration lyrique laisse entendre que l’art a lui aussi sa vie propre ; que les images mises en partage, en dépit de ce qui est arrivé à celles et ceux qu’elles représentent, continuent d’exister au présent, chaque fois qu’elles sont projetées.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332717 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee.jpg" alt width="1272" height="716" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee.jpg 1272w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-980x552.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1272px) 100vw, 1272px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>R.V.</strong></p>
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		<item>
		<title>Le Diable s’habille en Prada 2</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-diable-shabille-en-prada-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rien ne permettait de prévoir que Le Diable s’habille en Prada connaîtrait un jour une suite. La carrière de Meryl Streep n’avait pas spécialement besoin de faire revivre Miranda Priestly, sa maturité s’étant incarnée dans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-diable-shabille-en-prada-2/" title="Read  Le Diable s’habille en Prada 2">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Rien ne permettait de prévoir que <em>Le Diable s’habille en Prada</em> connaîtrait un jour une suite. La carrière de Meryl Streep n’avait pas spécialement besoin de faire revivre Miranda Priestly, sa maturité s’étant incarnée dans d’autres grands rôles de femme de pouvoir (<em>The Iron Lady</em> et <em>Pentagone Papers</em><i> </i>entre autres). Quant à la presse mode, dont le film de 2006 documentait avec humour la tyrannie du goût, elle a connu depuis un déclin tel que&nbsp;«&nbsp;le Diable&nbsp;» d’aujourd’hui ne peut plus se rhabiller avec les atours du passé. De fait, il ne sera presque jamais question de travail éditorial dans cette suite tardive&nbsp;: le récit d’apprentissage qui racontait avec une certaine finesse la métamorphose d’une jeune stagiaire fraîchement engagée dans un important magazine (<em>Runway</em>, équivalent fictif du <em>Vogue US</em>) a muté de tous les côtés.</p>
<p>Premier fait notable&nbsp;: la comédie a presque totalement disparu. Lorsque Andy Sachs (Anne Hathaway) retrouve Miranda Priestly (Meryl Streep), vingt ans après son stage dans les bureaux de <em>Runway</em>, on sent que le fond de l’air n’est plus le même, en dépit du fait que les deux actrices principales semblent rester miraculeusement identiques. La comédie de caractère de 2006 cède la place à un récit plus angoissé sur la prédation capitaliste : le magazine dirigé d’une main de fer par Miranda est en effet menacé de rachat, ce qui suffit à définir l’ambiance globale du film. Fini la légèreté (on n’a plus le temps de discuter, comme dans le premier volet, de la pertinence d’un édito sur la fête des Mères) : le temps n’est plus à la futilité mais, tout simplement, à la survie.</p>
<p>Autre fait notable : l’humanisation de Miranda Priestly. Le film semble avoir intégré à cet endroit les codes d’une époque qui supporte de moins en moins la méchanceté et questionne (d’ailleurs à juste titre) les mécanismes d’humiliation professionnelle. Une grande partie du charme du premier volet reposait, il faut l’avouer, sur ces mécanismes et le film avait presque l’audace de dresser le portrait d’une <em>esclave heureuse</em> – Andy Sachs– entièrement <em>bodysnatchée</em> par le monde du luxe comme par la voix de sa cheffe (l’une n’allant pas sans l’autre). Avec le temps, Miranda s’est bonifiée. Aux réparties cinglantes du premier volet succèdent des tirades quasiment mélancoliques sur le travail, les enfants, le temps qui passe et la mort. Il faut la voir méditer devant <em>La Cène </em>pour saisir la fausse profondeur morale que les scénaristes ont voulu lui donner. Il faut aussi observer le personnage très sous-exploité de sa nouvelle assistante, chargée de contrôler sa communication, pour saisir que le film a la hantise du dérapage, sans parvenir toutefois à en rire. Nettoyé donc de toute forme d’excès, <em>Le Diable 2</em> ressemble à la mode d’aujourd’hui&nbsp;: il est bien-pensant, faussement engagé, vaguement féministe. Après avoir conclu une alliance pour contrer les plans des acheteurs du magazine, Andy et Miranda courent de New York à Milan. La forme très impersonnelle que prend cette aventure, qui voit se succéder des séquences toujours introduites par de la musique et des vues génériques des villes, n’est pas sans rappeler celle de n’importe quel blockbuster d’action.<i> </i>Loin de <em>Runway</em>, les deux femmes s’activent d’abord à déjouer un complot ; elles poursuivent un rêve commun (c’est le côté presque donquichottesque de leur mission) : préserver le génie des créateurs, et surtout l’indépendance de la presse.</p>
<p>Dans un <em>finale</em> très naïf, la presse va donc renaître de ses cendres et revivre son âge d’or. C’est d’ailleurs dans les bureaux cossus du magazine<i> </i>que le film se termine<i>, </i>Andy portant le même pull bleu qu’en 2006, comme pour nous signifier que tout reviendra comme avant. Tout, ou presque, car si Andy défend d’un côté l’éthique du journaliste et «&nbsp;<em>l’investigation</em>&nbsp;» (bien qu’on ne la voie jamais concrètement <em>investiguer</em> dans le film), sa maturité s’accompagne d’une lucidité nouvelle sur ses choix sentimentaux. En comparaison de l’étudiant du premier volet (Nate, personnage qui jugeait avec dédain son évolution professionnelle), son voisin de palier fait certes un peu vieux beau, mais son statut de propriétaire relève d’un autre cachet et renforce encore la réussite professionnelle de la jeune femme, d’ailleurs promue au sein de <em>Runway</em>. La candide parabole opposant l’idéalisme de la presse aux assauts des rapaces capitalistes prend donc<span class="Apple-converted-space"> un </span>petit coup dans l’aile. Mais c’est bien connu&nbsp;: le diable se cache dans les détails.</p>
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		<title>The World of Love</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-of-love/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Yoon Ga-Eun, dont The World of Love est le premier film à connaître une distribution en France, avait déjà témoigné dans ses films précédents d’une attention à la jeunesse. Si son cinéma est porté par...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-of-love/" title="Read  The World of Love">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Yoon Ga-Eun, dont <span style="font-style: normal !msorm"><em>The World of Love</em></span> est le premier film à connaître une distribution en France, avait déjà témoigné dans ses films précédents d’une attention à la jeunesse. Si son cinéma est porté par une énergie juvénile, il est toutefois aussi traversé par la violence que connaissent des enfants confrontés à l’âpreté du monde. <em>The World of Love </em>prolonge ce geste et se distingue par sa capacité à faire coexister des sujets sociaux lourds (alcoolisme, violences sexuelles, négligence parentale) avec une légèreté de ton qui ne neutralise pas pour autant leur dureté. Le récit compose une mosaïque de générations (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées) pour mieux observer la manière dont le traumatisme se dépose et se transforme avec le temps, comment il persiste dans le corps, se dissimule dans les interactions sociales ou affleure dans les comportements. Le film suggère ainsi que des expériences similaires peuvent engendrer des réponses radicalement différentes et que rien, surtout chez l’enfant, n’est jamais fixé. Au centre du récit, Joo-in incarne cette tension. Ses traits d’esprits se révèlent un moyen pour elle de refouler ses blessures, comme dans cette scène où elle fait remonter à la surface un traumatisme sur le mode de la plaisanterie, avant d’en reconnaître plus tard la vérité. Cette mise à distance à travers la plaisanterie se fissure lors d’une séquence impressionnante : une conversation entre Joo-in et sa mère dans une voiture en train d’être lavée, où la parole émerge enfin sans filtre. Le dispositif est simple, mais d’une grande précision : la caméra, reléguée à l’arrière de l’habitacle, observe de manière respectueuse Joo-in et sa mère, refusant toute intrusion dans l’intimité du moment. Elle ne nous montre même pas leurs visages, tandis que le mouvement mécanique des brosses, dont le bruit étouffe presque les cris de la jeune femme, tient du double nettoyage, à la fois littéral et symbolique, pour accompagner la catharsis de Joo-in. Cette distance n’est pas qu’un choix formel ; elle relève aussi d’une éthique du regard.</p>
<p>On a pourtant quelques réserves : Yoon Ga-Eun tend parfois à souligner ce qui pourrait rester en suspens, certains motifs prenant une valeur symbolique un peu appuyée (l’enfant qui reproduit le pincement subi par Joo-in en le qualifiant de « <span style="font-style: normal !msorm"><em>mauvaise action</em></span> », l’insistance sur les pommes comme symbole d’un péché originel). La durée du film participe aussi de cette impression : la réalisatrice, manifestement très à l’aise avec ses acteurs, prolonge certaines séquences au risque du rabâchage. La conclusion, enfin, synthétise peut-être trop clairement son projet : rappeler qu’aucune expérience n’est réductible à ses signes extérieurs. L’intention est juste, même si son expression reste légèrement insistante. Mais ces déséquilibres n’entament pas l’essentiel : Yoon Ga-Eun aura posé tout le long du récit un regard patient sur ses personnages, en restituant dans le temps leur complexité.</p>
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		<title>Mi Amor</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mi-amor/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mi Amor pourrait presque ressembler à une variation sur Pacifiction. On y retrouve le motif de l’île paradisiaque – ici, les Canaries –, la photographie rouge-orangée enveloppant les palmiers et les plages, Benoît Magimel en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mi-amor/" title="Read  Mi Amor">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Mi Amor</em> pourrait presque ressembler à une variation sur <em>Pacifiction</em>. On y retrouve le motif de l’île paradisiaque – ici, les Canaries –, la photographie rouge-orangée enveloppant les palmiers et les plages, Benoît Magimel en personnage énigmatique (dans le rôle de Vincent, patron assez louche de boîte de nuit) et la menace d’un mal invisible qui pèse sur le territoire et les personnages. Chloé (Freya Mavor) disparaît en effet lors d’une soirée techno où mixe son amie Romy (Pom Klementieff). De cet événement mystérieux découle une suite de péripéties qui révèleront peu à peu à la jeune femme l’envers cauchemardesque de ce décor enchanteur, tout en la rapprochant de Vincent, avec qui elle se lance corps et âme dans la recherche de son amie perdue.</p>
<p>Dès les premières minutes, Guillaume Nicloux plonge le spectateur dans une boîte techno où s’épuisent les BPM et les flashs stroboscopiques. Cadrés de très près, les visages et les corps sont alors pris dans un montage elliptique mimant l’effervescence qui s’empare de la salle. Cette première séquence témoigne du rapport stéréotypé que le cinéaste entretient avec une forme de fièvre sensorielle, surlignée par des effets de style marqués. Trois ressorts se chargent de restituer cet état : la musique techno matraquée, l’étalonnage outrancier et le jeu nerveux des acteurs. Ce choix est d’autant plus dommageable qu’il détourne le film d’une matière autrement fascinante. Dans une scène au début du film, Chloé et Romy se rendent au pied d’un large et saisissant relief montagneux rouge. D’abord entrevues sur un flyer touristique, Chloé vante à son amie la splendeur étrange du massif caractéristique de l’île et l’atmosphère énigmatique que cherche à installer le film. Mais une fois atteint, le relief ne fait l’objet que d’un bref plan de coupe, avant qu’une discussion entre les deux jeunes amies ne pose le cadre du récit. D’emblée, le film dilapide l’épaisseur mystérieuse que présente son singulier décor, réduit au rang d’arrière-plan.</p>
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		<title>Die My Love</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/die-my-love-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Assez&#160;» : c’est le dernier mot prononcé dans Die, My Love, et il résume bien l’entreprise d’épuisement à laquelle s’est attelé le film. La fatigue du personnage de Grace (Jennifer Lawrence), dont le post-partum se...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/die-my-love-2/" title="Read  Die My Love">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Assez&nbsp;</em>» : c’est le dernier mot prononcé dans <em>Die, My Love</em>, et il résume bien l’entreprise d’épuisement à laquelle s’est attelé le film. La fatigue du personnage de Grace (Jennifer Lawrence), dont le post-partum se confond avec la démence, n’a d’égal que celle du spectateur : le cinéma de Lynne Ramsay, ce n’est pas nouveau, veut approcher au plus près une tempête intérieure par les moyens de la mise en scène. Chez elle, l’image procède du débordement d’une psyché torturée dans l’espace « objectif » du film, en passant par des symboles et des visions mentales – exemplairement, le feu de forêt sur lequel s’affiche le titre. Son esthétique relève dès lors d’une approche maximaliste de la forme, puisqu’un plan n’y est pas qu’un plan, soit la captation d’un bloc d’espace et de temps, mais la matérialisation d’une force invisible à l’œil nu. Ainsi de ces cavalcades de rats, hypertrophiées par le montage sonore, tenant en même temps de l’effet d’ambiance et de l’expression d’un mal interne aux personnages, qui se répand dans la vieille masure dont ils prennent possession au début de l’intrigue. Le problème récurrent de Ramsay, c’est qu’elle confond intensité et tintamarre ; pour donner à ressentir ce que le film produit, il faut s’imaginer coincé pendant deux heures dans une voiture avec un enfant qui braille, un chien qui aboie et une radio crachant de la musique à fond les ballons. On exagère à peine : tous les éléments de cette image sont présents dans le film, qui a la main lourde en matière de ruptures sonores, d’ornements plastiques (cf. les distorsions de la focale) ou encore d’hystérisation des situations.</p>
<p>Entre <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-femme-sous-influence/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une femme sous influence</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/antichrist/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Antichrist</em></a>, le film a quelque chose d’ouvertement pénible – on le regarde autant qu’on le subit, et la chose semble tout à fait voulue par la cinéaste –, mais aussi d’un peu plus intéressant que les précédents Ramsay. Dans le maelstrom de tableaux mentaux se glisse un autre type de plans, plus inhabituel chez l’Anglaise, qui consiste à envisager le cadre non comme l’écrin d’une esthétique criarde, mais comme une petite parcelle de jeu explosant de l’intérieur sous l’impulsion d’une actrice. Car une actrice, il y en a une : Jennifer Lawrence qui, dans une partition pas très éloignée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mother-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mother !</em></a>, va assez loin dans le déchaînement du n’importe quoi. Si les scènes érotiques et inquiétantes (Grace se masturbe, rampe tel un puma, s’amuse avec un couteau tout en veillant sur son enfant, etc.) sont souvent grossières, la comédienne est envisagée par endroits comme un projectile qui déchire la membrane du plan, incarnant le déchaînement des pulsions de son personnage avec plus de force que les colifichets dont Ramsay affuble sa mise en scène. Ce n’est pas grand-chose, mais ces quelques oscillations suffisent à rendre cette fois-ci un tantinet plus tolérables les coups de marteaux de la cinéaste.</p>
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		<item>
		<title>Dao</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dao/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dao s’ouvre sur des plans tournés lors de la phase de préparation du film, qui enregistrent la rencontre des comédiennes et comédiens, des discussions avec le cinéaste, ou encore des répétitions et exercices de jeu....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dao/" title="Read  Dao">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dao</em> s’ouvre sur des plans tournés lors de la phase de préparation du film, qui enregistrent la rencontre des comédiennes et comédiens, des discussions avec le cinéaste, ou encore des répétitions et exercices de jeu. Devant la caméra d’Alain Gomis, Katy Correa et D’Johé Kouadio, qui incarneront respectivement Gloria et sa fille Nour dans la fiction à venir, partagent leurs doutes et réflexions sur leurs rôles à l’aune de leurs sensibilités et de leurs expériences personnelles. La mise en abyme affiche que la fiction se nourrit d’un matériau documentaire, tout en éclairant la façon dont Gomis conçoit ici le cinéma, comme un outil interrogeant la notion d’identité. À rebours d’une fiction conventionnelle où le scénario détermine d’emblée les contours des personnages (une poignée de traits distinctifs, de convictions intimes, etc.), le cinéaste appréhende donc les individualités dans un mouvement dynamique, celui d’une construction qui s’ébauche collectivement. Autrement dit, l’identité résulte d’un jeu complexe de contradictions et d’ajustements – des nœuds que <em>Dao</em> entend exposer plutôt que dénouer. Cette conception irrigue la structure du film, qui met en parallèle deux cérémonies distinctes : d’un côté, l’enterrement du père de Gloria en Guinée-Bissau, qu’elle doit organiser avec ses frères et sœurs dans le respect des traditions locales ; et de l’autre, le mariage de Nour en banlieue parisienne, quelques mois après leur voyage en Afrique. Entre deux pays et plusieurs générations, le dispositif de <em>Dao</em> vise ainsi moins à confronter des coutumes et des cultures qu’à observer les différentes façons dont les personnages négocient avec elles.</p>
<p>Par cette approche, le film rappelle dans une certaine mesure<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/shadows/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em> Shadows</em></a> de John Cassavetes, qui proposait aussi d’interroger la notion d’identité à partir d’un trio de personnages afro-descendants vivant à New-York. Le rapprochement passe d’abord par l’omniprésence d’une bande sonore jazz, en écho aux contours mouvants des personnages – même si, dans <em>Dao</em>, cette dimension de la musique résonne moins avec la nature du montage. Au-delà de ce point, les deux films partagent surtout une méthode d’écriture reposant sur la répétition et la variation. Si dans <em>Shadows</em>, les trois personnages sont successivement confrontés à des situations similaires (par exemple, l’expérience du racisme) auxquelles chacun répond différemment, l’effet de reprise se joue ici principalement d’un pays à l’autre ; par exemple, la position plus ou moins distante qu’adopte Gloria vis-à-vis des communautés dépeintes, qu’elle soit en Guinée ou en France. Le jeu de comparaison intervient aussi à l’échelle des nombreuses discussions, entre les différents points de vue exprimés par les personnages lorsqu’ils débattent de sujets tels que leur éducation, l’autorité masculine ou l’organisation des funérailles. Le montage heurté saute d’un visage à l’autre pour faire affleurer les dissensions et rendre sensibles les relations singulières que chaque individu noue avec autrui et avec leur histoire commune. Lors du mariage, une séquence assez longue est par exemple dédiée à l’arrivée inattendue d’un membre de la famille venu présenter sa fiancée blanche, enceinte de plusieurs mois. Gomis s’attarde alors sur les réactions de son entourage, qui avait perdu contact avec lui depuis un certain temps, sans que les raisons de cette rupture ne soient clairement établies. De la mère refusant de lui adresser la parole à la désapprobation virulente du père, en passant par les frères et sœurs partagés entre la gêne et la crispation, le segment offre un large éventail de regards et organise un réseau d’affects qui brouille la possibilité de tirer une lecture univoque de cette situation.</p>
<p>Si la séquence se distingue, c’est qu’elle se déploie dans un bloc de temps ménageant une réelle complexité des enjeux. En dépit de ses trois heures, <em>Dao</em> dispose néanmoins rarement de tels blocs et donne parfois l’impression d’accumuler les questions et thématiques trop rapidement survolées. Notamment vers la fin du film, en Guinée-Bissau, lorsque Nour passe devant un musée consacré à l’histoire coloniale et à l’esclavage. Après quelques échanges avec l’ami qui l’accompagne, cette courte scène s’achève par un plan où la jeune fille se tourne vers le bâtiment pour lui faire face. La mise en scène glisse alors vers un symbolisme appuyé – pour se construire, Nour devra avoir conscience de l’histoire collective dans laquelle elle s’inscrit. Ce type de passage en force revient ponctuellement au cours du film, qu’il s’agisse d’une bagarre finale maladroitement amenée ou d’un échange entre Gloria et son ancien amant incarné par Samir Guesmi, lors du mariage au cours duquel il lui fait remarquer qu’elle aurait toujours été attirée par les hommes blancs. En explicitant une tension qui traversait jusque-là plus finement le film, la scène se rabat sur un dialogue assez conventionnel dans sa manière de faire du conflit un levier pour caractériser Gloria. Les retours aléatoires aux témoignages face caméra des acteurs et actrices ajoutent à ce sentiment d’un film qui ne trouve pas tout à fait sa forme organique. Cette limite tient peut-être à un excès de confiance en la structure générale du montage parallèle : si quelques raccords ménagent des contrepoints ou des effets de continuité (on passe en une coupe d’une rue francilienne à une route de Guinée-Bissau), ils relèvent le plus souvent d’un usage fonctionnel, sans véritable transition permettant d’appréhender sous un autre œil les plans suivants. Se dégage alors une impression ambivalente face à un film riche lorsqu’on l’appréhende dans sa globalité, mais plus inégal et moins stimulant dans le détail. De cet objet chaotique se détache toutefois le beau personnage tiraillé de Gloria. En Guinée-Bissau, son visage souvent impassible laisse deviner une certaine distance vis-à-vis des rites traditionnels. Elle ne semble pas tout à fait croire à leur portée spirituelle et mystique (sacrifices animaux, croyances animistes), sans pour autant adopter une posture de scepticisme ou de rejet. Pour elle, l’enjeu est peut-être ailleurs : ses gestes relèvent moins d’une pleine adhésion que d’une forme de reconnaissance envers l’héritage laissé par son père. Évitant l’écueil d’un discours naïf sur la transmission, <em>Dao</em> ne conçoit pas la culture comme un bien légué en l’état aux générations suivantes, mais comme une matière vivante, en constante transformation.</p>
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		<title>Afriques : comment ça va avec la douleur ?</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/afriques-comment-ca-va-avec-la-douleur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332625</guid>

					<description><![CDATA[<p>La traversée de l’Afrique que Raymond Depardon entreprend entre 1993 et 1996 a été pour le cinéaste l’occasion de préciser sa conception de l’errance. Il en esquisse une définition dans un ouvrage ultérieur au film,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/afriques-comment-ca-va-avec-la-douleur/" title="Read  Afriques : comment ça va avec la douleur ?">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La traversée de l’Afrique que Raymond Depardon entreprend entre 1993 et 1996 a été pour le cinéaste l’occasion de préciser sa conception de l’errance. Il en esquisse une définition dans un ouvrage ultérieur au film, sobrement intitulé <em>Errance</em>&nbsp;: ni voyage, ni promenade, ce déplacement constant se caractériserait par un rapport interrogatif au monde consistant à se demander&nbsp;: «&nbsp;<em>qu’est-ce que je fais là&nbsp;?</em>&nbsp;». Depardon ne fait rien d’autre dans <em>Afriques&nbsp;: comment ça va avec la douleur&nbsp;?, </em>lorsqu’il formule dans l’ouverture que son «&nbsp;<em>voyage subjectif</em>&nbsp;» l’aidera à voir et écouter «&nbsp;<em>les douleurs ordinaires en Afrique</em> ». Le dispositif est détaillé par la voix-off&nbsp;: il circulera seul (en dehors de la présence ponctuelle d’accompagnants de circonstance), équipé uniquement d’une caméra et d’un pied sur lequel une tête télécommandée permet de procéder à des panoramiques à 360°. La trajectoire du cinéaste n’est pas tout à fait fixée en amont&nbsp;: elle se dessinera en fonction des rencontres et de ses intuitions. Seul son point de départ, l’Afrique du sud, et sa destination, le rivage de la Méditerranée, sont clairement établis.</p>
<p>Le film commence par un panoramique où Depardon se place <em>au cœur</em> de ce qu’il filme, et non <em>en face</em>. En tournant sur elle-même, la caméra embrasse ce qui l’entoure, comme pour définir un positionnement géographique, tandis que le cinéaste laisse affluer en voix off ses pensées, souvenirs et divagations. «&nbsp;<em>Je suis là, je regarde et m’exprime depuis cet endroit</em> », semble-t-il déclarer, notamment lorsque l’ombre du cinéaste et celle de sa caméra sur pied entrent dans le champ. Mais l’expression de cette position prend une nouvelle tournure au fil de ses pérégrinations.&nbsp; Depardon pose en effet souvent son trépied au centre de la ronde des personnes qui l’observent&nbsp;; «&nbsp;l’endroit&nbsp;» depuis lequel il filme soulève alors un questionnement d’une autre nature, celle de la raison de sa présence et du récit qui peut en émerger.</p>
<p>Pour saisir ce nœud, partons d’une grande scène du film (et certainement l’une des plus fortes que Depardon n’ait jamais filmées), qui commence par un plan sur une grille derrière laquelle se tiennent de nombreuses silhouettes en contre-jour. Le documentariste précise en voix off qu’il s’agit d’un camp de prisonniers de Kigali au Rwanda. Quelques mois plus tôt, Depardon avait, sans le savoir, visité le pays une poignée de jours avant le début du génocide des Tutsis. Le cinéaste avait à l’occasion filmé des réfugiés aux abords du Burundi, le temps d’une séquence où il retraçait en off l’histoire des violences de la région et la responsabilité du système colonial européen dans l’institutionnalisation de la distinction des ethnies. Il décide d’y revenir après la fin de la guerre civile, avec l’idée de pénétrer dans un camp où sont prisonniers environ cinq mille Hutus soupçonnés d’avoir participé au massacre. Son but ? «&nbsp;<em>Voir</em>&nbsp;» et «&nbsp;<em>comprendre</em>&nbsp;», déclare-t-il. Passé ce plan introductif, le cinéaste s’avance parmi eux dans la cour, caméra au poing. Sa progression est lente, la foule est compacte, l’ambiance suffocante. Les prisonniers le dévisagent, un à un, fixant l’objectif sans rien dire. Quelques-uns sont ouvertement défiants. Un adolescent hausse les sourcils avec mépris à son passage, tandis qu’un autre, allongé sur le sol où il essaie de dormir, l’ignore. Depardon racontera plus tard que le directeur du centre l’a fait entrer seul avec son accompagnateur. Ces images sont tournées sans qu’il ait eu le temps de se préparer à ce qui l’attendait. <em>Que fait-il là&nbsp;?</em> La question se pose plus que jamais. Un peu plus tôt dans le film, il s’interrogeait sur l’objet de sa recherche : sa volonté de ne pas filmer les événements en eux-mêmes, mais la douleur qu’ils provoquent. Cette succession de regards caméra silencieux contient indéniablement une douleur, mais aussi quelque chose de plus inaccessible et inimaginable – la réalité des massacres commis par ces hommes. Au bout de ce trajet laborieux à travers la foule, Depardon replace la caméra sur son pied. La voici qui tourne de nouveau sur elle-même, au centre de l’assemblée muette des détenus qui l’encerclent et le toisent. Depardon cherche ses mots : il observe des prisonniers dont la condition lui rappelle d’autres, filmés il y a des années dans d’autres pays, mais il est impossible d’oublier que ceux-ci sont, pour beaucoup d’entre eux, les auteurs d’un génocide. Peut-il comprendre véritablement ce qu’il enregistre au moment du tournage ? Ce n’est ni le lieu ni le moment. La seule chose que l’on peut constater, c’est qu’un homme blanc est là, dans ce camp où bien peu d’européens osent se présenter. On lui demande même s’il est un prêtre : qui d’autre voudrait en effet s’intéresser à <em>ces</em> prisonniers&nbsp;?</p>
<h2>L’homme (blanc) à la caméra</h2>
<p>Ce problème de la «&nbsp;position&nbsp;» du cinéaste s’est déjà posé précédemment dans le film&nbsp;: à plusieurs reprises, on sent que Depardon capture quelque chose qui <em>ne devrait pas </em>être filmé, qu’il se trouve à un endroit qui lui est tacitement interdit. Debout à côté de son pied, attendant que la caméra effectue son tour sur elle-même, le cinéaste est scruté. Il n’y a pas que des regards caméra&nbsp;: certains regardent à côté de l’objectif, bel et bien en direction du documentariste. En résulte une gêne progressive, même dans les situations les plus légères. La scène qui interroge le plus nettement sa position, et vers laquelle tend le film, se déroule au Niger sur les lieux du tournage de sa fiction <em>La Captive du désert</em>. Il y retrouve sur place les personnes ayant participé au tournage et prend de leurs nouvelles. Bien que visiblement touchés de le revoir, ils ne lui répondent rien de précis, n’ont rien à lui dire, voire apparaissent plutôt gênés par la situation. C’est que la démarche n’est plus la même qu’autrefois : il les filme ici dans leur quotidien le plus cru et non par le prisme d’une fiction. Alors qu’une jeune femme ayant joué dans <em>La Captive</em>… le dévisage d’un regard insondable, réagit à peine aux mouches qui viennent se poser sur son visage et lui répond de manière sibylline, le cinéaste verbalise en off le malaise qu’il ressent en montant ces images. S’exprime alors un aveu d’échec à propos de cette distance incompressible entre eux qu’il n’a pas su percevoir lors du tournage du plan – contrairement à elle.</p>
<p>La beauté du film tient à ce trouble grandissant, que Depardon expose plus ou moins ouvertement par le biais des lectures de ses textes écrits durant la phase de montage. Trente ans après la sortie du film, le constat que le cinéaste pourrait bien avoir été le dernier de ces écrivains voyageurs européens du XX<sup>e</sup> siècle apparaît encore plus vivement. Cherchant des lieux fréquentés autrefois (dont des hôtels prestigieux désormais décatis) ou d’anciens amis (désormais introuvables ou inaccessibles), Depardon «&nbsp;errait&nbsp;», certes, mais parfois davantage comme le ferait un spectre hantant des décors disparus. Son voyage aura ainsi pris la forme d’une expérimentation des limites d’une certaine relation consentie entre la figure du filmeur et ceux que les images emprisonnent. Il a beau former le vœu pieux de repartir un jour, Depardon conclut son film sur une note quasi funèbre, citant Michel Leiris (<em>Afrique fantôme</em>, publié en 1934)&nbsp;: «&nbsp;<em>Il ne me reste rien à faire, sinon clore ce carnet, éteindre la lumière, m’allonger, dormir, et faire des rêves</em>&nbsp;». Cette ambiance crépusculaire ne doit ceci dit pas masquer ce que cette traversée aura permis de mettre en lumière. En explorant ses propres sentiments contradictoires sur sa position de filmeur, il réfléchit sur l’un des grands enjeux documentaires du siècle à venir&nbsp;: la nécessaire abolition de la colonialité du regard que les occidentaux portent sur l’Afrique et ses habitants.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Brian Meacham</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-brian-meacham/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-brian-meacham/" title="Read  Portraits d’Amérique — Brian Meacham">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Brian Meacham, responsable des archives cinématographiques de l’université de Yale.</em></p>
<p><strong>Quel a été votre premier contact avec le cinéma ?</strong></p>
<p>J’ai grandi à Anchorage, en Alaska, très loin de New York. Mes parents n’étaient pas de grands cinéphiles, mais je me souviens qu’on a acheté notre premier magnétoscope au milieu des années 1980 et qu’on a commencé à louer des films. J’avais deux ans lorsque <em>Star Wars</em> est sorti. Je l’ai probablement vu plus tard, lors d’une ressortie. C’est mon premier souvenir de cinéma en salle : j’avais très peur, je suis sorti avec ma mère dans les premières minutes, à cause de Dark Vador. Au lycée, j’ai commencé à m’intéresser à d’autres types de films. On avait deux grands vidéoclubs et une petite salle d’art et essai dans un centre commercial. C’est là que j’ai vu <em>Casablanca</em>, mes premiers films restaurés, sans vraiment savoir ce que cela signifiait, et aussi mes premiers films étrangers. J’ai vu <em>Delicatessen</em> trois fois, j’adorais ce film. C’est là que j’ai commencé à trouver ma voie, à m’éloigner des blockbusters pour chercher des films indépendants ou étrangers.</p>
<p>À l’université, j’ai découvert qu’on pouvait étudier le cinéma. J’ai pris un cours dès mon premier semestre, et j’ai adoré : regarder des films, en parler, y réfléchir… J’ai suivi autant d’enseignements que possible, dont un de réalisation. Mais à la fin de mes études, j’ai compris que je n’étais pas très bon pour faire des films et que je ne me voyais pas non plus faire un doctorat. Je voulais simplement en voir toujours plus. Après quelques emplois divers, je suis retourné à l’université pour un master en sciences de l’information, en archivistique. Et progressivement, j’ai fait le lien : il existait des archives de films. C’est là que tout s’est aligné.</p>
<p><strong>J’ai lu sur le site de Yale que votre travail était décrit comme celui d’un « <em>détective du cinéma</em> ». À quoi ressemble votre quotidien ?</strong></p>
<p>L’aspect « détective » est probablement ce que je préfère, même s’il est moins présent aujourd’hui. Quand je suis arrivé à Yale en 2013, je cherchais partout des films qui n’avaient pas encore trouvé de lieu de conservation. Nous sommes un centre d’archives relativement jeune, donc il s’agissait de repérer ce qui n’avait pas encore été pris en charge. Cela passait par des recherches dans des journaux anciens, trouver des traces de projections, puis retrouver les personnes concernées. Parfois, on me disait : « <em>Oui, j’ai encore ce film. Il est dans une boîte à chaussures, je ne sais pas quoi en faire. </em>» C’est là qu’on intervenait. Je suis allé dans des granges ou des maisons pour récupérer des bobines dans des endroits improbables. J’adore ça. On dit souvent que la pellicule est fragile, mais elle est en réalité très résistante, tant qu’elle n’est pas soumise à des conditions extrêmes.</p>
<p>Aujourd’hui, c’est moins le cœur de mon travail, qui s’organise autour de quatre axes : la constitution des collections, la préservation, la programmation publique et la création de nouvelles copies. Nous produisons aussi des copies 35 mm de films, généralement connus, comme ceux d’Hitchcock, de Scorsese ou de Kubrick, pour enrichir la collection. Mais il ne reste que deux laboratoires aux États-Unis capables de faire du tirage photochimique complet : nous travaillons donc un peu contre la montre.</p>
<p><strong>Dans cette quête de films perdus, y a‑t-il un projet qui vous a particulièrement marqué ?</strong></p>
<p>En 2009, je suis allé en Nouvelle-Zélande en vacances et j’ai demandé à visiter les archives. Lorsque j’ai aussi demandé s’ils avaient des films américains, cette question a déclenché un processus qui a permis de rapatrier des dizaines de films muets qui étaient considérés comme perdus. Il y avait un film de John Ford, d’autres films connus, et beaucoup de choses plus obscures. La presse a raconté ça comme si j’avais « découvert » ces films, façon Indiana Jones. Ce n’est pas vrai. Tout ce que j’ai fait, c’est poser une question. Les archives les avaient conservés depuis des années. C’était une question de timing et de bonnes personnes au bon moment.</p>
<p><strong>Vous avez participé à la restauration de <em>From Another Place</em> de Sedat Pakay. Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur ce film&nbsp;?</strong></p>
<p>Frank Mouris est l’une des premières personnes que j’ai rencontrées dans le milieu, après mon arrivée à Yale. Je connaissais son travail, il a gagné un Oscar pour <em>Frank Film</em>. Je l’ai rencontré à un événement à New York et il m’a confié qu’il avait encore ses films étudiants. Je suis allé les récupérer chez lui, dans la vallée de l’Hudson. Il m’a alors parlé de Sadat Pakay, un photographe et cinéaste qui avait fait un film sur James Baldwin. Pakay est décédé avant que je commence le projet, mais sa veuve m’a permis de récupérer les éléments pour la restauration. Je me souviens d’une grange, des toiles d’araignée et de son inquiétude quant à l’état des films, qui étaient en réalité plutôt bien conservés. Il a un œil incroyable, c’est aussi un grand photographe. James Baldwin est très photogénique, Istanbul dans les années 1970 aussi… tout contribue à la beauté du film. On l’a restauré entièrement en analogique – de pellicule à pellicule –, puis créé une version numérique. Ce qui est étrange, c’est qu’il avait fait des copies des rushes, pas seulement les négatifs&nbsp;; j’ai donc pu les monter assez facilement. Il y avait peu de son synchrone, mais j’ai utilisé d’autres enregistrements audio (des interviews et des bandes) pour créer un montage d’environ dix minutes. C’était mon premier travail de montage. Et ça m’a donné envie de continuer. Depuis, j’ai fait trois films de collage.</p>
<p><strong>Vous travaillez dans le milieu universitaire : quel rapport les étudiants d’aujourd’hui entretiennent-ils avec l’histoire du cinéma et les archives ? Pour une génération qui a grandi dans un environnement essentiellement numérique, la matérialité du film a‑t-elle encore du sens ?</strong></p>
<p>La première année où j’ai enseigné, en 2016, on n’avait pas beaucoup d’étudiant·es de premier cycle dans les projections publiques. J’avais surtout des doctorant·es en études cinématographiques, et peut-être un ou deux étudiant·es de licence intéressé·es. Et aujourd’hui, dix ans plus tard, iels sont beaucoup plus nombreux·ses. On retrouve beaucoup de jeunes de dix-neuf, vingt, vingt-un ans dans les salles.</p>
<p>Je pense que, surtout après le COVID, il y a eu un énorme regain d’intérêt pour le visionnage des films en salle, ensemble, dans le noir, sans distraction et sur pellicule. Certains développent un véritable engouement pour la matérialité du film : j’ai en ce moment deux étudiant·es qui vont même poursuivre des études en conservation. Pour moi, c’est incroyable ; je n’avais même pas conscience que cette discipline existait quand j’avais leur âge !</p>
<p>Ce que j’aime beaucoup dans le contexte universitaire, c’est que comme je n’ai pas d’équipe permanente, j’ai besoin d’eux. Donc, je trouve des étudiant·es qui sont curieux, parfois déjà dotés d’un peu d’expérience, et je leur apprends à manipuler et à inspecter les films. Iels viennent travailler quelques heures par semaine. Certain·es écrivent leurs mémoires sur des films de la collection, d’autres veulent continuer dans ce domaine. Ce qui est frappant, c’est que beaucoup d’entre eux n’ont jamais vu de film sur pellicule. Je faisais avant un petit exercice, que j’ai arrêté parce que ça devenait un peu agaçant, je demandais : « <em>Qui n’a jamais vu ce film ?</em> » Et la plupart levaient la main, même pour <em>The Conversation</em>, <em>Chinatown</em>, <em>The Godfather</em>. Mais ce n’était pas pour les culpabiliser ! C’était plutôt pour leur dire : vous êtes au bon endroit. Vous allez découvrir ce film dans les meilleures conditions possibles, et ça va vous marquer.</p>
<p><strong>Comment votre travail influence-t-il votre rapport au cinéma contemporain et à votre cinéphilie ?</strong></p>
<p>Quelqu’un m’a récemment demandé quels films j’attendais cette année. Je n’en avais aucune idée. J’ai deux filles de treize et quinze ans, donc ça me tient un peu au courant de certaines choses. Mais si je vois parfois des films récents, la grande majorité de ce que je regarde, ce sont des films de patrimoine. Il y a une citation attribuée à Peter Bogdanovich : « <em>Il n’y a pas de vieux films, seulement des films que vous n’avez pas encore vus. </em>» Je ne considère pas ces films comme anciens ; c’’est juste que je ne les avais pas encore vus. Je prends beaucoup de plaisir à découvrir ces films et à les situer dans une sorte de grande cartographie du cinéma. Voir les connexions, les débuts, les fins de carrière, les influences… Et il y a encore tellement de choses que je ne connais pas.</p>
<p>En ce moment, je regarde beaucoup de films des années 1970. C’est presque un projet sans fin. Je me fixe souvent des thèmes pour m’aider à choisir quoi regarder. Par exemple, j’ai passé deux mois à ne voir que du cinéma australien. Pendant le COVID, j’ai regardé environ 300 films des années 1980, pour me replonger dans mon enfance.</p>
<p><strong>Regarder autant de films nourrit-il votre enthousiasme ou peut-il devenir une contrainte ?</strong></p>
<p>Non, ça nourrit complètement mon enthousiasme. Le seul inconvénient est personnel : je tiens un journal manuscrit de tous les films que je vois depuis mes vingt ans. J’ai des volumes entiers de carnets… Et maintenant, je suis constamment en retard. Mes notes deviennent de plus en plus courtes, plus superficielles. Mais ça reste important pour moi, pour digérer les films. Et surtout, chaque film donne envie d’en voir d’autres. C’est sans fin.</p>
<p>Je dirais que l’enjeu principal pour moi est de continuer à voir les films au cinéma et en pellicule. J’étais récemment à Paris et je me suis demandé quelles salles projettent encore en 35mm. Contrairement à New York, ce n’est pas toujours indiqué et il faut parfois se rendre sur place pour le savoir ! Mais regarder un film dans une salle parisienne… c’est une expérience incroyable. Entrer à la dernière minute, s’asseoir, voir le film commencer… c’est l’un des grands plaisirs de la vie pour moi.</p>
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		<title>Michael</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/michael-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Apr 2026 08:00:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’attendait-on au juste de Michael, biopic produit et validé par John Branca, ancien manager et avocat de Michael Jackson, désigné comme exécuteur testamentaire de l’artiste depuis sa disparition, en juin 2009 ? Croyait-on qu’il allait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/michael-2/" title="Read  Michael">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’attendait-on au juste de <em>Michael</em>, biopic produit et validé par John Branca, ancien manager et avocat de Michael Jackson, désigné comme exécuteur testamentaire de l’artiste depuis sa disparition, en juin 2009 ? Croyait-on qu’il allait éclairer la part la plus sombre de la vie de l’artiste et revenir, entre autres, sur l’affaire Chandler et les perquisitions effectuées dans le ranch de Neverland au début des années 1990 ? Ou rêvait-on plus simplement d’un classique <em>rise &amp; fall</em><i>,</i> de l’apogée des années 1980 au déclin des années 2000 – petite musique bien connue du biopic, qui servait de breuvage à <em>Elvis</em> et <em>Back to black</em> ?</p>
<p>De chute, il ne sera pas question – même si un deuxième volet annoncé doit revenir sur des dossiers plus conflictuels. Jamais sombre ni graveleux, ce premier film entièrement dédié à l’ascension de l’artiste, de la petite entreprise familiale (les Jackson Five) à l’apothéose solitaire (la tournée de l’album <i>Bad</i>, à la fin des années 1980), a le mérite de s’intéresser à la facette la plus spectaculaire de Jackson&nbsp;: celle de la <em>making money machine</em><i>. </i>L’expression, employée par le père du chanteur, a dû servir de repère pour le film, qui peut être vu comme le portrait d’un artiste entièrement absorbé par la logique de production capitaliste. Soit une économie de la pure performance – vocale, chorégraphique, scénique – engendrant un produit qui rêve, comme tous les produits de l’industrie du divertissement américain, de s’émanciper. D’Elvis à Britney Spears, en passant par Whitney Houston, les États-Unis n’ont cessé de produire ce type de créatures, adorées puis brûlées par la <em>making money machine</em>. Dans <i>Michael</i>, ce parcours qui allie création et destruction n’est raconté qu’à moitié&nbsp;: c’est – on le répète – une ascension sans chute. L’artiste n’est d’ailleurs doté d’aucune psychologie, c’est à peine s’il traîne avec lui son trauma de rigueur (papa l’a éduqué à coups de ceinture). Seule son ambition intéresse le récit&nbsp;: conquérir le monde, devenir le premier artiste de l’ère pop moderne, celle de MTV et des méga-tournées planétaires, où le public l’attend comme un messie.</p>
<p>Par sa façon de ne retenir de l’artiste que la machine (à chanter, à danser, et surtout à engendrer des bénéfices), le film adopte au moins un point de vue. Il n’insiste pas sans raison sur les scènes de négociation&nbsp;: signatures d’accords, ruptures contractuelles, appel du boss d’Epic Records au patron de MTV pour exiger la diffusion du clip de <em>Billie Jean</em>… Jusqu’à cette scène de tournage très connue d’une pub Pepsi (elle date de 1984) qui marque le revers faustien de tous les pactes conclus avec le grand capital. Sur le tournage, les cheveux de l’artiste prennent feu&nbsp;; le film ne retient que l’anecdote et son retentissement mondial (foules hystérisées, compassion mondiale pour Michael) sans s’attarder sur les métamorphoses qui viendront après, notamment à l’époque de <i>Black or White</i>. Inutile de dire qu’il ne peut que s’arrêter là, au moment où Michael ressemble encore à peu près à ce qu’il fut (seule son opération du nez est relatée). La fascinante transformation qui aura lieu dans la décennie suivante n’est pas le sujet du film et c’est là que réside sa paradoxale honnêteté : dans le fait de ne pas vouloir abîmer la machine, ni physiquement, ni moralement. Dans le fait de ne retenir d’elle que l’énergie dépensée pour le divertissement (dans la trop courte séquence dédiée au tournage du clip de <em>Thriller</em>,<i> </i>par exemple) et l’extase offerte au public, qui culmine lors du <em>Victory Tour</em>, au terme duquel Michael dit publiquement adieu à sa famille pour voler de ses propres ailes. C’est un peu comme si le capitalisme – à l’image de Jackson lui-même, éternel enfant à la voix frêle rêvant de Peter Pan – retombait en enfance et trouvait en <em>Michael</em> un doudou sur lequel méditer. Quelle belle machine ce fut, tout de même, que ce Michael.</p>
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		<item>
		<title>Parallax — Edge of Tomorrow et All You Need is Kill</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-edge-of-tomorrow-et-all-you-need-is-kill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, comparons la façon dont Edge of Tomorrow (2014) et le film d’animation All You Need is Kill (2026) s’emparent...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-edge-of-tomorrow-et-all-you-need-is-kill/" title="Read  Parallax — Edge of Tomorrow et All You Need is Kill">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, comparons la façon dont </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/edge-of-tomorrow/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Edge of Tomorrow</a><em> (2014) et le film d’animation </em>All You Need is Kill<em> (2026) s’emparent d’un même matériau littéraire et d’une même mécanique héritée du jeu vidéo, le « die and retry ».</em></p>
<p>Les studios hollywoodiens auront été les premiers à adapter <em>All You Need is Kill</em> de Hiroshi Sakurazaka<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332522_440('footnote_plugin_reference_332522_440_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332522_440('footnote_plugin_reference_332522_440_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332522_440_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332522_440_1" class="footnote_tooltip">Publié à l’origine en 2014 sous forme d’un <em>light novel</em>, un roman destiné au public adolescent, <em>All You Need is Kill</em> a ensuite été popularisé par son adaptation en manga, dessinée par Takeshi Obata.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332522_440_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332522_440_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> avec <em>Edge of Tomorrow</em> (2014), réalisé par Doug Liman. Cette année, c’est au tour du cinéma d’animation japonais, sous la houlette de Kenichiro Akimoto, de s’emparer de ce récit de science-fiction articulé autour d’une boucle temporelle. William Cage (Tom Cruise) et Rita (Ai Mikami), protagonistes respectifs des deux films, sont condamnés à s’élancer encore et encore, sur le modèle narratif de <em>Un Jour sans fin</em>, dans l’ultime bataille opposant l’humanité à un alien colonisateur et ses serviteurs belliqueux. Lorsque les héros meurent, la journée redémarre et ils repartent au combat en s’appuyant sur les connaissances glanées lors de leurs précédentes tentatives (d’où vont surgir les ennemis, quand attaquer et quand esquiver, etc.). La mécanique au centre d’<em>Edge of Tomorrow</em> et <em>All You Need is Kill</em> s’approche ainsi de celle d’un jeu vidéo, où le joueur échouerait à de multiples reprises avant d’enfin atteindre la fin d’un niveau et d’en occire le boss.</p>
<p><em>All You Need is Kill</em> assume pleinement cette filiation vidéoludique en répliquant la progression d’un RPG : au fil de ses raids sur Darol, la maison-mère alien en forme de gigantesque plante colorée, Rita apprend à maîtriser de l’équipement plus performant et des compétences avancées (coups spéciaux acrobatiques, déplacements plus rapides, etc.). Cette progression se marie à une autre : à mesure que Rita franchit les obstacles qui la séparent de Darol, l’animation du film gagne en complexité avec des visions abstraites au style hétérogène, la disparition du décor pour accentuer le mouvement d’un corps, l’insertion d’images de synthèse au milieu des dessins, ou encore l’apparition de glitchs. Le renouvellement de la matière visuelle se recoupe avec l’avancée des personnages qui, eux aussi, découvrent à chaque expédition plus fructueuse que la précédente une facette inédite du territoire ennemi. Akimoto s’affranchit d’ailleurs du style cyberpunk du manga au profit d’un univers plus enchanteur, ce qui accentue le ravissement procuré par le cheminement de l’héroïne.</p>
<p><em>Edge of Tomorrow</em> va quant à lui, pour éviter les redondances, s’éloigner au cours du film du point de vue du personnage principal au profit de celui de son alliée, le sergent Vrataski (Emily Blunt). Contrairement à Cage, cette dernière n’évolue pas dans la boucle temporelle et aborde chaque recommencement avec une mémoire vierge. Alors que le film reposait jusqu’ici sur le plaisir burlesque d’assister aux essais successifs de Cage, Doug Liman se rapproche de la perspective de Vrataski, qui ne peut qu’imaginer les précédentes tentatives de son partenaire : par exemple, quand il la conduit dans une base lourdement surveillée sans se faire repérer, on comprend, comme elle, que de nombreux échecs (ellipsés par le film) ont été nécessaires pour élaborer cette trajectoire parfaite. Ce glissement imperceptible du point de vue permet donc à <em>Edge of Tomorrow</em> de revitaliser une dimension ludique, qui correspond moins à la posture d’un joueur (comment triompher d’un obstacle ?) qu’à celle d’un spectateur cherchant à imaginer ce qui a été coupé au montage. Contrairement à <em>All You Need is Kill</em>, qui envisage son public comme le témoin passif d’un émerveillement plastique, Doug Liman vise à nous placer dans une posture active, pour jouer sur notre appréhension de la mise en scène et solliciter notre imagination.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332522_440();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332522_440();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332522_440">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332522_440" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332522_440('footnote_plugin_tooltip_332522_440_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332522_440_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Publié à l’origine en 2014 sous forme d’un <em>light novel</em>, un roman destiné au public adolescent, <em>All You Need is Kill</em> a ensuite été popularisé par son adaptation en manga, dessinée par Takeshi Obata.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332522_440() { jQuery('#footnote_references_container_332522_440').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332522_440').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332522_440() { jQuery('#footnote_references_container_332522_440').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332522_440').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332522_440() { if (jQuery('#footnote_references_container_332522_440').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332522_440(); } else { footnote_collapse_reference_container_332522_440(); } } function footnote_moveToReference_332522_440(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332522_440(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332522_440(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332522_440(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-edge-of-tomorrow-et-all-you-need-is-kill/">Parallax — Edge of Tomorrow et All You Need is Kill</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Soumsoum, la nuit des astres</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soumsoum-la-nuit-des-astres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comme Lingui, les liens sacrés, précédent long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun, Soumsoum, la nuit des astres embrasse un horizon féministe en figurant, dans le Tchad d’aujourd’hui, des femmes unies contre le système patriarcal et ses lois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soumsoum-la-nuit-des-astres/" title="Read  Soumsoum, la nuit des astres">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme <em>Lingui, les liens sacrés</em>, précédent long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun, <em>Soumsoum, la nuit des astres</em> embrasse un horizon féministe en figurant, dans le Tchad d’aujourd’hui, des femmes unies contre le système patriarcal et ses lois corsetées. Cette ambition politique se joint à la volonté reconduite du cinéaste de brosser le portrait d’une adolescente, avec sa solitude et sa difficulté à s’affirmer maîtresse de sa propre vie. <em>Soumsoum</em> se démarque toutefois par son incursion dans le fantastique : la jeune héroïne, Kellou, a le don de lire dans le passé (celui de son père notamment) et noue peu à peu une amitié forte avec une voisine considérée comme la « sorcière » du coin, nourrie par leur conscience d’être dépositaires d’un savoir millénaire. Lorsque cette dernière meurt, Kellou s’emploie, malgré l’opposition des hommes du village, à lui offrir une sépulture dans une cavité magique située au loin, dans le désert de l’Ennedi. Mais le film ne s’affranchit malheureusement pas du poids de son sujet : la forme y reste entièrement subordonnée au souhait de dénoncer sans détour le patriarcat dans la société tchadienne. Ainsi le tracé narratif (divisé entre une partie au village et une autre, plus courte, dans le désert) conduit-il à une fiction calibrée, le montage et la mise en scène ne s’octroyant que de très rares libertés – tel le long plan d’ouverture, sur une pluie torrentielle dans la nuit noire. Si le film n’est pas dénué de tendresse pour ses personnages, il manque en outre de chair et de consistance dans sa manière de figurer le cheminement de son héroïne jusqu’au cœur du désert tchadien : les scènes se fondent dans une esthétique conventionnelle, l’image demeurant enclose dans une joliesse un peu lisse. Tout à la fois éthéré dans sa forme et empesé par son sujet, <em>Soumsoum</em> suscite en définitive une certaine indifférence.</p>
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		<title>La Grève</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-greve-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premières secondes de La Grève convoquent les images d’un monde du travail qui semble voué à sa propre inertie : des femmes exécutent dans le plus grand calme des gestes répétitifs, eux-mêmes scandés par...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-greve-2/" title="Read  La Grève">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premières secondes de <em>La Grève</em> convoquent les images d’un monde du travail qui semble voué à sa propre inertie : des femmes exécutent dans le plus grand calme des gestes répétitifs, eux-mêmes scandés par le mouvement monotone de machines bien réglées. Mais une ouvrière casse l’ordre, en rejoignant ses collègues devant son usine, alors qu’on entend alternativement l’<em>Hymne des femmes </em>et les phrases suivantes extraites de <em>La Chair est triste hélas</em>, l’essai qu’Ovidie, ex-actrice pornographique, a publié en 2023&nbsp;: «&nbsp;<em>Cela fait presque quatre ans que je fais la grève du sexe.</em> […]&nbsp;<em>Je crains que cela ne fasse de moi une anomalie sociale.</em> » Élaboré à partir d’archives publiques (issues de l’INA) et de films amateurs, le film de Gabrielle Stemmer adapte librement le texte d’Ovidie ; des passages choisis, mis en voix par Julia Faure, viennent commenter ce collage d’images hétérogènes. <em>La</em> <em>Grève </em>procède dès le départ à un renversement dialectique, comme l’indique explicitement son ouverture : si les extraits du texte d’Ovidie sont centrés sur l’intimité, les images racontent que cette démission du champ de la sexualité est en réalité sociale et massive. Le film assume dès lors un parti pris qui pourrait être interrogé, car à première vue, la trajectoire d’Ovidie est singulière et ne représente pas l’ensemble des femmes dont il est ici question. Gabrielle Stemmer l’insère pourtant dans une constellation de paroles, puisque plusieurs témoignages, s’affichant sous la forme de sous-titres, s’entrelacent ou font contrepoint aux extraits de <em>La Chair est triste hélas</em>. Si seuls les prénoms des femmes qui s’expriment nous sont donnés, leurs récits composent avec la voix d’Ovidie le chœur de celles qui ont démissionné de l’hétéronormativité et « <em>vivent sans</em>&nbsp;». Le film tente ainsi de faire émerger un sujet collectif sans jamais le figer.</p>
<p>Ce travail de mise en relation du son (les extraits de <em>La Chair est triste hélas</em>) et des images (les archives, souvent issues des années 1960 et 1970) peut évoquer les pratiques du détournement. La voix de Julia Faure, à la fois distante et parfois ouvertement sarcastique, convoque une certaine esthétique situationniste, tandis que l’ombre de Delphine Seyrig et des expérimentations «&nbsp;insoumuses&nbsp;» semble planer sur <em>La Grève.</em> Pourtant, le film ne cherche pas tant à subvertir les images qu’à les reconduire dans leur littéralité. Loin de <em>«&nbsp;confronter des idées vagues avec des images claires</em> », Gabrielle Stemmer opte pour une forme de redoublement systématique. L’ouverture du film nous montre ainsi que le sexe est un travail aliénant ; la rage de Margot est un feu, nos vagins sont, selon Ovidie, d’archaïques grottes visitées par d’improbables messieurs endimanchés, etc. Ce choix produit un effet ambigu. D’un côté, il confère au film une lisibilité immédiate et une finalité pédagogique : tout y est exposé de façon démonstrative. La démarche d’Ovidie est ainsi entièrement encodée dans ce langage d’images sans arrière-pensées. De l’autre, cet aspect ostensiblement illustratif fait néanmoins du film une bonne synthèse de ce qui a pu être pensé sur <em>#</em>Metoo et la résistance suscitée par des archives, qu’on pourrait juger un peu trop jolies, se dissipe en partie face à leur pertinence.</p>
<p>Mais le film s’avère peut-être plus intéressant par sa manière de faire l’archéologie de ce discours sur la grève du sexe et de le saisir dans son historicité. En s’inspirant d’un texte qui ne prétend être ni un «<em>&nbsp;essai&nbsp;</em>»<em>,</em> ni <em>«</em>&nbsp;<em>une leçon de féminisme&nbsp;</em>»<em>,</em> encore moins un «<em>&nbsp;manifeste&nbsp;</em>», mais se présente comme un simple «<em>&nbsp;exutoire&nbsp;</em>»,<em> La Grève </em>restitue justement les modalités de l’émergence de #MeToo en 2017, soit l’expression d’une parole cathartique. À cet égard, on ne peut que mesurer la distance qui sépare la démarche d’Ovidie de celle de Valerie Solanas ou même de Virginie Despentes. Il ne s’agit pas pour Ovidie de porter individuellement un énoncé virtuellement collectif et politique, à partir de sa position marginale. Sa parole est d’emblée médiatique, comme le sont les témoignages entendus (tirés d’émissions comme <em>Les Pieds sur Terre</em> ou de journalintime.com). En cela, Gabrielle Stemmer nous rappelle que le geste inaugural de #MeToo (le tweet d’Alyssa Milano) est lui-même ancré dans un tel dispositif, ce qui nous invite nécessairement à réfléchir à la singularité de ce mode d’énonciation, à ses points aveugles comme à ses apports. C’est là que le film suscite une certaine déception, ou du moins une perplexité. Souscrivant à l’idée de l’efficacité de cette libération de la parole (à laquelle il entend lui-même participer), il a pour limite de ne pas penser les luttes féministes en dehors de ce cadre restrictif et d’images parfois convenues – les clichés habituels de la société de la consommation et ses normes de beauté –, voire de le tenir comme le stade ultime de l’émancipation politique. Au risque d’un discours frôlant la naïveté : attention, le Grand soir arrive, des femmes blanches et diplômées ne veulent plus s’épiler, se maquiller et avoir des relations sexuelles avec les hommes. Pour combler les manques de ce film intéressant mais lacunaire, on pourra ainsi se replonger dans des pensées plus aventureuses, de <em>Mémoires d’un névropathe</em>&nbsp;à&nbsp;<em>Scum Manifesto.</em></p>
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		<title>Drunken Noodles</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drunken-noodles-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut attendre une demi-heure pour comprendre où veut en venir Drunken Noodles. Chapitré en quatre parties, le film s’organise de manière antéchronologique (chaque chapitre est un « flashback » du précédent), sans pour autant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drunken-noodles-2/" title="Read  Drunken Noodles">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut attendre une demi-heure pour comprendre où veut en venir <em>Drunken Noodles</em>. Chapitré en quatre parties, le film s’organise de manière antéchronologique (chaque chapitre est un « flashback » du précédent), sans pour autant que cette structure soit de prime abord explicitée ; ce n’est qu’au milieu du deuxième segment que l’on saisit soudain la composition de l’ensemble. Le film débute à New-York où Adnan effectue un stage dans une galerie d’art qui expose de curieuses broderies représentant des scènes de sexe explicites. Le format 4/3, la faible profondeur de champ et les lumières soignées participent d’une esthétique branchée aussi peu inspirée que le didactisme avec lequel Lucio Castro présente ses personnages. Alors qu’Adnan se fait livrer de la nourriture en pleine nuit – les « <em>drunken noodles</em> » du titre ? –, il s’éprend du coursier, Yariel, qu’il rappellera plusieurs jours de suite. Leur relation naissante s’articule autour de cette asymétrie : Adnan « commande » littéralement la venue de Yariel d’un soir sur l’autre. L’un est un bobo collé à son iPhone dernier cri, qui habite un spacieux loft, tandis que l’autre est un immigré hispanophone bafouillant l’anglais et s’étonnant qu’une œuvre d’art puisse valoir plus de cent dollars. Et lorsque le film finit par inverser ces rapports schématiques, il n’opère pas vraiment de manière plus subtile : le livreur se révèle être un poète, qui décrit à ses collègues les tableaux observés dans la galerie d’Adnan par l’entremise d’une prose lyrique.</p>
<p>Au cœur de la troisième partie, le film prend toutefois un virage inattendu, lorsque le personnage se trouve au milieu des bois, dans un Airbnb, avec Iggie, son compagnon aspirant au calme pour écrire. Adnan se lève une nuit pour consulter l’ordinateur de son partenaire et lire son manuscrit. Le récit, déployé par le biais d’une voix off, retrace alors les événements auxquels on vient d’assister, dont certains éléments restaient inexpliqués : qui est au juste Iggie, présentée de but en blanc au milieu du film ? Pourquoi cette tension dans leurs rapports ? Cette séquence permet de relire la scène tout juste écoulée, en entrelaçant de manière troublante deux niveaux de narration qui se complètent (le retour en arrière général/la logique rétrospective de l’écrit dans le présent du segment). Le court vertige qui en résulte ajoute un relief bienvenu au film, qui tranche avec les effets de manche sur lesquels il table beaucoup. Ainsi, par exemple, de la séquence finale, tournée en Super 8 et composée d’une succession de plans fixes sur la végétation d’un parc new-yorkais où Adnan est allongé dans l’herbe. La possibilité d’un décrochage esthétique est alors désamorcée par la joliesse de la mise en scène, qui confine au geste <em>arty</em>.</p>
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		<title>La Corde au cou</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On revient beaucoup ces derniers mois sur une notion que l’on pensait acquise&#160;: c’est quoi, au juste, un auteur&#160;? La manifestation d’un style, d’une écriture, d’un regard, d’un ton, d’un ensemble de problèmes travaillés et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/" title="Read  La Corde au cou">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On revient beaucoup ces derniers mois sur une notion que l’on pensait acquise&nbsp;: c’est quoi, au juste, un auteur&nbsp;? La manifestation d’un style, d’une écriture, d’un regard, d’un ton, d’un ensemble de problèmes travaillés et retravaillés de film en film&nbsp;? Ou un statut à décorréler des films eux-mêmes et qui serait alimenté par une somme d’instances&nbsp;: la critique, les festivals, la cinéphilie en général&nbsp;? La sortie du nouveau Gus Van Sant, <em>La Corde au cou</em>, constitue sur ce terrain un cas d’étude assez complexe. D’abord, parce que cerner la singularité de Gus Van Sant a toujours été une affaire difficile&nbsp;: tour à tour réalisateur indé (<em>My Own Private Idaho</em>), artisan hollywoodien au <em>storytelling</em> soigneux (<em>Will Hunting</em>, <em>À la recherche de Forrester</em>), bidouilleur conceptuel (son remake de<em> Psychose</em>), pape d’un cinéma mi-radical, mi-vaporeux (<em>Elephant</em>, <em>Gerry</em>, etc.) et enfin tenant d’une épure lointainement héritée du classicisme (<em>Harvey Milk</em>, <em>Promised Land</em>), sa trajectoire est tout sauf rectiligne. Ensuite parce que, dans l’histoire récente du cinéma, la figure de Gus Van Sant illustre de façon éloquente une autre conception de l’auteur, entendu comme valeur boursière. La politique des auteurs tient parfois du petit jeu économique&nbsp;: un cinéaste, c’est aussi un titre sur lequel on mise, qui monte ou baisse, et peut même subir un krach. La carrière de Van Sant aura connu à peu près toutes les fluctuations possibles&nbsp;: l’ascension, la consécration, le petit creux et l’effondrement. Depuis l’accueil catastrophique réservé en 2015 à <em>Nos souvenirs</em> et la sortie en 2018 du médiocre <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dont-worry-he-wont-get-far-on-foot/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot</a></em>, le cinéaste est dans la cinéphilie une monnaie dépréciée. Avec <em>La Corde au cou</em>, très bien accueilli à la dernière Mostra de Venise, l’heure est désormais à une nouvelle étape dans cette valse des cours, celle de la relance.</p>
<h2>Faire signal</h2>
<p>Il faut toutefois beaucoup d’amour et de croyance en ce qu’a représenté Gus Van Sant au début des années 2000 pour voir dans cette adaptation d’un fait divers la marque d’une revitalisation de son cinéma. Mais à défaut d’un retour en grâce, il est probable que le film, en adoptant une structure plus biscornue qu’il n’y paraît, condense les différents pans de cette filmographie sinusoïdale. Situé en 1977 à Indianapolis, le récit retrace comment Tony Kiritsis (Bill Skarsgård), endetté auprès d’une société d’emprunt qu’il suspecte d’avoir sciemment organisé l’échec de son projet immobilier, prend en otage son vice-président Richard Hall (Dacre Montgomery), afin de réclamer des excuses et une compensation financière. À la lumière de ce pitch, on pourrait croire à une relecture maniériste des thrillers des années 1970, en particulier <em>Un apr</em><em>ès-midi de chien</em> (Al Pacino joue d’ailleurs un second rôle). Ou encore, à une série B minimaliste, l’essentiel du récit se jouant à huis clos ou dans les échanges téléphoniques de Tony avec la police et le DJ d’une radio locale, joué par Colman Domingo. Mais très vite, quelque chose coince&nbsp;: «&nbsp;GVS&nbsp;» semble vouloir contrarier la modestie fonctionnelle de sa mise en scène par un dispositif réflexif consistant à <em>reproduire</em>, avec une patine rétro<em>, </em>la couverture télévisée de l’affaire. Il arrive ainsi que l’action se retrouve suspendue, sur le mode de l’arrêt sur image, tandis qu’on assiste simultanément à l’exécution du plan de Kiritsis et à son enregistrement par la télévision locale, puis par les chaînes nationales.</p>
<p>Ce rejeu n’est pas nouveau à l’échelle de la carrière de Gus Van Sant qui, d’Hitchcock à Alan Clarke (dont le moyen-métrage, <em>Elephant</em>, est la matrice de sa Palme d’or<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332354_448('footnote_plugin_reference_332354_448_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332354_448('footnote_plugin_reference_332354_448_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332354_448_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332354_448_1" class="footnote_tooltip">À noter que <em>La Corde au cou</em> s’appuie lui-même sur un documentaire consacré à l’affaire Kiritsis : <em>A Dead Man’s Line</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332354_448_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332354_448_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), a fait du réemploi le carburant de plusieurs de ses films. Dans <em>Psycho</em>, par exemple, le rejeu en couleur du classique d’Hitchcock se présentait comme <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/deux-fois-marion-crane/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">un remake «&nbsp;plan par plan&nbsp;» approximatif</a>, qui reproduisait certes avec une fidélité d’apparat l’essentiel de l’œuvre originelle, mais en procédant à de légères et constantes variations, à la fois sur le plan du comportement des personnages (Bates se masturbe en contemplant Crane par l’œilleton) et de la mise en scène pure (le découpage diffère légèrement, la durée des plans n’est pas la même, de courtes visions mentales se glissent dans le montage, etc.). Le film valait <em>in fine</em> comme une installation plus ou moins involontairement passionnante&nbsp;: c’était dans son échec –&nbsp;la reproduction ne tenait jamais la comparaison avec son modèle&nbsp;– qu’il ouvrait sur une interrogation plus large sur la nature d’une mise en scène et ce qui fait son efficacité. Si le remake opérait certes un décalque en apparence géométrique, il s’avérait flagrant, en comparant minutieusement les deux films, que GVS avait vu et reproduit Hitchcock sans comprendre dans le détail le pourquoi de ses choix. Se dégageait alors un sentiment troublant&nbsp;: celui de voir <em>Psychose</em> sans <em>Psychose</em>, d’assister à un simulacre du film qui révélait sa part d’illusion dès qu’on grattait sa surface. Expérience passionnante donc, qui confortait dans l’idée que la réussite de l’original tenait à la spécificité de sa forme, mais expérience limite, en cela que le geste du cinéaste pensait moins qu’il ne permettait de penser. Une logique semblable est à l’œuvre dans <em>La Corde au cou</em>&nbsp;– titre par ailleurs hitchcockien&nbsp;: le dédoublement des scènes opéré par sa doublure médiatique puis, dans le générique de fin, par la convocation des images réelles de l’affaire, <em>fait signal</em> et invite le spectateur à mettre ses méninges en ordre de marche<em>.</em> Attention, quelque chose se joue&nbsp;: il ne s’agit pas seulement d’un fait divers, mais d’un signe annonciateur de l’Amérique des années 1980, dans un moment où elle se trouve conjointement au crépuscule des contre-cultures et à l’orée du reaganisme. Ou encore, il serait possible de lire le film comme une allégorie prenant à rebours la maxime d’un morceau célèbre de Gil Scott-Heron que l’on entend lors du dénouement, «&nbsp;The Revolution Will Not Be Televised&nbsp;» – finalement si, la télévision a probablement joué un rôle dans la conclusion de cette histoire et dans la mise au jour de sa dimension politique.</p>
<h2>Mixtape, mixture</h2>
<p>Mais que racontent au juste ces effets marqués de la mise en scène de Gus Van Sant&nbsp;? Témoignent-ils, quand on s’arrête précisément sur eux, d’une pensée formelle en action&nbsp;? Ce saupoudrage ne redouble <em>de facto</em> rien de plus que ce que dessine déjà le scénario, qui fait de cette histoire une fable sur la dilution définitive du sacro-saint «&nbsp;rêve américain&nbsp;» dans le capitalisme prédateur. Simulacre, à nouveau&nbsp;: cette couche pseudo-théorique injecte une fausse profondeur formelle à un récit qui fait montre au contraire d’une grande limpidité. <em>La Corde au cou</em> semble plus généralement tiraillé entre la simplicité et la complexité, comme si le film ne faisait pas confiance à l’épure de son cadre narratif. Il faut dire que la situation de semi-siège dans laquelle s’enfonce la prise d’otage est peu cinégénique et demande des ressources quasi théâtrales. C’est à cet endroit que le modèle lumettien se fait le plus sentir : la mise en scène doit insuffler une intensité dramatique à partir de presque rien et tabler sur l’abattage des acteurs pour donner une épaisseur à des personnages en train d’attendre. On ne fera pas l’injure à Bill Skarsgård de dire qu’il n’est pas Pacino, mais force est de constater que son jeu (ou plutôt son surjeu) peine à mêler la nervosité et la maladresse de Kiritsis, figure que le scénario essaie en vain de rendre plus ambivalente qu’elle ne l’est réellement.</p>
<p>Si, là encore, on a l’impression d’une greffe qui ne prend pas, c’est peut-être justement parce que le film dans son ensemble court après une hybridité qui lui échappe. Son titre original, <em>Dead Man</em><em>’</em><em>s Wire</em>, renvoie à la petite invention bricolée par Kiritsis pour mener à bien son entreprise&nbsp;: un fusil à pompe dont la détente est retenue par un fil d’acier attaché à la fois à son cou et à celui de son otage. Ce fil, c’est quelque part le film lui-même, pensé comme composite&nbsp;: il s’agit de lier deux personnages aux natures distinctes (face à Skarsgård, Montgomery joue une partition plus sobre)&nbsp;; de mêler la petite série B avec le portrait des États-Unis&nbsp;; de mâtiner le thriller de touches de comédie, etc. En fin de compte, GVS compose son film comme il compose sa bande-son, qui articule des titres emblématiques de l’époque (des <em>hits</em> de Barry White ou Donna Summer) avec des références plus pointues (Deaodato, Harpers Bizarre, Gil Scott-Heron). Le résultat&nbsp;? Un objet à mi-chemin entre l’académisme hollywoodien, l’exercice de style visant à ressusciter une époque (on sent, notamment dans les séquences de radio, l’expression d’un plaisir fétichiste) et le film <em>arty</em>. Rarement un film de Gus Van Sant sera apparu à ce point comme un agrandissement au microscope de ce qu’est son cinéma à une échelle macro&nbsp;: une mixture.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332354_448();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332354_448();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332354_448">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332354_448" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332354_448('footnote_plugin_tooltip_332354_448_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332354_448_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À noter que <em>La Corde au cou</em> s’appuie lui-même sur un documentaire consacré à l’affaire Kiritsis : <em>A Dead Man’s Line</em>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332354_448() { jQuery('#footnote_references_container_332354_448').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332354_448').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332354_448() { jQuery('#footnote_references_container_332354_448').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332354_448').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332354_448() { if (jQuery('#footnote_references_container_332354_448').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332354_448(); } else { footnote_collapse_reference_container_332354_448(); } } function footnote_moveToReference_332354_448(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332354_448(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332354_448(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332354_448(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/">La Corde au cou</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Affection affection</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/affection-affection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au début d’Affection affection, le scénario présente très classiquement sa protagoniste, Géraldine (Agathe Bonitzer) ainsi que son entourage : sa mère qu’elle vient de retrouver après de longues années d’absence, Jérôme, un homme plus âgé...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/affection-affection/" title="Read  Affection affection">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au début d’<em>Affection affection</em>, le scénario présente très classiquement sa protagoniste, Géraldine (Agathe Bonitzer) ainsi que son entourage : sa mère qu’elle vient de retrouver après de longues années d’absence, Jérôme, un homme plus âgé qu’elle fréquente ou encore Kenza, sa belle-fille, qu’elle vient de rencontrer. Mais ce qui est moins attendu, c’est que les proches de la jeune femme disparaissent aussitôt mystérieusement, sans raison apparente. Le récit s’organise dès lors autour de la désorientation de Géraldine, errant à leur recherche sur la Côte d’Azur. Cet ancrage géographique n’a rien d’anodin : à la lisière entre deux mondes, les paysages côtiers servent en effet depuis L’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lavventura/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avventura</em></a> d’Antonioni de territoire symbolique où s’ouvre une brèche métaphysique. Alexia Walther et Maxime Matray réemploient cette logique en lui insufflant une dimension ludique : la disparition en tant qu’élément perturbateur devient ici le point de départ d’un jeu de confusion entre les mots et les choses. Au loin, un petit chien blanc est pris pour un sac plastique emporté par le vent sur la plage, tandis que les personnages prennent des mots pour d’autres. <em>« Cartomancienne ou cartésienne ? »</em>, demande l’un d’eux, <em>« C’est pareil »</em>, lui rétorque-t-on. À travers ces dialogues absurdes se dessine une poétique de l’équivoque où chacune de ces ressemblances imparfaites brouille les frontières entre rationalité et croyance superstitieuse.</p>
<p>Ces glissements sémantiques composent une atmosphère énigmatique : l’apparente banalité de la ville côtière, qui d’ailleurs n’est même pas nommée, se transforme en théâtre d’une indifférence étrange. Walther et Matray exploitent ici de nombreux éléments propres au genre du film noir, avec l’ambition manifeste de les détourner ou de les rendre presque inopérants – exemplairement, le trope de la petite ville tranquille renfermant bien des secrets derrière son calme. Aucun des habitants ne semble véritablement se préoccuper du sort des disparus, au point que l’existence de ces derniers finit par devenir abstraite. L’inquiétude ne se déploie jamais, laissant place à une atonie qui se prolonge dans l’attitude placide de Géraldine. Son enquête se dispersera au gré de rencontres triviales ou de quiproquos qui court-circuitent toute idée de progression. Cette logique de dédramatisation produit un récit fragmenté, volontairement flottant et c’est là que réside l’intérêt d’<em>Affection affection </em>: dans un état d’incertitude qui déjoue les mécanismes conventionnels du mystère.</p>
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		<title>Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/" title="Read  Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci : les controverses au sujet du premier film gay de l’histoire du cinéma</em>.</p>
<p>Il y a trois ans, l’exposition <em>Regeneration: Black Cinema 1898–1971</em> à l’Academy Museum de Los Angeles s’ouvrait sur plusieurs versions du court-métrage <a href="https://www.cinematheque.fr/henri/film/154676-something-good-negro-kiss-william-n-selig-1898/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Something Good-Negro Kiss</em></a> réalisé par William Selig (1898), dans lesquelles deux acteurs africains-américains, Saint Suttle et Gertie Brown, se courtisent, dansent et s’embrassent. Ce film, redécouvert en 2017, a connu un grand retentissement aux États-Unis : c’était la première fois que l’on voyait des Noirs – plutôt que des Blancs en <em>blackface&nbsp;</em>– dans un film si ancien. Les corps noirs ont été si longtemps tenus à l’écart du cinéma américain dominant<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332460_452('footnote_plugin_reference_332460_452_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332460_452('footnote_plugin_reference_332460_452_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332460_452_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332460_452_1" class="footnote_tooltip">Jusqu’au début des années 1950, on ne les a pratiquement vus que dans les <em>race films </em>produits par des indépendants à l’écart de Hollywood et pour la plupart perdus ou détruits depuis.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332460_452_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332460_452_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> que la découverte de ce film des premiers temps marquait la résurgence d’une image manquante, d’un fragment d’histoire perdu.</p>
<p>Il n’y a pas à ma connaissance d’équivalent gay à ce film, mais ce qui s’en approche le plus est sans doute le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Y6b0wpBTR1s" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dickson Experimental Sound Film</em></a>. Réalisé avec le Kinetophone développé par William Dickson et Thomas Edison, il est entré dans l’histoire du cinéma comme le premier film incluant du son enregistré en direct. Il est aussi identifié par Vito Russo, dans le premier chapitre de son célèbre essai <em>The Celluloid Closet&nbsp;: Homosexuality in the Movies </em>(1981), sous le titre de <em>The Gay Brothers</em>, comme la première occurrence au cinéma de la figure de la <em>sissy </em>(gay efféminé), au prétexte qu’on y voit deux hommes danser ensemble au son du violon tenu par Dickson lui-même. Ce n’est pas le seul film des premiers temps à avoir attiré <em>a posteriori </em>l’attention des commentateurs&nbsp;: dans <a href="https://www.youtube.com/watch?v=sCqIC1T8xvE" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Éclipse de soleil en pleine lune</em></a> de Georges Méliès, le soleil et la lune, joués par deux acteurs masculins, se lancent des œillades lubriques, toutes langues dehors, avant que l’un passe littéralement <em>derrière l’autre</em>. Et dans la comédie <a href="https://www.youtube.com/watch?v=zrJNvZv10kY" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Meet Me at the Fountain</em></a>, le périple d’un homme à la recherche de la femme idéale s’achève par « l’horrible » révélation que l’heureuse élue est en réalité un homme travesti qui le couvre de baisers.</p>
<p>Les historiens du cinéma ont mis un point d’honneur à montrer que toute ambiguïté dans ces films était au mieux accidentelle, au pire malveillante. On n’a jamais trouvé aucune preuve que le film de Dickson s’intitulait <em>The Gay Brother </em>comme le prétendait Russo, et il n’était à l’époque pas nécessairement équivoque pour deux hommes de danser ensemble. Les archives de Méliès montrent que la lune était genrée au féminin dans le scénario original du film. Quant à <em>Meet Me at the Fountain</em>, c’était le premier d’un des nombreux films de travestis à jouer de la panique homosexuelle comme ressort comique. Mais au fond&nbsp;: qu’importe l’intention pourvu qu’on ait l’ivresse&nbsp;? L’ambiguïté n’a pas besoin d’être dans l’œil de celui qui fait le film, tant que l’œuvre offre la possibilité à celui qui la regarde d’en déceler les traces&nbsp;: la perspective <em>queer </em>sur le cinéma a toujours, comme le formule Adrienne Boutang, relevé d’une «&nbsp;<em>pratique analytique d’opposition</em>&nbsp;» décelant «&nbsp;<em>au sein des textes filmiques, des ambivalences et des failles significatives</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332460_452('footnote_plugin_reference_332460_452_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_332460_452('footnote_plugin_reference_332460_452_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332460_452_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332460_452_2" class="footnote_tooltip">Adrienne Boutang et al., <em>L’Analyse des films en pratique</em><em> : 31 exemples commentés d’analyse filmique</em>, Malakoff, Armand Colin, 2018, p. 18‑19<em>.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332460_452_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332460_452_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» C’est précisément ce que montre le documentaire inspiré par le livre de Vito Russo&nbsp;: faute de se voir explicitement représenté à l’écran, on a appris à décoder les sous-entendus volontaires ou involontaires cachés en plein cœur d’œuvres qui prétendaient que l’homosexualité n’existait pas. Les représentations explicites et les films militants pro-gay viendraient bien plus tard (notamment le célèbre <a href="https://www.youtube.com/watch?v=mMz3FmcnpbI" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Différent des autres</em></a> de 1919), mais cela n’enlève absolument rien au trouble authentique suscité par cette première danse.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332460_452();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332460_452();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332460_452">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332460_452" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332460_452('footnote_plugin_tooltip_332460_452_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332460_452_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jusqu’au début des années 1950, on ne les a pratiquement vus que dans les <em>race films </em>produits par des indépendants à l’écart de Hollywood et pour la plupart perdus ou détruits depuis.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332460_452('footnote_plugin_tooltip_332460_452_2');"><a id="footnote_plugin_reference_332460_452_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Adrienne Boutang et al., <em>L’Analyse des films en pratique</em><em> : 31 exemples commentés d’analyse filmique</em>, Malakoff, Armand Colin, 2018, p. 18‑19<em>.</em></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332460_452() { jQuery('#footnote_references_container_332460_452').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332460_452').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332460_452() { jQuery('#footnote_references_container_332460_452').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332460_452').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332460_452() { if (jQuery('#footnote_references_container_332460_452').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332460_452(); } else { footnote_collapse_reference_container_332460_452(); } } function footnote_moveToReference_332460_452(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332460_452(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332460_452(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332460_452(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/">Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Juste une illusion</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332360</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la comédie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&#160;? Juste une illusion, leur dernier film, permet de faire le point. C’est la première fois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/" title="Read  Juste une illusion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la com</em><em>édie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&nbsp;</em><em>? </em>Juste une illusion<em>, leur dernier film, permet de faire le point.</em></p>
<p>C’est la première fois que le titre d’un film d’Éric Toledano et Olivier Nakache n’affiche pas une limpidité en symbiose avec la rondeur du <em>feel-good movie</em> propre à leur cinéma. Quelle est au juste «&nbsp;l’illusion&nbsp;» en question&nbsp;? Il s’agit d’abord d’un motif. Le film se passe en 1985 et se concentre sur une petite famille de la banlieue parisienne, les Dayan – et plus particulièrement sur le cadet, Vincent (Simon Boublil), alors que se profile sa bar-mitsvah. L’intrigue oscille entre la chronique d’une sortie douce-amère de l’enfance et le portrait familial, avec une place comique de choix accordée au leitmotiv du faux. Yves, le père (Louis Garrel), est un cadre au chômage qui cache à ses enfants (ou du moins croit cacher) qu’il a été licencié de sa boîte&nbsp;; Vincent ment pour séduire Anne-Karine, son béguin au collège ; il porte une doudoune rose teintée en noir (car le modèle est moins cher)&nbsp;; avec sa bande d’amis, il se procure un film porno baptisé «&nbsp;La Ruée vers Laure&nbsp;» qu’il dissimule dans un jeu d’échecs, etc. L’illusion, c’est aussi plus largement le vernis rétro du film, qui reconstitue avec délectation le milieu des années 1980 et le présente comme un âge d’or paradoxal&nbsp;: le chômage bat son plein, la crise n’est pas loin, mais il est encore possible de s’élever socialement, les femmes commencent à prendre du galon dans les entreprises (Sandrine, la mère de famille jouée par Camille Cottin) et la jeunesse se mobilise autour de SOS Racisme et de son slogan «&nbsp;Touche pas à mon pote&nbsp;». On commence à le voir&nbsp;: <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-annee-difficile/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une fois encore</a>, Toledano et Nakache font de la comédie un terrain de jeu qui n’est pas exempt de considérations politiques, même si la politique s’exprime souvent chez eux sur le mode de l’inconscient (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sens-de-la-fete/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Sens de la fête</a></em> et sa vision de l’entreprise).</p>
<h2>Ma place dans le trafic</h2>
<p>Comment faire société ? C’est l’une des questions centrales du duo de réalisateurs, apôtres d’un vivre-ensemble rassembleur, mais moins innocent qu’il n’en a l’air. Elle s’articule au début du film autour de la notion de « place ». Yves a doublement perdu la sienne : premièrement son poste de « cadre », dont il s’enorgueillit – pour ce juif d’origine marocaine, c’est un insigne à plastronner –, puis sa place de parking, modifiée par le concierge du HLM, M. Berger (Pierre Lottin). Ce dernier, avec sa simplicité mal dégrossie (homme à tout faire, il se démarque surtout par sa conjugaison hasardeuse), constitue une présence presque menaçante dans l’espace de son foyer où, en qualité de réparateur, il fait montre d’une virilité et d’une aisance dont Yves est dépourvu. La piste du conflit, pur moteur comique, ne sera pas creusée sur un versant dramatique. On y devine pourtant une angoisse d’être remplacé, d’autant que Berger aide Sandrine à installer un ordinateur qui pourrait permettre à celle-ci de prendre la place du chef de famille, octroyant au foyer le confort matériel auquel elle aspire (autre situation conflictuelle autour d’une « place » : celle de la chambre qu’on promet à Vincent, lequel doit en attendant partager celle de son grand frère). Même l’intrigue amoureuse entre Vincent et Anne-Karine est travaillée par un conflit non seulement de classe, mais aussi d’origine : fille d’un père conservateur (genre catho tradi) qu’elle ne supporte pas, elle s’amuse de la possibilité de sortir avec un Arabe ou un Juif pour le faire enrager. Ce qui fait bien les affaires de Vincent, puisqu’il est les deux.</p>
<p>Comme souvent, Toledano et Nakache frottent leur programme comique à cette matière abrasive jusqu’à un certain point, avant de prendre la tangente. Cette tangente est ici littérale et précise le rapport du film à «&nbsp;l’illusion&nbsp;», à ce stade du récit encore un peu flou. Dans une scène accompagnée par «&nbsp;Ma place dans le trafic&nbsp;» de Francis Cabrel, Yves attend pour un entretien d’embauche dans une salle peuplée de cadres dans le même cas que lui&nbsp;: des pères de famille revêtant l’uniforme costard-imper, qui encerclent avec angoisse chaque petite annonce présente dans <em>Le Figaro</em> ou <em>Les É</em><em>chos</em>. Le désarroi du personnage face à la concurrence accouche d’une bascule&nbsp;: Yves s’enfuit en courant dans les couloirs de l’entreprise, tandis qu’en montage alterné, Sandrine commence à danser seule chez elle au son de «&nbsp;I’m so excited&nbsp;». Défait, son époux rentre alors à l’appartement et la découvre en train de se déhancher. Mais l’énergie positive de Sandrine l’emporte sur sa sinistrose, au même titre que la seconde chanson remplace la première. À rebours de la confrontation que semblait alors installer le scénario, Yves lâche sa serviette et son manteau, pour rejoindre Sandrine dans sa frénésie. À partir de là, le film commence à détendre les fils de la conflictualité pour se brancher sur une énergie collective qui adoucit les contours de cette famille où l’on se disputait jusqu’alors beaucoup. Autrement dit, aux petits tracas du réel, Toledano et Nakache opposent une logique de fuite, qui prend différentes formes&nbsp;: les vertus de la suspension, de l’artifice, du miracle (Yves dit y croire, avant de décrocher une jolie somme dans un jeu radio) et du «&nbsp;rêve d’un autre monde&nbsp;» que chante alors le groupe Téléphone sur la place de la Concorde, après un discours d’Harlem Désir, fondateur de SOS Racisme. Même si là encore, des petites scènes rappellent le fond idéologique brassé par les fluctuations de l’intrigue&nbsp;: le mariage de Sandrine et d’Yves semble ainsi sauvé pour de bon lorsque la première obtient à son tour le statut de cadre.</p>
<h2>Juste un symptôme</h2>
<p>Le choix des années 1980 est à ce titre à double tranchant, voire un peu ambivalent. S’il est certes le terreau de gags qui placent <em>Juste une illusion</em> plutôt dans le haut du panier de la filmographie des deux réalisateurs, il pose aussi question en miroir du présent dans lequel sort le film. Pourquoi 1985 ? Il y a certes le chômage et le SIDA (dont il est fait mention, d’une manière aussi rapide qu’anecdotique), mais au fond cette époque, qui correspond à l’enfance des réalisateurs, apparaît comme une oasis perdue ; une époque précédant la première percée de taille de l’extrême droite, aux législatives de 86 ; une époque où l’on peut encore être cadre et devenir copain avec son concierge aux remarques racistes et innocemment antisémites (le bon bougre sera même invité à la bar-mitsvah de Vincent) ; une époque où il faisait, en somme, plutôt bon vivre. Et l’on finit par comprendre que le titre est une invitation, à moitié assumée, lancée au spectateur qui tire la gueule devant l’actualité, de se réfugier dans la tiédeur molletonnée d’une salle de cinéma pour un shot de soleil et de « jours heureux ». Un détail parmi d’autres en atteste : dans l’ouverture de « La Ruée vers Laure » (le porno évoqué plus haut), on aperçoit les deux réalisateurs qui s’amusent à jouer les valets en livrée, clin d’œil qui vaut aussi comme une profession de foi – l’euphorie est dans le faux.</p>
<p>Mais un autre jeu post-moderne montre aussi, cette fois de manière inconsciente, la part d’aveuglement et de déni que représente pareille entreprise. C’est la première image du film, son premier gag&nbsp;: en amont du générique, on voit défiler les logos des sociétés productrices comme elles apparaissaient dans les années 1980 (à l’exception, bien sûr, de celui de Disney +). Celui qui ouvre le bal est Canal + (chaîne lancée, ça tombe bien, en 1984), avant que le fameux brouillage qui a rendu la chaîne célèbre ne parasite le logo. Beau symptôme de ce film, qui s’ouvre donc avec la nostalgie d’un Canal + antérieur à l’ascension de Bolloré et de son empire médiatique. Sur l’écran de sa télé, Sandrine regarde avec tendresse défiler une France qui n’existe plus vraiment, où la foule se rassemble pour célébrer la différence et la diversité. Caractéristique emblématique de Toledano et Nakache&nbsp;depuis au moins <em>Intouchables</em> (sur un mode inconséquent) et <em>Samba</em> (avec des intentions humanistes plus affichées)&nbsp;: ils s’emparent, parfois avec une certaine audace, de sujets ou de champs politisés pour mieux leur substituer un tableau radieux, un monde dans lequel on aurait supposément envie de se glisser, une heure ou deux, pour «&nbsp;faire pause&nbsp;». Programme charmant, une fois encore mieux tenu que les précédentes réalisations du duo, mais dont le mirage repose sur une dépolitisation pour le coup tout à fait volontaire.</p>
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		<title>Good Luck Have Fun Don’t Die</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-luck-have-fun-dont-die/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tout commence dans un diner, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rockwell) qui annonce venir du futur dans le but de trouver sept personnes à même de stopper la création d’une IA responsable de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-luck-have-fun-dont-die/" title="Read  Good Luck Have Fun Don’t Die">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout commence dans un<em> diner</em>, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rockwell) qui annonce venir du futur dans le but de trouver sept personnes à même de stopper la création d’une IA responsable de la fin du monde. Capable de voyager dans le temps autant de fois que nécessaire, il explique également que ses nombreuses tentatives lui ont permis de se rapprocher, peu à peu, de la composition du groupe parfait. S’engage alors une aventure articulée entre deux types de scènes&nbsp;: d’une part, des flashbacks narrant les événements les plus récents de la vie des membres de cette équipe bricolée, et de l’autre, des scènes consacrées à l’accomplissement de leur mission.</p>
<p>Les premières tissent de petites histoires mêlant technologie et fantastique, à la manière d’un <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/black-mirror-bandersnatch/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Black Mirror </em></a>bouffon. Dans l’une d’entre elles, des lycéens zombifiés par leurs smartphones attaquent des professeurs qui, pour se défendre, bricolent des armes sur le modèle des pistolets de <em>Mars Attacks&nbsp;!. </em>Le film de Tim Burton est d’ailleurs cité par le personnage inventeur du gadget, avant d’autres clins d’œil à la science-fiction des années 1980–90. Ce trait atteste du problème majeur du film&nbsp;: son regard daté. Verbinski a beau aligner les signes de contemporanéité, il n’en tire qu’un pastiche peu inspiré – cf. cette vision d’une IA maléfique, triangle lumineux sur un écran en mesure d’hypnotiser instantanément celui qui le regarde.</p>
<p>Les scènes « au présent » ne sont guère plus convaincantes. Les péripéties du groupe, qui progressent vers un endroit inconnu pour mener une quête aux contours flous (les personnages n’apprenant que tardivement comment vaincre l’IA), adoptent un style cartoonesque et parfois gore rappelant le cinéma d’Edgar Wright. Mais le ton se veut ici plus mordant : le voyageur du futur, qui peut décider de repartir dans le passé à tout moment si les choses tournent mal, prend des allures de Monsieur loyal commentant l’action et le sort, parfois funeste, de ses compagnons maladroits. Ce détachement, ajouté à la démesure dont fait preuve peu à peu le récit, participe d’une déréalisation de plus en plus profonde, au point que l’on soupçonne rapidement que l’intrigue se passe dans un jeu vidéo ou une réalité virtuelle, voire une matrice façonnée par l’IA. Cette piste peine toutefois à produire des visions : malgré la bizarrerie de certaines situations, la pauvreté de l’imaginaire proposé prive cette étrange odyssée de toute apparition un tant soit peu surprenante. Ni inquiétant, ni drôle, le film de Verbinski, dont le logiciel paraît bien obsolète, ne fait qu’aligner des visions criardes et périmées.</p>
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		<title>Hayat</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hayat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Zeki Demirkubuz, connu en Turquie pour sa rivalité de longue date avec Nuri Bilge Ceylan, n’avait jamais vu l’un de ses films sortir en France. Avec Hayat, Demirkubuz porte à l’écran un projet longtemps différé,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hayat/" title="Read  Hayat">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Zeki Demirkubuz, <a href="https://www.duvarenglish.com/tension-between-acclaimed-turkish-directors-ceylan-demirkubuz-heightens-news-63565" target="_blank" rel="noopener noreferrer">connu en Turquie pour sa rivalité de longue date avec Nuri Bilge Ceylan</a>, n’avait jamais vu l’un de ses films sortir en France. Avec <em>Hayat</em>, Demirkubuz porte à l’écran un projet longtemps différé, l’idée du scénario remontant à plus de trente-cinq ans. Ce temps de maturation se reflète dans un film qui semble à la fois synthétiser certains motifs récurrents de son cinéma et tenter un déplacement, en centrant le récit sur une figure féminine, Hicran (initialement le film devait même porter son nom), là où l’œuvre de Demirkubuz s’est majoritairement construite autour d’hommes en crise. Mais cette tentative se heurte à une contradiction plus profonde : <em>Hayat</em> entend explorer l’intériorité de son personnage féminin tout en conservant une mise en scène enfermée dans un regard masculin.</p>
<p>La première partie est focalisée sur Riza, le fiancé d’Hicran, avant que celle-ci ne s’enfuie la veille de leur mariage arrangé. Le personnage s’inscrit dans la continuité des héros du cinéaste : solitaires, rêveurs et obsessionnels. En face, Hicran, centrale dans les deux autres tiers du récit, demeure inaccessible : son regard, souvent dirigé vers le hors-champ des scènes, suggère un désir d’évasion qui n’est jamais formulé. L’opacité du personnage, source de fantasmes masculins de toutes sortes (entre jalousie et soupçons) constitue moins une énigme féconde qu’il ne trahit l’incapacité du film à adopter pleinement son point de vue, comme si elle restait condamnée à n’exister qu’à travers les projections des hommes qui tentent de la cerner. On ne saurait reprocher à Demirkubuz de revenir une fois de plus aux tourments masculins et à leur violence structurelle. Mais le film semble esquisser une attention à la détresse d’Hicran sans jamais nous y donner accès : nous ne savons rien de ce qu’elle pense des violences qu’elle subit, ni de Riza, ni de son père, ni de l’homme avec qui elle s’est enfuie.</p>
<h2>Le regard empêché</h2>
<p>La mise en scène de Demirkubuz s’est toujours distinguée par sa rigueur asphyxiante, presque sadique, qui fait de chaque plan fixe un piège refermé sur les personnages. Or ici, elle paraît relever d’un flottement. La relative épure formelle qu’elle affiche, avec ces longs plans fixes sur des dialogues laconiques qui s’effacent au profit de silences insistants, contribue à maintenir Hicran à distance, tout en installant le film dans une forme d’atonie diffuse. À force d’entretenir l’ambiguïté, le film s’évapore&nbsp;: là où les cadres rigides de Demirkubuz écrasaient autrefois ses personnages, ils semblent ici simplement les laisser dériver.</p>
<p>Le dénouement (<i><span style="font-weight: normal !msorm;">attention, </span></i><em>spoiler</em>) voit Hicran finalement mariée à Riza, enceinte, après que le personnage a assassiné l’homme avec qui elle était partie. Cette fin peut se lire à la fois comme un <em>happy end</em> ironique (suggéré par l’apparente sérénité de la jeune femme) ou comme une résignation tragique, tant la stabilité affichée repose sur la violence qui l’a précédée. La dernière séquence fait pencher le pendule plutôt vers la deuxième hypothèse : à la question de Riza sur un rêve d’Hicran, celle-ci ne répond pas, tandis que la voiture s’enfonce dans un tunnel, plongeant les deux personnages dans l’obscurité. Fidèle à la tonalité sombre de son cinéma, Demirkubuz substitue à toute résolution claire une image d’effacement, celle d’une intériorité féminine suggérée mais jamais atteinte, laissée dans l’ombre d’un récit qui, jusqu’au bout, n’aura cessé de la contourner.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : 1941</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-1941/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 17:05:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En amont de la sortie de Disclosure Day en juin, le ciné-club Critikat vous invite à découvrir ou à redécouvrir la version longue de 1941, l’un des films les plus injustement mal considérés de Steven...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-1941/" title="Read  Ciné-club Critikat : 1941">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En amont de la sortie de <em>Disclosure Day</em> en juin, le ciné-club Critikat vous invite à découvrir ou à redécouvrir la version longue de <em>1941</em>, l’un des films les plus injustement mal considérés de Steven Spielberg. La séance aura lieu <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2200759-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 20 avril à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> et sera suivie d’une discussion animée par Josué Morel et Marin Gérard.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-332468 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<item>
		<title>Romería</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/romeria-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le nouveau film de Carla Simón n’est pas sans lien avec Été 93, son premier long-métrage qui creusait déjà une veine autobiographique : comme la petite Frida et désormais l’héroïne de Romería, la cinéaste n’a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/romeria-2/" title="Read  Romería">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nouveau film de Carla Simón n’est pas sans lien avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ete-93/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Été 93</em></a>, son premier long-métrage qui creusait déjà une veine autobiographique : comme la petite Frida et désormais l’héroïne de <em>Romería</em>, la cinéaste n’a jamais connu ses parents, tous deux morts du SIDA dans les années 1980. Dès le début de son voyage en Galice pour rencontrer la famille de son père biologique, Marina, qui aspire à devenir cinéaste, filme son arrivée dans le port de Vigo à l’aide d’un caméscope. En faisant de cette jeune femme son alter ego, la réalisatrice envisage donc la mise en scène comme le moyen d’accéder à un passé familial chimérique. Mais on regrette dès le début la littéralité appuyée du geste métafilmique de Simón. L’enquête familiale – où vivaient ses parents ? En quelle année sont-ils vraiment décédés ? – est accompagnée de prises de vues opérées par Marina, auxquelles s’ajoute la lecture du journal intime de sa mère défunte.</p>
<p>En filmant les lieux habités par deux êtres qu’elle n’a jamais connus, Marina produit ses propres souvenirs, comblant les images manquantes de son imaginaire. Bien que séduisante, l’idée s’épuise vite et le décrochage narratif qui survient aux deux tiers de l’intrigue peine malheureusement à&nbsp;lui donner un second souffle. Le passé des parents toxicomanes de Marina, jusqu’ici tout juste entrevu, se matérialise alors par une longue séquence fantasmée. Après avoir suivi un chat apparu une première fois dans l’ancien voilier de son père, Marina gravit une échelle pour accéder au toit de l’immeuble qu’habitaient ses parents. Allongés dans deux transats, les interprètes de Marina et de son cousin, Llúcia Garcia et Miguel Robles, s’apprêtent à&nbsp;rejouer les scènes évoquées dans le journal intime maternel. On retrouve à&nbsp;cet endroit le même principe que dans <em>Letter to My Mother for My Son, </em>un court-métrage de 2022, où la cinéaste inventait une rencontre avec sa mère biologique. Mais ici, la recherche des traces de son passé se révèle moins inspirée : la reconstitution de sa propre histoire paraît étouffer sa mise en scène.</p>
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		<item>
		<title>Politique de Toledano et Nakache</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/politique-de-toledano-et-nakache/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la comédie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&#160;? Juste une illusion, leur dernier film, permet de faire le point.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la com</em><em>édie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&nbsp;</em><em>? </em>Juste une illusion<em>, leur dernier film, permet de faire le point.</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>The World is Full of Secrets / An Evening Song (For Three Voices)</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-is-full-of-secrets-an-evening-song-for-three-voices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La sortie conjointe de The World is Full of Secrets et An Evening Song (For Three Voices), les deux premiers films de Graham Swon (réalisés respectivement en 2018 et 2023), offre l’occasion de découvrir en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-is-full-of-secrets-an-evening-song-for-three-voices/" title="Read  The World is Full of Secrets / An Evening Song (For Three Voices)">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La sortie conjointe de <em>The World is Full of Secrets </em>et <em>An Evening Song (For Three Voices)</em>, les deux premiers films de Graham Swon (réalisés respectivement en 2018 et 2023), offre l’occasion de découvrir en France un cinéaste indépendant américain au style déjà affirmé. Celui-ci tient à la rencontre entre une volonté d’investir des formes narratives singulières (le récit oral pour le premier, le flux de conscience pour le second) et un goût certain pour l’expérimentation plastique. Si cette recherche formelle passe dans <em>An Evening Song</em> par l’invention d’une caméra conçue sur mesure, produisant une texture granuleuse et un vignettage du cadre, elle se manifeste surtout dans les deux films par l’usage quasi systématique du fondu enchaîné. En découle un montage liquide, par lequel les contours des images se dissolvent les uns dans les autres, qui rend la temporalité plus vaporeuse et déplace le récit vers l’espace du rêve. Que les deux œuvres se déroulent dans le passé (1996 pour <em>The World is</em><i>…</i>, l’entre-deux-guerres pour <em>An Evening Song</em>) et prennent la forme du huis clos n’est pas anodin : elles évoluent surtout dans un espace mental, hors du temps et du monde.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p><em>The World is Full of Secrets</em> est narré par une vieille dame à la voix éraillée, qui raconte en off ses souvenirs d’une journée de son adolescence passée avec plusieurs de ses amies. La nature diffuse des images retranscrit la fragilité du souvenir, ce que suggère un passage où la narratrice avoue ne plus se rappeler exactement un dialogue : aussitôt, l’image s’assombrit et le son s’estompe, comme si le plan était traversé par l’oubli. La logique de la réminiscence n’est toutefois pas strictement respectée, puisqu’à plusieurs reprises apparaissent des scènes que la conteuse n’a pas vécues. Graham Swon joue volontairement de cette ambiguïté, et ce n’est d’ailleurs qu’au milieu du film que l’on parvient à identifier avec certitude la narratrice parmi les cinq jeunes filles. Ce flou déplace l’enjeu : l’image mentale relève moins de la réminiscence que de la fantasmagorie. Davantage qu’une histoire personnelle, le film devient une méditation plus large sur une innocence perdue. Au début, les fondus enchaînés entrecroisent les visages et les corps des jeunes filles en train de se maquiller, de s’appliquer du vernis ou de jouer avec leurs mèches de cheveux, composant un petit condensé iconographique de la figure de l’adolescente, dans la lignée de <em>Virgin Suicides</em> ou de son modèle affirmé, <em>Pique-nique à Hanging Rock</em>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span> L’indication de l’année 1996 sur l’écran-titre, combinée à la présence d’un téléphone filaire dans le premier plan puis d’une pile de cassettes VHS posée sur un téléviseur cathodique, ancre par ailleurs symboliquement le récit dans un «&nbsp;temps de l’avant&nbsp;», celui d’un siècle finissant qui coïncide avec l’enfance du cinéaste.</p>
<h2>L’innocence ambivalente</h2>
<p>À ce temps de l’innocence répond une certaine innocence de la fiction, incarnée ici par la dimension orale du récit. Suite à la proposition, formulée par l’une des cinq amies, de se raconter des histoires effrayantes, le film accueille plusieurs récits enchâssés. Graham Swon opère dans cette perspective un choix radical en filmant deux de ces histoires <em>in extenso</em> chacune en un gros plan fixe (de vingt minutes, puis de quarante minutes), focalisé sur le visage de leurs conteuses respectives. Le procédé invite ici à appréhender le cadre comme une surface sur laquelle le public projette ses propres représentations mentales, produites par les récits des jeunes filles. De brèves surimpressions du visage des auditrices sur celui de la conteuse viennent ponctuellement prolonger ce principe, pour rendre sensible l’accès à l’imaginaire permis par la longueur du plan. Le pari demeure néanmoins risqué, tant il délègue au spectateur, sur le mode de l’installation, la tâche de remplir le cadre. Si le geste a donc ses limites, il trouve toutefois sa force dans un minimalisme qui évite la séduction. Ce faisant, le film rompt avec un rapport fétichiste au merveilleux, qui convoquerait une imagerie archaïque dans une perspective vaguement onirique, pour s’affirmer comme une mise à l’épreuve de l’imagination, un acte de foi envers les puissances de la parole et de la fable. Ces plans actent également un glissement de la fiction vers le documentaire sur les jeunes comédiennes au travail, dont le monologue est autant adressé à l’auditoire fictif qu’aux spectateurs. On se plaît alors à observer leurs différentes stratégies d’oratrices, qu’il s’agisse de leurs effets d’annonce, des adresses à l’assistance pour s’assurer de son attention, ou encore de l’ajout malicieux de petits détails, toujours plus cruels, qui renforcent la dimension tragique de leur histoire.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Ce glissement de la mise en scène est d’autant plus étonnant que la narratrice annonçait d’emblée qu’un événement dramatique viendrait mettre un terme définitif au bonheur naïf des adolescentes. Les longues minutes passées à regarder leurs visages et à écouter leurs histoires permettent de comprendre le véritable enjeu du film : en dépit des avertissements de la voix off, le film ne s’achemine pas vers ce drame imminent, mais cherche plutôt à suspendre et à étirer au maximum le temps qui le précède. Les deux longues prises révèlent dès lors leur ambivalence, participant conjointement de la célébration d’un visage et de son embaumement. L’idée est renforcée par la composition des cadres : dans l’un, deux bougies placées sur les bords droit et gauche enserrent étrangement le visage ; dans l’autre, une forme évoquant une croix se détache à l’arrière-plan, tandis qu’une image du ciel se surimprime sur le visage de la jeune fille à l’issue de son récit. Dans les deux cas, la manière de saisir les visages fait penser à une photographie posée sur une tombe, impression qui émanait déjà d’un autre plan-portrait plus tôt dans le film, dont la partie inférieure était bordée par des fleurs rouges. À l’échelle du film, cette dimension spectrale émerge autant de la structure rétrospective du récit, qui laisse entendre que certains personnages sont peut-être morts depuis, que de la façon dont les adolescentes jouent à se faire peur. Cette inquiétude ne se réduit pas à une simple variation sur le cinéma de genre : elle constitue surtout une manière de saisir l’ambivalence mélancolique propre à l’innocence, dont la beauté se déploie toujours dans l’anticipation de sa perte.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332397 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="689" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-300x81.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-1024x275.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-768x207.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-1536x413.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-2048x551.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-980x264.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-2000x538.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Impermanence</h2>
<p>Cinq ans après <em>The World is Full of Secrets</em>, Graham Swon prolonge ses expérimentations formelles et narratives avec <em>An Evening Song (For Three Voices)</em><i>. </i>Situé dans les années 1930, il met en scène un triangle amoureux entre Barbara et Richard Fowler, un couple récemment installé dans le Midwest, et leur bonne, fervente religieuse et grande brûlée. Mais le drame amoureux mâtiné de fantastique importe finalement peu : Swon s’intéresse avant tout à la transposition cinématographique de certains modes d’écriture de la littérature moderne anglo-saxonne. Les trois voix du titre renvoient ainsi à l’usage polyphonique de la voix off grâce auquel les points de vue des personnages ne cessent de s’entrecroiser. À la manière des flux de conscience de Virginia Woolf, le récit s’atomise en une succession de pensées fragmentaires, de microrécits de rêves et de souvenirs, traduisant la dilution des personnages dans un flot de perceptions évanescentes. Barbara dira ainsi en off : «<em>Si on se considère comme fait de pure matière et qu’on passe outre la vanité de l’individualité, se dissoudre n’est pas difficile, c’est seulement une redistribution de l’énergie.&nbsp;</em>» Graham Swon donne à éprouver ce sentiment à travers les fondus enchaînés par lesquels le tissu de la réalité semble se défaire en une multitude de sensations, ce que figure par exemple une surimpression où la boîte crânienne d’un personnage paraît s’ouvrir pour laisser affleurer les arbres d’un paysage pastoral. Comme le suggère l’utilisation continue d’une bande originale d’<i>ambient</i> composée par Rachel Evans, le film entend produire sur son spectateur cette même expérience vaporeuse et onirique. S’il produit quelques visions fulgurantes, le projet bute cependant sur un écueil : porté par des acteurs à la beauté assez lisse et endimanchés dans leurs costumes d’époque, le mélodrame rapidement ébauché ressemble trop à un prétexte. Les enjeux confinent à l’artifice, comme en témoigne l’évocation d’une mystérieuse créature maléfique (qui n’apparaîtra jamais à l’écran), dont le rôle est d’injecter un peu trop commodément une part d’ombre dans le récit. La frustration que peut susciter cette dérive vers l’exercice de style est toutefois compensée par la bonne nouvelle qu’apportent ces deux premiers longs-métrages : l’apparition d’un nouveau nom à suivre dans le paysage du cinéma indé américain, bien décidé à sortir des sentiers battus.</p>
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		<title>La fabrique de la couleur</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/la-fabrique-de-la-couleur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ?</p>
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		<title>Le Cri des gardes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cri-des-gardes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2022, dans Stars at Noon, Claire Denis avait déjà démontré qu’elle éprouvait plus d’intérêt pour le corps de ses jeunes acteurs que pour le cadre nicaraguayen, qu’elle diluait, entre deux étreintes, dans une intrigue...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cri-des-gardes/" title="Read  Le Cri des gardes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2022, dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/stars-at-noon-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Stars at Noon</em></a>, Claire Denis avait déjà démontré qu’elle éprouvait plus d’intérêt pour le corps de ses jeunes acteurs que pour le cadre nicaraguayen, qu’elle diluait, entre deux étreintes, dans une intrigue politique confuse et maladroite. Dans <em>Le Cri des gardes</em>, même le corps, le fameux cinéma du corps cher à la cinéaste, rend les armes. <em>&nbsp;</em>Si la mise en scène de <em>Stars at Noon</em> était flasque, celle du <em>Cri des gardes</em> est quant à elle raide comme un piquet, ou comme ses deux protagonistes, Horn (Matt Dillon) et Alboury (Isaach de Bankolé), dressés des deux côtés d’une grille pendant presque l’ensemble du récit. Le point de départ de la pièce de Bernard-Marie Koltès dont le film est adapté, <em>Combat de nègre et de chiens</em>, cochait pourtant toutes les cases du film denisien : dans un immense chantier français installé en Afrique subsaharienne, un homme noir vient demander le cadavre de son frère, Nouofia (Brian Begnan), le jour même où Leone (Mia McKenna Bruce), la nouvelle épouse du patron, arrive depuis l’Europe. Tout le potentiel dramatique de cette histoire consistait à voir deux corps étrangers, qui n’avaient pas vocation à se rencontrer, à interagir et à parasiter les lois tacites d’un chantier peuplé d’hommes blancs. C’est le moindre souci du <em>Cri des gardes</em>&nbsp;: il n’y a pas, à proprement parler, de rencontre entre les personnages, seulement des échanges protocolaires entre Blancs et Noirs, entre patron et employés ou entre hommes et femmes. D’où une forme qui se limite le plus souvent à des champs-contrechamps, réduisant considérablement l’agentivité des personnages et la gamme de jeu des acteurs qui, pour la plupart, posent&nbsp;: sous la lumière crue des appartements de fonction ou celle, chaude, du chantier, le regard vide, habillés en Anthony Vaccarello (encore un film victime des productions Saint Laurent&nbsp;!). Mais c’est certainement ce que le film fait d’Isaach de Bankolé qui reste le plus regrettable&nbsp;: relégué aux marges du chantier, il est présenté comme un personnage principal tout en étant traité comme une figure secondaire, qui n’intègre jamais la troupe des acteurs anglophones, à rebours de l’hétérogénéité que semblait travailler le récit.</p>
<p>Voilà ce qu’on pourrait appeler un cas critique : il est difficile de reprocher à une autrice de ne pas aller jusqu’au bout d’une histoire qui était faite pour elle, en particulier lorsque ses derniers films ont été décevants. Denis aurait-elle souhaité faire un pas de côté, marquer une rupture dans sa production cinématographique ? Pourtant, le film épouse bien la vision du monde que propose la cinéaste depuis ses débuts, à savoir que tout espace est promis à un devenir-carcéral. Quoi de plus denisien que ces industriels français enfermés dans un chantier sur le déclin, censés être protégés par des gardes noirs qui, à la première faute, prendront la défense des leurs ? Même de ce matériau, Claire Denis tire peu de chose. Chez Koltès, le « cri des gardes » constitue une menace latente, le signe que les Blancs et les Noirs finiront par mener un combat à mort et que la justice envers Alboury ne sera jamais rendue. Dans l’adaptation, il ne sert qu’à créer une atmosphère oppressante, Denis préférant, à la fin, étouffer la lutte raciale (qui est le sujet de son film) dans une querelle de contremaîtres. Perdant son caractère politique, le film aurait de fait pu se dérouler dans n’importe quel espace clos. Il y a lieu de se demander pourquoi Claire Denis tient encore à filmer l’ailleurs, tant l’autre se réduit presque toujours au même.</p>
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		<title>La fabrique de la couleur : Florine Bel, color scientist</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film&#160;? En s’intéressant à des métiers variés,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/" title="Read  La fabrique de la couleur : Florine Bel, color scientist">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film&nbsp;? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Cinquième et dernière invitée : Florine Bel, color scientist au laboratoire MPC — TransPerfect, qui a notamment travaillé sur Les passagers de la nuit, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maria/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Maria</a> ou plus récemment <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vermiglio-ou-la-mariee-des-montagnes/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Vermiglio ou La Mariée des montagnes</a>.</em></p>
<p><b>En quoi consiste votre métier, quasiment inconnu du grand public, voire de certains professionnels du cinéma ? Comment êtes-vous devenue l’une des seules </b><em><b>color scientists </b></em><b>françaises ?</b></p>
<p>C’est pendant mes études à Louis Lumière que j’ai commencé à m’intéresser de près à la post-production : j’étalonnais de nombreux films de ma promo, je lisais régulièrement l’<em>American Cinematographer</em> [NDLR : la revue américaine de référence des chefs opérateurs] et je suivais en particulier le travail de Peter Doyle, un étalonneur assez novateur <a href="https://www.pictureshop.com/artists/peter-doyle" target="_blank" rel="noopener noreferrer">qui se présente comme « superviseur de l’étalonnage »</a>. À cette période, j’ai découvert l’<a href="https://acescentral.com/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ACES</a> (acronyme d’<em>Academy Color Encoding System</em>), un système de gestion des couleurs imaginé au moment où le numérique commençait à partir un peu dans tous les sens : les fabricants de caméras avaient leurs espaces couleurs respectifs, les écrans avaient des normes différentes et, surtout, on se demandait comment archiver numériquement les images avec un espace couleur et un encodage commun à tous les supports. Un comité technique s’est constitué autour de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences – notamment organisatrice des Oscars – qui a développé ce système de gestion des couleurs en <em>open source</em> pour qu’il puisse être utilisé par le maximum de personnes dans une perspective communautaire. L’ACES propose des espaces couleurs [NDLR : un espace couleur définit la gamme de couleurs disponible sur un support donné : caméra, écran, etc.] de travail (pour l’étalonnage, les effets spéciaux, l’archivage numérique) qui permettent de ne plus dépendre de l’espace couleur d’un constructeur caméra ou d’une technologie d’écran, surtout dans le cadre de projets qui mélangent plusieurs caméras et sont destinés à différents supports (cinéma, télévision, etc.). Il fournit les conversions d’espaces couleur nécessaires dans ces flux de travail numérique, qui permettent qu’une couleur filmée reste la même au cours du traitement de l’image.</p>
<p>Lors de mon premier poste dans un laboratoire, j’accompagnais les étalonneurs dans l’utilisation de cette chaîne ACES. J’ai élaboré ma méthode autour de cette notion d’accompagnement, avec l’ambition d’apporter une connaissance plus théorique des espaces couleur aux étalonneurs. Rapidement, j’ai voulu aller plus loin et j’ai commencé à créer des <em>looks</em>/LUTs, acronyme de <em>Look-Up Table</em>, c’est-à-dire un ensemble de préréglages qui conditionne la colorimétrie et le contraste d’une image. L’idée n’était pas de concurrencer les étalonneurs, mais d’avoir une vision différente de la leur, plus transversale, en proposant un traitement des couleurs suffisamment équilibré pour donner une tonalité commune à l’ensemble des images d’un film. Parmi les outils que j’utilise et qui permettent cette vision technique du traitement des images et des volumes de couleur, figurent des vecteurscopes (qui indiquent la distribution des couleurs sur une échelle circulaire) ou des waveformes (qui représentent la distribution de la lumière pour discerner facilement les éléments clairs et sombres).</p>
<div id="attachment_332264" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-332264" class="size-full wp-image-332264" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="586" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-300x69.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-1024x234.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-768x176.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-1536x352.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-2048x469.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-980x224.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-2000x458.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-332264" class="wp-caption-text">Affichage de la waveforme et du vecteurscope de l’image à gauche</p></div>
<p><b>Le terme </b><em><b>color scientist</b></em><b> a évolué avec l’histoire du cinéma : les fabricants de pellicule avaient déjà des </b><em><b>color scientists</b></em><b> qui déterminaient les teintes des films, voire accompagnaient les chefs opérateurs dans leurs choix.</b></p>
<p>À l’époque de la pellicule, des gens faisaient en effet ce travail d’accompagnement en indiquant aux chefs opérateurs la manière dont telle pellicule réagissait à telles couleurs ou à telle quantité de lumière. Natalie Kalmus, directrice artistique du Technicolor, en est la figure emblématique : elle accompagnait les cinéastes et chefs opérateurs dans l’utilisation du procédé pour garantir le meilleur rendu selon les spécificités de la pellicule. À cet égard, mon usage du terme <em>color scientist</em> traduit une sorte de renversement : l’idée est que la caméra numérique capture une image assez neutre, et que le <em>look </em>que je crée remplace le choix d’une pellicule. Cela dit, mes collègues <em>color scientists</em> étrangers ne travaillent pas tous de la même manière, certains se concentrent davantage sur l’accompagnement et le renforcement technique des styles élaborés par les étalonneurs. Pour ma part, j’investis beaucoup de ma personne dans les <em>looks</em>, selon mon goût et ma personnalité, de manière plus artistique.</p>
<p><b>Votre travail de création d’un style visuel ne déborde-t-il pas tout de même sur celui de l’étalonneur ?</b></p>
<p>Mon travail ne concerne que le traitement général des couleurs. L’étalonneur, lui, intervient sur tout le reste de l’image, bien plus en détail : la texture, la diffusion, le grain, le travail spatial dans l’image… Il y a beaucoup de choses à affiner, plan par plan, selon les demandes du chef opérateur. Aujourd’hui, je constate en outre une demande croissante de « beauty », c’est-à-dire de rectification des peaux, de suppression des aspérités, à la demande des acteurs ou de la production. Il est possible de faire tant de choses qu’on peut vite se retrouver dépassé. C’est là que se justifie mon travail en amont, qui évite de perdre trois ou quatre jours à tâtonner pour fixer une direction générale. Un <em>look</em> n’est pas un simple filtre, il donne une intention à l’image dans sa globalité. On pourrait rétorquer que certaines de mes propositions sont parfois trop subtiles, mais j’essaie toujours d’accompagner les couleurs. Le but est que l’étalonneur ne se retrouve pas à combattre le <em>look</em>, mais au contraire s’appuie dessus afin de sublimer le film.</p>
<p><b>Comment êtes-vous appelée sur un projet pour créer un </b><em><b>look</b></em><b> ?</b></p>
<p>La demande vient généralement de l’étalonneur ou du chef opérateur, bien en amont du tournage. On me résume le film avec l’appui de quelques éléments : l’ambiance, les décors, les personnages et, si possible, un scénario. Le cinéaste et le chef opérateur ont constitué un <em>moodboard</em> qui me permet de visualiser leurs souhaits de contraste et de couleur. Ensuite, selon les personnalités et les besoins, je peux travailler avec le chef opérateur et l’étalonneur simultanément ou séparément. Sur l’un de mes derniers projets, j’ai travaillé avec un chef opérateur que je connais bien ; de plus, il est à l’aise avec la technique et sait parfaitement tester les <em>looks</em> que je lui envoie, ce qui n’est pas toujours chose aisée – il faut savoir manipuler les logiciels. Nous avons donc d’abord travaillé à deux afin de déterminer une version aboutie du <em>look</em>. Dans d’autres cas, l’étalonneur peut jouer un rôle très actif dans la création de ce style, en partageant des références visuelles et écrites.</p>
<h2><b>Possibilités du numérique</b></h2>
<p><b>Vous parlez d’un certain rapport à la technique : pour un chef opérateur, travailler avec vous implique-t-il d’avoir une véritable culture du numérique, un désir d’investir ses possibilités ?</b></p>
<p>Je ne crois pas, cela implique surtout une volonté de penser l’image en amont du tournage, de réfléchir aux couleurs dès le début d’un projet. J’interviens sur des œuvres conçues dans des cadres de production variés, de séries pour France Télévisions à des films de cinéma, en passant par des productions HBO. Leur point commun est une certaine culture de la fabrication : bien sûr, tout le monde parle toujours un peu de la couleur, mais le fait que la production paie quelqu’un un mois avant le tournage pour créer un <em>look</em> suppose de discuter sérieusement des désirs pour l’image. Certains chefs opérateurs sont moins à l’aise sur les questions techniques du traitement des images, et dans ce cas j’adapte la manière dont je présente les essais.</p>
<p><b>Vos conseils portent-ils également sur le choix du matériel ?</b></p>
<p>Oui, les chefs opérateurs m’interrogent souvent sur la qualité des caméras, mais toute caméra numérique professionnelle correctement exposée fournit de bonnes images.&nbsp; Aujourd’hui, le choix d’une caméra repose surtout sur un enjeu d’ergonomie. Lorsqu’un chef opérateur me demande s’il vaut mieux tourner avec une Red, une Arri Alexa 35 ou une Sony Venice, je l’encourage à choisir celle avec laquelle il est le plus à l’aise, même s’il existe évidemment de légères différences. C’est l’avantage de travailler avec de nombreux chefs opérateurs : quand une nouvelle caméra sort, il y a toujours quelqu’un pour la tester, donc j’ai la chance de bénéficier d’essais dans des conditions différentes. Autre forme de conseil : je discute souvent de l’utilisation des filtres optiques, qui diffusent plus ou moins fortement l’image à la prise. Des logiciels de filtrage existent et sont extrêmement performants. A‑t-on dès lors besoin de recourir à des filtres sur le plateau, sachant qu’ils peuvent contraindre l’étalonnage et plus encore les effets spéciaux ? Pour quelques films cela peut faire sens, mais en général, je suggère de déléguer l’éventuelle étape de diffusion de l’image à la postproduction.</p>
<p><b>Votre travail se limite-t-il à l’écosystème numérique, ou intervenez-vous sur des projets tournés en argentique ?</b></p>
<p>Je travaille parfois sur des films photographiés sur pellicule. Il s’agit généralement de <em>looks</em> subtils, car le rendu des couleurs sur pellicule est assez marqué, mes propositions viennent simplement apporter de petites choses en plus sur certaines couleurs. Elles peuvent aussi permettre d’harmoniser les sources lorsque les films mélangent images argentiques et numériques.</p>
<p><b>Vous arrive-t-il de créer des </b><em><b>looks</b></em><b> dédiés à l’étalonnage de restaurations ?</b></p>
<p>Mon laboratoire œuvre à de nombreuses restaurations, et <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">comme le disait Jérôme Bigueur en ouverture de cette série d’entretiens</a>, les livrables sont souvent en HDR [NDLR&nbsp;: <em>High Dynamic Range</em>, une plage de couleurs étendue permettant des contrastes plus importants]. Les <em>looks</em> que je propose permettent d’obtenir un rendu HDR tout en limitant la brillance de l’image, ce qui dénaturerait complètement le film. Au début du HDR, beaucoup de gens considéraient qu’il ne fallait pas l’utiliser sur de la pellicule, mais un beau 35mm comme le Technicolor peut avoir une largeur chromatique proche du HDR.</p>
<h2><b>Un </b><em><b>look</b></em><b>, du début à la fin</b></h2>
<p><b>Sur les productions contemporaines, dans la mesure où vous rejoignez les projets très en amont du tournage, je suppose que vous disposez rarement de bouts d’essai tournés avec la caméra finale et sur les décors du film. Sur quelles images commencez-vous à travailler ?</b></p>
<p>En effet, je me sers principalement de ma propre banque d’images, constituée au fil des projets. Il s’agit de plans avec de nombreuses et différentes conditions de lumière, allant du plein jour à l’éclairage à la bougie, ce qui me permet de vérifier si mon <em>look</em> est cohérent. En l’appliquant à une large variété d’images, je peux voir si je sens la même envie, le même univers. Au contraire, si des saturations partent en vrille sur certaines couleurs, c’est qu’il y a un problème d’uniformité. Je demande aussi aux chefs opérateurs de filmer un bout d’essai avec une charte colorée qui montre précisément comment chaque couleur réagit. Quand je crée un <em>look</em>, j’essaie de penser à l’intégralité de la gamme chromatique, au rendu de chaque couleur et à ses multiples déclinaisons. Bien souvent, les intentions de départ du chef opérateur ne décrivent pas toutes les couleurs. Dans ce cas, je propose des choses : par exemple, je suggère tels bleus parce qu’ils collent bien à l’histoire, en montrant la façon dont je peux les faire varier. C’est tout l’avantage des niveaux de couleur disponibles en numérique : on dispose d’une latitude importante pour travailler en finesse chacune des teintes. J’attends cependant de disposer de bouts d’essai du film avant de présenter mon travail au chef opérateur. Il faut qu’il ait vu la situation tournée, qu’il ait perçu la lumière et filmé l’image pour comprendre l’effet de mon <em>look</em> sur les couleurs.</p>
<p><b>Comment ce travail de création visuelle dialogue-t-il avec les autres postes artistiques qui façonnent la couleur des images, comme les costumes ?</b></p>
<p>Lors des essais costumes, l’équipe regarde le rendu en direct avec un <em>look</em> de travail. En général, à ce moment-là, les costumiers se rendent compte qu’ils peuvent accentuer une couleur, parce que l’image les emmène autre part. Il m’est arrivé de faire des tests sur des costumes que la costumière devait encore patiner car ils étaient trop colorés. En voyant l’essai avec le <em>look</em>, elle s’est rendu compte qu’elle n’avait pas besoin de cette étape supplémentaire, car il contrastait différemment l’image et désaturait les couleurs, ce qui donnait une tonalité un peu « grunge » à l’ensemble. À l’inverse, je peux aussi ajuster mon <em>look</em> pour faciliter leur travail : sur un projet, le chef opérateur souhaitait des couleurs plutôt pastel, alors que les costumes étaient très criards. J’ai donc essayé de contenir ces couleurs saturées en harmonisant le tout et en redescendant les niveaux.</p>
<p><b>À tout moment de la préparation du tournage, et pendant celui-ci, l’équipe a donc la possibilité de visualiser une image sur laquelle est appliquée une première version du </b><em><b>look</b></em><b> final ?</b></p>
<p>Exactement : durant le tournage, les rushes sont exportés avec une première version du <em>look</em>, ce qui permet de voir s’il convient globalement ou s’il a besoin d’un ajustement. C’est important que les <em>dailies</em> [NDLR : les <em>rushes</em> issus de chaque journée de tournage, destinés à être visionnés par l’équipe] soient accompagnés d’un <em>look</em>, même temporaire, car il permet d’asseoir une certaine idée de l’image finale : bien souvent, le premier visionnage d’une image a quelque chose de pervers. Une fois qu’on s’est habitué à un type de contraste, de rendu des couleurs, c’est dur de la repenser en profondeur, de l’imaginer différemment. C’est aussi pour cela qu’il est important de travailler avec un <em>look</em> créé spécialement pour un projet. Le fabricant de caméras Arri, par exemple, propose des <em>looks</em> par défaut ; ils ne sont pas trop mal, mais ils risquent d’imposer un style que les chefs opérateurs n’auront pas créé.</p>
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		<title>L’après-coup – Les Safdie dos à dos</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup/lapres-coup-les-safdie-dos-a-dos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les déambulations de personnages filmés de dos par Benny et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup/lapres-coup-les-safdie-dos-a-dos/" title="Read  L’après-coup – Les Safdie dos à dos">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les déambulations de personnages filmés de dos par Benny et Josh Safdie. &nbsp;</em></p>
<p>En réalisant tous les deux un biopic de sportif, les frères Safdie n’ont pas totalement coupé les ponts susceptibles de les relier artistiquement. Mais si les cinéastes investissent le même genre cinématographique, les athlètes sur lesquels ils ont jeté leur dévolu s’opposent radicalement. Dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smashing-machine/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Smashing Machine</em></a>, Mark Kerr est une armoire à glace dont Benny Safdie cherche à laisser paraître les faiblesses et la capacité de vacillement. Lors d’une énième dispute avec sa femme, Dawn Staples, qui lui reproche de prendre en grande quantité des opiacés nuisant à sa santé, le colosse se met soudain à saccager le mobilier de leur appartement. Contrarié, il s’avère impuissant à contenir sa rage, mais la violence de son geste témoigne plus de sa fragilité que de son autorité : encombré de lui-même, le personnage aspire à un apaisement qui se refuse à lui. À l’inverse, jamais à court d’énergie, le fluet Marty Mauser de Josh Safdie en fait des tonnes pour parvenir à ses fins. Obsédé par une réussite qui lui échappe et alourdi du fardeau de ses origines, il déboule dans les séquences comme un pachyderme enfiévré dans un magasin de porcelaine. Rien d’étonnant, dès lors, à le voir passer à travers le plafond de sa chambre au moment de prendre son bain.</p>
<p>L’humilité de Mark et l’arrogance de Marty ne cessent ainsi de buter l’une contre l’autre à distance, y compris par l’entremise d’un procédé filmique convoqué par les deux cinéastes. Dans <em>Smashing Machine</em> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme</em></a>, il arrive en effet souvent que le protagoniste principal soit observé de dos. Cette pratique consistant à emboiter le pas d’un personnage n’est pas nouvelle chez les Safdie et génère sa dynamique propre : la vitalité du corps filmé, voire chassé, se répercute sur la mise en scène, éprise de la même vitesse. Et c’est d’ailleurs essentiellement sous cet angle mimétique que Josh Safdie regarde Marty : sa caméra l’accompagne sans se laisser distraire par tout ce qui pourrait s’improviser en dehors de son sillon (ce monde périphérique, grouillant et cahotant, qui rendait si singuliers les films de la fratrie). Que ce soit dans les salles de jeux ou dans les divers couloirs empruntés, elle talonne le joueur de ping-pong, épouse sa cadence, ses accélérations et ses revirements, comme s’il était le seul à pouvoir faire avancer le récit et à lui donner un sens. Et pour cause : poursuivre sa course folle sans se retourner ne relève pas seulement chez ce joueur invétéré d’une disposition vitale, mais aussi d’une stratégie consistant à vouloir toujours avoir un coup d’avance. S’arrêter, pour Marty, c’est prendre le risque de chuter et de tout perdre.</p>
<p>De défaite, il est également question dans <em>Smashing Machine</em>. Sur le ring, tous les coups sont permis, y compris ceux jugés autrefois illégaux (écraser ses genoux sur la tête de son adversaire lorsqu’il est au sol). Mark en subit lourdement les frais au début du film et perd son combat. La caméra accompagne alors sa sortie jusqu’aux vestiaires. Son dos massif et ruisselant de sueur occupe la quasi-totalité de l’écran, mais ces muscles-là, aussi imposants soient-ils, ne servent dorénavant plus à gagner. Ils composent un mur sur lequel le regard bute et le récit s’arrête : il n’y a rien d’autre à filmer que cette chair brute. La scène se poursuit pendant suffisamment de temps, notamment dans un ascenseur, pour que la profonde impuissance de Mark transpire de cette durée. Une fois arrivée dans le vestiaire, la caméra se désolidarise de sa trajectoire et s’immobilise : le sportif s’assoit, se recroqueville et fond en larmes. Contrairement à Josh, Benny Safdie calme le jeu, laisse filer son personnage. Un tremblement est alors perceptible, mais pas uniquement celui généré par les mouvements de l’appareil : celui d’un corps meurtri, débarrassé de son armure de muscles et rendu à sa délicate vulnérabilité.</p>
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		<title>Super Mario Galaxy, le film</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-galaxy-le-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 19:00:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Super Mario Galaxy est animé par deux dynamiques irréconciliables. La première consiste à envisager l’univers du plombier moustachu comme la matrice d’un film oscillant entre l’action débridée et le slapstick – ce qui revient, en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-galaxy-le-film/" title="Read  Super Mario Galaxy, le film">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Super Mario Galaxy</em> est animé par deux dynamiques irréconciliables. La première consiste à envisager l’univers du plombier moustachu comme la matrice d’un film oscillant entre l’action débridée et le <em>slapstick</em> – ce qui revient, en gros, à jouer une partition héritée des films de Buster Keaton à partir d’une matière tantôt ronde (les bouilles de personnages sujets à de nombreuses métamorphoses), tantôt carrée (les décors inspirés des jeux de plateforme mettant en scène Mario et ses amis). Ce pan du film, il ne faut pas complètement le balayer d’un revers de la main&nbsp;:&nbsp;Aaron Horvath et Michael Jelenic installent un certain nombre de situations présentant un potentiel scénique, qu’il s’agisse d’un espace cubique à la gravité fluctuante, faisant de chaque mur un sol que les personnages peuvent fouler, ou d’un dangereux couloir dont les chausse-trappes et pièges sont activés en direct par les antagonistes. Cette dynamique achoppe cependant sur la seconde&nbsp;: il ne s’agit pas seulement de prélever divers éléments de la franchise pour en tirer un film à part entière, mais d’envisager le film comme une vitrine. Le générique de fin le formule sans détour, en rejouant l’ensemble du récit sous la forme d’un petit spectacle de marionnettes. Des vignettes qui font surtout penser, par la sophistication dont elles font preuve derrière leur facture bricolée, aux tableaux animés des galeries des grands magasins à Noël.</p>
<p>Chaque séquence est ainsi moins travaillée par une logique cinétique que référentielle&nbsp;: il faut faire rentrer dedans un maximum de références, de jeux – <em>Mario Galaxy</em>, donc, mais aussi <em>Yoshi’s Island</em>, <em>Super Mario Maker</em>, etc. – et même d’autres licences Nintendo, telles que Pikmin ou Star Fox. C’est d’autant plus dommage que le film, plus encore que le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-bros-le-film/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">premier</a> (plutôt défendu dans ces colonnes), faisait de son point de départ une ode à la plasticité en opposant deux personnages, Harmony et Bowser&nbsp;Junior (auquel Benny Safdie, ex-enfant terrible du cinéma américain indépendant, prête sa voix), dont les pouvoirs relèvent d’une mise en abyme de&nbsp;l’animation elle-même. Le rejeton de la tortue maléfique est notamment doté d’un pinceau magique à partir duquel il peut donner vie à n’importe quelle créature. Très belle idée, empruntée à <em>Mario Sunshine</em>, mais aussi très beau symptôme, puisque l’instrument a le pouvoir de matérialiser l’imagination de celui qui l’utilise. Sera-t-on surpris que <em>Super Mario Galaxy </em>n’en fasse pas grand-chose&nbsp;?</p>
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		<title>La trilogie Wives</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-wives/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À la toute fin de la trilogie Wives, l’une des trois protagonistes, Heidrun (Frøydis Armand) s’effondre en apprenant que l’idée générale du roman qu’elle avait commencé à écrire, qui raconte comment une femme achète le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-wives/" title="Read  La trilogie Wives">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À la toute fin de la trilogie <em>Wives</em>, l’une des trois protagonistes, Heidrun (Frøydis Armand) s’effondre en apprenant que l’idée générale du roman qu’elle avait commencé à écrire, qui raconte comment une femme achète le manteau d’une ancienne prostituée puis décide de prendre sa place, a déjà été exploitée par un homme quelques années auparavant. Mais au fond, qu’importe&nbsp;: comme le précise Kaja (Katja Medbøe), «&nbsp;<em>il sera différent s’il est écrit par une femme.</em>&nbsp;» Pour la première fois, la cinéaste commente de façon ludique la relation étroite que sa série de films entretient avec <em>Husbands </em>(1971), réalisé seulement cinq ans avant la sortie du premier volet. L’intrigue des trois films prend pour point de départ, comme chez Cassavetes, une journée particulière qui a valeur d’exception dans le quotidien de trois personnages. Réunies tous les dix ans à l’occasion d’une célébration (la réunion des anciens d’une école de filles pour les deux premiers films, puis l’anniversaire d’une des trois protagonistes pour le dernier), Heidrun, Kaja et Mie (Anne-Marie Ottersen) décident de ne plus se quitter pendant vingt-quatre heures, laissant de côté emploi, mari et enfants. C’est par la fugue que s’opère le dévoilement progressif de l’intimité des trois amies, et c’est dans cette dialectique entre la contrainte et la liberté qu’elles ouvrent une brèche vers leur future émancipation. Reprendre Cassavetes ne signifie donc pas, pour Anja Breien, en faire l’imitation servile, se placer au nombre des épigones : écrivant sous contrainte pour mieux s’émanciper de son modèle, elle a choisi la copie pour creuser, dans les intervalles du récit, une distance critique. Car s’il y a bien une chose qui différencie la fuite en avant des épouses de celle de leurs homologues masculins, c’est l’empêchement : on ne peut pas réellement s’enfuir lorsqu’on est une femme, encore moins quand on est une épouse.</p>
<p>Dans le premier film, les trois épouses, qui ont trente ans, s’élancent dans une virée qui pourrait être sans fin. Leurs attaches familiales et professionnelles n’apparaissent à l’écran qu’au moment où les trois camarades doivent financer la suite de l’escapade, manière de rappeler au spectateur que les femmes n’ont pas le droit d’ouvrir de compte en banque en 1975. Pour continuer, il faut tourner à son avantage les mauvaises intentions de deux loubards, redevenir un peu adolescente devant sa mère, telle Kaja sous le regard gêné de ses acolytes, ou, comme Heidrun, demander sa dernière paie en liquide, avant d’être licenciée. Le film s’achève d’ailleurs sans que l’intrigue ait trouvé un point de fuite, la cinéaste décidant de libérer le destin de ses héroïnes des limites de l’intrigue&nbsp;: Heidrun&nbsp;relance le mouvement (dernière réplique&nbsp;: «&nbsp;<em>Faut rester ensemble&nbsp;! On ne peut pas s’arrêter là&nbsp;!</em> ») quand le film l’interrompt (arrivée soudaine du générique&nbsp;qui annonce avec fracas, par un carton : «&nbsp;<em>Mais le film s’arrête ici&nbsp;</em>»). Le film, mais pas leurs aventures : dès le deuxième volet, leur grande évasion menace d’être contrecarrée. C’est alors dans le principe de la sérialité et son potentiel aliénant que la trilogie trouve sa puissance : dix ans plus tard, dans <em>Wives 2</em>, l’échappée spontanée se transforme en rituel, tandis que la journée particulière est trouée par toutes les entraves qui n’arrivaient pas à percer la bulle du premier film. Trop concernées, à quarante ans, par les hommes de leur vie, les amies ne s’enfuient plus par désir, mais par devoir envers chacune. Le centre de gravité bascule : ce ne sont plus les maris qui craignent de voir fuir leur femme (l’époux de Kaja l’avait fait porter disparue dans le premier volet), mais les trois femmes qui redoutent les sorties de chacune. La crise de jalousie de Mie envers Kaja et Heidrun, parties dans la nuit rejoindre leurs amants respectifs, est certainement l’une des idées les plus touchantes du film. Le féminisme du premier film évolue avec l’époque et l’âge des protagonistes : dans les années 1980, il ne s’agit plus de s’enfuir, mais de se rallier à la cause, même à la cause la plus minime, la cause amicale, pour ne pas tomber dans un individualisme tout aussi aliénant – une leçon que la cinéaste développe dans son dernier film, où chaque femme trouve un point d’union entre sa propre liberté et son quotidien, et apprend même aux enfants, devenus grands, à s’émanciper eux aussi.</p>
<p>La trilogie s’achève sur une immense manifestation d’étudiants à la télévision et l’idée d’une transmission. Loin de la démarche centipède de Cassavetes, qui consistait à s’enrouler dans les replis intimes des personnages jusqu’à la crise, Anja Breien part de cette dernière pour s’ouvrir sur un groupe, une époque et une communauté, transformant le drame intime en question politique. À la fin, <em>Wives 3 </em>se détache progressivement du groupe de femmes pour se rapprocher de la population d’Oslo, de sa jeunesse angoissée par le pauvre financement de l’université publique, de ses habitants racisés que l’on voit agressés en pleine rue. Manière pour la cinéaste de nous signifier que l’émancipation des femmes n’était pas une fin, mais seulement un commencement.</p>
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		<title>Hélène Trésore Transnationale</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/helene-tresore-transnationale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le générique d’Hélène Trésore Transnationale donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux contrastes appuyés, promène son regard sur des fleurs perdues au milieu des buissons. Le film...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/helene-tresore-transnationale/" title="Read  Hélène Trésore Transnationale">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le générique d’<em>Hélène Trésore Transnationale</em> donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux contrastes appuyés, promène son regard sur des fleurs perdues au milieu des buissons. Le film dans son ensemble sera mû par le même esprit : il s’agit pour la cinéaste de glaner les anecdotes d’Hélène Hazera. Femme trans et activiste (notamment chez le Front homosexuel d’action révolutionnaire et Act-Up), Hazera a été entre autres actrice, poète, première journaliste transgenre de France et animatrice radio. Judith Abitbol entend faire de cette vie protéiforme un modèle de l’expérience trans elle-même : sur l’écran s’affichent régulièrement le préfixe <em>trans</em>, plusieurs de ses significations (<em>au-delà, à travers</em>, etc.) et certains verbes qui en sont dérivés (transmettre, transgresser, etc.). Le procédé souligne que le parcours d’Hélène, à l’image du terme «&nbsp;trans&nbsp;», est caractérisé par une grande pluralité d’horizons.</p>
<p>Pour tenter d’accéder à la vérité de cette femme aux nombreuses facettes, la cinéaste multiplie les conversations filmées au plus près de son visage. Dans cet esprit de proximité, les gestes du quotidien occupent une place de choix et témoignent de petites bizarreries qui font le sel du portrait&nbsp;: on pense notamment à ce segment où Hazera nous emmène dans sa salle de bains pour que nous soyons témoins d’un rituel qui lui tient à cœur, à savoir le lavage de ses culottes.</p>
<p>Mais si ces détails parsemés ici ou là attestent la singularité de la journaliste, le film adopte une mise en scène trop rigide pour rendre véritablement compte de la densité de son existence. Adoptant la forme d’un long entretien filmé, il repose avant tout sur les souvenirs et les anecdotes égrainés. Entre les conversations, elles-mêmes ponctuées d’images d’archives, la cinéaste intercale pourtant des intermèdes plus expérimentaux – parfois assez beaux, tels ces longs plans surexposés sur la mer et ses rayons, ou certaines surimpressions dédoublant les paysages alentour –, mais qui apparaissent avant tout comme des ornements ou des parenthèses impressionnistes. Dommage car, de bout en bout, on sent que le film est travaillé par la tendresse et l’amitié d’Abitbol envers Hazera, personnage trop méconnu du grand public et que la cinéaste voudrait faire connaître plus largement.</p>
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		<item>
		<title>Plus fort que moi</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/plus-fort-que-moi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332211</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec Plus fort que moi de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/plus-fort-que-moi/" title="Read  Plus fort que moi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec <em>Plus fort que moi</em> de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, s’ouvre sur un épisode célèbre&nbsp;: alors que la reine Elizabeth en personne s’apprête à lui remettre la médaille de membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour ses actions associatives, l’activiste profère soudain un retentissant «&nbsp;<em>Fuck the Queen&nbsp;!</em>&nbsp;». Parce que l’insulte tranche avec le silence d’une assemblée de lords volontiers guindés et conservateurs, la scène fait mouche. Mais le «&nbsp;<em>désolé, ça va aller</em> » qui suit aussitôt anticipe le <em>modus operandi</em> du récit à venir : « rire de ses malheurs » prévaudra à toute forme d’irrévérence. Et le film de remonter le temps depuis l’adolescence de John, durant laquelle apparaissent les premiers symptômes (des tics moteurs irrépressibles), jusqu’à ce point de départ cocasse. Tout du long, le point de vue se veut doux-amer, suivant les étapes emblématiques d’un chemin de croix balisé : le rejet scolaire, les aspirations footballistiques professionnelles remisées au placard, l’implosion familiale, les diverses confrontations avec l’autorité (proviseur, police) révèlent peu à peu les effets dévastateurs de la maladie. Si Jones ne charge pas (trop) la barque, il ratisse large dans le champ des platitudes et de l’humour salvateur. D’autant que ce cheminement douloureux se voit contrebalancé par la bienveillance indéfectible d’une famille de substitution et par la tolérance exemplaire d’un patron charitable. La vie n’a pas fait de cadeau à John, mais le film, lui, se chargera de rééquilibrer la balance. Et si, d’aventure, on venait à douter du réalisme de ce qui nous est conté, les ultimes images d’archive apporterons leur caution : tout cela est « vraiment » vrai.</p>
<p>Le problème, ici, n’est pas tant l’humanisme béat dans lequel se drape un film paré des meilleures intentions (emprunter au <em>feel good movie</em> pour défendre une noble cause) que son ambition strictement narrative et didactique. Jones adopte la position d’un porte-voix studieux, dressant un portrait fidèle de Davidson, renforcé par la performance mimétique de Robert Aramayo. Résultat : il oublie de regarder son personnage autrement que comme un cas d’école. Lorsque la caméra filme en plongée, depuis le ciel, une bagarre entre John et un de ses petits camarades pour transformer une cour d’école circulaire en espace carcéral, on se dit que le cinéaste figure aussi le devenir d’un condamné avant tout prisonnier de lui-même. L’idée est belle, échappe pour une fois à la littéralité du scénario, mais restera sans suite. C’est pourtant là que se tenait le sujet le plus passionnant du film : donner à voir un corps entravé par la maladie et contraint par les barrières des préjugés. Un corps insaisissable, bousculé et pugnace, plutôt qu’un personnage de papier voué à jouer son rôle convenu d’ambassadeur.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Sean Price Williams</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sean-price-williams/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sean-price-williams/" title="Read  Portraits d’Amérique — Sean Price Williams">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Sean Price Williams. Directeur de la photographie entre autres des films des frères Safdie et d’Alex Ross Perry, il réalise son premier long-métrage, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-sweet-east-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Sweat East</a>, <em>en 2023.</em></p>
<p><strong>Regarder des films faisait-il partie de vos habitudes d’enfance ? D’où vient votre relation au cinéma ?</strong></p>
<p>J’aimerais donner une réponse amusante, mais honnêtement, j’ai du mal à imaginer qu’un garçon américain né à la même époque que moi n’aime pas le cinéma. C’était incroyable. <em>E.T.</em> est sorti quand j’avais quatre ou cinq ans, ainsi que tous les films de Spielberg et de George Lucas. Je suis né l’année de la sortie de <em>Star Wars</em>. Les films étaient extrêmement populaires, notamment pour les gens qui avaient des enfants. D’une certaine manière, tout était fait pour les <em>boomers </em>: les dessins animés Disney quand ils étaient enfants, puis des films comme <em>American Graffiti</em>. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, on a commencé à faire des films pour eux, qu’ils pouvaient aller voir avec leurs enfants, et c’étaient d’excellents films. C’est l’avantage d’être l’enfant de cette génération : on arrivait au bon moment.</p>
<p>Les films « pour enfants&nbsp;» que je regardais avaient un côté un peu cru, <em>The Bad News Bears</em>, par exemple. Ce ne serait plus considéré comme un film familial aujourd’hui. Ou <em>Gremlins</em> : il y a de la violence, des morts, mais personne ne s’en souciait. Il y avait aussi quelque chose de très étrange à cette époque : les <em>boomers </em>étaient à leur apogée, ils expérimentaient beaucoup et cette énergie se ressentait dans la culture. Même des séries comme <em>ALF</em> ou des films comme <em>Top Gun</em> avaient une intensité particulière.</p>
<p><strong>Quand avez-vous compris que faire du cinéma pouvait être un métier ?</strong></p>
<p>J’ai grandi dans une zone rurale du Delaware. Je ne connaissais personne qui travaillait dans les arts, la plupart des gens étaient salariés chez l’entreprise DuPont. Mon père était mécanicien, puis il a travaillé pour le département de la Défense. Ce n’était pas une région qui encourageait à rêver. Enfin, on pouvait rêver d’ailleurs, mais à un moment, il fallait devenir sérieux. Moi, je n’ai jamais passé ce cap (rires) ! J’ai découvert un vidéo-club après avoir vu des films sur PBS. Je me souviens avoir regardé <em>Le Château de l’araignée</em> tard le soir, vers dix ans. Les sous-titres ne me dérangeaient pas du tout&nbsp;: j’étais fasciné par le brouillard et les chevaux. C’était aussi fort que <em>Star Wars</em>. Vers douze ou treize ans, j’ai vu <em>Un homme et une femme</em> de Claude Lelouch. Je suis un immense défenseur de Lelouch. Je comprends pourquoi il n’est pas toujours pris au sérieux en France – ses thèmes peuvent sembler bourgeois –, mais sa mise en scène est tellement stimulante. Même ses excès, comme la longueur de ses films, me fascinent. Puis j’ai vu <em>La Nuit américaine</em> de Truffaut, et c’est là qu’est arrivé le vrai déclic. Voir des gens faire un film, comprendre que c’était quelque chose de vivant, de désordonné, de profondément humain a tout changé. Avant, faire des films me paraissait impossible, comme si c’était réservé à des géants comme Steven Spielberg ou Georges Lucas. Mais là, c’était accessible.</p>
<p>J’ai commencé à lire des encyclopédies de cinéma, surtout sur le cinéma étranger. J’étais sans doute très prétentieux à l’adolescence. Je n’avais jamais voyagé, je n’étais même jamais allé à New York, seulement à Philadelphie ou Baltimore pour des matchs de baseball. Le cinéma est devenu une manière de découvrir le monde.</p>
<p><strong>Comment la découverte du vidéo-club a‑t-elle façonné votre rapport aux films ?</strong></p>
<p>Chaque week-end, je louais trois films dans ce vidéo-club incroyable du Delaware, parfois même quatre, et je regardais tout. Il y avait des étagères entières consacrées à Godard et Fassbinder. J’essayais aussi de faire des copies des films. J’ai commencé à y travailler à dix-sept ans et j’ai ensuite passé environ dix ans à travailler dans des vidéo-clubs, à différents endroits, toujours les meilleurs. J’allais jusqu’à faire une heure de route pour travailler à Baltimore, payé au salaire minimum, juste pour être au contact des meilleurs films et des meilleures sélections. Plus tard, je suis arrivé à New York sans argent. Je survivais en copiant des cassettes rares et en les vendant sur eBay, parfois pour 70 dollars, parfois jusqu’à 250. C’est comme ça que je m’en sortais. Puis j’ai fini par travailler dans un grand vidéo-club new-yorkais, Kim’s Video. Cet endroit a changé ma vie : j’y ai rencontré tous mes meilleurs amis.</p>
<p><strong>Vous avez un jour expliqué avoir une sorte « <em>d’attitude de caissier de vidéothèque insupportable</em> », qui s’oppose au consensus ou aux films trop encensés. Votre cinéphilie est-elle autant motivée par la rébellion que par l’admiration ?</strong></p>
<p>Oui, complètement. C’est encore le cas aujourd’hui. Je regarde rarement les films qui gagnent l’Oscar du meilleur film. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai su que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme </em></a>n’allait rien gagner, puisque je l’avais vu… (rire). Plus sérieusement, je suis plus attiré par les films oubliés ou mal aimés. Par exemple, le seul poster chez moi est celui de <em>La Lune dans le caniveau </em>de Jean-Jacques Beineix, que tout le monde déteste. Moi, je le trouve magnifique. J’aime défendre des films qui ne sont pas reconnus. En même temps, j’adore voir des œuvres oubliées devenir des classiques. Ces dix dernières années, beaucoup de films obscurs ont été restaurés et édités en Blu-ray, et c’est très réjouissant. Un film polonais que j’adore, <em>Dancing Hawk</em>, vient par exemple de sortir dans ce format et ça me rend vraiment heureux. J’espère que les gens vont enfin pouvoir le découvrir ! Il y a aussi <em>Night of the Juggler</em>, que l’on regardait tout le temps à Kim’s Video et que je n’aurais jamais imaginé voir réédité un jour.</p>
<p>Des films comme <em>Possession</em> ont connu le même parcours. Je l’avais découvert dans une version américaine raccourcie, d’environ 82 minutes, complètement incohérente, avec un monstre qui surgissait sans raison… c’était chaotique, mais j’adorais ça. Aujourd’hui, c’est devenu un classique, projeté partout. C’est ça qui est beau : voir des films autrefois introuvables devenir accessibles, voire entrer dans le canon. Il y a plein d’exemples, des œuvres qu’on ne pouvait voir qu’en VHS ou dans des conditions très précaires, qui sont maintenant restaurées, éditées, reconnues. Je me souviens par exemple de <em>Out 1</em>, qui était quasiment impossible à voir pendant longtemps. Nous sommes allés le découvrir dans un cinéma du Queens sur un week-end entier, avec des amis dont Alex Ross Perry, et c’est comme ça qu’on s’est rapprochés. On avait même fait des t‑shirts « we survived <em>Out 1 </em>». Il y avait quelque chose là-dedans d’un peu initiatique. Donc oui, il y a une forme de rébellion dans ma cinéphilie, mais elle est indissociable d’un vrai amour des films, surtout ceux qui ont été négligés, incompris, ou simplement pas encore découverts.</p>
<p><strong>Comment est né le projet de votre livre <em>1000 movies</em>, constitué uniquement de mille titres de films, sans notes ni commentaires ?</strong></p>
<p>C’est parti d’une liste que j’ai faite après avoir été renvoyé du vidéo-club. Travailler dans ce type de lieu structure la mémoire. J’avais peur d’oublier les films importants pour moi, alors je les ai notés. Très vite, je me suis rendu compte qu’on ne peut pas vraiment répondre à la question « Quel est ton film préféré ? », c’est absurde. En revanche, on peut demander : « Quels sont tes films préférés ? ». Et là, je pouvais répondre : j’en ai mille. Cette liste est donc devenue une sorte d’outil que j’envoyais par mail à mes amis quand ils me demandaient des recommandations. Et en même temps, mille films, ce n’est pas tant que ça. C’est même assez frustrant, parce que ça oblige à faire des choix très difficiles.</p>
<p>Aujourd’hui encore, je me dis qu’il faudrait en faire une nouvelle version, justement pour montrer qu’elle évolue. Je pense que je changerais au moins une quarantaine de films. Je retirerais peut-être certains films de Cassavetes ; j’ai plus de mal avec eux qu’avant, notamment à cause des personnages masculins, que je trouve parfois insupportables, même si je comprends que c’est en partie le propos. À l’inverse, j’en ajouterais d’autres. Je remplacerais sans doute <em>Husbands</em> par <em>Opening Night</em>, par exemple. Et puis il y a des films que je découvre ou redécouvre avec le temps, comme <em>Le Cœur fou</em> de Jean-Gabriel Albicocco, un film assez insaisissable, presque incohérent par moments, mais que j’adore regarder. Il a été récemment édité en Blu-ray en France, ce qui est précieux, parce que ce sont des œuvres longtemps restées invisibles.</p>
<p>C’est aussi ça, l’esprit de la liste : elle suit mes obsessions, mes déplacements, mes découvertes. Ce n’est pas un canon figé, mais quelque chose de vivant, qui reflète une cinéphilie en mouvement.</p>
<p><strong>Comment êtes-vous passé de chef opérateur à réalisateur ?</strong></p>
<p>Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment voulu être directeur de la photo. Quand j’étais jeune, le cinéma était quelque chose d’assez flou : on voyait des photos de tournage avec le réalisateur derrière la caméra, donc je pensais que c’était lui qui faisait tout. Je n’avais aucune idée de la répartition des rôles sur un plateau, ni même que le métier de directeur de la photographie existait réellement. En arrivant à New York, j’ai commencé à filmer un peu par hasard. Je travaillais pour des sites, je faisais ce qu’on appellerait aujourd’hui du « contenu&nbsp;» : des défilés de mode, des concerts, souvent seul, sans réalisateur. J’étais envoyé sur place avec une caméra et je me débrouillais. Il n’y avait pas d’équipe, pas de structure, j’apprenais en faisant.</p>
<p>Puis des gens ont commencé à voir mon travail et m’ont proposé de tourner leurs films. C’est ainsi que j’ai rencontré Ronnie Bronstein [NDLR&nbsp;: producteur et scénariste des frères Safdie] et que j’ai travaillé sur <em>Frownland</em>, qu’il a réalisé en 2007. À cette époque, tout le monde débutait et beaucoup de cinéastes voulaient tourner en pellicule. Moi, je savais le faire, donc je disais oui à tout. On travaillait avec très peu de moyens : deux lumières, parfois moins, et je faisais un peu tout moi-même : charger la caméra, installer les lumières, faire le point. C’était très artisanal. En parallèle, je faisais beaucoup de documentaires, notamment avec Albert Maysles. C’est là que j’ai vraiment appris mon métier. Travailler sans argent, dans des conditions très légères, m’a formé plus que n’importe quoi d’autre.</p>
<p>Mais malgré tout ça, mon désir de réalisation était là depuis le début. Simplement, je pensais que personne ne me ferait confiance, notamment pour des raisons financières. Je ne m’imaginais pas qu’on puisse me confier de l’argent pour faire un film. Et puis, finalement, quelqu’un l’a fait. Un ami, un autre « fou », comme moi, originaire du Delaware, m’a aidé. C’est la première fois qu’il finançait un film, et très probablement la dernière fois (rires).</p>
<p><strong>Vous avez coécrit le film avec un critique de cinéma, Nick Pinkerton.</strong></p>
<p>Je savais dès le départ que je ne voulais pas travailler avec un scénariste au sens classique. Je ne cherchais pas quelqu’un qui allait appliquer des règles ou construire un scénario de manière académique. Ce que je voulais, c’était quelqu’un avec qui je pouvais simplement discuter de cinéma, passer du temps à échanger et laisser un film émerger de ces conversations. C’était un peu l’idée : parler, partager des références et voir ce qui pouvait en sortir. Les premières versions du scénario étaient assez chaotiques. Sur le moment, avec Nick, on trouvait ça très excitant, on se disait que la structure était intéressante, presque innovante, qu’on faisait quelque chose de vraiment différent. On aimait cette idée de ne pas écrire un film « correctement », de ne pas suivre une construction classique.</p>
<p>Évidemment, ça a eu des conséquences au montage. La structure rendait les choses beaucoup plus compliquées et on a dû renoncer à certaines idées ou séquences auxquelles on tenait, parce que l’ensemble ne fonctionnait pas. Malgré tout, je voulais que le film garde une forme de fluidité, qu’il reste agréable à regarder. Je n’ai aucun intérêt à faire des films qui seraient une épreuve pour le spectateur. Au contraire&nbsp;: je veux que les gens prennent du plaisir, qu’ils s’amusent.</p>
<p><strong>Vous avez commencé à travailler dans les années 2000, à une époque où le cinéma indépendant américain évoluait dans un contexte très différent. Comment avez-vous vu ce paysage évoluer ?</strong></p>
<p>Ça a beaucoup changé. Il y a toujours des films indépendants aujourd’hui, bien sûr, ils existent, et il y a encore des gens très engagés pour leur donner de la visibilité. Je pense par exemple à des initiatives plus récentes, comme certains festivals émergents qui essaient réellement d’offrir un espace à des films indépendants « authentiques », conçus en dehors des circuits industriels. Donc cette énergie n’a pas complètement disparu.</p>
<p>Mais quand j’ai commencé, l’écosystème était vraiment différent. Il y avait, à travers tout le pays, des festivals quasiment dédiés à ce type de cinéma. Des lieux où l’on découvrait de nouvelles voix, où l’on pouvait montrer des films faits sans argent, en dehors de toute pression. Des festivals comme South by Southwest jouaient un rôle essentiel : c’était un vrai tremplin. À l’époque, on pouvait faire un film avec trois fois rien, tourner en mini-DV, sans budget, et malgré tout le montrer, voyager avec, rencontrer d’autres cinéastes. Il y avait aussi le Maryland Film Festival… c’était des lieux de rassemblement très libres. Il n’y avait pratiquement pas de presse, pas de pression professionnelle, mais plutôt un esprit de communauté. C’était un moment très vivant, presque anarchique. Il y avait aussi toute une constellation de petits lieux de projection, à New York notamment, où l’on pouvait montrer des films en dehors des circuits traditionnels. Tout cela créait un sentiment très fort : même sans argent, on avait l’impression de faire partie d’un mouvement, d’exister en tant que cinéaste. Aujourd’hui, ces espaces n’existent plus en grande partie ou se sont transformés. Les festivals ont changé, ils sont souvent plus institutionnels, plus professionnalisés. Même les Gotham Awards, qui étaient autrefois pensés pour ce type de cinéma très marginal, sont devenus autre chose. Il existait une catégorie qui s’appelait « meilleur film non distribué près de chez vous&nbsp;», ce qui pouvait sembler ironique, mais qui comptait énormément pour nous.</p>
<p>Désormais, ces mêmes prix adoptent des logiques beaucoup plus proches de l’industrie. Plus largement, la définition même du « cinéma indépendant » s’est déplacée. C’est quand même absurde de voir des films avec 25 millions de dollars de budget aux Independent Spirit Awards, ou d’entendre que Noah Baumbach est un cinéaste indépendant… Aujourd’hui, des structures très installées sont qualifiées d’indépendantes et des cinéastes reconnus, avec des stars et des budgets importants, occupent cet espace. Le cinéma indépendant existe toujours, mais il est plus difficile à situer. Il est moins visible, moins structuré autour de lieux et de communautés clairement identifiables. Ce qui a changé, ce n’est pas tant les films que les conditions dans lesquelles ils circulent et se rencontrent.</p>
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		<title>Nuestra Tierra</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuestra-tierra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Personne ne les écoute au tribunal </em>» : dans une vidéo précédant de quelques minutes le meurtre de Javier Chocobar, chef de la communauté Chuschagasta, son futur assassin résume quel traitement est réservé aux indigènes qui ont le malheur de se plaindre des expropriations dont ils sont victimes. En 2018, après neuf ans d’impunité, le procès s’ouvre. Si la voix des Chuschas en est presque absente, c’est que l’appareil judiciaire en Argentine est l’apanage des dominants. La parole des accusés circule au contraire sans entrave et se montre aussi omniprésente qu’agressive. Le projet documentaire de Lucrecia Martel pourrait se résumer à la volonté de corriger cette asymétrie en prenant le parti de ceux que l’on souhaite réduire au silence. Être le porte-voix des Chuschagasta au moment où s’ouvrent les audiences impliquerait dès lors de documenter la logique d’expropriation (mais aussi un épistémicide : la négation de leur identité). <em>Nuestra Tierra</em> s’écarte toutefois de ce registre dénonciateur en dépeignant la relation des Chuschas à leur terre sur un versant plus intime, notamment au moyen de photographies familiales qu’accompagnent des récits en voix off des membres de la communauté.</p>
<p>Cet attachement transparaît aussi dans la façon dont les Chuschas sont filmés dans l’immensité du paysage, qu’ils parcourent à pied ou à cheval. Ces séquences ne sont pas pour autant déliées du procès, fil rouge du film : à maintes reprises, la caméra saisit les indigènes à distance et depuis un point de vue zénithal, tandis qu’aux images se superpose l’évocation de leurs persécutions. Ainsi, lorsqu’en voix off les juges perturbent l’audition d’un jeune athlète Chuschagasta avec des remarques intempestives et des questions puériles, le montage répond à cette logique d’intimidation par des plans distants et flottants du jeune homme en train de courir dans la province de Tucumán. Le recours à un drone pour filmer ce type de scène personnifie alors les menaces et agressions constantes d’expropriateurs blancs dans la région andine – une métaphore que soulignent le bourdonnement de l’appareil en fond sonore et son positionnement (il plane souvent derrière les Chuschas, les saisissant de dos, comme s’ils étaient des cibles). Cette approche de l’espace est d’ailleurs patente dès la première séquence du film, qui s’ouvre par un plan au-dessus de la Terre (un satellite tourne lentement autour), avant de montrer la pampa depuis le ciel, puis de descendre (encore une fois, à l’aide d’un drone) jusqu’au terrain de football de la communauté. Cette dernière s’annonce alors comme une victime parmi tant d’autres de la marche de l’Histoire et du triomphe d’un colonialisme séculaire dont Martel documente à nouveau les agissements, huit ans après l’avoir mis en scène, à la fin du XVIIIe siècle, dans <em>Zama</em>.</p>
<p>Cet horizon critique, parfois finement mené, cohabite néanmoins avec des procédés plus appuyés. Ainsi de l’association métaphorique, de plus en plus filée à mesure que le film avance, entre la menace des propriétaires terriens et l’usage du drone, à l’instar de cette scène où la caméra fait peur à un cheval qui finit par décamper. Martel saupoudre de la sorte son film d’effets <em>arty</em> qui, virant au systématisme, lui confèrent une certaine lourdeur symbolique. Si <em>Nuestra Tierra</em> se révèle donc inégal, oscillant entre pertinence du dispositif et afféteries formelles, il conserve le mérite de s’inscrire avec une grande cohérence dans une œuvre engagée contre la politique coloniale argentine.</p>
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		<item>
		<title>The Drama</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:29:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Sick of Myself, présenté à Cannes en 2022 dans la sélection Un Certain Regard, Kristoffer Borgli a réussi sa migration vers Hollywood grâce à un sens bien recherché de la lourdeur. Alors que son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/" title="Read  The Drama">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <em>Sick of Myself</em>, présenté à Cannes en 2022 dans la sélection <em>Un Certain Regard</em>, Kristoffer Borgli a réussi sa migration vers Hollywood grâce à un sens bien recherché de la lourdeur. Alors que son premier film, encore produit en Norvège, faisait peser sur les bras d’une jeune serveuse tous les vices d’un narcissisme d’époque dans une maigre satire des médias et de l’art contemporain, <em>Dream Scenario </em>surfait quant à lui avec cynisme sur le devenir-mème de Nicolas Cage. Tous ses films partent du principe – <em>The Drama</em> n’y échappe pas – que les individus sont contaminés par un devenir-spectacle, dont le seul remède consiste à se soumettre à un long rituel d’humiliation, à un pénible processus de dégradation physique et sociale supposé les confronter à leur amour-propre. Dans son dernier film, Charlie (Robert Pattinson) en passera donc par les coups, le vomi et les cris pour comprendre qu’un mariage doit dépasser sa performance (voilà le sens du titre du film : <em>The Drama</em>) pour survivre. Le regard de Borgli feint de se détourner des avatars de la société du spectacle pour, au fond, rejouer la même marotte dans une comédie sentimentale dotée d’un casting cinq étoiles.</p>
<p>De fait, le film décline toutes les acceptions du mot <em>drame</em> sans aller jusqu’au bout de leur potentiel, eh oui, <em>dramatique</em>. Première application&nbsp;: en plein dans la préparation de leur cérémonie de mariage, au cours d’une soirée alcoolisée, les meilleurs amis de Charlie et Emma (Zendaya) leur demandent quelle est la pire chose qu’ils aient osé faire. Emma révèle l’innommable et le mariage est mis en péril (le drame est le retournement de situation sur lequel repose l’intrigue, et donc son point de départ). Seconde application&nbsp;: dans une scène clé du film, où l’on voit les protagonistes répéter leur première danse, la chorégraphe dit que «&nbsp;<em>tout mariage est en soi théâtral </em>», quand Emma préfèrerait que tout soit plus naturel (le drame constitue alors la thèse du film, à savoir que le mariage substitue à l’amour sa célébration sociale). Troisième application : lorsque le film plonge dans la psyché de ses personnages et nous dévoile leurs fantasmes (le drame s’apparente alors à une scène mentale). En bref : le drame amoureux en tant que tel n’est&nbsp; jamais pleinement exploré, le cinéaste préférant déployer une immense psychomachie qui finit par tomber à plat. En raison de son discours surplombant et de sa mise en scène monotone, <em>The Drama</em> ne connaît jamais de progression, à tel point que la réconciliation finale semble sortie d’un chapeau de magicien.</p>
<p>On pourrait considérer <em>The Drama</em> comme le symptôme d’un cinéma qui ne croit plus réellement en son sujet. Borgli n’écrit pas d’histoires, mais de simples allégories. C’est d’autant plus regrettable que le scénario contient une idée en or : avant de se marier, Charlie doit apprendre à dépasser la vision idéalisée qu’il a encore de la femme qu’il aime. Mais pour cela, Borgli aurait dû filmer un personnage qui l’observe vraiment. Le manque d’attention que Charlie porte à sa future épouse n’est, au fond, que le signe du peu d’intérêt du réalisateur pour ses personnages. À force de vouloir sonder les profondeurs du théâtre du monde, il en oublierait presque qu’il n’y a personne sur scène.</p>
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		<item>
		<title>Parallax — Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse et Les Rayons et les Ombres</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-quatre-cavaliers-de-lapocalypse-et-les-rayons-et-les-ombres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, la plongée dans la France occupée des Rayons et les Ombres rappelle celle des Quatre cavaliers de l’Apocalypse (1962)....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-quatre-cavaliers-de-lapocalypse-et-les-rayons-et-les-ombres/" title="Read  Parallax — Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse et Les Rayons et les Ombres">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, la plongée dans la France occupée des </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Rayons et les Ombres</a><em> rappelle celle des </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-quatre-cavaliers-de-l-apocalypse/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Quatre cavaliers de l’Apocalypse</a><em> (1962).</em></p>
<p>Le son des bottes nazies résonne dans Paris : pour Julio Desnoyer (Glenn Ford) dans <em>Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse</em> (1962) et Jean Luchaire (Jean Dujardin) dans <em>Les Rayons et les Ombres</em>, c’est l’heure de choisir son camp. Le premier est un expatrié argentin peu porté sur la politique, quand le second, directeur d’un titre de presse, est un fervent pacifiste et un militant pour l’entente franco-allemande. C’est au contact d’autres personnages que leur positionnement va évoluer : Luchaire collabore avec son ami de longue date Otto Abetz (August Diehl), devenu ambassadeur du Reich à Paris, tandis que Julio s’oppose finalement à son cousin Heinrich von Hartrott (Karlheinz Böhm), officier à Paris, et rejoint la Résistance.</p>
<p>Un motif en particulier circule entre les deux films : la fête, apanage des aristocrates (Julio) et des petits bourgeois (Luchaire) dépeints par Minnelli et Giannoli, qui se tiennent loin du front. Dans le prolongement des bacchanales d’<em>Illusions perdues</em> (2021), <em>Les Rayons et les Ombres</em> suit le patron de presse s’enfonçant dans l’alcool et la drogue, au fil de soirées de débauche qui illustrent la déchéance morale du personnage. En multipliant progressivement les effets de caméra outrés, Giannoli filme – au risque d’une petite musique révisionniste – le récit d’une décadence, où les excès de Luchaire dévoient un rêve pieux (celui d’une collaboration vertueuse avec l’Allemagne), rongé par la perspective égoïste d’une ascension sociale et de la satisfaction de ses petits plaisirs. Chez Minnelli, Julio emprunte un chemin inverse : d’abord féru de mondanités, il décide de rejoindre la lutte contre l’hydre nazie, notamment durant une scène pivot – l’une des plus célèbres et stupéfiantes des <em>Quatre Cavaliers de l’Apocalypse</em> – prenant pour décor une réception allemande. Par le biais de surimpressions, le regard de Julio plane sur les images de la soirée, bientôt recouvertes de visions de la guerre (explosions, torpilles, flammes), comme si le héros perçait à jour le voile fastueux dont le Reich recouvre ses horreurs.</p>
<p>Mettre en regard ces séquences permet de cerner la singularité des personnages : au contraire de Julio, Luchaire n’aura pas d’épiphanie et, par aveuglement volontaire vis-à-vis du régime, devient l’un des rouages de la machine. Mais la comparaison révèle surtout une différence d’approche entre les cinéastes, qui souligne les limites des <em>Rayons et les Ombres</em>. Chez Giannoli, la violence du Reich demeure totalement hors champ – il est certes fait mention des « <em>rafles</em> » et de la misère qui s’abat sur le peuple français, mais sans qu’elles apparaissent à l’écran. Si <em>Les Rayons et les Ombres</em> ambitionne par là de brosser un tableau finement nuancé de l’Occupation, ce dernier paraît tronqué, voire inconséquent. Avec son histoire de collabos racontée par des collabos (la voix off du film est assurée par la fille de Luchaire, qui détaille les compromissions, mais aussi les soi-disant sacrifices de son père), Giannoli dépeint « <em>leur guerre à [eux]</em> ». Soit l’itinéraire de personnages qui, contrairement à ceux de Minnelli, ont choisi de fermer les yeux.</p>
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		<title>Rétrospective Seijun Suzuki</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retrospective-seijun-suzuki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu, durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retrospective-seijun-suzuki/" title="Read  Rétrospective Seijun Suzuki">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu, durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de cette phase : </em>La Jeunesse de la bête<em>, </em>Les Fleurs et les Vagues<em>, </em>La Barrière de chair<em>, </em>Histoire d’une prostituée<em>, </em>La Vie d’un tatoué<em>, </em>Carmen de Kawachi<em>, </em>Élégie de la bagarre<em>, </em>Le Vagabond de Tokyo<em> et </em>La Marque du tueur<em>.</em></p>
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		<title>Seijun Suzuki, l’implosion comme style</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/retrospective/seijun-suzuki-limplosion-comme-style/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rétrospective]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/seijun-suzuki-limplosion-comme-style/" title="Read  Seijun Suzuki, l’implosion comme style">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de cette phase : </em>La Jeunesse de la bête<em>, </em>Les Fleurs et les Vagues<em>, </em>La Barrière de chair<em>, </em>Histoire d’une prostituée<em>, </em>La Vie d’un tatoué<em>, </em>Carmen de Kawachi<em>, </em>Élégie de la bagarre<em>, </em>Le Vagabond de Tokyo<em> et </em>La Marque du tueur<em>.</em></p>
<p>C’est un paradoxe bien connu du cinéma japonais : la Nikkatsu, l’un des studios les plus commerciaux, a abrité l’un des cinéastes les plus indisciplinés de la <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/soleil-rouge-une-histoire-du-cinema-rebelle-japonais/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nuberu Bagu</a> – soit la nouvelle vague japonaise. Spécialisé dans la production de mélodrames populaires et d’intrigues de yakuza, le studio offrit à Seijun Suzuki un écrin pour ses expérimentations formelles. Alliant une stylisation baroque à une vision du monde désenchantée, ses films finirent par être jugés incompréhensibles&nbsp;; Suzuki résumera plus tard la situation avec ironie : « <em>Je fais des films qui n’ont aucun sens et ne rapportent aucun argent </em>». Son cinéma frappe d’abord par sa flamboyance visuelle : dans des décors saturés de couleurs irréelles, les personnages tendent à devenir des motifs plastiques à part entière. Mais sa bizarrerie tient surtout à une transparence de l’artifice qui tranche avec l’impératif de réalisme ou de vraisemblance. Les intrigues ressemblent souvent à des prétextes autour desquels se déploient des blocs visuels et rythmiques relativement autonomes. Si cette description pourrait suggérer que l’œuvre est chaotique, c’est pourtant tout l’inverse : elle témoigne d’une rigueur formelle extrême. Comme l’a formulé le critique Shigehiko Hasumi, Suzuki développe une « <em>esthétique de la démolition</em> », qui n’abandonne pas la forme classique du cinéma de studio, mais la fait imploser.</p>
<p>À travers les neuf films ici retenus se dessine un mouvement vers un lyrisme de plus en plus convulsif, voire un certain nihilisme né d’un désenchantement. Dans les films de Suzuki, les sentiments sont presque toujours punis – l’amour mène à la mort, la loyauté à la trahison, le désir à la destruction. À mesure que ces valeurs se révèlent illusoires, les actions elles-mêmes cessent d’avoir une portée morale. Le pessimisme du cinéaste contamine peu à peu la forme des films, fissurant la narration sous l’effet d’artifices (digressions antinarratives, répétitions ou motifs visuels qui interrompent la progression dramatique, etc.) et libérant les scènes d’une logique causale. Pour citer encore Hasumi : «<em> <span style="font-style: normal !msorm;">Seijun Suzuki se tient sur un seul point dans l’espace : un point sans temps, sans épaisseur, sans étendue, où les choses et les couleurs oscillent et se balancent sans direction</span></em> ».</p>
<h2>À la recherche d’un style</h2>
<p>La trajectoire de Suzuki vers un cinéma plus libre ne suit pas une progression linéaire, mais trouve son germe dans <em>La Jeunesse de la bête</em>, où la mise en scène déstructure le cadre du film de yakuza. Si l’intrigue du film est relativement routinière (quoiqu’un peu opaque et emberlificotée), le film vaut surtout pour ses interludes presque autonomes : ainsi d’une séquence silencieuse dans une scène de club, filmée à travers une vitre, où l’action se transforme en étrange pantomime jusqu’à ce qu’un personnage enclenche le son en ouvrant les vannes du mixeur. Ces irruptions stylistiques fissurent l’univers réaliste du récit et annoncent la logique plus radicale des films ultérieurs.</p>
<p>Au sein de l’ensemble proposé par Carlotta, <em>La Vie d’un tatoué</em> et <em>Les Fleurs et les vagues</em> apparaissent, aux côtés de <em>La Jeunesse de la bête</em>, comme les œuvres de studio les plus conventionnelles. Mais même dans ce cadre plus orthodoxe surgissent des éclats typiquement suzukiens. L’un des plus frappants est celui qui suit la mort du frère du protagoniste dans <em>La Vie d’un tatoué</em> où, après avoir reçu un coup d’épée mortel, aucun sang ne jaillit de son corps ; c’est la rue entière qui se teinte alors progressivement de rouge, la couleur se propageant jusqu’au ciel des plans suivants. Suzuki n’a jamais été un narrateur particulièrement habile, mais il a un vrai talent pour tirer ses récits vers un délire formel : chez lui, les rapports entre les personnages ne se fondent pas sur une approche psychologique, mais tiennent de la « relation » visuelle construite d’image en image. C’est de ce déplacement que naît son lyrisme si singulier : l’espace lui-même semble éprouver la violence du monde.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332179 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg" alt width="1944" height="269" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg 1944w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-300x42.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-1024x142.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-768x106.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-1536x213.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-980x136.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1944px) 100vw, 1944px"></a>
<h2>Corps à vendre, illusions éclatées</h2>
<p>Il serait néanmoins erroné de considérer l’œuvre de Suzuki sous l’angle d’une abstraction pure – si son cinéma tend vers une stylisation extrême, il reste ancré dans une vision matérielle du monde. Il faut ainsi distinguer nihilisme et abstraction : chez Suzuki, la stylisation ne sublime pas la violence, mais la rend au contraire plus crue. La trilogie consacrée à la prostitution en offre une démonstration, dessinant une cartographie politique du Japon moderne où, quel que soit le système représenté – capitalisme sauvage (<em>La Barrière de chair</em>), militarisme impérial (<em>Histoire d’une prostituée</em>) ou misogynie (<em>Carmen de Kawachi</em>) –, se reproduit inlassablement la même économie prédatrice des corps.</p>
<p>Dans <em>La Barrière de chair</em>, situé dans le Japon occupé après la Seconde Guerre mondiale, toute relation relève d’un échange économique. La microsociété des prostituées, autogérée selon des règles strictes, ne fait que radicaliser cette logique marchande, punissant toute déviation sentimentale par l’exil ou la torture. À la fois panorama social et «&nbsp;<em>fantasmagorie sordide</em>&nbsp;» (dixit le critique britannique Tony Rayns), le film déploie une architecture de couleurs primaires assignées aux personnages (chaque prostituée est ici associée à une teinte distincte) dans un système presque héraldique. Cette splendeur plastique s’accompagne pourtant de la peinture d’un véritable enfer, évoquant une sorte de comédie musicale à la Vincente Minnelli, dont le chromatisme aurait été transplanté dans un paysage de boue et de ruines.</p>
<p>Là où <em>La Barrière de chair</em> montrait un marché sauvage en autogestion, <em>Histoire d’une prostituée</em> expose une prostitution administrée par l’État fasciste – la violence n’y est plus tribale, mais bureaucratique. Yumiko Nogawa incarne une figure quasiment animale, mordant, se traînant et se recroquevillant à quatre pattes. La guerre induit un système de règles arbitraires qui organise le désir et la punition, tandis que la hiérarchie militaire structure le marché sexuel : le lieutenant revendique la prostituée comme sa propriété et fait de ses rencontres sexuelles un instrument de domination. Les officiers disposent d’un accès privilégié, tandis que les soldats peuvent être gratifiés de relations sexuelles selon leur bon comportement. Dans ce système, le corps féminin devient une monnaie distribuée pour maintenir l’ordre et récompenser l’obéissance. Logiquement, l’amour entre les deux protagonistes n’y a pas sa place : mû par une logique improductive, il apparaît insupportable. Le film rejoint ainsi la logique du précédent : que le système soit dérégulé ou autoritaire, il exige l’élimination de l’affect au profit d’un utilitarisme absolu.</p>
<p>Avec <em>Carmen de Kawachi</em>, variation lointaine sur l’opéra de Bizet, cette critique sociale prend une forme plus ouvertement fragmentée. Derrière les interludes musicaux et les inversions burlesques des rôles de genre, la violence demeure toutefois présente. Au début de l’intrigue, l’héroïne se fait voler son vélo. La poursuite semble d’abord comique, mais à mesure que de nouveaux hommes surgissent pour l’encercler, Suzuki ferme brutalement le diaphragme par à‑coups, assombrissant l’image jusqu’à suggérer une agression sexuelle hors champ qui est plus tard confirmée par le récit. De même, la rêverie bucolique d’un couple imaginant un <span style="font-style: normal !msorm;"><em>onsen</em></span> à bâtir à la campagne est aussitôt contredite par la vision d’une rivière saturée d’ordures. Comme dans les deux films précédents, la rêverie ici est systématiquement rattrapée par un horizon sordide.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332180 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg" alt width="1972" height="272" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg 1972w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-300x41.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-1024x141.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-768x106.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-1536x212.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-980x135.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1972px) 100vw, 1972px"></a>
<h2>Les enfants du phallus : l’hystérie de la virilité</h2>
<p>Les derniers films réalisés par Suzuki pour la Nikkatsu déplacent son regard vers la masculinité elle-même, observée comme un mélange d’excès et de fébrilité au bord de l’effondrement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit <em>Élégie de la bagarre</em>, film qui explore comment la culpabilité catholique et la répression du désir transforment l’énergie érotique en violence. Le militarisme n’y apparaît pas comme une idéologie autonome, mais comme une forme de sublimation : le désir refoulé trouve dans la discipline et l’agression un exutoire socialement légitimé. Les corps des acteurs sont constamment enfermés dans un réseau de barres métalliques, de piliers et de cloisons qui compartimentent l’espace, tandis qu’à cette géométrie contraignante répondent des digressions hallucinées (souvenirs fragmentaires, symboles chrétiens, éclats de blancheur ou fleurs de cerisier associées à une jeune femme idéalisée) qui signalent la tension permanente entre désir et refoulement.</p>
<p>Cette fragilité de la virilité prend une forme encore plus stylisée dans <em>Le Vagabond de Tokyo</em>. Un exemple se trouve lors d’un gag, quand un voyeur lève les yeux pour contempler les culottes d’une danseuse suspendue au-dessus de la salle : une masse blanche grotesque, évoquant une fiente de pigeon, s’écrase aussitôt sur son visage. Le fantasme se retourne en souillure, réduisant la virilité du regard à une farce humiliante.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332183 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg" alt width="1954" height="418" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg 1954w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-300x64.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-1024x219.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-768x164.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-1536x329.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-980x210.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1954px) 100vw, 1954px"></a>
<p>Avec <em>La Marque du tueur</em>, cette entreprise de déstabilisation atteint un point de rupture, poussant à l’extrême le fétichisme déjà présent dans l’œuvre de Suzuki. Le sexe et la mort deviennent ici les seules coordonnées et le monde se voit réduit à une somme de textures. La masculinité y est figurée comme une compétition phallique permanente : les hommes, éternels adolescents armés, manipulent leurs revolvers comme des jouets tout en évoluant dans un état d’épuisement paranoïaque. La psychologie laisse place à l’effusion des pulsions ; l’espace se fragmente, tandis que la continuité narrative est pulvérisée par une suite d’expériences formelles où les corps semblent se téléporter d’un décor à l’autre.</p>
<p>Une scène montre Gorō, le protagoniste, pénétrer dans un appartement et allumer la lumière, déclenchant ainsi un projecteur qui fait surgir Misako (personnage féminin central du film, une femme fatale incarnant la tension entre l’érotisme et la mort). Elle se tient devant lui, son corps découpé par l’ombre du projecteur, oscillant entre présence physique et projection. Lorsqu’il trébuche et fait vaciller l’appareil, elle se métamorphose complètement en une image déployée sur le mur, comme si la projection avait acquis une autonomie propre. Gorō se jette alors sur ce mirage comme pour lutter contre sa surface irréductible, et lorsque des flammes surgissent à l’écran, elles paraissent l’atteindre physiquement. La séquence s’achève sur un renversement vertigineux : son propre front devient écran et la distinction entre réalité et image se dissout entièrement.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332182 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg" alt width="1976" height="270" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg 1976w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-300x41.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-1024x140.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-768x105.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-1536x210.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-980x134.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1976px) 100vw, 1976px"></a>
<p>La singularité du nihilisme de Suzuki tient à son excès paradoxalement mélodramatique. Ses personnages sont souvent punis par leurs sentiments (l’amour conduit à la mort ou à la ruine dans la plupart des films de la rétrospective) et ces élans tragiques surgissent toujours dans un lyrisme incandescent qui s’estompe presque aussitôt. Même dans <em>La Marque du tueur</em>, ce motif subsiste. La séquence finale témoigne d’un désenchantement absolu : lors d’une fusillade où les tirs fusent de partout, Misako surgit soudain dans l’embrasure d’une porte et est abattue par le protagoniste. Tous les personnages meurent dans la scène : la femme, l’adversaire et le tueur lui-même ; l’espace se vide alors pour ne laisser qu’un ring de boxe déserté, symbole de virilité devenu cimetière. À ce stade, le monde n’est plus qu’un théâtre de surfaces où les corps se consument dans leur propre stylisation.</p>
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		<title>The Scores (ep.7) : Nikolaas Verstraeten</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-7-nikolass-verstraeten/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Nikolaas Verstraeten est écrivain et conçoit des expositions et des publications d’art. Kiosk Radio · Outsiders:...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-7-nikolass-verstraeten/" title="Read  The Scores (ep.7) : Nikolaas Verstraeten">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Nikolaas Verstraeten est écrivain et conçoit des expositions et des publications d’art.</em></p>
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<div style="font-size: 10px; color: #cccccc; line-break: anywhere; word-break: normal; overflow: hidden; white-space: nowrap; text-overflow: ellipsis; font-family: Interstate,Lucida Grande,Lucida Sans Unicode,Lucida Sans,Garuda,Verdana,Tahoma,sans-serif; font-weight: 100;"><a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Kiosk Radio" href="https://soundcloud.com/kioskradio" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> · <a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Outsiders: The Scores w/ Nikolaas Verstraeten - Orchestra Terrore @ Kiosk Radio 18.03.2026" href="https://soundcloud.com/kioskradio/outsiders-the-scores-w" target="_blank" rel="noopener">Outsiders: The Scores w/ Nikolaas Verstraeten — Orchestra Terrore @ Kiosk Radio 18.03.2026</a></div>
<p>Dans la tradition de l’aux-terrorisme, mon mix est devenu une rhapsodie, faite des musiques de films auxquelles je reviens sans cesse et d’impulsions musicales enfouies dans des films non musicaux. La musique diégétique — ces expériences d’écoute que nous sommes censés partager avec les personnages — fait le lien entre les deux.</p>
<p><em>In the tradition of aux-terrorism, my mix became a rhapsody of, on the one hand, the film music that I return to all the time, and, on the other, musical impulses buried in non-musicals. Diegetic music, or the listening experiences we’re supposed to share with movie characters, bridges the two.</em></p>
<h2><em>PERFORMANCE</em> (1970) BY DONALD CAMMELL &amp; NICOLAS ROEG</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Jack Nitzsche, Bernie Krause on the synthesizer and sung by Merry Clayton, Performance</strong></p>
<p>Le joker que Warner Bros a accordé à Donald Cammell et Nicolas Roeg pour faire un « film avec Mick Jagger » s’est accompagné d’un violent retour de bâton (on raconte que la femme d’un cadre aurait vomi pendant une projection…). Malgré cela, Cammell opte pour une vision idéaliste des choses : il envoie un télégramme à WB, co-signé par Jagger, qui se conclut ainsi : « SI <em>PERFORMANCE</em> NE PERTURBE PAS LE PUBLIC, ALORS IL N’EST RIEN. SI CE FAIT VOUS PERTURBE, L’ALTERNATIVE EST DE LE VENDRE RAPIDEMENT ET D’ARRÊTER LES CONNERIES.” Que cette ligne dure ait été productive ou non, le film existe — longue vie aux exceptions !</p>
<p>L’ouverture pseudo-indécise de<em> Performance</em> suit un avion de chasse pendant peut-être deux secondes avant de se fixer sur une Rolls Royce noire, un plan aérien qui peine ensuite à rivaliser avec une scène de lit plutôt rugueuse (pendant que vous vous demandez : <em>qui est cette personne et qu’a‑t-elle fait à James Fox ?</em>). Côté bande-son, le film nous fait viber pendant vingt secondes sur une chanson d’autoradio signée Randy Newman, avant un changement d’ambiance vers une pulsation synthétique et les harmonies de Merry Clayton, avec lesquelles j’ouvre ce mix. Si ce n’était pas vraiment le premier film à utiliser un synthétiseur modulaire Moog sur sa bande-son, c’était apparemment le premier à en montrer un à l’écran, à la fois comme gadget et quasi objet liturgique de « l’Artiste » Turner (Mick Jagger). (Un an plus tard, il y a aussi la bande-son électronique de Jagger pour<em> Invocation of My Demon Brother</em> de Kenneth Anger, qui sonne comme le chant du cygne d’une photocopieuse numérique.)</p>
<p><em>The wildcard that Warner Bros gave Donald Cammell and Nicolas Roeg for a «Mick Jagger movie» came with severe whiplash (an executive’s wife reportedly threw up during a screening etc.). Even then, Cammell opted for an idealistic defense: he sent a telegram to WB, co-signed by Jagger, which concludes: «IF </em>PERFORMANCE <em>DOES NOT UPSET AUDIENCES IT IS NOTHING. IF THIS FACT UPSETS YOU, THE ALTERNATIVE IS TO SELL IT FAST AND NO MORE BULLSHIT.» Whether or not this hard-lining was productive, the movie exists – long live the exceptions!&nbsp;</em></p>
<p>Performance<em>’s pseudo-undecided opening follows a fighter jet for maybe two seconds before settling on a black Rolls Royce, an aerial shot that then struggles to compete with a bedroom scene on the rough side (while you go, ‘who is this &amp; what have you done to James Fox?’). Soundtrack-wise, the movie makes us vibe for 20 seconds to a Randy Newman car-radio-type song before a mood switch to the artificial pulse and Merry Clayton’s harmonizing, which I begin this mix with. If this wasn’t really the first movie to feature a Moog modular synthesizer on its soundtrack, it apparently was the first movie footage that featured one, as toy as much as altarpiece of ‘the Artist’ Turner (Mick Jagger). (A year after wrapping, there’s also Jagger’s synthesizer soundtrack for Kenneth Anger’s </em>Invocation of My Demon Brother<em>, which sounds like the swan song of a digital copy machine.</em></p>
<h2><em>BLUE</em> (1993) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>01′44″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Performance </em>est aussi un hommage occulte spectaculaire à Jorge Luis Borges (mais impossible à détailler sans spoiler). Bien qu’il fût encore en vie à la sortie du film, Borges était devenu aveugle à la fin des années 50 — et rien n’indique qu’il ait eu connaissance du film. En réfléchissant au rôle de Borges dans <em>Performance</em>, je fais seulement maintenant le lien avec <em>Blue</em> — le dernier film de Derek Jarman, qui élève sa cécité progressive liée au sida (la réduction de sa vision à des nuances de bleu) au rang de « nec plus ultra » artistique.<em> Blue</em> est aussi un excellent film pour aborder le non-dit évident au cœur de <em>The Scores</em> : le divorce entre film et bande-son. (L’inverse peut exister, mais c’est souvent le souvenir du film qui continue de donner une charge à sa musique.)</p>
<p>C’est paradoxalement un film n’offrant qu’une seule couleur monochrome, qui semble le moins propice à être regardé les yeux fermés. <em>Blue </em>n’a pas seulement été diffusé à la télévision — où il pouvait évoquer une image figée — au Royaume-Uni en 1993, mais aussi à la radio, où l’absence d’image a donné lieu à un compromis magnifique : les auditeurs pouvaient demander une carte postale bleu Klein à contempler pendant l’écoute. (À défaut de carte postale, j’ai commencé à imaginer ce mix comme la bande-son d’un épique trajet urbain à l’heure de pointe, depuis chez mes parents en périphérie bruxelloise jusqu’à la Cinematek.) Le son de <em>Blue</em> a été élaboré par Jarman avec son collaborateur de longue date Simon Fisher Turner, et j’en ai sélectionné deux extraits — ce premier pour sa chorale « no homo ». Jarman refera une apparition dans ce mix, merci à la Cinematek d’avoir donné l’opportunité de (re)découvrir son travail lors d’une récente rétrospective.</p>
<p>Performance <em>also acts as an occult tribute to Jorge Luis Borges, spectacularly so (but which I can’t detail without spoiling). While he was alive at the time of the release, Borges had gone blind by the late 50s – and to my knowledge, there’s no documentation that he was aware of the film. Thinking about Borges’s role in </em>Performance<em>, I only now made the connection with </em>Blue<em> – Derek Jarman’s self-consciously final film, which elevates Jarman’s own AIDS-related increasing blindness, the constriction of his sight to shades of blue, into an artistic ‘nec plus ultra’. </em>Blue<em> is also a great movie to address </em>The Scores<em>’ elephant in the room: the messy divorce of film and soundtrack. (The reverse can be true, but it’s often the memory of a film that continues to charge its music.)&nbsp;</em></p>
<p><em>It’s paradoxically a movie that only has a monochrome color to offer, that seems the least accommodating to closing your eyes while watching. </em>Blue<em> was not just broadcast on television – where it might emulate static – in the UK in 1993 but also on the radio, where the lack of the visual counterpart prompted a beautiful compromise: listeners could request a Klein-blue postcard to contemplate during the broadcast. (For lack of a postcard, I began to think of this mix as soundtracking the epic public transport journey, basically 1 hour during rush hour, from my parent’s place in the periphery of Brussels to Cinematek). </em>Blue’<em>s sound was realized by Jarman with his longtime collaborator Simon Fisher Turner and I selected two excerpts, this first one for its ‘no homo’ choir appeal. Jarman sticks around in this mix, thanks to the opportunity to (re)visit his work in the recent Cinematek retrospective.</em></p>
<h2><em>THE BELLY OF AN ARCHITECT</em> (1987) BY PETER GREENAWAY</h2>
<p><strong>03′20″ ♪ Wim Mertens, Birds for the Mind</strong></p>
<p><b></b>Faire des expositions tue — le postulat de<em> The Belly of an Architect</em> m’est familier (<em>toux</em>). Un architecte américain est invité à curater une exposition blockbuster dans la Rome étrangement vide des années 80, consacrée à l’architecte utopiste du XVIIIe siècle Étienne-Louis Boullée (l’un de ceux qui ont désamorcé mes réticences envers l’architecture quand j’étais étudiant). La ville éternelle devient la scène d’une confrontation avec sa propre mortalité. Je ne me lasse jamais de la bande-son à quatre mains de Wim Mertens — ce qui n’a rien à voir avec de la nostalgie pour l’opérateur mobile <a href="https://www.youtube.com/watch?v=5zAOAlrHd2Y" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Proximus</a> (ça sonne mieux dans le film), ni avec le fait qu’il soit belge (même si j’aime bien sa chanson patriotique mélancolique «<a href="https://www.youtube.com/watch?v=YLjAweUGXBA" target="_blank" rel="noopener noreferrer">What It Is Like to Be from Belgium»</a>), ou qu’il se présente en virtuose du piano, ce qui éclipse ses expérimentations.</p>
<p><em>Exhibition-making kills, the premise of </em>The Belly of an Architect<em>, hits close to home (*coughs*). An American architect is invited to curate a blockbuster exhibition in a picturesquely empty 80s Rome about the 18th-century utopian architect Étienne-Louis Boullée (one of the architects that disarmed my reservations about architecture as a student). The eternal city becomes the inevitable stage for confronting one’s mortality. I never tire of Wim Mertens’ four-handed soundtrack – which has nothing to do with <a href="https://www.youtube.com/watch?v=5zAOAlrHd2Y" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Proximus nostalgia</a> (it sounds better in the film), or Mertens being Belgian (I do appreciate his patriotic sad song, «<a href="https://www.youtube.com/watch?v=YLjAweUGXBA" target="_blank" rel="noopener noreferrer">What It Is Like to Be from Belgium»</a>), or his self-profiling as piano virtuoso, eclipsing his experiment.</em></p>
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<h2><b><em>LE PONT DES ARTS</em> (2004) BY EUGENE GREEN</b></h2>
<p><strong>06′54″ ♪ Monteverdi, Lamento della ninfa sung by Claire Lefilliâtre</strong></p>
<p><strong>07′55″ ♪ Camille Keller, Cover Monteverdi Lamento Della Ninfa</strong></p>
<p>Répétant le <em>Lamento della ninfa </em>de Monteverdi (en play-back, en réalité, sur la voix phénoménale de Claire Lefilliâtre), une soprano est peu à peu poussée à bout par un chef de choeur sadique, qui ne semble pas entendre la même chose que nous, à tel point qu’il réagit par des commentaires absurdes (« <em>Tu as le timbre d’un kangourou étranglé</em> »). Plus tard dans le film, la soprano définit de manière très séduisante “<em>l’esprit baroque</em>” comme le fait de “<em>toujours dire deux choses contradictoires, toutes deux vraies</em>”. Il y a des années, Camille Keller et moi nous sommes rapprochés en parlant du <em>Pont des arts </em>et de sa reprise parfaite du <em>Lamento della ninfa</em>, à une époque pré-Camille Keller. Dans un esprit d’inclusivité baroque, j’ai fait de lui le kangourou étranglé pour le da capo de cette répétition.</p>
<p><em>Rehearsing Monteverdi’s </em>Lamento della ninfa<em> (lip-syncing, in fact, to the phenomenal voice of Claire Lefilliâtre), a soprano is gradually driven over the edge by a sadistic conductor, who doesn’t seem to hear what we are hearing to the point of absurdity («</em>You sound like a strangled kangaroo<em>»). At one point in the movie, the soprano, quite temptingly, defines the ‘baroque mindset’ as «</em>always saying two contradictory things, both of which are true<em>». Years ago, Camille Keller &amp; I bonded over Le pont des arts and his perfect </em>Lamento della ninfa<em> cover from the pre-Camille Keller days, so in the spirit of baroque mutual inclusivity, I made him the strangled kangaroo for the rehearsal’s da capo.</em></p>
<h2><em>BUTLEY</em> (1974) BY HAROLD PINTER</h2>
<p><strong>11′13″ ♪ Sound excerpt Appley dapply, a little brown mouse</strong></p>
<p>« <em>Sa femme vient de le quitter pour un autre homme. Et son petit ami aussi</em> », proclamait l’affiche du film, résumant <em>Butley</em> — une adaptation fidèle (et donc claustrophobe) de la pièce de Simon Gray sur la pulsion (auto)destructrice du professeur d’anglais Ben Butley. Aussi toxiques soient les relations, le non-sujet que Butley fait de sa sexualité reste étonnant, surtout si l’on considère que la pièce a été créée à peine quatre ans après la dépénalisation de l’homosexualité au Royaume-Uni. Il y a quelque chose de touchant dans sa manière de chercher refuge dans l’absurde— il abandonne ses études sur T.S. Eliot pour le livre de <em>Beatrix Potter, Cecily Parsley’s Nursery Rhymes</em> — que j’ai voulu inclure dans ce mix.</p>
<p><em>«</em>His wife just left him for another man. And so did his boy friend,<em>» is how the movie poster sold </em>Butley<em>, a faithful and (thus) claustrophobic rendition of Simon Gray’s play about the ingeniously (self)destructive drive of English professor Ben Butley. However toxic the relationships, the non-issue Butley makes of his sexuality still stuns, especially considering the play was first staged just 4 years after homosexuality was decriminalized in the UK. There is something touching about Butley’s resort to nonsense – he’s abandoned his study of T.S. Eliot in favor of </em>Beatrix Potter’s Cecily Parsley’s Nursery Rhymes<em>– that I couldn’t keep out of this mix.&nbsp;</em></p>
<h2><em>JALSAGHAR </em>[OR<em> THE MUSIC ROOM</em>] (1958) BY SATYAJIT RAY</h2>
<p><strong>11′44″ ♪ Music lesson of Khoka sung by Pinaki Sengupta</strong></p>
<p>Un autre film magnifique sur la tentation de la ruine. J’adore les génériques de début et de fin, où la caméra traverse l’obscurité jusqu’à un lustre vacillant, tandis que les caractères bengalis suspendus à une ligne horizontale (la « matra ») donnent aux crédits l’apparence d’éclats de lustre. Dans <em>The Music Room</em>, l’expression « la musique adoucit les mœurs » devient un dispositif menant au désastre. Pendant le déclin du Raj britannique, un seigneur bengali sacrifie tout pour la musique — ou plutôt pour les concerts somptueux dans le Jalsaghar, la « salle de musique » de son palais. La musique est également centrale dans l’éducation de son jeune fils, Khoka, comme en témoigne une scène belle — et tragique— où le père accompagne son fils au dilruba pour une leçon de chant au crépuscule.</p>
<p><em>Another magnificent movie about inviting ruin. I love the opening and closing credits, in which the camera bridges the dark towards a swinging, dying chandelier, while the Bengali script characters’ typical suspension from a horizontal line (the ‘matra’) give the overlaid credits the look of chandelier shards. In </em>The Music Room<em>, the expression «la musique adoucit les moeurs» becomes a set-up for disaster. Paralleling the decline of the British Raj, a feudal Bengali lord sacrifices everything for the sake of music, or extravagant concerts in the ‘music room’ or Jalsaghar in his palace. (I saw it as part of a birthday screening, which was quite the ice-breaker!). Music is also crucial in the lord’s education of his young son, Khoka, exemplified by a beautiful – and tragic, in light of the plot – scene in which the father accompanies his son on a dilruba for a bedtime singing lesson.</em></p>
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<h2><em>ROOM TEMPERATURE</em> (2025) BY DENNIS COOPER &amp; ZAC FARLEY</h2>
<p><strong>14′49″ ♪ Chris Olsen, What Does The Weaving Do, the original version of ‘Andre’s song’</strong></p>
<p><em>Room Temperature</em> suit une famille (et un figurant, appelé « Extra ») et les péripéties qui découlent de la transformation annuelle de leur foyer en maison hantée, au milieu du désert californien. J’ai vu<em> Room Temperature</em> quelques semaines après <em>The Music Room</em>, en novembre dernier, et je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien entre le moment musical père-fils de Khoka et une scène, dans laquelle l’adolescent Andre interprète devant sa famille une version acoustique d’une chanson qu’il a écrite. C’était une coïncidence heureuse que la chanson soit créditée à Chris Olsen, qui joue aussi Extra, et dont j’avais découvert la musique en 2021 lorsque mon ami Dennis (Dida) m’avait proposé d’écrire pour la sortie de son disque sur son label Van Dank. Dans le mix, j’ai choisi la version originale par Chris Olsen de la chanson d’Andre.</p>
<p>Room Temperature<em> follows a family (plus an extra called ‘Extra’) as they navigate the high stakes of their yearly haunted house spectacle in the Californian desert. I saw </em>Room Temperature<em> a few weeks after </em>The Music Room<em>, last November, and I couldn’t help but connect Khoka’s father-son musical moment with a scene, in which the teenager Andre has an acoustic try-out of a song he wrote in front of his family. It was a happy coincidence that the song was credited to Chris Olsen, who also plays Extra, to whose music I was introduced in 2021 when my friend Dennis (Dida) asked me to write for the release of his record on his label Van Dank. In the mix, I included Olsen’s rich original version of Andre’s song.</em></p>
<h2><em>8 ½ WOMEN</em> (1999) BY PETER GREENAWAY</h2>
<p><strong>17′22″ ♪ Sound excerpt On a slow boat to China sung by John Standing and Matthew Delamere</strong></p>
<p>Dans la pure tradition greenawayienne,<em> 8 ½ Women</em> est dépourvu de tout ce qui relèverait de l’improvisé ou du non-conçu, offrant à la place une surdose d’associations, de maniérismes (et de nudité). Ici, Greenaway s’amuse à prendre le <em>8 ½ </em>de Fellini au pied de la lettre, comme un système, et à l’appliquer partout. Le film repose sur l’idée que satisfaire leur fantasme masculin hétérosexuel — nourri par les fantasmes féminins de Fellini — permettra à un père et à son fils de reconnecter et de surmonter le deuil lié à la perte de leur femme/mère. Avant d’en arriver à la « solution » consistant à combler le vide dans leur propriété genevoise par un harem, un certain nombre d’autres excentricités servent à honorer la défunte : comme un duo chanté lors d’une partie de poker au bord de la piscine intérieure (où le père porte un trench coat par-dessus son pyjama).</p>
<p><em>In Greenaway fashion, </em>8 ½ Women<em> is free of the unscripted and undesigned, instead presenting an overdose of associations and mannerisms (and nudism). Here, Greenaway commits to the shtick of mistaking Fellini’s </em>8 ½<em>&nbsp;for a literal measure and applying it everywhere. The movie operates under the pretext that indulging their male heterosexual fantasy, fueled by Fellini’s fantasy of women, will help a father and son (to stay in theme) reconnect and overcome their grief over their wife/mother. Before they get to the ‘solution’ of filling the void in their Genevan estate with a harem, there’s a reservoir of other eccentricities to honor the loss: like a poker song duet on the edge of the indoor swimming pool ( the father dressed in his pyjamas and a trench coat).</em></p>
<h2><em>MARAT/SADE</em> (1967) BY PETER BROOK</h2>
<p><strong>18′05″ ♪ Richard Peaslee, Homage to Marat</strong></p>
<p>Une véritable révélation, autant pour la triple stratification de la pièce originale de Peter Weiss (dont le titre à rallonge dit tout :<em> La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat tels qu’interprétés par les pensionnaires de l’asile de Charenton sous la direction du marquis de Sade</em>) que pour la mise en scène de Peter Brook (sans même parler des décors en trompe‑l’œil de Sally Jacobs, faits de faux fonds). Dans l’adaptation cinématographique, nous devenons non seulement les spectateurs privilégiés de la performance / de la folie — ou de la folie performée, si l’on prend la fiction en compte — mais aussi les observateurs contemporains du public qui la regarde à travers des barreaux de prison. Grâce à ce mix, les hymnes révolutionnaires (post factum) de Marat/Sade ont de nouveau entièrement envahi mon esprit. “<em>Marat always ready to stifle every scheme / Of the sons of this ass-licking dying regime…</em>”</p>
<p><em>A true revelation, as much for the triple layering of the original Peter Weiss play (the long title says it all: </em>The Persecution and Assassination of Jean-Paul Marat as Performed by the Inmates of the Asylum of Charenton Under the Direction of the Marquis de Sade<em>) as Peter Brook’s direction (not to speak of Sally Jacobs’ set design with the shuttered false bottoms). In the movie adaptation, we become not just the privileged observers of the performance/madness – or performative madness, if we consider the fiction – but also the current observers of the historical audience following it through prison bars. Thanks to this mix, Marat/Sade’s (post factum) revolutionary anthems have once again fully occupied my mind. “</em>Marat always ready to stifle every scheme / Of the sons of this ass-licking dying regime…<em>”</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332176 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3.jpeg" alt width="1175" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3.jpeg 1175w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-980x192.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1175px) 100vw, 1175px">
<h2><em>PROVA D’ORCHESTRA</em> (1978) BY FEDERICO FELLINI</h2>
<p><strong>19′32″ ♪ Sound excerpt «Orchestra terrore, a morte il direttore!»</strong><br>
<strong>19′59″ ♪ Nino Rota, Risatine maliziose #2</strong></p>
<p>Si <em>Marat/Sade</em> propose un regard rétrospectif sur une révolution, dans <em>Prova d’Orchestra</em> il devient progressivement difficile de savoir si l’orchestre répète pour un concert ou pour une révolution (tout en restant inconscient de la menace d’une révolution potentielle <em>dans le monde extérieur</em>). Le soulèvement de cet orchestre n’échappe pas à un effet domino révolutionnaire. Le chef est destitué, et le gigantesque métronome censé le remplacer (cf. le visuel de ce mix) est renversé presque immédiatement après son installation. Cette révolution est télévisée, non seulement parce que Fellini réalise ce film pour la RAI, mais aussi parce que le film se présente lui-même comme le tournage d’un documentaire sur l’orchestre. Dans le mix, j’ai inclu certains chants de révolte. Puis l’orchestre —<em> restauré</em> dans sa hiérarchie initiale à la fin du film — commence à jouer ce qui sera la dernière collaboration entre Nino Rota et Fellini.</p>
<p><em>While </em>Marat/Sade <em>presents a retrospective look at a revolution, in </em>Prova d’Orchestra<em> it gradually becomes unclear whether an orchestra is rehearsing for a performance or a revolution (oblivious to the threat of a potential revolution ‘</em>in the outside world<em>’). The uprising of this orchestra is not exempt from a revolutionary domino effect. The conductor is dethroned, and the gigantic metronome he’s replaced by (cf. the cover art of this mix) is overturned almost immediately upon installation. This revolution is televised, not just because Fellini made this movie for the television broadcaster RAI, but because the movie presents itself as the making of a documentary about the orchestra. In the mix, I included some of the emancipatory chants. Then the orchestra – ‘restored’ to its original hierarchy at the end of the movie – starts playing what would become Nino Rota’s last collaboration with Fellini.&nbsp;</em></p>
<h2><em>DANCER IN THE DARK</em> (2000) BY LARS VON TRIER</h2>
<p><strong>21′10″ ♪ Björk, In the Musicals (film version)</strong></p>
<p>Si <em>Marat/Sade</em> n’est pas tout à fait une comédie musicale, avec <em>Dancer in the Dark</em> je triche clairement avec mon principe de départ. Je ne l’ai vu qu’une seule fois et, même si j’en garde le souvenir d’un visionnage assez éreintant, j’aime énormément son dispositif : une comédie musicale autour d’une fan hardcore de comédies musicales, et sur son besoin d’évasion face aux complications liées au fait de devenir aveugle (retour à Borges et à <em>Blue</em>). Avoir Björk à la partition est idéal, et je préfère les versions plus loufoques du film — avec les voix des acteurs, le duo et le chœur sur <em>In the Musicals</em> — à la participation de Thom Yorke et aux versions plus lisses des morceaux sur l’album <em>Selmasongs</em>.</p>
<p>Marat/Sade<em> is technically not a musical but with </em>Dancer in the Dark <em>I’m definitely cheating against my initial premise. I’ve only seen it once and while I remember a pretty frustrating watch, I love its set-up as a musical about a hardcore musical fan and her need for musical escapism as she deals with the additional complications of going blind (back to Borges and </em>Blue<em> here). Musical songwriting proves a great assignment for Björk, though I prefer the sillier movie versions with the actors’ voices – the duet and choir on In the Musicals – to Thom Yorke’s feature and the smoothing on the release of </em>Selmasongs<em>.&nbsp;</em></p>
<h2><em>TRUST</em> (1990) BY HAL HARTLEY</h2>
<p><strong>22′50″ ♪ Hal Hartley, Trust (Closing)</strong></p>
<p>Hal Hartley est un véritable auteur, au sens où son geste d’auteur s’étend jusqu’à la composition de ses propres bandes originales (souvent sous le pseudonyme de Ned Rifle). Il lui arrive même de publier, de manière sporadique, des morceaux qui ne sont pas des bandes-son. Le son de ses synthétiseurs évoque, j’imagine aujourd’hui de manière rétrofuturiste, la musique informatique ”de base” ou les boucles d’arrière-plan de jeux éducatifs, ce qui s’accorde magnifiquement avec la réalité artificielle de ses films. Et même si je préfère les bizarreries intellectuelles de ses courts métrages (qu’il appelait des « <em>demonstrations</em> »), ce sont ses longs métrages qui emportent la mise côté musique, comme dans le climax romantique de <em>Trust</em>.</p>
<p><em>Hal Hartley is a true auteur in the sense that his authorship extends to scoring his own films (though often under the pseudonym Ned Rifle). He even sporadically releases non-soundtracks. His synthesizer sound reminds, I guess retrofuturistically at this point, of textbook computer music or the background loops of didactic games, which is an exciting match for the artificial reality of his films. And while I most enjoy the intellectual quirks of his short films (which he referred to as «</em>demonstrations<em>»), it’s the feature films that run off with the music, like in </em>Trust<em>’s romantic climax.</em></p>
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<h2><em>STAVISKY</em> (1974) BY ALAIN RESNAIS</h2>
<p><strong>25′46″ ♪ Stephen Sondheim, Stavisky (Générique)</strong></p>
<p>Dans une interview en 1975 avec Richard Seaver à propos de<em> Stavisky</em>, Resnais cite son scénariste Jorge Semprun disant : « <em>Tout ce que Resnais veut faire, c’est un film avec Belmondo et Boyer, avec une musique de Stephen Sondheim. Le sujet lui est complètement égal, du moment qu’il a ces trois éléments.</em>» Après quoi Resnais ajoute : « <em>Il exagère, bien sûr, mais il y a une part de vérité…</em>»</p>
<p>J’aime la manière dont Resnais laisse la musique dominer et complexifier ses films, en particulier dans ses œuvres tardives. Il aborde les bandes originales comme tout sauf de la musique de fond. Dans <em>Stavisky </em>(Resnais a malheureusement été dissuadé de l’appeler Biarritz-Bonheur), on a presque l’impression que le film sert de toile de fond visuelle à la bande-son de Sondheim, que j’ai vu un jour qualifié de “<em>Ravel de Broadway</em>”. Resnais et Sondheim se sont en quelque sorte courtisés : Sondheim a reconnu l’influence de<em> L’Année dernière à Marienbad </em>et <em>Muriel</em> ou le temps d’un retour sur son <em>musical</em> conceptuel <em>Follies</em> en 1967, tandis que<em> Follies</em> a été une révélation pour Resnais. Pendant le tournage de <em>Stavisky</em>, Resnais est allé jusqu’à écouter des passages du musical <em>A Little Night Music</em> de Sondheim sur son magnétophone, alignant le rythme des scènes sur la musique de Sondheim. À l’invitation initiale de Resnais à collaborer, Sondheim aurait répondu : « <em>C’EST LA PREMIÈRE FOIS DE MA VIE ET VOUS POURRIEZ LE REGRETTER MAIS JE SUIS PRÊT</em> ». Ce sera aussi sa dernière bande originale !</p>
<p><em>In an interview in 1975 with Richard Seaver about </em>Stavisky<em>, Resnais quotes his screenwriter Jorge Semprun as saying “</em>All Resnais wants to do is make a film starring Belmondo and Boyer, with music by Stephen Sondheim. He couldn’t care less what the subject is, so long as he has those three elements in it.<em>” After which Resnais added: «</em>He’s exaggerating, of course, but there’s a kernel of truth there…<em>»</em></p>
<p><em>I love how Resnais let music dominate and complicate his movies, especially his later work. He approaches soundtracks as all but background music. In </em>Stavisky<em> (Resnais was unfortunately dissuaded from calling it Biarritz-Bonheur) it almost seems like the movie provides background visuals for the soundtrack of Sondheim, whom I’ve once seen described as ‘the Ravel of Broadway’. Resnais and Sondheim somehow courted each other: S. has acknowledged the impact of </em>L’année dernière à Marienbad<em> and </em>Muriel ou le temps d’un retour <em>on his conceptual revue musical </em>Follies<em> in 1967, while </em>Follies<em> was a revelation for R. While shooting Stavisky, Resnais went so far as to listen to key passages of Sondheim’s musical </em>A Little Night Music <em>on his tape recorder, aligning the rhythm of the scenes with Sondheim’s music. To Resnais’ initial invitation to collaborate, Sondheim apparently replied: “</em>IT’S THE FIRST TIME IN MY LIFE AND YOU MAY REGRET IT BUT I’M READY<em>”. This would also be his last soundtrack!</em></p>
<h2><em>EDVARD MUNCH</em> (1974) BY PETER WATKINS</h2>
<p><strong>27′54″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je ne veux pas faire de favoritisme mais c’est probablement mon extrait préféré du mix. La manière dont Watkins dépeint un Edvard Munch condamné, ainsi que l’attention portée à la matérialité de ses peintures (comme son propre<em> Death of Marat</em>), m’ont profondément marqué lorsque je l’ai vu (j’étais alors étudiant à Gand), et je me souviens être rentré à pied, de nuit, du cinéma des Beaux Arts (KASK), obsédé par cette progression de piano spécifique, qui apparait et disparait comme un thème vers la fin du film.</p>
<p><em>I don’t mean to discriminate but this is probably my favourite excerpt of the mix. Watkins’ portrayal of a doomed Edvard Munch, the attention to the tactility of his paintings (like his very own </em>Death of Marat<em>), made a deep impression when I saw it as a student in Ghent, and I remember walking home at night from KASK cinema, fixated on this specific, honest piano progression that seems to slip in and out as a theme near the end of the movie.</em></p>
<h2><em>WOMEN IN LOVE</em> (1969) BY KEN RUSSELL</h2>
<p><strong>29′27″ ♪ Sound excerpt I’m forever blowing bubbles sung by Jennie Linden</strong></p>
<p>“<em>Tout échoue à se matérialiser. Rien ne se matérialise</em>”, déplorent deux sœurs d’une vingtaine d’années, qui traînent dans un cimetière. Puis survient l’amour. J’ai découvert <em>Women in Love</em> récemment, et plus encore que la fameuse scène de lutte, j’ai été particulièrement frappé par une scène où, lors d’un pique-nique arcadien entre Ursula et Rupert, l’image pivote soudainement — ce que l’on appellerait aujourd’hui un « mode portrait » ou un format <em>reel</em> — mais cette image verticale semble coincée dans le paysage horizontal du film. J’adore le moment où la voix de Jennie Linden chantant «I’m Forever Blowing Bubbles» s’évanouit dans le vide, pendant que la caméra se laisse distraire par la danse expressive de Glenda Jackson.</p>
<p><em>«</em>Everything fails to materialise. Nothing materialises,<em>» lament two twenty-something sisters, chilling in a graveyard. Enter love. I watched </em>Women in Love <em>for the first time recently, and even more than the infamous wrestling scene, I was very taken by one scene when during an Arcadian picnic date of ‘Ursula’ and ‘Rupert’, the photography suddenly rotates, to what we now would call ‘portrait mode’ or a reel format, but the vertical footage seems stuck in the movie’s horizontal landscape. I love the sound of Jennie Linden singing “</em>I’m forever blowing bubbles<em>” growing into a vacuum as the camera gets distracted by Glenda Jackson’s interpretive dance.</em></p>
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<h2><b><em>DAYS OF HEAVEN</em> (1978) BY TERRENCE MALICK</b></h2>
<p><strong>30′40″ ♪ Ennio Morricone, Days of Heaven (theme)</strong></p>
<p>J’ai été tenté d’inclure dans ce mix la reprise de Runaway de Del Shannon par Ryan Gosling dans <em>Song to Song</em>, mais j’y ai finalement renoncé. <em>The Tree of Life</em> a probablement été le premier « film d’adulte » que j’ai décidé d’aller voir au cinéma avec ma mère. Je me souviens de la confusion face à un film qui s’écartait du drame classique présenté dans la bande-annonce, et des gens quittant la salle. Je suis arrivé plus préparé devant <em>Days of Heaven</em>, avec sa narration en voix off (« <em>Me and my brother. It used to be me and my brother.</em> ») et la bande originale épique de Morricone qui, contrairement aux esbroufes des Malick plus tardifs, enchante toujours immédiatement.</p>
<p><em>I was tempted to include Ryan Gosling’s cover of Del Shannon’s Runaway in Malick’s </em>Song to Song<em> in this mix, but then I thought better of it. </em>The Tree of Life <em>was probably the first ‘grown-up film’ I deliberately selected as a child going to the cinema with my mom. I remember the confusion at the movie spacing out on the basic drama presented in the trailer, and everyone walking out. I came more prepared to </em>Days of Heaven<em>, with its voice-over narrative («</em>Me and my brother. It used to be me and my brother.<em>») and epic Morricone soundtrack that, unlike the affectations of later Malick, still immediately enchants.</em></p>
<h2><em>LAST SUMMER</em> (1969) BY FRANK PERRY &amp; ELEANOR PERRY</h2>
<p><strong>32′10″ ♪ John Simon, Last Summer Theme</strong></p>
<p>L’envers de <em>Fire Island</em> — un été sur une plage sans ombre permet à un groupe d’adolescents nouvellement amis de repousser progressivement leurs limites respectives. J’aime toutes les collaborations des Perry, mais le thème de <em>Last Summer</em> parvient à capter la mélancolie de ces interactions étranges qui ne survivent pas à l’été.</p>
<p><em>The flipside of </em>Fire Island <em>– a shadow-free beach summer allows a group of newly ‘befriended’ teenagers to increasingly push each other’s boundaries. I love all of the Perrys’ collaborations, the theme of </em>Last Summer<em>, however, manages to capture the blues of strange interactions that don’t survive the beach.</em></p>
<h2><em>QUERELLE</em> (1982) BY R.W. FASSBINDER</h2>
<p><strong>32′45″ ♪ Music by Peer Raben, lyrics by Jeanne Moreau and sung by Günther Kaufmann, Young and Joyful Bandit</strong></p>
<p>En raison d’un budget limité, Fassbinder a demandé à l’acteur et metteur en scène Wilhelm Rabenbauer de composer également la musique d’un film ; sous le pseudonyme remarquable de Peer Raben, il est devenu son compositeur principal. Dans la version du film (que, rétrospectivement, j’aurais dû utiliser), Kaufmann interprète sa ballade de bandit libidineux dans un café, où il doit jouer par-dessus le bruit d’un jeu d’arcade.</p>
<p>Par ailleurs, j’adore la manière dont Fassbinder crache pratiquement au visage de Visconti lorsqu’il ouvre <em>L’Année des 13 lunes</em>, sept ans après <em>Mort à Venise</em>, avec le même adagietto de la <em>Cinquième symphonie</em> de Mahler. Cette fois pour accompagner l’exact opposé d’une contemplation platonique de la beauté : une scène de <em>cruising</em> en extérieur qui tourne mal. (L’intention de ce geste est d’autant plus claire qu’il réutilise également la bande-son d’<em>Amarcord</em> de Fellini par Nino Rota.)</p>
<p><em>Because of a limited budget, Fassbinder asked the actor and theater director Wilhelm Rabenbauer to also score a film; under the great pseudonym Peer Raben, he became his primary composer. In the movie version (which, on second thought, I should have used), Kaufmann performs his libidinal bandit ballad in a café, where he gets competition from the noise of an arcade game.</em></p>
<p><em>On another note, I also love how Fassbinder basically spits in Visconti’s face when he opens</em> A Year With 13 Moons<em>, 7 years after </em>Death in Venice<em>, with the same adagietto of Mahler’s </em>5th symphony<em>. This time to score the polar opposite of Platonic beauty contemplation: an outdoor cruising scene gone wrong. (The intentionality of this gesture also speaks from the fact that he also adopted Nino Rota’s soundtrack for Fellini’s </em>Amarcord <em>in it).</em></p>
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<h2><em>INDIA SONG</em> (1975) BY MARGUERITE DURAS</h2>
<p><strong>35′14″ ♪ Sound excerpt</strong><br>
<strong>36′14″ ♪ Jeanne Moreau, India Song sung by Oumar Dicko</strong></p>
<p>Alors que Jeanne Moreau a écrit les paroles de la chanson précédente, Duras elle-même a rédigé celles de<em> India Song</em>, qui n’apparaît que dans sa version instrumentale dans le film. <em>India Song </em>est un film qui tient sur cette seule mélodie de piano. Comme <em>Blue</em>, c’est un film éprouvant pour ceux qui (comme moi) aiment tricher avec l’expérience audiovisuelle pure et s’en tirer grâce aux sous-titres — Criterion propose même une version anglaise pour cette raison. (Le réalisateur Eugene Kotlyarenko a une théorie intéressante, visible dans ses stories Instagram, sur le désir croissant des gens d’avoir des sous-titres ou du texte à l’écran, même lorsqu’ils comprennent la langue.) La Cinematek prépare une rétrospective Duras, ce qui sera intéressant, sachant qu’en Belgique, aller au cinéma est une expérience délicieusement babélienne consistant à résister / céder au bilinguisme, avec d’anciennes copies souvent accompagnées de sous-titres français et néerlandais un peu archaïques.</p>
<p>Lors d’un karaoké à Noël, mon ami Oumar Dicko a livré une version d’<em>India Song</em> si mémorable que j’ai dû le supplier d’en enregistrer une reprise pour ce mix.</p>
<p><em>While Jeanne Moreau wrote the lyrics to the previous song, Duras herself furnished the lyrics for Moreau’s </em>India Song<em>, which appears only instrumentally in the film. </em>India Song<em> is a movie that stands and falls on that piano song. Like </em>Blue<em>, this is a punishing movie for those who (like me) love to cheat on the pure audiovisual experience and get away with subtitles – Criterion even offers an alternate English version for that reason. (The director Eugene Kotlyarenko has an interesting theory in his ig highlights about people’s increased craving for closed captions or on-screen text, even if they know the language.) Cinematek has a Duras retrospective coming up, which will be interesting, knowing that in Belgium, movie-going is a blissful Babelesque experience of trying to resist/embrace the bilingual, with old copies, usually archaic, French and Dutch subtitles.&nbsp;</em></p>
<p><em>During a karaoke evening over Christmas, my friend Oumar Dicko delivered such a memorable </em>India Song<em> that I had to beg him to record a cover for this mix.&nbsp;</em></p>
<h2><em>DON’T LOOK NOW</em> (1973) BY NICOLAS ROEG</h2>
<p><strong>37′51″ ♪ Pino Donaggio, John’s Theme (Love Scene)</strong></p>
<p><em>Don’t Look Now</em> est mon film préféré de type <em>Mort à Venise</em> (je pense aussi à <em>The Comfort of Strangers</em>, qui possède lui aussi une superbe bande originale d’Angelo Badalamenti). Dans ce film d’horreur intellectuel, l’architecte John Baxter (Donald Sutherland) arrive à Venise avec sa femme Laura (Julie Christie) pour un chantier de restauration de l’église Saint-Nicolas des Mendiants — « <em>Saint Nicolas est le saint patron des érudits et des enfants. Une combinaison intéressante, vous ne trouvez pas ?</em> » Ce travail est également censé les distraire de la mort de leur fille, survenue dans un accident tragique et légèrement métaphysique. On parle souvent de la « scène d’amour » du film, et je ne peux m’empêcher de penser que la bande originale, très flûtée, y est parfaite.</p>
<p>Don’t Look Now <em>is my favourite ‘death in Venice’ movie (I’m also thinking of </em>The Comfort of Strangers<em>, which also has a great Angelo Badalamenti soundtrack). In this intellectual horror movie, architect John Baxter (Donald Sutherland) comes to Venice with his wife Laura (Julie Christie) for a job restoring the Church of St. Nicholas of the Beggars – «</em>Saint Nicholas is the patron saint of scholars and children. An interesting combination don’t you think?<em>» The work is also meant to distract from their daughter’s death in a tragic, slightly metaphysical accident. Talk about the movie often dwells on the ‘love scene’, and I can’t help it that the fluty soundtrack is perfect in that scene.</em></p>
<h2><em>THE TEMPEST</em> (1979) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>40′59″ ♪ Sound excerpt, Ariel’s freedom song sung by Karl Johnson</strong></p>
<p>Enfin libre, suite à une fête de mariage incluant une performance surprise de «Stormy Weather» par Elisabeth Welch, l’esprit Ariel chante une dernière chanson d’émancipation.</p>
<p><em>Finally free, in the aftermath of wedding festivities including a «Stormy Weather» surprise act from Elisabeth Welch, the spirit Ariel sings a final, emancipatory song.</em></p>
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<h2><em>THE NEXT BEST THING</em> (2000) BY JOHN SCHLESINGER</h2>
<p><strong>41′55″ ♪ Sound excerpt American Pie sung by Rupert Everett and Madonna</strong></p>
<p>Il est logique que la reprise de<em> American Pie</em> par Madonna trouve son origine dans une intense scène funéraire, pour une victime de “pneumonie”, dans le dernier film de John Schlesinger. <em>The Next Best Thing</em> a également enfoui l’une des meilleures ballades de Madonna, <em>Time Stood Still</em>, composée pour le film à l’époque de sa collaboration avec William Orbit, audible très brièvement en version instrumentale à l’arrière-plan.</p>
<p><em>It makes sense that Madonna’s </em>American Pie<em> cover actually has its origins in an intense funeral scene for a «pneumonia» victim in John Schlesinger’s farewell film. </em>The Next Best Thing<em> also buried one of Madonna’s best ballads, </em>Time Stood Still<em>, made for the film in her William Orbit era, but only briefly audible as an instrumental in the distant background.</em></p>
<h2><em>CARAVAGGIO</em> (1986) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>42′40″ ♪ Probandi Benedettini di San Giovanni in Parma, Credo II</strong></p>
<p>La réunion de dispositifs hautement visuels — tableaux vivants ; langage des signes anachronique du compagnon muet de <em>Caravage</em>, Jerusaleme ; flashbacks sentimentaux (qui ne me dérangent même pas) — soutenue par un chant grégorien qui semble enregistré depuis des haut-parleurs face à la mer. Tout cela rend la fin du film (et celle du peintre) profondément bouleversante.</p>
<p><em>A reunion of highly visual devices – tableaux vivants; the anachronistic sign language of </em>Caravaggio<em>’s mute companion, Jerusaleme; sentimental flashback (which I don’t even mind) – supported by a Gregorian chant that seems recorded from speakers by the sea make the movie/the painter’s end incredibly moving.</em></p>
<h2><em>POLA X</em> (1999) BY LEOS CARAX</h2>
<p><strong>45′47″ ♪ Scott Walker, Light</strong></p>
<p>Le titre acronymique fait référence à la dixième version du scénario de Carax, adaptant <em>Pierre, ou les Ambiguïtés</em> de Herman Melville — ce qui donne une bonne idée du niveau d’hubris dont il est question. Si Stavisky procure l’étrange plaisir d’une musique de Sondheim sans paroles, alors <em>Pola X</em> offre un plaisir encore plus étrange : celui d’une musique de Scott Walker sans sa voix. À l’exception de la scène d’ouverture, où la mauvaise toux de Carax et une citation de Hamlet en français sont suivies d’un extrait chaotique de <em>The Cockfighter</em> de Walker sur des images pseudo-historiques de cimetières bombardés. Comme si de rien n’était, Light nous introduit ensuite à Pierre (Guillaume Depardieu), profondément endormi dans son château.</p>
<p><em>The acronymic title refers to Carax’s tenth script version, adapting Herman Melville’s </em>Pierre, ou les Ambiguïtés<em> – which gives a good idea as to what level of hubris we’re talking about. If Stavisky provides the weird pleasure of Sondheim’s music without lyrics, then </em>Pola X<em> provides the even weirder pleasure of Scott Walker’s music without his voice. Save for the opening scene, where Carax’s bad cough and Hamlet quote in French is followed by an excerpt of Walker’s chaotic </em>The Cockfighter<em> over pseudo-historical footage of graveyards being bombed. As if nothing happened, Light then introduces us to Pierre (Guillaume Depardieu), sound asleep in his French chateau.</em></p>
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<h2><b><em>THE SERVANT</em> (1963) BY JOSEPH LOSEY</b></h2>
<p><strong>49′01″ ♪ Music by John Dankworth, lyrics by Harold Pinter and sung by Cleo Laine, All Gone</strong></p>
<p>Dans <em>The Servant</em>, <em>All Gone</em> est comme un disque vinyle que l’on userait jusqu’à la moelle. Harold Pinter, adaptant le roman de Robert Maugham pour le cinéma, est également l’auteur des paroles de la chanson — la seule qu’il ait jamais écrite ? Dans son <em>nonsense</em> subliminal — <em>Now, while I love you / Can’t love without you / Must love without you, alone</em> — <em>All Gone</em> possède quelque chose d’une symbiose fiévreuse entre Pinter et ChatGPT.</p>
<p><em>In </em>The Servant<em>, </em>All Gone <em>functions as an actual record being played to death. Harold Pinter, adapting Robert Maugham’s novel for the screen, was also responsible for the song’s lyrics – the only song-writing he ever did? In its subliminal nonsense – </em>Now, while I love you / Can’t love without you / Must love without you, alone<em> – </em>All Gone <em>has something of a fever dream symbiosis of Pinter and ChatGPT.</em></p>
<h2><em>HITLER, A FILM FROM GERMANY</em> (1977) BY HANS-JÜRGEN SYBERBERG</h2>
<p><strong>52′14″ ♪ Sound excerpt Holdrio, liebes Echo</strong></p>
<p>Le film se présente comme « <em>non pas un film-catastrophe mais la catastrophe faite film</em> », une tentative grandiose d’affronter le problème et la responsabilité de la représentation post-Hitler, principalement sur le plan cinématographique mais aussi musical. Où va l’art lorsque Hitler est présenté comme un cinéphile ayant « <em>regardé deux à trois films par jour</em> » avant la guerre, ainsi que comme « <em>l’homme qui ne manquait jamais un Götterdämmerung à Bayreuth</em> » ?</p>
<p>Sur les deux versions de l’affiche, “Hitler” semble surgir de la tombe de “R.W.”. L’épitaphe de Wagner n’a besoin que de ses initiales… Syberberg semble adopter le mode wagnérien — une fresque de sept heures mêlant marionnettes et théâtre de la mémoire — pour battre, ou plutôt condamner, Wagner à son propre jeu. J’ai inclus un extrait de la seconde partie du film, où l’écho constant du prélude de<em> Parsifal </em>de Wagner est contrarié par des chants traditionnels. « <em>Wagner, peux-tu m’entendre ?</em> » crie un homme qui se présente comme « <em>ayant brûlé Hitler</em> », avant d’entonner un chant yodel romantique adressé aux échos de la montagne, qu’il conclut en rappelant que « <em>la musique de Wagner a été écrite avec du sang</em> ».</p>
<p><em>The movie presents itself as «</em>no disaster film but disaster as film<em>», a grandiose attempt to confront the problem and responsibility of representation post-Hitler, mainly cinematically but also musically. Where does art go when Hitler is presented as a cinephile who «</em>watched 2 to 3 movies a day<em>» before the war, as well as «</em>the man who never missed a Götterdammerung in Bayreuth<em>»? On both versions of the poster, ‘Hitler’ can be seen rising from the grave of «R.W.» Wagner’s epitaph needs no more than his initials… Syberberg seems to adopt the Wagnerian mode – a 7‑hour juggling of puppet and memory theater – to beat, or in this case condemn, Wagner at his own game. I included an excerpt from the second part of the movie, where the constant temptation of Wagner’s prelude to </em>Parsifal<em> is countered through traditional songs. «</em>Wagner, can you hear me?<em>» screams a man who presents himself as ‘having burned Hitler’ before singing a romantic yodeling song addressing mountain echoes, which he closes with a reminder that «</em>Wagner’s music was written in blood<em>».</em></p>
<h2><em>THE LAST DAYS OF DISCO</em> (1998) BY WHIT STILLMAN</h2>
<p><strong>53′26″ ♪ Sound excerpt Amazing Grace sung by Kate Beckinsale</strong></p>
<p><em>The Last Days of Disco</em> est un récit édifiant sur le thème des « <em>opposés qui s’attirent</em> ». Ici, Kate Beckinsale interprète une version superbement auto-tunée de <em>Amazing Grace</em> dans un lit d’hôpital. Le morceau accompagne ensuite le personnage de Chloë Sevigny récupérant les médicaments pour la double MST qu’elle a contractée lors de sa « première fois » (on entend le pharmacien dire « <em>I’m sorry</em> »).</p>
<p>The Last Days of Disco<em> is an effective «opposites attract» cautionary tale. Here, Kate Beckinsale is performing an amazingly auto-tuned version of </em>Amazing Grace<em> in a hospital bed, which then accompanies Chloë Sevigny’s character collecting the medication for the double STD she’s picked up on her ‘first time’ (you can hear the pharmacist’s «I’m sorry»).</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332192 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9.jpeg" alt width="1179" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9.jpeg 1179w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-980x191.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1179px) 100vw, 1179px">
<h2><b><em>M*A*S*H</em> (1970) BY ROBERT ALTMAN</b></h2>
<p><strong>55′14″ ♪ Johnny Mandel, Suicide Is Painless sung by Ken Prymus</strong></p>
<p>Il se passe beaucoup de choses dans <em>M*A*S*H*</em> (on y suit un Hôpital Chirurgical Mobile de l’Armée américaine pendant la guerre de Corée). Mais arrêtons-nous sur la « scène de conversion gay ». Un simple cas d’impuissance est interprété comme la preuve que le capitaine « Painless » est homosexuel, et la seule solution envisagée est le suicide. Ses collègues chirurgiens optent alors pour une simulation rituelle de suicide comme « traitement ». Altman a confié les paroles de <em>Suicide Is Painless</em> à son fils de 15 ans. Les royalties l’auraient rendu millionnaire.</p>
<p><em>There is a lot going on in </em>M*A*S*H*<em> (which follows an American ‘Mobile Army Surgical Hospital’ during the Korean War) in general, but let’s consider the ‘gay conversion scene’ for a second. A one-off case of impotence can only mean that Captain «Painless» is gay, for which the only available solution can be suicide – his fellow army surgeons opt for the ‘cure’ of a ritual faux-suicide instead. Altman famously passed the lyrics to « Suicide is Painless », played in the scene, on to his then 15-year-old son. The royalties supposedly made him a millionaire.</em></p>
<h2><em>MARAT/SADE</em> (1967) BY PETER BROOK</h2>
<p><strong>57′34″ ♪ Richard Peaslee, Poor Old Marat</strong></p>
<h2><em>BLUE</em> (1993) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>58′12″ ♪ Sound excerpt, Tibetan bells</strong></p>
<p>La dernière phrase de Jarman dans <em>Blue</em>, avant que les cloches méditatives ne résonnent, est : « <em>Je dépose un delphinium, bleu, sur ta tombe.</em> » Ses véritables derniers mots, quelques mois après la sortie du film, auraient été : «<em> Je veux que le monde soit rempli de petits canards blancs fluffy.</em> » Dans<em> Hat Box</em>, l’autobiographie/autodiscographie en deux volumes de Stephen Sondheim, celui-ci imagine ses propres derniers mots :</p>
<p>« Quand Wilson Mizner est sorti du coma et a vu un prêtre penché sur lui, il aurait dit : «<em>Pourquoi devrais-je vous parler ? Je viens juste de parler à votre patron</em>», et il est mort aussitôt. Difficile de croire qu’il n’ait pas préparé ça à l’avance, tout comme il est difficile de croire qu’Oscar Wilde n’ait pas préparé « <em>Soit ce papier peint s’en va, soit c’est moi</em> » (apocryphe ou non) ou que Goethe n’ait répété « <em>Plus de lumière !</em> » — après tout, ils étaient écrivains. Si j’ai encore le souffle pour le crier de manière théâtrale, ma citation sera tirée de <em>Our Time</em>, une chanson de <em>Merrily We Roll Along</em> : « Il y a tant de choses à chanter ! »</p>
<p><em>Jarman’s last sentence in </em>Blue<em>, before the meditative bells set in, is: “</em>I place a delphinium, blue, upon your grave.<em>” His actual last words, a few months after its release, were reportedly: «</em>I want the world to be filled with white fluffy duckies.<em>» In </em>Hat Box<em>, Sondheim’s incredible two-volume autobiography or auto-discography, there is a passage in which he imagines his own dream last words:</em></p>
<p><em>«When Wilson Mizner came out of a coma and saw a priest standing over him, he reportedly said, «</em>Why should I talk to you? I’ve just been talking to your boss,<em>» and promptly died. It’s hard to believe he didn’t work on it in advance, just as it’s hard to believe that Oscar Wilde didn’t work on «</em>Either that wallpaper goes or I do<em>» (apocryphal or not) or Goethe rehearse «More light!» —after all, they were writers. If I have the breath to gasp it out dramatically, mine will be a quote from Our Time, a song in Merrily We Roll Along: «</em>There’s so much stuff to sing!<em>»»</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332193 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10.jpeg" alt width="1179" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10.jpeg 1179w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-980x191.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1179px) 100vw, 1179px">
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Les Saisons</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-saisons-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le plus beau plan des Saisons est aussi son dernier : le long des branches d’un immense chêne-liège, la caméra glisse lentement jusqu’au tronc, avant de remonter vers de nouveaux rameaux qui s’élèvent jusqu’au ciel....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-saisons-2/" title="Read  Les Saisons">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le plus beau plan des <em>Saisons</em> est aussi son dernier : le long des branches d’un immense chêne-liège, la caméra glisse lentement jusqu’au tronc, avant de remonter vers de nouveaux rameaux qui s’élèvent jusqu’au ciel. La grâce de ce mouvement sinueux transcende l’horizon de la seule description et synthétise le principe du film, qui entend révéler l’harmonie secrète d’un espace. L’arabesque de la caméra ne relève pas ici d’une virtuosité plaquée sur le paysage ; elle semble au contraire naître de l’attention portée par Maureen Fazendeiro à ce qui l’entoure. Autrement dit, la caméra (au)sculpte le territoire, maintenant dans un même geste l’équilibre entre l’observation et le modelage sensible. Cette disponibilité à l’environnement irrigue ainsi les meilleures séquences du documentaire, qui se présente comme un poème visuel dédié à la région rurale de l’Alentejo, située au sud du Portugal. En filmant ses paysages arides, Fazendeiro cherche à faire affleurer les multiples couches temporelles qui les façonnent. Le plan final sur l’arbre en atteste : sa contemplation invite à percevoir la multiplicité des temporalités qu’il abrite, en reliant l’unicité du tronc massif et la prolifération de ses branches noueuses. À la manière du séquoia de <em>Vertigo</em>, l’arbre devient la figuration de l’écoulement du temps.</p>
<p><em>Les Saisons</em> déploie de la sorte un feuilletage très ample, à la fois géologique et politique, scientifique et mythologique : le présent de la chronique paysanne se mêle à l’observation de dolmens préhistoriques, à des reconstitutions de légendes locales ou encore à des images d’archives remontant aux années 1970, après la Révolution des Œillets. Au-delà de ce soubassement historique, la cinéaste adopte une forme archéologique à travers la succession de longs travellings ou panoramiques répondant à la stratification du territoire. La diversité des supports d’enregistrement suit une logique analogue : si le 16mm domine, le 8mm est utilisé pour filmer des gravures rupestres, tandis que la texture craquelée d’images d’archives en noir et blanc (dans un segment documentant la réforme agraire des années 1970) fait émerger une nouvelle couche politico-historique. Déjà particulièrement dense et composite, le dispositif se complexifie encore avec un agencement polyphonique de voix off : la lecture du journal de deux archéologues allemands dans les années 1940 croise des témoignages contemporains d’habitants de la région, tout en intégrant des poèmes, des chants ou des légendes racontées par des enfants. Mais si Fazendeiro fait preuve d’une ambition indéniable, le film n’évite pas l’écueil de l’éparpillement, la faute à une structure trop flottante qui peine à transcender la somme des éléments brassés. La superposition des temporalités se révèle certes localement féconde, lorsqu’elle ouvre sur un dialogue à travers le montage : ainsi de ce long fondu enchaîné où le visage d’une princesse se dissout dans l’ondoiement d’un cours d’eau, figurant l’inscription de l’imaginaire populaire dans la topographie. Ailleurs, l’usage croissant des voix off paraît en revanche instiller avec volontarisme une profondeur historique ou mythique. Les légendes reconstituées restent souvent à l’état de tableaux à peine esquissés, dont la signification est très largement prise en charge par le commentaire. La limite de la démarche tient alors à la conviction que l’hétérogénéité suffit à conférer un souffle poétique à l’ensemble. Si cet écueil n’est pas nouveau à l’échelle du cinéma portugais (il était déjà perceptible dans <em>Grand Tour</em> de Miguel Gomes, coécrit par Fazendeiro), il s’explique peut-être par l’influence décisive d’Antonio Reis et Margarida Cordeiro, et plus particulièrement, de leur trilogie matricielle consacrée à la région rurale du Trás-os-Montes à laquelle <em>Les Saisons</em> emprunte beaucoup. L’articulation entre le documentaire et le registre fabuleux a beau rester une voie poétique précieuse pour transcender le genre ethnographique et se prémunir contre la folklorisation des cultures populaires, sa puissance lyrique bute ici sur des tropes désormais bien identifiés, qui confinent à la ficelle.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<title>Un jour avec mon père</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-jour-avec-mon-pere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Film semi-autobiographique, Un jour avec mon père aborde l’Histoire nationale nigériane par le prisme d’un récit resserré : Folarin guide ses deux fils aux quatre coins de Lagos lors de la journée électorale de 1993,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-jour-avec-mon-pere/" title="Read  Un jour avec mon père">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Film semi-autobiographique, <em>Un jour avec mon père</em> aborde l’Histoire nationale nigériane par le prisme d’un récit resserré : Folarin guide ses deux fils aux quatre coins de Lagos lors de la journée électorale de 1993, qui mènera à une grave crise politique. Dans l’une des premières séquences, l’un des rares temps morts du film, les deux enfants cherchent simplement à tromper leur ennui. Les jeux et chamailleries sont pourtant vite parasités par quelques inserts étranges : des fourmis qui transportent un cadavre d’insecte, un zoom dans l’obscurité sur les végétaux qui bordent leur maison, etc. Ces irruptions ont valeur de présage : quelque chose est tapi dans l’ombre ; le quotidien banal commence à se lézarder et sera bientôt bouleversé.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>L’unité temporelle permet ainsi à Akinola Davies Jr de jouer tout au long du film avec une série de petits décrochages qui contrarient le flux de l’action. Il s’agit aussi bien de rencontres impromptues du père avec d’anciennes connaissances, que d’annonces à la télévision ou de l’apparition de la police – autant d’éléments par lesquels le contexte national et le passé de Folarin, lié à une organisation politique clandestine, font effraction dans l’après-midi passé en famille. L’idée est d’abord prometteuse, en ce qu’elle restitue la perception des enfants face à une situation qu’ils ne comprennent pas entièrement. Pour le spectateur aussi, les enjeux politiques ne sont pas tout à fait explicités, mais émergent dans l’inquiétante fébrilité qui pèse sur la ville en ce jour d’élection. Le cinéaste a toutefois la main de plus en plus lourde, si bien que ces ruptures deviennent rapidement étouffantes : des oiseaux de mauvais augure, des militaires de passage filmés au ralenti, un saignement de nez suivi de la brève apparition d’un visage inconnu qu’on identifiera uniquement à la fin du film, etc. L’enjeu semble moins de mettre en scène un point de vue que multiplier les effets d’annonce pour injecter une tension dramatique artificielle. Alors que ces décalages voudraient ménager leur petit effet de mystère, ils finissent plutôt par donner l’impression d’un <em>teasing</em> tournant en rond.</p>
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		<title>Las Corrientes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/las-corrientes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À peine honorée d’un prix saluant l’ensemble de sa carrière de styliste, Lina s’éclipse de la cérémonie et, à l’abri des regards, se débarrasse de son trophée en le jetant au fond d’une poubelle. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/las-corrientes/" title="Read  Las Corrientes">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À peine honorée d’un prix saluant l’ensemble de sa carrière de styliste, Lina s’éclipse de la cérémonie et, à l’abri des regards, se débarrasse de son trophée en le jetant au fond d’une poubelle. Le motif de la chute se poursuit dans la séquence suivante : alors qu’elle traverse un pont, la jeune femme se laisse subitement tomber dans les eaux troubles du lac Léman. Mais Lina ne va pas au bout de son geste suicidaire&nbsp;: elle remonte la surface, rentre chez elle et tait cet épisode à ses proches, se révélant incapable d’identifier ce qui l’a poussée à commettre cet acte. Cette ouverture condense d’emblée les grandes lignes de <em>Las Corrientes</em>, qui met en miroir la réussite professionnelle du personnage et son effondrement personnel. Si le sujet n’est pas nouveau, le film se distingue par son atmosphère énigmatique. En effet, aucun trouble n’est explicitement nommé : le film expose plutôt le vertige existentiel de sa protagoniste à travers un maillage de tensions familiales et sociales. Lina apparaît constamment en décalage avec le monde qui l’entoure, comme étrangère à son propre quotidien, incapable de remplir pleinement son nouveau rôle de mère et d’épouse. Une rupture prolongée dans son rapport à son propre corps – la styliste, qui façonne habituellement les silhouettes des autres, ne parvient désormais plus à habiter la sienne. Suite à son épisode suicidaire en Suisse, elle développe par ailleurs une aquaphobie, au risque de charger la barque sur le plan psychologique. Mais si cette aversion pour l’eau semble de fil en aiguille renvoyer à des blessures psychologiques antérieures, le récit se refuse un temps à en livrer une lecture causale et univoque.</p>
<p>Un temps seulement. Car dans ses dernières minutes, le film rompt avec cette logique pour faire de la relation mère-fille le point de cristallisation des tourments de l’héroïne. La soudaine présence du personnage maternel reconfigure rétroactivement l’ensemble des souffrances de Lina, en les ramenant à l’hypothèse d’un traumatisme familial, désormais plus explicitement désigné. Ce revirement est d’autant plus dommageable que le film, avant d’opérer ce recentrage, trouvait sa meilleure séquence en s’écartant de sa veine anxiogène au profit d’une tonalité plus contemplative, voire onirique. Dans la scène en question, Lina se tient au sommet d’un phare avec sa fille et observe l’étendue de la ville, tandis que la lumière tournante du projecteur l’aveugle par intermittence. Cet éblouissement ouvre alors sur plusieurs visions : elle imagine le quotidien de ses proches et plus largement des personnes habitant son quartier. En balayant la ville, les faisceaux lumineux tissent un réseau entre des existences parallèles avant de venir s’imprimer sur le visage de Lina – surface sensible où le monde devient matière à imaginaire. Ce moment d’introspection s’apparente dès lors à une sorte de rêverie kaléidoscopique, permettant à la jeune femme d’explorer mentalement les trajectoires qu’aurait pu prendre son existence. Mais davantage qu’une inflexion de la mise en scène, cette séquence restera au stade de la courte échappée, avant d’être rattrapée par un dénouement décevant : <em>Las Corrientes</em> n’échappera pas<em> in fine</em> au piège de la psychologie.</p>
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		<item>
		<title>Boys in the Band — Peter Hujar’s Day</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/" title="Read  Boys in the Band — Peter Hujar’s Day">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: un film inédit en salles d’Ira Sachs.</em></p>
<p>La programmation récente de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Love Is Strange</em></a> au <a href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ciné-club <em>Critikat</em></a> a attiré mon attention sur une absence&nbsp;: à l’heure où j’écris ces lignes, <em>Peter Hujar’s Day</em>, le dernier long-métrage d’Ira Sachs, n’a pas encore de date de sortie française. C’est d’autant plus dommage qu’il témoigne d’un regain de forme du cinéaste américain après le décevant détour européen qu’opéraient <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankie-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Frankie</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/passages-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Passages</em></a>. Le titre du film est légèrement trompeur&nbsp;: il ne raconte pas une journée du méconnu photographe <em>queer </em>new-yorkais, mais le met en scène <em>en train de raconter sa journée</em> à son amie Linda Rosenkrantz. Le film est l’adaptation d’un authentique entretien enregistré par Rosenkrantz en 1974 (dans le cadre d’un projet resté inachevé sur le quotidien de ses amis artistes), et dont la retranscription a été publiée en 2021. Tourné dans le véritable appartement de l’autrice avec un 16mm à la patine évocatrice (les poses mélancoliques de Hujar ne sont pas sans rappeler <a href="https://www.moca.org/collection/work/dieter-with-the-tulips-munich" target="_blank" rel="noopener noreferrer">certains portraits de Nan Goldin</a>), fidèle au mot près au texte original, le film peut sembler, de prime abord, tenir de la reconstitution fétichiste. Mais les ellipses temporelles ajoutées par Sachs pour fragmenter la conversation et, surtout, ces interludes étranges où des images du tournage et des portraits filmés des comédiens prenant des poses de modèle se retrouvent intercalés dans le montage, jouent à l’inverse la carte de la mise en abyme et de la distanciation.</p>
<p>Il y a de l’affectation dans ce double mouvement du film, mais l’artificialité du dispositif n’empêche pas une certaine immédiateté. Il s’agit même du film le plus ténu et délicat du cinéaste, tant la simplicité du style épouse ici celle du récit. Sachs a toujours fait preuve de subtilité, mais son cinéma a souvent procédé par contraste entre, d’un côté, l’épure de sa mise en scène et de son écriture et, de l’autre, une matière première faussement conventionnelle, partant de personnages clichés et de conflits attendus pour mieux les désamorcer. <em>Peter Hujar’s Day</em>, en revanche, ne raconte à peu près rien. Le monologue quasi ininterrompu de Hujar décrit avec une précision maniaque des événements prosaïques dont la banalité semble l’étonner lui-même : qu’a‑t-il fait au juste de sa journée ? Comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/showing-up-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Showing Up</em></a> de Kelly Reichardt, le film dresse un portrait particulièrement terre à terre de la matérialité de la vie d’artiste. En réalité, tout se joue ici entre les mots. Hujar, mort du Sida à la fin des années 1980, n’a accédé à la reconnaissance que de manière posthume, et on entend en sourdine l’amertume d’un homme dont le métier l’amène régulièrement à photographier d’autres artistes plus célèbres que lui (Susan Sontag, Allen Ginsberg, William Burroughs, etc.) qui, eux, <em>ne le voient pas</em>. La relative vacuité de la conversation déplace l’attention ailleurs : sur les gestes et les postures des comédiens ou les variations de l’éclairage dans l’espace clos de l’appartement, au fil de la course inéluctable du jour vers la nuit. La sobriété inattendue et exemplaire de Ben Whishaw et Rebecca Hall laisse sourdre l’intimité silencieuse entre deux amis de longue date : la lassitude sans fard de Hujar bute contre la sollicitude inquiète de Rosenkrantz.</p>
<p>Comment rétablir une filiation perdue avec cette génération ravagée par la maladie, qui s’est éteinte avant de pouvoir passer le relais à la suivante ? Sachs le fait de la manière la plus humble possible : en en célébrant les doutes et les inquiétudes plutôt que les triomphes. Il choisit, au fond, d’aborder Peter Hujar, figure dont le grand public connaît certains des clichés (son <a href="https://www.metmuseum.org/art/collection/search/287305" target="_blank" rel="noopener noreferrer">portrait de Susan Sontag</a>, ou la photographie de l’icône trans Candy Darling sur son lit de mort qui orne <a href="https://cdn-images.dzcdn.net/images/cover/ff7e1ca71724a860608a7bf92efd3cf0/1900x1900-000000-80-0-0.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la pochette d’un album culte d’Antony &amp; The Johnsons</a>) mais rarement le nom, comme s’il était une star de la trempe de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/blonde/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marilyn</a> ou de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/spencer/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Lady Di</a>, qu’on n’aurait même pas besoin de présenter, attirant paradoxalement l’attention sur son œuvre en la gardant hors-champ. C’est une stratégie qu’on pourra juger élitiste, mais elle a le mérite d’apporter une solution insolente à la difficulté de faire entrer les artistes femmes, <em>queer </em>ou racisés dans le canon&nbsp;: considérer qu’ils en font déjà partie.</p>
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		<item>
		<title>Projet Dernière chance</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/projet-derniere-chance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La dernière aventure spatiale de Phil Lord et Chris Miller s’était mal terminée : en 2017, ils se retrouvaient débarqués en plein tournage de la production de Solo : A Star Wars Story et remplacés...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/projet-derniere-chance/" title="Read  Projet Dernière chance">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La dernière aventure spatiale de Phil Lord et Chris Miller s’était mal terminée : en 2017, ils se retrouvaient débarqués en plein tournage de la production de <em>Solo : A Star Wars Story</em> et remplacés par Ron Howard, qui terminerait le film à leur place. Parmi les raisons alors invoquées figurait leur volonté de plonger Han Solo, l’une des figures de proue de la franchise, dans un périple flirtant avec la comédie bouffonne. On retrouve cette ambition intacte dans <em>Projet Dernière Chance</em>, qui pourrait s’inscrire dans la lignée d’<em>Armageddon</em> ou <em>Sunshine</em> s’il n’était pas aussi pétri de second degré. Bien qu’il y soit question de sauver la Terre d’un péril cosmique (des organismes dits « <em>astrophages</em> » consument peu à peu les étoiles de l’univers), le héros interprété par Ryan Gosling n’a rien du surhomme. Ancien habitué des rôles de bellâtre ténébreux, le comédien, qui campe désormais plus volontiers un « <em>nice guy</em> » ou même un « <em>fall guy</em> », libère ici le clown en lui en prêtant ses traits à un professeur de sciences parachuté dans une mission au-delà du système solaire. Les premières secondes, où le timide Ryland Grace (Gosling, donc) émerge d’un coma artificiel aux abords de la lointaine étoile de Tau Ceti, donnent le ton : déboussolé, le personnage chute et se traîne comme une limace. Tout le film reposera sur le contraste entre l’énormité des enjeux et l’inadéquation du personnage, rompant avec la solennité et les accents métaphysiques souvent associés au <em>space opera</em>.</p>
<p>À la manière d’une version plus délurée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/seul-sur-mars/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Seul sur Mars</em></a> (film lui aussi scénarisé par Drew Goddard et adapté d’un roman d’Andy Weir), <em>Projet Dernière chance</em> prend la forme d’un seul en scène sur fond de menace planétaire : qu’il analyse les bactéries alien dans un laboratoire devant des hauts gradés militaires ou s’adresse à son journal de bord, Gosling assure le spectacle, notamment par sa capacité à passer de l’enthousiasme au sarcasme à la moindre déconvenue. Durant la première partie, chacun des flashbacks qui narre l’itinéraire inattendu de ce prof anonyme semble prétexte à un sketch (faire les courses en compagnie d’un garde du corps, assurer une présentation devant une assemblée impassible, etc.). Le tempo échevelé du film, plutôt que de laisser s’installer des situations propices au burlesque, frôle toutefois le matraquage de gags. Ainsi d’une sortie extravéhiculaire en forme de course contre la montre durant laquelle Grace doit intercepter un artefact flottant en direction de son vaisseau : la péripétie aurait pu conjuguer suspense (va-t-il parvenir à récupérer l’objet à temps ?) et humour (Grace trébuche maintes fois en escaladant la surface de la navette), mais le montage sabote le premier au profit du second. C’est la limite relative du film, qui segmente parfois trop strictement ce qui relève du cocasse et du sérieux.</p>
<h2><em>Thumbs up ?</em></h2>
<p>C’est plutôt lorsque les deux s’entrelacent que le style de Lord et Miller infuse avec une énergie rafraîchissante ce récit aux contours familiers. La seconde partie de <em>Projet Dernière chance</em>, moins frénétique, illustre leur espièglerie, notamment autour d’une situation dépliée dans la durée : Grace découvre, près d’un soleil survivant miraculeusement aux bactéries astrophages, la présence d’un autre voyageur intergalactique lui aussi en quête d’un remède. Séparés par une paroi translucide, l’homme et l’alien, une sorte d’araignée minérale rapidement surnommée « <em>Rocky</em> », vont devoir apprendre à dialoguer afin d’unir leurs forces. Ce chapitre, qui s’amorce comme un pastiche de <em>Premier contact</em>, aurait pu ressembler à n’importe quelle autre rencontre du troisième type (Grace fredonne même le thème musical du film de Steven Spielberg), mais elle tire une certaine invention de l’incompréhension entre Grace et l’extraterrestre, quelque part entre l’intelligence supérieure et l’animal de compagnie. Les arbitraires de la communication occasionnent divers malentendus – dresser un pouce vers le bas plutôt que vers le haut pour marquer son approbation, confondre « <em>fistbump</em> » et « <em>fist my bump</em> », etc. Ce pan du film, certes un brin puéril, ouvre toutefois un horizon comique fécond : celui de l’entente laborieuse.</p>
<p>Pour se comprendre, Rocky et Grace emploieront aussi des moyens plus étonnants, comme des maquettes représentant l’astronaute et sa navette. Ce goût pour le bricolage, qui rappelle que les deux cinéastes avaient signé<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-grande-aventure-lego/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> <em>La Grande aventure Lego</em></a>, constitue l’un des aspects les plus réussis de <em>Projet Dernière chance</em>. L’exploration spatiale ne découle plus d’une série de protocoles immuables et millimétrés, mais tient de la débrouillardise – Grace n’aura de cesse de bidouiller, de rafistoler ou de confectionner les instruments nécessaires à l’accomplissement de sa mission à l’aide d’un rouleau de scotch. En injectant de la trivialité (l’improvisation et la maladresse du personnage) à une grande machine bien huilée (le carcan du blockbuster de science-fiction), Lord et Miller livrent non seulement un film à visage humain, mais aussi teinté d’optimisme. Sans souligner la métaphore évidente de questions écologiques contemporaines (à la manière des énergies fossiles, les astrophages sont à la fois une source de carburant pour l’humanité et un risque majeur pour leur pérennité), <em>Projet Dernière chance</em> esquisse tout de même un message d’espoir : avec un peu d’huile de coude et de persévérance, pas besoin d’être un surhomme pour contribuer à sauver l’univers.</p>
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		<title>Les Rayons et les Ombres</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au-delà de l’inspiration hugolienne, le titre du nouveau Giannoli affiche avec clarté son projet : il faut lire « les rayons du Cinéma » (avec un grand « C », comme le laisse entendre la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" title="Read  Les Rayons et les Ombres">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au-delà de l’inspiration hugolienne, le titre du nouveau Giannoli affiche avec clarté son projet : il faut lire « les rayons du Cinéma » (avec un grand « C », comme le laisse entendre la toute dernière réplique), à même de révéler la vérité des âmes noircies des collaborateurs français, de la même façon que les radiographies mettent au jour les taches sombres sur les poumons des tuberculeux – l’autre grand motif du film. Dans la lignée des<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/illusions-perdues-2/" target="_blank" rel="noopener"> Illusions perdues</a>, </em>le cinéaste s’essaie à nouveau à l’ample reconstitution historique, trouvant dans la période de l’Occupation des personnages tiraillés semblables à ceux qui nourrissent son cinéma depuis ses débuts. Son tableau de la collaboration française se défait d’une approche strictement spectaculaire : le film, au budget considérable (le plus important pour la société Gaumont depuis 2018), étonne par son intérêt pour des figures plutôt méconnues et assurément médiocres de l’appareil collaborationniste. Pas de hauts fonctionnaires de Vichy, de miliciens zélés ou de porte-flingues de la rue Lauriston : le film s’installe dans les milieux de presse parisiens dont on épingle la duplicité et le manque de vertu. Non sans renouer avec quelques accents balzaciens, le cinéaste travaille surtout à retranscrire l’esprit décadent et orgiaque des élites de ce Paris occupé. Giannoli cherche à raccorder son récit avec une vision historique peut-être juste, qui résonne en tout cas avec le présent : on n’a pas ici affaire à des monstres sanguinaires ou à une horde de racistes exaltés (à l’exception d’une scène gênante figurant Céline en roue libre), mais à des lâches ou des « irresponsables », pour citer l’essai de l’historien Johann Chapoutot sur les milieux d’argent ayant porté Hitler au pouvoir en Allemagne et dont le titre est d’ailleurs énoncé au détour d’un dialogue.</p>
<h2>Podcast historique</h2>
<p>L’irresponsable auquel s’intéresse ici Giannoli est donc Jean Luchaire (Jean Dujardin), voix pacifique et germanophile dans l’entre-deux-guerres, qui entretient de longue date une amitié avec le francophile Otto Abetz (August Diehl). Les deux militants pour la paix se muent en partisans de l’Occupation ; l’ami allemand, aussi sympathique en journaliste fauché que vêtu d’une gabardine de dignitaire nazi, devient même (et presque malgré lui) ambassadeur du Troisième Reich à Paris. Gagné par son opportunisme, Luchaire fonde <em>Le Nouveau Temps</em> et s’impose au sein de la haute société collaborationniste, où il entraîne sa fille Corinne (Nastya Golubeva Carax), une jeune comédienne naïve, à qui il transmet également le fléau de la tuberculose. Dans un jeu allégorique assez appuyé, la maladie se répand chez les Luchaire à mesure que leur compromission devient évidente, tandis que les séquences de fête se répètent pour marquer leur déchéance. L’avidité, la jouissance, puis le pourrissement : Giannoli décortique une mécanique dégénérescente, fruit d’un accommodement avec la réalité plus que d’un véritable engagement idéologique. Le film charge la barque pour maintenir à flot ce bateau ivre : le scénario dessine volontairement une zone d’aveuglement autour du trio, avec une intrigue resserrée autour de leurs failles (les longues séquences de crise de toux et le segment du sanatorium). Il ménage aussi leurs consciences respectives aux yeux du spectateur : Luchaire s’essaie à la politique de la chaise vide au moment de signer un éditorial sur les lois antisémites, ferme les yeux sur les agissements d’un groupuscule de résistants ou obtient des laissez-passer à une famille juive.</p>
<p>L’occultation de la réalité à laquelle procèdent les personnages s’étend en un sens à la peinture qui est faite ici de l’Occupation : Giannoli choisit de ne pas figurer directement la violence nazie à l’écran (les exactions et les rafles ne sont qu’évoquées) – les seules scènes de « barbarie » seront même l’apanage de la Résistance, à la toute fin du film. Mais ce désir de sonder l’aveuglement (en partie volontaire) d’une poignée de collaborationnistes bute sur la clarté pédagogique d’un récit déplié par une complice repentie : l’histoire est racontée par Corinne quelques années plus tard, alors qu’elle vit recluse dans la crainte des représailles. Devant son micro, la fille raconte l’avilissement du père au cours d’une démonstration tautologique, sa voix off venant expliciter ce que la mise en scène, le jeu très expressif de Dujardin en amateur de bonne chère – difficile d’oublier OSS117 ivre sur la plage de Rio devant les scènes de beuverie – et des dialogues appuyés suffisent à faire comprendre. Jean crache du sang ? « <em>C’est bientôt toute l’Europe qui allait cracher du sang</em>. » À la charge de ce dispositif, qui évoque l’enregistrement d’un podcast historique, de récapituler les faits et de poser un point de vue omniscient sur les événements. La vaste période couverte (des années vingt jusqu’à l’après-guerre) nous est ainsi relatée avec le concours de quelques archives célèbres – le fameux film des bottes allemandes frappant le sol des Champs-Élysées – et en se raccrochant à des marqueurs connus : de la montée des tensions jusqu’à l’épuration, en passant par la drôle de guerre, l’exode, etc. Et la fresque tout en nuances de gris de se trouver beaucoup trop éclairée par les lumières d’un manuel scolaire.</p>
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		<title>La Danse des renards</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-danse-des-renards-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille Bouthors]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Soit un passage à l’âge adulte, avec son lot d’épreuves, de découvertes, d’amitiés brisées et de traumas à surmonter. Comment donner un peu de chair à ce scénario, plus menacé qu’un autre par le stéréotype...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-danse-des-renards-2/" title="Read  La Danse des renards">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Soit un passage à l’âge adulte, avec son lot d’épreuves, de découvertes, d’amitiés brisées et de traumas à surmonter. Comment donner un peu de chair à ce scénario, plus menacé qu’un autre par le stéréotype ? <em>La Danse des renards</em> ressemble à un petit manuel de solutions, pour la plupart pas très judicieuses. Dans un internat sportif, un jeune boxeur très doué (Samuel Kircher) refuse de remonter sur le ring après un grave accident. Plus personne ne le comprend, ni les médecins, ni son coach, ni ses coéquipiers dont il se détourne peu à peu, leur préférant la compagnie des animaux (les renards du titre) et d’une jolie taekwondoïste (qui joue aussi de la trompette). Pour que nous ne risquions pas de perdre le fil, tous ces personnages n’apparaissent à l’écran que lorsqu’ils sont utiles, et il arrivera souvent que l’un d’eux disparaisse après avoir dit sa réplique, lancé son regard noir ou son crochet du droit&nbsp;–&nbsp;les boxeurs, comme chacun sait, ne sont pas à l’aise avec le dialogue. Chaque enjeu narratif a donc sa traduction (et sa résolution) dans le répertoire des coups et blessures, ce qui vise peut-être à faire le portrait d’une génération en manque de repères, ou, plus vraisemblablement, à déplorer qu’il existe des gens méchants et bêtes. Aussi le héros martyrisé par ses camarades finira-t-il par découvrir qu’il n’a pas de temps à perdre avec ces médiocres, vaincra sa peur et prendra seul la route du succès. Curieuse vision de l’esprit d’équipe. C’est que, là-dessus, le point de vue du film est à peu près celui du coach (Jean-Baptiste Durand) dont on a découvert tardivement qu’il avait raison depuis le début&nbsp;: d’une part «&nbsp;<em>tout ça, c’est dans la tête</em>&nbsp;»&nbsp;; d’autre part la vie, comme le sport, est affaire de sélection.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : The Connection</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-the-connection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2026 15:13:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En partenariat avec le podcast The Scores, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 30 mars à 19h pour une séance de The Connection de Shirley Clarke. Le film sera présenté par Liyo Gong...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-the-connection/" title="Read  Ciné-club Critikat : The Connection">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En partenariat avec le podcast <a href="https://www.critikat.com/tags/the-scores/" target="_blank" rel="noopener">The Scores</a>, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2199455-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 30 mars à 19h</a> pour une séance de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/the-connection/" target="_blank" rel="noopener">The Connection</a></em> de Shirley Clarke. Le film sera présenté par Liyo Gong et Avran Thépault.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-332025 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-1024x536.jpeg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-1024x536.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-300x157.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-768x402.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-1536x804.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-2048x1072.jpeg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-980x513.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-2000x1047.jpeg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Orphelin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orphelin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Orphelin s’ouvre et se referme sur deux plans très composés. Le premier, filmé depuis la cachette d’un enfant, est déformé par un buisson n’offrant qu’une vision partielle de l’espace, sans que l’on sache précisément si...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orphelin/" title="Read  Orphelin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Orphelin</em> s’ouvre et se referme sur deux plans très composés. Le premier, filmé depuis la cachette d’un enfant, est déformé par un buisson n’offrant qu’une vision partielle de l’espace, sans que l’on sache précisément si le point de vue dont il témoigne est celui d’un personnage voyeuriste ou apeuré. Le dernier, de prime abord lui aussi sibyllin, révèle finalement une visée discursive plus grossière : sur une grande roue filmée de loin, des guirlandes lumineuses figurent une étoile jaune, symbole que le cinéaste s’empresse de souligner par un changement de point le faisant ressortir grâce au flou. Entre ces deux images, l’une indécise, l’autre appuyée, le film parachève la mutation de László Nemes en auteur au trait empesé. On y suit Andor (Bojtorján Barabas, sorte de River Phoenix hongrois), un adolescent juif qui n’a pas connu l’homme qu’on lui présente comme son père, déporté pendant la guerre. Quelques mois après l’insurrection de 1956, le garçon fait les quatre cents coups dans la capitale hongroise avec son amie Sári (Elíz Szabó), avant que ne surgisse dans sa vie l’imposant Berend (Grégory Gadebois en grand méchant loup), l’homme qui a caché sa mère pendant la guerre, tout en abusant d’elle. Il est le vrai père de l’enfant, ce qu’Andor ne peut pas accepter.</p>
<p>Le film déplie à partir de là un récit dont la mise en scène tape-à‑l’œil ne parvient pas à masquer le fond académique. Le père de substitution, après s’être imposé au sein du foyer, devient évidemment de plus en plus violent et cruel, au point qu’Andor décide de sauver sa mère de ses griffes. Nemes illustre ce scénario par d’amples mouvements de caméra aussi gratuits que fastueux et multiplie les scènes explicatives où le garçon s’adresse à la chaudière de son immeuble comme s’il s’agissait du fantôme de son père d’élection. L’objet du transfert affectif est certes étrange (on imagine que le garçon a choisi la chaudière pour sa chaleur), mais ces séquences, loin d’instiller le trouble, permettent surtout de verbaliser les sentiments déjà transparents du personnage, qui débite des banalités telles que « <em>c’est toi mon père, pas lui</em>&nbsp;». Dans <em>Orphelin</em>, tout passe par le dialogue, comme si Nemes ne faisait pas confiance aux capacités du spectateur, alors même que ses deux premiers films reposaient sur la tension avec le hors-champ. Il n’y a plus qu’à attendre que les éléments se mettent en place et que les personnages soient condamnés par un arbitraire narratif. Le pistolet découvert au début du film par Sári et Andor ne manquera pas ainsi de revenir dans le récit pour faire advenir le drame. Au-delà de cette mécanique ne restent que des fragments des anciennes promesses du cinéaste, telles les ombres dévorantes des ruelles de Budapest filmées en 35 mm. Il faudra s’en contenter en attendant de voir comment le cinéaste se sort de son biopic sur Jean Moulin (avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre), que l’on devrait prochainement découvrir.</p>
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		<item>
		<title>Scarlet et l’éternité</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scarlet-et-leternite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De Scarlet et l’éternité, on retiendra surtout des visions tout droit sorties d’un étrange cauchemar numérique. Ainsi d’une marée sans fin de bras décharnés surgissant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme déformé...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scarlet-et-leternite/" title="Read  Scarlet et l’éternité">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De <em>Scarlet et l’éternité</em>, on retiendra surtout des visions tout droit sorties d’un étrange cauchemar numérique. Ainsi d’une marée sans fin de bras décharnés surgissant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme déformé par une série de compressions. Loin de masquer son usage des effets visuels – comme certaines productions aiment à le faire, imitant l’animation traditionnelle 2D en employant les outils de la 3D –, le film prend donc à bras-le-corps la bizarrerie que peut produire l’emploi des CGI, certains des paysages frisant même l’abstraction. Les protagonistes y arpentent en effet de déroutants espaces liminaires, qui tiennent davantage de l’aplat de couleurs chatoyantes que de véritables décors. Devant ces scènes, on croirait voir des personnages de jeux vidéo s’aventurer hors des confins d’un niveau ou des espaces modélisés d’une carte. Ce pan laborantin du film se retrouve toutefois anémié par le déploiement du récit, autrement conventionnel. Après une amorce shakespearienne en accéléré – un roi trahi par son frère, une princesse orpheline dont la tentative de vengeance échoue –, Scarlet se réveille dans le royaume des morts, où se rejoignent les défunts de tous les siècles. La princesse médiévale y fait la rencontre de Hijiri, un infirmier pacifique issu de notre époque. La dimension édifiante du film se révèle alors : il s’agira pour la protagoniste de tarir sa soif de vengeance au contact de l’altruisme du jeune homme. Cette dynamique narrative, redoublée à coups de dialogues explicatifs et de monologues intérieurs, est également illustrée par l’évolution de l’apparence de Scarlett, qui traduit un trajet de l’avilissement vers la pureté. Le film escamote d’abord son personnage de princesse parfaite, qui aura tôt fait de troquer sa robe à fleurs pour une armure de guerrière. Sa mutation est hautement physique : elle s’incarne à même son visage (écume aux lèvres, vomissements, traces de terre, blessures, traits déformés par la hargne, etc.). Ce n’est que lorsqu’elle aura intériorisé la sagesse d’Hijiri qu’elle pourra, lavée par ses nouveaux idéaux, arborer une apparence de poupée parfaite, sa chevelure raccourcie comme seule marque physique de son apprentissage. Curieux itinéraire narratif que celui de cette princesse archétypale qui se mue en combattante pour mieux retrouver ses crinolines.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Planètes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetes-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une guerre nucléaire annihile toute espèce vivante sur la surface de la Terre, à&#160;l’exception de quatre akènes de pissenlit, propulsés dans l’espace et toujours accrochés à&#160;leur graine. Au fil de leur dérive, ils vont s’en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetes-2/" title="Read  Planètes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une guerre nucléaire annihile toute espèce vivante sur la surface de la Terre, à&nbsp;l’exception de quatre akènes de pissenlit, propulsés dans l’espace et toujours accrochés à&nbsp;leur graine. Au fil de leur dérive, ils vont s’en détacher et pénétrer un trou noir pour atterrir sur une planète dont le ciel est un dôme gelé.&nbsp;<em>Planètes</em>&nbsp;propose en somme un court récit d’aventure (1h15) vécu à&nbsp;hauteur de graine. Combinant différentes techniques d’animation (images de synthèse,<em>&nbsp;stop motion</em>, photographies d’éléments réels pour les arrière-plans, etc.), le film de Momoko Seto se présente comme un projet original. C’est du moins ce que suggère la première scène du film où les akènes, pour s’envoler et éviter l’annihilation imminente, doivent se mouvoir ensemble, en tirant simultanément vers le ciel pour se détacher de leur tige. Belle idée&nbsp;: pas de survie sans mouvement collectif et synchronisé.</p>
<p>À l’inverse de la perspective égalitaire de cette séquence, où aucun akène ne sort nettement du lot, l’écueil du film sera par la suite de surcaractériser ses «&nbsp;personnages&nbsp;» pour des besoins dramaturgiques, compensant l’absence de dialogue par une accumulation de traits et de gestes distinctifs (un akène à&nbsp;la bulbe plus grosse que les autres, un dont le parachute est abîmé, un autre plus peureux que ses comparses, etc.). On pense alors à&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/flow-le-chat-qui-navait-plus-peur-de-leau/" target="_blank" rel="noopener"><em>Flow</em></a>, sorti l’an dernier, dans lequel des animaux se voyaient déjà dotés de caractéristiques humaines (de l’entraide à&nbsp;la jalousie, voire à&nbsp;la xénophobie). C’est le piège récurrent de ce type de fable écologique cherchant à&nbsp;adopter un autre regard sur l’apocalypse&nbsp;: anthropomorphiser ses personnages (ici les akènes tremblent de peur, se font des câlins et se saluent) revient à&nbsp;reconduire des mécanismes narratifs éculés, qui annulent la singularité potentielle du parti pris initial – par exemple la mort de l’un des akènes est dépeinte comme une tragédie, avec ses compagnons de route affichant leur désarroi la scène d’après (à défaut de pouvoir pleurer, ils courberont leur tige vers l’avant). De la même façon, on peut déplorer l’imaginaire en fin de compte étriqué du film qui, s’il exploite plutôt bien la plasticité de ses décors mutants, manque d’ambition dans son bestiaire. Que la planète visitée soit extraterrestre ou une version post-apocalyptique de la nôtre (le film ne tranche pas), peu importe&nbsp;: difficile dans les deux cas d’être émerveillé par la présence de grenouilles, de papillons et de mantes religieuses déjà croisés dans la plupart des récits du genre (les deux&nbsp;<em>Minuscule</em>). Il suffit de voir les akènes se servir, à&nbsp;un moment, de limaces en guise de montures pour mesurer le double échec du film&nbsp;: suivre des akènes qui n’en sont pas vraiment parcourir un monde étrange… qui ne l’est pas vraiment.</p>
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		<title>L’après-coup – Une sortie de route</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-une-sortie-de-route/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le rapport conflictuel aux intérieurs dans Libre échange de Michael...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-une-sortie-de-route/" title="Read  L’après-coup – Une sortie de route">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le rapport conflictuel aux intérieurs dans </em>Libre échange <em>de Michael Angelo Covino. </em></p>
<p>Dès les premiers instants du générique, <em>Libre échange </em>(sorti en septembre dernier) se montre déroutant. Carey est au volant de sa voiture et plutôt que de regarder devant lui, il adresse un regard au spectateur comme si ce dernier occupait le siège passager. Un point de vue aussitôt démenti par le plan suivant : il fixait en réalité sa femme, Ashley, avec qui il chante maintenant à l’unisson les paroles romantiques (« <em>Tu es la lumière qui brille dans ma vie</em>&nbsp;») de «&nbsp;Whenever I Call You Friend&nbsp;» de Kenny Loggins. Le couple enchaîne avec un jeu érotique («&nbsp;<em>La main ou la bouche&nbsp;?</em>&nbsp;») qui perturbe quelque peu la conduite de Carey. Le propriétaire d’un véhicule s’apprêtant à les dépasser ne manque d’ailleurs pas de le lui faire savoir, en klaxonnant et en l’injuriant. La caméra se focalise alors sur la trajectoire de cette voiture rouge venue freiner leurs ardeurs&nbsp;: elle se met à zigzaguer de gauche à droite devant eux, avant de percuter brutalement un talus et de faire un impressionnant tonneau. Stupéfaits, Carey et Ashley s’arrêtent pour apporter leur aide aux accidentés. Peine perdue : la passagère est déjà morte. Et un drame chassant l’autre, dans la foulée, Ashley annonce à son mari qu’elle souhaite mettre fin à leur relation.</p>
<p>Malgré son issue tragique, la première séquence de <em>Libre échange</em> s’avère toutefois très drôle. Sa force comique repose sur le décalage opéré entre la gravité de la situation observée (un accident mortel) et le manque d’esprit de sérieux avec lequel elle est appréhendée (Carey sort de sa voiture en ayant oublié de refermer sa braguette&nbsp;; Ashley tente de réanimer la victime sous l’œil je‑m’en-foutiste d’une agente de police). À bien des égards, les causes comme les conséquences du drame relèvent de l’absurde. En fait, que filme Michael Angelo Covino&nbsp;lors du prologue de <em>Libre échange</em> ? Une sortie de route, d’abord littérale, puis existentielle. Le monde qui déraille sous les yeux d’Ashley et Carey, c’est d’abord (surtout) le leur. À la faveur d’une dynamique&nbsp;centrifuge, la mise en scène matérialise un conflit déjà latent au sein du couple. L’indécision perceptible à l’intérieur de l’habitacle (outre les faux regards caméra, Covino alterne les plans de face, de dos ou de profil) confine à une forme d’agitation et de désordre répercutés de manière disproportionnée à l’extérieur de leur véhicule.</p>
<p>Ce rapport étroit entre ce qui se joue à l’intérieur (une séparation) et à l’extérieur (une catastrophe), le cinéaste va le reconduire de manière récurrente tout au long du film. <em>Libre échange</em> est une comédie de remariage où il s’agira pour les personnages de remettre de l’ordre dans leur intérieur (et dans leur tête). Par exemple, dans l’appartement d’Ashley, envahi par ses multiples amants, ou encore dans la villa de Paul, le meilleur ami de Carey (joué par le cinéaste lui-même), mis d’abord sens dessus dessous lors d’une bagarre hilarante entre les deux personnages masculins. Et c’est justement dans cette maison que le film se referme, reconduisant une ultime fois la dynamique liminaire. Dans cette scène, l’immense baie vitrée de la villa se substitue au pare-brise de la voiture. Carey, Paul et leurs compagnes discutent dans le salon, parfaitement agencé et rangé (ils s’en amusent). Une altercation débute ensuite dans le jardin avec un tiers, à cause du fils de Paul, ce qui pousse son père à sortir aussitôt avec son ami pour y mettre fin. La caméra, quant à elle, demeure à l’intérieur et filme la scène à travers la vitre. Imperturbable, elle reste du côté de l’ordre et du calme, de sorte que ce choix de cadrage anticipe un recadrage amoureux et une paix intérieure, que nul remue-ménage ne viendra infléchir. Retentit alors le tube de Steve Forbert, « Romeo’s Tune » : « <em>Let me hear you say everything’s okay</em>&nbsp;».</p>
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		<title>Nino dans la nuit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-dans-la-nuit/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:29:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au cours d’une longue séquence d’exposition, qui oppose sans grande finesse le pandémonium de festivités nocturnes à la froide rigueur d’un entretien de recrutement à l’armée de terre, Nino Paradis (Oscar Högström), personnage principal du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-dans-la-nuit/" title="Read  Nino dans la nuit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au cours d’une longue séquence d’exposition, qui oppose sans grande finesse le pandémonium de festivités nocturnes à la froide rigueur d’un entretien de recrutement à l’armée de terre, Nino Paradis (Oscar Högström), personnage principal du film et narrateur, exprime son désir de se «&nbsp;<em>couper du monde</em>&nbsp;». C’est là tout le problème de <em>Nino dans la nuit</em>. Reprenons le fil : après une soirée désastreuse, dévoilée au compte-gouttes sous forme de flashbacks, Nino décide de s’engager dans l’armée pour sortir d’un cycle infernal qui serait le propre, selon la dramaturgie du film, de la vie parisienne, rythmé par le passage du jour à la nuit, des petits boulots dégradants aux soirées qui s’offrent comme des moments de rémission, mais finissent, sous le coup de la fatalité, par prendre un tour dangereux. Son meilleur ami, Malik (Bilal Hassani), le lui rappelle dès leur première entrevue : « <em>À chaque fois que tu es en teuf, il y a un drame </em>». Le film dresse dans cette perspective un tableau du sentiment de déréliction d’une jeunesse paupérisée dans les grands centres urbains, qui peine à garder la tête hors de l’eau. Si elle vit dans un enfer, c’est parce que le jour et la nuit, le temps du gain et le temps de la pure dépense, sont constamment polarisés pour maintenir le statu quo. Testé positif pour consommation de drogues, Nino est recalé par l’armée, mais il refuse de reprendre le train-train des petits boulots ingrats&nbsp;: pour transformer le désenchantement de la vie urbaine en paradis où s’épanouir, il passera désormais par le deal, le vol ou la séduction.</p>
<p>Adapté d’un roman cosigné par Capucine et Simon Johannin, le dernier film de Laurent Micheli traduit avec un zèle sans borne la tonalité lyrique du texte à coup de musique opératique, de montages de danses enfiévrés, bariolés de rouge et de vert, de plans accélérés dans les rues de Paris. Pour répondre à une exigence de fidélité vis-à-vis du matériau original, le cinéaste reprend tous les éléments de caractérisation du protagoniste sans interroger ce qu’une telle transposition fera à un film qui tente, tant bien que mal, d’établir un panorama de la précarité urbaine et traiter quelques questions sociétales. Initialement, le personnage de Nino constitue une énième variation sur la figure du héros romantique : il écrit de la poésie, est porté par la puissance de son amour pour Lale (Mara Taquin) et vit dans un quartier où sont reléguées les populations les plus marginalisées (des tentes de réfugiés sont installées en bas de son immeuble). Mais surtout, surtout, Nino se fait le porte-parole d’une communauté (le prolétariat, la jeunesse, les marginaux, les rebuts de la société) au cours de ses différents jobs. Se dessine ici un des paradoxes du romantisme : la voix surplombante du héros salvateur fait signe vers un monde qui, finalement, se réduit à lui-même. Voilà tout le malheur d’une adaptation vertueuse : ne pas avoir conscience qu’une bonne idée de littérature représente, au cinéma, une véritable question esthétique. Comment concilier la force centrifuge d’un personnage principal à la voix surplombante, qui fait la force d’un récit à la première personne, et le film social que Laurent Micheli tente de mettre en place ? <em>Nino dans la nuit</em> ne résout pas cette contradiction. Nino semble être le seul personnage capable de faire entrer la nuit dans le jour (il est au centre de toutes les pratiques illicites, et tous les personnages qui décideront de garder un job normal se feront inévitablement punir), et ainsi d’agir sur le monde qui l’entoure. La tyrannie du scénario impose donc que le film social se subordonne à son agentivité.</p>
<p>De fait, le film n’offre pas un traitement politique aux sujets sociétaux que l’intrigue égraine au fil de l’initiation du héros, mais les utilise pour construire l’éthos d’un personnage masculin positif, au fait de certaines questions contemporaines. Quand deux personnages féminins, Giulia (Alma Dubois) et Lale, subissent des violences sexuelles, celles-ci ne sont pas abordées depuis leur point de vue, mais depuis celui du personnage masculin. La mise en scène du viol de Giulia pose deux problèmes majeurs : présentée sous forme de flashbacks, cette scène est automatiquement fragmentée et ne sert qu’à expliquer la fuite et le changement de vie du protagoniste. Si la description de l’état de choc de Lale par le narrateur rattache, certes, Nino à une figure d’homme dit déconstruit, qui observe, écoute, comprend en voix off, l’absence de témoignage du personnage féminin présente une certaine ironie : le film préfère faire le spectacle d’un personnage empathique plutôt que de montrer de l’empathie envers une victime. Plus douteux, les violences sexuelles lèveront un obstacle dans l’intrigue individuelle de Nino : inspirée par la décision de Giulia de porter plainte, Lale fera du chantage à son agresseur pour que sa femme défende Nino en justice. Commentaire du héros : « <em>Quand t’as de l’argent pour être défendu, tu peux dealer tranquille. Affaire conclue.</em>&nbsp;» Eh bien, affaire conclue : le scénario ne reviendra plus jamais là-dessus. On observe le même genre de contradictions dans le traitement que le cinéaste fait des populations parisiennes fragilisées. La scène de nettoyage de l’immeuble et du camp de réfugiés est filmée depuis la fenêtre de son appartement, vidé, grâce à un mouvement de caméra à 360°, si bien que tous les enjeux politiques que proposait cette scène sont réduits au drame individuel du couple, qui vient d’être expulsé. Les choix d’adaptation de Laurent Micheli minent ainsi ce qui faisait la force de l’histoire initiale : peindre un personnage qui désire réinventer son quotidien pour le transfigurer en paradis. Par une mise en scène qui coupe son personnage du reste du monde, on en voit finalement un seul côté.</p>
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		<title>The Bride!</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-bride/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 05:00:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rafistoler, trancher, exploser&#160;: tel est le programme de The Bride!, dont le point d’exclamation a autant valeur de coupure (exit le «&#160;de Frankenstein&#160;»&#160;attendu après «&#160;La fiancée&#160;»&#160;: cette promise-là n’appartient à personne) que de détonation. Résumer...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-bride/" title="Read  The Bride!">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">Rafistoler, trancher, exploser&nbsp;: tel est le programme de <em>The Bride!</em>, dont le point d’exclamation a autant valeur de coupure (<em>exit</em> le «&nbsp;de Frankenstein&nbsp;»&nbsp;attendu après «&nbsp;La fiancée&nbsp;»&nbsp;: cette promise-là n’appartient à personne) que de détonation. Résumer le point de départ du film, c’est déjà faire état de sa nature sciemment monstrueuse et de sa volonté effrénée de proposer une fiction au carré, qui se mord la queue à force de circonvolutions méta. Comme <em>La Fiancée de Frankenstein</em> de James Whale, le film démarre par un prologue dans lequel Mary Shelley dévoile que son petit conte horrifique cachait en vérité une deuxième partie. Le ton est toutefois ici moins badin : la Shelley figurée dans l’incipit est son fantôme, perdu dans les limbes après avoir succombé d’un cancer du cerveau. Le spectre décide finalement de raconter son histoire en prenant possession d’Ida, une demi-mondaine des années folles barbotant dans les bars de la pègre de Chicago. Prise de convulsions sous le contrôle de la romancière défunte, elle trouve la mort le soir même avant que, quelques jours plus tard, le véritable monstre de Frankenstein (Christian Bale), vieux de plus de cent ans, ne débarque chez une scientifique de la ville. Il lui demande alors de revitaliser le cadavre d’une femme qu’il souhaite épouser afin d’échapper à son éternelle solitude. L’heureuse élue, choisie au hasard dans un cimetière, sera bien entendu Ida. C’est pour le moins tortueux : le récit évolue à la fois dans un monde où Shelley existe et dans <em>le monde de Mary Shelley</em> et de son « Prométhée moderne ». Et la confusion est renforcée par le fait que Shelley et la fiancée (comme chez Whale) sont jouées par une même actrice, Jessie Buckley, comédienne au jeu très marqué que Maggie Gyllenhaal entend «dé-brider» le plus possible.</p>
<p class="MsoNormal">Revenons un instant au roman. Dans une scène pivot, le monstre, séparé de son créateur, retrouvait sa trace des années après sa naissance pour lui raconter ses années d’errance et lui demander de lui «&nbsp;fabriquer&nbsp;» une compagne. Victor, mi-attendri par son récit poignant, mi-effrayé par celui qu’il considérait comme une abomination, acceptait le marché avant de se dédire, par peur que ne prolifère sur Terre une engeance démoniaque. Maggie Gyllenhaal n’a pas les mêmes scrupules&nbsp;; elle envisage précisément son film comme un savant fou bricolerait un corps à partir d’éléments hétérogènes, pour donner lieu à un déversement post-moderne. D’où l’armature méta&nbsp;: l’actrice-réalisatrice entend combler les manques du film de Whale –&nbsp;la fiancée du titre ne débarquait qu’en toute fin de course pour une poignée de minutes&nbsp;–, en même temps qu’elle fait de ce corps le vaisseau d’un film-patchwork commentant son propre horizon narratif, par l’incursion de visions où la Fiancée, toujours hantée par Shelley, dialogue avec son fantôme. Privée de mémoire, la promise sans nom évolue pourtant dans un univers saturé d’images, notamment celles du cinéma. «&nbsp;Frankie&nbsp;» (le petit prénom donné ici au monstre) a pour passion les <i>musicals</i> d’une star hollywoodienne (à laquelle Jake Gyllenhaal prête ses traits), ce qui occasionne des séquences où les aventures des deux amants morts-vivants sont dédoublées sur les écrans des salles de cinéma qu’ils fréquentent. Ce versant du film oscille entre une espèce de gratuité fétichiste, qui voit Maggie Gyllenhaal mélanger les références comme on élabore une mixture douteuse, et un trop-plein discursif, puisqu’il est question de faire de la fugue de la Fiancée un récit d’empouvoirement féminin. «<em>&nbsp;Me too ! Me too !</em> » hurle-t-elle dans le dénouement, tandis que les sous-intrigues (une inspectrice jouée par Penélope Cruz lancée à sa poursuite et rabrouée par ses collègues policiers, des « <em>copycats</em> » de la Fiancée provoquant un début de révolution féministe armée dans le pays) accompagnent ce cheminement vers une prise de pouvoir féminine. Mais, noyé dans une bouillie narrative et visuelle, ce cri du cœur accouche plutôt d’un film aussi raté que <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/joker-folie-a-deux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Joker&nbsp;: Folie à deux</a></em> de Todd Phillips, auquel on pense ici souvent – on y retrouve d’ailleurs le même parallèle entre étude de la folie et comédie musicale. Pour tomber dans la même impasse : celle d’un film certes monstrueux, mais surtout informe.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Marty Supreme / The Mastermind</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-marty-supreme-the-mastermind/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:31:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de Marty Supreme de Josh Safdie et The Mastermind de Kelly Reichardt. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-marty-supreme-the-mastermind/" title="Read  L’ombre d’un doute — Marty Supreme / The Mastermind">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme</em></a> de Josh Safdie et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Mastermind</em></a> de Kelly Reichardt.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement </strong>: Marin Gérard.</p>
<p><strong>Montage </strong>: Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong>&nbsp;: Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<enclosure url="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/LODD_26.02_MartySupreme_TheMastermind_V3.mp3" length="118591853" type="audio/mpeg" />

			</item>
		<item>
		<title>Il était une fois Frederick Wiseman</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Frederick Wiseman laisse derrière lui une œuvre pléthorique. Entre ses débuts – redécouverts notamment en septembre 2024, avec une rétrospective de trois films intitulée « Il était une fois l’Amérique » – et la dernière...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/" title="Read  Il était une fois Frederick Wiseman">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i style="font-size: 16px;">Frederick Wiseman laisse derrière lui une œuvre pléthorique. Entre ses débuts – redécouverts notamment en septembre 2024, avec <a href="https://www.critikat.com/dossiers/frederick-wiseman-il-etait-une-fois-lamerique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une rétrospective de trois films intitulée « Il était une fois l’Amérique »</a> – et la dernière partie de son travail, qui ausculte dans une forme ample le fonctionnement de villes (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/monrovia-indiana/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">Monrovia, Indiana</span></a><i style="font-size: 16px;">), de quartiers (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/in-jackson-heights-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">In Jackson Heights</span></a><i style="font-size: 16px;">) ou d’institutions (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/at-berkeley/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">At Berkeley</span></a><i style="font-size: 16px;">, </i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/city-hall/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">City Hall</span></a><i style="font-size: 16px;">), il existe un continent de films (il en a tourné près de cinquante en tout) que l’on n’a pas fini d’arpenter. Outre la diversité des sujets abordés (des couloirs de la mort de </i><span style="font-size: 16px;">Near Death</span><i style="font-size: 16px;"> aux vacances d’hiver de la bourgeoisie dans </i><span style="font-size: 16px;">Aspen</span><i style="font-size: 16px;">), chaque film remet sur le métier ce que l’on croit savoir de l’art de Wiseman, aussi constant soit-il dans sa rigueur. Les trois films abordés ici permettent ainsi de se pencher sur des facettes peu commentées de l’édifice wisemanien&nbsp;: son humour, sa picturalité et son élasticité.</i></p>
<h2>Wiseman, peintre (<em>Central Park</em>)</h2>
<p>À la fin de<em> Central Park</em>, Frederick Wiseman place sa caméra à l’intérieur d’un carrousel. Le surcadrage découlant de ce choix, qui produit un contraste fort entre l’intérieur ombragé du manège et la lumière éclatante du parc, donne alors l’impression de voir l’espace vert se morceler en une myriade de vignettes fugitives, emportées par la vitesse de rotation de l’engin. Un plan montre ensuite la porte de sortie, celle du manège, ainsi que du documentaire. Cette conclusion semble ainsi ramasser le mouvement déplié trois heures durant&nbsp;: Wiseman fait de Central Park un patchwork de brefs plans foisonnants de couleurs et de lumières. Si quelques segments plus longs sont consacrés à des rassemblements (concerts, manifestations, marathon, etc.) ou des réunions administratives, le geste de Wiseman tient ici presque de la promenade&nbsp;: il filme tel un peintre installant son chevalet pour croquer les drôles de badauds croisés sur son chemin. À ce titre, le film peut être lu comme une étude chromatique du vert. Les grandes pelouses, filmées en aplats vifs, accueillent les New-Yorkais venus lézarder au soleil, tandis que les bancs ombragés offrent des refuges paisibles, à l’écart du tumulte urbain. Les coins plus sauvages, aux verts denses et assombris, sont quant à eux le théâtre de rencontres plus discrètes, à l’abri des regards, tels ces buissons devenus territoire de <em>cruising</em>. Le regard analytique de Wiseman est ici indissociable d’un rapport sensible à la lumière et à ses variations. Le cadre offert par le parc, tantôt naturel, tantôt artificiel, offre au documentariste une riche matière figurative, qu’il agence dans des compositions jouant sur l’alliance des aplats verts, bleus (le ciel, une piscine, le lac) et gris (les immenses buildings qui tapissent souvent le fond du cadre). Les formes organiques des végétaux y cohabitent avec les tracés géométriques des routes, des grilles ou de la skyline new-yorkaise, transfigurant cet espace urbain végétalisé en une vaste mosaïque où s’entrelacent lignes, surfaces et volumes. Plus encore, le montage lui-même semble obéir à une logique davantage chromatique que thématique, guidée avant tout par les couleurs : dans l’une des dernières séquences, filmée sous la pluie, Wiseman suit la piste de ballons roses qui se détachent de la grisaille, avant de rejoindre une manifestation LGBT dont les teintes flamboyantes finissent par envahir le cadre. À l’échelle du film, le rouge, couleur ici associée à la vie humaine (par le truchement d’accessoires, de vêtements, de véhicules, etc.), tient de la petite touche pointilliste qui se propage à l’intérieur des cadres et permet de relier entre elles les séquences. Autrement dit&nbsp;: Wiseman monte avec la sensibilité d’un peintre.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331808 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg" alt width="2560" height="1857" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-300x218.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-1024x743.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-768x557.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-1536x1114.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-2048x1486.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-980x711.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-2000x1451.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Robin Vaz</strong></p>
<h2>Poétique de Wiseman (<em>High School)</em></h2>
<p><em>« Je parie que cela aura davantage de sens pour vous</em>&nbsp;»&nbsp;: voilà ce que dit une professeure à ses élèves dans la séquence centrale d’<em>High School</em>, juste avant de leur proposer une leçon sur la chanson «&nbsp;The Dangling Conversation&nbsp;» de Simon and Garfunkel. Le principe du cours (et de la scène) repose sur la répétition du texte de Paul Simon, que la jeune femme récite devant une assemblée (visiblement ennuyée) et qu’elle fait ensuite écouter sur un vieux magnétoscope. De la première à la seconde énonciation du texte, un reversement s’opère&nbsp;: la chanson, que nous commençons à entendre en prise directe, devient extradiégétique. Le documentaire sur l’institution scolaire laisse alors la place à une série de portraits, tandis que la pesante scène de classe se voit court-circuitée par un élan lyrique. La ballade rythme le défilé des visages filmés de profil, tous en gros plan&nbsp;; tous, pour la première fois, détachés de la masse informe. Ce procédé, qui pourrait être considéré comme une entorse à l’éthique du documentariste (on appellerait aujourd’hui ce genre de séquence un <em>clip</em>), constitue en vérité une profession de foi de la part de Wiseman. Le cinéma documentaire n’aura pas pour seule vocation d’enregistrer le réel ou de le soumettre à la froide (mais bien nécessaire) analyse : il se doit également de le transfigurer. De l’autre côté du miroir, l’enseignante disparaît, comme si le cinéaste avait momentanément pris sa place pour défendre une autre approche du texte. Il imagine un monde où l’art pourrait être appréhendé sur le mode de la correspondance (ces jeunes gens ne sont-ils pas, comme le dit la chanson, à «&nbsp;<em>la frontière de leur vie</em>&nbsp;»&nbsp;?). Ce n’est pas un hasard si l’art poétique de Wiseman s’exprime ici au sein d’un cours sur la métaphore. Son cinéma aura d’un côté une couche suffisante de didactisme pour transmettre un message (l’enseignant soumet son texte à l’analyse) et de l’autre un supplément d’art essentiel (l’artiste propose une forme ouverte à la rêverie). La leçon est-elle passée&nbsp;? À la fin de la chanson, la caméra sort de la salle de classe et filme dans un couloir une jeune fille, dos au mur, les yeux au ciel, qui s’éloigne tout doucement, laissant au spectateur un étrange sentiment de gravité. On ne saura pas si la chanson a eu un effet sur elle, mais demeura pour toujours le regard attentif du cinéaste.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Juliette Conti</strong></p>
<h2>Funny man (<em>The Store</em>)</h2>
<p>Tous les films de Wiseman, même les plus sombres, accordent une place à l’humour – le cinéaste lui-même n’était d’ailleurs pas avare en blagues lorsqu’on lui posait des questions à l’issue d’une séance. Dans ses films, le comique est toutefois rarement verbal&nbsp;: c’est grâce à l’absence de commentaire (<em>off</em> ou <em>in</em>), ainsi que par l’objectivité apparente du point de vue, que certaines scènes prêtent à rire. Par exemple dans <em>The Store</em>, film sur un grand magasin de Dallas (qui permet par extension de dresser un état des lieux de la société de consommation américaine), l’une des premières séquences montre des vendeuses en train de s’échauffer physiquement avant l’ouverture. La caméra se tient de biais, tandis que les femmes commencent à agiter les bras sur un remix 80’s de la Symphonie n°40 de Mozart. Tout y est irrésistible&nbsp;: la synchronisation hasardeuse de l’une des vendeuses, la mauvaise volonté qu’y met sa collègue, le regard caméra furtif d’une autre encore, etc. L’opérateur n’a qu’à suivre le mouvement, filmant ici une observatrice amusée, panotant là sur une employée qui s’applique en fermant les yeux. Le rire découle moins alors d’une moquerie que de l’étonnement produit par la situation. La position de Wiseman a précisément toujours été celle-ci&nbsp;: moins celle d’un analyste (notamment des institutions), que d’un «&nbsp;étonné&nbsp;». Il ne serait pourtant pas tout à fait exact de prétendre que ses documentaires se contentaient de cette neutralité d’apparat évoquée plus haut. Le montage, lieu où s’inventent réellement les films de Wiseman, joue un rôle clef dans la veine comique de son cinéma. Ainsi d’un vendeur de fourrures au discours extrêmement calibré et élaboré, dont les apparitions récurrentes tiennent d’un véritable comique de répétition. Quant aux plans de transition chers au cinéaste, ils cultivent également une forme d’incongruité, s’intéressant pêle-mêle à l’essayage d’une coiffe ridicule, à une chorale d’enfants devant un ascenseur, à un groupe de jazz sans public dans un coin, à un lutin qui se promène (c’est la période de Noël) et même à un clown dans un escalator. Enserrées par ces vignettes, les discussions du conseil d’administration, les présentations de produits et autres entretiens d’embauche apparaissent pour ce qu’ils sont&nbsp;: une vaste comédie.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331773 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg" alt width="1420" height="1067" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg 1420w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-300x225.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-1024x769.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-768x577.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-980x736.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1420px) 100vw, 1420px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
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		<title>A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-knight-of-the-seven-kingdoms-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avertissement&#160;: ce texte contient aussi un spoiler de taille. Ser Duncan le Grand, dit Dunk (Peter Claffey), se remémore tout au long de la première saison d’A Knight of Seven Kingdoms les leçons de son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-knight-of-the-seven-kingdoms-saison-1/" title="Read  A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Avertissement&nbsp;: ce texte contient aussi un spoiler de taille.</em></p>
<p>Ser Duncan le Grand, dit Dunk (Peter Claffey), se remémore tout au long de la première saison d’<em>A Knight of Seven Kingdoms</em> les leçons de son défunt maître, ser Arlan. Tel un fantôme, ce dernier ressurgit au fil de brefs flashbacks rompant avec l’image attendue du vénérable chevalier : ivrogne sans le sou au comportement erratique, le vieux bretteur se trouve aussi caractérisé par l’énorme verge dressée qu’il arbore au petit matin, sur laquelle la caméra s’attarde longuement avec une grivoiserie qui donne en partie le ton de cette nouvelle série. Cette insistance sur la vigueur traduit aussi la volonté des créateurs (l’écrivain George R. R. Martin <em>himself</em> et Ira Parker, déjà aux manettes de <em>House of the Dragon</em>) de raviver la flamme épique de Westeros, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-anneaux-de-pouvoir-house-of-the-dragon/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le monde médiéval de <em>Game of Thrones</em></a>, quelque peu étouffée par la pompe des séries précédemment adaptées de cet univers <em>fantasy</em>. En s’essayant au comique scabreux (il est aussi question de diarrhée et de flatulence), <em>A Knight of the Seven Kingdoms</em> cherche autant à surprendre qu’à renouer avec la veine grotesque sous-jacente des romans de Martin. On se rappelle d’ailleurs que les personnages les mieux écrits de <em>Game of Thrones</em> avaient déjà un problème de taille, que ce soit évidemment Tyrion, son frère au bras raccourci Jaime, l’eunuque Lord Varys ou, à l’opposé du spectre de genre, la très grande Brienne de Thorne.</p>
<p>Concentrant son regard sur l’amitié inattendue entre deux personnages aux caractéristiques physiques et sociales opposées, le colosse sorti de nulle part Dunk et son petit écuyer Egg (Dexter Sol Angell), qui cache un temps son ascendance noble, cette nouvelle série ose même une forme d’utopie burlesque. Il s’agit surtout de deux silhouettes identifiables d’un coup d’œil – l’une dépasse, l’autre brille par son étrangeté glabre –, dont l’union à l’écran constitue une force dans le monde grisaillant de Westeros. Le cadre unique exploré par la série, un tournoi de chevaliers, évoque aussi un théâtre sanguinaire où les corps s’affrontent pour remettre en jeu une hiérarchie sociale injuste. La lutte des classes mise en scène au sein de ces joutes est bien sûr faussée et l’ascension dont rêve naïvement Dunk en tablant sur sa force est entravée par une série de contraintes. Elles sont nombreuses&nbsp;: administratives, économiques, mais aussi spatiales – sa grande carcasse peine toujours à passer les portes basses. En s’attachant ainsi à cette figure de géant à l’étroit, la mise en scène d’<em>A Knight of the Seven Kingdoms </em>insuffle à cet univers une légèreté comique tout en revitalisant ses scènes d’action. Longtemps retardé, l’affrontement final accouche d’un sommet de violence qui fait éprouver l’épuisement et la douleur ressentis dans sa chair par le héros, le cadre se resserrant jusqu’à faire épouser au spectateur le regard du combattant.</p>
<h2>Reconfiguration</h2>
<p>Non sans rappeler la stratégie adoptée par la série <em>Andor</em> pour l’univers de <em>Star Wars</em>, <em>A Knight of the Seven Kingdoms</em> affiche une plus grande modestie (six épisodes de trente minutes, absence de générique d’ouverture, etc.). Dépouillée des oripeaux de la grande fresque, elle relève à différentes échelles d’un resserrement&nbsp;: unité de temps et de lieux, enjeux focalisés sur un casting quasi strictement masculin, effacement du merveilleux en faveur d’une approche plus concrète des séquences. Et comme pour la première saison d’<em>Andor</em>, ces six épisodes s’apparentent à une tentative de réinvestir un univers fantasmagorique moribond en partant d’un argument simple : le rêve d’un petit garçon de devenir chevalier se heurte à la réalité sociale et politique. Au cours de cette rapide mais précise exploration d’un événement (le tournoi de chevaliers), la série trouve plus de substance que dans les longs atermoiements shakespeariens de <em>House of the Dragon </em>et <em>Game of Throne</em>s. Bien sûr, l’embolie narrative et la surenchère spectaculaire (qui ont déjà plombé en partie la saison 2 d’<em>Andor</em>) pointent le bout de leur nez dans les derniers virages de cette première cuvée, laissant craindre que ne s’applique cette règle immuable&nbsp;de l’univers de Westeros : plus les enjeux croissent (la guerre, les dragons, la fin du monde), plus le champ de la mise en scène se réduit (les conciliabules incessants de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/house-of-the-dragon-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>House of the Dragon</em></a>). Il n’empêche : en renouant avec les jeux d’échelles sur lesquels se fondait la première saison de <em>Game of Thrones</em> (le géant remplace ici les enfants et un nain), Martin et ses scénaristes retrouvent un peu de leur inspiration originelle.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Spectacle Theater</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-spectacle-theater/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-spectacle-theater/" title="Read  Portraits d’Amérique — Spectacle Theater">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : le collectif à la tête du Spectacle Theater, un microcinéma de trente-cinq places installé à Brooklyn depuis quinze ans, où les membres s’occupent bénévolement de l’espace, de la programmation à la projection.</em></p>
<p><strong>Comment le Spectacle Theater est-il né ? </strong></p>
<p>Le lieu a été fondé en 2010 par Troy Swain et Akiva Saunders. À l’origine, ils ont loué une ancienne épicerie dans le quartier de Williamsburg. L’idée n’était pas uniquement de faire un cinéma : c’était d’abord un espace de performances, avec des concerts, des projections occasionnelles, des événements organisés par des ami·es. C’était très libre, dans un esprit de communauté. Le bâtiment appartient à une coopérative implantée dans le quartier depuis des décennies, ce qui joue un rôle essentiel dans notre survie. Très vite, l’endroit a attiré des jeunes programmateurs, critiques, cinéastes, des gens qui voulaient montrer des films qu’ils ne voyaient projetés nulle part ailleurs. Un collectif s’est formé de manière assez organique. Il n’y avait pas vraiment de hiérarchie: les gens venaient, proposaient des idées, apprenaient à projeter et à gérer la salle.</p>
<p>À Spectacle, tout le monde fait un peu de tout : on projette les films, on tient la billetterie, on conçoit des affiches, on monte des bandes-annonces, on repeint les murs si nécessaire. Le collectif change constamment&nbsp;: certains membres partent, d’autres arrivent, mais c’est justement ce renouvellement qui maintient l’énergie du lieu. Aujourd’hui, nous sommes environ quarante membres actifs. Nous vivons essentiellement des dons et des billets, qui coûtent toujours cinq dollars. La salle est entretenue par le collectif. Beaucoup de membres n’ont pas de formation cinématographique : il y a des menuisiers, des développeurs, des juristes spécialisés dans l’immobilier… Nous apprenons ensemble à faire fonctionner un cinéma. Cela implique beaucoup de discussions, parfois interminables, sur nos choix politiques, esthétiques et pratiques. Rien n’est figé.</p>
<p><strong>Vous êtes situés à Williamsburg, l’un des quartiers les plus gentrifiés de la ville. Quelle place Spectacle occupe-t-il aujourd’hui dans la géographie cinéphile new-yorkaise ? Quelle évolution avez-vous observée depuis 15 ans ?</strong></p>
<p>Le contexte était très différent en 2010. Brooklyn était encore plein d’espaces «&nbsp;<em>Do It Yourself</em>&nbsp;» (DIY), surtout dans la musique, qui ont presque tous disparu vers 2012–2013. Beaucoup d’entre nous sont aussi artistes ou cinéastes et cela influence profondément l’identité du lieu. Spectacle reste un espace à taille humaine. Les cinéastes reviennent pour une raison : faire partie d’une communauté. La petitesse du lieu crée une proximité qui est devenue rare. Il y a quinze ans, il y avait une vraie culture de l’occupation d’espaces physiques pour montrer des choses difficiles à voir ailleurs. À l’époque, « difficile à voir » pouvait impliquer une VHS numérisée en 480p trouvée en ligne parce que c’était la seule copie existante. Beaucoup de films que nous montrions n’avaient aucun distributeur identifiable. Parfois, personne ne savait vraiment qui détenait les droits. Ils existaient dans une sorte de zone grise juridique. Spectacle devenait alors l’un des rares endroits physiques où on pouvait les voir sur grand écran. Depuis, les choses ont changé. Beaucoup de ces films ont été restaurés, édités en Blu-ray ou se retrouvent sur des plateformes comme Tubi. Cela a profondément modifié notre manière de penser la rareté. Si un film est disponible en streaming gratuitement, est-il encore « rare » ?</p>
<p><strong>Diriez-vous que cela rend le travail de programmation plus difficile ?</strong></p>
<p>Oui, d’une certaine façon. Mais notre critère principal n’est pas seulement la rareté : c’est l’enthousiasme. Si quelqu’un découvre un film et ressent un besoin presque urgent de le partager, alors il mérite peut-être une projection. Historiquement, certains membres passaient énormément de temps sur des <em>trackers</em> privés, des archives obscures, à combiner des mots-clés improbables jusqu’à tomber sur quelque chose d’inattendu. Aujourd’hui, il existe aussi un véritable marché de la restauration du cinéma de genre, qui n’existait pas il y a quinze ans. Donc les choses ont changé, mais la logique reste la même : montrer ce qui nous obsède.</p>
<p><strong>Comment s’organise concrètement cette programmation ?</strong></p>
<p>Après environ un an d’implication, un membre peut commencer à programmer. Il n’y a pas de ligne éditoriale stricte, si ce n’est l’idée que le film n’a pas été récemment montré à New York, ou qu’il correspond à l’esprit du lieu. Nous sommes devenus plus attentifs aux droits qu’au début, notamment parce que nous avons noué des relations avec des distributeur·rices et des cinéastes que nous respectons. La programmation se décide lors de réunions mensuelles. C’est parfois chaotique, mais c’est un chaos productif. Chacun défend ses choix avec passion.</p>
<p><strong>Comment parvenez-vous à faire vivre cette passion et cet enthousiasme ?</strong></p>
<p>Cela repose beaucoup sur le collectif et sur nos marottes respectives. Nous avons par exemple une radio, qui est devenue un complément parfait à notre programmation où nous proposons des montages sonores entièrement composés de bandes originales et de musiques en lien avec les films que nous montrons. Une radio DIY nous semblait être un territoire naturel à investir. Nous organisons souvent des ciné-concerts, des projections avec musique <em>live</em>, et proposons beaucoup de programmes liés aux musiques expérimentales.</p>
<p>On va aussi sortir cette année un livre regroupant toutes les affiches que nous avons conçues collectivement. Nous considérons les affiches et les bandes-annonces comme aussi importantes que la programmation elle-même.</p>
<p><strong>Existe-t-il un spectateur type ?</strong></p>
<p>Pas vraiment. Nous n’avons aucune donnée statistique. Les spectateurs restent souvent après la projection pour discuter avec nous. C’est essentiel : nous montrons des films parce que nous voulons en parler. Il y a des habitués très fidèles, mais chaque cycle attire aussi un public différent. Après le Covid, notre audience a même augmenté, ce qui nous a surpris. Pendant la pandémie, nous avons créé notre propre plateforme de <em>streaming</em>, entièrement développée par un membre du collectif. Cela nous a permis de continuer à exister et d’attirer de nouveaux bénévoles, souvent plus jeunes.</p>
<p><strong>Aujourd’hui, beaucoup de cinéphiles passent par des plateformes comme Letterboxd et découvrent des films via des algorithmes ou des recommandations automatisées. Comment percevez-vous cette évolution ?</strong></p>
<p>Notre programmation est presque l’inverse de cette logique algorithmique. Elle naît d’une obsession, d’une nécessité. Vous vous perdez dans des recherches absurdes au milieu de la nuit, vous découvrez un film dont vous n’avez jamais entendu parler, vous vous demandez ce que c’est, vous passez deux semaines à essayer d’en trouver une copie… et ensuite vous avez absolument besoin que quelqu’un d’autre le regarde pour pouvoir en parler. C’est très viscéral, très personnel. Cela dit, certains programmateurs consultent parfois le nombre d’entrées d’un film sur Letterboxd comme un indicateur minimal : si seulement 200 personnes l’ont vu, on se dit que ça vaut le coup de le montrer. Et puis on a parfois de belles surprises, comme ce fan basé à Chicago qui, pour notre anniversaire, a créé une <a href="https://letterboxd.com/2millionindebt/list/spectacle-theater/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">liste</a> pour recenser une bonne partie des films montrés par Spectacle depuis son ouverture.</p>
<p>Ce qui est plus déroutant, c’est lorsque nous sommes happés par l’algorithme sans l’avoir voulu. Cet été, par exemple, nous avons collaboré avec la Filmmakers’ Co-op et Anthology Film Archives pour ressusciter un programme expérimental des années 1960 consacré aux films mettant en scène des chats. L’un d’eux, <em>How to Draw a Cat</em> de Pola Chapelle, montre simplement l’artiste essayant de tracer le contour d’un chat posé sur une feuille. Nous avons monté une bande-annonce à partir d’un extrait et nous l’avons postée sur Instagram. Elle est devenue virale et nous recevons encore aujourd’hui des commentaires accusant la vidéo de maltraitance animale. Ce genre d’épisodes est très étrange. On a soudain l’impression d’être un débris emporté par Internet, que ce que l’on fait réellement n’a plus de sens. C’est violent et absurde. Cela rappelle à quel point l’algorithme peut décontextualiser un geste artistique.</p>
<p><strong>Spectacle a parfois collaboré avec des institutions comme le Museum of Arts and Design ou le MoMA. </strong></p>
<p>Ces collaborations se font toujours au cas par cas et donnent lieu à des discussions internes. Nous tenons à notre indépendance, mais nous ne voulons pas non plus être isolés. Faire partie du tissu culturel new-yorkais est important pour nous. Dans le cas du MoMA, ils nous ont contactés dans le cadre d’une série dédiée aux cinémas emblématiques de New York. On y a participé et projeté <em>American Hunter</em>, un film indonésien des années 1980, mais aussi une compilation de nos bandes-annonces. C’était une manière de montrer le travail bénévole accumulé depuis plus d’une décennie. Nous ne cherchons pas activement ces collaborations, quand bien même elles pourraient nous êtes utiles… Pour nous l’enjeu est de préserver notre esprit tout en faisant partie d’une communauté plus large. L’échange, la circulation entre espaces indépendants et institutions, peut être fertile. Ce sont des moments de reconnaissance, mais aussi de dialogue.</p>
<p><strong>Craignez-vous la disparition de ce type de lieu ?</strong></p>
<p>La question de la longévité revient souvent dans des structures telles que la nôtre. Lorsqu’on a une mission (montrer des films invisibles, créer une communauté), on peut se demander : que se passe-t-il si cette mission est accomplie, ou si elle devient impossible à accomplir ? Est-ce qu’il faut alors accepter que l’expérience se termine ? C’est une vraie question. Peut-être qu’un jour Spectacle devra se dissoudre, et ce serait simplement la conclusion d’une belle expérimentation. Si demain une entreprise de la Tech transformait Williamsburg en usine de drones, nous pourrions aussi dire : nous avons fait ce que nous avons pu.</p>
<p>Ceci dit, personne ne possède Spectacle individuellement, donc la perspective d’un rachat est peu probable. Mais évidemment, le contexte immobilier de New York reste fragile. Par ailleurs, le lieu est presque structurellement opposé à toute logique de rentabilité. Nous ne cherchons pas à grossir. Nous ne cherchons pas à devenir une marque. Nous voulons rester un espace où l’on peut montrer des films étranges, rares, non commerciaux, simplement parce qu’on les aime. Spectacle n’est pas un club fermé. Les gens peuvent venir, discuter avec nous, proposer des idées. Ce n’est pas un temple intimidant pour cinéphiles ultraspécialisés. C’est un lieu communautaire animé par des passionné·es, pour d’autres passionné·es.</p>
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		<title>Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au-delà de son œuvre théorique, Laura Mulvey a été la coréalisatrice d’une demi-douzaine de films d’avant-garde singuliers où la volonté de déstructurer la narration classique se conjugue avec une approche ludique du montage. Le mois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/" title="Read  Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Au-delà de son œuvre théorique, Laura Mulvey a été la coréalisatrice d’une demi-douzaine de films d’avant-garde singuliers où la volonté de déstructurer la narration classique se conjugue avec une approche ludique du montage. </em></p>
<p>Le mois dernier, le festival Regards Satellites proposait à l’Écran de Saint-Denis et au Luxy d’Ivry-sur-Seine une rétrospective intégrale de l’œuvre cinématographique conjointe de Laura Mulvey et Peter Wollen, couple de théoriciens britanniques emblématique de la génération <a href="https://academic.oup.com/screen" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Screen</em></a>. Si leurs écrits, à la croisée du féminisme, du marxisme, de la sémiologie et de la psychanalyse, ont eu une influence durable sur la pensée du cinéma outre-Manche, ils n’ont comparativement guère essaimé en France. Laura Mulvey, désormais célèbre théoricienne du <em>male gaze</em>, a bien bénéficié d’un intérêt éditorial accru ces dernières années<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_534_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_1" class="footnote_tooltip">Outre la remarquable anthologie de textes composée par Teresa Castro (<em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie</em>, aux Éditions Mimésis en 2017) et l’excellent <em>Fétichisme et Curiosité </em>(chez Brook en 2019), on peut noter que deux chapitres du recueil <em>Death 24× a Second: Stillness and the Moving Image</em> ont été traduits par le collectif Women Remix dans le bel ouvrage composite <em>Un jardin&nbsp;: Une rencontre imaginée entre Laura Mulvey et Jean-Louis Comolli </em>(chez Burn-août, 2025).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_534_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> mais la majorité de ses livres demeure malheureusement inédite en français ; quant à Peter Wollen, même ses ouvrages les plus identifiés, comme <em>Signs and Meanings in the Cinema</em>, n’ont jusqu’à présent pas été traduits<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_534_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_2" class="footnote_tooltip">À ma connaissance, seule son analyse de <em>Chantons sous la pluie </em>a été éditée en 2023 chez Akileos.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_534_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À défaut de pouvoir les lire dans la langue de Molière, découvrir leurs essais cinématographiques permet de renouer avec le souvenir de l’Angleterre d’avant Thatcher, où le BFI et Channel 4 défendaient encore un cinéma politique et de recherche. C’est aussi raviver le souvenir précieux d’une avant-garde féministe à la croisée de la fiction et du cinéma expérimental&nbsp;– portée haut à cette période par Jackie Raynal (<em>Deux fois</em>, 1968), Yvonne Rainer (<em>Film About A Woman Who…</em>,1974), Chantal Akerman (<em>Je Tu Il Elle</em>, 1974&nbsp;; <em>Jeanne Dielman</em>, 1975) ou Sally Potter (<em>Thriller</em>, 1978)&nbsp;–, dont le désir de renouveler les représentations s’articulait toujours avec une audace formelle.</p>
<p>Comme le souligne Teresa Castro dans son introduction à la collection des textes majeurs de Laura Mulvey, les films du duo entrent directement en résonance avec leurs écrits, en particulier « Godard et le contre-cinéma : <em>Vent d’Est</em>&nbsp;» de Wollen (1972) et la conclusion de «&nbsp;Plaisir visuel et cinéma narratif&nbsp;» de Mulvey (1975), dans lesquels ils revendiquent l’avènement d’un contre-cinéma «&nbsp;<em>dont la fonction est de lutter contre les mythes, les idéologies et les dispositifs esthétiques d’un certain cinéma avec ses propres mythes, idéologies et dispositifs esthétiques antagonistes</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_534_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_3" class="footnote_tooltip">Peter Wollen, «&nbsp;Godard and Counter-Cinema&nbsp;: Vent d’Est&nbsp;», dans <em>Readings and Writings&nbsp;: Semiotic Counter-Strategies</em>, Londres, Verso Editions/NLB, 1982, p. 91&nbsp;: «&nbsp;<em>Its function is to struggle against the fantasies, ideologies and aethetic devices of one cinema with its own antagonistic fantasies, ideologies and aesthetic devices.</em>&nbsp;»</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_534_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Ils semblent en effet mettre directement en application les principes directeurs dégagés par Wollen du cinéma de Jean-Luc Godard&nbsp;: <strong>1. </strong>L’«&nbsp;intransivité narrative&nbsp;» (segmentation du récit, goût de l’interruption et de la digression) plutôt que la logique causale&nbsp;; <strong>2.</strong> La mise à distance (par l’adresse directe, la démultiplication des personnages, le recours au commentaire) plutôt que l’identification&nbsp;; <strong>3.</strong> La mise en évidence des mécanismes du langage contre la transparence&nbsp;; <strong>4.</strong> Les diégèses multiples contre la diégèse unique&nbsp;(en entrelaçant par exemple une fiction traditionnelle avec la mise en abyme de son tournage) ; <strong>5.</strong> L’ouverture plutôt que la fermeture (fins ouvertes, débordement, intertextualité)&nbsp;; <strong>6.</strong> La recherche du «&nbsp;déplaisir&nbsp;» (<em>unpleasure</em>) plutôt que du plaisir spectatoriel (provocation, désir de déstabiliser et par extension de transformer le spectateur, plutôt que de le divertir). D’où le recours à des structures narratives fragmentaires, à des collages de citations textuelles, picturales et filmiques, à la désynchronisation fréquente de l’image et du son ou à la démultiplication des dispositifs de mise en abyme. Ils s’éloigneront cependant de Godard sur un point crucial&nbsp;: le rejet univoque de la fiction qui, selon Wollen, caractérise son œuvre de l’après-68, dans laquelle elle équivaut nécessairement au mensonge, à la mystification et à l’idéologie. On retrouve aussi dans leurs films les grandes obsessions qui traversent l’œuvre écrite de Laura Mulvey&nbsp;: la curiosité pour les mythes, le goût des énigmes et des rébus, la tension entre mouvement et immobilité inhérente au médium cinématographique et la déconstruction des mécanismes idéologiques régissant la représentation des femmes à l’écran.</p>
<h2>Mythes en boîte</h2>
<p><em>Penthesilea: Queen of the Amazons </em>(1974) et <em>Riddles of the Sphinx </em>(1975), les deux seules œuvres de Mulvey et Wollen éditées en DVD en France, qui sont aussi les plus emblématiques de leur travail, ont en commun un refus du montage par continuité et une structure éclatée en segments dont la logique, souvent déconcertante, de juxtaposition n’est pas sans rappeler, au-delà du modèle godardien, les boîtes de Joseph Cornell (l’une d’entre elles figure d’ailleurs dans <em>Crystal Gazing</em>). Avec <em>AMY&nbsp;!</em>, court-métrage réalisé deux ans plus tard (et qui se présente également comme un portrait composite de l’aviatrice Amy Johnson), ils composent, selon les termes de Mulvey, une trilogie prolongeant leur engagement en faveur d’«&nbsp;<em>une politique féministe du langage</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_534('footnote_plugin_reference_331810_534_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_534_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_4" class="footnote_tooltip">Oliver Fuke (dir.), <em>The Films of Laura Mulvey and Peter Wollen</em>&nbsp;<em>: Scripts, Working Documents, Interpretation</em> », Londres, BFI, 2023.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_534_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_534_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ».</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331812 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg" alt width="2098" height="520" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg 2098w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-300x74.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-1024x254.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-768x190.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-1536x381.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2048x508.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-980x243.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2000x496.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2098px) 100vw, 2098px"></a>
<p><em>Penthesilea: Queen of the Amazons</em>, premier jalon de leur œuvre, se compose de cinq parties distinctes, séparées par des cartons-titres. Le film s’ouvre sur la captation en plan fixe d’une représentation des épisodes marquants de la pièce éponyme d’Heinrich von Kleist par des mimes. Dans un renversement du mythe antique où Penthésilée, reine des Amazones, est tuée par Achille, elle y rejette ses compagnes par amour pour ce dernier, avant de le tuer et de se donner la mort. Le mythe et ses différentes variations sont explorés en détail dans le deuxième segment où l’on découvre Peter Wollen en train de déambuler nonchalamment dans une maison, suivi cette fois par une caméra portée qui s’attarde tantôt sur lui, tantôt sur les fiches sur lesquelles sont inscrites ses notes. Dévisageant l’objectif, il explique le dispositif du film (son découpage en cinq parties, le refus d’un montage narratif) avant de revenir sur Penthésilée et ses Amazones, figures fascinantes et terrifiantes dont les aspects les plus transgressifs (elles fondent une société de femmes solidaires indépendante du monde des hommes) ont souvent été réprimés, détournés ou minorés par les récits et représentations qui leur ont été consacrés pour qu’elles ne puissent faire l’objet d’un investissement politique par les femmes « ordinaires ». L’ironie venant évidemment de ce que cette longue leçon est proposée au spectateur par un homme… Le troisième segment consiste en une succession d’images d’Amazones produites par les hommes à travers l’histoire, de la statuaire antique à la peinture médiévale jusqu’aux <em>comics Wonder Woman&nbsp;</em>: les images fixes y sont animées par le recours à des volets latéraux ou des caches (qui permettent par exemple de faire apparaître tour à tour de gauche à droite les planches d’une bande dessinée).</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331813 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg" alt width="1744" height="650" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg 1744w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-300x112.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-1024x382.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-768x286.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-1536x572.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-980x365.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1744px) 100vw, 1744px"></a>
<p>Le quatrième segment propose en contrepoint une alternative à ces représentations masculines en insistant sur les puissances politiques de la solidarité féminine. Un plan où une actrice lit face caméra un discours de la militante socialiste et féministe des années 1910, Jessie Ashley, appelant à la solidarité des femmes de toutes classes sociales, est superposé par surimpression à un film de propagande pour l’obtention du droit de vote. Enfin, dans le dernier segment, Mulvey et Wollen filment des moniteurs vidéo sur lesquels sont diffusées les quatre séquences précédentes du film, jusqu’à ce que des plans inédits commencent à apparaître, comme «&nbsp;débloqués&nbsp;» par la confrontation des images et des discours. L’actrice jouant Penthésilée dans la pièce montrée dans le premier segment abandonne alors son personnage. On la voit ôter son maquillage avant de s’adresser directement à la caméra. Interrompue par les «&nbsp;<em>Stop&nbsp;!</em>&nbsp;» de Peter Wollen, elle ressasse à deux reprises le même discours&nbsp;: «&nbsp;<em>Les femmes se regardent à travers les yeux des hommes. Les femmes parlent entre elles à travers les mots des hommes. Un regard étranger. Un langage étranger. Nous pouvons parler avec nos propres mots. Nous pouvons regarder avec nos propres yeux. Et nous pouvons nous battre avec nos propres armes.</em>&nbsp;» La trajectoire du film devient soudain limpide&nbsp;: le mythe enserré dans la fiction (premier segment) est défait par l’analyse (deuxième segment) après laquelle nous portons un regard critique sur les images (troisième segment)&nbsp;; une autre histoire de la solidarité féminine nous est proposée dans le quatrième segment qui mène logiquement à la revendication au présent d’un nouveau regard et d’un nouveau langage (cinquième segment) emblématisés par le film lui-même.</p>
<p>On retrouve une volonté similaire de déconstruire les mythes du passé dans <em>AMY&nbsp;!</em>, qui interroge à travers Amy Johnson la figure ambivalente de l’héroïne et la manière dont la starification idéalisée des grandes aventurières (perceptible notamment dans l’utilisation d’une chanson célébratoire consacrée à Johnson) tend à la fois à en faire des figures d’exception éloignées de la réalité des femmes –&nbsp;en témoignent les commentaires dubitatifs des étudiantes de Mulvey qui introduisent le film&nbsp;– et à gommer les aspects problématiques de leur parcours. Dans le cas d’Amy Johnson, la célébration de l’aviatrice occulte par exemple le contexte colonial dans lequel s’inscrivent ses exploits, financés par un magnat du pétrole&nbsp;: comme dans <em>India Song </em>de Marguerite Duras, ce contexte est ici rappelé par le survol d’une carte de l’Inde, au son de la lecture de gros titres du <em>Times </em>retraçant l’arrestation de Gandhi et les révoltes anti-coloniales des années 1930. Le film frappe en particulier par sa démystification matérialiste de la <em>persona </em>de Johnson&nbsp;: Mulvey et Wollen veulent ressusciter la femme «&nbsp;normale&nbsp;» derrière les prouesses de l’héroïne. Le duo s’attarde ainsi le temps de quelques plans sur les quartiers londoniens que fréquenta Johnson de son vivant et, surtout, alors que <em>Penthesilea </em>semblait rejeter violemment la fiction, <em>AMY&nbsp;! </em>la mobilise pour restituer ce qui a été oublié par l’histoire : les aspects plus triviaux et quotidiens de son existence. L’actrice Mary Maddox incarne ainsi l’aviatrice dans quelques séquences de reconstitution où nous la voyons jeter au feu sa correspondance ou préparer du café, au son de la lecture de lettres fictives de Johnson à un ancien amant ou des différentes étapes de l’entretien quotidien de son avion. Le film insiste en parallèle sur l’aliénation que représente son image publique : on voit ainsi Maddox se maquiller avec soin face à une glace transparente placée devant la caméra, avant de commencer à dessiner sur le miroir un deuxième visage qui recouvre le sien, qu’elle finit par raturer.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331814 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg" alt width="1762" height="648" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg 1762w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-300x110.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-1024x377.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-768x282.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-1536x565.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-980x360.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1762px) 100vw, 1762px"></a>
<h2>Fictions en kit</h2>
<p>Avec cette image saisissante, on comprend que cette ressaisie de la fiction est aussi pour les cinéastes un moyen de penser des alternatives au <em>male gaze </em>caractéristique du cinéma hollywoodien classique tel que le dénonçait Mulvey dans « Plaisir visuel et cinéma narratif », en s’affranchissant d’un récit linéaire qui alterne action (portée par le héros) et contemplation (la mise en spectacle de l’héroïne), et d’un découpage construisant un point de vue masculin ou fragmentant le corps féminin fétichisé. On le perçoit tout particulièrement dans <em>Riddles of the Sphinx</em>, le film le plus connu et le plus abouti du duo, qui perfectionne à tous niveaux le dispositif conçu pour <em>Penthesilea</em>. Le film se décompose là encore en sept sections distinctes, titrées et numérotées ; les trois premières résonnent en miroir avec les trois dernières, tandis que se trouve au centre une partie fictionnelle d’une quarantaine de minutes (« Louise’s story told in thirteen shots »). La première et la dernière section prennent la forme d’un plan muet en mouvement : une main tournant les pages d’un numéro de la revue <em>Midi-Minuit Fantastique</em> consacré au « mystère de la femme » ; des bulles de mercure glissant entre les parois d’un labyrinthe de poche. La deuxième section introduit le son : il s’agit d’une leçon de Laura Mulvey sur la figure antique du Sphinx dont la théoricienne réécoute ensuite l’enregistrement dans la sixième section. La troisième et la cinquième section insistent quant à elles sur la matérialité de l’image cinématographique : on y voit des agrandissements d’un film de <em>found footage </em>consacré au Sphinx de Gizeh et un montage de surimpressions teintées de numéros d’acrobates, au son d’entêtantes boucles électroniques. Non seulement les éléments constitutifs de la forme cinématographique (mouvement, son, image) sont ainsi présentés isolément avant de se rejoindre dans la quatrième section fictionnelle, mais cette construction en miroir compose une boucle, qui casse la logique linéaire de la fiction en son centre.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331815 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg" alt width="2099" height="521" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg 2099w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-300x74.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-1024x254.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-768x191.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-1536x381.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-2048x508.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-980x243.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-2000x496.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2099px) 100vw, 2099px"></a>
<p>Cette dernière est composée elle-même de treize fragments entrecoupés d’ellipses et préfacés par des intertitres volontairement tronqués («&nbsp;<em>Elle semble encore avoir besoin de…</em>&nbsp;»). Ils procèdent tous de la même logique formelle&nbsp;: un lent panoramique à 360° (à la manière de <em>La Chambre </em>de Chantal Akerman) qui balaie mécaniquement les espaces où évoluent la protagoniste et ses proches. La circularité de la structure narrative est ainsi prolongée par la mise en scène, qui renonce ainsi à la fois au point de vue subjectif et à la fragmentation de l’espace et des corps par le montage. Le son diégétique des dialogues entre les personnages alterne par ailleurs avec des plages musicales et les interventions d’une voix off extradiégétique introduite dans le deuxième segment par Mulvey comme celle du Sphinx antique, figure chimérique (mi-femme, mi-lion, mi-oiseau) postée à l’entrée de la ville de Thèbes, où elle soumet les voyageurs à une énigme, qu’ils doivent résoudre sous peine d’être dévorés. « <em>Ce n’est pas la voix de la vérité, pas une voix qui répond mais son opposé&nbsp;: une voix qui questionne, une voix qui pose une énigme</em>&nbsp;»&nbsp;; une voix aux marges de la civilisation, celle d’un être en quête d’identité, assigné à une place qu’il n’a pas choisie.</p>
<p>La fragmentation narrative, la placide rigidité du dispositif formel et ces constantes interventions extradiégétiques contrarient le déploiement d’un récit pourtant réaliste, ouvertement marxiste et féministe, tout en donnant forme à ses enjeux : la quête identitaire d’une jeune mère au foyer, Louise, quittée par son mari. Cette dernière se lie à d’autres travailleuses précaires avec lesquelles elle lutte pour obtenir des droits et s’éveille à la possibilité d’un autre langage, grâce à ses échanges intimes avec ses amies et à la découverte de l’œuvre de l’artiste féministe Mary Kelly,. Cette fiction à trous s’achève sur deux segments dérivant de plus en plus vers l’onirisme, offrant soudain une réverbération fascinante avec les autres parties du film : dans l’un d’eux, Louise et son amie Maxine se racontent rêves et souvenirs d’enfance dans un espace chargé de tissus et de miroirs où l’on distingue un bref instant la cheffe opératrice Diane Tammes en train de les filmer ; dans le second, Louise et sa fille visitent les galeries égyptiennes du British Museum, déambulant entre les momies et les sarcophages couverts de hiéroglyphes. Ce puzzle filmique entêtant, à la fois ouvertement didactique et profondément mystérieux, réussit son pari : celui d’imaginer d’autres configurations formelles du plaisir spectatoriel, basées non plus sur un fétichisme aveugle, mais sur une curiosité investigatrice.</p>
<p>À l’exception de <em>Frida Kahlo et Tina Modotti </em>(1983), film d’exposition plus traditionnel, mais toujours marqué par une logique dialectique (il orchestre en trois segments la confrontation de l’œuvre de deux artistes radicalement différentes&nbsp;: une peintre tournée vers l’autoportrait, l’intériorité, les mythes nationaux et la fantasmagorie, une photographe tournée vers l’altérité, l’internationalité et la documentation du réel), les films plus tardifs et méconnus de Mulvey et Wollen mettent quant à eux les principes de disjonction et de rupture de leurs œuvres précédentes à l’épreuve de formes plus ouvertement fictionnelles.<em> Crystal Gazing </em>(1982) a les atours d’une rêverie crépusculaire où les protagonistes d’un roman anti-nationaliste allemand des années 1930 (<em>Vers l’abîme </em>d’Erich Kästner) se retrouvent déplacés dans l’Angleterre thatchérienne. Malgré une narration lâche et filandreuse, toujours interrompue par le recours à des citations cinématographiques (Lotte Reiniger) ou picturales (Joseph Cornell), le film paraît presque classique en comparaison des précédents. Dans cette drôle de boule de cristal tendue au spectateur, l’avenir semble bien moribond&nbsp;: les personnages masculins idéalistes (un dessinateur de science-fiction réduit au chômage et un chercheur en sémiotique obsédé par <em>Le Chat botté</em>, alter ego quasi parodique de Wollen) sont condamnés à la mort, tandis que les femmes qui les entourent (une popstar à succès joué par la saxophoniste punk Lora Logic, et une photographe dont les travaux cartographiques sont utilisés à des fins de spéculation financière) cèdent aux sirènes d’un capitalisme débridé, incarné par un sinistre homme d’affaires interprété par Patrick Bauchau. Un monde est en train de disparaître, comme en témoigne la dernière œuvre rarissime de Mulvey et Wollen, <em>The Bad Sister</em>, adaptation ambitieuse d’un roman d’Emma Tennant conçue à destination de la chaîne Channel 4. De l’aveu de Laura Mulvey elle-même, malgré les moyens considérables alloués à ce projet, le dispositif de production plus traditionnel du film n’était pas vraiment adapté aux méthodes de travail du duo. Même si l’on peut facilement imaginer ce qui a séduit Mulvey dans cette histoire ésotérique de double diabolique, le résultat, inégalement inspiré, se situe à équidistance entre <em>Twin Peaks </em>et Nanarland. Le film marque principalement pour ses séquences introductives et conclusives où, dans un intéressant dispositif de mise en abyme, un réalisateur de documentaire à sensation et une de ses amies commentent les rushes du film qu’il prépare sur un mystérieux double meurtre. La reconstitution fictionnelle de l’affaire, en revanche, ne trouve jamais tout à fait son équilibre entre satire des conventions du <em>soap</em> et envolées fantastiques, mais elle ne manque pas de charme et d’étrangeté, en particulier grâce à ses expérimentations saugrenues avec les effets vidéo. Pour Mulvey, cette tentative en demi-teinte sonne le glas des possibilités offertes par l’avant-garde des années 1970&nbsp;: elle se consacrera dorénavant quasi-exclusivement à sa production théorique. Wollen, quant à lui, mettra en scène la débutante Tilda Swinton dans un long-métrage plus traditionnel, <em>Friendship’s Death</em> (1987). Si plus de quarante ans après leur réalisation, leur œuvre cinématographique passionne toujours, c’est dans cette manière dont, comme le Sphinx de la légende, elle soulève des questions formelles et politiques en se gardant d’asséner des réponses définitives.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331810_534();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331810_534();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331810_534">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331810_534" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_534('footnote_plugin_tooltip_331810_534_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_534_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Outre la remarquable anthologie de textes composée par Teresa Castro (<em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie</em>, aux Éditions Mimésis en 2017) et l’excellent <em>Fétichisme et Curiosité </em>(chez Brook en 2019), on peut noter que deux chapitres du recueil <em>Death 24× a Second: Stillness and the Moving Image</em> ont été traduits par le collectif Women Remix dans le bel ouvrage composite <em>Un jardin&nbsp;: Une rencontre imaginée entre Laura Mulvey et Jean-Louis Comolli </em>(chez Burn-août, 2025).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_534('footnote_plugin_tooltip_331810_534_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_534_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À ma connaissance, seule son analyse de <em>Chantons sous la pluie </em>a été éditée en 2023 chez Akileos.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_534('footnote_plugin_tooltip_331810_534_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_534_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Peter Wollen, «&nbsp;Godard and Counter-Cinema&nbsp;: Vent d’Est&nbsp;», dans <em>Readings and Writings&nbsp;: Semiotic Counter-Strategies</em>, Londres, Verso Editions/NLB, 1982, p. 91&nbsp;: «&nbsp;<em>Its function is to struggle against the fantasies, ideologies and aethetic devices of one cinema with its own antagonistic fantasies, ideologies and aesthetic devices.</em>&nbsp;»</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_534('footnote_plugin_tooltip_331810_534_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_534_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Oliver Fuke (dir.), <em>The Films of Laura Mulvey and Peter Wollen</em>&nbsp;<em>: Scripts, Working Documents, Interpretation</em> », Londres, BFI, 2023.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331810_534() { jQuery('#footnote_references_container_331810_534').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331810_534').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331810_534() { jQuery('#footnote_references_container_331810_534').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331810_534').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331810_534() { if (jQuery('#footnote_references_container_331810_534').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331810_534(); } else { footnote_collapse_reference_container_331810_534(); } } function footnote_moveToReference_331810_534(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331810_534(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331810_534(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331810_534(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/">Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Pillion</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pillion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le vrombissement lointain d’une moto est éclipsé par un air de variété italienne. Ce bolide lancé à toute allure sur une autoroute de la banlieue londonienne, Colin (Harry Melling) le regarde passer avec curiosité depuis...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pillion/" title="Read  Pillion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le vrombissement lointain d’une moto est éclipsé par un air de variété italienne. Ce bolide lancé à toute allure sur une autoroute de la banlieue londonienne, Colin (Harry Melling) le regarde passer avec curiosité depuis la banquette arrière de la voiture de ses parents. Il ignore encore qu’il occupera quelques semaines plus tard le siège passager du véhicule, blotti contre Ray (Alexander Skarsgård), un <em>biker</em> gay que l’on croirait tout droit sorti de <em>Scorpio Rising </em>de Anger et qui va l’initier aux joies douloureuses du sado-masochisme. Dans l’ivresse de leur course, le paysage se dilue alors en étincelles lumineuses, comme celles qui jaillissent ensuite d’un feu de joie auprès duquel Colin célèbre son intégration dans la communauté de motards à laquelle appartient Ray. Malheureusement pour lui, l’éblouissement cédera bientôt la place à la désillusion.</p>
<p><em>Pillion </em>tente la greffe plutôt séduisante d’un corps étranger au <em>sex-appeal</em> dévastateur (la star suédoise Alexander Skarsgård) en plein cœur d’une comédie anglaise <em>quirky </em>à la Richard Curtis, avec ses trognes atypiques et ses pulls en laine. Après son passage fugitif sur la route, l’entrée de Ray dans la fiction tient littéralement de l’apparition, sa voix émergeant hors champ derrière Colin tandis que ce dernier commande un verre au pub où il a l’habitude de chanter au sein du quartet <em>easy listening, </em>composé avec son père et son frère. Dans le plan plus large qui réunit les deux protagonistes, le corps immense et musculeux de Skarsgård semble une anomalie à côté du pâle et gringalet Melling, figé dans une expression d’hébétement incrédule. Une collègue de travail de Colin soulignera ce contraste dans une scène ultérieure : « <em>Mais comment un type pareil peut être ton petit ami&nbsp;?</em>&nbsp;»</p>
<p>L’incongruité du couple formé par Ray et Colin rend paradoxalement crédible le naturel avec lequel le virginal Colin accepte le contrat érotique radical proposé par son partenaire, dont il devient l’esclave en laisse, couché en silence au pied de son lit (quand il ne fait pas ses courses ou son ménage). Personnage en jachère au début du film, Colin a, comme le formule Ray, « <em>une aptitude innée pour la vénération</em>&nbsp;» que flatte immédiatement la beauté suffocante de ce dernier. Cette union des contraires fonctionne à plein régime grâce à la rencontre de deux natures d’acteur&nbsp;: le bavard Harry Melling, tout en maladresse burlesque et expressivité exacerbée, contre la statue impavide Alexander Skarsgård, sculptural androïde post-Delon que l’on savait déjà, depuis <em>True Blood</em>, formidablement drôle dans le registre du demi-sourire gêné et du haussement de sourcil dubitatif.</p>
<p>On ne peut pas dire pour autant que <em>Pillion </em>marque la naissance d’un auteur : c’est un premier film indépendant solidement charpenté mais sans véritable singularité formelle, d’une modestie assumée jusque dans sa fin ouverte, forcément déceptive. S’il convainc, c’est par la finesse (toutes proportions gardées : on parle d’un film où des <em>bikers</em> tatoués et piercés s’enfilent des soumis alignés en rang d’oignon, les fesses à l’air, sur une aire de pique-nique) avec laquelle il aborde son sujet. Laugton évite à la fois la satire grasse des pratiques SM (la drôlerie du film naît plutôt de l’adorable naïveté de Colin et de ses parents <em>normies</em>) et les explications psychanalytiques à la mords-moi-le-nœud (le désir «&nbsp;<em>déviant&nbsp;</em>» ne sera, Dieu merci, jamais expliqué par des traumas passés). Au fond, <em>Pillion </em>raconte que la forme prise par la relation entre deux êtres – aussi incompréhensible soit-elle pour autrui – importe peu, tant qu’ils y trouvent réciproquement leur compte. La communauté des <em>bikers </em>n’est pas moins aimante ou solidaire que la famille tradi de Colin ; elle fonctionne simplement selon d’autres règles. Dans un beau retournement, Ray accepte pour Colin de jouer aux couples conventionnels le temps d’une journée. Mais la nature très ritualisée de leur après-midi galante (brunch, ciné, promenade au parc) ne paraît, en fin de compte, pas si différente des règles rigides de leur pacte sexuel. Jusqu’alors, c’était Colin que l’on sentait souffrir des limites imposées à leur relation. Un gros plan sur le visage de Skarsgård, les yeux emplis d’une infinie tristesse, raconte alors l’inverse : c’est Ray qui butte, à présent, sur son incapacité à répondre tout à fait aux attentes de l’homme qu’il aime.</p>
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		<title>Six regards contestataires du cinéma américain</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/six-regards-contestataires-du-cinema-americain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que peut le cinéma américain face à l’impérialisme agressif du second mandat de Donald Trump, les violences et exactions de l’ICE ou encore la montée des discours fascistes ? Plusieurs films hollywoodiens récents ont tenté, avec...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/six-regards-contestataires-du-cinema-americain/" title="Read  Six regards contestataires du cinéma américain">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Que peut le cinéma américain face à l’impérialisme agressif du second mandat de Donald Trump, les violences et exactions de l’ICE ou encore la montée des discours fascistes ? Plusieurs films hollywoodiens récents ont tenté, avec plus ou moins de réussite, de tendre un miroir aux États-Unis (</em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eddington</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mickey-17/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mickey 17</a><em>, etc.). En élargissant le spectre, d’autres tentatives, plus confidentielles et à la marge de l’industrie, s’inscrivent dans cette dynamique : cet article propose de revenir sur six cinéastes américains, dont les œuvres critiques, contestataires ou militantes élaborent différentes stratégies formelles et politiques pour sonder leur pays.</em></p>
<h2>Deborah Stratman — Le politique à l’échelle géologique</h2>
<p>En 2016, alors que l’actualité des États-Unis est accaparée par la campagne présidentielle qui conduira Donald Trump à la Maison-Blanche, Deborah Stratman réalise <em>The Illinois Parables</em>, une méditation historique sur le pays à partir de son État natal, l’Illinois – souvent considéré comme une sorte d’« États-Unis en miniature ». Le film opère un changement de focale radical, dans lequel le présent apparaît comme un palimpseste superposant différentes strates historiques accumulées du VIIᵉ au XXᵉ siècle. Cette approche quasi géologique s’incarne dans la structure même du film, composé de onze paraboles numérotées comme autant de couches sédimentées au fil du temps : du déplacement forcé des Cherokee à celui des Mormons ; des tornades dévastatrices des années 1920 aux premières expériences nucléaires des années 1940 ; des incendies dits « paranormaux » de Macomb à l’assassinat de Fred Hampton. Ces paraboles ne sont pas racontées à proprement parler mais émergent à partir de l’enregistrement de traces matérielles inscrites dans les paysages contemporains (noms de routes, plaques commémoratives, fresques murales, vestiges architecturaux, etc.). Si la démarche s’inscrit dans une tradition du cinéma expérimental (Peter Hutton, James Benning, Heinz Emigholz) où l’histoire se donne à lire dans l’observation patiente de la topographie et des infrastructures, Stratman s’en distingue par un montage plus hétérogène. Elle intègre ici de nombreux éléments de natures diverses (extraits de journaux, documents scientifiques, archives filmiques) qu’elle accompagne d’une bande sonore entremêlant des archives audio à des musiques et bruitages. <em>The Illinois Parables</em> repose ainsi sur une esthétique de l’agrégation, aussi bien à l’échelle des séquences qu’à celle du film dans son ensemble. L’enjeu de cette stratigraphie consiste à opposer à la logique linéaire et simplificatrice du roman national celle de fragments révélant les disjonctions des grandes dynamiques humaines, économiques et environnementales. La figure de la superposition incarne formellement cette perspective historique, que ce soit par la dissociation du son et de l’image ou par l’accumulation de différentes couches visuelles. Les temporalités s’imbriquent entre elles, si bien que le passé refait parfois surface sur le mode de la hantise. Ainsi de la parabole sur les Cherokee, qui débouche sur un plan enneigé dans un parc où des enfants jouent à la luge : filmée depuis un buisson, la scène paraît observée par des fantômes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331833 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg" alt width="960" height="720" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg 960w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables-300x225.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables-768x576.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px"></a>
<h2>James Benning — Politiques de la durée</h2>
<p>Figure majeure du cinéma expérimental (et influence importante de Deborah Stratman), James Benning est connu notamment pour ses longs plans fixes de paysages. La dimension politique de son cinéma ne se manifeste dès lors pas sur le mode du discours engagé, mais plutôt par le choix des lieux filmés : dans <em>Allensworth</em> (2022), il s’intéresse par exemple à la première municipalité californienne entièrement gouvernée par des Afro-Américains au début du XXe, devenue par la suite un musée à ciel ouvert. La politique chez Benning s’incarne ceci dit peut-être avant tout dans sa façon de solliciter à la fois l’attention sensible du spectateur et sa curiosité intellectuelle par le truchement d’une durée qui laisse le temps à une pensée de se déployer. <em>Allensworth</em> se compose ainsi de douze plans fixes de cinq minutes chacun, tandis que les seuls éléments de contextualisation sont un carton d’ouverture laconique (« Allensworth, est. 1908 »), puis trois citations : deux chansons (« Blackbird » de Nina Simone et « In the Pines » de Lead Belly) et une récitation de poèmes de Lucy Clifton par une jeune fille noire vêtue d’habits d’époque. Face au défilé de bâtiments, correspondant chacun à un mois de l’année, se dégage une étrange impression fantomatique : les édifices érigés au milieu du désert semblent à la fois des vestiges du passé mais sont en même temps trop bien entretenus pour être simplement abandonnés. À rebours d’une logique muséale, où la commémoration a une fonction consolatrice ou réparatrice, Benning fait ressentir le poids de l’histoire qui habite les images pour les recouvrir d’un voile d’inquiétude.</p>
<p>Au sein de son œuvre, une réalisation à part témoigne d’un rapport plus abrasif à ce rôle déterminant de la durée : son installation vidéo <em>glory</em> (2019). Ce film de <em>found footage</em> consiste en un plan unique de deux heures enregistré par une caméra de vidéosurveillance météo installée sur la Frying Pan Tower, un ancien phare au large de la côte de Caroline du Nord. Il montre la désintégration progressive du drapeau américain face à l’océan Atlantique, frappé par les vents et la pluie de l’ouragan Florence en 2018. En lambeaux, le drapeau est également déformé par les ondulations créées par l’eau sur l’objectif, accentuant sa défiguration. Dans la lignée du <em>Film-tract n°1968</em> de Godard et Gérard Fromanger, où le rouge du drapeau français se transformait en coulée de sang au moment où la répression policière frappait les manifestations de 1968, glory est un pamphlet visuel, procédant à une lente attaque figurative et métaphorique du pouvoir américain – idée renforcée par le titre ironique en lettres minuscules. Le temps devient ici un instrument destructeur ; si Benning filme l’<em>American flag</em>, c’est pour contempler son ensevelissement par les ténèbres de la nuit.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331834 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-scaled.jpg" alt width="2560" height="730" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-300x86.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-1024x292.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-768x219.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-1536x438.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-2048x584.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-980x280.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-2000x570.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>John Gianvito — Mémoire des luttes</h2>
<p>Avant d’être cinéaste, John Gianvito fut conservateur et programmateur au Harvard Film Archive. Sa démarche cinématographique s’inscrit dans le sillon direct de ce travail : il s’agit de combattre l’oubli et les omissions délibérées sur lesquels se construit le récit national. L’idée s’applique aussi bien à ses films d’intervention au présent (comme son diptyque <em>For Example, the Philippines</em>, qui met en lumière les conséquences environnementales désastreuses de l’impérialisme américain, volontairement ignorées ou effacées par le gouvernement) que dans ses documentaires historiques, dédiés à la mémoire des luttes passées. Son film le plus célèbre, <em>Profit Movie and the Whispering Wind</em> (2007), en constitue l’exemple le plus frappant : composé de plans fixes sur des stèles commémoratives de luttes sociales, dont plusieurs sont délabrées ou recouvertes par la nature, il célèbre ces épisodes en s’opposant à leur effacement. Son dernier film en date, <em>Her Socialist Smile</em> (2020), s’inscrit dans une perspective analogue. Le film dresse le portrait d’Helen Keller, aveugle et sourde dès l’âge d’un an et demi, devenue aux États-Unis une figure majeure de la défense des droits des personnes handicapées, avant d’être largement popularisée par <em>Miracle en Alabama</em> d’Arthur Penn. Gianvito s’attache à un pan essentiel de sa vie longtemps relégué dans l’ombre : ses activités de militante socialiste radicale, qu’elle fut contrainte de mettre en sourdine au moment où elle accéda au statut de personnage public.</p>
<p>S’est posé un défi de taille pour le cinéaste : aucune archive visuelle ne témoigne directement de ses activités militantes. Face à cette absence, Gianvito élabore des stratégies esthétiques qui ne cherchent pas à colmater ce manque, mais travaillent à partir de lui. Le dispositif du film repose ainsi sur l’enchevêtrement de trois régimes d’images principaux, chacun participant à recomposer le récit d’une vie, quelque chose de sa présence ou de sa pensée. D’abord, Gianvito filme sa narratrice, Carolyn Forché, en train de lire un texte qu’il a lui-même écrit à partir de ses recherches sur Keller. Ensuite, de nombreux plans de nature accompagnent la voix off (on comprend à la fin qu’il s’agit de l’environnement autour de la maison où Keller vécut un temps avec son éducatrice Anne Mansfield Sullivan). Enfin, le film accorde une place centrale à de longs panneaux reproduisant des extraits des écrits les plus subversifs et abrasifs de Keller, restituant à sa pensée une radicalité longtemps neutralisée. À plusieurs reprises, elle souligne à quel point la lecture des écrits socialistes radicaux a constitué pour elle une véritable expérience de vie, non seulement intellectuelle mais aussi physique, qu’elle met en parallèle avec des sensations particulièrement intenses procurées par ses promenades forestières. La densité théorique du film se combine ainsi à une expérience sensorielle décuplée par l’usage de plans rapprochés sur divers éléments naturels (des braises, des pelages d’animaux, des stalactites au soleil, etc.). Gianvito cherche dès lors à transposer son être-au-monde dans un montage où penser et sentir relèvent d’un même mouvement.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331835 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg" alt width="2560" height="705" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-300x83.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-1024x282.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-768x212.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-1536x423.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-2048x564.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-980x270.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-2000x551.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Travis Wilkerson — Déconstruire son héritage</h2>
<p>Cinéaste militant, Travis Wilkerson interroge dans plusieurs de ses films sa position d’homme blanc né aux États-Unis à la fin des années 1960, afin d’examiner son héritage et retracer son histoire familiale en lien étroit avec celle de son pays. Le diptyque informel consacré à son père, <em>Distinguished Flying Cross</em> (2011) et<em> The Fuckee’s Hymn</em> (2023), s’intéresse aux décorations militaires obtenues par ce dernier durant la guerre du Vietnam afin de déconstruire la notion d’héroïsme valorisée par l’histoire officielle et utilisée pour masquer la violence coloniale de l’impérialisme américain. Dans cette même veine autobiographique, <em>Did You Wonder Who Fired the Gun?</em> (2017) est un film d’enquête qui revient sur le meurtre de Bill Spann, un homme noir, commis en 1946 par l’arrière-grand-père du cinéaste, Samuel E. Branch. Alors qu’il retourne en Alabama, son État natal, Wilkerson précise de manière autoréflexive que l’enjeu n’est pas de retracer l’histoire de son aïeul. Contrairement à Bill Spann, sa vie est bien documentée : sa sépulture, ses apparitions sur des photos de famille ou des <em>home movies </em>en témoignent. Wilkerson cherche plutôt à rassembler le maximum d’informations sur la victime et à retrouver l’endroit où elle a été enterrée anonymement. L’histoire personnelle du cinéaste devient une illustration concrète de l’inégalité raciale qui perdure de façon <em>post-mortem</em> : le descendant de l’homme blanc se retrouve à filmer des tombes anonymes, à la recherche d’un homme oublié dont la seule trace est son certificat de décès.</p>
<p>Si Travis Wilkerson partage avec John Gianvito la conviction que le cinéma doit investir politiquement la mémoire afin d’en faire un moteur contestataire face aux urgences du présent (tous deux ont d’ailleurs contribué au film collectif <em>Far From Afghanistan</em>, inspiré du modèle de <em>Loin du Vietnam</em>), il s’en distingue par une démarche plus frontalement activiste, multipliant les dispositifs plastiques et discursifs pour interpeller directement le spectateur. Dans <em>Did You Wonder…</em>, il mobilise des procédés d’agit-prop afin d’actualiser explicitement le lien entre son enquête et le temps présent du documentaire, marqué par le mouvement Black Lives Matter. L’hymne « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fumaCsQ9wKw" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hell You Talmbout</a>&nbsp;» de Janelle Monáe, qui énumère les noms de Noirs récemment tués aux États-Unis, est repris comme un refrain ponctuant le documentaire. Wilkerson prolonge l’injonction à « <em>dire les noms</em> » en inscrivant le texte de la chanson à l’écran, accompagné d’un effet typographique qui suit la scansion des paroles. À la fin du film, le chant retentit une dernière fois, mais un silence remplace le moment où le nom d’une victime doit être prononcé, tandis qu’à l’écran, une légende indique : «&nbsp;<em>Bill Spann, say his name</em>&nbsp;». Projeté sous forme de performance aux États-Unis, le film est conçu pour se clôturer sur le chant du public, qui vient enrichir la litanie de «&nbsp;Hell you Talmbout&nbsp;» du nom de l’une des victimes oubliées du racisme endémique américain. L’enjeu est clair : il ne s’agit pas de réparer les violences du passé de façon consensuelle, mais de les intégrer aux luttes présentes, en élaborant une conscience historique commune.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331836 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="711" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-300x83.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-1024x285.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-768x213.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-1536x427.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-2048x569.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-980x272.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-2000x556.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Kevin Jerome Everson — Au ras du quotidien</h2>
<p>Artiste prolifique, Kevin Jerome Everson est l’auteur de plus d’une centaine de films aux formats très variables. Son œuvre relève d’un cinéma portraitiste et comportemental, qui s’intéresse au quotidien, à la banalité des existences, en particulier au sein de la classe populaire afro-américaine : un entraînement de football américain dans les trois minutes de <em>Union</em>, sept minutes consacrées à un garçon faisant du roller sur la Black Lives Matter Plaza à Washington D.C. dans <em>The I and S</em> <em>of Lives</em>, ou encore neuf heures dévolues à une journée de travail en usine dans <em>Park Lanes</em>. L’ensemble de sa filmographie constitue un répertoire assez vertigineux de gestes filmés dans leur pure immanence, sans commentaire ni dramatisation. En apparence anodines, les actions filmées charrient des dynamiques politiques, non en tant que revendications identitaires ou militantes, mais dans leur façon d’aménager et de préserver des espaces collectifs.</p>
<p>Parmi ses films les plus connus,<em> Tonsler Park</em> (2017) suit la journée d’élection du 9 novembre 2016 dans un bureau de vote de Charlottesville, situé dans le quartier afro-américain de Tonsler Park. Le film se compose d’une série de longs portraits des employés accueillant les électeurs, qui contrôlent et distribuent les bulletins. Les plans, très longs et souvent fixes, restituent le déroulement de la journée et font apparaître aussi bien la fatigue que la concentration de chacun. Everson déplace ainsi l’enjeu de l’élection loin du spectacle des débats médiatiques, pour le montrer au plus près du travail des gens ordinaires, invisibles et souvent ignorés. Outre la longue durée des prises, deux choix esthétiques déterminent l’expérience phénoménologique singulière proposée par le film : la bande-son, constituée uniquement de bruits ambiants (un doux brouhaha ponctué de quelques « <em>good morning</em> » ou «<em> thank you</em> ») occulte les échanges des personnes filmées, tandis que la texture granuleuse du 16 mm, combinée à l’usage d’une longue focale, floute ce qui entoure les visages. L’abstraction devient ici la condition pour aiguiser le regard : plutôt que de percevoir une action unifiée, le spectateur devient sensible à la multitude de micromouvements qui la composent – un regard fatigué qui se perd dans le vide avant de se ressaisir, un modeste effort que demande une mimique de politesse envers un électeur, une main se grattant le visage, etc. Tous ces détails, habituellement neutralisés par notre appréhension ordinaire des choses, se révèlent devant la caméra behavioriste d’Emerson, donnant accès à la dimension infinitésimale de l’expérience. L’exigence et la droiture qui traverse l’ensemble de ces gestes acquiert une résonance politique particulière au regard du contexte électoral de ces dix dernières années : dès sa première campagne, Trump avait régulièrement remis en question <a href="https://www.theguardian.com/us-news/2016/oct/16/donald-trump-rigged-election-poll-giuliani-gingrich-pence?" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la fiabilité des bureaux de vote situés dans des quartiers à forte population afro-américaine</a>, les accusant de manipuler le résultat des urnes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331837 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1024x379.jpg" alt width="1024" height="379" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1024x379.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-300x111.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-768x284.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1536x568.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-2048x757.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-980x362.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-2000x740.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></a>
<h2>Khalik Allah — Liturgie des marges</h2>
<p>Photographe et cinéaste new-yorkais, Khalik Allah pratique un art portraitiste relevant toutefois d’une démarche radicalement différente de celle d’Everson. D’abord, par le choix de ses sujets : il ne s’intéresse pas à la classe populaire, mais aux populations marginales prises dans la spirale de la drogue et exposées aux violences policières, en particulier les sans-abris et toxicomanes qui peuplent les rues nocturnes d’Harlem. Ensuite, son esthétique s’inscrit dans le prolongement d’une certaine tradition photographique qui remonte au moins à Walker Evans : les personnes qu’il filme posent souvent devant la caméra, fixant l’objectif avec intensité. La proximité empathique est par ailleurs renforcée par une forte stylisation, qui joue sur des jeux de clairs-obscurs et des contrastes prononcés pour faire ressortir les reflets des lumières urbaines sur la peau. Dans ses moyens et longs-métrages (notamment son film-fleuve de 2020,<em> I Walk on Water</em>), il utilise de nombreux supports filmiques (Super 8, 16 mm, image numérique ou MiniDV), tout en alternant d’un plan à l’autre entre la couleur et le noir et blanc. La diversité des textures crée un effet kaléidoscopique permettant au quartier et ses habitants d’apparaître sous un nouveau jour. Le geste esthétique répond ainsi directement à une exigence éthique et politique : contre une logique stigmatisante, qui assignerait à un groupe social un mode de visibilité unifié et déterminé, Allah entend filmer autrement une population hétérogène. La forme chorale vise à accueillir la richesse sensible des expériences, se composant d’un agrégat de portraits, au sein desquels chaque personne a la possibilité de se mettre soi-même en scène. En résulte une investigation ambivalente de la notion d’identité, qui conjugue une perspective collective avec le souci de préserver les singularités individuelles. La bande sonore joue à ce titre un rôle décisif : elle entrelace tout au long du film un ensemble de voix asynchrones, aux dictions et accents très différents. Allah fabrique ainsi une sorte de flux de conscience polyphonique, au sein duquel, pour reprendre une distinction de Jacques Derrida, chacun <em>participe </em>d’une identité commune sans strictement lui <em>appartenir</em>. La forme composite obtenue acquiert une ampleur opératique qui opère une célébration liturgique des marges.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331838 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="732" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-300x86.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-1024x293.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-768x220.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-1536x439.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-2048x585.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-980x280.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-2000x572.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
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		<title>La fabrique de la couleur : Riton Dupire-Clément, chef décorateur</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-riton-dupire-clement-chef-decorateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-riton-dupire-clement-chef-decorateur/" title="Read  La fabrique de la couleur : Riton Dupire-Clément, chef décorateur">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Quatrième invité : Riton Dupire-Clément, chef décorateur de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/ma-loute-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ma Loute</a><em>, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-verite-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Vérité</a> <em>ou </em>Illusions perdues<em> et président de l’Association des Décorateurs de Cinéma.</em></p>
<p><b>Au fil des précédents entretiens de cette série, il a beaucoup été question des échanges au sujet de la couleur entre les différents postes artistiques. Quelle est la position du chef décorateur dans ces discussions ?</b></p>
<p>Le processus n’est jamais tout à fait identique d’un film à l’autre, car il dépend de la façon dont travaillent mes interlocuteurs principaux, le réalisateur et le chef opérateur. J’ai souvent une idée de la tonalité des couleurs dès la lecture du scénario, avant même de commencer à discuter avec le cinéaste. J’ai pris pour habitude de rédiger une fiche de lecture résumée et critique du scénario dans laquelle j’expose ma vision de l’histoire et du rapport des personnages aux décors. Cette base de travail nous permet de déterminer d’emblée si nos visions s’accordent ou au contraire divergent – et à quel degré – sur l’interprétation des décors. Je considère que je suis davantage au service du scénario que du réalisateur, à qui il m’arrive de proposer des clefs de lecture qui lui auraient échappé, même lorsqu’il est aussi le scénariste. Cet élargissement du champ des possibles est au centre de mon métier, comme les autres postes créatifs sur un film. Lors de ces conversations, les <em>moodboards</em> préparés pour le cinéaste permettent d’orienter les teintes et matières principales qui seront utilisées. De leur côté, les créateurs de costumes ont également ce type d’échanges avec le réalisateur, mais c’est plus tard que je collabore activement avec eux, afin de coordonner les interactions des couleurs et des tissus avec le mobilier, décor par décor.</p>
<p><b>Au-delà de ces </b><em><b>moodboards</b></em><b>, quelle place occupent vos propres références visuelles ?</b></p>
<p>La lecture d’un scénario convoque chez moi des références picturales assez nettes, qu’il s’agisse d’une peinture en particulier ou du travail général d’un ou plusieurs peintres. Lorsque j’ai découvert le scénario de<em>&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/camille-claudel-1915/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Camille Claudel 1915</a></em> de Bruno Dumont, puis lors des premières recherches iconographiques sur l’hôpital de Montevergue où fut internée Camille Claudel, les tableaux d’Édouard Vuillard me sont venus à l’esprit pour les papiers peints du salon et de la salle à manger.</p>
<div id="attachment_331686" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331686" class="size-full wp-image-331686" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg" alt width="2560" height="664" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-300x78.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-1024x266.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-768x199.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-1536x399.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-2048x532.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-980x254.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-2000x519.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331686" class="wp-caption-text"><em>Camille Claudel 1915</em> | © ARP Sélection ; Édouard Vuillard, <em>La balayeuse, 346 rue Saint-Honoré</em>, 1895</p></div>
<p>Pour les décors qui devaient être plus arides, comme la chambre de Camille, j’ai immédiatement pensé aux toiles de Giorgio Morandi, pour leur côté terreux et dénudé, ainsi que la façon dont la chaux peut retranscrire simultanément des couleurs chaudes et froides.</p>
<div id="attachment_331687" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331687" class="size-full wp-image-331687" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg" alt width="2560" height="625" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-300x73.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-1024x250.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-768x187.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-1536x375.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-2048x500.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-980x239.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-2000x488.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331687" class="wp-caption-text"><em>Camille Claudel 1915</em> | © ARP Sélection ; Giorgio Morandi, <em>Natura Morta</em>, 1944</p></div>
<p>Ce dialogue autour de la chaleur ou de la froideur des couleurs arrive très vite avec le réalisateur, souvent bien avant que je ne rencontre le chef opérateur. Il permet d’orienter le regard avant que nous entamions les échanges à trois.</p>
<p><b>Toutes vos références visuelles sont-elles aussi précises ou certaines sont-elles plus abstraites ?</b></p>
<p>Elles sont très liées à la peinture d’une manière générale, mais aussi à la photo, au cinéma, voire à des souvenirs. Quelque part, l’ensemble de cette partie de mon travail est un peu abstrait : la mémoire peut se fonder sur une certaine véracité, mais elle comporte toujours une dose d’idéalisation. Cette part d’interprétation s’applique aussi au souvenir d’un film, d’un reportage, d’une photographie… J’ai continuellement l’impression de faire appel à des souvenirs précis qui s’avèrent être en vérité des interprétations très libres de choses vues ou vécues. C’est cependant la peinture qui m’a familiarisé avec les possibilités d’accords, de mariage et de complémentarité des couleurs. C’est d’ailleurs au sein d’une équipe de peinture que je suis entré dans le monde du cinéma.</p>
<p><b>La façon dont sont perçus vos décors dépend de la lumière qui les éclaire. Comment orientez-vous le travail du chef opérateur pour qu’il ne dénature pas le vôtre ?</b></p>
<p>La lumière fait évidemment partie intégrante d’un décor ; elle en exprime la force et le caractère. Le travail avec le chef opérateur ne diffère pas tellement de celui que j’entreprends avec le réalisateur : je lui détaille mes intentions de couleurs et de matières, ainsi que leurs implications pratiques. Je fais en sorte de faciliter le travail de la lumière, ou en tout cas de la justifier au mieux dans les décors, en y intégrant un maximum de sources lumineuses. Mais si je suis à l’écoute des envies et des besoins du chef opérateur, il importe également que mon travail soit respecté : un éclairage en douche ou des abat-jours translucides qui diffusent beaucoup de lumière peuvent être mortifères pour un décor. Je refuse que l’on fasse n’importe quoi sous prétexte d’arranger la lumière, comme cela peut arriver dans des conditions d’éclairage limitées. Je dois parfois lutter contre les logiques d’embellissement de l’image qui vont à l’encontre du réalisme : par exemple, je ne vois pas pourquoi il faudrait augmenter la luminosité alors que la scène se passe en plein jour ou au milieu de l’été ! Un décor sert souvent la description d’une époque, ou du statut social d’un personnage : en détournant l’usage des sources lumineuses intégrées, on perd cette valeur de narration.</p>
<p><b>Le chef opérateur ne saurait être tenu pour seul garant du respect des couleurs, comme l’ont montré les précédents entretiens de cette série. Comment vous assurez-vous qu’une teinte choisie passera bien à l’image finale telle que vous l’avez conçue ?</b></p>
<p>C’est clairement l’un des points faibles de notre profession. En ce qui me concerne, je n’ai jamais été convié à l’étalonnage, qui est l’apanage du chef opérateur. L’outil informatique permet pourtant aujourd’hui de triturer l’image avec une précision inouïe et donc d’altérer plus que de raison certaines teintes du décor. Mais cela arrive aussi à d’autres étapes du processus créatif : comme je suis rarement présent lors du tournage, je constate parfois <em>a posteriori</em> que certaines couleurs ont été dénaturées par la lumière créée sur le plateau. L’étalonnage peut amplifier ce décalage – en faisant perdre sa superbe à un rouge, ou virer un bleu au vert… Bien heureusement, ces déconvenues ne se retrouvent pas sur tous les projets. Chaque film est un pari : il faut que le chef opérateur respecte mes idées initiales, que le réalisateur tienne compte des intentions données aux couleurs dans les décors et qu’il insuffle cette dynamique aux autres sources de couleurs, notamment les costumes.</p>
<h2>La couleur comme outil</h2>
<p><b>Préférez-vous travailler la couleur en composant des décors de toutes pièces ou en utilisant des décors naturels ?</b></p>
<p>Ces deux exercices sont tout aussi intéressants, mais pour des raisons différentes : le studio permet d’imaginer et de modeler au gré de ses envies tout en se conformant aux exigences du scénario. Au contraire, le décor naturel impose lui-même ses limites, mais ces contraintes forcent à penser différemment, à contourner les obstacles, voire à simplifier une idée. Il en ressort presque toujours une amélioration de l’intention de départ. J’ai en tête un exemple qui se trouve être un mélange de ces deux types de décor, où c’est précisément la couleur qui a fait la différence : sur <em>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan</em> de Ken Scott, nous avions une série de vignettes à faire dans différents cabinets de médecins consultés par le personnage principal et son jeune fils handicapé. Il s’agissait de montrer combien les visites successives étaient nombreuses et improductives. Naturellement, il était trop onéreux de fabriquer autant de décors pour des scènes si courtes et il était impossible de trouver autant de variété dans un même lieu. J’ai donc eu l’idée de créer en studio un cabinet de médecin très simple, assez impersonnel : une pièce carrée avec une fenêtre derrière le bureau. J’ai proposé de garder scrupuleusement le même décor pour chaque médecin, sans rien toucher, à part les rideaux de la fenêtre, dont la couleur variait au gré de la tenue – et surtout de la cravate – du médecin assis devant. La succession de ces quatre décors quasiment identiques appuie l’idée de répétition et de vacuité des consultations, en créant un effet comique un peu décalé.</p>
<div id="attachment_331688" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331688" class="size-full wp-image-331688" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg" alt width="2560" height="1071" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-1024x428.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-768x321.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-1536x643.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-2048x857.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-980x410.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-2000x837.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331688" class="wp-caption-text"><em>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan</em> | © Gaumont</p></div>
<p><b>Comment s’organise votre travail sur des reconstitutions historiques ? Vous autorisez-vous une prise de liberté sur les matières et les couleurs utilisées, ou aspirez-vous à la plus grande véracité historique ?</b></p>
<p>Le travail sur un film d’époque est un exercice de style passionnant. C’est comme marcher sur une ligne de crête : on s’astreint à restituer une époque et une certaine vérité historique, tout en sachant qu’on est plus proche d’un « réalisme » que d’une « réalité ». On compose en permanence entre la connaissance historique et l’inévitable part de relecture, voire de transgression de celle-ci. Cela s’applique autant aux objets, aux meubles ou à des éléments d’architecture qu’aux motifs, aux matières et aux couleurs. En général, sauf si le scénario ou le réalisateur le demandent, je tâche de ne pas exacerber ces pas de côté. Cependant, je peux parfois me permettre de rendre crédible une interprétation, notamment lorsqu’il s’agit d’appuyer une symbolique ou une référence s’apparentant à une autre époque. Je pense à deux exemples : dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-parfum-de-la-dame-en-noir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Parfum de la dame en noir</em></a> de Bruno Podalydès, qui se déroule dans les années 1920, un personnage invente un sous-marin à énergie solaire, ce qui est évidemment anachronique. J’ai toutefois pris le parti de le construire avec des matériaux et des possibilités d’époque : un foudre de vin et des bassines démesurées, un capteur solaire avec une base en bois et des miroirs classiques… Le résultat pouvait ainsi passer pour crédible au sein des autres décors. De même, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/illusions-perdues-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Illusions perdues</em> </a>de Xavier Giannoli tourne autour de la presse dans les années 1820, une époque où le concept de rédaction comme lieu de fabrication d’un journal n’existait pas vraiment ; les journaux n’étaient souvent constitués que d’une feuille et les rédacteurs étaient assez peu nombreux. Nous avons assumé la création d’une sorte d’<em>open space</em> avec beaucoup de journalistes, incluant une presse, un espace de composition et différents bureaux. Je voulais néanmoins rendre cet espace improbable crédible pour l’époque, en jouant sur l’architecture, les matières, les couleurs ; d’où la recherche d’un lieu ancien, bas de plafond, avec des murs que l’on puisse chauler et un sol brut en tomettes, conforme aux vieux immeubles du Paris pré-haussmannien.</p>
<div id="attachment_331689" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331689" class="size-full wp-image-331689" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg" alt width="2560" height="616" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-300x72.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-1024x246.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-768x185.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-1536x370.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-2048x493.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-980x236.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-2000x481.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331689" class="wp-caption-text"><em>Illusions</em> <em>perdues</em> | © Gaumont ; photographie personnelle de Riton Dupire-Clément</p></div>
<p><b>Y a‑t-il des « signatures » parmi les chefs décorateurs ?</b></p>
<p>Je ne suis pas certain qu’on puisse parler de signature, car notre travail est celui d’un caméléon, au service de projets sans cesse renouvelés. Cela suppose de ne pas avoir de marque de fabrique, de « trucs » trop visibles, sinon on risque de ne pas se mettre au service du film concerné. Un décor réussi est un décor dont on oublie qu’il s’agit d’un décor, dont on ne soupçonne pas le travail. Je crois que c’est plutôt cet accomplissement qui fait que certains décorateurs sont recherchés et convoités.</p>
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		<title>A Fidai Film</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:29:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A Fidai Film puise sa matière dans une constellation d’archives conservées par les Forces de défense israéliennes, dont certaines sont issues du centre de recherches de la Palestine de Beyrouth, pillé en 1982. Reportages télévisés,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/" title="Read  A Fidai Film">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>A Fidai Film </em>puise sa matière dans une constellation d’archives conservées par les Forces de défense israéliennes, dont certaines sont issues du centre de recherches de la Palestine de Beyrouth, pillé en 1982. Reportages télévisés, photographies, entretiens, documents institutionnels : ces fragments, produits par des Palestiniens, Israéliens ou Libanais, ont pour point commun d’avoir été confisqués, classés et conservés par l’appareil militaire israélien. À partir de ce corpus<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331791_542('footnote_plugin_reference_331791_542_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331791_542('footnote_plugin_reference_331791_542_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331791_542_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331791_542_1" class="footnote_tooltip">Les images ont été captées clandestinement, via les sites en libre accès des archives israéliennes et grâce à l’aide d’un universitaire israélien.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331791_542_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331791_542_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Kamal Aljafari opère un geste de réappropriation pour proposer moins une enquête historique qu’une réflexion sur la possibilité même d’élaborer un contre-récit à la propagande israélienne. Le titre du film condense d’ailleurs d’emblée l’enjeu du geste du cinéaste. « Fida’i » renvoie à l’hymne national palestinien, mais « fidai<em>&nbsp;</em>» (ou<em>&nbsp;</em>« fedayeen ») désigne aussi en arabe un combattant prêt au sacrifice. En Israël, le terme est traduit en hébreu par « saboteur ». Ce déplacement sémantique, qui transforme une figure de résistance en menace, dit déjà la bataille narrative dont ces images font l’objet.</p>
<p>Le cinéma palestinien, né dans le contexte d’une dépossession territoriale et symbolique, se voit logiquement traversé par l’enjeu de ses archives, notamment visuelles. L’une des conséquences du processus de destruction à l’œuvre dans la colonisation est cette injonction constante à justifier et historiciser son existence. Résister à ce discours implique souvent de se ressaisir des traces disponibles. Dans son drame historique <em>Palestine 36</em>, la cinéaste palestinienne Annemarie Jacir utilise par exemple l’intelligence artificielle pour animer des photographies datant des années 1930. Pour <em>A Fidai Film</em>, l’enjeu de la reconstitution est inscrit dans la nature même du récit. La forme de la narration est interrogée par un dispositif à rebours des canons du documentaire narratif classique ; pas de voix off, pas d’entretiens dépliant les enjeux ou de figures guidant les spectateur·rices. Le propos naît des frictions entre les plans et le film avance tantôt par associations, tantôt par retours. À plusieurs reprises, les archives sont striées d’interventions plastiques : des taches rouge vif recouvrent les corps de colons dans une publicité israélienne ; des flammes sont ajoutées aux maisons palestiniennes, etc. Ce geste, qui pourrait apparaître comme une altération, relève au contraire d’une logique de révélation : le rouge est à la fois la résurgence du sang caché et la clef pour reconquérir les images – c’est aussi le rouge de la chambre noire photographique, à partir de laquelle la violence pourra être mise au jour.</p>
<p>La force du film tient alors à son traitement de la matérialité de l’image, dans toute sa diversité : noir et blanc ou couleur, pellicule ou numérique – jusqu’aux <em>timecodes </em>qui persistent à l’écran,&nbsp; rappelant l’origine des documents. Cette dimension est aussi un rappel du risque de leur altération et de leur dissolution. À la fin du film, les images se déforment et laissent apparaître des silhouettes étirées, comme si elles allaient disparaître. Le geste du cinéaste trouve à cet endroit sa portée profondément politique. <em>A Fidai Film</em> n’est pas seulement un film de montage, mais bien de remontage : il travaille contre l’ordre premier des archives, leur classement et leur fonction probatoire. À la linéarité de la fable politique, Aljafari substitue une reconstruction. La tension du film réside dès lors dans son mouvement entre opacité et universalité ; si le puzzle qui se construit sous nos yeux n’est pas toujours simple à saisir, du fait de l’absence d’indication spatiale ou temporelle, c’est parce que l’espace qu’il s’attelle à mettre en exergue relève d’une autre logique : celle de la domination coloniale.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331791_542();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331791_542();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331791_542">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331791_542" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331791_542('footnote_plugin_tooltip_331791_542_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331791_542_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Les images ont été captées clandestinement, via les sites en libre accès des archives israéliennes et grâce à l’aide d’un universitaire israélien.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331791_542() { jQuery('#footnote_references_container_331791_542').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331791_542').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331791_542() { jQuery('#footnote_references_container_331791_542').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331791_542').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331791_542() { if (jQuery('#footnote_references_container_331791_542').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331791_542(); } else { footnote_collapse_reference_container_331791_542(); } } function footnote_moveToReference_331791_542(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331791_542(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331791_542(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331791_542(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/">A Fidai Film</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Parallax — Jugement à Nuremberg et Nuremberg</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-jugement-a-nuremberg-et-nuremberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331670</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le procès de Nuremberg de James Vanderbilt rappelle celui de Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer (1963). Certes, Nuremberg...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-jugement-a-nuremberg-et-nuremberg/" title="Read  Parallax — Jugement à Nuremberg et Nuremberg">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le procès de </em>Nuremberg <em>de James Vanderbilt rappelle celui de </em>Jugement à Nuremberg<em> de Stanley Kramer (1963).</em></p>
<p>Certes, <em>Nuremberg</em> (2026) et <em>Jugement à Nuremberg</em> (1963) ne mettent pas en scène le même procès : le film de James Vanderbilt se concentre sur le jugement des derniers officiels nazis en 1946, parmi lesquels Hermann Göring, tandis que celui réalisé par Stanley Kramer reconstitue le « procès des juges » tenu l’année suivante, qui condamnera les magistrats ayant mis en œuvre les lois antisémites. Leur visée narrative et discursive est cependant analogue : démontrer la culpabilité d’accusés niant leur connaissance des atrocités du Reich – qui nous sont rappelées, au mitan des procès, par l’utilisation d’images d’archives authentiques des camps de concentration. Pourquoi réveiller le souvenir des procès de l’Allemagne nazie ? Si <em>Nuremberg</em> et <em>Jugement à Nuremberg</em> avertissent sur « la banalité du Mal », ils procèdent selon des angles singuliers qui affinent l’horizon assez convenu d’une mise en garde (bien que celui-ci soit quelque peu martelé chez Vanderbilt, qui dresse plusieurs parallèles entre l’Allemagne d’alors et les dérives fascistes états-uniennes d’aujourd’hui<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331670_544('footnote_plugin_reference_331670_544_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331670_544('footnote_plugin_reference_331670_544_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331670_544_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331670_544_1" class="footnote_tooltip">Göring cite notamment un slogan hitlérien très proche du « <em>Make America Great Again</em> » trumpiste.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331670_544_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331670_544_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>).</p>
<p>Ainsi de la manière dont les cinéastes s’accommodent de la question de la langue, souvent épineuse dans le cas de films historiques calibrés pour le grand public américain et donc contraints de faire parler leurs personnages en anglais. Après une mise en place où l’on entend les personnages s’exprimer en allemand, Kramer et Vanderbilt vont rapidement tricher afin de troquer la langue de Goethe pour celle de Shakespeare. <em>Nuremberg</em> intègre cette donnée au récit, en imaginant que Göring (Russell Crowe) sait parler anglais, mais qu’il le dissimule de prime abord afin d’épier discrètement ses geôliers américains. Kelley, psychiatre de Göring, voit clair dans son jeu et poussera son patient à révéler la supercherie, ce qui marque dans le film le rapprochement des deux personnages. Kramer assume quant à lui cette convention, en mettant en scène – comme John McTiernan dans <em>À la poursuite d’Octobre rouge</em> (1990) ou <em>Le Treizième guerrier</em> (1999) – la bascule d’une langue à l’autre. Durant les premières prises de parole, Kramer détaille le processus de traduction interne au procès : les signaux lumineux pour interrompre les tirades trop longues, le box insonorisé où sont installés des interprètes, les casques sur toutes les oreilles pour entendre la traduction instantanée. Puis, quand l’avocat allemand Rolfe (Maximilian Schell) est appelé à la barre, la caméra s’élève au-dessus de la vitre du box des interprètes et un brusque zoom resserre le plan sur Rolfe, qui s’exprime dès lors en anglais – maintenant que nous avons compris comment s’organise le ping-pong entre les deux langues, le film nous en dispense et tout le monde parle la même.</p>
<p>À travers ces astuces, deux rapports à l’autre s’établissent. Chez Kramer, le peuple allemand tout entier constitue une source d’incompréhension – « comment ont-ils pu laisser faire de telles horreurs ? » serait la question du film – que l’appareil judiciaire va permettre d’éclaircir, en commençant par briser la barrière de la langue. Le zoom, isolant Rolfe au milieu de la grande machine judiciaire, indique de plus l’articulation que le film dépliera entre une échelle collective (le gouvernement nazi dont les juges, aujourd’hui sur le banc des accusés, furent les exécutants) et individuelle (la responsabilité de tous ceux qui ont facilité, par leur collaboration, l’application des doctrines antisémites). Dans le film de Vanderbilt, le fossé entre américains et nazis s’avère en revanche moins important : derrière les apparences, les deux camps parlent le même langage. Le choix d’un protagoniste psychiatre, plutôt que juge, déplace leur rapport sur un terrain interpersonnel. Le nazisme ne figure plus alors une inconnue insondable, mais arbore un visage humain. Là où <em>Jugement à Nuremberg</em> tente en 1963 d’élucider une période sombre de l’histoire pour en dresser le bilan, <em>Nuremberg</em>, en 2026, rappelle que les agents du fascisme sont plus proches de nous qu’on pourrait le croire.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331670_544();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331670_544();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331670_544">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331670_544" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331670_544('footnote_plugin_tooltip_331670_544_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331670_544_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Göring cite notamment un slogan hitlérien très proche du « <em>Make America Great Again</em> » trumpiste.</td></tr>

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		<title>Orwell : 2+2=5</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orwell-225/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>S’inscrivant dans la veine «&#160;archiviste&#160;» de Raoul Peck (I’m not Your Negro et Ernest Cole, photographe), 2+2=5 propose une « lecture » de George Orwell. Mais attention : le terme doit s’entendre ici dans son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orwell-225/" title="Read  Orwell : 2+2=5">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>S’inscrivant dans la veine «&nbsp;archiviste&nbsp;» de Raoul Peck (<em>I’m not Your Negro</em> et <em>Ernest Cole, photographe</em>), <em>2+2=5</em> propose une « lecture » de George Orwell. Mais attention : le terme doit s’entendre ici dans son acception la plus littérale, et non comme une interprétation ou une analyse de son œuvre. L’écrivain pourrait même être crédité en tant que scénariste : son journal, rédigé à la fin de sa vie en Écosse, est lu par la voix off d’Eric Ruff, au timbre chaud et profond, qui donne l’impression de s’être égaré à une heure tardive sur les ondes de France Culture. À l’image, Raoul Peck brasse une masse importante d’archives venues du monde entier, du XXème siècle à aujourd’hui, pour illustrer les analyses politiques de l’auteur de <em>1984</em>. On y trouve aussi bien des archives familiales (pour accompagner les passages sur l’enfance de l’auteur), que des extraits de films, de journaux télévisés, de publicités, de documentaires amateurs ou encore des affiches et des photographies de guerre convoqués afin d’illustrer sa vision du totalitarisme. Orwell évoque la guerre ? Les ruines de Berlin en 1945, puis celles de l’Ukraine ou de Gaza aujourd’hui se succèdent alors à l’écran. Il écrit sur le pouvoir des dictateurs ? Défilent pêle-mêle les portraits de Hitler, de Staline, mais aussi de Poutine, Xi Jinping ou Trump. Telle est la thèse du film, martelée à chaque nouvelle séquence : Orwell était un visionnaire, il avait tout prévu.</p>
<p>On peut opposer à ce parti pris deux réserves. D’abord, cette manière d’appréhender l’œuvre n’est pas nouvelle – elle est même devenue un lieu commun que l’on retrouve dans les dissertations de philo au lycée. Ensuite, elle s’appuie sur le mythe convenu de l’écrivain visionnaire. Or, extrapolant ses diagnostics dans un univers fictif et futuriste, Orwell n’a rien prophétisé ; il a décrit, à partir des dictateurs de son époque, les mécaniques du totalitarisme dans une perspective structurelle. Que ses observations conservent une part de pertinence des décennies plus tard n’est donc pas si surprenant. Le constater avec componction, sans chercher à penser Orwell au présent (c’est-à-dire en confrontant ses constats aux mutations du contemporain) revient surtout à panthéoniser l’auteur, qui n’en a pourtant guère besoin. Les textes d’Orwell ont depuis longtemps quitté le champ littéraire pour entrer dans le langage courant – cf. par exemple le terme de « novlangue ». Par sa déférence,<em> 2+2=5</em> n’évite d’ailleurs pas le piège de l’antienne, comme le montre un trait formel récurent : en plus d’être lues, les citations les plus célèbres de l’écrivain sont inscrites à l’écran (dans une improbable police bariolée), comme réduites à de simples slogans publicitaires, voire à des mantras – «&nbsp;<em>La guerre, c’est la paix</em>&nbsp;», etc.</p>
<h2>1=1</h2>
<p>Si l’œuvre d’Orwell ne gagne donc pas grand-chose à cette mise en documentaire, les archives, elles, perdent de leur substance en étant passées à la moulinette discursive. Le titre du film rappelle une fameuse expression de Godard à propos du montage : « 1+1=3 », signifiant que la collision entre deux images distinctes en produisait une troisième. La formule qui conviendrait le mieux au film de Peck serait plutôt : 1=1, soit la simple égalité tautologique. Bien que le montage ratisse large (extraits de films, de journaux TV, de publicités, de documentaires amateurs, des photographies de guerre, etc.), cette diversité de matériaux se fond dans un flux homogène subordonné à l’illustration d’une thèse. Peck procède par énumération : les plans s’accumulent pour illustrer un concept général énoncé en commentaire (la société de surveillance, la misère, la militarisation des corps, etc.). L’ensemble donne l’impression d’avoir été construit à partir d’une recherche par mots-clés dans une vaste banque d’images universelle, où chaque fragment n’est plus envisagé pour ses propriétés plastiques mais pour sa valeur thématique. Dans ce diaporama redondant, la parole supplante donc l’image, mais cette hiérarchie révèle un paradoxe plus profond entre réel et analyse politique : les images du monde semblent convoquées pour glorifier la pensée d’Orwell, alors que celle-ci devrait justement, en principe, servir à mieux&nbsp; comprendre le monde.</p>
<p>Cette homogénéisation trahit par ailleurs une contradiction qui neutralise la portée du film : elle est le fruit de certains standards du documentaire télévisuel. En témoigne un procédé appliqué à l’ensemble des photographies : un léger zoom numérique qui vient recadrer l’image d’origine. Loin d’un usage critique qui viserait, par exemple, à attirer l’attention sur un détail pour renverser la structure préexistante de l’image, le mouvement vient toujours se concentrer sur l’élément saillant que la composition mettait d’emblée en valeur. Alors qu’il finit presque par devenir imperceptible à force d’être employé, ce zoom interpelle au moment où il est appliqué à la photographie, très médiatisée, du cadavre du petit Aylan, un enfant syrien de trois ans échoué sur une plage turque. Le procédé a cette fois un effet précis, celui de renforcer l’indignation produite par l’image, comme si elle n’était pas déjà suffisamment intolérable par elle-même. Si Peck est libre de ne pas respecter l’intégrité de l’archive, on peut s’interroger sur la motivation de ses manipulations. Ce type de recadrage a été maintes fois employé dans le cinéma militant d’agit-prop, auquel pourrait être affilié <em>2+2=5</em>. Le célèbre court-métrage pamphlétaire <em><a href="https://vimeo.com/426503747" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Now!</a></em> de Santiago Álvarez y recourait notamment pour figurer des scènes d’une grande violence : les crocs d’un chien enfoncés dans le corps d’un homme noir, le pied d’un policier blanc écrasant le visage d’un manifestant au sol, etc. Les zooms et dézooms très rapides, associés à un montage saccadé, y étaient mobilisés pour leurs propriétés cinétiques ; ils participaient d’une stratégie formelle visant à convertir la colère suscitée par ces images en mouvement de révolte, porté par le chant révolutionnaire de Lena Horne. Dans le cas de la photographie d’Aylan, le procédé relève davantage d’une convention télévisuelle prohibant l’image fixe au profit de la stimulation visuelle permanente, qu’il s’agisse d’une photographie de la famille Orwell ou d’un portrait de Donald Trump glané sur Google Images.</p>
<p>Ce formatage est palpable à plusieurs endroits : la musique omniprésente, les plans de drone, la typographie numérique mimant la machine à écrire, etc. Autant de procédés qui permettent certes d’insuffler du rythme, mais laissent peu de place pour penser : <em>Orwell : 2+2=5</em> conçoit avant tout le lien entre art et politique sur le mode du discours édifiant. À la fin du film, l’écran devient noir tandis que la voix off, citant Orwell, interroge d’un ton sentencieux : « <em>Commencez-vous à voir le monde tel que nous l’avons créé ?</em> » Par cet effet rhétorique performatif, l’écrivain s’adressait directement à ses lecteurs, validant par anticipation l’efficacité de ses démonstrations. Avec le fond noir, Peck s’approprie le procédé, comme s’il parlait&nbsp; lui aussi aux spectateurs du film. Mais l’effet manque sa cible : au lieu d’organiser un dessillement, le film a surtout recyclé deux heures durant la pensée d’un auteur déjà largement canonique.</p>
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		<title>Is This Thing On?</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/is-this-thing-on/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Maestro, film passé trop inaperçu, Bradley Cooper s’affirmait comme un metteur en scène&#160;; avec Is This Thing On?, on peut désormais le considérer comme un auteur. Mais qu’est-ce au juste qu’un auteur, cette étiquette...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/is-this-thing-on/" title="Read  Is This Thing On?">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maestro/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Maestro</em></a>, film passé trop inaperçu, Bradley Cooper s’affirmait comme un metteur en scène&nbsp;; avec <em>Is This Thing On</em><em>?</em>, on peut désormais le considérer comme un auteur. Mais qu’est-ce au juste qu’un auteur, cette étiquette qui n’a plus très bonne presse à l’heure où l’on détricote les abus de pouvoir d’artistes-tyrans ? L’erreur est qu’on l’envisage comme un créateur tout puissant, une figure démiurgique frappée du génie. Un auteur, c’est pourtant autre chose&nbsp;: moins l’inventeur d’une œuvre que le produit de sa cohérence interne. Bradley Cooper est un auteur parce que les trois films qu’il a réalisés à ce jour nouent un dialogue à partir duquel on peut commencer à entrevoir un rapport au monde et au cinéma – soit, pour Serge Daney, la définition d’un cinéaste. Trêve de sémantique critique, partons du début&nbsp;: Alex (Will Arnett) et Tess (Laura Dern) se séparent après vingt-cinq ans de mariage. La fin de leur histoire est actée dans un mélange de fatalité et de douceur, sur les cendres d’une complicité encore tiède. Le couple s’échappe d’une soirée entre amis avec un <em>space cookie</em> qu’ils partagent avant de se quitter, on le comprend, pour de bon. Alex semble éteint, KO debout, lorsqu’il dit au revoir à sa future ex-femme sur le quai d’un train de banlieue qu’il manque de prendre avec elle – les habitudes de vieux couple ont la vie dure. Cooper filme la scène dans la longueur, pour signifier le vide dont est saisi le personnage&nbsp;: et maintenant, que faire&nbsp;? Alex ne rentre pas chez lui, passe devant un bar&nbsp;; il se dit qu’il prendrait bien un verre, mais il lui faut d’abord payer 15 dollars, car il ne s’agit pas d’un établissement comme les autres, mais d’un <em>comedy club</em>, le fameux Comedy Cellar. L’entrée est toutefois gratuite, à condition de monter sur scène. Voilà comment tout s’amorce, par un homme légèrement <em>stone</em> qui veut tuer le temps et économiser quelques billets – on apprendra pourtant plus tard qu’Alex travaille dans la finance et qu’il gagne bien sa vie.</p>
<p>Et puis, un miracle s’opère. La caméra suit Alex monter sur la petite scène du club, sans décadrer vers le public attablé dans l’ombre. Hésitant, il commence à parler, avant d’esquisser quelques blagues sur sa vie maritale sinistrée. Une poignée de rires fusent, d’abord timides, ensuite un peu plus francs&nbsp;; le personnage ne s’en sort pas trop mal, puis c’est déjà terminé. Cette scène matricielle sera ultérieurement commentée par des habitués du lieu, qui jugeront la prestation d’Alex pas terrible, mais d’une innocence rafraîchissante. En tant que spectateur, cependant, on hésite&nbsp;: il y a bien quelque chose de merveilleux qui vient de s’opérer dans le dénuement de ce visage exposé à la lumière. Ce à quoi on vient d’assister, c’est au spectacle d’un homme se «&nbsp;rallumant&nbsp;» en direct parce qu’il verbalise simplement à voix haute ses constats désabusés et sa frustration de futur divorcé. Titre astucieux&nbsp;: si «&nbsp;<em>Is this thing on </em><em>?</em>&nbsp;» désigne de prime abord le micro du <em>stand-upper</em>, il renvoie en vérité ici à deux autres données, la flamme intérieure du personnage, puis son couple, qui va tour à tour switcher du «&nbsp;<em>off</em>&nbsp;» au «&nbsp;<em>on</em>&nbsp;» (dans la tradition de la comédie de remariage). Retenons l’essentiel&nbsp;: la «&nbsp;chose&nbsp;» du titre est un sentiment.</p>
<p>Celles et ceux qui ont vu les précédents films de Bradley Cooper reconnaîtront peut-être une modalité de séquence aperçue dans <em>A Star is Born</em>, premier film un peu terne mais témoignant déjà d’une attention remarquable envers les comédiens, et le très beau <em>Maestro</em>, qui organisait une circulation entre le spectacle et son envers, pour faire du monde non pas une scène (l’adage shakespearien repris par Hollywood «&nbsp;<em>All the world is a stage</em>&nbsp;»), mais des coulisses. Il est frappant de constater à quel point dans chacun de ses films, qui dressent pourtant le portrait d’artistes, Cooper s’intéresse peu au public. Contrairement à un certain cinéma académique destiné aux Oscars – pour prendre un exemple récent, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hamnet/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hamnet</a> </em>tombe les deux pieds dans cet écueil –, l’émotion ne se joue pas dans la mise en abyme d’une vibration collective, mais dans le surgissement d’un éveil intime dont les destinataires premiers ne sont pas les spectateurs et spectatrices. Comme Bernstein, Alex joue d’abord pour lui, et ensuite pour sa femme (mais sans le savoir&nbsp;; la scène qui les réunit au Comedy Cellar en sera d’autant plus belle). Et c’est parce que Cooper croit fermement en la possibilité qu’une scène puisse être le théâtre d’un miracle pour ses protagonistes qu’elle en devient un pour nous – le public, le vrai. Ce qui compte ici n’est pas la technicité de l’apprenti performeur, mais la manière dont la caméra observe un acteur comme on ne l’a jamais filmé. Will Arnett est très drôle (il l’a prouvé avec son rôle de magicien foireux dans <em>Arrested Development</em>), mais il n’a pas vraiment jusqu’ici été pris au sérieux, c’est-à-dire pour ce qu’il est. Pour ça, nul besoin de lui faire endosser un rôle dramatique ou de lui confier une partition lacrymale&nbsp;; Cooper s’attarde plutôt sur les fluctuations de son visage, le manque d’assurance de son regard, l’affirmation progressive de ses gestes, l’acclimatation croissante à une situation qui pourrait en décontenancer plus d’un. Il ne filme pas la naissance d’une star – Alex restera un amateur –, mais l’avènement d’un acteur et d’un personnage.</p>
<h2>De la sincérité</h2>
<p><em>Is This Thing On</em><em>?</em> n’a pas la finesse et l’élégance formelle de <em>Maestro</em>&nbsp;; il est même probable que Cooper revendique une modestie proche de la vision du stand-up que donne le film. En témoigne cette manière de construire le récit en une succession de tranches de vie ponctuées de fondus au noir, qui ramènent chaque petit bloc à une matière de scène intime, d’anecdote semblable à celles qu’Alex raconte sous les spotlights des <em>comedy clubs</em> qu’il fréquente assidûment. Les légers tremblements de la caméra (portée à l’épaule) ou les décadrages saccadés sont les marques d’une fébrilité qui cohabite toutefois avec une auscultation minutieuse des comédiens et comédiennes, en particulier le tandem Arnett-Dern. À bien des égards, <em>Is This Thing On</em><em>?</em> est une étude matrimoniale qui ménage un équilibre étonnant entre la patience dont sont capables deux époux soudés par l’écoulement des années et la cruauté du regard lucide que chacun porte l’un sur l’autre. Ce montage haché, oscillant entre séquences longuement dépliées et coupes abruptes, est par ailleurs un moyen de se concentrer sur l’essentiel. Du travail d’Alex, on ne verra par exemple que de vagues signes – ces élégants costumes qu’il porte de temps à autre –, pour cantonner l’étude du personnage à un triple décor&nbsp;: le couple, la famille (deux cadres qui à la fois se recoupent et sont dissemblables&nbsp;; une autre chose que le film déplie avec précision) et la scène de stand-up, figurée comme une extension directe de la vie intime du personnage. À la manière des glissements scéniques de <em>Maestro</em>, Alex transitera d’ailleurs au détour d’une séquence, de manière imperceptible, entre une chambre à coucher et le Comedy Cellar pour hurler sa rage.</p>
<p>Dans cette perspective, le stand-up s’affirme comme un moyen de se redresser en cultivant sa part de «&nbsp;<em>down</em>&nbsp;»&nbsp;; au cours d’un dialogue tardif, les deux époux se définiront d’ailleurs comme des «&nbsp;<em>downers</em>&nbsp;», des déprimés. On se souvient alors d’un autre moment clef du prologue, lors de la soirée entre amis où le couple Novak était convié. L’un des hôtes entrait dans le champ en se vautrant et en renversant une brique de lait sur un tapis. Ce n’est que lorsqu’il se redressait (<em>down and up</em>, là encore), drogué et un sourire implacable aux lèvres, qu’on découvrait son visage&nbsp;: celui de Bradley Cooper lui-même. Le cinéaste se caste ici dans un second rôle d’acteur de seconde zone qui joue en sous-main les marraines bienveillantes, donnant même à Alex la clef pour «&nbsp;renverser&nbsp;», littéralement (sans trop en dire&nbsp;: il lui faudra retourner sur elle-même une photo encadrée), la dynamique du divorce annoncé. À ce sujet, un mot sur un malentendu pénible&nbsp;: de manière incompréhensible, Cooper-cinéaste a outre-Atlantique une réputation de narcissique se donnant le beau rôle, sa performance empostichée de Bernstein lui ayant valu l’accusation de courir après un Oscar, alors même que le film se révélait surtout un cadeau magnifique offert à Carey Mulligan, son véritable centre. C’est mal comprendre Cooper que de lui prêter des intentions cyniques quand on voit ses films, animés par la même «&nbsp;innocence&nbsp;» que l’on trouve aux performances d’Alex. Cooper est l’inverse d’un cynique, parce qu’il croit. Il croit que du temps et de l’attention peuvent révéler un visage&nbsp;; qu’un homme englué dans une routine mortifère peut retrouver un élan en prenant la parole&nbsp;; qu’un couple peut réinventer un horizon amoureux en s’écoutant longuement&nbsp;; qu’une reprise enfantine de <em>Under Pressure</em> peut constituer un point d’orgue émotionnel, si tant est qu’on y mette du cœur à l’ouvrage. La qualité première de Cooper est sa sincérité&nbsp;; une qualité pas très estimée, que l’on met souvent en avant pour les maladroits volontaires, mais dont il tire la singularité de son regard et qui fait désormais de lui un cinéaste à part dans le champ du cinéma américain contemporain. Un autre exemple&nbsp;: le sourire béat dont accouche la dernière séquence parvient à esquiver le spectre du stéréotype parce qu’il est le produit d’un autre cliché, cette fois photographique. Ce dernier, qui immortalise de façon triviale le visage médusé de Tess, devient une preuve d’amour terminale en cela qu’il renvoie à une perception juste de son être. C’est tout ce qu’elle demandait, elle aussi&nbsp;: qu’on la regarde <em>vraiment</em>.</p>
<p><strong>N.B.&nbsp;</strong>: Dans sa critique d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Ella McCay</em></a>, Marin Gérard concluait ainsi son éloge de James L. Brooks&nbsp;: «&nbsp;<em>Bref, il continue </em><em>à y croire – on ne demande rien de plus à </em><em>Hollywood</em>&nbsp;». Bonne nouvelle pour lui, pour nous, pour tout le monde&nbsp;: Bradley Cooper fait des films.</p>
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		<title>Le Son des souvenirs</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-son-des-souvenirs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un soir de septembre 2015 à&#160;Venise, je me souviens avoir assisté à&#160;la projection presse de La Rivière sans fin d’Oliver Hermanus, présenté en compétition. Jamais je n’ai vu, encore à ce jour, un film être...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-son-des-souvenirs/" title="Read  Le Son des souvenirs">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un soir de septembre 2015 à&nbsp;Venise, je me souviens avoir assisté à&nbsp;la projection presse de <em>La Rivière sans fin </em>d’Oliver Hermanus, présenté en compétition. Jamais je n’ai vu, encore à ce jour, un film être aussi mal reçu par une salle : huées copieuses, mines furax à la sortie, exaspération collective d’avoir vu la Mostra programmer un film aussi épouvantable. L’accueil fut tel que le film, pourtant une coproduction française avec Nicolas Duvauchelle, ne sortit pas de notre côté des Alpes. Dix ans plus tard, le Sud-Africain s’est refait une santé ; il a foulé un autre tapis rouge, plus prestigieux encore (celui de Cannes, où le film concourait pour la Palme d’or), et son <em>History of Sound</em> a même reçu quelques timides applaudissements lors de sa présentation devant les journalistes – mais cela fait un moment que la presse cannoise sait se tenir et garde son mécontentement muet. Les deux films partagent néanmoins un écueil semblable : le choix d’un ton sur ton qui sabote de l’intérieur l’élan mélodramatique qu’ils comptent embrasser. Hermanus raconte ici la vie de Lionel (Paul Mescal), un musicien qui, lors de ses études à Boston, tombe amoureux de David (Josh O’Connor). Leur liaison s’interrompt toutefois rapidement lorsque la Première Guerre mondiale éclate <i id="mwJA">–</i> David est mobilisé. À son retour, ce dernier propose à son amant de mener un projet atypique : voyager de village en village dans le nord des États-Unis pour enregistrer des morceaux populaires et sauvegarder ainsi un patrimoine oral méconnu. Si on imagine que le réalisateur envisage sa mise en scène à l’image de ces chansons folk «&nbsp;<em>sans fioritures</em>&nbsp;», ce choix esthétique est en contradiction avec la promesse formulée dans l’ouverture&nbsp;: Lionel confie ne pas seulement entendre la musique, mais aussi la goûter et la visualiser, en assimilant chaque note à&nbsp;une couleur distincte.</p>
<p>À l’écran, c’est tout l’inverse : le Kentucky, les forêts du Maine, le campus de Boston, Rome ou une université anglaise se fondent dans les mêmes teintes désespérément marronnasses, comme si le film était plongé dans un automne dont on ne voyait jamais le bout. Ce quasi hiératisme pourrait se justifier si Hermanus ne confondait pas rigueur <i id="mwJA">–</i> bien que certaines scènes témoignent d’un savoir-faire de découpage qui excède la simple mise en boîte <i id="mwJA">–</i> et raideur. La forme paraît délibérément terne pour faire ressortir la composition feutrée des interprètes (Mescal et O’Connor dans un remake intello de <em>Brokeback Mountain</em>) et la beauté des ballades que les deux compères enregistrent. L’émotion se veut ténue, se faufilant à&nbsp;travers les scènes comme les mauvaises herbes dépassent du sol, mais le résultat est bien trop maussade pour qu’on partage les sentiments contenus des personnages.</p>
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		<title>Woman and child</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/woman-and-child-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En l’espace de cinq ans, trois films ont solidement installé Saeed Roustaee dans le paysage du cinéma iranien et mondial. Cette productivité n’est pourtant pas le gage d’une montée en puissance : si La Loi...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/woman-and-child-2/" title="Read  Woman and child">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En l’espace de cinq ans, trois films ont solidement installé Saeed Roustaee dans le paysage du cinéma iranien et mondial. Cette productivité n’est pourtant pas le gage d’une montée en puissance : si <em>La</em> <em>Loi de Téhéran</em> était un film inégal, il promettait davantage que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/leila-et-ses-freres-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Leïla et ses frères</em></a>, qui lui-même présentait davantage d’intérêt que <em>Woman and Child</em>. Si le récit est encore habité d’une volonté de prendre son temps – Roustaee met près d’une heure à&nbsp;planter les graines de son drame –, cette histoire d’infirmière confrontée à&nbsp;une série de catastrophes qu’on ne détaillera pas (un drame familial et une cascade de trahisons) consiste à&nbsp;mettre en place un piège narratif où la <em>mater dolorosa </em>se retrouvera prise en étau. La mise en scène accompagne dans un premier temps la logique dramaturgique, entre la stratification des interactions (la plongée sur la cour intérieure de l’appartement central, pour voir le fils de l’héroïne dévaler les étages) et la montée d’une tension (un portail filmé de haut, contre lequel s’agglutinent des enfants). On remarquera dans ces deux exemples que le cinéaste prend une certaine hauteur, sans doute pour instiller le sentiment d’un <em>fatum</em>, mais il serait aussi possible d’assimiler ce regard à&nbsp;un surplomb. La foudre qui s’abat sur les personnages-victimes est après tout de son fait.</p>
<p>À partir du moment où le film bascule, difficile de voir autre chose que l’engrenage se refermant centimètre par centimètre, avec des relances dramaturgiques tous les quarts d’heure pour enfoncer l’héroïne un peu plus. Seule une poignée de champs-contrechamps plutôt beaux, articulés autour du regard d’une petite fille désarmant la dégueulasserie d’un adulte, émerge de cette deuxième partie qui avance comme un rouleau compresseur. Qui est écrasé ? L’infirmière, évidemment, mais aussi le spectateur, assommé par cette manière effrénée de forcer l’empathie.</p>
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		<item>
		<title>The Scores (ep.6) : Roxanne Gaucherand</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-6-roxanne-gaucherand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331696</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Roxanne Gaucherand réalise des films et des clips. Petite quête annexe audio à travers des niveaux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-6-roxanne-gaucherand/" title="Read  The Scores (ep.6) : Roxanne Gaucherand">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Roxanne Gaucherand réalise des films et des clips.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2269286570&amp;color=%23ff5500&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<p>Petite quête annexe audio à travers des niveaux et des scènes.</p>
<p>« <em>Traveller from beyond the Fog, let my hand rest upon you, for but a moment.</em> »</p>
<h2><em>DONNIE DARKO </em>BY RICHARD KELLY</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Donnie Darko</em> est un objet étrange : teen movie mélancolique, thriller fantastique sur fond d’apocalypse. Je l’ai découvert ado et j’ai été immédiatement fascinée. C’était le premier film où je ressentais une nostalgie teintée de malaise pour une époque récente que je n’avais pas vécue. Un film très « <em>eerie </em>».</p>
<p>Donnie est un ado somnambule constamment dans un état second à cause de ses anxiolytiques. Une nuit, il est réveillé par une voix, comme dans un début de jeu vidéo. Un PNJ en costume de lapin lui annonce la fin du monde. Il devient notre avatar : corps flottant, entre deux états, qui suit les quêtes annexes données par le lapin jusqu’à une fin inéluctable.</p>
<p><em>“Donnie Darko” is a strange object: a melancholic teen movie, a fantastical thriller set against an apocalyptic backdrop. I discovered it as a teenager and was immediately fascinated. It was the first film that made me feel a kind of nostalgia tinged with unease for a recent era I hadn’t lived. A very eerie film.</em></p>
<p><em>Donnie is a sleepwalking teenager, constantly dazed from his anti-anxiety medication. One night, he’s awakened by a voice, the kind you’d hear at the start of a video game. An NPC in a rabbit costume announces the end of the world. He becomes our avatar: a floating body, in between two states, following the side quests given by the rabbit until an inevitable ending.</em></p>
<h2><em>CHRONO TRIGGER</em></h2>
<p><strong>02′15″ ♪ Yasunori Mitsuda — Secret of the Forest&nbsp;</strong></p>
<p>Un jeu culte sorti en 1995 sur Super Nintendo, où des aventuriers voyagent dans le temps et découvrent que le monde court à sa destruction. Chaque époque a son propre traitement visuel et sa bande son. Mitsuda a dû être super ingénieux pour proposer des thèmes plus longs, plus évolutifs et plus riches que dans la plupart des jeux de l’époque. Je suis tombée sur ce morceau pendant une insomnie, en lançant au hasard des bandes-sons de jeux vidéo pour m’endormir et ça m’a bien téléportée.</p>
<p><em>A cult game released in 1995 on Super Nintendo, where adventurers travel through time and discover that the world is heading toward destruction. Each era has its own visual style and soundtrack. Mitsuda must have been pretty inventive to create themes that were longer, more evolving, and richer than most game music at the time. I stumbled upon this track during a sleepless night, randomly playing video game soundtracks to fall asleep, and it truly transported me.</em></p>
<h2><em>DOSHIN THE GIANT</em></h2>
<p><strong>04′27″ ♪ Tatsuhiko Asano — Yellow Giant</strong></p>
<p>J’ai découvert ce jeu bizarre sur GameCube, où tu incarnes un dieu géant et tout nu qui doit modeler l’île Barudo pour aider (ou non) ses habitants. La bande son est assez singulière pour un jeu vidéo, avec des guitares groovy, des sons d’oiseaux et de vagues, des sifflements marrants… Ça accompagne parfaitement l’ambiance onirique et décalée de cette île. On sent bien l’ambiance tropicale fun des jeux de cette époque.</p>
<p><em>I discovered this odd GameCube game where you play as a giant, naked, god who must shape Barudo Island to help (or not) villagers. The soundtrack is quite unusual for a video game, with groovy guitars, bird and wave sounds, funny whistling… It perfectly matches the island’s dreamy, offbeat vibe. You can really feel the fun, tropical vibe of games from that era.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331697 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>GONE HOME</em></h2>
<p><strong>07′06″ ♪ Bratmobile — Some Special</strong></p>
<p>Une fiction interactive où on incarne Kaitlin, l’ainée de la famille, de retour dans une maison vide après son voyage en Europe. On découvre peu à peu ce qui est arrivé à sa famille en fouinant dans l’inquiétant manoir. Ça commence comme un <em>survival horror</em> pour finalement plonger dans l’intimité de notre petite sœur Sam. L’histoire se déroule dans les années 90 et plein de détails sont laissés pour raconter cette époque, comme des cassettes compil de groupes <em>Riot Grrrl</em> offertes à Sam par une certaine Lonnie. Sans spoiler, c’est très touchant et très teenage, sur la découverte de soi. Un de mes plus jolis souvenirs de <em>gaming</em>. Le personnage de mon film <em>Pyrale</em> s’appelle Sam en clin d’œil au jeu.</p>
<p><em>An interactive fiction where you play as Kaitlin, the eldest sibling of the family, returning to an empty house after a trip to Europe. Slowly, you discover what happened to her family by snooping around the creepy mansion. It starts like a survival horror game then dives into the intimacy of our younger sister Sam. The story takes place in the 1990s, and many details evoke that era, like “Riot Grrrl” mixtapes given to Sam by a certain Lonnie. Without spoiling anything, it’s deeply moving and super teenage, a story about self-discovery. One of my most beautiful gaming memories. The character in my film “Pyrale” is named Sam as a nod to the game.</em></p>
<h2><em>GONE GIRL</em> BY DAVID FINCHER</h2>
<p><strong>09′00″ ♪ Just Like You — Trent Reznor &amp; Atticus Ross</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Gone Girl</em> en même temps que je jouais à <em>Gone Home</em>, et ma mémoire les associe souvent : deux enquêtes où des indices et un journal intime baladent le personnage à travers des lieux vides et chargés de secrets. Mais le film de Fincher est glacial : chaque indice est un leurre qui brouille la réalité. Dans cette ambiance flottante, la B.O. renforce le malaise : des compositions ambivalentes, très aériennes mais froides. Quelque chose sonne faux, comme un bonheur artificiel et lointain. Ce morceau accompagne un souvenir « heureux » d’Amy, évoqué dans le journal intime de fiction qu’elle a laissé derrière elle dans la mise en scène de son enlèvement. Je pense que c’est mon Fincher préféré.</p>
<p><em>I watched “Gone Girl” at the same time I was playing “Gone Home”, and my memory often links them: two investigations where clues and a diary guide the character through empty places filled with secrets. But Fincher’s film is icy: every clue is a decoy that blurs reality. In that floating atmosphere, the score intensifies the unease :ambivalent compositions, very airy yet cold. Something sounds off, like an artificial and distant happiness. This track accompanies a “happy” memory of Amy, described in the fictional diary she left behind as part of her staged disappearance. I think it’s my favorite Fincher film.</em></p>
<h2><em>RIDGE RACER TYPE 4</em></h2>
<p><strong>12′53″ ♪ Naked Glow — Kohta Takahashi</strong></p>
<p>Sur la première Playstation, les jeux de course de bagnole étaient vraiment très fun. Une des raisons pour moi était les bandes-son techno/rave et drum’n’bass qui boostaient nos bagnoles (Wipeout, Grand Turismo…).</p>
<p><em>Ridge Racer Type 4</em> était mon préféré. La DA, des menus aux voitures, me faisait rêver et les sensations de vitesse étaient super grisantes. Avec mon cousin, on re-faisait les courses juste pour écouter ces petites bass funky ou des morceaux de house pointue. J’ai encore des frissons quand j’écoute cette B.O.</p>
<p><em>On the first PlayStation, car racing games were incredibly fun. For me, part of the thrill came from the techno/rave and drum’n’bass soundtracks that fueled our rides (Wipeout, Gran Turismo…).</em></p>
<p><em>Ridge Racer Type 4 was my favorite. The art direction—from menus to cars—made me dream, and the sense of speed was thrilling. With my cousin, we would replay races just to listen to those funky basslines or sharp house tracks. I still get chills when I listen to that soundtrack.</em></p>
<h2><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331698 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><em>KNIT’S ISLAND</em> BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE &amp; QUENTIN L’HELGOUALC’H</h2>
<p><strong>16′06″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>A mes yeux, l’un des films les plus justes sur le confinement et la sensation du <em>gaming</em>. Les réalisateurs n’utilisent pas le jeu vidéo comme un artifice ou un décor spectaculaire, ils en font un vrai espace documentaire. On y voit des gens qui jouent vraiment, font du <em>role-play</em> et tissent des liens forts en communauté. Les réalisateurs jouent aussi les reporters de guerre, en mode survie dans un monde apocalyptique peuplé de zombie, mais c’est toujours pour atteindre quelque chose d’intime chez les joueurs. Dans cet extrait, on roule en voiture dans DayZ avec un couple australien qui décrit le monde pas si réel qui les entoure en plein confinement.</p>
<p><em>To me, one of the most accurate films about lockdown and the feeling of gaming. The directors don’t use video games as a gimmick or spectacular backdrop; they use them as a genuine documentary space. We see people truly playing, role-playing, and building real community bonds. The directors also act like war reporters, surviving in an apocalyptic world filled with zombies, but always to reach something intimate with the players. In this excerpt, we’re driving in DayZ with an Australian couple describing the not-quite-real world around them during lockdown.</em></p>
<h2><em>SILENT HILL 2</em></h2>
<p><strong>17′02″ ♪  Heaven’s Night — Akira Yamaoka</strong></p>
<p>Je me souviens que je pouvais seulement regarder mon cousin jouer tellement ce jeu me faisait flipper. C’était surtout à cause de sa B.O. qui nous a obsédés pendant toute notre adolescence.</p>
<p>L’ambiance de ce jeu est unique. C’est pas de l’horreur facile mais quelque chose de très mélancolique et profondément dérangeant. C’est un jeu où tu peux vraiment sentir la solitude, même si tu joues avec quelqu’un. Les compositions de Yamaoka appuient cette atmosphère malaisante avec des nappes dissonantes, des mélodies fragiles, des rythmes irréguliers, des bruitages industriels ou des tonalités pas claires. Ça donne vraiment un effet de suspension et d’enfermement.</p>
<p><em>I remember I could only watch my cousin play because the game scared me too much. It was mainly due to the soundtrack, which obsessed us throughout our teenage years.</em></p>
<p><em>The atmosphere of this game is unique. It’s not traditional horror, but something deeply melancholic and disturbing. It’s a game where you can truly feel loneliness, even when you’re playing with someone. Yamaoka’s compositions deepen this unsettling mood with dissonant layers, fragile melodies, irregular rhythms, industrial textures, and ambiguous tonalities. It creates a real sense of suspension and confinement.</em></p>
<h2><em>KAIRO</em> BY KIYOSHI KUROSAWA</h2>
<p><strong>19′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je suis très fan de Kiyoshi Kurosawa et de ses idées de scénario bizarres qu’il tient avec beaucoup de sérieux. Dans cette scène, Kawashima utilise un CD-Rom pour installer internet et ouvre par accident un passage vers l’au-delà. Un film de fantôme très sobre, dans un Tokyo dépeuplé où des suicides et disparitions inexpliquées se multiplient. Chaque apparition est effrayante et très minimaliste : une tache sombre sur un mur, des images bruitées sur un ordinateur ou une voix numérisée qui chuchote « à l’aide » dans le silence complet. Un magnifique film sur la solitude et l’isolement. Très flippant.</p>
<p><em>I’m a big fan of Kiyoshi Kurosawa and his weird story ideas treated with great seriousness. In this scene, Kawashima uses a CD-ROM to install the internet and accidentally opens a gateway to the afterlife. A very restrained ghost film set in an emptyTokyo where unexplained suicides and disappearances keep piling up. Each apparition is sublte and terrifying: a dark stain on a wall, glitchy images on a computer, or a digitized voice whispering “help me” in total silence. A magnificent film about loneliness and isolation. Very frightening.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331699 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>GHOST IN THE SHELL</em> BY MAMORU OSHII</h2>
<p><strong>20′33″ ♪ Chant II — Ghost City — Kenji Kawai</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Ghost in the Shell</em> pour la première fois cette année et c’était une grosse claque visuelle et musicale. Ce morceau illustre une séquence assez onirique, sans doute celle qui m’a le plus marquée, à travers une ville futuriste et dystopique. J’adore chaque plan et chaque détail, parfaitement montés sur les chœurs et percussions mystiques de Kenji Kawai.</p>
<p><em>I saw “Ghost in the Shell” for the first time this year, and it was a huge visual and musical shock. This track illustrates a dreamlike sequence—probably the one that struck me most—moving through a futuristic, dystopian city. I love every shot and detail, perfectly edited to Kenji Kawai’s mystical choirs and percussions.</em></p>
<h2><em>APE ESCAPE</em></h2>
<p><strong>24’03″ ♪ Dark Ruins — Soichi Terada</strong></p>
<p>Un jeu très fun sorti sur PS1 où on doit capturer des singes fugitifs avec tout un tas de gadgets sur des morceaux <em>jungle house</em> de Soichi Terada. Bon délire.</p>
<p><em>A super fun PS1 game where you chase runaway monkeys using all sorts of gadgets, set to Soichi Terada’s jungle house tracks. Pretty fun.</em></p>
<h2><em>BLACK MIRROR —&nbsp; SAN JUNIPERO</em> BY OWEN HARRIS</h2>
<p><strong>25’56″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je ne dirais pas que cet épisode est un bon film, mais il m’a fait pleurer comme rarement. Difficile d’en parler sans spoiler, en tous cas il aborde des thèmes qui me travaillent.</p>
<p>J’y vois un écho maladroit et touchant à ce dont parle Mark Fisher : un capitalisme tardif où le futur semble annulé, où on est bloqué dans une répétition culturelle et politique infinie. Le passé fantomatique se manifeste par des musiques types, des biens de consommation et des modes vestimentaires qui s’enchaînent sans rien changer. Mais c’est sans cynisme. Je crois aussi que ça a rendu sensible un truc que mes parents me disent parfois : tu vieillis dans ton corps, mais dans ta tête tu es toujours la même personne qu’à 20 ans, le temps qui passe tout ça. Et je sais pas, ça me touche. Ça parle vraiment de la mort d’une façon singulière.</p>
<p><em>I wouldn’t call this episode a “great film,” but it made me cry out of nowhere. Hard to talk about without spoilers, I think it touches on themes that really resonate with me.</em></p>
<p><em>I see in it a clumsy but touching echo of what Mark Fisher wrote about: late capitalism, where the future feels canceled, and we’re stuck in an endless cultural and political loop. The ghost of the past surfaces&nbsp; through nostalgic music, consumer goods, and fashion trends that loop without changing anything really. But the film never gets cynical. I also think it made me sensitive to something my parents sometimes tell me: you age physically, but in your mind you’re still the same person you were at 20. Time passing, all that. I don’t know… it just hits me. It talks about death in a truly unique way.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331700 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>FINAL FANTASY X</em></h2>
<p><strong>26’17″ ♪ Wandering — Masashi Hamauzu</strong></p>
<p><em>FFX</em> est un de mes jeux préférés. On explore Spira, un monde qu’on sent au bord de la destruction, dévasté par un cycle éternel de catastrophe. Les cinématiques étaient trop belles avec une <em>love story</em> bien tragique. À sa sortie (2001), jamais autant de dialogues n’avaient été enregistrés pour un jeu.</p>
<p><em>Final Fantasy X is one of my favorite games. You explore Spira, a world on the brink of destruction, trapped in an endless cycle of disaster. The cutscenes were stunning, with a tragic love story. When it was released (2001), no game had ever recorded so many voice lines before..</em></p>
<h2><em>ELEPHANT</em> BY GUS VAN SANT</h2>
<p><strong>28’25″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un film marquant pour moi. C’était la première fois que je voyais une narration non linéaire, un rythme lent, et que je ne m’ennuyais pas. On connaît la fin mais on regarde jusqu’au bout, en recomposant le puzzle des plans séquence. Les déambulations au steadicam évoquent un jeu vidéo à la 3ème personne, même si je rejette le cliché qui lie jeux vidéos et violence. La lumière, le son, la mise en scène… ce film est sublime.</p>
<p><em>A film that left a mark on me. It was the first time I saw non-linear storytelling with a slow rhythm, and didn’t feel bored. We know how it ends, but keep watching, piecing together the puzzle of long takes. The steadicam shots evoke a third-person video game, even though I reject the cliché linking video games to violence. The light, the sound, the direction… this film is sublime.</em></p>
<h2><em>THE LAST OF US 2&nbsp;</em></h2>
<p><strong>30’35″ ♪ Sound excerpt (Take on Me cover)</strong></p>
<p>Ellie trouve une guitare dans un magasin de musique au cœur d’un Seattle dévasté et rempli de zombies. Elle joue un morceau appris par son père adoptif disparu, avant de se lancer dans une sérénade très mignonne pour sa copine Dina. C’est un petit moment emo et calme où tu dois jouer les bons accords avec le pad tactile de la manette. J’ai vu des vidéos de gens qui se motivent pour faire des <em>covers</em> de Despacito ou autre.</p>
<p>J’ai adoré ce jeu que je trouve particulièrement cinématographique dans son écriture soignée des personnages et dans sa mise en scène. Il a été adapté en série mais le résultat n’est pas à la hauteur des émotions et de la narration par le <em>gameplay</em>.</p>
<p><em>Ellie finds a guitar in a music shop in the heart of a zombie-infested, devastated Seattle. She plays a song taught by her adoptive father then turns it into a sweet serenade for her girlfriend, Dina. It’s a quiet, emotional moment where you have to play the right chords using the controller’s touchpad. I’ve seen videos of people playing covers of “Despacito” or other songs.</em></p>
<p><em>I loved this game. I think it’s very cinematic, with its deep character writing and sharp direction. It was turned into a TV show, but the adaptation doesn’t match the emotional depth or storytelling you experience through gameplay.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331701 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5.jpeg" alt width="1387" height="259" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5.jpeg 1387w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-1024x191.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-768x143.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-980x183.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1387px) 100vw, 1387px"></p>
<h2><em>RIDGE RACER TYPE 4</em></h2>
<p><strong>35’16″ ♪ Epilogue — Asuka Sakai</strong></p>
<p>Ici c’est la musique du générique de fin, dans les phares d’une voiture en pleine nuit, où le boss de ton écurie te dit des trucs émouvants car tu as remporté le grand prix auquel il ne croyait plus. Des petites narrations mignonnes pour un jeu de course.</p>
<p>« <em>Giuliano, will you forgive me if I have a dream again?</em> »</p>
<p><em>The end credits music, with headlights cutting through the night, as your team manager tells you emotional things because you’ve won the Grand Prix he had stopped believing in. Cute little narrative touches in a racing game.</em></p>
<p><em>“Giuliano, will you forgive me if I dare to dream again?”</em></p>
<h2><em>KNIT’S ISLAND</em> BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE &amp; QUENTIN L’HELGOUALC’H</h2>
<p><strong>36’16″ ♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Vers la fin du film, le Révérend Stone, leader fictif du groupe de joueurs, s’éloigne au milieu de la mer infinie du jeu en chantant.</p>
<p><em>Toward the end of the film, Reverend Stone—the fictional leader of the group of players —walks away into the infinite sea of the game, singing.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331702 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6.jpeg" alt width="1252" height="416" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6.jpeg 1252w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-300x100.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-1024x340.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-768x255.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-980x326.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-600x200.jpeg 600w" sizes="auto, (max-width: 1252px) 100vw, 1252px">
<p><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
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		<title>Coutures</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/coutures/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:29:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi faire jouer des actrices américaines dans les films français&#160;? La question pouvait se poser il y a quelques mois devant Vie privée, où le choix de Jodie Foster, loin de capitaliser sur l’étrangeté de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/coutures/" title="Read  Coutures">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi faire jouer des actrices américaines dans les films français&nbsp;? La question pouvait se poser il y a quelques mois devant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vie-privee-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Vie privée</em></a>, où le choix de Jodie Foster, loin de capitaliser sur l’étrangeté de sa présence dans un décor parisien, relevait du pur caprice cinéphile et finissait par s’avérer assez vain et stérile. Le cas de <em>Coutures</em> est un peu plus intéressant. D’abord parce qu’Angelina Jolie semble<em> vraiment</em> jetlaguée à Paris (chacune de ses interactions avec Louis Garrel ou Vincent Lindon a quelque chose de décalé et d’étrange). Ensuite parce que le film, notamment dans ce qu’il tente de raconter de la maladie (un cancer du sein), a l’intelligence de jouer sur des effets de télescopage entre actrice et personnage.</p>
<p>Ce personnage, c’est Maxine Walker, artiste américaine appelée à Paris pour réaliser une œuvre de commande lors d’une Fashion Week<em>. </em>Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer grave, tout ce qu’elle a entrepris professionnellement bascule du côté de la vanité, jusqu’à son œuvre elle-même, anéantie par un violent orage dans la séquence finale. Il faut y voir bien sûr une sorte de morale&nbsp;(la mode n’est que poussière qui retournera à la poussière), mais la façon dont la séquence capte la lente et triste déambulation d’Angelina Jolie au milieu du désastre retient l’attention. Bien plus que les deux autres personnages féminins du film (une maquilleuse écrivant un roman et une jeune modèle sud-soudanaise), c’est la star qui intéresse la réalisatrice et c’est d’ailleurs elle – et elle seule – qui interagit avec les deux acteurs français principaux. Le premier (Louis Garrel) joue le rôle d’un chef opérateur&nbsp;qui couche avec Maxine dans des scènes étrangement désérotisées, où l’on devine l’usage de doublures. Le second (Vincent Lindon) est un oncologue agacé par les dénégations de sa patiente qui finit par la confronter à la réalité brutale des traitements, lui conseillant de s’acheter une tondeuse afin d’anticiper les ravages de la chimiothérapie. Dans les deux cas, le visage Angelina Jolie reste neutre, imperturbable, comme si ni le sexe, ni la mort ne la concernaient, alors même que le film ne cesse de résonner avec son histoire intime, qui nourrit un mélodrame médical.</p>
<p>L’actrice opte de ce point de vue pour une partition étonnante. Elle joue moins la femme malade que la revenante –moins celle qui veut survivre que celle qui est déjà morte. Son registre ne relève ni de l’<em>acting</em> hollywoodien, ni du jeu psychologique et impressionniste à la française&nbsp;: &nbsp;Maxine reste toujours celle qui ne «&nbsp;<em>comprend pas&nbsp;</em>» (cf. la réplique que lui adresse l’oncologue) et ne vit pas les choses de l’intérieur, pas même la nouvelle de son cancer, qui glisse sur elle comme les caresses de son amant. Dans un entretien récent, Angelina Jolie insistait sur le fait d’avoir «&nbsp;<em>vécu</em> » dans sa chair la maladie de son personnage (elle a subi, en 2013, une double mammectomie) ; elle disait aussi avoir apprécié le tournage en France, « <em>loin du vernis hollywoodien</em>&nbsp;». C’est pourtant ce qu’il reste de ce vernis, même craquelé, qui fait l’intérêt de <em>Coutures,</em> film par ailleurs très plat dans son approche réaliste de la mode, se contentant bien souvent de pointer des faits sociaux déjà connus de tous (sur l’exploitation des filles, notamment) dans une mise en scène impersonnelle. À l’opposé de cette chronique et presque contre le film lui-même, l’actrice américaine livre une performance qui n’est pas sans rappeler celle de <em>By the Sea,</em> autofiction où elle incarnait déjà un personnage <em>border</em> confiné dans une chambre d’hôtel et assistant, avec un mélange d’impuissance et de délectation, à la décomposition de son couple. Le goût de Maxine pour le fantastique et les histoires de vampires n’apparaît pas dans cette perspective comme un élément anecdotique du scénario&nbsp;; il donne le «&nbsp;la&nbsp;» d’une composition blanche et statique qui semble se construire sur les décombres des films d’action ayant fait la popularité de l’actrice américaine au début des années 2000 (<em>Lara Croft</em>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mr-mrs-smith/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mr and Mrs Smith</em></a>). À cause d’Angelina Jolie, le monde du luxe devient donc dans <em>Coutures</em> une expérience de l’étrangeté, qui dessine le portrait d’un vampire perdu dans la Fashion Week comme au milieu d’une foire de vanités. Ce qui en fait un film sachant, au moins, pourquoi il a choisi son actrice.</p>
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		<title>Marty Supreme</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le générique de début de Marty Supreme consiste en une animation numérique figurant la course de spermatozoïdes alors que Marty Mauser (Timothée Chalamet), pongiste surdoué, et son amante, Rachel (Odessa A’Zion), viennent de faire l’amour....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" title="Read  Marty Supreme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Le générique de début de <em>Marty Supreme</em> consiste en une animation numérique figurant la course de spermatozoïdes alors que Marty Mauser (Timothée Chalamet), pongiste surdoué, et son amante, Rachel (Odessa A’Zion), viennent de faire l’amour. À l’issue de la séquence, un fondu transforme l’ovule en balle de ping-pong, rappelant l’étrange association entre l’éclat d’un diamant et une coloscopie dans l’ouverture d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/uncut-gems/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Uncut Gems</em></a>. La transition synthétise l’enjeu du film à venir (la course vers le succès, mais aussi la naissance d’un enfant), tandis que la reprise de « Forever Young » d’Alphaville qui rythme cette séquence peut être comprise de façon hyperbolique : Marty Mauser (Timothée Chalamet) ne fait que rejouer par le sport cette lutte originelle de l’individu pour sa survie. D’abord vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise pour gagner assez d’argent en vue d’un tournoi de ping-pong à Londres, il fait preuve dès le début du film d’une certaine débrouillardise et d’un penchant pour la manipulation. Capable tour à tour d’entourlouper ses clientes ou de s’improviser braqueur d’un soir, Marty jongle entre les rôles et les situations, porté par le corps agile et nerveux de Timothée Chalamet. La mise en scène véloce de Josh Safdie, pourtant délestée des mouvements heurtés de caméra à l’épaule qui caractérisaient les films coréalisés avec son frère, condense dans la première demi-heure les enjeux narratifs en gardant un coup d’avance sur le spectateur. Elle se fait dès lors l’écrin d’une maîtrise rythmique qui est d’abord celle de son personnage : son habileté fait de lui conjointement un magicien (cf. une séquence très drôle impliquant de faire apparaître une pomme) et un metteur en scène, conscient de sa capacité à tenir un public en haleine. Lors de la demi-finale du championnat au Royaume-Uni, il transforme par exemple avec la complicité de son adversaire la performance sportive en spectacle, destiné non seulement à divertir l’assistance, mais aussi à séduire Kay Stone (Gwyneth Paltrow), une célèbre comédienne mariée à Rockwell, un riche entrepreneur avec lequel Marty nouera un pacte faustien (Kevin O’Leary, homme d’affaires surtout connu aux États-Unis pour sa participation à l’émission de téléréalité Shark Tank).</p>
<p>Si cette première demi-heure a des allures scorsesiennes, Safdie infléchit rapidement sa mise en scène pour convertir la vitesse en énergie du désespoir. La vélocité du film se retourne alors contre son protagoniste, prisonnier de réactions en chaîne incontrôlables : la maîtrise initiale se révèle illusoire et se mue en cauchemar. À partir du retour du personnage à New York, le chaos devient le véritable moteur du film, Marty étant rattrapé par les conséquences de ses actions. Même les moments de pause n’en sont pas : après une course frénétique, ce qui s’apparente à une accalmie dans une chambre d’hôtel bascule brusquement lorsque le sol s’effondre sous le poids de Marty, relançant une nouvelle fois le rythme infernal. Ce segment est sans doute le plus convaincant du film : l’enchaînement des événements obéit à une logique de continuité qui vire peu à peu au désastre, engendrant des débordements presque excessifs (ici, une fracture du bras très graphique ; là, une course dans un champ de maïs). Par la suite, les dommages collatéraux se révèlent tout aussi dramatiques, mais s’éparpillent dans une narration plus épisodique nourrissant parfois l’impression de redites et d’un certain systématisme narratif – l’effet boule de neige du récit, qui donne aux mésaventures de Marty des accents de malédiction. Si les plus belles trouvailles plastiques de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-time-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Good Time</em></a> ou d’<em>Uncut Gems</em> reposaient sur un art de la dilatation temporelle, permettant aux situations de se creuser de l’intérieur dans une escalade tragique, la durée de <em>Marty Supreme</em> mise davantage sur l’accumulation de péripéties, plus ou moins déliées les unes des autres, au risque de diluer le sentiment de fièvre et d’urgence.</p>
<h2>Fall and fall</h2>
<p>Malgré ces limites, le film tire néanmoins son épingle du jeu par sa façon assez originale de détourner les codes du <em>rise and fall</em>, qui voit un personnage de basse extraction gravir progressivement les échelons vers la fortune et la renommée. Ici, quelque chose cloche d’emblée : Marty affirme déjà être au sommet de la gloire au bout de vingt minutes, sans que sa confiance en lui soit réellement justifiée par ce qu’on a entraperçu du personnage jusqu’à présent. Chalamet s’en donne à cœur joie dans ce rôle de cabot pétri d’orgueil, trop sûr de son charme et de son succès, aussi bien dans ses mimiques et sorties provocantes face aux journalistes que dans la violence avec laquelle il rabroue Rockwell. Tout se passe comme si Marty se prenait pour un personnage de Scorsese, sans comprendre qu’il évolue en vérité dans un film d’Abel Ferrara (lequel joue d’ailleurs un second rôle important). Telle est sa méprise : la réussite individuelle ne promet aucune ascension, mais ne fait qu’ouvrir un gouffre toujours plus profond. Tout au long du film, Safdie fait cohabiter, dans la continuité d’une même séquence, le <em>rise</em> et le <em>fall</em>, reconfigurant ainsi le soubassement idéologique de cette dynamique icarienne. Le héros a à peine le temps de jouir de ses quelques victoires qu’elles lui sont immédiatement confisquées : après avoir remporté un petit pactole suite à un tournoi de ping-pong amateur, il est aussitôt rattrapé par ses adversaires ; plus littéralement encore, la police interrompt Marty et Kay en train de faire l’amour dans Central Park, avant de lui retirer le collier en diamant qu’elle venait de lui offrir et qui aurait pu lui permettre d’éponger ses dettes.</p>
<p>Plus qu’une simple stratégie narrative, cette mécanique déplace l’horizon du récit pour en tirer la peinture d’un monde dont l’instabilité découle du capitalisme sauvage qui le régit. Une élévation sociale suppose des points d’appui solides, or le sol est ici toujours susceptible de se dérober sous les pieds de Marty. Si Safdie s’intéresse au ping-pong, c’est peut-être que le milieu du sport professionnel, plus qu’aucun autre, martèle que le talent individuel suffit à se hisser au sommet – un mythe américain assez proche de celui du <em>self-made man</em>, que <em>Marty Supreme</em> s’emploie à démonter. L’individualisme de Marty prend, à partir de là, un nouveau sens : il n’est pas seulement mu par son ego, mais relève aussi d’un pragmatisme social – petit juif d’origine modeste brillant dans un sport qui n’est guère alors connu dans son pays natal, il reste de bout en bout un outsider. De manière plus ambivalente qu’attendu, son idéalisme ne se fond pas complètement dans les valeurs capitalistes de gloire et de richesse : le film montre son protagoniste ruser et truander tout au long du récit, quitte à trahir et à abandonner ses proches, sans que l’appât du gain ne constitue toutefois sa véritable finalité. Le climax final vaut ainsi comme rachat du personnage, au moment où Marty doit affronter son rival japonais dans un match truqué par Rockwell. Alors qu’il refuse une nouvelle humiliation imposée par le millionnaire en invitant son adversaire à jouer la partie loyalement, il sacrifie sa carrière au nom d’un certain idéal éthique : le temps d’une rencontre, le sport cesse d’être instrumentalisé par les puissants pour devenir un terrain de jeu équitable, où la compétition oppose cette fois-ci deux adversaires à armes égales.</p>
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		<title>Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/" title="Read  Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: la question de l’érotisation du corps masculin dans deux films signés Jean Genet et Gregg Araki.</em></p>
<p>En découvrant <em>Pillion </em>de Harry Lighton (qui sortira le 4 mars) la semaine dernière, j’ai été frappé par l’intensité érotique de la présence d’Alexander Skarsgård, troublé par son corps de statue grecque, intrigué par le contraste entre son attitude détachée exprimant une masculinité sûre d’elle-même et une fragilité souterraine trahie par l’expressivité de son regard – ce qui m’a ramené à la conclusion <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de ma précédente chronique</a>, dans laquelle j’évoquais la très <em>hot </em>série canadienne <em>Heated Rivalry</em>. La réflexion sur les représentations du genre et de la sexualité en France est encore tellement hantée par le spectre exsangue du <em>male gaze </em>que l’on ressent souvent, je trouve, une forme de gêne à parler ouvertement du désir que l’on éprouve pour les figures à l’écran. Comme s’il y avait quelque chose de nécessairement suspect, soit en nous-mêmes, soit dans les images qui suscitent notre émoi&nbsp;– tout du moins quand celles-ci ne correspondent pas à l’idée que l’on se fait d’une sexualité «&nbsp;saine&nbsp;».</p>
<p><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/de-la-guerre-entre-feministes-et-cinephiles-en-general-et-diris-brey-en-particulier/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Il y a quelques années</a>, en découvrant <em>Le Regard féminin</em>, qui a joué un rôle décisif dans la popularisation en France du <em>male gaze </em>conceptualisé par Laura Mulvey, j’avais été frappé par un passage du livre dans lequel Iris Brey évoque brièvement une catégorie intermédiaire entre ce dernier et le <em>female gaze </em>qu’elle défend dans son essai. Elle exprime un jugement critique sur ce qu’elle baptise le <em>male gaze queer&nbsp;</em>: «&nbsp;<em>Voir une scène de sexe avec deux personnes du même sexe, ou avec une personne gay et une hétéro, trouble nos représentations hétéronormatives. Mais même si cette représentation remet en cause l’ordre patriarcal, la manière dont ces scènes sont tournées repose sur les codes du </em>male gaze<em> et l’objectification des corps pour les désirer</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_560_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_1" class="footnote_tooltip"> Iris Brey, <em>Le Regard féminin&nbsp;: Une révolution à l’écran</em>, Paris, Éditions de l’Olivier, 2020, p. 171. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_560_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.</em> » Elle analyse ensuite plusieurs séquences en leur reprochant d’avoir recours à des dispositifs de mise en scène voyeuristes ou fétichistes, semblables à ceux que décrivait Laura Mulvey dans son essai séminal, « Plaisir visuel et cinéma narratif<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_560_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_2" class="footnote_tooltip"> Laura Mulvey, « Plaisir visuel et cinéma narratif », dans <em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie,</em> traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Florent Lahache et Marlène Monteiro, Sesto San Giovanni, Éditions Mimésis, 2017, p. 33–51.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_560_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Il me semble qu’il y a là un certain déplacement par rapport à la pensée de l’autrice britannique. Mulvey s’intéressait à une certaine tendance du cinéma classique hollywoodien qui reléguait les femmes (et seulement elles) au statut d’objets passifs de fascination, suspendant le cours du récit dans des moments de contemplation érotique où elles étaient données en spectacle pour les personnages masculins et pour les spectateurs. Elle y dénonçait avant tout une économie visuelle et narrative dans laquelle les femmes (et encore une fois : seulement elles) n’étaient jamais véritablement constituées comme sujets pensants et agissants<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_560_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_3" class="footnote_tooltip">Évidemment, ce n’était pas le cas de tous les films classiques hollywoodiens, comme Mulvey l’a rappelé dans certains des très beaux textes qu’elle a consacrés au mélodrame.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_560_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mulvey n’utilisait du reste pas les termes de « voyeurisme » ou de « fétichisme » dans leur sens courant, mais dans leur acception freudienne, soit comme des stratégies de l’inconscient masculin pour contrebalancer l’angoisse de castration. En déduire que tout dispositif voyeuriste ou fétichiste au cinéma est problématique dans l’absolu (quel que soit le genre, la classe, l’ethnicité ou l’orientation sexuelle de la personne qui regarde et de celle qui est regardée), ou qu’érotiser un·e acteur·rice avec son consentement, c’est nécessairement en faire un « objet » et le/la dégrader, me semble dangereusement normatif. Il est évidemment important d’encourager les cinéastes à développer d’autres stratégies de mise en scène du corps et de la sexualité, mais je ne suis pas certain qu’il faille pour autant condamner certains fantasmes ou les dispositifs qui les mettent en jeu.</p>
<p>Si l’érotisation du corps féminin (chaste à l’époque du code Hays, moins ensuite) a pour ainsi dire pignon sur rue depuis longtemps, l’exhibition du corps masculin a longtemps été contrariée par des conventions visuelles et narratives tendant à limiter son impact érotique, comme l’ont entre autres discuté <a href="https://journals.openedition.org/ges/896" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Steve Neale</a> ou Yvonne Tasker<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_560('footnote_plugin_reference_331598_560_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_560_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_4" class="footnote_tooltip">Yvonne Tasker, <em>Spectacular Bodies: Gender, Genre, and the Action Cinema</em>, Londres, Routledge, 1993.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_560_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_560_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> (par exemple le fait qu’il soit exhibé dans des situations où il est confronté à la souffrance, voire à la torture). Quant à la représentation de la sexualité gay, elle a constitué un tabou figuratif scellé par le joug de la censure, ce qui donnait donc une force doublement transgressive à sa figuration explicite dans le cinéma d’avant-garde. Un exemple canonique et durablement influent (de <em>Querelle </em>de Fassbinder à <em>Poison </em>de Todd Haynes) est <a href="https://www.dailymotion.com/video/x5n2pa5" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un chant d’amour</em></a> de Jean Genet (1950), censuré dans plusieurs pays pendant des décennies. Le film se déroule dans une prison où un gardien voyeur observe les jeux érotiques des détenus dans leurs cellules, jusqu’à jalouser l’intimité nouée entre deux d’entre eux à travers le mur séparant leurs cellules respectives. Cette œuvre d’une sensualité ahurissante repose précisément sur des dispositifs voyeuristes (les raccords regards alternant l’œil du maton qui surveille les prisonniers et le spectacle érotique donné par ces derniers), exhibitionnistes (les détenus se masturbant face à la caméra) et fétichistes (la paille, la cigarette ou l’arme à feu comme substituts phalliques, les gros plans sur la chaussette trouée ôtée par l’un des protagonistes ou sur son avant-bras musclé, les compositions abstraites des corps des deux amants réunis en imagination). L’impuissance du gardien à briser par la violence l’attirance entre les deux prisonniers donne narrativement au film une indéniable force politique, mais celle-ci vient aussi directement de l’érotisation décomplexée du corps masculin et de la monstration explicite du sexe entre hommes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331600 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg" alt width="1288" height="1054" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg 1288w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-300x245.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-1024x838.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-768x628.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-980x802.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1288px) 100vw, 1288px"></a>
<p>Peu de films au cinéma m’ont aussi durablement marqué par leur puissance érotique, si ce n’est peut-être <em>The Doom Generation </em>de Gregg Araki (<a href="http://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">encore lui</a>&nbsp;!)&nbsp;– notamment cette scène dans laquelle Xavier (Jonhathon Schaech) se masturbe en observant Amy (Rose McGowan) et Jordan (James Duval) faire l’amour dans la baignoire par la porte entrebâillée de la salle de bains. De manière traditionnelle, Araki alterne champs-contrechamps entre l’œil du voyeur et le couple qu’il observe, mais il fragmente aussi le corps de Xavier de manière fétichiste, s’attardant sur sa main qui caresse l’anneau qu’il porte au téton, ou sur sa bouche entrouverte au moment où il jouit. Après l’orgasme, le personnage lèche ensuite goulument le sperme visqueux répandu sur ses doigts. Je ne parviens pas à mettre exactement le doigt sur ce qui me trouble dans cette séquence, mais je crois que quelque chose se joue dans la conjonction du dispositif voyeuriste de la scène, de l’érotisation homoérotique du voyeur et du caractère obscène de son geste final.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331601 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg" alt width="1935" height="2104" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg 1935w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-276x300.jpg 276w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-942x1024.jpg 942w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-768x835.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-1413x1536.jpg 1413w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-1883x2048.jpg 1883w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-980x1066.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1935px) 100vw, 1935px"></a>
<p>Évidemment, dans la vie, c’est mal d’observer nos amis en train de baiser sans leur consentement ; mais filmer cette transgression est-il nécessairement douteux ou déplacé ? Le spectateur qui prend plaisir à la contemplation de cette scène n’a pas pour autant vocation à l’imiter dans la réalité. L’impact érotique de tels dispositifs tient du reste directement de la nature même du spectacle cinématographique, comme le rappelait déjà Mulvey : il naît de la mise en abyme de notre expérience de spectateur de cinéma voyeur, contemplant des figures humaines dans l’obscurité d’une salle, en leur absence et (dans les conventions rhétoriques du cinéma narratif, attentif à respecter la convention du quatrième mur) à leur insu. Par ailleurs, la séquence a indubitablement un caractère subversif en regard des conventions érotiques du cinéma grand public : non seulement elle trouble la bipartition homme-femme/regardant-regardée qui caractérise traditionnellement le <em>male gaze </em>en introduisant un tiers bisexuel, mais c’est ce dernier qui se retrouve <em>in fine</em> le plus érotisé par la mise en scène. Le désir suscité pour les protagonistes n’empêche en outre aucun d’entre eux d’exister dans le film en tant que sujets agissants et désirants&nbsp;; je ne vois donc pas en quoi ce <em>gaze</em>-là serait réducteur ou dégradant, à moins d’adopter une posture moralisatrice sur ce qu’il est légitime ou non de montrer et de désirer. Si l’érotisation désormais assumée des stars masculines dans des productions destinées au grand public, comme <em>Pillion </em>ou <em>Heated Rivalry,</em> pose néanmoins question, c’est peut-être parce qu’elle révèle qu’elle n’a plus le même caractère transgressif ou subversif qu’autrefois. C’était déjà la conclusion de ma précédente chronique : on peut se réjouir que les tabous de l’érotisation du corps masculin ou de la représentation explicite de la sexualité gay soient dorénavant (dans une certaine mesure) levés ; mais cette normalisation souhaitable s’accompagne aussi d’une dilution de ce qui constituait la portée critique et contestataire des œuvres de Genet et d’Araki.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331598_560();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331598_560();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331598_560">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331598_560" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_560('footnote_plugin_tooltip_331598_560_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_560_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Iris Brey, <em>Le Regard féminin&nbsp;: Une révolution à l’écran</em>, Paris, Éditions de l’Olivier, 2020, p. 171. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_560('footnote_plugin_tooltip_331598_560_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_560_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Laura Mulvey, « Plaisir visuel et cinéma narratif », dans <em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie,</em> traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Florent Lahache et Marlène Monteiro, Sesto San Giovanni, Éditions Mimésis, 2017, p. 33–51.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_560('footnote_plugin_tooltip_331598_560_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_560_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Évidemment, ce n’était pas le cas de tous les films classiques hollywoodiens, comme Mulvey l’a rappelé dans certains des très beaux textes qu’elle a consacrés au mélodrame.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_560('footnote_plugin_tooltip_331598_560_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_560_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Yvonne Tasker, <em>Spectacular Bodies: Gender, Genre, and the Action Cinema</em>, Londres, Routledge, 1993.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331598_560() { jQuery('#footnote_references_container_331598_560').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331598_560').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331598_560() { jQuery('#footnote_references_container_331598_560').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331598_560').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331598_560() { if (jQuery('#footnote_references_container_331598_560').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331598_560(); } else { footnote_collapse_reference_container_331598_560(); } } function footnote_moveToReference_331598_560(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331598_560(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331598_560(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331598_560(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/">Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Le Mystérieux regard du flamant rose</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mysterieux-regard-du-flamant-rose-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La trame du premier long-métrage de Diego Céspedes a de quoi surprendre : à l’orée des années 1980, dans un coin désertique au nord du Chili, une petite communauté d’individus transgenre se meurt dans un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mysterieux-regard-du-flamant-rose-2/" title="Read  Le Mystérieux regard du flamant rose">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La trame du premier long-métrage de Diego Céspedes a de quoi surprendre : à l’orée des années 1980, dans un coin désertique au nord du Chili, une petite communauté d’individus transgenre se meurt dans un cabaret tombé en désuétude à cause de la peste (en réalité : du Sida). Situé aux abords d’un village minier sinistré, ce lieu reculé et poussiéreux, baptisé la « Maison », devient au fil d’événements dramatiques celui d’une résistance tenace (aux préjugés, aux regards accusateurs des mineurs et à la mort). Au sein de cette famille queer réinventée vit Lidia, une fille de onze ans rongée par la vengeance (au début du film, un amant malade tabasse Flamant Rose, la « maman » d’adoption qui l’a prise sous son aile), autour duquel s’agence le récit. Céspedes s’attache toutefois moins à cet horizon des représailles qu’à la trajectoire mouvementée de ce jeune personnage, en épousant sa sensibilité, voire son regard (plutôt que celui de Flamenco, comme le titre le laissait pourtant entendre).</p>
<p>Sa course effrénée ouvre et referme d’ailleurs le film : course en avant, d’abord, de celle bravant l’adversité d’un vent tempétueux ; course en arrière, à la toute fin, quand sortie de son sommeil, Lidia s’échappe subitement du véhicule qui l’éloignait de la « Maison » pour revenir sur ses pas, dans un ultime sursaut sans lendemain. Œuvrant dans le sillage de ce beau personnage insaisissable, <em>Le Mystérieux regard du flamant rose</em> zigzague entre les écueils de l’exubérance et de la noirceur, emmêle les échappées poétiques et les considérations plus terre à terre. Si l’on peut saluer la justesse avec laquelle Céspedes filme ses «&nbsp;<em>pestiférées</em> », on peut en revanche regretter l’arborescence d’un récit qui se disperse volontiers sans forcément convaincre de la nécessité de toutes ses orientations (en particulier psychologiques). D’autant que derrière l’outrance parfois affichée, la mesure prime : pas un plan n’imprègne durablement la rétine. Il y a plus détestable que cette discipline à faire beau et bien, à surjouer le fantasque, surtout s’agissant d’un premier long-métrage, mais on espère un panache formel plus assumé pour le suivant.</p>
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		<item>
		<title>Maigret et le Mort amoureux</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maigret-et-le-mort-amoureux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille Bouthors]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Choisir une enquête atypique du commissaire Maigret, située dans les hautes sphères de l’aristocratie parisienne, en transposer l’intrigue au début du XXIe siècle et confier le rôle-titre à Denis Podalydès : toutes les conditions de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maigret-et-le-mort-amoureux/" title="Read  Maigret et le Mort amoureux">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Choisir une enquête atypique du commissaire Maigret, située dans les hautes sphères de l’aristocratie parisienne, en transposer l’intrigue au début du XXIe siècle et confier le rôle-titre à Denis Podalydès : toutes les conditions de l’effet de surprise semblent réunies au départ de ce nouveau film de Pascal Bonitzer, adapté de Georges Simenon. Malheureusement, cette impression de fraîcheur s’évanouit dès les premiers plans, qui montrent le protagoniste nettoyant sa pipe dans les locaux dépouillés de la PJ. Au fond de la pièce, deux ou trois policiers sont disposés en attendant de servir à quelque chose, et Manuel Guillot (qui joue le rôle du commandant Janvier) regarde par la fenêtre comme s’il voulait s’échapper ; on se demande qui est ce petit homme assis au bureau, qui prononce des phrases conventionnelles du genre : « <em>les affaires sont calmes, aujourd’hui</em> ».</p>
<p>On sait que les romans de Simenon sont toujours un peu ennuyeux ou, ce qui n’est pas exactement la même chose, que l’ennui fait partie de leur projet : absence radicale d’action, refus de l’énigme, univers placide de gestes répétés (la cuisine de Madame Maigret…), seul un lien ténu nous attache à ces récits qui semblent toujours près de sombrer dans l’indifférence. Le style de l’auteur est à l’image de cette ténuité, dépouillé et plein de trous où l’imagination s’engouffre pour compléter la description des lieux et des personnages. C’est cet art de la suggestion qui constitue, plus encore que la réalité dépeinte, la fameuse « atmosphère » simenonienne. Patrice Leconte avait poussé l’idée dans ses retranchements, en construisant <em>Maigret et la Jeune Morte</em> comme un vaste tombeau vide autour de la silhouette massive de son héros. Au milieu d’acteurs falots et de décors fabriqués, Depardieu se fondait à son tour dans l’obscurité et la brume, comme pour interdire toute suite à la carrière du commissaire. Effectivement, ce côté définitif avait de quoi agacer. Et on se réjouissait de voir Denis Podalydès ramasser avec douceur, comme si de rien n’était, la célèbre pipe et le célèbre chapeau. Qu’est-ce qui empêchait ce Maigret-là de casser la généalogie des monstres sacrés pour faire le portrait à la Magritte du héros en homme invisible ? Cette dimension, après tout, existait aussi chez Simenon. Et peu de cinéastes (la télévision y est mieux arrivée) ont osé faire du personnage ce qu’il est pourtant en un sens : un creux au centre de l’intrigue, une caisse de résonance pour la parole des autres, innocents et coupables, dont l’enquête ne vise qu’à révéler un peu de chair nue.</p>
<p>Problème : soit Bonitzer a horreur du vide, soit sa mise en scène échoue radicalement à le faire exister. On pencherait pour un mixte des deux hypothèses, à voir ces longues séquences de dialogue où le texte de Simenon — que le cinéaste semble avoir voulu abstraire, comme pour lui donner une résonance indépendante — paraît brusquement si plein, si pesant, si dépourvu de ces respirations qui le constituent en propre. Des comédiens, qui s’efforcent de tirer leur épingle du jeu en récitant leurs répliques sur un ton un peu personnel, Anne Alvaro est encore celle qui s’en sort le moins mal, dans un registre démesuré de tragédienne du XVIIe siècle. Tout aussi décourageants sont les efforts du cinéaste pour réincarner son <em>Mort amoureux</em>, en intercalant entre deux tirades d’insistantes références à la nourriture : avec tant de choses à dire, comment voulez-vous que la bouche des comédiens ait le temps de mâcher quoi que ce soit ? L’aspect contemporain de l’intrigue réduit à des notations anecdotiques, l’épaisseur vériste du décor à quelques plans de Paris sale et un grand nombre de livres au mur, on se demande si le caractère bizarroïde et extrêmement rebutant de l’ensemble constitue le symptôme de quelque chose qui devrait encore exciter notre curiosité. Et puis non : on lâche prise.</p>
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		<title>Canto due d’Abdellatif Kechiche</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/canto-due-dabdellatif-kechiche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Feb 2026 13:51:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>…</p>
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		<item>
		<title>Ella McCay de James L. Brooks</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/ella-mccay-de-james-l-brooks/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2026 14:06:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À quoi tient la magie du cinéma de James L. Brooks ?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À quoi tient la magie du cinéma de James L. Brooks ?</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Love Is Strange</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 13:37:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 23 février à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg pour découvrir ou redécouvrir Love Is Strange, le plus beau film d’Ira Sachs. La projection sera suivie d’une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/" title="Read  Ciné-club Critikat : Love Is Strange">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2197879-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 23 février à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> pour découvrir ou redécouvrir <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Love Is Strange</em></a>, le plus beau film d’Ira Sachs. La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Josué Morel.</p>
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		<title>Aucun autre choix</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aucun-autre-choix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:31:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aucun autre choix s’ouvre sur une possible figuration du paradis dans l’imaginaire capitaliste contemporain : une large propriété à l’architecture géométrique, nichée dans les bois et dotée d’un jardin soigneusement entretenu. On découvre dans ce...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aucun-autre-choix/" title="Read  Aucun autre choix">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Aucun autre choix </em>s’ouvre sur une possible figuration du paradis dans l’imaginaire capitaliste contemporain : une large propriété à l’architecture géométrique, nichée dans les bois et dotée d’un jardin soigneusement entretenu. On découvre dans ce dernier Yoo Ma-soo, père de famille, sa femme Mi-ri, son fils et sa fille, tous réunis pour un barbecue. Très vite, l’accumulation de détails enchanteurs surligne la douceur autant qu’elle en connote l’artificialité. Sous le soleil à son zénith, dont l’éclat est retouché numériquement, les pétales d’une rangée d’arbres roses tombent délicatement sur le gazon tondu, tandis que retentit le concerto pour piano n°23 de Mozart. Alors que la scène touche à sa fin, Yoo Man-soo demande à sa tribu – ou plutôt leur ordonne – de le rejoindre pour un câlin collectif d’une petite minute. Décomptant les secondes une à une, le personnage presse sa femme, son fils et sa fille contre lui, qui se retrouvent littéralement écrasés les uns contre les autres ; soixante secondes d’intimité fabriquée que soulignent deux effets en particulier. D’une part, la couleur du ciel, dont la lumière éclatante tourne brusquement au bleu, voire au violet ; d’autre part, un fondu enchaîné qui superpose la petite troupe avec le cœur d’une centrifugeuse. Park Chan-wook s’est souvent amusé de la duplicité ou de l’artificialité des relations humaines ; ce raccord fait de la maisonnée une construction comme les autres.</p>
<p>Cette peinture des structures sociales figurées comme factices ou surjouées est encore affinée dans la scène suivante. Le père est cette fois placé devant une autre petite famille : ses employés. Face à eux, il répète un argumentaire appris par cœur visant à convaincre les nouveaux dirigeants américains de Solar Paper, entreprise de fabrication de papier, de ne pas procéder aux licenciements massifs prévus après une récente fusion-acquisition – derrière lui, préfigurant les coupes budgétaires, un camion empile des troncs d’arbres abattus par dizaines. Évidemment, Yoo Man-soo sera remballé en un coup de vent par l’Américain qui lui répond spontanément, sur le mode du réflexe, une déclinaison du célèbre adage tatchérien « TNA » («&nbsp;<em>There is no alternative</em>&nbsp;»)&nbsp;: «&nbsp;<em>I’m sorry, there’s no other choice</em> ». Cette formule devient rapidement le mantra de tous les personnages, répété à la fois pour se convaincre des décisions extrêmes qu’ils prennent et pour s’en dédouaner. Lors de séquences assez cocasses, Yoo Man-soo ira même jusqu’à prendre part à des cessions géantes de motivation, durant lesquelles des dizaines d’hommes licenciés hurlent des slogans en se tapotant compulsivement les tempes : « <em>Dans trois mois, je trouverai un emploi&nbsp;!</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>Je pourrai subvenir aux besoins de ma famille&nbsp;!</em>», «&nbsp;<em>Je renaîtrai !</em> ». Ainsi, semble nous dire le cinéaste, non seulement les structures capitalistes sont des simulacres, mais elles reposent sur un phénomène d’auto-persuasion aux allures de psychose généralisée, postulant qu’il n’existerait aucune autre voie possible.</p>
<h2>De la contamination à la boulimie</h2>
<p>On a souvent pu déplorer l’écart entre les circonvolutions mélodramatiques chères à Park Chan-wook et le caractère assez désincarné, voire frigide, de ses personnages. Si <em>Aucun autre choix</em> séduit davantage que les derniers films du cinéaste, c’est que son récit en entonnoir, l’aliénation des protagonistes et leur devenir quasi mécanique s’accordent assez bien à la logique de fluidité et d’enchaînement qui définit la mise en scène. Car loin de vouloir entraver le mouvement de la machine capitaliste, Park Chan-wook semble au contraire graisser ses rouages ou épouser sa frénésie pour accentuer sa dimension implacable. À ce titre, les plus belles trouvailles se nichent dans des jeux de transitions et d’échos d’une scène à l’autre. Un claquement de doigts permet d’allumer un briquet, un rayon lumineux se répercute dans le plan suivant, un gros plan sur des tempes qu’on martèle entraîne le mal de tête du personnage dans la scène d’après, etc. Le montage travaille de la sorte une forme de continuité exacerbée, pour signifier la contagion de la logique capitaliste dans l’ensemble des strates auscultées. Tout au long du film, Park Chan-wook s’amuse à amalgamer les personnages, les lieux ou les situations par des effets de superposition (fondus, <em>split-screens</em>, surimpressions), dessinant un monde où en tout endroit, à tout instant, rien n’échappe aux mailles du système.</p>
<p>Mais le bât blesse quand, au-delà de cette dynamique, les situations sont dépliées : si le film regorge de transitions ingénieuses, il semble moins inspiré lorsque les scènes devraient prendre, individuellement, leur élan. Les effets se font alors plus grossiers : toujours dans l’esprit de contamination ludique qu’explore le film – telle cette surimpression furtive du visage de Yoo Man-soo sur le front de l’homme qu’il s’apprête à tuer –, la caméra effectue parfois des travellings brusques d’un personnage à l’autre pour surjouer une tension, ou des zooms appuyés sur les visages pour en signifier l’affliction. Le climax, qui confronte Yoo Man-soo à un riche entrepreneur autour d’une conversation alcoolisée, est en ce sens éloquent. La séquence, qui s’étend sur une dizaine de minutes (l’une des plus longues du film), est émaillée d’effets en tout genre – travellings sur les verres qui s’échangent, cadre renversé pour suivre un cul sec, plan capté de l’intérieur de la pinte –, qui ne sont là que pour muscler la dynamique du suspense, à défaut de savoir la construire patiemment. La mise en scène revêt alors une dimension plus volontariste et empesée, à rebours de l’élasticité du montage.</p>
<p>D’où un film stimulant surtout localement, et beaucoup moins lorsqu’il observe ses automates se débattre les uns contre les autres. Cette boulimie visuelle donne parfois l’impression d’une machine qui tourne à vide : l’important tient moins dans les scènes que dans les raccords astucieux que ménage le cinéaste pour les relier. Au risque d’arriver à une forme de paradoxe ironique : <em>Aucun autre choix</em> obéit lui aussi à un principe de «&nbsp;fusion-acquisition&nbsp;» propre aux groupes capitalistes qu’il peinturlure&nbsp;; comme eux, à force de vouloir agglomérer, il finit par devenir obèse.</p>
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		<title>Retour à Silent Hill</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-a-silent-hill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:31:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Silent Hill (2006), déjà réalisé par Christophe Gans, est souvent présenté comme l’une des rares adaptations réussies de jeu vidéo. On peut en effet lui reconnaître, en dépit de ses défauts, sa restitution méticuleuse de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-a-silent-hill/" title="Read  Retour à Silent Hill">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silent-hill/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Silent Hill </em></a>(2006), déjà réalisé par Christophe Gans, est souvent présenté comme l’une des rares adaptations réussies de jeu vidéo. On peut en effet lui reconnaître, en dépit de ses défauts, sa restitution méticuleuse de l’ambiance si particulière du matériau original. Le projet d’adaptation de <em>Silent Hill 2</em>, annoncé en grande pompe par le studio Konami en 2022, s’est par conséquent retrouvé dès le départ prisonnier d’une double injonction de loyauté : envers le jeu (d’autant plus que ce deuxième épisode est considéré comme le meilleur de la série), mais aussi envers le premier film, dont il devait assurer la relève.</p>
<p>Mais dès l’ouverture, Christophe Gans prend ses distances avec <em>Silent Hill 2</em>. La première scène du jeu offrait pourtant une exposition facilement transposable au grand écran : James, de dos sur un parking vide, y relisait une lettre écrite par sa femme morte Mary, lui demandant de la rejoindre dans la fameuse petite ville américaine. La brume, la musique, la solitude de James… tout concourrait à introduire avec tristesse ce que l’on pourrait résumer comme une variation horrifique du mythe d’Orphée et d’Eurydice. Il y a donc de quoi être surpris en découvrant ici un James en pleine forme, lunettes de soleil sur le nez et joint aux lèvres, à bord d’une voiture de sport. On retrouve certes par la suite la situation décrite plus haut, mais cette première scène, qui s’avère être un flashback, illustre immédiatement une fausse bonne idée de Gans : alterner entre le passé de James et son errance dans la ville abandonnée. Cette construction permet sans doute de filmer davantage le personnage de Mary, qui apparaissait peu dans le jeu, et ainsi de « <em>la voir vivre</em>&nbsp;», comme le disait à l’époque David Lynch en parlant de Laura Palmer dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/twin-peaks-fire-walk-with-me/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Twin Peaks&nbsp;: Fire Walk With Me</em></a>, pour substituer à son image figée (la photo du bal de promo) une figure autrement incarnée. Le pari s’avère néanmoins perdant : les souvenirs, trop bavards, ne parviennent pas à donner corps à l’histoire d’amour et encombrent le récit de nouvelles pistes narratives, telle cette histoire de secte esquissant un lien aussi vague que superflu avec le premier film. Plus encore, les flashbacks réduisent la visite de la ville à une collecte d’indices (des papillons de nuit, une silhouette encadrée par une fenêtre, etc.) pour comprendre ce qui est arrivé à Mary.</p>
<p>On pourrait rétorquer que cette approche «&nbsp;fonctionnelle&nbsp;» des détails témoigne d’une certaine fidélité envers la manière de progresser dans <em>Silent Hill</em>. Cet aspect du <em>gameplay</em> était cependant très minoritaire dans les jeux, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/silent-hill-le-sentiment-des-confins/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">qui privilégiaient plutôt de longues errances dans la brume et la mise en scène d’une terrifiante solitude</a>. Engoncées dans leur mécanique narrative, les scènes visent avant tout à éclaircir les zones d’ombres, par l’abus de fondus enchaînés entre les deux époques, l’usage répété de dialogues explicatifs ou encore la superposition signifiante de deux plans. Privés de silence et soulignés par d’imposants mouvements d’appareil, les effets horrifiques tombent dès lors à plat. Gans n’utilise par ailleurs jamais l’omniprésent brouillard et ne capitalise que rarement sur le hors-champ naturel offert par son décor. Quant aux surgissements plein cadre de corps difformes, ils sont certes spectaculaires, mais rarement inquiétants. On a, de fait, surtout l’impression de suivre au pas de course une visite guidée du parcours type d’un joueur : la marche dans la forêt, la première créature sans bras, « Tête de Pyramide » observé depuis l’intérieur d’un placard… rien ne manque ou presque, mais rien ne marque non plus. Les scènes cinématiques d’autrefois étaient source de tension car elles introduisaient souvent une nouvelle phase de jeu ; alignées sur la durée d’un long-métrage, leurs transpositions s’apparentent à de simples présentoirs de figurines monstrueuses. Néanmoins, quelque chose surnage de ce film boursouflé : des bribes ponctuelles de cette mélancolie si propre à ce <em>Silent Hill 2</em>. À moins que ce ne soit l’émotion produite par l’envoûtante musique d’Akira Yamaoka (le compositeur historique de la saga), tandis que reviennent en mémoire les images d’un jeu inoubliable.</p>
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		<item>
		<title>Hurlevent</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hurlevent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hurlevent, troisième long-métrage de la scénariste et réalisatrice britannique Emerald Fennell, s’ouvre sur une scène qui encapsule les caractéristiques de son cinéma. Sur un fond noir, les gémissements suggestifs d’un homme s’entremêlent à des grincements...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hurlevent/" title="Read  Hurlevent">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Hurlevent</em>, troisième long-métrage de la scénariste et réalisatrice britannique Emerald Fennell, s’ouvre sur une scène qui encapsule les caractéristiques de son cinéma. Sur un fond noir, les gémissements suggestifs d’un homme s’entremêlent à des grincements de bois. Lorsque l’image advient enfin, on ne découvre pas un couple au lit, mais un condamné sur la potence. Des enfants ricanent dans la foule&nbsp;: il bande. Une nonne les houspille avant de lever les yeux vers l’érection du pendu (filmée en gros plan) blêmissant d’extase. C’est bête, vulgaire et méchant, il y a trente plans en une minute, ça fait son petit effet choc sur le spectateur&nbsp;: pas de doute, on est bien chez Fennell. Mais le film qui se déploie à partir de cette séquence inaugurale, sans doute le plus convaincant à ce jour, s’engage dans une voie un peu différente des précédents.</p>
<p>La <em>tagline </em>sur l’affiche du film n’a pas tort d’annoncer «&nbsp;<em>le </em>Roméo + Juliette<em> de cette génération</em>&nbsp;». Comme le blockbuster shakespearien sauce années 1990 réalisé par Baz Lurhmann, <em>Hurlevent </em>se veut une relecture anachronique d’un grand classique de la littérature anglaise : <em>Les Hauts de Hurlevent </em>d’Emily Brontë, roman d’une noirceur suffocante dont on peut imaginer pourquoi il a séduit la cinéaste. On y retrouve en effet le mélange de sensualité moite, de cruauté et de conflits de genres et de classes dont <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/promising-young-woman/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Promising Young Woman </em></a>et <em>Saltburn </em>faisaient leur beurre. Fennell renonce néanmoins cette fois aux retournements narratifs cousus de fil blanc pour privilégier un style baroque dont l’outrance décorative, comme chez Lurhmann ou le Jacques Demy de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peau-d-ane/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Peau d’âne</em></a>, joue à fond la carte de l’incongruité plastique&nbsp;: les châteaux moyenâgeux sont bâtis en carrelage de salle de bains et les robes de mariée cousues de plastique.</p>
<p>Ce déluge formel retrouve dans ses moments les plus délirants la fièvre des mélodrames flamboyants de l’époque classique – la cinéaste cite d’ailleurs ouvertement <em>Autant en emporte le vent </em>dans un plan où Heathcliff s’enfuit à cheval vers un crépuscule carmin. Elle confirme également son talent pour un érotisme gentiment pervers, là aussi très connoté <em>90s</em>&nbsp;: par exemple, dans cette séquence où Catherine (Margot Robbie), fascinée par les ébats brutaux de deux de ses domestiques qu’elle épie en secret, est surprise par Heathcliff (Jacob Elordi) qui se couche sur elle avant de la bâillonner d’une main et de l’aveugler de l’autre. Quelqu’un a visiblement lu <em>Le Cinéma haptique pour les Nuls</em> : aucun malaxage de pâte à pain, aucun œuf écrasé, aucun index enfoncé dans le poisson en gelée ne nous sera épargné. L’évidence de ces métaphores visuelles et du motif sadomasochiste qui court dans le film trahit cependant la lecture un peu trop littérale que la cinéaste fait du roman de Brontë. Ce côté « ras des pâquerettes » de l’adaptation produit pourtant de belles idées : par exemple, cette main surgie de sous un lit pour entraver la cheville de l’héroïne. Mais plus le film avance, plus il a, pour le coup, la main lourde dans sa transposition visuelle des thèmes du livre. Une succession de vignettes ornementales aussi bien composées que des vitrines du Bon Marché (cf. ce cadavre d’un alcoolique cadré artistiquement entre des montagnes de bouteilles) achèvent d’éponger ce qu’il y avait de sueur et de crasse dans la première partie, mais aussi d’étouffer l’émotion sous l’ironie narquoise. Heureusement, surnage jusqu’au bout le fiévreux bellâtre Jacob Elordi qui, après <em>Frankenstein</em>, confirme une maîtrise saisissante de son corps : avec ses bras et jambes interminables qu’il n’hésite pas à tordre dans des poses étonnantes, il a l’inquiétante étrangeté d’une araignée de Louise Bourgeois.</p>
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		<item>
		<title>Send Help</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/send-help/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cela faisait depuis 2009 et Jusqu’en enfer (Drag Me to Hell) que Sam Raimi n’avait pas réalisé un film d’horreur – et un projet original, c’est-à-dire non rattaché à une franchise ou à un classique...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/send-help/" title="Read  Send Help">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela faisait depuis 2009 et <em>Jusqu’en enfer</em> (<em>Drag Me to Hell</em>) que Sam Raimi n’avait pas réalisé un film d’horreur – et un projet original, c’est-à-dire non rattaché à une franchise ou à un classique du cinéma (son prequel du <em>Magicien </em>d’Oz en 2013). Vendu comme un retour aux sources de la comédie horrifique ou de l’horrifique teinté de burlesque (soit la matrice d’<em>Evil Dead</em>, ce qu’il a fait de mieux), <em>Send Help</em> s’affirme pourtant comme le projet le moins singulier porté à ce jour par le cinéaste. Linda (Rachel McAdams), une employée de bureau hyper compétente mais raillée par ses collègues pour sa bizarrerie, échoue sur une île thaïlandaise déserte en compagnie de son insupportable PDG, Bradley (Dylan O’Brien), après le crash du jet privé qui les emmenait à un rendez-vous d’affaires à Bangkok. Juste avant la catastrophe, Bradley et le <em>boys club</em> à la tête de l’entreprise se moquaient d’une vidéo de l’audition, forcément ridicule, de Linda pour l’émission <em>Survivor</em> – l’équivalent chez nous de <em>Koh-Lanta</em>. La tempête qui s’abat ressemble alors à une malice du destin&nbsp;: désormais piégé dans un environnement sauvage, le petit coq doit s’appuyer sur les talents de sa subalterne rabrouée, férue de survivalisme. Lui n’en mène pas large, quand elle fait étalage de son sens de l’organisation et de la débrouillardise, ce qui occasionne une inversion du rapport de force initial.</p>
<p>Cela vous rappelle un truc&nbsp;? C’est normal&nbsp;: <em>Send Help</em> reprend la trame de la dernière partie de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sans-filtre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sans filtre</em></a> et va jusqu’à lui emprunter – attention, divulgâchage – son <em>twist</em> final, que l’on voit venir très tôt dans le film. Ce programme de lutte des classes appliquée au <em>survival </em>entend ménager sa singularité par la relation trouble des deux rescapés et la personnalité tordue de Linda, loin d’être une oie blanche. Mais il mine au passage son potentiel satirique à coups de rebondissements scénaristiques, pour relancer une intrigue somme toute minimale. Le plus décevant est de constater qu’il ne reste plus grand-chose de la signature de Sam Raimi, réduite à quelques gerbes d’hémoglobine et à un mauvais esprit visant sans doute un jeu de massacre « jouissif ». Même là, il est cependant difficile de ne pas voir l’inspiration ostlündienne : le gore opère le même rôle que le vomi – qu’on finit d’ailleurs par retrouver. À l’arrivée, le film noie définitivement son horizon de fable anticapitaliste pour célébrer paresseusement la revanche sociale (et friquée) d’un ancien vilain petit canard. Il manque à <em>Send Help</em> l’essentiel, cette qualité derrière laquelle il court à perdre haleine&nbsp;: la subversion.</p>
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		<item>
		<title>Les Voyages de Tereza</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-voyages-de-tereza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331478</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dans un futur proche au Brésil, le gouvernement met en place une politique ségrégationniste à l’encontre des personnes âgées, d’abord placées sous tutelle de leurs enfants, avant d’être envoyées dans un camp de concentration. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-voyages-de-tereza/" title="Read  Les Voyages de Tereza">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un futur proche au Brésil, le gouvernement met en place une politique ségrégationniste à l’encontre des personnes âgées, d’abord placées sous tutelle de leurs enfants, avant d’être envoyées dans un camp de concentration. Le point de départ dystopique des<em> Voyages de Tereza </em>propose ainsi une critique explicite de l’État et de la société brésilienne dans son ensemble, qui réduit les vieillards au rang de corps improductifs dont il faudrait se débarrasser. Curieusement, le film désinvestit assez vite ce postulat, relégué en toile de fond. Ce qui intéresse réellement Gabriel Mascaro est ailleurs : le récit initiatique de Tereza, bien décidée à croquer la vie à pleines dents en s’enfuyant dans la forêt amazonienne avant son internement. Bien que la dystopie soit esquissée sur un mode mineur, elle présente un double écueil. Le premier est pragmatique : elle paraît surtout embarrasser le film, contraint d’exposer laborieusement les règles de fonctionnement de cette loi infernale, alors même qu’elle joue un rôle assez anecdotique dans le récit. Le second est politique : réduit à un postulat allégorique ultra-lisible (Tereza pourrait fuir une maison de retraite et le récit resterait peu ou prou le même), le monde futuriste tient ici de la note d’intention. Le changement de cap du scénario donne même l’impression de se délester de l’imaginaire historique qu’il a convoqué (celui de l’univers concentrationnaire et des rafles) pour lui préférer un horizon exclusivement individuel, comme si le film délaissait la portée collective des questions qu’il avait lui-même ouvertes.</p>
<p>La virée de Tereza, amorcée au bout d’une demi-heure, laisse pourtant d’abord espérer une respiration bienvenue : elle embarque à bord d’un bateau de fortune conduit par un passeur un peu louche, consommateur de bave d’escargot bleu aux propriétés hallucinogènes. Mais la dérive sensorielle dans la jungle est rapidement rattrapée par une narration balisée, où la splendeur des paysages, accompagnée d’une musique atmosphérique, accouche seulement de quelques plans de transition notables. Passé une séquence psychédélique assez ratée, le récit d’apprentissage reprend ses droits : Tereza enchaîne les rencontres supposées la guider vers sa liberté, dans un élan paradoxalement cadenassé par le scénario. Un exemple : au début du film, un gros plan sur un escargot intriguait ; paraissant délié de tout enjeu narratif, on pouvait croire qu’il consistait simplement à contempler la beauté bizarre du gastéropode. Cette incise poétique se révèle en vérité symbolique : l’escargot devient un motif récurrent qui structure lourdement le récit initiatique. Il réapparaît à bord du bateau, sous la forme de l’escargot bleuté que Tereza refuse d’utiliser, avant de resurgir une dernière fois, lorsqu’elle accepte enfin de s’administrer quelques gouttes du mystérieux liquide dans les yeux, jalonnant ainsi les étapes importantes de son trajet intime. L’animal aide toutefois à mieux comprendre la façon dont Mascaro envisage ici la dystopie : elle se résume à une petite valeur ajoutée d’excentricité, une tentative de conférer un semblant d’originalité à un film qui en est au fond dépourvu.</p>
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		<title>Urchin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/urchin-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a quatre ans, on découvrait Harris Dickinson en gravure de mode embarquée à bord du yacht luxueux de Sans Filtre (Triangle of Sadness). Pour son passage derrière la caméra, l’acteur britannique explore toutefois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/urchin-2/" title="Read  Urchin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quatre ans, on découvrait Harris Dickinson en gravure de mode embarquée à bord du yacht luxueux de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sans-filtre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sans Filtre </em></a>(<em>Triangle of Sadness</em>). Pour son passage derrière la caméra, l’acteur britannique explore toutefois une tout autre veine que celle d’Östlund : loin de la satire grotesque, <em>Urchin</em> déploie une narration resserrée autour du destin de Mike (Frank Dillane), jeune toxicomane SDF. Si le film s’inscrit dans un réalisme à la Ken Loach, il ménage certaines séquences oniriques qui éloignent le récit de ce cap. Ainsi de celle où Mike, condamné pour vol et agression, retourne en prison ; la caméra s’engouffre alors dans le siphon d’une douche et entreprend un voyage vers les tréfonds de la terre, avant de dévoiler la silhouette du personnage à l’orée d’une grotte. Cette cavité réapparaît plusieurs fois, comme pour figurer son fragile espace mental en construction.</p>
<p>Le jeune homme redécouvre après la prison un semblant de vie sociale en décrochant un poste de chef cuisinier dans un hôtel bon marché. Le film égrène cependant les indices révélant le cercle vicieux auquel Mike ne peut échapper. Tout en lui expliquant qu’il lui sera difficile de retrouver du travail après ce nouveau séjour carcéral, sa conseillère abrège la conversation : « <em>vous savez déjà tout ça, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace</em>». En se concentrant sur l’affect de son personnage, et non sur les rouages du système de réinsertion sociale, <em>Urchin</em> figure les inévitables points de bascule de cette nouvelle vie. Mike s’enfuit d’ailleurs d’une friperie pour ne pas croiser le regard de Nathan (Harris Dickinson lui-même), jeune homme rachitique avec lequel il avait l’habitude de se droguer. Cette réminiscence du passé semble pourtant le poursuivre lorsqu’il accepte de rencontrer l’homme qu’il a agressé un an auparavant : le malaise s’installe quand on lui demande de justifier son acte, mais une ellipse bienvenue suspend la réponse de Mike. Cet événement cristallise le mal-être profond du personnage <i>–</i> sans trop en dire, la menace d’une rechute n’est jamais loin. Bien que balisé, le récit circulaire d’<em>Urchin</em> distille ainsi un certain trouble, et a le mérite d’éviter les écueils de l’accablement narratif ou du point de vue surplombant.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Father Mother Sister Brother / Le Sud</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-father-mother-sister-brother-le-sud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:31:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch et Le Sud de Víctor Erice. Disponible également sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-father-mother-sister-brother-le-sud/" title="Read  L’ombre d’un doute — Father Mother Sister Brother / Le Sud">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/father-mother-sister-brother/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Father Mother Sister Brother</em></a> de Jim Jarmusch et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-sud/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Sud</a></em> de Víctor Erice.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Camille Bouthors, Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Béla Tarr, le brouillard a envahi ton âme</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/bela-tarr-le-brouillard-a-envahi-ton-ame/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Béla Tarr est mort le 6 janvier dernier. Son nom reste aujourd’hui trop souvent réduit à un totem cinéphile ou à la pointe radicale d’un cinéma d’auteur tenu à la fois pour virtuose et austère....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/bela-tarr-le-brouillard-a-envahi-ton-ame/" title="Read  Béla Tarr, le brouillard a envahi ton âme">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Béla Tarr est mort le 6 janvier dernier. Son nom reste aujourd’hui trop souvent réduit à un totem cinéphile ou à la pointe radicale d’un cinéma d’auteur tenu à la fois pour virtuose et austère. Les longs plans-séquences qui traversent son œuvre ne tiennent pourtant pas, bien qu’ils impressionnent, de la démonstration de force ; il faut les considérer à leur juste mesure, comme l’invention d’une forme qui déploie une vision du monde unique. L’œuvre de Béla Tarr est curieusement construite. Coupée en deux, elle prend véritablement son élan avec <em>Damnation</em>, en 1988, son sixième long-métrage, qui posera les fondements esthétiques des sommets à venir : le recours au noir et blanc (en rupture avec <em>Almanach d’automne</em>, son film précédent, tourné dans des couleurs criardes et volontairement artificielles), l’usage systématique du plan-séquence, la lenteur des mouvements de caméra, etc. C’est aussi par ce film que se noue une collaboration fructueuse avec l’écrivain et scénariste László Krasznahorkai, ainsi qu’avec Mihály Víg, le compositeur attitré de Tarr. Le premier plan impose d’emblée la nouvelle direction du cinéaste : une vaste plaine hongroise, boueuse et désertique, est traversée par un immense téléphérique s’enfonçant dans les confins de la profondeur de champ. De manière d’abord imperceptible, la caméra recule lentement jusqu’à révéler que le paysage était en réalité observé depuis l’intérieur, derrière une vitre, avant que n’apparaisse le protagoniste de dos, dans la pénombre. Le son mécanique et répétitif des nacelles est par ailleurs exacerbé, provoquant un crissement désagréable qui devient ensuite hypnotique. Les plans-séquences de Béla Tarr témoigneront souvent de la même complexité : ils résultent d’un agencement minutieux des éléments sonores et visuels pour sculpter patiemment des blocs de temps et nous maintenir dans un état d’éveil perceptif aigu. Ce lent ballet enrayé des nacelles, tournant à vide au milieu d’un paysage désolé, installe le mouvement de déréliction généralisée qui caractérise à partir de ce moment charnière toute l’œuvre de Tarr.</p>
<p>Quelques minutes plus tard, sous une pluie battante, Karrer se rend au bien nommé Titanic Bar, lieu central du film. La caméra, après avoir filmé la devanture, glisse progressivement vers l’homme, intégrant dans le cadre une étrange spirale au premier plan. Ce détail du décor pose alors l’un des motifs visuels clés de l’œuvre : la forme circulaire, associée à l’idée d’un naufrage (le Titanic), semble régir la dynamique de l’univers, aspirant peu à peu les êtres et les choses vers les abysses. La structure même de son dernier film, <em>Le Cheval de Turin</em>, épouse presque schématiquement cette idée. Des journées semblables s’y succèdent inlassablement, avec une évolution toutefois notable : chacune est davantage marquée par la dégradation (le puits se tarit, le cheval meurt, le feu s’éteint), jusqu’à ce que la spirale engloutisse bientôt les deux paysans dans l’obscurité. Le titre du <em>Tango de Satan</em> annonçait la couleur (ou plutôt son absence), en liant l’action démoniaque à une danse tournoyante : lente et implacable, aidée par la pluie qui paraît s’abattre perpétuellement sur le monde, la répétition est vectrice de destruction. Elle se manifeste notamment dans les scènes de danse dans les bars, où les ivrognes s’adonnent à des farandoles sinistres portées par les ritournelles de Mihály Víg. Lointain écho des bals populaires ou des grandes cérémonies de l’ère soviétique que Béla Tarr filmait dans <em>Rapports préfabriqués</em>, ces rassemblements ont perdu leur vitalité en même temps que leur fonction sociale, pour être réduits à un simple mouvement d’inertie. Certains personnages traînent encore leur mélancolie, mais tous sont prisonniers de leur désœuvrement, un peu à la manière des colons d’<em>India Song</em> de Marguerite Duras, captifs de la rémanence spectrale du bal de S. Tahla. À mesure que les travellings sinueux parcourent lentement ces lieux délabrés, le temps s’enroule alors progressivement sur lui-même.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331310 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="729" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-300x85.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-1024x292.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-768x219.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-1536x438.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-2048x584.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-980x279.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-2000x570.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>L’Apocalypse selon Béla</h2>
<p>Comment ouvrir une brèche dans cet enfer de la circularité ? C’est peut-être ici que se joue en partie la filiation bien connue entre Andreï Tarkovski et Béla Tarr. D’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/andrei-roublev/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Andreï Roublev</em>,</a> pris dans le chaos violent de la Russie tsariste, au «&nbsp;stalker&nbsp;» errant dans un monde post-apocalyptique, jusqu’à Aleksandr, isolé sur une île suédoise à l’approche d’une apocalypse nucléaire dans <em>Le Sacrifice</em>, les figures tarkovskiennes évoluent toujours dans des mondes au bord de l’anéantissement. À cette menace, le cinéaste russe oppose une réponse d’ordre spirituel : l’acte de foi, le geste sacrificiel ou créateur peuvent encore être salvateurs. Sur ce point décisif, Tarkovski et Tarr divergent profondément – ce dernier ayant d’ailleurs toujours revendiqué son athéisme. Si leur approche de la durée a souvent été rapprochée, leur façon d’appréhender la nature est en réalité opposée. Chez Tarkovski, le mouvement de caméra fait advenir le miracle, en entrelaçant entre eux les éléments (exemplairement à la fin du <em>Sacrifice</em>, où un même plan unit l’eau, la terre, le feu et le vent), suggérant que l’accès à la transcendance ne peut s’ouvrir qu’au cœur de l’immanence : l’expérience sensible mène à la spiritualité, d’où le caractère fondamentalement contemplatif de son esthétique. La pluie joue ainsi à plusieurs reprises le rôle d’Annonciation mystique : elle révèle au jeune Boriska l’argile qui lui permettra de fabriquer la cloche d’<em>Andreï Roublev</em>, elle auréole d’un halo doré les trois protagonistes de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/stalker/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Stalker</em></a> arrivés dans La Chambre. Chez Béla Tarr, au contraire, aucune transcendance ne se dessine : les éléments participent pleinement de la déliquescence et de l’épuisement généralisé des corps. C’est le vent implacable contre lequel lutte le paysan du <em>Cheval de Turin</em>, ou la pluie diluvienne qui transperce les manteaux et imbibe les murs décrépits du Titanic Bar : « <em>Le brouillard envahit tout, pénètre dans les poumons. Il envahit ton âme</em> », entend-on dans <em>Damnation</em>.</p>
<p>On retrouve cette idée dans <em>Le Tango de Satan</em>, que l’on peut lire comme le négatif de <em>Stalker</em> – il y a certes chez Tarr un même rapport à la circularité, mais où est rendue impossible l’illumination finale du film de Tarkovski, avec son personnage d’enfant par lequel la foi rejaillissait sur le monde. De façon analogue à <em>Stalker</em>, la dernière séquence (d’une demi-heure) du <em>Tango de Satan</em> rejoue la première : retour dans le kolkhoze, cette fois-ci vidé de ses villageois, où seul subsiste le vieux médecin. Assis derrière sa fenêtre, désormais bouchée par un brouillard épais, il n’a plus personne à épier. Soudain, le son des cloches résonne au loin : revient alors en mémoire la toute première phrase du film, prononcée sept heures plus tôt en voix off, qui racontait comment le vieil homme entendit un jour sonner les cloches alors même que la chapelle, située à plusieurs kilomètres, avait été détruite. Le médecin se met en route d’un pas lourd à travers la plaine boueuse ; le mixage sonore substitue lentement au carillon un tintement métallique dissonant. Arrivé sur place, il découvre un fou qui martèle un tuyau contre la chapelle détruite. Le dernier plan suit le médecin de retour chez lui. Il barricade sa fenêtre, son unique ouverture sur le monde extérieur, puis écrit dans son journal en prononçant à bout de souffle les mots déjà entendus en voix off à l’ouverture du film. Comme dans <em>Stalker</em>, tous les éléments font retour (le texte, le médecin, la fenêtre) mais ici sur un mode <em>dégradé</em> : aucun miracle n’est advenu, la spirale a gagné en engloutissant l’image dans l’obscurité.</p>
<p>Une brèche s’est pourtant bel et bien ouverte dans <em>Le Tango de Satan</em>, même si celle-ci n’a pas sauvé le vieux médecin, resté dans le kolkhoze et à son tour victime de cette «<em> mortelle inertie</em> » qu’il évoquait dans son journal. Et, comme chez Tarkovski, cette brèche passe par la figure de l’enfant, plus précisément celle de l’idiote : la petite Estike, dont la longue marche dans la nuit scinde le film en deux. Rejetée par les habitants, la fillette observe d’abord seule sous la pluie les ivrognes du bar tournoyer derrière une fenêtre. On la voit ensuite s’élancer dans le noir, par le truchement de plusieurs longs plans rapprochés filmés de face – un choix formel suffisamment singulier pour être souligné, s’opposant aux habituels cadres larges où Tarr accompagne, le plus souvent de dos, les errances de ses personnages. Son visage perce alors les ténèbres, illuminé par sa résolution à avancer en dépit de la pluie battante, dans un mouvement saccadé. Alors qu’elle absorbe de la mort-aux-rats, la voix off restitue ses dernières pensées : « <em>“Les anges voient ça et comprennent”, se dit-elle. Elle se sentait sereine, et les arbres, la route, la pluie et la nuit, tout respirait la tranquillité.</em> » Le film semble faire alors d’Estike une figure de <em>iurodivy</em>, ces « fols-en-Christ » de la tradition russe, humiliés et marginaux dont l’innocence même leur confère une portée spirituelle et prophétique. Béla Tarr est cependant plus terre à terre que Tarkovski, pour revenir à lui : l’idiot n’est pas ici une figure mystique mais éthique, voire politique. Sa mort agit de fait comme un déclencheur, lorsque le faux prophète Irimiás en fait un argument pour entraîner la dispersion des villageois au-delà du kolkhoze ; en d’autres termes, elle rompt l’inertie qui paralysait le monde. Cette figure de fou capable de redessiner la marche de l’univers est aussi présente dans <em>Les Harmonies Werckmeister</em>. Dans la scène inaugurale (peut-être la plus belle de la filmographie de Béla Tarr), le personnage de János Valuska réorchestre ainsi les déplacements des ivrognes dans un bar pour renouer un instant avec une harmonie cosmique. La caméra elle-même prend part à ce ballet, où la lumière finit par réapparaître après les ténèbres. L’attitude de János a quelque chose de dérisoire, à l’image de celle d’Estike ou encore du couple de paysans du <em>Cheval de Turin</em>, qui continuent à manger leurs dernières pommes de terre alors même que tout espoir semble avoir disparu pour de bon. Parler de salut de l’humanité ou de résistance paraît trop lourd, trop chargé pour désigner avec justesse leurs comportements : ils ne projettent rien vers l’avenir, ne portent aucune utopie, mais persistent à accomplir une action simple, minimale. Et pourtant, c’est peut-être bien à travers ces gestes que subsiste pour eux une dernière forme de dignité possible, alors qu’advient la fin des temps.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331311 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg" alt width="1204" height="720" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg 1204w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-300x179.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-1024x612.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-768x459.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-980x586.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1204px) 100vw, 1204px"></a>
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		<title>Le Gâteau du président</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-gateau-du-president/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entre le décor d’un village flottant irakien et l’image granuleuse vignettée aux angles,&#160;Le Gâteau du président&#160;ressemble de prime abord à&#160;un film contemplatif. Il s’articule pourtant autour d’une mission clairement définie&#160;: dans les années 1990, une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-gateau-du-president/" title="Read  Le Gâteau du président">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre le décor d’un village flottant irakien et l’image granuleuse vignettée aux angles,&nbsp;<em>Le Gâteau du président</em>&nbsp;ressemble de prime abord à&nbsp;un film contemplatif. Il s’articule pourtant autour d’une mission clairement définie&nbsp;: dans les années 1990, une petite fille, Lamia, est tirée au sort dans sa classe pour apporter un gâteau deux jours plus tard, afin de célébrer comme il se doit l’anniversaire de Saddam Hussein. Dans un pays sous le feu des bombes américaines, où nourriture et eau viennent à&nbsp;manquer, le culte du chef est plus fort que jamais. Lamia, telle une héroïne kiarostamienne, se rend donc à&nbsp;la ville avec sa grand-mère (et, plus incongru, son coq de compagnie), afin de dégoter un à&nbsp;un les ingrédients du «&nbsp;<em>gâteau du président</em>&nbsp;». Le film raconte donc l’histoire d’une recette, où la recherche de chaque composant (des œufs, du sucre, de la farine) sert de prétexte à&nbsp;une petite aventure.</p>
<p>Au risque de suivre lui aussi une formule. De façon assez systématique, la quête enfantine se voit contrebalancée par le chaos environnant&nbsp;: estropiés, mendiants, manifestants patriotes ne cessent de croiser la route du personnage principal et de Saeed, un camarade de classe qui se joint à&nbsp;elle, pour signifier que la grande Histoire rencontre la petite. Le récit, évidemment «&nbsp;à&nbsp;hauteur d’enfant&nbsp;» (comme le veut l’expression consacrée) alterne ainsi schématiquement entre&nbsp;<em>Les 400 Coups&nbsp;</em>et la chronique historique. Avec ce scénario balisé et sa mascotte (le coq, dont les cris et autres picorages intempestifs instillent un peu de comédie),&nbsp;<em>Le Gâteau du président</em>&nbsp;a&nbsp;quelque chose d’un Disney (ou d’un Pixar) déguisé en film d’auteur international. L’expédition de Lamia et Saeed (alourdie inutilement par le point de vue de la grand-mère à&nbsp;la recherche de sa petite-fille) a&nbsp;beau dresser un tableau implacable d’un pays à&nbsp;la fois assiégé et malade, elle n’atteint jamais vraiment le statut de fable auquel Hasan Hadi aspire. Il y&nbsp;a bien quelques ogres masculins qui se dressent sur la route des personnages, mais le film reste arrimé au caractère agréablement ludique de son pitch, sans parvenir à&nbsp;le transcender. On a donc moins affaire à un «&nbsp;Où est la farine de mon ami&nbsp;? » qu’à un simple «&nbsp;Et la routine continue&nbsp;».</p>
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		<title>The Mastermind</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans les années 1970, James Mooney (Josh O’Connor) monte une équipe de bras cassés pour voler plusieurs tableaux dans le petit musée de Firmigham au Massachusetts. Si les toiles ont bien été subtilisées, le braquage...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/" title="Read  The Mastermind">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les années 1970, James Mooney (Josh O’Connor) monte une équipe de bras cassés pour voler plusieurs tableaux dans le petit musée de Firmigham au Massachusetts. Si les toiles ont bien été subtilisées, le braquage en apparence soigneusement préparé relevait en vérité de l’amateurisme et l’un des voleurs, rattrapé par la police, dénonce vite James, contraint de prendre la route. <em>The Mastermind</em> n’est en fait qu’à moitié un film de casse (l’intrigue policière y est accessoire), de même que son personnage, assez insaisissable, se révèle toujours à moitié présent dans les lieux qu’il traverse : dans la première scène du film, qui dépeint le repérage des lieux en vue du cambriolage, James semble évoluer dans un monde à part, coupé en deux par le cadre d’un tableau à l’arrière-plan. Faisant à peine mine de contempler des œuvres, il subtilise une petite statuette derrière une vitrine à la manière de Michel dans le <em>Pickpocket</em> de Robert Bresson, glissant l’objet dans un étui à lunettes qu’il dépose ensuite dans le sac d’une femme assise sur un banc, qui s’avérera être sa femme, Terri (Alana Haim), présente dans le musée avec leurs deux enfants. Même en famille, James est déjà seul : la filiation que le film tresse avec le cinéma de Bresson ne se joue pas seulement dans la façon précise qu’a Reichardt de mettre en scène un vol (en décomposant par le montage une série de gestes mécaniques), mais aussi dans sa manière de figurer un personnage à la marge, séparé de son entourage par les surcadrages et les lignes dessinées par les murs et les couloirs. Encore plus que Lizzie dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/showing-up-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Showing Up</em></a>&nbsp;(film dont <em>The Mastermind</em> suit le sillon), James s’avère par ailleurs antipathique ; il n’hésite pas à laisser seuls ses enfants dans un centre commercial au moment du braquage, pour les récupérer en fin de journée dans la même voiture transportant les tableaux volés. Au regard des risques inconsidérés qu’il prend pour lui et sa famille, il ne s’agit pas d’un « génie », tel que le suggère le titre très ironique, mais d’un vrai raté, moins attendrissant que ceux qui peuplent ordinairement les films de Reichardt.</p>
<p>Cette idée de la fausse piste ou du faux-semblant est au cœur de la mise en scène ; minutieuse, elle raconte toujours autre chose que ce que le récit travaille en surface. Ainsi également de la bande-son, employée à des fins comiques, voire cartoonesques, qui figure secrètement ce qui se joue dans ce personnage de faux génie : les morceaux de jazz accompagnant les gestes de James relèvent à la fois d’une continuité (une même cadence étendue sur plusieurs minutes) et d’une forme d’improvisation sans cesse relancée (des embardées discrètes qui tranchent avec la cadence initiale, lorsqu’il s’agit par exemple d’inventer une nouvelle pirouette pour se sortir du pétrin). À chaque fois que James semble avoir un coup d’avance, il est ainsi rattrapé par ce qu’il n’avait pas su <em>bien</em> <em>voir </em>en amont. Le découpage se dissocie alors de son point de vue, et nous invite à regarder attentivement ce qui s’apprête à perturber son plan d’action. En témoigne cette longue scène où Reichardt s’attarde pendant plusieurs minutes sur son personnage en train de cacher les tableaux volés à l’étage d’une porcherie. En accentuant le prosaïsme d’un geste qui n’a rien d’héroïque, la cinéaste le filme en train d’installer son échelle, de déballer les tableaux un à un, de les monter dans la remise, de les remettre enfin dans leur coffre avant de faire choir l’échelle par inadvertance – il devra tomber dans la boue pour descendre. D’un point de vue scénaristique, la durée de cette drôle de séquence paraît injustifiée, d’autant que Reichardt bâtit un faux suspense autour du fait, sans conséquence, que les habits de James sont désormais couverts de terre (les policiers l’attendent chez lui, et il doit se changer en urgence dans le jardin). Il faut en réalité voir dans la durée de ces plans, qui s’attardent sur des gestes aussi répétitifs qu’anecdotiques, un contrepoint à l’erreur élémentaire de James, qui n’a pas assez bien pris en compte la matière d’une situation et d’un espace donnés. Ce « génie » est trop inattentif pour en être un.</p>
<h2>L’inattentif</h2>
<p>« <em>Quelle époque, hein ?</em> » demande, à la fin du braquage, l’un de ses associés. Une question à laquelle James, d’une nonchalance à toute épreuve, ne répond même pas : « <em>On se voit plus tard</em> », conclut-il. Ce dernier n’a que faire de l’espace-temps au sein duquel il évolue. C’est une autre belle fausse piste : au fur et à mesure du récit, surtout à partir de la fuite de James qui pourrait s’accompagner d’une montée en tension dramatique (elle n’adviendra jamais), l’escalade guerrière que mènent les États-Unis de Nixon au début des années 1970 s’infiltre peu à peu dans le montage et dans les plans. Le Vietnam est lui aussi, mais sur un autre mode (sa présence se révèle plus importante qu’on ne le croit d’abord), à moitié là. Il en est fait mention dans les annonces radiophoniques qu’une autostoppeuse interrompt pour écouter de la musique, sur des affiches militantes ou à la une d’un journal, juste à côté d’un article consacré à la cavale de James – le personnage, de façon éloquente, ne lira pas le reste de la page. Ce qui se joue à cet égard dans l’une des chambres d’hôtel où se terre le fugitif fait entrer le spectre de la guerre d’une manière tout à fait bouleversante au sein du film. En arrivant sur les lieux, James commence par accrocher des chemises sur la fenêtre de sa chambre, tandis que, dans l’appartement d’en face, sont diffusées les informations télévisées détaillant l’offensive du pays au Vietnam et au Cambodge : en voulant se cacher de l’extérieur (il ne veut pas être repéré par la police car sa photo est dans le journal), il voile lui-même son regard, qui bute sur un hors-champ de taille. Plus tard, dans la même pièce, le personnage découpe une photo d’identité pour se fabriquer un nouveau passeport. La bande-son, quant à elle, nous fait entendre des tirs d’hélicoptères sans que l’on puisse identifier tout de suite leur provenance. En un panoramique circulaire, la caméra de Reichardt part de James, montre ensuite sans s’arrêter la télévision de sa chambre qui diffuse des images de la guerre, puis revient sur le personnage, tellement occupé à sauver son existence qu’il ne regarde pas une seule seconde les massacres documentés juste à côté de lui.</p>
<p>Le réel projet du film tient dans ce mouvement de caméra : sans prétention, Reichardt réalise son film « sur le Vietnam » en regardant l’Histoire de biais, dans une sorte de contournement qui, plutôt que de masquer la guerre par préciosité, a pour effet inverse de détourner l’ensemble des plans dans cette direction. Impossible, dès lors, de regarder au premier degré la cavale de ce personnage pathétique, qui se contrefiche de l’actualité – il refuse par exemple de rejoindre, comme le lui propose un ami, des marginaux exilés au Canada pour éviter leur enrôlement dans l’armée (il se moque même de l’idée de faire partie d’une « <em>communauté</em> »). Reichardt, comme à son habitude, ne méprise pas son personnage. Mais sa mise en scène est plus dure et sévère qu’à l’accoutumée : elle rappelle toujours le manque d’intelligence de James. Celui-ci est habile dans sa manière de s’extirper de situations problématiques (il reste très débrouillard), mais présente une absence d’acuité vis-à-vis du monde dans lequel il cherche à vivre (d’abord sa famille, qu’il néglige ; ensuite la société, qu’il ignore). La dernière séquence du film, à la fois magnifique et d’une fatalité très bressonienne, va dans ce sens. Le personnage y est piégé par son attention mal placée (un portefeuille plutôt qu’une manifestation anti-guerre), soulignée par une multiplication d’inserts à l’intérieur d’une séquence dont l’ampleur appelait en principe des plans plus larges. Les surcadrages nombreux l’annonçaient en vérité depuis le début (il a toujours eu un pied derrière les barreaux) : James sera puni par le surgissement d’un acte de violence injuste et arbitraire, qu’il aurait pu anticiper s’il avait daigné regarder l’époque et ses atrocités en face.</p>
<p>Derrière un petit film de casse se cachait donc un grand film sur l’impasse que constitue un rapport sans réciprocité au monde. « <em>Est-ce qu’on ne peut pas admettre que des hommes capables, intelligents, et à plus forte raison doués de talent ou même de génie – donc indispensables à la société – au lieu de végéter toute leur vie soient dans certains cas libres de désobéir aux lois ?</em> » demandait Michel à un inspecteur de police au début de <em>Pickpocket</em>. Punissant son héros incapable de voir ce qu’il se passe au-delà de son nombril (il finit aspiré dans la profondeur de champ d’un long plan sidérant), <em>The Mastermind</em> répond en quelque sorte que les génies sont aveugles.</p>
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		<title>La Lumière ne meurt jamais</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-lumiere-ne-meurt-jamais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pauli, jeune flûtiste professionnel, rentre chez ses parents après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Le soir de son retour, il aperçoit une jeune femme qui déambule dans son quartier : casque sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-lumiere-ne-meurt-jamais/" title="Read  La Lumière ne meurt jamais">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pauli, jeune flûtiste professionnel, rentre chez ses parents après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Le soir de son retour, il aperçoit une jeune femme qui déambule dans son quartier : casque sur les oreilles et micro à la main, elle enregistre les sons environnants en frappant avec un maillet sur des canalisations, avant que ces percussions improvisées déclenchent par inadvertance l’alarme d’une automobile. Le sursaut provoqué par ce soudain vacarme entend figurer l’énergie avec laquelle cette ancienne camarade de classe va sortir Pauli de sa torpeur : c’est en assistant plus tard dans le film à l’un de ses concerts qu’il découvrira la dynamique salvatrice de la musique expérimentale et se libérera peu à peu des barrières artificielles que l’enseignement classique avait érigées en lui.</p>
<p>La logique du contrepoint, filée tout au long de ce récit d’apprentissage, manque malheureusement de finesse. Les séquences musicales, qui mêlent des ustensiles incongrus (les personnages jouent avec des verres d’eau et de l’électroménager) aux traditionnelles basses et guitares électriques, demeurent assez conventionnelles ; un comble pour une musique qui, selon les personnages eux-mêmes, doit être « <em>supranaturelle&nbsp;</em>». En opposant le classique à l’expérimental, le film fait par ailleurs l’impasse sur les ponts féconds entre ces deux styles. Cette dichotomie trouve son acmé lorsque le flûtiste s’avance dans l’enceinte monumentale de son conservatoire. La froideur du lieu, combinée à la condescendance de ses collègues, pousse à nouveau Pauli dans les bras de la musique expérimentale : filmée en gros plan, la dernière performance nocturne est quant à elle réchauffée par les flammes d’un brasier. Le son de sa flûte (dont le film nous privait l’écoute depuis le début) retentit alors pour la première fois, comme une ultime métaphore surlignée de la renaissance du personnage.</p>
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		<item>
		<title>Rental Family</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rental-family/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Phillip Vandarploeg est un acteur raté, sans amis et au chômage. Exilé à Tokyo afin de tourner une publicité pour un dentifrice, il enchaîne depuis sept ans les projets inconséquents, faute de mieux. Par chance,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rental-family/" title="Read  Rental Family">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Phillip Vandarploeg est un acteur raté, sans amis et au chômage. Exilé à Tokyo afin de tourner une publicité pour un dentifrice, il enchaîne depuis sept ans les projets inconséquents, faute de mieux. Par chance, son destin lui sourit le jour d’un enterrement : témoin malgré lui d’une fausse cérémonie (un homme simule ses funérailles avec une famille fictive lui rendant hommage), il finit par être embauché par l’entreprise chargée d’organiser ce subterfuge aux visées cathartiques. Son rôle, désormais : jouer l’Américain blanc et d’âge mûr de service.</p>
<p>Dès les premiers plans de <em>Rental Family</em>, on devine&nbsp;l’enjeu sous-tendu par la présence d’un Brendan Fraser pas totalement sorti de son expérience chez Aronofsky&nbsp;: introduire un corps étranger dans un cadre nippon parfaitement identifié. Que ce soit dans les rues et les transports en commun tokyoïtes ou esseulé dans son minuscule appartement avec fenêtre sur cour, Philip dénote. Trop grand, trop gros, souvent en retard et constamment désolé, il ne semble jamais être à sa place. Les jeux de rôles auxquels il va se prêter avec de moins en moins de réticences (il endosse successivement celui d’un marié d’un jour, d’un journaliste auprès&nbsp;d’un acteur vieillissant, d’un père retrouvant sa fille de douze ans, etc.) vont toutefois changer la donne. S’il s’agit d’abord pour le film de faire entrer Fraser dans le cadre, il va surtout se charger <em>d’encadrer </em>son personnage, résolument cantonné à tenir, quoi qu’il arrive, le beau rôle. La dernière scène le formule littéralement : alors qu’il se recueille dans un temple bouddhiste, Philip découvre entre deux voiles qui flottent au vent son reflet dans un miroir rond. Cette vision soudaine, redoublée par un plan frontal sur son visage ému et satisfait lui-même bordé par les rideaux, achève de boucler la boucle&nbsp;: le personnage est entré dans le moule et accepte enfin de se regarder tel qu’il est.</p>
<p>Sur un sujet similaire – le film s’inspire d’un véritable phénomène au Japon –, Werner Herzog avait livré avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/family-romance-llc/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Family Romance, LLC</em></a> un point de vue à la fois fasciné et inconfortable sur ces usurpations d’identité, questionnant en creux l’idée même de contrefaçon (quand le faux devient plus vrai que le vrai, le risque est de lui accorder sa préférence). En arrondissant les angles, Hikari opte pour un regard davantage consensuel, empreint de mièvrerie. Le plus embarrassant ici, c’est que le sentimentalisme à l’œuvre tend également à lisser&nbsp;les problématiques soulevées par le récit. À l’image de la bonhommie du personnage, transformé au fil du film en bon samaritain, les situations les plus complexes trouvent malgré tout une issue positive. Ainsi, lorsque la fillette mentionnée découvre le pot aux roses (à savoir que son père était en réalité un acteur engagé par sa mère pour la motiver à réussir ses études et garantir son admission dans un collège prestigieux), elle jette vite l’éponge du ressentiment : Philip restera son ami et sa mère, après de plates excuses, sera rapidement pardonnée. La fin justifie les moyens et le mensonge s’avère profitable dès lors qu’il apaise les esprits et peut être filmé avec tact. Il manque à <em>Rental Family</em> un point de vue qui viendrait bousculer cette logique affective plus artificielle que délicate et surtout&nbsp;dépourvue de trouble.</p>
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		<item>
		<title>Trois fragments de Béla Tarr</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-bela-tarr/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si les films de Béla Tarr traînent une réputation austère, ils renferment pourtant des trésors d’invention. Premier contact (Le Cheval de Turin) Le Cheval de Turin est le premier Béla Tarr que j’ai vu. C’était...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-bela-tarr/" title="Read  Trois fragments de Béla Tarr">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Si les films de Béla Tarr traînent une réputation austère, ils renferment pourtant des trésors d’invention.</em></p>
<h2>Premier contact (<em>Le Cheval de Turin</em>)</h2>
<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cheval-de-turin/" target="_blank" rel="noopener"><em>Le Cheval de Turin</em></a> est le premier Béla Tarr que j’ai vu. C’était à sa sortie en 2011 (j’avais seize ans), quand je commençais à fréquenter les salles du quartier latin et à m’intéresser à autre chose qu’au cinéma américain. La séance ne s’est pas très bien passée. D’abord fasciné par le noir et blanc charbonneux et l’atmosphère apocalyptique, j’ai souffert de plus en plus au fil des allers-retours entre le puits et la maison de la fille du cocher, mais aussi devant les longs repas de pommes de terre fumantes (une chacun) que les personnages pèlent avec leurs ongles puis dévorent bruyamment. Se confronter à ces répétitions, à partir d’un argument obscur (Nietzsche a sombré dans la folie après avoir vu un cocher battre son cheval à Turin en 1889 ; le film nous raconte l’histoire de ce dernier), a constitué pour l’apprenti cinéphile que j’étais une expérience de l’ennui inédite et terrible. La messe aurait pu être vite dite : le cinéaste hongrois se complaisait à étirer ses plans. Mais quelque chose ne collait pas tout à fait dans cette interprétation trop rapide et le film, aussi désagréable soit-il, m’avait indéniablement marqué (à ce jour, les pommes de terre continuent de me faire davantage penser à Tarr qu’à Varda ou Akerman). Je me décidais donc, quelques jours plus tard, à aller affronter <em>Le Tango de Satan</em> au Centre Pompidou, qui organisait <a href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/bela-tarr-l-alchimiste/" target="_blank" rel="noopener">une rétrospective Béla Tarr</a>. Il me semble que ma vie a changé ce jour-là : cette longue traversée de la plaine hongroise reste l’un de mes cinq ou dix films préférés. Les choses ne se seraient probablement pas déroulées ainsi si je n’avais pas eu d’abord cette première rencontre ratée. Je n’ai jamais revu <em>Le Cheval de Turin</em>, mais j’ai depuis appris à l’aimer. Il me manquait probablement certaines clefs pour parvenir à l’appréhender, en particulier le fait qu’il s’agit d’un dernier film pensé comme tel. Dans le documentaire <em>Tarr Béla&nbsp;: I Used to be a Filmmaker</em> de Jean-Marc Lamoure, on voit notamment le cinéaste sur le tournage en train de préparer un plan sur la carriole qui passe au loin, sur la crête d’une colline. Pour obtenir son cadre, Tarr demande à des membres de son équipe de creuser un trou&nbsp;: «&nbsp;<em>C’est mon dernier film, j’enterre la caméra&nbsp;!</em>&nbsp;». Nous voici donc au ras-du-sol, avec des hautes herbes en amorce et des feuilles mortes qui traversent l’image comme de la cendre. Le film le plus radical de Béla Tarr est un film de désespoir et de désolation, le dernier combat d’un artiste qui renonce ensuite à créer. C’était sans doute un peu trop pour un adolescent. Quoique.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331282 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg" alt width="1204" height="722" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg 1204w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-300x180.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-1024x614.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-768x461.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-980x588.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1204px) 100vw, 1204px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<h2>La pluie, l’étang et le chien errant (<em>Damnation</em>)</h2>
<p>Une scène à la fin de <em>Damnation</em> illustre assez bien les tours et détours saisissants que prennent souvent les plans de Béla Tarr. Comme généralement chez le cinéaste, la caméra cadre d’abord la pluie qui s’abat pendant de longues secondes, ici à la surface d’un étang. Par un lent mouvement de recul, elle dévoile ensuite le personnage principal, Karrer, déambulant dans le terrain vague attenant. Le plan rapproché sur la pluie est devenu un plan large coupé en deux moitiés ; l’étang est en bas, surplombé par le terrain vague. On se rapproche alors du personnage qui longe l’étendue d’eau d’un pas assuré. La caméra accélère pour s’accorder à son rythme quand soudain, Karrer tombe nez à nez sur un chien noir. Le mouvement est stoppé net ; à peine le temps de constater sa présence que l’animal commence à aboyer. Cette double cassure, visuelle (le mouvement interrompu) et sonore (le calme de la pluie brisé), fait naître une sensation proche de celle produite par un <em>jumpscare</em>. Loin de la caricature austère à laquelle on l’a souvent réduite, les longs plans-séquences en noir et blanc caractéristiques du cinéaste ménagent en vérité beaucoup de surprises&nbsp;: la caméra, par une sorte de déambulation continue entre les murs, les fenêtres ou les miroirs, organise le surgissement de personnages, d’objets ou de micro-événements. Revenons au chien&nbsp;; son irruption dans le plan est suivie d’une sorte d’affrontement grotesque avec le personnage. Tous deux aboient mutuellement jusqu’à ce qu’ils se calment et quittent conjointement le champ. La caméra, elle, cadre encore un moment le lieu du duel, désormais vide, sur lequel continue de s’abattre une pluie sans fin – après le choc vient l’enregistrement de son écho bizarre et triste. On voit bien que les mouvements d’appareil du cinéaste, reposant sur des variations rythmiques, n’ont rien de monotone. Leur sinuosité est l’expression d’un regard certes désenchanté, mais capable encore d’une forme d’étonnement&nbsp;: au détour d’un travelling ou d’un panoramique peut toujours perler l’étrange et noire beauté du monde.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Luca Mongai</strong></p>
<h2>Mystère des phénomènes, puissance des affects (<em>Les Harmonies Werckmeister)</em></h2>
<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-harmonies-werckmeister/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Harmonies Werckmeister</em></a> a failli être mon premier Béla Tarr ; par un hasard malheureux, le DVD que j’avais emprunté à la médiathèque à l’adolescence était rayé juste après la splendide scène d’ouverture, et j’ai attendu vingt ans pour découvrir la suite du film. Entre ‑temps, j’avais été un peu échaudé par <em>Le Cheval de Turin</em>, que j’avais trouvé formellement splendide mais aussi particulièrement sentencieux, trop lisible et systématique dans ses intentions comme dans ses effets. C’est finalement en salles que j’ai découvert ce qui succédait à cette introduction prophétique où Valuska (Lars Rudolph) met en scène une éclipse solaire avec la complicité d’un groupe d’ivrognes. Le surgissement inattendu de quelques notes de piano au sommet de la vision d’effroi suggérée par le monologue du protagoniste produit une émotion très vive chez le spectateur, prolongée tandis que Valuska annonce, dans un sursaut d’espoir, le retour de la lumière. Lorsque le patron du bar finit par les jeter dehors, des cordes s’ajoutent au piano ; un travelling accompagne alors la marche du personnage qui rentre chez lui au cœur d’une nuit de jais. Aux yeux exorbités de terreur de Lars Rudolph répondront plus tard le regard placide et éteint du cadavre d’une baleine, exposée par un cirque itinérant où un Prince sans visage galvanise à son tour une foule en colère. Dans une séquence terrible, les émeutiers en rage saccagent un hôpital, rouant de coups ses patients jusqu’à ce que deux d’entre eux découvrent, derrière un rideau plastifié arraché à sa tringle, le corps nu et décharné d’un vieil homme sans défense, baigné dans une clarté aveuglante. La musique monte à nouveau ; les émeutiers, revenus à la raison, refluent comme la marée. La beauté des <em>Harmonies</em>, et par extension des plus grands films de Béla Tarr, vient ainsi de cette manière constante de susciter des affects démesurés pour des phénomènes que l’on comprend sans vraiment les comprendre, que l’on peut décrire sans se résoudre à tout à fait les expliquer ; pour des événements que l’on sait instinctivement sublimes ou terribles sans parvenir à en fixer la signification. Le miroir crépusculaire tendu par le film nous saisit encore davantage vingt-cinq ans après sa sortie, en ces temps troublés où les ténèbres totalitaires se font chaque jour un peu plus écrasantes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331325 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg" alt width="1200" height="675" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg 1200w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Alexandre Moussa</strong></p>
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		<title>Une balle dans la tête</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-balle-dans-la-tete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Revoir Une balle dans la tête de John Woo quelques mois après son navrant auto-remake de The Killer permet de mieux saisir en quoi son cinéma n’est désormais plus que l’ombre de lui-même. Bien que...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-balle-dans-la-tete/" title="Read  Une balle dans la tête">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Revoir <em>Une balle dans la tête</em> de John Woo quelques mois après son navrant auto-remake de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-killer-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Killer</em></a> permet de mieux saisir en quoi son cinéma n’est désormais plus que l’ombre de lui-même. Bien que Woo soit réputé pour être l’un des maîtres du cinéma d’action, c’est la dimension émotionnelle du film, l’un de ses meilleurs, qui subjugue d’abord. L’amitié entre les trois personnages principaux est appréhendée avec un mélange de générosité et de naïveté, comme si elle était exhumée d’une mémoire d’adulte l’idéalisant a posteriori. Cheveux gominés comme Elvis Presley, on y rejoue un ersatz de <em>West Side Story</em> entre deux cavalcades récréatives. La caméra course les amis intenables pour accompagner ce déballage de rigolade presque enfantin, à peine terni par quelques échauffourées et soldé par un mariage. Si ce début extatique fait mouche, c’est essentiellement en raison du manque total de distance de la mise en scène de Woo, qui contrevient par ses éclaboussures lyriques aux lois du réalisme. Mais la pilule euphorisante agit aussi parce que ses effets sont de courte durée. Les visions désuètes du cinéaste se donnent à voir comme telles : des moments de bonheur fugaces, reconstituant un temps perdu.</p>
<p>Rappelons brièvement la trame narrative d’<em>Une balle dans la tête</em>, située en 1967 : suite à une rixe ayant mal tourné, trois amis hongkongais (Frank, Ben et Paul) s’enfuient au Vietnam pour tenter de rebondir et d’y faire prospérer leur petit trafic. Plongés dans un conflit armé qui va mettre à mal des liens amicaux qu’ils croyaient pourtant indéfectibles, ils vont néanmoins aller de désillusion en désillusion. Trois parties se distinguent nettement : les jours d’insouciance jusqu’au mariage de Ben, qui occupent les premières séquences hongkongaises ; les épreuves, soit l’essentiel du film ; enfin le retour désabusé au pays. On notera que cette structure n’est pas sans rappeler celle de <em>Voyage au bout de l’enfer</em> de Michael Cimino, une référence assumée et plusieurs fois convoquée, notamment lors d’une scène d’exécutions sommaires dans un camp de prisonniers, où l’un des personnages (Frank) se voit contraint de tirer à bout portant sur des soldats américains. Là encore, Woo en rajoute&nbsp;: rictus, visage déformé, cris, pleurs et agitation rendent la scène d’autant plus insoutenable que les mises à mort se répètent comme si elles relevaient d’un processus infernal. Submergés par leurs émotions, frayant avec l’hystérie ou la folie, Frank puis Ben craquent, tuent par impuissance. La violence psychologique orchestrée par le cinéaste&nbsp;s’avère implacable : la légèreté d’autrefois laisse dorénavant place à la fureur inhumaine de rester en vie. Est-ce à dire qu’il y a un hiatus entre les vignettes enjouées de l’ouverture et le spectacle de ces scènes d’action mortifères&nbsp;? Que nenni. Woo filme l’un et l’autre de façon analogue, sans réel souci de vraisemblance&nbsp;: gros plans sur les visages, zooms, ralentis, montage alterné… le même geste fiévreux est reconduit avec une énergie identique. L’œil s’ouvre aussi grand sur la vie que sur la mort.</p>
<h2><strong>D’une bataille à l’autre </strong></h2>
<p>Au fil d’<em>Une balle dans la tête</em>, les bagarres de petits voyous inconséquents laissent place à des batailles à grande échelle. Le talent de Woo s’exprime dans sa capacité à passer de l’intime à la foule, de l’émotion individuelle à l’action collective. Plusieurs séquences témoignent de cette esthétique de l’embrasement (nul hasard si Woo affectionne les plans de flammes), dont la première à Saïgon, lorsque les trois héros débarquent avec l’espoir de «&nbsp;<em>faire du fric</em>&nbsp;». Tandis que les personnages fraient leur chemin en taxi dans un environnement urbain en pleine effervescence, le cinéaste multiplie les plans périphériques (sur des passants, des militaires qui se déploient, un cireur de chaussures, un type sur sa mobylette portant en bandoulière un sac – qui s’avèrera être une bombe, etc.), mais également les axes de prise de vue et les mouvements d’appareil (travellings, zooms…). Ce procédé confine à un état de confusion anxiogène, formulé par&nbsp;Ben : «&nbsp;<em>Qu’est-ce qu’il se passe</em>&nbsp;?&nbsp;». Précisément, Woo ne fait que ça, passer d’une image à l’autre, simuler un état transitoire et instable. Puis vient l’explosion (les flammes, donc), l’agitation qui se décuple, les plans larges de foule où l’on peine à discerner les trois personnages qui paraissent se consumer dans un mouvement de panique générale.</p>
<p>Tout est affaire ici de dynamique, de pulsation et d’emballement, sans que la virtuosité de Woo ne s’accommode des règles usuelles de composition&nbsp;des plans et d’homogénéité du montage (la précipitation est par exemple préférée à la justesse des raccords). De sorte que l’impression procurée est celle d’une illisibilité, comme si l’action participait moins d’une logique narrative bien définie que d’une succession effrénée d’instantanés. C’est principalement à ce niveau que le cinéma du hongkongais a perdu de sa superbe&nbsp;: avec les années, ce dernier a mis de l’ordre dans ses idées plastiques, qui ont fini par faire système. Ses plus fervents thuriféraires ont raison de prétendre que sa mise en scène relève toujours du même regard&nbsp;; sauf que sa maîtrise et son goût pour la sophistication (voire l’autocitation) sont venus peu à peu gommer les impuretés de son cinéma, réduisant son horizon à des chromos et transformant ses plus belles idées formelles en tics. Ce qui empêche bon nombre de scènes d’<em>Une balle dans la tête</em> de verser dans le ridicule tient justement à leur caractère heurté et chaotique. Cette façon de faire reposer les plans sur une dynamique de fissuration, y compris lors de certains passages romantiques, donne le sentiment qu’une bombe à retardement peut les faire vaciller à tout moment.</p>
<p>Il est par ailleurs intéressant de considérer ici l’aspect politique du cinéma de Woo&nbsp;: si <em>Une balle dans la tête</em> renvoie explicitement à la célèbre photographie d’Eddie Adams (<em>Exécution de Saïgon</em>) ainsi qu’au massacre de la place Tiananmen lors du printemps de Pékin (Woo avait l’âge des personnages au moment des événements), le Vietnam filmé par le cinéaste est-il pour autant davantage qu’une toile de fond ? Malgré les faits historiques convoqués, échappe-t-il à une vision volontiers exotique, comme récemment Paris dans <em>The Killer</em>&nbsp;? Difficile, une fois retombé le soufflet de la violence, de dégager à ce propos une lecture limpide&nbsp;: ici aussi, la confusion règne. Et ce n’est pas l’apocalypse guerrière permettant aux héros de s’évader du camp, étonnamment complaisante à l’endroit des Américains, qui permettra d’y voir plus clair. Comme la plupart du temps chez Woo, les coups de feu prévalent sur les coups de semonce. Si politique il y a dans <em>Une balle dans la tête</em>, c’est bel et bien encore une fois celle du chaos&nbsp;; ce chaos&nbsp;sans visage qui voit les hommes s’entredéchirer pour un magot qu’ils tirent derrière eux comme leur propre cercueil.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Paul Chotel et Ariane Falardeau St-Amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-paul-chotel-et-ariane-falardeau-st-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-paul-chotel-et-ariane-falardeau-st-amour/" title="Read  Portraits d’Amérique — Paul Chotel et Ariane Falardeau St-Amour">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : les cinéastes Ariane Falardeau St-Amour et Paul Chotel (qui est d’origine française). Leur premier film, </em>Desvío de noche<em>, a été présenté dans plusieurs festivals, dont le FIDMarseille, le Festival International de Jeonju en Corée, ou le Festival du Nouveau Cinéma au Québéc. Leur nouveau court métrage, </em>Douce Prisonnière<em>, a connu sa première en janvier 2026 à la deuxième édition de la Semaine de la Critique de Montréal</em>.</p>
<p><strong>Comment êtes-vous devenu·es cinéastes ?</strong></p>
<p><strong>Ariane Falardeau St-Amour : </strong>En y repensant, je me rends compte que Paul et moi avons eu des débuts assez semblables : nous avons tous les deux fait beaucoup de films amateurs. Chez moi, mes parents organisaient avec des amis une sorte de festival de cinéma maison, où chacun apportait son court-métrage. Les enfants ont fini par vouloir participer. On tournait des histoires de crimes, de mystères, de petites fictions bricolées. Il y avait quelque chose de très ludique, très joyeux, et surtout un amour du geste de faire des films. Ma découverte du cinéma est donc liée à la pratique. J’ai longtemps fait du théâtre ; j’étais attirée par le jeu, j’ai même travaillé avec une agence de casting. J’ai ensuite suivi un cursus assez hybride, mêlant histoire de l’art, journalisme et cinéma. Progressivement, le rapport à l’image et mon amour des arts visuels ont pris le dessus. Ce qui m’importait surtout, c’était de faire partie d’un collectif, de construire quelque chose à plusieurs.</p>
<p><strong>Paul Chotel : </strong>J’ai grandi en région parisienne, où je regardais énormément de films. On allait à la médiathèque, mes parents me rapportaient des DVDs, puis j’ai commencé à explorer moi-même. Lorsque j’ai décidé de partir à Montréal pour mes études, j’avais surtout envie de quitter la France. Le cinéma m’a permis cela, avant même de partir : c’était un moyen d’aller ailleurs. Montréal s’est imposé pour des raisons très concrètes ; on y parlait français, les études étaient moins chères, etc.</p>
<p><strong>En tant que Québécoise et Français vivant en Amérique du Nord, quelle place a occupé le cinéma états-unien dans votre formation et votre imaginaire ?</strong></p>
<p><strong>Ariane Falardeau St-Amour : </strong>J’ai l’impression que le cinéma américain a été plus écrasant pour moi que pour Paul, sans doute parce que lui, il avait une forme de distance. Il aimait beaucoup ce cinéma et il y avait chez lui une attirance pour le continent américain qui l’a amené ici. De mon côté, j’ai grandi sous cette influence. J’en ai beaucoup consommé, mais avec moins de distance critique, et parfois moins d’amour. Ma mère a joué à cet égard un rôle important : elle a grandi à Toronto, elle est plus anglophone. Avec le temps, je me rends compte que je redécouvre certains films <em>mainstream</em> à travers le regard de Paul, qui a un rapport plus ludique à ce cinéma.</p>
<p><strong>PC :</strong> Mon rapport aux États-Unis est ambivalent. C’est à la fois proche et lointain, fascinant et irréel, presque comme une autre planète. Récemment, je suis allé à Los Angeles pour la première fois et c’était très étrange de voir exister physiquement des lieux que je connaissais uniquement par le cinéma. En même temps, cela reste une sorte de bulle mentale, un monde qui n’appartient pas vraiment à mon quotidien.</p>
<p><strong>Est-ce que vous percevez des différences entre la cinéphilie française et québécoise ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Oui, clairement. Il y a quelque chose de plus terre-à-terre ici&nbsp;; on théorise et on suranalyse moins. À Concordia, on faisait des films sans toujours comprendre exactement ce qu’on faisait et c’était très libérateur.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Je suis assez d’accord. Ici, tout semble possible. Il y a une place pour essayer, pour rater, pour bricoler. Quand on voyage avec les films, notamment en Europe, on se rend compte que la manière de parler du cinéma peut être plus intimidante, voire être source de complexes. Le langage, les références, la posture critique ne sont pas les mêmes. Ce n’est pas négatif, mais ce n’est pas toujours notre manière à nous.</p>
<p><strong>Vous exercez tous les deux plusieurs fonctions : réalisation, montage, production, direction photo… Comment cela nourrit-il votre travail de cinéastes ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>J’ai toujours eu ce rapport très concret au travail. À l’université, je voulais simplement faire des films. Je me suis beaucoup retrouvée assistante réalisatrice, un rôle transversal, presque de cheffe d’orchestre. J’aimais comprendre ce dont un film a besoin pour exister. Mais j’ai fini par me lasser et la production s’est finalement imposée assez naturellement, dans la continuité de cette première expérience. Puis j’ai commencé à faire de la direction photo pour d’autres cinéastes, ce que j’aime énormément : se mettre au service de la vision de quelqu’un d’autre, travailler de manière sensorielle, moins cérébrale. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre fragile mais heureux entre ces différentes pratiques.</p>
<p><strong>P.C. : </strong>De mon côté, je fais beaucoup de montage. Au départ, on montait nos propres films par manque de moyens. Puis, à force de travailler avec des amis, c’est devenu un vrai métier. C’est un peu la même logique pour la production : quand personne n’accepte de produire ton film, tu finis par le faire toi-même.</p>
<p><strong>Vos films sont hybrides, à la croisée du documentaire. Ils sont aussi traversés par des digressions, des récits qui bifurquent.</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. :</strong> Je pense que cela reflète directement notre manière de travailler. Nous ne nous limitons ni à une seule forme, ni à un seul rôle. Nous aimons que les frontières restent poreuses, entre les genres, entre les postes, entre les fonctions. Le fait de pouvoir faire un film de A à Z offre une grande liberté. Nous coréalisons, nous écrivons ensemble, nous brouillons volontairement certaines lignes. Pour <em>Douce Prisonnière</em>, par exemple, nous n’avions pas vraiment l’intention de faire un film. Nous avions un peu de pellicule, nous développions un long-métrage en parallèle, et nous avions envie d’essayer des choses. Le film est né ainsi, dans une semaine passée à expérimenter.</p>
<p><strong>Vous laissez donc une place importante au hasard ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Oui, totalement, même si personnellement j’ai besoin d’éléments matériels pour créer. C’est un équilibre : il est difficile pour moi de travailler à partir de quelque chose de purement abstrait. En ce moment, on écrit un scénario plus narratif, plus classique, et c’est nouveau pour moi. J’ai parfois besoin de reconnecter avec le réel, sinon je perds le sens de ce que je fais. Quand on est face à quelque chose de tangible – un lieu, une matière, une situation – la digression devient naturelle. Devant son logiciel de traitement de texte, ce n’est pas la même chose. Il faut une structure pour écrire, mais sur le terrain, on accepte davantage de ne pas savoir ce qui va arriver.</p>
<p><strong>Vos films sont aussi très marqués par la disparition, les fantômes, l’invisible. Est-ce une fascination commune ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Je suis arrivé au cinéma par le cinéma de genre. C’est resté très présent pour moi. J’aime ce que ce champ permet : poser des questions formelles concrètes. Comment représenter un fantôme ? Une disparition ? Comment travailler le son, l’image, l’absence ? On prend beaucoup de plaisir à chercher des réponses à ces questions.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>C’est clairement une influence de Paul sur moi. De mon côté, je suis profondément nostalgique. Les choses qui disparaissent me touchent énormément. Filmer le vide, l’absence, c’est quelque chose de très fort pour moi émotionnellement. Je pense que le ton de nos films vient de là : le mélange entre l’amour du genre chez Paul et mon rapport intime à la disparition. Et formellement, la figure du fantôme est passionnante : textures, opacité, flou… C’est un terrain de jeu riche.</p>
<p><strong><em>Douce Prisonnière</em> filme une région particulière du Québec, La Beauce. Quel rapport avez-vous à ce territoire&nbsp;?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>La Beauce est une région stéréotypée au Québec. On en parle souvent de manière péjorative, comme d’un territoire populiste, conservateur, masculin, gris. Ce sont des images très présentes dans le cinéma et l’imaginaire québécois. Or la réalité est beaucoup plus complexe. Il y a une grande diversité de communautés, notamment hispanophones, une richesse humaine et culturelle que l’on voit rarement à l’écran. Ce qui nous intéresse, c’est de proposer un autre regard, plus nuancé, sur ce territoire et sur son avenir.</p>
<p><strong>P.C. : </strong>On présente souvent le projet comme une forme de science-fiction minimaliste, presque en opposition à la science-fiction hollywoodienne. Il n’y a pas de grands enjeux spectaculaires, pas de planète à sauver. Juste un territoire, des gens, un futur possible.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Travailler ensemble, avec nos regards différents, québécois et français, enrichit énormément notre pratique. Ça permet de remettre en question ce qu’on prend pour acquis, de regarder le territoire autrement.</p>
<p><strong>Regarder des films nourrit-il votre travail, ou peut-il parfois l’entraver ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Pour moi, ça nourrit énormément. On regarde beaucoup de films ensemble, ça suscite des discussions, des idées. Évidemment, quand on développe un projet, certains films peuvent être mis de côté pour ne pas parasiter le travail. Mais globalement, le cinéma appelle le cinéma. On vient de passer plusieurs jours à voir beaucoup de films pendant la Semaine de la Critique, et c’était génial ! J’ai plein d’images et d’idées en tête… Ça peut créer une fatigue d’être autant devant un écran, mais ça insuffle avant tout un véritable élan.</p>
<p><strong>PC : </strong>Oui, c’est aussi une question de temps et d’énergie. Mais j’adore découvrir ce que font les autres, voir des films, rencontrer des cinéastes en festival.</p>
<p><strong>Et lorsqu’il s’agit de montrer vos propres films, que représentent les festivals pour vous ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Nos films sont très sensoriels, donc la salle est importante. Pour moi, les festivals sont surtout l’occasion de rencontrer d’autres cinéastes. C’est un métier difficile, et ces moments sont à la fois rassurants et inspirants. On se rend compte qu’il existe mille manières de faire du cinéma, notamment en dehors des codes de l’industrie américaine.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Oui, c’est vraiment rassurant de rencontrer des cinéastes venus du monde entier qui finissent par faire la même chose que toi, qui ont les mêmes problèmes, qui se posent les mêmes questions.</p>
<p><strong>Pendant la Semaine de la critique, y a‑t-il un film qui vous a particulièrement marqué ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Sans hésitation, <em>Last Night I Conquered the City of Thebes</em> de Gabriel Azorin. C’est un geste très fort, risqué, mais jamais dans la provocation. Il y a une grande confiance dans le dispositif, dans le temps, dans le rêve. Ce que j’aime beaucoup, et que je reconnais chez Paul et moi, c’est une attirance pour des cinémas nuancés, autant dans la forme que dans le fond. Des films qui prennent des risques sans chercher à prouver quoi que ce soit. Pour moi c’est essentiel, au cinéma comme dans la vie.</p>
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