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	<item>
		<title>La Corde au cou</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On revient beaucoup ces derniers mois sur une notion que l’on pensait acquise&nbsp;: c’est quoi, au juste, un auteur&nbsp;? La manifestation d’un style, d’une écriture, d’un regard, d’un ton, d’un ensemble de problèmes travaillés et retravaillés de film en film&nbsp;? Ou un statut à décorréler des films eux-mêmes et qui serait alimenté par une somme d’instances&nbsp;: la critique, les festivals, la cinéphilie en général&nbsp;? La sortie du nouveau Gus Van Sant, <em>La Corde au cou</em>, constitue sur ce terrain un cas d’étude assez complexe. D’abord, parce que cerner la singularité de Gus Van Sant a toujours été une affaire difficile&nbsp;: tour à tour réalisateur indé (<em>My Own Private Idaho</em>), artisan hollywoodien au <em>storytelling</em> soigneux (<em>Will Hunting</em>, <em>À la recherche de Forrester</em>), bidouilleur conceptuel (son remake de<em> Psychose</em>), pape d’un cinéma mi-radical, mi-vaporeux (<em>Elephant</em>, <em>Gerry</em>, etc.) et enfin tenant d’une épure lointainement héritée du classicisme (<em>Harvey Milk</em>, <em>Promised Land</em>), sa trajectoire est tout sauf rectiligne. Ensuite parce que, dans l’histoire récente du cinéma, la figure de Gus Van Sant illustre de façon éloquente une autre conception de l’auteur, entendu comme valeur boursière. La politique des auteurs tient parfois du petit jeu économique&nbsp;: un cinéaste, c’est aussi un titre sur lequel on mise, qui monte ou baisse, et peut même subir un krach. La carrière de Van Sant aura connu à peu près toutes les fluctuations possibles&nbsp;: l’ascension, la consécration, le petit creux et l’effondrement. Depuis l’accueil catastrophique réservé en 2015 à <em>Nos souvenirs</em> et la sortie en 2018 du médiocre <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dont-worry-he-wont-get-far-on-foot/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot</a></em>, le cinéaste est dans la cinéphilie une monnaie dépréciée. Avec <em>La Corde au cou</em>, très bien accueilli à la dernière Mostra de Venise, l’heure est désormais à une nouvelle étape dans cette valse des cours, celle de la relance.</p>
<h2>Faire signal</h2>
<p>Il faut toutefois beaucoup d’amour et de croyance en ce qu’a représenté Gus Van Sant au début des années 2000 pour voir dans cette adaptation d’un fait divers la marque d’une revitalisation de son cinéma. Mais à défaut d’un retour en grâce, il est probable que le film, en adoptant une structure plus biscornue qu’il n’y paraît, condense les différents pans de cette filmographie sinusoïdale. Situé en 1977 à Indianapolis, le récit retrace comment Tony Kiritsis (Bill Skarsgård), endetté auprès d’une société d’emprunt qu’il suspecte d’avoir sciemment organisé l’échec de son projet immobilier, prend en otage son vice-président Richard Hall (Dacre Montgomery), afin de réclamer des excuses et une compensation financière. À la lumière de ce pitch, on pourrait croire à une relecture maniériste des thrillers des années 1970, en particulier <em>Un apr</em><em>ès-midi de chien</em> (Al Pacino joue d’ailleurs un second rôle). Ou encore, à une série B minimaliste, l’essentiel du récit se jouant à huis clos ou dans les échanges téléphoniques de Tony avec la police et le DJ d’une radio locale, joué par Colman Domingo. Mais très vite, quelque chose coince&nbsp;: «&nbsp;GVS&nbsp;» semble vouloir contrarier la modestie fonctionnelle de sa mise en scène par un dispositif réflexif consistant à <em>reproduire</em>, avec une patine rétro<em>, </em>la couverture télévisée de l’affaire. Il arrive ainsi que l’action se retrouve suspendue, sur le mode de l’arrêt sur image, tandis qu’on assiste simultanément à l’exécution du plan de Kiritsis et à son enregistrement par la télévision locale, puis par les chaînes nationales.</p>
<p>Ce rejeu n’est pas nouveau à l’échelle de la carrière de Gus Van Sant qui, d’Hitchcock à Alan Clarke (dont le moyen-métrage, <em>Elephant</em>, est la matrice de sa Palme d’or<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332354_2('footnote_plugin_reference_332354_2_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332354_2('footnote_plugin_reference_332354_2_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332354_2_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332354_2_1" class="footnote_tooltip">À noter que <em>La Corde au cou</em> s’appuie lui-même sur un documentaire consacré à l’affaire Kiritsis : <em>A Dead Man’s Line</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332354_2_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332354_2_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), a fait du réemploi le carburant de plusieurs de ses films. Dans <em>Psycho</em>, par exemple, le rejeu en couleur du classique d’Hitchcock se présentait comme <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/deux-fois-marion-crane/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">un remake «&nbsp;plan par plan&nbsp;» approximatif</a>, qui reproduisait certes avec une fidélité d’apparat l’essentiel de l’œuvre originelle, mais en procédant à de légères et constantes variations, à la fois sur le plan du comportement des personnages (Bates se masturbe en contemplant Crane par l’œilleton) et de la mise en scène pure (le découpage diffère légèrement, la durée des plans n’est pas la même, de courtes visions mentales se glissent dans le montage, etc.). Le film valait <em>in fine</em> comme une installation plus ou moins involontairement passionnante&nbsp;: c’était dans son échec –&nbsp;la reproduction ne tenait jamais la comparaison avec son modèle&nbsp;– qu’il ouvrait sur une interrogation plus large sur la nature d’une mise en scène et ce qui fait son efficacité. Si le remake opérait certes un décalque en apparence géométrique, il s’avérait flagrant, en comparant minutieusement les deux films, que GVS avait vu et reproduit Hitchcock sans comprendre dans le détail le pourquoi de ses choix. Se dégageait alors un sentiment troublant&nbsp;: celui de voir <em>Psychose</em> sans <em>Psychose</em>, d’assister à un simulacre du film qui révélait sa part d’illusion dès qu’on grattait sa surface. Expérience passionnante donc, qui confortait dans l’idée que la réussite de l’original tenait à la spécificité de sa forme, mais expérience limite, en cela que le geste du cinéaste pensait moins qu’il ne permettait de penser. Une logique semblable est à l’œuvre dans <em>La Corde au cou</em>&nbsp;– titre par ailleurs hitchcockien&nbsp;: le dédoublement des scènes opéré par sa doublure médiatique puis, dans le générique de fin, par la convocation des images réelles de l’affaire, <em>fait signal</em> et invite le spectateur à mettre ses méninges en ordre de marche<em>.</em> Attention, quelque chose se joue&nbsp;: il ne s’agit pas seulement d’un fait divers, mais d’un signe annonciateur de l’Amérique des années 1980, dans un moment où elle se trouve conjointement au crépuscule des contre-cultures et à l’orée du reaganisme. Ou encore, il serait possible de lire le film comme une allégorie prenant à rebours la maxime d’un morceau célèbre de Gil Scott-Heron que l’on entend lors du dénouement, «&nbsp;The Revolution Will Not Be Televised&nbsp;» – finalement si, la télévision a probablement joué un rôle dans la conclusion de cette histoire et dans la mise au jour de sa dimension politique.</p>
<h2>Mixtape, mixture</h2>
<p>Mais que racontent au juste ces effets marqués de la mise en scène de Gus Van Sant&nbsp;? Témoignent-ils, quand on s’arrête précisément sur eux, d’une pensée formelle en action&nbsp;? Ce saupoudrage ne redouble <em>de facto</em> rien de plus que ce que dessine déjà le scénario, qui fait de cette histoire une fable sur la dilution définitive du sacro-saint «&nbsp;rêve américain&nbsp;» dans le capitalisme prédateur. Simulacre, à nouveau&nbsp;: cette couche pseudo-théorique injecte une fausse profondeur formelle à un récit qui fait montre au contraire d’une grande limpidité. <em>La Corde au cou</em> semble plus généralement tiraillé entre la simplicité et la complexité, comme si le film ne faisait pas confiance à l’épure de son cadre narratif. Il faut dire que la situation de semi-siège dans laquelle s’enfonce la prise d’otage est peu cinégénique et demande des ressources quasi théâtrales. C’est à cet endroit que le modèle lumettien se fait le plus sentir : la mise en scène doit insuffler une intensité dramatique à partir de presque rien et tabler sur l’abattage des acteurs pour donner une épaisseur à des personnages en train d’attendre. On ne fera pas l’injure à Bill Skarsgård de dire qu’il n’est pas Pacino, mais force est de constater que son jeu (ou plutôt son surjeu) peine à mêler la nervosité et la maladresse de Kiritsis, figure que le scénario essaie en vain de rendre plus ambivalente qu’elle ne l’est réellement.</p>
<p>Si, là encore, on a l’impression d’une greffe qui ne prend pas, c’est peut-être justement parce que le film dans son ensemble court après une hybridité qui lui échappe. Son titre original, <em>Dead Man</em><em>’</em><em>s Wire</em>, renvoie à la petite invention bricolée par Kiritsis pour mener à bien son entreprise&nbsp;: un fusil à pompe dont la détente est retenue par un fil d’acier attaché à la fois à son cou et à celui de son otage. Ce fil, c’est quelque part le film lui-même, pensé comme composite&nbsp;: il s’agit de lier deux personnages aux natures distinctes (face à Skarsgård, Montgomery joue une partition plus sobre)&nbsp;; de mêler la petite série B avec le portrait des États-Unis&nbsp;; de mâtiner le thriller de touches de comédie, etc. En fin de compte, GVS compose son film comme il compose sa bande-son, qui articule des titres emblématiques de l’époque (des <em>hits</em> de Barry White ou Donna Summer) avec des références plus pointues (Deaodato, Harpers Bizarre, Gil Scott-Heron). Le résultat&nbsp;? Un objet à mi-chemin entre l’académisme hollywoodien, l’exercice de style visant à ressusciter une époque (on sent, notamment dans les séquences de radio, l’expression d’un plaisir fétichiste) et le film <em>arty</em>. Rarement un film de Gus Van Sant sera apparu à ce point comme un agrandissement au microscope de ce qu’est son cinéma à une échelle macro&nbsp;: une mixture.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332354_2();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332354_2();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332354_2">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332354_2" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332354_2('footnote_plugin_tooltip_332354_2_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332354_2_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À noter que <em>La Corde au cou</em> s’appuie lui-même sur un documentaire consacré à l’affaire Kiritsis : <em>A Dead Man’s Line</em>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332354_2() { jQuery('#footnote_references_container_332354_2').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332354_2').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332354_2() { jQuery('#footnote_references_container_332354_2').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332354_2').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332354_2() { if (jQuery('#footnote_references_container_332354_2').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332354_2(); } else { footnote_collapse_reference_container_332354_2(); } } function footnote_moveToReference_332354_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332354_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332354_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332354_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/">La Corde au cou</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Affection affection</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/affection-affection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au début d’<em>Affection affection</em>, le scénario présente très classiquement sa protagoniste, Géraldine (Agathe Bonitzer) ainsi que son entourage : sa mère qu’elle vient de retrouver après de longues années d’absence, Jérôme, un homme plus âgé qu’elle fréquente ou encore Kenza, sa belle-fille, qu’elle vient de rencontrer. Mais ce qui est moins attendu, c’est que les proches de la jeune femme disparaissent aussitôt mystérieusement, sans raison apparente. Le récit s’organise dès lors autour de la désorientation de Géraldine, errant à leur recherche sur la Côte d’Azur. Cet ancrage géographique n’a rien d’anodin : à la lisière entre deux mondes, les paysages côtiers servent en effet depuis L’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lavventura/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avventura</em></a> d’Antonioni de territoire symbolique où s’ouvre une brèche métaphysique. Alexia Walther et Maxime Matray réemploient cette logique en lui insufflant une dimension ludique : la disparition en tant qu’élément perturbateur devient ici le point de départ d’un jeu de confusion entre les mots et les choses. Au loin, un petit chien blanc est pris pour un sac plastique emporté par le vent sur la plage, tandis que les personnages prennent des mots pour d’autres. <em>« Cartomancienne ou cartésienne ? »</em>, demande l’un d’eux, <em>« C’est pareil »</em>, lui rétorque-t-on. À travers ces dialogues absurdes se dessine une poétique de l’équivoque où chacune de ces ressemblances imparfaites brouille les frontières entre rationalité et croyance superstitieuse.</p>
<p>Ces glissements sémantiques composent une atmosphère énigmatique : l’apparente banalité de la ville côtière, qui d’ailleurs n’est même pas nommée, se transforme en théâtre d’une indifférence étrange. Walther et Matray exploitent ici de nombreux éléments propres au genre du film noir, avec l’ambition manifeste de les détourner ou de les rendre presque inopérants – exemplairement, le trope de la petite ville tranquille renfermant bien des secrets derrière son calme. Aucun des habitants ne semble véritablement se préoccuper du sort des disparus, au point que l’existence de ces derniers finit par devenir abstraite. L’inquiétude ne se déploie jamais, laissant place à une atonie qui se prolonge dans l’attitude placide de Géraldine. Son enquête se dispersera au gré de rencontres triviales ou de quiproquos qui court-circuitent toute idée de progression. Cette logique de dédramatisation produit un récit fragmenté, volontairement flottant et c’est là que réside l’intérêt d’<em>Affection affection </em>: dans un état d’incertitude qui déjoue les mécanismes conventionnels du mystère.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/" title="Read  Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci : les controverses au sujet du premier film gay de l’histoire du cinéma</em>.</p>
<p>Il y a trois ans, l’exposition <em>Regeneration: Black Cinema 1898–1971</em> à l’Academy Museum de Los Angeles s’ouvrait sur plusieurs versions du court-métrage <a href="https://www.cinematheque.fr/henri/film/154676-something-good-negro-kiss-william-n-selig-1898/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Something Good-Negro Kiss</em></a> réalisé par William Selig (1898), dans lesquelles deux acteurs africains-américains, Saint Suttle et Gertie Brown, se courtisent, dansent et s’embrassent. Ce film, redécouvert en 2017, a connu un grand retentissement aux États-Unis : c’était la première fois que l’on voyait des Noirs – plutôt que des Blancs en <em>blackface&nbsp;</em>– dans un film si ancien. Les corps noirs ont été si longtemps tenus à l’écart du cinéma américain dominant<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332460_6('footnote_plugin_reference_332460_6_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332460_6('footnote_plugin_reference_332460_6_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332460_6_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332460_6_1" class="footnote_tooltip">Jusqu’au début des années 1950, on ne les a pratiquement vus que dans les <em>race films </em>produits par des indépendants à l’écart de Hollywood et pour la plupart perdus ou détruits depuis.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332460_6_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332460_6_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> que la découverte de ce film des premiers temps marquait la résurgence d’une image manquante, d’un fragment d’histoire perdu.</p>
<p>Il n’y a pas à ma connaissance d’équivalent gay à ce film, mais ce qui s’en approche le plus est sans doute le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Y6b0wpBTR1s" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dickson Experimental Sound Film</em></a>. Réalisé avec le Kinetophone développé par William Dickson et Thomas Edison, il est entré dans l’histoire du cinéma comme le premier film incluant du son enregistré en direct. Il est aussi identifié par Vito Russo, dans le premier chapitre de son célèbre essai <em>The Celluloid Closet&nbsp;: Homosexuality in the Movies </em>(1981), sous le titre de <em>The Gay Brothers</em>, comme la première occurrence au cinéma de la figure de la <em>sissy </em>(gay efféminé), au prétexte qu’on y voit deux hommes danser ensemble au son du violon tenu par Dickson lui-même. Ce n’est pas le seul film des premiers temps à avoir attiré <em>a posteriori </em>l’attention des commentateurs&nbsp;: dans <a href="https://www.youtube.com/watch?v=sCqIC1T8xvE" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Éclipse de soleil en pleine lune</em></a> de Georges Méliès, le soleil et la lune, joués par deux acteurs masculins, se lancent des œillades lubriques, toutes langues dehors, avant que l’un passe littéralement <em>derrière l’autre</em>. Et dans la comédie <a href="https://www.youtube.com/watch?v=zrJNvZv10kY" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Meet Me at the Fountain</em></a>, le périple d’un homme à la recherche de la femme idéale s’achève par « l’horrible » révélation que l’heureuse élue est en réalité un homme travesti qui le couvre de baisers.</p>
<p>Les historiens du cinéma ont mis un point d’honneur à montrer que toute ambiguïté dans ces films était au mieux accidentelle, au pire malveillante. On n’a jamais trouvé aucune preuve que le film de Dickson s’intitulait <em>The Gay Brother </em>comme le prétendait Russo, et il n’était à l’époque pas nécessairement équivoque pour deux hommes de danser ensemble. Les archives de Méliès montrent que la lune était genrée au féminin dans le scénario original du film. Quant à <em>Meet Me at the Fountain</em>, c’était le premier d’un des nombreux films de travestis à jouer de la panique homosexuelle comme ressort comique. Mais au fond&nbsp;: qu’importe l’intention pourvu qu’on ait l’ivresse&nbsp;? L’ambiguïté n’a pas besoin d’être dans l’œil de celui qui fait le film, tant que l’œuvre offre la possibilité à celui qui la regarde d’en déceler les traces&nbsp;: la perspective <em>queer </em>sur le cinéma a toujours, comme le formule Adrienne Boutang, relevé d’une «&nbsp;<em>pratique analytique d’opposition</em>&nbsp;» décelant «&nbsp;<em>au sein des textes filmiques, des ambivalences et des failles significatives</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332460_6('footnote_plugin_reference_332460_6_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_332460_6('footnote_plugin_reference_332460_6_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332460_6_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332460_6_2" class="footnote_tooltip">Adrienne Boutang et al., <em>L’Analyse des films en pratique</em><em> : 31 exemples commentés d’analyse filmique</em>, Malakoff, Armand Colin, 2018, p. 18‑19<em>.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332460_6_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332460_6_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» C’est précisément ce que montre le documentaire inspiré par le livre de Vito Russo&nbsp;: faute de se voir explicitement représenté à l’écran, on a appris à décoder les sous-entendus volontaires ou involontaires cachés en plein cœur d’œuvres qui prétendaient que l’homosexualité n’existait pas. Les représentations explicites et les films militants pro-gay viendraient bien plus tard (notamment le célèbre <a href="https://www.youtube.com/watch?v=mMz3FmcnpbI" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Différent des autres</em></a> de 1919), mais cela n’enlève absolument rien au trouble authentique suscité par cette première danse.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332460_6();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332460_6();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332460_6">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332460_6" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332460_6('footnote_plugin_tooltip_332460_6_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332460_6_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jusqu’au début des années 1950, on ne les a pratiquement vus que dans les <em>race films </em>produits par des indépendants à l’écart de Hollywood et pour la plupart perdus ou détruits depuis.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332460_6('footnote_plugin_tooltip_332460_6_2');"><a id="footnote_plugin_reference_332460_6_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Adrienne Boutang et al., <em>L’Analyse des films en pratique</em><em> : 31 exemples commentés d’analyse filmique</em>, Malakoff, Armand Colin, 2018, p. 18‑19<em>.</em></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332460_6() { jQuery('#footnote_references_container_332460_6').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332460_6').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332460_6() { jQuery('#footnote_references_container_332460_6').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332460_6').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332460_6() { if (jQuery('#footnote_references_container_332460_6').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332460_6(); } else { footnote_collapse_reference_container_332460_6(); } } function footnote_moveToReference_332460_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332460_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332460_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332460_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/">Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Juste une illusion</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la comédie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&#160;? Juste une illusion, leur dernier film, permet de faire le point. C’est la première fois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/" title="Read  Juste une illusion">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la com</em><em>édie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&nbsp;</em><em>? </em>Juste une illusion<em>, leur dernier film, permet de faire le point.</em></p>
<p>C’est la première fois que le titre d’un film d’Éric Toledano et Olivier Nakache n’affiche pas une limpidité en symbiose avec la rondeur du <em>feel-good movie</em> propre à leur cinéma. Quelle est au juste «&nbsp;l’illusion&nbsp;» en question&nbsp;? Il s’agit d’abord d’un motif. Le film se passe en 1985 et se concentre sur une petite famille de la banlieue parisienne, les Dayan – et plus particulièrement sur le cadet, Vincent (Simon Boublil), alors que se profile sa bar-mitsvah. L’intrigue oscille entre la chronique d’une sortie douce-amère de l’enfance et le portrait familial, avec une place comique de choix accordée au leitmotiv du faux. Yves, le père (Louis Garrel), est un cadre au chômage qui cache à ses enfants (ou du moins croit cacher) qu’il a été licencié de sa boîte&nbsp;; Vincent ment pour séduire Anne-Karine, son béguin au collège ; il porte une doudoune rose teintée en noir (car le modèle est moins cher)&nbsp;; avec sa bande d’amis, il se procure un film porno baptisé «&nbsp;La Ruée vers Laure&nbsp;» qu’il dissimule dans un jeu d’échecs, etc. L’illusion, c’est aussi plus largement le vernis rétro du film, qui reconstitue avec délectation le milieu des années 1980 et le présente comme un âge d’or paradoxal&nbsp;: le chômage bat son plein, la crise n’est pas loin, mais il est encore possible de s’élever socialement, les femmes commencent à prendre du galon dans les entreprises (Sandrine, la mère de famille jouée par Camille Cottin) et la jeunesse se mobilise autour de SOS Racisme et de son slogan «&nbsp;Touche pas à mon pote&nbsp;». On commence à le voir&nbsp;: <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-annee-difficile/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une fois encore</a>, Toledano et Nakache font de la comédie un terrain de jeu qui n’est pas exempt de considérations politiques, même si la politique s’exprime souvent chez eux sur le mode de l’inconscient (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sens-de-la-fete/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Sens de la fête</a></em> et sa vision de l’entreprise).</p>
<h2>Ma place dans le trafic</h2>
<p>Comment faire société&nbsp;? C’est l’une des questions centrales du duo de réalisateurs, apôtres d’un vivre-ensemble rassembleur, mais moins innocent qu’il n’en a l’air. Elle s’articule au début du film autour de la notion de «&nbsp;place&nbsp;». Yves a doublement perdu la sienne&nbsp;: premièrement son poste de «&nbsp;cadre&nbsp;», dont il s’enorgueillit – pour ce juif d’origine marocaine, c’est un insigne à plastronner –, puis sa place de parking, modifiée par le concierge du HLM, M. Berger (Pierre Lottin). Ce dernier, avec sa simplicité mal dégrossie (homme à tout faire, il se démarque surtout par sa conjugaison hasardeuse), constitue une présence presque menaçante dans l’espace de son foyer où, en qualité de réparateur, il fait montre d’une virilité et d’une aisance dont Yves est dépourvu. La piste du conflit, pur moteur comique, ne sera pas creusée sur un versant dramatique. On y devine pourtant une angoisse d’être remplacé, d’autant que Berger aide Sandrine à installer un ordinateur qui pourrait permettre à celle-ci de prendre la place du chef de famille, octroyant au foyer le confort matériel auquel elle aspire (autre situation conflictuelle autour d’une «&nbsp;place&nbsp;»&nbsp;: celle de la chambre qu’on promet à Vincent, lequel doit en attendant partager celle de son grand frère). Même l’intrigue amoureuse entre Vincent et Anne-Karine est&nbsp;travaillée par un conflit non seulement de classe, mais aussi d’origine&nbsp;: fille d’un père conservateur (genre tradi-catho) qu’elle ne supporte pas, elle s’amuse de la possibilité de sortir avec un Arabe ou un Juif pour le faire enrager. Ce qui fait bien les affaires de Vincent, puisqu’il est les deux.</p>
<p>Comme souvent, Toledano et Nakache frottent leur programme comique à cette matière abrasive jusqu’à un certain point, avant de prendre la tangente. Cette tangente est ici littérale et précise le rapport du film à «&nbsp;l’illusion&nbsp;», à ce stade du récit encore un peu flou. Dans une scène accompagnée par «&nbsp;Ma place dans le trafic&nbsp;» de Francis Cabrel, Yves attend pour un entretien d’embauche dans une salle peuplée de cadres dans le même cas que lui&nbsp;: des pères de famille revêtant l’uniforme costard-imper, qui encerclent avec angoisse chaque petite annonce présente dans <em>Le Figaro</em> ou <em>Les É</em><em>chos</em>. Le désarroi du personnage face à la concurrence accouche d’une bascule&nbsp;: Yves s’enfuit en courant dans les couloirs de l’entreprise, tandis qu’en montage alterné, Sandrine commence à danser seule chez elle au son de «&nbsp;I’m so excited&nbsp;». Défait, son époux rentre alors à l’appartement et la découvre en train de se déhancher. Mais l’énergie positive de Sandrine l’emporte sur sa sinistrose, au même titre que la seconde chanson remplace la première. À rebours de la confrontation que semblait alors installer le scénario, Yves lâche sa serviette et son manteau, pour rejoindre Sandrine dans sa frénésie. À partir de là, le film commence à détendre les fils de la conflictualité pour se brancher sur une énergie collective qui adoucit les contours de cette famille où l’on se disputait jusqu’alors beaucoup. Autrement dit, aux petits tracas du réel, Toledano et Nakache opposent une logique de fuite, qui prend différentes formes&nbsp;: les vertus de la suspension, de l’artifice, du miracle (Yves dit y croire, avant de décrocher une jolie somme dans un jeu radio) et du «&nbsp;rêve d’un autre monde&nbsp;» que chante alors le groupe Téléphone sur la place de la Concorde, après un discours d’Harlem Désir, fondateur de SOS Racisme. Même si là encore, des petites scènes rappellent le fond idéologique brassé par les fluctuations de l’intrigue&nbsp;: le mariage de Sandrine et d’Yves semble ainsi sauvé pour de bon lorsque la première obtient à son tour le statut de cadre.</p>
<h2>Juste un symptôme</h2>
<p>Le choix des années 1980 est à ce titre à double tranchant, voire un peu ambivalent. S’il est certes le terreau de gags qui placent <em>Juste une illusion</em> plutôt dans le haut du panier de la filmographie des deux réalisateurs, il pose aussi question en miroir du présent dans lequel sort le film. Pourquoi 1985 ? Il y a certes le chômage et le SIDA (dont il est fait mention, d’une manière aussi rapide qu’anecdotique), mais au fond cette époque, qui correspond à l’enfance des réalisateurs, apparaît comme une oasis perdue ; une époque précédant la première percée de taille de l’extrême droite, aux législatives de 86 ; une époque où l’on peut encore être cadre et devenir copain avec son concierge aux remarques racistes et innocemment antisémites (le bon bougre sera même invité à la bar-mitsvah de Vincent) ; une époque où il faisait, en somme, plutôt bon vivre. Et l’on finit par comprendre que le titre est une invitation, à moitié assumée, lancée au spectateur qui tire la gueule devant l’actualité, de se réfugier dans la tiédeur molletonnée d’une salle de cinéma pour un shot de soleil et de « jours heureux ». Un détail parmi d’autres en atteste : dans l’ouverture de « La Ruée vers Laure » (le porno évoqué plus haut), on aperçoit les deux réalisateurs qui s’amusent à jouer les valets en livrée, clin d’œil qui vaut aussi comme une profession de foi – l’euphorie est dans le faux.</p>
<p>Mais un autre jeu post-moderne montre aussi, cette fois de manière inconsciente, la part d’aveuglement et de déni que représente pareille entreprise. C’est la première image du film, son premier gag&nbsp;: en amont du générique, on voit défiler les logos des sociétés productrices comme elles apparaissaient dans les années 1980 (à l’exception, bien sûr, de celui de Disney +). Celui qui ouvre le bal est Canal + (chaîne lancée, ça tombe bien, en 1984), avant que le fameux brouillage qui a rendu la chaîne célèbre ne parasite le logo. Beau symptôme de ce film, qui s’ouvre donc avec la nostalgie d’un Canal + antérieur à l’ascension de Bolloré et de son empire médiatique. Sur l’écran de sa télé, Sandrine regarde avec tendresse défiler une France qui n’existe plus vraiment, où la foule se rassemble pour célébrer la différence et la diversité. Caractéristique emblématique de Toledano et Nakache&nbsp;depuis au moins <em>Intouchables</em> (sur un mode inconséquent) et <em>Samba</em> (avec des intentions humanistes plus affichées)&nbsp;: ils s’emparent, parfois avec une certaine audace, de sujets ou de champs politisés pour mieux leur substituer un tableau radieux, un monde dans lequel on aurait supposément envie de se glisser, une heure ou deux, pour «&nbsp;faire pause&nbsp;». Programme charmant, une fois encore mieux tenu que les précédentes réalisations du duo, mais dont le mirage repose sur une dépolitisation pour le coup tout à fait volontaire.</p>
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		<title>Good Luck Have Fun Don’t Die</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-luck-have-fun-dont-die/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tout commence dans un diner, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rockwell) qui annonce venir du futur dans le but de trouver sept personnes à même de stopper la création d’une IA responsable de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-luck-have-fun-dont-die/" title="Read  Good Luck Have Fun Don’t Die">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout commence dans un<em> diner</em>, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rockwell) qui annonce venir du futur dans le but de trouver sept personnes à même de stopper la création d’une IA responsable de la fin du monde. Capable de voyager dans le temps autant de fois que nécessaire, il explique également que ses nombreuses tentatives lui ont permis de se rapprocher, peu à peu, de la composition du groupe parfait. S’engage alors une aventure articulée entre deux types de scènes&nbsp;: d’une part, des flashbacks narrant les événements les plus récents de la vie des membres de cette équipe bricolée, et de l’autre, des scènes consacrées à l’accomplissement de leur mission.</p>
<p>Les premières tissent de petites histoires mêlant technologie et fantastique, à la manière d’un <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/black-mirror-bandersnatch/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Black Mirror </em></a>bouffon. Dans l’une d’entre elles, des lycéens zombifiés par leurs smartphones attaquent des professeurs qui, pour se défendre, bricolent des armes sur le modèle des pistolets de <em>Mars Attacks&nbsp;!. </em>Le film de Tim Burton est d’ailleurs cité par le personnage inventeur du gadget, avant d’autres clins d’œil à la science-fiction des années 1980–90. Ce trait atteste du problème majeur du film&nbsp;: son regard daté. Verbinski a beau aligner les signes de contemporanéité, il n’en tire qu’un pastiche peu inspiré – cf. cette vision d’une IA maléfique, triangle lumineux sur un écran en mesure d’hypnotiser instantanément celui qui le regarde.</p>
<p>Les scènes «&nbsp;au présent&nbsp;» ne sont guère plus convaincantes. Les péripéties du groupe, qui progressent vers un endroit inconnu pour mener une quête aux contours flous (les personnages n’apprenant que tardivement comment vaincre l’IA), adoptent un style cartoonesque et parfois gore rappelant parfois le cinéma d’Edgar Wright. Mais le ton se veut ici plus mordant&nbsp;: le voyageur du futur, qui peut décider de repartir dans le passé à tout moment si les choses tournent mal, prend des allures de Monsieur loyal commentant l’action et le sort, parfois funeste, de ses compagnons maladroits. Ce détachement, ajouté à la démesure dont fait preuve peu à peu le récit, participe d’une déréalisation de plus en plus profonde, au point que l’on soupçonne rapidement que l’intrigue se passe dans un jeu vidéo ou une réalité virtuelle, voire une matrice façonnée par l’IA. Cette piste peine toutefois à produire des visions&nbsp;: malgré la bizarrerie de certaines situations, la pauvreté de l’imaginaire proposé prive cette étrange odyssée de toute apparition un tant soit peu surprenante. Ni inquiétant, ni drôle, le film de Verbinski, dont le logiciel paraît bien obsolète, ne fait qu’aligner des visions criardes et périmées.</p>
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		<item>
		<title>Hayat</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hayat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Zeki Demirkubuz, connu en Turquie pour sa rivalité de longue date avec Nuri Bilge Ceylan, n’avait jamais vu l’un de ses films sortir en France. Avec Hayat, Demirkubuz porte à l’écran un projet longtemps différé,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hayat/" title="Read  Hayat">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Zeki Demirkubuz, <a href="https://www.duvarenglish.com/tension-between-acclaimed-turkish-directors-ceylan-demirkubuz-heightens-news-63565" target="_blank" rel="noopener noreferrer">connu en Turquie pour sa rivalité de longue date avec Nuri Bilge Ceylan</a>, n’avait jamais vu l’un de ses films sortir en France. Avec <em>Hayat</em>, Demirkubuz porte à l’écran un projet longtemps différé, l’idée du scénario remontant à plus de trente-cinq ans. Ce temps de maturation se reflète dans un film qui semble à la fois synthétiser certains motifs récurrents de son cinéma et tenter un déplacement, en centrant le récit sur une figure féminine, Hicran (initialement le film devait même porter son nom), là où l’œuvre de Demirkubuz s’est majoritairement construite autour d’hommes en crise. Mais cette tentative se heurte à une contradiction plus profonde : <em>Hayat</em> entend explorer l’intériorité de son personnage féminin tout en conservant une mise en scène enfermée dans un regard masculin.</p>
<p>La première partie est focalisée sur Riza, le fiancé d’Hicran, avant que celle-ci ne s’enfuie la veille de leur mariage arrangé. Le personnage s’inscrit dans la continuité des héros du cinéaste : solitaires, rêveurs et obsessionnels. En face, Hicran, centrale dans les deux autres tiers du récit, demeure inaccessible : son regard, souvent dirigé vers le hors-champ des scènes, suggère un désir d’évasion qui n’est jamais formulé. L’opacité du personnage, source de fantasmes masculins de toutes sortes (entre jalousie et soupçons) constitue moins une énigme féconde qu’il ne trahit l’incapacité du film à adopter pleinement son point de vue, comme si elle restait condamnée à n’exister qu’à travers les projections des hommes qui tentent de la cerner. On ne saurait reprocher à Demirkubuz de revenir une fois de plus aux tourments masculins et à leur violence structurelle. Mais le film semble esquisser une attention à la détresse d’Hicran sans jamais nous y donner accès : nous ne savons rien de ce qu’elle pense des violences qu’elle subit, ni de Riza, ni de son père, ni de l’homme avec qui elle s’est enfuie.</p>
<h2>Le regard empêché</h2>
<p>La mise en scène de Demirkubuz s’est toujours distinguée par sa rigueur asphyxiante, presque sadique, qui fait de chaque plan fixe un piège refermé sur les personnages. Or ici, elle paraît relever d’un flottement. La relative épure formelle qu’elle affiche, avec ces longs plans fixes sur des dialogues laconiques qui s’effacent au profit de silences insistants, contribue à maintenir Hicran à distance, tout en installant le film dans une forme d’atonie diffuse. À force d’entretenir l’ambiguïté, le film s’évapore&nbsp;: là où les cadres rigides de Demirkubuz écrasaient autrefois ses personnages, ils semblent ici simplement les laisser dériver.</p>
<p>Le dénouement (<i><span style="font-weight: normal !msorm;">attention, </span></i><em>spoiler</em>) voit Hicran finalement mariée à Riza, enceinte, après que le personnage a assassiné l’homme avec qui elle était partie. Cette fin peut se lire à la fois comme un <em>happy end</em> ironique (suggéré par l’apparente sérénité de la jeune femme) ou comme une résignation tragique, tant la stabilité affichée repose sur la violence qui l’a précédée. La dernière séquence fait pencher le pendule plutôt vers la deuxième hypothèse : à la question de Riza sur un rêve d’Hicran, celle-ci ne répond pas, tandis que la voiture s’enfonce dans un tunnel, plongeant les deux personnages dans l’obscurité. Fidèle à la tonalité sombre de son cinéma, Demirkubuz substitue à toute résolution claire une image d’effacement, celle d’une intériorité féminine suggérée mais jamais atteinte, laissée dans l’ombre d’un récit qui, jusqu’au bout, n’aura cessé de la contourner.</p>
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		<item>
		<title>Ciné-club Critikat : 1941</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-1941/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 17:05:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En amont de la sortie de Disclosure Day en juin, le ciné-club Critikat vous invite à découvrir ou à redécouvrir la version longue de 1941, l’un des films les plus injustement mal considérés de Steven...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-1941/" title="Read  Ciné-club Critikat : 1941">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En amont de la sortie de <em>Disclosure Day</em> en juin, le ciné-club Critikat vous invite à découvrir ou à redécouvrir la version longue de <em>1941</em>, l’un des films les plus injustement mal considérés de Steven Spielberg. La séance aura lieu <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2200759-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 20 avril à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> et sera suivie d’une discussion animée par Josué Morel et Marin Gérard.</p>
<img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter wp-image-332468 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-2000x1047.jpg 2000w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Romería</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le nouveau film de Carla Simón n’est pas sans lien avec Été 93, son premier long-métrage qui creusait déjà une veine autobiographique : comme la petite Frida et désormais l’héroïne de Romería, la cinéaste n’a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/romeria-2/" title="Read  Romería">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nouveau film de Carla Simón n’est pas sans lien avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ete-93/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Été 93</em></a>, son premier long-métrage qui creusait déjà une veine autobiographique : comme la petite Frida et désormais l’héroïne de <em>Romería</em>, la cinéaste n’a jamais connu ses parents, tous deux morts du SIDA dans les années 1980. Dès le début de son voyage en Galice pour rencontrer la famille de son père biologique, Marina, qui aspire à devenir cinéaste, filme son arrivée dans le port de Vigo à l’aide d’un caméscope. En faisant de cette jeune femme son alter ego, la réalisatrice envisage donc la mise en scène comme le moyen d’accéder à un passé familial chimérique. Mais on regrette dès le début la littéralité appuyée du geste métafilmique de Simón. L’enquête familiale – où vivaient ses parents ? En quelle année sont-ils vraiment décédés ? – est accompagnée de prises de vues opérées par Marina, auxquelles s’ajoute la lecture du journal intime de sa mère défunte.</p>
<p>En filmant les lieux habités par deux êtres qu’elle n’a jamais connus, Marina produit ses propres souvenirs, comblant les images manquantes de son imaginaire. Bien que séduisante, l’idée s’épuise vite et le décrochage narratif qui survient aux deux tiers de l’intrigue peine malheureusement à&nbsp;lui donner un second souffle. Le passé des parents toxicomanes de Marina, jusqu’ici tout juste entrevu, se matérialise alors par une longue séquence fantasmée. Après avoir suivi un chat apparu une première fois dans l’ancien voilier de son père, Marina gravit une échelle pour accéder au toit de l’immeuble qu’habitaient ses parents. Allongés dans deux transats, les interprètes de Marina et de son cousin, Llúcia Garcia et Miguel Robles, s’apprêtent à&nbsp;rejouer les scènes évoquées dans le journal intime maternel. On retrouve à&nbsp;cet endroit le même principe que dans <em>Letter to My Mother for My Son, </em>un court-métrage de 2022, où la cinéaste inventait une rencontre avec sa mère biologique. Mais ici, la recherche des traces de son passé se révèle moins inspirée : la reconstitution de sa propre histoire paraît étouffer sa mise en scène.</p>
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		<title>Politique de Toledano et Nakache</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/politique-de-toledano-et-nakache/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la comédie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&#160;? Juste une illusion, leur dernier film, permet de faire le point.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la com</em><em>édie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&nbsp;</em><em>? </em>Juste une illusion<em>, leur dernier film, permet de faire le point.</em></p>
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		<title>The World is Full of Secrets / An Evening Song (For Three Voices)</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-is-full-of-secrets-an-evening-song-for-three-voices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La sortie conjointe de The World is Full of Secrets et An Evening Song (For Three Voices), les deux premiers films de Graham Swon (réalisés respectivement en 2018 et 2023), offre l’occasion de découvrir en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-is-full-of-secrets-an-evening-song-for-three-voices/" title="Read  The World is Full of Secrets / An Evening Song (For Three Voices)">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La sortie conjointe de <em>The World is Full of Secrets </em>et <em>An Evening Song (For Three Voices)</em>, les deux premiers films de Graham Swon (réalisés respectivement en 2018 et 2023), offre l’occasion de découvrir en France un cinéaste indépendant américain au style déjà affirmé. Celui-ci tient à la rencontre entre une volonté d’investir des formes narratives singulières (le récit oral pour le premier, le flux de conscience pour le second) et un goût certain pour l’expérimentation plastique. Si cette recherche formelle passe dans <em>An Evening Song</em> par l’invention d’une caméra conçue sur mesure, produisant une texture granuleuse et un vignettage du cadre, elle se manifeste surtout dans les deux films par l’usage quasi systématique du fondu enchaîné. En découle un montage liquide, par lequel les contours des images se dissolvent les uns dans les autres, qui rend la temporalité plus vaporeuse et déplace le récit vers l’espace du rêve. Que les deux œuvres se déroulent dans le passé (1996 pour <em>The World is</em><i>…</i>, l’entre-deux-guerres pour <em>An Evening Song</em>) et prennent la forme du huis clos n’est pas anodin : elles évoluent surtout dans un espace mental, hors du temps et du monde.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p><em>The World is Full of Secrets</em> est narré par une vieille dame à la voix éraillée, qui raconte en off ses souvenirs d’une journée de son adolescence passée avec plusieurs de ses amies. La nature diffuse des images retranscrit la fragilité du souvenir, ce que suggère un passage où la narratrice avoue ne plus se rappeler exactement un dialogue : aussitôt, l’image s’assombrit et le son s’estompe, comme si le plan était traversé par l’oubli. La logique de la réminiscence n’est toutefois pas strictement respectée, puisqu’à plusieurs reprises apparaissent des scènes que la conteuse n’a pas vécues. Graham Swon joue volontairement de cette ambiguïté, et ce n’est d’ailleurs qu’au milieu du film que l’on parvient à identifier avec certitude la narratrice parmi les cinq jeunes filles. Ce flou déplace l’enjeu : l’image mentale relève moins de la réminiscence que de la fantasmagorie. Davantage qu’une histoire personnelle, le film devient une méditation plus large sur une innocence perdue. Au début, les fondus enchaînés entrecroisent les visages et les corps des jeunes filles en train de se maquiller, de s’appliquer du vernis ou de jouer avec leurs mèches de cheveux, composant un petit condensé iconographique de la figure de l’adolescente, dans la lignée de <em>Virgin Suicides</em> ou de son modèle affirmé, <em>Pique-nique à Hanging Rock</em>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span> L’indication de l’année 1996 sur l’écran-titre, combinée à la présence d’un téléphone filaire dans le premier plan puis d’une pile de cassettes VHS posée sur un téléviseur cathodique, ancre par ailleurs symboliquement le récit dans un «&nbsp;temps de l’avant&nbsp;», celui d’un siècle finissant qui coïncide avec l’enfance du cinéaste.</p>
<h2>L’innocence ambivalente</h2>
<p>À ce temps de l’innocence répond une certaine innocence de la fiction, incarnée ici par la dimension orale du récit. Suite à la proposition, formulée par l’une des cinq amies, de se raconter des histoires effrayantes, le film accueille plusieurs récits enchâssés. Graham Swon opère dans cette perspective un choix radical en filmant deux de ces histoires <em>in extenso</em> chacune en un gros plan fixe (de vingt minutes, puis de quarante minutes), focalisé sur le visage de leurs conteuses respectives. Le procédé invite ici à appréhender le cadre comme une surface sur laquelle le public projette ses propres représentations mentales, produites par les récits des jeunes filles. De brèves surimpressions du visage des auditrices sur celui de la conteuse viennent ponctuellement prolonger ce principe, pour rendre sensible l’accès à l’imaginaire permis par la longueur du plan. Le pari demeure néanmoins risqué, tant il délègue au spectateur, sur le mode de l’installation, la tâche de remplir le cadre. Si le geste a donc ses limites, il trouve toutefois sa force dans un minimalisme qui évite la séduction. Ce faisant, le film rompt avec un rapport fétichiste au merveilleux, qui convoquerait une imagerie archaïque dans une perspective vaguement onirique, pour s’affirmer comme une mise à l’épreuve de l’imagination, un acte de foi envers les puissances de la parole et de la fable. Ces plans actent également un glissement de la fiction vers le documentaire sur les jeunes comédiennes au travail, dont le monologue est autant adressé à l’auditoire fictif qu’aux spectateurs. On se plaît alors à observer leurs différentes stratégies d’oratrices, qu’il s’agisse de leurs effets d’annonce, des adresses à l’assistance pour s’assurer de son attention, ou encore de l’ajout malicieux de petits détails, toujours plus cruels, qui renforcent la dimension tragique de leur histoire.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Ce glissement de la mise en scène est d’autant plus étonnant que la narratrice annonçait d’emblée qu’un événement dramatique viendrait mettre un terme définitif au bonheur naïf des adolescentes. Les longues minutes passées à regarder leurs visages et à écouter leurs histoires permettent de comprendre le véritable enjeu du film : en dépit des avertissements de la voix off, le film ne s’achemine pas vers ce drame imminent, mais cherche plutôt à suspendre et à étirer au maximum le temps qui le précède. Les deux longues prises révèlent dès lors leur ambivalence, participant conjointement de la célébration d’un visage et de son embaumement. L’idée est renforcée par la composition des cadres : dans l’un, deux bougies placées sur les bords droit et gauche enserrent étrangement le visage ; dans l’autre, une forme évoquant une croix se détache à l’arrière-plan, tandis qu’une image du ciel se surimprime sur le visage de la jeune fille à l’issue de son récit. Dans les deux cas, la manière de saisir les visages fait penser à une photographie posée sur une tombe, impression qui émanait déjà d’un autre plan-portrait plus tôt dans le film, dont la partie inférieure était bordée par des fleurs rouges. À l’échelle du film, cette dimension spectrale émerge autant de la structure rétrospective du récit, qui laisse entendre que certains personnages sont peut-être morts depuis, que de la façon dont les adolescentes jouent à se faire peur. Cette inquiétude ne se réduit pas à une simple variation sur le cinéma de genre : elle constitue surtout une manière de saisir l’ambivalence mélancolique propre à l’innocence, dont la beauté se déploie toujours dans l’anticipation de sa perte.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-332397 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="689" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-300x81.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-1024x275.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-768x207.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-1536x413.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-2048x551.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-980x264.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-2000x538.jpg 2000w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Impermanence</h2>
<p>Cinq ans après <em>The World is Full of Secrets</em>, Graham Swon prolonge ses expérimentations formelles et narratives avec <em>An Evening Song (For Three Voices)</em><i>. </i>Situé dans les années 1930, il met en scène un triangle amoureux entre Barbara et Richard Fowler, un couple récemment installé dans le Midwest, et leur bonne, fervente religieuse et grande brûlée. Mais le drame amoureux mâtiné de fantastique importe finalement peu : Swon s’intéresse avant tout à la transposition cinématographique de certains modes d’écriture de la littérature moderne anglo-saxonne. Les trois voix du titre renvoient ainsi à l’usage polyphonique de la voix off grâce auquel les points de vue des personnages ne cessent de s’entrecroiser. À la manière des flux de conscience de Virginia Woolf, le récit s’atomise en une succession de pensées fragmentaires, de microrécits de rêves et de souvenirs, traduisant la dilution des personnages dans un flot de perceptions évanescentes. Barbara dira ainsi en off : «<em>Si on se considère comme fait de pure matière et qu’on passe outre la vanité de l’individualité, se dissoudre n’est pas difficile, c’est seulement une redistribution de l’énergie.&nbsp;</em>» Graham Swon donne à éprouver ce sentiment à travers les fondus enchaînés par lesquels le tissu de la réalité semble se défaire en une multitude de sensations, ce que figure par exemple une surimpression où la boîte crânienne d’un personnage paraît s’ouvrir pour laisser affleurer les arbres d’un paysage pastoral. Comme le suggère l’utilisation continue d’une bande originale d’<i>ambient</i> composée par Rachel Evans, le film entend produire sur son spectateur cette même expérience vaporeuse et onirique. S’il produit quelques visions fulgurantes, le projet bute cependant sur un écueil : porté par des acteurs à la beauté assez lisse et endimanchés dans leurs costumes d’époque, le mélodrame rapidement ébauché ressemble trop à un prétexte. Les enjeux confinent à l’artifice, comme en témoigne l’évocation d’une mystérieuse créature maléfique (qui n’apparaîtra jamais à l’écran), dont le rôle est d’injecter un peu trop commodément une part d’ombre dans le récit. La frustration que peut susciter cette dérive vers l’exercice de style est toutefois compensée par la bonne nouvelle qu’apportent ces deux premiers longs-métrages : l’apparition d’un nouveau nom à suivre dans le paysage du cinéma indé américain, bien décidé à sortir des sentiers battus.</p>
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		<item>
		<title>Le Cri des gardes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cri-des-gardes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2022, dans Stars at Noon, Claire Denis avait déjà démontré qu’elle éprouvait plus d’intérêt pour le corps de ses jeunes acteurs que pour le cadre nicaraguayen, qu’elle diluait, entre deux étreintes, dans une intrigue...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cri-des-gardes/" title="Read  Le Cri des gardes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2022, dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/stars-at-noon-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Stars at Noon</em></a>, Claire Denis avait déjà démontré qu’elle éprouvait plus d’intérêt pour le corps de ses jeunes acteurs que pour le cadre nicaraguayen, qu’elle diluait, entre deux étreintes, dans une intrigue politique confuse et maladroite. Dans <em>Le Cri des gardes</em>, même le corps, le fameux cinéma du corps cher à la cinéaste, rend les armes. <em>&nbsp;</em>Si la mise en scène de <em>Stars at Noon</em> était flasque, celle du <em>Cri des gardes</em> est quant à elle raide comme un piquet, ou comme ses deux protagonistes, Horn (Matt Dillon) et Alboury (Isaach de Bankolé), dressés des deux côtés d’une grille pendant presque l’ensemble du récit. Le point de départ de la pièce de Bernard-Marie Koltès dont le film est adapté, <em>Combat de nègre et de chiens</em>, cochait pourtant toutes les cases du film denisien : dans un immense chantier français installé en Afrique subsaharienne, un homme noir vient demander le cadavre de son frère, Nouofia (Brian Begnan), le jour même où Leone (Mia McKenna Bruce), la nouvelle épouse du patron, arrive depuis l’Europe. Tout le potentiel dramatique de cette histoire consistait à voir deux corps étrangers, qui n’avaient pas vocation à se rencontrer, à interagir et à parasiter les lois tacites d’un chantier peuplé d’hommes blancs. C’est le moindre souci du <em>Cri des gardes</em>&nbsp;: il n’y a pas, à proprement parler, de rencontre entre les personnages, seulement des échanges protocolaires entre Blancs et Noirs, entre patron et employés ou entre hommes et femmes. D’où une forme qui se limite le plus souvent à des champs-contrechamps, réduisant considérablement l’agentivité des personnages et la gamme de jeu des acteurs qui, pour la plupart, posent&nbsp;: sous la lumière crue des appartements de fonction ou celle, chaude, du chantier, le regard vide, habillés en Anthony Vaccarello (encore un film victime des productions Saint Laurent&nbsp;!). Mais c’est certainement ce que le film fait d’Isaach de Bankolé qui reste le plus regrettable&nbsp;: relégué aux marges du chantier, il est présenté comme un personnage principal tout en étant traité comme une figure secondaire, qui n’intègre jamais la troupe des acteurs anglophones, à rebours de l’hétérogénéité que semblait travailler le récit.</p>
<p>Voilà ce qu’on pourrait appeler un cas critique : il est difficile de reprocher à une autrice de ne pas aller jusqu’au bout d’une histoire qui était faite pour elle, en particulier lorsque ses derniers films ont été décevants. Denis aurait-elle souhaité faire un pas de côté, marquer une rupture dans sa production cinématographique ? Pourtant, le film épouse bien la vision du monde que propose la cinéaste depuis ses débuts, à savoir que tout espace est promis à un devenir-carcéral. Quoi de plus denisien que ces industriels français enfermés dans un chantier sur le déclin, censés être protégés par des gardes noirs qui, à la première faute, prendront la défense des leurs ? Même de ce matériau, Claire Denis tire peu de chose. Chez Koltès, le « cri des gardes » constitue une menace latente, le signe que les Blancs et les Noirs finiront par mener un combat à mort et que la justice envers Alboury ne sera jamais rendue. Dans l’adaptation, il ne sert qu’à créer une atmosphère oppressante, Denis préférant, à la fin, étouffer la lutte raciale (qui est le sujet de son film) dans une querelle de contremaîtres. Perdant son caractère politique, le film aurait de fait pu se dérouler dans n’importe quel espace clos. Il y a lieu de se demander pourquoi Claire Denis tient encore à filmer l’ailleurs, tant l’autre se réduit presque toujours au même.</p>
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		<item>
		<title>La fabrique de la couleur — Florine Bel, color scientist</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film&#160;? En s’intéressant à des métiers variés,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/" title="Read  La fabrique de la couleur — Florine Bel, color scientist">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film&nbsp;? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Cinquième et dernière invitée : Florine Bel, color scientist au laboratoire MPC — TransPerfect, qui a notamment travaillé sur Les passagers de la nuit, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maria/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Maria</a> ou plus récemment <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vermiglio-ou-la-mariee-des-montagnes/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Vermiglio ou La Mariée des montagnes</a>.</em></p>
<p><b>En quoi consiste votre métier, quasiment inconnu du grand public, voire de certains professionnels du cinéma ? Comment êtes-vous devenue l’une des seules </b><em><b>color scientists </b></em><b>françaises ?</b></p>
<p>C’est pendant mes études à Louis Lumière que j’ai commencé à m’intéresser de près à la post-production : j’étalonnais de nombreux films de ma promo, je lisais régulièrement l’<em>American Cinematographer</em> [NDLR : la revue américaine de référence des chefs opérateurs] et je suivais en particulier le travail de Peter Doyle, un étalonneur assez novateur <a href="https://www.pictureshop.com/artists/peter-doyle" target="_blank" rel="noopener noreferrer">qui se présente comme « superviseur de l’étalonnage »</a>. À cette période, j’ai découvert l’<a href="https://acescentral.com/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ACES</a> (acronyme d’<em>Academy Color Encoding System</em>), un système de gestion des couleurs imaginé au moment où le numérique commençait à partir un peu dans tous les sens : les fabricants de caméras avaient leurs espaces couleurs respectifs, les écrans avaient des normes différentes et, surtout, on se demandait comment archiver numériquement les images avec un espace couleur et un encodage commun à tous les supports. Un comité technique s’est constitué autour de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences – notamment organisatrice des Oscars – qui a développé ce système de gestion des couleurs en <em>open source</em> pour qu’il puisse être utilisé par le maximum de personnes dans une perspective communautaire. L’ACES propose des espaces couleurs [NDLR : un espace couleur définit la gamme de couleurs disponible sur un support donné : caméra, écran, etc.] de travail (pour l’étalonnage, les effets spéciaux, l’archivage numérique) qui permettent de ne plus dépendre de l’espace couleur d’un constructeur caméra ou d’une technologie d’écran, surtout dans le cadre de projets qui mélangent plusieurs caméras et sont destinés à différents supports (cinéma, télévision, etc.). Il fournit les conversions d’espaces couleur nécessaires dans ces flux de travail numérique, qui permettent qu’une couleur filmée reste la même au cours du traitement de l’image.</p>
<p>Lors de mon premier poste dans un laboratoire, j’accompagnais les étalonneurs dans l’utilisation de cette chaîne ACES. J’ai élaboré ma méthode autour de cette notion d’accompagnement, avec l’ambition d’apporter une connaissance plus théorique des espaces couleur aux étalonneurs. Rapidement, j’ai voulu aller plus loin et j’ai commencé à créer des <em>looks</em>/LUTs, acronyme de <em>Look-Up Table</em>, c’est-à-dire un ensemble de préréglages qui conditionne la colorimétrie et le contraste d’une image. L’idée n’était pas de concurrencer les étalonneurs, mais d’avoir une vision différente de la leur, plus transversale, en proposant un traitement des couleurs suffisamment équilibré pour donner une tonalité commune à l’ensemble des images d’un film. Parmi les outils que j’utilise et qui permettent cette vision technique du traitement des images et des volumes de couleur, figurent des vecteurscopes (qui indiquent la distribution des couleurs sur une échelle circulaire) ou des waveformes (qui représentent la distribution de la lumière pour discerner facilement les éléments clairs et sombres).</p>
<div id="attachment_332264" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-332264" class="size-full wp-image-332264" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="586" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-300x69.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-1024x234.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-768x176.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-1536x352.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-2048x469.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-980x224.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-2000x458.jpg 2000w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-332264" class="wp-caption-text">Affichage de la waveforme et du vecteurscope de l’image à gauche</p></div>
<p><b>Le terme </b><em><b>color scientist</b></em><b> a évolué avec l’histoire du cinéma : les fabricants de pellicule avaient déjà des </b><em><b>color scientists</b></em><b> qui déterminaient les teintes des films, voire accompagnaient les chefs opérateurs dans leurs choix.</b></p>
<p>À l’époque de la pellicule, des gens faisaient en effet ce travail d’accompagnement en indiquant aux chefs opérateurs la manière dont telle pellicule réagissait à telles couleurs ou à telle quantité de lumière. Natalie Kalmus, directrice artistique du Technicolor, en est la figure emblématique : elle accompagnait les cinéastes et chefs opérateurs dans l’utilisation du procédé pour garantir le meilleur rendu selon les spécificités de la pellicule. À cet égard, mon usage du terme <em>color scientist</em> traduit une sorte de renversement : l’idée est que la caméra numérique capture une image assez neutre, et que le <em>look </em>que je crée remplace le choix d’une pellicule. Cela dit, mes collègues <em>color scientists</em> étrangers ne travaillent pas tous de la même manière, certains se concentrent davantage sur l’accompagnement et le renforcement technique des styles élaborés par les étalonneurs. Pour ma part, j’investis beaucoup de ma personne dans les <em>looks</em>, selon mon goût et ma personnalité, de manière plus artistique.</p>
<p><b>Votre travail de création d’un style visuel ne déborde-t-il pas tout de même sur celui de l’étalonneur ?</b></p>
<p>Mon travail ne concerne que le traitement général des couleurs. L’étalonneur, lui, intervient sur tout le reste de l’image, bien plus en détail : la texture, la diffusion, le grain, le travail spatial dans l’image… Il y a beaucoup de choses à affiner, plan par plan, selon les demandes du chef opérateur. Aujourd’hui, je constate en outre une demande croissante de « beauty », c’est-à-dire de rectification des peaux, de suppression des aspérités, à la demande des acteurs ou de la production. Il est possible de faire tant de choses qu’on peut vite se retrouver dépassé. C’est là que se justifie mon travail en amont, qui évite de perdre trois ou quatre jours à tâtonner pour fixer une direction générale. Un <em>look</em> n’est pas un simple filtre, il donne une intention à l’image dans sa globalité. On pourrait rétorquer que certaines de mes propositions sont parfois trop subtiles, mais j’essaie toujours d’accompagner les couleurs. Le but est que l’étalonneur ne se retrouve pas à combattre le <em>look</em>, mais au contraire s’appuie dessus afin de sublimer le film.</p>
<p><b>Comment êtes-vous appelée sur un projet pour créer un </b><em><b>look</b></em><b> ?</b></p>
<p>La demande vient généralement de l’étalonneur ou du chef opérateur, bien en amont du tournage. On me résume le film avec l’appui de quelques éléments : l’ambiance, les décors, les personnages et, si possible, un scénario. Le cinéaste et le chef opérateur ont constitué un <em>moodboard</em> qui me permet de visualiser leurs souhaits de contraste et de couleur. Ensuite, selon les personnalités et les besoins, je peux travailler avec le chef opérateur et l’étalonneur simultanément ou séparément. Sur l’un de mes derniers projets, j’ai travaillé avec un chef opérateur que je connais bien ; de plus, il est à l’aise avec la technique et sait parfaitement tester les <em>looks</em> que je lui envoie, ce qui n’est pas toujours chose aisée – il faut savoir manipuler les logiciels. Nous avons donc d’abord travaillé à deux afin de déterminer une version aboutie du <em>look</em>. Dans d’autres cas, l’étalonneur peut jouer un rôle très actif dans la création de ce style, en partageant des références visuelles et écrites.</p>
<h2><b>Possibilités du numérique</b></h2>
<p><b>Vous parlez d’un certain rapport à la technique : pour un chef opérateur, travailler avec vous implique-t-il d’avoir une véritable culture du numérique, un désir d’investir ses possibilités ?</b></p>
<p>Je ne crois pas, cela implique surtout une volonté de penser l’image en amont du tournage, de réfléchir aux couleurs dès le début d’un projet. J’interviens sur des œuvres conçues dans des cadres de production variés, de séries pour France Télévisions à des films de cinéma, en passant par des productions HBO. Leur point commun est une certaine culture de la fabrication : bien sûr, tout le monde parle toujours un peu de la couleur, mais le fait que la production paie quelqu’un un mois avant le tournage pour créer un <em>look</em> suppose de discuter sérieusement des désirs pour l’image. Certains chefs opérateurs sont moins à l’aise sur les questions techniques du traitement des images, et dans ce cas j’adapte la manière dont je présente les essais.</p>
<p><b>Vos conseils portent-ils également sur le choix du matériel ?</b></p>
<p>Oui, les chefs opérateurs m’interrogent souvent sur la qualité des caméras, mais toute caméra numérique professionnelle correctement exposée fournit de bonnes images.&nbsp; Aujourd’hui, le choix d’une caméra repose surtout sur un enjeu d’ergonomie. Lorsqu’un chef opérateur me demande s’il vaut mieux tourner avec une Red, une Arri Alexa 35 ou une Sony Venice, je l’encourage à choisir celle avec laquelle il est le plus à l’aise, même s’il existe évidemment de légères différences. C’est l’avantage de travailler avec de nombreux chefs opérateurs : quand une nouvelle caméra sort, il y a toujours quelqu’un pour la tester, donc j’ai la chance de bénéficier d’essais dans des conditions différentes. Autre forme de conseil : je discute souvent de l’utilisation des filtres optiques, qui diffusent plus ou moins fortement l’image à la prise. Des logiciels de filtrage existent et sont extrêmement performants. A‑t-on dès lors besoin de recourir à des filtres sur le plateau, sachant qu’ils peuvent contraindre l’étalonnage et plus encore les effets spéciaux ? Pour quelques films cela peut faire sens, mais en général, je suggère de déléguer l’éventuelle étape de diffusion de l’image à la postproduction.</p>
<p><b>Votre travail se limite-t-il à l’écosystème numérique, ou intervenez-vous sur des projets tournés en argentique ?</b></p>
<p>Je travaille parfois sur des films photographiés sur pellicule. Il s’agit généralement de <em>looks</em> subtils, car le rendu des couleurs sur pellicule est assez marqué, mes propositions viennent simplement apporter de petites choses en plus sur certaines couleurs. Elles peuvent aussi permettre d’harmoniser les sources lorsque les films mélangent images argentiques et numériques.</p>
<p><b>Vous arrive-t-il de créer des </b><em><b>looks</b></em><b> dédiés à l’étalonnage de restaurations ?</b></p>
<p>Mon laboratoire œuvre à de nombreuses restaurations, et <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">comme le disait Jérôme Bigueur en ouverture de cette série d’entretiens</a>, les livrables sont souvent en HDR [NDLR&nbsp;: <em>High Dynamic Range</em>, une plage de couleurs étendue permettant des contrastes plus importants]. Les <em>looks</em> que je propose permettent d’obtenir un rendu HDR tout en limitant la brillance de l’image, ce qui dénaturerait complètement le film. Au début du HDR, beaucoup de gens considéraient qu’il ne fallait pas l’utiliser sur de la pellicule, mais un beau 35mm comme le Technicolor peut avoir une largeur chromatique proche du HDR.</p>
<h2><b>Un </b><em><b>look</b></em><b>, du début à la fin</b></h2>
<p><b>Sur les productions contemporaines, dans la mesure où vous rejoignez les projets très en amont du tournage, je suppose que vous disposez rarement de bouts d’essai tournés avec la caméra finale et sur les décors du film. Sur quelles images commencez-vous à travailler ?</b></p>
<p>En effet, je me sers principalement de ma propre banque d’images, constituée au fil des projets. Il s’agit de plans avec de nombreuses et différentes conditions de lumière, allant du plein jour à l’éclairage à la bougie, ce qui me permet de vérifier si mon <em>look</em> est cohérent. En l’appliquant à une large variété d’images, je peux voir si je sens la même envie, le même univers. Au contraire, si des saturations partent en vrille sur certaines couleurs, c’est qu’il y a un problème d’uniformité. Je demande aussi aux chefs opérateurs de filmer un bout d’essai avec une charte colorée qui montre précisément comment chaque couleur réagit. Quand je crée un <em>look</em>, j’essaie de penser à l’intégralité de la gamme chromatique, au rendu de chaque couleur et à ses multiples déclinaisons. Bien souvent, les intentions de départ du chef opérateur ne décrivent pas toutes les couleurs. Dans ce cas, je propose des choses : par exemple, je suggère tels bleus parce qu’ils collent bien à l’histoire, en montrant la façon dont je peux les faire varier. C’est tout l’avantage des niveaux de couleur disponibles en numérique : on dispose d’une latitude importante pour travailler en finesse chacune des teintes. J’attends cependant de disposer de bouts d’essai du film avant de présenter mon travail au chef opérateur. Il faut qu’il ait vu la situation tournée, qu’il ait perçu la lumière et filmé l’image pour comprendre l’effet de mon <em>look</em> sur les couleurs.</p>
<p><b>Comment ce travail de création visuelle dialogue-t-il avec les autres postes artistiques qui façonnent la couleur des images, comme les costumes ?</b></p>
<p>Lors des essais costumes, l’équipe regarde le rendu en direct avec un <em>look</em> de travail. En général, à ce moment-là, les costumiers se rendent compte qu’ils peuvent accentuer une couleur, parce que l’image les emmène autre part. Il m’est arrivé de faire des tests sur des costumes que la costumière devait encore patiner car ils étaient trop colorés. En voyant l’essai avec le <em>look</em>, elle s’est rendu compte qu’elle n’avait pas besoin de cette étape supplémentaire, car il contrastait différemment l’image et désaturait les couleurs, ce qui donnait une tonalité un peu « grunge » à l’ensemble. À l’inverse, je peux aussi ajuster mon <em>look</em> pour faciliter leur travail : sur un projet, le chef opérateur souhaitait des couleurs plutôt pastel, alors que les costumes étaient très criards. J’ai donc essayé de contenir ces couleurs saturées en harmonisant le tout et en redescendant les niveaux.</p>
<p><b>À tout moment de la préparation du tournage, et pendant celui-ci, l’équipe a donc la possibilité de visualiser une image sur laquelle est appliquée une première version du </b><em><b>look</b></em><b> final ?</b></p>
<p>Exactement : durant le tournage, les rushes sont exportés avec une première version du <em>look</em>, ce qui permet de voir s’il convient globalement ou s’il a besoin d’un ajustement. C’est important que les <em>dailies</em> [NDLR : les <em>rushes</em> issus de chaque journée de tournage, destinés à être visionnés par l’équipe] soient accompagnés d’un <em>look</em>, même temporaire, car il permet d’asseoir une certaine idée de l’image finale : bien souvent, le premier visionnage d’une image a quelque chose de pervers. Une fois qu’on s’est habitué à un type de contraste, de rendu des couleurs, c’est dur de la repenser en profondeur, de l’imaginer différemment. C’est aussi pour cela qu’il est important de travailler avec un <em>look</em> créé spécialement pour un projet. Le fabricant de caméras Arri, par exemple, propose des <em>looks</em> par défaut ; ils ne sont pas trop mal, mais ils risquent d’imposer un style que les chefs opérateurs n’auront pas créé.</p>
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		<title>L’après-coup – Les Safdie dos à dos</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup/lapres-coup-les-safdie-dos-a-dos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les déambulations de personnages filmés de dos par Benny et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup/lapres-coup-les-safdie-dos-a-dos/" title="Read  L’après-coup – Les Safdie dos à dos">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les déambulations de personnages filmés de dos par Benny et Josh Safdie. &nbsp;</em></p>
<p>En réalisant tous les deux un biopic de sportif, les frères Safdie n’ont pas totalement coupé les ponts susceptibles de les relier artistiquement. Mais si les cinéastes investissent le même genre cinématographique, les athlètes sur lesquels ils ont jeté leur dévolu s’opposent radicalement. Dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smashing-machine/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Smashing Machine</em></a>, Mark Kerr est une armoire à glace dont Benny Safdie cherche à laisser paraître les faiblesses et la capacité de vacillement. Lors d’une énième dispute avec sa femme, Dawn Staples, qui lui reproche de prendre en grande quantité des opiacés nuisant à sa santé, le colosse se met soudain à saccager le mobilier de leur appartement. Contrarié, il s’avère impuissant à contenir sa rage, mais la violence de son geste témoigne plus de sa fragilité que de son autorité : encombré de lui-même, le personnage aspire à un apaisement qui se refuse à lui. À l’inverse, jamais à court d’énergie, le fluet Marty Mauser de Josh Safdie en fait des tonnes pour parvenir à ses fins. Obsédé par une réussite qui lui échappe et alourdi du fardeau de ses origines, il déboule dans les séquences comme un pachyderme enfiévré dans un magasin de porcelaine. Rien d’étonnant, dès lors, à le voir passer à travers le plafond de sa chambre au moment de prendre son bain.</p>
<p>L’humilité de Mark et l’arrogance de Marty ne cessent ainsi de buter l’une contre l’autre à distance, y compris par l’entremise d’un procédé filmique convoqué par les deux cinéastes. Dans <em>Smashing Machine</em> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme</em></a>, il arrive en effet souvent que le protagoniste principal soit observé de dos. Cette pratique consistant à emboiter le pas d’un personnage n’est pas nouvelle chez les Safdie et génère sa dynamique propre : la vitalité du corps filmé, voire chassé, se répercute sur la mise en scène, éprise de la même vitesse. Et c’est d’ailleurs essentiellement sous cet angle mimétique que Josh Safdie regarde Marty : sa caméra l’accompagne sans se laisser distraire par tout ce qui pourrait s’improviser en dehors de son sillon (ce monde périphérique, grouillant et cahotant, qui rendait si singuliers les films de la fratrie). Que ce soit dans les salles de jeux ou dans les divers couloirs empruntés, elle talonne le joueur de ping-pong, épouse sa cadence, ses accélérations et ses revirements, comme s’il était le seul à pouvoir faire avancer le récit et à lui donner un sens. Et pour cause : poursuivre sa course folle sans se retourner ne relève pas seulement chez ce joueur invétéré d’une disposition vitale, mais aussi d’une stratégie consistant à vouloir toujours avoir un coup d’avance. S’arrêter, pour Marty, c’est prendre le risque de chuter et de tout perdre.</p>
<p>De défaite, il est également question dans <em>Smashing Machine</em>. Sur le ring, tous les coups sont permis, y compris ceux jugés autrefois illégaux (écraser ses genoux sur la tête de son adversaire lorsqu’il est au sol). Mark en subit lourdement les frais au début du film et perd son combat. La caméra accompagne alors sa sortie jusqu’aux vestiaires. Son dos massif et ruisselant de sueur occupe la quasi-totalité de l’écran, mais ces muscles-là, aussi imposants soient-ils, ne servent dorénavant plus à gagner. Ils composent un mur sur lequel le regard bute et le récit s’arrête : il n’y a rien d’autre à filmer que cette chair brute. La scène se poursuit pendant suffisamment de temps, notamment dans un ascenseur, pour que la profonde impuissance de Mark transpire de cette durée. Une fois arrivée dans le vestiaire, la caméra se désolidarise de sa trajectoire et s’immobilise : le sportif s’assoit, se recroqueville et fond en larmes. Contrairement à Josh, Benny Safdie calme le jeu, laisse filer son personnage. Un tremblement est alors perceptible, mais pas uniquement celui généré par les mouvements de l’appareil : celui d’un corps meurtri, débarrassé de son armure de muscles et rendu à sa délicate vulnérabilité.</p>
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		<title>Super Mario Galaxy, le film</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-galaxy-le-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 19:00:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Super Mario Galaxy est animé par deux dynamiques irréconciliables. La première consiste à envisager l’univers du plombier moustachu comme la matrice d’un film oscillant entre l’action débridée et le slapstick – ce qui revient, en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-galaxy-le-film/" title="Read  Super Mario Galaxy, le film">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Super Mario Galaxy</em> est animé par deux dynamiques irréconciliables. La première consiste à envisager l’univers du plombier moustachu comme la matrice d’un film oscillant entre l’action débridée et le <em>slapstick</em> – ce qui revient, en gros, à jouer une partition héritée des films de Buster Keaton à partir d’une matière tantôt ronde (les bouilles de personnages sujets à de nombreuses métamorphoses), tantôt carrée (les décors inspirés des jeux de plateforme mettant en scène Mario et ses amis). Ce pan du film, il ne faut pas complètement le balayer d’un revers de la main&nbsp;:&nbsp;Aaron Horvath et Michael Jelenic installent un certain nombre de situations présentant un potentiel scénique, qu’il s’agisse d’un espace cubique à la gravité fluctuante, faisant de chaque mur un sol que les personnages peuvent fouler, ou d’un dangereux couloir dont les chausse-trappes et pièges sont activés en direct par les antagonistes. Cette dynamique achoppe cependant sur la seconde&nbsp;: il ne s’agit pas seulement de prélever divers éléments de la franchise pour en tirer un film à part entière, mais d’envisager le film comme une vitrine. Le générique de fin le formule sans détour, en rejouant l’ensemble du récit sous la forme d’un petit spectacle de marionnettes. Des vignettes qui font surtout penser, par la sophistication dont elles font preuve derrière leur facture bricolée, aux tableaux animés des galeries des grands magasins à Noël.</p>
<p>Chaque séquence est ainsi moins travaillée par une logique cinétique que référentielle&nbsp;: il faut faire rentrer dedans un maximum de références, de jeux – <em>Mario Galaxy</em>, donc, mais aussi <em>Yoshi’s Island</em>, <em>Super Mario Maker</em>, etc. – et même d’autres licences Nintendo, telles que Pikmin ou Star Fox. C’est d’autant plus dommage que le film, plus encore que le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-bros-le-film/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">premier</a> (plutôt défendu dans ces colonnes), faisait de son point de départ une ode à la plasticité en opposant deux personnages, Harmony et Bowser&nbsp;Junior (auquel Benny Safdie, ex-enfant terrible du cinéma américain indépendant, prête sa voix), dont les pouvoirs relèvent d’une mise en abyme de&nbsp;l’animation elle-même. Le rejeton de la tortue maléfique est notamment doté d’un pinceau magique à partir duquel il peut donner vie à n’importe quelle créature. Très belle idée, empruntée à <em>Mario Sunshine</em>, mais aussi très beau symptôme, puisque l’instrument a le pouvoir de matérialiser l’imagination de celui qui l’utilise. Sera-t-on surpris que <em>Super Mario Galaxy </em>n’en fasse pas grand-chose&nbsp;?</p>
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		<item>
		<title>La trilogie Wives</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-wives/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332238</guid>

					<description><![CDATA[<p>À la toute fin de la trilogie Wives, l’une des trois protagonistes, Heidrun (Frøydis Armand) s’effondre en apprenant que l’idée générale du roman qu’elle avait commencé à écrire, qui raconte comment une femme achète le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-wives/" title="Read  La trilogie Wives">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-wives/">La trilogie Wives</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À la toute fin de la trilogie <em>Wives</em>, l’une des trois protagonistes, Heidrun (Frøydis Armand) s’effondre en apprenant que l’idée générale du roman qu’elle avait commencé à écrire, qui raconte comment une femme achète le manteau d’une ancienne prostituée puis décide de prendre sa place, a déjà été exploitée par un homme quelques années auparavant. Mais au fond, qu’importe&nbsp;: comme le précise Kaja (Katja Medbøe), «&nbsp;<em>il sera différent s’il est écrit par une femme.</em>&nbsp;» Pour la première fois, la cinéaste commente de façon ludique la relation étroite que sa série de films entretient avec <em>Husbands </em>(1971), réalisé seulement cinq ans avant la sortie du premier volet. L’intrigue des trois films prend pour point de départ, comme chez Cassavetes, une journée particulière qui a valeur d’exception dans le quotidien de trois personnages. Réunies tous les dix ans à l’occasion d’une célébration (la réunion des anciens d’une école de filles pour les deux premiers films, puis l’anniversaire d’une des trois protagonistes pour le dernier), Heidrun, Kaja et Mie (Anne-Marie Ottersen) décident de ne plus se quitter pendant vingt-quatre heures, laissant de côté emploi, mari et enfants. C’est par la fugue que s’opère le dévoilement progressif de l’intimité des trois amies, et c’est dans cette dialectique entre la contrainte et la liberté qu’elles ouvrent une brèche vers leur future émancipation. Reprendre Cassavetes ne signifie donc pas, pour Anja Breien, en faire l’imitation servile, se placer au nombre des épigones : écrivant sous contrainte pour mieux s’émanciper de son modèle, elle a choisi la copie pour creuser, dans les intervalles du récit, une distance critique. Car s’il y a bien une chose qui différencie la fuite en avant des épouses de celle de leurs homologues masculins, c’est l’empêchement : on ne peut pas réellement s’enfuir lorsqu’on est une femme, encore moins quand on est une épouse.</p>
<p>Dans le premier film, les trois épouses, qui ont trente ans, s’élancent dans une virée qui pourrait être sans fin. Leurs attaches familiales et professionnelles n’apparaissent à l’écran qu’au moment où les trois camarades doivent financer la suite de l’escapade, manière de rappeler au spectateur que les femmes n’ont pas le droit d’ouvrir de compte en banque en 1975. Pour continuer, il faut tourner à son avantage les mauvaises intentions de deux loubards, redevenir un peu adolescente devant sa mère, telle Kaja sous le regard gêné de ses acolytes, ou, comme Heidrun, demander sa dernière paie en liquide, avant d’être licenciée. Le film s’achève d’ailleurs sans que l’intrigue ait trouvé un point de fuite, la cinéaste décidant de libérer le destin de ses héroïnes des limites de l’intrigue&nbsp;: Heidrun&nbsp;relance le mouvement (dernière réplique&nbsp;: «&nbsp;<em>Faut rester ensemble&nbsp;! On ne peut pas s’arrêter là&nbsp;!</em> ») quand le film l’interrompt (arrivée soudaine du générique&nbsp;qui annonce avec fracas, par un carton : «&nbsp;<em>Mais le film s’arrête ici&nbsp;</em>»). Le film, mais pas leurs aventures : dès le deuxième volet, leur grande évasion menace d’être contrecarrée. C’est alors dans le principe de la sérialité et son potentiel aliénant que la trilogie trouve sa puissance : dix ans plus tard, dans <em>Wives 2</em>, l’échappée spontanée se transforme en rituel, tandis que la journée particulière est trouée par toutes les entraves qui n’arrivaient pas à percer la bulle du premier film. Trop concernées, à quarante ans, par les hommes de leur vie, les amies ne s’enfuient plus par désir, mais par devoir envers chacune. Le centre de gravité bascule : ce ne sont plus les maris qui craignent de voir fuir leur femme (l’époux de Kaja l’avait fait porter disparue dans le premier volet), mais les trois femmes qui redoutent les sorties de chacune. La crise de jalousie de Mie envers Kaja et Heidrun, parties dans la nuit rejoindre leurs amants respectifs, est certainement l’une des idées les plus touchantes du film. Le féminisme du premier film évolue avec l’époque et l’âge des protagonistes : dans les années 1980, il ne s’agit plus de s’enfuir, mais de se rallier à la cause, même à la cause la plus minime, la cause amicale, pour ne pas tomber dans un individualisme tout aussi aliénant – une leçon que la cinéaste développe dans son dernier film, où chaque femme trouve un point d’union entre sa propre liberté et son quotidien, et apprend même aux enfants, devenus grands, à s’émanciper eux aussi.</p>
<p>La trilogie s’achève sur une immense manifestation d’étudiants à la télévision et l’idée d’une transmission. Loin de la démarche centipède de Cassavetes, qui consistait à s’enrouler dans les replis intimes des personnages jusqu’à la crise, Anja Breien part de cette dernière pour s’ouvrir sur un groupe, une époque et une communauté, transformant le drame intime en question politique. À la fin, <em>Wives 3 </em>se détache progressivement du groupe de femmes pour se rapprocher de la population d’Oslo, de sa jeunesse angoissée par le pauvre financement de l’université publique, de ses habitants racisés que l’on voit agressés en pleine rue. Manière pour la cinéaste de nous signifier que l’émancipation des femmes n’était pas une fin, mais seulement un commencement.</p>
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		<title>Hélène Trésore Transnationale</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/helene-tresore-transnationale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le générique d’Hélène Trésore Transnationale donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux contrastes appuyés, promène son regard sur des fleurs perdues au milieu des buissons. Le film...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/helene-tresore-transnationale/" title="Read  Hélène Trésore Transnationale">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le générique d’<em>Hélène Trésore Transnationale</em> donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux contrastes appuyés, promène son regard sur des fleurs perdues au milieu des buissons. Le film dans son ensemble sera mû par le même esprit : il s’agit pour la cinéaste de glaner les anecdotes d’Hélène Hazera. Femme trans et activiste (notamment chez le Front homosexuel d’action révolutionnaire et Act-Up), Hazera a été entre autres actrice, poète, première journaliste transgenre de France et animatrice radio. Judith Abitbol entend faire de cette vie protéiforme un modèle de l’expérience trans elle-même : sur l’écran s’affichent régulièrement le préfixe <em>trans</em>, plusieurs de ses significations (<em>au-delà, à travers</em>, etc.) et certains verbes qui en sont dérivés (transmettre, transgresser, etc.). Le procédé souligne que le parcours d’Hélène, à l’image du terme «&nbsp;trans&nbsp;», est caractérisé par une grande pluralité d’horizons.</p>
<p>Pour tenter d’accéder à la vérité de cette femme aux nombreuses facettes, la cinéaste multiplie les conversations filmées au plus près de son visage. Dans cet esprit de proximité, les gestes du quotidien occupent une place de choix et témoignent de petites bizarreries qui font le sel du portrait&nbsp;: on pense notamment à ce segment où Hazera nous emmène dans sa salle de bains pour que nous soyons témoins d’un rituel qui lui tient à cœur, à savoir le lavage de ses culottes.</p>
<p>Mais si ces détails parsemés ici ou là attestent la singularité de la journaliste, le film adopte une mise en scène trop rigide pour rendre véritablement compte de la densité de son existence. Adoptant la forme d’un long entretien filmé, il repose avant tout sur les souvenirs et les anecdotes égrainés. Entre les conversations, elles-mêmes ponctuées d’images d’archives, la cinéaste intercale pourtant des intermèdes plus expérimentaux – parfois assez beaux, tels ces longs plans surexposés sur la mer et ses rayons, ou certaines surimpressions dédoublant les paysages alentour –, mais qui apparaissent avant tout comme des ornements ou des parenthèses impressionnistes. Dommage car, de bout en bout, on sent que le film est travaillé par la tendresse et l’amitié d’Abitbol envers Hazera, personnage trop méconnu du grand public et que la cinéaste voudrait faire connaître plus largement.</p>
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		<title>Plus fort que moi</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/plus-fort-que-moi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec Plus fort que moi de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/plus-fort-que-moi/" title="Read  Plus fort que moi">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec <em>Plus fort que moi</em> de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, s’ouvre sur un épisode célèbre&nbsp;: alors que la reine Elizabeth en personne s’apprête à lui remettre la médaille de membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour ses actions associatives, l’activiste profère soudain un retentissant «&nbsp;<em>Fuck the Queen&nbsp;!</em>&nbsp;». Parce que l’insulte tranche avec le silence d’une assemblée de lords volontiers guindés et conservateurs, la scène fait mouche. Mais le «&nbsp;<em>désolé, ça va aller</em> » qui suit aussitôt anticipe le <em>modus operandi</em> du récit à venir : « rire de ses malheurs » prévaudra à toute forme d’irrévérence. Et le film de remonter le temps depuis l’adolescence de John, durant laquelle apparaissent les premiers symptômes (des tics moteurs irrépressibles), jusqu’à ce point de départ cocasse. Tout du long, le point de vue se veut doux-amer, suivant les étapes emblématiques d’un chemin de croix balisé : le rejet scolaire, les aspirations footballistiques professionnelles remisées au placard, l’implosion familiale, les diverses confrontations avec l’autorité (proviseur, police) révèlent peu à peu les effets dévastateurs de la maladie. Si Jones ne charge pas (trop) la barque, il ratisse large dans le champ des platitudes et de l’humour salvateur. D’autant que ce cheminement douloureux se voit contrebalancé par la bienveillance indéfectible d’une famille de substitution et par la tolérance exemplaire d’un patron charitable. La vie n’a pas fait de cadeau à John, mais le film, lui, se chargera de rééquilibrer la balance. Et si, d’aventure, on venait à douter du réalisme de ce qui nous est conté, les ultimes images d’archive apporterons leur caution : tout cela est « vraiment » vrai.</p>
<p>Le problème, ici, n’est pas tant l’humanisme béat dans lequel se drape un film paré des meilleures intentions (emprunter au <em>feel good movie</em> pour défendre une noble cause) que son ambition strictement narrative et didactique. Jones adopte la position d’un porte-voix studieux, dressant un portrait fidèle de Davidson, renforcé par la performance mimétique de Robert Aramayo. Résultat : il oublie de regarder son personnage autrement que comme un cas d’école. Lorsque la caméra filme en plongée, depuis le ciel, une bagarre entre John et un de ses petits camarades pour transformer une cour d’école circulaire en espace carcéral, on se dit que le cinéaste figure aussi le devenir d’un condamné avant tout prisonnier de lui-même. L’idée est belle, échappe pour une fois à la littéralité du scénario, mais restera sans suite. C’est pourtant là que se tenait le sujet le plus passionnant du film : donner à voir un corps entravé par la maladie et contraint par les barrières des préjugés. Un corps insaisissable, bousculé et pugnace, plutôt qu’un personnage de papier voué à jouer son rôle convenu d’ambassadeur.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Sean Price Williams</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sean-price-williams/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sean-price-williams/" title="Read  Portraits d’Amérique — Sean Price Williams">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Sean Price Williams. Directeur de la photographie entre autres des films des frères Safdie et d’Alex Ross Perry, il réalise son premier long-métrage, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-sweet-east-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Sweat East</a>, <em>en 2023.</em></p>
<p><strong>Regarder des films faisait-il partie de vos habitudes d’enfance ? D’où vient votre relation au cinéma ?</strong></p>
<p>J’aimerais donner une réponse amusante, mais honnêtement, j’ai du mal à imaginer qu’un garçon américain né à la même époque que moi n’aime pas le cinéma. C’était incroyable. <em>E.T.</em> est sorti quand j’avais quatre ou cinq ans, ainsi que tous les films de Spielberg et de George Lucas. Je suis né l’année de la sortie de <em>Star Wars</em>. Les films étaient extrêmement populaires, notamment pour les gens qui avaient des enfants. D’une certaine manière, tout était fait pour les <em>boomers </em>: les dessins animés Disney quand ils étaient enfants, puis des films comme <em>American Graffiti</em>. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, on a commencé à faire des films pour eux, qu’ils pouvaient aller voir avec leurs enfants, et c’étaient d’excellents films. C’est l’avantage d’être l’enfant de cette génération : on arrivait au bon moment.</p>
<p>Les films « pour enfants&nbsp;» que je regardais avaient un côté un peu cru, <em>The Bad News Bears</em>, par exemple. Ce ne serait plus considéré comme un film familial aujourd’hui. Ou <em>Gremlins</em> : il y a de la violence, des morts, mais personne ne s’en souciait. Il y avait aussi quelque chose de très étrange à cette époque : les <em>boomers </em>étaient à leur apogée, ils expérimentaient beaucoup et cette énergie se ressentait dans la culture. Même des séries comme <em>ALF</em> ou des films comme <em>Top Gun</em> avaient une intensité particulière.</p>
<p><strong>Quand avez-vous compris que faire du cinéma pouvait être un métier ?</strong></p>
<p>J’ai grandi dans une zone rurale du Delaware. Je ne connaissais personne qui travaillait dans les arts, la plupart des gens étaient salariés chez l’entreprise DuPont. Mon père était mécanicien, puis il a travaillé pour le département de la Défense. Ce n’était pas une région qui encourageait à rêver. Enfin, on pouvait rêver d’ailleurs, mais à un moment, il fallait devenir sérieux. Moi, je n’ai jamais passé ce cap (rires) ! J’ai découvert un vidéo-club après avoir vu des films sur PBS. Je me souviens avoir regardé <em>Le Château de l’araignée</em> tard le soir, vers dix ans. Les sous-titres ne me dérangeaient pas du tout&nbsp;: j’étais fasciné par le brouillard et les chevaux. C’était aussi fort que <em>Star Wars</em>. Vers douze ou treize ans, j’ai vu <em>Un homme et une femme</em> de Claude Lelouch. Je suis un immense défenseur de Lelouch. Je comprends pourquoi il n’est pas toujours pris au sérieux en France – ses thèmes peuvent sembler bourgeois –, mais sa mise en scène est tellement stimulante. Même ses excès, comme la longueur de ses films, me fascinent. Puis j’ai vu <em>La Nuit américaine</em> de Truffaut, et c’est là qu’est arrivé le vrai déclic. Voir des gens faire un film, comprendre que c’était quelque chose de vivant, de désordonné, de profondément humain a tout changé. Avant, faire des films me paraissait impossible, comme si c’était réservé à des géants comme Steven Spielberg ou Georges Lucas. Mais là, c’était accessible.</p>
<p>J’ai commencé à lire des encyclopédies de cinéma, surtout sur le cinéma étranger. J’étais sans doute très prétentieux à l’adolescence. Je n’avais jamais voyagé, je n’étais même jamais allé à New York, seulement à Philadelphie ou Baltimore pour des matchs de baseball. Le cinéma est devenu une manière de découvrir le monde.</p>
<p><strong>Comment la découverte du vidéo-club a‑t-elle façonné votre rapport aux films ?</strong></p>
<p>Chaque week-end, je louais trois films dans ce vidéo-club incroyable du Delaware, parfois même quatre, et je regardais tout. Il y avait des étagères entières consacrées à Godard et Fassbinder. J’essayais aussi de faire des copies des films. J’ai commencé à y travailler à dix-sept ans et j’ai ensuite passé environ dix ans à travailler dans des vidéo-clubs, à différents endroits, toujours les meilleurs. J’allais jusqu’à faire une heure de route pour travailler à Baltimore, payé au salaire minimum, juste pour être au contact des meilleurs films et des meilleures sélections. Plus tard, je suis arrivé à New York sans argent. Je survivais en copiant des cassettes rares et en les vendant sur eBay, parfois pour 70 dollars, parfois jusqu’à 250. C’est comme ça que je m’en sortais. Puis j’ai fini par travailler dans un grand vidéo-club new-yorkais, Kim’s Video. Cet endroit a changé ma vie : j’y ai rencontré tous mes meilleurs amis.</p>
<p><strong>Vous avez un jour expliqué avoir une sorte « <em>d’attitude de caissier de vidéothèque insupportable</em> », qui s’oppose au consensus ou aux films trop encensés. Votre cinéphilie est-elle autant motivée par la rébellion que par l’admiration ?</strong></p>
<p>Oui, complètement. C’est encore le cas aujourd’hui. Je regarde rarement les films qui gagnent l’Oscar du meilleur film. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai su que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme </em></a>n’allait rien gagner, puisque je l’avais vu… (rire). Plus sérieusement, je suis plus attiré par les films oubliés ou mal aimés. Par exemple, le seul poster chez moi est celui de <em>La Lune dans le caniveau </em>de Jean-Jacques Beineix, que tout le monde déteste. Moi, je le trouve magnifique. J’aime défendre des films qui ne sont pas reconnus. En même temps, j’adore voir des œuvres oubliées devenir des classiques. Ces dix dernières années, beaucoup de films obscurs ont été restaurés et édités en Blu-ray, et c’est très réjouissant. Un film polonais que j’adore, <em>Dancing Hawk</em>, vient par exemple de sortir dans ce format et ça me rend vraiment heureux. J’espère que les gens vont enfin pouvoir le découvrir ! Il y a aussi <em>Night of the Juggler</em>, que l’on regardait tout le temps à Kim’s Video et que je n’aurais jamais imaginé voir réédité un jour.</p>
<p>Des films comme <em>Possession</em> ont connu le même parcours. Je l’avais découvert dans une version américaine raccourcie, d’environ 82 minutes, complètement incohérente, avec un monstre qui surgissait sans raison… c’était chaotique, mais j’adorais ça. Aujourd’hui, c’est devenu un classique, projeté partout. C’est ça qui est beau : voir des films autrefois introuvables devenir accessibles, voire entrer dans le canon. Il y a plein d’exemples, des œuvres qu’on ne pouvait voir qu’en VHS ou dans des conditions très précaires, qui sont maintenant restaurées, éditées, reconnues. Je me souviens par exemple de <em>Out 1</em>, qui était quasiment impossible à voir pendant longtemps. Nous sommes allés le découvrir dans un cinéma du Queens sur un week-end entier, avec des amis dont Alex Ross Perry, et c’est comme ça qu’on s’est rapprochés. On avait même fait des t‑shirts « we survived <em>Out 1 </em>». Il y avait quelque chose là-dedans d’un peu initiatique. Donc oui, il y a une forme de rébellion dans ma cinéphilie, mais elle est indissociable d’un vrai amour des films, surtout ceux qui ont été négligés, incompris, ou simplement pas encore découverts.</p>
<p><strong>Comment est né le projet de votre livre <em>1000 movies</em>, constitué uniquement de mille titres de films, sans notes ni commentaires ?</strong></p>
<p>C’est parti d’une liste que j’ai faite après avoir été renvoyé du vidéo-club. Travailler dans ce type de lieu structure la mémoire. J’avais peur d’oublier les films importants pour moi, alors je les ai notés. Très vite, je me suis rendu compte qu’on ne peut pas vraiment répondre à la question « Quel est ton film préféré ? », c’est absurde. En revanche, on peut demander : « Quels sont tes films préférés ? ». Et là, je pouvais répondre : j’en ai mille. Cette liste est donc devenue une sorte d’outil que j’envoyais par mail à mes amis quand ils me demandaient des recommandations. Et en même temps, mille films, ce n’est pas tant que ça. C’est même assez frustrant, parce que ça oblige à faire des choix très difficiles.</p>
<p>Aujourd’hui encore, je me dis qu’il faudrait en faire une nouvelle version, justement pour montrer qu’elle évolue. Je pense que je changerais au moins une quarantaine de films. Je retirerais peut-être certains films de Cassavetes ; j’ai plus de mal avec eux qu’avant, notamment à cause des personnages masculins, que je trouve parfois insupportables, même si je comprends que c’est en partie le propos. À l’inverse, j’en ajouterais d’autres. Je remplacerais sans doute <em>Husbands</em> par <em>Opening Night</em>, par exemple. Et puis il y a des films que je découvre ou redécouvre avec le temps, comme <em>Le Cœur fou</em> de Jean-Gabriel Albicocco, un film assez insaisissable, presque incohérent par moments, mais que j’adore regarder. Il a été récemment édité en Blu-ray en France, ce qui est précieux, parce que ce sont des œuvres longtemps restées invisibles.</p>
<p>C’est aussi ça, l’esprit de la liste : elle suit mes obsessions, mes déplacements, mes découvertes. Ce n’est pas un canon figé, mais quelque chose de vivant, qui reflète une cinéphilie en mouvement.</p>
<p><strong>Comment êtes-vous passé de chef opérateur à réalisateur ?</strong></p>
<p>Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment voulu être directeur de la photo. Quand j’étais jeune, le cinéma était quelque chose d’assez flou : on voyait des photos de tournage avec le réalisateur derrière la caméra, donc je pensais que c’était lui qui faisait tout. Je n’avais aucune idée de la répartition des rôles sur un plateau, ni même que le métier de directeur de la photographie existait réellement. En arrivant à New York, j’ai commencé à filmer un peu par hasard. Je travaillais pour des sites, je faisais ce qu’on appellerait aujourd’hui du « contenu&nbsp;» : des défilés de mode, des concerts, souvent seul, sans réalisateur. J’étais envoyé sur place avec une caméra et je me débrouillais. Il n’y avait pas d’équipe, pas de structure, j’apprenais en faisant.</p>
<p>Puis des gens ont commencé à voir mon travail et m’ont proposé de tourner leurs films. C’est ainsi que j’ai rencontré Ronnie Bronstein [NDLR&nbsp;: producteur et scénariste des frères Safdie] et que j’ai travaillé sur <em>Frownland</em>, qu’il a réalisé en 2007. À cette époque, tout le monde débutait et beaucoup de cinéastes voulaient tourner en pellicule. Moi, je savais le faire, donc je disais oui à tout. On travaillait avec très peu de moyens : deux lumières, parfois moins, et je faisais un peu tout moi-même : charger la caméra, installer les lumières, faire le point. C’était très artisanal. En parallèle, je faisais beaucoup de documentaires, notamment avec Albert Maysles. C’est là que j’ai vraiment appris mon métier. Travailler sans argent, dans des conditions très légères, m’a formé plus que n’importe quoi d’autre.</p>
<p>Mais malgré tout ça, mon désir de réalisation était là depuis le début. Simplement, je pensais que personne ne me ferait confiance, notamment pour des raisons financières. Je ne m’imaginais pas qu’on puisse me confier de l’argent pour faire un film. Et puis, finalement, quelqu’un l’a fait. Un ami, un autre « fou », comme moi, originaire du Delaware, m’a aidé. C’est la première fois qu’il finançait un film, et très probablement la dernière fois (rires).</p>
<p><strong>Vous avez coécrit le film avec un critique de cinéma, Nick Pinkerton.</strong></p>
<p>Je savais dès le départ que je ne voulais pas travailler avec un scénariste au sens classique. Je ne cherchais pas quelqu’un qui allait appliquer des règles ou construire un scénario de manière académique. Ce que je voulais, c’était quelqu’un avec qui je pouvais simplement discuter de cinéma, passer du temps à échanger et laisser un film émerger de ces conversations. C’était un peu l’idée : parler, partager des références et voir ce qui pouvait en sortir. Les premières versions du scénario étaient assez chaotiques. Sur le moment, avec Nick, on trouvait ça très excitant, on se disait que la structure était intéressante, presque innovante, qu’on faisait quelque chose de vraiment différent. On aimait cette idée de ne pas écrire un film « correctement », de ne pas suivre une construction classique.</p>
<p>Évidemment, ça a eu des conséquences au montage. La structure rendait les choses beaucoup plus compliquées et on a dû renoncer à certaines idées ou séquences auxquelles on tenait, parce que l’ensemble ne fonctionnait pas. Malgré tout, je voulais que le film garde une forme de fluidité, qu’il reste agréable à regarder. Je n’ai aucun intérêt à faire des films qui seraient une épreuve pour le spectateur. Au contraire&nbsp;: je veux que les gens prennent du plaisir, qu’ils s’amusent.</p>
<p><strong>Vous avez commencé à travailler dans les années 2000, à une époque où le cinéma indépendant américain évoluait dans un contexte très différent. Comment avez-vous vu ce paysage évoluer ?</strong></p>
<p>Ça a beaucoup changé. Il y a toujours des films indépendants aujourd’hui, bien sûr, ils existent, et il y a encore des gens très engagés pour leur donner de la visibilité. Je pense par exemple à des initiatives plus récentes, comme certains festivals émergents qui essaient réellement d’offrir un espace à des films indépendants « authentiques », conçus en dehors des circuits industriels. Donc cette énergie n’a pas complètement disparu.</p>
<p>Mais quand j’ai commencé, l’écosystème était vraiment différent. Il y avait, à travers tout le pays, des festivals quasiment dédiés à ce type de cinéma. Des lieux où l’on découvrait de nouvelles voix, où l’on pouvait montrer des films faits sans argent, en dehors de toute pression. Des festivals comme South by Southwest jouaient un rôle essentiel : c’était un vrai tremplin. À l’époque, on pouvait faire un film avec trois fois rien, tourner en mini-DV, sans budget, et malgré tout le montrer, voyager avec, rencontrer d’autres cinéastes. Il y avait aussi le Maryland Film Festival… c’était des lieux de rassemblement très libres. Il n’y avait pratiquement pas de presse, pas de pression professionnelle, mais plutôt un esprit de communauté. C’était un moment très vivant, presque anarchique. Il y avait aussi toute une constellation de petits lieux de projection, à New York notamment, où l’on pouvait montrer des films en dehors des circuits traditionnels. Tout cela créait un sentiment très fort : même sans argent, on avait l’impression de faire partie d’un mouvement, d’exister en tant que cinéaste. Aujourd’hui, ces espaces n’existent plus en grande partie ou se sont transformés. Les festivals ont changé, ils sont souvent plus institutionnels, plus professionnalisés. Même les Gotham Awards, qui étaient autrefois pensés pour ce type de cinéma très marginal, sont devenus autre chose. Il existait une catégorie qui s’appelait « meilleur film non distribué près de chez vous&nbsp;», ce qui pouvait sembler ironique, mais qui comptait énormément pour nous.</p>
<p>Désormais, ces mêmes prix adoptent des logiques beaucoup plus proches de l’industrie. Plus largement, la définition même du « cinéma indépendant » s’est déplacée. C’est quand même absurde de voir des films avec 25 millions de dollars de budget aux Independent Spirit Awards, ou d’entendre que Noah Baumbach est un cinéaste indépendant… Aujourd’hui, des structures très installées sont qualifiées d’indépendantes et des cinéastes reconnus, avec des stars et des budgets importants, occupent cet espace. Le cinéma indépendant existe toujours, mais il est plus difficile à situer. Il est moins visible, moins structuré autour de lieux et de communautés clairement identifiables. Ce qui a changé, ce n’est pas tant les films que les conditions dans lesquelles ils circulent et se rencontrent.</p>
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		<title>Nuestra Tierra</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuestra-tierra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Personne ne les écoute au tribunal » : dans une vidéo précédant de quelques minutes le meurtre de Javier Chocobar, chef de la communauté Chuschagasta, son futur assassin résume quel traitement est réservé aux indigènes...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuestra-tierra/" title="Read  Nuestra Tierra">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Personne ne les écoute au tribunal </em>» : dans une vidéo précédant de quelques minutes le meurtre de Javier Chocobar, chef de la communauté Chuschagasta, son futur assassin résume quel traitement est réservé aux indigènes qui ont le malheur de se plaindre des expropriations dont ils sont victimes. En 2018, après neuf ans d’impunité, le procès s’ouvre. Si la voix des Chuschas en est presque absente, c’est que l’appareil judiciaire en Argentine est l’apanage des dominants. La parole des accusés circule au contraire sans entrave et se montre aussi omniprésente qu’agressive. Le projet documentaire de Lucrecia Martel pourrait se résumer à la volonté de corriger cette asymétrie en prenant le parti de ceux que l’on souhaite réduire au silence. Être le porte-voix des Chuschagasta au moment où s’ouvrent les audiences impliquerait dès lors de documenter la logique d’expropriation (mais aussi un épistémicide : la négation de leur identité). <em>Nuestra Tierra</em> s’écarte toutefois de ce registre dénonciateur en dépeignant la relation des Chuschas à leur terre sur un versant plus intime, notamment au moyen de photographies familiales qu’accompagnent des récits en voix off des membres de la communauté.</p>
<p>Cet attachement transparaît aussi dans la façon dont les Chuschas sont filmés dans l’immensité du paysage, qu’ils parcourent à pied ou à cheval. Ces séquences ne sont pas pour autant déliées du procès, fil rouge du film : à maintes reprises, la caméra saisit les indigènes à distance et depuis un point de vue zénithal, tandis qu’aux images se superpose l’évocation de leurs persécutions. Ainsi, lorsqu’en voix off les juges perturbent l’audition d’un jeune athlète Chuschagasta avec des remarques intempestives et des questions puériles, le montage répond à cette logique d’intimidation par des plans distants et flottants du jeune homme en train de courir dans la province de Tucumán. Le recours à un drone pour filmer ce type de scène personnifie alors les menaces et agressions constantes d’expropriateurs blancs dans la région andine – une métaphore que soulignent le bourdonnement de l’appareil en fond sonore et son positionnement (il plane souvent derrière les Chuschas, les saisissant de dos, comme s’ils étaient des cibles). Cette approche de l’espace est d’ailleurs patente dès la première séquence du film, qui s’ouvre par un plan au-dessus de la Terre (un satellite tourne lentement autour), avant de montrer la pampa depuis le ciel, puis de descendre (encore une fois, à l’aide d’un drone) jusqu’au terrain de football de la communauté. Cette dernière s’annonce alors comme une victime parmi tant d’autres de la marche de l’Histoire et du triomphe d’un colonialisme séculaire dont Martel documente à nouveau les agissements, huit ans après l’avoir mis en scène, à la fin du XVIIIe siècle, dans <em>Zama</em>.</p>
<p>Cet horizon critique, parfois finement mené, cohabite néanmoins avec des procédés plus appuyés. Ainsi de l’association métaphorique, de plus en plus filée à mesure que le film avance, entre la menace des propriétaires terriens et l’usage du drone, à l’instar de cette scène où la caméra fait peur à un cheval qui finit par décamper. Martel saupoudre de la sorte son film d’effets <em>arty</em> qui, virant au systématisme, lui confèrent une certaine lourdeur symbolique. Si <em>Nuestra Tierra</em> se révèle donc inégal, oscillant entre pertinence du dispositif et afféteries formelles, il conserve le mérite de s’inscrire avec une grande cohérence dans une œuvre engagée contre la politique coloniale argentine.</p>
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		<title>The Drama</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:29:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Sick of Myself, présenté à Cannes en 2022 dans la sélection Un Certain Regard, Kristoffer Borgli a réussi sa migration vers Hollywood grâce à un sens bien recherché de la lourdeur. Alors que son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/" title="Read  The Drama">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <em>Sick of Myself</em>, présenté à Cannes en 2022 dans la sélection <em>Un Certain Regard</em>, Kristoffer Borgli a réussi sa migration vers Hollywood grâce à un sens bien recherché de la lourdeur. Alors que son premier film, encore produit en Norvège, faisait peser sur les bras d’une jeune serveuse tous les vices d’un narcissisme d’époque dans une maigre satire des médias et de l’art contemporain, <em>Dream Scenario </em>surfait quant à lui avec cynisme sur le devenir-mème de Nicolas Cage. Tous ses films partent du principe – <em>The Drama</em> n’y échappe pas – que les individus sont contaminés par un devenir-spectacle, dont le seul remède consiste à se soumettre à un long rituel d’humiliation, à un pénible processus de dégradation physique et sociale supposé les confronter à leur amour-propre. Dans son dernier film, Charlie (Robert Pattinson) en passera donc par les coups, le vomi et les cris pour comprendre qu’un mariage doit dépasser sa performance (voilà le sens du titre du film : <em>The Drama</em>) pour survivre. Le regard de Borgli feint de se détourner des avatars de la société du spectacle pour, au fond, rejouer la même marotte dans une comédie sentimentale dotée d’un casting cinq étoiles.</p>
<p>De fait, le film décline toutes les acceptions du mot <em>drame</em> sans aller jusqu’au bout de leur potentiel, eh oui, <em>dramatique</em>. Première application&nbsp;: en plein dans la préparation de leur cérémonie de mariage, au cours d’une soirée alcoolisée, les meilleurs amis de Charlie et Emma (Zendaya) leur demandent quelle est la pire chose qu’ils aient osé faire. Emma révèle l’innommable et le mariage est mis en péril (le drame est le retournement de situation sur lequel repose l’intrigue, et donc son point de départ). Seconde application&nbsp;: dans une scène clé du film, où l’on voit les protagonistes répéter leur première danse, la chorégraphe dit que «&nbsp;<em>tout mariage est en soi théâtral </em>», quand Emma préfèrerait que tout soit plus naturel (le drame constitue alors la thèse du film, à savoir que le mariage substitue à l’amour sa célébration sociale). Troisième application : lorsque le film plonge dans la psyché de ses personnages et nous dévoile leurs fantasmes (le drame s’apparente alors à une scène mentale). En bref : le drame amoureux en tant que tel n’est&nbsp; jamais pleinement exploré, le cinéaste préférant déployer une immense psychomachie qui finit par tomber à plat. En raison de son discours surplombant et de sa mise en scène monotone, <em>The Drama</em> ne connaît jamais de progression, à tel point que la réconciliation finale semble sortie d’un chapeau de magicien.</p>
<p>On pourrait considérer <em>The Drama</em> comme le symptôme d’un cinéma qui ne croit plus réellement en son sujet. Borgli n’écrit pas d’histoires, mais de simples allégories. C’est d’autant plus regrettable que le scénario contient une idée en or : avant de se marier, Charlie doit apprendre à dépasser la vision idéalisée qu’il a encore de la femme qu’il aime. Mais pour cela, Borgli aurait dû filmer un personnage qui l’observe vraiment. Le manque d’attention que Charlie porte à sa future épouse n’est, au fond, que le signe du peu d’intérêt du réalisateur pour ses personnages. À force de vouloir sonder les profondeurs du théâtre du monde, il en oublierait presque qu’il n’y a personne sur scène.</p>
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		<title>Parallax — Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse et Les Rayons et les Ombres</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-quatre-cavaliers-de-lapocalypse-et-les-rayons-et-les-ombres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, la plongée dans la France occupée des Rayons et les Ombres rappelle celle des Quatre cavaliers de l’Apocalypse (1962)....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-quatre-cavaliers-de-lapocalypse-et-les-rayons-et-les-ombres/" title="Read  Parallax — Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse et Les Rayons et les Ombres">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, la plongée dans la France occupée des </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Rayons et les Ombres</a><em> rappelle celle des </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-quatre-cavaliers-de-l-apocalypse/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Quatre cavaliers de l’Apocalypse</a><em> (1962).</em></p>
<p>Le son des bottes nazies résonne dans Paris : pour Julio Desnoyer (Glenn Ford) dans <em>Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse</em> (1962) et Jean Luchaire (Jean Dujardin) dans <em>Les Rayons et les Ombres</em>, c’est l’heure de choisir son camp. Le premier est un expatrié argentin peu porté sur la politique, quand le second, directeur d’un titre de presse, est un fervent pacifiste et un militant pour l’entente franco-allemande. C’est au contact d’autres personnages que leur positionnement va évoluer : Luchaire collabore avec son ami de longue date Otto Abetz (August Diehl), devenu ambassadeur du Reich à Paris, tandis que Julio s’oppose finalement à son cousin Heinrich von Hartrott (Karlheinz Böhm), officier à Paris, et rejoint la Résistance.</p>
<p>Un motif en particulier circule entre les deux films : la fête, apanage des aristocrates (Julio) et des petits bourgeois (Luchaire) dépeints par Minnelli et Giannoli, qui se tiennent loin du front. Dans le prolongement des bacchanales d’<em>Illusions perdues</em> (2021), <em>Les Rayons et les Ombres</em> suit le patron de presse s’enfonçant dans l’alcool et la drogue, au fil de soirées de débauche qui illustrent la déchéance morale du personnage. En multipliant progressivement les effets de caméra outrés, Giannoli filme – au risque d’une petite musique révisionniste – le récit d’une décadence, où les excès de Luchaire dévoient un rêve pieux (celui d’une collaboration vertueuse avec l’Allemagne), rongé par la perspective égoïste d’une ascension sociale et de la satisfaction de ses petits plaisirs. Chez Minnelli, Julio emprunte un chemin inverse : d’abord féru de mondanités, il décide de rejoindre la lutte contre l’hydre nazie, notamment durant une scène pivot – l’une des plus célèbres et stupéfiantes des <em>Quatre Cavaliers de l’Apocalypse</em> – prenant pour décor une réception allemande. Par le biais de surimpressions, le regard de Julio plane sur les images de la soirée, bientôt recouvertes de visions de la guerre (explosions, torpilles, flammes), comme si le héros perçait à jour le voile fastueux dont le Reich recouvre ses horreurs.</p>
<p>Mettre en regard ces séquences permet de cerner la singularité des personnages : au contraire de Julio, Luchaire n’aura pas d’épiphanie et, par aveuglement volontaire vis-à-vis du régime, devient l’un des rouages de la machine. Mais la comparaison révèle surtout une différence d’approche entre les cinéastes, qui souligne les limites des <em>Rayons et les Ombres</em>. Chez Giannoli, la violence du Reich demeure totalement hors champ – il est certes fait mention des « <em>rafles</em> » et de la misère qui s’abat sur le peuple français, mais sans qu’elles apparaissent à l’écran. Si <em>Les Rayons et les Ombres</em> ambitionne par là de brosser un tableau finement nuancé de l’Occupation, ce dernier paraît tronqué, voire inconséquent. Avec son histoire de collabos racontée par des collabos (la voix off du film est assurée par la fille de Luchaire, qui détaille les compromissions, mais aussi les soi-disant sacrifices de son père), Giannoli dépeint « <em>leur guerre à [eux]</em> ». Soit l’itinéraire de personnages qui, contrairement à ceux de Minnelli, ont choisi de fermer les yeux.</p>
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		<title>Rétrospective Seijun Suzuki</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retrospective-seijun-suzuki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu, durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retrospective-seijun-suzuki/" title="Read  Rétrospective Seijun Suzuki">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu, durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de cette phase : </em>La Jeunesse de la bête<em>, </em>Les Fleurs et les Vagues<em>, </em>La Barrière de chair<em>, </em>Histoire d’une prostituée<em>, </em>La Vie d’un tatoué<em>, </em>Carmen de Kawachi<em>, </em>Élégie de la bagarre<em>, </em>Le Vagabond de Tokyo<em> et </em>La Marque du tueur<em>.</em></p>
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		<title>Seijun Suzuki, l’implosion comme style</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/retrospective/seijun-suzuki-limplosion-comme-style/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rétrospective]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/seijun-suzuki-limplosion-comme-style/" title="Read  Seijun Suzuki, l’implosion comme style">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de cette phase : </em>La Jeunesse de la bête<em>, </em>Les Fleurs et les Vagues<em>, </em>La Barrière de chair<em>, </em>Histoire d’une prostituée<em>, </em>La Vie d’un tatoué<em>, </em>Carmen de Kawachi<em>, </em>Élégie de la bagarre<em>, </em>Le Vagabond de Tokyo<em> et </em>La Marque du tueur<em>.</em></p>
<p>C’est un paradoxe bien connu du cinéma japonais : la Nikkatsu, l’un des studios les plus commerciaux, a abrité l’un des cinéastes les plus indisciplinés de la <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/soleil-rouge-une-histoire-du-cinema-rebelle-japonais/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nuberu Bagu</a> – soit la nouvelle vague japonaise. Spécialisé dans la production de mélodrames populaires et d’intrigues de yakuza, le studio offrit à Seijun Suzuki un écrin pour ses expérimentations formelles. Alliant une stylisation baroque à une vision du monde désenchantée, ses films finirent par être jugés incompréhensibles&nbsp;; Suzuki résumera plus tard la situation avec ironie : « <em>Je fais des films qui n’ont aucun sens et ne rapportent aucun argent </em>». Son cinéma frappe d’abord par sa flamboyance visuelle : dans des décors saturés de couleurs irréelles, les personnages tendent à devenir des motifs plastiques à part entière. Mais sa bizarrerie tient surtout à une transparence de l’artifice qui tranche avec l’impératif de réalisme ou de vraisemblance. Les intrigues ressemblent souvent à des prétextes autour desquels se déploient des blocs visuels et rythmiques relativement autonomes. Si cette description pourrait suggérer que l’œuvre est chaotique, c’est pourtant tout l’inverse : elle témoigne d’une rigueur formelle extrême. Comme l’a formulé le critique Shigehiko Hasumi, Suzuki développe une « <em>esthétique de la démolition</em> », qui n’abandonne pas la forme classique du cinéma de studio, mais la fait imploser.</p>
<p>À travers les neuf films ici retenus se dessine un mouvement vers un lyrisme de plus en plus convulsif, voire un certain nihilisme né d’un désenchantement. Dans les films de Suzuki, les sentiments sont presque toujours punis – l’amour mène à la mort, la loyauté à la trahison, le désir à la destruction. À mesure que ces valeurs se révèlent illusoires, les actions elles-mêmes cessent d’avoir une portée morale. Le pessimisme du cinéaste contamine peu à peu la forme des films, fissurant la narration sous l’effet d’artifices (digressions antinarratives, répétitions ou motifs visuels qui interrompent la progression dramatique, etc.) et libérant les scènes d’une logique causale. Pour citer encore Hasumi : «<em> <span style="font-style: normal !msorm;">Seijun Suzuki se tient sur un seul point dans l’espace : un point sans temps, sans épaisseur, sans étendue, où les choses et les couleurs oscillent et se balancent sans direction</span></em> ».</p>
<h2>À la recherche d’un style</h2>
<p>La trajectoire de Suzuki vers un cinéma plus libre ne suit pas une progression linéaire, mais trouve son germe dans <em>La Jeunesse de la bête</em>, où la mise en scène déstructure le cadre du film de yakuza. Si l’intrigue du film est relativement routinière (quoiqu’un peu opaque et emberlificotée), le film vaut surtout pour ses interludes presque autonomes : ainsi d’une séquence silencieuse dans une scène de club, filmée à travers une vitre, où l’action se transforme en étrange pantomime jusqu’à ce qu’un personnage enclenche le son en ouvrant les vannes du mixeur. Ces irruptions stylistiques fissurent l’univers réaliste du récit et annoncent la logique plus radicale des films ultérieurs.</p>
<p>Au sein de l’ensemble proposé par Carlotta, <em>La Vie d’un tatoué</em> et <em>Les Fleurs et les vagues</em> apparaissent, aux côtés de <em>La Jeunesse de la bête</em>, comme les œuvres de studio les plus conventionnelles. Mais même dans ce cadre plus orthodoxe surgissent des éclats typiquement suzukiens. L’un des plus frappants est celui qui suit la mort du frère du protagoniste dans <em>La Vie d’un tatoué</em> où, après avoir reçu un coup d’épée mortel, aucun sang ne jaillit de son corps ; c’est la rue entière qui se teinte alors progressivement de rouge, la couleur se propageant jusqu’au ciel des plans suivants. Suzuki n’a jamais été un narrateur particulièrement habile, mais il a un vrai talent pour tirer ses récits vers un délire formel : chez lui, les rapports entre les personnages ne se fondent pas sur une approche psychologique, mais tiennent de la « relation » visuelle construite d’image en image. C’est de ce déplacement que naît son lyrisme si singulier : l’espace lui-même semble éprouver la violence du monde.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332179 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg" alt width="1944" height="269" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg 1944w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-300x42.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-1024x142.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-768x106.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-1536x213.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-980x136.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1944px) 100vw, 1944px"></a>
<h2>Corps à vendre, illusions éclatées</h2>
<p>Il serait néanmoins erroné de considérer l’œuvre de Suzuki sous l’angle d’une abstraction pure – si son cinéma tend vers une stylisation extrême, il reste ancré dans une vision matérielle du monde. Il faut ainsi distinguer nihilisme et abstraction : chez Suzuki, la stylisation ne sublime pas la violence, mais la rend au contraire plus crue. La trilogie consacrée à la prostitution en offre une démonstration, dessinant une cartographie politique du Japon moderne où, quel que soit le système représenté – capitalisme sauvage (<em>La Barrière de chair</em>), militarisme impérial (<em>Histoire d’une prostituée</em>) ou misogynie (<em>Carmen de Kawachi</em>) –, se reproduit inlassablement la même économie prédatrice des corps.</p>
<p>Dans <em>La Barrière de chair</em>, situé dans le Japon occupé après la Seconde Guerre mondiale, toute relation relève d’un échange économique. La microsociété des prostituées, autogérée selon des règles strictes, ne fait que radicaliser cette logique marchande, punissant toute déviation sentimentale par l’exil ou la torture. À la fois panorama social et «&nbsp;<em>fantasmagorie sordide</em>&nbsp;» (dixit le critique britannique Tony Rayns), le film déploie une architecture de couleurs primaires assignées aux personnages (chaque prostituée est ici associée à une teinte distincte) dans un système presque héraldique. Cette splendeur plastique s’accompagne pourtant de la peinture d’un véritable enfer, évoquant une sorte de comédie musicale à la Vincente Minnelli, dont le chromatisme aurait été transplanté dans un paysage de boue et de ruines.</p>
<p>Là où <em>La Barrière de chair</em> montrait un marché sauvage en autogestion, <em>Histoire d’une prostituée</em> expose une prostitution administrée par l’État fasciste – la violence n’y est plus tribale, mais bureaucratique. Yumiko Nogawa incarne une figure quasiment animale, mordant, se traînant et se recroquevillant à quatre pattes. La guerre induit un système de règles arbitraires qui organise le désir et la punition, tandis que la hiérarchie militaire structure le marché sexuel : le lieutenant revendique la prostituée comme sa propriété et fait de ses rencontres sexuelles un instrument de domination. Les officiers disposent d’un accès privilégié, tandis que les soldats peuvent être gratifiés de relations sexuelles selon leur bon comportement. Dans ce système, le corps féminin devient une monnaie distribuée pour maintenir l’ordre et récompenser l’obéissance. Logiquement, l’amour entre les deux protagonistes n’y a pas sa place : mû par une logique improductive, il apparaît insupportable. Le film rejoint ainsi la logique du précédent : que le système soit dérégulé ou autoritaire, il exige l’élimination de l’affect au profit d’un utilitarisme absolu.</p>
<p>Avec <em>Carmen de Kawachi</em>, variation lointaine sur l’opéra de Bizet, cette critique sociale prend une forme plus ouvertement fragmentée. Derrière les interludes musicaux et les inversions burlesques des rôles de genre, la violence demeure toutefois présente. Au début de l’intrigue, l’héroïne se fait voler son vélo. La poursuite semble d’abord comique, mais à mesure que de nouveaux hommes surgissent pour l’encercler, Suzuki ferme brutalement le diaphragme par à‑coups, assombrissant l’image jusqu’à suggérer une agression sexuelle hors champ qui est plus tard confirmée par le récit. De même, la rêverie bucolique d’un couple imaginant un <span style="font-style: normal !msorm;"><em>onsen</em></span> à bâtir à la campagne est aussitôt contredite par la vision d’une rivière saturée d’ordures. Comme dans les deux films précédents, la rêverie ici est systématiquement rattrapée par un horizon sordide.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332180 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg" alt width="1972" height="272" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg 1972w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-300x41.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-1024x141.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-768x106.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-1536x212.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-980x135.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1972px) 100vw, 1972px"></a>
<h2>Les enfants du phallus : l’hystérie de la virilité</h2>
<p>Les derniers films réalisés par Suzuki pour la Nikkatsu déplacent son regard vers la masculinité elle-même, observée comme un mélange d’excès et de fébrilité au bord de l’effondrement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit <em>Élégie de la bagarre</em>, film qui explore comment la culpabilité catholique et la répression du désir transforment l’énergie érotique en violence. Le militarisme n’y apparaît pas comme une idéologie autonome, mais comme une forme de sublimation : le désir refoulé trouve dans la discipline et l’agression un exutoire socialement légitimé. Les corps des acteurs sont constamment enfermés dans un réseau de barres métalliques, de piliers et de cloisons qui compartimentent l’espace, tandis qu’à cette géométrie contraignante répondent des digressions hallucinées (souvenirs fragmentaires, symboles chrétiens, éclats de blancheur ou fleurs de cerisier associées à une jeune femme idéalisée) qui signalent la tension permanente entre désir et refoulement.</p>
<p>Cette fragilité de la virilité prend une forme encore plus stylisée dans <em>Le Vagabond de Tokyo</em>. Un exemple se trouve lors d’un gag, quand un voyeur lève les yeux pour contempler les culottes d’une danseuse suspendue au-dessus de la salle : une masse blanche grotesque, évoquant une fiente de pigeon, s’écrase aussitôt sur son visage. Le fantasme se retourne en souillure, réduisant la virilité du regard à une farce humiliante.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332183 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg" alt width="1954" height="418" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg 1954w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-300x64.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-1024x219.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-768x164.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-1536x329.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-980x210.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1954px) 100vw, 1954px"></a>
<p>Avec <em>La Marque du tueur</em>, cette entreprise de déstabilisation atteint un point de rupture, poussant à l’extrême le fétichisme déjà présent dans l’œuvre de Suzuki. Le sexe et la mort deviennent ici les seules coordonnées et le monde se voit réduit à une somme de textures. La masculinité y est figurée comme une compétition phallique permanente : les hommes, éternels adolescents armés, manipulent leurs revolvers comme des jouets tout en évoluant dans un état d’épuisement paranoïaque. La psychologie laisse place à l’effusion des pulsions ; l’espace se fragmente, tandis que la continuité narrative est pulvérisée par une suite d’expériences formelles où les corps semblent se téléporter d’un décor à l’autre.</p>
<p>Une scène montre Gorō, le protagoniste, pénétrer dans un appartement et allumer la lumière, déclenchant ainsi un projecteur qui fait surgir Misako (personnage féminin central du film, une femme fatale incarnant la tension entre l’érotisme et la mort). Elle se tient devant lui, son corps découpé par l’ombre du projecteur, oscillant entre présence physique et projection. Lorsqu’il trébuche et fait vaciller l’appareil, elle se métamorphose complètement en une image déployée sur le mur, comme si la projection avait acquis une autonomie propre. Gorō se jette alors sur ce mirage comme pour lutter contre sa surface irréductible, et lorsque des flammes surgissent à l’écran, elles paraissent l’atteindre physiquement. La séquence s’achève sur un renversement vertigineux : son propre front devient écran et la distinction entre réalité et image se dissout entièrement.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332182 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg" alt width="1976" height="270" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg 1976w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-300x41.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-1024x140.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-768x105.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-1536x210.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-980x134.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1976px) 100vw, 1976px"></a>
<p>La singularité du nihilisme de Suzuki tient à son excès paradoxalement mélodramatique. Ses personnages sont souvent punis par leurs sentiments (l’amour conduit à la mort ou à la ruine dans la plupart des films de la rétrospective) et ces élans tragiques surgissent toujours dans un lyrisme incandescent qui s’estompe presque aussitôt. Même dans <em>La Marque du tueur</em>, ce motif subsiste. La séquence finale témoigne d’un désenchantement absolu : lors d’une fusillade où les tirs fusent de partout, Misako surgit soudain dans l’embrasure d’une porte et est abattue par le protagoniste. Tous les personnages meurent dans la scène : la femme, l’adversaire et le tueur lui-même ; l’espace se vide alors pour ne laisser qu’un ring de boxe déserté, symbole de virilité devenu cimetière. À ce stade, le monde n’est plus qu’un théâtre de surfaces où les corps se consument dans leur propre stylisation.</p>
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		<title>The Scores (ep.7) : Nikolaas Verstraeten</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-7-nikolass-verstraeten/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Nikolaas Verstraeten est écrivain et conçoit des expositions et des publications d’art. Dans la tradition de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-7-nikolass-verstraeten/" title="Read  The Scores (ep.7) : Nikolaas Verstraeten">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Nikolaas Verstraeten est écrivain et conçoit des expositions et des publications d’art.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" title="Outsiders: The Scores w/ Nikolaas Verstraeten - Orchestra Terrore @ Kiosk Radio 18.03.2026 by Kiosk Radio" width="500" height="400" scrolling="no" frameborder="no" src="https://w.soundcloud.com/player/?visual=true&amp;url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F2286575486&amp;show_artwork=true&amp;maxheight=750&amp;maxwidth=500"></iframe></p>
<p>Dans la tradition de l’aux-terrorisme, mon mix est devenu une rhapsodie, faite des musiques de films auxquelles je reviens sans cesse et d’impulsions musicales enfouies dans des films non musicaux. La musique diégétique — ces expériences d’écoute que nous sommes censés partager avec les personnages — fait le lien entre les deux.</p>
<p><em>In the tradition of aux-terrorism, my mix became a rhapsody of, on the one hand, the film music that I return to all the time, and, on the other, musical impulses buried in non-musicals. Diegetic music, or the listening experiences we’re supposed to share with movie characters, bridges the two.</em></p>
<h2><em>PERFORMANCE</em> (1970) BY DONALD CAMMELL &amp; NICOLAS ROEG</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Jack Nitzsche, Bernie Krause on the synthesizer and sung by Merry Clayton, Performance</strong></p>
<p>Le joker que Warner Bros a accordé à Donald Cammell et Nicolas Roeg pour faire un « film avec Mick Jagger » s’est accompagné d’un violent retour de bâton (on raconte que la femme d’un cadre aurait vomi pendant une projection…). Malgré cela, Cammell opte pour une vision idéaliste des choses : il envoie un télégramme à WB, co-signé par Jagger, qui se conclut ainsi : « SI <em>PERFORMANCE</em> NE PERTURBE PAS LE PUBLIC, ALORS IL N’EST RIEN. SI CE FAIT VOUS PERTURBE, L’ALTERNATIVE EST DE LE VENDRE RAPIDEMENT ET D’ARRÊTER LES CONNERIES.” Que cette ligne dure ait été productive ou non, le film existe — longue vie aux exceptions !</p>
<p>L’ouverture pseudo-indécise de<em> Performance</em> suit un avion de chasse pendant peut-être deux secondes avant de se fixer sur une Rolls Royce noire, un plan aérien qui peine ensuite à rivaliser avec une scène de lit plutôt rugueuse (pendant que vous vous demandez : <em>qui est cette personne et qu’a‑t-elle fait à James Fox ?</em>). Côté bande-son, le film nous fait viber pendant vingt secondes sur une chanson d’autoradio signée Randy Newman, avant un changement d’ambiance vers une pulsation synthétique et les harmonies de Merry Clayton, avec lesquelles j’ouvre ce mix. Si ce n’était pas vraiment le premier film à utiliser un synthétiseur modulaire Moog sur sa bande-son, c’était apparemment le premier à en montrer un à l’écran, à la fois comme gadget et quasi objet liturgique de « l’Artiste » Turner (Mick Jagger). (Un an plus tard, il y a aussi la bande-son électronique de Jagger pour<em> Invocation of My Demon Brother</em> de Kenneth Anger, qui sonne comme le chant du cygne d’une photocopieuse numérique.)</p>
<p><em>The wildcard that Warner Bros gave Donald Cammell and Nicolas Roeg for a «Mick Jagger movie» came with severe whiplash (an executive’s wife reportedly threw up during a screening etc.). Even then, Cammell opted for an idealistic defense: he sent a telegram to WB, co-signed by Jagger, which concludes: «IF </em>PERFORMANCE <em>DOES NOT UPSET AUDIENCES IT IS NOTHING. IF THIS FACT UPSETS YOU, THE ALTERNATIVE IS TO SELL IT FAST AND NO MORE BULLSHIT.» Whether or not this hard-lining was productive, the movie exists – long live the exceptions!&nbsp;</em></p>
<p>Performance<em>’s pseudo-undecided opening follows a fighter jet for maybe two seconds before settling on a black Rolls Royce, an aerial shot that then struggles to compete with a bedroom scene on the rough side (while you go, ‘who is this &amp; what have you done to James Fox?’). Soundtrack-wise, the movie makes us vibe for 20 seconds to a Randy Newman car-radio-type song before a mood switch to the artificial pulse and Merry Clayton’s harmonizing, which I begin this mix with. If this wasn’t really the first movie to feature a Moog modular synthesizer on its soundtrack, it apparently was the first movie footage that featured one, as toy as much as altarpiece of ‘the Artist’ Turner (Mick Jagger). (A year after wrapping, there’s also Jagger’s synthesizer soundtrack for Kenneth Anger’s </em>Invocation of My Demon Brother<em>, which sounds like the swan song of a digital copy machine.</em></p>
<h2><em>BLUE</em> (1993) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>01′44″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Performance </em>est aussi un hommage occulte spectaculaire à Jorge Luis Borges (mais impossible à détailler sans spoiler). Bien qu’il fût encore en vie à la sortie du film, Borges était devenu aveugle à la fin des années 50 — et rien n’indique qu’il ait eu connaissance du film. En réfléchissant au rôle de Borges dans <em>Performance</em>, je fais seulement maintenant le lien avec <em>Blue</em> — le dernier film de Derek Jarman, qui élève sa cécité progressive liée au sida (la réduction de sa vision à des nuances de bleu) au rang de « nec plus ultra » artistique.<em> Blue</em> est aussi un excellent film pour aborder le non-dit évident au cœur de <em>The Scores</em> : le divorce entre film et bande-son. (L’inverse peut exister, mais c’est souvent le souvenir du film qui continue de donner une charge à sa musique.)</p>
<p>C’est paradoxalement un film n’offrant qu’une seule couleur monochrome, qui semble le moins propice à être regardé les yeux fermés. <em>Blue </em>n’a pas seulement été diffusé à la télévision — où il pouvait évoquer une image figée — au Royaume-Uni en 1993, mais aussi à la radio, où l’absence d’image a donné lieu à un compromis magnifique : les auditeurs pouvaient demander une carte postale bleu Klein à contempler pendant l’écoute. (À défaut de carte postale, j’ai commencé à imaginer ce mix comme la bande-son d’un épique trajet urbain à l’heure de pointe, depuis chez mes parents en périphérie bruxelloise jusqu’à la Cinematek.) Le son de <em>Blue</em> a été élaboré par Jarman avec son collaborateur de longue date Simon Fisher Turner, et j’en ai sélectionné deux extraits — ce premier pour sa chorale « no homo ». Jarman refera une apparition dans ce mix, merci à la Cinematek d’avoir donné l’opportunité de (re)découvrir son travail lors d’une récente rétrospective.</p>
<p>Performance <em>also acts as an occult tribute to Jorge Luis Borges, spectacularly so (but which I can’t detail without spoiling). While he was alive at the time of the release, Borges had gone blind by the late 50s – and to my knowledge, there’s no documentation that he was aware of the film. Thinking about Borges’s role in </em>Performance<em>, I only now made the connection with </em>Blue<em> – Derek Jarman’s self-consciously final film, which elevates Jarman’s own AIDS-related increasing blindness, the constriction of his sight to shades of blue, into an artistic ‘nec plus ultra’. </em>Blue<em> is also a great movie to address </em>The Scores<em>’ elephant in the room: the messy divorce of film and soundtrack. (The reverse can be true, but it’s often the memory of a film that continues to charge its music.)&nbsp;</em></p>
<p><em>It’s paradoxically a movie that only has a monochrome color to offer, that seems the least accommodating to closing your eyes while watching. </em>Blue<em> was not just broadcast on television – where it might emulate static – in the UK in 1993 but also on the radio, where the lack of the visual counterpart prompted a beautiful compromise: listeners could request a Klein-blue postcard to contemplate during the broadcast. (For lack of a postcard, I began to think of this mix as soundtracking the epic public transport journey, basically 1 hour during rush hour, from my parent’s place in the periphery of Brussels to Cinematek). </em>Blue’<em>s sound was realized by Jarman with his longtime collaborator Simon Fisher Turner and I selected two excerpts, this first one for its ‘no homo’ choir appeal. Jarman sticks around in this mix, thanks to the opportunity to (re)visit his work in the recent Cinematek retrospective.</em></p>
<h2><em>THE BELLY OF AN ARCHITECT</em> (1987) BY PETER GREENAWAY</h2>
<p><strong>03′20″ ♪ Wim Mertens, Birds for the Mind</strong></p>
<p><b></b>Faire des expositions tue — le postulat de<em> The Belly of an Architect</em> m’est familier (<em>toux</em>). Un architecte américain est invité à curater une exposition blockbuster dans la Rome étrangement vide des années 80, consacrée à l’architecte utopiste du XVIIIe siècle Étienne-Louis Boullée (l’un de ceux qui ont désamorcé mes réticences envers l’architecture quand j’étais étudiant). La ville éternelle devient la scène d’une confrontation avec sa propre mortalité. Je ne me lasse jamais de la bande-son à quatre mains de Wim Mertens — ce qui n’a rien à voir avec de la nostalgie pour l’opérateur mobile <a href="https://www.youtube.com/watch?v=5zAOAlrHd2Y" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Proximus</a> (ça sonne mieux dans le film), ni avec le fait qu’il soit belge (même si j’aime bien sa chanson patriotique mélancolique «<a href="https://www.youtube.com/watch?v=YLjAweUGXBA" target="_blank" rel="noopener noreferrer">What It Is Like to Be from Belgium»</a>), ou qu’il se présente en virtuose du piano, ce qui éclipse ses expérimentations.</p>
<p><em>Exhibition-making kills, the premise of </em>The Belly of an Architect<em>, hits close to home (*coughs*). An American architect is invited to curate a blockbuster exhibition in a picturesquely empty 80s Rome about the 18th-century utopian architect Étienne-Louis Boullée (one of the architects that disarmed my reservations about architecture as a student). The eternal city becomes the inevitable stage for confronting one’s mortality. I never tire of Wim Mertens’ four-handed soundtrack – which has nothing to do with <a href="https://www.youtube.com/watch?v=5zAOAlrHd2Y" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Proximus nostalgia</a> (it sounds better in the film), or Mertens being Belgian (I do appreciate his patriotic sad song, «<a href="https://www.youtube.com/watch?v=YLjAweUGXBA" target="_blank" rel="noopener noreferrer">What It Is Like to Be from Belgium»</a>), or his self-profiling as piano virtuoso, eclipsing his experiment.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332174 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores.jpeg" alt width="1175" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores.jpeg 1175w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-980x192.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1175px) 100vw, 1175px">
<h2><b><em>LE PONT DES ARTS</em> (2004) BY EUGENE GREEN</b></h2>
<p><strong>06′54″ ♪ Monteverdi, Lamento della ninfa sung by Claire Lefilliâtre</strong></p>
<p><strong>07′55″ ♪ Camille Keller, Cover Monteverdi Lamento Della Ninfa</strong></p>
<p>Répétant le <em>Lamento della ninfa </em>de Monteverdi (en play-back, en réalité, sur la voix phénoménale de Claire Lefilliâtre), une soprano est peu à peu poussée à bout par un chef de choeur sadique, qui ne semble pas entendre la même chose que nous, à tel point qu’il réagit par des commentaires absurdes (« <em>Tu as le timbre d’un kangourou étranglé</em> »). Plus tard dans le film, la soprano définit de manière très séduisante “<em>l’esprit baroque</em>” comme le fait de “<em>toujours dire deux choses contradictoires, toutes deux vraies</em>”. Il y a des années, Camille Keller et moi nous sommes rapprochés en parlant du <em>Pont des arts </em>et de sa reprise parfaite du <em>Lamento della ninfa</em>, à une époque pré-Camille Keller. Dans un esprit d’inclusivité baroque, j’ai fait de lui le kangourou étranglé pour le da capo de cette répétition.</p>
<p><em>Rehearsing Monteverdi’s </em>Lamento della ninfa<em> (lip-syncing, in fact, to the phenomenal voice of Claire Lefilliâtre), a soprano is gradually driven over the edge by a sadistic conductor, who doesn’t seem to hear what we are hearing to the point of absurdity («</em>You sound like a strangled kangaroo<em>»). At one point in the movie, the soprano, quite temptingly, defines the ‘baroque mindset’ as «</em>always saying two contradictory things, both of which are true<em>». Years ago, Camille Keller &amp; I bonded over Le pont des arts and his perfect </em>Lamento della ninfa<em> cover from the pre-Camille Keller days, so in the spirit of baroque mutual inclusivity, I made him the strangled kangaroo for the rehearsal’s da capo.</em></p>
<h2><em>BUTLEY</em> (1974) BY HAROLD PINTER</h2>
<p><strong>11′13″ ♪ Sound excerpt Appley dapply, a little brown mouse</strong></p>
<p>« <em>Sa femme vient de le quitter pour un autre homme. Et son petit ami aussi</em> », proclamait l’affiche du film, résumant <em>Butley</em> — une adaptation fidèle (et donc claustrophobe) de la pièce de Simon Gray sur la pulsion (auto)destructrice du professeur d’anglais Ben Butley. Aussi toxiques soient les relations, le non-sujet que Butley fait de sa sexualité reste étonnant, surtout si l’on considère que la pièce a été créée à peine quatre ans après la dépénalisation de l’homosexualité au Royaume-Uni. Il y a quelque chose de touchant dans sa manière de chercher refuge dans l’absurde— il abandonne ses études sur T.S. Eliot pour le livre de <em>Beatrix Potter, Cecily Parsley’s Nursery Rhymes</em> — que j’ai voulu inclure dans ce mix.</p>
<p><em>«</em>His wife just left him for another man. And so did his boy friend,<em>» is how the movie poster sold </em>Butley<em>, a faithful and (thus) claustrophobic rendition of Simon Gray’s play about the ingeniously (self)destructive drive of English professor Ben Butley. However toxic the relationships, the non-issue Butley makes of his sexuality still stuns, especially considering the play was first staged just 4 years after homosexuality was decriminalized in the UK. There is something touching about Butley’s resort to nonsense – he’s abandoned his study of T.S. Eliot in favor of </em>Beatrix Potter’s Cecily Parsley’s Nursery Rhymes<em>– that I couldn’t keep out of this mix.&nbsp;</em></p>
<h2><em>JALSAGHAR </em>[OR<em> THE MUSIC ROOM</em>] (1958) BY SATYAJIT RAY</h2>
<p><strong>11′44″ ♪ Music lesson of Khoka sung by Pinaki Sengupta</strong></p>
<p>Un autre film magnifique sur la tentation de la ruine. J’adore les génériques de début et de fin, où la caméra traverse l’obscurité jusqu’à un lustre vacillant, tandis que les caractères bengalis suspendus à une ligne horizontale (la « matra ») donnent aux crédits l’apparence d’éclats de lustre. Dans <em>The Music Room</em>, l’expression « la musique adoucit les mœurs » devient un dispositif menant au désastre. Pendant le déclin du Raj britannique, un seigneur bengali sacrifie tout pour la musique — ou plutôt pour les concerts somptueux dans le Jalsaghar, la « salle de musique » de son palais. La musique est également centrale dans l’éducation de son jeune fils, Khoka, comme en témoigne une scène belle — et tragique— où le père accompagne son fils au dilruba pour une leçon de chant au crépuscule.</p>
<p><em>Another magnificent movie about inviting ruin. I love the opening and closing credits, in which the camera bridges the dark towards a swinging, dying chandelier, while the Bengali script characters’ typical suspension from a horizontal line (the ‘matra’) give the overlaid credits the look of chandelier shards. In </em>The Music Room<em>, the expression «la musique adoucit les moeurs» becomes a set-up for disaster. Paralleling the decline of the British Raj, a feudal Bengali lord sacrifices everything for the sake of music, or extravagant concerts in the ‘music room’ or Jalsaghar in his palace. (I saw it as part of a birthday screening, which was quite the ice-breaker!). Music is also crucial in the lord’s education of his young son, Khoka, exemplified by a beautiful – and tragic, in light of the plot – scene in which the father accompanies his son on a dilruba for a bedtime singing lesson.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332175 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-2.jpeg" alt width="1175" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-2.jpeg 1175w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-2-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-2-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-2-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-2-980x192.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1175px) 100vw, 1175px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;">
<h2><em>ROOM TEMPERATURE</em> (2025) BY DENNIS COOPER &amp; ZAC FARLEY</h2>
<p><strong>14′49″ ♪ Chris Olsen, What Does The Weaving Do, the original version of ‘Andre’s song’</strong></p>
<p><em>Room Temperature</em> suit une famille (et un figurant, appelé « Extra ») et les péripéties qui découlent de la transformation annuelle de leur foyer en maison hantée, au milieu du désert californien. J’ai vu<em> Room Temperature</em> quelques semaines après <em>The Music Room</em>, en novembre dernier, et je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien entre le moment musical père-fils de Khoka et une scène, dans laquelle l’adolescent Andre interprète devant sa famille une version acoustique d’une chanson qu’il a écrite. C’était une coïncidence heureuse que la chanson soit créditée à Chris Olsen, qui joue aussi Extra, et dont j’avais découvert la musique en 2021 lorsque mon ami Dennis (Dida) m’avait proposé d’écrire pour la sortie de son disque sur son label Van Dank. Dans le mix, j’ai choisi la version originale par Chris Olsen de la chanson d’Andre.</p>
<p>Room Temperature<em> follows a family (plus an extra called ‘Extra’) as they navigate the high stakes of their yearly haunted house spectacle in the Californian desert. I saw </em>Room Temperature<em> a few weeks after </em>The Music Room<em>, last November, and I couldn’t help but connect Khoka’s father-son musical moment with a scene, in which the teenager Andre has an acoustic try-out of a song he wrote in front of his family. It was a happy coincidence that the song was credited to Chris Olsen, who also plays Extra, to whose music I was introduced in 2021 when my friend Dennis (Dida) asked me to write for the release of his record on his label Van Dank. In the mix, I included Olsen’s rich original version of Andre’s song.</em></p>
<h2><em>8 ½ WOMEN</em> (1999) BY PETER GREENAWAY</h2>
<p><strong>17′22″ ♪ Sound excerpt On a slow boat to China sung by John Standing and Matthew Delamere</strong></p>
<p>Dans la pure tradition greenawayienne,<em> 8 ½ Women</em> est dépourvu de tout ce qui relèverait de l’improvisé ou du non-conçu, offrant à la place une surdose d’associations, de maniérismes (et de nudité). Ici, Greenaway s’amuse à prendre le <em>8 ½ </em>de Fellini au pied de la lettre, comme un système, et à l’appliquer partout. Le film repose sur l’idée que satisfaire leur fantasme masculin hétérosexuel — nourri par les fantasmes féminins de Fellini — permettra à un père et à son fils de reconnecter et de surmonter le deuil lié à la perte de leur femme/mère. Avant d’en arriver à la « solution » consistant à combler le vide dans leur propriété genevoise par un harem, un certain nombre d’autres excentricités servent à honorer la défunte : comme un duo chanté lors d’une partie de poker au bord de la piscine intérieure (où le père porte un trench coat par-dessus son pyjama).</p>
<p><em>In Greenaway fashion, </em>8 ½ Women<em> is free of the unscripted and undesigned, instead presenting an overdose of associations and mannerisms (and nudism). Here, Greenaway commits to the shtick of mistaking Fellini’s </em>8 ½<em>&nbsp;for a literal measure and applying it everywhere. The movie operates under the pretext that indulging their male heterosexual fantasy, fueled by Fellini’s fantasy of women, will help a father and son (to stay in theme) reconnect and overcome their grief over their wife/mother. Before they get to the ‘solution’ of filling the void in their Genevan estate with a harem, there’s a reservoir of other eccentricities to honor the loss: like a poker song duet on the edge of the indoor swimming pool ( the father dressed in his pyjamas and a trench coat).</em></p>
<h2><em>MARAT/SADE</em> (1967) BY PETER BROOK</h2>
<p><strong>18′05″ ♪ Richard Peaslee, Homage to Marat</strong></p>
<p>Une véritable révélation, autant pour la triple stratification de la pièce originale de Peter Weiss (dont le titre à rallonge dit tout :<em> La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat tels qu’interprétés par les pensionnaires de l’asile de Charenton sous la direction du marquis de Sade</em>) que pour la mise en scène de Peter Brook (sans même parler des décors en trompe‑l’œil de Sally Jacobs, faits de faux fonds). Dans l’adaptation cinématographique, nous devenons non seulement les spectateurs privilégiés de la performance / de la folie — ou de la folie performée, si l’on prend la fiction en compte — mais aussi les observateurs contemporains du public qui la regarde à travers des barreaux de prison. Grâce à ce mix, les hymnes révolutionnaires (post factum) de Marat/Sade ont de nouveau entièrement envahi mon esprit. “<em>Marat always ready to stifle every scheme / Of the sons of this ass-licking dying regime…</em>”</p>
<p><em>A true revelation, as much for the triple layering of the original Peter Weiss play (the long title says it all: </em>The Persecution and Assassination of Jean-Paul Marat as Performed by the Inmates of the Asylum of Charenton Under the Direction of the Marquis de Sade<em>) as Peter Brook’s direction (not to speak of Sally Jacobs’ set design with the shuttered false bottoms). In the movie adaptation, we become not just the privileged observers of the performance/madness – or performative madness, if we consider the fiction – but also the current observers of the historical audience following it through prison bars. Thanks to this mix, Marat/Sade’s (post factum) revolutionary anthems have once again fully occupied my mind. “</em>Marat always ready to stifle every scheme / Of the sons of this ass-licking dying regime…<em>”</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332176 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3.jpeg" alt width="1175" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3.jpeg 1175w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-980x192.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1175px) 100vw, 1175px">
<h2><em>PROVA D’ORCHESTRA</em> (1978) BY FEDERICO FELLINI</h2>
<p><strong>19′32″ ♪ Sound excerpt «Orchestra terrore, a morte il direttore!»</strong><br>
<strong>19′59″ ♪ Nino Rota, Risatine maliziose #2</strong></p>
<p>Si <em>Marat/Sade</em> propose un regard rétrospectif sur une révolution, dans <em>Prova d’Orchestra</em> il devient progressivement difficile de savoir si l’orchestre répète pour un concert ou pour une révolution (tout en restant inconscient de la menace d’une révolution potentielle <em>dans le monde extérieur</em>). Le soulèvement de cet orchestre n’échappe pas à un effet domino révolutionnaire. Le chef est destitué, et le gigantesque métronome censé le remplacer (cf. le visuel de ce mix) est renversé presque immédiatement après son installation. Cette révolution est télévisée, non seulement parce que Fellini réalise ce film pour la RAI, mais aussi parce que le film se présente lui-même comme le tournage d’un documentaire sur l’orchestre. Dans le mix, j’ai inclu certains chants de révolte. Puis l’orchestre —<em> restauré</em> dans sa hiérarchie initiale à la fin du film — commence à jouer ce qui sera la dernière collaboration entre Nino Rota et Fellini.</p>
<p><em>While </em>Marat/Sade <em>presents a retrospective look at a revolution, in </em>Prova d’Orchestra<em> it gradually becomes unclear whether an orchestra is rehearsing for a performance or a revolution (oblivious to the threat of a potential revolution ‘</em>in the outside world<em>’). The uprising of this orchestra is not exempt from a revolutionary domino effect. The conductor is dethroned, and the gigantic metronome he’s replaced by (cf. the cover art of this mix) is overturned almost immediately upon installation. This revolution is televised, not just because Fellini made this movie for the television broadcaster RAI, but because the movie presents itself as the making of a documentary about the orchestra. In the mix, I included some of the emancipatory chants. Then the orchestra – ‘restored’ to its original hierarchy at the end of the movie – starts playing what would become Nino Rota’s last collaboration with Fellini.&nbsp;</em></p>
<h2><em>DANCER IN THE DARK</em> (2000) BY LARS VON TRIER</h2>
<p><strong>21′10″ ♪ Björk, In the Musicals (film version)</strong></p>
<p>Si <em>Marat/Sade</em> n’est pas tout à fait une comédie musicale, avec <em>Dancer in the Dark</em> je triche clairement avec mon principe de départ. Je ne l’ai vu qu’une seule fois et, même si j’en garde le souvenir d’un visionnage assez éreintant, j’aime énormément son dispositif : une comédie musicale autour d’une fan hardcore de comédies musicales, et sur son besoin d’évasion face aux complications liées au fait de devenir aveugle (retour à Borges et à <em>Blue</em>). Avoir Björk à la partition est idéal, et je préfère les versions plus loufoques du film — avec les voix des acteurs, le duo et le chœur sur <em>In the Musicals</em> — à la participation de Thom Yorke et aux versions plus lisses des morceaux sur l’album <em>Selmasongs</em>.</p>
<p>Marat/Sade<em> is technically not a musical but with </em>Dancer in the Dark <em>I’m definitely cheating against my initial premise. I’ve only seen it once and while I remember a pretty frustrating watch, I love its set-up as a musical about a hardcore musical fan and her need for musical escapism as she deals with the additional complications of going blind (back to Borges and </em>Blue<em> here). Musical songwriting proves a great assignment for Björk, though I prefer the sillier movie versions with the actors’ voices – the duet and choir on In the Musicals – to Thom Yorke’s feature and the smoothing on the release of </em>Selmasongs<em>.&nbsp;</em></p>
<h2><em>TRUST</em> (1990) BY HAL HARTLEY</h2>
<p><strong>22′50″ ♪ Hal Hartley, Trust (Closing)</strong></p>
<p>Hal Hartley est un véritable auteur, au sens où son geste d’auteur s’étend jusqu’à la composition de ses propres bandes originales (souvent sous le pseudonyme de Ned Rifle). Il lui arrive même de publier, de manière sporadique, des morceaux qui ne sont pas des bandes-son. Le son de ses synthétiseurs évoque, j’imagine aujourd’hui de manière rétrofuturiste, la musique informatique ”de base” ou les boucles d’arrière-plan de jeux éducatifs, ce qui s’accorde magnifiquement avec la réalité artificielle de ses films. Et même si je préfère les bizarreries intellectuelles de ses courts métrages (qu’il appelait des « <em>demonstrations</em> »), ce sont ses longs métrages qui emportent la mise côté musique, comme dans le climax romantique de <em>Trust</em>.</p>
<p><em>Hal Hartley is a true auteur in the sense that his authorship extends to scoring his own films (though often under the pseudonym Ned Rifle). He even sporadically releases non-soundtracks. His synthesizer sound reminds, I guess retrofuturistically at this point, of textbook computer music or the background loops of didactic games, which is an exciting match for the artificial reality of his films. And while I most enjoy the intellectual quirks of his short films (which he referred to as «</em>demonstrations<em>»), it’s the feature films that run off with the music, like in </em>Trust<em>’s romantic climax.</em></p>
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<h2><em>STAVISKY</em> (1974) BY ALAIN RESNAIS</h2>
<p><strong>25′46″ ♪ Stephen Sondheim, Stavisky (Générique)</strong></p>
<p>Dans une interview en 1975 avec Richard Seaver à propos de<em> Stavisky</em>, Resnais cite son scénariste Jorge Semprun disant : « <em>Tout ce que Resnais veut faire, c’est un film avec Belmondo et Boyer, avec une musique de Stephen Sondheim. Le sujet lui est complètement égal, du moment qu’il a ces trois éléments.</em>» Après quoi Resnais ajoute : « <em>Il exagère, bien sûr, mais il y a une part de vérité…</em>»</p>
<p>J’aime la manière dont Resnais laisse la musique dominer et complexifier ses films, en particulier dans ses œuvres tardives. Il aborde les bandes originales comme tout sauf de la musique de fond. Dans <em>Stavisky </em>(Resnais a malheureusement été dissuadé de l’appeler Biarritz-Bonheur), on a presque l’impression que le film sert de toile de fond visuelle à la bande-son de Sondheim, que j’ai vu un jour qualifié de “<em>Ravel de Broadway</em>”. Resnais et Sondheim se sont en quelque sorte courtisés : Sondheim a reconnu l’influence de<em> L’Année dernière à Marienbad </em>et <em>Muriel</em> ou le temps d’un retour sur son <em>musical</em> conceptuel <em>Follies</em> en 1967, tandis que<em> Follies</em> a été une révélation pour Resnais. Pendant le tournage de <em>Stavisky</em>, Resnais est allé jusqu’à écouter des passages du musical <em>A Little Night Music</em> de Sondheim sur son magnétophone, alignant le rythme des scènes sur la musique de Sondheim. À l’invitation initiale de Resnais à collaborer, Sondheim aurait répondu : « <em>C’EST LA PREMIÈRE FOIS DE MA VIE ET VOUS POURRIEZ LE REGRETTER MAIS JE SUIS PRÊT</em> ». Ce sera aussi sa dernière bande originale !</p>
<p><em>In an interview in 1975 with Richard Seaver about </em>Stavisky<em>, Resnais quotes his screenwriter Jorge Semprun as saying “</em>All Resnais wants to do is make a film starring Belmondo and Boyer, with music by Stephen Sondheim. He couldn’t care less what the subject is, so long as he has those three elements in it.<em>” After which Resnais added: «</em>He’s exaggerating, of course, but there’s a kernel of truth there…<em>»</em></p>
<p><em>I love how Resnais let music dominate and complicate his movies, especially his later work. He approaches soundtracks as all but background music. In </em>Stavisky<em> (Resnais was unfortunately dissuaded from calling it Biarritz-Bonheur) it almost seems like the movie provides background visuals for the soundtrack of Sondheim, whom I’ve once seen described as ‘the Ravel of Broadway’. Resnais and Sondheim somehow courted each other: S. has acknowledged the impact of </em>L’année dernière à Marienbad<em> and </em>Muriel ou le temps d’un retour <em>on his conceptual revue musical </em>Follies<em> in 1967, while </em>Follies<em> was a revelation for R. While shooting Stavisky, Resnais went so far as to listen to key passages of Sondheim’s musical </em>A Little Night Music <em>on his tape recorder, aligning the rhythm of the scenes with Sondheim’s music. To Resnais’ initial invitation to collaborate, Sondheim apparently replied: “</em>IT’S THE FIRST TIME IN MY LIFE AND YOU MAY REGRET IT BUT I’M READY<em>”. This would also be his last soundtrack!</em></p>
<h2><em>EDVARD MUNCH</em> (1974) BY PETER WATKINS</h2>
<p><strong>27′54″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je ne veux pas faire de favoritisme mais c’est probablement mon extrait préféré du mix. La manière dont Watkins dépeint un Edvard Munch condamné, ainsi que l’attention portée à la matérialité de ses peintures (comme son propre<em> Death of Marat</em>), m’ont profondément marqué lorsque je l’ai vu (j’étais alors étudiant à Gand), et je me souviens être rentré à pied, de nuit, du cinéma des Beaux Arts (KASK), obsédé par cette progression de piano spécifique, qui apparait et disparait comme un thème vers la fin du film.</p>
<p><em>I don’t mean to discriminate but this is probably my favourite excerpt of the mix. Watkins’ portrayal of a doomed Edvard Munch, the attention to the tactility of his paintings (like his very own </em>Death of Marat<em>), made a deep impression when I saw it as a student in Ghent, and I remember walking home at night from KASK cinema, fixated on this specific, honest piano progression that seems to slip in and out as a theme near the end of the movie.</em></p>
<h2><em>WOMEN IN LOVE</em> (1969) BY KEN RUSSELL</h2>
<p><strong>29′27″ ♪ Sound excerpt I’m forever blowing bubbles sung by Jennie Linden</strong></p>
<p>“<em>Tout échoue à se matérialiser. Rien ne se matérialise</em>”, déplorent deux sœurs d’une vingtaine d’années, qui traînent dans un cimetière. Puis survient l’amour. J’ai découvert <em>Women in Love</em> récemment, et plus encore que la fameuse scène de lutte, j’ai été particulièrement frappé par une scène où, lors d’un pique-nique arcadien entre Ursula et Rupert, l’image pivote soudainement — ce que l’on appellerait aujourd’hui un « mode portrait » ou un format <em>reel</em> — mais cette image verticale semble coincée dans le paysage horizontal du film. J’adore le moment où la voix de Jennie Linden chantant «I’m Forever Blowing Bubbles» s’évanouit dans le vide, pendant que la caméra se laisse distraire par la danse expressive de Glenda Jackson.</p>
<p><em>«</em>Everything fails to materialise. Nothing materialises,<em>» lament two twenty-something sisters, chilling in a graveyard. Enter love. I watched </em>Women in Love <em>for the first time recently, and even more than the infamous wrestling scene, I was very taken by one scene when during an Arcadian picnic date of ‘Ursula’ and ‘Rupert’, the photography suddenly rotates, to what we now would call ‘portrait mode’ or a reel format, but the vertical footage seems stuck in the movie’s horizontal landscape. I love the sound of Jennie Linden singing “</em>I’m forever blowing bubbles<em>” growing into a vacuum as the camera gets distracted by Glenda Jackson’s interpretive dance.</em></p>
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<h2><b><em>DAYS OF HEAVEN</em> (1978) BY TERRENCE MALICK</b></h2>
<p><strong>30′40″ ♪ Ennio Morricone, Days of Heaven (theme)</strong></p>
<p>J’ai été tenté d’inclure dans ce mix la reprise de Runaway de Del Shannon par Ryan Gosling dans <em>Song to Song</em>, mais j’y ai finalement renoncé. <em>The Tree of Life</em> a probablement été le premier « film d’adulte » que j’ai décidé d’aller voir au cinéma avec ma mère. Je me souviens de la confusion face à un film qui s’écartait du drame classique présenté dans la bande-annonce, et des gens quittant la salle. Je suis arrivé plus préparé devant <em>Days of Heaven</em>, avec sa narration en voix off (« <em>Me and my brother. It used to be me and my brother.</em> ») et la bande originale épique de Morricone qui, contrairement aux esbroufes des Malick plus tardifs, enchante toujours immédiatement.</p>
<p><em>I was tempted to include Ryan Gosling’s cover of Del Shannon’s Runaway in Malick’s </em>Song to Song<em> in this mix, but then I thought better of it. </em>The Tree of Life <em>was probably the first ‘grown-up film’ I deliberately selected as a child going to the cinema with my mom. I remember the confusion at the movie spacing out on the basic drama presented in the trailer, and everyone walking out. I came more prepared to </em>Days of Heaven<em>, with its voice-over narrative («</em>Me and my brother. It used to be me and my brother.<em>») and epic Morricone soundtrack that, unlike the affectations of later Malick, still immediately enchants.</em></p>
<h2><em>LAST SUMMER</em> (1969) BY FRANK PERRY &amp; ELEANOR PERRY</h2>
<p><strong>32′10″ ♪ John Simon, Last Summer Theme</strong></p>
<p>L’envers de <em>Fire Island</em> — un été sur une plage sans ombre permet à un groupe d’adolescents nouvellement amis de repousser progressivement leurs limites respectives. J’aime toutes les collaborations des Perry, mais le thème de <em>Last Summer</em> parvient à capter la mélancolie de ces interactions étranges qui ne survivent pas à l’été.</p>
<p><em>The flipside of </em>Fire Island <em>– a shadow-free beach summer allows a group of newly ‘befriended’ teenagers to increasingly push each other’s boundaries. I love all of the Perrys’ collaborations, the theme of </em>Last Summer<em>, however, manages to capture the blues of strange interactions that don’t survive the beach.</em></p>
<h2><em>QUERELLE</em> (1982) BY R.W. FASSBINDER</h2>
<p><strong>32′45″ ♪ Music by Peer Raben, lyrics by Jeanne Moreau and sung by Günther Kaufmann, Young and Joyful Bandit</strong></p>
<p>En raison d’un budget limité, Fassbinder a demandé à l’acteur et metteur en scène Wilhelm Rabenbauer de composer également la musique d’un film ; sous le pseudonyme remarquable de Peer Raben, il est devenu son compositeur principal. Dans la version du film (que, rétrospectivement, j’aurais dû utiliser), Kaufmann interprète sa ballade de bandit libidineux dans un café, où il doit jouer par-dessus le bruit d’un jeu d’arcade.</p>
<p>Par ailleurs, j’adore la manière dont Fassbinder crache pratiquement au visage de Visconti lorsqu’il ouvre <em>L’Année des 13 lunes</em>, sept ans après <em>Mort à Venise</em>, avec le même adagietto de la <em>Cinquième symphonie</em> de Mahler. Cette fois pour accompagner l’exact opposé d’une contemplation platonique de la beauté : une scène de <em>cruising</em> en extérieur qui tourne mal. (L’intention de ce geste est d’autant plus claire qu’il réutilise également la bande-son d’<em>Amarcord</em> de Fellini par Nino Rota.)</p>
<p><em>Because of a limited budget, Fassbinder asked the actor and theater director Wilhelm Rabenbauer to also score a film; under the great pseudonym Peer Raben, he became his primary composer. In the movie version (which, on second thought, I should have used), Kaufmann performs his libidinal bandit ballad in a café, where he gets competition from the noise of an arcade game.</em></p>
<p><em>On another note, I also love how Fassbinder basically spits in Visconti’s face when he opens</em> A Year With 13 Moons<em>, 7 years after </em>Death in Venice<em>, with the same adagietto of Mahler’s </em>5th symphony<em>. This time to score the polar opposite of Platonic beauty contemplation: an outdoor cruising scene gone wrong. (The intentionality of this gesture also speaks from the fact that he also adopted Nino Rota’s soundtrack for Fellini’s </em>Amarcord <em>in it).</em></p>
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<h2><em>INDIA SONG</em> (1975) BY MARGUERITE DURAS</h2>
<p><strong>35′14″ ♪ Sound excerpt</strong><br>
<strong>36′14″ ♪ Jeanne Moreau, India Song sung by Oumar Dicko</strong></p>
<p>Alors que Jeanne Moreau a écrit les paroles de la chanson précédente, Duras elle-même a rédigé celles de<em> India Song</em>, qui n’apparaît que dans sa version instrumentale dans le film. <em>India Song </em>est un film qui tient sur cette seule mélodie de piano. Comme <em>Blue</em>, c’est un film éprouvant pour ceux qui (comme moi) aiment tricher avec l’expérience audiovisuelle pure et s’en tirer grâce aux sous-titres — Criterion propose même une version anglaise pour cette raison. (Le réalisateur Eugene Kotlyarenko a une théorie intéressante, visible dans ses stories Instagram, sur le désir croissant des gens d’avoir des sous-titres ou du texte à l’écran, même lorsqu’ils comprennent la langue.) La Cinematek prépare une rétrospective Duras, ce qui sera intéressant, sachant qu’en Belgique, aller au cinéma est une expérience délicieusement babélienne consistant à résister / céder au bilinguisme, avec d’anciennes copies souvent accompagnées de sous-titres français et néerlandais un peu archaïques.</p>
<p>Lors d’un karaoké à Noël, mon ami Oumar Dicko a livré une version d’<em>India Song</em> si mémorable que j’ai dû le supplier d’en enregistrer une reprise pour ce mix.</p>
<p><em>While Jeanne Moreau wrote the lyrics to the previous song, Duras herself furnished the lyrics for Moreau’s </em>India Song<em>, which appears only instrumentally in the film. </em>India Song<em> is a movie that stands and falls on that piano song. Like </em>Blue<em>, this is a punishing movie for those who (like me) love to cheat on the pure audiovisual experience and get away with subtitles – Criterion even offers an alternate English version for that reason. (The director Eugene Kotlyarenko has an interesting theory in his ig highlights about people’s increased craving for closed captions or on-screen text, even if they know the language.) Cinematek has a Duras retrospective coming up, which will be interesting, knowing that in Belgium, movie-going is a blissful Babelesque experience of trying to resist/embrace the bilingual, with old copies, usually archaic, French and Dutch subtitles.&nbsp;</em></p>
<p><em>During a karaoke evening over Christmas, my friend Oumar Dicko delivered such a memorable </em>India Song<em> that I had to beg him to record a cover for this mix.&nbsp;</em></p>
<h2><em>DON’T LOOK NOW</em> (1973) BY NICOLAS ROEG</h2>
<p><strong>37′51″ ♪ Pino Donaggio, John’s Theme (Love Scene)</strong></p>
<p><em>Don’t Look Now</em> est mon film préféré de type <em>Mort à Venise</em> (je pense aussi à <em>The Comfort of Strangers</em>, qui possède lui aussi une superbe bande originale d’Angelo Badalamenti). Dans ce film d’horreur intellectuel, l’architecte John Baxter (Donald Sutherland) arrive à Venise avec sa femme Laura (Julie Christie) pour un chantier de restauration de l’église Saint-Nicolas des Mendiants — « <em>Saint Nicolas est le saint patron des érudits et des enfants. Une combinaison intéressante, vous ne trouvez pas ?</em> » Ce travail est également censé les distraire de la mort de leur fille, survenue dans un accident tragique et légèrement métaphysique. On parle souvent de la « scène d’amour » du film, et je ne peux m’empêcher de penser que la bande originale, très flûtée, y est parfaite.</p>
<p>Don’t Look Now <em>is my favourite ‘death in Venice’ movie (I’m also thinking of </em>The Comfort of Strangers<em>, which also has a great Angelo Badalamenti soundtrack). In this intellectual horror movie, architect John Baxter (Donald Sutherland) comes to Venice with his wife Laura (Julie Christie) for a job restoring the Church of St. Nicholas of the Beggars – «</em>Saint Nicholas is the patron saint of scholars and children. An interesting combination don’t you think?<em>» The work is also meant to distract from their daughter’s death in a tragic, slightly metaphysical accident. Talk about the movie often dwells on the ‘love scene’, and I can’t help it that the fluty soundtrack is perfect in that scene.</em></p>
<h2><em>THE TEMPEST</em> (1979) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>40′59″ ♪ Sound excerpt, Ariel’s freedom song sung by Karl Johnson</strong></p>
<p>Enfin libre, suite à une fête de mariage incluant une performance surprise de «Stormy Weather» par Elisabeth Welch, l’esprit Ariel chante une dernière chanson d’émancipation.</p>
<p><em>Finally free, in the aftermath of wedding festivities including a «Stormy Weather» surprise act from Elisabeth Welch, the spirit Ariel sings a final, emancipatory song.</em></p>
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<h2><em>THE NEXT BEST THING</em> (2000) BY JOHN SCHLESINGER</h2>
<p><strong>41′55″ ♪ Sound excerpt American Pie sung by Rupert Everett and Madonna</strong></p>
<p>Il est logique que la reprise de<em> American Pie</em> par Madonna trouve son origine dans une intense scène funéraire, pour une victime de “pneumonie”, dans le dernier film de John Schlesinger. <em>The Next Best Thing</em> a également enfoui l’une des meilleures ballades de Madonna, <em>Time Stood Still</em>, composée pour le film à l’époque de sa collaboration avec William Orbit, audible très brièvement en version instrumentale à l’arrière-plan.</p>
<p><em>It makes sense that Madonna’s </em>American Pie<em> cover actually has its origins in an intense funeral scene for a «pneumonia» victim in John Schlesinger’s farewell film. </em>The Next Best Thing<em> also buried one of Madonna’s best ballads, </em>Time Stood Still<em>, made for the film in her William Orbit era, but only briefly audible as an instrumental in the distant background.</em></p>
<h2><em>CARAVAGGIO</em> (1986) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>42′40″ ♪ Probandi Benedettini di San Giovanni in Parma, Credo II</strong></p>
<p>La réunion de dispositifs hautement visuels — tableaux vivants ; langage des signes anachronique du compagnon muet de <em>Caravage</em>, Jerusaleme ; flashbacks sentimentaux (qui ne me dérangent même pas) — soutenue par un chant grégorien qui semble enregistré depuis des haut-parleurs face à la mer. Tout cela rend la fin du film (et celle du peintre) profondément bouleversante.</p>
<p><em>A reunion of highly visual devices – tableaux vivants; the anachronistic sign language of </em>Caravaggio<em>’s mute companion, Jerusaleme; sentimental flashback (which I don’t even mind) – supported by a Gregorian chant that seems recorded from speakers by the sea make the movie/the painter’s end incredibly moving.</em></p>
<h2><em>POLA X</em> (1999) BY LEOS CARAX</h2>
<p><strong>45′47″ ♪ Scott Walker, Light</strong></p>
<p>Le titre acronymique fait référence à la dixième version du scénario de Carax, adaptant <em>Pierre, ou les Ambiguïtés</em> de Herman Melville — ce qui donne une bonne idée du niveau d’hubris dont il est question. Si Stavisky procure l’étrange plaisir d’une musique de Sondheim sans paroles, alors <em>Pola X</em> offre un plaisir encore plus étrange : celui d’une musique de Scott Walker sans sa voix. À l’exception de la scène d’ouverture, où la mauvaise toux de Carax et une citation de Hamlet en français sont suivies d’un extrait chaotique de <em>The Cockfighter</em> de Walker sur des images pseudo-historiques de cimetières bombardés. Comme si de rien n’était, Light nous introduit ensuite à Pierre (Guillaume Depardieu), profondément endormi dans son château.</p>
<p><em>The acronymic title refers to Carax’s tenth script version, adapting Herman Melville’s </em>Pierre, ou les Ambiguïtés<em> – which gives a good idea as to what level of hubris we’re talking about. If Stavisky provides the weird pleasure of Sondheim’s music without lyrics, then </em>Pola X<em> provides the even weirder pleasure of Scott Walker’s music without his voice. Save for the opening scene, where Carax’s bad cough and Hamlet quote in French is followed by an excerpt of Walker’s chaotic </em>The Cockfighter<em> over pseudo-historical footage of graveyards being bombed. As if nothing happened, Light then introduces us to Pierre (Guillaume Depardieu), sound asleep in his French chateau.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332191 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-8.jpeg" alt width="1177" height="235" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-8.jpeg 1177w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-8-300x60.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-8-1024x204.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-8-768x153.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-scores-8-980x196.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1177px) 100vw, 1177px">
<h2><b><em>THE SERVANT</em> (1963) BY JOSEPH LOSEY</b></h2>
<p><strong>49′01″ ♪ Music by John Dankworth, lyrics by Harold Pinter and sung by Cleo Laine, All Gone</strong></p>
<p>Dans <em>The Servant</em>, <em>All Gone</em> est comme un disque vinyle que l’on userait jusqu’à la moelle. Harold Pinter, adaptant le roman de Robert Maugham pour le cinéma, est également l’auteur des paroles de la chanson — la seule qu’il ait jamais écrite ? Dans son <em>nonsense</em> subliminal — <em>Now, while I love you / Can’t love without you / Must love without you, alone</em> — <em>All Gone</em> possède quelque chose d’une symbiose fiévreuse entre Pinter et ChatGPT.</p>
<p><em>In </em>The Servant<em>, </em>All Gone <em>functions as an actual record being played to death. Harold Pinter, adapting Robert Maugham’s novel for the screen, was also responsible for the song’s lyrics – the only song-writing he ever did? In its subliminal nonsense – </em>Now, while I love you / Can’t love without you / Must love without you, alone<em> – </em>All Gone <em>has something of a fever dream symbiosis of Pinter and ChatGPT.</em></p>
<h2><em>HITLER, A FILM FROM GERMANY</em> (1977) BY HANS-JÜRGEN SYBERBERG</h2>
<p><strong>52′14″ ♪ Sound excerpt Holdrio, liebes Echo</strong></p>
<p>Le film se présente comme « <em>non pas un film-catastrophe mais la catastrophe faite film</em> », une tentative grandiose d’affronter le problème et la responsabilité de la représentation post-Hitler, principalement sur le plan cinématographique mais aussi musical. Où va l’art lorsque Hitler est présenté comme un cinéphile ayant « <em>regardé deux à trois films par jour</em> » avant la guerre, ainsi que comme « <em>l’homme qui ne manquait jamais un Götterdämmerung à Bayreuth</em> » ?</p>
<p>Sur les deux versions de l’affiche, “Hitler” semble surgir de la tombe de “R.W.”. L’épitaphe de Wagner n’a besoin que de ses initiales… Syberberg semble adopter le mode wagnérien — une fresque de sept heures mêlant marionnettes et théâtre de la mémoire — pour battre, ou plutôt condamner, Wagner à son propre jeu. J’ai inclus un extrait de la seconde partie du film, où l’écho constant du prélude de<em> Parsifal </em>de Wagner est contrarié par des chants traditionnels. « <em>Wagner, peux-tu m’entendre ?</em> » crie un homme qui se présente comme « <em>ayant brûlé Hitler</em> », avant d’entonner un chant yodel romantique adressé aux échos de la montagne, qu’il conclut en rappelant que « <em>la musique de Wagner a été écrite avec du sang</em> ».</p>
<p><em>The movie presents itself as «</em>no disaster film but disaster as film<em>», a grandiose attempt to confront the problem and responsibility of representation post-Hitler, mainly cinematically but also musically. Where does art go when Hitler is presented as a cinephile who «</em>watched 2 to 3 movies a day<em>» before the war, as well as «</em>the man who never missed a Götterdammerung in Bayreuth<em>»? On both versions of the poster, ‘Hitler’ can be seen rising from the grave of «R.W.» Wagner’s epitaph needs no more than his initials… Syberberg seems to adopt the Wagnerian mode – a 7‑hour juggling of puppet and memory theater – to beat, or in this case condemn, Wagner at his own game. I included an excerpt from the second part of the movie, where the constant temptation of Wagner’s prelude to </em>Parsifal<em> is countered through traditional songs. «</em>Wagner, can you hear me?<em>» screams a man who presents himself as ‘having burned Hitler’ before singing a romantic yodeling song addressing mountain echoes, which he closes with a reminder that «</em>Wagner’s music was written in blood<em>».</em></p>
<h2><em>THE LAST DAYS OF DISCO</em> (1998) BY WHIT STILLMAN</h2>
<p><strong>53′26″ ♪ Sound excerpt Amazing Grace sung by Kate Beckinsale</strong></p>
<p><em>The Last Days of Disco</em> est un récit édifiant sur le thème des « <em>opposés qui s’attirent</em> ». Ici, Kate Beckinsale interprète une version superbement auto-tunée de <em>Amazing Grace</em> dans un lit d’hôpital. Le morceau accompagne ensuite le personnage de Chloë Sevigny récupérant les médicaments pour la double MST qu’elle a contractée lors de sa « première fois » (on entend le pharmacien dire « <em>I’m sorry</em> »).</p>
<p>The Last Days of Disco<em> is an effective «opposites attract» cautionary tale. Here, Kate Beckinsale is performing an amazingly auto-tuned version of </em>Amazing Grace<em> in a hospital bed, which then accompanies Chloë Sevigny’s character collecting the medication for the double STD she’s picked up on her ‘first time’ (you can hear the pharmacist’s «I’m sorry»).</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332192 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9.jpeg" alt width="1179" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9.jpeg 1179w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-980x191.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1179px) 100vw, 1179px">
<h2><b><em>M*A*S*H</em> (1970) BY ROBERT ALTMAN</b></h2>
<p><strong>55′14″ ♪ Johnny Mandel, Suicide Is Painless sung by Ken Prymus</strong></p>
<p>Il se passe beaucoup de choses dans <em>M*A*S*H*</em> (on y suit un Hôpital Chirurgical Mobile de l’Armée américaine pendant la guerre de Corée). Mais arrêtons-nous sur la « scène de conversion gay ». Un simple cas d’impuissance est interprété comme la preuve que le capitaine « Painless » est homosexuel, et la seule solution envisagée est le suicide. Ses collègues chirurgiens optent alors pour une simulation rituelle de suicide comme « traitement ». Altman a confié les paroles de <em>Suicide Is Painless</em> à son fils de 15 ans. Les royalties l’auraient rendu millionnaire.</p>
<p><em>There is a lot going on in </em>M*A*S*H*<em> (which follows an American ‘Mobile Army Surgical Hospital’ during the Korean War) in general, but let’s consider the ‘gay conversion scene’ for a second. A one-off case of impotence can only mean that Captain «Painless» is gay, for which the only available solution can be suicide – his fellow army surgeons opt for the ‘cure’ of a ritual faux-suicide instead. Altman famously passed the lyrics to « Suicide is Painless », played in the scene, on to his then 15-year-old son. The royalties supposedly made him a millionaire.</em></p>
<h2><em>MARAT/SADE</em> (1967) BY PETER BROOK</h2>
<p><strong>57′34″ ♪ Richard Peaslee, Poor Old Marat</strong></p>
<h2><em>BLUE</em> (1993) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>58′12″ ♪ Sound excerpt, Tibetan bells</strong></p>
<p>La dernière phrase de Jarman dans <em>Blue</em>, avant que les cloches méditatives ne résonnent, est : « <em>Je dépose un delphinium, bleu, sur ta tombe.</em> » Ses véritables derniers mots, quelques mois après la sortie du film, auraient été : «<em> Je veux que le monde soit rempli de petits canards blancs fluffy.</em> » Dans<em> Hat Box</em>, l’autobiographie/autodiscographie en deux volumes de Stephen Sondheim, celui-ci imagine ses propres derniers mots :</p>
<p>« Quand Wilson Mizner est sorti du coma et a vu un prêtre penché sur lui, il aurait dit : «<em>Pourquoi devrais-je vous parler ? Je viens juste de parler à votre patron</em>», et il est mort aussitôt. Difficile de croire qu’il n’ait pas préparé ça à l’avance, tout comme il est difficile de croire qu’Oscar Wilde n’ait pas préparé « <em>Soit ce papier peint s’en va, soit c’est moi</em> » (apocryphe ou non) ou que Goethe n’ait répété « <em>Plus de lumière !</em> » — après tout, ils étaient écrivains. Si j’ai encore le souffle pour le crier de manière théâtrale, ma citation sera tirée de <em>Our Time</em>, une chanson de <em>Merrily We Roll Along</em> : « Il y a tant de choses à chanter ! »</p>
<p><em>Jarman’s last sentence in </em>Blue<em>, before the meditative bells set in, is: “</em>I place a delphinium, blue, upon your grave.<em>” His actual last words, a few months after its release, were reportedly: «</em>I want the world to be filled with white fluffy duckies.<em>» In </em>Hat Box<em>, Sondheim’s incredible two-volume autobiography or auto-discography, there is a passage in which he imagines his own dream last words:</em></p>
<p><em>«When Wilson Mizner came out of a coma and saw a priest standing over him, he reportedly said, «</em>Why should I talk to you? I’ve just been talking to your boss,<em>» and promptly died. It’s hard to believe he didn’t work on it in advance, just as it’s hard to believe that Oscar Wilde didn’t work on «</em>Either that wallpaper goes or I do<em>» (apocryphal or not) or Goethe rehearse «More light!» —after all, they were writers. If I have the breath to gasp it out dramatically, mine will be a quote from Our Time, a song in Merrily We Roll Along: «</em>There’s so much stuff to sing!<em>»»</em></p>
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<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Les Saisons</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-saisons-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le plus beau plan des Saisons est aussi son dernier : le long des branches d’un immense chêne-liège, la caméra glisse lentement jusqu’au tronc, avant de remonter vers de nouveaux rameaux qui s’élèvent jusqu’au ciel....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-saisons-2/" title="Read  Les Saisons">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le plus beau plan des <em>Saisons</em> est aussi son dernier : le long des branches d’un immense chêne-liège, la caméra glisse lentement jusqu’au tronc, avant de remonter vers de nouveaux rameaux qui s’élèvent jusqu’au ciel. La grâce de ce mouvement sinueux transcende l’horizon de la seule description et synthétise le principe du film, qui entend révéler l’harmonie secrète d’un espace. L’arabesque de la caméra ne relève pas ici d’une virtuosité plaquée sur le paysage ; elle semble au contraire naître de l’attention portée par Maureen Fazendeiro à ce qui l’entoure. Autrement dit, la caméra (au)sculpte le territoire, maintenant dans un même geste l’équilibre entre l’observation et le modelage sensible. Cette disponibilité à l’environnement irrigue ainsi les meilleures séquences du documentaire, qui se présente comme un poème visuel dédié à la région rurale de l’Alentejo, située au sud du Portugal. En filmant ses paysages arides, Fazendeiro cherche à faire affleurer les multiples couches temporelles qui les façonnent. Le plan final sur l’arbre en atteste : sa contemplation invite à percevoir la multiplicité des temporalités qu’il abrite, en reliant l’unicité du tronc massif et la prolifération de ses branches noueuses. À la manière du séquoia de <em>Vertigo</em>, l’arbre devient la figuration de l’écoulement du temps.</p>
<p><em>Les Saisons</em> déploie de la sorte un feuilletage très ample, à la fois géologique et politique, scientifique et mythologique : le présent de la chronique paysanne se mêle à l’observation de dolmens préhistoriques, à des reconstitutions de légendes locales ou encore à des images d’archives remontant aux années 1970, après la Révolution des Œillets. Au-delà de ce soubassement historique, la cinéaste adopte une forme archéologique à travers la succession de longs travellings ou panoramiques répondant à la stratification du territoire. La diversité des supports d’enregistrement suit une logique analogue : si le 16mm domine, le 8mm est utilisé pour filmer des gravures rupestres, tandis que la texture craquelée d’images d’archives en noir et blanc (dans un segment documentant la réforme agraire des années 1970) fait émerger une nouvelle couche politico-historique. Déjà particulièrement dense et composite, le dispositif se complexifie encore avec un agencement polyphonique de voix off : la lecture du journal de deux archéologues allemands dans les années 1940 croise des témoignages contemporains d’habitants de la région, tout en intégrant des poèmes, des chants ou des légendes racontées par des enfants. Mais si Fazendeiro fait preuve d’une ambition indéniable, le film n’évite pas l’écueil de l’éparpillement, la faute à une structure trop flottante qui peine à transcender la somme des éléments brassés. La superposition des temporalités se révèle certes localement féconde, lorsqu’elle ouvre sur un dialogue à travers le montage : ainsi de ce long fondu enchaîné où le visage d’une princesse se dissout dans l’ondoiement d’un cours d’eau, figurant l’inscription de l’imaginaire populaire dans la topographie. Ailleurs, l’usage croissant des voix off paraît en revanche instiller avec volontarisme une profondeur historique ou mythique. Les légendes reconstituées restent souvent à l’état de tableaux à peine esquissés, dont la signification est très largement prise en charge par le commentaire. La limite de la démarche tient alors à la conviction que l’hétérogénéité suffit à conférer un souffle poétique à l’ensemble. Si cet écueil n’est pas nouveau à l’échelle du cinéma portugais (il était déjà perceptible dans <em>Grand Tour</em> de Miguel Gomes, coécrit par Fazendeiro), il s’explique peut-être par l’influence décisive d’Antonio Reis et Margarida Cordeiro, et plus particulièrement, de leur trilogie matricielle consacrée à la région rurale du Trás-os-Montes à laquelle <em>Les Saisons</em> emprunte beaucoup. L’articulation entre le documentaire et le registre fabuleux a beau rester une voie poétique précieuse pour transcender le genre ethnographique et se prémunir contre la folklorisation des cultures populaires, sa puissance lyrique bute ici sur des tropes désormais bien identifiés, qui confinent à la ficelle.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<item>
		<title>Un jour avec mon père</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-jour-avec-mon-pere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Film semi-autobiographique, Un jour avec mon père aborde l’Histoire nationale nigériane par le prisme d’un récit resserré : Folarin guide ses deux fils aux quatre coins de Lagos lors de la journée électorale de 1993,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-jour-avec-mon-pere/" title="Read  Un jour avec mon père">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Film semi-autobiographique, <em>Un jour avec mon père</em> aborde l’Histoire nationale nigériane par le prisme d’un récit resserré : Folarin guide ses deux fils aux quatre coins de Lagos lors de la journée électorale de 1993, qui mènera à une grave crise politique. Dans l’une des premières séquences, l’un des rares temps morts du film, les deux enfants cherchent simplement à tromper leur ennui. Les jeux et chamailleries sont pourtant vite parasités par quelques inserts étranges : des fourmis qui transportent un cadavre d’insecte, un zoom dans l’obscurité sur les végétaux qui bordent leur maison, etc. Ces irruptions ont valeur de présage : quelque chose est tapi dans l’ombre ; le quotidien banal commence à se lézarder et sera bientôt bouleversé.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>L’unité temporelle permet ainsi à Akinola Davies Jr de jouer tout au long du film avec une série de petits décrochages qui contrarient le flux de l’action. Il s’agit aussi bien de rencontres impromptues du père avec d’anciennes connaissances, que d’annonces à la télévision ou de l’apparition de la police – autant d’éléments par lesquels le contexte national et le passé de Folarin, lié à une organisation politique clandestine, font effraction dans l’après-midi passé en famille. L’idée est d’abord prometteuse, en ce qu’elle restitue la perception des enfants face à une situation qu’ils ne comprennent pas entièrement. Pour le spectateur aussi, les enjeux politiques ne sont pas tout à fait explicités, mais émergent dans l’inquiétante fébrilité qui pèse sur la ville en ce jour d’élection. Le cinéaste a toutefois la main de plus en plus lourde, si bien que ces ruptures deviennent rapidement étouffantes : des oiseaux de mauvais augure, des militaires de passage filmés au ralenti, un saignement de nez suivi de la brève apparition d’un visage inconnu qu’on identifiera uniquement à la fin du film, etc. L’enjeu semble moins de mettre en scène un point de vue que multiplier les effets d’annonce pour injecter une tension dramatique artificielle. Alors que ces décalages voudraient ménager leur petit effet de mystère, ils finissent plutôt par donner l’impression d’un <em>teasing</em> tournant en rond.</p>
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		<item>
		<title>Las Corrientes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/las-corrientes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331918</guid>

					<description><![CDATA[<p>À peine honorée d’un prix saluant l’ensemble de sa carrière de styliste, Lina s’éclipse de la cérémonie et, à l’abri des regards, se débarrasse de son trophée en le jetant au fond d’une poubelle. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/las-corrientes/" title="Read  Las Corrientes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À peine honorée d’un prix saluant l’ensemble de sa carrière de styliste, Lina s’éclipse de la cérémonie et, à l’abri des regards, se débarrasse de son trophée en le jetant au fond d’une poubelle. Le motif de la chute se poursuit dans la séquence suivante : alors qu’elle traverse un pont, la jeune femme se laisse subitement tomber dans les eaux troubles du lac Léman. Mais Lina ne va pas au bout de son geste suicidaire&nbsp;: elle remonte la surface, rentre chez elle et tait cet épisode à ses proches, se révélant incapable d’identifier ce qui l’a poussée à commettre cet acte. Cette ouverture condense d’emblée les grandes lignes de <em>Las Corrientes</em>, qui met en miroir la réussite professionnelle du personnage et son effondrement personnel. Si le sujet n’est pas nouveau, le film se distingue par son atmosphère énigmatique. En effet, aucun trouble n’est explicitement nommé : le film expose plutôt le vertige existentiel de sa protagoniste à travers un maillage de tensions familiales et sociales. Lina apparaît constamment en décalage avec le monde qui l’entoure, comme étrangère à son propre quotidien, incapable de remplir pleinement son nouveau rôle de mère et d’épouse. Une rupture prolongée dans son rapport à son propre corps – la styliste, qui façonne habituellement les silhouettes des autres, ne parvient désormais plus à habiter la sienne. Suite à son épisode suicidaire en Suisse, elle développe par ailleurs une aquaphobie, au risque de charger la barque sur le plan psychologique. Mais si cette aversion pour l’eau semble de fil en aiguille renvoyer à des blessures psychologiques antérieures, le récit se refuse un temps à en livrer une lecture causale et univoque.</p>
<p>Un temps seulement. Car dans ses dernières minutes, le film rompt avec cette logique pour faire de la relation mère-fille le point de cristallisation des tourments de l’héroïne. La soudaine présence du personnage maternel reconfigure rétroactivement l’ensemble des souffrances de Lina, en les ramenant à l’hypothèse d’un traumatisme familial, désormais plus explicitement désigné. Ce revirement est d’autant plus dommageable que le film, avant d’opérer ce recentrage, trouvait sa meilleure séquence en s’écartant de sa veine anxiogène au profit d’une tonalité plus contemplative, voire onirique. Dans la scène en question, Lina se tient au sommet d’un phare avec sa fille et observe l’étendue de la ville, tandis que la lumière tournante du projecteur l’aveugle par intermittence. Cet éblouissement ouvre alors sur plusieurs visions : elle imagine le quotidien de ses proches et plus largement des personnes habitant son quartier. En balayant la ville, les faisceaux lumineux tissent un réseau entre des existences parallèles avant de venir s’imprimer sur le visage de Lina – surface sensible où le monde devient matière à imaginaire. Ce moment d’introspection s’apparente dès lors à une sorte de rêverie kaléidoscopique, permettant à la jeune femme d’explorer mentalement les trajectoires qu’aurait pu prendre son existence. Mais davantage qu’une inflexion de la mise en scène, cette séquence restera au stade de la courte échappée, avant d’être rattrapée par un dénouement décevant : <em>Las Corrientes</em> n’échappera pas<em> in fine</em> au piège de la psychologie.</p>
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		<title>Boys in the Band — Peter Hujar’s Day</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/" title="Read  Boys in the Band — Peter Hujar’s Day">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: un film inédit en salles d’Ira Sachs.</em></p>
<p>La programmation récente de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Love Is Strange</em></a> au <a href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ciné-club <em>Critikat</em></a> a attiré mon attention sur une absence&nbsp;: à l’heure où j’écris ces lignes, <em>Peter Hujar’s Day</em>, le dernier long-métrage d’Ira Sachs, n’a pas encore de date de sortie française. C’est d’autant plus dommage qu’il témoigne d’un regain de forme du cinéaste américain après le décevant détour européen qu’opéraient <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankie-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Frankie</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/passages-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Passages</em></a>. Le titre du film est légèrement trompeur&nbsp;: il ne raconte pas une journée du méconnu photographe <em>queer </em>new-yorkais, mais le met en scène <em>en train de raconter sa journée</em> à son amie Linda Rosenkrantz. Le film est l’adaptation d’un authentique entretien enregistré par Rosenkrantz en 1974 (dans le cadre d’un projet resté inachevé sur le quotidien de ses amis artistes), et dont la retranscription a été publiée en 2021. Tourné dans le véritable appartement de l’autrice avec un 16mm à la patine évocatrice (les poses mélancoliques de Hujar ne sont pas sans rappeler <a href="https://www.moca.org/collection/work/dieter-with-the-tulips-munich" target="_blank" rel="noopener noreferrer">certains portraits de Nan Goldin</a>), fidèle au mot près au texte original, le film peut sembler, de prime abord, tenir de la reconstitution fétichiste. Mais les ellipses temporelles ajoutées par Sachs pour fragmenter la conversation et, surtout, ces interludes étranges où des images du tournage et des portraits filmés des comédiens prenant des poses de modèle se retrouvent intercalés dans le montage, jouent à l’inverse la carte de la mise en abyme et de la distanciation.</p>
<p>Il y a de l’affectation dans ce double mouvement du film, mais l’artificialité du dispositif n’empêche pas une certaine immédiateté. Il s’agit même du film le plus ténu et délicat du cinéaste, tant la simplicité du style épouse ici celle du récit. Sachs a toujours fait preuve de subtilité, mais son cinéma a souvent procédé par contraste entre, d’un côté, l’épure de sa mise en scène et de son écriture et, de l’autre, une matière première faussement conventionnelle, partant de personnages clichés et de conflits attendus pour mieux les désamorcer. <em>Peter Hujar’s Day</em>, en revanche, ne raconte à peu près rien. Le monologue quasi ininterrompu de Hujar décrit avec une précision maniaque des événements prosaïques dont la banalité semble l’étonner lui-même : qu’a‑t-il fait au juste de sa journée ? Comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/showing-up-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Showing Up</em></a> de Kelly Reichardt, le film dresse un portrait particulièrement terre à terre de la matérialité de la vie d’artiste. En réalité, tout se joue ici entre les mots. Hujar, mort du Sida à la fin des années 1980, n’a accédé à la reconnaissance que de manière posthume, et on entend en sourdine l’amertume d’un homme dont le métier l’amène régulièrement à photographier d’autres artistes plus célèbres que lui (Susan Sontag, Allen Ginsberg, William Burroughs, etc.) qui, eux, <em>ne le voient pas</em>. La relative vacuité de la conversation déplace l’attention ailleurs : sur les gestes et les postures des comédiens ou les variations de l’éclairage dans l’espace clos de l’appartement, au fil de la course inéluctable du jour vers la nuit. La sobriété inattendue et exemplaire de Ben Whishaw et Rebecca Hall laisse sourdre l’intimité silencieuse entre deux amis de longue date : la lassitude sans fard de Hujar bute contre la sollicitude inquiète de Rosenkrantz.</p>
<p>Comment rétablir une filiation perdue avec cette génération ravagée par la maladie, qui s’est éteinte avant de pouvoir passer le relais à la suivante ? Sachs le fait de la manière la plus humble possible : en en célébrant les doutes et les inquiétudes plutôt que les triomphes. Il choisit, au fond, d’aborder Peter Hujar, figure dont le grand public connaît certains des clichés (son <a href="https://www.metmuseum.org/art/collection/search/287305" target="_blank" rel="noopener noreferrer">portrait de Susan Sontag</a>, ou la photographie de l’icône trans Candy Darling sur son lit de mort qui orne <a href="https://cdn-images.dzcdn.net/images/cover/ff7e1ca71724a860608a7bf92efd3cf0/1900x1900-000000-80-0-0.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la pochette d’un album culte d’Antony &amp; The Johnsons</a>) mais rarement le nom, comme s’il était une star de la trempe de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/blonde/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marilyn</a> ou de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/spencer/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Lady Di</a>, qu’on n’aurait même pas besoin de présenter, attirant paradoxalement l’attention sur son œuvre en la gardant hors-champ. C’est une stratégie qu’on pourra juger élitiste, mais elle a le mérite d’apporter une solution insolente à la difficulté de faire entrer les artistes femmes, <em>queer </em>ou racisés dans le canon&nbsp;: considérer qu’ils en font déjà partie.</p>
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		<title>Projet Dernière chance</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/projet-derniere-chance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La dernière aventure spatiale de Phil Lord et Chris Miller s’était mal terminée : en 2017, ils se retrouvaient débarqués en plein tournage de la production de Solo : A Star Wars Story et remplacés...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/projet-derniere-chance/" title="Read  Projet Dernière chance">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La dernière aventure spatiale de Phil Lord et Chris Miller s’était mal terminée : en 2017, ils se retrouvaient débarqués en plein tournage de la production de <em>Solo : A Star Wars Story</em> et remplacés par Ron Howard, qui terminerait le film à leur place. Parmi les raisons alors invoquées figurait leur volonté de plonger Han Solo, l’une des figures de proue de la franchise, dans un périple flirtant avec la comédie bouffonne. On retrouve cette ambition intacte dans <em>Projet Dernière Chance</em>, qui pourrait s’inscrire dans la lignée d’<em>Armageddon</em> ou <em>Sunshine</em> s’il n’était pas aussi pétri de second degré. Bien qu’il y soit question de sauver la Terre d’un péril cosmique (des organismes dits « <em>astrophages</em> » consument peu à peu les étoiles de l’univers), le héros interprété par Ryan Gosling n’a rien du surhomme. Ancien habitué des rôles de bellâtre ténébreux, le comédien, qui campe désormais plus volontiers un « <em>nice guy</em> » ou même un « <em>fall guy</em> », libère ici le clown en lui en prêtant ses traits à un professeur de sciences parachuté dans une mission au-delà du système solaire. Les premières secondes, où le timide Ryland Grace (Gosling, donc) émerge d’un coma artificiel aux abords de la lointaine étoile de Tau Ceti, donnent le ton : déboussolé, le personnage chute et se traîne comme une limace. Tout le film reposera sur le contraste entre l’énormité des enjeux et l’inadéquation du personnage, rompant avec la solennité et les accents métaphysiques souvent associés au <em>space opera</em>.</p>
<p>À la manière d’une version plus délurée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/seul-sur-mars/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Seul sur Mars</em></a> (film lui aussi scénarisé par Drew Goddard et adapté d’un roman d’Andy Weir), <em>Projet Dernière chance</em> prend la forme d’un seul en scène sur fond de menace planétaire : qu’il analyse les bactéries alien dans un laboratoire devant des hauts gradés militaires ou s’adresse à son journal de bord, Gosling assure le spectacle, notamment par sa capacité à passer de l’enthousiasme au sarcasme à la moindre déconvenue. Durant la première partie, chacun des flashbacks qui narre l’itinéraire inattendu de ce prof anonyme semble prétexte à un sketch (faire les courses en compagnie d’un garde du corps, assurer une présentation devant une assemblée impassible, etc.). Le tempo échevelé du film, plutôt que de laisser s’installer des situations propices au burlesque, frôle toutefois le matraquage de gags. Ainsi d’une sortie extravéhiculaire en forme de course contre la montre durant laquelle Grace doit intercepter un artefact flottant en direction de son vaisseau : la péripétie aurait pu conjuguer suspense (va-t-il parvenir à récupérer l’objet à temps ?) et humour (Grace trébuche maintes fois en escaladant la surface de la navette), mais le montage sabote le premier au profit du second. C’est la limite relative du film, qui segmente parfois trop strictement ce qui relève du cocasse et du sérieux.</p>
<h2><em>Thumbs up ?</em></h2>
<p>C’est plutôt lorsque les deux s’entrelacent que le style de Lord et Miller infuse avec une énergie rafraîchissante ce récit aux contours familiers. La seconde partie de <em>Projet Dernière chance</em>, moins frénétique, illustre leur espièglerie, notamment autour d’une situation dépliée dans la durée : Grace découvre, près d’un soleil survivant miraculeusement aux bactéries astrophages, la présence d’un autre voyageur intergalactique lui aussi en quête d’un remède. Séparés par une paroi translucide, l’homme et l’alien, une sorte d’araignée minérale rapidement surnommée « <em>Rocky</em> », vont devoir apprendre à dialoguer afin d’unir leurs forces. Ce chapitre, qui s’amorce comme un pastiche de <em>Premier contact</em>, aurait pu ressembler à n’importe quelle autre rencontre du troisième type (Grace fredonne même le thème musical du film de Steven Spielberg), mais elle tire une certaine invention de l’incompréhension entre Grace et l’extraterrestre, quelque part entre l’intelligence supérieure et l’animal de compagnie. Les arbitraires de la communication occasionnent divers malentendus – dresser un pouce vers le bas plutôt que vers le haut pour marquer son approbation, confondre « <em>fistbump</em> » et « <em>fist my bump</em> », etc. Ce pan du film, certes un brin puéril, ouvre toutefois un horizon comique fécond : celui de l’entente laborieuse.</p>
<p>Pour se comprendre, Rocky et Grace emploieront aussi des moyens plus étonnants, comme des maquettes représentant l’astronaute et sa navette. Ce goût pour le bricolage, qui rappelle que les deux cinéastes avaient signé<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-grande-aventure-lego/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> <em>La Grande aventure Lego</em></a>, constitue l’un des aspects les plus réussis de <em>Projet Dernière chance</em>. L’exploration spatiale ne découle plus d’une série de protocoles immuables et millimétrés, mais tient de la débrouillardise – Grace n’aura de cesse de bidouiller, de rafistoler ou de confectionner les instruments nécessaires à l’accomplissement de sa mission à l’aide d’un rouleau de scotch. En injectant de la trivialité (l’improvisation et la maladresse du personnage) à une grande machine bien huilée (le carcan du blockbuster de science-fiction), Lord et Miller livrent non seulement un film à visage humain, mais aussi teinté d’optimisme. Sans souligner la métaphore évidente de questions écologiques contemporaines (à la manière des énergies fossiles, les astrophages sont à la fois une source de carburant pour l’humanité et un risque majeur pour leur pérennité), <em>Projet Dernière chance</em> esquisse tout de même un message d’espoir : avec un peu d’huile de coude et de persévérance, pas besoin d’être un surhomme pour contribuer à sauver l’univers.</p>
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		<title>Les Rayons et les Ombres</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au-delà de l’inspiration hugolienne, le titre du nouveau Giannoli affiche avec clarté son projet : il faut lire « les rayons du Cinéma » (avec un grand « C », comme le laisse entendre la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" title="Read  Les Rayons et les Ombres">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au-delà de l’inspiration hugolienne, le titre du nouveau Giannoli affiche avec clarté son projet : il faut lire « les rayons du Cinéma » (avec un grand « C », comme le laisse entendre la toute dernière réplique), à même de révéler la vérité des âmes noircies des collaborateurs français, de la même façon que les radiographies mettent au jour les taches sombres sur les poumons des tuberculeux – l’autre grand motif du film. Dans la lignée des<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/illusions-perdues-2/" target="_blank" rel="noopener"> Illusions perdues</a>, </em>le cinéaste s’essaie à nouveau à l’ample reconstitution historique, trouvant dans la période de l’Occupation des personnages tiraillés semblables à ceux qui nourrissent son cinéma depuis ses débuts. Son tableau de la collaboration française se défait d’une approche strictement spectaculaire : le film, au budget considérable (le plus important pour la société Gaumont depuis 2018), étonne par son intérêt pour des figures plutôt méconnues et assurément médiocres de l’appareil collaborationniste. Pas de hauts fonctionnaires de Vichy, de miliciens zélés ou de porte-flingues de la rue Lauriston : le film s’installe dans les milieux de presse parisiens dont on épingle la duplicité et le manque de vertu. Non sans renouer avec quelques accents balzaciens, le cinéaste travaille surtout à retranscrire l’esprit décadent et orgiaque des élites de ce Paris occupé. Giannoli cherche à raccorder son récit avec une vision historique peut-être juste, qui résonne en tout cas avec le présent : on n’a pas ici affaire à des monstres sanguinaires ou à une horde de racistes exaltés (à l’exception d’une scène gênante figurant Céline en roue libre), mais à des lâches ou des « irresponsables », pour citer l’essai de l’historien Johann Chapoutot sur les milieux d’argent ayant porté Hitler au pouvoir en Allemagne et dont le titre est d’ailleurs énoncé au détour d’un dialogue.</p>
<h2>Podcast historique</h2>
<p>L’irresponsable auquel s’intéresse ici Giannoli est donc Jean Luchaire (Jean Dujardin), voix pacifique et germanophile dans l’entre-deux-guerres, qui entretient de longue date une amitié avec le francophile Otto Abetz (August Diehl). Les deux militants pour la paix se muent en partisans de l’Occupation ; l’ami allemand, aussi sympathique en journaliste fauché que vêtu d’une gabardine de dignitaire nazi, devient même (et presque malgré lui) ambassadeur du Troisième Reich à Paris. Gagné par son opportunisme, Luchaire fonde <em>Le Nouveau Temps</em> et s’impose au sein de la haute société collaborationniste, où il entraîne sa fille Corinne (Nastya Golubeva Carax), une jeune comédienne naïve, à qui il transmet également le fléau de la tuberculose. Dans un jeu allégorique assez appuyé, la maladie se répand chez les Luchaire à mesure que leur compromission devient évidente, tandis que les séquences de fête se répètent pour marquer leur déchéance. L’avidité, la jouissance, puis le pourrissement : Giannoli décortique une mécanique dégénérescente, fruit d’un accommodement avec la réalité plus que d’un véritable engagement idéologique. Le film charge la barque pour maintenir à flot ce bateau ivre : le scénario dessine volontairement une zone d’aveuglement autour du trio, avec une intrigue resserrée autour de leurs failles (les longues séquences de crise de toux et le segment du sanatorium). Il ménage aussi leurs consciences respectives aux yeux du spectateur : Luchaire s’essaie à la politique de la chaise vide au moment de signer un éditorial sur les lois antisémites, ferme les yeux sur les agissements d’un groupuscule de résistants ou obtient des laissez-passer à une famille juive.</p>
<p>L’occultation de la réalité à laquelle procèdent les personnages s’étend en un sens à la peinture qui est faite ici de l’Occupation : Giannoli choisit de ne pas figurer directement la violence nazie à l’écran (les exactions et les rafles ne sont qu’évoquées) – les seules scènes de « barbarie » seront même l’apanage de la Résistance, à la toute fin du film. Mais ce désir de sonder l’aveuglement (en partie volontaire) d’une poignée de collaborationnistes bute sur la clarté pédagogique d’un récit déplié par une complice repentie : l’histoire est racontée par Corinne quelques années plus tard, alors qu’elle vit recluse dans la crainte des représailles. Devant son micro, la fille raconte l’avilissement du père au cours d’une démonstration tautologique, sa voix off venant expliciter ce que la mise en scène, le jeu très expressif de Dujardin en amateur de bonne chère – difficile d’oublier OSS117 ivre sur la plage de Rio devant les scènes de beuverie – et des dialogues appuyés suffisent à faire comprendre. Jean crache du sang ? « <em>C’est bientôt toute l’Europe qui allait cracher du sang</em>. » À la charge de ce dispositif, qui évoque l’enregistrement d’un podcast historique, de récapituler les faits et de poser un point de vue omniscient sur les événements. La vaste période couverte (des années vingt jusqu’à l’après-guerre) nous est ainsi relatée avec le concours de quelques archives célèbres – le fameux film des bottes allemandes frappant le sol des Champs-Élysées – et en se raccrochant à des marqueurs connus : de la montée des tensions jusqu’à l’épuration, en passant par la drôle de guerre, l’exode, etc. Et la fresque tout en nuances de gris de se trouver beaucoup trop éclairée par les lumières d’un manuel scolaire.</p>
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		<title>La Danse des renards</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-danse-des-renards-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille Bouthors]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Soit un passage à l’âge adulte, avec son lot d’épreuves, de découvertes, d’amitiés brisées et de traumas à surmonter. Comment donner un peu de chair à ce scénario, plus menacé qu’un autre par le stéréotype...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-danse-des-renards-2/" title="Read  La Danse des renards">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Soit un passage à l’âge adulte, avec son lot d’épreuves, de découvertes, d’amitiés brisées et de traumas à surmonter. Comment donner un peu de chair à ce scénario, plus menacé qu’un autre par le stéréotype ? <em>La Danse des renards</em> ressemble à un petit manuel de solutions, pour la plupart pas très judicieuses. Dans un internat sportif, un jeune boxeur très doué (Samuel Kircher) refuse de remonter sur le ring après un grave accident. Plus personne ne le comprend, ni les médecins, ni son coach, ni ses coéquipiers dont il se détourne peu à peu, leur préférant la compagnie des animaux (les renards du titre) et d’une jolie taekwondoïste (qui joue aussi de la trompette). Pour que nous ne risquions pas de perdre le fil, tous ces personnages n’apparaissent à l’écran que lorsqu’ils sont utiles, et il arrivera souvent que l’un d’eux disparaisse après avoir dit sa réplique, lancé son regard noir ou son crochet du droit&nbsp;–&nbsp;les boxeurs, comme chacun sait, ne sont pas à l’aise avec le dialogue. Chaque enjeu narratif a donc sa traduction (et sa résolution) dans le répertoire des coups et blessures, ce qui vise peut-être à faire le portrait d’une génération en manque de repères, ou, plus vraisemblablement, à déplorer qu’il existe des gens méchants et bêtes. Aussi le héros martyrisé par ses camarades finira-t-il par découvrir qu’il n’a pas de temps à perdre avec ces médiocres, vaincra sa peur et prendra seul la route du succès. Curieuse vision de l’esprit d’équipe. C’est que, là-dessus, le point de vue du film est à peu près celui du coach (Jean-Baptiste Durand) dont on a découvert tardivement qu’il avait raison depuis le début&nbsp;: d’une part «&nbsp;<em>tout ça, c’est dans la tête</em>&nbsp;»&nbsp;; d’autre part la vie, comme le sport, est affaire de sélection.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : The Connection</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-the-connection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2026 15:13:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En partenariat avec le podcast The Scores, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 30 mars à 19h pour une séance de The Connection de Shirley Clarke. Le film sera présenté par Liyo Gong...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-the-connection/" title="Read  Ciné-club Critikat : The Connection">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En partenariat avec le podcast <a href="https://www.critikat.com/tags/the-scores/" target="_blank" rel="noopener">The Scores</a>, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2199455-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 30 mars à 19h</a> pour une séance de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/the-connection/" target="_blank" rel="noopener">The Connection</a></em> de Shirley Clarke. Le film sera présenté par Liyo Gong et Avran Thépault.</p>
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		<title>Orphelin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orphelin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Orphelin s’ouvre et se referme sur deux plans très composés. Le premier, filmé depuis la cachette d’un enfant, est déformé par un buisson n’offrant qu’une vision partielle de l’espace, sans que l’on sache précisément si...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orphelin/" title="Read  Orphelin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Orphelin</em> s’ouvre et se referme sur deux plans très composés. Le premier, filmé depuis la cachette d’un enfant, est déformé par un buisson n’offrant qu’une vision partielle de l’espace, sans que l’on sache précisément si le point de vue dont il témoigne est celui d’un personnage voyeuriste ou apeuré. Le dernier, de prime abord lui aussi sibyllin, révèle finalement une visée discursive plus grossière : sur une grande roue filmée de loin, des guirlandes lumineuses figurent une étoile jaune, symbole que le cinéaste s’empresse de souligner par un changement de point le faisant ressortir grâce au flou. Entre ces deux images, l’une indécise, l’autre appuyée, le film parachève la mutation de László Nemes en auteur au trait empesé. On y suit Andor (Bojtorján Barabas, sorte de River Phoenix hongrois), un adolescent juif qui n’a pas connu l’homme qu’on lui présente comme son père, déporté pendant la guerre. Quelques mois après l’insurrection de 1956, le garçon fait les quatre cents coups dans la capitale hongroise avec son amie Sári (Elíz Szabó), avant que ne surgisse dans sa vie l’imposant Berend (Grégory Gadebois en grand méchant loup), l’homme qui a caché sa mère pendant la guerre, tout en abusant d’elle. Il est le vrai père de l’enfant, ce qu’Andor ne peut pas accepter.</p>
<p>Le film déplie à partir de là un récit dont la mise en scène tape-à‑l’œil ne parvient pas à masquer le fond académique. Le père de substitution, après s’être imposé au sein du foyer, devient évidemment de plus en plus violent et cruel, au point qu’Andor décide de sauver sa mère de ses griffes. Nemes illustre ce scénario par d’amples mouvements de caméra aussi gratuits que fastueux et multiplie les scènes explicatives où le garçon s’adresse à la chaudière de son immeuble comme s’il s’agissait du fantôme de son père d’élection. L’objet du transfert affectif est certes étrange (on imagine que le garçon a choisi la chaudière pour sa chaleur), mais ces séquences, loin d’instiller le trouble, permettent surtout de verbaliser les sentiments déjà transparents du personnage, qui débite des banalités telles que « <em>c’est toi mon père, pas lui</em>&nbsp;». Dans <em>Orphelin</em>, tout passe par le dialogue, comme si Nemes ne faisait pas confiance aux capacités du spectateur, alors même que ses deux premiers films reposaient sur la tension avec le hors-champ. Il n’y a plus qu’à attendre que les éléments se mettent en place et que les personnages soient condamnés par un arbitraire narratif. Le pistolet découvert au début du film par Sári et Andor ne manquera pas ainsi de revenir dans le récit pour faire advenir le drame. Au-delà de cette mécanique ne restent que des fragments des anciennes promesses du cinéaste, telles les ombres dévorantes des ruelles de Budapest filmées en 35 mm. Il faudra s’en contenter en attendant de voir comment le cinéaste se sort de son biopic sur Jean Moulin (avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre), que l’on devrait prochainement découvrir.</p>
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		<title>Scarlet et l’éternité</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scarlet-et-leternite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De Scarlet et l’éternité, on retiendra surtout des visions tout droit sorties d’un étrange cauchemar numérique. Ainsi d’une marée sans fin de bras décharnés surgissant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme déformé...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scarlet-et-leternite/" title="Read  Scarlet et l’éternité">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De <em>Scarlet et l’éternité</em>, on retiendra surtout des visions tout droit sorties d’un étrange cauchemar numérique. Ainsi d’une marée sans fin de bras décharnés surgissant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme déformé par une série de compressions. Loin de masquer son usage des effets visuels – comme certaines productions aiment à le faire, imitant l’animation traditionnelle 2D en employant les outils de la 3D –, le film prend donc à bras-le-corps la bizarrerie que peut produire l’emploi des CGI, certains des paysages frisant même l’abstraction. Les protagonistes y arpentent en effet de déroutants espaces liminaires, qui tiennent davantage de l’aplat de couleurs chatoyantes que de véritables décors. Devant ces scènes, on croirait voir des personnages de jeux vidéo s’aventurer hors des confins d’un niveau ou des espaces modélisés d’une carte. Ce pan laborantin du film se retrouve toutefois anémié par le déploiement du récit, autrement conventionnel. Après une amorce shakespearienne en accéléré – un roi trahi par son frère, une princesse orpheline dont la tentative de vengeance échoue –, Scarlet se réveille dans le royaume des morts, où se rejoignent les défunts de tous les siècles. La princesse médiévale y fait la rencontre de Hijiri, un infirmier pacifique issu de notre époque. La dimension édifiante du film se révèle alors : il s’agira pour la protagoniste de tarir sa soif de vengeance au contact de l’altruisme du jeune homme. Cette dynamique narrative, redoublée à coups de dialogues explicatifs et de monologues intérieurs, est également illustrée par l’évolution de l’apparence de Scarlett, qui traduit un trajet de l’avilissement vers la pureté. Le film escamote d’abord son personnage de princesse parfaite, qui aura tôt fait de troquer sa robe à fleurs pour une armure de guerrière. Sa mutation est hautement physique : elle s’incarne à même son visage (écume aux lèvres, vomissements, traces de terre, blessures, traits déformés par la hargne, etc.). Ce n’est que lorsqu’elle aura intériorisé la sagesse d’Hijiri qu’elle pourra, lavée par ses nouveaux idéaux, arborer une apparence de poupée parfaite, sa chevelure raccourcie comme seule marque physique de son apprentissage. Curieux itinéraire narratif que celui de cette princesse archétypale qui se mue en combattante pour mieux retrouver ses crinolines.</p>
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		<title>Planètes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetes-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une guerre nucléaire annihile toute espèce vivante sur la surface de la Terre, à&#160;l’exception de quatre akènes de pissenlit, propulsés dans l’espace et toujours accrochés à&#160;leur graine. Au fil de leur dérive, ils vont s’en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetes-2/" title="Read  Planètes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une guerre nucléaire annihile toute espèce vivante sur la surface de la Terre, à&nbsp;l’exception de quatre akènes de pissenlit, propulsés dans l’espace et toujours accrochés à&nbsp;leur graine. Au fil de leur dérive, ils vont s’en détacher et pénétrer un trou noir pour atterrir sur une planète dont le ciel est un dôme gelé.&nbsp;<em>Planètes</em>&nbsp;propose en somme un court récit d’aventure (1h15) vécu à&nbsp;hauteur de graine. Combinant différentes techniques d’animation (images de synthèse,<em>&nbsp;stop motion</em>, photographies d’éléments réels pour les arrière-plans, etc.), le film de Momoko Seto se présente comme un projet original. C’est du moins ce que suggère la première scène du film où les akènes, pour s’envoler et éviter l’annihilation imminente, doivent se mouvoir ensemble, en tirant simultanément vers le ciel pour se détacher de leur tige. Belle idée&nbsp;: pas de survie sans mouvement collectif et synchronisé.</p>
<p>À l’inverse de la perspective égalitaire de cette séquence, où aucun akène ne sort nettement du lot, l’écueil du film sera par la suite de surcaractériser ses «&nbsp;personnages&nbsp;» pour des besoins dramaturgiques, compensant l’absence de dialogue par une accumulation de traits et de gestes distinctifs (un akène à&nbsp;la bulbe plus grosse que les autres, un dont le parachute est abîmé, un autre plus peureux que ses comparses, etc.). On pense alors à&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/flow-le-chat-qui-navait-plus-peur-de-leau/" target="_blank" rel="noopener"><em>Flow</em></a>, sorti l’an dernier, dans lequel des animaux se voyaient déjà dotés de caractéristiques humaines (de l’entraide à&nbsp;la jalousie, voire à&nbsp;la xénophobie). C’est le piège récurrent de ce type de fable écologique cherchant à&nbsp;adopter un autre regard sur l’apocalypse&nbsp;: anthropomorphiser ses personnages (ici les akènes tremblent de peur, se font des câlins et se saluent) revient à&nbsp;reconduire des mécanismes narratifs éculés, qui annulent la singularité potentielle du parti pris initial – par exemple la mort de l’un des akènes est dépeinte comme une tragédie, avec ses compagnons de route affichant leur désarroi la scène d’après (à défaut de pouvoir pleurer, ils courberont leur tige vers l’avant). De la même façon, on peut déplorer l’imaginaire en fin de compte étriqué du film qui, s’il exploite plutôt bien la plasticité de ses décors mutants, manque d’ambition dans son bestiaire. Que la planète visitée soit extraterrestre ou une version post-apocalyptique de la nôtre (le film ne tranche pas), peu importe&nbsp;: difficile dans les deux cas d’être émerveillé par la présence de grenouilles, de papillons et de mantes religieuses déjà croisés dans la plupart des récits du genre (les deux&nbsp;<em>Minuscule</em>). Il suffit de voir les akènes se servir, à&nbsp;un moment, de limaces en guise de montures pour mesurer le double échec du film&nbsp;: suivre des akènes qui n’en sont pas vraiment parcourir un monde étrange… qui ne l’est pas vraiment.</p>
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		<title>L’après-coup – Une sortie de route</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-une-sortie-de-route/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le rapport conflictuel aux intérieurs dans Libre échange de Michael...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-une-sortie-de-route/" title="Read  L’après-coup – Une sortie de route">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le rapport conflictuel aux intérieurs dans </em>Libre échange <em>de Michael Angelo Covino. </em></p>
<p>Dès les premiers instants du générique, <em>Libre échange </em>(sorti en septembre dernier) se montre déroutant. Carey est au volant de sa voiture et plutôt que de regarder devant lui, il adresse un regard au spectateur comme si ce dernier occupait le siège passager. Un point de vue aussitôt démenti par le plan suivant : il fixait en réalité sa femme, Ashley, avec qui il chante maintenant à l’unisson les paroles romantiques (« <em>Tu es la lumière qui brille dans ma vie</em>&nbsp;») de «&nbsp;Whenever I Call You Friend&nbsp;» de Kenny Loggins. Le couple enchaîne avec un jeu érotique («&nbsp;<em>La main ou la bouche&nbsp;?</em>&nbsp;») qui perturbe quelque peu la conduite de Carey. Le propriétaire d’un véhicule s’apprêtant à les dépasser ne manque d’ailleurs pas de le lui faire savoir, en klaxonnant et en l’injuriant. La caméra se focalise alors sur la trajectoire de cette voiture rouge venue freiner leurs ardeurs&nbsp;: elle se met à zigzaguer de gauche à droite devant eux, avant de percuter brutalement un talus et de faire un impressionnant tonneau. Stupéfaits, Carey et Ashley s’arrêtent pour apporter leur aide aux accidentés. Peine perdue : la passagère est déjà morte. Et un drame chassant l’autre, dans la foulée, Ashley annonce à son mari qu’elle souhaite mettre fin à leur relation.</p>
<p>Malgré son issue tragique, la première séquence de <em>Libre échange</em> s’avère toutefois très drôle. Sa force comique repose sur le décalage opéré entre la gravité de la situation observée (un accident mortel) et le manque d’esprit de sérieux avec lequel elle est appréhendée (Carey sort de sa voiture en ayant oublié de refermer sa braguette&nbsp;; Ashley tente de réanimer la victime sous l’œil je‑m’en-foutiste d’une agente de police). À bien des égards, les causes comme les conséquences du drame relèvent de l’absurde. En fait, que filme Michael Angelo Covino&nbsp;lors du prologue de <em>Libre échange</em> ? Une sortie de route, d’abord littérale, puis existentielle. Le monde qui déraille sous les yeux d’Ashley et Carey, c’est d’abord (surtout) le leur. À la faveur d’une dynamique&nbsp;centrifuge, la mise en scène matérialise un conflit déjà latent au sein du couple. L’indécision perceptible à l’intérieur de l’habitacle (outre les faux regards caméra, Covino alterne les plans de face, de dos ou de profil) confine à une forme d’agitation et de désordre répercutés de manière disproportionnée à l’extérieur de leur véhicule.</p>
<p>Ce rapport étroit entre ce qui se joue à l’intérieur (une séparation) et à l’extérieur (une catastrophe), le cinéaste va le reconduire de manière récurrente tout au long du film. <em>Libre échange</em> est une comédie de remariage où il s’agira pour les personnages de remettre de l’ordre dans leur intérieur (et dans leur tête). Par exemple, dans l’appartement d’Ashley, envahi par ses multiples amants, ou encore dans la villa de Paul, le meilleur ami de Carey (joué par le cinéaste lui-même), mis d’abord sens dessus dessous lors d’une bagarre hilarante entre les deux personnages masculins. Et c’est justement dans cette maison que le film se referme, reconduisant une ultime fois la dynamique liminaire. Dans cette scène, l’immense baie vitrée de la villa se substitue au pare-brise de la voiture. Carey, Paul et leurs compagnes discutent dans le salon, parfaitement agencé et rangé (ils s’en amusent). Une altercation débute ensuite dans le jardin avec un tiers, à cause du fils de Paul, ce qui pousse son père à sortir aussitôt avec son ami pour y mettre fin. La caméra, quant à elle, demeure à l’intérieur et filme la scène à travers la vitre. Imperturbable, elle reste du côté de l’ordre et du calme, de sorte que ce choix de cadrage anticipe un recadrage amoureux et une paix intérieure, que nul remue-ménage ne viendra infléchir. Retentit alors le tube de Steve Forbert, « Romeo’s Tune » : « <em>Let me hear you say everything’s okay</em>&nbsp;».</p>
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		<title>Nino dans la nuit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-dans-la-nuit/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:29:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au cours d’une longue séquence d’exposition, qui oppose sans grande finesse le pandémonium de festivités nocturnes à la froide rigueur d’un entretien de recrutement à l’armée de terre, Nino Paradis (Oscar Högström), personnage principal du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-dans-la-nuit/" title="Read  Nino dans la nuit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au cours d’une longue séquence d’exposition, qui oppose sans grande finesse le pandémonium de festivités nocturnes à la froide rigueur d’un entretien de recrutement à l’armée de terre, Nino Paradis (Oscar Högström), personnage principal du film et narrateur, exprime son désir de se «&nbsp;<em>couper du monde</em>&nbsp;». C’est là tout le problème de <em>Nino dans la nuit</em>. Reprenons le fil : après une soirée désastreuse, dévoilée au compte-gouttes sous forme de flashbacks, Nino décide de s’engager dans l’armée pour sortir d’un cycle infernal qui serait le propre, selon la dramaturgie du film, de la vie parisienne, rythmé par le passage du jour à la nuit, des petits boulots dégradants aux soirées qui s’offrent comme des moments de rémission, mais finissent, sous le coup de la fatalité, par prendre un tour dangereux. Son meilleur ami, Malik (Bilal Hassani), le lui rappelle dès leur première entrevue : « <em>À chaque fois que tu es en teuf, il y a un drame </em>». Le film dresse dans cette perspective un tableau du sentiment de déréliction d’une jeunesse paupérisée dans les grands centres urbains, qui peine à garder la tête hors de l’eau. Si elle vit dans un enfer, c’est parce que le jour et la nuit, le temps du gain et le temps de la pure dépense, sont constamment polarisés pour maintenir le statu quo. Testé positif pour consommation de drogues, Nino est recalé par l’armée, mais il refuse de reprendre le train-train des petits boulots ingrats&nbsp;: pour transformer le désenchantement de la vie urbaine en paradis où s’épanouir, il passera désormais par le deal, le vol ou la séduction.</p>
<p>Adapté d’un roman cosigné par Capucine et Simon Johannin, le dernier film de Laurent Micheli traduit avec un zèle sans borne la tonalité lyrique du texte à coup de musique opératique, de montages de danses enfiévrés, bariolés de rouge et de vert, de plans accélérés dans les rues de Paris. Pour répondre à une exigence de fidélité vis-à-vis du matériau original, le cinéaste reprend tous les éléments de caractérisation du protagoniste sans interroger ce qu’une telle transposition fera à un film qui tente, tant bien que mal, d’établir un panorama de la précarité urbaine et traiter quelques questions sociétales. Initialement, le personnage de Nino constitue une énième variation sur la figure du héros romantique : il écrit de la poésie, est porté par la puissance de son amour pour Lale (Mara Taquin) et vit dans un quartier où sont reléguées les populations les plus marginalisées (des tentes de réfugiés sont installées en bas de son immeuble). Mais surtout, surtout, Nino se fait le porte-parole d’une communauté (le prolétariat, la jeunesse, les marginaux, les rebuts de la société) au cours de ses différents jobs. Se dessine ici un des paradoxes du romantisme : la voix surplombante du héros salvateur fait signe vers un monde qui, finalement, se réduit à lui-même. Voilà tout le malheur d’une adaptation vertueuse : ne pas avoir conscience qu’une bonne idée de littérature représente, au cinéma, une véritable question esthétique. Comment concilier la force centrifuge d’un personnage principal à la voix surplombante, qui fait la force d’un récit à la première personne, et le film social que Laurent Micheli tente de mettre en place ? <em>Nino dans la nuit</em> ne résout pas cette contradiction. Nino semble être le seul personnage capable de faire entrer la nuit dans le jour (il est au centre de toutes les pratiques illicites, et tous les personnages qui décideront de garder un job normal se feront inévitablement punir), et ainsi d’agir sur le monde qui l’entoure. La tyrannie du scénario impose donc que le film social se subordonne à son agentivité.</p>
<p>De fait, le film n’offre pas un traitement politique aux sujets sociétaux que l’intrigue égraine au fil de l’initiation du héros, mais les utilise pour construire l’éthos d’un personnage masculin positif, au fait de certaines questions contemporaines. Quand deux personnages féminins, Giulia (Alma Dubois) et Lale, subissent des violences sexuelles, celles-ci ne sont pas abordées depuis leur point de vue, mais depuis celui du personnage masculin. La mise en scène du viol de Giulia pose deux problèmes majeurs : présentée sous forme de flashbacks, cette scène est automatiquement fragmentée et ne sert qu’à expliquer la fuite et le changement de vie du protagoniste. Si la description de l’état de choc de Lale par le narrateur rattache, certes, Nino à une figure d’homme dit déconstruit, qui observe, écoute, comprend en voix off, l’absence de témoignage du personnage féminin présente une certaine ironie : le film préfère faire le spectacle d’un personnage empathique plutôt que de montrer de l’empathie envers une victime. Plus douteux, les violences sexuelles lèveront un obstacle dans l’intrigue individuelle de Nino : inspirée par la décision de Giulia de porter plainte, Lale fera du chantage à son agresseur pour que sa femme défende Nino en justice. Commentaire du héros : « <em>Quand t’as de l’argent pour être défendu, tu peux dealer tranquille. Affaire conclue.</em>&nbsp;» Eh bien, affaire conclue : le scénario ne reviendra plus jamais là-dessus. On observe le même genre de contradictions dans le traitement que le cinéaste fait des populations parisiennes fragilisées. La scène de nettoyage de l’immeuble et du camp de réfugiés est filmée depuis la fenêtre de son appartement, vidé, grâce à un mouvement de caméra à 360°, si bien que tous les enjeux politiques que proposait cette scène sont réduits au drame individuel du couple, qui vient d’être expulsé. Les choix d’adaptation de Laurent Micheli minent ainsi ce qui faisait la force de l’histoire initiale : peindre un personnage qui désire réinventer son quotidien pour le transfigurer en paradis. Par une mise en scène qui coupe son personnage du reste du monde, on en voit finalement un seul côté.</p>
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		<title>The Bride!</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-bride/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 05:00:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rafistoler, trancher, exploser&#160;: tel est le programme de The Bride!, dont le point d’exclamation a autant valeur de coupure (exit le «&#160;de Frankenstein&#160;»&#160;attendu après «&#160;La fiancée&#160;»&#160;: cette promise-là n’appartient à personne) que de détonation. Résumer...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-bride/" title="Read  The Bride!">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">Rafistoler, trancher, exploser&nbsp;: tel est le programme de <em>The Bride!</em>, dont le point d’exclamation a autant valeur de coupure (<em>exit</em> le «&nbsp;de Frankenstein&nbsp;»&nbsp;attendu après «&nbsp;La fiancée&nbsp;»&nbsp;: cette promise-là n’appartient à personne) que de détonation. Résumer le point de départ du film, c’est déjà faire état de sa nature sciemment monstrueuse et de sa volonté effrénée de proposer une fiction au carré, qui se mord la queue à force de circonvolutions méta. Comme <em>La Fiancée de Frankenstein</em> de James Whale, le film démarre par un prologue dans lequel Mary Shelley dévoile que son petit conte horrifique cachait en vérité une deuxième partie. Le ton est toutefois ici moins badin : la Shelley figurée dans l’incipit est son fantôme, perdu dans les limbes après avoir succombé d’un cancer du cerveau. Le spectre décide finalement de raconter son histoire en prenant possession d’Ida, une demi-mondaine des années folles barbotant dans les bars de la pègre de Chicago. Prise de convulsions sous le contrôle de la romancière défunte, elle trouve la mort le soir même avant que, quelques jours plus tard, le véritable monstre de Frankenstein (Christian Bale), vieux de plus de cent ans, ne débarque chez une scientifique de la ville. Il lui demande alors de revitaliser le cadavre d’une femme qu’il souhaite épouser afin d’échapper à son éternelle solitude. L’heureuse élue, choisie au hasard dans un cimetière, sera bien entendu Ida. C’est pour le moins tortueux : le récit évolue à la fois dans un monde où Shelley existe et dans <em>le monde de Mary Shelley</em> et de son « Prométhée moderne ». Et la confusion est renforcée par le fait que Shelley et la fiancée (comme chez Whale) sont jouées par une même actrice, Jessie Buckley, comédienne au jeu très marqué que Maggie Gyllenhaal entend «dé-brider» le plus possible.</p>
<p class="MsoNormal">Revenons un instant au roman. Dans une scène pivot, le monstre, séparé de son créateur, retrouvait sa trace des années après sa naissance pour lui raconter ses années d’errance et lui demander de lui «&nbsp;fabriquer&nbsp;» une compagne. Victor, mi-attendri par son récit poignant, mi-effrayé par celui qu’il considérait comme une abomination, acceptait le marché avant de se dédire, par peur que ne prolifère sur Terre une engeance démoniaque. Maggie Gyllenhaal n’a pas les mêmes scrupules&nbsp;; elle envisage précisément son film comme un savant fou bricolerait un corps à partir d’éléments hétérogènes, pour donner lieu à un déversement post-moderne. D’où l’armature méta&nbsp;: l’actrice-réalisatrice entend combler les manques du film de Whale –&nbsp;la fiancée du titre ne débarquait qu’en toute fin de course pour une poignée de minutes&nbsp;–, en même temps qu’elle fait de ce corps le vaisseau d’un film-patchwork commentant son propre horizon narratif, par l’incursion de visions où la Fiancée, toujours hantée par Shelley, dialogue avec son fantôme. Privée de mémoire, la promise sans nom évolue pourtant dans un univers saturé d’images, notamment celles du cinéma. «&nbsp;Frankie&nbsp;» (le petit prénom donné ici au monstre) a pour passion les <i>musicals</i> d’une star hollywoodienne (à laquelle Jake Gyllenhaal prête ses traits), ce qui occasionne des séquences où les aventures des deux amants morts-vivants sont dédoublées sur les écrans des salles de cinéma qu’ils fréquentent. Ce versant du film oscille entre une espèce de gratuité fétichiste, qui voit Maggie Gyllenhaal mélanger les références comme on élabore une mixture douteuse, et un trop-plein discursif, puisqu’il est question de faire de la fugue de la Fiancée un récit d’empouvoirement féminin. «<em>&nbsp;Me too ! Me too !</em> » hurle-t-elle dans le dénouement, tandis que les sous-intrigues (une inspectrice jouée par Penélope Cruz lancée à sa poursuite et rabrouée par ses collègues policiers, des « <em>copycats</em> » de la Fiancée provoquant un début de révolution féministe armée dans le pays) accompagnent ce cheminement vers une prise de pouvoir féminine. Mais, noyé dans une bouillie narrative et visuelle, ce cri du cœur accouche plutôt d’un film aussi raté que <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/joker-folie-a-deux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Joker&nbsp;: Folie à deux</a></em> de Todd Phillips, auquel on pense ici souvent – on y retrouve d’ailleurs le même parallèle entre étude de la folie et comédie musicale. Pour tomber dans la même impasse : celle d’un film certes monstrueux, mais surtout informe.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Marty Supreme / The Mastermind</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-marty-supreme-the-mastermind/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:31:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de Marty Supreme de Josh Safdie et The Mastermind de Kelly Reichardt. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-marty-supreme-the-mastermind/" title="Read  L’ombre d’un doute — Marty Supreme / The Mastermind">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme</em></a> de Josh Safdie et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Mastermind</em></a> de Kelly Reichardt.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement </strong>: Marin Gérard.</p>
<p><strong>Montage </strong>: Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong>&nbsp;: Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Il était une fois Frederick Wiseman</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/</link>
					<comments>https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Frederick Wiseman laisse derrière lui une œuvre pléthorique. Entre ses débuts – redécouverts notamment en septembre 2024, avec une rétrospective de trois films intitulée « Il était une fois l’Amérique » – et la dernière...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/" title="Read  Il était une fois Frederick Wiseman">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i style="font-size: 16px;">Frederick Wiseman laisse derrière lui une œuvre pléthorique. Entre ses débuts – redécouverts notamment en septembre 2024, avec <a href="https://www.critikat.com/dossiers/frederick-wiseman-il-etait-une-fois-lamerique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une rétrospective de trois films intitulée « Il était une fois l’Amérique »</a> – et la dernière partie de son travail, qui ausculte dans une forme ample le fonctionnement de villes (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/monrovia-indiana/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">Monrovia, Indiana</span></a><i style="font-size: 16px;">), de quartiers (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/in-jackson-heights-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">In Jackson Heights</span></a><i style="font-size: 16px;">) ou d’institutions (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/at-berkeley/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">At Berkeley</span></a><i style="font-size: 16px;">, </i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/city-hall/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">City Hall</span></a><i style="font-size: 16px;">), il existe un continent de films (il en a tourné près de cinquante en tout) que l’on n’a pas fini d’arpenter. Outre la diversité des sujets abordés (des couloirs de la mort de </i><span style="font-size: 16px;">Near Death</span><i style="font-size: 16px;"> aux vacances d’hiver de la bourgeoisie dans </i><span style="font-size: 16px;">Aspen</span><i style="font-size: 16px;">), chaque film remet sur le métier ce que l’on croit savoir de l’art de Wiseman, aussi constant soit-il dans sa rigueur. Les trois films abordés ici permettent ainsi de se pencher sur des facettes peu commentées de l’édifice wisemanien&nbsp;: son humour, sa picturalité et son élasticité.</i></p>
<h2>Wiseman, peintre (<em>Central Park</em>)</h2>
<p>À la fin de<em> Central Park</em>, Frederick Wiseman place sa caméra à l’intérieur d’un carrousel. Le surcadrage découlant de ce choix, qui produit un contraste fort entre l’intérieur ombragé du manège et la lumière éclatante du parc, donne alors l’impression de voir l’espace vert se morceler en une myriade de vignettes fugitives, emportées par la vitesse de rotation de l’engin. Un plan montre ensuite la porte de sortie, celle du manège, ainsi que du documentaire. Cette conclusion semble ainsi ramasser le mouvement déplié trois heures durant&nbsp;: Wiseman fait de Central Park un patchwork de brefs plans foisonnants de couleurs et de lumières. Si quelques segments plus longs sont consacrés à des rassemblements (concerts, manifestations, marathon, etc.) ou des réunions administratives, le geste de Wiseman tient ici presque de la promenade&nbsp;: il filme tel un peintre installant son chevalet pour croquer les drôles de badauds croisés sur son chemin. À ce titre, le film peut être lu comme une étude chromatique du vert. Les grandes pelouses, filmées en aplats vifs, accueillent les New-Yorkais venus lézarder au soleil, tandis que les bancs ombragés offrent des refuges paisibles, à l’écart du tumulte urbain. Les coins plus sauvages, aux verts denses et assombris, sont quant à eux le théâtre de rencontres plus discrètes, à l’abri des regards, tels ces buissons devenus territoire de <em>cruising</em>. Le regard analytique de Wiseman est ici indissociable d’un rapport sensible à la lumière et à ses variations. Le cadre offert par le parc, tantôt naturel, tantôt artificiel, offre au documentariste une riche matière figurative, qu’il agence dans des compositions jouant sur l’alliance des aplats verts, bleus (le ciel, une piscine, le lac) et gris (les immenses buildings qui tapissent souvent le fond du cadre). Les formes organiques des végétaux y cohabitent avec les tracés géométriques des routes, des grilles ou de la skyline new-yorkaise, transfigurant cet espace urbain végétalisé en une vaste mosaïque où s’entrelacent lignes, surfaces et volumes. Plus encore, le montage lui-même semble obéir à une logique davantage chromatique que thématique, guidée avant tout par les couleurs : dans l’une des dernières séquences, filmée sous la pluie, Wiseman suit la piste de ballons roses qui se détachent de la grisaille, avant de rejoindre une manifestation LGBT dont les teintes flamboyantes finissent par envahir le cadre. À l’échelle du film, le rouge, couleur ici associée à la vie humaine (par le truchement d’accessoires, de vêtements, de véhicules, etc.), tient de la petite touche pointilliste qui se propage à l’intérieur des cadres et permet de relier entre elles les séquences. Autrement dit&nbsp;: Wiseman monte avec la sensibilité d’un peintre.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331808 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg" alt width="2560" height="1857" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-300x218.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-1024x743.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-768x557.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-1536x1114.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-2048x1486.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-980x711.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-2000x1451.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Robin Vaz</strong></p>
<h2>Poétique de Wiseman (<em>High School)</em></h2>
<p><em>« Je parie que cela aura davantage de sens pour vous</em>&nbsp;»&nbsp;: voilà ce que dit une professeure à ses élèves dans la séquence centrale d’<em>High School</em>, juste avant de leur proposer une leçon sur la chanson «&nbsp;The Dangling Conversation&nbsp;» de Simon and Garfunkel. Le principe du cours (et de la scène) repose sur la répétition du texte de Paul Simon, que la jeune femme récite devant une assemblée (visiblement ennuyée) et qu’elle fait ensuite écouter sur un vieux magnétoscope. De la première à la seconde énonciation du texte, un reversement s’opère&nbsp;: la chanson, que nous commençons à entendre en prise directe, devient extradiégétique. Le documentaire sur l’institution scolaire laisse alors la place à une série de portraits, tandis que la pesante scène de classe se voit court-circuitée par un élan lyrique. La ballade rythme le défilé des visages filmés de profil, tous en gros plan&nbsp;; tous, pour la première fois, détachés de la masse informe. Ce procédé, qui pourrait être considéré comme une entorse à l’éthique du documentariste (on appellerait aujourd’hui ce genre de séquence un <em>clip</em>), constitue en vérité une profession de foi de la part de Wiseman. Le cinéma documentaire n’aura pas pour seule vocation d’enregistrer le réel ou de le soumettre à la froide (mais bien nécessaire) analyse : il se doit également de le transfigurer. De l’autre côté du miroir, l’enseignante disparaît, comme si le cinéaste avait momentanément pris sa place pour défendre une autre approche du texte. Il imagine un monde où l’art pourrait être appréhendé sur le mode de la correspondance (ces jeunes gens ne sont-ils pas, comme le dit la chanson, à «&nbsp;<em>la frontière de leur vie</em>&nbsp;»&nbsp;?). Ce n’est pas un hasard si l’art poétique de Wiseman s’exprime ici au sein d’un cours sur la métaphore. Son cinéma aura d’un côté une couche suffisante de didactisme pour transmettre un message (l’enseignant soumet son texte à l’analyse) et de l’autre un supplément d’art essentiel (l’artiste propose une forme ouverte à la rêverie). La leçon est-elle passée&nbsp;? À la fin de la chanson, la caméra sort de la salle de classe et filme dans un couloir une jeune fille, dos au mur, les yeux au ciel, qui s’éloigne tout doucement, laissant au spectateur un étrange sentiment de gravité. On ne saura pas si la chanson a eu un effet sur elle, mais demeura pour toujours le regard attentif du cinéaste.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Juliette Conti</strong></p>
<h2>Funny man (<em>The Store</em>)</h2>
<p>Tous les films de Wiseman, même les plus sombres, accordent une place à l’humour – le cinéaste lui-même n’était d’ailleurs pas avare en blagues lorsqu’on lui posait des questions à l’issue d’une séance. Dans ses films, le comique est toutefois rarement verbal&nbsp;: c’est grâce à l’absence de commentaire (<em>off</em> ou <em>in</em>), ainsi que par l’objectivité apparente du point de vue, que certaines scènes prêtent à rire. Par exemple dans <em>The Store</em>, film sur un grand magasin de Dallas (qui permet par extension de dresser un état des lieux de la société de consommation américaine), l’une des premières séquences montre des vendeuses en train de s’échauffer physiquement avant l’ouverture. La caméra se tient de biais, tandis que les femmes commencent à agiter les bras sur un remix 80’s de la Symphonie n°40 de Mozart. Tout y est irrésistible&nbsp;: la synchronisation hasardeuse de l’une des vendeuses, la mauvaise volonté qu’y met sa collègue, le regard caméra furtif d’une autre encore, etc. L’opérateur n’a qu’à suivre le mouvement, filmant ici une observatrice amusée, panotant là sur une employée qui s’applique en fermant les yeux. Le rire découle moins alors d’une moquerie que de l’étonnement produit par la situation. La position de Wiseman a précisément toujours été celle-ci&nbsp;: moins celle d’un analyste (notamment des institutions), que d’un «&nbsp;étonné&nbsp;». Il ne serait pourtant pas tout à fait exact de prétendre que ses documentaires se contentaient de cette neutralité d’apparat évoquée plus haut. Le montage, lieu où s’inventent réellement les films de Wiseman, joue un rôle clef dans la veine comique de son cinéma. Ainsi d’un vendeur de fourrures au discours extrêmement calibré et élaboré, dont les apparitions récurrentes tiennent d’un véritable comique de répétition. Quant aux plans de transition chers au cinéaste, ils cultivent également une forme d’incongruité, s’intéressant pêle-mêle à l’essayage d’une coiffe ridicule, à une chorale d’enfants devant un ascenseur, à un groupe de jazz sans public dans un coin, à un lutin qui se promène (c’est la période de Noël) et même à un clown dans un escalator. Enserrées par ces vignettes, les discussions du conseil d’administration, les présentations de produits et autres entretiens d’embauche apparaissent pour ce qu’ils sont&nbsp;: une vaste comédie.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331773 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg" alt width="1420" height="1067" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg 1420w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-300x225.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-1024x769.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-768x577.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-980x736.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1420px) 100vw, 1420px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
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		<title>A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-knight-of-the-seven-kingdoms-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avertissement&#160;: ce texte contient aussi un spoiler de taille. Ser Duncan le Grand, dit Dunk (Peter Claffey), se remémore tout au long de la première saison d’A Knight of Seven Kingdoms les leçons de son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-knight-of-the-seven-kingdoms-saison-1/" title="Read  A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Avertissement&nbsp;: ce texte contient aussi un spoiler de taille.</em></p>
<p>Ser Duncan le Grand, dit Dunk (Peter Claffey), se remémore tout au long de la première saison d’<em>A Knight of Seven Kingdoms</em> les leçons de son défunt maître, ser Arlan. Tel un fantôme, ce dernier ressurgit au fil de brefs flashbacks rompant avec l’image attendue du vénérable chevalier : ivrogne sans le sou au comportement erratique, le vieux bretteur se trouve aussi caractérisé par l’énorme verge dressée qu’il arbore au petit matin, sur laquelle la caméra s’attarde longuement avec une grivoiserie qui donne en partie le ton de cette nouvelle série. Cette insistance sur la vigueur traduit aussi la volonté des créateurs (l’écrivain George R. R. Martin <em>himself</em> et Ira Parker, déjà aux manettes de <em>House of the Dragon</em>) de raviver la flamme épique de Westeros, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-anneaux-de-pouvoir-house-of-the-dragon/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le monde médiéval de <em>Game of Thrones</em></a>, quelque peu étouffée par la pompe des séries précédemment adaptées de cet univers <em>fantasy</em>. En s’essayant au comique scabreux (il est aussi question de diarrhée et de flatulence), <em>A Knight of the Seven Kingdoms</em> cherche autant à surprendre qu’à renouer avec la veine grotesque sous-jacente des romans de Martin. On se rappelle d’ailleurs que les personnages les mieux écrits de <em>Game of Thrones</em> avaient déjà un problème de taille, que ce soit évidemment Tyrion, son frère au bras raccourci Jaime, l’eunuque Lord Varys ou, à l’opposé du spectre de genre, la très grande Brienne de Thorne.</p>
<p>Concentrant son regard sur l’amitié inattendue entre deux personnages aux caractéristiques physiques et sociales opposées, le colosse sorti de nulle part Dunk et son petit écuyer Egg (Dexter Sol Angell), qui cache un temps son ascendance noble, cette nouvelle série ose même une forme d’utopie burlesque. Il s’agit surtout de deux silhouettes identifiables d’un coup d’œil – l’une dépasse, l’autre brille par son étrangeté glabre –, dont l’union à l’écran constitue une force dans le monde grisaillant de Westeros. Le cadre unique exploré par la série, un tournoi de chevaliers, évoque aussi un théâtre sanguinaire où les corps s’affrontent pour remettre en jeu une hiérarchie sociale injuste. La lutte des classes mise en scène au sein de ces joutes est bien sûr faussée et l’ascension dont rêve naïvement Dunk en tablant sur sa force est entravée par une série de contraintes. Elles sont nombreuses&nbsp;: administratives, économiques, mais aussi spatiales – sa grande carcasse peine toujours à passer les portes basses. En s’attachant ainsi à cette figure de géant à l’étroit, la mise en scène d’<em>A Knight of the Seven Kingdoms </em>insuffle à cet univers une légèreté comique tout en revitalisant ses scènes d’action. Longtemps retardé, l’affrontement final accouche d’un sommet de violence qui fait éprouver l’épuisement et la douleur ressentis dans sa chair par le héros, le cadre se resserrant jusqu’à faire épouser au spectateur le regard du combattant.</p>
<h2>Reconfiguration</h2>
<p>Non sans rappeler la stratégie adoptée par la série <em>Andor</em> pour l’univers de <em>Star Wars</em>, <em>A Knight of the Seven Kingdoms</em> affiche une plus grande modestie (six épisodes de trente minutes, absence de générique d’ouverture, etc.). Dépouillée des oripeaux de la grande fresque, elle relève à différentes échelles d’un resserrement&nbsp;: unité de temps et de lieux, enjeux focalisés sur un casting quasi strictement masculin, effacement du merveilleux en faveur d’une approche plus concrète des séquences. Et comme pour la première saison d’<em>Andor</em>, ces six épisodes s’apparentent à une tentative de réinvestir un univers fantasmagorique moribond en partant d’un argument simple : le rêve d’un petit garçon de devenir chevalier se heurte à la réalité sociale et politique. Au cours de cette rapide mais précise exploration d’un événement (le tournoi de chevaliers), la série trouve plus de substance que dans les longs atermoiements shakespeariens de <em>House of the Dragon </em>et <em>Game of Throne</em>s. Bien sûr, l’embolie narrative et la surenchère spectaculaire (qui ont déjà plombé en partie la saison 2 d’<em>Andor</em>) pointent le bout de leur nez dans les derniers virages de cette première cuvée, laissant craindre que ne s’applique cette règle immuable&nbsp;de l’univers de Westeros : plus les enjeux croissent (la guerre, les dragons, la fin du monde), plus le champ de la mise en scène se réduit (les conciliabules incessants de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/house-of-the-dragon-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>House of the Dragon</em></a>). Il n’empêche : en renouant avec les jeux d’échelles sur lesquels se fondait la première saison de <em>Game of Thrones</em> (le géant remplace ici les enfants et un nain), Martin et ses scénaristes retrouvent un peu de leur inspiration originelle.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Spectacle Theater</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-spectacle-theater/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-spectacle-theater/" title="Read  Portraits d’Amérique — Spectacle Theater">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : le collectif à la tête du Spectacle Theater, un microcinéma de trente-cinq places installé à Brooklyn depuis quinze ans, où les membres s’occupent bénévolement de l’espace, de la programmation à la projection.</em></p>
<p><strong>Comment le Spectacle Theater est-il né ? </strong></p>
<p>Le lieu a été fondé en 2010 par Troy Swain et Akiva Saunders. À l’origine, ils ont loué une ancienne épicerie dans le quartier de Williamsburg. L’idée n’était pas uniquement de faire un cinéma : c’était d’abord un espace de performances, avec des concerts, des projections occasionnelles, des événements organisés par des ami·es. C’était très libre, dans un esprit de communauté. Le bâtiment appartient à une coopérative implantée dans le quartier depuis des décennies, ce qui joue un rôle essentiel dans notre survie. Très vite, l’endroit a attiré des jeunes programmateurs, critiques, cinéastes, des gens qui voulaient montrer des films qu’ils ne voyaient projetés nulle part ailleurs. Un collectif s’est formé de manière assez organique. Il n’y avait pas vraiment de hiérarchie: les gens venaient, proposaient des idées, apprenaient à projeter et à gérer la salle.</p>
<p>À Spectacle, tout le monde fait un peu de tout : on projette les films, on tient la billetterie, on conçoit des affiches, on monte des bandes-annonces, on repeint les murs si nécessaire. Le collectif change constamment&nbsp;: certains membres partent, d’autres arrivent, mais c’est justement ce renouvellement qui maintient l’énergie du lieu. Aujourd’hui, nous sommes environ quarante membres actifs. Nous vivons essentiellement des dons et des billets, qui coûtent toujours cinq dollars. La salle est entretenue par le collectif. Beaucoup de membres n’ont pas de formation cinématographique : il y a des menuisiers, des développeurs, des juristes spécialisés dans l’immobilier… Nous apprenons ensemble à faire fonctionner un cinéma. Cela implique beaucoup de discussions, parfois interminables, sur nos choix politiques, esthétiques et pratiques. Rien n’est figé.</p>
<p><strong>Vous êtes situés à Williamsburg, l’un des quartiers les plus gentrifiés de la ville. Quelle place Spectacle occupe-t-il aujourd’hui dans la géographie cinéphile new-yorkaise ? Quelle évolution avez-vous observée depuis 15 ans ?</strong></p>
<p>Le contexte était très différent en 2010. Brooklyn était encore plein d’espaces «&nbsp;<em>Do It Yourself</em>&nbsp;» (DIY), surtout dans la musique, qui ont presque tous disparu vers 2012–2013. Beaucoup d’entre nous sont aussi artistes ou cinéastes et cela influence profondément l’identité du lieu. Spectacle reste un espace à taille humaine. Les cinéastes reviennent pour une raison : faire partie d’une communauté. La petitesse du lieu crée une proximité qui est devenue rare. Il y a quinze ans, il y avait une vraie culture de l’occupation d’espaces physiques pour montrer des choses difficiles à voir ailleurs. À l’époque, « difficile à voir » pouvait impliquer une VHS numérisée en 480p trouvée en ligne parce que c’était la seule copie existante. Beaucoup de films que nous montrions n’avaient aucun distributeur identifiable. Parfois, personne ne savait vraiment qui détenait les droits. Ils existaient dans une sorte de zone grise juridique. Spectacle devenait alors l’un des rares endroits physiques où on pouvait les voir sur grand écran. Depuis, les choses ont changé. Beaucoup de ces films ont été restaurés, édités en Blu-ray ou se retrouvent sur des plateformes comme Tubi. Cela a profondément modifié notre manière de penser la rareté. Si un film est disponible en streaming gratuitement, est-il encore « rare » ?</p>
<p><strong>Diriez-vous que cela rend le travail de programmation plus difficile ?</strong></p>
<p>Oui, d’une certaine façon. Mais notre critère principal n’est pas seulement la rareté : c’est l’enthousiasme. Si quelqu’un découvre un film et ressent un besoin presque urgent de le partager, alors il mérite peut-être une projection. Historiquement, certains membres passaient énormément de temps sur des <em>trackers</em> privés, des archives obscures, à combiner des mots-clés improbables jusqu’à tomber sur quelque chose d’inattendu. Aujourd’hui, il existe aussi un véritable marché de la restauration du cinéma de genre, qui n’existait pas il y a quinze ans. Donc les choses ont changé, mais la logique reste la même : montrer ce qui nous obsède.</p>
<p><strong>Comment s’organise concrètement cette programmation ?</strong></p>
<p>Après environ un an d’implication, un membre peut commencer à programmer. Il n’y a pas de ligne éditoriale stricte, si ce n’est l’idée que le film n’a pas été récemment montré à New York, ou qu’il correspond à l’esprit du lieu. Nous sommes devenus plus attentifs aux droits qu’au début, notamment parce que nous avons noué des relations avec des distributeur·rices et des cinéastes que nous respectons. La programmation se décide lors de réunions mensuelles. C’est parfois chaotique, mais c’est un chaos productif. Chacun défend ses choix avec passion.</p>
<p><strong>Comment parvenez-vous à faire vivre cette passion et cet enthousiasme ?</strong></p>
<p>Cela repose beaucoup sur le collectif et sur nos marottes respectives. Nous avons par exemple une radio, qui est devenue un complément parfait à notre programmation où nous proposons des montages sonores entièrement composés de bandes originales et de musiques en lien avec les films que nous montrons. Une radio DIY nous semblait être un territoire naturel à investir. Nous organisons souvent des ciné-concerts, des projections avec musique <em>live</em>, et proposons beaucoup de programmes liés aux musiques expérimentales.</p>
<p>On va aussi sortir cette année un livre regroupant toutes les affiches que nous avons conçues collectivement. Nous considérons les affiches et les bandes-annonces comme aussi importantes que la programmation elle-même.</p>
<p><strong>Existe-t-il un spectateur type ?</strong></p>
<p>Pas vraiment. Nous n’avons aucune donnée statistique. Les spectateurs restent souvent après la projection pour discuter avec nous. C’est essentiel : nous montrons des films parce que nous voulons en parler. Il y a des habitués très fidèles, mais chaque cycle attire aussi un public différent. Après le Covid, notre audience a même augmenté, ce qui nous a surpris. Pendant la pandémie, nous avons créé notre propre plateforme de <em>streaming</em>, entièrement développée par un membre du collectif. Cela nous a permis de continuer à exister et d’attirer de nouveaux bénévoles, souvent plus jeunes.</p>
<p><strong>Aujourd’hui, beaucoup de cinéphiles passent par des plateformes comme Letterboxd et découvrent des films via des algorithmes ou des recommandations automatisées. Comment percevez-vous cette évolution ?</strong></p>
<p>Notre programmation est presque l’inverse de cette logique algorithmique. Elle naît d’une obsession, d’une nécessité. Vous vous perdez dans des recherches absurdes au milieu de la nuit, vous découvrez un film dont vous n’avez jamais entendu parler, vous vous demandez ce que c’est, vous passez deux semaines à essayer d’en trouver une copie… et ensuite vous avez absolument besoin que quelqu’un d’autre le regarde pour pouvoir en parler. C’est très viscéral, très personnel. Cela dit, certains programmateurs consultent parfois le nombre d’entrées d’un film sur Letterboxd comme un indicateur minimal : si seulement 200 personnes l’ont vu, on se dit que ça vaut le coup de le montrer. Et puis on a parfois de belles surprises, comme ce fan basé à Chicago qui, pour notre anniversaire, a créé une <a href="https://letterboxd.com/2millionindebt/list/spectacle-theater/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">liste</a> pour recenser une bonne partie des films montrés par Spectacle depuis son ouverture.</p>
<p>Ce qui est plus déroutant, c’est lorsque nous sommes happés par l’algorithme sans l’avoir voulu. Cet été, par exemple, nous avons collaboré avec la Filmmakers’ Co-op et Anthology Film Archives pour ressusciter un programme expérimental des années 1960 consacré aux films mettant en scène des chats. L’un d’eux, <em>How to Draw a Cat</em> de Pola Chapelle, montre simplement l’artiste essayant de tracer le contour d’un chat posé sur une feuille. Nous avons monté une bande-annonce à partir d’un extrait et nous l’avons postée sur Instagram. Elle est devenue virale et nous recevons encore aujourd’hui des commentaires accusant la vidéo de maltraitance animale. Ce genre d’épisodes est très étrange. On a soudain l’impression d’être un débris emporté par Internet, que ce que l’on fait réellement n’a plus de sens. C’est violent et absurde. Cela rappelle à quel point l’algorithme peut décontextualiser un geste artistique.</p>
<p><strong>Spectacle a parfois collaboré avec des institutions comme le Museum of Arts and Design ou le MoMA. </strong></p>
<p>Ces collaborations se font toujours au cas par cas et donnent lieu à des discussions internes. Nous tenons à notre indépendance, mais nous ne voulons pas non plus être isolés. Faire partie du tissu culturel new-yorkais est important pour nous. Dans le cas du MoMA, ils nous ont contactés dans le cadre d’une série dédiée aux cinémas emblématiques de New York. On y a participé et projeté <em>American Hunter</em>, un film indonésien des années 1980, mais aussi une compilation de nos bandes-annonces. C’était une manière de montrer le travail bénévole accumulé depuis plus d’une décennie. Nous ne cherchons pas activement ces collaborations, quand bien même elles pourraient nous êtes utiles… Pour nous l’enjeu est de préserver notre esprit tout en faisant partie d’une communauté plus large. L’échange, la circulation entre espaces indépendants et institutions, peut être fertile. Ce sont des moments de reconnaissance, mais aussi de dialogue.</p>
<p><strong>Craignez-vous la disparition de ce type de lieu ?</strong></p>
<p>La question de la longévité revient souvent dans des structures telles que la nôtre. Lorsqu’on a une mission (montrer des films invisibles, créer une communauté), on peut se demander : que se passe-t-il si cette mission est accomplie, ou si elle devient impossible à accomplir ? Est-ce qu’il faut alors accepter que l’expérience se termine ? C’est une vraie question. Peut-être qu’un jour Spectacle devra se dissoudre, et ce serait simplement la conclusion d’une belle expérimentation. Si demain une entreprise de la Tech transformait Williamsburg en usine de drones, nous pourrions aussi dire : nous avons fait ce que nous avons pu.</p>
<p>Ceci dit, personne ne possède Spectacle individuellement, donc la perspective d’un rachat est peu probable. Mais évidemment, le contexte immobilier de New York reste fragile. Par ailleurs, le lieu est presque structurellement opposé à toute logique de rentabilité. Nous ne cherchons pas à grossir. Nous ne cherchons pas à devenir une marque. Nous voulons rester un espace où l’on peut montrer des films étranges, rares, non commerciaux, simplement parce qu’on les aime. Spectacle n’est pas un club fermé. Les gens peuvent venir, discuter avec nous, proposer des idées. Ce n’est pas un temple intimidant pour cinéphiles ultraspécialisés. C’est un lieu communautaire animé par des passionné·es, pour d’autres passionné·es.</p>
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		<title>Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au-delà de son œuvre théorique, Laura Mulvey a été la coréalisatrice d’une demi-douzaine de films d’avant-garde singuliers où la volonté de déstructurer la narration classique se conjugue avec une approche ludique du montage. Le mois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/" title="Read  Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Au-delà de son œuvre théorique, Laura Mulvey a été la coréalisatrice d’une demi-douzaine de films d’avant-garde singuliers où la volonté de déstructurer la narration classique se conjugue avec une approche ludique du montage. </em></p>
<p>Le mois dernier, le festival Regards Satellites proposait à l’Écran de Saint-Denis et au Luxy d’Ivry-sur-Seine une rétrospective intégrale de l’œuvre cinématographique conjointe de Laura Mulvey et Peter Wollen, couple de théoriciens britanniques emblématique de la génération <a href="https://academic.oup.com/screen" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Screen</em></a>. Si leurs écrits, à la croisée du féminisme, du marxisme, de la sémiologie et de la psychanalyse, ont eu une influence durable sur la pensée du cinéma outre-Manche, ils n’ont comparativement guère essaimé en France. Laura Mulvey, désormais célèbre théoricienne du <em>male gaze</em>, a bien bénéficié d’un intérêt éditorial accru ces dernières années<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_86_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_1" class="footnote_tooltip">Outre la remarquable anthologie de textes composée par Teresa Castro (<em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie</em>, aux Éditions Mimésis en 2017) et l’excellent <em>Fétichisme et Curiosité </em>(chez Brook en 2019), on peut noter que deux chapitres du recueil <em>Death 24× a Second: Stillness and the Moving Image</em> ont été traduits par le collectif Women Remix dans le bel ouvrage composite <em>Un jardin&nbsp;: Une rencontre imaginée entre Laura Mulvey et Jean-Louis Comolli </em>(chez Burn-août, 2025).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_86_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> mais la majorité de ses livres demeure malheureusement inédite en français ; quant à Peter Wollen, même ses ouvrages les plus identifiés, comme <em>Signs and Meanings in the Cinema</em>, n’ont jusqu’à présent pas été traduits<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_86_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_2" class="footnote_tooltip">À ma connaissance, seule son analyse de <em>Chantons sous la pluie </em>a été éditée en 2023 chez Akileos.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_86_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À défaut de pouvoir les lire dans la langue de Molière, découvrir leurs essais cinématographiques permet de renouer avec le souvenir de l’Angleterre d’avant Thatcher, où le BFI et Channel 4 défendaient encore un cinéma politique et de recherche. C’est aussi raviver le souvenir précieux d’une avant-garde féministe à la croisée de la fiction et du cinéma expérimental&nbsp;– portée haut à cette période par Jackie Raynal (<em>Deux fois</em>, 1968), Yvonne Rainer (<em>Film About A Woman Who…</em>,1974), Chantal Akerman (<em>Je Tu Il Elle</em>, 1974&nbsp;; <em>Jeanne Dielman</em>, 1975) ou Sally Potter (<em>Thriller</em>, 1978)&nbsp;–, dont le désir de renouveler les représentations s’articulait toujours avec une audace formelle.</p>
<p>Comme le souligne Teresa Castro dans son introduction à la collection des textes majeurs de Laura Mulvey, les films du duo entrent directement en résonance avec leurs écrits, en particulier « Godard et le contre-cinéma : <em>Vent d’Est</em>&nbsp;» de Wollen (1972) et la conclusion de «&nbsp;Plaisir visuel et cinéma narratif&nbsp;» de Mulvey (1975), dans lesquels ils revendiquent l’avènement d’un contre-cinéma «&nbsp;<em>dont la fonction est de lutter contre les mythes, les idéologies et les dispositifs esthétiques d’un certain cinéma avec ses propres mythes, idéologies et dispositifs esthétiques antagonistes</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_86_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_3" class="footnote_tooltip">Peter Wollen, «&nbsp;Godard and Counter-Cinema&nbsp;: Vent d’Est&nbsp;», dans <em>Readings and Writings&nbsp;: Semiotic Counter-Strategies</em>, Londres, Verso Editions/NLB, 1982, p. 91&nbsp;: «&nbsp;<em>Its function is to struggle against the fantasies, ideologies and aethetic devices of one cinema with its own antagonistic fantasies, ideologies and aesthetic devices.</em>&nbsp;»</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_86_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Ils semblent en effet mettre directement en application les principes directeurs dégagés par Wollen du cinéma de Jean-Luc Godard&nbsp;: <strong>1. </strong>L’«&nbsp;intransivité narrative&nbsp;» (segmentation du récit, goût de l’interruption et de la digression) plutôt que la logique causale&nbsp;; <strong>2.</strong> La mise à distance (par l’adresse directe, la démultiplication des personnages, le recours au commentaire) plutôt que l’identification&nbsp;; <strong>3.</strong> La mise en évidence des mécanismes du langage contre la transparence&nbsp;; <strong>4.</strong> Les diégèses multiples contre la diégèse unique&nbsp;(en entrelaçant par exemple une fiction traditionnelle avec la mise en abyme de son tournage) ; <strong>5.</strong> L’ouverture plutôt que la fermeture (fins ouvertes, débordement, intertextualité)&nbsp;; <strong>6.</strong> La recherche du «&nbsp;déplaisir&nbsp;» (<em>unpleasure</em>) plutôt que du plaisir spectatoriel (provocation, désir de déstabiliser et par extension de transformer le spectateur, plutôt que de le divertir). D’où le recours à des structures narratives fragmentaires, à des collages de citations textuelles, picturales et filmiques, à la désynchronisation fréquente de l’image et du son ou à la démultiplication des dispositifs de mise en abyme. Ils s’éloigneront cependant de Godard sur un point crucial&nbsp;: le rejet univoque de la fiction qui, selon Wollen, caractérise son œuvre de l’après-68, dans laquelle elle équivaut nécessairement au mensonge, à la mystification et à l’idéologie. On retrouve aussi dans leurs films les grandes obsessions qui traversent l’œuvre écrite de Laura Mulvey&nbsp;: la curiosité pour les mythes, le goût des énigmes et des rébus, la tension entre mouvement et immobilité inhérente au médium cinématographique et la déconstruction des mécanismes idéologiques régissant la représentation des femmes à l’écran.</p>
<h2>Mythes en boîte</h2>
<p><em>Penthesilea: Queen of the Amazons </em>(1974) et <em>Riddles of the Sphinx </em>(1975), les deux seules œuvres de Mulvey et Wollen éditées en DVD en France, qui sont aussi les plus emblématiques de leur travail, ont en commun un refus du montage par continuité et une structure éclatée en segments dont la logique, souvent déconcertante, de juxtaposition n’est pas sans rappeler, au-delà du modèle godardien, les boîtes de Joseph Cornell (l’une d’entre elles figure d’ailleurs dans <em>Crystal Gazing</em>). Avec <em>AMY&nbsp;!</em>, court-métrage réalisé deux ans plus tard (et qui se présente également comme un portrait composite de l’aviatrice Amy Johnson), ils composent, selon les termes de Mulvey, une trilogie prolongeant leur engagement en faveur d’«&nbsp;<em>une politique féministe du langage</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_86('footnote_plugin_reference_331810_86_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_86_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_4" class="footnote_tooltip">Oliver Fuke (dir.), <em>The Films of Laura Mulvey and Peter Wollen</em>&nbsp;<em>: Scripts, Working Documents, Interpretation</em> », Londres, BFI, 2023.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_86_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_86_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ».</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331812 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg" alt width="2098" height="520" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg 2098w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-300x74.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-1024x254.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-768x190.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-1536x381.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2048x508.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-980x243.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2000x496.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2098px) 100vw, 2098px"></a>
<p><em>Penthesilea: Queen of the Amazons</em>, premier jalon de leur œuvre, se compose de cinq parties distinctes, séparées par des cartons-titres. Le film s’ouvre sur la captation en plan fixe d’une représentation des épisodes marquants de la pièce éponyme d’Heinrich von Kleist par des mimes. Dans un renversement du mythe antique où Penthésilée, reine des Amazones, est tuée par Achille, elle y rejette ses compagnes par amour pour ce dernier, avant de le tuer et de se donner la mort. Le mythe et ses différentes variations sont explorés en détail dans le deuxième segment où l’on découvre Peter Wollen en train de déambuler nonchalamment dans une maison, suivi cette fois par une caméra portée qui s’attarde tantôt sur lui, tantôt sur les fiches sur lesquelles sont inscrites ses notes. Dévisageant l’objectif, il explique le dispositif du film (son découpage en cinq parties, le refus d’un montage narratif) avant de revenir sur Penthésilée et ses Amazones, figures fascinantes et terrifiantes dont les aspects les plus transgressifs (elles fondent une société de femmes solidaires indépendante du monde des hommes) ont souvent été réprimés, détournés ou minorés par les récits et représentations qui leur ont été consacrés pour qu’elles ne puissent faire l’objet d’un investissement politique par les femmes « ordinaires ». L’ironie venant évidemment de ce que cette longue leçon est proposée au spectateur par un homme… Le troisième segment consiste en une succession d’images d’Amazones produites par les hommes à travers l’histoire, de la statuaire antique à la peinture médiévale jusqu’aux <em>comics Wonder Woman&nbsp;</em>: les images fixes y sont animées par le recours à des volets latéraux ou des caches (qui permettent par exemple de faire apparaître tour à tour de gauche à droite les planches d’une bande dessinée).</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331813 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg" alt width="1744" height="650" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg 1744w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-300x112.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-1024x382.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-768x286.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-1536x572.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-980x365.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1744px) 100vw, 1744px"></a>
<p>Le quatrième segment propose en contrepoint une alternative à ces représentations masculines en insistant sur les puissances politiques de la solidarité féminine. Un plan où une actrice lit face caméra un discours de la militante socialiste et féministe des années 1910, Jessie Ashley, appelant à la solidarité des femmes de toutes classes sociales, est superposé par surimpression à un film de propagande pour l’obtention du droit de vote. Enfin, dans le dernier segment, Mulvey et Wollen filment des moniteurs vidéo sur lesquels sont diffusées les quatre séquences précédentes du film, jusqu’à ce que des plans inédits commencent à apparaître, comme «&nbsp;débloqués&nbsp;» par la confrontation des images et des discours. L’actrice jouant Penthésilée dans la pièce montrée dans le premier segment abandonne alors son personnage. On la voit ôter son maquillage avant de s’adresser directement à la caméra. Interrompue par les «&nbsp;<em>Stop&nbsp;!</em>&nbsp;» de Peter Wollen, elle ressasse à deux reprises le même discours&nbsp;: «&nbsp;<em>Les femmes se regardent à travers les yeux des hommes. Les femmes parlent entre elles à travers les mots des hommes. Un regard étranger. Un langage étranger. Nous pouvons parler avec nos propres mots. Nous pouvons regarder avec nos propres yeux. Et nous pouvons nous battre avec nos propres armes.</em>&nbsp;» La trajectoire du film devient soudain limpide&nbsp;: le mythe enserré dans la fiction (premier segment) est défait par l’analyse (deuxième segment) après laquelle nous portons un regard critique sur les images (troisième segment)&nbsp;; une autre histoire de la solidarité féminine nous est proposée dans le quatrième segment qui mène logiquement à la revendication au présent d’un nouveau regard et d’un nouveau langage (cinquième segment) emblématisés par le film lui-même.</p>
<p>On retrouve une volonté similaire de déconstruire les mythes du passé dans <em>AMY&nbsp;!</em>, qui interroge à travers Amy Johnson la figure ambivalente de l’héroïne et la manière dont la starification idéalisée des grandes aventurières (perceptible notamment dans l’utilisation d’une chanson célébratoire consacrée à Johnson) tend à la fois à en faire des figures d’exception éloignées de la réalité des femmes –&nbsp;en témoignent les commentaires dubitatifs des étudiantes de Mulvey qui introduisent le film&nbsp;– et à gommer les aspects problématiques de leur parcours. Dans le cas d’Amy Johnson, la célébration de l’aviatrice occulte par exemple le contexte colonial dans lequel s’inscrivent ses exploits, financés par un magnat du pétrole&nbsp;: comme dans <em>India Song </em>de Marguerite Duras, ce contexte est ici rappelé par le survol d’une carte de l’Inde, au son de la lecture de gros titres du <em>Times </em>retraçant l’arrestation de Gandhi et les révoltes anti-coloniales des années 1930. Le film frappe en particulier par sa démystification matérialiste de la <em>persona </em>de Johnson&nbsp;: Mulvey et Wollen veulent ressusciter la femme «&nbsp;normale&nbsp;» derrière les prouesses de l’héroïne. Le duo s’attarde ainsi le temps de quelques plans sur les quartiers londoniens que fréquenta Johnson de son vivant et, surtout, alors que <em>Penthesilea </em>semblait rejeter violemment la fiction, <em>AMY&nbsp;! </em>la mobilise pour restituer ce qui a été oublié par l’histoire : les aspects plus triviaux et quotidiens de son existence. L’actrice Mary Maddox incarne ainsi l’aviatrice dans quelques séquences de reconstitution où nous la voyons jeter au feu sa correspondance ou préparer du café, au son de la lecture de lettres fictives de Johnson à un ancien amant ou des différentes étapes de l’entretien quotidien de son avion. Le film insiste en parallèle sur l’aliénation que représente son image publique : on voit ainsi Maddox se maquiller avec soin face à une glace transparente placée devant la caméra, avant de commencer à dessiner sur le miroir un deuxième visage qui recouvre le sien, qu’elle finit par raturer.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331814 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg" alt width="1762" height="648" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg 1762w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-300x110.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-1024x377.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-768x282.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-1536x565.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-980x360.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1762px) 100vw, 1762px"></a>
<h2>Fictions en kit</h2>
<p>Avec cette image saisissante, on comprend que cette ressaisie de la fiction est aussi pour les cinéastes un moyen de penser des alternatives au <em>male gaze </em>caractéristique du cinéma hollywoodien classique tel que le dénonçait Mulvey dans « Plaisir visuel et cinéma narratif », en s’affranchissant d’un récit linéaire qui alterne action (portée par le héros) et contemplation (la mise en spectacle de l’héroïne), et d’un découpage construisant un point de vue masculin ou fragmentant le corps féminin fétichisé. On le perçoit tout particulièrement dans <em>Riddles of the Sphinx</em>, le film le plus connu et le plus abouti du duo, qui perfectionne à tous niveaux le dispositif conçu pour <em>Penthesilea</em>. Le film se décompose là encore en sept sections distinctes, titrées et numérotées ; les trois premières résonnent en miroir avec les trois dernières, tandis que se trouve au centre une partie fictionnelle d’une quarantaine de minutes (« Louise’s story told in thirteen shots »). La première et la dernière section prennent la forme d’un plan muet en mouvement : une main tournant les pages d’un numéro de la revue <em>Midi-Minuit Fantastique</em> consacré au « mystère de la femme » ; des bulles de mercure glissant entre les parois d’un labyrinthe de poche. La deuxième section introduit le son : il s’agit d’une leçon de Laura Mulvey sur la figure antique du Sphinx dont la théoricienne réécoute ensuite l’enregistrement dans la sixième section. La troisième et la cinquième section insistent quant à elles sur la matérialité de l’image cinématographique : on y voit des agrandissements d’un film de <em>found footage </em>consacré au Sphinx de Gizeh et un montage de surimpressions teintées de numéros d’acrobates, au son d’entêtantes boucles électroniques. Non seulement les éléments constitutifs de la forme cinématographique (mouvement, son, image) sont ainsi présentés isolément avant de se rejoindre dans la quatrième section fictionnelle, mais cette construction en miroir compose une boucle, qui casse la logique linéaire de la fiction en son centre.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331815 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg" alt width="2099" height="521" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg 2099w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-300x74.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-1024x254.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-768x191.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-1536x381.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-2048x508.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-980x243.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-2000x496.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2099px) 100vw, 2099px"></a>
<p>Cette dernière est composée elle-même de treize fragments entrecoupés d’ellipses et préfacés par des intertitres volontairement tronqués («&nbsp;<em>Elle semble encore avoir besoin de…</em>&nbsp;»). Ils procèdent tous de la même logique formelle&nbsp;: un lent panoramique à 360° (à la manière de <em>La Chambre </em>de Chantal Akerman) qui balaie mécaniquement les espaces où évoluent la protagoniste et ses proches. La circularité de la structure narrative est ainsi prolongée par la mise en scène, qui renonce ainsi à la fois au point de vue subjectif et à la fragmentation de l’espace et des corps par le montage. Le son diégétique des dialogues entre les personnages alterne par ailleurs avec des plages musicales et les interventions d’une voix off extradiégétique introduite dans le deuxième segment par Mulvey comme celle du Sphinx antique, figure chimérique (mi-femme, mi-lion, mi-oiseau) postée à l’entrée de la ville de Thèbes, où elle soumet les voyageurs à une énigme, qu’ils doivent résoudre sous peine d’être dévorés. « <em>Ce n’est pas la voix de la vérité, pas une voix qui répond mais son opposé&nbsp;: une voix qui questionne, une voix qui pose une énigme</em>&nbsp;»&nbsp;; une voix aux marges de la civilisation, celle d’un être en quête d’identité, assigné à une place qu’il n’a pas choisie.</p>
<p>La fragmentation narrative, la placide rigidité du dispositif formel et ces constantes interventions extradiégétiques contrarient le déploiement d’un récit pourtant réaliste, ouvertement marxiste et féministe, tout en donnant forme à ses enjeux : la quête identitaire d’une jeune mère au foyer, Louise, quittée par son mari. Cette dernière se lie à d’autres travailleuses précaires avec lesquelles elle lutte pour obtenir des droits et s’éveille à la possibilité d’un autre langage, grâce à ses échanges intimes avec ses amies et à la découverte de l’œuvre de l’artiste féministe Mary Kelly,. Cette fiction à trous s’achève sur deux segments dérivant de plus en plus vers l’onirisme, offrant soudain une réverbération fascinante avec les autres parties du film : dans l’un d’eux, Louise et son amie Maxine se racontent rêves et souvenirs d’enfance dans un espace chargé de tissus et de miroirs où l’on distingue un bref instant la cheffe opératrice Diane Tammes en train de les filmer ; dans le second, Louise et sa fille visitent les galeries égyptiennes du British Museum, déambulant entre les momies et les sarcophages couverts de hiéroglyphes. Ce puzzle filmique entêtant, à la fois ouvertement didactique et profondément mystérieux, réussit son pari : celui d’imaginer d’autres configurations formelles du plaisir spectatoriel, basées non plus sur un fétichisme aveugle, mais sur une curiosité investigatrice.</p>
<p>À l’exception de <em>Frida Kahlo et Tina Modotti </em>(1983), film d’exposition plus traditionnel, mais toujours marqué par une logique dialectique (il orchestre en trois segments la confrontation de l’œuvre de deux artistes radicalement différentes&nbsp;: une peintre tournée vers l’autoportrait, l’intériorité, les mythes nationaux et la fantasmagorie, une photographe tournée vers l’altérité, l’internationalité et la documentation du réel), les films plus tardifs et méconnus de Mulvey et Wollen mettent quant à eux les principes de disjonction et de rupture de leurs œuvres précédentes à l’épreuve de formes plus ouvertement fictionnelles.<em> Crystal Gazing </em>(1982) a les atours d’une rêverie crépusculaire où les protagonistes d’un roman anti-nationaliste allemand des années 1930 (<em>Vers l’abîme </em>d’Erich Kästner) se retrouvent déplacés dans l’Angleterre thatchérienne. Malgré une narration lâche et filandreuse, toujours interrompue par le recours à des citations cinématographiques (Lotte Reiniger) ou picturales (Joseph Cornell), le film paraît presque classique en comparaison des précédents. Dans cette drôle de boule de cristal tendue au spectateur, l’avenir semble bien moribond&nbsp;: les personnages masculins idéalistes (un dessinateur de science-fiction réduit au chômage et un chercheur en sémiotique obsédé par <em>Le Chat botté</em>, alter ego quasi parodique de Wollen) sont condamnés à la mort, tandis que les femmes qui les entourent (une popstar à succès joué par la saxophoniste punk Lora Logic, et une photographe dont les travaux cartographiques sont utilisés à des fins de spéculation financière) cèdent aux sirènes d’un capitalisme débridé, incarné par un sinistre homme d’affaires interprété par Patrick Bauchau. Un monde est en train de disparaître, comme en témoigne la dernière œuvre rarissime de Mulvey et Wollen, <em>The Bad Sister</em>, adaptation ambitieuse d’un roman d’Emma Tennant conçue à destination de la chaîne Channel 4. De l’aveu de Laura Mulvey elle-même, malgré les moyens considérables alloués à ce projet, le dispositif de production plus traditionnel du film n’était pas vraiment adapté aux méthodes de travail du duo. Même si l’on peut facilement imaginer ce qui a séduit Mulvey dans cette histoire ésotérique de double diabolique, le résultat, inégalement inspiré, se situe à équidistance entre <em>Twin Peaks </em>et Nanarland. Le film marque principalement pour ses séquences introductives et conclusives où, dans un intéressant dispositif de mise en abyme, un réalisateur de documentaire à sensation et une de ses amies commentent les rushes du film qu’il prépare sur un mystérieux double meurtre. La reconstitution fictionnelle de l’affaire, en revanche, ne trouve jamais tout à fait son équilibre entre satire des conventions du <em>soap</em> et envolées fantastiques, mais elle ne manque pas de charme et d’étrangeté, en particulier grâce à ses expérimentations saugrenues avec les effets vidéo. Pour Mulvey, cette tentative en demi-teinte sonne le glas des possibilités offertes par l’avant-garde des années 1970&nbsp;: elle se consacrera dorénavant quasi-exclusivement à sa production théorique. Wollen, quant à lui, mettra en scène la débutante Tilda Swinton dans un long-métrage plus traditionnel, <em>Friendship’s Death</em> (1987). Si plus de quarante ans après leur réalisation, leur œuvre cinématographique passionne toujours, c’est dans cette manière dont, comme le Sphinx de la légende, elle soulève des questions formelles et politiques en se gardant d’asséner des réponses définitives.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331810_86();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331810_86();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331810_86">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331810_86" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_86('footnote_plugin_tooltip_331810_86_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_86_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Outre la remarquable anthologie de textes composée par Teresa Castro (<em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie</em>, aux Éditions Mimésis en 2017) et l’excellent <em>Fétichisme et Curiosité </em>(chez Brook en 2019), on peut noter que deux chapitres du recueil <em>Death 24× a Second: Stillness and the Moving Image</em> ont été traduits par le collectif Women Remix dans le bel ouvrage composite <em>Un jardin&nbsp;: Une rencontre imaginée entre Laura Mulvey et Jean-Louis Comolli </em>(chez Burn-août, 2025).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_86('footnote_plugin_tooltip_331810_86_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_86_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À ma connaissance, seule son analyse de <em>Chantons sous la pluie </em>a été éditée en 2023 chez Akileos.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_86('footnote_plugin_tooltip_331810_86_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_86_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Peter Wollen, «&nbsp;Godard and Counter-Cinema&nbsp;: Vent d’Est&nbsp;», dans <em>Readings and Writings&nbsp;: Semiotic Counter-Strategies</em>, Londres, Verso Editions/NLB, 1982, p. 91&nbsp;: «&nbsp;<em>Its function is to struggle against the fantasies, ideologies and aethetic devices of one cinema with its own antagonistic fantasies, ideologies and aesthetic devices.</em>&nbsp;»</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_86('footnote_plugin_tooltip_331810_86_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_86_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Oliver Fuke (dir.), <em>The Films of Laura Mulvey and Peter Wollen</em>&nbsp;<em>: Scripts, Working Documents, Interpretation</em> », Londres, BFI, 2023.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331810_86() { jQuery('#footnote_references_container_331810_86').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331810_86').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331810_86() { jQuery('#footnote_references_container_331810_86').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331810_86').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331810_86() { if (jQuery('#footnote_references_container_331810_86').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331810_86(); } else { footnote_collapse_reference_container_331810_86(); } } function footnote_moveToReference_331810_86(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331810_86(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331810_86(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331810_86(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/">Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Pillion</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pillion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le vrombissement lointain d’une moto est éclipsé par un air de variété italienne. Ce bolide lancé à toute allure sur une autoroute de la banlieue londonienne, Colin (Harry Melling) le regarde passer avec curiosité depuis...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pillion/" title="Read  Pillion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le vrombissement lointain d’une moto est éclipsé par un air de variété italienne. Ce bolide lancé à toute allure sur une autoroute de la banlieue londonienne, Colin (Harry Melling) le regarde passer avec curiosité depuis la banquette arrière de la voiture de ses parents. Il ignore encore qu’il occupera quelques semaines plus tard le siège passager du véhicule, blotti contre Ray (Alexander Skarsgård), un <em>biker</em> gay que l’on croirait tout droit sorti de <em>Scorpio Rising </em>de Anger et qui va l’initier aux joies douloureuses du sado-masochisme. Dans l’ivresse de leur course, le paysage se dilue alors en étincelles lumineuses, comme celles qui jaillissent ensuite d’un feu de joie auprès duquel Colin célèbre son intégration dans la communauté de motards à laquelle appartient Ray. Malheureusement pour lui, l’éblouissement cédera bientôt la place à la désillusion.</p>
<p><em>Pillion </em>tente la greffe plutôt séduisante d’un corps étranger au <em>sex-appeal</em> dévastateur (la star suédoise Alexander Skarsgård) en plein cœur d’une comédie anglaise <em>quirky </em>à la Richard Curtis, avec ses trognes atypiques et ses pulls en laine. Après son passage fugitif sur la route, l’entrée de Ray dans la fiction tient littéralement de l’apparition, sa voix émergeant hors champ derrière Colin tandis que ce dernier commande un verre au pub où il a l’habitude de chanter au sein du quartet <em>easy listening, </em>composé avec son père et son frère. Dans le plan plus large qui réunit les deux protagonistes, le corps immense et musculeux de Skarsgård semble une anomalie à côté du pâle et gringalet Melling, figé dans une expression d’hébétement incrédule. Une collègue de travail de Colin soulignera ce contraste dans une scène ultérieure : « <em>Mais comment un type pareil peut être ton petit ami&nbsp;?</em>&nbsp;»</p>
<p>L’incongruité du couple formé par Ray et Colin rend paradoxalement crédible le naturel avec lequel le virginal Colin accepte le contrat érotique radical proposé par son partenaire, dont il devient l’esclave en laisse, couché en silence au pied de son lit (quand il ne fait pas ses courses ou son ménage). Personnage en jachère au début du film, Colin a, comme le formule Ray, « <em>une aptitude innée pour la vénération</em>&nbsp;» que flatte immédiatement la beauté suffocante de ce dernier. Cette union des contraires fonctionne à plein régime grâce à la rencontre de deux natures d’acteur&nbsp;: le bavard Harry Melling, tout en maladresse burlesque et expressivité exacerbée, contre la statue impavide Alexander Skarsgård, sculptural androïde post-Delon que l’on savait déjà, depuis <em>True Blood</em>, formidablement drôle dans le registre du demi-sourire gêné et du haussement de sourcil dubitatif.</p>
<p>On ne peut pas dire pour autant que <em>Pillion </em>marque la naissance d’un auteur : c’est un premier film indépendant solidement charpenté mais sans véritable singularité formelle, d’une modestie assumée jusque dans sa fin ouverte, forcément déceptive. S’il convainc, c’est par la finesse (toutes proportions gardées : on parle d’un film où des <em>bikers</em> tatoués et piercés s’enfilent des soumis alignés en rang d’oignon, les fesses à l’air, sur une aire de pique-nique) avec laquelle il aborde son sujet. Laugton évite à la fois la satire grasse des pratiques SM (la drôlerie du film naît plutôt de l’adorable naïveté de Colin et de ses parents <em>normies</em>) et les explications psychanalytiques à la mords-moi-le-nœud (le désir «&nbsp;<em>déviant&nbsp;</em>» ne sera, Dieu merci, jamais expliqué par des traumas passés). Au fond, <em>Pillion </em>raconte que la forme prise par la relation entre deux êtres – aussi incompréhensible soit-elle pour autrui – importe peu, tant qu’ils y trouvent réciproquement leur compte. La communauté des <em>bikers </em>n’est pas moins aimante ou solidaire que la famille tradi de Colin ; elle fonctionne simplement selon d’autres règles. Dans un beau retournement, Ray accepte pour Colin de jouer aux couples conventionnels le temps d’une journée. Mais la nature très ritualisée de leur après-midi galante (brunch, ciné, promenade au parc) ne paraît, en fin de compte, pas si différente des règles rigides de leur pacte sexuel. Jusqu’alors, c’était Colin que l’on sentait souffrir des limites imposées à leur relation. Un gros plan sur le visage de Skarsgård, les yeux emplis d’une infinie tristesse, raconte alors l’inverse : c’est Ray qui butte, à présent, sur son incapacité à répondre tout à fait aux attentes de l’homme qu’il aime.</p>
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		<title>Six regards contestataires du cinéma américain</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/six-regards-contestataires-du-cinema-americain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que peut le cinéma américain face à l’impérialisme agressif du second mandat de Donald Trump, les violences et exactions de l’ICE ou encore la montée des discours fascistes ? Plusieurs films hollywoodiens récents ont tenté, avec...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/six-regards-contestataires-du-cinema-americain/" title="Read  Six regards contestataires du cinéma américain">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Que peut le cinéma américain face à l’impérialisme agressif du second mandat de Donald Trump, les violences et exactions de l’ICE ou encore la montée des discours fascistes ? Plusieurs films hollywoodiens récents ont tenté, avec plus ou moins de réussite, de tendre un miroir aux États-Unis (</em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eddington</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mickey-17/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mickey 17</a><em>, etc.). En élargissant le spectre, d’autres tentatives, plus confidentielles et à la marge de l’industrie, s’inscrivent dans cette dynamique : cet article propose de revenir sur six cinéastes américains, dont les œuvres critiques, contestataires ou militantes élaborent différentes stratégies formelles et politiques pour sonder leur pays.</em></p>
<h2>Deborah Stratman — Le politique à l’échelle géologique</h2>
<p>En 2016, alors que l’actualité des États-Unis est accaparée par la campagne présidentielle qui conduira Donald Trump à la Maison-Blanche, Deborah Stratman réalise <em>The Illinois Parables</em>, une méditation historique sur le pays à partir de son État natal, l’Illinois – souvent considéré comme une sorte d’« États-Unis en miniature ». Le film opère un changement de focale radical, dans lequel le présent apparaît comme un palimpseste superposant différentes strates historiques accumulées du VIIᵉ au XXᵉ siècle. Cette approche quasi géologique s’incarne dans la structure même du film, composé de onze paraboles numérotées comme autant de couches sédimentées au fil du temps : du déplacement forcé des Cherokee à celui des Mormons ; des tornades dévastatrices des années 1920 aux premières expériences nucléaires des années 1940 ; des incendies dits « paranormaux » de Macomb à l’assassinat de Fred Hampton. Ces paraboles ne sont pas racontées à proprement parler mais émergent à partir de l’enregistrement de traces matérielles inscrites dans les paysages contemporains (noms de routes, plaques commémoratives, fresques murales, vestiges architecturaux, etc.). Si la démarche s’inscrit dans une tradition du cinéma expérimental (Peter Hutton, James Benning, Heinz Emigholz) où l’histoire se donne à lire dans l’observation patiente de la topographie et des infrastructures, Stratman s’en distingue par un montage plus hétérogène. Elle intègre ici de nombreux éléments de natures diverses (extraits de journaux, documents scientifiques, archives filmiques) qu’elle accompagne d’une bande sonore entremêlant des archives audio à des musiques et bruitages. <em>The Illinois Parables</em> repose ainsi sur une esthétique de l’agrégation, aussi bien à l’échelle des séquences qu’à celle du film dans son ensemble. L’enjeu de cette stratigraphie consiste à opposer à la logique linéaire et simplificatrice du roman national celle de fragments révélant les disjonctions des grandes dynamiques humaines, économiques et environnementales. La figure de la superposition incarne formellement cette perspective historique, que ce soit par la dissociation du son et de l’image ou par l’accumulation de différentes couches visuelles. Les temporalités s’imbriquent entre elles, si bien que le passé refait parfois surface sur le mode de la hantise. Ainsi de la parabole sur les Cherokee, qui débouche sur un plan enneigé dans un parc où des enfants jouent à la luge : filmée depuis un buisson, la scène paraît observée par des fantômes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331833 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg" alt width="960" height="720" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg 960w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables-300x225.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables-768x576.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px"></a>
<h2>James Benning — Politiques de la durée</h2>
<p>Figure majeure du cinéma expérimental (et influence importante de Deborah Stratman), James Benning est connu notamment pour ses longs plans fixes de paysages. La dimension politique de son cinéma ne se manifeste dès lors pas sur le mode du discours engagé, mais plutôt par le choix des lieux filmés : dans <em>Allensworth</em> (2022), il s’intéresse par exemple à la première municipalité californienne entièrement gouvernée par des Afro-Américains au début du XXe, devenue par la suite un musée à ciel ouvert. La politique chez Benning s’incarne ceci dit peut-être avant tout dans sa façon de solliciter à la fois l’attention sensible du spectateur et sa curiosité intellectuelle par le truchement d’une durée qui laisse le temps à une pensée de se déployer. <em>Allensworth</em> se compose ainsi de douze plans fixes de cinq minutes chacun, tandis que les seuls éléments de contextualisation sont un carton d’ouverture laconique (« Allensworth, est. 1908 »), puis trois citations : deux chansons (« Blackbird » de Nina Simone et « In the Pines » de Lead Belly) et une récitation de poèmes de Lucy Clifton par une jeune fille noire vêtue d’habits d’époque. Face au défilé de bâtiments, correspondant chacun à un mois de l’année, se dégage une étrange impression fantomatique : les édifices érigés au milieu du désert semblent à la fois des vestiges du passé mais sont en même temps trop bien entretenus pour être simplement abandonnés. À rebours d’une logique muséale, où la commémoration a une fonction consolatrice ou réparatrice, Benning fait ressentir le poids de l’histoire qui habite les images pour les recouvrir d’un voile d’inquiétude.</p>
<p>Au sein de son œuvre, une réalisation à part témoigne d’un rapport plus abrasif à ce rôle déterminant de la durée : son installation vidéo <em>glory</em> (2019). Ce film de <em>found footage</em> consiste en un plan unique de deux heures enregistré par une caméra de vidéosurveillance météo installée sur la Frying Pan Tower, un ancien phare au large de la côte de Caroline du Nord. Il montre la désintégration progressive du drapeau américain face à l’océan Atlantique, frappé par les vents et la pluie de l’ouragan Florence en 2018. En lambeaux, le drapeau est également déformé par les ondulations créées par l’eau sur l’objectif, accentuant sa défiguration. Dans la lignée du <em>Film-tract n°1968</em> de Godard et Gérard Fromanger, où le rouge du drapeau français se transformait en coulée de sang au moment où la répression policière frappait les manifestations de 1968, glory est un pamphlet visuel, procédant à une lente attaque figurative et métaphorique du pouvoir américain – idée renforcée par le titre ironique en lettres minuscules. Le temps devient ici un instrument destructeur ; si Benning filme l’<em>American flag</em>, c’est pour contempler son ensevelissement par les ténèbres de la nuit.</p>
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<h2>John Gianvito — Mémoire des luttes</h2>
<p>Avant d’être cinéaste, John Gianvito fut conservateur et programmateur au Harvard Film Archive. Sa démarche cinématographique s’inscrit dans le sillon direct de ce travail : il s’agit de combattre l’oubli et les omissions délibérées sur lesquels se construit le récit national. L’idée s’applique aussi bien à ses films d’intervention au présent (comme son diptyque <em>For Example, the Philippines</em>, qui met en lumière les conséquences environnementales désastreuses de l’impérialisme américain, volontairement ignorées ou effacées par le gouvernement) que dans ses documentaires historiques, dédiés à la mémoire des luttes passées. Son film le plus célèbre, <em>Profit Movie and the Whispering Wind</em> (2007), en constitue l’exemple le plus frappant : composé de plans fixes sur des stèles commémoratives de luttes sociales, dont plusieurs sont délabrées ou recouvertes par la nature, il célèbre ces épisodes en s’opposant à leur effacement. Son dernier film en date, <em>Her Socialist Smile</em> (2020), s’inscrit dans une perspective analogue. Le film dresse le portrait d’Helen Keller, aveugle et sourde dès l’âge d’un an et demi, devenue aux États-Unis une figure majeure de la défense des droits des personnes handicapées, avant d’être largement popularisée par <em>Miracle en Alabama</em> d’Arthur Penn. Gianvito s’attache à un pan essentiel de sa vie longtemps relégué dans l’ombre : ses activités de militante socialiste radicale, qu’elle fut contrainte de mettre en sourdine au moment où elle accéda au statut de personnage public.</p>
<p>S’est posé un défi de taille pour le cinéaste : aucune archive visuelle ne témoigne directement de ses activités militantes. Face à cette absence, Gianvito élabore des stratégies esthétiques qui ne cherchent pas à colmater ce manque, mais travaillent à partir de lui. Le dispositif du film repose ainsi sur l’enchevêtrement de trois régimes d’images principaux, chacun participant à recomposer le récit d’une vie, quelque chose de sa présence ou de sa pensée. D’abord, Gianvito filme sa narratrice, Carolyn Forché, en train de lire un texte qu’il a lui-même écrit à partir de ses recherches sur Keller. Ensuite, de nombreux plans de nature accompagnent la voix off (on comprend à la fin qu’il s’agit de l’environnement autour de la maison où Keller vécut un temps avec son éducatrice Anne Mansfield Sullivan). Enfin, le film accorde une place centrale à de longs panneaux reproduisant des extraits des écrits les plus subversifs et abrasifs de Keller, restituant à sa pensée une radicalité longtemps neutralisée. À plusieurs reprises, elle souligne à quel point la lecture des écrits socialistes radicaux a constitué pour elle une véritable expérience de vie, non seulement intellectuelle mais aussi physique, qu’elle met en parallèle avec des sensations particulièrement intenses procurées par ses promenades forestières. La densité théorique du film se combine ainsi à une expérience sensorielle décuplée par l’usage de plans rapprochés sur divers éléments naturels (des braises, des pelages d’animaux, des stalactites au soleil, etc.). Gianvito cherche dès lors à transposer son être-au-monde dans un montage où penser et sentir relèvent d’un même mouvement.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331835 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg" alt width="2560" height="705" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-300x83.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-1024x282.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-768x212.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-1536x423.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-2048x564.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-980x270.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-2000x551.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Travis Wilkerson — Déconstruire son héritage</h2>
<p>Cinéaste militant, Travis Wilkerson interroge dans plusieurs de ses films sa position d’homme blanc né aux États-Unis à la fin des années 1960, afin d’examiner son héritage et retracer son histoire familiale en lien étroit avec celle de son pays. Le diptyque informel consacré à son père, <em>Distinguished Flying Cross</em> (2011) et<em> The Fuckee’s Hymn</em> (2023), s’intéresse aux décorations militaires obtenues par ce dernier durant la guerre du Vietnam afin de déconstruire la notion d’héroïsme valorisée par l’histoire officielle et utilisée pour masquer la violence coloniale de l’impérialisme américain. Dans cette même veine autobiographique, <em>Did You Wonder Who Fired the Gun?</em> (2017) est un film d’enquête qui revient sur le meurtre de Bill Spann, un homme noir, commis en 1946 par l’arrière-grand-père du cinéaste, Samuel E. Branch. Alors qu’il retourne en Alabama, son État natal, Wilkerson précise de manière autoréflexive que l’enjeu n’est pas de retracer l’histoire de son aïeul. Contrairement à Bill Spann, sa vie est bien documentée : sa sépulture, ses apparitions sur des photos de famille ou des <em>home movies </em>en témoignent. Wilkerson cherche plutôt à rassembler le maximum d’informations sur la victime et à retrouver l’endroit où elle a été enterrée anonymement. L’histoire personnelle du cinéaste devient une illustration concrète de l’inégalité raciale qui perdure de façon <em>post-mortem</em> : le descendant de l’homme blanc se retrouve à filmer des tombes anonymes, à la recherche d’un homme oublié dont la seule trace est son certificat de décès.</p>
<p>Si Travis Wilkerson partage avec John Gianvito la conviction que le cinéma doit investir politiquement la mémoire afin d’en faire un moteur contestataire face aux urgences du présent (tous deux ont d’ailleurs contribué au film collectif <em>Far From Afghanistan</em>, inspiré du modèle de <em>Loin du Vietnam</em>), il s’en distingue par une démarche plus frontalement activiste, multipliant les dispositifs plastiques et discursifs pour interpeller directement le spectateur. Dans <em>Did You Wonder…</em>, il mobilise des procédés d’agit-prop afin d’actualiser explicitement le lien entre son enquête et le temps présent du documentaire, marqué par le mouvement Black Lives Matter. L’hymne « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fumaCsQ9wKw" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hell You Talmbout</a>&nbsp;» de Janelle Monáe, qui énumère les noms de Noirs récemment tués aux États-Unis, est repris comme un refrain ponctuant le documentaire. Wilkerson prolonge l’injonction à « <em>dire les noms</em> » en inscrivant le texte de la chanson à l’écran, accompagné d’un effet typographique qui suit la scansion des paroles. À la fin du film, le chant retentit une dernière fois, mais un silence remplace le moment où le nom d’une victime doit être prononcé, tandis qu’à l’écran, une légende indique : «&nbsp;<em>Bill Spann, say his name</em>&nbsp;». Projeté sous forme de performance aux États-Unis, le film est conçu pour se clôturer sur le chant du public, qui vient enrichir la litanie de «&nbsp;Hell you Talmbout&nbsp;» du nom de l’une des victimes oubliées du racisme endémique américain. L’enjeu est clair : il ne s’agit pas de réparer les violences du passé de façon consensuelle, mais de les intégrer aux luttes présentes, en élaborant une conscience historique commune.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331836 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="711" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-300x83.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-1024x285.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-768x213.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-1536x427.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-2048x569.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-980x272.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-2000x556.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Kevin Jerome Everson — Au ras du quotidien</h2>
<p>Artiste prolifique, Kevin Jerome Everson est l’auteur de plus d’une centaine de films aux formats très variables. Son œuvre relève d’un cinéma portraitiste et comportemental, qui s’intéresse au quotidien, à la banalité des existences, en particulier au sein de la classe populaire afro-américaine : un entraînement de football américain dans les trois minutes de <em>Union</em>, sept minutes consacrées à un garçon faisant du roller sur la Black Lives Matter Plaza à Washington D.C. dans <em>The I and S</em> <em>of Lives</em>, ou encore neuves heures dévolues à une journée de travail en usine dans <em>Park Lanes</em>. L’ensemble de sa filmographie constitue un répertoire assez vertigineux de gestes filmés dans leur pure immanence, sans commentaire ni dramatisation. En apparence anodines, les actions filmées charrient des dynamiques politiques, non en tant que revendications identitaires ou militantes, mais dans leur façon d’aménager et de préserver des espaces collectifs.</p>
<p>Parmi ses films les plus connus,<em> Tonsler Park</em> (2017) suit la journée d’élection du 9 novembre 2016 dans un bureau de vote de Charlottesville, situé dans le quartier afro-américain de Tonsler Park. Le film se compose d’une série de longs portraits des employés accueillant les électeurs, qui contrôlent et distribuent les bulletins. Les plans, très longs et souvent fixes, restituent le déroulement de la journée et font apparaître aussi bien la fatigue que la concentration de chacun. Everson déplace ainsi l’enjeu de l’élection loin du spectacle des débats médiatiques, pour le montrer au plus près du travail des gens ordinaires, invisibles et souvent ignorés. Outre la longue durée des prises, deux choix esthétiques déterminent l’expérience phénoménologique singulière proposée par le film : la bande-son, constituée uniquement de bruits ambiants (un doux brouhaha ponctué de quelques « <em>good morning</em> » ou «<em> thank you</em> ») occulte les échanges des personnes filmées, tandis que la texture granuleuse du 16 mm, combinée à l’usage d’une longue focale, floute ce qui entoure les visages. L’abstraction devient ici la condition pour aiguiser le regard : plutôt que de percevoir une action unifiée, le spectateur devient sensible à la multitude de micromouvements qui la composent – un regard fatigué qui se perd dans le vide avant de se ressaisir, un modeste effort que demande une mimique de politesse envers un électeur, une main se grattant le visage, etc. Tous ces détails, habituellement neutralisés par notre appréhension ordinaire des choses, se révèlent devant la caméra behavioriste d’Emerson, donnant accès à la dimension infinitésimale de l’expérience. L’exigence et la droiture qui traverse l’ensemble de ces gestes acquiert une résonance politique particulière au regard du contexte électoral de ces dix dernières années : dès sa première campagne, Trump avait régulièrement remis en question <a href="https://www.theguardian.com/us-news/2016/oct/16/donald-trump-rigged-election-poll-giuliani-gingrich-pence?" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la fiabilité des bureaux de vote situés dans des quartiers à forte population afro-américaine</a>, les accusant de manipuler le résultat des urnes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331837 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1024x379.jpg" alt width="1024" height="379" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1024x379.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-300x111.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-768x284.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1536x568.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-2048x757.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-980x362.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-2000x740.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></a>
<h2>Khalik Allah — Liturgie des marges</h2>
<p>Photographe et cinéaste new-yorkais, Khalik Allah pratique un art portraitiste relevant toutefois d’une démarche radicalement différente de celle d’Everson. D’abord, par le choix de ses sujets : il ne s’intéresse pas à la classe populaire, mais aux populations marginales prises dans la spirale de la drogue et exposées aux violences policières, en particulier les sans-abris et toxicomanes qui peuplent les rues nocturnes d’Harlem. Ensuite, son esthétique s’inscrit dans le prolongement d’une certaine tradition photographique qui remonte au moins à Walker Evans : les personnes qu’il filme posent souvent devant la caméra, fixant l’objectif avec intensité. La proximité empathique est par ailleurs renforcée par une forte stylisation, qui joue sur des jeux de clairs-obscurs et des contrastes prononcés pour faire ressortir les reflets des lumières urbaines sur la peau. Dans ses moyens et longs-métrages (notamment son film-fleuve de 2020,<em> I Walk on Water</em>), il utilise de nombreux supports filmiques (Super 8, 16 mm, image numérique ou MiniDV), tout en alternant d’un plan à l’autre entre la couleur et le noir et blanc. La diversité des textures crée un effet kaléidoscopique permettant au quartier et ses habitants d’apparaître sous un nouveau jour. Le geste esthétique répond ainsi directement à une exigence éthique et politique : contre une logique stigmatisante, qui assignerait à un groupe social un mode de visibilité unifié et déterminé, Allah entend filmer autrement une population hétérogène. La forme chorale vise à accueillir la richesse sensible des expériences, se composant d’un agrégat de portraits, au sein desquels chaque personne a la possibilité de se mettre soi-même en scène. En résulte une investigation ambivalente de la notion d’identité, qui conjugue une perspective collective avec le souci de préserver les singularités individuelles. La bande sonore joue à ce titre un rôle décisif : elle entrelace tout au long du film un ensemble de voix asynchrones, aux dictions et accents très différents. Allah fabrique ainsi une sorte de flux de conscience polyphonique, au sein duquel, pour reprendre une distinction de Jacques Derrida, chacun <em>participe </em>d’une identité commune sans strictement lui <em>appartenir</em>. La forme composite obtenue acquiert une ampleur opératique qui opère une célébration liturgique des marges.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331838 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="732" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-300x86.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-1024x293.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-768x220.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-1536x439.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-2048x585.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-980x280.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-2000x572.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
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		<title>La fabrique de la couleur : Riton Dupire-Clément, chef décorateur</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-riton-dupire-clement-chef-decorateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-riton-dupire-clement-chef-decorateur/" title="Read  La fabrique de la couleur : Riton Dupire-Clément, chef décorateur">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Quatrième invité : Riton Dupire-Clément, chef décorateur de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/ma-loute-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ma Loute</a><em>, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-verite-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Vérité</a> <em>ou </em>Illusions perdues<em> et président de l’Association des Décorateurs de Cinéma.</em></p>
<p><b>Au fil des précédents entretiens de cette série, il a beaucoup été question des échanges au sujet de la couleur entre les différents postes artistiques. Quelle est la position du chef décorateur dans ces discussions ?</b></p>
<p>Le processus n’est jamais tout à fait identique d’un film à l’autre, car il dépend de la façon dont travaillent mes interlocuteurs principaux, le réalisateur et le chef opérateur. J’ai souvent une idée de la tonalité des couleurs dès la lecture du scénario, avant même de commencer à discuter avec le cinéaste. J’ai pris pour habitude de rédiger une fiche de lecture résumée et critique du scénario dans laquelle j’expose ma vision de l’histoire et du rapport des personnages aux décors. Cette base de travail nous permet de déterminer d’emblée si nos visions s’accordent ou au contraire divergent – et à quel degré – sur l’interprétation des décors. Je considère que je suis davantage au service du scénario que du réalisateur, à qui il m’arrive de proposer des clefs de lecture qui lui auraient échappé, même lorsqu’il est aussi le scénariste. Cet élargissement du champ des possibles est au centre de mon métier, comme les autres postes créatifs sur un film. Lors de ces conversations, les <em>moodboards</em> préparés pour le cinéaste permettent d’orienter les teintes et matières principales qui seront utilisées. De leur côté, les créateurs de costumes ont également ce type d’échanges avec le réalisateur, mais c’est plus tard que je collabore activement avec eux, afin de coordonner les interactions des couleurs et des tissus avec le mobilier, décor par décor.</p>
<p><b>Au-delà de ces </b><em><b>moodboards</b></em><b>, quelle place occupent vos propres références visuelles ?</b></p>
<p>La lecture d’un scénario convoque chez moi des références picturales assez nettes, qu’il s’agisse d’une peinture en particulier ou du travail général d’un ou plusieurs peintres. Lorsque j’ai découvert le scénario de<em>&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/camille-claudel-1915/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Camille Claudel 1915</a></em> de Bruno Dumont, puis lors des premières recherches iconographiques sur l’hôpital de Montevergue où fut internée Camille Claudel, les tableaux d’Édouard Vuillard me sont venus à l’esprit pour les papiers peints du salon et de la salle à manger.</p>
<div id="attachment_331686" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331686" class="size-full wp-image-331686" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg" alt width="2560" height="664" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-300x78.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-1024x266.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-768x199.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-1536x399.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-2048x532.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-980x254.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-2000x519.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331686" class="wp-caption-text"><em>Camille Claudel 1915</em> | © ARP Sélection ; Édouard Vuillard, <em>La balayeuse, 346 rue Saint-Honoré</em>, 1895</p></div>
<p>Pour les décors qui devaient être plus arides, comme la chambre de Camille, j’ai immédiatement pensé aux toiles de Giorgio Morandi, pour leur côté terreux et dénudé, ainsi que la façon dont la chaux peut retranscrire simultanément des couleurs chaudes et froides.</p>
<div id="attachment_331687" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331687" class="size-full wp-image-331687" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg" alt width="2560" height="625" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-300x73.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-1024x250.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-768x187.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-1536x375.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-2048x500.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-980x239.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-2000x488.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331687" class="wp-caption-text"><em>Camille Claudel 1915</em> | © ARP Sélection ; Giorgio Morandi, <em>Natura Morta</em>, 1944</p></div>
<p>Ce dialogue autour de la chaleur ou de la froideur des couleurs arrive très vite avec le réalisateur, souvent bien avant que je ne rencontre le chef opérateur. Il permet d’orienter le regard avant que nous entamions les échanges à trois.</p>
<p><b>Toutes vos références visuelles sont-elles aussi précises ou certaines sont-elles plus abstraites ?</b></p>
<p>Elles sont très liées à la peinture d’une manière générale, mais aussi à la photo, au cinéma, voire à des souvenirs. Quelque part, l’ensemble de cette partie de mon travail est un peu abstrait : la mémoire peut se fonder sur une certaine véracité, mais elle comporte toujours une dose d’idéalisation. Cette part d’interprétation s’applique aussi au souvenir d’un film, d’un reportage, d’une photographie… J’ai continuellement l’impression de faire appel à des souvenirs précis qui s’avèrent être en vérité des interprétations très libres de choses vues ou vécues. C’est cependant la peinture qui m’a familiarisé avec les possibilités d’accords, de mariage et de complémentarité des couleurs. C’est d’ailleurs au sein d’une équipe de peinture que je suis entré dans le monde du cinéma.</p>
<p><b>La façon dont sont perçus vos décors dépend de la lumière qui les éclaire. Comment orientez-vous le travail du chef opérateur pour qu’il ne dénature pas le vôtre ?</b></p>
<p>La lumière fait évidemment partie intégrante d’un décor ; elle en exprime la force et le caractère. Le travail avec le chef opérateur ne diffère pas tellement de celui que j’entreprends avec le réalisateur : je lui détaille mes intentions de couleurs et de matières, ainsi que leurs implications pratiques. Je fais en sorte de faciliter le travail de la lumière, ou en tout cas de la justifier au mieux dans les décors, en y intégrant un maximum de sources lumineuses. Mais si je suis à l’écoute des envies et des besoins du chef opérateur, il importe également que mon travail soit respecté : un éclairage en douche ou des abat-jours translucides qui diffusent beaucoup de lumière peuvent être mortifères pour un décor. Je refuse que l’on fasse n’importe quoi sous prétexte d’arranger la lumière, comme cela peut arriver dans des conditions d’éclairage limitées. Je dois parfois lutter contre les logiques d’embellissement de l’image qui vont à l’encontre du réalisme : par exemple, je ne vois pas pourquoi il faudrait augmenter la luminosité alors que la scène se passe en plein jour ou au milieu de l’été ! Un décor sert souvent la description d’une époque, ou du statut social d’un personnage : en détournant l’usage des sources lumineuses intégrées, on perd cette valeur de narration.</p>
<p><b>Le chef opérateur ne saurait être tenu pour seul garant du respect des couleurs, comme l’ont montré les précédents entretiens de cette série. Comment vous assurez-vous qu’une teinte choisie passera bien à l’image finale telle que vous l’avez conçue ?</b></p>
<p>C’est clairement l’un des points faibles de notre profession. En ce qui me concerne, je n’ai jamais été convié à l’étalonnage, qui est l’apanage du chef opérateur. L’outil informatique permet pourtant aujourd’hui de triturer l’image avec une précision inouïe et donc d’altérer plus que de raison certaines teintes du décor. Mais cela arrive aussi à d’autres étapes du processus créatif : comme je suis rarement présent lors du tournage, je constate parfois <em>a posteriori</em> que certaines couleurs ont été dénaturées par la lumière créée sur le plateau. L’étalonnage peut amplifier ce décalage – en faisant perdre sa superbe à un rouge, ou virer un bleu au vert… Bien heureusement, ces déconvenues ne se retrouvent pas sur tous les projets. Chaque film est un pari : il faut que le chef opérateur respecte mes idées initiales, que le réalisateur tienne compte des intentions données aux couleurs dans les décors et qu’il insuffle cette dynamique aux autres sources de couleurs, notamment les costumes.</p>
<h2>La couleur comme outil</h2>
<p><b>Préférez-vous travailler la couleur en composant des décors de toutes pièces ou en utilisant des décors naturels ?</b></p>
<p>Ces deux exercices sont tout aussi intéressants, mais pour des raisons différentes : le studio permet d’imaginer et de modeler au gré de ses envies tout en se conformant aux exigences du scénario. Au contraire, le décor naturel impose lui-même ses limites, mais ces contraintes forcent à penser différemment, à contourner les obstacles, voire à simplifier une idée. Il en ressort presque toujours une amélioration de l’intention de départ. J’ai en tête un exemple qui se trouve être un mélange de ces deux types de décor, où c’est précisément la couleur qui a fait la différence : sur <em>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan</em> de Ken Scott, nous avions une série de vignettes à faire dans différents cabinets de médecins consultés par le personnage principal et son jeune fils handicapé. Il s’agissait de montrer combien les visites successives étaient nombreuses et improductives. Naturellement, il était trop onéreux de fabriquer autant de décors pour des scènes si courtes et il était impossible de trouver autant de variété dans un même lieu. J’ai donc eu l’idée de créer en studio un cabinet de médecin très simple, assez impersonnel : une pièce carrée avec une fenêtre derrière le bureau. J’ai proposé de garder scrupuleusement le même décor pour chaque médecin, sans rien toucher, à part les rideaux de la fenêtre, dont la couleur variait au gré de la tenue – et surtout de la cravate – du médecin assis devant. La succession de ces quatre décors quasiment identiques appuie l’idée de répétition et de vacuité des consultations, en créant un effet comique un peu décalé.</p>
<div id="attachment_331688" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331688" class="size-full wp-image-331688" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg" alt width="2560" height="1071" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-1024x428.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-768x321.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-1536x643.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-2048x857.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-980x410.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-2000x837.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331688" class="wp-caption-text"><em>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan</em> | © Gaumont</p></div>
<p><b>Comment s’organise votre travail sur des reconstitutions historiques ? Vous autorisez-vous une prise de liberté sur les matières et les couleurs utilisées, ou aspirez-vous à la plus grande véracité historique ?</b></p>
<p>Le travail sur un film d’époque est un exercice de style passionnant. C’est comme marcher sur une ligne de crête : on s’astreint à restituer une époque et une certaine vérité historique, tout en sachant qu’on est plus proche d’un « réalisme » que d’une « réalité ». On compose en permanence entre la connaissance historique et l’inévitable part de relecture, voire de transgression de celle-ci. Cela s’applique autant aux objets, aux meubles ou à des éléments d’architecture qu’aux motifs, aux matières et aux couleurs. En général, sauf si le scénario ou le réalisateur le demandent, je tâche de ne pas exacerber ces pas de côté. Cependant, je peux parfois me permettre de rendre crédible une interprétation, notamment lorsqu’il s’agit d’appuyer une symbolique ou une référence s’apparentant à une autre époque. Je pense à deux exemples : dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-parfum-de-la-dame-en-noir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Parfum de la dame en noir</em></a> de Bruno Podalydès, qui se déroule dans les années 1920, un personnage invente un sous-marin à énergie solaire, ce qui est évidemment anachronique. J’ai toutefois pris le parti de le construire avec des matériaux et des possibilités d’époque : un foudre de vin et des bassines démesurées, un capteur solaire avec une base en bois et des miroirs classiques… Le résultat pouvait ainsi passer pour crédible au sein des autres décors. De même, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/illusions-perdues-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Illusions perdues</em> </a>de Xavier Giannoli tourne autour de la presse dans les années 1820, une époque où le concept de rédaction comme lieu de fabrication d’un journal n’existait pas vraiment ; les journaux n’étaient souvent constitués que d’une feuille et les rédacteurs étaient assez peu nombreux. Nous avons assumé la création d’une sorte d’<em>open space</em> avec beaucoup de journalistes, incluant une presse, un espace de composition et différents bureaux. Je voulais néanmoins rendre cet espace improbable crédible pour l’époque, en jouant sur l’architecture, les matières, les couleurs ; d’où la recherche d’un lieu ancien, bas de plafond, avec des murs que l’on puisse chauler et un sol brut en tomettes, conforme aux vieux immeubles du Paris pré-haussmannien.</p>
<div id="attachment_331689" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331689" class="size-full wp-image-331689" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg" alt width="2560" height="616" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-300x72.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-1024x246.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-768x185.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-1536x370.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-2048x493.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-980x236.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-2000x481.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331689" class="wp-caption-text"><em>Illusions</em> <em>perdues</em> | © Gaumont ; photographie personnelle de Riton Dupire-Clément</p></div>
<p><b>Y a‑t-il des « signatures » parmi les chefs décorateurs ?</b></p>
<p>Je ne suis pas certain qu’on puisse parler de signature, car notre travail est celui d’un caméléon, au service de projets sans cesse renouvelés. Cela suppose de ne pas avoir de marque de fabrique, de « trucs » trop visibles, sinon on risque de ne pas se mettre au service du film concerné. Un décor réussi est un décor dont on oublie qu’il s’agit d’un décor, dont on ne soupçonne pas le travail. Je crois que c’est plutôt cet accomplissement qui fait que certains décorateurs sont recherchés et convoités.</p>
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		<title>A Fidai Film</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:29:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331791</guid>

					<description><![CDATA[<p>A Fidai Film puise sa matière dans une constellation d’archives conservées par les Forces de défense israéliennes, dont certaines sont issues du centre de recherches de la Palestine de Beyrouth, pillé en 1982. Reportages télévisés,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/" title="Read  A Fidai Film">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>A Fidai Film </em>puise sa matière dans une constellation d’archives conservées par les Forces de défense israéliennes, dont certaines sont issues du centre de recherches de la Palestine de Beyrouth, pillé en 1982. Reportages télévisés, photographies, entretiens, documents institutionnels : ces fragments, produits par des Palestiniens, Israéliens ou Libanais, ont pour point commun d’avoir été confisqués, classés et conservés par l’appareil militaire israélien. À partir de ce corpus<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331791_94('footnote_plugin_reference_331791_94_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331791_94('footnote_plugin_reference_331791_94_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331791_94_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331791_94_1" class="footnote_tooltip">Les images ont été captées clandestinement, via les sites en libre accès des archives israéliennes et grâce à l’aide d’un universitaire israélien.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331791_94_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331791_94_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Kamal Aljafari opère un geste de réappropriation pour proposer moins une enquête historique qu’une réflexion sur la possibilité même d’élaborer un contre-récit à la propagande israélienne. Le titre du film condense d’ailleurs d’emblée l’enjeu du geste du cinéaste. « Fida’i » renvoie à l’hymne national palestinien, mais « fidai<em>&nbsp;</em>» (ou<em>&nbsp;</em>« fedayeen ») désigne aussi en arabe un combattant prêt au sacrifice. En Israël, le terme est traduit en hébreu par « saboteur ». Ce déplacement sémantique, qui transforme une figure de résistance en menace, dit déjà la bataille narrative dont ces images font l’objet.</p>
<p>Le cinéma palestinien, né dans le contexte d’une dépossession territoriale et symbolique, se voit logiquement traversé par l’enjeu de ses archives, notamment visuelles. L’une des conséquences du processus de destruction à l’œuvre dans la colonisation est cette injonction constante à justifier et historiciser son existence. Résister à ce discours implique souvent de se ressaisir des traces disponibles. Dans son drame historique <em>Palestine 36</em>, la cinéaste palestinienne Annemarie Jacir utilise par exemple l’intelligence artificielle pour animer des photographies datant des années 1930. Pour <em>A Fidai Film</em>, l’enjeu de la reconstitution est inscrit dans la nature même du récit. La forme de la narration est interrogée par un dispositif à rebours des canons du documentaire narratif classique ; pas de voix off, pas d’entretiens dépliant les enjeux ou de figures guidant les spectateur·rices. Le propos naît des frictions entre les plans et le film avance tantôt par associations, tantôt par retours. À plusieurs reprises, les archives sont striées d’interventions plastiques : des taches rouge vif recouvrent les corps de colons dans une publicité israélienne ; des flammes sont ajoutées aux maisons palestiniennes, etc. Ce geste, qui pourrait apparaître comme une altération, relève au contraire d’une logique de révélation : le rouge est à la fois la résurgence du sang caché et la clef pour reconquérir les images – c’est aussi le rouge de la chambre noire photographique, à partir de laquelle la violence pourra être mise au jour.</p>
<p>La force du film tient alors à son traitement de la matérialité de l’image, dans toute sa diversité : noir et blanc ou couleur, pellicule ou numérique – jusqu’aux <em>timecodes </em>qui persistent à l’écran,&nbsp; rappelant l’origine des documents. Cette dimension est aussi un rappel du risque de leur altération et de leur dissolution. À la fin du film, les images se déforment et laissent apparaître des silhouettes étirées, comme si elles allaient disparaître. Le geste du cinéaste trouve à cet endroit sa portée profondément politique. <em>A Fidai Film</em> n’est pas seulement un film de montage, mais bien de remontage : il travaille contre l’ordre premier des archives, leur classement et leur fonction probatoire. À la linéarité de la fable politique, Aljafari substitue une reconstruction. La tension du film réside dès lors dans son mouvement entre opacité et universalité ; si le puzzle qui se construit sous nos yeux n’est pas toujours simple à saisir, du fait de l’absence d’indication spatiale ou temporelle, c’est parce que l’espace qu’il s’attelle à mettre en exergue relève d’une autre logique : celle de la domination coloniale.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331791_94();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331791_94();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331791_94">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331791_94" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331791_94('footnote_plugin_tooltip_331791_94_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331791_94_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Les images ont été captées clandestinement, via les sites en libre accès des archives israéliennes et grâce à l’aide d’un universitaire israélien.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331791_94() { jQuery('#footnote_references_container_331791_94').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331791_94').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331791_94() { jQuery('#footnote_references_container_331791_94').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331791_94').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331791_94() { if (jQuery('#footnote_references_container_331791_94').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331791_94(); } else { footnote_collapse_reference_container_331791_94(); } } function footnote_moveToReference_331791_94(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331791_94(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331791_94(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331791_94(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/">A Fidai Film</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Parallax — Jugement à Nuremberg et Nuremberg</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-jugement-a-nuremberg-et-nuremberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le procès de Nuremberg de James Vanderbilt rappelle celui de Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer (1963). Certes, Nuremberg...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-jugement-a-nuremberg-et-nuremberg/" title="Read  Parallax — Jugement à Nuremberg et Nuremberg">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le procès de </em>Nuremberg <em>de James Vanderbilt rappelle celui de </em>Jugement à Nuremberg<em> de Stanley Kramer (1963).</em></p>
<p>Certes, <em>Nuremberg</em> (2026) et <em>Jugement à Nuremberg</em> (1963) ne mettent pas en scène le même procès : le film de James Vanderbilt se concentre sur le jugement des derniers officiels nazis en 1946, parmi lesquels Hermann Göring, tandis que celui réalisé par Stanley Kramer reconstitue le « procès des juges » tenu l’année suivante, qui condamnera les magistrats ayant mis en œuvre les lois antisémites. Leur visée narrative et discursive est cependant analogue : démontrer la culpabilité d’accusés niant leur connaissance des atrocités du Reich – qui nous sont rappelées, au mitan des procès, par l’utilisation d’images d’archives authentiques des camps de concentration. Pourquoi réveiller le souvenir des procès de l’Allemagne nazie ? Si <em>Nuremberg</em> et <em>Jugement à Nuremberg</em> avertissent sur « la banalité du Mal », ils procèdent selon des angles singuliers qui affinent l’horizon assez convenu d’une mise en garde (bien que celui-ci soit quelque peu martelé chez Vanderbilt, qui dresse plusieurs parallèles entre l’Allemagne d’alors et les dérives fascistes états-uniennes d’aujourd’hui<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331670_96('footnote_plugin_reference_331670_96_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331670_96('footnote_plugin_reference_331670_96_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331670_96_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331670_96_1" class="footnote_tooltip">Göring cite notamment un slogan hitlérien très proche du « <em>Make America Great Again</em> » trumpiste.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331670_96_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331670_96_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>).</p>
<p>Ainsi de la manière dont les cinéastes s’accommodent de la question de la langue, souvent épineuse dans le cas de films historiques calibrés pour le grand public américain et donc contraints de faire parler leurs personnages en anglais. Après une mise en place où l’on entend les personnages s’exprimer en allemand, Kramer et Vanderbilt vont rapidement tricher afin de troquer la langue de Goethe pour celle de Shakespeare. <em>Nuremberg</em> intègre cette donnée au récit, en imaginant que Göring (Russell Crowe) sait parler anglais, mais qu’il le dissimule de prime abord afin d’épier discrètement ses geôliers américains. Kelley, psychiatre de Göring, voit clair dans son jeu et poussera son patient à révéler la supercherie, ce qui marque dans le film le rapprochement des deux personnages. Kramer assume quant à lui cette convention, en mettant en scène – comme John McTiernan dans <em>À la poursuite d’Octobre rouge</em> (1990) ou <em>Le Treizième guerrier</em> (1999) – la bascule d’une langue à l’autre. Durant les premières prises de parole, Kramer détaille le processus de traduction interne au procès : les signaux lumineux pour interrompre les tirades trop longues, le box insonorisé où sont installés des interprètes, les casques sur toutes les oreilles pour entendre la traduction instantanée. Puis, quand l’avocat allemand Rolfe (Maximilian Schell) est appelé à la barre, la caméra s’élève au-dessus de la vitre du box des interprètes et un brusque zoom resserre le plan sur Rolfe, qui s’exprime dès lors en anglais – maintenant que nous avons compris comment s’organise le ping-pong entre les deux langues, le film nous en dispense et tout le monde parle la même.</p>
<p>À travers ces astuces, deux rapports à l’autre s’établissent. Chez Kramer, le peuple allemand tout entier constitue une source d’incompréhension – « comment ont-ils pu laisser faire de telles horreurs ? » serait la question du film – que l’appareil judiciaire va permettre d’éclaircir, en commençant par briser la barrière de la langue. Le zoom, isolant Rolfe au milieu de la grande machine judiciaire, indique de plus l’articulation que le film dépliera entre une échelle collective (le gouvernement nazi dont les juges, aujourd’hui sur le banc des accusés, furent les exécutants) et individuelle (la responsabilité de tous ceux qui ont facilité, par leur collaboration, l’application des doctrines antisémites). Dans le film de Vanderbilt, le fossé entre américains et nazis s’avère en revanche moins important : derrière les apparences, les deux camps parlent le même langage. Le choix d’un protagoniste psychiatre, plutôt que juge, déplace leur rapport sur un terrain interpersonnel. Le nazisme ne figure plus alors une inconnue insondable, mais arbore un visage humain. Là où <em>Jugement à Nuremberg</em> tente en 1963 d’élucider une période sombre de l’histoire pour en dresser le bilan, <em>Nuremberg</em>, en 2026, rappelle que les agents du fascisme sont plus proches de nous qu’on pourrait le croire.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331670_96();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331670_96();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331670_96">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331670_96" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331670_96('footnote_plugin_tooltip_331670_96_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331670_96_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Göring cite notamment un slogan hitlérien très proche du « <em>Make America Great Again</em> » trumpiste.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331670_96() { jQuery('#footnote_references_container_331670_96').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331670_96').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331670_96() { jQuery('#footnote_references_container_331670_96').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331670_96').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331670_96() { if (jQuery('#footnote_references_container_331670_96').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331670_96(); } else { footnote_collapse_reference_container_331670_96(); } } function footnote_moveToReference_331670_96(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331670_96(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331670_96(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331670_96(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-jugement-a-nuremberg-et-nuremberg/">Parallax — Jugement à Nuremberg et Nuremberg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Orwell : 2+2=5</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orwell-225/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>S’inscrivant dans la veine «&#160;archiviste&#160;» de Raoul Peck (I’m not Your Negro et Ernest Cole, photographe), 2+2=5 propose une « lecture » de George Orwell. Mais attention : le terme doit s’entendre ici dans son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orwell-225/" title="Read  Orwell : 2+2=5">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>S’inscrivant dans la veine «&nbsp;archiviste&nbsp;» de Raoul Peck (<em>I’m not Your Negro</em> et <em>Ernest Cole, photographe</em>), <em>2+2=5</em> propose une « lecture » de George Orwell. Mais attention : le terme doit s’entendre ici dans son acception la plus littérale, et non comme une interprétation ou une analyse de son œuvre. L’écrivain pourrait même être crédité en tant que scénariste : son journal, rédigé à la fin de sa vie en Écosse, est lu par la voix off d’Eric Ruff, au timbre chaud et profond, qui donne l’impression de s’être égaré à une heure tardive sur les ondes de France Culture. À l’image, Raoul Peck brasse une masse importante d’archives venues du monde entier, du XXème siècle à aujourd’hui, pour illustrer les analyses politiques de l’auteur de <em>1984</em>. On y trouve aussi bien des archives familiales (pour accompagner les passages sur l’enfance de l’auteur), que des extraits de films, de journaux télévisés, de publicités, de documentaires amateurs ou encore des affiches et des photographies de guerre convoqués afin d’illustrer sa vision du totalitarisme. Orwell évoque la guerre ? Les ruines de Berlin en 1945, puis celles de l’Ukraine ou de Gaza aujourd’hui se succèdent alors à l’écran. Il écrit sur le pouvoir des dictateurs ? Défilent pêle-mêle les portraits de Hitler, de Staline, mais aussi de Poutine, Xi Jinping ou Trump. Telle est la thèse du film, martelée à chaque nouvelle séquence : Orwell était un visionnaire, il avait tout prévu.</p>
<p>On peut opposer à ce parti pris deux réserves. D’abord, cette manière d’appréhender l’œuvre n’est pas nouvelle – elle est même devenue un lieu commun que l’on retrouve dans les dissertations de philo au lycée. Ensuite, elle s’appuie sur le mythe convenu de l’écrivain visionnaire. Or, extrapolant ses diagnostics dans un univers fictif et futuriste, Orwell n’a rien prophétisé ; il a décrit, à partir des dictateurs de son époque, les mécaniques du totalitarisme dans une perspective structurelle. Que ses observations conservent une part de pertinence des décennies plus tard n’est donc pas si surprenant. Le constater avec componction, sans chercher à penser Orwell au présent (c’est-à-dire en confrontant ses constats aux mutations du contemporain) revient surtout à panthéoniser l’auteur, qui n’en a pourtant guère besoin. Les textes d’Orwell ont depuis longtemps quitté le champ littéraire pour entrer dans le langage courant – cf. par exemple le terme de « novlangue ». Par sa déférence,<em> 2+2=5</em> n’évite d’ailleurs pas le piège de l’antienne, comme le montre un trait formel récurent : en plus d’être lues, les citations les plus célèbres de l’écrivain sont inscrites à l’écran (dans une improbable police bariolée), comme réduites à de simples slogans publicitaires, voire à des mantras – «&nbsp;<em>La guerre, c’est la paix</em>&nbsp;», etc.</p>
<h2>1=1</h2>
<p>Si l’œuvre d’Orwell ne gagne donc pas grand-chose à cette mise en documentaire, les archives, elles, perdent de leur substance en étant passées à la moulinette discursive. Le titre du film rappelle une fameuse expression de Godard à propos du montage : « 1+1=3 », signifiant que la collision entre deux images distinctes en produisait une troisième. La formule qui conviendrait le mieux au film de Peck serait plutôt : 1=1, soit la simple égalité tautologique. Bien que le montage ratisse large (extraits de films, de journaux TV, de publicités, de documentaires amateurs, des photographies de guerre, etc.), cette diversité de matériaux se fond dans un flux homogène subordonné à l’illustration d’une thèse. Peck procède par énumération : les plans s’accumulent pour illustrer un concept général énoncé en commentaire (la société de surveillance, la misère, la militarisation des corps, etc.). L’ensemble donne l’impression d’avoir été construit à partir d’une recherche par mots-clés dans une vaste banque d’images universelle, où chaque fragment n’est plus envisagé pour ses propriétés plastiques mais pour sa valeur thématique. Dans ce diaporama redondant, la parole supplante donc l’image, mais cette hiérarchie révèle un paradoxe plus profond entre réel et analyse politique : les images du monde semblent convoquées pour glorifier la pensée d’Orwell, alors que celle-ci devrait justement, en principe, servir à mieux&nbsp; comprendre le monde.</p>
<p>Cette homogénéisation trahit par ailleurs une contradiction qui neutralise la portée du film : elle est le fruit de certains standards du documentaire télévisuel. En témoigne un procédé appliqué à l’ensemble des photographies : un léger zoom numérique qui vient recadrer l’image d’origine. Loin d’un usage critique qui viserait, par exemple, à attirer l’attention sur un détail pour renverser la structure préexistante de l’image, le mouvement vient toujours se concentrer sur l’élément saillant que la composition mettait d’emblée en valeur. Alors qu’il finit presque par devenir imperceptible à force d’être employé, ce zoom interpelle au moment où il est appliqué à la photographie, très médiatisée, du cadavre du petit Aylan, un enfant syrien de trois ans échoué sur une plage turque. Le procédé a cette fois un effet précis, celui de renforcer l’indignation produite par l’image, comme si elle n’était pas déjà suffisamment intolérable par elle-même. Si Peck est libre de ne pas respecter l’intégrité de l’archive, on peut s’interroger sur la motivation de ses manipulations. Ce type de recadrage a été maintes fois employé dans le cinéma militant d’agit-prop, auquel pourrait être affilié <em>2+2=5</em>. Le célèbre court-métrage pamphlétaire <em><a href="https://vimeo.com/426503747" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Now!</a></em> de Santiago Álvarez y recourait notamment pour figurer des scènes d’une grande violence : les crocs d’un chien enfoncés dans le corps d’un homme noir, le pied d’un policier blanc écrasant le visage d’un manifestant au sol, etc. Les zooms et dézooms très rapides, associés à un montage saccadé, y étaient mobilisés pour leurs propriétés cinétiques ; ils participaient d’une stratégie formelle visant à convertir la colère suscitée par ces images en mouvement de révolte, porté par le chant révolutionnaire de Lena Horne. Dans le cas de la photographie d’Aylan, le procédé relève davantage d’une convention télévisuelle prohibant l’image fixe au profit de la stimulation visuelle permanente, qu’il s’agisse d’une photographie de la famille Orwell ou d’un portrait de Donald Trump glané sur Google Images.</p>
<p>Ce formatage est palpable à plusieurs endroits : la musique omniprésente, les plans de drone, la typographie numérique mimant la machine à écrire, etc. Autant de procédés qui permettent certes d’insuffler du rythme, mais laissent peu de place pour penser : <em>Orwell : 2+2=5</em> conçoit avant tout le lien entre art et politique sur le mode du discours édifiant. À la fin du film, l’écran devient noir tandis que la voix off, citant Orwell, interroge d’un ton sentencieux : « <em>Commencez-vous à voir le monde tel que nous l’avons créé ?</em> » Par cet effet rhétorique performatif, l’écrivain s’adressait directement à ses lecteurs, validant par anticipation l’efficacité de ses démonstrations. Avec le fond noir, Peck s’approprie le procédé, comme s’il parlait&nbsp; lui aussi aux spectateurs du film. Mais l’effet manque sa cible : au lieu d’organiser un dessillement, le film a surtout recyclé deux heures durant la pensée d’un auteur déjà largement canonique.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Is This Thing On?</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/is-this-thing-on/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Maestro, film passé trop inaperçu, Bradley Cooper s’affirmait comme un metteur en scène&#160;; avec Is This Thing On?, on peut désormais le considérer comme un auteur. Mais qu’est-ce au juste qu’un auteur, cette étiquette...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/is-this-thing-on/" title="Read  Is This Thing On?">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maestro/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Maestro</em></a>, film passé trop inaperçu, Bradley Cooper s’affirmait comme un metteur en scène&nbsp;; avec <em>Is This Thing On</em><em>?</em>, on peut désormais le considérer comme un auteur. Mais qu’est-ce au juste qu’un auteur, cette étiquette qui n’a plus très bonne presse à l’heure où l’on détricote les abus de pouvoir d’artistes-tyrans ? L’erreur est qu’on l’envisage comme un créateur tout puissant, une figure démiurgique frappée du génie. Un auteur, c’est pourtant autre chose&nbsp;: moins l’inventeur d’une œuvre que le produit de sa cohérence interne. Bradley Cooper est un auteur parce que les trois films qu’il a réalisés à ce jour nouent un dialogue à partir duquel on peut commencer à entrevoir un rapport au monde et au cinéma – soit, pour Serge Daney, la définition d’un cinéaste. Trêve de sémantique critique, partons du début&nbsp;: Alex (Will Arnett) et Tess (Laura Dern) se séparent après vingt-cinq ans de mariage. La fin de leur histoire est actée dans un mélange de fatalité et de douceur, sur les cendres d’une complicité encore tiède. Le couple s’échappe d’une soirée entre amis avec un <em>space cookie</em> qu’ils partagent avant de se quitter, on le comprend, pour de bon. Alex semble éteint, KO debout, lorsqu’il dit au revoir à sa future ex-femme sur le quai d’un train de banlieue qu’il manque de prendre avec elle – les habitudes de vieux couple ont la vie dure. Cooper filme la scène dans la longueur, pour signifier le vide dont est saisi le personnage&nbsp;: et maintenant, que faire&nbsp;? Alex ne rentre pas chez lui, passe devant un bar&nbsp;; il se dit qu’il prendrait bien un verre, mais il lui faut d’abord payer 15 dollars, car il ne s’agit pas d’un établissement comme les autres, mais d’un <em>comedy club</em>, le fameux Comedy Cellar. L’entrée est toutefois gratuite, à condition de monter sur scène. Voilà comment tout s’amorce, par un homme légèrement <em>stone</em> qui veut tuer le temps et économiser quelques billets – on apprendra pourtant plus tard qu’Alex travaille dans la finance et qu’il gagne bien sa vie.</p>
<p>Et puis, un miracle s’opère. La caméra suit Alex monter sur la petite scène du club, sans décadrer vers le public attablé dans l’ombre. Hésitant, il commence à parler, avant d’esquisser quelques blagues sur sa vie maritale sinistrée. Une poignée de rires fusent, d’abord timides, ensuite un peu plus francs&nbsp;; le personnage ne s’en sort pas trop mal, puis c’est déjà terminé. Cette scène matricielle sera ultérieurement commentée par des habitués du lieu, qui jugeront la prestation d’Alex pas terrible, mais d’une innocence rafraîchissante. En tant que spectateur, cependant, on hésite&nbsp;: il y a bien quelque chose de merveilleux qui vient de s’opérer dans le dénuement de ce visage exposé à la lumière. Ce à quoi on vient d’assister, c’est au spectacle d’un homme se «&nbsp;rallumant&nbsp;» en direct parce qu’il verbalise simplement à voix haute ses constats désabusés et sa frustration de futur divorcé. Titre astucieux&nbsp;: si «&nbsp;<em>Is this thing on </em><em>?</em>&nbsp;» désigne de prime abord le micro du <em>stand-upper</em>, il renvoie en vérité ici à deux autres données, la flamme intérieure du personnage, puis son couple, qui va tour à tour switcher du «&nbsp;<em>off</em>&nbsp;» au «&nbsp;<em>on</em>&nbsp;» (dans la tradition de la comédie de remariage). Retenons l’essentiel&nbsp;: la «&nbsp;chose&nbsp;» du titre est un sentiment.</p>
<p>Celles et ceux qui ont vu les précédents films de Bradley Cooper reconnaîtront peut-être une modalité de séquence aperçue dans <em>A Star is Born</em>, premier film un peu terne mais témoignant déjà d’une attention remarquable envers les comédiens, et le très beau <em>Maestro</em>, qui organisait une circulation entre le spectacle et son envers, pour faire du monde non pas une scène (l’adage shakespearien repris par Hollywood «&nbsp;<em>All the world is a stage</em>&nbsp;»), mais des coulisses. Il est frappant de constater à quel point dans chacun de ses films, qui dressent pourtant le portrait d’artistes, Cooper s’intéresse peu au public. Contrairement à un certain cinéma académique destiné aux Oscars – pour prendre un exemple récent, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hamnet/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hamnet</a> </em>tombe les deux pieds dans cet écueil –, l’émotion ne se joue pas dans la mise en abyme d’une vibration collective, mais dans le surgissement d’un éveil intime dont les destinataires premiers ne sont pas les spectateurs et spectatrices. Comme Bernstein, Alex joue d’abord pour lui, et ensuite pour sa femme (mais sans le savoir&nbsp;; la scène qui les réunit au Comedy Cellar en sera d’autant plus belle). Et c’est parce que Cooper croit fermement en la possibilité qu’une scène puisse être le théâtre d’un miracle pour ses protagonistes qu’elle en devient un pour nous – le public, le vrai. Ce qui compte ici n’est pas la technicité de l’apprenti performeur, mais la manière dont la caméra observe un acteur comme on ne l’a jamais filmé. Will Arnett est très drôle (il l’a prouvé avec son rôle de magicien foireux dans <em>Arrested Development</em>), mais il n’a pas vraiment jusqu’ici été pris au sérieux, c’est-à-dire pour ce qu’il est. Pour ça, nul besoin de lui faire endosser un rôle dramatique ou de lui confier une partition lacrymale&nbsp;; Cooper s’attarde plutôt sur les fluctuations de son visage, le manque d’assurance de son regard, l’affirmation progressive de ses gestes, l’acclimatation croissante à une situation qui pourrait en décontenancer plus d’un. Il ne filme pas la naissance d’une star – Alex restera un amateur –, mais l’avènement d’un acteur et d’un personnage.</p>
<h2>De la sincérité</h2>
<p><em>Is This Thing On</em><em>?</em> n’a pas la finesse et l’élégance formelle de <em>Maestro</em>&nbsp;; il est même probable que Cooper revendique une modestie proche de la vision du stand-up que donne le film. En témoigne cette manière de construire le récit en une succession de tranches de vie ponctuées de fondus au noir, qui ramènent chaque petit bloc à une matière de scène intime, d’anecdote semblable à celles qu’Alex raconte sous les spotlights des <em>comedy clubs</em> qu’il fréquente assidûment. Les légers tremblements de la caméra (portée à l’épaule) ou les décadrages saccadés sont les marques d’une fébrilité qui cohabite toutefois avec une auscultation minutieuse des comédiens et comédiennes, en particulier le tandem Arnett-Dern. À bien des égards, <em>Is This Thing On</em><em>?</em> est une étude matrimoniale qui ménage un équilibre étonnant entre la patience dont sont capables deux époux soudés par l’écoulement des années et la cruauté du regard lucide que chacun porte l’un sur l’autre. Ce montage haché, oscillant entre séquences longuement dépliées et coupes abruptes, est par ailleurs un moyen de se concentrer sur l’essentiel. Du travail d’Alex, on ne verra par exemple que de vagues signes – ces élégants costumes qu’il porte de temps à autre –, pour cantonner l’étude du personnage à un triple décor&nbsp;: le couple, la famille (deux cadres qui à la fois se recoupent et sont dissemblables&nbsp;; une autre chose que le film déplie avec précision) et la scène de stand-up, figurée comme une extension directe de la vie intime du personnage. À la manière des glissements scéniques de <em>Maestro</em>, Alex transitera d’ailleurs au détour d’une séquence, de manière imperceptible, entre une chambre à coucher et le Comedy Cellar pour hurler sa rage.</p>
<p>Dans cette perspective, le stand-up s’affirme comme un moyen de se redresser en cultivant sa part de «&nbsp;<em>down</em>&nbsp;»&nbsp;; au cours d’un dialogue tardif, les deux époux se définiront d’ailleurs comme des «&nbsp;<em>downers</em>&nbsp;», des déprimés. On se souvient alors d’un autre moment clef du prologue, lors de la soirée entre amis où le couple Novak était convié. L’un des hôtes entrait dans le champ en se vautrant et en renversant une brique de lait sur un tapis. Ce n’est que lorsqu’il se redressait (<em>down and up</em>, là encore), drogué et un sourire implacable aux lèvres, qu’on découvrait son visage&nbsp;: celui de Bradley Cooper lui-même. Le cinéaste se caste ici dans un second rôle d’acteur de seconde zone qui joue en sous-main les marraines bienveillantes, donnant même à Alex la clef pour «&nbsp;renverser&nbsp;», littéralement (sans trop en dire&nbsp;: il lui faudra retourner sur elle-même une photo encadrée), la dynamique du divorce annoncé. À ce sujet, un mot sur un malentendu pénible&nbsp;: de manière incompréhensible, Cooper-cinéaste a outre-Atlantique une réputation de narcissique se donnant le beau rôle, sa performance empostichée de Bernstein lui ayant valu l’accusation de courir après un Oscar, alors même que le film se révélait surtout un cadeau magnifique offert à Carey Mulligan, son véritable centre. C’est mal comprendre Cooper que de lui prêter des intentions cyniques quand on voit ses films, animés par la même «&nbsp;innocence&nbsp;» que l’on trouve aux performances d’Alex. Cooper est l’inverse d’un cynique, parce qu’il croit. Il croit que du temps et de l’attention peuvent révéler un visage&nbsp;; qu’un homme englué dans une routine mortifère peut retrouver un élan en prenant la parole&nbsp;; qu’un couple peut réinventer un horizon amoureux en s’écoutant longuement&nbsp;; qu’une reprise enfantine de <em>Under Pressure</em> peut constituer un point d’orgue émotionnel, si tant est qu’on y mette du cœur à l’ouvrage. La qualité première de Cooper est sa sincérité&nbsp;; une qualité pas très estimée, que l’on met souvent en avant pour les maladroits volontaires, mais dont il tire la singularité de son regard et qui fait désormais de lui un cinéaste à part dans le champ du cinéma américain contemporain. Un autre exemple&nbsp;: le sourire béat dont accouche la dernière séquence parvient à esquiver le spectre du stéréotype parce qu’il est le produit d’un autre cliché, cette fois photographique. Ce dernier, qui immortalise de façon triviale le visage médusé de Tess, devient une preuve d’amour terminale en cela qu’il renvoie à une perception juste de son être. C’est tout ce qu’elle demandait, elle aussi&nbsp;: qu’on la regarde <em>vraiment</em>.</p>
<p><strong>N.B.&nbsp;</strong>: Dans sa critique d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Ella McCay</em></a>, Marin Gérard concluait ainsi son éloge de James L. Brooks&nbsp;: «&nbsp;<em>Bref, il continue </em><em>à y croire – on ne demande rien de plus à </em><em>Hollywood</em>&nbsp;». Bonne nouvelle pour lui, pour nous, pour tout le monde&nbsp;: Bradley Cooper fait des films.</p>
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		<title>Le Son des souvenirs</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-son-des-souvenirs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un soir de septembre 2015 à&#160;Venise, je me souviens avoir assisté à&#160;la projection presse de La Rivière sans fin d’Oliver Hermanus, présenté en compétition. Jamais je n’ai vu, encore à ce jour, un film être...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-son-des-souvenirs/" title="Read  Le Son des souvenirs">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un soir de septembre 2015 à&nbsp;Venise, je me souviens avoir assisté à&nbsp;la projection presse de <em>La Rivière sans fin </em>d’Oliver Hermanus, présenté en compétition. Jamais je n’ai vu, encore à ce jour, un film être aussi mal reçu par une salle : huées copieuses, mines furax à la sortie, exaspération collective d’avoir vu la Mostra programmer un film aussi épouvantable. L’accueil fut tel que le film, pourtant une coproduction française avec Nicolas Duvauchelle, ne sortit pas de notre côté des Alpes. Dix ans plus tard, le Sud-Africain s’est refait une santé ; il a foulé un autre tapis rouge, plus prestigieux encore (celui de Cannes, où le film concourait pour la Palme d’or), et son <em>History of Sound</em> a même reçu quelques timides applaudissements lors de sa présentation devant les journalistes – mais cela fait un moment que la presse cannoise sait se tenir et garde son mécontentement muet. Les deux films partagent néanmoins un écueil semblable : le choix d’un ton sur ton qui sabote de l’intérieur l’élan mélodramatique qu’ils comptent embrasser. Hermanus raconte ici la vie de Lionel (Paul Mescal), un musicien qui, lors de ses études à Boston, tombe amoureux de David (Josh O’Connor). Leur liaison s’interrompt toutefois rapidement lorsque la Première Guerre mondiale éclate <i id="mwJA">–</i> David est mobilisé. À son retour, ce dernier propose à son amant de mener un projet atypique : voyager de village en village dans le nord des États-Unis pour enregistrer des morceaux populaires et sauvegarder ainsi un patrimoine oral méconnu. Si on imagine que le réalisateur envisage sa mise en scène à l’image de ces chansons folk «&nbsp;<em>sans fioritures</em>&nbsp;», ce choix esthétique est en contradiction avec la promesse formulée dans l’ouverture&nbsp;: Lionel confie ne pas seulement entendre la musique, mais aussi la goûter et la visualiser, en assimilant chaque note à&nbsp;une couleur distincte.</p>
<p>À l’écran, c’est tout l’inverse : le Kentucky, les forêts du Maine, le campus de Boston, Rome ou une université anglaise se fondent dans les mêmes teintes désespérément marronnasses, comme si le film était plongé dans un automne dont on ne voyait jamais le bout. Ce quasi hiératisme pourrait se justifier si Hermanus ne confondait pas rigueur <i id="mwJA">–</i> bien que certaines scènes témoignent d’un savoir-faire de découpage qui excède la simple mise en boîte <i id="mwJA">–</i> et raideur. La forme paraît délibérément terne pour faire ressortir la composition feutrée des interprètes (Mescal et O’Connor dans un remake intello de <em>Brokeback Mountain</em>) et la beauté des ballades que les deux compères enregistrent. L’émotion se veut ténue, se faufilant à&nbsp;travers les scènes comme les mauvaises herbes dépassent du sol, mais le résultat est bien trop maussade pour qu’on partage les sentiments contenus des personnages.</p>
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		<title>Woman and child</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/woman-and-child-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En l’espace de cinq ans, trois films ont solidement installé Saeed Roustaee dans le paysage du cinéma iranien et mondial. Cette productivité n’est pourtant pas le gage d’une montée en puissance : si La Loi...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/woman-and-child-2/" title="Read  Woman and child">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En l’espace de cinq ans, trois films ont solidement installé Saeed Roustaee dans le paysage du cinéma iranien et mondial. Cette productivité n’est pourtant pas le gage d’une montée en puissance : si <em>La</em> <em>Loi de Téhéran</em> était un film inégal, il promettait davantage que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/leila-et-ses-freres-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Leïla et ses frères</em></a>, qui lui-même présentait davantage d’intérêt que <em>Woman and Child</em>. Si le récit est encore habité d’une volonté de prendre son temps – Roustaee met près d’une heure à&nbsp;planter les graines de son drame –, cette histoire d’infirmière confrontée à&nbsp;une série de catastrophes qu’on ne détaillera pas (un drame familial et une cascade de trahisons) consiste à&nbsp;mettre en place un piège narratif où la <em>mater dolorosa </em>se retrouvera prise en étau. La mise en scène accompagne dans un premier temps la logique dramaturgique, entre la stratification des interactions (la plongée sur la cour intérieure de l’appartement central, pour voir le fils de l’héroïne dévaler les étages) et la montée d’une tension (un portail filmé de haut, contre lequel s’agglutinent des enfants). On remarquera dans ces deux exemples que le cinéaste prend une certaine hauteur, sans doute pour instiller le sentiment d’un <em>fatum</em>, mais il serait aussi possible d’assimiler ce regard à&nbsp;un surplomb. La foudre qui s’abat sur les personnages-victimes est après tout de son fait.</p>
<p>À partir du moment où le film bascule, difficile de voir autre chose que l’engrenage se refermant centimètre par centimètre, avec des relances dramaturgiques tous les quarts d’heure pour enfoncer l’héroïne un peu plus. Seule une poignée de champs-contrechamps plutôt beaux, articulés autour du regard d’une petite fille désarmant la dégueulasserie d’un adulte, émerge de cette deuxième partie qui avance comme un rouleau compresseur. Qui est écrasé ? L’infirmière, évidemment, mais aussi le spectateur, assommé par cette manière effrénée de forcer l’empathie.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/woman-and-child-2/">Woman and child</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>The Scores (ep.6) : Roxanne Gaucherand</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-6-roxanne-gaucherand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331696</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Roxanne Gaucherand réalise des films et des clips. Petite quête annexe audio à travers des niveaux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-6-roxanne-gaucherand/" title="Read  The Scores (ep.6) : Roxanne Gaucherand">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Roxanne Gaucherand réalise des films et des clips.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" title="Outsiders: The Scores w/ Roxanne Gaucherand @ Kiosk Radio 18.02.2026 by Kiosk Radio" width="500" height="400" scrolling="no" frameborder="no" src="https://w.soundcloud.com/player/?visual=true&amp;url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F2269286570&amp;show_artwork=true&amp;maxheight=750&amp;maxwidth=500"></iframe></p>
<p>Petite quête annexe audio à travers des niveaux et des scènes.</p>
<p>« <em>Traveller from beyond the Fog, let my hand rest upon you, for but a moment.</em> »</p>
<h2><em>DONNIE DARKO </em>BY RICHARD KELLY</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Donnie Darko</em> est un objet étrange : teen movie mélancolique, thriller fantastique sur fond d’apocalypse. Je l’ai découvert ado et j’ai été immédiatement fascinée. C’était le premier film où je ressentais une nostalgie teintée de malaise pour une époque récente que je n’avais pas vécue. Un film très « <em>eerie </em>».</p>
<p>Donnie est un ado somnambule constamment dans un état second à cause de ses anxiolytiques. Une nuit, il est réveillé par une voix, comme dans un début de jeu vidéo. Un PNJ en costume de lapin lui annonce la fin du monde. Il devient notre avatar : corps flottant, entre deux états, qui suit les quêtes annexes données par le lapin jusqu’à une fin inéluctable.</p>
<p><em>“Donnie Darko” is a strange object: a melancholic teen movie, a fantastical thriller set against an apocalyptic backdrop. I discovered it as a teenager and was immediately fascinated. It was the first film that made me feel a kind of nostalgia tinged with unease for a recent era I hadn’t lived. A very eerie film.</em></p>
<p><em>Donnie is a sleepwalking teenager, constantly dazed from his anti-anxiety medication. One night, he’s awakened by a voice, the kind you’d hear at the start of a video game. An NPC in a rabbit costume announces the end of the world. He becomes our avatar: a floating body, in between two states, following the side quests given by the rabbit until an inevitable ending.</em></p>
<h2><em>CHRONO TRIGGER</em></h2>
<p><strong>02′15″ ♪ Yasunori Mitsuda — Secret of the Forest&nbsp;</strong></p>
<p>Un jeu culte sorti en 1995 sur Super Nintendo, où des aventuriers voyagent dans le temps et découvrent que le monde court à sa destruction. Chaque époque a son propre traitement visuel et sa bande son. Mitsuda a dû être super ingénieux pour proposer des thèmes plus longs, plus évolutifs et plus riches que dans la plupart des jeux de l’époque. Je suis tombée sur ce morceau pendant une insomnie, en lançant au hasard des bandes-sons de jeux vidéo pour m’endormir et ça m’a bien téléportée.</p>
<p><em>A cult game released in 1995 on Super Nintendo, where adventurers travel through time and discover that the world is heading toward destruction. Each era has its own visual style and soundtrack. Mitsuda must have been pretty inventive to create themes that were longer, more evolving, and richer than most game music at the time. I stumbled upon this track during a sleepless night, randomly playing video game soundtracks to fall asleep, and it truly transported me.</em></p>
<h2><em>DOSHIN THE GIANT</em></h2>
<p><strong>04′27″ ♪ Tatsuhiko Asano — Yellow Giant</strong></p>
<p>J’ai découvert ce jeu bizarre sur GameCube, où tu incarnes un dieu géant et tout nu qui doit modeler l’île Barudo pour aider (ou non) ses habitants. La bande son est assez singulière pour un jeu vidéo, avec des guitares groovy, des sons d’oiseaux et de vagues, des sifflements marrants… Ça accompagne parfaitement l’ambiance onirique et décalée de cette île. On sent bien l’ambiance tropicale fun des jeux de cette époque.</p>
<p><em>I discovered this odd GameCube game where you play as a giant, naked, god who must shape Barudo Island to help (or not) villagers. The soundtrack is quite unusual for a video game, with groovy guitars, bird and wave sounds, funny whistling… It perfectly matches the island’s dreamy, offbeat vibe. You can really feel the fun, tropical vibe of games from that era.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331697 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>GONE HOME</em></h2>
<p><strong>07′06″ ♪ Bratmobile — Some Special</strong></p>
<p>Une fiction interactive où on incarne Kaitlin, l’ainée de la famille, de retour dans une maison vide après son voyage en Europe. On découvre peu à peu ce qui est arrivé à sa famille en fouinant dans l’inquiétant manoir. Ça commence comme un <em>survival horror</em> pour finalement plonger dans l’intimité de notre petite sœur Sam. L’histoire se déroule dans les années 90 et plein de détails sont laissés pour raconter cette époque, comme des cassettes compil de groupes <em>Riot Grrrl</em> offertes à Sam par une certaine Lonnie. Sans spoiler, c’est très touchant et très teenage, sur la découverte de soi. Un de mes plus jolis souvenirs de <em>gaming</em>. Le personnage de mon film <em>Pyrale</em> s’appelle Sam en clin d’œil au jeu.</p>
<p><em>An interactive fiction where you play as Kaitlin, the eldest sibling of the family, returning to an empty house after a trip to Europe. Slowly, you discover what happened to her family by snooping around the creepy mansion. It starts like a survival horror game then dives into the intimacy of our younger sister Sam. The story takes place in the 1990s, and many details evoke that era, like “Riot Grrrl” mixtapes given to Sam by a certain Lonnie. Without spoiling anything, it’s deeply moving and super teenage, a story about self-discovery. One of my most beautiful gaming memories. The character in my film “Pyrale” is named Sam as a nod to the game.</em></p>
<h2><em>GONE GIRL</em> BY DAVID FINCHER</h2>
<p><strong>09′00″ ♪ Just Like You — Trent Reznor &amp; Atticus Ross</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Gone Girl</em> en même temps que je jouais à <em>Gone Home</em>, et ma mémoire les associe souvent : deux enquêtes où des indices et un journal intime baladent le personnage à travers des lieux vides et chargés de secrets. Mais le film de Fincher est glacial : chaque indice est un leurre qui brouille la réalité. Dans cette ambiance flottante, la B.O. renforce le malaise : des compositions ambivalentes, très aériennes mais froides. Quelque chose sonne faux, comme un bonheur artificiel et lointain. Ce morceau accompagne un souvenir « heureux » d’Amy, évoqué dans le journal intime de fiction qu’elle a laissé derrière elle dans la mise en scène de son enlèvement. Je pense que c’est mon Fincher préféré.</p>
<p><em>I watched “Gone Girl” at the same time I was playing “Gone Home”, and my memory often links them: two investigations where clues and a diary guide the character through empty places filled with secrets. But Fincher’s film is icy: every clue is a decoy that blurs reality. In that floating atmosphere, the score intensifies the unease :ambivalent compositions, very airy yet cold. Something sounds off, like an artificial and distant happiness. This track accompanies a “happy” memory of Amy, described in the fictional diary she left behind as part of her staged disappearance. I think it’s my favorite Fincher film.</em></p>
<h2><em>RIDGE RACER TYPE 4</em></h2>
<p><strong>12′53″ ♪ Naked Glow — Kohta Takahashi</strong></p>
<p>Sur la première Playstation, les jeux de course de bagnole étaient vraiment très fun. Une des raisons pour moi était les bandes-son techno/rave et drum’n’bass qui boostaient nos bagnoles (Wipeout, Grand Turismo…).</p>
<p><em>Ridge Racer Type 4</em> était mon préféré. La DA, des menus aux voitures, me faisait rêver et les sensations de vitesse étaient super grisantes. Avec mon cousin, on re-faisait les courses juste pour écouter ces petites bass funky ou des morceaux de house pointue. J’ai encore des frissons quand j’écoute cette B.O.</p>
<p><em>On the first PlayStation, car racing games were incredibly fun. For me, part of the thrill came from the techno/rave and drum’n’bass soundtracks that fueled our rides (Wipeout, Gran Turismo…).</em></p>
<p><em>Ridge Racer Type 4 was my favorite. The art direction—from menus to cars—made me dream, and the sense of speed was thrilling. With my cousin, we would replay races just to listen to those funky basslines or sharp house tracks. I still get chills when I listen to that soundtrack.</em></p>
<h2><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331698 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><em>KNIT’S ISLAND</em> BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE &amp; QUENTIN L’HELGOUALC’H</h2>
<p><strong>16′06″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>A mes yeux, l’un des films les plus justes sur le confinement et la sensation du <em>gaming</em>. Les réalisateurs n’utilisent pas le jeu vidéo comme un artifice ou un décor spectaculaire, ils en font un vrai espace documentaire. On y voit des gens qui jouent vraiment, font du <em>role-play</em> et tissent des liens forts en communauté. Les réalisateurs jouent aussi les reporters de guerre, en mode survie dans un monde apocalyptique peuplé de zombie, mais c’est toujours pour atteindre quelque chose d’intime chez les joueurs. Dans cet extrait, on roule en voiture dans DayZ avec un couple australien qui décrit le monde pas si réel qui les entoure en plein confinement.</p>
<p><em>To me, one of the most accurate films about lockdown and the feeling of gaming. The directors don’t use video games as a gimmick or spectacular backdrop; they use them as a genuine documentary space. We see people truly playing, role-playing, and building real community bonds. The directors also act like war reporters, surviving in an apocalyptic world filled with zombies, but always to reach something intimate with the players. In this excerpt, we’re driving in DayZ with an Australian couple describing the not-quite-real world around them during lockdown.</em></p>
<h2><em>SILENT HILL 2</em></h2>
<p><strong>17′02″ ♪  Heaven’s Night — Akira Yamaoka</strong></p>
<p>Je me souviens que je pouvais seulement regarder mon cousin jouer tellement ce jeu me faisait flipper. C’était surtout à cause de sa B.O. qui nous a obsédés pendant toute notre adolescence.</p>
<p>L’ambiance de ce jeu est unique. C’est pas de l’horreur facile mais quelque chose de très mélancolique et profondément dérangeant. C’est un jeu où tu peux vraiment sentir la solitude, même si tu joues avec quelqu’un. Les compositions de Yamaoka appuient cette atmosphère malaisante avec des nappes dissonantes, des mélodies fragiles, des rythmes irréguliers, des bruitages industriels ou des tonalités pas claires. Ça donne vraiment un effet de suspension et d’enfermement.</p>
<p><em>I remember I could only watch my cousin play because the game scared me too much. It was mainly due to the soundtrack, which obsessed us throughout our teenage years.</em></p>
<p><em>The atmosphere of this game is unique. It’s not traditional horror, but something deeply melancholic and disturbing. It’s a game where you can truly feel loneliness, even when you’re playing with someone. Yamaoka’s compositions deepen this unsettling mood with dissonant layers, fragile melodies, irregular rhythms, industrial textures, and ambiguous tonalities. It creates a real sense of suspension and confinement.</em></p>
<h2><em>KAIRO</em> BY KIYOSHI KUROSAWA</h2>
<p><strong>19′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je suis très fan de Kiyoshi Kurosawa et de ses idées de scénario bizarres qu’il tient avec beaucoup de sérieux. Dans cette scène, Kawashima utilise un CD-Rom pour installer internet et ouvre par accident un passage vers l’au-delà. Un film de fantôme très sobre, dans un Tokyo dépeuplé où des suicides et disparitions inexpliquées se multiplient. Chaque apparition est effrayante et très minimaliste : une tache sombre sur un mur, des images bruitées sur un ordinateur ou une voix numérisée qui chuchote « à l’aide » dans le silence complet. Un magnifique film sur la solitude et l’isolement. Très flippant.</p>
<p><em>I’m a big fan of Kiyoshi Kurosawa and his weird story ideas treated with great seriousness. In this scene, Kawashima uses a CD-ROM to install the internet and accidentally opens a gateway to the afterlife. A very restrained ghost film set in an emptyTokyo where unexplained suicides and disappearances keep piling up. Each apparition is sublte and terrifying: a dark stain on a wall, glitchy images on a computer, or a digitized voice whispering “help me” in total silence. A magnificent film about loneliness and isolation. Very frightening.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331699 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>GHOST IN THE SHELL</em> BY MAMORU OSHII</h2>
<p><strong>20′33″ ♪ Chant II — Ghost City — Kenji Kawai</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Ghost in the Shell</em> pour la première fois cette année et c’était une grosse claque visuelle et musicale. Ce morceau illustre une séquence assez onirique, sans doute celle qui m’a le plus marquée, à travers une ville futuriste et dystopique. J’adore chaque plan et chaque détail, parfaitement montés sur les chœurs et percussions mystiques de Kenji Kawai.</p>
<p><em>I saw “Ghost in the Shell” for the first time this year, and it was a huge visual and musical shock. This track illustrates a dreamlike sequence—probably the one that struck me most—moving through a futuristic, dystopian city. I love every shot and detail, perfectly edited to Kenji Kawai’s mystical choirs and percussions.</em></p>
<h2><em>APE ESCAPE</em></h2>
<p><strong>24’03″ ♪ Dark Ruins — Soichi Terada</strong></p>
<p>Un jeu très fun sorti sur PS1 où on doit capturer des singes fugitifs avec tout un tas de gadgets sur des morceaux <em>jungle house</em> de Soichi Terada. Bon délire.</p>
<p><em>A super fun PS1 game where you chase runaway monkeys using all sorts of gadgets, set to Soichi Terada’s jungle house tracks. Pretty fun.</em></p>
<h2><em>BLACK MIRROR —&nbsp; SAN JUNIPERO</em> BY OWEN HARRIS</h2>
<p><strong>25’56″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je ne dirais pas que cet épisode est un bon film, mais il m’a fait pleurer comme rarement. Difficile d’en parler sans spoiler, en tous cas il aborde des thèmes qui me travaillent.</p>
<p>J’y vois un écho maladroit et touchant à ce dont parle Mark Fisher : un capitalisme tardif où le futur semble annulé, où on est bloqué dans une répétition culturelle et politique infinie. Le passé fantomatique se manifeste par des musiques types, des biens de consommation et des modes vestimentaires qui s’enchaînent sans rien changer. Mais c’est sans cynisme. Je crois aussi que ça a rendu sensible un truc que mes parents me disent parfois : tu vieillis dans ton corps, mais dans ta tête tu es toujours la même personne qu’à 20 ans, le temps qui passe tout ça. Et je sais pas, ça me touche. Ça parle vraiment de la mort d’une façon singulière.</p>
<p><em>I wouldn’t call this episode a “great film,” but it made me cry out of nowhere. Hard to talk about without spoilers, I think it touches on themes that really resonate with me.</em></p>
<p><em>I see in it a clumsy but touching echo of what Mark Fisher wrote about: late capitalism, where the future feels canceled, and we’re stuck in an endless cultural and political loop. The ghost of the past surfaces&nbsp; through nostalgic music, consumer goods, and fashion trends that loop without changing anything really. But the film never gets cynical. I also think it made me sensitive to something my parents sometimes tell me: you age physically, but in your mind you’re still the same person you were at 20. Time passing, all that. I don’t know… it just hits me. It talks about death in a truly unique way.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331700 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>FINAL FANTASY X</em></h2>
<p><strong>26’17″ ♪ Wandering — Masashi Hamauzu</strong></p>
<p><em>FFX</em> est un de mes jeux préférés. On explore Spira, un monde qu’on sent au bord de la destruction, dévasté par un cycle éternel de catastrophe. Les cinématiques étaient trop belles avec une <em>love story</em> bien tragique. À sa sortie (2001), jamais autant de dialogues n’avaient été enregistrés pour un jeu.</p>
<p><em>Final Fantasy X is one of my favorite games. You explore Spira, a world on the brink of destruction, trapped in an endless cycle of disaster. The cutscenes were stunning, with a tragic love story. When it was released (2001), no game had ever recorded so many voice lines before..</em></p>
<h2><em>ELEPHANT</em> BY GUS VAN SANT</h2>
<p><strong>28’25″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un film marquant pour moi. C’était la première fois que je voyais une narration non linéaire, un rythme lent, et que je ne m’ennuyais pas. On connaît la fin mais on regarde jusqu’au bout, en recomposant le puzzle des plans séquence. Les déambulations au steadicam évoquent un jeu vidéo à la 3ème personne, même si je rejette le cliché qui lie jeux vidéos et violence. La lumière, le son, la mise en scène… ce film est sublime.</p>
<p><em>A film that left a mark on me. It was the first time I saw non-linear storytelling with a slow rhythm, and didn’t feel bored. We know how it ends, but keep watching, piecing together the puzzle of long takes. The steadicam shots evoke a third-person video game, even though I reject the cliché linking video games to violence. The light, the sound, the direction… this film is sublime.</em></p>
<h2><em>THE LAST OF US 2&nbsp;</em></h2>
<p><strong>30’35″ ♪ Sound excerpt (Take on Me cover)</strong></p>
<p>Ellie trouve une guitare dans un magasin de musique au cœur d’un Seattle dévasté et rempli de zombies. Elle joue un morceau appris par son père adoptif disparu, avant de se lancer dans une sérénade très mignonne pour sa copine Dina. C’est un petit moment emo et calme où tu dois jouer les bons accords avec le pad tactile de la manette. J’ai vu des vidéos de gens qui se motivent pour faire des <em>covers</em> de Despacito ou autre.</p>
<p>J’ai adoré ce jeu que je trouve particulièrement cinématographique dans son écriture soignée des personnages et dans sa mise en scène. Il a été adapté en série mais le résultat n’est pas à la hauteur des émotions et de la narration par le <em>gameplay</em>.</p>
<p><em>Ellie finds a guitar in a music shop in the heart of a zombie-infested, devastated Seattle. She plays a song taught by her adoptive father then turns it into a sweet serenade for her girlfriend, Dina. It’s a quiet, emotional moment where you have to play the right chords using the controller’s touchpad. I’ve seen videos of people playing covers of “Despacito” or other songs.</em></p>
<p><em>I loved this game. I think it’s very cinematic, with its deep character writing and sharp direction. It was turned into a TV show, but the adaptation doesn’t match the emotional depth or storytelling you experience through gameplay.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331701 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5.jpeg" alt width="1387" height="259" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5.jpeg 1387w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-1024x191.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-768x143.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-980x183.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1387px) 100vw, 1387px"></p>
<h2><em>RIDGE RACER TYPE 4</em></h2>
<p><strong>35’16″ ♪ Epilogue — Asuka Sakai</strong></p>
<p>Ici c’est la musique du générique de fin, dans les phares d’une voiture en pleine nuit, où le boss de ton écurie te dit des trucs émouvants car tu as remporté le grand prix auquel il ne croyait plus. Des petites narrations mignonnes pour un jeu de course.</p>
<p>« <em>Giuliano, will you forgive me if I have a dream again?</em> »</p>
<p><em>The end credits music, with headlights cutting through the night, as your team manager tells you emotional things because you’ve won the Grand Prix he had stopped believing in. Cute little narrative touches in a racing game.</em></p>
<p><em>“Giuliano, will you forgive me if I dare to dream again?”</em></p>
<h2><em>KNIT’S ISLAND</em> BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE &amp; QUENTIN L’HELGOUALC’H</h2>
<p><strong>36’16″ ♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Vers la fin du film, le Révérend Stone, leader fictif du groupe de joueurs, s’éloigne au milieu de la mer infinie du jeu en chantant.</p>
<p><em>Toward the end of the film, Reverend Stone—the fictional leader of the group of players —walks away into the infinite sea of the game, singing.</em></p>
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<p><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Coutures</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/coutures/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:29:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331726</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pourquoi faire jouer des actrices américaines dans les films français&#160;? La question pouvait se poser il y a quelques mois devant Vie privée, où le choix de Jodie Foster, loin de capitaliser sur l’étrangeté de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/coutures/" title="Read  Coutures">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi faire jouer des actrices américaines dans les films français&nbsp;? La question pouvait se poser il y a quelques mois devant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vie-privee-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Vie privée</em></a>, où le choix de Jodie Foster, loin de capitaliser sur l’étrangeté de sa présence dans un décor parisien, relevait du pur caprice cinéphile et finissait par s’avérer assez vain et stérile. Le cas de <em>Coutures</em> est un peu plus intéressant. D’abord parce qu’Angelina Jolie semble<em> vraiment</em> jetlaguée à Paris (chacune de ses interactions avec Louis Garrel ou Vincent Lindon a quelque chose de décalé et d’étrange). Ensuite parce que le film, notamment dans ce qu’il tente de raconter de la maladie (un cancer du sein), a l’intelligence de jouer sur des effets de télescopage entre actrice et personnage.</p>
<p>Ce personnage, c’est Maxine Walker, artiste américaine appelée à Paris pour réaliser une œuvre de commande lors d’une Fashion Week<em>. </em>Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer grave, tout ce qu’elle a entrepris professionnellement bascule du côté de la vanité, jusqu’à son œuvre elle-même, anéantie par un violent orage dans la séquence finale. Il faut y voir bien sûr une sorte de morale&nbsp;(la mode n’est que poussière qui retournera à la poussière), mais la façon dont la séquence capte la lente et triste déambulation d’Angelina Jolie au milieu du désastre retient l’attention. Bien plus que les deux autres personnages féminins du film (une maquilleuse écrivant un roman et une jeune modèle sud-soudanaise), c’est la star qui intéresse la réalisatrice et c’est d’ailleurs elle – et elle seule – qui interagit avec les deux acteurs français principaux. Le premier (Louis Garrel) joue le rôle d’un chef opérateur&nbsp;qui couche avec Maxine dans des scènes étrangement désérotisées, où l’on devine l’usage de doublures. Le second (Vincent Lindon) est un oncologue agacé par les dénégations de sa patiente qui finit par la confronter à la réalité brutale des traitements, lui conseillant de s’acheter une tondeuse afin d’anticiper les ravages de la chimiothérapie. Dans les deux cas, le visage Angelina Jolie reste neutre, imperturbable, comme si ni le sexe, ni la mort ne la concernaient, alors même que le film ne cesse de résonner avec son histoire intime, qui nourrit un mélodrame médical.</p>
<p>L’actrice opte de ce point de vue pour une partition étonnante. Elle joue moins la femme malade que la revenante –moins celle qui veut survivre que celle qui est déjà morte. Son registre ne relève ni de l’<em>acting</em> hollywoodien, ni du jeu psychologique et impressionniste à la française&nbsp;: &nbsp;Maxine reste toujours celle qui ne «&nbsp;<em>comprend pas&nbsp;</em>» (cf. la réplique que lui adresse l’oncologue) et ne vit pas les choses de l’intérieur, pas même la nouvelle de son cancer, qui glisse sur elle comme les caresses de son amant. Dans un entretien récent, Angelina Jolie insistait sur le fait d’avoir «&nbsp;<em>vécu</em> » dans sa chair la maladie de son personnage (elle a subi, en 2013, une double mammectomie) ; elle disait aussi avoir apprécié le tournage en France, « <em>loin du vernis hollywoodien</em>&nbsp;». C’est pourtant ce qu’il reste de ce vernis, même craquelé, qui fait l’intérêt de <em>Coutures,</em> film par ailleurs très plat dans son approche réaliste de la mode, se contentant bien souvent de pointer des faits sociaux déjà connus de tous (sur l’exploitation des filles, notamment) dans une mise en scène impersonnelle. À l’opposé de cette chronique et presque contre le film lui-même, l’actrice américaine livre une performance qui n’est pas sans rappeler celle de <em>By the Sea,</em> autofiction où elle incarnait déjà un personnage <em>border</em> confiné dans une chambre d’hôtel et assistant, avec un mélange d’impuissance et de délectation, à la décomposition de son couple. Le goût de Maxine pour le fantastique et les histoires de vampires n’apparaît pas dans cette perspective comme un élément anecdotique du scénario&nbsp;; il donne le «&nbsp;la&nbsp;» d’une composition blanche et statique qui semble se construire sur les décombres des films d’action ayant fait la popularité de l’actrice américaine au début des années 2000 (<em>Lara Croft</em>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mr-mrs-smith/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mr and Mrs Smith</em></a>). À cause d’Angelina Jolie, le monde du luxe devient donc dans <em>Coutures</em> une expérience de l’étrangeté, qui dessine le portrait d’un vampire perdu dans la Fashion Week comme au milieu d’une foire de vanités. Ce qui en fait un film sachant, au moins, pourquoi il a choisi son actrice.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Marty Supreme</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331595</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le générique de début de Marty Supreme consiste en une animation numérique figurant la course de spermatozoïdes alors que Marty Mauser (Timothée Chalamet), pongiste surdoué, et son amante, Rachel (Odessa A’Zion), viennent de faire l’amour....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" title="Read  Marty Supreme">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Le générique de début de <em>Marty Supreme</em> consiste en une animation numérique figurant la course de spermatozoïdes alors que Marty Mauser (Timothée Chalamet), pongiste surdoué, et son amante, Rachel (Odessa A’Zion), viennent de faire l’amour. À l’issue de la séquence, un fondu transforme l’ovule en balle de ping-pong, rappelant l’étrange association entre l’éclat d’un diamant et une coloscopie dans l’ouverture d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/uncut-gems/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Uncut Gems</em></a>. La transition synthétise l’enjeu du film à venir (la course vers le succès, mais aussi la naissance d’un enfant), tandis que la reprise de « Forever Young » d’Alphaville qui rythme cette séquence peut être comprise de façon hyperbolique : Marty Mauser (Timothée Chalamet) ne fait que rejouer par le sport cette lutte originelle de l’individu pour sa survie. D’abord vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise pour gagner assez d’argent en vue d’un tournoi de ping-pong à Londres, il fait preuve dès le début du film d’une certaine débrouillardise et d’un penchant pour la manipulation. Capable tour à tour d’entourlouper ses clientes ou de s’improviser braqueur d’un soir, Marty jongle entre les rôles et les situations, porté par le corps agile et nerveux de Timothée Chalamet. La mise en scène véloce de Josh Safdie, pourtant délestée des mouvements heurtés de caméra à l’épaule qui caractérisaient les films coréalisés avec son frère, condense dans la première demi-heure les enjeux narratifs en gardant un coup d’avance sur le spectateur. Elle se fait dès lors l’écrin d’une maîtrise rythmique qui est d’abord celle de son personnage : son habileté fait de lui conjointement un magicien (cf. une séquence très drôle impliquant de faire apparaître une pomme) et un metteur en scène, conscient de sa capacité à tenir un public en haleine. Lors de la demi-finale du championnat au Royaume-Uni, il transforme par exemple avec la complicité de son adversaire la performance sportive en spectacle, destiné non seulement à divertir l’assistance, mais aussi à séduire Kay Stone (Gwyneth Paltrow), une célèbre comédienne mariée à Rockwell, un riche entrepreneur avec lequel Marty nouera un pacte faustien (Kevin O’Leary, homme d’affaires surtout connu aux États-Unis pour sa participation à l’émission de téléréalité Shark Tank).</p>
<p>Si cette première demi-heure a des allures scorsesiennes, Safdie infléchit rapidement sa mise en scène pour convertir la vitesse en énergie du désespoir. La vélocité du film se retourne alors contre son protagoniste, prisonnier de réactions en chaîne incontrôlables : la maîtrise initiale se révèle illusoire et se mue en cauchemar. À partir du retour du personnage à New York, le chaos devient le véritable moteur du film, Marty étant rattrapé par les conséquences de ses actions. Même les moments de pause n’en sont pas : après une course frénétique, ce qui s’apparente à une accalmie dans une chambre d’hôtel bascule brusquement lorsque le sol s’effondre sous le poids de Marty, relançant une nouvelle fois le rythme infernal. Ce segment est sans doute le plus convaincant du film : l’enchaînement des événements obéit à une logique de continuité qui vire peu à peu au désastre, engendrant des débordements presque excessifs (ici, une fracture du bras très graphique ; là, une course dans un champ de maïs). Par la suite, les dommages collatéraux se révèlent tout aussi dramatiques, mais s’éparpillent dans une narration plus épisodique nourrissant parfois l’impression de redites et d’un certain systématisme narratif – l’effet boule de neige du récit, qui donne aux mésaventures de Marty des accents de malédiction. Si les plus belles trouvailles plastiques de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-time-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Good Time</em></a> ou d’<em>Uncut Gems</em> reposaient sur un art de la dilatation temporelle, permettant aux situations de se creuser de l’intérieur dans une escalade tragique, la durée de <em>Marty Supreme</em> mise davantage sur l’accumulation de péripéties, plus ou moins déliées les unes des autres, au risque de diluer le sentiment de fièvre et d’urgence.</p>
<h2>Fall and fall</h2>
<p>Malgré ces limites, le film tire néanmoins son épingle du jeu par sa façon assez originale de détourner les codes du <em>rise and fall</em>, qui voit un personnage de basse extraction gravir progressivement les échelons vers la fortune et la renommée. Ici, quelque chose cloche d’emblée : Marty affirme déjà être au sommet de la gloire au bout de vingt minutes, sans que sa confiance en lui soit réellement justifiée par ce qu’on a entraperçu du personnage jusqu’à présent. Chalamet s’en donne à cœur joie dans ce rôle de cabot pétri d’orgueil, trop sûr de son charme et de son succès, aussi bien dans ses mimiques et sorties provocantes face aux journalistes que dans la violence avec laquelle il rabroue Rockwell. Tout se passe comme si Marty se prenait pour un personnage de Scorsese, sans comprendre qu’il évolue en vérité dans un film d’Abel Ferrara (lequel joue d’ailleurs un second rôle important). Telle est sa méprise : la réussite individuelle ne promet aucune ascension, mais ne fait qu’ouvrir un gouffre toujours plus profond. Tout au long du film, Safdie fait cohabiter, dans la continuité d’une même séquence, le <em>rise</em> et le <em>fall</em>, reconfigurant ainsi le soubassement idéologique de cette dynamique icarienne. Le héros a à peine le temps de jouir de ses quelques victoires qu’elles lui sont immédiatement confisquées : après avoir remporté un petit pactole suite à un tournoi de ping-pong amateur, il est aussitôt rattrapé par ses adversaires ; plus littéralement encore, la police interrompt Marty et Kay en train de faire l’amour dans Central Park, avant de lui retirer le collier en diamant qu’elle venait de lui offrir et qui aurait pu lui permettre d’éponger ses dettes.</p>
<p>Plus qu’une simple stratégie narrative, cette mécanique déplace l’horizon du récit pour en tirer la peinture d’un monde dont l’instabilité découle du capitalisme sauvage qui le régit. Une élévation sociale suppose des points d’appui solides, or le sol est ici toujours susceptible de se dérober sous les pieds de Marty. Si Safdie s’intéresse au ping-pong, c’est peut-être que le milieu du sport professionnel, plus qu’aucun autre, martèle que le talent individuel suffit à se hisser au sommet – un mythe américain assez proche de celui du <em>self-made man</em>, que <em>Marty Supreme</em> s’emploie à démonter. L’individualisme de Marty prend, à partir de là, un nouveau sens : il n’est pas seulement mu par son ego, mais relève aussi d’un pragmatisme social – petit juif d’origine modeste brillant dans un sport qui n’est guère alors connu dans son pays natal, il reste de bout en bout un outsider. De manière plus ambivalente qu’attendu, son idéalisme ne se fond pas complètement dans les valeurs capitalistes de gloire et de richesse : le film montre son protagoniste ruser et truander tout au long du récit, quitte à trahir et à abandonner ses proches, sans que l’appât du gain ne constitue toutefois sa véritable finalité. Le climax final vaut ainsi comme rachat du personnage, au moment où Marty doit affronter son rival japonais dans un match truqué par Rockwell. Alors qu’il refuse une nouvelle humiliation imposée par le millionnaire en invitant son adversaire à jouer la partie loyalement, il sacrifie sa carrière au nom d’un certain idéal éthique : le temps d’une rencontre, le sport cesse d’être instrumentalisé par les puissants pour devenir un terrain de jeu équitable, où la compétition oppose cette fois-ci deux adversaires à armes égales.</p>
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		<title>Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/" title="Read  Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: la question de l’érotisation du corps masculin dans deux films signés Jean Genet et Gregg Araki.</em></p>
<p>En découvrant <em>Pillion </em>de Harry Lighton (qui sortira le 4 mars) la semaine dernière, j’ai été frappé par l’intensité érotique de la présence d’Alexander Skarsgård, troublé par son corps de statue grecque, intrigué par le contraste entre son attitude détachée exprimant une masculinité sûre d’elle-même et une fragilité souterraine trahie par l’expressivité de son regard – ce qui m’a ramené à la conclusion <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de ma précédente chronique</a>, dans laquelle j’évoquais la très <em>hot </em>série canadienne <em>Heated Rivalry</em>. La réflexion sur les représentations du genre et de la sexualité en France est encore tellement hantée par le spectre exsangue du <em>male gaze </em>que l’on ressent souvent, je trouve, une forme de gêne à parler ouvertement du désir que l’on éprouve pour les figures à l’écran. Comme s’il y avait quelque chose de nécessairement suspect, soit en nous-mêmes, soit dans les images qui suscitent notre émoi&nbsp;– tout du moins quand celles-ci ne correspondent pas à l’idée que l’on se fait d’une sexualité «&nbsp;saine&nbsp;».</p>
<p><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/de-la-guerre-entre-feministes-et-cinephiles-en-general-et-diris-brey-en-particulier/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Il y a quelques années</a>, en découvrant <em>Le Regard féminin</em>, qui a joué un rôle décisif dans la popularisation en France du <em>male gaze </em>conceptualisé par Laura Mulvey, j’avais été frappé par un passage du livre dans lequel Iris Brey évoque brièvement une catégorie intermédiaire entre ce dernier et le <em>female gaze </em>qu’elle défend dans son essai. Elle exprime un jugement critique sur ce qu’elle baptise le <em>male gaze queer&nbsp;</em>: «&nbsp;<em>Voir une scène de sexe avec deux personnes du même sexe, ou avec une personne gay et une hétéro, trouble nos représentations hétéronormatives. Mais même si cette représentation remet en cause l’ordre patriarcal, la manière dont ces scènes sont tournées repose sur les codes du </em>male gaze<em> et l’objectification des corps pour les désirer</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_112_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_1" class="footnote_tooltip"> Iris Brey, <em>Le Regard féminin&nbsp;: Une révolution à l’écran</em>, Paris, Éditions de l’Olivier, 2020, p. 171. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_112_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.</em> » Elle analyse ensuite plusieurs séquences en leur reprochant d’avoir recours à des dispositifs de mise en scène voyeuristes ou fétichistes, semblables à ceux que décrivait Laura Mulvey dans son essai séminal, « Plaisir visuel et cinéma narratif<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_112_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_2" class="footnote_tooltip"> Laura Mulvey, « Plaisir visuel et cinéma narratif », dans <em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie,</em> traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Florent Lahache et Marlène Monteiro, Sesto San Giovanni, Éditions Mimésis, 2017, p. 33–51.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_112_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Il me semble qu’il y a là un certain déplacement par rapport à la pensée de l’autrice britannique. Mulvey s’intéressait à une certaine tendance du cinéma classique hollywoodien qui reléguait les femmes (et seulement elles) au statut d’objets passifs de fascination, suspendant le cours du récit dans des moments de contemplation érotique où elles étaient données en spectacle pour les personnages masculins et pour les spectateurs. Elle y dénonçait avant tout une économie visuelle et narrative dans laquelle les femmes (et encore une fois : seulement elles) n’étaient jamais véritablement constituées comme sujets pensants et agissants<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_112_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_3" class="footnote_tooltip">Évidemment, ce n’était pas le cas de tous les films classiques hollywoodiens, comme Mulvey l’a rappelé dans certains des très beaux textes qu’elle a consacrés au mélodrame.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_112_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mulvey n’utilisait du reste pas les termes de « voyeurisme » ou de « fétichisme » dans leur sens courant, mais dans leur acception freudienne, soit comme des stratégies de l’inconscient masculin pour contrebalancer l’angoisse de castration. En déduire que tout dispositif voyeuriste ou fétichiste au cinéma est problématique dans l’absolu (quel que soit le genre, la classe, l’ethnicité ou l’orientation sexuelle de la personne qui regarde et de celle qui est regardée), ou qu’érotiser un·e acteur·rice avec son consentement, c’est nécessairement en faire un « objet » et le/la dégrader, me semble dangereusement normatif. Il est évidemment important d’encourager les cinéastes à développer d’autres stratégies de mise en scène du corps et de la sexualité, mais je ne suis pas certain qu’il faille pour autant condamner certains fantasmes ou les dispositifs qui les mettent en jeu.</p>
<p>Si l’érotisation du corps féminin (chaste à l’époque du code Hays, moins ensuite) a pour ainsi dire pignon sur rue depuis longtemps, l’exhibition du corps masculin a longtemps été contrariée par des conventions visuelles et narratives tendant à limiter son impact érotique, comme l’ont entre autres discuté <a href="https://journals.openedition.org/ges/896" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Steve Neale</a> ou Yvonne Tasker<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_112('footnote_plugin_reference_331598_112_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_112_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_4" class="footnote_tooltip">Yvonne Tasker, <em>Spectacular Bodies: Gender, Genre, and the Action Cinema</em>, Londres, Routledge, 1993.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_112_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_112_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> (par exemple le fait qu’il soit exhibé dans des situations où il est confronté à la souffrance, voire à la torture). Quant à la représentation de la sexualité gay, elle a constitué un tabou figuratif scellé par le joug de la censure, ce qui donnait donc une force doublement transgressive à sa figuration explicite dans le cinéma d’avant-garde. Un exemple canonique et durablement influent (de <em>Querelle </em>de Fassbinder à <em>Poison </em>de Todd Haynes) est <a href="https://www.dailymotion.com/video/x5n2pa5" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un chant d’amour</em></a> de Jean Genet (1950), censuré dans plusieurs pays pendant des décennies. Le film se déroule dans une prison où un gardien voyeur observe les jeux érotiques des détenus dans leurs cellules, jusqu’à jalouser l’intimité nouée entre deux d’entre eux à travers le mur séparant leurs cellules respectives. Cette œuvre d’une sensualité ahurissante repose précisément sur des dispositifs voyeuristes (les raccords regards alternant l’œil du maton qui surveille les prisonniers et le spectacle érotique donné par ces derniers), exhibitionnistes (les détenus se masturbant face à la caméra) et fétichistes (la paille, la cigarette ou l’arme à feu comme substituts phalliques, les gros plans sur la chaussette trouée ôtée par l’un des protagonistes ou sur son avant-bras musclé, les compositions abstraites des corps des deux amants réunis en imagination). L’impuissance du gardien à briser par la violence l’attirance entre les deux prisonniers donne narrativement au film une indéniable force politique, mais celle-ci vient aussi directement de l’érotisation décomplexée du corps masculin et de la monstration explicite du sexe entre hommes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331600 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg" alt width="1288" height="1054" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg 1288w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-300x245.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-1024x838.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-768x628.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-980x802.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1288px) 100vw, 1288px"></a>
<p>Peu de films au cinéma m’ont aussi durablement marqué par leur puissance érotique, si ce n’est peut-être <em>The Doom Generation </em>de Gregg Araki (<a href="http://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">encore lui</a>&nbsp;!)&nbsp;– notamment cette scène dans laquelle Xavier (Jonhathon Schaech) se masturbe en observant Amy (Rose McGowan) et Jordan (James Duval) faire l’amour dans la baignoire par la porte entrebâillée de la salle de bains. De manière traditionnelle, Araki alterne champs-contrechamps entre l’œil du voyeur et le couple qu’il observe, mais il fragmente aussi le corps de Xavier de manière fétichiste, s’attardant sur sa main qui caresse l’anneau qu’il porte au téton, ou sur sa bouche entrouverte au moment où il jouit. Après l’orgasme, le personnage lèche ensuite goulument le sperme visqueux répandu sur ses doigts. Je ne parviens pas à mettre exactement le doigt sur ce qui me trouble dans cette séquence, mais je crois que quelque chose se joue dans la conjonction du dispositif voyeuriste de la scène, de l’érotisation homoérotique du voyeur et du caractère obscène de son geste final.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331601 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg" alt width="1935" height="2104" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg 1935w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-276x300.jpg 276w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-942x1024.jpg 942w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-768x835.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-1413x1536.jpg 1413w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-1883x2048.jpg 1883w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-980x1066.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1935px) 100vw, 1935px"></a>
<p>Évidemment, dans la vie, c’est mal d’observer nos amis en train de baiser sans leur consentement ; mais filmer cette transgression est-il nécessairement douteux ou déplacé ? Le spectateur qui prend plaisir à la contemplation de cette scène n’a pas pour autant vocation à l’imiter dans la réalité. L’impact érotique de tels dispositifs tient du reste directement de la nature même du spectacle cinématographique, comme le rappelait déjà Mulvey : il naît de la mise en abyme de notre expérience de spectateur de cinéma voyeur, contemplant des figures humaines dans l’obscurité d’une salle, en leur absence et (dans les conventions rhétoriques du cinéma narratif, attentif à respecter la convention du quatrième mur) à leur insu. Par ailleurs, la séquence a indubitablement un caractère subversif en regard des conventions érotiques du cinéma grand public : non seulement elle trouble la bipartition homme-femme/regardant-regardée qui caractérise traditionnellement le <em>male gaze </em>en introduisant un tiers bisexuel, mais c’est ce dernier qui se retrouve <em>in fine</em> le plus érotisé par la mise en scène. Le désir suscité pour les protagonistes n’empêche en outre aucun d’entre eux d’exister dans le film en tant que sujets agissants et désirants&nbsp;; je ne vois donc pas en quoi ce <em>gaze</em>-là serait réducteur ou dégradant, à moins d’adopter une posture moralisatrice sur ce qu’il est légitime ou non de montrer et de désirer. Si l’érotisation désormais assumée des stars masculines dans des productions destinées au grand public, comme <em>Pillion </em>ou <em>Heated Rivalry,</em> pose néanmoins question, c’est peut-être parce qu’elle révèle qu’elle n’a plus le même caractère transgressif ou subversif qu’autrefois. C’était déjà la conclusion de ma précédente chronique : on peut se réjouir que les tabous de l’érotisation du corps masculin ou de la représentation explicite de la sexualité gay soient dorénavant (dans une certaine mesure) levés ; mais cette normalisation souhaitable s’accompagne aussi d’une dilution de ce qui constituait la portée critique et contestataire des œuvres de Genet et d’Araki.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331598_112();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331598_112();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331598_112">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331598_112" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_112('footnote_plugin_tooltip_331598_112_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_112_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Iris Brey, <em>Le Regard féminin&nbsp;: Une révolution à l’écran</em>, Paris, Éditions de l’Olivier, 2020, p. 171. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_112('footnote_plugin_tooltip_331598_112_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_112_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Laura Mulvey, « Plaisir visuel et cinéma narratif », dans <em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie,</em> traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Florent Lahache et Marlène Monteiro, Sesto San Giovanni, Éditions Mimésis, 2017, p. 33–51.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_112('footnote_plugin_tooltip_331598_112_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_112_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Évidemment, ce n’était pas le cas de tous les films classiques hollywoodiens, comme Mulvey l’a rappelé dans certains des très beaux textes qu’elle a consacrés au mélodrame.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_112('footnote_plugin_tooltip_331598_112_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_112_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Yvonne Tasker, <em>Spectacular Bodies: Gender, Genre, and the Action Cinema</em>, Londres, Routledge, 1993.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331598_112() { jQuery('#footnote_references_container_331598_112').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331598_112').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331598_112() { jQuery('#footnote_references_container_331598_112').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331598_112').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331598_112() { if (jQuery('#footnote_references_container_331598_112').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331598_112(); } else { footnote_collapse_reference_container_331598_112(); } } function footnote_moveToReference_331598_112(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331598_112(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331598_112(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331598_112(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/">Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le Mystérieux regard du flamant rose</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mysterieux-regard-du-flamant-rose-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La trame du premier long-métrage de Diego Céspedes a de quoi surprendre : à l’orée des années 1980, dans un coin désertique au nord du Chili, une petite communauté d’individus transgenre se meurt dans un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mysterieux-regard-du-flamant-rose-2/" title="Read  Le Mystérieux regard du flamant rose">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La trame du premier long-métrage de Diego Céspedes a de quoi surprendre : à l’orée des années 1980, dans un coin désertique au nord du Chili, une petite communauté d’individus transgenre se meurt dans un cabaret tombé en désuétude à cause de la peste (en réalité : du Sida). Situé aux abords d’un village minier sinistré, ce lieu reculé et poussiéreux, baptisé la « Maison », devient au fil d’événements dramatiques celui d’une résistance tenace (aux préjugés, aux regards accusateurs des mineurs et à la mort). Au sein de cette famille queer réinventée vit Lidia, une fille de onze ans rongée par la vengeance (au début du film, un amant malade tabasse Flamant Rose, la « maman » d’adoption qui l’a prise sous son aile), autour duquel s’agence le récit. Céspedes s’attache toutefois moins à cet horizon des représailles qu’à la trajectoire mouvementée de ce jeune personnage, en épousant sa sensibilité, voire son regard (plutôt que celui de Flamenco, comme le titre le laissait pourtant entendre).</p>
<p>Sa course effrénée ouvre et referme d’ailleurs le film : course en avant, d’abord, de celle bravant l’adversité d’un vent tempétueux ; course en arrière, à la toute fin, quand sortie de son sommeil, Lidia s’échappe subitement du véhicule qui l’éloignait de la « Maison » pour revenir sur ses pas, dans un ultime sursaut sans lendemain. Œuvrant dans le sillage de ce beau personnage insaisissable, <em>Le Mystérieux regard du flamant rose</em> zigzague entre les écueils de l’exubérance et de la noirceur, emmêle les échappées poétiques et les considérations plus terre à terre. Si l’on peut saluer la justesse avec laquelle Céspedes filme ses «&nbsp;<em>pestiférées</em> », on peut en revanche regretter l’arborescence d’un récit qui se disperse volontiers sans forcément convaincre de la nécessité de toutes ses orientations (en particulier psychologiques). D’autant que derrière l’outrance parfois affichée, la mesure prime : pas un plan n’imprègne durablement la rétine. Il y a plus détestable que cette discipline à faire beau et bien, à surjouer le fantasque, surtout s’agissant d’un premier long-métrage, mais on espère un panache formel plus assumé pour le suivant.</p>
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		<title>Maigret et le Mort amoureux</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maigret-et-le-mort-amoureux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille Bouthors]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Choisir une enquête atypique du commissaire Maigret, située dans les hautes sphères de l’aristocratie parisienne, en transposer l’intrigue au début du XXIe siècle et confier le rôle-titre à Denis Podalydès : toutes les conditions de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maigret-et-le-mort-amoureux/" title="Read  Maigret et le Mort amoureux">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Choisir une enquête atypique du commissaire Maigret, située dans les hautes sphères de l’aristocratie parisienne, en transposer l’intrigue au début du XXIe siècle et confier le rôle-titre à Denis Podalydès : toutes les conditions de l’effet de surprise semblent réunies au départ de ce nouveau film de Pascal Bonitzer, adapté de Georges Simenon. Malheureusement, cette impression de fraîcheur s’évanouit dès les premiers plans, qui montrent le protagoniste nettoyant sa pipe dans les locaux dépouillés de la PJ. Au fond de la pièce, deux ou trois policiers sont disposés en attendant de servir à quelque chose, et Manuel Guillot (qui joue le rôle du commandant Janvier) regarde par la fenêtre comme s’il voulait s’échapper ; on se demande qui est ce petit homme assis au bureau, qui prononce des phrases conventionnelles du genre : « <em>les affaires sont calmes, aujourd’hui</em> ».</p>
<p>On sait que les romans de Simenon sont toujours un peu ennuyeux ou, ce qui n’est pas exactement la même chose, que l’ennui fait partie de leur projet : absence radicale d’action, refus de l’énigme, univers placide de gestes répétés (la cuisine de Madame Maigret…), seul un lien ténu nous attache à ces récits qui semblent toujours près de sombrer dans l’indifférence. Le style de l’auteur est à l’image de cette ténuité, dépouillé et plein de trous où l’imagination s’engouffre pour compléter la description des lieux et des personnages. C’est cet art de la suggestion qui constitue, plus encore que la réalité dépeinte, la fameuse « atmosphère » simenonienne. Patrice Leconte avait poussé l’idée dans ses retranchements, en construisant <em>Maigret et la Jeune Morte</em> comme un vaste tombeau vide autour de la silhouette massive de son héros. Au milieu d’acteurs falots et de décors fabriqués, Depardieu se fondait à son tour dans l’obscurité et la brume, comme pour interdire toute suite à la carrière du commissaire. Effectivement, ce côté définitif avait de quoi agacer. Et on se réjouissait de voir Denis Podalydès ramasser avec douceur, comme si de rien n’était, la célèbre pipe et le célèbre chapeau. Qu’est-ce qui empêchait ce Maigret-là de casser la généalogie des monstres sacrés pour faire le portrait à la Magritte du héros en homme invisible ? Cette dimension, après tout, existait aussi chez Simenon. Et peu de cinéastes (la télévision y est mieux arrivée) ont osé faire du personnage ce qu’il est pourtant en un sens : un creux au centre de l’intrigue, une caisse de résonance pour la parole des autres, innocents et coupables, dont l’enquête ne vise qu’à révéler un peu de chair nue.</p>
<p>Problème : soit Bonitzer a horreur du vide, soit sa mise en scène échoue radicalement à le faire exister. On pencherait pour un mixte des deux hypothèses, à voir ces longues séquences de dialogue où le texte de Simenon — que le cinéaste semble avoir voulu abstraire, comme pour lui donner une résonance indépendante — paraît brusquement si plein, si pesant, si dépourvu de ces respirations qui le constituent en propre. Des comédiens, qui s’efforcent de tirer leur épingle du jeu en récitant leurs répliques sur un ton un peu personnel, Anne Alvaro est encore celle qui s’en sort le moins mal, dans un registre démesuré de tragédienne du XVIIe siècle. Tout aussi décourageants sont les efforts du cinéaste pour réincarner son <em>Mort amoureux</em>, en intercalant entre deux tirades d’insistantes références à la nourriture : avec tant de choses à dire, comment voulez-vous que la bouche des comédiens ait le temps de mâcher quoi que ce soit ? L’aspect contemporain de l’intrigue réduit à des notations anecdotiques, l’épaisseur vériste du décor à quelques plans de Paris sale et un grand nombre de livres au mur, on se demande si le caractère bizarroïde et extrêmement rebutant de l’ensemble constitue le symptôme de quelque chose qui devrait encore exciter notre curiosité. Et puis non : on lâche prise.</p>
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		<title>Ella McCay de James L. Brooks</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/ella-mccay-de-james-l-brooks/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Feb 2026 14:06:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À quoi tient la magie du cinéma de James L. Brooks ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À quoi tient la magie du cinéma de James L. Brooks ?</p>
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		<title>Canto due d’Abdellatif Kechiche</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/canto-due-dabdellatif-kechiche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Feb 2026 13:51:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>…</p>
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		<item>
		<title>Ciné-club Critikat : Love Is Strange</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 13:37:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 23 février à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg pour découvrir ou redécouvrir Love Is Strange, le plus beau film d’Ira Sachs. La projection sera suivie d’une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/" title="Read  Ciné-club Critikat : Love Is Strange">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2197879-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 23 février à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> pour découvrir ou redécouvrir <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Love Is Strange</em></a>, le plus beau film d’Ira Sachs. La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-331549 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Cine-club-Love-is-strange-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<item>
		<title>Aucun autre choix</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aucun-autre-choix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:31:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aucun autre choix s’ouvre sur une possible figuration du paradis dans l’imaginaire capitaliste contemporain : une large propriété à l’architecture géométrique, nichée dans les bois et dotée d’un jardin soigneusement entretenu. On découvre dans ce...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aucun-autre-choix/" title="Read  Aucun autre choix">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Aucun autre choix </em>s’ouvre sur une possible figuration du paradis dans l’imaginaire capitaliste contemporain : une large propriété à l’architecture géométrique, nichée dans les bois et dotée d’un jardin soigneusement entretenu. On découvre dans ce dernier Yoo Ma-soo, père de famille, sa femme Mi-ri, son fils et sa fille, tous réunis pour un barbecue. Très vite, l’accumulation de détails enchanteurs surligne la douceur autant qu’elle en connote l’artificialité. Sous le soleil à son zénith, dont l’éclat est retouché numériquement, les pétales d’une rangée d’arbres roses tombent délicatement sur le gazon tondu, tandis que retentit le concerto pour piano n°23 de Mozart. Alors que la scène touche à sa fin, Yoo Man-soo demande à sa tribu – ou plutôt leur ordonne – de le rejoindre pour un câlin collectif d’une petite minute. Décomptant les secondes une à une, le personnage presse sa femme, son fils et sa fille contre lui, qui se retrouvent littéralement écrasés les uns contre les autres ; soixante secondes d’intimité fabriquée que soulignent deux effets en particulier. D’une part, la couleur du ciel, dont la lumière éclatante tourne brusquement au bleu, voire au violet ; d’autre part, un fondu enchaîné qui superpose la petite troupe avec le cœur d’une centrifugeuse. Park Chan-wook s’est souvent amusé de la duplicité ou de l’artificialité des relations humaines ; ce raccord fait de la maisonnée une construction comme les autres.</p>
<p>Cette peinture des structures sociales figurées comme factices ou surjouées est encore affinée dans la scène suivante. Le père est cette fois placé devant une autre petite famille : ses employés. Face à eux, il répète un argumentaire appris par cœur visant à convaincre les nouveaux dirigeants américains de Solar Paper, entreprise de fabrication de papier, de ne pas procéder aux licenciements massifs prévus après une récente fusion-acquisition – derrière lui, préfigurant les coupes budgétaires, un camion empile des troncs d’arbres abattus par dizaines. Évidemment, Yoo Man-soo sera remballé en un coup de vent par l’Américain qui lui répond spontanément, sur le mode du réflexe, une déclinaison du célèbre adage tatchérien « TNA » («&nbsp;<em>There is no alternative</em>&nbsp;»)&nbsp;: «&nbsp;<em>I’m sorry, there’s no other choice</em> ». Cette formule devient rapidement le mantra de tous les personnages, répété à la fois pour se convaincre des décisions extrêmes qu’ils prennent et pour s’en dédouaner. Lors de séquences assez cocasses, Yoo Man-soo ira même jusqu’à prendre part à des cessions géantes de motivation, durant lesquelles des dizaines d’hommes licenciés hurlent des slogans en se tapotant compulsivement les tempes : « <em>Dans trois mois, je trouverai un emploi&nbsp;!</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>Je pourrai subvenir aux besoins de ma famille&nbsp;!</em>», «&nbsp;<em>Je renaîtrai !</em> ». Ainsi, semble nous dire le cinéaste, non seulement les structures capitalistes sont des simulacres, mais elles reposent sur un phénomène d’auto-persuasion aux allures de psychose généralisée, postulant qu’il n’existerait aucune autre voie possible.</p>
<h2>De la contamination à la boulimie</h2>
<p>On a souvent pu déplorer l’écart entre les circonvolutions mélodramatiques chères à Park Chan-wook et le caractère assez désincarné, voire frigide, de ses personnages. Si <em>Aucun autre choix</em> séduit davantage que les derniers films du cinéaste, c’est que son récit en entonnoir, l’aliénation des protagonistes et leur devenir quasi mécanique s’accordent assez bien à la logique de fluidité et d’enchaînement qui définit la mise en scène. Car loin de vouloir entraver le mouvement de la machine capitaliste, Park Chan-wook semble au contraire graisser ses rouages ou épouser sa frénésie pour accentuer sa dimension implacable. À ce titre, les plus belles trouvailles se nichent dans des jeux de transitions et d’échos d’une scène à l’autre. Un claquement de doigts permet d’allumer un briquet, un rayon lumineux se répercute dans le plan suivant, un gros plan sur des tempes qu’on martèle entraîne le mal de tête du personnage dans la scène d’après, etc. Le montage travaille de la sorte une forme de continuité exacerbée, pour signifier la contagion de la logique capitaliste dans l’ensemble des strates auscultées. Tout au long du film, Park Chan-wook s’amuse à amalgamer les personnages, les lieux ou les situations par des effets de superposition (fondus, <em>split-screens</em>, surimpressions), dessinant un monde où en tout endroit, à tout instant, rien n’échappe aux mailles du système.</p>
<p>Mais le bât blesse quand, au-delà de cette dynamique, les situations sont dépliées : si le film regorge de transitions ingénieuses, il semble moins inspiré lorsque les scènes devraient prendre, individuellement, leur élan. Les effets se font alors plus grossiers : toujours dans l’esprit de contamination ludique qu’explore le film – telle cette surimpression furtive du visage de Yoo Man-soo sur le front de l’homme qu’il s’apprête à tuer –, la caméra effectue parfois des travellings brusques d’un personnage à l’autre pour surjouer une tension, ou des zooms appuyés sur les visages pour en signifier l’affliction. Le climax, qui confronte Yoo Man-soo à un riche entrepreneur autour d’une conversation alcoolisée, est en ce sens éloquent. La séquence, qui s’étend sur une dizaine de minutes (l’une des plus longues du film), est émaillée d’effets en tout genre – travellings sur les verres qui s’échangent, cadre renversé pour suivre un cul sec, plan capté de l’intérieur de la pinte –, qui ne sont là que pour muscler la dynamique du suspense, à défaut de savoir la construire patiemment. La mise en scène revêt alors une dimension plus volontariste et empesée, à rebours de l’élasticité du montage.</p>
<p>D’où un film stimulant surtout localement, et beaucoup moins lorsqu’il observe ses automates se débattre les uns contre les autres. Cette boulimie visuelle donne parfois l’impression d’une machine qui tourne à vide : l’important tient moins dans les scènes que dans les raccords astucieux que ménage le cinéaste pour les relier. Au risque d’arriver à une forme de paradoxe ironique : <em>Aucun autre choix</em> obéit lui aussi à un principe de «&nbsp;fusion-acquisition&nbsp;» propre aux groupes capitalistes qu’il peinturlure&nbsp;; comme eux, à force de vouloir agglomérer, il finit par devenir obèse.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Retour à Silent Hill</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-a-silent-hill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:31:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Silent Hill (2006), déjà réalisé par Christophe Gans, est souvent présenté comme l’une des rares adaptations réussies de jeu vidéo. On peut en effet lui reconnaître, en dépit de ses défauts, sa restitution méticuleuse de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-a-silent-hill/" title="Read  Retour à Silent Hill">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silent-hill/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Silent Hill </em></a>(2006), déjà réalisé par Christophe Gans, est souvent présenté comme l’une des rares adaptations réussies de jeu vidéo. On peut en effet lui reconnaître, en dépit de ses défauts, sa restitution méticuleuse de l’ambiance si particulière du matériau original. Le projet d’adaptation de <em>Silent Hill 2</em>, annoncé en grande pompe par le studio Konami en 2022, s’est par conséquent retrouvé dès le départ prisonnier d’une double injonction de loyauté : envers le jeu (d’autant plus que ce deuxième épisode est considéré comme le meilleur de la série), mais aussi envers le premier film, dont il devait assurer la relève.</p>
<p>Mais dès l’ouverture, Christophe Gans prend ses distances avec <em>Silent Hill 2</em>. La première scène du jeu offrait pourtant une exposition facilement transposable au grand écran : James, de dos sur un parking vide, y relisait une lettre écrite par sa femme morte Mary, lui demandant de la rejoindre dans la fameuse petite ville américaine. La brume, la musique, la solitude de James… tout concourrait à introduire avec tristesse ce que l’on pourrait résumer comme une variation horrifique du mythe d’Orphée et d’Eurydice. Il y a donc de quoi être surpris en découvrant ici un James en pleine forme, lunettes de soleil sur le nez et joint aux lèvres, à bord d’une voiture de sport. On retrouve certes par la suite la situation décrite plus haut, mais cette première scène, qui s’avère être un flashback, illustre immédiatement une fausse bonne idée de Gans : alterner entre le passé de James et son errance dans la ville abandonnée. Cette construction permet sans doute de filmer davantage le personnage de Mary, qui apparaissait peu dans le jeu, et ainsi de « <em>la voir vivre</em>&nbsp;», comme le disait à l’époque David Lynch en parlant de Laura Palmer dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/twin-peaks-fire-walk-with-me/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Twin Peaks&nbsp;: Fire Walk With Me</em></a>, pour substituer à son image figée (la photo du bal de promo) une figure autrement incarnée. Le pari s’avère néanmoins perdant : les souvenirs, trop bavards, ne parviennent pas à donner corps à l’histoire d’amour et encombrent le récit de nouvelles pistes narratives, telle cette histoire de secte esquissant un lien aussi vague que superflu avec le premier film. Plus encore, les flashbacks réduisent la visite de la ville à une collecte d’indices (des papillons de nuit, une silhouette encadrée par une fenêtre, etc.) pour comprendre ce qui est arrivé à Mary.</p>
<p>On pourrait rétorquer que cette approche «&nbsp;fonctionnelle&nbsp;» des détails témoigne d’une certaine fidélité envers la manière de progresser dans <em>Silent Hill</em>. Cet aspect du <em>gameplay</em> était cependant très minoritaire dans les jeux, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/silent-hill-le-sentiment-des-confins/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">qui privilégiaient plutôt de longues errances dans la brume et la mise en scène d’une terrifiante solitude</a>. Engoncées dans leur mécanique narrative, les scènes visent avant tout à éclaircir les zones d’ombres, par l’abus de fondus enchaînés entre les deux époques, l’usage répété de dialogues explicatifs ou encore la superposition signifiante de deux plans. Privés de silence et soulignés par d’imposants mouvements d’appareil, les effets horrifiques tombent dès lors à plat. Gans n’utilise par ailleurs jamais l’omniprésent brouillard et ne capitalise que rarement sur le hors-champ naturel offert par son décor. Quant aux surgissements plein cadre de corps difformes, ils sont certes spectaculaires, mais rarement inquiétants. On a, de fait, surtout l’impression de suivre au pas de course une visite guidée du parcours type d’un joueur : la marche dans la forêt, la première créature sans bras, « Tête de Pyramide » observé depuis l’intérieur d’un placard… rien ne manque ou presque, mais rien ne marque non plus. Les scènes cinématiques d’autrefois étaient source de tension car elles introduisaient souvent une nouvelle phase de jeu ; alignées sur la durée d’un long-métrage, leurs transpositions s’apparentent à de simples présentoirs de figurines monstrueuses. Néanmoins, quelque chose surnage de ce film boursouflé : des bribes ponctuelles de cette mélancolie si propre à ce <em>Silent Hill 2</em>. À moins que ce ne soit l’émotion produite par l’envoûtante musique d’Akira Yamaoka (le compositeur historique de la saga), tandis que reviennent en mémoire les images d’un jeu inoubliable.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-a-silent-hill/">Retour à Silent Hill</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Hurlevent</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hurlevent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hurlevent, troisième long-métrage de la scénariste et réalisatrice britannique Emerald Fennell, s’ouvre sur une scène qui encapsule les caractéristiques de son cinéma. Sur un fond noir, les gémissements suggestifs d’un homme s’entremêlent à des grincements...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hurlevent/" title="Read  Hurlevent">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Hurlevent</em>, troisième long-métrage de la scénariste et réalisatrice britannique Emerald Fennell, s’ouvre sur une scène qui encapsule les caractéristiques de son cinéma. Sur un fond noir, les gémissements suggestifs d’un homme s’entremêlent à des grincements de bois. Lorsque l’image advient enfin, on ne découvre pas un couple au lit, mais un condamné sur la potence. Des enfants ricanent dans la foule&nbsp;: il bande. Une nonne les houspille avant de lever les yeux vers l’érection du pendu (filmée en gros plan) blêmissant d’extase. C’est bête, vulgaire et méchant, il y a trente plans en une minute, ça fait son petit effet choc sur le spectateur&nbsp;: pas de doute, on est bien chez Fennell. Mais le film qui se déploie à partir de cette séquence inaugurale, sans doute le plus convaincant à ce jour, s’engage dans une voie un peu différente des précédents.</p>
<p>La <em>tagline </em>sur l’affiche du film n’a pas tort d’annoncer «&nbsp;<em>le </em>Roméo + Juliette<em> de cette génération</em>&nbsp;». Comme le blockbuster shakespearien sauce années 1990 réalisé par Baz Lurhmann, <em>Hurlevent </em>se veut une relecture anachronique d’un grand classique de la littérature anglaise : <em>Les Hauts de Hurlevent </em>d’Emily Brontë, roman d’une noirceur suffocante dont on peut imaginer pourquoi il a séduit la cinéaste. On y retrouve en effet le mélange de sensualité moite, de cruauté et de conflits de genres et de classes dont <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/promising-young-woman/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Promising Young Woman </em></a>et <em>Saltburn </em>faisaient leur beurre. Fennell renonce néanmoins cette fois aux retournements narratifs cousus de fil blanc pour privilégier un style baroque dont l’outrance décorative, comme chez Lurhmann ou le Jacques Demy de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peau-d-ane/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Peau d’âne</em></a>, joue à fond la carte de l’incongruité plastique&nbsp;: les châteaux moyenâgeux sont bâtis en carrelage de salle de bains et les robes de mariée cousues de plastique.</p>
<p>Ce déluge formel retrouve dans ses moments les plus délirants la fièvre des mélodrames flamboyants de l’époque classique – la cinéaste cite d’ailleurs ouvertement <em>Autant en emporte le vent </em>dans un plan où Heathcliff s’enfuit à cheval vers un crépuscule carmin. Elle confirme également son talent pour un érotisme gentiment pervers, là aussi très connoté <em>90s</em>&nbsp;: par exemple, dans cette séquence où Catherine (Margot Robbie), fascinée par les ébats brutaux de deux de ses domestiques qu’elle épie en secret, est surprise par Heathcliff (Jacob Elordi) qui se couche sur elle avant de la bâillonner d’une main et de l’aveugler de l’autre. Quelqu’un a visiblement lu <em>Le Cinéma haptique pour les Nuls</em> : aucun malaxage de pâte à pain, aucun œuf écrasé, aucun index enfoncé dans le poisson en gelée ne nous sera épargné. L’évidence de ces métaphores visuelles et du motif sadomasochiste qui court dans le film trahit cependant la lecture un peu trop littérale que la cinéaste fait du roman de Brontë. Ce côté « ras des pâquerettes » de l’adaptation produit pourtant de belles idées : par exemple, cette main surgie de sous un lit pour entraver la cheville de l’héroïne. Mais plus le film avance, plus il a, pour le coup, la main lourde dans sa transposition visuelle des thèmes du livre. Une succession de vignettes ornementales aussi bien composées que des vitrines du Bon Marché (cf. ce cadavre d’un alcoolique cadré artistiquement entre des montagnes de bouteilles) achèvent d’éponger ce qu’il y avait de sueur et de crasse dans la première partie, mais aussi d’étouffer l’émotion sous l’ironie narquoise. Heureusement, surnage jusqu’au bout le fiévreux bellâtre Jacob Elordi qui, après <em>Frankenstein</em>, confirme une maîtrise saisissante de son corps : avec ses bras et jambes interminables qu’il n’hésite pas à tordre dans des poses étonnantes, il a l’inquiétante étrangeté d’une araignée de Louise Bourgeois.</p>
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		<title>Send Help</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/send-help/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cela faisait depuis 2009 et Jusqu’en enfer (Drag Me to Hell) que Sam Raimi n’avait pas réalisé un film d’horreur – et un projet original, c’est-à-dire non rattaché à une franchise ou à un classique...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/send-help/" title="Read  Send Help">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela faisait depuis 2009 et <em>Jusqu’en enfer</em> (<em>Drag Me to Hell</em>) que Sam Raimi n’avait pas réalisé un film d’horreur – et un projet original, c’est-à-dire non rattaché à une franchise ou à un classique du cinéma (son prequel du <em>Magicien </em>d’Oz en 2013). Vendu comme un retour aux sources de la comédie horrifique ou de l’horrifique teinté de burlesque (soit la matrice d’<em>Evil Dead</em>, ce qu’il a fait de mieux), <em>Send Help</em> s’affirme pourtant comme le projet le moins singulier porté à ce jour par le cinéaste. Linda (Rachel McAdams), une employée de bureau hyper compétente mais raillée par ses collègues pour sa bizarrerie, échoue sur une île thaïlandaise déserte en compagnie de son insupportable PDG, Bradley (Dylan O’Brien), après le crash du jet privé qui les emmenait à un rendez-vous d’affaires à Bangkok. Juste avant la catastrophe, Bradley et le <em>boys club</em> à la tête de l’entreprise se moquaient d’une vidéo de l’audition, forcément ridicule, de Linda pour l’émission <em>Survivor</em> – l’équivalent chez nous de <em>Koh-Lanta</em>. La tempête qui s’abat ressemble alors à une malice du destin&nbsp;: désormais piégé dans un environnement sauvage, le petit coq doit s’appuyer sur les talents de sa subalterne rabrouée, férue de survivalisme. Lui n’en mène pas large, quand elle fait étalage de son sens de l’organisation et de la débrouillardise, ce qui occasionne une inversion du rapport de force initial.</p>
<p>Cela vous rappelle un truc&nbsp;? C’est normal&nbsp;: <em>Send Help</em> reprend la trame de la dernière partie de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sans-filtre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sans filtre</em></a> et va jusqu’à lui emprunter – attention, divulgâchage – son <em>twist</em> final, que l’on voit venir très tôt dans le film. Ce programme de lutte des classes appliquée au <em>survival </em>entend ménager sa singularité par la relation trouble des deux rescapés et la personnalité tordue de Linda, loin d’être une oie blanche. Mais il mine au passage son potentiel satirique à coups de rebondissements scénaristiques, pour relancer une intrigue somme toute minimale. Le plus décevant est de constater qu’il ne reste plus grand-chose de la signature de Sam Raimi, réduite à quelques gerbes d’hémoglobine et à un mauvais esprit visant sans doute un jeu de massacre « jouissif ». Même là, il est cependant difficile de ne pas voir l’inspiration ostlündienne : le gore opère le même rôle que le vomi – qu’on finit d’ailleurs par retrouver. À l’arrivée, le film noie définitivement son horizon de fable anticapitaliste pour célébrer paresseusement la revanche sociale (et friquée) d’un ancien vilain petit canard. Il manque à <em>Send Help</em> l’essentiel, cette qualité derrière laquelle il court à perdre haleine&nbsp;: la subversion.</p>
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		<title>Les Voyages de Tereza</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-voyages-de-tereza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un futur proche au Brésil, le gouvernement met en place une politique ségrégationniste à l’encontre des personnes âgées, d’abord placées sous tutelle de leurs enfants, avant d’être envoyées dans un camp de concentration. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-voyages-de-tereza/" title="Read  Les Voyages de Tereza">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un futur proche au Brésil, le gouvernement met en place une politique ségrégationniste à l’encontre des personnes âgées, d’abord placées sous tutelle de leurs enfants, avant d’être envoyées dans un camp de concentration. Le point de départ dystopique des<em> Voyages de Tereza </em>propose ainsi une critique explicite de l’État et de la société brésilienne dans son ensemble, qui réduit les vieillards au rang de corps improductifs dont il faudrait se débarrasser. Curieusement, le film désinvestit assez vite ce postulat, relégué en toile de fond. Ce qui intéresse réellement Gabriel Mascaro est ailleurs : le récit initiatique de Tereza, bien décidée à croquer la vie à pleines dents en s’enfuyant dans la forêt amazonienne avant son internement. Bien que la dystopie soit esquissée sur un mode mineur, elle présente un double écueil. Le premier est pragmatique : elle paraît surtout embarrasser le film, contraint d’exposer laborieusement les règles de fonctionnement de cette loi infernale, alors même qu’elle joue un rôle assez anecdotique dans le récit. Le second est politique : réduit à un postulat allégorique ultra-lisible (Tereza pourrait fuir une maison de retraite et le récit resterait peu ou prou le même), le monde futuriste tient ici de la note d’intention. Le changement de cap du scénario donne même l’impression de se délester de l’imaginaire historique qu’il a convoqué (celui de l’univers concentrationnaire et des rafles) pour lui préférer un horizon exclusivement individuel, comme si le film délaissait la portée collective des questions qu’il avait lui-même ouvertes.</p>
<p>La virée de Tereza, amorcée au bout d’une demi-heure, laisse pourtant d’abord espérer une respiration bienvenue : elle embarque à bord d’un bateau de fortune conduit par un passeur un peu louche, consommateur de bave d’escargot bleu aux propriétés hallucinogènes. Mais la dérive sensorielle dans la jungle est rapidement rattrapée par une narration balisée, où la splendeur des paysages, accompagnée d’une musique atmosphérique, accouche seulement de quelques plans de transition notables. Passé une séquence psychédélique assez ratée, le récit d’apprentissage reprend ses droits : Tereza enchaîne les rencontres supposées la guider vers sa liberté, dans un élan paradoxalement cadenassé par le scénario. Un exemple : au début du film, un gros plan sur un escargot intriguait ; paraissant délié de tout enjeu narratif, on pouvait croire qu’il consistait simplement à contempler la beauté bizarre du gastéropode. Cette incise poétique se révèle en vérité symbolique : l’escargot devient un motif récurrent qui structure lourdement le récit initiatique. Il réapparaît à bord du bateau, sous la forme de l’escargot bleuté que Tereza refuse d’utiliser, avant de resurgir une dernière fois, lorsqu’elle accepte enfin de s’administrer quelques gouttes du mystérieux liquide dans les yeux, jalonnant ainsi les étapes importantes de son trajet intime. L’animal aide toutefois à mieux comprendre la façon dont Mascaro envisage ici la dystopie : elle se résume à une petite valeur ajoutée d’excentricité, une tentative de conférer un semblant d’originalité à un film qui en est au fond dépourvu.</p>
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		<item>
		<title>Urchin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/urchin-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a quatre ans, on découvrait Harris Dickinson en gravure de mode embarquée à bord du yacht luxueux de Sans Filtre (Triangle of Sadness). Pour son passage derrière la caméra, l’acteur britannique explore toutefois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/urchin-2/" title="Read  Urchin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quatre ans, on découvrait Harris Dickinson en gravure de mode embarquée à bord du yacht luxueux de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sans-filtre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sans Filtre </em></a>(<em>Triangle of Sadness</em>). Pour son passage derrière la caméra, l’acteur britannique explore toutefois une tout autre veine que celle d’Östlund : loin de la satire grotesque, <em>Urchin</em> déploie une narration resserrée autour du destin de Mike (Frank Dillane), jeune toxicomane SDF. Si le film s’inscrit dans un réalisme à la Ken Loach, il ménage certaines séquences oniriques qui éloignent le récit de ce cap. Ainsi de celle où Mike, condamné pour vol et agression, retourne en prison ; la caméra s’engouffre alors dans le siphon d’une douche et entreprend un voyage vers les tréfonds de la terre, avant de dévoiler la silhouette du personnage à l’orée d’une grotte. Cette cavité réapparaît plusieurs fois, comme pour figurer son fragile espace mental en construction.</p>
<p>Le jeune homme redécouvre après la prison un semblant de vie sociale en décrochant un poste de chef cuisinier dans un hôtel bon marché. Le film égrène cependant les indices révélant le cercle vicieux auquel Mike ne peut échapper. Tout en lui expliquant qu’il lui sera difficile de retrouver du travail après ce nouveau séjour carcéral, sa conseillère abrège la conversation : « <em>vous savez déjà tout ça, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace</em>». En se concentrant sur l’affect de son personnage, et non sur les rouages du système de réinsertion sociale, <em>Urchin</em> figure les inévitables points de bascule de cette nouvelle vie. Mike s’enfuit d’ailleurs d’une friperie pour ne pas croiser le regard de Nathan (Harris Dickinson lui-même), jeune homme rachitique avec lequel il avait l’habitude de se droguer. Cette réminiscence du passé semble pourtant le poursuivre lorsqu’il accepte de rencontrer l’homme qu’il a agressé un an auparavant : le malaise s’installe quand on lui demande de justifier son acte, mais une ellipse bienvenue suspend la réponse de Mike. Cet événement cristallise le mal-être profond du personnage <i>–</i> sans trop en dire, la menace d’une rechute n’est jamais loin. Bien que balisé, le récit circulaire d’<em>Urchin</em> distille ainsi un certain trouble, et a le mérite d’éviter les écueils de l’accablement narratif ou du point de vue surplombant.</p>
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		<item>
		<title>L’ombre d’un doute — Father Mother Sister Brother / Le Sud</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-father-mother-sister-brother-le-sud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:31:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch et Le Sud de Víctor Erice. Disponible également sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-father-mother-sister-brother-le-sud/" title="Read  L’ombre d’un doute — Father Mother Sister Brother / Le Sud">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/father-mother-sister-brother/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Father Mother Sister Brother</em></a> de Jim Jarmusch et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-sud/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Sud</a></em> de Víctor Erice.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Camille Bouthors, Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Béla Tarr, le brouillard a envahi ton âme</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/bela-tarr-le-brouillard-a-envahi-ton-ame/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Béla Tarr est mort le 6 janvier dernier. Son nom reste aujourd’hui trop souvent réduit à un totem cinéphile ou à la pointe radicale d’un cinéma d’auteur tenu à la fois pour virtuose et austère....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/bela-tarr-le-brouillard-a-envahi-ton-ame/" title="Read  Béla Tarr, le brouillard a envahi ton âme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Béla Tarr est mort le 6 janvier dernier. Son nom reste aujourd’hui trop souvent réduit à un totem cinéphile ou à la pointe radicale d’un cinéma d’auteur tenu à la fois pour virtuose et austère. Les longs plans-séquences qui traversent son œuvre ne tiennent pourtant pas, bien qu’ils impressionnent, de la démonstration de force ; il faut les considérer à leur juste mesure, comme l’invention d’une forme qui déploie une vision du monde unique. L’œuvre de Béla Tarr est curieusement construite. Coupée en deux, elle prend véritablement son élan avec <em>Damnation</em>, en 1988, son sixième long-métrage, qui posera les fondements esthétiques des sommets à venir : le recours au noir et blanc (en rupture avec <em>Almanach d’automne</em>, son film précédent, tourné dans des couleurs criardes et volontairement artificielles), l’usage systématique du plan-séquence, la lenteur des mouvements de caméra, etc. C’est aussi par ce film que se noue une collaboration fructueuse avec l’écrivain et scénariste László Krasznahorkai, ainsi qu’avec Mihály Víg, le compositeur attitré de Tarr. Le premier plan impose d’emblée la nouvelle direction du cinéaste : une vaste plaine hongroise, boueuse et désertique, est traversée par un immense téléphérique s’enfonçant dans les confins de la profondeur de champ. De manière d’abord imperceptible, la caméra recule lentement jusqu’à révéler que le paysage était en réalité observé depuis l’intérieur, derrière une vitre, avant que n’apparaisse le protagoniste de dos, dans la pénombre. Le son mécanique et répétitif des nacelles est par ailleurs exacerbé, provoquant un crissement désagréable qui devient ensuite hypnotique. Les plans-séquences de Béla Tarr témoigneront souvent de la même complexité : ils résultent d’un agencement minutieux des éléments sonores et visuels pour sculpter patiemment des blocs de temps et nous maintenir dans un état d’éveil perceptif aigu. Ce lent ballet enrayé des nacelles, tournant à vide au milieu d’un paysage désolé, installe le mouvement de déréliction généralisée qui caractérise à partir de ce moment charnière toute l’œuvre de Tarr.</p>
<p>Quelques minutes plus tard, sous une pluie battante, Karrer se rend au bien nommé Titanic Bar, lieu central du film. La caméra, après avoir filmé la devanture, glisse progressivement vers l’homme, intégrant dans le cadre une étrange spirale au premier plan. Ce détail du décor pose alors l’un des motifs visuels clés de l’œuvre : la forme circulaire, associée à l’idée d’un naufrage (le Titanic), semble régir la dynamique de l’univers, aspirant peu à peu les êtres et les choses vers les abysses. La structure même de son dernier film, <em>Le Cheval de Turin</em>, épouse presque schématiquement cette idée. Des journées semblables s’y succèdent inlassablement, avec une évolution toutefois notable : chacune est davantage marquée par la dégradation (le puits se tarit, le cheval meurt, le feu s’éteint), jusqu’à ce que la spirale engloutisse bientôt les deux paysans dans l’obscurité. Le titre du <em>Tango de Satan</em> annonçait la couleur (ou plutôt son absence), en liant l’action démoniaque à une danse tournoyante : lente et implacable, aidée par la pluie qui paraît s’abattre perpétuellement sur le monde, la répétition est vectrice de destruction. Elle se manifeste notamment dans les scènes de danse dans les bars, où les ivrognes s’adonnent à des farandoles sinistres portées par les ritournelles de Mihály Víg. Lointain écho des bals populaires ou des grandes cérémonies de l’ère soviétique que Béla Tarr filmait dans <em>Rapports préfabriqués</em>, ces rassemblements ont perdu leur vitalité en même temps que leur fonction sociale, pour être réduits à un simple mouvement d’inertie. Certains personnages traînent encore leur mélancolie, mais tous sont prisonniers de leur désœuvrement, un peu à la manière des colons d’<em>India Song</em> de Marguerite Duras, captifs de la rémanence spectrale du bal de S. Tahla. À mesure que les travellings sinueux parcourent lentement ces lieux délabrés, le temps s’enroule alors progressivement sur lui-même.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331310 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="729" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-300x85.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-1024x292.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-768x219.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-1536x438.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-2048x584.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-980x279.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-2000x570.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>L’Apocalypse selon Béla</h2>
<p>Comment ouvrir une brèche dans cet enfer de la circularité ? C’est peut-être ici que se joue en partie la filiation bien connue entre Andreï Tarkovski et Béla Tarr. D’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/andrei-roublev/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Andreï Roublev</em>,</a> pris dans le chaos violent de la Russie tsariste, au «&nbsp;stalker&nbsp;» errant dans un monde post-apocalyptique, jusqu’à Aleksandr, isolé sur une île suédoise à l’approche d’une apocalypse nucléaire dans <em>Le Sacrifice</em>, les figures tarkovskiennes évoluent toujours dans des mondes au bord de l’anéantissement. À cette menace, le cinéaste russe oppose une réponse d’ordre spirituel : l’acte de foi, le geste sacrificiel ou créateur peuvent encore être salvateurs. Sur ce point décisif, Tarkovski et Tarr divergent profondément – ce dernier ayant d’ailleurs toujours revendiqué son athéisme. Si leur approche de la durée a souvent été rapprochée, leur façon d’appréhender la nature est en réalité opposée. Chez Tarkovski, le mouvement de caméra fait advenir le miracle, en entrelaçant entre eux les éléments (exemplairement à la fin du <em>Sacrifice</em>, où un même plan unit l’eau, la terre, le feu et le vent), suggérant que l’accès à la transcendance ne peut s’ouvrir qu’au cœur de l’immanence : l’expérience sensible mène à la spiritualité, d’où le caractère fondamentalement contemplatif de son esthétique. La pluie joue ainsi à plusieurs reprises le rôle d’Annonciation mystique : elle révèle au jeune Boriska l’argile qui lui permettra de fabriquer la cloche d’<em>Andreï Roublev</em>, elle auréole d’un halo doré les trois protagonistes de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/stalker/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Stalker</em></a> arrivés dans La Chambre. Chez Béla Tarr, au contraire, aucune transcendance ne se dessine : les éléments participent pleinement de la déliquescence et de l’épuisement généralisé des corps. C’est le vent implacable contre lequel lutte le paysan du <em>Cheval de Turin</em>, ou la pluie diluvienne qui transperce les manteaux et imbibe les murs décrépits du Titanic Bar : « <em>Le brouillard envahit tout, pénètre dans les poumons. Il envahit ton âme</em> », entend-on dans <em>Damnation</em>.</p>
<p>On retrouve cette idée dans <em>Le Tango de Satan</em>, que l’on peut lire comme le négatif de <em>Stalker</em> – il y a certes chez Tarr un même rapport à la circularité, mais où est rendue impossible l’illumination finale du film de Tarkovski, avec son personnage d’enfant par lequel la foi rejaillissait sur le monde. De façon analogue à <em>Stalker</em>, la dernière séquence (d’une demi-heure) du <em>Tango de Satan</em> rejoue la première : retour dans le kolkhoze, cette fois-ci vidé de ses villageois, où seul subsiste le vieux médecin. Assis derrière sa fenêtre, désormais bouchée par un brouillard épais, il n’a plus personne à épier. Soudain, le son des cloches résonne au loin : revient alors en mémoire la toute première phrase du film, prononcée sept heures plus tôt en voix off, qui racontait comment le vieil homme entendit un jour sonner les cloches alors même que la chapelle, située à plusieurs kilomètres, avait été détruite. Le médecin se met en route d’un pas lourd à travers la plaine boueuse ; le mixage sonore substitue lentement au carillon un tintement métallique dissonant. Arrivé sur place, il découvre un fou qui martèle un tuyau contre la chapelle détruite. Le dernier plan suit le médecin de retour chez lui. Il barricade sa fenêtre, son unique ouverture sur le monde extérieur, puis écrit dans son journal en prononçant à bout de souffle les mots déjà entendus en voix off à l’ouverture du film. Comme dans <em>Stalker</em>, tous les éléments font retour (le texte, le médecin, la fenêtre) mais ici sur un mode <em>dégradé</em> : aucun miracle n’est advenu, la spirale a gagné en engloutissant l’image dans l’obscurité.</p>
<p>Une brèche s’est pourtant bel et bien ouverte dans <em>Le Tango de Satan</em>, même si celle-ci n’a pas sauvé le vieux médecin, resté dans le kolkhoze et à son tour victime de cette «<em> mortelle inertie</em> » qu’il évoquait dans son journal. Et, comme chez Tarkovski, cette brèche passe par la figure de l’enfant, plus précisément celle de l’idiote : la petite Estike, dont la longue marche dans la nuit scinde le film en deux. Rejetée par les habitants, la fillette observe d’abord seule sous la pluie les ivrognes du bar tournoyer derrière une fenêtre. On la voit ensuite s’élancer dans le noir, par le truchement de plusieurs longs plans rapprochés filmés de face – un choix formel suffisamment singulier pour être souligné, s’opposant aux habituels cadres larges où Tarr accompagne, le plus souvent de dos, les errances de ses personnages. Son visage perce alors les ténèbres, illuminé par sa résolution à avancer en dépit de la pluie battante, dans un mouvement saccadé. Alors qu’elle absorbe de la mort-aux-rats, la voix off restitue ses dernières pensées : « <em>“Les anges voient ça et comprennent”, se dit-elle. Elle se sentait sereine, et les arbres, la route, la pluie et la nuit, tout respirait la tranquillité.</em> » Le film semble faire alors d’Estike une figure de <em>iurodivy</em>, ces « fols-en-Christ » de la tradition russe, humiliés et marginaux dont l’innocence même leur confère une portée spirituelle et prophétique. Béla Tarr est cependant plus terre à terre que Tarkovski, pour revenir à lui : l’idiot n’est pas ici une figure mystique mais éthique, voire politique. Sa mort agit de fait comme un déclencheur, lorsque le faux prophète Irimiás en fait un argument pour entraîner la dispersion des villageois au-delà du kolkhoze ; en d’autres termes, elle rompt l’inertie qui paralysait le monde. Cette figure de fou capable de redessiner la marche de l’univers est aussi présente dans <em>Les Harmonies Werckmeister</em>. Dans la scène inaugurale (peut-être la plus belle de la filmographie de Béla Tarr), le personnage de János Valuska réorchestre ainsi les déplacements des ivrognes dans un bar pour renouer un instant avec une harmonie cosmique. La caméra elle-même prend part à ce ballet, où la lumière finit par réapparaître après les ténèbres. L’attitude de János a quelque chose de dérisoire, à l’image de celle d’Estike ou encore du couple de paysans du <em>Cheval de Turin</em>, qui continuent à manger leurs dernières pommes de terre alors même que tout espoir semble avoir disparu pour de bon. Parler de salut de l’humanité ou de résistance paraît trop lourd, trop chargé pour désigner avec justesse leurs comportements : ils ne projettent rien vers l’avenir, ne portent aucune utopie, mais persistent à accomplir une action simple, minimale. Et pourtant, c’est peut-être bien à travers ces gestes que subsiste pour eux une dernière forme de dignité possible, alors qu’advient la fin des temps.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331311 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg" alt width="1204" height="720" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg 1204w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-300x179.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-1024x612.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-768x459.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-980x586.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1204px) 100vw, 1204px"></a>
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		<title>Le Gâteau du président</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre le décor d’un village flottant irakien et l’image granuleuse vignettée aux angles,&nbsp;<em>Le Gâteau du président</em>&nbsp;ressemble de prime abord à&nbsp;un film contemplatif. Il s’articule pourtant autour d’une mission clairement définie&nbsp;: dans les années 1990, une petite fille, Lamia, est tirée au sort dans sa classe pour apporter un gâteau deux jours plus tard, afin de célébrer comme il se doit l’anniversaire de Saddam Hussein. Dans un pays sous le feu des bombes américaines, où nourriture et eau viennent à&nbsp;manquer, le culte du chef est plus fort que jamais. Lamia, telle une héroïne kiarostamienne, se rend donc à&nbsp;la ville avec sa grand-mère (et, plus incongru, son coq de compagnie), afin de dégoter un à&nbsp;un les ingrédients du «&nbsp;<em>gâteau du président</em>&nbsp;». Le film raconte donc l’histoire d’une recette, où la recherche de chaque composant (des œufs, du sucre, de la farine) sert de prétexte à&nbsp;une petite aventure.</p>
<p>Au risque de suivre lui aussi une formule. De façon assez systématique, la quête enfantine se voit contrebalancée par le chaos environnant&nbsp;: estropiés, mendiants, manifestants patriotes ne cessent de croiser la route du personnage principal et de Saeed, un camarade de classe qui se joint à&nbsp;elle, pour signifier que la grande Histoire rencontre la petite. Le récit, évidemment «&nbsp;à&nbsp;hauteur d’enfant&nbsp;» (comme le veut l’expression consacrée) alterne ainsi schématiquement entre&nbsp;<em>Les 400 Coups&nbsp;</em>et la chronique historique. Avec ce scénario balisé et sa mascotte (le coq, dont les cris et autres picorages intempestifs instillent un peu de comédie),&nbsp;<em>Le Gâteau du président</em>&nbsp;a&nbsp;quelque chose d’un Disney (ou d’un Pixar) déguisé en film d’auteur international. L’expédition de Lamia et Saeed (alourdie inutilement par le point de vue de la grand-mère à&nbsp;la recherche de sa petite-fille) a&nbsp;beau dresser un tableau implacable d’un pays à&nbsp;la fois assiégé et malade, elle n’atteint jamais vraiment le statut de fable auquel Hasan Hadi aspire. Il y&nbsp;a bien quelques ogres masculins qui se dressent sur la route des personnages, mais le film reste arrimé au caractère agréablement ludique de son pitch, sans parvenir à&nbsp;le transcender. On a donc moins affaire à un «&nbsp;Où est la farine de mon ami&nbsp;? » qu’à un simple «&nbsp;Et la routine continue&nbsp;».</p>
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		<title>Ella McCay</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/comment-savoir/" target="_blank" rel="noopener"><em>Comment savoir</em></a>, il y a quinze ans, semblait l’œuvre d’un alien&nbsp;: le film était à la fois trop sophistiqué et farfelu, trop pur, trop étrange pour trouver sa place dans le paysage de la comédie américaine du début des années 2010. <em>Ella McCay</em>, d’ores et déjà un échec commercial et critique dans son pays, au point que Disney (propriétaire de la Fox) a décidé à la dernière minute d’annuler la sortie du film dans les salles françaises, ne va évidemment pas changer la tendance : en situant son intrigue en 2008, soit l’année précédant le tournage de <em>Comment savoir</em>, c’est comme si le film nous parvenait d’un cinéaste inchangé, dont le fossé avec le reste de la production paraît aujourd’hui plus grand que jamais. Dès les premières minutes et la présentation énamourée du personnage (« <em>I’m nuts about her</em>&nbsp;», avoue la narratrice face caméra avec un sourire en coin), ce décalage est manifeste. Ce n’est pas son meilleur, mais <em>Ella McCay</em> est bel et bien un film de James L. Brooks&nbsp;; un film un peu étrange et souvent merveilleux.</p>
<p>Ella (Emma Mackey), jeune politicienne bonne élève, est une sorte de Rory Gilmore ou de Lisa Simpson qui devient gouverneure d’un État jamais nommé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330838_142('footnote_plugin_reference_330838_142_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330838_142('footnote_plugin_reference_330838_142_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330838_142_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330838_142_1" class="footnote_tooltip">On reconnaît toutefois le climat et l’architecture de la côte Est – le film est d’ailleurs tourné à Providence, dans l’État du Rhode Island.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330838_142_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330838_142_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> au service duquel elle travaille au moment où son prédécesseur (Albert Brooks) est nommé secrétaire d’État. Le film la suit durant quelques jours de bouleversement public et privé, ballottée entre un mauvais père venu lui rendre visite pour se faire pardonner (Woody Harrelson), un mari nourrissant de nouvelles ambitions (Jack Lowden), ou encore un petit frère à l’anxiété sociale maladive (Spike Fearn). Cet amoncellement de micro-intrigues ne tient certes pas tout à fait debout, le film alternant entre un sentiment de stagnation et des accélérations soudaines, mais l’aspect éclaté de la narration permet de faire de chaque scène ou presque un laboratoire brooksien. Chez le réalisateur de <em>Broadcast News</em>, il est toujours question de communication. Ses films se reconnaissent à ses personnages qui analysent en direct leur manière de s’exprimer, contrebalançant leur maladresse par une hyper conscience du langage et une volonté de faire (ou dire) mieux. Plus encore que de ses dialogues virtuoses, le style du cinéaste tire son essence de cette manière dont les protagonistes cherchent à se faire comprendre. Chez Brooks, la parole est affaire de négociation, et plus encore de négociation spatiale : s’il doit y avoir une modulation dans les idées ou les émotions, alors les corps doivent également se déplacer. Par exemple, dans l’un des nombreux flashbacks de la première partie du film, lors de l’enterrement de la mère d’Ella, l’héroïne emmène son frère pleurer dans sa chambre. Il n’en a pas envie et reste donc à l’extérieur de la pièce, à monter la garde. Il faudra que leur tante monte à l’étage et aperçoive ce petit garçon faisant le guet, avant de redescendre impuissante, pour que coulent les premières larmes. L’enfant n’a plus qu’à ouvrir la porte pour rejoindre sa sœur dans cet espace où le deuil devient possible. Le film regorge de ce genre de trouvailles, comme autant de petits miracles opérant une déviation discrète par rapport à une situation donnée. Il suffit parfois de se mouvoir : s’installer à l’avant d’une voiture depuis un siège arrière, retourner sur ses pas pour prendre un mouchoir, puis deux, puis la boîte, sortir quelques secondes d’une salle de conférence, etc.</p>
<h2>Bonté et sympathie</h2>
<p>Cet aspect mécanique, allié à l’extravagance de la partition des comédiens, tous plus expressifs les uns que les autres (il n’est pas étonnant que Jack Nicholson ait joué trois fois chez Brooks) confère au film un aspect irréel, presque féérique. La croyance du cinéaste en la bonté de l’homme et une forme de rectitude morale ne peut que prendre de court le spectateur contemporain, habitué aux fictions où le second degré domine. Mais cette candeur se voit toujours portée d’abord par une inventivité et une excentricité qui l’empêchent de basculer dans la mièvrerie. La scène la plus extraordinaire du film, en marge de son fil narratif principal, organise ainsi les retrouvailles d’un couple après une longue séparation. Le frère d’Ella, Casey, se rend chez Susan (Ayo Ediberi, encore plus bourrée de tics que dans <em>The Bear</em>) pour tenter de repartir de zéro après son année passée loin du monde. De prime abord, il semble impossible de croire à l’éventualité d’une relance de leur relation amoureuse : Casey est bien trop paumé pour Susan, en apparence plus « normale ». Comme souvent chez Brooks, c’est aux personnages de prendre les rênes de la mise en scène et de se diriger mutuellement pour que puisse advenir un accord. S’asseoir, se lever, s’accroupir, prendre son manteau, le reposer, marcher de long en large ou au contraire s’arrêter : la chorégraphie complexe qui se met en place, au-delà de maintenir une dynamique de <em>screwball comedy</em>, est la condition du rassemblement final des personnages, comme s’il avait fallu tester différentes combinaisons pour trouver la bonne fréquence.</p>
<p>Si le film ne se maintient pas toujours à ce niveau, cela tient sans doute au fait qu’il s’agit à ce jour de la plus franche comédie de James L. Brooks. Son horizon n’est pas ici d’alterner entre la drôlerie et les larmes (malgré quelques pics), mais d’assumer une certaine légèreté et de multiplier les gags, toujours bien sûr au premier degré. Ce pacte (il a pensé le film comme un hommage à la comédie américaine des années 1940 et 1950) l’oblige par exemple à condamner un peu trop lourdement le mari veule dans des scènes forcément plus sommaires, par nécessité d’un antagonisme fort lié au genre, tranchant avec les personnages en apparence négatifs de sa filmographie (Aurora dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tendres-passions/" target="_blank" rel="noopener"><em>Tendres passions</em></a>, Melvin dans <em>Pour le pire et pour le meilleur</em>, Deborah dans <em>Spanglish</em>) qui font ce qu’ils peuvent à défaut de se racheter totalement. Mais ces petites faiblesses ne sauraient entacher le bonheur de retrouver la voix unique d’un cinéaste plus que jamais à l’écart. En se collant aux basques d’une jeune femme idéaliste, Brooks semble planer au-dessus de la mêlée (et du chaos des États-Unis de 2025), dans une foi obstinée en la possibilité qu’a le cinéma de nous améliorer. Bref, il continue à y croire – on ne demande rien d’autre à Hollywood.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330838_142();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330838_142();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330838_142">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330838_142" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330838_142('footnote_plugin_tooltip_330838_142_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330838_142_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On reconnaît toutefois le climat et l’architecture de la côte Est – le film est d’ailleurs tourné à Providence, dans l’État du Rhode Island.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330838_142() { jQuery('#footnote_references_container_330838_142').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330838_142').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330838_142() { jQuery('#footnote_references_container_330838_142').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330838_142').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330838_142() { if (jQuery('#footnote_references_container_330838_142').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330838_142(); } else { footnote_collapse_reference_container_330838_142(); } } function footnote_moveToReference_330838_142(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330838_142(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330838_142(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330838_142(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/">Ella McCay</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>The Mastermind</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans les années 1970, James Mooney (Josh O’Connor) monte une équipe de bras cassés pour voler plusieurs tableaux dans le petit musée de Firmigham au Massachusetts. Si les toiles ont bien été subtilisées, le braquage...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/" title="Read  The Mastermind">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les années 1970, James Mooney (Josh O’Connor) monte une équipe de bras cassés pour voler plusieurs tableaux dans le petit musée de Firmigham au Massachusetts. Si les toiles ont bien été subtilisées, le braquage en apparence soigneusement préparé relevait en vérité de l’amateurisme et l’un des voleurs, rattrapé par la police, dénonce vite James, contraint de prendre la route. <em>The Mastermind</em> n’est en fait qu’à moitié un film de casse (l’intrigue policière y est accessoire), de même que son personnage, assez insaisissable, se révèle toujours à moitié présent dans les lieux qu’il traverse : dans la première scène du film, qui dépeint le repérage des lieux en vue du cambriolage, James semble évoluer dans un monde à part, coupé en deux par le cadre d’un tableau à l’arrière-plan. Faisant à peine mine de contempler des œuvres, il subtilise une petite statuette derrière une vitrine à la manière de Michel dans le <em>Pickpocket</em> de Robert Bresson, glissant l’objet dans un étui à lunettes qu’il dépose ensuite dans le sac d’une femme assise sur un banc, qui s’avérera être sa femme, Terri (Alana Haim), présente dans le musée avec leurs deux enfants. Même en famille, James est déjà seul : la filiation que le film tresse avec le cinéma de Bresson ne se joue pas seulement dans la façon précise qu’a Reichardt de mettre en scène un vol (en décomposant par le montage une série de gestes mécaniques), mais aussi dans sa manière de figurer un personnage à la marge, séparé de son entourage par les surcadrages et les lignes dessinées par les murs et les couloirs. Encore plus que Lizzie dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/showing-up-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Showing Up</em></a>&nbsp;(film dont <em>The Mastermind</em> suit le sillon), James s’avère par ailleurs antipathique ; il n’hésite pas à laisser seuls ses enfants dans un centre commercial au moment du braquage, pour les récupérer en fin de journée dans la même voiture transportant les tableaux volés. Au regard des risques inconsidérés qu’il prend pour lui et sa famille, il ne s’agit pas d’un « génie », tel que le suggère le titre très ironique, mais d’un vrai raté, moins attendrissant que ceux qui peuplent ordinairement les films de Reichardt.</p>
<p>Cette idée de la fausse piste ou du faux-semblant est au cœur de la mise en scène ; minutieuse, elle raconte toujours autre chose que ce que le récit travaille en surface. Ainsi également de la bande-son, employée à des fins comiques, voire cartoonesques, qui figure secrètement ce qui se joue dans ce personnage de faux génie : les morceaux de jazz accompagnant les gestes de James relèvent à la fois d’une continuité (une même cadence étendue sur plusieurs minutes) et d’une forme d’improvisation sans cesse relancée (des embardées discrètes qui tranchent avec la cadence initiale, lorsqu’il s’agit par exemple d’inventer une nouvelle pirouette pour se sortir du pétrin). À chaque fois que James semble avoir un coup d’avance, il est ainsi rattrapé par ce qu’il n’avait pas su <em>bien</em> <em>voir </em>en amont. Le découpage se dissocie alors de son point de vue, et nous invite à regarder attentivement ce qui s’apprête à perturber son plan d’action. En témoigne cette longue scène où Reichardt s’attarde pendant plusieurs minutes sur son personnage en train de cacher les tableaux volés à l’étage d’une porcherie. En accentuant le prosaïsme d’un geste qui n’a rien d’héroïque, la cinéaste le filme en train d’installer son échelle, de déballer les tableaux un à un, de les monter dans la remise, de les remettre enfin dans leur coffre avant de faire choir l’échelle par inadvertance – il devra tomber dans la boue pour descendre. D’un point de vue scénaristique, la durée de cette drôle de séquence paraît injustifiée, d’autant que Reichardt bâtit un faux suspense autour du fait, sans conséquence, que les habits de James sont désormais couverts de terre (les policiers l’attendent chez lui, et il doit se changer en urgence dans le jardin). Il faut en réalité voir dans la durée de ces plans, qui s’attardent sur des gestes aussi répétitifs qu’anecdotiques, un contrepoint à l’erreur élémentaire de James, qui n’a pas assez bien pris en compte la matière d’une situation et d’un espace donnés. Ce « génie » est trop inattentif pour en être un.</p>
<h2>L’inattentif</h2>
<p>« <em>Quelle époque, hein ?</em> » demande, à la fin du braquage, l’un de ses associés. Une question à laquelle James, d’une nonchalance à toute épreuve, ne répond même pas : « <em>On se voit plus tard</em> », conclut-il. Ce dernier n’a que faire de l’espace-temps au sein duquel il évolue. C’est une autre belle fausse piste : au fur et à mesure du récit, surtout à partir de la fuite de James qui pourrait s’accompagner d’une montée en tension dramatique (elle n’adviendra jamais), l’escalade guerrière que mènent les États-Unis de Nixon au début des années 1970 s’infiltre peu à peu dans le montage et dans les plans. Le Vietnam est lui aussi, mais sur un autre mode (sa présence se révèle plus importante qu’on ne le croit d’abord), à moitié là. Il en est fait mention dans les annonces radiophoniques qu’une autostoppeuse interrompt pour écouter de la musique, sur des affiches militantes ou à la une d’un journal, juste à côté d’un article consacré à la cavale de James – le personnage, de façon éloquente, ne lira pas le reste de la page. Ce qui se joue à cet égard dans l’une des chambres d’hôtel où se terre le fugitif fait entrer le spectre de la guerre d’une manière tout à fait bouleversante au sein du film. En arrivant sur les lieux, James commence par accrocher des chemises sur la fenêtre de sa chambre, tandis que, dans l’appartement d’en face, sont diffusées les informations télévisées détaillant l’offensive du pays au Vietnam et au Cambodge : en voulant se cacher de l’extérieur (il ne veut pas être repéré par la police car sa photo est dans le journal), il voile lui-même son regard, qui bute sur un hors-champ de taille. Plus tard, dans la même pièce, le personnage découpe une photo d’identité pour se fabriquer un nouveau passeport. La bande-son, quant à elle, nous fait entendre des tirs d’hélicoptères sans que l’on puisse identifier tout de suite leur provenance. En un panoramique circulaire, la caméra de Reichardt part de James, montre ensuite sans s’arrêter la télévision de sa chambre qui diffuse des images de la guerre, puis revient sur le personnage, tellement occupé à sauver son existence qu’il ne regarde pas une seule seconde les massacres documentés juste à côté de lui.</p>
<p>Le réel projet du film tient dans ce mouvement de caméra : sans prétention, Reichardt réalise son film « sur le Vietnam » en regardant l’Histoire de biais, dans une sorte de contournement qui, plutôt que de masquer la guerre par préciosité, a pour effet inverse de détourner l’ensemble des plans dans cette direction. Impossible, dès lors, de regarder au premier degré la cavale de ce personnage pathétique, qui se contrefiche de l’actualité – il refuse par exemple de rejoindre, comme le lui propose un ami, des marginaux exilés au Canada pour éviter leur enrôlement dans l’armée (il se moque même de l’idée de faire partie d’une « <em>communauté</em> »). Reichardt, comme à son habitude, ne méprise pas son personnage. Mais sa mise en scène est plus dure et sévère qu’à l’accoutumée : elle rappelle toujours le manque d’intelligence de James. Celui-ci est habile dans sa manière de s’extirper de situations problématiques (il reste très débrouillard), mais présente une absence d’acuité vis-à-vis du monde dans lequel il cherche à vivre (d’abord sa famille, qu’il néglige ; ensuite la société, qu’il ignore). La dernière séquence du film, à la fois magnifique et d’une fatalité très bressonienne, va dans ce sens. Le personnage y est piégé par son attention mal placée (un portefeuille plutôt qu’une manifestation anti-guerre), soulignée par une multiplication d’inserts à l’intérieur d’une séquence dont l’ampleur appelait en principe des plans plus larges. Les surcadrages nombreux l’annonçaient en vérité depuis le début (il a toujours eu un pied derrière les barreaux) : James sera puni par le surgissement d’un acte de violence injuste et arbitraire, qu’il aurait pu anticiper s’il avait daigné regarder l’époque et ses atrocités en face.</p>
<p>Derrière un petit film de casse se cachait donc un grand film sur l’impasse que constitue un rapport sans réciprocité au monde. « <em>Est-ce qu’on ne peut pas admettre que des hommes capables, intelligents, et à plus forte raison doués de talent ou même de génie – donc indispensables à la société – au lieu de végéter toute leur vie soient dans certains cas libres de désobéir aux lois ?</em> » demandait Michel à un inspecteur de police au début de <em>Pickpocket</em>. Punissant son héros incapable de voir ce qu’il se passe au-delà de son nombril (il finit aspiré dans la profondeur de champ d’un long plan sidérant), <em>The Mastermind</em> répond en quelque sorte que les génies sont aveugles.</p>
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		<title>La Lumière ne meurt jamais</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-lumiere-ne-meurt-jamais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pauli, jeune flûtiste professionnel, rentre chez ses parents après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Le soir de son retour, il aperçoit une jeune femme qui déambule dans son quartier : casque sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-lumiere-ne-meurt-jamais/" title="Read  La Lumière ne meurt jamais">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pauli, jeune flûtiste professionnel, rentre chez ses parents après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Le soir de son retour, il aperçoit une jeune femme qui déambule dans son quartier : casque sur les oreilles et micro à la main, elle enregistre les sons environnants en frappant avec un maillet sur des canalisations, avant que ces percussions improvisées déclenchent par inadvertance l’alarme d’une automobile. Le sursaut provoqué par ce soudain vacarme entend figurer l’énergie avec laquelle cette ancienne camarade de classe va sortir Pauli de sa torpeur : c’est en assistant plus tard dans le film à l’un de ses concerts qu’il découvrira la dynamique salvatrice de la musique expérimentale et se libérera peu à peu des barrières artificielles que l’enseignement classique avait érigées en lui.</p>
<p>La logique du contrepoint, filée tout au long de ce récit d’apprentissage, manque malheureusement de finesse. Les séquences musicales, qui mêlent des ustensiles incongrus (les personnages jouent avec des verres d’eau et de l’électroménager) aux traditionnelles basses et guitares électriques, demeurent assez conventionnelles ; un comble pour une musique qui, selon les personnages eux-mêmes, doit être « <em>supranaturelle&nbsp;</em>». En opposant le classique à l’expérimental, le film fait par ailleurs l’impasse sur les ponts féconds entre ces deux styles. Cette dichotomie trouve son acmé lorsque le flûtiste s’avance dans l’enceinte monumentale de son conservatoire. La froideur du lieu, combinée à la condescendance de ses collègues, pousse à nouveau Pauli dans les bras de la musique expérimentale : filmée en gros plan, la dernière performance nocturne est quant à elle réchauffée par les flammes d’un brasier. Le son de sa flûte (dont le film nous privait l’écoute depuis le début) retentit alors pour la première fois, comme une ultime métaphore surlignée de la renaissance du personnage.</p>
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		<title>Rental Family</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rental-family/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Phillip Vandarploeg est un acteur raté, sans amis et au chômage. Exilé à Tokyo afin de tourner une publicité pour un dentifrice, il enchaîne depuis sept ans les projets inconséquents, faute de mieux. Par chance,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rental-family/" title="Read  Rental Family">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Phillip Vandarploeg est un acteur raté, sans amis et au chômage. Exilé à Tokyo afin de tourner une publicité pour un dentifrice, il enchaîne depuis sept ans les projets inconséquents, faute de mieux. Par chance, son destin lui sourit le jour d’un enterrement : témoin malgré lui d’une fausse cérémonie (un homme simule ses funérailles avec une famille fictive lui rendant hommage), il finit par être embauché par l’entreprise chargée d’organiser ce subterfuge aux visées cathartiques. Son rôle, désormais : jouer l’Américain blanc et d’âge mûr de service.</p>
<p>Dès les premiers plans de <em>Rental Family</em>, on devine&nbsp;l’enjeu sous-tendu par la présence d’un Brendan Fraser pas totalement sorti de son expérience chez Aronofsky&nbsp;: introduire un corps étranger dans un cadre nippon parfaitement identifié. Que ce soit dans les rues et les transports en commun tokyoïtes ou esseulé dans son minuscule appartement avec fenêtre sur cour, Philip dénote. Trop grand, trop gros, souvent en retard et constamment désolé, il ne semble jamais être à sa place. Les jeux de rôles auxquels il va se prêter avec de moins en moins de réticences (il endosse successivement celui d’un marié d’un jour, d’un journaliste auprès&nbsp;d’un acteur vieillissant, d’un père retrouvant sa fille de douze ans, etc.) vont toutefois changer la donne. S’il s’agit d’abord pour le film de faire entrer Fraser dans le cadre, il va surtout se charger <em>d’encadrer </em>son personnage, résolument cantonné à tenir, quoi qu’il arrive, le beau rôle. La dernière scène le formule littéralement : alors qu’il se recueille dans un temple bouddhiste, Philip découvre entre deux voiles qui flottent au vent son reflet dans un miroir rond. Cette vision soudaine, redoublée par un plan frontal sur son visage ému et satisfait lui-même bordé par les rideaux, achève de boucler la boucle&nbsp;: le personnage est entré dans le moule et accepte enfin de se regarder tel qu’il est.</p>
<p>Sur un sujet similaire – le film s’inspire d’un véritable phénomène au Japon –, Werner Herzog avait livré avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/family-romance-llc/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Family Romance, LLC</em></a> un point de vue à la fois fasciné et inconfortable sur ces usurpations d’identité, questionnant en creux l’idée même de contrefaçon (quand le faux devient plus vrai que le vrai, le risque est de lui accorder sa préférence). En arrondissant les angles, Hikari opte pour un regard davantage consensuel, empreint de mièvrerie. Le plus embarrassant ici, c’est que le sentimentalisme à l’œuvre tend également à lisser&nbsp;les problématiques soulevées par le récit. À l’image de la bonhommie du personnage, transformé au fil du film en bon samaritain, les situations les plus complexes trouvent malgré tout une issue positive. Ainsi, lorsque la fillette mentionnée découvre le pot aux roses (à savoir que son père était en réalité un acteur engagé par sa mère pour la motiver à réussir ses études et garantir son admission dans un collège prestigieux), elle jette vite l’éponge du ressentiment : Philip restera son ami et sa mère, après de plates excuses, sera rapidement pardonnée. La fin justifie les moyens et le mensonge s’avère profitable dès lors qu’il apaise les esprits et peut être filmé avec tact. Il manque à <em>Rental Family</em> un point de vue qui viendrait bousculer cette logique affective plus artificielle que délicate et surtout&nbsp;dépourvue de trouble.</p>
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		<item>
		<title>Trois fragments de Béla Tarr</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-bela-tarr/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si les films de Béla Tarr traînent une réputation austère, ils renferment pourtant des trésors d’invention. Premier contact (Le Cheval de Turin) Le Cheval de Turin est le premier Béla Tarr que j’ai vu. C’était...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-bela-tarr/" title="Read  Trois fragments de Béla Tarr">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Si les films de Béla Tarr traînent une réputation austère, ils renferment pourtant des trésors d’invention.</em></p>
<h2>Premier contact (<em>Le Cheval de Turin</em>)</h2>
<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cheval-de-turin/" target="_blank" rel="noopener"><em>Le Cheval de Turin</em></a> est le premier Béla Tarr que j’ai vu. C’était à sa sortie en 2011 (j’avais seize ans), quand je commençais à fréquenter les salles du quartier latin et à m’intéresser à autre chose qu’au cinéma américain. La séance ne s’est pas très bien passée. D’abord fasciné par le noir et blanc charbonneux et l’atmosphère apocalyptique, j’ai souffert de plus en plus au fil des allers-retours entre le puits et la maison de la fille du cocher, mais aussi devant les longs repas de pommes de terre fumantes (une chacun) que les personnages pèlent avec leurs ongles puis dévorent bruyamment. Se confronter à ces répétitions, à partir d’un argument obscur (Nietzsche a sombré dans la folie après avoir vu un cocher battre son cheval à Turin en 1889 ; le film nous raconte l’histoire de ce dernier), a constitué pour l’apprenti cinéphile que j’étais une expérience de l’ennui inédite et terrible. La messe aurait pu être vite dite : le cinéaste hongrois se complaisait à étirer ses plans. Mais quelque chose ne collait pas tout à fait dans cette interprétation trop rapide et le film, aussi désagréable soit-il, m’avait indéniablement marqué (à ce jour, les pommes de terre continuent de me faire davantage penser à Tarr qu’à Varda ou Akerman). Je me décidais donc, quelques jours plus tard, à aller affronter <em>Le Tango de Satan</em> au Centre Pompidou, qui organisait <a href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/bela-tarr-l-alchimiste/" target="_blank" rel="noopener">une rétrospective Béla Tarr</a>. Il me semble que ma vie a changé ce jour-là : cette longue traversée de la plaine hongroise reste l’un de mes cinq ou dix films préférés. Les choses ne se seraient probablement pas déroulées ainsi si je n’avais pas eu d’abord cette première rencontre ratée. Je n’ai jamais revu <em>Le Cheval de Turin</em>, mais j’ai depuis appris à l’aimer. Il me manquait probablement certaines clefs pour parvenir à l’appréhender, en particulier le fait qu’il s’agit d’un dernier film pensé comme tel. Dans le documentaire <em>Tarr Béla&nbsp;: I Used to be a Filmmaker</em> de Jean-Marc Lamoure, on voit notamment le cinéaste sur le tournage en train de préparer un plan sur la carriole qui passe au loin, sur la crête d’une colline. Pour obtenir son cadre, Tarr demande à des membres de son équipe de creuser un trou&nbsp;: «&nbsp;<em>C’est mon dernier film, j’enterre la caméra&nbsp;!</em>&nbsp;». Nous voici donc au ras-du-sol, avec des hautes herbes en amorce et des feuilles mortes qui traversent l’image comme de la cendre. Le film le plus radical de Béla Tarr est un film de désespoir et de désolation, le dernier combat d’un artiste qui renonce ensuite à créer. C’était sans doute un peu trop pour un adolescent. Quoique.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331282 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg" alt width="1204" height="722" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg 1204w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-300x180.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-1024x614.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-768x461.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-980x588.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1204px) 100vw, 1204px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<h2>La pluie, l’étang et le chien errant (<em>Damnation</em>)</h2>
<p>Une scène à la fin de <em>Damnation</em> illustre assez bien les tours et détours saisissants que prennent souvent les plans de Béla Tarr. Comme généralement chez le cinéaste, la caméra cadre d’abord la pluie qui s’abat pendant de longues secondes, ici à la surface d’un étang. Par un lent mouvement de recul, elle dévoile ensuite le personnage principal, Karrer, déambulant dans le terrain vague attenant. Le plan rapproché sur la pluie est devenu un plan large coupé en deux moitiés ; l’étang est en bas, surplombé par le terrain vague. On se rapproche alors du personnage qui longe l’étendue d’eau d’un pas assuré. La caméra accélère pour s’accorder à son rythme quand soudain, Karrer tombe nez à nez sur un chien noir. Le mouvement est stoppé net ; à peine le temps de constater sa présence que l’animal commence à aboyer. Cette double cassure, visuelle (le mouvement interrompu) et sonore (le calme de la pluie brisé), fait naître une sensation proche de celle produite par un <em>jumpscare</em>. Loin de la caricature austère à laquelle on l’a souvent réduite, les longs plans-séquences en noir et blanc caractéristiques du cinéaste ménagent en vérité beaucoup de surprises&nbsp;: la caméra, par une sorte de déambulation continue entre les murs, les fenêtres ou les miroirs, organise le surgissement de personnages, d’objets ou de micro-événements. Revenons au chien&nbsp;; son irruption dans le plan est suivie d’une sorte d’affrontement grotesque avec le personnage. Tous deux aboient mutuellement jusqu’à ce qu’ils se calment et quittent conjointement le champ. La caméra, elle, cadre encore un moment le lieu du duel, désormais vide, sur lequel continue de s’abattre une pluie sans fin – après le choc vient l’enregistrement de son écho bizarre et triste. On voit bien que les mouvements d’appareil du cinéaste, reposant sur des variations rythmiques, n’ont rien de monotone. Leur sinuosité est l’expression d’un regard certes désenchanté, mais capable encore d’une forme d’étonnement&nbsp;: au détour d’un travelling ou d’un panoramique peut toujours perler l’étrange et noire beauté du monde.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Luca Mongai</strong></p>
<h2>Mystère des phénomènes, puissance des affects (<em>Les Harmonies Werckmeister)</em></h2>
<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-harmonies-werckmeister/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Harmonies Werckmeister</em></a> a failli être mon premier Béla Tarr ; par un hasard malheureux, le DVD que j’avais emprunté à la médiathèque à l’adolescence était rayé juste après la splendide scène d’ouverture, et j’ai attendu vingt ans pour découvrir la suite du film. Entre ‑temps, j’avais été un peu échaudé par <em>Le Cheval de Turin</em>, que j’avais trouvé formellement splendide mais aussi particulièrement sentencieux, trop lisible et systématique dans ses intentions comme dans ses effets. C’est finalement en salles que j’ai découvert ce qui succédait à cette introduction prophétique où Valuska (Lars Rudolph) met en scène une éclipse solaire avec la complicité d’un groupe d’ivrognes. Le surgissement inattendu de quelques notes de piano au sommet de la vision d’effroi suggérée par le monologue du protagoniste produit une émotion très vive chez le spectateur, prolongée tandis que Valuska annonce, dans un sursaut d’espoir, le retour de la lumière. Lorsque le patron du bar finit par les jeter dehors, des cordes s’ajoutent au piano ; un travelling accompagne alors la marche du personnage qui rentre chez lui au cœur d’une nuit de jais. Aux yeux exorbités de terreur de Lars Rudolph répondront plus tard le regard placide et éteint du cadavre d’une baleine, exposée par un cirque itinérant où un Prince sans visage galvanise à son tour une foule en colère. Dans une séquence terrible, les émeutiers en rage saccagent un hôpital, rouant de coups ses patients jusqu’à ce que deux d’entre eux découvrent, derrière un rideau plastifié arraché à sa tringle, le corps nu et décharné d’un vieil homme sans défense, baigné dans une clarté aveuglante. La musique monte à nouveau ; les émeutiers, revenus à la raison, refluent comme la marée. La beauté des <em>Harmonies</em>, et par extension des plus grands films de Béla Tarr, vient ainsi de cette manière constante de susciter des affects démesurés pour des phénomènes que l’on comprend sans vraiment les comprendre, que l’on peut décrire sans se résoudre à tout à fait les expliquer ; pour des événements que l’on sait instinctivement sublimes ou terribles sans parvenir à en fixer la signification. Le miroir crépusculaire tendu par le film nous saisit encore davantage vingt-cinq ans après sa sortie, en ces temps troublés où les ténèbres totalitaires se font chaque jour un peu plus écrasantes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331325 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg" alt width="1200" height="675" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg 1200w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Alexandre Moussa</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Une balle dans la tête</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-balle-dans-la-tete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Revoir <em>Une balle dans la tête</em> de John Woo quelques mois après son navrant auto-remake de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-killer-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Killer</em></a> permet de mieux saisir en quoi son cinéma n’est désormais plus que l’ombre de lui-même. Bien que Woo soit réputé pour être l’un des maîtres du cinéma d’action, c’est la dimension émotionnelle du film, l’un de ses meilleurs, qui subjugue d’abord. L’amitié entre les trois personnages principaux est appréhendée avec un mélange de générosité et de naïveté, comme si elle était exhumée d’une mémoire d’adulte l’idéalisant a posteriori. Cheveux gominés comme Elvis Presley, on y rejoue un ersatz de <em>West Side Story</em> entre deux cavalcades récréatives. La caméra course les amis intenables pour accompagner ce déballage de rigolade presque enfantin, à peine terni par quelques échauffourées et soldé par un mariage. Si ce début extatique fait mouche, c’est essentiellement en raison du manque total de distance de la mise en scène de Woo, qui contrevient par ses éclaboussures lyriques aux lois du réalisme. Mais la pilule euphorisante agit aussi parce que ses effets sont de courte durée. Les visions désuètes du cinéaste se donnent à voir comme telles : des moments de bonheur fugaces, reconstituant un temps perdu.</p>
<p>Rappelons brièvement la trame narrative d’<em>Une balle dans la tête</em>, située en 1967 : suite à une rixe ayant mal tourné, trois amis hongkongais (Frank, Ben et Paul) s’enfuient au Vietnam pour tenter de rebondir et d’y faire prospérer leur petit trafic. Plongés dans un conflit armé qui va mettre à mal des liens amicaux qu’ils croyaient pourtant indéfectibles, ils vont néanmoins aller de désillusion en désillusion. Trois parties se distinguent nettement : les jours d’insouciance jusqu’au mariage de Ben, qui occupent les premières séquences hongkongaises ; les épreuves, soit l’essentiel du film ; enfin le retour désabusé au pays. On notera que cette structure n’est pas sans rappeler celle de <em>Voyage au bout de l’enfer</em> de Michael Cimino, une référence assumée et plusieurs fois convoquée, notamment lors d’une scène d’exécutions sommaires dans un camp de prisonniers, où l’un des personnages (Frank) se voit contraint de tirer à bout portant sur des soldats américains. Là encore, Woo en rajoute&nbsp;: rictus, visage déformé, cris, pleurs et agitation rendent la scène d’autant plus insoutenable que les mises à mort se répètent comme si elles relevaient d’un processus infernal. Submergés par leurs émotions, frayant avec l’hystérie ou la folie, Frank puis Ben craquent, tuent par impuissance. La violence psychologique orchestrée par le cinéaste&nbsp;s’avère implacable : la légèreté d’autrefois laisse dorénavant place à la fureur inhumaine de rester en vie. Est-ce à dire qu’il y a un hiatus entre les vignettes enjouées de l’ouverture et le spectacle de ces scènes d’action mortifères&nbsp;? Que nenni. Woo filme l’un et l’autre de façon analogue, sans réel souci de vraisemblance&nbsp;: gros plans sur les visages, zooms, ralentis, montage alterné… le même geste fiévreux est reconduit avec une énergie identique. L’œil s’ouvre aussi grand sur la vie que sur la mort.</p>
<h2><strong>D’une bataille à l’autre </strong></h2>
<p>Au fil d’<em>Une balle dans la tête</em>, les bagarres de petits voyous inconséquents laissent place à des batailles à grande échelle. Le talent de Woo s’exprime dans sa capacité à passer de l’intime à la foule, de l’émotion individuelle à l’action collective. Plusieurs séquences témoignent de cette esthétique de l’embrasement (nul hasard si Woo affectionne les plans de flammes), dont la première à Saïgon, lorsque les trois héros débarquent avec l’espoir de «&nbsp;<em>faire du fric</em>&nbsp;». Tandis que les personnages fraient leur chemin en taxi dans un environnement urbain en pleine effervescence, le cinéaste multiplie les plans périphériques (sur des passants, des militaires qui se déploient, un cireur de chaussures, un type sur sa mobylette portant en bandoulière un sac – qui s’avèrera être une bombe, etc.), mais également les axes de prise de vue et les mouvements d’appareil (travellings, zooms…). Ce procédé confine à un état de confusion anxiogène, formulé par&nbsp;Ben : «&nbsp;<em>Qu’est-ce qu’il se passe</em>&nbsp;?&nbsp;». Précisément, Woo ne fait que ça, passer d’une image à l’autre, simuler un état transitoire et instable. Puis vient l’explosion (les flammes, donc), l’agitation qui se décuple, les plans larges de foule où l’on peine à discerner les trois personnages qui paraissent se consumer dans un mouvement de panique générale.</p>
<p>Tout est affaire ici de dynamique, de pulsation et d’emballement, sans que la virtuosité de Woo ne s’accommode des règles usuelles de composition&nbsp;des plans et d’homogénéité du montage (la précipitation est par exemple préférée à la justesse des raccords). De sorte que l’impression procurée est celle d’une illisibilité, comme si l’action participait moins d’une logique narrative bien définie que d’une succession effrénée d’instantanés. C’est principalement à ce niveau que le cinéma du hongkongais a perdu de sa superbe&nbsp;: avec les années, ce dernier a mis de l’ordre dans ses idées plastiques, qui ont fini par faire système. Ses plus fervents thuriféraires ont raison de prétendre que sa mise en scène relève toujours du même regard&nbsp;; sauf que sa maîtrise et son goût pour la sophistication (voire l’autocitation) sont venus peu à peu gommer les impuretés de son cinéma, réduisant son horizon à des chromos et transformant ses plus belles idées formelles en tics. Ce qui empêche bon nombre de scènes d’<em>Une balle dans la tête</em> de verser dans le ridicule tient justement à leur caractère heurté et chaotique. Cette façon de faire reposer les plans sur une dynamique de fissuration, y compris lors de certains passages romantiques, donne le sentiment qu’une bombe à retardement peut les faire vaciller à tout moment.</p>
<p>Il est par ailleurs intéressant de considérer ici l’aspect politique du cinéma de Woo&nbsp;: si <em>Une balle dans la tête</em> renvoie explicitement à la célèbre photographie d’Eddie Adams (<em>Exécution de Saïgon</em>) ainsi qu’au massacre de la place Tiananmen lors du printemps de Pékin (Woo avait l’âge des personnages au moment des événements), le Vietnam filmé par le cinéaste est-il pour autant davantage qu’une toile de fond ? Malgré les faits historiques convoqués, échappe-t-il à une vision volontiers exotique, comme récemment Paris dans <em>The Killer</em>&nbsp;? Difficile, une fois retombé le soufflet de la violence, de dégager à ce propos une lecture limpide&nbsp;: ici aussi, la confusion règne. Et ce n’est pas l’apocalypse guerrière permettant aux héros de s’évader du camp, étonnamment complaisante à l’endroit des Américains, qui permettra d’y voir plus clair. Comme la plupart du temps chez Woo, les coups de feu prévalent sur les coups de semonce. Si politique il y a dans <em>Une balle dans la tête</em>, c’est bel et bien encore une fois celle du chaos&nbsp;; ce chaos&nbsp;sans visage qui voit les hommes s’entredéchirer pour un magot qu’ils tirent derrière eux comme leur propre cercueil.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Paul Chotel et Ariane Falardeau St-Amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-paul-chotel-et-ariane-falardeau-st-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-paul-chotel-et-ariane-falardeau-st-amour/" title="Read  Portraits d’Amérique — Paul Chotel et Ariane Falardeau St-Amour">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : les cinéastes Ariane Falardeau St-Amour et Paul Chotel (qui est d’origine française). Leur premier film, </em>Desvío de noche<em>, a été présenté dans plusieurs festivals, dont le FIDMarseille, le Festival International de Jeonju en Corée, ou le Festival du Nouveau Cinéma au Québéc. Leur nouveau court métrage, </em>Douce Prisonnière<em>, a connu sa première en janvier 2026 à la deuxième édition de la Semaine de la Critique de Montréal</em>.</p>
<p><strong>Comment êtes-vous devenu·es cinéastes ?</strong></p>
<p><strong>Ariane Falardeau St-Amour : </strong>En y repensant, je me rends compte que Paul et moi avons eu des débuts assez semblables : nous avons tous les deux fait beaucoup de films amateurs. Chez moi, mes parents organisaient avec des amis une sorte de festival de cinéma maison, où chacun apportait son court-métrage. Les enfants ont fini par vouloir participer. On tournait des histoires de crimes, de mystères, de petites fictions bricolées. Il y avait quelque chose de très ludique, très joyeux, et surtout un amour du geste de faire des films. Ma découverte du cinéma est donc liée à la pratique. J’ai longtemps fait du théâtre ; j’étais attirée par le jeu, j’ai même travaillé avec une agence de casting. J’ai ensuite suivi un cursus assez hybride, mêlant histoire de l’art, journalisme et cinéma. Progressivement, le rapport à l’image et mon amour des arts visuels ont pris le dessus. Ce qui m’importait surtout, c’était de faire partie d’un collectif, de construire quelque chose à plusieurs.</p>
<p><strong>Paul Chotel : </strong>J’ai grandi en région parisienne, où je regardais énormément de films. On allait à la médiathèque, mes parents me rapportaient des DVDs, puis j’ai commencé à explorer moi-même. Lorsque j’ai décidé de partir à Montréal pour mes études, j’avais surtout envie de quitter la France. Le cinéma m’a permis cela, avant même de partir : c’était un moyen d’aller ailleurs. Montréal s’est imposé pour des raisons très concrètes ; on y parlait français, les études étaient moins chères, etc.</p>
<p><strong>En tant que Québécoise et Français vivant en Amérique du Nord, quelle place a occupé le cinéma états-unien dans votre formation et votre imaginaire ?</strong></p>
<p><strong>Ariane Falardeau St-Amour : </strong>J’ai l’impression que le cinéma américain a été plus écrasant pour moi que pour Paul, sans doute parce que lui, il avait une forme de distance. Il aimait beaucoup ce cinéma et il y avait chez lui une attirance pour le continent américain qui l’a amené ici. De mon côté, j’ai grandi sous cette influence. J’en ai beaucoup consommé, mais avec moins de distance critique, et parfois moins d’amour. Ma mère a joué à cet égard un rôle important : elle a grandi à Toronto, elle est plus anglophone. Avec le temps, je me rends compte que je redécouvre certains films <em>mainstream</em> à travers le regard de Paul, qui a un rapport plus ludique à ce cinéma.</p>
<p><strong>PC :</strong> Mon rapport aux États-Unis est ambivalent. C’est à la fois proche et lointain, fascinant et irréel, presque comme une autre planète. Récemment, je suis allé à Los Angeles pour la première fois et c’était très étrange de voir exister physiquement des lieux que je connaissais uniquement par le cinéma. En même temps, cela reste une sorte de bulle mentale, un monde qui n’appartient pas vraiment à mon quotidien.</p>
<p><strong>Est-ce que vous percevez des différences entre la cinéphilie française et québécoise ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Oui, clairement. Il y a quelque chose de plus terre-à-terre ici&nbsp;; on théorise et on suranalyse moins. À Concordia, on faisait des films sans toujours comprendre exactement ce qu’on faisait et c’était très libérateur.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Je suis assez d’accord. Ici, tout semble possible. Il y a une place pour essayer, pour rater, pour bricoler. Quand on voyage avec les films, notamment en Europe, on se rend compte que la manière de parler du cinéma peut être plus intimidante, voire être source de complexes. Le langage, les références, la posture critique ne sont pas les mêmes. Ce n’est pas négatif, mais ce n’est pas toujours notre manière à nous.</p>
<p><strong>Vous exercez tous les deux plusieurs fonctions : réalisation, montage, production, direction photo… Comment cela nourrit-il votre travail de cinéastes ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>J’ai toujours eu ce rapport très concret au travail. À l’université, je voulais simplement faire des films. Je me suis beaucoup retrouvée assistante réalisatrice, un rôle transversal, presque de cheffe d’orchestre. J’aimais comprendre ce dont un film a besoin pour exister. Mais j’ai fini par me lasser et la production s’est finalement imposée assez naturellement, dans la continuité de cette première expérience. Puis j’ai commencé à faire de la direction photo pour d’autres cinéastes, ce que j’aime énormément : se mettre au service de la vision de quelqu’un d’autre, travailler de manière sensorielle, moins cérébrale. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre fragile mais heureux entre ces différentes pratiques.</p>
<p><strong>P.C. : </strong>De mon côté, je fais beaucoup de montage. Au départ, on montait nos propres films par manque de moyens. Puis, à force de travailler avec des amis, c’est devenu un vrai métier. C’est un peu la même logique pour la production : quand personne n’accepte de produire ton film, tu finis par le faire toi-même.</p>
<p><strong>Vos films sont hybrides, à la croisée du documentaire. Ils sont aussi traversés par des digressions, des récits qui bifurquent.</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. :</strong> Je pense que cela reflète directement notre manière de travailler. Nous ne nous limitons ni à une seule forme, ni à un seul rôle. Nous aimons que les frontières restent poreuses, entre les genres, entre les postes, entre les fonctions. Le fait de pouvoir faire un film de A à Z offre une grande liberté. Nous coréalisons, nous écrivons ensemble, nous brouillons volontairement certaines lignes. Pour <em>Douce Prisonnière</em>, par exemple, nous n’avions pas vraiment l’intention de faire un film. Nous avions un peu de pellicule, nous développions un long-métrage en parallèle, et nous avions envie d’essayer des choses. Le film est né ainsi, dans une semaine passée à expérimenter.</p>
<p><strong>Vous laissez donc une place importante au hasard ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Oui, totalement, même si personnellement j’ai besoin d’éléments matériels pour créer. C’est un équilibre : il est difficile pour moi de travailler à partir de quelque chose de purement abstrait. En ce moment, on écrit un scénario plus narratif, plus classique, et c’est nouveau pour moi. J’ai parfois besoin de reconnecter avec le réel, sinon je perds le sens de ce que je fais. Quand on est face à quelque chose de tangible – un lieu, une matière, une situation – la digression devient naturelle. Devant son logiciel de traitement de texte, ce n’est pas la même chose. Il faut une structure pour écrire, mais sur le terrain, on accepte davantage de ne pas savoir ce qui va arriver.</p>
<p><strong>Vos films sont aussi très marqués par la disparition, les fantômes, l’invisible. Est-ce une fascination commune ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Je suis arrivé au cinéma par le cinéma de genre. C’est resté très présent pour moi. J’aime ce que ce champ permet : poser des questions formelles concrètes. Comment représenter un fantôme ? Une disparition ? Comment travailler le son, l’image, l’absence ? On prend beaucoup de plaisir à chercher des réponses à ces questions.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>C’est clairement une influence de Paul sur moi. De mon côté, je suis profondément nostalgique. Les choses qui disparaissent me touchent énormément. Filmer le vide, l’absence, c’est quelque chose de très fort pour moi émotionnellement. Je pense que le ton de nos films vient de là : le mélange entre l’amour du genre chez Paul et mon rapport intime à la disparition. Et formellement, la figure du fantôme est passionnante : textures, opacité, flou… C’est un terrain de jeu riche.</p>
<p><strong><em>Douce Prisonnière</em> filme une région particulière du Québec, La Beauce. Quel rapport avez-vous à ce territoire&nbsp;?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>La Beauce est une région stéréotypée au Québec. On en parle souvent de manière péjorative, comme d’un territoire populiste, conservateur, masculin, gris. Ce sont des images très présentes dans le cinéma et l’imaginaire québécois. Or la réalité est beaucoup plus complexe. Il y a une grande diversité de communautés, notamment hispanophones, une richesse humaine et culturelle que l’on voit rarement à l’écran. Ce qui nous intéresse, c’est de proposer un autre regard, plus nuancé, sur ce territoire et sur son avenir.</p>
<p><strong>P.C. : </strong>On présente souvent le projet comme une forme de science-fiction minimaliste, presque en opposition à la science-fiction hollywoodienne. Il n’y a pas de grands enjeux spectaculaires, pas de planète à sauver. Juste un territoire, des gens, un futur possible.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Travailler ensemble, avec nos regards différents, québécois et français, enrichit énormément notre pratique. Ça permet de remettre en question ce qu’on prend pour acquis, de regarder le territoire autrement.</p>
<p><strong>Regarder des films nourrit-il votre travail, ou peut-il parfois l’entraver ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Pour moi, ça nourrit énormément. On regarde beaucoup de films ensemble, ça suscite des discussions, des idées. Évidemment, quand on développe un projet, certains films peuvent être mis de côté pour ne pas parasiter le travail. Mais globalement, le cinéma appelle le cinéma. On vient de passer plusieurs jours à voir beaucoup de films pendant la Semaine de la Critique, et c’était génial ! J’ai plein d’images et d’idées en tête… Ça peut créer une fatigue d’être autant devant un écran, mais ça insuffle avant tout un véritable élan.</p>
<p><strong>PC : </strong>Oui, c’est aussi une question de temps et d’énergie. Mais j’adore découvrir ce que font les autres, voir des films, rencontrer des cinéastes en festival.</p>
<p><strong>Et lorsqu’il s’agit de montrer vos propres films, que représentent les festivals pour vous ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Nos films sont très sensoriels, donc la salle est importante. Pour moi, les festivals sont surtout l’occasion de rencontrer d’autres cinéastes. C’est un métier difficile, et ces moments sont à la fois rassurants et inspirants. On se rend compte qu’il existe mille manières de faire du cinéma, notamment en dehors des codes de l’industrie américaine.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Oui, c’est vraiment rassurant de rencontrer des cinéastes venus du monde entier qui finissent par faire la même chose que toi, qui ont les mêmes problèmes, qui se posent les mêmes questions.</p>
<p><strong>Pendant la Semaine de la critique, y a‑t-il un film qui vous a particulièrement marqué ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Sans hésitation, <em>Last Night I Conquered the City of Thebes</em> de Gabriel Azorin. C’est un geste très fort, risqué, mais jamais dans la provocation. Il y a une grande confiance dans le dispositif, dans le temps, dans le rêve. Ce que j’aime beaucoup, et que je reconnais chez Paul et moi, c’est une attirance pour des cinémas nuancés, autant dans la forme que dans le fond. Des films qui prennent des risques sans chercher à prouver quoi que ce soit. Pour moi c’est essentiel, au cinéma comme dans la vie.</p>
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		<title>Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus</title>
		<link>https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/jonas-trueba-le-cinema-cest-vivre-trois-fois-plus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’occasion de la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou, Jonás Trueba présente Vistillas, un moyen-métrage inédit commandé par le musée dans le cadre de sa collection « Où en êtes-vous ? ». Constitué...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/jonas-trueba-le-cinema-cest-vivre-trois-fois-plus/" title="Read  Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion de la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou, Jonás Trueba présente <em>Vistillas</em>, un moyen-métrage inédit commandé par le musée dans le cadre de sa collection « Où en êtes-vous ? ». Constitué de fragments épars de son quotidien enregistrés à l’iPhone, ce journal filmé rend un hommage explicite au cinéma de Jonas Mekas, dont il reprend plusieurs caractéristiques : accélération vidéo évoquant la vitesse des films tournés à 18 images par seconde, accompagnement au piano, commentaires des images et réflexions aphoristiques en off, etc. Même la voix du cinéaste espagnol, qui s’exprime ici en français, évoque la façon dont Mekas parle anglais avec un fort accent lituanien. À l’écran, les images plus ou moins tremblées défilent par à‑coups, dans un précipité de sensations fugaces où s’enchaînent des couchers de soleil, un vol de mouettes, des fleurs, ou encore la photographie furtive de Kim Min-hee dans <em>La Romancière, le film et le heureux hasard</em>. De ce flux émergent quelques visages reconnaissables&nbsp;: celui d’Itsaso Arana, compagne du cinéaste et actrice récurrente depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-reconquista/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Reconquista</em></a>, mais aussi ceux des adolescents un peu plus âgés de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/qui-a-part-nous/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Qui à part nous</em></a>, ou de son compatriote, José Luis Guerín. L’exercice offre un petit espace d’expérimentation qui, sous son apparence de légèreté ludique, éclaire la conception du cinéma de son auteur, que l’on pourrait résumer simplement et peut-être naïvement par cette formule : « le cinéma, c’est la vie ». Cette ferveur est palpable tout au long de l’ouvrage dirigé par Eva Markovits (passée par <em>Critikat</em> puis les <em>Cahiers du cinéma</em>) et Judith Revault d’Allones, <em>Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus</em>, qui réunit plusieurs entretiens avec le cinéaste et ses collaborateurs, de nombreuses photos de tournage, des extraits de son journal et un essai de Marcos Uzal. Trueba y revient justement sur son admiration pour Mekas : «&nbsp;<em>Je me reconnais tout à fait en Mekas, qui dit à un moment qu’il n’a plus besoin de caméra, qu’il trouve la vie tellement cinématographique qu’il n’a plus besoin de cinéma pour en faire et pour vivre. </em>[…] <em>Je pense que le cinéma est dans la vie et la vie dans le cinéma. Cette approche cinématographique de la vie, qui est en fait une espèce d’hyper conscience de la vie, se distingue de la cinéphilie au sens d’une érudition.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_1" class="footnote_tooltip">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>Jonás Trueba.</em> <em>Le cinéma, c’est vivre trois fois plus</em><i>, </i>Éditions de l’œil, Montreuil, 2026, p. 34.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » L’évocation dans son journal de Peter Hutton et Nathaniel Dorsky, dont l’esthétique en plans fixes vise à capturer de petites épiphanies sensorielles, confirme l’hypothèse : cette approche irrigue souterrainement l’ensemble de ses films de fiction, qui sont l’écrin de micro-événements saisis comme autant de «<em>&nbsp;glimpses of beauty</em> » arrachés à l’écoulement du temps.</p>
<p>Au fil de ses propos, Trueba revient sans cesse à cette notion de «&nbsp;<em>vie</em> » :&nbsp; filmer doit non seulement intensifier l’existence en célébrant ces éclats de beauté, mais doit aussi constituer en soi une expérience joyeuse, humaine et collective. Si une telle approche se prête naturellement au documentaire diariste ou expérimental à la Mekas, elle paraît plus difficile à concilier avec les contraintes du cinéma de fiction. C’est précisément pour relever ce défi qu’a été créée la société indépendante de production et de distribution Los Ilusos, au sein de laquelle Trueba et ses camarades (comédiens comme techniciens) défendent une certaine idée du cinéma opposée aux logiques d’écriture et de réalisation habituelles. Les entretiens s’attachent avant tout à retracer le processus de fabrication de chaque film, restituant la dynamique de groupe qui les a animés, plutôt que de s’attarder sur des choix précis de mise en scène – un déficit analytique parfois frustrant, que vient toutefois compenser l’essai de Marcos Uzal à la fin de l’ouvrage. La réflexion de Trueba est avant tout tournée vers sa pratique et semble s’adresser en priorité à de jeunes cinéastes. Dans la lignée du collectif argentin El Pampero Cine, le « groupe iluso » s’attache à repenser les modèles de production dominants, de la figure de l’auteur démiurgique à la hiérarchie des postes qu’elle implique, afin de promouvoir un « <em>cinéma possibiliste</em> », fondé sur ce qu’il est possible de faire avec des moyens limités.</p>
<h2>Désapprendre</h2>
<p>Un film en particulier joue un rôle déterminant dans l’approche que va développer Trueba&nbsp;: <em>Los Ilusos</em>, son deuxième long-métrage, ou plutôt son «&nbsp;<em>film zéro</em>&nbsp;» pour reprendre ses propres termes. Après l’expérience frustrante d’un tournage en studio soumis aux contraintes d’une production classique (<em>Todas las canciones hablan de mí</em>), Trueba raconte avoir conçu son projet suivant comme une véritable réinvention de sa manière de faire&nbsp;: «<em>&nbsp;J’ai dit très explicitement à mon équipe&nbsp;: “Pour le deuxième film, on vous attend au tournant, c’est un défi pour tout le monde. On ne va pas faire de deuxième film, on repart en arrière, on fait le film zéro, on ne va pas s’améliorer, on va désapprendre.”</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_2" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 44.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» <em>Los Ilusos</em> (qui donne son nom à la société de production et de distribution créée à l’occasion) est une sorte d’art poétique où Trueba pose de façon radicale les grands principes qui vont guider non seulement son esthétique, mais aussi le mode de fabrication de ses futurs films. Tourné pendant plusieurs mois sur les temps libres de chaque membre de l’équipe, il&nbsp;est le fruit d’une aventure collective entre amis qui revendique une forme d’amateurisme. Le processus de création est ainsi exhibé&nbsp;: les techniciens apparaissent régulièrement à l’écran, les claps sont parfois conservés dans les plans, des enregistrements documentaires se mêlent aux ébauches de fiction. Comme le souligne Marcos Uzal, cette esthétique artisanale évoque le Philippe Garrel d’<em>Elle a passé tant d’heures sous les sunlights</em>, où la réalisation du film est mise sur le même plan que l’existence intime de ceux qui le font. Dans l’épilogue, une prise documentaire offre une image emblématique de cette conception d’un cinéma ouvert à la nature chaotique de la vie : des bébés s’emparent des micros et s’amusent, entortillés dans les bandes magnétiques des cassettes vidéo.</p>
<p>Il s’agit moins de circonscrire une méthode (les films suivants adopteront une forme narrative plus classique) que de poser les bases éthiques d’un cinéma personnel, qui refuse de se compromettre avec les conventions imposées par l’industrie. Cette approche s’étend d’ailleurs à la distribution : non seulement Trueba et son équipe se détournent des circuits de diffusion traditionnels, préférant accompagner les films lors de séances spéciales dans une poignée de salles espagnoles, mais ils conçoivent eux-mêmes affiches et bandes-annonces avec des choix originaux, affranchis des impératifs promotionnels habituels. Pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/venez-voir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Venez voir</em></a>, par exemple, l’affiche espagnole se limite au titre du film, laissant simplement résonner l’invitation adressée aux spectateurs, tandis que la bande-annonce ne montre aucune image du film pour se contenter de plans de coulisses tournés en Super 8. Tout au long des entretiens, Trueba affirme ainsi sa vision, qui transparait aussi dans l’une des notes de son journal : « <em>Cohérence entre soi-même et ses actes, entre la personne et le cinéaste, ou entre la personne que l’on est et le film que l’on réalise. Les cinéastes que j’admire le plus sont ceux qui me font ressentir cette cohérence entre la personne et l’œuvre. Et ceux que j’ai le plus détestés sont ceux qui laissent clairement transparaitre cette incohérence (pour ne pas dire cynisme ou hypocrisie)</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_3" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 258.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. »</p>
<p>Même dans <em>Eva en août</em>, écrit et produit dans des conditions plus classiques, le scénario ne se réduit pas à un exercice intellectuel ou abstrait : il est construit avant tout à partir d’expériences vécues, Trueba et Arana écrivant dans le même cadre madrilène estival où se déroule l’action du film. L’entrée du 19 août 2017, dans le journal de Trueba, en offre un exemple avec un élément qui sera intégré à la fiction&nbsp;: «&nbsp;<em>On passe par le viaduc de Ségovie, en pensant à l’une des séquences clés du film, sa rencontre avec Vito. Itsaso essaie de se glisser de l’autre côté de la barrière anti-suicide. Elle est très drôle.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_4" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p.238.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Pour ses autres films, la remise en cause des étapes classiques du processus créatif, et en premier lieu du scénario, est plus affirmée. Ce dernier apparaît aux yeux de Trueba comme un instrument d’autorité, une manière d’imposer la vision d’un auteur démiurgique, là où il souhaite que le film émerge d’une démarche collective. Les idées circulent alors principalement au fil de discussions avec chacun de ses collaborateurs : « <em>Écrire un scénario, quatre-vingt-dix pages reliées, avec des titres de séquences, je l’ai fait pour mon premier film, </em>Todas las canciones hablan de mí<em>, pour </em>Eva en août<em>–&nbsp;où nous avons dû en écrire un sans vraiment nous y tenir&nbsp;– et pour </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/septembre-sans-attendre-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Septembre sans attendre</a><em>. Sinon, pour aucun autre film. </em>[…]<em> Pour les autres, je n’ai jamais écrit de texte à donner à l’équipe ou aux acteurs. J’écris en permanence, mais je transmets à l’équipe de vive voix, oralement.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_5');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">[5]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_5" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 46.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<p>Cette manière de travailler influe directement sur la conception du personnage&nbsp;; une notion que Trueba récuse d’ailleurs volontiers en affirmant vouloir avant tout filmer les personnes qu’il aime. Si son cinéma a souvent été rapproché de celui de Rohmer, l’affinité tient peut-être autant à l’esthétique qu’à la fabrique même des films. <em>Au travail avec Éric Rohmer</em>, livre d’entretiens de Victorien Daoût récemment publié chez Capricci, documentait précisément la façon dont Rohmer cultivait une porosité entre le tournage et la fiction en écrivant des rôles sur mesure pour ses actrices, à partir de conversations menées autour d’une tasse de thé. Marie-Christine Barrault le résumait ainsi&nbsp;: «&nbsp;<em>Il n’engage pas les acteurs pour ce qu’ils savent faire, il les engage pour ce qu’ils sont.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_6');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">[6]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_6" class="footnote_tooltip">Victorien Daoût, <em>Au travail avec Éric Rohmer</em>, Capricci, Paris, p. 26.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Dans cette perspective, l’acteur n’est plus sommé d’interpréter un rôle entièrement conçu par le réalisateur, mais devient partie prenante du processus créatif. Plus encore, le livre met en lumière la manière dont d’autres membres de l’équipe, notamment la costumière Laura Renau et le directeur artistique Miguel Ángel Rebollo, contribuent à « <em>tirer </em>[les personnages]<em> du côté de la fiction</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_7');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">[7]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_7" class="footnote_tooltip">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>op. cit.</em>, p.&nbsp;161.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>&nbsp;</em>». Renau souligne ainsi que les variations entre les personnages incarnés par Itsaso Arana passent en grande partie par le costume, conçu pour la déplacer à chaque film hors de sa zone de confort et inventer avec elle des personnalités et des styles légèrement distincts. Se dessine une conception plus horizontale de l’auteur, même si celui-ci conserve une place centrale, ce qu’explicite Itsaso Arana : «&nbsp;<em>Dans cette impulsion collective, je ressentais une grande similarité avec les dynamiques que j’avais moi-même menées au théâtre, peut-être à la nuance près que dans leur cas, c’est davantage centralisé autour de la figure de Jonás, chacun ayant un rapport individuel avec lui.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_8');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">[8]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_8" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 100.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<h2>Hors de soi</h2>
<p>Reste à savoir comment cette éthique, déployée lors de l’élaboration des films, se traduit concrètement à l’écran. En ce sens, l’essai de Marcos Uzal se révèle pertinent : il permet de considérer le discours de Trueba et de ses collaborateurs depuis une approche critique, c’est-à-dire au plus près des films eux-mêmes. Il souligne ainsi la place singulière qu’occupe <em>Qui à part nous</em> dans la filmographie : par sa durée démesurée, il contribue à l’invention d’une forme prototypique qui met concrètement en œuvre les principes du collectif, en ouvrant un espace où chaque adolescent n’est plus un simple objet documentaire, mais un sujet créateur participant activement à l’élaboration du film – ce qu’Uzal résume : «&nbsp;<em>Leurs histoires, discussions, sentiments, pensées s’agrègent d’une manière libre et organique dans une construction hétérogène et mouvante – tout le contraire d’un dispositif, avec ce que cela induirait de systématique et figé.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_9');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">[9]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_9" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 280.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Ce dernier insiste tout au long de son texte sur l’idée d’un cinéma ouvert vers l’extérieur, anticipant sans doute l’une des principales critiques que l’on pourrait adresser à l’œuvre de Trueba : celle d’un cinéma de l’entre-soi, replié sur lui-même de manière un peu mortifère. Ses films seraient ainsi à envisager de la même manière qu’il met en scène l’art dans ses films, par de multiples citations littéraires ou des concerts filmés <em>in extenso</em>.</p>
<p>Au-delà du clin d’œil intellectuel, ces séquences aménagent plutôt un espace partagé où se déploie simultanément la singularité de chaque regard porté sur un même objet. Trueba le filmait de façon limpide dans <em>Venez voir</em> : alors que deux couples d’amis se retrouvent après une longue absence, leurs interactions sont au premier abord crispées et engourdies, avant que la lecture à voix haute de <em>Tu dois changer ta vie&nbsp;!</em> de Sloterdijk modifie la donne. Dans la conversation qui suit, les personnages élaborent chacun à leur tour l’interprétation du texte, avec plus ou moins d’ironie ou de sincérité, si bien que pour la première fois ils paraissent véritablement habiter ensemble le cadre. La toute fin de <em>Venez voir</em> illustre parfaitement ce que l’art peut générer comme mouvement d’ouverture : dépassant la référence au <em>Goût de la cerise</em>, elle apparaît selon Uzal, comme « <em>une solution pour élargir de plus en plus le champ du film dans la réalité dont il provient, plutôt que de le clore en bouclant le récit</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_10');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">[10]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_10" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 285.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Ce qui se jouait entre les personnages autour du livre de Sloterdijk peut désormais se prolonger entre le film et le spectateur, accueilli à l’intérieur de ce monde commun, dans un mouvement d’hospitalité. La grâce du cinéma de Jonás Trueba se joue peut-être à cet endroit : dans la continuité entre la conception des films (une conversation ininterrompue avec tous les collaborateurs), ce qu’ils mettent en scène (la tentative pour les personnages de coexister dans le cadre) et l’expérience du spectateur, qui devient le réceptacle d’un élan porté par ce que le cinéaste appelle un « <em>cinéma bioénergétique&nbsp;</em>»&nbsp;: «&nbsp;<em>Nous avons tous déjà éprouvé la sensation de sortir d’un film (et aussi avant de sortir, lorsqu’on y est encore) avec l’envie de vivre, c’est-à-dire de respirer plus et mieux, avec le besoin d’ouvrir notre cage thoracique. Parfois, le sentiment, la sensation, nous envahit de la tête aux pieds. Il commence par les oreilles et les yeux et se retrouve immédiatement dans les pieds, puis passe par différentes parties, les jambes, les genoux, les hanches, le bassin, l’abdomen… jusqu’à gonfler le ventre, les poumons… Nous ressentons le besoin de prendre de l’air, la sensation contraire du souffle coupé.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_156('footnote_plugin_reference_331356_156_11');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_156_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">[11]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_11" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 262.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_156_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_156_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331356_156();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331356_156();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331356_156">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331356_156" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>Jonás Trueba.</em> <em>Le cinéma, c’est vivre trois fois plus</em><i>, </i>Éditions de l’œil, Montreuil, 2026, p. 34.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 44.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 258.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p.238.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_5');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_5" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 46.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_6');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_6" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Victorien Daoût, <em>Au travail avec Éric Rohmer</em>, Capricci, Paris, p. 26.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_7');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_7" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>op. cit.</em>, p.&nbsp;161.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_8');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_8" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 100.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_9');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_9" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 280.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_10');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_10" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 285.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_156('footnote_plugin_tooltip_331356_156_11');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_156_11" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 262.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331356_156() { jQuery('#footnote_references_container_331356_156').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331356_156').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331356_156() { jQuery('#footnote_references_container_331356_156').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331356_156').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331356_156() { if (jQuery('#footnote_references_container_331356_156').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331356_156(); } else { footnote_collapse_reference_container_331356_156(); } } function footnote_moveToReference_331356_156(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331356_156(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331356_156(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331356_156(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/jonas-trueba-le-cinema-cest-vivre-trois-fois-plus/">Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Gourou</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/gourou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:29:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Enfonçons tout de suite une porte ouverte&#160;: Gourou décrit moins la carrière contrariée de Matt – coach de vie influent organisant des séminaires spectaculaires – qu’il ne commente l’ascension de Pierre Niney, dont la place...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/gourou/" title="Read  Gourou">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Enfonçons tout de suite une porte ouverte&nbsp;: <em>Gourou</em> décrit moins la carrière contrariée de Matt – coach de vie influent organisant des séminaires spectaculaires – qu’il ne commente l’ascension de Pierre Niney, dont la place dans l’économie du cinéma français a sensiblement bougé depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-comte-de-monte-cristo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Comte de Monte Cristo</em></a><i>. </i>Fort de ce succès colossal, l’acteur a opéré une mue dépassant le cadre du cinéma (occupation grandissante des réseaux sociaux, contrats d’image avec des marques de luxe), une métamorphose que le film transpose presque littéralement dans le domaine du développement personnel.<i> </i>Les plans qui voient Matt donner ses leçons de vie à une foule de fidèles – hommes et femmes jamais individualisés par la mise en scène, mais seulement désignés par un statut social (secrétaire médical, chauffagiste, ou tout simplement chômeur) – constituent ainsi une image à peine métaphorique de la star du cinéma français rendant visite à son public et cherchant dans son admiration béate le reflet de sa supposée grandeur.</p>
<p>Si Tom Cruise dans <em>Magnolia</em> est une référence avouée, le film délaisse assez vite le modèle hollywoodien pour scruter le rapport faussement empathique de Matt à sa communauté. C’est sur ce point que <em>Gourou</em> devient relativement intéressant&nbsp;: lorsqu’il appréhende&nbsp;par la fiction la part de mensonge et d’imposture sur laquelle repose le succès d’un acteur. Les manipulations opérées par Matt, l’économie de ses spectacles bien rodés et leur horrible morale libérale portent un message double, de plus en plus transparent au fil des shows&nbsp;: d’une part le gourou est un salaud, d’autre part le film qui dresse son portrait est une machine à fric mettant en abyme sa logique cynique de conquête de son audience, par le jeu du <em>off </em>et de la scène (direction à l’oreillette, fausse connivence avec les spectateurs). Dans ce rôle antipathique visiblement écrit sur mesure, Pierre Niney cherche sans doute à prouver son aptitude à incarner des personnages plus contrastés et denses. Mais ce qui fait la spécificité de Matt est ailleurs, dans l’écart social et culturel séparant l’acteur-gourou de ses fidèles. On ne compte pas les gros plans des bagues Boucheron ornant les mains de Niney (le gourou devient ici un miroir de l’acteur faisant du placement de produits), tout comme on ne peut pas ne pas remarquer ce qui le distingue du personnage joué par Anthony Bajon (attitude corporelle, port des vêtements, diction), lequel incarne un admirateur de Matt, dans un registre de misère sociale déjà exploré dans <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/2023-rattrapages-et-revisions/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Chien de la casse</em></a>. Chaque confrontation entre les deux comédiens fait naître un sentiment de gêne, révélant, par-dessous la fiction, la hiérarchie opérée par le casting : il y a le riche acteur-gourou et les autres, plus ou moins anonymisés dans une communauté qu’on pourrait appeler « le public ».</p>
<p>Dans l’un de ses shows, Matt demande à un homme de transférer sur sa personne toute la frustration et la haine qu’il éprouve envers son patron : «&nbsp;<em>Insulte-moi</em><i>, </i>dit-il. <em>Je veux que ton chef sente ce que tu as dans le bide.</em>&nbsp;» On pourrait presque appliquer ce schéma d’inversion psychologique au film&nbsp;: il voudrait ouvrir le ventre de son acteur pour en extraire une énergie négative&nbsp;; il rêve à travers Matt d’une hypothétique part d’ombre, sur le mode presque fantastique de <em>Jekyll &amp; Hyde</em><i>,</i> alors qu’il n’en offre qu’une image assez lisse, même lorsque le gourou sombre dans la dépression et se met à songer à un mode de vie plus authentique. Au regard des films que Yann Gozlan a déjà tournés avec Pierre Niney, le projet n’est pourtant pas dénué de singularité : <em>Un homme idéal</em> donnait déjà à l’acteur le rôle d’un imposteur trouvant dans le manuscrit d’un autre les clés d’un <i>best-seller</i> le propulsant au sommet de la scène littéraire. Dix ans plus tard, <em>Gourou</em> poursuit ce drôle de portrait critique&nbsp;: le statut de Niney n’est certes plus le même, on l’a dit, mais un angoissant sentiment d’imposture demeure. Et si la question est de savoir qui se cache sous la <em>persona</em> de Pierre Niney, Gozlan ne semble toujours pas connaître la réponse.</p>
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		<title>Bel Ami</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bel-ami/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Situé dans la province du Heilongjiang au début des années 2010, Bel Ami dépeint une société chinoise sclérosée où l’homosexualité demeure un tabou. Le film entrelace l’idylle naissante de Zhang et Xu, deux hommes d’une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bel-ami/" title="Read  Bel Ami">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Situé dans la province du Heilongjiang au début des années 2010, <em>Bel Ami</em> dépeint une société chinoise sclérosée où l’homosexualité demeure un tabou. Le film entrelace l’idylle naissante de Zhang et Xu, deux hommes d’une cinquantaine d’années, avec l’histoire de Liu Ying et Abu, un couple lesbien à la recherche d’un donneur pour concevoir un enfant. Chaque couple évolue dans un univers où la parole semble constamment surveillée ; ils vont donc chercher à s’affranchir de cette chape de plomb. L’intérêt de ce programme, un peu balisé, tient dans la façon dont le film articule politique et intimité. Ayant récemment fait son <em>coming out</em>, Zhang se rend dans un club gay où il se heurte rapidement aux mêmes mécanismes de domination et d’exploitation des corps qu’il cherche à fuir. Le club agit en ce sens comme un miroir déformant du Parti communiste chinois, transposant à l’échelle sexuelle des logiques d’oppression appliquées généralement à l’ensemble de la population. À ce climat coercitif s’ajoute la présence du personnage du restaurateur, poursuivant Zhang et Xu tout au long du film. L’homme est obnubilé par l’idée d’un plan à trois avec le couple et justifie ses avances intrusives en invoquant les valeurs de partage qu’implique une telle relation. Derrière le comportement libidineux de ce personnage se dessine à gros traits un sous-texte satirique : le restaurateur devient l’allégorie d’un discours emprunté au communisme, où l’individu se voit nié au profit d’un fantasme de partage contraint. Le dépeignant comme un agresseur sexuel, la mise en scène insiste lourdement sur sa corpulence, le filmant nu et en contre-plongée de manière à en faire la caricature laide et déshumanisée de la Chine autoritaire. La flèche manque toutefois sa cible : en insistant et dévalorisant ce corps obèse, la charge se cantonne à une succession de gags outranciers et grotesques.</p>
<p>Plus convaincante est la piste utopique du film&nbsp;: bien que Jun Geng esquisse avec <em>Bel Ami</em> le portrait d’une Chine ternie par l’ombre du communisme, il refuse de céder à une vision pessimiste et s’emploie à imaginer de possibles lignes de fuite. De ces moments de suspens naissent plusieurs scènes réussies : une pantomime de kung-fu ou l’invention par Liu Ying et Abu d’un langage amoureux fantaisiste : « <em>C’est l’histoire de Barbapapa, Barbamama, Barbazoo, Barbalala</em>…». Les mots se dénuent de leurs significations habituelles et deviennent un code pour résister tacitement à un ordre établi. C’est dans ce versant poétique et ludique que <em>Bel Ami</em>&nbsp;laisse poindre une lueur, en explorant la manière dont la fiction peut inventer et faire advenir ses propres formes d’émancipation.</p>
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		<title>La Reconquista</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-reconquista/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Olmo (Francesco Carril) et Manuela (Itsaso Arana) se sont aimés adolescents&#160;; avant de se quitter, ils se sont promis, au terme d’un échange épistolaire, de se retrouver quinze ans plus tard. Derrière l’apparente simplicité de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-reconquista/" title="Read  La Reconquista">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Olmo (Francesco Carril) et Manuela (Itsaso Arana) se sont aimés adolescents&nbsp;; avant de se quitter, ils se sont promis, au terme d’un échange épistolaire, de se retrouver quinze ans plus tard. Derrière l’apparente simplicité de ce point de départ, <em>La Reconquista</em> pose en vérité une question moins évidente qu’il n’y paraît : qu’est-ce qu’une première fois ? Le titre, par sa logique de retour, pose d’emblée une hypothèse nostalgique : la première fois n’existerait, par principe, que dans son après-coup. À ce titre, elle fait l’objet d’un doute : son importance résiste-t-elle aux affres du temps ? Prévaut-elle vraiment sur les expériences futures, ne fait-elle pas l’objet d’une sacralisation qui s’effrite dès lors qu’on la regarde de plus près ? Cette mise à l’épreuve de son aura est à l’œuvre dès les retrouvailles entre les anciens amoureux : leurs deux corps sont d’abord séparés dans un parc par des escaliers, avant de se faire face maladroitement dans un restaurant asiatique. Les situations, travaillées par une logique du dédoublement, maintiennent l’incertitude quant aux rapports que nouent les personnages. Et pour cause : le récit montrera l’<em>après-avant</em>, soit le flashback de leurs amours adolescentes, qui constituera la deuxième partie du film. Difficiles à cerner, Manuela et Olmo le sont aussi à cause de leurs contradictions. La première est d’abord présentée comme celle qui n’a jamais cru au couple, alors même que c’est elle qui y investit la croyance la plus profonde – jusqu’à sembler prisonnière de cette première histoire et de la promesse qui l’a scellée. À l’inverse, la timidité du second se transforme progressivement en assurance intimidante.</p>
<p><em>La Reconquista</em> propose de dépasser ce doute profond sur la valeur d’une première fois en filmant la matière concrète d’un véritable rapport amoureux, envisagé comme le fruit d’une série de médiations. Le rapprochement progressif des deux amants quinze ans plus tard s’opère par l’entremise d’œuvres d’art &nbsp;: c’est le concert du père de Manuela (Rafael Berrio) qui favorisera le retour d’un premier souvenir ainsi que l’expression d’émotions sincères. Plus tard, une conversation au sujet d’un tableau aperçu dans une galerie permettra d’éprouver à nouveau une forme de familiarité. Enfin, c’est au terme d’un swing (au fil de hasards et de déambulations nocturnes) que les retrouvailles auront véritablement lieu. Il est également possible de voir dans cette suite de rapprochements par le truchement de l’art le prolongement d’une dynamique adolescente : plus jeunes, Manuela et Olmo s’échangeaient des romans qui mettent déjà en abyme leur interrogation (il y est question du mythe d’Orphée et Eurydice).</p>
<h2 align="justify">Qu’est-ce qui s’est passé&nbsp;?</h2>
<p>L’accès à la matérialité de cette relation ne se fait toutefois pas d’un bloc ; elle se dévoile selon une logique de « double détente ». Ainsi, le secret sentimental contenu dans les morceaux du concert du père de Manuela (« Somos siempre principiantes » ou « Arcadia en flor ») n’est révélé qu’a posteriori, lorsqu’on découvre les personnages adolescents en train de les écouter ensemble pour la première fois. Des détails apparemment anodins de la première partie acquièrent de cette manière une nouvelle couche de sens : Olmo prétend par exemple avoir initié la rupture, avant que le flashback ne vienne le démentir, révélant alors l’amertume qui motivait son mensonge. La singularité du procédé tient également au traitement disjoint des deux époques : les retrouvailles d’Olmo et Manuela se déroulent sur un temps ramassé, le temps d’une nuit, tandis que l’analepse au cœur du deuxième acte restitue dans sa continuité l’ensemble de leur relation adolescente.</p>
<p>La lettre que se relisent les anciens amants ne prend elle-même sa pleine valeur qu’au terme d’une triple lecture par Olmo adulte. La dernière reprise, qui restitue avec justesse le ton originel, permet de retrouver l’essence de la relation passée ; elle répond à l’attente qui était celle de Manuela (on se souvient alors que le film s’ouvre sur son regard et ces mots : « Je confie mon cœur au futur et j’attends »). Cette reconnaissance mutuelle, qui s’appuie sur une projection (la promesse) et une authentification rétrospective, autorise l’espoir d’un recommencement : Olmo et Manuela peuvent vivre désormais autrement leur vie, sans qu’elle soit écrasée par la répétition du passé et le poids de leur rencontre.</p>
<p>Mais cette lecture du film et le devenir hypothétique des personnages se troublent si l’on considère qu’Olmo et Manuela sont peut-être avant toute chose deux figures mélancoliques, incapables de sortir pleinement de leur vieille impasse. <em>La Reconquista</em> ne tranche jamais entre ces deux niveaux d’interprétation – promesse d’un recommencement ou répétition d’un empêchement – et choisit plutôt de les maintenir dans une tension indécidable. Une scène condense cette ambivalence : après le concert de son père, Manuela joue au piano une ritournelle sur Buenos Aires. La ville comme la chanson incarnent le désir d’un ailleurs, mais aussi la solitude d’une femme prisonnière de sa mélancolie. C’est à cette ambivalence teintée de tristesse que <em>La Reconquista</em> doit sa beauté.</p>
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		<item>
		<title>The Scores (ep. 5) : Malibu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-5-malibu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Malibu est musicienne. Son premier album, “Vanities”, est sorti en octobre 2025. Je préfacerai ainsi cette...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-5-malibu/" title="Read  The Scores (ep. 5) : Malibu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Malibu est musicienne. Son premier album, “Vanities”, est sorti en octobre 2025.</em></p>
<p><span style="font-weight: 400;"><br>
<iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2251907903&amp;color=%23ff5500&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></span></p>
<p>Je préfacerai ainsi cette liste d’extraits sonores et de morceaux :<br>
Je suis une amoureuse du cinéma avant d’être une musicienne. Une des choses que je préfère est «d’écouter» des films, en oubliant de regarder, en jouant en fond. Des bruits de pas, du silence, des habits qui se frottent, la respiration, lorsqu’on se brosse les cheveux, un halètement, des voix douces, des dialogues sans queue ni tête, le vent, un chien qui aboie au loin, une voiture qui passe…</p>
<p>J’aime imaginer une autre histoire peut-être, une sans but précis.</p>
<p>Dans ce mix j’utilise et réutilise des bouts de musique, au début, à la fin, comme pour créer un lien, une boucle parfaite si on devait jouer ce mix en boucle. J’étale tout le long des extraits précis, variés, de films et de série, en les liant. Cette histoire ré-imaginée.</p>
<p><em>I will preface this list of sound excerpts and tracks with the following;</em></p>
<p><em>I am a cinema lover before being a musician. One of my favourite things to do (most times accidentally) is to «listen» to movies, forgetting to watch, when having some in the background. Footsteps, silence, clothes rubbing, breathing, hair being brushed, panting, very soft voices, non-sense dialogues, wind, a distant dog barking, a car passing by…</em></p>
<p><em>I like to imagine another story maybe, one with no precise aim.</em></p>
<p><em>In this mix i use and reuse bits of tracks, in the beginning, at the end, as to create a link, a perfect loop if we were to play this mix on loop. I spread all over it various, carefully picked excerpts of films and a series, linking them. This other story re-imagined.</em></p>
<h2><em>HEAT</em> BY MICHAEL MANN</h2>
<p><strong>00′24″ ♪ Elliott Goldenthal — Heat main theme</strong></p>
<p><strong>01′08″ ♪ Malibu — Vanities (vinyl exclusive voice excerpt)</strong></p>
<p><strong>02′00″ ♪ Malibu — Nu</strong></p>
<p><em>Heat </em>est un chef-d’œuvre en termes de cinématographie et de bande-son. Je n’arrive pas à croire que je l’ai vu si tard dans ma vie. Nous sommes allés, mes amis et moi, le voir au Vista Theatre à Los Angeles, en 35mm. Je n’aurais pas pu rêver une meilleure manière de le découvrir. Vraiment la seule manière ; sortir du cinéma, rentrer chez soi en voiture, regarder la ville, tout autour, brillante, bourdonnante, le downtown se dessine au travers des arbres…</p>
<p><em>Heat</em> is a masterpiece of a film and soundtrack. I can’t believe I hadn’t watched it earlier in my life. My friends and I went to watch it on 35mm film in LA at the Vista theatre. I couldn’t have dreamed of a better setting. The only way to experience this movie ; you get out of the theatre, drive home, watch the city, it’s all around you, sparkling, buzzing, downtown peaks through the trees…</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331162 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1.jpeg" alt width="1211" height="268" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1.jpeg 1211w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-300x66.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-1024x227.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-768x170.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-980x217.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1211px) 100vw, 1211px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;">
<h2><em>LESS THAN ZERO</em> BY MAREK KANIEVSKA</h2>
<p><strong>02′56″ ♪ Thomas Newman — Seeing Blair Again</strong></p>
<p>Beaux intérieurs mais un film très quelconque, qui ne rend pas vraiment justice au livre. Ceci étant dit, il a ce «LA feeling» ; les ados s’ennuient, traînent les uns chez les autres, baisent, prennent de la drogue, repeat… La ville est magnétique et son essence semble impossible à saisir.</p>
<p>Mais la vraie star ici est évidemment une énième sublime bande-son de Thomas Newman, un des meilleurs compositeurs de musique de films, qui donne vraiment son âme au film.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Great interiors but a very «whatever» movie that doesn’t quite do justice to the book. That being said, it has that LA roaming around feeling ; teenagers are bored, hang out at each other’s places, fuck, do drugs, repeat.. The city is so magnetic and nothing that can be properly grasped.</em></p>
<p><em>But the star of the show is obviously yet another great soundtrack by Thomas Newman, one of the absolute best composers there is, who honestly gives its soul to the film.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2>MAPS TO THE STARS BY DAVID CRONENBERG</h2>
<p><strong>05′54″ ♪ Sound excerpt Too Old To Die Young</strong></p>
<p><strong>08′25″ ♪ Howard Shore — Greyhound</strong></p>
<p><strong>09′50″ ♪ Sound excerpt Maps to the Stars</strong></p>
<p><strong>10′19″ ♪ Thomas Newman — Seeing Blair Again</strong></p>
<p>Je vais sûrement me répéter, mais il me semblait important d’avoir un fil rouge tout le long de ce mix, de capturer cette espèce d’atmosphère mystique que l’on peut trouver à Los Angeles tout particulièrement. Sa brillance, son absurdité, sa fadeur parfois, sa mystique, cette chose impossible à attraper, si près qu’on s’en rapproche.</p>
<p><em>Maps To The Stars </em>c’est ça.</p>
<p>J’ai sélectionné des extraits variés au travers de ce mix : le personnage principal qui arrive dans la ville, un autre qui traverse des épisodes de psychose, du sexe en voiture, des répétitions de scènes et phrases par des personnages différents, créant des sortes d’échos et des réalités floues. Et j’adore la voix de Mia Wasikowska.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>I will most likely repeat myself, but it felt important to have a red thread running along this mix, to truly capture some kind of mystical vibe that is found in Los Angeles particularly. Its shine, its absurdity, vapidness at times, its ethereality, something you can’t have no matter how close you get.&nbsp;</em></p>
<p><em>“</em>Maps To The Stars<em>” is all that.&nbsp;</em></p>
<p><em>I have selected various sound excerpts throughout this mix, from the main character arriving in town, to one’s light psychosis, car sex, repeated scenes and sentences by various characters creating echoes and blurred realities. And i adore Mia Wasikowska’s voice.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331163 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2.jpeg" alt width="1222" height="264" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2.jpeg 1222w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-300x65.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-1024x221.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-768x166.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-980x212.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1222px) 100vw, 1222px"></p>
<h2><em>SAFE</em> BY TODD HAYNES</h2>
<p><strong>12′30″ ♪ Malibu — Lactonic Crush</strong></p>
<p><strong>12′30″ ♪ Sound excerpt Safe</strong></p>
<p><strong>16′20″ ♪ Sound excerpt Birth</strong></p>
<p><strong>16′37″ ♪ Thomas Newman — Day Grave</strong></p>
<p><strong>16′54″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>18′30″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Safe</em> est un film fabuleux que j’ai découvert grâce à mon ami Igor qui savait que je l’adorerais. Et il avait raison ; ce film tient une place de favori dans ma liste, c’est un chef-d’œuvre de cinématographie et d’écriture. J’ai eu la chance de le revoir au cinéma Vidiots à Los Angeles (même si c’était une séance vraiment énervante car toute la salle se pliait de rire).</p>
<p>Même s’il y a des interprétations différentes du film, il parle d’aliénation. Cette phrase y figure :«<em>Are you allergic to the 20th century?</em>».</p>
<p>Aujourd’hui, ces deux thèmes résonnent fort.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>“Safe” is a wonderful gem I have discovered thanks to my friend Igor who knew I’d adore it. And he was right ; it has risen to a place of favourite, it is a masterpiece cinematography and writing speaking. I had the chance to rewatch it in the theatre in LA also, at Vidiots (although it was an annoying screening because of thenon-stop laughing from the audience).</em></p>
<p><em>Though there are many interpretations, it’s about alienation. This sentence can be read : «Are you allergic to the 20th century?».</em></p>
<p><em>Today both themes ring loud.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331164 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3.jpeg" alt width="1222" height="264" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3.jpeg 1222w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-300x65.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-1024x221.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-768x166.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-980x212.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1222px) 100vw, 1222px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;">
<h2><em>TOO OLD TO DIE YOUNG</em> BY NICHOLAS WINDING REFN</h2>
<p><strong>20′00″ ♪ Sound excerpt Too Old To Die Young</strong></p>
<p><strong>22′44″ ♪ Sound excerpt Too Old To Die Young</strong></p>
<p><strong>25′43″ ♪ Thomas Newman — People Are Afraid To Merge</strong></p>
<p><strong>27′29″ ♪ Malibu — Lactonic Crush (voice excerpt)</strong></p>
<p><strong>30′26″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>30′57″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>32′19″ ♪ Jonathan Elias — Two Moon Junction OST</strong></p>
<p><strong>36′11″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>37′29″ ♪ Sound excerpt Heat</strong></p>
<p><strong>37′59″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>38′56″ ♪ Elliot Goldenthal — Steel Cello Lament</strong></p>
<p><strong>40′03″ ♪ Thomas Newman — Seeing Blair Again</strong></p>
<p><strong>41′14″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>42′44″ ♪ Sound excerpt Safe</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette dernière partie a beaucoup d’extraits variés des films mentionnés plus haut, mais je vais me concentrer sur la mini-série <em>Too Old To Die Young</em>. Je suis une fan de la cinématographie de Nicolas Winding Refn, sa manière de raconter une histoire ou une scène «simplement», en montrant peu mais de manière intelligente, ses plan-séquences, ses lumières vives. Dans cette série, il n’y a pas de «good guy», tous les personnages présentent de gros défauts, extrêmement macho, presque abjects. Une femme, malgré ses défauts, se profile comme seule héroïne (si on peut même la qualifier d’héroïne, et peut-être que cela reste une question ouverte).</p>
<p>J’adore certaines conversations des personnages, tellement…absurdes et étranges, similaires à certaines de<em> Maps To The Stars</em>, ou certains témoignages dans<em> Safe</em> également.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>This last part has a lot of sound excerpts from the films I have mentioned above, but I will focus on the mini series “</em>Too Old To Die Young<em>”. I am a fan of Nicolas Winding Refn’s cinematography and how he tells a story or a scene in «simple» and smart ways, showing little, his long-shots, colourful lighting. In this series, there isn’t a «good guy», everyone is heavily flawed. It’s so manly and everyone is despicable. A woman rises as our sole, ‑yet again, flawed- hero (if we have to have a hero, and maybe here lies that question).</em></p>
<p><em>I adore some of the conversations the characters have that seem so… absurd and strange, similarly to in “</em>Maps To The Stars<em>”, or some testimonies in “</em>Safe<em>” as well.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331166 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4.jpeg" alt width="1225" height="269" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4.jpeg 1225w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-300x66.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-1024x225.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-768x169.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-980x215.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1225px) 100vw, 1225px"></p>
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		<item>
		<title>Baise-en-ville</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baise-en-ville/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le deuxième long-métrage de Martin Jauvat confirme le goût de son réalisateur pour l’absurde. L’argument de départ de Baise-en-ville paraît pourtant terre à terre, comparé à celui de Grand Paris (où deux amis découvraient, sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baise-en-ville/" title="Read  Baise-en-ville">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le deuxième long-métrage de Martin Jauvat confirme le goût de son réalisateur pour l’absurde. L’argument de départ de <em>Baise-en-ville</em> paraît pourtant terre à terre, comparé à celui de <em>Grand Paris</em> (où deux amis découvraient, sur le chantier d’une future ligne de métro, un artefact mystérieux). Le récit prend pour point de départ le paradoxe d’un jeune banlieusard de Chelles, Corentin, dit Sprite (interprété par Jauvat lui-même) : d’un côté, il lui faut le permis pour avoir un travail ; de l’autre, il lui faut un travail pour payer le permis. Sprite décroche malgré tout avec l’aide de son beau-frère Walid (William Lebghil) un job dans le nettoyage de fêtes à domicile, qui va lui permettre de payer les séances d’auto-école. Mais comment être frais aux leçons du matin quand on travaille de nuit ? D’après sa monitrice Marie-Charlotte (Emmanuelle Bercot), il doit trouver un moyen d’éviter les trajets nocturnes en RER et noctiliens. Si cette trame paraît de prime abord banalement réaliste, elle ouvre sur un ensemble de situations rocambolesques : pour que son élève puisse dormir chez l’habitant, ou plutôt l’habitante, Marie-Charlotte, mentore un peu envahissante, l’inscrit sur une application de rencontre avant d’organiser un <em>date</em> dans son dos et d’intervenir pendant celui-ci.</p>
<p>En dépit de ce programme pas très original – le film décrit les déboires sentimentaux de son personnage sur le terrain cruel des applications de rencontre –, Martin Jauvat va toujours un peu plus loin que ce que l’on pourrait attendre. L’accessoire principal de Sprite devient ainsi le baise-en-ville du titre, cette sacoche conçue dans des limbes de ringardise pour transporter l’essentiel lorsqu’on découche. Bien qu’il ressemble de prime abord à une sacoche normale, l’objet suscite les remarques et vient, d’un <em>date</em> à l’autre, parasiter le projet romantique du jeune homme. Le film peine cependant à exploiter la singularité de son postulat narratif. Se dégage en effet de <em>Baise-en-ville</em> une certaine impression de déjà-vu – une séquence au milieu du film est même une sorte d’auto-remake du court-métrage <em>Le Sang de la veine</em> –, combinée à un lissage de son univers lié peut-être à un changement d’échelle de production, puisque ce deuxième film a été réalisé avec beaucoup plus de moyens. <em>Baise-en-ville</em> tente en vérité si peu de choses formellement qu’il en vient à cultiver un paradoxe : s’il épouse un rapport excentrique au monde, la réalisation paresseuse qui l’accompagne fait quant à elle l’impasse sur l’imagination.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Promis le ciel</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/promis-le-ciel-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331092</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pour dépeindre le racisme et l’oppression du régime tunisien hostile aux migrants subsahariens,&#160;Promis le ciel mise sur une identification maximale chez le spectateur. À Tunis, Marie, une pasteure ivoirienne, héberge Naney et Jolie, une mère...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/promis-le-ciel-2/" title="Read  Promis le ciel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour dépeindre le racisme et l’oppression du régime tunisien hostile aux migrants subsahariens,&nbsp;<em>Promis le ciel</em> mise sur une identification maximale chez le spectateur. À Tunis, Marie, une pasteure ivoirienne, héberge Naney et Jolie, une mère exilée et une jeune étudiante, puis Kenza, une enfant de quatre ans rescapée d’un naufrage. Les trois adultes tentent d’ériger un refuge, mais leur projet commun est entravé par différentes contraintes (l’une est sans papier, l’autre tente de s’intégrer et Marie cherche à régulariser Kenza). Tiraillé entre sa volonté de dénoncer la politique migratoire tunisienne et celle de regarder avec bienveillance ses personnages, le film d’Erige Sehiri s’égare dans une mécanique un peu binaire et une logique d’alternance systématique : aux séquences filmées en gros plans et courte focale, qui tentent de forcer l’empathie en isolant les visages, succèdent des scènes de groupe ou des montages parallèles entrelaçant les différentes trajectoires afin de suggérer la possibilité d’une sororité réparatrice.</p>
<p>De façon automatique, la structure du film compense par ailleurs les moments de détresse par des séquences de stase (en boîte de nuit ou au coucher de soleil), accompagnées de violons et de pulsations électroniques, pour figurer une émancipation temporaire. Mais à&nbsp;chaque fois, la possibilité d’un ailleurs est rattrapée par la réalité sociale (un taxi qui refuse de prendre Naney et Jolie à&nbsp;la sortie d’une soirée, un cadeau d’anniversaire qui se révèle n’être qu’un prêt, etc.). La teinte bleutée de l’image s’inscrit dans la même démarche, comme si elle cherchait à&nbsp;adoucir la violence de ce qui se joue à&nbsp;l’écran. À&nbsp;force de souffler le chaud et le froid,&nbsp;<em>Promis le ciel</em>&nbsp;finit par se transformer en robinet d’eau tiède.</p>
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		<item>
		<title>Dreams</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dreams/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331115</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dreams possède un titre ironique : les rêves dont il est ici question ne seront pas source de bonheur, mais au contraire les instruments de la descente aux enfers de personnages aveuglés par leurs désirs...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dreams/" title="Read  Dreams">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dreams</em> possède un titre ironique : les rêves dont il est ici question ne seront pas source de bonheur, mais au contraire les instruments de la descente aux enfers de personnages aveuglés par leurs désirs et illusions. Fernando (Isaac Hernandez), un jeune danseur de ballet mexicain, est l’amant de Jennifer (Jessica Chastain), une richissime mécène qu’il rejoint illégalement à San Francisco ; si elle ne pense qu’à l’entretenir dans le dos de sa famille, lui aspire à davantage, se rebiffe et lui échappe. <em>Dreams</em> expose froidement le caractère vicié de leur liaison, dès la scène de leurs retrouvailles : lorsque Jennifer découvre son amant endormi et nu dans son lit, elle commence par s’asseoir sur un siège, sans faire de bruit, afin de le contempler comme on admire un objet de collection. Michel Franco déplie cette relation d’emprise entre un maître et son esclave, articulée autour du mépris de classe et du racisme anti-mexicain aux États-Unis. Le cinéaste fait pourtant mine de ménager, durant les deux premiers tiers du film, des éclats de bonheur entre les amants, dépeints en personnages duplices mais capables de gestes sincères. La démarche relève en vérité d’une stratégie narrative visant à mieux accentuer l’irruption de la violence et de l’horreur caractéristiques de son cinéma : celles-ci ne se manifestent effectivement que dans le dernier tiers, à partir du moment où la famille de Jennifer entre en piste. On pense en particulier à cette scène où le frère de l’héroïne surgit dans sa salle à manger et découvre sa liaison avec le jeune mexicain, par ailleurs fraîchement promu professeur de danse au sein de la fondation familiale.</p>
<p>La relation ambiguë qu’entretiennent Jennifer et Fernando parvient toutefois à esquisser, ici et là, une ligne trouble. Plusieurs scènes dépeignent ainsi l’ambivalence de l’Américaine, qui n’a d’yeux que pour Fernando mais semble incapable de l’aimer sans l’abaisser. À cet endroit, Franco organise par ailleurs une sorte de jeu de miroir avec sa précédente collaboration avec Jessica Chastain : son personnage de fille à papa contraste à plus d’un titre avec celui qu’elle incarnait dans <em>Memory</em>, une femme victime d’inceste qui élevait sa fille dans un quartier pauvre de New York. Ce contraste culmine lors de la scène de sexe dans l’escalier de Jennifer, où les deux amants se livrent à une violente étreinte – on pense en retour au plan-séquence de <em>Memory</em> où la timidité et les tressaillements du personnage trahissaient la résurgence de ses traumatismes.</p>
<p>La présence de l’actrice paraît avoir déteint sur le cinéma de Franco. En témoigne par exemple les scènes de ballet dans le second tiers du récit : intégrant la prestigieuse <em>San Francisco Ballet School</em>, Fernando fait montre de son talent dans les studios de répétition de l’école, au fil de séquences dont la grâce vient tempérer momentanément la rudesse du film. <em>Dreams</em> bascule néanmoins dans une dernière partie plus attendue (puisqu’elle témoigne du goût de Franco pour les dénouements cauchemardesques striés de scènes violentes), par le biais d’un coup de force narratif : une fois les amants claquemurés dans la maison de Jennifer à Mexico, leur calvaire à huis clos peut commencer. Ce dernier acte décevant donne cependant à Jessica Chastain l’occasion de déployer son jeu protéiforme, passant de la folle passion à une fureur tout en retenue ; c’est son intriguant portrait d’héroïne mal aimable que l’on retiendra de ce film inégal.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Parallax — Monsieur Smith au Sénat et Un parfait inconnu</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-monsieur-smith-au-senat-et-un-parfait-inconnu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, faisons dialoguer Un parfait inconnu de James Mangold avec Monsieur Smith au Sénat de Frank Capra (1939). Les deux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-monsieur-smith-au-senat-et-un-parfait-inconnu/" title="Read  Parallax — Monsieur Smith au Sénat et Un parfait inconnu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, faisons dialoguer </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener">Un parfait inconnu</a><em> de James Mangold avec </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/monsieur-smith-au-senat/" target="_blank" rel="noopener">Monsieur Smith au Sénat</a><em> de Frank Capra (1939). Les deux films sont projetés le 28 février, à l’occasion d’une <a href="https://www.forumdesimages.fr/carte-blanche-critikat-un-parfait-inconnu" target="_blank" rel="noopener">carte blanche proposée à Critikat</a> dans le cadre de la programmation <a href="https://www.forumdesimages.fr/hollywood-millennials" target="_blank" rel="noopener">Hollywood Millennials</a> du Forum des images, qui met en parallèle films contemporains et cinéma classique hollywoodien. Le cycle, composé de nombreux doubles programmes, se poursuit jusqu’au 19 mars 2026.</em></p>
<p>Au début d’<em>Un parfait inconnu</em> (2025), Pete Seeger (Edward Norton), futur mentor de Bob Dylan, est attaqué en justice pour une chanson jugée antipatriotique. Afin de plaider sa cause, le chanteur de folk propose de l’interpréter devant le juge, qui refuse. Il jouera finalement le morceau à un petit groupe de passants sur les marches du tribunal. Deux verdicts s’opposent : la condamnation officielle, escamotée par le montage, et l’approbation du peuple, qui sonne comme une victoire. Tout au long du film, James Mangold entrelacera de la sorte musique et politique. Le succès croissant de Dylan, qui marche d’abord dans les pas de Seeger, semble provenir de sa capacité à intégrer les craintes et les convictions de ses contemporains dans ses chansons – exemplairement pendant la crise des missiles de Cuba, quand le musicien se produit lors d’un concert souterrain aux allures de <em>meeting</em> contestataire.</p>
<p>Cette porosité entre la scène et la démocratie américaine jette un pont – qui pourrait de loin paraître acrobatique – entre le film de James Mangold et le cinéma de Frank Capra. Prenons le cas de <em>Monsieur Smith au Sénat</em> (1939), centré sur un jeune idéaliste (James Stewart) parachuté sénateur au milieu d’une opération de corruption, qu’il finira par exposer en prenant la parole pendant près de vingt-quatre heures consécutives. Ce <em>finale</em> permet de nuancer une étiquette dont on affuble souvent Capra : celle d’un cinéaste patriote soucieux de dépeindre la bonne marche des institutions américaines. Dans le dénouement de <em>L’Extravagant Mr. Deeds</em> (1936), le héros campé par Gary Cooper transformait déjà son audition au tribunal en <em>one man show</em> pour remporter l’adhésion d’une foule hilare ; de même, la célèbre intervention de Jefferson Smith, qui lui permet de s’attirer les faveurs de ses collègues sénateurs, tient moins de la procédure régulière que de la performance exceptionnelle. Le terme qui désigne ces prises de parole au long cours, exploitant un vice de procédure du Sénat (l’un de ses membres peut monopoliser la parole aussi longtemps qu’il continue à s’exprimer), le dit bien : le « <em>filibuster</em> », dérivé de « flibustier », consiste à pirater le cadre institutionnel, pour y insérer un élément supplémentaire – le spectacle. Le Sénat se trouve assimilé à un théâtre (Smith, désemparé, parlera même de « <em>spectacle ignoble</em> »), où les coups du maillet du président remplacent ceux du brigadier. D’abord piètre orateur, Smith devra gagner en éloquence pour convaincre l’agora.</p>
<p>Spectacle et démocratie constituent ainsi les deux faces d’une même pièce. Revenons à Dylan et mettons-le en miroir avec Jefferson Smith : le second est politicien avec un don pour la scène, quand le premier est un artiste puisant du climat politique la sève de ses créations. Dans le cas de Dylan, la balance semble cela dit moins équilibrée : si le numéro de Smith repose sur des idéaux sincères, le musicien, si l’on en croit le portrait qu’en fait <em>Un parfait inconnu</em>, se réinvente au fil des tendances avec peut-être davantage de calcul (Mangold pointe notamment les élucubrations fluctuantes de Dylan sur son propre passé). La seconde partie du film, qui suit le chanteur alors qu’il est devenu une immense star, insiste sur sa difficulté à dialoguer avec son public. <em>Un parfait inconnu</em> suit une route plus désillusionnée que le film de Capra, jusqu’à montrer un divorce entre l’artiste « engagé » et ses fans lors de son passage au festival de Newport en 1964. Dylan, cherchant à affirmer son intégrité d’artiste en jouant de nouveaux morceaux électriques, se heurte à une foule ne jurant que par ses « vieux » tubes acoustiques. Le film, moins lisse qu’il n’y paraît, renfermerait alors une forme de mise en garde : à force de donner au public ce qu’il veut, ce dernier risque de préférer les oripeaux du spectacle aux convictions qu’il recouvre.</p>
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		<item>
		<title>La Grazia</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-grazia/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:29:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330917</guid>

					<description><![CDATA[<p>Il est beaucoup question dans La Grazia de «&#160;retrouver de la légèreté&#160;», voire de s’affranchir de la pesanteur – c’est l’objet de l’ultime plan (enfin presque&#160;: Sorrentino, qui accumule les fins possibles, glisse dans son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-grazia/" title="Read  La Grazia">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est beaucoup question dans <em>La Grazia </em>de «&nbsp;<em>retrouver de la légèreté</em>&nbsp;», voire de s’affranchir de la pesanteur – c’est l’objet de l’ultime plan (enfin presque&nbsp;: Sorrentino, qui accumule les fins possibles, glisse dans son générique une ultime pirouette comique), vision poétique comme le cinéaste les affectionne. Ce n’est pas la première fois que Sorrentino nous fait le coup&nbsp;; on pourrait même dire que c’est l’horizon semi-caché de la plupart de ses personnages, du jet-setteur mélancolique de <em>La Grande Bellezza</em> aux vieux grabataires de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2015/youth-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youth</a>, </em>en passant par Silvio Berlusconi (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silvio-et-les-autres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Silvio et les autres</em></a>). Derrière le grand fatras stylistique ou les visions pubardes (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/parthenope-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Parthenope</em></a>), sa mise en scène viserait à faire perler une émotion insondable, un vertige quelque part ineffable – la grande beauté ou la grâce, même combat. Sauf que. Sauf que <em>La Grazia</em>, qui marque le retour de Toni Servillo dans un rôle principal devant la caméra du fantasque napolitain, y va <em>pianissimo</em> sur les effets. Le film suit un président de la République au crépuscule de son mandat, un vieux juriste centriste hanté par le fantôme de sa femme, morte depuis déjà longtemps. De la même manière que le personnage est mis à la diète par sa fille (adieu <em>la pasta</em> et mollo sur le tabac), Sorrentino est chiche sur la sauce&nbsp;: il y a bien un ralenti ici et un regard caméra là, mais sa mise en scène affiche une retenue et même une gravité. Cette lourdeur est surtout là pour signifier le poids psychologique (le souvenir de sa femme) et moral que porte sur ses épaules Mariano de Santis. Quelques décisions de taille restent en effet à trancher, telle une loi en faveur de l’euthanasie et la grâce de deux détenus aux profils radicalement différents. L’occasion de se livrer à des méditations métaphysiques et éthico-juridiques&nbsp;: «&nbsp;<em>à qui appartiennent nos jours&nbsp;?</em>&nbsp;» Où commence et où s’arrête la légitime défense&nbsp;? Et la vérité, y a‑t-on jamais vraiment accès&nbsp;?</p>
<p>De l’élégie à la péroraison, il y a une fine distance&nbsp; que le scénario de Sorrentino franchit toutefois à plusieurs reprises. Sa relative pudeur convertit en réalité le curseur dominant de son cinéma –&nbsp; une flamboyance hédoniste – en sinistrose croulante. En élaguant le gras, il révèle en même temps la pauvreté de sa mise en scène, qui ne se départit pas d’un reste d’emphase pompeuse. Même dans l’ascèse (discutable), elle ne peut s’empêcher de garder une forme de grandiloquence : en parcourant des couloirs déserts ; en faisant graviter la caméra autour du Président livré à ses réflexions ; en filmant l’agonie d’un cheval, animal-métaphore qui incarne le baromètre des hésitations du vieux chef (signera-t-il ou non le texte sur la fin de vie ?). On en vient presque à regretter le déluge carnavalesque de <em>Youth</em> ou de <em>La Grande Bellezza</em>&nbsp;; au moins, il y avait quelque chose à se mettre sous la dent. <em>La Grazia</em> n’est certes pas le pire film de Sorrentino, mais il est son véritable premier film de vieux. La vieillesse n’est pas un motif nouveau chez lui&nbsp;; elle a toujours travaillé son cinéma, parce qu’elle est le ferment de la nostalgie et de la mélancolie, deux des racines de son esthétique. Seulement, Sorrentino la filmait jusqu’ici avec l’énergie d’un chien fou, ou avec le mauvais goût d’une canaille s’improvisant poète. Désormais, son écriture se cale sur l’ankylose du vieillard dont il tire le portrait. Pas de grâce sans pesanteur, semble statuer <em>La Grazia</em>. La pesanteur, on l’a vue. La grâce&nbsp;? Pas du tout.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Sous le ciel de Koutaïssi</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-sous-le-ciel-de-koutaissi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:32:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En attendant une sortie potentielle de Dry Leaf, le nouveau film d’Alexandre Koberidze, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le mardi 27 janvier à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg pour découvrir ou redécouvrir Sous...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-sous-le-ciel-de-koutaissi/" title="Read  Ciné-club Critikat : Sous le ciel de Koutaïssi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En attendant une sortie potentielle de <em>Dry Leaf</em>, le nouveau film d’Alexandre Koberidze, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2196455-critikat" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le mardi 27 janvier à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> pour découvrir ou redécouvrir <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sous-le-ciel-de-koutaissi/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sous le ciel de Koutaïssi</em></a>. La séance sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Robin Vaz.</p>
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		<title>Amour Apocalypse</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amour-apocalypse-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Grignon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Patron d’un chenil perdu dans la forêt canadienne, Adam Tremblay se présente comme un «&#160;raté&#160;»&#160;: la quarantaine passée, le personnage n’a, dixit son père, «&#160;pas de blonde, pas de char, pas de cash&#160;». Pour ne...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amour-apocalypse-2/" title="Read  Amour Apocalypse">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Patron d’un chenil perdu dans la forêt canadienne, Adam Tremblay se présente comme un «&nbsp;raté&nbsp;»&nbsp;: la quarantaine passée, le personnage n’a, <em>dixit</em> son père, «&nbsp;<em>pas de blonde, pas de char, pas de cash</em>&nbsp;». Pour ne rien arranger, Adam est également dépressif et écoanxieux&nbsp;: le péril climatique suscite chez lui une inquiétude profonde. Pour figurer cette obsession, Anne Émond fait le choix d’une esthétique saturée d’effets (ralentis, <em>jump cuts</em>, inserts métaphoriques). C’est notamment le cas lorsque le personnage déballe, chez sa psychiatre, un discours sur l’imminence de la fin du monde&nbsp;: pour redoubler la logorrhée d’Adam, la cinéaste accélère le rythme de son découpage, tout en multipliant les faux raccords, jusqu’à ce qu’apparaisse, dans un plan large inattendu, la silhouette d’un laveur de vitre, qui observait la scène depuis le début.</p>
<p>La vie d’Adam change néanmoins du tout au tout lorsqu’il rencontre Tina, standardiste d’une entreprise de luminothérapie, contactée par hasard un soir de déprime. À&nbsp;partir de là, le récit adopte une forme plus balisée pour figurer l’idylle naissante entre les deux tourtereaux&nbsp;: construite autour d’une série de vignettes comiques détachées les unes des autres (Adam et Tina fuient la police, Adam et Tina crèvent les roues d’un SUV, etc.), la mise en scène d’Émond cesse alors de coller aux délires de son héros, au risque de perdre le cap qu’elle s’était donné. Afin de complexifier cette histoire de résilience somme toute assez banale, le film relance néanmoins l’hypothèse d’une catastrophe à&nbsp;venir – c’est le versant «&nbsp;Apocalypse&nbsp;» de son titre. Les séquences concernées (un tremblement de terre, le surgissement d’une lune couleur de sang et une impressionnante tempête) témoignent malheureusement d’une certaine lourdeur discursive&nbsp;: ainsi d’un montage d’archives où apparaît une série de désastres (fonte des glaces, ouragans, feu de forêt) au son d’un discours de développement personnel invitant à&nbsp;accepter son sort. La scène témoigne alors des limites du film dans son ensemble&nbsp;: à&nbsp;trop littéraliser sa dimension satirique, il finit par tomber à&nbsp;plat.</p>
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		<title>Hamnet</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hamnet/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut attendre la dernière partie de Hamnet pour entendre le nom du personnage interprété par Paul Mescal, bien que le film ne fasse guère de mystère sur son identité : William Shakespeare. La stratégie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hamnet/" title="Read  Hamnet">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut attendre la dernière partie de <em>Hamnet</em> pour entendre le nom du personnage interprété par Paul Mescal, bien que le film ne fasse guère de mystère sur son identité : William Shakespeare. La stratégie du scénario, adapté d’un <em>best-seller</em> romançant la vie privée du dramaturge, implique de s’éloigner d’abord du mythe – par exemple en changeant le nom de son épouse, Anne, rebaptisée ici Agnes (Jess Buckley) – pour mieux y revenir en dévoilant sa part cachée. Si Chloé Zhao assume de broder sur l’Histoire, elle adopte néanmoins un vernis vériste qui substitue au milieu du théâtre londonien (on ne l’apercevra que dans la dernière séquence) la nature anglaise, décor principal du film, envisagée sur un mode panthéiste et <em>new age</em>. On sent par ailleurs une volonté manifeste de mettre en exergue la boue, la maladie, la violence insidieuse ou franche d’une société patriarcale, mais sans parvenir à réellement décaper les clichés de la reconstitution historique ou à proposer une peinture plus fidèle du XVIᵉ&nbsp;siècle. Plusieurs anachronismes le montrent&nbsp;: la société anglaise est composée de visages ethniquement divers, les femmes n’y sont pas filmées dans un rapport d’asservissement domestique, etc. La question n’est pas de jauger la véracité historique de l’entreprise&nbsp;; Chloé Zhao a bien le droit de s’écarter de cet impératif. Mais il faut noter la manière dont le film, en mimant une forme de réalisme et de fausse saleté, remplace l’Angleterre de Shakespeare par un autre monde, et que cet autre monde a une matrice contraire aux gages de déconstruction donnés par la réalisatrice : l’académisme.</p>
<p>Académique, <em>Hamnet</em> l’est à plus d’un titre. En premier lieu par l’entrelacement de ses horizons narratifs : il est à la fois un biopic sur la genèse d’un chef‑d’œuvre artistique, le récit d’un deuil (devenu un genre à part entière du cinéma mondial) et une relecture féministe centrée sur une héroïne, Agnes, qui convoque la figure dorénavant positivement renversée de la sorcière. Il l’est aussi formellement : les couleurs délavées, les décadrages sensoriels lointainement inspirés de Malick, les récurrents petits travellings avant de la caméra pour marquer une tension naissante et l’enchevêtrement de scènes réelles avec des visions oniriques sont devenus des tropes éculés du cinéma contemporain, les marques d’un « néo-académisme » qui a ingurgité et recraché des formes pour les aplanir. Zhao, récompensée aux Oscars et recrutée le temps d’un film par l’écurie Marvel, ambitionne cependant avec <em>Hamnet</em> de revenir à ses racines relativement «&nbsp;indépendantes&nbsp;», en adoptant une approche sensible et à fleur de peau d’un drame historique en grande partie vidé de sa part spectaculaire. Le hors-champ de l’intrigue, c’est l’ascension de Shakespeare, qu’on ne fait qu’entrapercevoir ; elle constitue cependant le point vers lequel s’achemine le récit, avec la première de <em>Hamlet </em>dans un théâtre du Globe fraîchement construit. Ce qui est pensé comme l’acmé émotionnelle d’<em>Hamnet</em> est aussi son pic académique, puisque Zhao entend faire perler les larmes à l’aide d’un procédé aussi efficace que grossier : la mise en abyme comme instrument d’une propagation émotionnelle. La réalisatrice filme ainsi la représentation comme une sorte de messe collective où pas un visage, pas un spectateur ne résiste à l’appel de l’émotion, pour nous enjoindre à faire de même. On n’est pas insensible aux yeux brillants de Buckley et Mescal, qui font rejaillir sur leur visage l’affliction d’une peine inextinguible – la perte de leur petit garçon –, mais chaque raccord sur l’assistance reniflant ou communiant avec les acteurs pointe la mécanique à l’œuvre. La séquence plie la représentation d’une pièce à une image toute faite et totalitaire&nbsp;: ce que façonne ici le film, c’est son public idéal, un miroir dans lequel nous sommes sommés de nous refléter. Et Zhao, pour enfoncer le clou du conformisme, fait résonner l’un des morceaux désormais les plus clichés du cinéma hollywoodien, «&nbsp;On the Nature of Daylight&nbsp;» de Max Richter, qui signe également le reste de la bande-son. <em>Hamnet</em> n’est pas l’onde émotionnelle qu’il prétend être&nbsp;; c’est un tire-larmes, et comme tout tire-larmes, il repose sur une entourloupe – celle d’un film de studio maquillé en film d’autrice <em>indie</em>, d’un scénario calibré déguisé en contre-récit, d’un amas de ficelles et de visions stéréotypées fardé en poésie.</p>
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		<title>Le Retour du projectionniste</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-retour-du-projectionniste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Samid, ancien projectionniste, entreprend de rouvrir la salle de cinéma fermée dans son village des montagnes Talyches en Azerbaïdjan, avec l’aide d’Ayaz, un jeune aspirant réalisateur. Ce point de départ pourrait être celui d’une fable...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-retour-du-projectionniste/" title="Read  Le Retour du projectionniste">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Samid, ancien projectionniste, entreprend de rouvrir la salle de cinéma fermée dans son village des montagnes Talyches en Azerbaïdjan, avec l’aide d’Ayaz, un jeune aspirant réalisateur. Ce point de départ pourrait être celui d’une fable nostalgique sur la transmission du cinéma, une sorte de <em>Cinema Paradiso</em> transposé à l’Est européen. Mais là où le film de Tornatore érigeait la salle obscure en sanctuaire au risque d’une certaine mièvrerie, <em>Le Retour du projectionniste</em> s’attache moins au passé idéalisé du cinéma qu’au travail concret qu’il implique. La rencontre entre Samid et Ayaz fait ainsi dialoguer deux rapports à l’image, l’un analogique (Samid travaille sur de vieux projecteurs soviétiques), l’autre numérique et hybride (Ayaz ira jusqu’à créer un court dessin animé figurant Poutine et Zelensky). De cet entrelacement naît un rapport au cinéma qui tourne le dos à l’idée d’un héritage figé ; il s’agit d’une pratique à réinventer, à conjuguer au présent.</p>
<p>L’entreprise des deux hommes est jalonnée d’imprévus&nbsp;: le film indien qu’ils rêvent de projeter, <em>Satyamev Jayate</em>, arrive sans sous-titres et amputé de sa dernière bobine. Samid et Ayaz prêtent alors eux-mêmes leur voix aux personnages, tandis que le jeune homme imagine une fin animée pour en restituer le dénouement. Le cinéma apparaît donc comme une poétique du bricolage, impliquant son lot de pépins et de gestes triviaux : régler un projecteur, déterminer la bonne distance pour obtenir une image nette, reprendre un plan jusqu’à ce que l’action s’impose clairement, enregistrer un son, recommencer une photographie jusqu’à trouver le cadre juste, etc. Si le film semble d’abord relever de cette même démarche artisanale, Aghazadeh cède parfois au piège d’une esthétisation excessive. Certains interludes lyriques viennent ainsi fragmenter la dynamique du récit et affaiblir la portée des séquences les plus rigoureusement construites, celles où s’exprime avec le plus de netteté cette éthique du labeur patient (la fabrication artisanale des écrans, projecteurs ou vidéos, les dialogues avec les habitants autour des films qu’ils souhaitent voir…). La part la plus émouvante du film est toutefois ailleurs. Lorsque Samid évoque son fils décédé, une scène le montre dégageant la neige qui recouvre sa tombe, immense bloc de marbre où s’imprime la photographie du jeune homme. La photographie funéraire répond ici au projecteur ; dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de sauver une présence de l’oubli. Dans ce jeu de miroir entre deuil intime et renaissance collective, le cinéma, même dans sa forme la plus modeste et bidouilleuse, s’affirme avant tout comme une manière de continuer à parler aux absents.</p>
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		<title>Boys in the Band – Stranger Things</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/" title="Read  Boys in the Band – Stranger Things">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: </em>Stranger Things<em> et sa mise en scène d’un </em>coming out <em>pensé comme</em> «&nbsp;parfait&nbsp;»<em>. </em></p>
<p>Il n’y a pas grand-chose à aimer dans l’ultime saison de <em>Stranger Things</em>, qui perd de vue sa légèreté de <em>bubble gum</em> nostalgico-horrifique pour déployer une succession de monologues sentencieux, comme si son statut de monolithe culturel lui imposait, dans sa dernière ligne droite, de se prendre au sérieux. Dans le pénultième épisode, <em>The Bridge</em>, advient enfin le <em>coming out</em> du personnage de Will Byers (Noah Schnapp), amorcé de manière insistante depuis plusieurs saisons. Le moment fatidique est annoncé par la mise en scène. Tandis que Joyce (Winona Ryder), la mère de Will, surveille depuis l’entrée d’un bâtiment les préparatifs de la grande offensive contre le diabolique Vecna, le garçon s’avance derrière elle depuis un arrière-plan flou et l’entraîne à l’intérieur : il doit lui parler. La caméra se faufile lentement derrière un comptoir, dans un simulacre de pudeur, pour se rapprocher des personnages en pleine conversation. Mais au moment de révéler son terrible secret, Will est interrompu par l’irruption de Mike (Finn Wolfhard), son meilleur ami et « crush » de toujours. Qu’à cela ne tienne, il décide alors de convoquer tous les protagonistes (soit une douzaine de personnages) pour sa grande révélation et se lance dans l’inventaire laborieux de toutes les petites choses qui font qu’il est «&nbsp;<em>comme eux</em>&nbsp;», avant d’avouer «&nbsp;<em>qu’il n’aime pas les filles</em>&nbsp;» –&nbsp;enfin, attention, il n’a rien contre les filles, mais il ne les aime pas «&nbsp;<em>comme vous&nbsp;</em>» (amis, spectateurs). Les gros plans sur le visage du comédien en larmes sont montés en alternance avec des plans de réaction des quinze autres qui tantôt pleurnichent à l’unisson, tantôt hochent la tête avec approbation. Après que Will ait avoué, sa mère s’écrie « <em>Tu ne me perdras jamais</em>&nbsp;», suscitant des «&nbsp;<em>Me too</em>&nbsp;» (« <em>Me three&nbsp;! Me four&nbsp;! </em>») enthousiastes de tous ses amis, qui se précipitent pour l’entourer d’un <em>hug</em> collectif filmé sous tous les angles de caméra possibles. Comme la pauvre Max est en fauteuil roulant, il est obligé de s’arracher au câlin géant pour aller la serrer dans ses bras à son tour –&nbsp;qu’on se le dise, ce <em>coming out</em> ne sera pas validiste&nbsp;! Après ce long tunnel larmoyant, ça suffit les conneries&nbsp;: on repart à l’assaut des démogorgons.</p>
<p>Comme l’enfer, cette séquence est pavée des meilleures intentions&nbsp;; les attachés de presse de Netflix ont insisté sur le fait que la scène avait été la plus longue à tourner de toute la série et Noah Schnapp, qui a lui-même fait son <em>coming out</em> publiquement il y a quelques années, a apparemment passé des mois à préparer son monologue pour que ce dernier soit «&nbsp;<em>parfait</em>&nbsp;». Or le problème, c’est précisément qu’il est «&nbsp;parfait&nbsp;». Si on l’envisage du point de vue du sacro-saint réalisme, la réaction unilatéralement bienveillante de son entourage paraît très artificielle –&nbsp;en particulier dans la <em>middle America</em> de 1987, c’est-à-dire en pleine crise du Sida ! – mais bon, peut-on reprocher à une série sur des monstres venus d’univers parallèles de manquer de réalisme ? Ce qui agace davantage, c’est que le discours surécrit de Will, aux accents fortement didactiques (avec sa partition classique de « Les homos sont des hétéros comme les autres »), soit un tissu de platitudes qui s’assure d’étouffer toute allusion précise et concrète au désir gay. Le dialogue prend ainsi soin de désamorcer l’ambiguïté des sentiments de Will pour son ami Mike – pourtant installée au fil des saisons précédentes par des plans insistants – comme l’expression déplacée de sa honte de lui-même. Passe que cet ado ait sur ses émotions le même recul qu’un quadra après dix ans de psychanalyse : on voit bien que l’effet de cette parenthèse est de dissiper mécaniquement le trouble évident que pourrait susciter cet aveu. Paradoxe gênant : au moment où Will sort enfin du placard, après des années d’œillades enamourées, il neutralise immédiatement le seul désir qu’il ait jamais manifesté.</p>
<p>Outre l’aspect grossièrement tire-larmes de la mise en scène, ce dispositif de révélation collective pose doublement question. D’une part, par son côté « Emballez, c’est pesé ! », il reconduit ce lieu commun trompeur que le <em>coming out</em> est un moment précis de l’existence où l’on se déleste avec soulagement du poids du secret, qu’il constitue une sortie irréversible du placard. Mais le placard ne cesse en réalité de se recomposer, comme l’a avancé Eve Kosofsky Sedgwick<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330998_184('footnote_plugin_reference_330998_184_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330998_184('footnote_plugin_reference_330998_184_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330998_184_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330998_184_1" class="footnote_tooltip">Eve Kosofsky Sedgwick, <em>Épistémologie du placard</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam, 2008, p. 86 : « <em>À un niveau individuel, et même parmi ceux/celles qui le sont le plus ouvertement</em> [qui sont <em>out</em>], <em>il est très peu de personnes gaies qui ne soient délibérément au placard par rapport à quelqu’un d’important pour eux sur un plan personnel, économique ou institutionnel.</em> […] <em>chaque rencontre avec une nouvelle classe d’étudiant(e)s, pour ne pas parler d’un(e) nouvel(e) employeur, d’un(e) nouvel(le) assistant(e) social(e), d’un(e) nouveau/nouvelle responsable des prêts, d’un(e) nouveau/nouvelle propriétaire, d’un(e) nouveau/nouvelle docteur, érige de nouveaux placards dont les lois optiques et physiques spécifiques exigent des personnes gaies de nouvelles estimations, de nouveaux calculs, de nouvelles stratégies et la nécessité de nouveaux secrets ou de nouvelles révélations. Même celles et ceux qui sont </em>out<em> se trouvent confrontés quotidiennement à des interlocuteurs et interlocutrices à propos desquels ils ne savent pas s’ils savent ou non. De la même manière, il est tout aussi difficile de deviner pour un interlocuteur donné si, dans le cas où il saurait, ce savoir lui semblerait important ou non.</em> »</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330998_184_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330998_184_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. D’autre part, ce dispositif trahit que ce <em>coming out</em> n’est pas tant un événement intradiégétique (un personnage qui se confie à ses proches) qu’un discours adressé par la série à son public&nbsp;: une sorte de capsule de <em>coming out</em> aseptisée, à la manière d’une publicité pour la prévention routière, susceptible d’être isolée et partagée sur les réseaux sociaux. Cette séquence dit peut-être tout ce qu’il «&nbsp;faut&nbsp;» dire, mais elle évacue ce qui est vraiment complexe, ambivalent et douloureux, bref tout ce qu’il y a d’intéressant à montrer dans cet acte. Le <em>coming out</em> constitue en effet une étape souvent nécessaire à l’affirmation de soi en même temps qu’une pratique obscène, en ce qu’elle transforme en aveu honteux des choses (le désir, le sentiment amoureux) dont personne ne devrait avoir à se justifier auprès d’autrui. Et cette révélation a non seulement un impact sur la manière dont nous nous définissons, mais sur les rapports que nous entretenons avec les autres, et tout particulièrement avec les hommes hétéros.</p>
<p>On ne peut évidemment que se réjouir qu’un personnage de l’une des séries <em>mainstream</em> les plus populaires de la décennie écoulée fasse explicitement son <em>coming out</em> à l’écran&nbsp;– il suffit de revoir l’inénarrable <a href="https://www.youtube.com/watch?v=D1HzdZ7l5fQ" target="_blank" rel="noopener"><em>Rock Hudson’s Home Movies</em></a> de Mark Rappaport, relecture <em>queer</em> des films du <em>sex-symbol</em> emblématique des années 1950, mort du Sida en 1985, pour se rappeler que l’herbe n’a pas toujours été verte pour les gays à Hollywood. Mais je me demande en quoi une séquence aussi interminable et indigente fait du bien à qui que ce soit, hétéros comme homos&nbsp;: elle évacue toute complexité du sujet traité. Elle n’est même pas assez extravagante dans le ridicule pour constituer un objet <em>camp</em> digne de ce nom. Malédiction des «&nbsp;bonnes&nbsp;» représentations&nbsp;: quand on excise tout ce qui pourrait être perçu comme douteux ou problématique, on finit par désamorcer tout ce qui fait l’intérêt de ce que l’on met en scène.</p>
<p>La problématique du <em>coming out</em> est revenue de manière insistante cette année dans plusieurs séries très populaires&nbsp;– outre <em>Stranger Things</em>, les réseaux sociaux ont fait leur miel de <em>Boots</em>, adaptation des mémoires d’un <em>marine</em> homo (annulée après une saison malgré des critiques élogieuses, suite à un <em>backlash</em> conservateur) et plus récemment de <em>Heated Rivalry</em>, adaptation canadienne d’une romance consacrée à deux joueurs de hockey rivaux sur la glace, mais pas au lit. Sous son glacis formel tout aussi rutilant et anonyme que celui de <em>Stranger Things</em>, <em>Heated Rivalry</em> me semble toutefois plus intéressante, car elle procède de manière quasiment opposée. Au long discours mélodramatique occultant une homosexualité vécue se substitue la monstration inhabituellement explicite, dans l’audiovisuel <em>mainstream</em>, de la sexualité gay&nbsp;: les protagonistes ont beau dissimuler leur relation à leur entourage, (presque) rien de leurs ébats n’est occulté aux spectateurs et spectatrices, à qui les corps érotisés des comédiens Connor Storrie et Hudson Williams sont livrés en pâture. Il est plutôt passionnant de voir les stratégies visuelles habituellement utilisées par Hollywood à destination du public hétéro masculin mobilisées à destination du public gay et féminin. On en sort néanmoins avec l’étrange sentiment d’être décidément devenu un client comme les autres&nbsp;; mais là encore, il faut sans doute s’en réjouir.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330998_184();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330998_184();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330998_184">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330998_184" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330998_184('footnote_plugin_tooltip_330998_184_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330998_184_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Eve Kosofsky Sedgwick, <em>Épistémologie du placard</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam, 2008, p. 86 : « <em>À un niveau individuel, et même parmi ceux/celles qui le sont le plus ouvertement</em> [qui sont <em>out</em>], <em>il est très peu de personnes gaies qui ne soient délibérément au placard par rapport à quelqu’un d’important pour eux sur un plan personnel, économique ou institutionnel.</em> […] <em>chaque rencontre avec une nouvelle classe d’étudiant(e)s, pour ne pas parler d’un(e) nouvel(e) employeur, d’un(e) nouvel(le) assistant(e) social(e), d’un(e) nouveau/nouvelle responsable des prêts, d’un(e) nouveau/nouvelle propriétaire, d’un(e) nouveau/nouvelle docteur, érige de nouveaux placards dont les lois optiques et physiques spécifiques exigent des personnes gaies de nouvelles estimations, de nouveaux calculs, de nouvelles stratégies et la nécessité de nouveaux secrets ou de nouvelles révélations. Même celles et ceux qui sont </em>out<em> se trouvent confrontés quotidiennement à des interlocuteurs et interlocutrices à propos desquels ils ne savent pas s’ils savent ou non. De la même manière, il est tout aussi difficile de deviner pour un interlocuteur donné si, dans le cas où il saurait, ce savoir lui semblerait important ou non.</em> »</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330998_184() { jQuery('#footnote_references_container_330998_184').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330998_184').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330998_184() { jQuery('#footnote_references_container_330998_184').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330998_184').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330998_184() { if (jQuery('#footnote_references_container_330998_184').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330998_184(); } else { footnote_collapse_reference_container_330998_184(); } } function footnote_moveToReference_330998_184(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330998_184(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330998_184(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330998_184(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/">Boys in the Band – Stranger Things</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Imperial Princess</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imperial-princess/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les habitués du cinéma de Virgil Vernier ne seront pas étonnés d’apprendre que son dernier film, à l’instar de Cent mille milliards, se situe à Monaco&#160;: depuis une dizaine d’années, le réalisateur explore précisément les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imperial-princess/" title="Read  Imperial Princess">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les habitués du cinéma de Virgil Vernier ne seront pas étonnés d’apprendre que son dernier film, à l’instar de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/100-000-000-000-000-cent-mille-milliards/" target="_blank" rel="noopener"><em>Cent mille milliards</em></a>, se situe à Monaco&nbsp;: depuis une dizaine d’années, le réalisateur explore précisément les enclaves fiscales fréquentées par les ultra-riches. Se déroulant au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, <em>Imperial Princess</em> brosse le portrait d’Iulia, fille d’oligarque restée vivre seule dans la principauté. Sa situation est à la fois celle d’une privilégiée et d’une expatriée, évoluant dans une ville apparaissant comme une véritable prison dorée. Tourné intégralement à l’iPhone, <em>Imperial Princess</em> est composé d’images dites « pauvres », car enregistrées en basse résolution. Ce parti pris, déjà employé pour filmer la jeunesse genevoise dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sapphire-crystal/" target="_blank" rel="noopener">Sapphire Crystal</a></em>, opère ainsi une mise à distance de l’opulence monégasque. Mais ici s’ajoute une dimension davantage immersive&nbsp;: en se filmant téléphone à la main, façon selfie, Iulia semble être autant l’actrice que la réalisatrice du film. Les images tremblotantes et floues donnent en effet l’illusion d’une captation amatrice, prise sur le vif. Cette posture se renforce par le biais d’une voix off, grâce à laquelle la jeune femme confie ses pensées paranoïaques et sa crainte d’être mise à l’écart par ses camarades lorsqu’ils découvriront son pays d’origine. Mêlant récit de soi et esthétique du vlog, <em>Imperial Princess</em> s’apparente plutôt à un journal <em>extime</em>&nbsp;: la chronique s’entrelace avec de longs plans fixes des espaces urbains désertés, semblables à des <em>liminal spaces</em>, étranges et fascinants. Chargés d’une dimension mystique, ces plans composés contrastent avec la supposée spontanéité des images d’Iulia et brouillent, comme souvent chez le cinéaste, les frontières entre la réalité vécue de la ville et sa part imaginaire. À travers ce regard hybride, Vernier dresse le portrait envoûtant d’une ville sanctuarisée par le luxe, un monde à la lisière de l’éveil, où se côtoient rêve et cauchemar.</p>
<p>L’étrangeté de la ville transparaît également au prisme d’une captation saisissante de la préparation du Grand Prix de Formule 1&nbsp;:&nbsp; des bolides y sont filmés en train de frotter l’asphalte de la principauté à coups de <em>drifts</em>, tandis que de longs plans se focalisent sur les roues condamnées à tourner sur elles-mêmes dans un même mouvement hypnotique. L’une des caractéristiques du cinéma de Vernier tient à ce rapport à la durée : en laissant les scènes s’étirer pour déborder le périmètre d’une action donnée, il vide cette dernière de sa substance. Cette approche est aussi illustrée par les longues séquences sur les panneaux publicitaires et les enseignes de luxe : Vernier désamorce leur valeur publicitaire pour n’en tirer <em>in fine</em> que des halos lumineux abstraits. Ce procédé exemplifie comment le film révèle le caractère ostentatoire de Monaco et montre la ville dans toute sa superficialité. C’est à travers cette logique de l’épuisement qu’on peut mieux appréhender le cinéma de Vernier. Employant d’un film à l’autre les mêmes motifs, décors et expérimentations plastiques, il adopte, au risque de paraître rébarbatif, la répétition comme un principe structurant. Mais c’est précisément par cette insistance, par ce retour obstiné aux mêmes sujets et formes, que son cinéma trouve sa singularité.</p>
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		<title>Cover-Up : Un journaliste face au pouvoir</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cover-up-un-journaliste-face-au-pouvoir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la lignée de Citizenfour et de Toute la beauté et le sang versé, Cover-Up est un documentaire qui assume son adhésion politique à la figure dont il brosse le portrait – en l’occurrence, le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cover-up-un-journaliste-face-au-pouvoir/" title="Read  Cover-Up : Un journaliste face au pouvoir">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la lignée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/citizenfour/" target="_blank" rel="noopener"><em>Citizenfour</em></a> et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/toute-la-beaute-et-le-sang-verse/" target="_blank" rel="noopener"><em>Toute la beauté et le sang versé</em></a>, <em>Cover-Up</em> est un documentaire qui assume son adhésion politique à la figure dont il brosse le portrait – en l’occurrence, le journaliste américain Seymour Hersh. Une telle entreprise n’est jamais sans risque ; elle peut facilement glisser vers une héroïsation qui érigerait la personnalité filmée en modèle moral. Le danger est ici d’autant plus aigu que le film s’inscrit au cœur d’une mythologie américaine solidement établie : celle du journaliste d’investigation, contre-pouvoir solitaire face aux appareils d’État et aux grands groupes privés. À cela, il faut ajouter que <em>Cover-Up</em> repose sur la collaboration tardive de Hersh (un carton précise d’entrée de jeu que la cinéaste l’a contacté dès 2005, avant qu’il finisse par accepter, des années plus tard, de revenir sur sa carrière) et tresse son récit rétrospectif avec les archives qu’il a consenti à partager. Laura Poitras et Mark Obenhaus, son coréalisateur, parviennent pourtant à déjouer cet écueil (du moins en partie, on y reviendra) grâce à une rigueur méthodologique et une pensée fine de la forme documentaire, en dépit de son apparence standardisée (cf. l’alternance d’entretiens face caméra et d’archives, plus proche d’un certain canon du reportage télévisuel que d’une forme essayiste).</p>
<p>Adoptant une progression essentiellement chronologique, le documentaire revient sur les grandes affaires révélées par Seymour Hersh, du massacre de Mỹ Lai pendant la guerre du Vietnam au scandale du Watergate, en passant par les enquêtes sur la CIA et les révélations des tortures d’Abou Ghraib lors de la guerre d’Irak. Le montage repose donc sur un travail d’articulation entre les propos de Hersh et un vaste corpus de documents que l’on peut répartir en deux ensembles distincts : d’une part, les pièces issues de ses propres dossiers d’enquête (photographies, films, coupures de presse, correspondances, notes, etc.) ; de l’autre, des archives exogènes, principalement télévisuelles, qui inscrivent ces révélations dans leur contexte médiatique et politique. La force du documentaire réside dans l’élasticité de cet entrelacement, qui ne réduit pas le rapport voix/image à une simple illustration. En témoigne par exemple sa façon récurrente d’exposer d’abord un document à l’écran, avant que le commentaire de Hersh ne vienne l’identifier <em>après-coup</em>. L’effet est simple, mais opérant : pendant quelques secondes, le spectateur ne sait pas précisément ce qu’il regarde, manière de solliciter son attention selon une modalité bien différente du confort produit par le redoublement son/image des productions télévisuelles dominantes. Plus largement, cette logique de montage figure le travail journalistique comme un <em>processus au présent</em>, mimant la manière dont un rapport militaire ou une photographie se présente d’abord à l’enquêteur dans son opacité matérielle. À d’autres occasions, la voix devient un agent du montage, en précédant ou en guidant les coupes à l’écran. Lorsque Hersh découvre un article déterminant dans le <em>Washington Post</em> pendant son enquête sur le massacre de Mỹ Lai, Poitras filme d’abord la page entière, puis recadre sur les expressions ou les mots essentiels évoqués par Hersh en voix off. Dans les deux cas, l’agencement restitue quelque chose du point de vue du journaliste, parfois jusqu’à épouser sa perception concrète : c’est par exemple le cas lorsque Poitras montre un document à l’envers, que Hersh a réellement dû déchiffrer ainsi, posé face à lui sur la table d’un avocat.</p>
<h2>Matière de la vérité<b></b></h2>
<p>Cette mise en récit documentaire a d’abord l’avantage de rendre son déroulement particulièrement captivant, en donnant l’impression de suivre l’enquête en direct plutôt que d’assister à un simple exposé historique des accomplissements du journaliste. Mais elle traduit surtout une réflexion plus profonde sur la question de la vérité, qui rappelle ce qu’énonçait Harun Farocki dans <em>Images du monde, inscription de la guerre</em> : une image ou un document n’est jamais une preuve en soi ; elle n’accède à ce statut que lorsqu’elle est mise en relation avec d’autres éléments et intégrée à un dispositif de réception qui la rend compréhensible. L’attention portée à la matérialité des archives n’est dans cette perspective pas anodine : les cadres fixes en très gros plans rendent sensibles la qualité de l’encre des stylos-billes, la texture du papier plus ou moins jauni ou les défauts d’impression d’un rapport militaire. Un écart vertigineux semble séparer ces traces, ténues et précaires, des événements majeurs qu’elles documentent. C’est là que se déploie le journalisme comme <em>praxis</em> : il s’agit de transformer ces éléments muets en information, puis en récit en les recoupant et en les complétant. À rebours d’une vision idéaliste du journalisme d’investigation, où la vérité n’attendrait que d’être dévoilée, <em>Cover-Up </em>dépeint plutôt un travail concret : la véracité des faits énoncés résulte d’une juxtaposition, en somme d’un montage. Ainsi des photographies de guerre : si Hersh reconnaît que son article sur la guerre d’Irak n’aurait pas pu exister sans les clichés de torture qui l’accompagnent, l’inverse est tout aussi vrai. Sans l’appui analytique du journaliste, ces images rendues intelligibles auraient pu être perçues comme des incidents isolés (une version que l’armée américaine tentera tout de même d’imposer suite à la publication du premier article).<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Par ailleurs, le film montre comment la publication d’informations repousse la ligne de partage entre le dicible et l’indicible : suite à la parution initiale des enquêtes au long cours sur le Vietnam et l’Irak, de nouvelles sources contactent Hersh pour apporter un témoignage ou des documents inédits. Le montage restitue alors cette dynamique en boule de neige avec un entrelacs d’images et de voix, jusqu’à prendre une ampleur vertigineuse.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p><em>Cover-Up</em><span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span>se révèle en revanche moins percutant dès qu’il aborde des affaires plus récentes, notamment l’article controversé de Hersh, publié sur Substack, dans lequel il affirme que l’administration Biden aurait ordonné et supervisé, en septembre 2022, une opération secrète visant à saboter des gazoducs en mer Baltique. Pour Hersh, la difficulté est double : non seulement il souhaite protéger ses sources anonymes, mais il doit aussi répondre aux attaques concernant la crédibilité de son article, qui a été contesté. On retrouve ici le biais initial du film — celui de dépendre entièrement du journaliste —, mais Poitras et Obenhaus ont le mérite de mettre ces limites en exergue, en intégrant au montage les silences, les réticences et même la colère de Hersh lorsqu’il décide d’interrompre le tournage. Cette prise en compte ne suffit pas cependant à compenser la faiblesse d’un segment qui compile rapidement les controverses de sa carrière sans les interroger en profondeur. La mise en scène y perd en rigueur, troquant l’investigation visuelle des archives contre une logique plus illustrative, où les entretiens face caméra du journaliste dominent. Ces passages plus fragiles trahissent par ailleurs l’enjeu sous-jacent qui structure le film : <em>Cover-Up</em> est un documentaire combatif, qui voit avant tout en Hersh un certain modèle d’insubordination, guidé tout au long de sa vie par un engagement à dénoncer et critiquer l’intolérable. Cette indocilité, nourrie par un sens fort de la responsabilité, se traduit en creux dans l’évolution de ses supports, du journal aux livres, puis à Substack, plateforme en ligne sans supervision éditoriale, dans une quête incessante d’indépendance. Sa trajectoire résonne ainsi implicitement avec l’époque actuelle, marquée par la crise de l’information à l’ère de la post-vérité et par le retour d’un impérialisme américain agressif sous la présidence Trump. La fin du documentaire opère d’ailleurs un effet de boucle : de nouvelles archives révèlent que le militaire responsable du massacre de Mỹ Lai a été libéré quelques mois après son incarcération. Ce retour au passé (et au début du film) met en lumière les limites du système judiciaire et le résultat contrasté d’un combat pourtant acharné, mais il invite surtout à reconnaître que rien n’est jamais acquis, appelant à exercer une vigilance critique constamment renouvelée. C’est, au fond, le constat qui découlait déjà de la mise en scène des enquêtes de Hersh : elles ne constituent pas des légendes du passé à glorifier, mais incarnent une exigence de pensée et une pugnacité à retrouver dans ce moment qui est le nôtre.</p>
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		<title>Le Mage du Kremlin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mage-du-kremlin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:29:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au terme de la longue confession qui sert de fil rouge au Mage du Kremlin, Vadim Baranov (Paul Dano), conseiller en communication de Vladimir Poutine, avoue à son interlocuteur (Jeffrey Wright) à propos de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mage-du-kremlin/" title="Read  Le Mage du Kremlin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au terme de la longue confession qui sert de fil rouge au <em>Mage du Kremlin</em>, Vadim Baranov (Paul Dano), conseiller en communication de Vladimir Poutine, avoue à son interlocuteur (Jeffrey Wright) à propos de la guerre en Ukraine&nbsp;: «&nbsp;<em>Je ne l’ai pas voulue, mais je ne m’y suis pas opposé.</em>&nbsp;» On tient là l’une des clés de ce personnage veule et servile, figure centrale du <em>best-seller</em> de Guiliano da Empoli dont le film est l’adaptation : l’homme de l’ombre, en dépit de toute son intelligence de communicant, n’a fait que glisser sur les drames de l’Histoire contemporaine et, loin de les empêcher ou de les neutraliser, n’en a retenu que des échos assourdis depuis les bureaux confortables ou les chambres d’hôtels de luxe qu’il a fréquentés pendant près de vingt-cinq ans. En cela, le choix de Paul Dano dans le rôle de Baranov vise juste : l’acteur américain, plus falot que jamais, y livre une sorte de <em>best of</em> de tous ses rôles, opposant sa voix mielleuse, son visage rond et son corps asexué à la violence de la Russie poutinienne, où les ennemis de la dictature tombent en silence, sans laisser de traces.</p>
<p>Le problème du film vient du fait qu’Assayas et son coscénariste, Emmanuel Carrère, qui livre dans le prologue un caméo gênant où il exprime sa nostalgie de la «&nbsp;<em>dignit</em><em>é sovi</em><em>étique</em> », organisent moins finalement une opposition entre ces deux tonalités qu’une substitution, voire un tour de magie. La brutalité du régime, qui pourrait être figurée à de nombreuses reprises, notamment lors de l’épisode dramatique du sous-marin Koursk en 2000, est toujours ramenée à des questions de communication se réglant dans les coulisses du pouvoir, à travers de longues séquences dialoguées et centrées sur le jeu verbal du tyran et de son conseiller. Si certaines prêtent à sourire (notamment celle où Baranov conseille à Poutine de choisir un titre de Daft Punk pour inaugurer la cérémonie des J.O d’hiver de Moscou en 2014), la mise en scène des tribulations du<em> spin doctor</em> promu «&nbsp;mage&nbsp;» (et décrit comme une sorte de nouveau Raspoutine) produit à d’autres endroits une étrange opération d’escamotage. La violence de la répression et la corruption du pouvoir sont traitées dans un registre scorsesien sur le mode du folklore, comme le montre une séquence où Baranov convoque dans son bureau le pire de la mafia russe pour mater la révolution ukrainienne&nbsp;: on assiste alors à une suite de petits conciliabules menés à un rythme très rapide et au terme duquel chaque interlocuteur de Baranov repart avec sa valise de billets, comme si on était dans le monde des<em> Affranchis</em> ou de <em>Casino.</em> Un détail détonne toutefois par rapport à cette inspiration revendiquée : le film, contrairement à ceux de Scorsese, ne fait jamais jaillir la violence cachée sous les tractations ; son regard sur la violence contemporaine reste à peu près nul.</p>
<p>Qu’est-ce qui est regardé, alors, dans <em>Le&nbsp;Mage du Kremlin</em> ? Très certainement une forme de confort bourgeois – grand sujet des derniers films d’Assayas appréhendé avec un ton plus ou moins satirique dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/doubles-vies/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Doubles vies</em></a> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hors-du-temps-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hors du temps</em></a>, autoportrait quasi documentaire de riches confinés en province, qui trouvait dans la peinture de David Hockney une caution <em>arty</em>. Ici, le confort fait tache&nbsp;: Baranov a beau traverser les quatre coins de la Russie et de l’Europe en guerre, il continue imperturbablement de boire son thé dans des tasses en porcelaine tandis que le dictateur fait ses longueurs dans sa piscine, sous le regard de ses courtisans. De ce point de vue, le choix de Jude Law – qui incarne Poutine avec toute sa finesse maniérée d’acteur anglais – n’est pas très heureux&nbsp;: loin de de camper un dictateur, il représente plutôt le <em>lifestyle</em> russe post-Guerre froide, celui, par exemple, de Pavel Dourov. Et le film de décliner ce mode de vie à travers ses décors, comme si l’essentiel de ce qui se joue politiquement aujourd’hui en Europe était filmé depuis le salon d’un hôtel Hyatt – ou d’un yacht arrimé sur les côtes d’Antibes. À force de regarder l’Histoire par le petit bout de la lorgnette, on finit par ne plus voir grand-chose.</p>
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		<title>La Femme de ménage</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-de-menage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:29:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le microcosme puritain de La Femme de ménage, tout ce qui a trait à la chair est un privilège : un verre de jus d’orange dégusté lors du petit déjeuner, une masse de cheveux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-de-menage/" title="Read  La Femme de ménage">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le microcosme puritain de <em>La Femme de ménage</em>, tout ce qui a trait à la chair est un <em>privilège</em> : un verre de jus d’orange dégusté lors du petit déjeuner, une masse de cheveux bouclés, un sourire plus blanc que blanc convoité par toutes les femmes du quartier. Quand Andrew Winchester (Brandon Sklenar) proclame à sa toute nouvelle femme (Amanda Seyfried), une mère célibataire fauchée qu’il vient de métamorphoser en <em>housewife</em> blonde platine, que «&nbsp;<em>les cheveux, c’est un privilège</em>&nbsp;», la comédie de Paul Feig prend un tour étonnamment politique. En ne retouchant pas ses <em>racines </em>brunes, indices de son ancienne vie, et en rendant ostensible que le fameux <i>privilège</i> n’est, après tout, qu’un leurre, Nina se rend coupable auprès de son Pygmalion de laisser paraître ses origines sociales. C’est là que cette adaptation cinématographique d’un roman de gare trouve sa raison d’être&nbsp;: quand la métaphore devient vive et que le spectateur finit par regarder une femme s’arracher les cheveux un à un, du bulbe à la pointe. Après ce basculement – qui est presque la clé de compréhension du récit – on comprend mieux ce que le film fait aux corps hollywoodiens&nbsp;: il les ébouriffe, les édente, les lacère et les ensanglante jusqu’à la chute finale.</p>
<p>Le film, déjà un gros succès en salles, marque une conscience aiguë de la puissance de séduction du best-seller de Freida McFadden et révèle qu’il y a parfois de la densité dans un tissu épais de stéréotypes. Rappelons son point de départ&nbsp;: Millie (Sydney Sweeney), fraîchement sortie de prison, arrive pour offrir ses services à la famille de Nina et Andrew Winchester. L’intrigue propose alors trois scénarios alternatifs. Scénario numéro 1&nbsp;: Millie sera l’oie blanche sauvée d’une femme mal domestiquée par un riche avocat (<em>La Femme de ménage</em> serait dans cette perspective un remake de <em>Rebecca</em>). Scénario numéro 2&nbsp;: Millie sera le serpent dans la bergerie et aura une liaison avec le père de famille (la «&nbsp;femme de ménage&nbsp;» devient une catégorie de site porno). Scénario numéro 3&nbsp;: Millie est une ancienne détenue qui insufflera progressivement un vent de violence dans l’immense villa bourgeoise qui l’a employée (la femme de ménage se mue en personnage machiavélique de thriller, type <em>Gone girl</em>).</p>
<p>Loin de trancher entre ces trois versions, le film les déploie en même temps, procédant à une maîtrise fine des horizons d’attente de son public, ce qui lui permet de jouer avec l’imaginaire politique de l’époque tout en assumant pleinement son aspect ludique. La mise en scène opère dans ce sens une équivalence entre le stéréotype et son double, l’image de cinéma et l’image de société. Répondant à une logique d’amplification des plaisirs, elle embrasse dans un même geste les clichés et les met à distance : l’image dit oui (les corps de Sydney Sweeney et de Brandon Sklenar, blancs, musclés, bronzés, renvoient à l’imaginaire de la <em>dark romance</em>), quand le son dit non (difficile de ne pas rire ou sourire lorsqu’une chanson de Lana Del Rey illustre une scène de bonheur extraconjugal). En cela, <em>La Femme de ménage</em> n’est pas seulement, comme <em>Rebecca</em>, l’histoire d’une maison (hantée), mais dit quelque chose de la violence des <em>WASP</em> dans leur symphonie en blanc majeur, des violences conjugales et plus généralement de la domination masculine, offrant le spectacle <span style="color: black; background: white;">de la destruction des corps dominants. Alors autant y aller, ne serait-ce que pour le plaisir de les voir s’arracher des cheveux – ou des dents.</span></p>
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		<title>Rebonds — Spanglish et le miracle James L. Brooks</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-spanglish-et-le-miracle-james-l-brooks/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:31:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rebonds]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La critique s’est rarement accordée sur James L. Brooks et l’accueil désastreux réservé aux États-Unis à Ella McCay (au point que sa sortie française a été annulée) ne risque pas d’arranger la donne. Ceux et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-spanglish-et-le-miracle-james-l-brooks/" title="Read  Rebonds — Spanglish et le miracle James L. Brooks">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La critique s’est rarement accordée sur James L. Brooks et l’accueil désastreux réservé aux États-Unis à <em>Ella McCay</em> (au point que sa sortie française a été annulée) ne risque pas d’arranger la donne. Ceux et celles qui aiment ses films le tiennent pourtant pour l’un des plus grands cinéastes américains contemporains. À quoi tient sa singularité, qui resplendit dans un champ pourtant de prime abord standardisé — la comédie sentimentale hollywoodienne&nbsp; ? Et comment expliquer que les films écrits et produits par Brooks semblent être signés de sa main ? Tentative de réponse à partir de <em>Spanglish</em>, son plus beau film.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/-Kic5ydH09Y?si=JRUJGtFPaO4zPJiP" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Image et montage :</strong> Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique :</strong> Emile Petitperrin.</p>
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		<title>Eleonora Duse</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eleonora-duse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans une scène située au tiers du film, Sarah Bernhardt, à laquelle Noémie Lvovsky prête ses traits, s’invite à la table de l’illustre actrice italienne Eleonora Duse au lendemain de son retour au théâtre. Elle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eleonora-duse/" title="Read  Eleonora Duse">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span lang="FR">Dans une scène située au tiers du film, Sarah Bernhardt, à laquelle Noémie Lvovsky prête ses traits, s’invite à la table de l’illustre actrice italienne Eleonora Duse au lendemain de son retour au théâtre. Elle qui signait sa première représentation depuis la fin de la Première Guerre mondiale se voit violemment rabrouée par l’actrice française, qui dénonce ce qu’elle appelle du «&nbsp;<em>théâtre antique</em> ». Par « antique », le personnage entend « antiquité » : le verbiage poussiéreux, les badinages innocents contrastent à ses yeux cruellement avec la société d’après-guerre. Pour elle, il est rigoureusement impossible, voire immoral, d’omettre ainsi à quel point le monde a changé et de s’accrocher à un académisme qui chasserait la vie, la vraie. Ainsi crucifiée par sa rivale, Pietro Marcello capte le visage liquéfié de la Duse en gros plan. Cette opération est répétée à de multiples reprises dans le film, l’héroïne ne cessant d’être confrontée à divers porte-paroles de l’avant-garde théâtrale (comme ici) ou au contraire du passéisme (le fascisme s’installe en Italie et D’Annunzio, fidèle mentor de l’actrice, se rapproche de Mussolini), et d’osciller elle-même entre les deux courants. À travers la Duse, c’est de la société italienne que Marcello veut aussi faire le portrait, à la fois enfermée dans une révérence forcenée au passé et mue par une espèce de vitalité poétique. Malheureusement, le cinéaste tire de cet itinéraire contrasté une forme doublement écrasante.</span></p>
<p><span lang="FR">Pour signifier le poids de ce passé déclinant, Marcello étouffe la Duse de manière&nbsp;assez désagréable au milieu de décors grandiloquents. L’actrice se trouve ainsi régulièrement statufiée au milieu de larges appartements somptueux, elle-même accablée de longues draperies traînantes. </span><span lang="FR">La texture granuleuse de la pellicule rajoute une couche à ces coquetteries maniéristes, donnant presque à sentir la poussière qui asphyxie les chambres et les couloirs. Le recours aux archives documentaires, récurrent chez le cinéaste, paraît ici réduit à un statut tout aussi ornemental. Un peu naïvement, le film entend opposer à ce décor surchargé le jeu intense Bruni-Tedeschi, qui a pour mission d’incarner une force vitale en résistance à cette pesanteur muséale. Une scène de répétition, au début du film, témoigne de cette croyance aveugle de Marcello dans la force de son actrice : la Duse, constatant la mollesse théâtrale de sa troupe, redonne vie aux personnages sur scène par le pouvoir de son interprétation. Enveloppé par la lumière d’un spot, son visage se tord et sa voix vibre sous le regard de ses camarades qui, soufflés, accueillent la fin de la performance par des éclats de joie. Telle est la stratégie du film : capitaliser sur l’exaltation de l’actrice, dont le visage compose dès lors l’essentiel des plans, et l’envisager comme l’instrument d’une propagation émotionnelle. Cet éloge compassé du jeu théâtral est non seulement banal, mais il redouble le sentiment d’écrasement du spectateur, qui devient lui-même prisonnier des excès de la Duse.</span></p>
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		<item>
		<title>L’après-coup – Le sourire d’Amin</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-le-sourire-damin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : focus sur le visage d’Amin dans Mektoub, My Love :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-le-sourire-damin/" title="Read  L’après-coup – Le sourire d’Amin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents</em><em>. </em><em>Ce mois-ci : focus sur le visage d’Amin dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener">Mektoub, My Love : Canto due</a><em>, sur son regard et son sourire. </em></p>
<p>Amin observe autour de lui, sans mot dire : le personnage fait silence de ses gestes, il s’efface pour mieux écouter et, surtout, regarder. À moins que ce ne soit pour <em>se garder</em> des autres, se perdre en lui-même. Si <em>Mektoub, My Love : Canto uno </em>esquissait un portrait d’Amin, glissé au milieu d’un film choral, <em>Canto due</em> resserre ses enjeux autour de la figure du jeune cinéaste. Même lorsque ce dernier n’est pas présent à l’écran, comme dans la longue séquence de couscous improvisé dans le restaurant familial au début du film, son cas finit par occuper le centre de la conversation (Camélia profite de la situation pour négocier la lecture de son scénario auprès du producteur américain). Kechiche fait d’Amin doublement son sujet : il est à la fois celui qui observe et celui qui est observé, celui qui vise (avec son appareil photo) et celui qui est visé. Autant un témoin que l’objet d’un regard. Jean-Luc Nancy écrivait à propos du portrait que dans le regard peint, la peinture devient regard. Il en va de même chez Kechiche : le regard filmé devient regard. Et que nous dit ce regard ? Qu’il relève de l’aporie : sur Amin, il bute, glisse sans chance de le transfigurer. Si la caméra s’attarde souvent sur le visage du personnage, c’est moins pour le faire parler que pour saisir sa capacité à s’absenter. Réside là un beau paradoxe : si les deux chants de <em>Mektoub, My Love</em> sont particulièrement « parlants », la caméra du cinéaste fait l’effet d’être sourde lorsqu’il s’agit de filmer Amin. Elle peine à sertir toutes les facettes d’un personnage dont le visage silencieux trahit sa volonté de taire qui il est vraiment. D’Amin, on ne saura finalement rien ou si peu, et sa fuite à la toute fin de <em>Canto due</em> vaut comme&nbsp;une ultime métaphore&nbsp;: avec lui, quelque chose se dérobe pour toujours.</p>
<p>Parfois, au détour d’un plan, Amin esquisse un sourire. On ignore alors si ce sourire relève d’un pur réflexe ou s’il témoigne d’une réelle satisfaction. Mais quelle serait-elle&nbsp;? Lors d’une magnifique scène crépusculaire de <em>Canto due</em>, le personnage pédale sur son vélo face caméra tandis que le soleil disparait derrière l’horizon. Malgré l’élan radieux supposé de la scène (il vient de visiter Ophélie, avec laquelle il envisage de partir à Paris), son visage se montre grave – une tendance dominante durant le film. Apparaît pourtant le fameux sourire, presque volé par la caméra tant il s’avère furtif, aussitôt masqué par une moue à nouveau songeuse. Notons que cette scène de pédalage est loin d’être anodine dans le déroulement du récit : cette échappée sur deux roues marque le début de la fin, suivi dorénavant de désillusions ; passé ce cap, Amin n’aura plus tellement l’occasion d’être joyeux (tout juste une danse esseulée ponctuera la séquence suivante), ni d’être maître de son destin. Ce sourire, c’est la fissure par où le bonheur parvient encore une fois à se frayer un chemin. C’est la manifestation d’un rayonnement intérieur qui diffuse ses ondes bien au-delà de son visage. Un visage qui, soudain, malgré tout, (nous) parle.</p>
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		<item>
		<title>28 ans plus tard : Le Temple des morts</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/28-ans-plus-tard-le-temple-des-morts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suite directe de 28 ans plus tard, Le Temple des morts casse la dynamique fondamentale de la saga, inscrite dans son titre&#160;mouvant&#160;: chaque volet reposait jusqu’alors sur une ellipse pour figurer les conséquences de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/28-ans-plus-tard-le-temple-des-morts/" title="Read  28 ans plus tard : Le Temple des morts">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Suite directe de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/28-ans-plus-tard/" target="_blank" rel="noopener"><em>28 ans plus tard</em></a>, <em>Le Temple des morts</em> casse la dynamique fondamentale de la saga, inscrite dans son titre&nbsp;mouvant&nbsp;: chaque volet reposait jusqu’alors sur une ellipse pour figurer les conséquences de la propagation d’un virus aussi virulent que dévastateur. Les enjeux sont ici plus modestes et articulés autour de deux lignes narratives qui finissent par se rejoindre. D’un côté, le jeune Spike (Alfie Williams), le héros du précédent épisode, est embrigadé dans une bande de sadiques qui vouent un culte au diable, s’amusent à danser comme les Télétubbies et écorchent vives leurs proies. De l’autre, Kelson (Ralph Fiennes), un médecin légèrement givré et recouvert d’iode, expérimente sur Samson, un infecté alpha qu’il shoote à la morphine pour danser avec lui dans l’ossuaire gigantesque donnant son titre au film. Naviguant entre <em>torture porn</em> et comédie potache,&nbsp;<em>Le Temple des morts </em>organise de la sorte une rencontre entre un « docteur athée » et un « sataniste ». Façon pour Alex Garland, scénariste et véritable architecte de la franchise, de mettre en exergue son projet : si <em>28 ans plus tard</em> ramenait du cartoon et du surnaturel dans une saga de «&nbsp;zombies&nbsp;» jouant jusqu’ici plutôt la carte du réalisme, <em>Le Temple des morts</em> réinjecte une dose de «&nbsp;science&nbsp;», ou du moins fait s’entrechoquer une lecture médicale avec une vision fantasmagorique de l’Apocalypse. Le chef de bande des «&nbsp;Jimmys&nbsp;» (Jack O’Connell, dans un rôle voisin de celui qu’il tient dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sinners/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sinners</em></a>), persuadé d’être le fils du diable, dit entendre des voix l’incitant à poursuivre sa mission sanglante, tandis que Kelson entrevoit la possibilité de «&nbsp;désinfecter&nbsp;», même partiellement, le colosse Samson.</p>
<p>Les expériences chimiques de Kelson font du personnage un avatar du scénariste, qui bricole ses mixtures tout en affichant un sens certain du spectacle. Le climax du film est d’ailleurs un son et lumière en bonne et due forme, pas une scène horrifique – les infectés sont presque absents du film. Drôle d’ambition : il ne s’agit plus véritablement de mener tambour battant une relecture du film de zombies, mais de s’amuser dans son coin avec un concept scénaristique, trituré dans tous les sens. Le résultat, pas très convaincant, a toutefois deux atouts par rapport au précédent volet : la mise en scène clipesque de Danny Boyle, insupportable de maniérisme, est remplacée par celle plus passe-partout et fonctionnelle de Nia DaCosta (révélée par le très mauvais remake de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/candyman/" target="_blank" rel="noopener"><em>Candyman</em></a>), et le film peut compter sur l’abattage cabotin de Ralph Fiennes qui s’amuse seul, mais vraiment tout seul, au milieu de cette intrigue grand-guignolesque.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Father Mother Sister Brother</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/father-mother-sister-brother/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330910</guid>

					<description><![CDATA[<p>Récompensé à Venise, Father Mother Sister Brother ne ressemble pas vraiment à l’idée que l’on se fait d’un Lion d’or&#160;: sa modestie, sa douceur et ses allures d’ébauche jurent avec la manière des « gros...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/father-mother-sister-brother/" title="Read  Father Mother Sister Brother">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Récompensé à Venise, <em>Father Mother Sister Brother</em> ne ressemble pas vraiment à l’idée que l’on se fait d’un Lion d’or&nbsp;: sa modestie, sa douceur et ses allures d’ébauche jurent avec la manière des « gros films » généralement salués dans les grands festivals. Divisé en trois segments («&nbsp;Father&nbsp;», «&nbsp;Mother&nbsp;», et «&nbsp;Sister Brother&nbsp;») consacrés à des réunions familiales plus ou moins banales, le récit pose des situations sans chercher à les démêler. Prenant davantage la suite de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/paterson/" target="_blank" rel="noopener"><em>Paterson</em></a> que de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2019/the-dead-dont-die/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Dead Don’t Die</em></a>, Jarmusch renoue avec la tonalité méditative de son cinéma du quotidien, caractérisé par un refus de l’efficacité narrative. S’il y a quelques rimes entre les différentes parties (l’emploi récurrent d’une expression vieillotte, ou la présence incongrue d’une Rolex au poignet de plusieurs personnages, ce qui étonne leurs interlocuteurs), comme pour légitimer la forme impure du film à sketchs, ces derniers restent étanches les uns aux autres. Situés dans trois pays différents, ils partagent surtout une forme de mélancolie rentrée, qui semble chez Jarmusch toujours accompagner les relations familiales.</p>
<p>Le premier et le deuxième chapitre montrent des enfants d’une quarantaine d’années visitant leur parent unique : Tom Waits aux États-Unis, puis Charlotte Rampling en Irlande. Dans les deux cas, les rapports entre les personnages paraissent rouillés et la communication hésitante, chacun jouant un rôle face aux autres. Le père, dont on comprend au fur et à mesure qu’il ment à ses enfants sur la rusticité de son existence pour leur soutirer de l’argent, s’avère particulièrement farfelu. Les silences embarrassés qu’Adam Driver et Mayim Bialik lui opposent, et que Jarmusch laisse durer dans un mélange de tristesse et d’humour pince-sans-rire, résument le projet du cinéaste ; ce qui l’intéresse, c’est le caractère insoluble de la bonne entente d’une famille et les jeux de faux-semblants qui en découlent. Dans la partie irlandaise, ce sont la mère et son aînée (Cate Blanchett) qui resteront silencieuses face à la cadette (Vicky Krieps), qui utilise son téléphone pendant le thé alors qu’on le lui a interdit. Pour préparer ces situations minuscules, Jarmusch intègre dans chaque segment le trajet en voiture des personnages vers leurs rendez-vous. Il s’agit à la fois de les montrer tels qu’ils sont réellement (sans le masque qu’ils s’apprêtent à revêtir) et de les inscrire dans un territoire par le truchement de longs plans de route, filmés depuis l’avant des véhicules. Les plans à l’intérieur de l’habitacle, quant à eux, semblent avoir été tournés en studio, produisant une double impression d’irréalité (le procédé ne fait pas du tout illusion) et de vérité documentaire (les images de route capturant crûment le décor, comme si l’on surfait sur Google Street View). Ces scènes figurent parmi les plus réussies du film, notamment grâce à leur durée qui fait éprouver la distance parcourue, mais elles témoignent en même temps de la principale limite de ce drôle d’objet : sa débauche de moyens étonnante, au regard de l’ambition de Jarmusch.</p>
<p>De fait, tout le film se trouve pris dans un paradoxe entre la simplicité de ce qu’il dépeint et sa facture d’assez grosse production internationale. La coquetterie de Jarmusch, ou son dandysme – que <em>Paterson</em> contrebalançait par l’appartenance de son protagoniste à la <em>working class</em> – éclate comme rarement dans <em>Father Mother Sister Brother</em>. Il y a quelque chose d’absurde à voir ce «&nbsp;rien&nbsp;» habillé par Saint Laurent (costumes et bijoux), impression qui culmine dans le dernier chapitre situé à Paris. On y suit les retrouvailles d’un frère (Luka Sabbat) et d’une sœur (Indya Moore) arpentant les rues au volant d’une voiture de collection, après un passage chez un dealer à Pigalle (notre confrère Philippe Azoury, ça ne s’invente pas), avant de finir dans l’appartement vide où ils ont grandi, pour un dernier au revoir. Sans oublier une pause dans un café de quartier, où ils laissent un billet de dix euros sur la table pour leurs deux expressos. Le «&nbsp;cool&nbsp;» de ces hipsters hantant un 120 mètres carrés et débitant des banalités sur l’existence fait alors basculer l’ensemble du petit film au film creux. Étrangement, leurs privilèges matériels s’accompagnent d’une concorde inédite à l’échelle du récit&nbsp;: un frère et une sœur qui s’entendent bien au point de ne pas arrêter de se faire des compliments sincères, c’est forcément moins intéressant que des gens qui n’arrivent pas à communiquer. Il ne faut pas nécessairement être pauvre pour faire un film modeste, mais l’embourgeoisement de Jarmusch prend ici une nouvelle dimension, qui rend sa poésie de la banalité à peu près inaudible. Dommage qu’il ne s’en soit pas tenu aux émotions claudicantes des deux premiers chapitres&nbsp;; on lui pardonnait alors plus facilement ses petites excentricités – tels ces ralentis quasi oniriques sur des skateurs, autre curieux motif qui circule entre les segments.</p>
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		<title>Pluribus, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pluribus-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On a dit de Pluribus qu’il constituait le grand retour de Vince Gilligan à la science-fiction, lui qui fut scénariste et producteur délégué de X‑Files. En vérité, le showrunner n’a pas quitté l’Albuquerque sableuse de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pluribus-saison-1/" title="Read  Pluribus, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On a dit de <em>Pluribus</em> qu’il constituait le grand retour de Vince Gilligan à la science-fiction, lui qui fut scénariste et producteur délégué de <em>X‑Files</em>. En vérité, le <em>showrunner</em> n’a pas quitté l’Albuquerque sableuse de <em>Breaking Bad</em> et de <a href="https://www.critikat.com/tags/better-call-saul/" target="_blank" rel="noopener"><em>Better Call Saul</em></a>. La série découle même d’un geste déjà au cœur de la dernière série sus-citée, envisagée comme un champ d’expérimentations scéniques articulées autour de longues situations dépliées dans le temps. De la même manière que <em>Better Call Saul</em> était né du désir de prolonger le plaisir de collaborer avec un acteur initialement présent dans <em>Breaking Bad</em>, Bob Odenkirk, <em>Pluribus</em> aménage de la sorte un cadre pour celle avec qui il partageait l’écran, Rhea Seehorn. Odernkirk et Seehorn ont d’ailleurs un profil voisin&nbsp;: visages anonymes écumant les tournages télévisuels, ils ont trouvé tardivement une reconnaissance à l’aune d’un second rôle leur ayant permis de déployer une singularité insoupçonnée jusque-là. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/better-call-saul-saison-5/" target="_blank" rel="noopener">Dans un article consacré à la cinquième saison de <em>Better Call Saul</em></a>, je posais l’hypothèse que l’une des spécificités du médium sériel par rapport au cinéma consiste justement en sa capacité à proposer un espace privilégié aux acteurs pour s’approprier un personnage et avoir «&nbsp;<em>le temps de jouer</em>&nbsp;». L’idée est de nouveau centrale si l’on veut comprendre de quoi il est question dans <em>Pluribus</em>, dont le concept scénaristique s’apparente avant tout à une tentative d’évider l’espace autour de l’actrice.</p>
<p>Rappelons brièvement le point de départ : un virus extraterrestre, conçu à partir d’un séquençage ARN capté par une antenne satellite, se répand sur la planète. Ses conséquences ? Les personnes infectées sont liées par une conscience collective et cessent à proprement parler d’être des individus ; elles sont désormais les membres indifférenciées d’une ruche baignant dans un bonheur inébranlable. Carol Sturka (Rhea Seehorn, donc), écrivaine ayant rencontré le succès avec une saga de fantasy qu’elle méprise toutefois allégrement, fait partie des treize humains qui, pour des raisons que l’on ignore, sont immunisés au virus. Son fond de misanthropie se voit alors redoublé par l’avènement de cette mutation qui entraîne de surcroît la mort de sa compagne, prise de convulsions au moment de la « fusion », événement fondateur de la série – chaque nouvelle action ou ellipse sera ensuite datée en fonction de cet instant T.</p>
<p>On le voit, l’argument au fondement de la série n’est pas sans ambition. Et pourtant, il est trompeur&nbsp;: son ampleur est contrariée par l’approche de Gilligan, qui tire de ce principe moteur une fiction patiente et assez froide, en dépit de sa veine burlesque de plus en plus affirmée. Le <em>showrunner</em> prend même un malin plaisir à désamorcer à peu près toutes les pistes allégoriques et théories narratives brassées par sa fiction. L’unanimisme bon teint dans lequel est plongée l’humanité ressemble de loin à une critique d’un supposé «&nbsp;<em>wokisme</em>&nbsp;»&nbsp;? Carol, lesbienne, associera la volonté de la ruche de l’assimiler aux thérapies de conversion qu’on tenta de lui imposer à l’adolescence. On pense à une satire du complotisme en plein confinement&nbsp;? Carol est figurée alternativement comme la folle du village et la seule personne animée par une approche rationnelle et scientifique. La série serait une métaphore d’un deuil&nbsp;? Ponctuellement, l’image idéalisée de l’être perdu s’effrite, Carol ayant accès, grâce à la conscience partagée des «&nbsp;Autres&nbsp;», aux bribes de pensées et d’actions cachées de son ex-compagne. Même le titre est un trompe‑l’œil&nbsp;: si <em>Pluribus</em> est un terme latin signifiant «&nbsp;plusieurs&nbsp;», on le retrouve surtout dans l’une des devises au fondement du fédéralisme des États-Unis, <em>E pluribus unum</em> («&nbsp;De plusieurs, un seul&nbsp;»). Dans le paysage trumpien d’une Amérique que l’on répète «&nbsp;<em>divided</em>&nbsp;», on pourrait croire que la série raconterait quelque chose d’un état du pays, d’autant que <em>Better Call Saul</em> et <em>Breaking Bad</em> ont souvent lorgné vers l’iconographie du western. Là encore, il n’en est rien&nbsp;: dès le deuxième épisode, le récit délaisse les USA pour élargir le champ de la fiction à un territoire mondial et morcelé, opérant même un décentrement partiel vers l’Amérique du Sud, où vit un autre «&nbsp;résistant&nbsp;» au nouvel ordre, qui va bientôt se mettre en route pour rejoindre Carol. Gilligan a la bonne idée de faire de son <em>high concept</em> une espèce de Rubik’s Cube qu’on manipule en vain dans tous les sens afin de trouver la bonne combinaison&nbsp;: <em>Pluribus</em> n’accouche jamais d’une métaphore claire, quand bien même on y décèle de nombreux signes de l’époque&nbsp;– ces humains reconfigurés, partageant l’ensemble des connaissances de l’humanité, dialoguent ainsi avec Carol à la manière d’une AI.</p>
<h2>Better Call Carol</h2>
<p>Mais si <em>Pluribus</em> n’est pas véritablement une fiction allégorique, quel est donc son centre&nbsp;? De quoi Carol Sturka est-elle le nom&nbsp;? Peut-être avant tout d’un certain rapport à la chose sérielle. Gilligan ne fait pas du concept l’alpha et l’oméga de la série, mais l’envisage plutôt comme une matrice d’écriture reposant sur la logique suivante&nbsp;: le monde est réinventé à l’aune de nouvelles règles qui ne nous sont pas délivrées d’emblée et dont une joueuse récalcitrante doit s’accommoder. Par exemple, au début de l’épisode 2, on assiste à une série de gestes et d’opérations mystérieux&nbsp;; un personnage laisse place à un autre, un avion succède à une mobylette, on passe du Moyen-Orient aux États-Unis… jusqu’à ce que l’action se resserre autour de Carol et que l’on comprenne la finalité de la chaîne qui nous a été montrée. Les habitués des séries de Gilligan reconnaîtront là une dynamique récurrente de <em>Better Call Saul</em>, qui faisait des étendues quasi désertiques du Nouveau-Mexique un vaste bac à sable pour mener à bien ces constructions scéniques élaborées, oscillant entre la tragédie (les prologues annonciateurs d’une catastrophe à venir) et un burlesque (les magouilles de Jimmy) dont les élans comiques étaient souvent contrebalancés –&nbsp;voire bizarrement étouffés&nbsp;– par la lenteur rigoureuse dont témoignait la mise en place des situations. Dans ses moments les plus inspirés, <em>Pluribus</em> retrouve la vigueur de «&nbsp;BCS&nbsp;» en tirant de ces partis pris une dynamique comique. On peut d’ailleurs déceler la marque de cette ascendance dans le meilleur gag de la série&nbsp;: au milieu de la saison, Albuquerque est désertée par ses habitants, qui laissent Carol seule. Lorsque cette dernière tente de les joindre au téléphone, elle tombe systématiquement sur le même enregistrement vocal, où l’on reconnaît la voix de Patrick Fabian, l’interprète de Howard Hamlin dans <em>Better Call Saul</em>. Au-delà du clin d’œil, son ton à la fois enjoué et légèrement robotique finit par composer une ritournelle absurde, répétée à chaque fois <em>in extenso</em>, durant laquelle Carol, qui à force connaît par cœur le contenu du message, meuble le vide par ses déplacements, mimiques et réactions tantôt impavides, tantôt outrées.</p>
<p>En faisant disparaître momentanément le reste des personnages, <em>Pluribus</em> invente de la sorte un quasi «&nbsp;seule en scène&nbsp;» (en particulier dans l’épisode 5, le plus réussi) où le jeu de Seehorn paraît lui faire aussi l’objet d’une mutation&nbsp;: la rage, le deuil et la sidération laissent place à un mélange de décontraction désabusée et de cynisme amusé. Le personnage semble alors performer dans le vide –&nbsp;elle réalise des vidéos pour les autres humains immunisés, qui restent sourds à ses appels&nbsp;– ou pour affirmer coûte que coûte son individualité. Dans un monde où l’uniformisation est la loi, sa parade est de forcer la note, d’en faire un peu trop, de laisser libre cours à son Moi jusqu’ici entravé par le regard d’autrui. On se souvient que lors de son apparition dans l’épisode 1, au détour d’une séquence de dédicace, l’autrice jouait précisément un rôle (elle lisait un texte) devant un public de fidèles qu’elle abhorrait secrètement. L’ersatz d’apocalypse qui lui tombe dessus n’a pas que du mauvais&nbsp;: elle l’autorise à être qui elle est réellement, c’est-à-dire de <em>jouer pour elle</em> et non plus pour les autres. Nouvelle malice de Gilligan : l’annihilation de l’individualité de 99,99999% de la population permet de faire ressortir à 200% celle de son héroïne.</p>
<h2>Laisser du temps à Gilligan</h2>
<p>La notion d’individu au centre du jeu de la série est toutefois ce qui constitue, à un autre niveau, sa principale limite&nbsp;: l’impression de voir la patte Gilligan réduite parfois à un vernis, à un canevas auquel il manque ce qui fait sa substance. De fait, à part les deux premiers épisodes (scénarisés et mis en scène par le <em>showrunner</em>) et le cinquième et dernier (pilotés par Gordon Smith, scénariste habitué de <em>Breaking Bad</em> et de <em>Better Call Saul</em>), chaque segment est écrit par un scénariste et un réalisateur différent qui suit avec diligence un certain nombre de principes identifiables –&nbsp;décomposition de l’action, blocs de durée, figuration du passage du temps (on retrouve même quelques <em>timelapses</em> caractéristiques de <em>Breaking Bad</em>)&nbsp;–, mais sans retrouver tout à fait l’organicité de <em>Better Call Saul</em>. Il faut cependant rappeler que les séries de Gilligan mettent un certain temps à trouver leur vitesse&nbsp;: à l’origine, <em>Breaking Bad</em> se présentait comme un <em>drama</em> sur le cancer (une question par la suite secondaire), tandis que <em>Better Call Saul </em>s’est d’abord replié sur des enjeux plus modestes avant d’élargir son périmètre.</p>
<p><em>Pluribus</em>, elle, démarre sur de très fortes promesses avant d’onduler entre le gigantisme du cadre narratif et le portrait plus intimiste d’une femme seule. Par endroits, cette articulation ne marche qu’à moitié, voire révèle une certaine pompe sous l’apparence feutrée de la mise en scène, en particulier dans l’épisode 7, focalisé sur le périple de Manousos, où l’on retrouve le ton sentencieux des envolées tragiques de <em>Breaking Bad</em>. Surtout, à force de détricoter les pistes de son concept, la série n’échappe pas à l’impression de reposer sur une virtuosité narrative trop consciente d’elle-même. La saison 1 s’achève d’ailleurs sur une bombe atomique négligemment posée sur un trottoir, pour conjointement annoncer une explosion et tourner cette possibilité en dérision. À l’issue de cette première saison, on ne sait pas bien encore où va Gilligan, sinon qu’il s’amuse beaucoup à amorcer/désamorcer les potentialités de sa fiction. Mais le champ étrangement souple qu’il érige pour son actrice –&nbsp;car les règles du récit ne cessent d’être reconfigurées&nbsp;– donne envie de se prêter au jeu. Un jeu de patience, naturellement, comme c’est toujours le cas avec Gilligan.</p>
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		<title>«&#160;Canto due a été monté à partir d’une multitude de possibilités&#160;»</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/canto-due-a-ete-monte-a-partir-dune-multitude-de-possibilites/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chefs monteurs d’Intermezzo et de Canto due, Luc Seugé et Alexis Goyard reviennent sur l’aventure Mektoub, My Love, au cours...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/canto-due-a-ete-monte-a-partir-dune-multitude-de-possibilites/" title="Read  «&#160;Canto due a été monté à partir d’une multitude de possibilités&#160;»">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chefs monteurs d’</em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2019/mektoub-my-love-intermezzo/" target="_blank" rel="noopener">Intermezzo</a><em> et de </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener">Canto due</a><em>, Luc Seugé et Alexis Goyard reviennent sur l’aventure </em>Mektoub, My Love<em>, au cours de laquelle ils ont donné forme à plus de mille heures de rushes, en étroite collaboration avec Abdellatif Kechiche.</em></p>
<p><strong>Comment êtes-vous arrivés sur <em>Mektoub</em> ? <em>Canto uno</em>, monté par une autre équipe, était-il déjà sorti en salles à ce moment-là ?<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></strong></p>
<p><strong>Luc Seugé :</strong> Après avoir découvert <em>Canto uno</em> à sa sortie en 2018, j’ai demandé à l’un des cadreurs du film que je connaissais, Jérémie Attard, s’il pouvait proposer mon aide pour <em>Canto due</em>. C’est ainsi que je me suis retrouvé à monter pendant deux mois une petite séquence de boîte de nuit qui ne devait durer qu’une vingtaine de minutes. Elle contenait trois cents heures de rushes, c’est-à-dire quatre fois ce que l’on filme habituellement pour un long-métrage entier. Après ces quelques semaines, Abdellatif est venu me voir et m’a dit : «&nbsp;<em>Tu vois cette petite séquence de vingt minutes ? En fait, on va en faire un film de quatre heures.&nbsp;</em>» C’est là que j’ai collaboré avec lui sur ce qui allait devenir <em>Intermezzo</em>.</p>
<p><strong>Alexis Goyard : </strong>Je suis arrivé à ce moment-là comme assistant au montage d’<em>Intermezzo</em>, alors que le film visait Cannes. On travaillait bien avec Luc et de fil en aiguille, je suis devenu monteur à part entière.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Après le festival, nous avons repris le travail avec Alexis pendant quelques mois pour monter d’autres versions d’<em>Intermezzo</em>, dont certaines sont magnifiques – notamment la version finale de 2h15, vraiment sublime, mais qui ne sortira sans doute jamais. Il y a ensuite eu une longue pause, pendant laquelle Abdellatif est retourné en Tunisie. En 2022, il est revenu vers nous deux pour reprendre le travail sur <em>Canto due</em>, cette fois avec Why Not, qui était prêt à investir de l’argent dans le montage. Nous avons tout recommencé depuis le début, car Abdellatif n’était pas satisfait du travail effectué en son absence par la première équipe. Il nous a fallu deux ans, de juin 2022 à juin 2024, pour trouver le film au milieu de ces mille heures de rushes.&nbsp; D’autres monteurs sont venus nous prêter main-forte sur certaines séquences particulièrement complexes – par exemple celle de l’hôpital, qui fonctionnait comme un film dans le film. Sébastien Krebs a fait un travail énorme sur cette séquence.</p>
<h2>Un arbre des possibles</h2>
<p><strong>Ces mille heures de rushes s’expliquent-elles surtout par le nombre de prises, par le tournage à plusieurs caméras, ou aussi par le fait que de nombreuses séquences n’ont finalement pas été conservées au montage ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Un peu des trois, mais beaucoup de scènes n’ont pas été gardées&nbsp;; cela fait partie intégrante de la recherche d’Abdellatif. Parfois, ce sont seulement des fragments qui ont été retirés : la matière était tellement riche que, dans certaines scènes, on a par exemple coupé un personnage pourtant présent au tournage. Il est aussi arrivé qu’on supprime tout un pan d’une scène qui se prolongeait dans un autre lieu. Pour la séquence de l’hôpital, par exemple : non seulement elle a été filmée à plusieurs caméras, mais aussi sur plusieurs étages, avec des équipes à chaque niveau et des acteurs qui improvisaient partout. Il faut bien comprendre que lorsqu’on parle ici de «&nbsp;scène&nbsp;», cela n’a rien à voir avec l’idée de scène unitaire que l’on retrouve dans les autres films. Tout le travail du montage consiste à donner forme à une matière parfois écrite, parfois moins, et à tenter de reconstruire une forme cohérente.</p>
<p><strong>Le montage a donc une place décisive dans l’écriture du film. Pour <em>Canto due</em>, existait-il malgré tout une idée précise de la structure ?<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></strong></p>
<p><strong>A. G.</strong> : Abdellatif tourne souvent les scènes avec plusieurs alternatives et se laisse le choix au montage. Parfois, il tourne une scène de jour, puis la même scène de nuit. Forcément, cela peut entrer en contradiction avec d’autres passages si on choisit l’une plutôt que l’autre. Au montage, il s’agit donc de faire des choix parmi ces alternatives : c’est un véritable arbre des possibles. Quand on en retient une, d’autres ne pourront plus être utilisées. On se retrouve confrontés par moments à des questions plus subtiles : comment intégrer un petit bout d’une scène qui, prise dans son ensemble, pourrait contredire le reste du film ? On cherche alors à isoler cet élément pour le faire fonctionner dans la séquence sans provoquer de contradictions.</p>
<p><strong>L.S.</strong> : Même s’il y a eu d’énormes enjeux sur la manière de tisser le récit, nous avons finalement respecté les principaux déjà présents à l’écriture : les Américains, le rêve parisien d’Ophélie et le rêve angeleno de Tony. La véritable difficulté a été de trouver comment fondre ce récit beaucoup plus écrit, voire archétypal, dans la chronique qu’avait installée <em>Canto uno</em>. Il a fallu mener un travail d’équilibre et de synthèse pour que tout fasse corps : trouver comment donner chair à ces figures presque hollywoodiennes, tout en restructurant les nombreuses improvisations dont nous disposions pour qu’elles s’inscrivent dans la dynamique du récit. Dans les rushes, Abdellatif pouvait parfois aller très loin dans les ruptures de ton et de genre. On a dû trouver comment harmoniser le style du film tout en conservant la forte personnalité de chaque séquence. Nous nous sommes notamment imposé de tenir le plus possible un rythme lent et régulier pour que le montage ne vienne pas creuser les écarts de registres.</p>
<p><strong>Était-il prévu dès le départ que le personnage de Jessica joue un rôle aussi central ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Pour donner une idée de l’ampleur des pistes explorées, il existe plusieurs montages du film où le personnage de Jess n’apparaît même pas. Sa présence incroyable a fini par s’imposer.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> Le personnage de Jess apportait en fait beaucoup d’écriture. L’enjeu était de savoir : si l’on entrait dans son intrigue, est-ce que ça allait pouvoir tenir debout ? La première scène que j’ai montée est celle de l’adultère. Si on n’avait pas réussi à la faire fonctionner, on savait qu’on ne pourrait pas exploiter son personnage. Et elle nous a donné beaucoup de difficultés, car elle sort tellement des canons et de la zone de confort d’Abdellatif.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Le choix des scènes se fait naturellement une fois qu’elles sont mises sur pied. L’essentiel du travail, souvent imperceptible pour le spectateur, se joue dans le détail de chaque plan. Avec Abdellatif, c’est un travail à l’image près. Par exemple, pour Jessica, il s’agit de jouer sur l’empathie du spectateur : elle apparaît d’abord antipathique, en traitant les gens de Sète comme ses larbins, avant que l’on comprenne qu’elle est prisonnière de son statut de star. Comme cette complexité n’apparaît pas dans ses répliques, elle doit transparaître par le jeu et le montage : articuler les petits regards, les microexpressions qui révèlent ce qui se passe dans sa tête. Cela implique de repérer, parmi des dizaines de prises d’une heure ou plus, des éclats fugaces et de les assembler pour reconstruire la continuité de l’émotion.</p>
<p><strong>Cette précision du montage se ressent particulièrement dans la première scène de la villa, peut-être la plus réussie du film, où la complexité des rapports entre les personnages se déploie à partir de plusieurs dialogues parallèles. Comment avez-vous travaillé sur ce bloc en particulier ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> C’est intéressant, car cette scène est l’une des plus écrites du film. En fait, il y a plusieurs types de scènes : elles sont toutes tournées sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Pour celle-ci, Abdellatif s’est vraiment posé : il y a eu des premières improvisations et, à chaque fois, il indiquait ce qui fonctionnait et ce qui était moins bon. Les comédiens conservaient ce qu’il voulait garder, et au fur et à mesure, la séquence est devenue pleinement écrite. C’était agréable de travailler sur une scène déjà structurée pour le montage : on savait la direction à suivre. Le travail principal consistait donc à remodeler la séquence en choisissant qui montrer, comment le montrer, quelles expressions retenir, sur un dialogue déjà bien rodé.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p><strong>A. G. :</strong> Dès le départ, on n’avait aucun doute sur le fait qu’on pouvait utiliser cette séquence. Mais la première fois qu’on l’a vue ensemble, il y avait ce moment où Tony et Jess rejouent une scène de <em>Raging Bull</em> qui posait problème. Au début, c’était étrange de voir le Tony de <em>Canto uno</em> se ridiculiser à ce point. C’est à l’image de ce que représente Jessica : il y a quelque chose d’outré et de surréaliste. Il fallait modeler la scène pour intégrer ce passage de façon crédible et cohérente. Au début, ça ne fonctionnait pas.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Il y a en fait un passage crucial. Avant qu’ils ne se lèvent, Tony fait plusieurs imitations, mais on comprend que c’est pour séduire Jess. On s’est beaucoup concentrés sur ce petit segment de deux minutes, avec de nombreuses versions différentes, pour rendre de façon très précise le moment où l’on voit en direct Jessica être séduite. La scène bascule en l’espace de deux minutes : elle ne regarde plus Amin ni son mari, et c’est à ce moment-là que les dialogues se développent en parallèle autour de la même table. C’est un vrai travail d’orfèvre pour articuler les deux dialogues de façon à montrer leur isolement tout en captant, dans le jeu de Jessica, la sincérité de son abandon au rire. Ce n’est qu’en réussissant à restituer l’excitation particulière de ce moment que le passage de <em>Raging Bull</em> a commencé à fonctionner.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330818 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration.jpg" alt width="1600" height="670" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration.jpg 1600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration-1024x429.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration-768x322.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration-1536x643.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-ilustration-980x410.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px"></a>
<h2>Le plan juste</h2>
<p><strong>Comment Kechiche intervient-il dans ce travail de montage ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Au-delà des mots et des explications, on s’échange beaucoup de sélections de rushes. Quand on regarde ce qu’il a choisi, on comprend immédiatement ce qu’il aime ou non. Ce ping-pong permet de communiquer très précisément sur ce qui fonctionne ou non. Je pense que tout l’art de Kechiche réside ici : ce n’est pas un cinéaste théorique, mais quelqu’un qui s’intéresse à l’incarnation. Pour lui, un plan juste vaut toutes les idées de scénario possibles. Dans l’écriture du montage, il est obsédé par la justesse des plans, davantage que par des questions de structure ou de rythme. Parfois, il en sélectionne certains dans lesquels les comédiens ne terminent pas leurs répliques, parce qu’il trouve qu’avant la fin de la phrase, un regard se détache. À nous de trouver au montage une manière de terminer la phrase pour utiliser cette fulgurance qu’il a extraite après avoir tamisé une matière colossale de rushes. Le travail de monteur, ce n’est pas vraiment de l’écriture à proprement parler. On n’invente rien : on se met au service de la scène, on voit ce qu’elle nous propose. Un jour, Fabrice Rouaud, le monteur de Bonello, m’a dit : «<em>Le montage, c’est très simple : prendre les meilleurs plans, leur donner la meilleure longueur et les mettre dans le meilleur ordre.&nbsp;</em>» Dans 99 % des cas, c’est exactement ça. Le plus compliqué, c’est que ces fragments ont souvent beaucoup de caractère, mais sont parfois contradictoires entre eux : deux plans supposés peuvent&nbsp;se suivre et contenir des émotions très différentes. L’exercice consiste alors à trouver l’ordre idéal pour que les émotions s’accordent.</p>
<p><strong>Vous aviez donc une connaissance très approfondie des mille heures de rushes.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Personnellement, je pense avoir tout vu. Si on regardait cinq heures par jour, il faudrait environ huit mois pour les voir une fois. Mais on travaille scène par scène : quand on en commence une, on sait qu’on va y passer environ deux mois. On a aussi été aidés par Sébastien Krebs, Ariane Boukerche, Charles Claudon, ainsi que des membres de l’équipe précédente. Mais pas sur la phase dérushage : ils interviennent généralement une fois qu’on a dressé une première sélection et qu’une scène est déjà dessinée.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> En ce qui me concerne, il y avait déjà une sélection et Abdellatif me disait de ne pas regarder certaines prises. Mais quand on manquait de ressources, on finissait par s’y replonger.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> C’est aussi parfois mon rôle, ayant tout vu, de proposer des prises alternatives. Souvent Abdellatif me donnait tort, mais il lui arrivait de réévaluer ses premiers choix.</p>
<p><strong>Pour trouver une cohérence globale, je suppose que vous devez revenir sans cesse sur les séquences déjà montées.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Oui, c’est une sorte de mouvement en spirale : on avance en tournant en rond, mais on affine à chaque fois le montage un peu plus. Aucune scène n’a été trouvée du premier coup. Au bout de la première année, il existait déjà une version complète du film, avec une fin très différente. Il nous a fallu presque un an pour trouver les quarante dernières minutes. Et parallèlement, on revenait aux séquences précédentes.</p>
<p><strong>La difficulté de cette dernière partie tenait-elle aux ruptures de ton permanentes, parfois d’un plan à un autre ? Je pense par exemple à ce plan où Tony urine sur les plantes de la villa…</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Typiquement, ce plan posait problème car il était à la fois très fort et absurde. Pendant longtemps, on n’arrivait pas à le monter, mais Abdellatif tenait absolument à le garder. À chaque tentative, on essayait de le placer au milieu de l’action, quand il y avait des coups de feu ou des cris. Le décrochage était alors trop important et ça sonnait faux. On a trouvé sa place qu’à la toute fin, pendant le mixage. Abdellatif, frustré de ne pas le voir, me redemande de l’intégrer. On s’est alors dit qu’il pourrait mieux fonctionner dans un creux, loin de l’action immédiate. Le plan était aussi initialement trop court, ce qui le rendait artificiel. On l’a allongé – on le voit pisser, puis se pencher en tremblant – et cette seconde ajoutée change tout : le plan fonctionne enfin. Plus largement sur la fin, le jonglage entre les tons constituait le plus gros enjeu, si bien que ces quarante dernières minutes nous ont pris près de la moitié du temps de montage. On avait pourtant des références : la fin rappelle le montage alterné final de <em>La Graine et le mulet</em>, notamment avec tous les notables qui sont remplacés ici par le personnel de l’hôpital.</p>
<p><strong>On remarque aussi de nombreuses reprises de plans, voire de séquences, de <em>Canto uno</em>. Est-ce que cette logique de variation était centrale pour Kechiche ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> On parle souvent du caractère répétitif du cinéma de Kechiche. Je crois que c’est vrai – et que c’est précisément l’une de ses grandes qualités. Il est obsédé par un certain nombre de thèmes et de motifs. Peu de gens le savent, mais à la fin de <em>La Graine et le Mulet</em>, le montage alterné entre la danse et la course désespérée du propriétaire de la péniche était aussi, à l’origine, entrecoupé d’une longue séquence de boîte de nuit. Cela faisait déjà longtemps qu’il cherchait sa « grande » scène de club, et c’est ainsi qu’il en est venu à <em>Intermezzo</em>. Pour autant, Abdellatif n’est pas Hong Sang-soo : il ne pense pas ses films comme des miroirs ou des exercices ludiques. Ce sont plutôt ses obsessions qui reviennent sans cesse, chaque fois teintées de couleurs différentes. Donc, oui, il y a quelque chose de profondément musical, comme chez un musicien obsédé par un thème qu’il ne cesse de retravailler, mais je ne crois pas qu’il s’intéresse plus que ça aux liens entre ses films.</p>
<p><strong>Beaucoup de critiques ont relevé un changement de la mise en scène par rapport à <em>Canto uno</em>, notamment dans la manière de filmer les corps féminins. Certains avancent l’hypothèse que ce déplacement se serait joué davantage au montage qu’au tournage, en tenant compte des critiques adressées au <em>male gaze</em> de Kechiche. Y avait-il, de sa part, une volonté de reconsidérer sa mise en scène à la lumière de ces critiques ? Je pense par exemple à la scène de danse, beaucoup plus centrée sur les visages que sur les corps, ou encore à la scène de sexe, largement construite autour du visage de Jessica.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Je ne pense pas que ce soit tout à fait exact. Comme beaucoup l’ont souligné, <em>Canto due</em> fonctionne comme le double ténébreux du premier volet. Abdellatif souhaitait un film moins sensuel, plus intérieur, davantage centré sur les visages que sur les corps. Pour la scène de danse, par exemple, toutes les options existaient au montage : plans serrés comme plans larges. S’il a choisi cette direction, c’est parce qu’il voulait un film plus psychique, presque mental.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> La scène de l’adultère a suscité des réactions assez amusantes. Beaucoup disent que, dans la scène de sexe, Kechiche n’a pas cherché la grâce : que la scène est volontairement diminuée, retenue. Or, au début du montage, son intention était au contraire d’aller vers quelque chose de gracieux et d’opératique. Mais il y avait un problème, comme un malaise. Dans le film, Amin part très vite, mais nous avons essayé à de nombreuses reprises de le faire rester, caché, à continuer de regarder. Ces versions ne fonctionnaient pas – comme si le film, inconsciemment, avait son propre mot à dire. Ce n’est pas tant une affaire d’intentions délibérées que de moments où l’on est, presque malgré soi, amené à raconter les choses de cette façon-là.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Sur cette scène, il y avait en partie un écart entre ce qu’Abdellatif voulait et ce que le film appelait. Mais il avait aussi une volonté très consciente : Jessica Pennington, l’actrice, venait du porno, et Kechiche aimait l’idée de construire une scène charnelle en filmant presque exclusivement son visage, alors qu’il aurait tout à fait pu la filmer de façon bien plus explicite. Ce contrepoint l’intéressait beaucoup.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> Cet élément a énormément guidé le montage : les plans fixes de visages en longue focale pour voir le visage et les expressions de Jess. À l’inverse, tous les plans avec une « caméra baladeuse », si je puis dire, trouvaient moins naturellement leur place.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Oui, si tu regardes attentivement, il n’y a quasiment aucun mouvement de caméra. On parle souvent de la caméra instable chez Kechiche, mais <em>Canto due</em> est en réalité un film très stable, composé presque uniquement de plans fixes sur des visages. Et ces visages remplissent littéralement le cadre. C’est une véritable obsession chez Kechiche : saturer le cadre de matière humaine. À tel point qu’il refuse les plans de profil. Pour lui, un plan n’a de valeur que si l’on voit clairement les deux yeux du comédien, le visage pleinement offert. Il veut que le mystère naisse de la monstration totale. Il déteste par exemple la fin d’<em>Apocalypse Now</em>, avec Brando plongé dans l’ombre : selon lui, c’est un mystère fabriqué par un artifice d’éclairage, alors qu’il n’y a, au fond, rien dans l’image. Kechiche cherche au contraire une image constamment juste et pleine. En saturant le cadre de visages, il choisit aussi la voie la plus exigeante : sans artifice possible.</p>
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<h2>Le goût de l’expérimentation</h2>
<p><strong>Ce que vous dites, autant sur les visages que sur la méthode de tournage et de montage, rappelle beaucoup Cassavetes.</strong></p>
<p><strong>A. G.</strong> : Il y a quelque chose de très intéressant chez Cassavetes, notamment dans ces scènes qui laissent la durée s’installer. Abdellatif m’avait demandé de regarder <em>Faces</em> et c’est vrai que j’y ai perçu un vrai point de parenté. Il y a toujours un moment de bascule dans la scène, un instant où l’on comprend soudain pourquoi on était là. C’est un outil de lecture très précieux pour comprendre la manière dont Kechiche organise ses scènes. À la plage, par exemple, il y a la discussion, puis le moment où Ophélie sent le bébé bouger. Lors de l’échange près de la piscine entre Amin et Jess, le basculement survient quand elle dit qu’elle ne fera pas le film, ou un peu plus tard, lorsqu’elle annonce son divorce avec Jack. Au restaurant, le retournement, c’est quand on révèle qu’Amin a écrit le scénario. Il construit souvent ses scènes autour d’un flux de vie, avant qu’une rupture redéfinisse l’objet de la scène.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Oui, c’est vraiment l’idée : à la fois tenir la vie et avancer. Mais je pense qu’il y a un parallèle à faire avec <em>Faces</em>, jusque dans la méthode. Il existe un making-of de <em>Faces</em> : le monteur travaille dans sa cave et Cassavetes passe en lui donnant une pile de rushes et quelques indications. Je me suis beaucoup reconnu dans ce portrait (<em>rires</em>).</p>
<p><strong>A. G.: </strong>Souvent, l’enjeu c’est de ne pas trop en mettre, même si Abdellatif est un cinéaste qui en veut beaucoup et va très loin dans l’étirement de la durée. Il opère souvent par blocs, donc la question était aussi de savoir par où tailler et extraire ce qui fait réellement la substance du moment.</p>
<p><strong>L.S :</strong> Oui, par exemple, il y avait plusieurs miracles que nous n’avons pas pu intégrer. Ils entraient en contradiction avec le fait que le film devait avancer. Il y a notamment une séquence qui nous hypnotisait tous : celle où Amin apporte les billets à Ophélie. Dans le film, elle dure sept minutes, mais il y avait des montages où elle dépassait les quarante. Nous avons préféré l’option d’un petit éclat à la fin, un possible qu’on n’explore pas pleinement. Peut-être qu’un jour, dans une version <em>supra-extended</em>, vous pourrez voir la grâce absolue de cette séquence. Il y a deux ou trois moments comme ça, où on retrouvait la grâce de <em>Canto uno</em>, mais nous ne pouvions pas les utiliser de manière aussi brute, car cela ne correspondait pas à l’identité du film. Il a fallu faire des choix.</p>
<p><strong>J’imagine que cet enjeu d’équilibre était très différent pour <em>Intermezzo</em>. Il s’agissait pratiquement d’un montage expérimental sans narration, qui ne fonctionne que sur l’intensité, des boucles et des variations rythmiques.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></strong></p>
<p><strong>L.S. : </strong>La version de 2h15 est beaucoup plus tenue. À Cannes, ce n’était même pas un ours, mais une véritable version de travail – le résultat provisoire d’un montage d’une complexité totalement inédite. On partait de près de 300 heures de rushes, avec des prises de trois heures filmées par dix-huit caméras, une quinzaine de comédiens équipés de micros, entourés d’une centaine de figurants, quelques directions globales, mais une très grande part d’improvisation. Il fallait trouver une forme à une matière qui, au départ, n’était pas pensée pour devenir un film à part entière. Chaque plan de quatre secondes qu’on extrayait pouvait potentiellement se placer n’importe où : à la douzième minute comme à 1h15 ou à 2h40. Le champ des possibles était vertigineux, à en devenir fou. Avec Abdellatif, on a dû totalement repenser sa méthode de travail pour en venir à bout, dans la souffrance.</p>
<p>Après Cannes, le processus a radicalement changé. <em>Intermezzo</em>, même si c’est un film fantôme, nous a donné la méthode&nbsp;; c’est grâce à lui que nous avons été capables de monter <em>Canto due</em>. On a tous beaucoup appris dans cette aventure, Abdellatif compris. Si <em>Canto due</em> peut paraître plus classique dans sa narration et sa forme, sa fabrication reste profondément expérimentale. <em>Canto uno</em> est davantage un film du présent : il est composé de plans longs qui existent dans un immédiat ultra spontané, absolument fascinant. J’aurais rêvé de travailler avec une matière aussi immédiate, telle qu’elle avait été donnée par le miracle du tournage. À l’inverse, sur <em>Canto due</em><i>,</i> chaque scène a été un véritable sacerdoce.</p>
<p><strong>Ce n’était donc pas du tout une méthode qu’il avait déjà expérimentée sur ses films précédents ? On sait pourtant que, chez Kechiche, le montage a toujours été une étape décisive, et qu’il a souvent continué à retravailler ses films, parfois même après leur sortie.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Si j’en crois Abdellatif, ce <em>Canto due</em> l’a forcé à radicaliser sa méthode, car le tournage était bien plus expérimental. Il s’agit vraiment de reconstruire de la spontanéité à partir d’une matière plus étrange et éclatée. Mais en effet, le montage chez Abdellatif a toujours été très sophistiqué. C’est aussi ce qui fait de lui un immense cinéaste et ce qui le distingue radicalement de ceux qui tentent de l’imiter : ils sous-estiment à quel point ce qui paraît naturel est, en réalité, profondément fabriqué. Kechiche a une obsession de l’image et du cadre, du fait que chaque plan, chaque image, chaque <em>frame</em> doit produire une sensation. Or cela ne peut pas tenir sur la seule captation du réel : il y a derrière un travail immense.</p>
<p>Il existe un vrai malentendu autour de son supposé naturalisme. Son cinéma relève pleinement de l’artifice et d’un geste de mise en forme. Il y a aussi chez lui une véritable volonté d’expérimentation. Après <em>La Vie d’Adèle</em> et la Palme d’or, il a eu le sentiment qu’il fallait tout remettre à plat. Il s’est alors lancé dans ce projet fou, en changeant radicalement de méthode de travail : au tournage, <em>La Vie d’Adèle</em> se faisait avec deux ou trois caméras au maximum, dans un ancrage social très précis ; avec <em>Mektoub</em>, il travaille avec dix-huit caméras, des stars américaines, des séquences d’action et explore un autre registre de ton. Là encore, l’expérimentation est au cœur du geste.</p>
<p><strong>Lors d’une masterclass au Cinemed en 2022, il disait travailler au montage d’un <em>Canto tre</em>. Est-ce que ce projet est toujours d’actualité ?</strong></p>
<p><strong>A. G.:</strong> C’est difficile de répondre précisément à cette question. Disons qu’au tournage, la distinction entre les volets n’était pas définie. À un moment, il parlait même d’<em>Intermezzo</em> comme d’un <em>Canto due</em>. Mais qui sait ce qu’il nous réserve…</p>
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		<item>
		<title>Les Échos du passé</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-echos-du-passe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Présenté au dernier Festival de Cannes sous le titre Sound of Falling, Les Échos du passé s’inscrit, c’est selon, dans une tradition doloriste (les comparaisons à Haneke – à mon avis injustifiées – vont pleuvoir)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-echos-du-passe/" title="Read  Les Échos du passé">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Présenté au dernier Festival de Cannes sous le titre <em>Sound of Falling</em>, <em>Les Échos du passé</em> s’inscrit, c’est selon, dans une tradition doloriste (les comparaisons à Haneke – à mon avis injustifiées – vont pleuvoir) ou dans celle d’un cinéma fragmentaire, entre le puzzle et le ruban d’images, qui fait de l’accumulation de signes le ferment d’une résistance à l’accès plein et entier à ce qui nous est montré. Sans fermer les yeux sur la manière dont le film entretient de lui-même son mystère, on lui saura d’abord gré de délaisser l’armature d’un récit en acier trempé au profit d’un éclatement de ses lignes narratives. Il ne s’agit pas d’un cinéma qui, à force de fausses circonvolutions, retombe sur ses deux pattes, mais au contraire s’envole vers des territoires plus inattendus. Entremêlant plusieurs générations de femmes autour d’une même ferme d’Europe de l’Est (mais située pas très loin de la future frontière entre RDA et RFA), le film avance sans donner tout de suite son mode d’emploi, en jouant d’une mosaïque de plans qui reviennent sous la forme d’échos lointains au fur et mesure de la narration.</p>
<p>Le ton est d’emblée macabre, et pour cause : les premières scènes comme la conclusion sont bordées par des visions d’effroi empruntées à la pratique, encore répandue au début du XXe siècle, de la photographie posthume. On peut lire le film comme une suite de névroses enfantines, de cauchemars de petites filles fantasmés à partir d’étranges instantanés de cadavres. Visages dédoublés par les aléas photochimiques, flous, lumières irisées, regards caméra inquiétants, envolées de la caméra, alternance des points de vue, scènes mentales où les personnages semblent sortir de leur corps pour imaginer leur trépas dans des conditions tragiques : la mort contamine la matière du film et l’emmène vers un délire à la lisière du cinéma de Lynch, mais qui reste jusqu’au bout au seuil du surnaturel. Schilinski, que les détracteurs du film réduiront peut-être à une Mère Fouettarde au regard de son goût pour la cruauté (et une poignée d’images traumatiques), sait aussi médier ses angoisses par le conte ou la violence sourde de jeux enfantins afin de distiller un réel trouble.</p>
<p>Dommage, en revanche, que le recours à une voix off vienne progressivement couler dans ces éclats un peu de ciment discursif, comblant ce que les images ne racontent pas d’elles-mêmes. On pourra aussi lui reprocher d’être plastiquement inégal, certaines parties se prêtant moins aux jeux d’ombres qui participent du kaléidoscope composé par la mise en scène (le segment RDA, moins ambigu, notamment parce qu’il jaillit d’un abîme presque immédiatement désigné : l’inceste). Il n’empêche : le ballet spectral organisé par Schillinski, nourri par une « <em>douleur fantôme</em> » (celle d’une jambe amputée), invente une forme suffisamment singulière pour qu’on ne la balaie pas d’un revers de la main, en tombant dans des réflexes critiques bien plus éculés que les petites ficelles dont use la cinéaste.</p>
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		<title>Trois épiphanies de James L. Brooks</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-james-l-brooks/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si le cinéma de James L. Brooks est aussi merveilleux, c’est en partie parce qu’il donne une place très singulière aux acteurs et actrices. La preuve en trois scènes.&#160; Un pas en arrière (Comment savoir)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-james-l-brooks/" title="Read  Trois épiphanies de James L. Brooks">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Si <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/james-l-brooks-pas-despace-entre-nous/" target="_blank" rel="noopener">le cinéma de James L. Brooks</a> est aussi merveilleux, c’est en partie parce qu’il donne une place très singulière aux acteurs et actrices. La preuve en trois scènes.&nbsp;</em></p>
<p><strong>Un pas en arri</strong><strong>ère (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/comment-savoir/" target="_blank" rel="noopener"><em>Comment savoir</em></a>)</strong></p>
<p>Au début de <em>Comment savoir</em>, Lisa, la joueuse de baseball incarnée par Reese Witherspoon, tient la main de Matty (Owen Wilson), «<em> le plus craquant des lanceurs</em> » – <em>dixit</em> une admiratrice qu’ils croisent dans la rue. Dans un pur <em>topos</em> de comédie romantique, ils sont à l’opposé l’un de l’autre, en dépit de leur métier commun et de leur blondeur partagée. D’un côté, l’héroïne a perdu son poste quelques jours auparavant et a annoncé, dans une scène précédente, qu’elle ne supportait plus de sortir avec des sportifs&nbsp;; de l’autre, Matty signe des autographes, se fait prendre en photo et se réjouit comme un gosse de passer la soirée avec elle. Tandis qu’il s’attarde en compagnie de ses fans, Lisa s’éloigne au bout de la rue. Dans le flou, Matty lui indique la direction : «&nbsp;<em>à droite</em> ». Au premier plan, elle se fend d’un hilarant petit geste tautologique, dirigeant ses mains vers la droite, comme pour s’assurer d’être sur le bon chemin. Tout est dit, en un plan, de la désorientation de Lisa. Matty la rejoint alors en courant et la soulève lourdement. Le sourire enfantin du personnage et la candeur de sa réplique pour justifier son impulsion n’empêchent pas la jeune femme d’être saisie d’un certain malaise.</p>
<p>Elle lui avoue d’ailleurs rapidement qu’elle ne se sent pas très bien et se demande si elle ne devrait pas plutôt rentrer chez elle. Aux côtés du portier de l’immeuble, Matty lui demande si elle est vraiment sûre&nbsp;; elle répond, «&nbsp;<em>évidemment&nbsp;</em>» que non. Le baseballeur opère alors un geste inattendu : il recule doucement vers la porte, tout en lui expliquant ne pas vouloir lui mettre la pression. Face à son incompréhension, il explique son mouvement&nbsp;: « <em>Je veux te laisser de l</em>’<em>espace pour réfléchir et dé</em><em>cider</em> ». Une triangulation se met alors en place, à la fois hilarante et oppressante : le portier (John Tormey), dans un plan burlesque, recule lui aussi pour se placer à la droite de Wilson. Witherspoon se retrouve cernée et finit par céder, entrant dans l’immeuble. Avec presque rien, la scène éblouit par la virtuosité discrète de ses comédiens : Matty ne cesse presque jamais de sourire, affichant une décontraction idiote qui recouvre une violence inconsciente, tandis que Lisa semble toujours chercher à reprendre son souffle, même lorsqu’elle est immobile. Au milieu d’eux, une silhouette géniale apporte son air de Droopy complètement perdu (le portier) et participe à cette minuscule mais précise chorégraphie par ses légers hochements de tête. Brooks laisse le temps en très peu de plans (pas même un par personnage) pour faire exister l’hésitation de son héroïne et une négociation qui ne dit pas son nom.&nbsp; Ces microgestes – sourires, hochements, regards qui se baissent puis se redressent, petits pas d’hésitation – sont si ciselés qu’ils pourraient passer inaperçus. C’est pourtant là que se joue en grande partie l’art brooksien : une manière de donner aux interprètes le temps d’interroger une situation donnée, de faire sentir par de légères oscillations les hésitations de leurs personnages.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Pierre-Jean Delvolvé</strong></p>
<p><strong>Adam Sandler abasourdi (<em>Spanglish</em>)</strong></p>
<p>Dans une scène très drôle de <em>Spanglish</em>, Flor, femme de ménage hispanophone, fait des remontrances à son employeur sur la manière dont il se mêle des affaires de sa fille. Cette dernière assure la traduction de l’échange quand soudain un changement de dynamique prend des allures de miracle. L’homme, après avoir écouté docilement les accusations en deux langues, réplique à son tour, en rappelant que Flor aussi a interféré dans la vie de sa famille (c’est une autre histoire, par ailleurs bouleversante). La réponse de Flor, arrivant après le temps de latence de la traduction, le prend alors totalement de court&nbsp;: «&nbsp;<em>There’s no difference. I interfered. </em>» La dispute s’arrête soudainement, John ne pouvant croire que quelqu’un puisse ainsi reconnaître le reproche qui lui est fait. Un zoom s’amorce sur le visage d’Adam Sandler, les yeux écarquillés et la bouche ouverte, avant qu’il ne lâche dans un chuchotement «&nbsp;<em>I’m dazed here</em>&nbsp;». Cet «&nbsp;étourdissement&nbsp;» de Sandler face à Paz Vega, comme une rupture physique du dialogue, intervient à plusieurs reprises dans le film, souvent pour couper une scène en deux. Dans cet acteur comique (et bizarre), qui s’est fait connaître au Saturday Night Live à la fois dans des partitions de <a href="https://youtu.be/K0HpP8BA1DQ" target="_blank" rel="noopener">clown grimaçant</a> et d’<a href="https://youtu.be/wAFGEBdeDNk" target="_blank" rel="noopener">adolescent timide</a>, James L. Brooks a trouvé un interprète capable de pleinement incarner les pirouettes émotionnelles de ses dialogues.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330805 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks.jpg" alt width="1800" height="1009" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks.jpg 1800w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-300x168.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-1024x574.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-768x431.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-1536x861.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-980x549.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1800px) 100vw, 1800px"></a>
<p><strong>Les lunettes de Nicholson (<em>As Good as It Gets</em>)</strong></p>
<p>Hypothèse sur le papier provocante&nbsp;: le meilleur rôle de Jack Nicholson est dans <em>As Good as It Gets</em> (<em>Pour le pire et pour le meilleur</em>). Dans cette comédie romantique à la surface <em>cheesy</em>, l’acteur incarne un insupportable écrivain misanthrope perclus de tocs. C’est l’un des rares films de James L. Brooks où presque toute l’excentricité caractéristique de son écriture est condensée en un seul personnage, par ailleurs initialement (et pour un bon moment) négatif. Et pourtant, Melvin est à sa façon merveilleux, parce qu’il réagit, se déplace, voit le monde comme personne d’autre ; la chose à corriger chez lui n’est pas sa bizarrerie, mais son asociabilité et son égoïsme. Même lorsqu’il est odieux, il a une part de génie. En témoigne une extraordinaire invention de la part de Nicholson, dans une scène où Melvin est à l’arrière-plan de la situation – mais pas du cadre, focalisé sur lui. Assis à l’arrière d’une voiture, il est relégué à la marge d’une conversation intime entre Carol, dont il tombera amoureux, et Simon, son voisin, qui confie un traumatisme d’enfance. Personne n’est disposé à écouter ce que Melvin, autocentré et maladroit, peut bien penser de ce témoignage. Alors le personnage se tait, regarde Simon avec mépris, puis manifeste son dédain en haussant ses sourcils prononcés, pour faire tomber malicieusement ses lunettes de soleil sur son nez. C’est une petite acrobatie purement faciale que Nicholson effectue avec un mélange de grâce et de brio à se pâmer. Des détails de ce genre, on en trouve plein dans la filmographie de Brooks, qui est l’un des plus grands directeurs d’acteurs au monde, précisément car il y a chez lui une attention inouïe pour les fluctuations subtiles des comédiens et comédiennes. On joue dans ses films comme nulle part ailleurs.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Josué Morel</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330803 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-scaled.jpg" alt width="2560" height="462" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-300x54.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-1024x185.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-768x139.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-1536x277.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-2048x370.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-980x177.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-2000x361.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
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		<title>La fabrique de la couleur : Alexandra Charles, cheffe costumière</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-alexandra-charles-cheffe-costumiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-alexandra-charles-cheffe-costumiere/" title="Read  La fabrique de la couleur : Alexandra Charles, cheffe costumière">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Troisième invitée : Alexandra Charles, cheffe costumière de tous les films de Bruno Dumont de </em>Flandres<em> à </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/france-2/" target="_blank" rel="noopener">France</a><em>, mais aussi plus récemment de </em>Joli Joli<em>.</em></p>
<p><strong>Vous avez débuté votre carrière de costumière au théâtre et continuez d’y travailler régulièrement. Comment êtes-vous venue au cinéma ?</strong></p>
<p>Après avoir travaillé au théâtre pendant une petite dizaine d’années, j’ai rencontré Bruno Dumont, qui cherchait une costumière pour <em>Flandres</em>. Dès notre premier film ensemble, Bruno a attiré mon attention sur l’importance de penser les costumes par rapport aux arrière-plans – qui étaient, chez lui, souvent des décors naturels. Cette idée m’a marquée et a irrigué tout mon travail par la suite. Si une scène se déroule dans un champ avec quelques arbres, le fond de l’image sera dans des gammes de verts et bruns, des couleurs terreuses. À partir de là, soit je choisis de travailler les mêmes teintes, le même genre de matières et de patines afin que les personnages se fondent dans leur environnement, soit je cherche le décalage. Évidemment, l’une ou l’autre option ne racontent pas la même chose. En l’occurrence, sur les premiers films de Bruno, j’ai beaucoup travaillé la symbiose des teintes de costumes avec les fonds. S’il y avait de la terre, de la mousse ou de l’écorce dans les décors, j’essayais de faire en sorte qu’on retrouve ce rapport à la matière dans les lainages, les tissages…</p>
<p><strong>Construire un dialogue visuel entre les costumes et les décors suppose-t-il une connaissance très fine de ces derniers ? Quelle était votre base de travail ?</strong></p>
<p>Au début, je me rendais beaucoup sur les décors naturels pendant les repérages, ce que je ne fais malheureusement plus tellement par manque de temps. Aujourd’hui, j’ai plutôt tendance à travailler à partir d’images transmises par le chef déco, mais j’aimais prendre le temps de découvrir les lieux du tournage. Par ailleurs, les scénarios de Bruno n’étaient pas séquencés, ils se lisaient presque comme des romans qu’il fallait interpréter visuellement. Je leur trouvais souvent un côté un peu hors du temps, si bien que j’ai beaucoup prolongé le côté indéfinissable de l’époque dans laquelle ils se déroulent. Le plus souvent, les premières idées de costumes découlent de la fonction des personnages, que j’adapte par la suite à leur environnement immédiat. Dans <em>P’tit Quinquin</em>, le père de Quinquin travaille comme éleveur de chevaux, donc il fallait qu’il soit en bleu de travail. Lors des repérages, j’avais été saisie par l’importance de la brique dans le bâti de la ferme, qui contrastait avec les éléments naturels alentour. J’ai donc cherché une combinaison dans un orange un peu brûlé, pour prolonger cette présence de la couleur brique.</p>
<div id="attachment_330764" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330764" class="wp-image-330764 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-scaled.jpg" alt width="2560" height="533" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-300x63.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-1024x213.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-768x160.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-1536x320.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-2048x427.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-980x204.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-2000x417.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330764" class="wp-caption-text"><em>P’tit Quinquin</em> | © Arte</p></div>
<p>C’est aussi un élément visuel glané dans les décors qui m’a donné l’idée d’un des costumes principaux de <em>Ma Loute</em>. Lors des repérages dans un petit bois situé au cœur des dunes, je tombais souvent sur une plante verte avec des feuilles veinées et un peu violettes, que je trouvais magnifique. C’est ainsi que j’ai eu l’idée du costume porté par le personnage de Billie, un vêtement artisanal en lin qu’on a fait teindre en violet. Cette coloration existait vraiment à l’époque sur ce genre de pièces, donc il y avait une cohérence historique, et de plus le costume créait un contraste magnifique avec le vert du bois environnant et les teintes du sable et de la mer.</p>
<div id="attachment_330766" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330766" class="wp-image-330766 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-scaled.jpg" alt width="2560" height="531" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-300x62.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-1024x212.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-768x159.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-1536x319.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-2048x425.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-980x203.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-2000x415.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330766" class="wp-caption-text"><em>Ma Loute</em> | © Memento Films</p></div>
<p><strong>Vous parlez de cohérence historique des teintes : quel que soit le projet sur lequel vous travaillez, votre approche débute donc par une recherche iconographique ?</strong></p>
<p>Systématiquement, car je trouve qu’il est important de partir d’une base documentée historique et réaliste pour pouvoir ensuite, éventuellement, produire un décalage en pleine connaissance de cause. C’est valable aussi bien pour les couleurs que pour les matières. Je lis régulièrement les ouvrages de Michel Pastoureau, qui parlent de manière très précise des couleurs et de leur symbolique. Pour <em>Ma Loute</em>, je me revois lire <em>L’Étoffe du diable : une histoire des rayures et des tissus rayés</em>, tandis que Bruno et moi nous sommes plongés dans une importante documentation historique. Nous avons échangé de nombreuses cartes postales de la côte d’Opale, dont certaines représentaient des pêcheurs. La tenue de « Ma Loute », le personnage principal, découle directement de la photographie d’un petit gars sur une barque avec son béret, qui faisait passer les bourgeois sur la baie de la Slack.</p>
<p><strong>Lors de recherches iconographiques portant sur des périodes éloignées de la nôtre, la précision des teintes ne vient-elle pas à manquer ?</strong></p>
<p>Ces cartes postales étaient en effet en noir et blanc. Ceci dit, au début du XXe siècle, il existait déjà les plaques autochromes des frères Lumière, ce qui m’a permis d’avoir quelques références de teintes. En outre, à travers les peintures, on identifie les gammes colorées propres à chaque époque, ainsi que les codes couleurs en vigueur selon le rang social. Au-delà de mes propres recherches, les livres sur le costume renferment des informations précises. Pour <em>Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc</em> et <em>Jeanne</em>, je me suis documentée sur les teintes en vigueur au Moyen-Âge, donc les costumes des deux films sont assez proches de la réalité historique, à la fois dans leurs couleurs et dans leurs formes. Il y a quand même un décalage, dans <em>Jeannette</em>, lors de la vision des deux saintes. Leur costume correspond davantage à une imagerie kitsch plutôt qu’à la représentation des saints à l’époque.</p>
<div id="attachment_330767" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330767" class="wp-image-330767 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-scaled.jpg" alt width="2560" height="752" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-300x88.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-1024x301.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-768x226.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-1536x451.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-2048x602.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-980x288.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-2000x588.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330767" class="wp-caption-text"><em>Jeanne</em> |&nbsp;© Les Films du Losange ;&nbsp;<em>Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc</em> |&nbsp;© Memento Films</p></div>
<h2>En symbiose</h2>
<p><strong>Dans <em>Ma Loute</em>, le principe de symbiose entre les costumes et l’environnement que vous décrivez plus haut semble porté à son paroxysme.</strong></p>
<p>Je suis touchée que cette intention transparaisse, car j’ai parfois des idées en tête qui ne fonctionnent pas aussi bien que je l’aurais imaginé. Pour <em>Ma Loute</em> comme pour d’autres films, la discussion s’est vraiment faite à trois, avec Bruno et le chef opérateur Guillaume Deffontaines, en raison de l’esthétique très particulière (texture, rendu des couleurs, de la lumière, etc.) Nous étions installés à l’école La Générale, à Montreuil, pour fabriquer les costumes. Nous avons fait des essais caméra dans la cour, en même temps que Bruno et Guillaume se sont assurés des filtres qu’ils comptaient utiliser et de différents réglages. Ils assistaient également aux essayages costumes, pendant lesquels nous discutions des matières. Cela m’a notamment permis de prévoir qu’un rouge un peu franc à l’œil virerait plutôt au bordeaux à l’image, et j’ai ainsi déterminé si certaines couleurs devaient être appuyées ou au contraire atténuées en fonction de l’effet recherché.</p>
<p><strong>Alors que <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-simon-beaufils-directeur-de-la-photographie/" target="_blank" rel="noopener">les chefs opérateurs associent l’enjeu de la couleur à la lumière</a>, vous semblez l’associer plus spontanément à la matière.</strong></p>
<p>C’est vrai : des fois, chez un loueur, je regarde cinq imperméables qui se ressemblent à peu de choses près. La plupart tombent à plat pour un ensemble de raisons : le tissage, la coupe, la présence d’une surpiqûre… bref, je n’y crois pas. Comme je le disais plus haut, un vêtement n’est pas qu’une couleur, c’est aussi une matière qui doit être plausible. Quand je travaillais sur Flandres, je recherchais non seulement des teintes précises, mais aussi des lainages, une profondeur dans le tissage, des pièces patinées, pleines de nuances. L’essentiel est de définir dès le début une sorte de code – de couleurs, de matières, de formes – qu’il faut conserver pour s’assurer de la cohérence. Pour rebondir sur ces circulations entre couleur, lumière et matière, je pense à une scène de <em>Joli Joli</em> qui se déroule dans les toilettes d’un cinéma. Je connaissais à l’avance les teintes et la matière du carrelage qui allait être utilisé et j’ai pu penser des costumes en conséquence. Dans le fond des toilettes, une sorte de marbre rétroéclairé créait plusieurs ambiances grâce à des changements de couleurs. La veste que j’ai choisie pour le personnage interprété par Victor Belmondo est en daim et en cuir, deux matières qui réagissent différemment à la couleur et à la lumière, puisque le daim absorbe la lumière, alors que le cuir la reflète. Dans ce décor, c’était idéal, car le cuir prolongeait la brillance du carrelage marron, mais le daim venait casser les reflets et créer du relief.</p>
<p><strong>Vous est-il nécessaire de rencontrer physiquement les comédiens avant de commencer à travailler ?</strong></p>
<p>Pas obligatoirement, mais j’ai besoin de l’image d’un visage, et idéalement d’un corps. Il faut que je puisse comprendre ce qu’il dégage, la couleur de ses cheveux, ses proportions… C’est un point de départ, même si j’ajuste souvent des éléments par la suite. Parfois, lors de l’essayage, je me rends compte qu’un costume sélectionné pour un comédien dont je n’avais qu’une photo ne fonctionne pas bien. À l’inverse, je peux choisir une pièce pour de la simple figuration et quelque chose d’imprévu se passe, comme une alchimie entre la qualité du vêtement et la manière dont il est porté. Il est en tout cas difficile de déterminer précisément d’où viennent les idées : pour la veste pied-de-poule portée par Fabrice Luchini dans <em>Ma Loute</em>, j’avais en tête un vieux dessin animé, <em>Les Fous du Volant</em>. Le personnage joué par Luchini, qui ricane sans arrêt avec sa bosse, me rappelait Satanas, le méchant sournois du dessin animé, et j’ai essayé de reproduire certains de ses traits caractéristiques. En lisant le scénario, je pensais évidemment aux tenues que portaient les conducteurs automobiles au début du XXe siècle, avec leurs cache-poussières et leur casque en cuir, mais j’avais envie de détourner un peu cette référence visuelle. Comme le film est une coproduction allemande, nous étions allés chercher des costumes dans un stock de costumes fabriqués en ex-RDA. Il s’agissait de costumes d’époque, mais réalisés avec des matières synthétiques, ce qui n’était pas réaliste. Je me suis pourtant dit que le décalage pouvait venir de là : un costume pas forcément aussi fin qu’attendu, d’où naît une sorte de bizarrerie.</p>
<div id="attachment_330768" style="width: 2507px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330768" class="wp-image-330768 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4.jpg" alt width="2497" height="1300" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4.jpg 2497w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-300x156.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-1024x533.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-768x400.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-1536x800.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-2048x1066.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-980x510.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-2000x1041.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2497px) 100vw, 2497px"></a><p id="caption-attachment-330768" class="wp-caption-text"><em>Ma Loute</em> |&nbsp;© Memento Films ;<em>&nbsp;Les Fous du volants</em> | © CBS</p></div>
<p><strong>Y a‑t-il des teintes qui vous sont chères et dont vous sentez qu’elles parcourent votre travail ?</strong></p>
<p>J’aime les verts, et j’ai eu la chance de beaucoup les travailler sur les films de Bruno. J’ai une préférence pour les tons rabattus, ces teintes peu franches, pas vives. Je me rends compte que les décors naturels dont je m’imprègne en sont le principal vivier. Quand je pars à la recherche des costumes d’un film, les gammes de couleurs de ce que j’ai pu contempler orientent mon regard. Je réalise, à en parler, que je n’intellectualise pas du tout ce processus : il y a un côté assez organique dans tout cela. Quand je recherche un ton mousse, j’ai besoin d’avoir marché dessus, de l’avoir touchée, d’avoir senti son odeur, d’avoir entendu le son qu’elle fait. Ce rapport synesthésique aux teintes et à la matière est déterminant, à la fin, pour me permettre de croire dans mes propres costumes.</p>
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		<title>Pile ou face</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pile-ou-face/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alessio Rigo et Matteo Zoppis cultivent un cinéma que l’on pourrait qualifier de bio : recyclant les ressources du patrimoine immatériel (les récits de chasseurs et autres fables toscanes, déjà au cœur de leurs premiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pile-ou-face/" title="Read  Pile ou face">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Alessio Rigo et Matteo Zoppis cultivent un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>bio</em> : recyclant les ressources du patrimoine immatériel (les récits de chasseurs et autres fables toscanes, déjà au cœur de leurs premiers travaux documentaires, et qui innervaient aussi <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-legende-du-roi-crabe-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Légende du roi Crabe</em></a>)<em>,</em> leurs films célèbrent à la fois le pittoresque et la nature. La silhouette du Roi Crabe<em>, </em>un marginal mis au ban de son petit village, finissait ainsi, au terme d’un long périple, par se dissoudre dans les paysages majestueux de la lointaine Terre de Feu argentine. La quête de grands paysages, le mirage sud-américain, l’étude critique du folklore italien : les motifs qui intéressent les deux cinéastes les amènent ici assez logiquement – et de manière peut-être trop évidente – à une relecture du western spaghetti. <em>Pile ou Face</em> remonte en quelque sorte aux origines de cette drôle de bâtardise culturelle en s’appuyant sur une matière historique documentée : les tournées européennes, en 1890, du<em> Wild West Show </em>de Buffalo Bill. Depuis l’escapade du Roi Crabe, le regard des cinéastes italiens sur l’Amérique s’est donc déplacé : elle n’apparaît plus comme un territoire d’aventure romantique, mais comme un fantasme importé promouvant aventure et liberté. Au cours de son préambule, le film pose un regard ironique sur la légende du <em>showman</em> (que John C. Reilly interprète de manière grotesque) et les à‑côtés de sa petite entreprise immorale : la présence des Amérindiens dans le casting, amenés à rejouer pour le public occidental leur propre génocide, est soulignée par la mise en scène. Dans l’ombre du ventripotent et volubile Bill, la caméra s’attarde sur le silence et le regard appuyé de ses «&nbsp;collaborateurs&nbsp;» défaits. De cet incipit contrariant le mythe, les deux cinéastes ne tirent cependant pas un anti-western, comme a pu le faire Robert Altman dans <em>Buffalo Bill et les Indiens</em>, mais s’aventurent dans un exercice d’équilibriste consistant à embrasser le genre pour établir ce qui serait un <em>véritable</em> western italien, de surcroît féministe. Construit sur un fait divers – le meurtre, par sa fille Rosa (Nadia Tereszkiewicz), du sénor Rupè, le noble romain promoteur du spectacle de Buffalo Bill –, <em>Pile ou Face </em>égrène les motifs du genre (la chevauchée, l’attaque de train, les révolutionnaires, les truands et les trésors) pour exposer les travers d’une société italienne intrinsèquement violente et misogyne.</p>
<h2>L’horizon et le fond</h2>
<p>Le plan le plus réussi du film, situé très tôt, est aussi celui qui circonscrit parfaitement les contours de ce programme symbolique – syncrétisme du pire entre l’Amérique de la conquête de l’Ouest et l’Italie de la fin du XIXᵉ siècle. Dans une séquence clef, Santino (Alessandro Borghi), jeune vacher italien, défie les cow-boys américains sur leur terrain du rodéo, lors d’un pari lancé entre Buffalo Bill et Rupè. La caméra enregistre alors au ralenti la prouesse du cow-boy italien qui parvient en premier à monter l’étalon sauvage, devant un décor peint de <em>Far West</em> ; un acte héroïque toutefois vidé de sa substance – Santino était censé se coucher devant les « vrais » cow-boys et verra sa vie menacée à cause de son coup d’éclat. Ce plan, en questionnant le geste de pastiche du western spaghetti, introduit un nouvel écart à l’échelle de la courte filmographie des cinéastes : le héros se trouve cette fois dans l’impossibilité de faire corps avec le paysage. L’ennui, c’est que le film peine par la suite à substituer à ce décor peint un tableau vivant des paysages naturels et de la société italienne – tout sonne faux. À travers une série de péripéties attendues, dessinant mollement un schéma d’émancipation féminine, la mise en scène ne tranche jamais entre le premier degré et la distance, l’aventure sincère et le western de pacotille. <em>La Légende du Roi Crabe </em>avançait déjà sur un fil : après une première partie très théorique (et un peu pénible), le film était gagné par un souffle romantique à mesure que la mise en scène se faisait plus éthérée, comme grisée par la lumière de la Patagonie. Les incartades baroques finales de<em> Pile ou Face </em>n’ouvrent cette fois sur aucun horizon où se perdre : Alessio Rigo et Matteo Zoppis, prisonniers de leurs bonnes intentions, se contentent de livrer une petite leçon.</p>
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		<title>Le Sud</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-sud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sorti dix ans après L’Esprit de la ruche, Le Sud forme avec le premier film de Víctor Erice un diptyque historique informel consacré à l’Espagne franquiste. Le cinéaste y répète plusieurs motifs et principes de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-sud/" title="Read  Le Sud">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sorti dix ans après <em>L’Esprit de la ruche</em>, <em>Le Sud</em> forme avec le premier film de Víctor Erice un diptyque historique informel consacré à l’Espagne franquiste. Le cinéaste y répète plusieurs motifs et principes de mise en scène, adoptant le point de vue d’un enfant pour appréhender une époque marquée par la dictature, inscrite dans les paysages austères et silencieux du nord de l’Espagne. <em>Le Sud</em> opère toutefois un double déplacement : d’une part, la jeune Estrella est plus âgée que la petite Ana ; d’autre part, le récit ne se situe plus dans l’immédiat après-guerre des années 1940, mais dans les années 1950, lorsque le silence franquiste s’est durablement installé. Le Sud du titre renvoie à un ailleurs fantasmé par la jeune Estrella, qui a quitté très tôt cette région avec ses parents afin de s’installer dans le nord du pays, pour habiter une maison située entre la campagne et la ville, longée par une route que le père surnomme de manière éloquente « la frontière ». Cette dualité géographique renvoie aussi sur le plan symbolique à une série de fractures à la fois intimes et historiques : le Sud incarne le passé du père, Agustín, marqué par la rupture avec les siens pour des raisons politiques à la suite de la guerre civile, et – on l’apprendra peu à peu – une histoire d’amour laissée derrière lui. Ce sentiment de tristesse est renforcé par la structure du film, articulé autour d’un flashback : il s’ouvre sur Estrella adolescente, au moment où elle apprend la disparition de son père, avant que la narratrice, devenue adulte, ne conte en voix off le récit de son enfance.</p>
<p>La relation entre Estrella et son père prestidigitateur voile la première partie d’une dimension fantastique. Cependant un indice établit aussitôt le statut de cette magie : le plan inaugurant le récit rétrospectif est une image impossible, puisqu’il précède la naissance d’Estrella. Agustín y prédit, grâce à son pendule, le sexe de l’enfant et choisit son prénom, avant que la voix off ne précise que l’enfant a inventé cette image. Comme dans <em>L’Esprit de la ruche</em>, le surnaturel émane du regard d’une petite fille qui sublime un réel qu’elle ne comprend pas. Chez Erice, il ne s’agit en rien d’un émerveillement naïf, mais d’une perception plus complexe et ambivalente, ce que met en évidence un très beau plan-séquence au moment où Agustín initie Estrella à la manipulation du pendule dans le grenier de la maison, cette pièce interdite où il convoquerait des forces occultes. Un lent panoramique suit les mouvements de l’enfant, orchestrés par la voix et les gestes de l’adulte. Les yeux fixés sur l’objet magique, Estrella semble être prise dans une séance d’hypnose, où l’obscurité de la pièce et du cadre sécrète un parfum fantastique et légèrement inquiétant par l’emprise quasi mystique que le père exerce sur sa fille. La magie associée à la figure paternelle relève d’emblée d’une forme de mystification, un aveuglement volontaire qui transforme la dépression et la prostration d’Agustín en un mystère fascinant.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1.png" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330825 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1.png" alt width="1808" height="1080" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1.png 1808w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-300x179.png 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-1024x612.png 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-768x459.png 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-1536x918.png 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-980x585.png 980w" sizes="auto, (max-width: 1808px) 100vw, 1808px"></a>
<p>Se joue ici un déni poignant, celui d’une enfant très proche et admirative de son père, qui doit cependant le réinventer à travers un récit idéalisé pour en dissimuler la part sombre. Mais le mécanisme intime est symptomatique d’un aveuglement collectif plus large. La figure maternelle, qui au début se prête au jeu de sa fille en présentant Agustín comme un magicien, cherche en vérité à éluder les questions sur un passé dont elle ne veut plus entendre parler. Les cérémonies religieuses (la communion du début, le mariage de la fin) jouent un rôle analogue : elles célèbrent une symbiose familiale fallacieuse pour tenter vainement de dissimuler les fractures intergénérationnelles. Une série de dysfonctionnements et d’incongruités viennent contrarier la joie de la séquence de communion : les coups de fusils inexplicables d’Agustín lors des préparatifs ; son inquiétante apparition dans un coin obscur de l’église, son visage émergeant de l’ombre dans une étrange lumière bleutée ; ou encore un lent travelling avant lors des célébrations de l’après-midi, qui voit la caméra s’éloigner de la danse entre Estrella et son père pour venir lentement cadrer en gros plan le voile de la communiante posé sur une chaise. Une dimension politique affleure discrètement : les rituels religieux, décrits par les adultes comme « <em>les plus beaux jours de notre vie</em> » sans qu’ils sachent vraiment pourquoi, renvoient implicitement à l’instrumentalisation de la religion catholique par le régime franquiste, où les valeurs religieuses participaient à l’édification d’un récit artificiel d’unité nationale.</p>
<h2>Un face-à-face impossible</h2>
<p>Au milieu du film, une séquence au cinéma (motif décidément clé chez Erice, qui ouvre sur certaines de ses plus belles scènes, de <em>L’Esprit de la ruche</em> jusqu’à <em>Fermer les yeux</em>) marque un point de bascule dans la perception d’Estrella. Après avoir découvert un papier sur lequel Agustín a griffonné obsessionnellement le nom d’une certaine Irène Ríos, la jeune fille commence à s’interroger sur les secrets que son père dissimule. Des mois plus tard, en remarquant sa moto devant un cinéma, elle retrouve ce nom sur l’affiche d’un film. La séquence s’articule autour d’un double champ-contrechamp : d’abord entre le visage de l’enfant et celui de la femme mystérieuse (Aurore Clément) sur les photogrammes placardés à l’entrée, puis entre celui d’Agustín dans la salle, confronté au même visage incarnant à l’écran une femme fatale. L’image de cinéma devient alors un troisième terme qui trouble la relation père/fille. La révélation pour Estrella est brutale : face à la photographie, elle comprend que son père est <em>aussi</em> un homme, que son existence excède son rôle paternel et qu’elle est de facto exclue d’une partie de sa vie. La beauté de la scène réside dans cette manière dont la jeune fille fait l’épreuve de l’altérité irréductible de son père, non pas à travers son visage, mais par celui d’une autre femme, qui éclaire soudainement la part cachée de la figure paternelle. Elle le suit ensuite à la sortie du cinéma, alors qu’il se rend dans un café pour écrire une lettre destinée à Laura, le vrai nom de l’actrice Irène Ríos. Estrella se présente à lui derrière la fenêtre, avant qu’Agustín ne la rejoigne dehors en laissant sa lettre sur la table. Filmée depuis l’intérieur en un seul plan, la séparation entre le dehors et le dedans figure la vie compartimentée du personnage, où son passé et son présent, sa stature de père et son histoire d’amour restent étanches l’un à l’autre. Lorsqu’il rejoint Estrella, l’embrasure de la fenêtre les sépare verticalement dans le cadre dans un face-à-face contrarié qui répond au double champ-contrechamp précédent. La mise en scène suggère alors qu’on ne peut accéder véritablement à l’autre qu’à travers ce qui le détourne de nous&nbsp;: un objet extérieur, ici le cinéma, permet un déplacement du point de vue.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330824 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="1582" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-300x185.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-1024x633.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-768x475.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-1536x949.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-2048x1266.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-980x606.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-242x150.jpg 242w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-2000x1236.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>À partir de cette séquence, la maturation du regard d’Estrella s’exprime de manière significative par la disparition du surnaturel : Agustín, nous dit-elle en voix off, ne touchera plus jamais à son pendule, tandis que le grenier cesse d’être associé à des forces occultes pour devenir son refuge mélancolique où il ressasse l’histoire d’un amour perdu. La désillusion suscite chez l’héroïne une colère sourde : elle brûle le visage d’Irène sur l’affiche du film, puis tente de provoquer un nouveau face-à-face en se cachant sous son lit, mimant sa propre disparition pour attirer l’attention de la famille, et surtout celle de l’homme qu’elle croyait connaître. Si la scène est déchirante, c’est qu’elle met en œuvre une complicité dans la souffrance plutôt qu’un conflit ouvert : Estrella reproduit ici la première fuite d’Agustín qui avait déjà inquiété toute la famille. Mais cette entente tacite et privilégiée entre eux, construite tout au long du film, a quelque chose de tragique puisqu’elle ne peut pas s’exprimer dans un véritable échange : « <em>À mon silence, il répondait avec le sien. Et tout à coup je compris qu’il jouait le même jeu, acceptant mon défi pour me prouver que sa douleur était beaucoup plus grande que la mienne.&nbsp;</em>» En toute logique, la seule séquence d’explication entre les deux personnages, dans un restaurant blanchâtre et funèbre à la fin du film, se révèlera profondément décevante. Les derniers plans ouvrent pourtant sur une lueur d’optimisme : après la mort d’Agustín, la jeune femme annonce qu’elle part enfin pour ce Sud qu’elle ne connaît qu’à travers les silences et les récits tronqués. Film inachevé, dont une seconde partie devait initialement suivre l’enquête d’Estrella sur les traces de son père, <em>Le Sud</em> suspend son récit au seuil de révélations à venir. Sorti en 1983, soit six ans après la fin du franquisme, le film semble placer son espoir dans une nouvelle génération, décidée à rompre avec le déni et le silence. Comme si une page de l’histoire espagnole restait encore à écrire – non pas en oblitérant le passé, mais en traversant les frontières, géographiques comme symboliques, afin de rendre enfin la parole possible et d’ouvrir les yeux.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Hailey Gates</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-hailey-gates/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique&#160;? Chaque mois, «&#160;Portraits d’Amérique&#160;» part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci&#160;: Hailey Gates, actrice, documentariste...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-hailey-gates/" title="Read  Portraits d’Amérique — Hailey Gates">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique&nbsp;? Chaque mois, «&nbsp;Portraits d’Amérique&nbsp;» part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci&nbsp;: Hailey Gates, actrice, documentariste et réalisatrice. Son premier long métrage </em>Atropia<em>, film de guerre satirique, a remporté le Grand Prix du Jury au dernier Festival de Sundance.</em></p>
<p><strong>Vous avez grandi à Los Angeles avant de vous installer à New York&nbsp;– deux villes au rapport très différent au cinéma. Qu’est-ce qui vous a poussée à faire ce choix&nbsp;?</strong></p>
<p>Je voulais étudier le théâtre expérimental –&nbsp;c’était vraiment mon premier amour&nbsp;– et il n’y avait qu’à New York que l’on pouvait recevoir un enseignement aussi complet dans ce domaine. Il se trouvait qu’un groupe incroyable de créateurs et créatrices issus de l’après-1968 enseignaient encore à ce moment-là. C’était très enthousiasmant&nbsp;: Sam Shepard était mon professeur d’écriture, j’ai aussi eu Richard Foreman et Annie‑B Parson, une chorégraphe formidable… C’est pour cela que j’ai déménagé à New York, et je n’en suis jamais repartie. J’ai aussi étudié en France, à l’École Jacques Lecoq, où on nous faisait faire des exercices complètement loufoques.</p>
<p><strong>Vous avez ensuite travaillé pour <em>The Paris Review</em>, réalisé des documentaires pour <em>Vice</em>, et joué dans des films.</strong></p>
<p>J’ai un parcours assez éclectique, notamment parce qu’il est très difficile de ne vivre que d’une seule activité artistique aux États-Unis. Par exemple, c’est par le biais du syndicat SAG (Screen Actors Guild) que j’ai accès à une assurance santé, ce qui m’oblige à continuer à jouer de petits rôles (rires). J’ai donc aussi une carrière assez étrange de figurante&nbsp;! À un moment, j’ai voulu explorer cette question par le biais du documentaire. J’avais imaginé une série intitulée <em>Bit Part</em>, où je passerais des auditions pour des rôles minuscules dans des projets étranges, comme point d’entrée pour parler de formes de travail d’acteur·rice en marge de l’industrie.</p>
<p><strong>Votre premier long métrage, <em>Atropia</em>, se déroule dans une ville fictive servant de terrain d’entraînement à l’armée américaine en vue de la guerre en Irak. Pourquoi ce sujet&nbsp;?</strong></p>
<p>Je suis devenue obsédée par ces faux villages d’entraînement, avec leurs acteur·rices, leurs décors, leurs effets spéciaux, etc. Très peu de gens ont connaissance de leur existence, y compris aux États-Unis. C’est une sorte de pièce de théâtre qui se joue en continu depuis le début de la guerre en Irak, financée par les contribuables américain·es. Chaque « rotation » de soldats coûte environ vingt millions de dollars et dure un mois – c’est comme produire à chaque fois un énorme blockbuster. J’ai longtemps voulu en faire un documentaire, mais l’occasion s’est présentée de réaliser un court-métrage pour la série <em>Women’s Tales</em> de Miu Miu. J’étais déjà profondément engagée dans la préparation du documentaire et, étant totalement obsessionnelle, je leur ai dit que je n’avais qu’une seule idée. Je pensais qu’ils refuseraient, mais ils m’ont laissé faire le film. Il a été montré à Venise, où j’ai eu la chance de rencontrer Lynne Ramsay. C’est elle qui nous a encouragés à transformer le projet en long, ce qui n’était pas du tout mon intention à l’origine ! Elle m’a littéralement menacée avec sa fourchette et m’a dit : «&nbsp;<em>Si tu ne fais pas un long à partir de ça, je te plante cette fourchette dans la gorge. Un homme va arriver et te voler cette idée</em>.&nbsp;»</p>
<p><strong>Pourquoi avoir finalement renoncé au documentaire&nbsp;?</strong></p>
<p>J’ai continué à le développer, j’ai eu accès à des responsables du Département de la Défense, mais c’était toujours partiel… Et puis je me suis rendu compte de l’absurdité de la situation. Si on regarde la guerre du Vietnam, tous les grands réalisateurs ont fait des films contre la guerre. Pour l’Irak, il existe quelques bons films, mais aucun qui saisisse vraiment ce qui s’est joué culturellement. Beaucoup ont été réalisés en collaboration avec l’armée américaine. Si vous voulez accéder à des bases ou à du matériel militaire, le Département de la Défense relit votre scénario et décide de ce que vous pouvez montrer. Il y a donc un trou culturel énorme, une forme d’amnésie autour de la guerre en Irak. Je voulais faire un <em>M*A*S*H</em> de la génération post-11 septembre. J’ai donc choisi la fiction et l’humour : c’est difficile, mais, à mon sens, il s’agit du seul moyen de parler du caractère profondément macabre de cette période. C’était aussi passionnant de jouer sur les frictions entre documentaire et fiction. Pendant la préparation, j’ai dit à chaque chef·fe de département : tout ce qui a fait de vous quelqu’un de compétent jusqu’à présent ne vous servira à rien sur ce film. Il fallait qu’il ait l’air un peu raté ! Je ne voulais pas faire un film d’atmosphère ; je voulais tenter un grand geste baroque. Les films ne prennent plus beaucoup de risques de cette manière aujourd’hui.</p>
<p><strong>Le personnage principal, Fayruz, est une actrice qui rêve de faire carrière à Hollywood et prend son rôle très au sérieux, alors même que le film flirte constamment avec l’absurde. Cela reflète votre mise en scène&nbsp;: vous avez dit vouloir faire un film «&nbsp;<em>profondément stupide</em>&nbsp;».</strong></p>
<p>Pour moi, l’humour naît toujours du fait de prendre les choses au sérieux. C’est aussi une réflexion sur le fait d’être réalisatrice. C’est absolument ridicule de rassembler autant de personnes pour faire semblant. C’est donc aussi une manière d’admettre l’humour que je trouve dans ce métier. Et oui, je voulais faire un film profondément stupide, car cette situation est profondément stupide. La guerre est profondément stupide. Tragédie et comédie sont intimement liées. Pensez au film de Robert Altman : la chanson « Suicide Is Painless », le tableau de la Cène, puis ces coupes vers des scènes d’opération extrêmement sanglantes. Cette juxtaposition – des blagues enfantines à côté de la réalité de la vie et de la mort – me paraît être un portrait très juste du complexe militaro-industriel américain. C’est ce contraste que je recherchais.</p>
<p><strong>Vous mélangez aussi les genres – la comédie romantique et le film militaire –, deux traditions très ancrées dans le cinéma américain. </strong></p>
<p>J’ai écrit le rôle pour Alia Shawkat, qui interprète Fayruz. Je l’ai appelée et je lui ai demandé ce qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de faire. Elle m’a répondu&nbsp;: «&nbsp;<em>Une romance.</em>&nbsp;» Et je me suis dit&nbsp;: «&nbsp;<em>Oh mon Dieu, comment je vais faire ça&nbsp;?</em>&nbsp;» Mais c’est devenu un défi passionnant. J’ai commencé à faire des recherches, j’ai interviewé des figurant·es et du personnel militaire, et j’ai trouvé quelqu’un qui avait épousé une figurante afghane. Il y avait donc un précédent ! Il fallait réfléchir à ce que pouvait être le romantisme dans un environnement aussi peu propice à la romance.</p>
<p><strong>Vous avez choisi d’épouser le point de vue d’une actrice et non d’un soldat, comme c’est souvent le cas dans les films qui mettent en scène la guerre. Fayruz est très investie dans sa mission, et elle est aussi enceinte.</strong></p>
<p>J’ai vraiment écrit le rôle pour Alia… et elle était réellement enceinte ! Elle m’a appelée pour me l’annoncer, j’étais ravie – puis j’ai raccroché et paniqué. On pensait tourner avant qu’elle ne soit trop visible, mais l’argent n’est pas arrivé, et elle était de plus en plus enceinte, alors on l’a intégrée au scénario. C’est un luxe et une opportunité incroyables de filmer une femme enceinte. Et quand voit-on une femme enceinte avoir une liaison, ou exprimer des désirs ?</p>
<p><strong>En tant que réalisatrice, ressentez-vous une responsabilité de montrer des représentations qui vous ont manquées dans votre propre formation cinéphile, qu’elles concernent la guerre ou la féminité ?</strong></p>
<p>Bien sûr. Beaucoup de films de guerre américains sont ce que l’on appelle ici des <em>shoot and cry movies</em> : des soldats souffrent, regrettent, puis se rachètent. Ça m’énerve profondément. Je voulais faire quelque chose de radicalement différent. Il y a même un moment où un personnage essaie d’avoir ce genre de scène rédemptrice, et elle s’interrompt aussi sec avec une citation de Donald Rumsfeld.</p>
<p><strong>Que retenez-vous des réactions du public&nbsp;?</strong></p>
<p>C’est assez contrasté… mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas de vraie volonté, aux États-Unis, de remettre en question l’impérialisme. Les gens trouvent cela trop politique, alors même que l’on s’accorde presque tous et toutes aujourd’hui pour dire que la guerre en Irak était une erreur. Les jeunes spectateurs, en revanche, réagissent très vivement au film. Je l’ai montré au Japon et j’étais inquiète de la manière dont l’humour allait être reçu. Mais en dehors des États-Unis, les spectateurs sont plus disposés à rire de l’empire américain&nbsp;; ils en connaissent aussi intimement les ravages.</p>
<p><strong>Le film est très ancré dans la guerre en Irak, mais il interroge aussi plus largement le rapport des États-Unis à leur histoire militaire et à leur mise en scène de cette histoire.</strong></p>
<p>Exactement. Je voulais que ce soit un film sur les guerres sans fin. La pièce change, l’ennemi change, les acteurs changent&nbsp;– mais la structure reste la même. Aujourd’hui, ce ne sont plus des répliques de villages irakiens qui se construisent, mais de villages russes.</p>
<p><strong>En grandissant dans les années 1990 et au début des années 2000, quel était votre rapport au cinéma&nbsp;? Le fait de réaliser a‑t-il changé votre manière de regarder les films&nbsp;?</strong></p>
<p>J’ai toujours trouvé que Los Angeles, où j’ai grandi, était un endroit grotesque. C’est une ville où les gens viennent voir leurs rêves se briser, où il y a quelque chose de vraiment terrible. Petite, j’étais une sorte de geek francophile : j’étais obsédée par Godard, Varda, Truffaut… l’enfant la plus insupportable du monde (rires) ! Quand le 11 septembre est arrivé, j’avais 11 ans et j’ai ressenti une étrange humiliation : je dormais lorsque c’est arrivé, pendant que l’histoire se faisait. Je me sentais déconnectée du monde. L.A. me donnait l’impression de vivre dans une banlieue, même si les salles de cinéma de répertoire ont été très importantes pour moi.&nbsp;Pour ce qui est de ma cinéphilie actuelle, c’est difficile, quand on essaie de faire un film, d’en regarder d’autres. Ça rend malade&nbsp;– on est constamment ramené au fait que son projet pourrait ne jamais exister. Cela ne fait que renforcer mon estime pour les cinéastes&nbsp;: j’ai un respect immense pour toutes celles et ceux qui ont réussi à faire un film.</p>
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		<title>En Garde</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/en-garde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Incarcéré pour avoir mortellement blessé son adversaire lors d’un combat d’escrime, Zihan tente à sa sortie de prison de renouer avec son frère, Zijie, qui s’est entre-temps lui aussi spécialisé dans cette discipline sportive. En...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/en-garde/" title="Read  En Garde">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Incarcéré pour avoir mortellement blessé son adversaire lors d’un combat d’escrime, Zihan tente à sa sortie de prison de renouer avec son frère, Zijie, qui s’est entre-temps lui aussi spécialisé dans cette discipline sportive. <em>En Garde</em> se concentre dans un premier temps sur ce dernier, présenté comme un jeune homme candide qui, envers et contre tous, décide de laisser une seconde chance à l’aîné. Si le film entretient d’abord une zone d’ombre autour de la culpabilité de Zihan, il l’évacue dans une seconde partie, dévoilant progressivement comment ce dernier est habité depuis toujours par une grande violence. À travers la relation entre ces deux frères, <em>En Garde</em> actualise en cela l’imaginaire de la rivalité d’Abel et Caïn. Jalousie, violence et rédemption sont transposées dans l’univers codifié de l’escrime, qui devient le théâtre symbolique de l’affrontement de ces deux personnalités.</p>
<p>Le récit peine cependant à dépasser un certain schématisme&nbsp;: Zihan est présenté comme une figure dangereuse et manipulatrice, tandis que Zijie incarne une innocence angélique, presque sacrificielle. Ce dualisme se reflète dans la forme même de la narration, qui épouse alternativement le regard de l’un et de l’autre, en faisant de cet entrelacement une manière de naviguer entre plusieurs genres et intrigues secondaires afin d’étoffer la matière du récit. Ce tissage s’effiloche toutefois lorsque le personnage de Zihan revient au premier plan. La narration délaisse alors ce tressage pour basculer brutalement dans l’horreur. La conclusion est ainsi l’écrin d’un déferlement de violence manifestement pensé pour choquer, tant la séquence tranche avec le reste du film. Si ce revirement final se rêve subversif, il laisse plutôt un goût d’inachevé, tant il apparaît arbitraire et animé par la volonté d’épater.</p>
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		<title>Laurent dans le vent</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laurent-dans-le-vent-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La beauté de&#160;Mourir à&#160;Ibiza, assemblage de trois courts métrages tournés chacun à&#160;un an d’intervalle, devait beaucoup à&#160;sa nature de film fauché existant en dehors du système. Son mode de fabrication insolite était d’une certaine manière...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laurent-dans-le-vent-2/" title="Read  Laurent dans le vent">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La beauté de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mourir-a-ibiza-un-film-en-trois-etes/#:~:text=Mourir%20%C3%A0%20Ibiza%2C%20dr%C3%B4le%20de,ce%20durant%20trois%20ann%C3%A9es%20cons%C3%A9cutives." target="_blank" rel="noopener"><em>Mourir à&nbsp;Ibiza</em></a>, assemblage de trois courts métrages tournés chacun à&nbsp;un an d’intervalle, devait beaucoup à&nbsp;sa nature de film fauché existant en dehors du système. Son mode de fabrication insolite était d’une certaine manière la condition de sa liberté formelle, de l’image numérique&nbsp;<em>lo-fi</em>&nbsp;du premier segment aux passages chantés du troisième. On attendait donc beaucoup de&nbsp;<em>Laurent dans le vent</em>, en espérant que la fraîcheur du coup d’essai ne se diluerait pas dans le passage à un cadre de production plus traditionnel (mais tout de même modeste). Le long premier plan rassure d’emblée : un homme, dont on ne voit que les pieds, se balance dans le vide au-dessus de la montagne, accroché à ce que l’on devine être un parapente. Cette figuration littérale du titre annonce la couleur : Laurent (Baptiste Pérusat) se présente comme un personnage sans but précis et le récit sera, lui aussi, ballotté par les fluctuations du vent.</p>
<p>Le film n’est jamais meilleur que lorsqu’il fait éprouver un sentiment de tâtonnement conditionné par le hasard des rencontres. À&nbsp;29 ans, Laurent est une page blanche. S’il s’exile dans une petite station des Alpes (peu après avoir quitté son boulot et être «&nbsp;<em>parti en cacahuète total</em>&nbsp;») dans l’idée de goûter au calme et à&nbsp;l’introspection, ce déplacement géographique accouche finalement d’une série de rencontres avec différents habitants de la région. Quand Santiago, un improbable geek qui se promène avec une épée et rêve de fonder une colonie viking, lui demande pourquoi il reste ici alors qu’il n’a rien à&nbsp;y faire, Laurent lui rétorque «&nbsp;<em>il y&nbsp;a des gens et des paysages</em>&nbsp;».&nbsp;<em>Laurent dans le vent</em>&nbsp;chemine ainsi au gré de microaventures, sans que l’une prenne le pas sur les autres&nbsp;; c’est d’ailleurs souvent lorsqu’un rythme de croisière commence à&nbsp;se mettre en place (avec une relation romantique, par exemple) que le film prend la tangente pour renvoyer Laurent à&nbsp;sa solitude. Quasiment chaque personne qu’il approche s’avère pourtant, comme lui, rigoureusement seule. Pour un trio de cinéastes, ce principe frise le paradoxe, mais il faut croire que l’inspiration leur vient de figures retranchées du monde.</p>
<p>Si, comme dans&nbsp;<em>Mourir à&nbsp;Ibiza</em>, le casting est composé en majorité de visages inconnus, à&nbsp;commencer par Baptiste Pérusat, qui infuse beaucoup de gaucherie déphasée à&nbsp;son personnage (notamment grâce à&nbsp;sa voix enfantine, sorte de variation masculine de celle d’India Hair), une présence dénote toutefois. Béatrice Dalle joue en effet l’une des rencontres de Laurent, sans que les cinéastes n’arrivent à&nbsp;faire oublier sa&nbsp;<em>persona</em> (le passé libertaire et punk du personnage renforce sciemment cette impression). L’écosystème du film ne semble tout simplement pas fait pour accueillir une star ; les rails sur lesquels le récit s’installe en sa présence (entre amour interdit et confessions en champ-contrechamp) jurent trop avec la singularité du personnage de Laurent. Les réalisateurs apparaissent alors rattrapés par la tentation du scénario bien ficelé (un amour impossible après l’autre), mais ils s’en sortent à la faveur d’un dernier décadrage. C’est à travers une histoire tierce que Laurent trouve une forme de résolution, tandis que sa sœur, Coline (Suzanne de Baecque), s’invite <em>in fine</em>&nbsp;dans le film (elle n’était jusque-là qu’une voix au bout du téléphone). Au réveil, la compagne de Coline lui caresse doucement le dos. En un plan fixe décorrélé du point de vue de Laurent (il n’est pas dans la pièce à&nbsp;cet instant), le but du personnage, confessé plus tôt, s’incarne enfin à&nbsp;l’écran&nbsp;: «&nbsp;<em>Aimer et être aimé</em>&nbsp;». De quoi légitimer l’une des rares coquetteries de ce film mine de rien assez âpre, quelques minutes plus tard&nbsp;: le sous-titrage en français de «&nbsp;Desaparecido&nbsp;» de Manu Chao, tandis que le visage de Laurent est éclairé par la lumière nocturne de la ville à travers la vitre d’une voiture. «&nbsp;<em>Ils m’appellent le disparu, Quand j’arrive je suis déjà parti</em>&nbsp;»&nbsp;: en effet, ça colle.</p>
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		<title>Magellan</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/magellan-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quelle est cette «&#160;ambition d’une espèce particulière, imprécise[1] «&#160;Peu loquace, renfermé, retranché dans son isolement, cet éternel solitaire créait autour de lui une glaciale atmosphère de gêne et de méfiance. Ses camarades pressentaient inconsciemment dans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/magellan-2/" title="Read  Magellan">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle est cette «&nbsp;<em>ambition d’une espèce particulière, imprécise</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330663_224('footnote_plugin_reference_330663_224_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330663_224('footnote_plugin_reference_330663_224_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330663_224_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330663_224_1" class="footnote_tooltip"> «&nbsp;<em>Peu loquace, renfermé, retranché dans son isolement, cet éternel solitaire créait autour de lui une glaciale atmosphère de gêne et de méfiance. Ses camarades pressentaient inconsciemment dans son effacement silencieux une ambition d’une espèce particulière, imprécise, dont le but leur échappait et qui semblait par là plus suspecte que celle de ceux qui briguaient ouvertement les honneurs. </em>» – Stefan Zweig, <em>Magellan</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330663_224_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330663_224_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» (<em>dixit</em>&nbsp;Zweig, dans sa biographie de l’explorateur) qui animait Fernand de Magellan&nbsp;? Aventurier, héros européen, mais aussi brutal colonisateur et mythe falsifié de la première circumnavigation&nbsp;: les pistes étaient nombreuses pour faire son biopic. Mais Lav Diaz en tire davantage un portrait tantôt opaque, tantôt inquiétant, toujours lointain. C’est que son sujet est moins la figure prétendument héroïque que les cendres qu’il laisse derrière lui : celles de la violence coloniale. Connu pour son goût du romanesque (l’inspiration de Dostoïevski) et de la durée (plusieurs de ses films dépassent les six heures), le cinéaste philippin propose ici une œuvre plus resserrée – 2h45 – sans pour autant tourner le dos à&nbsp;la patience dont témoigne son cinéma. La lenteur ne vise pas chez lui à&nbsp;écraser, mais plutôt à&nbsp;faire ressentir une pesanteur. Elle s’impose ici dès le premier plan&nbsp;: une autochtone nue dans la jungle malaisienne s’arrête dans son trajet, tourne la tête et fixe la caméra avec effroi, comme si elle avait vu le visage du diable. Les plans suivants nous informeront que c’est en vérité «<em>&nbsp;l’homme blanc</em>&nbsp;» qui vient de débarquer, personnifié par la figure de Magellan.</p>
<p>Ce sentiment d’une menace latente ne quittera plus le film. De son premier voyage en Malaisie à son ultime traversée vers l’île de Mactan aux Philippines, Magellan reste un corps étranger, y compris en Europe (les séquences au Portugal et en Espagne). Filmé à distance, relégué dans des coins du cadre ou encore surcadré par les enfléchures des bateaux, son corps paraît comme repoussé par l’image elle-même. L’étrangeté de sa présence est par ailleurs accentuée par le fait que Gael García Bernal, acteur internationalement connu, dénote dans le cinéma très confidentiel de Diaz. Son personnage, hagard et boiteux – sa jambe est rongée par la gangrène – s’avance en claudiquant au sein de plans étirés jusqu’à l’épuisement. Ce choix de casting rappelle lointainement celui de Viggo Mortensen dans&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jauja-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Jauja</em></a> de Lisandro Alonso, qui jouait un capitaine dont la stature se délitait au fil d’une errance interminable ; à mesure que Magellan poursuit ses voyages, le navigateur triomphant des manuels laisse place à un homme flottant au milieu de décors où il n’a jamais sa place. C’est surtout durant le long bloc en bateau, constituant le cœur du film, que ce rythme alangui impressionne : rarement aura-t-on vu restituée ainsi la lenteur intrinsèque des voyages du XVIe siècle, entre l’interminable hissage de la grande voile ou encore la mise en place d’une bataille navale filmée à distance. Sans dévoiler toutes les épiphanies plastiques, en particulier les diverses rencontres faites en mer, on peut dire que Diaz superpose à cette longue navigation une dérive mentale : plus le voyage s’enlise, plus Magellan sombre dans la folie.</p>
<h2>Violence sacrée</h2>
<p>Le cinéaste glisse dans le récit des scènes de visions – ou d’hallucinations – de son épouse défunte qui infusent un parfum mortuaire renforcé par le fait que les morts se multiplient là où passe Magellan. Car le film dépeint sans fard la violence de la colonisation catholique, à travers des tableaux terrifiants : des corps encagés au milieu de la jungle, une tribu de Philippins en transe autour d’une statuette chrétienne, un sermon en plan séquence basculant progressivement en scène de soumission collective, ou encore un charnier sur une plage. Cette brutalité est par ailleurs aussi souvent suggérée&nbsp; : ainsi de ce mousse bouleversé, se tenant le visage après une exécution sommaire laissée hors champ – celle d’un personnage décapité pour une relation homosexuelle –, qui exprime bien plus l’horreur de l’action que ne l’aurait fait la vision explicite dudit châtiment. Même dans ces scènes volontiers démonstratives, le film fait montre d’une rigueur formelle qu’il ne faudrait toutefois pas confondre avec une rigidité. La durée, chez Diaz, ne sacralise pas : elle reste poreuse aux aspérités, aux flottements du jeu et aux intonations malhabiles des acteurs.</p>
<p>Ces irrégularités évoquent le cinéma historique d’Albert Serra (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoire-de-ma-mort/#:~:text=Histoire%20de%20ma%20mort%20ressemble,le%20moteur%20du%20cin%C3%A9ma%20serrien." target="_blank" rel="noopener"><em>Histoire de ma mort</em></a>&nbsp;ou&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-mort-de-louis-xiv-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Mort de Louis XIV</em></a>), coproducteur du film, avec qui Diaz partage également le chef-opérateur Artur Tort<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330663_224('footnote_plugin_reference_330663_224_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_330663_224('footnote_plugin_reference_330663_224_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330663_224_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330663_224_2" class="footnote_tooltip">Conjointement avec Lav Diaz lui-même – ces dernières années, le cinéaste était également devenu son propre chef opérateur.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330663_224_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330663_224_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les deux cinéastes ont en commun cette façon de redonner un présent à des icônes du passé : en leur laissant de longues plages de paroles, ils les arrachent à des représentations figées pour les ramener à une matérialité, voire une trivialité. Mais là où Serra pousse cette forme jusqu’à la dissolution (les comédiens semblent perdre pied), Diaz cultive une certaine densité romanesque, portée notamment par les personnages secondaires. C’est le cas du jeune prêtre français à l’accent improbable (Baptiste Pinteaux, autre collaborateur régulier de Serra), et surtout de l’esclave malais capturé au début, possible incarnation d’Henrique de Malacca, l’interprète (et esclave) de Magellan, que la Grande Histoire a longtemps laissé dans l’ombre. Certains chercheurs suggèrent aujourd’hui qu’Henrique aurait pu être le véritable premier homme à boucler le tour du monde<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330663_224('footnote_plugin_reference_330663_224_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_330663_224('footnote_plugin_reference_330663_224_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330663_224_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330663_224_3" class="footnote_tooltip">Thèse développée notamment par Romain Bertrand dans <em>Qui a fait le tour de quoi</em> ? <em>L’affaire Magellan</em>, publié chez Verdier.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330663_224_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330663_224_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, en poursuivant le voyage de Magellan après sa mort. Diaz paraît en faire le réceptacle du point de vue, alors que le navigateur s’enfonce dans la paranoïa, jusqu’à lui donner la parole avec une surprenante voix off à l’issue du film. Le dernier plan, très beau, le représente hagard, debout et couvert de sang, au centre du cadre et d’une jungle dévastée : plutôt qu’un symbole de libération, il est devenu à son tour une figure d’exil et d’opacité, corps ensanglanté indistinct d’un monde laissé en ruines.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330663_224();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330663_224();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330663_224">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330663_224" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330663_224('footnote_plugin_tooltip_330663_224_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330663_224_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> «&nbsp;<em>Peu loquace, renfermé, retranché dans son isolement, cet éternel solitaire créait autour de lui une glaciale atmosphère de gêne et de méfiance. Ses camarades pressentaient inconsciemment dans son effacement silencieux une ambition d’une espèce particulière, imprécise, dont le but leur échappait et qui semblait par là plus suspecte que celle de ceux qui briguaient ouvertement les honneurs. </em>» – Stefan Zweig, <em>Magellan</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330663_224('footnote_plugin_tooltip_330663_224_2');"><a id="footnote_plugin_reference_330663_224_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Conjointement avec Lav Diaz lui-même – ces dernières années, le cinéaste était également devenu son propre chef opérateur.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330663_224('footnote_plugin_tooltip_330663_224_3');"><a id="footnote_plugin_reference_330663_224_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Thèse développée notamment par Romain Bertrand dans <em>Qui a fait le tour de quoi</em> ? <em>L’affaire Magellan</em>, publié chez Verdier.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330663_224() { jQuery('#footnote_references_container_330663_224').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330663_224').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330663_224() { jQuery('#footnote_references_container_330663_224').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330663_224').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330663_224() { if (jQuery('#footnote_references_container_330663_224').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330663_224(); } else { footnote_collapse_reference_container_330663_224(); } } function footnote_moveToReference_330663_224(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330663_224(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330663_224(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330663_224(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/magellan-2/">Magellan</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Top 10 de l’année 2025</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/top-10-de-lannee-2025/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:31:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330511</guid>

					<description><![CDATA[<p>1. Mektoub, My Love : Canto due –&#160;Abdellatif Kechiche 2. Jeunesse (Les Tourments) – Wang Bing 3. Une bataille après l’autre – Paul Thomas Anderson 4. The Rehearsal, saison 2 – Nathan Fielder 5. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/top-10-de-lannee-2025/" title="Read  Top 10 de l’année 2025">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="font-size: 20px;">1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a> –&nbsp;Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> – Albert Serra<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> –&nbsp;José Luis Guerín<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> –&nbsp;Johan Grimonprez<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> –&nbsp;Lav Diaz<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund</span></strong></p>
<p>On a suffisamment répété ces dernières années à <em>Critikat</em> que le cinéma contemporain pourvoyait des films riches et passionnants pour s’autoriser cette fois-ci un constat un peu moins enjoué&nbsp;: non, 2025 ne restera pas dans les archives comme une date incontournable. Ce n’est toutefois pas la peine de s’en alarmer. <em>Primo</em>, parce qu’il faut nécessairement des creux pour que des pics se détachent – la cascade de beaux films (on en a déjà vu plusieurs) ou de titres alléchants que promet 2026 permet sans mal de s’accommoder de ce petit coup de moins bien. <em>Deuxio</em>, parce que cette baisse de régime concerne en vérité moins le cinéma dans son ensemble que certains de ses pôles traditionnellement les plus en vue. La lecture du classement l’atteste : on retrouve dans les dix titres préférés de la rédaction peu de films américains (seul <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em>, 3ᵉ, se distingue dans le champ hollywoodien, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em>&nbsp;finissant 11<sup>e</sup> et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em>&nbsp;17ᵉ) et aucune des œuvres choisies pour concourir dans la compétition cannoise. Ce qui frappe, en revanche, c’est le grand nombre de films documentaires et de fictions mâtinées de réel. À moins que ce ne soit l’inverse : de nombreux documentaires cités cette année dépeignent à un certain degré une mise en scène interne à leurs sujets, qu’il s’agisse de la manière dont les patrons des ateliers textiles de Zhili roulent leurs ouvriers dans la farine (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse — Les Tourments</a></em>, 2ᵉ), des prestations scéniques du matador Andrés Roca Rey (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em>, 6ᵉ), de visions empruntées au western et de situations manifestement interprétées par les habitants du quartier de Vallbona (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a>, 7ᵉ), de la fabrication d’un discours propagandiste (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a>, 8ᵉ) ou de la nécessité de proposer des contre-images venues de Gaza (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a><em>,</em> 20ᵉ)<em>. </em>Et que dire de la saison 2 de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a> </em>de Nathan Fielder (4ᵉ), peut-être l’objet le plus original de l’année, dont le principe implique de rejouer, de décalquer ou de prévoir des actions réelles pour tirer de formes télévisuelles standardisées –&nbsp;la téléréalité, les télécrochets, etc.&nbsp;– une expérimentation oscillant entre la comédie pure et le délire radical&nbsp;? <em>A contrario</em>, des films comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> (5ᵉ), <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> (9ᵉ) <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> (10ᵉ) ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Aventura</em></a> (18ᵉ) ont davantage cherché à actualiser une vieille leçon du cinéma moderne, en prélevant d’un terreau réaliste, de visages d’acteurs non professionnels et d’un mélange de dilatation et d’observation patiente la matière de fictions intrinsèquement nourries d’une vision documentaire.</p>
<p>Reste un objet qui n’épouse pas tout à fait les grandes tendances préalablement décrites : <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>. Perdue longtemps dans les limbes, la suite du <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-uno/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">film de 2018</a> – lui aussi en son temps couronné n°1 du top de <em>Critikat</em> –, entravée par les déboires financiers de Kechiche et différentes polémiques (la présentation d’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2019/mektoub-my-love-intermezzo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Intermezzo</em></a> à Cannes, la plainte pour agression sexuelle classée sans suite à l’encontre du cinéaste), n’est pas le film le plus séduisant ou immédiatement éblouissant de son auteur. Mais il invente, au-delà des caractéristiques des méthodes de tournage de Kechiche (auxquelles son esthétique est parfois trop rapidement réduite), une logique de mise en scène qui n’appartient qu’à lui, entre jeux intertextuels parfois vertigineux (vis-à-vis de <em>Canto uno</em>, mais aussi de l’ensemble de son œuvre), sens inouï de la scène et tentative passionnante de retourner l’élan hédoniste du premier volet. En somme, les films les plus marquants de 2025 ne sont pas nécessairement ceux qui ont répondu aux attentes que l’on plaçait en eux&nbsp;; on se souviendra plutôt de ceux qui ont tracé, au sein de formes composites, une voie qui leur est propre.</p>
<h2>Classements des membres de la rédaction</h2>
<p><strong>Louise Bertin</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sinners/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sinners</em></a>&nbsp;– Ryan Coogler<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a> – Sepideh Farsi<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sorry, Baby</em></a> – Eva Victor<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Aventura</em></a> – Sophie Letourneur<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-simple-accident-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un simple accident</em></a> – Jafar Panahi<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-preuves-damour/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Des preuves d’amour</em></a> – Alice Douard<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-la-lueur-de-la-chandelle/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>À la lueur de la chandelle</em></a> – André Gil Mata<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sept promenades avec Mark Brown</em></a> – Pierre Creton et Vincent Barré<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peaches-goes-bananas/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Peaches Goes Bananas</a></em> – Marie Losier</p>
<p>Mentions spéciales : les métamorphoses des femmes dans&nbsp;<em>On Becoming a Guinea Fowl</em>&nbsp;de Rungano Nyoni, leurs déraillements dans&nbsp;<em>If I Had Legs I’d Kick You&nbsp;</em>de Mary Bronstein, leurs hésitations dans&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/materialists/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Materialists</em></a><em>&nbsp;</em>de Celine Song, et leurs flottements dans&nbsp;<em>No Sleep Till</em>&nbsp;d’Alexandra Simpson.</p>
<p><strong>Damien Bonelli</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> – Albert Serra<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eddington</a></em> – Ari Aster<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/resurrection/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em> – Bi Gan<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em> – James Mangold<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> – Johan Grimonprez<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em> – Richard Linklater<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-brutalist/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Brutalist</em></a> – Brady Corbet</p>
<p>Mentions spéciales : <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Life of Chuck</em></a> de Mike Flanagan et <em>Blue Moon</em> de Richard Linklater.</p>
<p><strong>Étienne Cimetière-Cano</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a> –&nbsp;Abdellatif Kechiche<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> –&nbsp;Johan Grimonprez<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> –&nbsp;José Luis Guerín<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> –&nbsp;Lav Diaz</p>
<p>Mentions spéciales : un plan-séquence (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em>), une longue marche en Normandie&nbsp;(<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sept promenades avec Mark Brown</em></a>), des étreintes musicales (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un parfait inconnu</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Springsteen&nbsp;:&nbsp;Deliver Me from Nowhere</em></a><em>).</em> Et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/quatre-nuits-dun-reveur/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Quatre nuits d’un rêveur</a></em>&nbsp;qui n’ont pas fini de nous tourmenter.</p>
<p><strong>Clément Colliaux</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em> – Kathryn Bigelow<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Trilogie d’Oslo </a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">(Rêves, Amour, Désir</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>)</em></a> – Dag Johan Haugerud<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un Parfait inconnu</a></em> – James Mangold<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> – Albert Serra<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mission-impossible-the-final-reckoning-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mission : Impossible — The Final Reckoning</a></em> – Christopher McQuarrie<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle vague</a></em> – Richard Linklater<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sept promenades avec Mark Brown</a></em> – Pierre Creton et Vincent Barré<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/arco/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Arco</a></em> – Ugo Bienvenu</p>
<p>Mentions spéciales : <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub my Love : Canto due</a></em>, les restaurations Claude Chabrol, première vague, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamour-quil-nous-reste-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Amour qu’il nous reste</a></em>.</p>
<p><strong>Pierre-Jean Delvolvé</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baby-invasion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Baby Invasion</a> – </em>Harmony Korine<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a> – </em>Paul Thomas Anderson<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Aventura</a></em><em> – </em>Sophie Letourneur<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/#:~:text=Dans%20la%20lign%C3%A9e%20des%20derniers,facture%20ne%20laissait%20pas%20pr%C3%A9sager." target="_blank" rel="noopener noreferrer">Bonjour la langue</a></em>&nbsp;<em> – </em>Paul Vecchiali<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-tour-de-glace/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Tour de glace</a></em> <em>– </em>Lucile Hadžihalilović<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em><em> – </em>Wang Bing<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sirāt</a> – </em>Óliver Laxe<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em>&nbsp;<em>– </em>Kathryn Bigelow<br>
10.<em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em><em> – </em> Bi Gan</p>
<p>Mentions spéciales :&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Scénarios</a></em>,&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>,&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a></em>,&nbsp;<em>Destination Finale : Bloodlines,</em>&nbsp;les visions mortifères du décevant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avatar : De feu et de cendres</em></a>,&nbsp;l’admiration contrariée de Richard Linklater (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em>)&nbsp;et James Mangold (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em>).</p>
<p><strong>Clémence Duhornay</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a><em>&nbsp;</em>– Abdellatif Kechiche<br>
2. ex æquo <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sept promenades avec Mark Brown</a></em> – Pierre Creton et Vincent Barré et&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em> – James Mangold<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundtrack to a Coup d’État</a></em> – Johan Grimonprez<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Phoenician Scheme</a></em> – Wes Anderson<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sorry, Baby</a></em> – Eva Victor<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cinquieme-plan-de-la-jetee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Cinquième plan de La Jetée</a></em> – Dominique Cabrera</p>
<p>Mentions spéciales : une scène de danse (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Life of Chuck</em></a>), un morceau de Sam Cook&nbsp;&amp; The Soul Stirrers (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Springsteen : Deliver Me From Nowhere</a></em>) et&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/david-lynch-a-la-galerie-duchamp-dyvetot/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Lynch, encore et toujours</a>.</p>
<p><strong>Fabrice Fuentes</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> – Albert Serra<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/chime/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Chime</em></a> – Kiyoshi Kurosawa<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Les Tourments)</em></a> – Wang Bing<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Agent secret</em></a> – Kleber Mendoça Filho<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson</p>
<p>Mention spéciale : l’ultime « <em>OK</em> » de Jean-Luc Godard dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a>.</p>
<p><strong>Bastien Gens</strong></p>
<p>1. <em>‎<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">‎</a><em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a> </em> – Pedro Pinho<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eephus, le dernier tour de piste</a> </em> – Carson Lund<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundtrack to a Coup d’État</a></em> – Johan Grimonprez<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Invasion</a></em> – Sergueï Loznitsa<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Reherseal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a> –&nbsp;Nathan Fielder<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a></em>&nbsp;– Lav Diaz<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chair-company-saison-1/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Chair Company</a></em> – Tim Robinson et Zach Kanin</p>
<p>Mentions spéciales : <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Aventura</a></em> de Sophie Letourneur, Guillaume Marbeck dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em>, Ubeimar Rios dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-poete-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un Poète</a>, </em>Mark Rylance<em>&nbsp;</em>dans<em> Wolf Hall</em>, saison 2<em>.</em></p>
<p><strong>Marin Gérard</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a></em> – Pedro Pinho<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundtrack to a Coup d’État</a></em> – Johan Grimonprez<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sirāt</a></em> – Óliver Laxe<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Aventura</a></em> – Sophie Letourneur<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em> – Richard Linklater<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Trilogie d’Oslo </a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">(Rêves, Amour, Désir</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>)</em></a>&nbsp;– Dag Johan Haugerud<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Phoenician Scheme</a> </em> – Wes Anderson</p>
<p>Mentions spéciales : <em>Dry Leaf</em>&nbsp;(en attendant une sortie potentielle), <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Retour au pays)</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Histoires de la bonne vallée</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehe</a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">arsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>,&nbsp;deux Hong pour le prix d’un (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ce que cette nature te dit</a></em>&nbsp;et <em>By the Stream</em>), le premier chapitre de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em>, Paul Vecchiali dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Bonjour la langue</a></em>, Maria Cavalier-Bazan dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aimer-perdre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Aimer perdre</a></em>, Tramell Tillman dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/severance-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Severa</a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/severance-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">nce</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/severance-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>.</p>
<p><strong>Ana Ilic</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> <em>Jeunesse</em> (<em>Les</em> <em>Tourments</em>)</a> – Wang Bing<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub, My Love : Canto due</a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche</em><br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> — Albert Serra<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau </a></em> – Pedro Pinho</p>
<p><strong>Corentin Lê</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Retour au pays)</em></a> – Wang Bing<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Les Tourments)</em></a> – Wang Bing<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> – Lav Diaz<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> – Johan Grimonprez<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a> – Sepideh Farsi<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Voix de Hind Rajab</em></a> – Kaouther Ben Hania</p>
<p>Mentions spéciales :&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> de Nathan Fielder, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dracula-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dracula</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Kontinental ’25</em></a>, <em>Beginnings</em> et <a href="http://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinema-du-reel-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sleep#2</em></a> de Radu Jude, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fantome-utile/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Fantôme utile</em></a> de Ratchapoom Boobunchachoke, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baby-invasion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Baby Invasion</em></a> d’Harmony Korine, <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/le-monde-selon-lia" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Better Mont Blanc</em></a> de Jacques Perconte, <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/le-monde-selon-lia" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mechanical Kurdes</em></a> d’Hito Steyerl, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Imago</em></a> de Déni Oumar Pitsaev et <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Echo</em></a> de Moustafa Koulab.</p>
<p><strong>Jean-Sébastien Massart</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a>&nbsp;</em>– Richard Linklater<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a>&nbsp;– Albert Serra<br>
5.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Évanouis</em></a> – Zach Cregger<br>
6.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/together/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Together</em></a> – Michael Shanks<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/substitution-bring-her-back/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Substitution – Bring her Back</em></a> – Danny et Michael Philippou<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un parfait inconnu</em></a> – James Mangold<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/queer/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Queer</a> </em>– Lucas Guadagnino<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-petite-derniere-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Petite dernière</em></a> – Hafsia Herzi</p>
<p>Mentions spéciales : Eloy Pohu dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/enzo-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Enzo</em></a> et Idir Azougli dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/meteors-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Météors</a></em>.</p>
<p><strong>Adrien Mitterrand</strong></p>
<p>1. ex æquo&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Les Tourments)</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Retour au pays)</em></a><em>&nbsp;</em>–<em>&nbsp;</em>Wang Bing<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> –&nbsp;Paul Thomas Anderson<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> –<em>&nbsp;</em>Nathan Fielder<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> –&nbsp;Lav Diaz<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Oui</em></a> –&nbsp;Nadav Lapid<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> –&nbsp;José Luis Guerín<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> –<em>&nbsp;</em>Albert Serra<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/exit-8-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Exit 8</em></a> –<em>&nbsp;</em>Genki Kawamura</p>
<p><strong>Luca Mongai</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a><em>&nbsp;–&nbsp;</em>Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a> </em>– Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a> </em>– Paul Thomas Anderson<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Retour au pays)</a> </em>– Wang Bing<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a> </em>– Pedro Pinho<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>– Nathan Fielder<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Histoires de la bonne vallée</a> </em>– José Luis Guerín<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a> –&nbsp;</em>Lav Diaz<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-feux-sauvages/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Les Feux sauvages</a> </em>– Jia Zhang-ke<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a>&nbsp;</em>– Bi Gan</p>
<p>Mentions spéciales : <em>Dry Leaf, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Put Your Soul on Your Hand and Walk</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sept promenades avec Mark Brown</a>,&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/covas-do-barroso-chronique-dune-lutte-collective/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Covas do Barroso</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-la-lueur-de-la-chandelle/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">À la lueur de la chandelle</a>,&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Invasion</a>, </em>Timothée Chalamet dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em>, Rhea Seehorn dans <em>Pluribus</em>,<em>&nbsp;</em>un visage dans l’eau rouge de<em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Oui</a>, </em>un terrain de baseball dans la nuit d’<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eephus, le dernier tour de piste</a>.</em></p>
<p><strong>Lukas Moreau</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> – Albert Serra<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> – Johan Grimonprez<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Retour au pays)</em></a> – Wang Bing<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Phoenician Scheme</em></a> – Wes Anderson<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Agent secret</em></a> – Kleber Mendonça Filho<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a> – Sepideh Farsi</p>
<p>Mentions spéciales : la dernière partie de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> et la sublime scène du sous-marin de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mission-impossible-the-final-reckoning-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mission : Impossible – The Final Reckoning</em></a>.</p>
<p><strong>Josué Morel</strong></p>
<p>1.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a> – Jean-Luc Godard<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Phoenician Scheme</em></a> – Wes Anderson<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em><em> – </em> Bi Gan<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em> – Kathryn Bigelow<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> – Albert Serra<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Oui</em></a> – Nadav Lapid<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un parfait inconnu</em></a> – James Mangold</p>
<p>Mentions spéciales : un acteur (Sean Penn) après l’autre (Benicio del Toro), Dakota Johnson (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/materialists/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Materialists</em></a>), deux corps qui tombent (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sirāt</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>A House of Dynamite</em></a>), <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lumiere-laventure-continue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Lumière, l’aventure continue</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/f1-le-film/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>F1 – Le film</em></a>, la première moitié d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eddington</em></a>.</p>
<p><strong>Alexandre Moussa</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baby-invasion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Baby Invasion</a></em> – Harmony Korine<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Trilogie d’Oslo </a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">(Rêves, Amour, Désir</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>)</em></a>&nbsp;– Dag Johan Haugerud<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Life of Chuck</em></a> – Mike Flanagan<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a></em> – Pedro Pinho<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sorry, Baby</a></em> – Eva Victor<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-soeurs/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Deux sœurs</em></a> – Mike Leigh<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ce que cette nature te dit</a></em> – Hong Sang-Soo<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/39e-entrevues-belfort/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Invention</a></em> – Courtney Stephens</p>
<p>Mentions spéciales : les spectres énervés de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fantome-utile/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Fantôme utile</a></em>, les sanglots de Paul Vecchiali (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Bonjour la langue</a></em>), les déambulations cauchemardesques de&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a>,&nbsp;</em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/exit-8-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Exit 8</em> </a>et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/presence/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Presence</a></em>&nbsp;et un crépuscule pour des champions (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus</em>, <em>le dernier tour de piste</em></a>). Benicio del Toro chez les deux Anderson et&nbsp;Jessica Pennington dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub my Love : Canto due</a></em>.</p>
<p><strong>Robin Vaz</strong></p>
<p>1.<em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub, My Love : Canto due</a></em>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a></em> – Lav Diaz<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a> – Jean-Luc Godard<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Retour au pays)</a></em> – Wang Bing<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
8.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Histoires de la bonne vallée</a> </em> – José Luis Guerín<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a></em> – Pedro Pinho</p>
<p>Mentions spéciales : <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a>,&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinema-du-reel-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sleep#2</em></a> de Radu Jude, <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/le-monde-selon-lia/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Better Mont Blanc</em></a> de Jacques Perconte ; un enfant avalé dans la profondeur de champ (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sirāt</em></a>), la fête (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/festa-major/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Festa Major</em></a>) et l’amitié (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sept promenades avec Mark Brown</em></a>).</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le Maître du Kabuki</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-maitre-du-kabuki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330492</guid>

					<description><![CDATA[<p>Couvrant plusieurs décennies de la seconde moitié du XXe siècle, Le Maître du Kabuki raconte l’histoire d’une vie : celle de Kikuo, un prodige du Kabuki, cette forme théâtrale japonaise interdite aux femmes durant le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-maitre-du-kabuki/" title="Read  Le Maître du Kabuki">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Couvrant plusieurs décennies de la seconde moitié du XXe siècle, <em>Le Maître du Kabuki </em>raconte l’histoire d’une vie : celle de Kikuo, un prodige du Kabuki, cette forme théâtrale japonaise interdite aux femmes durant le XVIIIe siècle et dont les rôles féminins sont depuis, par tradition, interprétés par des hommes (appelés <em>onnagata</em>). Le&nbsp;récit épouse plus précisément la logique d’un<em> rise and fall</em> émaillé d’importantes ellipses, entre lesquelles Lee Sang-il retient les moments clefs de la trajectoire de son personnage, future star de sa discipline, mais d’origine « impure » (si l’on est normalement <em>onnagata</em> de père en fils, Kikuo est fils de yakuza). De pureté et d’impureté, il est d’ailleurs souvent question entre Kikuo et son ami/rival Shunsuke, ce dernier ayant le Kabuki « <em>dans le sang </em>», ainsi que dans la façon qu’ont les personnages d’aborder l’art du jeu théâtral. Si le héros va connaître une chute spectaculaire après des débuts en fanfare, son style reste cantonné à l’exécution rigoureuse des contorsions et des déclamations propres au Kabuki.</p>
<p>On peut alors voir, à travers les conversations sur la netteté du jeu entre Kikuo et les différentes figures tutrices qui croisent son chemin, un écho à ce que le film accomplit formellement, à savoir une exécution académique au sens premier du terme, calquée sur les modèles des maîtres. Malgré sa durée imposante, <em>Le Maître du Kabuki </em>ne suscite aucun sentiment d’ampleur ; il épouse davantage les traits d’un téléfilm de luxe qui empile les passages obligés (la scène d’enfance matricielle, l’apprentissage à la dure, la rupture entre les deux amis, les retrouvailles amères des années plus tard, etc.). Il y avait pourtant de quoi faire, entre le lyrisme exacerbé du Kabuki et la rivalité potentiellement violente qui se noue entre les deux acteurs, mais Lee Sang-il ne parvient pas à insuffler un élan à son grand récit romanesque. La faute, notamment, à un problème d’intensité dans la mise en scène : trop appliqué, le cinéaste figure les pièces, pourtant nombreuses et longuement filmées, à partir des angles les plus conventionnels qui soient. Supposée épouser une sorte d’extase en montrant Kikuo, au sommet de son art, filmé de dos et illuminé par les projecteurs, la dernière scène du <em>Maître du Kabuki </em>illustre ses automatismes : plutôt que d’en rester à une première vision un brin stylisée et éthérée, Lee Sang-il raccorde plusieurs fois avec le regard ébloui de l’acteur en gros plan, atténuant la force du plan initial, avant de rajouter une ultime réplique – « <em>C’est magnifique…</em> » – qui parachève la scène d’un trop-plein de littéralité.</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/wake-up-dead-man-une-histoire-a-couteaux-tires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330547</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le détective Benoît Blanc (Daniel Craig) reprend son costume d’Hercule Poirot des plateformes dans Wake Up Dead Man, troisième volet de Knives out, franchise que Rian Johnson développe désormais au rythme d’un film tous les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/wake-up-dead-man-une-histoire-a-couteaux-tires/" title="Read  Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le détective Benoît Blanc (Daniel Craig) reprend son costume d’Hercule Poirot des plateformes dans <em>Wake Up Dead Man</em>, troisième volet de <em>Knives out</em>, franchise que Rian Johnson développe désormais au rythme d’un film tous les trois ans. Rien de nouveau sous le soleil&nbsp;: la comédie policière se replie sur ses bases littéraires (Edgar Poe et Agatha Christie, ouvertement cités) et son casting <em>all stars</em>, en tête duquel figurent Josh O’ Connor et Glenn Close. Tandis que le volet précédent – <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/glass-onion-une-histoire-a-couteaux-tires/" target="_blank" rel="noopener"><em>Glass Onion</em></a> – offrait, un peu à la manière de la série <em>White Lotus</em>, un portrait satirique assez réussi des nouveaux riches tuant leur ennui dans des îles privatisées dédiées à leur oisiveté, ce nouveau chapitre affiche une ambition moindre : celle de jouer avec les codes du roman gothique. Dans des décors dignes d’un film de Guillermo del Toro, un prêtre odieux, Wicks (Josh Brolin), fait régner la terreur sur une petite communauté de fidèles. Un autre pasteur, le révérend Jud (Josh O’ Connor), plus jeune et candide, découvre peu à peu les vices de Wicks, avant d’être le principal témoin de son assassinat lors d’une messe pascale.</p>
<p>Si l’enquête menée conjointement par Benoît Blanc et Jud démasque en chaque membre du troupeau une potentielle brebis galeuse, on peine à en saisir la portée exacte. S’agit-il de déplacer Tartuffe chez les évangélistes américains&nbsp;? Comme dans le premier volet de la franchise, où le personnage cubano-espagnol d’Ana de Armas apparaissait comme la grande gagnante d’une lutte d’intérêts entre bourgeois blancs, la «&nbsp;critique&nbsp;» sociale vise ici le consensus le plus plat. Les deux prêtres symbolisent deux versions opposées de la foi et il va de soi que celle qu’incarne Jud, qui préfère les groupes de parole aux sermons, est celle derrière laquelle le film se range. En occultant progressivement la part la plus trouble du personnage de Jud (qui a trouvé dans la religion un moyen de neutraliser ses mauvaises pulsions), Johnson cède à la facilité, comme si le mauvais côté de l’église ne devait être incarné que par le prêcheur corrompu (Wicks), alors que le vice peut aussi se draper derrière les meilleures intentions.</p>
<p>L’intérêt du film réside alors dans le simple jeu&nbsp;: moins celui du <em>whodunit</em> (un peu cousu de fil blanc) que celui du casting, qui semble avoir été pensé dans un esprit aussi léger et récréatif que celui de <em>Mamma mia&nbsp;!</em> Si Daniel Craig a trouvé dans le rôle de Blanc de quoi nourrir sa reconversion post-James Bond, <!-- Je gommerais ce point qui pourrait être mal perçu, car dans les deux cas, il joue des personnages homosexuels. -->les autres acteurs livrent des prestations sans invention, ni fantaisie. Josh Brolin cabotine seul sur le boulevard que lui offre son rôle de prêtre diabolique, là où Glenn Close rejoue son éternel rôle de femme sèche et machiavélique, en mode Marquise de Merteuil blafarde. Bref, on s’amuse peu dans <em>Wake Up Dead Man</em> et la mise en scène de Johnson, appliquée dans ses jeux de clairs-obscurs, ne fait que renforcer l’impression d’inanité produite par ce contenu que Netflix sort encore une fois au moment de Noël, en présupposant peut-être chez ses spectateurs une aspiration au repos mental, voire au grand vide, lors des fêtes de fin d’année. Joyeux Noël !</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Avatar : De feu et de cendres / Mektoub my Love : Canto due</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-avatar-de-feu-et-de-cendres-mektoub-my-love-canto-due/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent d’Avatar : De feu et de cendres de James Cameron&#160;et de Mektoub my Love : Canto due...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-avatar-de-feu-et-de-cendres-mektoub-my-love-canto-due/" title="Read  L’ombre d’un doute — Avatar : De feu et de cendres / Mektoub my Love : Canto due">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avatar : De feu et de cendres</em></a> de James Cameron&nbsp;et de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub my Love : Canto due </a></em>d’Abdellatif Kechiche.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Pierre-Jean Delvolvé, Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement</strong> : Marin Gérard.</p>
<p><strong>Montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2025</p>
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		<title>The Scores (ep. 4) : Julia Tarissan</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-4-julia-tarissan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330691</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Julia Tarissan est réalisatrice, diplômée du Fresnoy. Elle réalise des courts-métrages et des clips musicaux (pour...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-4-julia-tarissan/" title="Read  The Scores (ep. 4) : Julia Tarissan">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Julia Tarissan est réalisatrice, diplômée du Fresnoy. Elle réalise des courts-métrages et des clips musicaux (pour Pablo Altar, NxxxxxS, Timothée Joly…).</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2231817335&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mise-a-mort-cerf-sacre-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>MISE À MORT DU CERF SACRÉ</em></a> BY YÓRGOS LÁNTHIMOS</b></h2>
<p><b>00′00″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>Juste un dialogue sympa. Pour donner un peu de contexte: le père (Colin Farrell) veut être sûr que son enfant (Sunny Suljic), mourant d’une maladie sortie du chapeau, n’est pas en train de lui faire une mauvaise blague.</p>
<p><em>Just a nice little dialogue. For a bit of context: the father (Colin Farrell) wants to make sure that his child (Sunny Suljic), who is dying from a completely out-of-nowhere illness, isn’t playing some kind of sick joke on him.</em></p>
<h2><b><em>JŌHATSU</em> BY ANDREAS HARTMANN &amp; ARATA MORI</b></h2>
<p><b>00′32″ ♪ Original Score by Jana Irmert &amp; Mika Takehara</b></p>
<p>Un documentaire qui suit l’entreprise des « yonige‐ya » (sociétés de « déménagement nocturne ») qui aident des Japonais.es à disparaître, après une expérience vécue ou subie où la honte sociale est insurmontable. Ensemble, ils effacent leur passé et recommencent une nouvelle vie anonymement. Ce son, c’est comme une bombe à retardement.</p>
<p><em>A documentary following yonige-ya companies («night-moving» services) that help Japanese people disappear after having lived through – or been subjected to – experiences so socially shameful they become unbearable. Together, they erase their past and start a new anonymous life. This sound feels like a ticking time bomb.</em></p>
<h2><b><em>THE WHITE LOTUS</em> BY MIKE WHITE</b></h2>
<p><b>01′14″ ♪ Original score by Cristóbal Tapia de Veer</b></p>
<p>Fun fact : Tapia de Veer voulait faire cette BO sombre et étrange, mais Mike White préférait un mood rooftop d’Ibiza. Quand le réal et la prod lui ont recalé sa version longue avec les « ooh-loo-loo-loo » des saisons précédentes, il a claqué la porte pour la saison 4. Class.</p>
<p><em>Fun fact: Tapia de Veer wanted a dark, unsettling soundtrack, while Mike White was aiming for an Ibiza rooftop vibe. When the director and producers rejected his longer version with the famous “ooh-loo-loo-loo” from previous seasons, he slammed the door and quit for season 4. So chic.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><b><em><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330699" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1.jpeg" alt width="1683" height="324" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1.jpeg 1683w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-1536x296.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1683px) 100vw, 1683px"></a>DAHOMEY</em> BY MATI DIOP</b></h2>
<p><b>02′59″ ♪ Wally Badarou — Vesuvio Solo</b></p>
<p>2021. Le film s’ouvre sur la voix d’un trésor du Bénin qui nous parle. Plus tard, on comprend que sur les milliers de trésors que la France a volés au Bénin lors des invasions coloniales, seulement 26 sont rendus. Tout au long du film, on écoute les trésors prendre la parole, avec ce ton grave, doux et englobant. C’est si touchant, et la musique renforce encore ce sentiment. Trop beau.</p>
<p><em>The film opens with the voice of a Beninese treasure speaking to us. Later, we learn that out of the thousands of artifacts stolen by France during colonial invasions, only 26 are returned. Throughout the film, the treasures themselves speak, with a deep, gentle, enveloping tone. It’s incredibly moving, and the music amplifies that feeling. So beautiful.</em></p>
<h2><b><em>GREMLINS</em> BY JOE DANTE</b></h2>
<p><b>05′39″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>La voix de Gizmo est en réalité 100% faite par un acteur : Howie Mandel, qui s’est fait connaître grâce à une blague lors d’un spectacle de stand up. Il avait mis un gant en latex sur sa tête, et soufflé dedans par le nez jusqu’à le faire gonfler comme un poulet… Tout aussi super, les effets pratiques de ce film ont été réalisés par Chris Walas et son équipe, humain.es à qui on doit aussi <i>La Mouche</i> de Cronenberg.</p>
<p><em>Gizmo’s voice is actually performed entirely by an actor: Howie Mandel, who became famous after a stand-up joke where he put a latex glove over his head and inflated it through his nose like a chicken. Just as impressive: all the practical effects in the film were created by Chris Walas and his team, who also worked on Cronenberg’s “The Fly”.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/silent-hill-le-sentiment-des-confins/" target="_blank" rel="noopener"><em>SILENT HILL</em></a> BY CHRISTOPHE GANS</b></h2>
<p><b>06′25″ ♪ Akira Yamaoka — Never Forgive me, never forget me</b></p>
<p>Akira Yamaoka est le compositeur des musiques des jeux vidéo <i>Silent Hill</i>, que Jeff Danna a enrichies pour ce film. On est coincé.es dans une boucle, comme les personnages sont coincés dans ce monde parallèle. Sinon, ce film c’est une bombe visuellement. C’est aussi incroyable que <i>Immortel, Ad vitam</i> de Enki Bilal.</p>
<p><em>Akira Yamaoka composed the music for the Silent Hill video games, which Jeff Danna expanded for the film. We’re trapped in a loop, just like the characters stuck in this parallel world. Visually, the film is like a bomb — as striking as Enki Bilal’s “Immortal, Ad Vitam”.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330700" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2.jpeg" alt width="1683" height="324" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2.jpeg 1683w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-1536x296.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1683px) 100vw, 1683px"></a>
<h2><b><em>THE ANIMATRIX: BEYOND</em> BY KŌJI MORIMOTO</b></h2>
<p><b>08′19″ ♪ Original Score by Susumu Hirasawa</b></p>
<p><i>The Animatrix,</i> c’est une série de 9 courts-métrages (réalisés par des studios japonais et américains), tous supervisés par les sœurs Wachowski. <i>Beyond</i> est le 7ème : il raconte l’histoire d’une fillette qui découvre une maison dans la matrice. Ce compositeur a aussi fait la trop jolie BO du film <i>Paprika</i> de Satoshi Kon.</p>
<p><em>“The Animatrix” is a series of nine short films (made by Japanese and American studios), all supervised by the Wachowski sisters. “Beyond” is the seventh episode and tells the story of a young girl who discovers a house inside the Matrix. The composer also created the beautiful score for Satoshi Kon’s “Paprika”.</em></p>
<h2><b><em>BLADE</em> BY STEPHEN NORRINGTON</b></h2>
<p><b>13′03″ ♪ </b><b>New Order — Confusion (1995 Pump Panel Remix)</b></p>
<p>Peut-être la scène la plus incroyable du film ? Un club rempli de vampires surex qui se reçoivent une pluie de sang en continu pendant 3 minutes. Hot.</p>
<p><em>Possibly the most incredible scene in the film: a club full of overexcited vampires getting drenched in a continuous rain of blood for three straight minutes. Hot.</em></p>
<h2><b><em>ST4R</em> BY JULIA TARISSAN</b></h2>
<p><b>16′30″ ♪ Original score by Migu</b></p>
<p>J’ai découvert la musique de Migu et cette voix angélique au Sample lors d’un concert. Ça a été une évidence: je voulais trop qu’il fasse la musique de mon film. Encore merci d’avoir dit oui et d’avoir fait de si belles choses.</p>
<p><em>I discovered migu’s music and that angelic voice at the Sample during a concert. It was obvious – I absolutely wanted him to compose the music for my film. Thanks again for saying yes and creating such beautiful work.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330701" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3.jpeg" alt width="1683" height="324" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3.jpeg 1683w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-1536x296.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1683px) 100vw, 1683px"></a>
<h2><b><em>TOP OF THE LAKE</em> BY JANE CAMPION</b></h2>
<p><b>19′03″ ♪ Mark Bradshaw — Brothel Search</b></p>
<p>J’aime comme cette musique est entrainante et mystérieuse, dans un bar jazzy et miteux. Et puis, si grave et sérieuse. Ça va super avec cette série, very <em>deep</em>, et exceptionnelle.</p>
<p><em>I love how this music is both catchy and mysterious, in a grimy jazz bar, then suddenly heavy and serious. It fits the series perfectly <i id="mwJA">–</i> very deep and absolutely exceptional.</em></p>
<h2><b><em>LE CINQUIÈME ÉLÉMENT</em> BY LUC BESSON</b></h2>
<p><b>(est accusé de viol, de VSS, et de tentatives d’abus dans un contexte de pouvoir en 2018 par plusieurs femmes)</b></p>
<p><b>21′09″ ♪ Eric Serra — Lucia di lammermoor (feat Inva Mula)</b></p>
<p>Voilà un film à travers lequel j’ai grandi et rêvé de faire des films. Je ne pourrais pas l’oublier. Mais Luc Besson, on préférerait sûrement que tu te retires par toi-même. Cette chanson <i id="mwJA">–</i> un opéra que les spectateurices et acteurices du film regardent <i id="mwJA">–</i> suspend tout : on s’arrête pour écouter et regarder, en même temps que les méchants arrivent pour voler Leloo, la « femme objet» du film, le <i>5th element</i> qui doit tous.tes nous sauver de la fin du monde.</p>
<p><em>This is a film I grew up with, one that made me dream of making movies. I could never forget it. But Luc Besson – we’d probably all prefer you step aside on your own. This song – an opera watched by both the audience and the characters – stops everything. We all pause to listen and look, while the villains arrive to kidnap Leeloo, the film’s “objectified woman,” the Fifth Element meant to save us all from the end of the world.</em></p>
<h2><b><em>EDWARD AUX MAINS D’ARGENT</em> BY TIM BURTON</b></h2>
<p><b>26′00″ ♪ Danny Elfman — The End</b></p>
<p>Mon deuxième film de chevet d’enfance. Pour la création des musiques, Tim Burton raconte qu’il montrait juste des dessins et des images à Danny Elfman pour donner des directions, et je trouve ça super. Chacun son médium. Et btw, Danny Elfman est aussi le créateur du thème des <i>Simpson</i>.</p>
<p><em>My second childhood comfort film. When creating the music, Tim Burton says he would simply show drawings and images to Danny Elfman to guide him. I love that – to each their own medium. And by the way, Danny Elfman also created “The Simpsons” theme.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330702" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4.jpeg" alt width="1684" height="323" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4.jpeg 1684w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-1024x196.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-1536x295.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1684px) 100vw, 1684px"></a>
<h2><b><em>THE LEFTOVERS</em> BY DAMON LINDELOF &amp; TOM PERROTTA</b></h2>
<p><b>30′32″ ♪ Max Richter — A Blessing</b></p>
<p>Ces deux minutes ne sont rien en comparaison du génie de cette série. Pas besoin de continuer à lire ce que je raconte: va faire des courses et installe toi confortablement pour regarder TOUS les épisodes. C’est bouleversant et sublime.</p>
<p><em>These two minutes are nothing compared to the sheer genius of this series. No need to keep reading – go grocery shopping, get comfortable, and watch every single episode. It’s devastating and sublime.</em></p>
<h2><b><em>PROMISING YOUNG WOMAN</em> BY EMERALD FENNELL</b></h2>
<p><b>32′46″ ♪ Anthony Willis — Toxic&nbsp;</b></p>
<p>Une reprise orchestrale de <i>Toxic</i> de Britney Spears pour ce revenge movie, vraiment super bien trouvé.</p>
<p><em>An orchestral cover of Britney Spears’ “Toxic” for this revenge movie – such a smart choice.</em></p>
<h2><b><em>MISE À MORT DU CERF SACRÉ</em> BY YÓRGOS LÁNTHIMOS</b></h2>
<p><b>34′35″ ♪ Ellie Goulding — Burn (Raffy Cassidy cover)</b></p>
<p>L’actrice Raffey Cassidy, adossée contre un arbre avec son ipod dans les oreilles, qui pousse la chansonnette.</p>
<p><em>Actress Raffey Cassidy leans against a tree, headphones on, quietly singing along.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330703" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5.jpeg" alt width="1684" height="323" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5.jpeg 1684w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-1024x196.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-1536x295.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1684px) 100vw, 1684px"></a>
<h2><b><em>LE LABYRINTHE DE PAN</em> BY GUILLERMO DEL TORO</b></h2>
<p><b>35′12″ ♪ Javier Navarrete — Long, Long Time Ago</b></p>
<p>Une chanson qu’on me murmure dans les oreilles, rien qu’à moi, pour me rassurer. C’est aussi bien que sucer son pouce devant ce film, avec un doudou.</p>
<p><em>A song whispered into my ear just for me, to reassure me. It’s as comforting as sucking your thumb with a stuffed toy while watching this film.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/may-december-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>MAY DECEMBER</em></a> BY TODD HAYNES</b></h2>
<p><b>37′21″ ♪ Michel Legrand — Le Messager (réarrangé par Marcelo Zarvos)</b></p>
<p>Dimanche, 22h30, France 2 : le générique de <i>Faites entrer l’accusé.</i> Moi, 10 ans, complètement happée. Comme dans l’émission, le film parle d’un fait divers et cette musique nous met en état d’alerte: on va nous raconter des choses sensationnalistes et terribles. Aujourd’hui, l’enfant victime devenu adulte, Vili Fualaau, se dit offensé par <i>May December</i>, estimant que le film exploite son histoire sans son consentement. Et je crois le comprendre.</p>
<p><em>Sunday night, 10:30 p.m., France 2: the opening theme of “Faites entrer l’accusé”. Me, ten years old, completely transfixed. Like the TV show, the film deals with a true-crime story, and this music puts us on alert: we’re about to be told something sensational and terrible. Today, the victim-turned-adult, Vili Fualaau, has said he feels offended by “May December”, believing the film exploits his story without his consent. And I understand why.</em></p>
<h2><b><em>M3GAN</em> BY GERARD JOHNSTONE</b></h2>
<p><b>39′06″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>Il fallait bien une petite page de publicité… Et c’est un film créé par la boite de James Wan, derrière<i> Conjuring, Annabelle, Saw</i> et tous les autres.</p>
<p><em>There had to be a little commercial break… And it’s a film produced by James Wan’s company, behind “The Conjuring”, “Annabelle”, “Saw”, and many others.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330704" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6.jpeg" alt width="1684" height="312" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6.jpeg 1684w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-1024x190.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-768x142.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-1536x285.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-980x182.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1684px) 100vw, 1684px"></a>
<h2><b><em>CRUEL INTENTIONS</em> BY ROGER KUMBLE</b></h2>
<p><b>39′46″ ♪ The Verve — Bitter Sweet Symphony</b></p>
<p>On était tellement cramponnées à la télé devant ce film avec ma sœur qu’une fois on l’a faite tomber sur moi. Mon bras d’enfant n’avait pas fait le poids face à cette énorme télé cathodique.</p>
<p><em>My sister and I were so glued to the TV watching this film that one day it fell on top of me. My child-sized arm didn’t stand a chance against that massive CRT television.</em></p>
<h2><b><em>WHITE GOD</em> BY KORNÉL MUNDRUZCÓ</b></h2>
<p><b>43′49″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>C’est la fin: tous les animaux craquent (chiens et humains), et c’est la petite fille qui va nous calmer tout ce beau monde, avec sa trompette. C’est le film le plus triste que j’ai jamais vu. On pourrait l’utiliser pour empêcher les gens d’abandonner leur chien.</p>
<p><em>This is the end: all the animals snap (dogs and humans alike), and it’s a little girl who calms everyone down with her trumpet. It’s the saddest film I’ve ever seen. It could be used to stop people from abandoning their dogs.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330705" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7.jpeg" alt width="1493" height="343" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7.jpeg 1493w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-300x69.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-1024x235.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-768x176.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-980x225.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1493px) 100vw, 1493px"></a>
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		<title>Parallax — Aguirre, la colère de Dieu et Magellan</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-aguirre-la-colere-de-dieu-et-magellan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, l’expédition de Magellan de Lav Diaz rappelle celle d’Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog (1972). Magellan, le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-aguirre-la-colere-de-dieu-et-magellan/" title="Read  Parallax — Aguirre, la colère de Dieu et Magellan">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, l’expédition de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener">Magellan</a> <em>de Lav Diaz rappelle celle d’</em>Aguirre, la colère de Dieu<em> de Werner Herzog (1972).</em></p>
<p><em>Magellan</em>, le nouveau film de Lav Diaz, s’apparente à un « anti-biopic » qui dépeint l’envers noir de la figure de l’explorateur. L’avide désir de conquête et de reconnaissance qui l’anime le rapproche de l’un des conquistadors les plus célèbres de l’histoire du cinéma : le héros d’<em>Aguirre, la colère de Dieu</em>. Réalisé en 1972, le film de Werner Herzog suit une poignée d’Espagnols dans une quête d’El Dorado vouée à l’échec. Luttes de pouvoir au sein des expéditions, enrôlement d’un aborigène nommé guide de la caravane, éprouvantes traversées en bateau ou en barque qui révèlent l’âme tourmentée du protagoniste principal… Les deux films partagent des péripéties similaires et visent l’un comme l’autre à dépasser l’iconographie romantique de « l’ailleurs » inexploré, du paradis mirifique que représenteraient les paysages d’Amérique du Sud (<em>Aguirre</em>) ou de Malaisie et des Philippines (<em>Magellan</em>).</p>
<p>Bien que Herzog verse davantage dans une forme de mysticisme – notamment au travers de la bande-originale éthérée de Popol Vuh –, les deux cinéastes portent une attention particulière aux paysages parcourus : les plans longs du cinéma de Lav Diaz, taillés pour épouser le gigantisme de la végétation environnante, laissent vibrer la nature au gré du vent et de la lumière, tandis que Werner Herzog suit ses acteurs marchant péniblement dans la jungle, les pieds dans la boue. Cette quête d’une matérialité accrue sert cependant deux horizons distincts. L’esthétique de Lav Diaz, inspirant un sentiment d’harmonie, s’accorde davantage au mode de vie des tribus locales (quasiment absentes dans <em>Aguirre</em>) qu’à l’épopée de Magellan. Chez Herzog, la caméra portée, ballotée à flanc de falaise ou sur des embarcations de fortune comme le reste du matériel acheminé par les personnages, nourrit une porosité entre le périple du récit et celui qu’aura constitué le tournage (on sait le goût du réalisateur de <em>Fitzcarraldo</em> pour les projets homériques). <em>Aguirre</em> aspire donc plutôt à un cinéma aventurier flirtant avec le documentaire.</p>
<p>Mais les films se rejoignent finalement en un point : ils s’engagent l’un comme l’autre dans une forme de duel avec leur personnage principal, ce que préfigurent leurs scènes d’ouverture respectives. Dans <em>Magellan</em>, la vie quotidienne d’une Malaisienne interrompue par l’approche, hors champ, d’Occidentaux fraîchement débarqués qui occasionne sa fuite. Ce départ du cadre augure la manière dont Magellan va s’arroger le reste du film, devenant le personnage central à la place des aborigènes. Lav Diaz expose ainsi le biais occidental par lequel s’est écrite l’histoire coloniale ; Magellan s’empare d’un récit qui ne devrait pas lui appartenir, ce que rappelle la mise en scène par son ancrage du côté des territoires colonisés. <em>Aguirre</em> débute quant à lui par plusieurs vues de la cordillère des Andes, notamment un panoramique qui suit la colonne de conquistadors et de Sherpas grimpant, le long d’une arête embrumée, jusqu’à un sommet situé aux pieds de la caméra. Si Aguirre, aveuglé par son hubris, pense à tort pouvoir triompher des éléments, cette position en surplomb adoptée par la caméra rend l’entreprise presque dérisoire. Durant un monologue où il s’autoproclame « <em>colère de Dieu</em> », Aguirre adressera d’ailleurs un regard à la caméra, comme pour défier à la fois le film, la nature environnante et le destin. Là où Lav Diaz creuse « à même le sol » une ambition historique et politique, Herzog entend quant à lui rivaliser avec les cieux pour dépeindre une lutte existentielle entre l’homme et la nature.</p>
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		<title>Life of Chuck</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Visiblement pas échaudé par l’échec de l’assez désastreux Doctor Sleep, Mike Flanagan, cinéaste souvent plus inspiré pour la télévision que pour le cinéma, repart vaillamment à l’assaut de la montagne Stephen King. Mais cette fois,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" title="Read  Life of Chuck">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Visiblement pas échaudé par l’échec de l’assez désastreux <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/doctor-sleep/" target="_blank" rel="noopener"><em>Doctor Sleep</em></a>, Mike Flanagan, cinéaste souvent plus inspiré <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sermons-de-minuit/" target="_blank" rel="noopener">pour la télévision</a> que pour le cinéma, repart vaillamment à l’assaut de la montagne Stephen King. Mais cette fois, plutôt que de planter son piolet dans le versant horrifique célébré du romancier américain, c’est à son pan le plus fleur bleue qu’il choisit de s’attaquer. Avec cette adaptation d’une nouvelle du recueil <em>Si ça saigne </em>(2020), Flanagan met à nu la part de mélo qui irriguait ses œuvres précédentes. Avec sa voix off sirupeuse, sa structure narrative de conte et son insistance sur les grands-malheurs-et-les-petits-riens-du-quotidien, <em>Life of Chuck </em>est un film d’une sentimentalité si premier degré qu’on a l’impression que Blanche-Neige, ses sept nains et tous les lapins de la forêt nous courent après armés de gourdins gravés du mot « pleure ». Mais c’est précisément cette candeur qui permet au film de renouer avec une tradition de l’épopée familiale fantastique hollywoodienne qui irait, disons, de <em>La vie est belle </em>à <em>Family Man</em>, en passant par <em>Big</em>.</p>
<p>Le film, divisé en trois segments de longueur hétérogène, raconte une existence à rebours (ou presque), en partant de la mort d’un homme pour finir par la prédiction de celle-ci dans le grenier de sa maison d’enfance. L’intensité émotionnelle du récit tient à un procédé fort simple : le contraste permanent d’échelles, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. La première partie du film nous raconte qu’une vie qui s’éteint – même celle d’un simple comptable – implique la fin d’un monde. Situé dans un univers fictif ravagé par les catastrophes climatiques et où de mystérieux encarts publicitaires à la gloire d’un certain Chuck (Tom Hiddleston, en successeur débonnaire de Tom Hanks et James Stewart) apparaissent partout sans explication, ce segment figure, on le comprend vite, l’agonie du protagoniste comme une apocalypse. La suite du film, loin de cet horizon spectaculaire, insiste davantage sur la dimension très prosaïque, presque anecdotique, de ce qui constitue une existence : l’expérience de la perte (des parents, des grands-parents, de la maison de l’enfance) et quelques belles rencontres (avec des enseignants, des partenaires de danse, une partenaire de vie). Ce sont les derniers mots de réconfort de ceux qu’on laisse derrière soi, sur son lit de mort ; c’est la passion d’une grand-mère pour les comédies musicales ou un poème de Whitman récité dans le brouhaha par une institutrice timide ; c’est un moment d’allégresse solitaire immortalisé par une simple cicatrice. C’est infiniment peu, et ce n’est pourtant pas rien.</p>
<p>On aurait rêvé, notamment devant la séquence centrale de danse de rue – indigne des références citées par Flanagan –, que ce film ait été tourné à l’ère classique par Capra ou, aujourd’hui, par Spielberg, que ce scénario ait atterri entre les mains d’un cinéaste plus flamboyant. Mais il y a quelque chose dans la fadeur de son esthétique Netflix – avec son image brillante, ses couleurs pastel, ses fonds flous et ses figures nettes – qui fait malgré tout sens ici. N’est-elle pas la nouvelle grammaire visuelle classique, le régime d’images de nos vies minuscules, de nos dîners solitaires devant nos écrans, après de longues journées de travail, de l’oubli du monde bien réel qui s’effondre autour de nous ? En outre, si Flanagan se fait parfois trop petit devant son récit, sa mise en scène parvient malgré tout à une forme de limpidité qui rejoint son sujet en redoublant les jeux d’échelle du scénario par des plans récurrents où les personnages semblent miniatures face à des espaces immenses (un ciel étoilé, une bibliothèque surchargée, un stade vide). Dans ce numéro d’équilibrisme permanent entre <em>feel-good movie</em> et rumination sinistre sur la médiocrité de l’existence, <em>Life of Chuck</em> atteint son objectif&nbsp;: toucher droit au cœur.</p>
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		<title>L’Engloutie</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lengloutie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:29:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Louise Hémon, repérée pour ses documentaires et comme metteuse en scène de théâtre, réalise avec L’Engloutie son premier long-métrage, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes. Tout débute ici par une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lengloutie/" title="Read  L’Engloutie">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Louise Hémon, repérée pour ses documentaires et comme metteuse en scène de théâtre, réalise avec <em>L’Engloutie </em>son premier long-métrage, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes. Tout débute ici par une friction entre deux mondes : en 1899, une jeune institutrice laïque et républicaine, Aimée (Galatea Bellugi), débarque dans un hameau inhospitalier des Hautes-Alpes pour faire l’école à une poignée d’enfants. Le film creuse son versant sociohistorique en esquissant le portrait de la petite communauté montagnarde à travers le regard de la jeune femme : Aimée, investie dans sa mission éducative, se fond peu à peu dans le groupe, assistant notamment aux veillées au coin du feu, où l’on écoute les récits légendaires et superstitieux des anciens. Une nuit de fête, elle séduit un jeune homme dont la disparition, qui reste hors champ, marque un tournant dramaturgique. Les jolis plans pris dans le blizzard, que la cinéaste multiplie avec une pointe de complaisance, ne laissent presque aucun doute quant au sort tragique du personnage (dont on suppose que le corps devrait réapparaître au printemps), mais l’incertitude entretenue sur les causes de sa volatilisation encourage simultanément l’excommunication de la jeune femme (les soupçons se portent petit à petit sur elle) et le basculement du récit.</p>
<p>Dans la deuxième partie du film, Aimée se retrouve submergée par ce que l’on comprend être des phénomènes pulsionnels en rapport avec la vallée : les soirs d’avalanche, marqués par des pics de libido, deviennent pour elle la caisse de résonance de ses émois charnels. Par cette manière de lier les forces de la nature à l’intériorité du personnage, Louise Hémon installe – sans jamais l’explorer tout à fait – la dimension fantastique et horrifique de son film. Tout en conservant une part d’étrangeté, cette incarnation du désir féminin s’égare hélas dans une forme trop scindée entre sa veine documentaire et les accents irrationnels du conte. En jouant dans sa seconde partie sur plusieurs tableaux à la fois (fantastiques, sentimentaux et féministes), le film finit même par verser dans une sursignification en contradiction avec son apparent mystère (Aimée devient, <em>in fine</em>, une sorte de veuve noire sévissant dans les parages, figure diamétralement opposée à celle de l’institutrice bienfaitrice qu’elle incarnait à son arrivée). <em>L’Engloutie </em>séduit davantage dans ses premières scènes par le sérieux avec lequel il se frottait à la matérialité de son environnement âpre et ancestral, de l’observation des coutumes villageoises à la restitution du dialecte vivaro-alpin. Se détachent ainsi quelques séquences de reconstitution paysanne, comme celle où la caméra capte, dans un clair-obscur, le « faire gauchette », sorte de jeu où l’on mange un morceau de pain trempé dans de la gnôle et qui est ensuite enflammé. Le film n’est jamais meilleur que lorsqu’il s’en tient à cette sécheresse documentaire, qui joue notamment d’un contraste entre l’aveuglante blancheur des jours et la sous-exposition des plans nocturnes. Dommage toutefois qu’il se détourne de cette veine pour privilégier un imaginaire au symbolisme appuyé.</p>
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		<item>
		<title>Ciné-club Critikat : Starting Over</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-starting-over/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Dec 2025 11:06:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En amont de la sortie de Ella McCay, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 29 décembre à 20h aux 3 Luxembourg&#160;pour découvrir un film méconnu écrit et produit par James L. Brooks :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-starting-over/" title="Read  Ciné-club Critikat : Starting Over">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En amont de la sortie de <em>Ella McCay</em>, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2195041-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 29 décembre à 20h aux 3 Luxembourg</a>&nbsp;pour découvrir un film méconnu écrit et produit par James L. Brooks : <em>Starting Over </em>(<em>Merci d’avoir été ma femme</em>) de Alan J. Pakula.&nbsp;La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-330526 size-large aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<item>
		<title>Avatar : De feu et de cendres</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 14:00:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et maintenant&#160;? C’est la question que l’on se posait au sortir de La Voie de l’eau. Si le film était très beau, il laissait peu de perspectives pour imaginer le futur de la franchise Avatar,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/" title="Read  Avatar : De feu et de cendres">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Et maintenant&nbsp;? C’est la question que l’on se posait au sortir de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-la-voie-de-leau/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Voie de l’eau</em></a>. Si le film était très beau, il laissait peu de perspectives pour imaginer le futur de la franchise <em>Avatar</em>, animé par le désir prégnant (du moins dans les deux précédents volets) de toucher du doigt le ravissement d’une première fois. Le film s’achevait d’ailleurs sur une note ambivalente, entre un rejeu légèrement décevant du dernier plan <a href="https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/que-reste-t-il-davatar/" target="_blank" rel="noopener">du <em>Avatar</em> originel</a> (une paire d’yeux fixant la caméra en même temps qu’elle s’ouvrait au monde) et une communion poignante de Sully avec son fils aîné mort au combat. <em>De feu et de cendres</em> commence là où le précédent volet s’éteignait : moins dans la célébration hédoniste d’une jouissance à vivre sur Pandora que dans une version alternative de la planète semblable à des limbes, où vivants et morts peuvent momentanément se retrouver. C’est l’heure du deuil. Point de départ passionnant : Cameron aurait pu acter que l’innocence était pour de bon finie ; qu’il lui faudrait désormais abandonner la plénitude des commencements recommencés pour embrasser un sentiment nouveau, celui d’une perdition. Dans un premier temps, sa mise en scène ordinairement très nette ne s’attelle pas à magnifier la flore extraterrestre, mais plutôt à déchirer les plans par des changements de focale heurtés, mesurant la distance qui se creuse entre les personnages. Sully se tait, quand Neytiri sombre dans un mélange de tristesse aiguë et de névrose raciste à l’égard des humains, responsables de la mort de son enfant.</p>
<p>Sauf que, évidemment, ce film-là n’est pas possible, pour des raisons à la fois économiques – imagine-t-on Disney sortir un film de deuil de 3h17 destiné à rapporter au moins deux milliards de dollars ? –, et liées à la nature même de la saga, qui n’a jamais réellement reposé sur les aventures de Sully et de ses amis. <em>Avatar</em> est à ce titre une franchise curieuse&nbsp;: son potentiel d’attraction ne repose pas sur son «&nbsp;univers&nbsp;» (à l’inverse, disons, de <em>Star Wars</em> ou d’<em>Harry Potter</em>) ni sur ses personnages, mais sur une promesse d’inédit technique (la 3D en 2009, le&nbsp;HFR en 2023) et de grand spectacle orchestré par un spécialiste de la question. Sur ce point, force est de constater que <em>De feu et de cendres </em>est le premier <em>Avatar</em> qui ne marque aucun renouveau technologique ; il témoigne même d’une certaine régression, ou du moins amplifie une limite de <em>La Voie de l’eau</em>&nbsp;: son usage du HFR variable (oscillant entre 24, 48 et 60 images par seconde). Si le deuxième volet affichait en la matière quelques bizarreries de montage – au cœur d’une même scène d’action, le nombre d’images repassait parfois à 24 par seconde sans que l’on comprenne pourquoi –, il faisait aussi de ce dispositif élastique le ferment d’un véritable vertige, le décuplement des <em>frames</em> ayant valeur de traversée du miroir vers un autre rapport sensoriel au monde – cf. la première plongée sous-marine. Mais ici, il n’y a pas une scène, pas un plan où les oscillations du HFR ouvrent sur une idée proprement formelle ; pire, le retour ponctuel aux 24 images par seconde produit la sensation d’une pénible saccade. Cette impression d’un montage brouillon, on la sent aussi plus largement à l’échelle du récit et du grand assemblage qu’il opère&nbsp;: jamais un film de Cameron n’avait paru à ce point avancer laborieusement, dans un éclatement de lignes narratives qui rapproche ce nouvel <em>Avatar</em> du tout-venant du blockbuster hollywoodien, contaminé par le modèle du montage alterné fixé par <em>Le Seigneur des anneaux</em> de Peter Jackson et l’influence de l’écriture sérielle.</p>
<h2>Sur les cendres du blockbuster numérique</h2>
<p>Que raconte donc ce troisième <em>Avatar</em>, puisqu’il n’est pas le récit d’un deuil, ni d’un recommencement&nbsp;? Là où <em>La Voie de l’eau</em> ambitionnait à peine tacitement de <em>remaker</em> le premier volet en mieux, <em>De feu et de cendres</em> essaie quant à lui de refaire <em>La Voie de l’eau</em>. Et quand on dit refaire, c’est refaire en moins bien, en multipliant des micro-scènes filmées à l’identique (l’incendie d’un village, la chasse au tulkun, une attaque de monstres sous-marins, etc.) et des blocs entiers&nbsp;; l’affrontement final, décalque pas très inspiré de celui du précédent volet. Les nouveautés sont rares&nbsp;: une belle bataille aérienne inspirée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mad-max-fury-road/" target="_blank" rel="noopener"><em>Mad Max&nbsp;: Fury Road</em></a> où la mise en scène de Cameron s’amuse d’un foisonnement de matières, une tribu belliqueuse de Na’vis continuant de tisser (mais cette fois de manière soulignée) des liens entre Pandora et l’héritage du western… et c’est à peu près tout. On s’en moquerait si le film creusait un sillon singulier, car la force d’un metteur en scène ne réside pas dans son imaginaire, en particulier pour Cameron<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330328_244('footnote_plugin_reference_330328_244_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330328_244('footnote_plugin_reference_330328_244_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330328_244_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330328_244_1" class="footnote_tooltip">C’est malheureux à dire, mais la fadeur de ce troisième volet ne fait que rendre plus saillantes les faiblesses de l’imaginaire d’<em>Avatar</em>, allègrement ciblées par les détracteurs de Cameron lors de la sortie de <em>La Voie de l’eau</em>&nbsp;: tropisme pour les bidasses, familialisme un peu lourdingue, etc. On peut toujours considérer ces éléments comme secondaires dans le ratage du film, mais la mise en scène ne les contrebalance plus.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330328_244_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330328_244_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a>, mais dans son écriture. Il y a par exemple un monde entre les nouvelles de Lovecraft et celles des auteurs qui ont décidé de prolonger sa mythologie&nbsp;; un monde qui s’appelle le style. On l’écrit dès lors avec beaucoup de tristesse&nbsp;: <em>De feu et de cendres</em> laisse entrevoir à quoi ressemblerait un <em>Avatar</em> réalisé par quelqu’un d’autre que James Cameron. Ou pour aller plus loin encore&nbsp;: par un maître d’œuvre plutôt que par un cinéaste.</p>
<p>Cette fois, Cameron s’est donc planté. Et avec son échec, c’est un constat, pas moins triste, qui s’affirme : la fin d’un certain âge d’or du blockbuster numérique, envisagé comme un terrain de jeu pour investir les possibilités offertes par de nouveaux outils. Ce champ du cinéma hollywoodien était déjà quasi mort depuis la fin des années 2010&nbsp;; on sait maintenant que <em>La Voie de l’eau</em>, plutôt que la promesse d’un renouveau, tenait davantage du chant du cygne. Quant à Cameron, on lui souhaite de passer à autre chose, tant il paraît clair que Pandora ne le stimule plus beaucoup. <em>De feu et de cendres</em> a beau s’achever sur la célébration des deux corps les plus mutants du récit, vaisseaux d’un transhumanisme reconfiguré, il s’agit de son ouvrage le plus générique. Un adjectif qu’on n’aurait jamais pensé accoler un jour à un film de James Cameron.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330328_244();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330328_244();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330328_244">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330328_244" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330328_244('footnote_plugin_tooltip_330328_244_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330328_244_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C’est malheureux à dire, mais la fadeur de ce troisième volet ne fait que rendre plus saillantes les faiblesses de l’imaginaire d’<em>Avatar</em>, allègrement ciblées par les détracteurs de Cameron lors de la sortie de <em>La Voie de l’eau</em>&nbsp;: tropisme pour les bidasses, familialisme un peu lourdingue, etc. On peut toujours considérer ces éléments comme secondaires dans le ratage du film, mais la mise en scène ne les contrebalance plus.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330328_244() { jQuery('#footnote_references_container_330328_244').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330328_244').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330328_244() { jQuery('#footnote_references_container_330328_244').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330328_244').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330328_244() { if (jQuery('#footnote_references_container_330328_244').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330328_244(); } else { footnote_collapse_reference_container_330328_244(); } } function footnote_moveToReference_330328_244(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330328_244(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330328_244(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330328_244(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/">Avatar : De feu et de cendres</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Boys in the Band – Mysterious Skin</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/" title="Read  Boys in the Band – Mysterious Skin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: </em>Mysterious Skin<em> et la mise en scène des traumatismes sexuels.</em></p>
<p>Dans <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/" target="_blank" rel="noopener">ma chronique précédente</a>, je n’ai sans doute pas tout dit sur ma mère, mais j’en ai certainement dit trop peu sur <em>Mysterious Skin</em> de Gregg Araki, un film passionnant à de nombreux égards. Avant de rédiger ce texte, j’envisageais de m’intéresser à une autre thématique&nbsp;: celle de la mise en scène explicite des violences sexuelles dans le cinéma <em>queer</em>, une question autour de laquelle je tourne depuis un certain temps dans l’exercice de mon métier d’enseignant. L’idée m’en est venue, il me semble, à une projection de <em>La Piel que habito </em>de Pedro Almodóvar que j’organisais à Poitiers. Une fois la lumière rallumée dans la salle, j’ai lu avec désarroi l’expression de choc sur les visages de mes étudiant·es venu·es assister à la séance. Ces dernières années, la sensibilité très vive des jeunes cinéphiles à la représentation cinématographique des violences sexistes et sexuelles m’a fait réaliser que, sans que j’en aie conscience, cet enjeu revenait très régulièrement dans les exemples que j’utilisais dans le cadre de mes cours ou dans les films que je programmais dans mon ciné-club. Chaque fois, c’était le silence embarrassé de la salle, les yeux baissés, les rictus crispés qui me faisaient réaliser, après-coup, ce que les œuvres que j’avais choisies de montrer pouvaient avoir de dérangeant. De nombreux films <em>queer </em>que j’ai souhaité leur faire découvrir, tels que <em>Female Trouble </em>de John Waters, <em>Nowhere </em>de Gregg Araki ou <em>Poison </em>de Todd Haynes ont en commun de mettre en scène des viols et des agressions corporelles de manière explicite (et parfois sur un mode ironique) –&nbsp;ce sont des images difficiles à digérer pour une génération biberonnée à <a href="https://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=28225.html" target="_blank" rel="noopener"><em>Heartstopper</em></a><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_246_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_1" class="footnote_tooltip">Une série Netflix adaptée d’une BD elle-même très populaire.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_246_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, pour qui le terme <em>queer </em>rime avec bienveillance et inclusivité. Dans nos échanges, je les ai souvent senti·es mal à l’aise dès lors que des comportements problématiques étaient représentés à l’écran&nbsp;; en particulier lorsqu’ils l’étaient d’une manière qui leur semblait trop explicite ou ambigüe. Le soir de cette projection, la discussion passionnante qui a suivi le visionnage m’a cependant amené à formuler l’hypothèse que la monstration explicite du viol dans <em>La Piel que habito </em>me semblait en réalité moins problématique et hypocrite que son escamotage dans <em>Parle avec elle</em>, que j’avais revu quelques mois plus tôt avec une certaine gêne. Sous couvert de neutralité, l’ellipse du viol procédait en l’occurrence d’une édulcoration davantage complaisante que la violence glaçante de <em>La Piel que habito</em> qui, à sa manière, me paraissait plus morale dans sa façon de positionner le spectateur par rapport aux événements représentés.</p>
<p>Ni <em>Parle avec elle</em>, ni <em>La Piel que habito</em> ne pouvant tout à fait être considérés comme des films gais ou <em>queer</em>, j’en reviens à <em>Mysterious Skin</em> qui constitue à mes yeux un modèle de prise en charge cinématographique du motif des violences sexuelles, dans sa façon de tresser l’implicite et l’explicite d’une manière qui ne nie pas les aspects ambivalents des expériences traumatiques. Le film me touche particulièrement par la manière très fine et complexe dont il parvient à se placer par rapport au défi quasiment insurmontable posé par sa thématique. La qualité irreprésentable de la violence pédophile soulève en effet de nombreuses difficultés : l’évidente impossibilité de reconstituer l’acte devant la caméra, le risque de basculer dans le voyeurisme ou le sensationnalisme en cédant au spectaculaire, et le danger équivalent d’une euphémisation qui pourrait en édulcorer la violence pour les spectateur·rices. <em>Mysterious Skin </em>atteint une forme d’équilibre idéal au sens où 1) il laisse le spectateur libre en lui donnant à voir et à entendre des points de vue contradictoires sur les mêmes événements&nbsp;; 2) en même temps, il se positionne <em>réellement</em> par rapport à son sujet, c’est-à-dire que, contrairement à <em>Parle avec elle</em>, il ne feint pas l’objectivité et la distance pour mettre les problèmes sous le tapis. En témoigne la première scène d’agression de Neil enfant (Chase Ellison) par son coach Heider (Bill Sage), que Neil adulte (Joseph Gordon Levitt) raconte une quinzaine de minutes après le début du film. L’ensemble des choix formels opérés participe d’une complexité de la représentation : l’agression, sans être explicitement montrée, est suggérée sans ambiguïté de manière à susciter le malaise chez celui ou celle qui regarde ; le spectateur se retrouve à la fois à la place de la victime et confronté à la complexité de ses affects face à l’événement.</p>
<p>La séquence, découpée en trois temps, procède d’une logique de glissement, qui témoigne de façon très juste du mécanisme de prédation pédophile. Au départ, les rapports entre Neil et son entraîneur sont placés sous le signe de l’innocence et du jeu – même si le spectateur, contrairement au petit garçon, n’est pas dupe des intentions de l’homme. Neil et Heider s’engouffrent dans la maison de ce dernier, plongée dans une pénombre bleutée à la lisière du surnaturel<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_246_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_2" class="footnote_tooltip">C’est d’ailleurs cette lumière bleue qui fera envisager à Brian, le camarade de Neil, qu’il a été kidnappé par des extraterrestres.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_246_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, tandis que le coach félicite Neil pour sa performance au match du soir. Il allume l’éclairage du salon, baignant l’espace dans une lumière chaude et accueillante. Neil, filmé en plan rapproché, s’installe dans un pouf où il est rejoint par son coach : ce dernier se place au même niveau que l’enfant, se comportant comme s’ils étaient égaux. Il est excité de lui montrer les polaroïds qu’ils ont pris lors de la précédente visite du garçon. Une première rupture est marquée lorsque, dans une série d’inserts sur l’album rempli de photographies de Neil, retentissent quelques notes de synthé qui viennent troubler l’espace sonore. Une deuxième survient dans un insert encore plus rapproché sur l’index du coach qui désigne une photographie de l’album : celle sur laquelle, précisément, il a enfoncé son doigt dans la bouche de Neil, une image dont le spectateur perçoit immédiatement l’aspect obscène. Le coach contredit Neil, qui se trouve<em> «&nbsp;l’air stupide</em> » : son doigt caresse la photographie tandis qu’il ajoute : « <em>Tu as l’air parfait… Ton expression… Comme si tu faisais un rêve merveilleux…&nbsp;</em>». De retour au plan d’ensemble, le coach caresse la cuisse de l’enfant, en lui susurrant qu’il a pensé à lui toute la semaine, mais Neil, gêné, l’interrompt en prétextant qu’il a faim.</p>
<p>La séquence se poursuit dans la cuisine où l’homme ouvre un placard rempli de friandises : Neil choisit une marque de céréales que sa mère n’a pas les moyens de lui offrir. À nouveau, ce passage est marqué par plusieurs ruptures de ton. Lorsque Neil répand par mégarde le contenu d’un paquet de céréales et lâche un juron (<em>«&nbsp;Shit&nbsp;»</em>), il guette la réprimande d’un air inquiet, mais le coach se contente de déposer son index (encore !) sur les lèvres de l’enfant gêné. L’homme se déride aussitôt, commençant à son tour à éventrer les paquets de céréales et à en répandre le contenu dans les airs en riant aux éclats, bientôt accompagné par le petit garçon. Une nouvelle cassure intervient lorsque le sourire de l’homme s’efface brusquement de son visage : Neil, en contrechamp, baisse les yeux d’un air gêné vers la nourriture renversée au sol, tandis que la musique d’Harold Budd qui accompagnait le jeu sur un mode onirique s’interrompt soudain, sur une note légèrement dissonante. Neil lève à nouveau les yeux : va-t-il être puni ? C’est sur la flatterie (les compliments sur le match), la complicité (la consultation de l’album, le jeu), la récompense (les céréales), la honte et la culpabilité (la « bêtise » commise dans la cuisine) que s’est construite la possibilité de l’agression.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330424 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" alt width="1892" height="707" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg 1892w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-300x112.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-1024x383.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-768x287.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-1536x574.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-980x366.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1892px) 100vw, 1892px"></a>
<p>À partir de ce moment-là, le découpage sépare systématiquement les corps des deux protagonistes. C’est évidemment une nécessité&nbsp;: la scène serait <em>infilmable </em>autrement, en tout cas sans traumatiser le jeune comédien. Araki alterne d’abord entre un plan rapproché poitrine sur le petit Neil, visiblement mal à l’aise, filmé à hauteur de l’enfant et d’un point de vue neutre (la caméra est installée <em>à côté </em>du coach et non à sa place) et le gros plan sur le visage du prédateur, pour le coup filmé du point de vue subjectif de Neil (en témoigne l’usage de la contreplongée et le regard caméra de Bill Sage). Une série de raccords mouvement vient ensuite figurer le <em>rapprochement </em>(<em>he makes a move, </em>littéralement) du pédophile : 1) Il se penche en avant, son visage emplissant le cadre au moment où il déclare : « <em>Tu me plais, Neil&nbsp;; tu me plais tellement…</em>&nbsp;» / Sa main couche l’enfant sur le sol jonché de céréales 2) Il s’avance à nouveau en disant «&nbsp;<em>Quand j’aime vraiment quelqu’un…&nbsp;»</em> / Il pose sa tête sur le torse de l’enfant (vraisemblablement un mannequin ou une doublure) (<em>«&nbsp;J’ai une manière de leur monter ce que je ressens.&nbsp;»</em>). L’index du coach refait son apparition, cette fois posé sur ses propres lèvres&nbsp;: il scelle la prison du secret («&nbsp;<em>Il n’y a rien de mal à embrasser quelqu’un de cette manière, ne laisse personne te dire que c’est mal&nbsp;»</em>), débouchant sur un dernier mouvement en avant, son visage occultant progressivement l’ensemble du champ, un plan suivi de quelques secondes de noir. Tout le long du film, le montage ménagera de telles béances : ces écrans noirs sont autant un voile pudique sur le viol qui ne peut être mis en scène que la figuration littérale du trauma, qu’il s’agisse de l’amnésie de Brian ou du déni de Neil.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330425 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" alt width="1897" height="1077" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg 1897w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-300x170.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-1024x581.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-768x436.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-1536x872.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-980x556.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1897px) 100vw, 1897px"></a>
<p>Le gros plan sur le visage du coach est particulièrement ambivalent, parce qu’il le met en valeur. Plus tôt dans le film, Neil adulte décrit leur rencontre en ces termes&nbsp;: «&nbsp;<em>Le désir s’est abattu sur moi comme un coup de massue. Il ressemblait aux garde-côtes, aux cowboys et aux pompiers que je voyais dans les magazines </em>Playgirl<em> que ma mère cachait sous son lit.</em>&nbsp;» Et la mise en scène, au diapason, joue de toute la grammaire de la fascination visuelle&nbsp;: plan iconique de Heider qui se retourne et ôte ses lunettes de soleil, succession d’inserts de photographies de <em>beefcakes</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_246_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_3" class="footnote_tooltip">Le terme désigne l’équivalent masculin des <em>pin-ups&nbsp;</em>: ces modèles masculins posant torse nu, dont les photographies sont devenues populaires à partir des années 1950.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_246_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> moustachus de magazines érotiques, course au ralenti du coach, contrechamps sur le visage éberlué du petit Neil avec une variation de focale traduisant son vertige… Que cet enfant de huit ans puisse être fasciné, voire authentiquement troublé par son coach, met nécessairement mal à l’aise le spectateur. Il n’y a pourtant rien de choquant là-dedans : les premiers émois adviennent effectivement à ce moment-là. Mais le désir naissant d’un enfant pour un adulte n’est jamais un désir de passer à l’acte et un enfant est évidemment incapable de consentir à quoi que ce soit auprès d’un adulte. C’est précisément le mélange d’affection et de désir que Neil éprouve pour Heider qui constituera ensuite les barreaux de sa prison de déni. Et le film, contrairement au personnage, n’en est pas dupe. Formellement, l’iconisation du coach est constamment contredite par d’autres aspects de la mise en scène d’Araki : non seulement par l’utilisation inquiétante de la musique, comme je l’ai déjà noté, mais surtout par l’insertion, au milieu des images que j’ai décrites plus haut, d’une série de plans en plongée de Neil tremblant de terreur, les yeux tantôt fermés, tantôt écarquillés d’horreur, la bouche tordue par le malaise, laissant échapper des gémissements déchirants. Après le viol, tandis que le coach tente d’imposer par la parole sa version des événements (« <em>Tu as aimé, c’est OK que tu aies aimé, tout ira bien</em>&nbsp;»), la prostration initiale de Chase Ellison, puis son regard caméra, contredisent les propos de ce dernier&nbsp;: son expression impavide témoigne sans un mot d’une sidération dévastée. «&nbsp;<em>On aurait dit que ton visage avait été effacé</em>&nbsp;» dira Neil avec lucidité à Brian (Brady Corbet) à la fin du film en lui faisant le récit de son agression. La version des événements qui nous est livrée par Neil adulte est ainsi désignée comme celle de l’agresseur, qui recouvre en partie le traumatisme de l’enfant pourtant attesté par les images. La clarté de la position d’Araki est perceptible dans la suite du film, l’idéalisation par Neil de son «&nbsp;histoire&nbsp;» avec Heider trouvant sans cesse des contrepoints, notamment dans les plans de réaction effarés de ses amis Eric (Jeff Licon) et Wendy (Michelle Trachtenberg) et dans la remarque définitive de cette dernière lorsqu’il exprime une énième fois sa nostalgie pour l’homme qu’il n’a jamais oublié&nbsp;: «&nbsp;<em>Neil… tu avais huit ans.</em>&nbsp;»</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330426 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3.jpg" alt width="1883" height="351" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3.jpg 1883w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-300x56.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-1024x191.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-768x143.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-1536x286.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-980x183.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1883px) 100vw, 1883px"></a>
<p>Ce que Brian (qui croit qu’il a été enlevé par des extraterrestres) et Neil (qui pense avoir vécu une histoire d’amour consentante avec Heider) ont refoulé, et que le film a pudiquement éclipsé, finit cependant par refaire surface avec une violence inouïe au fil des scènes dans lesquelles Neil se prostitue, en particulier dans la dernière d’entre elles où un client sadique (moustachu, comme le coach) brutalise et viole le jeune homme. C’est une séquence qui vise ostensiblement à choquer : le montage saccadé prolonge les « <em>Slut&nbsp;!</em>&nbsp;» éructés avec véhémence par le client, ses mouvements de bassin et ses coups répétés sur la tête de Neil, qui commence à saigner et perd connaissance. Après un nouveau fondu au noir, nous retrouvons Neil en très gros plan, le visage baigné de sang, appelant sa mère à l’aide. À ce moment-là du film, cette violence explicite est une nécessité narrative&nbsp;: c’est un <em>wake-up call </em>pour Neil après trois premiers rappels<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_246('footnote_plugin_reference_330422_246_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_246_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_4" class="footnote_tooltip">Le premier client de Neil lui annonce après la passe qu’il n’a pas mis de préservatif, le second l’oblige à en mettre un, le dernier est malade du Sida et lui demande simplement de le caresser le dos pendant qu’il gémit de plaisir d’être touché.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_246_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_246_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> que sa pulsion d’autodestruction risque de lui coûter la vie. Mais elle a par ailleurs une autre visée&nbsp;: elle vient, tardivement, mettre en images ce qui n’était pas représentable. Le film a <em>besoin </em>de cette scène pour appeler un chat un chat, pour confronter le spectateur à la violence réelle de l’abus et dessiller le protagoniste, pour lui permettre à son tour d’éclairer son ancien camarade. Non seulement ce viol est la conséquence de l’agression inaugurale, mais il est en même temps sa répétition, et ce qui la dévoile comme telle aux yeux du protagoniste. Le monologue final de Neil achèvera de rendre visibles, par la crudité glaçante de ses mots, ces images manquantes, dont certains fragments émergent soudain en guise de contrechamp aux images idéalisées du début du film (le coach de dos, en sueur, haletant comme un goret, tandis que Neil raconte en off comment il lui imposait des défis sexuels contre de l’argent). L’ellipse était indispensable : tout ne pouvait être montré. Mais il fallait aussi que le film sorte à un moment de sa gangue cotonneuse pour mettre à nu la violence de ce qui avait jusqu’alors été laissé hors-champ.</p>
<p>J’imagine que l’on pourrait reprocher à Araki de prolonger des amalgames entre pédophilie et homosexualité, ou entre trauma et travail du sexe ; qu’on pourrait lui en vouloir de donner une « mauvaise image » de la communauté gay. On pourrait aussi dire que Neil est une « mauvaise victime » : il se présente comme un demi-sociopathe dénué d’empathie, qui exprime son désir et son amour intacts pour celui ayant abusé de lui et cherche désespérément son image chez les hommes qu’il fréquente à l’âge adulte. Le film, par conséquent, proposerait un mauvais « modèle », voire, en relayant sa perspective, glamouriserait la pédophilie. Pour les raisons que je viens d’exposer, il me semble que la mise en scène d’Araki dessine au contraire une frontière nette entre le point de vue exprimé par Neil et le point de vue du film lui-même.</p>
<p>On a toujours envie de trouver des solutions simples à des problèmes complexes&nbsp;; on a toujours envie de représentations auxquelles s’identifier, qui nous rassurent et nous confortent dans l’idée que nous avons de ce qui est juste, de ce qui est bon. B. Ruby Rich rappelle dans sa collection d’essais <em>New Queer Cinema&nbsp;: The Director’s Cut</em>, que les festivalier·es LGBT+ des années 1990 ont souvent été rebutés par les représentations négatives que le <em>New Queer Cinema </em>proposait des gays et des lesbiennes dans un désir assumé de transgression, dans un contexte de crise du SIDA où ces populations étaient particulièrement stigmatisées. Ses figures de criminel·les, de hors-la-loi, de violeurs étaient un cri de rage contre le <em>statu quo</em>, mais elles donnaient une mauvaise image de la communauté – ou en tout cas, elles ne fonctionnaient guère comme supports d’identification. Ces publics leur préféraient les représentations inoffensives de comédies romantiques consensuelles qui leur promettaient des <em>happy ends </em>hollywoodiens. Par ailleurs, comme le formule David Halperin dans <em>L’Art d’être gay</em>, les politiques d’identité –&nbsp;aussi nécessaires soient-elles&nbsp;– se font parfois au prix de l’expression de la subjectivité des individus. Il fallait faire front, montrer que les pédés étaient en fait des hétéros comme les autres et montrer par là qu’on méritait les mêmes droits&nbsp;; et le cinéma gay de l’après-Stonewall a joué son rôle dans cette entreprise de légitimation. Mais cette volonté de normalisation nécessite d’escamoter ce qui singularise, ce qui gêne, ce qui offense – quand bien même il existe. On peut aisément prolonger cette réflexion à l’enjeu des violences sexistes et sexuelles&nbsp;: sur ces sujets, il y a des expériences que l’on n’a pas envie de voir représentées parce qu’elles débordent le cadre de ce que l’on considère comme la manière correcte d’agir, de réagir ou de parler. Pourtant ces expériences ont bien été vécues. Je ne suis pas certain que les représentations édifiantes et exemplaires aident à vivre&nbsp;; en ce qui me concerne, en tout cas, elles m’ont rarement aidé, peut-être parce que je n’ai jamais pensé que le cinéma avait vocation à nous présenter des modèles de comportement adéquats. J’attends plutôt de lui qu’il m’aide à faire sens de mon existence et de celle des autres. <em>Mysterious Skin </em>tend sans doute un miroir dérangeant ou déplaisant aux victimes d’abus, mais elles peuvent peut-être y distinguer un reflet plus proche de ce qu’elles ont effectivement vécu.</p>
<p>J’en reviens à la question esquissée dans l’ouverture de ce texte, qui excède l’analyse du film lui-même&nbsp;: peut-on montrer un film aussi choquant et potentiellement «&nbsp;<em>triggering&nbsp;</em>» pour certains publics&nbsp;?&nbsp;En classe, où les étudiant·es n’ont au fond <em>pas le choix </em>de visionner ou non ce que je leur donne à voir, j’ai dorénavant tendance à les prévenir en amont qu’une œuvre au programme risque de les choquer et à leur préciser pour quelles raisons ; libre à elles et eux de ne pas visionner l’œuvre ou de s’absenter le jour J – l’évaluation ne portera pas dessus. En ce qui concerne les films que je programme en salles, je n’ai en revanche aucun scrupule à montrer ce que bon me semble. À partir du moment où j’entre dans une salle de cinéma – d’autant plus si le film est classé interdit aux moins de 12 ou 16 ans –, je signe une forme de contrat implicite : j’accepte qu’une œuvre puisse me choquer, me bouleverser, m’indigner, bref, qu’elle puisse me transformer. Je ne crois pas que l’on puisse tenir un film que l’on a choisi de voir responsable de l’effet qu’il nous fait ; comme le formule avec humour l’une de mes collègues préférées : « <em>si tu es traumatisé par une œuvre, c’est à toi, pas à elle, de suivre une psychanalyse</em> ». Je comprends que la confrontation aux images puisse être douloureuse pour certain·es ; libre à elles et eux d’éviter les salles obscures et les œuvres qui les ramènent à leurs démons. En ce qui me concerne, elle a été plutôt salutaire. Si je reviens constamment aux œuvres se saisissant de la problématique des violences physiques et sexuelles, c’est que j’ai besoin d’y revenir, que j’ai besoin d’y penser. Y compris quand elles appréhendent ces problématiques d’une manière qui peut sembler inconvenante et déplacée : j’ai envie de comprendre en quoi, pourquoi. Bien sûr qu’un film comme celui d’Araki ravive, y compris pour moi, certaines expériences très douloureuses, mais dans la sécurité d’une salle de cinéma ou d’un appartement, la fiction autorise vis-à-vis des événements une distance inédite, que nous n’avons jamais dans notre propre vie. De plus, le film, contrairement à mes souvenirs, a une matérialité : non seulement a‑t-il une fin, mais je peux, comme je viens de le faire, le soumettre à mon regard critique et analytique, pour mieux comprendre comment il procède et ce qu’il m’apprend de ce que j’ai vécu mais que je n’avais pas les moyens d’appréhender seul.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330422_246();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330422_246();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330422_246">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330422_246" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_246('footnote_plugin_tooltip_330422_246_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_246_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Une série Netflix adaptée d’une BD elle-même très populaire.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_246('footnote_plugin_tooltip_330422_246_2');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_246_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C’est d’ailleurs cette lumière bleue qui fera envisager à Brian, le camarade de Neil, qu’il a été kidnappé par des extraterrestres.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_246('footnote_plugin_tooltip_330422_246_3');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_246_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le terme désigne l’équivalent masculin des <em>pin-ups&nbsp;</em>: ces modèles masculins posant torse nu, dont les photographies sont devenues populaires à partir des années 1950.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_246('footnote_plugin_tooltip_330422_246_4');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_246_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le premier client de Neil lui annonce après la passe qu’il n’a pas mis de préservatif, le second l’oblige à en mettre un, le dernier est malade du Sida et lui demande simplement de le caresser le dos pendant qu’il gémit de plaisir d’être touché.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330422_246() { jQuery('#footnote_references_container_330422_246').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330422_246').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330422_246() { jQuery('#footnote_references_container_330422_246').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330422_246').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330422_246() { if (jQuery('#footnote_references_container_330422_246').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330422_246(); } else { footnote_collapse_reference_container_330422_246(); } } function footnote_moveToReference_330422_246(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330422_246(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330422_246(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330422_246(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/">Boys in the Band – Mysterious Skin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>L’Amour qu’il nous reste</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamour-quil-nous-reste-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Difficile de ne pas penser à L’Aventura de Sophie Letourneur, sorti il y a quelques mois, lorsque la famille islandaise de L’Amour qu’il nous reste s’assoit à un moment sur une colline pour regarder un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamour-quil-nous-reste-2/" title="Read  L’Amour qu’il nous reste">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Difficile de ne pas penser à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’Aventura</em></a> de Sophie Letourneur, sorti il y a quelques mois, lorsque la famille islandaise de <em>L’Amour qu’il nous reste</em> s’assoit à un moment sur une colline pour regarder un coucher de soleil ; le crépuscule renvoie dans les deux films au délitement potentiel du couple. Chez Hylnur Pálmason, personne ne marche toutefois dans son caca pour corrompre, comme chez Letourneur, la joliesse douce-amère d’un plan-carte postale. De manière assez déconcertante, le cinéaste islandais enchaîne les visions touristiques analogues, loin de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/godland/" target="_blank" rel="noopener"><em>Godland</em></a>, son film précédent, où la beauté de l’île volcanique causait un lent empoisonnement des corps et des esprits (le récit accompagnait des missionnaires danois envoyés en Islande au XIXe siècle et rendus à moitié fous par la puissance des éléments). Pourtant, quelque chose déraille et échappe à la séduction touristique des images en 16mm, dont la plasticité évoque celle d’un vidéoclip à l’esthétique branchouille et <em>lo-fi</em>. Dans une scène de pique-nique quasi-utopiste, Anna, la mère de famille, écarte par exemple les jambes au-dessus de la tête de Magnus, le père alors allongé, afin de lui montrer sa culotte sous sa robe : par un raccord aberrant, le sous-vêtement d’Anna se transforme en un astre illuminant le regard ébahi de Magnus. C’est le premier des dérapages étranges et surréalistes que Pálmason va opérer dans la deuxième moitié du récit, après un intermède qui, s’approchant d’une vignette de Wes Anderson période <em>Moonrise Kingdom</em> – des plans sur un manuel d’anatomie, une description fétichiste de plusieurs objets en voix off, etc. –, introduit dans le film un imaginaire plus mortifère et aux accents fantastiques. Le véritable projet du film s’incarne dans un passage de <em>L’Étrange créature du lac noir</em>, que Magnus, pêcheur de hareng sur un chalutier, visionne sur son ordinateur avant de s’endormir de fatigue. Plusieurs plans mettant en valeur la silhouette élégante de Julie Adams, qui s’apprête à plonger dans l’eau, sont suivis de l’apparition de la bête grotesque de Jack Arnold, dans un premier temps tapie au fond du lac. Sous la surface séduisante des images gisait un monstre de carnaval, prêt à venir dérégler le réel grâce à sa bizarrerie.</p>
<p>Il en va quelque part de même ici : Pálmason désamorce la part charmante de ses plans par l’entremise de micro cassures et d’apparitions – tantôt macabres, tantôt burlesques, parfois les deux en même temps : un enfant transpercé par une flèche lors d’une scène de jeu, un coq tué par Magnus qui revient l’assassiner dans un rêve (le volatile y a désormais la taille d’un dinosaure), un documentaire animalier sur les baleines, que regardent les deux jeunes fils de la famille et dans lequel est évoquée la taille impressionnante du sexe des mâles (plus de trois mètres), etc. Dans cette veine, l’une des plus belles idées du film réside dans l’épouvantail portant un heaume de chevalier qu’installe Anna pour distraire ses enfants (ils s’entraînent au tir à l’arc en l’utilisant comme cible). Un même plan fixe sur le pantin reviendra plusieurs fois pour marquer le passage des saisons, sous la forme de tableaux magnifiques du littoral islandais. Représentation d’abord figée, à l’image des natures mortes dont regorge le début du film, l’épouvantail prendra finalement vie sans qu’aucune explication n’accompagne son déroutant éveil. On voit un peu les ficelles de ce film qui affiche sa singularité – la mort du couple relève d’une fracture dans la réalité même, qui devient alors un théâtre dysfonctionnel –, mais on lui reconnaîtra d’être plus curieux qu’il n’en avait initialement l’air.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Agent secret</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330397</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après un passage par le documentaire (Portraits fantômes), le retour à&#160;la fiction de Kleber Mendoça Filho prolonge, dans le sillage de&#160;Bacurau, thriller (assez lourd) flirtant avec l’anticipation, le désir de détourner le cinéma de genre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/" title="Read  L’Agent secret">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un passage par le documentaire (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/portraits-fantomes/" target="_blank" rel="noopener"><em>Portraits fantômes</em></a>), le retour à&nbsp;la fiction de Kleber Mendoça Filho prolonge, dans le sillage de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bacurau-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Bacurau</em></a>, thriller (assez lourd) flirtant avec l’anticipation, le désir de détourner le cinéma de genre pour le faire basculer vers la fable politique. Son titre,&nbsp;<em>L’Agent secret</em>, fait dans cette perspective presque office de fausse piste : d’espionnage, il ne sera au fond jamais vraiment question, même si la mise en scène convoquera à de nombreuses reprises cet imaginaire. La première séquence, qui voit Marcelo (Wagner Moura) se faire contrôler par la police militaire dans une station essence au milieu de la campagne brésilienne, donne le la. La solennité des longs travellings qui accompagnent la Coccinelle jaune, l’atmosphère poisseuse (le cadavre d’un voleur abattu par un employé de la station croupit depuis deux jours sous un morceau de carton) et la tension amorcée par la fouille de la voiture paraissent alors augurer un véritable thriller. Mais les policiers ne cherchaient pas à démasquer un ennemi du pouvoir, seulement un type à racketter. C’est la première leçon du film : dans une dictature militaire, pas besoin d’être un espion pour avoir peur. Et si Marcelo est bien fugitif, comme on l’apprend plus tard, il ne doit à l’origine ce statut peu enviable qu’à une altercation avec un homme d’affaires proche du régime.</p>
<p>L’identité multiple du film se matérialise dans un improbable animal-totem, malformé depuis la naissance : un chat à deux têtes et à deux noms, avec lequel cohabite Marcelo au sein de la pension où il se réfugie à Recife. Entre la chronique nostalgique et le polar paranoïaque, Mendoça Filho ne tranchera pas : il emploie aussi bien la demi-bonnette chère à De Palma pour ménager du suspense (un homme se cachant de l’assassin qui le poursuit) que dans un cadre plus intimiste (un père qui contemple son fils en train de griffonner un dessin). Ce mélange des registres relève au fond d’un projet politique : la résistance au fascisme peut prendre autant une forme spectaculaire que minimale (faire l’amour, boire des coups, faire communauté). C’est la part romantique du film : les moments de bonheur constituent à leur manière une forme de lutte. Cette double approche explique sans doute le rapport ambivalent du cinéaste à ce passé (les années 1970), qui paraît aussi politiquement délétère qu’esthétiquement désirable (les vinyles, les célèbres cabines téléphoniques en forme d’œufs, les projecteurs 35 mm du cinéma où travaille l’un des personnages, etc.). Écrit en partie sous la présidence de Bolsonaro, le film y fait écho à de nombreuses reprises, comme lorsque l’un des principaux antagonistes se révèle un ultralibéral adepte de la coupe budgétaire, mais c’est moins sur le terrain du clin d’œil à l’actualité ou de la métaphore (point sur lequel le cinéaste a la main lourde, cf. les différentes significations que l’on peut prêter au don du sang de l’épilogue) que le film brille, que sur son versant purement romanesque.</p>
<p>Davantage que dans&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aquarius-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Aquarius</em></a>, dont l’intrigue immobilière et mémorielle peinait à&nbsp;dépasser l’aspect individuel (c’était le film d’une héroïne et d’une actrice), Mendoça Filho rend ici vivant presque chaque personnage secondaire qui croise la route du fugitif (ou le recherche). Des paillettes sur le torse d’un commissaire sortant du carnaval à&nbsp;la manière atypique de draguer d’une dactylographe impassible, le film regorge de détails aussi anodins que singuliers. L’accumulation de ces derniers, deux heures quarante durant, permet aux aventures pourtant modestes de Marcelo de prendre des allures d’odyssée. Le film obéit certes parfois à une logique inflationniste, s’embarrassant d’éléments disparates plus ou moins superflus (une pénible visite chez un tailleur juif-allemand incarné par Udo Kier, ou encore les visions horrifiques produites par un curieux fait divers devenu légende urbaine), mais il tient malgré tout sa ligne de petite fresque politique et mélancolique. Ce récit d’une victime parmi d’autres de la dictature militaire est d’abord l’occasion, pour ce cinéaste obsédé par l’histoire de sa ville, de faire revivre, à&nbsp;travers une constellation de figures et de lieux, une atmosphère disparue. Il y&nbsp;a forcément une part de fantasme, que Mendoça Filho revendique&nbsp;: l’enfant dessinant inlassablement l’affiche d’un film qu’il est trop jeune pour voir et qui nourrit ses songes (<em>Les Dents de la mer</em>), c’est probablement lui. Mais le garçon gribouilleur a&nbsp;laissé place à&nbsp;un adulte hanté&nbsp;; cela fait longtemps que ce ne sont plus les requins qui peuplent ses cauchemars, et d’ailleurs, le vieux cinéma où il a&nbsp;finalement découvert le chef‑d’œuvre de Spielberg n’existe plus.</p>
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		<title>Histoires de la bonne vallée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Même si les films de José Luis Guerín empruntent souvent une voie hybride entre documentaire et fiction, la forme que travaille le cinéaste relève avant tout d’une aspiration expérimentale. Cette liberté est perçue dès l’ouverture...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" title="Read  Histoires de la bonne vallée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Même si les films de José Luis Guerín empruntent souvent une voie hybride entre documentaire et fiction, la forme que travaille le cinéaste relève avant tout d’une aspiration expérimentale. Cette liberté est perçue dès l’ouverture des <em>Histoires de la bonne vallée </em>– un collage d’images qui se fondent les unes dans les autres, ouvrant sur un scintillement d’éclats lumineux dont surgit progressivement la silhouette d’une ville. C’est comme si un monde naissait sous nos yeux à partir d’une pure vibration : Vallbona, un ancien bourg agricole en périphérie de Barcelone qui constitue désormais l’un des points denses de la métropole. Cette localité apparaît comme une enclave suspendue entre la voie ferrée, l’autoroute et la rivière ; c’est une île cernée par les flux de la modernité. Mais Guerín l’appréhende surtout comme un laboratoire à partir duquel il peut scruter les effets du progrès et de la mondialisation. Véritable tour de Babel, on y entend d’ailleurs de l’espagnol, du catalan, de l’ukrainien, du portugais, de l’arabe, de l’hindi ou encore de l’afrikaans. La ville a valeur de microcosme de l’Europe contemporaine, hétérogène et multiculturelle, où deux forces s’affrontent : la société et la nature. Le fleuve apparaît ainsi comme un lieu de rencontres, un espace où les habitants se rapprochent ; la ville, en revanche, porte les marques d’un progrès qui finit par dévorer ceux qu’il prétend servir, en les enfermant dans des architectures verticales et un paysage saturé.</p>
<p>Très vite, on comprend pourtant que Guerín ne se contente pas de cumuler des instantanés de la ville : il les façonne dans une perspective tenant davantage de la poésie que de l’ethnologie. Cette dynamique, plutôt que de dissimuler la conflictualité qui structure le film – crise écologique, tensions migratoires, gentrification, spéculation immobilière – met en lumière un déséquilibre plus profond. <em>Histoires de la bonne vallée </em>dépeint une atmosphère idyllique que l’on pourrait d’abord croire destinée à adoucir la violence sociale. Or cette idylle n’a rien d’artificiel ; ce sont au contraire les scènes de conflit qui portent les traces les plus visibles d’une mise en scène assumée (la dernière séquence de l’intervention policière en est l’exemple le plus manifeste). Guerín peine à donner à ces tensions une véritable épaisseur, non par indifférence envers le quotidien qu’elles recouvrent, mais parce que son attention semble se porter ailleurs – vers les habitants, leur regard sur leur existence, leur manière de préserver une joie de vivre qui résisterait à la violence sociale. Ainsi, la portée politique du film ne réside pas tant dans une dénonciation frontale des effets du progrès que dans la préservation acharnée d’une beauté du monde.</p>
<p>L’une des séquences les plus bouleversantes montre un personnage nommé Antonio évoquant sa femme disparue à travers une série de photographies. Un lent fondu enchaîné associe l’image de cet homme jeune, encore apprenti prêtre, à celle de sa future épouse (pour laquelle il renonça au sacerdoce), qui rappelle étrangement Barbara Stanwyck. Le fondu unit les deux amants avant de revenir à Antonio, désormais seul et vieilli, debout devant le train – incarnation du progrès autant que du temps qui passe. « <em>Chacun crée son propre monde, et celui qui le construit avec égoïsme est perdu</em> », affirme l’un des habitants de Vallbona. Guerín nous ouvre le sien, un monde d’altérité et de grâce, qui n’est rien d’autre que sa manière de percevoir et de recevoir ce qui l’entoure.</p>
<h2>Western d’ombres</h2>
<p>Dans une conversation avec l’un des doyens de Vallbona nommé Francesc, celui-ci confie à Guerín son rêve de tourner un western dans son propre village. Quand on l’interroge sur ce qu’il aimerait y montrer, il évoque des scènes nocturnes, un feu et de la musique. Puis, il s’interrompt ; son regard erre autour de lui, comme pour sonder le paysage à la recherche d’un signe susceptible de nourrir son imaginaire. Et soudain, l’idée surgit : le vent pourrait devenir un vecteur dramatique. Guerín renchérit, suggérant que les ombres pourraient, elles aussi, offrir une matière expressive à explorer. L’inspiration de Francesc semble aimantée par la nature environnante – ce moment où il suspend la conversation et scrute le décor, en tentant d’y discerner une forme encore en gestation, fait penser à la méthode de Guerín lui-même, qui puise dans les lieux la poésie qu’ils lui offrent. Le film, d’ailleurs, se montre généreux envers Francesc : les idées qu’il ébauche trouvent leur accomplissement, notamment dans cette scène où des enfants, se baignant dans la rivière, affrontent les ombres des arbres, le souffle du vent et leurs silhouettes reflétées dans le courant. Une tension flotte alors, comme si un duel pouvait éclater d’un instant à l’autre.</p>
<p>Le film entier peut d’ailleurs se lire en filigrane comme un western. Non seulement à travers les clins d’œil disséminés au genre (cf. la séquence des funérailles d’Antonio « le charbonnier », qui semble sortie d’un film de John Ford), mais surtout par la place centrale accordée à la rivière, dont le cours paraît organiser une série de récits qui, d’un personnage à l’autre, se déploient selon une dramaturgie secrètement construite. Les entrelacements des différents segments suggèrent l’existence d’une harmonie propre à l’univers de Guerín – un monde où les gestes, les récits et les images finissent par dessiner un réseau organique.</p>
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		<title>Le Chant des forêts</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-chant-des-forets/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:29:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Loin des hauts plateaux tibétains qu’arpentait Vincent Munier aux côtés de l’écrivain Sylvain Tesson dans La Panthère des neiges (2021), le nouveau documentaire animalier du cinéaste s’inscrit au cœur des forêts vosgiennes de son enfance....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-chant-des-forets/" title="Read  Le Chant des forêts">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Loin des hauts plateaux tibétains qu’arpentait Vincent Munier aux côtés de l’écrivain Sylvain Tesson dans <em>La Panthère des neiges</em> (2021), le nouveau documentaire animalier du cinéaste s’inscrit au cœur des forêts vosgiennes de son enfance. Ce projet <em>a priori </em>plus intime trouve sa source dans le récit autobiographique <em>L’Oiseau-forêt </em>de son père Michel Munier. Celui-ci y décrit les longues nuits d’affût dans la montagne et ses années de combat pour la préservation du grand tétras <i id="mwJA">–</i> un oiseau ancestral des Vosges, également surnommé coq de bruyère et disparu de la région depuis quelques années. Vincent Munier s’empare de ce récit dans la perspective d’une double transmission, en se filmant aux côtés de son père et de son fils Simon. Réalisé à partir d’une matière accumulée pendant une dizaine d’années, <em>Le Chant des forêts</em> recrée les souvenirs de rencontres animalières que Vincent et Michel relatent à Simon. Entre les murs d’une cabane forestière, ce dernier se fait le relai ingénu du spectateur et interroge les deux hommes sur leur pratique d’observation. L’artificialité du dispositif, qui articule une nouvelle séquence animalière à chaque anecdote, va toutefois à l’encontre du principe même de l’observation, joliment décrit par Michel Munier dans son livre. Quoi de plus opposé à la dynamique de l’attente (Michel raconte avoir passé plus de 800 nuits sous un sapin afin d’apercevoir un coq de bruyère) que ce panachage opéré par le film ? La part de mystère propre à l’affût se trouve d’ailleurs désamorcée par une des premières séquences, supposée illustrer la plus belle rencontre de Michel Munier avec un grand tétras : la haute résolution de l’image et les multiples gros plans donnent à voir l’espèce convoitée sous un jour inaccessible pour l’observateur.</p>
<p>La scène pose un autre problème : si les récits intimes du film prônent la préservation d’un espace naturel familier, où ont été filmées ces images d’une espèce aujourd’hui disparue de la région ? Leur provenance est révélée plus tard dans le récit, lorsque les deux hommes décident d’emmener Simon observer son premier grand tétras… dans le Grand Nord norvégien, où les conditions sont encore réunies pour permettre aux oiseaux de vivre paisiblement. Loin de toute activité humaine, l’animal apparaît à l’aube devant les caméras de Vincent Munier, qui s’empresse de réveiller son fils pour contempler le spectacle. Les plans employés pour la reconstitution des récits du grand-père sont donc filmés à des centaines de kilomètres de l’endroit où ils se sont déroulés. Un choix qui interroge, notamment au regard de l’engagement militant du cinéaste, qui s’est fermement opposé à la réintroduction de vingt coqs norvégiens dans les Vosges en 2024 (estimant à raison que l’altération du massif est trop avancée pour ne pas condamner ces oiseaux à une mort certaine). Le film, animé par un désir de monstration, procède pourtant ici à un mouvement inverse : il introduit des coqs norvégiens dans un récit centré sur les forêts vosgiennes.</p>
<h2><strong>Regarder le vivant </strong></h2>
<p>Dans <em>La Panthère des neiges</em>, Vincent Munier avait au fond à peine besoin de filmer la fameuse panthère (qui n’apparaissait qu’à la dernière minute du film) : c’étaient précisément la nature imprévisible de cette rencontre et l’attente de son apparition qui favorisaient la découverte d’une riche faune himalayenne. Au détour d’une séquence, le cinéaste racontait d’ailleurs avoir, lors d’un précédent voyage, accidentellement capturé le regard d’une panthère dans la profondeur du champ d’une photographie de faucon crécerelle. Cette belle idée anti-spectaculaire ne guide plus la mise en scène du sauvage dans <em>Le Chant des forêts</em>. Si par moments le jeune Simon et son grand-père prêtent l’oreille aux sons des êtres qui peuplent ces montagnes, cette écoute, cette attente essentielle prônées par les Munier, ne durent jamais que quelques minutes&nbsp;; elles sont sacrifiées au profit d’une imagerie attractive du vivant. Comme dans ses livres de photographies, le regard en très gros plan d’un lynx, le plumage étincelant du grand tétras ou le rut des cerfs constituent une vaste galerie de portraits. Le film porte malheureusement en lui le paradoxe d’une certaine photographie animalière qui, tout en souhaitant sensibiliser un large public au monde animal, le transforme en spectacle déréalisé.</p>
<p>Il ne s’agit pas de remettre en question l’engagement de Munier pour la préservation des espaces naturels montrés (l’amour que porte cette famille au vivant demeure palpable, et le film met à l’honneur une pluralité d’espèces), mais il existe bien d’autres manières d’accueillir le vivant. Un film récent en atteste&nbsp;: au fil des <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sept Promenades avec Mark Brown</em></a>, Pierre Creton et Vincent Barré éveillaient notre attention sur les végétaux du bord des chemins. «&nbsp;<em>Pas besoin de partir dans l’Himalaya</em>&nbsp;» pour s’émerveiller, dira le botaniste au cœur du film, le paysage normand suffit. La belle idée du <em>Chant des forêts </em>de Vincent Munier aurait justement pu tenir dans la manière de se focaliser sur l’écoute et la contemplation des animaux qui constituent véritablement, et encore aujourd’hui, le «&nbsp;chant de nos forêts&nbsp;».</p>
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		<item>
		<title>L’après-coup – De l’ombre à la lumière</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-de-lombre-a-la-lumiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : comment la lumière fait sortir de l’obscurité dans Rapaces. Dans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-de-lombre-a-la-lumiere/" title="Read  L’après-coup – De l’ombre à la lumière">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents</em><em>. Ce mois-ci : comment la lumière fait sortir de l’obscurité dans</em> Rapaces<em>. </em></p>
<p>Dans <em>Rapaces</em>, le deuxième film de Peter Dourountzis, le motif de la lumière sert de fil conducteur. Samuel, un journaliste travaillant pour le magazine <em>Détective</em> et incarné par Sami Bouajila, mène une enquête sur un sordide féminicide (une jeune femme a succombé à ses blessures après avoir été sauvagement brûlée à l’acide). Si son métier consiste à faire la lumière sur des faits, il va aussi se risquer à s’y exposer. Les plus belles scènes occupent ainsi la dernière partie nocturne du film, à partir du moment où le personnage traque le coupable. Leur première rencontre dans une station-service s’avère à ce titre judicieusement mise en scène : tandis que Samuel est filmé de dos en train de prendre de l’essence, arrive hors champ un véhicule dont la lumière des phares rouges vient se loger au niveau de la nuque du reporter. Ce cercle de lumière, semblable à une cible ou à un signal, vaut à la fois comme la marque d’un danger et d’une délivrance. C’est le cœur qui bat sous le poids de l’émotion tout autant que le sang laissant des traces. L’intensité de la scène est redoublée par la dimension sonore de la situation : le vrombissement caractéristique du moteur du pick-up du criminel, identifié au préalable dans une séquence d’écoute, fend le silence (l’action se situe en pleine campagne). Samuel ne voit rien mais, dorénavant, il sait, et il est le seul à savoir – l’incriminé ignore tout de sa présence à ce moment précis du récit.</p>
<p>Après cette angoissante confrontation suit une scène de filature. Les phares rouges du pick-up guident désormais la voiture de Samuel, seul dans la nuit. Le personnage s’enfonce alors peu à peu dans le noir, jusqu’à perdre de vue le monstre mécanique poursuivi. Pas pour longtemps&nbsp;: à la faveur d’un traveling latéral, celui-ci surgit à nouveau dans son dos, tous feux éclairés, d’un rouge vif plus menaçant que jamais. Pris littéralement dans les phares, Samuel doit fuir comme un animal apeuré. S’il pensait avoir une longueur d’avance, le voilà à présent piégé et sommé de s’identifier («&nbsp;<em>t’es qui toi&nbsp;?</em>&nbsp;»). Frappé de l’évidence de la brûlure – qui entre trop dans la lumière s’y brûle – Samuel est pris de terreur, habitué plutôt à demeurer tapi dans l’obscurité, à l’abri des regards. Plus tard, sa fille lui demandera&nbsp;: «&nbsp;<em>Il a vu ton visage&nbsp;?</em>&nbsp;». Et lui de répondre&nbsp;: «&nbsp;<em>Non, je ne crois pas, il faisait noir, par contre, moi, je l’ai vu</em>&nbsp;».</p>
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		<item>
		<title>Résurrection</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Structuré en six blocs, Résurrection s’ouvre avec un premier segment muet reprenant quelques caractéristiques du cinéma expressionniste allemand, parmi lesquelles les figures somnambules et les décors biscornus du Cabinet du Docteur Caligari. On y suit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" title="Read  Résurrection">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Structuré en six blocs, <em>Résurrection</em> s’ouvre avec un premier segment muet reprenant quelques caractéristiques du cinéma expressionniste allemand, parmi lesquelles les figures somnambules et les décors biscornus du <em>Cabinet du Docteur Caligari</em>. On y suit le personnage joué par Shu Qi explorant les méandres d’une opiumerie aux cloisons en papier. À la fin d’une séquence mélièsienne où s’enchaînent les tours de magie (un mur qui s’effondre, un plancher qui pivote, etc.), il rencontre une créature piégée dans l’espace-temps malléable du cinéma lui-même – un « Rêvoleur » ou « <em>Fantasmer</em> » en anglais. La dynamique du train fantôme chère à Bi Gan, incarnée par la dérive nocturne d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/grand-voyage-vers-nuit-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Un grand voyage vers la nuit</em></a>, s’incarne ici par l’entremise d’un hommage quasi enfantin à la prestidigitation filmique (dont la présence d’un zoopraxiscope sur l’écoutille du trou où est enfermée la créature). Le récit est ainsi lancé sur une voie aussi stimulante que périlleuse, à savoir une traversée de l’histoire du cinéma (de la fin du XIXe siècle à celle du XXe) et une quête fantasmatique pour en libérer les fantômes – en premier lieu celui du « rêvoleur », sorte d’automate dont le cœur mécanique bat grâce au défilement d’une pellicule. Traverser le miroir que constitue l’écran pour pénétrer les films et côtoyer au plus près leurs figures spectrales : le projet est ambitieux, peut-être trop pour un cinéaste dont ce n’est, après tout, que le troisième long. <em>Résurrection</em> dévie toutefois suffisamment de ce programme pour ne pas se restreindre à l’idée éculée d’une « lettre d’amour au septième art ». Le recours à la couleur et à des mouvements de caméra sophistiqués (par exemple, un travelling circulaire autour d’un décor qui se recompose derrière l’actrice) contreviennent dès l’ouverture à l’horizon du mimétisme déférent : il s’agit moins d’un hommage au cinéma muet que d’une déformation de l’esthétique des vues Lumière (<em>L’Arroseur arrosé</em> y est reconstitué), passée à la moulinette de la modernité maniériste – notamment des films d’Hou Hsiao-hsien, que rappellent la présence de Shu Qi et les volutes de fumée émanant des pipes à opium.</p>
<p>Abandonnant son actrice star dans les limbes du temps qui passe (il ne la retrouvera qu’en fin de parcours), <em>Résurrection</em> creuse par la suite un sillon de plus en plus passionnant : après une transition à l’iris et un changement de format vers le scope, Bi Gan livre l’un des meilleurs segments en reprenant à son compte l’esthétique du film noir, dont il reconduit un vague squelette narratif (durant les années 1920, un meurtre a eu lieu près d’une gare embrumée et la police torture le Rêvoleur, principal suspect, pour lui soutirer des aveux). Cette fois-ci, le Wong Kar-wai de<em> The Grandmaster</em> s’entremêle à une sorte de polar baroque, offrant l’occasion au cinéaste de façonner une myriade de plans composites. Riche en surcadrages et clairs-obscurs, l’image prend l’aspect d’un miroir brisé en mille morceaux (les vitres qui tombent du plafond de la gare), tandis que les figures, celle du Rêvoleur en particulier, sont amenées à évoluer dans les plis d’un espace kaléidoscopique. Cette logique culmine lors d’une séquence magnifique à l’intérieur d’une miroiterie, ouvertement inspirée du finale de <em>La Dame de Shangaï</em>, dans laquelle l’enchevêtrement des plans à l’intérieur d’autres plans figure la diffraction du protagoniste (moins un fantôme qu’un reflet, de plus en plus insaisissable à mesure qu’il se démultiplie) et participe de la mise en abyme opérée par ce film strié de béances et de ruptures réflexives. A priori, on retrouve là le trajet d’<em>Un grand voyage vers la nuit</em> : en cultivant une forme d’opacité délibérée, une première partie en lambeaux en annonce une deuxième qui fera, elle, la part belle à un mouvement continu et salvateur, dans l’espoir (toujours heurté, voire empêché) de recoller les fragments précédemment brisés sous le poids insoutenable d’une absence (celle d’un père dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaili-blues/" target="_blank" rel="noopener"><em>Kaili Blues</em></a>, d’une femme dans <em>Un grand voyage</em>, ici des rêves dans un univers où les songes seraient devenus impossibles).</p>
<h2>L’attrape-rêves</h2>
<p>Mais il faudra attendre un moment avant que ce virage se présente à nous ; et on a malheureusement l’impression que ce film-laboratoire s’embourbe entre-temps dans les substances diverses qu’il fait jaillir de ses différents tubes à essai. C’est là que <em>Résurrection</em> déçoit le plus : après le segment quasi cubiste du polar (dans sa manière de figurer les corps tiraillés et lacérés par des mouvements contraires), la mise en scène s’affadit dans des situations narratives moins inspirées, ou pire, s’engourdit pour ne plus se réveiller que de manière épisodique, au détour par exemple d’un lancer de cigarette lors d’une rixe avec des malfrats, qui occasionne un petit sursaut dans l’enchaînement plus routinier des plans et des champs-contrechamps. Dans le troisième segment, à l’intérieur d’un monastère abandonné, tout comme dans le quatrième (le moins convaincant), où le Rêvoleur apprend à un enfant des tours de cartes, certaines scènes de dialogues, évoquant la plasticité laiteuse du régime télévisuel, semblent signées par un autre auteur. Ces deux segments engourdissent le film et consolident par ailleurs une architecture assez superficielle, chaque segment correspondant à l’un des six sens du bouddhisme chán (en l’occurrence ici : le goût et l’odorat). Une parabole qui vient grossir un ensemble déjà particulièrement chargé en allégories diverses : l’hommage à l’histoire du cinéma, le voyage dans le temps, l’exploration des rêves, les liens avec la mythologie chinoise et le bouddhisme, ou encore une vision assez naïve de la salle comme sanctuaire menacé d’extinction (il y a un peu de <a href="https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/retour-sur-holy-motors/" target="_blank" rel="noopener"><em>Holy Motors</em></a> dans <em>Résurrection</em>).</p>
<p>Changement d’itinéraire : si <em>Un grand voyage</em> se délestait des écarts de <em>Kaili Blues </em>(l’épilogue postérieur au plan-séquence) pour se concentrer sur les strictes résonances entre une modalité de mise en scène et une autre (la fragmentation d’un côté et la continuité de l’autre ; le plat d’un côté et la 3D l’autre), <em>Résurrection</em> fait aujourd’hui le chemin inverse, ne cessant d’ajouter des ingrédients à sa mixture. Le long plan-séquence du film agit à ce titre comme un bel antidote à la mélasse d’où il a surgi, en même temps qu’il s’inscrit, par son organisation composite, dans cette propension à la stratification. D’une durée de quarante minutes, l’action, située le soir du 31 décembre 1999, est le réceptacle de plusieurs visions extraordinaires : des colombes qui s’envolent alors que l’image vire à un rouge d’une grande intensité, plusieurs permutations du point de vue (notamment au moment où une fenêtre se brise), une fuite amoureuse et soudaine sous une lumière bleutée à l’aube du nouveau millénaire (on pense au plan d’ouverture de <em>Millenium Mambo</em> et à son travelling qui suivait Shu Qi, lors de l’an 2000, avançant sous les néons bleus d’un tunnel taïwanais). Arborant une magnifique netteté numérique (jusqu’à nous permettre de voir la pluie tomber et de ressentir la texture même de la matière urbaine), la virée est à la hauteur des attentes, mais n’est pas aussi frontalement spectaculaire que celle d’<em>Un grand voyage</em>, ni aussi instable que celle de <em>Kaili Blues</em>. C’est que ce plan-séquence travaille autre chose, davantage en phase avec ce que le film, très hétérogène, organise : plutôt que l’illusion d’une continuité temporelle, il affiche nettement sa segmentation et maquille à peine ses trucages. Il avance par étapes, se relance après des revirements chromatiques ou des arrêts délibérés de la caméra. Le vertige qu’il cherche à produire n’est plus vraiment spatial (une virée en scooter, une sortie de la mine, etc.) mais temporel, avec une série de variations météorologiques ainsi qu’un <em>timelapse</em> inattendu en son milieu.</p>
<p>Si l’on peut regretter que peu de ponts y soient jetés avec le reste du récit, cette déambulation fait au moins office de respiration à l’intérieur d’un mille-feuille que l’on est en droit de trouver bourratif. Car un épilogue surréaliste en rajoute une couche, sans parler des intertitres qui reviennent à intervalles réguliers nous rappeler que tout ceci n’est, au fond, qu’un poème candide sur notre rapport au cinéma comme source de lumière dans nos vies sombres et désenchantées (avec des halos et des bougies, pour filer une métaphore qui ne brille pas par son originalité). Généreux mais donc un peu obèse, le film alterne de la sorte entre le virtuose et l’atone. <em>Résurrection</em> ressemble en cela au navire dont les deux amants du plan-séquence prennent à un moment les commandes, avant de s’arrêter devant le soleil qui se lève à l’horizon : contrairement à la petite bicoque en bois de <em>Kaili Blues</em>, c’est un vaisseau lourd et laborieux à manœuvrer ; la navigation temporelle dans laquelle il nous embarque relève d’un <em>gros</em> plus que d’un <em>grand </em>voyage.</p>
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		<title>Girls for Tomorrow</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/girls-for-tomorrow/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Installée à New-York pour suivre son compagnon, Nora Philippe a décidé de partir à la rencontre des étudiantes de Barnard College, une prestigieuse université pour femmes de la ville. Elle les a écoutées et filmées...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/girls-for-tomorrow/" title="Read  Girls for Tomorrow">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Installée à New-York pour suivre son compagnon, Nora Philippe a décidé de partir à la rencontre des étudiantes de Barnard College, une prestigieuse université pour femmes de la ville. Elle les a écoutées et filmées dans leurs combats militants, puis a continué de les suivre pendant plusieurs années après la fin de leurs études. Tourné sur une dizaine d’années, <em>Girls for Tomorrow</em> est ainsi rythmé par les événements qui ont émaillé l’histoire récente des États-Unis. De la fin de la présidence Obama à la pandémie mondiale, de l’affaire George Floyd à la deuxième élection de Trump, les enjeux se redéfinissent au fil du temps pour les jeunes femmes, qui passent en quelques années des espoirs accompagnant le mouvement #MeToo à la sidération devant la violente poussée réactionnaire. À mesure que les personnages s’éloignent (tant géographiquement que par leurs choix personnels), le récit choral embrasse des distances de plus en plus larges, voyageant entre New York, Dallas ou encore Paris. Cette construction en éventail a toutefois le défaut de survoler les scènes consacrées à chaque figure ; on le regrette d’autant plus que c’est dans les moments où il prend son temps que le film convainc le plus.</p>
<p>Des séquences de diverses natures contrebalancent cependant la facture trop académique des entretiens face caméra, enregistrés sous la lumière d’un projecteur. Les vidéos « privées » liées à la vie de la réalisatrice permettent par exemple d’intégrer son quotidien ou ses difficultés (notamment sa séparation) à la matière du film. Les incursions dans les lieux de vie des jeunes femmes viennent également nuancer leurs discours, comme en témoigne cette militante, l’une des plus radicales, qui s’habitue doucement à sa vie de famille au Texas. En découle le sentiment d’une sororité passant par l’intégration de Nora Philippe au groupe, en particulier lorsque les charges réactionnaires (tel le recul du droit à l’avortement) s’abattent successivement sur les femmes. Le système d’oppression est quant à lui tourné en dérision, via l’intervention régulière de personnages présentés comme générés par IA qui, face caméra, rappellent en toute bienveillance la persistance d’un ordre établi. Hélas, les frictions provoquées par la rencontre de ces différents régimes d’images sont en partie sacrifiées sur l’autel de la limpidité du récit. Or c’est plutôt lorsqu’il prend, sur le temps long, la forme d’un collage un peu désordonné que le film parvient le mieux à émouvoir.</p>
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		<title>Des preuves d’amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-preuves-damour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment quantifier, prouver, démontrer l’amour ? Quelques mois après la légalisation du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels, Céline (Ella Rumpf) doit répondre à cette question face à un juge pour pouvoir adopter...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-preuves-damour/" title="Read  Des preuves d’amour">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment quantifier, prouver, démontrer l’amour ? Quelques mois après la légalisation du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels, Céline (Ella Rumpf) doit répondre à cette question face à un juge pour pouvoir adopter l’enfant qu’elle attend avec son épouse, Nadia (Monia Chokri). Le dossier exigé, composé de preuves tangibles (et notamment de lettres) démontrant son implication affective, relève d’une injonction qui dépasse le cadre juridique de l’adoption. Il n’y a pas que l’œil de la justice qui regarde Céline et Nadia : c’est toute une société qui les observe et les attend au tournant – « <em>vous êtes prêtes ?</em> » revenant comme un refrain. Dans ce point de départ, Alice Douard trouve la tension de son premier film : comment filmer un amour que l’on exige de démontrer ?</p>
<p>La relation de Céline à la maternité ainsi qu’à sa propre mère irrigue le récit et dépasse le cadre du couple lesbien pour questionner ce qui fait un bon parent. Son personnage est scruté de toutes parts dans le récit – par les membres de la famille et les ami.es qui devront écrire les fameuses lettres – mais le film, lui, reste à ses côtés et se déploie à partir d’elle. La scène où elle visionne une interview de sa mère, célèbre pianiste, cristallise cette logique : la caméra, placée à hauteur de l’écran d’ordinateur, montre son visage absorbé par ce qu’elle regarde, tandis que le ventre rond de Nadia entre dans le cadre, puis son visage. Dans la lumière neutre et douce du plan fixe, la famille en devenir se compose alors sous nos yeux, à la fois révélée et magnifiée dans sa possibilité d’exister.</p>
<p>La réussite du film tient aussi à la précision avec laquelle les personnages sont incarnés. Ce n’est pas seulement une question d’alchimie entre Ella Rumpf et Monia Chokri : le film prend surtout le soin d’inscrire le couple dans une suite de décors urbains – elles dansent en club, traversent Paris en métro, remontent la rue de Belleville les bras chargés de sacs, etc. Cette manière de donner à Céline et Nadia une densité et une physicalité permet de trancher avec la représentation ordinaire des corps lesbiens à l’écran, trop souvent filmés par le prisme du fantasme ou de l’abstraction. Ici, ils existent avant de porter une allégorie ou un message sociétal. Dès lors, si le film reprend certains passages obligés de la comédie romantique – scènes de danse, moments d’intimité, courses en duo –, il le fait non pour figer les personnages dans une image toute faite, mais au contraire pour les figurer en mouvement. Là où le cinéma tend généralement à transformer ces situations en moments sursignifiants, Douard en tire un élan : les corps circulent, se touchent, se déplacent, et c’est dans cette dynamique ordinaire que le couple prend forme.</p>
<p>En partant d’un genre aussi codifié que la comédie romantique, Alice Douard se pose ainsi la question des moyens offerts par le cinéma pour représenter l’amour. L’expérience lesbienne a déjà été filmée avec subtilité par le passé, mais sa représentation demeure encore largement façonnée par un regard masculin, sexualisant ou déconnecté de la réalité. Le film prend le contrepied de ce tropisme : il montre, simplement, comment un amour lesbien peut être vécu et filmé sans objectification. Il interroge aussi ce que son existence dans la France des années 2010 a de profondément politique. <em>Des preuves d’amour </em>commence d’ailleurs par une voix, « <em>le scrutin est ouvert, le scrutin est clos</em> », sur fond rouge et entame sa fin sur un autre son, cette fois sur fond noir : le cri d’un nouveau-né. Entre ces deux seuils, le film s’inscrit dans un contexte historique, celui du vote d’une loi et du déferlement d’attaques homophobes qui l’ont accompagné. Mais cette inscription n’est jamais frontale ; la mise en scène laisse hors champ le scrutin pour se concentrer avant tout sur les corps de Céline et Nadia. C’est à cet endroit que le film livre peut-être sa plus belle preuve d’amour envers ses personnages.</p>
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		<title>The Chair Company, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chair-company-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chercher un sens à l’apparente bêtise qui gouverne l’écriture de Tim Robinson et Zach Kanin est, de prime abord, une gageure. Le non-sens qui dérègle le monde de The Chair Company, leur nouvelle série, s’inscrit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chair-company-saison-1/" title="Read  The Chair Company, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chercher un sens à l’apparente bêtise qui gouverne l’écriture de Tim Robinson et Zach Kanin est, de prime abord, une gageure. Le non-sens qui dérègle le monde de <em>The Chair Company</em>, leur nouvelle série, s’inscrit dans la droite lignée des sketchs de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/i-think-you-should-leave-with-tim-robinson-saison-3/" target="_blank" rel="noopener"><em>I Think You Should Leave</em></a>. On y retrouve les mêmes schémas aussi absurdes que sophistiqués, ainsi qu’une obsession pour quelques motifs a priori anodins : les magasins de chemises bariolées, les fêtes à thèmes, les listes de clients, etc. Le personnage principal de <em>The Chair Company</em>, Ron Trosper (Tim Robinson), ne dépareillerait pas dans le précédent show de l’acteur-auteur : il est, lui aussi, un individu inadapté et pathétique, dont le comportement imprévisible est la source de divers déraillements sociaux. Un malheureux accident du travail – lors d’une présentation professionnelle, la chaise de bureau sur laquelle il s’assoit s’effondre en mille morceaux – suffit ainsi à déclencher chez Ron une furie inquisitrice qui l’amène sur la piste d’un vaste complot international. Il faut préciser que ce bon père de famille sans histoire et peu valorisé au sein d’un monde aseptisé – la banlieue américaine, les <em>open spaces</em> d’un promoteur immobilier – n’aspire au fond (mais peut-être trop ardemment) qu’à obtenir l’estime de ses proches. Les auteurs s’amusent cette fois à tordre un trope désormais bien identifiable de la fiction américaine : la crise de la masculinité blanche, point de départ d’un thriller où l’homme ne résiste pas à l’appel du danger et met en péril le foyer dont il est soi-disant le protecteur (on pourrait presque, en plissant les yeux, discerner dans <em>The Chair Company</em> un pastiche de <em>Breaking Bad</em>). Mais qu’a donc à nous offrir cette structure linéaire, centrée sur les déviances d’un seul personnage, en comparaison du foisonnement génial d’<em>I Think You Should Leave</em> ? Que tire la série du temps long du feuilleton ?</p>
<h2>Folie à deux</h2>
<p>On pourrait d’abord relever la ruse des deux auteurs, qui retombent sur leurs pattes, puisqu’ils échafaudent ce récit à partir de nombreuses rencontres et autant d’échappées absurdes. L’armature de thriller psychologique, avec ses <em>cliffhangers</em> capillotractés, apparaît un peu rigide. De fait, la série semble tiraillée entre son canevas resserré autour d’une figure principale et la vocation plurielle de l’humour de Robinson : une comédie née des interactions sociales, qui jouit du malaise plus que du mal-être – même si la série feint aussi de jouer la carte de l’introspection avec d’hilarants flashbacks sur le passé d’entrepreneur raté de Ron. La manière dont le personnage fait pivot permet toutefois de mieux circonscrire la mécanique de propagation délirante au cœur de l’écriture de Kanin et Robinson : c’est au contact des autres que l’esprit complotiste de Ron se nourrit et révèle peu à peu le fond névrotique du monde qui l’entoure. La ville qu’il habite se peuple alors de monstres, certes peu dangereux, mais dont les raisonnements et les réactions incongrues ébrèchent le bon fonctionnement de la petite société ici brossée. Ainsi de Mike (Joseph Tudisco), l’inénarrable compère que Ron se dégotte, double maléfique et pousse-au-crime attirant le héros vers l’extérieur à la poursuite de nouvelles pistes, mais qui n’a de cesse de vouloir pénétrer la chaleur du cocon familial des Trosper.</p>
<p>La structure de <em>The Chair Company</em> impose surtout aux auteurs de pousser le geste au-delà de la queue de poisson, ou du court-circuit, qui servait jusqu’alors de conclusion à la plupart de leurs gags. Les sketches sont ici enchâssés les uns dans les autres, de façon à repousser les limites d’une mise en scène à l’esprit d’escalier : lorsque Ron semble toucher le fond de l’embarras, soit à peu près toutes les dix minutes, il faut pourtant creuser, encore et encore. L’épisode cinq (conjointement un sommet et une bascule) permet de prendre la mesure de cette dynamique vertigineuse. Empêtré dans un entretien confus avec un comédien raté (lequel aurait prêté son image à l’entreprise nébuleuse supposément à la tête du complot de chaises), Ron se trouve propulsé dans un mouvement d’une densité folle qui l’amène d’épreuve en épreuve, d’un bar de cocaïnomanes jusqu’à une cave où deux vieux amants l’obligent à réaliser une vidéo compromettante. Les notes comiques les plus fortes sont induites par cet effet de trop-plein, lisible d’abord dans le regard saturé d’émotions de Ron, et une mise en scène qui distille de nombreux signes annonciateurs de nouvelles catastrophes burlesques. Celles-ci accouchent parfois de visions d’inspiration tordue (une grand-mère accro au pop-corn, le crâne d’un individu drôlement cabossé), révélant la dimension noire et dégénérée du comique à l’œuvre.</p>
<p>Il faut à ce titre évoquer l’affaire de l’insecte qui pénètre le téléphone de Ron au début de l’épisode 3. L’action a échappé à ce dernier, dont l’état d’ultravigilance est pourtant le principal moteur de ses aventures cauchemardesques, mais le client qui se tient dans son bureau, lui, n’a rien loupé du spectacle. Ce dernier marmonne alors l’une de ces répliques saugrenues dont la série est coutumière : « <em>A bug went in your phone…</em> ». Il est étrange qu’à l’issue de la série cette intrusion n’ait ouvert sur rien ; elle n’a débouché sur aucun gag, ni nouvelle piste à suivre. Au fond, l’image pourrait bien se suffire à elle-même. Cette petite bête qui s’instille en nous à notre insu et puis nous ronge, cette petite bête qu’on ne peut s’empêcher de chercher et qui nous trouve toujours, a un nom : c’est le doute. Dévorant de l’intérieur (par le manque de confiance en soi, la crainte de l’humiliation) avant de se muer en une défiance du monde extérieur (le soupçon), elle constitue un sentiment double qui pourrait bien être le point névralgique du burlesque très viscéral – mais néanmoins assez cérébral – travaillé par Kanin et Robinson.</p>
<h2>Monsieur Asticot</h2>
<p>Est-ce à dire que la linéarité de <em>The Chair Company</em> permettrait de percer à jour ce qui se cache sous la carcasse désopilante de Tim Robinson, de la même manière que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Rehearsal</em></a> sondait l’autisme présumé de son auteur Nathan Fielder ? Pas si vite. Encore une fois, la veine psychologique apparaît comme un leurre, tant le comportement de Ron et de ses congénères n’appelle à aucune compréhension ou rédemption. L’empathie plaquée sur ce héros sert surtout à mieux donner à voir la palette de jeu de l’acteur (ses yeux écarquillés, sa moue désolée, son air parfois benêt, sans oublier ses bruyants éclats de voix) au sein d’une composition plus patiente dans l’utilisation de ses effets – mais qui débouche tout de même sur un incroyable numéro de sourires forcés pour conclure l’épisode sept. Pour Robinson, il s’agit de mieux dessiner les contours normaux de son personnage, pour mieux le voir souffrir en ce bas monde ; figure carnavalesque en bras de chemise, il est ici pour expurger les vices d’un modèle sociétal aliénant au possible.</p>
<p>Devant ce sens du détail, des situations anodines qui s’enlisent et de l’amour de la grimace, impossible de ne pas penser (ne serait-ce qu’un peu) à <em>Mister Bean</em>. Mais là où le clown campé par Rowan Atkinson – tombé du ciel (cf. le générique de la série, qui racontait la nature alien du personnage) – était un sociopathe quasi-muet révélant par ses frasques la rigidité de la société anglaise, Ron Trosper – tombé de sa chaise – est un homme volubile mettant en exergue un monde numérisé faussement sécurisé. Constamment menacé, piraté, hameçonné, par un entourage composé de trolls et de brouteurs (un instant d’inattention et le voilà spammé très agressivement par un magasin de vêtements ; un autre et c’est un vendeur de porno qui aspire l’intégralité des photos de son téléphone), Ron offre un visage clownesque à notre fébrilité numérique. On en revient à la double facette du doute. La peur de l’humiliation se mue ici en crainte permanente d’être fishé, c’est-à-dire de se savoir ciblé dans sa vulnérabilité (cf. la séquence de Ron caché sous son bureau pour pleurer). La tendance paranoïaque s’épanouit, elle, à travers l’esprit distrait de Ron, perturbé par le moindre signe qui se présente à lui <i id="mwJA">–</i> à commencer par ceux qui émanent des écrans, déployant un véritable comique du scroll. Il faut voir le personnage, lors de l’un des décrochages les plus savoureux de la série, se perdre dans la lecture d’un message alertant sur une arnaque à la chemise rafistolée, <em>a priori</em> sans grand rapport avec le complot qui l’occupe. À mesure que le récit extrêmement détaillé captive Ron, l’indigné du Net prend vie (son histoire bénéficie d’une reconstitution) et sort de l’écran pour hurler sa rage. C’est à travers ces aberrations que la série parvient à désigner ce qui reste d’invariablement burlesque dans nos comportements numérisés : se vautrer seul dans les méandres de la toile est aussi drôle qu’une bonne chute en public.</p>
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		<title>2025, oscillations et bouillonnements</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/2025-oscillations-et-bouillonnements/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330218</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment ça va, le cinéma ? À chaque fin d’année, la critique est conviée au chevet de la supposée grande toussoteuse, pour prendre son pouls et soupeser le tout : ‑15% de fréquentation par-ci (on...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/2025-oscillations-et-bouillonnements/" title="Read  2025, oscillations et bouillonnements">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">Comment ça va, le cinéma ? À chaque fin d’année, la critique est conviée au chevet de la supposée grande toussoteuse, pour prendre son pouls et soupeser le tout : ‑15% de fréquentation par-ci (on l’a pas mal répété ces dernières semaines : les Français vont moins en salles), la grève des scénaristes hollywoodiens par-là… Bref, de loin, ça ne va pas très fort. Et de près ? Un peu mieux, car il y a eu de beaux films, des singuliers surtout. Or le rôle de la critique est avant tout de reconnaître et définir la singularité de ce qui se présente à elle – non de jouer au docteur. D’ailleurs, le cinéma n’a pas besoin de médecins ; non seulement il n’est pas mourant, mais en plus, il ne semble pas si malade. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater que si l’année ne fut pas riche en films fédérateurs, elle a été en revanche le théâtre de nombreux débats et discussions. En 2025, on aura beaucoup ferraillé sur les films à la sortie des cinémas, dans les coulisses des rédactions, mais aussi par textes et podcasts interposés. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Oui</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener">Une bataille après l’autre</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener">Sirāt</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener">Eddington</a></em>, etc. : que nous apporte au juste ce regain d’intensité dans la parole sur les films ? D’abord, peut-être que les films de 2025 auront précisément cherché à capturer quelque chose de l’esprit confus du temps, à cerner, plus encore que d’habitude, une forme de <em>Zeitgeist</em>.</p>
<p class="MsoNormal">Il se trouve qu’en début d’année, un film en apparence consensuel et bien peigné mettait en scène – et en abyme – cette question : <em>Un parfait inconnu</em> de James Mangold, qui brossait un portrait plus tortueux qu’attendu de Bob Dylan. L’intérêt premier du film tenait à sa manière de figurer le chanteur comme un attrape-tout aussi génial que cynique, discernant dans la guerre du Vietnam, l’assassinat de Kennedy ou la lutte difficile pour les droits civiques un terreau pour ses chansons. Dylan n’y était pas filmé comme un « artiste engagé », mais comme un vampire suçant la moelle de son époque pour en faire le ferment de son propre succès. Avec moins de calcul, mais aussi moins de brio que le musicien, beaucoup de cinéastes ont tenté, eux aussi, de saisir quelque chose de l’esprit du temps, parfois avec lourdeur (Bong Joon-ho dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mickey-17/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mickey 17</em></a>), parfois en se branchant directement sur une forme de confusion. C’est la stratégie à moitié opérante d’<em>Eddington</em>, en cela que le film d’Ari Aster ne vise juste que lorsqu’il condense à l’extrême les signes de l’histoire récente des États-Unis. On pourrait objecter que c’est une bonne manière d’approcher l’ici et maintenant que d’embrasser la part de folie de nos quotidiens saturés d’images délirantes. Puisque le monde déraille, il faut que la forme et les récits en fassent autant. On retrouve cette idée dans <em>Oui</em> de Nadav Lapid qui, comme d’autres films sortis cette année, se confronte à «&nbsp;l’impossibilité&nbsp;» de produire des images du génocide. Si <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener">Put Your Soul in your Hand and Walk</a></em> ou <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" target="_blank" rel="noopener">La Voix de Hind Rajab</a></em> entendent lever le voile sur la réalité gazaouie et mettent sciemment en exergue les limites de leurs propres dispositifs, <em>Oui </em>vise plutôt à tirer du déni du peuple israélien une matière aussi monstrueuse que poétique – voire une poésie de la monstruosité. Il n’y a pas ici de vrai contrechamp ou contrepoint ; ce n’est que dans la boue que le film peut aller, et qu’il lui faut aller pour sonder les névroses d’un pays gangrené par l’abjection.</p>
<p class="MsoNormal">Le lien entre ces différents films tient aussi à leur dimension inégale, voire intrinsèquement sinusoïdale ; <em>Une bataille après l’autre</em>, avec ses ondulations rythmiques, en témoigne. Saisir quelque chose de l’époque, ce serait d’abord chevaucher ses vagues, épouser l’irrégularité d’un moment qui nous échappe. On ne sait pas si beaucoup de films 2025 « resteront » – encore que (on en reparle dans quelques semaines, au moment de dresser le « top »). En revanche, il est certain que cette année a été animée par un sentiment d’urgence à cartographier les tempêtes du présent. Que le cinéma se reconnecte fermement aux flux du monde, qu’il entreprenne de donner forme aux tumultes contemporains, n’est pas une mauvaise nouvelle ; c’est même la marque de sa vitalité.</p>
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		<title>Que ma volonté soit faite</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/que-ma-volonte-soit-faite-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premières séquences de&#160;Que ma volonté soit faite, deuxième long-métrage de Julia Kowalski, font redouter l’énième rejeu d’une stratégie consistant à&#160;maquiller, par de petites touches opportunistes, une chronique réaliste en film de genre. Une ferme,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/que-ma-volonte-soit-faite-2/" title="Read  Que ma volonté soit faite">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premières séquences de&nbsp;<em>Que ma volonté soit faite</em>, deuxième long-métrage de Julia Kowalski, font redouter l’énième rejeu d’une stratégie consistant à&nbsp;maquiller, par de petites touches opportunistes, une chronique réaliste en film de genre. Une ferme, une famille marquée par un traumatisme et, très vite, des vaches malades&nbsp;: on pense évidemment à&nbsp;<em>Petit Paysan</em> d’Hubert Charuel. Le problème récurrent de cette astuce de saupoudrage est qu’elle masque mal les balises de scénarios sur-écrits&nbsp;: il faut de trop nombreuses scènes bavardes et sous-investies pour installer le cadre du récit. Dans un premier temps, le film paraît lesté de ses intentions&nbsp;: deuil, maladie, héritage familial, traditions rurales et catholiques se superposent dans une épaisse exposition. Heureusement, quelques mystères viennent bientôt changer la donne. Les circonstances dans lesquelles la mère de cette famille a&nbsp;trouvé la mort restent floues, à&nbsp;peine précisées par des flashs et fantasmes d’incendie, mais on comprend qu’elles sont à&nbsp;l’origine des crises de convulsions et des prières frénétiques de Nawokja, que son interprète, Maria Wróbel, incarne avec une intensité rappelant le cinéma de Zulawski. Mais plus encore, c’est le surgissement de Sandra, le personnage joué par Roxane Mesquida, qui va permettre au film de décoller. La présence discrètement érotique de l’actrice, charriant un héritage cinéphile transgressif (elle fut une figure importante des œuvres de Catherine Breillat et Gregg Araki) impose un magnétisme, une aura que Kowalski saisit précisément et ce dès sa première apparition, par un très beau et lent zoom derrière une barrière de grange fissurée. Sandra agit notamment comme un catalyseur lors de la longue séquence du mariage du frère de Nawojka, la plus réussie du film&nbsp;: alors que la fête glisse vers une joie simple et touchante (le beau moment suspendu du discours empêché du père), le personnage débarque sans prévenir et assombrit l’atmosphère, tandis que la nuit tombe petit à&nbsp;petit.</p>
<p>La fuite en voiture de Sandra et Nawojka, accompagnées de deux hommes dangereux, confirme que le film prend un virage. Cette traversée nocturne, rythmée par une hypnotisante guitare électrique, agit comme un solo dans un morceau de métal ou de shoegaze (un sous-genre du rock alternatif), libérant un souffle lyrique jusqu’ici trop contenu. Ce road trip nocturne sur le point de basculer dans l’horreur transforme peu à peu le film en récit cathartique et fantastique à partir d’éléments cinégéniques – la forêt la nuit, la boue, le feu, surtout, servis par la très belle photographie en 16mm de Simon Beaufils. À cet endroit, Kowalski s’inscrit davantage dans une tradition plus aimable et frondeuse du cinéma français, celle des francs-tireurs apparus à la fin des années 1980 (Breillat, Grandrieux, ou encore la Mazuy de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peaux-de-vaches/#:~:text=Avec%20Peaux%20de%20vaches%2C%20Patricia,le%20fil%20de%20sa%20narration." target="_blank" rel="noopener">Peaux de vaches</a></em>). Sa direction d’acteurs, qui ne recule pas devant l’artificialité, confirme cette filiation, en particulier au détour de plans pensés comme des portraits silencieux. Cette attention de la mise en scène n’est pas dévolue qu’aux héroïnes, mais concerne aussi de nombreux villageois, notamment lorsqu’ils voient revenir Nawojka nue, couverte de cendres et de terre. La caméra insiste alors sur un enfant, dont le visage médusé semble suspendu entre l’effroi et la fascination. Il y&nbsp;flotte quelque chose d’indéfinissable, qui rappelle la sidération muette des personnages de Jacques Tourneur confrontés à&nbsp;l’irruption de l’irreprésentable.</p>
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		<title>La fabrique de la couleur : Simon Beaufils, directeur de la photographie</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-simon-beaufils-directeur-de-la-photographie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-simon-beaufils-directeur-de-la-photographie/" title="Read  La fabrique de la couleur : Simon Beaufils, directeur de la photographie">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Deuxième invité : Simon Beaufils, directeur de la photographie, qui a notamment travaillé sur </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-couteau-dans-le-coeur/" target="_blank" rel="noopener">Un couteau dans le cœur</a><em>, </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/anatomie-dune-chute-ou-le-cinema-francais-au-tribunal/" target="_blank" rel="noopener">Anatomie d’une chute</a><em> ou, plus récemment, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/que-ma-volonte-soit-faite-2/" target="_blank" rel="noopener">Que ma volonté soit faite</a><em>.</em></p>
<p><strong>À quel moment de votre travail sur les films la question spécifique de la couleur se pose-t-elle ?</strong></p>
<p>Quasiment dès le début, lors de la lecture du scénario avec le cinéaste. En France, le scénario est un objet fini, qui a été travaillé pendant plusieurs années au fil des commissions. C’est la base sur laquelle un cinéaste obtient tous les financements, convainc les acteurs, monte une équipe, etc. Mais ce scénario parle très rarement de rythme ou d’image en tant que telle – de couleurs, de contraste, de style, etc. Il est donc indispensable de le convertir scène par scène en construisant tout ce qui entoure les dialogues et actions. À ce moment-là, plusieurs questions se posent : les références visuelles du cinéaste, mes propres idées, les décors, les costumes… et donc forcément, au centre de tout ça, les couleurs. Dès que l’on aborde ce sujet, le langage montre ses limites, car nous avons tous des référentiels différents. Lorsqu’un cinéaste me parle de «&nbsp;vert&nbsp;», cela m’évoque des centaines de nuances, certainement liées au fait que j’ai grandi à la campagne : s’agit-il du vert d’un champ de lin au mois de mai ? De celui de tel chêne, ou de telle autre essence d’arbre ? De la même manière, il suffit de regarder la mer quelques dizaines de minutes pour voir une multitude de nuances de bleu. Pour surmonter les difficultés du langage, la seule chose à faire est de se montrer des images et de filmer des bouts d’essai. Petit à petit se construit ainsi une idée générale de la forme visuelle du film, plus ou moins précise et, surtout, plus ou moins consciente : parfois, on se rend compte a posteriori qu’un rouge revient souvent au fil des décors, sans qu’on l’ait véritablement prévu. Cette sorte de charte détermine le choix de la pellicule, de la caméra, des objectifs, des filtres… Ce qui rend le premier jour de tournage magique (ou terrifiant, c’est selon), c’est que toutes ces décisions tiennent un peu du pari, puisqu’il est impossible de calculer complètement l’image qui découlera de l’imbrication de ces différents paramètres.</p>
<p><strong>Certains des cinéastes avec lesquels vous avez travaillé, comme Yann Gonzalez, ne placent-ils pas les couleurs au centre de leur scénario ?</strong></p>
<p>Je généralise, évidemment, même si je ne suis pas certain que les scénarios de Yann Gonzalez soient très précis en matière de couleur. Ma collaboration avec Yann (comme avec d’autres cinéastes) s’organise autrement : nous collaborons depuis ses débuts, donc l’objet «&nbsp;scénario&nbsp;» n’est plus notre base de travail. Je connais ses goûts très prononcés. Je sais par exemple qu’avec lui, je ne filmerai jamais un réverbère sodium et sa lumière orangée caractéristique, qui constitue une véritable référence visuelle du cinéma français puisqu’il s’agissait de l’éclairage principal de l’espace public jusqu’à l’avènement des LED. Yann aime filmer la ville avec des lumières froides, ce qui ne correspond pas tellement à la réalité – ou du moins à l’image que l’on se fait de la réalité. Pour le tournage d’<em>Un Couteau dans le cœur</em>, nous avons fait des tests de température de couleur très précis, pour identifier celle qu’il recherchait. Nous avons trouvé un tube néon qu’on appelle entre nous le «&nbsp;tube Gonzalez&nbsp;», justement parce que c’est la couleur que Yann adore, une teinte froide, bleu-vert, très marquée. Comme ce tube néon n’est plus fabriqué, on en garde un petit stock pour les prochains films.</p>
<div id="attachment_330080" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330080" class="wp-image-330080 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-300x63.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-1024x215.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-768x161.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-1536x322.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-2048x429.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-980x205.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-2000x419.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330080" class="wp-caption-text"><em>Un couteau dans le cœur</em> | © Memento</p></div>
<p><strong>Le frisson de la première journée que vous décrivez n’est-il pas atténué tout de même par la phase de test précédant le tournage ?</strong></p>
<p>Malheureusement, selon les films, il n’y a pas toujours de phase de test. Et lorsqu’il y en a une, on essaie beaucoup de choses en même temps (costumes, maquillage, coiffure, décors) ce qui empêche de se focaliser totalement sur des éléments précis. De plus, en raison des calendriers de tournage très serrés, il est souvent un peu tard pour changer ce qu’on a prévu – c’est encore plus vrai lorsqu’on tourne en pellicule, car il faut ajouter le temps de développement. L’été dernier, aux États-Unis, j’ai tourné un «&nbsp;film d’horreur biblique&nbsp;» – <em>dixit</em> la présentation du scénario –, <em>The Carpenter’s Son</em>, réalisé par Lotfy Nathan et photographié sur pellicule, dans des décors recréant l’Égypte antique. Les agents de Nicholas Cage, qui campe le rôle principal, n’avaient pas convenu de période de test, on a donc débuté le tournage sans avoir rien essayé. Je peux vous dire que lorsqu’on a fait autant de choix déterminants sur la seule base de discussions ou d’images de référence, et qu’il y a tant d’enjeux, le frisson de la première journée est réel. C’est quelque chose que j’aime dans mon métier, ce mélange de préparation très importante et, au dernier moment, le sentiment qu’il faut suivre son instinct.</p>
<p><strong>Quels sont les outils dont vous disposez pour façonner la couleur sur le plateau ?</strong></p>
<p>La couleur est avant tout un moyen formidable de créer du contraste dans l’image, notamment dans le rapport entre les couleurs avec lesquelles j’éclaire les visages et les fonds. Pour ce faire, il y a trois grands groupes de projecteurs. Les projecteurs HMI, dont la température de couleur est très proche de la lumière du jour, les projecteurs tungstène qui produisent une lumière chaleureuse, plutôt d’intérieur, et les LED qui varient à la fois entre toutes les teintes de blanc (du froid au chaud) et n’importe quelle couleur. S’ajoute une quatrième famille en voie de disparition, mais à laquelle je suis très attaché, qui est celle des tubes néon ou des ampoules à économie d’énergie. Ces lampes qui viennent du grand public ou du secteur industriel produisent une lumière particulière, très utile pour créer des contrepoints.</p>
<p>Évidemment, ces différents projecteurs ne font pas ressortir les visages de la même façon, et on se trouve souvent à en préférer certains à d’autres. Personnellement, j’ai du mal à éclairer des visages en direct avec la LED, qui appauvrit beaucoup la peau, de manière plus flagrante encore si le film est tourné en numérique. En revanche, pour les effets de couleur, elle est performante et très pratique : à l’aide d’une tablette tactile, ma cheffe électro Sophie Lelou peut sélectionner n’importe quelle teinte qui s’affiche instantanément sur le plateau. Avant cela, il fallait qu’elle passe une gélatine devant un projecteur, ce qui exigeait du temps et de la manutention, et surtout ne permettait pas une telle finesse des nuances. Les LEDs vont bien avec l’écosystème numérique et l’idée d’une image qu’on peut contrôler en direct, jusqu’au moindre détail. Avec de la pellicule, les couleurs que l’on choisit à l’œil sur le plateau ressortent de manière plus aléatoire. Pour le dernier film de Yann Gonzalez, tourné cet été, nous avons été confrontés au cas d’un magnifique manteau d’une teinte particulière, entre le violet et le bleu. Au cours des tests, on s’est aperçus qu’il apparaissait complètement violet à cause de l’éclairage froid. Il aurait fallu utiliser une lumière beaucoup plus chaude pour faire ressortir les teintes bleutées, mais Yann était attaché à son éclairage froid. Nous l’avons légèrement adapté pour en tirer le meilleur, mais on peut être certain que les concepteurs ne reconnaîtront pas leur manteau.</p>
<p>Je crois qu’il est très précieux d’avoir à disposition une telle variété de matériel. On peut encore décider de ne pas utiliser la technologie à la pointe pour un film en fonction des effets recherchés. Je milite pour que les loueurs gardent leurs vieux projecteurs sur les étagères, parce qu’ils donnent la possibilité de créer des images singulières, qui s’émancipent de la norme.</p>
<p><strong>Effectuez-vous des mesures de la couleur sur le plateau ?</strong></p>
<p>Oui, surtout lorsque je photographie sur pellicule, qui est particulièrement sensible aux différentes sources lumineuses et amplifie les écarts entre les températures de couleur. J’utilise un thermocolorimètre qui me permet de déterminer, par exemple, qu’une partie du cadre est à 8000&nbsp;Kelvin [NDLR : l’unité de mesure la plus utilisée pour la température de couleur, qui oscille environ de 1000&nbsp;K (blanc très chaud) à 12&nbsp;000&nbsp;K (blanc très froid)] et 62&nbsp;points de magenta, et que l’autre est éclairée par une lumière à 4000&nbsp;Kelvin et 33&nbsp;points de vert. Même si ces tests sont extrêmement précis, il reste difficile de prévoir à quoi ressemblera le résultat. En plus, j’oublie souvent de noter les mesures effectuées en fonction des éclairages que j’utilise d’un film sur l’autre, ce qui m’oblige à repartir de zéro à chaque tournage. Mais au fond, ça ne me dérange pas tant que ça : chaque film est un nouveau projet, et je suis content de ne pas me reposer sur des mesures déjà établies.</p>
<h2>À rebours de l’esthétique majoritaire</h2>
<p><strong>Cette manière spécifique dont les couleurs interagissent rend-elle la pellicule plus propice aux expérimentations visuelles ?</strong></p>
<p>Au début des années&nbsp;2000, on voyait partout la couleur caractéristique de la pellicule Kodak, qui détenait quasiment le monopole avec Fujifilm. Concrètement, Kodak décidait quelle(s) couleur(s) on pouvait filmer. J’adorais l’une des pellicules Kodak, la 79, qui était très contrastée avec des couleurs fortes. Puis un jour, les ingénieurs de Kodak ont décidé qu’elle était trop granuleuse et qu’il fallait se rapprocher de l’image plus lisse de la vidéo. Ils ont mis au point une nouvelle pellicule avec moins de grain, des noirs moins prononcés, des couleurs plus pastel, que j’aimais beaucoup moins. Quand ils ont arrêté la production de la précédente, je me suis senti victime de l’industrie : c’est comme si tout à coup, on cessait de fabriquer les couleurs nécessaires à la palette utilisée quotidiennement par un peintre. J’ai essayé de m’émanciper des consignes strictes données par Kodak pour le développement en changeant les durées d’immersion dans les différents bains chimiques, afin de modifier le rendu des couleurs et d’augmenter le contraste. J’ai obtenu des images vraiment magnifiques à partir de ces expérimentations !</p>
<p><strong>À la différence de la pellicule qui conditionne le rendu final des couleurs, le numérique semble les capturer de façon plus égale et neutre. Sa généralisation a‑t-elle permis de gagner une liberté totale dans la manière de gérer et d’agencer entre elles les couleurs ?</strong></p>
<p>Les débuts de la vidéo grand public étaient très stimulants, notamment grâce au DV ou au HI‑8, ces formats qui ont amené une image complètement différente, aux couleurs criardes et improbables. Lorsque le numérique est devenu la nouvelle esthétique majoritaire, il s’est standardisé et lissé, et a donc perdu en intérêt. Je suis attaché à l’idée qu’en allant au cinéma, on a envie de voir une image différente de celle qu’on peut voir sur son téléphone ou sa télévision. Les caméras numériques enregistrent une image grise, qu’il faut ensuite «&nbsp;débayeriser&nbsp;» (de l’anglais <em>debayering</em>, un processus algorithmique qui recompose les couleurs à partir des données brutes capturées par la caméra) en postproduction, ce qui revient à les « développer » numériquement. Quand on débayerise naturellement les images filmées par une Alexa [NDLR : l’un des premiers modèles de caméra numérique professionnelle du constructeur Arri, mis sur le marché en 2010], celles-ci restent douces, avec peu de contraste et de couleurs. On peut en rajouter à l’étalonnage, mais on n’obtiendra jamais le rendu d’une image 16 ou 35 mm. Comme pour le mini-DV ou le Technicolor, je suis persuadé que dans quelques dizaines d’années on pourra dater les images obtenues avec des caméras numériques comme l’Alexa ou les Red.</p>
<p><strong>La grande disparité des supports sur lesquels sont vus les films aujourd’hui (salles de cinéma, téléviseurs, écrans d’ordinateur, téléphones portables, etc.) influence-t-elle la manière dont vous pensez vos images ?</strong></p>
<p>La question des destinations est ingérable. Il faut faire confiance à l’écran d’étalonnage, le mieux étant de bien le connaître. Pendant la postproduction, j’essaie d’organiser une ou deux projections dans des cinémas où j’ai vu beaucoup de films, qui me servent de référence. J’avoue que je pense toujours à faire des images pour la salle, en me disant que l’on pourra toujours compenser en postproduction afin de s’adapter aux exigences des différentes sorties. La télévision de ma grand-mère est réglée par le vendeur de son magasin d’électroménager avec des paramètres invraisemblables : l’image est archi-définie, on voit les pores de peau de tout le monde, mais elle est contente car elle trouve ça très net. Quand je fais l’étalonnage vidéo d’un film sur un beau moniteur, je trouve l’image superbe, puis je la regarde sur la télé de mamie et je me dis «&nbsp;Quelle horreur !&nbsp;». Cela me fait penser au DVD de <em>Sombre</em> de Philippe Grandrieux, qui commençait par une mire permettant de régler sa télévision pour bien voir les couleurs du film. J’imagine les gens chez eux essayant de paramétrer leur télévision, ça dit bien le décalage entre l’exigence de l’industrie et les images complètement aléatoires qu’on obtient à la maison. C’est toujours le cas aujourd’hui, chaque logiciel multimédia a son propre codec qui produit des couleurs différentes, et même Vimeo qui est utilisé par toute l’industrie ! On s’embête à faire un master vidéo dont on est content, avec toutes les bonnes exigences techniques, mais le fichier mouline quand même dans l’algorithme du site et il en sort quelque chose d’autre. J’essaie de me rassurer en me disant que ça fait partie du mystère du cinéma : une fois sorti de la salle d’étalonnage, le film ne m’appartient plus et vit !</p>
<h2>De l’humain en face</h2>
<p><strong>Vous parliez plus tôt de la difficulté d’éclairer et de filmer la peau : quels défis pose-t-elle, en pellicule comme en numérique ?</strong></p>
<p>À l’époque du tout analogique, des color scientists de Kodak travaillaient sans arrêt sur la peau, qui est à la fois le plus compliqué à filmer, et en même temps ce qu’on filme le plus au cinéma. Là encore, on ne réalise pas forcément à l’œil nu que la peau comporte des nuances extrêmement délicates de blanc, de rose, de vert, de bleu… Le numérique a tendance à effacer ces nuances, et c’est là que le travail avec l’étalonneur se fait crucial, car il faut passer des couches et des couches d’effets pour retrouver la carnation. Avec mon étalonneuse Magali Léonard, nous sélectionnons de petites zones de peau pour redonner localement de la couleur et du contraste. Par ailleurs, je n’éclaire pas du tout de la même manière selon le casting&nbsp;: je vois que telle couleur va plus ou moins bien au teint de tel acteur ou telle actrice, donc je pars de cette donnée pour organiser le reste des couleurs, ce qui induit parfois des changements de décors. Il est impossible de se dire que tout a été prévu et qu’il suffit d’appliquer la recette : à chaque fois qu’on fait face à de l’humain, c’est plus compliqué. D’un jour à l’autre, en fonction de l’état de fatigue, de l’heure à laquelle on tourne, il arrive que l’éclairage de la veille ne fonctionne plus sur le visage du comédien.</p>
<p><strong>La manière dont vous prévoyez les couleurs de l’image finale suppose-t-elle de votre part une position de chef d’orchestre sur le tournage, pour s’assurer de la cohérence d’ensemble ?</strong></p>
<p>Non, elle suppose une discussion permanente avec les différents postes. Sur les tournages français, on a rarement cette fonction de «&nbsp;directeur artistique&nbsp;» très présente aux États-Unis, qui coordonne les différents postes. Les responsabilités sont donc mélangées, et dépendent en outre du degré d’investissement du cinéaste sur les questions strictement esthétiques. Je suis obligé de discuter en permanence avec le chef décorateur et le chef costumier parce qu’en dehors des visages, je filme principalement des décors et des costumes. Un décor d’une certaine couleur peut être éclairé d’une couleur ou d’une autre, ce qui va le transformer, le faire vivre différemment. C’est passionnant, parce qu’on voit bien que les couleurs émanent en vérité de trois endroits distincts : du décor, de la lumière avec laquelle on l’éclaire, et de la manière dont la caméra – et le support, l’objectif, les filtres… – vient l’interpréter. Justine Triet, pour la chambre de l’enfant dans <em>Anatomie d’une chute</em>, avait une référence précise en tête : celle de la chambre dans <em>Une femme sous influence</em> de John Cassavettes. Les murs y sont d’un jaune un peu pisseux, le genre de couleur qu’on filme « parce qu’elle est là ». De manière générale, Justine voulait donner le sentiment qu’on avait tourné dans des endroits qui existent vraiment. Nous n’avons pas eu le temps de filmer cette scène pendant la phase d’essai. Ce n’est que la veille du tournage que j’entre dans la pièce, et m’aperçois qu’il y a trop de vert dans le jaune des murs. Le décor va inévitablement renvoyer ce vert sur les visages et je sais que l’étalonnage va être impossible. J’en parle à Emmanuelle Duplay, la cheffe décoratrice, qui rachète des pinceaux, travaille toute la nuit avec son équipe et parvient à trouver cette teinte un peu « rien ». Je pense que personne ne l’identifie vraiment en voyant la scène, ce qui est la preuve qu’on a réussi à trouver une couleur qu’on voit peu au cinéma. C’est pour moi un parfait exemple de la façon dont on peut expérimenter la couleur jusqu’au bout, en allant chercher la nuance parfaite.</p>
<div id="attachment_330081" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330081" class="size-full wp-image-330081" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="1383" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-300x162.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-1024x553.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-768x415.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-1536x830.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-2048x1106.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-980x529.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-2000x1080.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330081" class="wp-caption-text"><em>Une femme sous influence</em> | © Memento Films ; <em>Anatomie d’une chute</em> | © Le Pacte</p></div>
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		<title>Portraits d’Amérique — Yasmina Tawil</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-yasmina-tawil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-yasmina-tawil/" title="Read  Portraits d’Amérique — Yasmina Tawil">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Yasmina Tawil, jeune autrice et curatrice spécialiste du cinéma arabe. Ancienne directrice de la programmation de l’Arab Film and Media Institute (AFMI), elle est aujourd’hui programmatrice à la Brooklyn Academy of Music (BAM). </em></p>
<p><strong>Qu’est-ce qui vous a menée au cinéma arabe ? </strong></p>
<p>Le cinéma arabe a toujours fait partie de ma vie, avant même que j’en prenne conscience. Mes parents sont arabes ; ma mère est libanaise d’origine égyptienne, mon père est syrien et suisse. Et deux films tournaient en boucle chez moi : <em>Caramel</em> de Nadine Labaki et <em>West Beirut</em> de Ziad Doueiri. Au moment de terminer mes études en 2015, je faisais déjà du bénévolat pour l’Arab Film and Media Institute, où j’ai découvert le cinéma arabe. C’était un prolongement naturel de mon héritage, de mon intérêt pour l’art et de mes convictions politiques, d’autant plus que très peu de films arabes reçoivent une réelle visibilité aux États-Unis. En parallèle, mon premier vrai poste, chez Oscilloscope Laboratories, m’a appris le fonctionnement de l’industrie indépendante et l’importance de soutenir des œuvres nouvelles, internationales ou fragiles. L’ensemble de ces expériences a façonné ma vision et mes priorités. Je savais que je voulais aider des films importants à être vus.</p>
<p><strong>Si je comprends bien, votre expertise dans le cinéma arabe s’est surtout construite en dehors de l’université. Quelle place occupait l’enseignement de ce cinéma dans les années 2010 aux États-Unis ?</strong></p>
<p>Oui, ça s’est construit surtout à côté, dans ma vie professionnelle et personnelle. À ma connaissance, il n’y avait aucun cours sur le cinéma du Moyen-Orient à l’Université de Boston à ce moment-là. On ne parlait jamais des films arabes, iraniens ou africains&nbsp;; dans tous les cours que j’ai suivis, on ne parlait que de cinéma occidental. Avec le recul, cette absence est frappante.</p>
<p><strong>Cela fait maintenant une dizaine d’années que vous travaillez dans cette industrie. Quel est selon vous le plus grand défi lorsqu’on programme du cinéma arabe à New York ?</strong></p>
<p>Sans hésitation, l’accès aux films, qui reste difficile même pour ceux qui tournent en festival. Des copies disparaissent ou sont égarées, parfois les DCP dorment pendant des années sans être vérifiés et on ne sait même plus qui détient les droits. Beaucoup de films sont pratiquement perdus, même ceux qui datent d’il y a dix ou quinze ans. Le cas le plus frappant est sans doute <em>Anyaab </em>(<em>Fangs</em>) de Mohamed Shebl, un remake égyptien génial des années 1980 du <em>Rocky Horror Picture Show</em>, qui connaît une petite résurgence en ligne depuis quelques années. On en trouve une copie tirée d’une diffusion sur la chaîne Melody Aflam, conservée sur internet, mais la situation des droits est totalement opaque depuis la mort du réalisateur. Après des années de recherches, rien n’a été retrouvé. Récemment, quelqu’un au Liban a déniché une Betamax de la diffusion télévisée égyptienne originale et cette numérisation constitue aujourd’hui la meilleure version disponible. Sans distributeur américain, il est souvent difficile de joindre les ayants droit internationaux et les coûts peuvent être très élevés, notamment lorsqu’il n’existe qu’une copie physique, chère et parfois risquée à expédier. Sur le plan de la curation, le fait même de visionner certains films pour confirmer leur existence peut devenir un défi. Je m’appuie donc beaucoup sur les livres consacrés au cinéma arabe, souvent plus fiables et plus riches que les recherches en ligne, en particulier pour des films plus anciens.</p>
<p>Côté public, l’intérêt grandit. Les gens veulent comprendre ce qui se passe politiquement, d’autant plus avec la situation en ce moment en Palestine, au Liban, en Syrie, au Yémen, au Soudan… Le cinéma devient un point d’entrée. Des distributeurs comme Watermelon Pictures font un travail essentiel en ressortant des films qui n’ont jamais eu de sortie américaine, comme <em>It Must Be Heaven</em> d’Elia Suleiman ou <em>Wajib</em> d’Annemarie Jacir, quasi impossibles à voir légalement pendant des années. Je leur en suis éternellement reconnaissante.</p>
<p><strong>Parlons de <em>Cinema Arabiyya</em>, votre série de films arabes au cinéma Nighthawk. Comment est-elle née ? Et comment décririez-vous le regard cinéphile américain sur le cinéma arabe ?</strong></p>
<p>J’ai créé <em>Cinema Arabiyya</em> quand j’étais encore à l’AFMI, parce que je voulais apporter quelque chose de plus personnel, plus ouvert à l’avant-garde ou aux réalisateur·rices peu connu·es. Je souhaitais montrer des films négligés ou introuvables. Certains films que j’ai programmés, comme<em> It Must Be Heaven </em>ou <em>Wajib</em>, sont très connus et aimés dans le monde arabe, mais restent rares, voire inaccessibles aux États-Unis tandis que d’autres n’ont été projetés qu’une ou deux fois dans un grand festival avant de disparaître. Je voulais pousser les spectateur·rices américain·nes ou non arabes à découvrir des œuvres magnifiques, non pas parce qu’elles seraient des « classiques arabes », mais simplement parce qu’elles méritent d’être vues et proviennent d’une région qu’il·elles connaissent peu. À New York, les grands titres finissent généralement par être projetés, mais beaucoup de films moins visibles ou introuvables, comme <em>Caramel</em> (dont les droits américains ont expiré), ont besoin d’un espace dédié pour exister à nouveau. Le déclic a été <em>The Sea and Its Waves</em>, un film libanais avant-gardiste présenté à l’ACID à Cannes, que j’avais adoré, mais qui n’avait pas été montré ensuite. Je discutais de ma frustration de ne pas pouvoir montrer ces œuvres avec le programmateur du Nighthawk, Desmond Thorne, et il m’a simplement proposé de le faire dans son cinéma.</p>
<p>Pour la première séance, on a programmé <em>The Imperialists Are Still Alive ! </em>de Zeina Durra. C’était aussi un choix stratégique : je voulais attirer un public américain et comme c’était le mois du patrimoine arabo-américain, commencer par ce film me paraissait évident, d’autant que je l’adore. Il n’a jamais vraiment décollé malgré son passage remarqué à Sundance&nbsp;: le racisme a contribué à son effacement, ce que m’a confirmé la réalisatrice.</p>
<p><strong>Cela fait maintenant plus d’un an que cette programmation existe. Quel est votre bilan ?</strong></p>
<p>Ce qui me touche le plus, c’est que le public vient à chaque séance, malgré le rythme très lent de la série – une projection tous les deux mois – et la profusion d’événements à New York. Avec seulement quelques posts sur les réseaux sociaux et ma newsletter, sans véritable communication, la salle est toujours bien remplie. Je sais qu’il est difficile de convaincre les gens de sortir alors qu’ils ont mille autres options, donc la fidélité de ceux qui reviennent à chaque fois (même si ce sont des ami·es à moi !) me touche profondément. Je programme aussi des films exigeants ou étranges, et le public reste toujours curieux. Malgré ma confiance en mon travail de curatrice, je me demande parfois si un public majoritairement non arabe comprend les nuances culturelles, l’humour, mais ils sont très ouverts dans leur accueil des films. Leurs retours, même lorsqu’ils ne saisissent pas toutes les références, sont chaleureux. Et si les mots bienveillants des spectateur·rices arabes comptent énormément pour moi, ce qui me marque le plus est de voir des non-Arabes se connecter à ce cinéma.</p>
<p><strong>En tant que programmatrice, sentez-vous une responsabilité particulière, qui consisterait à corriger ou diversifier le regard des cinéphiles américains sur le cinéma arabe ?</strong></p>
<p>Oui, absolument. J’essaie de contrer les récits dominants et le racisme flagrant qui imprègne tant de représentations occidentales des Arabes et, par extension, des Musulman·nes, des Moyen-Orientaux et de certaines régions d’Afrique. Je ne prétends évidemment pas changer le monde seule, mais projeter ces films, même devant cinq spectateur·rices, est crucial : si un film n’est jamais montré, personne ne pourra le découvrir, ni lui donner une chance de se construire un public. Plus on multiplie les occasions de voir ce cinéma, plus sa présence dans le paysage américain devient normale, et plus les spectateur·rices peuvent désapprendre certains stéréotypes. Le travail de Jack Shaheen, notamment<em> Reel Bad Arabs</em>, m’a profondément marquée : il montre comment les clichés (la danseuse de harem, le cheikh avide de pétrole, le terroriste…) traversent plus d’un siècle de cinéma, bien avant le 11 Septembre. J’aimerais parfois simplement asseoir mes ami·es, pourtant progressistes, devant le documentaire tiré de son livre pour qu’il·elles apprennent à repérer ces tropes dans les films de leur enfance. Je veux que les gens réfléchissent plus consciemment à ce qu’ils regardent ; rendre ces œuvres visibles est un premier pas essentiel pour transformer les perceptions.</p>
<p><strong>Avec la situation politique actuelle aux États-Unis, et surtout avec ce qui se passe en Palestine, pensez-vous que le rôle des programmateurs s’est transformé ?</strong></p>
<p>Il m’est difficile de savoir comment les autres programmateurs pensent leur travail ; je ne peux vraiment parler que pour moi. Programmer du cinéma arabe a toujours été un défi, parce qu’il est intrinsèquement politique et, depuis le 7 octobre, c’est devenu encore plus délicat. Je crois que le cinéma peut être un outil d’éducation, mais je crains aussi que certaines personnes voient un film palestinien et considèrent que cela suffit, comme si leur acte militant du jour était accompli. Certes, aller voir un film palestinien soutient un·e cinéaste palestinien·ne, et c’est important, mais cela ne changera rien en soi : le cinéma ne sauvera pas la Palestine. Il peut être une étincelle, quelque chose qui pousse des gens capables d’agir à s’engager davantage. Et la projection en salle, au-delà même du film, est un espace essentiel de rassemblement et de dialogue. Toutefois, la discussion seule ne sauvera pas la Palestine non plus. Des ami·es palestinien·nes me parlent souvent de l’importance de créer de l’art en temps de guerre, comme forme de survie, de révolution, de résistance. Pour moi, le cinéma est un outil crucial pour apprendre, débattre, créer du lien.</p>
<p>Quant à savoir si la situation actuelle change la manière dont les programmateur·rices conçoivent leur travail, je crois que oui, absolument. Beaucoup ne programment pas avec une conscience politique, ou ne pensent à la Palestine qu’au moment de l’inclure ponctuellement dans leur sélection. Je serais curieuse de discuter avec d’autres programmateur·rices new-yorkais·es pour comprendre leur rapport à ces questions. Car au fond, notre rôle est de créer des portes d’entrée, des passerelles permettant aux films d’exister devant un public.</p>
<p><strong>Vous gardez donc une forme d’espoir dans le cinéma ?</strong></p>
<p>J’essaie ! Depuis le 7 octobre, ce qui m’a le plus marquée dans toutes ces projections autour de la Palestine, c’est vraiment la dimension collective : se retrouver dans un même espace avec des personnes venues pour partager. En parallèle de mes programmations en salle, je travaille beaucoup avec Rosa Martinez, qui dirige la série <em>Visualizations of Revolution</em>. Ce sont toujours des séances gratuites, dans des bars ou des lieux collectifs, ancrées dans cette réflexion sur la révolution et souvent accompagnées de discussions. Qu’il s’agisse de ces espaces ou de salles plus traditionnelles, j’adore voir que les spectateurs restent discuter : ça me rappelle pourquoi le cinéma ne mourra jamais. Oui, on peut presque tout voir en ligne, mais rien ne remplace l’expérience d’un film partagé.</p>
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		<title>Les enfants vont bien</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-enfants-vont-bien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans Les enfants vont bien, le soleil radieux de la Côte d’Azur qui présidait dans Toni, en famille laisse place ici à un mois d’août pluvieux. Ce changement d’atmosphère de la part de Nathan Ambrosioni...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-enfants-vont-bien/" title="Read  Les enfants vont bien">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans<em> Les enfants vont bien</em>, le soleil radieux de la Côte d’Azur qui présidait dans <em>Toni, en famille</em> laisse place ici à un mois d’août pluvieux. Ce changement d’atmosphère de la part de Nathan Ambrosioni s’accompagne également d’une situation plus dramatique. Suzanne arrive à l’improviste chez sa sœur pour y passer la nuit et disparaît au petit matin, laissant à cette dernière la responsabilité parentale de ses deux enfants. À partir de cet événement, le film esquisse les contours d’un quotidien rempli de doutes, d’incompréhensions et de procédures administratives. Mais au lieu de laisser cette incertitude infuser le récit, la mise en scène la neutralise systématiquement en annonçant chaque événement par des incises maladroitement parsemées. Juste avant de se rendre chez sa sœur, Suzanne disparaît, laissant les enfants inquiets errer à sa recherche, avant de reparaître soudainement. Cette séquence préfigure ici la menace de l’abandon infantile en la surlignant par des dialogues autour de l’instabilité de Suzanne ainsi que des symboles évoquant son absence. Par cette construction programmatique, <em>Les enfants vont bien</em> dévoile toutes les mailles du récit qui est en train d’être brodé sous nos yeux, au risque d’évider son potentiel dramatique.</p>
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		<title>Fuori</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fuori-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que Martone réalise le biopic d’un écrivain (Leopardi). Ce n’est pas non plus la première fois qu’il brosse un portrait atmosphérique (Nostalgia)&#160;: Fuori (« dehors ») raconte les semaines...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fuori-2/" title="Read  Fuori">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que Martone réalise le biopic d’un écrivain (<em>Leopardi</em>). Ce n’est pas non plus la première fois qu’il brosse un portrait atmosphérique (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nostalgia-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Nostalgia</em></a>)&nbsp;: <em>Fuori</em> (« dehors ») raconte les semaines suivant la sortie de prison de Goliarda Sapienza, écrivaine alors presque inconnue dans son propre pays, et qui ne connaîtra le succès qu’une dizaine d’années après sa mort. Incarnée par Valeria Golino, l’autrice est présentée comme une figure assez éthérée, mouvant sans heurts entre les réminiscences de son incarcération et ses rendez-vous avec Roberta (Matilda De Angelis), une jeune activiste politique et héroïnomane dont elle a été la codétenue. Cette perspective impressionniste, restituant un flottement mental, tient avant tout de l’ambiance : chez Martone, saisir quelque chose de la vérité intérieure d’un individu passe par l’adoption d’une rythmique particulière.</p>
<p>Cet horizon de cinéma n’est certes pas le plus excitant qui soit, mais ce film-ci se révèle un tantinet moins monocorde que les précédents, à l’image de la musique choisie pour accompagner les errances de Goliarda – des chansons de Robert Wyatt, dieu vivant du rock alternatif, dont les oscillations des synthés et la voix nasale si singulière bercent les allers et venues de la romancière. La fragmentation du montage se recoupe même ponctuellement avec des effets de surcadrage découpant les corps et silhouettes, pour figurer une perception lacunaire du monde (l’héroïne semble doucement dériver). Si le film se love souvent dans une douceur ouatée (la scène de douche collective, en forme de gynécée improvisé), ce principe lui inspire tout de même son meilleur plan, qui voit un personnage clef s’évanouir dans les contours d’un cadre dans le cadre, pour ne plus jamais réapparaître.</p>
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		<item>
		<title>Fragments choisis de 2025</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur quelques scènes et plans marquants découverts en 2025. L’essoufflement (Jeunesse, retour au pays) Au cœur de Jeunesse (Retour au pays) se trouve une longue scène de noces durant laquelle la caméra accompagne de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/" title="Read  Fragments choisis de 2025">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Retour sur quelques scènes et plans marquants découverts en 2025.</em></p>
<p><strong>L’essoufflement (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener"><em>Jeunesse, retour au pays</em></a>)</strong></p>
<p>Au cœur de <em>Jeunesse (Retour au pays)</em> se trouve une longue scène de noces durant laquelle la caméra accompagne de jeunes mariés et leurs proches descendant la colline de leur village. Une tradition impose au mari de porter sa fiancée dans ses bras jusqu’à la maison familiale, en bas du monticule. Bordé ainsi de dizaines de convives l’encourageant, le jeune marié s’y reprend à plusieurs fois pour accomplir la tradition, trop essoufflé pour la mener à bien d’une seule traite. Si cette séquence établissait déjà une continuité (il y est question d’effort et de fatigue) entre les ateliers de Zhili et le quotidien rural – le cadreur peinant lui-même à tenir le rythme de la captation –, elle s’achève par un plan large saisissant qui entérine l’impression d’un essoufflement sans fin. Régulièrement au cours des trois volets de la trilogie, Wang Bing ponctue les retours au pays de ses différents personnages par des plans d’ensemble d’un territoire souvent rude et inhospitalier, dont l’étendue tranche avec les perspectives bouchées des ateliers. On retrouve ici l’une des grandes qualités de sa filmographie, sa manière de dresser une cartographie du paysage chinois contemporain. Entre la ville de Zhili et ses blocs de béton, ses allées jonchées de débris, ses nuits noires orangées, le territoire rural composé de maisons délabrées et de routes suspendues au bord des gouffres, c’est toute une série de panoramas uniques que donne à voir le cinéaste.</p>
<p>Le plan large sur lequel s’achèvent les noces évoquées offre probablement l’une des prises de vue les plus impressionnantes de la trilogie. Surplombant une vallée, la caméra cadre les collines en contrebas à la nuit tombante. Son tremblement laisse deviner un temps rigoureux, mais c’est ici par un effet sonore que l’image se distingue et qu’elle referme de manière stupéfiante la séquence écoulée. En superposition de ce plan qui dure plus d’une dizaine de secondes, on entend un souffle saturé et répété, qu’on pourrait d’abord assimiler au vent s’abattant sur la caméra. Or ce souffle, par sa durée et ses oscillations, fait aussi penser à des inspirations et expirations répétées, un halètement qui pourrait tout autant venir du cadreur lui-même. S’il est impossible de démêler véritablement son origine, ce son produit une impression d’essoufflement d’autant plus forte qu’elle arrive après vingt minutes de célébrations menées tambour battant. Cette idée constitue une nouvelle étape dans la trajectoire formelle et narrative que la trilogie travaille : à peine remarquée par les ouvriers dans le premier volet, la caméra prend de plus en plus de place et devient presque interventionniste. Dans le deuxième, les protagonistes tiennent compte de sa présence, le cadreur conduit des entretiens et change le cours du film. Enfin, dans le troisième, elle s’invite au cœur des foyers, prend part aux repas et aux conversations. Poussée au bout de la logique, la caméra partage désormais la fatigue de ceux qu’elle filme, après dix heures de captation inlassable des mêmes gestes.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Luca Mongai</strong></p>
<p><strong>Le chat de Sepideh (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a>)</strong></p>
<p>Durant la longue conversation entre Sepideh Farsi et Fatma Hassona qui donne sa forme à<em> Put Your Soul on Your Hand and Walk</em>, des interférences récurrentes ramènent les deux protagonistes aux réalités bien séparées de leurs existences. Au-delà des bugs répétés du flux vidéo, des interférences plus douces, du côté de la cinéaste, actent également la fracture entre les deux mondes. Alors que Fatma fait le récit de son quotidien sous les bombardements israéliens, Sepideh Farsi doit ponctuellement interrompre la conversation, dérangée par le remue-ménage dans son appartement parisien. Le téléphone de la réalisatrice, qui lui sert ici de caméra, panote alors vers l’intérieur du logis et commence à déambuler dans les couloirs : s’y dévoile le confort bourgeois dans lequel elle évolue, qui contraste immédiatement, presque violemment, avec les images en basse définition de Fatma. Chez Sepideh, les intérieurs cotonneux, au cœur desquels règne un silence de plomb, sont caressés par une lumière douce, presque laiteuse. Coincé à l’extérieur se trouve son chat, qui gratte à la porte : c’est lui qui force plusieurs fois la cinéaste à se lever pour lui ouvrir avant de reprendre la conversation. Chez Fatma, les murs sont nus et les débris sont des pixels.</p>
<p>Cette opposition se répète plusieurs fois, au point de susciter par moments chez le spectateur une forme d’agacement. Les aléas du quotidien parisien tranchent si fortement avec le bruit des bombes et des avions à Gaza qu’on ne peut se résoudre à ce qu’ils prennent tant de place dans le film. Si le « confort » de la réalisatrice doit être nuancé – persécutée dans son pays d’origine, l’Iran, Sepideh Farsi est exilée en France –, elle rappelle elle-même au détour de la conversation les avantages de son quotidien, notamment les voyages qu’elle entreprend pour préparer ou présenter ses films, et qui font rêver Fatma. Ce décalage, que travaille délibérément la cinéaste, entérine la distance qui la sépare de la jeune journaliste palestinienne et, <em>a fortiori</em>, celle qui nous sépare de Gaza. Engourdi par le confort de la salle de cinéma comme Sepideh flotte dans celui de son appartement, le public s’interroge sur sa position très ambivalente face aux images de mort et de destruction : sortis du cinéma, le chat reviendra gratter à notre porte, la vie reprendra son cours, tandis que Fatma, elle, est à présent un fantôme – le 16 avril 2025, elle fut assassinée par l’armée israélienne.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>L. M.&nbsp;</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330192 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul.jpg" alt width="2255" height="1264" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul.jpg 2255w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-300x168.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-1024x574.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-768x430.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-1536x861.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-2048x1148.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-980x549.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-2000x1121.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2255px) 100vw, 2255px"></a>
<p><strong>Jean-Luc face aux <em>Quatre Cents Coups&nbsp;</em>(<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Nouvelle Vague</em></a>)</strong></p>
<p>La légèreté de <em>Nouvelle Vague</em> surprend d’autant plus que le film tient d’un genre lourd : le biopic autour de la création d’une œuvre de génie. Grâce à l’importante documentation du tournage d’<em>À bout de souffle</em>, en partie intégrée au film à travers les séquences avec le photographe de plateau, Linklater n’a pas besoin de gonfler les enjeux dramatiques. Pas de scènes de doutes, de larmes, ou de dissection d’une idée créative&nbsp;; Jean-Luc Godard reste un mystère caché derrière ses lunettes noires. Linklater peut donc se concentrer sur ce qui l’intéresse (le prosaïsme du tournage, l’esprit de bande, le jeu, etc.) en regardant l’époque reconstituée d’un point de vue allègre. La réussite du film, qui ne fait toutefois pas l’unanimité dans la revue (cf. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener">le texte publié à la sortie</a>), tient à ce minimum d’invention, réservé quasi uniquement à quelques conversations de Jean Seberg (avec son mari ou Belmondo) – <em>À bout de souffle</em> n’est pas expliqué, il a juste été fabriqué à peu près comme ça. En résulte un film fétichiste et joyeux, comme souvent chez Linklater, où les émissions de télé américaines de son enfance dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/apollo-10%c2%bd-les-fusees-de-mon-enfance/" target="_blank" rel="noopener"><em>Apollo 10 ½</em></a> sont remplacées par la liste des personnalités ayant croisé la route de JLG à l’époque, dans un même souci de fidélité au réel (la recherche de ressemblance du casting concerne même des personnalités en retrait dont peu de gens connaissent l’apparence). Le critique et apprenti cinéaste reste donc une surface, sur laquelle se projette d’ailleurs, vers le début du récit, le film d’un autre&nbsp;: <em>Les Quatre Cents Coups</em> de François Truffaut, lors de sa présentation au Festival de Cannes en 1958. Il s’agit de l’une des seules scènes où l’on voit le jeune homme seul. Dans ses lunettes se reflètent les dernières images du film de Truffaut, avec Jean-Pierre Léaud sur la plage. La musique de Jean Constantin s’achève, la lumière se rallume et Godard est au milieu du public, sans que personne ne le remarque. Lui qui a sans cesse besoin de spectateurs (pour ses bons mots, ses acrobaties, et plus tard son propre film), se trouve alors de l’autre côté, à applaudir maladroitement (il faut redire ici la malice de la prestation très physique et pourtant discrète de Guillaume Marbeck), un sourire en coin. Linklater parvient ainsi à suggérer l’impression que produit ce film sur le personnage, en s’appuyant sur notre souvenir personnel de spectateur des <em>Quatre Cents Coups</em>&nbsp;: cette émotion suffit.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330214 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague.jpg" alt width="2392" height="1748" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague.jpg 2392w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-300x219.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-1024x748.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-768x561.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-1536x1122.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-2048x1497.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-980x716.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-2000x1462.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2392px) 100vw, 2392px"></a>
<p><strong>Ok&nbsp;! (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Scénarios</em></a>)</strong></p>
<p>Le 13 septembre 2022, Jean-Luc Godard recourrait au suicide assisté pour partir de son propre chef. Si le cinéaste a choisi sa mort, il a également choisi sa dernière image, tournée la veille de son décès, sous l’œil de ses collaborateurs les plus fidèles, Fabrice Aragno et Jean-Paul Battaggia. JLG y apparaît sur son lit, torse nu, la chemise entrouverte et le pantalon déboutonné, en train de finaliser l’ultime plan de son ultime film, qui le voit recopier et réciter quelques phrases de Sartre, dont celle-ci&nbsp;: «&nbsp;<em>Prendre un cheval blanc pour illustrer le fait que les chevaux ne sont pas des chevaux est moins efficace que de prendre des non-chevaux pour illustrer le fait que les chevaux&nbsp;ne sont pas des chevaux</em>.&nbsp;» Hypothèse n° 1, celle de l’exégèse, ou plutôt de son irrémédiable échec&nbsp;: inutile de voir dans ce plan terminal la transmission d’un héritage de Godard, ni même un adieu. Si le cinéaste convoque ce paradoxe, c’est dans une perspective qui substitue à la pensée un flou poétique. Hypothèse n° 2, qui nuancerait la première&nbsp;: Godard filmerait sa disparition précisément en se mettant en scène une dernière fois au travail&nbsp;; il s’agirait dès lors d’un autoportrait mortuaire qui ne dit pas son nom, à la fois intime, fragile et facétieux. Intime, car Godard se met littéralement à nu. Fragile, car l’exercice est laborieux et que le Rollois s’emmêle dans l’énonciation de la formule philosophique. Facétieuse, enfin, car la part fumeuse de cette épitaphe est assumée, tandis qu’à un «&nbsp;coupez&nbsp;» ou à un «&nbsp;au revoir&nbsp;» se substitue un bien plus prosaïque «&nbsp;<em>Ok&nbsp;!&nbsp;</em>». À moins que derrière cette pirouette terminale se cache un secret : JLG ne fait pas que ponctuer son plan d’une approbation un peu cavalière ; il adresse aussi à la caméra un coup d’œil sans entrave (ses lunettes, glissant sur son nez, ne font plus obstacle), rappelant un plan qu’il considérait, alors qu’il officiait aux <em>Cahiers</em>, comme «&nbsp;<em>le plus triste de l’histoire du cinéma</em>&nbsp;»&nbsp;: le regard final de <em>Monika</em>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Josué Morel</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330216 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard.jpg" alt width="1200" height="737" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard.jpg 1200w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-300x184.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-1024x629.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-768x472.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-980x602.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-242x150.jpg 242w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"></a>
<p><strong>Loin du tumulte (<em>From Ground Zero</em>)</strong></p>
<p>Constitué de vingt-deux courts-métrages réalisés par des Gazaouis depuis le 7 octobre 2023 et supervisé par le cinéaste palestinien Rashid Masharawi, <em>From Ground Zero</em> met bout à bout des formes hétérogènes alternant entre le documentaire, l’essai, le journal filmé, la fiction dramatique et l’animation. Pris dans son ensemble, le film est par conséquent très inégal, bien que son morcellement témoigne avant tout d’une approche collective permettant d’assembler des regards pluriels sur un territoire lui-même en lambeaux. Dans cet assemblage chaotique ponctué par le bourdonnement incessant des drones israéliens au-dessus de Gaza, les segments les plus minimalistes brillent d’un éclat singulier. C’est le cas de <em>Jad et Nathalie</em> d’Aws Al-Banna, dans lequel le cinéaste se filme, avec son téléphone portable, sur les décombres qui recouvrent le corps de sa fiancée, ou encore d’<em>Echo</em> de Moustafa Koulab. Ce court, le plus minuscule de l’ensemble, est composé d’un seul plan fixe sur le littoral gazaoui, contemplé par un homme fumant une cigarette, les yeux tournés loin du tumulte. À l’image : un contre-jour magnifiant la lumière étincelante du crépuscule qui rebondit sur les vagues. Sur la bande-son : l’écho des massacres, avec un enregistrement téléphonique où l’on entend les voix de sa famille terrorisée, les déflagrations des bombes et les sirènes des ambulances. Si la sérénité apparente du plan répond au fatras des films qui le précèdent et le suivent, comme une poche de résistance poétique, la terreur sonore finit par l’ébranler, jusqu’à incliner légèrement la ligne d’horizon. La mélancolie est entravée et la contemplation impossible. On ne tourne pas le dos à un génocide.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Corentin Lê</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330226 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab.jpg" alt width="754" height="408" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab.jpg 754w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab-300x162.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 754px) 100vw, 754px"></a>
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			</item>
		<item>
		<title>Mektoub, My Love : Canto due</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330236</guid>

					<description><![CDATA[<p>«&#160;Passe, oiseau passe, et apprends-moi à passer.» L’épigraphe mélancolique de Mektoub, My Love : Canto due, tirée d’un poème de Pessoa, annonce d’emblée la rupture opérée par cette suite vis-à-vis du premier volet, qui s’ouvrait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" title="Read  Mektoub, My Love : Canto due">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Passe, oiseau passe, et apprends-moi à passer.</em>» L’épigraphe mélancolique de <em>Mektoub, My Love : Canto due</em>, tirée d’un poème de Pessoa, annonce d’emblée la rupture opérée par cette suite vis-à-vis du premier volet, qui s’ouvrait quant à lui sur deux citations religieuses consacrées à la lumière divine. Les plans inauguraux de <em>Canto uno</em>, dans lesquels Amin se rend à vélo chez Ophélie, sont même rejoués de façon inversée aux deux tiers de <em>Canto due</em> :<i> </i>Amin quitte cette fois son amie, tandis que le soleil irradiant du premier volet cède sa place au crépuscule, puis à la tombée de la nuit. La fugue de Bach retentit à nouveau, mais sa tonalité n’est plus la même : alors qu’elle célébrait originellement le sentiment d’une plénitude, elle acquiert ici une dimension presque tragique, actant l’avancée du destin, du « <em>mektoub</em>&nbsp;». Cet effet de miroir est loin d’être le seul : à l’une des séquences les plus inouïes de <em>Canto uno</em>, celle de l’agnelage, répond de manière éloquente une épidémie de gale décimant les bêtes de la ferme. La suite de <em>Mektoub</em> ne visera donc pas à prolonger l’élan hédoniste initial, mais bien à le retourner pour en dévoiler la face sombre et mortifère. La jouissance du temps présent est contrariée par plusieurs pistes narratives qui font peser le poids de l’avenir sur des personnages tourmentés, comme le projet d’avortement d’Ophélie à Paris, ou le retour imminent de Clément, son fiancé en mission pour l’armée. Déjà esquissé dans <em>Intermezzo</em>, deuxième film de la trilogie tombé dans les limbes depuis sa projection à Cannes en 2019, ce futur proche demeurait toutefois mis à distance par les trois heures intenses passées en boîte de nuit, qui agissaient comme une dilatation du temps estival, un prolongement de la fête au prix de l’épuisement des corps. La donne a changé : ce déchirant chapitre conclusif est hanté par la conscience que cet été 1994 doit tôt ou tard toucher à son terme.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>L’irruption de deux corps étrangers vient précipiter cette fin annoncée, en phagocytant progressivement le cadre radieux : Jessica (Jessica Pennington), la célèbre actrice américaine d’une série télévisée déjà évoquée dans <i>Canto uno</i> (sans que l’on puisse alors imaginer qu’elle finirait par occuper le devant de la scène), et Jack (André Jacobs), son mari producteur. Au tout début, leur entrée dans le restaurant familial après l’horaire de fermeture brise l’équilibre qui régissait jusque-là <em>Mektoub</em> : à Sète, le temps estival semble obéir à un agencement bien défini, où le repas au restaurant succède au bronzage sur la plage, avant que les verres au bar préparent la sortie en boîte de nuit. Si la plupart des nouveaux venus s’intègrent naturellement à cette ronde des plaisirs (que ce soit Céline, Charlotte ou Marie), Jessica et Jack vont en dérégler la mécanique : ils rappellent en cuisine les corps déjà échauffés par l’alcool, d’abord entraperçus en train de boire des verres, comme si les festivités du film de 2018 n’avaient jamais pris fin depuis sept ans. Avec ces nouveaux personnages, les rapports de classe et de domination propres au cinéma de Kechiche refont surface pour détraquer les coordonnées du premier volet. Dans cette séquence du restaurant, la circulation des regards est reconfigurée : aux espaces démocratiques de la plage et des pistes de danse, où le désir peut circuler librement (mais sans se départir d’une certaine violence<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330236_280('footnote_plugin_reference_330236_280_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330236_280('footnote_plugin_reference_330236_280_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330236_280_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330236_280_1" class="footnote_tooltip">Cf. les déceptions amoureuses d’Amin et Charlotte, témoins impuissants des nouveaux rapprochements amoureux de ceux qu’ils désiraient.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330236_280_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330236_280_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), répond ici une ségrégation plus rigide entre la cuisine et la table des deux clients américains. D’un côté, Jessica toise la jeune Dany (Dany Martial) au bar, semblant même prendre un plaisir méchant à la solliciter pour jouir de sa position de supériorité. De l’autre, les femmes en cuisine se moquent allègrement de la façon dont l’actrice engloutit sa nourriture. Ce détail n’est pas anodin : si l’on connaît la propension de Kechiche à filmer les repas comme le théâtre d’une sensualité triviale, le grand appétit de Jessica ne se fond pas naturellement dans la scène ; il est commenté à plusieurs reprises et semble démesuré (à chaque apparition ou presque, elle réclame à manger ou à boire). À l’inverse de la figure nourricière d’Ophélie, l’actrice est du côté de la surconsommation (à laquelle Amin opposera par ailleurs son végétarisme), voire de la dévoration. Dès le début du film, elle attire tous les regards, en même temps qu’un plat de pâtes aux fruits de mer destiné à Amin termine finalement dans son assiette. Elle s’affirme ainsi comme un nouveau centre de gravité dérégulateur, tandis qu’Ophélie devient un personnage secondaire puissamment mélancolique, accaparé par son travail et son dilemme personnel.</p>
<h2>Toujours la faute à Voltaire</h2>
<p>Cette dynamique s’intensifie encore dans les séquences tournées dans la villa du producteur, où la piscine et la terrasse face à la mer constituent un nouvel espace vers lequel convergent les regards : celui de Tony, qui reluque l’actrice se baignant ; celui de Jack, qui annonce «&nbsp;<em>l’entrée en scène</em> » de sa femme au moment où elle sort de l’eau ; ou encore, celui d’Amin, qui circule entre les buissons autour de la piscine lors du dernier acte du film. Dans la longue séquence où Jack propose à Amin, accompagné de Tony, de produire son scénario, ce nouveau pôle d’attraction engendre un maillage particulièrement complexe de jeux de pouvoir, les rôles se redistribuant de façon plus ambivalente que prévu. La gloutonnerie de Jessica, par exemple, ne se réduit plus à une simple voracité, mais apparaît aussi comme une façon de résister aux injonctions à la minceur que son mari ne cesse de lui imposer. Kechiche étire alors la scène pour jouer des combinaisons relationnelles entre les différents protagonistes. Jack se complaît dans le rôle du producteur magnanime, sans percevoir ni la gêne ni le scepticisme d’Amin devant la dénaturation de son scénario intitulé <em>Les Principes essentiels de l’existence universelle</em>, rebaptisé pour l’occasion <em>Robot Love</em>. Dans le même temps, il manifeste un mépris mal dissimulé envers Tony, qui fanfaronne devant Jessica, sans se rendre compte que la scène qu’il croit orchestrer alimente en réalité un désir naissant entre sa femme et son invité. L’imbrication de ces tensions s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Kechiche, dont l’art de la séquence vise à mettre à l’épreuve les relations humaines pour révéler les rapports de domination qui les rongent – une logique qui trouvait peut-être <a href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-venus-noire-et-le-regard-chez-kechiche/" target="_blank" rel="noopener">sa formulation la plus explicite et brutale dans <em>Vénus noire</em></a>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>La reconfiguration des circuits du désir au contact des puissances de l’argent débouche sur une métamorphose de l’univers de <em>Mektoub </em>dans son dernier acte. Entamé par la variation nocturne sur la scène primitive de <em>Canto uno</em> (où Amin découvrait la liaison secrète entre Tony et Ophélie), il fait basculer le film dans un chaos cauchemardesque. L’apparition d’un pistolet entre les mains d’un mari trompé en quête de vengeance provoque un retournement de situation inattendu, digne du genre de <em>soap opera</em> dans lequel joue Jessica. Mêlant comédie et action, Kechiche s’aventure sur des terrains inédits, provoquant un point de rupture assez sidérant à l’échelle de la trilogie. L’intensité de ce dernier acte transcende par ailleurs très largement son contenu narratif : d’abord grâce à sa précision rythmique, qui alterne non seulement tension et décalage comique (cf. la nudité burlesque de Tony ou les incises sur le personnel de l’hôpital cancanant sur l’arrivée des célébrités américaines), mais surtout montées et descentes, crises de nerfs et reprises de souffle, qui épuisent et essorent des personnages jusqu’à ce que leurs visages se défassent. La crise semble par ailleurs exprimer un délitement collectif plus ample. L’irruption brutale de la police, qui neutralise un personnage d’origine maghrébine, rappelle évidemment la fin de <em>La Faute à Voltaire</em> ou l’arrestation de <em>L’Esquive</em> : pour la première fois dans <em>Mektoub</em>, Tony et Amin sont désignés par leur origine. À cela s’ajoute le surgissement de représentants de l’ordre (l’hôpital, la police, mais aussi l’armée avec la figure de Clément), ainsi qu’un détail colorimétrique troublant : les vêtements de Jessica, Amin et Tony reprennent les couleurs du drapeau français, évoquant la façon ironique dont la station « Nation » devenait le théâtre d’une injustice à la fin de <em>La Faute à Voltaire</em>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<h2>Un dernier regard, une dernière course</h2>
<p>Derrière les circonvolutions du récit se profile ainsi l’effondrement d’une utopie que portait le monde fictif de <i>Mektoub</i>, suscitant une forme de déception pour celles et ceux qui auraient voulu retrouver l’ivresse extatique des plus belles séquences de <em>Canto uno</em>. Cette hantise teinte le film d’une profonde mélancolie : l’unique scène de plage opère par exemple un net décentrement par rapport à celles des précédents films<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330236_280('footnote_plugin_reference_330236_280_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_330236_280('footnote_plugin_reference_330236_280_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330236_280_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330236_280_2" class="footnote_tooltip">Alors même qu’il s’agit du remontage d’une longue séquence d’<em>Intermezzo</em><i>, </i>qui elle-même rejouait, sur un mode proprement crépusculaire, les séquences les plus solaires de <em>Canto uno</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330236_280_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330236_280_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, en s’éloignant de l’exaltation collective pour se resserrer sur les échanges inquiets entre Ophélie et Tony. La joie affichée est en partie guidée par un jeu de faux-semblants, les personnages feignant d’ignorer que l’allégresse du groupe ne survivra pas à la fin de l’été. En témoignent par exemple les blagues récurrentes sur la mort fantasmée de Clément, comme si chacun était conscient que son retour allait acter l’éclatement définitif de cette bulle de bonheur estival. Le départ nocturne de Charlotte, qui abandonne Amin en lui laissant un simple message, obéit à une logique similaire : elle esquive la confrontation et les justifications laborieuses qu’appelle ce type de situation. La beauté de cette courte scène se joue surtout dans son dénouement : après avoir rassemblé ses affaires, Charlotte s’avance près d’Amin, endormi, pour le voir une dernière fois. En écho à la séance photo du début du film, elle semble vouloir à son tour l’inscrire et le fixer dans sa mémoire, comme pour lui dire adieu à travers un ultime regard.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Kechiche lui-même accomplit un mouvement comparable juste avant la bascule de l’acte final. Il s’agit de la dernière apparition de la grande majorité des personnages et des acteurs. Une photo de groupe le suggère d’abord, réunissant la bande dans le même cadre, avant que l’équipée se mette à danser sur « Zina » de Raïna Raï, déjà entendu dans le premier volet<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330236_280('footnote_plugin_reference_330236_280_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_330236_280('footnote_plugin_reference_330236_280_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330236_280_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330236_280_3" class="footnote_tooltip">Lors de la scène de sexe d’ouverture, encore elle.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330236_280_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330236_280_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. L’enjeu n’est plus tout à fait de restituer l’énergie enflammée des corps en mouvement : la caméra se fixe davantage sur les visages, offrant à chacun un ultime gros plan. La fin de la séquence, déchirante, voit la troupe sortir de la pièce en file indienne, jusqu’à ce qu’Ophélie soit le dernier visage entraperçu par la fenêtre : à la manière d’un salut final, ils quittent tous et toutes pour de bon la scène, laissant Amin seul danser face au soleil déclinant. On l’aura compris, ce <em>Canto due</em> a tout d’une conclusion particulièrement désenchantée. Pourtant, dans les dernières secondes du film, Kechiche ouvre une dernière ligne de fuite dans les ruines d’un monde effondré sur lui-même. Alors que le tumulte de la dernière demi-heure a lessivé les personnages, le cinéaste convertit l’énergie du désespoir en un sursaut de vitalité : pris de panique dans une trajectoire confuse à travers les rues de Sète, Amin s’élance soudain dans une dernière course à corps perdu. Si sa destination demeure inconnue, c’est qu’il s’agit là d’un pur élan vital, d’un corps rendu à sa liberté traçant sa propre ligne droite en dépit des forces coercitives qui se sont abattues autour de lui. Ce plan final de la trilogie bouleverse d’autant plus qu’il s’inscrit dans une filmographie où les verrous sociaux laissent rarement place à la moindre échappée : le film a beau marquer la résurgence d’une tristesse fondamentale dans l’œuvre kechichienne, la vie finit tout de même par faire effraction de nouveau.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330236_280();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330236_280();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330236_280">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330236_280" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330236_280('footnote_plugin_tooltip_330236_280_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330236_280_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cf. les déceptions amoureuses d’Amin et Charlotte, témoins impuissants des nouveaux rapprochements amoureux de ceux qu’ils désiraient.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330236_280('footnote_plugin_tooltip_330236_280_2');"><a id="footnote_plugin_reference_330236_280_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Alors même qu’il s’agit du remontage d’une longue séquence d’<em>Intermezzo</em><i>, </i>qui elle-même rejouait, sur un mode proprement crépusculaire, les séquences les plus solaires de <em>Canto uno</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330236_280('footnote_plugin_tooltip_330236_280_3');"><a id="footnote_plugin_reference_330236_280_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Lors de la scène de sexe d’ouverture, encore elle.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330236_280() { jQuery('#footnote_references_container_330236_280').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330236_280').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330236_280() { jQuery('#footnote_references_container_330236_280').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330236_280').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330236_280() { if (jQuery('#footnote_references_container_330236_280').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330236_280(); } else { footnote_collapse_reference_container_330236_280(); } } function footnote_moveToReference_330236_280(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330236_280(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330236_280(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330236_280(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/">Mektoub, My Love : Canto due</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Reedland</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/reedland-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le bruissement du vent fait progressivement apparaître une silhouette qui s’imprime sur un mur de roseaux. C’est par cette promesse de mystère que commence&#160;Reedland, introduisant Johan (Gerrit Knobbe) comme une présence spectrale, presque fantastique. Les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/reedland-2/" title="Read  Reedland">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le bruissement du vent fait progressivement apparaître une silhouette qui s’imprime sur un mur de roseaux. C’est par cette promesse de mystère que commence&nbsp;<em>Reedland</em>, introduisant Johan (Gerrit Knobbe) comme une présence spectrale, presque fantastique. Les minutes silencieuses qui suivent le montrent simplement au travail, laissant quasiment croire à une variante néerlandaise de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/coffret-lisandro-alonso/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Libertad</em></a><em>&nbsp;</em>: comme le bûcheron filmé par Lisandro Alonso, Gerrit Knobbe est réellement coupeur de roseaux. Bien vite, cependant, la fiction surgit par l’entremise du cadavre d’une jeune femme retrouvé par Johan sur sa parcelle. Vaguement poisseuse et troublante, l’intrigue policière entreprend peu à&nbsp;peu de dépouiller le film de sa singularité. Johan enquête, les policiers paraissent stupides (c’est toujours pratique), des animaux meurent, la communauté se fissure&nbsp;: Sven Bresser distille certes un soupçon de cette crudité caractéristique de l’art hollandais (un accouplement de chevaux, des flatulences, une séquence de masturbation sur ce qui semble être une IA photoréaliste, etc.), mais il peine à&nbsp;transcender son programme de polar d’auteur pour festivals.</p>
<p>L’horizontalité du paysage néerlandais, redoublée par le format scope, constitue pourtant un territoire fertile pour le thriller. Dans ce décor aux maisons très éloignées les unes des autres, il n’y a&nbsp;nulle part où se cacher. Quand Bresser creuse ce principe, en insistant par exemple sur le caractère rectiligne des routes lors de longues séquences en voiture, il parvient à&nbsp;transcrire l’étouffement paradoxal du personnage. Mais le film, en tablant paresseusement sur une ambivalence à peu de frais, perd lui aussi son souffle. Et si Johan était le tueur&nbsp;? L’hypothèse n’est jamais limpidement formulée, mais c’est sur cette interrogation que la dernière demi-heure se construit, sans trancher. Le beau plan de l’ouverture, qui montrait Johan allumant des feux de broussailles dans la plaine, est alors rejoué&nbsp;: ce n’est désormais plus le soleil qui disparaît derrière la fumée, mais l’homme. Ce qui ressemblait d’abord à une ambition métaphysique laisse place alors à la volonté, moins emballante, de dresser simplement le portrait d’un personnage – de surcroît pas très intéressant.</p>
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		<title>L’Ombre d’un doute — La Voix de Hind Rajab / Frankenstein</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-la-voix-de-hind-rajab-frankenstein/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:31:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, trois membres de la rédaction débattent de La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania et Frankenstein de Guillermo del Toro. Disponible également sur Spotify, Deezer,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-la-voix-de-hind-rajab-frankenstein/" title="Read  L’Ombre d’un doute — La Voix de Hind Rajab / Frankenstein">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Voix de Hind Rajab</em></a> de Kaouther Ben Hania et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Frankenstein</em> </a>de Guillermo del Toro.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Bastien Gens, Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Bastien Gens.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2025</p>
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		<title>Un été chez grand-père</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-ete-chez-grand-pere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’ombre d’œuvres plus amples, Un été chez grand-père demeure le film le moins connu de la première période dite « autobiographique » de Hou Hsiao-hsien. L’étiquette ne va pas de soi : contrairement à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-ete-chez-grand-pere/" title="Read  Un été chez grand-père">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l’ombre d’œuvres plus amples, <em>Un été chez grand-père</em> demeure le film le moins connu de la première période dite « autobiographique » de Hou Hsiao-hsien. L’étiquette ne va pas de soi : contrairement à <em>Un temps pour vivre, un temps pour mourir</em>, situé dans les années 1950 (soit à l’époque où le cinéaste était enfant), <em>Un été chez grand-père</em> déplace les souvenirs de jeunesse de HHH dans le Taïwan contemporain des années 1980. S’il ne s’agit donc pas à proprement parler d’un récit à la première personne, le film prolonge et affine une écriture de la réminiscence, déjà amorcée par <em>Les Garçons de Fengkuei</em>. Dans la première demi-heure, cette poétique tend d’abord à rendre sensible la texture particulière de l’été, alors que Dong-Dong et sa petite sœur Ting-Ting passent les vacances à la campagne aux côtés de leurs grands-parents, suite à l’hospitalisation de leur mère à Taipei. La narration se fragmente en une succession de séquences déliées (l’observation d’une course de tortues, une baignade dans la rivière, des jeux à la maison, etc.) pour restituer la manière dont les activités enfantines viennent remplir une latence temporelle, marquée autant par la douceur de l’oisiveté que par l’ennui. Hou Hsiao-hsien élabore une mise en scène embrassant le double mouvement de la mémoire : d’un côté, elle garde la trace d’une atmosphère diffuse, liée à un espace ou à un décor ; de l’autre, elle se focalise sur des visions fulgurantes, marquant les personnages comme au fer rouge.</p>
<p>Une séquence met en abîme cette double dynamique, au moment où Dong-Dong feuillette un vieil album de famille avec son grand-père. Le vieil homme procède d’abord à un petit rituel, en écoutant sur son tourne-disque un air ancien, sans doute contemporain des photos qu’ils s’apprêtent à regarder, comme s’il voulait transmettre à son petit-fils une sensation intime de ce temps révolu. Un insert dévoile alors l’une des pages de l’album, montrant la devanture de la maison familiale devant laquelle pose un personnage minuscule. Le grand-père pointe du doigt certains éléments qu’il accompagne de commentaires inaudibles, de sorte qu’à la composition de la photo (un plan large) répond le souvenir précis de quelques détails. Plus encore, HHH noue la situation à sa propre mise en scène, notamment par la musique élégiaque devenue extradiégétique, qui déborde dans la séquence suivante s’ouvrant sur un panorama majestueux de la campagne taïwanaise. Le cinéaste jette ainsi un pont entre la réminiscence du grand-père et son propre rapport à l’image : après une série de paysages, la caméra longe en contre-plongée les feuilles d’un arbre, marquant le passage d’une vision d’ensemble à une appréhension plus sensorielle et concrète. On retrouve à plusieurs reprises cette logique de découpage : le goût privilégié de HHH pour le plan large met à distance l’action filmée pour l’inscrire dans un décor composé de façon picturale (les ruelles, le pont de la rivière, une fontaine au centre d’une place), tandis qu’une poignée de cadres plus rapprochés circonscrivent un élément (un camion télécommandé jaune vif, un enfant nu endormi sur la route, etc.). Les situations sont ainsi filmées comme des souvenirs, reléguant parfois à la marge le cœur de l’action, à l’image d’une course de tortues interrompue par un plan large s’articulant autour d’un immense arbre <i id="mwJA">–</i> le suspens contemplatif ne permettra pas de connaître l’issue du jeu. Motif essentiel des œuvres de jeunesse de Hou Hsiao-hsien (déjà présent dans ses films de commande plus impersonnels tels que <em>Cute Girl </em>et <em>Green Green Grass of Home</em>), cet arbre majestueux constitue une parcelle affective, tour à tour espace de jeu et point de rendez-vous amoureux. Il cristallise la manière vibrante, intime et sentimentale, dont HHH filme la campagne taïwanaise où il a grandi.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329707 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-scaled.jpg" alt width="2560" height="725" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-300x85.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-1024x290.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-768x218.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-1536x435.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-2048x580.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-980x278.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-2000x567.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Traumatismes d’enfance</h2>
<p>Pour autant, <em>Un été chez grand-père</em> est loin de se limiter à un simple horizon nostalgique. Cette dialectique formelle évolue à mesure que la tonalité du film s’assombrit, passée la chaleur lumineuse de son entame. HHH continue de filmer des jeux d’enfants, mais les drames des adultes s’immiscent peu à peu dans le cadre : la délinquance des adolescents qui les conduira en prison, la rigidité morale du grand-père qui le mène à renier son fils, plusieurs grossesses fortuites… Les plans d’ensemble prennent alors une nouvelle portée, suggérant que l’innocence de la jeunesse ne constitue pas un monde clos et étanche à la violence, la contrainte sociale et la mort. La mise en scène adopte le point de vue tronqué des jeunes protagonistes : les intrigues secondaires ne se devinent que par bribes, qu’il s’agisse de bouts de conversations entendus à la dérobée ou de gestes entraperçus dans l’entrebâillement d’une porte. Le spectateur se trouve dans la même position que les enfants : il lui faut reconstituer les enjeux du récit de déduction en déduction. D’où la récurrence d’un contrechamp sur un ou plusieurs gamins observant la scène à laquelle on vient d’assister <i id="mwJA">–</i> témoins silencieux des tragédies du monde triste des grandes personnes.</p>
<p>L’alliance du plan large et du gros plan devient ici un moyen de figurer la manière dont une image traumatique s’imprime et persiste dans la mémoire d’un enfant. Cette idée se cristallise dans deux séquences construites selon un découpage presque identique : dans la première, Dong-Dong découvre un homme à la tête ensanglantée ; dans la seconde, Ting-Ting aperçoit le visage d’une femme inconsciente après avoir chuté d’un arbre. Le premier plan de chaque séquence est structuré par un jeu de surcadrages grâce auquel le visage de la victime apparaît emboîté dans la profondeur de champ. Réutilisé tout au long du film pour embrasser le point de vue partiel des personnages, le surcadrage devient ici presque excessif, pour matérialiser à la fois une distance physique et temporelle. L’image, reléguée au fond du cadre, agit comme une réminiscence traumatique : un souvenir que les expériences ultérieures ont peu à peu recouvert sans jamais parvenir à l’effacer. Les deux plans suivants, montés en champ-contrechamp entre la victime et l’enfant, traduisent alors la manière dont cette vision distante s’est imposée à leur regard avec la force d’un gros plan <i id="mwJA">–</i> révélant le saisissement brutal d’une perception d’enfant confrontée à la violence du réel.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329708 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-scaled.jpg" alt width="2560" height="918" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-300x108.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-1024x367.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-768x276.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-1536x551.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-2048x735.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-980x352.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-2000x718.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>La beauté du film réside ainsi dans sa manière de composer un mouvement rétrospectif à partir de temporalités hétérogènes, traduisant la complexité de notre rapport au temps. Le motif récurrent du train illustre à merveille cette idée. D’un côté, il revient régulièrement dans les plans de paysage, occupant le fond du champ ou striant les compositions de lignes de fuite, pour saisir la temporalité quotidienne de cette campagne taïwanaise. De l’autre, il surgit de façon brutale à des moments clés pour amplifier les affects des personnages : lorsque le grand-père s’apprête à frapper son fils renié, le train passe juste derrière eux, intensifiant symboliquement leur éloignement ; au moment où Ting-Ting risque de mourir écrasée sous les rails, un train bouche soudainement le cadre dans une intense déflagration visuelle et sonore. Sous ses contours de film léger, <em>Un été chez grand-père</em> révèle déjà la singularité du style de Hou Hsiao-hsien, dont le cinéma procède par variations et déplacements de motifs. Un dernier exemple marquant : à deux reprises, Ting-Ting lève les yeux vers le ciel (d’abord pour observer un feu d’artifice, puis pour suivre la progression d’une amie qui grimpe dans un arbre), avant de les baisser (vers un oiseau mort heurté par les étincelles, ou pour observer démunie la chute de son amie). Une nouvelle fois, l’enjeu est de saisir comment un regard se construit à partir d’expériences violentes : toute la force du film réside dans sa capacité à ne pas suivre un récit linéaire d’apprentissage, mais à le faire éprouver par une expérience affective et sensible de la durée, en jouant sur la différence et la répétition de situations et de plans. Pour citer une célèbre formule de Tarkovski, c’est de cette manière que HHH parvient à «&nbsp;<em>sculpter le temps</em>».</p>
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		<title>Bugonia</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bugonia/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans son texte à propos de Pauvres Créatures, Josué Morel regrettait les promesses non tenues de la bande-annonce : la technicité affichée des comédiens convainquait davantage à l’échelle de ces courts extraits qu’à celle du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bugonia/" title="Read  Bugonia">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans son texte à propos de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pauvres-creatures/" target="_blank" rel="noopener"><em>Pauvres Créatures</em></a>, Josué Morel regrettait les promesses non tenues de la bande-annonce : la technicité affichée des comédiens convainquait davantage à l’échelle de ces courts extraits qu’à celle du film entier. Les choses se suivent et se ressemblent dans le cinéma de Yórgos Lánthimos : encore une fois, il n’y a guère que la bande-annonce à sauver de cette nouvelle cuvée. Le teaser dépeignait les prémices plutôt prometteuses du film <i id="mwJA">–</i> deux imbéciles conspirationnistes sortent de leur cave pour capturer une cheffe d’entreprise, qu’ils pensent être une alien <i id="mwJA">–</i> au rythme du tube irrésistible de Chappell Roan, « Good Luck, Babe ». Il y avait là de quoi rêver à une forme de <em>Massacre à la tronçonneuse</em> où la hippie blonde aurait été remplacée par une yuppie brune, et les monstres cannibales par des geeks de forums complotistes <i id="mwJA">–</i> la référence au film de Tobe Hooper semble d’ailleurs assumée au détour d’une scène de repas. Patatra : le film, combinant le pire des deux précédents Lánthimos, ne sera jamais à la hauteur de cette piste.</p>
<p>On retrouve donc le pire de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kinds-of-kindness-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Kinds of Kindness</em></a>, d’abord, dont <em>Bugonia</em> pourrait être un quatrième sketch étiré sur une durée de long-métrage : la petite fable expérimentale accumule les aberrations narratives <i id="mwJA">–</i> Emma Stone parvient à convaincre ses ravisseurs de tout et son contraire, sans autre justification que le besoin du scénario de relancer l’intrigue ou de changer de décors <i id="mwJA">–</i> et ces rebondissements artificiels, au lieu de surprendre, finissent par tourner à la mécanique. La mise en scène, très atone et répétitive, ne fait alors qu’entériner ce systématisme narratif. Le pire de <em>Pauvres Créatures</em>, ensuite, avec ses visions en noir et blanc, d’un onirisme hideux (on dirait des variations rabougries des expérimentations de Lars von Trier) et l’imaginaire alien <i id="mwJA">–</i> <em>spoiler alert</em> <i id="mwJA">–</i> en carton-pâte dévoilé dans le dernier quart d’heure du film, d’une laideur sûrement assumée, mais pas pour autant inspirée.</p>
<p>Les deux scènes qui se détachent font symptôme. La première est à la toute fin : Lánthimos retrouve un peu d’assurance dans une suite de plans très composés de cadavres, ce qui dit bien la dimension dévitalisée du film. La seconde est celle où Emma Stone fait du playback en voiture, sur la chanson de Chappell Roan : l’actrice s’y décrispe enfin dans une improvisation outrancière. Ailleurs, on s’étonne de la voir s’amuser si peu. Il serait temps qu’elle arrête de gaspiller son talent dans les films sinistres de Lánthimos.</p>
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		<title>La Voix de Hind Rajab</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Voix de Hind Rajab relate le meurtre par l’armée israélienne en janvier 2024 d’une petite fille gazaouie, Hind Rajab, ainsi que de sa famille et des secours qui ont tenté d’intervenir. Ce crime avait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" title="Read  La Voix de Hind Rajab">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Voix de Hind Rajab</em> relate le meurtre par l’armée israélienne en janvier 2024 d’une petite fille gazaouie, Hind Rajab, ainsi que de sa famille et des secours qui ont tenté d’intervenir. Ce crime avait suscité un émoi international par la publication et le partage de la bande audio enregistrant la dernière conversation de Hind avec le Croissant-Rouge palestinien. Avant de saisir ce qui fait les forces et les limites du film de Kaouther Ben Hania – non seulement pour dépasser la réaction instinctive provoquée par le récit de ce crime abject, mais surtout pour circonscrire la nature même de cette émotion –, il faut d’abord interroger les formes hybrides creusées par la cinéaste, entre documentaire et fiction. S’essayant d’abord au documenteur (<em>Le Challat de Tunis</em>), elle a ensuite porté à l’écran un fait divers (<em>La Belle et la meute</em>) avant d’adopter pleinement la forme du docufiction avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-filles-dolfa-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Filles d’Olfa</em></a>. Rejouant des scènes véritablement vécues en présence des personnes concernées et avec l’aide de comédiens professionnels, le film faisait le pari d’une théâtralisation supposément vertueuse. Ce dispositif de <em>reenactement</em> postulait en effet l’idée que la vérité documentaire se révélait plus nettement à travers une doublure fictive ; la fiction n’y constituait plus une fin en soi, mais un moyen pour éclairer une réalité donnée. Si ces stratégies docufictionnelles font florès dans le champ de la création télévisuelle (on pense au dispositif de la série <em>Outreau</em> sur France Télévision, où les crimes pédophiles se trouvaient recontextualisés dans des scènes de reconstitution, sous les yeux des victimes et avec leur aide) et n’échappent pas à une volonté de « spectaculariser » le récit de faits réels, elles posent toutefois de véritables questions de mise en scène : que s’autorise-t-on à reconstituer ? Quel niveau de précision vise-t-on dans le rejeu ? Quel rapport se noue entre les témoins de l’histoire et les comédiens qui les suppléent dans la fiction ?</p>
<p>Devant ce type d’alliage exogène, on a par ailleurs inlassablement l’œil sur les coutures ; le dispositif ne cesse de faire l’objet d’interrogations, parce que ses arêtes sont saillantes et qu’il doit justifier son existence. D’autant plus que l’irruption du faux (ou du moins d’un « vrai rejoué ») dans le documentaire n’est pas sans trahir une posture d’autorité de la cinéaste, qui s’octroie une prérogative quasi démiurgique, persuadée de la vertu (questionnable) de son parti pris. Le risque, avec pareille entreprise, c’est que le geste fasse écran, qu’il devienne le sujet même du film, au détriment des faits qu’il entend mettre en scène. La question ne se pose toutefois pas exactement en ces termes concernant <em>La Voix de Hind Rajab</em>, dont la démarche apparaît à la fois plus franche et plus candide : Ben Hania lorgne presque sur l’exercice très télévisuel du docudrama (soit une reconstitution de faits passés) en cherchant à restituer les événements ayant conduit au meurtre de Hind Rajab. De nouveau, cependant, l’intrication entre docu et fiction charrie son lot d’interrogations : la cinéaste cherche-t-elle à injecter du suspense dans une matière documentaire ou, à l’inverse, à saupoudrer d’une dose de réel un récit efficace pour lui donner encore plus de force ?</p>
<h2>Fiction fébrile</h2>
<p>La jointure entre réel et fiction s’affiche ici nettement dès le premier plan, sous la forme d’une onde radio bleutée, striant l’écran noir telle une plaie béante. Cette oscillation revient régulièrement dans le film, comme figuration des documents sonores autour duquel est structuré le montage : le film s’ouvre sur l’appel d’une première victime au Croissant-Rouge, puis déplie toute la communication avec Hind, avant celle avec les ambulanciers palestiniens envoyés sur place. À partir de ces archives, Ben Hania rejoue le huis clos étouffant au sein du centre d’appel du&nbsp;Croissant-Rouge palestinien de Ramallah. L’équipe de secouristes (jouée donc par des comédiens) cherche à organiser la coordination entre l’armée israélienne et les ambulanciers sur place à Gaza, tout en maintenant le contact téléphonique avec la petite fille apeurée et mourante. Aux suppliques véritables de la victime, voix métallique pas toujours audible, répondent les mots rassurants des acteurs qui récitent au mot près (du moins on peut l’imaginer) le verbatim des paroles des secouristes. Si le film s’apparente de prime abord à une démonstration implacable, prélude à un procès pour crime de guerre qui n’aura probablement jamais lieu, le dispositif n’est néanmoins pas sans produire sa propre violence, imprimant une impression de malaise qui ne découle pas seulement de l’énoncé des faits.</p>
<p>Car il y a quelque chose de monstrueux dans cette jonction entre un document brut, d’une violence inouïe, et la facture étrangement lisse de la reconstitution du centre du Croissant-Rouge. Si Ben Hania donne à plusieurs reprises des gages de véracité à la fiction (en entrelaçant dans la bande sonore les dialogues joués par les acteurs avec ceux des vrais secouristes), elle ne parvient jamais à dissiper cette impression de fausseté. Il en va ainsi à chaque embardée loin du téléphone, et donc de l’archive, quand la cinéaste s’attache à raconter la tension qui gagne l’équipe du Croissant-Rouge à mesure que se révèle l’étendue de leur impuissance. Caméra à l’épaule, elle suit les secouristes dont les nerfs sont mis à rude épreuve, mais leurs dialogues trahissent parfois un didactisme qui ne peut être destiné qu’au spectateur. La mise en scène rappelle alors celle des fictions conventionnelles du tout-venant de la production occidentale infiltrant des brigades sous tension (policières, médicales, etc.). L’étrangeté du projet s’affirme d’autant plus lorsque les acteurs se rapprochent du combiné et sont directement aux prises avec l’enregistrement de Hind Rajab, dialoguant avec cette petite voix fantomatique qui dégage une puissance émotionnelle d’une nature forcément <em>autre</em> et irrecevable dans ce cadre artificiel. Devant le jeu fébrile des comédiens et leurs visages saisis par l’émotion, que Ben Hania filme en très gros plan, la fiction semble cette fois désarmée : nous assistons moins, en vérité, à l’examen de faits à l’aune d’un document brut qu’à la pénétration étrange et déstabilisante de cette brutalité documentaire dans l’épaisse couche du dispositif. Le principe même du rejeu s’en trouve enrayé.</p>
<p>Ce vice de forme est le symptôme d’un problème qui transparaît plus nettement dans le dernier tiers du film. Alors que le Croissant-Rouge est déjà dans l’après (il n’est plus seulement question d’un hypothétique sauvetage, mais d’envisager une médiatisation du crime), les secouristes s’interrogent sur l’impact qu’aura le témoignage vocal de Hind sur l’opinion internationale, alors que des milliers de photos d’enfants assassinés ne suffisent pas à rendre compte de la réalité du charnier gazaoui. Le dispositif de Ben Hania semble de fait avoir été pensé comme une réponse au partage d’images violentes sur les réseaux sociaux occidentaux, qui suscitent une émotion certes collective, mais stérile. Le film se fait alors l’allégorie de l’écart irréductible qui nous sépare des crimes perpétrés à Gaza. La distance, géographique et opérationnelle, qui empêche les sauveteurs de faire leur travail (les huit minutes que devrait durer l’intervention se transforment en des heures et des heures à cause de démarches administratives) se trouve comme redoublée par ce gouffre creusé entre l’enregistrement originel et son enrobage fictif. Ce thriller échafaudé autour de l’archive parvient moins à dévoiler une situation en particulier — déjà bien documentée et racontée dans les médias — qu’à dénoncer, avec une force assez dévastatrice, un point d’aveuglement ou de surdité : les images, les sons et la mise en récit deviennent le théâtre d’une (ré)action impossible. À cet endroit, le film trouve, malgré ses faiblesses, sa raison d’être.</p>
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		<title>Parallax — La Route de Salina et Miroirs n°3</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-la-route-de-salina-et-miroirs-n3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le trouble identitaire au cœur du récent Miroirs n°3 de Christian Petzold rappelle celui de La Route de Salina...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-la-route-de-salina-et-miroirs-n3/" title="Read  Parallax — La Route de Salina et Miroirs n°3">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le trouble identitaire au cœur du récent </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/miroirs-n3/" target="_blank" rel="noopener">Miroirs n°3</a><em> de Christian Petzold rappelle celui de </em>La Route de Salina<em> (1970), film méconnu signé Georges Lautner.</em></p>
<p>Si le nom de Georges Lautner, associé à ses innombrables collaborations avec Michel Audiard, fleure bon le « cinéma de papa », sa filmographie pléthorique comprend au moins un curieux contre-exemple. <em>La Route de Salina</em>, coproduction italienne sortie entre les franchouillards <em>Le Pacha</em> et <em>Laisse aller… c’est une valse !</em>, évoque l’atmosphère de <em>Zabriskie Point</em> et les saillies plastiques du giallo. Pas de vieux gangsters à l’horizon mais un jeune hippie, Jonas (Robert Walker Jr.), perdu au milieu de la pampa américaine<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330093_292('footnote_plugin_reference_330093_292_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330093_292('footnote_plugin_reference_330093_292_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330093_292_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330093_292_1" class="footnote_tooltip">Ajoutons à l’étrangeté du film le micmac de son ancrage géographique. L’action y a été déplacée de Salina, bourgade du Kansas où se déroule le roman d’origine de Maurice Cury, à Salinas, située sur la côte californienne, et le film a été tourné dans les îles Canaries. Les voix anglophones des comédiens principaux ayant été doublées, on entend dans ces États-Unis factices du français et de l’espagnol.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330093_292_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330093_292_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, qui trouve refuge chez Mara (Rita Hayworth, dans l’un de ses derniers rôles), mère esseulée pensant retrouver dans ce vagabond son fils Rocky, disparu quatre ans auparavant.</p>
<p>Ce concept d’un inconnu venant occuper, dans une maison isolée en bord de route, une place vacante dans une famille brisée correspond à celui de <em>Miroirs n°3</em>, dernier film en date de Christian Petzold. Au désert californien succède la campagne allemande, et à Jonas le personnage de Laura (Paula Beer), que recueille après un accident de voiture Betty, endeuillée par le récent décès de sa fille. Comme <em>La Route de Salina</em>, <em>Miroirs n°3</em> repose sur une série d’ambiguïtés : qui profite de qui entre la mère solitaire et son hôte, piégée dans un rôle d’enfant de substitution ? Et dans quelle mesure Mara et Betty – bien que cette dernière semble plus clairvoyante – sont-elles dupes de l’identité de leur invité ? Le trouble s’épaissit à l’arrivée d’autres membres de la famille : dans <em>La Route de Salina</em>, Billie (Mimsy Farmer), la sœur de Rocky, fait mine de reconnaître son frère, pour ne pas contrarier Mara ; Richard et Max, le mari et le fils de Betty dans <em>Miroirs n°3</em>, croient d’abord leur mère folle avant de s’accommoder du quatuor recomposé.</p>
<p>Les deux films divergent à l’endroit des « couples » que forment Jonas et Billie d’une part, Laura et Max de l’autre, dont les relations, tissées au fil d’escapades dans la nature, suivent une ligne de crête entre fraternité et séduction. Se dessine l’ombre d’un inceste, qui devient l’objet principal de <em>La Route de Salina</em>, focalisé sur la position malsaine et intenable occupée désormais par Jonas, à la fois « fils » de Mara et amant de sa fille. Petzold, de son côté, tue dans l’œuf tout soupçon – à peine Laura et Max commencent-ils à se rapprocher que ce dernier la repousse. Ce qui pourrait passer pour une timidité de la part du scénario, reléguant cette piste sulfureuse à l’état d’esquisse, révèle l’ambition de Petzold : plutôt que de trancher sur la nature exacte des rapports entre les protagonistes, le film, maintenant une certaine sobriété, entend multiplier les possibles. La maison de Betty ressemble ainsi tour à tour à un foyer chaleureux, à une prison dorée, à la scène d’une vampirisation entre Betty et Laura, à un théâtre de fantômes…</p>
<p><em>La Route de Salina</em> s’engouffre quant à lui dans ce sillon plus inconfortable, dilatant le temps par des gros plans et des zooms lancinants pour creuser un sentiment de déliquescence. Les deux films, assez littéralement, jouent des musiques différentes : le film de Lautner est scandé par des morceaux de rock progressif (empruntés à Jethro Tull ou composés pour l’occasion par Christophe et le groupe Clinic) visant une forme de transe basée sur des rythmes hypnotiques, tandis que la composition éponyme de Maurice Ravel résonne régulièrement dans <em>Miroirs n°3</em>, comme pour accompagner autant de variations autour d’un même canevas. Le film de Petzold donne l’impression, en guise de conclusion, de se dissiper doucement, refermant la parenthèse mystérieuse composée par le film à la faveur d’un effet de boucle (la répétition d’un plan issu de l’introduction). <em>La Route de Salina</em> culmine à l’inverse dans un flashback aux images surexposées – il s’agit de faire la lumière sur une vérité sombre et enfouie – révélant l’inceste qui liait Billie au véritable Rocky. Chaque film affirme ainsi sa singularité : si Petzold privilégie une stase doucereuse traversée d’intrigues embryonnaires, son lointain prédécesseur s’enfonce sans ménagement dans la peinture de plus sombres pulsions.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330093_292();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330093_292();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330093_292">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330093_292" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330093_292('footnote_plugin_tooltip_330093_292_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330093_292_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ajoutons à l’étrangeté du film le micmac de son ancrage géographique. L’action y a été déplacée de Salina, bourgade du Kansas où se déroule le roman d’origine de Maurice Cury, à Salinas, située sur la côte californienne, et le film a été tourné dans les îles Canaries. Les voix anglophones des comédiens principaux ayant été doublées, on entend dans ces États-Unis factices du français et de l’espagnol.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330093_292() { jQuery('#footnote_references_container_330093_292').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330093_292').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330093_292() { jQuery('#footnote_references_container_330093_292').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330093_292').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330093_292() { if (jQuery('#footnote_references_container_330093_292').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330093_292(); } else { footnote_collapse_reference_container_330093_292(); } } function footnote_moveToReference_330093_292(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330093_292(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330093_292(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330093_292(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-la-route-de-salina-et-miroirs-n3/">Parallax — La Route de Salina et Miroirs n°3</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Vie privée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vie-privee-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De toutes les cinéastes françaises de sa génération, Rebecca Zlotowski est sans doute celle qui manie le mieux l’art du casting inattendu. Zahia Dehar dans une variation sur&#160;Le Genou de Claire&#160;(Une Fille Facile), Natalie Portman...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vie-privee-2/" title="Read  Vie privée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De toutes les cinéastes françaises de sa génération, Rebecca Zlotowski est sans doute celle qui manie le mieux l’art du casting inattendu. Zahia Dehar dans une variation sur&nbsp;<em>Le Genou de Claire</em>&nbsp;(<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-fille-facile/" target="_blank" rel="noopener"><em>Une Fille Facile</em></a>), Natalie Portman en magicienne des premiers temps du cinéma face à&nbsp;Emmanuel Salinger et Lily-Rose Depp (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetarium/" target="_blank" rel="noopener"><em>Planétarium</em></a>), ou encore Frederick Wiseman en gynécologue (<em>Les Enfants des autres</em>) : indépendamment de la qualité des films, ces associations n’ont jamais manqué de charme ni de surprise. Mais c’est dans <em>Vie Privée</em>&nbsp;qu’elle pousse le plus loin ce goût du mélange en confiant à&nbsp;Jodie Foster le rôle principal d’un film français écrit sur mesure. Elle y&nbsp;incarne une psychiatre ébranlée par la mort inexpliquée d’une de ses patientes (Virginie Efira). Suicide&nbsp;? Meurtre&nbsp;? Le film suit sa tentative de comprendre ce qui s’est passé, tout en dépeignant son propre vacillement intime. Peu à&nbsp;peu, l’enquête glisse vers un portrait mental&nbsp;: souvenirs refoulés, désir confus, angoisses de maternité.</p>
<p>Comme souvent chez Zlotowski, le scénario déborde d’intentions et s’avère lesté de confessions explicatives qui soulignent parfois trop nettement les virages de cette quête identitaire. Mais cet écueil de son cinéma est ici contrebalancé par une légèreté nouvelle et bienvenue, qui évoque les fantaisies virevoltantes de Jean-Paul Rappeneau ou Pascal Thomas. C’est sa première vraie comédie : l’intrigue policière empile les pistes les plus improbables et la psychanalyse s’aventure vers le burlesque – notamment dans des visions, très drôles, où l’héroïne se fantasme persécutée par des milices collabo sous l’Occupation. Le plaisir que l’on éprouve repose aussi sur l’interprétation de Foster, quelque peu déboussolée par ce changement de cinématographie, comme son personnage est perdu dans l’intrigue.</p>
<p>Là où&nbsp;<em>Les Enfants des autres</em>&nbsp;racontait un désir contrarié de maternité,&nbsp;<em>Vie privée</em> en prend le contre-pied : celui d’une femme dont l’existence est empêchée par ses devoirs maternels. Si cette sous-intrigue souffre de quelques dialogues appuyés, elle finit par émouvoir grâce à l’alchimie entre les comédiens. À la manière des <em>screwball comedies</em> auxquelles il se réfère, le film renferme une touchante comédie de remariage, voire de recomposition familiale, le principal associé de Jodie Foster dans son enquête étant son ex-mari, incarné par Daniel Auteuil. Les scènes où ils s’apprivoisent de nouveau sont les meilleures : les plans articulés autour des discrètes hésitations des personnages et les yeux amoureux d’Auteuil sont sans doute les plus beaux qu’ait jamais captés la caméra de Zlotowski.</p>
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		<title>The Scores (ep. 3) : Pablo Altar</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-3-pablo-altar/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330136</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de film favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce troisième épisode de The Scores : le mix de Pablo Altar, musicien et compositeur....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-3-pablo-altar/" title="Read  The Scores (ep. 3) : Pablo Altar">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de film favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce troisième épisode de </em>The Scores<em> : le mix de Pablo Altar, musicien et compositeur. Il réalise des bandes sonores pour des films, des vidéos d’art et des performances.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2215744301&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<h2><em>DARK ANGEL</em> BY JAMES CAMERON &amp; CHARLES H. EGLEE</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Joel McNeely — Theo’s Ashes (Pablo Altar edit)</strong></p>
<p>L’histoire de <em>Dark Angel</em> se situe en 2019, dans un futur post-apocalyptique. Je suis retombé récemment sur la BO. En plus du surgissement de souvenirs de la <em>Trilogie du Samedi</em>, j’ai bien aimé la petite mélodie répétitive de ce morceau.</p>
<p><em>The story of “Dark Angel” is set in 2019, in a futuristic post-apocalyptic world. I recently came across the soundtrack again; beyond the rush of memories from the Saturday Trilogy, I really liked the small repetitive melody in this piece.</em></p>
<h2><em>A WALK BETWEEN LOVE AND DEATH</em> BY JOHN HUSTON</h2>
<p><strong>02′36″ ♪ Georges Delerue — Héron at the Gipsy camp</strong></p>
<p>Dans une France médiévale ravagée par la guerre et la peste, Héron quitte Paris pour voir la mer. Il rencontre une jeune princesse et en tombe amoureux. La musique raconte un imaginaire médiéval recréé, rêvé — une temporalité hybride : un Moyen Âge fantasmé qui habitait le présent post-68.</p>
<p><em>In a medieval France ravaged by war and plague, Heron leaves Paris to see the sea. He meets a young princess and falls in love with her. The music depicts a re-created, dreamt-up medieval imaginary — a hybrid temporality: a fantasized Middle Ages living within the post-’68 present.</em></p>
<h2><em>ECHO</em> BY ULTRA ULTRA</h2>
<p><strong>03′52″ ♪ Bjarke Niemann — Arrival&nbsp;</strong></p>
<p><em>Echo</em> raconte l’éveil d’une voyageuse spatiale après 100 ans de sommeil. Je n’ai jamais joué au jeu mais j’avais été touché par sa BO entre sonorités d’orchestre et synthés.</p>
<p><em>“Echo” tells the story of a space traveler awakening after 100 years of sleep. I’ve never played the game, but I was moved by its soundtrack, blending orchestral and synth textures.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330138" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1.jpeg" alt width="1496" height="286" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1.jpeg 1496w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-300x57.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-1024x196.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-980x187.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1496px) 100vw, 1496px"></a>
<h2><em>ENCOUNTERS AT THE END OF THE WORLD</em> BY WERNER HERZOG</h2>
<p><strong>05′52″ ♪ Mark A. Crawford — Iceberg Dream</strong></p>
<p>Dans cette scène, un scientifique raconte à Werner Herzog son rêve : dériver sur un iceberg, porté par les courants et la solitude.</p>
<p><em>In this scene, a scientist recounts to Werner Herzog his dream: drifting on an iceberg, carried by currents and solitude.</em></p>
<h2><em>DON’T WAKE THE SLEEPING CHILD</em> BY KÉVIN AUBERT</h2>
<p><strong>09′07″ ♪ Original Score by Pablo Altar</strong></p>
<p>Des extraits d’une de mes dernières musiques, pour le film de Kevin Aubert <em>Ne réveillez pas l’enfant qui dort</em>. Nous avons exploré une composition basée sur un des matériaux fondamentaux de la musique au cinéma : les cordes. Elles sont ici un peu spectrales, comme des fantômes de musique de film.</p>
<p><em>Excerpts from one of my latest pieces, for Kevin Aubert’s film “Don’t wake the sleeping child”. We explored music built around one of the most common elements of film soundtracks : strings. Here they sound a bit spectral, like ghosts of film music.</em></p>
<h2><em>REEL FISHING</em> BY VICTOR IRELAND</h2>
<p><strong>12′50″ ♪ Kenzou Katou — Reel Fishing</strong></p>
<p>Une soundtrack faite avec les ressources disponibles (limitées) de la PS1, dans un doux mélange d’innocence technologique et de limitations techniques. Super bande son de simulateur de pêche.</p>
<p><em>A soundtrack made with the (limited) resources of the PS1, in a gentle mix of technological innocence and technical constraints. A great soundtrack for a fishing simulator.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330139" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2.jpeg" alt width="1500" height="288" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2.jpeg 1500w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px"></a>
<h2><em>TOUS LES MATINS DU MONDE</em> BY ALAIN CORNEAU</h2>
<p><strong>18′15″ ♪ Marin Marais — La Rêveuse</strong></p>
<p>Le film retrace la relation entre Marin Marais et Sainte-Colombe, deux compositeurs et gambistes de renom du XVIIIe siècle. Une opposition se crée entre Sainte-Colombe qui travaille son instrument sans cesse, dans une petite dépendance de sa maison, isolé de tout, et Marin Marais qui part se produire à la cour du roi. La dépendance est centrale dans le film : elle symbolise la musique comme un lieu où l’on revient sans cesse.</p>
<p><em>The film traces the relationship between Marin Marais and Sainte-Colombe, two renowned 18th-century composers and viola da gamba virtuosos. An opposition forms between Sainte-Colombe, who endlessly practices his instrument in a small outbuilding of his home, isolated from everything, and Marin Marais, who leaves to perform at the king’s court. The outbuilding is central throughout the film; music is described as a place one constantly returns to.</em></p>
<h2><em>THE ELDER SCROLLS V: SKYRIM</em> BY TODD HOWARD</h2>
<p><strong>22′45″ ♪ Jeremy Soule — Secunda</strong></p>
<p>Un peu floue, baignée de réverbération, la musique de Skyrim évoque l’immense monde ouvert du jeu : grandes plaines, montagnes, quêtes infinies. Des heures et des heures de bande-son pour remplir un univers quasi sans fin, dans une autre éternité médiévale fantastique, à la fois épique et sans direction.</p>
<p><em>A bit blurry, bathed in reverb, Skyrim’s music evokes the game’s vast open world: wide plains, mountains, endless quests. Hours and hours of soundtrack to fill an almost infinite universe, another kind of fantastic medieval eternity, both epic and directionless.</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/annihilation/" target="_blank" rel="noopener"><em>ANNIHILATION</em></a> BY ALEX GARLAND</h2>
<p><strong>24′40″ ♪ Moderat — Interlude</strong></p>
<p>À la fin d’<em>Annihilation</em>, la frontière entre le son de la créature extraterrestre et la musique s’efface. Le film a été monté autour de ce morceau « Interlude », pourtant composé avant le film. La basse du morceau devient le son émis par la créature.</p>
<p><em>At the end of “Annihilation”, the boundary between the alien creature’s sound and the music blurs. The film was edited around this track </em>Interlude<em>, even though it was composed beforehand. The bass becomes the creature’s sound.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330140" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3.jpeg" alt width="1500" height="288" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3.jpeg 1500w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px"></a>
<h2><em>SIBÉRIADE</em> BY ANDREÏ KONTCHALOVSKI</h2>
<p><strong>28′07″ ♪ Eduard Artemyev — La Mort du héros</strong></p>
<p>Mélange de musique électronique futuristico-utopique et de thème traditionnel, apparemment inspiré par les musiques de Vangelis, à la recherche d’une certaine modernité. Le thème continue aujourd’hui de se réincarner, dans de grosses productions musicales comme dans des <em>edits</em> SoundCloud.</p>
<p><em>A blend of futuristic-utopian electronic music and traditional themes, apparently inspired by Vangelis’ music in an attempt to create something modern. The theme continues to reincarnate today in major music productions as well as in SoundCloud edits.</em></p>
<h2><em>TOMB RAIDER II</em></h2>
<p><strong>32′42″ ♪ Nathan McRee — Classical Lara</strong></p>
<p>Musique « classique » pour un des premiers <em>Tomb Raider</em>, faite dans les limites techniques de l’époque, comme la musique de <em>Reel Fishing</em>. Mais ici, c’est moins l’innocence technologique qui est mise en scène, que la dramaturgie orchestrale.</p>
<p><em>A “classical” piece for one of the early</em> <em>“</em><em>Tomb Raider”</em><em> games, made with the technical limitations of the time like “Reel Fishing”</em><em>. But here it’s less about technological innocence and more about orchestral dramaturgy.</em></p>
<h2><em>ENCOUNTERS AT THE END OF THE WORLD</em> BY WERNER HERZOG</h2>
<p><strong>34′46″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Dans une autre scène du film, les chercheurs enregistrent les sons des phoques sous la glace. On croirait entendre des synthétiseurs modulaires, des signaux inconnus.</p>
<p><em>In another scene of the film, researchers record the sounds of seals beneath the ice. You’d think you were hearing modular synthesizers, unknown signals.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330141" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4.jpeg" alt width="1502" height="289" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4.jpeg 1502w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1502px) 100vw, 1502px"></a>
<h2><em>DIES</em> BY ELÉONORE BERRUBÉ</h2>
<p><strong>36′40″ ♪ Original Score by Pablo Altar</strong></p>
<p><em>Dies</em> est un film documentaire d’Éléonore Berrubé, dans lequel trois femmes décrivent des rituels de soins qu’elles pratiquent pour elles-mêmes. Nous avons travaillé la musique à partir d’instruments à vent, notamment le hautbois qui est mon premier instrument.</p>
<p><em>“Dies” is a documentary by Éléonore Berrubé in which three women describe healing rituals they practice for themselves. We built the music around wind instruments, especially the oboe, which is my first instrument.</em></p>
<h2><em>LOVELESS</em> BY ANREY ZVYAGINTSEV</h2>
<p><strong>42′24″ ♪ Evgueni &amp; Sacha Galperine — Cycles of E</strong></p>
<p>Le piano est un instrument omniprésent dans les musiques de film – et dans la mienne aussi, assez souvent ! J’avais été marqué par l’intensité de celle-ci et sa présence dans <em>Loveless</em>.</p>
<p><em>The piano is an omnipresent instrument in film music – and in mine as well, quite often! I was struck by the intensity of this one and its presence in “Loveless”.</em></p>
<h2><em>THE WORK</em> BY JAIRUS MCLEARY</h2>
<p><strong>46′16″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un documentaire bouleversant sur un atelier thérapeutique dans une prison de haute sécurité. Une scène en particulier, où un prisonnier tente de sauver un autre du désespoir, est marquée par le bruit du micro compressé entre leurs corps. On y entend à la fois leurs voix étouffées et leurs cœurs battants.</p>
<p><em>A powerful documentary about a therapeutic workshop in a high-security prison. One scene in particular, where one inmate tries to save another from despair, is marked by the sound of a microphone compressed between their bodies. You hear both their muffled voices and their beating hearts.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330142" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5.jpeg" alt width="1502" height="289" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5.jpeg 1502w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1502px) 100vw, 1502px"></a>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/there-will-be-blood/" target="_blank" rel="noopener"><em>THERE WILL BE BLOOD</em></a> BY PAUL THOMAS ANDERSON</h2>
<p><strong>48′32″ ♪ Jonny Greenwood — Open Spaces</strong></p>
<p>La bande-son du film mêle des œuvres préexistantes et des compositions de Jonny Greenwood. Elle est entièrement faite de sonorités orchestrales. Greenwood reproduit des textures sonores expérimentales plutôt datées du siècle précédent (Penderecki, Arvo Pärt, par exemple). Des radicalités musicales d’une autre époque, mais toujours pertinentes.</p>
<p><em>The film’s soundtrack mixes pre-existing works and original compositions by Jonny Greenwood. The whole score is built from orchestral sonorities. Greenwood recreates experimental sound textures largely rooted in the previous century (Penderecki, Arvo Pärt, for instance). Musical radicalities from another era yet still relevant.</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/andrei-roublev/" target="_blank" rel="noopener"><em>ANDREÏ ROUBLEV</em></a> BY ANDREÏ TARKOVSKI</h2>
<p><strong>52′15″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Dans cette scène, un personnage doit fabriquer une cloche. Il prétend en être capable, mais en réalité il ne l’a jamais fait. Tout le monde se réunit le jour où la cloche est terminée pour savoir si elle va produire un son ou non.</p>
<p><em>In this scene, we follow a character who must cast a bell. He claimed he knew how to do it but had actually never made one before. Everyone gathers on the day the bell is finished to see whether it will produce a sound or not.</em></p>
<p><strong>54′00″ ♪ Charles Ives — The Unanswered question</strong></p>
<p>Une question posée par la trompette, à laquelle les cordes refusent de répondre en restant en suspens. <em>The Unanswered Question</em> est utilisée dans de nombreux films (notamment dans <em>La Ligne rouge</em> de Terrence Malick). Elle revient souvent, avec ce caractère d’interrogation sans résolution, toujours relancée.</p>
<p><em>A question posed by the trumpet, to which the strings refuse to answer, remaining suspended. “The Unanswered Question”</em><em> is used in many films (notably in Terrence Malick’s “The Thin Red Line”, 1998). It often reappears with its quality of an ever-renewed question without resolution.</em></p>
<h2><em>COMMENT ÇA VA ?</em> BY JONATHAN VINEL &amp; CAROLINE POGGI</h2>
<p><strong>57′44″ ♪ Pablo Altar — Horns strong winds</strong></p>
<p>Caroline Poggi et Jonathan Vinel ont utilisé une musique de mon dernier album <em>Far Out</em> pour leur court-métrage,<em> Comment ça va ?</em>. Ici, c’est une démo, une des premières versions de cette musique. Après tous ces morceaux qui naviguent entre plusieurs temporalités, souvenirs et futurs possibles, j’aimais l’idée de terminer sur cet état un peu spectral : une musique qui, à un moment, était encore en devenir.</p>
<p><em>Caroline Poggi &amp; Jonathan Vinel included a track from my latest album “Far Out” in their recent short film “Comment ça va ?”. This is a demo, one of the early versions of that piece. After all these tracks navigating between multiple temporalities, memories, and possible futures, I liked the idea of ending on this slightly spectral state: a piece of music that was still becoming something, at one moment.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330143" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6.jpeg" alt width="1502" height="289" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6.jpeg 1502w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1502px) 100vw, 1502px"></a>
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		<title>Silver Star</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silver-star/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Silver Star suit la trajectoire de deux jeunes femmes dont les destins s’entrelacent au détour d’une situation aussi fortuite que dramatique. Billie est une Afro-Américaine marquée par les violences policières et la prison. Afin de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silver-star/" title="Read  Silver Star">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Silver Star</em> suit la trajectoire de deux jeunes femmes dont les destins s’entrelacent au détour d’une situation aussi fortuite que dramatique. Billie est une Afro-Américaine marquée par les violences policières et la prison. Afin de rembourser les dettes accumulées par ses parents durant sa détention, elle braque une banque et prend Franny en otage, enceinte et en situation de précarité. Incarnant chacune des formes de marginalité d’une Amérique fracturée, les deux protagonistes en cavale vont apprendre, comme le veut la formule, à se connaître. Sous l’influence de <em>Thelma et Louise</em>, le film reprend ainsi les codes du <em>road movie</em>, qu’il entend revisiter dans le contexte contemporain étasunien. Ce cadre narratif permet à <em>Silver Star</em> de dresser le portrait d’un pays enclin à rejouer son histoire, une idée qui transparaît notamment dans une séquence de <em>reenactment</em> d’une bataille de la guerre de Sécession. Fille de vétéran, Billie est une habituée de ces événements auxquels elle prend part régulièrement, y compris ici, dans un cadre où elle pense être poursuivie par les forces de l’ordre. Mais la reconstitution historique interroge : s’agit-il d’un acte de remémoration ou d’une célébration conservatrice ?&nbsp; En revêtant l’uniforme nordiste, Billie retourne un symbole et s’inscrit dans une longue lutte contre les politiques discriminatoires du pays. À travers cette séquence, <em>Silver Star</em> illustre une certaine dimension cyclique de l’histoire des États-Unis, où passé et présent se fondent en un éternel recommencement, comme le symbolise le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.</p>
<p>Mais si le <em>road movie</em> implique généralement de traverser de grands espaces, ces derniers sont presque absents dans<em> Silver Star</em> : les paysages étasuniens ne sont qu’entrevus à travers quelques plans montés avec nervosité sur des musiques électro à la manière d’un clip vidéo. Ce parti pris laisse penser que la cavale n’en est finalement pas une, puisqu’aucune traque n’est mise en scène par Ruben Amar et Lola Bessis, qui préfèrent utiliser la route comme la toile de fond d’une relation naissante. Le cadrage serré et l’usage du téléobjectif, qui écrasent la profondeur de champ, témoignent de ce déplacement : l’objet de l’écriture n’est pas l’errance, mais l’intimité. La caméra se focalise sur la proximité des corps, se concentrant désormais sur les prémices d’une romance queer. Ce revirement sentimental plutôt convenu s’opère hélas au détriment d’un portrait du territoire qui révélerait ses fractures et ses traumatismes – piste que la séquence du <em>reenactment</em> augurait pourtant.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Between the Lines</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-between-the-lines/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:32:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En prolongement du festival Entrevues de Belfort (17–23 novembre), qui organise cette année une rétrospective consacrée aux premiers films de Joan Micklin Silver, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 24 novembre à 20h...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-between-the-lines/" title="Read  Ciné-club Critikat : Between the Lines">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En prolongement du festival Entrevues de Belfort (17–23 novembre), qui organise cette année une rétrospective consacrée aux premiers films de Joan Micklin Silver, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2193408-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 24 novembre à 20h aux 3 Luxembourg</a> pour découvrir <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-films-de-joan-micklin-silver/" target="_blank" rel="noopener"><em>Between the Lines</em></a>, l’un des plus beaux films de cette cinéaste américaine méconnue. La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329981 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Trans Memoria</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/trans-memoria/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trans Memoria se présente comme une double enquête à la première personne : mémorielle et identitaire. Victoria Verseau, réalisatrice du film, revient sur les lieux de l’opération en Thaïlande qui lui a permis, ainsi qu’à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/trans-memoria/" title="Read  Trans Memoria">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Trans Memoria</em> se présente comme une double enquête à la première personne : mémorielle et identitaire. Victoria Verseau, réalisatrice du film, revient sur les lieux de l’opération en Thaïlande qui lui a permis, ainsi qu’à son amie Méril, d’achever leur transition de genre. Cette dernière s’est suicidée quelques années plus tard. En réarpentant les chambres et les couloirs d’hôpital, Victoria entend retourner à la source du mal-être de son amie défunte et ausculter par la même occasion ses propres démons. Ce mal-être apparaît d’abord intrinsèquement lié à la condition trans, que le film restitue dans toute sa crudité, comme si la cinéaste devait moralement à son amie disparue de n’omettre aucune douleur, corporelle ou psychologique. Ainsi de ces séquences où Verseau s’est filmée peu avant l’opération avec son téléphone et fait part, en larmes, de ses angoisses et de ses souffrances physiques. Idem dans le détail des conversations qui, si elles réduisent parfois la mise en scène à un agencement de simples champs-contrechamps, témoignent d’une grande précision documentaire : on y discute aussi bien des risques que comporte l’opération que des pratiques de dilatation à respecter pour arriver à des rapports sexuels moins douloureux, de la forme que prennent les appareils génitaux à l’issue de la procédure, etc. La transition de genre apparaît dès lors comme un chemin difficile et sinueux pour accéder à un apaisement. La texture même de l’image en atteste : celle, ingrate, de la caméra du téléphone pré-opération, tranche avec la froideur cotonneuse du reste du film – il y a un avant et un après.</p>
<p>Or ce monde d’après l’opération a été pour Victoria irrémédiablement souillé par la perte de Méril, geste que la réalisatrice essaie de comprendre au-delà de la souffrance physique engendrée par l’opération. À ce titre, le retour en Thaïlande, censé élucider le mystère du suicide, est rapidement mis en échec par l’écart, irréductible, entre ce qui est dit et ce qui est filmé. Alors que la voix off évoque les angoisses de Méril et les souvenirs partagés, la caméra lui oppose le défilement impassible de cadres vides et désaffectés. Cette superposition contrariée, où la parole, l’enquête et la réflexion viennent inlassablement buter sur des images dénuées de sens, met en scène l’impossibilité du deuil pour la cinéaste. En témoigne un plan particulièrement saisissant vers la fin du film, où la caméra s’enfonce doucement dans la nuit de la forêt thaïlandaise tandis que la voix off se demande où se trouve la tombe de Méril. Ce long mouvement étiré est celui qui porte le film : il tend vers un trou noir.</p>
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		<item>
		<title>Boys in the Band – Tout sur ma mère</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/" title="Read  Boys in the Band – Tout sur ma mère">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images.</em></p>
<p>J’aime beaucoup de choses dans <em>Mysterious Skin</em> de Gregg Araki, mais il y a une scène en particulier dont je parle souvent. Une dizaine de minutes après le début du film, la mère du héros Neil (merveilleuse Elisabeth Shue) s’apprête à partir au travail&nbsp;; elle ignore que le coach à qui elle a demandé de ramener son fils à la maison après son match est un prédateur pédophile qui abusera de lui et de son camarade Brian.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329960 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" alt width="1398" height="795" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg 1398w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-300x171.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-1024x582.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-768x437.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-980x557.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1398px) 100vw, 1398px"></a>
<p>Au début de la séquence, Neil mange seul un plat préparé en jouant avec des figurines – hors champ, on entend une télévision diffuser des dessins animés. Un deuxième plan nous dévoile sa mère, qui lui parle distraitement en se maquillant en gros plan, face à la caméra&nbsp;; on distingue à peine l’enfant s’agitant derrière elle. Retour sur Neil&nbsp;: la mère entre dans le champ par la droite, s’assure qu’il sait qu’elle ne sera pas là pour le raccompagner, lui dépose un long baiser sur la joue, attrape un morceau de pâte dans son assiette, puis sort du cadre aussi vite qu’elle y est entrée. Au loin, on entend la porte claquer. Puis s’ouvrir à nouveau. La mère revient dans le cadre comme un boulet de canon et le serre fort contre elle en s’exclamant&nbsp;: «&nbsp;<em>You’re mine and I love you and don’t you dare forget it.</em>&nbsp;». Elle l’embrasse avec vigueur et, avant de repartir, laisse sa main s’attarder quelques secondes sur son épaule.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329961 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" alt width="1400" height="390" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg 1400w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-300x84.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-1024x285.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-768x214.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-980x273.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px"></a>
<p>En quelques secondes, Araki écarte l’explication dégueulasse de l’abus par la négligence maternelle&nbsp;; d’ailleurs, la mère surprotectrice de Brian n’empêchera pas plus l’agression de son propre fils. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise mère dans <em>Mysterious Skin&nbsp;</em>; seulement deux femmes seules qui font ce qu’elles peuvent pour s’en sortir. Deux mères aimantes&nbsp;– mais tout l’amour du monde ne suffit pas à protéger ceux qu’on aime.</p>
<p>Ma mère est morte le 15 octobre dernier, elle venait d’avoir 69 ans. Elle n’a pas eu une vie très heureuse. Une semaine après les obsèques, je déroulais à mes étudiants de L2 le petit laïus bazinien du cinéma-embaumeur-qui-en-préservant l’apparence-des-êtres-les-garde-vivants-par-delà-la-mort. Malheureusement, je n’ai pas beaucoup filmé ma mère. Je n’avais pas prévu qu’elle parte si vite. Je sais qu’il existe quelques rushes, sur de vieilles cassettes mini-DV, tournées avec la caméra qu’elle m’avait offerte à l’adolescence, il y a une dizaine d’années&nbsp;– avant la maladie, au moment où nous avons vidé la maison de sa propre mère. Je n’ai pas encore osé les regarder. Je crains de m’apercevoir que ce dont je voudrais me souvenir – sa voix, ses gestes, sa démarche, son sourire –, je ne l’ai pas enregistré. À l’hôpital, j’ai filmé son agonie, et son corps vide, après. Pour garder la preuve de ce qui s’était passé. Mais sur ces images, elle n’est déjà plus là.</p>
<p>Ce n’est pas grave, je crois. Le cinéma me la rendra autrement. Il y a quelques années, en découvrant une collection de courts-métrages d’Alain Cavalier intitulée <em>Cavalier Express</em>, j’ai fondu inexplicablement en larmes devant le portrait d’une illusionniste. Son mélange de malice et de distance m’avait rappelé de manière troublante la façon d’être de ma grand-mère, bien plus que les images authentiques que j’ai gardées d’elle. Je dois avouer que le cinéma ne m’a, de toute façon, jamais intéressé pour sa valeur documentaire –&nbsp;ontologie, <em>be damned</em>. Non seulement la fiction m’a servi de refuge face aux impératifs d’une éducation pragmatique qui ne valorisait guère l’imagination, mais j’ai souvent trouvé dans ses paradis artificiels quelque chose qui pour moi se rapprochait davantage d’une vérité des sentiments. J’aime précisément la manière dont le cinéma de fiction maquille et stylise le réel, sa capacité à coder les significations dans une forme radicalement distincte du quotidien. Et je prends un plaisir équivalent à déchiffrer les images fictionnelles comme des énigmes – ou tout du moins à déchiffrer ce qui me fascine en elles. Je n’ai pas besoin d’un miroir, de retrouver ma réalité à l’identique : je la connais déjà.</p>
<p>Dans <em>L’Art d’être gai</em>, David Halperin remarque que si le cinéma ouvertement gay des années post-Stonewall, avec ses représentations réalistes et positives des communautés LGBT, n’a jamais totalement supplanté la culture gay honteuse des années du placard – celle des mélos hollywoodiens, des comédies musicales de Broadway et leur cortège de divas excessives (toutes les Judy Garland, les Joan Crawford, les Barbra Streisand) – c’est justement parce que les relectures <em>queer </em>d’une culture populaire conçue pour le public hétérosexuel ne répondent pas tout à fait aux mêmes besoins&nbsp;: «&nbsp;<em>On peut dire que l’identité gaie parvient à l’affirmation de soi non pas seulement à travers l’identité, entendue comme l’expérience du semblable avec des gais qui nous ressemblent, mais aussi à travers l’identification, le sentiment de proximité ou d’affinité avec d’autres gens, avec tout ce dont nous différons. L’identification exprime aussi le désir : désir de nouer relation avec quelque chose ou quelqu’un d’autre que soi.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329959_304('footnote_plugin_reference_329959_304_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329959_304('footnote_plugin_reference_329959_304_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329959_304_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329959_304_1" class="footnote_tooltip">David Halperin, <em>L’Art d’être gai</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Ymonet, Paris, Gallimard, 2025, p.&nbsp;167.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329959_304_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329959_304_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<p>Dans cette culture, la figure de la mère occupe évidemment une place de choix, dans un mélange ambivalent d’identification, de fascination et de misogynie&nbsp;: les triomphes et les déchéances des mères aimantes et des mères courage, des mères sacrificielles ou des mères abjectes y exercent une inextinguible fascination. Je ne peux qu’admettre, à mon corps défendant, à quel point j’ai investi émotionnellement ces figures pourtant si différentes de moi, les Mildred Pierce, les Stella Dallas, les <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventure-de-madame-muir/" target="_blank" rel="noopener">Lucy Muir</a>, les <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/tout-ce-que-le-ciel-permet-always/" target="_blank" rel="noopener">Cary Scott</a>, les <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeanne-dielman-23-quai-du-commerce-1080-bruxelles/" target="_blank" rel="noopener">Jeanne Dielman</a>, les <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/hommage-a-agnes-varda/" target="_blank" rel="noopener">Émilie Cooper</a><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329959_304('footnote_plugin_reference_329959_304_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_329959_304('footnote_plugin_reference_329959_304_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329959_304_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329959_304_2" class="footnote_tooltip">Elles sont respectivement les héroïnes de&nbsp;: <em>Le Roman de Mildred Pierce </em>(Michael Curtiz, 1945), <em>Stella Dallas </em>(King Vidor, 1937), <em>L’Aventure de Mme Muir </em>(Joseph L. Mankiewicz, 1947), <em>Tout ce que le ciel permet </em>(Douglas Sirk, 1955), <em>Jeanne Dielman, 23 Quai du commerce, 1080 Bruxelles </em>(Chantal Akerman, 1975) et <em>Documenteur </em>(Agnès Varda, 1981).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329959_304_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329959_304_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est évidemment ma propre mère que je reconnaissais dans les héroïnes du mélodrame ou du <em>female gothic</em>, dans leurs luttes pour une existence digne, leur sentimentalité exacerbée ou leur masochisme pudique, leur courage ou leur impuissance face à la lâcheté et la brutalité des hommes. Cruelle ironie : le cinéma a accordé à ces héroïnes (et à leurs interprètes) une attention que peu de personnes ont accordée à ma mère dans la vie, et leur a souvent offert le <em>happy end </em>que l’existence ne lui aura pas donné. Bientôt, à défaut de me remémorer parfaitement sa manière de sourire, de bouger, de parler, c’est peut-être dans l’affection exubérante d’Elisabeth Shue, dans l’effacement résigné de Jane Wyman, dans la dignité blessée de Joan Crawford que je pourrai la retrouver.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329959_304();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329959_304();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329959_304">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329959_304" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329959_304('footnote_plugin_tooltip_329959_304_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329959_304_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">David Halperin, <em>L’Art d’être gai</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Ymonet, Paris, Gallimard, 2025, p.&nbsp;167.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329959_304('footnote_plugin_tooltip_329959_304_2');"><a id="footnote_plugin_reference_329959_304_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Elles sont respectivement les héroïnes de&nbsp;: <em>Le Roman de Mildred Pierce </em>(Michael Curtiz, 1945), <em>Stella Dallas </em>(King Vidor, 1937), <em>L’Aventure de Mme Muir </em>(Joseph L. Mankiewicz, 1947), <em>Tout ce que le ciel permet </em>(Douglas Sirk, 1955), <em>Jeanne Dielman, 23 Quai du commerce, 1080 Bruxelles </em>(Chantal Akerman, 1975) et <em>Documenteur </em>(Agnès Varda, 1981).</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329959_304() { jQuery('#footnote_references_container_329959_304').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329959_304').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329959_304() { jQuery('#footnote_references_container_329959_304').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329959_304').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329959_304() { if (jQuery('#footnote_references_container_329959_304').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329959_304(); } else { footnote_collapse_reference_container_329959_304(); } } function footnote_moveToReference_329959_304(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329959_304(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329959_304(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329959_304(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/">Boys in the Band – Tout sur ma mère</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Running Man</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/running-man/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsqu’ils ont débarqué au début des années 2000, les premiers films d’Edgar Wright ont pu charmer par leur fougue. Nourris par une cinéphilie dévorante et gourmands en références, ils constituaient pour le réalisateur un terrain...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/running-man/" title="Read  Running Man">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’ils ont débarqué au début des années 2000, les premiers films d’Edgar Wright ont pu charmer par leur fougue. Nourris par une cinéphilie dévorante et gourmands en références, ils constituaient pour le réalisateur un terrain de jeu lui permettant d’expérimenter à partir du canevas tissé par ses modèles. Cette approche de fétichiste passé derrière la caméra implique pour Wright de pousser les curseurs stylistiques au maximum, quitte à tomber parfois dans l’écueil de la démonstration technique (Baby Driver) ou de l’affichage d’une virtuosité ostentatoire (<em>Last Night In Soho</em>). <em>Running Man</em>, le plus gros budget confié au réalisateur britannique, agit comme un révélateur : le modèle « wrightien », dont les principes se confondent aujourd’hui essentiellement avec ceux du blockbuster américain moyen (une écriture fondée sur les clins d’œil, un éclectisme formel, un fourmillement de références, etc.), n’a désormais plus grand-chose de singulier.</p>
<p>Adapté d’un roman de Stephen King, le film dépeint une Amérique dystopique entièrement régie par l’argent et le spectacle. Ben Richards (Glen Powell), <em>good guy</em> forte tête, a mécontenté trop de chefs d’entreprises pour espérer retrouver un emploi « honnête » ; le voici contraint pour nourrir sa famille à participer à un dangereux jeu télévisé, le fameux « Running Man », qui propose de filmer la traque d’un trio de participants devant survivre durant trente jours. Le film sème quelques signes de contemporanéité dans sa satire très <em>eighties</em> de la télévision : les spectateurs du jeu éponyme sont encouragés à seconder les chasseurs professionnels en filmant et en partageant la localisation des candidats, ce qui transforme la chasse en cauchemar panoptique. Ce point mis à part, <em>Running Man</em> reste toutefois enfermé dans un imaginaire suranné et cherche à distiller un parfum nostalgique de série B. Si le pan satirique du film est faible, c’est moins tant parce qu’il est désuet que parce qu’il se limite trop souvent à des vignettes superficielles parodiant des programmes télévisuels (on retiendra par exemple ces passages récurrents d’une émission singeant les Kardashians) et leur public (<em>rednecks</em>, ménagères extatiques, etc.). Le film se contente de la sorte d’une caricature visant à conforter le spectateur dans un sentiment de supériorité morale face aux bigots patentés et aux divertissements indigents qu’on leur présente.</p>
<p>Restent les scènes d’action, moins ratées qu’oubliables. Celles-ci embrassent un ensemble de situations déjà vues, comme si l’ambition de Wright était toujours de refaire, sans parvenir cependant à dépasser, ou même égaler ses modèles. Le montage très rapide de ces séquences semble surtout simuler une énergie que la mise en scène échoue à insuffler. Alors que le principe d’un jeu TV se déroulant sur la planète entière aurait pu fournir une réserve infinie de décors potentiels, le film ne parvient pas pleinement à tirer parti des situations qu’il met en place. Mais peut-être que l’action en tant que telle n’a jamais vraiment été le point fort du réalisateur, dont le style hybride se fonde notamment sur un <em>désamorçage</em> comique ici la plupart du temps inoffensif. Le cinéma de Wright est-il pour autant dépassé ? Oui, si l’on compare <em>Running Man</em> avec les meilleurs blockbusters contemporains (<em>Mission impossible</em>, <em>Mad Max</em>), mais pas tout à fait si l’on se réfère au tout-venant de la production. Plutôt qu’une désuétude, le film parait acter une dilution de son style dans le champ du blockbuster : hormis quelques détails– prépondérance de la bande-son, résurgence très ponctuelle d’une verve comique, effets de montage (raccords inattendus, insert brutaux) –, difficile de distinguer dans <em>Running Man</em> la singularité du réalisateur. C’est au final bien lui qui paraît remporter la course à l’anonymat.</p>
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		<title>Pompei, Sotto le Nuvole</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pompei-sotto-le-nuvole/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>D’emblée, Pompéi, Sotto le Nuvole met au jour le geste réflexif de Gianfranco Rosi. À l’ouverture spectaculaire — la mer de nuages qui entoure le Vésuve s’étend progressivement au-dessus de Naples – succède une séquence...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pompei-sotto-le-nuvole/" title="Read  Pompei, Sotto le Nuvole">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>D’emblée, <em>Pompéi, Sotto le Nuvole</em> met au jour le geste réflexif de Gianfranco Rosi. À l’ouverture spectaculaire — la mer de nuages qui entoure le Vésuve s’étend progressivement au-dessus de Naples – succède une séquence dans un cinéma vide et décrépi où est projeté un vieux documentaire sur la destruction de Pompéi ; le motif atmosphérique, évidemment, est similaire. En plus d’annoncer assez ostensiblement la peinture d’une ville en proie à une menace éternelle, Rosi interroge la vanité, voire la vacuité de son art. La caméra reviendra d’ailleurs à la fin du film dans ce décor, dont le délabrement sera souligné par de nouveaux axes de prises de vue : le cinéma ne filme, au fond, que des futures ruines. Une archéologue confirme cette piste au détour d’une déclaration : le temps, en solidifiant les traces des secondes avant la catastrophe – les cadavres calcinés de Pompéi – « <em>détruit tout et conserve tout</em> » conjointement. Il en irait ainsi du cinéma de Rosi, qui capture un instantané de Naples imprégné de (et presque enseveli sous) toutes les couches de son passé apocalyptique. Le film s’emploie de la sorte à dresser un plan en coupe de la ville, en investissant ses hauteurs volcaniques et son sous-sol (le passé), et entre ces deux strates son présent, pris en étau. Rosi traque le même air tragique qui pèse sur les habitants : son regard se pose sur le quotidien d’un vieux libraire enseignant l’Histoire à des gosses d’un quartier populaire, documente l’attente de marins syriens en escale, ou dépeint encore les nuits agitées d’un centre d’appel de secours. Le montage fait coexister leur inquiétude avec l’effroi des figures mortifiées de l’Antiquité, de façon à ce que tout dans le spectacle des éléments naturels (pierre, feu et eau) annonce l’inévitable retour de la catastrophe pompéienne. En somme, Rosi cherche à filmer dans les Napolitains aujourd’hui les corps calcinés de demain.</p>
<p>Ce programme mortifère soulève par ailleurs un intéressant problème de mise en scène : comment historiciser cet enregistrement du réel ? Sur ce point, le film serait sans doute plus stimulant si Rosi ne donnait pas l’impression d’avoir fait rapidement le tour de ses idées. La quête du cinéaste apparaît surtout photographique et surfacique, son choix du noir et blanc lui permettant de jouer plus facilement des coïncidences formelles. Ainsi le marbre et la peau semblent sculpter une même humanité pétrifiée, les carrés de fouilles et les surfaces embuées masquent de la même manière les vestiges de Pompéi et le paysage de la baie, tandis que les contours du volcan se devinent dans ceux d’un tas de blé. Il y a bien quelques trouvailles dans ces raccords, mais elles attestent dans le même temps d’un certain volontarisme ; Rosi s’attache surtout à symboliser visuellement le magma historique napolitain plutôt que de filmer la cité dans sa pleine matérialité. C’est dans la vocation plus prosaïque du film de documenter le présent que cette approche surplombante pèche particulièrement. Le montage alterné qui voudrait organiser la contamination de différentes scènes de vie quotidienne par une même peur intemporelle (les nuages du Vésuve) force la concordance des angoisses – les secousses récurrentes, le vandalisme des pilleurs de tombe ou la proximité de la guerre en Ukraine – et accouche d’un portrait morcelé assemblé assez arbitrairement. L’idée d’une ville en état de vigilance infuse bien à travers le mirage plastique qu’orchestre le cinéaste (redoublé par les notes stridentes de la bande originale), mais les visages pris au piège, eux, n’impriment pas : si Rosi retourne voir une ou deux fois chaque protagoniste, le temps du film (assez ramassé) ne lui permet jamais d’extraire de ces rencontres autre chose que des vignettes joliment photographiées. En témoignent par exemple les incursions dans le sous-sol archéologique opérées de manière, visiblement, à signifier au forceps un mouvement de plongée vers le passé. Il aurait fallu davantage de durée pour que la vitalité perce ces élégantes vitrines d’un Naples muséifié.</p>
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		<title>Dossier 137</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dossier-137-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:29:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À propos de&#160;L’Invraisemblable vérité, Jacques Rivette écrivait dans les&#160;Cahiers du cinéma&#160;être tout d’abord frappé par la logique «&#160;d’exposé&#160;des images&#160;», «&#160;comme si ce à quoi nous assistions était moins la mise en scène d’un scénario que...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dossier-137-2/" title="Read  Dossier 137">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À propos de&nbsp;<em>L’Invraisemblable vérité</em>, Jacques Rivette écrivait dans les&nbsp;<em>Cahiers du cinéma</em>&nbsp;être tout d’abord frappé par la logique «&nbsp;<em>d’exposé&nbsp;des images</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>comme si ce à quoi nous assistions était moins la mise en scène d’un scénario que la simple lecture de ce scénario, qui nous serait livré tel quel, sans ornement </em>», avant de tempérer plus loin cette intuition et de suspecter là une « <em>ruse</em> ». Dominik Moll n’est bien entendu pas Fritz Lang, mais son film donne corps à cette définition par son désir d’« <em>établir une vérité</em> », en se calant sur le pas de Stéphanie, la policière de l’IGPN interprétée par Léa Drucker. Tout le film tient dans ce programme : la mise à plat des faits, rien que les faits, comme si la minutie de la procédure permettait, sinon de parvenir à une présentation suffisamment exhaustive pour satisfaire l’impératif de justice, d’envisager chaque donnée du problème jusqu’à entrevoir les limites de l’enquête. <em>Dossier 137</em> tisse, à partir des violences policières durant les manifestations des gilets jaunes, un scénario dépassionné dont l’enjeu est d’épuiser les angles de vue disponibles sur la blessure d’un jeune homme touché à la tête par un tir de LBD. Le film s’ouvre comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lete-dernier-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’Été dernier</em></a> sur une scène d’interrogatoire, dans laquelle le personnage de Drucker affiche une froideur implacable ; tout du long, le récit tournicotera autour d’un cas pour en dégager, avec une rigueur revendiquée, une forme de « en même temps» ou de « pensée complexe ». Cet horizon est un mirage, mais il faut reconnaître que le film s’entête dans une impasse non dénuée d’intérêt, qui consiste à envisager la neutralisation progressive du point de vue comme le garant d’un tableau suffisamment nuancé. Quelques effets formels participent de cette dynamique : par exemple, lorsque Stéphanie cherche les différentes caméras de surveillance situées près des Champs-Élysées afin de reconstituer le puzzle, Moll surimprime son visage dans une cartographie de la ville. On pourrait croire à un cliché de film policier ou à la figuration d’une situation tentaculaire, quand il faut prendre en réalité le jeu de montage au pied de la lettre, dans son prosaïsme : le regard de Stéphanie se fond dans la cartographie objective et aplanie du théâtre des faits. Autrement dit, Moll croit trouver du relief dans l’aplat, et qu’il suffit d’éplucher les couches de son oignon pour en tirer une émotion imparable. C’est l’image terminus du film : un simple fond blanc sur lequel le jeune homme blessé donne sa version des faits ; une image dépouillée, comme le disait Rivette, de tout « ornement » ; une image neutre, mais qui serait pourtant « vraie ».</p>
<p>Derrière ce trajet se cache une approche tautologique : Moll n’a pas besoin de poser de point de vue sur ce qu’il filme, puisque « établir une vérité » impliquerait précisément d’en croiser plusieurs. Le titre ne trompe pas sur la marchandise ; le film relève du dossier bien épluché. À cet égard, la visite de l’Hôtel Prince de Galles, un cinq étoiles donnant sur une rue parallèle aux Champs-Élysées, propose une illustration parfaite de ce que serait <em>Dossier 137</em>, à savoir un réseau impeccablement organisé, reposant sur des tableaux Excel et des agendas consciencieusement remplis. Sa conclusion n’échappe toutefois pas aux écueils d’une dissertation scolairement virtuose. Dans l’épilogue, un dialogue déontologique se noue entre Stéphanie et sa supérieure hiérarchique, qui éprouvent ensemble les différentes approches théoriques que soulève ce cas d’étude. Un correcteur attentif, qui ne se laisserait pas griser par le brio du bon élève, pourrait souligner que la conclusion de la démonstration enchaîne davantage les questions ouvertes qu’elle n’entend apporter des réponses. Ce qui ne signifie pas que le film soit indifféremment pro ou antipolicier – bien au contraire, il s’achève par la dénonciation sans ambivalence de la faute commise.&nbsp; Pour autant, il entretient l’idée naïve qu’il suffit d’aller à droite et à gauche, du côté de la famille et de celui des flics (en pointant les difficultés qu’ils rencontrent), pour ménager une réelle complexité – l’impossibilité d’une résolution franche faisant partie du protocole (l’issue de l’enquête sera naturellement déceptive). Que tire en définitive le film de cet entrelacs ? L’illusion d’une vérité (émotionnelle) née des noces de la raison et d’un minimum de passion ; un éloge de la complexité découlant du retranchement pondéré (car tout est pondéré chez Moll) de la subjectivité. La mise en scène n’est pas ici le vecteur d’un regard, mais l’instrument de son évidement.</p>
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		<title>Honey Don’t</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/honey-dont/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà à présent sept années que les frères Coen ont décidé d’œuvrer chacun de leur côté. Ce nouvel élan ne s’avère en rien salutaire tant leur filmographie, déjà inégale, est depuis essentiellement entachée de mauvais...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/honey-dont/" title="Read  Honey Don’t">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà à présent sept années que les frères Coen ont décidé d’œuvrer chacun de leur côté. Ce nouvel élan ne s’avère en rien salutaire tant leur filmographie, déjà inégale, est depuis essentiellement entachée de mauvais films. <em>Honey Don’t</em> ne risque pas d’infléchir la tendance : dans la droite ligne de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drive-away-dolls/" target="_blank" rel="noopener"><em>Drive-Away Dolls</em></a>, le nouveau film d’Ethan Coen se rêve en film noir lesbien et en série B déjantée – c’est selon – mais échoue à convaincre sur les deux tableaux. L’ouverture se montre pourtant inspirée en misant sur l’efficacité de cadrages épurés (deux plans en contreplongée suffisent notamment à imposer un personnage féminin que l’on croirait échappé d’un film de Russ Meyer). Hélas, le cinéaste a le virus copiste ; un film signé Coen doit forcément ressembler à un film des Coen, au risque de la caricature plombante. Vers la fin de <em>Honey Don’t</em>, un perroquet voit sa cage tomber et s’ouvrir. L’oiseau subitement libéré se met à voler dans la pièce et bute à plusieurs reprises violemment contre une vitre, avant, une ultime fois, de tomber. Bel aveu inconscient : la scène est une métaphore parfaite du film.</p>
<p>S’il fallait malgré tout trouver ici une once d’originalité venant perturber certains réflexes coeniens (esthétique «&nbsp;cartoon&nbsp;», mécanique narrative, second degré, violence absurde), ce serait du côté de la libido des personnages. On devine que la singularité de <em>Honey Don’t</em> devrait émerger des relations féminines décomplexées, mais ces dernières sont si grossièrement filmées que la tâche se révèle ardue. Obstacle supplémentaire&nbsp;: Ethan Coen désamorce toute forme de désir, ne sachant précisément pas quoi en faire, du désir, ni de l’érotisme. Une scène de masturbation dans un bar bondé, rappelant l’orgasme simulé de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/quand-harry-rencontre-sally/" target="_blank" rel="noopener"><em>Quand Harry rencontre Sally</em></a>, tourne ainsi à l’amusement puéril. Difficile, décidément, de voler de ses propres ailes.</p>
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		<item>
		<title>Les Aigles de la République</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-aigles-de-la-republique-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si Les Aigles de la République raconte un complot, son moteur est plus encore la fausse piste. Mêlant fiction et réel (le récit intègre la figure d’al-Sissi, actuel dictateur de l’Égypte, au sein d’une trame...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-aigles-de-la-republique-2/" title="Read  Les Aigles de la République">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si <em>Les Aigles de la République</em> raconte un complot, son moteur est plus encore la fausse piste. Mêlant fiction et réel (le récit intègre la figure d’al-Sissi, actuel dictateur de l’Égypte, au sein d’une trame inventée), le film commence comme une comédie : George Fahmy, l’acteur le plus connu du pays (Fares Fares, comédien fétiche de Tarik Saleh), mais bonhomme un peu minable dans l’intimité – il est d’emblée présenté comme un père médiocre et un quinquagénaire désormais incapable de bander sans viagra – se voit contraint, à la suite d’intimidations, de jouer dans un biopic retraçant l’ascension du président lors du coup d’État de 2013. Fausse piste, on disait : on s’attend à ce que le film dans le film fasse l’objet de scènes truculentes, ou à ce que l’accent soit mis sur la censure, supervisée par l’éminence grise du régime, le « Dr. Mansour », qui rôde sur les plateaux du tournage. Or le scénario esquisse cette voie pour aller ailleurs, en même temps qu’il assèche progressivement les petits gags et les ruptures de ton. <em>Les Aigles de la république</em> ne sera de fait pas une comédie, puisqu’il n’y a ici rien de drôle : il a beau être invraisemblable que le grand George puisse prêter son 1m86 à ce nabot despotique (al-Sissi est laid, petit et chauve), la satire laisse place à une intrigue policière et à un réquisitoire contre le virage dictatorial de l’Égypte sous la férule de l’ex-militaire.</p>
<p>Il y a au fond deux pions dans ce stratagème : George, plongé dans un nid de vipères et d’intrigues politiques à tiroirs, et le spectateur, qui est induit en erreur par le cadre narratif, avant d’être surpris par une embardée tardive faisant basculer le récit pour de bon. On peut accepter de se prendre au jeu, à condition de ne pas faire du film<b> </b>autre chose que le fruit d’une tactique scénaristique plus ou moins habile ; la seule vraie surprise consiste en l’invention d’une page d’Histoire, dans un geste quasi tarantinien (mais visiblement inspiré d’un véritable complot fomenté en 2019). Parce qu’un film ne se résume jamais à un geste, et qu’un geste ne fait jamais un film, on reste sur sa faim : Saleh s’en tient à une machinerie narrative trop calculée et scolaire dans sa forme pour susciter un vertige à la hauteur de ce que son intrigue met en place.</p>
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		<title>Six jours, ce printemps-là</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/six-jours-ce-printemps-la/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La limpidité du titre n’est en rien mensongère : Six jours, ce printemps-là se propose de filmer une famille recomposée durant une semaine de vacances sur la Côte d’Azur, près de Saint-Tropez. Seul hic pour...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/six-jours-ce-printemps-la/" title="Read  Six jours, ce printemps-là">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La limpidité du titre n’est en rien mensongère : <em>Six jours, ce printemps-là</em> se propose de filmer une famille recomposée durant une semaine de vacances sur la Côte d’Azur, près de Saint-Tropez. Seul hic pour ombrager le tableau : la luxueuse villa qui accueille Sana (Eye Haïdara), ses deux enfants et son nouveau compagnon appartient en vérité à l’ancienne belle-famille de l’héroïne. L’épure du scénario, qui voit principalement se succéder des scènes sans enjeux dramatiques forts (baignades, jeux, petites disputes), est toutefois contrebalancée par une mise en scène affichant sa nervosité : caméra portée, plans serrés sur les personnages et une faible profondeur de champ qui contribue à les abstraire de leur environnement. Ce principe d’une captation « à fleur de peau » est certes peu novateur mais, couplé au cadre idyllique de la Côte d’Azur, il empêche le personnage de Sana de se fondre tout à fait dans un décor de carte postale. Bonne idée, que le film répète hélas beaucoup, au risque de verser dans un systématisme visant à insuffler une tension artificielle.</p>
<p>Pour se relancer, le film table sur l’apparition d’un nouveau corps au détour d’une scène : le concierge d’une villa voisine (Damien Bonnard), bloc d’antipathie et de violence rentrée, surgit en frappant à toutes les portes et fenêtres de la maison de vacances, traquant les dangereux criminels qui auraient abîmé la clôture de ses clients. Terrés dans une bâtisse qu’ils ne sont pas censés habiter, les deux fils de Sana attendent, impuissants, que la menace s’apaise. Mais l’employé zélé ne décolère pas et la séquence parvient, par sa durée, à rendre pleinement tangible la terreur des enfants. Si le segment se détache, c’est toutefois parce qu’il ouvre une brèche dans un récit sinon trop monocorde ; ailleurs, l’intensité que vise Lafosse reste le fruit d’une forme un peu automatique.</p>
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		<title>Frankenstein</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au sein de la filmographie très inégale de Guillermo del Toro, Nightmare Alley constituait une plaisante surprise. Ce n’était certes pas la seule exception (Blade 2 et les deux premières saisons de The Strain se...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein-2/" title="Read  Frankenstein">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au sein de la filmographie très inégale de Guillermo del Toro, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nightmare-alley-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Nightmare Alley</em></a> constituait une plaisante surprise. Ce n’était certes pas la seule exception (<em>Blade 2</em> et les deux premières saisons de <em>The Strain</em> se distinguaient un peu au milieu de films plus surchargés), mais elle mettait en sourdine la propension du cinéaste à confondre mise en scène et direction artistique hyper-stylisée. <em>Frankenstein </em>marque hélas un triste retour à la normale&nbsp;; pire, il paraît combiner deux des films récents les plus ratés de del Toro&nbsp;– <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/crimson-peak/" target="_blank" rel="noopener"><em>Crimson Peak</em></a> (pour l’imaginaire gothique) et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/forme-de-leau/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Forme de l’eau</em></a> (pour le portrait d’un « monstre » finalement plus humain que les affreux bonshommes qui y sont dépeints). Tout le projet pourrait être condensé en une réplique, où le docteur Victor Frankenstein (Oscar Isaac) voit son frère lui rétorquer : «&nbsp;<em>C’est</em> <em>toi le monstre</em> ». La sentence souligne le cap suivi par le scénario, au cas où on ne l’aurait pas compris : l’essentiel des libertés prises par del Toro vise à charger la barque du personnage du démiurge, privé de sa part d’humanité et de son amour d’enfance, pour être affublé en retour d’un père tyrannique et d’un mécène ambigu. La monstruosité est une affaire de gènes ; Frankenstein, comme son paternel, sera un mauvais géniteur.</p>
<p>Il est possible de voir dans ce motif de l’atavisme l’une des raisons principales de l’échec du film, qui entreprend, comme Kenneth Branagh avant lui, une forme d’opération impossible : revenir à l’essence du roman de Mary Shelley, allègrement trahie par la première adaptation signée James Whale. Or <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein/" target="_blank" rel="noopener"><em>Frankenstein</em></a> premier du nom (et sa suite, <em>La Fiancée de Frankenstein</em>) a durablement imprimé dans l’imaginaire collectif une vision du monstre éloignée de son origine. Car le livre de Shelley joue sur l’ineffable et un trou figuratif : pour éviter que l’expérience se reproduise, Frankenstein, qui délivre au seuil de la mort le terrible récit de son existence, garde sous silence le processus exact grâce auquel il a insufflé la vie à sa créature née de bouts de cadavres rafistolés. L’image du corps animé par la foudre, bien qu’elle brode à partir d’une page du roman où Victor raconte comment, durant son enfance, le spectacle d’un orage l’impressionna durablement, fut inventée par le cinéma. Ni Branagh, ni del Toro ne la remettent en cause ; ils tentent plutôt une opération de rafistolage, en essayant de greffer au torse du roman les excroissances de Whale et la mythologie du savant fou canalisant la foudre divine pour enfreindre les lois de la nature.</p>
<p>C’est là que le film de del Toro déçoit le plus, dans sa tentative de revenir tout de même à Shelley. Le film articule ainsi (mais selon des modalités narratives différentes de celles du roman, qui procédaient d’un emboîtement plus fin de mises en abyme) les deux points de vue : celui du créateur, puis de la créature. Fondée sur ce changement de perspective, la seconde partie a notamment pour ambition de donner corps à des passages charnières que les films de Whale survolaient rapidement. Ainsi des premiers pas du monstre dans la forêt, qui ouvrent dans le livre sur une forme d’expérience phénoménologique radicale. La créature, muette, y découvre le soleil, la végétation, les autres formes de vie ou encore le son d’un ruisseau, à la manière d’un nouveau-né jeté sans guide dans le tumulte du monde. Chez del Toro, la séquence se résume à un piteux cerf numérique dont la créature s’approche avant que l’animal ne soit tué d’un coup de fusil par des chasseurs forcément belliqueux – car, on le rappelle, le plus humain, c’est le monstre. Le plus étonnant, c’est que del Toro, probablement le cinéaste de ces dernières années le plus associé à l’esthétique gothique (avec Tim Burton), ne semble pas avoir compris grand-chose à la sève du roman, où Frankenstein et son invention étaient également humains et monstrueux, en soi et en miroir l’un de l’autre. En diabolisant le scientifique et en angélisant sa créature (autre transformation scénaristique : la mort d’un enfant est effacée), le scénario escamote la fin originelle, sublime, et la vide de son émotion désespérée. Le paradoxe de del Toro est qu’il aime tellement les monstres que ces derniers finissent par ne plus en être : ses films démontrent autant qu’ils « dé-monstrifient ». <em>Frankenstein</em> fait au fond l’inverse de <em>Nightmare Alley</em>, qui partait d’un corps normal, beau et séducteur, pour faire remonter peu à peu à la surface sa laideur fondamentale, jusqu’à le laisser au bord de l’abîme. Cette fois, c’est sur un horizon pacifié et irradié par l’aurore que s’achève la relecture maladroite du mythe. <em>Frankenstein </em>a beau avoir été adapté et réadapté à n’en plus finir, la grande adaptation du livre de Shelley (que les films de Whale, encore une fois, ne sont qu’à moitié) reste à inventer.</p>
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		<title>L’après-coup – Tracer sa route</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-tracer-sa-route/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les routes parcourues dans Sirāt et Une bataille après l’autre....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-tracer-sa-route/" title="Read  L’après-coup – Tracer sa route">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. </em><em>Ce mois-ci : les routes parcourues dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener">Sirāt</a><em> et </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener">Une bataille après l’autre</a>.</p>
<p>Pourquoi prendre la route ? Pour s’échapper ou se retrouver ? Dans Sirāt, le chemin de traverse emprunté par les raveurs et surtout l’occasion de sonder leurs fêlures. La sortie de route dans un décor désertique s’apparentant à un théâtre existentiel à ciel ouvert n’a rien de hasardeux : les personnages doivent autant trouver leur voie que leur voix (celle qui crie au fond de soi et rend les aveugles plus clairvoyants que les voyants). L’aventure est ainsi droite et toute tracée, à l’image de la ligne médiane dont le défilement métronomique de haut en bas semble cadencé par la techno hypnotique de Kangding Ray. Filmée en plongée, la route occupe alors tout l’espace et offre pour seul horizon les bordures du cadre. Au fond, rien ne la distingue des rails aperçus à la toute fin, sur lesquels <em>Sirāt</em> retombe : si le film entreprend de nombreux détours, son issue n’en demeure pas moins conditionnée par la marche à suivre du récit et sa finalité métaphysique. S’extraire de la catastrophe en prenant la tangente est pour les personnages peine perdue : elle aura tôt fait de les rattraper. La fuite ne vaut que comme un énième chemin de croix et le désert traversé n’a nulle autre finalité que de rappeler aux corps accidentés par la vie leur besoin d’humanité. <em>On the road again</em>.</p>
<p>Un accident dans le désert constitue précisément le climax saisissant d’<em>Une bataille après l’autre</em>. Paul Thomas Anderson transforme une scène de course-poursuite en suspens haletant&nbsp;: il filme à hauteur de bitume une route qui ondule comme un ruban sans fin, cachant dans ses plis tantôt le véhicule poursuivi, tantôt le poursuivant, lui-même pourchassé. L’oscillation de l’un à l’autre étant ainsi répétée, la scène se distend jusqu’à devenir insoutenable&nbsp;: les voitures se rapprochent progressivement au gré d’un jeu de cache-cache, soudain stoppé net. <em>Une bataille après l’autre</em>, lui-même lancé à toute allure dès son ouverture, trouve dans cet arrêt sa raison d’être. <em>A contrario</em> de bon nombre de films de course-poursuite&nbsp;où les personnages existent à travers l’expérience de la vitesse (le carambolage final dans <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/point-limite-zero/" target="_blank" rel="noopener"><em>Point limite zéro</em></a> sonnait comme une délivrance ultime), PTA envisage le fait de freiner comme une volonté de contrôle et une affirmation de soi (deux réflexes qui n’étonnent pas chez le cinéaste). Plutôt que la résultante d’un ultime lâcher-prise, l’accident tient d’une stratégie établie à la faveur d’une fine observation (regarder en arrière dans le rétroviseur, doser la bonne distance, composer avec la géographie du lieu). En s’immobilisant intelligemment, Chase Infiniti échappe à la mort. Au bout de la route, un père en robe de chambre retrouve enfin sa fille, de qui il a désormais tout à apprendre. « <em>Ce qui barre la route fait faire du chemin</em>&nbsp;», écrivait La Bruyère.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — A House of Dynamite / The Chronology of Water</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-a-house-of-dynamite-the-chronology-of-water/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:31:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode de L’ombre d’un doute, le nouveau podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de A House of Dynamite de Kathryn Bigelow et de The Chronology of Water de Kristen...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-a-house-of-dynamite-the-chronology-of-water/" title="Read  L’ombre d’un doute — A House of Dynamite / The Chronology of Water">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode de L’ombre d’un doute, le nouveau podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener"><em>A House of Dynamite</em></a> de Kathryn Bigelow et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chronology-of-water/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Chronology of Water</em></a> de Kristen Stewart.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Clément Colliaux, Pierre-Jean Delvolvé et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2025</p>
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		<item>
		<title>La fabrique de la couleur&#160;: Jérôme Bigueur, étalonneur</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/" title="Read  La fabrique de la couleur&#160;: Jérôme Bigueur, étalonneur">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Premier invité : Jérôme Bigueur, étalonneur au laboratoire TransPerfect Media, qui a notamment travaillé sur </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/visages-villages/" target="_blank" rel="noopener">Visages, Villages</a><em>, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/portrait-de-la-jeune-fille-en-feu-2/" target="_blank" rel="noopener">Portrait de la jeune fille en feu</a>,<em> ainsi que sur de nombreuses restaurations.</em></p>
<p><strong>Bien que l’étalonnage constitue l’étape finale de la postproduction d’un film, son importance reste assez méconnue du grand public. Comment en êtes-vous venu à faire ce métier ?</strong></p>
<p>Après avoir suivi une formation sur les métiers de l’image, j’ai eu l’occasion de voir en quoi consistaient les différents postes autour de l’image sur un tournage. Ce qui m’a tout de suite intéressé avec l’étalonnage, c’est qu’il intervient à l’étape finale de ce processus. Tous les accidents et miracles mènent à ce moment. Mon travail, c’est d’achever de donner un sens à ces images, en conférant un style au film. Les réalisateurs ou les directeurs de la photographie sont bien contents d’avoir un étalonneur derrière eux, ils mesurent notre importance. Je ne suis pas certain que le public s’en rende vraiment compte, en effet, mais ça ne me dérange pas plus que ça, parce que je travaille avant tout pour un film – je n’ai pas besoin qu’on fasse la lumière sur moi, d’ailleurs, je travaille dans le noir ! Même si dans certains cas, c’est un peu frustrant d’être invisibilisé quand on sait les sauvetages dont on est capable. Ceci dit, certains directeurs de la photographie créditent l’étalonneur avec eux au générique, dans un rapport de collaboration. Mais c’est une relation asymétrique ; si je travaille essentiellement avec le cinéaste et son directeur de la photographie, ce dernier collabore quant à lui avec tout le monde <span class="skin-invert-image">–</span> les maquilleurs, les costumiers, les coiffeurs, les cadreurs, les machinistes…</p>
<p><strong>À partir de quel moment de la fabrication d’un film êtes-vous sollicité ?</strong></p>
<p>Ce que je préfère, c’est être intégré à un projet tout au début, dès les essais caméra. Le réalisateur et le directeur de la photographie me ramènent des images et nous en discutons ensemble. Ils me donnent leurs indications, je leur propose des pistes et le style du film commence à se construire avant même d’avoir été tourné. Ensuite, j’aime bien suivre l’évolution du tournage, regarder les rushes au fur et à mesure, ce qui permet de parler quotidiennement au directeur de la photographie, voire de l’aider. En faisant des essais d’étalonnage simultanément au tournage, le chef opérateur peut raffermir ses choix artistiques en montrant au réalisateur le résultat espéré. L’intérêt d’être associé si tôt au projet, c’est que lorsque le cinéaste et le directeur de la photographie arrivent à l’étalonnage, on parle du même film. On a déjà créé un look et on avance rapidement. C’est d’autant plus important que les temps d’étalonnage sont de plus en plus réduits, comme beaucoup d’étapes de postproduction.</p>
<p><strong>Votre rôle ne consiste donc pas simplement à intervenir après le tournage.</strong></p>
<p>Bien sûr. J’ai par exemple aidé Céline Sciamma à choisir entre l’argentique et le numérique pour <em>Portrait de la jeune fille en feu</em>. Elle est venue comparer les deux options, avec sa cheffe opératrice Claire Mathon, au laboratoire photochimique de Hiventy Classics à Joinville-Le-Pont, où je travaillais. Elles ont tourné des plans d’essais dans les deux formats, j’ai étalonné le 35 mm, puis je l’ai raccordé au numérique. Ce qui est intéressant, c’est que l’argentique semblait assez prédestiné pour ce film d’époque. Mais Céline a adoré le numérique, elle trouvait qu’il permettait une palette de couleurs moins connotée que celle qu’elle aurait obtenue avec du 35 mm.</p>
<p><strong>Ces réflexions avant le tournage permettent-elles d’ajuster en amont d’autres paramètres, spécifiques aux autres postes impliqués dans la couleur (maquilleurs, costumiers, décorateurs…) ?</strong></p>
<p>Pas assez à mon goût, car les productions ne comprennent souvent pas l’enjeu de faire des essais HMC [NDLR : Habillage, maquillage, coiffure] avec les acteurs dans les décors du film. L’idéal est en effet de pouvoir discuter en amont de ces paramètres à partir du look prédéfini : je pourrais par exemple conseiller que le chef décorateur n’utilise qu’un certain type de couleurs, ou en évite d’autres, connaissant la manière dont elles ressortiront dans l’image finale. Cela peut sembler anecdotique, mais je remarque souvent de petites choses qui auraient pu être évitées : par exemple, une scène toute bleue dans laquelle une touche de rouge attire soudain l’œil sans raison. Quand un <em>color scientist</em> peut apporter son expertise lors de ces essais, c’est vraiment la configuration parfaite. J’ai eu la chance de travailler récemment avec <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la <em>color scientist</em> Florine Bel</a>, ce qui a permis d’apporter l’esthétisme technique le plus adapté au film.</p>
<p><strong>L’étalonnage à proprement parler ne débute toutefois qu’à la toute fin de la postproduction, une fois que le montage est finalisé. Est-il confortable de travailler ainsi à l’ultime étape de fabrication d’un film ?</strong></p>
<p>Étalonner un montage final est la perspective la plus confortable, mais il est fréquent qu’il soit légèrement modifié. Entre le début et la fin de l’étalonnage, des projections tests peuvent pousser le réalisateur à changer des détails. Il arrive aussi que je ne parvienne pas à raccorder parfaitement un plan avec un autre : dans ce cas, je peux me tourner vers l’ingénieur son pour lui proposer de rajouter un bruitage, une texture, qui va accompagner cette petite transformation. Il y a donc possibilité de revenir un peu en arrière ; c’est l’avantage des films qui font toute leur postproduction dans le même laboratoire. L’un des derniers films que j’ai étalonnés était mixé juste à côté de la salle où je travaillais : le mixeur est venu écouter son travail sur les images et nous avons tous les deux ajusté des éléments de nos tâches respectives. Ce peut être le cas aussi avec les effets spéciaux… On a tendance à penser que chacun est assigné à une tâche précise, mais c’est bien mieux de pouvoir échanger et d’avoir une vision globale de l’ensemble.</p>
<p><strong>Qui vous accompagne dans la salle d’étalonnage ?</strong></p>
<p>La plupart du temps, le chef opérateur. Le réalisateur passe en général une fois par jour, mais ça dépend vraiment de son implication vis-à-vis de l’image. Je sais que quelqu’un comme Denis Villeneuve supervise l’intégralité de l’étalonnage, il ne le délègue pas au chef opérateur. Souvent, les cinéastes sont plus concentrés sur le son. Mais en vérité, heureusement qu’ils ne suivent pas l’intégralité du processus, car c’est assez fastidieux : on passe d’un plan à un autre, on change des micro-détails. Il s’agit d’un travail de précision qui n’a rien de très spectaculaire. Le directeur de la photographie lui-même donne quelques instructions puis me laisse seul un moment, le temps que je travaille sur la séquence, avant qu’on la regarde ensemble.</p>
<p><strong> Comment se décompose l’étalonnage ?</strong></p>
<p>Il y a deux moments principaux. Dans un premier temps, il s’agit d’harmoniser les plans entre eux pour assurer une continuité. C’est la partie plus technique, et je pense d’ailleurs que c’est une tâche qui va de plus en plus s’automatiser dans les années à venir avec les nombreuses applications possibles de l’IA. Toutefois, même cette première étape peut impliquer des opérations plus fines. Cas typique : il faut que j’équilibre une scène tournée pendant une journée entière. Le plan large a été tourné le matin alors qu’il faisait beau, sous un grand soleil hivernal. Puis les plans moyens et serrés ont ensuite été filmés au fil de la journée. Vers 15h, le jour commençait à décliner, ou bien il s’est mis à pleuvoir. Si bien que malgré les précautions du chef opérateur, les images du matin et du soir n’ont pas grand-chose à voir. Je suis obligé de retravailler les ciels, de jouer sur certaines brillances pour que l’on ait bien le sentiment que c’est le soleil qui éclaire la scène, et non un gros projecteur.</p>
<p>Le deuxième temps est beaucoup plus créatif : il s’agit d’aller chercher des détails sur les visages, les peaux, de souligner certaines couleurs en fonction des intentions de la scène. Quand l’image est propre, on peut globalement tout faire, retoucher par zones, par couleurs, par toutes petites touches. L’idée est de diriger le regard du spectateur, pour l’aider à lire les images. Je dispose de plusieurs outils pour cela, comme le <em>refocus</em> (qui ajoute un peu de netteté à un objet ou une zone) ou le vignettage (qui assombrit les bords de l’image). Ce sont des éléments subtils, parfois à peine identifiables, mais qui contribuent à la clarté des plans. Selon leur composition et leur durée, il faut aller plus ou moins fort sur ces effets pour que le spectateur regarde directement au bon endroit et au bon moment.</p>
<p><strong>Avez-vous un attrait spécifique pour un certain type de couleurs ?</strong></p>
<p>J’ai toujours été très porté vers la couleur : j’aime la faire vivre, pousser les curseurs. L’une de mes collègues travaille au contraire sur des films très nuancés, avec assez peu de couleurs, et elle est meilleure que moi là-dessus. En revanche, j’adore le noir et blanc pour sa complexité. C’est presque ce que je préfère, car cela oblige à des nuances d’une grande finesse. Les étalonneurs ont tous des aptitudes et des relations à l’image différentes. Par ailleurs, plus on travaille avec des personnes diverses, plus on enrichit sa propre palette.</p>
<h2><strong>Nostalgie de la pellicule</strong></h2>
<p><strong>Du côté de la captation, la pellicule continue de cohabiter avec le numérique. Lequel des deux supports est le plus plaisant à étalonner ?</strong></p>
<p>C’est comme choisir une caméra : il faut s’approprier le format et le style qui va avec, c’est une question de justesse. En plus, on peut tout à fait approcher un rendu pellicule avec du numérique. L’argentique est plus facile à traiter, parce qu’il est plus limité. Le numérique, lui, peut avoir de grands espaces de couleur qu’il faut savoir maîtriser. Mais fondamentalement, le problème du numérique est l’immense variété d’écrans et leurs différentes caractéristiques, allant du HDR [NDLR : <em>High Dynamic Range</em>, une plage de couleurs étendue permettant des contrastes plus importants] aux différentes sorties SDR [NDLR : <em>Standard Dynamic Range</em>, la plage standard la plus répandue]. Toutes les caméras numériques bénéficient d’un espace de couleur et d’une dynamique permettant le HDR, mais ensuite, il faut contourner les limitations propres à chaque livrable [NDLR : les différents fichiers exportés par l’étalonneur adaptés aux spécificités techniques de la destination finale – salles de cinéma, chaînes de télévision, plateformes de streaming, etc.] pour obtenir une cohérence d’ensemble. Le 35mm, puisqu’il est plus restreint, passe mieux sur l’ensemble des écrans. Par ailleurs, l’image numérique gagnerait à s’affranchir davantage du 35mm : je crois que la plupart des gens entretiennent encore une certaine nostalgie du <em>look</em> film, alors que le numérique permet des choses fantastiques et très créatives.</p>
<p><strong>Quelles sont les propriétés de ce « <em>look</em> film » ?</strong></p>
<p>Des <em>color scientists</em> ont développé des <em>looks</em> numériques (c’est-à-dire des ensembles de courbes de correction) qui imitent le film argentique de manière assez exceptionnelle. Il suffit de les appliquer à un plan pour que cela fonctionne. La plupart des gens trouvent cela non seulement beau, mais surtout rassurant, parce que c’est une esthétique connue de tous qui donne immédiatement un aspect cinématographique. Très concrètement, ces <em>looks</em> réduisent l’espace colorimétrique, arrondissent les angles et gomment ce que le numérique peut avoir de cru et de dur : les contrastes sont cassés, les tonalités sont plus douces.</p>
<p><strong>Et quelles sont les possibilités offertes par l’HDR ? </strong></p>
<p>Le HDR est une palette de nuances beaucoup plus large que le SDR. En fait, même celle de la pellicule est plus large que le SDR. C’est une latitude, dont on fait ce que l’on veut. Dolby a commercialisé une norme pour l’HDR, qu’il a appelée Dolby Vision. Le principe d’un projecteur de cinéma Dolby Vision, c’est que le niveau de luminosité maximal est porté à 108 nits [NDLR : l’unité de mesure de l’intensité lumineuse], quand la projection classique en salle est de 48 nits. C’est un gain énorme en luminosité, mais surtout en contraste : le niveau de noir est drastiquement plus profond et naturel. Dans une projection normale, les noirs sont décollés, les basses lumières sont imprécises et avec peu de profondeur. Le noir absolu du HDR permet de créer du détail en basse luminosité. D’autres constructeurs comme Barco, Samsung ou Christie commencent à proposer leurs solutions HDR pour le cinéma. La restauration a été très en avance sur les exigences technologiques par rapport aux productions, parce que les commanditaires pensent à la vie de leur restauration sur une quinzaine d’années. Par exemple, depuis 2019, Studiocanal commande des restaurations quasi systématiquement en 4K HDR, alors que la plupart des productions actuelles sont toujours éditées en 2K SDR. Ils se projettent d’ores et déjà dans un avenir où la technologie sera généralisée, notamment dans les salles, qui sont encore très peu à être équipées en raison du coût élevé d’un projecteur HDR.</p>
<p><strong>Vous parliez plus haut des nombreuses disparités technologiques entre les différentes sorties : comment garantir que l’étalonnage que vous effectuez sera par la suite à peu près respecté sur l’ensemble des livrables ?</strong></p>
<p>C’est tout simplement impossible. J’édite des masters différents selon les destinations, en prenant en compte leurs spécificités, mais les écarts sont trop grands. Au cinéma, on sait que les spectateurs sont plongés dans le noir, ce qui permet d’accentuer les contrastes, de jouer sur l’obscurité. Lorsque les films sont diffusés à la télévision ou en streaming, les niveaux de luminosité ambiante autour des spectateurs sont très variables. Je suis obligé d’intervenir sur des séquences précises, pour rehausser un peu les niveaux, garantir que l’image reste visible. Il s’agit en fait de donner la même sensation avec un étalonnage différent. Des solutions sont en cours de développement, notamment chez Dolby, qui promettent une restitution de l’image chez soi équivalente à celle de la salle d’étalonnage.</p>
<h2><strong>Restaurer, comparer, adapter</strong></h2>
<p><strong>Lorsque l’on compare plusieurs restaurations d’un même film, on se rend compte qu’il existe différentes « modes » d’étalonnage, parfois liées aux innovations technologiques.</strong></p>
<p>Oui, c’est le cas des <em>Matrix</em>, par exemple, qui ont connu plusieurs restaurations. Chacune d’entre elles a une couleur dominante différente. Une personne voulait moderniser le film, une autre souhaitait retrouver un souvenir de copie 35mm… Aujourd’hui, on essaie davantage de rester fidèle aux couleurs originales, on fait donc en sorte de disposer d’une ou plusieurs copies d’origine que l’on compare fréquemment au travail en cours. Mais en restaurant à nouveau des films déjà restaurés, on s’aperçoit que le spectateur change de regard. L’image d’il y a quinze ans, il n’en veut plus : il souhaite davantage de contraste, des blancs moins sales, une température de couleur plus proche du bleuté des images numériques auxquelles il est habitué. Certaines des restaurations menées aux États-Unis le montrent de manière encore plus exacerbée : une robe blanche est complètement blanche, on ne voit même pas le petit filet jaunâtre qui était la signature Kodak de l’époque.</p>
<p><strong>L’utilisation du HDR pour l’étalonnage de copies restaurées ne risque-t-il pas de dénaturer l’équilibre colorimétrique original, puisqu’il s’agit d’une technologie qui n’existait pas à l’époque de la création des films ?</strong></p>
<p>Il y a deux ans, j’ai travaillé sur la restauration d’<em>Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre</em> en HDR pour le compte de Pathé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329653_324('footnote_plugin_reference_329653_324_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329653_324('footnote_plugin_reference_329653_324_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329653_324_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329653_324_1" class="footnote_tooltip">Voir à ce sujet <a href="https://professional.dolby.com/fr/films-series/etudes-cas/asterix-obelix-mission-cleopatre-dolby/" target="_blank" rel="noopener">l’article consacré à la restauration du film</a> sur le site de Dolby.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329653_324_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329653_324_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Laurent Dailland, le directeur de la photographie, qui était avec moi, ne connaissait pas tellement cette technologie <span class="skin-invert-image">–</span> nous avons donc procédé à beaucoup de tests. Il avait surtout en tête ce qu’Alain Chabat voulait faire à l’époque mais ne pouvait pas faire techniquement, parce que certaines couleurs qu’ils voyaient à l’écran lors de l’étalonnage numérique ne rendaient pas du tout la même chose une fois sur pellicule. Pendant cette restauration, notre question principale a été : est-ce qu’on utilise la latitude du HDR pour faire, par exemple, exploser les niveaux de luminosité dans les scènes dans le désert, ou est-ce qu’on garde la patine d’époque ? Nous avons, là encore, tenté de trouver un équilibre entre les deux.</p>
<p><strong>Mais le directeur de la photographie n’est pas toujours là pour prendre part à cette discussion. Il vous revient, dans ces cas-là, de trancher ?</strong></p>
<p>Oui, et c’est pour cela qu’il faut se référer au matériau originel. Il m’est même arrivé, pour un film, de demander un scénario. Je disposais d’une seule référence un peu douteuse, un ancien master numérique, dans lequel une scène de jour avait une luminosité très étrange. En me référant au scénario, j’ai pu identifier qu’il s’agissait d’une séquence « extérieur, nuit » et l’étalonner dans le bon sens, sans reprendre l’erreur du master numérique sur lequel j’étais supposé m’appuyer. Mais évidemment, les films et leurs différentes versions ont leur histoire. J’ai étalonné beaucoup de restaurations de films du directeur de la photographie Raoul Coutard. Quand j’ai travaillé sur <em>Le Mépris</em>, j’ai essayé de lire le maximum d’écrits ou d’interviews pour comprendre le sens de son travail. Il avait déjà fait une restauration en 2009 dans un autre laboratoire, au cours de laquelle il avait cherché à retrouver les couleurs de la pellicule originale, une sorte de monochromie due au mauvais développement des rushes, à l’époque, en Italie. Mais en lisant ses témoignages, je me suis aperçu que ce rendu était très différent de ce que Godard et lui souhaitaient faire à la base. Je suis donc allé dans le sens de leurs intentions originelles, à rebours de cette restauration de 2009, ce qui me paraissait davantage ressembler à ce que racontait Godard dans ses écrits. Toutefois, quand les créateurs ne peuvent pas être là, je ne suis pas le décisionnaire final. Il appartient aux ayants droit, cataloguistes, famille ou directeurs techniques de trancher, en respectant le plus possible l’œuvre originale. Que ce soit pour la création ou pour des restaurations, l’étalonnage sert au fond à la même chose : fluidifier l’enchaînement des plans et renforcer les émotions. Si étalonner différemment peut aider les spectateurs contemporains à voir des films en noir et blanc, pourquoi s’en priver ? Le risque est évidemment de finir par tout lisser, en faisant disparaître les marqueurs de certaines technologies. Il est donc de notre devoir de veiller à ce que l’on fait, de travailler avec parcimonie et toujours dans le sens du film.</p>
<div id="attachment_329661" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-329661" class="wp-image-329661 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="1089" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-300x128.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-1024x436.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-768x327.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-1536x653.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-2048x871.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-980x417.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-2000x851.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-329661" class="wp-caption-text">Comparaison entre la première restaurations du <em>Mépris</em> (à gauche) et la deuxième (à droite) | © Studiocanal</p></div>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329653_324();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329653_324();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329653_324">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329653_324" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329653_324('footnote_plugin_tooltip_329653_324_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329653_324_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir à ce sujet <a href="https://professional.dolby.com/fr/films-series/etudes-cas/asterix-obelix-mission-cleopatre-dolby/" target="_blank" rel="noopener">l’article consacré à la restauration du film</a> sur le site de Dolby.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329653_324() { jQuery('#footnote_references_container_329653_324').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329653_324').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329653_324() { jQuery('#footnote_references_container_329653_324').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329653_324').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329653_324() { if (jQuery('#footnote_references_container_329653_324').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329653_324(); } else { footnote_collapse_reference_container_329653_324(); } } function footnote_moveToReference_329653_324(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329653_324(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329653_324(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329653_324(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/">La fabrique de la couleur&nbsp;: Jérôme Bigueur, étalonneur</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La Vague</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vague-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Vague tient de la rengaine : des corps dansent et chantent avec frénésie, mais sans jamais changer de refrain. On devine que l’obstination fait partie du projet du cinéaste chilien Sebastián Lelio, que sa...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vague-3/" title="Read  La Vague">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Vague</em> tient de la rengaine : des corps dansent et chantent avec frénésie, mais sans jamais changer de refrain. On devine que l’obstination fait partie du projet du cinéaste chilien Sebastián Lelio, que sa comédie musicale ambitionne sans relâche de taper du poing, à l’instar de son personnage principal, Julia, abusée sexuellement par son professeur de musique. De sa rage, chaque scène se nourrit jusqu’à la saturation. Et plus le film frappe fort, moins il va loin. À la longue, le portrait qu’il dresse de la jeune femme, devenue presque malgré elle le porte-flambeau d’un mouvement étudiant insurrectionnel, ne s’embarrasse pas de subtilités et tombe dans l’écueil du plaidoyer. À plusieurs reprises, la caméra de Lelio s’attarde sur le visage de Julia, parfois inondé de larmes, comme pour en saisir les nuances émotionnelles. Peine perdue : ni vacillement ni trouble n’en surgit vraiment, rien qui puisse en tous les cas électriser un propos ne souffrant aucune ambiguïté. Si Julia cherche sa voix, <em>La Vague</em> n’en fait entendre qu’une seule, reconduite de séquence en séquence.</p>
<p>C’est lorsque le film oublie son personnage principal au profit du collectif qu’il s’avère le plus fécond, voire se montre enfin subversif, ou à tout le moins original. S’affirme alors un corps unique d’étudiantes/danseuses exultant au son de percussions frénétiques. Lelio travaille ainsi dans ces scènes la question patriarcale par un geste expansif, en figurant des poussées de colère éperdue et incontrôlée. Déchaîné, <em>La Vague</em> le devient lorsque le campus se transforme subitement en labyrinthe surréaliste, enchâssant des espaces <em>a&nbsp;priori</em> éloignés (en cassant une cloison, Julia accède à&nbsp;sa chambre qui ne jouxte pourtant pas les murs de l’université). La désorientation et l’artificialité confinent ici à&nbsp;un troublant vertige, pas loin de ressembler à&nbsp;un cauchemar éveillé. Bel antidote, fût-il de courte durée, au régime par ailleurs trop univoque et répétitif du film.</p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Portraits d’Amérique — Sam Abbas</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sam-abbas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sam-abbas/" title="Read  Portraits d’Amérique — Sam Abbas">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Sam Abbas, jeune cinéaste égypto-américain dont le dernier film, </em>Europe’s New Faces<em>, a été projeté au Festival DocFortnight</em> <em>du MoMA en 2025. Il a également créé, lors du 68ᵉ Festival international du film de Berlin en 2018, ArabQ, la première société de production arabe dédiée aux films LGBTQ.</em></p>
<p><strong>Comment êtes-vous devenu cinéaste ?</strong></p>
<p>Je n’ai pas eu de réelle formation en cinéma, mais j’ai grandi entouré de films. Mes parents avaient plein de cassettes VHS. Ils ont déménagé du Caire dans le New Jersey quand j’avais trois ans. Chaque été en Égypte, on louait un film par semaine au vidéoclub du coin de la rue. C’était le paradis ! C’était l’époque de <em>Pretty Woman</em>, mais aussi des films avec Kevin Costner – que mes parents adoraient –, Richard Gere ou Tom Cruise. Je regardais beaucoup <em>Mission : Impossible</em>, mais aussi des films d’horreur… J’ai vraiment développé un amour pour les films à ce moment-là. Mon rapport au cinéma est profondément lié à ces souvenirs d’enfance et d’adolescence. C’était aussi un rapport différent au cinéma qu’aux États-Unis, car mes parents ne nous interdisaient en Égypte aucun film : la censure coupait toutes les scènes considérées comme « problématiques » et on pouvait dès lors tout voir, y compris des films que je n’aurais pas eu le droit de regarder à la maison ! Je me souviens par exemple avoir voulu voir <em>Matrix</em> parce que tout le monde en parlait, mais mes parents n’étaient pas d’accord. J’ai essayé d’expliquer que le film était classé <em>R</em> pour violence, pas pour son caractère sexuel, mais mon père ne voulait rien entendre.</p>
<p>Plus tard, j’ai suivi des cours pour devenir acteur à l’école William Esper Studio à New York. Je regardais constamment des films à cette époque-là, mais j’ai laissé tomber la formation. Quelqu’un m’avait dit que j’étais trop concentré sur le fait de devenir comédien, que j’avais besoin d’un passe-temps… alors j’ai pensé que faire un film serait peut-être facile (rires).</p>
<p><strong>En 2018, vous avez réalisé votre premier long-métrage <em>The Wedding</em>, qui met en scène un jeune homme tiraillé entre sa fiancée et son homosexualité cachée. Vous avez aussi fondé, la même année, ArabQ, la première société de production arabe dédiée aux histoires queer musulmanes et du Moyen-Orient. Comment ces choix ont-ils façonné votre parcours ? Qu’est-ce qui a changé depuis sept ans ?</strong></p>
<p>ArabQ était une expérience incroyable, mais pas viable sur le long terme. Quand on est jeune, on se sent invincible. J’avais créé cette plateforme basée au Caire, mais je ne pouvais plus me rendre dans le pays. On a organisé des projections, mais les personnes qui aidaient à coordonner les projets là-bas ne pouvaient pas en parler publiquement et devaient vivre dans le secret. En grandissant, j’ai compris que je ne reverrai sûrement jamais ma grand-mère, ni mes cousins. Montrer <em>The Wedding</em> était exaltant sur le moment, mais j’ai réalisé après-coup les conséquences de cette initiative. Je n’ai pas de regrets, mais j’essaie désormais de comprendre davantage le poids de mes actions et leurs répercussions possibles pour autrui. La persécution des personnes queer en Égypte est intense et quotidienne. La police crée de faux profils sur Grindr pour piéger les gens ; récemment, il y a eu une indignation car Netflix a diffusé un film égyptien avec un personnage gay… Le gouvernement est homophobe, mais l’opinion publique aussi. Réaliser ces films et monter ces projets était très stressant.</p>
<p><strong>Vos films évoquent ces doubles vies, ces existences cachées ou éloignées de la famille ou du regard social. Ces histoires reflètent-elles votre expérience entre une éducation traditionnelle et votre identité queer ? Le cinéma est-il un moyen de reprendre le contrôle de votre vie, de confronter la honte ou la dissociation ?</strong></p>
<p>J’ai avant tout fait des films sur ce que je connaissais, sur ma vie, dont j’ai dû compartimenter énormément d’aspects. C’était surtout lié au fait de grandir en tant qu’Arabe dans un pays qui diffuse une image stéréotypée des gens qui me ressemblent. Vivre une double vie est devenu le socle de mon existence. Mon film <em>Alia’s Birth</em> est par exemple très marqué par mon rapport à l’éducation sexuelle, qui provenait surtout de la pornographie, laquelle, comme chacun sait, peut-être très dégradante pour l’image des femmes. Je voulais explorer comment les gens comprennent le consentement, l’intimité et la présence, qui sont devenus des thèmes du film.</p>
<p><strong>Vos films sont marqués par des plans statiques et souvent larges, mais dans le dernier, <em>Europe’s New Faces</em>, vous vous rapprochez des corps et des visages. Comment décririez-vous l’évolution de votre regard ?</strong></p>
<p>Pour mon premier film, j’ai utilisé un objectif de 18 mm. Je ne jurai ensuite que par ça&nbsp;; je voulais tout en plan large. Avec le temps, j’ai exploré différents styles visuels, influencé par des films comme <em>Kékszakállú</em> de Gaston Solnicki. J’ai été profondément marqué par ce film, je n’arrêtais pas d’y repenser. C’est l’image qui compte avant tout pour moi. Si, après avoir filmé, les images ne me plaisent pas d’un point de vue esthétique, je les supprime, quelle que soit leur importance. Je veux être le plus précis possible dans le choix et la construction des images de mes films, et d’ailleurs l’histoire racontée est le plus souvent secondaire. Dans <em>Europe’s New Faces</em>, l’immobilité et la composition sont intentionnelles. J’ai été très influencé par l’esthétique <em>mumblecore</em>, surtout pour mon premier film, mais aujourd’hui j’essaie vraiment d’éviter le chaos style YouTube ou caméra embarquée, car ce n’est plus ce que j’aime visuellement.</p>
<p><strong>Il y a des thèmes récurrents dans votre travail, comme celui des doubles vies, mais aussi les naissances, avec plusieurs scènes très marquantes d’accouchement. Comment construisez-vous vos films ?</strong></p>
<p>J’aborde le cinéma comme une pratique personnelle. Je finance mes films, je produis tout… C’est épuisant, entre la gestion du financement, du tournage, de la postproduction, des festivals, etc., mais avoir un contrôle créatif total est pour moi indispensable. Filmer des naissances me permet de vivre des expériences très personnelles. Pour <em>Alia’s Birth</em>, je me suis coordonné avec des sages-femmes pour assister au travail sans interférer. Je voulais inclure l’expérience brute et intime de l’accouchement à domicile sans perturber le processus. J’essaie de toujours privilégier mon intérêt par rapport à une intention prédéfinie : par exemple, je ne considère pas nécessairement mes films comme politiques. Même <em>Europe’s New Faces</em> n’a pas été fait avec cette intention en particulier. Je me concentre sur ce qui m’intéresse : le cinéma est aussi un moyen de vivre des moments incroyables et de les montrer.</p>
<p><strong>Pourtant vos films sont très ancrés dans un contexte politique et social fort, qu’il soit historique ou familial. Qu’est-ce que vivre et faire du cinéma au États-Unis aujourd’hui vous inspire&nbsp;?</strong></p>
<p>Ces derniers temps, je me sens bien sûr stimulé par ce qui se passe dans le monde, par la politique et l’actualité. Mais c’est parfois étouffant, surtout lorsqu’on est sans cesse exposé à ce flux sur les réseaux sociaux ou dans les médias. J’ai l’impression de vivre dans une sorte de chaos permanent, que j’essaye avant tout de comprendre et au sein duquel j’essaie de naviguer, tant bien que mal.</p>
<p><strong>Et quel spectateur êtes-vous aujourd’hui&nbsp;?</strong></p>
<p>Je fonctionne par phases. Parfois, je passe des mois sans mettre les pieds dans une salle de cinéma, puis je vais voir deux ou trois films en une semaine. Récemment, j’ai découvert <em>Orwell, 2 + 2 = 5</em> de Raoul Peck, dont j’adore le travail. Pour moi, aller au cinéma est avant tout une affaire de surprise. Je me souviens d’un jour, au tout début de mes études de théâtre à New York, où je suis allé au cinéma sans aucune idée ce que j’allais y voir. Dans la salle, il y avait une femme avec une coupe de cheveux reconnaissable entre mille, à qui tout le monde voulait parler. Je me suis dit que ça devait être la réalisatrice ou l’actrice… c’était Agnès Varda. Son cinéma a été une révélation pour moi. Idem pour les films de Kelly Reichardt, que j’ai découverts par hasard. C’est inspirant de voir une cinéaste comme elle continuer à travailler à son rythme tout en bénéficiant d’un véritable soutien. C’est rare de voir ce genre de patience et d’attention dans le cinéma. Je pense aussi à Frederick Wiseman, et sa façon de travailler me paraît aujourd’hui presque impossible.</p>
<p><strong>Sur quoi travaillez-vous en ce moment&nbsp;?</strong></p>
<p>J’arrive au bout du processus pour <em>Europe’s New Faces</em> et je suis épuisé. Nous allons le montrer bientôt aux États-Unis et en France, et pour l’instant je ne suis pas pressé de créer quoi que ce soit de nouveau. Ce qui me donne de l’espoir, ce sont plutôt mes étudiant·es. Je donne deux cours à l’université Barnard College : <em>Unseen Masterworks of Arab Cinema</em> et <em>Unseen Masterworks of War</em>. Je constate un réel désir et une immense curiosité pour les arts arabes, au-delà des stéréotypes occidentaux. Si vous demandez à ChatGPT quels sont les stéréotypes récurrents dans le cinéma arabe tel qu’il est vu par l’Occident, vous allez nécessairement avoir : la danse du ventre, la femme voilée, et un cheikh qui a fait fortune grâce au pétrole. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens sont curieux et veulent vraiment connaître le cinéma arabe. Ils réalisent aussi à quel point il a été précurseur. Les étudiant·es sont toujours frappé·es en découvrant des films comme <em>Cairo Station</em> de Youssef Chahine, qui met en scène une forme de pré-incel dans les années 1950. Ils remarquent la représentation complexe des personnages, notamment féminins, et les contrastes avec certaines caricatures du cinéma occidental. C’est gratifiant et vraiment rassurant de voir de jeunes gens s’intéresser à tout cela.</p>
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		<title>Kathryn Bigelow, à l’intérieur de la violence</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/kathryn-bigelow-a-linterieur-de-la-violence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En prolongement de la sortie de A House of Dynamite, revenons sur un aspect vivement critiqué des deux précédents films de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty (2012) et Detroit (2017) : la représentation de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/kathryn-bigelow-a-linterieur-de-la-violence/" title="Read  Kathryn Bigelow, à l’intérieur de la violence">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>En prolongement de la sortie de </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener">A House of Dynamite</a><em>, revenons sur un aspect vivement critiqué des deux précédents films de Kathryn Bigelow, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zero-dark-thirty/" target="_blank" rel="noopener">Zero Dark Thirty</a><em> (2012) et </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/detroit/" target="_blank" rel="noopener">Detroit</a> <em>(2017) : la représentation de la violence.</em></p>
<p>Avec <em>Démineurs</em> (2008), qui marque sa première collaboration avec le journaliste et scénariste Mark Boal, la carrière de Kathryn Bigelow a pris un tournant inattendu. Identifiée jusqu’alors comme une spécialiste du cinéma d’action commercial, Bigelow se mit à concevoir des récits adaptés de faits réels et étayés par une documentation minutieuse. Elle a ainsi ausculté plusieurs plaies béantes de l’histoire américaine récente : la guerre en Irak (<em>Démineurs</em>), la traque d’Oussama Ben Laden par la CIA (<em>Zero Dark Thirty</em>, 2012) et les tensions raciales dans <em>Detroit</em> (2017), en remontant aux émeutes de 1967. Si ce dernier arc constitue peut-être la part la plus passionnante de son œuvre, <em>Zero Dark Thirty</em> et <em>Detroit</em> ont fait l’objet de nombreuses polémiques<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_330_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_1" class="footnote_tooltip"><em>Les Inrockuptibles</em> avaient publié <a href="https://www.lesinrocks.com/cinema/zero-dark-thirty-ferait-lapologie-de-la-torture-10487-14-01-2013/" target="_blank" rel="noopener">une recension des principales controverses</a>, notamment liées au discours supposément pro-torture de <em>Zero Dark Thirty</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_330_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, liées à leur fabrication<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_330_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_2" class="footnote_tooltip">La production de <em>Zero Dark Thirty</em> aurait utilisé, pour l’ouverture du film, des enregistrements téléphoniques de victimes de l’attentat du World Trade Center sans l’autorisation de leurs familles. On aura aussi questionné dans le cas de <em>Detroit</em> la légitimité d’une cinéaste blanche à s’emparer de ce récit vécu par des Afro-Américains.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_330_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, mais aussi à une question esthétique en particulier : la représentation de la violence, qu’il s’agisse de la torture ou de la brutalité policière. Durant ses vingt premières minutes, <em>Zero Dark Thirty</em> met en scène les sévices infligés par deux agents de la CIA au prisonnier Ammar al-Baluchi (Reda Kateb) dans une base officieuse au Pakistan. Le bloc central de <em>Detroit</em> relate quant à lui la détention d’un groupe majoritairement afro-américain par des policiers blancs à l’hôtel Algiers durant la nuit du 25 au 26 juillet 1967 – tous seront battus et humiliés et trois personnes finiront par être exécutées. Qu’a-t-on reproché à Bigelow ? De trop en montrer et de ne pas assez en dire, ou du moins de ne pas avoir suffisamment questionné ce qui se passe à l’écran. Les films échoueraient de surcroît à articuler la violence qu’ils dépeignent à un contexte plus large et à la mobiliser dans une optique de dénonciation ou d’historicisation, pour se limiter à une figuration spectaculaire, voire complaisante, des événements concernés.</p>
<p>Ces scènes sont effectivement difficiles à regarder, d’autant plus qu’elles s’étirent de manière inhabituelle à l’intérieur de l’économie narrative des films en question. Cinéaste de la fragmentation – comme le démontre une nouvelle fois <em>A House of Dynamite</em> –, Bigelow concentre en l’occurrence son attention pour déployer une durée proche du temps réel vécu par les personnages. Elle marche alors sur une ligne de crête : bien qu’elle veille à décrire exhaustivement le déroulé de l’action, elle ménage, par le choix des angles de prise de vue et la brièveté des plans, une forme de sobriété évitant tout voyeurisme. D’un côté, la plupart des images choc se limitent ainsi à une poignée de secondes et certaines sont reléguées à la bordure du cadre (le corps d’Ammar dénudé par ses geôliers, le meurtre d’Aubrey Pollard dans <em>Detroit</em>, etc.). De l’autre, les deux films ne nous épargnent pourtant aucun des sévices subis, des coups de crosses (<em>Detroit</em>) à la pratique du <em>waterboarding</em> (<em>Zero Dark Thirty</em>). Ce refus de l’ellipse ne traduit pas un désir sadique d’éprouver le spectateur, mais plutôt celui de regarder sous une lumière crue des faits historiques qui, jusqu’ici, avaient fait l’objet de manipulations ou d’édulcorations. <em>Zero Dark Thirty</em> sort peu de temps après la mort de Ben Laden, dont l’exécution est auréolée d’un parfum de victoire par une administration Obama qui nie l’emploi de la torture – le film bat notamment en brèche l’euphémisme d’« <em>interrogatoire renforcé</em> », largement relayé dans la presse de l’époque. Quant à <em>Detroit</em>, il détricote le verdict d’une série de procès qui avaient lavé les policiers meurtriers de toute culpabilité. Plus précisément, les deux films travaillent l’envers d’images lacunaires, à savoir, pour <em>Zero Dark Thirty</em>, les photographies de la <em>situation room</em> lors de la capture de Ben Laden<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_330_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_3" class="footnote_tooltip">On y voit Barack Obama, Joe Biden et Hillary Clinton, entourés de conseillers et de gradés militaires, suivre à distance le raid sur le domicile du terroriste. La photographie figure d’ailleurs dans <em>A House of Dynamite</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_330_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ou le cliché de la dépouille du terroriste, puis, pour <em>Detroit</em>, les reportages télévisés de l’époque, dépeignant une insurrection violente de la part des quartiers afro-américains de la ville.</p>
<p>Si on a beaucoup reproché à Bigelow une supposée « neutralité<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_330('footnote_plugin_reference_329685_330_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_330_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_4" class="footnote_tooltip">Y compris <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zero-dark-thirty/" target="_blank" rel="noopener">le texte publié par <em>Critikat</em> à la sortie du film</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_330_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_330_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> », son horizon est bien politique : il vise à proposer une contre-histoire en miroir d’une version aussi officielle que fallacieuse. À des fictions médiatiques, la cinéaste répond par une frontalité qui passe par une caméra mobile, focalisée sur le foyer de l’action. Dans l’hôtel Algiers de <em>Detroit</em>, Bigelow circonscrit un périmètre limité où elle souhaite atteindre, par la méticulosité du rejeu, une sorte de <em>vérité de la situation</em>. Ce resserrement aura lui aussi posé question, notamment dans un texte de Libération estimant que «<em> le réalisme abstrait de Detroit se prend à son propre piège</em> » et « <em>réattribue du même coup la violence politique au plan de l’individu,</em> […] <em>ce qui dépolitise l’affaire.</em> » Si Bigelow se limite bien à une poignée de personnages, cette absence de contextualisation est très relative, puisque toute la première partie de <em>Detroit</em> s’attache à capter le climat entourant les émeutes et retrace le parcours de chaque protagoniste, qui témoigne d’une vérité sociale et historique. Surtout, cette stratégie s’explique par un refus absolu du didactisme, lequel serait incompatible avec l’ambition de Bigelow. Tout comme l’ellipse, le recours à la métaphore et à la parabole contreviendrait à son étude des faits. Bigelow se concentre, comme si elle observait au travers d’un microscope, sur une situation spécifique en cherchant moins à généraliser un cas particulier qu’à débusquer le vrai derrière les couches de falsification. Elle fait du reste suffisamment confiance au public pour lier ses films à une peinture sociale plus large – rappelons que <em>Detroit</em> sort dans le contexte du mouvement <em>Black Lives Matter</em>.</p>
<h2>Dans l’œil du cyclone</h2>
<p>Afin de défendre cette idée d’authenticité, Bigelow adopte donc une approche similaire à celle d’une reporter de guerre, qui observe sans que son appréciation personnelle n’interfère outre mesure. C’est d’ailleurs l’une des raisons du malaise produit par ces scènes de violence : il n’y a pas, chez Bigelow, de distance critique affichée, ou de personnage-relai qui partagerait le jugement réprobateur du spectateur. Dans une logique panoptique, les films adoptent alternativement le point de vue des victimes et des tortionnaires. Même une fois l’action confinée dans l’hôtel Algiers, <em>Detroit</em> maintient une forme de choralité, permettant d’accéder aux apartés du policier Philip Krauss (Will Poulter) comme à ceux des captifs. Épouser ces différentes perspectives ne revient pas pour autant à traiter tous les personnages « à égalité » ou à brouiller les pistes sur ce qui a eu lieu (contrairement par exemple à <em>Rashomon</em>, les points de vue multiples ne se contredisent pas, mais se complètent) : c’est à l’inverse un moyen – à la manière des nombreux regards entrecroisés dans <em>A House of Dynamite</em> – de quadriller une action en l’observant selon tous les angles disponibles.</p>
<p>Les deux films redoublent par ailleurs dans leur récit cette position inconfortable : certains des protagonistes auxquels se cheville la mise en scène pour suivre la progression de l’action, sont en partie responsables de la violence à l’écran. Ainsi de Maya (Jessica Chastain), figure centrale de <em>Zero Dark Thirty</em> et combinaison fictionnalisée de plusieurs membres de la CIA ayant participé à la traque de Ben Laden, ou de Melvin Dismukes (John Boyega), agent de sécurité qui se retrouve malgré lui témoin de la boucherie de l’Algiers. Ces personnages pivots sont aussi clairement identifiés comme complices – par son inaction pour Dismukes, tandis que Maya participe activement à la torture des prisonniers. Les critiques qui confondent l’ancrage de la narration et la position idéologique des films, <a href="https://www.lemonde.fr/culture/article/2013/01/22/zero-dark-thirty-vengeance-d-une-nation_1820693_3246.html" target="_blank" rel="noopener">comme on a pu le lire dans <em>Le Monde</em></a>, opèrent un amalgame : en dépliant chaque situation, Bigelow nous permet aussi de penser par nous-mêmes et <em>contre</em> les différents protagonistes.</p>
<p>Il y aurait alors, dans la démarche de Bigelow, un souci de documenter au plus près le cœur noir de l’histoire américaine, sans le rempart d’une prudente dénonciation, quitte à friser l’écœurement (dans l’une des dernières scènes de <em>Detroit</em>, on voit d’ailleurs Dismukes vomir, lui qui ne supporte plus de côtoyer les policiers criminels). On pourrait dans cette perspective lire dans une réplique de Maya au début de <em>Zero Dark Thirty</em> le mantra de la cinéaste : alors que son collègue Dan (Jason Clarke), davantage accoutumé à persécuter les prisonniers, lui assure qu’il « <em>n’y a pas de honte à regarder depuis un écran</em> », Maya, résolue, préfère tout de même « <em>retourner à l’intérieur</em> ».</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329685_330();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329685_330();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329685_330">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329685_330" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_330('footnote_plugin_tooltip_329685_330_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_330_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Les Inrockuptibles</em> avaient publié <a href="https://www.lesinrocks.com/cinema/zero-dark-thirty-ferait-lapologie-de-la-torture-10487-14-01-2013/" target="_blank" rel="noopener">une recension des principales controverses</a>, notamment liées au discours supposément pro-torture de <em>Zero Dark Thirty</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_330('footnote_plugin_tooltip_329685_330_2');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_330_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La production de <em>Zero Dark Thirty</em> aurait utilisé, pour l’ouverture du film, des enregistrements téléphoniques de victimes de l’attentat du World Trade Center sans l’autorisation de leurs familles. On aura aussi questionné dans le cas de <em>Detroit</em> la légitimité d’une cinéaste blanche à s’emparer de ce récit vécu par des Afro-Américains.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_330('footnote_plugin_tooltip_329685_330_3');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_330_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On y voit Barack Obama, Joe Biden et Hillary Clinton, entourés de conseillers et de gradés militaires, suivre à distance le raid sur le domicile du terroriste. La photographie figure d’ailleurs dans <em>A House of Dynamite</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_330('footnote_plugin_tooltip_329685_330_4');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_330_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Y compris <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zero-dark-thirty/" target="_blank" rel="noopener">le texte publié par <em>Critikat</em> à la sortie du film</a>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329685_330() { jQuery('#footnote_references_container_329685_330').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329685_330').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329685_330() { jQuery('#footnote_references_container_329685_330').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329685_330').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329685_330() { if (jQuery('#footnote_references_container_329685_330').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329685_330(); } else { footnote_collapse_reference_container_329685_330(); } } function footnote_moveToReference_329685_330(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329685_330(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329685_330(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329685_330(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/kathryn-bigelow-a-linterieur-de-la-violence/">Kathryn Bigelow, à l’intérieur de la violence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Nuit obscure — Ain’t I a Child ?</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuit-obscure-aint-i-a-child/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=329696</guid>

					<description><![CDATA[<p>Troisième volet d’une trilogie documentaire consacrée à&#160;de jeunes exilés marocains,&#160;Nuit obscure – Ain’t I&#160;a Child&#160;?&#160;se distingue des deux précédents films de Sylvain George par son nouveau cadre géographique&#160;: après avoir longtemps stationné dans la ville...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuit-obscure-aint-i-a-child/" title="Read  Nuit obscure — Ain’t I a Child ?">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">Troisième volet d’une trilogie documentaire consacrée à&nbsp;de jeunes exilés marocains,&nbsp;<em>Nuit obscure – Ain’t I&nbsp;a Child&nbsp;?</em>&nbsp;se distingue des deux précédents films de Sylvain George par son nouveau cadre géographique&nbsp;: après avoir longtemps stationné dans la ville portuaire de Melilla, une enclave espagnole au Maroc qui relie l’Afrique et l’Europe, le groupe de mineurs suivi par le cinéaste a&nbsp;enfin atteint Paris. Sylvain George reste fidèle à&nbsp;l’esthétique documentaire qu’il développe depuis une vingtaine d’années, en filmant au plus près une poignée d’individus marginalisés dans un noir et blanc contrasté. Le geste poétique revêt une dimension politique évidente&nbsp;: il s’agit de renouveler le regard habituellement porté sur ces immigrés clandestins, en s’écartant du discours véhiculé par les médias dominants et des représentations stigmatisantes qui en découlent. En déplaçant les lignes de partage traditionnelles qui assignent à&nbsp;certains sujets une forme prédéterminée, Sylvain George s’inscrit dans une démarche qui évoque par exemple le travail que Pedro Costa a&nbsp;consacré depuis&nbsp;<em>Ossos&nbsp;</em>au quartier de Fontainhas dans la banlieue de Lisbonne. Chez les deux cinéastes, les individus filmés sont moins des opprimés que des laissés-pour-compte. Ils ne sont pas broyés par un système de domination que le film s’emploierait à&nbsp;démonter ou à&nbsp;analyser&nbsp;; ils en sont tout simplement exclus – relégués hors des circuits économiques, en marge de la société tout entière.</p>
<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">Mais à&nbsp;la différence des films du cinéaste portugais, les délaissés n’occupent pas ici leur propre territoire délimité&nbsp;: la marge cohabite avec le centre, si bien que Paris semble abriter en son cœur deux mondes absolument étanches l’un à&nbsp;l’autre. Une séquence figure ce cloisonnement, au moment où trois jeunes migrants croisent au bord de la Seine un homme à&nbsp;genoux en train de demander sa compagne en mariage. La collision entre le Paris romantique idéalisé et les jeunes migrants s’accompagne d’une fracture dans la réception de la scène par les spectateurs qui se sont attroupés. Aux applaudissements et à&nbsp;la connivence des passants parisiens répond une réplique, à&nbsp;la fois sarcastique et désabusée, d’un jeune qui se demande comment le futur marié réagirait s’il lui volait son portable à&nbsp;ce moment-là. Cette rencontre contrariée, où deux mondes se font face sans entrer en contact, est un cas unique dans le film&nbsp;: les exilés évoluent tout du long de façon autonome, à&nbsp;l’écart de la population parisienne indifférente ou des acteurs sociaux et étatiques (à l’exception notable de la police, qui les déloge ou les convoque parfois pour possession de drogue). Ici réside l’originalité du film, notamment en comparaison avec la production dominante du cinéma français, qui aborde le plus souvent les sans-papiers à&nbsp;partir de la question de leur intégration, au risque de verser dans la fiction réconciliatrice arrimée à&nbsp;un point de vue bourgeois. Sylvain George, au contraire, ne cherche pas à&nbsp;résorber la scission par un discours, mais décentre son regard et s’ouvre aux quotidiens de ceux qu’il filme, ainsi qu’à leur manière alternative d’habiter la ville.</p>
<h2 style="caret-color: #000000; color: #000000;">Juste présence</h2>
<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">Que ce soit aux alentours de la tour Eiffel, dans une péniche ou sur les grilles d’aération du métro où ils déposent des matelas, les personnes accompagnées trouvent surtout refuge dans les interstices de la ville, en attendant parfois la nuit tombée pour accéder librement aux parcs et squares de la capitale. Paris ne se réduit pas à&nbsp;la toile de fond d’une action dramatique, mais se recompose dans une temporalité effilochée à&nbsp;mesure que s’inventent des circuits souterrains&nbsp;: les séquences se terminent de manière systématique par un lent fondu au noir, de sorte qu’aucun lien de causalité ne les relie véritablement entre elles. Les actions sont ancrées dans leur immanence, sans projection vers l’avenir&nbsp;; elles s’offrent simplement dans la matérialité du temps présent. Cette logique se déploie particulièrement au gré de plans de coupe sur l’environnement des protagonistes&nbsp;: ici, les bouts déchirés d’une convocation par la police glissent entre les grilles du métro, là, un bouquet de fleurs se noie dans l’eau s’écoulant le long d’un trottoir. Dans l’une des plus belles séquences du film, l’un des mineurs s’enfonce de nuit dans l’obscurité d’un bois à&nbsp;la recherche d’un endroit où dormir. Tandis que le jeune garçon observe son environnement, attentif aux remous d’une rivière ou au ciel étoilé, la caméra cherche à&nbsp;partager cet éveil perceptif&nbsp;: aux traits à&nbsp;peine discernables de son visage répondent quelques plans focalisés sur les reflets de la lune s’estompant dans les nuages ou éclairant faiblement les bulles qui s’agglutinent à&nbsp;la surface de l’eau. Une situation de grande précarité ouvre ainsi sur un suspens contemplatif. La scène pourrait s’exposer au reproche, dont le cinéma de Costa fait d’ailleurs souvent les frais, «&nbsp;d’esthétiser&nbsp;» la misère, mais ce serait oublier que c’est le jeune migrant lui-même qui est ici le sujet de l’expérience esthétique. En prolongeant son attention par la mise en scène, George rompt avec une certaine représentation standardisée qui réduit les plus démunis au statut de victimes&nbsp;: ce jeune homme est reconnu comme un être pleinement sensible.</p>
<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">En appréhendant de la sorte les gestes concrets de ceux subissant au quotidien les conséquences des politiques migratoires européennes,&nbsp;<em>Nuit obscure</em> se prémunit contre une forme d’instrumentalisation qui ferait de ces vies le simple matériau d’un discours édifiant. L’esthétique se trouve alors profondément liée à une exigence éthique, car les individus filmés et le filmeur se trouvent sur un pied d’égalité, sans qu’aucun surplomb ne vienne donner un sens déterminé à l’observation. Après avoir assisté à une reprise de Stromae sur la place du Trocadéro, l’un des jeunes se retrouve ensuite seul dans un square, à chantonner les paroles de la chanson « Papaoutai ». Le spectateur ne peut alors s’empêcher de réfléchir à ce point aveugle de leurs histoires : où se trouve la famille de ces adolescents ? À entendre ces fredonnements, on est tenté d’y déceler une expression intime, qui viendrait compléter un récit personnel lacunaire. Pourtant, cette interprétation reste fragile : il ne s’agit pas de ses propres mots, et rien ne nous dit qu’il les répète pour autre chose que leur musicalité. Les paroles conservent leur caractère interrogatif, épaississant encore davantage le mystère qui entoure ces figures nocturnes. Cette interprétation peut <em>in fine</em>&nbsp;s’appliquer à&nbsp;l’ensemble des portraits qui jalonnent le film en ralentissant le rythme des séquences&nbsp;: si l’on partage leur rapport extérieur au monde sensible, rien dans le montage ou le découpage ne prétend accéder à&nbsp;l’intériorité psychologique de ces figures muettes et pensives, plongées mentalement dans un espace qui n’appartient qu’à elles. C’est peut-être à cet endroit que s’affirme le fondement éthique du film&nbsp;: accorder à&nbsp;autrui une véritable considération, c’est reconnaître ce qui, en lui, nous échappe irréductiblement.</p>
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		<title>Le Cinquième plan de La Jetée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cinquieme-plan-de-la-jetee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jean-Henri en est convaincu : il est l’enfant aux côtés de ses parents sur cette photographie prise en 1962 sur la jetée d’Orly. Or cette image ne provient pas d’un album de famille, mais du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cinquieme-plan-de-la-jetee/" title="Read  Le Cinquième plan de La Jetée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Jean-Henri en est convaincu : il est l’enfant aux côtés de ses parents sur cette photographie prise en 1962 sur la jetée d’Orly. Or cette image ne provient pas d’un album de famille, mais du cinquième plan du célèbre photo-roman de Chris Marker. La réplique qui ouvre <em>La Jetée</em>, « <em>Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance </em>», prend ici un sens littéral, contaminant la réalité de Jean-Henri et de son entourage. Quoi de plus markerien que d’appartenir à la mémoire d’un film ? Cette situation troublante devient pour Dominique Cabrera, cousine de Jean-Henri, le point de départ d’une enquête documentaire où, à la manière d’un <em>reenactment</em>, la cinéaste procède d’abord à la (re)mise en scène de cette photographie. Se projetant à la place de Marker, elle interroge ainsi le contexte de fabrication de l’image, mais aussi de sa propre histoire. Une place importante est de fait accordée à la parole des différents membres de la famille, chacun cherchant à savoir si l’enfant aurait pu être photographié par Marker. L’investigation glisse par moments vers la machination, notamment lorsque l’on découvre que l’acteur de <em>La Jetée</em>, Davos Hanich, est né en Algérie, au même endroit que les Cabrera et aurait pu fréquenter la mère de Jean-Henri. À partir de cette coïncidence, le film se met à chercher et à étudier les ressemblances entre Davos et Jean-Henri, laissant planer la possibilité d’un lien de filiation entre eux. Si les témoignages donnent parfois lieu à des redites, on perçoit cependant chez la cinéaste une nécessité de filmer et d’enregistrer la mémoire de ses proches – laquelle constitue dès lors la véritable matière de son film.</p>
<p>L’enquête se poursuit également avec l’évocation des méthodes de travail de Marker. Ce dernier accordait une place importante au hasard, quitte à le provoquer et à le penser en dehors d’une forme de linéarité temporelle. Il s’agit alors pour la cinéaste d’inventer sa propre histoire, ou du moins de la chercher symboliquement dans les coïncidences qui la lient à <em>La Jetée </em>et au<em>&nbsp;Joli Mai</em>, tous deux tournés en même temps que la révolution algérienne. La photographie de Jean-Henri n’était finalement bien qu’un point de départ sur la carte d’une histoire amnésique, celle d’Algériens contraints de quitter leur pays. Cabrera tente de suturer son histoire avec l’univers de Marker et construit ainsi une narration où chaque intuition mène vers une autre : le film progresse par glissements successifs, du témoignage d’un proche ou d’un collaborateur de Marker vers l’histoire intime de la famille Cabrera. La cinéaste accorde la même valeur à ces différents événements, créant sa propre mythologie depuis la salle de montage où les divers entretiens et extraits de films sont assemblés pour devenir de nouveaux souvenirs. Par là, elle s’inscrit nettement, au-delà de l’investigation intime qu’elle mène, dans les pas de l’auteur de <em>Sans Soleil,</em> pour qui la mémoire se façonne tel un film.</p>
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		<title>L’Inconnu de la Grande Arche</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linconnu-de-la-grande-arche-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Megalopolis, The Brutalist, et maintenant L’Inconnu de la Grande Arche, sa déclinaison française&#160;: en l’espace d’un an, trois films se seront inspirés, de près ou de loin, du Rebelle de King Vidor – Demoustier étant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linconnu-de-la-grande-arche-2/" title="Read  L’Inconnu de la Grande Arche">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/megalopolis-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Megalopolis</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-brutalist/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Brutalist</em></a>, et maintenant <em>L’Inconnu de la Grande Arche</em>, sa déclinaison française&nbsp;: en l’espace d’un an, trois films se seront inspirés, de près ou de loin, du <em>Rebelle</em> de King Vidor – Demoustier étant probablement celui qui s’inscrit le plus dans les pas de son modèle. Comment lire ce retour en force de la figure de l’architecte dressé contre la frilosité des pouvoirs publics et la corruption des milieux financiers ? Peut-être comme le symptôme d’un état contemporain de la production cinématographique, les scénarios des films sus-cités ayant pour seule similarité d’épouser le point de vue intransigeant et rigoriste d’un créateur face aux puissances qui entravent la singularité de sa vision. <em>L’Inconnu de la Grande Arche </em>en fait son programme narratif&nbsp;: le méconnu Johann Otto von Spreckelsen, que campe un Claes Bang empruntant à&nbsp;Gary Cooper sa rectitude physique – le Danois est grand, implacable et rétif à&nbsp;toute forme de séduction – est mandaté pour concevoir et superviser le «&nbsp;cube&nbsp;» de la Défense. Le scénario en fait un personnage presque anachronique d’artiste de la Renaissance (le plus gros point d’achoppement est le choix du marbre, qui est originellement le même que celui de la <em>Pièta </em>de Miche-Ange), dont le mécène serait Mitterrand, assimilé ici à&nbsp;un monarque – il se pose en garant de la perspective des Champs-Élysées, car il s’agit après tout de la continuation de «&nbsp;<em>l’axe royal</em>&nbsp;».</p>
<p>Or nous sommes dans les années 1980, et il n’y a&nbsp;plus de place pour cette vision romantique de l’art à&nbsp;l’ère de la rigueur budgétaire et du désengagement croissant de l’État dans les grands travaux. C’est tout le sujet du film, et aussi son nœud, car si Demoustier prend le parti de Spreckelsen, il envisage son film en vérité comme Paul Andreu, l’architecte français qui seconde le Danois et se voit attribuer la fonction de «&nbsp;<em>maître d’œuvre</em> ». <em>L’Inconnu de la Grande Arche</em> n’est pas un objet flamboyant, mais un édifice fonctionnel et bien bâti, qui retient avant tout de la notion de « monument » l’idée d’un ouvrage dédié à la mémoire d’une personne, ici l’architecte inconnu d’une arche sans triomphe. Pour dire les choses autrement, c’est un film sur l’originalité par un réalisateur qui en est dénué ; un film sur un artiste réalisé par un artisan un peu besogneux, pas sans savoir-faire, mais à qui il manque tout ce qu’il célèbre – une vision formelle.</p>
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		<title>Deux procureurs</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-procureurs-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si l’on pouvait jusqu’ici distinguer schématiquement le passionnant travail documentaire de Sergeï Loznitsa de ses fictions sentencieuses, Deux procureurs, sans changer complètement la donne, constitue au moins un virage formel par rapport à ces dernières...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-procureurs-2/" title="Read  Deux procureurs">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si l’on pouvait jusqu’ici distinguer schématiquement le passionnant travail documentaire de Sergeï Loznitsa de ses fictions sentencieuses, <em>Deux procureurs</em>, sans changer complètement la donne, constitue au moins un virage formel par rapport à ces dernières (recours au 4:3 plutôt qu’au Scope, plans géométriques, absence de caméra portée). Il s’agit d’une fiction rigoureuse, adoptant le format d’image et le montage mathématique de ses documentaires récents, qui continue toutefois de confirmer la tendance du cinéaste ukrainien au stabylotage discursif. Situé à la fin des années 1930, au moment où le NKVD, l’ancêtre du KGB, multiplie les condamnations à mort, les actes de tortures et les peines d’emprisonnement arbitraires, <em>Deux procureurs</em> suit les déboires d’Alexander Kornev (Alexandre Kouznetsov, star exilée du cinéma russe), un jeune juriste fraîchement nommé dans la région de Briansk, près de la frontière biélorusse. Alerté par la missive d’un détenu (la seule plainte écrite qui a pu sortir des murs de l’édifice), il est chargé d’inspecter le pénitencier et découvre, non sans difficultés, les sévices perpétrés par le NKVD local. Assez littérale, voire franchement rentre-dedans, la mise en scène ne fait aucun mystère : Kornev est destiné à finir lui aussi derrière les barreaux, victime d’un système dictatorial si étendu qu’il transforme le réel et l’ensemble de ses strates en une immense geôle collective.</p>
<p>Loznitsa figure l’extension du domaine de la prison à l’ensemble des interactions humaines : aucune échappée n’est envisageable dans ce film mécanique, que ce soit pour le personnage ou pour la mise en scène. Le régime carcéral domine les plans (surcadrages, lignes qui isolent les figures les unes des autres, absence d’horizon), et toute forme embryonnaire de résistance apparaît comme une hypothèse naïve (à plusieurs reprises, le jeune homme est renvoyé à sa virginité). À son meilleur, le film parvient à nous faire éprouver cet étau pernicieux du régime stalinien, notamment par la façon dont les corps se déplacent dans l’espace. Au sein de la prison, univers anxiogène où la moindre fenêtre devient une cellule supplémentaire, de nombreux plans détaillent les mouvements d’un individu se heurtant à une série de seuils difficilement franchissables, quitte à ce que Loznitsa répète cinq, six ou sept fois la même opération. Bordé par des murs et des barreaux obstruant une partie du cadre, Kornev suit un garde qui ouvre une porte, fait face à une seconde, et ainsi de suite durant de longues minutes. Dans la seconde moitié du récit, teintée d’éclats burlesques, c’est l’inverse : se rendant à Moscou pour alerter le Procureur Général, le jeune homme explore un bâtiment d’État où tout le monde entre et sort avec une facilité déconcertante, malgré l’absence d’indications apparentes. Désorienté, Kornev ne sait plus où avancer dans ce dédale kafkaïen, traversé par des silhouettes robotiques qui, dans une séquence assez surprenante, se figent en même temps lorsque le jeune procureur aide une secrétaire à ramasser des papiers dans les escaliers.</p>
<p>Montrer des corps éprouvant la spatialité d’une dictature totalitaire à travers différentes modalités (en mouvement ou immobiles, éveillés ou endormis) : c’est le projet stimulant du film, qu’il accomplit sans chercher à le transcender. On peut regretter ce dernier point, d’autant que Loznitsa lorgne pour la première fois du côté de cinéastes souvent plus prompts à faire trembler les murs de la prison. Dans sa manière de cadrer en plan moyen des figures-automates prises au piège d’un système qui les dépasse, <em>Deux procureurs</em> évoque le cinéma de Jacques Tati, que Loznitsa admire et dont il cite quelques gags (une porte qui couine à répétition), voire celui de Wes Anderson, cousinage<em> a priori </em>plus surprenant mais perceptible dès le début du film, où un échafaudage à l’arrière-plan épouse idéalement les contours de l’image. On peut aussi simplement se dire que le cinéma de Loznitsa, qui explore en quelque sorte la face sombre de la mécanisation burlesque du monde moderne (le contrôle des corps dans l’espace), reste fidèle à lui-même, désespéré par la répétition tragique de l’Histoire dans les pays de l’ex-URSS. À la fin du film, celui-ci pourrait redémarrer : un nouveau procureur, plein de bonnes intentions, remplacerait alors le précédent, et cela ne ferait aucune différence.</p>
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		<item>
		<title>Rebonds — Vénus noire et le regard chez Kechiche</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-venus-noire-et-le-regard-chez-kechiche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rebonds]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vénus noire n’est pas le film le plus aimé d’Abdellatif Kechiche. On pourrait même dire que c’est le moins bien compris. Et s’il renfermait pourtant une clef pour saisir ce qui se joue dans les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-venus-noire-et-le-regard-chez-kechiche/" title="Read  Rebonds — Vénus noire et le regard chez Kechiche">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Vénus noire</em> n’est pas le film le plus aimé d’Abdellatif Kechiche. On pourrait même dire que c’est le moins bien compris. Et s’il renfermait pourtant une clef pour saisir ce qui se joue dans les rapports de force et les regards vampiriques que recèlent les autres titres de sa filmographie ? Et si l’on pouvait penser tout Kechiche à partir de <em>Vénus noire</em> ? C’est la question que l’on se pose pour ce premier épisode de <em>Rebonds</em>, la nouvelle émission vidéo de Critikat.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://youtube.com/embed/h3z0XhUgMCA" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Avec</strong> : Pierre-Jean Delvolvé et Josué Morel.</p>
<p><strong>Image et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Étranger</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/letranger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Étranger version Ozon commence et s’achève par ce que l’on croit d’abord être une substitution. «&#160;J’ai tué un Arabe&#160;» est la première phrase prononcée par Meursault, en lieu et place du «&#160;Aujourd’hui, maman est morte...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/letranger/" title="Read  L’Étranger">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Étranger </em>version Ozon commence et s’achève par ce que l’on croit d’abord être une substitution. «&nbsp;<em>J’ai tué un Arabe</em>&nbsp;» est la première phrase prononcée par Meursault, en lieu et place du «&nbsp;<em>Aujourd’hui, maman est morte </em>» de Camus. Au terme du film, Ozon répète l’idée&nbsp;: le récit ne se conclut pas sur le personnage, mais sur la tombe de sa victime, avant que ne résonne «&nbsp;Killing an Arab&nbsp;» de The Cure pour accompagner le générique de fin. Or la chanson de Robert Smith opérait déjà elle-même un décalage par rapport à l’œuvre à laquelle elle se référait, trouvant son titre et son acmé dans l’obscénité du geste du narrateur, et non dans le vers qui précédait, «&nbsp;<em>I’m the stranger</em>&nbsp;»&nbsp;; phrase qui aurait pu constituer pour le morceau un titre plus attendu en guise d’hommage au roman. Cela commence à ressembler à un point de vue&nbsp;: Ozon adapterait-il <em>L’Étranger</em> en mettant au jour ses insuffisances et ses angles morts, sur le modèle de <em>Meursault, contre-enquête</em> de Kamel Daoud ? Pas si vite. On peut certes dans un premier temps le supposer, au regard des signes qu’Ozon distille dans ses plans. Ici, un panneau « interdit aux indigènes » présent dans le cinéma où Meursault et Marie ont leur premier rendez-vous, pointe le poids de la ségrégation ; là, l’anti-héros regarde en contrebas un passant algérien chassé de la terrasse d’un café. Le réalisateur va même plus loin, puisque le titre du film s’affiche d’abord en arabe (encore une substitution apparente). Mais son adaptation, assez respectueuse de la matière du roman, ne propose pas pour autant une véritable « relecture » de la trame ; son point de vue est en réalité plus fuyant.</p>
<p>Il faut rappeler qu’il y a une gageure à adapter <em>L’Étranger</em>, puisque le roman est branché sur un flux de pensées parfois aussi cryptiques que dépassionnées. L’hiératisme qu’adopte Benjamin Voisin est une première réponse à l’impératif de transposition : l’acteur exprime le moins de choses possible, laissant transparaître un détachement, voire un creux. De fait, le portrait ne passe pas par l’expression d’une intériorité, mais plutôt par ce qui lui manque. À plusieurs reprises, Meursault semble<em> imiter </em>les comportements et rituels sociaux (par exemple, se lever à un enterrement en guise de respect), comme si le personnage ne ressentait rien et qu’il lui fallait un point de comparaison pour agir comme il le devrait. Un passage tiré du livre, qui prend néanmoins ici une autre couleur, paraît corroborer cette interprétation. Dans le cadre de sa plaidoirie, l’avocat de Meursault se met à la place de son client et emploie la première personne, ce qui surprend l’inculpé. Là où chez Camus ce dernier se disait « <em>que c’était m’écarter encore de l’affaire, me réduire à zéro et, en un certain sens, se substituer à moi</em> », la raison dans le film est tout autre : Meursault s’étonne de cette stratégie rhétorique visant l’empathie, car l’empathie est un sentiment qui lui est étranger. En somme, le Meursault d’Ozon serait une forme de sociopathe. Et si l’on s’en aperçoit plus nettement à l’écran que dans le roman, c’est parce que Meursault est perçu d’un point de vue extérieur (le nôtre, celui de la caméra, celui des autres personnages semblant parfois s’étonner de son attitude), quand chez Camus, toute l’action reste dans la tête du tueur. Ainsi, dans le roman, l’anecdote du fait-divers sur l’homme tchèque assassiné par sa famille est simplement racontée telle quelle lorsque le prisonnier trouve l’article sous la paillasse de sa cellule. Dans le film, le scénario invente en revanche une visite de Marie (Rebecca Marder) à Meursault, où ce dernier relate l’histoire avec une froideur monstrueuse. Là où l’incise était originellement prise dans un continuum de considérations subjectives, elle est désormais détachée du reste et filmée depuis le point de vue interloqué de la femme, qui sent bien que quelque chose cloche chez celui qu’elle aime.</p>
<h2>Cohabitation</h2>
<p>Si l’adaptation produit de la sorte son lot de surlignages, elle accouche toutefois d’une thèse intéressante, plus sociologique que métaphysique – et en cela, s’écartant de l’interprétation première que l’on peut tirer du texte de Camus : puisque Meursault mime et agglomère ce qui l’entoure, son geste meurtrier serait la cristallisation du racisme ambiant et banalisé de la société des colons d’Alger. Sauf que ça coince à plusieurs endroits, notamment lors du meurtre, dont Ozon veut préserver la part énigmatique – tout l’intérêt du roman tient à ce que le personnage tue sans savoir exactement pourquoi. Le film joue alors la carte de la saturation de sens, du trop-plein qui bute sur l’opacité irréductible de Meursault. Comme dans le dernier plan que le film lui consacre, le visage de l’assassin est irradié par la lumière aveuglante du soleil, et l’on devine que c’est ce paradoxe qui intéresse surtout le réalisateur, cette ombre qu’on ne peut dissiper alors même que l’astre inonde tout de ses rayons. D’ailleurs, Ozon redouble l’idée : après le crime, on entend pour la première fois la voix off, qui réplique à la virgule près la fin de la première partie du livre. Ce qui revient à accéder enfin à l’intériorité de Meursault, au moment précis où cette intériorité se dérobe à nous. Mais le geste d’Ozon ne consiste pas à creuser la complexité, à approcher « le cas Meursault » dans toute sa subtilité ; jusqu’au bout, le personnage restera une surface, un corps nu sans profondeur, sur lequel est d’ailleurs projeté un certain érotisme (les scènes d’intimité avec Marie témoignent d’une sensualité morbide).</p>
<p>Ce qui retient aussi Ozon d’aller au bout de cette réinterprétation prometteuse, au-delà de la volonté de conserver l’intégrité du mystère originel, c’est <em>in fine </em>le respect envers Camus, voire le soin de bon élève avec lequel il restitue les temps forts du récit – l’application académique du noir et blanc et l’épure affichée de la mise en scène s’inscrivent dans la même tendance. Je pense notamment à la scène de l’aumônier (campé par Swann Arlaud), où j’ai senti une forme de dissonance très forte entre le Meursault de Camus et celui d’Ozon, comme si Voisin jouait ici un autre personnage, celui du roman, qui n’est pas celui du film ; cette colère en l’occurrence ne colle pas. Chez Camus, les pensées et les propos du condamné se confondent, quand chez Ozon, son explosion n’est en rien préparée par ce qui nous a été jusque-là montré – un individu sans désir propre, ou presque. À force de ménager la chèvre et le chou, de juxtaposer les pistes interprétatives, l’adaptation prend le risque de confondre complexité et confusion. À ce titre, la fin est éloquente : Ozon filme d’abord celle du livre, revenant à la voix off et au point de vue intérieur du personnage, puis lui adosse son contrepoint, la tombe du vrai « étranger » (du moins du point de vue de Meursault et plus largement des colons). Mais n’y a‑t-il pas ici au fond davantage « cohabitation » que « substitution » des deux conclusions ? Le réalisateur se veut à la fois métaphysique et sociologique, camusien et critique de ses lacunes, fidèle et parfois libre, sans jamais trancher. C’est l’intérêt et la limite du film que de s’en tenir à l’éclat d’un soleil trompeur qui, loin de faire la lumière (révéler le hors-champ du livre), porte dans son irradiation une ambivalence plus calculée que troublante.</p>
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		<title>Smashing Machine</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smashing-machine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Étonnante trajectoire que celle des frères Safdie, passés en dix ans des marges du cinéma indé aux honneurs des Oscars, et qui ont désormais décidé, pour acter leur séparation (même si Josh signait déjà seul,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smashing-machine/" title="Read  Smashing Machine">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Étonnante trajectoire que celle des frères Safdie, passés en dix ans des marges du cinéma indé aux honneurs des Oscars, et qui ont désormais décidé, pour acter leur séparation (même si Josh signait déjà seul, en 2009, <em>The Pleasure of Being Robbed</em>), de réaliser chacun de leur côté le portrait d’un sportif. Premier à entrer sur le ring&nbsp;: Benny Safdie, le plus jeune, avec un biopic de Mark Kerr, ancien champion de lutte et pionnier dans le champ des arts martiaux mixtes. Le film commence au firmament de la gloire du golgoth, juste à l’orée de son déclin. On ne le sait toutefois pas encore&nbsp;: le scénario s’articule autour d’un «&nbsp;<em>fall and rise</em>&nbsp;» trompeur et ménage la possibilité qu’il ne s’agisse que d’un creux dans sa carrière avant l’avènement d’un <em>comeback</em> triomphant. En somme, Safdie entend prendre à revers la dynamique classique du film sportif, ou du moins triturer ce qui s’apparente à un programme narratif balisé. Le choix de reconstituer la vie de Kerr s’inscrit dans cette perspective&nbsp;: Dwayne Johnson prête sa silhouette musculeuse à un étrange personnage dont la stature imposante tranche avec le calme méthodique, les propos articulés et la politesse presque guindée. On retrouve la même alliance de contraires dans l’allure des lutteurs de MMA, que Safdie dépeint à la fois comme des parangons de virilité et des bambins aux corps démesurés&nbsp;; serti de sa ceinture dorée, le vainqueur du tournoi final semble même porter une gigantesque couche-culotte.</p>
<p>Mais si le film possède assurément un cadre narratif et un personnage, il lui manque l’essentiel : un metteur en scène et un regard singulier pour transcender cette histoire de retour impossible. Dans ses déclinaisons les plus académiques, le genre du biopic a souvent pour défaut de reposer avant tout sur une hypothèse : le passage de « l’histoire vraie » à la fiction implique de proposer une grille de lecture donnant sa légitimité à l’horizon de la reconstitution. Or celle de Safdie sur Kerr est la plus générique que l’on puisse imaginer. Le film s’attelle à montrer que l’inflexion des performances physiques de l’athlète est indexée sur les soubresauts de sa vie privée, entre une relation toxique avec sa fiancée et une addiction pour les analgésiques. On retrouve bien, comme dans les précédents films des Safdie, un goût des atmosphères vaporeuses et un vernis musical reconnaissable entre mille (belle bande-son mi-jazz, mi-électro de Nala Sinephro, qui apparaît d’ailleurs dans le film pour jouer une variation à la harpe de « The Star-Spangled Banner »), mais qui pèsent peu face aux automatismes formels dont fourmille la mise en scène.</p>
<p>Un exemple parmi d’autres&nbsp;: dans une séquence, on voit Kerr se remettre en forme en vue d’un tournoi japonais. Un plan sur lui en train de monter des escaliers&nbsp;; un plan sur une corde à sauter&nbsp;; un plan sur le combattant épuisé sur le sol de sa salle de sport… C’est la caricature par excellence du montage par épisodes, une réactualisation de celui de <em>Rocky</em>, mais en plus haché (dans le film de 1976, on voyait au moins un peu la ville de Philadelphie et le corps de Stallone) et réduit à sa dimension la plus fonctionnelle. Il en va de même pour les scènes d’affrontements, qui passent d’ailleurs à côté de l’enjeu théoriquement le plus passionnant du film. Au début du récit, Kerr explique au détour d’un passage chez le docteur que la discipline dans laquelle il concourt fait s’opposer des registres de combats différents – boxe, lutte, karaté. Cette hybridité sera très peu creusée par la mise en scène de Safdie, qui cherche plutôt à tirer des affrontements une pure impression de brutalité et une proximité physique avec son personnage. L’aspiration à coller à une intériorité n’est pas nouvelle dans les films du tandem. On se souvient que dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/uncut-gems/" target="_blank" rel="noopener"><em>Uncut Gems</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/retour-sur-uncut-gems/" target="_blank" rel="noopener">la caméra transitait d’une mine africaine au cœur d’un joyau dont les miroitements évoquaient des visions cosmiques</a>, avant de naviguer dans le corps du magouilleur joué par Adam Sandler, sédaté pour mener à bien une coloscopie. L’ambition de cette traversée tranche avec la stratégie d’embranchement plus convenue de <em>Smashing Machine</em> qui, au cœur de la débâcle de Kerr, glisse des flashbacks des moments récents les plus significatifs vécus par le personnage pour «&nbsp;entrer en lui&nbsp;». On attendra pour la forme <em>Marty Supreme</em> avant de rendre un verdict définitif, mais le duel qui oppose les deux frangins tourne déjà en faveur de l’aîné.</p>
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		<title>Un poète</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-poete-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Oscar Restrepo est un poète raté. Divorcé, père d’une fille qui l’évite, professeur de philosophie sans emploi résidant encore chez sa mère et, par-dessus tout, alcoolique notoire, il a&#160;perdu le goût de vivre et encore...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-poete-2/" title="Read  Un poète">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Oscar Restrepo est un poète raté. Divorcé, père d’une fille qui l’évite, professeur de philosophie sans emploi résidant encore chez sa mère et, par-dessus tout, alcoolique notoire, il a&nbsp;perdu le goût de vivre et encore plus d’écrire. Son manque d’inspiration et de réussite incombe surtout à&nbsp;un tenace idéalisme artistique que la réalité a&nbsp;malheureusement battu en brèche au fil des années. C’est la première qualité d<em>’Un poète</em>&nbsp;: son personnage principal <em>–</em> auquel Ubeimar Ríos (un acteur non professionnel) prête à&nbsp;merveille sa carcasse fatiguée, sa démarche de pantin et son air de chien battu dépressif. Ni séduisant, ni vraiment intelligent (certains de ses choix s’avèreront stupides), Oscar n’a pas son pareil pour se prendre les pieds dans le tapis, y&nbsp;compris lorsqu’il est animé des meilleures intentions. Par exemple, celle d’abord de parrainer Yurlady, une lycéenne particulièrement douée et issue d’un milieu modeste&nbsp;; ensuite, de la mettre sur le devant de la scène lors d’un concours et d’un programme télévisé volontiers vulgaire. L’adolescente n’en demandait pas autant, et on comprend que l’impérieuse énergie dont fait subitement preuve Oscar tient aussi d’une nécessité toute personnelle&nbsp;: enfin réussir sa vie (et ce faisant, retrouver l’estime de sa fille). La force nerveuse de l’un et l’innocence de l’autre buteront toutefois sur la cruauté des faits et le retour des vieux réflexes avinés. Sans le juger ni l’épargner, Simón Mesa Soto lui offre la générosité de son regard. Il dresse un portrait attachant de son personnage de mauvais bougre fatigué, pris certes dans les rets d’un scénario trop bien ficelé, mais qui lui octroie de vraies échappées comiques.</p>
<p>La seconde qualité du film réside ainsi dans le choix du cinéaste colombien de dédramatiser avec humour les rapports de force (artistes/bourgeois blancs vs peuple racisé) et la violence capitaliste (l’ensemble des problèmes sont ramenés, tôt ou tard, à&nbsp;des questions d’argent, tout s’achetant potentiellement, y&nbsp;compris le silence). Ce serait un peu le secret de la réussite du film&nbsp;: la comédie acerbe et le comique de situation sont préférés à&nbsp;la diatribe. Mesa Soto va même jusqu’à s’autoriser une réjouissante trivialité frontale, à&nbsp;l’image de la scène mémorable dans les WC, faisant fi de toute pudeur, où Oscar, bourré, compare sa façon d’uriner par à‑coups avec celle de son voisin. On rit devant <em>Un poète</em>, alors que rien pourtant ne devrait nous y&nbsp;inciter. Et quand un rayon de soleil vient enfin inonder le visage d’Oscar, on se prend même à&nbsp;être ému.</p>
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		<title>Ce que cette nature te dit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour la première fois, un long-métrage de Hong Sang-soo ne sortira pas en France. By the Stream, montré en 2024 à Locarno, n’a pas trouvé de distributeur, victime du rythme effréné de tournage du cinéaste...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/" title="Read  Ce que cette nature te dit">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la première fois, un long-métrage de Hong Sang-soo ne sortira pas en France. <em>By the Stream</em>, montré en 2024 à Locarno, n’a pas trouvé de distributeur, victime du rythme effréné de tournage du cinéaste et des modestes entrées que font ses films au box-office hexagonal (bien qu’elles soient constantes, ce qui montre qu’il existe un petit public dévoué). Il s’agit pourtant d’un beau film, assez acerbe et malaisant, dans lequel brille une fois de plus Kim Min-hee en professeure rêveuse n’exprimant jamais ce qu’elle pense réellement. <em>Ce que cette nature te dit</em>, présenté cette année à Berlin, s’inscrit dans la lignée de cette dernière période hongienne&nbsp;: il s’agit d’un récit en apparence très simple et linéaire, où une incommunicabilité finit par pointer sous l’excès de parole des personnages. L’intrigue se déroule à la campagne, dans la maison à flanc de montagne où habite la famille de Jun-hee (Kang So-yi), la compagne de Dong-wha (Ha Seong-guk), lequel vient rencontrer pour la première fois sa belle-famille.</p>
<p>Pour qui suit Hong assidûment, la découverte d’un nouveau film consiste en partie à analyser les variations à l’œuvre. Dong-wha n’est pas metteur en scène, mais poète (du moins a‑t-il publié une fois dans un petit magazine) comme l’ermite de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/de-nos-jours-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>De nos jours…</em></a>, et, fait plutôt rare dans cette filmographie d’âmes solitaires, il est en couple. Dès la première scène, les rapports des deux amoureux se teintent cependant d’une certaine étrangeté. Alors qu’il l’a accompagné en voiture depuis Séoul, Dong-wha n’ose pas demander à rencontrer les parents de Jun-hee, ni elle de le lui proposer. Les choses arriveront une par une, sans vraiment de préparation&nbsp;: venir saluer le père (Kwon Hae-hyo, fidèle au poste) devant la maison, entrer quelques minutes, aller fumer une cigarette dans le jardin, accepter de rester dîner… Le mécanisme est rouillé à l’image des rapports entre les personnages, et la situation ouvrira, comme souvent chez Hong Sang-soo, sur un énième plan-séquence à table où l’ivresse mène à une explosion soudaine, laissant apparaître une rancœur immense cachée derrière la timidité polie. Ce jeune homme, forcément minable (et perçu comme tel par les parents de sa copine), s’avère pourtant un héros hongien assez touchant par l’autoportrait détourné qu’il propose.</p>
<p>Avec sa voiture de 1996 (année de sortie du <em>Jour où le cochon est tombé dans le puits</em>, premier long de Hong), son désir d’indépendance et de recherche de simplicité, Dong-wha constitue un avatar particulièrement net du cinéaste. Comment ne pas entendre le réalisateur lorsque le jeune homme, lunettes sur le nez, confesse ne pas beaucoup les porter, préférant continuer à regarder la vie avec un peu de flou&nbsp;(rappelons l’existence d’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/berlinale-2023/in-water/" target="_blank" rel="noopener"><em>in water</em></a>, film de Hong entièrement tourné «&nbsp;out of focus ») ? Plus loin, un zoom sur son visage ne s’accompagnera d’aucune mise au point. Les épiphanies qui peuplent depuis dix ans presque chaque nouveau film de Hong, moments de contemplation où la musique lo-fi fait son apparition, sont toujours vécus ici par le personnage lui-même. C’est un benêt, certes, mais il cherche avant tout à accueillir le monde, à écouter <em>ce que la nature lui dit</em>, notamment par le truchement de la poésie. Le caractère dépouillé du texte qu’il déclame au dîner, ainsi que sa naïveté, laisse son auditoire bouche bée, mais Hong ne tranche pas. S’agit-il réellement d’un mauvais poète ? On ne le saura pas vraiment, ou plutôt, on a la place pour le décider nous-mêmes, et c’est sans doute dans cette ambiguïté que se niche la singularité de ce curieux nouveau chapitre.</p>
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		<item>
		<title>Une vie ordinaire</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-vie-ordinaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le précédent documentaire d’Alexander Kuznetsov, Manuel de Libération, relatait la vie de Iulia et Katia, deux jeunes femmes internées sans réel motif dans un hôpital psychiatrique quelque part en Sibérie. Une vie ordinaire en est...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-vie-ordinaire/" title="Read  Une vie ordinaire">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le précédent documentaire d’Alexander Kuznetsov, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/manuel-de-liberation/" target="_blank" rel="noopener"><em>Manuel de Libération</em></a>, relatait la vie de Iulia et Katia, deux jeunes femmes internées sans réel motif dans un hôpital psychiatrique quelque part en Sibérie. <em>Une vie ordinaire</em> en est la suite directe, puisqu’il montre leur sortie, obtenue de haute lutte, et leur découverte d’une « vie ordinaire » qu’elles n’ont jamais connue. Passées directement de l’orphelinat à l’asile, elles intègrent en effet pour la première fois la société russe avec des rêves de normalité, tels que la recherche d’une indépendance financière et l’envie de fonder une famille. Tout leur paraît forcément un peu étrange, à elles qui n’ont jamais connu que l’enfermement : le simple fait de pouvoir louer un appartement (aussi minuscule soit-il) représente un accomplissement inespéré, un « <em>lieu à soi</em> » dans le sens où l’entendait Virginia Woolf. De 2015 à 2022, Kuznetsov les filme ainsi en train d’apprivoiser la vie de tous les jours, d’abord en tant que femmes célibataires, puis mariées, et enfin comme mères de famille. En arrière-plan de ces trajectoires personnelles, la guerre du Donbass apparaît peu à peu, la propagande d’État s’immisçant dans leurs vies de bien des manières, sans qu’elles semblent y prêter véritablement attention. Sur les écrans, par exemple, les dessins animés vantent les mérites de l’armée et les défilés militaires rythment les goûters des enfants. Les jeunes mamans se prêtent par ailleurs aux festivités en famille pour célébrer la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie, conclues par des discours lénifiants sur la supposée continuité de cette lutte aujourd’hui en Ukraine.</p>
<p>Kuznetsov prend ainsi le pouls de son pays natal, alors qu’il en avait jusqu’ici plutôt arpenté les marges. Accompagner Iulia et Katia dans leur réintégration le place en effet dans une position inédite, d’où il semble observer une forme de banalité (qui n’en est, bien entendu, pas vraiment une). C’est dans ces conditions que le documentariste se retrouve dans un bureau de vote, où la règle du bulletin secret n’est visiblement pas de mise. La scène, incroyable pour un spectateur occidental, est pourtant montrée dans son caractère tristement ordinaire. Glissant directement le bulletin dans l’urne, chaque votant précise sur un ton enjoué quelle liste est cochée sur la feuille (et il n’est bien sûr pas nécessaire de spécifier laquelle). Les jeunes femmes adoptent tout naturellement l’opinion majoritaire, en remerciant par exemple Poutine de continuer à protéger le pays « contre les nazis », ou en exprimant l’espoir d’une carrière militaire pour leurs fils, ce qui a pour conséquence d’entraîner le film vers un paradoxe intéressant. Car si Kuznetsov ne change aucunement son regard sur ses protagonistes, accompagnant leur juste jouissance d’accéder aux droits les plus élémentaires, il filme aussi autre chose : de ce double portrait empathique se dégage également sa propre sidération, celle d’un Russe (dont l’opposition au régime et à la guerre ne fait jamais aucun doute) regardant son pays sombrer dans une folie furieuse. À l’instar de Navad Lapid dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Oui</em></a>, Kuznetsov raconte en entretien que la guerre est venue percuter son projet initial, consacré à Iulia et Katia. Le rapprochement entre les films s’arrête là, mais les deux cinéastes témoignent chacun à leur manière qu’il est décidément difficile de parler d’amour dans des pays où la normalité consiste à sourire face à l’inacceptable.</p>
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		<item>
		<title>47e Cinemed</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinemed/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=329535</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les cérémonies d’ouverture des festivals de cinéma sont rarement passionnantes. De celle de la 47ᵉ édition du Cinemed, on retiendra tout de même un geste : celui de Raymond Depardon, appelé à se lever de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinemed/" title="Read  47e Cinemed">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Les cérémonies d’ouverture des festivals de cinéma sont rarement passionnantes. De celle de la 47ᵉ édition du Cinemed, on retiendra tout de même un geste : celui de Raymond Depardon, appelé à se lever de son siège sous les applaudissements nourris du public, qui brandit son appareil photo en guise de salutation. Le festival programmait cette année une rétrospective intégrale des films du photographe-cinéaste, pour la plupart réalisés en tandem avec sa compagne Claudine Nougaret, productrice et ingénieure son. Le geste simple de Depardon émeut parce qu’il dit la porosité entre les deux pendants de son œuvre. Ses premiers films, constitués majoritairement de plans-séquences, révèlent son sens extraordinaire du cadrage et de la composition. Dans <em>Dix minutes de silence pour John Lennon</em>, présenté au sein d’un programme de courts métrages, le cinéaste filme le rassemblement spontané de milliers de New-Yorkais dans Central Park au lendemain de l’assassinat du chanteur. En une seule prise, Depardon saisit une succession de portraits <span class="skin-invert-image">–</span> il s’immobilise quelques secondes sur un visage, puis passe au suivant. L’aisance avec laquelle il pose ses cadres est surprenante ; les glissements d’une vignette à l’autre sont d’une fluidité parfaite, comme si chacune avait été soigneusement préparée. Le mouvement continu de la caméra trouve son acmé à la fin où, après s’être arrêté sur des jeunes perchés dans un arbre, il épouse la trajectoire lointaine, dans le ciel, d’un hélicoptère dont on entendait le son depuis le début, sans le voir. Le plan embrasse la douleur de l’instant, ressenti dans sa durée et sa pesanteur par l’intense silence de la foule, rendu pourtant assourdissant par ce bruit constant venu des airs.</p>
<p dir="ltr">Cette manière de filmer comme on prendrait une photo est au cœur de son premier long, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/1974-une-partie-de-campagne/" target="_blank" rel="noopener"><em>1974, une partie de campagne</em></a>, dans lequel Depardon suit la campagne victorieuse de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle. Le cinéaste accompagne le candidat à travers la France au gré de meetings, réunions ou plateaux d’émissions. Les plans séquences épousent plus que jamais la dynamique du photographe tournoyant autour du candidat, essayant différentes positions, captant les lumières ou des détails dans la profondeur du champ. Ils donnent à voir ce désir de tirer le meilleur cadre des situations, grâce à la légèreté de la caméra 16 mm. L’intérêt du dispositif tient dès lors à ce qu’il reflète moins le discours de la campagne (qui n’est jamais vraiment abordé) que sa part de spectacle, due au désir du candidat de faire image. Mais Depardon dépasse cette dimension performative pour cerner les zones d’ombres de son sujet, sans cesse renvoyé à une écrasante solitude et à la vacuité de ses interactions. Preuve s’il en fallait de l’ambiguïté qui en découle : Giscard d’Estaing, pourtant commanditaire du film, interdira sa sortie jusqu’en 2002.</p>
<p dir="ltr">L’enjeu de la distance apparaît aussi à travers le propre rapport de Depardon aux situations qu’il saisit, et ce de manière plus frappante encore dans <em>Faits divers</em>, où il suit les interventions de la brigade de police du 5ᵉ arrondissement de Paris. Le cinéaste n’interagit jamais avec les policiers qu’il talonne, et eux-mêmes semblent oublier la présence de la caméra. Cet effacement du filmeur au profit des filmés est devenu une donnée centrale de son cinéma, comme dans la trilogie des <em>Profils paysans</em>, tournée au tournant des années 2000 <span class="skin-invert-image">–</span> bien qu’il s’y mette en scène par le biais d’une voix off. « <em>Je cherchais à devenir un parfait abat-jour, un parfait portemanteau</em> » raconte-t-il avec humour lors de la masterclass donnée au début du festival. Dans ces trois films, on est surpris par la confiance gagnée auprès des paysans dans l’intimité desquels il s’invite et par la manière, là encore, dont la caméra semble s’effacer pour saisir leur quotidien. Les films de Raymond Depardon, tous restaurés, ressortiront en salles dans l’année à venir.</p>
<h2 dir="ltr">Permis de rêver</h2>
<p dir="ltr">Côté compétition, mentionnons la première fiction du cinéaste libanais Cyril Aris, <em>Un monde fragile et merveilleux</em>, qui ambitionne de figurer la persistance du sentiment amoureux au fil d’un récit courant sur une trentaine d’années. Son duo de personnages, Nino et Yasmina, semble traverser les accidents de la vie pour mieux se retrouver, avec en toile de fond les turbulences de la politique libanaise. Outre la singularité de son usage récurrent de la très longue focale, favorisant l’émergence de compositions irréelles qui matérialisent les rêveries des personnages, le film captive lors de quelques moments où le cinéaste fait s’entrechoquer plusieurs régimes d’images et de matériaux sonores. En confrontant le poids du contexte historique à la romance de Nino et Yasmina, ces scènes mêlent souvenirs, rêves, évocations visuelles et auditives dans un même élan de montage. Par le jeu des collisions qu’orchestre toujours un festival, on se prend même à trouver qu’il s’agit là d’un inattendu contrepoint au travail de Depardon.</p>
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		<title>A House of Dynamite</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Démineurs, le cinéma de Kathryn Bigelow s’est branché sur l’histoire récente des États-Unis (même Detroit, retraçant les émeutes de juillet 1967, commentait par la bande l’émergence du mouvement Black Lives Matter) pour livrer des...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" title="Read  A House of Dynamite">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/demineurs-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Démineurs</em></a>, le cinéma de Kathryn Bigelow s’est branché sur l’histoire récente des États-Unis (même <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/detroit/" target="_blank" rel="noopener"><em>Detroit</em></a>, retraçant les émeutes de juillet 1967, commentait par la bande l’émergence du mouvement Black Lives Matter) pour livrer des fictions empruntant à l’esthétique du reportage une nervosité et un sentiment d’urgence. Si <em>A House of Dynamite</em> semble dans un premier temps s’inscrire naturellement dans cette veine, il constitue pour autant à l’échelle de sa filmographie une petite rupture, ou du moins une rupture à moitié assumée (c’est la limite du film, j’y reviendrai). La cinéaste dépeint trois fois une même crise diplomatique et militaire d’importance majeure&nbsp;: un missile nucléaire de provenance indéterminée (on sait juste qu’il est parti du Pacifique, sans savoir si la Corée du Nord, la Chine ou le Kremlin sont derrière l’attaque) s’élance vers une grande ville des États-Unis, tandis que les différentes strates de la défense américaine tentent de cerner et de contrer la menace qui s’affirme inexorablement seconde après seconde. L’intrigue est fictive, mais elle s’appuie sur le contexte géopolitique d’aujourd’hui, entre la mention d’une Russie embourbée dans un conflit qui lui vaut des sanctions diplomatiques et la question de l’isolement de Pyongyang sur la scène internationale. Et de loin, on pourrait croire l’affaire simple&nbsp;: Bigelow réactualiserait le scénario de <em>Point Limite</em> de Sidney Lumet dans une époque où la Guerre froide a laissé place à une fragmentation des rapports de force géopolitiques et à plusieurs foyers d’embrasement – dessinant un monde semblable à une « maison de dynamite », pour reprendre le titre. Cette lecture, le film y invite et distille même des signes qui tendent à la corroborer : dans les plis du thriller qui se met en place, des raccords sur une statue de Lincoln, des portraits de présidents (Obama, Eisenhower), ou des visions du drapeau états-unien nourrissent l’idée que l’on assisterait à un « film sur l’Amérique », pour reprendre une antienne usée jusqu’à la corde. Dans cette perspective, ce que montrerait Bigelow, c’est l’extrême vulnérabilité non seulement des États-Unis, mis à genoux en moins d’une heure, mais aussi de l’équilibre des rapports de force internationaux, l’ordre global garanti par la dissuasion nucléaire apparaissant ici comme un leurre, voire comme un danger mortel au sein d’un monde dans lequel la raison n’est plus le pilier premier.</p>
<p>C’est tout&nbsp;? Oui, si l’on tient à une approche purement thématique, et il est à peu près certain que l’on reprochera ce manque de complexité à Bigelow, qui n’en est pas à sa première polémique sur le terrain de l’inconséquence politique – on se souvient des débats liés à la représentation de la torture dans <em>Zero Dark Thirty</em> ou du sadisme policier dans une séquence centrale de <em>Detroit</em>. Si l’on chausse ces lunettes, <em>A House of Dynamite</em> est assurément trop flou, trop le nez dans sa dynamique de thriller effréné, puisque le scénario ne cesse de repartir, après chaque longueur, au début de sa course en apnée. Heureusement, le film est bien plus intéressant que ce que laisse entrevoir cette première couche interprétative, qui ne prend pas en compte la spécificité la plus importante du récit : sa partition en trois segments répétant exactement la même dynamique narrative, de son point A (l’apparition d’un projectile) à son point B (l’imminence de l’impact et la réponse militaire qu’envisage le président des États-Unis). À Venise, où le film était projeté en compétition, il a beaucoup été dit que <em>A House of Dynamite</em> démarrait sur les chapeaux de roue et que sa première partie, focalisée sur le personnage de Rebecca Ferguson, qui supervise les événements dans une salle de crise, faisait de l’ombre aux suivantes. C’est bien mal comprendre le film que de vouloir faire de sa structure un élément annexe, voire un défaut&nbsp;de construction&nbsp;: tout le projet de Bigelow repose précisément sur elle. Ce principe de «&nbsp;rejeu&nbsp;», au-delà de son intérêt dramaturgique (par la manière dont il télescope des points de vue), relève d’une opération conjointe de condensation narrative et de fragmentation. Condensation, car «&nbsp;l’action&nbsp;» de ce film d’action n’est en vérité qu’une arabesque sur un tableau de contrôle&nbsp;: une courbe dont la progression est ponctuée de tentatives d’endiguer sa course (sous la forme de triangles jaunes et rouges), de discussions pour comprendre exactement ce qui est à l’œuvre ici, et d’hésitations sur la marche à suivre pour désamorcer l’explosion prévue. Fragmentation, car en répétant deux fois cette dynamique, Bigelow procède à une exploration tentaculaire des services américains, moins pour faire son <em>Rashōmon</em> que pour multiplier les niveaux de vitesse et les oscillations rythmiques. On pourrait croire que cette manière de « déplier » permet d’accoucher d’une vision plus claire. Il n’en est rien : à l’issue du film, on n’en saura pas davantage sur l’origine du tir, les conséquences de l’attaque, ni même sur les dysfonctionnements potentiels ou les opérations de sabotage qui auront conduit à la catastrophe. Cette indécision frappe d’autant plus au regard de la méticulosité avec laquelle Bigelow dépeint les rouages de Washington : assurément, elle est volontaire.</p>
<h2><span lang="fr">House of dynamique</span></h2>
<p>C’est là que <em>A House of Dynamite</em>, sous ses allures de super série B (et dans les faits, il en est bien une), devient assez passionnant. Pourquoi Bigelow s’intéresse-t-elle tant dans ses films à la chose militaire et administrative&nbsp;? Pourquoi ressent-elle le besoin de tapisser l’écran de données, d’acronymes, d’enchaîner les embardées vers des pôles annexes du récit (une base militaire dans le Pacifique, une organisation gouvernementale chamboulée par une annonce d’évacuation, etc.)&nbsp;? Parce que chez elle, l’hyper concret est la condition d’accès à un autre état qui est le véritable horizon de son cinéma frénétique&nbsp;: l’abstraction. La crise militaire est ici réduite à une stricte dynamique balistique, tandis que l’accumulation, voire la saturation d’informations, ne cesse d’éloigner le film des rivages de la parabole ancrée dans le présent. Tout est ramené à une forme de technicité illisible&nbsp;: grilles de conversations zoom où <em>in</em> et <em>off</em> se mélangent à mesure que la déflagration se précise (on entend vers la fin des bribes de conversations privées) ; classeur de stratégie militaire semblable à un « menu » composé de chiffres abscons et de couleurs ; accumulation de données statistiques, parfois pondues au doigt mouillé, etc. L’armée, c’est du protocole, de la bureaucratie, de la réglementation si poussée qu’elle en devient nébuleuse – ni le président, ni son secrétaire à la Défense n’y entendent quoi que ce soit. C’est aussi dans cette logique qu’il faut comprendre l’esthétique du film, qui repose sur un brassage continu de très courts plans finissant par tenir du vortex, comme si l’ensemble des personnages était aspiré par la dynamique cinétique du scénario. Ainsi des petits pas de côté en apparence convenus sur la vie privée des protagonistes, souvent réduits à un détail grossier – une photo, une figurine de dinosaure, une peluche qui tombe d’un casier dans un vestiaire militaire. Tous ces micro-éléments ne visent pas seulement à donner un semblant de consistance émotionnelle à la foule d’individus entraperçus, mais participent plutôt d’une mosaïque d’images prises dans la poussée mortifère du missile, dont la première véritable victime sera d’ailleurs un haut dignitaire aimanté par le vide, dans un plan de suicide d’une sécheresse remarquable (on ne voit qu’un corps tomber du cadre).</p>
<p>On commence à mieux saisir où veut en venir Bigelow : <em>A House of Dynamite</em> relève davantage de la boîte à rythmes que de l’exposé didactique sur les États-Unis et la cocotte-minute diplomatique qu’est devenu le monde contemporain. Si la cinéaste répète, ce n’est pas pour « creuser » un sujet, bien que la structure du scénario nous rapproche peu à peu du plus haut pôle décisionnel (le président des États-Unis, a.k.a. POTUS, présenté durant les trois quarts du film comme une voix fatiguée et un carré noir sur un écran), mais pour décliner les potentialités de tempo offertes par la simplicité élémentaire de sa situation. Et de fait, son film ausculte moins une situation en particulier qu’il n’envisage l’idée même de situation comme une unité métrique cinématographique ; le cadre choisi, bien qu’il véhicule une haute intensité dramatique (l’amorce de la Troisième Guerre mondiale), n’est qu’un carburant pour laisser libre cours à un art de la combinatoire où rien, ou presque, n’a d’incidence réelle – le supposé climax émotionnel où le Président partage ses angoisses avec son épouse est ainsi escamoté par les aléas du réseau téléphonique et n’ouvrira sur aucune révélation ou prise de décision. La « maison de dynamite » relève dès lors de l’édifice patiemment bâti sur une poudrière ou du cheval de Troie (cf. le dinosaure en plastique qui se retrouve dans la poche de Rebecca Ferguson) : il s’agit d’un faux film sur l’Amérique, et d’une vraie série B qui fait mine de parler du monde pour mieux travailler sa dynamique ondulatoire. Au fond, on n’est pas si loin de <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/point-break-generiques/" target="_blank" rel="noopener"><em>Point Break</em></a> ; ce qui intéresse Bigelow, ce sont les vagues. Reste que si on accepte cette façon de voir le film, on peut considérer qu’il a le tort d’être encore un peu trop gras sur le plan émotionnel, de distiller encore un peu trop de signaux et de symboles liés à l’histoire Américaine, ou encore de se cantonner à un exercice de style (l’expression, souvent galvaudée, est pour le coup appropriée). Toutes ces réserves sont justes, mais n’effacent pas le brio de ce petit film diablement rusé, qui paraît de loin approcher avec minimalisme un sujet maximal, quand en pratique, il tire le maximum d’un dispositif minimal, pour déployer et redéployer un même mouvement.</p>
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		<title>Parallax — Point Limite et A House of Dynamite</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-point-limite-et-a-house-of-dynamite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, les heures sombres de A House of Dynamite de Kathryn Bigelow (2025) rappellent celles de Point Limite de Sidney...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-point-limite-et-a-house-of-dynamite/" title="Read  Parallax — Point Limite et A House of Dynamite">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, les heures sombres de</em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener">A House of Dynamite</a> <em>de Kathryn Bigelow (2025) rappellent celles de</em> Point Limite<em> de Sidney Lumet (1964).</em></p>
<p>En insistant dès son introduction sur la prolifération des armes atomiques, le dernier film de Kathryn Bigelow paraît s’inscrire dans une lignée d’œuvres ayant cherché, notamment durant la Guerre froide, à alerter sur les risques de « l’équilibre de la terreur ». En haut de cette liste figure <em>Point Limite</em>, réalisé en 1964 par Sidney Lumet, dont l’intrigue n’est pas sans évoquer celle de <em>A House of Dynamite</em> : après la détection d’une menace nucléaire dirigée vers les États-Unis, les différentes autorités militaires tentent de s’accorder sur les stratégies de défense et de riposte à adopter.</p>
<p>Noués autour de situations similaires, les deux récits ne suivent pourtant pas exactement le même cap. Dans le film de 1964, le soupçon d’une attaque est vite dissipé, mais une erreur informatique déclenche malgré tout une frappe de représailles sur l’URSS. Lumet resserre alors le film sur les tentatives du président (Henry Fonda) d’empêcher une escalade en collaborant avec son homologue russe. <em>Point Limite</em> repose donc principalement sur un enjeu psychologique (peut-on se faire confiance après des années de méfiance ?) et un dilemme moral, puisque le président hésite à détruire lui-même une ville américaine en signe de bonne foi.</p>
<p><em>A House of Dynamite</em> minimise quant à lui le poids des décisions prises par le chef des armées et préfère répéter, selon différents points de vue, la même demi-heure précédant l’impact de la bombe. La détection initiale de l’ogive nucléaire, dont on ne connaîtra jamais l’origine, nourrit alors moins une parabole politique qu’elle ne sert de prétexte pour mettre en scène, sous la forme d’un kaléidoscope, une série de visioconférences chaotiques. Du président à une responsable de la <em>situation room</em>, d’un lieutenant de l’Air Force à une experte de la Corée du Nord, Bigelow radicalise la forme chorale de <em>Point Limite</em>, qui sautait lui aussi régulièrement d’une salle de contrôle à une autre. Ce dispositif panoptique se détourne en partie du suspense pour creuser un autre sillon, déjà au cœur de <em>Zero Dark Thirty</em> : dépeindre la circulation de l’information, en se plaçant à la frontière du monde physique et de sa doublure virtuelle.</p>
<p>Deux scènes en miroir permettent de saisir la distance parcourue entre les films. La première discussion téléphonique entre les présidents américain et russe constitue l’une des acmés de <em>Point Limite</em>, où le personnage d’Henry Fonda, flanqué d’un jeune traducteur, essaie de convaincre son adversaire de toujours que la situation résulte d’une erreur. Dans un plan-séquence fixe de près de cinq minutes, Lumet concentre alors l’action et la tension : le binôme américain doit interpréter minutieusement les tournures de phrases et les inflexions de voix d’un interlocuteur invisible. Dans <em>A House of Dynamite</em>, c’est Jake Baerington (Gabriel Basso), jeune conseiller à la sécurité nationale, qui discute avec le gouvernement russe pour enrayer un embrasement mondial. Ici, l’éclatement du montage permet à Bigelow de montrer les deux extrémités du coup de fil, elles-mêmes parasitées par des conversations parallèles. Si <em>Point Limite</em> s’attachait à filmer la résistance d’esprits humains aux contraintes imposées par la technologie, c’est la mise en réseau même qui intéresse Bigelow.</p>
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		<title>La Femme la plus riche du monde</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-la-plus-riche-du-monde-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Femme la plus riche du monde a beau avoir remplacé tous les noms des personnages, personne n’est dupe sur l’inspiration juridique de son intrigue : Marianne Farrère (Isabelle Huppert) est Liliane Bettencourt, Pierre-Alain Fantin...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-la-plus-riche-du-monde-3/" title="Read  La Femme la plus riche du monde">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Femme la plus riche du monde</em> a beau avoir remplacé tous les noms des personnages, personne n’est dupe sur l’inspiration juridique de son intrigue : Marianne Farrère (Isabelle Huppert) est Liliane Bettencourt, Pierre-Alain Fantin (Laurent Lafitte) est le fantasque photographe François-Marie Banier <i id="mwJA">–</i> condamné pour abus de faiblesse sur la milliardaire <i id="mwJA">–</i>, le magazine <em>Égoïste</em> devient « Selfish » et même l’Oréal a le droit à son ersatz (la marque s’appelle ici Windler). Ce ne sont toutefois pas les seuls éléments qu’ont changés Thierry Klifa et ses scénaristes : l’intrigue est déplacée dans les années 1990 (on évoque la présidence de Mitterrand, la sortie de <em>Titanic</em> et on aperçoit l’éclipse lunaire de 1999), avec un décalage d’environ dix ans vis-à-vis des faits. On peut poser deux hypothèses à ce sujet. Premièrement, que le film a cherché à décoller sa version de Bettencourt de la « mamie zinzin » gâteuse des <em>Guignols de l’info</em>, et par extension à distinguer plus nettement encore l’affaire Banier de l’affaire Woerth, alors même que la seconde naît de la première (avec les enregistrements réalisés par le majordome joué par Raphaël Personnaz). Deuxièmement, que ce rajeunissement du personnage permet à Huppert d’incarner une partition plus ambivalente et de substituer à la piste de l’emprise une relation plus équivoque.</p>
<p>Ces deux ajustements disent bien cependant le double travers du film qui, d’un côté, est d’une inconséquence politique presque revendiquée, la grande bourgeoisie et le monde du luxe faisant l’objet d’une fascination (Klifa revendique l’inspiration de <em>White Lotus</em> ou de <em>Succession</em>) et, de l’autre, psychologise plus que de raison son petit drame chez les nantis. Dommage car, de manière surprenante, ce déluge d’argent augure dans un premier temps une comédie sur la vulgarité enfouie de ces dynasties où les tailleurs Chanel côtoient les bibelots exquis et les toiles de maîtres. Fantin, incarné par un Laffite surjouant le dandy homosexuel sans-gêne, s’incruste au sein de ce milieu en même temps qu’il apparaît comme la personnification de sa brutalité enfouie – ce qu’on lui reprochera, au fond, c’est moins d’avoir tiré sur la corde que d’avoir ouvert sa gueule dans un monde où les secrets sont ordinairement cachés sous le tapis. Tentons un raccord acrobatique : à Tapie, on pense justement beaucoup devant <em>La Femme la plus riche du monde</em>, car Lafitte, comme dans la série Netflix consacrée au plus célèbre Bernard des années 1990, joue ici de sa silhouette un peu lourde, de sa mâchoire épaisse, ou encore de son mélange de faconde et de franc-parler populaire, pour composer le portrait d’un obscène cabotin. Sa performance outrancière tranche avec le jeu ouaté d’Huppert (froide, ailleurs : Huppert, quoi) et la raideur de Personnaz, acteur dont la recherche d’une minéralité à la Delon penche souvent vers l’interprétation monocorde. C’est la partie du film la plus convaincante, le « Laffite show » où l’acteur s’en donne à cœur joie dans ce déluge de bling-bling qui met en exergue l’indécence sous-jacente du décorum. La comédie sera toutefois vite diluée : Klifa prend finalement son sujet assez au sérieux, comme en témoignent les parenthèses-confessions des protagonistes sur fond noir, à la manière des commentaires face caméra auxquels se livreraient les participants d’une émission de téléréalité. Et la veine dramatique du film, voire tragique, sur la solitude des puissants fait alors d’autant plus ressortir ses arrangements avec le réel, comme l’angle assez inconséquent choisi pour traiter de cette affaire-symptôme.</p>
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		<item>
		<title>Imago</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En épousant une trajectoire à première vue autocentrée, Imago suit le retour au pays contrarié de Déni Oumar Pitsaev, cinéaste d’origine tchétchène qui envisage de bâtir une maison extravagante au Pankissi, en Géorgie. Dans cette...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/" title="Read  Imago">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En épousant une trajectoire à première vue autocentrée, <em>Imago</em> suit le retour au pays contrarié de Déni Oumar Pitsaev, cinéaste d’origine tchétchène qui envisage de bâtir une maison extravagante au Pankissi, en Géorgie. Dans cette région où les siens se sont exilés depuis les années 1990 mais où il n’a jamais vécu lui-même, sa mère a acheté un terrain afin qu’il puisse y fonder un foyer. Cet objectif familial, le documentariste le fait miroiter sans vraiment y croire : Déni sait que son projet de construction – une maison en forme de cabane pour enfants – va détonner dans le paysage. Le film multiplie les scènes de retrouvailles et de discussions où il apparaît autant à l’intérieur de la communauté tchétchène qu’en décalage avec elle. Le cinéaste, qui vit entre Bruxelles et Paris, affiche une masculinité non traditionnelle, revendique l’absence de désir quant à l’idée de fonder une famille et occupe une position paradoxale : celle d’un étranger à l’intérieur de son propre film. La plastique doucereuse des images, où le flou de la longue focale abstrait l’espace et entoure les figures d’un voile cotonneux et mélancolique, dissimule à peine la profonde dureté de ce qui se joue à l’écran, à savoir le portrait d’un jeune homme déraciné depuis l’enfance qui constate la distance le séparant désormais de sa communauté d’origine. Le film se met au diapason de ce tiraillement identitaire en entretenant l’hybridité de son dispositif, entre le documentaire immersif (la plongée dans un territoire singulier) et performatif (le tournage est le résultat d’une répétition, en témoigne la multiplication des angles de vue afin de filmer une simple scène de dialogue).</p>
<p>S’il est difficile de circonscrire totalement les contours d’<em>Imago</em>, c’est que son véritable enjeu – la confrontation de Pitsaev avec son père – reste dans un premier temps en retrait, ou du moins maintenu dans un hors-champ imposé au cinéaste. Le film s’ouvre sur un plan où Déni, plongé dans la pénombre, apprend au téléphone que son père, qui ne l’a pas vu grandir et vit aujourd’hui à Moscou, ne pourra se rendre tout de suite au Pankissi. Le père manque donc une fois de plus à son devoir et le film met de côté cette question, pour mieux l’affronter dans un second temps. C’est un peu comme si l’apparition différée de cette figure expliquait les tergiversations de Déni : entamer ou abandonner la construction de sa maison fantasque ? Rester au Pankissi ou repartir en Belgique ? En vérité, toute l’entreprise n’était qu’un alibi pour prendre au piège le paternel, dont l’attachement aux traditions est en contradiction avec la personnalité de Déni. Lorsque père et fils se retrouveront enfin sous le prétexte de découvrir le projet, le premier n’aura d’autre choix que de répondre de ses manquements envers le second, et Déni d’apaiser ses traumatismes (père absent, guerre et exil).</p>
<p><em>Imago</em> trouve à cet endroit sa plus belle scène – un bloc d’une vingtaine de minutes autour duquel tout le film semble avoir été bâti. La confrontation entre Déni et son père a lieu dans une forêt où la caméra a du mal à trouver sa place ; le feuillage et les branches recouvrent les corps de plusieurs lignes floues à l’avant-plan, figurant le maillage complexe dans lequel les deux personnages échangent et se perdent peu à peu. Dans cette grande toile intime, l’araignée Déni ne parvient pas à capturer sa proie, fuyante et insaisissable, car enracinée dans ses principes et (sans mauvais jeu de mots) son déni. La scène s’étire et pourrait durer plus longtemps encore, tant les nœuds que le cinéaste pensait défaire ne cessent de se resserrer. Prévue en amont et mue par une forme d’idéalisme (le cinéma comme un moyen de panser ses plaies), elle bute face au caractère indémêlable du réel. D’un point de vue émotionnel, la situation est d’une grande précision : si elle cherche à clarifier une relation, elle se révèle encore plus complexe que prévu. D’un point de vue documentaire, elle est d’une beauté sidérante, le volontarisme du dispositif s’ouvrant alors pleinement à la dimension insoluble de ce récit d’exil et de retour impossible.</p>
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		<title>Springsteen : Deliver Me from Nowhere</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Damien Bonelli]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Présenté en septembre au Festival du film de New York, Springsteen: Deliver Me from Nowhere n’est pas exactement un biopic du Boss, puisqu’il s’en tient à un tournant précis de son parcours artistique, la genèse...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/" title="Read  Springsteen : Deliver Me from Nowhere">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Présenté en septembre au Festival du film de New York, <em>Springsteen: Deliver Me from Nowhere</em> n’est pas exactement un biopic du Boss, puisqu’il s’en tient à un tournant précis de son parcours artistique, la genèse de l’album <em>Nebraska</em>. En septembre 1981, lessivé par la tournée de promotion de <em>The River</em> – cent quarante concerts en moins d’une année –, Bruce s’isole dans sa maison de campagne dans son New Jersey natal. Il reconvertit sa chambre à coucher en studio d’enregistrement, avec pour seuls équipements un magnéto multipiste, une guitare acoustique et un harmonica, confectionnant très vite une poignée de chansons au dépouillement spectral et à l’imagerie saisissante. Leur noirceur, qui puise au polar et à la littérature <em>Southern Gothic</em>, mais aussi au cinéma de genre, n’occulte pas l’horizon premier du disque, conçu comme « <em>une méditation qui s’ignore sur les mystères de l’enfance</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329337_362('footnote_plugin_reference_329337_362_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329337_362('footnote_plugin_reference_329337_362_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329337_362_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329337_362_1" class="footnote_tooltip">Bruce Springsteen, <em>Born to Run</em>, Simon &amp; Schuster, 2017, p. 298.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329337_362_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329337_362_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Dans ses mémoires, Springsteen ajoute qu’il courtise ici «&nbsp;<em>une humeur, une tonalité qui correspondait au monde que je connaissais et qui continuait de m’habiter</em>&nbsp;» et «&nbsp;<em>dont les vestiges subsistaient à dix minutes et dix miles à peine</em>&nbsp;» de son domicile. Chef‑d’œuvre dépressif et précurseur de la vague <em>low-fi</em>, <em>Nebraska</em> ne sera en rien le <em>blockbuster</em> musical qu’attendaient de lui les pontes de Columbia, qui devront patienter jusqu’à <em>Born in the U.S.A.</em> pour que leur tête de gondole remplisse enfin les stades du monde entier. Mais même repris en chœur par son public, ses hymnes faussement héroïques ne se départiront jamais tout à fait d’une ambivalence vis-à-vis du succès et de son cortège de gratifications narcissiques.</p>
<p>Adapté d’un livre-enquête<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329337_362('footnote_plugin_reference_329337_362_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_329337_362('footnote_plugin_reference_329337_362_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329337_362_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329337_362_2" class="footnote_tooltip">Warren Zanes, <em>Deliver Me from Nowhere, The Making of Bruce Springsteen’s Nebraska</em>, Crown, 2023.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329337_362_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329337_362_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> passionnant du journaliste Warren Zanes qui revient sur cet épisode charnière, <em>Deliver Me from Nowhere</em> promettait dès lors beaucoup. Le ratage est toutefois à la hauteur de l’attente, confirmant que «&nbsp;<em>la présence de Springsteen au cinéma est généralement moins intéressante que celle du cinéma dans l’œuvre de Springsteen</em>&nbsp;», <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/le-cinema-de-bruce-springsteen/" target="_blank" rel="noopener">comme je l’écrivais en 2020</a>. Le rôle du rocker échoit à Jeremy Allen White, dont la dissemblance avec son sujet n’est en soi pas un problème, Timothée Chalamet ayant récemment surmonté ce handicap dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener"><em>Un Parfait inconnu</em></a>, où il interprétait Bob Dylan. Mais avec une amplitude de jeu nettement plus restreinte, White est à la peine, incapable d’exprimer la souffrance que Springsteen avait mise sous le tapis pendant ses années de formation, lorsqu’il était consumé par ses rêves de gloire : il ne suffit pas d’arborer le masque du taiseux et de perdre son regard dans le vide pour faire affleurer la mélancolie. À cette prestation sans âme, Jeremy Strong oppose le sérieux papal de l’acteur de la méthode immergé dans son personnage, celui de Jon Landau, le manager du Boss qui fait rempart face aux pressions du label désireux de capitaliser sur le triomphe de <em>The River</em>. Plus savante, sa performance flirte néanmoins aussi avec la parodie, chacune de ses interventions se résumant à commenter les tourments de son protégé, ici caricaturé en artiste torturé, dont les femmes, naturellement, feront les frais.</p>
<p>Or, s’agissant d’elles, le script s’autorise une licence toute sauf poétique, en affublant Springsteen d’une petite amie fictive, Faye Romano (Odessa Young). Pourquoi ce tour de passe-passe scénaristique, alors qu’à l’époque de <em>Nebraska</em>, il était célibataire et fraîchement séparé de Joyce Hyser ? Romano se présente comme un hybride des différentes compagnes du Boss, justifie officiellement la production. Seulement voilà&nbsp;: elle est aussi serveuse dans un <em>diner</em> d’Asbury Park, de toute évidence pour attester les racines ouvrières du Boss, là où Hyser était actrice. Cette manipulation hagiographique assez grossière cherche inutilement à embellir les lettres de noblesse <em>working class</em> de la rock star, alors que sa crédibilité sur ce point reste inentamée&nbsp;; à plus forte raison à cette époque-là.</p>
<p>Ce qui aurait pu être suggéré est ici outrageusement signalé, à rebours de la retenue caractérisant <em>Nebraska</em>. Chaque scène semble avoir été conçue pour intégrer la bande-annonce, réduisant l’expérience musicale à une incantation chamanique qui ne montre pratiquement rien de la force de travail qu’elle requiert (à une exception près : la séquence de mastérisation pour répliquer sur vinyle le son des démos originales sur cassettes). Confondant poses et incarnation, fétichisation et reconstitution, sentimentalisme et émotion, le film égrène ses clichés avec l’assurance masculine de celui qui mime la vulnérabilité sans réellement l’éprouver. On en veut pour preuves une scène d’excès de vitesse au volant d’un bolide qui se solde par un hurlement (crise de rage !) ou encore le recours à des secousses de caméra au ralenti pour figurer un malaise (crise d’angoisse). Plus loin, une rime foireuse est tentée entre deux plans de maisons incendiées, celle de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-balade-sauvage/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Balade sauvage</em></a> – le premier Malick, qui inspira la chanson <em>Nebraska</em> –, et celle où grandit Springsteen, qu’il imagine dévorée à son tour par les flammes. Revenant d’ailleurs sur la relation de Bruce avec ses parents, qu’il prétend explorer, Scott Cooper ne livre d’eux qu’une ébauche sous la forme de silhouettes égarées dans des flashbacks en noir et blanc ou grimées en vieillards tremblotants de gratitude à la sortie des concerts. Ainsi va ce <em>Deliver Me From Nowhere</em> de mauvais aloi, biopic officiel auquel le «&nbsp;patron&nbsp;», magnanime, a donné sa bénédiction. Elle ne fera illusion auprès de personne : Springsteen est un bien meilleur cinéaste que Cooper. Réécoutons plutôt les chansons de sa fabuleuse première décennie pour entendre tous les grands films qu’il n’a jamais tournés.<a href="#_ftnref1" name="_ftn1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329337_362();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329337_362();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329337_362">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329337_362" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329337_362('footnote_plugin_tooltip_329337_362_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329337_362_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Bruce Springsteen, <em>Born to Run</em>, Simon &amp; Schuster, 2017, p. 298.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329337_362('footnote_plugin_tooltip_329337_362_2');"><a id="footnote_plugin_reference_329337_362_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Warren Zanes, <em>Deliver Me from Nowhere, The Making of Bruce Springsteen’s Nebraska</em>, Crown, 2023.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329337_362() { jQuery('#footnote_references_container_329337_362').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329337_362').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329337_362() { jQuery('#footnote_references_container_329337_362').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329337_362').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329337_362() { if (jQuery('#footnote_references_container_329337_362').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329337_362(); } else { footnote_collapse_reference_container_329337_362(); } } function footnote_moveToReference_329337_362(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329337_362(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329337_362(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329337_362(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/">Springsteen : Deliver Me from Nowhere</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>The Scores (ep. 2) : Lagrima</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-2-lagrima/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce deuxième épisode de The Scores : le mix de Lagrima, musicien basé à Paris....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-2-lagrima/" title="Read  The Scores (ep. 2) : Lagrima">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce deuxième épisode de The Scores : le mix de Lagrima, musicien basé à Paris. Il est notamment compositeur de musique de films et co-organisateur du festival Sachô.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2191336927&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<h2><em>ERIE</em> BY KEVIN JEROME EVERSON</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Le festival Cinéma du Réel dédiait, il y a quelques années, une rétrospective au travail de Kevin Jerome Everson,où j’avais pu découvrir <em>Erie</em>. Le film consiste en une série de plans-séquences, filmés dans les communautés ouvrières afro-américaines autour du lac Erie. Cet extrait se déroule dans une sorte de MJC locale où deux ados travaillent une chanson sur un piano désaccordé. De l’autre côté de la pièce, d’autres jeunes dansent le krump. Je suis vraiment curieux de savoir s’iels ont fini leur chanson.</p>
<p><em>I discovered Kevin Jerome Everson’s work at a retrospective dedicated to him at documentary festival Cinéma du Réel. “Erie” consists of a series of long shots, filmed in the afro-american working class communities living around Lake Erie. This excerpt comes from a scene shot in some kind of community center, where two teenagers are working on a song on an out-of-tune piano. On the other side of the room, other kids start dancing krump. I would be really curious to hear the song if they finished writing it!</em></p>
<h2><em>BELLY</em> BY HYPE WILLIAMS</h2>
<p><strong>02′05″ ♪ Soul II Soul — Back to Life (However Do You Want Me)</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Belly</em> à l’adolescence, intrigué par la présence au casting (et à l’écriture) du rappeur Nas, que j’idolâtrais. Ce n’est que bien plus tard que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un film du fameux réalisateur de clips Hype Williams. Et cela paraît logique quand on voit cette belle scène d’intro: lumière bleue, ralentis, stroboscopes et un long <em>acapella</em> de Soul II Soul, en lévitation. Petit <em>easter egg</em> : cette scène où Nas et DMX tombent sur Gummo à la télé, comme pour faire le lien avec<a href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-1-liyo-gong/?fbclid=PAZXh0bgNhZW0CMTEAAafrtMDYq6Z40JslXcd6yLOQkwWR3zOOPyAnRZUyT9lDBkkASlhQ8_FlVSsLrA_aem_mBL-t86L2NN5ctazuz06MA" target="_blank" rel="noopener"> l’épisode 1</a> de The Scores.</p>
<p><em>I first saw “Belly” during my teenage years, intrigued by the presence of Nas amongst the cast. It’s much later that I realized it was directed by Hype Williams, director of numerous rap music videos. And it makes a lot of sense when you see that introduction scene : the club, the black light, the strobes and this long acapella of Soul II Soul — an intense, dreamlike moment. Little Easter egg: this scene where DMX and Nas are watching “Gummo” on TV, to connect the dots with the first episode of The Scores</em>.</p>
<h2><em>ANTONYMS OF BEAUTY</em> BY KHALIK ALLAH</h2>
<p><strong>05′30″ ♪ Nas &amp; Large Professor — One Plus One</strong></p>
<p>Dans <em>Antonyms of Beauty</em>, Khalik Allah s’installe à un coin de rue de Harlem et prend des clichés des passant·es. Le film est un mélange de sons, photographies et bouts de rushes qui semblent avoir leurs existences propres. A un moment, il accueille un personnage dans sa voiture pour lui faire écouter ce morceau de Nas (encore lui) et sa réaction vaut le détour.</p>
<p><em>In “Antonyms of beauty”, Khakik Allah sets himself on a street corner in Harlem and starts taking shots and talking to the people passing by. The film is a mix of moving images, stills and sound that all seem to exist on their own, capturing the essence of the neighborhood. At some point, he welcomes a man in his car and starts playing this tune (by Nas once again) for him, and his reaction is quite unexpected.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329464" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-300x73.jpeg" alt width="300" height="73" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-300x73.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-768x187.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-1024x250.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-980x239.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1.jpeg 1410w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>LIGHTNING DANCE</em> BY CECILIA BENGOLEA</h2>
<p><strong>07′40″ ♪ Sound Excerpt</strong></p>
<p>J’ai découvert cette vidéo de la chorégraphe argentine Cecilia Bengolea pendant le confinement, grâce à un post de Nicole Brenez sur le groupe Facebook « La Loupe » dont certain·es se souviendront. Le son étouffé de la pluie, du tonnerre, les basses du dancehall. Il n’en fallait pas plus pour me transporter dans la forêt jamaïcaine, auprès de ces captivant·es danseur·euses.</p>
<p><em>I discovered this video by Argentinian choreographer Cecilia Bengolea during the first covid lockdown, thanks to a post from Nicole Brenez on the Facebook group “La Loupe” where people would share films. The muffled sounds of the rain, thunder, and dancehall basses took me straight to the Jamaican forest with these captivating dancers.&nbsp;</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/syndromes-and-a-century-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>SYNDROMES AND A CENTURY</em></a> AND <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/memoria-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>MEMORIA</em></a> BY APICHATPONG WEERASETHAKUL</h2>
<p><strong>08′51″ ♪ Koichi Shimizu — Reverberation — ♪ Memoria sound excerpt</strong></p>
<p>D’une forêt caribéenne à celle de Thaïlande, il n’y a qu’un petit pas, comblé par Apichatpong Weerasethakul. Ici dialoguent la musique de <em>Syndromes and a century</em> et les sons rêvés par Tilda Swinton en errance en Colombie dans <em>Memoria</em>.</p>
<p><em>From a Caribbean forest to one in Thailand, it’s only a small step – bridged here by Apichatpong Weerasethakul. Here, the music from Syndromes and a Century enters into dialogue with the sounds dreamt by Tilda Swinton as she drifts through Colombia in Memoria.</em></p>
<h2>KAZUKO — AN ABANDONED TUNNEL BY PHAROAH SANDERS</h2>
<p><strong>12′22″</strong></p>
<p>Je me permets de sortir un peu de la consigne pour cet extrait, tant cette vidéo de Pharoah Sanders jouant du saxophone dans un tunnel me paraît revêtir une grâce cinématographique. Dans un plan séquence qui suit sa traversée, la <em>reverb</em> naturelle du lieu mélange le son du saxophone et de l’harmonium qui l’accompagne et crée une magnifique densité sonore.</p>
<p><em>I’m taking a bit of liberty with the rules for this one, as this video of Pharoah Sanders playing saxophone in a tunnel carries such cinematic grace. In a long take following his walk through the space, the natural reverb of the tunnel blends the sound of the saxophone with the harmonium that accompanies it, creating a rich and textured sonic atmosphere.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329465" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-300x68.jpeg" alt width="300" height="68" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-300x68.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-768x174.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-1024x231.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-980x221.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2.jpeg 1412w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>MILLENNIUM ACTRESS</em> BY SATOSHI KON</h2>
<p><strong>16′07″ ♪ Susumu Hirasawa — Lotus Gate (Landscape 1)</strong></p>
<p>Les musiques de Susumu Hirasawa accompagnent la plupart des films de Satoshi Kon, et leur étrangeté convient parfaitement à l’univers non conventionnel du réalisateur. J’avais d’abord pensé inclure un morceau de la bande-son délirante de <em>Paprika</em>, mais je lui ai préféré un extrait de celle du moins connu <em>Millennium Actress</em>, qui évoque l’histoire du Japon à travers le cinéma et un très joli personnage d’actrice.</p>
<p><em>Susumu Hirasawa’s music accompanies most of Satoshi Kon’s films, and its strangeness fits perfectly with the director’s unconventional world. I initially considered including a track from the delirious “Paprika” soundtrack, but I ended up choosing this one from the lesser-known “Millennium Actress”, which traces the history of Japan through cinema and a beautiful actress character.</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/conversation-secrete/" target="_blank" rel="noopener"><em>THE CONVERSATION</em></a> BY FRANCIS FORD COPPOLA</h2>
<p><strong>20′22″♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Un autre film où le son a un rôle narratif central. J’adore voir Gene Hackman manipuler le son et les EQ comme un DJ sur une table de mixage vintage. Au fur et à mesure des manipulations, les paroles s’éclaircissent mais le mystère s’épaissit…</p>
<p><em>Another film where sound plays a central narrative role. I love watching Gene Hackman manipulate audio and EQ like a DJ on a vintage mixing desk. As he tweaks and adjusts the tapes, the voices become clearer, but the mystery thickens…</em></p>
<h2><em>COWBOY BEBOP</em> BY SHIN’ICHIRO WATANABE</h2>
<p><strong>21′14″ ♪ The Seatbelts — Fingers</strong></p>
<p>Si j’aime autant <em>Cowboy Bebop</em>, ce n’est pas vraiment pour ses personnages, sa mélancolie ou ses questionnements philosophiques. C’est surtout car rarement je n’avais vu une œuvre réussir à mélanger autant de styles et références aussi fortes, avec une telle réussite: cyberpunk, western, cinéma d’action hongkongais, jazz, Neo-noir… Tout cela donne vie à un univers fascinant et une des plus belles réussites esthétiques de l’animation japonaise. Derrière le groupe The Seatbelts se cache la compositrice Yoko Kanno, aussi connue pour la BO de Ghost in the Shell. Je trouve ce morceau extrait de l’intro du film de 2001 particulièrement obsédant.</p>
<p><em>What I love most about Cowboy Bebop isn’t so much the characters, the melancholy, or the philosophical undertones. It’s the sheer success of its genre-blending – I’ve rarely seen a work mix such strong styles and references so well: cyberpunk, western, Hong Kong action cinema, jazz, neo-noir… It creates a fascinating universe and stands as one of the most aesthetically accomplished pieces of Japanese animation. Behind The Seatbelts is composer Yoko Kanno, also known for her “Ghost in the Shell” soundtrack. I find this track, taken from the intro of the 2001 film, particularly haunting.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329466" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-300x68.jpeg" alt width="300" height="68" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-300x68.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-768x174.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-1024x232.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-980x222.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3.jpeg 1409w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>DESTINY DELUXE</em> BY DIOGO BALDAIA</h2>
<p><strong>23′32″ ♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Ce joli court-métrage de Diogo Baldaia, jeune réalisateur portugais, fourmille d’idées formelles, de modulation des sons et des images, entre monde réel et digital. Dans la scène d’intro, un jeune homme se fait aspirer par un fond vert. Ici, une jeune femme chante dans un ventilateur. La séquence se poursuit avec une sorte de karaoké spontané, sur la chanson « Não Queres entrar » de Sallim, et une séquence de plage où l’océan nous porte de l’autre côté de l’Atlantique.</p>
<p><em>This beautiful short film by Diogo Baldaia, a young Portuguese filmmaker, overflows with formal invention and modulation of sound and image, somewhere between the real and the digital world. In the opening scene, a young man is sucked into a green screen. Here, a young woman sings into a fan. The sequence continues with a kind of spontaneous karaoke over the song “Não Queres Entrar” by Sallim, followed by a beach scene where the ocean takes us to the other side of the Atlantic.</em></p>
<h2><em>OBSCURRO BARROCO</em> BY EVANGELIA KRANIOTI</h2>
<p><strong>25′43″ ♪ Sound Excerpt</strong></p>
<p>« Ville eden, ville enfer, ville purgatoire ». Cette évocation du carnaval de Rio par Evangelia Kranioti est un puissant mélange de couleurs, de sons, de paillettes et de plumes. Elle s’élève au dessus de la ville avec un personnage de clown triste, pendant qu’un autre, Luana Muniz, figure transgenre emblématique de Rio commente sa dualité, sa métamorphose constante.</p>
<p><em>“Eden city, hell city, purgatory city”. Evangelia Kranioti’s take on the Rio carnival is a powerful blend of colors, sounds, glitter and feathers. In this stunning scene, she goes above the city with one her two characters, a sad introvert clown, while the other, Luana Muniz, an iconic transgender figure of Rio, comments on its duality, its constant metamorphosis</em><em>.</em></p>
<p><em><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329467" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-300x85.jpeg" alt width="300" height="85" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-300x85.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-768x218.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-1024x290.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-980x278.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4.jpeg 1108w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>&nbsp;</em></p>
<h2><em>LOST IN TRANSLATION</em> BY SOFIA COPPOLA</h2>
<p><strong>28′22″ ♪ My Bloody Valentine — Sometimes</strong></p>
<p>Sans le savoir, en visionnant <em>Lost in Translation</em> en famille en 2003 à l’UGC Rosny, j’entendais pour la première fois la musique de Squarepusher, My Bloody Valentine, Air… Cette dérive nocturne dans Tokyo, à l’arrière d’un taxi, au son de MBV, restera sans aucun doute une image séminale de mon enfance.</p>
<p><em>Without realizing it, when I watched “Lost in Translation” with my family back in 2003 at UGC Rosny, it was the first time I ever heard music by Squarepusher, My Bloody Valentine, Air… That nighttime drift through Tokyo, in the back of a taxi, with MBV playing, will no doubt remain a seminal image of my childhood</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/like-someone-in-love/" target="_blank" rel="noopener"><em>LIKE SOMEONE IN LOVE</em></a> BY ABBAS KIAROSTAMI</h2>
<p><strong>32′38″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Quitte à passer un moment à Tokyo à l’arrière d’un taxi, autant y rester un moment. J’ai été transpercé en plein cœur par cette scène bouleversante de <em>Like Someone in Love</em>, peut-être l’une des plus belles du cinéma de Kiarostami, pourtant dans un film peut-être moins marquant.</p>
<p><em>If I’m going to spend a moment in the back of a taxi in Tokyo, I might as well stay a little longer. This scene from “Like Someone in Love” completely broke my heart—perhaps one of the most beautiful in Kiarostami’s cinema, even if the film itself might not be one of his most memorable.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329468" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-300x71.jpeg" alt width="300" height="71" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-300x71.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-768x182.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-1024x243.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-980x233.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5.jpeg 1406w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/yi-yi-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>YI YI</em></a> BY EDWARD YANG</h2>
<p><strong>33′44″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Pour accompagner cette fin de trajet dans Tokyo, le piano un peu jazz, un peu mélancolique de Kaili Peng, composé pour Yi Yi d’Edward Yang, un film qui m’émeut toujours un peu plus à chaque visionnage. A l’arrivée, des retrouvailles avec un amour de jeunesse et une escapade de quelques jours au Japon, en se demandant « et si ? ».</p>
<p><em>For the final stretch of this Tokyo cab ride: the somewhat jazzy, slightly melancholic piano of Kaili Peng, composed for Edward Yang’s “Yi Yi”—a film that moves me a bit more every time I watch it. At the end of the road: a reunion with a young love and a brief escape to Japan, thinking “what if”.</em></p>
<h2><em>NIGHT ON EARTH</em> BY JIM JARMUSCH</h2>
<p><strong>35′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Direction New-York maintenant, pour l’une des séquences de ce film tour-du-monde de Jim Jarmusch. La bande originale signée Tom Waits introduit chaque ville comme un personnage, avec des instruments qui lui sont propres : guitares électriques dissonantes à LA, nappes d’accordéon à Paris… À New-York, c’est saxophone et sirènes de police. Un peu dans le cliché mais avec pas mal de style quand même.</p>
<p><em>Now we head to New York, for one of the sequences from Jim Jarmusch’s globe-trotting film. The original score by Tom Waits introduces each city like a character, with its own instruments: dissonant electric guitars in LA, accordion textures in Paris… In New York, it’s saxophone and police sirens. A bit cliché, sure—but with a lot of style nonetheless.</em></p>
<h2><em>GLORIA</em> BY JOHN CASSAVETES</h2>
<p><strong>36′18″ ♪ Bill Conti — Main Title</strong></p>
<p>Comme il semble difficile de trouver un taxi, Cassavetes choisit directement de prendre l’hélicoptère pour s’envoler au-dessus de New York. La guitare classique, les tableaux, puis les bâtiments de la ville, le saxophone et les cordes si mélodramatiques, rarement une ouverture de film ne m’aura donné autant de frissons.</p>
<p><em>Since it seems so hard to find a taxi, Cassavetes just goes straight for the helicopter, flying over New York. Classical guitar, paintings, then the city’s buildings, the saxophone and those melodramatic strings—rarely has a film opening given me such chills.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329469" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-300x62.jpeg" alt width="300" height="62" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-300x62.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-768x158.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-1024x211.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-1536x316.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-980x202.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6.jpeg 1623w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>RISKY BUSINESS</em> BY PAUL BRICKMAN</h2>
<p><strong>38′22″ ♪ Belmont Girl — Love on a Real Train&nbsp;</strong></p>
<p>Une bande-son mémorable pour un film plutôt oubliable. Petit twist, j’ai préféré ici la version edit de Belmont Girl (aka Malibu) à l’originale de Tangerine Dream.</p>
<p><em>A memorable soundtrack for a rather forgettable film. Small twist: here, I preferred the edited version of Belmont Girl (aka Malibu) to the original by Tangerine Dream.</em></p>
<h2><em>THE COOL WORLD</em> BY SHIRLEY CLARKE</h2>
<p><strong>41′55″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Assez méconnue de l’internationale cinéphile, la cinéaste Shirley Clarke fait pourtant partie des figures majeures du cinéma d’avant-garde américain des années 60. Dans <em>The Cool World</em>, elle s’intéresse à la communauté noire de Harlem et mélange fiction et nombreuses séquences documentaires. La musique dirigée par Dizzy Gillespie accompagne les pensées du personnage principal, comme une sorte de proto-spoken work où le vocabulaire, le phrasé, le rythme ont déjà toute leur importance.</p>
<p><em>Relatively unknown to the global film-lovers, filmmaker Shirley Clarke is nonetheless one of the major figures of American avant-garde cinema in the 1960s. In “The Cool World”, she dives into the Black community of Harlem and mixes fiction and documentary sequences. The music, led by Dizzy Gillespie, blends smoothly with the thoughts of the main character, like a kind of proto-spoken word where vocabulary, phrasing, and rhythm already hold great importance.</em></p>
<h2><em>ELLIS ISLAND</em> BY MEREDITH MONK</h2>
<p><strong>43′53″ ♪ Original score by Meredith Monk</strong></p>
<p><em>Ellis Island</em> est une courte installation vidéo réalisée par la grande chanteuse et compositrice Meredith Monk. Cette pièce de piano, simple et belle, accompagne les flux d’immigrant·es au pied de la Statue de la Liberté. Le contraste avec le montage ludique rend cette installation assez surprenante.</p>
<p><em>“Ellis Island” is a short video installation made by the great singer and composer Meredith Monk. This simple and beautiful piano piece gives gravity to the images that are being edited in a really playful manner. Though quite simple, this balance between images and music makes this installation quite surprising.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/vendredi-soir/" target="_blank" rel="noopener"><em>VENDREDI SOIR</em></a> BY CLAIRE DENIS</h2>
<p><strong>46′23″ ♪ Jeff Mills — Entrance to Metropolis</strong></p>
<p>Jeff Mills a composé ce thème en s’inspirant du film de Fritz Lang. Il a d’ailleurs remis intégralement en musique le film par la suite. Mais c’est surtout pour son utilisation par Claire Denis au début de <em>Vendredi soir</em> que j’ai voulu l’évoquer. Sur les toits de Paris au crépuscule, un ciel rouge sous la Tour Eiffel, ça doit être ça, la nouvelle Metropolis.</p>
<p><em>Jeff Mills drew inspiration for this theme from Fritz Lang’s film. In fact, he later re-scored the entire film. But it’s especially for its use by Claire Denis at the beginning of “Vendredi soir” that I wanted to mention it. On the rooftops of Paris at dusk, a red sky beneath the Eiffel Tower—it must be the new Metropolis.</em></p>
<p><em><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329470" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-300x66.jpeg" alt width="300" height="66" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-300x66.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-768x169.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-1024x226.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-980x216.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7.jpeg 1509w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a></em></p>
<h2><em>HEAT</em> BY MICHAEL MANN</h2>
<p><strong>48′39″ ♪ Moby — God Moving over the face of the waters</strong></p>
<p>Après avoir passé en revue un certain nombre de moyens de transport, il fallait bien finir dans un aéroport. Le duel final de Heat au milieu des avions et le morceau de Moby — à la fois élégie ambiante et crescendo spirituel- ne pouvaient pas manquer à l’appel.</p>
<p><em>After reviewing a number of means of transport, it was only fitting to end up in an airport. The final duel in “Heat” among the planes, Moby’s track—part ambient elegy, part spiritual crescendo—were a quite obvious choice.</em></p>
<h2><em>STRANGE DAYS</em> BY KATHRYN BIGELOW</h2>
<p><strong>52′52″ ♪ Deep Forest &amp; Peter Gabriel — While the Earth sleeps</strong></p>
<p>C’est le passage à l’an 2000 et le chaos dans les rues. Pour tourner cette scène de liesse, la production a organisé une rave, avec Aphex Twin et Deee-Lite en headliners. Les tickets coûtaient 10$, nourriture et boissons étaient offertes. 14000 personnes sont venues. Marrant comme tous ces petits points de couleur semblent préfigurer l’avènement d’un millénaire digital.</p>
<p><em>For the huge crowd scene at the end of the film «Strange Days,» director Kathryn Bigelow threw a rave, headlined by Aphex Twin and Deee-Lite. Tickets were $10. Food and drink was free. 14,000 people showed up. All these little color dots on the screen seem to announce the coming of a new digital era.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329471" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-300x67.jpeg" alt width="300" height="67" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-300x67.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-768x172.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-1024x229.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-980x219.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8.jpeg 1508w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>LOTUS</em> BY CONI BEESON</h2>
<p><strong>56′41″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un petit poème filmé, en douceur et sensualité, avec sa ritournelle <em>ambient</em> qui pourrait durer à l’infini. Pour redescendre en douceur.</p>
<p><em>A little filmed poem, gentle and sensual, with its ambient refrain that could last forever. To gently bring you back down.</em></p>
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		<title>Arco</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/arco/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Emmanuelle Kotek]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Arco, lauréat du Cristal du meilleur long métrage au Festival d’Annecy, s’inscrit assez nettement dans les pas de l’œuvre d’Hayao Miyazaki : Ugo Bienvenu (par ailleurs auteur de bandes dessinées) semble partager avec le cinéaste...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/arco/" title="Read  Arco">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Arco</em>, lauréat du Cristal du meilleur long métrage au Festival d’Annecy, s’inscrit assez nettement dans les pas de l’œuvre d’Hayao Miyazaki : Ugo Bienvenu (par ailleurs auteur de bandes dessinées) semble partager avec le cinéaste japonais une vision du monde poétique et mélancolique, où des héros solitaires cherchent à préserver leur humanité face à un univers en mutation. <em>Arco</em> emprunte ainsi au <em>Château dans le ciel</em> son ouverture : la chute d’un enfant tombé des nuages. Petit prince égaré dans le firmament, le garçon – nommé Arco – est un arc-en-ciel capable de voyager dans le temps, qui s’est vu accidentellement projeté dans une version alternative et futuriste de la Terre. Dans l’univers imaginé par Bienvenu, les arcs-en-ciel ne sont pas en effet de simples phénomènes météorologiques, mais des êtres surnaturels à l’apparence humaine, dont la combinaison multicolore leur permet de voler à travers les âges. Et comme Pazu avait Sheeta, ou le prince de Saint-Exupéry sa rose, Arco a Iris : une fille de son âge qui le recueille et l’aide à rentrer chez lui.</p>
<p>Du monde de son amie, Arco découvre une société où les machines suppléent presque entièrement les humains : robots dociles, automates et <em>babysitters</em> mécaniques prennent en charge les tâches quotidiennes, régissent le rythme de la vie et la surveillance des enfants. Les écoles elles-mêmes fonctionnent comme des <em>hubs</em> temporels : de vastes cubes aux parois holographiques projettent les époques enseignées par les professeurs, de la Préhistoire à la formation de l’univers. Les plus belles réussites du film résident de fait dans ses décors qui empruntent à la BD, l’horizon premier de Bienvenu : du paradis suspendu dans les nuages du monde d’Arco à la camionnette déglinguée d’un trio de personnages aux lunettes triangulaires, chacun semble conçu comme une case indépendante. Le cinéaste accorde une attention particulière aux héros et aux visages étrangement expressifs des robots ; son trait graphique, volontairement épais et affirmé à la manière de Tardi, renforce l’expressivité des personnages. Cette esthétique, plus concise et marquée que les univers foisonnants de Miyazaki, permet à Bienvenu d’explorer un imaginaire où les scènes deviennent un moyen de déployer son goût pour le mouvement. Ainsi de la chute d’Arco au début du récit : l’épisode se présente à la fois comme un élément perturbateur et un événement purement cinétique. De même, les voyages dans le temps se manifestent par une diffusion de couleurs et de traînées lumineuses. C’est grâce à son appétit plastique que ce film sous influence finit par trouver sa propre patte.</p>
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		<title>La Disparition de Josef Mengele</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-disparition-de-josef-mengele-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=329412</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après les récentes boursouflures de Kirill Serebrennikov, la crainte était de mise pour cette adaptation du roman-enquête d’Olivier Guez sur Josef Mengele. On est vite rassuré&#160;: le cinéaste russe fait preuve d’une retenue inédite avec...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-disparition-de-josef-mengele-2/" title="Read  La Disparition de Josef Mengele">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après les récentes boursouflures de Kirill Serebrennikov, la crainte était de mise pour cette adaptation du roman-enquête d’Olivier Guez sur Josef Mengele. On est vite rassuré&nbsp;: le cinéaste russe fait preuve d’une retenue inédite avec une mise en scène en noir et blanc, qui met en images la cavale en Amérique du Sud du tristement célèbre médecin nazi, en adoptant les codes du film noir. Mais si l’approche permet d’éviter le pire, elle tombe rapidement dans une impasse&nbsp;: la vie de Mengele se prête-t-elle vraiment à&nbsp;un film de genre&nbsp;? Au-delà de quelques accessoires (chapeaux, voitures des années 1960, etc.) et détails (fausses identités, l’inquiétude d’être démasqué), la greffe paraît artificielle&nbsp;: après avoir quitté l’Allemagne, «&nbsp;l’Ange de la Mort&nbsp;» veut surtout faire profil bas. Afin de contourner ce vice de forme scénaristique, Serebrennikov use de deux stratégies&nbsp;: d’un côté, une musique omniprésente avec des cordes oppressantes&nbsp;; de l’autre, une narration éclatée mélangeant<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span>les époques et les lieux traversés par Mengele. Si le tressage temporel occasionne un certain piétinement de la narration, il permet néanmoins de figurer le délitement progressif du réseau nazi en Amérique du Sud. D’abord entouré de nombreux anciens SS dans des villas luxueuses, Mengele finit hébergé dans une ferme par une famille de Hongrois, puis complètement seul dans un appartement brésilien décrépi. Qu’importe l’année et sa situation, le médecin d’Auschwitz n’en démord pas et demeure fidèle à&nbsp;l’idéologie nazie, que ce soit en pestant contre Israël devant sa télé ou en prônant toujours la pureté de la race aryenne. Ses régulières crises d’hystérie caricaturales illustrent le regard assez limité de Serebrennikov sur son personnage&nbsp;: il n’est qu’un être pathétique qui nie son déclin en se réfugiant dans sa «&nbsp;grandeur&nbsp;» passée.</p>
<p>Et quand bien même<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span>le film témoigne d’une relative épure, le naturel finit par revenir au galop. Quelques effets précieux se glissent ici et là, comme cette séquence de fête où l’on suit des domestiques. Ce point de vue paraît uniquement adopté pour justifier la présence de travellings tortueux (il ne sera par la suite jamais question du regard des serveurs sur la situation), si bien que la séquence illustre le rapport de Serebrennikov à&nbsp;la mise en scène, animé d’abord par une volonté d’épater. Cette tendance s’accompagne d’un relent de subversion, ou plutôt de grossièreté, à&nbsp;l’image d’un plan où un figurant se retourne subitement vers la caméra pour mimer un cunnilingus. La suite indique que le geste était en réalité adressé à&nbsp;la fermière hongroise occupant les lieux, mais sa gratuité (cette relation adultère ne sera plus évoquée) et le choix du regard caméra disent bien qu’il s’agit surtout d’un coup de menton bravache à&nbsp;l’intention du spectateur.</p>
<p>Reste la scène à Auschwitz, aux couleurs chatoyantes – c’est le seul segment qui n’est pas en noir et blanc. Lorsque Mengele sort sa caméra super 8 pour filmer son amante, des images enregistrées à l’intérieur de l’unité médicale du camp défilent sur un air d’opéra chanté par une chorale de prisonniers handicapés. Un double écart vient ici s’instaurer, sur le plan du récit (il s’agit d’un souvenir du nazi confié à son fils) et dans la matière des plans (le grain de la pellicule et les perforations visibles). Mais la mise à distance brechtienne, nourrie par d’autres procédés (l’ajout de sous-titres, exemplairement), vise moins à produire de la pensée que de l’inconfort, en jouant sur l’opposition entre l’écrin (la scène adopte la légèreté d’un film de vacances) et ce qui est montré (la monstruosité des expériences médicales). En somme, Serebrennikov retombe sur ses pattes : de film en film, il creuse le sillon d’un cinéma qui confond esbroufe et mise en scène, provocation facile et profondeur.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<title>La Petite dernière</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-petite-derniere-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dès ses premières séquences, La Petite dernière cultive une impression de déjà-vu&#160;: des dialogues adolescents crus sur la sexualité, une altercation dans les couloirs, où la jeune Fatima (Nadia Melliti) s’énerve après que l’un de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-petite-derniere-2/" title="Read  La Petite dernière">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dès ses premières séquences, <em>La Petite dernière</em> cultive une impression de déjà-vu&nbsp;: des dialogues adolescents crus sur la sexualité, une altercation dans les couloirs, où la jeune Fatima (Nadia Melliti) s’énerve après que l’un de ses camarades l’a traitée de lesbienne… Adapté du roman éponyme de Fatima Daas, le troisième long d’Hafsia Herzi est peut-être avant tout un <em>remake</em>, ou plutôt une relecture, de <em>La Vie d’Adèle </em>d’Abdellatif Kechiche. Mais une différence de taille se présente assez rapidement, au détour d’un <i>date</i> entre la jeune femme et une lesbienne plus assumée et âgée. La rencontre s’achemine vers la description des joies du cunnilingus, accompagnée de quelques gestes suggestifs en guise d’initiation pour la jeune femme, qui peine encore à&nbsp;reconnaître son orientation sexuelle. La douceur de l’échange semble répondre aux longues scènes de sexe explicites du film de Kechiche, où les mêmes gestes étaient effectués de manière performative. L’actrice devenue réalisatrice semble moins vouloir critiquer le cinéaste, dont elle est restée une fidèle collaboratrice, que proposer un point de vue alternatif sur un amour lesbien. Les deux films partagent ainsi une structure narrative similaire (bien que le film d’Herzi soit plus resserré, autant dans son format que dans le cadre temporel du récit) avec une rencontre amoureuse intense suivie d’une séparation. Plus encore, Herzi cite explicitement le cinéaste en reprenant à&nbsp;son compte quelques-unes de ses images emblématiques&nbsp;: une dégustation de pâtes filmée en gros plan, des larmes qui se mêlent à&nbsp;la morve, une barre de <em>pole dance</em> (les scènes de danse de <em>Mektoub My Love&nbsp;: Canto Uno</em> et <em>Intermezzo</em>) etc. Extraits de la logique formelle et de la dilatation propres au cinéma de Kechiche, les plans perdent ceci dit de leur consistance pour se fondre dans une esthétique plus conventionnelle, tout en maintenant ce dialogue souterrain qui invite à&nbsp;jouer au jeu des sept différences.</p>
<p>La principale distinction tient à&nbsp;la façon dont le personnage navigue entre les strates sociales, qui se révèlent <em>in fine</em> beaucoup moins étanches que dans <em>La Vie d’Adèle</em><i>. </i>Issue d’une classe prolétaire en banlieue parisienne, Fatima rencontre dans les bars et cafés de la capitale des femmes très éloignées de son milieu d’origine. Ce fossé culturel ne devient pourtant jamais véritablement un obstacle dans les scènes de drague ou de rencards&nbsp;: l’attention à&nbsp;l’autre et la bienveillance dominent, sans que la pudeur ou la gêne de la jeune femme n’entravent la fluidité des échanges, ce que synthétise par exemple un joli panoramique naviguant d’un visage à&nbsp;l’autre lors d’une rencontre dans un bar. <em>La Petite dernière</em> évite ainsi l’écueil consistant à&nbsp;forcer les tensions narratives dans des scènes de confrontation, souvent attendues dans ce type de récit initiatique. La scène où Fatima prend rendez-vous avec un imam est, à&nbsp;cet égard, exemplaire&nbsp;: l’héroïne prétend venir au nom d’une amie pour trouver la possibilité de concilier sa foi religieuse avec son orientation sexuelle. Bien que l’imam reste fidèle au discours officiel prôné par son institution, il manifeste aussi une discrète empathie lorsque Fatima se trahit en laissant les larmes lui monter aux yeux. Le personnage s’affirmera peu à&nbsp;peu en composant librement avec ses différentes attaches sociales, culturelles et religieuses, là où les rapports de classe se révélaient plus verrouillés dans <em>La Vie d’Adèle</em>. L’alternative proposée par Herzi s’avère à&nbsp;l’arrivée parfois touchante, notamment quand la cinéaste scrute avec tendresse le visage de sa jeune actrice. Mais sa forme demeure enclose dans une joliesse un peu lisse.</p>
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		<title>L’homme qui rétrécit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lhomme-qui-retrecit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On comprend rapidement ce qui a intéressé Jan Kounen dans le roman de Matheson, déjà adapté au cinéma par Jack Arnold. Dès les premières minutes du film, Paul, interprété par Jean Dujardin, évoque, plans de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lhomme-qui-retrecit/" title="Read  L’homme qui rétrécit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On comprend rapidement ce qui a intéressé Jan Kounen dans le roman de Matheson, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/l-homme-qui-retrecit/" target="_blank" rel="noopener">déjà adapté au cinéma par Jack Arnold</a>. Dès les premières minutes du film, Paul, interprété par Jean Dujardin, évoque, plans de la Terre et de nuages à l’appui, le vertige de se sentir si petit face à l’immensité de l’univers. Le réalisateur n’a jamais caché son attrait pour les expériences mystiques (cf. le tunnel d’images psychédéliques dans <em>Blueberry</em>), et c’est peu dire que le livre renferme nombre de scènes prédisposées à ce genre de méditations. Sauf que si le film commence la tête dans les nuages, il lui faut d’abord se concentrer sur l’évolution de l’état de son personnage, dont le rétrécissement est graduel. L’étrangeté du phénomène ouvre sur une métaphore de la maladie («<em>&nbsp;je ne suis pas malade&nbsp;!&nbsp;</em>» répète Paul, sans parvenir à convaincre sa femme) qui accompagne de manière un peu mécanique l’idée d’un rétrécissement de l’homme. Si chaque séquence de ce bloc narratif travaille certes un processus d’évidemment d’un bonheur «&nbsp;parfait&nbsp;», il n’y a en réalité pas grand-chose à évider, puisque ledit bonheur se résume à se retrouver en famille pour le dîner et de ne pas trop penser aux petits tracas liés au boulot. De cette première partie guère convaincante surnagent tout de même quelques scènes, dont la réussite repose essentiellement sur les épaules de Jean Dujardin. Ainsi de celle où, suffisamment petit pour se promener dans une maison miniaturisée, Paul danse avec le doudou de sa fille pour l’amuser, comme dans un lointain écho aux chorégraphies de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-artist/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Artist</em></a>. Sauf que sa seule spectatrice est ici une fillette géante qui, du haut de ses sept ou huit ans, rit un peu tristement devant ce spectacle.</p>
<h2>Du jardin</h2>
<p>C’est toutefois au cours la seconde moitié du film, dans laquelle Paul se retrouve confronté à la faune de la cave où il est enfermé, que les jeux d’échelles se multiplient. L’enjeu n’est plus de constater la marginalisation de Paul au sein de sa propre maison ; seul face aux habitants des lieux, Paul entame une lutte pour sa survie dans un monde qui lui est désormais étranger. Le film restitue les duels contre l’araignée, rendus célèbres par la première adaptation du roman, mais avec un ton se distinguant nettement de la dimension épique de la version de 1957. Il ne s’agit pas ici de savoir qui sera le chasseur et qui sera la proie. La victoire de Paul sur l’araignée se résume à lui échapper, jamais à remettre en cause sa place dans la chaîne alimentaire. Au fil des épreuves qu’il traverse, Paul se confronte de cette manière à la réalité de son nouveau statut – un piège à souris devient du jour au lendemain une machine de mort terrifiante. Mais il découvre aussi de nouvelles sources d’émerveillement, telle la belle ondulation d’une queue de poisson rouge aux dimensions titanesques. Chez Kounen, le rétrécissement physique permet moins de révéler l’ingéniosité du personnage (comme chez Arnold) que de ménager la possibilité de poser un regard à hauteur de celui des autres espèces. Là où le roman se concluait sur un sentiment d’exaltation (celle de l’explorateur sur le point de découvrir de nouveaux mondes), Paul finit ainsi son aventure sans frénésie, en contemplant une majestueuse créature volante – avant de conclure, en voix off, par une petite leçon très convenue sur l’acceptation de sa condition. On retrouve dans ce dénouement l’écueil principal du film de Kounen : la dispersion de son désir, qui oscille entre le drame humain pris (trop) au sérieux, la volonté d’expérimenter à partir des péripéties du film de Jack Arnold et une esquisse de réflexion antispéciste. Le résultat prend logiquement la forme d’une synthèse un peu molle.</p>
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		<title>Kaamelott — Deuxième volet, partie 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaamelott-deuxieme-volet-partie-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:29:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Deux remarques préliminaires avant de parler de Kaamelott, deuxième volet, partie 1 – titre à rallonge dont le saucissonnage dit bien à quel point la question centrale est ici la sérialité. 1) Le style d’Alexandre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaamelott-deuxieme-volet-partie-1/" title="Read  Kaamelott — Deuxième volet, partie 1">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux remarques préliminaires avant de parler de <em>Kaamelott, deuxième volet, partie 1 – </em>titre à rallonge dont le saucissonnage dit bien à quel point la question centrale est ici la sérialité. 1) Le style d’Alexandre Astier se jauge presque uniquement à l’aune des dialogues, dont la gouaille post-Michel Audiard entrelace en vérité une somme d’influences et d’aspirations, entre le modèle goscinnyien d’<em>Astérix</em> (les «&nbsp;<em>môssieur&nbsp;</em>» ironiques et belliqueux que tonne Merlin relèvent de la citation directe) et un goût d’abord musical pour le patois et le charme suranné d’expressions désuètes. 2) Il faudrait fermer un instant (mais un instant seulement) les yeux sur ce style pour saisir ce qui, au-delà de cette course au bon mot, constitue la spécificité réelle de <em>Kaamelott</em> dans le champ de la fiction française. Pensée initialement comme un programme très court surfant sur le succès de <em>Caméra café</em> et consorts (les premiers épisodes faisaient trois minutes montre en main), la série n’a cessé ensuite de s’allonger et de s’hybrider pour tendre davantage vers l’épopée bricolée, voire le portrait en creux d’un dépressif&nbsp;: Arthur, incarné par Astier lui-même, figure engoncée dans son mal-être et entourée d’une bande de pieds nickelés irrécupérables.</p>
<p>La bizarrerie des deux films sortis jusqu’à présent et qui composent la moitié d’une fausse tétralogie en gestation (plus exactement : une trilogie dont le deuxième volet serait décomposé en deux parties – ce qui revient peu ou prou au même) tient à un double mouvement de balancier. D’un côté, la promesse d’une relance de la fiction est articulée autour d’un personnage qui, fondamentalement, n’a pas envie de repartir en quête de ce satané Graal. Astier se plaît à incarner et à réincarner (c’était déjà le cas à la fin de la série) un héros qui n’en peut plus, fatigué et cabossé, incapable d’échapper à la stagnation. De l’autre, en basculant vers le cinéma, <em>Kaamelott</em> déplie encore davantage ses sous-intrigues, comme une extension sans fin de sa sérialité initiale, qui privilégiait aux affaires chevaleresques une suite de bifurcations parodiques et d’incises triviales. <em>Kaamelott, deuxième volet</em> n’est donc pas du tout une tentative de transposer l’imaginaire de la série vers le septième art – ce que le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaamelott-premier-volet/" target="_blank" rel="noopener">premier volet</a> faisait semblant d’entreprendre, en proposant laborieusement du « grand spectacle » que le petit écran n’autorisait pas avec la même ampleur. Pendant 2h20, Astier opte en l’occurrence pour de la vignette carburant à la continuité dialoguée ; on a moins l’impression de regarder un film que de <em>binge-watcher</em> une saison, ou une moitié de saison du <em>Kaamelott</em> d’il y a quinze ans ou vingt ans.</p>
<p>La chose est d’autant plus curieuse qu’on se demande ce qui motive ce film en particulier. Pas une promesse d’inédit, ça, c’est certain. Pas non plus un désir d’apothéose spectaculaire : le récit n’en finit plus de ne pas commencer, de cultiver son piétinement permanent au bout duquel s’esquisse un vague <em>teasing</em>. Dans un rare moment de sérieux, Arthur tente de «&nbsp;<em>faire un effort</em>&nbsp;» et de diriger les réunions de la nouvelle Table ronde. Il entame alors son retour aux affaires par un plaidoyer pour une «&nbsp;<em>restauration du sentiment</em> » (belle expression) et la croyance en l’aventure. Mais <em>Kaamelott</em>, même dans ses quelques incartades plus dramatiques, n’a jamais véritablement reposé sur cet appel grisant de l’épique&nbsp;; son cœur, ce sont les comédiens, qui déploient un cabotinage effréné et histrionique. Or, dans ce deuxième volet, on a moins affaire à de véritables numéros d’acteurs qu’à des caméos (c’est-à-dire des apparitions jouant sur le plaisir, très relatif, des retrouvailles ou de la reconnaissance) plus ou moins (mais moins que plus) inspirés. Il suffit par exemple de deux petites minutes de Christian Clavier, surjouant avec délectation la fourberie et l’obséquiosité, pour se rendre compte que le seul intérêt originel de <em>Kaamelott</em> résidait dans sa manière d’aménager un périmètre ludique pour des acteurs se prêtant à un enfantin « on dirait qu’on joue » aux légendes du Roi Arthur, sur un mode farcesque. Le problème, c’est qu’au-delà de la lourdeur de l’imaginaire (qui sent fort le coup de rouge de trop et le fromage qui puire, pour citer le Clavier des <em>Visiteurs</em>), on s’amuse très peu devant le bac à sable installé par Astier, et les interprètes arrivant ici à faire entendre leur petite musique se comptent sur les doigts d’une main. Si l’on devait baragouiner comme les personnages, on pourrait dire que cet énième tour de carrousel ne vaut pas tripette.</p>
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		<item>
		<title>The Chronology of Water</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chronology-of-water/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>The Chronology of Water puise son inspiration du côté de la littérature : adapté des mémoires de Lidia Yuknavitch, le premier long-métrage de Kristen Stewart s’apparente à un poème où chaque image serait un vers,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chronology-of-water/" title="Read  The Chronology of Water">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>The Chronology of Water</em> puise son inspiration du côté de la littérature : adapté des mémoires de Lidia Yuknavitch, le premier long-métrage de Kristen Stewart s’apparente à un poème où chaque image serait un vers, avec ce que cela implique de beauté, mais aussi d’opacité. Le film raconte une vie brisée par l’inceste et les refuges incertains que l’héroïne trouve pour survivre : la natation, les drogues, puis l’écriture. Le récit, porté par une voix off dont le propos est en dissonance avec ce que l’on voit à l’écran, traduit la volonté de Lidia (Imogen Poots) de se réapproprier son histoire et son corps après des années à subir la violence de son père. Dans cette perspective, Stewart donne une place clef au montage : sans transition, les images du présent et du futur se chevauchent. Il n’y a plus de flashback ou de projection dans le temps ; le film s’attache à figurer le détraquement provoqué par le traumatisme de l’inceste en entrelaçant plusieurs strates temporelles. Au-delà de sa structure en cinq chapitres, <em>The Chronology of Water </em>s’efforce dès lors de capter un flux de conscience.</p>
<p>Par exemple, au milieu d’une discussion avec son partenaire sur le fait d’avoir un enfant, des images de Lidia avec un bébé surgissent, d’abord de manière subliminale (au point où on se demande si on les a bien vues), avant de s’affirmer plus nettement. Les plans se présentent alors comme des pensées intrusives que la jeune femme tenterait de chasser de son esprit pour finalement en accepter la réalité. Cette stratégie, qui entreprend de restituer l’engrenage psychique dans lequel est pris le personnage, a l’intérêt – et le paradoxe, car elle implique une saturation de sens – de sortir du chaos : elle met l’expérience traumatique au centre de la forme et, par extension, nourrit le récit d’un personnage qui remet son monde à l’endroit. Reste que si cet entremêlement raconte quelque chose, il menace de transformer <em>The Chronology of Water</em> en catalogue d’effets (gros plans, zooms, coupes abruptes) où la quasi-totalité des plans se retrouve chargée de symboles faisant miroiter une infinité de possibles. On aurait par ailleurs aimé que les scènes soient assez longues pour laisser le personnage exister : ce sont celles qui installent des situations dans la durée, comme la discussion entre Lidia et sa sœur, ses retrouvailles avec son père ou sa nage avec son futur époux, qui témoignent le mieux du potentiel de Stewart comme cinéaste.</p>
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		<item>
		<title>Black Phone 2</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/black-phone-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 10:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Exit la cave décharnée du premier volet&#160;: l’intrigue de Black Phone 2 se déroule essentiellement dans un camp de vacances perché dans les Rocheuses et substitue à l’exiguïté du sous-sol une forme de claustration plus...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/black-phone-2/" title="Read  Black Phone 2">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Exit la cave décharnée du premier volet&nbsp;: l’intrigue de <em>Black Phone 2</em> se déroule essentiellement dans un camp de vacances perché dans les Rocheuses et substitue à l’exiguïté du sous-sol une forme de claustration plus psychologique. Cette fois-ci, le cœur du concept tient dans les rêves qui assaillent Gwen (Madeleine McGraw). La suite de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/black-phone/" target="_blank" rel="noopener"><em>Black Phone</em></a> creuse donc la veine du film mental&nbsp;; la menace («&nbsp;l’Attrapeur », toujours incarné par Ethan Hawke) ayant été vaincue par le passé, elle ne peut désormais ressurgir qu’en songe, tel un Freddy des temps modernes. Une particularité cependant : là où nombreux films mentaux jouent sur l’indistinction entre le réel et le fantasme – <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smile-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Smile 2</em></a> par exemple, où la réalité se dérobait sans cesse sous nos pieds, le film se révélant <em>in fine</em> n’être qu’un cauchemar sans fond –, une frontière plastique sépare les deux strates dans <em>Black Phone 2</em>, les visions de Gwen se parant systématiquement d’un épais voile granuleux. Cette partition plus marquée permet au film d’entrelacer dans ses scènes d’action deux régimes d’images : celui des rêves de la protagoniste et celui, plus net, du monde réel, dans lequel l’Attrapeur demeure insaisissable.</p>
<p>De ce principe stimulant sur le papier, le film tire hélas essentiellement des vignettes sensationnelles qui font appel à l’iconographie du cinéma d’horreur (on pense par exemple à <em>L’Exorciste</em> devant les images de corps propulsés par une force invisible). Face à cet échec, les séquences de rêve s’apparentent avant tout (comme l’étaient déjà les objets et spécificités de la cave dans le premier volet) à une réserve d’indices dont les personnages se saisissent à chaque réveil en vue de mettre hors d’état de nuire « l’Attrapeur » et de se réconcilier avec leur passé – la mère de la fratrie refait surface dans les visions de Gwen. Le film s’achèvera d’ailleurs sur un &nbsp;« empouvoirement » de l’héroïne et une reprise de contrôle sur ses visions : la promesse d’une forme chaotique induite par le dispositif onirique restera lettre morte.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’après-coup – Together, miroir sans trouble</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-together-miroir-sans-trouble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 10:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le miroir et ses déclinaisons dans Together. Together commence au...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-together-miroir-sans-trouble/" title="Read  L’après-coup – Together, miroir sans trouble">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le miroir et ses déclinaisons dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/together/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Together</a>.</em></p>
<p><em>Together</em> commence au fond d’un trou. Ce trou perdu au milieu d’une forêt pluvieuse, Millie et Tom tombent malencontreusement dedans au cours d’une randonnée où ils vont d’abord se perdre, pour mieux ensuite se retrouver. Dans la mystérieuse fosse, leur relation en péril (nombreux sont les motifs de désaccord avant que le sol ne s’effondre sous les pieds du jeune homme) bascule précisément lorsque Tom, assoiffé, boit l’eau du puits stagnant à ses pieds. Eux l’ignorent encore, mais la caméra de Michael Shanks ne laisse planer aucun doute quant au changement d’orientation du récit. Elle passe sous le niveau de l’eau et, après avoir filmé la scène en contre-plongée depuis la profondeur, opère un imperceptible mouvement pour faire apparaître le reflet renversé à 180 degrés du personnage. Une nouvelle perspective est ainsi définie : l’envers et l’inverse ne font plus qu’un. La ligne de l’eau ne s’est pas seulement muée en miroir, la caméra a fait fusionner une image et son double inversé dans le même plan. Cet « effet miroir » (l’autre comme reflet de soi), le film va moins le décliner ou le problématiser que l’entériner progressivement comme une fatalité, voire une délivrance (le cinéaste déclare envisager lui-même son film comme une allégorie de l’amour éternel). De fil en aiguille, ou, plutôt, de cheveux avalés en peaux arrachées, les épreuves endurées confinent à une déformation commune des corps, validant l’adage du « qui se ressemble s’assemble ». Du trou n’émergera <em>in fine</em> aucune zone d’ombre. Aussi horrifiques soient-ils, les tourments conjoints reflètent une vision du couple aussi lisse que la surface d’un miroir&nbsp;: le monstre aux allures baconiennes de l’ultime scène du film accouche en définitive d’une figure androgyne et sans aspérités, presque angélique.</p>
<p>Le meilleur passage du film s’inscrit pourtant <em>a contrario </em>de cette perte d’identité consentie, voire sacrificielle. C’est une scène de sexe dans les toilettes de l’établissement scolaire où Millie officie en tant qu’institutrice. Pris d’un désir irrépressible, le couple y fait l’amour à la dérobée, mais une fois l’orgasme atteint, Tom ne parvient pas à se retirer. Cette fois-ci, la situation est filmée en plongée. Les deux corps désespérément attachés sont coincés entre quatre murs, comme dans une étroite fosse, tandis qu’un témoin extérieur manifeste sa présence, actant d’un danger imminent. Tom doit alors s’extraire doublement du trou&nbsp;: libérer son sexe et fuir le regard d’autrui (il est en trop dans ce lieu). Shanks insiste sur le face-à-face entre les deux personnages en mettant en scène&nbsp;une déchirante dichotomie : il filme frontalement leurs visages et donne à ressentir l’espace qui les sépare dans un lieu pourtant particulièrement exigu, alors qu’il s’attache plutôt, ailleurs, à figurer l’irréversible aimantation de leurs corps. La violence de la scène tient à cette dualité contrariée&nbsp;: le miroir (leur fusion) s’est brisé, l’altérité est partout (dedans et dehors). Entre l’inévitable et l’évité, il y a encore la place pour des regards de biais et des dissymétries imparfaites. Malgré leur fiévreux amour, le couple peut encore jouir de ses antagonismes et différences.</p>
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		<title>Dracula</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dracula-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 10:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si Dracula est le plus célèbre des vampires, il est aussi l’une des figures les plus vampirisées&#160;: le roman de Bram Stoker puisait déjà dans les légendes vernaculaires roumaines avant que le mythe ne soit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dracula-3/" title="Read  Dracula">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si Dracula est le plus célèbre des vampires, il est aussi l’une des figures les plus vampirisées&nbsp;: le roman de Bram Stoker puisait déjà dans les légendes vernaculaires roumaines avant que le mythe ne soit décliné, recyclé et digéré par le cinéma ou la télévision, et plus largement par l’ensemble de la culture visuelle occidentale. Le <em>Dracula</em> de Radu Jude s’inscrit consciemment dans cette perspective «&nbsp;postmoderne&nbsp;», s’intéressant principalement à la prolifération d’images engendrées par le mythe. La trame centrale du film l’illustre : en Transylvanie, un restaurant à thème propose une expérience immersive à des touristes internationaux en mal d’exotisme, qui peuvent aussi bien coucher avec Dracula que se lancer à sa poursuite dans les rues de la ville armés de pieux. Filmé en plans-séquences, dans lesquels les comédiens gesticulent et cabotinent sans grande conviction, ce spectacle dysfonctionnel (Dracula bande mou) tourne en dérision la façon dont le vampire est érigé en emblème national pour servir d’argument marketing racoleur au sein d’un tourisme mondialisé. En tournant en Transylvanie, Jude n’entend donc pas «&nbsp;revenir aux sources&nbsp;» de la légende, mais filme au contraire le stade terminal de l’industrie culturelle et de la société du spectacle, qui voit Dracula désormais réduit à une marchandise de pacotille.</p>
<p>Il n’est en ce sens pas anodin que le film accorde une place privilégiée à l’Intelligence Artificielle. Elle lui donne d’abord sa structure narrative, qui suit un réalisateur fictif adressant différentes consignes à une IA imaginaire afin de donner vie à sa propre version de Dracula. On voit où Jude veut en venir : la technologie actualise une nouvelle forme de vampirisation des images, puisant dans un vaste réservoir visuel préexistant. En résultent des visions inscrites dans la matière même des plans, entre ballets de corps difformes, séquences d’action génériques (un accident de voiture) et jaillissements gores. Les sketches qui composent le film ont par ailleurs un statut assez étrange : ils ne relèvent pas de récits véritablement clos sur eux-mêmes, à la manière des <em>Mille et Une Nuits</em> ou du <em>Décaméron</em>, mais s’apparentent plutôt à des tentatives formelles esquissées à partir d’une poignée d’idées annoncées par un intertitre et résultant des consignes du réalisateur. Celles-ci peuvent aussi bien consister à réaliser un remake plus sexualisé du <em>Dracula</em> de Coppola qu’à transformer le vampire en métaphore du capitalisme sauvage, à recycler le <em>Nosferatu</em> de Murnau en une série de pastiches publicitaires, etc. Le déploiement de ces histoires a quelque chose de volontairement dysfonctionnel, comme en témoigne le segment consacré au <em>Vampyr</em> de Dreyer. La mise en scène semble d’abord suivre les consignes données par le cinéaste, en pastichant les compositions du cinéaste danois et les cartons du cinéma muet, mais un détail détonne : les plans sont en couleurs. La bizarrerie s’accentue par la suite lorsque Dracula se rend chez le dentiste pour soigner un mal de dents : le film passe au parlant au moment où le médecin insulte et humilie le vampire en lui expliquant qu’il est trop pauvre pour pouvoir se faire soigner. Dracula finit par s’arracher lui-même une canine à l’aide d’une pince, par l’entremise d’une série de gros plans générés par IA. La pauvreté et la précarité surgissent ainsi de façon brutale dans le récit, comme si le chaos du réel venait perturber les algorithmes. Au-delà des quelques images gores, l’écriture du film semble ainsi mimer les errements de la technologie par le biais d’effets de décrochages et de déraillements. À ce titre, les images générées par l’IA ne s’intègrent jamais réellement au découpage des séquences, mais s’insèrent plutôt de manière volontairement artificielle, comme des proliférations monstrueuses. Bien qu’elles prennent en charge la dimension la plus sensationnaliste des récits (le réalisateur demandant à l’IA d’introduire des scènes violentes ou sexuelles afin de séduire un plus large public), elles finissent par en contrarier la logique, instaurant une distanciation critique et ironique qui mine leur potentiel spectaculaire.</p>
<p>Si ces ruptures présentent la part la plus intéressante de <em>Dracula</em>, elles sont largement minoritaires, diluées dans des séquences théâtrales plus platement mises en scène. Le problème principal tient sans doute à la primauté du geste artistique, au détriment d’une véritable effusion formelle. Ainsi du segment, assez peu important à l’échelle du film mais emblématique de cet écueil, où Jude imagine un autre avatar de Dracula utiliser TikTok. Le format de l’image bascule vers un cadre vertical pour montrer le vampire en train d’asséner des insultes xénophobes et de se vautrer dans un nationalisme rance. Dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nattendez-pas-trop-de-la-fin-du-monde/" target="_blank" rel="noopener"><em>N’attendez pas trop de la fin du monde</em></a>, de telles capsules vidéo parsemaient déjà le film, mais se révélaient autrement plus retorses : le personnage d’Angela se filmait sous un masque monstrueux catalysant la vulgarité machiste de l’époque, par un jeu de détournement qui lui servait aussi d’exutoire. Les vidéos relevaient dès lors à la fois du miroir critique et du geste de résistance. Ici, le <em>reel</em> n’a d’intérêt qu’indexé au geste postmoderne général, qui vise à ingérer les différentes images du monde contemporain. L’hétérogénéité au cœur des collages judiens ne génère pas de véritables collisions entre les registres et régimes d’images, brassés de façon plus laborieuse. Si l’idée motrice du film paraît théoriquement féconde (évoquant pêle-mêle la pensée critique d’Adorno, Debord ou Baudrillard), elle reste à un stade trop désincarné. Ce manque d’inspiration finit paradoxalement<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>par produire une sorte d’homogénéité de l’ensemble&nbsp;:<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Jude a beau explorer une large palette de genres et d’images, toutes sont filtrées à travers une même distanciation ironique, qui cultive une veine farcesque dans la continuité de la troisième partie de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bad-luck-banging-or-loony-porn/" target="_blank" rel="noopener"><em>Bad Luck Banging or Looney Porn</em></a>. Vers la fin du film, l’un des chapitres les plus outranciers met en scène un pénis volant qui vient sodomiser un curé : la vulgarité régressive du geste ne provoque bizarrement ni éclats de rire, ni choc, ni étonnement, comme si en maintenant cette note pendant presque trois heures, Jude avait peu à peu anesthésié notre sensibilité aux images et désamorcé la portée subversive de ces dernières. Ce nivellement tient aussi sans doute à la dimension cynique, plus marquée qu’à l’accoutumée au sein de l’œuvre de Jude, où baignent <em>Dracula</em> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener"><em>Kontinental 25’</em></a>, tournés en même temps. Dans ses films précédents, le cinéaste s’appuyait sur des personnages pris dans les rouages du capitalisme néolibéral, mais capables d’y opposer, même de façon diffuse, une forme de résistance – que ce soit l’artiste de <em>Peu m’importe si l’histoire nous considère comme des barbares</em>, la prof de <em>Bad Luck</em>, Angela et les corps prolétaires de <em>N’attendez pas trop…</em><i>,</i> voire le SDF de la première (et meilleure) partie de <em>Kontinental 25’</em><i>.</i> Sans entrer pour autant dans une lutte politique consciente, ces corps produisaient des frictions à l’intérieur du système et du film, là où le regard univoquement sarcastique adopté dans <em>Dracula</em> porte plutôt au détachement. Au risque d’entrer dans le jeu trop cérébral du film, on peut formuler l’hypothèse qu’il vise précisément à cette distanciation, pour rendre sensible une sorte de désenchantement contemporain, non seulement face aux images, mais aussi face à leur pouvoir critique. <em>Dracula</em> constituerait alors un aveu d’échec (après tout, il met en scène un cinéaste en mal d’inspiration qui demande à une IA de faire son travail), mais aussi une expérimentation limite se heurtant à une impasse tautologique, puisqu’elle réactive les formes critiques des films antérieurs de Jude sans parvenir à en faire autre chose que des signes d’épuisement. Le film incarnerait alors bel et bien le monstre du titre ; au-delà du principe de vampirisation, il se présente comme un corps exsangue et dévitalisé.</p>
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		<title>Deux pianos</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-pianos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 10:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Devant le nouveau film d’Arnaud Desplechin, on se demande si on a déjà vu un mélodrame aussi conceptuellement misogyne – au sens où la misogynie n’est pas ici qu’une affaire de regard ou de dialogues,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-pianos/" title="Read  Deux pianos">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Devant le nouveau film d’Arnaud Desplechin, on se demande si on a déjà vu un mélodrame aussi conceptuellement misogyne – au sens où la misogynie n’est pas ici qu’une affaire de regard ou de dialogues, mais une <em>force agissante</em> qui réglemente le récit et conditionne sa bascule centrale. Car si <em>Deux pianos</em>, comme son titre l’indique, est un concerto organisé autour de deux pôles, il faut attendre la moitié du film pour comprendre le fonctionnement précis de sa narration et, par extension, ce qui l’anime. Les pianistes ne sont pas ceux (ou plutôt celles) que l’on croit : il ne s’agit pas de Mathias Vogler (François Civil, très tourmenté, très charmeur, bref, très civilien), un musicien de retour dans sa ville natale de Lyon après un exil sentimental, mais de deux femmes clefs de sa vie –&nbsp; Elena (Charlotte Rampling), mentor « <em>monstrueuse</em> » témoignant à son égard d’une affection maternelle mâtinée d’exigence maladive, et Claude (Nadia Tereszkiewicz), une ancienne amante qui lui a brisé le cœur et lui a préféré comme époux son meilleur ami. Le destin voudra que Mathias retombe sur Claude aussitôt revenu en France, puisqu’il croise le lendemain matin un enfant lui ressemblant comme deux gouttes d’eau, et qui se révélera être le fruit de cette liaison interdite. L’originalité de la trame mélodramatique tient à ce que le scénario est strictement régi par deux cadences et modalités dramaturgiques, qui confèrent au film une certaine étrangeté, voire, dans sa première moitié, une dimension fantastique. La première force dramatique est le régime de la fatalité, associé à la figure d’Elena (le nom, même sans son H, vend la mèche sur l’influence de la tragédie grecque), agente du retour du héros perdu à l’autre bout du monde – Homère n’est pas loin.</p>
<p>Saturne féminin régnant sur un petit Olympe culturel (le milieu lyonnais de la musique classique), elle se présente aussi par endroits comme une sorcière – cf. la manière dont un décès inattendu paraît être le fruit d’une incantation musicale, un raccord abrupt nous déplaçant de l’auditorium de Lyon à l’intérieur d’une ambulance. Ce n’est pas la seule trace de magie plus ou moins noire qui donne sa teinte ténébreuse au premier acte : le retour de Mathias semble également le fruit d’une invocation magique (un conte juif placé en amorce du récit), les corps tombent à plusieurs reprises comme frappés par la foudre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328722_384('footnote_plugin_reference_328722_384_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328722_384('footnote_plugin_reference_328722_384_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328722_384_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328722_384_1" class="footnote_tooltip">Et font écho à la chute brutale et « perpendiculaire » du personnage d’Amalric au début d’<em>Un conte de Noël.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328722_384_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328722_384_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, le hasard des rencontres défie les lois de la vraisemblance au-delà du seuil de l’acceptable, etc. Desplechin tire de ce canevas un mélo en clair-obscur parsemé de petits spasmes narratifs qui viennent troubler la peinture d’une élite bourgeoise aux penchants incestueux – les dieux grecs, toujours. Mais ce segment, bien qu’il soit le plus réussi, ne convainc que partiellement, parce que ce léger regain de vigueur ne se départit pas d’un style à la fois flottant (on ne sait pas toujours ce que Desplechin <em>filme</em>, c’est-à-dire quel regard préside au juste la composition des plans) et faussement heurté. La mise en scène vise une énergie en vérité plus canalisée qu’il n’y paraît : le tremblé de la caméra (cf. la découverte du titre) mime l’expression d’un chaos qui s’incarne essentiellement dans les bordures hésitantes du cadre, et non dans la chair du film. S’il y a chez Desplechin un goût du délitement, notamment matérialisé dans les scènes un peu toc de beuverie où Civil, habillé comme l’était jadis Amalric, titube en pleine rue, cette aspiration au désordre est plus romanesque que formelle – elle reste un objet de désir assez théorique, dont le cinéaste ne peut qu’effleurer les contours.</p>
<h2>La malédiction</h2>
<p>Puis vient le moment charnière où Elena s’éclipse, qui voit le mélodrame prendre une autre tournure : celle d’une possible réunion entre Mathias et Claude. C’est à cet instant que le film dévoile son vrai visage, par une substitution dramatique qui marque aussi le passage de relai d’un personnage féminin à l’autre, Claude devenant une figure bien plus centrale. Aux lois de la fatalité et de la malédiction, Desplechin préfère alors un second moteur dramaturgique : celui de l’incertitude d’une femme présentée comme hystérique, aux réactions et aux désirs erratiques, tour à tour joueuse, violente, jalouse, colérique, charmante et capricieuse ; une femme qui veut consécutivement se débarrasser de ce fantôme du passé, lui faire tourner la tête et être conquise, partir et rester, puis rester et partir. Si la tonalité fantastique de la première heure émanait de la présence d’Elena (jusque dans son adieu spectral), le flottement de la seconde est directement branché sur la psyché de ce personnage ingrat, dont la nature est d’être ballottée entre deux hommes – d’abord entre son mari et son ex-amant, puis entre ce dernier et son fils.</p>
<p>Autrement dit : la misogynie n’est pas ici un à‑côté de l’écriture de Desplechin, mais relève de la chair même de la narration. Il se trouve que c’est aussi à ce moment que le film s’effrite pour de bon, par la manière dont le fantastique est remplacé par des séquences plus prosaïques focalisées sur des liens retissés. À ce stade, Desplechin ne peut plus simplement filmer le rejeton de Claude comme une présence fantomatique au regard grave et pénétrant ; il faut désormais l’amener à la piscine et lui faire la conversation, bricoler des scènes où l’enfant déclame plus artificiellement des dialogues oscillant entre les mots d’auteur («<em>&nbsp;je suis le fils de Pierre</em>&nbsp;») et l’idée approximative que l’on se fait d’un garçon normal de huit ans. Forcément, c’est plus pataud&nbsp;: Desplechin n’est pas un cinéaste de la normalité. Mais il ne s’en sort pas tellement mieux sur le plan de la romance embrasée, car Claude est moins un personnage qu’un assemblage de pulsions irrationnelles – comme l’était déjà l’actrice revancharde jouée par Marion Cotillard dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frere-et-soeur-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Frère et sœur</em></a>. Si par le passé, Desplechin a su faire de ses passions tristes le ferment de son inspiration, il n’en va pas de même pour la misogynie qui s’accompagne d’un manque rédhibitoire d’invention ; elle est l’expression d’un virilisme qui se vit comme accablé par les actions insondables et injustes de femmes à moitié folles (<em>Un conte de Noël</em>, <em>Frère et sœur</em>, etc). Ce qu’elle produit ici, ce sont des plans génériques de mâles traînant leurs mines maudites par les sortilèges des femmes, ou de chambres d’hôtel en bazar dans lesquelles on attend de tirer son coup pour reprendre le cours de sa vie. Curieux cas que celui de Desplechin : plus il vieillit, plus il paraît se complaire dans sa vision immature et adolescente des relations sentimentales, dont le charme ponctuellement allègre (<em>Trois souvenirs de ma jeunesse</em>, quelques segments de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/spectateurs-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Spectateurs&nbsp;!</em></a>) ne parvient plus à contrebalancer le parfum de ses rancœurs recuites à n’en plus finir.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328722_384();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328722_384();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328722_384">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328722_384" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328722_384('footnote_plugin_tooltip_328722_384_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328722_384_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Et font écho à la chute brutale et « perpendiculaire » du personnage d’Amalric au début d’<em>Un conte de Noël.</em></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328722_384() { jQuery('#footnote_references_container_328722_384').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328722_384').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328722_384() { jQuery('#footnote_references_container_328722_384').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328722_384').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328722_384() { if (jQuery('#footnote_references_container_328722_384').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328722_384(); } else { footnote_collapse_reference_container_328722_384(); } } function footnote_moveToReference_328722_384(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328722_384(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328722_384(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328722_384(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-pianos/">Deux pianos</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ciné-club Critikat : Malignant</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-malignant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Oct 2025 13:36:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 27 octobre à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg, quelques jours avant Halloween, pour découvrir ou redécouvrir le délirant Malignant de James Wan. La projection sera suivie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-malignant/" title="Read  Ciné-club Critikat : Malignant">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2191745-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 27 octobre à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a>, quelques jours avant Halloween, pour découvrir ou redécouvrir le délirant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/malignant/" target="_blank" rel="noopener"><em>Malignant</em></a> de James Wan. La projection sera suivie d’une discussion animée par Pierre-Jean Delvolvé et Josué Morel.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329401 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Cine-club-Malignant-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>L’ombre d’un doute — Oui / Kontinental ’25</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-oui-kontinental-25/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Oct 2025 09:18:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce premier épisode de L’ombre d’un doute, le nouveau podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Oui</em></a> de Nadav Lapid et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Kontinental ’25</em></a> de Radu Jude.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Clément Colliaux, Corentin Lê et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Émile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2025</p>
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		<title>17e édition Les Arcs Film Festival</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/17e-edition-les-arcs-film-festival/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 18:59:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<title>43e édition Festival Tous Courts</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/43e-edition-festival-tous-courts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 18:53:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<title>31e festival Chéries-Chéris</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/31e-festival-cheries-cheris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 18:50:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>20e édition Festival Films Femmes Méditerranée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/20e-edition-festival-films-femmes-mediterranee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 18:46:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>29e édition des Écrans Documentaires</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/29e-edition-des-ecrans-documentaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 18:41:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Alien : Earth, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/alien-earth-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 10:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi décliner Alien en série&#160;? Cette question, on se la pose beaucoup devant Alien&#160;: Earth, dont le titre est par ailleurs mensonger, puisqu’il y est assez peu question de filmer la Terre&#160;; l’action prend place...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/alien-earth-saison-1/" title="Read  Alien : Earth, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi décliner <em>Alien </em>en série&nbsp;? Cette question, on se la pose beaucoup devant <em>Alien&nbsp;: Earth</em>, dont le titre est par ailleurs mensonger, puisqu’il y est assez peu question de filmer la Terre&nbsp;; l’action prend place dans une version dystopique et futuriste de notre planète et se concentre plus particulièrement sur une île recluse qui pourrait tout aussi bien exister à l’autre bout de la galaxie. On se la pose d’autant plus que la nouvelle création de Noah Hawley, déjà aux manettes de la transposition de <em>Fargo</em> en série anthologique (les deux premières saisons étaient remarquables), accumule de nombreuses tares des séries contemporaines : tunnels de dialogue, mise en place interminable, recours à la figure d’une psychologue pour entrevoir l’intériorité des personnages, une certaine façon de faire monter la mayonnaise pour nous faire miroiter un climax qui n’advient pas, etc. En dépit de ces défauts, la série vaut toutefois le coup d’œil et parvient même ponctuellement à relancer l’intérêt d’une franchise que l’on croyait usée jusqu’à la corde – le dernier film, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/alien-romulus/" target="_blank" rel="noopener"><em>Romulus</em></a>, pas terrible, tenait avant tout du vaste recyclage. Hawley s’inscrit pourtant dans un sillon déjà bien creusé, celui des dernières itérations de la franchise réalisées par Ridley Scott (les mal aimés <em>Prometheus</em> et <em>Covenant</em>), en délaissant en partie la figure du xénomorphe pour se focaliser sur celle de l’androïde, et plus spécifiquement ici sur une bande d’enfants malades dont la conscience a été transférée dans des corps synthétiques aux compétences surhumaines. Le monstre est même doublement mis sur le bas-côté, puisque son arrivée sur Terre se fait en compagnie de nouvelles créatures extra-terrestres qui lui volent la vedette, entre des sangsues à l’appétit dévorant et surtout une merveille de parasite, le T‑Ocellus, un œil ultra-intelligent muni de petits tentacules qui prend possession du cerveau de ses hôtes en se logeant dans l’une de leurs cavités oculaires.</p>
<p>Ce virage narratif ouvre sur la part la plus intéressante de la série, quand les différents spécimens, récoltés après le crash d’un vaisseau qui occupe les premiers épisodes, sont étudiés dans les installations <em>high-tech</em> d’un milliardaire. <em>Alien&nbsp;: Earth</em> livre alors quelques visions inspirées&nbsp;: la dissection d’un «&nbsp;facehugger&nbsp;», &nbsp;une insémination artificielle d’un xénomorphe-spermatozoïde dans un poumon humain (!), ou encore la prise de possession d’un mouton par le T‑Ocellus, à l’origine d’une vision terrifiante (l’animal tout juste parasité se dresse sur ses deux pattes, toise les scientifiques, puis se remet passivement dans sa posture naturelle, l’air cruel et grave, attendant son heure). Mais la série, <em>in fine</em>, se trompe de personnage&nbsp;: si le plus intéressant est Kirsh (Timothy Olyphant), un androïde moralement ambigu qui ne semble mû que par sa curiosité et sa soif d’expérimentation, elle élit comme cœur battant ces «&nbsp;enfants perdus&nbsp;» pour lorgner vers un récit plus convenu de révolte et d’émancipation. Dommage, car pendant un temps, <em>Alien&nbsp;: Earth</em> aura dessiné un horizon proprement sériel&nbsp;: celui d’un laboratoire dans lequel on prend le temps de s’amuser des potentialités graphiques d’un concept narratif.</p>
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		<title>Soleil Rouge, une histoire du cinéma rebelle japonais</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/soleil-rouge-une-histoire-du-cinema-rebelle-japonais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 10:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans Soleil Rouge, une histoire du cinéma rebelle japonais, Stéphane du Mesnildot retrace l’influence de la contre-culture dans le cinéma...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/soleil-rouge-une-histoire-du-cinema-rebelle-japonais/" title="Read  Soleil Rouge, une histoire du cinéma rebelle japonais">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dans </em>Soleil Rouge, une histoire du cinéma rebelle japonais,<em> Stéphane du Mesnildot retrace l’influence de la contre-culture dans le cinéma nippon des années 1960–1970 et montre comment toutes les contradictions d’une société rétive à l’américanisation parviennent à s’exprimer au sein de différentes formes – Nouvelle vague, films de genre, films érotiques.</em></p>
<p><strong>Vous rappelez dans votre ouvrage que la Nouvelle Vague japonaise naît en réaction aux mouvements étudiants de l’époque.</strong><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329163_402('footnote_plugin_reference_329163_402_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329163_402('footnote_plugin_reference_329163_402_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329163_402_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329163_402_1" class="footnote_tooltip">L’ANPO, le Traité de coopération et de sécurité mutuelle Japon-USA, est signé le 8 septembre 1951. Il permet le maintien de l’armée américaine sur le territoire japonais. Cet accord, symbole de vassalisation, va provoquer de vives contestations, menées notamment par des étudiants d’extrême gauche. L’une des conséquences de cette colère sera l’émergence, à l’initiative même des studios, d’une « Nouvelle Vague japonaise » entièrement calquée sur le modèle français.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329163_402_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329163_402_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> <strong>Quels en sont les cinéastes emblématiques ? Où se situe leur modernité&nbsp;?</strong></p>
<p>Un réalisateur comme Seijun Suzuki, avec <em>La Marque du tueur</em> (1967), incarne une modernité extrêmement audacieuse. Mais d’autres cinéastes, sans doute moins extrêmes sur la forme, se sont eux aussi ouverts aux mutations de l’époque. Kinji Fukasaku, par exemple, est une figure centrale de cette Nouvelle Vague issue de l’intérieur des studios. On pourrait résumer l’esprit de ses films par une formule percutante : le capitalisme est un système criminel et les yakuzas en sont les capitalistes. Dans les années 1960, Oshima et Wakamatsu sont les plus reconnus mais dans les années 1970, Fukasaku s’impose comme l’un des plus grands cinéastes japonais – voire internationaux. La rapidité avec laquelle il enchaîne les volets de <em>Combat sans code d’honneur </em>est tout simplement exceptionnelle. Il met en scène près de quarante personnages, une dizaine de clans, couvre trente ans d’histoire et accompagne la reconstruction du Japon depuis ses ruines. Même s’il n’est pas un cinéaste oublié, il mériterait d’être redécouvert.</p>
<p><strong>Vous considérez qu’il est sous-estimé ?</strong></p>
<p>Oui, je le pense. On le réduit trop souvent à la série B, à des films de gangsters, sans toujours mesurer son génie formel. Sa manière presque documentaire de filmer les affrontements est très singulière ; il y a une véritable terreur qui traverse ses films. L’acteur Bunta Sugawara y incarne des personnages pris de panique face à la violence qu’ils déclenchent eux-mêmes. Lorsqu’ils tirent, on sent qu’ils sont terrifiés par leur propre arme. Les coups de feu partent de manière aléatoire, ce qui insuffle à ces scènes une énergie malfaisante, fiévreuse. La caméra vacille, les visages sont complètement exorbités et tétanisés. C’est quelque chose que je n’ai presque jamais vu ailleurs. Peut-être chez Don Siegel ou Samuel Fuller, ces cinéastes qui réinventent le film noir en le nourrissant de réalisme social et d’une tension documentaire, en filmant directement les rues. Fukasaku, quelque part, est leur frère.</p>
<p><strong>Votre livre rend compte des effets ambigus de l’influence américaine. Ils s’incarnent dans des formes diverses, dynamiques : dépassement dialectique de figures imposées par la culture américaine, hybridation…</strong></p>
<p>Oui, un bon exemple de cette dynamique, c’est la manière dont les années 1960 réinvestissent la figure du samouraï. À l’origine, le samouraï appartient à une structure féodale rigide. Mais on le transforme peu à peu en <em>rônin</em>, c’est-à-dire en samouraï sans maître, en personnage individualiste. Et c’est là quelque chose de profondément moderne, voire de paradoxal dans le contexte japonais, où l’attachement au groupe – à la famille, au clan – l’emporte traditionnellement sur l’individu mû par son propre intérêt.</p>
<p><strong>Pourtant, vous soulignez que le fameux code d’honneur des samouraïs est en réalité une invention tardive et qu’il est essentiellement convoqué dans les films d’après-guerre. </strong></p>
<p>Oui, les samouraïs sont comme des vétérans du Vietnam ou de la guerre du Pacifique. Il fallait leur inventer une structure, c’est à cela que sert le code d’honneur du Bushido. Le <em>Traité des cinq roues</em> de Musashi (1645), par exemple, qu’on cite souvent comme référence philosophique, est surtout un manuel technique sur l’art de tuer efficacement son adversaire. Sous l’ère Edo, en temps de paix, les samouraïs sont progressivement marginalisés. La culture guerrière se délite, remplacée par une culture urbaine et bourgeoise focalisée sur l’art et le plaisir. La figure de la geisha prend alors le pas sur celle du guerrier. Et ces anciens samouraïs, désœuvrés, déclassés, doivent vendre leurs sabres pour survivre. Des films comme <em>Hara-Kiri</em> le racontent très bien. Certains continuent malgré tout à s’acheter des sabres en bois, juste pour entretenir l’illusion. Ils deviennent artisans, errants ou mercenaires – vendus au plus offrant pour réprimer une révolte paysanne ou attaquer un baron voisin. Ce sont ces trajectoires qu’on retrouve dans de nombreux films des années 1960 : des rônins traumatisés par leurs combats passés. Et c’est précisément quand cette figure du samouraï sale et dépeigné devient trop dérangeante pour le Japon conservateur que surgit une nouvelle incarnation : le yakuza.</p>
<p><strong>Le yakuza prend donc le relais du samouraï. </strong></p>
<p>Exactement. C’est une bascule très révélatrice. Les yakuzas vont incarner les valeurs chevaleresques que les samouraïs ne peuvent plus porter : loyauté, honneur et sens du sacrifice. Et c’est aussi ce qui m’a poussé à écrire ce livre, en grande partie consacré au cinéma criminel. Dès que j’ai commencé à regarder ces films, j’ai été happé. Ce sont de véritables westerns. On y croise des pêcheurs, des paysans, des mineurs rackettés par des yakuzas sans scrupules. Et arrive un yakuza errant – souvent incarné par Ken Takakura – qui va choisir de défendre les opprimés contre les truands. Ce qui est intéressant, c’est le brouillage initial : on ne sait pas très bien qui est qui. Est-ce que ces marins sont des yakuzas ou de simples travailleurs ? Il y a toujours un bon chef, souvent paternaliste, interprété par Takashi Shimura – l’acteur de <em>Vivre</em> de Kurosawa – et en face, des méchants, habillés à l’occidentale, corrompus, utilisant des méthodes purement capitalistes. Ce qui est fascinant et paradoxal, c’est que ces «&nbsp;méchants&nbsp;» emploient les techniques des véritables yakuzas… qui sont les producteurs de ces films.&nbsp; Les «&nbsp;bons&nbsp;» yakuzas se retrouvent à défendre une sorte de syndicalisme populaire, alors que les yakuzas réels, dans la société, sont eux du côté de la répression, notamment des grèves. C’est ce genre de contradictions qui rend ces films passionnants. Petit à petit, cette ambiguïté disparaît. Le peuple s’efface, et ne restent que les yakuzas entre eux. Les récits deviennent presque cornéliens : des luttes d’honneur, de loyauté, de dettes morales, etc.</p>
<h2>Films noirs et carte blanche</h2>
<p><strong>Pouvez-vous revenir sur le lien très particulier qui unit les studios et les yakuzas ?</strong></p>
<p>Si l’on prend les premiers films de yakuzas produits par la Toei, on est dans une situation assez incroyable : ce sont littéralement les yakuzas eux-mêmes qui produisent les films. S’il n’est pas antinomique que cette contre-image de la société capitaliste passe par une diffusion de masse, il est tout de même étonnant que les yakuzas soient les premiers à profiter, comme toutes les organisations mafieuses, du miracle économique que connaît le pays. On retrouvera également cette dynamique dans le cinéma de Hong Kong, puis dans le cinéma coréen. Avec un grand succès public à la clef.&nbsp; Au Japon, des acteurs comme Ken Takakura ou Koji Tsuruta deviennent de véritables stars. Junko Fuji, qui joue dans <em>La Pivoine rouge</em>, acquiert également une grande popularité. Pour les jeunes réalisateurs issus de la contestation, ce contexte offre une opportunité : il y a un public, il faut produire vite, et au sein de ces rythmes industriels, certains parviennent à imposer une vision personnelle, parfois critique. C’est souvent dans ces interstices que naissent de vrais auteurs.</p>
<p><strong>C’est là qu’émerge aussi le genre du </strong><em><strong>pinku eiga</strong></em><strong>, investi par de jeunes réalisateurs contestataires.</strong></p>
<p>Le <em>pinku eiga</em> – ou cinéma érotique – suit une trajectoire un peu différente, mais tout aussi révélatrice. Ce qui est sidérant, c’est que la Nikkatsu, l’un des plus grands studios japonais, fait le choix stratégique de se convertir au cinéma érotique. Comme les grands réalisateurs et les stars, à l’image de Meiko Kaji, refusent de suivre ce virage, les studios ouvrent la porte à une nouvelle génération. On donne donc leur chance à de jeunes assistants issus de la contre-culture. Leur seule contrainte : insérer une scène érotique toutes les dix minutes. Pour le reste, ils ont carte blanche. Cela va permettre l’émergence de films très différents : certains très sombres, d’autres influencés par le <em>film noir</em>, ou encore d’autres portés par une sensibilité à la Mizoguchi. Il y a plusieurs courants, mais disons que le système des studios n’est pas si oppressif pour eux.</p>
<p><strong>La contre-culture semble donc très largement diffusée. Pourtant, vous dites que les années 1970 incarnent déjà un consumérisme triomphant. Pourquoi ?</strong></p>
<p>La période de foisonnement et d’éruption est en effet plutôt celle des années 1960. Les années 1970 sont différentes parce qu’elles sont marquées par l’amertume des révolutions ratées, le sabordage des deux pôles, d’extrême gauche et d’extrême droite. Ce qu’on appelle la « contre-révolution » émerge, comme dans beaucoup de pays capitalistes, que ce soit en France dans les années 1970, ou aux États-Unis et en Italie dans les années 1980. Il y a une reprise en main idéologique qui insiste sur la consommation, le confort domestique. Tout cela s’incarne dans cette figure centrale au Japon qu’est la jeune fille<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329163_402('footnote_plugin_reference_329163_402_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_329163_402('footnote_plugin_reference_329163_402_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329163_402_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329163_402_2" class="footnote_tooltip">voir Stéphane Du Mesnildot,<em> L’Adolescente japonaise ; ou l’impératrice des signes</em>, Auxonne, Le Murmure, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329163_402_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329163_402_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
<p><strong>Que se passe-t-il dans les années 1980 ?</strong></p>
<p>C’est le début de la crise pour les grands studios. Les films de yakuzas se raréfient et de nouvelles compagnies, comme Kadokawa – qui était d’abord une maison d’édition –, prennent le relais. Elles vont surtout adapter leurs propres <em>best-seller</em>s littéraires. La logique des séries à rallonge cède la place à celle du <em>blockbuster</em>. Face à ce système qui se referme, les jeunes cinéastes cherchent d’autres moyens de faire exister leur cinéma. Beaucoup optent pour le Super 8, qui permet de tourner à moindre coût. Ils s’autoproduisent, participent à des festivals, essaient de se faire remarquer. Leurs films sont radicalement différents de ceux des années 1960–1970 : beaucoup plus punks. La musique y joue un rôle essentiel – il y a une vraie culture <em>noise</em>, des groupes très bruyants, très en colère.</p>
<p><strong>Peut-on faire un parallèle avec l’Allemagne ?</strong></p>
<p>Oui, tout à fait. En réalité, ce sont souvent les pays de l’Axe qui ont vu émerger des cinéastes confrontés à la mémoire et aux séquelles du fascisme. La Nouvelle Vague japonaise affronte l’héritage impérialiste, comme Bellocchio affronte le fascisme italien ou Fassbinder la dénazification. Fukasaku et Fassbinder, par exemple, partagent les mêmes constats. Le Japon, comme l’Italie, connaît une transformation urbaine rapide : les maisons familiales à la Ozu, avec leurs générations entassées sous un même toit, laissent place à des HLM impersonnels. Les grands-parents sont relégués à la campagne, les femmes deviennent des femmes au foyer, isolées. <em>Elle et lui</em> (1963) de Susumo Hani, montre déjà cette crise de la modernité. Une femme s’ennuie dans son petit appartement. En dessous, il y a encore un bidonville et un ferrailleur&nbsp;; elle va être fascinée par cet homme qui va la pousser à s’émanciper. Dès les années 1960, ces tensions sociales, économiques et affectives sont présentes dans le cinéma. Mais certains cinéastes vont encore plus loin, comme Wakamatsu, qui montre des jeunes en pleine décomposition mentale : ils violent, tuent, détruisent tout autour d’eux, y compris leurs propres sœurs, mères et voisins. Ce sont des films qui poussent la révolte à l’extrême. On aurait beaucoup de mal à produire de tels films aujourd’hui, mais ils sont essentiels pour comprendre les racines de la révolte.</p>
<p><strong>Voyez-vous des héritiers de cette période dans le champ du cinéma japonais contemporain&nbsp;?</strong></p>
<p>Il y a bien sûr quelques cinéastes contemporains qu’on pourrait qualifier d’héritiers, mais ils sont rares. Hamaguchi, par exemple, représente ce que j’appelle le « Japon beige » : un cinéma lent, feutré, très influencé par l’art et essai international. Il y a aussi toute une vague de comédies indépendantes, à la fois commerciales et un peu formatées. Mais je ne vois pas vraiment de films qui aient la même hargne, la même énergie que ceux des années 1960–1970. Cela dit, dans un cinéma plus marginal, plus étudiant, on sent parfois revenir l’influence de Wakamatsu – dans des films qui traitent de l’hypersensibilité contemporaine, des acouphènes notamment.&nbsp; Le seul véritable héritier, à mes yeux, c’est Tomita. Il a longtemps été routier – c’est presque devenu sa légende –, il vit entre le Japon et la Thaïlande, il est très proche des milieux rap, etc. Il est vraiment attaché au sous-prolétariat et à l’immigration. <em>Saudade</em>, par exemple, est un film bouleversant sur les travailleurs brésiliens d’origine japonaise, qui reviennent au Japon pour occuper les emplois les plus durs. Le film est long, presque trois heures, très ancré dans le réel, avec beaucoup de drogue, de misère. <em>Bangkok Nites</em>, aussi, était magnifique. On sent que Tomita est un véritable hériter de ce cinéma rebelle parce que ses sujets sont durs, qu’il a une personnalité très aventureuse, qu’il a du mal à faire ses films et n’est pas très connu. Mais dans les festivals, il a un vrai succès. Il a un côté voyou comme les cinéastes de l’époque dont nous parlions.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329163_402();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329163_402();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329163_402">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329163_402" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329163_402('footnote_plugin_tooltip_329163_402_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329163_402_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">L’ANPO, le Traité de coopération et de sécurité mutuelle Japon-USA, est signé le 8 septembre 1951. Il permet le maintien de l’armée américaine sur le territoire japonais. Cet accord, symbole de vassalisation, va provoquer de vives contestations, menées notamment par des étudiants d’extrême gauche. L’une des conséquences de cette colère sera l’émergence, à l’initiative même des studios, d’une « Nouvelle Vague japonaise » entièrement calquée sur le modèle français.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329163_402('footnote_plugin_tooltip_329163_402_2');"><a id="footnote_plugin_reference_329163_402_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">voir Stéphane Du Mesnildot,<em> L’Adolescente japonaise ; ou l’impératrice des signes</em>, Auxonne, Le Murmure, 2018.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329163_402() { jQuery('#footnote_references_container_329163_402').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329163_402').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329163_402() { jQuery('#footnote_references_container_329163_402').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329163_402').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329163_402() { if (jQuery('#footnote_references_container_329163_402').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329163_402(); } else { footnote_collapse_reference_container_329163_402(); } } function footnote_moveToReference_329163_402(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329163_402(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329163_402(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329163_402(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/soleil-rouge-une-histoire-du-cinema-rebelle-japonais/">Soleil Rouge, une histoire du cinéma rebelle japonais</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Coffret Nico&#160;: 5 films de Philippe Garrel</title>
		<link>https://www.critikat.com/dvd-livres/coffret-nico-5-films-de-philippe-garrel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[DVD/BR & Livres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Re:Voir poursuit son travail de restauration et d’édition de l’œuvre de Philippe Garrel, avec cette fois-ci un coffret consacré aux films les plus rares de sa première période : ceux de la décennie 1970, marqués...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/dvd-livres/coffret-nico-5-films-de-philippe-garrel/" title="Read  Coffret Nico&#160;: 5 films de Philippe Garrel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Re:Voir poursuit son travail de restauration et d’édition de l’œuvre de Philippe Garrel, avec cette fois-ci un coffret consacré aux films les plus rares de sa première période : ceux de la décennie 1970, marqués par une radicalité formelle et la collaboration intime avec Nico.</em></p>
<blockquote><p>«&nbsp;<em>The extension of the eye.</em></p>
<p><em>You are not the extension of my eye.</em></p>
<p><em>I am the extension of your eye.</em></p>
<p><em>I do not know your eye.</em></p>
<p><em>He does not see me.</em></p>
<p><em>He does not see me now.</em></p>
<p><em>He does not see me pass the time between.&nbsp;</em></p>
<p><em>He does not see me pass the time between.&nbsp;</em></p>
<p><em>The extension of the eye.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>You are the extension of my eye.</em></p>
<p><em>I am not the extension of your eye,</em></p>
<p><em>I do not know your eye.</em></p>
<p><em>He does not see me.</em></p>
<p><em>He does not see me now.</em></p>
<p><em>He does not see me pass the time between.</em></p>
<p><em>He does not see me pass the time between. </em>»</p></blockquote>
<p>Cet étrange poème récité par Nico en voix-off dans un plan d’<em>Un ange passe</em> contient sans doute l’un des enjeux fondamentaux des films réalisés par Philippe Garrel au cours des années 1970. De<em> La Cicatrice intérieure</em> (1970) au <em>Bleu des origines</em> (1977), la chanteuse et compagne d’alors du cinéaste apparaît dans cinq films, marquant du même coup un glissement du geste esthétique de l’auteur vers un hiératisme de plus en plus affirmé. Si <em>La Cicatrice intérieure</em> prolonge les récits allégoriques filmés en plans séquences virtuoses du <em>Révélateur</em> ou du <em>Lit de la vierge</em>, les œuvres suivantes se dépouillent progressivement de la fiction pour tendre vers une immobilité quasi totale et une collection de plans de l’être aimé. Il s’agit d’un renouvellement, qui ouvre la voie à des expérimentations formelles sur le gros plan (<em>Le Berceau de cristal</em>) ou le montage parallèle (<em>Un ange passe</em>), mais aussi d’une forme de crise : son cinéma semble peu à peu se refermer sur lui-même jusqu’à l’étouffement, incapable de filmer autre chose qu’un visage, du moins jusqu’à ce que la rupture définitive du couple ne permette d’amorcer une nouvelle période créative à partir de <em>L’Enfant secret</em>. Les cinq films nourris par cette collaboration peuvent s’appréhender comme la pure célébration d’une femme, moins actrice que modèle, renouant avec la figure romantique de la « muse ». La question de ce regard ne va pas sans poser problème, d’autant plus aujourd’hui alors que la figure d’auteur incarnée par Garrel est largement remise en cause dans le cadre de #MeToo<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329149_404('footnote_plugin_reference_329149_404_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329149_404('footnote_plugin_reference_329149_404_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329149_404_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329149_404_1" class="footnote_tooltip">Philippe Garrel est mis en cause en 2023 par cinq comédiennes, qui l’accusent de tentatives de baisers non consentis et de propositions professionnelles ambivalentes. Voir <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/300823/des-faveurs-sexuelles-contre-un-role-dans-un-film-plusieurs-femmes-incriminent-philippe-garrel" target="_blank" rel="noopener noreferrer">l’enquête de Médiapart</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329149_404_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329149_404_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Or ce qui frappe à la redécouverte des films avec Nico, c’est qu’ils problématisaient déjà, dans leur cœur, la question du regard et de sa réciprocité. Le poème de Nico dans <em>Un Ange passe</em> en atteste&nbsp;: en jouant sur la répétition et l’inversion de la négation («&nbsp;<em>You are (not) the extension of my eye./ I am (not) the extension of your eye.</em>»), il instaure une dialectique dans la relation, où le «&nbsp;je&nbsp;» ne se laisse pas contenir dans le «&nbsp;tu&nbsp;», comme s’il s’agissait pour Nico de rendre son regard à Garrel, en refusant de se définir comme un simple objet de fascination. L’effet du texte est par ailleurs d’autant plus fort qu’il est récité lors d’un concert de la chanteuse. La composition du cadre large et le contraste du noir et blanc font de Nico une source de lumière entourée d’une foule plongée dans la pénombre, dont les regards convergent vers elle. Si l’enregistrement du <em>live</em> se fait d’abord entendre, cette parole intime finit par le remplacer avant de laisser place à un long silence. Le montage sonore et visuel étend la portée du poème : au-delà de la relation Nico/ Garrel, il s’applique aussi à son statut d’icône de la scène musicale.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329220 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/un-ange-passe-garrel.jpg" alt width="960" height="576" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/un-ange-passe-garrel.jpg 960w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/un-ange-passe-garrel-300x180.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/un-ange-passe-garrel-768x461.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px">
<h2>Abysses</h2>
<p>Filmée principalement en plan large dans <em>La Cicatrice intérieure</em> et <em>Athanor</em>, où elle prend l’allure d’une divinité de feu ou de glace au sein de paysages aux accents mythologiques, Nico est ensuite cadrée presque exclusivement en gros plan. Elle ouvre par exemple <em>Les Hautes solitudes</em>, premier « film de visages » de Garrel (dont Jean Seberg est toutefois le rôle principal et le véritable pôle d’attraction esthétique). Les deux plans inauguraux établissent un mode d’apparition qui restera à peu près le même jusqu’au <em>Bleu des origines</em><i>, </i>caractérisé par la fixité et l’impassibilité de la chanteuse. Ils contrastent nettement avec les plans de Seberg, qui ne cesse de jouer avec l’objectif, inventant une dramaturgie à partir de ses regards caméra ou du dévoilement de son visage. Tout l’enjeu du film consiste alors à faire tomber ses masques, en étirant le plan dans la durée, jusqu’à l’instant de dénuement où le visage, dans sa fragilité, ouvre sur une forme de transparence et de vérité. Celui de Nico s’offre plutôt comme une surface opaque, sous laquelle sourd un monde intérieur, une forme d’abyme insondable auquel se heurte le regard. Les gros plans du <em>Berceau de cristal</em>, d’<em>Un Ange passe</em> ou du <em>Bleu des origines</em> sont autant de tentatives renouvelées de s’approcher de ce mystère.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>En témoigne l’amorce d’<em>Un ange passe</em><i>,</i> composée de quatre plans de Nico, assise sur un banc, où son « jeu » minimal repose sur une poignée des gestes — elle ferme les yeux, penche la tête, entrouvre la bouche, sans que ses traits n’expriment une émotion déterminée. Les trois plans se rapprochent successivement de son visage, avant que le quatrième ne revienne à un cadre plus large. Ce mouvement d’avancée puis de recul semble figurer l’oscillation qui confère leur intensité singulière à chacun de ses portraits : notre regard est d’abord sollicité par la figure face à la caméra, avant de se cogner contre son irréductible altérité — la fascination finit par nous méduser. Les plans pourtant immobiles sont ainsi mus par une dynamique intérieure, rendue possible par la longue durée des prises. Dans la lignée des <em>Screen Tests</em> d’Andy Warhol, les portraits de Garrel offrent une expérience phénoménologique inédite d’un visage et de sa photogénie. Sous la pression du regard, la figure finit par se défaire pour gagner en abstraction&nbsp;; elle devient un pur phénomène lumineux, ce que renforce l’instabilité des contrastes induite par l’utilisation de pellicules périmées ou encore l’effet de tremblement, voire de syncope, qui accompagne les très gros plans d’<em>Un Ange passe</em>. Le visage de Nico se prête par ailleurs bien à ce devenir-abstrait, ses pommettes hautes transformant ses joues en surfaces éblouissantes enserrées par sa longue chevelure sombre. À trop s’abîmer dans la contemplation d’un être, celui-ci devient une image qui a la consistance du rêve. <em>Un Ange passe </em>formalise précisément cette idée à travers un montage parallèle qui accole les plans de Nico à des conversation entre Maurice Garrel et Laurent Terzieff, ou Bulle Ogier et Jean-Pierre Kalfon ; traversés par des silences, les échanges sont hantés par le spectre de la chanteuse (l’ange du titre), son souvenir se surimprimant de façon hallucinatoire aux autres visages du film.</p>
<p>Les deux derniers films de la période (<em>Le Berceau de cristal</em> et <em>Le Bleu des origines</em>) ont la particularité d’expliciter encore davantage la question du regard en mettant en scène Garrel lui-même face à Nico. Il s’en dégage un parfum crépusculaire et mortifère prononcé, donnant l’impression que la relation de plus en plus toxique du réalisateur avec Nico, marquée notamment par la drogue, le mène vers une expérience limite du cinéma. <em>Le Berceau de cristal</em> (le plus beau des cinq films) met en regard deux artistes et leurs modèles&nbsp;: Dominique Sanda pose devant le peintre Frédéric Pardo dans un jardin aux couleurs chatoyantes, tandis que Garrel et Nico sont enfermés au sein du Musée du cinéma, situé dans le sous-sol du Palais de Chaillot (l’ancienne adresse de la Cinémathèque française). Aux teintes lumineuses des toiles psychédéliques de Pardot répond un clair-obscur sépulcral, où le visage blême de Nico est arraché à l’obscurité. Les nappes sonores du groupe Ash Ra Tempel produisent un effet de stase hypnotique, donnant le sentiment d’assister conjointement à une liturgie d’un visage et à un chant du cygne. Par les cadres resserrés et l’épaisse obscurité qui entoure la figure, la lumière semble comme émaner de la peau elle-même. Rongé de plus en plus par les ténèbres, ce fragile rayonnement meurt progressivement jusqu’au suicide final du personnage. L’évolution figurative tient alors lieu de dramaturgie&nbsp;: <em>Le Berceau de cristal </em>met en scène un visage dont l’éclat finit par s’épuiser à force d’être contemplé. L’idée peut s’appliquer à l’ensemble des cinq films de Garrel avec Nico : dans l’un de ses premiers plans d’<em>Athanor</em>, la chanteuse se trouve devant un brasero, comme si un feu primordial jaillissait de son corps&nbsp;; dans <em>Le Bleu des origines</em>, elle est devenue une présence obscure drapée de noir, errant sur les toits de l’Opéra ou dans les catacombes à la manière d’Irma Vep ou de Nosferatu. De la déesse du feu à un astre noir, son évolution met en scène la part vampirique du regard de Garrel.</p>
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<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329149_404();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329149_404();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329149_404">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329149_404" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329149_404('footnote_plugin_tooltip_329149_404_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329149_404_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Philippe Garrel est mis en cause en 2023 par cinq comédiennes, qui l’accusent de tentatives de baisers non consentis et de propositions professionnelles ambivalentes. Voir <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/300823/des-faveurs-sexuelles-contre-un-role-dans-un-film-plusieurs-femmes-incriminent-philippe-garrel" target="_blank" rel="noopener noreferrer">l’enquête de Médiapart</a>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329149_404() { jQuery('#footnote_references_container_329149_404').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329149_404').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329149_404() { jQuery('#footnote_references_container_329149_404').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329149_404').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329149_404() { if (jQuery('#footnote_references_container_329149_404').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329149_404(); } else { footnote_collapse_reference_container_329149_404(); } } function footnote_moveToReference_329149_404(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329149_404(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329149_404(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329149_404(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/coffret-nico-5-films-de-philippe-garrel/">Coffret Nico&nbsp;: 5 films de Philippe Garrel</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Météors</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/meteors-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir mêlé le thriller à&#160;la chronique paysanne dans&#160;Petit Paysan, Hubert Charuel greffe cette fois-ci le&#160;buddy movie&#160;au drame social. Dans la «&#160;diagonale du vide&#160;» en Haute-Marne, Dan (Idi Azougli) et Mika (Paul Kircher), deux amis...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/meteors-2/" title="Read  Météors">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir mêlé le thriller à&nbsp;la chronique paysanne dans&nbsp;<em>Petit Paysan</em>, Hubert Charuel greffe cette fois-ci le&nbsp;<em>buddy movie</em>&nbsp;au drame social. Dans la «&nbsp;diagonale du vide&nbsp;» en Haute-Marne, Dan (Idi Azougli) et Mika (Paul Kircher), deux amis paumés, risquent la prison après avoir volé un chat. Le premier ne travaille pas, boit trop et reste une sorte de grand enfant immature, totalement dépourvu du sens des responsabilités&nbsp;; le second, dont la trajectoire sera moins statique, écrit quelques piges pour un journal local et vient d’être embauché en CDD au Burger King du coin. Au début du film, l’idiotie de leur duo offre quelques scènes assez drôles (les deux compères se heurtent à&nbsp;la rigidité parfois absurde de la justice), avant qu’un double compte à&nbsp;rebours scénaristique ne s’amorce&nbsp;: ils ont six mois pour trouver un emploi et montrer patte blanche au tribunal. En même temps qu’ils décident de travailler pour leur ami Tony (Salif Cissé) dans une poubelle nucléaire, la tonalité du film s’assombrit. Le décor bétonné et austère offre quelques plans inspirés, où les blocs géométriques composent un labyrinthe oppressant qui étouffe progressivement l’humour et la légèreté des personnages. Lors d’un dialogue entre Mika et Tony, Dan apparaît derrière eux, transformé par son gilet de sécurité dans la profondeur floutée du champ, en une simple tâche orange sur fond gris. Ignorant les consignes de sécurité, il décide de monter sur un tapis roulant défectueux, avant d’y tomber accidentellement et de se faire évacuer du cadre sans que personne ne s’en aperçoive. Le plan semble alors condenser la critique&nbsp;<em>a&nbsp;priori&nbsp;</em>radicale portée par le film&nbsp;: au lieu de soutenir les plus démunis, le système politico-judiciaire les envoie à&nbsp;la poubelle.</p>
<p>Esquissé pendant quelques séquences, ce potentiel subversif est rapidement éludé à&nbsp;mesure que les ficelles narratives se détournent du site radioactif pour se concentrer sur la mise en crise de l’amitié des deux protagonistes, en assimilant Dan à&nbsp;un boulet qui empêche Mika de se reprendre en main. Les mauvaises fréquentations de Dan font d’ailleurs l’objet d’un traitement encore plus dégradant&nbsp;: ce sont des pauvres types irrécupérables, qui servent parfois de moteur comique. D’un côté, le héros incarné par un acteur en vogue est plein de bonne volonté&nbsp;; de l’autre, les marginaux alcooliques et stupides s’apparenteraient presque à&nbsp;un poison social — curieuse façon d’adopter le point de vue de jeunes paumés pour mieux distinguer&nbsp;<em>in fine</em>&nbsp;le bon grain de l’ivraie, et plus encore, soutenir en creux que leur amitié les tire fatalement vers le bas. À&nbsp;ce titre, le dernier plan du film laisse perplexe&nbsp;: devant un faux fond de plage paradisiaque (sans doute la Réunion, l’endroit où Dan rêvait de s’évader), le jeune homme se tient debout, l’air hébété, en regardant la caméra. Situé en dehors de la narration, le plan semble vouloir conférer un peu de douceur à&nbsp;une conclusion amère, en sollicitant un regard attendri pour ce sympathique pied nickelé. Il traduit néanmoins surtout une forme de condescendance en figeant le destin social de son personnage (alors que des perspectives s’entrouvrent pour Mika) : il restera toujours ce grand adolescent ahuri rêvant d’un ailleurs qu’il ne pourra de toute façon jamais atteindre. C’est la (mauvaise) surprise de&nbsp;<em>Météors</em>, qui préfère troquer la critique des défaillances du nucléaire contre une réflexion sociale assez écœurante.</p>
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		<title>Nouvelle Vague</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 10:29:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Redoutable projet que celui de Linklater, qui revient sur la gestation d’À bout de souffle&#160;en même temps qu’il ambitionne de pasticher l’esthétique du Godard première manière – on y&#160;reviendra toutefois, ce n’est pas si net....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" title="Read  Nouvelle Vague">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Redoutable projet que celui de Linklater, qui revient sur la gestation d’<em>À bout de souffle&nbsp;</em>en même temps qu’il ambitionne de pasticher l’esthétique du Godard première manière – on y&nbsp;reviendra toutefois, ce n’est pas si net. Redoutable, car l’équation à&nbsp;multiples facteurs est en principe, mais aussi dans les faits, pratiquement insoluble&nbsp;: peut-on faire un film godardien sur Godard&nbsp;? Doublé d’une comédie sur la Nouvelle Vague&nbsp;? Et à&nbsp;qui cette dernière s’adresserait-elle&nbsp;? Pas au grand public, on s’en doute. Pas non plus aux godardiens les plus endurcis, qui feront la moue sur l’approche très pop du Texan. Redoutable, enfin, car le film braconne sur les mêmes terres que&nbsp;<em>Le Redoutable</em>&nbsp;de Michel Hazanavicius, et se cantonne au même versant balisé du cinéma de Godard – sa face innocente et facétieuse, l’un documentant sa naissance (Linklater), l’autre son délitement (Hazanivicius). À&nbsp;ce jeu inévitable de la comparaison, l’Américain s’en sort un peu mieux, ne serait-ce que sur un point où on l’attendait au tournant&nbsp;: le casting et la vraisemblance de l’imitation. Guillaume Marbeck, lunettes de soleil masquant constamment son visage, fait un bien meilleur Godard que Louis Garrel, ou du moins un Godard moins univoque, presque paradoxal, dont l’intransigeance le dispute à&nbsp;la facétie. Idem sur le plan des anecdotes et la connaissance encyclopédique du contexte critique et cinéphile de la période – assurément, Linklater a&nbsp;bien potassé son Antoine de Baecque –, qu’il reconstitue avec une malice un peu déconcertante de candeur. Il faut imaginer le film faire des blagues sur la gourmandise de Rossellini ou reproduire la fameuse interview où&nbsp;<a href="https://www.youtube.com/watch?v=cr21Quzfk1Q&amp;ab_channel=INAStars" target="_blank" rel="noopener">Godard improvisait, en 1965, une acrobatie devant les caméras de télévision</a>. Si la chose fera sûrement sourire certains étudiants en licence de cinéma à&nbsp;Paris III (et, on ne va pas se mentir, les critiques biberonnés aux&nbsp;<em>Cahiers du cinéma</em>&nbsp;– je plaide coupable), ces quelques embardées comiques font surtout perler l’étonnement face au degré de fétichisme du cinéaste, qui connaît indéniablement son affaire.</p>
<p>Linklater est familier de Godard, c’est entendu, mais qu’en pense-t-il&nbsp;? Le film pose une hypothèse&nbsp;: le chaos godardien, qui se jouerait avant tout au tournage (le montage fait l’objet en tout et pour tout d’une courte scène), serait le foyer d’un enthousiasme communicatif. L’égrènement des journées (plus ou moins pleines, JLG les écourtant souvent selon les fluctuations de son inspiration) participe ainsi à&nbsp;figurer la lente sédimentation d’un esprit de troupe, les rétifs (Jean Seberg) ou les dubitatifs (Raoul Coutard) finissant par se prendre au jeu initié par leur chef d’orchestre. Le point de vue du film serait à&nbsp;ce titre relayé par le regard de Pierre Rissient, assistant-réalisateur, qui observe avec une joie de spectateur privilégié l’invention du «&nbsp;<em>C’est quoi, dégueulasse&nbsp;?&nbsp;</em>» de Seberg, ou la magie du dernier plan tourné. Cette joie, c’est bien entendu celle de Linklater, ce que confirme le générique de fin, où des plans évoquant des scènes qu’on a&nbsp;vues précédemment finissent par se mélanger à&nbsp;des photos de plateau du tournage du film sur le film, dans lesquelles le réalisateur lui-même apparaît. En somme, Linklater vise à&nbsp;<em>entrer&nbsp;</em>dans&nbsp;<em>À&nbsp;bout de souffle</em>.</p>
<h2>Deux ou trois choses qu’il ne sait pas de lui</h2>
<p>On pourrait trouver la démarche réjouissante, si elle n’achoppait pas sur deux écueils conséquents. Premier écueil&nbsp;: si le film découle bien d’un geste méta (cf. le «&nbsp;vieillissement&nbsp;» du logo de production d’ARP, inspiré par un plan d’<em>Histoire(s) du cinéma</em>, ici désaturé pour coller au noir et blanc du Godard des années 1960), il est en vérité assez peu un pastiche, ou du moins un pastiche du cinéma de Godard. La vraie source d’inspiration de Linklater, ce sont plutôt les photographies de plateau, dont certaines, très célèbres, sont reproduites, sans toutefois adopter exactement le même angle de prise de vue ou échelle de cadre. S’exprime ici une jouissance un peu vaine, ô&nbsp;combien cinéphile (les deux vont de pair), de révéler l’envers du décor, de puiser dans le hors-champ du film une matière qui serait en principe tout aussi cinématographique. Linklater s’amuse pourtant assez peu avec l’esthétique godardienne, notamment sur le plan du montage, en dehors du choix d’introduire chaque personnage par un regard caméra et son patronyme. Ni&nbsp;<em>jump cut</em>, ni cassure, ni rupture des conventions&nbsp;: le film consigne beaucoup d’aphorismes et de maximes du jeune turc, sans en appliquer aucun&nbsp;; il n’entend pas capturer la singularité d’un instant présent, mais préfère extraire la sève de clichés iconiques, pour donner vie au papier glacé.</p>
<p>Second écueil&nbsp;: Linklater a&nbsp;involontairement le point de vue sur Godard de ceux qui, au fond, n’aiment pas Godard, ou (ce qui revient peu ou prou au même) considèrent que la meilleure partie de son œuvre s’arrête à&nbsp;<em>La Chinoise</em>. Par la bienveillance dont il témoigne, il prive, sûrement à&nbsp;son corps défendant, Godard de ce qui fait Godard&nbsp;: sa violence, terrible, sa réelle part de folie, ou encore son humour, beaucoup plus grinçant que ce que le film donne à&nbsp;voir. Hazanavicius, en raillant le «&nbsp;tournant politique&nbsp;» du cinéaste, se moquait de la préciosité du personnage en même temps qu’il regrettait, sur un ton nostalgique, sa fraîcheur perdue. Linklater, lui, est plus amoureux, et c’est précisément parce qu’il est amoureux qu’il en vient à&nbsp;déradicaliser JLG et à&nbsp;lisser sa figure, quitte à&nbsp;passer à&nbsp;côté de l’essentiel&nbsp;: les jeux de montage, la recherche conjointe de la beauté et de sa mise à&nbsp;mal, la joie et la destruction combinées. On n’a pas envie de tirer sur le film, d’autant qu’il s’adresse avant tout à&nbsp;nous, les «&nbsp;<em>ciné-maniaques&nbsp;</em>» que taquine affectueusement Rossellini lors d’une petite fête improvisée au bureau des&nbsp;<em>Cahiers</em>, mais force est de reconnaître qu’il est à&nbsp;peu près aussi charmant qu’anecdotique.</p>
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		<title>L’Invasion</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Oct 2025 10:30:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suite spirituelle de Maïdan, sorti il y a dix ans après les manifestations pro-européennes au centre de Kiev, L’Invasion est composé de scènes de vie dans une Ukraine en guerre, sans qu’aucun affrontement ne soit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" title="Read  L’Invasion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Suite spirituelle de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maidan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Maïdan</em></a>, sorti il y a dix ans après les manifestations pro-européennes au centre de Kiev, <em>L’Invasion</em> est composé de scènes de vie dans une Ukraine en guerre, sans qu’aucun affrontement ne soit directement filmé. Il s’agit du film le plus wisemanien du cinéaste, d’abord au niveau du montage : Loznitsa prend le temps de filmer des scènes sous plusieurs angles, ni de trop près ni de trop loin, en insérant entre chaque bloc de durée des plans de transition qui esquissent un circuit humain et matériel. En témoigne la séquence montrant des citoyens ukrainiens déposer des livres dans un café littéraire, avant qu’ils ne soient transportés jusqu’à un centre de recyclage où ils finiront broyés et transformés en balles de papier et de carton. Avec patience, Loznitsa montre chaque étape du processus et détaille la façon dont la matière change en fonction de son environnement. Objets de valeur lorsqu’ils garnissent les étagères d’une librairie, les ouvrages deviennent ensuite de vulgaires tas de papier une fois compressés et lacérés en vue du recyclage : un classique broché de Dostoïevski finit par alimenter l’effort de guerre (en devenant une boîte en carton renfermant des vivres, comme le suggère la séquence suivante, consacrée à une distribution alimentaire). De la même manière, le film suit dans son ensemble une trajectoire circulaire, en s’ouvrant sur une marche funèbre et en s’achevant sur les larmes des passants devant les gerbes de fleurs à la mémoire des disparus. Entre ces deux bornes, Loznitsa parcourt une bonne partie du pays, de la ville à la campagne, en faisant résonner les séquences les unes avec les autres : un enterrement et une naissance ; un entraînement militaire et un centre de rééducation pour vétérans mutilés ; un grand immeuble tout juste bombardé et une vieille dame qui reconstruit, pierre après pierre, le muret d’une petite maison de campagne.</p>
<p>Wisemanien, le film l’est aussi dans sa manière de filmer le quotidien ritualisé d’un peuple en guerre, avec funérailles, mariages, danses, prières, baptêmes collectifs, chorégraphies militaires et cours d’histoire aux accents propagandistes. « <em>Le monde, en vérité, est une cérémonie</em> », écrivait le sociologue Erwin Goffman, dont Wiseman s’est inspiré dans les années 1960 au moment de réaliser ses premiers films, de <em>Titicut Follies</em> à <em>High School</em>. La maxime apparaît d’autant plus vraie dans un contexte de guerre, comme l’illustre <em>L’Invasion</em> : le pays n’a pas d’autre choix que de multiplier les processions pour survivre, en particulier face à la menace d’un voisin qui cherche à effacer sa culture.</p>
<p>C’est ce que le cinéaste a probablement retenu de ses années passées du côté du montage d’archives (il n’avait plus filmé le « présent » depuis <em>Austerlitz</em> en 2016). Dans les très beaux <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/babi-yar-contexte-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Babi Yar. Contexte</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2022/lhistoire-naturelle-de-la-destruction/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Histoire naturelle de la destruction</em></a> ou <em>The Kiev Trial</em>, Loznitsa retenait moins les images des événements historiques majeurs que ce qui se jouait en périphérie, avant ou après le drame, etc. Géographiquement, il évite ainsi le front dans <em>L’Invasion</em> et élude les scènes de guerre, déjà grandement médiatisées et relayées, pour se concentrer sur ce que personne d’autre, ou presque, n’enregistre. C’est comme si le documentariste s’adressait à un monteur futur, qui serait en mesure de voir dans les scènes de vie ritualisées un trésor archivistique, témoignage vivace que la guerre ne se résume jamais à un défilé de tanks et de vestes en treillis : pendant que les missiles tapissent le ciel, des enfants vont à l’école pour apprendre en chœur le nom des océans.</p>
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		<item>
		<title>Un simple accident</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-simple-accident-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 10:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un plan récurrent dans le cinéma de Jafar Panahi : une caméra filme un couple à l’avant d’une voiture tandis qu’un enfant se tient à l’arrière. Mais cette scène archétypale est ici rapidement perturbée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-simple-accident-2/" title="Read  Un simple accident">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un plan récurrent dans le cinéma de Jafar Panahi : une caméra filme un couple à l’avant d’une voiture tandis qu’un enfant se tient à l’arrière. Mais cette scène archétypale est ici rapidement perturbée par un aléa – le véhicule vient de percuter un chien. Il s’agit du « simple accident » donnant son titre au film, qui amène le trio à s’arrêter dans un garage où va se jouer la meilleure scène du récit. À l’étage de l’établissement, Vahid se fige lorsqu’il entend, hors champ, le père de famille demander où se trouve la boîte à outils. L’étrangeté de la situation est palpable (on ne comprend pas pourquoi le garagiste se cache) et le découpage à la fois incisif et troublant, comme en témoignent les champs-contrechamps entre Vahid, terrorisé, et le père en contrebas, filmé telle une menace, dont la présence est tronquée par des jeux de surcadrage. Dans le prolongement de cette ouverture proche du thriller paranoïaque, Vahid prend en filature la voiture, puis kidnappe le lendemain son conducteur, qu’il accuse d’être un tortionnaire du régime, surnommé Eghbal « la Guibole ». Le garagiste commence cependant à douter, retire le suspect du trou dans lequel il voulait l’enterrer vivant, l’enferme dans l’un des coffres de son van, puis appelle un ami pour confirmer ou infirmer son identité.</p>
<p>Dès lors s’organise un trajet émaillé d’arrêts pour confirmer ou infirmer l’hésitation du personnage. En faisant de ce van un petit théâtre beckettien (<em>En attendant Godot</em> est cité), le film de Panahi met ses personnages à l’épreuve de leur destinée : comme au volant d’une voiture (le motif privilégié de son cinéma), faut-il suivre le sillon tracé par les lois mystérieuses de la contingence (l’accident qui offre à Vahid l’occasion d’assouvir une vengeance inespérée), ou au contraire décider, par moralité, de changer d’itinéraire ? À maintes reprises, les anciennes victimes du tortionnaire débattent de la direction incertaine qu’est en train de prendre leur ravissement improvisé. Est-on sûr qu’il s’agit d’Eghbal, connu pour porter une prothèse à la place de sa jambe droite, perdue à la guerre en Syrie ? Si oui, faut-il pour autant se venger des exactions qu’il a commises dans les geôles du régime, et répondre à la brutalité par la brutalité ? Et lorsque la femme et la fille du détenu sont en danger, doit-on rester fidèle à ses valeurs humanistes et se porter à leur secours ? Ces questions, les personnages panahiens se les posent en des termes trop explicites, donnant souvent au film les contours étriqués d’un tribunal moral et allégorique – loin du suicide organisé du <em>Goût de la cerise</em> de Kiarostami, cinéaste modèle de Panahi, auquel on pense ici sans pour autant retrouver un trouble de la même densité.</p>
<p>Plus inspiré lorsqu’il se détourne momentanément de sa pente didactique, Panahi témoigne ici et là d’un art de la situation&nbsp;: à&nbsp;partir d’un canevas assez simple, un tableau plus profond se dévoile, avec une logique d’emboîtement des enjeux et des situations (il est question, après tout, de mettre un corps dans un coffre ou dans un trou). Au-delà des nombreux plans-séquences, qui permettent de déplier l’action dans le temps, le montage produit quelques embardées bien senties&nbsp;: ainsi d’un contrechamp soudain révélant la présence d’agents de sécurité, juste à&nbsp;côté du van où les personnages hurlent leurs désaccords. Malheureusement la mise en scène n’est pas toujours aussi inspirée, et ce sont surtout des astuces scénaristiques qui insufflent une dose de complexité ou de dynamisme à&nbsp;l’ensemble (le van qui cale au milieu de la route, un téléphone caché dans le pantalon d’Eghbal), quand ce n’est pas la parole même. Une séquence dialoguée se distingue toutefois&nbsp;: à&nbsp;la fin du film, deux personnages font jaillir toute leur rage en criant dans la nuit sur le prisonnier ligoté à&nbsp;un arbre. Outre la dimension profondément cathartique que revêt cette scène pour le cinéaste (Panahi a&nbsp;lui-même été emprisonné dans les geôles du régime), elle organise un déversement d’injures assez radical, abandonnant toute forme de circonvolution morale. Et fait preuve d’une frontalité qui, ici, s’impose.</p>
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		<item>
		<title>Portraits d’Amérique — Jake Perlin</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-jake-perlin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 10:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un programmateur, curateur, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-jake-perlin/" title="Read  Portraits d’Amérique — Jake Perlin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un programmateur, curateur, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Jake Perlin, l’un des créateurs du <a href="https://metrograph.com/" target="_blank" rel="noopener">cinéma Metrograph</a> (New York), fondateur de la maison de production et de distribution <a href="https://www.thefilmdesk.com/" target="_blank" rel="noopener">The Film Desk</a> et collaborateur aujourd’hui de L’Alliance New York.</em></p>
<p><strong>Vous avez de nombreuses casquettes et des activités très diverses, entre la production, la programmation, la distribution de films et l’édition de livres. Comment définiriez-vous avant tout votre activité&nbsp;?</strong></p>
<p>Mon rôle le plus constant, depuis le début des années 2000, reste celui de programmateur. Avant même de travailler dans une institution, j’étais volontaire dans des micro-cinémas [NLDR : des salles indépendantes et autogérées dédiées à une programmation alternative et expérimentale, phénomène analysé <a href="https://www.criterion.com/current/posts/7237-long-live-the-microcinema?srsltid=AfmBOooXoOEuviUIptbQBIZLz1rkMEe9ydAEBnNeCSiFgvEDJ6UGUlLz%5d%20pour%20programmer%20des%20films" target="_blank" rel="noopener">ici</a>] pour programmer des films. Mais cela fait maintenant quinze ans que je travaille aussi comme distributeur. Tout a commencé principalement avec des films français qui n’avaient pas encore été distribués aux États-Unis. Là encore, c’était lié à la programmation&nbsp;: souvent, mes films préférés n’avaient tout simplement pas de distributeur&nbsp;! Si je n’avais pas voulu faire une rétrospective Pialat, je n’aurais sûrement jamais réalisé que <em>Nous ne vieillirons pas ensemble</em> n’avait jamais été montré aux États-Unis. Pareil pour <em>Le Pont du Nord</em> de Rivette. C’est le grand changement que j’ai constaté en quinze ans&nbsp;: au moment où j’ai commencé, il n’y avait aucune diffusion de films de cinéastes comme Chantal Akerman ou même François Truffaut.</p>
<p><strong>C’est ce qui vous a motivé à ouvrir un cinéma&nbsp;?</strong></p>
<p>J’ai cette envie depuis que je suis petit. Le cinéma a toujours été mon lieu préféré, peu importe avec qui j’y allais. C’est là que je me sentais le plus heureux. Mon père m’emmenait tout voir. À l’adolescence, j’ai commencé à y aller seul et j’ai eu la chance d’avoir accès à des films de répertoire. Grandir à Manhattan m’a beaucoup aidé : il y avait beaucoup de cinémas. Paris a aussi eu une influence énorme sur mon désir de programmation. J’y suis allé pour la première fois à vingt ans, à l’été 1996, et je n’en croyais pas mes yeux. J’y ai découvert des films américains qui n’étaient jamais projetés chez moi : il était par exemple possible de voir chaque jour un film de ou avec Clint Eastwood, et il existait un véritable désir d’explorer la carrière entière d’un cinéaste, pas seulement son film le plus connu. Ça m’a énormément inspiré : en tant que programmateur, si un cinéaste m’intéresse, je veux explorer toute son œuvre.</p>
<p>Agnès Varda est un bon exemple&nbsp;: <em>Cléo de 5 à 7</em> était disponible aux États-Unis, mais aucun cinéma ne montrait <em>Lions Love</em>, alors que c’est un chef‑d’œuvre. Ce qui est passionnant, c’est de voir, selon les époques, quel film est justement considéré comme le «&nbsp;chef‑d’œuvre&nbsp;» d’un cinéaste. Tout le monde admire par exemple <em>Jeanne Dielman</em> de Chantal Akerman, mais beaucoup de ses autres films restent méconnus. Quand j’ai commencé à programmer, il y avait encore beaucoup de limites à ce qu’on pouvait montrer&nbsp;: de Rohmer, on pouvait voir <em>Ma nuit chez Maud</em>, mais pas <em>Le Rayon vert</em>. Aujourd’hui, ce qui a changé, c’est la visibilité donnée aux filmographies entières et le rajeunissement du public, qui décide quels films lui parlent le plus.</p>
<p><strong>Comment avez-vous imaginé le Metrograph, le cinéma que vous avez fondé en 2016&nbsp;?</strong></p>
<p>Des endroits comme la Cinémathèque française ou la cinémathèque de Lisbonne m’ont beaucoup inspiré, car ce sont des lieux où l’on aime passer du temps en plus de venir voir un film. Et en même temps, je voulais que l’expérience soit entièrement dédiée au film. On a ouvert avec une série intitulée <em>Surrender to the screen</em>, inspirée par des essais de Susan Sontag sur la fréquentation des cinémas. C’était une série de films qui montrent des gens en train d’aller au cinéma ou de regarder un film. Je trouvais génial que l’une des premières images que nous montrions soit celle d’Anna Karina dans <em>Vivre sa vie</em>, en train de regarder <em>La Passion de Jeanne d’Arc</em>.</p>
<p><strong>Y a‑t-il un film que vous aimez passionnément mais que vous n’avez jamais pu ou osé programmer&nbsp;?</strong></p>
<p>En matière de programmation, le plus important est de suivre son enthousiasme. Quand j’ai vu <em>Trouble Every Day</em> de Claire Denis et que j’ai constaté que personne ne l’avait vu aux États-Unis, j’ai eu envie de le partager. Pareil pour <em>Vie privée</em>, peut-être le film le moins connu de Louis Malle ici, mais sûrement un des plus intéressants. Il ne s’agit pas pour moi de remplir des cases et de montrer les films qu’il « faudrait » montrer, mais de montrer ceux qui me plaisent le plus. Ce qui m’inquiète toutefois, ce sont les contraintes qui pèsent sur certains films de répertoire. Certaines compagnies dictent les conditions de diffusion, et l’on doit parfois attendre des années. C’est très frustrant, surtout quand on veut – et qu’on peut – soutenir les cinéastes.</p>
<p><strong>Vous sentez-vous investi d’une mission, avec une forme de responsabilité, envers ces cinéastes et le public&nbsp;?</strong></p>
<p>Je parlerais plutôt d’enthousiasme que de mission. On a une responsabilité sur ce qui est montré et notamment sur les films et les cinéastes sous-représentés. Rien ne devrait être programmé mécaniquement, mais toujours avec réflexion. Il ne faut pas adopter une position de sauveur ou de missionnaire&nbsp;: il faut réfléchir à ses choix et les prendre au sérieux, même lorsqu’il s’agit de films considérés comme légers. Ma programmation a souvent été pensée en réaction à ce qui était montré ailleurs&nbsp;: je voulais proposer des films impossibles à voir. Cela paraît étonnant aujourd’hui, mais quand j’ai commencé, certains films de Godard étaient introuvables&nbsp;! Programmer, ce n’est pas seulement montrer des chefs‑d’œuvre, mais aussi des films qui prennent sens au sein de la carrière d’un cinéaste.</p>
<p><strong>Vous parlez beaucoup d’enthousiasme&nbsp;: est-il toujours intact aujourd’hui&nbsp;?</strong></p>
<p>Oui ! Il y a tant de films et de cinéastes qui m’intéressent et dont j’ai envie d’explorer l’œuvre. Le problème, c’est que les salles commerciales rendent l’expérience de plus en plus difficile et désagréable. Récemment, je voulais voir <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-insider/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Insider</em></a> de Steven Soderbergh. J’y suis allé un samedi à 11h&nbsp;: le billet coûtait une fortune, il y avait une infinité de bandes-annonces, tout était automatisé, aucun employé ne se trouvait à l’entrée ou en salle. C’est trop d’obstacles pour voir un film.</p>
<p>C’est aussi pour cela que les cinémas de répertoire marchent si bien&nbsp;: il y a un vrai contact humain et un sens de la communauté. C’est d’ailleurs intéressant de voir les salles commerciales ressortir des films anciens&nbsp;: il y a une véritable curiosité pour le patrimoine et une envie de revivre des expériences de spectateur, pas seulement par nostalgie ou confort, mais par plaisir du partage et du collectif.</p>
<p><strong>Pour finir, le fil</strong><strong>m qu’il faudrait regarder, là, tout de suite, maintenant&nbsp;?</strong></p>
<p>Au-delà de tout débat cinéphile, je dirais&nbsp;: un film qui vous rend heureux, qui vous fait un peu réfléchir, mais surtout qui vous procure de la joie. Un an après l’ouverture du Metrograph, en 2017, au moment de la première investiture de Trump, nous avions programmé <em>Kedi</em>, un documentaire sur les chats des rues à Istanbul, en même temps qu’une semaine d’avant-premières de <em>I Am Not Your Negro</em> de Raoul Peck. Les deux films ont affiché complet. Je me souviens m’être dit&nbsp;: nous avons besoin de ces deux pendants, à la fois se détendre en regardant des chats et entendre une voix politisée qui nous offre un regard singulier.</p>
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		<title>Soundtrack to a Coup d’État</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 10:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La découverte de Soundtrack to a Coup d’État n’est pas sans engendrer une certaine désorientation, notamment à cause de son approche non linéaire. Malgré la reconstitution minutieuse de certains événements, Johan Grimonprez préfère au strict...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" title="Read  Soundtrack to a Coup d’État">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La découverte de <em>Soundtrack to a Coup d’État</em><i> </i>n’est pas sans engendrer une certaine désorientation, notamment à cause de son approche non linéaire. Malgré la reconstitution minutieuse de certains événements, Johan Grimonprez préfère au strict respect de la chronologie historique la collision entre les archives, pour produire des dialogues inattendus entre les différents matériaux convoqués. Le récit s’articule autour de l’indépendance du Congo, signée le 30 juin 1960 par le Premier ministre Patrice Lumumba ; inquiets d’être privés des abondantes ressources minières du pays (le Congo a fourni l’uranium nécessaire à la création de la première bombe atomique), les Belges et la CIA fomentent un complot visant à éliminer le leader congolais pour conserver leur mainmise sur ce juteux business. En parallèle, le film montre comment plusieurs artistes afro-américains (Louis Armstrong, Dizzie Gillespie, etc.) effectuent des tournées internationales en la qualité « d’ambassadeurs du jazz », participant à un <em>soft power</em> orchestré à leur insu par le gouvernement américain et la CIA. D’autres épisodes historiques se mêlent encore à ce tressage : par exemple, quelques jours après le meurtre de Lumumba, le 17 janvier 1961, les musiciens Max Roach et Abbey Lincoln, accompagnés d’une soixantaine de militants, prennent d’assaut le Conseil de sécurité des Nations unies afin de dénoncer son exécution. Pour appuyer ces multiples rapprochements entre la scène jazz afro-américaine et les tumultes internationaux (le film déplie les jeux de pouvoir et d’influence en pleine guerre froide), Grimonprez fait le choix d’un montage parallèle au rythme frénétique. Le brassage des documents accouche ainsi d’une surcharge auditive et visuelle, d’autant plus qu’ils sont accompagnés de citations issues de publications tout aussi diverses (mémoires, comptes-rendus, ouvrages historiques, textes militants) qui se superposent aux images ou font l’objet de cartons dédiés.</p>
<p>Notons toutefois d’emblée qu’il existe un déséquilibre dans l’utilisation de ces différents matériaux : si les citations sont systématiquement et précisément sourcées, la provenance des images n’est quant à elle jamais explicitée. Cette différence de traitement révèle la manière dont les archives audiovisuelles sont envisagées comme une somme dont il s’agit d’extraire le suc, indépendamment de leur contexte de captation. Le film les tord à volonté pour leur faire épouser son rythme et multiplie les accélérations, ralentis, arrêts sur image, zooms… Ces modifications sont parfois d’autant moins identifiables que les traces du passage du temps, qui attestent l’historicité du matériau (les rayures de la pellicule, le grain ou encore la basse définition) sont elles-mêmes manipulées (comme ce filtre, appliqué à certains plans, imitant les stries horizontales propres aux diffusions télévisées de l’époque). Au-delà de composer un kaléidoscope de points de vue, ces nombreuses manipulations du montage formulent peut-être plus encore un constat : les images ne sont <em>que des images</em>, par essence artificielles et subjectives, et il est à ce titre possible d’en faire ce que l’on veut. Les jeux d’échos qui naissent de cette perspective permettent d’aborder la lecture des matériaux par un nouveau biais – dans <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/johan-grimonprez-ecoutons-ce-que-lhistoire-a-a-offrir/" target="_blank" rel="noopener">l’entretien qu’il nous a accordé</a>, Grimonprez parle d’ailleurs de « <em>réécrire les archives</em> ».</p>
<p>Le cas le plus notable est peut-être l’utilisation d’une interview de Magritte commentant <em>La Trahison des images</em>, pour invalider ironiquement les propos d’Allen Dulles, directeur de la CIA. Un premier fragment de l’entretien avec Dulles est montré au début du film, où il répond aux questions d’un journaliste en fumant sa pipe. Une heure plus tard, cette même interview est convoquée à nouveau, montée cette fois concomitamment avec celle de Magritte, qui explique que « <em>l’image d’une pipe n’est pas une pipe</em> ». Mais ce n’est que lorsqu’on apprend la neutralisation de Lumumba par l’armée congolaise, commentée à la radio par le colonel Mobutu (« <em>il ne s’agit pas d’un coup d’État ! </em>»), que la mise en parallèle trouve sa pleine résolution : l’image de Dulles revient alors accompagnée en off par une répétition de la phrase de Magritte, noyée dans une réverbération. Le journaliste demande si la CIA soutenait des groupes d’extrême droite en Afrique par peur du communisme et pour faire régresser la démocratie. Pipe à la bouche, Dulles change d’expression et répond « <em>Je pense que c’est tout le contraire ! </em>» – manière ironique de faire comprendre qu’on ne croit pas un mot de son discours. Plusieurs interviews similaires de personnalités impliquées, de près ou de loin, dans le complot visant Lumumba (des mercenaires belges, des membres de la CIA ou des renseignements britanniques, etc.) sont ainsi mises en défaut afin de mieux révéler l’impudence de leurs propos.</p>
<h2>Le cri</h2>
<p>C’est qu’ici le langage apparaît comme trompeur. Grimonprez s’attarde ainsi sarcastiquement sur une interview de Paul-Henri Spaak, premier ministre belge de 1947 à 1949, qui confie se méfier de l’écriture : « <em>J’aime mieux la parole, je trouve ça plus sûr, en politique</em> ». La réversibilité de la parole se fait alors l’écho de celle du son dans son entièreté, dont le montage tire une série de raccords, notamment entre les concerts et les assemblées politiques, pour interchanger les publics des deux manifestations. Le brouillage spatio-temporel est par ailleurs renforcé par le fourmillement de la bande sonore, qui superpose (outre les sons directs des images, pour celles qui en sont pourvues) musique, voix-off, bruitages divers, textures, etc. La séquence relatant la visite de Fidel Castro à l’ONU constitue un parfait exemple de l’intrication fructueuse des différents éléments sonores. Elle détourne les codes des actualités filmées (jingles, narration du journaliste, musiques d’accompagnement) qu’elle insère sur le rythme d’un morceau de Dizzy Gillespie. Ce chevauchement participe à la désorientation générale, rendant impossible l’identification des différentes composantes du son. De là vient que le film nourrit un doute permanent – chaque document, même un simple journal télévisé, est susceptible d’avoir été recomposé.</p>
<p>Le plus étonnant reste à cet égard la manière dont la musique est elle-même sujette à de possibles retouches — cf. la scène présentant le « cabinet politique » de Dizzy Gillespie, lors de sa candidature aux présidentielles américaines de 1964, qui invente un medley inédit. C’est là que s’exprime la véritable singularité de <em>Soundtrack to a Coup d’État</em>, dont le montage infléchit la matière archivistique dans une direction proprement musicale. Le film prend plus nettement ce cap dans sa seconde partie, tandis que décroît le rôle historique des différents musiciens. Submergé par la précision des informations, qui ne cessent d’opacifier la lisibilité du récit à mesure qu’elles s’amoncellent, on finit par s’abandonner sans vraiment s’en rendre compte au <em>swing</em> du montage. Dans la scène finale, revenant sur l’assaut du Conseil de sécurité des Nations unies préalablement évoqué, le film opère toutefois un renversement de cette tendance en entrechoquant avec brio ces deux versants. Des images télévisées d’un concert de Max Roach avec Abbey Lincoln sont mises en parallèle avec celles, de plus en plus violentes, du siège de l’institution. Les cris de la chanteuse répondent progressivement aux roulements de batterie, jusqu’à se confondre avec eux lors du climax du morceau. La musique est alors vectrice de la tension inhérente à l’événement politique, rendue dans toute son intensité par le hurlement utime d’Abbey Lincoln. Rarement une bande-son aura paru aussi vertigineusement épouser le drame de l’Histoire.</p>
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		<title>Marche ou crève</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marche-ou-creve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 10:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des romans de Stephen King, Marche ou crève (que le romancier avait publié sous son pseudonyme de Richard Bachman) n’est pas le plus propice à être adapté au cinéma. Il y décrit comment, dans une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marche-ou-creve/" title="Read  Marche ou crève">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Des romans de Stephen King, <em>Marche ou crève</em> (que le romancier avait publié sous son pseudonyme de Richard Bachman) n’est pas le plus propice à être adapté au cinéma. Il y décrit comment, dans une Amérique dystopique, des jeunes hommes sélectionnés via une loterie participent à une longue marche dont le vainqueur ressort couvert d’or. Le principe ? Les concurrents avancent, de plus en plus éprouvés et épuisés, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Gare aux traînards : si l’un des marcheurs, pour une raison X ou Y, commence à ralentir, il s’expose à recevoir son « ticket » de la part du convoi militaire accompagnant le peloton ; soit une balle dans la tête. Le tout est filmé et retranscrit à la télévision (une dimension que le film n’investit pas du tout), pour galvaniser une population appauvrie et démoralisée. <em>Marche ou crève</em> a surtout pour spécificité d’être l’une des rares histoires de King qui ne s’attache pas à une ville, une localité ou à un milieu, mais à une action continue, ramassée sur quelques jours où se tissent des liens d’amitié, de fraternité et de rivalité entre les participants. Comment filmer un tel scénario ? Dès les premiers mètres, le film marche sur ses lacets et s’étale sur le bitume : à peine&nbsp;la procession a‑t-elle commencé que Francis Lawrence dégaine une série de plans de coupe filmés au drone, entérinant le manque de cinégénie du dispositif. Il y a pourtant une raison pour laquelle Lawrence, et non un autre faiseur hollywoodien, se retrouve aux manettes de ce projet : son cadre narratif n’est pas sans rappeler celui des <em>Hunger Games</em> qu’il dirigea il y a une décennie (même rituel macabre, même vision funeste du futur, même vampirisation de la jeunesse).</p>
<p><em>Marche ou crève</em> sera de fait le récit d’une résistance contre la barbarie – le livre et le film peuvent être lus comme une métaphore assez lisible de ces jeunes garçons s’engageant sous les drapeaux avant d’être broyés par la froide réalité de la guerre. On pourra rétorquer qu’il est en cela fidèle à l’esprit du roman de King. Deux détails traduisent cependant une inflexion par rapport à la noirceur du matériau originel. D’abord, l’escamotage du personnage de Stebbins, la figure la plus trouble du récit (peut-être son vrai cœur sombre), dont le scénario réduit l’importance, jusqu’à mélanger ses attributs avec un autre, le favori de la course qui tombe malade. Ensuite, la fin : en modifiant le dénouement et l’identité des deux derniers survivants, Lawrence troque le nihilisme de King et sa conclusion mystique (l’apparition d’une ombre qui semble être celle de la mort elle-même) pour un propos plus ouvertement politique et une célébration de l’amitié dans l’adversité. Ce léger ripolinage confirme le ratage d’une adaptation qui peine à tirer du brio du livre une matière proprement cinématographique. Contrairement à de nombreux ouvrages du romancier, <em>Marche ou crève</em> n’est pas très riche en visions ; Lawrence lui enlève en plus sa principale, pour s’arrêter aux portes de l’abîme que les dernières lignes de King avaient esquissé.</p>
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		<title>La Mort n’existe pas</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-mort-nexiste-pas-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La mort n’existe pas, nouveau long-métrage d’animation de Félix Dufour-Laperrière présenté à la Quinzaine des cinéastes, n’est jamais plus convaincant que lorsqu’il fait de son titre un véritable programme plastique. Ainsi de cette scène où...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-mort-nexiste-pas-2/" title="Read  La Mort n’existe pas">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La mort n’existe pas</em>, nouveau long-métrage d’animation de Félix Dufour-Laperrière présenté à la Quinzaine des cinéastes, n’est jamais plus convaincant que lorsqu’il fait de son titre un véritable programme plastique. Ainsi de cette scène où un mouton, dévoré par une meute de loups, gambade de nouveau après que sa chair s’est lentement reconstituée. Résurrections et réapparitions jalonnent l’errance d’Hélène, une jeune femme qui fuit l’attentat sanglant et révolutionnaire contre de riches propriétaires auquel elle devait initialement participer. Elle s’égare alors dans une forêt, un espace en constante recomposition, très proche de celui des contes enfantins, qui devient le théâtre d’une introspection où surgissent les fantômes de son passé.</p>
<p>Si le film, animé à la main, est par endroits graphiquement impressionnant, il peine toutefois à donner forme aux bouleversements du personnage. Un choix plastique, en apparence audacieux – celui de fondre les corps dans la couleur des décors – semble surtout révéler une limite : celle d’un film qui reste trop « ton sur ton ». Cette logique de fusion visuelle, supposée faire des décors la matérialisation de sa psyché, tend plutôt à aplanir et lisser l’ensemble. Hélène change pourtant plus d’une fois d’avis et croise des revenants divers, mais parce que le film ne renouvelle jamais ses principes formels, il doit finalement recourir à des dialogues explicatifs pour faire avancer le récit – à rebours de son ambition de faire exister ces conflits par l’animation même.</p>
<p>Au milieu de ces multiples échanges, parfois un peu abscons, une réplique se détache et émeut davantage&nbsp;: lorsque Hélène avoue rêver d’une vie, d’une «&nbsp;<em>chambre à&nbsp;elle</em>&nbsp;», loin des mots d’ordre révolutionnaires. Félix Dufour-Laperrière donne parfois l’impression d’avoir trouvé ce lieu dans son approche de l’animation – un espace préservé, comme une chambre d’enfant rêvée. Mais aussi charmante soit-elle, cette chambre laisse peu de place au monde qui l’entoure. Le paradoxe est que le film retrouve un certain élan quand il se débarrasse occasionnellement de son horizon mental pour laisser éclore le vivant&nbsp;: les apparitions d’animaux (en particulier le mouton évoqué plus haut), mais aussi le surgissement d’arbres suite à&nbsp;un puissant tremblement de terre. On aurait souhaité que ces éclats fissurent encore davantage les murs de cette chambre trop repliée sur elle-même.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Vénus noire</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-venus-noire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Sep 2025 10:14:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat fait sa rentrée le lundi 29 septembre à 20h aux 3 Luxembourg, avec une séance de Vénus noire, dont la revision anticipe la sortie prochaine de Mektoub, my Love : Canto due...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-venus-noire/" title="Read  Ciné-club Critikat : Vénus noire">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat fait sa rentrée <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/reserver/F6097/D1759168800/VF/" target="_blank" rel="noopener">le lundi 29 septembre à 20h aux 3 Luxembourg</a>, avec une séance de <em>Vénus noire</em>, dont la revision anticipe la sortie prochaine de <em>Mektoub, my Love : Canto due</em> et permet de questionner la dimension vampirique du regard dans le cinéma d’Abdellatif Kechiche. La projection sera suivie d’une discussion animée par Josué Morel et Corentin Lê.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329078 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire.jpeg" alt width="2400" height="1256" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire.jpeg 2400w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire-300x157.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire-1024x536.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire-768x402.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire-1536x804.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire-2048x1072.jpeg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire-980x513.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Cine-club-Venus-noire-2000x1047.jpeg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px">
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		<item>
		<title>47e édition Festival des 3 Continents</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/47e-edition-festival-des-3-continents/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 14:58:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/47e-edition-festival-des-3-continents/">47e édition Festival des 3 Continents</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/47e-edition-festival-des-3-continents/">47e édition Festival des 3 Continents</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>40e édition Entrevues de Belfort</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/40e-edition-entrevues-de-belfort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 14:54:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/40e-edition-entrevues-de-belfort/">40e édition Entrevues de Belfort</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/40e-edition-entrevues-de-belfort/">40e édition Entrevues de Belfort</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>10e édition du Festival du Film Émergent de Lyon et sa Métropole</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/10e-edition-du-festival-du-film-emergent-de-lyon-et-sa-metropole/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 14:50:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>17e édition Festival Lumière 2025</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/17e-edition-festival-lumiere-2025/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 14:38:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Exposition Radu Jude x Adrian Cioflanca : The Exit of the Trains</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/exposition-radu-jude-x-adrian-cioflanca-the-exit-of-the-trains/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 14:21:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Carte blanche à Radu Jude : Traité de bave et d’éternité d’Isidore Isou</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/carte-blanche-a-radu-jude-traite-de-bave-et-deternite-disidore-isou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 14:13:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Rétrospective Harutyun Khachatryan</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/retrospective-harutyun-khachatryan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 14:03:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Parallax — Les Ailes et Top Gun : Maverick</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-ailes-top-gun-maverick/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 10:31:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, l’ombre des Ailes de William A. Wellman (1927) plane sur Top Gun : Maverick de Joseph Kosinski (2022). L’attrait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-ailes-top-gun-maverick/" title="Read  Parallax — Les Ailes et Top Gun : Maverick">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Parallax <em>regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, l’ombre des </em>Ailes <em>de William A. Wellman (1927) plane sur </em>Top Gun : Maverick<em> de Joseph Kosinski (2022).</em></p>
<p>L’attrait des deux derniers films de Joseph Kosinski, <em>Top Gun : Maverick</em> (2022) et le récent <em>F1</em>, repose largement sur l’immersion promise par leurs dispositifs techniques. En accrochant une batterie de caméras à des véhicules de pointe – avions de chasse pour le premier, bolides de course pour le second –, ils revendiquent une restitution authentique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328941_438('footnote_plugin_reference_328941_438_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328941_438('footnote_plugin_reference_328941_438_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328941_438_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328941_438_1" class="footnote_tooltip"><span style="font-weight: 400">L’économie d’effets numériques vantée par le marketing des films est en partie une fausse promesse, comme en attestent les making-of : </span><a href="https://www.youtube.com/watch?v=Xl2NqB7MjfE&amp;t=215s" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400"><span class="footnote_url_wrap">https://www.youtube.com/watch?v=Xl2NqB7MjfE&amp;t=215s</span></span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328941_438_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328941_438_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> des sensations des pilotes lancés à toute allure. Le travail de Kosinski s’inscrit dans une double filiation : le processus de captation de <em>F1</em> actualise par exemple celui du <em>Grand Prix</em> (1966) de John Frankenheimer, tandis que les zincs de <em>Top Gun : Maverick</em> évoquent ceux d’un lointain prédécesseur, <em>Les Ailes</em> (1927) de William A. Wellman. Récemment présentée en ouverture de la <a href="https://www.cinematheque.fr/cycle/william-wellman-1432.html" target="_blank" rel="noopener">rétrospective que consacre la Cinémathèque française au réalisateur</a>, cette fresque du cinéma muet, centrée sur deux pilotes inséparables durant la Première Guerre mondiale, abrite déjà, au milieu d’une reconstitution de grande ampleur du champ de bataille, d’ahurissantes prises de vues aériennes <em>in situ</em> permises par des caméras juchées sur les biplans. Ajoutons que le finale du film de 1927, qui voit David (Richard Arlen), l’un des deux héros, abattu en territoire ennemi et contraint de subtiliser un aéronef allemand, semble préfigurer directement l’un des derniers rebondissements de <em>Top Gun : Maverick</em>.</p>
<p>Ces spectaculaires ballets mécaniques se déroulent par ailleurs, dans les deux cas, sur un fond tragique. Dans <em>Maverick</em>, le personnage de Tom Cruise (éternel fantôme de lui-même) doit se confronter à ses échecs passés, dont le souvenir ressurgit par l’entremise de flashbacks composés à partir de plans du premier <em>Top Gun</em>. De même, la perspective d’un destin funeste contrebalance dans <em>Les Ailes</em> l’enthousiasme des jeunes pilotes, notamment suite à la mort d’un novice, joué par Gary Cooper, avant même son premier <em>dogfight</em>. Les avions eux-mêmes, totems d’un ancien temps dans le récent <em>Top Gun</em> (Maverick retape un coucou dans son hangar, tandis que les pontes de l’armée veulent remplacer l’escadrille par des drones), apparaissent d’abord dans <em>Les Ailes</em> sous la forme d’une ombre évoquant un oiseau de proie invisible, comme un mirage mystérieux et menaçant.</p>
<p>D’un film à l’autre, le vol permet cependant de conjurer le spectre de la fatalité. Obsolète au sol, le vieillissant Maverick retrouve dans les airs une vigueur inaltérée. À l’inverse, le retour au pays de Jack (Buddy Rogers), l’un des héros de Wellman, après avoir raccroché son costume de pilote, achève son passage à l’âge adulte (juvénile à son départ, le voici grisonnant). Le dénouement des <em>Ailes</em> entérine, alors que David agonise dans les bras de son ami, le parallèle entre vol et vitalité : l’hélice de l’avion s’arrête de tourner en même temps que le cœur du pilote cesse de battre. Tous deux « dirigés » par des aviateurs (Tom Cruise, également producteur et pilote à ses heures, et William A. Wellman, vétéran de la Grande Guerre), <em>Top Gun : Maverick</em> et <em>Les Ailes</em> imaginent le ciel comme un lieu où les « <em>chevaliers des airs</em> »&nbsp;suspendent momentanément l’inéluctabilité du temps qui passe.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328941_438();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328941_438();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328941_438">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328941_438" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328941_438('footnote_plugin_tooltip_328941_438_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328941_438_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span style="font-weight: 400">L’économie d’effets numériques vantée par le marketing des films est en partie une fausse promesse, comme en attestent les making-of : </span><a href="https://www.youtube.com/watch?v=Xl2NqB7MjfE&amp;t=215s" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400"><span class="footnote_url_wrap">https://www.youtube.com/watch?v=Xl2NqB7MjfE&amp;t=215s</span></span></a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328941_438() { jQuery('#footnote_references_container_328941_438').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328941_438').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328941_438() { jQuery('#footnote_references_container_328941_438').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328941_438').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328941_438() { if (jQuery('#footnote_references_container_328941_438').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328941_438(); } else { footnote_collapse_reference_container_328941_438(); } } function footnote_moveToReference_328941_438(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328941_438(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328941_438(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328941_438(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-ailes-top-gun-maverick/">Parallax — Les Ailes et Top Gun : Maverick</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Kontinental&#160;’25</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille Bouthors]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 10:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comme souvent chez Radu Jude, tout commence avec un double portrait – celui d’une femme, et celui d’une ville. La femme se nomme Orsolya, elle est huissière, hongroise et mère de famille. On la dirait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" title="Read  Kontinental&#160;’25">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme souvent chez Radu Jude, tout commence avec un double portrait – celui d’une femme, et celui d’une ville. La femme se nomme Orsolya, elle est huissière, hongroise et mère de famille. On la dirait volontiers « sans histoire », contrairement à la ville : Cluj, vieille cité de Transylvanie dont l’étiquette « biculturelle » masque mal les tensions racistes, ville fière de ses grands hommes à laquelle Ceaușescu fit jadis rendre par décret son nom latin et dont l’ancien ghetto est à présent une briqueterie. De fait, on rase et construit beaucoup à Cluj, par exemple dans ce quartier du centre où une compagnie allemande projette de construire un hôtel de luxe. Au sous-sol d’un immeuble vit encore un mendiant revêche, auquel Orsolya apporte aujourd’hui son avis d’expulsion : c’est ce bout de papier impassible que Jude filmera en gros plan tandis que le locataire encombrant se pend au radiateur, hors-champ.</p>
<p>Ainsi <em>Kontinental&nbsp;’25</em> semble-t-il d’abord raconter un crime sans coupable, ou du moins sans mystère : le visage du mal serait plutôt une cause, matérielle ou administrative, à l’intérieur d’une chaîne de causes économiques et politiques qu’on n’a pas trop de peine à identifier au système libéral-capitaliste. Le point de vue résolument clair qui se construit ici n’est certes pas celui de la protagoniste, que la découverte du cadavre plonge dans des abîmes de culpabilité – autrement dit, de confusion. Aucun salut, en effet, n’attend l’huissière au bout du cas de conscience qui la pousse dans les rues de Cluj. À son patron, ses amis, sa famille, elle décrit sans fin la vision qui la hante : le mort gisant sur le sol, le fil de fer autour de son cou et plus ou moins de détails scatologiques selon les destinataires. De leur côté, ces braves Clujiens lui font des réponses trop décousues ou trop imbues d’elles-mêmes pour laisser entrevoir un espoir de progrès : les unes cyniques (la loi n’a rien à lui reprocher), les autres demi-cyniques (elle peut encore prier ou se lancer sur le marché humanitaire), érudites, brutales, ésotériques ou très pratiques (en dernière analyse : boire et faire l’amour pour oublier). Le dispositif a un côté austère et cruel qui ne cherche pas à plaire, à l’image de ces plans-séquence assez laids qui semblent toujours vouloir davantage épuiser le dialogue que lui servir d’écrin : leur fixité et leur frontalité dégagent une solennité théâtrale qui dissone avec le dérèglement des discours qu’ils enferment. Les conditions de tournage (dix jours seulement, avec un iPhone et un tout petit budget) n’expliquent qu’en partie cette pauvreté délibérée de la forme, ce caractère déceptif dont Jude fait peut-être un peu excessivement le reflet d’un vide collectif et existentiel. Si fable morale il y a dans ce désert sophistique, il faut la prendre au pied de la lettre : c’est la morale qui est une fable, un scénario ou une fiction<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328566_440('footnote_plugin_reference_328566_440_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328566_440('footnote_plugin_reference_328566_440_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328566_440_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328566_440_1" class="footnote_tooltip">Le jury de Berlin l’a‑t-il compris, en remettant cette année à Radu Jude le prix du meilleur scénario ?</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328566_440_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328566_440_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
<h2>Jours imparfaits</h2>
<p>Cette parole qui verse si vite du raffinement à l’insulte est pourtant riche d’enseignements. Pour résumer à gros traits, elle suggère que culture et bêtise marchent main dans la main, que la civilisation n’est pas le vernis qui cache la barbarie mais son essence même et que, par conséquent, on ne sortira certainement pas de la seconde par la première – surtout si la culture en question se prétend « nationale ». Jude est sans doute à cet égard, bien mieux que Haneke, l’héritier en cinéma des livres de Thomas Bernhard. Sa détestation de ce qu’on pourrait appeler la psyché patriotique roumaine (dont le fonctionnement général ressemble du reste à celui de tous les nationalismes européens) est partout sensible ; il se tient cependant aussi loin que possible de la posture de l’hygiéniste remplissant, avec dégoût ou dévotion, sa tâche d’assainissement de la société. C’est peut-être ce qu’il faut comprendre dans cette scène assez drôle où une amie d’Orsolya, après avoir longuement décrit l’aspect et l’odeur des déjections du sans-abri qui squatte sous ses fenêtres, se prend à imaginer une intervention du héros du <em>Perfect Days</em> de Wim Wenders&nbsp;: quoi de plus suspect, et pourtant, quoi de plus banal que ce rêve d’une ville sans crasse (c’est-à-dire sans crasseux), d’un pauvre tout heureux d’effacer les traces des pauvres&nbsp;? Élégance étrange&nbsp;: ce cinéma limpide refuse la pureté et préfère pousser la grossièreté de ses personnages jusqu’à l’hyperbole&nbsp;; comme si, avec toute la distance qu’il conserve à leur égard, il devait se sentir un peu solidaire de cette spontanéité ordurière qui vient trouer leurs discours – moitié force corrosive, moitié aveu d’impuissance.</p>
<p>On sait qu’il y a chez Jude un fond de pessimisme quant au rôle de l’artiste dans la cité. C’était déjà le sujet de <em>Peu m’importe si l’histoire nous considère comme des barbares</em>, dont l’héroïne metteuse en scène espérait provoquer une prise de conscience collective en organisant la reconstitution en plein air du massacre des Juifs d’Odessa perpétré par l’armée roumaine, alliée des nazis, en octobre 1941<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328566_440('footnote_plugin_reference_328566_440_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_328566_440('footnote_plugin_reference_328566_440_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328566_440_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328566_440_2" class="footnote_tooltip">Jude reprend peut-être, en l’inversant, une célèbre (et magnifique) scène du <em>Verboten !</em> de Samuel Fuller : dans ce film de 1959, un gamin embrigadé par les jeunesses hitlériennes se trouve brusquement converti au Bien en découvrant les images de la Shoah présentées au procès de Nuremberg.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328566_440_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328566_440_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. La protagoniste déçue s’apercevait alors que la révélation ne se programme pas, que le visible n’enclenche pas toujours la connaissance, ni celle-ci le choc affectif, sans parler de l’action politique. <em>Kontinental ’25</em> pose, en mode mineur, à peu près le même problème : confrontée à la pointe aiguë de l’injustice sociale, Orsolya ne convertira jamais cette vision en question posée à l’ordre qui la produit. Nous sommes donc loin aussi de l’œuvre de Rossellini, que Jude mentionne avec raison comme son contre-modèle : l’errance de cette héroïne bourgeoise rappelle bien celle d’<em>Europe 51</em> et, sans avoir la carrure d’Ingrid Bergman, l’actrice Eszter Tompa intrigue notamment par son visage changeant (mollement défait de face, d’une noblesse aquiline de profil). Mais l’éveil à la souffrance du monde, le scandale de classe, enfin la grâce qui frappait le personnage de Rossellini ont disparu sans laisser de trace. On dirait que Jude est hanté par cette phrase de Marx, selon laquelle l’histoire se répète toujours deux fois : « <em>la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce</em> » ; cette maxime vaudrait-elle également pour l’histoire du cinéma ? Sur fond de désert spirituel et de déconfiture politique, ce drame transformé en comédie de mœurs a sans doute perdu un peu de sa force d’émotion. Il se joue même au bord de la déprime postmoderne, dans ces séquences où l’image ingrate de l’iPhone enchâsse d’autres écrans, les personnages observant avec plus ou moins d’indifférence le suicide d’un soldat russe, des vidéos de bidonville ou un petit numéro d’enfant déguisé. Seulement ce n’est pas comme matriochkas de simulacres que ces redoublements sont saisis : le « néoréalisme » de Jude consisterait plutôt à intégrer ces images comme il annexerait une nouvelle portion du réel, une composante matérielle de la vie.</p>
<h2>Pour un matérialisme esthétique</h2>
<p>C’est dire que <em>Kontinental&nbsp;’25</em> semble l’opposé d’une autre variation récente sur les films du couple Rossellini-Bergman, intitulée <em>France</em> et réalisée par Bruno Dumont. Soit deux conceptions de l’obscène : à la pornographie des larmes et au visage-vedette piégé en grand-angle, Jude préfère la distance du plan large où son héroïne cherche l’apaisement comme elle peut, jusqu’à cette obscure scène de sexe dans un jardin public qui équivaut au sommet de sa crise morale. Le premier pose son antipathique personnage, tout en surface et faux-semblants, en madone contemporaine – il nous assomme à coups de terreur sacrée pour forger de nouvelles icônes, celles que nous méritons (croyons-nous comprendre), c’est-à-dire des espèces de veaux d’or (Léa Seydoux), or massif mais peut-être en toc (après tout, n’est-ce pas, tout cela n’est qu’images). Le second envoie valser le sacré et se débarrasse de la terreur – les saints patrons de Cluj sont les reptiles en plastique du Dino Park, qui veillent sur la ville tels des épouvantails. Là où <em>France</em> est brutal, <em>Kontinental</em> est clair&nbsp;: ce qu’il montre, il ne nous fait pas croire qu’il l’arrache à l’obscurité, à l’ignorance ou à la dissimulation. C’est seulement ce qui est déjà là, moins devant nous qu’autour de nous. D’où la simplicité primitive des procédés (en entretien, Jude cite les frères Lumière), au travers desquels le matérialisme du cinéaste semble se refonder sur ce sobre principe éthique&nbsp;: tout est à voir (et à écouter). Il y a des paroles insensées mais pas insignifiantes, des paysages moches mais pas illisibles. La complexité du monde entre dans le film comme par accident. Il arrive qu’elle surgisse au gré du montage, dans ces plans fixes de chantier déliés de tout point de vue intradiégétique, échos inversés de l’Europe en ruines des films de Rossellini. Mais la plupart du temps, elle est «&nbsp;incidemment&nbsp;» enregistrée, à travers les rues, les places, les bâtiments, les objets qui sont aussi des strates d’histoire, accumulées entre les corps et les mots des personnages qu’elles déterminent en silence. L’étude de la culpabilité des individus à l’intérieur du système devient alors l’étude du lien des figures avec le fond&nbsp;: y sont-elles incrustées comme des mouches&nbsp;? Peuvent-elles l’utiliser&nbsp;? Se retourner contre lui, en détourner le programme&nbsp;?</p>
<p>Ce renversement de la hiérarchie entre l’action et le décor ne se contente pas d’être cohérent avec une pensée politique : malgré sa raideur apparente, l’œil « documentaire » de Jude est celui d’un explorateur ; sa radiographie des structures capitalistes a la liberté d’une promenade. Il faut voir cette déambulation initiale du clochard dans la zone urbaine de Cluj, où l’horizon d’une intrigue pèse si peu et se greffe comme à regret. Sans le savoir, Orsolya repassera plus tard par certains de ces lieux. Ils ont peu de qualités pittoresques, au mieux quelques bizarreries qui justifient vaguement leur collecte par le cinéaste : c’est leur retour, leur permanence qui crée l’émotion.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328566_440();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328566_440();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328566_440">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328566_440" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328566_440('footnote_plugin_tooltip_328566_440_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328566_440_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le jury de Berlin l’a‑t-il compris, en remettant cette année à Radu Jude le prix du meilleur scénario ?</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328566_440('footnote_plugin_tooltip_328566_440_2');"><a id="footnote_plugin_reference_328566_440_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jude reprend peut-être, en l’inversant, une célèbre (et magnifique) scène du <em>Verboten !</em> de Samuel Fuller : dans ce film de 1959, un gamin embrigadé par les jeunesses hitlériennes se trouve brusquement converti au Bien en découvrant les images de la Shoah présentées au procès de Nuremberg.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328566_440() { jQuery('#footnote_references_container_328566_440').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328566_440').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328566_440() { jQuery('#footnote_references_container_328566_440').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328566_440').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328566_440() { if (jQuery('#footnote_references_container_328566_440').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328566_440(); } else { footnote_collapse_reference_container_328566_440(); } } function footnote_moveToReference_328566_440(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328566_440(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328566_440(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328566_440(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/">Kontinental&nbsp;’25</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Things We Said Today</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/things-we-said-today/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 10:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>New York, 13 août 1965, les Beatles descendent sur le tarmac de l’aéroport JFK. Le vrombissement de l’avion remplace les habituels hurlements de la foule venue accueillir ses idoles, et masque la voix du jeune...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/things-we-said-today/" title="Read  Things We Said Today">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>New York, 13 août 1965, les Beatles descendent sur le tarmac de l’aéroport JFK. Le vrombissement de l’avion remplace les habituels hurlements de la foule venue accueillir ses idoles, et masque la voix du jeune Paul McCartney lorsqu’un journaliste lui demande de saluer le public américain. Que ce bruit assourdissant soit un enregistrement original ou qu’il ait été recréé en postproduction importe au fond peu : il instaure d’emblée une certaine distance vis-à-vis de l’euphorie sonore à laquelle les images du groupe nous ont habitués. Cette arrivée sur le sol américain n’est en effet qu’un point de départ, dont <em>Things We Said Today </em>n’aura de cesse de s’éloigner. Car après leur conférence de presse tumultueuse au Warwick Hotel, les quatre musiciens disparaissent totalement des images. Le récit est alors pris en charge par les voix off, mais aussi par les corps animés et incrustés à même l’archive de deux jeunes témoins ayant réellement vécu l’attente du célèbre concert donné le 15 août au Shea Stadium : Geoffrey O’Brien, fils du disc-jockey Joe O’Brien, et Judith Kristen, une adolescente prise dans la «Beatlemania». Alors que les préoccupations des deux adolescents tournent essentiellement autour du groupe, les images d’archives illustrant leurs pérégrinations dévoilent bien d’autres aspects de la vie new-yorkaise. Comme dans ses trois films précédents, Andrei Ujicā travaille ici à partir d’un grand nombre de matériaux de provenances diverses, tournés dans un laps de temps resserré : les quelques jours scellant la chute du régime de Nicolas Ceausescu dans <em>Videogramme einer Revolution</em> (1992, coréalisé avec Harun Farocki), ou la vie des cosmonautes soviétiques de la station Mir entre mai 1991 et mars 1992 pour <em>Out of the Present </em>(1997). De la présence des Beatles sur le sol américain le temps d’un week-end, le cinéaste roumain extrait des images moins officielles, tirées de la presse locale ou de films amateurs – manière de proposer une re-vision de l’Histoire, débusquée dans les interstices du récit collectif.</p>
<p>En convoquant les écrits personnels d’O’Brien, futur journaliste, le cinéaste établit un lien subtil entre ses déambulations citadines et les images remontées au présent de sa narration. Les apparitions crayonnées du jeune homme le font glisser dans les rues new-yorkaises, entre les passants de Central Park, des grandes avenues ou dans un taxi en direction de Harlem. Bientôt, les Beatles sont réduits à d’incessants jingles publicitaires de WMCA émanant des autoradios. Et Geoffrey de clamer, en entendant la voix de son père présenter le programme spécial qui leur est consacré, «&nbsp;<em>it’s the sound of the world as it happens</em> », donnant le sentiment qu’à ses yeux la musique des Beatles importe moins que le phénomène médiatique qu’ils incarnent. Cet enjeu est formalisé dès les premières séquences, où la sélection d’archives radiophoniques s’extasiant sur la venue du groupe ne comporte jamais une seule note de leur musique. La diffusion du « Roll Over Beethoven » de Chuck Berry, et non de sa célèbre reprise par George Harrison, replace en outre l’histoire du groupe dans celle, plus vaste, de la musique populaire et de son influence sur la société américaine. Mais au fur et à mesure de son errance new-yorkaise, le corps de Geoffrey s’inscrit aussi dans d’autres actualités. Les groupies interviewées devant le Warwick Hotel laissent place aux Afro-Américains de Harlem, révoltés par les violences policières qui sévissent dans les quartiers noirs de Los Angeles. Les réflexions innocentes de Geoffrey côtoient les images des émeutes de Watts, aperçues sur le téléviseur d’un bar du coin ; c’est comme si Ujicā, en greffant ce corps griffonné aux images du passé, cherchait à prendre le pouls d’une époque. La trajectoire de ces adolescents obnubilés par les Beatles en vient ainsi, paradoxalement, à porter l’émergence d’un regard décentré, tourné vers les marges de « l’évènement ».</p>
<p>Néanmoins le dispositif ne fait pas montre de la même finesse lorsque, dans la deuxième partie, Judith Kristen raconte son arrivée à New York le jour du concert. Son double animé, caméra à la main, est affublé du rôle de réalisatrice des films amateurs réemployés par Ujicā. La couleur du Super 8, la sonorisation des archives et l’omniprésence de la voix off sont autant d’artifices réduisant la part poétique des moments de narration par l’image. À l’échelle du film, la récurrence de la voix off alourdit souvent le sens du montage. Ainsi de cette strate supplémentaire évitable : la lecture d’écrits poétiques d’Andrei Ujicā par les deux protagonistes, qui parasite la lisibilité de l’ensemble. Le «&nbsp;<em>son de l’époque</em> »&nbsp;est pourtant déjà là, dans les images d’un club où des New-Yorkais noirs et blancs dansent le <em>twist</em> à perdre haleine. Ces archives montrent bien comment la musique lie les individus entraperçus dans le documentaire, entre ceux qui attendent les Beatles au pied de leur hôtel, ceux qui écoutent la radio le matin ou dansent le rock toute la nuit, et d’autres encore qui manifestent pour les droits civiques, se rebellent, «&nbsp;<em>twist and shout</em> »&nbsp;– bougent et crient.</p>
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		<title>Classe moyenne</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/classe-moyenne-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Grignon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 10:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aspirant avocat d’origine maghrébine, Mehdi est promis à un bel avenir. Alors qu’il est invité pour les vacances dans la somptueuse villa de ses beaux-parents, Philippe et Laurence, il est témoin du conflit ouvert qui...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/classe-moyenne-2/" title="Read  Classe moyenne">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Aspirant avocat d’origine maghrébine, Mehdi est promis à un bel avenir. Alors qu’il est invité pour les vacances dans la somptueuse villa de ses beaux-parents, Philippe et Laurence, il est témoin du conflit ouvert qui oppose ces derniers à Nadine et Toni, leur couple de gardiens. L’objet du litige ? Les indemnités qu’ils réclament après des années à travailler au <em>black</em>, mais aussi à subir les vexations et le mépris de leurs employeurs. Le film débute par une scène d’humiliation qui met le feu aux poudres : convié à nettoyer les canalisations de la maison le jour des vingt ans de sa fille, Tony est littéralement recouvert de merde après que Laurence a ouvert l’évacuation d’eau de sa cuisine, sans égard pour son employé. Détournement scatologique du principe du « ruissellement », les excréments ont ici valeur de retour du refoulé, révélant la véritable nature des relations entre maître et serviteurs. Le scénario s’engage alors dans une logique de crescendo jusqu’au point de rupture, à l’image de son générique d’ouverture, qui montre un évier se remplir, déborder et inonder la cuisine de la villa.</p>
<p>Plus qu’une comédie sur la lutte des classes, <em>Classe moyenne</em> prend ainsi l’apparence d’une farce grotesque où les répliques vachardes et le comportement odieux des personnages cèdent la place à une violence plus profonde. Le plaisir que l’on tire de ce jeu de massacre, renforcé par l’abattage de son quatuor de comédiens (Laffitte, Bouchez, Calamy et Bédia), est toutefois tempéré par le choix d’adopter le point de vue de Mehdi, transfuge de classe et unique figure positive du récit. Parce qu’il est issu d’une famille modeste, il se propose rapidement de servir d’intermédiaire entre les deux parties afin de trouver un terrain d’entente. Au diapason de cette figure « centriste », Cordier adopte alors une mise en scène trop sage, évoquant plus souvent le modèle du téléfilm de luxe que celui de la comédie grinçante, ce dont témoigne le tournant mal négocié vers le grand-guignol. En découle le sentiment d’un film plutôt manqué, dont les éclats comiques reposent exclusivement sur la qualité de l’interprétation et l’efficacité de quelques répliques.</p>
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		<title>The Scores (ep. 1) : Liyo Gong</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-1-liyo-gong/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 10:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=328881</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce premier épisode de The Scores : le mix de Liyo Gong, monteuse et co-fondatrice...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-1-liyo-gong/" title="Read  The Scores (ep. 1) : Liyo Gong">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce premier épisode de The Scores : le mix de Liyo Gong, monteuse et co-fondatrice du collectif musical HE4RTBROKEN.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2172437202&amp;color=%230b0b0b&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<h2><b><em>SUN DOG</em> BY DORIAN JESPERS</b></h2>
<p><b>00′00″ </b><b>♪ Sound excerpt</b></p>
<p>Cet extrait est tiré de <em>Sun Dog</em>, un court-métrage sur un serrurier errant dans l’hiver d’un Arctique russe fantasmagorique. Dans cette scène, une fille qu’il vient de rencontrer traduit les paroles d’une chanson d’amour en s’adressant à la caméra, sur fond de tempête de neige nocturne. J’ai appris plus tard que le réalisateur avait vécu une situation similaire lors d’une fête à Moscou, et que c’est de là qu’était née la première idée du film. J’adore ce moment d’intimité inattendu, qui surgit avec douceur au milieu d’un film plutôt taciturne et mélancolique –&nbsp;et j’aime le fait qu’il soit déclenché par cette musique fantôme dont on n’entend pas le son, rapportée par une inconnue.</p>
<p><em>This excerpt is taken from Sun Dog, a dreamy short film about a locksmith wandering through the Russian Arctic winter. In this scene, a girl he has just met translates the lyrics of a love song to the camera, with a nighttime snowstorm in the background. I later learned that a similar situation actually happened to the filmmaker at a party in Moscow, and it was the first spark of inspiration that gave birth to the film. I really love that moment of sudden intimacy and warmth, especially since the rest of the film is quite wordless and melancholic. I also love that it’s sparked by this unheard, ghostly music, innocently recounted by a stranger.</em></p>
<h2><b><em>THE MIRROR</em> BY ANDREI TARKOVSKY</b></h2>
<p><b>00′52″ </b><b>♪ Pergolesi — Stabat Mater</b></p>
<p>Notre expérience du temps est par nature mystérieuse et insaisissable. Le seul moment dont on peut percevoir sensiblement la réalité est le présent ; le passé et le futur n’existent que dans notre conscience, sous forme de mémoire et de projections. Dans <em>Le Miroir</em>, Tarkovski “sculpte le temps” en dialogue direct avec ce grand mystère, tissant ensemble réminiscences et rêves, dissolvant présent et passé dans un flux de conscience bouleversant. Son utilisation poétique du montage y est très différente de ses autres films, ce qui rend le <em>Miroir </em>particulièrement précieux pour moi au sein de sa filmographie. C’est une expérience vertigineuse et spirituelle, sublimée par l’usage de musiques sacrées comme le <em>Stabat Mater</em> de Pergolèse.</p>
<p><em>Time is a very mysterious thing; when you think about it, the only thing we can truly perceive as real is the present — past and future exist only in our consciousness, as memory or projection. In The Mirror, Tarkovsky “sculpts time” in a way that brings us closer to that mystery, weaving together reminiscences and dreams, merging past and present into a stream of fleeting consciousness. He uses the art of montage here in a very unique, poetic way, which is why this film is the most special to me in all his filmography. It’s a vertiginous, spiritual experience, made even more sublime by the use of sacred music, like Pergolesi’s Stabat Mater.</em></p>
<h2><b><em>OUVERTURES — THE LIVING AND THE DEAD ENSEMBLE</em> BY LOUIS HENDERSON AND OLIVIER MARBOEUF</b></h2>
<p><b>03′43″ </b><b>♪ Sound excerpt</b></p>
<p><em>Ouvertures </em>est un film collectif qui expérimente de nouvelles manières de raconter l’histoire et le présent depuis une perspective caribéenne, en s’inspirant de traditions créoles et du Spiralisme, avec pour point de départ la pièce <em>Monsieur Toussaint</em> d’Édouard Glissant, qui retrace les derniers jours de la vie de Toussaint Louverture, héros de la Révolution haïtienne. Je pense que l’exploration d’autres formes de récits comme celles-ci est essentielle à une réinvention décoloniale du cinéma. Dans cet extrait à l’atmosphère hallucinatoire, on peut entendre un peu de la bande originale composée par Polido, ainsi que des paroles murmurées par Louverture face à sa mort prochaine.</p>
<p><em>Ouvertures is a collective film that explores new ways of telling history and the present from a Caribbean perspective, drawing from Creole traditions and Spiralism. I think films like this are essential to the reinvention of cinema as part of a broader decolonial movement. The story is freely inspired by Edouard Glissant’s play Monsieur Toussaint, which recounts the final days in the life of Toussaint Louverture, hero of the Haitian Revolution. In this excerpt, we hear part of the original score composed by Polido, along with whispered lines by Louverture, offering a glimpse of the film’s hallucinatory atmosphere.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-328931 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1.jpeg" alt width="1647" height="378" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1.jpeg 1647w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1-300x69.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1-1024x235.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1-768x176.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1-1536x353.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.1-980x225.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1647px) 100vw, 1647px"></a>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tabou/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>TABU</em></a> BY MIGUEL GOMES</b></h2>
<p><b>05′12″ </b><b>♪ Original Score by Joana Sa </b></p>
<p>Ces notes de piano, à la beauté délicate et un peu désuète, ouvrent le film sur des images fantasmées d’une Afrique filmée comme au temps du vieux Hollywood. Dans <em>Tabou</em>, Gomes joue sur l’ambiguïté du pouvoir de séduction du cinéma et sa capacité à créer des souvenirs illusoires. La musique composée par Joana Sa exprime à merveille ce romantisme naïf et cette nostalgie douteuse des personnages, pris dans la passion de leur histoire d’amour et aveugles au contexte colonial dans lequel ils vivent.</p>
<p><em>This beautiful piano piece opens the film over images of a fantasized, early-Hollywood-style representation of Africa. In Tabu, Gomes plays ambiguously with cinema’s seductive power and the illusory memories it can create. Joana Sa’s score, with its delicate, old-fashioned charm, perfectly captures the naive romanticism and uncomfortable nostalgia of the characters, caught up in their love story, blind to the colonial context they live in.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mysterious-skin/" target="_blank" rel="noopener"><em>MYSTERIOUS SKIN</em></a> BY GREGG ARAKI</b></h2>
<p><b>07′52″ </b><b></b><b>♪ Original Score by Harold Budd &amp; Robin Guthrie</b></p>
<p>Les bandes originales des films de Gregg Araki sont toutes incroyables, et ça a été difficile de n’en choisir qu’une pour ce mix. Ces deux morceaux proviennent de la bande son composée pour <em>Mysterious Skin </em>par Robin Guthrie et Harold Budd, tous deux affiliés à l’un de mes groupes préférés devant l’éternel, Cocteau Twins. Gregg Araki et Scott Heim (l’auteur du livre dont <em>Mysterious Skin</em> est adapté) sont eux aussi de grands fans de Cocteau Twins, ce qui a poussé Araki à inviter Budd et Guthrie à travailler sur le film. Araki a dit que cette bande originale faisait partie des « plus grandes fiertés » de sa carrière, et qu’il n’en revenait toujours pas d’avoir eu la chance de travailler avec ces deux légendes.</p>
<p><em>Gregg Araki’s soundtracks are always so perfect! I’m honestly a bit obsessed, and it was hard to choose something for this mix. But these two tracks come from the stunning score of Mysterious Skin, composed by Robin Guthrie and Harold Budd, respectively co-founder and frequent collaborator of one of my all-time favorite bands, Cocteau Twins. Both Araki and Scott Heim (author of the book the film is based on) are huge fans of them too, which led Araki to invite Budd and Guthrie to work on the score. Araki has called it one of the “proudest achievements” of his career, and said that he still couldn’t believe he had the chance to work with these legends.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/atlantique-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>ATLANTICS</em></a> BY MATI DIOP</b></h2>
<p><b>11′44″ </b><b></b><b>♪ Original Score by Fatima Al Qadiri</b></p>
<p>Je suis également une grande fan de Fatima Al Qadiri, et j’étais particulièrement excitée de l’entendre travailler sur un film, qui plus est réalisé par Mati Diop. Elle a composé la bande originale parfaite pour cette histoire d’amour fantôme : profonde, hantée, hypnotique. Je pense que la musique est un personnage à part entière dans ce film, comme un chant lancinant de l’océan, qui porterait en lui les voix des hommes qu’il a emportés.</p>
<p><em>I’ve been a fan of Fatima Al Qadiri since day one, and I remember how excited I was to hear she’d be working on a film, especially with Mati Diop. Atlantics is as much a ghost story as it is a love story, and this score fits it perfectly: haunting, deep, trance-like. It feels like the music is almost another character in the film, as if we could hear the beautiful yet deadly song of the ocean, carrying the voices of the ghost lovers lost to the sea.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-328932 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2.jpeg" alt width="1684" height="373" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2.jpeg 1684w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2-300x66.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2-1024x227.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2-768x170.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2-1536x340.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.2-980x217.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1684px) 100vw, 1684px"></a>
<h2><b><em>SHARASÔJU</em> BY NAOMI KAWASE</b></h2>
<p><b>16′51″ </b><b>♪ Sound excerpt</b></p>
<p>Cet extrait provient d’une des plus belles scènes de climax que j’aie jamais vue, qui se passe lors d’une parade de printemps au festival traditionnel de Basara, dans la ville natale de Naomi Kawase. C’est un moment de pure célébration et de communion, où les chants et la danse prennent la dimension d’une prière pour la vie et le renouveau. L’euphorie, le chaos d’une pluie soudaine, le rythme hypnotique des chants… tout est terriblement beau, et la tristesse et les émotions réprimées qui pesaient sur les personnages tout au long du film trouvent ici un exutoire éclatant.</p>
<p><em>This excerpt is from one of the most exhilarating climactic scenes I’ve ever seen, which takes place during a spring parade at the traditional Basara festival in Naomi Kawase’s hometown. This moment feels like a musical prayer for life and rebirth, an ancestral celebration of community through chant and dance. The euphoria, the chaos of the sudden rainfall, the hypnotic rhythm of the chants… I just find it all so beautiful. It’s as if the long-suppressed, heavy-hearted emotions that run throughout the film can finally erupt here.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-fits/" target="_blank" rel="noopener"><em>THE FITS</em></a> BY ANNA ROSE HOLMER</b></h2>
<p><b>1</b><b>8′56″ </b><b></b><b>♪ Original Score by Danny Bensi &amp; Saunder Jurriaans</b></p>
<p>Dans ce long plan-séquence d’anthologie, le personnage principal un peu garçon manqué, Toni, traverse un pont en improvisant une danse avec des mouvements appris à la boxe. Elle invente sa propre féminité, dans ce moment de passage métaphorique entre l’enfance et l’adolescence. J’aime beaucoup l’atmosphère inquiétante que Danny Bensi et Saunder Jurriaans ont créée, avec ces percussions minimalistes et ces cuivres entêtants.</p>
<p><em>In this anthology sequence of The Fits, the main character, a young tomboy named Toni, crosses a bridge in a beautiful long take, inventing her own body language somewhere between boxing and dancing. She’s exploring girlhood and femininity on her own terms, in what feels like a turning point in her coming of age. I love the score by Danny Bensi and Saunder Jurriaans, with its minimal, spooky beats and hypnotic brass.</em></p>
<h2><b><em>BLADE</em> BY STEPHEN NORRINGTON</b></h2>
<p><b>19′40″ </b><b></b><b>♪ Ni-Ten-Ichi-Ryu (Two Sword Technique) — Photek</b></p>
<p><em>Blade</em> est juste un film extrêmement stylé, un <em>Matrix</em> avant l’heure mais avec des vampires, ce qui sonne quand même très engageant. La scène d’ouverture est une des rares bonnes scènes de club, le club étant un espace très dur à capturer au cinéma. La bande-son est un mélange de tout ce qu’il y avait de plus cool à l’époque, avec notamment des morceaux de DJ Krush, et ce morceau de Photek extrêmement stylé aussi.</p>
<p><em>Blade is just such a cool film. It had The Matrix-level hype before The Matrix, but make it vampire. The opening scene is, in my opinion, one of the few truly great club scenes in cinema — and clubs are notoriously hard to shoot in interesting ways. The soundtrack is a wild mix of everything cool from that era, including tracks by DJ Krush and this great cut by Photek.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-328933 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3.jpeg" alt width="1581" height="379" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3.jpeg 1581w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3-300x72.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3-1024x245.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3-768x184.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3-1536x368.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.3-980x235.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1581px) 100vw, 1581px"></a>
<h2><b><em>THE VIRGIN SUICIDES</em> BY SOFIA COPPOLA</b></h2>
<p><b>23’06</b><b></b><b>′ </b><b></b><b></b><b>♪ Original Score by Air</b></p>
<p>J’ai vu <em>The Virgin Suicides</em> à sa sortie, quand j’étais encore moi-même pré-adolescente, et découvrir ce film à cet âge-là a été bouleversant. Je pense que c’est un de mes premiers grands souvenirs de cinéma. J’ai découvert que la beauté, l’atmosphère et le mystère d’un film pouvaient m’obséder de façon indicible pendant des mois, sans que mon cerveau puisse le traiter ou l’exprimer d’une autre manière que dans le langage du cinéma. Je n’ai pas forcément une connexion aussi forte avec le reste de la filmographie de Sofia Coppola, mais <em>The Virgin Suicides</em> et sa bande son iconique composée par Air – que j’avais téléchargée sur eMule et par laquelle j’étais aussi complètement obsédée – incarnent un moment très précieux de mon initiation au cinéma.</p>
<p><em>I was a young teenager when The Virgin Suicides came out in theaters, and watching it at that age was a profound experience, I remember being shaken to the core. It was probably one of my first truly important cinema moments. I realized that films could touch me in a completely unspeakable way, that the mystery, beauty, and atmosphere of a film could stay with me for months in a way that my brain couldn’t process in any language other than that of cinema. I don’t connect as much with the rest of Sofia Coppola’s work, but The Virgin Suicides — and its gorgeous score by Air, which I instantly downloaded on eMule and listened to on repeat for months — still represents a precious moment in my discovery of cinema.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eat-the-night-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>EAT THE NIGHT</em></a> BY CAROLINE POGGI &amp; JONATHAN VINEL</b></h2>
<p><b>27’33’’ </b><b></b><b>♪ Generated Tons by ssaliva feat City</b></p>
<p>Cette folle ascension d’arpeggios composée par ssaliva et City colle parfaitement avec l’esthétique maximaliste et le parti pris radicalement emo de <em>Eat The Night</em>. La musique de ssaliva a toujours quelque chose de pur et direct, comme si le geste initial restait apparent et central dans chaque morceau, elle a une énergie brute mais avec des mélodies très éthérées et mélancoliques, ce qui résonne beaucoup avec ce film. La fin désaccordée de ce morceau tombait aussi parfaitement pour introduire l’extrait suivant de ce mix.</p>
<p><em>This crazy arpeggio escalation, composed by ssaliva and City, fits perfectly the maximalist, unapologetically emotional tone of Eat The Night. I love how ssaliva’s music feels very pure and direct, as if the original creative gesture carries through the whole production process. It keeps a raw and sincere energy, while still creating melodies that have this melancholic, incandescent glow, which resonates very well with this film. And the detuned ending of the track is actually a serendipitous coincidence, the perfect intro to the next excerpt in this mix.</em></p>
<h2><b><em>HYMN OF THE PLAGUE</em> BY ATAKA51</b></h2>
<p><b>29’46’’ </b><b></b><b>♪ Sound excerpt</b></p>
<p>Mes parents ont travaillé pendant plus de 30 ans comme violonistes dans un orchestre, et j’ai grandi en entendant cette belle cacophonie d’instruments qu’on accorde, juste avant leurs répétitions ou leurs concerts. J’étais choquée quand j’ai entendu <em>Hymn Of The Plague</em> commencer par ce même son, le film se passant dans un studio d’enregistrement où un orchestre s’apprête à jouer. Le premier personnage qu’on voit est un petit garçon qui joue dans le couloir à côté du studio, ce qui m’a aussi rappelé les heures passées à m’occuper en coulisses quand j’étais enfant. On l’entend ici réciter un extrait de la pièce <em>Le Festin en temps de peste</em> de Pouchkine, dont l’orchestre essaie d’enregistrer une version musicale avant d’être lui-même emporté par un fléau mystérieux. <em>Hymn Of The Plague</em> est un impressionnant petit tour de force réalisé par un collectif de jeunes réalisateurs russes appelé Ataka51, que j’ai découvert avec bonheur à Locarno l’année passée.</p>
<p><em>My parents were violinists in an orchestra for more than 30 years, and I grew up hearing the beautiful cacophony of tuning instruments before every rehearsal or concert they brought me to. Hymn of the Plague <em>opens with that exact same sound, since it takes place in a recording studio where an orchestra is about to begin. When I heard it, it struck a deeply personal chord. The first character we see is a little boy playing in the hallway outside the studio, which also reminded me of the countless hours I spent trying to entertain myself backstage as a child. The poem we hear him read is from Pushkin’s A Feast in Time of Plague, as the orchestra attempts to record a new composition inspired by the play — but they, too, get consumed by a mysterious Plague. Hymn is a masterfully crafted short film made by a Russian filmmakers’ collective called Ataka51, which I discovered at Locarno last year and fell in love with.</em></em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-328934 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4.jpeg" alt width="1590" height="359" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4.jpeg 1590w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4-300x68.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4-1024x231.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4-768x173.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4-1536x347.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.4-980x221.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1590px) 100vw, 1590px"></a>
<h2><b><em>LUMAPIT SA AKIN, PARAISO</em> BY STEPHANIE COMILANG</b></h2>
<p><b>31’58’’ </b><b></b><b>♪ Original score by Why Be, SKY H1 and Elysia Crampton</b></p>
<p>Ce film de science-fiction documentaire sur la communauté philippine de Hong Kong a bénéficié d’un casting cinq étoiles de musicien.nes pour sa bande-son : Why Be, SKY H1 et Elysia Crampton. D’après Tobias Lee (Why Be), iels voulaient créer quelque chose d’irréel et hors du monde, tout en gardant une sonorité intime et émotionnelle. J’écoute beaucoup cette bande-son, et j’avoue que je l’ai souvent utilisée comme référence pour des films que je montais.</p>
<p><em>This science-fiction documentary about the Filipino community in Hong Kong features a five-star cast of music producers: Why Be, SKY H1, and Elysia Crampton. As Tobias Lee (Why Be) put it, they wanted the score to sound otherworldly, while still holding onto a certain emotional or intimate sensitivity. I listen to this soundtrack a lot, and often use it as a reference for films I work on.</em></p>
<h2><b><em>ME YOU AND EVERYONE WE KNOW</em> BY MIRANDA JULY</b></h2>
<p><b>36’00’’ </b><b></b><b>♪ Original score by Michael Andrews</b></p>
<p>J’ai vu <em>Me, You and Everyone We Know</em> il y a longtemps lors de sa sortie, et j’en garde le souvenir d’un film plein de moments affreusement mignons, contrebalancés par une lucidité un peu cruelle sur les relations humaines, et la scène de fin m’avait particulièrement fait fondre. Sans spoiler, je dirai juste qu’elle implique un petit garçon qui finit par résoudre un mystère qui le tourmentait, un beau lever de soleil orange-rose et un pouvoir magique. Le thème musical composé par Michael Andrews, qui revient timidement tout au long du film, prend finalement toute son ampleur sur ces dernières images.</p>
<p><em>I saw Me and You and Everyone We Know a long time ago when it was released in theaters, and I remember it as a lovely film full of unbearably cute moments, balanced by a touch of lucid cruelty. The final scene left me in awe, and without spoiling it, I’ll just say that a little boy finally solves a mystery he’s been trying to figure out since the beginning of the film, and it involves a pink-orange sunrise and a wholesome magical power. Fittingly, Michael Andrews’ theme, which plays throughout the film, finally reaches its beautiful climax here.</em></p>
<h2><b><em>GUMMO</em> BY HARMONY KORINE</b></h2>
<p><b>39’53’’ </b><b></b><b>♪ Roy Orbison — Crying</b></p>
<p>Ma chanson de karaoké ultime est aussi la musique de fin de Gummo. Je voulais donc finir ce mix de de la manière la plus épique qui soit, sur le son déchirant d’un cœur brisé.</p>
<p><em>My ultimate go-to karaoke song also happens to be the closing track of Gummo. It’s just perfect! I couldn’t resist ending the mix on this heartbreakingly epic note.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-328935 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5.jpeg" alt width="1657" height="386" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5.jpeg 1657w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5-300x70.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5-1024x239.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5-768x179.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5-1536x358.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/The-scores-1.5-980x228.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1657px) 100vw, 1657px"></a>
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			</item>
		<item>
		<title>Put Your Soul on Your Hand and Walk</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 10:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=328791</guid>

					<description><![CDATA[<p>Impossible de regarder Put Your Soul on Your Hand and Walk, journal filmé de la correspondance entre la cinéaste iranienne Sepideh Farsi et la photojournaliste palestinienne Fatima Hassouna, sans avoir en tête, à chaque seconde...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" title="Read  Put Your Soul on Your Hand and Walk">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Impossible de regarder <em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em>, journal filmé de la correspondance entre la cinéaste iranienne Sepideh Farsi et la photojournaliste palestinienne Fatima Hassouna, sans avoir en tête, à chaque seconde qui passe, l’assassinat de cette dernière par l’armée israélienne lors d’un bombardement perpétré le 16 avril 2025, juste après l’annonce de la sélection du film à l’ACID. La dimension involontairement post mortem du portrait modifie notre perception du grand sourire qu’affiche souvent le visage de « Fatem », en dépit de la description difficile qu’elle fait de son quotidien à Gaza (massacres, bombardements incessants, destructions d’immeubles, famine, etc.). Les séquences où la reporter évoque elle-même la mort ressemblent à des présages (« <em>L’autre jour dans la rue, une petite fille m’a dit qu’elle voulait mourir</em> »), tandis que le moindre élan de vie se teinte d’une amertume (le film s’achève sur Fatem affirmant vouloir montrer aux générations futures ce à quoi elle a « <em>survécu</em> »). C’est d’ailleurs ce dont les photos de Fatem témoignent, par leur manière de mettre en exergue des pointes de vitalité au milieu des décombres : ici des fleurs qui poussent dans un tas de gravats, là des enfants qui jouent en bas d’un immeuble dévasté, etc. Si « la vie continue », selon l’adage (repris par Fatem elle-même), la mort règne dans les images de la journaliste comme dans celles qui défilent sur l’écran du téléphone de Farsi. L’interruption du flux vidéo et la compression dues à la faiblesse du réseau sont autant de dysfonctionnements préfigurant la disparition d’une femme dont le visage semble, au fur et à mesure, s’évanouir derrière les pixels.</p>
<h2>Ici et ailleurs</h2>
<p>Si ce dialogue entre horizon vitaliste et funeste est renforcé par les circonstances tragiques qui accompagnent la présentation du film (comme celle d’autres documentaires sur la Palestine depuis le 7 octobre 2023, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/no-other-land/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>No Other Land</em></a> en tête), il tient également à la finesse du dispositif de Farsi. Sa petite caméra en main, la cinéaste enregistre les appels vidéo avec Fatem et montre, à intervalles réguliers, les informations télévisées sur son ordinateur, panotant entre ce dernier et son téléphone pour juxtaposer la réalité vécue (par Fatem) et la réalité médiée (par les chaînes d’info). Devant ces images bicéphales, qui reflètent la logique conversationnelle des interfaces numériques (« inter-face » est à entendre ici comme un espace de rencontre « entre deux faces »), on a le sentiment de regarder Gaza simultanément depuis l’intérieur et l’extérieur. Un panoramique effectué par Fatem avec son téléphone précède par exemple une énième interruption de connexion, rappelant, en dépit d’une apparente proximité, la distance qui nous sépare d’elle. À la fois <em>ici et ailleurs</em> (pour reprendre le titre d’un film coréalisé par Miéville et Godard sur la Palestine<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328791_448('footnote_plugin_reference_328791_448_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328791_448('footnote_plugin_reference_328791_448_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328791_448_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328791_448_1" class="footnote_tooltip">On reconnaît d’ailleurs l’affiche de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/film-annonce-dun-film-qui-nexistera-jamais-droles-de-guerres/" target="_blank" rel="noopener"><em>Film annonce du film qui n’existera jamais : « Drôles de guerres »</em></a> dans l’un des mails ouverts par Farsi sur son ordinateur.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328791_448_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328791_448_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), il s’agit de voir le génocide en épousant le regard d’une prisonnière, sans pour autant prétendre se trouver à ses côtés. Exilée, Farsi vit à Paris et voyage partout dans le monde pour présenter ses films. Fatem, elle, est coincée dans ce qu’elle appelle « une grande boîte » depuis laquelle on ne discerne que des murs – une geôle à laquelle renvoient les bords de l’écran du téléphone.</p>
<p>Un mot enfin sur les séquences où l’écran vire au noir pour laisser entendre le tumulte des bombardements enregistrés par Fatem et transmis sous la forme de messages audio. Assez sobres et courtes pour résister à la tentation du spectacle, elles interviennent dans les moments où la correspondance est mise à mal par l’intensification des combats. Elles composent de la sorte un contrechamp aux images qui voient Fatem rayonner : ces instants de partage et de sororité entre la cinéaste et la photojournaliste laissent place aux murmures inquiets des familles regroupées dans leurs appartements, alors que l’on entend les détonations à l’extérieur sans pouvoir saisir, faute d’images, ce qui se passe précisément. Lors d’une conversation au début du film, Fatem dit à Farsi avoir la tête « <em>pleine de murmures</em> », comme si les morts du génocide la hantaient par leurs chuchotements. Dans un texte précédant son assassinat, elle écrira justement ceci : «<em> Quant à la mort inévitable, si je meurs, je veux une mort bruyante, je ne veux pas de moi dans un article de dernière minute, ni dans un numéro avec un groupe, je veux une mort qui soit entendue par le monde, une trace qui dure pour toujours, et des images immortelles que ni le temps ni l’espace ne peuvent enterrer</em>. »</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328791_448();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328791_448();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328791_448">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328791_448" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328791_448('footnote_plugin_tooltip_328791_448_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328791_448_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On reconnaît d’ailleurs l’affiche de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/film-annonce-dun-film-qui-nexistera-jamais-droles-de-guerres/" target="_blank" rel="noopener"><em>Film annonce du film qui n’existera jamais : « Drôles de guerres »</em></a> dans l’un des mails ouverts par Farsi sur son ordinateur.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328791_448() { jQuery('#footnote_references_container_328791_448').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328791_448').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328791_448() { jQuery('#footnote_references_container_328791_448').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328791_448').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328791_448() { if (jQuery('#footnote_references_container_328791_448').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328791_448(); } else { footnote_collapse_reference_container_328791_448(); } } function footnote_moveToReference_328791_448(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328791_448(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328791_448(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328791_448(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/">Put Your Soul on Your Hand and Walk</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Une bataille après l’autre</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 10:29:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Faites la révolution et l’amour : dans la première partie d’Une bataille après l’autre, nouvelle adaptation d’un roman de Thomas Pynchon par Paul Thomas Anderson, après Inherent Vice, les héros sont entraînés dans une quête...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" title="Read  Une bataille après l’autre">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Faites la révolution et l’amour : dans la première partie d’<em>Une bataille après l’autre</em>, nouvelle adaptation d’un roman de Thomas Pynchon par Paul Thomas Anderson, après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/inherent-vice/" target="_blank" rel="noopener"><em>Inherent Vice</em></a>, les héros sont entraînés dans une quête conjointe d’action politique et de jouissance. Si l’univers du film évoque le fond de l’air brun du temps présent (une Amérique fascisante, l’enfer de la politique migratoire, etc.), il ne faut pas s’y tromper : c’est davantage le fait révolutionnaire en général qui intéresse Paul Thomas Anderson, et non la lutte contre la politique trumpiste en particulier. Le film reprend à son compte le principe d’uchronie du roman <em>Vineland</em>, déployant un univers, certes actualisé et semblable à la Californie des années 2000 jusqu’à nos jours (là où Pynchon situait son action dans les sixties), mais flottant entre réalisme et absurde. Le groupuscule révolutionnaire <em>French 75</em>, mené par Perfidia (Teyana Taylor), accompagné de son amant Bob (Leonardo DiCaprio), multiplie ainsi les actions armées autour de la frontière mexicaine avec une lascivité peu commune. Libérer des prisonniers sans-papiers, s’embrasser langoureusement, faire exploser une ligne haute-tension, baiser sur le capot, etc. : une excitation (insurrectionnelle) en chasse une autre (érotique). Chez Anderson, la révolution s’apparente d’abord à un état émotionnel momentané, une ardeur à entretenir ou une ivresse (on y reviendra), dont le film cherche à épouser les flux et reflux. Ainsi de l’entrée en matière : embrassant les fuites des insurgés ou captant en plan rapproché leur surexcitation (« <em>Viva la revolución !</em> », s’emporte Bob, déjà à la limite du grotesque), le cinéaste figure le geste révolutionnaire comme une effusion et un jaillissement, tandis que les dialogues frénétiques esquissent une certaine utopie sexuelle. La lutte contre le fascisme s’emboîte dans des tribulations amoureuses et un érotisme aussi débridé que sans frontières (cf. la célébration répétée d’unions mixtes ou l’obsession d’un personnage pour les « <em>chattes mexicaines épilées</em> »). Dans le cinéma d’Anderson, l’extase est par ailleurs aussi (et peut-être surtout) musicale. Cette longue introduction pose ainsi l’idée que la Révolution est une affaire de mélodie et de rythme, qu’il s’agit de ne pas perdre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328986_450('footnote_plugin_reference_328986_450_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328986_450('footnote_plugin_reference_328986_450_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328986_450_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328986_450_1" class="footnote_tooltip">D’ailleurs deux révolutionnaires sont campées par des musiciennes&nbsp;: Teyana Taylor et Alana Haim, déjà à l’affiche de <em>Licorice Pizza</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328986_450_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328986_450_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Dès le plan d’ouverture accompagnant le regard et la démarche stressée de la guérillero Perfidia, qui observe un centre de détention situé en contrebas, le film épouse la nervosité de son héroïne. Le film démarre à cent à l’heure et maintient ce tempo une trentaine de minutes, enchaînant les scènes d’action et les embranchements érotico-amoureux sans lever le pied de la pédale. Mais déjà, une ombre plane. Dans l’œuvre du cinéaste, peuplée de cabotins illuminés (<em>Inherent Vice</em>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/punch-drunk-love/" target="_blank" rel="noopener"><em>Punch-Drunk Love</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-master/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Master</em></a>) ou d’entrepreneurs enfiévrés (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/there-will-be-blood/" target="_blank" rel="noopener"><em>There Will be Blood</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/phantom-thread/" target="_blank" rel="noopener"><em>Phantom Thread</em></a>), les états <em>trop</em> exaltés se laissent toujours teinter d’une insondable nostalgie : la (petite) mort guette.</p>
<p>Au-delà du personnage de Bob l’artificier, dont la vigueur chancelle rapidement, l’énergie sexuelle se cristallise &nbsp;ailleurs, dans la relation improbable entre Perfidia et le colonel Lockjaw (Sean Penn). En le forçant à se mettre en érection alors qu’elle le prend en otage (toujours cette imbrication entre sexe et action), elle réveille chez lui une ardeur inextinguible et se découvre un ennemi double qui la mènera à sa perte (leur liaison naîtra par la suite d’un chantage). Des petites triques naissent les grands monstres : c’est du désir malade et dévorant de Lockjaw que découle toute la dynamique de la suite du récit. Seize ans plus tard, Perfidia a disparu après avoir balancé tous ses camarades sous la contrainte de Lockjaw, et Bob vit incognito avec sa fille Willa (Chase Infiniti) quand la figure du Colonel (qui veut désormais intégrer un club secret suprématiste constitué de l’élite de l’élite américaine) va de nouveau les menacer. L’ambiguïté du regard d’Anderson sur l’acte révolutionnaire tient à ce qu’il fait de ce personnage de masculiniste raciste et dégénéré le cœur vibrant du film : lui bande facilement, quand Bob, révolutionnaire rangé des voitures, se met plus laborieusement en route. Avec son visage sans cesse contorsionné et ses tenues parfois ridiculement cintrées, Sean Penn incarne à merveille une forme de frustration existentielle – une libido contrariée sur pattes. Indéniablement, c’est lui, plus que la tête d’affiche, qui se démarque au sein de l’ample casting.</p>
<h2>Une petite flamme</h2>
<p>Faites la révolution et ouvrez-vous une petite cannette. Après des années de cavale, la foi révolutionnaire qui animait Bob s’est engourdie dans un enivrement et un nuage de vapeurs anesthésiantes. L’action est relancée, mais elle sera indéniablement entravée par le manque de vivacité du héros, à la fois lent corporellement (il peine à tenir le rythme lors d’une escapade sur un toit) et mentalement (sa mémoire flanche). Le film s’inscrit alors plus nettement dans le style comico-paranoïaque d’<em>Inherent Vice</em>. Anderson en reprend plusieurs motifs de mise en scène – les gros plans sur le regard fuyant du héros statique dans son canapé, la porte d’entrée soudainement défoncée ou, plus tard, le surgissement silencieux de dizaines de soldats – sans jamais toutefois parvenir à la même folie et la même sensation de dérèglement. On pourrait arguer que le film est un brin trop linéaire et, lisible, et de fait, il opte pour un récit au ton beaucoup plus emphatique, rappelant en cela davantage la trajectoire aimantée des deux amoureux de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/licorice-pizza/" target="_blank" rel="noopener"><em>Licorice Pizza</em></a> que l’enquête absconse et labyrinthique d’<em>Inherent Vice</em>. <em>Une bataille après l’autre</em> poursuit cela dit une autre chimère que le seul trip hallucinatoire : l’idée que la révolution vivra et vaincra. Anderson structure son film en une suite de segments de situations qu’il étire à outrance, soulignant toujours le déploiement laborieux de l’action, bien accompagné par les compositions répétitives (quelques notes de piano) de Jonny Greenwood. Par là, le cinéaste semble chercher à circonscrire de différentes façons l’essence du sentiment révolutionnaire, en gardant à l’esprit l’idée que celui-ci s’éprouve sur le temps long (le temps qu’embrasse le récit, mais aussi la durée interne des différentes séquences), comme si son élan était toujours contrarié par le caractère éphémère de l’ivresse qui le porte, qu’il faut sans cesse alimenter (le sexe, l’alcool ou simplement les cris enthousiastes de révolutionnaires mexicains que Bob multiplie pour se « recharger »).</p>
<p>C’est dans l’avant-dernier segment du film qu’Anderson trouve une forme d’épure idéale et sûrement sa plus belle idée formelle : sur une route au milieu du désert, sillonnée d’un côté puis de l’autre, se dénoue toute l’intrigue. Cette longue course-poursuite, qui engage la survie des protagonistes et par là celle de l’idéal révolutionnaire, culmine dans une ligne droite traversant un champ de bosses, comme si les voitures naviguaient sur une mer agitée. Sans trop dévoiler ce moment de bravoure, on retient à son terme que c’est Willa qui aura su, sans se perdre dans les remous du récit, appréhender le rythme de cette oscillation et surfer sur les vagues se présentant à elles. En somme, c’est l’enfant qui ici permet à la révolution de perdurer. Une autre forme, plus discrète, avait déjà instillé plus tôt l’importance de la filiation révolutionnaire, dégagée dans le film de la seule question des liens du sang. Alors que la fille de Perfidia rencontre une ancienne camarade de lutte qui a subi les conséquences de la trahison maternelle, cette dernière défie, yeux dans les yeux, la jeune femme et croit reconnaître en elle la « balance ». Mais une lueur située à l’arrière-plan, pile entre leurs deux visages, nous raconte aussi autre chose : une petite flamme, celle de l’idéal révolutionnaire, brûle encore.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328986_450();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328986_450();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328986_450">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328986_450" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328986_450('footnote_plugin_tooltip_328986_450_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328986_450_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">D’ailleurs deux révolutionnaires sont campées par des musiciennes&nbsp;: Teyana Taylor et Alana Haim, déjà à l’affiche de <em>Licorice Pizza</em>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328986_450() { jQuery('#footnote_references_container_328986_450').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328986_450').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328986_450() { jQuery('#footnote_references_container_328986_450').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328986_450').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328986_450() { if (jQuery('#footnote_references_container_328986_450').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328986_450(); } else { footnote_collapse_reference_container_328986_450(); } } function footnote_moveToReference_328986_450(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328986_450(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328986_450(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328986_450(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/">Une bataille après l’autre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>13e Festival du Film de Montreuil</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/13e-festival-du-film-de-montreuil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Sep 2025 19:43:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Rétrospective Kathryn Bigelow</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/retrospective-kathryn-bigelow/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Sep 2025 19:37:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Cycle Luis García Berlanga</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/cycle-luis-garcia-berlanga/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Sep 2025 19:32:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>27ème édition Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/27eme-edition-festival-des-cinemas-differents-et-experimentaux-de-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Sep 2025 12:06:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Boys in the Band — Shortbus</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-shortbus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 10:31:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-shortbus/" title="Read  Boys in the Band — Shortbus">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-shortbus/">Boys in the Band — Shortbus</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Premier arrêt : </em>Shortbus <em>de John Cameron Mitchell.</em></p>
<p>En ce moment, sans que je sache bien pourquoi, mes activités me ramènent constamment à cette période de l’entrée dans l’âge adulte où mon intérêt croissant pour le cinéma se confondait avec l’exploration timide de ma sexualité. Je ne sais pas comment décrire l’émotion singulière que j’ai ressentie en redécouvrant ces dernières semaines, au hasard d’une commande et d’un projet de programmation, les premiers films de Gregg Araki et <em>Shortbus </em>de John Cameron Mitchell – des œuvres qui avaient beaucoup d’importance pour moi à ce moment de ma vie, et que je n’avais pas revues depuis. Ce qui m’a frappé, c’est que ces films et cinéastes qui avaient tant compté, je n’avais jamais vraiment écrit dessus, ni pour <em>Critikat</em>, ni à l’Université. J’ai bien donné un cours sur les approches <em>queer </em>du cinéma et de l’audiovisuel à la Sorbonne Nouvelle, en 2020–2021, mais il s’agissait d’un séminaire très théorique où je me gardais de laisser affleurer quoi que ce soit d’intime. Bien sûr, je me suis intéressé au genre et aux représentations dans mes travaux de recherche, mais toujours du côté des femmes et du féminisme, jamais celui des masculinités ni de l’homosexualité ; jamais ce qui s’approchait trop de moi. Je crois que j’ai manqué de courage. Aussi ai-je été surpris de sentir à quel point ces films résonnaient encore fort en moi, alors que j’avais, en quelque sorte, tout fait pour les fuir, et surtout pour fuir les questions qu’ils me posaient.</p>
<p>Dans <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/hommage-a-agnes-varda/" target="_blank" rel="noopener">le tout premier texte que j’ai écrit pour <em>Critikat</em></a>, j’ai parlé du rôle fondateur qu’avait joué dans ma cinéphilie <em>Cléo de 5 à 7 </em>d’Agnès Varda. Le fait est qu’au moment où j’ai découvert <em>Cléo</em>, dans ces quelques mois cruciaux de l’année 2009 où l’ennui abyssal que m’inspiraient mes études de commerce a servi de combustible à ma cinéphilie, <em>Shortbus </em>était l’autre film important qui m’avait marqué. Pourtant, pendant des années, je n’ai pas voulu le revoir&nbsp;– je craignais d’ébrécher mon souvenir. J’avais été terriblement déçu par <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rabbit-hole/" target="_blank" rel="noopener"><em>Rabbit Hole</em></a>, le film suivant du cinéaste – je m’en souviens, à tort ou à raison, comme d’une œuvre assez académique tirée vers le haut par Nicole Kidman –, au point de ne pas me déplacer en salles pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/how-to-talk-to-girls-at-parties/" target="_blank" rel="noopener"><em>How to Talk to Girls at Parties</em></a>, plutôt mal reçu à Cannes en 2017. John Cameron Mitchell était sans doute un mauvais cinéaste et <em>Shortbus </em>relevait probablement de ces films américains indépendants un peu ternes que j’affectionnais à l’adolescence, avant que je ne comprenne les possibilités du cinéma. Ce que j’avais aimé à l’époque, c’était sans doute un sujet et non un film. Ou, pour le dire autrement : mon intérêt pour le sujet m’avait vraisemblablement empêché de voir les défauts du film.</p>
<p>Et voilà qu’à le revoir, les larmes me montent aux yeux. Évidemment, retrouver un film que l’on a visionné compulsivement à une période de sa vie, après des années d’absence, c’est comme réécouter un disque que l’on a tellement usé qu’à la fin de chaque morceau, on entend déjà les premiers accords de celui qui va suivre. Mais au-delà de l’exquise piqûre de la nostalgie, le film m’intéresse, plus que je ne l’aurais pensé – et de manière contre-intuitive, pour les raisons mêmes pour lesquelles je craignais de le revoir. Ce qui fait la force de <em>Shortbus</em> n’est évidemment pas un sujet, mais l’adéquation entre un sujet et une forme ; ou plus précisément un contraste, entre le caractère supposément scandaleux de ce que le film promet de montrer, et la manière assez banale et inoffensive dont il s’y prend en vérité.</p>
<p>Optant pour la structure narrative balisée du film choral, <em>Shortbus</em> met en scène les trajectoires croisées d’un petit groupe de personnages en quête d’intimité sexuelle et sentimentale, qui gravitent autour du Shortbus, un club libertin pour les «&nbsp;<em>gifted and challenged</em>&nbsp;» dirigé d’une main ferme (mais délicate) par une authentique icône du cabaret <em>queer</em>, Justin Vivian Bond<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328777_460('footnote_plugin_reference_328777_460_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328777_460('footnote_plugin_reference_328777_460_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328777_460_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328777_460_1" class="footnote_tooltip">Le film fonctionne du reste comme un instantané du milieu <em>queer </em>new-yorkais de l’époque&nbsp;: outre Bond, on y croise Jonathan Caouette, le réalisateur de <em>Tarnation</em> (2004), Daniel Sea de <em>The L World</em>, JD Samson du groupe Le Tigre et bien d’autres.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328777_460_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328777_460_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Le film brasse un éventail assez vaste de problématiques romantico-sexuelles directement inspirées de la vie de ses interprètes non professionnels : un couple homo qui cherche à s’ouvrir à un troisième partenaire et le voyeur qui les épie depuis l’immeuble d’en face, une sexologue qui n’a jamais connu l’orgasme et son partenaire qui rêve en secret d’être soumis, ou encore une prostituée dominatrice incapable de nouer des liens affectifs. Avec ses plans brefs en caméra portée, tournés en lumière naturelle, ses faux raccords et ses inserts ponctuels d’images vidéo, le film joue une partition réaliste familière, beaucoup moins abrasive que les transgressions esthétiques du <em>New Queer Cinema</em>, une décennie plus tôt. À un détail près, cependant&nbsp;: les actes sexuels y sont non simulés. Mitchell n’est pas le premier cinéaste de sa génération à vouloir tirer la monstration du sexe hors du ghetto pornographique&nbsp;: Breillat, Brisseau, Clark, LaBruce ou Gallo se sont engouffrés dans cette brèche quelques années avant lui. Mais ce que je remarque, après avoir revu un certain nombre de ces films dans le cadre d’une <a href="https://le-dietrich.fr/evenement/les-tresors-de-marlene-la-piel-que-habito" target="_blank" rel="noopener">programmation de ciné-club autour du motif de la peau,</a> c’est que <em>Shortbus </em>est le seul d’entre eux où le sexe n’est pas sordide, où le plaisir n’est pas synonyme de violence ou de mort. Mitchell ne cherche ni à scandaliser, ni à faire bander&nbsp;; il filme comme si de rien n’était des sexes flapis pissant un coup dans l’eau du bain, des tentatives ratées de masturbation ou d’autofellation, un trouple gay qui chante l’hymne national américain en se servant des bites et des anus des uns et des autres comme de micros… Après Gregg Araki (<em>Nowhere</em>) et avant les Wachowski (<em>Sense 8</em>), plusieurs séquences en montage alterné accompagnent par l’accélération progressive du rythme des plans la montée de l’orgasme des protagonistes, une équivalence formelle aux joyeuses orgies du Shortbus. Bref, non seulement le sexe ressemble dans ce film à ce qu’il est dans la vie (drôle, maladroit, désarmant), mais la mise en scène tend à banaliser des pratiques sexuelles assez éloignées des standards, qui ne sont jamais montrées comme des « déviances ».</p>
<h2>Réparer les vivants</h2>
<p>Et c’est justement parce qu’il ne cherche pas à faire de la sexualité un grand sujet que <em>Shortbus </em>réussit à la traiter sérieusement. Mitchell croit en la puissance d’interconnexion du désir, mais n’est pas dupe du fait que le plaisir est aussi un enjeu personnel, et qu’il n’est pas forcément donné à tout le monde. La peur de la pénétration, l’incapacité de jouir, la difficulté d’accepter l’intimité sentimentale et sexuelle avec autrui qui entravent les personnages sont dépeints<em>&nbsp;</em>comme autant de stigmates de violences passées, évoquées à demi-mot, mais que le public auquel s’adresse le film n’a pas besoin de voir explicitées : le souvenir de la petite ville qu’on a quittée pour pouvoir vivre sa sexualité, la vigilance inquiète des parents, l’expérience d’agressions sexuelles… Le film est d’une tristesse assez abyssale, et c’est aussi en cela que la douceur un peu mièvre de la mise en scène de Mitchell fait mouche : elle n’élude pas, mais cherche à réparer. Il y a, au-delà de son <em>happy-end </em>illusoire qui, comme dans tout bon mélo, ne fait pas tout à fait oublier ce qui a précédé, une certaine pureté dans le souci constant du cinéaste de mettre en scène la compassion. On trouve de très beaux raccords regards<em>&nbsp;</em>: les pauses médusées de la dominatrice Severin quand elle saisit par ses photographies quelque chose de ceux à qui elle n’arrive pas à parler, ou le sourire bienveillant d’une jeune femme en pleine jouissance à l’héroïne frigide qui l’observe à distance. Et puis il y a les étreintes, et ce baiser d’absolution d’un jeune éphèbe à ce vieux politicien dans le placard qui a trahi les siens par lâcheté pendant les années SIDA. Le Shortbus lui-même fait figure d’espace utopique aussi improbable que la maquette animée de New York qui ouvre et clôt le film. Dans les dernières minutes, le club plongé dans l’obscurité par une coupure d’électricité s’éclaire progressivement à la lumière des bougies, avant d’être envahi par une foule joyeuse et bigarrée qui lui donne l’aura quasi-mythique d’une arche de Noé <em>queer, </em>où les âmes égarées viendraient soigner leur douleur au contact de celle des autres. Ça me serre chaque fois un peu le cœur de savoir que je ne connaîtrai jamais dans la réalité un tel espace de réconfort –&nbsp;mais cet espace existe malgré tout, par l’intermédiaire du film, et je suis heureux, après tant d’années d’absence, d’avoir pu à nouveau m’y réfugier.</p>
<p>En tant que critique (ou universitaire), on a parfois tendance à penser qu’il faut se tenir à distance de ce qui nous touche dans un film pour voir uniquement ce que l’on croit pouvoir partager objectivement avec un lecteur ou une lectrice. Revoir <em>Shortbus </em>me rappelle que c’est une erreur : s’emparer de l’émotion singulière qu’éveille en nous un film peut nous permettre, au contraire, de lui accorder l’attention qu’il mérite – surtout quand il se présente sous un abord un peu ingrat. Je repense à des échanges que j’ai eus l’an dernier avec quelques amis cinéphiles au sujet du nouveau film d’Andrew Haigh, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/2024-rattrapages-et-revisions/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sans jamais nous connaître</em></a><em>. </em>Ils prenaient de haut cet énième mélo A24, filmé par un « jeune réal qui se prenait pour Joanna Hogg ». Non seulement étais-je le seul à savoir que Haigh était depuis <em>Weekend </em>et la série <em>Looking </em>un des cinéastes gays les plus en vue de la décennie écoulée, célèbre bien avant les succès d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aftersun/" target="_blank" rel="noopener"><em>Aftersun</em></a>, de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/past-lives-nos-vies-davant/" target="_blank" rel="noopener"><em>Past Lives</em></a> ou de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-souvenir-part-i-ii/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Souvenir</em></a>&nbsp;; mais surtout j’étais profondément touché par des dimensions du film qui semblaient invisibles pour mes camarades. J’ai regretté rétrospectivement de ne pas avoir pu le couvrir pour <em>Critikat</em> –&nbsp;cette histoire de <em>coming-out </em>empêché et accompli en rêves, j’aurais pu en tirer quelque chose. J’ai conscience d’avancer ici sur un terrain un peu miné : je ne pense pas qu’il faille nécessairement être pédé pour comprendre les films de pédés ou en parler ; mais il me semble en même temps difficile de nier que notre expérience de l’existence affute inévitablement certaines dimensions de notre sensibilité et de notre curiosité. J’ai longtemps eu des réticences à parler depuis cet endroit-là, par peur de trop m’exposer ou de m’aveugler au sujet des films. C’est idiot. Je ne perds pas soudain tout jugement critique devant un film gay, même s’il me touche plus fort, à certains égards, que d’autres films. Peut-être même que la force de mes émotions de spectateur peut justement servir de boussole pour aborder ces œuvres d’une manière qui permette à d’autres de comprendre ce qui constitue leur part de singularité. Je ne cherche pas à prétendre que <em>Shortbus </em>ou <em>Sans jamais nous connaître </em>sont des chefs‑d’œuvre&nbsp;; mais ce qu’ils montrent, <em>d’un certain point de vue</em>, je ne l’ai observé nulle part ailleurs.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328777_460();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328777_460();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328777_460">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328777_460" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328777_460('footnote_plugin_tooltip_328777_460_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328777_460_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le film fonctionne du reste comme un instantané du milieu <em>queer </em>new-yorkais de l’époque&nbsp;: outre Bond, on y croise Jonathan Caouette, le réalisateur de <em>Tarnation</em> (2004), Daniel Sea de <em>The L World</em>, JD Samson du groupe Le Tigre et bien d’autres.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328777_460() { jQuery('#footnote_references_container_328777_460').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328777_460').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328777_460() { jQuery('#footnote_references_container_328777_460').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328777_460').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328777_460() { if (jQuery('#footnote_references_container_328777_460').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328777_460(); } else { footnote_collapse_reference_container_328777_460(); } } function footnote_moveToReference_328777_460(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328777_460(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328777_460(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328777_460(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-shortbus/">Boys in the Band — Shortbus</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Oui</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 10:31:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis L’Institutrice, la difficulté à communiquer est un motif récurrent du cinéma de Nadav Lapid. Ce dernier joue encore un rôle central au début de Oui, satire sans équivoque de l’obscénité des puissants d’Israël, où...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" title="Read  Oui">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2014/l-institutrice/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’Institutrice</em></a>, la difficulté à communiquer est un motif récurrent du cinéma de Nadav Lapid. Ce dernier joue encore un rôle central au début de <em>Oui</em>, satire sans équivoque de l’obscénité des puissants d’Israël, où l’on suit la trajectoire de Y., un musicien soumis à la bourgeoisie de Tel-Aviv. La première demi-heure condense de façon assez sidérante la frénésie formelle du cinéaste : ruptures de rythme, violents décadrages, passages à l’abstraction, dépense énergétique des comédiens, etc. Les corps sont épuisés par une suite de situations burlesques, à l’image d’un baiser (c’est le premier plan) qui ouvre sur une séquence musicale grotesque filmée par une caméra virevoltante. La charge critique ne se limite pas à pointer la vulgarité d’une caste, mais passe aussi par une mise en scène en surrégime, comme si la détestation de Lapid envers les dominants israéliens ne pouvait être canalisée et devait nécessairement déborder. La caméra-stylo devient une caméra-poing : la forme est caractérisée par une intensité physique, jusqu’à frapper et défigurer les paysages urbains dans une séquence rythmée par un improbable remix accéléré d’« Asereje » de Las Ketchup.</p>
<p>Les personnages, qui n’articulent pas de discours rationnel, s’expriment davantage à travers leur corps, ce que suggère une scène de dialogue focalisée sur le mouvement des mains des deux acteurs. Même l’un des représentants de l’oligarchie israélienne préférera aux mots un mode d’expression iconoclaste : il entre dans une transe aberrante jusqu’à ce que sa tête <em>glitche </em>et se transforme en écran de télévision. Paradoxalement, le style hystérique répond alors à celui des personnages exécrés par le cinéaste, de sorte que son geste semble contaminé par le chaos du monde. <em>Oui</em> est donc traversé par un désespoir souterrain – celui d’une impuissance face à l’horreur d’Israël qui devient le sujet même de son œuvre, dans ses déclinaisons les plus hallucinées comme les plus triviales (Y. prend d’ailleurs du viagra). Dans un pays malade, Lapid filme l’inanité de la parole et de la pensée, à laquelle répond, faute de mieux, une propension à la gesticulation. Le « oui » du titre devient dans cette perspective la métonymie d’une reddition : il relève moins d’une véritable approbation que d’une passivité à exécuter les demandes extravagantes des commanditaires d’Y. et de son épouse. Ce serait au fond le point commun entre <em>Oui </em>et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-zone-dinteret/" target="_blank" rel="noopener">La Zone d’intérêt</a> : </em>le refus de voir les massacres qui ont lieu non loin de là, ici matérialisé par les notifications ignorées qui annoncent quotidiennement le nombre de victimes des frappes.</p>
<p>En adoptant une structure dissertative, le film propose néanmoins de nuancer son horizon satirique dans une deuxième partie beaucoup plus calme et proche du dialogue philosophique, où Y. traverse le désert jusqu’à la frontière israélo-palestinienne aux côtés de Leah, son ancienne compagne. Quelques visions se détachent (Y. enseveli sous une pluie de pierres, le paysage dévasté de Gaza accompagné par les bruits des anciens amants qui s’embrassent), mais la dimension dialectique du scénario conduit malheureusement à un enlisement dans une forme plus terne qui débouche <em>in fine</em> sur un constat similaire. Cette voie plus ouvertement discursive est malgré tout ponctuée de quelques éclats, telle cette scène où Leah, au volant, entame un long monologue retraçant les tueries commises le 7 octobre. En même temps que la colère monte, le cadre vibre de plus en plus fort. Si le tressaillement est d’abord dû au mouvement de la voiture sur le sol accidenté du désert, il est ensuite prolongé par la caméra elle-même. Ce passage de la parole à la pulsation dit quelque chose du mode d’expression où Lapid se révèle le plus à l’aise : une manière d’envisager les soubresauts de l’appareil comme le prolongement des affects (ceux des personnages, mais aussi des siens). Par contraste, la tentative d’une réflexion plus distanciée s’effrite rapidement, ce que confirme une troisième partie ratée qui s’efforce de synthétiser les deux premières. Reste un geste par endroits fulgurant, et une gageure de taille : comment filmer aujourd’hui, en tant qu’Israélien, la situation politique du pays ? <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-genou-dahed-2/" target="_blank" rel="noopener">Le Genou d’Ahed</a></em> répondait à la question en organisant des adieux à Israël — une position que Lapid rejoue ici, dans un bégaiement qui témoigne à nouveau du rapport paradoxal de son cinéma à cette terre devenue pour lui inhabitable.</p>
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		<item>
		<title>Nino</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son premier long, Pauline Loquès assume un parti pris mélodramatique assez éloigné de ce que nous montre ordinairement un premier film français. Nino (Théodore Pellerin) apprend dans un hôpital qu’il a&#160;un cancer de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-2/" title="Read  Nino">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son premier long, Pauline Loquès assume un parti pris mélodramatique assez éloigné de ce que nous montre ordinairement un premier film français. Nino (Théodore Pellerin) apprend dans un hôpital qu’il a&nbsp;un cancer de la gorge, alors qu’il venait simplement récupérer des résultats d’examens pour prolonger un arrêt de travail suite à&nbsp;un&nbsp;<em>burn-out</em>. Le film le suit les trois jours suivants, avant qu’il ne débute une chimiothérapie. Le scénario, certes un peu chargé (cf. le deuil non réglé du père qui refait surface), décrit minutieusement l’état de stupeur et de quasi-hébétude qui gagne ce jeune homme de vingt-neuf ans après avoir appris la nouvelle. Tout en retardant l’annonce de la maladie à&nbsp;ses proches, il paraît soudain doté d’une appréhension aiguë du monde qui l’entoure. Dans une longue séquence de soirée, la nullité absolue des conversations dans lesquelles il se retrouve embarqué (et le spectateur avec lui) lui saute par exemple au visage, comme s’il se rendait compte pour la première fois de la superficialité de son environnement social.</p>
<p>De façon un peu automatique, cette hyper-prescience (si on peut l’appeler ainsi) s’incarne par de nombreux plans isolant le visage du personnage, entouré de flou, tandis que les plans larges restent réservés à&nbsp;ses errances dans le 19ème arrondissement de Paris. Mais la mise en scène, au-delà de certaines séquences surdécoupées (telles ces discussions inutilement dynamisées par la multiplication des angles de prise de vues), sait faire mouche à&nbsp;quelques instants clefs. Lorsque Nino parvient enfin à&nbsp;dire ce qui lui pèse sur le cœur dans le lit d’une presque inconnue, Pauline Loquès figure sa confession par un sublime geste de tendresse, cette fois en un seul plan. Nino révèle une par une les différentes composantes de son «&nbsp;secret&nbsp;» (son cancer, l’origine de la maladie, mais aussi ses mésaventures du week-end, etc.), en ouvrant un à&nbsp;un ses doigts sur la joue de la jeune femme&nbsp;: la caresse n’est entière qu’une fois la vérité complète.</p>
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		<title>L’Intérêt d’Adam</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linteret-dadam-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 10:30:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un plan typique d’un genre à part entière du cinéma de festival — la « fiction d’auteur immersive » dont l’objectif est de nous plonger la tête la première dans un univers sous tension,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linteret-dadam-2/" title="Read  L’Intérêt d’Adam">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un plan typique d’un genre à part entière du cinéma de festival — la « fiction d’auteur immersive » dont l’objectif est de nous plonger la tête la première dans un univers sous tension, en collant aux basques d’un protagoniste dépassé par les événements. Un travelling suit en plan rapproché Lucy (Léa Drucker), une infirmière officiant dans les services pédiatriques d’un hôpital. Autour d’elle, le flou règne et les nombreux bruits d’ambiance participent à produire un sentiment d’asphyxie. D’une chambre à une autre, le personnage supervise les patients de son service, en particulier le jeune Adam, enfant souffrant des excès d’une mère surprotectrice jouée par Anna Maria Vartolomei. En malnutrition et un bras dans le plâtre, le garçon devient de fil en aiguille le catalyseur d’une véritable crise, qui prend des accents hautement dramatiques. De sa caméra portée et arrimée aux corps des personnages à son scénario implacable, le dispositif de Laura Wandel, similaire à celui d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-monde/" target="_blank" rel="noopener"><em>Un monde</em></a>, son premier long-métrage, tient du système bien rodé. Et s’il a le mérite d’aller droit au but (1h13), rien ne vient en perturber la trajectoire, surtout pas les enfants et leurs parents dont s’occupe Lucy en parallèle d’Adam. Quasiment les seuls à ne pas être incarnés par des acteurs identifiables (la plupart ne parlent pas français, mais arabe, wolof, khmer, etc.), ces derniers servent surtout à rendre crédible l’immersion entre les murs d’un hôpital public, comme les accessoires d’un décor replié sur lui-même (les deux fois où l’on sort brièvement de l’établissement, la nuit et le flou nous empêchent de distinguer les alentours).</p>
<p>Mais de quoi cette immersion hospitalière est-elle vraiment le nom ? À bien y réfléchir, il ne s’agit pas ici seulement de celle du spectateur, projeté à l’intérieur d’un milieu, mais de celle d’une actrice. C’est un paradoxe dont sont coutumiers les films de ce genre, qui adoptent un système formel cohérent en surface, mais au fond contradictoire : le recours abondant à la longue focale et au gros plan, sur le papier garant de l’immersion spectatorielle, a pour effet mécanique d’abstraire l’espace et de se focaliser avant tout sur la performance actorale. Léa Drucker joue-t-elle bien la travailleuse ? Sait-elle feindre l’épuisement, l’abattement ? Est-elle convaincante, voire émouvante, en infirmière obstinée, prête à tout pour sauver cet enfant de l’abandon qui le guette ? La mise en scène nous y oblige : il est moins question ici de regarder l’hôpital, ou à la limite <em>un corps en interaction avec l’hôpital</em>, que de regarder Drucker – et seulement Drucker – jouer à l’infirmière.</p>
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		<item>
		<title>Les Tourmentés</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-tourmentes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Adapté de son propre roman, Les Tourmentés conforte Lucas Belvaux dans sa veine sombre, celle, entre autres, de Rapt et Des hommes. Visages blafards, sérieux sans faille des dialogues, solennité de l’acting (en mode Bureau...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-tourmentes/" title="Read  Les Tourmentés">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Adapté de son propre roman, <em>Les Tourmentés </em>conforte Lucas Belvaux dans sa veine sombre, celle, entre autres, de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rapt/" target="_blank" rel="noopener"><em>Rapt</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-hommes-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Des hommes</em></a><i>. </i>Visages blafards, sérieux sans faille des dialogues, solennité de l’<i>acting</i> (en mode <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-bureau-des-legendes-saison-5/" target="_blank" rel="noopener"><em>Bureau des légendes</em></a>) sont autant de signaux qu’envoie ce film triste et monochrome, qui emporte dans sa noirceur les nuances plus lumineuses et subtiles de <em>Pas son genre</em> ou <em>Pour rire&nbsp;!</em><i>,</i> la comédie par laquelle le réalisateur belge s’était révélé il y a une trentaine d’années.</p>
<p>En apparence, <em>Les Tourmentés</em> raconte<i> </i>une chasse à l’homme contractualisée où Skender (Nils Schneider) accepte de jouer le rôle du gibier en échange d’une somme d’argent importante. Mais ce récit promis au spectateur se mue progressivement en partie de poker menteur dont l’enjeu est moins la mise à mort de l’adversaire que sa destruction psychologique. Faisant mine de jouer le rôle de la proie, Skender entre en effet dans un duel à distance avec la mystérieuse commanditaire de la chasse, nommée «&nbsp;Madame&nbsp;». Un troisième personnage, Max (Ramzy Bedia) joue le rôle du médiateur, tout en étant lié avec Skender par son passé dans la Légion étrangère.<!-- Je suppose ? --></p>
<p>En forçant cet aspect du récit, Belvaux perd de vue le personnage de Madame, que Linh-Dan Pham (vue notamment dans <em>De battre mon cœur s’est arrêté</em> de Jacques Audiard) <!-- Car déjà employé plus haut. -->incarne d’abord de façon glaciale avant de révéler ses fêlures au moment où la chasse se vide de sens. Madame finit en effet par s’abîmer dans l’attente du combat tant attendu : elle a pris les armes pour rien, s’est exilée sur son terrain de chasse, perdant toute forme de lien avec le monde – si ce n’est avec ses chiens. Il faut reconnaître que dans cette partie du film, trop courte mais radicale par le silence et l’économie de moyens qu’elle impose (une femme, seule, attend dans un chalet sa proie qui ne vient pas), Belvaux surprend, confirmant au passage sa capacité à donner corps à des personnages féminins puissants (Ornella Muti et Emilie Dequenne n’ont jamais été aussi convaincantes que dans ses films). L’originalité des <em>Tourmentés</em> réside dans ce mouvement tardif qui rebat les cartes : si l’on attendait <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/chasses-du-comte-zaroff/" target="_blank" rel="noopener"><em>Les Chasses du comte Zaroff</em></a>, on se retrouve devant un portrait de femme aux abois, qui s’avère être le centre vide du film, presque un gouffre au bord duquel Belvaux, fonçant pourtant tête baissée dans la noirceur, s’arrête et se retient de tomber.</p>
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		<item>
		<title>Trilogie « Teenage Apocalypse » — Totally F***ed Up, The Doom Generation, Nowhere</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/trilogie-teenage-apocalypse-totally-fed-up-the-doom-generation-nowhere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emmanuelle Kotek]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À quoi ressemble la fin du monde chez Gregg Araki ? À une partie de Mortal Kombat lors d’une bagarre de rue, à un Godzilla en carton-pâte surgissant dans les avenues de Los Angeles, ou...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/trilogie-teenage-apocalypse-totally-fed-up-the-doom-generation-nowhere/" title="Read  Trilogie « Teenage Apocalypse » — Totally F***ed Up, The Doom Generation, Nowhere">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À quoi ressemble la fin du monde chez Gregg Araki ? À une partie de <em>Mortal Kombat</em> lors d’une bagarre de rue, à un Godzilla en carton-pâte surgissant dans les avenues de Los Angeles, ou encore à deux adolescents allongés sur un lit, paralysés par la peur du sida. Dans sa « <em>Teenage Apocalypse Trilogy</em> » (<em>Totally F***ed Up</em>, <em>The Doom Generation</em>, et <em>Nowhere</em>), récemment restaurée, le cinéaste compose un triptyque halluciné où la jeunesse se consume entre sexe, violence et pop culture. Fresques adolescentes hantées par la mort, traversées de références kitsch et de désillusions post-Cobain, ses films condensent l’esprit d’une époque. L’apocalypse selon MTV. Plus qu’une simple énumération de motifs épars, la trilogie tire surtout sa force de sa capacité à transformer le réel en pur spectacle. Entre une bande-son shoegaze ou Britpop, des décors-installations délibérément artificiels (des motels kitsch de <em>The Doom Generation</em> à la chambre tapissée de paroles de chansons dans <em>Nowhere</em>), un éclairage ravivant une nostalgie factice des années 1980 et des intertitres surgissant tels des slogans publicitaires, tout concourt à une « popification » du monde.</p>
<p>L’Enfer se mue en boîte de nuit diffusant Nine Inch Nails (« <em>God is dead / And no one cares !</em> »), tandis que le Paradis se cache dans quelques crucifix portés par les adolescents. Dans cet univers où tout devient image, plus aucun symbole n’est sacré : Jésus n’est plus qu’un tatouage sur un pénis ou une photo suspendue à un rétroviseur. <em>The Doom Generation</em>, cependant, soulève un paradoxe. Par sa prolifération des gros plans <i>–</i> une cigarette consumée, les lèvres rouges de Rose McGowan, un emballage graisseux de fast-food <i>–</i>, le film transforme chaque détail en tableau miniature inoubliable. La pacotille devient ainsi relique, le déchet icône. Là où le Pop art plaquait Marilyn sur une toile, l’« art pop » d’Araki plaque l’art sur la pop elle-même <i>–</i> jusqu’à faire de la culture populaire l’objet d’une liturgie visuelle. Le personnage d’Amy (McGowan) est sans cesse « reconnue » à tort par les inconnus qu’elle croise : oscillant entre la star de cinéma et l’icône religieuse, elle voit son identité se dissoudre dans les projections d’autrui, avant d’être littéralement plastifiée, pour être réduite à l’état de poupée, dans la scène finale.</p>
<h2>Beauté fragile</h2>
<p>Tous les corps ne sont pourtant pas soumis au même régime d’artificialisation. La nudité marque une première rupture dans ces films surchargés de couleurs et de logos, où les adolescents apparaissent souvent comme des mannequins impeccablement maquillés ou bardés d’accessoires clinquants (chapeaux, chaînes) : dans <em>Totally F***ed Up</em>, les étreintes révèlent des corps maigres, anguleux, parfois déjà marqués par la drogue ou la maladie. De même, les entretiens face caméra du début du film <i>–</i> pastiche des témoignages de <em>The Decline of Western Civilization</em> de Penelope Spheeris, documentaire sur la scène hardcore punk du Los Angeles des années 1980 <i>–</i> arrachent soudain les personnages à la fiction saturée : sous le grain de la VHS et la teinte bleutée, une vulnérabilité brute affleure, suggérant un retour de l’humain dans ce monde hyper-toc. Lors des nombreuses scènes érotiques qui traversent la trilogie, la caméra se contente de couleurs douces, presque effacées, la bande-son s’adoucit ou cède la place à un silence inattendu qui enveloppe les corps. Ce qui surgit alors, c’est la chair nue, irréductible, dans toute sa vérité fragile. La véritable icône religieuse n’est plus la croix en plastique ni le slogan publicitaire, mais l’adolescent lui-même, filmé dans ses moments d’extase ou de contemplation, les yeux rivés au plafond. Implorant, éperdu, il semble renvoyer au corps martyrisé d’une génération tout entière, rappelant alors la tragédie du sida et l’omniprésence de la mort.</p>
<p>Le critique Roger Ebert reprochait à Araki, à propos de <em>The Doom Generation</em>, d’avoir « <em>vu trop de films</em> ». Mais c’est justement parce qu’il sature ses films de références que le contraste fonctionne. C’est là qu’apparaît le paradoxe d’Araki : son cinéma prend son ampleur dans la création d’images artificielles, tout en retrouvant, dans ses brèches, une intensité presque mystique. Loin de composer une trilogie purement nihiliste, ces trois films laissent ainsi entrevoir, dans les interstices, une forme de grâce : la beauté fragile de l’existence.</p>
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		<title>La Tour de Glace</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-tour-de-glace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 10:30:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Par le passé, le cinéma de Lucile Hadžihalilović a souvent fait l’objet de préjugés. On a pu déceler dans sa mise en scène privilégiant la fixité et ses partis pris plastiques inspirés d’un fantastique morbide...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-tour-de-glace/" title="Read  La Tour de Glace">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par le passé, le cinéma de Lucile Hadžihalilović a souvent fait l’objet de préjugés. On a pu déceler dans sa mise en scène privilégiant la fixité et ses partis pris plastiques inspirés d’un fantastique morbide hérité du XIXe siècle la marque d’un imaginaire replié sur lui-même, glauque, voire complaisant – ses détracteurs les plus féroces ont même accusé <em>Innocence</em> de pédophilie. En réalité, si ce cinéma cherche à ériger des mondes clos, c’est pour mieux représenter les prisons de l’enfance et la possibilité (ou l’impossibilité) de s’en libérer. Que ce soit dans un pensionnat (<em>Innocence</em>), une île (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evolution/" target="_blank" rel="noopener"><em>Évolution</em></a>), ou l’appartement d’un mystérieux «&nbsp;dentiste&nbsp;» (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/earwig/" target="_blank" rel="noopener"><em>Earwig</em></a>), un enfant y est toujours retenu captif d’un univers qui répond à ses propres règles et dont la mise en scène cherche à épouser la rigueur. Variation très libre sur<em> La Reine des neiges</em> d’Hans Christian Andersen, <em>La Tour de glace</em> suit la même logique tout en déployant une proposition qui lui est propre : le conte contamine ici l’univers intérieur d’une adolescente, pour transformer sa perception du monde en cauchemar envoûtant. Jeanne (Clara Pacini), orpheline hébergée dans un foyer pauvre, lit elle-même l’histoire d’Andersen à une petite sœur d’infortune, avant de s’enfuir dans la nuit et d’échouer dans un studio de cinéma où elle s’endort dans un couloir. Au matin, elle découvre qu’on y tourne une adaptation de <em>La Reine des neiges</em>, avec une star internationale, Cristina (Marion Cotillard), dans le rôle de la monarque. Alors qu’elle gagne progressivement la confiance des techniciens, les plans entrelacent différents niveaux de réalité – le conte, la vie de Jeanne et le film en cours de tournage – sans que l’on puisse toujours les distinguer. Cet imaginaire glacé (la neige, les costumes, la figure féminine maléfique) s’infiltre jusque dans les rêves de l’héroïne qui ponctuent la narration, infestant sa perception et brouillant ses repères.</p>
<p>Hadžihalilović installe d’emblée un état de torpeur propice à la perdition. Les halos lumineux du prologue, qui décrit un palais enneigé filmé comme une maquette expressionniste, évoquent le balancement d’un pendule comme dans un dispositif hypnotique. La cinéaste travaille également ce principe de l’hypnose par un son cristallin maintenant le spectateur en alerte : les réverbérations prolongent les pas et les voix dans les couloirs, brouillant volontairement les espaces, tandis que les ambiances, dépouillées de bruits parasites, accentuent la perte de repères. Dans cette atmosphère déréalisée, la cinéaste concentre son attention sur des détails minimaux, dont elle révèle le potentiel merveilleux : la lumière bleutée d’un couloir où Jeanne s’endort, le cliquetis métallique des patins sur la glace d’une patinoire qui la fascine, et surtout ce morceau de cristal subtilisé au manteau de la Reine, qui diffracte la lumière en halos mouvants semblables à des aurores boréales. Ce phénomène lumineux, central chez Andersen<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328761_472('footnote_plugin_reference_328761_472_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328761_472('footnote_plugin_reference_328761_472_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328761_472_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328761_472_1" class="footnote_tooltip">La voix off qui inaugure le film cite ce passage du conte : « <em>Les murs du château étaient faits de neige pulvérisée, les fenêtres et les portes de vents coupants, il y avait plus de cent salles formées par des tourbillons de neige. La plus grande s’étendait sur plusieurs lieues, toutes étaient éclairées de magnifiques aurores boréales, elles étaient grandes, vides, glacialement froides et étincelantes.</em> »</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328761_472_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328761_472_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, est reconstitué dans l’ouverture ainsi que dans les dernières séquences du film par le tournoiement du cristal susmentionné devant la caméra. En faisant surgir le surnaturel de ces artifices rudimentaires, Hadžihalilović organise une traversée du miroir dans le sillage de Cocteau et Powell.</p>
<p>Le miroir est un objet décisif chez Andersen. Dans le premier chapitre de la nouvelle, il est dit que cet objet, construit par un sorcier décrit comme le « <em>diable en personne</em> », faisait que « <em>le Bien et le Beau, en se réfléchissant, en lui se réduisaient à presque rien, mais que tout ce qui ne valait rien, tout ce qui était mauvais, apparaissait nettement et empirait encore.</em> » <em>La Tour de glace</em> enferme de fait progressivement son héroïne dans une prison mentale, où le «&nbsp;<em>mauvais</em>&nbsp;» apparaît de plus en plus «<em>&nbsp;nettement</em> ». Si, en plaçant son intrigue dans les années 1970, la cinéaste semble convoquer l’imaginaire de son enfance, les papiers peints épais, les tissus chargés, les meubles et les couleurs sombres traduisent moins un élan nostalgique qu’ils ne nourrissent un sentiment de claustration. Jeanne fantasme sur les couvertures de magazines où brille Cristina, sur sa beauté devant les projecteurs, mais se retrouve peu à peu piégée dans l’envers de la célébrité : les tons maussades des loges et des chambres d’hôtel dans lesquelles la star traîne sa solitude.</p>
<h2>L’enfance hypnotisée</h2>
<p>Cette manière de figurer une mécanique d’emprise n’est pas nouvelle dans l’œuvre de Lucile Hadžihalilović qui, depuis <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/la-bouche-de-jean-pierre/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Bouche de Jean-Pierre</em></a>, observe les violences faites à l’enfance, soit frontalement, soit par un prisme onirique. <em>La Tour de Glace</em> propose en quelque sorte une synthèse de ces deux méthodes : il représente une relation d’assujettissement et met en place un dispositif hypnotique qui matérialise cette dynamique. Ou, pour dire les choses autrement : en même temps que le film se nimbe des motifs du conte, la jeune fille est happée par le magnétisme de Cristina. Ce glissement ne passe pas seulement par les images fantasmatiques, il tient aussi à l’interprétation des comédiennes. Au-delà de sa froideur sophistiquée, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/quelques-visages-du-cinema-francais/" target="_blank" rel="noopener">Marion Cotillard</a> impressionne par sa capacité à faire affleurer une sensualité envoûtante dans de discrètes modulations de la voix ou un regard laissé en suspens. Face à elle, Clara Pacini transite d’une silhouette enfantine vers une imitation insidieuse de sa prédatrice, dans un mélange de mélancolie et d’intensité muette (ses yeux qui paraissent tout absorber). Leurs longs tête-à-tête silencieux donnent à la relation une densité physique qui traduit l’effacement progressif de la jeune femme, à mesure que l’actrice voit son influence s’étendre.</p>
<p>Cet effacement se lit peu à peu dans la chair des plans : Jeanne surgit dans des rêves ou sur le plateau vêtue du costume de la Reine, reproduit sa voracité – lorsqu’elle tue en songe un corbeau avec ses dents – et se perd dans de longues errances nocturnes à travers des paysages enneigés, visions spectrales d’un monde entièrement englouti par l’univers de <em>La Reine des neiges</em>. Surtout, elle adopte progressivement, dans la réalité, la même coupe de cheveux et la même allure que Cristina. Ce mimétisme où pointe la menace d’une dissolution dans l’autre trouve son point d’orgue dans une scène terrible : un baiser par lequel Cristina semble chercher à absorber sa proie. L’agression glace le sang non seulement par sa brutalité, mais aussi parce que, dans la pénombre d’un plan, les deux corps – leurs coiffures, leurs postures – deviennent presque indiscernables. Le miroir d’Andersen, qui ne renvoyait que le mauvais et effaçait le reste, trouve ici une traduction visuelle saisissante : l’enfant disparaît dans le reflet de son icône.</p>
<p>Si Jeanne rejette le violent baiser de Cristina, la fin entérine néanmoins une forme d’enfermement. Alors que la caméra s’approche de nouveau du cristal de la robe de la Reine, dont la voix off dit qu’il peut « <em>refléter mille royaumes</em> », Jeanne apparaît à l’intérieur, comme une silhouette presque figée. Le plan condense la dichotomie visuelle explorée par le film : la glace y est à la fois une matière mortelle et un objet de fascination, par sa manière de diffracter la lumière en de multiples éclats. Chez Hadžihalilović, les contes déploient cette force paradoxale : ils séduisent les enfants par leurs scintillements pour mieux les retenir dans leur prison gelée.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328761_472();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328761_472();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328761_472">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328761_472" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328761_472('footnote_plugin_tooltip_328761_472_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328761_472_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La voix off qui inaugure le film cite ce passage du conte : « <em>Les murs du château étaient faits de neige pulvérisée, les fenêtres et les portes de vents coupants, il y avait plus de cent salles formées par des tourbillons de neige. La plus grande s’étendait sur plusieurs lieues, toutes étaient éclairées de magnifiques aurores boréales, elles étaient grandes, vides, glacialement froides et étincelantes.</em> »</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328761_472() { jQuery('#footnote_references_container_328761_472').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328761_472').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328761_472() { jQuery('#footnote_references_container_328761_472').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328761_472').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328761_472() { if (jQuery('#footnote_references_container_328761_472').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328761_472(); } else { footnote_collapse_reference_container_328761_472(); } } function footnote_moveToReference_328761_472(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328761_472(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328761_472(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328761_472(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-tour-de-glace/">La Tour de Glace</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’après-coup — Tom Cruise, courir à cœur perdu</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-tom-cruise-courir-a-coeur-perdu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Sep 2025 10:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : Tom Cruise fait marche arrière dans The Final Reckoning. Ethan...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-tom-cruise-courir-a-coeur-perdu/" title="Read  L’après-coup — Tom Cruise, courir à cœur perdu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : Tom Cruise fait marche arrière dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mission-impossible-the-final-reckoning-2/" target="_blank" rel="noopener">The Final Reckoning</a><em>.</em></p>
<p>Ethan Hunt court à perdre haleine tandis que le monde court quant à lui à sa perte. Pour l’agent secret, de retour une ultime fois dans <em>The Final Reckoning</em>, il s’agit encore et toujours d’avoir une longueur d’avance ; il lui faut sans cesse accélérer son allure pour mieux ralentir la course du temps, voire infléchir l’ordre programmé des choses. Force est de constater qu’au fil des huit épisodes de <em>Mission&nbsp;: impossible</em>, les sprints effrénés de Tom Cruise, plus spectaculaires les uns que les autres, sont devenus un passage obligé, sinon attendu de la franchise. En guise de <em>teaser</em> avant la sortie du précédent <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mission-impossible-dead-reckoning-partie-1/" target="_blank" rel="noopener"><em>Dead Reckoning, part 1</em></a>, <a href="https://youtu.be/6G66XxOTk2c" target="_blank" rel="noopener">le distributeur Paramount Pictures est même allé jusqu’à en confectionner une compilation</a>. Outre l’éloge de la performance, on peut lire autre chose dans cette suite de trajectoires limpides et rectilignes : Tom Cruise n’a de cesse de courir après la fausse jeunesse d’Hunt, qu’il ne rattrapera jamais. Cette dépense physique exponentielle pourrait même à présent prêter à sourire tant le corps vieillissant de l’acteur, au-delà des apparences botoxées, semble de plus en plus buter sur les exploits improbables d’Hunt.</p>
<p>Mais davantage que cette dimension trompe-la-mort entretenue avec son personnage fétiche, jusqu’à l’absurde (il parait désormais <em>increvable</em> dès lors qu’il court), c’est la perspective de l’échec qui rend certains des sprints d’Hunt véritablement stimulants. Courir pour rien, n’est-ce pas là le meilleur moyen de venir contrarier la mécanique (trop) parfaite d’un corps saturé de lui-même&nbsp;? Tout bien considérée, plus d’une fois la débauche d’énergie d’Hunt s’avère en effet en pure perte&nbsp;: si le héros véloce a beau ne pas ménager ses efforts, il finit tout de même souvent par débouler trop tard. À cet égard, la scène de la mort de Luther, située au début de <em>The Final Reckoning</em>, retient particulièrement l’attention (quand bien même le film est par ailleurs assez peu mémorable), en synthétisant à elle seule le caractère déceptif de certains sprints de Cruise. Un double mouvement d’aller-retour la sous-tend : Hunt court d’abord pour retrouver son ami dans les bas-fonds londoniens, avant d’être freiné par une grille derrière laquelle Luther, prisonnier, tente de désamorcer une bombe. Il court ensuite pour s’échapper de ce lieu avant que l’explosif pulvérise bel et bien tout sur son passage (y compris son ami condamné). Autrement dit, épuisé et impuissant, Hunt a fait machine arrière. Précédant sa fuite, un beau plan avait pris soin d’encercler et de contenir son visage baigné d’ombre à l’intérieur des torsades formées par les barreaux du portail. Comme une manière de portrait, saisi sur le vif, d’un homme fatigué et terrorisé à l’idée de regarder la mort en face, lui qui est volontiers enclin à lui tourner le dos. Quelques instants, coincé derrière les barreaux de ce qui est également sa prison, Hunt n’a peut-être jamais paru aussi seul. Contre toute attente, son corps entier garde sa réserve jusqu’au moment où explose de nouveau son énergie démesurée, une énergie qui est autant celle du désespoir (il ne pourra sauver <em>in fine</em> son meilleur ami) qu’un acte solitaire de survie. Courir à cœur perdu, voilà en quoi consiste désormais son destin.</p>
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		<title>Highest 2 Lowest</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/highest-2-lowest-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Sep 2025 10:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le nouveau « Spike Lee joint », Highest 2 Lowest, est une adaptation bling-bling d’un roman déjà porté à l’écran par Akira Kurosawa (Entre le ciel et l’enfer), dont l’intrigue est ici transposée dans le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/highest-2-lowest-2/" title="Read  Highest 2 Lowest">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nouveau « Spike Lee joint », <em>Highest 2 Lowest</em>, est une adaptation bling-bling d’un roman déjà porté à l’écran par Akira Kurosawa (<em>Entre le ciel et l’enfer</em>), dont l’intrigue est ici transposée dans le milieu de l’industrie musicale à New York. Soit l’histoire de King (Denzel Washington), dont le fils est la cible d’un kidnapping qui tourne mal : c’est finalement celui de son assistant (Jeffrey Wright) qui est enlevé, ce qui n’empêche pas les ravisseurs de réclamer au businessman 17,5 millions de dollars pour sa libération. À première vue, le titre du film renvoie aux fluctuations du statut de King, auteur de plusieurs coups gagnants (le rachat des parts de son label) et de déboires (la menace qui plane sur sa fortune). Une autre hypothèse s’impose toutefois, à mesure que des scènes dramatiques d’un premier degré assez déconcertant se trouvent désamorcées par une série de gags grotesques (Denzel qui <em>shadow box</em> avant de confronter l’antagoniste du récit, Jeffrey Wright qui marche en mimant l’allure d’un vieux gangster, ASAP Rocky ne pouvant s’empêcher de finir toutes ses phrases par un « <em>pussy</em> » bien placé, etc.) : les oscillations renvoient aussi aux variations de ton que Spike Lee injecte à son thriller, entre esprit de sérieux (<em>highest</em>) et récréation (<em>lowest</em>).</p>
<p>Le film pourrait donc être à l’image de l’œuvre en dents de scie de Spike Lee, parfois convaincante (le beau <em>Malcolm X</em>), mais qui s’est souvent fourvoyée dans une approche vainement pop, dont l’ambition première est d’iconiser ses figures (dont la sienne – le cinéaste est devenu au fil des années une image identifiable). La part de thriller d’<em>Highest 2 Lowest</em> s’avère hélas embarrassante, comme le montre une scène située au milieu du récit, où King se rend dans le métro pour remettre la rançon au ravisseur et libérer le fils de son assistant. S’enclenche une course poursuite durant laquelle Lee multiplie les plans de coupe en tentant laborieusement d’installer une tension dramatique, suivi d’un défilé de motards se passant plusieurs fois le sac contenant la copieuse somme dans les rues de New York, le tout entrecoupé d’un invraisemblable montage alterné sur un concert de musique portoricaine n’ayant pourtant aucun lien (vraiment aucun) avec ce qui se passe. C’est peut-être dans le rôle qu’il réserve à la musique, justement, que le film est le plus raté, malgré l’ancrage revendiqué par son récit (King se vante à plusieurs reprises d’avoir «<em> la meilleur oreille de l’industrie</em> ») : la bande-son recouvre de façon ridicule la quasi totalité des scènes, comme un cache-misère.</p>
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		<title>Sirāt</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Sep 2025 10:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Vous êtes tous des capitaines, premier long-métrage méconnu d’Óliver Laxe, son cinéma semble répondre à l’appel d’un lâcher-prise, pour épouser les fluctuations et oscillations d’une situation donnée. Si ce beau et curieux documentaire prenait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" title="Read  Sirāt">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <em>Vous êtes tous des capitaines</em>, premier long-métrage méconnu d’Óliver Laxe, son cinéma semble répondre à l’appel d’un lâcher-prise, pour épouser les fluctuations et oscillations d’une situation donnée. Si ce beau et curieux documentaire prenait pour point de départ un atelier d’initiation au cinéma avec des enfants au Maroc, la conduite du film échappait rapidement au cinéaste, les élèves prenant de plus en plus le contrôle de la caméra. S’agissait-il d’un débordement prévu à l’avance ou l’auteur se retrouvait-il réellement, malgré lui, mis en retrait de son propre film ? La réponse au fond importe peu : le film donnait la sensation rare d’une œuvre qui se défait elle-même, pour s’abandonner à la pure contemplation dans de longues vues de nature où il devenait impossible de savoir qui filmait. Depuis, son cinéma n’a pas délaissé cette aspiration, mais cette dernière s’est exprimée de façon moins singulière, en partant d’un socle narratif pour bifurquer progressivement vers un régime de la vision. <em>Sirāt</em> reprend en partie cette logique au cœur de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mimosas-la-voie-de-l-atlas/" target="_blank" rel="noopener"><em>Mimosas</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/viendra-le-feu-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Viendra le feu</em></a>, mais la radicalise en multipliant les déviations et les ruptures de ton, pour faire progresser le récit par à‑coups, dans un rythme heurté et difficile à circonscrire.</p>
<p>Le synopsis semble pourtant limpide : un père cherche sa fille disparue lors d’une <em>free-party</em> au milieu du désert marocain, accompagné d’Esteban, son plus jeune fils, et de leur chien. Après une première fête où ils ne la retrouvent pas, ils suivent un convoi de <em>raveurs</em> en direction d’un autre rassemblement, à la frontière mauritanienne. Mais le désert qu’ils traversent est presque aussi hostile que la jungle de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-convoi-de-la-peur-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sorcerer</em></a> et l’expédition prend des allures d’odyssée post-apocalyptique, voire de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mad-max-fury-road/" target="_blank" rel="noopener">Mad Max</a></em> en version minimale. Plutôt que d’investir pleinement cet horizon, Laxe privilégie cependant un relâchement dramaturgique. L’enquête se délite au profit de scènes triviales : des discussions sur l’essence et les vivres, l’improvisation d’un spectacle de marionnettes, la coupe des cheveux d’Esteban, etc. Comme dans son premier long, le cinéaste semble laisser les clefs de la narration aux personnes qu’il filme, laissant la part belle à d’apparentes improvisations. Les dialogues, souvent décalés, circulent d’une langue à l’autre (français, espagnol, anglais) et abordent avec une quasi nonchalance la menace confuse d’une troisième guerre mondiale. Ce flottement apparent témoigne surtout d’une attention aux corps singuliers des acteurs (sortes de <em>freaks</em> – l’un d’eux porte un t‑shirt à l’effigie du film de Tod Browning), aux aléas de leurs gestes et expressions. Avec leurs enceintes portées comme des totems, les danseurs, qui sont par ailleurs des acteurs non professionnels, semblent déplacés, étrangers, ce que traduit la scène où le groupe croise un berger qui, sans un mot, leur tourne le dos alors qu’ils réclament de l’aide.</p>
<p>Cette attention se retrouve dans la manière qu’a Laxe de détailler la matérialité du trajet : une roue qui s’enlise, une voiture qu’il faut traîner à bout de bras, la traversée hasardeuse d’un point d’eau, etc. Plutôt que de viser le spectaculaire, il s’attarde sur ces accrocs qui viennent heurter le mouvement, l’empêcher de s’installer tout à fait. La fête d’ouverture illustrait déjà ce principe : la danse s’amorce, s’installe, semble se déployer, mais elle se trouve peu à peu enrayée par l’apparition massive de Sergi Lopez. Sa présence lourde et son malaise dans ce cadre festif, contrastent avec l’extase des danseurs et annoncent la logique du film : partir d’un élan, pour ensuite faire dériver la dynamique et la contrarier.</p>
<h2>Vanité dansante</h2>
<p><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/sirat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Lors de sa présentation au Festival de Cannes</a>, il était difficile d’évoquer le film sans tourner autour de deux scènes en particulier, précisément parce qu’une grande part de sa singularité réside dans les surprises abruptes qu’il ménage. C’est le cas en particulier d’un plan sidérant, qui fait littéralement tomber le film dans un abîme. Cette surprise ne vient toutefois pas de nulle part et ne consiste pas en un simple coup de force : sa violence tient aussi à l’atmosphère flottante cultivée par la première partie, qui densifie l’irruption de la mort. À partir de cet instant pivot, <em>Sirāt</em> semble pris dans un cycle où chaque danse appelle une catastrophe ; la disparition soudaine d’un personnage vient balayer la désinvolture apparente des débuts et plonge le film dans la fatalité. Aux phases de transe succèdent des explosions, resserrant peu à peu l’espace vital des personnages jusqu’à les enfermer dans un champ de mines. Il pourrait y avoir une part de cynisme dans cette manière de piéger les personnages pour les faire disparaître un à un, comme dans un petit théâtre macabre. Les détracteurs du film n’ont pas manqué de lui faire ce reproche, loin de l’idée de lâcher prise formulée plus haut : Laxe agirait plutôt en démiurge cruel, dégommant arbitrairement ses figures, semblables désormais à des pions dans un jeu sadisant. Le cinéaste de <em>Viendra le feu</em> évite toutefois ce piège, et ce de deux manières. D’abord, parce que l’attention donnée à la singularité des protagonistes et aux liens affectifs qui les unissent ont donné suffisamment de chair aux personnages pour qu’on ne puisse les réduire à de simples pantins. Ensuite, parce que ce principe se recoupe avec le cœur battant du film : la musique techno. Par sa manière de faire se succéder des phases musicales, d’imposer un rythme distendu, de faire surgir des pics dansants inattendus au milieu d’une ligne lancinante, <em>Sirāt</em> se présente comme une tentative de figurer filmiquement l’expérience d’un morceau d’ambient techno, épousant autant les dissonances du genre que son caractère discrètement mélancolique. Ainsi d’un plan magnifique où Sergi Lopez danse, pour la première fois, s’abandonnant à la musique en même temps qu’aux larmes.</p>
<p>La bande-originale composée par le <em>beatmaker</em> Kangding Ray<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328548_478('footnote_plugin_reference_328548_478_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328548_478('footnote_plugin_reference_328548_478_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328548_478_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328548_478_1" class="footnote_tooltip"><span style="font-weight: 400;">La bande-son compile morceaux originaux et pistes tirées de ses albums.</span></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328548_478_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328548_478_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> n’est pas là que pour inviter à la danse ou densifier émotionnellement les enjeux, quand bien même elle porte beaucoup des séquences : Laxe cherche à lui donner une substance physique. C’est le cas dans une scène en particulier, où une des danseuses décompose une enceinte, et montre à Sergi Lopez les différences de vibration entre deux sons, alors qu’il n’y entend que des « <em>boom boom</em> » indistincts. La minutie du travail de mixage permet d’éprouver les degrés de vibration : le volume assourdissant de la musique chargée en basse n’a pas la même intensité avec la réverbération des falaises rocheuses de l’ouverture que lorsqu’il résonne sur l’étendue nue du champ de mines. Laxe n’a pas sur ses raveurs un regard de moraliste, mais embrasse un peu de leur naïveté pour justifier leur présence incongrue dans un désert où pointe le spectre de la guerre : dans ces espaces, la musique vibre mieux que partout ailleurs. Les lignes d’horizon y deviennent des lignes sonores, promettant une fusion de la musique et des personnages avec l’espace qu’ils arpentent, mais que la mort, omniprésente, va venir empêcher.</p>
<p>De là vient la force tragique du film. Chaque disparition est vécue comme un scandale absolu parce qu’elle interrompt une danse, arrache un corps à son mouvement libérateur. Les survivants n’ont face à cela que quelques mots, des « <em>C’est pas possible</em> » bredouillés, mal assurés, dont la maladresse dit la sidération : face à une telle horreur, qui pourrait trouver les mots justes ? Peu à peu, d’ailleurs, ils se taisent, avant de s’immobiliser. La dernière image les montre entassés dans un train bondé, dans des plans qui rappellent ceux des migrants en exil. Mais l’émotion vient moins de cette résonance symbolique que de la rupture concrète dans le parcours du film : de l’élan à l’arrêt cette fois net, ces corps qui voulaient vibrer sont condamnés à l’immobilité sur le toit d’un véhicule dont ils ne maîtrisent plus la trajectoire. Ce qui fait de <em>Sirāt</em> une sorte de <em>memento mori</em> : s’abandonner n’ouvre pas seulement sur une promesse de libération, mais aussi sur l’apprentissage de la finitude.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328548_478();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328548_478();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328548_478">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328548_478" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328548_478('footnote_plugin_tooltip_328548_478_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328548_478_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span style="font-weight: 400;">La bande-son compile morceaux originaux et pistes tirées de ses albums.</span></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328548_478() { jQuery('#footnote_references_container_328548_478').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328548_478').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328548_478() { jQuery('#footnote_references_container_328548_478').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328548_478').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328548_478() { if (jQuery('#footnote_references_container_328548_478').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328548_478(); } else { footnote_collapse_reference_container_328548_478(); } } function footnote_moveToReference_328548_478(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328548_478(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328548_478(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328548_478(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/">Sirāt</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Renoir</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/renoir-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Sep 2025 10:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À la fin de Renoir, une réplique a valeur de note d’intention : « Quels ont été les moments marquants ? » demande à Fuki sa professeure d’anglais, après les vacances estivales que vient de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/renoir-2/" title="Read  Renoir">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À la fin de <em>Renoir</em>, une réplique a valeur de note d’intention : « <em>Quels ont été les moments marquants ?</em> » demande à Fuki sa professeure d’anglais, après les vacances estivales que vient de passer la petite fille à Tokyo. À la façon d’un diaporama, avec des scènes très brèves et entrecoupées d’ellipses, le montage du film autobiographique de Chie Hayakawa (son deuxième long après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/plan-75-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Plan 75</em></a>) consiste en une sélection d’instants choisis : la dégustation d’un gâteau chez une camarade de classe, un feu de bois dans un <em>summer camp</em>, une après-midi à l’hippodrome avec son père atteint d’un cancer, etc. Au-delà d’un portrait signé Auguste Renoir que se procure à un moment Fuki, le lien avec la peinture impressionniste suggéré par le titre réside dans cette collection de vignettes déliées, impressions passagères de quelques souvenirs d’enfance.</p>
<p>Plutôt qu’une dynamique de montage consistant à emboîter entre eux les différents morceaux du puzzle, la fragmentation de l’intrigue cultive davantage une sorte de retenue narrative, avortant la plupart des scènes pour sous-entendre que quelque chose de plus sombre sourd sous la surface de la chronique. En témoigne la spectralisation épisodique de la jeune fille, qui se cache derrière plusieurs rideaux ou se place à l’arrière-plan flou d’une scène dans laquelle sa voisine raconte la mort de son mari. De manière générale, chaque scène relève dans son déroulement d’une opération de dissimulation ou d’évitement. Le gâteau à déguster chez la camarade de Fuki ? On ne le finit pas et on le remballe – trop sucré. La veillée dans le camp d’été ? On n’en montre que des bribes, sans figurer ce qu’a vécu la jeune fille. La mort attendue du père des suites de son cancer ? Elle restera hors champ, au même titre que les funérailles. Fidèle à son opération de remémoration (parcellaire et sélective), <em>Renoir</em> est un film qui paraît ne jamais vouloir creuser en profondeur les situations qu’il esquisse ; en cherchant à tout prix cette subtilité d’apparat, il cède surtout à une certaine facilité scénaristique. Faire moins revient ici à en faire trop.</p>
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		<item>
		<title>2e Festival Des mots à l’écran</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/2e-festival-des-mots-a-lecran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Sep 2025 18:47:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>47e Festival international du Cinéma Méditerranéen de Montpellier</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/47e-festival-international-du-cinema-mediterraneen-de-montpellier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:45:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/47e-festival-international-du-cinema-mediterraneen-de-montpellier/">47e Festival international du Cinéma Méditerranéen de Montpellier</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/47e-festival-international-du-cinema-mediterraneen-de-montpellier/">47e Festival international du Cinéma Méditerranéen de Montpellier</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Filmatters, l’atlas de la matière filmique</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/filmatters-latlas-de-la-matiere-filmique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Piloté par la chercheuse Prudence Castelot et l’ingénieur en machine learning Adrien Chuttarsing, Filmatters est un laboratoire de recherche appliquée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/filmatters-latlas-de-la-matiere-filmique/" title="Read  Filmatters, l’atlas de la matière filmique">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Piloté par la chercheuse Prudence Castelot et l’ingénieur en machine learning Adrien Chuttarsing, </em>Filmatters <em>est un laboratoire de recherche appliquée dans les IA et la culture visuelle qui propose, depuis 2023, un moteur de recherche dédié à l’exploration de la matière filmique. Celui-ci permet d’effectuer des recherches iconographiques parmi le million de plans que compte sa base de données, rassemblant à ce jour 3 300 films du domaine public. Sous la forme d’une mosaïque ou d’un atlas, l’interface repose sur une intelligence artificielle capable de compiler des statistiques (colorimétrie, luminosité, etc.), mais aussi de reconnaître et de labelliser des formes, des objets, des gestes, des corps, des émotions et même des valeurs de plan. <a href="https://filmatters.org/" target="_blank" rel="noopener">Accessible gratuitement en ligne</a>, </em>Filmatters <em>est un dispositif propice à la recherche comme à la pédagogie, qui éclaire autant l’histoire du cinéma que les rouages de nos IA contemporaines. L’interface continue d’évoluer et devrait bientôt offrir la possibilité de sauvegarder ses recherches, pour conserver et partager ses bouquets d’images dans un espace latent évoquant la « Zone » rêvée par Chris Marker.</em></p>
<p><strong><em>Filmatters</em> relève à la fois d’un travail d’interface, d’indexation et de recherche en cinéma. Comment le projet est-il né ?</strong></p>
<p><strong>Prudence Castelot</strong> : Je menais il y a quelques années un travail de recherche en cinéma sur les contes, et en particulier sur <em>Les Mille et une Nuits</em>. C’est à ce moment-là qu’Adrien et moi avons lu un ouvrage de Vladimir Propp, <em>Morphologie du conte</em>. Ce folkloriste a réuni l’imaginaire d’une multitude de contes russes et a tenté de les classer en utilisant une approche structuraliste à partir de systèmes et de motifs récurrents. Ça nous a vraiment fascinés. Adrien a commencé à faire la même chose avec <em>Les Mille et une Nuits</em>. À partir d’une version de l’œuvre, il a créé une interface et réduit l’ensemble des récits en statistiques, en se fondant sur l’apparition de certains personnages, leurs actions, les objets magiques et leurs fonctions, pour détecter la présence de systèmes transversaux. Comme s’il s’agissait de phrases à part entière ou d’équations.</p>
<p><strong>Adrien Chuttarsing</strong> : <em>Les Mille et une Nuits</em> se prêtait bien à cet exercice, parce que c’est un corpus assez grand pour ressentir un vertige au moment de l’assemblage, mais assez petit pour être synthétisé visuellement sous la forme d’<a href="https://adrienchuttarsing.com/projects/mille-et-une-nuits-exploration" target="_blank" rel="noopener">une interface</a>.</p>
<p><strong>P. C.</strong> : <em>Filmatters</em> est né de cette volonté d’appréhender un imaginaire très vaste, tellement vaste que les êtres humains peuvent passer une vie à collecter toutes ces données, ce que l’Intelligence Artificielle nous aide à faire plus rapidement.</p>
<p><strong>A. C.</strong> : Je pense qu’il y a aussi une envie d’explorer la matière. Dans plusieurs de mes travaux, je me suis intéressé à la matérialité du texte, puis à celle du son, en disséquant des petits fragments musicaux, en essayant de les labelliser, <a href="https://adrienchuttarsing.com/projects/a-sampler" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de les spatialiser sur une carte selon leur similitude</a>. La vidéo constitue en quelque sorte l’achèvement de ce travail, parce que c’est une matière que l’on peut contempler de mille façons différentes, mais qu’on ne pourra jamais appréhender complètement.</p>
<p><strong>Comment avez-vous rassemblé le corpus disponible sur <em>Filmatters</em>, et quels films le constituent ?</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : Le corpus est très large. On compte autant de films oubliés, très peu connus même des cinéphiles, mais aussi des grands classiques comme ceux de Sergueï Eisenstein, Dziga Vertov ou Jean Epstein. On peut « interagir » avec tous ces films sur la plateforme.</p>
<p><strong>A. C.</strong> : Pour des raisons de droit, on utilise uniquement des films issus du domaine public, disponibles en streaming ouvert sur internet. Chaque année, de nouveaux titres entrent dans le domaine public. Un processus automatisé parcourt des sources comme Wikipédia ou Internet Archive afin d’identifier ces ajouts. Les œuvres repérées sont ensuite collectées, analysées, indexées et intégrées à la plateforme.</p>
<p><strong>Comment fonctionne cette logique d’étiquetage des images ?</strong></p>
<p><strong>A. C.</strong> : Le film est sectionné plan par plan. Chaque d’entre eux est ensuite analysé visuellement : on en extrait la palette de couleurs, la luminosité, le type de cadrage, la durée, etc. En parallèle, un modèle d’intelligence artificielle convertit chaque plan en un vecteur numérique qui en capture la sémantique et les éléments visuels. Enfin, des informations contextuelles (année de sortie, réalisateur, genre, etc.) sont ajoutées. L’ensemble de ces données constitue un « langage d’indexation » qui détermine les modalités d’exploration que l’on retrouve dans l’atlas.</p>
<p><strong>P. C.</strong> : La représentation en vecteur permet d’effectuer des recherches à partir de mots ou de phrases, y compris très abstraits. Contrairement à une liste fermée de mots-clés prédéfinis, elle ouvre la possibilité de saisir librement des requêtes comme « mains » ou « femme qui descend un escalier ».</p>
<p><strong>A. C.</strong> : Un vecteur peut être vu comme un point défini par ses coordonnées numériques. Ici, un modèle de <em>machine learning</em> a été entraîné à convertir aussi bien du texte que des images en vecteurs, de façon à ce que ceux qui partagent une sémantique proche se retrouvent voisins dans ce que l’on appelle « l’espace latent ». Cette représentation nous permet alors de faire des opérations mathématiques telles que des calculs de distances entre images et textes, et même de projeter les images dans des espaces 2D ou 3D, ce qui revient à cartographier une région de l’espace latent.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-328534 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="1598" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-300x187.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-1024x639.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-768x479.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-1536x959.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-2048x1279.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-980x612.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-639x400.jpg 639w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-480x300.jpg 480w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-242x150.jpg 242w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-1-2000x1249.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p><strong>Est-ce le même principe pour le lexique cinématographique, par exemple si l’on recherche des gros plans ou des plans d’ensemble dans la base de données ?</strong></p>
<p><strong>A. C.</strong> : Pour le modèle de reconnaissance des valeurs de plan, c’est une tâche de <em>machine learning</em> classique. On entraîne un modèle, en lui montrant plein d’exemples avec la valeur de plan recherchée. À la fin, il aura optimisé une fonction qui permettra de reconnaître ce type de plan dans des images qu’il n’aura jamais vues auparavant. En fait, on l’entraîne à voir les choses ; cela pourrait fonctionner en théorie pour ce que l’on veut.</p>
<p><strong>Avez-vous repéré des biais d’analyse de la part de votre IA dans sa manière d’identifier certains éléments ? Est-ce que c’est un « bon élève » ?</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : Personnellement, je ne considère pas les erreurs comme des erreurs. Je trouve toujours que ce sont des cas de biais intéressants. Mais non, ce n’est pas forcément un bon élève…</p>
<p><strong>A. C.</strong> : Un jour, je recherchais une rose – la fleur – et l’une des images qui remontait était un gant rouge froissé et replié sur lui-même. Une erreur pareille fait sens, à condition toutefois d’interpréter les aberrations de la machine de manière poétique. Il y a une part de sérendipité dans ce dispositif. Les erreurs trahissent les biais de la machine inhérents à son entraînement.</p>
<p><strong>C’est une approche strictement plastique plus qu’une reconnaissance intellectuelle ou théorique de l’élément en question, comme un regard ultra superficiel sur les images…</strong></p>
<p><strong>A. C.</strong> : Vu que ce modèle a été entraîné uniquement en observant une quantité astronomique d’images accompagnées de leurs descriptions, la représentation sémantique artificielle qu’il a construite est extrêmement spécifique. Si je recherche « jalousie » : à quoi ça ressemble ? Le modèle a quelque part réussi – par effet statistique – à généraliser, à deviner et à se faire une conception de ces notions qui ne sont pas visuelles, mais les résultats sont beaucoup moins précis.</p>
<p><strong>P. C.</strong> : Il y a autre chose aussi : le modèle considère parfois des éléments matériels comme des motifs de représentation. Si l’on recherche « fire », du feu va apparaître, mais aussi des pellicules champignonnées !</p>
<h2>L’atlas latent</h2>
<p><strong>Pouvez-vous nous parler du mode cartographique du moteur de recherche ? <em>Filmatters</em> permet d’explorer ses résultats de façon spatialisée.</strong></p>
<p><strong>A. C.</strong> : Il y a énormément de modes d’exploration à imaginer. En l’état, il y a la grille et les projections 2D/3D. Pour celles-ci, il s’agit d’une représentation de l’espace latent – celui où se rejoignent les vecteurs qu’aura défini le modèle d’entraînement par IA – par similarité sémantique entre les images. Autrement dit, on positionne des images dans un espace en 3D, et celles qui sont considérées sémantiquement similaires par le modèle sont placées à proximité les unes des autres. On peut ensuite affiner en filtrant ces images, pour n’avoir que les films en couleur, les films sortis entre 1930 et 1940, ou uniquement des images de nourriture, etc.</p>
<p><strong>P. C.</strong> : On revient finalement à cette idée de système de classification que l’on évoquait au début de l’entretien. Adrien est très intéressé par les systèmes, et moi par la généalogie des images. La grande question derrière tout ça, c’est où ranger quoi, et comment ?</p>
<p><strong>Vous revendiquez une filiation avec <em>L’Atlas Mnémosyne</em> d’Aby Warburg. Comment son œuvre a‑t-elle guidé votre travail ?</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : Il existe toute une génération de penseurs et d’artistes qui se revendique aujourd’hui d’Aby Warburg. Il est devenu une figure tutélaire par rapport à ce qui se passe aujourd’hui avec l’iconologie et le développement des IA. Warburg réalisait des montages d’images sur de grands panneaux, comme des accrochages. Il faisait notamment des études visuelles des « formules de <em>pathos</em> » (<em>Pathosformel</em>), avec des images représentant des expressions humaines collées sur un panneau. Par exemple, pour le <em>pathos</em> du triomphe, il agençait l’Arc de Triomphe, une pièce de monnaie et des gros plans de certaines sculptures sur un fond noir. Warburg est mort avant d’avoir achevé son atlas et d’avoir expliqué toutes les logiques internes connectant les choses entre elles. À partir de ce mystère de <em>L’Atlas Mnémosyne</em>, beaucoup on fait le lien avec celui que constitue l’espace latent des IA, où les vecteurs sont reliés sans que l’on sache vraiment comment. Avec <em>Filmatters</em>, le fait de cartographier par IA les données&nbsp;– des images issues de notre imaginaire – revient aussi à essayer de comprendre la logique interne de cet espace latent. Comme quelqu’un qui recevrait une lettre à déchiffrer ou même <em>L’Atlas Mnémosyne</em>, et qui essaierait d’en comprendre la logique à la manière d’un folkloriste ou d’un historien de l’art. Ce principe a guidé la création de <em>Filmatters</em> : la recherche de ce qui connecte des images sorties de leur contexte, en portant une attention à ce qu’il y a entre les choses, et pas seulement aux choses elles-mêmes.</p>
<p><strong>C’est un peu comme ce que faisait Godard à la fin de son œuvre, en imaginant des bibliothèques ou des pièces rangées à la manière de « scénarios ». Le fait d’organiser des éléments dans tel ou tel ordre, de les disposer et de les lier d’une certaine façon, raconte déjà quelque chose. C’est du montage.</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : Oui, et chez Godard il s’agit justement d’élaborer une nouvelle généalogie, une autre histoire du cinéma par la constellation, le démontage et le remontage de fragments. À quoi la rose blanche dans son autoportrait d’<em>Histoire(s) du cinéma</em> est-elle connectée ? À Rainer Maria Rilke, à Raimbaut d’Orange, à Sophie Scholle, à Goethe, etc. On trouve chez lui cette idée que chaque image, chaque élément, est multidéterminé par une histoire plurielle, comme des vecteurs, finalement. Les atlas ne sont pas seulement un espace de collecte, ce sont aussi de nouvelles opérations de visualisation d’une matière, et donc une nouvelle forme de connexion entre ces unités. Il me semble qu’à l’échelle de l’histoire de la culture visuelle, on vit aujourd’hui avec les IA un tournant anthropologique dans notre façon d’appréhender et de classifier les images.</p>
<h2>Montage algorithmique</h2>
<p><strong>Lors d’<a href="https://adrienchuttarsing.com/projects/a-sampler" target="_blank" rel="noopener">un colloque</a> que j’ai co-organisé en avril dernier à la Sorbonne Nouvelle sur les liens entre montage et IA, vous avez présenté une expérience avec l’interface de <em>Filmatters</em>, dont le principe était de pratiquer le montage dialectique d’Eisenstein à partir de ses propres films. Pouvez-vous nous en parler ?</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : Ce projet-là s’inscrit dans une volonté de penser les concepts comme des systèmes que l’on pourrait traduire en langage computationnel. C’est une manière de donner corps aux spéculations théoriques, de les réactiver dans un système moderne, en l’occurrence à l’intérieur d’un modèle d’IA.</p>
<p><strong>Un peu comme si la théorie d’Eisenstein devenait un logiciel d’analyse d’images ?</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : Exactement. Dans un premier temps, on a synthétisé sa pensée du montage, du premier jalon – celui du montage des attractions – à son tout dernier jalon, à savoir le montage comme une science du savoir et un moyen de penser l’Histoire de l’art (une conception d’ailleurs très proche de celle de Warburg). Dans un second temps, l’idée était de convoquer ces théories pour analyser les systèmes d’IA eux-mêmes.</p>
<p><strong>Et comment l’expérience prenait-elle concrètement forme ?</strong></p>
<p><strong>A. C.</strong> : On avait une représentation horizontale des films d’Eisenstein découpés plan par plan. Et pour chaque plan sélectionné, des plans « candidats » – les plus similaires selon le modèle d’IA – étaient présentés à partir de notre corpus (en l’occurrence le million de plans indexés dans notre atlas). On pouvait alors faire des permutations et remplacer chaque plan par son synonyme, avant de rejouer la séquence. En théorie, on pourrait donc remplacer tous les plans du film par leurs « jumeaux » sémantiques et obtenir une version parallèle du même film.</p>
<p><strong>P. C.</strong> : Entre les plans permutés, un « score de proximité » était affiché, tandis qu’entre les plans qui se faisaient suite après la permutation, un « score de conflit » s’inscrivait à l’écran, en écho à la théorie du choc selon Eisenstein [ndlr : le choc désigne ici l’effet physique et intellectuel produit, à des fins d’éveil politique, par le montage lors d’un raccord significatif entre deux images]. Mais aussi en écho à l’idée selon laquelle chaque fragment de film (le plan) est un geste sélectionné par le cinéaste dans le sensible, une unité sémantique puisée dans ce grand catalogue d’images que forme l’imaginaire collectif.</p>
<p><strong>Et ça fonctionne ?</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : Ça donne souvent n’importe quoi ! Même si certaines associations sont surprenantes. Disons que ça fonctionne bien à l’unité, mais que plus on ajoute des images, plus la cohérence s’effondre.</p>
<p><strong>A. C.</strong> : L’image sera peut-être fidèle à celle qu’elle a remplacée, mais créer une réelle succession d’événements s’avère beaucoup plus complexe.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-328535 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="1598" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-300x187.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-1024x639.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-768x479.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-1536x959.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-2048x1279.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-980x612.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-639x400.jpg 639w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-480x300.jpg 480w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-242x150.jpg 242w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Filmatters-2-2000x1249.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p><strong>Est-ce lié au fait que l’unité de base du modèle d’IA est le plan, sans considération de la séquence entière comme bloc de narration étalée dans le temps ?</strong></p>
<p><strong>A. C.</strong> : Exactement. Il y a tout un champ à explorer, où l’on pourrait appliquer au montage des méthodes d’analyse du langage. Le plan serait un mot, et la séquence une phrase. On pourrait retrouver des expressions de plans en analysant des milliers de films et donc composer des séquences plus cohérentes narrativement parlant.</p>
<p><strong>P. C.</strong> : Ce projet consacré au montage dialectique d’Eistenstein sera bientôt suivi d’un autre consacré à Vertov. L’objectif est d’appliquer la théorie du ciné-œil tel que Vertov l’avait pensé, c’est-à-dire non pas seulement la caméra, mais toutes les opérations du dispositif filmique qui permettent de voir davantage que ce que l’œil humain perçoit, avec l’idée centrale que ce « déchiffrage » relève d’un regard étranger à l’humain. C’est la fameuse <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/dans-loeil-de-la-machine-avec-antonio-somaini/" target="_blank" rel="noopener">machine vision</a>, ou vision par ordinateur. Aujourd’hui, les IA incarnent au fond cet œil non humain, qu’on appliquerait ici aux films de Vertov. Le mouvement, le « montage mathématique » et les intervalles seront analysés pour produire avec l’interface de Filmatters des sortes de « partitions visuelles » à partir de répétitions, de gestes, de trajectoires. Le but est de voir si une IA peut comprendre les formes filmiques et le montage, et de chercher une traduction visuelle de cette « <em>ekphrasis</em> ».</p>
<p><strong>Quelles sont les applications possibles de votre outil pour la recherche, l’enseignement ou même la pédagogie auprès des jeunes publics ? Le potentiel est immense.</strong></p>
<p><strong>P. C.</strong> : On va essayer à partir de septembre de développer de nouveaux outils, pour permettre par exemple à chacun de créer sa propre collection de plans, une sorte d’« iconothèque personnelle ». Cette dernière comporterait une table de montage pour faire des <em>mashups</em>, une table d’analyse pour appliquer des systèmes IA, des cartes mentales, etc. On veut que chacun puisse ranger ses plans, ses séquences, dans des dossiers et des sous-dossiers, avec la possibilité de les spatialiser avec l’IA.</p>
<p><strong>A. C.</strong> : Oui, afin que chacun puisse sauvegarder son travail et bâtir un peu sa « maison » avec ses plans.</p>
<p><strong>P. C.</strong> : On compte bientôt mettre en place une branche « atelier et pédagogie», intitulée <a href="https://filmatters.org/fr/cinemateurs" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Cinémateurs</a>. <em>Filmatters</em> a le potentiel de provoquer des rencontres sensibles avec une matière ancienne, notamment auprès d’un jeune public. On pourrait par exemple demander à des élèves de raconter leurs vacances avec des images du corpus, puis de les monter eux-mêmes dans des ateliers d’initiation aux gestes élémentaires du montage. Quoiqu’il en soit, on veut que les gens s’emparent de l’outil et inventent leurs propres usages. Je rêve notamment d’organiser un festival <em>Filmatters</em> à chaque fin d’année, en projetant les créations qui auraient été faites avec la plateforme.</p>
<p><strong>A. C.</strong> : Plus largement, l’ambition est de fédérer une communauté d’iconophiles et de collectionneurs d’images, tout en ouvrant un espace de collaboration avec des artistes et des chercheurs. <em>Filmatters</em> se veut à la fois un laboratoire et un lieu de mémoire : un terrain d’expérimentation, de création et de recherche autour du patrimoine filmique.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Radu Jude, le chaos et la dialectique</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/radu-jude-le-chaos-et-la-dialectique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La rentrée sera cette année judienne, avec la sortie de Kontinental ‘25 et de Dracula, ainsi qu’une rétrospective intégrale de ses films organisée par le Centre Pompidou. C’est l’occasion de revenir sur la trajectoire de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/radu-jude-le-chaos-et-la-dialectique/" title="Read  Radu Jude, le chaos et la dialectique">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La rentrée sera cette année judienne, avec la sortie de </em>Kontinental ‘25<em> et de </em>Dracula<em>, ainsi qu’une rétrospective intégrale de ses films organisée par le Centre Pompidou. C’est l’occasion de revenir sur la trajectoire de l’œuvre, déjà conséquente, de l’un des cinéastes contemporains les plus iconoclastes.</em></p>
<p>Dans <em>The Dead Nation</em>, essai documentaire méconnu, Radu Jude use d’un procédé d’une simplicité redoutable, qui révèle sa manière singulière d’articuler réel, image et histoire. Des photographies prises dans une petite ville roumaine entres les années 1930 et 1940 défilent de façon chronologique à l’écran. Leurs dates sont parfois griffonnées à même les tirages, tandis que des panneaux signalent régulièrement le passage des années. Ces clichés représentent aussi bien des enfants que des couples, des familles entières et des groupes de villageois, de musiciens ou de militaires. Pour la plupart souriants, ces individus posent devant l’objectif et s’affirment comme les bons représentants d’un certain ordre social (que ce soit la famille, l’Église, le pouvoir militaire ou le travail). Chaque posture, costume et accessoire nourrit ainsi indirectement le portrait discipliné d’une nation qui se tient sage, fondé sur une mise en scène dont la part artificielle saute aux yeux. Cette dernière paraît presque immuable&nbsp;: les images défilent sans témoigner de véritable évolution au fil des années, à un détail significatif près – l’apparition de plus en plus fréquente du salut nazi, qui coïncide avec l’alliance progressive entre la Roumanie et le IIIe Reich.</p>
<p>La bande sonore offre quant à elle un contrepoint radical : une voix-off lit des extraits du journal d’Emil Dorian, un médecin juif et roumain. Il décrit précisément la montée de l’antisémitisme, que ce soit durant les années 1930 avec l’adoption des lois discriminatoires calquées sur le modèle nazi, le rapprochement du régime d’Ion Antonescu avec l’Allemagne et, enfin, les pogroms et les déportations. La date de chaque extrait correspondant à celles des photographies, on comprend que pendant que les bonnes familles se réunissaient en souriant devant l’objectif, les Juifs étaient exterminés – deux situations simultanées, dont la première est complice de l’accomplissement de la seconde. Le dispositif invite alors à reconsidérer les marques du passage du temps qui craquèlent ou rongent les images – certaines photos semblent même avoir été choisies autant pour ce qu’elles donnent à voir que pour l’altération du matériau. Les fissures s’ouvrent sur un fond obscur, qui acquiert une portée symbolique, comme l’inscription dans le plan de ce que l’image oblitère : la réalité de la Shoah perpétrée par le régime roumain, aujourd’hui minimisée par le discours officiel. Les traces du temps perdent leur dimension élégiaque pour acquérir une puissance figurative critique : le hors-champ fait irruption en lézardant et défigurant un réel falsifié.</p>
<p><em>The Dead Nation</em> éclaire de la sorte le rapport ambivalent que le cinéaste entretient avec l’image, rapport caractérisé par un double mouvement : 1) Une méfiance – une image n’est jamais neutre et toujours susceptible de dissimuler le réel plutôt que de le révéler. 2) Une haute idée du cinéma et notamment du montage, entendu comme un moyen de proposer une lecture dialectique afin de déceler ce qui relève d’une simplification, voire d’une falsification. Ce conflit est au cœur de nombreux films du cinéaste, conçus à partir de dispositifs prototypiques s’attaquant aussi bien aux images de propagande (<em>Uppercase Print</em>), qu’à la publicité (<em>Eight Postcards from Utopia</em>), au cinéma (<em>The Potemkinists</em>, <em>The Marshal’s Two Executions</em>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nattendez-pas-trop-de-la-fin-du-monde/" target="_blank" rel="noopener"><em>N’attendez pas trop de la fin du monde</em></a>), aux représentations véhiculées par les monuments nationaux (<em>The Potemkinists</em>), aux musées (<em>Peu m’importe si l’histoire nous considère comme des barbares</em>) ou même aux jouets (<em>Plastic Semiotics</em>). De ce parti pris expérimental, Radu Jude tire un art iconoclaste, destiné à détruire ou, du moins, à déconstruire les images du pouvoir produites à travers l’histoire.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-328580 size-medium" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-300x169.jpg" alt width="300" height="169" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-1536x864.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-2048x1151.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-980x551.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage-1-2000x1124.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2>Bégaiement et redite</h2>
<p>Dès son premier film, Jude s’intéresse à ces questions. <em>La Fille la plus heureuse du monde</em> met en scène Délia, une adolescente accompagnée par ses deux parents à Bucarest pour récupérer la voiture qu’elle a gagnée à un jeu publicitaire. En contrepartie, la lycéenne doit tourner une publicité vantant les mérites d’une marque de boisson. Cette comédie satirique repose sur un procédé que Jude réemploiera à de nombreuses reprises (l’ouverture d’<em>Uppercase Print</em>, la deuxième partie de <em>N’attendez pas trop de la fin du monde</em> ou <em>Eight Postcards from Utopia</em>) : dévoiler les rushes et les répétitions nécessaires à la fabrication d’un spot ou d’une vidéo de propagande. Le bégaiement produit un effet à la fois comique et critique, qui ridiculise par l’absurde le message que l’image devait initialement véhiculer. Les moments de latence et de crispation entre les prises viennent miner les efforts outranciers et maladroits des acteurs, qui tentent de rendre crédible l’enthousiasme à réciter un poème en l’honneur de Ceaușescu (<em>Uppercase Print</em>), ou la réplique répétée <em>ad nauseam</em> par Délia&nbsp;: «&nbsp;<em>je suis la fille la plus heureuse du monde&nbsp;</em>». Plus précisément, la répétition révèle les forces coercitives visant à travestir la réalité pour l’accorder à un projet capitaliste ou/et patriotique. Délia est maquillée et rasée, tandis que les consignes données hors champ visent sans cesse à corriger son attitude, la vitesse de ses gestes, l’intonation de sa voix – autant d’actions ayant pour objectif de la déposséder d’elle-même pour la transformer en une image standardisée. Toute cette entreprise se heurte pourtant au tempérament indocile de la jeune fille, qui ne parvient pas à se fondre dans le moule, au détriment de la production. La récurrence, dans plusieurs films de Jude, de la figure de l’adolescent ou de l’enfant tient peut-être avant tout à cette résistance chaotique à l’autorité.</p>
<p>Autre chose pèse sur le comportement de Délia : ses parents, qui cherchent à vendre à leur profit la voiture que leur fille a gagnée. Dans ses premiers films, Jude fait de la famille une cible de satire privilégiée – une tendance préfigurée par le court-métrage <em>Alexandra</em> en 2006, puis radicalisée dans son deuxième long, <em>Papa vient dimanche. </em>Les deux films réduisent le cadre de l’action à quelques pièces d’un appartement afin d’observer les violentes disputes de parents divorcés au sujet de la garde de leur fille. Filmés quasiment en temps réel à l’aide d’une caméra portée, ils semblent <em>a priori</em> assez éloignés des préoccupations politiques et historiques qui marqueront les films de Jude à partir d’<em>Aferim!</em>, mais révèlent déjà chez le cinéaste une conception anarchique et éprouvante du présent qui épuise autant les personnages que les spectateurs, comme ce sera le cas par la suite dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bad-luck-banging-or-loony-porn/" target="_blank" rel="noopener"><em>Bad Luck Banging or Looney Porn</em></a> et <em>N’attendez pas trop</em>… À partir d’un argument narratif minimal, <em>Alexandra</em> produit par exemple une sensation de durée dilatée par le biais d’une prolifération de petits faits ou d’incidents matériels, de simples « effets de réel » venant gonfler la sensation du temps qui passe : une boule de glace qui tombe de son cornet, un ascenseur en panne, un vélo à réparer, une pastèque à découper etc. La mise en scène de Jude embrasse ainsi la trivialité et la grossièreté intrinsèque du monde (sueur, insultes, pets, rots et vomi dans <em>Bad Luck… </em>et <em>N’attendez pas trop…, Kontinental ‘25</em>). Cette intensité déteint directement sur les personnages, qui semblent à bout de nerfs, comme si l’agressivité était leur manière de répondre au tumulte environnant. <em>Papa vient dimanche </em>rappelle à ce titre le cinéma de Cassavetes, dans sa manière d’étirer des situations conflictuelles où les désirs et les aspirations contradictoires des personnages finissent par se dissoudre dans des affects indistincts. La famille se révèle alors inopérante en tant qu’instance d’organisation supposée. Une éthique de cinéaste s’esquisse à cet endroit : ses images ne doivent pas reproduire le rôle faussement régulateur des structures aliénantes, mais au contraire accueillir les contradictions et la dimension conflictuelle du réel.</p>
<h2>L’histoire à rebrousse-poil</h2>
<p>D’abord appliquée au dynamitage de la sphère familiale, cette logique prend une autre envergure à partir d’<em>Aferim&nbsp;!</em>, orientant la façon dont le cinéaste appréhende l’histoire et la politique. Une telle approche se révèle profondément incompatible avec les récits linéaires proposés par la mémoire officielle&nbsp;; son cinéma s’inscrit au contraire dans une perspective critique, très proche du matérialisme historique de Walter Benjamin, tel qu’énoncé dans <em>Sur le concept d’histoire</em> : une « <em>tradition des opprimés&nbsp;</em>» prenant «<em>&nbsp;à rebrousse-poil</em> » l’histoire officielle, laquelle soutient les dominants en tant « <em>qu’héritiers de tous ceux qui ont vaincu un jour&nbsp;</em>». Partant du principe que «&nbsp;<em>rien de ce qui s’est passé un jour ne doit être considéré́ comme perdu pour l’Histoire</em> », le rôle de l’historien revient donc à ouvrir des brèches en exhumant ce que les vainqueurs ont passé sous silence. C’est précisément ce geste que l’on retrouve dans le cinéma de Jude : <em>Aferim&nbsp;!</em> met en lumière l’esclavage des Roms au XIXè siècle, longtemps effacé des récits nationaux par le pouvoir roumain&nbsp;; <em>The Dead Nation</em> et <em>The Exit of the Trains</em>&nbsp;exposent l’antisémitisme d’État et la participation active de la Roumanie à l’extermination des Juifs entre les années 1930 et 1940&nbsp;; <em>Uppercase Print </em>est centré sur l’histoire du jeune Mugur Călinescu, arrêté par la Securitate pour s’être opposé à Ceaușescu, etc.</p>
<p>Benjamin soulignait par ailleurs l’impasse à laquelle pouvait s’exposer la « <em>tradition des opprimés</em> » : celle de prétendre à une Histoire universelle, qui procéderait simplement par addition de faits pour remplir « <em>un temps homogène et vide</em> ». À cette conception positiviste, il oppose la démarche de l’historien matérialiste qui troque la logique du récit et de la continuité pour celle de fragments<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328569_488('footnote_plugin_reference_328569_488_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328569_488('footnote_plugin_reference_328569_488_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328569_488_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328569_488_1" class="footnote_tooltip">Benjamin reprend ainsi à Leibniz le concept de monade, qu’il détourne de son sens métaphysique originel pour lui donner une portée historique et méthodologique : « <em>Lorsque la pensée se fixe tout à coup dans une constellation saturée de tensions, elle lui communique un choc qui la cristallise en monade. Le tenant du matérialisme historique ne s’approche d’un objet historique que là où cet objet se présente à lui comme une monade. Dans cette structure il reconnaît le signe d’un arrêt messianique du devenir, autrement dit d’une chance révolutionnaire dans le combat pour le passé opprimé. Il perçoit cette chance de faire sortir par effraction du cours homogène de l’histoire une époque déterminée.&nbsp;</em>» (in «&nbsp;Sur le concept d’histoire&nbsp;»<em>, Œuvres III, </em>traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch, Paris, Gallimard, 2000<em>, </em>p.441).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328569_488_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328569_488_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Chacun d’entre eux est susceptible de contenir en lui les tensions et les évolutions historiques qui l’ont produit. Cette approche théorique trouvait son terrain d’expérimentation direct dans <em>Le Livre des passages</em>, pensé comme un collage d’objets, de sensations ou d’anecdotes à partir de l’observation minutieuse des passages parisiens du XIXe siècle. Les galeries couvertes, les affiches, les vitrines ou encore les intérieurs bourgeois sont autant d’éléments qui cristallisent l’expérience de la modernité – consommation de masse, fétichisation de la marchandise, transformation de la sensibilité individuelle, etc. Un tel procédé rappelle la flânerie urbaine qui compose la première partie de <em>Bad Luck…</em> : alors que son personnage arpente les rues de Bucarest, les décadrages et les panoramiques attirent l’attention sur des détails apparemment anodins. Ces mouvements produisent un montage de temporalités hétérogènes, révélant la ville comme un palimpseste façonné par l’histoire politique et le triomphe du capitalisme : coexistence de la pauvreté et de la richesse, juxtaposition de publicités et d’édifices religieux, etc. Dans les deux cas, l’attention aux détails, le décalage des temporalités et l’accumulation des images révèlent les conflits structurant l’espace urbain.</p>
<p>Au-delà des sujets choisis par le cinéaste, cette affinité benjaminienne se traduit donc surtout dans son esthétique, et la place centrale accordée à la dialectique au sein de ses dispositifs formels. En témoigne le court-métrage <em>The Potemkinists</em>, qui prend pour point de départ la séquence finale du <em>Cuirassé Potemkine</em>, fondée sur un mensonge historique à des fins propagandistes. Dans la version d’Eisenstein, les puissances tsaristes refusent de tirer sur les marins insurgés pour que le peuple s’unisse sous le drapeau communiste. En réalité, les marins n’ont pas triomphé : contraints à la fuite, ils se réfugièrent en Roumanie. Le film de Jude se déroule en 2021, alors qu’un sculpteur accompagné d’une bureaucrate du ministère de la Culture roumain se rend à l’endroit où une statue commémorative avait été érigée à l’époque communiste. Tout l’enjeu est alors d’offrir un contrepoint au film d’Eisenstein, ce que suggèrent les couleurs éclatantes opposées au noir et blanc du <em>Cuirassé</em> ou encore une lente remontée d’escalier en écho à la fameuse descente des marches d’Odessa. <em>The Potemkinists</em> interroge le lien entre art et mémoire&nbsp;: en modernisant l’édifice, le sculpteur entend toujours rendre hommage au rôle méconnu de la Roumanie, qui osa défier la Russie en soutenant la cause révolutionnaire. Ce à quoi la bureaucrate oppose vite une contradiction&nbsp;: peut-on vraiment se glorifier d’avoir soutenu un mouvement qui allait donner naissance à l’URSS&nbsp;? Elle rappelle que le canal bordant le monument fut construit par des prisonniers politiques sous Staline. Un plan lumineux capture alors la surface miroitante de l’eau au soleil, comme si sa simple présence contredisait le récit national que la sculpture glorifie. Jude met ainsi en scène les apories de l’histoire qui façonnent un présent tressé de temporalités historiques hétérogènes et antagonistes. C’est ce que soutenait Benjamin&nbsp;: l’histoire n’est pas un continuum harmonieux mais un champ de ruines, un tissu de discontinuités qu’il faut affronter. Le sculpteur finit par faire une proposition originale&nbsp;: ériger un monument paradoxal, sorte de «&nbsp;<em>collage post-moderne&nbsp;</em>» où chaque face représenterait les différents pans de l’histoire (l’une en hommage à Vakoulintchouk, l’autre en mémoire des victimes des travaux forcés). La proposition a quelque chose de comique, en ce que cet assemblage semble contradictoire avec l’idée même de commémoration, mais elle semble aussi proposer une allégorie de l’esthétique même de Jude : refuser de sacrifier les zones d’ombre au profit d’un récit uniforme, pour faire du cinéma un espace de tensions irréductibles.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-328581 size-medium" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-300x113.jpg" alt width="300" height="113" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-300x113.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-1024x386.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-768x289.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-1536x579.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-2048x772.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-980x369.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage2-2-1-2000x754.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<p><em>The Potemkinists</em> se clôt sur les images d’archives présentant l’arrivée des mutins en Roumanie. Il s’agit là d’un procédé récurrent chez Jude, qu’il s’agisse des plans finaux de <em>Cœurs cicatrisés</em>, tournés dans le cimetière juif où repose Max Blecher, l’auteur du roman éponyme dont est adapté le film, ou de l’apparition des messages écrits à la craie par Mugur Călinescu à la fin d’<em>Uppercase Print</em>. Dans chaque cas, le dispositif mis en place jusque-là s’estompe pour donner lieu à un moment de contemplation critique, permettant désormais de déceler les tensions historiques que ces images recouvrent, libérant au passage le passé de ses gonds : il n’est plus figé dans un temps révolu, mais révèle au contraire son rayonnement dans le monde contemporain. Jude l’affirme parfois de manière explicite, en télescopant la société de surveillance mise place par Ceaușescu avec l’affaire Cambridge Analytica (<em>Uppercase Print</em>) ; ou en entrelaçant la trajectoire d’Angela dans <em>N’attendez pas trop…</em> avec celle de l’héroïne d’un film de 1981,<em> Angela merge mai departe</em> de Lucian Bratu, de sorte à créer des ponts entre la dictature socialiste et le capitalisme sauvage de la mondialisation.</p>
<p>Si l’approche historique de Walter Benjamin recoupe l’esthétique de Jude, c’est qu’elle trouve une grande affinité avec l’impureté fondamentale du cinéma, capable de faire dialoguer les arts de l’image, du son et du temps. Cette méthode s’applique à toutes sortes de matériaux : des textes (la littérature populaire du XIXe utilisée pour <em>Aferim&nbsp;!</em>, les mémoires d’Emil Dorian dans <em>The Dead Nation</em>, le roman de Max Blecher), des papiers d’identité (<em>The Exit of the Trains</em>), des caricatures (<em>Caricaturana</em>), des vidéos TikTok (<em>N’attendez pas trop…</em>), une <em>sex tape</em> (<em>Bad Luck…</em>) ou des images générées par intelligence artificielle (<em>Beginnings</em>). Outre la diversité des supports, c’est une véritable frénésie formelle qui traverse sa pulsion du montage, mue par le désir d’embrasser toutes les potentialités du cinéma : dissociation de l’image, du texte et du son ; transposition à l’écran du théâtre épique de Brecht ; analyses d’images par recadrages et ralentis ; ou encore articulation d’archives mobilisées tour à tour comme détournements, contrepoints ironiques ou comparaisons critiques. Le petit dictionnaire illustré de <em>Bad Luck…</em> condense dans cette perspective une logique qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Jude : le cinéma y est pensé comme un agglomérat d’images disparates, d’anecdotes, de blagues ou de faits divers qui s’éclairent mutuellement par la collision des plans. Il n’y a ni effet de clôture ni récit totalisant, mais une prolifération à travers laquelle l’histoire se réécrit sans cesse.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-328582 size-medium" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-300x75.jpg" alt width="300" height="75" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-300x75.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-1024x255.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-768x191.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-1536x383.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-2048x510.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-980x244.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/08/Jude-collage3-1-2000x498.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328569_488();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328569_488();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328569_488">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328569_488" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328569_488('footnote_plugin_tooltip_328569_488_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328569_488_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Benjamin reprend ainsi à Leibniz le concept de monade, qu’il détourne de son sens métaphysique originel pour lui donner une portée historique et méthodologique : « <em>Lorsque la pensée se fixe tout à coup dans une constellation saturée de tensions, elle lui communique un choc qui la cristallise en monade. Le tenant du matérialisme historique ne s’approche d’un objet historique que là où cet objet se présente à lui comme une monade. Dans cette structure il reconnaît le signe d’un arrêt messianique du devenir, autrement dit d’une chance révolutionnaire dans le combat pour le passé opprimé. Il perçoit cette chance de faire sortir par effraction du cours homogène de l’histoire une époque déterminée.&nbsp;</em>» (in «&nbsp;Sur le concept d’histoire&nbsp;»<em>, Œuvres III, </em>traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch, Paris, Gallimard, 2000<em>, </em>p.441).</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328569_488() { jQuery('#footnote_references_container_328569_488').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328569_488').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328569_488() { jQuery('#footnote_references_container_328569_488').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328569_488').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328569_488() { if (jQuery('#footnote_references_container_328569_488').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328569_488(); } else { footnote_collapse_reference_container_328569_488(); } } function footnote_moveToReference_328569_488(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328569_488(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328569_488(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328569_488(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/radu-jude-le-chaos-et-la-dialectique/">Radu Jude, le chaos et la dialectique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Palombella Rossa</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/palombella-rossa/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hugo Mattias]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Michele Apicella n’a pas encore sauté dans l’eau qu’il perd déjà pied. Un trajet en voiture, un air de Franco Battiato, quelques grimaces échangées avec deux gamins farceurs, et c’est la sortie de route. En...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/palombella-rossa/" title="Read  Palombella Rossa">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Michele Apicella n’a pas encore sauté dans l’eau qu’il perd déjà pied. Un trajet en voiture, un air de Franco Battiato, quelques grimaces échangées avec deux gamins farceurs, et c’est la sortie de route. En un simple raccord, voilà l’alter ego récurrent de Nanni Moretti étendu sur une table de massage, fredonnant une mélodie dont il ne retrouve ni les paroles ni le titre. Dans le car qui le conduit de Rome à la côte sicilienne, flanqué de ses coéquipiers et de son entraîneur, il fouille sa mémoire, l’air absent : « <em>Ils parlent d’un sport, mais lequel ?</em> » Endormi sur sa couchette, assis dans les vestiaires ou seul sur les hauteurs du parc des thermes d’Acireale, Michele doit désormais se contenter des bribes de souvenirs qui le traversent sans crier gare et s’évanouissent aussi sec.</p>
<p><em>Palombella Rossa</em> s’installe d’emblée dans cette indétermination généralisée – celle qui caractérise Michele, joueur de water-polo frappé d’amnésie, mais aussi celle du décor dans lequel il évolue : une piscine découverte dont l’architecture géométrique et les couleurs acidulées se découpent sur un ciel sans nuages, comme suspendues dans le vide. Replacée dans la filmographie de Moretti, l’œuvre semble elle aussi occuper une position isolée, en équilibre entre les autofictions tourmentées des années 1980 (<a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/nanni-moretti-lintransigeant-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Messe est finie</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/nanni-moretti-lintransigeant-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Bianca</em></a>) et les journaux filmés des années 1990 (<em>Journal intime</em> et <em>Aprile</em>). Avant d’opérer cette transition vers un cinéma plus intime et plus apaisé, Moretti reprend une dernière fois la formule qui a fait son succès – Michele Apicella <em>versus</em> la société italienne contemporaine –, pour mieux en souligner l’essoufflement. Son personnage fétiche y apparaît privé de son passé, transporté loin de Rome et livré sans défense à une série de figures plus ou moins anonymes qui le somment de rendre des comptes sur ses actions et ses discours antérieurs.</p>
<h2>Les mots et la chose</h2>
<p>Dans l’eau, Michele s’époumone devant cet auditoire hostile, mais au bord du bassin, c’est d’une autre forme d’essoufflement qu’il est question. La crise d’identité du Parti communiste italien<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328493_490('footnote_plugin_reference_328493_490_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328493_490('footnote_plugin_reference_328493_490_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328493_490_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328493_490_1" class="footnote_tooltip">À la fin des années 1980, le Parti communiste italien est secoué par d’importants revers électoraux et affaibli par un contexte international défavorable qui poussent son Secrétaire général, Achille Occhetto, à envisager l’abandon du nom et des symboles du parti. Des débats locaux qui s’ensuivent, Moretti tirera un documentaire, <em>La Cosa</em> (1990), dont <em>Palombella Rossa</em> constitue en quelque sorte la matrice. Dans un cas comme dans l’autre, l’enjeu est le même : tenter d’appréhender la chose (« <em>la cosa</em> ») derrière le mot de « communisme ».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328493_490_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328493_490_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> est sur toutes les lèvres et Michele Apicella, l’un de ses députés, doit à la fois rassurer les militants et rallier les opposants. Encore faudrait-il qu’il soit capable de défendre ses propres opinions. C’est là le principal argument comique du scénario, qui oppose cet homme amnésique à une suite de personnages fantoches (le syndicaliste, la journaliste, le catholique, le fasciste, etc.), dont les discours galvaudés se heurtent à la mémoire trouée de leur interlocuteur. Face aux leçons de philosophie politique qui lui sont adressées, Michele se mure dans le silence ou l’immaturité, réagissant par la violence à la moindre contrariété ou se plaignant de ne pas avoir pied au milieu du bassin. Ces pulsions régressives, qui se manifestent au même rythme que les souvenirs d’enfance, alternent avec une parole politique incertaine, arrachée à l’oubli et articulée sur le ton machinal de la récitation. Bercé par ce mouvement de pendule entre des trous de mémoire persistants et de brusques réminiscences, le film s’offre tantôt comme une farce burlesque (le discoureur en peignoir et bonnet de bain, dont les tirades ne cessent d’interrompre le match), tantôt comme une métaphore littérale assimilant la perte de mémoire et les incohérences du personnage à celles du PCI tout entier.</p>
<p>Pour autant, le film ne se réduit pas à cette mécanique comique bien huilée. Pourchassé par ses contradicteurs et pris en étau par le décor lui-même, dont les lignes horizontales restreignent son horizon, Michele incarne moins le parti que la conscience tragique d’une vacance derrière la notion même de communisme. De ce point de vue, <em>Palombella Rossa</em> affiche un désenchantement qui confine parfois à la noirceur : face à Michele, ses interlocuteurs convoquent les sources les plus incongrues — dictionnaire de synonymes, petit manuel du PCI, mais aussi gourous en tous genres — pour démontrer, souvent par l’absurde, la ruine définitive de l’idéal communiste. Plus qu’un film politique, <em>Palombella Rossa</em> apparaît ainsi comme une méditation sur le langage, habitée par un fantasme de table rase (« <em>Inventer un langage nouveau… Il faut inventer une vie nouvelle</em> », rêve tout haut Michele) et fondée sur le constat d’un irrémédiable divorce entre la sincérité de la parole politique et une situation d’énonciation qui la rend désormais impossible.</p>
<p>Malgré ce fond de pessimisme, Moretti prend soin de ménager quelques intermèdes plus sereins, empreints d’un onirisme proche du réalisme magique. À l’angle de la piscine, dans la petite cahute d’un garçon de café, un écran de télévision diffuse <em>Le Docteur Jivago</em> de David Lean, dont la scène finale provoque un mystérieux et soudain mouvement de foule, vidant les gradins et le bassin au moment même où le match battait son plein. Un peu plus tôt, un morceau de Bruce Springsteen (« I’m on Fire ») diffusé sur un poste de radio réduisait d’un seul coup l’assistance au silence. À la fin du match, c’est une autre chanson, « E ti vengo a cercare » de Franco Battiato, qui provoque un réflexe inverse, mais tout aussi unanime, lorsque le public et les joueurs reprennent en chœur le célèbre refrain. À l’impasse de la communication répond ainsi un idéal de communion non verbale, qui se déploie par intermittence et fait de l’harmonie collective un contrepoint idéalisé à la violence des interactions individuelles.</p>
<h2>La mémoire et la mère</h2>
<p>Comme son héros, <em>Palombella Rossa</em> est donc tiraillé entre deux impulsions contradictoires : d’un côté, un goût prononcé pour la joute verbale et, de l’autre, la tentation d’un repli dans le silence et dans l’introspection. Quand le personnage du syndicaliste (incarné par Luigi Moretti, le père du cinéaste) poursuit Michele de son monologue enflammé sur les vertus de la conflictualité, le député se jette dans la piscine, où flottent d’immenses pancartes publicitaires illustrées de confiseries d’un autre temps. Que ce soit à travers ces vieilles réclames au style désuet et aux tons pastel<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328493_490('footnote_plugin_reference_328493_490_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_328493_490('footnote_plugin_reference_328493_490_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328493_490_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328493_490_2" class="footnote_tooltip">Par ailleurs, cette apparition de la publicité dans le film n’est sans doute pas innocente. En Italie, les années 1980 sont marquées par la création des chaînes de télévision privées et par l’ascendant qu’elles prennent progressivement sur le cinéma, dans un contexte d’avènement de la société de consommation. Passées aux mains de l’homme d’affaires Silvio Berlusconi et de sa holding Fininvest, elles constituent l’un des symboles de la déroute de la gauche au pouvoir et exercent une influence considérable sur les mœurs et sur la vie politique italiennes, comme Moretti ne manque pas de le souligner dans ses films. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328493_490_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328493_490_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, ou dans un flashback montrant le petit Michele face à sa mère, qu’il supplie de le laisser choisir un autre sport pendant qu’« il est encore temps », le film s’abandonne régulièrement à la nostalgie d’une enfance-refuge, âge d’or des « goûters pains au chocolat » et du « bouillon de poule », où chaque acte et chaque parole peut encore tomber dans un heureux oubli. Quand le petit garçon dérobe pour la troisième fois le gâteau de son voisin de palier, ses parents lui ordonnent de faire sa valise et le condamnent sans sourciller à une peine de prison irrévocable. Mais un instant plus tard, le jeune récidiviste se réveille indemne de son cauchemar.</p>
<p>Revenu à la réalité et à ses trente-cinq ans, Michele s’aperçoit au contraire qu’il ne rêve pas et qu’il est définitivement embarqué dans une existence marquée du sceau de l’irréversible. « <em>Les goûters de mon enfance ne reviendront plus !</em> », hurle-t-il trois fois en courant comme un forcené le long du bassin, sans pouvoir échapper au mouvement panoramique de la caméra qui le suit à la trace. La course s’achève alors sur un déchirant « <em>Mia madre</em> ! » directement adressé au spectateur, comme un pont jeté vers la filmographie à venir<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328493_490('footnote_plugin_reference_328493_490_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_328493_490('footnote_plugin_reference_328493_490_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328493_490_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328493_490_3" class="footnote_tooltip">Vingt-cinq ans après <em>Palombella Rossa</em>, Nanni Moretti réalise <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mia-madre-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Mia Madre</em></a> (2015), autre valse-hésitation d’un personnage écartelé entre la sphère privée et l’action politique. Margherita Buy y incarne une réalisatrice occupée à tourner un film sur des ouvriers en grève, mais dont les efforts pour mener à bien cette œuvre engagée sont mis à mal par une série de cataclysmes intimes qui l’accaparent toujours plus, à commencer par la santé déclinante de sa mère.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328493_490_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328493_490_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
<p><em>Palombella Rossa</em> progresse ainsi vers une leçon amère et culmine dans une envolée mélodramatique qui semble reléguer au second plan l’enjeu politique. En réalité, sur le plan intime comme sur la question communiste, Michele n’aura fait que tourner en rond. Rentré à Rome, il s’empresse de rejouer l’accident de voiture qui lui a déjà coûté la mémoire et, du fond du Circo Massimo, regarde un nouveau jour se lever, la main tendue et l’œil hagard. Tout juste parvient-il, en chemin, à se réapproprier une sorte de morale politique <em>a minima</em> : face à un jeune fasciste tout droit sorti de son passé d’étudiant, il affirme ne pas faire partie de « <em>ces phraseurs sans préjugés, étrangers à toutes les chapelles, qui parlent sereinement de tout</em> », et coupe court à une discussion qui lui paraît soudain odieuse. Si <em>Palombella Rossa</em>, comme d’autres œuvres du cinéaste, prend la forme d’un film politique empêché, voire impossible, il témoigne en même temps d’un refus catégorique face à la perspective d’un cinéma foncièrement apolitique. Dans les vestiaires, au milieu du bassin ou sur les hauteurs du parc des thermes d’Acireale, Michele se maintient laborieusement dans cette position précaire, en équilibre instable entre la volupté de l’oubli et le devoir de mémoire.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328493_490();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328493_490();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328493_490">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328493_490" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328493_490('footnote_plugin_tooltip_328493_490_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328493_490_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À la fin des années 1980, le Parti communiste italien est secoué par d’importants revers électoraux et affaibli par un contexte international défavorable qui poussent son Secrétaire général, Achille Occhetto, à envisager l’abandon du nom et des symboles du parti. Des débats locaux qui s’ensuivent, Moretti tirera un documentaire, <em>La Cosa</em> (1990), dont <em>Palombella Rossa</em> constitue en quelque sorte la matrice. Dans un cas comme dans l’autre, l’enjeu est le même : tenter d’appréhender la chose (« <em>la cosa</em> ») derrière le mot de « communisme ».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328493_490('footnote_plugin_tooltip_328493_490_2');"><a id="footnote_plugin_reference_328493_490_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Par ailleurs, cette apparition de la publicité dans le film n’est sans doute pas innocente. En Italie, les années 1980 sont marquées par la création des chaînes de télévision privées et par l’ascendant qu’elles prennent progressivement sur le cinéma, dans un contexte d’avènement de la société de consommation. Passées aux mains de l’homme d’affaires Silvio Berlusconi et de sa holding Fininvest, elles constituent l’un des symboles de la déroute de la gauche au pouvoir et exercent une influence considérable sur les mœurs et sur la vie politique italiennes, comme Moretti ne manque pas de le souligner dans ses films. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328493_490('footnote_plugin_tooltip_328493_490_3');"><a id="footnote_plugin_reference_328493_490_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Vingt-cinq ans après <em>Palombella Rossa</em>, Nanni Moretti réalise <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mia-madre-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Mia Madre</em></a> (2015), autre valse-hésitation d’un personnage écartelé entre la sphère privée et l’action politique. Margherita Buy y incarne une réalisatrice occupée à tourner un film sur des ouvriers en grève, mais dont les efforts pour mener à bien cette œuvre engagée sont mis à mal par une série de cataclysmes intimes qui l’accaparent toujours plus, à commencer par la santé déclinante de sa mère.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328493_490() { jQuery('#footnote_references_container_328493_490').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328493_490').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328493_490() { jQuery('#footnote_references_container_328493_490').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328493_490').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328493_490() { if (jQuery('#footnote_references_container_328493_490').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328493_490(); } else { footnote_collapse_reference_container_328493_490(); } } function footnote_moveToReference_328493_490(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328493_490(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328493_490(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328493_490(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/palombella-rossa/">Palombella Rossa</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Exit 8</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/exit-8-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Fait plutôt rare pour une adaptation vidéoludique : <em>Exit 8</em> reprend fidèlement le principe du jeu dont il est tiré. En voulant quitter une station de métro tokyoïte, un jeune homme pénètre sans le savoir à l’intérieur d’une boucle sans fin – un couloir épuré sans qualité particulière, traversé par un passant à la démarche robotique, et au bout duquel le héros finit par revenir systématiquement au début. Le but pour s’en sortir et atteindre la « sortie 8 » ? Repérer des anomalies (par exemple : un changement parmi les affiches collées aux murs, une porte fermée qui finit par s’ouvrir, etc.), faire demi-tour le cas échéant ou bien poursuivre son chemin si aucune étrangeté n’a été identifiée. Et recommencer l’opération, en faisant le bon choix huit fois d’affilée sans se tromper, sous peine de reprendre à zéro. De cette dynamique d’énigme visuelle à résoudre en marchant, caractéristique du <em>walking simulator</em> (qui, dans le jeu vidéo, désigne ces titres dans lesquels le <em>gameplay</em> se limite au déplacement d’un avatar dans l’espace, de <em>Gone Home</em> à <em>The Stanley Parable</em>), Genki Kawamura tire une série B tenue et modeste mais qui se révèle assez généreuse, à mesure que les boucles s’enchaînent à l’écran de manière toujours différente.</p>
<p>Au-delà d’une séquence d’ouverture légèrement tape-à‑l’œil – un long plan-séquence dans le métro tourné à la première personne, du point de vue du jeune homme bientôt pris au piège –, <em>Exit 8</em> évite de trop caler sa mise en scène sur la perspective subjective du jeu qu’il adapte, s’écartant même de cet horizon pour mieux jouer avec les moyens qui lui sont propres, en l’occurrence les mouvements autonomes de la caméra (qui se détache du personnage dès l’arrivée dans la souricière), ainsi que le montage. Dans les deux cas, Kawamura marque une forme de désolidarisation scopique vis-à-vis du prisonnier cherchant à s’échapper. Si le jeune homme doit inspecter minutieusement les lieux, le spectateur bénéficie souvent d’un autre point de vue : le sien précède celui du personnage grâce à des inserts ou des travellings arrière filmant ce qui se trouve dans son dos. <em>A contrario</em>, il découvre parfois à retardement ce que le héros a déjà remarqué (à la fin notamment de panoramiques à 180° qui passent d’un côté du jeune homme, puis de l’autre). L’idée est simple et pourtant bien pensée dans sa manière de transposer l’expérience vidéoludique au cinéma : l’enquête du personnage n’est pas tout à fait la même que celle du spectateur, qui <em>joue</em> à examiner le décor en essayant de rattraper son retard ou au contraire d’avoir une longueur d’avance sur le protagoniste.</p>
<p>Film joueur dans tous les sens du terme, <em>Exit 8</em> ménage à partir de cette logique quelques beaux surgissements horrifiques, citant autant des canons du cinéma d’épouvante (<em>Shining</em> en tête, avec les travellings suivant le petit Danny sur son tricycle) que des titres plus récents, par exemple les deux <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smile-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Smile</em></a>. On y pense lorsque le passant-robot s’arrête de marcher tandis que le jeune homme est de dos : se retournant lentement, ce dernier se retrouve face à l’étrange automate, qui arbore alors un sourire monstrueux. La filiation va plus loin que ce parallèle littéral : comme dans les films de Parker Finn, un véritable labyrinthe mental se déploie, l’espace minimaliste traversé en boucle s’avérant de plus en plus élastique (une porte s’ouvrant sur un abîme, un tsunami qui déferle dans un couloir, une permutation soudaine du point de vue, etc.). Si le film est loin d’être parfait, entre autres à cause de sa tendance à vouloir raccorder le principe ludique du choix binaire (avancer ou rebrousser chemin) à un dilemme moral (se séparer ou rester avec sa petite amie enceinte, qui hésite à avorter), ce qu’il tire de son dispositif réduit suffit à convaincre : on ne demande au fond pas beaucoup plus à une série B que de s’amuser à jouer, le sourire aux lèvres, avec ses propres règles.</p>
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		<item>
		<title>Together</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/together/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>D’Évanouis à Together, cet été 2025 aura été riche en hommages inattendus au cinéma de John Carpenter. Si le premier évoque plutôt le versant politique de son œuvre (sa satire vise l’Amérique des idiots dont...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/together/" title="Read  Together">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>D’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/" target="_blank" rel="noopener"><em>Évanouis</em></a> à <em>Together</em>, cet été 2025 aura été riche en hommages inattendus au cinéma de John Carpenter. Si le premier évoque plutôt le versant politique de son œuvre (sa satire vise <!-- Je te propose ceci, car l’idée de « satire carpenterienne » n’est pas évidente et ne renvoie en vérité qu’à 2/3 films : Escape from NY, LA, et They Live, je pense. Trois films dont Evanouis n’est pas non plus super proche. -->l’Amérique des idiots dont Trump et Musk sont devenus les mascottes), le second cite ouvertement <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/faux-semblants/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Thing</em></a><i>, </i>mais en restreignant la question des mutations à celle du couple. C’est ce qui fait sa force&nbsp;: la lente éclosion que raconte le film se vivra seulement à deux et ne concernera que Millie (Alison Brie) et Tim (Dave Franco), couple en bout de course qui essaie de raviver la flamme des débuts en s’exilant à la campagne.</p>
<p>Après une nuit passée dans une grotte, Millie et Tim se réveillent littéralement soudés : une substance visqueuse s’est insinuée entre leurs cuisses. D’autres éléments fantastiques vont ensuite accentuer cette sensation : un baiser qui colle un peu trop, un rapport sexuel qui vire au cauchemar (Tim ne parvient littéralement plus à se retirer). Jusqu’au moment où leurs corps commencent à fusionner, selon un processus de métamorphose irréversible. Comme toujours dans le cinéma d’horreur dédié à la transformation des corps – qu’on appelle aujourd’hui <em>body horror</em> en citant David Cronenberg à tout va –, on cherche la métaphore. La finesse du film consiste à ne pas l’avoir voulue trop épaisse ou explicative, mais à la limiter au contraire à un phénomène purement intime. Au fond, il ne sera question dans <em>Together</em> que du couple comme image d’une entité mutante&nbsp;: un «&nbsp;nous&nbsp;» aussi désirable que monstrueux.</p>
<p>Il faut souligner les très belles incarnations plastiques qui portent cette idée. Au-delà des scènes déjà citées, c’est surtout quand il s’attaque au processus de transformation proprement dit que le film fait mouche. La beauté de ses trouvailles&nbsp;visuelles – celle par exemple de l’aimantation des corps – produit un suspense permanent&nbsp;: chaque rapprochement, chaque étreinte devient potentiellement un piège. Dans son mouvement final, Shanks rencontre bel et bien Cronenberg, mais sur le versant lyrique et tragique de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/faux-semblants/" target="_blank" rel="noopener"><em>Faux-semblants</em></a>. Le grotesque, cédant la place au sublime, révèle alors la part de deuil et de perte qui hantait le couple depuis le début, ce qui fait de <em>Together</em> un grand film d’amour. On pourrait le résumer par la fameuse formule de <em>La Femme d’à côté</em> – «&nbsp;<i>ni avec toi, ni sans toi&nbsp;»</i> – en ajoutant&nbsp;: «&nbsp;<i>en toi</i>.&nbsp;»</p>
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		<item>
		<title>Edward Yang, la tentation occidentale</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/edward-yang-la-tentation-occidentale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet été a vu la redécouverte du cinéma d’Edward Yang, qui a fait l’objet d’une double rétrospective à la Cinémathèque française et au 53e Fema de la Rochelle, avant que ne ressortent en salle Mahjong,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/edward-yang-la-tentation-occidentale/" title="Read  Edward Yang, la tentation occidentale">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été a vu la redécouverte du cinéma d’Edward Yang, qui a fait l’objet d’une double rétrospective à la Cinémathèque française et au 53e Fema de la Rochelle, avant que ne ressortent en salle </em>Mahjong<em>, </em>Confusion chez Confucius<em> et </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/yi-yi-2/" target="_blank" rel="noopener">Yi Yi</a><em>. De cette filmographie plus composite qu’il n’y paraît se détache toutefois une question commune : le rapport contrarié de Taïwan avec l’Occident.</em></p>
<p>« <em>Dans dix ans, cet endroit sera le centre du monde. Le futur de la civilisation occidentale repose ici. Et sais-tu ce qui est le plus fou ? En cours d’histoire, on a appris que le XIXe siècle était l’époque glorieuse de l’impérialisme, pas vrai ? Eh bien attends de voir le XXIe siècle…</em> » Cet étonnant monologue, livré en voix-off par le Britannique Markus à la jeune Française Marthe alors qu’ils sillonnent les rues de Taipei à la fin de <em>Mahjong</em> (1996), révèle le véritable programme de ce film en apparence très léger, et plus largement le sujet souterrain qui travaille la filmographie d’Edward Yang. Mélange de petites chroniques et de mélodrames plus ambitieux, l’œuvre du cinéaste taïwanais aura traduit en sept longs-métrages le tiraillement de son pays, partagé depuis les années 1980 entre des résidus de culture traditionnelle chinoise et une politique néolibérale à l’occidentale, calquée sur le capitalisme de ses alliés états-uniens et japonais (eux-mêmes influencés par le modèle américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale). Récit trilingue et hétéroclite, moitié film de gangsters, moitié bluette adolescente, <em>Mahjong</em> est à cet égard symptomatique du statut de l’île. Les protagonistes vont et viennent entre un Hard Rock Café du centre de Taipei et l’appartement de Luen-Luen, dans le salon duquel s’étend un immense drapeau états-unien. Le jeune homme vit par ailleurs en colocation avec des étudiants étrangers et se rapproche de Marthe, une jeune Française interprétée par Virginie Ledoyen. L’intérêt paradoxal de ce film très inégal tient à la vanité de ses intrigues amoureuses, qui souvent ne mènent nulle part. La superficialité des interactions entre les personnages – petites frappes, entrepreneurs désœuvrés et néo-colons essayant de tirer profit les uns des autres par des jeux de séduction – éclaire ainsi la crise identitaire dont ils sont collectivement victimes.</p>
<h2>A brighter capital</h2>
<p>Tous les récits d’Edward Yang, même ceux les moins portés sur des questions économiques, partagent un constat identique. Reconstitution historique située dans les années 1960, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-brighter-summer-day/" target="_blank" rel="noopener"><em>A Brighter Summer Day</em></a> (1991) prend place durant le règne autoritaire des nationalistes chinois à Taïwan, alors en opposition frontale avec leurs ennemis communistes du continent. Le long de cette fresque de quatre heures dont le titre cite un morceau d’Elvis Presley (« Are You Lonesome Tonight ? »), de jeunes Chinois des années 1960 dansent le rock et s’interpellent avec des surnoms anglophones (« Sir », « Sky », « Honey », « Cat », « Airplane », etc.). L’affrontement tragique entre deux gangs d’adolescents rappelle quant à lui la lutte sanglante ayant opposé les indigènes taïwanais aux nationalistes arrivés en masse après la fin de la guerre civile<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328440_496_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_1" class="footnote_tooltip">La guerre civile chinoise n’a pas trouvé d’issue officielle après la défaite des nationalistes face aux communistes et leur fuite sur l’île. Ce fait explique que les gouvernements respectifs de la Chine et de Taïwan revendiquent aujourd’hui l’entièreté du territoire.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328440_496_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Articulant une perspective à la fois intime et collective, les films s’inscrivent ainsi dans une tradition du cinéma moderne européen d’après-guerre : dépeindre les tourments intérieurs de ses protagonistes implique de dépeindre ceux du pays, mais aussi du cinéaste lui-même. Celui-ci a grandi à Taïwan dans les années 1950–60 en étant exposé aux mêmes influences occidentales que les adolescents d’<em>A Brighter Summer Day</em>. Comme les personnages de <em>Taipei Story</em> ou plus tard de <em>Yi Yi</em>, le cinéaste a vécu un temps aux États-Unis. Il y a étudié l’informatique dans les années 1970, avant de revenir sur son île natale pour réaliser des films à partir de 1983 – <em>That Day, on the Beach</em>, son premier long encore inédit en France, raconte justement le retour au pays d’une Taïwanaise après un séjour en Europe.</p>
<p>L’évocation de la trajectoire personnelle du cinéaste est nécessaire pour appréhender son oeuvre, tant les cheminements de ses personnages, fantasmant le Japon ou l’Amérique comme de véritables terres promises, font écho à sa propre histoire et à la nature composite de son esthétique, mêlant des marqueurs culturels venus de Chine comme d’Occident. Le film le plus évident quant à cette dualité est sans doute <em>Confusion chez Confucius</em> (1994), dont le titre international souligne les incertitudes liées à une période spécifique de l’histoire de Taïwan, que le titre en version originale, <em>Dúlì shídài</em> (« <em>L’ère de l’indépendance</em> »), traduit plus littéralement encore. L’indépendance désirée du pays, qui se rapproche définitivement de ses alliés occidentaux à partir de sa démocratisation, dans les années 1980, n’implique-t-elle pas d’abandonner une part de sa culture traditionnelle ? À moins que le confucianisme, par sa dimension méritocratique et certains de ses grands principes (hiérarchie familiale, sens du devoir, valeur du travail), ne soit en vérité soluble dans la logique capitaliste ? Construit à partir de petites vignettes illustrant le quotidien d’une poignée de bourgeois à Taipei, <em>Confusion chez Confucius</em> s’attaque à ces questions en incorporant entre chaque scène des proverbes, des dictons et des citations en guise d’intertitres, pour évoquer les tourments philosophiques et moraux du pays. Son épigraphe résume en la matière le problème au cœur du cinéma d’Edward Yang :<br>
– Confucius : «<em> La ville est surpeuplée !</em> »<br>
– Disciples : « <em>Que peut-on y faire ?</em> »<br>
– Confucius : « <em>Faites en sorte que les gens deviennent riches.</em> »<br>
– Disciples : « <em>Et que se passera-t-il après qu’ils se soient enrichis ?</em> »</p>
<h2>Un couple, deux systèmes</h2>
<p>Dans un dialogue particulièrement cocasse, un personnage de <em>Confusion chez Confucius</em> compare l’éventualité d’une réunification entre la Chine et Taïwan – et le slogan «<em> Une Chine, deux systèmes</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328440_496_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_2" class="footnote_tooltip">Slogan déjà utilisé dans le contexte de la rétrocession de Hong Kong, avec la promesse (illusoire) du maintien d’un système libéral malgré la réintégration du territoire au sein de la Chine communiste.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328440_496_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> – avec le fonctionnement d’un couple. C’est dans cette analogie entre le déchirement des deux Chines et celui d’amoureux en voie de séparation que le cinéma de Yang s’est pleinement épanoui. Ce principe mélodramatique est au cœur de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/taipei-story/" target="_blank" rel="noopener"><em>Taipei Story</em></a> (1985), sans doute son film le plus beau, le plus rigoureux et, accessoirement, le plus proche du cinéma d’Hou Hsiao-Hsien – mentor de Yang et chef de file du nouveau cinéma taïwanais –, qui y tient l’un des rôles principaux.<em> Taipei Story</em> raconte les difficultés que traversent Chin (Tsai Chin) et Lung (Hou Hsiao-Hsien), en couple depuis des années, mais dont la relation stagne. Alors que Chin s’installe dans un nouvel appartement, Lung part aux&nbsp;États-Unis pour y monter une affaire. Durant cette période de transition, Chin et Lung vont tous deux céder d’une certaine façon à la « tentation occidentale ». Après s’être rapprochée d’un architecte de son cabinet, dont le travail est de concevoir de nouveaux bâtiments modernes et aseptisés dans Taipei, Chin va s’éprendre d’un Taïwanais complètement américanisé – un jeune rebelle fan de rock qui porte des vestes en jean et écoute Mickael Jackson. Adepte de baseball et aspirant entrepreneur, Lung va quant à lui renouer avec un amour de jeunesse à Tokyo, goûtant le temps de quelques nuits au mode de vie japonais, modèle de développement néolibéral en Asie de l’Est. Lorsqu’ils se retrouvent enfin, c’est pour régler leurs comptes dans l’appartement de Chin où sont accrochés des posters de Marilyn Monroe, des photos de Robert Farber et des reproductions de toiles européennes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-328461 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="671" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-300x79.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-1024x268.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-768x201.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-1536x402.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-2048x537.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-980x257.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-1-2000x524.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>Cette aspiration à un autre mode de vie menaçant l’équilibre professionnel et sentimental des personnages ne se limite toutefois pas à ces seuls horizons décoratifs et scénaristiques. Ce qui distingue <em>Taipei Story</em> et, dans une moindre mesure, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/the-terrorizers/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Terrorizers</em></a>, l’autre film « antonionien » de Yang<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328440_496_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_3" class="footnote_tooltip">Si le mélodrame de <em>Taipei Story</em> évoque celui de <em>La Nuit </em>d’Antonioni, l’enquête photographique au&nbsp;cœur de <em>Terrorizers </em>est quant à elle ouvertement inspirée de<em> Blow Up</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328440_496_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, du reste de sa filmographie, tient à la manière singulière dont s’incarne cette tentation dans l’espace de la ville ainsi que dans le montage, qui organise entre chaque scène dramatique des intermèdes urbains d’une grande beauté documentaire. Publicités géantes qui masquent l’horizon, façades monumentales réduisant les personnages à des pions insignifiants, immeubles qui ressemblent à des gratte-ciels new-yorkais sur lesquels les enseignes des multinationales affichent fièrement leur triomphe… La fatalité de ce mélodrame héritier de la modernité cinématographique d’après-guerre, où l’espace renvoie entre autres à la béance spirituelle et culturelle laissée par le néolibéralisme, trouve son point d’orgue lors de deux scènes montées en alternance à la fin du film. Tué par son jeune rival américanisé, Lung gît sur un trottoir dans les hauteurs périphériques de Taipei, alors qu’à côté de son cadavre ont été jetés à même la rue des détritus et du vieux mobilier. Quant à Chin, elle visite simultanément les bureaux flambant neufs d’un géant de la tech qui s’apprête à s’installer dans l’hypercentre. En face d’elle, un immeuble reflète le passage des voitures en contrebas, traversant l’écran comme des flux monétaires dans une ville devenue pure matrice. C’est sur ce plan de grille que s’inscrit le générique de fin, les sinogrammes traditionnels contrastant avec l’imagerie capitaliste à laquelle renvoie le gratte-ciel. L’histoire de Taipei – la <em>Taipei (Hi)story</em> – était celle d’une vampirisation : pendant qu’un homme désabusé, victime d’un système auquel il a pourtant cru, se vide de son sang aux abords de la cité néolibérale, le cœur battant de la ville continue d’alimenter ses flux et d’organiser de nouvelles transactions. Pire encore : c’est quelque part grâce à la mort de cet homme que celle-ci a pu gagner en vitalité.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-328463 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="453" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-300x53.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-1024x181.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-768x136.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-1536x272.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-2048x363.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-980x174.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Taipei-Story-Yang-2-2000x354.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>La loi du marché</h2>
<p>Cette dimension mortifère du cinéma d’Edward Yang se manifeste encore plus intensément dans ses films suivants, en apparence pourtant lumineux. <em>A Brighter Summer Day</em> et <em>The </em><em>Terrorizers</em> (1986), quoique très différents stylistiquement, partagent la même violence macabre en dépit d’un récit porté par le vitalisme de leurs jeunes protagonistes. Parce qu’elle dépeint des situations issues du quotidien, la forme de la chronique adolescente chère à Yang montre chez lui la façon dont le spectre de la mort hante les relations interindividuelles, à l’intérieur d’un système oppressant qui apprend à ses (jeunes) sujets que leur survie dépend de la domination ou de l’annihilation de l’autre. C’est ce que raconte la fresque d’<em>A Brighter Summer Day</em>, mais aussi les intrigues entrelacées de <em>The Terrorizers</em>, dans lesquelles chaque personnage exploite la vie d’un autre, au travers d’une histoire personnelle alimentant l’écriture d’un roman à succès ou d’un visage capturé, puis transformé en une mosaïque photographique. Le sentiment de désorientation que laisse ce film polyphonique, le plus moderne voire post-moderne de Yang<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328440_496_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_4" class="footnote_tooltip">Cf. la longue analyse qu’a consacré le théoricien états-unien de la post-modernité Frederic Jameson à <em>The Terrorizers</em> : « Remapping Taipei », <em>The Geopolitical Aesthetic : Cinema and Space in the World System</em>, Indiana University Press, 1992, p. 114–157.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328440_496_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, s’accompagne de l’impression tenace que l’individu ne saurait s’accomplir, dans un tel système, qu’au détriment de son prochain. À la fin du récit, un homme trompé se suicide ainsi en se tirant une balle dans la tête, au moment où sa propre femme semble avoir trouvé un épanouissement inespéré. On en revient à la cruelle règle marchande du mah-jong, appliquée au capitalisme taïwanais : chaque nouvelle tuile ajoutée à sa main nécessite d’abord d’en écarter une.</p>
<p>Une règle analogue guide implicitement les personnages de <em>Yi Yi</em> (2000), l’ultime film de Yang. Les relations familiales qui y sont dépeintes ressemblent souvent à des tractations financières ou à des opérations commerciales, comme celles qui s’organisent dans les bureaux de la petite entreprise où travaille NJ (Wu Nien-jen), le père du petit Yang-yang (Jonathan Chang), figure centrale du récit. Une personne est exclue d’un dîner après qu’une autre soit entrée dans la pièce ; un vieux couple se défait pendant qu’un jeune couple se forme ; la naissance d’un bébé précède la mort d’une grand-mère, etc. La loi du marché et de l’échange paraît avoir contaminé la cellule familiale elle-même. Certains des plus beaux plans que compte le film superposent d’ailleurs des personnages avec un environnement géométrique (grilles, droites, suite de points lumineux, etc.) dont les contours et les lignes de force reflètent la dynamique régissant secrètement leurs vies quadrillées, où il est sans cesse question de négocier sa place à l’intérieur d’un système.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-328464 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="451" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-300x53.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-1024x180.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-768x135.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-1536x270.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-2048x361.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-980x173.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/09/Yi-Yi-Yang-1-2000x352.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>Réalisé au tournant du XXIe siècle – celui-là même dont le Britannique de <em>Mahjong</em> disait qu’il verrait un essor encore supérieur de l’impérialisme –, Yi Yi acte les transformations culturelles et philosophiques esquissées dans les précédents films. On va manger au McDo en plein milieu d’un mariage, on travaille dans des <em>open spaces</em> à l’américaine, on se drague dans les cafés branchés du centre ville, sans que la question capitaliste (et encore moins moins impérialiste) ne soit jamais abordée pour autant – comme elle pouvait encore l’être directement, dans <em>Confusion chez Confucius</em> ou <em>Mahjong</em>. De manière symptomatique, <em>Yi Yi</em> est sans doute le film le plus « occidental » du cinéaste, par les situations dramatiques qu’il développe mais aussi par une forme plus lisse, dépourvue des écarts ou étrangetés de ses premiers longs. La mise en scène de <em>Yi Yi</em> adopte en effet une sorte d’académisme d’auteur à l’européenne, taillé pour les festivals, tandis que son récit vient sans cesse caresser dans le sens du poil le spectateur occidental, capable de se reconnaître dans les intrigues familiales – et familières – du récit, tout en restant à moitié dépaysé. La consécration mondiale de Yang avec ce film, auréolé d’un Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2000, en témoigne<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_328440_496('footnote_plugin_reference_328440_496_5');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328440_496_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">[5]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_5" class="footnote_tooltip">L’année suivante, le cinéaste est membre du jury de la compétition cannoise et participe notamment au sacre de <em>Millenium Mambo </em>d’Hou Hsiao-Hsien, vainqueur du Grand Prix.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328440_496_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328440_496_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Comme ses personnages qui ne pouvaient s’empêcher de rêver d’Occident, quitte à laisser derrière eux une partie d’eux-mêmes, la « tentation occidentale » que les films de Yang ont esquissée à maintes reprises l’aura donc quelque part rattrapé : à la fin de sa vie, alors qu’il souffrait d’un cancer l’empêchant de tourner à nouveau, il avait comme projet de réaliser pour la première fois un film aux États-Unis. Né à Shanghai en 1947, Edward Yang meurt soixante ans plus tard à son ultime domicile, dans les hauteurs de Beverly Hills.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328440_496();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328440_496();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328440_496">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328440_496" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328440_496('footnote_plugin_tooltip_328440_496_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328440_496_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La guerre civile chinoise n’a pas trouvé d’issue officielle après la défaite des nationalistes face aux communistes et leur fuite sur l’île. Ce fait explique que les gouvernements respectifs de la Chine et de Taïwan revendiquent aujourd’hui l’entièreté du territoire.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328440_496('footnote_plugin_tooltip_328440_496_2');"><a id="footnote_plugin_reference_328440_496_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Slogan déjà utilisé dans le contexte de la rétrocession de Hong Kong, avec la promesse (illusoire) du maintien d’un système libéral malgré la réintégration du territoire au sein de la Chine communiste.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328440_496('footnote_plugin_tooltip_328440_496_3');"><a id="footnote_plugin_reference_328440_496_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Si le mélodrame de <em>Taipei Story</em> évoque celui de <em>La Nuit </em>d’Antonioni, l’enquête photographique au&nbsp;cœur de <em>Terrorizers </em>est quant à elle ouvertement inspirée de<em> Blow Up</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328440_496('footnote_plugin_tooltip_328440_496_4');"><a id="footnote_plugin_reference_328440_496_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cf. la longue analyse qu’a consacré le théoricien états-unien de la post-modernité Frederic Jameson à <em>The Terrorizers</em> : « Remapping Taipei », <em>The Geopolitical Aesthetic : Cinema and Space in the World System</em>, Indiana University Press, 1992, p. 114–157.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328440_496('footnote_plugin_tooltip_328440_496_5');"><a id="footnote_plugin_reference_328440_496_5" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">L’année suivante, le cinéaste est membre du jury de la compétition cannoise et participe notamment au sacre de <em>Millenium Mambo </em>d’Hou Hsiao-Hsien, vainqueur du Grand Prix.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328440_496() { jQuery('#footnote_references_container_328440_496').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328440_496').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328440_496() { jQuery('#footnote_references_container_328440_496').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328440_496').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328440_496() { if (jQuery('#footnote_references_container_328440_496').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328440_496(); } else { footnote_collapse_reference_container_328440_496(); } } function footnote_moveToReference_328440_496(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328440_496(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328440_496(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328440_496(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/edward-yang-la-tentation-occidentale/">Edward Yang, la tentation occidentale</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Critikat, saison 2025–2026</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/critikat-saison-2025-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En décembre dernier, Critikat soufflait ses vingt bougies avec la parution d’un numéro anniversaire projeté vers le futur du cinéma. Quid du futur de la revue&#160;? Outre nos publications hebdomadaires et mensuelles, nous avons décidé...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/critikat-saison-2025-2026/" title="Read  Critikat, saison 2025–2026">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En décembre dernier, Critikat soufflait ses vingt bougies avec la parution d’un numéro anniversaire projeté vers le futur du cinéma. Quid du futur de la revue&nbsp;? Outre nos publications hebdomadaires et mensuelles, nous avons décidé d’ajouter une nouvelle corde à notre arc : une programmation annuelle, qui articulera plusieurs volets – textes, podcasts, vidéos –, renouvelés ou repensés chaque année. Petit aperçu de ce que vous verrez prochainement sur Critikat&nbsp;:</p>
<p>- Nous publierions désormais chaque année un numéro papier. Le prochain paraîtra cet hiver et explorera la question suivante : où se trouve aujourd’hui la modernité au cinéma ? Comme l’année dernière, le numéro fera l’objet d’une campagne de précommande.</p>
<p>- Nous lançons également un nouveau format sur notre site Internet : des chroniques, publiées à raison d’une entrée par semaine, qui nous permettront de creuser certains sujets sur un ton plus personnel. Au programme pour la saison 2025–2026 : une déambulation à travers l’histoire du cinéma <em>queer</em>, un bloc-notes rebondissant sur un motif ou une idée parcourant plusieurs sorties récentes, une rubrique articulant un film contemporain avec un film de patrimoine… et d’autres surprises.</p>
<p>- Un nouveau podcast, baptisé « L’ombre d’un doute », remplacera notre émission de débat vidéo « Hatari ». Deux films y seront discutés chaque mois, auxquels s’ajoutera une carte blanche confiée à un ou une membre de la rédaction.</p>
<p>- Un nouveau format vidéo, lancé dans les prochaines semaines.</p>
<p>Bonne rentrée, et bonne lecture.</p>
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		<title>Ciudad Sin Sueño</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ciudad-sin-sueno-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La « ville sans sommeil » qui donne son nom à la fiction (inspirée de faits réels) de Guillermo Galoe désigne un bidonville en banlieue de Madrid, habité par plusieurs communautés chaque jour davantage menacées...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ciudad-sin-sueno-2/" title="Read  Ciudad Sin Sueño">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La « ville sans sommeil » qui donne son nom à la fiction (inspirée de faits réels) de Guillermo Galoe désigne un bidonville en banlieue de Madrid, habité par plusieurs communautés chaque jour davantage menacées d’expulsion. À défaut de dormir, les plus jeunes générations ne manquent pas de rêver : le film émeut surtout par ses scènes de discussions passionnées où chacun, tour à tour, fantasme sa vie future. Les désirs plus ou moins pragmatiques des personnages (habiter en face d’un coiffeur ou dans un appartement donnant sur la mer) dialoguent avec les légendes des « <em>grands-mères</em> », doyennes d’une tradition orale, sur les richesses et la félicité à venir. Toni, le personnage principal, incarne le tiraillement que <em>Ciudad sin Sueño</em> entend représenter : bien qu’attaché au mode de vie traditionnel de la communauté rom, défendu par son grand-père avec lequel il entretient une relation fusionnelle, il est déboussolé par l’appel des villes et de leur modernité. Le départ de son meilleur ami Bilal à Marseille constitue l’élément déclencheur du récit, suivi par la visite d’un appartement situé au sein d’un quartier résidentiel de Madrid, ses parents souhaitant déménager dans un logement plus salubre. Les deux environnements, diamétralement opposés, sont l’objet de diverses mises en regard : la hauteur de l’immeuble où Toni refuse d’emprunter l’ascenseur s’oppose par exemple à l’horizontalité du bidonville, filmé à de nombreuses reprises par de longs travellings latéraux.</p>
<p>Par le biais d’un procédé surprenant, ce portrait social adopte ponctuellement un caractère davantage réflexif. Lorsque Bilal et Toni explorent les champs alentour, ils se filment l’un l’autre avec un téléphone (en train de monter à bord de l’épave d’une voiture, ou de capturer un iguane pour le revendre) dont les images sont intégrées au montage. L’exogénéité de ces plans (due au piqué très net et au zoom numérique) est renforcée par l’application en direct, par les jeunes garçons, d’un filtre modifiant les couleurs. Ainsi filment-ils un ciel jaune, des visages verdâtres ou une rivière rouge sang (« <em>Une rivière de vin !</em> » s’exclame l’un d’eux). La déformation des images, capturées de manière très brute, produit de curieuses compositions psychédéliques, comme ce très gros plan sur le bouillonnement rougeâtre de la rivière. L’espace élargi du bidonville, cher aux deux personnages, se réinvente alors au gré de leurs désirs, comme transfiguré par leur regard.</p>
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		<title>14e Festival International du Film Indépendant de Bordeaux</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/14e-festival-international-du-film-independant-de-bordeaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 09:57:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/14e-festival-international-du-film-independant-de-bordeaux/">14e Festival International du Film Indépendant de Bordeaux</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/14e-festival-international-du-film-independant-de-bordeaux/">14e Festival International du Film Indépendant de Bordeaux</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>14e Festival De l’écrit à l’écran</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/14e-festival-de-lecrit-a-lecran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 09:49:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=328688</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/14e-festival-de-lecrit-a-lecran/">14e Festival De l’écrit à l’écran</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/14e-festival-de-lecrit-a-lecran/">14e Festival De l’écrit à l’écran</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Rétrospective Shirley Clarke</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/retrospective-shirley-clarke/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 09:38:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/retrospective-shirley-clarke/">Rétrospective Shirley Clarke</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/retrospective-shirley-clarke/">Rétrospective Shirley Clarke</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Exposition My name is Orson Welles</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/exposition-my-name-is-orson-welles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 09:32:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/exposition-my-name-is-orson-welles/">Exposition My name is Orson Welles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/exposition-my-name-is-orson-welles/">Exposition My name is Orson Welles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Festival Pour la suite du monde</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/festival-pour-la-suite-du-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2025 09:26:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/festival-pour-la-suite-du-monde/">Festival Pour la suite du monde</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/festival-pour-la-suite-du-monde/">Festival Pour la suite du monde</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Fantôme utile</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fantome-utile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Aug 2025 10:31:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Aucune justice ne paraît possible ou pensable sans le principe de quelque responsabilité, au-delà de tout présent vivant, dans ce qui disjointe le présent vivant, devant les fantômes de ceux qui ne sont pas...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fantome-utile/" title="Read  Fantôme utile">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«<em> Aucune justice ne paraît possible ou pensable sans le principe de quelque responsabilité, au-delà de tout présent vivant, dans ce qui disjointe le présent vivant, devant les fantômes de ceux qui ne sont pas encore nés ou qui sont déjà morts, victimes ou non des guerres, des violences politiques ou autres, des exterminations nationalistes, racistes, colonialistes, sexistes ou autres, des oppressions de l’impérialisme capitaliste ou de toutes les formes du totalitarisme</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328429_512_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_1" class="footnote_tooltip">Jacques Derrida, <em>Spectres de Marx</em>, Galilée, 1993, p. 15–16.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328429_512_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Dans les premières pages de <em>Spectres de Marx</em>, Jacques Derrida invitait à penser une autre manière d’<em>être là</em> en étant <em>avec</em>, plus précisément avec les fantômes du passé ou de l’avenir, sans quoi la question politique ne pouvait selon lui être envisagée. C’est le problème très sérieux au cœur de <em>Fantôme utile</em> dont le pitch, inspiré d’un célèbre conte du folklore thaïlandais<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328429_512_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_2" class="footnote_tooltip">La légende de Mae Nak Phra Khanong raconte l’histoire d’une femme enceinte qui meurt alors que son mari se trouve sur le front. Une fois celui-ci rentré, elle reste en tant qu’ectoplasme à ses côtés, avant que le village voisin ne commence à la pourchasser.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328429_512_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, ressemble pourtant de loin à celui d’une comédie absurde : Nat meurt des suites d’une maladie pulmonaire et son fantôme prend possession de l’un des aspirateurs fabriqués à la chaîne dans l’usine familiale de March, son mari endeuillé. Après avoir pris conscience du phénomène, ce dernier cherche à convaincre ses proches d’accepter la présence incongrue de l’ectoplasme. Farouchement contre, la famille de March va finir par se résigner avant de trouver une manière d’utiliser la spectralité de Nat à des fins pécuniaires. Considérés dans un premier temps comme des parasites perturbant la chaîne de production (un ouvrier mort au travail hante par exemple l’usine familiale en prenant possession de plusieurs machines), les fantômes deviennent donc <em>utiles</em> dès qu’ils peuvent être exploités comme une nouvelle forme de main d’œuvre.</p>
<p>Bonne surprise : les arguments comiques du film de Ratchapoom Boonbunchachoke, qui relèvent d’une sorte de burlesque inversé (non pas du « <em>mécanique plaqué sur du vivant</em> », pour reprendre la célèbre formule de Bergson, mais du vivant plaqué sur du mécanique : aspirateurs, climatiseurs, machines industrielles, etc.), nourrissent une fable politique d’une certaine richesse. L’horizon contestataire et mémoriel du récit, qui s’affirme au fur et à mesure des péripéties, prend d’abord chair dans sa structure gigogne, un mille-feuille quasi lynchien à partir duquel se multiplient les mises en abyme et les pas de côté.<em> Fantôme utile</em> entremêle de la sorte différentes strates pour exacerber ses principes fantastiques de coexistence contrariée entre passé et présent. Lorsque March rêve de revoir Nat en chair et en os, plusieurs transitions à l’iris ont pour effet de superposer le plan précédent et le plan suivant, comme si les deux temporalités coexistaient momentanément à l’image, juste avant que le présent ne recouvre le passé d’une délicate couche d’oubli<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328429_512_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_3" class="footnote_tooltip">C’est aussi ce dont témoigne l’ouverture du film, avec le retrait par les autorités d’une fresque en pierre sur le chantier d’un futur centre commercial.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328429_512_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À la fin du récit, Boonbunchachoke ménage dans cette optique l’un de ses plus beaux effets, en filmant en gros plan un visage à la netteté étincelante s’évanouir peu à peu dans le flou de l’arrière-plan.</p>
<p>Comment lutter contre l’aspiration de la mémoire et du passé à laquelle nous entraîne un système capitaliste cultivant à dessein sa propre amnésie ? En apprenant à « <em>vivre avec les fantômes, dans l’entretien, la compagnie ou le compagnonnage, dans le commerce sans commerce des fantômes</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_328429_512('footnote_plugin_reference_328429_512_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328429_512_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_4" class="footnote_tooltip">Jacques Derrida, <em>op. cit.</em>, p. 15.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328429_512_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328429_512_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> répondait Derrida. Avec ses ouvriers morts au travail devenus esprits vengeurs et ses militants assassinés qui refont surface dans un dernier acte cathartique, <em>Fantôme utile</em> ajoute qu’il faut continuer à re-raconter, en permettant par la transmission d’un ou de plusieurs récits la revenance des morts engloutis de l’histoire. « <em>Revenir est un acte de protestation</em> », conclut le personnage écoutant la fable de Nat et March tandis que, plus tard, l’employée d’un homme politique désireux d’exploiter les pouvoirs fantomatiques de Nat déplore le fait que «<em> les jeunes ruminent plus le passé que les vieux conservateurs</em> ». Au regard de ce que le film déploie à travers l’ensemble de ses situations, qu’elles soient grotesques ou tragiques (par exemple la trahison de Nat envers ses camarades fantômes dans l’espoir, illusoire, de fonder le foyer qu’elle n’a pas pu avoir de son vivant), difficile de ne pas penser au cinéma d’Apichatpong Weerasethakul, compatriote de Boonbunchachoke tout aussi préoccupé par la remémoration politique, la réincarnation bouddhiste et la spectralité en général. Une différence les distingue toutefois : si Boonbunchachoke raconte peu ou prou la même chose que son aîné (apprendre à se remémorer pour vivre <em>avec</em>), il le fait de manière beaucoup plus didactique, mais aussi peut-être plus joueuse, en embrassant notamment les codes d’un cinéma <em>queer</em> et <em>pulp</em>. Contrairement à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oncle-boonmee-celui-qui-se-souvient-de/" target="_blank" rel="noopener"><em>Oncle Boonmee</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2015/cemetery-of-splendour/" target="_blank" rel="noopener"><em>Cemetery of Splendour</em></a> ou encore <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/memoria-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Memoria</em></a>, <em>Fantôme utile</em> n’a pas grand-chose de solennel ou de panthéiste. Mais sa clarté permet en retour d’appréhender concrètement les contours et les dynamiques de la lutte mémorielle, avec des rapports de classe se déployant à l’intérieur d’un réseau complexe de revenances, de remémorations, d’effacements et d’oublis entrelacés.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328429_512();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328429_512();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328429_512">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328429_512" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328429_512('footnote_plugin_tooltip_328429_512_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328429_512_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jacques Derrida, <em>Spectres de Marx</em>, Galilée, 1993, p. 15–16.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328429_512('footnote_plugin_tooltip_328429_512_2');"><a id="footnote_plugin_reference_328429_512_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La légende de Mae Nak Phra Khanong raconte l’histoire d’une femme enceinte qui meurt alors que son mari se trouve sur le front. Une fois celui-ci rentré, elle reste en tant qu’ectoplasme à ses côtés, avant que le village voisin ne commence à la pourchasser.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328429_512('footnote_plugin_tooltip_328429_512_3');"><a id="footnote_plugin_reference_328429_512_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C’est aussi ce dont témoigne l’ouverture du film, avec le retrait par les autorités d’une fresque en pierre sur le chantier d’un futur centre commercial.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328429_512('footnote_plugin_tooltip_328429_512_4');"><a id="footnote_plugin_reference_328429_512_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jacques Derrida, <em>op. cit.</em>, p. 15.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328429_512() { jQuery('#footnote_references_container_328429_512').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328429_512').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328429_512() { jQuery('#footnote_references_container_328429_512').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328429_512').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328429_512() { if (jQuery('#footnote_references_container_328429_512').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328429_512(); } else { footnote_collapse_reference_container_328429_512(); } } function footnote_moveToReference_328429_512(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328429_512(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328429_512(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328429_512(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fantome-utile/">Fantôme utile</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Miroirs n°3</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/miroirs-n3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Grignon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Aug 2025 10:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsque Miroirs no. 3 commence, on est d’abord un peu perplexe, voire méfiant. Dans une bicoque isolée au bord d’une route de campagne, Betty recueille Laura, victime d’un grave accident de voiture où son compagnon...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/miroirs-n3/" title="Read  Miroirs n°3">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsque <em>Miroirs no. 3</em> commence, on est d’abord un peu perplexe, voire méfiant. Dans une bicoque isolée au bord d’une route de campagne, Betty recueille Laura, victime d’un grave accident de voiture où son compagnon a perdu la vie. La première a des airs de grande bourgeoise déboussolée, façon Marie-Claire chez Bergman ; la seconde est une jeune pianiste berlinoise très belle, avec ce mystère un peu fabriqué des peintures préraphaélites <i id="mwJA">–</i> soit Paula Beer dans son rôle de muse habituel. Entre ces deux solitudes s’annonce une relation trouble <i id="mwJA">–</i> indifférence de Laura, prévenance suspecte de Betty <i id="mwJA">–</i>&nbsp; et le seul suspense paraît alors porter sur la voie qu’empruntera l’intrigue : scénario <em>Persona</em>, où l’infirmière et la malade noueront d’obscurs rapports psychanalytiques&nbsp;; scénario <em>Théorème</em>, où on verra l’étrangère séduire Betty et tous ses proches, réunis dans la maison familiale pour une scène de repas décisive.</p>
<p>Or autre chose se joue dans cette séquence de retrouvailles, où le film amorce sans en avoir l’air un sidérant décollement : le mari et le fils de Betty, qui semblent l’éviter soigneusement depuis des mois ou des années, viennent d’accepter à contrecœur son invitation à dîner ; les voici donc à table, autour d’une quatrième assiette et d’une chaise laissée vide. À voir leurs mines défaites, l’issue semble toute tracée : Betty affabule, Betty est folle, la convive invisible n’était qu’une chimère de son invention. Mais soudain, un fracas de casseroles retentit dans la cuisine, et c’est une Laura plus du tout éthérée qui surgit sous nos yeux, portant une énorme casserole. L’effet est à la fois comique et troublant — car ce détail prosaïque n’a au fond rien élucidé. Si l’inconnue est après tout une vraie femme, et non un fantasme ou un fantôme, reste à déterminer ce qu’elle veut à cette famille (et réciproquement), soit à quel genre de récit nous avons vraiment affaire : parasite, séductrice, double, fille ou belle-fille de substitution, sauveteuse ou victime en puissance d’un piège qui pourrait bien se refermer sur elle, Laura <i id="mwJA">–</i> qui ne porte pas pour rien le nom d’une héroïne de Preminger <i id="mwJA">–</i> restera longtemps, en puissance, tout cela à la fois. Le charme de <em>Miroirs no. 3</em> repose d’abord sur ce persistant effet d’apesanteur qui, entre deux séquences et parfois au sein d’un même plan, voit le film glisser d’un possible à un autre, enchaînant les variations de sens et de ton.</p>
<p>On pourra trouver que ce mode de composition tient de la pose raffinée, qu’il est artificiel ou agaçant. Mais il faut voir comment, en repoussant ainsi indéfiniment le moment où le sens du récit doit se déclarer, en insistant pour maintenir ouvertes les voies de la fiction, le cinéaste invente aussi un rythme singulier. De là la référence à Ravel qui donne son titre au film : on entendra bien, à trois reprises « Miroirs n°3. Une barque sur l’océan », dont les résonances aqueuses s’accordent à l’imaginaire petzoldien (voir la scène d’ouverture, au bord du fleuve, où traîne aussi le souvenir d’<em>Ondine</em>). Mais on dirait surtout que les expérimentations du cinéaste visent à restituer les sensations spécifiques que provoque la musique impressionniste : à des morceaux qui privilégient les plages modales au détriment d’un centre tonal affirmé, répond un récit qui multiplie les embryons d’histoires et se déploie dès lors, sans quête de centre, en mouvement continu.</p>
<p>Dans ce flottement réside la discrète émotion qui court d’un bout à l’autre du film. Émotion ténue, pour un thème lui-même insaisissable : moins le deuil ou la solitude que l’absence elle-même, envisagée à la fois comme le phénomène paradoxal qu’elle est (la prégnance de ce qui n’est pas là), et comme un sentiment (la tonalité propre au manque qui, pour ceux qui restent, contamine le monde vécu). Ses manifestations sont plus sensibles que symboliques : bien avant que ses causes narratives ne soient révélées, cette part invisible de l’existence semble discrètement dicter les syncopes du montage, qui témoignent par ellipses et <em>jump cuts</em> des fêlures des personnages. En criblant le récit de trous et de voies fantômes, le suspens du sens aura permis à cette trame de la résilience d’apparaître moins comme un rail narratif que comme un délicat chemin d’affects en pointillés : <em>Miroirs no. 3</em> est, à l’image de ses personnages, une histoire déroutée.</p>
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		<title>Bonjour la langue</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Aug 2025 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la lignée des derniers films de Paul Vecchiali, Bonjour la langue adopte une forme en apparence très simple, presque bricolée, qui se voile progressivement d’une complexité et d’une épaisseur émotionnelle que sa facture ne...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/" title="Read  Bonjour la langue">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la lignée des derniers films de Paul Vecchiali, <em>Bonjour la langue </em>adopte une forme en apparence très simple, presque bricolée, qui se voile progressivement d’une complexité et d’une épaisseur émotionnelle que sa facture ne laissait pas présager. Improvisé en une journée (quelques semaines avant le décès du cinéaste), le film se compose de trois longues séquences dialoguées mettant en scène les retrouvailles de Charles (Paul Vecchiali) et son fils Jean-Luc (Pascal Cervo), séparés depuis six ans. Le cinéaste et l’acteur semblent ainsi reprendre les rôles qu’ils incarnaient déjà en 2016 dans <em>Le Cancre</em>, ce que suggère le montage avec l’intégration de brefs extraits du film précédent en guise de <em>flashbacks</em>. Ces incises n’apportent cependant jamais de véritables éléments narratifs et relèvent plutôt de brefs moments partagés, de quelques gestes et lignes de dialogues qui font lointainement écho aux souvenirs convoqués par les personnages. Le lien fictionnel entre les deux long-métrages est même très fragile, puisque la figure jouée par Vecchiali trouvait la mort à la fin du film de 2016 – une incohérence dont le réalisateur s’amuse en voix off au début de <em>Bonjour la langue</em>, alors que les plans finaux du <em>Cancre </em>apparaissent à l’image&nbsp;: «&nbsp;<em>Il pensait que j’allais mourir. C’est raté mon coco.</em>&nbsp;» Les deux personnages portent par ailleurs de nouveaux prénoms (Charles et Jean-Luc, au lieu de Rodolphe et Laurent), tandis que l’histoire familiale dépliée au gré des improvisations se révèle tout à fait distincte et incompatible avec celle du <em>Cancre</em>. En abordant cet enjeu narratif avec désinvolture, Vecchiali appréhende une nouvelle fois la fiction dans sa dimension ludique et ouvertement artificielle&nbsp;: les individus mis en scène dans <em>Bonjour la langue</em> sont autant des personnages de fiction qu’un réalisateur et son acteur qui se lancent dans un jeu d’improvisation.</p>
<p>La porosité entre ces différentes strates est renforcée par la correspondance entre la situation fictionnelle (l’incommunicabilité entre un père et son fils, qui se sont quittés en mauvais terme) et ses conditions de tournage (le procédé de l’improvisation, déjà utilisé par Vecchiali dans <em>Trous de mémoire</em>). Dans un premier temps, le dialogue peine à véritablement s’installer, si bien que les reproches échangés semblent tout aussi bien adressés au personnage qu’au comédien face à eux («&nbsp;<em>J’ai dit tout ce que j’avais à dire, maintenant c’est à toi de parler un peu&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>Tu bottes en touche&nbsp;», </em>etc.). Le procédé s’avère d’abord un peu laborieux, comme si les deux acteurs cherchaient la bonne distance à adopter, se renvoyant la balle sans réussir à créer un véritable terrain d’entente – une impression renforcée par le champ-contrechamp entre Jean-Luc, qui tourne en rond, et Charles, figé dans son fauteuil. La longue durée des trois séquences devient ainsi le cadre d’un exercice de jeu où il s’agit de modeler des blocs de temps pour réussir à habiter ensemble un même espace, à inventer un monde commun.</p>
<h2>Un art poétique</h2>
<p>L’émotion procurée par l’ultime film de Vecchiali tient dès lors à son extrême minimalisme, qui contiendrait pourtant la formule chimiquement pure de sa conception de l’art et de son rapport au monde. L’un des principes fondamentaux en serait la dialectique, une notion chère au cinéaste<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328424_516('footnote_plugin_reference_328424_516_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328424_516('footnote_plugin_reference_328424_516_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328424_516_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328424_516_1" class="footnote_tooltip">La notion lui inspira en 2010 le nom de sa société de production indépendante, Dialectik.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328424_516_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328424_516_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, qui affleure dès le titre avec un hommage malicieux à un autre adepte de l’esprit de contradiction, Jean-Luc Godard, dont l’<em>Adieu au langage </em>est ici pris à contre-pied. Elle s’incarne dans le film par l’utilisation continue du dialogue, structurée principalement autour de champs-contrechamps (pour les deux premières séquences). Si les deux points de vue se renvoient d’abord dos à dos, ils finissent par converger sans tout à fait s’accorder. La logique se précise plus nettement dans la deuxième séquence, lors d’un repas filmé en temps réel à la terrasse d’un restaurant où le père et le fils se remémorent les fantômes familiaux (la mère et la sœur de Jean-Luc, disparues quelques années plus tôt dans un accident de voiture). De façon récurrente, Vecchiali s’oppose aux propositions de Cervo, invoquant les flottements de sa mémoire ou en manifestant son désaccord. Une dissymétrie se dessine à mesure que le cinéaste joue sur des ruptures de registres, que ce soit en mimant de brusques accès de mélancolie ou au contraire en se révélant plus facétieux. Il provoque son partenaire de jeu, guidant par là même le rythme du montage afin de pouvoir observer la manière dont Cervo va réagir et rebondir. Une histoire commune s’invente peu à peu grâce à cette tension : aucune vérité ne s’impose de façon univoque, le récit se réécrivant en fonction des désaccords et allers-retours nourris par deux subjectivités (celles des personnages, puis celles des acteurs). Un beau détail surgit à la fin de leur conversation : à l’arrière-plan, dans un parc, des silhouettes floues apparaissent au moment où les deux personnages évoquent les funérailles d’êtres aimés, comme si les fantômes de cette mémoire partagée ne pouvaient se matérialiser qu’à condition d’embrasser la diversité des souvenirs individuels. C’est au fond une éthique qui traverse toute l’œuvre de Vecchiali : elle s’observe aussi bien dans ses méthodes de tournage, où la place accordée au collectif contrevient à l’idée d’un réalisateur démiurgique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328424_516('footnote_plugin_reference_328424_516_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_328424_516('footnote_plugin_reference_328424_516_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328424_516_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328424_516_2" class="footnote_tooltip">Le générique final de <em>Bonjour la langue</em> abonde d’ailleurs dans cette logique, puisque chaque membre de l’équipe apparaît à l’écran au moment où son nom apparaît.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328424_516_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328424_516_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, que dans ses textes critiques sur le cinéma qui accordent une place au doute et à l’ambiguïté.</p>
<p>Un second principe vient ici s’articuler à la dialectique : un éloge du faux en tant que voie d’accès à une forme de vérité. Ce rapport paradoxal est au cœur même de toute improvisation, en cela que les comédiens puisent dans un matériau intime et réel pour nourrir leur jeu : au-delà des personnages et des interprètes, ce sont aussi, à un niveau plus personnel, que Pascal Cervo et Paul Vecchiali s’expriment. Plusieurs répliques sonnent ainsi comme de véritables confessions, dont l’effet de vérité est renforcé par leur dissimulation à l’intérieur d’une mascarade (la fiction rafistolée). Lorsque Charles parle de son rapport à la mort ou qu’il explique avoir composé plusieurs fois le numéro de ses amis avant de se souvenir qu’ils ne pourront plus répondre, il devient difficile de ne pas entendre la voix de Vecchiali lui-même. Cette ambivalence entre le vrai et le faux culmine dans la scène finale, lorsque Charles révèle à Jean-Luc qu’il n’est pas son fils biologique. La révélation brutale bouscule les différentes strates précédemment identifiées : au niveau fictionnel, elle fait basculer le film vers le mélodrame de façon presque trop spectaculaire, à la manière d’un soap ; au niveau du jeu d’acteurs, elle met en danger le principe même d’improvisation (le coup de Vecchiali désarçonne complètement son partenaire, qui ne sait pas trop réagir au point de devenir mutique). Mais c’est sur le plan plus intime que la déclaration est émouvante, car Vecchiali avoue de manière détournée à son ami qu’il le considère comme son fils adoptif. Les masques de la fiction semblent ainsi lui permettre de confier une vérité qu’un énoncé frontal aurait sans doute affaibli ou banalisé. L’optimisme du titre renvoie dès lors peut-être à la richesse du langage, qui peut jouer de la polysémie et des niveaux d’énonciation pour accéder à une communication implicite mais véritable, ou véritable parce qu’implicite. Cette mise à nu paradoxalement pudique a quelque chose de bouleversant : le jeu de dupes manigancé par le cinéaste quelques semaines avant sa mort apparaît comme un prétexte pour déclarer son amour à l’un de ses acteurs fétiches.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328424_516();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328424_516();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328424_516">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328424_516" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328424_516('footnote_plugin_tooltip_328424_516_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328424_516_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La notion lui inspira en 2010 le nom de sa société de production indépendante, Dialectik.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328424_516('footnote_plugin_tooltip_328424_516_2');"><a id="footnote_plugin_reference_328424_516_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le générique final de <em>Bonjour la langue</em> abonde d’ailleurs dans cette logique, puisque chaque membre de l’équipe apparaît à l’écran au moment où son nom apparaît.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328424_516() { jQuery('#footnote_references_container_328424_516').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328424_516').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328424_516() { jQuery('#footnote_references_container_328424_516').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328424_516').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328424_516() { if (jQuery('#footnote_references_container_328424_516').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328424_516(); } else { footnote_collapse_reference_container_328424_516(); } } function footnote_moveToReference_328424_516(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328424_516(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328424_516(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328424_516(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/">Bonjour la langue</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Alpha</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/alpha-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Aug 2025 10:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jusqu’ici, Ducournau avait aux yeux de la critique l’aura d’une première de la classe&#160;: un court remarqué (Junior), un premier long plébiscité (Grave) et une palme précoce (Titane). Cannes aime bien le storytelling, les ascensions...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/alpha-3/" title="Read  Alpha">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jusqu’ici, Ducournau avait aux yeux de la critique l’aura d’une première de la classe&nbsp;: un court remarqué (<em>Junior</em>), un premier long plébiscité (<em>Grave</em>) et une palme précoce (<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2021/titane/" target="_blank" rel="noopener"><em>Titane</em></a>). Cannes aime bien le <em>storytelling</em>, les ascensions et les chutes fulgurantes, et invente donc un nouveau chapitre au roman de la cinéaste : son troisième long, celui qui devait confirmer son statut – car <em>Titane</em>, tout couvert d’or qu’il fût, a déconcerté et n’a pas trouvé son public –, tiendrait de la catastrophe industrielle ou de la boursouflure embarrassante.&nbsp;<em>Alpha</em> est un film certes raté, même par endroits franchement brouillon, mais on ne peut pas dire qu’il représente une rupture avec la ligne tracée par Ducournau depuis ses débuts. Ce qui manque peut-être aux yeux de ses anciens thuriféraires, c’est la prégnance des visions et des images mentales, qui découlaient d’une volonté d’en mettre plein la vue en partant d’un argument fantastique. La part surnaturelle de l’argument est ici plutôt mince, puisque l’étrange virus qui transforme les individus en statues de marbre se présente comme une métaphore évidente du SIDA, ce que confirme l’ancrage temporel du film et son esthétique glauque – un côté vaguement Beineix, ou du moins travaillé par le désenchantement des années 1980. Le fantastique relève ici d’une entreprise scénaristique de <em>redoublement</em>, mais il n’est pas le seul élément concerné par ce trait d’écriture ; il en va de même pour la figure de l’oncle toxicomane joué par Tahar Rahim, dont la fonction est d’être dans un premier temps la caisse de résonance de l’inquiétude d’Alpha, une adolescente de treize ans suspectée d’avoir contracté le virus à la suite d’un tatouage dessiné par une aiguille à la propreté douteuse. Dans une scène confondante de littéralité, la mère (Golshifteh Farahani) surprend la nuit sa fille et son frère pris de convulsions similaires, causées par l’angoisse pour la première, et par la dépendance pour le second. Le redoublement procède ici de la symétrie, comme dans ce plan où la mère se coupe le doigt et décide de piquer l’index de sa fille, afin de mélanger leur sang et par là de lier leurs destins.</p>
<p>Ce que raconte le film, c’est qu’au-delà de la transmission biologique du SIDA, la douleur physique et mentale qu’il engendre se propage aux autres corps sains de la famille. L’idée n’est pas passionnante, et elle ne justifie pas d’autres surlignages formels et dramaturgiques (chaque scène supposément intense est accompagnée d’une envolée musicale). Fausse bonne idée : pour donner une épaisseur supplémentaire à son scénario, Ducournau entrelace, d’abord sans mot dire, deux trames temporelles distinctes, qui sont aussi deux trames esthétiques. Si la coiffure changeante de Farahani constitue un indice, c’est plus encore l’opposition entre un gris-bleu et une teinte jaune pisse (les scènes dans l’hôpital) qui pointe la superposition de strates hétérogènes. Le film noie alors son récit dans les eaux du mysticisme et du dédale quasi lynchien, ouvrant à une potentielle incertitude sur l’interprétation que l’on peut en tirer. Mais a‑t-on seulement envie d’entrer dans le jeu de ce film faussement malin, dont les envolées emphatiques ne parviennent pas à masquer la faiblesse de la mise en scène ?</p>
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		<item>
		<title>Valeur sentimentale</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/valeur-sentimentale-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Aug 2025 10:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Valeur sentimentale, émotion paradoxale. Disons d’emblée que le nouveau film de Joachim Trier témoigne, par l’attention qu’il porte à ses acteurs et actrices (en particulier le trio formé par Stellan Skarsgård, Renate Reinsve et Elle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/valeur-sentimentale-2/" title="Read  Valeur sentimentale">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Valeur sentimentale, émotion paradoxale. Disons d’emblée que le nouveau film de Joachim Trier témoigne, par l’attention qu’il porte à ses acteurs et actrices (en particulier le trio formé par Stellan Skarsgård, Renate Reinsve et Elle Fanning), d’une certaine vibration qui ne faisait qu’affleurer dans ses précédents films, trop écrits et charmeurs. Ces travers, Trier ne les a pas complètement supprimés, mais le cheminement de son scénario se fait à la fois plus patient et moins volontariste. Le récit organise une lente réconciliation entre Gustav (Skarsgård, donc), un cinéaste exigeant qui n’a plus tourné depuis quinze ans, et sa fille Nora (Reinsve), une actrice de théâtre en pleine ascension,&nbsp;par le truchement d’un projet de film inspiré d’éléments autobiographiques, que le vieil homme entend tourner dans la maison familiale. Le nœud de <em>Valeur sentimentale</em> réside peut-être moins dans son tropisme bourgeois – la question de l’héritage, la peinture d’une famille d’artistes et d’intellectuels, le bon goût affiché de la bande-son : on se croirait presque chez Assayas (jusque dans les fondus au noir) – que dans la vision du cinéma qu’il déploie par l’entremise de deux scènes de « film dans le film ». La première est tirée d’un vieux classique de Gustav, projeté dans le cadre d’une rétrospective au Festival de Deauville : il s’agit d’un plan-séquence montrant l’échappée de deux enfants, un garçon et une fille, poursuivis par des soldats nazis. La caméra recule, révélant que l’action est filmée depuis l’intérieur d’une cabine de train, que rejoindra la gamine avant de voir son frère, moins chanceux, être capturé par les Allemands. Le train, lui, est déjà entré en mouvement, et le plan se resserre alors pendant de longues secondes sur le visage pétri par la tristesse de la rescapée. La scène dénote à l’échelle du film, en cela qu’elle est de loin la plus formellement sophistiquée (avec l’autre mise en abyme, elle aussi filmée en plan-séquence, qui conclut le récit), tout en relevant d’une imagerie assez convenue. Car ce coup de force qui fait pleurer à chaudes larmes le public de Deauville (Trier s’attarde notamment sur le visage ébranlé de Fanning, qui joue une star américaine assistant par hasard à la séance) coche à peu près toutes les cases de l’idée que l’on se fait d’un drame auteuriste pour festivals internationaux : sujet mastoc, performance technique, naturel de l’enfant, visage scruté de près, poids de la durée. Gustav, qui se définissait quelques scènes plus tôt comme un « <em>visuel</em> », tient de fait presque de la caricature du metteur en scène radical (bon gag : pour l’anniversaire de son petit-fils, il offre à ce dernier des DVD de <em>La Pianiste</em> et d’<em>Irréversible</em>), ne pouvant voir en peinture ni le théâtre classique, ni les séries télévisées à succès. Seul le cinéma trouve grâce à ses yeux.</p>
<p>De prime abord il paraît évident, au regard du film pris dans sa globalité, que Trier n’appartient pas à la même famille de réalisateurs que Gustav, voire qu’il explore un horizon contraire, bien qu’il revendique comme son personnage une épaisseur psychologique et une volonté de plonger dans les entrailles des tourments familiaux. Ses films reposent davantage sur les performances des comédiens et la psyché des personnages que sur leur inventivité formelle, cantonnée à quelques effets plutôt grossiers – hier la scène de stase dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/julie-en-12-chapitres-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Julie en 12 chapitres</em></a>, aujourd’hui un jeu de fondus et d’éclairages lointainement inspiré des essais de Clouzot pour <em>L’Enfer</em>, afin d’entremêler les visages de Gustav et Nora en un seul corps chimérique. Lorsque Trier <em>joue à être Gustav</em>, il révèle <em>de facto</em> qu’il n’a qu’une compréhension superficielle de la mise en scène (les dispositifs qu’il adopte sont rutilants et performatifs) et qu’elle ne constitue pas le moteur de son cinéma. Ce hiatus est d’autant plus gênant que le film entretient à d’autres endroits une confusion entre les deux niveaux de réalité – le scénario qui se déploie sous nos yeux, et celui dont il est question au sein du récit. Ainsi, lorsque Nora et sa sœur pleurent en lisant le script « <em>magnifique</em> » qu’a signé leur père, elles redoublent ce que cherche à produire le propre film de Trier. Pure logique de direction de spectateurs : on est enjoint à être aussi bouleversé qu’elles. Ça marche ? Presque, parce que les comédiennes donnent une épaisseur à cette propagation émotionnelle. Mais sous sa surface sensible, on voit aussi à quoi joue Trier : il se révèle finalement aussi démonstratif que l’est Gustav. En passant de la scène aux coulisses (l’ouverture dans un théâtre) et en mettant en abyme la fabrique de l’émotion, il vise une ambition bien moins généreuse : celle de nous impressionner.</p>
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		<title>La Guerre des mondes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-guerre-des-mondes-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Aug 2025 10:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2014, la forme du « desktop movie » émergeait, désignant un film tourné sur un écran d’ordinateur dont la narration repose essentiellement sur les interfaces typiques de nos pratiques numériques (navigation sur internet, réseaux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-guerre-des-mondes-3/" title="Read  La Guerre des mondes">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2014, la forme du « <em>desktop movie</em> » émergeait, désignant un film tourné sur un écran d’ordinateur dont la narration repose essentiellement sur les interfaces typiques de nos pratiques numériques (navigation sur internet, réseaux sociaux, moteurs de recherche, consultation de bases de données, télécommunications, messageries instantanées, etc.). Après plusieurs expérimentations pionnières (de Chris Marker à quelques YouTubers avant-gardistes), deux films en particulier avaient cette année-là consacré cette esthétique : d’un côté la série B <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/unfriended/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Unfriended</em></a> de Levan Gabriadze et, de l’autre, l’essai documentaire <a href="https://vimeo.com/94101046" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Transformers : The Premake</em></a> de Kevin B. Lee. Si les deux films présentaient un dispositif commun, tout au fond les opposait. L’objectif séduisant d’<em>Unfriended</em> était d’actualiser les codes du <em>slasher</em> à l’ère du web 2.0, quand celui de <em>The Premake</em> était plutôt, dans une perspective réflexive et média-critique, de recourir au modèle du film-interface afin d’enquêter sur la production et la promotion d’un blockbuster, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/transformers-l-age-de-l-extinction/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Transformers : L’Âge de l’extinction</em></a> de Michael Bay. Produit par Universal et diffusé sur Amazon Prime Video, <em>La Guerre des mondes</em> s’inscrit dans le sillon du premier modèle (il est chapeauté par le même producteur, Timur Bekmambetov), tout en actant le ravalement du second par l’industrie : il s’agit d’une nouvelle adaptation du célèbre roman d’H.G. Wells qui voit Will Radford (Ice Cube), un agent du DHS (le <em>United States Department of Homeland Security</em>), enquêter depuis son ordinateur sur une attaque d’aliens menaçant d’annihiler l’humanité. Devant l’accumulation spectaculaire des fenêtres témoignant de l’invasion, difficile de ne pas penser au film-essai de Kevin B. Lee, dans lequel le cinéaste documentait depuis son ordinateur la façon dont le blockbuster de Michael Bay s’accaparait l’espace numérique, mais aussi l’espace public de la ville de Detroit, concrétisant <em>in real life</em> ce que la saga hollywoodienne ne cessait d’imaginer (la destruction du genre humain par des machines invasives).</p>
<p>Le parallèle a beau être frappant, <em>La Guerre des mondes</em> n’est pas de la trempe de <em>L’Âge de l’extinction</em>. Quoique le film de Rich Lee se fantasme en spectacle hollywoodien, il s’apparente surtout à une série B au sens premier du terme – soit une production au budget minime calquée sur des succès antérieurs, le dispositif du film-interface permettant de réaliser un film catastrophe avec des moyens dérisoires<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328389_522('footnote_plugin_reference_328389_522_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328389_522('footnote_plugin_reference_328389_522_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328389_522_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328389_522_1" class="footnote_tooltip">Comme le <em>found footage</em> l’avait permis auparavant pour <em>Cloverfield</em>, ou dans une moindre mesure les Google Glass pour <em>JeruZalem</em><i>.</i></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328389_522_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328389_522_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. <em>La Guerre des mondes</em> a été tourné pour une bouchée de pain pendant la pandémie de COVID-19, et cela se voit : la plupart des images de destruction sont le résultat d’incrustations grossières à l’intérieur de vidéos issues de banques d’images type Shutterstock. Entre les faux <em>glitchs</em> et les effets de recadrages sur des éléments de l’interface afin de dramatiser une situation à laquelle personne ne croit (surtout pas les acteurs, qui en font des caisses), les scènes aberrantes s’enchaînent clic après clic. Ice Cube pilote à distance une Tesla pour sauver sa fille enceinte poursuivie par des aliens ; un livreur se retrouve aux commandes d’un drone volant entre les immeubles en flammes afin de livrer une clé USB permettant d’empêcher l’apocalypse ; un virus informatique est fabriqué en deux minutes par des hackers du dimanche arborant un sweat à capuche noir en guise de photo de profil sur Microsoft Teams, etc. Quant au montage des interfaces, il reproduit sans effort les effets visuels et sonores des titres les plus racoleurs de la « <em>desktoploitation</em> », surtout <em>Searching</em> et sa suite <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/missing-disparition-inquietante/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Missing</em></a>, qui avaient pour particularité d’exploiter les formes informatiques pour leurs atours sensationnalistes (amoncellement d’informations et de gros titres à l’écran, spectacle de la maîtrise des outils, fascination pour le <em>tracking</em> et la surveillance globale, prime à la vélocité caractéristique des réseaux sociaux)</p>
<p>En d’autres termes, la rencontre entre le <em>desktop movie</em> et le film catastrophe hollywoodien accouche ici d’un authentique nanar, dont la conclusion gentiment contestataire (un agent fédéral qui démissionne pour servir un groupe de hackers antisystème) va de pair avec un asservissement complet du dispositif à l’égard des géants du numérique – en particulier Amazon, qui en profite pour multiplier les placements de produit. <em>Transformers : The Premake</em> l’avait annoncé il y a dix ans : même dans l’univers modulaire et intimiste de nos interfaces numériques, le capitalisme publicitaire et sécuritaire emporte tout sur son passage, qu’il s’agisse des formes nouvelles permettant d’en ausculter les rouages, des imaginaires cherchant à le subvertir de l’intérieur ou des discours visant à en dénoncer les innombrables dérives. Le dévoreur de mondes qu’affrontent sans le savoir les personnages caricaturaux du film de Rich Lee, c’est lui.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328389_522();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328389_522();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328389_522">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328389_522" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328389_522('footnote_plugin_tooltip_328389_522_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328389_522_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comme le <em>found footage</em> l’avait permis auparavant pour <em>Cloverfield</em>, ou dans une moindre mesure les Google Glass pour <em>JeruZalem</em><i>.</i></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328389_522() { jQuery('#footnote_references_container_328389_522').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328389_522').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328389_522() { jQuery('#footnote_references_container_328389_522').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328389_522').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328389_522() { if (jQuery('#footnote_references_container_328389_522').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328389_522(); } else { footnote_collapse_reference_container_328389_522(); } } function footnote_moveToReference_328389_522(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328389_522(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328389_522(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328389_522(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-guerre-des-mondes-3/">La Guerre des mondes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/freaky-friday-2-encore-dans-la-peau-de-ma-mere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Aug 2025 10:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=328397</guid>

					<description><![CDATA[<p>À chaque époque ses nostalgies. En 2003, Mark Waters, réalisateur de la comédie noire The House of Yes, était mandaté par Disney pour dépoussiérer Un vendredi dingue, dingue, dingue, le roman de Mary Rogers déjà...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/freaky-friday-2-encore-dans-la-peau-de-ma-mere/" title="Read  Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À chaque époque ses nostalgies. En 2003, Mark Waters, réalisateur de la comédie noire <em>The House of Yes</em>, était mandaté par Disney pour dépoussiérer <em>Un vendredi dingue, dingue, dingue</em>, le roman de Mary Rogers déjà adapté par le studio à la fin des années 1970 avec Barbara Harris et Jodie Foster. Leurs rôles y étaient repris par Jamie Lee Curtis, icône 80s alors en perte de vitesse, et la nouvelle égérie adolescente du studio, Lindsay Lohan, révélée dans <em>À nous quatre </em>de Nancy Meyers. Vingt-deux ans plus tard, voilà le <em>remake </em>devenu lui aussi un objet culte pour les <em>millenials </em>vieillissants, ex-ados boutonneux désormais parents à leur tour. D’où cette improbable suite, quelques mois après une réadaptation musicale pas franchement heureuse de <em>Lolita malgré moi</em>, l’autre <em>teen movie </em>mémorable du duo Waters-Lohan. Le résultat est moins cynique qu’on pouvait le craindre, mais moins réussi qu’on pouvait l’espérer.</p>
<p><em>Freaky Friday 2</em> symptomatise en fait deux problèmes récurrents de ce type d’entreprise nostalgique. D’un côté, il y a le modèle <em>Jurassic World</em>, qui entend rejouer les morceaux de bravoure du film original tout en élargissant chaque fois un peu plus l’échelle des enjeux (plus de dinos de plus en plus gros). De l’autre, celui de <em>And Just Like That </em>(la suite de <em>Sex and the City</em>)<em>&nbsp;</em>: il s’agit de commenter le fossé culturel qui sépare l’œuvre originale des sensibilités contemporaines. Dans le premier volet, Tess (Curtis) et Anna (Lohan), une mère et sa fille incapables de communiquer, échangeaient par magie leurs corps et leurs existences le temps d’une journée, et parvenaient par ce biais à comprendre le point de vue et les souffrances de l’autre. Ici, le dispositif n’est pas seulement repris, mais dédoublé&nbsp;: Harper, la fille d’Anna (Julia Butters) et Lily (Sophia Hammons), celle de son futur mari Eric (Manny Jacinto), échangent leurs corps avec Anna et Tess. Le problème, c’est que le film n’est pas scénaristiquement à la hauteur de cette inflation narrative. Des cinq relations que cette dernière supposerait d’explorer (mère-grand-mère, grand-mère-petites filles, mère-fille, mère-belle-fille, sœurs par alliance), une seule semble vraiment investie par le récit&nbsp;: celle des deux <em>sisters-to-be </em>redoutant le mariage de leurs parents respectifs. C’est-à-dire celle que prennent en charge les deux stars du film original, qui ne laissent aux jeunes actrices que des miettes.</p>
<p>Le temps qui serait nécessaire pour déplier avec précision les rapports entre les quatre protagonistes est principalement employé à revisiter le parcours balisé par le film précédent : en gros, se rendre compte avec horreur qu’on a échangé son corps avec une autre, renouveler sa garde-robe, s’autoriser une cure de malbouffe, faire du gringue à Chad Michael Murray des <em>Frères Scott </em>et jouer du punk de supermarché avec ses copines. Quelques parenthèses éléphantines sont ménagées dans ce programme pour commenter les travers du présent (quelques piques lancées à la parentalité permissive et à la culture de la bienveillance), ou pour faire son <em>mea culpa</em> sur les erreurs du passé (l’ « exotique » magicienne chinoise du premier film est opportunément remplacée par une voyante blanche et on apprend en passant que sa fille restauratrice est devenue une femme d’affaires à succès). De là le sentiment d’un film assez bancal qui ne semble retrouver que par intermittence le mélange de comédie burlesque et de mélo familial discret qui faisait toute l’étonnante réussite de son prédécesseur.</p>
<p>Restent quelques petites astuces de mise en scène (notamment dans les séquences de <em>body swap&nbsp;</em>: au mouvement de grue acrobatique du premier film succède un double panoramique vertical à 360°) et des gags assez drôles, notamment ceux qui tournent autour du vieillissement de Jamie Lee Curtis qui, dans la lignée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/everything-everywhere-all-at-once/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ses récents seconds rôles remarqués</a>, cabotine à fond les ballons. Sans doute aussi le plaisir de retrouver (ailleurs que dans un téléfilm Netflix) la vivacité inquiète de Lindsay Lohan, dont les interprétations convaincantes –&nbsp;chez Robert Altman ou Paul Schrader&nbsp;– ont trop souvent été éclipsées par sa vie personnelle. Et enfin, évidemment, cette émouvante croyance qui sous-tend la franchise, selon laquelle une famille peut guérir de tout pour peu que ses membres soient capables de se mettre –&nbsp;au moins pour une journée&nbsp;– à la place les uns des autres.</p>
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		<title>Sally Bauer — À contre-courant</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sally-bauer-a-contre-courant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Aug 2025 10:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut naturellement entendre au sens figuré le sous-titre français du film de Frida Kempff, «&#160;à contre-courant&#160;». Nageuse de fond et mère célibataire d’un jeune garçon, Sally Bauer rêve de traverser la Manche à la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sally-bauer-a-contre-courant/" title="Read  Sally Bauer — À contre-courant">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut naturellement entendre au sens figuré le sous-titre français du film de Frida Kempff, «<em>&nbsp;à contre-courant&nbsp;</em>». Nageuse de fond et mère célibataire d’un jeune garçon, Sally Bauer rêve de traverser la Manche à la nage. Corsetées par la société patriarcale de la Suède des années 1930 (qui lui destine une place d’infirmière face à la guerre se rapprochant), ses ambitions seront mises à rude épreuve. Or si le film montre le personnage remettre en cause l’ordre établi, il est en revanche doublement cadenassé par un récit et une mise en scène normés, tout sauf <em>à contre-courant</em>. Guidé par une logique d’<em>empowerment</em>, le scénario entremêle des scènes de confrontation avec la préparation physique et mentale de la nageuse en vue de son exploit. Ces séquences discursives – outre qu’elles martèlent assez lourdement le sous-texte du récit – sont formellement atones, entre caméra à l’épaule pour capter une supposée intensité et champs-contrechamps cernant les visages des personnages. Quant aux scènes d’entraînement, elles font la part belle au montage alterné surlignant comme d’usage la résilience et l’effort.</p>
<p>La narration ménage pourtant certains enjeux singuliers, notamment la question de l’exploitation commerciale de la prouesse sportive et du corps même de Bauer. Aux deux tiers du film, Sally est ainsi présentée en maillot devant une aréopage de financiers qui la scrutent et discourent sur la possibilité de tirer profit de la situation : « <em>où va-t-on mettre le sponsor&nbsp;?</em> », demande l’un d’eux. Mais le scénario ne fait qu’effleurer cet arrière-plan contextuel, pour mieux se focaliser sur la trajectoire intime de la mère courage/nageuse émérite. En refusant de la sorte de s’engager en eaux plus profondes, <em>Sally Bauer</em> avance moins contre le courant que de balise en balise.</p>
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		<title>French Connection</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/french-connection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Aug 2025 10:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article a été initialement publié le 18 août 2015. La ressortie de French Connection, un mois après celle de Sorcerer, appelle à un drôle de constat : des deux films phares de Friedkin, c’est...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/french-connection/" title="Read  French Connection">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet article a été initialement publié le 18 août 2015.</em></p>
<p>La ressortie de <em>French Connection</em>, un mois après celle de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-convoi-de-la-peur-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sorcerer</a></em>, appelle à un drôle de constat : des deux films phares de Friedkin, c’est peut-être bien le premier qui se révèle le plus proche du <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/salaire-de-peur/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Salaire de la peur</em></a> d’Henri-Georges Clouzot. De <em>Sorcerer</em>, on a célébré tardivement la force de son final bleuté et halluciné, la folie chaotique de la traversée du pont, sans forcément relever sur quel point Friedkin ne rivalise pas nécessairement avec le film de Clouzot : celui de la mise en scène des embûches qui émaillent la route des héros, d’une rigueur si mécanique (dix minutes pour négocier un créneau !) qu’elle confère au film des allures de petit traité géométrique. Observer, préparer, attendre, rouler, freiner, ralentir, reculer, accélérer : la route que suivent ces deux camions est un espace entièrement dévolu à l’action où les personnages se démènent comme des forcenés pour s’extraire d’une toile invisible : le destin. Ce principe de « toile » est omniprésent dans <em>French Connection</em>, dont l’argument – une transaction de drogue entre la mafia italienne et la mafia marseillaise – tient presque du prétexte tant les éléments de contextes ne font qu’entrecouper d’amples scènes de filatures et de courses poursuites.</p>
<h2>Monde-labyrinthe</h2>
<p>Tout le programme du film tient dans son double prologue: 1) À Marseille un individu suit un itinéraire manifestement routinier, passe d’une rue à une autre, s’arrête à une boulangerie avant d’arriver enfin chez lui. Les plans se succèdent sans qu’on puisse établir une quelconque logique dans l’enchaînement des rues qui se présent à nous, le personnage semble traverser un tortueux labyrinthe pour atteindre son domicile, où l’attend dans l’ombre un meurtrier. 2) À Brooklyn, deux policiers, Doyle « Popeye » (Gene Hackman) et Russo « Cloudy » (Roy Scheider), déguisés respectivement en Père Noël et en vendeur de hot-dogs, pourchassent pendant plusieurs minutes un malfrat qu’ils questionnent ensuite brutalement. Dans les deux scènes, les personnages jouent chacun à leur manière au chat et à la souris : le chat français attend que sa victime atteigne le bout du labyrinthe, les félins américains quant à eux traquent leur proie jusqu’à l’épuisement. Surtout, Marseille comme Brooklyn sont dépeints ici comme des terrains de jeu où se déroulent deux traques possiblement simultanées. Les règles ont changé, désormais les principes moteurs du film policier se déploient à l’échelle mondiale.</p>
<p>Le film explore toujours par paire (deux Français, deux Américains) cette idée d’un jeu étendu à un monde-labyrinthe, pour mettre dos à dos hors-la-loi et représentants de l’ordre : les couloirs que traverse Russo pour tirer Doyle de son appartement sont les mêmes que ceux de l’immeuble désaffecté où les deux partenaires écoutent les conversations de Boca, un dealer italien ; le métro, dédale urbain par excellence, est le théâtre de deux célèbres courses poursuites, l’une sous terre, l’autre où Doyle pourchasse en voiture un métro aérien, etc. New York offre ainsi un espace de jeu aux replis et travées infinis pour rejouer, encore et encore, le scénario d’une traque entre policiers et voleurs, pris dans une même pulsion de course vers la mort.</p>
<h2>Porte dérobée</h2>
<p>La forme vaguement « documentaire » du film (du moins revendiquée comme telle par Friedkin), caméra à l’épaule, confère au film une brutalité qui constitue peut-être aujourd’hui toutefois sa relative limite. Si <em>French Connection</em> semble rétrospectivement anticiper tout un pan du cinéma conspirationniste des années 1970 en travaillant l’idée d’un monde sous surveillance (Gene Hackman, déjà un casque sur les oreilles deux ans avant <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/conversation-secrete/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Conversation secrète</a></em>), mais aussi d’un reportage <em>embedded</em> secrètement hanté par le fantôme du film Zapruder (une attaque incongrue au sniper comme résurgence de la mort de Kennedy), ce versant semble se heurter à l’élan métaphysique propre à l’œuvre de Friedkin. En témoigne l’ouverture, récurrente dans sa filmographie (on retrouve un dispositif similaire aux débuts de <em>L’Exorciste</em>, <em>Sorcerer</em> ou encore <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bug/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Bug</a></em>), qui d’un plan d’ensemble aérien nous amène à un point précis du décor, en l’occurrence la première victime de cette enchevêtrement de souricières. Qui regarde ? Peut-être le diable : il y a une force fantastique à l’œuvre dans le cinéma de Friedkin, qui semble ici cantonnée à l’ouverture et à la fermeture du film, où les flux du monde se retrouvent finalement contenus entre quatre murs. C’est la trajectoire du récit : acculer sa proie, la pousser dans ses derniers retranchements, pour finalement la laisser s’échapper sans que l’on sache comment<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_55971_528('footnote_plugin_reference_55971_528_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_55971_528('footnote_plugin_reference_55971_528_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_55971_528_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_55971_528_1" class="footnote_tooltip">Comme le révèlent le générique de fin, puis la suite, dispensable, réalisée en 1975 par John Frankenheimer.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_55971_528_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_55971_528_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est également un motif de (légère) frustration : cette puissance du trouble, ici intermittente, Friedkin l’embrassera pleinement dans les sommets de <em>Sorcerer</em>, qui lui n’est pas aussi éblouissant qu’escompté dans son horizon d’un pur film de gestes et de micro-événements (la deuxième moitié du <em>Salaire de la peur</em> est déjà passée par là). Mais combinés, les deux films se révèlent complémentaires pour cerner le profil atypique du cinéaste et sa singulière ambition : mêler minéralité de l’action et abstraction éthérée.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_55971_528();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_55971_528();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_55971_528">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_55971_528" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_55971_528('footnote_plugin_tooltip_55971_528_1');"><a id="footnote_plugin_reference_55971_528_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comme le révèlent le générique de fin, puis la suite, dispensable, réalisée en 1975 par John Frankenheimer.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_55971_528() { jQuery('#footnote_references_container_55971_528').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_55971_528').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_55971_528() { jQuery('#footnote_references_container_55971_528').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_55971_528').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_55971_528() { if (jQuery('#footnote_references_container_55971_528').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_55971_528(); } else { footnote_collapse_reference_container_55971_528(); } } function footnote_moveToReference_55971_528(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_55971_528(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_55971_528(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_55971_528(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/french-connection/">French Connection</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Évanouis</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Aug 2025 15:15:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une nuit, tous les élèves d’une même classe de CE2, à l’exception d’un seul, disparaissent sans explication et bouleversent la vie d’une petite ville de Floride. Faute de pistes concrètes, l’enquête policière s’apparente à une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/" title="Read  Évanouis">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une nuit, tous les élèves d’une même classe de CE2, à l’exception d’un seul, disparaissent sans explication et bouleversent la vie d’une petite ville de Floride. Faute de pistes concrètes, l’enquête policière s’apparente à une énigme dont Zach Cregger va peu à peu dévoiler les ramifications en entrecroisant le point de vue de différents personnages, de la maîtresse de la classe au seul enfant rescapé du phénomène, en passant par l’un des parents d’élèves. Si l’auteur de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/barbare/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Barbare</em></a> parvient encore ponctuellement à distiller l’effroi en perçant son décor archétypal (une zone pavillonnaire) de <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/lattrait-des-profondeurs-barbare/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">quelques béances insondables</a>, l’argument narratif prend vite le pas sur la dimension joueuse de sa mise en scène. Avec <em>Évanouis</em>, chapitré par les noms des protagonistes dont on suit une par une les trajectoires entrelacées, le cinéma de Cregger gagne en envergure dramatique ce qu’il perd en intensité horrifique. En témoignent les visions de la première moitié (une sorcière au plafond, un homme aux yeux exorbités courant dans l’arrière-plan, etc.) qui, étouffées par un scénario à la sophistication écrasante, surgissent mollement entre deux dialogues. L’objectif de Cregger a certes changé depuis <em>Barbare : </em><em>Évanouis</em> prouve que le cinéaste est désormais en mesure de piloter des projets aux contours plus ambitieux (on pense, dans le même ordre de grandeur, au changement d’échelle que représentait <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/us/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Us</em></a> pour Jordan Peele après le succès surprise de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/get-out/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Get Out</em></a>). Mais son ton ironique et la vélocité de son montage, encore palpables à certains endroits (le segment réussi autour d’un héroïnomane en quête d’argent facile, ou encore un <em>finale</em> à la bouffonnerie galvanisante), s’accordent plutôt mal avec l’effet de dilution produit par la structure réticulaire du récit.</p>
<p>Empreinte à l’origine d’un certain mysticisme, la disparition des enfants constitue d’ailleurs moins une énigme qu’un casse-tête et se vide de son trouble à mesure que les pièces du puzzle sont recollées les unes aux autres. À la différence d’un film de Shyamalan (pour ne citer que lui), la révélation ne s’accompagne pas ici d’un bouleversement dans le regard porté initialement sur une situation, mais de sa clarification. En cherchant à aller au fond de l’abîme, Cregger court-circuite tout mystère : même dans le noir, on finit par y voir un peu trop clair.</p>
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		<item>
		<title>Substitution — Bring her Back</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/substitution-bring-her-back/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Aug 2025 10:30:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=328277</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après le décès de leur père, Andy et Piper, un adolescent et sa petite sœur malvoyante, sont placés en famille d’accueil chez Laura, une psychologue meurtrie par la récente disparition de sa propre fille et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/substitution-bring-her-back/" title="Read  Substitution — Bring her Back">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après le décès de leur père, Andy et Piper, un adolescent et sa petite sœur malvoyante, sont placés en famille d’accueil chez Laura, une psychologue meurtrie par la récente disparition de sa propre fille et dont le comportement paraît de plus en plus étrange. L’apparente bienveillance du personnage, déjà effritée par le jeu outré de Sally Hawkins, laisse vite place à une figure plus univoque. Il faut dire que les frères Philippou (réalisateurs de <em>La Main</em>, sorti en 2022) tuent dans l’œuf tout mystère : plutôt que d’épouser le seul point de vue des jeunes protagonistes, le film nous montre aussi les manigances de Laura – elle visionne notamment d’obscures vidéos de rituels sanglants et cherche à briser la confiance entre les deux enfants. Si ce jeu narratif et de montage vise à échafauder un suspense, le fond de l’affaire s’en trouve éventé : en faisant appel à un démon, Laura entend ramener sa fille à la vie en sacrifiant Piper. <em>Substitution</em> repose dès lors uniquement sur un enchaînement de visions dérangeantes, versant toujours plus dans le grand-guignol. Mutilation au couteau de cuisine, anthropophagie, cadavre conservé au congélateur… Les règles du cérémonial occulte servent de prétexte à des images-choc, cadrées frontalement.</p>
<p>Au-delà de son caractère tape-à-l’œil, cette horreur graphique construit également un miroir aux violences intrafamiliales décrites par le scénario – on apprendra que le père défunt des deux orphelins battait Andy en secret. Si cet horizon peine à donner une substance au film, il lui offre tout de même une troublante scène de mise à mort. Il faut, pour la décrire, dévoiler l’une des rares surprises du récit (attention <em>spoilers</em>) : pour mener à bien son funeste projet, Laura doit se débarrasser d’Andy et finit par le noyer alors qu’il gît blessé dans une flaque d’eau. La caméra s’attarde alors sur la poigne de la mère endeuillée, qui maintient immergée la tête de l’adolescent. Ce sont ainsi les mains d’une mère, ne rêvant que de retrouver les bras de sa fille perdue, qui se révèlent ici capables des pires atrocités.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Yi Yi</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/yi-yi-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Aug 2025 10:30:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=328273</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les derniers films d’auteurs aimés nous parviennent souvent auréolés d’une aura d’œuvres testamentaires, qu’elles prennent la forme d’un somptueux parachèvement (Eyes Wide Shut pour Stanley Kubrick), témoignent d’une radicalité expérimentale intacte (les derniers Godard), trahissent...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/yi-yi-2/" title="Read  Yi Yi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les derniers films d’auteurs aimés nous parviennent souvent auréolés d’une aura d’œuvres testamentaires, qu’elles prennent la forme d’un somptueux parachèvement (<em>Eyes Wide Shut </em>pour Stanley Kubrick), témoignent d’une radicalité expérimentale intacte (les derniers Godard), trahissent un certain épuisement, voire un tarissement artistique (<em>Trois Places pour le 26 </em>de Jacques Demy) ou représentent une conclusion en mode faussement mineur (<em>Gens de Dublin </em>pour John Huston, <em>Gebo et l’ombre </em>pour Manoel de Oliveira). <em>Yi Yi</em>, l’ultime long-métrage d’Edward Yang, cinéaste emblématique de la Nouvelle Vague taïwanaise des années 1980, s’inscrit dans cette dernière catégorie. À cet égard, la réputation de chef‑d’œuvre que traîne le film depuis son triomphe cannois en 2000, redoublée par sa disparition des écrans français depuis près de vingt ans, ne lui rend pas nécessairement service. La forme du film paraît en effet délibérément modeste en comparaison avec la modernité tranchante de <em>Taipei Story </em>et <em>The Terrorizers</em> ou avec l’ampleur de la fresque historique <em>A Brighter Summer Day</em>.</p>
<p><em>Yi Yi </em>entrecroise les destins professionnels et sentimentaux de plusieurs membres d’une famille bourgeoise de Taipei, du mariage scandaleux d’un oncle immature avec son employée enceinte aux funérailles de la matriarche, tombée dans le coma après un accident au début du film. Toute une existence, en quelque sorte. Mais la durée du film (3h) n’occasionne pas véritablement de montée en puissance opératique : la plupart des protagonistes, confrontés à la possibilité d’un changement radical dans leurs existences, voient tour à tour leurs espoirs déçus. Les affaires juteuses se révèlent être des arnaques, les amitiés naissantes sont empêchées, les quêtes spirituelles échouent, les retrouvailles avec un grand amour perdu finissent en eau de boudin tandis que les émois adolescents ne se concrétisent pas. L’intrigue se retrouve fréquemment suspendue au profit de moments de contemplation atmosphériques : un repas de consolation dans un fast-food, des corps assoupis dans des voitures ou des trains, un collaborateur japonais excentrique qui joue la « Sonate au Clair de lune »&nbsp;dans un karaoké, etc. À cette narration ténue répond la sophistication discrète de la mise en scène de Yang, où prédominent des plans larges et fixes, souvent très composés et marqués par de nombreux effets de surcadrage et des jeux de reflets. C’est cette précision formelle qui hisse le film au-delà de la banalité, expliquant son impact sur le spectateur longtemps après le visionnage.</p>
<p>De par sa forme chorale, son humour pince-sans-rire, son insistance sur la trivialité de l’existence et son attention à l’architecture urbaine, le film n’est pas sans évoquer le Robert Altman de <em>Short Cuts</em>, mais il travaille une émotion plus immédiate qui en ferait plutôt le précurseur de certains drames familiaux de Kore-eda, notamment <em>Still Walking</em>. C’est cette forme de sentimentalité brute, ouvertement perceptible dans les accords de piano mélancoliques qui ouvrent et ferment le film et dans quelques moments d’éclat où les protagonistes sortent brutalement de leur réserve, qui achemine progressivement <em>Yi Yi</em> vers l’horizon du mélodrame de poche. Le pathos naît à la fois de l’impuissance aveugle des personnages et de leur détermination déchirante à bien agir, quand bien même leur dignité ne sera jamais récompensée. À travers l’attendrissant Yang Yang, photographe amateur déterminé à capturer l’invisible (des moustiques posés sur les murs de la résidence) ou à révéler à ses proches les parts d’eux-mêmes qu’ils ignorent (il cadre leurs nuques), le cinéaste semble esquisser une forme d’autoportrait. « <em>Je veux raconter aux gens les choses qu’ils ne savent pas</em>&nbsp;», énonce-t-il dans un émouvant monologue final. La beauté de <em>Yi Yi</em> vient pourtant de sa manière d’évoquer un sentiment éminemment familier&nbsp;: la conscience de l’insignifiance de nos vies minuscules.</p>
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		<title>Warfare</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/warfare/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Aug 2025 10:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est aux côtés du vétéran Ray Mendoza, son conseiller militaire sur Civil War, qu’Alex Garland a coréalisé Warfare. L’idée derrière leur collaboration peu commune ? Réaliser un film enfin fidèle à la réalité de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/warfare/" title="Read  Warfare">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est aux côtés du vétéran Ray Mendoza, son conseiller militaire sur <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/civil-war/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Civil War</em></a>, qu’Alex Garland a coréalisé <em>Warfare</em>. L’idée derrière leur collaboration peu commune ? Réaliser un film enfin fidèle à la réalité de la guerre, qui reconstituerait une opération militaire en quasi temps réel – celle à laquelle a participé Mendoza en Irak en 2006, durant la bataille de Ramadi, où lui et son commando se sont retrouvés piégés à l’intérieur d’une maison encerclée par des dizaines de combattants d’Al-Qaïda. Une fois passée l’introduction montrant le groupe s’installer en pleine nuit sur les lieux, Garland et Mendoza déplient l’événement minute après minute, avec ses temps forts et ses temps morts, sans chercher à le contextualiser d’une quelconque manière. Le duo filme l’attente, l’ennui et l’inertie des soldats peu à peu pris en étau, dans une logique déflationniste et antispectaculaire – les affrontements, plutôt rares, n’ont pas grand-chose d’héroïque (<em>Warfare</em> est, à cet égard, l’anti-<em>Chute du faucon noir</em>). Cet exercice de style consistant à figurer ce que serait la guerre, la vraie, peut sembler complaisant dans sa façon de fétichiser avec une fascination à peine voilée les « petits riens » du labeur militaire (on imagine volontiers un « expert » réagir sur YouTube à différentes scènes du film pour saluer leur crédibilité). Mais il vise juste sur un point : pas besoin de théâtraliser à outrance la guerre puisque celle-ci est déjà, dans sa matérialité même, un spectacle.</p>
<p>À plusieurs reprises, des « <em>shows of force</em> » dissuasifs menés par les unités aériennes ont pour effet de recouvrir le paysage d’un immense nuage de poussière, provoqué par le passage au ras du sol d’un avion de chasse. Ces occultations de la visibilité s’apparentent à des baissers de rideau qui signent, à l’échelle du récit, la fin d’un acte. On peut percevoir également la maison dans laquelle sont coincés les soldats comme un petit théâtre, au sens littéral, des opérations – les marines n’y attendent pas Godot, mais des tanks « M2 Bradley » qui tardent à arriver pour procéder à leur évacuation. Avec ce huis clos évoquant une variation d’<em>Assaut</em> de Carpenter dans un Irak numérisé (le film est tourné en studio), Garland et Mendoza soulignent ainsi la substance théâtrale et cinégénique de la guerre contemporaine, abordée comme une mise en scène permanente. « <em>La guerre, c’est du cinéma</em> » disait Paul Virilio, et les images en sont autant la finalité (le film lui-même, où l’on joue à refaire la guerre) que le point de départ (les clips et photos de propagande pour motiver l’intervention militaire). Comme dans l’une des scènes de <em>Jarhead</em> où des soldats regardaient, surexcités, l’assaut au napalm d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/apocalypse-now-final-cut/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Apocalypse Now</em></a> avant d’entamer l’opération « Rolling Thunder » au Koweït, <em>Warfare</em> s’ouvre sur une mise en abîme d’une cruelle ironie : un travelling arrière s’éloigne d’un écran sur lequel est diffusé le clip d’un tube des années 2000, « Call on Me » d’Eric Prydz. Attroupés devant l’ordinateur, les marines jubilent en contemplant le déhanché sexuellement très suggestif des danseuses d’aérobic filmées en gros plan. « <em>Messieurs, souvenez-vous pour qui l’on se bat !</em> » déclame à ce moment l’un d’entre eux, le sourire aux lèvres.</p>
<p>Pour qui et pour quoi se bat un marine, en Irak ou ailleurs ? Une paire de fesses dans un clip de musique pop, donc. Mais aussi, en élargissant le champ, pour entrer lui-même dans le domaine des images. C’est ce racontait déjà en filigrane <em>Civil War</em>, avec ses factions armées prêtes à tout pour prendre le pouvoir et poser, victorieuses, devant l’objectif des photo-reporters. À la fin de <em>Warfare</em>, des archives de soldats apparaissent à côté des acteurs qui interprètent leurs rôles. De manière contradictoire par rapport à ce que le récit esquisse (la formation d’un esprit de camaraderie proche de celui d’un <em>buddy movie</em>), on découvre alors que certains des marines ont préféré rester anonymes, et par extension n’ont pas voulu être associés à l’hommage que Garland et Mendoza semblent leur rendre. Cette décision produit des juxtapositions déroutantes à plusieurs endroits de ce diaporama final, où des photos de plateau côtoient des portraits floutés supposés témoigner de la précision de la reconstitution. En découle une troublante conclusion, qui s’inscrit à la fois contre et en faveur de ce que le film cherche à accomplir sur le plan politique et iconographique : d’une telle guerre, il n’y avait pas vraiment de quoi être fier.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft wp-image-328237 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo.jpg" alt width="1920" height="1080" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo.jpg 1920w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo-1536x864.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/07/Warfare-Garland-diapo-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px"></a>
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		<title>Touch</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/touch/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Jul 2025 10:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Touch marque un semi-retour aux sources pour Baltasar Kormákur, acteur et réalisateur travaillant depuis vingt ans entre son Islande natale et Hollywood. Spécialisé dans l’actionner et surtout le survival – il a signé Everest, Beast...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/touch/" title="Read  Touch">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Touch</em> marque un semi-retour aux sources pour Baltasar Kormákur, acteur et réalisateur travaillant depuis vingt ans entre son Islande natale et Hollywood. Spécialisé dans l’<em>actionner</em> et surtout le <em>survival</em> – il a signé <em>Everest</em>, <em>Beast</em> et deux films avec Mark Wahlberg –, Kormákur s’attelle ici à un drame plus intimiste. Kristófer, septuagénaire en proie à une démence naissante, décide de partir à la recherche de son amour de jeunesse Miko, rencontrée à Londres cinquante ans auparavant et disparue sans laisser de trace. La capitale britannique, qui sert de point de départ à l’enquête de Kristófer, se prépare par ailleurs au confinement de 2020 : les distances de sécurité et les rues dépeuplées décuplent ainsi l’isolement du personnage, souvent enfermé dans des surcadrages. Comme l’augure le titre du film, sa quête pour retrouver Miko sera plus largement un moyen de renouer le contact avec l’autre et de briser une solitude tenace. <em>Touch</em> se déploie par la suite sur deux temporalités, dont l’une est un flashback de la rencontre, il y a un demi-siècle, entre Kristófer et Miko. Les tons froids du présent laissent place à des vignettes aux teintes sépia où l’Islandais intègre le restaurant japonais tenu par le père de Miko, où il apprend la cuisine et la langue nippone. L’articulation de ces deux trames s’avère rapidement aussi mécanique que cette différence d’étalonnage le laissait présager : le film alterne passé et présent comme s’il empilait des bouts de scénario et comblait laborieusement les trous dans la vie du protagoniste.</p>
<p>Les deux récits finissent néanmoins par converger, puisqu’en retrouvant Miko, Kristófer fait la lumière sur les raisons de son départ précipité cinquante ans plus tôt. Se dévoile alors une autre couche du récit : Miko est une « <em>hibakusha</em> », une rescapée de la bombe atomique qui a frappé Hiroshima alors qu’elle n’était qu’une enfant. Mais <em>Touch</em> peine à trouver un équilibre entre la petite et la grande histoire, piégé par les impératifs du drame lacrymal qu’il tente de mener à bien. En témoignent, durant le dénouement, les retrouvailles des deux anciens amants. De Miko, on n’aperçoit d’abord que l’ombre au travers d’une vitre dépolie, manière assez habile pour Kormákur d’ouvrir le champ des possibles – aurait-elle contracté, l’âge avançant, des symptômes dus à son exposition aux radiations ? –, tout en donnant corps à la dimension spectrale de la quête de Kristófer, qui court après le fantôme d’une vie qu’il n’aura jamais vécue. Posée en ces termes, la séquence pourrait être poignante, mais elle est rapidement avortée par un face-à-face entre les deux personnages et une étreinte plus attendue. Plutôt que d’explorer réellement le traumatisme japonais, <em>Touch</em> ne le convoque que pour charger encore un peu plus la barque de son mélo. Si Kormákur est rentré en Islande, il ne s’est pas dépris de certaines vieilles ficelles hollywoodiennes.</p>
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		<item>
		<title>Les 4 Fantastiques : Premiers pas</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-4-fantastiques-premiers-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Jul 2025 15:40:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette nouvelle mouture des<em> 4 Fantastiques</em> s’ouvre sur le décor peu trépidant d’une cuisine et d’une salle de bain en Formica dont les surfaces luisantes sont soigneusement balayées par la caméra. Si Monsieur Fantastique (Pedro Pascal) désespère de retrouver ses médicaments dans ces placards qui se ressemblent tous, son épouse (Vanessa Kirby) met la main dessus en deux temps trois mouvements, avant de révéler que son test de grossesse est positif. Le ton est donné : pour insuffler une humanité à ses super-héros, Matt Shakman les installe dans le quotidien d’une famille et l’effervescence consumériste du New York des sixties. Le quatuor de transhumains (le couple est accompagné de Johnny, aka « la Torche », et Ben, dit « la Chose ») semble moins travaillé par le dilemme propre à l’univers de Marvel – de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités – que par des enjeux &nbsp;matériels : le sauvetage du monde est de fait l’occasion de dévoiler leurs nouvelles combinaisons « <em>plus bleues et plus amples</em> », une fusée flambant neuve et divers autres artefacts. De leurs pouvoirs, il n’est au fond pas réellement question : le film présente ses héros comme des objets de consommation, exhibant leurs capacités plastiques (élasticité, invisibilité, etc.) à travers une série de réclames et de produits dérivés dans une (trop) longue introduction, avant de les mettre véritablement au défi.</p>
<p>Le jeu des acteurs cultive une désinvolture inhérente à ce monde à l’esthétique rétro publicitaire : rien n’est grave, tout est potentiellement dérisoire. Le scénario avait pourtant introduit des antagonistes assez prometteurs : une figurine d’argent et un géant stellaire, tout de fer et de métal, qui se nourrissent d’écosystèmes. Dans l’irruption de cette menace venue avaler le petit monde matérialiste des humains, il faut bien sûr lire une parabole (un brin cynique) sur la pulsion destructrice du capitalisme. Cette manière d’envisager les corps comme des objets et le jeu d’échelles qu’imposent leurs interactions aurait par ailleurs pu nourrir une mécanique d’action – bref moment où le film y parvient : l’étirement extrême que subit Reeds Richard dans les mains du géant – qui reste hélas lettre morte. La faute à une mise en scène qui survole les séquences spectaculaires (assez peu nombreuses) sans s’arrêter sur le fracas de la matière : ce qui frappe ou ce qui tache est toujours escamoté au profit d’une bonne vanne.</p>
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		<title>24e Festival Silhouette</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/24e-festival-silhouette/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Jul 2025 13:20:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Projection Scratch : Suspension consentie de l’incrédulité — carte blanche à David Wharry</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/projection-scratch-suspension-consentie-de-lincredulite-carte-blanche-a-david-wharry/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Jul 2025 13:07:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<item>
		<title>Le ciné-club de Murielle Joudet – Politique de l’acteur</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/le-cine-club-de-murielle-joudet-politique-de-lacteur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Jul 2025 13:01:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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		<title>Frantz Fanon</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frantz-fanon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jul 2025 10:31:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Frantz Fanon d’Abdenour Zahzah arrive trois mois après la sortie d’un autre long-métrage lui aussi consacré au psychiatre martiniquais, l’une des plus grandes figures antiracistes et anticoloniales françaises. Sorti en avril dernier, le biopic de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frantz-fanon/" title="Read  Frantz Fanon">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Frantz Fanon</em> d’Abdenour Zahzah arrive trois mois après la sortie d’un autre long-métrage lui aussi consacré au psychiatre martiniquais, l’une des plus grandes figures antiracistes et anticoloniales françaises. Sorti en avril dernier, le biopic de Jean-Claude Barny avait les défauts de ses qualités : en dramatisant quelques moments-clés de la vie de Fanon en Algérie, le portrait se voulait synthétique et accessible au plus grand nombre, à l’inverse de ses textes plutôt pointus, que le film résumait par l’entremise de quelques tirades. Tout en couvrant exactement la même période, c’est-à-dire celle qui vit Fanon diriger l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville entre 1953 et 1956 (au moment où le FLN commence à prendre son essor), ce deuxième film semble faire le chemin inverse. Son sous-titre à rallonge,<em> Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’Hôpital psychiatrique Blida-Joinville au temps où le docteur Frantz Fanon était chef de la cinquième division entre 1953 et 1956</em>, témoigne de la voie descriptive qu’il emprunte : le film propose la peinture quasi sans ornement d’une succession de situations reconstituées avec fidélité, tournées à l’endroit même où elles ont eu lieu, plutôt que le déploiement, comme chez Barny, d’un récit romanesque.</p>
<p>Au-delà de leur opposition de style, ce qui distingue les deux films tient à leurs stratégies politiques respectives : d’un côté, Barny vise une adhésion spectatorielle la plus large possible, dans l’espoir de faire entrer Fanon dans l’imaginaire collectif et, avec lui, les questions qu’il porte ; de l’autre, Zahzah adopte une approche historiquement plus fidèle, mais moins didactique (ainsi, il n’évoquera pas les raisons exactes du départ précipité de Fanon à la fin du film). La reconstitution historique s’avère en effet plutôt austère, le cinéaste reproduisant à la lettre certains cadrages documentaires révélés dans des archives juste avant le générique de fin. Un peu trop scolaire, cette opération de mimétisme a au moins le mérite de ne pas chercher à sonder artificiellement l’insondable (l’intériorité des patients et les tiraillements intimes de Fanon) pour s’intéresser à ce qui se déroule concrètement dans l’enceinte de l’asile. Les écrits de Fanon sont par conséquent quasiment absents du film, de même que sa vie de couple ou de père. Car au fil des mesures introduites par le docteur dans les différents départements dont il a la charge, l’hôpital Blida-Joinville devient en partie le lieu d’une reconfiguration plus horizontale du rapport soignant-soigné. L’intégration d’un café ou d’espaces de jeux collectifs, la fin des séquestrations et des violences physiques et la mise en place de sessions de discussion entre patients et soignants donnent une incarnation à l’anticolonialisme fanonien. Soigner autrement à l’hôpital esquisse la possibilité de vivre autrement tout court, et de commencer à se rapprocher par ces micro changements de la fin de l’empire colonial et de l’État racial intégral<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327836_548('footnote_plugin_reference_327836_548_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_327836_548('footnote_plugin_reference_327836_548_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327836_548_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327836_548_1" class="footnote_tooltip"> Voir : <a href="https://qgdecolonial.fr/letat-racial-integral-en-finir-avec-la-collaboration-de-race/." target="_blank" rel="noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://qgdecolonial.fr/letat-racial-integral-en-finir-avec-la-collaboration-de-race/.</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327836_548_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327836_548_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
<p>Dans l’une des plus belles séquences – qui met en scène une leçon donnée au personnel par le psychiatre et l’un de ses confrères –, la caméra, jusqu’ici plutôt figée, se met en mouvement pour figurer les fondements de la « psychothérapie institutionnelle » prônée par Fanon, qui consiste à réformer d’abord l’institution psychiatrique pour mieux soigner ensuite les malades, en arrêtant par exemple de les confiner dans des espaces clos (le film s’ouvre sur une scène anxiogène, avec une malade en crise emportée de force puis ligotée à un lit). Alors qu’il est question de pratiquer des soins sans passer par l’enfermement et l’ostracisation des patients, la caméra recule lentement le long de la pièce puis, grâce à un trucage, traverse les barreaux d’une fenêtre pour se retrouver à l’extérieur du bâtiment. Lorsqu’il s’autorise ainsi quelques effets de style, le film parvient ponctuellement à dépeindre la façon dont la pensée de Fanon se destine à traverser les murs : ceux des prisons, des quartiers et des territoires. Voilà ce qu’aura raconté, non sans une retenue parfois trop prononcée, la mise en scène de <em>Frantz Fanon</em> : ouvrir l’espace, c’est déjà commencer à le décoloniser.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327836_548();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327836_548();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_327836_548">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_327836_548" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327836_548('footnote_plugin_tooltip_327836_548_1');"><a id="footnote_plugin_reference_327836_548_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Voir : <a href="https://qgdecolonial.fr/letat-racial-integral-en-finir-avec-la-collaboration-de-race/." target="_blank" rel="noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://qgdecolonial.fr/letat-racial-integral-en-finir-avec-la-collaboration-de-race/.</span></a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_327836_548() { jQuery('#footnote_references_container_327836_548').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327836_548').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_327836_548() { jQuery('#footnote_references_container_327836_548').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327836_548').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_327836_548() { if (jQuery('#footnote_references_container_327836_548').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_327836_548(); } else { footnote_collapse_reference_container_327836_548(); } } function footnote_moveToReference_327836_548(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327836_548(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_327836_548(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327836_548(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frantz-fanon/">Frantz Fanon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Dangerous Animals</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dangerous-animals/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jul 2025 10:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dangerous Animals contrevient assez vite au programme de « film de requins » que son titre laissait présager. La première scène présente un jeune couple s’en allant visiter en mer les requins australiens, à bord...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dangerous-animals/" title="Read  Dangerous Animals">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dangerous Animals</em> contrevient assez vite au programme de « film de requins » que son titre laissait présager. La première scène présente un jeune couple s’en allant visiter en mer les requins australiens, à bord d’un rafiot piloté par Tucker, un capitaine un peu cabot sur les bords. Lorsque le couple s’engage dans la cage qui doit les mettre en contact avec les « animaux dangereux », on s’attend alors à ce que les choses dégénèrent, que la cage se brise et que les deux personnages soient dévorés ; il n’en est rien. Sean Byrne remplace au contraire au milieu de la scène les accents stridents de sa bande-son par une mélodie presque féérique, actant un basculement de l’angoisse vers l’émerveillement, même si l’épiphanie des deux touristes stupéfaits ressemble presque à une publicité pour un safari marin. Ce n’est que lorsqu’ils reviendront à bord de l’embarcation que l’horreur surgira – on ne racontera pas comment – et que le sang se mêlera au bleu de l’eau. Il faut lire cette ouverture comme une déclaration d’intention : ce film de requins n’en sera pas tout à fait un.</p>
<p>La menace viendra plutôt de ce capitaine aux faux airs de Quint des <em>Dents de la Mer</em>, qui prend en otage des jeunes filles pour les donner à manger aux squales, réduits au rang d’instruments pour les différentes mises à mort. Si le programme est intrigant, la folie de Tucker n’ouvre toutefois pas sur une logique formelle à même de donner une constance aux scènes horrifiques. Sa démence est exhibée frontalement, en grande partie par le jeu grand-guignol de Jai Courtney, mais aussi par certaines séquences trop démonstratives : en témoigne une scène de danse, au milieu du film, où le personnage gesticule à moitié nu, une bière à la main. Le thriller en eaux troubles peine ainsi à passer la seconde, répétant le même dispositif de meurtre (les corps sont arrimés à un harnais et une grue, tandis que Tucker filme les scènes à l’aide d’une caméra VHS) sans parvenir à relancer l’intérêt pour son intrigue. Sans compter la morale, tout aussi balourde : le vrai requin, c’est l’homme.</p>
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		<title>Sorry, Baby</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jul 2025 10:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est autour de la maison, filmée comme un lieu à la fois familier et opaque, qu’Eva Victor construit son premier long métrage. En s’ouvrant sur un plan fixe d’une petite maison dans la nuit, éclairée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/" title="Read  Sorry, Baby">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est autour de la maison, filmée comme un lieu à la fois familier et opaque, qu’Eva Victor construit son premier long métrage. En s’ouvrant sur un plan fixe d’une petite maison dans la nuit, éclairée de l’intérieur, le film s’installe d’emblée dans un entre-deux et devant un seuil. Découpé en chapitres (<em>The Year of the Baby</em>, <em>The Year of the Bad Thing</em>, <em>The Year with the Question</em>…), <em>Sorry, Baby</em> suit une chronologie disloquée pour retracer la vie d’Agnès (interprétée par Victor elle-même), une jeune femme d’abord étudiante, puis professeure dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Pour évoquer le viol d’Agnès par son tuteur de recherche, le film passe notamment par un motif récurrent&nbsp;: l’articulation d’un rapprochement avec une prise de recul. Alors qu’elle entre chez son professeur pour récupérer un devoir, la caméra reste ainsi à l’extérieur, pour filmer la maison depuis le trottoir opposé. Le ciel s’assombrit, la nuit tombe, jusqu’au moment où la porte s’ouvre à nouveau. Agnès sort confuse et remet ses chaussures sans prendre le temps de faire ses lacets. Cette suite de plans fixes propose une réponse forte à la question de la représentation du tabou de l’horreur et de la violence. #MeToo, parmi ses nombreux effets salvateurs, a aussi été une révolution des images et des représentations : écrire et filmer une scène de viol, mais aussi raconter la vie des victimes, impliquent de repenser un espace qui leur soit propre.</p>
<p>Si Eva Victor choisit la distance pour cette scène en particulier, elle ne se détourne pas pour autant de son sujet. La cinéaste n’hésite pas à recourir à d’autres tonalités, comme l’humour, pour échapper à une certaine image de « la » victime trop souvent définie de manière univoque et psychologisante. Il est à cet égard significatif que <em>Sorry, Baby</em> sorte presque en même temps que <em>Sam fait plus rire</em> d’Ally Pankiw, un autre film qui interroge le traumatisme par le prisme de l’humour noir. Mais à l’inverse de ce dernier, le film d’Eva Victor évite le piège du scénario construit autour du viol comme un moteur de suspense. Si l’on pourrait reprocher à la réalisatrice de se défausser et d’éviter la question de la représentation en restant derrière la porte, il ne faut pas ignorer qu’un viol ressemble souvent à ça : une voix qu’on n’entend plus dans une maison ordinaire, une porte fermée devant laquelle on passe sans se douter de rien. Le recours aux ellipses et à une structure fragmentaire permet de la sorte au film d’éviter le piège du climax attendu. Le viol n’est pas une fatalité, ni existentielle ni narrative : <em>Sorry, Baby</em> interroge sa place dans la vie du personnage comme dans le récit, sans le réduire à une fonction. Ce refus du spectaculaire nourrit l’ensemble du film. Par exemple, lorsqu’Agnès tente d’expliquer à son amie Lydie ce qui s’est passé, elle ne nomme pas l’acte en tant que tel, comme si les mots eux-mêmes étaient plus terrifiants encore que l’événement. « <em>That’s the thing</em> », finit-elle par dire. Les dialogues ont cet effet paradoxal de révéler un silence : celui de la honte et de la sidération.</p>
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		<title>The Things You Kill</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-things-you-kill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jul 2025 10:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le dernier film d’Alizera Khatami se place à la croisée des chemins, et ce de plusieurs manières. On y suit Ali, un professeur de littérature quarantenaire, de retour dans sa Turquie natale après avoir vécu...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-things-you-kill/" title="Read  The Things You Kill">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le dernier film d’Alizera Khatami se place à la croisée des chemins, et ce de plusieurs manières. On y suit Ali, un professeur de littérature quarantenaire, de retour dans sa Turquie natale après avoir vécu aux États-Unis pendant une quinzaine d’années. Parallèlement à son projet de fonder une famille avec Hazar, Ali cherche sa place en tant que fils, lui dont « l’occidentalisation » semble mal vue par son père. La chose n’est pas aisée tant les rapports avec ce dernier, chef de famille buté, sont difficiles ; Ali peine également à dialoguer avec le doyen de son université, autre figure patriarcale incarnant une société qui lui apparaît désormais archaïque et autoritaire. Le portrait de cet ordre imprégné de masculinité toxique prend cependant un autre tour avec la mort de la mère d’Ali et les soupçons que ce dernier nourrit envers son père, mari violent depuis des années. À la chronique familiale se greffe ainsi une enquête quasi policière. Et quand un mystérieux personnage apparaît dans le jardin d’Ali en périphérie de la ville, les couches s’additionnent encore, jusqu’à courber les lignes du récit et l’emporter&nbsp;vers un horizon surnaturel.</p>
<h2>Jardin secret</h2>
<p>Le résultat n’est certes pas assez labyrinthique pour ouvrir sur le vertige escompté, mais certaines scènes se démarquent. Ainsi du plan-séquence d’ouverture qui montre Ali dans une cuisine américaine, buvant un café sorti d’une machine à expresso au design tout ce qu’il y a de plus occidental, puis se dirigeant vers le salon au gré d’un panoramique qui reconfigure l’espace. Il marche alors vers le fond de la pièce et sort sur le balcon pour rejoindre sa femme. Filmé depuis l’intérieur, Ali se retrouve isolé dans le cadre, perdu dans plusieurs entre-deux : à la fois dehors et dedans, relié à la culture qui s’étale dans les rayonnages de livres au premier plan, mais séparé d’elle par la baie vitrée ; proche de sa femme mais éloigné d’elle par la ligne tracée par l’arbre qui se dresse à l’arrière-plan. Plusieurs compositions comparables émaillent le film, réinvestissant et complexifiant le rapport aux reflets et aux échos, à travers des jeux de transparence et de surcadrage parfois saisissants. S’il ne fallait en retenir qu’un, il s’agirait assurément de cette traversée du miroir qui permet à la mise en scène de s’affranchir d’une réalité optique pour basculer vers un ailleurs : la caméra filme une conversation à travers le reflet d’un miroir brisé, composant un surcadrage, avant d’opérer un déplacement latéral impossible au sein du décor. L’appareil arpente ainsi indifféremment « la réalité » et son reflet, suivant un personnage en train de parler dans une scène dialoguée de prime abord anodine (l’arrivée du jardinier), mais qui renseigne<em> a posteriori </em>sur la nature insaisissable de ce personnage. C’est grâce à cette manière de se jouer des lois de l’optique que <em>The Things you kill </em>parvient à ouvrir des chemins de traverse dans son intrigue — et ainsi à se distinguer du banal film noir à rebondissements qu’il pourrait être.</p>
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		<item>
		<title>La Trilogie d’Oslo – Désir</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-desir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Jul 2025 10:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir été présentés dans différents festivals (Berlin 2024, Venise 2024 et Berlin 2025, d’où le dernier volet, Rêves, est reparti avec l’Ours d’or), les trois films qui composent La trilogie d’Oslo nous parviennent d’un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-desir/" title="Read  La Trilogie d’Oslo – Désir">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir été présentés dans différents festivals (Berlin 2024, Venise 2024 et Berlin 2025, d’où le dernier volet, <em>Rêves</em>, est reparti avec l’Ours d’or), les trois films qui composent <em>La trilogie d’Oslo </em>nous parviennent d’un bloc ou presque, égrainés au rythme d’un par semaine. Fonctionnant indépendamment les uns des autres, ils peuvent être découverts dans n’importe quel ordre et sortent d’ailleurs dans une chronologie inverse à celle de leur présentation initiale. Pris séparément, <em>Rêves</em>, <em>Amour</em> et <em>Désir</em> (<em>Sex</em> en version originale, mais le distributeur français a préféré l’euphémisme) se présentent comme d’assez modestes études de caractère, plutôt réussies ; ensemble, ils dressent en revanche un état des lieux assez impressionnant de la vie sentimentale en milieu urbain. Chaque film permet à Dag Johan Haugerud de prendre le pouls de personnages différents, qui ont pour seul point commun d’habiter la même ville. Johanne, une adolescente, tombe amoureuse de sa professeure de français (<em>Rêves</em>)&nbsp;; Marianne&nbsp;et Tor, une médecin hétérosexuelle et un collègue infirmier gay, connaissent des idylles gentiment chaotiques (<em>Amour</em>)&nbsp;; enfin, deux ramoneurs anonymes vivent des expériences troublantes, entre adultère, découverte de l’homosexualité et remise en question de l’identité masculine (<em>Désir</em>). Le seul personnage transversal de la trilogie, même s’il est surtout présent dans <em>Amour</em> et ne fait qu’apparaître dans les autres films, est psychologue. On ne le voit exercer qu’à la fin de <em>Rêves</em>, dans une scène où il explique à Johanne que ce qu’elle vient de traverser (c’est-à-dire les événements du film) est parfaitement banal. Il faut prendre cette boutade que le réalisateur s’adresse à lui-même comme une revendication : son projet implique justement d’analyser la banalité et de bâtir une œuvre à partir de vies minuscules…</p>
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		<item>
		<title>Eddington</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/</link>
					<comments>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Jul 2025 10:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la dernière partie de Beau is Afraid, une scène dessinait un devenir comique pour le cinéma d’Ari Aster grâce à la présence grotesque de Joaquin Phoenix, mais aussi à un certain sens de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" title="Read  Eddington">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la dernière partie de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/beau-is-afraid/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Beau is Afraid</em></a>, une scène dessinait un devenir comique pour le cinéma d’Ari Aster grâce à la présence grotesque de Joaquin Phoenix, mais aussi à un certain sens de la durée et du timing : depuis le fond d’un plan nocturne, l’acteur s’avançait pas à pas vers la caméra, jusqu’à ce que l’on puisse enfin discerner les traits de son visage déformé par une mimique hallucinante, les yeux exorbités et la mâchoire figée dans un rictus impossible, résumant l’état de sidération du personnage comme du spectateur, qui voyait alors le film échapper momentanément à son programme symbolique lesté de psychanalyse. Très, très bonne nouvelle : il semblerait qu’Aster ait pris plus nettement conscience que son esthétique, non exempte de boursouflures, se prêtait davantage à la farce qu’à l’horreur bandant les muscles. Son goût de l’emphase se recoupe ici avec une joie de sale gosse à agglomérer et à malaxer une somme d’éléments disparates. <em>Eddington</em> passe ainsi à la moulinette le conspirationnisme de QAnnon et ses délires sur le pédo-satanisme, l’instagramisation de nos interactions, le COVID, l’activisme « réveillé » de <em>Black Lives Matter</em>, la culpabilité et la mauvaise conscience blanche, la <em>blockchain</em>, les <em>data centers</em>, la furie des armes à feu, ou encore les spectres de l’esclavage et du génocide amérindien. La mixture pourrait être prodigieusement indigeste, si le film ne reposait pas 1) sur le talent de ses acteurs, et en particulier de Phoenix, génial d’hébétude en shérif matrixé par Facebook, mari incapable de garder le contrôle de son foyer et gros bébé aussi idiot que violent, 2) un magma de combinaisons comiques et burlesques, le film empilant moins les signes de l’époque qu’il ne les hybride dans une folie exponentielle, à l’image des slogans aberrants qui tapissent la voiture de fonction du personnage principal.</p>
<p>Une très, très mauvaise nouvelle tombe en revanche à la moitié du film : Aster se souvient qu’il est Ari Aster, et met en sourdine la satire gloutonne au profit d’un cauchemar paranoïaque, supposé densifier l’absurdité de son tableau monstrueux des États-Unis à l’heure du retour en fanfare de Trump. La limite manifeste du film tient au fait qu’il ne convainc qu’à l’état de glaise, c’est-à-dire lorsque sa forme est pétrie au gré des situations, dans un flottement qui rappelle tantôt les films les plus drôles de Paul Thomas Anderson (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/punch-drunk-love/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Punch Drunk Love</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/inherent-vice/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Inherent Vice</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/licorice-pizza/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Licorice Pizza</em></a> et même certains bouts de <em>The Master</em>), tantôt la comédie <em>cringe</em> du câble américain – on pense parfois à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-curse/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Curse</em></a>, au-delà de la présence d’Emma Stone et de l’ancrage au Nouveau-Mexique. Mais quand le cinéaste doit mettre son récit au four, l’objet se craquelle et penche plutôt du côté de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bacurau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Bacurau</em></a> de Kleber Mendonça Filho ; une troupe de tueurs, un drone menaçant, un musée sur l’histoire de la région et un jeu de massacre (qui grippe la mécanique si désopilante de la première heure). La bascule s’opère d’ailleurs au moment où est liquidé l’agent du chaos sur lequel s’ouvrait le film, l’effusion comique laissant place aux gerbes de sang et à une tonalité plus volontairement inquiète, mais aussi moins dissonante. On préférera toutefois voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide : il n’est pas interdit qu’Aster devienne un vrai cinéaste, si du moins il accepte de délaisser pour de bon le costume de super auteur sentencieux pour celui de bouffon explosif, et persiste dans cette voie de l’indécision qui lui va comme un gant.</p>
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		<title>Dìdi</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/didi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Jul 2025 10:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son premier long-métrage, Sean Wang plonge dans les souvenirs de sa jeunesse et restitue, à travers le personnage éponyme, l’été de ses 13 ans, en 2008. À la fois proche historiquement et déjà présentée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/didi/" title="Read  Dìdi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son premier long-métrage, Sean Wang plonge dans les souvenirs de sa jeunesse et restitue, à travers le personnage éponyme, l’été de ses 13 ans, en 2008. À la fois proche historiquement et déjà présentée comme une époque lointaine, l’adolescence à l’heure de l’avènement des réseaux sociaux est ici un espace-temps propice à l’exploration. Wang choisit pour cela de rendre compte des tensions propres aux affres de cet âge, à travers la chronique d’un quotidien ordinaire où chaque événement prend l’ampleur d’un rite initiatique ou d’une épreuve. Ainsi d’une scène de dîner où Chris (surnommé Dìdi, « petit frère ») est entouré de femmes qui semblent s’être liguées pour lui rendre l’existence infernale : sa sœur lui envoie des piques, sa grand-mère le gave de nourriture, et sa mère, impuissante, n’arrive pas à calmer les conflits. Si cette entrée en matière ne brille pas par son originalité et conduit le film à épouser la structure attendue du récit d’apprentissage, Sean Wang parvient toutefois à ménager un point de vue plus singulier en figurant les spécificités d’une famille d’immigrés taïwanais : la télévision en mandarin, la cuisine traditionnelle et surtout l’alternance entre deux langues (l’anglais pour les enfants, celle du pays d’origine pour les parents), symbole d’un fossé générationnel. Ce dîner inaugural contient, comme un programme, les fils narratifs que le film se chargera de déployer, entre écarts culturels et difficultés à communiquer.</p>
<p><em>Dìdi</em> s’attache à faire exister ces questions et notamment celle de la diversité, en circonscrivant un lieu de vie partagé. Le temps d’un été décisif entre la fin du collège et le début du lycée, la banlieue californienne de la fin des années 2000 devient le décor d’une jeunesse contemporaine, que Wang filme sans nostalgie. Avoir treize ans, ce n’était pas mieux avant ; ce passage obligé est toujours pénible et confus. La quête identitaire est rendue sensible par la profusion de noms et surnoms dans la « vraie » vie et d’avatars sur les plateformes&nbsp;: les profils MySpace, Facebook ou YouTube sont pour le garçon autant de tentatives d’exister malgré sa timidité maladive, et structurent tant l’image que la narration. Les interactions virtuelles (messageries instantanées, mise en ligne ou suppression de vidéos, statuts) occupent parfois tout l’écran et dictent le rythme du film tant elles sont, pour Chris et ses ami·es, des moments cruciaux. Ce qui est ici à l’œuvre, c’est la mécanique même de l’adolescence : cette zone trouble où tout devient enjeu de survie sociale, entre humiliation latente et besoin d’appartenance. Wang capte avec précision les premiers malaises, les maladresses du flirt, mais aussi la cruauté, souvent brutale, de cette période ingrate.</p>
<p>Premiers pétards, premières cuites, premières cigarettes et surtout, premiers baisers : le programme de l’adolescence est chargé – et balisé. Si le cinéma indépendant états-unien a pour caractéristique lourde de mettre souvent en scène le passage à l’âge adulte (ainsi de deux premiers films récents, plutôt convaincants en la matière&nbsp;: <em>Ham on Rye</em> de Tyler Taormina et <em>The Sweet East</em> de Sean Price Williams), <em>Dìdi</em> se distingue par le fait que le personnage principal ne part pas à l’aventure pour trouver des réponses. À défaut de figure paternelle à qui poser ses questions, le jeune homme a un allié de taille, accessible depuis sa chambre : Internet. L’absence de père, autre cliché possible du genre, est ici abordée avec justesse, notamment grâce à la pertinence de la figure maternelle, interprétée par Joan Chen. Sean Wang ne fait pas de cette absence un ressort psychologisant ou un moteur explicatif du récit ; elle existe en toile de fond, sans jamais réduire les personnages à un manque ou à un traumatisme. Sur ce versant du <em>coming of age movie</em>, <em>Dìdi</em> se rapproche du très beau <em>Janet Planet</em> d’Annie Baker, dans sa capacité à mettre en scène un rapport mère-enfant où le drame se cache dans la cruauté, mais aussi dans l’humour et la tendresse des dialogues. Très drôle dans sa première partie, <em>Dìdi </em>évolue vers un ton plus grave et sentimental, pour accompagner le cheminement de son personnage et son passage à la maturité. De sorte que ce premier film, sans s’écarter complètement d’un parcours jalonné, reste fidèle à ce que grandir veut dire&nbsp;: apprendre à trouver sa voix.</p>
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		<title>Superman</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/superman/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 19:00:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En choisissant James Gunn (transfuge de Marvel et architecte des trois volets des Gardiens de la galaxie) pour relancer ses franchises, DC Comics a moins fait appel à un cinéaste qu’à un chef de chantier...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/superman/" title="Read  Superman">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En choisissant James Gunn (transfuge de Marvel et architecte des trois volets des <em>Gardiens de la galaxie</em>) pour relancer ses franchises, DC Comics a moins fait appel à un cinéaste qu’à un chef de chantier ou à un bâtisseur d’univers – «&nbsp;DC Universe&nbsp;» est d’ailleurs le nom du nouvel «&nbsp;univers partagé&nbsp;» que <em>Superman</em> inaugure en grande pompe. Le film&nbsp;est à l’avenant&nbsp;: difficile d’en parler autrement que comme un objet industriel qui entend afficher son identité et proposer sa propre relecture d’une mythologie plastique. Car l’une des spécificités des <em>comics</em> est précisément de proposer un canevas d’histoires et de personnages, sujets à des variations ou récits alternatifs. Ainsi le film de super-héros se prête-t-il aussi bien à la frénésie sérielle qu’à la pratique du <em>reboot</em> afin de proposer plusieurs versions d’une même figure donnée. La chose se complique toutefois un peu avec Superman, personnage assez vide qui n’est en vérité qu’une silhouette idéale, un super-corps sans réelles aspérités. Plus qu’à réinventer l’icône (la marge de manœuvre est réduite), l’enjeu consiste ici à réaménager son habitat. Projet d’architecte, donc&nbsp;: quel monde habite Superman&nbsp;? Il s’agit d’une Terre sur laquelle vivent depuis longtemps des «&nbsp;métahumains&nbsp;» (soit des individus dotés de super-pouvoirs divers et variés), tandis que des «&nbsp;kaijūs&nbsp;» venus des étoiles saccagent régulièrement Metropolis sans que cela émeuve ses habitants, habitués à ces invasions de créatures cyclopéennes. Dans une séquence, une bataille digne de <em>Pacific Rim</em> se déroule dans le flou de l’arrière-plan, tandis que Superman sirote un bon petit chocolat chaud&nbsp;: le gag, c’est que personne n’en a rien à faire, James Gunn compris. On est loin du sérieux sentencieux de Zack Snyder ou du réalisme froid des <em>Batman </em>de Christopher Nolan&nbsp;: ce <em>Superman</em> penche plutôt du côté de la gaudriole et du kitch en faisant la part belle à des personnages décalés – une Supergirl aux allures d’adolescente fêtarde, un chien kryptonien sautillant dans tous les sens, un Green Lantern arborant la coupe de cheveux de Mireille Mathieu.</p>
<p>Autrement dit, Gunn est là pour donner à la future saga une couleur, et cette dernière est volontairement bariolée. De là à parler de style, il n’y a qu’un pas qu’on ne franchira pas&nbsp;: si les scènes d’action ne sont pas si éloignées du baroquisme d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aquaman/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Aquaman</em></a> de James Wan (les plans-séquences y font parfois penser), elles témoignent d’une laideur certaine, notamment au détour d’une scène située dans un «&nbsp;univers de poche&nbsp;» (un inframonde façonné par Lex Luthor) où l’<em>übermensch </em>au slip rouge se trouve à moitié noyé dans une rivière de pixels alors qu’il essaie de garder en vie un abominable bébé martien en images de synthèse. Pour contrebalancer ce programme régressif, le scénario propose pourtant une forme d’allégorie de l’état du vrai monde, en articulant l’intrigue autour de l’invasion d’un pays fictif à mi-chemin parfait entre l’Ukraine (un territoire riche en ressources sur lequel lorgne un dictateur à l’accent de l’Est) et la bande de Gaza (des civils habitant pauvrement cette étendue désertique y sont menacés par des soldats suréquipés aux velléités génocidaires). Quant à Lex Luthor, il incarne un possible avatar d’Elon Musk et d’une <em>tech</em> libertarienne rêvant de façonner des territoires utopiques affranchis des États-nations. Voilà le projet gunnien et ses propositions pour répondre aux cahiers des charges de DC&nbsp;; un coup de barre à droite vers une frénésie adolescente débridée, un coup de barre à gauche vers une ébauche de discours politique (mais sans aller au bout&nbsp;: le fait que Superman soit un acteur de la scène géopolitique n’obéissant à aucun mandat international restera un problème en suspens). De toute façon, la valeur du chantier ne sera pas jaugée en fonction de la facture discursive et esthétique de «&nbsp;l’univers&nbsp;» esquissé – sur ce terrain, le film est supernul –, mais de sa capacité économique à rivaliser enfin avec le modèle marvellien. Ce combat de titans bouffis nous concerne-t-il&nbsp;? Reprenons plutôt une tasse de chocolat chaud.</p>
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		<title>Le Rire et le couteau</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que signifie « être ici » quand on vient d’ailleurs ? La question revient à plusieurs reprises dans la bouche de Sergio, un ingénieur environnemental portugais engagé par une ONG pour la construction d’une route...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" title="Read  Le Rire et le couteau">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Que signifie « être ici » quand on vient d’ailleurs ? La question revient à plusieurs reprises dans la bouche de Sergio, un ingénieur environnemental portugais engagé par une ONG pour la construction d’une route en Guinée-Bissau. Dès le début du <em>Rire et le couteau</em>, une série de petits dysfonctionnements suggère que Sergio peine à trouver sa place : sa voiture tombe en panne en plein désert, il est momentanément délogé de sa chambre peu après son arrivée à l’hôtel et ne supporte pas la chaleur du pays, ce qui le conduit de façon comique à se déshabiller dès qu’il en a l’occasion. Lors d’une petite fête, son égarement se traduit par ses allées et venues hésitantes dans la largeur du scope, tandis qu’il tente maladroitement de se donner une mine décontractée avec un cocktail à la main. Si ses actions ne cesseront ainsi d’être contrariées, c’est que la possibilité d’une fiction néocoloniale est mise en échec, le maintenant dans un état d’hébètement perpétuel. Même les enjeux de sa mission restent assez obscurs, se limitant à quelques faits désarticulés dont on peine à entrevoir la finalité (ramasser un animal mort sur une route, inspecter des réservoirs, etc.).</p>
<p>Pour autant, Pedro Pinho ne verse pas à proprement parler dans la satire, à l’exception d’une séquence où apparaît une autre travailleuse humanitaire de retour dans un village après y avoir installé des latrines. Avec un humanisme bon teint qui cache mal ses relents de paternalisme bienveillant, elle cherche à soutirer des remerciements aux habitants et insiste pour leur faire reconnaître que son action a révolutionné leur quotidien ; construite autour des silences et des visages gênés de la population locale, la séquence crée un vrai malaise. La charge est sans équivoque, mais permet par contraste de mieux distinguer le positionnement singulier de Sergio : il se différencie de cette approche néocoloniale autoritaire, qui impose son discours et affirme le bien-fondé de ses actions, par une forme de disposition à l’écoute et à l’autocritique. Celle-ci s’incarne notamment pour Sergio lorsqu’il se rapproche intimement de Diara et Guilherme, qui n’hésitent pas à pointer l’ambiguïté morale de sa position pseudo bienfaitrice. Face à ces reproches, Sergio fait preuve d’une certaine souplesse dans sa façon hésitante, mais sincère, de prendre acte des critiques.</p>
<p>S’invente alors une sorte de fiction polyphonique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_328046_564('footnote_plugin_reference_328046_564_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_328046_564('footnote_plugin_reference_328046_564_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_328046_564_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_328046_564_1" class="footnote_tooltip">Ce type de récit rappelle la façon dont Miguel Gomes, dans <em>Tabou</em>, contrariait la fiction hollywoodienne portée par les colonisateurs portugais par l’irruption documentaire des habitants du Mozambique contemporain.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_328046_564_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_328046_564_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, qui ne se limite pas au seul point de vue de Sergio (Diara et Guilherme, par exemple, ont le droit à des scènes autonomes) et se sert même de lui comme d’un relais du cinéaste pour interroger la population locale sur ses histoires, ses coutumes ou ses modes de vie. Si l’on peut regretter que ces ouvertures au documentaire ethnographique soient presque trop courtes dans la matière des plans (alors même que le film, long de 3h30, prend son temps), elles participent à l’étrangeté d’une narration accidentée et indolente, que traduit en un sens l’opposition entre la route rectiligne du début du film (évoquant à la fois le projet d’infrastructure de l’ONG et le découpage souvent arbitraire de l’espace par les entreprises coloniales) et les courbes sinueuses du fleuve traversé en pirogue dans la dernière partie. De nombreux éléments ou rencontres font ainsi bifurquer le récit, sans pour autant que Pinho ne les développe (une blessure au pied disparaît miraculeusement, une altercation violente entre les compatriotes de Sergio et la population locale reste en suspens, etc.). Au fond, la perdition de Sergio l’empêche de véritablement s’imposer comme un héros : il reste parfois un simple témoin périphérique de l’action, tandis que ses histoires d’amour entremêlées ne prennent jamais le pas sur le reste. Même le récit d’apprentissage ne parvient pas à trouver d’issue satisfaisante (cf. la conclusion, presque abrupte, avec l’esquisse d’un prolongement du voyage après la remise de son rapport), suggérant par là qu’une position morale idéale n’est jamais acquise, mais doit au contraire nourrir une vigilance éthique sans cesse remise sur le métier.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328046_564();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_328046_564();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_328046_564">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_328046_564" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_328046_564('footnote_plugin_tooltip_328046_564_1');"><a id="footnote_plugin_reference_328046_564_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ce type de récit rappelle la façon dont Miguel Gomes, dans <em>Tabou</em>, contrariait la fiction hollywoodienne portée par les colonisateurs portugais par l’irruption documentaire des habitants du Mozambique contemporain.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_328046_564() { jQuery('#footnote_references_container_328046_564').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328046_564').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_328046_564() { jQuery('#footnote_references_container_328046_564').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_328046_564').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_328046_564() { if (jQuery('#footnote_references_container_328046_564').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_328046_564(); } else { footnote_collapse_reference_container_328046_564(); } } function footnote_moveToReference_328046_564(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328046_564(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_328046_564(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_328046_564(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/">Le Rire et le couteau</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Critiques d’ailleurs</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/critiques-dailleurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ?</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Jeunesse (Retour au pays)</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour au pays synthétise d’emblée, par une réplique lapidaire, le rapport entre ouvriers et patrons circonscrit au fil de la trilogie Jeunesse. Après un tour de pâté de maisons embarqué sur une remorque tractée par...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" title="Read  Jeunesse (Retour au pays)">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Retour au pays </em>synthétise d’emblée, par une réplique lapidaire, le rapport entre ouvriers et patrons circonscrit au fil de la trilogie <em>Jeunesse</em>. Après un tour de pâté de maisons embarqué sur une remorque tractée par une mobylette, grâce auquel la caméra quadrille un immeuble caractéristique de l’architecture du quartier textile de Zhili (avec ses étages effilés accueillant les ateliers, tandis que les échoppes sont au rez-de-chaussée), un ouvrier explique à la caméra qu’il ne parvient pas à se faire payer son solde. Puis lâche, dépité : « <em>les patrons sont des bâtards.</em>&nbsp;» Le trajet politique tracé par les deux premiers volets, entre des destins individuels cruels et de longues scènes de négociation sur le tarif des pièces, trouve dans cette formule son bilan. Les deux premiers films montraient en effet que la condition injuste de ces travailleurs issus de provinces plus ou moins lointaines et exploités par des entreprises privées en dehors d’un cadre légal, n’est quasiment jamais énoncée telle quelle par ceux qui la subissent. L’atmosphère carcérale des lieux semble dès lors enfermer à la fois les corps et les esprits. Si la réplique évoquée pourrait laisser espérer l’émergence d’une conscience politique plus affirmée, il faut davantage la prendre comme une résignation&nbsp;: les patrons sont des bâtards, on ne peut rien y faire.</p>
<p>C’est donc un dénouement amer qu’offre <em>Retour au pays</em>, même si Wang Bing semble vouloir l’adoucir en donnant une nouvelle place au segment consacré à l’échappée en dehors de Zhili, qui proposait une échappatoire aux travailleurs aussi bien qu’aux spectateurs des deux précédents films. Ce n’est plus dans l’épilogue (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-le-printemps-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Le Printemps</em></a>) ou dans le troisième quart (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener"><em>Les Tourments</em></a>) que les ouvriers rentrent chez eux pour les festivités du Nouvel An, mais au bout de quarante minutes seulement. Cette ouverture précoce à la nature, sans avoir dans un premier temps enduré réellement le labeur des ateliers (car les séquences dans les ateliers sont ici plus courtes et ellipsées), distingue le film des deux premiers volets. En train, puis en minibus sur une route escarpée, le trajet d’un groupe vers la région du Yunnan revêt même une dimension vertigineuse. L’immensité des montagnes répond à la petitesse des chambres-cellules, tandis que la rudesse insensée de ce mode de vie (on s’exile pour mal gagner sa croûte ailleurs) apparaît de plus en plus nette à mesure que le voyage s’étire. Il ne reste, pour satisfaire aux traditions du Nouvel An chinois, qu’à allumer des pétards, dont les explosions toujours plus nombreuses émaillent le film (au point de confiner à l’effet burlesque). Elles servent conjointement de catharsis et de réceptacle à une forme de mélancolie : quand le bruit se dissipe et que la fumée et les débris de papier envahissent le cadre, Wang Bing fait durer les plans pour capter la chute de l’euphorie.</p>
<h2>Retour au réel</h2>
<p>Si Wang Bing s’est imposé depuis <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/retour-sur-a-louest-des-rails/" target="_blank" rel="noopener"><em>À l’ouest des rails </em></a>comme l’un des documentaristes s’approchant au plus près des fluctuations d’un réel donné sans l’altérer par sa présence, cela tient sans doute à l’émergence simultanée du cinéma numérique au début des années 2000 : il est un homme à la <em>petite</em> caméra. Sa discrétion et celle de ses opérateurs (puisqu’il n’est aujourd’hui plus seul à tourner<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327834_568('footnote_plugin_reference_327834_568_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_327834_568('footnote_plugin_reference_327834_568_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327834_568_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327834_568_1" class="footnote_tooltip">Wang Bing fait toujours partie de la liste des opérateurs au générique, mais nous n’avons aucun moyen de distinguer, durant le film, les séquences qu’il a lui-même tournées</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327834_568_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327834_568_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>) permettent de capter minutieusement une série de situations. Cette approche explique en premier lieu la fascination que ses films exercent, quoique la méthode du cinéaste fluctue légèrement au fil de son œuvre. À l’intérieur même de la trilogie <em>Jeunesse</em>, <em>Les Tourments </em>se démarquait par exemple par la présence accrue du filmeur, dont on apercevait par moments l’ombre, là où il était quasiment invisible dans <em>Le</em> <em>Printemps</em>, tandis qu’elle s’exprime dans <em>Retour au pays</em> d’une autre manière (par exemple, lorsque les parents des ouvriers filmés traitent l’équipe comme des convives). Ce qui ne change pas, en revanche, c’est la capacité du documentariste à improviser un cadre selon ses intuitions au présent du tournage : quand s’arrêter en marchant, quand panoter pour filmer un protagoniste plutôt qu’un autre, quand suivre la direction d’un regard, qui accompagner à tel moment, etc. Wang Bing paraît toujours prendre la bonne décision, comme lorsqu’il choisit de ne pas cadrer l’une des explosions de pétards dans un champ, pour se concentrer sur les visages étonnamment inexpressifs des hommes qui les ont machinalement allumés.</p>
<p>Au-delà de cette qualité d’improvisation, particulièrement saillante lorsque les plans s’installent dans la durée, le film fait également montre d’une certaine dureté dans son montage. D’une part, car <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/jeunesse-suite-et-fin/" target="_blank" rel="noopener">la structure de <em>Retour au pays</em></a> est constituée d’allers et retours renvoyant inlassablement les ouvriers vers la ville-usine. De l’autre, car les coupes peuvent être tout aussi abruptes lorsque Wang Bing filme le retour à la terre natale. Une incroyable et longue séquence de mariage contient par exemple un raccord d’une brutalité inouïe entre la fête qui bat son plein (les fils serpentins fusent dans tous les sens, y compris sur la caméra) et une chambre à la lumière blafarde, dans laquelle les mariés sont assis au bord du lit, sans échanger un mot, avant que l’homme ne soit pris d’une quinte de toux. Au-delà du fait que l’articulation des deux plans dépassionne le portrait conjugal, ce rappel de l’intérieur bétonné, alors que le mariage se déroulait jusqu’ici à l’air libre de la montagne, synthétise l’horizon bouché du couple, destiné à retrouver encore d’autres chambres sombres à des milliers de kilomètres de là. La suite des festivités, avec la réverbération excessive d’un micro de karaoké, se voit ainsi teintée d’une gravité nouvelle malgré les pas de danse joyeux et appliqués d’une gamine lancée dans une choré façon TikTok.</p>
<p>À défaut d’entrevoir la possibilité d’une amélioration de leurs conditions ou même de lutter contre la structure qui les opprime, le cinéaste aura permis à ces travailleurs migrants, adultes ou ados, efficaces ou lents, économes ou gaspilleurs, d’imprimer leur nom à l’écran. C’est le seul élément ajouté aux images glanées pendant plusieurs années de tournage : les patronymes de ces invisibles qui produisent les vêtements du capitalisme mondialisé, Lin Shao, Fang Lingping, Xiao Wei, ou encore Qing Tao. Leurs noms, suivis des liens familiaux (« frère de », « cousine de », etc.), se multiplient sur l’écran tout au long des trois films, au point qu’il est à peu près impossible de s’en rappeler précisément. Il s’agit au fond moins de « documenter », au sens premier du terme, que d’ériger une stèle, un monument sous la forme d’un film de dix heures, avec ce que la chose implique d’écrasant et de répétitif (on se souvient des sièges qui claquent au Festival de Cannes lors de la présentation du premier volet). Le périple se termine sur un hors-champ en forme d’abyme : un ouvrier, derrière sa machine à coudre, qui porte un masque. L’image (l’une des dernières tournées par Wang Bing) date de 2019 et n’a rien à voir avec le COVID-19 (ce n’est pas la première fois de la trilogie que l’on voit un ouvrier avec un masque), mais ainsi placée elle convoque le souvenir de la pandémie, qui débutera quelques mois plus tard. On ne saura pas ce que sont devenus ces exilés dans la Chine confinée.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327834_568();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327834_568();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_327834_568">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_327834_568" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327834_568('footnote_plugin_tooltip_327834_568_1');"><a id="footnote_plugin_reference_327834_568_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Wang Bing fait toujours partie de la liste des opérateurs au générique, mais nous n’avons aucun moyen de distinguer, durant le film, les séquences qu’il a lui-même tournées</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_327834_568() { jQuery('#footnote_references_container_327834_568').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327834_568').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_327834_568() { jQuery('#footnote_references_container_327834_568').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327834_568').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_327834_568() { if (jQuery('#footnote_references_container_327834_568').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_327834_568(); } else { footnote_collapse_reference_container_327834_568(); } } function footnote_moveToReference_327834_568(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327834_568(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_327834_568(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327834_568(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/">Jeunesse (Retour au pays)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>David Lynch plasticien</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/exposition/david-lynch-a-la-galerie-duchamp-dyvetot/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Exposition]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est sur les murs blancs de la petite galerie Duchamp d’Yvetot, en Normandie, que sont agencées une cinquantaine de lithographies et de gravures sur bois réalisées par David Lynch à Paris entre 2007 et 2020....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/david-lynch-a-la-galerie-duchamp-dyvetot/" title="Read  David Lynch plasticien">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est sur les murs blancs de la petite galerie Duchamp d’Yvetot, en Normandie, que sont agencées une cinquantaine de lithographies et de gravures sur bois réalisées par David Lynch à Paris entre 2007 et 2020. Élaborée en collaboration avec le cinéaste peu de temps avant sa disparition, l’exposition ne dévoile pas d’œuvres inédites – certaines d’entre elles, qui apparaissent d’ailleurs dans le documentaire <em>David Lynch&nbsp;: The Art Life</em> (2017), ont déjà été montrées en France –, mais propose plutôt un échantillon resserré de ces tirages en noir et blanc. C’est en pénétrant dans le sous-sol exigu de la galerie, où est projeté <a href="https://www.youtube.com/watch?v=V_VKCjeMzhg" target="_blank" rel="noopener">son court-métrage <em>Idem Paris</em></a> (2012), que le choix du lieu par le cinéaste prend son sens. Lynch y filmait, au sein de l’imprimerie Idem, le procédé manuel de fabrication de ses lithographies en s’attardant essentiellement sur les mouvements répétitifs d’une presse. On retrouve dans ce petit film le goût de Lynch pour la chose industrielle : si le noir et blanc de l’image fait écho à l’encre imprimée à la chaîne sur l’épais papier blanc, les divers gros plans sur&nbsp;les rouages de la machine rappellent quant à eux les scies circulaires du générique de <em>Twin Peaks</em>. Les poutres métalliques de la salle de projection improvisée dans les profondeurs de la Galerie Duchamp, comme sa charpente, semblent de la sorte prolonger l’atmosphère particulière du bâtiment parisien, à laquelle Lynch était très attaché.</p>
<div id="attachment_327874" style="width: 2210px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-327874" class="wp-image-327874 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1.jpg" alt width="2200" height="702" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1.jpg 2200w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1-300x96.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1-1024x327.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1-768x245.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1-1536x490.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1-2048x653.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1-980x313.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-1-2000x638.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2200px) 100vw, 2200px"></a><p id="caption-attachment-327874" class="wp-caption-text">Idem Paris | © The David Lynch Estate ; <em>Twin Peaks</em> | © ABC</p></div>
<h2>Red Velvet</h2>
<p>Un premier ensemble de lithographies et quelques gravures prennent place dans la clarté du rez-de-chaussée. Ainsi regroupées, ces œuvres révèlent de nombreuses correspondances entre les images obsédantes de l’œuvre lynchienne. Produites dans une temporalité longue, elles reprennent des motifs récurrents – le feu, les insectes, les corps déformés, l’électricité, etc. – dont l’aspect sériel est renforcé par l’usage d’une colorimétrie unique. L’exposition vise de fait à établir une continuité thématique entre le travail plastique de l’artiste et ses films : la projection de <em>Six Men Getting Sick</em> (1966) et <em>The Alphabet</em> (1968), deux courts-métrages réalisés par le cinéaste lorsqu’il était encore étudiant à l’Académie des Beaux-Arts de Philadelphie, montrent que Lynch, par l’utilisation du <em>stop-motion</em> et de matériaux variés, fut avant tout un artiste touche-à-tout.</p>
<p>À l’étage, une vive lumière rouge émise par des néons grésillants accueille le public. L’étrange teinte rougeâtre dans laquelle baignent les œuvres empêche de distinguer à la fois le blanc des lithographies et les rares touches de couleur apposées sur certaines gravures. C’est exemplairement le cas pour <em>Why electricity make</em> <em>me do bad things</em>, où les tourments d’un personnage à genoux sont représentés sous la forme de bulles évanescentes aux multiples nuances de rouge, qui deviennent ici des aplats noirs. La filiation avec l’univers cinématographique de Lynch n’est plus seulement contenue dans les formes encrées des lithographies, mais s’étend à la salle tout entière. Les épais rideaux, rappelant ceux de <em>Blue Velvet</em> ou de la <em>Black Lodge</em> de <i>Twin Peaks</i>, ainsi que la bande sonore inventée pour l’occasion à partir de bruitages et de brefs thèmes d’Angelo Badalamenti, contribuent également à plonger l’espace dans une ambiance « lynchienne » . Si ces choix ouvrent sur une mise en scène singulière, ils présentent toutefois la limite d’altérer les contrastes et d’aplatir les détails ; la recherche d’un brouillage perceptif chez le visiteur de l’exposition prend dès lors le pas sur la substance des œuvres elles-mêmes.</p>
<div id="attachment_327868" style="width: 1610px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-327868" class="wp-image-327868 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2.jpg" alt width="1600" height="899" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2.jpg 1600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2-1024x575.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2-1536x863.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-2-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px"></a><p id="caption-attachment-327868" class="wp-caption-text">Vue de l’exposition | © Salim Santa Lucia</p></div>
<p>Dès que l’on redescend au rez-de-chaussée, la lumière naturelle et l’épure que présentent alors la scénographie font d’autant plus ressortir la bichromie des œuvres et leur minutie. C’est à se demander, finalement, si les fascinations de Lynch, reproduites mécaniquement par la presse lithographique, ne s’acclimatent pas mieux dans l’espace brut de cette première pièce que dans une atmosphère lynchienne quelque peu artificielle. Le dispositif de l’étage est d’autant plus paradoxal que l’un des thèmes récurrents de ces lithographies est la méfiance du cinéaste vis-à-vis de l’électricité. Outre la gravure sur bois citée précédemment, de nombreuses figures humaines apparaissent souvent en prise avec les affres de la modernité. Certaines lithographies plus abstraites préfigurent même des visions en noir et blanc de <em>The Return</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327862_570('footnote_plugin_reference_327862_570_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_327862_570('footnote_plugin_reference_327862_570_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327862_570_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327862_570_1" class="footnote_tooltip">Le tournage de <em>Twin Peaks : The Return</em> (2017) est d’ailleurs concomitant à la création d’un grand nombre de ces lithographies.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327862_570_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327862_570_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, dont la profondeur des tons affiche des contrastes dignes de ceux de l’encre d’imprimerie. Si les œuvres présentées dans l’exposition de la Galerie Duchamp sont tout à fait indépendantes des films de Lynch, elles partagent avec eux des visions cauchemardesques analogues ; au cœur de ces images tourmentées, on retrouve la même qualité de noir, somptueuse et terrible, qui fait le sel de son esthétique.</p>
<div id="attachment_327872" style="width: 2210px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-327872" class="wp-image-327872 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3.jpg" alt width="2200" height="783" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3.jpg 2200w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3-300x107.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3-1024x364.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3-768x273.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3-1536x547.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3-2048x729.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3-980x349.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/06/David-Lynch-Yvetot-3-2000x712.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2200px) 100vw, 2200px"></a><p id="caption-attachment-327872" class="wp-caption-text">House of Electricity | © The David Lynch Estate ; <em>Twin Peaks : The Return</em> | © Showtime</p></div>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327862_570();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327862_570();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_327862_570">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_327862_570" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327862_570('footnote_plugin_tooltip_327862_570_1');"><a id="footnote_plugin_reference_327862_570_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le tournage de <em>Twin Peaks : The Return</em> (2017) est d’ailleurs concomitant à la création d’un grand nombre de ces lithographies.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_327862_570() { jQuery('#footnote_references_container_327862_570').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327862_570').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_327862_570() { jQuery('#footnote_references_container_327862_570').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327862_570').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_327862_570() { if (jQuery('#footnote_references_container_327862_570').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_327862_570(); } else { footnote_collapse_reference_container_327862_570(); } } function footnote_moveToReference_327862_570(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327862_570(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_327862_570(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327862_570(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/david-lynch-a-la-galerie-duchamp-dyvetot/">David Lynch plasticien</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>La Trilogie d’Oslo – Amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir été présentés dans différents festivals (Berlin 2024, Venise 2024 et Berlin 2025, d’où le dernier volet, Rêves, est reparti avec l’Ours d’or), les trois films qui composent La trilogie d’Oslo nous parviennent d’un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-amour/" title="Read  La Trilogie d’Oslo – Amour">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir été présentés dans différents festivals (Berlin 2024, Venise 2024 et Berlin 2025, d’où le dernier volet, <em>Rêves</em>, est reparti avec l’Ours d’or), les trois films qui composent <em>La trilogie d’Oslo </em>nous parviennent d’un bloc ou presque, égrainés au rythme d’un par semaine. Fonctionnant indépendamment les uns des autres, ils peuvent être découverts dans n’importe quel ordre et sortent d’ailleurs dans une chronologie inverse à celle de leur présentation initiale. Pris séparément, <em>Rêves</em>, <em>Amour</em> et <em>Désir</em> (<em>Sex</em> en version originale, mais le distributeur français a préféré l’euphémisme) se présentent comme d’assez modestes études de caractère, plutôt réussies ; ensemble, ils dressent en revanche un état des lieux assez impressionnant de la vie sentimentale en milieu urbain. Chaque film permet à Dag Johan Haugerud de prendre le pouls de personnages différents, qui ont pour seul point commun d’habiter la même ville. Johanne, une adolescente, tombe amoureuse de sa professeure de français (<em>Rêves</em>)&nbsp;; Marianne&nbsp;et Tor, une médecin hétérosexuelle et un collègue infirmier gay, connaissent des idylles gentiment chaotiques (<em>Amour</em>)&nbsp;; enfin, deux ramoneurs anonymes vivent des expériences troublantes, entre adultère, découverte de l’homosexualité et remise en question de l’identité masculine (<em>Désir</em>). Le seul personnage transversal de la trilogie, même s’il est surtout présent dans <em>Amour</em> et ne fait qu’apparaître dans les autres films, est psychologue. On ne le voit exercer qu’à la fin de <em>Rêves</em>, dans une scène où il explique à Johanne que ce qu’elle vient de traverser (c’est-à-dire les événements du film) est parfaitement banal. Il faut prendre cette boutade que le réalisateur s’adresse à lui-même comme une revendication : son projet implique justement d’analyser la banalité et de bâtir une œuvre à partir de vies minuscules…</p>
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		<title>Godard, de l’art de ne pas conclure</title>
		<link>https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/godard-de-lart-de-ne-pas-conclure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=327857</guid>

					<description><![CDATA[<p>Plus de deux ans après sa disparition, Jean-Luc Godard est toujours d’actualité&#160;: quatre ouvrages récents permettent de (re)penser la pratique pluridisciplinaire du cinéaste. En décembre 2024 ont paru aux Éditions de l’œil deux analyses comparées...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/godard-de-lart-de-ne-pas-conclure/" title="Read  Godard, de l’art de ne pas conclure">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Plus de deux ans après sa disparition, Jean-Luc Godard est toujours d’actualité&nbsp;: quatre ouvrages récents permettent de (re)penser la pratique pluridisciplinaire du cinéaste.</em></p>
<p>En décembre 2024 ont paru aux Éditions de l’œil deux analyses comparées de Paule Palacios-Dalens&nbsp;: l’une (<em>VOX JLG — Du plomb au film</em>) explore les résonances entre le cinéma de Godard et l’œuvre de Maximilien Vox — figure majeure de la typographie française et grand-oncle du cinéaste –, tandis que l’autre (<em>Godard Averty – Petit et grand écran</em>) met en parallèle sa production avec celle du téléaste Jean-Christophe Averty. Quelques mois plus tard, la même maison d’édition a publié une version augmentée d’<em>Introduction à une véritable histoire du cinéma</em>, sorte d’anti-livre sur le septième art tiré des conférences données par Godard entre 1977 et 1978 à Montréal. Celles-ci reposaient sur un dispositif progressivement affiné : Godard montrait d’abord l’un de ses films accompagné de plusieurs extraits d’autres œuvres, avant de discuter avec les spectateurs de l’effet de montage ainsi produit. Enfin, le dernier ouvrage en date est le catalogue de l’exposition <em>Tenant conte des temps actuels</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_1" class="footnote_tooltip">Le catalogue d’exposition est pour l’instant uniquement disponible en version bilingue portugaise/anglaise aux éditions Fundação De Serralves. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, organisée à la Casa do Cinema Manoel de Oliveira à Porto du 13 novembre 2024 au 15 juin 2025. Entièrement consacré aux œuvres picturales de JLG, il contient peintures, collages, carnets de travail, etc.</p>
<p>Témoignant du bouillonnement créatif de l’artiste, dont l’œuvre déborde largement le champ du cinéma, ces quatre parutions rappellent que de vastes pans de son travail restent à défricher. La mise au jour de pièces jusqu’ici inconnues permet d’intégrer au corpus godardien un ensemble d’inventions plastiques s’inscrivant parfaitement dans la dimension laborantine de son œuvre. L’édition augmentée de l’<em>Introduction… </em>(abrégée <em>IVHC</em>) offre également un contenu inédit, avec la publication des conférences de 1977 et l’ajout de propos coupés par Godard lui-même dans la première édition. La richesse de l’œuvre s’observe ainsi par l’extension de son champ d’études, en invitant à explorer les croisements du cinéma de Godard avec d’autres formes d’expression artistique longtemps négligées. Le travail de Paule Palacios-Dalens est à ce titre exemplaire : en définissant le cinéaste comme un «&nbsp;<em>typographe à la caméra&nbsp;</em>», elle inscrit ce dernier dans une généalogie singulière à distinguer de la seule Nouvelle Vague ou de la modernité européenne&nbsp;: « <em>Marker, Averty, Godard, chacun descendants, héritiers, prolongateurs ou dissidents de la page imprimée s’emboîtent comme des poupées gigognes avec Vox pour matrice originelle</em>.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_2" class="footnote_tooltip">Paule Palacios-Dalens, <em>VOX JLG — Du plomb au film</em>, Les éditions de l’œil, Montreuil, 2024, p. 119.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<p>Ce système de résonances tissé entre les pratiques et périodes de JLG produit une vue d’ensemble saisissante de sa vie et de son œuvre. <em>IVHC </em>occupe à ce titre une place de choix&nbsp;puisque les conférences montréalaises sont prononcées à une époque charnière (le début de ses expérimentations vidéo à la télévision)&nbsp;et contiennent en germe les mutations de son cinéma initiées à partir des <em>Histoire(s) du cinéma</em>. Ainsi de la conférence du 13 octobre 1978, où apparaît l’idée d’un film qui se terminerait par des révoltes successives&nbsp;: «&nbsp;<em>la révolte des socialistes d’abord, les socialistes ensuite sont renversés par les femmes, ensuite les femmes sont renversées par les enfants, et ensuite on sent que les animaux vont renverser tout le monde</em>.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_3" class="footnote_tooltip">Jean-Luc Godard, <em>Introduction à une véritable histoire du cinéma</em>, Les éditions de l’œil, Montreuil, 2025, p. 534.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Le projet sera actualisé trente ans plus tard, dans le chapitre central de <em>Film Socialisme</em> (2010) et à nouveau en 2021, lorsque JLG explique devant la caméra de Fabrice Aragno dans <em>Exposé du film annonce du film “Scénario”</em> que cette trame constitue un chapitre pour son film à venir. De façon émouvante, l’exposition <em>Tenant conte des temps actuels </em>propose quant à elle un bel effet de circularité, lorsque les <em>selfies</em> gribouillées numériquement sur iPhone à la fin de sa vie rejoignent les premières toiles abstraites signées sous le pseudonyme IAM par un Godard adolescent, qui citait alors la pensée de Maurice Denis pour s’élever contre la peinture académique&nbsp;: «&nbsp;<em>se rappeler qu’un tableau avant d’être un cheval de bataille, une femme nue… est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_4" class="footnote_tooltip">Jean-Luc Godard, « <em>Peinture par IAM&nbsp;»</em>, aux alentours de 1945, reproduit dans <em>Tendo em linha de conto os tempos atuais: Jean-Luc Godard – Obra plástica / Keeping Tale of Current Times: Jean-Luc Godard – Visual Work</em>, édité par Collectif Ô Contraire (Fabrice Aragno, Jean-Paul Battaggia, Nicole Brenez et Paul Grivas), Fundação De Serralves, Porto, 2025, p. 114.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Si la surface a changé entre 1945 et les années 2020, en embrassant les évolutions permises par les nouvelles technologies, l’élan créatif de l’adolescent et du vieillard semble inchangé.</p>
<h2>L’image contre l’écrit</h2>
<p>Âgé de 17 ans en novembre 1947, Godard produit l’une de ses premières œuvres picturales, un carnet qui pastiche les codes de l’édition en mêlant dessins et inscriptions (avec une fausse note d’éditeur, un numéro d’exemplaire, etc.). Intitulé <em>Le Cercle de famille</em>, il place immédiatement l’œuvre à venir sous le signe de la transgression. Le jeune artiste se met en scène face à sa propre famille, qui tente de le lapider, de le transpercer de flèches et le menace d’un couteau, tandis que la quatrième de couverture montre ce qui semble être ses parents pendus, accompagnés de la légende : «&nbsp;<em>Bas les masques</em>&nbsp;». Si l’art pour Godard a immédiatement à voir avec l’insoumission, cette opposition à l’ordre établi ne se limite pas à la cellule familiale mais renvoie plus largement aux normes régulatrices et sociales, qui privent l’individu de sa liberté et de son imagination. Tout au long d’<em>IVHC</em>, Godard loue à ce titre à de nombreuses reprises la BD et le dessin (tout en regrettant de ne plus le pratiquer) comme formes libres échappant aux carcans qui s’appliquent aux arts dits nobles&nbsp;: « <em>J’aime assez les bandes dessinées, car il y a beaucoup plus d’imagination dans les bandes dessinées que dans le cinéma parce que la main et le crayon sont des fois un peu plus libres.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_5');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">[5]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_5" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 221.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » On peut articuler ces considérations avec la façon dont il se révèle particulièrement critique de ses propres films, notamment après la projection de <em>Vivre sa vie</em>, où il décèle <em>a posteriori</em> des images et raccords trahissant les normes imprimées inconsciemment en lui&nbsp;: «&nbsp;<em>On croit qu’on s’exprime et on ne se rend pas compte que dans cette expression il y a un grand mouvement d’impression qui ne vient pas de vous&nbsp;; et moi, tout mon travail </em>(…)<em> peu à peu a été plutôt d’essayer de </em>(…) <em>conquérir ma propre impression.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_6');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">[6]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_6" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 171.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » De même, son intérêt pour les nouvelles technologies (la vidéo, ou plus tard, la 3D d’<em>Adieu au langage</em>) se couple avec le désir de s’emparer d’outils dont l’usage n’est pas encore institutionnalisé ou normalisé.</p>
<p>Cette réticence se mêle à une autre source de méfiance&nbsp;: l’écrit, qu’il associe presque à une dimension totalitaire dans <em>IVHC</em> &nbsp;– « <em>Les mots servent à solidifier quelque chose, à devenir une loi, que ce soit une loi sociale ou une loi de la pensée.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_7');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">[7]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_7" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 342.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Autrement dit, ce qu’il rejette dans l’écrit est une manière univoque de fixer un sens déterminé, tandis que l’image s’ouvre à ses yeux à la dialectique, à l’illimitation du sens : « <em>L’image c’est de la liberté, les mots c’est de la prison ; l’image est forcément de la liberté, une image n’interdit rien, ça ne permet rien car c’est un ensemble. </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_8');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">[8]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_8" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 238.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. La puissance infinie accordée aux images transparaît particulièrement dans l’une des œuvres les plus récentes exposées dans <em>Tenant conte des temps actuels</em>, où plusieurs photographies (personnelles, de peintures, de plans de films) se trouvent étrangement assemblées à la manière d’un arbre ou d’un «&nbsp;totem&nbsp;». Épinglées devant son bureau à Rolle, elles sont accompagnées de la réplique finale du <em>Journal d’un curé de campagne&nbsp;</em>: «&nbsp;<em>Qu’est-ce que cela fait, tout est grâce&nbsp;</em>». Ces images «&nbsp;<em>vitales</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_9');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">[9]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_9" class="footnote_tooltip">Terme utilisé par le Collectif Ô Contraire&nbsp;! (Fabrice Aragno, Jean-Paul Battagia, Nicole Brenez, Paul Grivas) dans leur texte de présentation.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, que Godard a citées dans ses films à de nombreuses reprises, s’apparentent à des sources vives et inépuisables&nbsp;: intégrées à un nouvel ensemble, elles dévoilent une facette inédite. Cette conception du montage comme possibilité de produire une infinité de rapports inédits entre les images, prend sa pleine ampleur à partir des <em>Histoire(s) du cinéma </em>mais elle s’amorce déjà dans le dispositif singulier de ses conférences de Montréal. Il s’agit ici de faire émerger une histoire du cinéma dans son propre matériau, au lieu des habituels cours d’universitaires qui recouvrent l’image par la parole.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_10');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">[10]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_10" class="footnote_tooltip">« <em>Ce qui se fait dans les universités ici, dans l’enseignement du cinéma, est très loin de l’objet</em>. » (<em>ibid</em>., p. 235)</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Rendus à l’état de fragments et mis en rapport avec d’autres images, les plans révèlent leurs potentialités cachées, reflétant même le contexte historique de leur fabrication.</p>
<h2>L’écrit devenu image</h2>
<p>L’opposition entre image et écrit, sans cesse répétée par Godard au long d’<em>IVHC</em>, débouche toutefois sur un paradoxe&nbsp;: l’œuvre de Godard a toujours été saturée d’écrits, que ce soit « <em>de l’écrit filmé dans l’univers filmé (les enseignes, les néons, les couvertures et pages de livres, les magazines, les annonces publicitaires, les slogans, la signalétique, etc.)&nbsp;</em>» ou bien «&nbsp;<em>des caractères incrustés sur la pellicule, écrits et insérés par le cinéaste&nbsp;</em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_11');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">[11]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_11" class="footnote_tooltip">Paule Palacios-Dalens, <em>op. cit</em>., p. 43.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. La contradiction apparente se résout ceci dit facilement : Godard envisage l’écrit comme une image à part entière, fruit d’un travail de typographie ou de graphisme, ce dont témoignent quelques épigrammes de jeunesse ou encore un jeu de variations autour de l’écriture du nom d’Anne Wiazemsky, dans un carnet intime daté de 1966 et sous-titré «&nbsp;<em>pour se rapprocher de A. W. quand elle s’éloigne à la campagne, et que le week-end devient la fin du monde</em>&nbsp;». À propos d’<em>Alphaville</em>, le cinéaste commente son insert en gros plan du titre du recueil d’Eluard, <em>Capitale de la douleur</em>, en expliquant employer l’écrit à la manière du cinéma muet, où le carton acquiert une valeur de plan et entretient un rapport presque dramatique avec les images&nbsp;; par un jeu de mot, il souhaite alors que l’écrit puisse se libérer de son caractère <em>a priori</em> autoritaire&nbsp;: «&nbsp;<em>l’écriture pourrait jouer un vrai rôle, pas être juste une trace de police.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_12');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">[12]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_12" class="footnote_tooltip">Jean-Luc Godard, <em>op. cit.</em>, p. 236.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> <em>&nbsp;</em>» Paule Palacios-Dalens revient à ce titre sur l’évolution des polices dans le cinéma de Godard, en identifiant trois temps : la période Antique Olive « ou l’ère de la typographie bleu-blanc-rouge », celle de l’Helvetica des années 1980 à <em>Film Socialisme</em>, puis le passage aux «&nbsp;polices d’écran&nbsp;» Verdana/Tahoma jusqu’au <em>Livre d’image</em>. L’autrice note alors que «&nbsp;<em>dans ces choix typographiques, le cinéaste fait appel à des caractères emblématiques d’une époque, conçus pour répondre aux mutations technologiques dans l’imprimerie mais aussi aux nouvelles modalités de communication.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_13');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">[13]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_13" class="footnote_tooltip">Paule Palacios-Dalens, <em>op. cit</em>., p. 63</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Par cette attention précise à la relation d’une écriture à son époque, Godard se fait graphiste autant que typographe.</p>
<p>Il serait possible d’articuler cette conception de l’écriture-image avec la pratique du collage. Par cette méthode, l’artiste cherche à libérer le rapport écrit/image du simple mode de l’illustration, qu’il repère aussi bien dans les journaux que dans les articles scientifiques où l’image se borne à la fonction de preuve&nbsp;: «&nbsp;<em>[les scientifiques] font un énorme texte et l’image ne vient là que pour prouver qu’on a bien vu. Mais à ce moment, l’image ne sert plus, il n’y a que des mots.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_14');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">[14]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_14" class="footnote_tooltip">Jean-Luc Godard, <em>op. cit.</em>, p. 340.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Les œuvres imprimées de Godard, que ce soit <em>IVHC</em> ou le numéro 300 des <em>Cahiers du Cinéma </em>s’apparentent à un petit laboratoire destiné à inventer des rapports inédits entre texte et image. À propos de ce fameux numéro, Paule Palacios-Dalens souligne l’influence de Maximilien Vox et de son album <em>Tout est foutu</em> (1932) sur la création des montages photographiques, dont les légendes tantôt ironiques, tantôt contradictoires, donnent naissance à des effets de sens nouveaux et subversifs. Cette tendance godardienne trouve par la suite son aboutissement dans de nombreux carnets préparatoires, jusqu’à leur fusion avec l’objet film lui-même dans <em>Film annonce du film qui n’existera jamais&nbsp;: Drôles de guerres</em>.</p>
<h2>Pédagogie godardienne</h2>
<p>La dialectique godardienne, jouant du choc d’images et de textes, recouvre par ailleurs une forme de pédagogie alternative à la relation habituelle du maître à l’ignorant. Il l’indique à plusieurs reprises dans son <em>IVHC</em>&nbsp;: « <em>l’image a un pouvoir de discussion et pas un pouvoir d’assommer quelqu’un. </em>(…)<em> Et c’est en ça que je trouve que l’image, vraiment, permet de parler. Sans l’image, on ne peut pas parler.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_15');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">[15]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_15" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 355.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Cette proposition bat en brèche l’idée d’un artiste-démiurge et confirme plutôt que la dialectique est une affaire de dialogue, autant entre les images qu’entre les individus qui leur font face : « <em>il y avait quelque chose qui était au moins double et comme quelqu’un regardait, ça devenait triple, c’est-à-dire qu’il y avait quelque chose, quelque chose d’autre qui sous sa forme technique s’est appelé, petit à petit, le montage. C’était quelque chose qui ne filmait pas les choses mais qui filmait les rapports entre les choses. Les gens voyaient des rapports ; ils voyaient d’abord un rapport avec eux-mêmes.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_16');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">[16]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_16" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 292.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<p>L’art de l’esquisse godardien<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_17');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_17');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_17" class="footnote_plugin_tooltip_text">[17]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_17" class="footnote_tooltip">Voir l’article de Nicole Brenez, «&nbsp;Dynamiques de l’esquisse. Sur Reportage amateur (maquette expo)&nbsp;», paru dans <em>Jean-Luc Godard</em>, De l’incidence éditeur, 2023.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> s’inscrit dès lors dans la continuité de Brecht, où l’engagement politique tient peut-être moins aux discours énoncés par le cinéaste, qu’à sa forme subversive, libérée des modes de production dominants pour faire éprouver sa propre liberté. Contre l’œuvre totalisante, qui impose une vision du monde et limite l’imaginaire, Godard préfère l’inachevé et le fragment. Il évoque ainsi les avantages de la télévision (<em>British Sounds, Six fois deux</em>, etc.), dont les émissions à la forme morcelée épousent davantage le mouvement de la pensée que les films et leur logique de concentration. De manière analogue, il évoque sa prédisposition pour le format de la bande-annonce&nbsp;: «&nbsp;<em>Pour moi c’est presque le film parfait, j’aimerais mieux faire cela plutôt que faire des films&nbsp;; mes bandes-annonces, elles dureraient quatre ou cinq heures, c’est-à-dire plus long que le film parce que en long et en large sur le film que vous allez voir.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_18');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_18');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_18" class="footnote_plugin_tooltip_text">[18]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_18" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 260.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>&nbsp;</em>» La structure d’<em>IVHC</em> adopte ce mouvement dynamique : d’une part, la volonté de conserver les formulations orales (barbarismes, corrections, reformulations successives, etc.) ou encore de couper les questions du public, de sorte que le texte lui-même produit une série de collisions entre les idées à la manière de <em>jump-cuts</em>, s’oppose à la systématisation de la pensée par l’écrit habituellement de mise dans les actes de colloque. D’autre part, <em>Introduction… </em>se définit comme une recherche pour une histoire qui reste à faire (ce dont témoignent les nombreuses formulations au futur) où le cinéaste trace virtuellement les contours de ses <em>Histoire(s) du cinéma</em>. Ouverte vers l’avenir, la réflexion s’est enrichie de conférence en conférence, sans jamais véritablement chercher à se clôturer&nbsp;: «&nbsp;<em>Quelle conclusion en tirer, je n’en sais rien. Et pourquoi faut-il toujours tirer des conclusions ?</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_19');" onkeypress="footnote_moveToReference_327857_574('footnote_plugin_reference_327857_574_19');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327857_574_19" class="footnote_plugin_tooltip_text">[19]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_19" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 305.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327857_574_19').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327857_574_19', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327857_574();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327857_574();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_327857_574">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_327857_574" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_1');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le catalogue d’exposition est pour l’instant uniquement disponible en version bilingue portugaise/anglaise aux éditions Fundação De Serralves. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_2');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Paule Palacios-Dalens, <em>VOX JLG — Du plomb au film</em>, Les éditions de l’œil, Montreuil, 2024, p. 119.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_3');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean-Luc Godard, <em>Introduction à une véritable histoire du cinéma</em>, Les éditions de l’œil, Montreuil, 2025, p. 534.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_4');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean-Luc Godard, « <em>Peinture par IAM&nbsp;»</em>, aux alentours de 1945, reproduit dans <em>Tendo em linha de conto os tempos atuais: Jean-Luc Godard – Obra plástica / Keeping Tale of Current Times: Jean-Luc Godard – Visual Work</em>, édité par Collectif Ô Contraire (Fabrice Aragno, Jean-Paul Battaggia, Nicole Brenez et Paul Grivas), Fundação De Serralves, Porto, 2025, p. 114.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_5');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_5" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 221.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_6');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_6" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 171.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_7');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_7" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 342.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_8');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_8" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 238.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_9');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_9" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Terme utilisé par le Collectif Ô Contraire&nbsp;! (Fabrice Aragno, Jean-Paul Battagia, Nicole Brenez, Paul Grivas) dans leur texte de présentation.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_10');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_10" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text">« <em>Ce qui se fait dans les universités ici, dans l’enseignement du cinéma, est très loin de l’objet</em>. » (<em>ibid</em>., p. 235)</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_11');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_11" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Paule Palacios-Dalens, <em>op. cit</em>., p. 43.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_12');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_12" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean-Luc Godard, <em>op. cit.</em>, p. 236.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_13');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_13" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Paule Palacios-Dalens, <em>op. cit</em>., p. 63</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_14');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_14" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean-Luc Godard, <em>op. cit.</em>, p. 340.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_15');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_15" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 355.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_16');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_16" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 292.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_17');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_17" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>17</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir l’article de Nicole Brenez, «&nbsp;Dynamiques de l’esquisse. Sur Reportage amateur (maquette expo)&nbsp;», paru dans <em>Jean-Luc Godard</em>, De l’incidence éditeur, 2023.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_18');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_18" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>18</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 260.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327857_574('footnote_plugin_tooltip_327857_574_19');"><a id="footnote_plugin_reference_327857_574_19" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>19</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 305.</td></tr>

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		<title>Sonya Vseliubska : « Dans le contexte de la guerre, faire de la critique relève presque du devoir civique »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/sonya-vseliubska-dans-le-contexte-de-la-guerre-faire-de-la-critique-releve-presque-du-devoir-civique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Quatrième invitée : la critique ukrainienne Sonya Vseliubska. </em></p>
<p><strong>Vous avez commencé à écrire au début de l’invasion russe et sous la menace d’un effacement de la culture ukrainienne : comment ce contexte a‑t-il influencé votre pratique de la critique ? </strong></p>
<p>Très vite, dès l’invasion et durant l’année qui l’a suivie, il était clair pour moi et mes pairs que nous devions nous concentrer uniquement sur les films ukrainiens. Avec le choc des bombardements et des villes qui disparaissaient, nous ne souhaitions parler que des documentaires ukrainiens, de l’invasion et de sujets en rapport avec notre héritage culturel. C’est dans ce cadre que j’ai commencé à écrire puis, lorsque la guerre s’est peu à peu installée jusqu’à faire désormais partie de notre quotidien, je me suis également tournée vers des productions internationales. Écrire sur le cinéma dans ce contexte reste très dur car, en consultant mes réseaux sociaux, je peux autant tomber sur un entretien avec Jonathan Glazer que sur une dépêche m’apprenant que cinquante personnes ont été tuées dans la région de Donetsk. Dans de pareils moments, je me demande qui a encore besoin du cinéma. Mais la vie continue. Les gens se sont habitués à ce climat et vont voir des films ; les cinémas sont encore ouverts. Bien sûr, l’offre des sorties n’est pas aussi fournie qu’en Europe et les projections sont régulièrement interrompues par les alarmes anti-bombes, mais il reste une envie de cinéma. Celle-ci se concentre principalement sur la production ukrainienne, et en particulier le cinéma documentaire, qui constitue sans doute sa force première.</p>
<p><strong>Dans l’un de vos articles, vous exprimez la crainte que ces films adoptent une approche sensationnaliste pour impressionner un public international, avant de conclure que les documentaires ukrainiens s’orientent au contraire vers un cinéma de recherche pour dépeindre la guerre. </strong></p>
<p>Oui, tout à fait. Au début de l’invasion, l’industrie cinématographique et le champ médiatique dans un sens large ont été pris par le désir de partager des images terribles, pour rendre compte de l’horreur de la situation. C’était peut-être une réaction naturelle pour les cinéastes qui souhaitaient interpeller un maximum de personnes ; une manière de crier et d’appeler à l’aide. Puis, lorsqu’ils ont compris que la guerre était là pour durer, ils et elles ont commencé à adopter des formes plus expérimentales et n’ont pas fait que décrire la guerre en elle-même, mais aussi ses à‑côtés. Soutenu par des fonds venus de l’international, le documentaire ukrainien est devenu un phénomène majeur dans le circuit des festivals.<br>
<strong><br>
En un sens, la critique constitue pour vous un geste de défense. </strong></p>
<p>Oui, c’est certain. C’était une nécessité, c’est aussi pour cela que les documentaires continuent à être faits ; et pour moi, cela relevait presque du devoir civique. C’était la seule chose que je pouvais faire puisque je ne pouvais pas combattre. Je viens de la région du Donbass, où la guerre a commencé en 2014, lorsque j’étais adolescente. Cela peut paraître un peu romantique, mais j’ai commencé à écrire pour soutenir la culture ukrainienne, défendre ses films et son industrie. Mes textes répondent aussi à ce sens des responsabilités, et j’ai l’impression qu’ils ont effectivement participé à raffermir une culture fragile, ce qui m’aide lorsque je suis traversée par des doutes sur la nécessité d’écrire sur le cinéma tandis que des gens se font tuer.</p>
<p><strong>Il peut paraître difficile de conserver son exigence critique dans un tel contexte. </strong></p>
<p>Oui, c’est particulièrement épineux. J’ai écrit un certain nombre de critiques négatives sur des films ukrainiens, mais il s’agissait principalement d’œuvres nationalistes. Comme vous le savez, chaque fois qu’un pays est en guerre, son industrie produit généralement des – mauvais – films patriotiques. Il y en a hélas beaucoup en Ukraine. Prenons l’exemple de <em>Boutcha</em> (Stanislav Tiunov), un film tourné dans la ville du même nom, située dans la banlieue de Kiev, où des crimes de guerre ont été perpétrés. Son réalisateur, en plein délire, est allé filmer une fiction sur les lieux, alors que les corps n’avaient pas encore été exhumés. J’ai fait un entretien avec ce réalisateur dans lequel j’ai vivement critiqué son manque d’éthique. Parce que je vais sur ce terrain, je suis moi-même contestée par mon lectorat, qui n’est pas vraiment habitué à un discours critique. J’écris pour un journal majeur en Ukraine, lu par environ 200 millions de personnes par mois, donc, évidemment, les lecteurs qui ne sont pas au fait de la réflexion sur l’art et la morale peinent à comprendre pourquoi je ne fais pas que défendre l’industrie. J’essaie, pour ma part, de diffuser l’esprit critique, car nous avons entamé un processus de décolonisation par rapport à la culture russe, ce qui requiert une pensée historicisée et une compréhension du contexte dans lequel s’est développé la culture ukrainienne. C’est notamment pour cela que j’aime autant les films d’archives et les documentaires ukrainiens. Mais c’est effectivement un équilibre difficile à tenir pour moi et mes collègues.</p>
<p><strong>Comment décririez-vous le paysage critique ukrainien ?</strong></p>
<p>Ce n’est pas une période facile pour la critique. Nous avions une revue papier majeure, Kino-Kolo, qui a dû arrêter sa publication il y a une dizaine d’années ; elle a repris récemment, mais sur un modèle bénévole et uniquement en ligne. Le problème principal de la critique ukrainienne reste lié à la colonisation du pays par la Russie : l’épicentre de la pensée cinématographique a toujours été Moscou. Beaucoup de mes collègues écrivaient pour des publications russes avant l’invasion. Ce sont ces revues et médias qui disposent de ressources importantes : budget, réseaux, confiance des festivals, etc. Les espaces critiques strictement ukrainiens ont toujours été rares. C’est en partie ce qui m’a encouragée à me lancer dans la critique : la volonté de développer une critique ukrainienne indépendante. La situation de beaucoup de mes collègues qui ont cessé d’écrire pour des médias russes est plutôt précaire : leurs revenus ont diminué, ils ont du mal à avoir accès aux festivals, etc. Il y a certes des nouvelles rédactions qui se forment, mais il s’agit presque exclusivement d’initiatives bénévoles ; je dirais qu’il n’y a que cinq ou six critiques ukrainiens qui peuvent exercer cette activité à temps plein. Les hommes qui écrivent courent par ailleurs le risque d’une mobilisation forcée, et doivent obtenir un visa spécial de la part de l’autorité militaire s’ils veulent quitter l’Ukraine pour travailler depuis l’étranger.</p>
<p><strong>Pensez-vous être rattachée à une tradition, à une histoire critique singulière ? </strong></p>
<p>J’ai toujours aimé la critique, mais je lisais principalement des publications russes comme Iskoustvo Kino dont j’aimais les articles et les rédacteurs (certains étaient d’ailleurs ukrainiens). J’ai cessé de les lire depuis l’invasion, puisque ces revues sont intégrées à l’économie russe, c’est-à-dire à une économie de guerre. C’est à partir de là que j’ai pleinement constaté la « russification » de la culture ukrainienne, en particulier dans la région du Donbass, d’où je viens. Je me suis dès lors de plus en plus tournée vers des publications en anglais et j’encourage mes collègues à faire de même. Depuis l’invasion, nous avons compris qu’il nous fallait établir une critique ukrainienne en partant de zéro. C’est une tâche immense et intimidante, un processus long et difficile, comme toute entreprise de décolonisation.</p>
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		<title>Roger Koza : « Je me demande quel rapport la jeunesse argentine entretient avec l’écriture critique »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/roger-koza-je-me-demande-quel-rapport-la-jeunesse-argentine-entretient-avec-lecriture-critique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Premier invité : le critique argentin Roger Koza.&nbsp;</em></p>
<p><b>Comment s’est amorcée votre activité de critique&nbsp;?</b></p>
<p>J’ai commencé ma pratique de critique et de programmateur amateur en 1992. J’emploie le mot « amateur » à dessein. En portugais, le mot amateur se dit « <em>amador</em> », ce qui signifie « celui qui aime ». Je dirais donc que je suis un amateur professionnel, ou alors un amateur devenu professionnel, mais qui n’aurait jamais cessé d’aimer. Cela me ramène à ce que disait l’écrivain George Steiner lors d’une interview : la critique – dans son cas, littéraire – consiste à « <em>creuser son amour</em>&nbsp;». Mon parcours académique, durant lequel j’ai étudié la philosophie, a très vite été lié au cinéma. Je me souviens encore de la gratitude que j’ai ressentie lorsque j’ai appris que Deleuze avait écrit deux livres sur le cinéma, puis j’ai découvert les travaux de Stanley Cavell et la tradition anglo-Saxonne. En 1991, une revue de cinéma appelée <em>El Amante</em> (encore une fois, on retrouve l’idée de l’amour), qui imitait les couvertures des numéros des <em>Cahiers du cinéma</em> des années 1950, a été lancée en Argentine. Je me sens aujourd’hui assez éloigné de sa ligne éditoriale, mais elle a été très importante lors de mes débuts. Elle était notamment très fidèle à l’esprit des <em>Cahiers</em> des années 1950 par sa quasi-dévotion envers André Bazin, dévotion à laquelle j’aurai encore aujourd’hui tendance à prendre part. Peu après, <em>El Amante</em> a été financée par l’Alliance française afin de traduire <em>Persévérance</em> de Serge Daney, ce qui m’a permis de me familiariser avec ses écrits. En lisant ce livre, j’avais la sensation que quelqu’un était parvenu à décrire exactement ma relation avec le cinéma. Mon père aimait beaucoup le cinéma, il racontait qu’il était critique, bien qu’il n’ait jamais écrit une seule ligne. Par son truchement, j’ai été très tôt confronté à des films qu’on aurait peu tendance à montrer à des enfants de dix ans. C’est ce livre qui a constitué la première tradition critique à laquelle je me suis rattaché, bientôt prolongée par la lecture d’autres auteurs des <em>Cahiers du Cinéma</em> : Godard, Truffaut, Rohmer, etc.</p>
<p>Puis, avec la démocratisation d’internet à la fin des années 1990, j’ai pu découvrir des critiques comme Jonathan Rosenbaum, Adrian Martin ou James Hoberman, avant que je ne décide qu’il me fallait également lire la production argentine. Cette dernière est toutefois très largement influencée par la tradition française. Ce n’est pas une tendance propre à la critique&nbsp;: tout le milieu intellectuel argentin en général&nbsp; s’est forgé à partir du structuralisme et du post-structuralisme français. La figure de Borges, fondamentale en Argentine, complexifie cependant notre rapport aux diverses traditions extérieures. Borges ne dissimulait pas ses emprunts nombreux à un ensemble d’influences diverses, mais il avait une manière de les tordre et de les réemployer qui lui était propre. C’est ce modèle que nous suivons en Argentine : nous empruntons les traditions des autres pour mieux leur désobéir.</p>
<p><b>Ce lien que vous faites entre l’amateur et « celui qui aime » est également une idée qui importait beaucoup à Jean Douchet.</b></p>
<p>Absolument, et on pourrait également prolonger cette question de l’amour en repassant par l’origine du mot philosophie, soit « l’amour du savoir ». Je n’ai jamais achevé ma thèse de philosophie, mais j’avais le sentiment que mon désir impérieux de m’enquérir sur le monde, la vie sociale, les sciences et le cosmos, pouvait s’accomplir à travers le cinéma. Les spinozistes souhaitent aimer Dieu à travers l’intellect et la raison. Je ne suis pas croyant, mais on pourrait dire que l’on aime ce qui se tient devant nous en s’efforçant de le comprendre. Il me semble que c’est à travers le cinéma que je parviens à une forme de compréhension du monde.</p>
<p><b>Vous évoquez une culture de la désobéissance envers les traditions intellectuelles. Cette dernière vous semble-t-elle encore innerver la critique argentine ?&nbsp;</b></p>
<p>Je le pense, oui. De nombreuses jeunes personnes écrivent des critiques que vous pouvez lire dans diverses publications : <em>La Vida Útil</em>, <em>Taipei</em>, etc. Certaines jeunes plumes me découragent presque par leur précocité. Le milieu critique argentin est donc tout à fait vivant. Au-delà des textes, cette culture se voit aussi dans les films de Mariano Llinás, qui est en quelque sorte notre plus grand voleur de traditions : il emprunte à tout le monde pour finir par produire quelque chose d’absolument singulier. Pour en revenir à la critique, les plumes argentines sont tout de suite reconnaissables. Elles n’écrivent pas comme le font les rédacteurs du <em>New York Times</em>, du <em>Monde</em> ou même des <em>Cahiers</em>. Il est difficile pour la critique française d’écrire avec un sentiment de liberté absolue, quand tant de noms illustres la précèdent. Cela doit être intimidant mais, dans le même temps, il y a toujours un passé sur lequel s’appuyer. Les jeunes plumes argentines qui font la vitalité du milieu critique me semblent toutefois relever de l’exception. Mon scepticisme refait immédiatement surface lorsque je constate l’ampleur du phénomène Milei, qui a largement été porté au pouvoir par de jeunes votants. Je me demande quel rapport cette génération entretient avec l’écriture, avec l’analyse critique.</p>
<h2><b>Métamorphoses du paysage critique</b></h2>
<p><b>Votre propos tranche avec l’impression, à l’échelle internationale, que la critique perd en influence.&nbsp;</b></p>
<p>La critique a été décentralisée et la presse revêt de moins en moins d’importance dans nos vies. Il existe de nombreux espaces dans lesquels il est possible d’écrire sur le cinéma, en tant que critique, mais également en tant que cinéphile. Tout le monde peut écrire sur le cinéma, ce qui illustre la décentralisation du discours critique, mais cela ne signifie pas que toutes les personnes qui écrivent sont des critiques. Le réseau social <em>Letterboxd</em> illustre parfaitement cette confusion et amalgame des écrits très divers. Des cinéphiles peuvent y publier leurs sentiments en deux lignes, ou écrire des textes plus travaillés qui se mélangeront alors avec ceux des critiques professionnels. Les discours portant sur le cinéma sont radicalement fragmentés. Comment pouvons-nous dès lors lire et cartographier cette fragmentation ? Comment découvrir les espaces critiques qui nous correspondent le plus ?&nbsp; Il faut donc apprendre à se repérer dans ces mondes fragmentés, d’autant plus que ce morcellement concerne tous les champs du savoir.</p>
<p><b>Quel impact concret ont ces métamorphoses sur le rapport à la critique&nbsp;?</b></p>
<p>Ces évolutions ont des conséquences positives et négatives. Le sens des textes se perd parfois, principalement parce que les personnes qui écrivent relisent leurs textes sur un écran, et pas sur du papier. Ce problème n’est pas perceptible pour les textes courts, mais à partir d’une petite dizaine de pages, l’unité et le rythme d’un texte sont difficiles à percevoir lorsqu’on ne le lit pas sur papier. Au-delà de ce point, les possibilités offertes par l’intersection du texte, du son et de l’image sont d’une grande richesse et peuvent approfondir notre compréhension du cinéma. Cependant, il me semble qu’il ne peut y avoir de production critique fondamentale sans écriture. J’expérimente pourtant avec les images et le son dans mon émission de télévision, que je filme et monte moi-même, et dans laquelle les entretiens ont une importance singulière. En développant ce programme, je savais que je voulais conserver des éléments de langage propres au cinéma. J’ai donc aussi beaucoup réfléchi à comment je pouvais employer des fragments de films, et je demande aux cinéastes qui participent à l’émission de préparer une lettre filmée avec laquelle je dialoguerai ensuite.</p>
<p><b>Au-delà de la critique, vous programmez plusieurs festivals. Ces deux activités sont-elles éloignées l’une de l’autre ?&nbsp;</b></p>
<p>Elles sont très proches et se juxtaposent parfois, mais pas toujours. Il peut m’arriver d’attaquer dans un texte un film que j’ai pourtant programmé ; c’est là le principal paradoxe. Dans un festival, il est parfois nécessaire de montrer un film que l’on sait être important pour comprendre la production contemporaine. Dans les deux festivals pour lesquels je suis directeur artistique, je suis également le seul programmateur, je présente les séances, je rédige les sous-titres, etc. En somme, je fais tout, sauf les films ! Ces festivals, comme le <em>Buenos Aires Doc Film Festival</em>, sont importants à l’échelle de l’Argentine, mais la dévastation économique du pays a asséché toutes les finances, et je me retrouve donc plus ou moins à prendre des décisions seul. Lorsque je programme le <em>FilmFest Hamburg</em>, je suis beaucoup plus conscient de la ligne du festival, que je m’efforce de suivre sans jamais trahir ce en quoi je crois. Il arrive alors parfois que je programme un film qui ne me semble pas particulièrement réussi, parce qu’il communique, par exemple, quelque chose de l’état du cinéma d’Amérique Latine. Là se trouve la différence principale entre la programmation et la critique, bien que les deux gestes soient très proches. Le programmateur et le critique pensent tous deux les films de manière analytique, mais le premier doit intégrer à sa pensée l’histoire, la tradition et le public du festival. C’est une chose de programmer à Cosquín, une ville perdue dans la banlieue de Córdoba City ; c’en est une autre de montrer des films à Vienne, en Autriche, pour un festival majeur. Dans ce dernier cas, j’essaie de mettre en avant des films peu connus ou pour lesquels personne ne se bat, afin de défendre un regard, un cinéaste, ou l’originalité d’un objet. Le contexte est également important : je pourrais aisément organiser une rétrospective des films de Kamal Aljafari en Argentine ; mais parler d’un cinéaste palestinien en Autriche ou en Allemagne, c’est presque impossible.</p>
<p><b>Comme la grande majorité des critiques, vous multipliez les activités professionnelles et les missions en lien avec le cinéma. Si la critique fleurit dans de nouveaux espaces, elle n’est que rarement rémunérée. Les critiques doivent-ils désormais choisir entre précarité et bénévolat ?&nbsp;</b></p>
<p>Je vis en Argentine et tout ce qui a été dit sur le miracle « Milei » relève de la pure connerie. Je réside dans le pays où le coût de la vie est le plus élevé et mon salaire est loin d’être mirobolant. J’écris pour les deux publications les plus importantes en Argentine et le format le plus long d’un article est rémunéré moins de trente euros, tandis que le prix d’un café est deux fois plus cher ici qu’en Allemagne. Il est très difficile de survivre dans ce milieu, ce que je suis malgré tout parvenu à faire pendant vingt-sept ans. C’est une grande fierté pour moi que d’avoir pu vivre en faisant ce que j’aime. Bien sûr, il me serait impossible de m’en sortir en écrivant uniquement dans une revue : j’écris dans cinq publications, j’enseigne dans cinq écoles, je programme cinq festivals, j’anime et je produis une émission de télévision et une de radio. En somme, je fais tout ce que je peux pour continuer à vivre de ce que j’aime. C’est un grand privilège.</p>
<p>Pour autant, l’avenir reste inquiétant. L’année dernière j’ai eu un problème de santé et j’ai été paralysé durant cinq mois. Je suis tout de même allé à Cannes où j’avais besoin de trois injections pour parvenir à m’asseoir. Je me suis alors rendu compte que je ne disposerai d’aucun soutien si jamais je ne pouvais plus travailler. Mais dans un même temps, je me dis parfois que j’approche des cinquante-sept ans, et que toutes les personnes que j’ai admirées sont mortes jeunes. Serge Daney est mort à quarante-huit ans. J’ai vécu la vie que je souhaitais vivre, c’est ma seule fierté.</p>
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		<title>Ahmed Shawky : « Aujourd’hui, les critiques traditionnels sont délaissés au profit de profils moins clivants »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/ahmed-shawky-aujourdhui-les-critiques-traditionnels-sont-delaisses-au-profit-de-profils-moins-clivants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Deuxième invité : le critique égyptien Ahmed Shawky.</em></p>
<p><strong>Comment décririez-vous le paysage critique égyptien ? </strong></p>
<p>L’Égypte a l’une des traditions cinématographiques les plus anciennes de la région : le premier film égyptien date de 1917. Ses longs-métrages sont assez largement diffusés dans les pays voisins : au Liban, en Syrie, en Palestine, en Tunisie, au Maroc et en Algérie. Ce rayonnement concerne aussi la critique, dont la pratique s’est diffusée dans la région à partir du noyau que représente la critique égyptienne. Celle-ci s’est particulièrement développée durant les mouvements étudiants et les bouleversements politiques des années 1970. L’association des critiques égyptiens, dont je suis désormais président, a été fondée en 1972. Si la profession s’est depuis institutionnalisée, nous faisons néanmoins face aux mêmes problèmes que partout ailleurs. Je dirige également la FIPRESCI (la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique), position depuis laquelle je vois bien que, quel que soit le pays, les critiques connaissent de grandes difficultés pour obtenir des postes rémunérés. La perte de vitesse de la presse spécialisée et la réduction de l’espace réservé à la culture et au cinéma dans les grands journaux sont évidentes. L’Égypte connaît un boom en termes de sites internet, de chaînes Youtube ou de publications consacrés au cinéma ; mais, en même temps, il est très difficile de vivre de sa pratique critique. Tout le monde doit donc multiplier les activités professionnelles.</p>
<p><strong>Pensez-vous que la FIPRESCI pourrait, au-delà d’analyser la situation de la critique, jouer un rôle plus actif et soutenir matériellement les journalistes touchés par la précarité ? </strong></p>
<p>Nous ne disposons pas des outils pour leur apporter une telle aide. Nous essayons plutôt de collecter des témoignages et de partager nos expériences respectives au monde entier. Lors de nos assemblées générales, nous discutons de très nombreux sujets en lien direct avec la Fédération, mais aussi de ce qui concerne notre profession : qu’est ce qui a affecté la critique durant l’année ? Je vous donne un exemple : en 2023 a eu lieu la projection londonienne de <em>Barbie</em>, à laquelle aucun critique ou journaliste n’a été invité. Il y avait uniquement des influenceurs et des individus s’exprimant sur les réseaux sociaux. Cela marque une évolution : les critiques traditionnels sont délaissés au profit de profils moins clivants.<br>
<strong><br>
Vous avez donc le sentiment que la critique s’affaiblit au profit d’une forme de promotion culturelle ? </strong></p>
<p>Historiquement, la critique a accepté de faire partie de la promotion culturelle. Les producteurs et distributeurs étaient prêts à prendre le risque de s’adresser à des critiques parfois opiniâtres parce qu’ils estimaient que cela pouvait être bénéfique pour l’exposition des films. C’est le « pacte » qui a été passé au siècle dernier. Nous en payons aujourd’hui le prix : les acteurs de l’industrie ont désormais très clairement changé d’avis et privilégient des options moins risquées, ce qui affecte et complique notre travail au quotidien. Mais nous ne pouvons simplement nous contenter de nous plaindre. Ce que nous devons faire, c’est trouver collectivement des moyens de survivre.</p>
<p><strong>Pensez-vous que le champ critique va de plus en plus se détacher de considérations économiques et devenir une activité majoritairement non rémunérée, pour conserver son exigence ?</strong></p>
<p>Je n’ai pas de réponse précise à cette question, mais le milieu va changer, c’est évident. Le besoin de critique est éternel : les gens auront toujours besoin d’entendre ou de lire quelqu’un qui parle des films, qui propose des interprétations et réflexions afin de percevoir les œuvres sous un autre angle. Cette place-là ne sera jamais laissée vide, qu’elle soit occupée par un critique professionnel ou par quelqu’un s’exprimant sur Twitter, dans des livres, ou sous n’importe quelle autre forme. C’est plutôt la tradition du critique rattaché à une seule rédaction, à un journal qui le rémunère, qui est amenée à disparaître. Année après année, la situation se complique, et ce modèle aura sans doute disparu dans dix ans. Mais les opportunités que les nouveaux médias offrent sont très nombreuses et vont contribuer à diversifier le champ critique. Certaines activités seront bénévoles, et des initiatives vont faire naître des espaces où les critiques pourront librement exprimer leur exigence. Et puis, les personnes talentueuses trouveront toujours le moyen d’être rémunérées et de vivre de leur pratique critique.</p>
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		<title>Ishita Sengupta : « En Inde, il nous faut trouver des stratégies pour contourner la censure »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/ishita-sengupta-en-inde-il-nous-faut-trouver-des-strategies-pour-contourner-la-censure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Septième invitée : la critique indienne Ishita Sengupta. </em></p>
<p><strong>Comment décririez-vous l’état de la critique en Inde ? </strong></p>
<p>La critique de cinéma indienne constitue un cas assez particulier, car le pays comprend de multiples industries cinématographiques opérant au sein des différentes régions. Ces industries se distinguent à la fois par des spécificités géographiques et linguistiques ; par exemple, en tant que critique vivant à Mumbai, chef-lieu de l’industrie Hindi, j’écris majoritairement sur des films en Hindi, quand d’autres critiques peuvent se concentrer sur un autre pan de l’industrie. La discipline recouvre par ailleurs plusieurs réalités : les professionnels de la promotion culturelle, ainsi que les journalistes et critiques au sens plus traditionnel du terme, même si la profession est difficilement tenable d’un point de vue économique, ce qui est probablement le cas dans de nombreux autres pays. Pour ma part, j’écris, en plus des critiques, des formats longs et des interviews : il me serait difficile de ne vivre que de la critique.</p>
<p><strong>Vous estimez donc qu’il n’y a pas vraiment de tradition critique commune en Inde ?</strong></p>
<p>Lorsque j’étais plus jeune, je lisais beaucoup de critique « traditionnelle », des textes qui, à cause du manque d’espace dans les journaux, partageaient tous une même structure : quelques mots sur l’intrigue, le thème, et sur la performance des acteurs. Je pense que l’arrivée d’internet a bouleversé ce formatage et a permis une évolution drastique dans l’écriture critique. D’un coup, l’espace et la taille des textes n’étaient plus un problème, et les plumes n’écrivaient plus pour se conformer aux attentes d’un journal patrimonial, mais pour elles-mêmes, pour des blogs personnels ou des revues certes moins connues, mais offrant une indépendance bien plus importante. La profession s’est ainsi considérablement rajeunie, et s’est débarrassée de la hiérarchie interne des grands journaux : il n’est plus nécessaire d’avoir passé dix ans au sein d’une rédaction pour être autorisé à écrire des critiques. Des approches d’écriture innovantes et plus expérimentales ont ainsi pu voir le jour grâce au numérique, bien qu’il faille aussi noter que les espaces rémunérés s’amenuisent. Quoi qu’il en soit, des jeunes critiques ont émergé, qui se servent aussi des films pour aborder des sujets de société plus larges. Le cinéma revêt une place très importante dans la culture indienne, en particulier l’industrie Hindi, qui produit un millier de films chaque année, et qui s’est longtemps nourrie de la multiplicité de la culture indienne. Depuis quelques années, les gouvernements droitiers ont néanmoins fait de ces films des étendards et les ont mis au service de leur propagande. De nombreux critiques cherchent à mettre en lumière cet aspect et à fustiger les différentes formes de censure qui ont pu émerger. Le cinéma Indien connaît donc une phase transitionnelle très intéressante, il n’est plus uniquement un divertissement et porte en lui l’empreinte de l’Histoire. Toutefois, les traces de cet état particulier de l’industrie sont plus décelables dans les textes que dans les films. Ce sont les critiques qui archivent et réfléchissent sur ce tournant du cinéma Hindi.</p>
<p><strong>Sous quelles formes la censure dont vous avez parlé s’exerce-t-elle ? Affecte-t-elle aussi la critique ? </strong></p>
<p>Oui, bien sûr, la censure affecte aussi la critique, personne n’écrit en vase clos. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je suis pigiste : les revues importantes tendent à être particulièrement pusillanimes et ont plus de réticences à publier un texte critiquant le gouvernement ou un film financé par l’État. À vrai dire, c’est presque une culture de l’autocensure qui a émergé et parasite insidieusement les rédactions. À peu près partout, des précautions sont prises pour ne pas irriter le gouvernement, qui a largement investi les réseaux sociaux afin que des comptes trolls attaquent le moindre opposant. La conséquence de cela, c’est que si vous souhaitez critiquer et éreinter un film propagandiste, vous ne serez pas publié, car tout le monde a peur. Depuis deux ans environ, je me tourne donc vers des revues et des journaux internationaux intéressés par ce qu’il se passe en Inde et qui n’ont pas de problème à publier des textes dénonciateurs. Il nous faut trouver des stratégies pour contourner la censure et continuer à écrire des textes subversifs.<br>
<strong><br>
Vous continuez néanmoins à écrire dans des publications indiennes.</strong></p>
<p>Oui, je dois bien payer mon loyer. Mais pour certains textes, je me tourne vers des publications internationales. J’ai par exemple écrit sur l’essor récent des documentaires indiens projetés dans des festivals. Ces films éminemment politiques montrent des choses impossibles à figurer pour la production <em>mainstream</em>, notamment car ils sont soutenus par des financements internationaux. Le revers de la médaille, c’est qu’ils ne sont absolument pas distribués en Inde. Il est par exemple impossible, en dehors de projections privées, de voir<em> Toute une nuit sans savoir</em> de Payal Kapadia. C’est d’ailleurs une autre forme de censure : les films peuvent être totalement coupés des circuits de distribution. L’action du gouvernement prend des formes un peu détournées : un film qui amplifie son discours droitier peut voir par exemple sa distribution élargie, ou avoir plus facilement accès à des déductions d’impôts, ou bénéficier de prix de tickets d’entrée plus bas, etc. Les films plus subversifs ont quant à eux droit à une déferlante d’attaques sur les réseaux sociaux, mais aussi à d’autres tactiques comme le dépôt de multiples rapports de police à l’encontre du réalisateur ou d’un acteur. La censure relève donc plus de l’ordre du découragement que de l’interdiction pure et simple, mais elle reste très intimidante.</p>
<p><strong>Vous avez parlé de l’importance culturelle du cinéma en Inde. Comment les textes critiques sont-ils reçus par le public ? Le lectorat est important ? </strong></p>
<p>Pour répondre à cette question, je vais commencer par décrire plus précisément ce qu’il se passe en ce moment. L’Inde est un pays d’une grande pluralité de religions, castes et traditions, et le cinéma est en quelque sorte devenu un espace fédérateur où ces différents éléments se retrouvent. Les films ont toujours reflété leur contexte de sortie et l’humeur du peuple. Par exemple, lorsque la liberté de la presse a été sévèrement réprimée en 1984, un type de personnage a émergé : le « jeune homme en colère » qui cristallisait en quelque sorte une irritation publique ressentie envers le gouvernement. Aujourd’hui, il me semble qu’aujourd’hui, le gouvernement exploite la popularité du cinéma contre lui-même. Traditionnellement, le cinéma Hindi a toujours été laïque, et représentait une forme de synthèse de la multiplicité culturelle de l’Inde : les trois acteurs Indiens les plus célèbres sont musulmans dans un pays à majorité hindoue. La production contemporaine tend néanmoins de plus en plus à dénigrer les minorités et à mettre en avant des récits nationaux falsificateurs. Si un film n’a pas vocation à être historiquement exact, la production actuelle est mise au service d’un programme politique clair visant à retourner une communauté majoritaire contre les autres communautés. En raison de ce contexte, la critique est divisée et polarisée. Le lectorat est soit contre vous, soit avec vous, si bien que j’ai le sentiment que la nuance des textes est noyée dans la colère ambiante et le vacarme des réseaux sociaux. Il y a en fait de moins en moins de lecteurs puisque, en raison de la censure et de la propagande, les films se ressemblent de plus en plus. Cet appauvrissement de la production fait aussi de nous de moins bons critiques. De toute manière, la situation professionnelle des critiques devient de plus en plus intenable. Nous sommes contraints d’accepter d’être peu payés parce que nous faisons un métier qui nous passionne. Mais c’est aussi un travail très solitaire où l’on est seul avec son ordinateur. Et tous les jours, on découvre une nouvelle revue ayant dû cesser sa publication pour des raisons économiques ; les espaces où nous aurions pu écrire, ou que nous avons toujours lus disparaissent ainsi un à un, et avec eux quantité de textes qui font partie de l’histoire de l’art. L’époque n’est pas tendre avec nous, mais en retour, la critique me semble aujourd’hui d’autant plus essentielle.</p>
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		<title>Yang Chen Yuan : « L’arrivée de ma génération correspond à un point de rupture dans la critique taïwanaise »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/yang-chen-yuan-larrivee-de-ma-generation-correspond-a-un-point-de-rupture-dans-la-critique-taiwanaise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Troisième invité : le critique taïwanais Yang Chen Yuan, qui signe ses textes avec le nom de plume « MrGeckoBiHu ».</em></p>
<p><strong>Il y a quelques mois, vous avez commencé à traduire certains de vos textes en anglais. Lors de la préparation de cet entretien, vous m’avez confié « d’avoir fait le tour » de la critique taïwanaise. Pourquoi donc ?</strong></p>
<p>C’est une longue histoire. J’ai commencé à écrire en 2017, époque à laquelle la critique a connu un changement de paradigme. De nombreux médias en ligne avaient alors des sections consacrées au cinéma et faisaient appel à des pigistes pour rédiger des critiques. J’étais quant à moi occupé à écrire un article sur <em>Twin Peaks : Fire Walk With Me</em>, qui n’avait pas encore été vraiment réhabilité à Taïwan. Un ami pigiste m’a alors demandé d’écrire la critique d’un film taïwanais à sa place et c’est ainsi que j’ai intégré ce milieu. Je me suis cependant montré très vite sévère envers la production locale, qui propose massivement deux types de films : d’un côté, des fictions « humanistes » vantant leur réalisme mais qui présentent en fait une vision enchantée et béate du monde ; de l’autre, des films plus sombres aux sujets sociaux sérieux, qui tendent à regarder leurs personnages de haut. De manière générale, la plupart de ces productions sont aseptisées et superficielles. Lorsque j’ai pointé cet état du cinéma taïwanais, on m’a taxé de radical.</p>
<p>La génération de critiques à laquelle j’appartiens est à vrai dire apparue à un moment de rupture, notamment parce que la précédente s’est révélée ankylosée. Cette dernière – contre laquelle j’ai beaucoup bataillé – a fleuri au début des années 2000 et faisait plus de la promotion culturelle que de la critique. Ce n’est pas une question d’âge, mais de contexte financier : l’industrie taïwanaise était en grande difficulté au tournant du XXIe siècle et la critique a donc encensé aveuglément la majorité de la production. Au même moment, les producteurs ont réclamé plus de pouvoir, déclarant que la situation économique était liée à un trop-plein de films d’auteurs, ce qui est faux : le cinéma d’auteur, par définition, n’attire pas les foules. Si l’industrie était en crise, c’était parce que ces producteurs étaient incapables de faire de bons films commerciaux, à même de rivaliser avec Hollywood. Par ailleurs, de plus en plus de coproductions avec la Chine ont émergé, qui faisaient preuve d’une grande timidité sur les questions de politique internationale : si la production contemporaine veut réussir, elle doit pouvoir se vendre en Chine. Dresser cet état des lieux du cinéma taïwanais n’a pas été de tout repos ; certaines de mes critiques les plus virulentes m’ont valu des menaces de poursuites judiciaires de la part de producteurs et de réalisateurs. On pourrait se demander pourquoi j’ai consacré tant de temps à écrire sur un cinéma que je détestais tant, mais il y a tout de même un pan important de la production documentaire et de court-métrages d’artistes vidéo que je n’ai jamais cessé de défendre. Ma position est aujourd’hui de plus en plus partagée et comprise, tandis que des cinéastes singuliers issus du champ du documentaire ou de l’art contemporain émergent désormais régulièrement. C’est pour cela que j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de ce que j’avais à dire.</p>
<p><strong>Ce que vous dites illustre l’un des rôles de la critique : on n’écrit pas seulement sur un cinéma que l’on n’aime pas pour signifier notre désamour, mais aussi dans l’espoir qu’il devienne meilleur.</strong></p>
<p>Oui, en effet. Ces dernières années, j’ai beaucoup réfléchi à mes textes, dont les plus substantiels sont majoritairement négatifs. Leur objectif n’était cependant pas d’influencer les réalisateurs pour qu’ils s’améliorent. Je pense que ces derniers sont incapables de changer. Je n’écris pas pour eux, mais pour un public imaginaire de futurs cinéastes, qui ne doivent pas suivre les mauvais exemples donnés par leurs prédécesseurs.<br>
<strong><br>
Vous écrivez à la fois pour diverses publications taïwanaises et pour votre blog personnel.</strong></p>
<p>Au départ, mon blog me servait principalement à publier des textes plus spontanés, qui pouvaient parfois s’éloigner un peu de la critique traditionnelle. Mais depuis quelque temps, les médias qui publiaient des critiques connaissent d’importantes difficultés financières, ferment les uns après les autres ou commandent moins de textes. J’ai donc décidé de prendre mon blog plus au sérieux, d’autant plus que les quelques sites qui pourraient continuer à me publier dissimuleraient mes critiques derrière des <em>paywalls</em>. Soyons honnêtes : cela équivaudrait à peu près à effacer les textes ; personne ne les lirait plus, si ce n’est les gens qui ont de l’argent à perdre et ce n’est de toute façon pas pour eux que j’écris. Mon rapport à l’écriture est bousculé par ce contexte économique : avant je pouvais au moins me persuader que mon travail me rapportait un peu d’argent, mais j’ai désormais l’impression que j’écris « pour rien », ce qui sape mon énergie. De manière générale, la place accordée à la critique diminue nettement, elle est peu à peu remplacée par des entretiens, par la couverture de festivals (pour lesquels nous payons nous-mêmes nos déplacements), etc. Je trouve que l’exercice de l’entretien peut être très intéressant, mais il n’est pas fait pour moi, ce n’est pas tout à fait de la critique à mes yeux. Les derniers lieux où l’on peut encore être payé pour écrire sont en général financés par l’État, comme l’Institut du film taïwanais, par exemple.</p>
<p><strong>Cela soulève bien sûr la question de l’avenir de la critique, et de sa popularité auprès de la jeunesse cinéphile.</strong></p>
<p>Le nombre de lecteurs est très fluctuant. Les textes les plus lus portent généralement sur un film taïwanais qui a beaucoup fait parler de lui ; mes écrits les plus offensifs étaient par exemple assez partagés. Ce n’est pas tant la critique en elle-même qui est populaire, mais plutôt des films qui font phénomène, comme ce fut récemment le cas pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/knits-island-lile-sans-fin/" target="_blank" rel="noopener"><em>Knit’s Island</em></a>, très apprécié à Taïwan. Facebook a longtemps constitué un lieu d’échange privilégié par toutes et tous, où s’organisaient par exemple des actions politiques, mais ce réseau est désormais largement abandonné par les jeunes. Ceux-ci tendent plutôt à utiliser Instagram ou Threads, où fleurissent des réactions vives et non de véritables textes. Je ne sais pas ce qu’il en est des autres pays.</p>
<p><strong>Le réseau Letterboxd est notamment très populaire dans les cercles cinéphiles.</strong></p>
<p>Tout à fait, ici aussi. L’application m’a également permis de me rendre compte d’une recrudescence de la cinéphilie. Mais je dois dire que c’est autre chose qui m’est venu en tête lorsque vous m’avez parlé de l’avenir de la critique. La situation géopolitique de Taïwan est de plus en plus complexe, nous ne nous demandons plus quand nous allons être attaqués, mais où, quelles îles vont être frappées en premier ? Lorsque je pense au futur, la critique occupe bien moins mon esprit que la guerre qui se profile.</p>
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		<title>Wilfred Okiche : « L’industrie cinématographique nigériane est née d’un agglomérat d’identités et de cultures »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/wilfred-okiche-lindustrie-cinematographique-nigeriane-est-nee-dun-agglomerat-didentites-et-de-cultures/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Sixième invité : le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/wilfred-okiche-lindustrie-cinematographique-nigeriane-est-nee-dun-agglomerat-didentites-et-de-cultures/" title="Read  Wilfred Okiche : « L’industrie cinématographique nigériane est née d’un agglomérat d’identités et de cultures »">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Sixième invité : le critique nigérian Wilfred Okiche. </em><br>
<strong><br>
Comment devient-on critique au Nigéria ? Existe-t-il une critique de cinéma établie ? </strong></p>
<p>Le milieu de la critique de cinéma est profondément lié à l’industrie cinématographique, il ne peut exister hors d’elle. S’il n’y a pas de films, il n’y a rien à critiquer. La production de Nollywood – l’appellation que l’on donne au pan commercial du cinéma nigérien – concernait à l’origine essentiellement le marché du direct-to-video. Durant mon enfance, il n’y avait pas de cinéma au Nigéria : dans les années 1960 et 1970, des films étaient encore produits à destination des salles mais, à partir de la récession des années 1980, elles ont dû fermer. C’est sur ce vide que Nollywood s’est construite, et les films ont été conçus avec l’unique technologie qui était alors à leur disposition : la vidéo. Au début des années 2000, l’ouverture d’un premier cinéma à Lagos a entériné la renaissance des salles, et de plus en plus de films ont dès lors été produits pour elles. C’est à ce moment-là que la critique a, elle aussi, connu une forme de résurrection. Au départ, elle se rapprochait davantage du journalisme culturel ou de divertissement. Il y avait quelques critiques au sens traditionnel du terme, mais on ne pouvait pas vraiment faire carrière dans le milieu. J’ai moi-même débuté dans le journalisme, et mon rédacteur en chef m’encourageait à écrire sur les films. Je n’avais pas vraiment de mentor et j’ai donc dû apprendre en étudiant les textes de critiques internationaux – je lisais notamment beaucoup de critique américaine. Puis, j’ai eu la chance de pouvoir aller en festivals et d’y suivre des ateliers d’apprentissage. C’est à partir de là que je me suis senti la légitimité de poursuivre dans la critique, et que j’ai entrevu une manière d’y faire carrière.</p>
<p>Les festivals ont été déterminants pour cela. Bien sûr, ils ne sont pas parfaits et ont parfois des œillères ; certains sont plus volontaristes que d’autres en ce qui concerne la diversité de leur programmation ou l’inclusion de jeunes critiques. Ils demeurent quoi qu’il en soit très importants pour notre profession : ils nous permettent de regarder des films issus du monde entier et de découvrir de nouveaux styles, différents de ce que l’on verrait dans nos pays respectifs. Et puis ce sont des lieux où l’on échange des idées, où l’on discute avec des gens qui nous ressemblent.</p>
<p><strong>La particularité structurelle de l’industrie nigériane (initialement une industrie concentrée sur le direct-to-video) a‑t-elle donné naissance à une esthétique singulière ? </strong></p>
<p>Oui, bien sûr. L’esthétique dépend toujours des structures et contextes de production. Aux débuts de Nollywood, le Nigéria a connu de sérieuses difficultés économiques. La légende raconte qu’un homme d’affaires a essayé d’importer des cassettes vidéo, mais il n’arrivait pas à les vendre. Il a alors décidé de doubler les dialogues avec du contenu original auquel les nigérians pourraient davantage s’identifier. C’est ce chemin commercial que l’industrie a suivi et sur lequel elle a fleuri. Comme les films étaient en vidéo, leurs concepteurs n’avaient pas vraiment suivi de formation ou fait d’écoles de cinéma. Certains venaient du théâtre, mais la majorité caressait simplement le désir de faire des films, ou avait flairé un filon commercial prometteur. Et puis, au fil des succès, l’industrie s’est peu à peu organisée, les réalisateurs et techniciens se sont formés, etc. Tout ce contexte a coloré l’évolution et la croissance de l’industrie. Un système de formation a été mis en place, similaire à ce qui s’est fait dans les studios américains, où l’on apprenait en pratiquant, sous la direction d’un mentor. À mesure que la demande augmentait, un star-system est né, et puis, comme certaines stars devenaient trop puissantes, les producteurs ont plus ou moins mis fin au système. L’industrie cinématographique nigériane est donc née d’un agglomérat de toutes ces identités et cultures. Mais lorsque l’on parle de Nollywood, cela évoque tout de même une esthétique particulière – pas nécessairement celle du direct-to-video, mais quelque chose de « fait maison », d’immédiatement identifiable. Des films qui pourraient être réalisés par nos voisins, par les gens que l’on croise à deux pas de chez soi.</p>
<p><strong>Est-ce que cette croissance de l’industrie a été accompagnée par une institutionnalisation, ou une politique de financement par l’État ? Le secteur de la critique est-il soutenu ? </strong></p>
<p>Non, il n’y a rien. L’État n’aide presque aucune production. Enfin, il peut arriver qu’il participe, mais cela n’a rien à voir avec le système français. Tout ou presque relève du privé. Certains gouvernements ont été plus volontaristes que d’autres, mais aucune politique réellement significative n’a été mise en place. Parfois, l’État aide à la construction de cinémas ou offre quelques subventions, mais rien de substantiel. Et rien de tout cela ne concerne la critique. Les seuls organismes ayant soutenu la critique au Nigéria sont internationaux : l’Alliance Française, l’Institut Goethe, etc.</p>
<p><strong>Existe-t-il tout de même des formes d’organisation collective au sein de la critique nigériane, des structures qui sont mises en place ? </strong></p>
<p>Oui, les gens s’efforcent de s’organiser. Il y a plus de critiques que lorsque j’ai débuté, mais la situation est difficile. Cela doit être la même chose dans votre pays : plus personne ne paie les critiques en tant que membres réguliers d’une rédaction. Chaque critique poursuit donc sa pratique par passion, et la cumule avec une autre activité professionnelle. Nous avons essayé de nous organiser collectivement avec d’autres critiques, en créant des groupes Whatsapp pour échanger des informations et des idées. Certains tentent de lancer des ateliers d’apprentissage ou de perfectionnement. De petites poches d’organisation émergent, mais elles demeurent marginales. De toute manière, comme la critique cinématographique ne constitue pas une option de carrière viable, il est très difficile de s’organiser.</p>
<p><strong>Vous avez beaucoup parlé de votre appréciation des festivals. Est-il difficile de trouver un équilibre entre la défense d’une filmographie, qui est généralement sous-représentée dans ces institutions (le cinéma nigérian), et le maintien de son exigence critique ? </strong></p>
<p>Il faut, dans son appréciation d’un film, prendre en compte l’économie dans lequel il est produit, son contexte de production, tout en demeurant fidèle à ce que l’on a vu et ressenti, à l’idée que l’on se fait du film. Mais aucune production n’existe en vase clos. Je pense que les critiques doivent également essayer d’apprendre les différentes histoires cinématographiques nationales, lire les entretiens des cinéastes, les articles d’autres journalistes, etc. C’est pour cela qu’il existe une volonté de diversifier le champ de la critique ; pendant de nombreuses années, les critiques venaient peu ou prou du même milieu social. L’uniformité du champ critique rendait difficile la prise en compte de certains objets précis. Je suis par ailleurs en désaccord avec l’idée que le processus de production d’un film devrait être ignoré par la critique. Par exemple, les films en compétition à Cannes sont certes tous réunis dans une même sélection, mais leur historique de production, leurs contextes de fabrication sont très divers. Tout cela doit entrer en jeu lorsque l’on écrit sur un film.</p>
<p><strong>Vous écrivez très majoritairement sur le cinéma nigérian et africain. Est-ce parce qu’ils vous intéressent particulièrement ou parce qu’on vous propose d’écrire des articles dessus ?&nbsp;</strong></p>
<p>J’ai commencé ma carrière en écrivant sur des films nigérians et africains. Et c’est ce que je préfère, principalement parce qu’il n’y pas assez de gens qui le font. Trop de critiques sont consacrées aux films hollywoodiens, français et allemands. Personne n’est intéressé par mon avis sur <i>Anatomie d’une chute</i> ou <i>Emilia Perez</i>, mais je crois qu’il y&nbsp;a un public pour ce que j’ai à&nbsp;dire sur les films nigérians, sud-africains, ghanéens et sénégalais. Le facteur économique entre bien évidemment en compte&nbsp;: je suis payé pour ces textes. Mais c’est surtout en raison de ma préférence pour ce sujet, sur lequel&nbsp;je me sens le plus érudit. J’écrirai à propos de ce cinéma aussi longtemps que je le pourrais.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/wilfred-okiche-lindustrie-cinematographique-nigeriane-est-nee-dun-agglomerat-didentites-et-de-cultures/">Wilfred Okiche : « L’industrie cinématographique nigériane est née d’un agglomérat d’identités et de cultures »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Natalia Winkelman : « La critique manque d’espaces collectifs »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/natalia-winkelman-la-critique-manque-despaces-collectifs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Cinquième invitée : la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/natalia-winkelman-la-critique-manque-despaces-collectifs/" title="Read  Natalia Winkelman : « La critique manque d’espaces collectifs »">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se porte et se pratique aujourd’hui la critique en dehors des frontières de l’Hexagone ? Cinquième invitée : la critique états-unienne </em><em>Natalia Winkelman. </em></p>
<p><strong>Comment vous êtes-vous lancée dans la critique ? </strong></p>
<p>J’ai toujours aimé écrire et, arrivée au lycée, j’ai commencé à m’intéresser plus sérieusement au cinéma et à dévorer les films. Je sentais pourtant que je n’avais pas l’œil pour faire des films et j’ai plutôt décidé d’étudier le cinéma à l’université, de m’intéresser à sa théorie et à son histoire. C’est là que j’ai suivi un cours portant sur la critique, dispensé par une professeure formidable, Karen James, qui écrit notamment au <em>New York Times</em>. À partir de là, j’ai pas mal vadrouillé sur la scène cinématographique new-yorkaise et commencé à écrire des piges.</p>
<p><strong>Comment enseigne-t-on la critique et, par extension, comment l’apprend-on ? </strong></p>
<p>À l’époque, j’étais totalement immergée dans l’écriture et le mode de pensée du champ universitaire. Il s’agit d’un ton et d’une sensation complètement différents de l’écriture critique. Je lisais un peu le <em>New Yorker</em> et le <em>New York Times</em>, mais je ne m’étais jamais vraiment intéressée à l’histoire et à la méthode critique. Il me semble que l’écriture critique est bien plus joueuse, elle a plus de personnalité que l’écriture universitaire. Apprendre la critique c’était donc pour moi désapprendre les réflexes acquis à l’université ; chercher à mettre plus de moi dans les textes, à y être plus relâchée, plus drôle. Il ne s’agissait pas vraiment de forger son goût, de déterminer ce qui faisait un bon ou un mauvais film, mais plutôt d’apprendre à écrire d’une certaine manière. La question du style est primordiale ; lorsque je lis un texte, l’opinion qui y est défendue m’importe bien moins que la qualité de l’écriture en elle-même.</p>
<p>Lorsque j’ai commencé à écrire, je lisais voracement les critiques que j’admirais le plus, en étudiant de près leur style et la construction de leurs phrases, avant de les émuler dans mes propres textes. Et puis mon écriture s’est développée naturellement depuis ce point de départ, nourrie par ces lectures constantes. Je ne saurai pas réellement décrire mon style, c’est quelque chose de très difficile à cerner. Je pense aussi que l’écriture doit, dans une certaine mesure, s’adapter aux publications dans lesquelles les textes paraissent, qui ont souvent un « style maison ». Par exemple, comme j’écris maintenant depuis quelques années pour le <em>New York Times</em>, j’ai l’impression de m’être adaptée à leur style et aux attentes de mes relecteurs.</p>
<p><strong>Y a‑t-il une tradition critique propre au <em>New York Times</em> ? Dans quelle mesure vous inscrivez-vous dans cette dernière ? </strong></p>
<p>J’adorerai faire partie de la tradition critique du <em>New York Times</em>, c’est une publication historiquement importante et qui est aujourd’hui encore d’une grande qualité. Cependant, je suis pigiste donc je n’écris que lorsqu’on me commande un texte et je ne travaille pas depuis leurs bureaux. Mais dans un même temps, je pense que les rédacteurs en chef parviennent à proposer une ligne éditoriale et une sensibilité très cohérentes.</p>
<p><strong>Avez-vous l’impression de faire partie d’un collectif ou votre statut de pigiste tend-il plus à vous isoler ? </strong></p>
<p>J’aimerais beaucoup faire plus franchement partie d’un collectif. Par le passé, Twitter était un espace où les critiques pouvaient se rassembler et discuter, découvrir de nouvelles plumes, etc. C’était presque l’épicentre de la critique, au sein duquel s’échangeaient les impressions en festival, où critiques et public étaient en contact direct. Cet espace-là n’existe plus vraiment : Twitter est devenu quasi inutilisable et je ne sais pas si ses alternatives ont pu donner naissance à des espaces d’échanges similaires. Peut-être que c’est un vide qu’a rempli Letterboxd, où n’importe qui peut publier ses petites capsules critiques et découvrir ce qu’ont vu ses amis. Je ne sais pas si c’est un espace qui permettra au « mode critique » de subsister. Si je souhaite vraiment lire de la critique, je me tourne en général vers des plumes et publications que je connais et admire déjà.</p>
<p><strong>Plusieurs personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenus pour cette série ont affirmé que la forme traditionnelle du métier de critique était en train de disparaître. Partagez-vous ce sentiment ? Comment décririez-vous le paysage critique américain actuel ? </strong></p>
<p>J’échange régulièrement avec certains critiques qui travaillent dans une publication majeure depuis des années. Mais il me semble que le métier qu’ils me décrivent n’existe plus vraiment, du moins sous cette forme. Aujourd’hui, il est très difficile pour la grande majorité des critiques de gagner suffisamment d’argent pour vivre, et cela reflète des tendances plus larges dans le champ du journalisme et des médias. Et puis, il n’y a plus énormément de publications, un média comme The A.V. Club a été complètement éviscéré. Les rares postes qui s’ouvrent sont vite remplis et il ne reste alors plus que la pige comme opportunité professionnelle. Beaucoup de critiques que je connais sont forcés de cumuler plusieurs emplois, la vie est extrêmement chère, surtout à New York, et certains de mes camarades sont très inquiets quant à leurs potentiels frais médicaux. C’est un contexte effrayant. Quand j’étais à l’université, des critiques venaient parfois nous avertir de ne pas nous lancer dans le milieu, ils nous disaient qu’il n’y avait pas de travail et pas d’argent. C’est quelque chose qu’on entend toujours. Mais les bons textes restent nécessaires. Pour ma part, je ne souhaite pas être la personne qui est tant indignée par son milieu qu’elle recommande aux autres de ne pas s’y lancer.</p>
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		<title>Jeunesse, suite et fin</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/jeunesse-suite-et-fin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 10:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que nous raconte la structure singulière de Jeunesse (Retour au pays), et comment permet-elle à Wang Bing de parachever une fresque aussi lucide que désespérée ? La sortie de Retour au pays intervient deux ans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/jeunesse-suite-et-fin/" title="Read  Jeunesse, suite et fin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Que nous raconte la structure singulière de </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener">Jeunesse (Retour au pays)</a><em>, et comment permet-elle à Wang Bing de parachever une fresque aussi lucide que désespérée ?</em></p>
<p>La sortie de <em>Retour au pays</em> intervient deux ans après la présentation du premier volet, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-le-printemps-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Le Printemps</em></a>, au Festival de Cannes 2023. Il faut prendre les deux années écoulées entre le début et la fin de ce triptyque, ainsi structuré pour les besoins de sa diffusion en salles, comme une opportunité : le découpage en épisodes et le temps passé à vivre avec <em>Jeunesse</em> permettent d’en circonscrire plus précisément l’architecture et de mieux comprendre le récit qu’échafaude Wang Bing sur près de dix heures. Le jeu des comparaisons entre les différents morceaux de la fresque présidait déjà au visionnage des <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener"><em>Tourments</em></a>, dont la trame répétait peu ou prou celle du <em>Printemps</em>, en partant de la (re)découverte des ateliers de Zhili, pour déployer ensuite une série d’événements dramatiques avant un retour au foyer conclusif, dans les campagnes d’où sont originaires les jeunes ouvriers<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327613_590('footnote_plugin_reference_327613_590_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_327613_590('footnote_plugin_reference_327613_590_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327613_590_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327613_590_1" class="footnote_tooltip">Une structure que l’on pouvait déjà trouver dans certains passages des films précédents de Wang Bing, par exemple dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-louest-des-rails/" target="_blank" rel="noopener"><em>À l’ouest des rails</em></a> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-la-folie/" target="_blank" rel="noopener"><em>À la folie</em></a>, qui comptaient également quelques « retours au pays », plus ou moins provisoires, loin des usines et des asiles.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327613_590_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327613_590_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Par comparaison avec son prédécesseur, le film s’attelait toutefois à densifier sa partie centrale et à en montrer une facette inédite (des patrons qui se volatilisent, des ateliers laissés à l’abandon, etc.) : en étirant les scènes de conflit et en exacerbant leur enchevêtrement, ce deuxième volet distillait un sentiment plus sombre à partir de situations en apparence similaires (des négociations salariales ou des tentatives de grève avortées).</p>
<p><em>Retour au pays</em> semble à cet égard reconduire le contrat fixé par les deux premiers films. S’il s’ouvre dans la ville et les environs de Zhili comme <em>Le Printemps</em> et <em>Les Tourments</em>, son segment principal n’est pas consacré à la lutte entre les ouvriers et leurs employeurs mais au retour, comme son titre l’indique, des travailleurs dans leurs provinces natales (celles du Yunnan, de l’Anhui ou du Hubei). Ce faisant, le film paraît allonger les troisièmes parties des précédents, la structure du triptyque dans son ensemble épousant celle de ses propres segments. Si l’on considère A comme la découverte des ateliers, B comme le moment de la crise et C comme celui du retour aux provinces natales des travailleurs, Jeunesse serait mathématiquement structuré ainsi : d’abord AAABC (<em>Le Printemps</em>), ensuite ABBBC (<em>Les Tourments</em>), puis ABCCC (<em>Retour au pays</em>). Mais comme souvent, Wang Bing tord la logique apparente de son scénario documentaire<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_327613_590('footnote_plugin_reference_327613_590_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_327613_590('footnote_plugin_reference_327613_590_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_327613_590_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_327613_590_2" class="footnote_tooltip">Ainsi des règles qu’il semblait au départ s’imposer : par exemple l’absence d’intervention orale de l’opérateur au sein des scènes documentées dans <em>Le Printemps</em>, alors que l’un des filmeurs des <em>Tourments </em>s’entretient à un moment donné avec un ouvrier, et que plusieurs personnages s’adressent, dans <em>Retour au pays</em>, directement à la caméra.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_327613_590_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_327613_590_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Dans la dernière partie de <em>Retour au pays</em>, le cinéaste filme un retour au pays, puis un retour aux ateliers, suivi d’un autre retour au pays et d’un nouveau retour aux ateliers, dans un enchaînement terrassant qui semble pouvoir se reproduire à l’infini (au point qu’on risque de s’y perdre, malgré les indications temporelles fournies par plusieurs intertitres). Il n’y a donc pas<em> un retour</em> mais <em>des retours</em> – au pays comme à l’usine, de plus en plus brefs et dont les issues paraissent de plus en plus âpres.</p>
<p>Derrière sa facture plus apaisée, avec davantage de respirations et d’échappées, <em>Retour au pays</em> s’accompagne en effet d’un grand désespoir : celui d’être coincé dans un cercle vicieux où la pauvreté au travail nous ramène à celle du foyer, qui nous renvoie lui-même à l’enfer du travail, et ainsi de suite. La prison de <em>Jeunesse</em> n’est pas seulement spatiale (celle des dortoirs miteux qui ressemblent à des geôles empilées les unes sur les autres) : elle est aussi temporelle, en ce que les jeunes de Zhili sont piégés, au fil des saisons, dans une boucle récursive. Que trouve-t-on à la fin de ce ruban – puisque le film a bel et bien une fin ? La réponse est dans le dernier plan, montrant un travailleur coincé entre quatre murs, seul devant sa machine à coudre. Le printemps revient toujours ; il faut retourner au travail.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327613_590();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_327613_590();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_327613_590">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_327613_590" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327613_590('footnote_plugin_tooltip_327613_590_1');"><a id="footnote_plugin_reference_327613_590_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Une structure que l’on pouvait déjà trouver dans certains passages des films précédents de Wang Bing, par exemple dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-louest-des-rails/" target="_blank" rel="noopener"><em>À l’ouest des rails</em></a> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-la-folie/" target="_blank" rel="noopener"><em>À la folie</em></a>, qui comptaient également quelques « retours au pays », plus ou moins provisoires, loin des usines et des asiles.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_327613_590('footnote_plugin_tooltip_327613_590_2');"><a id="footnote_plugin_reference_327613_590_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ainsi des règles qu’il semblait au départ s’imposer : par exemple l’absence d’intervention orale de l’opérateur au sein des scènes documentées dans <em>Le Printemps</em>, alors que l’un des filmeurs des <em>Tourments </em>s’entretient à un moment donné avec un ouvrier, et que plusieurs personnages s’adressent, dans <em>Retour au pays</em>, directement à la caméra.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_327613_590() { jQuery('#footnote_references_container_327613_590').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327613_590').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_327613_590() { jQuery('#footnote_references_container_327613_590').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_327613_590').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_327613_590() { if (jQuery('#footnote_references_container_327613_590').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_327613_590(); } else { footnote_collapse_reference_container_327613_590(); } } function footnote_moveToReference_327613_590(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327613_590(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_327613_590(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_327613_590(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/jeunesse-suite-et-fin/">Jeunesse, suite et fin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>34e Festival Biarritz — Amérique Latine</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/34e-festival-biarritz-amerique-latine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Jul 2025 09:38:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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			</item>
		<item>
		<title>31e L’étrange festival</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/31e-edition-letrange-festival/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Jul 2025 09:29:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
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			</item>
		<item>
		<title>Rétrospective Edward Yang</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/retrospective-edward-yang/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Jul 2025 09:12:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=328183</guid>

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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/news/agenda/retrospective-edward-yang/">Rétrospective Edward Yang</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Accident de piano</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laccident-de-piano/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jul 2025 10:30:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=327825</guid>

					<description><![CDATA[<p>« C’est qui Steven Spielberg ? » demande naïvement à sa coiffeuse Magalie Moreau (Adèle Exarchopoulos), une star des réseaux sociaux. La réponse qu’elle lui donne (« Un mec qui faisait des films avant »)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laccident-de-piano/" title="Read  L’Accident de piano">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laccident-de-piano/">L’Accident de piano</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« <em>C’est qui Steven Spielberg ?</em> » demande naïvement à sa coiffeuse Magalie Moreau (Adèle Exarchopoulos), une star des réseaux sociaux. La réponse qu’elle lui donne (« <em>Un mec qui faisait des films avant</em> ») ancre le film de Quentin Dupieux dans un présent où le cinéma et ses auteurs auraient été tout simplement effacés pour être remplacés par des contenus courts, typiques du nouveau langage visuel mis à jour par TikTok, où le prosaïque cohabite avec le loufoque. Les vidéos de Magalie présentent pourtant une particularité au regard du tout-venant qui circule sur le réseau chinois : elles mettent en scène des expériences de souffrance extrême allant de l’automutilation (passer sa main sous une machine à coudre, par exemple) au <em>body art</em> amateur (se faire broyer les jambes par un lave-linge, avoir le visage détruit par un boxeur). L’ultime performance, qui donne son titre au film, consiste à se faire écraser par un piano suspendu à l’aide d’une grue. Quelque chose coince toutefois un peu dans le propos satirique du film, celui-ci ne regardant peut-être pas tant le présent que le passé. Âgé aujourd’hui d’une cinquantaine d’années, Dupieux n’appartient pas à la génération TikTok ; les premières vidéos de Magalie sont d’ailleurs enregistrées sur des cassettes avant de s’adapter à des formats plus contemporains. D’une époque à l’autre, ce qui se dessine néanmoins (et cette idée est sans doute chère à Dupieux) est la pérennité d’une forme d’idiotie évoquant par moments l’esprit de <em>Jackass</em>, l’émission de cascades <em>white trash</em> qui fit les beaux jours de MTV au début des années 2000.</p>
<p>Le projet du film n’est donc pas tant celui de la satire de notre dépendance aux réseaux que d’un retour à une forme d’artisanat, voire d’amateurisme (les premières vidéos de Magalie sont littéralement tournées <em>à la maison</em>), projet plutôt resté lettre morte chez Dupieux depuis <em>Le Daim</em> où le personnage de Jean Dujardin se vivait déjà comme le héros d’un film et cherchait les moyens de le tourner. Projet paradoxal, il faut le souligner, car tout en renouant avec l’esthétique aride de la période américaine de Dupieux, les vidéos réalisées par Magalie se montrent incapables d’en retrouver vraiment l’esprit. Elles relèvent au contraire d’un certain calcul (comme toute star d’internet, elle se professionnalise) et sont jetées en pâture à une communauté pour laquelle le film n’a manifestement aucune empathie (voir le personnage de fan sans cerveau incarné par Karim Leklou). Mais passons sur ces contradictions pour regarder la position étrange que le film adopte. Cette étrangeté tient d’abord au casting, opposant deux registres de jeu : la crétinerie assumée pour Adèle Exarchopoulos et l’intellectualisation bourgeoise pour Sandrine Kiberblain, qui joue le rôle d’une journaliste tentant de comprendre le sens de l’« œuvre » de Magalie. Entre ces deux pôles, Dupieux se situe clairement du côté de son personnage principal et la profession de foi de Magalie pourrait tout aussi bien être la sienne : ne pas bâtir d’œuvre, ne pas chercher de sens, faire comme le facteur — toujours un peu la même chose.</p>
<h2>Dumb and dumber</h2>
<p>Sauf que le film nous oblige à adopter la position de la journaliste, donc à être un peu critique et réflexif. Par exemple, on relève que le chalet où Magalie est venue prendre du repos en compagnie de son assistant (Jérôme Commandeur) est aussi sinistre que le commissariat d’<em>Au poste !</em>. Cette prédilection de Dupieux pour les espaces vides, fonctionnels ou désincarnés (on pourrait citer aussi le restaurant routier du <em>Deuxième acte</em> et la salle de théâtre clairsemée de <em>Yannick</em>) donne le sentiment qu’il creuse film après film le décor de sa propre tombe et que tout le cinéma français, d’Alain Chabat à Louis Garrel en passant par Vincent Lindon, porte son cercueil (d’où la récurrence d’une tonalité morbide ici littéralement incarnée par le bois du chalet, qui sent le sapin). Si l’apparition de Sandrine Kiberlain dans le deuxième acte du film apporte une structure plus dynamique, celle-ci, comme souvent chez Dupieux, n’aboutit pas à une synthèse très convaincante, l’histoire ayant beaucoup de mal à se conclure.</p>
<p>Entre un début sinistre et une fin laborieuse, on aura pourtant le sentiment d’avoir vu, au milieu de <em>L’Accident de piano</em>, le meilleur de Dupieux. Cette réussite (relative) repose essentiellement sur Adèle Exarchopoulos : ses difficultés d’élocution, ses soupirs enfantins, ses petits sourires en coin et sa bêtise assumée font de Magalie un grand personnage idiot et immature, plus proche de l’univers de frères Farrelly que de celui de la comédie française populaire, que Jérôme Commandeur semble devoir incarner. Avec elle, le film régresse, s’ouvre au passé, à l’enfance et aux « jackasseries » dans lesquelles se reflètent aussi la mélancolie de Dupieux, sa nostalgie de la liberté, sa fantaisie et sa folie perdues. Le « <em>mec qui faisait des films avant </em>», en somme, c’est lui.</p>
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		<title>Reflet dans un diamant mort</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/reflet-dans-un-diamant-mort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jul 2025 10:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Laissez bronzer les cadavres, adapté de Manchette, Hélène Cattet et Bruno Forzani cherchaient à bouleverser la formule établie par leurs deux premiers longs-métrages. En tempérant la radicalité de leurs œuvres précédentes, ce pastiche de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/reflet-dans-un-diamant-mort/" title="Read  Reflet dans un diamant mort">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec <em>Laissez bronzer les cadavres</em>, adapté de Manchette, Hélène Cattet et Bruno Forzani cherchaient à bouleverser la formule établie par leurs deux premiers longs-métrages. En tempérant la radicalité de leurs œuvres précédentes, ce pastiche de western spaghetti à la narration plus traditionnelle tendait à diluer en partie ce qui faisait leur singularité face à la cohorte de dandys fétichistes qui avaient depuis piétiné leurs plates-bandes (de Mandico à Gonzalez en passant par Poggi et Vinel). En comparaison, <em>Reflet dans un diamant mort </em>ferait presque passer <em>Laissez bronzer les cadavres</em> pour un film des frères Dardenne. Dégainant une idée visuelle ou sonore par seconde, il semble revenir à la source expérimentale qui abreuvait <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amer/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Amer</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/l-etrange-couleur-des-larmes-de-ton/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Étrange Couleur des larmes de ton corps</em></a>, films labyrinthiques de pure jouissance sensorielle. Comme ces derniers, <em>Reflet dans un diamant mort </em>se présente sous la forme d’un simulacre de série B italienne des années 1970–80, s’appuyant sur le prétexte du délire hallucinatoire d’un vieil homme sénile (le revenant Fabio Testi), hanté par un passé d’agent secret (sous les traits de Yannick Rénier) qu’on devine fictif – il n’était peut-être que la vedette d’une saga à la <em>Diabolik</em>.</p>
<p>En réalité, peu importe le flacon narratif pourvu qu’on ait l’ivresse, qui se ressent ici à l’échelle de chacun des plans. Le film a parfois des allures de concentré de cinéma haptique tel qu’aurait pu le générer une IA foldingue après avoir dévoré les œuvres complètes de Vivian Sobchak : <em>split-screens</em> engendrés par les clignements des yeux du protagoniste, peaux peintes, malaxées et déchirées en très gros plan, reflets aveuglants, transparences en trompe‑l’œil, stroboscopies épileptiques, déformations illusoires de la surface de l’écran… <em>Reflet dans un diamant mort </em>est rempli à ras-bord d’expérimentations plastiques sidérantes et le plaisir (ou l’agacement) du spectateur dépendra de son désir de se perdre dans cette galerie des glaces où tout n’est que surface, et où les images ne nous parlent que d’autres images. C’est à la fois la qualité et la limite d’une démarche qui, en cherchant à distiller l’essence inaltérée du cinéma bis, en retrouve fréquemment les frissons ludiques, mais tend aussi à le dévitaliser à force de maîtrise distanciée.</p>
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