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	<title>Critikat</title>
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		<title>Obsession</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/obsession/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:31:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une peur de l’emprise semble planer sur les films d’horreur américains récents. Une scène en particulier se répète&#160;: Smile 2, Évanouis, et maintenant Obsession montrent tous les trois un personnage qui, dépossédé du contrôle de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/obsession/" title="Read  Obsession">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une peur de l’emprise semble planer sur les films d’horreur américains récents. Une scène en particulier se répète&nbsp;: <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smile-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Smile 2</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Évanouis</em></a>, et maintenant <em>Obsession</em> montrent tous les trois un personnage qui, dépossédé du contrôle de son corps, se frappe violemment le visage avec un objet. Dans le film de Curry Barker, il s’agit de Nikki (Inde Navarette), une jeune femme dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’elle travaille dans un magasin d’instruments de musique, qu’elle rêve d’écrire et, surtout, qu’elle est la victime d’un sortilège plus ou moins involontairement lancé par Bear (Michael Johnston), un de ses collègues. Ce dernier, qui lui voue un amour de longue date sans jamais avoir osé le lui avouer, a en effet formulé le souhait « <em>qu’elle l’aime plus que tout au monde</em> » après avoir brisé un bâtonnet magique supposément en mesure d’accorder un vœu. L’argument fantastique, ridicule (l’objet en plastique ressemble à une simple arnaque), semble annoncer une comédie horrifique à l’humour méta. Mais cette entrée en matière, sous forme de satire horrifique de la série <em>Dawson</em>, cache en réalité une terrifiante plongée dans les mécanismes de l’asservissement.</p>
<p>Dans un premier temps, le film paraît limpide dans ses ressorts horrifiques. Après une courte lune de miel, l’amour sans limite de Nikki révèle son envers : une haine absolue envers tout ce qui pourrait l’entraver. Incapable de résister aux torrents émotionnels que lui impose son envoûtement, Nikki se mue peu à peu en une présence inquiétante, et en une entité vidée de sa substance. Les comportements de plus en plus imprévisibles de la jeune femme déséquilibrent alors les ronronnants champs-contrechamps des premières séquences. En jouant habilement de ruptures rythmiques et de ton, Barker accouche de quelques visions marquantes (grâce, notamment, au jeu remarquable de Navarette), tel ce long plan glaçant qui figure Nikki immobile dans l’appartement, tandis qu’elle attend toute la journée le retour de Bear.</p>
<p>Mais il ne s’agit pas de l’aspect le plus terrifiant de cette histoire, car le film travaille en sous-main une autre question, qui ne se révèle pleinement que dans la seconde partie. Alors que Bear cherche un moyen d’annuler son souhait, il comprend que Nikki n’a pas été à proprement parler « envoûtée ». Elle est plus précisément emprisonnée dans son propre esprit, son corps se trouvant à présent contrôlé par une nouvelle entité créée de toutes pièces pour aimer Bear « <em>plus que tout au&nbsp;monde</em>&nbsp;». Consciente de la situation, Nikki subit cette dépossession, à l’exception de brefs moments où elle parvient à reprendre le contrôle (cf. la scène mentionnée où elle se frappe le visage). Ses mouvements saccadés et ses longues pauses s’expliquent donc autrement que par un emprunt aux codes des films de fantôme (sa silhouette à peine discernable émergeant du coin d’une chambre fait notamment penser aux spectres de Kiyoshi Kurosawa) : ils résultent d’un conflit intérieur entre Nikki et sa geôlière.</p>
<h2>Remettre à l’endroit</h2>
<p>Une nuit, l’esprit de la jeune femme profite du sommeil de l’entité pour reprendre le dessus et s’adresser à Bear, dans une très belle scène où son corps allongé se tient parfaitement immobile, à l’exception de sa bouche, seule à bouger, comme si elle était dotée d’une vie propre. Elle le supplie alors de la tuer plutôt que de la maintenir captive de ce couple qui n’en est pas un. Apeuré, mais sans manifester pour autant la moindre compassion, Bear lui demande en retour d’un ton déçu ce qu’il peut y avoir de si terrible à être avec lui. La réplique, sidérante, achève un processus de retournement qui remet à l’endroit le principe qui semblait guider jusqu’alors le récit. Ce n’est pas Bear qui est victime de l’obsession de Nikki, mais l’inverse.</p>
<p>Le jeune homme, conscient depuis le début que cette idylle n’existe que par sa seule volonté, apparaît de plus en plus nettement comme le responsable de la situation. Par exemple, quand les amis de Nikki s’inquiètent de ne plus la voir qu’en sa présence, il leur assure que tout va bien. La seule scène de sexe du film est par ailleurs éloquente : la passivité totale de Nikki n’évoque rien d’autre qu’un viol. Bear, visiblement, n’en a pourtant guère conscience : il suffirait que ses sautes d’humeur s’estompent pour que la situation lui convienne. Autrement dit, <em>Obsession</em> ne dépeint pas l’évolution cauchemardesque d’une histoire d’amour, mais un processus d’effacement : Nikki se retrouve victime d’une « relation » où l’autre s’accommode de sa disparition au profit d’une simple silhouette sur laquelle il projette son désir. À y repenser, la première scène du film était déjà claire : Bear y récitait sa déclaration d’amour face à une jeune fille que l’on identifiait dans un premier temps comme étant la destinataire. En réalité, il s’agissait seulement d’une personne en charge de l’écouter pour qu’il retravaille son monologue (littéralement une figurante, serveuse d’un <em>diner</em> dont c’est la seule apparition). En somme, dès le début, le film montrait un rapport asymétrique – un champ sans réel contrechamp.</p>
<p>Cet écart rejaillit dans le dernier temps du récit, lorsqu’un troisième personnage ouvre timidement une perspective de <em>happy end</em> (mais ne concernant que Bear, encore une fois). L’entité trahie se déchaîne alors, et il est bien trop tard pour l’arrêter quand la vraie Nikki parvient à reprendre le contrôle de son corps. Dans l’ultime plan, l’horreur de la situation s’affiche pleinement, après coup : le voilà, le regard qui manquait sur le comportement du jeune homme, porté par un contrechamp. Et il est terrible.</p>
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		<title>The Plague</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-plague-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>The Plague est de ces films dont la forme entre en contradiction avec le propos&#160;: si le premier long de Charlie Polinger se veut l’exploration du rejet de la différence et prend le parti des...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-plague-2/" title="Read  The Plague">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>The Plague</em> est de ces films dont la forme entre en contradiction avec le propos&nbsp;: si le premier long de Charlie Polinger se veut l’exploration du rejet de la différence et prend le parti des <em>«&nbsp;weirdos</em>&nbsp;» contre celui des «&nbsp;<em>bullies</em> » (l’intrigue se passe dans un camp d’été de water-polo où de jeunes garçons sont victimes de harcèlement), sa mise en scène est beaucoup plus normée qu’elle ne le croit et s’efforce même de mimer celle des <em>cool kids </em>de la scène indépendante américaine. Impossible, dans les premiers plans baignés d’une musique inquiétante et sentencieuse, de ne pas penser à Robert Eggers ou à la veine horrifique des films A24, même si Polinger se garde de basculer complètement dans le genre. La peste du titre désigne à la fois un jeu cruel consistant à assimiler des ados mal dans leur peau à des lépreux, et le germe d’une haine contaminant les vestiaires du lycée où l’intrigue prend place. Le cadre du water-polo est à ce titre un peu gratuit et ne semble là que pour parfumer le film d’un zeste de singularité : jusque dans son décor, <em>The Plague</em> constitue en vérité une peinture assez classique des mécanismes du harcèlement scolaire.</p>
<p>Haine de soi, qui devient haine de l’autre, qui nourrit à son tour du ressentiment, etc. Le scénario organise de la sorte un cercle vicieux et mâtine son intrigue d’éléments d’épouvante et de références (<em>Carrie </em>en tête) afin de se donner un surplus de consistance. C’est davantage sur son versant de <em>coming-of-age movie</em> que <em>The Plague</em>, sans sortir de ses rails, trouve sa raison d’être. Et pour cause : il s’agit du seul endroit où Polinger filme quelque chose d’intrinsèquement inédit, à savoir le surgissement de jeunes acteurs, avec leurs défauts, leurs corps en transformation, leurs petites hésitations ou au contraire leur aplomb déconcertant. Éternel paradoxe du film de <em>teens</em>, genre souvent hypercodifié : même dans ses itérations les plus scolaires, il a le mérite de s’attarder sur de nouveaux visages.</p>
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		<item>
		<title>L’après-coup – Un espace entre nous</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-un-espace-entre-nous/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : l’enfermement de Casey dans Ella McCay de James L. Brooks....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-un-espace-entre-nous/" title="Read  L’après-coup – Un espace entre nous">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : l’enfermement de Casey dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ella McCay</a><em> de James L. Brooks. </em></p>
<p>Et si le personnage le plus bouleversant dans <em>Ella McCay</em> n’était pas Ella, mais son petit frère, Casey ? Le jour des obsèques de leur mère, ce dernier n’éprouve pas le besoin de pleurer. Pourquoi pleurer, d’ailleurs ? Cela équivaudrait à céder à ses émotions, ce à quoi Carey se refuse catégoriquement. Sa sœur a beau le prendre par la main pour l’emmener à l’étage de la demeure familiale, afin qu’ils noient leur chagrin ensemble à l’abri des regards, il s’y refuse encore. Tandis qu’Ella s’isole dans sa chambre, il reste donc dans le couloir, seul entre deux murs, déjà figuré comme un adulte coincé dans un corps d’enfant. Planté comme une sentinelle protectrice (il porte l’uniforme de l’école militaire où son père l’a expédié), Casey veille à ce que personne ne vienne la déranger. Quand les larmes surgissent malgré tout, et qu’il se décide enfin à franchir le seuil de la chambre pour rejoindre Ella, il se faufile dans l’entrebâillure de la porte. Un espace réduit, c’est assez pour avaler le chagrin de Casey.</p>
<p>Dans <em>Ella McCay</em>, Casey apparaît d’emblée comme un corps à l’étroit dans son environnement et en attente d’une forme de délivrance – contrairement à Ella, tiraillée entre plusieurs aspirations, il n’est pas un personnage en mouvement. Casey a arrêté «&nbsp;d’essayer<em> d’être normal</em>&nbsp;», jusqu’à être prisonnier de ses choix, enfermé en lui-même pour que «&nbsp;<em>la vie soit plus facile</em> ». Une autre scène nous le montre à son domicile, tandis que sa sœur vient le visiter après une longue absence. C’est à présent un jeune homme agoraphobe, reclus chez lui, qui passe l’essentiel de son temps à gérer des paris sportifs sur Internet ; il se consacre en somme à faire gagner les autres pour oublier ce qu’il a perdu lui-même. Ella, comme à son habitude, parle pour deux et s’agite en arpentant le modeste appartement pour combler la distance qui la sépare de son frère. Dans les contrechamps, Brooks s’attache surtout à isoler Casey, assis, d’abord pressé d’en finir : les deux personnages échangent, mais ils ne s’accordent (se raccordent) pas vraiment. À plusieurs reprises, un plan nous le montre au centre de l’image, coincé entre deux écrans d’ordinateur qui bordent son visage, comme en écho à sa position au milieu du couloir dans la scène évoquée plus haut. Casey écoute mais n’entend rien, y compris lorsque Ella se lance dans un discours enfiévré où elle dévoile les grandes lignes de son programme politique, avant de lâcher un retentissant « <em>merci de m’avoir écoutée, maintenant à toi </em>». La réponse s’avère déconcertante : Brooks enchaîne avec un énième plan du frère interposé entre ses écrans, occupé à tapoter sur les touches de son clavier plutôt qu’à donner le change à sa sœur interloquée. La scène est belle parce qu’on comprend à ce moment-là que l’enfermement de Casey a délivré Ella. Il faut qu’un personnage s’oublie pour que l’autre se révèle, que le premier se taise pour que le second existe, pleure ou se mette à espérer, voire, pourquoi pas, à rêver. Brooks fait de la passivité et du silence de Casey d’émouvants catalyseurs émotionnels : le grand dessein d’Ella se dessine à leur aune.</p>
<p>Mais cette longue séquence n’en reste pas là. Elle se poursuit le soir, dans la rue, sous l’impulsion d’un Casey soudainement entreprenant. Ce dernier se décide à agir et il veut démontrer à sa sœur, complètement<em> stone</em> après avoir bu une boisson à base de cannabis, qu’il n’a pas peur du contact avec les autres. Il se risque alors à aller serrer la main des chauffeurs de la politicienne qui l’attendent dans une voiture. Brooks ne change pas son point de vue vis-à-vis de Casey : il filme la scène depuis l’intérieur du véhicule, de sorte que les bordures de la fenêtre passager encerclent le personnage situé sur le trottoir. Toutefois,&nbsp;un élément ici s’ajoute : Casey n’est plus esseulé dans un cadre trop petit pour lui. Ella l’a rejoint ; elle veut rester passer la nuit, vu son état. Leurs corps se rapprochent avec une infinie tendresse. Et Casey de dire enfin à Ella : « <em>On n’est pas obligé de tout verbaliser, tu sais&nbsp;</em>».</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Bouchra</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bouchra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’automne dernier, Lafayette Anticipations, la Fondation des Galeries Lafayette, vibrait aux rythmes de Sole Crushing, une installation sonore de Meriem Bennani, où tongs et claquettes devenaient les instruments d’un orchestre monumental. Reposant sur un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bouchra/" title="Read  Bouchra">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’automne dernier, Lafayette Anticipations, la Fondation des Galeries Lafayette, vibrait aux rythmes de <a href="https://www.lafayetteanticipations.com/fr/exposition/meriem-bennani" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sole Crushing</em>, une installation sonore de Meriem Bennani</a>, où tongs et claquettes devenaient les instruments d’un orchestre monumental. Reposant sur un dispositif mêlant système pneumatique et informatique, l’œuvre puisait son inspiration de la dakka marrakchia, un rituel musical marocain, pour en réinventer les sonorités. Dans <em>Bouchra</em>, documentaire d’animation 3D co-réalisé avec Orian Barki, Bennani poursuit ce principe d’hybridation entre technologie et tradition, mais cette fois à une échelle plus intime. L’artiste y investit le champ de l’autofiction pour explorer un tabou : son homosexualité, qui ne va pas de soi au sein de sa famille marocaine. Cette quête identitaire se déploie au prisme d’une mise en scène atypique, dans laquelle l’artiste et ses proches sont dédoublés par des animaux anthropomorphes animés en 3D. La cinéaste en tire un univers aussi mignon qu’étrange, où elle prend pour avatar Bouchra, une coyote bipède vêtue d’un long <em>trench coat</em>, autour de laquelle gravitent des lézards noctambules et une amante ursine. Ne relevant ni de la métaphore ni de la fable, l’emploi de ces figures animales tisse plutôt des liens avec la culture <em>furry</em>, où l’anthropomorphisation agit comme une projection libératrice : ce double imaginaire sert de refuge virtuel pour permettre à Bennani d’explorer librement son identité.</p>
<p>Conçu comme un film réflexif, le tournage fait office de prétexte, voire de stratagème pour libérer la parole. C’est en effet sous couvert des besoins du projet qu’elle engage le dialogue avec sa mère et enregistre leurs conversations téléphoniques afin de les intégrer au film. Si ces échanges ravivent les blessures d’un <em>coming out</em> ayant laissé neuf années de silence entre elles, <em>Bouchra</em> ne verse jamais dans un affrontement cathartique et s’élabore davantage comme une bulle où les personnages peuvent se réconcilier. Bennani y adopte la posture d’une enquêtrice, cherchant à comprendre et à pardonner les réactions de sa mère, conditionnées par un contexte culturel aux fortes injonctions conservatrices. Cette dimension introspective imprègne la structure même du film, dont les coutures sont constamment exhibées : l’artiste se met en scène en train de <em>storyboarder</em> des plans déjà vus ou à venir, tandis que des croquis préparatoires viennent ponctuer les séquences, dévoilant le processus de construction de l’animation. À travers cette mise en abyme, le film questionne les conditions mêmes de la création : comment exprimer son intériorité lorsqu’une partie de son identité se heurte au rejet familial ? Afin de donner corps à cette expérience intime, les cinéastes optent pour une animation à rebours des standards actuels de la modélisation 3D, façon <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zootopie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Zootopie</em></a>. Sous son apparente harmonie – palette chaleureuse, grain délicat et lueurs diffuses –, l’animation ne cesse d’être troublée par la présence de bugs discrets. Ceux-ci apparaissent notamment dans la texture de la fourrure animale, altérée par des bruits parasites, des glitchs, ou encore dans le manque de fluidité des expressions faciales. Ces partis pris, autant esthétiques que politiques, font de « l’imperfection » une matière expressive : Bennani et Barki refusent d’utiliser les codes de l’animation <em>mainstream</em> pour retranscrire la subjectivité d’une expérience diasporique et <em>queer</em>. La réussite de <em>Bouchra </em>tient ainsi en partie à la manière dont il investit, avec une certaine inventivité, les potentialités de l’image animée pour en déjouer les normes.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La Bataille de Gaulle : L’âge de fer</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 10:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, La Bataille de Gaulle débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer-2/" title="Read  La Bataille de Gaulle : L’âge de fer">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, <em>La Bataille de Gaulle</em> débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a dit non. D’emblée, Antonin Baudry entend restituer la puissance mythologique du général en même temps que désacraliser sa stature. «&nbsp;<em>C’est la débandade, mon colonel&nbsp;»</em>, lui dit un subordonné alors que de Gaulle ne se résout pas à mettre fin au combat. « <em>Ai-je l’air de débander&nbsp;?&nbsp;</em>», lui réplique-t-il avant que, quelques minutes plus tard, sa silhouette longiligne pénètre la tour de la BBC, filmée dans une contreplongée insistant sur la verticalité de l’instant historique (l’appel du 18 juin). Charles de Gaulle, ce serait donc ça : un double-mètre refusant de s’amollir et dont la ferveur patriotique n’a d’égal que la folie des grandeurs. Sur le plan du commentaire historique, <em>La Bataille de Gaulle</em> donne du grain à moudre aux inquiétudes de Roosevelt et consorts, qui voient dans cet homme providentiel autodéclaré la trace d’un narcissisme certain (« <em>C’est moi la France&nbsp;»,</em> tonne-t-il) et un dictateur en puissance (chez lui, le pouvoir se prend et s’impose). Le récit se livre ainsi à un drôle de numéro d’équilibriste, entre les spectacles de Robert Hossein (qui monta en 1999 un show sur de Gaulle au Palais des Congrès de Paris) et le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/napoleon-vu-par-abel-gance/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Napoléon</em></a> d’Abel Gance – auquel le film emprunte l’idée d’un personnage secondaire (ici un jeune gaulliste) incarnant le visage de la France résistante. La reconstitution oscille entre la bouffonnerie mimétique (Churchill, réduit à son essence caricaturale) et le professionnalisme du <em>star system </em>français (Kassovitz, impeccable de rigidité dans le costume de l’ambigu amiral Darlan). L’hésitation contamine surtout la figure du général de Gaulle, un peu embarrassante : il tient à la fois de l’illuminé et du leader charismatique, même si la mise en scène et les dialogues peinent à retranscrire l’aura magnétique du militaire, dont le pouvoir de persuasion accouche régulièrement de coups de force scénaristiques – on ne saisit vraiment pas comment il arrive à fédérer autour de sa personne.</p>
<p>Autre souci qui colle au film de Baudry : la nécessité de ne pas angéliser de Gaulle tout en faisant de lui l’incarnation de la France éternelle, celle de l’Empire colonial sur lequel la stratégie de la France libre repose en grande partie. Le scénario essaie d’éviter les mines en tournant ponctuellement en ridicule l’emphase du général, qui se pâme, alors qu’il traverse en avion les frontières du Cameroun, devant un paysage lui paraissant désormais beau et vert parce que, pardi, on est en France. Ailleurs, de Gaulle devient Delon et parle de lui à la troisième personne ; pas d’anti-moustiques pour le chef, car « <em>Les moustiques ne piquent pas de Gaulle </em>», dixit l’intéressé, qui se retrouve la scène suivante alité par la malaria. Décolonial, cet <em>Âge de fer</em> ? Pas si vite. Quelques plans plus loin, de Gaulle, de retour à Londres, assiste à un bombardement et lâche avec mépris, en contemplant les flammes, «&nbsp;<em>Les barbares !</em> » à l’attention des avions nazis.<b> </b>Qui dit barbares dit nécessairement civilisation (on revient à l’idée d’une jonction entre la frontière géographique et la frontière spirituelle) : le soldat est bien l’incarnation d’une haute idée du pays qui se propage à travers le monde, grandiloquente et un peu compassée. Peut-on faire une hagiographie critique ? C’est le pari impossible de Baudry, qu’il faudra juger définitivement à l’aune du second volet. Mais à mi-parcours, la fresque, qui lorgne aussi vers le cinéma de David Lean (le fameux raccord allumette-soleil est même cité dans une transition impliquant un cigare), fait à ce stade plutôt pschitt, autant sur le terrain de la pyrotechnie que sur celui du <em>biopic</em> aiguisé.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>The Scores (ep.8) : Fetva</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-8-fetva/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:31:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Fetva est DJ. Kiosk Radio · Outsiders: The Scores w/ Fetva @ Kiosk Radio 20.05.2026 ﻿...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-8-fetva/" title="Read  The Scores (ep.8) : Fetva">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur </em><a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Kiosk Radio</em></a><em> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Fetva est DJ. </em></p>
<div style="font-size: 10px; color: #cccccc; line-break: anywhere; word-break: normal; overflow: hidden; white-space: nowrap; text-overflow: ellipsis; font-family: Interstate,Lucida Grande,Lucida Sans Unicode,Lucida Sans,Garuda,Verdana,Tahoma,sans-serif; font-weight: 100;"><a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Kiosk Radio" href="https://soundcloud.com/kioskradio" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> · <a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Outsiders: The Scores w/ Fetva @ Kiosk Radio 20.05.2026" href="https://soundcloud.com/kioskradio/outsiders-the-scores-w-fetva" target="_blank" rel="noopener">Outsiders: The Scores w/ Fetva @ Kiosk Radio 20.05.2026</a></div>
<p><iframe src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2324708747&amp;color=%23ff5500&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></p>
<p>Je suis très heureuse d’avoir travaillé sur ce mix, car il n’y a rien que j’aime plus que de partager un bon film avec des amis.</p>
<p>Il n’y a pas de thème précis, juste une sélection de morceaux qui me sont venus à l’esprit lorsque je me suis demandée : « Quelles bandes originales ai-je vraiment aimées ? ».</p>
<p>Sans être nécessairement mes ultimes favorites, ce sont celles qui m’ont profondément marquée musicalement ou que j’écoute au quotidien et, surtout, celles qui, à mon avis, peuvent être agréables à écouter dans un mix.</p>
<p>J’ai aussi inclus mes critiques Letterboxd, comme suggéré par Liyo. <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/16.0.1/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></p>
<p><em>I was very happy to work on this mixtape because there is nothing I love more than watching a good movie with friends. </em></p>
<p><em>There is no specific theme here; it’s a collection of tracks that came to mind when I asked myself, “Which movie scores did I really like?” These are not necessarily my ultimate favorites, but they are the ones that made a huge impact on me musically, or that I play in my daily life and most importantly those that imho could be pleasant to listen to in a mix. </em></p>
<p><em>I’ve also included my Letterboxd reviews, as Liyo suggested. <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/16.0.1/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></em></p>
<h2><em>TITANIC</em> BY JAMES CAMERON</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ A Life so changed — James Horner</strong></p>
<p>Je ne pouvais pas ne pas mettre ce morceau dans le mix. <em>Titanic</em> a été l’un des films les plus importants de ma vie. J’avais 6 ans quand je l’ai vu avec mon grand-père dans un vieux cinéma de Chișinău. Ma vie a changé pour toujours. Ce n’était probablement pas un film pour un enfant de 6 ans, mais bon, c’était l’époque post-soviétique. Mon obsession était profonde. Quand mon père est allé aux États-Unis pour la première fois, il m’a rapporté le CD, que j’ai écouté secrètement un milliard de fois. Il serait difficile de trouver une musique plus gravée en moi que celle-ci.</p>
<p><em>I could not not put this track in the mix. Without a joke, </em>Titanic<em> was one of the most important movies ever for me. I was 6 years old, watching it with my grandpa in an old Kishinev cinema. My life was changed forever. It probably wasn’t a movie for a 6‑year-old, but hey, it was post-Soviet times. My obsession was deep. When my dad went to the USA for the first time, he brought me the official CD, which I secretly listened to a billion times. It would be hard to find music more imprinted on me than this.</em></p>
<h2><em>ORLANDO </em>BY SALLY POTTER</h2>
<p><strong>01′20″ ♪ Pavanne — David Motion, Sally Potter </strong></p>
<p>L’histoire derrière cette bande originale est fascinante. Potter n’avait plus de budget pour engager un compositeur professionnel, mais elle entendait très clairement dans sa tête ce que la musique devait être. Elle a chanté les mélodies à un producteur qui l’a aidée à les enregistrer.</p>
<p><strong>Letterboxd : Méditation sur la beauté. Perfection des costumes et de la bande-son.</strong></p>
<p><em>The story behind this score is fascinating. Potter was completely out of budget to afford a professional composer, but she could hear clearly in her mind what the score should sound like. She sang the melodies to a producer who helped her record them. </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : Meditation on beauty. Perfection of costumes and soundtrack.</em></strong></p>
<h2><em>BARRY LYNDON </em>BY STANLEY KUBRICK</h2>
<p><strong>03′46″ ♪ Saraband — Georges Handel</strong></p>
<p>C’est l’un des premiers films qui me vient quand je pense aux grandes bandes originales. J’ai eu la chance de le découvrir au cinéma. Je venais juste de m’installer en France (en Moldavie, les films de patrimoine sont rarement montrés sur grand écran). Cela m’a énormément marquée.</p>
<p><strong>Letterboxd : Je le regarde chaque fois que j’ai besoin de faire plaisir à mes yeux et à mes récepteurs esthétiques.</strong></p>
<p><em>This is one of the first movies I think of regarding great scores. I was lucky to see it for the first time in a cinema. I had just moved to France; back in Moldova, it wasn’t common to see old movies on the big screen. It marked me a lot. </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : I watch it every time I need to please my eyes and aesthetic receptors.</em></strong></p>
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<h2><em>THE PIANO TEACHER </em>BY MICHAEL HANEKE</h2>
<p><strong>04′45″ ♪ Trio En Mi Bémol Majeur Op 100 Andante Con Moto — Franz Schubert</strong></p>
<p>Une bande originale très « schubertienne ». J’ai une playlist des musiques de ce film que j’écoute en permanence. J’aime particulièrement comment on entend la musique provenant des salles de classe en arrière-plan des scènes.</p>
<p><strong>Letterboxd : Un excellent film à regarder pour la fête des mères !</strong></p>
<p><em>A very «Schubert-coded» soundtrack. I have a saved playlist of the music from this movie that I listen to constantly. I particularly love how we hear the music coming from classrooms in the background of the scenes.</em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : A great movie to watch on Mother’s Day!</em></strong></p>
<h2><em>AMADEUS </em>BY MILOŠ FORMAN</h2>
<p><strong>09′14″ ♪ Symphonie Concertante, K 364; 1st Movement — W.A. Mozart </strong></p>
<p>L’exécution est si parfaite… La musique et l’image ensemble. C’est comme un clip musical de trois heures.</p>
<p><strong>Letterboxd : Il y a du drame, il y a de la musique et il y a des costumes absolument délirants. Le Mozart TDAH, beaucoup trop en avance sur son époque, surtout dans ses choix de perruques. Salieri, si frustré sexuellement, aurait probablement dû reconsidérer ce pacte de célibat qu’il avait conclu avec Dieu.<br>
L’apparition inattendue de Miranda, 17 ans, était la cerise sur le gâteau de ce chef‑d’œuvre.<br>
Montage particulièrement génial avec une bande-son remplie de bangers !</strong></p>
<p><em>The way it’s well done…. The music and the image together. It’s like a 3 hour music video.</em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : There is drama, there is music and there is absolutely insane costumes. ADHD Mozart being way too ahead of his time especially with the choice of his wigs. Deeply sexually frustrated Salieri probably should have reconsidered that celibacy dealio he got with god. </em></strong></p>
<p><strong><em>Unexpected appearance of 17 years old Miranda was a cherry on top of this masterpiece of a movie. </em></strong></p>
<p><strong><em>Particularly great montage with absolute bangers soundtrack!</em></strong></p>
<h2><em>GUMMO </em>BY HARMONY KORINE</h2>
<p><strong>11′24″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Harmony Korine est le genre de réalisateur que l’on découvre adolescent et qui nous donne soudain l’impression d’avoir trouvé « notre clan ». Je me souviens avoir vu ce film à 16 ou 17 ans et avoir pensé que rien ne pouvait être plus cool. J’adore toute la bande-son, mais la chanson du coq fait désormais partie de moi, tout comme les cocktails chimiques à la vodka qu’on buvait à l’époque.</p>
<p><em>Harmony Korine is the type of director you watch as a teen and suddenly feel like you’ve found “your people”. I remember watching this at 16 or 17 and thinking nothing could be cooler. I love the entire soundtrack, but the rooster song is part of my system now, just like the chemical vodka cocktails we drank back then.</em></p>
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<h2><em>MY OWN PRIVATE IDAHO </em>BY GUS VAN SANT</h2>
<p><strong>12′40″ ♪ The Cattle Call — Eddy Arnold</strong></p>
<p>Comme Harmony, Gus Van Sant et cette chanson en particulier sont comme des madeleines de Proust, qui me rappellent ces moments adolescents où je regardais des films toute la nuit sur l’ordinateur de famille, dans notre appartement de Kishinev.</p>
<p><em>Same as Harmony, Gus Van Sant, and this song in particularly is like a “madeleine of Proust” that brings me to those first moments when I was a teen watching movies all night long on a family computer in the flat in Kishinev </em></p>
<h2><em>ORLANDO </em>BY SALLY POTTER</h2>
<p><strong>14′55″ ♪  The Kiss — David Motion, Sally Potter</strong></p>
<h2><em>SPRING BREAKERS </em>BY HARMONY KORINE</h2>
<p><strong>16′23″ ♪ Ride Home — Skrillex</strong></p>
<p>Tous les morceaux de <em>Spring Breakers</em> sont des bangers ! Je pourrais faire un mix uniquement avec la musique de ce film. Skrillex en producteur d’ambient !!!</p>
<p><em>Every track in this movie is an absolute banger. I could make a mixtape only from music from this movie tbh. </em><em>Skrillex as an ambient producer!!! </em></p>
<p><em> <a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333921" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers.jpeg" alt width="1150" height="204" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers.jpeg 1150w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-300x53.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-1024x182.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-768x136.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/3_cowboy_orlando_springbreakers-980x174.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1150px) 100vw, 1150px"></a></em></p>
<h2><em>EAT THE NIGHT </em>BY JONATHAN VINEL &amp; CAROLINE POGGI</h2>
<p><strong>18′18″ ♪ See You All — ssaliva</strong></p>
<p>J’adore ce film pour de multiples raisons. Non seulement parce que c’est un super film, mais aussi parce que tant de personnes qui me sont chères ont participé à sa création. Dont ssaliva à la bande-son !</p>
<p><em>I love this movie for multiple reasons. Not only cause it’s such a great movie, but also cause so many people dear to me were involved in it. And the soundtrack by dear ssaliva! </em></p>
<h2><em>NOWHERE </em>BY GREGG ARAKI</h2>
<p><strong>21’12″ ♪ Avalyn II — Slowdive</strong></p>
<p>J’ai revu le film en préparant ce mix. Et je n’arrêtais pas de me dire que j’étais si reconnaissante de l’avoir découvert au début de ma vingtaine, et reconnaissante que ce film existe tout simplement.</p>
<p><strong>Letterboxd : Condamnés par l’érotisme d’une fin inévitable. Si j’étais enlevée par des extraterrestres et allongée sur une table d’expérimentation dans un vaisseau spatial, moi aussi je continuerais probablement à penser à James Duval, je dois dire. La dernière scène représente exactement pourquoi nous avons tous si peur d’aimer et de nous ouvrir aux autres. </strong><strong>Un classique intemporel et incontournable.</strong></p>
<p><em>I rewatched this movie while doing the mixtape. And couldn’t stop thinking how grateful I am that I watched it in the beginning of my 20‘s and how grateful I am for this movie to exist. </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd :&nbsp; Doomed by eroticism of inevitable end. If I would be abducted by aliens and would be laying on an experimental table on a space ship, me too I would still be thinking about James Duval, I must say. </em></strong><strong><em>Last scene is representation of why exactly we all are so afraid to love and open up. Timeless classics and a must see.</em></strong></p>
<h2><em>HACKERS </em>BY IAN SOFTLEY</h2>
<p><strong>26’21″ ♪ The Joker — Josh Abrahams</strong></p>
<p>Après avoir vu ce film enfant (oui, je sais, encore une fois beaucoup trop tôt, mais la télévision était ma baby-sitter), j’ai eu envie de devenir hacker. Il était impossible d’être plus cool que ces personnages. Je l’ai revu récemment et je me suis rappelée à quel point j’aimais la bande-son. Je ne suis pas devenu hacker, mais peut-être que ce film est la raison pour laquelle je suis DJ aujourd’hui :))</p>
<p><strong>Letterboxd : C’est ridicule, c’est stylé et c’est sexy. Les années 90 dans leur âge d’or “<em>The Prodigy</em>”.</strong></p>
<p><em>After watching this movie as a child (yes, I know, again too early, but the TV was my babysitter), I wanted to be a hacker when I grew up. It was impossible to be cooler than those people. I rewatched it recently and remembered how much I loved the soundtrack. I didn’t become a hacker, but maybe this movie is the reason why I’m a DJ now :))</em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : It’s ridiculous, it’s stylish and it’s hot The 90’s in it’s golden prodigy era.</em></strong></p>
<p><em> <a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333922" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers.jpeg" alt width="1149" height="208" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers.jpeg 1149w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-300x54.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-1024x185.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-768x139.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/4_eatthenight_nowhere_hackers-980x177.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1149px) 100vw, 1149px"></a></em></p>
<h2><em>DEVIL’S PLAYGROUND </em>BY LUCY WALKER</h2>
<p><strong>30’55″ ♪ The Terran Invasion Of Alpha Centauri Year 2794 — DJ Spooky</strong></p>
<p>Ce documentaire que j’ai découvert il y a longtemps sur YouTube y est toujours disponible ! Il parle du <em>Rumspringa</em>, ce moment où les adolescents amish peuvent expérimenter « le monde extérieur ». Je l’adore vraiment, et il y a beaucoup d’Aphex Twin ainsi que d’autres morceaux incroyables dans la bande-son !</p>
<p><em>Oh, it’s this documentary I found a long time ago on YouTube, and it’s still there! It is about </em>Rumspringa<em>, the moment when Amish teens can try to live «the outside world» life. I really love it and there is a lot of Aphex Twin and other amazing tracks!</em></p>
<h2><em>SMILEY FACE </em>BY GREGG ARAKI</h2>
<p><strong>35’15″ ♪ Star Guitar — The Chemical Brothers</strong></p>
<p>Cela se ressent que Araki aime profondément la musique et en écoute en permanence. Et mon dieu, ce morceau !</p>
<p><strong>Letterboxd : Le marxisme sous THC dans une esthétique années 2000 !nLe meilleur rôle d’Anna Faris ! Uncut Gems, mais quand on fume de l’herbe.</strong></p>
<p><em>I love the fact that apparently Araki himself really loves music and listens to it non stop. And omg this track! </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd : Marxism on THC in mid 2000’s aesthetics Best role of Anna Faris! Uncut gems but when you smoke weed</em></strong></p>
<h2><em>BERLIN CALLING </em>BY HANNES STÖHR</h2>
<p><strong>38’25″ ♪ Azure — Paul Kalkbrenner</strong></p>
<p>C’est l’une des bandes originales les plus « authentiques » de l’histoire, parce que l’acteur principal, Paul Kalkbrenner, a réellement produit toute la musique en tournant le film. Il ne jouait pas un DJ, il était littéralement le plus grand DJ d’Allemagne à l’époque. Aujourd’hui, le film ne me fait plus le même effet. Je l’ai revu pour ce mix, car la bande-son est vraiment iconique (je l’écoute et je la joue souvent) mais j’ai été un peu déçue.</p>
<p><strong>Letterboxd : La bande-son est incroyable, mais le film est inutile.</strong></p>
<p><em>This is one of the most «authentic» soundtracks in history because the lead actor, Paul Kalkbrenner, actually produced the entire score while he was filming. He wasn’t just «playing» a DJ; he was the biggest DJ in Germany at the time, altho the movie itself I don’t find that amazing anymore. I rewatched it for this mixtape on purpose because the soundtrack is so iconic. I listen and play it a lot tbh, but was a bit disappointed to watch this movie years after </em></p>
<p><strong><em>Letterboxd :&nbsp; Soundtrack is amazing, but movie itself is unnecessary</em></strong></p>
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<h2><em>SPRING BREAKERS </em>BY HARMONY KORINE</h2>
<p><strong>41’18″ ♪ With you friends, long drive — Skrillex</strong></p>
<p>J’adore Skrillex :))</p>
<p><em>I just love Skrillex very much :))</em></p>
<p><em> <a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333924" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers.jpg" alt width="1280" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers.jpg 1280w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-1024x429.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-768x322.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/6_springbreakers-980x410.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1280px) 100vw, 1280px"></a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Objet du délit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lobjet-du-delit-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332680</guid>

					<description><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des Noces de Figaro, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lobjet-du-delit-2/" title="Read  L’Objet du délit">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des <em>Noces de Figaro</em>, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la France<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332680_14('footnote_plugin_reference_332680_14_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332680_14('footnote_plugin_reference_332680_14_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332680_14_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332680_14_1" class="footnote_tooltip">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332680_14_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332680_14_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a>, sous la forme d’un film choral ; la troupe composée d’interprètes et de techniciens s’apparente à une colonie de vacances entre adultes qui s’entendent difficilement, avant de se déchirer autour d’une controverse. Car « l’objet du délit » donnant son titre au film renvoie à la question épineuse des violences sexistes et sexuelles dans l’industrie du spectacle, mais aussi à la différence d’appréciation sur ces sujets entre la vieille garde et la jeunesse. Tour de passe-passe, donc : si Jaoui semble d’abord s’emparer de <em>Figaro</em> pour actualiser, en 2026, les enjeux du marivaudage, l’opéra se révèle ici un moyen détourné afin d’évoquer le monde du cinéma, sa gestation épousant les mêmes contours que ceux d’un tournage. « <em>Que faire des phallus&nbsp;?</em>&nbsp;» est le mantra du film&nbsp;; on y répète beaucoup cette question, à propos de colonnes au <em>design</em> équivoque que Mirabelle (Claire Chust), jeune star de la mode catapultée au poste de metteuse en scène afin d’attirer un jeune public d’Instagram, souhaite disposer sur scène pour dénoncer «&nbsp;le patriarcat&nbsp;». <em>L’Objet du délit</em> sera donc une comédie sur #MeToo, la <em>cancel</em>&nbsp;<em>culture</em>, la libération de la parole soi-disant confondue avec le Maccarthysme (le chef d’orchestre joué par Daniel Auteuil redoute de figurer sur une « liste » de grands noms dénoncés par une cantatrice mondialement connue), sur le flou existant entre l’art et le harcèlement déguisé, etc.</p>
<p>Quelques semaines après <em>Juste une illusion</em>, la sortie du film confirme que la comédie populaire est souvent l’endroit où le cinéma français contemporain se branche, de manière conscience ou inconsciente, sur les questions tiraillant la société. Mais la proposition de Jaoui, aussi abrasive que passionnante, s’avère surtout ambiguë&nbsp;dans le regard porté sur les revendications de ses sœurs cadettes. La cinéaste, qui se tient à la fois devant et derrière la caméra, se donne une place étrange au sein de l’intrigue : elle campe une interprète renommée, loin d’être présente à toutes les répétitions, mais qui jouit grâce à sa notoriété d’un poids dans les discussions mouvementées affleurant au sein de la troupe. Autrement dit, Jaoui filme la cohabitation difficile entre plusieurs générations <em>depuis le point de vue de la sienne</em>. Tandis que le scénario fait des blagues sur Mirabelle qui ressasse ses désirs de «&nbsp;sororité&nbsp;» et se lamente à plusieurs reprises de ne «&nbsp;<em>pas avoir su faire le safe space</em> » (!), l’actrice/réalisatrice incarne la voix d’une forme de «&nbsp;féminisme nuancé&nbsp;», sensible à la lutte contre le machisme mais qui lève les yeux au ciel et râle «&nbsp;oh là là…&nbsp;» face au volontarisme de ses jeunes camarades et à leur propension à voir le mal partout. À plusieurs endroits, on rit jaune face aux gags égrainés par le film, qui ouvrent toutefois sur des séquences troublantes, comme celle où une réunion collective déborde pour faire entendre la réalité de traumas vécus par ses membres. La cinéaste penche de cette façon un coup à droite, puis un coup à gauche, zigzaguant sur une piste raide qu’elle dévale à toute berzingue.</p>
<p>Mais la volonté de faire feu de tout bois tout en restant au centre s’affirme progressivement comme un leurre. On voit bien que Jaoui a plus de tendresse pour les vieux mâles, tel le ténor abject accusé par ses partenaires de jeu, que le film exonère d’emblée en faisant du personnage un homosexuel (ce qui invaliderait son geste tenu pour délictueux) ; en définitive, elle posera même sur lui un regard empathique alors que sa « cancellisation » précipite sa fin de carrière. Il est à ce titre frappant que la cantatrice campée par Jaoui soit avant tout là pour incarner, en bout de route, un point médian. Le scénario délaisse les autres enjeux la concernant (sa voix éraillée, ses histoires de famille) pour se concentrer sur la façon dont elle tranche l’orientation des débats en même temps que sa position de cinéaste : féministe mais pas trop, solidaire mais indépendante, plutôt #MeToo mais résolument pas « Balance ton porc ». Cette vision ne surprend guère quand on se rappelle que Jaoui, au moment de quitter le collectif 50/50, confiait : « <em>Je suis du côté des victimes, mais pas si elles s’érigent en persécutrices. Je me revendique féministe, mais pas de ce féminisme-là</em>&nbsp;». Et si <em>L’Objet du délit</em> s’inscrit contre «&nbsp;<em>ce féminisme-là</em>&nbsp;», il célèbre en revanche la promiscuité supposément merveilleuse d’un tournage, où les réunions se mêlent aux pots alcoolisés et les rapports professionnels aux badinages amoureux. À l’heure où le cinéma français fait son <em>aggiornamento</em> suite aux innombrables affaires liées à ce mariage des genres, Jaoui choisit en somme de nager à contre-courant de ce «&nbsp;<em>sens de l’histoire contre lequel on ne peut pas aller</em>&nbsp;» (<em>dixit</em> le personnage d’Auteuil).</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332680_14();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332680_14();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332680_14">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332680_14" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332680_14('footnote_plugin_tooltip_332680_14_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332680_14_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332680_14() { jQuery('#footnote_references_container_332680_14').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332680_14').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332680_14() { jQuery('#footnote_references_container_332680_14').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332680_14').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332680_14() { if (jQuery('#footnote_references_container_332680_14').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332680_14(); } else { footnote_collapse_reference_container_332680_14(); } } function footnote_moveToReference_332680_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332680_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332680_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332680_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lobjet-du-delit-2/">L’Objet du délit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Vol de nuit pour Los Angeles</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vol-de-nuit-pour-los-angeles-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vol-de-nuit-pour-los-angeles-2/" title="Read  Vol de nuit pour Los Angeles">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en forme de carnet de voyage feuilleté durant une petite heure se résume ni plus ni moins à son titre : soit un vol de nuit entre New York City Idlewild et Los Angeles. Le personnage principal est un enfant de huit ans passionné d’aviation qui assouvit son rêve en effectuant son premier périple aérien en compagnie de sa mère célibataire Helen, une actrice de seconds rôles. Ce gamin attachant n’est autre que Travolta lui-même, qui met ici en images le souvenir de son expérience mémorable lorsqu’il a mis les pieds dans un avion Constellation de la TWA, à l’orée des années 1960.</p>
<p>La nostalgie tourne à plein régime : intérieurs d’aéroport art déco, cabines cosy, moquettes douillettes, sons étouffés, personnel attentionné… L’avion est un cocon fantaisiste complètement déréalisé, appréhendé uniquement du point de vue de l’enfant. Même si l’idée pouvait s’avérer stimulante, Travolta n’est pas Linklater – autrement dit, ce n’est pas un cinéaste. Sa vision de l’enfance reste figée dans un passé plus morne qu’enchanteur ; elle consiste à accumuler une série d’instantanés dépourvus de profondeur, tout en recourant à une incessante voix off (la sienne), qui s’attache à décrire ce que l’on voit pourtant bien sans elle. Comme rien ne se produit vraiment à l’image, l’insistance est mise sur la narration. Au final, <em>Vol de nuit pour Los Angeles</em> s’apparente essentiellement à un caprice de star bien entourée (la plupart des acteurs sont d’ailleurs des membres de sa famille).</p>
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		<title>Cocotte</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cocotte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jugée impropre à la vente en raison de son plumage noir et promise à finir en soupe, une poule refuse son sort tout tracé et s’évade, déterminée à réinventer son destin. Le programme de Cocotte...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cocotte/" title="Read  Cocotte">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jugée impropre à la vente en raison de son plumage noir et promise à finir en soupe, une poule refuse son sort tout tracé et s’évade, déterminée à réinventer son destin. Le programme de <em>Cocotte</em> tient en une ligne, presque un gag : celui d’une poule en cavale. Sur le mode de la comédie animalière (<em>Chicken Run, Babe</em>…), une ville côtière grecque se transforme pour la gallinacée en une série d’épreuves où le moindre trottoir devient un rebord vertigineux et où une course-poursuite avec un renard prend les allures d’un thriller haletant. Si György Pálfi filme son improbable héroïne au ras du bitume, il opte néanmoins pour une mise en scène peu inventive, la saisissant le plus souvent d’un point de vue extérieur, dans une alternance entre plans d’ensemble et gros plans. Un parti-pris quelque peu décevant, tant un tel projet semblait appeler à une véritable immersion dans la perception d’une poule – à l’instar d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>EO</em></a> de Skolimowski, qui épousait le point de vue de l’âne dans des visions plastiques plus audacieuses.</p>
<p><em>Cocotte </em>préfère faire de sa poule une sorte d’enquêtrice que la caméra suit au fil de ses déambulations hasardeuses sur le terrain d’un restaurant où elle a échoué après sa fuite. Celle-ci y découvre des cartons d’électroménager empilés, surprend les allées et venues nocturnes de camions, ou encore assiste à des échanges d’argent liquide. De ces observations fragmentaires émergent les contours d’un sombre théâtre en bord de mer. L’établissement sert en effet de toile de fond à une intrigue secondaire : Nikos, le compagnon douteux de la fille du propriétaire, y orchestre divers trafics. La mise en scène n’en livre d’abord que des indices épars, avant de dévoiler plus frontalement un sordide réseau d’immigration clandestine organisé dans les pièces inoccupées du lieu. À partir de cette révélation, la caméra se détourne de sa protagoniste à plumes, abandonnant son point de vue initial pour se mettre à hauteur d’homme. Le film se focalise dès lors sur des enjeux plus balisés autour de la vie du restaurant, structurant son récit selon un affrontement schématique : d’un côté, l’honnête propriétaire voulant réhabiliter son commerce et, de l’autre, l’escroc, profitant de la discrétion des lieux pour mener ses activités illicites. Au fond, le film ne tire pas grand-chose de la présence de l’oiseau dans cet univers vénal. Ce principe de cohabitation n’alimente <em>in fine </em>qu’un propos lourdement appuyé : en tant que figure candide, la poule devient l’instrument d’un discours opposant l’innocence animale à la corruption inhérente à l’humain. Si l’on pouvait ainsi espérer que <em>Cocotte</em> se détache d’une approche strictement anthropocentrée, cette piste se voit rapidement étouffée par une morale surplombante.</p>
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		<item>
		<title>Colony</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/colony-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 10:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dix ans après Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence Peninsula, suite ratée de Busan) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/colony-2/" title="Read  Colony">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix ans après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dernier-train-pour-busan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dernier train pour Busan</em></a>, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peninsula/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Peninsula</em></a>, suite ratée de <em>Busan</em>) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train à la verticalité d’une tour. Au sein d’un complexe accueillant à la fois un centre commercial et des bureaux, un virus créé par un scientifique fou et revanchard se répand. Ce n’est toutefois pas tout à fait du «&nbsp;zombisme&nbsp;» pur jus&nbsp;: les infectés deviennent les membres d’une colonie interconnectée (un peu sur le mode des hommes-champignons de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-last-of-us-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Last of Us</em></a>) qui, et c’est le cœur véritable du film, ne cesse d’évoluer en se partageant des informations, sur le mode des fourmis dialoguant par l’entremise de phéromones. Quelques rescapés – dont une scientifique, comprenant vite de quoi il retourne – se rassemblent non pas pour échapper au lieu confiné, mais pour trouver le savant malade à l’origine de l’infection, qui s’est inoculé le vaccin du virus. Rapidement, ce grand méchant se révèle être aussi une figure de marionnettiste, qui a gardé sa conscience humaine tout en étant relié à la ruche.</p>
<p>Ce point de départ permet au film de mettre à jour régulièrement ses règles : les zombies, d’abord, sont des corps rampants se jetant sur leurs proies. Ils apprennent ensuite à marcher, à distinguer les êtres humains des panneaux publicitaires ou des mannequins présents dans les échoppes, puis à se greffer les uns aux autres pour former des créatures à plusieurs têtes et membres, etc. La stratification du décor en différents couloirs et niveaux se couple alors à une reconfiguration ludique du fonctionnement même de la série B, qui permet au film de renouer avec l’inventivité de <em>Dernier train pour Busan</em>, mais aussi de reparcourir à vitesse grand V une histoire de l’évolution du genre. Par exemple, le décor originel de la galerie marchande rappelle le canonique <em>Dawn of the Dead</em>, tandis que l’apprentissage par les zombies de gestes moteurs élémentaires renvoie au stade atteint par les morts-vivants de <em>Land of the Dead</em>, l’un des derniers films de Romero. Dans le détail, <em>Colony</em> n’est toutefois pas aussi réjouissant que <em>Dernier train…&nbsp;</em>: il souffre parfois d’un découpage brouillon (cf. une scène dans un ascenseur où l’action n’est pas très lisible, des personnages disparaissant sans que l’on sache trop comment), mais Yeon Sang-ho a le mérite de faire de son dispositif la matrice d’un film de zombies assez malin, qui oppose un réseau collectif (celui des zombies) à un groupe humain rongé de l’intérieur par son manque de solidarité. Si bien que <em>Colony</em> finit par renouer, dans ses plis, avec la part politique propre au genre, dont il actualise la logique : la dissolution de l’individu n’apparaît pas ici comme un châtiment, mais comme le révélateur de l’atomisation&nbsp;de la société sud-coréenne.</p>
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		<title>Cannes 2026, un festival de son temps</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/cannes-2026-un-festival-de-son-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 May 2026 17:27:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le palmarès du 79ᵉ&#160;Festival de Cannes affiche une couleur politique un peu trompeuse, qui reflète mal la teneur d’une compétition (et plus largement d’une édition) où de nombreux films ont tenté de se brancher sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/cannes-2026-un-festival-de-son-temps/" title="Read  Cannes 2026, un festival de son temps">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le palmarès du 79ᵉ&nbsp;Festival de Cannes affiche une couleur politique un peu trompeuse, qui reflète mal la teneur d’une compétition (et plus largement d’une édition) où de nombreux films ont tenté de se brancher sur le tumulte de l’époque. Les prix attribués à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Coward</em></a> (interprétation masculine) et <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Bola Negra</em></a> (mise en scène) ont ainsi récompensé des récits d’émancipation <em>queer</em>&nbsp;dont l’élan romanesque se déploie au détriment de leur dimension historique. Chez Lukas Dhont, cette substitution s’incarne par une opposition schématique entre la violence du charnier de 14–18 et le <em>safe space</em> de revues militaires où les deux personnages principaux apprivoisent leur désir naissant. Plus gênant, la fresque épaisse de Javier Ambrossi et Javier Calvo s’attarde notamment sur une ébauche de romance liant Sebastián, un phalangiste que l’on voit dans l’introduction intimer à sa mère d’exécuter le salut fasciste, et Rafael Rodríguez Rapún, le compagnon du poète Federico García Lorca, qui combat dans le camp républicain durant la guerre civile espagnole. Le dénouement du film est particulièrement embarrassant : le resserrement de la caméra sur Sebastián au milieu d’une foule acquise à la cause de Franco vaut comme relégation hors du cadre de l’engagement fasciste du personnage<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_333901_22('footnote_plugin_reference_333901_22_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_333901_22('footnote_plugin_reference_333901_22_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_333901_22_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_333901_22_1" class="footnote_tooltip">Par ailleurs rapidement traité&nbsp;: plus tôt, au détour d’une réplique, il confiait s’être retrouvé dans ce camp un peu par hasard.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_333901_22_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_333901_22_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, pour se concentrer sur la trame sentimentale et mémorielle du récit. Passons aussi rapidement sur <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fjord/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Fjord</em></a>, auréolé d’une Palme d’or assez inutile – Mungiu était d’ailleurs le seul, parmi les cinéastes en lice, à avoir déjà reçu la récompense suprême. La «&nbsp;politique du doute&nbsp;» (et politique du pire) sur laquelle repose le montage et la mise en scène construit une ambiguïté de façade permettant de mettre dos à dos l’intégrisme religieux et un supposé «&nbsp;wokisme&nbsp;» qui, sous ses atours progressistes, serait tout aussi totalitaire.</p>
<h2>À point nommé</h2>
<p>Certes, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/minotaure/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Minotaure</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Notre salut</em></a> étaient moins ambivalents. Le second, très bien accueilli à Cannes par la presse française, est reparti avec un prix du scénario qui a frustré ses défenseurs, quand bien même il sacre&nbsp;la qualité première du film, reposant sur une étude de personnage fouillée et un travail sur la langue (le parler d’aujourd’hui, les lettres terribles et belles que l’épouse d’Henri envoie à ce dernier). Mais la part politique du festival n’a jamais été plus saillante qu’en dehors des films. Ainsi, en amont du festival, des critiques légitimes sur le manque de diversité géographique et culturelle des profils retenus au sein de la compétition&nbsp;; du discours d’Andreï Zviaguintsev au moment de recevoir son grand prix, durant lequel le cinéaste russe en exil s’est directement adressé à Vladimir Poutine&nbsp;; ou encore de la tonitruante fronde du cinéma français contre la figure de Vincent Bolloré. Dès le premier jour du festival, <a href="https://www.liberation.fr/culture/depardon-binoche-haenel-600-professionnels-du-cinema-denoncent-lemprise-de-bollore-sur-le-septieme-art-20260511_FZW7WRBEXNDPVK5MAUTSFF6EHE/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une tribune publiée dans <em>Libération</em></a> a allumé la mèche de <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la poudrière</a><u>,</u> avant que la menace d’une mise au banc des signataires soit brandie par le directeur de Canal +, Maxime Saada – engendrant un classique «&nbsp;effet &nbsp;Streisand&nbsp;» (ironiquement, l’actrice recevait cette année une Palme d’or d’honneur) et le ralliement à la tribune d’acteurs internationaux (Mark Ruffalo, Javier Bardem, etc.). Cette repolitisation du festival est salutaire, même si elle a pu parfois faire écran dans la réception des films eux-mêmes. L’enthousiasme (voire l’emballement) autour de <em>Notre salut</em> peut ainsi s’expliquer par le contexte politique français (la menace de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite) et le contrepoint quasi immédiat que le film propose à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Rayons et les Ombres</em></a> de Xavier Giannoli), tandis que ses diatribes contre les politiques macronistes, même les plus appuyées, ont ravi. En cela, son titre international, «&nbsp;<em>A Man of His Time</em>&nbsp;» (un homme de son temps), s’applique autant à la figure veule d’Henri qu’à celle d’Emmanuel Marre, dont le film tombait à point nommé.</p>
<p>Cela n’a pas été le cas de l’autre film français présenté en compétition se déroulant sous l’Occupation. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Moulin</em></a> de László Nemes semble quant à lui avoir trébuché dans un trou noir, au point qu’il n’a quasiment pas été discuté, la faute à une tenaille qui s’est installée autour du film, avant et après sa projection. Avant&nbsp;: la messe paraissait dite au regard de l’étrangeté profonde du projet (Gilles Lellouche en Jean Moulin, filmé par le réalisateur du <em>Fils de Saul</em>, le tout financé par TF1) – y compris dans nos rangs, où l’on redoutait le film plus qu’autre chose. Après : au cours d’une conférence de presse assez catastrophique, Nemes n’a pas arrangé ses affaires en livrant une réponse particulièrement maladroite suite à une question piégeuse adressée à son acteur. Le film vaut pourtant bien mieux que cette double image qui lui a collé à la peau&nbsp;: Nemes dépeint l’Occupation comme un labyrinthe plongé dans la pénombre où la figure de Moulin, en «&nbsp;résistance&nbsp;» littérale, essaie de se frayer un chemin (d’abord vers la vie, puis vers la mort). Le film, qui se revendique de Melville et de la photographie de Brassaï, orchestre un ballet d’ombre d’une splendeur aussi majestueuse que parfois suffocante pour accompagner Moulin aux portes de l’enfer. Sans doute, le parti pris détonnait au sein de la sélection, mais la minutie de sa mise en scène, qui joue beaucoup sur le hors-champ et la profondeur du noir, est très éloignée de la caricature de film tortionnaire qu’on en a faite.</p>
<h2>Merci Alain Cavalier</h2>
<p>Quid, plus globalement, du cinéma français, qui débarquait avec une délégation de films cette année astronomique, en compétition mais aussi ailleurs&nbsp;? Fait rare, les films préférés au sein de la revue sont presque tous français&nbsp;: le sublime <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Merci d’être venu</em></a> d’Alain Cavalier, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soudain</em></a> de Ryūsuke Hamaguchi, <em>Moulin</em> donc, mais aussi <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-gradiva/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Gradiva</em></a> de Marine Atlan ou <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Roches rouges</em></a> de Bruno Dumont. Des films fort différents, qui se sont distingués dans un festival où le gros du cinéma français a souvent paru travaillé par son surmoi littéraire. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-paralleles/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires parallèles</em></a><em>,</em> <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vie d’une femme</em></a> ou même <em>Notre salut</em> partaient ainsi d’une matière écrite (un roman, un pamphlet, des lettres) structurant l’agencement du récit, tandis qu’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/histoires-de-la-nuit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la nuit</em></a> adaptait le livre de Laurent Mauvignier. À ce poids de la littérature ont répondu les dispositifs quasi expérimentaux de Dumont ou Hamaguchi (qui tente d’inventer une hétérotopie langagière et humaine), tandis que Cavalier, en agençant une suite de chutes de son journal filmé, parachève son œuvre avec une ultime pièce dont les visions du ciel et les éclats chromatiques évoquent parfois <em>Adieu au langage</em> de Jean-Luc Godard. «&nbsp;Merci d’être venu&nbsp;», magnifique titre, pourrait être aussi la maxime de cette édition qui, en dépit de son ambiance électrique, s’est aussi imposée comme la meilleure de mémoire récente, si l’on compile les films accomplis et ceux, plus bizarres et singuliers (exemplairement <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hope</em></a> de Na Hong-Jin, qui devrait sortir dans un montage légèrement revu). Cette année, le festival fut, au-delà de ses défauts habituels (un mélange hasardeux de glamour et de grandes déclarations politiques&nbsp;; une foire annuelle du cinéma d’auteur déguisée en pèlerinage cinéphile) le théâtre d’un petit décentrement : les films les plus réussis ont tous surpris (mêmes ceux que l’on attendait au tournant) et la pluralité des propositions dessine une année cinématographique déjà d’un haut niveau.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333901_22();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333901_22();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_333901_22">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_333901_22" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_333901_22('footnote_plugin_tooltip_333901_22_1');"><a id="footnote_plugin_reference_333901_22_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Par ailleurs rapidement traité&nbsp;: plus tôt, au détour d’une réplique, il confiait s’être retrouvé dans ce camp un peu par hasard.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_333901_22() { jQuery('#footnote_references_container_333901_22').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333901_22').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_333901_22() { jQuery('#footnote_references_container_333901_22').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333901_22').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_333901_22() { if (jQuery('#footnote_references_container_333901_22').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_333901_22(); } else { footnote_collapse_reference_container_333901_22(); } } function footnote_moveToReference_333901_22(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333901_22(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_333901_22(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333901_22(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/cannes-2026-un-festival-de-son-temps/">Cannes 2026, un festival de son temps</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Histoires de la nuit</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/histoires-de-la-nuit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 14:04:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette dernière édition du festival a été en grande partie hantée par la littérature : La Bola Negra, L’Inconnue et le Journal d’une femme de chambre sont des adaptations, Fatherland propose une biographie romancée de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/histoires-de-la-nuit/" title="Read  Histoires de la nuit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette dernière édition du festival a été en grande partie hantée par la littérature : <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Bola Negra</a>, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/linconnue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Inconnue</a></em> et le <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Journal d’une femme de chambre</em></a> sont des adaptations, <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fatherland/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Fatherland </em></a>propose une biographie romancée de l’écrivain allemand Thomas Mann et plusieurs productions reposent sur une structure romanesque (le chapitrage pour <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vie d’une femme </em></a>et <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Quelques jours à Nagi</em></a> ou le processus d’écriture pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/autofiction/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Autofiction</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vénus électrique</em></a>). En cohérence, la compétition s’achève sur la transposition à l’écran du polar de Laurent Mauvignier, <em>Histoires de la nuit</em>. Le récit est relativement simple : la soirée d’anniversaire de Nora (Hafsia Herzi), mère d’Ida (Tawba El Gharchi) et épouse d’un fermier, Thomas (Bastien Bouillon), est parasitée par le retour d’une vieille connaissance, Frank (Benoît Magimel), petit mafieux tout juste sorti de prison. Accompagné de ses frères, il prend en otage la famille ainsi que leur voisine, Cristina (Monica Bellucci), une artiste peintre qui s’occupe parfois de leur fille. La réalisatrice navigue donc entre les eaux du thriller, du film social et du drame familial, sans toutefois jamais réussir à transcender ce mélange des genres.</p>
<p>Dès le début, on comprend que Nora cache un lourd secret, le récit s’attardant sur un élément bénin, grâce auquel elle sera retrouvée par Frank : elle souhaite qu’une vidéo de famille publiée par sa fille sur Tiktok et devenue virale soit supprimée. La scène s’achève sur une réplique assassine d’Ida à sa mère : «<em>J’aimerais être comme toi : orpheline.</em>» En soulignant de la sorte certains éléments de l’intrigue (l’enfant menace réellement de perdre ses parents en les exposant sur Internet), le film semble plus occupé à durcir l’ossature du roman qu’à l’emmener sur un terrain proprement cinématographique. Cette manière de muscler les coutures du scénario s’accompagne par ailleurs d’une faiblesse narrative : les dialogues entre Cristina et son ravisseur appuient un discours grossier sur la différence de classe et de capital culturel, les deux collègues de Nora, invitées à sa fête, n’ont pas vraiment de substance, tandis que le caractère dysfonctionnel du couple est lourdement suggéré par leur absence de vie sexuelle, sans que le la cinéaste ne prenne le temps de poser un regard sur leur relation. Quelques qualités visuelles se dégagent néanmoins lorsque Mysius se concentre sur l’enfant : à quelques minutes de la fin, la lumière qui baigne le visage d’Ida dans la pénombre prépare l’importance qu’elle aura dans le dénouement. On pourrait même avancer que, dans un film où on ne sent presque aucun choix dans la direction d’acteurs, la petite Tawba El Gharchi sort du lot. C’est peut-être la seule marque d’autrice dans la filmographie de Léa Mysius : un don particulier pour filmer la fin de l’innocence.</p>
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		<title>L’Aventure rêvée</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/laventure-revee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 14:00:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Aventure rêvée ressemble tout d’abord à une suite de Western, puisque le film s’ouvre sur Syuleyman Alilov Letifov, au volant d’une voiture parcourant une route bulgare. Retrouver neuf ans plus tard ces paysages peu filmés...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/laventure-revee/" title="Read  L’Aventure rêvée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Aventure rêvée</em> ressemble tout d’abord à une suite de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/western/" target="_blank" rel="noopener"><em>Western</em></a>, puisque le film s’ouvre sur Syuleyman Alilov Letifov, au volant d’une voiture parcourant une route bulgare. Retrouver neuf ans plus tard ces paysages peu filmés au cinéma, ainsi que ce visage à l’expression toujours sereine, porte une promesse de mélancolie que le récit va redoubler. Alilov Letifov ne reprend pas en réalité son rôle de propriétaire d’une carrière, mais joue Saïd, un petit contrebandier de la frontière entre la Bulgarie et la Turquie de passage dans sa ville natale, Svilengrad, où il croise un amour de jeunesse, Veska (Yana Radeva), devenue entre-temps archéologue. Les deux personnages ont plaisir à se tourner autour une journée durant, avant que Saïd ne prenne mystérieusement le large. La narration se reconfigure alors autour de Veska : l’archéologue, dont le prénom évoque celui de Grisebach et qui lui ressemble même un peu (elles sont toutes les deux blondes et semblent avoir le même âge, un peu moins de soixante ans), se mêle alors soudain des affaires de la mafia du coin.</p>
<p>Ce n’est plus un Allemand qui s’installe ici aux tables des Bulgares, mais une femme, induisant d’autres types de rapports conflictuels. Mais la misogynie de cette société masculine, outre les insultes sexistes et les sous-entendus sexuels attendus, s’exprime surtout par une forme d’étonnement qu’ont les personnages à devoir traiter avec Veska, sans savoir au juste comment s’y prendre. La longue scène où elle se retrouve en face d’Ilya (un autre camarade de jeunesse, qui s’est hissé au sommet de la mafia locale) témoigne bien de cette perplexité. Alors qu’elle lui dit ses quatre vérités, le boss vulgaire répond certes « <em>Comment oses-tu me parler comme ça chez moi&nbsp;?</em> », tel un Joe Pesci d’Europe de l’Est, mais sans broncher, en restant placidement assis, bien qu’il soit éberlué. La cinéaste désosse ainsi le film de gangsters de ses attributs virilistes et spectaculaires (la violence, rare, se déroule en général à l’arrière-plan), pour accompagner une héroïne elle-même imperturbable. Beau personnage que Veska (et superbe actrice), qui apporte à chaque situation une forme de calme raisonné alors même que ses actions relèvent parfois de l’inconscience. Cette « aventure » qu’elle traverse en effet à la manière d’un rêve, lui permet de régler ses traumatismes de jeune femme mêlée à ce milieu, ainsi que de retomber amoureuse, à distance, de Saïd. Ceci dit, les deux heures au milieu du film sont trop laborieuses pour que cette idée soit réellement incarnée. L’esquisse d’un film de mafia nonchalant et presque paisible achoppe sur la matérialité de la mise en scène de Grisebach, elle-même assez désinvolte. Pour la réalisatrice, seules comptent les scènes de dialogues, en général à plusieurs, qu’elle découpe conventionnellement sous tous les angles. Si le texte est bien écrit, avec son lot de zones d’ombre et de digressions, les séquences s’enchaînent de façon toujours équivalente, sans réel pas de côté ou respiration, pour suivre l’enquête nébuleuse. Sans les chevauchées de <em>Western</em> et son jeu autour de la traduction (l’impossibilité de communiquer constituait le cœur du film), <em>L’Aventure rêvée </em>s’apparente malheureusement plutôt à une promenade hagarde. Et si la fin suspendue, d’une grande douceur, parvient à émouvoir, elle laisse tout de même l’impression de s’être fait balader pour en arriver là.</p>
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		<title>Le tableau final de la compétition cannoise</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-tableau-final-de-la-competition-cannoise-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 11:23:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-tableau-final-de-la-competition-cannoise-2/">Le tableau final de la compétition cannoise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-333845" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-scaled.jpg" alt width="1527" height="2560" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-scaled.jpg 1527w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-179x300.jpg 179w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-611x1024.jpg 611w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-768x1288.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-916x1536.jpg 916w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-1222x2048.jpg 1222w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-980x1643.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Etoiles-2-Festival-de-Cannes-2026-2000x3353.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1527px) 100vw, 1527px"></a>
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		<title>Jour 10 — Coward</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-10-coward/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 09:15:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 10 et clap de fin. Deux de nos rédacteurs discutent de Coward&#160;de Lukas Dhont présenté en compétition officielle. Avec un florilège des films préférés de la rédaction durant le festival. Avec :&#160;Josué Morel...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-10-coward/" title="Read  Jour 10 — Coward">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 10 et clap de fin. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Coward</em></a>&nbsp;de Lukas Dhont présenté en compétition officielle. Avec un florilège des films préférés de la rédaction durant le festival.</p>
<p><strong>Avec :&nbsp;</strong>Josué Morel et Robin Vaz. Ainsi que Marin Gérard, Karim Roussel et Juliette Conti pour la séquence finale.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/19nHi5J32_U?si=EafulN0Ub11E6nHw" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>À l’ombre du festival — Léa Le Dimna</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-lea-le-dimna/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 06:00:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce dernier épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Léa Le Dimna, co-autrice du nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, Soudain. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;:&#160;Luca Mongai. Générique&#160;:&#160;Emile...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-lea-le-dimna/" title="Read  À l’ombre du festival — Léa Le Dimna">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce dernier épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Léa Le Dimna, co-autrice du nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, <em>Soudain</em>.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Mariage au goût d’orange</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mariage-au-gout-dorange/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 22:25:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Chambre 212, le cinéma de Christophe Honoré se donne des atours proustiens. À une méditation sur le temps, Mariage au goût d’orange ajoute le défi de la choralité en faisant la chronique d’un jour...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mariage-au-gout-dorange/" title="Read  Mariage au goût d’orange">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <em>Chambre 212</em>, le cinéma de Christophe Honoré se donne des atours proustiens. À une méditation sur le temps, <em>Mariage au goût d’orange</em> ajoute le défi de la choralité en faisant la chronique d’un jour de noces dans la Bretagne de la fin des années 1970. D’inspiration autobiographique, l’intrigue, d’abord pensée pour le théâtre (la pièce <em>Le Ciel de Nantes</em>) adopte une unité de lieu et d’action à laquelle s’ajoute une poignée de <em>flashforwards</em> qui révèleront le destin du marié, Jacques (Paul Kircher), et de sa sœur, Claudie (Adèle Exarchopoulos). Le film cherche justement à ausculter un groupe (en l’occurrence ici une famille) à différentes échelles : l’une microscopique (le poids d’une journée) et l’autre macroscopique (les sauts temporels et la logique mémorielle). Malheureusement, on peine à éprouver le sens presque organique de la durée qui constitue, dans ses occurrences les plus réussies, l’un des intérêts majeurs du film choral. On trouve déjà les indices de cet écueil dans la scène d’exposition : afin de gagner en naturel, l’action commence presque <em>in media res</em>, dans un mouvement d’agitation collective juste avant la cérémonie, au moment où les invités rejoignent leurs voitures respectives. L’impression de chaos est surtout véhiculée par une série de laborieuses entrées et sorties de scène : le montage est trop rapide pour procurer un sentiment de réel et les dialogues sont démonstratifs (un exemple parmi d’autres : dès les premières minutes, Claudie raconte son histoire personnelle à un cercle de proches qui, de toute vraisemblance, est au fait de ses déboires affectifs), quand ils ne réduisent pas les individus à de vulgaires stéréotypes (le personnage de Vincent Lacoste). En bref : les gens crient pour paraître spontanés et s’agitent pour feindre le désordre. D’une théâtralité convenue, le film enferme le groupe dans les mailles de son scénario.</p>
<p>Quelques séquences peu développées laissent néanmoins percer le regard d’un enfant (peut-être le double d’Honoré) qui garde une réminiscence du drame, sans que le récit aille au bout de cette idée, restant dans une zone limitrophe entre l’omniscience et la subjectivité. Cette hésitation n’est pas le signe d’une indétermination fertile. Elle est plutôt le symptôme d’une incapacité à faire un choix entre la peinture d’une époque et l’exploration mémorielle vers laquelle le film paraît tendre. Dans la continuité de son travail d’adaptation du <em>Côté de Guermantes</em> pour le théâtre (il remplaçait alors les aristocrates par des vedettes des années 1970), Honoré cherche en quelque sorte à trouver une forme retranscrivant l’essence de cette décennie. Mais de cette période, Honoré ne retient que des clichés : la violence masculine décomplexée (pas un, mais deux personnages battent femmes et enfants), la mort de Claude François (et le lot de blagues qui va avec), la Renault 12 ou encore le Tang (la boisson en poudre à l’orange à laquelle fait référence le titre). Pire : une conversation sur les tortures infligées aux indigènes pendant la guerre d’Algérie se dilue sans honte dans les méandres d’un mélodrame.</p>
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		<title>L’Objet du délit</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/lobjet-du-delit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 22:14:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des Noces de Figaro, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/lobjet-du-delit/" title="Read  L’Objet du délit">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle comédie d’Agnès Joui repose sur un tour de passe-passe. Le scénario suit la production d’une mise en scène des <em>Noces de Figaro</em>, des préparatifs parisiens à la première dans le Sud de la France<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332672_36('footnote_plugin_reference_332672_36_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332672_36('footnote_plugin_reference_332672_36_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332672_36_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332672_36_1" class="footnote_tooltip">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332672_36_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332672_36_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a>, sous la forme d’un film choral ; la troupe composée d’interprètes et de techniciens s’apparente à une colonie de vacances entre adultes qui s’entendent difficilement, avant de se déchirer autour d’une controverse. Car « l’objet du délit » donnant son titre au film renvoie à la question épineuse des violences sexistes et sexuelles dans l’industrie du spectacle, mais aussi à la différence d’appréciation sur ces sujets entre la vieille garde et la jeunesse. Tour de passe-passe, donc : si Jaoui semble d’abord s’emparer de <em>Figaro</em> pour actualiser, en 2026, les enjeux du marivaudage, l’opéra se révèle ici un moyen détourné afin d’évoquer le monde du cinéma, sa gestation épousant les mêmes contours que ceux d’un tournage. « <em>Que faire des phallus&nbsp;?</em>&nbsp;» est le mantra du film&nbsp;; on y répète beaucoup cette question, à propos de colonnes au <em>design</em> équivoque que Mirabelle (Claire Chust), jeune star de la mode catapultée au poste de metteuse en scène afin d’attirer un jeune public d’Instagram, souhaite disposer sur scène pour dénoncer «&nbsp;le patriarcat&nbsp;». <em>L’Objet du délit</em> sera donc une comédie sur #MeToo, la <em>cancel</em>&nbsp;<em>culture</em>, la libération de la parole soi-disant confondue avec le Maccarthysme (le chef d’orchestre joué par Daniel Auteuil redoute de figurer sur une « liste » de grands noms dénoncés par une cantatrice mondialement connue), sur le flou existant entre l’art et le harcèlement déguisé, etc.</p>
<p>Quelques semaines après <em>Juste une illusion</em>, la sortie du film confirme que la comédie populaire est souvent l’endroit où le cinéma français contemporain se branche, de manière conscience ou inconsciente, sur les questions tiraillant la société. Mais la proposition de Jaoui, aussi abrasive que passionnante, s’avère surtout ambiguë&nbsp;dans le regard porté sur les revendications de ses sœurs cadettes. La cinéaste, qui se tient à la fois devant et derrière la caméra, se donne une place étrange au sein de l’intrigue : elle campe une interprète renommée, loin d’être présente à toutes les répétitions, mais qui jouit grâce à sa notoriété d’un poids dans les discussions mouvementées affleurant au sein de la troupe. Autrement dit, Jaoui filme la cohabitation difficile entre plusieurs générations <em>depuis le point de vue de la sienne</em>. Tandis que le scénario fait des blagues sur Mirabelle qui ressasse ses désirs de «&nbsp;sororité&nbsp;» et se lamente à plusieurs reprises de ne «&nbsp;<em>pas avoir su faire le safe space</em> » (!), l’actrice/réalisatrice incarne la voix d’une forme de «&nbsp;féminisme nuancé&nbsp;», sensible à la lutte contre le machisme mais qui lève les yeux au ciel et râle «&nbsp;oh là là…&nbsp;» face au volontarisme de ses jeunes camarades et à leur propension à voir le mal partout. À plusieurs endroits, on rit jaune face aux gags égrainés par le film, qui ouvrent toutefois sur des séquences troublantes, comme celle où une réunion collective déborde pour faire entendre la réalité de traumas vécus par ses membres. La cinéaste penche de cette façon un coup à droite, puis un coup à gauche, zigzaguant sur une piste raide qu’elle dévale à toute berzingue.</p>
<p>Mais la volonté de faire feu de tout bois tout en restant au centre s’affirme progressivement comme un leurre. On voit bien que Jaoui a plus de tendresse pour les vieux mâles, tel le ténor abject accusé par ses partenaires de jeu, que le film exonère d’emblée en faisant du personnage un homosexuel (ce qui invaliderait son geste tenu pour délictueux) ; en définitive, elle posera même sur lui un regard empathique alors que sa « cancellisation » précipite sa fin de carrière. Il est à ce titre frappant que la cantatrice campée par Jaoui soit avant tout là pour incarner, en bout de route, un point médian. Le scénario délaisse les autres enjeux la concernant (sa voix éraillée, ses histoires de famille) pour se concentrer sur la façon dont elle tranche l’orientation des débats en même temps que sa position de cinéaste : féministe mais pas trop, solidaire mais indépendante, plutôt #MeToo mais résolument pas « Balance ton porc ». Cette vision ne surprend guère quand on se rappelle que Jaoui, au moment de quitter le collectif 50/50, confiait : « <em>Je suis du côté des victimes, mais pas si elles s’érigent en persécutrices. Je me revendique féministe, mais pas de ce féminisme-là</em>&nbsp;». Et si <em>L’Objet du délit</em> s’inscrit contre «&nbsp;<em>ce féminisme-là</em>&nbsp;», il célèbre en revanche la promiscuité supposément merveilleuse d’un tournage, où les réunions se mêlent aux pots alcoolisés et les rapports professionnels aux badinages amoureux. À l’heure où le cinéma français fait son <em>aggiornamento</em> suite aux innombrables affaires liées à ce mariage des genres, Jaoui choisit en somme de nager à contre-courant de ce «&nbsp;<em>sens de l’histoire contre lequel on ne peut pas aller</em>&nbsp;» (<em>dixit</em> le personnage d’Auteuil).</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332672_36();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332672_36();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332672_36">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332672_36" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332672_36('footnote_plugin_tooltip_332672_36_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332672_36_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Et plus précisément, détail amusant au regard du sujet du film, dans les ruines du domaine du château de Lacoste, que possédait le marquis de Sade. </td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332672_36() { jQuery('#footnote_references_container_332672_36').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332672_36').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332672_36() { jQuery('#footnote_references_container_332672_36').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332672_36').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332672_36() { if (jQuery('#footnote_references_container_332672_36').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332672_36(); } else { footnote_collapse_reference_container_332672_36(); } } function footnote_moveToReference_332672_36(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332672_36(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332672_36(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332672_36(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/lobjet-du-delit/">L’Objet du délit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>The Man I Love</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/the-man-i-love/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 18:33:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après un film-conversation qui sortira en septembre (Peter Hujar’s Day) et un passage en France, Ira Sachs revient à un cadre new-yorkais a priori plus classique, dans la continuité de son œuvre du début des...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/the-man-i-love/" title="Read  The Man I Love">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un film-conversation qui sortira en septembre (<a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/" target="_blank" rel="noopener"><em>Peter Hujar’s Day</em></a>) et un <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/passages-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>passage</em></a> en France, Ira Sachs revient à un cadre new-yorkais <em>a priori</em> plus classique, dans la continuité de son œuvre du début des années 2010 (<em>Keep the Lights On</em>, notamment). <em>The Man I Love</em> ne se déroule pas au présent mais à la fin des années 1980, durant l’épidémie du SIDA. Jimmy (Rami Malek), un acteur doté d’une petite notoriété au sein de la communauté queer, paraît d’emblée condamné. La première séquence est d’ailleurs marquée par son absence, lorsque Dennis (Tom Sturridge), son compagnon, parle de lui à Vincent (Luther Ford), leur nouveau voisin. Quelques séquences plus loin, la sœur de Jimmy (Rebecca Hall) versera des larmes après l’avoir vu en bonne santé, sachant que cette accalmie ne pourra pas durer. Sachs accompagne le personnage et surtout son entourage dans cette période où la maladie est temporairement invisible.</p>
<p>À l’amour déjà endeuillé de la sœur et du compagnon s’ajoute celui de Vincent, futur amant de Jimmy, qui refuse d’ouvrir les yeux sur la réalité de son état. Un ballet sentimental se crée ainsi autour du malade, présence magnétique qui attire tous les regards. La caméra elle-même paraît ensorcelée par Rami Malek (qui souvent traverse lentement le cadre), cabotin par excellence, constamment en représentation. Tout le monde semble « normal » à ses côtés, si ce n’est banal, le comédien jouant de son pouvoir d’attraction presque sans le vouloir. Tranchant par sa brièveté au sein de la compétition (1h35), <em>The Man I Love</em> brosse ses personnages en quelques scènes, telles des esquisses, sans qu’ils soient désincarnés. Il y parvient grâce à un sens du casting (citons également Ebon Moss-Bachrach, le merveilleux « cousin » de <em>The Bear</em>, qui incarne le beau-frère de Jimmy), mais aussi à son attention au détail. Le neveu du malade, par exemple, existe à l’écran alors même qu’il a un rôle annexe : en le montrant déjà endormi auprès de son père dans le lit double de la chambre d’hôtel lorsque sa mère rentre tard, ou plus loin, tandis qu’il enregistre docilement avec un caméscope les confessions provocatrices de Jimmy dans une vidéo destinée à ses propres parents, le film dresse le portrait d’un adolescent sensible et timide, lui aussi fasciné par son oncle.</p>
<p>Si la sophistication du film, de sa mise en scène épurée à ses personnages cultivés (Jimmy est un acteur de théâtre <em>underground</em>) le tire certes davantage vers l’élégance que l’émotion, Sachs parvient à dépasser cette limite par la musique, qui occupe ici une place centrale. Le titre renvoie notamment au standard de Gerswhin que chante en intégralité Jimmy dans un cabaret au début du film : outre la beauté de l’interprétation, les paroles au futur et au singulier (« <em>Someday he’ll come along, the man I love</em> ») cultivent alors les espoirs de Vincent, tout en creusant une distance avec Dennis, les deux personnages étant filmés en contrechamp lors du concert, tandis que le regard de Malek passe de l’un à l’autre. Juste avant, lors d’un dîner, les amis et la famille chantaient à tour de rôle des couplets <em>a capella</em>, permettant à chacun de se raconter à travers un air. Une femme entonnait en particulier « Down in the Valley », mélodie de folk traditionnelle dont la mélancolie est d’autant plus étonnante que la chanteuse ne deviendra jamais à proprement parler un personnage : il s’agit d’un moment suspendu dans lequel vient se loger la tristesse que les protagonistes ne parviennent pas ailleurs à exprimer. Dernier exemple : alors que résonne le funèbre «Stabat Mater» de Vivaldi, Vincent lance dans un accès de détresse un morceau disco sur son lecteur cassette, qui est en partie inaudible à cause de la « concurrence » organisée ici par la bande son. Par cette cacophonie (une piste extra-diégétique contre une autre intra), Sachs montre que Vincent ne parvient pas à s’accorder à la vérité : aspirant à vivre une histoire d’amour, il est coincé dans un drame. Quant à Dennis, personnage qui lui non plus ne chantera pas ou n’imposera pas « sa » musique, il vit seulement pour recevoir la lumière de Jimmy, ce que figure un plan sublime dans un couloir d’hôpital, où un train hors champ vient éclairer le décor comme si un spectre l’avait traversé. À l’image de la fin de <em>Love is Strange</em>, Sachs filme la mort par une simple sortie de champ : Jimmy, bête de scène, quitte le film en disparaissant dans les coulisses.</p>
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		<item>
		<title>Coward</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 16:24:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premières minutes de Coward reconduisent l’esthétique des précédents films de Lukas Dhont : on y retrouve l’idée que la vérité d’un être ne peut émerger qu’en collant au plus près de son visage, par...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/coward/" title="Read  Coward">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premières minutes de <em>Coward</em> reconduisent l’esthétique des précédents films de Lukas Dhont : on y retrouve l’idée que la vérité d’un être ne peut émerger qu’en collant au plus près de son visage, par un cadre resserré, une profondeur de champ floutée et une caméra portée attentive aux oscillations des acteurs. Cette focalisation a aussi pour conséquence d’oppresser les corps en faisant de leur environnement un bain de stimuli agressifs. L’inscription du récit dans les camps et les tranchées de l’armée belge durant la Première Guerre mondiale n’induit dès lors pas un changement de braquet par rapport à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/close-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Close</em></a> : le milieu militaire relève d’une aliénation similaire à celui de l’école, redoublée par les invectives virilistes qui fusent – « <em>mauviette</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>pleureuse</em>&nbsp;», etc. La seule originalité du film tient à ce qu’il fait de cet environnement impitoyable la condition paradoxale pour l’aménagement d’une romance gay&nbsp;: Pierre, un fermier pas très loquace, fait la rencontre de l’extraverti Francis qui, en compagnie d’une troupe de soldats blessés, animent une revue théâtrale. Tenant des rôles féminins et jouant sur la flamboyance du travestissement, les soldats, même les plus virilistes, s’accommodent sans arrière-pensée de ces jeux sur le genre, si bien que les deux héros peuvent danser quelques pas ou se mirer du coin de l’œil sans que la dimension interlope de leur désir transparaisse aux yeux des autres.</p>
<p>Sans doute, Dhont force un peu le trait&nbsp;: il est peu vraisemblable que l’ensemble des soldats soit à l’aise avec la «&nbsp;<em>queerness</em> » de Francis et de sa troupe en dehors du strict cadre des représentations (à plusieurs reprises, la revue déborde des tréteaux pour érotiser/ « dé-hétérotiser » le décorum militaire). Mais ce parti pris pourrait avoir le mérite d’installer un cadre singulier si l’entêtement de la mise en scène et un épilogue superflu n’escamotaient pas cette idée : elle reste au stade de promesse non tenue à laquelle Dhont substitue une série de visions à fleur de peau, pour « mesurer » (comme dans l’ultime scène, chez un tailleur) la montée du désir. À cette impasse s’ajoute la lourdeur d’un récit qui table sur la polysémie de la lâcheté du titre : s’agit-il de celle du déserteur, ou de l’homosexuel qui, de peur de ne pas trouver sa place, renoncera à son identité profonde ? L’articulation du vérisme de la guerre avec le rapprochement ouaté des deux soldats énamourés accouche par ailleurs d’une stratégie de rupture de ton (violence directe contre désir différé) et de sous-entendus sexuels (tu l’as vu, mon gros obus ?) qui confirme que Dhont n’est décidément pas l’un des réalisateurs cannois les plus subtils.</p>
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		<title>La Bola Negra</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 14:55:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premiers plans de La Bola Negra ressemblent à des photographies animées : les angles rognés du cadre produisent un effet vintage, tandis que des silhouettes posent au centre de l’image dans un décor rural...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bola-negra/" title="Read  La Bola Negra">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premiers plans de <em>La Bola Negra</em> ressemblent à des photographies animées : les angles rognés du cadre produisent un effet vintage, tandis que des silhouettes posent au centre de l’image dans un décor rural de l’Espagne de 1937. Une attaque aérienne vient bientôt injecter du mouvement dans cette fixité, tandis que s’élève une musique emphatique – les paroles de la chanson commentent l’action à la façon d’un chœur antique. Très vite, la séquence bascule dans une grandiloquence baroque, culminant lorsque le jeune Sebastián escalade une statue de saint Sébastien en prenant appui sur les flèches qui transpercent le corps de pierre. <em>La Bola Negra</em> affiche de la sorte ses velléités épiques, bientôt prolongées par la structure romanesque du récit, puisque sa narration entrelace trois contextes historiques (1932, 1937 et 2017) afin de suivre trois hommes de milieux différents. Toute la question sera de savoir ce qui les unit, hormis leur homosexualité commune.</p>
<p>La reconstitution de deux époques distinctes sert avant tout d’écrin à une iconographie gay qui met en scène des acteurs aux allures de mannequins. Dans le segment situé en 1937, un jeune fasciste, Sebastián, doit veiller sur un prisonnier républicain blessé, mêlant la figure du martyr christique à une érotisation de la virilité militaire, tandis que la période de 1932 s’intéresse à un <em>twink</em> qui cache son homosexualité pour intégrer un club prestigieux. La période contemporaine débute quant à elle avec les rencontres Grindr d’un trentenaire au physique moins stéréotypé, qui doit bientôt s’occuper de l’héritage de son grand-père. Si les premières scènes sont portées par une bizarrerie <em>camp</em>, ces ruptures sont canalisées par des enjeux narratifs assez conventionnels (des romances, <em>un coming-out</em> difficile, la question de la transmission) et débouchent sur une imagerie timorée (on est plus proche d’un <em>soft porn</em> un peu mièvre que de Derek Jarman). Même la machine narrative manque de brio : les trois trames piétinent, alors que l’ambition historique du film achoppe sur une certaine inconséquence politique – particulièrement dans le segment situé en 1937, qui met sous le tapis l’engagement franquiste de Sebastián. Javier Calvo et Javier Ambrossi peinent par ailleurs à trouver leur conclusion : le film n’en finit plus de finir, alors qu’il a perdu son souffle depuis déjà bien longtemps.</p>
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		<title>Jour 9 — Notre salut</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-9-notre-salut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 09:54:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 9. Deux de nos rédacteurs discutent de Notre salut d’Emmanuel Marre présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à La Détention de Guillaume Massart. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec : Marin Gérard et Robin...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-9-notre-salut/" title="Read  Jour 9 — Notre salut">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 9. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Notre salut</em></a> d’Emmanuel Marre présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Détention</em></a> de Guillaume Massart.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/g3msar9kEAI?si=udyLmz7Cg0GG9n1g" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>La Bataille de Gaulle : L’âge de fer</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 09:44:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, La Bataille de Gaulle débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-bataille-de-gaulle-lage-de-fer/" title="Read  La Bataille de Gaulle : L’âge de fer">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dispendieux projet découpé en deux parties, <em>La Bataille de Gaulle</em> débarque avec des intentions de prime abord plus pédagogiques qu’excessivement élogieuses, pour éclairer les faces moins connues de la légende dorée de l’homme qui a dit non. D’emblée, Antonin Baudry entend restituer la puissance mythologique du général en même temps que désacraliser sa stature. «&nbsp;<em>C’est la débandade, mon colonel&nbsp;»</em>, lui dit un subordonné alors que de Gaulle ne se résout pas à mettre fin au combat. « <em>Ai-je l’air de débander&nbsp;?&nbsp;</em>», lui réplique-t-il avant que, quelques minutes plus tard, sa silhouette longiligne pénètre la tour de la BBC, filmée dans une contreplongée insistant sur la verticalité de l’instant historique (l’appel du 18 juin). Charles de Gaulle, ce serait donc ça : un double-mètre refusant de s’amollir et dont la ferveur patriotique n’a d’égal que la folie des grandeurs. Sur le plan du commentaire historique, <em>La Bataille de Gaulle</em> donne du grain à moudre aux inquiétudes de Roosevelt et consorts, qui voient dans cet homme providentiel autodéclaré la trace d’un narcissisme certain (« <em>C’est moi la France&nbsp;»,</em> tonne-t-il) et un dictateur en puissance (chez lui, le pouvoir se prend et s’impose). Le récit se livre ainsi à un drôle de numéro d’équilibriste, entre les spectacles de Robert Hossein (qui monta en 1999 un show sur de Gaulle au Palais des Congrès de Paris) et le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/napoleon-vu-par-abel-gance/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Napoléon</em></a> d’Abel Gance – auquel le film emprunte l’idée d’un personnage secondaire (ici un jeune gaulliste) incarnant le visage de la France résistante. La reconstitution oscille entre la bouffonnerie mimétique (Churchill, réduit à son essence caricaturale) et le professionnalisme du <em>star system </em>français (Kassovitz, impeccable de rigidité dans le costume de l’ambigu amiral Darlan). L’hésitation contamine surtout la figure du général de Gaulle, un peu embarrassante : il tient à la fois de l’illuminé et du leader charismatique, même si la mise en scène et les dialogues peinent à retranscrire l’aura magnétique du militaire, dont le pouvoir de persuasion accouche régulièrement de coups de force scénaristiques – on ne saisit vraiment pas comment il arrive à fédérer autour de sa personne.</p>
<p>Autre souci qui colle au film de Baudry : la nécessité de ne pas angéliser de Gaulle tout en faisant de lui l’incarnation de la France éternelle, celle de l’Empire colonial sur lequel la stratégie de la France libre repose en grande partie. Le scénario essaie d’éviter les mines en tournant ponctuellement en ridicule l’emphase du général, qui se pâme, alors qu’il traverse en avion les frontières du Cameroun, devant un paysage lui paraissant désormais beau et vert parce que, pardi, on est en France. Ailleurs, de Gaulle devient Delon et parle de lui à la troisième personne ; pas d’anti-moustiques pour le chef, car « <em>Les moustiques ne piquent pas de Gaulle </em>», dixit l’intéressé, qui se retrouve la scène suivante alité par la malaria. Décolonial, cet <em>Âge de fer</em> ? Pas si vite. Quelques plans plus loin, de Gaulle, de retour à Londres, assiste à un bombardement et lâche avec mépris, en contemplant les flammes, «&nbsp;<em>Les barbares !</em> » à l’attention des avions nazis.<b> </b>Qui dit barbares dit nécessairement civilisation (on revient à l’idée d’une jonction entre la frontière géographique et la frontière spirituelle) : le soldat est bien l’incarnation d’une haute idée du pays qui se propage à travers le monde, grandiloquente et un peu compassée. Peut-on faire une hagiographie critique ? C’est le pari impossible de Baudry, qu’il faudra juger définitivement à l’aune du second volet. Mais à mi-parcours, la fresque, qui lorgne aussi vers le cinéma de David Lean (le fameux raccord allumette-soleil est même cité dans une transition impliquant un cigare), fait à ce stade plutôt pschitt, autant sur le terrain de la pyrotechnie que sur celui du <em>biopic</em> aiguisé.</p>
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		<title>Le Château d’Arioka</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-chateau-darioka/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 17:08:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le Japon féodal du XVIe siècle, Araki Murashige (Masahiro Motoki), vassal du seigneur tyrannique Oda Nobunaga dont il ne partage plus les aspirations belliqueuses, se retranche dans son bastion. Les représailles ne vont pas...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/le-chateau-darioka/" title="Read  Le Château d’Arioka">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le Japon féodal du XVIe siècle, Araki Murashige (Masahiro Motoki), vassal du seigneur tyrannique Oda Nobunaga dont il ne partage plus les aspirations belliqueuses, se retranche dans son bastion. Les représailles ne vont pas tarder : tandis que l’armée d’Oda se rapproche dangereusement, un samouraï est assassiné mystérieusement dans les murs de la forteresse, déclenchant une cascade d’incidents et de meurtres qui vont générer une paranoïa grandissante. On devine ce qui a intéressé Kiyoshi Kurosawa dans le roman <em>Le Samouraï et le prisonnier</em> de Honobu Yonezawa : filmer la suspicion se propageant comme un virus insidieux et drainant la mort dans son sillon. Six ans après le beau <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-amants-sacrifies/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Amants sacrifiés</em></a>, le cinéaste japonais renoue avec le film en costume en investissant cette fois-ci le chanbara. La façon qu’a Kurosawa de louvoyer vers l’obscurité en fait une œuvre non seulement à part dans le genre, qui s’éloigne de l’hommage cinéphilique redouté, mais aussi à l’échelle de sa filmographie.</p>
<p>Au faste des reconstitutions dispendieuses, le Japonais préfère les secrets d’alcôve et l’intimité d’échanges en huis clos, souvent réduits à des tête-à-tête. C’est d’ailleurs étonnant, Kurosawa ayant l’habitude de filmer des personnages peu diserts. Ceux du<em> Château d’Arioka</em> parlent au contraire beaucoup : ils ferraillent d’abord avec les mots avant de prendre en dernière instance les armes. Ils échafaudent des stratégies tortueuses, parfois déroutantes pour le spectateur (l’accumulation de noms et d’informations tend à brouiller la lisibilité de certains enjeux), dont on ne verra jamais ou si peu (une brève scène de bataille) les conséquences à l’écran. Le langage montre ce que les hommes cherchent à cacher, et le héros Murashige s’attelle plus que les autres à cette tâche d’élucidation. D’abord droit dans ses bottes, puis de plus en plus vacillant à mesure qu’il est en proie au doute et au soupçon, le personnage apparaît comme un corps mis à mal qui donne de la voix avant de se risquer à la perdre. Figure de mélancolique tourmenté, il souffre de n’entretenir plus aucun rapport avec une violence guerrière à laquelle il doit son rang. Son enquête policière (le récit s’organise autour d’une succession d’interrogatoires) s’apparente alors à une tentative désespérée de retrouver une humanité en voie de disparition. Kurosawa en fait un personnage captif des décors et de ses contradictions : tel un prisonnier, il est enfermé dedans ou dehors par des surcadrages et paraît voué à tourner en rond dans les mêmes plans de corridors jalonnant une forteresse qui, au fil du récit, ressemble progressivement à un tombeau.</p>
<p>Si Murashige veut s’affranchir de la violence, ses velléités de liberté butent en permanence sur la mort. Cette dernière prolifère au sein du château et emporte un à un les corps. Tapie dans les recoins ou inondant de son ombre envahissante le cachot du traitre Kanbei (capable d’élucider le présent sans bouger de son trou, il demeure symboliquement enchaîné à la mémoire d’un temps mythique), elle est ce que les samouraïs, aveuglés par leurs conflits de clans, redoutent avant toute chose. Voulant absolument fuir cette mort promise, les personnages en deviennent des plus monstrueux pour sauver leur peau, au risque de perdre littéralement la tête. C’est finalement au seul protagoniste féminin du film, Chiyoho (Yuriko Yoshitaka), la femme de Muashige, que reviendra la lucidité de choisir, face à elle, entre « <em>avancer jusqu’au paradis&nbsp;» </em>ou<em> «&nbsp;reculer jusqu’à l’enfer</em> ». Le dilemme est fort, le film aussi.</p>
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		<title>Adieu monde cruel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/adieu-monde-cruel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 12:18:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que ce soit à travers son générique d’ouverture écrit dans une typographie anachronique ou son ultime panneau « Fin », Adieu monde cruel, premier long-métrage de Félix de Givry, affiche explicitement son attachement au cinéma...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/adieu-monde-cruel/" title="Read  Adieu monde cruel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Que ce soit à travers son générique d’ouverture écrit dans une typographie anachronique ou son ultime panneau « Fin », <em>Adieu monde cruel</em>, premier long-métrage de Félix de Givry, affiche explicitement son attachement au cinéma français des 1960 et 1970. À quelques détails près (des ordinateurs présents dans un commissariat), le cadre du récit pourrait d’ailleurs être celui de la France d’autrefois, avec ses ados qui s’envoient encore des lettres dans une petite ville de province intemporelle et son jeune héros Otto (Milo Machado-Graner, l’enfant aveugle d’<a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/anatomie-dune-chute-ou-le-cinema-francais-au-tribunal/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Anatomie d’une chute</em></a>) qui ne quitte jamais son blouson de cuir noir. Les références se font parfois plus frontales, à commencer par la voix off de la narratrice confiée à Françoise Lebrun. Quant au personnage d’Otto, il est directement l’héritier des jeunes héros des <em>400 coups</em>, du <em>Souffle au cœur</em>, de <em>Mes petites amoureuses</em> ou de <em>L’Enfance nue</em> : après une tentative de suicide ratée, le garçon de quatorze ans choisit de vivre en marge de la société, se réfugiant dans des bâtiments abandonnés avant de trouver auprès de Léna un soutien qui mutera bientôt en relation amoureuse. Otto semble ainsi évoluer dans un monde imaginaire façonné par le cinéma – la narratrice assume d’emblée qu’il s’agit d’un « <em>conte</em> ». De ce parti pris antiréaliste, le film tire ses plus belles idées, surtout dans sa première demi-heure.&nbsp; La photographie accentue les contrastes pour faire d’Otto une silhouette fantomatique, se camouflant dans l’ombre des décors à la manière de Nosferatu. Il devient une figure spectrale, comme dans ce beau plan où il apparaît derrière un rideau blanc translucide. La mise en scène laisse alors planer l’idée qu’il a peut-être finalement réussi sa tentative de suicide, ce que corroborerait le fait que personne n’interagisse avec lui, à l’exception de Léna. Malheureusement, l’ambiguïté sera verbalisée par Léna elle-même, qui se demandera via la voix off si elle n’a pas tout imaginé.</p>
<p>Au-delà de cette maladresse, le véritable problème tient au fait qu’Otto ressemble moins à un personnage fantomatique qu’à un fantôme de personnage – un teint blafard, une frange brune et un blouson noir ne suffisent pas à figurer le mal-être adolescent. En convoquant aussi frontalement le cinéma de François Truffaut ou de Maurice Pialat, Félix de Givry se tire une balle dans le pied. Si chez eux la jeunesse tenait du territoire creusé par des fractures affectives et sociales, la douleur d’Otto s’apparente ici plutôt à un motif référentiel, qui disparait de toute façon rapidement au profit d’une romance adolescente plus conventionnelle. La conclusion d’<em>Adieu monde&nbsp;</em><i>cruel</i> est, elle aussi, décevante : Françoise Lebrun y explicite la morale du film (quelque chose comme « <em>même lorsqu’on croit que tout est perdu, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve</em> »), avant qu’Otto ne lise en <em>off</em> une lettre dans laquelle il présente ses nouvelles résolutions. La mutation d’une figure mal aimable en héros sympathique s’est s’achevée ; et avec elle, l’hommage à la Nouvelle Vague a basculé vers l’académisme.</p>
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		<item>
		<title>Death Has No Master</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/death-has-no-master/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 06:24:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Caro (Asia Argento) débarque au Venezuela pour vendre la grande maison de son père, située au milieu d’une plantation de cacao dans la jungle. Elle avait quitté le pays enfant et arrive donc en étrangère...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/death-has-no-master/" title="Read  Death Has No Master">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Caro (Asia Argento) débarque au Venezuela pour vendre la grande maison de son père, située au milieu d’une plantation de cacao dans la jungle. Elle avait quitté le pays enfant et arrive donc en étrangère pour découvrir que le personnel de la maison s’est approprié les lieux décrépis, vestiges de l’époque coloniale. Le générique de début, qui s’enfonce à la suite d’une voiture le long d’une route sinueuse et en pente, annonce la couleur : pour Caro, ce retour « <em>chez elle</em> » sera une descente aux enfers. Si le vieux gardien de la maison l’accueille et l’appelle volontiers « <em>patronne</em> », Sonia (Dogreika Tovar), la servante de l’âge de Caro, refuse de quitter les lieux avec son fils. Le film explore dès lors ces différents rapports conflictuels en reconfigurant les dynamiques de domination.</p>
<p>Jorge Thielen Hedderich imagine sans doute injecter de l’ambivalence à travers son personnage mal aimable, qui revêt bientôt les parures du colonialisme (« <em>il ne vous manque plus que le fouet</em> », lui dit une policière à qui elle est venue se plaindre de la présence des « squatteurs »), mais l’horizon du genre l’empêche d’accéder à cette complexité. De multiples signaux, dont des rêves prémonitoires, indiquent en effet que cette histoire est vouée à se terminer dans le sang. Le cinéaste ne cesse de retarder l’explosion en insistant plutôt sur l’atmosphère poisseuse et la lente déréliction de la femme s’enfermant dans des intérieurs sombres. Passe encore ce récit parfaitement artificiel, mais la mise en scène de Thielen Hedderich ne parvient pas à insuffler le trouble recherché. Elle bute même contre ses intentions, en ne cessant de filmer les personnages non blancs comme des menaces, incapable de prendre de la distance face au ressenti de son anti-héroïne. Le point de vue n’est dès lors pas tordu, mais puant, jusqu’à l’inversion au cœur de l’une des dernières scènes, qui montre Sonia fouetter Caro avec rage, comme une revanche sur l’Histoire. Le bain de sang expéditif qui suit, puis l’ultime symbole appuyé (un personnage qui tente de laver ses péchés dans le bassin aux eaux sombres de la villa) achèvent de faire de <em>Death Has No Master</em> l’un des films les moins inspirés et les plus bêtes de ce festival.</p>
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		<title>Jour 8 — Les Roches rouges</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-8-les-roches-rouges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 06:22:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 8. Deux de nos rédacteurs discutent de Les Roches rouges de Bruno Dumont, présenté à la Quinzaine des cinéastes. Avec une carte blanche consacrée à Her Private Hell de Nicolas Winding Refn. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-8-les-roches-rouges/" title="Read  Jour 8 — Les Roches rouges">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 8. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Roches rouges</em></a> de Bruno Dumont, présenté à la Quinzaine des cinéastes. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Her Private Hell</em></a> de Nicolas Winding Refn.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/PHBfyBlfOBY?si=gBQrNButNIUwl1i3" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Josué Morel et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier :&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>À l’ombre du festival — Guillaume Massart</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-guillaume-massart/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 06:00:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, Guillaume Massart évoque avec nous son nouveau long-métrage documentaire, La Détention, présenté à l’Acid. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;:&#160;Luca Mongai....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-guillaume-massart/" title="Read  À l’ombre du festival — Guillaume Massart">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, Guillaume Massart évoque avec nous son nouveau long-métrage documentaire, <em>La Détention</em>, présenté à l’Acid.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Minotaure</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/minotaure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 16:42:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi Andreï Zviaguintsev a‑t-il décidé de remaker La Femme infidèle de Claude Chabrol ? La réponse se trouve dans l’arrière-plan contemporain du récit (qui n’est pas une simple toile de fond), à savoir la guerre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/minotaure/" title="Read  Minotaure">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi Andreï Zviaguintsev a‑t-il décidé de remaker <em>La Femme infidèle</em> de Claude Chabrol ? La réponse se trouve dans l’arrière-plan contemporain du récit (qui n’est pas une simple toile de fond), à savoir la guerre en Ukraine. Le bourgeois rondelet campé par Michel Bouquet dans le film de 1969 laisse place à un entrepreneur mis sous pression par le maire de sa ville : il lui faut désigner quatorze employés qui seront envoyés au front, dans le cadre de la conscription nécessaire pour maintenir la bonne tenue de « l’opération spéciale » dictée par Poutine. Cette trame occupe une place secondaire par rapport à la ligne principale du scénario – toujours l’histoire d’un homme qui découvre que son épouse a un amant –, mais pas accessoire : elle est le ciment d’un dialogue souterrain que le film entretient avec celui de Chabrol. La question n’est donc pas seulement de comparer la reprise à l’original pour déterminer quelle version est la meilleure, mais de comprendre dans quelle direction Zviaguintsev emmène l’intrigue. Si l’on se prête au jeu des différences, on remarque que <em>Minotaure</em> s’attelle à <em>muscler</em> le scénario de <em>La Femme infidèle</em> et sa thèse. Chez Chabrol, l’assassinat constituait la continuité logique du mode de vie bourgeois du personnage : Charles ne tuait pas par amour ou jalousie, mais parce qu’il était dépossédé d’une de ses propriétés ; sa femme, mais aussi un vieux cadeau de mariage qu’elle avait refilé à son amant. Même l’arme du crime improvisé l’attestait : il s’agissait d’un bibelot décorant la garçonnière de l’amant, une babiole reflétant le cadre social dans lequel se combinait le triangle amoureux.</p>
<p>Là où le film de Chabrol était passionnant, c’était justement dans sa manière de donner corps à cette notion de « nature bourgeoise » par une mise en scène du végétal. La bascule vers la violence était notamment médiée par un jeu sur les fleurs et les plantes, tandis que le dénouement faisait du jardin scintillant de la famille le reflet des pulsions bourgeoises (le film finissait même englouti par le vert, dans un dernier plan hallucinant). Rien de tout ça chez Zviaguintsev – et à vrai dire tant mieux, car refaire Chabrol à la lettre n’aurait pas présenté beaucoup d’intérêt –, sinon une idée voisine : le personnage a cette fois une double nature, permettant de comprendre encore un peu mieux son glissement. C’est à cet endroit que le film trouve sa raison d’être : Gleb n’est pas seulement bourgeois, mais russe. Il est frappant que la scène la plus décevante du remake soit celle, centrale, de la traversée du miroir (filmée d’ailleurs telle quelle chez Chabrol, dont la caméra captait la bascule de Charles par l’entremise d’un reflet). Ce qui faisait le sel du crime — l’organisation de l’espace, l’évolution étrange de la conversation — est remplacé ici par la découverte d’une photo érotique (l’amant de son épouse est photographe) justifiant le coup de sang de Gleb. Mais si le segment est raté, c’est surtout parce qu’il ne permet pas d’accueillir le véritable horizon de la mise en scène de Zviaguintsev, qui s’attèle à réinscrire l’intrigue policière dans un contexte géopolitique, par des inscriptions en arrière-plan (des affiches) ou au premier (des graffitis) : « <em>Soutenez la mobilisation&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>Nique cette guerre</em> », etc. Ce redoublement des causes trouve son acmé dans une idée d’une balourdise étonnante : Gleb ne commet pas ici un meurtre, mais deux ; une fois de façon directe, une autre fois non, en se servant justement du contexte de la guerre en Ukraine pour effacer les traces de son méfait. Le personnage cesse ainsi d’être le monstre ambivalent de Chabrol pour devenir un authentique salaud, avec pour conséquence le sacrifice de la suprême perversité irriguant le dernier acte du film de 1969. Ce que <em>Minotaure</em> gagne en clarté politique et acuité contemporaine, il le perd dès lors sur le reste : son écriture (filmique et scénaristique) aura substitué au récit mystérieux de <em>La Femme infidèle </em>(notamment sa fin, aux accents fantastiques) une fable démonstrative. Le sentencieux dernier plan, la tête dans les nuages, échoue alors à prendre la hauteur recherchée&nbsp;; il vaut plutôt comme allégorie d’un film qui, en adoptant un surplomb scénaristique, se sera éloigné du trouble et des non-dits de son modèle.</p>
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		<title>Notre salut</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 16:00:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On n’y coupera pas&#160;: impossible de ne pas comparer Notre salut à Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli, qui se fixe à peu près la même feuille de route, à savoir ausculter une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/notre-salut/" title="Read  Notre salut">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On n’y coupera pas&nbsp;: impossible de ne pas comparer <em>Notre salut</em> à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Rayons et les ombres</em></a> de Xavier Giannoli, qui se fixe à peu près la même feuille de route, à savoir ausculter une figure personnifiant la corruption morale qu’a représenté l’Occupation. Emmanuel Marre suit les pas d’Henri Marre (personnage inspiré par son arrière-grand-père), ingénieur un peu escroc sur les bords qui débarque à Vichy avec sous le bras un essai (baptisé «&nbsp;Notre salut&nbsp;») et l’envie de faire ses preuves dans un pays sonné par la défaite face à l’Allemagne nazie. Son ambition&nbsp;? Tirer profit du marasme pour décaper l’administration française et sa complexe bureaucratie, en promouvant les vertus du «&nbsp;<em>management</em> », concept encore à l’état de balbutiement. Tel le Luchaire de Giannoli, « Monsieur Henri », comme on l’appelle, est un petit aventurier animé par des convictions politiques (un patriotisme apparemment sincère) qui lui servent toutefois d’alibi plus ou moins conscient pour nourrir ses appétits personnels. Personnage bien pensé, auquel Swann Arlaud prête son sérieux volontairement terne : Henri n’est pas un jeune idéaliste – il a déjà 49 ans lorsqu’il arrive sans un sou à Vichy –, ni une figure bien intentionnée qui se voit peu à peu avilie par les circonstances, mais plutôt un fonctionnaire rigoureux, prêt à mettre les mains dans le cambouis pour trouver un nouveau souffle dans un pays coupé en deux. C’est, en somme, un homme de second plan qui brûle de passer au premier, ce que le film pointe à plusieurs reprises : légèrement en retrait sur les photos ou dans les raouts diplomatiques, il n’occupera pas une position supérieure à celle de sous-chef provincial (le film se décentrera d’ailleurs de Vichy pour s’installer à Limoges).</p>
<p>Alors, salaud ou pas salaud&nbsp;? La question morale est évidemment au centre du film, qui montre d’emblée la médiocrité ordinaire de cet homme par une série de scènes le mettant peu en valeur, mais aussi via la correspondance en voix off avec son épouse, qui oscille entre un ton amoureux et une lucidité sur les travers de ce mari décevant. Dans le carton final, on découvre que le film a été inspiré par les lettres véritables des aïeux du cinéaste. Ce procédé narratif sert parfois de béquille dans la première partie pour insuffler une profondeur romanesque et une ambivalence aux déambulations miteuses d’Henri dans les couloirs des ministères de Vichy, où il peine à faire son trou. Le film ne brille de fait pas sur le terrain de sa mise en scène, qui rejoue en partie la forme «&nbsp;embarquée&nbsp;» et nerveuse de <em>Rien à foutre</em>, mais se distingue par la manière dont il installe une série de situations permettant l’étude de son personnage et des rouages de la machine vichyste. En ce sens, <em>Notre salut</em> est aussi un film de montage qui tente de chercher la faille, l’écart révélateur de la nature profonde de son personnage.</p>
<h2>En miroir</h2>
<p>C’est ainsi qu’il faut comprendre deux scènes musicales anachroniques, qui cultivent une perspective plus fantaisiste pour accentuer un décalage du regard sur le personnage : la première se superpose à une scène charnière, quand la seconde précède un dialogue révélant aux yeux de son épouse à quel point Henri s’est enfoncé dans la compromission. Ces interludes « pop » mis à part, le scénario se concentre davantage sur la matière administrative et l’intimité d’Henri, qui est rejoint au cœur du récit par sa famille. Mais ici et là, cette étude de caractère minutieuse est rattrapée par une propension à appuyer le trait. À nouveau, Marre passe par un dispositif textuel permettant de commenter l’action d’Henri, en jouant cette fois sur les affiches et slogans pétainistes (quand ce n’est pas le portrait du Maréchal) qui lèchent le bord du cadre ou tapissent l’arrière-plan. Dans une scène où Henri contribue au «<em>&nbsp;ramassage&nbsp;</em>» de centaines de juifs, une pancarte prônant « l’obéissance » au fond du plan vient mettre en exergue la dégringolade du petit administrateur, convaincu qu’il ne fait que suivre les ordres et opter pour la moins mauvaise option. Ailleurs, Marre use de ce procédé pour tisser des liens insistants avec l’actualité : de retour à Paris alors que se profile l’écroulement du régime, Henri se tient devant une affiche sur laquelle se détache le slogan « en marche » (en l’occurrence, contre le bolchévisme).</p>
<p>Mention qui n’a rien d’anodin, car l’une des thèses manifestes du film est que le fascisme ne s’installe pas du seul fait de l’extrême droite. Les méthodes d’Henri (qui prône une évaluation humiliante des travailleurs pour maximiser leur rendement) et celles de son département, consacré à la lutte contre le chômage, font penser aux politiques du centre-droit français contemporain – notamment dans le contrôle des chômeurs. Comme Giannoli, Marre revient à l’Occupation pour en faire le miroir difforme de la France de 2026. Cette fois-ci, ce n’est pas la presse qui est visée, mais plutôt les consortiums de grands patrons, ainsi que les fonctionnaires diligents qui, sous couvert de bon sens et d’intelligence pratique, organisent le pire du pire. Ce versant critique du film, plus volontariste par sa manière de jeter des ponts avec le présent, est cependant compensé par une certaine densité narrative qui fait de <em>Notre salut</em> une étude plus patiente et habile que la chute opératique des Luchaire, à la fois trop complaisante et redondante dans sa peinture d’une déchéance. Marre, lui, reste collé à son personnage pour tenter d’en tirer le portrait d’un milieu tout entier (c’est le geste de l’ouverture, où la caméra part d’un gros plan sur Arlaud avant de décentrer pour filmer une assemblée hétéroclite de futurs collabos) et de sonder ses ambivalences sans trop chercher à ménager une complexité d’apparat. À quelques exceptions près : le montage souligne parfois l’inconséquence d’Henri (exemple : après une scène où il demande à son épouse dans une lettre de se serrer la ceinture, on le voit chez un tailleur pour finaliser la confection d’un élégant costume) ou au contraire cherche à relancer le doute sur sa nature profonde. Ainsi d’une séquence où Henri semble refuser de dénoncer son ancien responsable administratif, au titre que ce dernier, malgré leurs désaccords, serait un authentique « <em>patriote</em> ». Son interlocuteur éclate alors de rire et sa réplique, « <em>Tu déconnes ?</em>&nbsp;», paraît avant tout là pour tourner en dérision la solidité des convictions d’Henri –&nbsp;être patriote à l’heure de la nazification, quelle drôle d’idée. Mais l’ellipse qui ponctue la scène permet au scénario de ne pas trancher la situation donnée, de distiller une incertitude pour réalimenter un peu facilement la question morale au centre du scénario et catapulter le personnage à Paris, théâtre du dernier acte. <em>Notre salut</em> est donc en définitive un film très imparfait, mais qui a le mérite de prendre son affaire au sérieux&nbsp;par le fourmillement de son récit – ce qui, en ces temps troublés, n’est pas négligeable.</p>
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		<title>Les Roches rouges</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 14:45:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si le cinéma de Bruno Dumont s’est déjà aventuré en dehors de son terreau originel, le Nord de la France, jamais un décentrage géographique n’avait eu un tel impact sur son esthétique que dans Les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-roches-rouges/" title="Read  Les Roches rouges">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le cinéma de Bruno Dumont s’est déjà aventuré en dehors de son terreau originel, le Nord de la France, jamais un décentrage géographique n’avait eu un tel impact sur son esthétique que dans <em>Les Roches rouges</em>. Le début est un éblouissement&nbsp;plastique&nbsp;: Dumont filme la Côte d’Azur comme un peintre découvrirait une nouvelle contrée dont les couleurs et la lumière lui sautent à la figure, dans un mélange de magnificence et de violence sensorielle. L’impression de dépaysement est renforcée par le fait que Dumont et son chef opérateur Carlos Alfonso Corral (révélé par son travail chez Roberto Minervini) adoptent deux paramètres que l’on n’associerait pas intuitivement à la filiation «&nbsp;bressono-dreyerienne&nbsp;» du cinéaste&nbsp;: le grand angle et la caméra portée. Les doutes que pouvait susciter ce virage formel s’estompent en une poignée de secondes, alors que Dumont filme en contrebas un train, puis un enfant sous la lumière dure du soleil. C’est comme si le cinéaste opérait une révolution copernicienne (le Sud, le tremblé de la caméra, le grand angle) pour revenir à l’essence même de son cinéma, mais aussi du cinéma tout court&nbsp;: filmer des trains, des enfants, des visages jamais regardés, des corps s’animer dans des plans étirés – tels ceux où Géo (Kaylon Lancel), un blondinet chétif de cinq ans, fait étalage de ses tics et de ses convulsions permanentes. Révolution, là encore&nbsp;: <em>Les Roches rouges</em> adopte le récit le plus minuscule et épuré de la filmographie de Dumont. L’intrigue suit deux bandes d’enfants, une locale, une de touristes, dont deux membres tombent amoureux – ledit Géo et la petite Ève. Et c’est à peu près tout&nbsp;; les enjeux profonds du film ne perceront que par la mise en scène, qui organise un chapelet de séquences tantôt inquiétantes (les enfants sont souvent filmés comme une présence mutique et menaçante, façon <em>Le Village des damnés</em>), tantôt à la recherche d’une élégie aux accents mystiques. Le film s’articule notamment autour des fameuses roches rouges, du haut desquelles les enfants s’amusent à sauter, en dépit du danger que représente ce décor escarpé. Ici, le film vise une forme de «&nbsp;spectaculaire documentaire&nbsp;», en alternant des plongées, contre-plongées et plans de loin qui nous montrent les enfants réduits à des points de couleurs (leurs maillots de bain), escaladant telles des araignées les bords de mer dentés.</p>
<p>Il y a bien du «&nbsp;montage interdit&nbsp;», qui révèle que les enfants ne sont pas <em>réellement </em>mis en danger au tournage, mais les séquences travaillent une incertitude en la matière en même temps qu’une forme de suspense quasi métaphysique, les personnages contemplant l’abîme avec gravité, tandis que leurs compagnons, le visage fermé, assistent aux sauts comme s’il s’agissait d’un rituel occulte. Je devine qu’à la lecture de ces lignes, des détracteurs de Bruno Dumont fronceront les sourcils : indubitablement, <em>Les Roches rouges</em> ne convaincra pas celles et ceux qui considèrent que le cinéaste se repaît de la bizarrerie des prolos qui passent devant sa caméra, ou que sa mise en scène recourt à une froideur aux accents sadisants. Il y a en effet quelque chose <em>d’écrasant </em>dans la manière dont la caméra filme Géo pour la première fois, comme un fascinant petit phénomène de foire en train de rôtir sous le soleil. Mais le montage raconte aussi autre chose&nbsp;: l’articulation d’une échelle gigantesque (le panorama de la ville, les arcs du pont sous lequel se tient le gringalet) avec la profondeur infinie d’un visage contemplant le monde et qui est irradié en retour. Dans la première partie, cette logique tourne à plein&nbsp;: la mise en scène ne cesse de télescoper des panoramas avec des plans collés de près aux enfants, pour accentuer leur dimension lilliputienne ou, au contraire, renverser ce rapport hiérarchique entre l’humain et le paysage. Dans un beau plan où Géo et Ève bafouillent leurs sentiments, la caméra saisit les enfants dans les hauteurs de la région, avec en arrière-plan le pont de l’ouverture, réduit à la taille d’une miniature. Cette élasticité, on la retrouve aussi dans de nombreuses séquences où l’on sent que Dumont, <em>a contrario</em> de sa méthode habituelle, qui joue certes sur de l’improvisation mais aussi sur une direction d’acteur poussée (en guidant ses interprètes via des oreillettes), essaie cette fois-ci de se caler sur l’imprévisibilité d’un corps enfantin ou le bon vouloir d’un chien que l’on appelle dans le champ.</p>
<p>Essaie, car, et c’est ce qui fait autant l’intérêt que la limite du film, le cinéma de Dumont ne semble plus tout à fait relever de l’évidence. La ligne de partage dans la filmographie du cinéaste ne s’organise peut-être finalement pas autour de son virage vers la comédie (<em>P’tit Quinquin</em>) et des embardées fantaisistes qui ont suivi, mais davantage à partir d’un horizon constituant la finalité de son esthétique – la grâce. Avant, les films étaient ici et là frappés par elle (exemplairement, <em>L’Humanité</em>) ; désormais, depuis disons <em>Jeannette</em>, Dumont <em>la cherche</em>. Elle ne s’impose plus naturellement, mais advient au fil d’un labeur, d’une maïeutique qui voit le cinéaste triturer la durée et les visages (celui de Léa Seydoux dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/france-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>France</em></a>) pour faire émerger un vertige. <em>Les Roches rouges</em> cherche beaucoup et ne trouve pas toujours. On sent parfois que le cinéaste s’attarde sur ses jeunes interprètes pour mettre au jour un élan primitif, mais aussi la trace d’un « Satan en dedans » qui, comme dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hors-satan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hors Satan</em></a>, serait à exorciser par une confrontation, voire un fracas ici littéral de l’humain <em>contre</em> le paysage. Ce processus expérimental touche ceci dit régulièrement à son but de manière insoupçonnée : l’un des plus beaux plans est ainsi celui où Ève, contemplant un train passer, voit soudain son visage auréolé par un reflet lumineux d’une beauté aussi somptueuse qu’imprévue. Dumont navigue de la sorte entre foi dans les fondements primitifs du cinéma et volonté presque théorique de retrouver cette source perdue. À la fin du récit, lorsque Géo remonte sur les roches, deux fantômes de cinéma sont alors convoqués : le petit Edmund d’<em>Allemagne année Zéro </em>de Rossellini et Matahi, le pêcheur de perles amoureux de <em>Tabu</em> de Murnau. La beauté du film tient à cette volonté de toucher du doigt le cinéma de ces illustres aînés tout en adoptant une échelle beaucoup plus petite, quitte à perdre en ampleur émotionnelle. S’il y a dorénavant chez Dumont une étrangeté à moitié féconde de bricoleur compulsif, elle s’accompagne d’épiphanies dont lui seul est capable dans le cinéma français. C’est parce qu’il est un cinéaste-chercheur qu’il reste un grand cinéaste.</p>
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		<title>Jour 7 — Minotaure</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-7-minotaure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 13:21:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 7. Deux de nos rédacteurs discutent de Minotaure d’Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à&#160;Once Upon a Time in Harlem de William et David Greaves. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-7-minotaure/" title="Read  Jour 7 — Minotaure">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 7. Deux de nos rédacteurs discutent de <em>Minotaure</em> d’Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à<em>&nbsp;Once Upon a Time in Harlem</em> de William et David Greaves.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/mjMszHDQRvs?si=obw-WjbPRK_ZWj0W" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Juliette Conti.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>À l’ombre du festival — Radu Jude</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-radu-jude/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 06:00:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons le cinéaste roumain Radu Jude, venu présenter à la Quinzaine Le Journal d’une femme de chambre. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-radu-jude/" title="Read  À l’ombre du festival — Radu Jude">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons le cinéaste roumain Radu Jude, venu présenter à la Quinzaine <em>Le Journal d’une femme de chambre</em>.</p>
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<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>L’Inconnue</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/linconnue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 22:11:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le héros de L’Inconnue, David Zimmerman (Niels Schneider), est un photographe qui mène un curieux projet : à partir d’une collection de vieux clichés, il entreprend de revenir sur les lieux présents à l’image (tous...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/linconnue/" title="Read  L’Inconnue">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le héros de <em>L’Inconnue</em>, David Zimmerman (Niels Schneider), est un photographe qui mène un curieux projet : à partir d’une collection de vieux clichés, il entreprend de revenir sur les lieux présents à l’image (tous situés en banlieue parisienne) afin de les saisir à nouveau, en adoptant le même cadrage que celui des archives. Si les endroits sont les mêmes, les instantanées révèlent les transformations opérées par le temps. Le personnage explicitera plus tard ses intentions : en confrontant le passé et le présent, l’enjeu est pour lui de rendre visible la disparition. Ce projet artistique est présenté dès l’ouverture, tout en revenant périodiquement au cours du film pour tresser un parallèle symbolique avec la trajectoire du protagoniste qui, lui aussi, va changer d’apparence. Lors d’une fête carnavalesque (autre motif – celui du masque), David croise une femme mystérieuse (Léa Seydoux) qui l’observe de loin. Elle l’entraîne dans un coin isolé, avant qu’ils ne fassent l’amour sans mot dire. Au moment où la femme se réveille, on comprend assez vite qu’il habite désormais le corps de cette inconnue, tandis que le sien a disparu. Ce phénomène de métempsycose interroge d’emblée la notion d’identité : peut-on rester soi-même dans le corps d’un autre ? La question est matérialisée par le jeu des comédiens : le personnage de Niels Schneider sera à présent joué par Léa Seydoux. Le scénario corse encore l’affaire, en ne se limitant pas à un simple <em>body swap</em>. David/Seydoux retrouve son corps (Niels Schneider, donc) en train d’errer dans Paris, avant de comprendre qu’il est dorénavant habité par Malia, une ado de seize ans. Une entité passe ainsi d’une enveloppe charnelle à une autre, en délogeant l’âme de sa nouvelle victime vers le corps de l’ancienne. La contamination rappelle le principe horrifique au cœur de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smile-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Smile</em></a>, bien qu’Harari mise sur un registre intello-psychanalytique plutôt qu’une foire horrifique – et à cette différence près que, pour prendre possession d’un individu, il ne suffit pas de lui sourire, mais bien d’en passer par un coït, comme dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/it-follows-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>It Follows</em></a>.</p>
<p>Le scénario de <em>L’Inconnue</em> est ainsi construit comme une expérience de pensée, dont chaque nouvelle étape vient ouvrir une série d’interrogations destinées à approfondir, puis à brouiller toujours plus la notion d’identité. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à vivre dans un autre corps et un autre genre (cette question est d’ailleurs vite traitée par Harari), mais aussi de devenir spectateur de soi-même en s’observant d’un point de vue extérieur (et même davantage encore, mais n’en dévoilons pas trop). Le film rejoint alors cette forme d’« inquiétante étrangeté » analysée par Freud dans certains récits de rêve, lorsque le sujet se découvre soudain arraché à lui-même et que ce qui était le plus familier devient une source d’altérité. Alors que David/Seydoux se lance à la poursuite de Malila/Schneider, il emprunte une passerelle en forme de spirale filmée en plongée zénithale. La circularité, renforcée sur le plan sonore par un thème lancinant joué au piano, renvoie à la quête de David, qui court après sa propre identité. Elle offre plus largement au film sa structure, qui multiplie des arabesques narratives pour s’approcher de zones moralement ambivalentes. Derrière la complexité du récit, l’objectif est de créer un vertige métaphysique.</p>
<p>Si la volonté de creuser un mystère plutôt que de le résoudre (les nœuds de l’intrigue ne sont pas réductibles à une lecture allégorique) constitue un moteur cinématographique stimulant, Harari semble lui aussi pris dans un vortex, tournant autour de son concept sans réussir à lui donner sa pleine mesure. Dans cette perspective, il s’appuie sur un réseau d’images et de situations bien connues des cinéphiles, convoqué de manière parfois un peu mécanique. En premier lieu, la spirale renvoie à<em> Vertigo</em>, une filiation hitchcockienne encore renforcée par une scène de filature en flashback. On pense aussi à <em>Blow Up</em> d’Antonioni, puisque le retour en arrière révèle que David avait développé une obsession pour Eva (le personnage de Léa Seydoux), au point de la photographier à son insu et d’agrandir ses tirages pour mieux l’observer. Une nouvelle piste interprétative s’ouvre alors : le passage dans le corps d’Eva pourrait figurer la logique de l’obsession amoureuse, lorsque le désir pour l’autre devient si intense qu’il finit par dissoudre les frontières de l’identité. Le motif du dédoublement par l’image est quant à lui omniprésent, que ce soit à travers les photos, des reflets, des peintures ou un extrait du court-métrage dans lequel jouait Eva, en même temps que se succèdent des images mentales et des plans à la première personne. En puisant dans cet attirail hitchockien, le film affiche une ambition certaine, mais la multiplication des effets ne dépasse pas le stade théorique. Au contraire, le ton reste plutôt grave, engourdi dans une esthétique assez surannée. À la toute fin, un gros plan insiste sur le visage en larmes de Seydoux. Ici, Harari semble mettre à l’épreuve son édifice narratif, comme pour vérifier si ce labyrinthe identitaire peut déboucher sur une émotion véritable. Le plan repose sur une idée très belle, qui ne laisse pas indifférent : celle d’un personnage qui essaie d’exprimer quelque chose de la vérité de son âme par un regard posé sur un proche. Mais ce trouble n’est pas à la hauteur des aspirations du film : le vertige suscité est moins d’ordre émotionnel qu’intellectuel.</p>
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		<title>Autofiction</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/autofiction/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 20:14:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On ressort d’Autofiction avec un sentiment de loin contradictoire&#160;: celui d’avoir assisté à un film dépliant un programme aussi routinier qu’acrobatique. Comme le titre le laisse envisager – sans parler de l’affiche, qui inscrit une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/autofiction/" title="Read  Autofiction">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span data-editable-id="2">On ressort d’</span><em>Autofiction</em><span data-editable-id="4"> avec un sentiment </span><span data-editable-id="5">de loin</span><span data-editable-id="6"> contradictoire&nbsp;: celui d’avoir assisté à un film </span><span data-editable-id="7">dépliant un programme aussi routinier qu’acrobatique</span><span data-editable-id="8">. Comme le titre le laisse envisager – sans parler de l’affiche, qui inscrit </span><span data-editable-id="9">une </span><span data-editable-id="10">silhouette</span><span data-editable-id="11"> évoquant celle</span><span data-editable-id="12"> d’</span><span data-editable-id="13">Almodóvar</span><span data-editable-id="14"> dans le prolongement </span><span data-editable-id="15">d’une figure féminine</span><span data-editable-id="16">, manière de faire du cinéaste une icône aussi identifiable </span><span data-editable-id="17">qu</span><span data-editable-id="18">’Hitchcock </span><span data-editable-id="19">et son profil reconnaissable entre mille </span><span data-editable-id="20">–, </span><em>Autofiction</em><span data-editable-id="22"> parle de création et de la manière dont le cinéma est </span><span data-editable-id="23">dans l’œuvre de l’Espagnol</span><span data-editable-id="24"> à la croisée de l’intime et de la projection fantasmatique. Pour ce faire, le film s’organise autour d’une mise en abyme où apparaissent plusieurs doubles d’Almodóvar. R</span><span data-editable-id="25">aúl</span><span data-editable-id="26"> (</span><span data-editable-id="27">Leonardo </span><span data-editable-id="28">Sbaraglia</span><span data-editable-id="29">, déjà à l’affiche de </span><em>Douleur et Gloire</em><span data-editable-id="31">), un réalisateur qui n’a pas tourné depuis cinq ans, écrit un scénario inspiré de sa vi</span><span data-editable-id="32">e. Dans ce film dans le film</span><span data-editable-id="33">, il</span><span data-editable-id="34">&nbsp;</span><span data-editable-id="37">suit son propre avatar, </span><span data-editable-id="38">Elsa</span><span data-editable-id="39"> (</span><span data-editable-id="40">Bárbara</span><span data-editable-id="41"> Lenni</span><span data-editable-id="42">e), metteuse en scène dont le dernier </span><span data-editable-id="43">long-métrage</span><span data-editable-id="44"> date d’il y a dix ans, </span><span data-editable-id="45">et qui s’attelle</span><span data-editable-id="46"> à un script </span><span data-editable-id="47">lui-même </span><span data-editable-id="48">inspiré des mésaventures d’une amie</span><span data-editable-id="49">. Cette dernière</span><span data-editable-id="50"> va s’insurger contre le principe de l’autofiction, au même titre que la collaboratrice de </span><span data-editable-id="51">Raúl</span> <span data-editable-id="53">se rebellera contre lui </span><span data-editable-id="54">à</span><span data-editable-id="55"> la lecture du scénario, dans lequel elle perçoit</span><span data-editable-id="56"> un emprunt à s</span><span data-editable-id="57">on</span><span data-editable-id="58"> histoire</span><span data-editable-id="59"> personnelle</span><span data-editable-id="60">. </span><span data-editable-id="61">Ce principe </span><span data-editable-id="62">cubique</span><span data-editable-id="63"> implique un jeu de va-et-vient scénaristique certes </span><span data-editable-id="64">ponctuellement</span><span data-editable-id="65"> virtuose dans son enchâssement : on ne voit que deux niveaux de réalité (ceux de Raúl et d’Elsa), mais une troisième strate hors champ (le scénario dans le scénario dans le scénario — vous suivez ?) permet de multiplier les jeux d’échos et de miroirs. Ceci dit, cette confusion des genres n’est pas nouvelle chez </span><span data-editable-id="66">Almodóvar</span><span data-editable-id="67"> et </span><span data-editable-id="68">accouche ici d’une forme aux allures de redite en mode (très) mineur. On a l’impression de voir une rockstar débarquer à Cannes </span><span data-editable-id="69" data-editable-touched="1">pour rejouer ses tubes les plus connus avec des microvariations</span><span data-editable-id="71" data-editable-touched="1">, mais dont la voix n’a plus la vigueur du passé : l</span><span data-editable-id="72">es faux </span><em>split-screens</em><span data-editable-id="76"> et les contrastes de couleurs vives </span><span data-editable-id="77">sont tellement recyclés qu’ils paraissent avoir perdu leur éclat d’antan.</span></p>
<p><span data-editable-id="78">Or, surprise, la dimension déjà vue de cette mécanique est tout d’un coup verbalisée et commentée dans l’ultime ligne droite du scénario. Oui, le récit n’est pas très bon&nbsp;; non, cette idée n’est tout de même pas brillante. Et le film jou</span>e alors sur un vertige de réflexivité, pour tordre le cou au concept déployé<span data-editable-id="82"> près de deux heures durant. À partir de là, l’alter ego d’</span><span data-editable-id="83">Almodóvar</span><span data-editable-id="84">, animé par une ferveur retrouvée, </span><span data-editable-id="88">entame la rédaction d’un nouveau scénario dont le contenu ne sera pas dévoilé </span><span data-editable-id="89">– à moins qu’il s’agisse</span> <span data-editable-id="91">du</span><span data-editable-id="92"> film venant de se dérouler sous nos yeux, ce qui pousserait la malice méta dans ses </span><span data-editable-id="93">derniers</span><span data-editable-id="94"> retranchements</span><span data-editable-id="96">. On pourrait trouver ça </span><span data-editable-id="97">audacieux, mais </span><span data-editable-id="98">c’est en vérité surtout gonflé : on aura donc assisté à un film moyen, voire médiocre, pour qu’</span><span data-editable-id="99">Almodóvar</span><span data-editable-id="100"> se réveille dans les dix dernières minutes afin de faire étalage de son intelligence</span><span data-editable-id="101"> tortueuse</span><span data-editable-id="102">. </span><em>Autofiction</em><span data-editable-id="104"> est un film ni de petit, ni de grand, mais de </span><em>vieux malin</em><span data-editable-id="106">. Il a surtout le défaut rédhibitoire d’être réductible à un geste narratif qui ne fera</span> <span data-editable-id="108">pas oublier la mollesse de sa mise en scène.</span></p>
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		<title>La Détention</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-detention/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 20:00:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Détention repose sur un paradoxe : documentaire sur le milieu carcéral, il n’entrera pourtant jamais dans la prison et ne montrera aucun prisonnier (contrairement à La Liberté, le précédent film de Guillaume Massart). Alors...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-detention/" title="Read  La Détention">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Détention</em> repose sur un paradoxe : documentaire sur le milieu carcéral, il n’entrera pourtant jamais dans la prison et ne montrera aucun prisonnier (contrairement à <em>La Liberté</em>, le précédent film de Guillaume Massart). Alors que cet espace a été filmé sous tous les angles, que ce soit du point de vue des prisonniers, des gardiens ou des visiteurs, il est ici appréhendé de façon indirecte pour mieux saisir une étape décisive dans le fonctionnement de l’institution pénitentiaire : la fabrique du geôlier. Guillaume Massart a posé sa caméra dans les salles de classe de l’École nationale d’administration pénitentiaire afin d’observer comment des individus venus d’horizons très divers deviennent les rouages de la prison. Cette dernière se trouve alors envisagée dans sa proximité avec une autre institution, elle aussi fondée sur une logique disciplinaire : l’école. Leur parenté, identifiée au moins depuis les travaux de Michel Foucault, saute aux yeux dès la première séquence, tandis qu’un professeur accueille les nouvelles recrues en les avertissant qu’ils devront rester debout pendant les trois heures de cours. Cette consigne absurde devient le point de départ d’une discussion sur la discipline et sur la nécessité d’obéir ou non aux ordres de la hiérarchie. Si la parole finit par circuler, permettant de questionner l’idée d’une obéissance aveugle, il n’en reste pas moins qu’au terme de l’échange, c’est seulement parce que le professeur les y autorise que les élèves peuvent enfin s’asseoir. Lorsque le titre apparaît à la suite de cette séquence, il semble moins désigner la condition des détenus que celle des apprentis surveillants eux-mêmes. Ce trouble est renforcé par un jeu dans le montage : chaque cours, correspondant à un petit bloc de durée, est ponctué par un fond noir qui marque une pause avant le début de la séance suivante, tout en servant d’écrin à la dernière phrase prononcée, pour la faire résonner quelques secondes de plus. Les répliques ainsi mises en exergue cultivent souvent une certaine ambivalence entre le statut des prisonniers et celui des apprentis surveillants – par exemple, un « <em>je vous libère&nbsp;</em>» lâché par un prof à la fin de son cours. C’est par ce type de procédés que Massart fait émerger son point de vue au sein de l’observation des conditions de formation.</p>
<p>Autre choix notable dans cette première séquence : le choix de jouer sur l’horizontalité du format 2,20:1, pour filmer en gros plan au moins deux visages côte à côte. Les plans agencent de la sorte les élèves par tandems pour observer les réactions de l’un pendant que l’autre parle, ainsi que les différentes manières de se tenir ou de se comporter face à l’autorité du professeur. Régulièrement, de légers décalages comiques émergent lorsque deux expressions diffèrent nettement dans le cadre ou lorsqu’un élève peine à contenir un rire – ce que le professeur ne manque pas de relever. Alors même que les cours visent à inculquer des protocoles stricts et à encadrer les attitudes en bannissant toute forme de spontanéité, la caméra de Guillaume Massart semble au contraire traquer les singularités. Cette tension atteint son point culminant dans une scène de simulation, où une étudiante doit s’occuper d’un faux détenu qui présente des signes annonciateurs de suicide. Manifestement tendue par cette mise en situation, la jeune femme s’efforce d’appliquer avec rigueur le protocole appris, par une série de gestes mécaniques qu’elle exécute avec plus ou moins de minutie. Le quatrième mur de ce petit théâtre en vient cependant vite à se fissurer, notamment lorsque l’on aperçoit dans le dos du professeur le reste de la classe qui mime les bonnes réponses pour aider l’élève interrogée. <em>La Détention</em> s’attache par là à filmer un ordre policier et disciplinaire, qui structure aussi bien le milieu carcéral que les salles de classe.</p>
<p>Mais au bout d’un tiers de film, une bascule s’opère par un lent fondu au noir. Bien que la séquence suivante se déroule à nouveau dans une salle de classe, on comprend qu’une ellipse de plusieurs semaines s’est glissée entre les deux scènes : les surveillants en formation ont entre-temps effectué un stage en prison. Le procédé se répétera en une occasion, coïncidant avec une deuxième mise en pratique avant le retour en classe. En maintenant ces expériences hors-champ, Massart nous invite à aiguiser notre appréhension des séquences suivantes pour remarquer les changements de comportement. Première transformation notable : les professeurs laissent davantage la parole aux étudiants, qui reviennent sur leurs expériences de terrain plus ou moins concluantes. Leurs témoignages pointent l’écart entre la théorie enseignée et son application, soulignant que les exceptions sont en réalité la règle, ce qui laisse les formateurs sans voix. Bref, comme le résumera l’un des étudiants, « <em>la crise est permanente</em> ». Dans ces séquences s’exprime parfois un sentiment d’indignation, par exemple lorsqu’ils remarquent le mauvais comportement de leurs collègues titulaires, avant de céder la place, après la seconde ellipse, à une forme de résignation. Autre inflexion notable : plusieurs étudiants disparaissent au fur et à mesure des cours, à l’image d’une élève qui raconte avoir reçu des menaces de mort de la part de collègues au cours de son stage. Après un rendez-vous laissé hors-champ avec sa professeure, la jeune femme désertera l’écran, laissant deviner qu’elle a finalement abandonné le cursus. La multiplication de ces petits décalages écorne le blason de l’institution, si bien qu’à l’issue de leur formation, les élèves n’apparaissent pas comme les bons représentants d’un ordre policier dont ils auraient pleinement assimilé les valeurs. Par un heureux hasard documentaire, la séquence finale consacrée à la répétition de la remise des diplômes vient condenser symboliquement cette idée en se déroulant sous une pluie battante. Tandis que la direction les contraint à rester rassemblés en uniforme, la cérémonie prend des allures de simulacre : les visages sont fermés, la Marseillaise est chantée sans conviction, les saluts militaires sont maladroitement désynchronisés. L’image donne alors à voir une organisation qui cherche avant tout à sauver les apparences alors même que ses fondements vacillent ; un système brandissant les valeurs d’ordre et de discipline pour mieux masquer l’irrationalité qui l’anime. La force du documentaire tient dans cette tension : parvenir à construire un rapport empathique avec les élèves comme avec certains professeurs, tout en accusant les impasses d’un dispositif structurellement dysfonctionnel, qui n’engendre chez les agents guère autre chose que du cynisme. Si la théorie échoue sans cesse à s’appliquer, ce n’est ni du fait des surveillants qui la trahissent, ni des détenus qui en rendent l’application impossible, mais en raison de l’idéologie disciplinaire même et de son impuissance à rencontrer la réalité du monde pénitentiaire.</p>
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		<title>I’ll Be Gone In June</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ill-be-gone-in-june/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 18:12:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Premier long-métrage de la cinéaste allemande Katharina Rivilis, I’ll Be Gone In June entrelace la question de la construction adolescente avec celle de la découverte d’un nouveau pays. S’inspirant d’une matière autobiographique, la réalisatrice suit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ill-be-gone-in-june/" title="Read  I’ll Be Gone In June">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Premier long-métrage de la cinéaste allemande Katharina Rivilis, <em>I’ll Be Gone In Jun</em>e entrelace la question de la construction adolescente avec celle de la découverte d’un nouveau pays. S’inspirant d’une matière autobiographique, la réalisatrice suit une étudiante allemande arrivée aux États-Unis en 2001 (elle assiste devant sa télévision à l’attentat du World Trade Center) afin de poursuivre sa scolarité au Nouveau-Mexique. Les contrées désertiques deviennent une<em> terra nullius</em> pour la jeune Franny, adolescente un peu paumée. Au-delà du récit, la rencontre entre l’Europe et l’Amérique se traduit ici par une esthétique hybride, qui amalgame une froideur distanciée&nbsp;à une tentation de <em>teen movie </em>pop rappelant les films indé calibrés pour Sundance. Si la rencontre est curieuse, elle accouche d’un film assez informe : d’un côté, l’effervescence adolescente est appréhendée à travers une suite de situations types (premiers émois amoureux, soirées entre amis, etc.) traitées d’une façon si dévitalisée qu’on peine à ressentir de l’empathie pour les personnages ; de l’autre, des échappées plus lyriques viennent ponctuer le récit, trahissant le désir de la cinéaste d’y insuffler une mélancolie contemplative qui ne prend jamais corps. Au-delà de leur laideur, certains effets (des intermèdes musicaux sur des plans de drone survolant le désert du Nouveau-Mexique, ou la représentation d’un essai nucléaire par une lumière rougeoyante) apparaissent comme des afféteries parfois trop littérales, telle cette danse dans les dunes figurant une parenthèse exaltée. Mais d’autres se révèlent de temps à autre plus inspirés, notamment lors des scènes se détournant d’une imagerie onirique pour donner corps à des sentiments précis – par exemple, une scène de flirt adolescent filmé en très gros plan par une caméra vagabondant sur les visages, afin de retranscrire le rapprochement des deux personnages. Il n’empêche que les deux heures d’<em>I’ll Be Gone in June</em> finissent par ressembler à un agrégat très inégal qui, à l’image de son héroïne, cherche encore son identité.</p>
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		<item>
		<title>Her Private Hell</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 17:31:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dix ans après The Neon Demon et deux séries plus tard, Nicolas Winding Refn signe un nouveau film qui ne satisfera probablement personne : ni les aficionados, qui regretteront un petit objet moins ambitieux, ni...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/her-private-hell/" title="Read  Her Private Hell">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix ans après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-neon-demon-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Neon Demon</em></a> et deux séries plus tard, Nicolas Winding Refn signe un nouveau film qui ne satisfera probablement personne : ni les aficionados, qui regretteront un petit objet moins ambitieux, ni les détracteurs, qui y verront sûrement le stade terminal de la glaciation de son cinéma d’esthète. Très mal reçu ici à Cannes, <em>Her Private Hell</em> vaut pourtant un peu mieux que ce qu’on en dit, même s’il entérine la bascule publicitaire de l’esthétique de Refn (qui griffe son générique, comme certains accessoires du film, de ses initiales, NWR), quelque part entre le spot Chanel et la flamboyance d’Argento. C’est, plus que jamais, un film-bocal, sans dehors ni fenêtre ouverte sur le monde : l’action prend essentiellement place dans la tour d’une ville (si l’on en croit le synopsis, il paraît que c’est Tokyo) dont les structures scintillantes baignent dans une épaisse brume. Il n’y a plus de réel ; on est dans la tête d’Elle (Sophie Thatcher), ou plutôt du cinéaste danois, qui installe un terrain de jeu fétichiste entre Bava, De Palma et Kubrick, le tout porté par un <em>score</em> assez magnifique (à une envolée de violons près dans le climax) composé par ce vieux génie de Pino Donaggio. Plus de réel, mais plus de récit non plus : on trouvera seulement trace d’une confuse histoire de rapports familiaux au parfum incestueux, et de la présence d’un mystérieux tueur, « The Leather Man », pure silhouette composée de cuir et d’un épiderme diamanté, qui s’amuse à ouvrir le corps creux des égéries de la mode arpentant de leurs robes argentées les cossus couloirs d’hôtels de luxe et de boîtes de nuit privées.</p>
<p>Si Winding Refn tombe plus d’une fois dans l’écueil du vase clos façon Bertrand Mandico, et peine à donner une profondeur à son déluge de miroitements, certaines scènes se dégagent toutefois, qu’il s’agisse d’un combat creusant le sillon d’<em>Only God Forgives </em>(le film dont <em>Her Private Hell</em> est peut-être spirituellement le plus proche) ou surtout d’une plongée dans une fête rythmée par des décharges stroboscopiques. La lumière devient ici une manière de fragmenter au sein d’un même plan les corps des actrices et une apparition du Leather Man, dont la tête menaçante semble disparaître par intermittence selon les projections de bleu et de rouge dans l’espace. Ce bloc, plutôt impressionnant, ne rachète certes pas des séquences plus dévitalisées et lointainement lynchiennes (à plusieurs reprises, on pense notamment à <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/reclames-de-david-lynch/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ses publicités pour Dior et Gucci</a>), mais NWR reste capable de fulgurances hors de portée de la plupart des metteurs en scène présents cette année à Cannes. Même dans un film aux allures de coquille creuse.</p>
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		<title>Histoires parallèles</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-paralleles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 10:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi Asghar Farhadi, treize ans après Le Passé (déjà pas son film le plus fameux), est-il revenu en France ? Le début d’Histoires parallèles distille quelques pistes trompeuses, en s’articulant autour d’un personnage énigmatique, Adam...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-paralleles/" title="Read  Histoires parallèles">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi Asghar Farhadi, treize ans après <em>Le Passé </em>(déjà pas son film le plus fameux), est-il revenu en France ? Le début d’<em>Histoires parallèles </em>distille quelques pistes trompeuses, en s’articulant autour d’un personnage énigmatique, Adam (Adam Bessa), sans domicile fixe et au passé trouble, qui pénètre par un concours de circonstances l’intimité d’un intérieur bourgeois – un appartement occupé par une écrivaine, Sylvie (Isabelle Huppert), finalisant son nouveau roman en même temps que son futur déménagement. Mais les quelques traces d’un ancrage réaliste (un centre d’accueil, un contrôle policier) laissent vite la place à un scénario travaillant une mécanique plus intellectuelle. <em>Histoires parallèles</em> est soi-disant inspiré du sixième épisode du <em>Décalogue </em>de Krzysztof Kieślowski, dont il reprend le motif voyeuriste : Sylvie mate l’appartement situé en face de chez elle, studio de bruitage où travaillent Nina (Virginie Efira), son compagnon (Vincent Cassel) et le frère de ce dernier (Pierre Niney). Avant d’accueillir Adam, Sylvie contemple cet appartement (dans lequel elle est née) et y projette un triangle amoureux inspiré de sa propre histoire familiale (sa mère a quitté son père pour le voisin). La première heure d’<em>Histoires parallèles </em>reconstitue dans les grandes lignes la trame de ce drame sentimental, dont les fragments sont entrelacés avec des scènes où Sylvie couche sur le papier le fruit de son imagination. On est donc assez loin de Kieślowski, dont le film adoptait un dispositif beaucoup plus fort : dans sa première moitié, le personnage principal n’avait accès à la réalité de sa voisine que par l’entremise de son télescope, avant que le récit ne bascule dans l’intimité de celle qu’il observait jour et nuit. Farhadi tire plutôt de cette installation scénique un feuilleté narratif construit de la sorte : dans un premier temps, les scènes de l’appartement A se mélangent avec la projection mentale de l’appartement B, avant que la mise en scène franchisse la rue pour cette fois croiser la réalité de l’appartement B avec les pérégrinations d’Adam, figure de plus en plus trouble, dont les actions conduisent à flouter la ligne entre le réel et la fiction.</p>
<p>Pour raconter quoi ? Que la fiction contamine le réel, que le vrai est dans le faux – faux de la littérature, mais aussi des bruitages réalisés par Nina et ses confrères, dans des scènes d’une naïveté confinant à la parodie involontaire (il faut voir Efira tremper ses mains dans une bassine pour reproduire la chevauchée de zèbres dans une rivière). Cette idée assez grossière passe notamment par une alternance très marquée plastiquement entre la neutralité terne des scènes « ordinaires » et la lumière blafarde dans laquelle baigne le récit dans le récit, mauvais vaudeville que le cinéaste filme pourtant avec un premier degré déconcertant. Encore que : l’approximation des acteurs nourrit par endroits une veine comique qui lézarde la grisaille de sa mise en scène (Huppert a quelques mimiques et réactions caractéristiques du jeu libre de l’actrice), ou au contraire jure avec le sérieux de ce qui est dépeint (Pierre Niney, involontairement clownesque). Cette bizarrerie est peut-être le seul intérêt du film, qui tire formellement peu de choses de son entrelacs scénaristique. Notons toutefois une exception, au début : Sylvie, en train d’écrire, est soudainement éclairée par une lumière crue échappant d’une porte qui s’ouvre. Le plan suivant, qui tient de la projection mentale, nous la montre en train d’entrer dans la pièce, de sorte qu’elle paraît être à l’origine de la variation lumineuse observée (et l’éclat matérialise alors l’imprégnation du réel par son imaginaire). Ces débordements sont néanmoins rares ; c’est davantage le fond romanesque de l’affaire qui intéresse Farhadi, dont il tire une fable poussive sur les pouvoirs de l’art et sa capacité à révéler la médiocrité humaine (et plus précisément des hommes). Si bien que le réalisateur iranien semble être revenu en France d’une part pour filmer (pas très bien) les stars françaises d’aujourd’hui, et d’autre part pour se connecter à une certaine idée littéraire du cinéma français. Cela commence à devenir un gag à l’échelle du festival de Cannes qui se tient présentement : encore un film français qui trouve son allégorie dans un livre (après le journal intime de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vénus électrique</em></a>, les chapitres de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Vie d’une femme</em></a> et en attendant le film d’Emmanuel Marre, <em>Notre salut</em>, rythmé par des lettres et dont le titre renvoie à un pamphlet). Farhadi est celui qui pousse la logique le plus loin et sur son versant le plus poussiéreux : le cinéma français tient pour lui du romanesque suranné et classieux. En somme, l’Iranien regarde Paris comme derrière une lunette, avec sa part de projections sommaires. Mais quand bien même on envisagerait le film sous cet angle (pour y fantasmer à notre tour une complexité plaquée sur la réalité de ce que l’on voit), cette lecture métatextuelle ne rachèterait pas sa médiocrité.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Hope</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 09:13:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Déjà annoncé comme un candidat potentiel à la compétition l’an dernier, Hope arrive entouré d’une aura de film longuement attendu. On dirait presque qu’il s’en amuse, tant le film joue d’effets de surprise. Place au...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/hope-2/" title="Read  Hope">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Déjà annoncé comme un candidat potentiel à la compétition l’an dernier, <em>Hope</em> arrive entouré d’une aura de film longuement attendu. On dirait presque qu’il s’en amuse, tant le film joue d’effets de surprise. Place au tour de manège : la qualité principale du film est de s’assumer comme une machine à effets, une série B protubérante dotée des moyens d’un blockbuster. Enfin un film de genre de cette ampleur, où la seule chose qui compte pour les personnages est leur survie : pas de divorce qui se passe mal, pas d’histoire d’amour qui se noue à travers les épreuves, pas même de véritable sous-intrigue politique ; juste une menace dont il faut se débarrasser. La première heure, à ce titre, est de loin la plus réussie : on y suit principalement un policier un peu benêt, qui traverse un village de pêcheurs (le « Hope » du titre) dévasté par les exactions d’une créature mystérieuse. Na Hong-jin, très joueur, ne cesse de retarder l’apparition de la chose, le policier passant de béance en béance (des habitations littéralement trouées) comme s’il se préparait à être dévoré. Les coups de feu des habitants fusent de plus en plus, des cris gutturaux résonnent à travers les rues, mais la bête échappe toujours à la vue de l’homme. C’est la bonne vieille leçon de <em>La Féline</em> : le monstre reste hors champ, car on n’a jamais plus peur que de ce qu’on ne voit pas. Quand il apparaît finalement, Na ne laisse pourtant pas la tension retomber : le film se relance, accélère, déborde presque dans une course-poursuite ahurissante, d’une vélocité et d’une lisibilité pas vue depuis les derniers <em>Mad Max</em>.</p>
<p>Passé cette longue entame, et avant un autre bloc d’action, le film accueille cependant un long tunnel narratif qui témoigne d’un relâchement formel. Le montage alterné, évoquant celui d’un épisode de mi-saison de série, est alors surtout l’occasion pour Na de muscler le versant comique du film, notamment autour d’une séquence scatologique inénarrable. On a souvent remarqué, depuis <em>Memories of Murder</em>, à quel point le cinéma sud-coréen pouvait mélanger les genres, mais le metteur en scène ose ici un degré de bouffonnerie rarement atteint, qui s’avère moins une manière de se distancier du récit qu’un chemin vers une autre forme de catharsis. Cet aspect « monstrueux », on le devine, insiste sur la bizarrerie de l’homme, dont les comportements quelquefois erratiques peuvent s’avérer effrayants si l’on se met à la place du monstre. L’étrange larme numérique versée par la créature, lors d’un ralenti au cours de la course-poursuite, annonçait déjà la couleur, mais Na emprunte une voie plus singulière encore dans le décentrement au cœur de la dernière partie. On ne dira rien du dernier quart d’heure, si ce n’est que c’est encore en convoquant le hors-champ que <em>Hope </em>atteint une nouvelle échelle. Pour en arriver là, le film aura été tributaire de sa logique chaotique, dans un crescendo parfois répétitif (les <em>deus ex machina</em> en pagaille), mais sans jamais se départir de son approche ludique. Pas sûr qu’il s’agisse de l’événement espéré, mais il est vrai qu’on se sera bien amusés.</p>
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		<item>
		<title>Fjord</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fjord/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 09:02:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si le cinéma de Mungiu quitte la Roumanie pour la Norvège (en partie : Sebastian Stan joue un père de famille originaire de Bucarest), son cap esthétique ne change pas. Il s’agit toujours de cultiver...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fjord/" title="Read  Fjord">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le cinéma de Mungiu quitte la Roumanie pour la Norvège (en partie : Sebastian Stan joue un père de famille originaire de Bucarest), son cap esthétique ne change pas. Il s’agit toujours de cultiver l’ambivalence en installant un certain nombre de pistes maintenues à l’état d’indécision. Si elles peuvent être d’importance ou de nature relative, elles participent toutes à creuser l’impression d’une complexité, en cela que le spectateur doit relier les points entre eux, compléter ce qui manque, projeter dans un geste ou un regard abrupt la trace d’un mal plus profond. On pourrait voir dans ce principe une invitation du cinéaste à penser ses films avec lui, mais cette « politique du doute » vire très souvent chez lui à la mécanique narrative implacable – voire au soupçon du pire. Famille très chrétienne et conservatrice, les Gheorghiu s’installent dans un village où leurs valeurs traditionnelles tranchent avec le progressisme norvégien mâtiné de raideur puritaine. Des bleus sur le dos de l’aînée adolescente, dont il nous est suggéré qu’elle a pu se blesser dans un autre contexte, valent aux nouveaux arrivants un signalement auprès des services de protection de l’enfance qui, ni une ni deux, engagent une procédure pour retirer aux parents la garde de leurs enfants. L’horizon discursif est alors surligné par un détail : alors que Lisbet (Renate Reinsve), la mère de famille, accueille chez elle les enseignants venus lui annoncer le lancement de la procédure, le drapeau de la Norvège, derrière une vitre et secoué par le vent, apparaît en arrière-plan. La situation est interrompue par l’arrivée de deux enfants plus jeunes, que Lisbet fait monter à l’étage pour poursuivre la conversation. À son retour dans le salon, la position de la caméra a changé ; elle se tient désormais dans l’axe du drapeau, manière de signaler la mise en place d’un piège bureaucratique qui va essorer le couple, en lutte contre le système judiciaire. La sincérité de ce dernier fera lui aussi l’objet d’un soupçon : l’institution veille-t-elle seulement à protéger les enfants, ou ses actions préventives sont-elles le fruit d’une discrimination religieuse à l’égard de ces semi-étrangers ?</p>
<p>Le dispositif judiciaire qui en découle (rendez-vous avec des avocats, préparation du procès civil, interrogatoires au tribunal) se greffe à de courtes scènes qui permettent d’effleurer de nombreux pôles d’ambiguïté : prosélytisme, violence psychique, malveillance, racisme, antireligiosité… Mais par sa manière de ne jamais trancher, Mungiu adopte une position confortable, celle d’un observateur lointain qui peut mettre dos à dos l’hypocrisie du progressisme et l’intégrisme religieux, pour jauger de la médiocrité de chacun. Comme souvent avec lui, l’incertitude passe aussi par des pointes de fantastique : à ce titre, le dernier plan, assez gratuit, vaut comme une couche métaphorique supplémentaire pour épaissir encore davantage son édifice. La tentative est toutefois ici trop volontariste pour qu’on ne voie pas l’intention à l’œuvre, et le surgissement du mysticisme fait dès lors plouf.</p>
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		<title>Jour 6 — Moulin / Hope</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-6-moulin-hope/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 06:18:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 6. Deux de nos rédacteurs discutent de Moulin&#160;de László Nemes et Hope de Na Hong-jin, présentés en compétition officielle. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;: Marin Gérard et Josué Morel. Réalisation et montage&#160;: Karim Roussel. Pour commander...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-6-moulin-hope/" title="Read  Jour 6 — Moulin / Hope">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 6. Deux de nos rédacteurs discutent de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" target="_blank" rel="noopener">Moulin</a>&nbsp;</em>de László Nemes et <em>Hope </em>de Na Hong-jin, présentés en compétition officielle.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/lC1bgVKB-UI?si=gurExbNzbGiTF4xJ" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<item>
		<title>À l’ombre du festival — Marine Atlan</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/a-lombre-du-festival-marine-atlan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 06:00:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, Marine Atlan évoque avec nous son premier long-métrage, La Gradiva, présenté à la Semaine de la critique. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/a-lombre-du-festival-marine-atlan/" title="Read  À l’ombre du festival — Marine Atlan">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, Marine Atlan évoque avec nous son premier long-métrage, <em>La Gradiva</em>, présenté à la Semaine de la critique.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
<div class="podcast_player"></div>
<div class="podcast_player"></div>
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		<item>
		<title>Vol de nuit pour Los Angeles</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/vol-de-nuit-pour-los-angeles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 22:50:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/vol-de-nuit-pour-los-angeles/" title="Read  Vol de nuit pour Los Angeles">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Producteur, scénariste et réalisateur : le septuagénaire John Travolta a multiplié les casquettes pour son premier long-métrage (on l’aperçoit même brièvement à la fin). Adapté de son roman éponyme paru en 1997, ce film en forme de carnet de voyage feuilleté durant une petite heure se résume ni plus ni moins à son titre : soit un vol de nuit entre New York City Idlewild et Los Angeles. Le personnage principal est un enfant de huit ans passionné d’aviation qui assouvit son rêve en effectuant son premier périple aérien en compagnie de sa mère célibataire Helen, une actrice de seconds rôles. Ce gamin attachant n’est autre que Travolta lui-même, qui met ici en images le souvenir de son expérience mémorable lorsqu’il a mis les pieds dans un avion Constellation de la TWA, à l’orée des années 1960. La nostalgie tourne à plein régime : intérieurs d’aéroport art déco, cabines cosy, moquettes douillettes, sons étouffés, personnel attentionné… L’avion est un cocon fantaisiste complètement déréalisé, appréhendé uniquement du point de vue de l’enfant. Même si l’idée pouvait s’avérer stimulante, Travolta n’est pas Linklater – autrement dit, ce n’est pas un cinéaste. Sa vision de l’enfance reste figée dans un passé plus morne qu’enchanteur ; elle consiste à accumuler une série d’instantanés dépourvus de profondeur, tout en recourant à une incessante voix off (la sienne), qui s’attache à décrire ce que l’on voit pourtant bien sans elle. Comme rien ne se produit vraiment à l’image, l’insistance est mise sur la narration. Au final, <em>Vol de nuit pour Los Angeles</em> s’apparente essentiellement à un caprice de star bien entourée (la plupart des acteurs sont d’ailleurs des membres de sa famille).</p>
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		<item>
		<title>Garance</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/garance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 19:33:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Défi des projections cannoises&#160;: à peine sorti d’un film, il faut déjà se remettre la tête à l’endroit pour s’attaquer au suivant, sans avoir eu le temps de redescendre. Après Moulin, place donc à Garance...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/garance/" title="Read  Garance">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Défi des projections cannoises&nbsp;: à peine sorti d’un film, il faut déjà se remettre la tête à l’endroit pour s’attaquer au suivant, sans avoir eu le temps de redescendre. Après <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Moulin</em></a>, place donc à <em>Garance</em> – et à un autre type de cinéma français, reposant davantage sur le brio des interprètes et l’écriture des dialogues que sur la mise en scène. On y suit Adèle Exarchopoulos en actrice intermittente qui galère entre ses déménagements successifs, le manque de stabilité de sa profession, la découverte de sa bisexualité et ses nombreuses sorties qui lui valent une gueule de bois constante. En vérité, le film avance masqué (ou du moins croit le faire) dans la présentation du personnage : son montage elliptique, qui réduit les séquences à des fragments lacunaires, couplé à une voix off rétrospective, lui permet de travailler son véritable sujet sans le dévoiler tout de suite, à savoir l’alcoolisme. Problème : lorsque le film, au bout de quarante-cinq minutes, opère son virage avec une scène d’intervention, on a déjà compris depuis un moment où il voulait en venir. Et la tactique du montage, qui est pourtant arrivée au bout de sa logique, se poursuit sur un mode désormais purement impressionniste ; il s’agit de capter l’énergie de la vie en multipliant de petits morceaux gorgés de sa sève, positive comme négative.</p>
<p>C’est dommage, car le film renferme un portrait rare de véritable alcoolique, sujet qui est abordé avec une certaine délicatesse – ou du moins une bienveillance qui confine par endroits à l’édulcoration, les trous du récit permettant aussi d’élaguer les moments potentiellement les plus scabreux. Exarchopoulos porte son personnage, mais son itinéraire reste cadenassé par un scénario qui n’y va pas avec le dos de la cuillère, ajoutant un autre dossier médical dans la seconde moitié du film avec le personnage de la petite sœur de Garance, pour nous arracher les larmes. Le film est toutefois trop lisse (a‑t-on jamais vu une malade atteinte d’une leucémie aussi bien maquillée ?) et formellement mou (le ralenti final, drôle sans le vouloir) pour y parvenir, d’autant que sa morale confine au mantra publicitaire d’une célèbre marque de jus de fruits pétillant destiné aux enfants : sans l’alcool, la fête est plus folle.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Promised Spaces</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/promised-spaces/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 16:00:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Promised Spaces repose sur une intrigue simple, divisée en deux parties : nous suivons d’abord les ouvriers d’un complexe de luxe qui promet confort et cadre naturel dans une zone périphérique du Cambodge, puis l’installation...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/promised-spaces/" title="Read  Promised Spaces">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Promised Spaces</em> repose sur une intrigue simple, divisée en deux parties : nous suivons d’abord les ouvriers d’un complexe de luxe qui promet confort et cadre naturel dans une zone périphérique du Cambodge, puis l’installation de Seda, sa première habitante. Rapidement, tout se détraque : les constructions prennent l’eau à la suite d’une violente averse, les ouvriers prennent le large, une brasse s’improvise sur la piscine d’un toit, etc. Ce dérèglement avait déjà été annoncé, plus discrètement, par les mouvements erratiques des ouvriers, tous insomniaques : errant sur le chantier et s’y endormant ici et là, leurs déplacements et leurs discussions instauraient d’emblée une atmosphère légèrement absurde.</p>
<p>La rigueur des cadres, loin de brider le film, favorise une certaine tension qui rend incertaine l’issue des situations plus qu’elle n’enferme les personnages. C’est particulièrement le cas dans la seconde partie, qui se concentre sur les relations interpersonnelles. Mais ce sont également les tensions propres aux rapports de classe qui se résolvent de façon inattendue : Seda est mise en difficulté par le comportement erratique du personnel, plus démissionnaire que conflictuel. L’une des belles trouvailles du film repose sur la circulation des corps et des fonctions : les ouvriers identifiés dans le premier temps du film réapparaissent une fois l’immeuble achevé ; ils habitent les lieux plus qu’ils n’y travaillent. On retrouve ainsi un couple d’amoureux enlacés à l’identique dans un dortoir de chantier ou dans l’improbable cagibi d’un électricien.</p>
<p>Jouant sur l’ambiguïté de la formule commerciale (une pancarte publicitaire promet la combinaison du confort de la ville et du calme de la nature), le film nous permet d’envisager une autre appropriation de ces ensembles architecturaux. En produisant des images incongrues, des plans hybrides mêlant nature et construction – des vaches dans un chantier, une piscine sur un immeuble inachevé – <em>Promised Spaces </em>les convertit en un théâtre de bifurcations, où les espaces s’inventent à mesure qu’on y progresse, comme dans un jeu.</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Nos étoiles à mi-parcours</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/nos-etoiles-a-mi-parcours-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 12:17:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=333490</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/nos-etoiles-a-mi-parcours-2/">Nos étoiles à mi-parcours</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>La Libertad Doble</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-libertad-doble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 09:27:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le premier plan de La Libertad Doble est presque identique à celui qui ouvrait La Libertad en 2001 : éclairé par un feu de camp, Misael, le bûcheron de la Pampa au cœur du premier...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-libertad-doble/" title="Read  La Libertad Doble">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le premier plan de <em>La Libertad Doble</em> est presque identique à celui qui ouvrait <a href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-lisandro-alonso-la-libertad-retrouvee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Libertad </em>en 2001</a> : éclairé par un feu de camp, Misael, le bûcheron de la Pampa au cœur du premier long-métrage de Lisandro Alonso, mange de la viande tandis que des éclairs illuminent par intermittence l’arrière-plan plongé dans le noir. Toute la première partie de cette «suite» tardive prend ainsi l’allure d’un <i>remake</i> du film d’origine : Misael accomplit sensiblement les mêmes gestes (couper des arbres à la hache ou à la tronçonneuse, manger, dormir) à quelques variations près (par exemple, il urine au lieu de déféquer). Il ne s’agit cependant pas d’une reprise plan par plan, puisque Alonso cadre ici différemment ces mêmes actions. Dans le premier film, la caméra suivait principalement les mouvements de Misael, mais s’autorisait aussi quelques décrochages pour dériver vers la nature environnante, de sorte à créer un brouillage : Alonso filmait-il Misael ou la Pampa autour de lui ? Ici, la caméra quitte rarement son personnage et se refuse à rejouer les puissantes envolées sensorielles du premier volet. Ainsi de la séquence de la sieste, qui coupait quasiment en deux <em>La Libertad</em> : tandis que Misael commençait à s’endormir, la caméra, comme emportée par une bourrasque, se détournait du personnage pour dériver dans la forêt. Alonso joue à cet endroit sur les attentes du spectateur ; lorsque Misael s’endort dans <em>La Libertad Doble</em>, les plans suivants consacrés à son chien, qui vadrouille aux alentours de l’habitation de fortune, laissent croire (et fantasmer) que le film s’apprête à abandonner le personnage humain au profit du canidé. Mais la parenthèse se referme rapidement, comme si Alonso orchestrait délibérément un sentiment de frustration. En retrouvant son héros vingt-cinq ans plus tard, Alonso constate avant tout que la liberté n’est plus possible. C’est peut-être la limite du film, qui troque la puissance sensible de jadis contre une dimension plus conceptuelle.</p>
<p>La (relative) déception qui en découle se trouve néanmoins intrinsèquement liée à une question politique, qui apparaît frontalement dans la deuxième partie, avec l’introduction d’un nouveau personnage : Micaela, la sœur de Misael, internée dans un hôpital psychiatrique. Lorsqu’il se rend dans cet établissement sur le point de mettre la clef sous la porte à cause d’importantes coupes budgétaires, Misael apprend qu’il devra à présent s’occuper de la malade. La séquence, tournée dans un bâtiment aux murs défraîchis, révèle un univers gagné par la désertion et la décrépitude. Les aplats jaune sale des couloirs tranchent avec la sensualité organique de la Pampa, composant un labyrinthe de couloirs vides. Le visage collé à une étroite lucarne, la sœur de Misael attend des trains qui ne passeront jamais, tandis qu’un patient en slip s’est endormi, affaissé sur un banc au milieu du couloir. En quelques plans, Alonso installe une tonalité presque beckettienne de fin du monde, avec des personnages livrés à leur déchéance. L’hôpital devient alors le miroir miniature de l’Argentine sous Javier Milei, un pays gagné par l’austérité et la désagrégation des structures collectives qui laissent à l’abandon les plus démunis. Ce sentiment de claustration suffocante est travaillé tout au long du film par la composition des plans souvent surcadrés ou coupés en deux, comme si les déplacements de Misael étaient ici toujours empêchés. Lorsqu’il s’endort dans l’hôpital, Alonso filme son visage en plongée et en gros plan, isolé dans un faisceau lumineux, en adoptant un cadrage identique à celui qui ouvrait la séquence de sieste dans <em>La Libertad</em>. Mais cette fois-ci, l’espace clos de l’hôpital neutralise la possibilité d’une échappée.</p>
<p>Deux plans somptueux ouvrent toutefois une brèche dans cette morosité ambiante. De retour dans la Pampa dans le dernier temps du film, Misael prépare le dîner tandis que sa sœur s’enfonce dans la forêt. Elle s’approche d’un arbre et commence à le caresser dans un plan filmé en contre-plongée, où le soleil rasant forme autour de sa tête une auréole. Puis la caméra suit lentement sa main glissant sur l’écorce, jusqu’à ce que les rayons lumineux traversent ses doigts, magnifiés par la texture du 35 mm. Ce sont les seuls instants qui renouent pleinement avec l’éveil des sens auquel invitait le premier film – mais là encore, le moment sera interrompu (en l’occurence par Misael). La liberté semble désormais entravée par l’écoulement du temps, notamment par la prise des cachets de Micaela, qui rythme ses journées. Une montre retrouvée sur le sol par la femme acquiert ainsi une portée symbolique à la fin du film, tout en esquissant un semblant d’ouverture. Micaela finit par laisser l’objet derrière elle (juste à côté d’un réveil), avant de s’enfoncer dans la profondeur du champ et de disparaître dans la verdure. « <em>L’espace, pas le temps</em> », disait un vieux sage dans <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2023/eureka-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eureka </a></em>: en abandonnant cette montre, Micaela retrouvera peut-être enfin l’espace – et, avec lui, une forme de liberté.</p>
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		<title>Jour 5 — Paper Tiger</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-5-paper-tiger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 06:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 5. Deux de nos rédacteurs discutent de Paper Tiger de James Gray, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à Barça Zou de Paul Nouhet. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;: Marin Gérard et Robin...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-5-paper-tiger/" title="Read  Jour 5 — Paper Tiger">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 5. Deux de nos rédacteurs discutent de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/paper-tiger/" target="_blank" rel="noopener">Paper Tiger</a> </em>de James Gray, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/barca-zou/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Barça Zou</em></a> de Paul Nouhet.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/LJvWMkh3FMs?si=LdqtUBdrGeTCIrKs" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Marin Gérard et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<title>La Gradiva</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-gradiva/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 06:15:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’enchaînement des séances cannoises invite inévitablement à repérer les échos entre les films. Ils peuvent être parfois très nets, comme ici l’utilisation du tube de Theodora « Kongolese sous BBL », également entendu dans Shana,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-gradiva/" title="Read  La Gradiva">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’enchaînement des séances cannoises invite inévitablement à repérer les échos entre les films. Ils peuvent être parfois très nets, comme ici l’utilisation du tube de Theodora « Kongolese sous BBL », également entendu dans <em>Shana</em>, d’autant que dans les deux cas les paroles sont reprises en chœur (avec la catharsis de pouvoir hurler : « <em>et mes gros seins me font souvent mal au cou</em> »). Mais ils sont occasionnellement plus souterrains&nbsp;; <em>La Gradiva</em> constitue ainsi une sorte de pendant grave de <em>Barça Zou</em>. À la mélancolie allègre du film de vacances d’1h24 à Barcelone répondent ici deux heures et demie d’un voyage scolaire à Naples, empreint de pesanteur. Ce sont deux visions de l’adolescence qui, plutôt que de s’opposer, se complètent : d’un côté, le bonheur de l’amitié simple, sous la bannière d’une passion commune (le skate), et de l’autre, le tumulte de la fin de « l’âge ingrat ».</p>
<p>La durée est probablement ce qui permet au film de transcender son programme romanesque. Aux trajectoires individuelles de trois adolescents, le cancre Toni (Colas Quignard), le beau James (Mitia Capellier-Audat) et la solitaire Suzanne (Suzanne Gerin), qui s’observent mutuellement dans l’ouverture située dans un train (Suzanne regarde Toni, qui lui-même regarde James) s’additionne la quotidienneté du voyage scolaire, notamment lors des visites en groupe. Ces petits cours impromptus donnés par Madame Mercier (Antonia Buresi), la professeure de latin et organisatrice du séjour, sont l’occasion de blocs de durée où la cinéaste se révèle portraitiste, chaque élève ayant droit à son plan lorsqu’il ou elle daigne participer. La drôlerie des réponses et les efforts de l’enseignante pour passionner son auditoire parviennent alors très bien à dépeindre la teneur imprévisible d’un cours, toujours prêt à entrer en éruption. Magnifique personnage que celui de l’enseignante : c’est une « bonne prof » qui croit en son travail, mais dont les failles (les injustices qu’elle commet) et l’épuisement racontent alors la réalité d’une vocation bien mieux que n’importe quel film à discours (<em>Un métier sérieux</em>, <em>L’Abandon</em>, etc.). Outre Madame Mercier, actrice devant son auditoire, tout le monde joue un rôle dans <em>La Gradiva</em>. Les personnages changent de comportement selon le nombre d’interlocuteurs (avec la classe, à quatre, à deux, seul), témoignant de l’hyper conscience&nbsp;que les adolescents peuvent avoir de l’image qu’ils renvoient. Atlan filme par ailleurs ces jeunes personnages à un moment charnière, celui des derniers mois de la classe de Terminale, avant que chacun emprunte une voie différente, ce qui entérine la fin de l’idéal égalitaire de l’école. La séquence des résultats Parcoursup, juste avant la fête du dernier soir, est pour cette raison terrible : l’asymétrie commence à ce moment-là ; il ne reste plus qu’à faire semblant en dansant ensemble une dernière fois.</p>
<h2>La Grazia</h2>
<p>«&nbsp;<em>Ah, c’est lyrique&nbsp;!</em> », s’exclame ironiquement la professeure après avoir lu la première ligne de la dissertation que Toni lui rend en retard. On pourrait en dire autant du film, qui substitue aux chroniques adolescentes qu’affectionne le cinéma français une recherche de la grâce. Outre la manière dont la cinéaste et cheffe opératrice recourt à la lumière naturelle pour envelopper ses acteurs, cette quête prend par exemple la forme d’une chorégraphie muette (dans une salle de musée où James et Suzanne se tournent autour autant qu’ils naviguent entre les statues) ou d’une simple course à travers la ville des deux garçons (moment de félicité d’une relation par ailleurs chaotique). Pour Toni, amoureux de son meilleur ami (qui le sait), ce voyage en Italie est aussi l’occasion d’une enquête sur ses racines : sa grand-mère était napolitaine, mais a quitté le pays suite au tremblement de terre de 1980, ayant soi-disant tué le grand-père de Toni. Ce n’est pas lorsqu’il multiplie ainsi les couches narratives que le film est le plus fort, mais la tendance d’Atlan à insister sur le puzzle identitaire est toujours compensée par une croyance absolue en ses personnages. <em>La Gradiva</em> ressemble à ce titre à un grand film romantique, au sens wertherien du terme : les souffrances des adolescents sont exacerbées par leur jeunesse, le film n’ayant d’autre choix que de s’adapter à leur intensité, quitte à injecter un peu de grandiloquence. C’est à l’intersection entre la banalité d’un voyage scolaire et l’importance qu’il prend dans la vie de celles et ceux qui y participent que la majesté discrète de <em>La Gradiva</em> se déploie.</p>
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		<title>À l’ombre du festival — Paul Nouhet</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-paul-nouhet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 06:00:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, Paul Nouhet évoque avec nous Barça Zou, son premier long-métrage présenté à l’Acid. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;: Luca Mongai....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-paul-nouhet/" title="Read  À l’ombre du festival — Paul Nouhet">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, Paul Nouhet évoque avec nous <em>Barça Zou</em>, son premier long-métrage présenté à l’Acid.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong> Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
<div class="podcast_player"></div>
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		<item>
		<title>Full Phil</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/full-phil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 22:02:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’une des astuces de Quentin Dupieux pour donner à son cinéma un air de profondeur est de composer ses récits selon un principe gigogne (pensons au rêve dans le rêve de Daaaaaali&#160;! ou au lever...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/full-phil/" title="Read  Full Phil">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’une des astuces de Quentin Dupieux pour donner à son cinéma un air de profondeur est de composer ses récits selon un principe gigogne (pensons au rêve dans le rêve de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/daaaaaali/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Daaaaaali&nbsp;!</em></a> ou au lever de rideau dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/au-poste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Au poste&nbsp;!</em></a>). Ce procédé est couplé ici avec une tension entre l’intérieur et l’extérieur : <em>Full Phil </em>est un huis clos sur un père (Woody Harrelson) essayant de renouer les liens avec sa fille, Madeleine (Kirsten Stewart), au beau milieu d’un Paris à feu et à sang à cause de manifestants (dont on ne connait pas les revendications). Détournant le sketch « Le troisième âge » de <em>Monty Python&nbsp;: Le Sens de la vie</em>, le cinéaste s’amuse à filmer son actrice se goinfrer tout en déplaçant le châtiment de M. Creosote vers la figure de son pauvre père, qui grossit à sa place. L’intrigue familiale est par ailleurs entrecoupée d’extraits d’une série B que regarde Madeleine sur son ordinateur, dans laquelle on retrouve Eric Wareheim, acteur fétiche des premiers films de Dupieux. Structure gigogne toujours : la période française du réalisateur (à partir d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/au-poste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Au poste</em></a>) ingère de la sorte la période dite américaine.</p>
<p>Le film s’apparente donc à une entreprise ludique qui pourrait séduire si la démarche de Dupieux ne la réduisait pas – par paresse ou manque de volonté – à un joujou sans âme. Comme à son habitude, celui-ci lance des idées sans les développer. En témoigne le statut ambivalent de Phil, qui pourrait constituer un avatar du mâle blanc arrogant et dominant. Mais le film ne va pas au bout de sa charge : l’omniprésence du maître d’hôtel joué par Charlotte Lebon (piètre incarnation de la soi-disant <em>cancel culture</em>), qui le soupçonne sans fondement de vouloir infliger du mal à sa fille, a pour conséquence collatérale de le rendre relativement sympathique. Le cinéaste offre à Phil une psychologie dont ne jouit jamais Madeleine qui, passant la plus grande partie du récit à regarder de la fiction en mangeant, renvoie au stéréotype du spectateur-consommateur. Dupieux se réfugie derrière une cruauté à la Ferreri (on ne peut s’empêcher de penser à <em>La Grande bouffe</em>) pour masquer un mépris bête et méchant, dans une forme qui se rapproche, depuis quelques années, d’un sketch diffusé sur Canal +.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/full-phil/">Full Phil</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Moulin</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 20:08:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rien, dans les films précédents de László Nemes, n’avait préparé au choc plastique que représente Moulin, et ce dès le premier plan – un ciel nocturne si profond qu’il paraît avoir été peint, si beau...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/moulin/" title="Read  Moulin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rien, dans les films précédents de László Nemes, n’avait préparé au choc plastique que représente <em>Moulin</em>, et ce dès le premier plan – un ciel nocturne si profond qu’il paraît avoir été peint, si beau que dès la première seconde, on sait que ce film-là ne sera pas du même tonneau que le reste de la compétition jusque-là projetée. Rien non plus ne pouvait laisser augurer que les noces de l’auteur hongrois avec le cinéma français commercial (Gilles Lellouche dans le premier rôle, TF1 à la production), accoucheraient d’un objet aussi racé et dense, dépouillé des tics festivaliers du <em>Fils de Saul</em> et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sunset/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sunset</em></a>. Fini la caméra portée et les semelles de plomb&nbsp;; derrière son grand sujet (moins le martyr d’un saint qu’une plongée vers la mort), <em>Moulin</em> n’avance que par la seule assurance de sa mise en scène, taillée dans l’étoffe de la nuit et des ombres. Sa trajectoire est simple&nbsp;: le «&nbsp;patron&nbsp;» de la Résistance tombera du ciel pour zigzaguer jusqu’aux portes de l’enfer. «&nbsp;<em>Entre ici, Jean Moulin…</em>&nbsp;»&nbsp;? Non, sors d’ici Jacques Martel (son nom d’emprunt lors de son arrestation), de ce dédale crépusculaire qu’est Lyon sous l’Occupation, filmé une heure durant comme un gigantesque labyrinthe dont la silhouette spectrale de Lellouche parcourt les travées pour tenter d’échapper à la Mort – personnifiée par Barbie (Lars Eidinger, tout en politesse feutrée et rouerie diabolique) et présentée dans l’une des rares scènes réellement diurnes comme un ange blanc fermant le chemin du salut au prisonnier. À cet endroit, bien sûr, on ne peut que penser à Melville, même si la mise en scène de Nemes ne pastiche jamais la splendeur cadavérique de <em>L’Armée des ombres</em>, ni ne suit le même cap mathématique. Pourtant, la filiation est évidente, au-delà du sujet et du décor (Nemes a cependant tourné en Hongrie), par la manière dont le film organise un chassé-croisé entre un homme et son destin funeste, vers lequel il court alors même qu’il essaie d’y échapper.</p>
<p>En témoigne la structure du récit, coupé en deux. Premier temps : Moulin, occupé à unifier la Résistance, chemine dans un monde de clairs-obscurs et de faux-semblants, où les innombrables surcadrages et vitres voilant à moitié son visage constituent autant de masques matérialisant sa double identité. Belle idée, d’ailleurs, plus tard dans le film : dans un plan frontal évoquant l’horreur absolue d’un spectacle laissé hors champ (la torture des compagnons de Moulin), les sbires de la Gestapo tentent <em>d’ouvrir</em> le visage du captif afin d’arracher la couche qui le recouvre et lui sert d’armure. Une heure durant, <em>Moulin</em> est ainsi un film d’action purement mû par des enjeux de lumières, une suite de filatures ménageant son lot de vertiges. La mise en scène s’attelle à explorer toutes les possibilités de son écrin : l’ombre du personnage se dessine dans la vapeur d’une locomotive, le reflet d’une flaque d’eau ou en contrebas d’une vitre. Il paraît souvent épié, à la recherche d’une porte dérobée par laquelle échapper à la souricière installée par la mise en scène au cordeau de Nemes. Deuxième temps du récit : une fois capturé (mais pas tout de suite identifié comme « Max », le surnom du chef de la Résistance), Moulin cherche à faire sien l’espace de la prison puis, dans le dernier acte, à trouver sa voie vers une mort que les nazis lui refusent. Lors de ses entretiens avec Barbie, l’enjeu est d’ailleurs de se réapproprier l’espace : le résistant, qui se présente comme un décorateur, est d’abord mis au défi d’imaginer un réaménagement de la salle d’interrogatoire, pour prouver son savoir-faire. Plus loin, une danse qui lui est imposée avec une témoin est reconfigurée par son action ; à la mise en scène guidée par Barbie (qui fait résonner de la musique, contrôle les gestes des prévenus et dicte ses indications), l’ex-préfet substitue une réelle valse, un petit moment de beauté volé au décorum pensé par le nazi.</p>
<p>Autre surprise : on pouvait craindre, au regard du récit, que Nemes verse dans un dolorisme aux accents christiques, pour faire de « Saint Moulin », comme l’appelle ironiquement Barbie, un avatar de Jésus. Mais Moulin, comme jadis le Gerbier de Melville, est, plus qu’un martyr ou un héros, un fantôme en devenir qui aspire à l’étreinte amoureuse de la Mort, à cette <em>«&nbsp;douce nuit d’amour</em>&nbsp;» sur laquelle se referme le film, dans un train depuis lequel on aperçoit, à travers la fenêtre, les étincelles d’un pandémonium. Et jusqu’au bout, la torture prendra davantage la forme d’un sinistre ballet lumineux (les phares des berlines transperçant les ténèbres, le visage buriné de Lellouche comme émergeant de la noirceur d’un caveau) que d’hémoglobine et de violence directe. <em>Moulin</em> est un film sculpté dans le néant, comme le sont certains sommets de Clint Eastwood photographiés par Tom Stern. Qui aurait parié, au début du festival, que l’on verrait en lieu et place de l’hagiographie redoutée le plus beau film français en pellicule depuis des années (la copie 35 mm projetée au grand théâtre Lumière est à se pâmer) ? Que Nemes verrait dans Lellouche, non pas seulement un levier économique pour monter son film, mais un avatar de Lino Ventura (on sent qu’il veut filmer sa mâchoire carrée comme un bloc de marbre) ? On achèvera l’éloge sur cette note : après <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soudain</em></a> de Hamaguchi (au moins pour ses promenades à la nuit tombée), c’est encore un metteur en scène étranger qui vient prouver qu’un autre cinéma français du milieu est possible ; un cinéma moins narratif, moins poussiéreux ; un cinéma qui se fie au pouvoir des rayons et des ombres (les vrais, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">pas ceux de Giannoli</a>). <em>Moulin</em> est beau comme la foudre, et on n’arrive toujours pas à y croire.</p>
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		<title>Barça Zou</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/barca-zou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 19:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On le sait, l’adolescence est l’un des thèmes de prédilection des jeunes cinéastes qui passent le cap du long-métrage. Vingt Dieux, L’Épreuve du feu, Diamant Brut, Il pleut dans la maison… si les exemples récents...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/barca-zou/" title="Read  Barça Zou">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On le sait, l’adolescence est l’un des thèmes de prédilection des jeunes cinéastes qui passent le cap du long-métrage. <em>Vingt Dieux</em>, <em>L’Épreuve du feu, Diamant Brut, Il pleut dans la maison</em><i>…</i> si les exemples récents ne manquent pas, ils souffrent aussi des mêmes écueils. Souvent portés par de jeunes acteurs talentueux (la plupart du temps non professionnels), ces films tendent à canaliser leur énergie dans des récits d’apprentissage calibrés, qui carburent aux conflits amicaux/familiaux/amoureux lestés de considérations sociologiques et psychologiques appuyées. À trop discourir sur le dos de leurs jeunes protagonistes, les films évoqués finissent par ne plus vraiment les regarder&nbsp;; ou du moins, à trop rapidement en faire le symbole abstrait d’une quête d’émancipation. Bonne nouvelle : <em>Barça Zou</em> résiste aux sirènes du <em>coming-of-age</em> formaté et lui préfère une forme plus chaotique et doucement désinvolte, pour suivre les vacances de quatre jeunes skateurs partis quelques jours à Barcelone. Dix ans plus tard, les ados bordelais sont devenus des trentenaires parisiens assagis qui, sous l’impulsion de Paul (incarné par le cinéaste lui-même), décident de s’enregistrer racontant leurs souvenirs de cette échappée barcelonaise. Sur le modèle des films de Sophie Letourneur, le dispositif méta accueille ainsi en voix off les récits des uns et des autres, qui se chevauchent ou se contredisent, recomposant le voyage selon des points de vue multiples.</p>
<p>En même temps qu’il emprunte des chemins de traverse pour arpenter la ville (loin de la Sagrada Familia et des cartes postales touristiques, Barcelone est ici appréhendée à partir d’un réseau de skateparks), Paul Nouhet slalome entre les passages obligés du <em>teen movie</em>,<i> </i>qu’il détourne ou désamorce pour en déplacer les enjeux. Ainsi de la romance adolescente ou de la scène de fête. Pour la première, il privilégie le registre comique et trivial : un long baiser se voit parasité par l’irruption d’une nuée de pigeons, détournant l’attention du jeune Hascoët qui ne sait plus où donner de la langue. Pour la seconde, autre méthode : alors qu’un de ses compagnons veut rejoindre des filles pour danser, le cinéaste se détourne de cette soirée d’ivresse et préfère filmer le malaise du jeune Paul, visage fermé, qui prétexte être fatigué pour rentrer à l’appartement. Il ne s’agit pas pour autant de s’en tenir à la <em>lose</em> de leurs expériences – façon <em>Les Beaux Gosses</em> en skate –, mais de capter une allégresse plus diffuse, qui se situe à la périphérie des étapes constitutives de l’imaginaire adolescent : si le rencard bancal d’Hascoët est traversé de silences gênants, il laisse place à un bref moment de félicité lors de son retour en skate au petit matin ; l’exaltation collective avant de se rendre à une soirée en ville est <em>in fine</em> plus intense que la fête elle-même, etc. Au lieu de céder aux attraits de la mythologie adolescente, <em>Barça Zou</em> se concentre sur ses interstices plus ordinaires, appréhendant la vie des jeunes à une échelle infra, comme pour restaurer le plus fidèlement possible des sensations très précises gravées dans la mémoire.</p>
<p>Si ces instants fugitifs ont leur importance, c’est que Nouhet les observe avec le regard d’un ancien ado, qui tente de toucher du doigt un passé très proche mais déjà irrévocablement perdu. La distance rétrospective est suggérée par la mise en abyme, qui produit un effet de contraste entre la temporalité estivale et le quotidien un peu plus terne des trentenaires mélancoliques. Moins convaincantes et plus rébarbatives, les séquences parisiennes explicitent alors une nostalgie que la mise en scène parvient à faire affleurer plus subtilement dans les segments barcelonais. Ce sentiment s’exprime par exemple dans la façon récurrente de retarder la coupe de certains plans afin de s’attarder sur un visage, ou bien dans l’utilisation de zooms ou recadrages qui viennent isoler un détail du décor. Sans faire tout à fait « avancer le récit », les situations servent d’abord d’écrin à une poignée de souvenirs fragmentés : un éclat de rire qu’on tente de retenir, un regard d’envie ou de jalousie mal retenu, ou simplement une expression fatiguée avec un regard perdu dans le vide. Dans leur caractère anodin, ces détails ne renvoient pas à une expérience particulièrement heureuse ou remarquable, mais la distorsion rétrospective tend à en faire des épiphanies qu’il faut chérir. En ce sens, Nouhet est un vrai nostalgique, puisque son film considère que tout ce qui se rapporte à cette époque révolue mérite d’être regardé avec tendresse. La proximité évidente entre le réalisateur et ses personnages se traduit dans certains épisodes par une mise en scène plus élaborée qui vise à épouser leurs points de vue. C’est le cas par exemple d’un accident de skate, lorsque Hascoët décide de dévaler à toute vitesse une rue en pente, avant de chuter violemment au sol. Le découpage presque cartoonesque restitue la façon dont cette mésaventure a été perçue comme un épisode épique de leur voyage, en même temps que la rupture formelle emphatique témoigne d’une douce ironie. La conclusion de <em>Barça Zou</em> met en perspective la mélancolie qui irrigue l’ensemble : le projet même du film et son dispositif de remémoration collective viendraient répondre à la perte des vidéos que les skateurs avaient enregistrées à l’époque. Il est pourtant finalement peu question de leurs exploits sportifs dans le film ; avec le temps, l’intérêt du voyage s’est déplacé pour devenir quelque chose de plus précieux – le vestige d’un monde commun.</p>
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		<title>Paper Tiger</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/paper-tiger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 17:59:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui est le « tigre de papier » donnant son titre au nouveau James Gray ? La mafia russe rodant autour des frères Pearl, entraînés par un jeu de circonstances dans la face sombre du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/paper-tiger/" title="Read  Paper Tiger">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qui est le « tigre de papier » donnant son titre au nouveau James Gray ? La mafia russe rodant autour des frères Pearl, entraînés par un jeu de circonstances dans la face sombre du sacro-saint rêve américain ? Le personnage de l’aîné (Adam Driver), ex-flic flamboyant qui affiche une contenance à toute épreuve ? Ou peut-être Gray lui-même, dont ce neuvième film officialise la modestie nouvelle de ses aspirations – son avatar serait donc ici le cadet (Miles Teller), père de famille à la vie simple et rangée ? <em>Paper Tiger</em> assume de fait des ambitions à la baisse, en même temps qu’il opère un retour à la veine des premières œuvres du cinéaste, mêlant le thriller au <em>fatum </em>de la tragédie grecque. Le film s’ouvre sur une citation d’Eschyle qui résume son propos, «&nbsp;<em>Pour que ma vie soit préservée du malheur, qu’il me suffise d’être sage</em>&nbsp;». L’ex-héritier revendiqué du&nbsp;Nouvel Hollywood fait de cette «&nbsp;sagesse&nbsp;» son leitmotiv, au risque de tabler sur une émotion si feutrée qu’elle en devient quasi évanescente. Dans les derniers Gray, le rêve d’une mise en scène classique se confond souvent avec une écriture presque impersonnelle, mais qui accueille toutefois une poignée d’éclats et de scènes renouant avec son inspiration originelle&nbsp;; il ne s’agit plus d’attendre de lui un film plein, mais plutôt des fragments rappelant les promesses du passé.</p>
<p><em>Paper Tiger</em> semble ainsi avoir été pensé pour une série de plans fantomatiques, une petite scène d’action en guise de climax spectaculaire, ou encore un ballet d’ombres figées dans le salon d’une maison ordinaire, où chaque présence se tient au seuil de la violence. Ces visions, à l’échelle de la filmographie de Gray, ne sont pas neuves, d’autant qu’elles s’accompagnent d’un récit figurant de nouveau une fratrie maudite. Mais l’intérêt qu’elles suscitent est en partie relancé par l’épure accrue de la mise en scène – notamment sur la spectralité, motif ici dénué de la solennité des débuts, quitte à sacrifier pour de bon l’ampleur sourde qui a fait jadis de Gray un grand espoir du cinéma américain. Cette petitesse a le mérite d’être assumée, même si elle accouche d’un film sur le fil, dont la part mélancolique est si diffuse qu’elle peine réellement à émouvoir. Reste un acteur, Adam Driver, félin à l’affût dans un champ de roseaux rappelant autant le <em>finale</em> de <em>La Nuit nous appartient</em> qu’une scène célèbre du <em>Parrain</em>. C’est à ses larges épaules qu’il incombe de porter les vestiges opératiques d’une œuvre désormais lucide sur ses limites.</p>
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		<item>
		<title>Sheep in the Box</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sheep-in-the-box/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 09:50:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le générique final de Sheep in the Box crédite logiquement Kore-eda de la réalisation et du scénario, mais aussi, plus étonnamment, de «&#160;l’idée originale&#160;» de son nouveau film. On tousse un peu car ladite idée...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sheep-in-the-box/" title="Read  Sheep in the Box">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le générique final de <em>Sheep in the Box</em> crédite logiquement Kore-eda de la réalisation et du scénario, mais aussi, plus étonnamment, de «&nbsp;<em>l’idée originale&nbsp;</em>» de son nouveau film. On tousse un peu car ladite idée n’a rien de renversant, ni même « d’original » vu la trajectoire empruntée par le récit, qui commence comme <em>A.I.</em> pour finir tel <em>E.T.</em> Dans <em>«&nbsp;un futur pas si lointain</em>&nbsp;», un couple encore endeuillé par la perte de leur petit garçon recourt aux services d’une entreprise, «&nbsp;Rebirth&nbsp;», qui recrée un double humanoïde de leur fils à l’aide de photos, vidéos et d’IA générative. Point de départ passionnant, qui laisse à un moment croire que le cinéma de Kore-eda, de plus en plus lyophilisé, va ici regagner en cruauté. Vaine espérance&nbsp;: si la volonté de refaire <em>A.I.</em> à l’heure où l’intelligence artificielle devient une réalité pouvait s’entendre, le film s’applique surtout à vider la situation de son potentiel abrasif et de l’étrangeté causée par l’irruption du corps synthétique au sein du foyer des parents. Ce dernier est lui-même glacé ; le père (qui travaille dans le bois) et la mère (architecte) sont des apôtres du <em>design</em> épuré, de l’entretien d’un intérieur où rien ne dépasse. Ce que Spielberg condensait avec une violence à peine rentrée dans une petite portion de son film (la partie domestique), Kore-eda l’étale deux heures durant en faisant de ce cadre l’écrin d’une allégorie redoublée par son titre, inspiré du <em>Petit Prince</em>. Dans un dialogue confondant de littéralité, la mère glisse cette évidence : le mouton dans la boîte, ce n’était finalement pas l’avatar de son enfant défunt, mais elle-même – soit un vide béant à remplir, ce que racontait un plan déjà très appuyé, où le personnage, s’allongeant sur son lit, était surcadré au premier plan par le cube creux servant de socle de recharge au petit robot.</p>
<p>Film après film, le cinéma de Kore-eda repousse les limites de l’aseptisation ; le récit comme le scénario s’appliquent à nettoyer <em>Sheep in the Box</em>&nbsp;du moindre trouble, de la moindre ambiguïté. Exemplairement, lorsque le gamin s’endort sur son cube, placé en face du lit de ses parents, le père se demande s’il leur faut chuchoter dans leur propre chambre à coucher, car la machine, même éteinte, pourrait les entendre. On se dit à ce moment-là que ça devrait être le cadet de leurs soucis et qu’il y a techniquement une bizarrerie plus grande encore à ce que l’androïde se tienne à quelques mètres de l’endroit où ils pourraient avoir l’envie saugrenue de faire l’amour. Mais l’idée même de la sexualité ne peut exister dans un film dont la douceur cotonneuse penche à plusieurs endroits vers la blancheur publicitaire : il est impossible que Kore-eda fasse un film ambivalent sur des automates, car son cinéma est déjà depuis longtemps robotique. L’étude de cette famille dysfonctionnelle tourne de toute façon court, le scénario lui substituant, à l’aide d’une poignée de séquences vite brossées, une trame secondaire sur la prise d’indépendance de ce mini-robot, à la recherche de sa propre identité. Où se trouve-t-elle ? Certainement pas dans la boîte vide qu’est <em>Sheep in the Box</em>.</p>
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		<title>Jour 4 — La Libertad Doble</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-4-la-libertad-doble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 05:37:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 4. Deux de nos rédacteurs discutent de La Libertad Doble de Lisandro Alonso, présenté à la Quinzaine des Cinéastes. Avec une carte blanche consacrée au film La gradiva de Marine Atlan. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;:...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-4-la-libertad-doble/" title="Read  Jour 4 — La Libertad Doble">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 4. Deux de nos rédacteurs discutent de <i>La Libertad Doble </i>de Lisandro Alonso, présenté à la Quinzaine des Cinéastes. Avec une carte blanche consacrée au film <em>La gradiva</em> de Marine Atlan.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/B8lcvfVlpkA?si=XdvqoRV8YUhB5uXS" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Josué Morel et Robin Vaz. Et Marin Gérard pour la carte blanche.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong> : Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<item>
		<title>Les matins merveilleux</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-matins-merveilleux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 19:00:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suite à la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) s’occupe des biens légués par la défunte : parmi eux, se trouve un carton rempli de vinyles disco, qu’elle doit remettre à un inconnu habitant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/les-matins-merveilleux/" title="Read  Les matins merveilleux">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Suite à la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) s’occupe des biens légués par la défunte : parmi eux, se trouve un carton rempli de vinyles disco, qu’elle doit remettre à un inconnu habitant une station balnéaire méditerranéenne. Alors que la trentenaire célibataire est engluée dans un quotidien un peu terne à Paris, ce voyage vers le Sud représente pour elle une échappée. Pour le film, en revanche, il servira de prétexte à dérouler deux trajectoires programmatiques – une quête des origines, bientôt suivie d’un récit d’émancipation. Ces deux pans du scénario s’articulent autour d’une même image, que le mystérieux destinataire des vinyles (Eric Cantonna) montre à Charlie à son arrivée : une courte vidéo datant des années 1980 où la mère de la jeune femme danse en boîte de nuit. Prise dans l’effervescence des années disco, la figure maternelle, décédée quand Charlie était encore adolescente, se révèle aux yeux de sa fille sous un jour inédit. Dans un premier temps, il s’agira donc pour elle d’en apprendre davantage sur le passé de sa génitrice, au contact de cet ancien ami que Charlie imagine être son père, qu’elle n’a jamais connu. Plus encore, la vidéo qu’elle se passe en boucle devient peu à peu un modèle pour vivre sa vie plus intensément. Un plan symbolise cette logique : tandis qu’elle regarde une énième fois les images sur un écran de télévision, Charlie se met à reproduire les pas de danse de sa mère. Le cadrage insiste alors sur la superposition entre la femme à l’écran et le reflet de sa fille, qui tente laborieusement de l’imiter.</p>
<p>Avril Besson tente certes d’insuffler de la légèreté à ce schéma narratif, en jouant sur le décalage entre la gravité des événements évoqués et l’attitude détachée, légèrement goofy, de sa protagoniste – une trentenaire lunaire et déphasée, figure qui ressemble de plus en plus à un nouvel archétype du cinéma français (Laure Calamy et Lætitia Dosch sont passées par là). Si la réalisatrice ne manque pas de tendresse pour ses personnages, elle a aussi la main lourde pour forcer l’empathie envers la sensibilité à fleur de peau de Charlie, à l’image d’une scène de karaoké où elle reprend « Mon amie la rose » de Françoise Hardy. Filmée <em>in extenso</em>, la performance peine à faire advenir l’émotion recherchée à cause des coquetteries de la mise en scène : plan unique, zoom se resserrant lentement sur le visage d’India Hair, regard caméra de cette dernière. Le personnage de Marina (Raya Martiny), la serveuse flamboyante du bar du coin qui héberge Charlie, souffre de son côté d’une caractérisation schématique. Ses interactions sommaires avec une galerie de figures secondaires (son ex, une ado rebelle, un homme en fin de vie auquel elle rend visite quotidiennement, etc.) servent avant tout à peindre une femme à la carapace dure mais au cœur tendre, sans réussir à masquer le rôle fonctionnel des habitants de la petite ville. Mal assorties au premier abord, les deux personnages vont finir par se rapprocher, permettant à Charlie de vivre une seconde jeunesse à travers une romance lesbienne. Alors que vers la fin du film le duo partage une dose de LSD, une séquence nocturne laisse espérer que la cinéaste va lâcher la bride de son récit pour laisser une situation s’installer dans la durée, en observant leur rapprochement à mesure que la drogue altère leur perception. Malheureusement, on n’aura pas accès à cette expérience importante dans l’évolution de Charlie : une ellipse nous projette soudain au petit matin, où les deux femmes apparaissent hilares, en proie à des hallucinations.<em> Les Matins Merveilleux</em> bute ainsi sur le paradoxe de vouloir filmer un éveil à la liberté à travers une forme qui en est elle-même dépourvue.</p>
<p><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
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		<title>Gentle Monster</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gentle-monster/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 18:09:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans une scène située aux deux tiers de Gentle Monster, Lucy (Léa Seydoux) révèle enfin à sa mère (Catherine Deneuve) pourquoi son mariage bat de l’aile&#160;: suite à une perquisition de police (au début du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gentle-monster/" title="Read  Gentle Monster">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans une scène située aux deux tiers de <em>Gentle Monster</em>, Lucy (Léa Seydoux) révèle enfin à sa mère (Catherine Deneuve) pourquoi son mariage bat de l’aile&nbsp;: suite à une perquisition de police (au début du film), elle a appris que son mari stockait et partageait des contenus pédopornographiques sur le <em>dark web</em>. «&nbsp;<em>C’est un pédophile</em>&nbsp;» chuchote Seydoux avec son halètement caractéristique, les larmes aux yeux, alors qu’elle ose nommer les choses ainsi pour la première fois. La gravité absolue du dialogue qui suit est proportionnelle à son ridicule, Deneuve semblant incapable, en icône statufiée du cinéma français, de jouer encore la sidération, ou simplement la consolatrice. «&nbsp;<em>Il faut que tu parles au piano</em> », glisse-t-elle même à sa fille musicienne – déjà la réplique la plus involontairement comique du festival. Il faut dire que le <em>star system</em> s’acoquine difficilement avec le film à thèse, et dessert même la volonté de Marie Kreutzer d’alerter sur le sujet : arrivé au carton final rappelant les chiffres alarmants des violences sexuelles perpétrées sur les enfants, l’interpellation tombe à plat, plombée par les nombreux artifices qui ont précédé.</p>
<p>Le programme était déjà fixé par le titre (« le monstre gentil »), qui correspond également au pseudo de l’homme en ligne. Philip (Laurence Rupp), quoique dépressif, est un mari et un père attentionné ; les agresseurs, comme on le sait, sont des messieurs Tout-le-monde. Lucy, après le choc de la révélation, cherchera à savoir si son mari a touché leur fils de six ans. Kreutzer tisse cette quête personnelle (Lucy n’a pas accès aux éléments de l’enquête, tandis que Philip demeure pour le moment en liberté) au quotidien d’Elsa (Jella Haase), la policière en charge de l’affaire. Aux clichés du chemin de croix de Lucy (sa manière de se réfugier dans la musique, par exemple), la cinéaste ajoute celui des contradictions de la femme de loi. Elle ne peut s’empêcher de redoubler l’intrigue en montrant la flic, exemplaire et sévère dans son travail, pardonner son père malade lorsque ce dernier agresse sexuellement une employée de maison. Il n’y a rien dans <em>Gentle Monster</em> qui ne soit alourdi par des intentions clignotantes, pas une couche d’ambiguïté qui ne paraisse artificiellement gonflée. Le vertige du premier quart d’heure, figuré par un beau champ-contrechamp entre le visage de Seydoux et le bouton d’ascenseur du commissariat à côté duquel est indiqué «&nbsp;affaires pédocriminelles&nbsp;», laisse place à un discours purement pédagogique. Ce dernier est sans doute nécessaire, mais il aurait très bien pu tenir dans les contours d’un post Instagram.</p>
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		<title>Jour 3 — Soudain</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-3-soudain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 17:13:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 3. Deux de nos rédacteurs discutent de Soudain de Ryūsuke Hamaguchi, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée au film Le Journal d’une femme de chambre de Radu Jude. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;:...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-3-soudain/" title="Read  Jour 3 — Soudain">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 3. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soudain</em></a> de Ryūsuke Hamaguchi, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée au film <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Journal d’une femme de chambre</em></a> de Radu Jude.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/ZDsHfL8FfHk?si=DrZYoazKZEXXMZ_B" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong> Marin Gérard et Josué Morel. Et Robin Vaz pour la carte blanche.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong> : Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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		<item>
		<title>Sanguine</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sanguine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 17:03:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle entrée dans le champ du body horror français, le premier long-métrage de Marion Le Correller enfonce le clou planté il y a deux ans par The Substance de Coralie Fargeat. D’emblée, le lien de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/sanguine/" title="Read  Sanguine">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nouvelle entrée dans le champ du <em>body horror</em> français, le premier long-métrage de Marion Le Correller enfonce le clou planté il y a deux ans par <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-substance-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Substance</em></a> de Coralie Fargeat. D’emblée, le lien de parenté formelle et pop saute aux yeux : couleurs criardes (ici, le rouge dominant), intérieurs aseptisés filmés en grand angle, plongées et contreplongées déformant les perspectives, rythmique techno qui insuffle sa dynamique épileptique au montage. L’ouverture, située dans un <em>fast-food </em>où un serveur surmené pète les plombs et massacre un client impoli, ne plante pas seulement le décor. Elle s’aventure sur un terrain rendu désormais familier, voire caricatural (par excès de second degré et de références), qui laisse d’abord craindre la redite ou une dévotion coupable. Fort heureusement, passé ce préambule déférent, <em>Sanguine</em> s’attache à trouver sa propre voie sans se départir de cette réjouissante désinvolture. Dépourvu de légèreté, le film parvient cependant par endroits à faire peau neuve grâce à quelques idées bien senties dans la description de la lente descente aux enfers de Margot, une jeune interne parachutée aux urgences.</p>
<p>Première bonne idée : confiner (à l’exception d’une séquence dans une boîte de nuit) l’essentiel des scènes au sein d’un hôpital, réduit sommairement à quelques couloirs angoissants, bureaux, salles de soins et logements étudiants étriqués. Si les conditions du travail hospitalier sont au centre de ce récit de somatisation (une étrange maladie cutanée se développe à mesure que la charge de travail déshumanisante augmente), Le Correller n’en fait pas pour autant un enjeu de satire sociétale (et c’est heureux). L’hôpital ne vaut que comme arrière-fond bariolé, participant d’une esthétique ludique (le jeu sur les couleurs se mêle à celui sur les échelles de plan) et d’un espace carcéral (la chambre de l’héroïne ressemble à s’y méprendre à une cellule) où l’horreur peut advenir derrière chaque porte. Seconde bonne idée : tirer un profit indéniable du visage de Mara Taquin, découverte aussi probante que celle de Garance Marillier dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/grave-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Grave</em></a> de Julia Ducournau. Davantage que son corps détraqué, voué à des transformations de plus en plus gore, ce visage, filmé lui aussi sous toutes les coutures, offre sa fascinante plasticité à la caméra dévorante de la réalisatrice. Sa capacité à encaisser la douleur, à se concentrer ou à se laisser déborder, en fait presque un film à lui seul.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Colony</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/colony/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 16:47:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dix ans après Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence Peninsula, suite ratée de Busan) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/colony/" title="Read  Colony">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix ans après <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dernier-train-pour-busan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dernier train pour Busan</em></a>, Yeon Sang-ho revient à son tropisme pour les zombies (on passera sous silence <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peninsula/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Peninsula</em></a>, suite ratée de <em>Busan</em>) dans un récit qui substitue en apparence l’horizontalité d’un train à la verticalité d’une tour. Au sein d’un complexe accueillant à la fois un centre commercial et des bureaux, un virus créé par un scientifique fou et revanchard se répand. Ce n’est toutefois pas tout à fait du «&nbsp;zombisme&nbsp;» pur jus&nbsp;: les infectés deviennent les membres d’une colonie interconnectée (un peu sur le mode des hommes-champignons de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-last-of-us-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Last of Us</em></a>) qui, et c’est le cœur véritable du film, ne cesse d’évoluer en se partageant des informations, sur le mode des fourmis dialoguant par l’entremise de phéromones. Quelques rescapés – dont une scientifique, comprenant vite de quoi il retourne – se rassemblent non pas pour échapper au lieu confiné, mais pour trouver le savant malade à l’origine de l’infection, qui s’est inoculé le vaccin du virus. Rapidement, ce grand méchant se révèle être aussi une figure de marionnettiste, qui a gardé sa conscience humaine tout en étant relié à la ruche.</p>
<p>Ce point de départ permet au film de mettre à jour régulièrement ses règles : les zombies, d’abord, sont des corps rampants se jetant sur leurs proies. Ils apprennent ensuite à marcher, à distinguer les êtres humains des panneaux publicitaires ou des mannequins présents dans les échoppes, puis à se greffer les uns aux autres pour former des créatures à plusieurs têtes et membres, etc. La stratification du décor en différents couloirs et niveaux se couple alors à une reconfiguration ludique du fonctionnement même de la série B, qui permet au film de renouer avec l’inventivité de <em>Dernier train pour Busan</em>, mais aussi de reparcourir à vitesse grand V une histoire de l’évolution du genre. Par exemple, le décor originel de la galerie marchande rappelle le canonique <em>Dawn of the Dead</em>, tandis que l’apprentissage par les zombies de gestes moteurs élémentaires renvoie au stade atteint par les morts-vivants de <em>Land of the Dead</em>, l’un des derniers films de Romero. Dans le détail, <em>Colony</em> n’est toutefois pas aussi réjouissant que <em>Dernier train…&nbsp;</em>: il souffre parfois d’un découpage brouillon (cf. une scène dans un ascenseur où l’action n’est pas très lisible, des personnages disparaissant sans que l’on sache trop comment), mais Yeon Sang-ho a le mérite de faire de son dispositif la matrice d’un film de zombies assez malin, qui oppose un réseau collectif (celui des zombies) à un groupe humain rongé de l’intérieur par son manque de solidarité. Si bien que <em>Colony</em> finit par renouer, dans ses plis, avec la part politique propre au genre, dont il actualise la logique : la dissolution de l’individu n’apparaît pas ici comme un châtiment, mais comme le révélateur de l’atomisation&nbsp;de la société sud-coréenne.</p>
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		<item>
		<title>Du fioul dans les artères</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/du-fioul-dans-les-arteres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 14:00:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un plan suffit pour savoir où l’on met les pieds. Une caméra portée, nerveuse et floutant l’arrière-plan, suit Étienne (Alexis Manenti ), un routier en train de s’affairer à son prochain chargement. Cette courte introduction...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/du-fioul-dans-les-arteres/" title="Read  Du fioul dans les artères">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un plan suffit pour savoir où l’on met les pieds. Une caméra portée, nerveuse et floutant l’arrière-plan, suit Étienne (Alexis Manenti ), un routier en train de s’affairer à son prochain chargement. Cette courte introduction nous plonge dans un milieu social brossé en quelques coups de pinceaux volontairement nerveux : la fébrilité des plans et la bande-son visent à restituer un réel entendu comme à fleur de peau. Immédiatement, aussi, on devine quelle recette scénaristique le film va adopter : passé l’introduction adviendra une rencontre amoureuse plus ou moins contrariée dont l’étude va progressivement prendre le dessus sur la peinture de cet ancrage. Bingo. Quelques scènes plus loin, l’intuition se confirme, mais les contours qu’épouse ce glissement vers l’intime ont le mérite d’être moins prévisibles, puisque le scénario juxtapose alors à son premier milieu un second particularisme : Étienne est un homosexuel qui fréquente des sous-bois et des aires d’autoroute, où se nouent sans mot dire des histoires d’un soir. C’est là, dans la pénombre, qu’il fait la connaissance de Bartosz, un routier polonais avec lequel va se tisser une romance en pointillés, la cadence infernale de leurs innombrables voyages leur laissant peu de temps pour se voir.</p>
<p>Difficile de faire l’impasse sur la contradiction inhérente de ce premier long, qui nous raconte une histoire hors norme en suivant un schéma hyper identifié – la sélection du film à la Semaine de la critique rend la chose encore plus saillante, tant le film ressemble à un condensé du cinéma français que la salle du Miramar a tendance à accueillir. Si l’on peut saluer les acteurs (Manenti en tête) et la manière dont, ici et là, le film ménage une douceur inattendue sur son versant de comédie romantique (voire de mélo à bas bruit), le film semble toujours engagé sur une autoroute scénaristique qui ménage bien peu d’à‑côtés, alors même que l’essentiel se joue sur les aires où les routiers se reposent momentanément. Un exemple : alors que sa boîte peine à faire face à la concurrence des compagnies étrangères, Étienne doit accepter de livrer des palettes au Royaume-Uni en passant par le tunnel sous la Manche. On a alors accès à un petit brin de documentaire qui nous montre comment se passe concrètement le contrôle à la douane et surtout comment les marchandises transitent de la France vers l’île après le Brexit. Mais immédiatement, la séquence s’interrompt pour se recentrer sur Étienne, que l’on verra d’ailleurs pensif derrière la fenêtre d’une navette, lors d’un de ses voyages vers l’Angleterre. Ce plan relève d’un cliché emblématique du cinéma contemporain : c’est l’éternelle figuration du vague-à‑l’âme de l’individu dans nos sociétés modernisées, l’incarnation du décalage entre l’inertie d’un personnage et la vitesse du monde autour de lui. De fait, l’analyse sociologique de Le Gall tourne court : il est frappant de constater que le mariage intime-sociétal de ce pan vériste du cinéma français acte systématiquement la relégation du politique au profit du romanesque. Que raconte <em>in fine</em> le film&nbsp;? Que face à la dureté du monde du travail et de la concurrence mise en place par l’économie de marché, le mieux est encore de se mettre en couple, pour rendre la vie moins amère. C’est dire à quel point la singularité relative de son point de départ (une sexualité clandestine, et d’ailleurs surveillée par des policiers cherchant à coincer les pédés qui ne se cachent pas assez) est rattrapée par un horizon conventionnel.</p>
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		<item>
		<title>Ton animal maternel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ton-animal-maternel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 13:40:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ton animal maternel paraît d’abord emprunter le chemin narratif classique du retour au pays, en suivant quelques semaines Elsa à San José au Costa Rica, ville et pays qu’elle avait quittés pour des études d’anthropologie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/ton-animal-maternel/" title="Read  Ton animal maternel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ton animal maternel</em> paraît d’abord emprunter le chemin narratif classique du retour au pays, en suivant quelques semaines Elsa à San José au Costa Rica, ville et pays qu’elle avait quittés pour des études d’anthropologie en Belgique. «&nbsp;Paraît&nbsp;», car ses retrouvailles avec sa mère, sa sœur de vingt ans Amalia, et plus brièvement son père, n’accouchent pas du drame familial caractéristique de ce type de récit, mais plutôt d’une forme d’état des lieux des dysfonctionnements relationnels à l’œuvre. Valentina Maurel s’y intéresse justement à la façon d’une anthropologue, sans que sa narration cherche à régler les problèmes des personnages, en se concentrant sur la part sororale de la famille. Car si le père a bien quelques scènes, il s’avère plutôt fuyant et incapable de faire la seule chose que sa fille lui demande (appeler un plombier qu’il connaît). La cinéaste préfère se concentrer sur le trio féminin, dont les rapports semblent évoluer d’une réplique à l’autre dans un mélange de tendresse et de haine contenue.</p>
<p>D’emblée, le retour au foyer d’Elsa est contrarié : Amalia a changé la serrure de la maison familiale qu’elle habite désormais seule. La revenante ne sera chez elle nulle part, ni dans le Airbnb qu’elle a loué, ni dans la ville (dont le caractère agressif est retranscrit par des mouvements de caméra brefs et rapides), encore moins dans cette maison occupée par sa sœur instable. C’est surtout autour de ce dernier personnage que se nouent les enjeux du récit. La jeune femme de vingt ans ne va plus à l’université, traîne avec des mecs louches (dont un autoproclamé ex-tueur à gages qui se dit « sauvé » par Jésus) et voit des reptiliens et des pédophiles partout, en plus d’être visitée la nuit par des esprits. Elsa tente bien, elle aussi, de la « sauver », sans comprendre d’abord la violence normative de son regard. Quand dans une scène de voiture avec sa mère, cette dernière lui reproche de les juger depuis un piédestal européen, Valentina Maurel paraît se tendre à elle-même un miroir. Elle a en effet étudié le cinéma en Belgique, le film étant d’ailleurs une production majoritairement belge. Ce piège de « l’européanisation », le film ne l’évite cependant pas tout à fait, notamment au regard de sa forme – une chronique filmée à l’épaule évoquant le cinéma d’auteur franco-belge. Mais au sein de ce champ, la cinéaste parvient malgré tout à se démarquer par la singularité de son ton. <em>Ton animal maternel</em> ressemble souvent à une comédie sans véritable blague, qui se contenterait d’installer des situations potentiellement explosives sans les pousser jusqu’au bout. Elsa, qui traverse une forme de panne sexuelle (elle ne parvient pas à jouir, ni seule ni avec ses partenaires) se retrouve par exemple confrontée à de nombreuses reprises aux allusions de sa mère (laquelle fait reparaître un recueil de poèmes érotiques écrit dans sa jeunesse), tandis qu’une séquence chez l’ancienne nourrice nicaraguayenne des deux sœurs, qui vit désormais avec sa fille, distille une sensation de malaise à la lisière de l’humour <em>cringe</em>. D’où la sensation d’un film progressant en sourdine, pas très émouvant lorsqu’il s’essaie à ce registre, mais qui compense cette lacune par la finesse de son étude de caractères. À travers l’ironie de ce ballet de dominations plus ou moins conscientes (Europe/Amérique latine, Costa-Rica/Nicaragua, mère/enfants, etc.), Maurel crée de vrais personnages atypiques, toujours imprévisibles dans leurs manières de négocier leur place dans le chaos inextricable de la famille.</p>
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		<title>Journal d’une femme de chambre</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 12:57:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les films français tournés par des cinéastes étrangers se heurtent souvent au même écueil, celui de tomber dans une imagerie de carte postale, faite de clichés romantiques, de fascination pittoresque ou de fétichisation de quelques...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/journal-dune-femme-de-chambre/" title="Read  Journal d’une femme de chambre">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les films français tournés par des cinéastes étrangers se heurtent souvent au même écueil, celui de tomber dans une imagerie de carte postale, faite de clichés romantiques, de fascination pittoresque ou de fétichisation de quelques totems cinéphiles. Rassurons-nous d’emblée : rien de tel chez Radu Jude, qui conserve en France comme en Roumanie un regard acéré sur les milieux qu’il filme. Avec cette « libre variation » sur <em>Le Journal d’une femme de chambre </em>d’Octave Mirbeau, Jude transpose dans le Bordeaux contemporain le récit d’une relation conflictuelle entre une famille bourgeoise et leur domestique. Outre le cadre temporel et géographique, les origines de la femme de chambre diffèrent du roman : Gianina est une immigrée roumaine qui a dû laisser sa fille et le reste de sa famille derrière elle pour venir travailler en France. Dans la lignée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Bad Luck Banging or Looney Porn</em></a> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Kontinental 25’</em></a>, le cinéaste témoigne d’une attention particulière à l’espace urbain. S’il filme l’architecture raffinée des façades historiques, ce n’est pas pour louer le prestige du patrimoine français, mais plutôt pour le figurer tel un mirage, ce que suggère un passage tourné sur le Miroir d’eau bordelais dans lequel se reflète la place de la Bourse. L’élégante vitrine de la métropole ne tarde pas à se fissurer : au cours de ses pérégrinations, Gianina est régulièrement accostée et insultée par des SDF, tandis qu’elle montre à sa fille lors d’un appel vidéo les sculptures racistes héritées du passé colonial de la ville qui ornent les bâtiments. La question de la lutte des classes, déjà au cœur du roman, s’ouvre ainsi à un problème plus vaste : celui de la domination de l’Occident, dont la richesse repose sur l’exploitation et la misère – un schéma qui structure autant son histoire passée que contemporaine à travers le recours à une main-d’œuvre immigrée et sous-payée.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>La férocité de la charge satirique n’entame pas la précision de l’observation sociologique et la peinture des différentes facettes de l’<i>ethos</i> des dominants, qu’il soit quasiment aristocratique chez le couple interprété par Vincent Macaigne et Mélanie Thierry, ou qu’il relève d’une bourgeoisie intellectuelle de gauche et bien pensante, avec la troupe de théâtre amateur qui monte une adaptation du roman de Mirbeau avec Gianina dans le premier rôle. Là où <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dracula-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dracula</em></a>&nbsp;adoptait un registre univoquement grotesque, <em>Journal d’une femme de chambre</em> module plus finement la force de ses attaques. L’adaptation théâtrale donne l’occasion à Jude de renouer avec la veine outrancière qui lui est chère (même si elle n’est pas toujours convaincante), les acteurs poussant les curseurs du sous-texte sexuel et masochiste du roman original. Dans les scènes d’appartement, Jude déploie une ironie mordante à l’égard du couple bourgeois, qui fonctionne comme un duo comique dissonant : lui s’efforce d’afficher une convivialité chaleureuse à l’égard de la domestique, tandis qu’elle incarne une distance plus rigide, tout en surjouant parfois l’empathie. Le rapport de domination ne passe pas ici par l’affrontement direct ou l’humiliation explicite, mais par une forme d’hypocrisie, où la bienveillance affichée peine à masquer les rapports de pouvoir sous-jacents. Une scène de repas mondain glisse toutefois vers une obscénité plus évidente. Alors que la famille reçoit des invités, une discussion sur la guerre en Ukraine débouche sur des prises de position radicales, quoiqu’elles relèvent davantage de la posture que de réelles convictions. La géopolitique devient un petit théâtre pathétique, jusqu’à ce que le personnage de Macaigne montre des images du conflit à sa domestique, lui demandant de fermer les yeux pour se projeter à la place des soldats. La séquence témoigne du regard sarcastique porté par Jude, mais elle dit aussi plus fondamentalement quelque chose de son rapport à la mise en scène : il a toujours besoin de créer des frictions entre les images pour les dialectiser et mettre le doigt sur une zone inconfortable.</p>
<p>Cette logique irrigue l’ensemble de <em>Journal d’une femme de chambre</em>, qui prolonge le goût de Radu Jude pour le collage et les formes de montage expérimental, composant un film où des régimes d’images hétérogènes entrent en collision. À la quasi-parodie d’un certain cinéma français bourgeois et au registre farcesque des scènes théâtrales s’ajoutent ainsi de nombreuses images de la Roumanie rurale, qui ponctuent le récit, notamment à travers les appels vidéos entre Gianina et sa fille restée au pays. Le montage disruptif produit une temporalité décousue : certaines ellipses couvrent de longues périodes, tandis que d’autres segments s’attardent au contraire sur des jours successifs. Une même journée peut aussi bien se composer d’une scène dialoguée relativement classique que d’un plan de paysage ou d’une image montrant Gianina absorbée dans ses tâches ménagères. Cette impression de désordre est encore accentuée par les coupes abruptes dont Jude use de façon plus ou moins ironique, interrompant parfois un personnage au moment précis où il s’apprête à parler. La fragmentation de la narration qui en résulte fait directement écho à une légende roumaine racontée par Gianina à l’enfant de la famille : celle d’un jeune homme qui, ayant quitté les siens, découvre à son retour que le temps a passé beaucoup plus vite qu’il ne l’imaginait et que ses parents sont morts en son absence. Cette fable, racontée en voix off sur des images de la campagne roumaine marquées par la désolation et l’érosion des bâtiments, renvoie évidemment à la situation de Gianina elle-même, condamnée à vivre loin de sa fille sans pouvoir la voir grandir. Le récit ouvre certes un horizon discursif explicite, mais celui-ci s’incarne surtout par l’agencement chaotique des plans qui semble trouer le quotidien de Gianina. Au-delà de leur ironie, les disjonctions opérées par Jude finissent par faire surgir une émotion sincère, en donnant forme à la manière dont le capitalisme vampirise le temps des plus précaires. À mesure que la surface policée de la bourgeoisie se craquèle, apparaissent dans ses débris la violence et la mort sur lesquelles elle s’est construite.</p>
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		<title>L’Être aimé</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/letre-aime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 10:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hasard (ou cohérence&#160;?) des programmations cannoises&#160;: L’Être aimé se tient à équidistance de deux films présentés l’année dernière en compétition. Esteban (Javier Bardem), cinéaste espagnol internationalement reconnu, demande à sa fille Emilia (Victoria Luengo), une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/letre-aime/" title="Read  L’Être aimé">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hasard (ou cohérence&nbsp;?) des programmations cannoises&nbsp;: <em>L’Être aimé</em> se tient à équidistance de deux films présentés l’année dernière en compétition. Esteban (Javier Bardem), cinéaste espagnol internationalement reconnu, demande à sa fille Emilia (Victoria Luengo), une jeune actrice qu’il n’a pas élevée et n’a pas vue depuis longtemps, de tenir le premier rôle dans son nouveau film, <em>Désert</em> – alibi, on le comprend, pour retrouver cet enfant qui s’est détaché de lui. En somme, Sorogoyen mélange <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/valeur-sentimentale-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em><span style="color: blue; text-decoration: none; text-underline: none;">Valeur sentimentale</span></em></a> à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em><span style="color: blue; text-decoration: none; text-underline: none;">Sirāt</span></em></a>. Ce n’est pas le seul lien que le film noue avec celui de Laxe. En prenant le désert pour décor, les deux cinéastes affichent un désir commun d’interroger le passé colonial de l’Espagne – le film dans le film de <em>L’Être aimé</em> en fait même son sujet déclaré –, qui s’estompe pourtant rapidement pour laisser place à une étude psychologique (Sorogoyen) ou à un trip halluciné (Laxe). Dans le cas qui nous intéresse, le glissement vers la sphère intime est cependant justifié en partie par le scénario, même s’il débouche sur une thèse appuyée. Au cours d’un dîner, un acteur demande à Esteban la raison profonde qui motive l’existence de son film et le choix de son thème. Le cinéaste botte en touche, avant que la réponse ne soit donnée au bout de l’intrigue, en salle de montage, où Esteban commence à pleurer devant les rushes d’Emilia parcourant des dunes ensablées : le tournage du film, dans toute sa lourdeur logistique et sa complexité, n’aura été qu’un prétexte pour voir sa fille comme pour la première fois. Déjà, dans la longue discussion faisant office de prologue, Esteban donnait la clef du récit : <em>Désert</em> raconte l’histoire de gens qui n’arrivent pas à se regarder dans les yeux. La mise en scène de Sorogoyen développe cette idée en figurant des personnages très observateurs, qui profitent que l’autre regarde ailleurs pour le sonder sans être vus en retour. L’essentiel des scènes entre le père et la fille est construit autour de ce principe : ils s’observent du coin de l’œil tout en évitant pendant un temps de baisser leur garde, par pudeur et douleur. Ce repli vers la psychologie est caractéristique de Sorogoyen, dont <em>L’Être aimé</em> confirme l’épaisseur du trait. Mais dans le même temps, le film laisse entrevoir une autre voie (voire une porte de sortie) pour ce cinéma très scénarisé qui court après une sophistication avant tout narrative.</p>
<p>Côté pile, il y a des scènes confondantes de littéralité, notamment lorsqu’Esteban, tout en regardant au loin Emilia dans le restaurant d’un hôtel, écoute la bande-son composée pour son long-métrage, soupe mélodramatique qui assène l’idée que le cinéaste met en scène, mentalement et concrètement, ses retrouvailles avec Emilia. La mise en abyme ouvre aussi sur un jeu concernant les formats d’image, entre le grain du film dans le film, la netteté numérique de la photographie de Sorogoyen, et le passage en noir et blanc de séquences pointant que même dans les coulisses du tournage, une couche de fiction recouvre les interactions entre les personnages. Ce pan du film est d’autant plus raté que Sorogoyen a peu de choses à dire sur le processus de mise en scène d’Esteban, dont la réputation de formaliste audacieux tranche avec ce que l’on voit à l’écran : un cinéaste appliqué mais qui approche avant tout les scènes avec un regard technique et un souci de méticulosité réaliste. Là encore, l’un des cadres élus par le film (le tournage) est subsumé sous un autre sujet : la peinture d’un artiste dont l’exigence confine à la tyrannie, et qui mélange vie privée et vie professionnelle dans un magma présenté comme humainement limite mais artistiquement fécond.</p>
<p>Côté face, en revanche, un aspect du film rachète un peu sa lourdeur générale : son goût des situations déployées dans le temps. Il y en a deux dans le film, deux scènes de déjeuner, où se cristallise la tension latente entre Esteban et Emilia. La première est l’ouverture du film, qui réunit les personnages pour la première fois depuis treize ans et permet d’appréhender la nature de leur lien – il faut d’ailleurs attendre plusieurs minutes pour comprendre qu’ils sont père et fille. L’intérêt ménagé par la scène tient moins dans son jeu de champs-contrechamps, de plus en plus resserrés et lacunaires (des bouts du visage d’Emilia sont masqués ou floutés), que dans la manière dont la temporalité exhaustive de l’interaction induit une oscillation de sa dynamique. Lorsque Emilia sort fumer une cigarette, on est comme Esteban : à la fois en train de profiter de cette accalmie dans leur échange tendu et d’attendre, circonspect, de voir si elle va revenir. La deuxième est l’acmé de tension du film et ne repose plus sur le seul dépliage d’une scène donnée, mais sur son piétinement. Esteban est cette fois derrière son combo, dans une tente noire plongée dans la pénombre, tandis que les acteurs tentent de jouer une scène de déjeuner dont il faut sans cesse refaire la prise. À cet endroit, l’enjeu en surface (le tournage du film) et l’enjeu souterrain (la relation d’Esteban et Emilia) se télescopent dans une situation spatialisée entre divers pôles (le plateau, le combo, l’équipe image) par laquelle est figurée la circulation entre le cinéaste autoritaire et le père blessé. Ces deux facettes sont ici réunies pour faire d’Esteban un ogre – l’un des problèmes qu’il voit dans la scène est d’ailleurs, comme s’il projetait sa propre pulsion dévoratrice, la façon dont Emilia mange une soupe de poisson. Bonne scène, probablement la meilleure tournée à ce jour par Sorogoyen, qui laisse espérer à l’avenir que le cinéaste délaissera ses effets de manche habituels, son symbolisme et sa pesanteur, au profit de cette écriture de la durée.</p>
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		<title>Soudain</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 08:05:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour qui suit avec intérêt l’évolution de Ryūsuke Hamaguchi depuis la révélation de Senses, Soudain constitue une étape aussi curieuse que déroutante. Déroutante, car le film semble dans un premier temps s’éloigner de la sève...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/soudain/" title="Read  Soudain">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour qui suit avec intérêt l’évolution de Ryūsuke Hamaguchi depuis la révélation de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/senses/" target="_blank" rel="noopener"><em>Senses</em></a>, <em>Soudain</em> constitue une étape aussi curieuse que déroutante. Déroutante, car le film semble dans un premier temps s’éloigner de la sève de son cinéma pour finalement mieux y revenir et creuser ce qui s’apparente désormais à un projet politique à l’échelle de sa filmographie. Pendant une heure, le film dépeint d’abord le fonctionnement d’un EHPAD parisien dirigé par Marie-Lou (Virginie Efira), une directrice au bord du <em>burn-out</em> qui essaie de convertir ses services à la pratique de « l’humanitude », une approche des soins gérontologiques connue aussi sous le nom de méthode Gineste-Marescotti. On a du mal à reconnaître dans cette lente introduction la patte d’Hamaguchi, dont la mise en scène paraît alors un peu engourdie (à quelques détails près) par le déplacement géographique qu’il opère. Mais passé cette entame assez atone, la singularité de sa fabrication – un cinéaste japonais qui tourne en France avec des acteurs locaux – est directement mise en abyme lorsque Marie-Lou entame une discussion avec Mari (Tao Okamoto), une Japonaise metteuse en scène de théâtre atteinte d’un cancer de stade 4. Il se trouve que les deux femmes parlent avec fluidité la langue de l’autre et peuvent donc entamer une conversation en alternant sans heurts le français et le japonais. Advient alors une authentique rencontre, dépliée dans le temps et l’espace. C’est comme si le film s’éveillait « soudainement » ; Hamaguchi n’apparaît plus à l’étroit dans cette clinique et ce pays étranger, mais pose au contraire un regard neuf sur la capitale, et plus particulièrement sur le 13ᵉ arrondissement, quartier d’où part la balade entre les deux Mari(e). Il aura donc fallu attendre qu’un Japonais pose sa caméra à Paris pour qu’on puisse voir au cinéma les bourrasques caractéristiques de l’esplanade de la Bibliothèque François-Mitterrand, ou certains angles sur la Seine depuis le quai de la Gare. <em>Soudain</em> dessine à partir de là une dialectique étonnante : Hamaguchi filme en France pour mieux emmener ensuite Efira vers son esthétique (il y aura même un segment japonais), avant d’essayer d’inventer une hétérotopie gériatrique n’appartenant qu’au film, l’EHPAD devenant une sorte d’expérience sociologique pour essayer d’inventer un nouveau « possible » au sein de nos sociétés capitalistes.</p>
<p>Dit comme ça, <em>Soudain</em> a l’air très étrange. Et dans les faits, il l’est. Hamaguchi invente un « film <em>care</em> » (il malaxe ses scènes comme ses personnages finissent par tous se masser mutuellement) en même temps qu’il livre un petit traité social – la longue conversation entre Marie-Lou et Mari au cœur du film accueille d’ailleurs un cours de philosophie politique. Le cap du récit, pourtant, est simple : la naissance d’une amitié, figurée dans son évidence la plus pure, devient le ferment d’une reconfiguration sociétale, traçant un trait d’union entre le théâtre d’avant-garde et l’organisation d’une clinique. Hamaguchi frôle parfois la mièvrerie dans sa peinture d’un microcosme harmonieux, mais il est animé par ce que l’on pourrait appeler une douce radicalité ; sa tendresse jusqu’au-boutiste va de pair avec un étirement maximal de la narration, qui fait de <em>Soudain</em> un film qui ne ressemble à aucun autre, même si sa structure tisse des liens avec <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drive-my-car-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">D</a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drive-my-car-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">rive My Car </a></em>(le théâtre, la reconfiguration du scénario au bout d’une heure) et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mal-nexiste-pas/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le mal n’existe pas</em></a> (les longues scènes de discussions collectives). Au-delà de cette foi dans le dialogue (il y a décidément chez Hamaguchi une vision performative du langage, qui devient ici un outil reconfigurant la vie elle-même), le film vaut surtout pour quelques épiphanies poignantes : un champ-contrechamp frontal où l’on dirait, grâce à un jeu sur la perspective, que le visage d’Efira est caressé par la branche d’un arbre secoué par le vent ; une promenade nocturne où les personnages s’enfoncent doucement dans la pénombre, etc. Ce n’est pas toujours convaincant, mais la singularité de <em>Soudain</em> finit tout de même par emporter la mise.</p>
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		<title>Shana</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/shana/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 07:10:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Shana est tout entier pensé comme un véhicule pour son actrice. Si l’on a aperçu Eva Huault dans quelques films depuis Le Roi David (notamment en monitrice d’auto-école dans Baise-en-ville), il revient naturellement à celle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/shana/" title="Read  Shana">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Shana</em> est tout entier pensé comme un véhicule pour son actrice. Si l’on a aperçu Eva Huault dans quelques films depuis <em>Le Roi David </em>(notamment en monitrice d’auto-école dans <em>Baise-en-ville</em>), il revient naturellement à celle qui l’a révélée de lui confier son premier rôle principal dans un long-métrage. Il y a d’abord un corps qui se distingue par son goût de l’artifice (injections dans les lèvres, piercing au nombril et faux ongles), une façon de parler (c’est la reine de <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/29/affrication-un-tchic-de-langage-qui-provoque-des-frictions_6236103_3232.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;l’affrication&nbsp;»</a>, sur le mode « c’est moi kchi décide en fait »), et un talent particulier pour s’énerver (ou plutôt « s’embrouiller »). Lila Pinell, dont la fascination pour Huault est contagieuse, la filme en pellicule, la figeant sur le celluloïd comme les vedettes du siècle dernier. Cette manière de faire dialoguer la jeunesse d’aujourd’hui avec le cinéma d’auteur français (et même parisien) se retrouve dans l’opposition de l’actrice à une autre : Noémie Lvovsky, qui incarne la mère du personnage, bien entendu dépassée par le train de vie de sa fille.</p>
<p>En plus d’une propension à la mythomanie,&nbsp; Shana est en effet une véritable « galérienne » et par là une sorte de personnage safdien au féminin. Comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener">Marty Mauser</a>, elle est une figure de juive errante, bien qu’elle cache auprès de ses amis sa religion, elle qui se trouvait en foyer à l’âge où elle aurait dû faire sa bat-mitsvah. Ouvert par des illustrations des dix plaies d’Égypte tirées d’un album religieux sur Moïse (traumatisme enfantin de l’héroïne – on la comprend), le film se concentre sur la relation de Shana avec un homme du nom du prophète, lequel purge une peine de prison pour des violences conjugales dont elle a été la victime. Tandis que son « <em>amour passionnel</em> » (sic) est derrière les barreaux, la jeune femme assure la continuité de son « nessbi » de deal de cocaïne, tout en tapant dans la caisse pour sortir avec ses copines. Ce récit relativement minimal, qui se tend alors que se profile une potentielle sortie de prison de Moïse, prend en vérité la forme de ce qu’on pourrait appeler un apprentissage féministe de la <em>street</em>. Emprise, toxicité masculine, sororité, travail du sexe, lesbianisme politique, etc. : tous ces sujets du féminisme contemporain se retrouvent abordés à un moment ou à un autre dans un dialogue assez fécond entre la situation du personnage et ces thèmes.</p>
<p>Présentée ainsi, l’entreprise pourrait sembler trop discursive, mais Lila Pinell échappe à la note d’intention par le naturel de Shana, qui traverse ces épreuves et questionnements sans se départir de sa gouaille d’ingénue. Ce principe n’est certes pas totalement tenu, puisque s’ajoute une couche allégorique : Shana devient victime de variations des châtiments bibliques qu’elle craignait enfant (une crise d’eczéma par exemple), comme si son Moïse la maudissait. Pourquoi pas, mais les dessins des plaies n’avaient pas besoin de se surimprimer au quotidien de Shana pour que ce sous-texte apparaisse. La réalisatrice elle-même ne paraît pas dupe de cet artifice puisqu’elle le délaisse finalement, tout comme elle abandonne en cours de route la voix-off informative et assez inutile. Le cœur du film se situe dans une scène plus dépouillée, quand Shana taxe une cigarette à une serveuse, à l’extérieur d’une fête qu’elle fuit. La manière dont les deux femmes se confient au bout de quelques phrases témoigne alors autant du caractère empathique du personnage que de celui du film. Lila Pinell, contrairement à beaucoup de cinéastes s’intéressant à une jeunesse marginale, ne cherchera jamais à couler son personnage, ni son actrice.</p>
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		<title>À l’ombre du festival — Merci d’être venu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-merci-detre-venu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 06:00:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Emmanuel Manzano, monteur du très beau dernier film d’Alain Cavalier, Merci d’être venu. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts. Enregistrement et montage&#160;:&#160;Luca...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-merci-detre-venu/" title="Read  À l’ombre du festival — Merci d’être venu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Emmanuel Manzano, monteur du très beau dernier film d’Alain Cavalier, <em>Merci d’être venu</em>.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Fatherland</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fatherland/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 21:51:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Difficile d’imaginer que huit ans séparent Cold War, prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2018, et Fatherland, tant les deux films semblent taillés dans le même bois. Même cadre politico-historique,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/fatherland/" title="Read  Fatherland">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Difficile d’imaginer que huit ans séparent <em>Cold War</em>, prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2018, et <em>Fatherland</em>, tant les deux films semblent taillés dans le même bois. Même cadre politico-historique, même intrigue ramassée, même palette formelle dans le récit de ce road-trip, où Thomas Mann (Hanns Zischler) et sa fille Erika (Sandra Hüller) reviennent dans l’Allemagne d’après-guerre, entre Frankfort, contrôlé par la puissance américaine, et Weimar, sous domination soviétique. Les deux films se rejoignent dans leur désir de couler le drame intime dans le moule de la grande Histoire. Quand <em>Cold War </em>faisait de l’inconstance de ses protagonistes une métaphore de l’instabilité de la Guerre froide, <em>Fatherland</em> tire d’une crise familiale une fable sur un pays et une culture en ruines. Pawlikowski oscille, dans <em>Fatherland</em>, entre le sublime rossellinien (difficile de ne pas penser à <em>Voyage en Italie</em>) et la banale élégance d’un album photos. Cette indétermination esthétique constitue le paradoxe de son cinéma et explique, peut-être, sa propension à frustrer le spectateur : soumis à un principe de retenue, le film magnifie sans ravir. La séquence qui met en parallèle le discours de réception du prix Goethe et la déambulation d’Erika dans le jardin du poète disparu l’illustre de manière particulièrement saisissante. Dans les plans consacrés à l’écrivain la régularité presque mathématique des plans et la trop parfaite profondeur de champ font écho au caractère surplombant du discours de Thomas Mann. En revanche, dès que sa fille apparaît, le film offre une promesse : d’abord enfermée entre deux colonnes et minuscule à côté d’un immense monument, elle devient, à mesure que la caméra la filme à sa hauteur, celle qui insuffle du mouvement dans le montage. Mais le miracle rossellinien n’aura jamais lieu, et ce pour une raison simple : bien que le film paraît prendre le parti de la fille, sa facture le fait pencher du côté du père.</p>
<p>Ce n’est pas un hasard s’il choisit, parmi tant d’écrivains, un partisan de l’art pour l’art ; si le film égrène les citations ; si un chœur russe et une chanteuse ouest-Allemande sont filmés avec une telle étrangeté, etc. : son cinéma est marqué par une inquiétude croissante face à un monde dans lequel il ne subsisterait plus une indépendance artistique (c’était déjà, derrières les affres de la passion amoureuse, le vrai sujet de <em>Cold War</em>). L’épure permet au film d’atteindre un point d’acmé émotionnelle, après quelques notes d’orgue, lorsque les protagonistes, séparés pendant presque toute la durée du film (par des champ-contrechamps ou dans une voiture) se tiennent enfin la main. Mais cette conclusion constitue aussi une manière d’afficher sa propre singularité (la fin est quasiment la même que celle de <em>Cold War</em>). Son geste inhibe encore ses effets (même les plus réussis), parce qu’il relève d’une logique de distinction. Il y a pourtant dans les dernières secondes du film les germes d’une réelle émotion qui ne demande qu’à éclore.</p>
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		<title>Merci d’être venu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 09:45:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le très beau titre du dernier Alain Cavalier est à l’image du film : derrière l’élégance presque anodine de la formule se dissimule un adieu adressé par le cinéaste aux fidèles spectateurs qui suivent son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/" title="Read  Merci d’être venu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le très beau titre du dernier Alain Cavalier est à l’image du film : derrière l’élégance presque anodine de la formule se dissimule un adieu adressé par le cinéaste aux fidèles spectateurs qui suivent son œuvre, et donc sa vie, depuis des décennies. Quelque chose de funèbre affleure ainsi, mais avec une légèreté qui tient à distance toute solennité. Ce remerciement est sans doute aussi destiné aux personnes ayant accompagné son existence et peuplé ses films, qui réapparaissent ici à l’écran : Françoise Widhoff, sa compagne actuelle ; Irène, sa deuxième femme défunte à laquelle <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/irene/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">il a dédié un film portant son nom</a> ; mais aussi ses acteurs, que ce soit Vincent Lindon ou bien Catherine Deneuve, qu’il mentionne brièvement de manière émouvante. <em>Merci d’être venu</em> pourrait donc être lu comme le bilan de son journal filmé, entamé en 1995. Composé d’archives personnelles collectées au fil des années, il suit une structure apparemment chronologique, de la présentation de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pater/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Pater</em></a> à Cannes à ses voyages en province pour présenter entre autres <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/etre-vivant-et-le-savoir-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Être vivant et le savoir </em></a>ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamitie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Amitié</em></a>. Même la forme des portraits, qui lui est chère, ressurgit dans une poignée de séquences consacrées à des anonymes, où l’on retrouve son attention coutumière aux mains cabossées, comme si elles portaient en elles l’histoire d’une vie. En dépit de cette pluralité des fragments, on aurait du mal à coller à <em>Merci d’être venu</em> l’étiquette réductrice de « film-somme », tant le documentaire est guidé par une logique ouverte, qui met sur un pied d’égalité les épisodes importants de la vie du cinéaste et la fascination exercée par les épiphanies les plus discrètes du quotidien. Sa compagne donne forme explicitement à cette dialectique alors qu’Alain Cavalier vient de subir une lourde intervention chirurgicale : une première image montre les cicatrices sur son torse, avant de céder la place à un pigeon perché dans un arbre – elle commente alors la scène en précisant qu’avec le stress suscité par l’opération, elle avait oublié d’allumer sa caméra comme à son habitude. L’idée n’est pas de réduire la vie à ces phénomènes ordinaires, mais de rappeler que le monde conserve toujours une richesse irréductible, qu’il nous appartient de percevoir et d’accueillir. La dynamique rétrospective se tresse à cet étonnement permanent devant de simples éclats de beauté ; Cavalier expliquera d’ailleurs que son film n’a aucun objectif à atteindre, sinon celui de trouver son chemin.</p>
<p>Pour ce faire, Cavalier multiplie les effets de ruptures, sur un mode rappelant parfois celui de la libre association surréaliste : une fleur rouge filmée en gros plan se raccorde ainsi à un saladier de la même teinte, dont les restes d’huile évoquent le jaune du pollen ; ailleurs, un gros plan sur un savon laisse soudain place à un dindon qui glougloute, comme si le montage était à cet endroit uniquement guidé par la joie d’accoler deux choses qui ne l’avaient jamais été. Ces glissements imprévisibles et souvent comiques produisent de douces sidérations, tout en renforçant la puissance d’émerveillement intrinsèque des images en question. Loin de s’en remettre à un hasard anarchique, Cavalier les agence en faisant montre d’une grande précision plastique. Ainsi d’un cadre tourné vers le ciel bleu azur, qui remplit l’écran d’un pur aplat de couleur, suivi d’un plan à la beauté étrange : Cavalier y a disposé un morceau de papier toilette imbibé de sang (il explique l’avoir utilisé pour arrêter un saignement de nez) posé contre une vitre, derrière laquelle apparaît de la végétation. Le rouge vif du papier traversé par la lumière, associé au vert au fond du cadre et au bleu du plan précédent, fait naître un puissant effet pictural à la lisière de l’abstraction. La grâce émanant du film tient également dans le contraste entre l’intensité de l’expérience esthétique et l’extrême banalité, voire la trivialité de ce qui la compose. Cavalier rappelle ici le Godard tardif d’<em>Adieu au langage</em>, par la façon dont le film découle autant d’un regard chevronné que d’une euphorie enfantine devant le spectacle ordinaire de la vie.</p>
<h2>Au revoir petit Cavalier</h2>
<p>La beauté fragile des instants prélevés par la caméra est cependant travaillée par un fond macabre, qui la conduit parfois à se mêler à des scènes cruelles. Cruauté, par exemple, à filmer le cadavre de son chat, alors que sa compagne en larmes vient de découvrir son corps souillé d’urine. Françoise s’attriste de ce détail répugnant, mais Cavalier, lui aussi ému (on l’entend pleurer), s’approche de l’animal avant de dire : « <em>C’est bien, c’est bien</em> ». Mots particulièrement troublants, puisqu’ils tiennent à la fois de la consolation (il réconforte ainsi Françoise), en même temps qu’ils commentent la justesse du plan, dans l’occasion qu’il lui offre de figurer frontalement la mort. Cet horizon funèbre hante <em>Merci d’être venu</em>, où les morts occupent une place centrale, entre la photographie d’Irène, un segment dédié à son amie Emmanuèle Bernheim (qui décèdera avant qu’ils puissent tourner un film ensemble) ou encore la dépouille de son frère qu’il cadre à la morgue. Bien sûr, Cavalier entrevoit sa finitude à travers celle des autres : filmer le corps inerte de son chat ou l’agonie d’un pigeon semble lui permettre d’assouvir le fantasme lugubre qui consisterait à s’approcher de la seule chose qu’il ne pourra jamais enregistrer – sa propre disparition. Cette obsession se traduit à de nombreuses reprises dans la façon de composer des autoportraits à partir de son reflet ou de son ombre, comme s’il était déjà un spectre. La fin du film donne ainsi l’impression que Cavalier a très minutieusement organisé ses adieux au cinéma. À la sortie de <em>L’Amitié</em>, il annonçait déjà qu’il ne tournerait plus qu’un seul film (celui auquel on assiste), qu’il ne présenterait aucune séance et ne donnerait aucune interview – ce que son absence à la projection cannoise ne dément pas. L’émotion qui nous prend alors à la gorge rappelle celle ressentie devant le dernier plan d’un grand cinéaste récemment disparu : celui de Jean-Luc Godard dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a>, filmé la veille de son suicide assisté, ponctuant d’un laconique « <em>OK !</em> » un regard caméra espiègle. Cavalier témoigne d’une facétie comparable lorsqu’il filme son reflet dans une télévision en disant « <em>Au revoir, petit Cavalier</em> », puis trinque avec un verre de vin, lui qui avait arrêté l’alcool depuis des années. Entre ses deux ultimes autoportraits, s’intercale toutefois une autre image, focalisée sur les doigts d’une harpiste en train de jouer. Quelque chose d’une éthique de cinéaste se dessine dans cette conclusion, qui éclaire la dernière période de son œuvre : au-delà de son rôle introspectif, le cadre du journal filmé dépasse sa fonction introspective pour se faire l’écrin de petits bouts prélevés ici et là. Au fil du film, il s’amuse d’ailleurs à filmer des êtres aimés tout en laissant apparaître son reflet au sein du cadre – sur la coque d’un téléphone, dans le miroir d’un coiffeur, etc. En somme, en même temps qu’il filme les êtres et les choses, Cavalier fait rejaillir la beauté qu’il y a à regarder les autres. La fin de <em>Merci d’être venu </em>tient alors de la profession de foi : toujours garder les yeux grands ouverts sur ce qu’il y a autour de soi.</p>
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		<title>À l’ombre du festival — Cannes Classics</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-cannes-classics/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 09:00:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Gérald Duchaussoy, responsable de la sélection Cannes Classics, avec lequel abordons les enjeux actuels de la restauration. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-cannes-classics/" title="Read  À l’ombre du festival — Cannes Classics">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Gérald Duchaussoy, responsable de la sélection Cannes Classics, avec lequel abordons les enjeux actuels de la restauration.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong>&nbsp;Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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<div class="podcast_player"></div>
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		<item>
		<title>Jour 2 — Merci d’être venu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-2-merci-detre-venu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 06:05:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 2. Deux de nos rédacteurs discutent de Merci d’être venu d’Alain Cavalier, présenté à la Quinzaine des cinéastes. ﻿﻿﻿﻿﻿﻿ Avec&#160;:&#160;Marin Gérard et Josué Morel. Réalisation et montage&#160;: Karim Roussel. Pour commander le numéro...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-2-merci-detre-venu/" title="Read  Jour 2 — Merci d’être venu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 2. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/merci-detre-venu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Merci d’être venu</em></a> d’Alain Cavalier, présenté à la Quinzaine des cinéastes.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/i2tMSQR-RRw?si=73xhu96kMYeHkoAE" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec&nbsp;:</strong>&nbsp;Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong>&nbsp;: Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Teenage Sex and Death at Camp Miasma</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/teenage-sex-and-death-at-camp-miasma/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 21:48:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si I Saw the TV Glow (inédit en salle) est devenu l’un des films étendards d’une nouvelle génération de cinéphiles (celle qui « log » des films sur Letterboxd), c’est probablement pour sa propension au...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/teenage-sex-and-death-at-camp-miasma/" title="Read  Teenage Sex and Death at Camp Miasma">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si <em>I Saw the TV Glow</em> (inédit en salle) est devenu l’un des films étendards d’une nouvelle génération de cinéphiles (celle qui « log » des films sur Letterboxd), c’est probablement pour sa propension au symbolisme et à l’allégorie. Par son goût de l’opacité, cette histoire de deux lycéens obsédés par une série pour ados (au point de vouloir vivre dans leur télé) a produit outre-Atlantique de nombreuses analyses thématiques, de la part d’internautes soucieux de décrypter ses mystères. Les allers-retours entre mythe et réalité formaient alors une métaphore de l’identité trans, et plus précisément de ce moment où une personne se rend compte qu’elle ne s’identifie pas à son assignation sexuelle. Idée passionnante, sauf que derrière cette façade théorique, le film apparaissait surtout dévitalisé. Toujours méta, <em>Teenage Sex and Death at Camp Miasma</em> (comment ne pas caser un titre pareil dans son programme cannois ?) emprunte un chemin différent, puisque Jane Schoenbrun y met en scène une variation d’elle-même dans la peau d’une jeune cinéaste queer (Hannah Einbinder) qui vient de connaître un succès d’estime avec un film horrifique à petit budget. La distance ironique que Schoenbrun installe autour de ce personnage, à qui l’on dit à plusieurs reprises que son discours est trop conceptuel, paraît témoigner d’une prise de conscience : cette fois, le film devrait être moins alambiqué.</p>
<p>À vrai dire, même si ce nouveau récit n’a plus besoin d’un mode d’emploi pour être compris, il demeure sacrément tortueux. On y suit donc cette réalisatrice un peu geek, Kris, qui s’apprête à tourner un reboot « <em>elevated</em> » d’une saga de slashers ringards intitulée « Camp Miasma », dans laquelle un tueur non-binaire, doté d’une bouche de ventilation à la place de la tête, assassine à coups de lance de jeunes animateurs d’un camp de vacances. Pour préparer le film, elle part rencontrer l’actrice du premier épisode, Billy Presley (Gillian Anderson), qui a disparu des écrans depuis trente ans et vit recluse à l’endroit même où a été tourné son unique coup d’éclat. La dynamique méta (de longs extraits du premier <em>Camp Miasma</em> côtoient des commentaires assez drôles sur l’industrie du cinéma d’horreur contemporain) se corse à mesure que la réalité et la fiction se mélangent, encore une fois. Le premier plan présageait ce virage, en représentant le point de vue d’une caméra vivante (on l’entend respirer) qu’on balade sur un plateau pour l’installer sur un trépied : outre les passages qui relèvent de la mise en abyme, Schoenbrun entretient une confusion entre le film que prépare Kris et celui auquel on assiste. Ce jeu de poupées russes, qui rappelle moins Lynch (convoqué par la présence de Patrick Fischler) que Charlie Kaufman, ne produit pas vraiment le trouble recherché, tant Schoenbrun fait du film un cocon confortable. Enrobé par l’élégante indie pop d’Alex G, <em>Teenage Sex… </em>refuse notamment de faire peur, en désamorçant cette potentialité (« <em>On dirait qu’il va y avoir un jump scare</em>&nbsp;», dit Kris en arrivant sur les lieux du camp – il n’y en aura pas). Quand Kris et Billy regardent ensemble <em>Camp Miasma</em>, la patine vintage des premières séquences, pastiche assez fidèle des séries B des années 1980, laisse place à une scène de massacre filmée comme un clip simplement grotesque. La superficialité de ce moment de bravoure tape-à-l’œil décrédibilise alors autant l’univers fictionnel que la fascination qu’il exerce sur le personnage. C’est que Schoenbrun préfère au cinéma d’horreur son image marketing, ce que le fétichisme du générique de début raconte bien, en faisant se télescoper jaquettes de VHS, articles de presse et produits dérivés pour raconter en quelques minutes l’histoire de la saga fictive.</p>
<p>Et de la même manière que Kris n’écoute pas les recommandations de ses producteurs hollywoodiens (oublier un peu les <em>easter eggs</em> pour se concentrer sur l’efficacité du récit), Schoenbrun persévère dans la voie de l’allégorie. Le nom du tueur, « Little Death », évoque ainsi l’orgasme que cherchent à atteindre l’actrice et la réalisatrice en accédant au point de vue du psychopathe pour se voir pénétrées ; l’idée raconte la complexité de leurs désirs refoulés, une sexualité non conventionnelle que le film accueille à bras ouverts. Le premier « Camp Miasma » a beau être présenté comme un film transphobe, il a participé à l’éveil queer de l’héroïne quand elle avait huit ans. La part politique de <em>Teenage Sex…</em> se situe ici, dans une forme de réappropriation des récits hétéronormés qui tend la main à toutes les lesbiennes tombées amoureuses de Heather Langenkamp devant <em>Freddy</em>. Mais ce faisant, Schoenbrun fait bien de Kris son alter ego, s’appropriant son CV de « relectrice de la figure du monstre d’un point de vue LGBTQIA+ », sans être encore tout à fait capable de filmer « <em>la chair et les fluides</em> », comme le préconise Billy.</p>
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		<title>Quelques mots d’amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-mots-damour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 20:18:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au début de Quelques mots d’amour de Rudi Rosenberg, la mère courage jouée par Hafsia Herzi râle avec un peu de tendresse sur le «&#160;caractère&#160;» de sa fille Abi.&#160; Le «caractère » constitue précisément le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-mots-damour/" title="Read  Quelques mots d’amour">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au début de <em>Quelques mots d’amour</em> de Rudi Rosenberg, la mère courage jouée par Hafsia Herzi râle avec un peu de tendresse sur le «&nbsp;<em>caractère&nbsp;</em>» de sa fille Abi.&nbsp; Le «caractère » constitue précisément le carburant de ce mélodrame, puisque le film capitalise sur l’énergie et la tchatche de ses interprètes (en particulier les enfants et adolescents). Tous sont des non-professionnels, hormis Herzi, volontairement en retrait – son personnage est souvent là en soutien à sa fille, cherchant à l’accompagner du mieux qu’elle peut. Abi (jouée d’abord par Ella Bedoucha puis par Nour Salam) est en effet au centre du récit au long cours, et ce dès la première scène, où la jeune fille essaie de faire la connaissance de son père (qui ne l’a pas reconnue) et d’entendre de sa bouche « quelques mots d’amour ». Ce portrait, parfois émouvant, est cependant neutralisé par l’application d’un scénario adepte du redoublement des trames narratives.</p>
<p>Un exemple, assez net : après un premier rejet mutique de son géniteur, Abi recueille un chien errant dans la rue. Le canidé, sorte d’alter ego d’Abi, se perdra de nouveau plus tard dans le récit pour être retrouvé juste avant un autre rapprochement familial, cette fois entre l’adolescente et sa jeune demi-sœur. Il n’y a pas de place pour penser par soi-même&nbsp;: tout est donné d’emblée, au centre du plan, via le corps et les visages des actrices et acteurs, sans s’appuyer sur l’environnement autour d’eux (généralement flouté). Par moments, ça fonctionne, parce que le naturel des enfants (et du chien) rejaillit à l’écran. Mais c’est comme si, pour Rosenberg, le cinéma se réduisait à cette unique étincelle – la vitalité de fortes personnalités intégrées dans une forme quant à elle passe-partout.</p>
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		<title>Gabin</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gabin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 12:00:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a deux manières de voir Gabin, premier long-métrage de Maxence Voiseux. D’abord, sans trop se poser de questions sur les conditions de sa fabrication, en se concentrant sur ce qui se déploie à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gabin/" title="Read  Gabin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a deux manières de voir <em>Gabin</em>, premier long-métrage de Maxence Voiseux. D’abord, sans trop se poser de questions sur les conditions de sa fabrication, en se concentrant sur ce qui se déploie à l’écran. Soit le portrait d’un jeune homme – le Gabin du titre, benjamin d’une famille du Nord de la France dont le père est boucher et la mère responsable d’une ferme déficitaire. La caméra suit dans un premier temps le garçon âgé de huit ans, qui se révèle discrètement atypique par sa douceur et sa maturité. Ce n’est pas un enfant comme on en voit souvent au cinéma&nbsp;: il est communicatif, posé, en prise directe avec ses émotions et fait montre d’une grande tendresse, notamment pour les femmes de son entourage. Le film s’organise autour de ce beau personnage pour donner à voir <em>son monde à lui</em>, qui n’est pas exactement le monde que les adultes lui proposent – cf. des visions récurrentes empruntées au jeu <em>Farming Simulator</em>, matérialisant sa vie intérieure et ses aspirations (plus grand, il souhaite devenir éleveur plutôt que de reprendre la boucherie paternelle). Mais cette étude empathique entre en conflit avec une donnée qui ne relève pas de l’évidence : <em>Gabin</em> est un documentaire dont le dispositif rappelle lointainement celui de <em>Boyhood</em>. Voiseux filme le jeune homme de ses huit à ses dix-huit ans, sans que les ellipses ne soient perceptibles tout de suite au montage – seule l’évolution physique du garçon indique le passage des années.</p>
<p>Or, et c’est là que la chose devient assez perturbante, le film ressemble à s’y méprendre à une chronique vériste telle que le cinéma français en produit beaucoup, composée de scènes assez courtes et fragmentaires grâce auxquelles on appréhende le quotidien de Gabin. Ce n’est d’ailleurs qu’en sortant de la salle que j’ai découvert, sans pouvoir le déduire de la matière même du film, qu’il ne s’agissait pas d’une fiction documentée, ou d’une matière réelle scénarisée, comme c’est parfois le cas de longs-métrages s’appuyant sur des acteurs non-professionnels. En découle une sensation étrange, qui excède le seul périmètre&nbsp;du film et renseigne sur un certain état du cinéma français «&nbsp;réaliste&nbsp;» : il devient désormais presque impossible de discerner à l’œil nu une fiction dépouillée de ses oripeaux dramatiques d’un documentaire un peu trop balisé et construit dans son montage. Car cette indistinction, elle est le fruit ici d’un formatage qui cultive moins un syncrétisme qu’un entre-deux bâtard – <em>Gabin </em>n’a ni la précision d’une fiction, ni la richesse d’une mise en scène nourrie par l’imprévu du direct. La frustration née de ce choix est par ailleurs renforcée par une lacune, déjà présente dans le modèle linklaterien. Si le tournage au long cours ouvre en théorie sur un jeu de raccords entre les différents blocs temporels, le montage de Voiseux gomme au contraire les coutures pour tirer de ses rushes une coulée s’étalant sur dix ans. Ce principe a pour mérite de ménager une expérience bazinienne ; on voit d’un quart d’heure à l’autre le temps faire son œuvre, tandis que le film télescope plus ou moins<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332683_152('footnote_plugin_reference_332683_152_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332683_152('footnote_plugin_reference_332683_152_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332683_152_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332683_152_1" class="footnote_tooltip">Plus ou moins, car si la figure du père, ambivalente par sa dureté, a le droit à plusieurs contrepoints (une discussion avec un ami où il craque, le dénouement qui lui offre une enclave où trouver la paix), la mère est quant à elle toujours filmée dans le lien d’affection qu’elle entretient avec son fils, sans bénéficier d’une incise la saisissant dans son individualité propre.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332683_152_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332683_152_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> les différents points de vue des membres de la famille Jourdel pour rendre compte de la complexité de leurs liens affectueux. Mais cette dimension n’efface pas pour autant le sentiment que film n’a pas su lâcher la bride de son montage, pour embrasser pleinement la spécificité de son parti pris.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332683_152();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332683_152();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332683_152">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332683_152" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332683_152('footnote_plugin_tooltip_332683_152_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332683_152_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Plus ou moins, car si la figure du père, ambivalente par sa dureté, a le droit à plusieurs contrepoints (une discussion avec un ami où il craque, le dénouement qui lui offre une enclave où trouver la paix), la mère est quant à elle toujours filmée dans le lien d’affection qu’elle entretient avec son fils, sans bénéficier d’une incise la saisissant dans son individualité propre.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332683_152() { jQuery('#footnote_references_container_332683_152').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332683_152').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332683_152() { jQuery('#footnote_references_container_332683_152').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332683_152').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332683_152() { if (jQuery('#footnote_references_container_332683_152').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332683_152(); } else { footnote_collapse_reference_container_332683_152(); } } function footnote_moveToReference_332683_152(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332683_152(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332683_152(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332683_152(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/gabin/">Gabin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>We Are Aliens</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/we-are-aliens/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 09:00:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À Cannes, l’animation japonaise se cantonne cette année à la Quinzaine des cinéastes, avec deux films : le court-métrage Eri (annoncé comme « une histoire d’amour queer entre deux vaches&#160;», dixit Julien Rejl lors de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/we-are-aliens/" title="Read  We Are Aliens">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À Cannes, l’animation japonaise se cantonne cette année à la Quinzaine des cinéastes, avec deux films : le court-métrage <em>Eri</em> (annoncé comme « <em>une histoire d’amour queer entre deux vaches</em>&nbsp;», <em>dixit</em> Julien Rejl lors de l’annonce de la sélection) et, dans un registre plus attendu, <em>We Are Aliens</em>. Ce récit de l’amitié accidentée de deux garçons évoque de nombreux films (et séries) d’animation japonais ayant pour cadre l’école, tandis que le principe d’un récit étalé sur plusieurs années rappelle par exemple <em>Look Back</em>, dont le manga d’origine de Tatsuki Fujimoto sera prochainement réadapté, cette fois-ci en prises de vues réelles, par Hirokazu Kore-eda (rendez-vous sur la Croisette l’année prochaine ?). Le début du film, montrant le timide Tsubasa se rapprocher du turbulent Gyotaro, semble d’abord se lover dans un cocon nostalgique (les jeux d’enfants, la GameCube en cachette, etc.) avant que le film ne prenne un détour plus sombre. Car plutôt qu’à une relation au long cours, Kohei Kadokawi s’intéresse à la manière dont une amitié brisée à huit ans peut devenir le drame d’une existence.</p>
<p>Avec son style singulier, mélangeant décors en 3D et coups de crayon apparents (notamment sur les visages, bardés de petits traits comme pour représenter d’infimes variations d’expression), <em>We Are Aliens</em> se branche sur la psyché de ses personnages, qu’il suit l’un après l’autre. Kadokawi joue avec la possibilité qu’a l’animation de déformer le monde à l’aune d’une perception, en représentant par exemple les terreurs enfantines de Tsubasa lorsque ce dernier commence à prendre son camarade pour un alien. Les visions horrifiques qui s’immiscent dans le montage et surgissent parfois comme des <em>jumpscares </em>(tels ces yeux exorbités à la Junji Itō) dépeignent la violence de l’univers mental du petit garçon. La peur à cet âge-là n’est pas une mince affaire, ce dont le film rend compte d’abord très bien. Les affects des personnages semblent alors tous hyperboliques, qu’ils soient positifs ou négatifs. Mais cette façon d’exagérer ne concerne pas uniquement la représentation du regard des enfants et contamine également le scénario, qui va s’alourdir petit à petit, un coup de force après l’autre. La bascule de point de vue avec rembobinage (de Tsubasa adulte à Gyotaro enfant, pour découvrir l’autre versant de l’histoire) fait certes preuve de virtuosité, mais ce système narratif rétablissant une part de vérité apporte avec lui une forme de simplification. Le sort que réserve le récit à Gyotaro s’avère tellement cruel qu’il reproduit d’une certaine manière le <em>bullying </em>dont il a été victime, en plus d’insister sur la culpabilité de ses bourreaux sur le mode d’un tract contre le harcèlement. En multipliant les ellipses tout en tablant sur l’angoisse de possibles retrouvailles, le film perd de vue sa dynamique impressionniste, dans un jeu de causes et de conséquences trop appuyé. Quand il parvient à son épilogue doux-amer, la lessiveuse narrative peine à laisser une place aux larmes, même si les violons sont de sortie.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Jour 1 — La Vie d’une femme</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-1-la-vie-dune-femme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 05:34:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bulles cannoises]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cannes, jour 1. Deux de nos rédacteurs discutent de La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à Quelques jours à Nagi de Kōji Fukada. ﻿﻿﻿﻿﻿ Avec...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/jour-1-la-vie-dune-femme/" title="Read  Jour 1 — La Vie d’une femme">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cannes, jour 1. Deux de nos rédacteurs discutent de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>La Vie d’une femme</i></a><i> </i>de Charline Bourgeois-Tacquet, présenté en compétition officielle. Avec une carte blanche consacrée à <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Quelques jours à Nagi</i></a><i> </i>de Kōji Fukada.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/ExxyeLksngs?si=LAHj5shbBH1bkKWH" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Réalisation et montage</strong> : Karim Roussel.</p>
<p>Pour commander le numéro papier&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Quelques jours à Nagi</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 20:37:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=333135</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le premier film distribué en France de Koji Fukada, Au revoir l’été, plaçait d’emblée son œuvre sous le signe d’Éric Rohmer. Le cinéaste renoue avec cette inspiration première dans Quelques jours à Nagi, qui suit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/quelques-jours-a-nagi/" title="Read  Quelques jours à Nagi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le premier film distribué en France de Koji Fukada, <em>Au revoir l’été</em>, plaçait d’emblée son œuvre sous le signe d’Éric Rohmer. Le cinéaste renoue avec cette inspiration première dans <em>Quelques jours à Nagi</em>, qui suit le séjour de Yuri, une architecte tokyoïte venue se réfugier à la campagne auprès de Yoriko, son ancienne belle-sœur sculptrice. Alors que Yuri devient modèle pour Yoriko, de longues séquences dialoguées approfondissent leur relation : à mesure qu’elles évoquent leurs choix de vie ou leurs amours passées, leurs liens se renforcent. Par la circulation de la parole, le village de Nagi devient ainsi le théâtre d’une petite ronde des sentiments qui accueille autant les habitants que le souvenir des absents. Un détail météorologique distingue toutefois nettement <em>Au revoir l’été</em> de <em>Quelques jours à Nagi</em> : au cadre lumineux et estival du premier succède le temps nuageux et grisâtre du second. Ce contraste semble dire quelque chose de l’évolution de la mise en scène du cinéaste, qui, à force de retenue, confine désormais à la frigidité académique. Son minimalisme rappelle par endroits celui d’un autre rohmérien, Hong Sang-soo, les jeux de reprises et variations en moins. Pour sortir de cette torpeur formelle, quelques travellings avant et arrière viennent souligner le cours d’une discussion pour recadrer les visages des personnages, insufflant une poignée de ruptures bienvenues, qui finissent cependant par s’apparenter à des astuces un peu mécaniques destinées à insuffler de la vie aux conversations.</p>
<p>Si les désirs qui traversent Nagi peinent à s’incarner à l’écran, les motifs sciemment disposés tout au long du film sont quant à eux bien visibles : Yuri est d’abord reconnue à partir d’un portrait esquissé au fusain ; l’atelier de Yoriko est peuplé des êtres qu’elle a sculptés ; deux adolescents se déclarent leur amour en regardant à travers une <em>camera obscura</em><i>,</i> etc. On l’aura compris : le sentiment amoureux s’articule aux images et aux projections qu’elles suscitent, avec ceci d’ambivalent qu’elles peuvent tout à la fois révéler la nature profonde des individus que les emprisonner dans un fantasme. L’idée est plutôt belle, mais peine à dépasser le stade théorique pour véritablement émouvoir – à l’exception peut-être d’une séquence de fantôme assez troublante, où la femme que Yoriko aimait apparaît soudainement chez elle alors que l’orage gronde. Après une brève discussion, la défunte s’évanouit, laissant le personnage seul, endormi dans sa cuisine (la scène pourrait donc être un rêve). Le surcadrage fait affleurer la mélancolie de cette solitude, dans une composition à la Edward Hopper – un album consacré au peintre est d’ailleurs offert dans une des premières séquences. Ce type d’émotion reste bien rare à l’échelle du film, où le moindre germe de sentiment est systématiquement mis en sourdine. Même les choses les plus graves ne semblent avoir aucun poids dans cet univers, tels ces bruits de bombes récurrents provenant d’un camp militaire voisin, ou bien les références à la guerre en Ukraine, qui n’ont pas suffisamment de consistance pour ressembler à autre chose qu’une note d’intention.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<title>Mauvaise étoile</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mauvaise-etoile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 20:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il n’est pas anodin que Mauvaise étoile se déroule en pleine canicule, dans une banlieue pavillonnaire du sud de la France. L’atmosphère poisseuse essouffle les personnages et les noie dans la sueur : à de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/mauvaise-etoile/" title="Read  Mauvaise étoile">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il n’est pas anodin que <em>Mauvaise étoile</em> se déroule en pleine canicule, dans une banlieue pavillonnaire du sud de la France. L’atmosphère poisseuse essouffle les personnages et les noie dans la sueur : à de nombreuses reprises, Alex fait remarquer à sa compagne Kiki qu’elle sent mauvais, tandis que leur fille se lave à l’intérieur d’une bassine transparente, dans une eau noire de crasse. C’est peut-être là l’horizon d’un certain cinéma vériste, avec sa caméra portée et ses acteurs non professionnels : cherchant à tout prix à extraire la sève du « réel », celle-ci se logerait dans ses aspects les plus triviaux, au plus près des corps que la caméra s’attache à faire sentir. Un plan trahit le volontarisme de Lola Cambourieu et Yann Berlier, décidés à nous faire éprouver le quotidien d’un couple pris dans la spirale infernale de la toxicité masculine, quitte à pousser pour cela les curseurs du scabreux. Il intervient à la fin d’une scène de sexe qui, à l’image de l’ensemble du film, met en jeu les mécanismes de manipulation d’un pervers narcissique. Dans un premier temps, la séquence saisit dans la durée la manière dont l’humiliation et la domination s’expriment dans la sexualité du couple. Tandis que Kiki fait tout pour satisfaire le désir d’Alex, celui-ci ne cesse de la rejeter, de trouver à redire sur son comportement ou son hygiène. De cette violence insidieuse naît peu à peu chez la trentenaire une honte de soi intériorisée, voire une véritable détestation de son propre corps, en particulier de son visage. Le duo de cinéastes réussit à cet endroit à filmer assez finement une situation pourtant franchement casse-gueule – du moins, jusqu’aux derniers plans de la scène. Alors qu’Alex a définitivement débandé, il invite Kiki à venir se blottir contre lui. On croit que le couple s’apprête à s’endormir, lorsqu’une micro-ellipse nous fait passer quelques minutes plus tard : Kiki a alors le visage plaqué contre le sexe d’Alex, les yeux recouverts par ses poils pubiens. Un second plan montre ensuite la chambre à coucher sous un angle plus large : de façon très improbable, Kiki, genoux au sol, semble s’être endormie dans cette position dégradante, pendant qu’Alex scrolle distraitement sur son téléphone. Contrairement au reste de la scène, où la violence sourde s’incrivait dans la continuité d’une dynamique complexe et malsaine, la coupe crée ici un effet choc, visant explicitement à susciter le malaise. Autrement dit, la souillure ne relève plus seulement des agissements d’Alex : elle est pleinement produite par la mise en scène.</p>
<p>Le scénario de <em>Mauvaise étoile</em> prend ainsi la forme d’un piège, qui épouse l’humeur du pervers narcissique oscillant entre des confrontations de plus en plus violentes et de brefs moments d’accalmie. La construction binaire produit un suspense : à chaque retour au calme, on guette le revirement, le petit détail qui fera basculer Alex dans une nouvelle crise de nerfs. Les marques de coups de poing visibles sur la porte de leur salon suggèrent que ce climat de tension fait partie du quotidien, si bien que le film instille progressivement une certaine angoisse, qui nous conduit à nous demander s’il va finir par la frapper. Si cette mécanique de prédation a été précisément identifiée et décortiquée dans le sillage de #MeToo, qu’apporte ici son illustration cinématographique ? Elle paraît surtout motivée par la volonté de nous la faire ressentir dans notre chair par le biais d’une expérience immersive, renforcée par l’unité temporelle resserrée du récit (une journée et surtout une nuit interminable de torture psychologique). Le film avait pourtant la possibilité d’adopter un angle plus singulier pour appréhender cette famille dysfonctionnelle : le point de vue de l’enfant, qui semble être le personnage principal dans les premières minutes, avant de disparaître et de réapparaître à la toute fin. Fillette indocile à la langue bien pendue, son comportement se fait l’écho de la violence du monde adulte. De façon significative, elle adopte par exemple un pigeon qu’elle ne cesse de cajoler et transporter partout avec elle, jusqu’à l’asphyxier et le tuer. Si l’on peut y voir une forme de reproduction de la relation parentale, elle expliquera aussi qu’elle souhaitait par ce moyen faire réagir sa famille, témoignant d’une conscience de la violence ambiante. À travers elle s’éclaire également, de manière indirecte, un autre pan de la situation : si la famille de Kiki s’inquiète de son comportement, elle met avant tout en cause l’éducation maternelle, restant absolument aveugle concernant la responsabilité du père. Alors que le film s’achève sur des plans symboliques et vaguement oniriques où l’enfant regarde des oiseaux s’envoler, vient la sensation frustrante qu’il y avait là un personnage à observer davantage, au lieu de privilégier le versant le plus sensationnaliste du récit.</p>
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		<title>La Vie d’une femme</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 20:14:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À la fin de La Vie d’une femme, Gabrielle, la chirurgienne incarnée par Léa Drucker, donne une conférence à Turin sur la notion « d’identité » et ce qu’elle implique à l’échelle de son travail,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/la-vie-dune-femme/" title="Read  La Vie d’une femme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À la fin de <em>La Vie</em> <em>d’une femme, </em>Gabrielle, la chirurgienne incarnée par Léa Drucker, donne une conférence à Turin sur la notion « d’identité » et ce qu’elle implique à l’échelle de son travail, dans le cas de patients dont le visage est défiguré. Ici, le film se commente lui-même, en ce que le récit se focalise sur la crise d’identité d’une femme accro à son travail dont la vie est (légèrement) chamboulée par sa rencontre avec une écrivaine, Frida (Mélanie Thierry), avec qui se dessine l’esquisse d’une romance. Mais plus indirectement, c’est une autre crise dont le film est le théâtre : celle d’un cinéma d’auteur bourgeois tiraillé par sa mauvaise conscience et qui donne donc des gages en la matière. Caractéristique du <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linteret-dadam-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;Drucker movie&nbsp;»</a> : on découvre le personnage en immersion, sollicité de toute part, manœuvrant tour à tour le volant de sa voiture dans les rues de Paris puis le scalpel au bloc opératoire. Cette première séquence, assez ratée, montre trop ses coutures ; les sonneries de son téléphone et l’enchaînement des événements dessinent le portrait d’une experte qui doit prendre en charge une myriade de responsabilités, professionnelles comme personnelles, manière de commenter ce que serait en effet « la vie d’une femme », même bien lotie, en 2026. C’est à la fin de ce premier bloc que le film décolle toutefois, dans l’intimité d’une chambre à coucher où Gabrielle retrouve son mari (Charles Berling). Car c’est précisément là que se loge le désir de Charline Bourgeois-Tacquet, qui signe son deuxième long-métrage : filmer de l’intimité, des acteurs, des regards troublés, des corps élégamment (terme à prendre ici sans une once d’ironie) sculptés par des clairs-obscurs et le surcadrage de portes entrebâillées, le tout dans une forme narrative affichant elle-même son « raffinement » (là, je prends un peu plus mes distances) – celle d’une suite de situations découpées en onze chapitres, comme si le film constituait un roman.</p>
<p>En somme, et c’est le nœud assez fascinant du film, <em>La Vie d’une femme</em> n’est jamais meilleur que <em>lorsqu’il assume d’être un film bourgeois</em>, notamment quand ses décors reflètent le niveau social des personnages (assez cossu : l’écrivaine transite entre Paris, New York, Kyoto et Turin). La scène dans laquelle se tisse le désir entre Gabrielle et Frida se déroule lors d’une performance dansée et privée, où les corps se déploient dans les couloirs déserts de ce qui s’apparente à un hôtel particulier. Mais à cet endroit, Bourgeois-Tacquet n’a d’yeux que pour ses interprètes, en entrelaçant le tressaillement de Drucker avec le sourire séducteur de Thierry. La séquence est belle parce que l’arrière-plan semble calé sur leurs entrechats amoureux et sur cette fébrilité désarmante qui accouche d’un « <em>non</em> » chuchoté. Plus loin, c’est le miroitement d’un lac dans les Alpes qui devient l’écrin d’une félicité amoureuse ; dans ce segment, le film prend littéralement de la hauteur, s’installe « hors-sol » loin du milieu hospitalier pour saisir les hésitations érotiques des personnages, qui se dévorent des yeux au moment de se souhaiter bonne nuit sur le pas de la porte. Fatalement, ça ne peut pas durer, et le raccord qui suit ramène un peu de « concret » : à la vision de l’étendue d’eau étincelante succède un plan de Gabrielle près d’une baignoire, en train de laver sa mère atteinte d’Alzheimer. Cet arc n’est pas le plus raté du film (cf. un passage un peu désarmant où le personnage, tournant le dos à la malade, se permet de lâcher quelques larmes), mais il témoigne tout de même de ce besoin de se « reconnecter » au monde réel. Dès que le film va sur ce terrain, il paraît presque aller contre sa nature, ou du moins passer par des idées plus lourdes, comme en témoigne une scène de dispute professionnelle redoublée par les aléas de l’éclairage de l’hôpital, en pleins travaux. Ce qu’acte alors inconsciemment le film, c’est qu’un cinéma sentimental français à l’ancienne, disons sa branche truffaldo-desplechinienne, n’est plus aujourd’hui envisageable sans adopter un peu de distance critique ou prendre en compte l’ancrage social des personnages. On ne va certainement pas le regretter – ce serait un comble –, mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que l’incorporation de cette donnée ne rend pas du tout le film meilleur. De fait, ses petites épiphanies se jouent ailleurs : dans des jeux lumière, dans des regards, dans des visages. Et elles sont portées par la grâce d’une actrice ; Léa Drucker brille à son plus haut depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lete-dernier-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Été dernier</em></a>.</p>
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		<title>In Waves</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/in-waves/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 18:42:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il était logique que le cinéma d’animation s’empare du roman graphique[1]Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes-dessinées à des lecteurs de littérature d’AJ Dungo, tant le motif de l’eau (au...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/in-waves/" title="Read  In Waves">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il était logique que le cinéma d’animation s’empare du roman graphique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_333106_164('footnote_plugin_reference_333106_164_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_333106_164('footnote_plugin_reference_333106_164_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_333106_164_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_333106_164_1" class="footnote_tooltip">Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes-dessinées à des lecteurs de littérature</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_333106_164_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_333106_164_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> d’AJ Dungo, tant le motif de l’eau (au cœur de ce récit à la première personne) le prédestine à l’image en mouvement. Si <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ponyo-sur-la-falaise/" target="_blank" rel="noopener"><em>Ponyo sur la falaise</em></a> reste indépassable dans ce domaine, Phuong Mai Nguyen investit les potentialités que lui offre l’élément aquatique : ce sont parfois des transitions sans coupe (un drap se transforme en vague, l’océan se retrouve enfermé dans une gourde, etc.), parfois un jeu sur la proximité matérielle entre l’eau et l’encre. L’histoire d’amour au long cours entre le skateur AJ et la surfeuse Kristen est en effet mise en abîme par l’écriture de la BD et plus largement par les nombreux dessins du personnage, auxquels il arrive de prendre vie à l’écran. Ce parallèle est la part la plus convaincante du film, le mouvement de cette histoire tragique s’apparentant à celui d’une marée inéluctable.</p>
<p>Une fois le cancer de Kristen révélé, <em>In Waves</em> semble toutefois s’assagir. C’est assez terrible à écrire puisqu’il s’agit d’une histoire vraie et que le film est d’ailleurs dédié « <em>à Kristen</em> », mais l’arrivée de la maladie installe le récit sur des rails. La narration devient épisodique, rythmée par le calendrier médical, tandis que la mise en scène semble en partie délaisser les sensations pour se concentrer sur les émotions et donc les visages, dont les traits à la texture numérique paraissent paradoxalement plus figés que dans les planches de Dungo. Juste avant la mauvaise nouvelle, le film atteint pourtant son climax émotionnel dans une scène non tragique, mais joyeuse. Il s’agit d’un pur segment de <em>teen-movie</em> : un échange de textos, un split-screen, puis un premier baiser en cachette, le tout sur une très belle chanson originale d’Oklou. Casting musical malin pour ce film français dont l’action se déroule à Los Angeles, en langue anglaise (même si, fait assez rare pour le souligner, la version française avec Lyna Khoudri et Rio Vega se présente également comme une « version originale »), car la plus américaine des chanteuses nées à Poitiers ramène avec elle une forme de mélancolie rêveuse. Quand AJ s’éloigne de la maison de son amoureuse, il semble que c’est son euphorie qui fait soudain pleuvoir le ciel. Ces gouttes d’eau sont plus émouvantes que les larmes à venir.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333106_164();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_333106_164();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_333106_164">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_333106_164" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_333106_164('footnote_plugin_tooltip_333106_164_1');"><a id="footnote_plugin_reference_333106_164_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes-dessinées à des lecteurs de littérature</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_333106_164() { jQuery('#footnote_references_container_333106_164').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333106_164').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_333106_164() { jQuery('#footnote_references_container_333106_164').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_333106_164').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_333106_164() { if (jQuery('#footnote_references_container_333106_164').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_333106_164(); } else { footnote_collapse_reference_container_333106_164(); } } function footnote_moveToReference_333106_164(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333106_164(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_333106_164(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_333106_164(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/in-waves/">In Waves</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Butterfly Jam</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/butterfly-jam/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 12:08:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année, les voyants sont au vert pour la Quinzaine des cinéastes&#160;: meilleur line-up&#160;théorique (entre autres : Dumont, Cavalier, Alonso, Jude), meilleure affiche, meilleur générique (tout neuf, contrairement à celui de la sélection officielle, qui...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2026/butterfly-jam/" title="Read  Butterfly Jam">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette année, les voyants sont au vert pour la Quinzaine des cinéastes&nbsp;: meilleur <em>line-up</em>&nbsp;théorique (entre autres : Dumont, Cavalier, Alonso, Jude), meilleure affiche, meilleur générique (tout neuf, contrairement à celui de la sélection officielle, qui aurait besoin d’un petit coup de <em>polish</em>). Et meilleur film d’ouverture ? Probablement, mais un peu par défaut. Le troisième film de Kantemir Balagov, repéré avec <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2017/vie-a-letroit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tesnota, une vie à l’étroit</em></a> puis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-grande-fille-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une grande fille</em></a>, quitte la Russie pour la périphérie de New York – plus exactement le New Jersey, où vit une famille de la minorité tcherkesse. On est d’emblée à mi-chemin entre le James Gray des débuts (communauté d’immigrants, tragédie familiale) et le réalisme poétique d’Andrea Arnold – on retrouve d’ailleurs <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bird-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Barry Keoghan et un oiseau</a>. Le récit suit les pas d’un jeune lutteur qui vit avec son père (Keoghan, donc, de nouveau en père pas totalement sorti de l’adolescence) et sa tante (Riley Keough), même si la nature des liens familiaux se devine au fur et à mesure, ménageant une forme d’incertitude et de porosité (le fils pourrait passer pour le petit frère, la tante pour la mère ou la nouvelle copine du père, etc.). Si le cinéma de Balagov s’est déplacé, il n’a pas renoncé à ses ambitions : la nervosité de la caméra à l’épaule, qui filme les corps de près, n’est pas là seulement pour nous plonger dans un bain de réalisme, mais pour fixer une norme de mise en scène dont le cinéaste va s’écarter ponctuellement, afin de saisir un trouble insondable. Il y a des beaux moments dans <em>Butterfly</em> <em>Jam</em>, qui tiennent au déphasage des acteurs : Harry Melling joue ainsi une figure indécidable (ami de la famille ? cousin ?) qui rejoint la galaxie des personnages de Balagov atteints de dissociations énigmatiques et de maladies mystérieuses ; par moments, il s’absente à lui-même, dans un état proche de la catalepsie. Ce qui est émouvant, aussi, tient à la manière dont le découpage montre comment les personnages comprennent tacitement les particularismes psychiques des uns et des autres, pour organiser une circulation d’affects s’exprimant par des gestes et des micro-attentions. De sorte que derrière la dynamique des situations se déploie au fur et à mesure une seconde trame, qui se révèle être le véritable objet des scènes.</p>
<p>Deux bémols, toutefois. Le premier, c’est que pour opérer un pas de côté, le film doit adopter comme régime d’écriture majoritaire un réalisme embarqué ; la proximité des corps, notamment dans les scènes de lutte, induit une forme d’agitation brouillonne et démonstrative. Le second, c’est que le scénario contrarie parfois l’élan vers le mystère, soit par le symbolisme (le rôle joué par un pélican sauvage), soit par un redoublement scénique (une scène de lutte est le théâtre de la résurgence d’une violence sexuelle représentée plus tôt), soit encore par le coloris (le rose du pélican finit par déteindre sur presque tous les vêtements et même la lumière). Et si le découpage est localement fin, l’armature du récit, elle, reste trop lisible au regard de l’ambivalence recherchée par le film : il s’agit d’une histoire de malédiction familiale, où l’amour comme la haine se transmettent selon un principe de chaîne et de contamination. En atteste la fin du film, qui tourne autour d’un secret inaccessible pour les personnages (le prénom à donner à un nouveau-né) mais pas pour le spectateur, qui a compris de quoi il en retournait. Très belle idée, que le film escamote par un dernier petit décalage inattendu (on n’en dira pas plus) qui présente le paradoxe, malgré ses atours étranges, de solidifier le cap du récit. C’est une contradiction courante du cinéma de festival : la recherche d’une complexité bute sur le fléchage dont témoigne le scénario, pour qu’on ne passe pas non plus à côté des intentions du film. Balagov cherche encore le juste milieu, même s’il faut reconnaître que <em>Butterfly Jam</em>, moins volontariste que ses précédents films, témoigne d’une attention certaine pour les acteurs – tous remarquables, Melling en tête, par sa manière d’osciller entre la gesticulation bouffonne et le vertige, lorsque l’abîme en lui remonte à la surface de son visage.</p>
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		<title>L’Abandon</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/labandon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 10:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi faire un film sur les derniers jours de Samuel Paty, du cours qu’il a donné sur les caricatures de Charlie Hebdo à son assassinat ? On a cette question en tête alors que L’Abandon,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/labandon/" title="Read  L’Abandon">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Pourquoi faire un film sur les derniers jours de Samuel Paty, du cours qu’il a donné sur les caricatures de Charlie Hebdo à son assassinat ? On a cette question en tête alors que <em>L’Abandon</em>, déjà engagé sur un terrain escarpé de par la nature même de son projet, se complique d’entrée de jeu la tâche. 1) Un carton annonce que le récit retrace «&nbsp;<em>fidèlement</em>&nbsp;» le fil des événements. 2)&nbsp;Il est toutefois immédiatement précisé que certains éléments ont été modifiés «&nbsp;<em>à des fins de fiction&nbsp;</em>». 3)&nbsp;La première scène montre l’enseignant (joué par Antoine Reinartz) quittant le collège alors qu’il est sur le point d’être attaqué par Abdoullakh Anzorov, tandis que sa voix-off, déconnectée de l’action, nous livre un discours purement fantasmatique&nbsp;: celui de Paty ayant conscience qu’il est sur le point «&nbsp;<em>d’entrer dans les livres d’histoire</em>&nbsp;», comme si son spectre commentait depuis l’au-delà les dernières secondes précédant sa mise à mort. À quoi a‑t-on affaire, au juste ? À un film-dossier (genre dans lequel le réalisateur, Vincent Gareng, s’est déjà illustré)&nbsp;? À une reconstitution du drame lorgnant vers la tragédie&nbsp;? Au portrait d’un martyr que la République dans son ensemble aurait «&nbsp;abandonné&nbsp;», comme le laisse présager le titre, à son horrible sort&nbsp;? On le voit : le film s’éloigne d’emblée des rivages de la «&nbsp;fidélité&nbsp;» et ne peut échapper à une logique de <em>storytelling.</em> C’est naturel, car l’assassinat de Paty raconte bien des choses, selon l’angle que l’on adopte : la gangrène de l’islamisme radical, les tensions régnant au sein de l’Éducation nationale, l’autocensure des enseignants sur la question de la laïcité, la dérive de cette même notion (Paty a‑t-il, comme l’avance le référent de l’académie des Yvelines, témoigné d’un manque de connaissance des règles en la matière&nbsp;et commis une «&nbsp;erreur&nbsp;» ?), la poudrière que sont devenus les réseaux sociaux, la faillite de l’intégration républicaine, sans parler de débats de fond qui ont été parfois gommés par l’émotion collective (la ligne éditoriale de Charlie Hebdo et la montée de l’islamophobie en France). Bref&nbsp;: cela fait beaucoup pour un seul film, même bien intentionné et souhaitant aborder avec nuance la mécanique qui a conduit à l’acte terroriste. Ce qui est le cas de <em>L’Abandon</em>, dont le discours est un peu moins univoque qu’on pourrait d’abord le croire. Dans un premier temps, le scénario s’éloigne de l’horizon de la commémoration pour dépeindre l’enchaînement des circonstances et la manière dont le drame s’est noué. Ce faisant, le film déroule une dynamique tragique en même temps qu’il ausculte un système constitué de plusieurs maillons&nbsp;: la direction du collège, la police municipale, l’académie, les services de renseignement, etc. Et, surprise, le film se révèle alors aller plutôt contre son titre.</p>
<p>Au lieu de pointer des dysfonctionnements, qui seront rapidement exposés dans l’une des dernières scènes, son montage montre une organisation… qui a globalement fonctionné comme elle le devait. Prenons un exemple, assez limpide : dans un plan, on voit Anzorov, dans la pénombre de son appartement, publier un tweet islamiste. Immédiatement, une coupe nous emmène dans un bâtiment des Renseignements, où un policier, regardant avec concentration son ordinateur, voit passer la publication et la fait remonter. Action, réaction : si l’on suit la chaîne causale disposée par le film, on en tire la conclusion que le plan d’Anzorov aurait été quasiment impossible à empêcher. La principale du collège (Emmanuelle Bercot) s’affirme dans cette perspective comme le personnage central, l’incarnation d’une administration et de ses rouages. Et de fait, ce que le film veut « sauver », plus encore que les institutions républicaines, c’est l’idée même de l’Éducation nationale comme foyer des Lumières (il s’agit d’ailleurs du sujet de l’ultime cours donné par Paty). Il y a bien des injustices, comme la désolidarisation de collègues effrayés ou les conclusions du référent laïcité, qui reproche à Paty d’avoir laissé certains élèves sortir de la salle de classe alors qu’il montrait des caricatures de Mahomet. Mais <em>in fine</em>, l’horizon du film est bien de rendre hommage à l’École avec un grand E. Les membres de la famille Chnina (dont les noms ont été modifiés) sont d’ailleurs figurés comme des individus qui se sont trop éloignés de son rayonnement vertueux : Bachira, la collégienne ayant menti sur le déroulé des faits, passe son temps à sécher les cours, tandis que son père, auteur des vidéos à l’origine du harcèlement dont l’enseignant a été la victime, fait montre durant toute l’intrigue d’un manque d’esprit critique et de recul sur ses actions.</p>
<p>Et puisque le film veut sauver l’idéal républicain, il lui faut alors, dans une logique discursive trop fabriquée, leur opposer de bons modèles, de « bons musulmans » qui permettent d’éviter un propos trop univoque. Ainsi de la fille du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, dont le témoignage avait été remarqué lors du procès de 2024 : débarrassée du foulard que lui impose son père, elle tient un discours axé sur cette école où elle aurait voulu continuer à aller. Dans sa conclusion, le film finit par revenir dès lors à une forme de catéchisme laïc, qui oppose à la martyrologie de l’islamisme terroriste une martyrologie républicaine. C’est très clair dans la mise en scène : Anzorov est le seul personnage dont le visage reste indiscernable tout au long du film, qu’il soit flouté, laissé dans la pénombre ou tronqué par la caméra. Ce faisant, <em>L’Abandon</em> le prive de la notoriété qu’il a voulu atteindre par son acte abject, tandis que Paty, lui, devient une icône religieuse dans l’ultime plan.&nbsp;On y voit, par une surimpression, une photo de Reinardt en Paty laisser place au cliché «&nbsp;officiel&nbsp;» de l’enseignant au travail, soldat de l’école républicaine tombé en première ligne. En dépit de ses précautions et de son soin narratif – on sent le souci d’un film qui ne veut pas s’exposer à une récupération par l’extrême-droite –, <em>L’Abandon</em> substitue à l’étude des maux à l’origine de la radicalisation un discours (constant depuis Manuel Valls) consistant à héroïser les victimes tragiques des attentats. L’émotion collective devient un moyen de resserrer les rangs, au risque de mettre les problèmes les plus abrasifs sous le tapis&nbsp;; le film ne traitera pas réellement de l’épineuse question de la laïcité à l’école, de la position complexe à laquelle sont soumis les enseignants, de ce que l’école comme entité collective peut mieux faire pour apaiser les fractures de la société française. Sa forme est celle du thriller et de la tragédie, mis au service du devoir de mémoire.</p>
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		<title>À l’ombre du festival — Collectif 50/50</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-collectif-50-50/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 06:00:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce premier épisode d’À l’ombre du festival, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Fanny de Casimacker, déléguée générale du Collectif 50/50, afin de faire le point sur la lutte pour l’inclusion et la parité...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/a-lombre-du-festival-collectif-50-50/" title="Read  À l’ombre du festival — Collectif 50/50">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce premier épisode d’<em>À l’ombre du festival</em>, notre podcast d’entretiens cannois, nous recevons Fanny de Casimacker, déléguée générale du Collectif 50/50, afin de faire le point sur la lutte pour l’inclusion et la parité au sein de l’audiovisuel français.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage&nbsp;:</strong> Luca Mongai.</p>
<p><strong>Générique&nbsp;:</strong>&nbsp;Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
<div class="podcast_player"></div>
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		<title>La Vénus électrique</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 21:37:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Encore une comédie française en ouverture du festival de Cannes&#160;? Oui, mais pas tout à fait&#160;; ou du moins, si Salvadori finit bien par livrer une reconstitution du Paris des années folles plastiquement plus proche...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/" title="Read  La Vénus électrique">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Encore une comédie française en ouverture du festival de Cannes&nbsp;? Oui, mais pas tout à fait&nbsp;; ou du moins, si Salvadori finit bien par livrer une reconstitution du Paris des années folles plastiquement plus proche de Klapisch que de Lubitsch (la photographie du film n’est pas son fort), son scénario vise une sophistication plutôt héritée de la comédie hollywoodienne des années 1930 et 1940. L’une de ses idées les plus prometteuses est ainsi empruntée à <em>New York-Miami</em> de Frank Capra&nbsp;: un drap qui sépare une chambre où un homme et une femme cohabitent, ligne de démarcation improvisée devenant la matrice d’un jeu d’ombres chinoises érotiques, mais aussi une toile de projection fantasmatique – comprendre, une allégorie du cinéma. Pourtant, cette piste de la mise en abyme ne colle pas vraiment à <em>La Vénus électrique</em>, qui télescope d’autres formes spectaculaires (l’univers forain) et artistiques (la peinture) pour trouve <em>in fine </em>son cœur créateur dans l’écriture ; c’est un film où chacun ré-écrit à tour de rôle la trame des événements. Salvadori dispose ainsi un embranchement de mensonges et de faux-semblants impliquant Suzanne (Anaïs Demoustier), une foraine qui par un concours de circonstances s’improvise spirite auprès d’un peintre talentueux mais dépressif, Antoine (Pio Marmaï), hanté par le souvenir de sa bien-aimée Irène (Vimala Pons). S’ajoute Armand (Gilles Lellouche), l’ami marchand d’art du veuf qui, saisissant tout de suite la supercherie, mais aussi ses vertus – en croyant entrer en contact avec le fantôme de la défunte, Antoine retrouve l’envie de peindre –, décide d’apporter sa pierre à l’édifice. La mécanique s’embraie pour de bon lorsque Suzanne tombe sur les journaux intimes d’Irène, qu’elle parcourt en même temps qu’elle apprend à découvrir Antoine. Les fausses séances médiumniques se télescopent alors avec des flashbacks épousant le point de vue de la morte, de sorte à mettre Antoine à la croisée de deux regards féminins qui tendent peu à peu à se confondre.</p>
<p>En découle un réseau de circulations&nbsp;: tout le monde se ment et joue un double jeu, mais le spectacle comme le mensonge deviennent la condition de l’avènement d’une vérité émotionnelle. Sous son vernis fantasmagorique, <em>La Vénus électrique</em> ressemble ainsi à un oignon dont la narration s’applique à faire tomber les couches, dans un mouvement qui tient à la fois de la complexification et de la clarification&nbsp;: chaque nouvelle strate vient approfondir le récit en même temps qu’elle précise son propos. Le principe ouvre sur quelques trouvailles de raccords, qui permettent de jouer sur la porosité des flashbacks et des scènes au présent&nbsp;; Pons et Demoustier tendent presque au montage à fusionner, de la même façon que Suzanne <em>joue</em> à être hantée par Irène. Dommage que cette dynamique se dilapide dans un horizon essentiellement scénaristique. De manière symptomatique, la vue de Suzanne est floutée par les lentilles qu’elle revêt pour mimer ses transes. Mais si les plans, qui épousent sa subjectivité, sont alors flous, le texte, lui, est net : des pages noircies à l’encre, renfermant le « script » qu’Armand confie à Suzanne, recouvrent le climax émotionnel dans une surimpression qui vaut pétition de principe – la vie est un roman et le cinéma de Salvadori, derrière ses aspirations visuelles, tient davantage lui aussi de la littérature (et du scénario). Finalement, <em>La Vénus électrique </em>est donc bien une comédie française.</p>
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		<item>
		<title>57e Visions du réel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/57e-visions-du-reel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 10:31:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La riche programmation de Visions du réel (près de deux cents films, courts et longs métrages confondus) invite à papillonner d’une section à l’autre pour tracer un chemin de traverse. Pas besoin de suivre une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/57e-visions-du-reel/" title="Read  57e Visions du réel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La riche programmation de Visions du réel (près de deux cents films, courts et longs métrages confondus) invite à papillonner d’une section à l’autre pour tracer un chemin de traverse. Pas besoin de suivre une compétition en particulier pour trouver une cohérence globale, car trois jours passés à Nyon auront suffi à identifier notamment une prédilection pour les documentaires à la première personne, dans lesquels le ou la cinéaste devient son propre sujet. De la comédie sur une quête identitaire à travers les continents (<em>Two Mountains Weighing Down My Chest</em> de Viv Li) au récit de deuil frontal (l’émouvant <em>Comme un château fort</em> de Lou Colpé), en passant par diverses enquêtes familiales (<em>Baby Jackfruit Baby Guava</em> de Nông&nbsp;Nhật Quang ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/" target="_blank" rel="noopener"><em>Imago</em></a> de Déni Oumar Pitsaev, présenté quelques jours avant sa sortie suisse), le festival a pu donner l’impression que le cinéma documentaire constituait un moyen de trouver et d’affirmer sa place dans le monde. Au risque parfois d’une certaine complaisance, par exemple lorsque les metteurs en scène installent pour eux-mêmes un beau cadre dans lequel pleurer (cf. <em>Two Mountains…</em>). Cette concentration d’œuvres autobiographiques donne envie, par contradiction, de s’intéresser plutôt à des films tournés vers les autres, où la place du cinéaste n’est pas forcément invisible, mais toujours médiée par un rapport à autrui.</p>
<p>John Wilson, par exemple, est un adepte de la voix-off à la deuxième personne. Le cinéaste américain, après trois saisons de sa série <em>How to with John Wilson</em>, présentait au festival son premier long-métrage, <em>The History of Concrete</em>. Enquête absurde sur le béton et sur ce que cette matière charrie avec elle, le film s’inscrit dans le sillon direct de la série, qu’il faut donc présenter en deux mots. Dans <em>How to…</em>, John Wilson prétend proposer des tutoriels (« How to make small talk », « How to appreciate wine », etc.) en partant seul avec sa caméra enquêter, à New York d’abord, puis là où l’emmène tel ou tel fil qu’il décide de suivre. Il y a mis au point un langage comique consistant à illustrer sa narration par des images glanées dans la vie de tous les jours, entre le décalage ironique et le jeu de mots. Ainsi, la phrase « <em>When you feel stuck</em> » peut être accompagnée à l’image d’un raton-laveur coincé dans une poubelle. <em>The History of Concrete</em> se présente comme une sorte de long format d’<em>How to…</em>, où l’homme à la voix délicieusement nasillarde continue d’arpenter cet étrange «&nbsp;<em>land of opportunity</em> ». Car le béton, à l’instar de la plupart des sujets de ses tutoriels, sert surtout de prétexte à la rencontre de personnages délirants, créatures typiquement américaines pour dresser un tableau des États-Unis comme un pays de <em>freaks</em>. L’hymne américain résonne d’ailleurs au cœur du film, interprété et écouté avec une solennité affectée lors de l’inauguration d’une compétition de maçons dans une rue de Las Vegas. La force du film tient à la manière qu’a Wilson de nouer des relations plus ou moins éphémères avec ces gens, sans les juger, mais en parvenant à mettre au jour leur ADN comique. Il est le premier spectateur de leur excentricité, qui semble s’afficher naturellement, sans que le documentariste ait besoin de recourir à une forme de manipulation. Ce défilé pourrait paraître superficiel, comme si on « scrollait » entre des vidéos consacrées à des personnalités insolites (le patron d’une entreprise qui conserve les tatouages des morts, les coureurs d’un marathon de cinquante jours autour d’une école, etc.) mais, comme dans les meilleurs épisodes de la série, une rencontre parmi d’autres devient l’occasion d’un portrait cette fois au long cours. En discutant, caméra au poing, avec un employé du <em>liquor store</em> de son quartier, Wilson découvre que l’homme joue dans un groupe de rock et décide de filmer l’un de ses concerts, car ses producteurs lui ont recommandé de réaliser un documentaire musical. Ce qui commence comme un énième tableau malaisant (un bar miteux à moitié vide et une reprise de « Seven Nation Army ») se révèle plus complexe à mesure que l’homme se révèle un optimiste au grand cœur. La manière dont Wilson, touché par sa bonté, l’accueille au sein du film le désigne alors davantage comme un neveu américain d’Alain Cavalier que comme l’élève de <a href="https://www.critikat.com/realisateurs/nathan-fielder/" target="_blank" rel="noopener">Nathan Fielder</a>, producteur de <em>How to… </em>et maître du «&nbsp;<em>cringe</em>&nbsp;», qui apparaît d’ailleurs subrepticement dans le film.</p>
<h2>Le progrès et les arbres</h2>
<p>Après <em>The Lichens Are the Way </em>(passé par le FID et l’excellent cycle <a href="https://cinematheque-documentaire.org/programme/cycles/outsiders-rebelles-excentriques-visionnaires" target="_blank" rel="noopener">« Outsiders : rebelles, excentriques, visionnaires »</a> organisé par la Cinémathèque du documentaire l’an dernier), portrait d’un couple d’environnementalistes et lichénologues vivant isolé dans la forêt canadienne, le réalisateur tchèque Ondřej Vavrečka prolonge, dans une forme plus éclatée, sa recherche d’alternatives au mode d’existence capitaliste. Comme l’annonce son titre godardien, <em>1+1+1</em> (mais nulle trace ici des Rolling Stones), il s’agit de coller des séquences hétérogènes les unes aux autres afin d’initier un dialogue ludique. Pensées comme des expériences autour de l’idée de progrès et de ses limites («&nbsp;<em>Que préserver et/ou abandonner pour édifier l’avenir ?</em> », interroge le synopsis du catalogue du festival), les scènes alternent discussions théoriques, divagations musicales et tableaux déconcertants. Se télescopent ainsi une partie d’échecs avec des champignons en guise de pions, une discussion en visioconférence au fond d’un puits avec le philosophe belge Pascal Chabot, ou encore un plan de prairie où une femme déroule intégralement un rouleau de papier toilette. La démarche, que l’on pourrait qualifier d’oulipienne, s’avère grisante à mesure que se multiplient les images 16 mm par ailleurs sublimes, comme autant de « visions du réel » toujours imprévisibles. Vavrečka, qui apparaît dans le film pour sauter nu dans un lac en éclaboussant ses acteurs, incarne une forme de révolutionnaire joyeux, pour qui la lutte passe par l’invention, le jeu et l’humour. Quand, au milieu de nulle part, une voiture s’arrête pour prendre une femme en stop, le récit que fait cette dernière depuis la banquette arrière éclaire la ligne politique du cinéaste. L’auto-stoppeuse raconte comment elle a écrit une thèse et différents livres sur son temps de travail de bureau (il s’agit en fait de Corinne Maier, autrice de <em>Bonjour paresse, de l’art et de la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise</em>). Son calme rend la séquence très drôle : elle est fière de sa logique de sabotage et la défend comme une évidence. Vavrečka est lui-même une sorte de saboteur (voir comment il « gâche » le plan du lac sus-cité), qui plutôt que d’appeler directement à dégonfler des pneus de SUV<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332888_174('footnote_plugin_reference_332888_174_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332888_174('footnote_plugin_reference_332888_174_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332888_174_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332888_174_1" class="footnote_tooltip">Objet d’un sous-chapitre de <em>Comment saboter un pipeline&nbsp;?</em> d’Andreas Malm.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332888_174_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332888_174_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, dresse un inventaire loufoque d’effractions souhaitables. Son empilement de scènes n’a pas la lisibilité d’un programme politique, mais ressemble plutôt à un laboratoire, du genre de ceux qui débordent de tubes à essai remplis de liquides colorés, et donnent envie de provoquer de petites explosions.</p>
<p>Le festival aura également permis de prendre des nouvelles d’Hassen Ferhani, qui après l’escale saharienne de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/143-rue-du-desert/" target="_blank" rel="noopener"><em>143 rue du désert</em></a>&nbsp;revient à Alger avec <em>Alea Jacarandas</em> (Prix de la compétition Burning Lights). Le cinéaste a filmé son père, le journaliste et écrivain Ameziane Ferhani, tandis que celui-ci écrivait un roman sur un personnage obsédé par les jacarandas de la capitale algérienne, ces arbres aux fleurs violettes importés d’Amérique latine. Ce sujet romanesque débouche sur une traversée amoureuse de la ville en compagnie de l’homme érudit, le film devenant à la fois le portrait de la ville et celui de l’homme. Ainsi résumé, le programme paraît simple, mais Ferhani inclut d’emblée des scènes tenant du making-of, où on l’entend diriger son père, lui demandant de parler plus vite, de reprendre telle ou telle explication ou au contraire d’embrayer sur un autre sujet. Ces pas de côté, souvent drôles, racontent une relation singulière entre un père et son fils autant qu’entre deux artistes aux pratiques différentes mais complémentaires. Dans une archive datant de l’adolescence du cinéaste, juste après son achat d’un caméscope, Hassen filme déjà son père alors qu’il s’adresse en ces termes à sa sœur et lui : « <em>c’est une acquisition utile, j’espère que ça nous permettra d’enregistrer nos bons souvenirs, et que ça vous permettra à vous (…) de faire des petits films, des documentaires</em>&nbsp;». Si le souhait du patriarche a été exaucé, le documentariste reconnu se plie désormais moins aux conseils paternels, preuve d’une indépendance d’esprit dont se félicite d’ailleurs le vieil homme, le sourire aux lèvres. Au bout d’une heure, après une longue séquence de discussion nocturne à son bureau, un journal télévisé nous apprend la mort d’Ameziane&nbsp;: l’irruption de l’archive retranscrit le choc d’un décès soudain. Face à ce gouffre qui s’ouvre, on comprend<em> a posteriori</em> que ces séquences de répétition et d’installation témoignaient surtout de qui était cet homme. Hassen remplace dès lors son père devant la caméra, « remakant » un long travelling du début du film, dans lequel on suivait Ameziane en balade jusqu’à la rue Victor-Hugo – où, expliquait-il, les palmiers s’affaissent car ils n’ont pas été taillés depuis l’indépendance en 1962. Cette deuxième occurrence du plan, bouleversante, entérine l’idée d’une ville faite de multiples couches historiques : ses arbres ont été témoins de grands événements, mais aussi des simples déambulations d’un homme de lettres moustachu.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332888_174();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332888_174();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332888_174">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332888_174" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332888_174('footnote_plugin_tooltip_332888_174_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332888_174_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Objet d’un sous-chapitre de <em>Comment saboter un pipeline&nbsp;?</em> d’Andreas Malm.</td></tr>

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		<title>Ella McCay</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment savoir, il y a quinze ans, semblait l’œuvre d’un alien&#160;: le film était à la fois trop sophistiqué et farfelu, trop pur, trop étrange pour trouver sa place dans le paysage de la comédie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/" title="Read  Ella McCay">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/comment-savoir/" target="_blank" rel="noopener"><em>Comment savoir</em></a>, il y a quinze ans, semblait l’œuvre d’un alien&nbsp;: le film était à la fois trop sophistiqué et farfelu, trop pur, trop étrange pour trouver sa place dans le paysage de la comédie américaine du début des années 2010. <em>Ella McCay</em>, d’ores et déjà un échec commercial et critique dans son pays, au point que Disney (propriétaire de la Fox) a décidé à la dernière minute d’annuler la sortie du film dans les salles françaises, ne va évidemment pas changer la tendance : en situant son intrigue en 2008, soit l’année précédant le tournage de <em>Comment savoir</em>, c’est comme si le film nous parvenait d’un cinéaste inchangé, dont le fossé avec le reste de la production paraît aujourd’hui plus grand que jamais. Dès les premières minutes et la présentation énamourée du personnage (« <em>I’m nuts about her</em>&nbsp;», avoue la narratrice face caméra avec un sourire en coin), ce décalage est manifeste. Ce n’est pas son meilleur, mais <em>Ella McCay</em> est bel et bien un film de James L. Brooks&nbsp;; un film un peu étrange et souvent merveilleux.</p>
<p>Ella (Emma Mackey), jeune politicienne bonne élève, est une sorte de Rory Gilmore ou de Lisa Simpson qui devient gouverneure d’un État jamais nommé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330838_176('footnote_plugin_reference_330838_176_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330838_176('footnote_plugin_reference_330838_176_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330838_176_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330838_176_1" class="footnote_tooltip">On reconnaît toutefois le climat et l’architecture de la côte Est – le film est d’ailleurs tourné à Providence, dans l’État du Rhode Island.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330838_176_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330838_176_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> au service duquel elle travaille au moment où son prédécesseur (Albert Brooks) est nommé secrétaire d’État. Le film la suit durant quelques jours de bouleversement public et privé, ballottée entre un mauvais père venu lui rendre visite pour se faire pardonner (Woody Harrelson), un mari nourrissant de nouvelles ambitions (Jack Lowden), ou encore un petit frère à l’anxiété sociale maladive (Spike Fearn). Cet amoncellement de micro-intrigues ne tient certes pas tout à fait debout, le film alternant entre un sentiment de stagnation et des accélérations soudaines, mais l’aspect éclaté de la narration permet de faire de chaque scène ou presque un laboratoire brooksien. Chez le réalisateur de <em>Broadcast News</em>, il est toujours question de communication. Ses films se reconnaissent à ses personnages qui analysent en direct leur manière de s’exprimer, contrebalançant leur maladresse par une hyper conscience du langage et une volonté de faire (ou dire) mieux. Plus encore que de ses dialogues virtuoses, le style du cinéaste tire son essence de cette manière dont les protagonistes cherchent à se faire comprendre. Chez Brooks, la parole est affaire de négociation, et plus encore de négociation spatiale : s’il doit y avoir une modulation dans les idées ou les émotions, alors les corps doivent également se déplacer. Par exemple, dans l’un des nombreux flashbacks de la première partie du film, lors de l’enterrement de la mère d’Ella, l’héroïne emmène son frère pleurer dans sa chambre. Il n’en a pas envie et reste donc à l’extérieur de la pièce, à monter la garde. Il faudra que leur tante monte à l’étage et aperçoive ce petit garçon faisant le guet, avant de redescendre impuissante, pour que coulent les premières larmes. L’enfant n’a plus qu’à ouvrir la porte pour rejoindre sa sœur dans cet espace où le deuil devient possible. Le film regorge de ce genre de trouvailles, comme autant de petits miracles opérant une déviation discrète par rapport à une situation donnée. Il suffit parfois de se mouvoir : s’installer à l’avant d’une voiture depuis un siège arrière, retourner sur ses pas pour prendre un mouchoir, puis deux, puis la boîte, sortir quelques secondes d’une salle de conférence, etc.</p>
<h2>Bonté et sympathie</h2>
<p>Cet aspect mécanique, allié à l’extravagance de la partition des comédiens, tous plus expressifs les uns que les autres (il n’est pas étonnant que Jack Nicholson ait joué trois fois chez Brooks) confère au film un aspect irréel, presque féérique. La croyance du cinéaste en la bonté de l’homme et une forme de rectitude morale ne peut que prendre de court le spectateur contemporain, habitué aux fictions où le second degré domine. Mais cette candeur se voit toujours portée d’abord par une inventivité et une excentricité qui l’empêchent de basculer dans la mièvrerie. La scène la plus extraordinaire du film, en marge de son fil narratif principal, organise ainsi les retrouvailles d’un couple après une longue séparation. Le frère d’Ella, Casey, se rend chez Susan (Ayo Ediberi, encore plus bourrée de tics que dans <em>The Bear</em>) pour tenter de repartir de zéro après son année passée loin du monde. De prime abord, il semble impossible de croire à l’éventualité d’une relance de leur relation amoureuse : Casey est bien trop paumé pour Susan, en apparence plus « normale ». Comme souvent chez Brooks, c’est aux personnages de prendre les rênes de la mise en scène et de se diriger mutuellement pour que puisse advenir un accord. S’asseoir, se lever, s’accroupir, prendre son manteau, le reposer, marcher de long en large ou au contraire s’arrêter : la chorégraphie complexe qui se met en place, au-delà de maintenir une dynamique de <em>screwball comedy</em>, est la condition du rassemblement final des personnages, comme s’il avait fallu tester différentes combinaisons pour trouver la bonne fréquence.</p>
<p>Si le film ne se maintient pas toujours à ce niveau, cela tient sans doute au fait qu’il s’agit à ce jour de la plus franche comédie de James L. Brooks. Son horizon n’est pas ici d’alterner entre la drôlerie et les larmes (malgré quelques pics), mais d’assumer une certaine légèreté et de multiplier les gags, toujours bien sûr au premier degré. Ce pacte (il a pensé le film comme un hommage à la comédie américaine des années 1940 et 1950) l’oblige par exemple à condamner un peu trop lourdement le mari veule dans des scènes forcément plus sommaires, par nécessité d’un antagonisme fort lié au genre, tranchant avec les personnages en apparence négatifs de sa filmographie (Aurora dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tendres-passions/" target="_blank" rel="noopener"><em>Tendres passions</em></a>, Melvin dans <em>Pour le pire et pour le meilleur</em>, Deborah dans <em>Spanglish</em>) qui font ce qu’ils peuvent à défaut de se racheter totalement. Mais ces petites faiblesses ne sauraient entacher le bonheur de retrouver la voix unique d’un cinéaste plus que jamais à l’écart. En se collant aux basques d’une jeune femme idéaliste, Brooks semble planer au-dessus de la mêlée (et du chaos des États-Unis de 2025), dans une foi obstinée en la possibilité qu’a le cinéma de nous améliorer. Bref, il continue à y croire – on ne demande rien d’autre à Hollywood.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330838_176();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330838_176();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330838_176">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330838_176" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330838_176('footnote_plugin_tooltip_330838_176_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330838_176_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On reconnaît toutefois le climat et l’architecture de la côte Est – le film est d’ailleurs tourné à Providence, dans l’État du Rhode Island.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330838_176() { jQuery('#footnote_references_container_330838_176').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330838_176').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330838_176() { jQuery('#footnote_references_container_330838_176').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330838_176').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330838_176() { if (jQuery('#footnote_references_container_330838_176').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330838_176(); } else { footnote_collapse_reference_container_330838_176(); } } function footnote_moveToReference_330838_176(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330838_176(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330838_176(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330838_176(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/">Ella McCay</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>23e Festival du cinéma de Brive</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/23e-festival-du-cinema-de-brive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 10:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Seul festival en France dédié au moyen-métrage, Les rencontres internationales de Brive célèbrent chaque année ce format hybride – entre trente et soixante minutes. Pour cette 23e édition, vingt-six films de tous horizons ont été retenus par Giulio Casadei et son équipe. Très éclectique, la sélection a toutefois laissé entrevoir un certain intérêt pour les films figurant une « résistance » contre les injustices sociales. Si cet esprit de révolte s’est surtout manifesté à un niveau narratif et par le choix des sujets, quelques titres sont néanmoins parvenus à emprunter des voies formelles singulières pour monter au front.</p>
<p>La projection de <em>Sense of Water</em> de Mohammad Rasoulof (en sa présence) a constitué l’un des temps forts de l’édition. Financé par le <em>Displacement Film Fund</em>, un fonds d’aide pour les cinéastes contraints au déplacement, ce film autobiographique tourné en Allemagne suit Ali, un écrivain iranien en exil qui rencontre des difficultés à apprendre la langue. Ali s’interroge sur son absence de sentiment lorsqu’il prononce en allemand un mot qui, à l’inverse, le touche profondément en farsi. Afin de mieux appréhender la langue germanique, il met sur pied avec Nazanin, sa nouvelle compagne bilingue, un dispositif pédagogique assez simple : sur une vitre du salon, ils collent des post-its sur lesquels sont écrits des mots en farsi avec en dessous leur traduction allemande. Les termes sont classés en une série d’émotions (par exemple, « <em>responsabilité</em> », « <em>oublier</em> » et « <em>mémoire</em> » sont regroupés dans une même colonne jaune). Ali entretient un rapport ambivalent à cet apprentissage : il désire apprendre l’allemand pour s’intégrer mais craint de trahir ainsi sa langue maternelle et ses racines. En questionnant de la sorte « <em>la valeur émotionnelle</em> » que revêtent les mots pour les personnes contraintes de fuir leur pays d’origine, Rasoulof explore de façon atypique les tiraillements de l’exil. Dommage que le caractère démonstratif de cette fiction minimaliste prenne le dessus dans la deuxième partie du film, dès lors qu’est évoquée l’exécution de détenus qu’Ali a côtoyés en prison. On pense en particulier à cette scène balourde où il tombe de son tapis de course dont il a poussé le curseur à fond, puis se relève blessé à la tête en marmonnant « <em>executed</em> ». Passé cet incident, le récit se focalise sur le dilemme moral du personnage (refaire sa vie en Allemagne ou retourner en Iran pour reprendre la lutte contre le régime ?). Cette pente didactique est particulièrement sensible lors du dénouement, qui tente de faire entrer toute la gravité de la situation dans un ultime échange assez peu subtil entre les amoureux.</p>
<p>Dans <em>With Love and Rage</em> (Prix Diffusion GNCR / Agence du Court), Bojina Panayotova nous plonge quant à elle dans les <em>Women’s Pentagon Actions</em> de novembre 1980, lorsque des milliers de femmes se réunirent autour de l’édifice américain pour réclamer l’égalité des droits sociaux et économiques, entre autres revendications environnementales et pacifistes. Par le montage complexe qu’il déploie à partir d’images d’archives télévisuelles et amateures, <em>With Love and Rage</em> ne restitue pas la simple histoire du mouvement, mais l’énergie et la créativité qui y ont circulé. La cinéaste substitue ainsi à la voix-off attendue une narration à la première personne qui s’écrit entre les images, par l’entremise de cartons sur fond noir. L’intérêt du procédé, en plus de faire respirer ce film bouillonnant, tient à sa manière de libérer la bande-son du poids du commentaire. Panayotova compose un <em>patchwork</em> sonore bigarré qui oscille entre nappes, enregistrements de l’action, prises de parole, conférences et chants féministes (elle s’autorise d’ailleurs à rassembler des extraits au-delà de 1980). De sororité, il est également question dans le tendre <em>Solo Female</em> d’Astrid Söderberg, qui filme les coulisses d’un « <em>OnlyFans Gathering</em> » – week-end où des créatrices se rassemblent dans une maison pour produire du contenu adulte à destination de leurs abonnés. Le film se concentre sur l’aspect ultra-compétitif de cet univers en plein essor : par l’organisation de l’espace (les chambres séparées) et une série de situations, la maison devient le théâtre d’une rivalité grandissante entre les personnages. Une spirale de concurrence que ces femmes, travailleuses précaires du numérique, parviennent malgré tout à rompre en s’épaulant les unes les autres.</p>
<h2>S’évader tant qu’on est jeunes</h2>
<p>Cette année, la jeunesse était à l’honneur dans presque toutes les séances de la compétition. Si elle incarnait souvent l’esprit de lutte mentionné plus haut, certains films se sont toutefois démarqués en figurant de jeunes gens qui, plutôt que de se battre, préfèrent fuir une réalité trop contraignante. C’est le cas d’<em>Un ciel si bas</em> (Prix du Jury Jeunes de la Corrèze) de Joachim Michaux, qui fait le portrait, au moment de la chute du mur de Berlin, de jeunes adeptes de la <em>New Beat</em> – un genre de musique électronique né en Belgique à la fin des années 1980. Michaux cède certes un peu à la facilité en recourant à la pellicule 16 mm en noir et blanc, qui confère à ses images une esthétique branchée et <em>underground</em> proche d’un vidéoclip. <em>Un ciel si bas</em> parvient néanmoins à saisir quelque chose de la quête d’évasion figurée par l’idée même de « transe ». Le film s’enfonce à mi-parcours dans une boîte de nuit bruxelloise et capture alors une déambulation de plusieurs minutes dans la fosse, parmi la foule des danseurs : de longues prises contemplatives les enregistrent chacun dans leur bulle, les flashs répétés des stroboscopes les figeant de façon assez fascinante dans des positions chaque fois différentes. Michaux embrasse ici la dimension équivoque de la fête, <em>a fortiori</em> lorsqu’il s’agit de musique électronique : ouvre-t-elle sur un isolement des individus comme le film nous le suggère ? Ou permet-elle au contraire de faire corps, de se rassembler pour s’abstraire des angoisses collectives ? C’est à cette ambivalence teintée de mélancolie qu’<em>Un ciel si bas</em> doit sa beauté.</p>
<p>L’évasion transcende encore le quotidien dans <em>Joan of Arc</em> de Hlynur Pálmason. Sur le littoral islandais, trois frères et sœurs construisent au milieu d’une nature hostile un épouvantail chevaleresque, pour lui décocher ensuite une myriade de flèches et de coups d’épée. Le cinéaste réemploie ici des prises de vues déjà aperçues dans <em>L’Amour qu’il nous reste</em>, son dernier long-métrage. Mais si les images de l’objet malmené y surgissaient par bribes (pour marquer entre autres le passage des saisons), elles constituent ici l’intégralité de <em>Joan of Arc</em>, qui dure une heure. Les visions de l’épouvantail frappé par les enfants et les éléments (soleil, pluie, neige et gel) ressurgissent par le biais de plans plus longs, mais aussi de rushes inédits, comme prélevés d’un projet à deux têtes. En filmant par plans fixes, toujours sous le même angle, les saisons qui défilent via des <em>jump cuts</em> autour du pantin, Pálmason poursuit son exploration des cycles de la nature et des fluctuations de la lumière. Découpé en tableaux organiques, le film accueille merveilleusement la singularité du paysage et sa matière sonore – à l’instar du bruit, fugace et musical, d’un cheval se frottant énergiquement le dos sur la terre humide. Ni documentaire, ni tout à fait fiction, à la fois écrit et ouvert à l’inattendu, <em>Joan of Arc</em> était le plus beau film de cette édition.</p>
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		<title>Numéro 2026 — Lancement des commandes</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/numero-2026-lancement-des-commandes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 May 2026 11:27:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir imaginé dans notre numéro anniversaire le futur du cinéma à partir de ses contours contemporains, nous avons souhaité dans ce deuxième numéro penser son état actuel à l’aune d’un passé quelque peu statufié...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/numero-2026-lancement-des-commandes/" title="Read  Numéro 2026 — Lancement des commandes">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir imaginé dans notre numéro anniversaire le futur du cinéma à partir de ses contours contemporains, nous avons souhaité dans ce deuxième numéro penser son état actuel à l’aune d’un passé quelque peu statufié – celui de la modernité cinématographique, dont une partie du cinéma d’auteur contemporain se revendique.</p>
<p>Outre des analyses thématiques pour tenter de répondre à cette question, on trouve dans ce numéro plusieurs interviews avec des cinéastes, ainsi qu’un dossier consacré à Robert Altman et un grand entretien qui interroge le rapport de Donald Trump aux images.</p>
<p>Le numéro est, pour le moment, uniquement disponible à la commande jusqu’au 15 juin : <a href="https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero-2" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2</a></p>
<h2>Au sommaire</h2>
<p>Sur 92 pages, le numéro s’organise autour de trois grands axes :</p>
<h2><span style="color: #b0c4de;">DOSSIER </span>| Le cinéma est-il encore « moderne » ?</h2>
<p>Que signifie être moderne en 2026 ? Quelle est l’histoire de cette notion ? Comment a‑t-elle traversé l’histoire du cinéma portugais ou encore l’œuvre d’Alain Guiraudie ? Ce dossier d’une cinquantaine de pages articule des analyses transversales à de nombreux entretiens : Radu Jude, Lisandro Alonso, Alexandre Koberidze, Lav Diaz…</p>
<p>À ces textes s’ajoute un ensemble d’analyses comparatives, mettant en miroir les modernes d’hier et d’aujourd’hui : Weerasethakul est-il un héritier de Tarkovski ? Et si <em>Pacifiction</em> était le <em>Out 1</em> contemporain ? Comment Sophie Letourneur et Radu Jude dialoguent-ils avec Rossellini ?</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-332958" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-1-numero-2026-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2><span style="color: #f0e68c;">RÉTROSPECTIVE </span>| Revoir Altman</h2>
<p>De nombreuses pages sont également consacrées à Robert Altman, qui vient de faire l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque française. En plus d’une longue analyse parcourant son œuvre peuplée de miroirs, de doubles et de mythes, nous nous sommes entretenus avec Jean-Baptiste Thoret afin de désamorcer quelques clichés qui collent à cette filmographie iconoclaste.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332959 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-2-numero-2026-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2><span style="color: #8fbc8f;">GRAND ENTRETIEN </span>| Trump, l’offensive des images</h2>
<p>Enfin, il nous a semblé nécessaire de revenir sur un autre fait tristement « moderne » : l’émergence d’un techno-fascisme, dont la figure de Trump est devenue l’étendard. Alors que son second mandat marque un durcissement autoritaire, nous avons discuté avec Dork Zabunyan, auteur des <em>Fictions de Trump</em> en 2020, de la façon dont ce « monstre politique » utilise les images – de la spectacularisation de son action politique à l’essor de l’intelligence artificielle.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-332960" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-scaled.jpg" alt width="2560" height="853" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-300x100.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-1024x341.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-768x256.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-1536x512.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-2048x683.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-980x327.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-600x200.jpg 600w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Extrait-3-numero-2026-2000x667.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
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		<title>Rebonds — Lisandro Alonso, la Libertad retrouvée</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-lisandro-alonso-la-libertad-retrouvee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 May 2026 14:48:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rebonds]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est l’un des projets les plus singuliers présentés cette année au Festival de Cannes : vingt-cinq après son premier film, La Libertad, Lisandro Alonso livre une suite aux déambulations de Misael, un bûcheron dont on...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-lisandro-alonso-la-libertad-retrouvee/" title="Read  Rebonds — Lisandro Alonso, la Libertad retrouvée">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est l’un des projets les plus singuliers présentés cette année au Festival de Cannes : vingt-cinq après son premier film, <em>La Libertad</em>, Lisandro Alonso livre une suite aux déambulations de Misael, un bûcheron dont on suivait les actions prosaïques dans la forêt. En attendant donc <em>La Libertad Doble</em>, il nous fallait réarpenter la nature luxuriante de la Pampa et revenir à ce film hybride, qui cultive à partir de presque rien un vertige. De quoi <em>La Libertad</em> est-elle le nom ? Le «slow cinéma» existe-t-il ? Alonso serait-il aujourd’hui, avec Weerasethakul, le dernier des modernes ? Toutes ces questions sont à l’honneur de ce nouvel épisode de Rebonds.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/zM5PqX1U5hA?si=ZecJDqigU6MZXRNX" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Josué Morel et Robin Vaz.</p>
<p><strong>Image :</strong> Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Montage :</strong> Karim Roussel.</p>
<p><strong>Musique :</strong> Emile Petitperrin.</p>
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		<title>Do You Love Me</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/do-you-love-me/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 May 2026 10:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Do You Love Me répond à une urgence plus que jamais d’actualité : face à l’absence d’archives nationales libanaises, la cinéaste Lana Daher mène un travail de collecte, de documentation et de collage pour son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/do-you-love-me/" title="Read  Do You Love Me">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Do You Love Me </em>répond à une urgence plus que jamais d’actualité : face à l’absence d’archives nationales libanaises, la cinéaste Lana Daher mène un travail de collecte, de documentation et de collage pour son premier long métrage, qui prend la forme d’un journal à la fois intime et collectif. Couvrant plus de soixante-dix ans et nourri d’une variété de régimes d’images (fiction, documentaire, photos et vidéos de famille, clips, reportages télévisés…) issus de plus de vingt mille sources, le film se situe à cheval entre le documentaire et l’essai. D’un côté, il rend compte de la vie au Liban, et à Beyrouth en particulier, à travers une pluralité de points de vue ; de l’autre, il dépasse rapidement l’horizon de l’assemblage pour composer un récit à part entière à partir de son montage (signé Qutaiba Barhamji). Ainsi, une attente joyeuse à l’aéroport se prolonge dans l’image d’un corbillard, comme si les plans, arrachés à des contextes différents, s’agençaient ensemble pour tisser un récit implicite.</p>
<p>Ce faisant, le film s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’usage des archives et leur manipulation, au sens matériel comme symbolique. <em>Do You Love Me</em> travaille les images dans une logique de mise en commun, à la fois des éléments de la mémoire collective d’un pays, mais aussi des films eux-mêmes. De cette logique émerge un monde à part entière, construit à partir de fragments disparates : les personnages des films de Heiny Srour et Jocelyne Saab (deux cinéastes libanais), la voix de Dalida, ou encore la photographie d’un cheval prise à l’aéroport de Beyrouth par George Semerdjian. Le montage organise ces rencontres selon une logique de résonance plutôt que d’accumulation, notamment grâce à la bande sonore, qui joue un rôle déterminant. C’est le cas d’une scène où, dans une maison détruite, une femme évoque des traditions disparues ; sa voix déborde alors sur d’autres images, plus récentes, de bombardements. En circulant d’un plan à l’autre, le son confère aux fragments une continuité sensible, celle d’une mémoire qui persiste au-delà des époques.</p>
<p>Le film établit un parallèle entre sa forme et la ville de Beyrouth elle-même : «<em> disorientation is part of the journey </em>», nous prévient un texte en grandes lettres jaunes à l’écran. Dès les premières minutes, une voix masculine, probablement celle d’un journaliste, évoque l’incompréhension des voyageurs découvrant la ville. Il en va de même pour le film : le montage procède par associations, presque par esprit d’escalier, mais aussi par ruptures. Lana Daher joue ainsi avec les codes du documentaire ; un passage au début, en apparence didactique, vient en poser les bases. Au bord de la mer, une guide livre à des touristes – et donc ici, par extension, aux spectateur·rices – des informations chiffrées sur la ville (nombre d’habitants, de communautés, superficie, capitale, etc.). La suite du film va contre ce geste : à partir de ces repères factuels, il abandonne toute visée explicative pour procéder par associations, en recomposant la mémoire parfois atomisée de la ville. Aux images de fêtes ou de plages succèdent brusquement celles d’explosions et de conflits. Cette juxtaposition ne relève pas d’un simple effet de choc&nbsp;: elle vise plutôt à rendre compte d’une réalité où la guerre ne constitue pas une parenthèse, mais une donnée intégrée au quotidien. La cinéaste se situe dès lors du côté d’une restitution non pas strictement historique, mais mémorielle ; la réussite du film tient dans cette mise en récit du principe même de l’archive.</p>
<p>Dans <em>Les Trois Disparitions de Soad Hosni</em>, la cinéaste libanaise Rania Stephan racontait la vie de la comédienne égyptienne à partir d’un collage constitué exclusivement d’extraits de ses films, posant la question de ce que sa filmographie disait de son existence. Avec <em>Do You Love Me</em>, Lana Daher déplace cette interrogation : que racontent les images d’une ville lorsqu’elles sont libérées de leur fonction purement documentaire ? Le film ne cherche pas à sédimenter un récit, mais à en faire circuler les éléments. En cela, il transforme l’archive : non plus en preuve, mais en un espace de circulation à partir duquel finit par s’esquisser une forme d’unité – fragile, mais porteuse de la possibilité de recomposer un récit commun.</p>
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		<item>
		<title>L’ombre d’un doute — The Drama / Juste une illusion</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-the-drama-juste-une-illusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:31:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de The Drama de Kristoffer Borgli et de Juste une illusion d’Éric Toledano et Olivier Nakache. Disponible...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-the-drama-juste-une-illusion/" title="Read  L’ombre d’un doute — The Drama / Juste une illusion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Drama</em></a> de Kristoffer Borgli et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Juste une illusion</em></a> d’Éric Toledano et Olivier Nakache.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p>Avec : Clément Colliaux et Josué Morel.</p>
<p>Enregistrement : Clément Colliaux.</p>
<p>Montage : Luca Mongai.</p>
<p>Musique : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Sharon Lockhart, déplier le monde</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/sharon-lockhart-deplier-le-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une anecdote raconte que lors des premières projections du Déjeuner de bébé à la fin du XIXe siècle, l’attention du public se portait moins sur l’action principale – le repas de l’enfant en bas âge...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/sharon-lockhart-deplier-le-monde/" title="Read  Sharon Lockhart, déplier le monde">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une anecdote raconte que lors des premières projections du <em>Déjeuner de bébé</em> à la fin du XIXe siècle, l’attention du public se portait moins sur l’action principale – le repas de l’enfant en bas âge d’Auguste Lumière sur la terrasse de sa villa à La Ciotat – que sur les feuilles agitées par le vent, à l’arrière-plan du cadre. Ce n’était pas la scène domestique consciemment élaborée par les frères Lumière qui fascinait, mais plutôt l’inscription chaotique du frémissement du monde sur la pellicule. L’épisode intéressera par la suite les historiens et théoriciens soucieux de saisir l’ontologie du médium<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332721_188('footnote_plugin_reference_332721_188_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332721_188('footnote_plugin_reference_332721_188_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332721_188_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332721_188_1" class="footnote_tooltip">Jean-Michel Frodon y revient par exemple dans son article <a href="https://shs.cairn.info/revue-raison-presente-2020-2-page-57" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;Le cinéma et le réel : les feuilles bougent encore&nbsp;»</a>, paru en 2020 dans le numéro 214–215 de la revue <em>Raison présente</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332721_188_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332721_188_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> : contrairement à la peinture ou au théâtre, « l’œil de la machine » est doté d’un inconscient optique, qui capte indifféremment la multiplicité des phénomènes présents devant lui. Cet étonnement primitif n’est bien sûr plus le même aujourd’hui, les spectateurs s’étant largement accoutumés aux images en mouvement, qui se sont par ailleurs démultipliées : il faut bien l’avouer, il est dorénavant rare de s’émouvoir de l’agitation d’un arbre dans le fond d’un plan. C’est pourtant avec cette expérience séminale que semble vouloir renouer tout un pan du cinéma expérimental contemporain. Deux de ses représentants les plus célèbres étaient justement présents lors de la dernière édition du Cinéma du réel : James Benning et Sharon Lockhart – deux cinéastes ayant d’ailleurs réalisé par le passé une variation sur <em>La Sortie de l’usine Lumière à Lyon</em> (<em>John Krieg Exiting the Falk Corporation in 1971</em> pour le premier et <em>Exit</em> pour la seconde). Leur cinéma se caractérise par une exigence en apparence simple, résumée par Benning avec une formule rudimentaire qui donnait son titre à son cours au California Institute of the Arts : «&nbsp;<em>Looking and Listening&nbsp;</em>». Derrière la sobriété de l’énoncé, qui concerne autant la méthode de tournage que l’expérience procurée par ses films, il pointe que voir et écouter ne relèvent pas d’une captation passive d’un ensemble de stimuli sensoriels, mais constituent bien des actes à part entière, requérant un certain effort d’apprentissage pour accéder pleinement à ce qu’on filme. Le cinéma de Lockhart procède de la même logique : il repose sur des blocs de durée étirée permettant au regard de déambuler à la surface des cadres pour éprouver plus intensément la matière sensible des plans. <em>Windward</em>, présenté cette année au Cinéma du Réel, en témoigne : composée de douze plans fixes d’environ cinq minutes, cette étude des paysages de l’île Fogo, située à l’extrémité est de Terre-Neuve, se focalise sur l’observation paradoxale d’une force invisible, celle-là même qui troublait les spectateurs du <em>Déjeuner de bébé</em> – le vent.</p>
<h2>La perception dans les plis</h2>
<p>Chaque plan de <em>Windward</em> repose sur une gageure : comment rendre remarquables les manifestations pourtant bien ordinaires d’un élément naturel ? Ou bien, comment nous rendre attentifs, et donc conscients de ce qui constitue normalement notre inconscient perceptif ? À partir d’une lecture de Leibniz, Deleuze identifiait dans <em>Le Pli</em> deux niveaux de perception toujours imbriqués l’un dans l’autre : d’un côté, le «&nbsp;<em>grand pli</em>», qui distingue les formes stables «&nbsp;<em>macroscopiques</em> » en découpant et structurant la perception ; de l’autre, les innombrables «&nbsp;<em>plis minuscules qui ne cessent de se faire et de se défaire, (…) qu’aucun de nos seuils de conscience ne peut supporter dans l’état normal&nbsp;</em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332721_188('footnote_plugin_reference_332721_188_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_332721_188('footnote_plugin_reference_332721_188_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332721_188_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332721_188_2" class="footnote_tooltip">Gilles Deleuze, <em>Le Pli</em>, Minuit, 1988, p. 124.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332721_188_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332721_188_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Chez Lockhart, le cinéma sert précisément d’instrument permettant de sortir de cet « état normal » en reconfigurant les conditions d’observation habituelles. Le choix du cadre fixe mobilise, de la même façon qu’en peinture ou en photographie, le grand pli, en agençant les lignes et volumes formés par les roches, l’horizon de la mer, des édifices ou des sentiers qui segmentent l’espace. C’est d’abord la contemplation de cet assemblage général et immobile qui occupe l’attention, avant que la durée du plan n’invite à se concentrer sur l’infinité d’oscillations internes, lesquelles ressortent d’autant plus nettement qu’elles se détachent de la fixité générale. Autrement dit, le cinéma de Lockhart vise à <em>déplier</em> la perception. «&nbsp;<em>Pli sur plis, tel est le statut des deux modes de perception, ou des deux processus, microscopique et macroscopique. C’est pourquoi le dépli n’est jamais le contraire du pli, mais le mouvement qui va des uns aux autres.&nbsp;</em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332721_188('footnote_plugin_reference_332721_188_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_332721_188('footnote_plugin_reference_332721_188_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332721_188_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332721_188_3" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 124.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332721_188_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332721_188_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>
<p>Outre la durée et la fixité des prises de vue, <em>Windward </em>est guidé par un principe de comparaison qui rend perceptibles les modulations des éléments naturels d’une composition à l’autre. Au fil des douze plans, la force du vent se manifeste à travers une diversité de phénomènes : le mouvement des herbes dans une vaste prairie, les ombres des nuages défilant sur le sol, le tournoiement d’un cerf-volant, etc. La matière sonore de chaque plan enrichit encore l’expérience visuelle, de sorte à affiner notre appréhension météorologique des vues pour distinguer la brise des bourrasques sur les reliefs des rafales côtières. L’eau est un autre motif concerné par cette dynamique : tantôt bleue, tantôt grise, elle déferle par vagues sur le rivage, forme de grands courants autour des formations rocheuses, ou bien reste parfaitement calme jusqu’à ce que la baignade de deux garçons ne vienne perturber sa surface d’ondes circulaires. La diversité des agencements formels, à l’échelle interne des plans comme dans leur enchaînement, restitue la richesse sensible des paysages insulaires. Ils ne composent plus une image unique et totalisante, mais sont appréhendés comme un champ traversé par une multiplicité de forces et de phénomènes.</p>
<h2>Terrain de jeu<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></h2>
<p>Le cinéma de Lockhart ne se limite toutefois pas à la seule contemplation des paysages&nbsp;; contrairement aux films de James Benning, ses cadres accueillent systématiquement une présence humaine. Qu’il s’agisse du travail (la ramasseuse de palourdes dans <em>Double Tide</em>, les agriculteurs de <em>Nō</em>, les ouvriers d’<em>Exit</em>), d’activités sportives (les étudiantes japonaises de <em>Goshogaoka</em>, les danses de <em>Rudzienko</em>), ou de jeux d’enfants (<em>Windward</em>, <em>Podwórka</em>), l’homme s’approprie son environnement<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>pour transformer l’espace en territoire. Ainsi du plus beau plan de <em>Windward</em> : un enfant fait voler un cerf-volant au pied d’un massif rocailleux, tandis qu’au sommet du cadre, de minuscules silhouettes arpentent les hauteurs de l’île. La présence humaine y constitue autant de points d’accroche pour le regard, structurant la lecture de l’image : au premier plan, le cerf-volant qui virevolte et sort régulièrement du champ ; au second, l’enfant vêtu d’un t‑shirt rouge vif, accompagné de l’ombre tourbillonnante du jouet projetée sur la roche ; à l’arrière-plan enfin, une fine ligne formée en pointillé par les randonneurs sur un sentier. L’écart spatial entre ces différents éléments, rendu sensible par la stratification de l’image, produit un effet de profondeur saisissant, qui fait éprouver concrètement les reliefs du paysage. Dans <em>Windward</em>, ce rapport à la nature prend la forme d’une harmonie presque édénique, comme soustraite au temps des hommes. Ce suspens constitue peut-être la limite du film au regard de ses œuvres précédentes, qui reposent davantage sur une friction avec le présent. Dans <em>Podwórka</em>, les jeux d’enfants s’inscrivent ainsi dans le décor délabré de la ville de Łódź : on y voit des cours d’immeubles, des entrepôts désaffectés, ou encore des structures métalliques abandonnées qui sont transformées en bacs à sable, en agrès de fortune ou en cages de football improvisées. Le film illustre alors la capacité des enfants à métamorphoser un paysage, marqué par la destruction, en terrain de jeu adapté à leurs envies.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332722 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-scaled.jpg" alt width="2560" height="1888" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-300x221.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-1024x755.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-768x566.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-1536x1133.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-2048x1511.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-980x723.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Windward-Lockhart-2000x1475.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>Il faut à ce stade revenir sur la particularité de la méthode de tournage de la réalisatrice. Ses films sont toujours précédés d’une longue période de repérage, au cours de laquelle la cinéaste noue des liens étroits avec celles et ceux qu’elle filmera par la suite. Si elle leur demande de rejouer des actions qu’elle a bel et bien observées, il s’agit à chaque fois d’une mise en scène ou d’une reconstitution minutieusement chorégraphiée, avec des costumes et des accessoires pensés pour le tournage. Lockhart se met à distance d’une prétendue transparence du cinéma documentaire, entendu comme captation immédiate du réel. Chez elle, filmer avec justesse l’activité humaine nécessite que celle-ci soit recomposée et transfigurée selon les exigences propres du médium, celles d’un art de l’image et de la durée. Son film <em>Nō</em> en offre l’exemple le plus frappant. En un plan unique, la cinéaste filme le travail d’un couple d’agriculteurs au Japon, adeptes d’une forme traditionnelle proche de la peinture de paysage, le <em>nō-no ikebana</em>. À l’arrière-plan, les reliefs d’une région forestière se déploient, tandis que le premier plan est occupé par un champ fraîchement labouré. Un agriculteur entre par le bord droit du cadre, traverse le champ et dépose une meule de foin à l’extrémité gauche. Quelques secondes plus tard, sa femme effectue le trajet inverse, de gauche à droite. Ils répètent ces mouvements plusieurs fois, constituant trois petits monticules jaunes sur la surface noire : l’un au centre, les deux autres aux extrémités du cadre. Si l’on croit d’abord assister à une simple captation d’un travail agricole ordinaire, quelque chose cloche : en déposant leurs meules de manière aléatoire entre les trois monticules, leurs gestes échappent à toute logique d’efficacité. L’étrange chorégraphie passe à une nouvelle étape lorsque le couple dispose de nouveaux tas de foin devant les précédents, en s’approchant progressivement de la caméra. Trois lignes finissent par se dessiner verticalement, formées par l’alignement des monticules. Pour que ces lignes soient droites à l’écran, il leur a fallu s’adapter aux lois de la perspective imposées par l’optique de la caméra – si elles apparaissent plus ou moins parallèles à l’image, elles sont en réalité convergentes. Lockhart filme ainsi le travail agricole comme une performance artistique, dans le but de restituer dans la matière même du plan le rapport singulier que nouent ces travailleurs à leur environnement, en opposition aux méthodes industrielles.</p>
<p>La beauté du cinéma de Sharon Lockhart tient ainsi à la conjonction et à l’imbrication des deux logiques précédemment évoquées : d’un côté, l’intensification de la perception des phénomènes environnementaux par lesquels les éléments naturels stratifient l’espace ; de l’autre, la présence d’une activité humaine qui reconfigure les dynamiques du cadre. Dans <em>Double Tide</em><i>,</i> cet entrelacement produit une sensation assez vertigineuse. Composé de deux plans d’environ cinquante minutes, le film suit une ramasseuse de palourdes arpentant une plage à marée basse, à l’aube puis au crépuscule. Le cadre est autant façonné par les allers-retours de la travailleuse qui dessinent des formes abstraites sur le sable que par d’infimes variations : la mer se retire lentement ; les sons de la forêt aux alentours se transforment en même temps que la nuit passe au jour, et inversement ; le brouillard se lève progressivement en élargissant la profondeur de champ ; la lumière gagne ou perd en intensité au fil de la journée, etc. Les gestes de la travailleuse se découpent sur un fond lui aussi mobile – celui des astres, de la rotation de la Terre et des mouvements lunaires qui dictent les marées. C’est la dimension métaphysique des films de Lockhart, qu’elle condense dans le plan unique d’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/45e-cinema-du-reel/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eventide</em></a>, en orchestrant à la tombée de la nuit une étrange déambulation sur une plage de l’île suédoise de Gotland. Divisé en deux, le cadre fait se juxtaposer des femmes qui parcourent lentement le sable avec leurs torches de téléphone braquées sur le sol, tandis qu’au-dessus d’elles s’étend le ciel illuminé par une pluie d’étoiles filantes. L’effet de miroir établit une correspondance entre les deux parties de l’écran, non pas pour distinguer deux mondes séparés, mais pour faire sentir que l’échelle humaine et cosmique sont prises dans un même tissu sensible.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332723 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="895" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-300x105.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-1024x358.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-768x268.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-1536x537.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-2048x716.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-980x343.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Lockhart-montage-2000x699.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332721_188();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332721_188();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332721_188">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332721_188" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332721_188('footnote_plugin_tooltip_332721_188_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332721_188_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean-Michel Frodon y revient par exemple dans son article <a href="https://shs.cairn.info/revue-raison-presente-2020-2-page-57" target="_blank" rel="noopener noreferrer">«&nbsp;Le cinéma et le réel : les feuilles bougent encore&nbsp;»</a>, paru en 2020 dans le numéro 214–215 de la revue <em>Raison présente</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332721_188('footnote_plugin_tooltip_332721_188_2');"><a id="footnote_plugin_reference_332721_188_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gilles Deleuze, <em>Le Pli</em>, Minuit, 1988, p. 124.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332721_188('footnote_plugin_tooltip_332721_188_3');"><a id="footnote_plugin_reference_332721_188_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 124.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332721_188() { jQuery('#footnote_references_container_332721_188').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332721_188').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332721_188() { jQuery('#footnote_references_container_332721_188').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332721_188').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332721_188() { if (jQuery('#footnote_references_container_332721_188').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332721_188(); } else { footnote_collapse_reference_container_332721_188(); } } function footnote_moveToReference_332721_188(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332721_188(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332721_188(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332721_188(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/sharon-lockhart-deplier-le-monde/">Sharon Lockhart, déplier le monde</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Cannes 2026, la France dans tous ses états</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes 2026]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Où va le cinéma français&#160;? Cette question, elle se pose de plusieurs manières dans le cadre de cette édition du Festival de Cannes&#160;; on serait même tenté de dire, à l’aube de son lancement, qu’elle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/" title="Read  Cannes 2026, la France dans tous ses états">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Où va le cinéma français&nbsp;? Cette question, elle se pose de plusieurs manières dans le cadre de cette édition du Festival de Cannes&nbsp;; on serait même tenté de dire, à l’aube de son lancement, qu’elle est au cœur du tableau dressé par son programme. Tout d’abord, au regard de l’importance de la délégation française en compétition, qui concerne huit titres sur vingt-deux, si l’on compte trois metteurs en scène étrangers ayant tourné en France – Ryūsuke Hamaguchi (<em>Soudain</em>), László Nemes (<em>Moulin</em>) et Asghar Farhadi (<em>Histoires parallèles</em>). Ce contingent se distingue aussi par le fait que les cinq Français «&nbsp;officiels&nbsp;» sont tous, fait exceptionnel, des cinéastes relativement jeunes et des primo-postulants à la Palme d’or&nbsp;: Arthur Harari (<em>L’Inconnue</em>), Léa Mysius (<em>Histoires de la nuit</em>), Jeanne Herry (<em>Garance</em>), Emmanuel Marre (<em>Notre salut</em>) et Charline Bourgeois-Tacquet (<em>La Vie d’une femme</em>). Les sélections parallèles ne sont pas en reste et témoignent là encore d’une prédominance inédite pour le cinéma hexagonal&nbsp;; la quasi-intégralité des films projetés hors compétition et en séances de minuit sont français, tandis que l’on retrouvera en dehors de la sélection officielle de nombreux auteurs reconnus. Ce sera le cas à la Quinzaine des cinéastes, avec Bruno Dumont, Alain Cavalier, Quentin Dupieux et Radu Jude, qui présentera une nouvelle adaptation (tournée à Bordeaux) du <em>Journal d’une femme de chambre</em> d’Octave Mirbeau. La Semaine de la critique et l’ACID dévoileront quant à elles des premiers films précédés d’une bonne rumeur, <em>La Gravida</em> de Marine Atlan et <em>Barça Zou</em> de Paul Nouhet, ainsi que le deuxième long-métrage du documentariste Guillaume Massart (<em>La Détention</em>), qui avait marqué les esprits avec <em>La Liberté</em>.</p>
<p>Cette concentration pourrait être lue comme la preuve de la vitalité éclatante d’un système de production. Mais une ombre plane&nbsp;; un non-dit qui vient noircir le «&nbsp;cocoricorisme&nbsp;» esquissé par ce panorama. Car la 79<sup>e</sup> édition du festival pourrait malheureusement être, plutôt qu’un cri du coq, un chant du cygne, à un an d’une présidentielle à haut risque pour le pays en général et le cinéma français en particulier, régulièrement attaqué ces derniers mois par l’écosystème médiatique de Bolloré (qui est désormais par ailleurs conjointement le principal argentier du cinéma français avec Canal +<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332761_190('footnote_plugin_reference_332761_190_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332761_190('footnote_plugin_reference_332761_190_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332761_190_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332761_190_1" class="footnote_tooltip">Mais avec une participation à la baisse de <a href="https://ecran-total.fr/2026/01/13/canal-reduit-ses-investissements-de-35-sur-le-cinema-francais/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">35% par rapport aux années précédentes</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332761_190_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332761_190_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et le potentiel futur actionnaire principal du groupe UGC) ou dans le cadre de la commission sur l’audiovisuel public, au sein de laquelle le sinistre Charles Alloncle a pilonné le contrat liant France Télévisions au festival. La sélection de Thierry Frémaux offre un contrepoint au narratif de l’extrême droite, en mettant en avant non seulement des films français réalisés par des cinéastes jeunes et des auteurs internationaux, mais aussi un nombre record de coproductions. Statistique là encore vertigineuse&nbsp;: seize titres en compétition bénéficient de fonds français – à titre de comparaison, on en retrouvait seulement huit en 2024. Et cette volonté de marquer une forme de «&nbsp;résistance&nbsp;» s’exprime également dans les sujets des films&nbsp;: si Cannes est un festival parfois paradoxal dans sa volonté de concilier le glamour avec des velléités politiques, la présence de deux films sur l’Occupation, <em>Notre salut</em> et <em>Moulin</em>, est la trace supplémentaire d’un <em>zeitgeist </em>qui travaille l’imaginaire des cinéastes, retournant vers un passé funeste pour mieux commenter le temps présent<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332761_190('footnote_plugin_reference_332761_190_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_332761_190('footnote_plugin_reference_332761_190_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332761_190_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332761_190_2" class="footnote_tooltip">À ces deux films s’ajoute un troisième, sur un versant toutefois plus spectaculaire et patriotique : la première partie de <em>La Bataille de Gaulle</em>, projetée hors compétition.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332761_190_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332761_190_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Cannes, à sa petite échelle, sera donc peut-être une étape dans la bataille culturelle qui se joue à l’heure actuelle – en témoigne <a href="https://www.lesinrocks.com/non-classe/tribune-pour-un-front-culturel-anti-rn-694787-28-04-2026/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la récente tribune publiée </a><a href="https://www.lesinrocks.com/non-classe/tribune-pour-un-front-culturel-anti-rn-694787-28-04-2026/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">dans </a><a href="https://www.lesinrocks.com/non-classe/tribune-pour-un-front-culturel-anti-rn-694787-28-04-2026/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Inrocks</em></a> prônant la formation d’un « front culturel anti RN&nbsp;». Reste aux films de se montrer à la hauteur du moment et d’être conséquents s’ils décident de questionner les maux de la société française. La première salve de réponses arrive bientôt dans les salles, où vous pourrez découvrir, en même temps que les festivaliers, deux films non encore cités qui nourriront le grand récit collectif produit par le cinéma français en 2026 : <em>L’Abandon</em> de Vincent Garancq, film-dossier retraçant les derniers jours de Samuel Paty, et <em>L’Objet du délit</em> d’Agnès Jaoui, comédie sur les scandales de VSS dans la culture et les conséquences de #MeToo.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332761_190();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332761_190();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332761_190">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332761_190" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332761_190('footnote_plugin_tooltip_332761_190_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332761_190_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Mais avec une participation à la baisse de <a href="https://ecran-total.fr/2026/01/13/canal-reduit-ses-investissements-de-35-sur-le-cinema-francais/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">35% par rapport aux années précédentes</a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332761_190('footnote_plugin_tooltip_332761_190_2');"><a id="footnote_plugin_reference_332761_190_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À ces deux films s’ajoute un troisième, sur un versant toutefois plus spectaculaire et patriotique : la première partie de <em>La Bataille de Gaulle</em>, projetée hors compétition.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332761_190() { jQuery('#footnote_references_container_332761_190').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332761_190').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332761_190() { jQuery('#footnote_references_container_332761_190').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332761_190').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332761_190() { if (jQuery('#footnote_references_container_332761_190').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332761_190(); } else { footnote_collapse_reference_container_332761_190(); } } function footnote_moveToReference_332761_190(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332761_190(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332761_190(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332761_190(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/cannes-2026-la-france-dans-tous-ses-etats/">Cannes 2026, la France dans tous ses états</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>La Persécution</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-persecution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-persecution/" title="Read  La Persécution">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
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		<title>Ross McElwee : « Lorsque je filme, l’art et la vie composent une étrange équation »</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/ross-mcelwee-lorsque-je-filme-lart-et-la-vie-composent-une-etrange-equation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’occasion de la présentation de Remake au festival Cinéma du réel, nous avons rencontré Ross McElwee pour évoquer ce...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/ross-mcelwee-lorsque-je-filme-lart-et-la-vie-composent-une-etrange-equation/" title="Read  Ross McElwee : « Lorsque je filme, l’art et la vie composent une étrange équation »">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>À l’occasion de la présentation de </em>Remake<em> au festival Cinéma du réel, nous avons rencontré Ross McElwee pour évoquer ce dernier film très émouvant, dans lequel il reparcourt sa vie et sa filmographie à l’aune de la mort de son fils Adrian et du projet de remake fictionnel de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/visions-du-reel-20e-edition/" target="_blank" rel="noopener">Sherman’s March</a> <em>par un réalisateur de comédies hollywoodiennes.</em></p>
<p><strong>J’ai entendu parler pour la première fois de <em>Remake</em> lors de votre rétrospective conjointe avec Alain Cavalier à la Cinémathèque du documentaire en 2019. Vous évoquiez alors ce projet comme un making-of du remake annoncé de <em>Sherman’s March</em> par Hollywood. Ce dernier n’a finalement jamais vu le jour, comme on l’apprend dans le film, mais vous avez conservé votre titre et, d’une certaine manière, étendu le concept de « remake ».</strong></p>
<p>Le terme de «&nbsp;remake&nbsp;» recouvre en effet plusieurs aspects ici. Il inclut le remake de <em>Sherman’s March</em>, mais aussi l’idée de <em>remaker</em> ma vie après la mort de mon fils et de la « refaire » avec Hyun [NDLR : Kyeung Kim, son épouse, également documentariste]. Il renvoie par ailleurs à mon utilisation des images tournées par Adrian, pour en tirer le « remake » d’un film qu’il allait peut-être réaliser. Tous ces différents niveaux s’entremêlent.</p>
<p><strong>Il y en a aussi un autre, puisque que vous insérez au montage des séquences de vos précédents films, comme pour leur conférer un nouveau sens.</strong></p>
<p>Revoir aujourd’hui un film tel que <em>Time Indefinite</em> (1993) revient, en tout cas pour moi, à le remaker dans ma conscience : il ne s’agit plus du même film. C’est ce que j’entends dans la scène de <em>Remake</em> où, à l’occasion d’une rétrospective à Prague, je me retrouve à revoir des bouts du film alors que mon ex-épouse et moi venons de nous séparer et que je suis déprimé. Depuis la cabine de projection où défile sur la copie 35 mm la séquence de mon mariage, j’explique alors que le film a été tourné comme un documentaire, mais qu’il est devenu une fiction.</p>
<p><strong>Ce qui renvoie à la notion de «&nbsp;<em>documentaires fictionnels</em>&nbsp;» de Frederick Wiseman, que vous aimez citer. </strong></p>
<p>Je crois que Fred Wiseman utilisait cette expression pour se référer au fait que, lorsque l’on enregistre des moments tirés de la réalité qui peuvent être assez banals, nous avons la responsabilité de les rendre intéressants pour le spectateur. C’est là qu’intervient le montage&nbsp;: on ne peut pas juste projeter les rushes. Pour moi, il s’agit d’une certaine manière de retrouver cette même connexion magique que peut avoir un spectateur avec un film de fiction. Le cinéma documentaire ne peut pas éviter de se poser ces questions-là. Il faut toujours un semblant d’histoire ou de narration, quelque chose qui agrippe le spectateur.</p>
<p><strong>D’où le fait que si votre œuvre constitue un long journal filmé, chaque film développe un sujet qui lui est propre, qu’il s’agisse de l’industrie du tabac dans <em>Bright Leaves</em>, d’un voyage effectué en France pendant votre jeunesse dans <em>Photographic Memory</em>, ou ici du projet de remake de <em>Sherman’s March</em>. On identifie bien dès lors ce que vous tournez dans le cadre d’un récit, mais les films contiennent toujours des images plus quotidiennes.</strong></p>
<p>En effet, je filme souvent juste pour filmer. Ce que je dis au début de <em>Remake</em> est vrai : j’ai beaucoup filmé mon fils quand il était enfant. Je tournais simplement parce que les moments étaient beaux et représentatifs de mon lien avec lui, mais aussi de son lien avec moi. Si je pensais que, peut-être, un pourcentage minuscule de ces images se retrouverait un jour dans un film, je savais <em>a minima</em> qu’un jour lui et moi les regarderions ensemble. C’est pareil avec les images que j’ai de ma fille.</p>
<p><strong>Vous devez avoir beaucoup d’archives.</strong></p>
<p>Au bout de cinquante ans, oui, ça commence à faire beaucoup.</p>
<p><strong>Comment sont-elles rangées ou organisées&nbsp;?</strong></p>
<p>Elles ne le sont pas (<em>rires</em>).</p>
<p><strong>Je pose la question car lorsque j’ai découvert <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamitie/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’Amitié</em></a>, le dernier film d’Alain Cavalier, j’ai été pris de vertige en considérant que le film n’avait pas nécessité de tournage, que la matière était déjà présente dans les archives de Cavalier. Pensez-vous qu’il y a des films potentiels dans vos archives&nbsp;?</strong></p>
<p>Oui, bien sûr. En vieillissant, il est même de plus en plus probable que je me tourne vers le passé davantage que vers le présent. Pour être honnête, je n’ai pas beaucoup de futur qui m’attend, enfin juste un peu, donc ça me semble naturel de regarder en arrière. Dans mes archives, il y a d’ailleurs la fois où j’ai déjeuné avec Alain Cavalier pendant notre rétrospective. Mon français n’est pas très bon et lui ne parle pas du tout anglais, donc nous nous sommes simplement assis l’un en face de l’autre et il a sorti une caméra pour filmer le restaurant, puis a pointé son objectif sur moi, et je l’ai imité. Nous avons ensuite échangé nos appareils pour regarder les images de l’autre. C’était notre façon de communiquer.</p>
<p><strong>Parmi les séquences qui reviennent dans <em>Remake</em>, il y a celle de <em>Sherman’s March</em> où votre amie Charleen vous intime d’arrêter de filmer alors qu’elle vous présente à une amie, en s’insurgeant&nbsp;: «&nbsp;<em>this is not art, this is life!</em> ». Il s’agit bien sûr de la question centrale de votre cinéma, avez-vous évolué depuis&nbsp;sur la réponse à lui apporter ? </strong></p>
<p>Je ne la connais toujours pas&nbsp;! Mais c’est une sorte de blague. À ce moment du film, Charleen est plus ou moins en train de jouer, bien que la scène soit totalement spontanée. Je n’avais aucune idée de qu’elle allait dire, tout se déploie exactement comme vous le voyez. Mais en réalité, lorsque je filme, l’art et la vie composent une étrange équation. Je peux vous donner un autre exemple&nbsp;: dans <em>Time Indefinite</em>, il y a cette scène où je parle à mon frère, qui est docteur, juste après la mort de notre père. Ma voix-off dit alors quelque chose de ce genre&nbsp;: «&nbsp;<em>J’imaginais qu’il en saurait davantage sur les raisons médicales de la mort de mon père que moi</em>&nbsp;». Et lui me regarde, et dit&nbsp;: «&nbsp;<em>Je ne sais pas comment il est mort</em>&nbsp;». J’avais été tellement surpris par cette réponse. Il ajoute qu’il pense que c’est une crise cardiaque, mais que ça aurait pu être un anévrisme, qu’il n’en sait rien, car il n’y a pas eu d’autopsie. Je croyais qu’il aurait la curiosité d’en savoir plus, mais il était comme moi, simplement sous le choc. Il a tout de même ajouté&nbsp;: «&nbsp;<em>Il est mort instantanément, et si tu dois mourir, c’est la bonne manière de le faire</em>&nbsp;». C’est tout ce qu’il avait à dire. Ce que je sais, c’est que je n’aurais pas eu cette conversation avec mon frère si je n’étais pas en train de filmer. Donc l’art et la vie sont interconnectés, ou plutôt dans ce cas, l’art et la mort [<em>il serre ses mains ensemble</em>].</p>
<p><strong>Vous voulez dire que filmer vous permet de vivre plus intensément&nbsp;?</strong></p>
<p>Disons que cela permet d’interagir plus directement que d’ordinaire avec des gens que vous connaissez et que vous aimez.</p>
<p><strong>Une des raisons pour lesquelles je suis attaché à la forme du journal filmé tient à ce qu’elle incite souvent le ou la cinéaste à théoriser en direct sa pratique. C’est particulièrement saillant chez vous, puisque vous semblez toujours réfléchir à haute voix sur la nature de vos images ou au sens qu’elles peuvent revêtir.</strong></p>
<p>Toutes ces réflexions naissent sur la table de montage, lorsque je découvre les images. C’est une différence notable avec Cavalier, qui lui commente en filmant, ce dont je suis incapable, car je ne réfléchis pas assez rapidement&nbsp;! Mais pour donner un exemple : dans <em>Bright Leaves</em>, il y a un plan de mon reflet dans une vitre, tenant une caméra installée sur un trépied. En le tournant, je pense que je n’avais aucune idée de ce que ce plan signifiait pour moi. Mais quand je l’ai vu en salle de montage, j’ai pu prononcer cette phrase que l’on entend à ce moment-là dans le film&nbsp;: «&nbsp;<em>pour moi, filmer est merveilleusement addictif</em>&nbsp;». Donc je dirais que je ne théorise pas en même temps que je tourne, mais plutôt que je tire les idées du matériau même.</p>
<p><strong><em>Remake</em>, par son sujet et sa nature ressemble à un dernier film. Mais vous avez évoqué lors du débat suivant la projection que vous aviez le désir d’en réaliser encore un.</strong></p>
<p>Je pense que oui. Je n’ai pas d’idée, mais c’est une sensation. Avant <em>Remake</em>, je me suis aussi essayé à l’écriture car, après la mort de mon fils, je ne pouvais pas me résoudre à regarder des images où il apparaissait, mais je voulais faire quelque chose pour honorer sa vie. J’ai donc demandé à un assistant de faire des captures d’écran d’Adrian dans mes films, et j’ai commencé à écrire sept ou huit chapitres pour les sept ou huit films dans lesquels il fait une apparition. J’ai écrit sur ce qu’il se passait dans sa vie et dans la mienne à ces différentes époques. C’était un processus assez long, qui m’a permis en quelque sorte de briser la glace. Ce n’est qu’ensuite que j’ai pu réellement regarder les images, et donc travailler sur le film, même si ça reste très douloureux encore aujourd’hui. J’ai d’ailleurs précisé lors de la séance que c’était la dernière fois que j’accompagnais une projection de <em>Remake</em>. Pour revenir à l’écriture, je ne suis pas écrivain, ce n’était pas quelque chose de naturel pour moi, mais peut-être que je ferai quelque chose de ces quelques chapitres. Mais sinon, oui, j’ai la sensation qu’il me reste un film à faire. J’aimerais que ce soit un film joyeux.</p>
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		<title>L’Héritage</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lheritage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lheritage/" title="Read  L’Héritage">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lheritage/">L’Héritage</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Le Viol (le cas Anders)</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-viol-le-cas-anders/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-viol-le-cas-anders/" title="Read  Le Viol (le cas Anders)">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
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		<title>Anja Breien en trois films</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/retrospective/anja-breien-en-trois-films/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rétrospective]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie Wives, réponse féministe au célèbre Husbands de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/anja-breien-en-trois-films/" title="Read  Anja Breien en trois films">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Malavida organise depuis le 31 mars une rétrospective consacrée à Anja Breien, d’abord avec la ressortie de la trilogie <em>Wives</em>, réponse féministe au célèbre <em>Husbands</em> de Cassavetes. Les trois films cette fois-ci mis en avant, réalisés entre 1971 et 1981, frappent par leur grande hétérogénéité : l’étude criminelle (<em>Le Viol</em>), la fable historique (<em>La Persécution</em>) et le drame familial (<em>L’Héritage</em>). Les sujets de prédilection de la réalisatrice (la condition féminine, les inégalités sociales, le système pénal) rattachent son œuvre à un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>politique</em>. Mais comment rapprocher le destin d’un jeune homme poursuivi pour violences sexuelles de celui d’une femme accusée de sorcellerie au début du XVIIe siècle ou d’une famille bourgeoise ? S’il y a une pensée politique dans la filmographie d’Anja Breien, elle n’est pas à chercher dans une galerie de personnages types ou dans un regard âpre sur le monde ; il faudrait plutôt la saisir dans un style où priment une absence de psychologie, un attachement profond aux conditions matérielles d’existence et une attention fine aux structures dans lesquelles s’inscrivent les individus.</p>
<h2>Les choses</h2>
<p>Premier film de la réalisatrice, <em>Le Viol</em>, sous-titré <em>Le Cas Anders</em>, marque également le début de la « nouvelle vague norvégienne ». Le coup de force de ce galop d’essai tient à la rupture de la continuité temporelle du récit. Après une séquence d’exposition présentant successivement le viol d’une femme bourgeoise dans la neige (sans que le visage du criminel ne soit jamais révélé) et la vie quotidienne d’Anders (Svein Sturla Hungnes), un jeune ouvrier qui devient le suspect principal, le film superpose la chronique linéaire de l’enquête et le compte-rendu rétrospectif du procès qui en découle. Un tel choix de mise en scène, qui met en parallèle le travail de la police et le jugement du tribunal, transforme le film de procès classique en une subtile étude qui vise à mettre en évidence la parfaite équivalence entre les deux institutions. En employant le même régime de plans dans les deux fils du récit, la cinéaste met en évidence une série d’objets sur laquelle se fonde l’ensemble de l’affaire. Les pages du Code pénal, filmées en plan fixe, s’égrènent par ailleurs au fil du récit, pour insister sur la dimension matérielle de la loi. Du côté de l’enquête, la caméra s’attarde sur une suite de pièces à conviction : une empreinte de bottes « Tiger » parfaitement moulée dans la neige, une tenue pour l’hiver récemment lavée, des portes jarretelles roses et une culotte turquoise maculée de deux petites taches gris-blanc à l’entrejambe. Les preuves forment au fur et à mesure de l’enquête une guirlande de signes à deux battants : tandis que le jury voit en elle une raison de punir (ou de ne pas le faire), le spectateur n’aperçoit que la matière muette des objets qui défilent sous son regard. Même si les films suivants de Breien seront moins empreints d’une esthétique documentaire, ils miseront toujours sur cette distance critique entre les mots et les choses. La séquence d’ouverture de <em>L’Héritage</em>, où est filmée en caméra subjective la maison vide d’un grand industriel tout juste décédé, fait des objets le ferment d’une biographie mythifiante qui sert à masquer un lourd secret familial. De la même manière, c’est la possession d’herbes médicinales qui fera d’Eli Laupsaud une sorcière aux yeux des villageois fanatiques de <em>La Persecution</em>.</p>
<h2>La danse</h2>
<p>Malgré la grande diversité des récits qui composent l’œuvre d’Anja Breien, il est possible de saisir une forme d’unité dans l’intérêt qu’elle porte à des individus isolés face à des communautés menaçantes. Ainsi du <em>Cas Ander</em>s, qui constitue en quelque sorte une critique du système judiciaire norvégien, et de <em>La Persécution</em>, inspirée d’une véridique chasse aux sorcières, mais aussi de <em>L’Héritage</em>, qui semble à première vue marquer un pas de côté dans sa filmographie. C’est pourtant dans ce film qu’elle développe ce motif avec le plus de finesse. Le récit est des plus simples : les secrets enfouis d’une famille bourgeoise remontent progressivement à la surface lorsqu’elle doit faire le partage de l’héritage du patriarche récemment disparu. Sans que le film n’abatte immédiatement ses cartes, deux personnages se détachent peu à peu du groupe : le premier fils, Jon (Espen Skjønberg) et sa plus jeune fille, Hanna (Häge Juve). La différence de traitement des personnages ne repose pas ici sur leur importance scénaristique ou sur le temps qui leur est accordé, mais sur les mouvements de caméra. Dans une séquence rythmée par un air de l’opéra de Rossini <em>La Pie voleuse</em>, la collecte d’objets de la maison familiale se transforme momentanément en ballet dans une série de plans fixes filmant avec soin la légèreté de chaque mouvement, jusqu’à ce que la caméra se concentre sur Hanna, qui regarde longuement le portrait du défunt. Le plan fixe s’interrompt pour suivre pendant quelques secondes la déambulation de la jeune fille pensive. La mise en scène distille ces quelques éléments proleptiques (la jeune fille est, évidemment, l’objet d’un lourd secret qui ne sera révélé que dans les dernières minutes du film) sans jamais appuyer sur ses effets, comme si les gestes seuls suffisaient à dire ce qui est tu. Un individu isolé, chez Anja Breien, c’est celui qui ne parvient pas à suivre la chorégraphie du groupe. Seul l’amour change brièvement la donne. Dans l’unique scène d’harmonie amoureuse de <em>La Persecution</em>, Eli et Aslak (Bjørn Skagestad) adoptent le même rythme dans de longs plans qui accompagnent doucement le couple.</p>
<h2>Les spectres</h2>
<p>Dans un cinéma jonché d’indices et de signes muets, où l’intériorité des personnages n’est jamais révélée, assigner un sens trop fort à la matière constitue un acte destructeur. C’est une série d’objets qui actera le délitement des liens familiaux de <em>L’Héritage</em> ou qui hantera Anders dans <em>Le Viol</em>, juste avant la scène finale, lorsqu’il pousse un dernier cri d’angoisse. De hantise, il en est aussi question dans <em>La Persécution</em>. Comme dans L’Héritage, la cinéaste part d’un récit relativement simple : en 1630, une jeune femme est victime de la panique générale d’un village et finit brûlée pour sorcellerie. Mais c’est le chef d’accusation qui constitue la grande originalité du film : dans une scène centrale, qui marque un point de bascule, Aslak voit sa bien-aimée dans un mirage, en plein milieu de la plaine déserte. Manipulé par les rumeurs, le jeune homme perçoit dans cette vision amoureuse une manifestation surnaturelle. Eli est en somme accusée d’être une sorcière parce que son amant juge qu’il a été envouté par elle. L’apparition creuse ainsi le tombeau de la jeune femme aux deux tiers du film : vivante, elle hante déjà les consciences comme un spectre. Une autre scène brillante révèle la perversité d’un regard qui transforme tout ce qu’il voit en signe dévastateur, lorsque des villageois retrouvent un homme gelé dans un bloc de glace et l’interprètent comme un présage divin. Le réalisme d’Anja Breien contraste alors avec le discours de ses personnages, qui se consument à en dire trop, ou pas assez sur ce qu’ils regardent.</p>
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		<title>Fragments choisis du 48e Cinéma du réel</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/fragments-choisis-du-48e-cinema-du-reel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que retenir de de la dernière édition du festival Cinéma du Réel ? Trois cinéastes y ont particulièrement brillé : James Benning, Radu Jude et Ross McElwee. Eight Bridges de James Benning Que serait une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/fragments-choisis-du-48e-cinema-du-reel/" title="Read  Fragments choisis du 48e Cinéma du réel">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Que retenir de de la dernière édition du festival Cinéma du Réel ? Trois cinéastes y ont particulièrement brillé : James Benning, Radu Jude et Ross McElwee.</em></p>
<h2><em>Eight Bridges</em> de James Benning</h2>
<p>Que serait une édition de Cinéma du Réel sans la projection d’un nouveau film de James Benning ? Un an après <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinema-du-reel-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Little Boy</em></a>, pas de côté autobiographique reparti avec le Grand Prix, <em>Eight Bridges</em> était présenté en séance spéciale, juste avant <em>Remake</em> de Ross McElwee, autre vieux maître américain à l’honneur ce jour-là. Par son titre programmatique (le film est, tenez-vous bien, constitué de huit plans de ponts), <em>Eight Bridges</em> s’inscrit dans le sillon de deux œuvres majeures de Benning&nbsp;: <em>Ten Skies</em> et <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/lexperience-benning/" target="_blank" rel="noopener"><em>13 Lakes</em></a>. Ces films héritiers de la tradition du «&nbsp;cinéma structurel&nbsp;» (catégorie du cinéma expérimental privilégiant les plans fixes et la prédétermination d’une forme générale par laquelle passe le sens profond du film), composés de plans de paysages d’exactement dix minutes, sont parmi les plus éthérés de Benning&nbsp;; ils se présentent comme de pures études formelles, sans trace d’un quelconque discours. <em>Eight Bridges</em>, accompagné dans le catalogue du festival d’un synopsis laconique et mystérieux («&nbsp;<em>It seems to be the time to consider bridges</em> ») dresse pourtant un pont entre la facette strictement méditative du cinéaste paysagiste et une autre, plus politique. Les ponts ont de fait une portée métaphorique plus nette que les lacs ou les nuages, celle d’un lien entre les peuples et les territoires. Les édifices en question, qu’il s’agisse de structures emblématiques (le Golden Gate de San Francisco ou le George Washington Bridge de New York) ou de ponts plus méconnus, évoquent par ailleurs, dans plusieurs cas, des événements précis. Sur le Pont Edmund-Pettus en Alabama, du nom d’un officier des armées confédérées (par ailleurs « Grand Dragon » du Ku Klux Klan), une marche des droits civiques a par exemple été violemment réprimée par la police et le KKK en 1965. Même si l’on n’a accès à l’information qu’a posteriori, il semble que le film accorde une place aux fantômes, ne serait-ce que par la manière dont ces paysages inébranlables racontent la continuité d’une Histoire. Les voitures américaines roulent toujours, le racisme perdure aussi : les longs plans fixes forgés par Benning invitent autant à la déambulation du regard qu’à celle de la pensée. Leur composition fait ici la part belle aux lignes de force et aux horizons infinis, tout en abritant de nombreux détails qui renforcent leur dimension fourmillante. Le plan du Golden Gate, filmé en plongée depuis un point de vue surélevé, montre par exemple le pont rouge disparaître dans le brouillard, tout en permettant d’admirer, de façon quasi entomologique, la formation d’un embouteillage. À l’avant-plan, malgré une barrière et des fils barbelés, quelques touristes téméraires s’approchent sur un petit monticule de terre pour prendre des photos près de l’abîme. Le vertige découle alors autant de la peur d’assister à un drame que du jeu d’échelle entre les piliers et les hommes. De l’autre côté du cadre, toujours à l’avant-plan, quelques brins d’herbe ballottent au vent : la nature, dans chacun des huit plans, opère encore une forme de résistance. Entre le béton et l’acier, il y a toujours l’eau et le ciel.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<h2><em>Shot Reverse Shot</em> de Radu Jude et Adrian Cioflâncă</h2>
<p>Après<a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/radu-jude-le-chaos-et-la-dialectique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> <em>The Dead Nation</em></a> et <em>The Exit of Train</em>, Radu Jude et l’historien Adrian Cioflâncă prolongent avec <em>Shot Reverse Shot</em> leur investigation critique des images de la Roumanie au XXe siècle. Comme dans leurs réalisations précédentes, le court-métrage adopte la forme d’un montage d’archives photographiques en se tournant cette fois-ci vers une nouvelle période : non plus celle des pogroms et déportations des années 1940, mais la dernière décennie du régime de Ceausescu, à savoir les années 1980. Divisé en deux parties, le film confronte deux points de vue sur un même voyage effectué entre 1985 et 1987 par le journaliste et photographe américain Edward Serotta. La première moitié rassemble les clichés qu’il a pris à l’époque, principalement des instantanés de la vie quotidienne, et plus spécifiquement des communautés juives, tandis qu’il assure lui-même le récit rétrospectif de sa découverte de la Roumanie en voix off. Serotta explique être venu ici afin de photographier les monuments commémoratifs de la Seconde Guerre mondiale, les autorités ayant accepté sa présence sur le territoire dans l’espoir que ses articles contribuent à offrir une vitrine du pays à l’international. Il s’éloigne toutefois rapidement de cet objectif initial pour documenter l’ état de la société roumaine en filmant ses rues dépeuplées et délabrées, de longues files d’attente, d’immenses chantiers à perte de vue, mais aussi de nombreux visages tournés vers l’objectif sur lesquels se lisent la fatigue, la souffrance et la mélancolie. Les images ouvrent ainsi sur un hors-champ historique beaucoup plus large – de la mémoire des pogroms à la déliquescence du système soviétique. La seconde partie du film en propose le contrechamp (le «&nbsp;<em>reverse shot</em>&nbsp;» du titre), en présentant des photographies réalisées par la Securitate, la police secrète du régime communiste chargée de surveiller les allers et venues du journaliste étranger – non sans ironie, le photographe était lui aussi secrètement photographié. Sur ces images, les visages de Serotta et de son entourage sont entourés, numérotés et annotés. En voix off, une voix féminine lit de manière monotone le rapport policier, qui détaille à la minute près l’heure de chacun de leurs déplacements, précise l’identité des personnes photographiées et esquisse un portrait très sommaire du journaliste. Le voyage se voit alors privé de toute profondeur et de hors-champ, en se composant simplement d’une accumulation de données comptables jusqu’à la saturation. Alors que Serotta soulignait lui-même les manques et limites de ses propres tirages (regrettant par exemple de ne pas avoir eu l’occasion de saisir la vie des gens au sein de leurs habitations), le rapport administratif prétend, lui, à une forme d’exhaustivité et d’objectivité. Un humour absurde s’immisce à mesure que les informations recueillies deviennent de plus en plus opaques et approximatives, incapables de dresser un portrait fidèle de Serotta. Au-delà du contexte soviétique, cette mise en miroir pointe malicieusement la façon dont les images de surveillance, mises au service d’une société de contrôle, entretiennent toujours un rapport superficiel au réel et à la vie humaine.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332716 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-1024x759.jpg" alt width="1024" height="759" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-1024x759.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-300x222.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-768x569.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude-980x726.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Shot-reverse-shot-Jude.jpg 1458w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Robin Vaz</strong></p>
<h2><em>Remake</em> de Ross McElwee</h2>
<p>Le titre de <em>Remake</em> renvoie d’abord au projet d’une chaîne de télévision américaine de produire une adaptation fictionnelle du documentaire <em>Sherman’s March</em>, premier long-métrage de Ross McElwee. Le cinéaste a donné son accord, à la condition de pouvoir en tirer un documentaire sur sa gestation. Bien que le récit de cette aventure subsiste dans le film, celui-ci s’est profondément reconfiguré à la suite d’un événement dramatique : la mort d’Adrian, le fils de McElwee, victime d’une overdose de fentanyl. <em>Remake</em> adopte alors une forme hétérogène, composée aussi bien des images enregistrées par McElwee ses dernières années, que par ses nombreuses archives personnelles, dont certaines étaient déjà utilisés dans ses journaux filmés précédents. Il constitue dès lors le «&nbsp;remake&nbsp;» de son œuvre autant que de sa propre existence (les deux étant chez lui indissociables) – un exercice profondément funèbre puisque tous les plans recontextualisés sont à présent hantés par la disparition d’Adrian. Si le film bouleverse, ce n’est pas seulement par le drame personnel vécu par le réalisateur, mais en nous le faisant éprouver à travers l’écart constitutif de toute image : si elles constituent une empreinte du réel, elles ne se confondent jamais tout à fait avec lui. Elles donnent plutôt l’illusion d’accéder à un fragment de présent encapsulé pour l’éternité («&nbsp;<em>Tu es en vie dans ces images</em>», dira McElwee face au visage souriant de son fils), qui est pourtant définitivement perdu. Plus encore que le mélancolique «&nbsp;<em>ça a été</em>&nbsp;» barthésien, le film creuse le versant tragique d’un «&nbsp;<em>ça aura été</em>», où l’avenir de l’enfant à l’écran appartient déjà au passé. McElwee en vient à formuler une hypothèse douloureuse à mesure qu’il cherche rétrospectivement dans ses films les signes de la catastrophe à venir : l’amour de l’image qu’il a transmis à Adrian pourrait avoir contribué à sa perte. Très tôt, il a en effet imité son père en se filmant quasi quotidiennement en train de skier, de faire la fête avec ses amis, de boire, puis de se droguer. Cette manière de vivre à travers les images, en instaurant un filtre entre lui et la réalité, devient peu à peu difficilement soutenable lorsqu’il devient dépendant à l’héroïne et qu’il entreprend de documenter sa propre destruction, faute de pouvoir lutter contre elle. Ces vidéos, que son père découvrira après sa mort, sont intégrées au montage. <em>Remake</em> pousse ainsi à un point extrême la tension qui traverse le travail du cinéaste: la contradiction entre vivre sa vie et la filmer. Mais lorsque la vie a pris fin (celle de son fils, mais aussi celle de son amie Charleen, figure récurrente de tous ses films), comment ces images pourraient-elles encore être perçues autrement que comme des images de la mort ? L’expérience est d’autant plus troublante pour les spectateurs qui ont vu la naissance d’Adrian filmée dans <em>Time Indefinite</em> ou ont assisté à son adolescence difficile dans <em>Photographic Memory</em><i>, </i>en y percevant simplement une phase chaotique par laquelle passe toute construction individuelle. Vers la fin, une séquence drôle et émouvante ouvre toutefois une brèche dans la noirceur du film. Si le projet de remake de <em>Sherman’s March</em> est finalement tombé à l’eau, il s’est transformé, contre toute attente, en une entreprise pour le moins cocasse : sa transposition en opéra. On assiste alors à une scène emblématique du film original, où Charleen s’agace de la présence de la caméra et invective le cinéaste en prononçant une réplique qui condense le paradoxe du cinéma de McElwee : « <em>This is not art! This is life!</em> », cette fois-ci chantée sur un air lyrique et accompagnée d’un orchestre. Alors même que Charleen apparaît plus tôt dans <em>Remake</em>, atteinte d’Alzheimer et sans souvenir d’avoir tourné le film, cette transfiguration lyrique laisse entendre que l’art a lui aussi sa vie propre ; que les images mises en partage, en dépit de ce qui est arrivé à celles et ceux qu’elles représentent, continuent d’exister au présent, chaque fois qu’elles sont projetées.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332717 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee.jpg" alt width="1272" height="716" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee.jpg 1272w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/05/Remake-McElwee-980x552.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1272px) 100vw, 1272px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>R.V.</strong></p>
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		<title>Le Diable s’habille en Prada 2</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-diable-shabille-en-prada-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rien ne permettait de prévoir que Le Diable s’habille en Prada connaîtrait un jour une suite. La carrière de Meryl Streep n’avait pas spécialement besoin de faire revivre Miranda Priestly, sa maturité s’étant incarnée dans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-diable-shabille-en-prada-2/" title="Read  Le Diable s’habille en Prada 2">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Rien ne permettait de prévoir que <em>Le Diable s’habille en Prada</em> connaîtrait un jour une suite. La carrière de Meryl Streep n’avait pas spécialement besoin de faire revivre Miranda Priestly, sa maturité s’étant incarnée dans d’autres grands rôles de femme de pouvoir (<em>The Iron Lady</em> et <em>Pentagone Papers</em><i> </i>entre autres). Quant à la presse mode, dont le film de 2006 documentait avec humour la tyrannie du goût, elle a connu depuis un déclin tel que&nbsp;«&nbsp;le Diable&nbsp;» d’aujourd’hui ne peut plus se rhabiller avec les atours du passé. De fait, il ne sera presque jamais question de travail éditorial dans cette suite tardive&nbsp;: le récit d’apprentissage qui racontait avec une certaine finesse la métamorphose d’une jeune stagiaire fraîchement engagée dans un important magazine (<em>Runway</em>, équivalent fictif du <em>Vogue US</em>) a muté de tous les côtés.</p>
<p>Premier fait notable&nbsp;: la comédie a presque totalement disparu. Lorsque Andy Sachs (Anne Hathaway) retrouve Miranda Priestly (Meryl Streep), vingt ans après son stage dans les bureaux de <em>Runway</em>, on sent que le fond de l’air n’est plus le même, en dépit du fait que les deux actrices principales semblent rester miraculeusement identiques. La comédie de caractère de 2006 cède la place à un récit plus angoissé sur la prédation capitaliste : le magazine dirigé d’une main de fer par Miranda est en effet menacé de rachat, ce qui suffit à définir l’ambiance globale du film. Fini la légèreté (on n’a plus le temps de discuter, comme dans le premier volet, de la pertinence d’un édito sur la fête des Mères) : le temps n’est plus à la futilité mais, tout simplement, à la survie.</p>
<p>Autre fait notable : l’humanisation de Miranda Priestly. Le film semble avoir intégré à cet endroit les codes d’une époque qui supporte de moins en moins la méchanceté et questionne (d’ailleurs à juste titre) les mécanismes d’humiliation professionnelle. Une grande partie du charme du premier volet reposait, il faut l’avouer, sur ces mécanismes et le film avait presque l’audace de dresser le portrait d’une <em>esclave heureuse</em> – Andy Sachs– entièrement <em>bodysnatchée</em> par le monde du luxe comme par la voix de sa cheffe (l’une n’allant pas sans l’autre). Avec le temps, Miranda s’est bonifiée. Aux réparties cinglantes du premier volet succèdent des tirades quasiment mélancoliques sur le travail, les enfants, le temps qui passe et la mort. Il faut la voir méditer devant <em>La Cène </em>pour saisir la fausse profondeur morale que les scénaristes ont voulu lui donner. Il faut aussi observer le personnage très sous-exploité de sa nouvelle assistante, chargée de contrôler sa communication, pour saisir que le film a la hantise du dérapage, sans parvenir toutefois à en rire. Nettoyé donc de toute forme d’excès, <em>Le Diable 2</em> ressemble à la mode d’aujourd’hui&nbsp;: il est bien-pensant, faussement engagé, vaguement féministe. Après avoir conclu une alliance pour contrer les plans des acheteurs du magazine, Andy et Miranda courent de New York à Milan. La forme très impersonnelle que prend cette aventure, qui voit se succéder des séquences toujours introduites par de la musique et des vues génériques des villes, n’est pas sans rappeler celle de n’importe quel blockbuster d’action.<i> </i>Loin de <em>Runway</em>, les deux femmes s’activent d’abord à déjouer un complot ; elles poursuivent un rêve commun (c’est le côté presque donquichottesque de leur mission) : préserver le génie des créateurs, et surtout l’indépendance de la presse.</p>
<p>Dans un <em>finale</em> très naïf, la presse va donc renaître de ses cendres et revivre son âge d’or. C’est d’ailleurs dans les bureaux cossus du magazine<i> </i>que le film se termine<i>, </i>Andy portant le même pull bleu qu’en 2006, comme pour nous signifier que tout reviendra comme avant. Tout, ou presque, car si Andy défend d’un côté l’éthique du journaliste et «&nbsp;<em>l’investigation</em>&nbsp;» (bien qu’on ne la voie jamais concrètement <em>investiguer</em> dans le film), sa maturité s’accompagne d’une lucidité nouvelle sur ses choix sentimentaux. En comparaison de l’étudiant du premier volet (Nate, personnage qui jugeait avec dédain son évolution professionnelle), son voisin de palier fait certes un peu vieux beau, mais son statut de propriétaire relève d’un autre cachet et renforce encore la réussite professionnelle de la jeune femme, d’ailleurs promue au sein de <em>Runway</em>. La candide parabole opposant l’idéalisme de la presse aux assauts des rapaces capitalistes prend donc<span class="Apple-converted-space"> un </span>petit coup dans l’aile. Mais c’est bien connu&nbsp;: le diable se cache dans les détails.</p>
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		<title>The World of Love</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-of-love/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Yoon Ga-Eun, dont The World of Love est le premier film à connaître une distribution en France, avait déjà témoigné dans ses films précédents d’une attention à la jeunesse. Si son cinéma est porté par...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-of-love/" title="Read  The World of Love">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Yoon Ga-Eun, dont <span style="font-style: normal !msorm"><em>The World of Love</em></span> est le premier film à connaître une distribution en France, avait déjà témoigné dans ses films précédents d’une attention à la jeunesse. Si son cinéma est porté par une énergie juvénile, il est toutefois aussi traversé par la violence que connaissent des enfants confrontés à l’âpreté du monde. <em>The World of Love </em>prolonge ce geste et se distingue par sa capacité à faire coexister des sujets sociaux lourds (alcoolisme, violences sexuelles, négligence parentale) avec une légèreté de ton qui ne neutralise pas pour autant leur dureté. Le récit compose une mosaïque de générations (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées) pour mieux observer la manière dont le traumatisme se dépose et se transforme avec le temps, comment il persiste dans le corps, se dissimule dans les interactions sociales ou affleure dans les comportements. Le film suggère ainsi que des expériences similaires peuvent engendrer des réponses radicalement différentes et que rien, surtout chez l’enfant, n’est jamais fixé. Au centre du récit, Joo-in incarne cette tension. Ses traits d’esprits se révèlent un moyen pour elle de refouler ses blessures, comme dans cette scène où elle fait remonter à la surface un traumatisme sur le mode de la plaisanterie, avant d’en reconnaître plus tard la vérité. Cette mise à distance à travers la plaisanterie se fissure lors d’une séquence impressionnante : une conversation entre Joo-in et sa mère dans une voiture en train d’être lavée, où la parole émerge enfin sans filtre. Le dispositif est simple, mais d’une grande précision : la caméra, reléguée à l’arrière de l’habitacle, observe de manière respectueuse Joo-in et sa mère, refusant toute intrusion dans l’intimité du moment. Elle ne nous montre même pas leurs visages, tandis que le mouvement mécanique des brosses, dont le bruit étouffe presque les cris de la jeune femme, tient du double nettoyage, à la fois littéral et symbolique, pour accompagner la catharsis de Joo-in. Cette distance n’est pas qu’un choix formel ; elle relève aussi d’une éthique du regard.</p>
<p>On a pourtant quelques réserves : Yoon Ga-Eun tend parfois à souligner ce qui pourrait rester en suspens, certains motifs prenant une valeur symbolique un peu appuyée (l’enfant qui reproduit le pincement subi par Joo-in en le qualifiant de « <span style="font-style: normal !msorm"><em>mauvaise action</em></span> », l’insistance sur les pommes comme symbole d’un péché originel). La durée du film participe aussi de cette impression : la réalisatrice, manifestement très à l’aise avec ses acteurs, prolonge certaines séquences au risque du rabâchage. La conclusion, enfin, synthétise peut-être trop clairement son projet : rappeler qu’aucune expérience n’est réductible à ses signes extérieurs. L’intention est juste, même si son expression reste légèrement insistante. Mais ces déséquilibres n’entament pas l’essentiel : Yoon Ga-Eun aura posé tout le long du récit un regard patient sur ses personnages, en restituant dans le temps leur complexité.</p>
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		<title>Mi Amor</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mi-amor/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mi Amor pourrait presque ressembler à une variation sur Pacifiction. On y retrouve le motif de l’île paradisiaque – ici, les Canaries –, la photographie rouge-orangée enveloppant les palmiers et les plages, Benoît Magimel en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mi-amor/" title="Read  Mi Amor">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Mi Amor</em> pourrait presque ressembler à une variation sur <em>Pacifiction</em>. On y retrouve le motif de l’île paradisiaque – ici, les Canaries –, la photographie rouge-orangée enveloppant les palmiers et les plages, Benoît Magimel en personnage énigmatique (dans le rôle de Vincent, patron assez louche de boîte de nuit) et la menace d’un mal invisible qui pèse sur le territoire et les personnages. Chloé (Freya Mavor) disparaît en effet lors d’une soirée techno où mixe son amie Romy (Pom Klementieff). De cet événement mystérieux découle une suite de péripéties qui révèleront peu à peu à la jeune femme l’envers cauchemardesque de ce décor enchanteur, tout en la rapprochant de Vincent, avec qui elle se lance corps et âme dans la recherche de son amie perdue.</p>
<p>Dès les premières minutes, Guillaume Nicloux plonge le spectateur dans une boîte techno où s’épuisent les BPM et les flashs stroboscopiques. Cadrés de très près, les visages et les corps sont alors pris dans un montage elliptique mimant l’effervescence qui s’empare de la salle. Cette première séquence témoigne du rapport stéréotypé que le cinéaste entretient avec une forme de fièvre sensorielle, surlignée par des effets de style marqués. Trois ressorts se chargent de restituer cet état : la musique techno matraquée, l’étalonnage outrancier et le jeu nerveux des acteurs. Ce choix est d’autant plus dommageable qu’il détourne le film d’une matière autrement fascinante. Dans une scène au début du film, Chloé et Romy se rendent au pied d’un large et saisissant relief montagneux rouge. D’abord entrevues sur un flyer touristique, Chloé vante à son amie la splendeur étrange du massif caractéristique de l’île et l’atmosphère énigmatique que cherche à installer le film. Mais une fois atteint, le relief ne fait l’objet que d’un bref plan de coupe, avant qu’une discussion entre les deux jeunes amies ne pose le cadre du récit. D’emblée, le film dilapide l’épaisseur mystérieuse que présente son singulier décor, réduit au rang d’arrière-plan.</p>
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		<title>Die My Love</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/die-my-love-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Assez&#160;» : c’est le dernier mot prononcé dans Die, My Love, et il résume bien l’entreprise d’épuisement à laquelle s’est attelé le film. La fatigue du personnage de Grace (Jennifer Lawrence), dont le post-partum se...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/die-my-love-2/" title="Read  Die My Love">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Assez&nbsp;</em>» : c’est le dernier mot prononcé dans <em>Die, My Love</em>, et il résume bien l’entreprise d’épuisement à laquelle s’est attelé le film. La fatigue du personnage de Grace (Jennifer Lawrence), dont le post-partum se confond avec la démence, n’a d’égal que celle du spectateur : le cinéma de Lynne Ramsay, ce n’est pas nouveau, veut approcher au plus près une tempête intérieure par les moyens de la mise en scène. Chez elle, l’image procède du débordement d’une psyché torturée dans l’espace « objectif » du film, en passant par des symboles et des visions mentales – exemplairement, le feu de forêt sur lequel s’affiche le titre. Son esthétique relève dès lors d’une approche maximaliste de la forme, puisqu’un plan n’y est pas qu’un plan, soit la captation d’un bloc d’espace et de temps, mais la matérialisation d’une force invisible à l’œil nu. Ainsi de ces cavalcades de rats, hypertrophiées par le montage sonore, tenant en même temps de l’effet d’ambiance et de l’expression d’un mal interne aux personnages, qui se répand dans la vieille masure dont ils prennent possession au début de l’intrigue. Le problème récurrent de Ramsay, c’est qu’elle confond intensité et tintamarre ; pour donner à ressentir ce que le film produit, il faut s’imaginer coincé pendant deux heures dans une voiture avec un enfant qui braille, un chien qui aboie et une radio crachant de la musique à fond les ballons. On exagère à peine : tous les éléments de cette image sont présents dans le film, qui a la main lourde en matière de ruptures sonores, d’ornements plastiques (cf. les distorsions de la focale) ou encore d’hystérisation des situations.</p>
<p>Entre <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-femme-sous-influence/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une femme sous influence</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/antichrist/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Antichrist</em></a>, le film a quelque chose d’ouvertement pénible – on le regarde autant qu’on le subit, et la chose semble tout à fait voulue par la cinéaste –, mais aussi d’un peu plus intéressant que les précédents Ramsay. Dans le maelstrom de tableaux mentaux se glisse un autre type de plans, plus inhabituel chez l’Anglaise, qui consiste à envisager le cadre non comme l’écrin d’une esthétique criarde, mais comme une petite parcelle de jeu explosant de l’intérieur sous l’impulsion d’une actrice. Car une actrice, il y en a une : Jennifer Lawrence qui, dans une partition pas très éloignée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mother-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mother !</em></a>, va assez loin dans le déchaînement du n’importe quoi. Si les scènes érotiques et inquiétantes (Grace se masturbe, rampe tel un puma, s’amuse avec un couteau tout en veillant sur son enfant, etc.) sont souvent grossières, la comédienne est envisagée par endroits comme un projectile qui déchire la membrane du plan, incarnant le déchaînement des pulsions de son personnage avec plus de force que les colifichets dont Ramsay affuble sa mise en scène. Ce n’est pas grand-chose, mais ces quelques oscillations suffisent à rendre cette fois-ci un tantinet plus tolérables les coups de marteaux de la cinéaste.</p>
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		<item>
		<title>Dao</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dao/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dao s’ouvre sur des plans tournés lors de la phase de préparation du film, qui enregistrent la rencontre des comédiennes et comédiens, des discussions avec le cinéaste, ou encore des répétitions et exercices de jeu....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dao/" title="Read  Dao">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dao</em> s’ouvre sur des plans tournés lors de la phase de préparation du film, qui enregistrent la rencontre des comédiennes et comédiens, des discussions avec le cinéaste, ou encore des répétitions et exercices de jeu. Devant la caméra d’Alain Gomis, Katy Correa et D’Johé Kouadio, qui incarneront respectivement Gloria et sa fille Nour dans la fiction à venir, partagent leurs doutes et réflexions sur leurs rôles à l’aune de leurs sensibilités et de leurs expériences personnelles. La mise en abyme affiche que la fiction se nourrit d’un matériau documentaire, tout en éclairant la façon dont Gomis conçoit ici le cinéma, comme un outil interrogeant la notion d’identité. À rebours d’une fiction conventionnelle où le scénario détermine d’emblée les contours des personnages (une poignée de traits distinctifs, de convictions intimes, etc.), le cinéaste appréhende donc les individualités dans un mouvement dynamique, celui d’une construction qui s’ébauche collectivement. Autrement dit, l’identité résulte d’un jeu complexe de contradictions et d’ajustements – des nœuds que <em>Dao</em> entend exposer plutôt que dénouer. Cette conception irrigue la structure du film, qui met en parallèle deux cérémonies distinctes : d’un côté, l’enterrement du père de Gloria en Guinée-Bissau, qu’elle doit organiser avec ses frères et sœurs dans le respect des traditions locales ; et de l’autre, le mariage de Nour en banlieue parisienne, quelques mois après leur voyage en Afrique. Entre deux pays et plusieurs générations, le dispositif de <em>Dao</em> vise ainsi moins à confronter des coutumes et des cultures qu’à observer les différentes façons dont les personnages négocient avec elles.</p>
<p>Par cette approche, le film rappelle dans une certaine mesure<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/shadows/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em> Shadows</em></a> de John Cassavetes, qui proposait aussi d’interroger la notion d’identité à partir d’un trio de personnages afro-descendants vivant à New-York. Le rapprochement passe d’abord par l’omniprésence d’une bande sonore jazz, en écho aux contours mouvants des personnages – même si, dans <em>Dao</em>, cette dimension de la musique résonne moins avec la nature du montage. Au-delà de ce point, les deux films partagent surtout une méthode d’écriture reposant sur la répétition et la variation. Si dans <em>Shadows</em>, les trois personnages sont successivement confrontés à des situations similaires (par exemple, l’expérience du racisme) auxquelles chacun répond différemment, l’effet de reprise se joue ici principalement d’un pays à l’autre ; par exemple, la position plus ou moins distante qu’adopte Gloria vis-à-vis des communautés dépeintes, qu’elle soit en Guinée ou en France. Le jeu de comparaison intervient aussi à l’échelle des nombreuses discussions, entre les différents points de vue exprimés par les personnages lorsqu’ils débattent de sujets tels que leur éducation, l’autorité masculine ou l’organisation des funérailles. Le montage heurté saute d’un visage à l’autre pour faire affleurer les dissensions et rendre sensibles les relations singulières que chaque individu noue avec autrui et avec leur histoire commune. Lors du mariage, une séquence assez longue est par exemple dédiée à l’arrivée inattendue d’un membre de la famille venu présenter sa fiancée blanche, enceinte de plusieurs mois. Gomis s’attarde alors sur les réactions de son entourage, qui avait perdu contact avec lui depuis un certain temps, sans que les raisons de cette rupture ne soient clairement établies. De la mère refusant de lui adresser la parole à la désapprobation virulente du père, en passant par les frères et sœurs partagés entre la gêne et la crispation, le segment offre un large éventail de regards et organise un réseau d’affects qui brouille la possibilité de tirer une lecture univoque de cette situation.</p>
<p>Si la séquence se distingue, c’est qu’elle se déploie dans un bloc de temps ménageant une réelle complexité des enjeux. En dépit de ses trois heures, <em>Dao</em> dispose néanmoins rarement de tels blocs et donne parfois l’impression d’accumuler les questions et thématiques trop rapidement survolées. Notamment vers la fin du film, en Guinée-Bissau, lorsque Nour passe devant un musée consacré à l’histoire coloniale et à l’esclavage. Après quelques échanges avec l’ami qui l’accompagne, cette courte scène s’achève par un plan où la jeune fille se tourne vers le bâtiment pour lui faire face. La mise en scène glisse alors vers un symbolisme appuyé – pour se construire, Nour devra avoir conscience de l’histoire collective dans laquelle elle s’inscrit. Ce type de passage en force revient ponctuellement au cours du film, qu’il s’agisse d’une bagarre finale maladroitement amenée ou d’un échange entre Gloria et son ancien amant incarné par Samir Guesmi, lors du mariage au cours duquel il lui fait remarquer qu’elle aurait toujours été attirée par les hommes blancs. En explicitant une tension qui traversait jusque-là plus finement le film, la scène se rabat sur un dialogue assez conventionnel dans sa manière de faire du conflit un levier pour caractériser Gloria. Les retours aléatoires aux témoignages face caméra des acteurs et actrices ajoutent à ce sentiment d’un film qui ne trouve pas tout à fait sa forme organique. Cette limite tient peut-être à un excès de confiance en la structure générale du montage parallèle : si quelques raccords ménagent des contrepoints ou des effets de continuité (on passe en une coupe d’une rue francilienne à une route de Guinée-Bissau), ils relèvent le plus souvent d’un usage fonctionnel, sans véritable transition permettant d’appréhender sous un autre œil les plans suivants. Se dégage alors une impression ambivalente face à un film riche lorsqu’on l’appréhende dans sa globalité, mais plus inégal et moins stimulant dans le détail. De cet objet chaotique se détache toutefois le beau personnage tiraillé de Gloria. En Guinée-Bissau, son visage souvent impassible laisse deviner une certaine distance vis-à-vis des rites traditionnels. Elle ne semble pas tout à fait croire à leur portée spirituelle et mystique (sacrifices animaux, croyances animistes), sans pour autant adopter une posture de scepticisme ou de rejet. Pour elle, l’enjeu est peut-être ailleurs : ses gestes relèvent moins d’une pleine adhésion que d’une forme de reconnaissance envers l’héritage laissé par son père. Évitant l’écueil d’un discours naïf sur la transmission, <em>Dao</em> ne conçoit pas la culture comme un bien légué en l’état aux générations suivantes, mais comme une matière vivante, en constante transformation.</p>
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		<title>Afriques : comment ça va avec la douleur ?</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/afriques-comment-ca-va-avec-la-douleur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332625</guid>

					<description><![CDATA[<p>La traversée de l’Afrique que Raymond Depardon entreprend entre 1993 et 1996 a été pour le cinéaste l’occasion de préciser sa conception de l’errance. Il en esquisse une définition dans un ouvrage ultérieur au film,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/afriques-comment-ca-va-avec-la-douleur/" title="Read  Afriques : comment ça va avec la douleur ?">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La traversée de l’Afrique que Raymond Depardon entreprend entre 1993 et 1996 a été pour le cinéaste l’occasion de préciser sa conception de l’errance. Il en esquisse une définition dans un ouvrage ultérieur au film, sobrement intitulé <em>Errance</em>&nbsp;: ni voyage, ni promenade, ce déplacement constant se caractériserait par un rapport interrogatif au monde consistant à se demander&nbsp;: «&nbsp;<em>qu’est-ce que je fais là&nbsp;?</em>&nbsp;». Depardon ne fait rien d’autre dans <em>Afriques&nbsp;: comment ça va avec la douleur&nbsp;?, </em>lorsqu’il formule dans l’ouverture que son «&nbsp;<em>voyage subjectif</em>&nbsp;» l’aidera à voir et écouter «&nbsp;<em>les douleurs ordinaires en Afrique</em> ». Le dispositif est détaillé par la voix-off&nbsp;: il circulera seul (en dehors de la présence ponctuelle d’accompagnants de circonstance), équipé uniquement d’une caméra et d’un pied sur lequel une tête télécommandée permet de procéder à des panoramiques à 360°. La trajectoire du cinéaste n’est pas tout à fait fixée en amont&nbsp;: elle se dessinera en fonction des rencontres et de ses intuitions. Seul son point de départ, l’Afrique du sud, et sa destination, le rivage de la Méditerranée, sont clairement établis.</p>
<p>Le film commence par un panoramique où Depardon se place <em>au cœur</em> de ce qu’il filme, et non <em>en face</em>. En tournant sur elle-même, la caméra embrasse ce qui l’entoure, comme pour définir un positionnement géographique, tandis que le cinéaste laisse affluer en voix off ses pensées, souvenirs et divagations. «&nbsp;<em>Je suis là, je regarde et m’exprime depuis cet endroit</em> », semble-t-il déclarer, notamment lorsque l’ombre du cinéaste et celle de sa caméra sur pied entrent dans le champ. Mais l’expression de cette position prend une nouvelle tournure au fil de ses pérégrinations.&nbsp; Depardon pose en effet souvent son trépied au centre de la ronde des personnes qui l’observent&nbsp;; «&nbsp;l’endroit&nbsp;» depuis lequel il filme soulève alors un questionnement d’une autre nature, celle de la raison de sa présence et du récit qui peut en émerger.</p>
<p>Pour saisir ce nœud, partons d’une grande scène du film (et certainement l’une des plus fortes que Depardon n’ait jamais filmées), qui commence par un plan sur une grille derrière laquelle se tiennent de nombreuses silhouettes en contre-jour. Le documentariste précise en voix off qu’il s’agit d’un camp de prisonniers de Kigali au Rwanda. Quelques mois plus tôt, Depardon avait, sans le savoir, visité le pays une poignée de jours avant le début du génocide des Tutsis. Le cinéaste avait à l’occasion filmé des réfugiés aux abords du Burundi, le temps d’une séquence où il retraçait en off l’histoire des violences de la région et la responsabilité du système colonial européen dans l’institutionnalisation de la distinction des ethnies. Il décide d’y revenir après la fin de la guerre civile, avec l’idée de pénétrer dans un camp où sont prisonniers environ cinq mille Hutus soupçonnés d’avoir participé au massacre. Son but ? «&nbsp;<em>Voir</em>&nbsp;» et «&nbsp;<em>comprendre</em>&nbsp;», déclare-t-il. Passé ce plan introductif, le cinéaste s’avance parmi eux dans la cour, caméra au poing. Sa progression est lente, la foule est compacte, l’ambiance suffocante. Les prisonniers le dévisagent, un à un, fixant l’objectif sans rien dire. Quelques-uns sont ouvertement défiants. Un adolescent hausse les sourcils avec mépris à son passage, tandis qu’un autre, allongé sur le sol où il essaie de dormir, l’ignore. Depardon racontera plus tard que le directeur du centre l’a fait entrer seul avec son accompagnateur. Ces images sont tournées sans qu’il ait eu le temps de se préparer à ce qui l’attendait. <em>Que fait-il là&nbsp;?</em> La question se pose plus que jamais. Un peu plus tôt dans le film, il s’interrogeait sur l’objet de sa recherche : sa volonté de ne pas filmer les événements en eux-mêmes, mais la douleur qu’ils provoquent. Cette succession de regards caméra silencieux contient indéniablement une douleur, mais aussi quelque chose de plus inaccessible et inimaginable – la réalité des massacres commis par ces hommes. Au bout de ce trajet laborieux à travers la foule, Depardon replace la caméra sur son pied. La voici qui tourne de nouveau sur elle-même, au centre de l’assemblée muette des détenus qui l’encerclent et le toisent. Depardon cherche ses mots : il observe des prisonniers dont la condition lui rappelle d’autres, filmés il y a des années dans d’autres pays, mais il est impossible d’oublier que ceux-ci sont, pour beaucoup d’entre eux, les auteurs d’un génocide. Peut-il comprendre véritablement ce qu’il enregistre au moment du tournage ? Ce n’est ni le lieu ni le moment. La seule chose que l’on peut constater, c’est qu’un homme blanc est là, dans ce camp où bien peu d’européens osent se présenter. On lui demande même s’il est un prêtre : qui d’autre voudrait en effet s’intéresser à <em>ces</em> prisonniers&nbsp;?</p>
<h2>L’homme (blanc) à la caméra</h2>
<p>Ce problème de la «&nbsp;position&nbsp;» du cinéaste s’est déjà posé précédemment dans le film&nbsp;: à plusieurs reprises, on sent que Depardon capture quelque chose qui <em>ne devrait pas </em>être filmé, qu’il se trouve à un endroit qui lui est tacitement interdit. Debout à côté de son pied, attendant que la caméra effectue son tour sur elle-même, le cinéaste est scruté. Il n’y a pas que des regards caméra&nbsp;: certains regardent à côté de l’objectif, bel et bien en direction du documentariste. En résulte une gêne progressive, même dans les situations les plus légères. La scène qui interroge le plus nettement sa position, et vers laquelle tend le film, se déroule au Niger sur les lieux du tournage de sa fiction <em>La Captive du désert</em>. Il y retrouve sur place les personnes ayant participé au tournage et prend de leurs nouvelles. Bien que visiblement touchés de le revoir, ils ne lui répondent rien de précis, n’ont rien à lui dire, voire apparaissent plutôt gênés par la situation. C’est que la démarche n’est plus la même qu’autrefois : il les filme ici dans leur quotidien le plus cru et non par le prisme d’une fiction. Alors qu’une jeune femme ayant joué dans <em>La Captive</em>… le dévisage d’un regard insondable, réagit à peine aux mouches qui viennent se poser sur son visage et lui répond de manière sibylline, le cinéaste verbalise en off le malaise qu’il ressent en montant ces images. S’exprime alors un aveu d’échec à propos de cette distance incompressible entre eux qu’il n’a pas su percevoir lors du tournage du plan – contrairement à elle.</p>
<p>La beauté du film tient à ce trouble grandissant, que Depardon expose plus ou moins ouvertement par le biais des lectures de ses textes écrits durant la phase de montage. Trente ans après la sortie du film, le constat que le cinéaste pourrait bien avoir été le dernier de ces écrivains voyageurs européens du XX<sup>e</sup> siècle apparaît encore plus vivement. Cherchant des lieux fréquentés autrefois (dont des hôtels prestigieux désormais décatis) ou d’anciens amis (désormais introuvables ou inaccessibles), Depardon «&nbsp;errait&nbsp;», certes, mais parfois davantage comme le ferait un spectre hantant des décors disparus. Son voyage aura ainsi pris la forme d’une expérimentation des limites d’une certaine relation consentie entre la figure du filmeur et ceux que les images emprisonnent. Il a beau former le vœu pieux de repartir un jour, Depardon conclut son film sur une note quasi funèbre, citant Michel Leiris (<em>Afrique fantôme</em>, publié en 1934)&nbsp;: «&nbsp;<em>Il ne me reste rien à faire, sinon clore ce carnet, éteindre la lumière, m’allonger, dormir, et faire des rêves</em>&nbsp;». Cette ambiance crépusculaire ne doit ceci dit pas masquer ce que cette traversée aura permis de mettre en lumière. En explorant ses propres sentiments contradictoires sur sa position de filmeur, il réfléchit sur l’un des grands enjeux documentaires du siècle à venir&nbsp;: la nécessaire abolition de la colonialité du regard que les occidentaux portent sur l’Afrique et ses habitants.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Brian Meacham</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-brian-meacham/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-brian-meacham/" title="Read  Portraits d’Amérique — Brian Meacham">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Brian Meacham, responsable des archives cinématographiques de l’université de Yale.</em></p>
<p><strong>Quel a été votre premier contact avec le cinéma ?</strong></p>
<p>J’ai grandi à Anchorage, en Alaska, très loin de New York. Mes parents n’étaient pas de grands cinéphiles, mais je me souviens qu’on a acheté notre premier magnétoscope au milieu des années 1980 et qu’on a commencé à louer des films. J’avais deux ans lorsque <em>Star Wars</em> est sorti. Je l’ai probablement vu plus tard, lors d’une ressortie. C’est mon premier souvenir de cinéma en salle : j’avais très peur, je suis sorti avec ma mère dans les premières minutes, à cause de Dark Vador. Au lycée, j’ai commencé à m’intéresser à d’autres types de films. On avait deux grands vidéoclubs et une petite salle d’art et essai dans un centre commercial. C’est là que j’ai vu <em>Casablanca</em>, mes premiers films restaurés, sans vraiment savoir ce que cela signifiait, et aussi mes premiers films étrangers. J’ai vu <em>Delicatessen</em> trois fois, j’adorais ce film. C’est là que j’ai commencé à trouver ma voie, à m’éloigner des blockbusters pour chercher des films indépendants ou étrangers.</p>
<p>À l’université, j’ai découvert qu’on pouvait étudier le cinéma. J’ai pris un cours dès mon premier semestre, et j’ai adoré : regarder des films, en parler, y réfléchir… J’ai suivi autant d’enseignements que possible, dont un de réalisation. Mais à la fin de mes études, j’ai compris que je n’étais pas très bon pour faire des films et que je ne me voyais pas non plus faire un doctorat. Je voulais simplement en voir toujours plus. Après quelques emplois divers, je suis retourné à l’université pour un master en sciences de l’information, en archivistique. Et progressivement, j’ai fait le lien : il existait des archives de films. C’est là que tout s’est aligné.</p>
<p><strong>J’ai lu sur le site de Yale que votre travail était décrit comme celui d’un « <em>détective du cinéma</em> ». À quoi ressemble votre quotidien ?</strong></p>
<p>L’aspect « détective » est probablement ce que je préfère, même s’il est moins présent aujourd’hui. Quand je suis arrivé à Yale en 2013, je cherchais partout des films qui n’avaient pas encore trouvé de lieu de conservation. Nous sommes un centre d’archives relativement jeune, donc il s’agissait de repérer ce qui n’avait pas encore été pris en charge. Cela passait par des recherches dans des journaux anciens, trouver des traces de projections, puis retrouver les personnes concernées. Parfois, on me disait : « <em>Oui, j’ai encore ce film. Il est dans une boîte à chaussures, je ne sais pas quoi en faire. </em>» C’est là qu’on intervenait. Je suis allé dans des granges ou des maisons pour récupérer des bobines dans des endroits improbables. J’adore ça. On dit souvent que la pellicule est fragile, mais elle est en réalité très résistante, tant qu’elle n’est pas soumise à des conditions extrêmes.</p>
<p>Aujourd’hui, c’est moins le cœur de mon travail, qui s’organise autour de quatre axes : la constitution des collections, la préservation, la programmation publique et la création de nouvelles copies. Nous produisons aussi des copies 35 mm de films, généralement connus, comme ceux d’Hitchcock, de Scorsese ou de Kubrick, pour enrichir la collection. Mais il ne reste que deux laboratoires aux États-Unis capables de faire du tirage photochimique complet : nous travaillons donc un peu contre la montre.</p>
<p><strong>Dans cette quête de films perdus, y a‑t-il un projet qui vous a particulièrement marqué ?</strong></p>
<p>En 2009, je suis allé en Nouvelle-Zélande en vacances et j’ai demandé à visiter les archives. Lorsque j’ai aussi demandé s’ils avaient des films américains, cette question a déclenché un processus qui a permis de rapatrier des dizaines de films muets qui étaient considérés comme perdus. Il y avait un film de John Ford, d’autres films connus, et beaucoup de choses plus obscures. La presse a raconté ça comme si j’avais « découvert » ces films, façon Indiana Jones. Ce n’est pas vrai. Tout ce que j’ai fait, c’est poser une question. Les archives les avaient conservés depuis des années. C’était une question de timing et de bonnes personnes au bon moment.</p>
<p><strong>Vous avez participé à la restauration de <em>From Another Place</em> de Sedat Pakay. Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur ce film&nbsp;?</strong></p>
<p>Frank Mouris est l’une des premières personnes que j’ai rencontrées dans le milieu, après mon arrivée à Yale. Je connaissais son travail, il a gagné un Oscar pour <em>Frank Film</em>. Je l’ai rencontré à un événement à New York et il m’a confié qu’il avait encore ses films étudiants. Je suis allé les récupérer chez lui, dans la vallée de l’Hudson. Il m’a alors parlé de Sadat Pakay, un photographe et cinéaste qui avait fait un film sur James Baldwin. Pakay est décédé avant que je commence le projet, mais sa veuve m’a permis de récupérer les éléments pour la restauration. Je me souviens d’une grange, des toiles d’araignée et de son inquiétude quant à l’état des films, qui étaient en réalité plutôt bien conservés. Il a un œil incroyable, c’est aussi un grand photographe. James Baldwin est très photogénique, Istanbul dans les années 1970 aussi… tout contribue à la beauté du film. On l’a restauré entièrement en analogique – de pellicule à pellicule –, puis créé une version numérique. Ce qui est étrange, c’est qu’il avait fait des copies des rushes, pas seulement les négatifs&nbsp;; j’ai donc pu les monter assez facilement. Il y avait peu de son synchrone, mais j’ai utilisé d’autres enregistrements audio (des interviews et des bandes) pour créer un montage d’environ dix minutes. C’était mon premier travail de montage. Et ça m’a donné envie de continuer. Depuis, j’ai fait trois films de collage.</p>
<p><strong>Vous travaillez dans le milieu universitaire : quel rapport les étudiants d’aujourd’hui entretiennent-ils avec l’histoire du cinéma et les archives ? Pour une génération qui a grandi dans un environnement essentiellement numérique, la matérialité du film a‑t-elle encore du sens ?</strong></p>
<p>La première année où j’ai enseigné, en 2016, on n’avait pas beaucoup d’étudiant·es de premier cycle dans les projections publiques. J’avais surtout des doctorant·es en études cinématographiques, et peut-être un ou deux étudiant·es de licence intéressé·es. Et aujourd’hui, dix ans plus tard, iels sont beaucoup plus nombreux·ses. On retrouve beaucoup de jeunes de dix-neuf, vingt, vingt-un ans dans les salles.</p>
<p>Je pense que, surtout après le COVID, il y a eu un énorme regain d’intérêt pour le visionnage des films en salle, ensemble, dans le noir, sans distraction et sur pellicule. Certains développent un véritable engouement pour la matérialité du film : j’ai en ce moment deux étudiant·es qui vont même poursuivre des études en conservation. Pour moi, c’est incroyable ; je n’avais même pas conscience que cette discipline existait quand j’avais leur âge !</p>
<p>Ce que j’aime beaucoup dans le contexte universitaire, c’est que comme je n’ai pas d’équipe permanente, j’ai besoin d’eux. Donc, je trouve des étudiant·es qui sont curieux, parfois déjà dotés d’un peu d’expérience, et je leur apprends à manipuler et à inspecter les films. Iels viennent travailler quelques heures par semaine. Certain·es écrivent leurs mémoires sur des films de la collection, d’autres veulent continuer dans ce domaine. Ce qui est frappant, c’est que beaucoup d’entre eux n’ont jamais vu de film sur pellicule. Je faisais avant un petit exercice, que j’ai arrêté parce que ça devenait un peu agaçant, je demandais : « <em>Qui n’a jamais vu ce film ?</em> » Et la plupart levaient la main, même pour <em>The Conversation</em>, <em>Chinatown</em>, <em>The Godfather</em>. Mais ce n’était pas pour les culpabiliser ! C’était plutôt pour leur dire : vous êtes au bon endroit. Vous allez découvrir ce film dans les meilleures conditions possibles, et ça va vous marquer.</p>
<p><strong>Comment votre travail influence-t-il votre rapport au cinéma contemporain et à votre cinéphilie ?</strong></p>
<p>Quelqu’un m’a récemment demandé quels films j’attendais cette année. Je n’en avais aucune idée. J’ai deux filles de treize et quinze ans, donc ça me tient un peu au courant de certaines choses. Mais si je vois parfois des films récents, la grande majorité de ce que je regarde, ce sont des films de patrimoine. Il y a une citation attribuée à Peter Bogdanovich : « <em>Il n’y a pas de vieux films, seulement des films que vous n’avez pas encore vus. </em>» Je ne considère pas ces films comme anciens ; c’’est juste que je ne les avais pas encore vus. Je prends beaucoup de plaisir à découvrir ces films et à les situer dans une sorte de grande cartographie du cinéma. Voir les connexions, les débuts, les fins de carrière, les influences… Et il y a encore tellement de choses que je ne connais pas.</p>
<p>En ce moment, je regarde beaucoup de films des années 1970. C’est presque un projet sans fin. Je me fixe souvent des thèmes pour m’aider à choisir quoi regarder. Par exemple, j’ai passé deux mois à ne voir que du cinéma australien. Pendant le COVID, j’ai regardé environ 300 films des années 1980, pour me replonger dans mon enfance.</p>
<p><strong>Regarder autant de films nourrit-il votre enthousiasme ou peut-il devenir une contrainte ?</strong></p>
<p>Non, ça nourrit complètement mon enthousiasme. Le seul inconvénient est personnel : je tiens un journal manuscrit de tous les films que je vois depuis mes vingt ans. J’ai des volumes entiers de carnets… Et maintenant, je suis constamment en retard. Mes notes deviennent de plus en plus courtes, plus superficielles. Mais ça reste important pour moi, pour digérer les films. Et surtout, chaque film donne envie d’en voir d’autres. C’est sans fin.</p>
<p>Je dirais que l’enjeu principal pour moi est de continuer à voir les films au cinéma et en pellicule. J’étais récemment à Paris et je me suis demandé quelles salles projettent encore en 35mm. Contrairement à New York, ce n’est pas toujours indiqué et il faut parfois se rendre sur place pour le savoir ! Mais regarder un film dans une salle parisienne… c’est une expérience incroyable. Entrer à la dernière minute, s’asseoir, voir le film commencer… c’est l’un des grands plaisirs de la vie pour moi.</p>
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		<title>Michael</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/michael-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Apr 2026 08:00:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’attendait-on au juste de Michael, biopic produit et validé par John Branca, ancien manager et avocat de Michael Jackson, désigné comme exécuteur testamentaire de l’artiste depuis sa disparition, en juin 2009 ? Croyait-on qu’il allait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/michael-2/" title="Read  Michael">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’attendait-on au juste de <em>Michael</em>, biopic produit et validé par John Branca, ancien manager et avocat de Michael Jackson, désigné comme exécuteur testamentaire de l’artiste depuis sa disparition, en juin 2009 ? Croyait-on qu’il allait éclairer la part la plus sombre de la vie de l’artiste et revenir, entre autres, sur l’affaire Chandler et les perquisitions effectuées dans le ranch de Neverland au début des années 1990 ? Ou rêvait-on plus simplement d’un classique <em>rise &amp; fall</em><i>,</i> de l’apogée des années 1980 au déclin des années 2000 – petite musique bien connue du biopic, qui servait de breuvage à <em>Elvis</em> et <em>Back to black</em> ?</p>
<p>De chute, il ne sera pas question – même si un deuxième volet annoncé doit revenir sur des dossiers plus conflictuels. Jamais sombre ni graveleux, ce premier film entièrement dédié à l’ascension de l’artiste, de la petite entreprise familiale (les Jackson Five) à l’apothéose solitaire (la tournée de l’album <i>Bad</i>, à la fin des années 1980), a le mérite de s’intéresser à la facette la plus spectaculaire de Jackson&nbsp;: celle de la <em>making money machine</em><i>. </i>L’expression, employée par le père du chanteur, a dû servir de repère pour le film, qui peut être vu comme le portrait d’un artiste entièrement absorbé par la logique de production capitaliste. Soit une économie de la pure performance – vocale, chorégraphique, scénique – engendrant un produit qui rêve, comme tous les produits de l’industrie du divertissement américain, de s’émanciper. D’Elvis à Britney Spears, en passant par Whitney Houston, les États-Unis n’ont cessé de produire ce type de créatures, adorées puis brûlées par la <em>making money machine</em>. Dans <i>Michael</i>, ce parcours qui allie création et destruction n’est raconté qu’à moitié&nbsp;: c’est – on le répète – une ascension sans chute. L’artiste n’est d’ailleurs doté d’aucune psychologie, c’est à peine s’il traîne avec lui son trauma de rigueur (papa l’a éduqué à coups de ceinture). Seule son ambition intéresse le récit&nbsp;: conquérir le monde, devenir le premier artiste de l’ère pop moderne, celle de MTV et des méga-tournées planétaires, où le public l’attend comme un messie.</p>
<p>Par sa façon de ne retenir de l’artiste que la machine (à chanter, à danser, et surtout à engendrer des bénéfices), le film adopte au moins un point de vue. Il n’insiste pas sans raison sur les scènes de négociation&nbsp;: signatures d’accords, ruptures contractuelles, appel du boss d’Epic Records au patron de MTV pour exiger la diffusion du clip de <em>Billie Jean</em>… Jusqu’à cette scène de tournage très connue d’une pub Pepsi (elle date de 1984) qui marque le revers faustien de tous les pactes conclus avec le grand capital. Sur le tournage, les cheveux de l’artiste prennent feu&nbsp;; le film ne retient que l’anecdote et son retentissement mondial (foules hystérisées, compassion mondiale pour Michael) sans s’attarder sur les métamorphoses qui viendront après, notamment à l’époque de <i>Black or White</i>. Inutile de dire qu’il ne peut que s’arrêter là, au moment où Michael ressemble encore à peu près à ce qu’il fut (seule son opération du nez est relatée). La fascinante transformation qui aura lieu dans la décennie suivante n’est pas le sujet du film et c’est là que réside sa paradoxale honnêteté : dans le fait de ne pas vouloir abîmer la machine, ni physiquement, ni moralement. Dans le fait de ne retenir d’elle que l’énergie dépensée pour le divertissement (dans la trop courte séquence dédiée au tournage du clip de <em>Thriller</em>,<i> </i>par exemple) et l’extase offerte au public, qui culmine lors du <em>Victory Tour</em>, au terme duquel Michael dit publiquement adieu à sa famille pour voler de ses propres ailes. C’est un peu comme si le capitalisme – à l’image de Jackson lui-même, éternel enfant à la voix frêle rêvant de Peter Pan – retombait en enfance et trouvait en <em>Michael</em> un doudou sur lequel méditer. Quelle belle machine ce fut, tout de même, que ce Michael.</p>
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		<item>
		<title>Parallax — Edge of Tomorrow et All You Need is Kill</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-edge-of-tomorrow-et-all-you-need-is-kill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, comparons la façon dont Edge of Tomorrow (2014) et le film d’animation All You Need is Kill (2026) s’emparent...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-edge-of-tomorrow-et-all-you-need-is-kill/" title="Read  Parallax — Edge of Tomorrow et All You Need is Kill">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, comparons la façon dont </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/edge-of-tomorrow/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Edge of Tomorrow</a><em> (2014) et le film d’animation </em>All You Need is Kill<em> (2026) s’emparent d’un même matériau littéraire et d’une même mécanique héritée du jeu vidéo, le « die and retry ».</em></p>
<p>Les studios hollywoodiens auront été les premiers à adapter <em>All You Need is Kill</em> de Hiroshi Sakurazaka<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332522_220('footnote_plugin_reference_332522_220_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332522_220('footnote_plugin_reference_332522_220_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332522_220_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332522_220_1" class="footnote_tooltip">Publié à l’origine en 2014 sous forme d’un <em>light novel</em>, un roman destiné au public adolescent, <em>All You Need is Kill</em> a ensuite été popularisé par son adaptation en manga, dessinée par Takeshi Obata.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332522_220_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332522_220_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> avec <em>Edge of Tomorrow</em> (2014), réalisé par Doug Liman. Cette année, c’est au tour du cinéma d’animation japonais, sous la houlette de Kenichiro Akimoto, de s’emparer de ce récit de science-fiction articulé autour d’une boucle temporelle. William Cage (Tom Cruise) et Rita (Ai Mikami), protagonistes respectifs des deux films, sont condamnés à s’élancer encore et encore, sur le modèle narratif de <em>Un Jour sans fin</em>, dans l’ultime bataille opposant l’humanité à un alien colonisateur et ses serviteurs belliqueux. Lorsque les héros meurent, la journée redémarre et ils repartent au combat en s’appuyant sur les connaissances glanées lors de leurs précédentes tentatives (d’où vont surgir les ennemis, quand attaquer et quand esquiver, etc.). La mécanique au centre d’<em>Edge of Tomorrow</em> et <em>All You Need is Kill</em> s’approche ainsi de celle d’un jeu vidéo, où le joueur échouerait à de multiples reprises avant d’enfin atteindre la fin d’un niveau et d’en occire le boss.</p>
<p><em>All You Need is Kill</em> assume pleinement cette filiation vidéoludique en répliquant la progression d’un RPG : au fil de ses raids sur Darol, la maison-mère alien en forme de gigantesque plante colorée, Rita apprend à maîtriser de l’équipement plus performant et des compétences avancées (coups spéciaux acrobatiques, déplacements plus rapides, etc.). Cette progression se marie à une autre : à mesure que Rita franchit les obstacles qui la séparent de Darol, l’animation du film gagne en complexité avec des visions abstraites au style hétérogène, la disparition du décor pour accentuer le mouvement d’un corps, l’insertion d’images de synthèse au milieu des dessins, ou encore l’apparition de glitchs. Le renouvellement de la matière visuelle se recoupe avec l’avancée des personnages qui, eux aussi, découvrent à chaque expédition plus fructueuse que la précédente une facette inédite du territoire ennemi. Akimoto s’affranchit d’ailleurs du style cyberpunk du manga au profit d’un univers plus enchanteur, ce qui accentue le ravissement procuré par le cheminement de l’héroïne.</p>
<p><em>Edge of Tomorrow</em> va quant à lui, pour éviter les redondances, s’éloigner au cours du film du point de vue du personnage principal au profit de celui de son alliée, le sergent Vrataski (Emily Blunt). Contrairement à Cage, cette dernière n’évolue pas dans la boucle temporelle et aborde chaque recommencement avec une mémoire vierge. Alors que le film reposait jusqu’ici sur le plaisir burlesque d’assister aux essais successifs de Cage, Doug Liman se rapproche de la perspective de Vrataski, qui ne peut qu’imaginer les précédentes tentatives de son partenaire : par exemple, quand il la conduit dans une base lourdement surveillée sans se faire repérer, on comprend, comme elle, que de nombreux échecs (ellipsés par le film) ont été nécessaires pour élaborer cette trajectoire parfaite. Ce glissement imperceptible du point de vue permet donc à <em>Edge of Tomorrow</em> de revitaliser une dimension ludique, qui correspond moins à la posture d’un joueur (comment triompher d’un obstacle ?) qu’à celle d’un spectateur cherchant à imaginer ce qui a été coupé au montage. Contrairement à <em>All You Need is Kill</em>, qui envisage son public comme le témoin passif d’un émerveillement plastique, Doug Liman vise à nous placer dans une posture active, pour jouer sur notre appréhension de la mise en scène et solliciter notre imagination.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332522_220();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332522_220();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332522_220">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332522_220" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332522_220('footnote_plugin_tooltip_332522_220_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332522_220_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Publié à l’origine en 2014 sous forme d’un <em>light novel</em>, un roman destiné au public adolescent, <em>All You Need is Kill</em> a ensuite été popularisé par son adaptation en manga, dessinée par Takeshi Obata.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332522_220() { jQuery('#footnote_references_container_332522_220').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332522_220').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332522_220() { jQuery('#footnote_references_container_332522_220').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332522_220').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332522_220() { if (jQuery('#footnote_references_container_332522_220').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332522_220(); } else { footnote_collapse_reference_container_332522_220(); } } function footnote_moveToReference_332522_220(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332522_220(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332522_220(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332522_220(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-edge-of-tomorrow-et-all-you-need-is-kill/">Parallax — Edge of Tomorrow et All You Need is Kill</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Soumsoum, la nuit des astres</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soumsoum-la-nuit-des-astres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comme Lingui, les liens sacrés, précédent long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun, Soumsoum, la nuit des astres embrasse un horizon féministe en figurant, dans le Tchad d’aujourd’hui, des femmes unies contre le système patriarcal et ses lois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soumsoum-la-nuit-des-astres/" title="Read  Soumsoum, la nuit des astres">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme <em>Lingui, les liens sacrés</em>, précédent long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun, <em>Soumsoum, la nuit des astres</em> embrasse un horizon féministe en figurant, dans le Tchad d’aujourd’hui, des femmes unies contre le système patriarcal et ses lois corsetées. Cette ambition politique se joint à la volonté reconduite du cinéaste de brosser le portrait d’une adolescente, avec sa solitude et sa difficulté à s’affirmer maîtresse de sa propre vie. <em>Soumsoum</em> se démarque toutefois par son incursion dans le fantastique : la jeune héroïne, Kellou, a le don de lire dans le passé (celui de son père notamment) et noue peu à peu une amitié forte avec une voisine considérée comme la « sorcière » du coin, nourrie par leur conscience d’être dépositaires d’un savoir millénaire. Lorsque cette dernière meurt, Kellou s’emploie, malgré l’opposition des hommes du village, à lui offrir une sépulture dans une cavité magique située au loin, dans le désert de l’Ennedi. Mais le film ne s’affranchit malheureusement pas du poids de son sujet : la forme y reste entièrement subordonnée au souhait de dénoncer sans détour le patriarcat dans la société tchadienne. Ainsi le tracé narratif (divisé entre une partie au village et une autre, plus courte, dans le désert) conduit-il à une fiction calibrée, le montage et la mise en scène ne s’octroyant que de très rares libertés – tel le long plan d’ouverture, sur une pluie torrentielle dans la nuit noire. Si le film n’est pas dénué de tendresse pour ses personnages, il manque en outre de chair et de consistance dans sa manière de figurer le cheminement de son héroïne jusqu’au cœur du désert tchadien : les scènes se fondent dans une esthétique conventionnelle, l’image demeurant enclose dans une joliesse un peu lisse. Tout à la fois éthéré dans sa forme et empesé par son sujet, <em>Soumsoum</em> suscite en définitive une certaine indifférence.</p>
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		<title>La Grève</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-greve-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premières secondes de La Grève convoquent les images d’un monde du travail qui semble voué à sa propre inertie : des femmes exécutent dans le plus grand calme des gestes répétitifs, eux-mêmes scandés par...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-greve-2/" title="Read  La Grève">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premières secondes de <em>La Grève</em> convoquent les images d’un monde du travail qui semble voué à sa propre inertie : des femmes exécutent dans le plus grand calme des gestes répétitifs, eux-mêmes scandés par le mouvement monotone de machines bien réglées. Mais une ouvrière casse l’ordre, en rejoignant ses collègues devant son usine, alors qu’on entend alternativement l’<em>Hymne des femmes </em>et les phrases suivantes extraites de <em>La Chair est triste hélas</em>, l’essai qu’Ovidie, ex-actrice pornographique, a publié en 2023&nbsp;: «&nbsp;<em>Cela fait presque quatre ans que je fais la grève du sexe.</em> […]&nbsp;<em>Je crains que cela ne fasse de moi une anomalie sociale.</em> » Élaboré à partir d’archives publiques (issues de l’INA) et de films amateurs, le film de Gabrielle Stemmer adapte librement le texte d’Ovidie ; des passages choisis, mis en voix par Julia Faure, viennent commenter ce collage d’images hétérogènes. <em>La</em> <em>Grève </em>procède dès le départ à un renversement dialectique, comme l’indique explicitement son ouverture : si les extraits du texte d’Ovidie sont centrés sur l’intimité, les images racontent que cette démission du champ de la sexualité est en réalité sociale et massive. Le film assume dès lors un parti pris qui pourrait être interrogé, car à première vue, la trajectoire d’Ovidie est singulière et ne représente pas l’ensemble des femmes dont il est ici question. Gabrielle Stemmer l’insère pourtant dans une constellation de paroles, puisque plusieurs témoignages, s’affichant sous la forme de sous-titres, s’entrelacent ou font contrepoint aux extraits de <em>La Chair est triste hélas</em>. Si seuls les prénoms des femmes qui s’expriment nous sont donnés, leurs récits composent avec la voix d’Ovidie le chœur de celles qui ont démissionné de l’hétéronormativité et « <em>vivent sans</em>&nbsp;». Le film tente ainsi de faire émerger un sujet collectif sans jamais le figer.</p>
<p>Ce travail de mise en relation du son (les extraits de <em>La Chair est triste hélas</em>) et des images (les archives, souvent issues des années 1960 et 1970) peut évoquer les pratiques du détournement. La voix de Julia Faure, à la fois distante et parfois ouvertement sarcastique, convoque une certaine esthétique situationniste, tandis que l’ombre de Delphine Seyrig et des expérimentations «&nbsp;insoumuses&nbsp;» semble planer sur <em>La Grève.</em> Pourtant, le film ne cherche pas tant à subvertir les images qu’à les reconduire dans leur littéralité. Loin de <em>«&nbsp;confronter des idées vagues avec des images claires</em> », Gabrielle Stemmer opte pour une forme de redoublement systématique. L’ouverture du film nous montre ainsi que le sexe est un travail aliénant ; la rage de Margot est un feu, nos vagins sont, selon Ovidie, d’archaïques grottes visitées par d’improbables messieurs endimanchés, etc. Ce choix produit un effet ambigu. D’un côté, il confère au film une lisibilité immédiate et une finalité pédagogique : tout y est exposé de façon démonstrative. La démarche d’Ovidie est ainsi entièrement encodée dans ce langage d’images sans arrière-pensées. De l’autre, cet aspect ostensiblement illustratif fait néanmoins du film une bonne synthèse de ce qui a pu être pensé sur <em>#</em>Metoo et la résistance suscitée par des archives, qu’on pourrait juger un peu trop jolies, se dissipe en partie face à leur pertinence.</p>
<p>Mais le film s’avère peut-être plus intéressant par sa manière de faire l’archéologie de ce discours sur la grève du sexe et de le saisir dans son historicité. En s’inspirant d’un texte qui ne prétend être ni un «<em>&nbsp;essai&nbsp;</em>»<em>,</em> ni <em>«</em>&nbsp;<em>une leçon de féminisme&nbsp;</em>»<em>,</em> encore moins un «<em>&nbsp;manifeste&nbsp;</em>», mais se présente comme un simple «<em>&nbsp;exutoire&nbsp;</em>»,<em> La Grève </em>restitue justement les modalités de l’émergence de #MeToo en 2017, soit l’expression d’une parole cathartique. À cet égard, on ne peut que mesurer la distance qui sépare la démarche d’Ovidie de celle de Valerie Solanas ou même de Virginie Despentes. Il ne s’agit pas pour Ovidie de porter individuellement un énoncé virtuellement collectif et politique, à partir de sa position marginale. Sa parole est d’emblée médiatique, comme le sont les témoignages entendus (tirés d’émissions comme <em>Les Pieds sur Terre</em> ou de journalintime.com). En cela, Gabrielle Stemmer nous rappelle que le geste inaugural de #MeToo (le tweet d’Alyssa Milano) est lui-même ancré dans un tel dispositif, ce qui nous invite nécessairement à réfléchir à la singularité de ce mode d’énonciation, à ses points aveugles comme à ses apports. C’est là que le film suscite une certaine déception, ou du moins une perplexité. Souscrivant à l’idée de l’efficacité de cette libération de la parole (à laquelle il entend lui-même participer), il a pour limite de ne pas penser les luttes féministes en dehors de ce cadre restrictif et d’images parfois convenues – les clichés habituels de la société de la consommation et ses normes de beauté –, voire de le tenir comme le stade ultime de l’émancipation politique. Au risque d’un discours frôlant la naïveté : attention, le Grand soir arrive, des femmes blanches et diplômées ne veulent plus s’épiler, se maquiller et avoir des relations sexuelles avec les hommes. Pour combler les manques de ce film intéressant mais lacunaire, on pourra ainsi se replonger dans des pensées plus aventureuses, de <em>Mémoires d’un névropathe</em>&nbsp;à&nbsp;<em>Scum Manifesto.</em></p>
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		<title>Drunken Noodles</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drunken-noodles-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut attendre une demi-heure pour comprendre où veut en venir Drunken Noodles. Chapitré en quatre parties, le film s’organise de manière antéchronologique (chaque chapitre est un « flashback » du précédent), sans pour autant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drunken-noodles-2/" title="Read  Drunken Noodles">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut attendre une demi-heure pour comprendre où veut en venir <em>Drunken Noodles</em>. Chapitré en quatre parties, le film s’organise de manière antéchronologique (chaque chapitre est un « flashback » du précédent), sans pour autant que cette structure soit de prime abord explicitée ; ce n’est qu’au milieu du deuxième segment que l’on saisit soudain la composition de l’ensemble. Le film débute à New-York où Adnan effectue un stage dans une galerie d’art qui expose de curieuses broderies représentant des scènes de sexe explicites. Le format 4/3, la faible profondeur de champ et les lumières soignées participent d’une esthétique branchée aussi peu inspirée que le didactisme avec lequel Lucio Castro présente ses personnages. Alors qu’Adnan se fait livrer de la nourriture en pleine nuit – les « <em>drunken noodles</em> » du titre ? –, il s’éprend du coursier, Yariel, qu’il rappellera plusieurs jours de suite. Leur relation naissante s’articule autour de cette asymétrie : Adnan « commande » littéralement la venue de Yariel d’un soir sur l’autre. L’un est un bobo collé à son iPhone dernier cri, qui habite un spacieux loft, tandis que l’autre est un immigré hispanophone bafouillant l’anglais et s’étonnant qu’une œuvre d’art puisse valoir plus de cent dollars. Et lorsque le film finit par inverser ces rapports schématiques, il n’opère pas vraiment de manière plus subtile : le livreur se révèle être un poète, qui décrit à ses collègues les tableaux observés dans la galerie d’Adnan par l’entremise d’une prose lyrique.</p>
<p>Au cœur de la troisième partie, le film prend toutefois un virage inattendu, lorsque le personnage se trouve au milieu des bois, dans un Airbnb, avec Iggie, son compagnon aspirant au calme pour écrire. Adnan se lève une nuit pour consulter l’ordinateur de son partenaire et lire son manuscrit. Le récit, déployé par le biais d’une voix off, retrace alors les événements auxquels on vient d’assister, dont certains éléments restaient inexpliqués : qui est au juste Iggie, présentée de but en blanc au milieu du film ? Pourquoi cette tension dans leurs rapports ? Cette séquence permet de relire la scène tout juste écoulée, en entrelaçant de manière troublante deux niveaux de narration qui se complètent (le retour en arrière général/la logique rétrospective de l’écrit dans le présent du segment). Le court vertige qui en résulte ajoute un relief bienvenu au film, qui tranche avec les effets de manche sur lesquels il table beaucoup. Ainsi, par exemple, de la séquence finale, tournée en Super 8 et composée d’une succession de plans fixes sur la végétation d’un parc new-yorkais où Adnan est allongé dans l’herbe. La possibilité d’un décrochage esthétique est alors désamorcée par la joliesse de la mise en scène, qui confine au geste <em>arty</em>.</p>
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		<title>La Corde au cou</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On revient beaucoup ces derniers mois sur une notion que l’on pensait acquise&#160;: c’est quoi, au juste, un auteur&#160;? La manifestation d’un style, d’une écriture, d’un regard, d’un ton, d’un ensemble de problèmes travaillés et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/" title="Read  La Corde au cou">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On revient beaucoup ces derniers mois sur une notion que l’on pensait acquise&nbsp;: c’est quoi, au juste, un auteur&nbsp;? La manifestation d’un style, d’une écriture, d’un regard, d’un ton, d’un ensemble de problèmes travaillés et retravaillés de film en film&nbsp;? Ou un statut à décorréler des films eux-mêmes et qui serait alimenté par une somme d’instances&nbsp;: la critique, les festivals, la cinéphilie en général&nbsp;? La sortie du nouveau Gus Van Sant, <em>La Corde au cou</em>, constitue sur ce terrain un cas d’étude assez complexe. D’abord, parce que cerner la singularité de Gus Van Sant a toujours été une affaire difficile&nbsp;: tour à tour réalisateur indé (<em>My Own Private Idaho</em>), artisan hollywoodien au <em>storytelling</em> soigneux (<em>Will Hunting</em>, <em>À la recherche de Forrester</em>), bidouilleur conceptuel (son remake de<em> Psychose</em>), pape d’un cinéma mi-radical, mi-vaporeux (<em>Elephant</em>, <em>Gerry</em>, etc.) et enfin tenant d’une épure lointainement héritée du classicisme (<em>Harvey Milk</em>, <em>Promised Land</em>), sa trajectoire est tout sauf rectiligne. Ensuite parce que, dans l’histoire récente du cinéma, la figure de Gus Van Sant illustre de façon éloquente une autre conception de l’auteur, entendu comme valeur boursière. La politique des auteurs tient parfois du petit jeu économique&nbsp;: un cinéaste, c’est aussi un titre sur lequel on mise, qui monte ou baisse, et peut même subir un krach. La carrière de Van Sant aura connu à peu près toutes les fluctuations possibles&nbsp;: l’ascension, la consécration, le petit creux et l’effondrement. Depuis l’accueil catastrophique réservé en 2015 à <em>Nos souvenirs</em> et la sortie en 2018 du médiocre <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dont-worry-he-wont-get-far-on-foot/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot</a></em>, le cinéaste est dans la cinéphilie une monnaie dépréciée. Avec <em>La Corde au cou</em>, très bien accueilli à la dernière Mostra de Venise, l’heure est désormais à une nouvelle étape dans cette valse des cours, celle de la relance.</p>
<h2>Faire signal</h2>
<p>Il faut toutefois beaucoup d’amour et de croyance en ce qu’a représenté Gus Van Sant au début des années 2000 pour voir dans cette adaptation d’un fait divers la marque d’une revitalisation de son cinéma. Mais à défaut d’un retour en grâce, il est probable que le film, en adoptant une structure plus biscornue qu’il n’y paraît, condense les différents pans de cette filmographie sinusoïdale. Situé en 1977 à Indianapolis, le récit retrace comment Tony Kiritsis (Bill Skarsgård), endetté auprès d’une société d’emprunt qu’il suspecte d’avoir sciemment organisé l’échec de son projet immobilier, prend en otage son vice-président Richard Hall (Dacre Montgomery), afin de réclamer des excuses et une compensation financière. À la lumière de ce pitch, on pourrait croire à une relecture maniériste des thrillers des années 1970, en particulier <em>Un apr</em><em>ès-midi de chien</em> (Al Pacino joue d’ailleurs un second rôle). Ou encore, à une série B minimaliste, l’essentiel du récit se jouant à huis clos ou dans les échanges téléphoniques de Tony avec la police et le DJ d’une radio locale, joué par Colman Domingo. Mais très vite, quelque chose coince&nbsp;: «&nbsp;GVS&nbsp;» semble vouloir contrarier la modestie fonctionnelle de sa mise en scène par un dispositif réflexif consistant à <em>reproduire</em>, avec une patine rétro<em>, </em>la couverture télévisée de l’affaire. Il arrive ainsi que l’action se retrouve suspendue, sur le mode de l’arrêt sur image, tandis qu’on assiste simultanément à l’exécution du plan de Kiritsis et à son enregistrement par la télévision locale, puis par les chaînes nationales.</p>
<p>Ce rejeu n’est pas nouveau à l’échelle de la carrière de Gus Van Sant qui, d’Hitchcock à Alan Clarke (dont le moyen-métrage, <em>Elephant</em>, est la matrice de sa Palme d’or<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332354_228('footnote_plugin_reference_332354_228_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332354_228('footnote_plugin_reference_332354_228_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332354_228_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332354_228_1" class="footnote_tooltip">À noter que <em>La Corde au cou</em> s’appuie lui-même sur un documentaire consacré à l’affaire Kiritsis : <em>A Dead Man’s Line</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332354_228_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332354_228_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), a fait du réemploi le carburant de plusieurs de ses films. Dans <em>Psycho</em>, par exemple, le rejeu en couleur du classique d’Hitchcock se présentait comme <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/deux-fois-marion-crane/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">un remake «&nbsp;plan par plan&nbsp;» approximatif</a>, qui reproduisait certes avec une fidélité d’apparat l’essentiel de l’œuvre originelle, mais en procédant à de légères et constantes variations, à la fois sur le plan du comportement des personnages (Bates se masturbe en contemplant Crane par l’œilleton) et de la mise en scène pure (le découpage diffère légèrement, la durée des plans n’est pas la même, de courtes visions mentales se glissent dans le montage, etc.). Le film valait <em>in fine</em> comme une installation plus ou moins involontairement passionnante&nbsp;: c’était dans son échec –&nbsp;la reproduction ne tenait jamais la comparaison avec son modèle&nbsp;– qu’il ouvrait sur une interrogation plus large sur la nature d’une mise en scène et ce qui fait son efficacité. Si le remake opérait certes un décalque en apparence géométrique, il s’avérait flagrant, en comparant minutieusement les deux films, que GVS avait vu et reproduit Hitchcock sans comprendre dans le détail le pourquoi de ses choix. Se dégageait alors un sentiment troublant&nbsp;: celui de voir <em>Psychose</em> sans <em>Psychose</em>, d’assister à un simulacre du film qui révélait sa part d’illusion dès qu’on grattait sa surface. Expérience passionnante donc, qui confortait dans l’idée que la réussite de l’original tenait à la spécificité de sa forme, mais expérience limite, en cela que le geste du cinéaste pensait moins qu’il ne permettait de penser. Une logique semblable est à l’œuvre dans <em>La Corde au cou</em>&nbsp;– titre par ailleurs hitchcockien&nbsp;: le dédoublement des scènes opéré par sa doublure médiatique puis, dans le générique de fin, par la convocation des images réelles de l’affaire, <em>fait signal</em> et invite le spectateur à mettre ses méninges en ordre de marche<em>.</em> Attention, quelque chose se joue&nbsp;: il ne s’agit pas seulement d’un fait divers, mais d’un signe annonciateur de l’Amérique des années 1980, dans un moment où elle se trouve conjointement au crépuscule des contre-cultures et à l’orée du reaganisme. Ou encore, il serait possible de lire le film comme une allégorie prenant à rebours la maxime d’un morceau célèbre de Gil Scott-Heron que l’on entend lors du dénouement, «&nbsp;The Revolution Will Not Be Televised&nbsp;» – finalement si, la télévision a probablement joué un rôle dans la conclusion de cette histoire et dans la mise au jour de sa dimension politique.</p>
<h2>Mixtape, mixture</h2>
<p>Mais que racontent au juste ces effets marqués de la mise en scène de Gus Van Sant&nbsp;? Témoignent-ils, quand on s’arrête précisément sur eux, d’une pensée formelle en action&nbsp;? Ce saupoudrage ne redouble <em>de facto</em> rien de plus que ce que dessine déjà le scénario, qui fait de cette histoire une fable sur la dilution définitive du sacro-saint «&nbsp;rêve américain&nbsp;» dans le capitalisme prédateur. Simulacre, à nouveau&nbsp;: cette couche pseudo-théorique injecte une fausse profondeur formelle à un récit qui fait montre au contraire d’une grande limpidité. <em>La Corde au cou</em> semble plus généralement tiraillé entre la simplicité et la complexité, comme si le film ne faisait pas confiance à l’épure de son cadre narratif. Il faut dire que la situation de semi-siège dans laquelle s’enfonce la prise d’otage est peu cinégénique et demande des ressources quasi théâtrales. C’est à cet endroit que le modèle lumettien se fait le plus sentir : la mise en scène doit insuffler une intensité dramatique à partir de presque rien et tabler sur l’abattage des acteurs pour donner une épaisseur à des personnages en train d’attendre. On ne fera pas l’injure à Bill Skarsgård de dire qu’il n’est pas Pacino, mais force est de constater que son jeu (ou plutôt son surjeu) peine à mêler la nervosité et la maladresse de Kiritsis, figure que le scénario essaie en vain de rendre plus ambivalente qu’elle ne l’est réellement.</p>
<p>Si, là encore, on a l’impression d’une greffe qui ne prend pas, c’est peut-être justement parce que le film dans son ensemble court après une hybridité qui lui échappe. Son titre original, <em>Dead Man</em><em>’</em><em>s Wire</em>, renvoie à la petite invention bricolée par Kiritsis pour mener à bien son entreprise&nbsp;: un fusil à pompe dont la détente est retenue par un fil d’acier attaché à la fois à son cou et à celui de son otage. Ce fil, c’est quelque part le film lui-même, pensé comme composite&nbsp;: il s’agit de lier deux personnages aux natures distinctes (face à Skarsgård, Montgomery joue une partition plus sobre)&nbsp;; de mêler la petite série B avec le portrait des États-Unis&nbsp;; de mâtiner le thriller de touches de comédie, etc. En fin de compte, GVS compose son film comme il compose sa bande-son, qui articule des titres emblématiques de l’époque (des <em>hits</em> de Barry White ou Donna Summer) avec des références plus pointues (Deaodato, Harpers Bizarre, Gil Scott-Heron). Le résultat&nbsp;? Un objet à mi-chemin entre l’académisme hollywoodien, l’exercice de style visant à ressusciter une époque (on sent, notamment dans les séquences de radio, l’expression d’un plaisir fétichiste) et le film <em>arty</em>. Rarement un film de Gus Van Sant sera apparu à ce point comme un agrandissement au microscope de ce qu’est son cinéma à une échelle macro&nbsp;: une mixture.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332354_228();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332354_228();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332354_228">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332354_228" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332354_228('footnote_plugin_tooltip_332354_228_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332354_228_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À noter que <em>La Corde au cou</em> s’appuie lui-même sur un documentaire consacré à l’affaire Kiritsis : <em>A Dead Man’s Line</em>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332354_228() { jQuery('#footnote_references_container_332354_228').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332354_228').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332354_228() { jQuery('#footnote_references_container_332354_228').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332354_228').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332354_228() { if (jQuery('#footnote_references_container_332354_228').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332354_228(); } else { footnote_collapse_reference_container_332354_228(); } } function footnote_moveToReference_332354_228(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332354_228(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332354_228(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332354_228(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-corde-au-cou/">La Corde au cou</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Affection affection</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/affection-affection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au début d’Affection affection, le scénario présente très classiquement sa protagoniste, Géraldine (Agathe Bonitzer) ainsi que son entourage : sa mère qu’elle vient de retrouver après de longues années d’absence, Jérôme, un homme plus âgé...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/affection-affection/" title="Read  Affection affection">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au début d’<em>Affection affection</em>, le scénario présente très classiquement sa protagoniste, Géraldine (Agathe Bonitzer) ainsi que son entourage : sa mère qu’elle vient de retrouver après de longues années d’absence, Jérôme, un homme plus âgé qu’elle fréquente ou encore Kenza, sa belle-fille, qu’elle vient de rencontrer. Mais ce qui est moins attendu, c’est que les proches de la jeune femme disparaissent aussitôt mystérieusement, sans raison apparente. Le récit s’organise dès lors autour de la désorientation de Géraldine, errant à leur recherche sur la Côte d’Azur. Cet ancrage géographique n’a rien d’anodin : à la lisière entre deux mondes, les paysages côtiers servent en effet depuis L’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lavventura/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avventura</em></a> d’Antonioni de territoire symbolique où s’ouvre une brèche métaphysique. Alexia Walther et Maxime Matray réemploient cette logique en lui insufflant une dimension ludique : la disparition en tant qu’élément perturbateur devient ici le point de départ d’un jeu de confusion entre les mots et les choses. Au loin, un petit chien blanc est pris pour un sac plastique emporté par le vent sur la plage, tandis que les personnages prennent des mots pour d’autres. <em>« Cartomancienne ou cartésienne ? »</em>, demande l’un d’eux, <em>« C’est pareil »</em>, lui rétorque-t-on. À travers ces dialogues absurdes se dessine une poétique de l’équivoque où chacune de ces ressemblances imparfaites brouille les frontières entre rationalité et croyance superstitieuse.</p>
<p>Ces glissements sémantiques composent une atmosphère énigmatique : l’apparente banalité de la ville côtière, qui d’ailleurs n’est même pas nommée, se transforme en théâtre d’une indifférence étrange. Walther et Matray exploitent ici de nombreux éléments propres au genre du film noir, avec l’ambition manifeste de les détourner ou de les rendre presque inopérants – exemplairement, le trope de la petite ville tranquille renfermant bien des secrets derrière son calme. Aucun des habitants ne semble véritablement se préoccuper du sort des disparus, au point que l’existence de ces derniers finit par devenir abstraite. L’inquiétude ne se déploie jamais, laissant place à une atonie qui se prolonge dans l’attitude placide de Géraldine. Son enquête se dispersera au gré de rencontres triviales ou de quiproquos qui court-circuitent toute idée de progression. Cette logique de dédramatisation produit un récit fragmenté, volontairement flottant et c’est là que réside l’intérêt d’<em>Affection affection </em>: dans un état d’incertitude qui déjoue les mécanismes conventionnels du mystère.</p>
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		<title>Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/" title="Read  Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci : les controverses au sujet du premier film gay de l’histoire du cinéma</em>.</p>
<p>Il y a trois ans, l’exposition <em>Regeneration: Black Cinema 1898–1971</em> à l’Academy Museum de Los Angeles s’ouvrait sur plusieurs versions du court-métrage <a href="https://www.cinematheque.fr/henri/film/154676-something-good-negro-kiss-william-n-selig-1898/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Something Good-Negro Kiss</em></a> réalisé par William Selig (1898), dans lesquelles deux acteurs africains-américains, Saint Suttle et Gertie Brown, se courtisent, dansent et s’embrassent. Ce film, redécouvert en 2017, a connu un grand retentissement aux États-Unis : c’était la première fois que l’on voyait des Noirs – plutôt que des Blancs en <em>blackface&nbsp;</em>– dans un film si ancien. Les corps noirs ont été si longtemps tenus à l’écart du cinéma américain dominant<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332460_232('footnote_plugin_reference_332460_232_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_332460_232('footnote_plugin_reference_332460_232_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332460_232_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332460_232_1" class="footnote_tooltip">Jusqu’au début des années 1950, on ne les a pratiquement vus que dans les <em>race films </em>produits par des indépendants à l’écart de Hollywood et pour la plupart perdus ou détruits depuis.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332460_232_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332460_232_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> que la découverte de ce film des premiers temps marquait la résurgence d’une image manquante, d’un fragment d’histoire perdu.</p>
<p>Il n’y a pas à ma connaissance d’équivalent gay à ce film, mais ce qui s’en approche le plus est sans doute le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Y6b0wpBTR1s" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dickson Experimental Sound Film</em></a>. Réalisé avec le Kinetophone développé par William Dickson et Thomas Edison, il est entré dans l’histoire du cinéma comme le premier film incluant du son enregistré en direct. Il est aussi identifié par Vito Russo, dans le premier chapitre de son célèbre essai <em>The Celluloid Closet&nbsp;: Homosexuality in the Movies </em>(1981), sous le titre de <em>The Gay Brothers</em>, comme la première occurrence au cinéma de la figure de la <em>sissy </em>(gay efféminé), au prétexte qu’on y voit deux hommes danser ensemble au son du violon tenu par Dickson lui-même. Ce n’est pas le seul film des premiers temps à avoir attiré <em>a posteriori </em>l’attention des commentateurs&nbsp;: dans <a href="https://www.youtube.com/watch?v=sCqIC1T8xvE" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Éclipse de soleil en pleine lune</em></a> de Georges Méliès, le soleil et la lune, joués par deux acteurs masculins, se lancent des œillades lubriques, toutes langues dehors, avant que l’un passe littéralement <em>derrière l’autre</em>. Et dans la comédie <a href="https://www.youtube.com/watch?v=zrJNvZv10kY" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Meet Me at the Fountain</em></a>, le périple d’un homme à la recherche de la femme idéale s’achève par « l’horrible » révélation que l’heureuse élue est en réalité un homme travesti qui le couvre de baisers.</p>
<p>Les historiens du cinéma ont mis un point d’honneur à montrer que toute ambiguïté dans ces films était au mieux accidentelle, au pire malveillante. On n’a jamais trouvé aucune preuve que le film de Dickson s’intitulait <em>The Gay Brother </em>comme le prétendait Russo, et il n’était à l’époque pas nécessairement équivoque pour deux hommes de danser ensemble. Les archives de Méliès montrent que la lune était genrée au féminin dans le scénario original du film. Quant à <em>Meet Me at the Fountain</em>, c’était le premier d’un des nombreux films de travestis à jouer de la panique homosexuelle comme ressort comique. Mais au fond&nbsp;: qu’importe l’intention pourvu qu’on ait l’ivresse&nbsp;? L’ambiguïté n’a pas besoin d’être dans l’œil de celui qui fait le film, tant que l’œuvre offre la possibilité à celui qui la regarde d’en déceler les traces&nbsp;: la perspective <em>queer </em>sur le cinéma a toujours, comme le formule Adrienne Boutang, relevé d’une «&nbsp;<em>pratique analytique d’opposition</em>&nbsp;» décelant «&nbsp;<em>au sein des textes filmiques, des ambivalences et des failles significatives</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_332460_232('footnote_plugin_reference_332460_232_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_332460_232('footnote_plugin_reference_332460_232_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_332460_232_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_332460_232_2" class="footnote_tooltip">Adrienne Boutang et al., <em>L’Analyse des films en pratique</em><em> : 31 exemples commentés d’analyse filmique</em>, Malakoff, Armand Colin, 2018, p. 18‑19<em>.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_332460_232_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_332460_232_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» C’est précisément ce que montre le documentaire inspiré par le livre de Vito Russo&nbsp;: faute de se voir explicitement représenté à l’écran, on a appris à décoder les sous-entendus volontaires ou involontaires cachés en plein cœur d’œuvres qui prétendaient que l’homosexualité n’existait pas. Les représentations explicites et les films militants pro-gay viendraient bien plus tard (notamment le célèbre <a href="https://www.youtube.com/watch?v=mMz3FmcnpbI" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Différent des autres</em></a> de 1919), mais cela n’enlève absolument rien au trouble authentique suscité par cette première danse.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332460_232();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_332460_232();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_332460_232">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_332460_232" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332460_232('footnote_plugin_tooltip_332460_232_1');"><a id="footnote_plugin_reference_332460_232_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jusqu’au début des années 1950, on ne les a pratiquement vus que dans les <em>race films </em>produits par des indépendants à l’écart de Hollywood et pour la plupart perdus ou détruits depuis.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_332460_232('footnote_plugin_tooltip_332460_232_2');"><a id="footnote_plugin_reference_332460_232_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Adrienne Boutang et al., <em>L’Analyse des films en pratique</em><em> : 31 exemples commentés d’analyse filmique</em>, Malakoff, Armand Colin, 2018, p. 18‑19<em>.</em></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_332460_232() { jQuery('#footnote_references_container_332460_232').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332460_232').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_332460_232() { jQuery('#footnote_references_container_332460_232').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_332460_232').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_332460_232() { if (jQuery('#footnote_references_container_332460_232').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_332460_232(); } else { footnote_collapse_reference_container_332460_232(); } } function footnote_moveToReference_332460_232(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332460_232(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_332460_232(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_332460_232(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band/boys-in-the-band-the-dickson-experimental-sound-film/">Boys in the Band – The Dickson Experimental Sound Film</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<item>
		<title>Juste une illusion</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332360</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la comédie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&#160;? Juste une illusion, leur dernier film, permet de faire le point. C’est la première fois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/juste-une-illusion/" title="Read  Juste une illusion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la com</em><em>édie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&nbsp;</em><em>? </em>Juste une illusion<em>, leur dernier film, permet de faire le point.</em></p>
<p>C’est la première fois que le titre d’un film d’Éric Toledano et Olivier Nakache n’affiche pas une limpidité en symbiose avec la rondeur du <em>feel-good movie</em> propre à leur cinéma. Quelle est au juste «&nbsp;l’illusion&nbsp;» en question&nbsp;? Il s’agit d’abord d’un motif. Le film se passe en 1985 et se concentre sur une petite famille de la banlieue parisienne, les Dayan – et plus particulièrement sur le cadet, Vincent (Simon Boublil), alors que se profile sa bar-mitsvah. L’intrigue oscille entre la chronique d’une sortie douce-amère de l’enfance et le portrait familial, avec une place comique de choix accordée au leitmotiv du faux. Yves, le père (Louis Garrel), est un cadre au chômage qui cache à ses enfants (ou du moins croit cacher) qu’il a été licencié de sa boîte&nbsp;; Vincent ment pour séduire Anne-Karine, son béguin au collège ; il porte une doudoune rose teintée en noir (car le modèle est moins cher)&nbsp;; avec sa bande d’amis, il se procure un film porno baptisé «&nbsp;La Ruée vers Laure&nbsp;» qu’il dissimule dans un jeu d’échecs, etc. L’illusion, c’est aussi plus largement le vernis rétro du film, qui reconstitue avec délectation le milieu des années 1980 et le présente comme un âge d’or paradoxal&nbsp;: le chômage bat son plein, la crise n’est pas loin, mais il est encore possible de s’élever socialement, les femmes commencent à prendre du galon dans les entreprises (Sandrine, la mère de famille jouée par Camille Cottin) et la jeunesse se mobilise autour de SOS Racisme et de son slogan «&nbsp;Touche pas à mon pote&nbsp;». On commence à le voir&nbsp;: <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-annee-difficile/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une fois encore</a>, Toledano et Nakache font de la comédie un terrain de jeu qui n’est pas exempt de considérations politiques, même si la politique s’exprime souvent chez eux sur le mode de l’inconscient (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sens-de-la-fete/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Sens de la fête</a></em> et sa vision de l’entreprise).</p>
<h2>Ma place dans le trafic</h2>
<p>Comment faire société&nbsp;? C’est l’une des questions centrales du duo de réalisateurs, apôtres d’un vivre-ensemble rassembleur, mais moins innocent qu’il n’en a l’air. Elle s’articule au début du film autour de la notion de «&nbsp;place&nbsp;». Yves a doublement perdu la sienne&nbsp;: premièrement son poste de «&nbsp;cadre&nbsp;», dont il s’enorgueillit – pour ce juif d’origine marocaine, c’est un insigne à plastronner –, puis sa place de parking, modifiée par le concierge du HLM, M. Berger (Pierre Lottin). Ce dernier, avec sa simplicité mal dégrossie (homme à tout faire, il se démarque surtout par sa conjugaison hasardeuse), constitue une présence presque menaçante dans l’espace de son foyer où, en qualité de réparateur, il fait montre d’une virilité et d’une aisance dont Yves est dépourvu. La piste du conflit, pur moteur comique, ne sera pas creusée sur un versant dramatique. On y devine pourtant une angoisse d’être remplacé, d’autant que Berger aide Sandrine à installer un ordinateur qui pourrait permettre à celle-ci de prendre la place du chef de famille, octroyant au foyer le confort matériel auquel elle aspire (autre situation conflictuelle autour d’une «&nbsp;place&nbsp;»&nbsp;: celle de la chambre qu’on promet à Vincent, lequel doit en attendant partager celle de son grand frère). Même l’intrigue amoureuse entre Vincent et Anne-Karine est&nbsp;travaillée par un conflit non seulement de classe, mais aussi d’origine&nbsp;: fille d’un père conservateur (genre tradi-catho) qu’elle ne supporte pas, elle s’amuse de la possibilité de sortir avec un Arabe ou un Juif pour le faire enrager. Ce qui fait bien les affaires de Vincent, puisqu’il est les deux.</p>
<p>Comme souvent, Toledano et Nakache frottent leur programme comique à cette matière abrasive jusqu’à un certain point, avant de prendre la tangente. Cette tangente est ici littérale et précise le rapport du film à «&nbsp;l’illusion&nbsp;», à ce stade du récit encore un peu flou. Dans une scène accompagnée par «&nbsp;Ma place dans le trafic&nbsp;» de Francis Cabrel, Yves attend pour un entretien d’embauche dans une salle peuplée de cadres dans le même cas que lui&nbsp;: des pères de famille revêtant l’uniforme costard-imper, qui encerclent avec angoisse chaque petite annonce présente dans <em>Le Figaro</em> ou <em>Les É</em><em>chos</em>. Le désarroi du personnage face à la concurrence accouche d’une bascule&nbsp;: Yves s’enfuit en courant dans les couloirs de l’entreprise, tandis qu’en montage alterné, Sandrine commence à danser seule chez elle au son de «&nbsp;I’m so excited&nbsp;». Défait, son époux rentre alors à l’appartement et la découvre en train de se déhancher. Mais l’énergie positive de Sandrine l’emporte sur sa sinistrose, au même titre que la seconde chanson remplace la première. À rebours de la confrontation que semblait alors installer le scénario, Yves lâche sa serviette et son manteau, pour rejoindre Sandrine dans sa frénésie. À partir de là, le film commence à détendre les fils de la conflictualité pour se brancher sur une énergie collective qui adoucit les contours de cette famille où l’on se disputait jusqu’alors beaucoup. Autrement dit, aux petits tracas du réel, Toledano et Nakache opposent une logique de fuite, qui prend différentes formes&nbsp;: les vertus de la suspension, de l’artifice, du miracle (Yves dit y croire, avant de décrocher une jolie somme dans un jeu radio) et du «&nbsp;rêve d’un autre monde&nbsp;» que chante alors le groupe Téléphone sur la place de la Concorde, après un discours d’Harlem Désir, fondateur de SOS Racisme. Même si là encore, des petites scènes rappellent le fond idéologique brassé par les fluctuations de l’intrigue&nbsp;: le mariage de Sandrine et d’Yves semble ainsi sauvé pour de bon lorsque la première obtient à son tour le statut de cadre.</p>
<h2>Juste un symptôme</h2>
<p>Le choix des années 1980 est à ce titre à double tranchant, voire un peu ambivalent. S’il est certes le terreau de gags qui placent <em>Juste une illusion</em> plutôt dans le haut du panier de la filmographie des deux réalisateurs, il pose aussi question en miroir du présent dans lequel sort le film. Pourquoi 1985 ? Il y a certes le chômage et le SIDA (dont il est fait mention, d’une manière aussi rapide qu’anecdotique), mais au fond cette époque, qui correspond à l’enfance des réalisateurs, apparaît comme une oasis perdue ; une époque précédant la première percée de taille de l’extrême droite, aux législatives de 86 ; une époque où l’on peut encore être cadre et devenir copain avec son concierge aux remarques racistes et innocemment antisémites (le bon bougre sera même invité à la bar-mitsvah de Vincent) ; une époque où il faisait, en somme, plutôt bon vivre. Et l’on finit par comprendre que le titre est une invitation, à moitié assumée, lancée au spectateur qui tire la gueule devant l’actualité, de se réfugier dans la tiédeur molletonnée d’une salle de cinéma pour un shot de soleil et de « jours heureux ». Un détail parmi d’autres en atteste : dans l’ouverture de « La Ruée vers Laure » (le porno évoqué plus haut), on aperçoit les deux réalisateurs qui s’amusent à jouer les valets en livrée, clin d’œil qui vaut aussi comme une profession de foi – l’euphorie est dans le faux.</p>
<p>Mais un autre jeu post-moderne montre aussi, cette fois de manière inconsciente, la part d’aveuglement et de déni que représente pareille entreprise. C’est la première image du film, son premier gag&nbsp;: en amont du générique, on voit défiler les logos des sociétés productrices comme elles apparaissaient dans les années 1980 (à l’exception, bien sûr, de celui de Disney +). Celui qui ouvre le bal est Canal + (chaîne lancée, ça tombe bien, en 1984), avant que le fameux brouillage qui a rendu la chaîne célèbre ne parasite le logo. Beau symptôme de ce film, qui s’ouvre donc avec la nostalgie d’un Canal + antérieur à l’ascension de Bolloré et de son empire médiatique. Sur l’écran de sa télé, Sandrine regarde avec tendresse défiler une France qui n’existe plus vraiment, où la foule se rassemble pour célébrer la différence et la diversité. Caractéristique emblématique de Toledano et Nakache&nbsp;depuis au moins <em>Intouchables</em> (sur un mode inconséquent) et <em>Samba</em> (avec des intentions humanistes plus affichées)&nbsp;: ils s’emparent, parfois avec une certaine audace, de sujets ou de champs politisés pour mieux leur substituer un tableau radieux, un monde dans lequel on aurait supposément envie de se glisser, une heure ou deux, pour «&nbsp;faire pause&nbsp;». Programme charmant, une fois encore mieux tenu que les précédentes réalisations du duo, mais dont le mirage repose sur une dépolitisation pour le coup tout à fait volontaire.</p>
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		<title>Good Luck Have Fun Don’t Die</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-luck-have-fun-dont-die/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tout commence dans un diner, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rockwell) qui annonce venir du futur dans le but de trouver sept personnes à même de stopper la création d’une IA responsable de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-luck-have-fun-dont-die/" title="Read  Good Luck Have Fun Don’t Die">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout commence dans un<em> diner</em>, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rockwell) qui annonce venir du futur dans le but de trouver sept personnes à même de stopper la création d’une IA responsable de la fin du monde. Capable de voyager dans le temps autant de fois que nécessaire, il explique également que ses nombreuses tentatives lui ont permis de se rapprocher, peu à peu, de la composition du groupe parfait. S’engage alors une aventure articulée entre deux types de scènes&nbsp;: d’une part, des flashbacks narrant les événements les plus récents de la vie des membres de cette équipe bricolée, et de l’autre, des scènes consacrées à l’accomplissement de leur mission.</p>
<p>Les premières tissent de petites histoires mêlant technologie et fantastique, à la manière d’un <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/black-mirror-bandersnatch/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Black Mirror </em></a>bouffon. Dans l’une d’entre elles, des lycéens zombifiés par leurs smartphones attaquent des professeurs qui, pour se défendre, bricolent des armes sur le modèle des pistolets de <em>Mars Attacks&nbsp;!. </em>Le film de Tim Burton est d’ailleurs cité par le personnage inventeur du gadget, avant d’autres clins d’œil à la science-fiction des années 1980–90. Ce trait atteste du problème majeur du film&nbsp;: son regard daté. Verbinski a beau aligner les signes de contemporanéité, il n’en tire qu’un pastiche peu inspiré – cf. cette vision d’une IA maléfique, triangle lumineux sur un écran en mesure d’hypnotiser instantanément celui qui le regarde.</p>
<p>Les scènes « au présent » ne sont guère plus convaincantes. Les péripéties du groupe, qui progressent vers un endroit inconnu pour mener une quête aux contours flous (les personnages n’apprenant que tardivement comment vaincre l’IA), adoptent un style cartoonesque et parfois gore rappelant le cinéma d’Edgar Wright. Mais le ton se veut ici plus mordant : le voyageur du futur, qui peut décider de repartir dans le passé à tout moment si les choses tournent mal, prend des allures de Monsieur loyal commentant l’action et le sort, parfois funeste, de ses compagnons maladroits. Ce détachement, ajouté à la démesure dont fait preuve peu à peu le récit, participe d’une déréalisation de plus en plus profonde, au point que l’on soupçonne rapidement que l’intrigue se passe dans un jeu vidéo ou une réalité virtuelle, voire une matrice façonnée par l’IA. Cette piste peine toutefois à produire des visions : malgré la bizarrerie de certaines situations, la pauvreté de l’imaginaire proposé prive cette étrange odyssée de toute apparition un tant soit peu surprenante. Ni inquiétant, ni drôle, le film de Verbinski, dont le logiciel paraît bien obsolète, ne fait qu’aligner des visions criardes et périmées.</p>
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		<title>Hayat</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hayat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Zeki Demirkubuz, connu en Turquie pour sa rivalité de longue date avec Nuri Bilge Ceylan, n’avait jamais vu l’un de ses films sortir en France. Avec Hayat, Demirkubuz porte à l’écran un projet longtemps différé,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hayat/" title="Read  Hayat">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Zeki Demirkubuz, <a href="https://www.duvarenglish.com/tension-between-acclaimed-turkish-directors-ceylan-demirkubuz-heightens-news-63565" target="_blank" rel="noopener noreferrer">connu en Turquie pour sa rivalité de longue date avec Nuri Bilge Ceylan</a>, n’avait jamais vu l’un de ses films sortir en France. Avec <em>Hayat</em>, Demirkubuz porte à l’écran un projet longtemps différé, l’idée du scénario remontant à plus de trente-cinq ans. Ce temps de maturation se reflète dans un film qui semble à la fois synthétiser certains motifs récurrents de son cinéma et tenter un déplacement, en centrant le récit sur une figure féminine, Hicran (initialement le film devait même porter son nom), là où l’œuvre de Demirkubuz s’est majoritairement construite autour d’hommes en crise. Mais cette tentative se heurte à une contradiction plus profonde : <em>Hayat</em> entend explorer l’intériorité de son personnage féminin tout en conservant une mise en scène enfermée dans un regard masculin.</p>
<p>La première partie est focalisée sur Riza, le fiancé d’Hicran, avant que celle-ci ne s’enfuie la veille de leur mariage arrangé. Le personnage s’inscrit dans la continuité des héros du cinéaste : solitaires, rêveurs et obsessionnels. En face, Hicran, centrale dans les deux autres tiers du récit, demeure inaccessible : son regard, souvent dirigé vers le hors-champ des scènes, suggère un désir d’évasion qui n’est jamais formulé. L’opacité du personnage, source de fantasmes masculins de toutes sortes (entre jalousie et soupçons) constitue moins une énigme féconde qu’il ne trahit l’incapacité du film à adopter pleinement son point de vue, comme si elle restait condamnée à n’exister qu’à travers les projections des hommes qui tentent de la cerner. On ne saurait reprocher à Demirkubuz de revenir une fois de plus aux tourments masculins et à leur violence structurelle. Mais le film semble esquisser une attention à la détresse d’Hicran sans jamais nous y donner accès : nous ne savons rien de ce qu’elle pense des violences qu’elle subit, ni de Riza, ni de son père, ni de l’homme avec qui elle s’est enfuie.</p>
<h2>Le regard empêché</h2>
<p>La mise en scène de Demirkubuz s’est toujours distinguée par sa rigueur asphyxiante, presque sadique, qui fait de chaque plan fixe un piège refermé sur les personnages. Or ici, elle paraît relever d’un flottement. La relative épure formelle qu’elle affiche, avec ces longs plans fixes sur des dialogues laconiques qui s’effacent au profit de silences insistants, contribue à maintenir Hicran à distance, tout en installant le film dans une forme d’atonie diffuse. À force d’entretenir l’ambiguïté, le film s’évapore&nbsp;: là où les cadres rigides de Demirkubuz écrasaient autrefois ses personnages, ils semblent ici simplement les laisser dériver.</p>
<p>Le dénouement (<i><span style="font-weight: normal !msorm;">attention, </span></i><em>spoiler</em>) voit Hicran finalement mariée à Riza, enceinte, après que le personnage a assassiné l’homme avec qui elle était partie. Cette fin peut se lire à la fois comme un <em>happy end</em> ironique (suggéré par l’apparente sérénité de la jeune femme) ou comme une résignation tragique, tant la stabilité affichée repose sur la violence qui l’a précédée. La dernière séquence fait pencher le pendule plutôt vers la deuxième hypothèse : à la question de Riza sur un rêve d’Hicran, celle-ci ne répond pas, tandis que la voiture s’enfonce dans un tunnel, plongeant les deux personnages dans l’obscurité. Fidèle à la tonalité sombre de son cinéma, Demirkubuz substitue à toute résolution claire une image d’effacement, celle d’une intériorité féminine suggérée mais jamais atteinte, laissée dans l’ombre d’un récit qui, jusqu’au bout, n’aura cessé de la contourner.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : 1941</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-1941/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 17:05:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En amont de la sortie de Disclosure Day en juin, le ciné-club Critikat vous invite à découvrir ou à redécouvrir la version longue de 1941, l’un des films les plus injustement mal considérés de Steven...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-1941/" title="Read  Ciné-club Critikat : 1941">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En amont de la sortie de <em>Disclosure Day</em> en juin, le ciné-club Critikat vous invite à découvrir ou à redécouvrir la version longue de <em>1941</em>, l’un des films les plus injustement mal considérés de Steven Spielberg. La séance aura lieu <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2200759-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 20 avril à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> et sera suivie d’une discussion animée par Josué Morel et Marin Gérard.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-332468 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Cine-club-Critikat-1941-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<item>
		<title>Romería</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/romeria-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le nouveau film de Carla Simón n’est pas sans lien avec Été 93, son premier long-métrage qui creusait déjà une veine autobiographique : comme la petite Frida et désormais l’héroïne de Romería, la cinéaste n’a...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/romeria-2/" title="Read  Romería">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nouveau film de Carla Simón n’est pas sans lien avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ete-93/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Été 93</em></a>, son premier long-métrage qui creusait déjà une veine autobiographique : comme la petite Frida et désormais l’héroïne de <em>Romería</em>, la cinéaste n’a jamais connu ses parents, tous deux morts du SIDA dans les années 1980. Dès le début de son voyage en Galice pour rencontrer la famille de son père biologique, Marina, qui aspire à devenir cinéaste, filme son arrivée dans le port de Vigo à l’aide d’un caméscope. En faisant de cette jeune femme son alter ego, la réalisatrice envisage donc la mise en scène comme le moyen d’accéder à un passé familial chimérique. Mais on regrette dès le début la littéralité appuyée du geste métafilmique de Simón. L’enquête familiale – où vivaient ses parents ? En quelle année sont-ils vraiment décédés ? – est accompagnée de prises de vues opérées par Marina, auxquelles s’ajoute la lecture du journal intime de sa mère défunte.</p>
<p>En filmant les lieux habités par deux êtres qu’elle n’a jamais connus, Marina produit ses propres souvenirs, comblant les images manquantes de son imaginaire. Bien que séduisante, l’idée s’épuise vite et le décrochage narratif qui survient aux deux tiers de l’intrigue peine malheureusement à&nbsp;lui donner un second souffle. Le passé des parents toxicomanes de Marina, jusqu’ici tout juste entrevu, se matérialise alors par une longue séquence fantasmée. Après avoir suivi un chat apparu une première fois dans l’ancien voilier de son père, Marina gravit une échelle pour accéder au toit de l’immeuble qu’habitaient ses parents. Allongés dans deux transats, les interprètes de Marina et de son cousin, Llúcia Garcia et Miguel Robles, s’apprêtent à&nbsp;rejouer les scènes évoquées dans le journal intime maternel. On retrouve à&nbsp;cet endroit le même principe que dans <em>Letter to My Mother for My Son, </em>un court-métrage de 2022, où la cinéaste inventait une rencontre avec sa mère biologique. Mais ici, la recherche des traces de son passé se révèle moins inspirée : la reconstitution de sa propre histoire paraît étouffer sa mise en scène.</p>
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		<item>
		<title>Politique de Toledano et Nakache</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/politique-de-toledano-et-nakache/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la comédie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&#160;? Juste une illusion, leur dernier film, permet de faire le point.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la com</em><em>édie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique&nbsp;</em><em>? </em>Juste une illusion<em>, leur dernier film, permet de faire le point.</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>The World is Full of Secrets / An Evening Song (For Three Voices)</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-is-full-of-secrets-an-evening-song-for-three-voices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La sortie conjointe de The World is Full of Secrets et An Evening Song (For Three Voices), les deux premiers films de Graham Swon (réalisés respectivement en 2018 et 2023), offre l’occasion de découvrir en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-world-is-full-of-secrets-an-evening-song-for-three-voices/" title="Read  The World is Full of Secrets / An Evening Song (For Three Voices)">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La sortie conjointe de <em>The World is Full of Secrets </em>et <em>An Evening Song (For Three Voices)</em>, les deux premiers films de Graham Swon (réalisés respectivement en 2018 et 2023), offre l’occasion de découvrir en France un cinéaste indépendant américain au style déjà affirmé. Celui-ci tient à la rencontre entre une volonté d’investir des formes narratives singulières (le récit oral pour le premier, le flux de conscience pour le second) et un goût certain pour l’expérimentation plastique. Si cette recherche formelle passe dans <em>An Evening Song</em> par l’invention d’une caméra conçue sur mesure, produisant une texture granuleuse et un vignettage du cadre, elle se manifeste surtout dans les deux films par l’usage quasi systématique du fondu enchaîné. En découle un montage liquide, par lequel les contours des images se dissolvent les uns dans les autres, qui rend la temporalité plus vaporeuse et déplace le récit vers l’espace du rêve. Que les deux œuvres se déroulent dans le passé (1996 pour <em>The World is</em><i>…</i>, l’entre-deux-guerres pour <em>An Evening Song</em>) et prennent la forme du huis clos n’est pas anodin : elles évoluent surtout dans un espace mental, hors du temps et du monde.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p><em>The World is Full of Secrets</em> est narré par une vieille dame à la voix éraillée, qui raconte en off ses souvenirs d’une journée de son adolescence passée avec plusieurs de ses amies. La nature diffuse des images retranscrit la fragilité du souvenir, ce que suggère un passage où la narratrice avoue ne plus se rappeler exactement un dialogue : aussitôt, l’image s’assombrit et le son s’estompe, comme si le plan était traversé par l’oubli. La logique de la réminiscence n’est toutefois pas strictement respectée, puisqu’à plusieurs reprises apparaissent des scènes que la conteuse n’a pas vécues. Graham Swon joue volontairement de cette ambiguïté, et ce n’est d’ailleurs qu’au milieu du film que l’on parvient à identifier avec certitude la narratrice parmi les cinq jeunes filles. Ce flou déplace l’enjeu : l’image mentale relève moins de la réminiscence que de la fantasmagorie. Davantage qu’une histoire personnelle, le film devient une méditation plus large sur une innocence perdue. Au début, les fondus enchaînés entrecroisent les visages et les corps des jeunes filles en train de se maquiller, de s’appliquer du vernis ou de jouer avec leurs mèches de cheveux, composant un petit condensé iconographique de la figure de l’adolescente, dans la lignée de <em>Virgin Suicides</em> ou de son modèle affirmé, <em>Pique-nique à Hanging Rock</em>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span> L’indication de l’année 1996 sur l’écran-titre, combinée à la présence d’un téléphone filaire dans le premier plan puis d’une pile de cassettes VHS posée sur un téléviseur cathodique, ancre par ailleurs symboliquement le récit dans un «&nbsp;temps de l’avant&nbsp;», celui d’un siècle finissant qui coïncide avec l’enfance du cinéaste.</p>
<h2>L’innocence ambivalente</h2>
<p>À ce temps de l’innocence répond une certaine innocence de la fiction, incarnée ici par la dimension orale du récit. Suite à la proposition, formulée par l’une des cinq amies, de se raconter des histoires effrayantes, le film accueille plusieurs récits enchâssés. Graham Swon opère dans cette perspective un choix radical en filmant deux de ces histoires <em>in extenso</em> chacune en un gros plan fixe (de vingt minutes, puis de quarante minutes), focalisé sur le visage de leurs conteuses respectives. Le procédé invite ici à appréhender le cadre comme une surface sur laquelle le public projette ses propres représentations mentales, produites par les récits des jeunes filles. De brèves surimpressions du visage des auditrices sur celui de la conteuse viennent ponctuellement prolonger ce principe, pour rendre sensible l’accès à l’imaginaire permis par la longueur du plan. Le pari demeure néanmoins risqué, tant il délègue au spectateur, sur le mode de l’installation, la tâche de remplir le cadre. Si le geste a donc ses limites, il trouve toutefois sa force dans un minimalisme qui évite la séduction. Ce faisant, le film rompt avec un rapport fétichiste au merveilleux, qui convoquerait une imagerie archaïque dans une perspective vaguement onirique, pour s’affirmer comme une mise à l’épreuve de l’imagination, un acte de foi envers les puissances de la parole et de la fable. Ces plans actent également un glissement de la fiction vers le documentaire sur les jeunes comédiennes au travail, dont le monologue est autant adressé à l’auditoire fictif qu’aux spectateurs. On se plaît alors à observer leurs différentes stratégies d’oratrices, qu’il s’agisse de leurs effets d’annonce, des adresses à l’assistance pour s’assurer de son attention, ou encore de l’ajout malicieux de petits détails, toujours plus cruels, qui renforcent la dimension tragique de leur histoire.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Ce glissement de la mise en scène est d’autant plus étonnant que la narratrice annonçait d’emblée qu’un événement dramatique viendrait mettre un terme définitif au bonheur naïf des adolescentes. Les longues minutes passées à regarder leurs visages et à écouter leurs histoires permettent de comprendre le véritable enjeu du film : en dépit des avertissements de la voix off, le film ne s’achemine pas vers ce drame imminent, mais cherche plutôt à suspendre et à étirer au maximum le temps qui le précède. Les deux longues prises révèlent dès lors leur ambivalence, participant conjointement de la célébration d’un visage et de son embaumement. L’idée est renforcée par la composition des cadres : dans l’un, deux bougies placées sur les bords droit et gauche enserrent étrangement le visage ; dans l’autre, une forme évoquant une croix se détache à l’arrière-plan, tandis qu’une image du ciel se surimprime sur le visage de la jeune fille à l’issue de son récit. Dans les deux cas, la manière de saisir les visages fait penser à une photographie posée sur une tombe, impression qui émanait déjà d’un autre plan-portrait plus tôt dans le film, dont la partie inférieure était bordée par des fleurs rouges. À l’échelle du film, cette dimension spectrale émerge autant de la structure rétrospective du récit, qui laisse entendre que certains personnages sont peut-être morts depuis, que de la façon dont les adolescentes jouent à se faire peur. Cette inquiétude ne se réduit pas à une simple variation sur le cinéma de genre : elle constitue surtout une manière de saisir l’ambivalence mélancolique propre à l’innocence, dont la beauté se déploie toujours dans l’anticipation de sa perte.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332397 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="689" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-300x81.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-1024x275.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-768x207.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-1536x413.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-2048x551.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-980x264.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/04/Swon-montage-2000x538.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Impermanence</h2>
<p>Cinq ans après <em>The World is Full of Secrets</em>, Graham Swon prolonge ses expérimentations formelles et narratives avec <em>An Evening Song (For Three Voices)</em><i>. </i>Situé dans les années 1930, il met en scène un triangle amoureux entre Barbara et Richard Fowler, un couple récemment installé dans le Midwest, et leur bonne, fervente religieuse et grande brûlée. Mais le drame amoureux mâtiné de fantastique importe finalement peu : Swon s’intéresse avant tout à la transposition cinématographique de certains modes d’écriture de la littérature moderne anglo-saxonne. Les trois voix du titre renvoient ainsi à l’usage polyphonique de la voix off grâce auquel les points de vue des personnages ne cessent de s’entrecroiser. À la manière des flux de conscience de Virginia Woolf, le récit s’atomise en une succession de pensées fragmentaires, de microrécits de rêves et de souvenirs, traduisant la dilution des personnages dans un flot de perceptions évanescentes. Barbara dira ainsi en off : «<em>Si on se considère comme fait de pure matière et qu’on passe outre la vanité de l’individualité, se dissoudre n’est pas difficile, c’est seulement une redistribution de l’énergie.&nbsp;</em>» Graham Swon donne à éprouver ce sentiment à travers les fondus enchaînés par lesquels le tissu de la réalité semble se défaire en une multitude de sensations, ce que figure par exemple une surimpression où la boîte crânienne d’un personnage paraît s’ouvrir pour laisser affleurer les arbres d’un paysage pastoral. Comme le suggère l’utilisation continue d’une bande originale d’<i>ambient</i> composée par Rachel Evans, le film entend produire sur son spectateur cette même expérience vaporeuse et onirique. S’il produit quelques visions fulgurantes, le projet bute cependant sur un écueil : porté par des acteurs à la beauté assez lisse et endimanchés dans leurs costumes d’époque, le mélodrame rapidement ébauché ressemble trop à un prétexte. Les enjeux confinent à l’artifice, comme en témoigne l’évocation d’une mystérieuse créature maléfique (qui n’apparaîtra jamais à l’écran), dont le rôle est d’injecter un peu trop commodément une part d’ombre dans le récit. La frustration que peut susciter cette dérive vers l’exercice de style est toutefois compensée par la bonne nouvelle qu’apportent ces deux premiers longs-métrages : l’apparition d’un nouveau nom à suivre dans le paysage du cinéma indé américain, bien décidé à sortir des sentiers battus.</p>
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		<title>La fabrique de la couleur</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/la-fabrique-de-la-couleur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ?</p>
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		<title>Le Cri des gardes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cri-des-gardes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2022, dans Stars at Noon, Claire Denis avait déjà démontré qu’elle éprouvait plus d’intérêt pour le corps de ses jeunes acteurs que pour le cadre nicaraguayen, qu’elle diluait, entre deux étreintes, dans une intrigue...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cri-des-gardes/" title="Read  Le Cri des gardes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2022, dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/stars-at-noon-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Stars at Noon</em></a>, Claire Denis avait déjà démontré qu’elle éprouvait plus d’intérêt pour le corps de ses jeunes acteurs que pour le cadre nicaraguayen, qu’elle diluait, entre deux étreintes, dans une intrigue politique confuse et maladroite. Dans <em>Le Cri des gardes</em>, même le corps, le fameux cinéma du corps cher à la cinéaste, rend les armes. <em>&nbsp;</em>Si la mise en scène de <em>Stars at Noon</em> était flasque, celle du <em>Cri des gardes</em> est quant à elle raide comme un piquet, ou comme ses deux protagonistes, Horn (Matt Dillon) et Alboury (Isaach de Bankolé), dressés des deux côtés d’une grille pendant presque l’ensemble du récit. Le point de départ de la pièce de Bernard-Marie Koltès dont le film est adapté, <em>Combat de nègre et de chiens</em>, cochait pourtant toutes les cases du film denisien : dans un immense chantier français installé en Afrique subsaharienne, un homme noir vient demander le cadavre de son frère, Nouofia (Brian Begnan), le jour même où Leone (Mia McKenna Bruce), la nouvelle épouse du patron, arrive depuis l’Europe. Tout le potentiel dramatique de cette histoire consistait à voir deux corps étrangers, qui n’avaient pas vocation à se rencontrer, à interagir et à parasiter les lois tacites d’un chantier peuplé d’hommes blancs. C’est le moindre souci du <em>Cri des gardes</em>&nbsp;: il n’y a pas, à proprement parler, de rencontre entre les personnages, seulement des échanges protocolaires entre Blancs et Noirs, entre patron et employés ou entre hommes et femmes. D’où une forme qui se limite le plus souvent à des champs-contrechamps, réduisant considérablement l’agentivité des personnages et la gamme de jeu des acteurs qui, pour la plupart, posent&nbsp;: sous la lumière crue des appartements de fonction ou celle, chaude, du chantier, le regard vide, habillés en Anthony Vaccarello (encore un film victime des productions Saint Laurent&nbsp;!). Mais c’est certainement ce que le film fait d’Isaach de Bankolé qui reste le plus regrettable&nbsp;: relégué aux marges du chantier, il est présenté comme un personnage principal tout en étant traité comme une figure secondaire, qui n’intègre jamais la troupe des acteurs anglophones, à rebours de l’hétérogénéité que semblait travailler le récit.</p>
<p>Voilà ce qu’on pourrait appeler un cas critique : il est difficile de reprocher à une autrice de ne pas aller jusqu’au bout d’une histoire qui était faite pour elle, en particulier lorsque ses derniers films ont été décevants. Denis aurait-elle souhaité faire un pas de côté, marquer une rupture dans sa production cinématographique ? Pourtant, le film épouse bien la vision du monde que propose la cinéaste depuis ses débuts, à savoir que tout espace est promis à un devenir-carcéral. Quoi de plus denisien que ces industriels français enfermés dans un chantier sur le déclin, censés être protégés par des gardes noirs qui, à la première faute, prendront la défense des leurs ? Même de ce matériau, Claire Denis tire peu de chose. Chez Koltès, le « cri des gardes » constitue une menace latente, le signe que les Blancs et les Noirs finiront par mener un combat à mort et que la justice envers Alboury ne sera jamais rendue. Dans l’adaptation, il ne sert qu’à créer une atmosphère oppressante, Denis préférant, à la fin, étouffer la lutte raciale (qui est le sujet de son film) dans une querelle de contremaîtres. Perdant son caractère politique, le film aurait de fait pu se dérouler dans n’importe quel espace clos. Il y a lieu de se demander pourquoi Claire Denis tient encore à filmer l’ailleurs, tant l’autre se réduit presque toujours au même.</p>
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		<title>La fabrique de la couleur : Florine Bel, color scientist</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film&#160;? En s’intéressant à des métiers variés,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/" title="Read  La fabrique de la couleur : Florine Bel, color scientist">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film&nbsp;? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Cinquième et dernière invitée : Florine Bel, color scientist au laboratoire MPC — TransPerfect, qui a notamment travaillé sur Les passagers de la nuit, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maria/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Maria</a> ou plus récemment <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vermiglio-ou-la-mariee-des-montagnes/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Vermiglio ou La Mariée des montagnes</a>.</em></p>
<p><b>En quoi consiste votre métier, quasiment inconnu du grand public, voire de certains professionnels du cinéma ? Comment êtes-vous devenue l’une des seules </b><em><b>color scientists </b></em><b>françaises ?</b></p>
<p>C’est pendant mes études à Louis Lumière que j’ai commencé à m’intéresser de près à la post-production : j’étalonnais de nombreux films de ma promo, je lisais régulièrement l’<em>American Cinematographer</em> [NDLR : la revue américaine de référence des chefs opérateurs] et je suivais en particulier le travail de Peter Doyle, un étalonneur assez novateur <a href="https://www.pictureshop.com/artists/peter-doyle" target="_blank" rel="noopener noreferrer">qui se présente comme « superviseur de l’étalonnage »</a>. À cette période, j’ai découvert l’<a href="https://acescentral.com/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ACES</a> (acronyme d’<em>Academy Color Encoding System</em>), un système de gestion des couleurs imaginé au moment où le numérique commençait à partir un peu dans tous les sens : les fabricants de caméras avaient leurs espaces couleurs respectifs, les écrans avaient des normes différentes et, surtout, on se demandait comment archiver numériquement les images avec un espace couleur et un encodage commun à tous les supports. Un comité technique s’est constitué autour de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences – notamment organisatrice des Oscars – qui a développé ce système de gestion des couleurs en <em>open source</em> pour qu’il puisse être utilisé par le maximum de personnes dans une perspective communautaire. L’ACES propose des espaces couleurs [NDLR : un espace couleur définit la gamme de couleurs disponible sur un support donné : caméra, écran, etc.] de travail (pour l’étalonnage, les effets spéciaux, l’archivage numérique) qui permettent de ne plus dépendre de l’espace couleur d’un constructeur caméra ou d’une technologie d’écran, surtout dans le cadre de projets qui mélangent plusieurs caméras et sont destinés à différents supports (cinéma, télévision, etc.). Il fournit les conversions d’espaces couleur nécessaires dans ces flux de travail numérique, qui permettent qu’une couleur filmée reste la même au cours du traitement de l’image.</p>
<p>Lors de mon premier poste dans un laboratoire, j’accompagnais les étalonneurs dans l’utilisation de cette chaîne ACES. J’ai élaboré ma méthode autour de cette notion d’accompagnement, avec l’ambition d’apporter une connaissance plus théorique des espaces couleur aux étalonneurs. Rapidement, j’ai voulu aller plus loin et j’ai commencé à créer des <em>looks</em>/LUTs, acronyme de <em>Look-Up Table</em>, c’est-à-dire un ensemble de préréglages qui conditionne la colorimétrie et le contraste d’une image. L’idée n’était pas de concurrencer les étalonneurs, mais d’avoir une vision différente de la leur, plus transversale, en proposant un traitement des couleurs suffisamment équilibré pour donner une tonalité commune à l’ensemble des images d’un film. Parmi les outils que j’utilise et qui permettent cette vision technique du traitement des images et des volumes de couleur, figurent des vecteurscopes (qui indiquent la distribution des couleurs sur une échelle circulaire) ou des waveformes (qui représentent la distribution de la lumière pour discerner facilement les éléments clairs et sombres).</p>
<div id="attachment_332264" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-332264" class="size-full wp-image-332264" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="586" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-300x69.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-1024x234.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-768x176.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-1536x352.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-2048x469.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-980x224.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/La-fabrique-de-la-couleur-5-montage-1-2000x458.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-332264" class="wp-caption-text">Affichage de la waveforme et du vecteurscope de l’image à gauche</p></div>
<p><b>Le terme </b><em><b>color scientist</b></em><b> a évolué avec l’histoire du cinéma : les fabricants de pellicule avaient déjà des </b><em><b>color scientists</b></em><b> qui déterminaient les teintes des films, voire accompagnaient les chefs opérateurs dans leurs choix.</b></p>
<p>À l’époque de la pellicule, des gens faisaient en effet ce travail d’accompagnement en indiquant aux chefs opérateurs la manière dont telle pellicule réagissait à telles couleurs ou à telle quantité de lumière. Natalie Kalmus, directrice artistique du Technicolor, en est la figure emblématique : elle accompagnait les cinéastes et chefs opérateurs dans l’utilisation du procédé pour garantir le meilleur rendu selon les spécificités de la pellicule. À cet égard, mon usage du terme <em>color scientist</em> traduit une sorte de renversement : l’idée est que la caméra numérique capture une image assez neutre, et que le <em>look </em>que je crée remplace le choix d’une pellicule. Cela dit, mes collègues <em>color scientists</em> étrangers ne travaillent pas tous de la même manière, certains se concentrent davantage sur l’accompagnement et le renforcement technique des styles élaborés par les étalonneurs. Pour ma part, j’investis beaucoup de ma personne dans les <em>looks</em>, selon mon goût et ma personnalité, de manière plus artistique.</p>
<p><b>Votre travail de création d’un style visuel ne déborde-t-il pas tout de même sur celui de l’étalonneur ?</b></p>
<p>Mon travail ne concerne que le traitement général des couleurs. L’étalonneur, lui, intervient sur tout le reste de l’image, bien plus en détail : la texture, la diffusion, le grain, le travail spatial dans l’image… Il y a beaucoup de choses à affiner, plan par plan, selon les demandes du chef opérateur. Aujourd’hui, je constate en outre une demande croissante de « beauty », c’est-à-dire de rectification des peaux, de suppression des aspérités, à la demande des acteurs ou de la production. Il est possible de faire tant de choses qu’on peut vite se retrouver dépassé. C’est là que se justifie mon travail en amont, qui évite de perdre trois ou quatre jours à tâtonner pour fixer une direction générale. Un <em>look</em> n’est pas un simple filtre, il donne une intention à l’image dans sa globalité. On pourrait rétorquer que certaines de mes propositions sont parfois trop subtiles, mais j’essaie toujours d’accompagner les couleurs. Le but est que l’étalonneur ne se retrouve pas à combattre le <em>look</em>, mais au contraire s’appuie dessus afin de sublimer le film.</p>
<p><b>Comment êtes-vous appelée sur un projet pour créer un </b><em><b>look</b></em><b> ?</b></p>
<p>La demande vient généralement de l’étalonneur ou du chef opérateur, bien en amont du tournage. On me résume le film avec l’appui de quelques éléments : l’ambiance, les décors, les personnages et, si possible, un scénario. Le cinéaste et le chef opérateur ont constitué un <em>moodboard</em> qui me permet de visualiser leurs souhaits de contraste et de couleur. Ensuite, selon les personnalités et les besoins, je peux travailler avec le chef opérateur et l’étalonneur simultanément ou séparément. Sur l’un de mes derniers projets, j’ai travaillé avec un chef opérateur que je connais bien ; de plus, il est à l’aise avec la technique et sait parfaitement tester les <em>looks</em> que je lui envoie, ce qui n’est pas toujours chose aisée – il faut savoir manipuler les logiciels. Nous avons donc d’abord travaillé à deux afin de déterminer une version aboutie du <em>look</em>. Dans d’autres cas, l’étalonneur peut jouer un rôle très actif dans la création de ce style, en partageant des références visuelles et écrites.</p>
<h2><b>Possibilités du numérique</b></h2>
<p><b>Vous parlez d’un certain rapport à la technique : pour un chef opérateur, travailler avec vous implique-t-il d’avoir une véritable culture du numérique, un désir d’investir ses possibilités ?</b></p>
<p>Je ne crois pas, cela implique surtout une volonté de penser l’image en amont du tournage, de réfléchir aux couleurs dès le début d’un projet. J’interviens sur des œuvres conçues dans des cadres de production variés, de séries pour France Télévisions à des films de cinéma, en passant par des productions HBO. Leur point commun est une certaine culture de la fabrication : bien sûr, tout le monde parle toujours un peu de la couleur, mais le fait que la production paie quelqu’un un mois avant le tournage pour créer un <em>look</em> suppose de discuter sérieusement des désirs pour l’image. Certains chefs opérateurs sont moins à l’aise sur les questions techniques du traitement des images, et dans ce cas j’adapte la manière dont je présente les essais.</p>
<p><b>Vos conseils portent-ils également sur le choix du matériel ?</b></p>
<p>Oui, les chefs opérateurs m’interrogent souvent sur la qualité des caméras, mais toute caméra numérique professionnelle correctement exposée fournit de bonnes images.&nbsp; Aujourd’hui, le choix d’une caméra repose surtout sur un enjeu d’ergonomie. Lorsqu’un chef opérateur me demande s’il vaut mieux tourner avec une Red, une Arri Alexa 35 ou une Sony Venice, je l’encourage à choisir celle avec laquelle il est le plus à l’aise, même s’il existe évidemment de légères différences. C’est l’avantage de travailler avec de nombreux chefs opérateurs : quand une nouvelle caméra sort, il y a toujours quelqu’un pour la tester, donc j’ai la chance de bénéficier d’essais dans des conditions différentes. Autre forme de conseil : je discute souvent de l’utilisation des filtres optiques, qui diffusent plus ou moins fortement l’image à la prise. Des logiciels de filtrage existent et sont extrêmement performants. A‑t-on dès lors besoin de recourir à des filtres sur le plateau, sachant qu’ils peuvent contraindre l’étalonnage et plus encore les effets spéciaux ? Pour quelques films cela peut faire sens, mais en général, je suggère de déléguer l’éventuelle étape de diffusion de l’image à la postproduction.</p>
<p><b>Votre travail se limite-t-il à l’écosystème numérique, ou intervenez-vous sur des projets tournés en argentique ?</b></p>
<p>Je travaille parfois sur des films photographiés sur pellicule. Il s’agit généralement de <em>looks</em> subtils, car le rendu des couleurs sur pellicule est assez marqué, mes propositions viennent simplement apporter de petites choses en plus sur certaines couleurs. Elles peuvent aussi permettre d’harmoniser les sources lorsque les films mélangent images argentiques et numériques.</p>
<p><b>Vous arrive-t-il de créer des </b><em><b>looks</b></em><b> dédiés à l’étalonnage de restaurations ?</b></p>
<p>Mon laboratoire œuvre à de nombreuses restaurations, et <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">comme le disait Jérôme Bigueur en ouverture de cette série d’entretiens</a>, les livrables sont souvent en HDR [NDLR&nbsp;: <em>High Dynamic Range</em>, une plage de couleurs étendue permettant des contrastes plus importants]. Les <em>looks</em> que je propose permettent d’obtenir un rendu HDR tout en limitant la brillance de l’image, ce qui dénaturerait complètement le film. Au début du HDR, beaucoup de gens considéraient qu’il ne fallait pas l’utiliser sur de la pellicule, mais un beau 35mm comme le Technicolor peut avoir une largeur chromatique proche du HDR.</p>
<h2><b>Un </b><em><b>look</b></em><b>, du début à la fin</b></h2>
<p><b>Sur les productions contemporaines, dans la mesure où vous rejoignez les projets très en amont du tournage, je suppose que vous disposez rarement de bouts d’essai tournés avec la caméra finale et sur les décors du film. Sur quelles images commencez-vous à travailler ?</b></p>
<p>En effet, je me sers principalement de ma propre banque d’images, constituée au fil des projets. Il s’agit de plans avec de nombreuses et différentes conditions de lumière, allant du plein jour à l’éclairage à la bougie, ce qui me permet de vérifier si mon <em>look</em> est cohérent. En l’appliquant à une large variété d’images, je peux voir si je sens la même envie, le même univers. Au contraire, si des saturations partent en vrille sur certaines couleurs, c’est qu’il y a un problème d’uniformité. Je demande aussi aux chefs opérateurs de filmer un bout d’essai avec une charte colorée qui montre précisément comment chaque couleur réagit. Quand je crée un <em>look</em>, j’essaie de penser à l’intégralité de la gamme chromatique, au rendu de chaque couleur et à ses multiples déclinaisons. Bien souvent, les intentions de départ du chef opérateur ne décrivent pas toutes les couleurs. Dans ce cas, je propose des choses : par exemple, je suggère tels bleus parce qu’ils collent bien à l’histoire, en montrant la façon dont je peux les faire varier. C’est tout l’avantage des niveaux de couleur disponibles en numérique : on dispose d’une latitude importante pour travailler en finesse chacune des teintes. J’attends cependant de disposer de bouts d’essai du film avant de présenter mon travail au chef opérateur. Il faut qu’il ait vu la situation tournée, qu’il ait perçu la lumière et filmé l’image pour comprendre l’effet de mon <em>look</em> sur les couleurs.</p>
<p><b>Comment ce travail de création visuelle dialogue-t-il avec les autres postes artistiques qui façonnent la couleur des images, comme les costumes ?</b></p>
<p>Lors des essais costumes, l’équipe regarde le rendu en direct avec un <em>look</em> de travail. En général, à ce moment-là, les costumiers se rendent compte qu’ils peuvent accentuer une couleur, parce que l’image les emmène autre part. Il m’est arrivé de faire des tests sur des costumes que la costumière devait encore patiner car ils étaient trop colorés. En voyant l’essai avec le <em>look</em>, elle s’est rendu compte qu’elle n’avait pas besoin de cette étape supplémentaire, car il contrastait différemment l’image et désaturait les couleurs, ce qui donnait une tonalité un peu « grunge » à l’ensemble. À l’inverse, je peux aussi ajuster mon <em>look</em> pour faciliter leur travail : sur un projet, le chef opérateur souhaitait des couleurs plutôt pastel, alors que les costumes étaient très criards. J’ai donc essayé de contenir ces couleurs saturées en harmonisant le tout et en redescendant les niveaux.</p>
<p><b>À tout moment de la préparation du tournage, et pendant celui-ci, l’équipe a donc la possibilité de visualiser une image sur laquelle est appliquée une première version du </b><em><b>look</b></em><b> final ?</b></p>
<p>Exactement : durant le tournage, les rushes sont exportés avec une première version du <em>look</em>, ce qui permet de voir s’il convient globalement ou s’il a besoin d’un ajustement. C’est important que les <em>dailies</em> [NDLR : les <em>rushes</em> issus de chaque journée de tournage, destinés à être visionnés par l’équipe] soient accompagnés d’un <em>look</em>, même temporaire, car il permet d’asseoir une certaine idée de l’image finale : bien souvent, le premier visionnage d’une image a quelque chose de pervers. Une fois qu’on s’est habitué à un type de contraste, de rendu des couleurs, c’est dur de la repenser en profondeur, de l’imaginer différemment. C’est aussi pour cela qu’il est important de travailler avec un <em>look</em> créé spécialement pour un projet. Le fabricant de caméras Arri, par exemple, propose des <em>looks</em> par défaut ; ils ne sont pas trop mal, mais ils risquent d’imposer un style que les chefs opérateurs n’auront pas créé.</p>
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		<title>L’après-coup – Les Safdie dos à dos</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup/lapres-coup-les-safdie-dos-a-dos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 10:30:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les déambulations de personnages filmés de dos par Benny et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup/lapres-coup-les-safdie-dos-a-dos/" title="Read  L’après-coup – Les Safdie dos à dos">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les déambulations de personnages filmés de dos par Benny et Josh Safdie. &nbsp;</em></p>
<p>En réalisant tous les deux un biopic de sportif, les frères Safdie n’ont pas totalement coupé les ponts susceptibles de les relier artistiquement. Mais si les cinéastes investissent le même genre cinématographique, les athlètes sur lesquels ils ont jeté leur dévolu s’opposent radicalement. Dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smashing-machine/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Smashing Machine</em></a>, Mark Kerr est une armoire à glace dont Benny Safdie cherche à laisser paraître les faiblesses et la capacité de vacillement. Lors d’une énième dispute avec sa femme, Dawn Staples, qui lui reproche de prendre en grande quantité des opiacés nuisant à sa santé, le colosse se met soudain à saccager le mobilier de leur appartement. Contrarié, il s’avère impuissant à contenir sa rage, mais la violence de son geste témoigne plus de sa fragilité que de son autorité : encombré de lui-même, le personnage aspire à un apaisement qui se refuse à lui. À l’inverse, jamais à court d’énergie, le fluet Marty Mauser de Josh Safdie en fait des tonnes pour parvenir à ses fins. Obsédé par une réussite qui lui échappe et alourdi du fardeau de ses origines, il déboule dans les séquences comme un pachyderme enfiévré dans un magasin de porcelaine. Rien d’étonnant, dès lors, à le voir passer à travers le plafond de sa chambre au moment de prendre son bain.</p>
<p>L’humilité de Mark et l’arrogance de Marty ne cessent ainsi de buter l’une contre l’autre à distance, y compris par l’entremise d’un procédé filmique convoqué par les deux cinéastes. Dans <em>Smashing Machine</em> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme</em></a>, il arrive en effet souvent que le protagoniste principal soit observé de dos. Cette pratique consistant à emboiter le pas d’un personnage n’est pas nouvelle chez les Safdie et génère sa dynamique propre : la vitalité du corps filmé, voire chassé, se répercute sur la mise en scène, éprise de la même vitesse. Et c’est d’ailleurs essentiellement sous cet angle mimétique que Josh Safdie regarde Marty : sa caméra l’accompagne sans se laisser distraire par tout ce qui pourrait s’improviser en dehors de son sillon (ce monde périphérique, grouillant et cahotant, qui rendait si singuliers les films de la fratrie). Que ce soit dans les salles de jeux ou dans les divers couloirs empruntés, elle talonne le joueur de ping-pong, épouse sa cadence, ses accélérations et ses revirements, comme s’il était le seul à pouvoir faire avancer le récit et à lui donner un sens. Et pour cause : poursuivre sa course folle sans se retourner ne relève pas seulement chez ce joueur invétéré d’une disposition vitale, mais aussi d’une stratégie consistant à vouloir toujours avoir un coup d’avance. S’arrêter, pour Marty, c’est prendre le risque de chuter et de tout perdre.</p>
<p>De défaite, il est également question dans <em>Smashing Machine</em>. Sur le ring, tous les coups sont permis, y compris ceux jugés autrefois illégaux (écraser ses genoux sur la tête de son adversaire lorsqu’il est au sol). Mark en subit lourdement les frais au début du film et perd son combat. La caméra accompagne alors sa sortie jusqu’aux vestiaires. Son dos massif et ruisselant de sueur occupe la quasi-totalité de l’écran, mais ces muscles-là, aussi imposants soient-ils, ne servent dorénavant plus à gagner. Ils composent un mur sur lequel le regard bute et le récit s’arrête : il n’y a rien d’autre à filmer que cette chair brute. La scène se poursuit pendant suffisamment de temps, notamment dans un ascenseur, pour que la profonde impuissance de Mark transpire de cette durée. Une fois arrivée dans le vestiaire, la caméra se désolidarise de sa trajectoire et s’immobilise : le sportif s’assoit, se recroqueville et fond en larmes. Contrairement à Josh, Benny Safdie calme le jeu, laisse filer son personnage. Un tremblement est alors perceptible, mais pas uniquement celui généré par les mouvements de l’appareil : celui d’un corps meurtri, débarrassé de son armure de muscles et rendu à sa délicate vulnérabilité.</p>
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		<title>Super Mario Galaxy, le film</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-galaxy-le-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 19:00:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Super Mario Galaxy est animé par deux dynamiques irréconciliables. La première consiste à envisager l’univers du plombier moustachu comme la matrice d’un film oscillant entre l’action débridée et le slapstick – ce qui revient, en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-galaxy-le-film/" title="Read  Super Mario Galaxy, le film">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Super Mario Galaxy</em> est animé par deux dynamiques irréconciliables. La première consiste à envisager l’univers du plombier moustachu comme la matrice d’un film oscillant entre l’action débridée et le <em>slapstick</em> – ce qui revient, en gros, à jouer une partition héritée des films de Buster Keaton à partir d’une matière tantôt ronde (les bouilles de personnages sujets à de nombreuses métamorphoses), tantôt carrée (les décors inspirés des jeux de plateforme mettant en scène Mario et ses amis). Ce pan du film, il ne faut pas complètement le balayer d’un revers de la main&nbsp;:&nbsp;Aaron Horvath et Michael Jelenic installent un certain nombre de situations présentant un potentiel scénique, qu’il s’agisse d’un espace cubique à la gravité fluctuante, faisant de chaque mur un sol que les personnages peuvent fouler, ou d’un dangereux couloir dont les chausse-trappes et pièges sont activés en direct par les antagonistes. Cette dynamique achoppe cependant sur la seconde&nbsp;: il ne s’agit pas seulement de prélever divers éléments de la franchise pour en tirer un film à part entière, mais d’envisager le film comme une vitrine. Le générique de fin le formule sans détour, en rejouant l’ensemble du récit sous la forme d’un petit spectacle de marionnettes. Des vignettes qui font surtout penser, par la sophistication dont elles font preuve derrière leur facture bricolée, aux tableaux animés des galeries des grands magasins à Noël.</p>
<p>Chaque séquence est ainsi moins travaillée par une logique cinétique que référentielle&nbsp;: il faut faire rentrer dedans un maximum de références, de jeux – <em>Mario Galaxy</em>, donc, mais aussi <em>Yoshi’s Island</em>, <em>Super Mario Maker</em>, etc. – et même d’autres licences Nintendo, telles que Pikmin ou Star Fox. C’est d’autant plus dommage que le film, plus encore que le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/super-mario-bros-le-film/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">premier</a> (plutôt défendu dans ces colonnes), faisait de son point de départ une ode à la plasticité en opposant deux personnages, Harmony et Bowser&nbsp;Junior (auquel Benny Safdie, ex-enfant terrible du cinéma américain indépendant, prête sa voix), dont les pouvoirs relèvent d’une mise en abyme de&nbsp;l’animation elle-même. Le rejeton de la tortue maléfique est notamment doté d’un pinceau magique à partir duquel il peut donner vie à n’importe quelle créature. Très belle idée, empruntée à <em>Mario Sunshine</em>, mais aussi très beau symptôme, puisque l’instrument a le pouvoir de matérialiser l’imagination de celui qui l’utilise. Sera-t-on surpris que <em>Super Mario Galaxy </em>n’en fasse pas grand-chose&nbsp;?</p>
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		<title>La trilogie Wives</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-wives/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À la toute fin de la trilogie Wives, l’une des trois protagonistes, Heidrun (Frøydis Armand) s’effondre en apprenant que l’idée générale du roman qu’elle avait commencé à écrire, qui raconte comment une femme achète le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-wives/" title="Read  La trilogie Wives">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À la toute fin de la trilogie <em>Wives</em>, l’une des trois protagonistes, Heidrun (Frøydis Armand) s’effondre en apprenant que l’idée générale du roman qu’elle avait commencé à écrire, qui raconte comment une femme achète le manteau d’une ancienne prostituée puis décide de prendre sa place, a déjà été exploitée par un homme quelques années auparavant. Mais au fond, qu’importe&nbsp;: comme le précise Kaja (Katja Medbøe), «&nbsp;<em>il sera différent s’il est écrit par une femme.</em>&nbsp;» Pour la première fois, la cinéaste commente de façon ludique la relation étroite que sa série de films entretient avec <em>Husbands </em>(1971), réalisé seulement cinq ans avant la sortie du premier volet. L’intrigue des trois films prend pour point de départ, comme chez Cassavetes, une journée particulière qui a valeur d’exception dans le quotidien de trois personnages. Réunies tous les dix ans à l’occasion d’une célébration (la réunion des anciens d’une école de filles pour les deux premiers films, puis l’anniversaire d’une des trois protagonistes pour le dernier), Heidrun, Kaja et Mie (Anne-Marie Ottersen) décident de ne plus se quitter pendant vingt-quatre heures, laissant de côté emploi, mari et enfants. C’est par la fugue que s’opère le dévoilement progressif de l’intimité des trois amies, et c’est dans cette dialectique entre la contrainte et la liberté qu’elles ouvrent une brèche vers leur future émancipation. Reprendre Cassavetes ne signifie donc pas, pour Anja Breien, en faire l’imitation servile, se placer au nombre des épigones : écrivant sous contrainte pour mieux s’émanciper de son modèle, elle a choisi la copie pour creuser, dans les intervalles du récit, une distance critique. Car s’il y a bien une chose qui différencie la fuite en avant des épouses de celle de leurs homologues masculins, c’est l’empêchement : on ne peut pas réellement s’enfuir lorsqu’on est une femme, encore moins quand on est une épouse.</p>
<p>Dans le premier film, les trois épouses, qui ont trente ans, s’élancent dans une virée qui pourrait être sans fin. Leurs attaches familiales et professionnelles n’apparaissent à l’écran qu’au moment où les trois camarades doivent financer la suite de l’escapade, manière de rappeler au spectateur que les femmes n’ont pas le droit d’ouvrir de compte en banque en 1975. Pour continuer, il faut tourner à son avantage les mauvaises intentions de deux loubards, redevenir un peu adolescente devant sa mère, telle Kaja sous le regard gêné de ses acolytes, ou, comme Heidrun, demander sa dernière paie en liquide, avant d’être licenciée. Le film s’achève d’ailleurs sans que l’intrigue ait trouvé un point de fuite, la cinéaste décidant de libérer le destin de ses héroïnes des limites de l’intrigue&nbsp;: Heidrun&nbsp;relance le mouvement (dernière réplique&nbsp;: «&nbsp;<em>Faut rester ensemble&nbsp;! On ne peut pas s’arrêter là&nbsp;!</em> ») quand le film l’interrompt (arrivée soudaine du générique&nbsp;qui annonce avec fracas, par un carton : «&nbsp;<em>Mais le film s’arrête ici&nbsp;</em>»). Le film, mais pas leurs aventures : dès le deuxième volet, leur grande évasion menace d’être contrecarrée. C’est alors dans le principe de la sérialité et son potentiel aliénant que la trilogie trouve sa puissance : dix ans plus tard, dans <em>Wives 2</em>, l’échappée spontanée se transforme en rituel, tandis que la journée particulière est trouée par toutes les entraves qui n’arrivaient pas à percer la bulle du premier film. Trop concernées, à quarante ans, par les hommes de leur vie, les amies ne s’enfuient plus par désir, mais par devoir envers chacune. Le centre de gravité bascule : ce ne sont plus les maris qui craignent de voir fuir leur femme (l’époux de Kaja l’avait fait porter disparue dans le premier volet), mais les trois femmes qui redoutent les sorties de chacune. La crise de jalousie de Mie envers Kaja et Heidrun, parties dans la nuit rejoindre leurs amants respectifs, est certainement l’une des idées les plus touchantes du film. Le féminisme du premier film évolue avec l’époque et l’âge des protagonistes : dans les années 1980, il ne s’agit plus de s’enfuir, mais de se rallier à la cause, même à la cause la plus minime, la cause amicale, pour ne pas tomber dans un individualisme tout aussi aliénant – une leçon que la cinéaste développe dans son dernier film, où chaque femme trouve un point d’union entre sa propre liberté et son quotidien, et apprend même aux enfants, devenus grands, à s’émanciper eux aussi.</p>
<p>La trilogie s’achève sur une immense manifestation d’étudiants à la télévision et l’idée d’une transmission. Loin de la démarche centipède de Cassavetes, qui consistait à s’enrouler dans les replis intimes des personnages jusqu’à la crise, Anja Breien part de cette dernière pour s’ouvrir sur un groupe, une époque et une communauté, transformant le drame intime en question politique. À la fin, <em>Wives 3 </em>se détache progressivement du groupe de femmes pour se rapprocher de la population d’Oslo, de sa jeunesse angoissée par le pauvre financement de l’université publique, de ses habitants racisés que l’on voit agressés en pleine rue. Manière pour la cinéaste de nous signifier que l’émancipation des femmes n’était pas une fin, mais seulement un commencement.</p>
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		<title>Hélène Trésore Transnationale</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/helene-tresore-transnationale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le générique d’Hélène Trésore Transnationale donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux contrastes appuyés, promène son regard sur des fleurs perdues au milieu des buissons. Le film...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/helene-tresore-transnationale/" title="Read  Hélène Trésore Transnationale">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le générique d’<em>Hélène Trésore Transnationale</em> donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux contrastes appuyés, promène son regard sur des fleurs perdues au milieu des buissons. Le film dans son ensemble sera mû par le même esprit : il s’agit pour la cinéaste de glaner les anecdotes d’Hélène Hazera. Femme trans et activiste (notamment chez le Front homosexuel d’action révolutionnaire et Act-Up), Hazera a été entre autres actrice, poète, première journaliste transgenre de France et animatrice radio. Judith Abitbol entend faire de cette vie protéiforme un modèle de l’expérience trans elle-même : sur l’écran s’affichent régulièrement le préfixe <em>trans</em>, plusieurs de ses significations (<em>au-delà, à travers</em>, etc.) et certains verbes qui en sont dérivés (transmettre, transgresser, etc.). Le procédé souligne que le parcours d’Hélène, à l’image du terme «&nbsp;trans&nbsp;», est caractérisé par une grande pluralité d’horizons.</p>
<p>Pour tenter d’accéder à la vérité de cette femme aux nombreuses facettes, la cinéaste multiplie les conversations filmées au plus près de son visage. Dans cet esprit de proximité, les gestes du quotidien occupent une place de choix et témoignent de petites bizarreries qui font le sel du portrait&nbsp;: on pense notamment à ce segment où Hazera nous emmène dans sa salle de bains pour que nous soyons témoins d’un rituel qui lui tient à cœur, à savoir le lavage de ses culottes.</p>
<p>Mais si ces détails parsemés ici ou là attestent la singularité de la journaliste, le film adopte une mise en scène trop rigide pour rendre véritablement compte de la densité de son existence. Adoptant la forme d’un long entretien filmé, il repose avant tout sur les souvenirs et les anecdotes égrainés. Entre les conversations, elles-mêmes ponctuées d’images d’archives, la cinéaste intercale pourtant des intermèdes plus expérimentaux – parfois assez beaux, tels ces longs plans surexposés sur la mer et ses rayons, ou certaines surimpressions dédoublant les paysages alentour –, mais qui apparaissent avant tout comme des ornements ou des parenthèses impressionnistes. Dommage car, de bout en bout, on sent que le film est travaillé par la tendresse et l’amitié d’Abitbol envers Hazera, personnage trop méconnu du grand public et que la cinéaste voudrait faire connaître plus largement.</p>
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		<item>
		<title>Plus fort que moi</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/plus-fort-que-moi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=332211</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec Plus fort que moi de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/plus-fort-que-moi/" title="Read  Plus fort que moi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec <em>Plus fort que moi</em> de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, s’ouvre sur un épisode célèbre&nbsp;: alors que la reine Elizabeth en personne s’apprête à lui remettre la médaille de membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour ses actions associatives, l’activiste profère soudain un retentissant «&nbsp;<em>Fuck the Queen&nbsp;!</em>&nbsp;». Parce que l’insulte tranche avec le silence d’une assemblée de lords volontiers guindés et conservateurs, la scène fait mouche. Mais le «&nbsp;<em>désolé, ça va aller</em> » qui suit aussitôt anticipe le <em>modus operandi</em> du récit à venir : « rire de ses malheurs » prévaudra à toute forme d’irrévérence. Et le film de remonter le temps depuis l’adolescence de John, durant laquelle apparaissent les premiers symptômes (des tics moteurs irrépressibles), jusqu’à ce point de départ cocasse. Tout du long, le point de vue se veut doux-amer, suivant les étapes emblématiques d’un chemin de croix balisé : le rejet scolaire, les aspirations footballistiques professionnelles remisées au placard, l’implosion familiale, les diverses confrontations avec l’autorité (proviseur, police) révèlent peu à peu les effets dévastateurs de la maladie. Si Jones ne charge pas (trop) la barque, il ratisse large dans le champ des platitudes et de l’humour salvateur. D’autant que ce cheminement douloureux se voit contrebalancé par la bienveillance indéfectible d’une famille de substitution et par la tolérance exemplaire d’un patron charitable. La vie n’a pas fait de cadeau à John, mais le film, lui, se chargera de rééquilibrer la balance. Et si, d’aventure, on venait à douter du réalisme de ce qui nous est conté, les ultimes images d’archive apporterons leur caution : tout cela est « vraiment » vrai.</p>
<p>Le problème, ici, n’est pas tant l’humanisme béat dans lequel se drape un film paré des meilleures intentions (emprunter au <em>feel good movie</em> pour défendre une noble cause) que son ambition strictement narrative et didactique. Jones adopte la position d’un porte-voix studieux, dressant un portrait fidèle de Davidson, renforcé par la performance mimétique de Robert Aramayo. Résultat : il oublie de regarder son personnage autrement que comme un cas d’école. Lorsque la caméra filme en plongée, depuis le ciel, une bagarre entre John et un de ses petits camarades pour transformer une cour d’école circulaire en espace carcéral, on se dit que le cinéaste figure aussi le devenir d’un condamné avant tout prisonnier de lui-même. L’idée est belle, échappe pour une fois à la littéralité du scénario, mais restera sans suite. C’est pourtant là que se tenait le sujet le plus passionnant du film : donner à voir un corps entravé par la maladie et contraint par les barrières des préjugés. Un corps insaisissable, bousculé et pugnace, plutôt qu’un personnage de papier voué à jouer son rôle convenu d’ambassadeur.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Sean Price Williams</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sean-price-williams/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sean-price-williams/" title="Read  Portraits d’Amérique — Sean Price Williams">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Sean Price Williams. Directeur de la photographie entre autres des films des frères Safdie et d’Alex Ross Perry, il réalise son premier long-métrage, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-sweet-east-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Sweat East</a>, <em>en 2023.</em></p>
<p><strong>Regarder des films faisait-il partie de vos habitudes d’enfance ? D’où vient votre relation au cinéma ?</strong></p>
<p>J’aimerais donner une réponse amusante, mais honnêtement, j’ai du mal à imaginer qu’un garçon américain né à la même époque que moi n’aime pas le cinéma. C’était incroyable. <em>E.T.</em> est sorti quand j’avais quatre ou cinq ans, ainsi que tous les films de Spielberg et de George Lucas. Je suis né l’année de la sortie de <em>Star Wars</em>. Les films étaient extrêmement populaires, notamment pour les gens qui avaient des enfants. D’une certaine manière, tout était fait pour les <em>boomers </em>: les dessins animés Disney quand ils étaient enfants, puis des films comme <em>American Graffiti</em>. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, on a commencé à faire des films pour eux, qu’ils pouvaient aller voir avec leurs enfants, et c’étaient d’excellents films. C’est l’avantage d’être l’enfant de cette génération : on arrivait au bon moment.</p>
<p>Les films « pour enfants&nbsp;» que je regardais avaient un côté un peu cru, <em>The Bad News Bears</em>, par exemple. Ce ne serait plus considéré comme un film familial aujourd’hui. Ou <em>Gremlins</em> : il y a de la violence, des morts, mais personne ne s’en souciait. Il y avait aussi quelque chose de très étrange à cette époque : les <em>boomers </em>étaient à leur apogée, ils expérimentaient beaucoup et cette énergie se ressentait dans la culture. Même des séries comme <em>ALF</em> ou des films comme <em>Top Gun</em> avaient une intensité particulière.</p>
<p><strong>Quand avez-vous compris que faire du cinéma pouvait être un métier ?</strong></p>
<p>J’ai grandi dans une zone rurale du Delaware. Je ne connaissais personne qui travaillait dans les arts, la plupart des gens étaient salariés chez l’entreprise DuPont. Mon père était mécanicien, puis il a travaillé pour le département de la Défense. Ce n’était pas une région qui encourageait à rêver. Enfin, on pouvait rêver d’ailleurs, mais à un moment, il fallait devenir sérieux. Moi, je n’ai jamais passé ce cap (rires) ! J’ai découvert un vidéo-club après avoir vu des films sur PBS. Je me souviens avoir regardé <em>Le Château de l’araignée</em> tard le soir, vers dix ans. Les sous-titres ne me dérangeaient pas du tout&nbsp;: j’étais fasciné par le brouillard et les chevaux. C’était aussi fort que <em>Star Wars</em>. Vers douze ou treize ans, j’ai vu <em>Un homme et une femme</em> de Claude Lelouch. Je suis un immense défenseur de Lelouch. Je comprends pourquoi il n’est pas toujours pris au sérieux en France – ses thèmes peuvent sembler bourgeois –, mais sa mise en scène est tellement stimulante. Même ses excès, comme la longueur de ses films, me fascinent. Puis j’ai vu <em>La Nuit américaine</em> de Truffaut, et c’est là qu’est arrivé le vrai déclic. Voir des gens faire un film, comprendre que c’était quelque chose de vivant, de désordonné, de profondément humain a tout changé. Avant, faire des films me paraissait impossible, comme si c’était réservé à des géants comme Steven Spielberg ou Georges Lucas. Mais là, c’était accessible.</p>
<p>J’ai commencé à lire des encyclopédies de cinéma, surtout sur le cinéma étranger. J’étais sans doute très prétentieux à l’adolescence. Je n’avais jamais voyagé, je n’étais même jamais allé à New York, seulement à Philadelphie ou Baltimore pour des matchs de baseball. Le cinéma est devenu une manière de découvrir le monde.</p>
<p><strong>Comment la découverte du vidéo-club a‑t-elle façonné votre rapport aux films ?</strong></p>
<p>Chaque week-end, je louais trois films dans ce vidéo-club incroyable du Delaware, parfois même quatre, et je regardais tout. Il y avait des étagères entières consacrées à Godard et Fassbinder. J’essayais aussi de faire des copies des films. J’ai commencé à y travailler à dix-sept ans et j’ai ensuite passé environ dix ans à travailler dans des vidéo-clubs, à différents endroits, toujours les meilleurs. J’allais jusqu’à faire une heure de route pour travailler à Baltimore, payé au salaire minimum, juste pour être au contact des meilleurs films et des meilleures sélections. Plus tard, je suis arrivé à New York sans argent. Je survivais en copiant des cassettes rares et en les vendant sur eBay, parfois pour 70 dollars, parfois jusqu’à 250. C’est comme ça que je m’en sortais. Puis j’ai fini par travailler dans un grand vidéo-club new-yorkais, Kim’s Video. Cet endroit a changé ma vie : j’y ai rencontré tous mes meilleurs amis.</p>
<p><strong>Vous avez un jour expliqué avoir une sorte « <em>d’attitude de caissier de vidéothèque insupportable</em> », qui s’oppose au consensus ou aux films trop encensés. Votre cinéphilie est-elle autant motivée par la rébellion que par l’admiration ?</strong></p>
<p>Oui, complètement. C’est encore le cas aujourd’hui. Je regarde rarement les films qui gagnent l’Oscar du meilleur film. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai su que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme </em></a>n’allait rien gagner, puisque je l’avais vu… (rire). Plus sérieusement, je suis plus attiré par les films oubliés ou mal aimés. Par exemple, le seul poster chez moi est celui de <em>La Lune dans le caniveau </em>de Jean-Jacques Beineix, que tout le monde déteste. Moi, je le trouve magnifique. J’aime défendre des films qui ne sont pas reconnus. En même temps, j’adore voir des œuvres oubliées devenir des classiques. Ces dix dernières années, beaucoup de films obscurs ont été restaurés et édités en Blu-ray, et c’est très réjouissant. Un film polonais que j’adore, <em>Dancing Hawk</em>, vient par exemple de sortir dans ce format et ça me rend vraiment heureux. J’espère que les gens vont enfin pouvoir le découvrir ! Il y a aussi <em>Night of the Juggler</em>, que l’on regardait tout le temps à Kim’s Video et que je n’aurais jamais imaginé voir réédité un jour.</p>
<p>Des films comme <em>Possession</em> ont connu le même parcours. Je l’avais découvert dans une version américaine raccourcie, d’environ 82 minutes, complètement incohérente, avec un monstre qui surgissait sans raison… c’était chaotique, mais j’adorais ça. Aujourd’hui, c’est devenu un classique, projeté partout. C’est ça qui est beau : voir des films autrefois introuvables devenir accessibles, voire entrer dans le canon. Il y a plein d’exemples, des œuvres qu’on ne pouvait voir qu’en VHS ou dans des conditions très précaires, qui sont maintenant restaurées, éditées, reconnues. Je me souviens par exemple de <em>Out 1</em>, qui était quasiment impossible à voir pendant longtemps. Nous sommes allés le découvrir dans un cinéma du Queens sur un week-end entier, avec des amis dont Alex Ross Perry, et c’est comme ça qu’on s’est rapprochés. On avait même fait des t‑shirts « we survived <em>Out 1 </em>». Il y avait quelque chose là-dedans d’un peu initiatique. Donc oui, il y a une forme de rébellion dans ma cinéphilie, mais elle est indissociable d’un vrai amour des films, surtout ceux qui ont été négligés, incompris, ou simplement pas encore découverts.</p>
<p><strong>Comment est né le projet de votre livre <em>1000 movies</em>, constitué uniquement de mille titres de films, sans notes ni commentaires ?</strong></p>
<p>C’est parti d’une liste que j’ai faite après avoir été renvoyé du vidéo-club. Travailler dans ce type de lieu structure la mémoire. J’avais peur d’oublier les films importants pour moi, alors je les ai notés. Très vite, je me suis rendu compte qu’on ne peut pas vraiment répondre à la question « Quel est ton film préféré ? », c’est absurde. En revanche, on peut demander : « Quels sont tes films préférés ? ». Et là, je pouvais répondre : j’en ai mille. Cette liste est donc devenue une sorte d’outil que j’envoyais par mail à mes amis quand ils me demandaient des recommandations. Et en même temps, mille films, ce n’est pas tant que ça. C’est même assez frustrant, parce que ça oblige à faire des choix très difficiles.</p>
<p>Aujourd’hui encore, je me dis qu’il faudrait en faire une nouvelle version, justement pour montrer qu’elle évolue. Je pense que je changerais au moins une quarantaine de films. Je retirerais peut-être certains films de Cassavetes ; j’ai plus de mal avec eux qu’avant, notamment à cause des personnages masculins, que je trouve parfois insupportables, même si je comprends que c’est en partie le propos. À l’inverse, j’en ajouterais d’autres. Je remplacerais sans doute <em>Husbands</em> par <em>Opening Night</em>, par exemple. Et puis il y a des films que je découvre ou redécouvre avec le temps, comme <em>Le Cœur fou</em> de Jean-Gabriel Albicocco, un film assez insaisissable, presque incohérent par moments, mais que j’adore regarder. Il a été récemment édité en Blu-ray en France, ce qui est précieux, parce que ce sont des œuvres longtemps restées invisibles.</p>
<p>C’est aussi ça, l’esprit de la liste : elle suit mes obsessions, mes déplacements, mes découvertes. Ce n’est pas un canon figé, mais quelque chose de vivant, qui reflète une cinéphilie en mouvement.</p>
<p><strong>Comment êtes-vous passé de chef opérateur à réalisateur ?</strong></p>
<p>Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment voulu être directeur de la photo. Quand j’étais jeune, le cinéma était quelque chose d’assez flou : on voyait des photos de tournage avec le réalisateur derrière la caméra, donc je pensais que c’était lui qui faisait tout. Je n’avais aucune idée de la répartition des rôles sur un plateau, ni même que le métier de directeur de la photographie existait réellement. En arrivant à New York, j’ai commencé à filmer un peu par hasard. Je travaillais pour des sites, je faisais ce qu’on appellerait aujourd’hui du « contenu&nbsp;» : des défilés de mode, des concerts, souvent seul, sans réalisateur. J’étais envoyé sur place avec une caméra et je me débrouillais. Il n’y avait pas d’équipe, pas de structure, j’apprenais en faisant.</p>
<p>Puis des gens ont commencé à voir mon travail et m’ont proposé de tourner leurs films. C’est ainsi que j’ai rencontré Ronnie Bronstein [NDLR&nbsp;: producteur et scénariste des frères Safdie] et que j’ai travaillé sur <em>Frownland</em>, qu’il a réalisé en 2007. À cette époque, tout le monde débutait et beaucoup de cinéastes voulaient tourner en pellicule. Moi, je savais le faire, donc je disais oui à tout. On travaillait avec très peu de moyens : deux lumières, parfois moins, et je faisais un peu tout moi-même : charger la caméra, installer les lumières, faire le point. C’était très artisanal. En parallèle, je faisais beaucoup de documentaires, notamment avec Albert Maysles. C’est là que j’ai vraiment appris mon métier. Travailler sans argent, dans des conditions très légères, m’a formé plus que n’importe quoi d’autre.</p>
<p>Mais malgré tout ça, mon désir de réalisation était là depuis le début. Simplement, je pensais que personne ne me ferait confiance, notamment pour des raisons financières. Je ne m’imaginais pas qu’on puisse me confier de l’argent pour faire un film. Et puis, finalement, quelqu’un l’a fait. Un ami, un autre « fou », comme moi, originaire du Delaware, m’a aidé. C’est la première fois qu’il finançait un film, et très probablement la dernière fois (rires).</p>
<p><strong>Vous avez coécrit le film avec un critique de cinéma, Nick Pinkerton.</strong></p>
<p>Je savais dès le départ que je ne voulais pas travailler avec un scénariste au sens classique. Je ne cherchais pas quelqu’un qui allait appliquer des règles ou construire un scénario de manière académique. Ce que je voulais, c’était quelqu’un avec qui je pouvais simplement discuter de cinéma, passer du temps à échanger et laisser un film émerger de ces conversations. C’était un peu l’idée : parler, partager des références et voir ce qui pouvait en sortir. Les premières versions du scénario étaient assez chaotiques. Sur le moment, avec Nick, on trouvait ça très excitant, on se disait que la structure était intéressante, presque innovante, qu’on faisait quelque chose de vraiment différent. On aimait cette idée de ne pas écrire un film « correctement », de ne pas suivre une construction classique.</p>
<p>Évidemment, ça a eu des conséquences au montage. La structure rendait les choses beaucoup plus compliquées et on a dû renoncer à certaines idées ou séquences auxquelles on tenait, parce que l’ensemble ne fonctionnait pas. Malgré tout, je voulais que le film garde une forme de fluidité, qu’il reste agréable à regarder. Je n’ai aucun intérêt à faire des films qui seraient une épreuve pour le spectateur. Au contraire&nbsp;: je veux que les gens prennent du plaisir, qu’ils s’amusent.</p>
<p><strong>Vous avez commencé à travailler dans les années 2000, à une époque où le cinéma indépendant américain évoluait dans un contexte très différent. Comment avez-vous vu ce paysage évoluer ?</strong></p>
<p>Ça a beaucoup changé. Il y a toujours des films indépendants aujourd’hui, bien sûr, ils existent, et il y a encore des gens très engagés pour leur donner de la visibilité. Je pense par exemple à des initiatives plus récentes, comme certains festivals émergents qui essaient réellement d’offrir un espace à des films indépendants « authentiques », conçus en dehors des circuits industriels. Donc cette énergie n’a pas complètement disparu.</p>
<p>Mais quand j’ai commencé, l’écosystème était vraiment différent. Il y avait, à travers tout le pays, des festivals quasiment dédiés à ce type de cinéma. Des lieux où l’on découvrait de nouvelles voix, où l’on pouvait montrer des films faits sans argent, en dehors de toute pression. Des festivals comme South by Southwest jouaient un rôle essentiel : c’était un vrai tremplin. À l’époque, on pouvait faire un film avec trois fois rien, tourner en mini-DV, sans budget, et malgré tout le montrer, voyager avec, rencontrer d’autres cinéastes. Il y avait aussi le Maryland Film Festival… c’était des lieux de rassemblement très libres. Il n’y avait pratiquement pas de presse, pas de pression professionnelle, mais plutôt un esprit de communauté. C’était un moment très vivant, presque anarchique. Il y avait aussi toute une constellation de petits lieux de projection, à New York notamment, où l’on pouvait montrer des films en dehors des circuits traditionnels. Tout cela créait un sentiment très fort : même sans argent, on avait l’impression de faire partie d’un mouvement, d’exister en tant que cinéaste. Aujourd’hui, ces espaces n’existent plus en grande partie ou se sont transformés. Les festivals ont changé, ils sont souvent plus institutionnels, plus professionnalisés. Même les Gotham Awards, qui étaient autrefois pensés pour ce type de cinéma très marginal, sont devenus autre chose. Il existait une catégorie qui s’appelait « meilleur film non distribué près de chez vous&nbsp;», ce qui pouvait sembler ironique, mais qui comptait énormément pour nous.</p>
<p>Désormais, ces mêmes prix adoptent des logiques beaucoup plus proches de l’industrie. Plus largement, la définition même du « cinéma indépendant » s’est déplacée. C’est quand même absurde de voir des films avec 25 millions de dollars de budget aux Independent Spirit Awards, ou d’entendre que Noah Baumbach est un cinéaste indépendant… Aujourd’hui, des structures très installées sont qualifiées d’indépendantes et des cinéastes reconnus, avec des stars et des budgets importants, occupent cet espace. Le cinéma indépendant existe toujours, mais il est plus difficile à situer. Il est moins visible, moins structuré autour de lieux et de communautés clairement identifiables. Ce qui a changé, ce n’est pas tant les films que les conditions dans lesquelles ils circulent et se rencontrent.</p>
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		<title>Nuestra Tierra</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuestra-tierra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Personne ne les écoute au tribunal </em>» : dans une vidéo précédant de quelques minutes le meurtre de Javier Chocobar, chef de la communauté Chuschagasta, son futur assassin résume quel traitement est réservé aux indigènes qui ont le malheur de se plaindre des expropriations dont ils sont victimes. En 2018, après neuf ans d’impunité, le procès s’ouvre. Si la voix des Chuschas en est presque absente, c’est que l’appareil judiciaire en Argentine est l’apanage des dominants. La parole des accusés circule au contraire sans entrave et se montre aussi omniprésente qu’agressive. Le projet documentaire de Lucrecia Martel pourrait se résumer à la volonté de corriger cette asymétrie en prenant le parti de ceux que l’on souhaite réduire au silence. Être le porte-voix des Chuschagasta au moment où s’ouvrent les audiences impliquerait dès lors de documenter la logique d’expropriation (mais aussi un épistémicide : la négation de leur identité). <em>Nuestra Tierra</em> s’écarte toutefois de ce registre dénonciateur en dépeignant la relation des Chuschas à leur terre sur un versant plus intime, notamment au moyen de photographies familiales qu’accompagnent des récits en voix off des membres de la communauté.</p>
<p>Cet attachement transparaît aussi dans la façon dont les Chuschas sont filmés dans l’immensité du paysage, qu’ils parcourent à pied ou à cheval. Ces séquences ne sont pas pour autant déliées du procès, fil rouge du film : à maintes reprises, la caméra saisit les indigènes à distance et depuis un point de vue zénithal, tandis qu’aux images se superpose l’évocation de leurs persécutions. Ainsi, lorsqu’en voix off les juges perturbent l’audition d’un jeune athlète Chuschagasta avec des remarques intempestives et des questions puériles, le montage répond à cette logique d’intimidation par des plans distants et flottants du jeune homme en train de courir dans la province de Tucumán. Le recours à un drone pour filmer ce type de scène personnifie alors les menaces et agressions constantes d’expropriateurs blancs dans la région andine – une métaphore que soulignent le bourdonnement de l’appareil en fond sonore et son positionnement (il plane souvent derrière les Chuschas, les saisissant de dos, comme s’ils étaient des cibles). Cette approche de l’espace est d’ailleurs patente dès la première séquence du film, qui s’ouvre par un plan au-dessus de la Terre (un satellite tourne lentement autour), avant de montrer la pampa depuis le ciel, puis de descendre (encore une fois, à l’aide d’un drone) jusqu’au terrain de football de la communauté. Cette dernière s’annonce alors comme une victime parmi tant d’autres de la marche de l’Histoire et du triomphe d’un colonialisme séculaire dont Martel documente à nouveau les agissements, huit ans après l’avoir mis en scène, à la fin du XVIIIe siècle, dans <em>Zama</em>.</p>
<p>Cet horizon critique, parfois finement mené, cohabite néanmoins avec des procédés plus appuyés. Ainsi de l’association métaphorique, de plus en plus filée à mesure que le film avance, entre la menace des propriétaires terriens et l’usage du drone, à l’instar de cette scène où la caméra fait peur à un cheval qui finit par décamper. Martel saupoudre de la sorte son film d’effets <em>arty</em> qui, virant au systématisme, lui confèrent une certaine lourdeur symbolique. Si <em>Nuestra Tierra</em> se révèle donc inégal, oscillant entre pertinence du dispositif et afféteries formelles, il conserve le mérite de s’inscrire avec une grande cohérence dans une œuvre engagée contre la politique coloniale argentine.</p>
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		<item>
		<title>The Drama</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 10:29:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Sick of Myself, présenté à Cannes en 2022 dans la sélection Un Certain Regard, Kristoffer Borgli a réussi sa migration vers Hollywood grâce à un sens bien recherché de la lourdeur. Alors que son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-drama/" title="Read  The Drama">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <em>Sick of Myself</em>, présenté à Cannes en 2022 dans la sélection <em>Un Certain Regard</em>, Kristoffer Borgli a réussi sa migration vers Hollywood grâce à un sens bien recherché de la lourdeur. Alors que son premier film, encore produit en Norvège, faisait peser sur les bras d’une jeune serveuse tous les vices d’un narcissisme d’époque dans une maigre satire des médias et de l’art contemporain, <em>Dream Scenario </em>surfait quant à lui avec cynisme sur le devenir-mème de Nicolas Cage. Tous ses films partent du principe – <em>The Drama</em> n’y échappe pas – que les individus sont contaminés par un devenir-spectacle, dont le seul remède consiste à se soumettre à un long rituel d’humiliation, à un pénible processus de dégradation physique et sociale supposé les confronter à leur amour-propre. Dans son dernier film, Charlie (Robert Pattinson) en passera donc par les coups, le vomi et les cris pour comprendre qu’un mariage doit dépasser sa performance (voilà le sens du titre du film : <em>The Drama</em>) pour survivre. Le regard de Borgli feint de se détourner des avatars de la société du spectacle pour, au fond, rejouer la même marotte dans une comédie sentimentale dotée d’un casting cinq étoiles.</p>
<p>De fait, le film décline toutes les acceptions du mot <em>drame</em> sans aller jusqu’au bout de leur potentiel, eh oui, <em>dramatique</em>. Première application&nbsp;: en plein dans la préparation de leur cérémonie de mariage, au cours d’une soirée alcoolisée, les meilleurs amis de Charlie et Emma (Zendaya) leur demandent quelle est la pire chose qu’ils aient osé faire. Emma révèle l’innommable et le mariage est mis en péril (le drame est le retournement de situation sur lequel repose l’intrigue, et donc son point de départ). Seconde application&nbsp;: dans une scène clé du film, où l’on voit les protagonistes répéter leur première danse, la chorégraphe dit que «&nbsp;<em>tout mariage est en soi théâtral </em>», quand Emma préfèrerait que tout soit plus naturel (le drame constitue alors la thèse du film, à savoir que le mariage substitue à l’amour sa célébration sociale). Troisième application : lorsque le film plonge dans la psyché de ses personnages et nous dévoile leurs fantasmes (le drame s’apparente alors à une scène mentale). En bref : le drame amoureux en tant que tel n’est&nbsp; jamais pleinement exploré, le cinéaste préférant déployer une immense psychomachie qui finit par tomber à plat. En raison de son discours surplombant et de sa mise en scène monotone, <em>The Drama</em> ne connaît jamais de progression, à tel point que la réconciliation finale semble sortie d’un chapeau de magicien.</p>
<p>On pourrait considérer <em>The Drama</em> comme le symptôme d’un cinéma qui ne croit plus réellement en son sujet. Borgli n’écrit pas d’histoires, mais de simples allégories. C’est d’autant plus regrettable que le scénario contient une idée en or : avant de se marier, Charlie doit apprendre à dépasser la vision idéalisée qu’il a encore de la femme qu’il aime. Mais pour cela, Borgli aurait dû filmer un personnage qui l’observe vraiment. Le manque d’attention que Charlie porte à sa future épouse n’est, au fond, que le signe du peu d’intérêt du réalisateur pour ses personnages. À force de vouloir sonder les profondeurs du théâtre du monde, il en oublierait presque qu’il n’y a personne sur scène.</p>
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		<item>
		<title>Parallax — Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse et Les Rayons et les Ombres</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-quatre-cavaliers-de-lapocalypse-et-les-rayons-et-les-ombres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, la plongée dans la France occupée des Rayons et les Ombres rappelle celle des Quatre cavaliers de l’Apocalypse (1962)....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-les-quatre-cavaliers-de-lapocalypse-et-les-rayons-et-les-ombres/" title="Read  Parallax — Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse et Les Rayons et les Ombres">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, la plongée dans la France occupée des </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Rayons et les Ombres</a><em> rappelle celle des </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-quatre-cavaliers-de-l-apocalypse/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Quatre cavaliers de l’Apocalypse</a><em> (1962).</em></p>
<p>Le son des bottes nazies résonne dans Paris : pour Julio Desnoyer (Glenn Ford) dans <em>Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse</em> (1962) et Jean Luchaire (Jean Dujardin) dans <em>Les Rayons et les Ombres</em>, c’est l’heure de choisir son camp. Le premier est un expatrié argentin peu porté sur la politique, quand le second, directeur d’un titre de presse, est un fervent pacifiste et un militant pour l’entente franco-allemande. C’est au contact d’autres personnages que leur positionnement va évoluer : Luchaire collabore avec son ami de longue date Otto Abetz (August Diehl), devenu ambassadeur du Reich à Paris, tandis que Julio s’oppose finalement à son cousin Heinrich von Hartrott (Karlheinz Böhm), officier à Paris, et rejoint la Résistance.</p>
<p>Un motif en particulier circule entre les deux films : la fête, apanage des aristocrates (Julio) et des petits bourgeois (Luchaire) dépeints par Minnelli et Giannoli, qui se tiennent loin du front. Dans le prolongement des bacchanales d’<em>Illusions perdues</em> (2021), <em>Les Rayons et les Ombres</em> suit le patron de presse s’enfonçant dans l’alcool et la drogue, au fil de soirées de débauche qui illustrent la déchéance morale du personnage. En multipliant progressivement les effets de caméra outrés, Giannoli filme – au risque d’une petite musique révisionniste – le récit d’une décadence, où les excès de Luchaire dévoient un rêve pieux (celui d’une collaboration vertueuse avec l’Allemagne), rongé par la perspective égoïste d’une ascension sociale et de la satisfaction de ses petits plaisirs. Chez Minnelli, Julio emprunte un chemin inverse : d’abord féru de mondanités, il décide de rejoindre la lutte contre l’hydre nazie, notamment durant une scène pivot – l’une des plus célèbres et stupéfiantes des <em>Quatre Cavaliers de l’Apocalypse</em> – prenant pour décor une réception allemande. Par le biais de surimpressions, le regard de Julio plane sur les images de la soirée, bientôt recouvertes de visions de la guerre (explosions, torpilles, flammes), comme si le héros perçait à jour le voile fastueux dont le Reich recouvre ses horreurs.</p>
<p>Mettre en regard ces séquences permet de cerner la singularité des personnages : au contraire de Julio, Luchaire n’aura pas d’épiphanie et, par aveuglement volontaire vis-à-vis du régime, devient l’un des rouages de la machine. Mais la comparaison révèle surtout une différence d’approche entre les cinéastes, qui souligne les limites des <em>Rayons et les Ombres</em>. Chez Giannoli, la violence du Reich demeure totalement hors champ – il est certes fait mention des « <em>rafles</em> » et de la misère qui s’abat sur le peuple français, mais sans qu’elles apparaissent à l’écran. Si <em>Les Rayons et les Ombres</em> ambitionne par là de brosser un tableau finement nuancé de l’Occupation, ce dernier paraît tronqué, voire inconséquent. Avec son histoire de collabos racontée par des collabos (la voix off du film est assurée par la fille de Luchaire, qui détaille les compromissions, mais aussi les soi-disant sacrifices de son père), Giannoli dépeint « <em>leur guerre à [eux]</em> ». Soit l’itinéraire de personnages qui, contrairement à ceux de Minnelli, ont choisi de fermer les yeux.</p>
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		<title>Rétrospective Seijun Suzuki</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retrospective-seijun-suzuki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu, durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retrospective-seijun-suzuki/" title="Read  Rétrospective Seijun Suzuki">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu, durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de cette phase : </em>La Jeunesse de la bête<em>, </em>Les Fleurs et les Vagues<em>, </em>La Barrière de chair<em>, </em>Histoire d’une prostituée<em>, </em>La Vie d’un tatoué<em>, </em>Carmen de Kawachi<em>, </em>Élégie de la bagarre<em>, </em>Le Vagabond de Tokyo<em> et </em>La Marque du tueur<em>.</em></p>
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		<title>Seijun Suzuki, l’implosion comme style</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/retrospective/seijun-suzuki-limplosion-comme-style/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rétrospective]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/seijun-suzuki-limplosion-comme-style/" title="Read  Seijun Suzuki, l’implosion comme style">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Carlotta organise une rétrospective de l’œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de cette phase : </em>La Jeunesse de la bête<em>, </em>Les Fleurs et les Vagues<em>, </em>La Barrière de chair<em>, </em>Histoire d’une prostituée<em>, </em>La Vie d’un tatoué<em>, </em>Carmen de Kawachi<em>, </em>Élégie de la bagarre<em>, </em>Le Vagabond de Tokyo<em> et </em>La Marque du tueur<em>.</em></p>
<p>C’est un paradoxe bien connu du cinéma japonais : la Nikkatsu, l’un des studios les plus commerciaux, a abrité l’un des cinéastes les plus indisciplinés de la <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/soleil-rouge-une-histoire-du-cinema-rebelle-japonais/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nuberu Bagu</a> – soit la nouvelle vague japonaise. Spécialisé dans la production de mélodrames populaires et d’intrigues de yakuza, le studio offrit à Seijun Suzuki un écrin pour ses expérimentations formelles. Alliant une stylisation baroque à une vision du monde désenchantée, ses films finirent par être jugés incompréhensibles&nbsp;; Suzuki résumera plus tard la situation avec ironie : « <em>Je fais des films qui n’ont aucun sens et ne rapportent aucun argent </em>». Son cinéma frappe d’abord par sa flamboyance visuelle : dans des décors saturés de couleurs irréelles, les personnages tendent à devenir des motifs plastiques à part entière. Mais sa bizarrerie tient surtout à une transparence de l’artifice qui tranche avec l’impératif de réalisme ou de vraisemblance. Les intrigues ressemblent souvent à des prétextes autour desquels se déploient des blocs visuels et rythmiques relativement autonomes. Si cette description pourrait suggérer que l’œuvre est chaotique, c’est pourtant tout l’inverse : elle témoigne d’une rigueur formelle extrême. Comme l’a formulé le critique Shigehiko Hasumi, Suzuki développe une « <em>esthétique de la démolition</em> », qui n’abandonne pas la forme classique du cinéma de studio, mais la fait imploser.</p>
<p>À travers les neuf films ici retenus se dessine un mouvement vers un lyrisme de plus en plus convulsif, voire un certain nihilisme né d’un désenchantement. Dans les films de Suzuki, les sentiments sont presque toujours punis – l’amour mène à la mort, la loyauté à la trahison, le désir à la destruction. À mesure que ces valeurs se révèlent illusoires, les actions elles-mêmes cessent d’avoir une portée morale. Le pessimisme du cinéaste contamine peu à peu la forme des films, fissurant la narration sous l’effet d’artifices (digressions antinarratives, répétitions ou motifs visuels qui interrompent la progression dramatique, etc.) et libérant les scènes d’une logique causale. Pour citer encore Hasumi : «<em> <span style="font-style: normal !msorm;">Seijun Suzuki se tient sur un seul point dans l’espace : un point sans temps, sans épaisseur, sans étendue, où les choses et les couleurs oscillent et se balancent sans direction</span></em> ».</p>
<h2>À la recherche d’un style</h2>
<p>La trajectoire de Suzuki vers un cinéma plus libre ne suit pas une progression linéaire, mais trouve son germe dans <em>La Jeunesse de la bête</em>, où la mise en scène déstructure le cadre du film de yakuza. Si l’intrigue du film est relativement routinière (quoiqu’un peu opaque et emberlificotée), le film vaut surtout pour ses interludes presque autonomes : ainsi d’une séquence silencieuse dans une scène de club, filmée à travers une vitre, où l’action se transforme en étrange pantomime jusqu’à ce qu’un personnage enclenche le son en ouvrant les vannes du mixeur. Ces irruptions stylistiques fissurent l’univers réaliste du récit et annoncent la logique plus radicale des films ultérieurs.</p>
<p>Au sein de l’ensemble proposé par Carlotta, <em>La Vie d’un tatoué</em> et <em>Les Fleurs et les vagues</em> apparaissent, aux côtés de <em>La Jeunesse de la bête</em>, comme les œuvres de studio les plus conventionnelles. Mais même dans ce cadre plus orthodoxe surgissent des éclats typiquement suzukiens. L’un des plus frappants est celui qui suit la mort du frère du protagoniste dans <em>La Vie d’un tatoué</em> où, après avoir reçu un coup d’épée mortel, aucun sang ne jaillit de son corps ; c’est la rue entière qui se teinte alors progressivement de rouge, la couleur se propageant jusqu’au ciel des plans suivants. Suzuki n’a jamais été un narrateur particulièrement habile, mais il a un vrai talent pour tirer ses récits vers un délire formel : chez lui, les rapports entre les personnages ne se fondent pas sur une approche psychologique, mais tiennent de la « relation » visuelle construite d’image en image. C’est de ce déplacement que naît son lyrisme si singulier : l’espace lui-même semble éprouver la violence du monde.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332179 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg" alt width="1944" height="269" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife.jpg 1944w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-300x42.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-1024x142.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-768x106.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-1536x213.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tatooedlife-980x136.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1944px) 100vw, 1944px"></a>
<h2>Corps à vendre, illusions éclatées</h2>
<p>Il serait néanmoins erroné de considérer l’œuvre de Suzuki sous l’angle d’une abstraction pure – si son cinéma tend vers une stylisation extrême, il reste ancré dans une vision matérielle du monde. Il faut ainsi distinguer nihilisme et abstraction : chez Suzuki, la stylisation ne sublime pas la violence, mais la rend au contraire plus crue. La trilogie consacrée à la prostitution en offre une démonstration, dessinant une cartographie politique du Japon moderne où, quel que soit le système représenté – capitalisme sauvage (<em>La Barrière de chair</em>), militarisme impérial (<em>Histoire d’une prostituée</em>) ou misogynie (<em>Carmen de Kawachi</em>) –, se reproduit inlassablement la même économie prédatrice des corps.</p>
<p>Dans <em>La Barrière de chair</em>, situé dans le Japon occupé après la Seconde Guerre mondiale, toute relation relève d’un échange économique. La microsociété des prostituées, autogérée selon des règles strictes, ne fait que radicaliser cette logique marchande, punissant toute déviation sentimentale par l’exil ou la torture. À la fois panorama social et «&nbsp;<em>fantasmagorie sordide</em>&nbsp;» (dixit le critique britannique Tony Rayns), le film déploie une architecture de couleurs primaires assignées aux personnages (chaque prostituée est ici associée à une teinte distincte) dans un système presque héraldique. Cette splendeur plastique s’accompagne pourtant de la peinture d’un véritable enfer, évoquant une sorte de comédie musicale à la Vincente Minnelli, dont le chromatisme aurait été transplanté dans un paysage de boue et de ruines.</p>
<p>Là où <em>La Barrière de chair</em> montrait un marché sauvage en autogestion, <em>Histoire d’une prostituée</em> expose une prostitution administrée par l’État fasciste – la violence n’y est plus tribale, mais bureaucratique. Yumiko Nogawa incarne une figure quasiment animale, mordant, se traînant et se recroquevillant à quatre pattes. La guerre induit un système de règles arbitraires qui organise le désir et la punition, tandis que la hiérarchie militaire structure le marché sexuel : le lieutenant revendique la prostituée comme sa propriété et fait de ses rencontres sexuelles un instrument de domination. Les officiers disposent d’un accès privilégié, tandis que les soldats peuvent être gratifiés de relations sexuelles selon leur bon comportement. Dans ce système, le corps féminin devient une monnaie distribuée pour maintenir l’ordre et récompenser l’obéissance. Logiquement, l’amour entre les deux protagonistes n’y a pas sa place : mû par une logique improductive, il apparaît insupportable. Le film rejoint ainsi la logique du précédent : que le système soit dérégulé ou autoritaire, il exige l’élimination de l’affect au profit d’un utilitarisme absolu.</p>
<p>Avec <em>Carmen de Kawachi</em>, variation lointaine sur l’opéra de Bizet, cette critique sociale prend une forme plus ouvertement fragmentée. Derrière les interludes musicaux et les inversions burlesques des rôles de genre, la violence demeure toutefois présente. Au début de l’intrigue, l’héroïne se fait voler son vélo. La poursuite semble d’abord comique, mais à mesure que de nouveaux hommes surgissent pour l’encercler, Suzuki ferme brutalement le diaphragme par à‑coups, assombrissant l’image jusqu’à suggérer une agression sexuelle hors champ qui est plus tard confirmée par le récit. De même, la rêverie bucolique d’un couple imaginant un <span style="font-style: normal !msorm;"><em>onsen</em></span> à bâtir à la campagne est aussitôt contredite par la vision d’une rivière saturée d’ordures. Comme dans les deux films précédents, la rêverie ici est systématiquement rattrapée par un horizon sordide.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332180 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg" alt width="1972" height="272" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi.jpg 1972w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-300x41.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-1024x141.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-768x106.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-1536x212.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/carmenofkawachi-980x135.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1972px) 100vw, 1972px"></a>
<h2>Les enfants du phallus : l’hystérie de la virilité</h2>
<p>Les derniers films réalisés par Suzuki pour la Nikkatsu déplacent son regard vers la masculinité elle-même, observée comme un mélange d’excès et de fébrilité au bord de l’effondrement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit <em>Élégie de la bagarre</em>, film qui explore comment la culpabilité catholique et la répression du désir transforment l’énergie érotique en violence. Le militarisme n’y apparaît pas comme une idéologie autonome, mais comme une forme de sublimation : le désir refoulé trouve dans la discipline et l’agression un exutoire socialement légitimé. Les corps des acteurs sont constamment enfermés dans un réseau de barres métalliques, de piliers et de cloisons qui compartimentent l’espace, tandis qu’à cette géométrie contraignante répondent des digressions hallucinées (souvenirs fragmentaires, symboles chrétiens, éclats de blancheur ou fleurs de cerisier associées à une jeune femme idéalisée) qui signalent la tension permanente entre désir et refoulement.</p>
<p>Cette fragilité de la virilité prend une forme encore plus stylisée dans <em>Le Vagabond de Tokyo</em>. Un exemple se trouve lors d’un gag, quand un voyeur lève les yeux pour contempler les culottes d’une danseuse suspendue au-dessus de la salle : une masse blanche grotesque, évoquant une fiente de pigeon, s’écrase aussitôt sur son visage. Le fantasme se retourne en souillure, réduisant la virilité du regard à une farce humiliante.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332183 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg" alt width="1954" height="418" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter.jpg 1954w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-300x64.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-1024x219.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-768x164.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-1536x329.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/tokyodrifter-980x210.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1954px) 100vw, 1954px"></a>
<p>Avec <em>La Marque du tueur</em>, cette entreprise de déstabilisation atteint un point de rupture, poussant à l’extrême le fétichisme déjà présent dans l’œuvre de Suzuki. Le sexe et la mort deviennent ici les seules coordonnées et le monde se voit réduit à une somme de textures. La masculinité y est figurée comme une compétition phallique permanente : les hommes, éternels adolescents armés, manipulent leurs revolvers comme des jouets tout en évoluant dans un état d’épuisement paranoïaque. La psychologie laisse place à l’effusion des pulsions ; l’espace se fragmente, tandis que la continuité narrative est pulvérisée par une suite d’expériences formelles où les corps semblent se téléporter d’un décor à l’autre.</p>
<p>Une scène montre Gorō, le protagoniste, pénétrer dans un appartement et allumer la lumière, déclenchant ainsi un projecteur qui fait surgir Misako (personnage féminin central du film, une femme fatale incarnant la tension entre l’érotisme et la mort). Elle se tient devant lui, son corps découpé par l’ombre du projecteur, oscillant entre présence physique et projection. Lorsqu’il trébuche et fait vaciller l’appareil, elle se métamorphose complètement en une image déployée sur le mur, comme si la projection avait acquis une autonomie propre. Gorō se jette alors sur ce mirage comme pour lutter contre sa surface irréductible, et lorsque des flammes surgissent à l’écran, elles paraissent l’atteindre physiquement. La séquence s’achève sur un renversement vertigineux : son propre front devient écran et la distinction entre réalité et image se dissout entièrement.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332182 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg" alt width="1976" height="270" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill.jpg 1976w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-300x41.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-1024x140.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-768x105.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-1536x210.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/brandedtokill-980x134.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1976px) 100vw, 1976px"></a>
<p>La singularité du nihilisme de Suzuki tient à son excès paradoxalement mélodramatique. Ses personnages sont souvent punis par leurs sentiments (l’amour conduit à la mort ou à la ruine dans la plupart des films de la rétrospective) et ces élans tragiques surgissent toujours dans un lyrisme incandescent qui s’estompe presque aussitôt. Même dans <em>La Marque du tueur</em>, ce motif subsiste. La séquence finale témoigne d’un désenchantement absolu : lors d’une fusillade où les tirs fusent de partout, Misako surgit soudain dans l’embrasure d’une porte et est abattue par le protagoniste. Tous les personnages meurent dans la scène : la femme, l’adversaire et le tueur lui-même ; l’espace se vide alors pour ne laisser qu’un ring de boxe déserté, symbole de virilité devenu cimetière. À ce stade, le monde n’est plus qu’un théâtre de surfaces où les corps se consument dans leur propre stylisation.</p>
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		<title>The Scores (ep.7) : Nikolaas Verstraeten</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-7-nikolass-verstraeten/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Nikolaas Verstraeten est écrivain et conçoit des expositions et des publications d’art. Kiosk Radio · Outsiders:...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores/the-scores-ep-7-nikolass-verstraeten/" title="Read  The Scores (ep.7) : Nikolaas Verstraeten">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Nikolaas Verstraeten est écrivain et conçoit des expositions et des publications d’art.</em></p>
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<div style="font-size: 10px; color: #cccccc; line-break: anywhere; word-break: normal; overflow: hidden; white-space: nowrap; text-overflow: ellipsis; font-family: Interstate,Lucida Grande,Lucida Sans Unicode,Lucida Sans,Garuda,Verdana,Tahoma,sans-serif; font-weight: 100;"><a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Kiosk Radio" href="https://soundcloud.com/kioskradio" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> · <a style="color: #cccccc; text-decoration: none;" title="Outsiders: The Scores w/ Nikolaas Verstraeten - Orchestra Terrore @ Kiosk Radio 18.03.2026" href="https://soundcloud.com/kioskradio/outsiders-the-scores-w" target="_blank" rel="noopener">Outsiders: The Scores w/ Nikolaas Verstraeten — Orchestra Terrore @ Kiosk Radio 18.03.2026</a></div>
<p>Dans la tradition de l’aux-terrorisme, mon mix est devenu une rhapsodie, faite des musiques de films auxquelles je reviens sans cesse et d’impulsions musicales enfouies dans des films non musicaux. La musique diégétique — ces expériences d’écoute que nous sommes censés partager avec les personnages — fait le lien entre les deux.</p>
<p><em>In the tradition of aux-terrorism, my mix became a rhapsody of, on the one hand, the film music that I return to all the time, and, on the other, musical impulses buried in non-musicals. Diegetic music, or the listening experiences we’re supposed to share with movie characters, bridges the two.</em></p>
<h2><em>PERFORMANCE</em> (1970) BY DONALD CAMMELL &amp; NICOLAS ROEG</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Jack Nitzsche, Bernie Krause on the synthesizer and sung by Merry Clayton, Performance</strong></p>
<p>Le joker que Warner Bros a accordé à Donald Cammell et Nicolas Roeg pour faire un « film avec Mick Jagger » s’est accompagné d’un violent retour de bâton (on raconte que la femme d’un cadre aurait vomi pendant une projection…). Malgré cela, Cammell opte pour une vision idéaliste des choses : il envoie un télégramme à WB, co-signé par Jagger, qui se conclut ainsi : « SI <em>PERFORMANCE</em> NE PERTURBE PAS LE PUBLIC, ALORS IL N’EST RIEN. SI CE FAIT VOUS PERTURBE, L’ALTERNATIVE EST DE LE VENDRE RAPIDEMENT ET D’ARRÊTER LES CONNERIES.” Que cette ligne dure ait été productive ou non, le film existe — longue vie aux exceptions !</p>
<p>L’ouverture pseudo-indécise de<em> Performance</em> suit un avion de chasse pendant peut-être deux secondes avant de se fixer sur une Rolls Royce noire, un plan aérien qui peine ensuite à rivaliser avec une scène de lit plutôt rugueuse (pendant que vous vous demandez : <em>qui est cette personne et qu’a‑t-elle fait à James Fox ?</em>). Côté bande-son, le film nous fait viber pendant vingt secondes sur une chanson d’autoradio signée Randy Newman, avant un changement d’ambiance vers une pulsation synthétique et les harmonies de Merry Clayton, avec lesquelles j’ouvre ce mix. Si ce n’était pas vraiment le premier film à utiliser un synthétiseur modulaire Moog sur sa bande-son, c’était apparemment le premier à en montrer un à l’écran, à la fois comme gadget et quasi objet liturgique de « l’Artiste » Turner (Mick Jagger). (Un an plus tard, il y a aussi la bande-son électronique de Jagger pour<em> Invocation of My Demon Brother</em> de Kenneth Anger, qui sonne comme le chant du cygne d’une photocopieuse numérique.)</p>
<p><em>The wildcard that Warner Bros gave Donald Cammell and Nicolas Roeg for a «Mick Jagger movie» came with severe whiplash (an executive’s wife reportedly threw up during a screening etc.). Even then, Cammell opted for an idealistic defense: he sent a telegram to WB, co-signed by Jagger, which concludes: «IF </em>PERFORMANCE <em>DOES NOT UPSET AUDIENCES IT IS NOTHING. IF THIS FACT UPSETS YOU, THE ALTERNATIVE IS TO SELL IT FAST AND NO MORE BULLSHIT.» Whether or not this hard-lining was productive, the movie exists – long live the exceptions!&nbsp;</em></p>
<p>Performance<em>’s pseudo-undecided opening follows a fighter jet for maybe two seconds before settling on a black Rolls Royce, an aerial shot that then struggles to compete with a bedroom scene on the rough side (while you go, ‘who is this &amp; what have you done to James Fox?’). Soundtrack-wise, the movie makes us vibe for 20 seconds to a Randy Newman car-radio-type song before a mood switch to the artificial pulse and Merry Clayton’s harmonizing, which I begin this mix with. If this wasn’t really the first movie to feature a Moog modular synthesizer on its soundtrack, it apparently was the first movie footage that featured one, as toy as much as altarpiece of ‘the Artist’ Turner (Mick Jagger). (A year after wrapping, there’s also Jagger’s synthesizer soundtrack for Kenneth Anger’s </em>Invocation of My Demon Brother<em>, which sounds like the swan song of a digital copy machine.</em></p>
<h2><em>BLUE</em> (1993) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>01′44″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Performance </em>est aussi un hommage occulte spectaculaire à Jorge Luis Borges (mais impossible à détailler sans spoiler). Bien qu’il fût encore en vie à la sortie du film, Borges était devenu aveugle à la fin des années 50 — et rien n’indique qu’il ait eu connaissance du film. En réfléchissant au rôle de Borges dans <em>Performance</em>, je fais seulement maintenant le lien avec <em>Blue</em> — le dernier film de Derek Jarman, qui élève sa cécité progressive liée au sida (la réduction de sa vision à des nuances de bleu) au rang de « nec plus ultra » artistique.<em> Blue</em> est aussi un excellent film pour aborder le non-dit évident au cœur de <em>The Scores</em> : le divorce entre film et bande-son. (L’inverse peut exister, mais c’est souvent le souvenir du film qui continue de donner une charge à sa musique.)</p>
<p>C’est paradoxalement un film n’offrant qu’une seule couleur monochrome, qui semble le moins propice à être regardé les yeux fermés. <em>Blue </em>n’a pas seulement été diffusé à la télévision — où il pouvait évoquer une image figée — au Royaume-Uni en 1993, mais aussi à la radio, où l’absence d’image a donné lieu à un compromis magnifique : les auditeurs pouvaient demander une carte postale bleu Klein à contempler pendant l’écoute. (À défaut de carte postale, j’ai commencé à imaginer ce mix comme la bande-son d’un épique trajet urbain à l’heure de pointe, depuis chez mes parents en périphérie bruxelloise jusqu’à la Cinematek.) Le son de <em>Blue</em> a été élaboré par Jarman avec son collaborateur de longue date Simon Fisher Turner, et j’en ai sélectionné deux extraits — ce premier pour sa chorale « no homo ». Jarman refera une apparition dans ce mix, merci à la Cinematek d’avoir donné l’opportunité de (re)découvrir son travail lors d’une récente rétrospective.</p>
<p>Performance <em>also acts as an occult tribute to Jorge Luis Borges, spectacularly so (but which I can’t detail without spoiling). While he was alive at the time of the release, Borges had gone blind by the late 50s – and to my knowledge, there’s no documentation that he was aware of the film. Thinking about Borges’s role in </em>Performance<em>, I only now made the connection with </em>Blue<em> – Derek Jarman’s self-consciously final film, which elevates Jarman’s own AIDS-related increasing blindness, the constriction of his sight to shades of blue, into an artistic ‘nec plus ultra’. </em>Blue<em> is also a great movie to address </em>The Scores<em>’ elephant in the room: the messy divorce of film and soundtrack. (The reverse can be true, but it’s often the memory of a film that continues to charge its music.)&nbsp;</em></p>
<p><em>It’s paradoxically a movie that only has a monochrome color to offer, that seems the least accommodating to closing your eyes while watching. </em>Blue<em> was not just broadcast on television – where it might emulate static – in the UK in 1993 but also on the radio, where the lack of the visual counterpart prompted a beautiful compromise: listeners could request a Klein-blue postcard to contemplate during the broadcast. (For lack of a postcard, I began to think of this mix as soundtracking the epic public transport journey, basically 1 hour during rush hour, from my parent’s place in the periphery of Brussels to Cinematek). </em>Blue’<em>s sound was realized by Jarman with his longtime collaborator Simon Fisher Turner and I selected two excerpts, this first one for its ‘no homo’ choir appeal. Jarman sticks around in this mix, thanks to the opportunity to (re)visit his work in the recent Cinematek retrospective.</em></p>
<h2><em>THE BELLY OF AN ARCHITECT</em> (1987) BY PETER GREENAWAY</h2>
<p><strong>03′20″ ♪ Wim Mertens, Birds for the Mind</strong></p>
<p><b></b>Faire des expositions tue — le postulat de<em> The Belly of an Architect</em> m’est familier (<em>toux</em>). Un architecte américain est invité à curater une exposition blockbuster dans la Rome étrangement vide des années 80, consacrée à l’architecte utopiste du XVIIIe siècle Étienne-Louis Boullée (l’un de ceux qui ont désamorcé mes réticences envers l’architecture quand j’étais étudiant). La ville éternelle devient la scène d’une confrontation avec sa propre mortalité. Je ne me lasse jamais de la bande-son à quatre mains de Wim Mertens — ce qui n’a rien à voir avec de la nostalgie pour l’opérateur mobile <a href="https://www.youtube.com/watch?v=5zAOAlrHd2Y" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Proximus</a> (ça sonne mieux dans le film), ni avec le fait qu’il soit belge (même si j’aime bien sa chanson patriotique mélancolique «<a href="https://www.youtube.com/watch?v=YLjAweUGXBA" target="_blank" rel="noopener noreferrer">What It Is Like to Be from Belgium»</a>), ou qu’il se présente en virtuose du piano, ce qui éclipse ses expérimentations.</p>
<p><em>Exhibition-making kills, the premise of </em>The Belly of an Architect<em>, hits close to home (*coughs*). An American architect is invited to curate a blockbuster exhibition in a picturesquely empty 80s Rome about the 18th-century utopian architect Étienne-Louis Boullée (one of the architects that disarmed my reservations about architecture as a student). The eternal city becomes the inevitable stage for confronting one’s mortality. I never tire of Wim Mertens’ four-handed soundtrack – which has nothing to do with <a href="https://www.youtube.com/watch?v=5zAOAlrHd2Y" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Proximus nostalgia</a> (it sounds better in the film), or Mertens being Belgian (I do appreciate his patriotic sad song, «<a href="https://www.youtube.com/watch?v=YLjAweUGXBA" target="_blank" rel="noopener noreferrer">What It Is Like to Be from Belgium»</a>), or his self-profiling as piano virtuoso, eclipsing his experiment.</em></p>
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<h2><b><em>LE PONT DES ARTS</em> (2004) BY EUGENE GREEN</b></h2>
<p><strong>06′54″ ♪ Monteverdi, Lamento della ninfa sung by Claire Lefilliâtre</strong></p>
<p><strong>07′55″ ♪ Camille Keller, Cover Monteverdi Lamento Della Ninfa</strong></p>
<p>Répétant le <em>Lamento della ninfa </em>de Monteverdi (en play-back, en réalité, sur la voix phénoménale de Claire Lefilliâtre), une soprano est peu à peu poussée à bout par un chef de choeur sadique, qui ne semble pas entendre la même chose que nous, à tel point qu’il réagit par des commentaires absurdes (« <em>Tu as le timbre d’un kangourou étranglé</em> »). Plus tard dans le film, la soprano définit de manière très séduisante “<em>l’esprit baroque</em>” comme le fait de “<em>toujours dire deux choses contradictoires, toutes deux vraies</em>”. Il y a des années, Camille Keller et moi nous sommes rapprochés en parlant du <em>Pont des arts </em>et de sa reprise parfaite du <em>Lamento della ninfa</em>, à une époque pré-Camille Keller. Dans un esprit d’inclusivité baroque, j’ai fait de lui le kangourou étranglé pour le da capo de cette répétition.</p>
<p><em>Rehearsing Monteverdi’s </em>Lamento della ninfa<em> (lip-syncing, in fact, to the phenomenal voice of Claire Lefilliâtre), a soprano is gradually driven over the edge by a sadistic conductor, who doesn’t seem to hear what we are hearing to the point of absurdity («</em>You sound like a strangled kangaroo<em>»). At one point in the movie, the soprano, quite temptingly, defines the ‘baroque mindset’ as «</em>always saying two contradictory things, both of which are true<em>». Years ago, Camille Keller &amp; I bonded over Le pont des arts and his perfect </em>Lamento della ninfa<em> cover from the pre-Camille Keller days, so in the spirit of baroque mutual inclusivity, I made him the strangled kangaroo for the rehearsal’s da capo.</em></p>
<h2><em>BUTLEY</em> (1974) BY HAROLD PINTER</h2>
<p><strong>11′13″ ♪ Sound excerpt Appley dapply, a little brown mouse</strong></p>
<p>« <em>Sa femme vient de le quitter pour un autre homme. Et son petit ami aussi</em> », proclamait l’affiche du film, résumant <em>Butley</em> — une adaptation fidèle (et donc claustrophobe) de la pièce de Simon Gray sur la pulsion (auto)destructrice du professeur d’anglais Ben Butley. Aussi toxiques soient les relations, le non-sujet que Butley fait de sa sexualité reste étonnant, surtout si l’on considère que la pièce a été créée à peine quatre ans après la dépénalisation de l’homosexualité au Royaume-Uni. Il y a quelque chose de touchant dans sa manière de chercher refuge dans l’absurde— il abandonne ses études sur T.S. Eliot pour le livre de <em>Beatrix Potter, Cecily Parsley’s Nursery Rhymes</em> — que j’ai voulu inclure dans ce mix.</p>
<p><em>«</em>His wife just left him for another man. And so did his boy friend,<em>» is how the movie poster sold </em>Butley<em>, a faithful and (thus) claustrophobic rendition of Simon Gray’s play about the ingeniously (self)destructive drive of English professor Ben Butley. However toxic the relationships, the non-issue Butley makes of his sexuality still stuns, especially considering the play was first staged just 4 years after homosexuality was decriminalized in the UK. There is something touching about Butley’s resort to nonsense – he’s abandoned his study of T.S. Eliot in favor of </em>Beatrix Potter’s Cecily Parsley’s Nursery Rhymes<em>– that I couldn’t keep out of this mix.&nbsp;</em></p>
<h2><em>JALSAGHAR </em>[OR<em> THE MUSIC ROOM</em>] (1958) BY SATYAJIT RAY</h2>
<p><strong>11′44″ ♪ Music lesson of Khoka sung by Pinaki Sengupta</strong></p>
<p>Un autre film magnifique sur la tentation de la ruine. J’adore les génériques de début et de fin, où la caméra traverse l’obscurité jusqu’à un lustre vacillant, tandis que les caractères bengalis suspendus à une ligne horizontale (la « matra ») donnent aux crédits l’apparence d’éclats de lustre. Dans <em>The Music Room</em>, l’expression « la musique adoucit les mœurs » devient un dispositif menant au désastre. Pendant le déclin du Raj britannique, un seigneur bengali sacrifie tout pour la musique — ou plutôt pour les concerts somptueux dans le Jalsaghar, la « salle de musique » de son palais. La musique est également centrale dans l’éducation de son jeune fils, Khoka, comme en témoigne une scène belle — et tragique— où le père accompagne son fils au dilruba pour une leçon de chant au crépuscule.</p>
<p><em>Another magnificent movie about inviting ruin. I love the opening and closing credits, in which the camera bridges the dark towards a swinging, dying chandelier, while the Bengali script characters’ typical suspension from a horizontal line (the ‘matra’) give the overlaid credits the look of chandelier shards. In </em>The Music Room<em>, the expression «la musique adoucit les moeurs» becomes a set-up for disaster. Paralleling the decline of the British Raj, a feudal Bengali lord sacrifices everything for the sake of music, or extravagant concerts in the ‘music room’ or Jalsaghar in his palace. (I saw it as part of a birthday screening, which was quite the ice-breaker!). Music is also crucial in the lord’s education of his young son, Khoka, exemplified by a beautiful – and tragic, in light of the plot – scene in which the father accompanies his son on a dilruba for a bedtime singing lesson.</em></p>
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<h2><em>ROOM TEMPERATURE</em> (2025) BY DENNIS COOPER &amp; ZAC FARLEY</h2>
<p><strong>14′49″ ♪ Chris Olsen, What Does The Weaving Do, the original version of ‘Andre’s song’</strong></p>
<p><em>Room Temperature</em> suit une famille (et un figurant, appelé « Extra ») et les péripéties qui découlent de la transformation annuelle de leur foyer en maison hantée, au milieu du désert californien. J’ai vu<em> Room Temperature</em> quelques semaines après <em>The Music Room</em>, en novembre dernier, et je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien entre le moment musical père-fils de Khoka et une scène, dans laquelle l’adolescent Andre interprète devant sa famille une version acoustique d’une chanson qu’il a écrite. C’était une coïncidence heureuse que la chanson soit créditée à Chris Olsen, qui joue aussi Extra, et dont j’avais découvert la musique en 2021 lorsque mon ami Dennis (Dida) m’avait proposé d’écrire pour la sortie de son disque sur son label Van Dank. Dans le mix, j’ai choisi la version originale par Chris Olsen de la chanson d’Andre.</p>
<p>Room Temperature<em> follows a family (plus an extra called ‘Extra’) as they navigate the high stakes of their yearly haunted house spectacle in the Californian desert. I saw </em>Room Temperature<em> a few weeks after </em>The Music Room<em>, last November, and I couldn’t help but connect Khoka’s father-son musical moment with a scene, in which the teenager Andre has an acoustic try-out of a song he wrote in front of his family. It was a happy coincidence that the song was credited to Chris Olsen, who also plays Extra, to whose music I was introduced in 2021 when my friend Dennis (Dida) asked me to write for the release of his record on his label Van Dank. In the mix, I included Olsen’s rich original version of Andre’s song.</em></p>
<h2><em>8 ½ WOMEN</em> (1999) BY PETER GREENAWAY</h2>
<p><strong>17′22″ ♪ Sound excerpt On a slow boat to China sung by John Standing and Matthew Delamere</strong></p>
<p>Dans la pure tradition greenawayienne,<em> 8 ½ Women</em> est dépourvu de tout ce qui relèverait de l’improvisé ou du non-conçu, offrant à la place une surdose d’associations, de maniérismes (et de nudité). Ici, Greenaway s’amuse à prendre le <em>8 ½ </em>de Fellini au pied de la lettre, comme un système, et à l’appliquer partout. Le film repose sur l’idée que satisfaire leur fantasme masculin hétérosexuel — nourri par les fantasmes féminins de Fellini — permettra à un père et à son fils de reconnecter et de surmonter le deuil lié à la perte de leur femme/mère. Avant d’en arriver à la « solution » consistant à combler le vide dans leur propriété genevoise par un harem, un certain nombre d’autres excentricités servent à honorer la défunte : comme un duo chanté lors d’une partie de poker au bord de la piscine intérieure (où le père porte un trench coat par-dessus son pyjama).</p>
<p><em>In Greenaway fashion, </em>8 ½ Women<em> is free of the unscripted and undesigned, instead presenting an overdose of associations and mannerisms (and nudism). Here, Greenaway commits to the shtick of mistaking Fellini’s </em>8 ½<em>&nbsp;for a literal measure and applying it everywhere. The movie operates under the pretext that indulging their male heterosexual fantasy, fueled by Fellini’s fantasy of women, will help a father and son (to stay in theme) reconnect and overcome their grief over their wife/mother. Before they get to the ‘solution’ of filling the void in their Genevan estate with a harem, there’s a reservoir of other eccentricities to honor the loss: like a poker song duet on the edge of the indoor swimming pool ( the father dressed in his pyjamas and a trench coat).</em></p>
<h2><em>MARAT/SADE</em> (1967) BY PETER BROOK</h2>
<p><strong>18′05″ ♪ Richard Peaslee, Homage to Marat</strong></p>
<p>Une véritable révélation, autant pour la triple stratification de la pièce originale de Peter Weiss (dont le titre à rallonge dit tout :<em> La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat tels qu’interprétés par les pensionnaires de l’asile de Charenton sous la direction du marquis de Sade</em>) que pour la mise en scène de Peter Brook (sans même parler des décors en trompe‑l’œil de Sally Jacobs, faits de faux fonds). Dans l’adaptation cinématographique, nous devenons non seulement les spectateurs privilégiés de la performance / de la folie — ou de la folie performée, si l’on prend la fiction en compte — mais aussi les observateurs contemporains du public qui la regarde à travers des barreaux de prison. Grâce à ce mix, les hymnes révolutionnaires (post factum) de Marat/Sade ont de nouveau entièrement envahi mon esprit. “<em>Marat always ready to stifle every scheme / Of the sons of this ass-licking dying regime…</em>”</p>
<p><em>A true revelation, as much for the triple layering of the original Peter Weiss play (the long title says it all: </em>The Persecution and Assassination of Jean-Paul Marat as Performed by the Inmates of the Asylum of Charenton Under the Direction of the Marquis de Sade<em>) as Peter Brook’s direction (not to speak of Sally Jacobs’ set design with the shuttered false bottoms). In the movie adaptation, we become not just the privileged observers of the performance/madness – or performative madness, if we consider the fiction – but also the current observers of the historical audience following it through prison bars. Thanks to this mix, Marat/Sade’s (post factum) revolutionary anthems have once again fully occupied my mind. “</em>Marat always ready to stifle every scheme / Of the sons of this ass-licking dying regime…<em>”</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332176 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3.jpeg" alt width="1175" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3.jpeg 1175w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-3-980x192.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1175px) 100vw, 1175px">
<h2><em>PROVA D’ORCHESTRA</em> (1978) BY FEDERICO FELLINI</h2>
<p><strong>19′32″ ♪ Sound excerpt «Orchestra terrore, a morte il direttore!»</strong><br>
<strong>19′59″ ♪ Nino Rota, Risatine maliziose #2</strong></p>
<p>Si <em>Marat/Sade</em> propose un regard rétrospectif sur une révolution, dans <em>Prova d’Orchestra</em> il devient progressivement difficile de savoir si l’orchestre répète pour un concert ou pour une révolution (tout en restant inconscient de la menace d’une révolution potentielle <em>dans le monde extérieur</em>). Le soulèvement de cet orchestre n’échappe pas à un effet domino révolutionnaire. Le chef est destitué, et le gigantesque métronome censé le remplacer (cf. le visuel de ce mix) est renversé presque immédiatement après son installation. Cette révolution est télévisée, non seulement parce que Fellini réalise ce film pour la RAI, mais aussi parce que le film se présente lui-même comme le tournage d’un documentaire sur l’orchestre. Dans le mix, j’ai inclu certains chants de révolte. Puis l’orchestre —<em> restauré</em> dans sa hiérarchie initiale à la fin du film — commence à jouer ce qui sera la dernière collaboration entre Nino Rota et Fellini.</p>
<p><em>While </em>Marat/Sade <em>presents a retrospective look at a revolution, in </em>Prova d’Orchestra<em> it gradually becomes unclear whether an orchestra is rehearsing for a performance or a revolution (oblivious to the threat of a potential revolution ‘</em>in the outside world<em>’). The uprising of this orchestra is not exempt from a revolutionary domino effect. The conductor is dethroned, and the gigantic metronome he’s replaced by (cf. the cover art of this mix) is overturned almost immediately upon installation. This revolution is televised, not just because Fellini made this movie for the television broadcaster RAI, but because the movie presents itself as the making of a documentary about the orchestra. In the mix, I included some of the emancipatory chants. Then the orchestra – ‘restored’ to its original hierarchy at the end of the movie – starts playing what would become Nino Rota’s last collaboration with Fellini.&nbsp;</em></p>
<h2><em>DANCER IN THE DARK</em> (2000) BY LARS VON TRIER</h2>
<p><strong>21′10″ ♪ Björk, In the Musicals (film version)</strong></p>
<p>Si <em>Marat/Sade</em> n’est pas tout à fait une comédie musicale, avec <em>Dancer in the Dark</em> je triche clairement avec mon principe de départ. Je ne l’ai vu qu’une seule fois et, même si j’en garde le souvenir d’un visionnage assez éreintant, j’aime énormément son dispositif : une comédie musicale autour d’une fan hardcore de comédies musicales, et sur son besoin d’évasion face aux complications liées au fait de devenir aveugle (retour à Borges et à <em>Blue</em>). Avoir Björk à la partition est idéal, et je préfère les versions plus loufoques du film — avec les voix des acteurs, le duo et le chœur sur <em>In the Musicals</em> — à la participation de Thom Yorke et aux versions plus lisses des morceaux sur l’album <em>Selmasongs</em>.</p>
<p>Marat/Sade<em> is technically not a musical but with </em>Dancer in the Dark <em>I’m definitely cheating against my initial premise. I’ve only seen it once and while I remember a pretty frustrating watch, I love its set-up as a musical about a hardcore musical fan and her need for musical escapism as she deals with the additional complications of going blind (back to Borges and </em>Blue<em> here). Musical songwriting proves a great assignment for Björk, though I prefer the sillier movie versions with the actors’ voices – the duet and choir on In the Musicals – to Thom Yorke’s feature and the smoothing on the release of </em>Selmasongs<em>.&nbsp;</em></p>
<h2><em>TRUST</em> (1990) BY HAL HARTLEY</h2>
<p><strong>22′50″ ♪ Hal Hartley, Trust (Closing)</strong></p>
<p>Hal Hartley est un véritable auteur, au sens où son geste d’auteur s’étend jusqu’à la composition de ses propres bandes originales (souvent sous le pseudonyme de Ned Rifle). Il lui arrive même de publier, de manière sporadique, des morceaux qui ne sont pas des bandes-son. Le son de ses synthétiseurs évoque, j’imagine aujourd’hui de manière rétrofuturiste, la musique informatique ”de base” ou les boucles d’arrière-plan de jeux éducatifs, ce qui s’accorde magnifiquement avec la réalité artificielle de ses films. Et même si je préfère les bizarreries intellectuelles de ses courts métrages (qu’il appelait des « <em>demonstrations</em> »), ce sont ses longs métrages qui emportent la mise côté musique, comme dans le climax romantique de <em>Trust</em>.</p>
<p><em>Hal Hartley is a true auteur in the sense that his authorship extends to scoring his own films (though often under the pseudonym Ned Rifle). He even sporadically releases non-soundtracks. His synthesizer sound reminds, I guess retrofuturistically at this point, of textbook computer music or the background loops of didactic games, which is an exciting match for the artificial reality of his films. And while I most enjoy the intellectual quirks of his short films (which he referred to as «</em>demonstrations<em>»), it’s the feature films that run off with the music, like in </em>Trust<em>’s romantic climax.</em></p>
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<h2><em>STAVISKY</em> (1974) BY ALAIN RESNAIS</h2>
<p><strong>25′46″ ♪ Stephen Sondheim, Stavisky (Générique)</strong></p>
<p>Dans une interview en 1975 avec Richard Seaver à propos de<em> Stavisky</em>, Resnais cite son scénariste Jorge Semprun disant : « <em>Tout ce que Resnais veut faire, c’est un film avec Belmondo et Boyer, avec une musique de Stephen Sondheim. Le sujet lui est complètement égal, du moment qu’il a ces trois éléments.</em>» Après quoi Resnais ajoute : « <em>Il exagère, bien sûr, mais il y a une part de vérité…</em>»</p>
<p>J’aime la manière dont Resnais laisse la musique dominer et complexifier ses films, en particulier dans ses œuvres tardives. Il aborde les bandes originales comme tout sauf de la musique de fond. Dans <em>Stavisky </em>(Resnais a malheureusement été dissuadé de l’appeler Biarritz-Bonheur), on a presque l’impression que le film sert de toile de fond visuelle à la bande-son de Sondheim, que j’ai vu un jour qualifié de “<em>Ravel de Broadway</em>”. Resnais et Sondheim se sont en quelque sorte courtisés : Sondheim a reconnu l’influence de<em> L’Année dernière à Marienbad </em>et <em>Muriel</em> ou le temps d’un retour sur son <em>musical</em> conceptuel <em>Follies</em> en 1967, tandis que<em> Follies</em> a été une révélation pour Resnais. Pendant le tournage de <em>Stavisky</em>, Resnais est allé jusqu’à écouter des passages du musical <em>A Little Night Music</em> de Sondheim sur son magnétophone, alignant le rythme des scènes sur la musique de Sondheim. À l’invitation initiale de Resnais à collaborer, Sondheim aurait répondu : « <em>C’EST LA PREMIÈRE FOIS DE MA VIE ET VOUS POURRIEZ LE REGRETTER MAIS JE SUIS PRÊT</em> ». Ce sera aussi sa dernière bande originale !</p>
<p><em>In an interview in 1975 with Richard Seaver about </em>Stavisky<em>, Resnais quotes his screenwriter Jorge Semprun as saying “</em>All Resnais wants to do is make a film starring Belmondo and Boyer, with music by Stephen Sondheim. He couldn’t care less what the subject is, so long as he has those three elements in it.<em>” After which Resnais added: «</em>He’s exaggerating, of course, but there’s a kernel of truth there…<em>»</em></p>
<p><em>I love how Resnais let music dominate and complicate his movies, especially his later work. He approaches soundtracks as all but background music. In </em>Stavisky<em> (Resnais was unfortunately dissuaded from calling it Biarritz-Bonheur) it almost seems like the movie provides background visuals for the soundtrack of Sondheim, whom I’ve once seen described as ‘the Ravel of Broadway’. Resnais and Sondheim somehow courted each other: S. has acknowledged the impact of </em>L’année dernière à Marienbad<em> and </em>Muriel ou le temps d’un retour <em>on his conceptual revue musical </em>Follies<em> in 1967, while </em>Follies<em> was a revelation for R. While shooting Stavisky, Resnais went so far as to listen to key passages of Sondheim’s musical </em>A Little Night Music <em>on his tape recorder, aligning the rhythm of the scenes with Sondheim’s music. To Resnais’ initial invitation to collaborate, Sondheim apparently replied: “</em>IT’S THE FIRST TIME IN MY LIFE AND YOU MAY REGRET IT BUT I’M READY<em>”. This would also be his last soundtrack!</em></p>
<h2><em>EDVARD MUNCH</em> (1974) BY PETER WATKINS</h2>
<p><strong>27′54″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je ne veux pas faire de favoritisme mais c’est probablement mon extrait préféré du mix. La manière dont Watkins dépeint un Edvard Munch condamné, ainsi que l’attention portée à la matérialité de ses peintures (comme son propre<em> Death of Marat</em>), m’ont profondément marqué lorsque je l’ai vu (j’étais alors étudiant à Gand), et je me souviens être rentré à pied, de nuit, du cinéma des Beaux Arts (KASK), obsédé par cette progression de piano spécifique, qui apparait et disparait comme un thème vers la fin du film.</p>
<p><em>I don’t mean to discriminate but this is probably my favourite excerpt of the mix. Watkins’ portrayal of a doomed Edvard Munch, the attention to the tactility of his paintings (like his very own </em>Death of Marat<em>), made a deep impression when I saw it as a student in Ghent, and I remember walking home at night from KASK cinema, fixated on this specific, honest piano progression that seems to slip in and out as a theme near the end of the movie.</em></p>
<h2><em>WOMEN IN LOVE</em> (1969) BY KEN RUSSELL</h2>
<p><strong>29′27″ ♪ Sound excerpt I’m forever blowing bubbles sung by Jennie Linden</strong></p>
<p>“<em>Tout échoue à se matérialiser. Rien ne se matérialise</em>”, déplorent deux sœurs d’une vingtaine d’années, qui traînent dans un cimetière. Puis survient l’amour. J’ai découvert <em>Women in Love</em> récemment, et plus encore que la fameuse scène de lutte, j’ai été particulièrement frappé par une scène où, lors d’un pique-nique arcadien entre Ursula et Rupert, l’image pivote soudainement — ce que l’on appellerait aujourd’hui un « mode portrait » ou un format <em>reel</em> — mais cette image verticale semble coincée dans le paysage horizontal du film. J’adore le moment où la voix de Jennie Linden chantant «I’m Forever Blowing Bubbles» s’évanouit dans le vide, pendant que la caméra se laisse distraire par la danse expressive de Glenda Jackson.</p>
<p><em>«</em>Everything fails to materialise. Nothing materialises,<em>» lament two twenty-something sisters, chilling in a graveyard. Enter love. I watched </em>Women in Love <em>for the first time recently, and even more than the infamous wrestling scene, I was very taken by one scene when during an Arcadian picnic date of ‘Ursula’ and ‘Rupert’, the photography suddenly rotates, to what we now would call ‘portrait mode’ or a reel format, but the vertical footage seems stuck in the movie’s horizontal landscape. I love the sound of Jennie Linden singing “</em>I’m forever blowing bubbles<em>” growing into a vacuum as the camera gets distracted by Glenda Jackson’s interpretive dance.</em></p>
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<h2><b><em>DAYS OF HEAVEN</em> (1978) BY TERRENCE MALICK</b></h2>
<p><strong>30′40″ ♪ Ennio Morricone, Days of Heaven (theme)</strong></p>
<p>J’ai été tenté d’inclure dans ce mix la reprise de Runaway de Del Shannon par Ryan Gosling dans <em>Song to Song</em>, mais j’y ai finalement renoncé. <em>The Tree of Life</em> a probablement été le premier « film d’adulte » que j’ai décidé d’aller voir au cinéma avec ma mère. Je me souviens de la confusion face à un film qui s’écartait du drame classique présenté dans la bande-annonce, et des gens quittant la salle. Je suis arrivé plus préparé devant <em>Days of Heaven</em>, avec sa narration en voix off (« <em>Me and my brother. It used to be me and my brother.</em> ») et la bande originale épique de Morricone qui, contrairement aux esbroufes des Malick plus tardifs, enchante toujours immédiatement.</p>
<p><em>I was tempted to include Ryan Gosling’s cover of Del Shannon’s Runaway in Malick’s </em>Song to Song<em> in this mix, but then I thought better of it. </em>The Tree of Life <em>was probably the first ‘grown-up film’ I deliberately selected as a child going to the cinema with my mom. I remember the confusion at the movie spacing out on the basic drama presented in the trailer, and everyone walking out. I came more prepared to </em>Days of Heaven<em>, with its voice-over narrative («</em>Me and my brother. It used to be me and my brother.<em>») and epic Morricone soundtrack that, unlike the affectations of later Malick, still immediately enchants.</em></p>
<h2><em>LAST SUMMER</em> (1969) BY FRANK PERRY &amp; ELEANOR PERRY</h2>
<p><strong>32′10″ ♪ John Simon, Last Summer Theme</strong></p>
<p>L’envers de <em>Fire Island</em> — un été sur une plage sans ombre permet à un groupe d’adolescents nouvellement amis de repousser progressivement leurs limites respectives. J’aime toutes les collaborations des Perry, mais le thème de <em>Last Summer</em> parvient à capter la mélancolie de ces interactions étranges qui ne survivent pas à l’été.</p>
<p><em>The flipside of </em>Fire Island <em>– a shadow-free beach summer allows a group of newly ‘befriended’ teenagers to increasingly push each other’s boundaries. I love all of the Perrys’ collaborations, the theme of </em>Last Summer<em>, however, manages to capture the blues of strange interactions that don’t survive the beach.</em></p>
<h2><em>QUERELLE</em> (1982) BY R.W. FASSBINDER</h2>
<p><strong>32′45″ ♪ Music by Peer Raben, lyrics by Jeanne Moreau and sung by Günther Kaufmann, Young and Joyful Bandit</strong></p>
<p>En raison d’un budget limité, Fassbinder a demandé à l’acteur et metteur en scène Wilhelm Rabenbauer de composer également la musique d’un film ; sous le pseudonyme remarquable de Peer Raben, il est devenu son compositeur principal. Dans la version du film (que, rétrospectivement, j’aurais dû utiliser), Kaufmann interprète sa ballade de bandit libidineux dans un café, où il doit jouer par-dessus le bruit d’un jeu d’arcade.</p>
<p>Par ailleurs, j’adore la manière dont Fassbinder crache pratiquement au visage de Visconti lorsqu’il ouvre <em>L’Année des 13 lunes</em>, sept ans après <em>Mort à Venise</em>, avec le même adagietto de la <em>Cinquième symphonie</em> de Mahler. Cette fois pour accompagner l’exact opposé d’une contemplation platonique de la beauté : une scène de <em>cruising</em> en extérieur qui tourne mal. (L’intention de ce geste est d’autant plus claire qu’il réutilise également la bande-son d’<em>Amarcord</em> de Fellini par Nino Rota.)</p>
<p><em>Because of a limited budget, Fassbinder asked the actor and theater director Wilhelm Rabenbauer to also score a film; under the great pseudonym Peer Raben, he became his primary composer. In the movie version (which, on second thought, I should have used), Kaufmann performs his libidinal bandit ballad in a café, where he gets competition from the noise of an arcade game.</em></p>
<p><em>On another note, I also love how Fassbinder basically spits in Visconti’s face when he opens</em> A Year With 13 Moons<em>, 7 years after </em>Death in Venice<em>, with the same adagietto of Mahler’s </em>5th symphony<em>. This time to score the polar opposite of Platonic beauty contemplation: an outdoor cruising scene gone wrong. (The intentionality of this gesture also speaks from the fact that he also adopted Nino Rota’s soundtrack for Fellini’s </em>Amarcord <em>in it).</em></p>
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<h2><em>INDIA SONG</em> (1975) BY MARGUERITE DURAS</h2>
<p><strong>35′14″ ♪ Sound excerpt</strong><br>
<strong>36′14″ ♪ Jeanne Moreau, India Song sung by Oumar Dicko</strong></p>
<p>Alors que Jeanne Moreau a écrit les paroles de la chanson précédente, Duras elle-même a rédigé celles de<em> India Song</em>, qui n’apparaît que dans sa version instrumentale dans le film. <em>India Song </em>est un film qui tient sur cette seule mélodie de piano. Comme <em>Blue</em>, c’est un film éprouvant pour ceux qui (comme moi) aiment tricher avec l’expérience audiovisuelle pure et s’en tirer grâce aux sous-titres — Criterion propose même une version anglaise pour cette raison. (Le réalisateur Eugene Kotlyarenko a une théorie intéressante, visible dans ses stories Instagram, sur le désir croissant des gens d’avoir des sous-titres ou du texte à l’écran, même lorsqu’ils comprennent la langue.) La Cinematek prépare une rétrospective Duras, ce qui sera intéressant, sachant qu’en Belgique, aller au cinéma est une expérience délicieusement babélienne consistant à résister / céder au bilinguisme, avec d’anciennes copies souvent accompagnées de sous-titres français et néerlandais un peu archaïques.</p>
<p>Lors d’un karaoké à Noël, mon ami Oumar Dicko a livré une version d’<em>India Song</em> si mémorable que j’ai dû le supplier d’en enregistrer une reprise pour ce mix.</p>
<p><em>While Jeanne Moreau wrote the lyrics to the previous song, Duras herself furnished the lyrics for Moreau’s </em>India Song<em>, which appears only instrumentally in the film. </em>India Song<em> is a movie that stands and falls on that piano song. Like </em>Blue<em>, this is a punishing movie for those who (like me) love to cheat on the pure audiovisual experience and get away with subtitles – Criterion even offers an alternate English version for that reason. (The director Eugene Kotlyarenko has an interesting theory in his ig highlights about people’s increased craving for closed captions or on-screen text, even if they know the language.) Cinematek has a Duras retrospective coming up, which will be interesting, knowing that in Belgium, movie-going is a blissful Babelesque experience of trying to resist/embrace the bilingual, with old copies, usually archaic, French and Dutch subtitles.&nbsp;</em></p>
<p><em>During a karaoke evening over Christmas, my friend Oumar Dicko delivered such a memorable </em>India Song<em> that I had to beg him to record a cover for this mix.&nbsp;</em></p>
<h2><em>DON’T LOOK NOW</em> (1973) BY NICOLAS ROEG</h2>
<p><strong>37′51″ ♪ Pino Donaggio, John’s Theme (Love Scene)</strong></p>
<p><em>Don’t Look Now</em> est mon film préféré de type <em>Mort à Venise</em> (je pense aussi à <em>The Comfort of Strangers</em>, qui possède lui aussi une superbe bande originale d’Angelo Badalamenti). Dans ce film d’horreur intellectuel, l’architecte John Baxter (Donald Sutherland) arrive à Venise avec sa femme Laura (Julie Christie) pour un chantier de restauration de l’église Saint-Nicolas des Mendiants — « <em>Saint Nicolas est le saint patron des érudits et des enfants. Une combinaison intéressante, vous ne trouvez pas ?</em> » Ce travail est également censé les distraire de la mort de leur fille, survenue dans un accident tragique et légèrement métaphysique. On parle souvent de la « scène d’amour » du film, et je ne peux m’empêcher de penser que la bande originale, très flûtée, y est parfaite.</p>
<p>Don’t Look Now <em>is my favourite ‘death in Venice’ movie (I’m also thinking of </em>The Comfort of Strangers<em>, which also has a great Angelo Badalamenti soundtrack). In this intellectual horror movie, architect John Baxter (Donald Sutherland) comes to Venice with his wife Laura (Julie Christie) for a job restoring the Church of St. Nicholas of the Beggars – «</em>Saint Nicholas is the patron saint of scholars and children. An interesting combination don’t you think?<em>» The work is also meant to distract from their daughter’s death in a tragic, slightly metaphysical accident. Talk about the movie often dwells on the ‘love scene’, and I can’t help it that the fluty soundtrack is perfect in that scene.</em></p>
<h2><em>THE TEMPEST</em> (1979) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>40′59″ ♪ Sound excerpt, Ariel’s freedom song sung by Karl Johnson</strong></p>
<p>Enfin libre, suite à une fête de mariage incluant une performance surprise de «Stormy Weather» par Elisabeth Welch, l’esprit Ariel chante une dernière chanson d’émancipation.</p>
<p><em>Finally free, in the aftermath of wedding festivities including a «Stormy Weather» surprise act from Elisabeth Welch, the spirit Ariel sings a final, emancipatory song.</em></p>
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<h2><em>THE NEXT BEST THING</em> (2000) BY JOHN SCHLESINGER</h2>
<p><strong>41′55″ ♪ Sound excerpt American Pie sung by Rupert Everett and Madonna</strong></p>
<p>Il est logique que la reprise de<em> American Pie</em> par Madonna trouve son origine dans une intense scène funéraire, pour une victime de “pneumonie”, dans le dernier film de John Schlesinger. <em>The Next Best Thing</em> a également enfoui l’une des meilleures ballades de Madonna, <em>Time Stood Still</em>, composée pour le film à l’époque de sa collaboration avec William Orbit, audible très brièvement en version instrumentale à l’arrière-plan.</p>
<p><em>It makes sense that Madonna’s </em>American Pie<em> cover actually has its origins in an intense funeral scene for a «pneumonia» victim in John Schlesinger’s farewell film. </em>The Next Best Thing<em> also buried one of Madonna’s best ballads, </em>Time Stood Still<em>, made for the film in her William Orbit era, but only briefly audible as an instrumental in the distant background.</em></p>
<h2><em>CARAVAGGIO</em> (1986) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>42′40″ ♪ Probandi Benedettini di San Giovanni in Parma, Credo II</strong></p>
<p>La réunion de dispositifs hautement visuels — tableaux vivants ; langage des signes anachronique du compagnon muet de <em>Caravage</em>, Jerusaleme ; flashbacks sentimentaux (qui ne me dérangent même pas) — soutenue par un chant grégorien qui semble enregistré depuis des haut-parleurs face à la mer. Tout cela rend la fin du film (et celle du peintre) profondément bouleversante.</p>
<p><em>A reunion of highly visual devices – tableaux vivants; the anachronistic sign language of </em>Caravaggio<em>’s mute companion, Jerusaleme; sentimental flashback (which I don’t even mind) – supported by a Gregorian chant that seems recorded from speakers by the sea make the movie/the painter’s end incredibly moving.</em></p>
<h2><em>POLA X</em> (1999) BY LEOS CARAX</h2>
<p><strong>45′47″ ♪ Scott Walker, Light</strong></p>
<p>Le titre acronymique fait référence à la dixième version du scénario de Carax, adaptant <em>Pierre, ou les Ambiguïtés</em> de Herman Melville — ce qui donne une bonne idée du niveau d’hubris dont il est question. Si Stavisky procure l’étrange plaisir d’une musique de Sondheim sans paroles, alors <em>Pola X</em> offre un plaisir encore plus étrange : celui d’une musique de Scott Walker sans sa voix. À l’exception de la scène d’ouverture, où la mauvaise toux de Carax et une citation de Hamlet en français sont suivies d’un extrait chaotique de <em>The Cockfighter</em> de Walker sur des images pseudo-historiques de cimetières bombardés. Comme si de rien n’était, Light nous introduit ensuite à Pierre (Guillaume Depardieu), profondément endormi dans son château.</p>
<p><em>The acronymic title refers to Carax’s tenth script version, adapting Herman Melville’s </em>Pierre, ou les Ambiguïtés<em> – which gives a good idea as to what level of hubris we’re talking about. If Stavisky provides the weird pleasure of Sondheim’s music without lyrics, then </em>Pola X<em> provides the even weirder pleasure of Scott Walker’s music without his voice. Save for the opening scene, where Carax’s bad cough and Hamlet quote in French is followed by an excerpt of Walker’s chaotic </em>The Cockfighter<em> over pseudo-historical footage of graveyards being bombed. As if nothing happened, Light then introduces us to Pierre (Guillaume Depardieu), sound asleep in his French chateau.</em></p>
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<h2><b><em>THE SERVANT</em> (1963) BY JOSEPH LOSEY</b></h2>
<p><strong>49′01″ ♪ Music by John Dankworth, lyrics by Harold Pinter and sung by Cleo Laine, All Gone</strong></p>
<p>Dans <em>The Servant</em>, <em>All Gone</em> est comme un disque vinyle que l’on userait jusqu’à la moelle. Harold Pinter, adaptant le roman de Robert Maugham pour le cinéma, est également l’auteur des paroles de la chanson — la seule qu’il ait jamais écrite ? Dans son <em>nonsense</em> subliminal — <em>Now, while I love you / Can’t love without you / Must love without you, alone</em> — <em>All Gone</em> possède quelque chose d’une symbiose fiévreuse entre Pinter et ChatGPT.</p>
<p><em>In </em>The Servant<em>, </em>All Gone <em>functions as an actual record being played to death. Harold Pinter, adapting Robert Maugham’s novel for the screen, was also responsible for the song’s lyrics – the only song-writing he ever did? In its subliminal nonsense – </em>Now, while I love you / Can’t love without you / Must love without you, alone<em> – </em>All Gone <em>has something of a fever dream symbiosis of Pinter and ChatGPT.</em></p>
<h2><em>HITLER, A FILM FROM GERMANY</em> (1977) BY HANS-JÜRGEN SYBERBERG</h2>
<p><strong>52′14″ ♪ Sound excerpt Holdrio, liebes Echo</strong></p>
<p>Le film se présente comme « <em>non pas un film-catastrophe mais la catastrophe faite film</em> », une tentative grandiose d’affronter le problème et la responsabilité de la représentation post-Hitler, principalement sur le plan cinématographique mais aussi musical. Où va l’art lorsque Hitler est présenté comme un cinéphile ayant « <em>regardé deux à trois films par jour</em> » avant la guerre, ainsi que comme « <em>l’homme qui ne manquait jamais un Götterdämmerung à Bayreuth</em> » ?</p>
<p>Sur les deux versions de l’affiche, “Hitler” semble surgir de la tombe de “R.W.”. L’épitaphe de Wagner n’a besoin que de ses initiales… Syberberg semble adopter le mode wagnérien — une fresque de sept heures mêlant marionnettes et théâtre de la mémoire — pour battre, ou plutôt condamner, Wagner à son propre jeu. J’ai inclus un extrait de la seconde partie du film, où l’écho constant du prélude de<em> Parsifal </em>de Wagner est contrarié par des chants traditionnels. « <em>Wagner, peux-tu m’entendre ?</em> » crie un homme qui se présente comme « <em>ayant brûlé Hitler</em> », avant d’entonner un chant yodel romantique adressé aux échos de la montagne, qu’il conclut en rappelant que « <em>la musique de Wagner a été écrite avec du sang</em> ».</p>
<p><em>The movie presents itself as «</em>no disaster film but disaster as film<em>», a grandiose attempt to confront the problem and responsibility of representation post-Hitler, mainly cinematically but also musically. Where does art go when Hitler is presented as a cinephile who «</em>watched 2 to 3 movies a day<em>» before the war, as well as «</em>the man who never missed a Götterdammerung in Bayreuth<em>»? On both versions of the poster, ‘Hitler’ can be seen rising from the grave of «R.W.» Wagner’s epitaph needs no more than his initials… Syberberg seems to adopt the Wagnerian mode – a 7‑hour juggling of puppet and memory theater – to beat, or in this case condemn, Wagner at his own game. I included an excerpt from the second part of the movie, where the constant temptation of Wagner’s prelude to </em>Parsifal<em> is countered through traditional songs. «</em>Wagner, can you hear me?<em>» screams a man who presents himself as ‘having burned Hitler’ before singing a romantic yodeling song addressing mountain echoes, which he closes with a reminder that «</em>Wagner’s music was written in blood<em>».</em></p>
<h2><em>THE LAST DAYS OF DISCO</em> (1998) BY WHIT STILLMAN</h2>
<p><strong>53′26″ ♪ Sound excerpt Amazing Grace sung by Kate Beckinsale</strong></p>
<p><em>The Last Days of Disco</em> est un récit édifiant sur le thème des « <em>opposés qui s’attirent</em> ». Ici, Kate Beckinsale interprète une version superbement auto-tunée de <em>Amazing Grace</em> dans un lit d’hôpital. Le morceau accompagne ensuite le personnage de Chloë Sevigny récupérant les médicaments pour la double MST qu’elle a contractée lors de sa « première fois » (on entend le pharmacien dire « <em>I’m sorry</em> »).</p>
<p>The Last Days of Disco<em> is an effective «opposites attract» cautionary tale. Here, Kate Beckinsale is performing an amazingly auto-tuned version of </em>Amazing Grace<em> in a hospital bed, which then accompanies Chloë Sevigny’s character collecting the medication for the double STD she’s picked up on her ‘first time’ (you can hear the pharmacist’s «I’m sorry»).</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332192 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9.jpeg" alt width="1179" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9.jpeg 1179w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-9-980x191.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1179px) 100vw, 1179px">
<h2><b><em>M*A*S*H</em> (1970) BY ROBERT ALTMAN</b></h2>
<p><strong>55′14″ ♪ Johnny Mandel, Suicide Is Painless sung by Ken Prymus</strong></p>
<p>Il se passe beaucoup de choses dans <em>M*A*S*H*</em> (on y suit un Hôpital Chirurgical Mobile de l’Armée américaine pendant la guerre de Corée). Mais arrêtons-nous sur la « scène de conversion gay ». Un simple cas d’impuissance est interprété comme la preuve que le capitaine « Painless » est homosexuel, et la seule solution envisagée est le suicide. Ses collègues chirurgiens optent alors pour une simulation rituelle de suicide comme « traitement ». Altman a confié les paroles de <em>Suicide Is Painless</em> à son fils de 15 ans. Les royalties l’auraient rendu millionnaire.</p>
<p><em>There is a lot going on in </em>M*A*S*H*<em> (which follows an American ‘Mobile Army Surgical Hospital’ during the Korean War) in general, but let’s consider the ‘gay conversion scene’ for a second. A one-off case of impotence can only mean that Captain «Painless» is gay, for which the only available solution can be suicide – his fellow army surgeons opt for the ‘cure’ of a ritual faux-suicide instead. Altman famously passed the lyrics to « Suicide is Painless », played in the scene, on to his then 15-year-old son. The royalties supposedly made him a millionaire.</em></p>
<h2><em>MARAT/SADE</em> (1967) BY PETER BROOK</h2>
<p><strong>57′34″ ♪ Richard Peaslee, Poor Old Marat</strong></p>
<h2><em>BLUE</em> (1993) BY DEREK JARMAN</h2>
<p><strong>58′12″ ♪ Sound excerpt, Tibetan bells</strong></p>
<p>La dernière phrase de Jarman dans <em>Blue</em>, avant que les cloches méditatives ne résonnent, est : « <em>Je dépose un delphinium, bleu, sur ta tombe.</em> » Ses véritables derniers mots, quelques mois après la sortie du film, auraient été : «<em> Je veux que le monde soit rempli de petits canards blancs fluffy.</em> » Dans<em> Hat Box</em>, l’autobiographie/autodiscographie en deux volumes de Stephen Sondheim, celui-ci imagine ses propres derniers mots :</p>
<p>« Quand Wilson Mizner est sorti du coma et a vu un prêtre penché sur lui, il aurait dit : «<em>Pourquoi devrais-je vous parler ? Je viens juste de parler à votre patron</em>», et il est mort aussitôt. Difficile de croire qu’il n’ait pas préparé ça à l’avance, tout comme il est difficile de croire qu’Oscar Wilde n’ait pas préparé « <em>Soit ce papier peint s’en va, soit c’est moi</em> » (apocryphe ou non) ou que Goethe n’ait répété « <em>Plus de lumière !</em> » — après tout, ils étaient écrivains. Si j’ai encore le souffle pour le crier de manière théâtrale, ma citation sera tirée de <em>Our Time</em>, une chanson de <em>Merrily We Roll Along</em> : « Il y a tant de choses à chanter ! »</p>
<p><em>Jarman’s last sentence in </em>Blue<em>, before the meditative bells set in, is: “</em>I place a delphinium, blue, upon your grave.<em>” His actual last words, a few months after its release, were reportedly: «</em>I want the world to be filled with white fluffy duckies.<em>» In </em>Hat Box<em>, Sondheim’s incredible two-volume autobiography or auto-discography, there is a passage in which he imagines his own dream last words:</em></p>
<p><em>«When Wilson Mizner came out of a coma and saw a priest standing over him, he reportedly said, «</em>Why should I talk to you? I’ve just been talking to your boss,<em>» and promptly died. It’s hard to believe he didn’t work on it in advance, just as it’s hard to believe that Oscar Wilde didn’t work on «</em>Either that wallpaper goes or I do<em>» (apocryphal or not) or Goethe rehearse «More light!» —after all, they were writers. If I have the breath to gasp it out dramatically, mine will be a quote from Our Time, a song in Merrily We Roll Along: «</em>There’s so much stuff to sing!<em>»»</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-332193 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10.jpeg" alt width="1179" height="230" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10.jpeg 1179w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-300x59.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-1024x200.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-768x150.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/The-Scores-10-980x191.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1179px) 100vw, 1179px">
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Les Saisons</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-saisons-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le plus beau plan des Saisons est aussi son dernier : le long des branches d’un immense chêne-liège, la caméra glisse lentement jusqu’au tronc, avant de remonter vers de nouveaux rameaux qui s’élèvent jusqu’au ciel....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-saisons-2/" title="Read  Les Saisons">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le plus beau plan des <em>Saisons</em> est aussi son dernier : le long des branches d’un immense chêne-liège, la caméra glisse lentement jusqu’au tronc, avant de remonter vers de nouveaux rameaux qui s’élèvent jusqu’au ciel. La grâce de ce mouvement sinueux transcende l’horizon de la seule description et synthétise le principe du film, qui entend révéler l’harmonie secrète d’un espace. L’arabesque de la caméra ne relève pas ici d’une virtuosité plaquée sur le paysage ; elle semble au contraire naître de l’attention portée par Maureen Fazendeiro à ce qui l’entoure. Autrement dit, la caméra (au)sculpte le territoire, maintenant dans un même geste l’équilibre entre l’observation et le modelage sensible. Cette disponibilité à l’environnement irrigue ainsi les meilleures séquences du documentaire, qui se présente comme un poème visuel dédié à la région rurale de l’Alentejo, située au sud du Portugal. En filmant ses paysages arides, Fazendeiro cherche à faire affleurer les multiples couches temporelles qui les façonnent. Le plan final sur l’arbre en atteste : sa contemplation invite à percevoir la multiplicité des temporalités qu’il abrite, en reliant l’unicité du tronc massif et la prolifération de ses branches noueuses. À la manière du séquoia de <em>Vertigo</em>, l’arbre devient la figuration de l’écoulement du temps.</p>
<p><em>Les Saisons</em> déploie de la sorte un feuilletage très ample, à la fois géologique et politique, scientifique et mythologique : le présent de la chronique paysanne se mêle à l’observation de dolmens préhistoriques, à des reconstitutions de légendes locales ou encore à des images d’archives remontant aux années 1970, après la Révolution des Œillets. Au-delà de ce soubassement historique, la cinéaste adopte une forme archéologique à travers la succession de longs travellings ou panoramiques répondant à la stratification du territoire. La diversité des supports d’enregistrement suit une logique analogue : si le 16mm domine, le 8mm est utilisé pour filmer des gravures rupestres, tandis que la texture craquelée d’images d’archives en noir et blanc (dans un segment documentant la réforme agraire des années 1970) fait émerger une nouvelle couche politico-historique. Déjà particulièrement dense et composite, le dispositif se complexifie encore avec un agencement polyphonique de voix off : la lecture du journal de deux archéologues allemands dans les années 1940 croise des témoignages contemporains d’habitants de la région, tout en intégrant des poèmes, des chants ou des légendes racontées par des enfants. Mais si Fazendeiro fait preuve d’une ambition indéniable, le film n’évite pas l’écueil de l’éparpillement, la faute à une structure trop flottante qui peine à transcender la somme des éléments brassés. La superposition des temporalités se révèle certes localement féconde, lorsqu’elle ouvre sur un dialogue à travers le montage : ainsi de ce long fondu enchaîné où le visage d’une princesse se dissout dans l’ondoiement d’un cours d’eau, figurant l’inscription de l’imaginaire populaire dans la topographie. Ailleurs, l’usage croissant des voix off paraît en revanche instiller avec volontarisme une profondeur historique ou mythique. Les légendes reconstituées restent souvent à l’état de tableaux à peine esquissés, dont la signification est très largement prise en charge par le commentaire. La limite de la démarche tient alors à la conviction que l’hétérogénéité suffit à conférer un souffle poétique à l’ensemble. Si cet écueil n’est pas nouveau à l’échelle du cinéma portugais (il était déjà perceptible dans <em>Grand Tour</em> de Miguel Gomes, coécrit par Fazendeiro), il s’explique peut-être par l’influence décisive d’Antonio Reis et Margarida Cordeiro, et plus particulièrement, de leur trilogie matricielle consacrée à la région rurale du Trás-os-Montes à laquelle <em>Les Saisons</em> emprunte beaucoup. L’articulation entre le documentaire et le registre fabuleux a beau rester une voie poétique précieuse pour transcender le genre ethnographique et se prémunir contre la folklorisation des cultures populaires, sa puissance lyrique bute ici sur des tropes désormais bien identifiés, qui confinent à la ficelle.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<title>Un jour avec mon père</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-jour-avec-mon-pere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 11:30:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Film semi-autobiographique, Un jour avec mon père aborde l’Histoire nationale nigériane par le prisme d’un récit resserré : Folarin guide ses deux fils aux quatre coins de Lagos lors de la journée électorale de 1993,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-jour-avec-mon-pere/" title="Read  Un jour avec mon père">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Film semi-autobiographique, <em>Un jour avec mon père</em> aborde l’Histoire nationale nigériane par le prisme d’un récit resserré : Folarin guide ses deux fils aux quatre coins de Lagos lors de la journée électorale de 1993, qui mènera à une grave crise politique. Dans l’une des premières séquences, l’un des rares temps morts du film, les deux enfants cherchent simplement à tromper leur ennui. Les jeux et chamailleries sont pourtant vite parasités par quelques inserts étranges : des fourmis qui transportent un cadavre d’insecte, un zoom dans l’obscurité sur les végétaux qui bordent leur maison, etc. Ces irruptions ont valeur de présage : quelque chose est tapi dans l’ombre ; le quotidien banal commence à se lézarder et sera bientôt bouleversé.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>L’unité temporelle permet ainsi à Akinola Davies Jr de jouer tout au long du film avec une série de petits décrochages qui contrarient le flux de l’action. Il s’agit aussi bien de rencontres impromptues du père avec d’anciennes connaissances, que d’annonces à la télévision ou de l’apparition de la police – autant d’éléments par lesquels le contexte national et le passé de Folarin, lié à une organisation politique clandestine, font effraction dans l’après-midi passé en famille. L’idée est d’abord prometteuse, en ce qu’elle restitue la perception des enfants face à une situation qu’ils ne comprennent pas entièrement. Pour le spectateur aussi, les enjeux politiques ne sont pas tout à fait explicités, mais émergent dans l’inquiétante fébrilité qui pèse sur la ville en ce jour d’élection. Le cinéaste a toutefois la main de plus en plus lourde, si bien que ces ruptures deviennent rapidement étouffantes : des oiseaux de mauvais augure, des militaires de passage filmés au ralenti, un saignement de nez suivi de la brève apparition d’un visage inconnu qu’on identifiera uniquement à la fin du film, etc. L’enjeu semble moins de mettre en scène un point de vue que multiplier les effets d’annonce pour injecter une tension dramatique artificielle. Alors que ces décalages voudraient ménager leur petit effet de mystère, ils finissent plutôt par donner l’impression d’un <em>teasing</em> tournant en rond.</p>
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		<title>Las Corrientes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/las-corrientes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À peine honorée d’un prix saluant l’ensemble de sa carrière de styliste, Lina s’éclipse de la cérémonie et, à l’abri des regards, se débarrasse de son trophée en le jetant au fond d’une poubelle. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/las-corrientes/" title="Read  Las Corrientes">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À peine honorée d’un prix saluant l’ensemble de sa carrière de styliste, Lina s’éclipse de la cérémonie et, à l’abri des regards, se débarrasse de son trophée en le jetant au fond d’une poubelle. Le motif de la chute se poursuit dans la séquence suivante : alors qu’elle traverse un pont, la jeune femme se laisse subitement tomber dans les eaux troubles du lac Léman. Mais Lina ne va pas au bout de son geste suicidaire&nbsp;: elle remonte la surface, rentre chez elle et tait cet épisode à ses proches, se révélant incapable d’identifier ce qui l’a poussée à commettre cet acte. Cette ouverture condense d’emblée les grandes lignes de <em>Las Corrientes</em>, qui met en miroir la réussite professionnelle du personnage et son effondrement personnel. Si le sujet n’est pas nouveau, le film se distingue par son atmosphère énigmatique. En effet, aucun trouble n’est explicitement nommé : le film expose plutôt le vertige existentiel de sa protagoniste à travers un maillage de tensions familiales et sociales. Lina apparaît constamment en décalage avec le monde qui l’entoure, comme étrangère à son propre quotidien, incapable de remplir pleinement son nouveau rôle de mère et d’épouse. Une rupture prolongée dans son rapport à son propre corps – la styliste, qui façonne habituellement les silhouettes des autres, ne parvient désormais plus à habiter la sienne. Suite à son épisode suicidaire en Suisse, elle développe par ailleurs une aquaphobie, au risque de charger la barque sur le plan psychologique. Mais si cette aversion pour l’eau semble de fil en aiguille renvoyer à des blessures psychologiques antérieures, le récit se refuse un temps à en livrer une lecture causale et univoque.</p>
<p>Un temps seulement. Car dans ses dernières minutes, le film rompt avec cette logique pour faire de la relation mère-fille le point de cristallisation des tourments de l’héroïne. La soudaine présence du personnage maternel reconfigure rétroactivement l’ensemble des souffrances de Lina, en les ramenant à l’hypothèse d’un traumatisme familial, désormais plus explicitement désigné. Ce revirement est d’autant plus dommageable que le film, avant d’opérer ce recentrage, trouvait sa meilleure séquence en s’écartant de sa veine anxiogène au profit d’une tonalité plus contemplative, voire onirique. Dans la scène en question, Lina se tient au sommet d’un phare avec sa fille et observe l’étendue de la ville, tandis que la lumière tournante du projecteur l’aveugle par intermittence. Cet éblouissement ouvre alors sur plusieurs visions : elle imagine le quotidien de ses proches et plus largement des personnes habitant son quartier. En balayant la ville, les faisceaux lumineux tissent un réseau entre des existences parallèles avant de venir s’imprimer sur le visage de Lina – surface sensible où le monde devient matière à imaginaire. Ce moment d’introspection s’apparente dès lors à une sorte de rêverie kaléidoscopique, permettant à la jeune femme d’explorer mentalement les trajectoires qu’aurait pu prendre son existence. Mais davantage qu’une inflexion de la mise en scène, cette séquence restera au stade de la courte échappée, avant d’être rattrapée par un dénouement décevant : <em>Las Corrientes</em> n’échappera pas<em> in fine</em> au piège de la psychologie.</p>
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		<item>
		<title>Boys in the Band — Peter Hujar’s Day</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-peter-hujars-day/" title="Read  Boys in the Band — Peter Hujar’s Day">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: un film inédit en salles d’Ira Sachs.</em></p>
<p>La programmation récente de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Love Is Strange</em></a> au <a href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ciné-club <em>Critikat</em></a> a attiré mon attention sur une absence&nbsp;: à l’heure où j’écris ces lignes, <em>Peter Hujar’s Day</em>, le dernier long-métrage d’Ira Sachs, n’a pas encore de date de sortie française. C’est d’autant plus dommage qu’il témoigne d’un regain de forme du cinéaste américain après le décevant détour européen qu’opéraient <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankie-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Frankie</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/passages-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Passages</em></a>. Le titre du film est légèrement trompeur&nbsp;: il ne raconte pas une journée du méconnu photographe <em>queer </em>new-yorkais, mais le met en scène <em>en train de raconter sa journée</em> à son amie Linda Rosenkrantz. Le film est l’adaptation d’un authentique entretien enregistré par Rosenkrantz en 1974 (dans le cadre d’un projet resté inachevé sur le quotidien de ses amis artistes), et dont la retranscription a été publiée en 2021. Tourné dans le véritable appartement de l’autrice avec un 16mm à la patine évocatrice (les poses mélancoliques de Hujar ne sont pas sans rappeler <a href="https://www.moca.org/collection/work/dieter-with-the-tulips-munich" target="_blank" rel="noopener noreferrer">certains portraits de Nan Goldin</a>), fidèle au mot près au texte original, le film peut sembler, de prime abord, tenir de la reconstitution fétichiste. Mais les ellipses temporelles ajoutées par Sachs pour fragmenter la conversation et, surtout, ces interludes étranges où des images du tournage et des portraits filmés des comédiens prenant des poses de modèle se retrouvent intercalés dans le montage, jouent à l’inverse la carte de la mise en abyme et de la distanciation.</p>
<p>Il y a de l’affectation dans ce double mouvement du film, mais l’artificialité du dispositif n’empêche pas une certaine immédiateté. Il s’agit même du film le plus ténu et délicat du cinéaste, tant la simplicité du style épouse ici celle du récit. Sachs a toujours fait preuve de subtilité, mais son cinéma a souvent procédé par contraste entre, d’un côté, l’épure de sa mise en scène et de son écriture et, de l’autre, une matière première faussement conventionnelle, partant de personnages clichés et de conflits attendus pour mieux les désamorcer. <em>Peter Hujar’s Day</em>, en revanche, ne raconte à peu près rien. Le monologue quasi ininterrompu de Hujar décrit avec une précision maniaque des événements prosaïques dont la banalité semble l’étonner lui-même : qu’a‑t-il fait au juste de sa journée ? Comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/showing-up-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Showing Up</em></a> de Kelly Reichardt, le film dresse un portrait particulièrement terre à terre de la matérialité de la vie d’artiste. En réalité, tout se joue ici entre les mots. Hujar, mort du Sida à la fin des années 1980, n’a accédé à la reconnaissance que de manière posthume, et on entend en sourdine l’amertume d’un homme dont le métier l’amène régulièrement à photographier d’autres artistes plus célèbres que lui (Susan Sontag, Allen Ginsberg, William Burroughs, etc.) qui, eux, <em>ne le voient pas</em>. La relative vacuité de la conversation déplace l’attention ailleurs : sur les gestes et les postures des comédiens ou les variations de l’éclairage dans l’espace clos de l’appartement, au fil de la course inéluctable du jour vers la nuit. La sobriété inattendue et exemplaire de Ben Whishaw et Rebecca Hall laisse sourdre l’intimité silencieuse entre deux amis de longue date : la lassitude sans fard de Hujar bute contre la sollicitude inquiète de Rosenkrantz.</p>
<p>Comment rétablir une filiation perdue avec cette génération ravagée par la maladie, qui s’est éteinte avant de pouvoir passer le relais à la suivante ? Sachs le fait de la manière la plus humble possible : en en célébrant les doutes et les inquiétudes plutôt que les triomphes. Il choisit, au fond, d’aborder Peter Hujar, figure dont le grand public connaît certains des clichés (son <a href="https://www.metmuseum.org/art/collection/search/287305" target="_blank" rel="noopener noreferrer">portrait de Susan Sontag</a>, ou la photographie de l’icône trans Candy Darling sur son lit de mort qui orne <a href="https://cdn-images.dzcdn.net/images/cover/ff7e1ca71724a860608a7bf92efd3cf0/1900x1900-000000-80-0-0.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la pochette d’un album culte d’Antony &amp; The Johnsons</a>) mais rarement le nom, comme s’il était une star de la trempe de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/blonde/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marilyn</a> ou de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/spencer/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Lady Di</a>, qu’on n’aurait même pas besoin de présenter, attirant paradoxalement l’attention sur son œuvre en la gardant hors-champ. C’est une stratégie qu’on pourra juger élitiste, mais elle a le mérite d’apporter une solution insolente à la difficulté de faire entrer les artistes femmes, <em>queer </em>ou racisés dans le canon&nbsp;: considérer qu’ils en font déjà partie.</p>
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		<item>
		<title>Projet Dernière chance</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/projet-derniere-chance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La dernière aventure spatiale de Phil Lord et Chris Miller s’était mal terminée : en 2017, ils se retrouvaient débarqués en plein tournage de la production de Solo : A Star Wars Story et remplacés...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/projet-derniere-chance/" title="Read  Projet Dernière chance">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La dernière aventure spatiale de Phil Lord et Chris Miller s’était mal terminée : en 2017, ils se retrouvaient débarqués en plein tournage de la production de <em>Solo : A Star Wars Story</em> et remplacés par Ron Howard, qui terminerait le film à leur place. Parmi les raisons alors invoquées figurait leur volonté de plonger Han Solo, l’une des figures de proue de la franchise, dans un périple flirtant avec la comédie bouffonne. On retrouve cette ambition intacte dans <em>Projet Dernière Chance</em>, qui pourrait s’inscrire dans la lignée d’<em>Armageddon</em> ou <em>Sunshine</em> s’il n’était pas aussi pétri de second degré. Bien qu’il y soit question de sauver la Terre d’un péril cosmique (des organismes dits « <em>astrophages</em> » consument peu à peu les étoiles de l’univers), le héros interprété par Ryan Gosling n’a rien du surhomme. Ancien habitué des rôles de bellâtre ténébreux, le comédien, qui campe désormais plus volontiers un « <em>nice guy</em> » ou même un « <em>fall guy</em> », libère ici le clown en lui en prêtant ses traits à un professeur de sciences parachuté dans une mission au-delà du système solaire. Les premières secondes, où le timide Ryland Grace (Gosling, donc) émerge d’un coma artificiel aux abords de la lointaine étoile de Tau Ceti, donnent le ton : déboussolé, le personnage chute et se traîne comme une limace. Tout le film reposera sur le contraste entre l’énormité des enjeux et l’inadéquation du personnage, rompant avec la solennité et les accents métaphysiques souvent associés au <em>space opera</em>.</p>
<p>À la manière d’une version plus délurée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/seul-sur-mars/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Seul sur Mars</em></a> (film lui aussi scénarisé par Drew Goddard et adapté d’un roman d’Andy Weir), <em>Projet Dernière chance</em> prend la forme d’un seul en scène sur fond de menace planétaire : qu’il analyse les bactéries alien dans un laboratoire devant des hauts gradés militaires ou s’adresse à son journal de bord, Gosling assure le spectacle, notamment par sa capacité à passer de l’enthousiasme au sarcasme à la moindre déconvenue. Durant la première partie, chacun des flashbacks qui narre l’itinéraire inattendu de ce prof anonyme semble prétexte à un sketch (faire les courses en compagnie d’un garde du corps, assurer une présentation devant une assemblée impassible, etc.). Le tempo échevelé du film, plutôt que de laisser s’installer des situations propices au burlesque, frôle toutefois le matraquage de gags. Ainsi d’une sortie extravéhiculaire en forme de course contre la montre durant laquelle Grace doit intercepter un artefact flottant en direction de son vaisseau : la péripétie aurait pu conjuguer suspense (va-t-il parvenir à récupérer l’objet à temps ?) et humour (Grace trébuche maintes fois en escaladant la surface de la navette), mais le montage sabote le premier au profit du second. C’est la limite relative du film, qui segmente parfois trop strictement ce qui relève du cocasse et du sérieux.</p>
<h2><em>Thumbs up ?</em></h2>
<p>C’est plutôt lorsque les deux s’entrelacent que le style de Lord et Miller infuse avec une énergie rafraîchissante ce récit aux contours familiers. La seconde partie de <em>Projet Dernière chance</em>, moins frénétique, illustre leur espièglerie, notamment autour d’une situation dépliée dans la durée : Grace découvre, près d’un soleil survivant miraculeusement aux bactéries astrophages, la présence d’un autre voyageur intergalactique lui aussi en quête d’un remède. Séparés par une paroi translucide, l’homme et l’alien, une sorte d’araignée minérale rapidement surnommée « <em>Rocky</em> », vont devoir apprendre à dialoguer afin d’unir leurs forces. Ce chapitre, qui s’amorce comme un pastiche de <em>Premier contact</em>, aurait pu ressembler à n’importe quelle autre rencontre du troisième type (Grace fredonne même le thème musical du film de Steven Spielberg), mais elle tire une certaine invention de l’incompréhension entre Grace et l’extraterrestre, quelque part entre l’intelligence supérieure et l’animal de compagnie. Les arbitraires de la communication occasionnent divers malentendus – dresser un pouce vers le bas plutôt que vers le haut pour marquer son approbation, confondre « <em>fistbump</em> » et « <em>fist my bump</em> », etc. Ce pan du film, certes un brin puéril, ouvre toutefois un horizon comique fécond : celui de l’entente laborieuse.</p>
<p>Pour se comprendre, Rocky et Grace emploieront aussi des moyens plus étonnants, comme des maquettes représentant l’astronaute et sa navette. Ce goût pour le bricolage, qui rappelle que les deux cinéastes avaient signé<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-grande-aventure-lego/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> <em>La Grande aventure Lego</em></a>, constitue l’un des aspects les plus réussis de <em>Projet Dernière chance</em>. L’exploration spatiale ne découle plus d’une série de protocoles immuables et millimétrés, mais tient de la débrouillardise – Grace n’aura de cesse de bidouiller, de rafistoler ou de confectionner les instruments nécessaires à l’accomplissement de sa mission à l’aide d’un rouleau de scotch. En injectant de la trivialité (l’improvisation et la maladresse du personnage) à une grande machine bien huilée (le carcan du blockbuster de science-fiction), Lord et Miller livrent non seulement un film à visage humain, mais aussi teinté d’optimisme. Sans souligner la métaphore évidente de questions écologiques contemporaines (à la manière des énergies fossiles, les astrophages sont à la fois une source de carburant pour l’humanité et un risque majeur pour leur pérennité), <em>Projet Dernière chance</em> esquisse tout de même un message d’espoir : avec un peu d’huile de coude et de persévérance, pas besoin d’être un surhomme pour contribuer à sauver l’univers.</p>
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		<title>Les Rayons et les Ombres</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au-delà de l’inspiration hugolienne, le titre du nouveau Giannoli affiche avec clarté son projet : il faut lire « les rayons du Cinéma » (avec un grand « C », comme le laisse entendre la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-rayons-et-les-ombres/" title="Read  Les Rayons et les Ombres">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au-delà de l’inspiration hugolienne, le titre du nouveau Giannoli affiche avec clarté son projet : il faut lire « les rayons du Cinéma » (avec un grand « C », comme le laisse entendre la toute dernière réplique), à même de révéler la vérité des âmes noircies des collaborateurs français, de la même façon que les radiographies mettent au jour les taches sombres sur les poumons des tuberculeux – l’autre grand motif du film. Dans la lignée des<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/illusions-perdues-2/" target="_blank" rel="noopener"> Illusions perdues</a>, </em>le cinéaste s’essaie à nouveau à l’ample reconstitution historique, trouvant dans la période de l’Occupation des personnages tiraillés semblables à ceux qui nourrissent son cinéma depuis ses débuts. Son tableau de la collaboration française se défait d’une approche strictement spectaculaire : le film, au budget considérable (le plus important pour la société Gaumont depuis 2018), étonne par son intérêt pour des figures plutôt méconnues et assurément médiocres de l’appareil collaborationniste. Pas de hauts fonctionnaires de Vichy, de miliciens zélés ou de porte-flingues de la rue Lauriston : le film s’installe dans les milieux de presse parisiens dont on épingle la duplicité et le manque de vertu. Non sans renouer avec quelques accents balzaciens, le cinéaste travaille surtout à retranscrire l’esprit décadent et orgiaque des élites de ce Paris occupé. Giannoli cherche à raccorder son récit avec une vision historique peut-être juste, qui résonne en tout cas avec le présent : on n’a pas ici affaire à des monstres sanguinaires ou à une horde de racistes exaltés (à l’exception d’une scène gênante figurant Céline en roue libre), mais à des lâches ou des « irresponsables », pour citer l’essai de l’historien Johann Chapoutot sur les milieux d’argent ayant porté Hitler au pouvoir en Allemagne et dont le titre est d’ailleurs énoncé au détour d’un dialogue.</p>
<h2>Podcast historique</h2>
<p>L’irresponsable auquel s’intéresse ici Giannoli est donc Jean Luchaire (Jean Dujardin), voix pacifique et germanophile dans l’entre-deux-guerres, qui entretient de longue date une amitié avec le francophile Otto Abetz (August Diehl). Les deux militants pour la paix se muent en partisans de l’Occupation ; l’ami allemand, aussi sympathique en journaliste fauché que vêtu d’une gabardine de dignitaire nazi, devient même (et presque malgré lui) ambassadeur du Troisième Reich à Paris. Gagné par son opportunisme, Luchaire fonde <em>Le Nouveau Temps</em> et s’impose au sein de la haute société collaborationniste, où il entraîne sa fille Corinne (Nastya Golubeva Carax), une jeune comédienne naïve, à qui il transmet également le fléau de la tuberculose. Dans un jeu allégorique assez appuyé, la maladie se répand chez les Luchaire à mesure que leur compromission devient évidente, tandis que les séquences de fête se répètent pour marquer leur déchéance. L’avidité, la jouissance, puis le pourrissement : Giannoli décortique une mécanique dégénérescente, fruit d’un accommodement avec la réalité plus que d’un véritable engagement idéologique. Le film charge la barque pour maintenir à flot ce bateau ivre : le scénario dessine volontairement une zone d’aveuglement autour du trio, avec une intrigue resserrée autour de leurs failles (les longues séquences de crise de toux et le segment du sanatorium). Il ménage aussi leurs consciences respectives aux yeux du spectateur : Luchaire s’essaie à la politique de la chaise vide au moment de signer un éditorial sur les lois antisémites, ferme les yeux sur les agissements d’un groupuscule de résistants ou obtient des laissez-passer à une famille juive.</p>
<p>L’occultation de la réalité à laquelle procèdent les personnages s’étend en un sens à la peinture qui est faite ici de l’Occupation : Giannoli choisit de ne pas figurer directement la violence nazie à l’écran (les exactions et les rafles ne sont qu’évoquées) – les seules scènes de « barbarie » seront même l’apanage de la Résistance, à la toute fin du film. Mais ce désir de sonder l’aveuglement (en partie volontaire) d’une poignée de collaborationnistes bute sur la clarté pédagogique d’un récit déplié par une complice repentie : l’histoire est racontée par Corinne quelques années plus tard, alors qu’elle vit recluse dans la crainte des représailles. Devant son micro, la fille raconte l’avilissement du père au cours d’une démonstration tautologique, sa voix off venant expliciter ce que la mise en scène, le jeu très expressif de Dujardin en amateur de bonne chère – difficile d’oublier OSS117 ivre sur la plage de Rio devant les scènes de beuverie – et des dialogues appuyés suffisent à faire comprendre. Jean crache du sang ? « <em>C’est bientôt toute l’Europe qui allait cracher du sang</em>. » À la charge de ce dispositif, qui évoque l’enregistrement d’un podcast historique, de récapituler les faits et de poser un point de vue omniscient sur les événements. La vaste période couverte (des années vingt jusqu’à l’après-guerre) nous est ainsi relatée avec le concours de quelques archives célèbres – le fameux film des bottes allemandes frappant le sol des Champs-Élysées – et en se raccrochant à des marqueurs connus : de la montée des tensions jusqu’à l’épuration, en passant par la drôle de guerre, l’exode, etc. Et la fresque tout en nuances de gris de se trouver beaucoup trop éclairée par les lumières d’un manuel scolaire.</p>
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		<title>La Danse des renards</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-danse-des-renards-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille Bouthors]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Soit un passage à l’âge adulte, avec son lot d’épreuves, de découvertes, d’amitiés brisées et de traumas à surmonter. Comment donner un peu de chair à ce scénario, plus menacé qu’un autre par le stéréotype...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-danse-des-renards-2/" title="Read  La Danse des renards">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Soit un passage à l’âge adulte, avec son lot d’épreuves, de découvertes, d’amitiés brisées et de traumas à surmonter. Comment donner un peu de chair à ce scénario, plus menacé qu’un autre par le stéréotype ? <em>La Danse des renards</em> ressemble à un petit manuel de solutions, pour la plupart pas très judicieuses. Dans un internat sportif, un jeune boxeur très doué (Samuel Kircher) refuse de remonter sur le ring après un grave accident. Plus personne ne le comprend, ni les médecins, ni son coach, ni ses coéquipiers dont il se détourne peu à peu, leur préférant la compagnie des animaux (les renards du titre) et d’une jolie taekwondoïste (qui joue aussi de la trompette). Pour que nous ne risquions pas de perdre le fil, tous ces personnages n’apparaissent à l’écran que lorsqu’ils sont utiles, et il arrivera souvent que l’un d’eux disparaisse après avoir dit sa réplique, lancé son regard noir ou son crochet du droit&nbsp;–&nbsp;les boxeurs, comme chacun sait, ne sont pas à l’aise avec le dialogue. Chaque enjeu narratif a donc sa traduction (et sa résolution) dans le répertoire des coups et blessures, ce qui vise peut-être à faire le portrait d’une génération en manque de repères, ou, plus vraisemblablement, à déplorer qu’il existe des gens méchants et bêtes. Aussi le héros martyrisé par ses camarades finira-t-il par découvrir qu’il n’a pas de temps à perdre avec ces médiocres, vaincra sa peur et prendra seul la route du succès. Curieuse vision de l’esprit d’équipe. C’est que, là-dessus, le point de vue du film est à peu près celui du coach (Jean-Baptiste Durand) dont on a découvert tardivement qu’il avait raison depuis le début&nbsp;: d’une part «&nbsp;<em>tout ça, c’est dans la tête</em>&nbsp;»&nbsp;; d’autre part la vie, comme le sport, est affaire de sélection.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : The Connection</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-the-connection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2026 15:13:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En partenariat avec le podcast The Scores, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 30 mars à 19h pour une séance de The Connection de Shirley Clarke. Le film sera présenté par Liyo Gong...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-the-connection/" title="Read  Ciné-club Critikat : The Connection">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En partenariat avec le podcast <a href="https://www.critikat.com/tags/the-scores/" target="_blank" rel="noopener">The Scores</a>, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2199455-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 30 mars à 19h</a> pour une séance de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/the-connection/" target="_blank" rel="noopener">The Connection</a></em> de Shirley Clarke. Le film sera présenté par Liyo Gong et Avran Thépault.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-332025 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-1024x536.jpeg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-1024x536.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-300x157.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-768x402.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-1536x804.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-2048x1072.jpeg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-980x513.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Cine-club-The-Connection-2000x1047.jpeg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Orphelin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orphelin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Orphelin s’ouvre et se referme sur deux plans très composés. Le premier, filmé depuis la cachette d’un enfant, est déformé par un buisson n’offrant qu’une vision partielle de l’espace, sans que l’on sache précisément si...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orphelin/" title="Read  Orphelin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Orphelin</em> s’ouvre et se referme sur deux plans très composés. Le premier, filmé depuis la cachette d’un enfant, est déformé par un buisson n’offrant qu’une vision partielle de l’espace, sans que l’on sache précisément si le point de vue dont il témoigne est celui d’un personnage voyeuriste ou apeuré. Le dernier, de prime abord lui aussi sibyllin, révèle finalement une visée discursive plus grossière : sur une grande roue filmée de loin, des guirlandes lumineuses figurent une étoile jaune, symbole que le cinéaste s’empresse de souligner par un changement de point le faisant ressortir grâce au flou. Entre ces deux images, l’une indécise, l’autre appuyée, le film parachève la mutation de László Nemes en auteur au trait empesé. On y suit Andor (Bojtorján Barabas, sorte de River Phoenix hongrois), un adolescent juif qui n’a pas connu l’homme qu’on lui présente comme son père, déporté pendant la guerre. Quelques mois après l’insurrection de 1956, le garçon fait les quatre cents coups dans la capitale hongroise avec son amie Sári (Elíz Szabó), avant que ne surgisse dans sa vie l’imposant Berend (Grégory Gadebois en grand méchant loup), l’homme qui a caché sa mère pendant la guerre, tout en abusant d’elle. Il est le vrai père de l’enfant, ce qu’Andor ne peut pas accepter.</p>
<p>Le film déplie à partir de là un récit dont la mise en scène tape-à‑l’œil ne parvient pas à masquer le fond académique. Le père de substitution, après s’être imposé au sein du foyer, devient évidemment de plus en plus violent et cruel, au point qu’Andor décide de sauver sa mère de ses griffes. Nemes illustre ce scénario par d’amples mouvements de caméra aussi gratuits que fastueux et multiplie les scènes explicatives où le garçon s’adresse à la chaudière de son immeuble comme s’il s’agissait du fantôme de son père d’élection. L’objet du transfert affectif est certes étrange (on imagine que le garçon a choisi la chaudière pour sa chaleur), mais ces séquences, loin d’instiller le trouble, permettent surtout de verbaliser les sentiments déjà transparents du personnage, qui débite des banalités telles que « <em>c’est toi mon père, pas lui</em>&nbsp;». Dans <em>Orphelin</em>, tout passe par le dialogue, comme si Nemes ne faisait pas confiance aux capacités du spectateur, alors même que ses deux premiers films reposaient sur la tension avec le hors-champ. Il n’y a plus qu’à attendre que les éléments se mettent en place et que les personnages soient condamnés par un arbitraire narratif. Le pistolet découvert au début du film par Sári et Andor ne manquera pas ainsi de revenir dans le récit pour faire advenir le drame. Au-delà de cette mécanique ne restent que des fragments des anciennes promesses du cinéaste, telles les ombres dévorantes des ruelles de Budapest filmées en 35 mm. Il faudra s’en contenter en attendant de voir comment le cinéaste se sort de son biopic sur Jean Moulin (avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre), que l’on devrait prochainement découvrir.</p>
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		<item>
		<title>Scarlet et l’éternité</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scarlet-et-leternite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De Scarlet et l’éternité, on retiendra surtout des visions tout droit sorties d’un étrange cauchemar numérique. Ainsi d’une marée sans fin de bras décharnés surgissant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme déformé...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scarlet-et-leternite/" title="Read  Scarlet et l’éternité">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De <em>Scarlet et l’éternité</em>, on retiendra surtout des visions tout droit sorties d’un étrange cauchemar numérique. Ainsi d’une marée sans fin de bras décharnés surgissant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme déformé par une série de compressions. Loin de masquer son usage des effets visuels – comme certaines productions aiment à le faire, imitant l’animation traditionnelle 2D en employant les outils de la 3D –, le film prend donc à bras-le-corps la bizarrerie que peut produire l’emploi des CGI, certains des paysages frisant même l’abstraction. Les protagonistes y arpentent en effet de déroutants espaces liminaires, qui tiennent davantage de l’aplat de couleurs chatoyantes que de véritables décors. Devant ces scènes, on croirait voir des personnages de jeux vidéo s’aventurer hors des confins d’un niveau ou des espaces modélisés d’une carte. Ce pan laborantin du film se retrouve toutefois anémié par le déploiement du récit, autrement conventionnel. Après une amorce shakespearienne en accéléré – un roi trahi par son frère, une princesse orpheline dont la tentative de vengeance échoue –, Scarlet se réveille dans le royaume des morts, où se rejoignent les défunts de tous les siècles. La princesse médiévale y fait la rencontre de Hijiri, un infirmier pacifique issu de notre époque. La dimension édifiante du film se révèle alors : il s’agira pour la protagoniste de tarir sa soif de vengeance au contact de l’altruisme du jeune homme. Cette dynamique narrative, redoublée à coups de dialogues explicatifs et de monologues intérieurs, est également illustrée par l’évolution de l’apparence de Scarlett, qui traduit un trajet de l’avilissement vers la pureté. Le film escamote d’abord son personnage de princesse parfaite, qui aura tôt fait de troquer sa robe à fleurs pour une armure de guerrière. Sa mutation est hautement physique : elle s’incarne à même son visage (écume aux lèvres, vomissements, traces de terre, blessures, traits déformés par la hargne, etc.). Ce n’est que lorsqu’elle aura intériorisé la sagesse d’Hijiri qu’elle pourra, lavée par ses nouveaux idéaux, arborer une apparence de poupée parfaite, sa chevelure raccourcie comme seule marque physique de son apprentissage. Curieux itinéraire narratif que celui de cette princesse archétypale qui se mue en combattante pour mieux retrouver ses crinolines.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Planètes</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetes-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une guerre nucléaire annihile toute espèce vivante sur la surface de la Terre, à&#160;l’exception de quatre akènes de pissenlit, propulsés dans l’espace et toujours accrochés à&#160;leur graine. Au fil de leur dérive, ils vont s’en...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetes-2/" title="Read  Planètes">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une guerre nucléaire annihile toute espèce vivante sur la surface de la Terre, à&nbsp;l’exception de quatre akènes de pissenlit, propulsés dans l’espace et toujours accrochés à&nbsp;leur graine. Au fil de leur dérive, ils vont s’en détacher et pénétrer un trou noir pour atterrir sur une planète dont le ciel est un dôme gelé.&nbsp;<em>Planètes</em>&nbsp;propose en somme un court récit d’aventure (1h15) vécu à&nbsp;hauteur de graine. Combinant différentes techniques d’animation (images de synthèse,<em>&nbsp;stop motion</em>, photographies d’éléments réels pour les arrière-plans, etc.), le film de Momoko Seto se présente comme un projet original. C’est du moins ce que suggère la première scène du film où les akènes, pour s’envoler et éviter l’annihilation imminente, doivent se mouvoir ensemble, en tirant simultanément vers le ciel pour se détacher de leur tige. Belle idée&nbsp;: pas de survie sans mouvement collectif et synchronisé.</p>
<p>À l’inverse de la perspective égalitaire de cette séquence, où aucun akène ne sort nettement du lot, l’écueil du film sera par la suite de surcaractériser ses «&nbsp;personnages&nbsp;» pour des besoins dramaturgiques, compensant l’absence de dialogue par une accumulation de traits et de gestes distinctifs (un akène à&nbsp;la bulbe plus grosse que les autres, un dont le parachute est abîmé, un autre plus peureux que ses comparses, etc.). On pense alors à&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/flow-le-chat-qui-navait-plus-peur-de-leau/" target="_blank" rel="noopener"><em>Flow</em></a>, sorti l’an dernier, dans lequel des animaux se voyaient déjà dotés de caractéristiques humaines (de l’entraide à&nbsp;la jalousie, voire à&nbsp;la xénophobie). C’est le piège récurrent de ce type de fable écologique cherchant à&nbsp;adopter un autre regard sur l’apocalypse&nbsp;: anthropomorphiser ses personnages (ici les akènes tremblent de peur, se font des câlins et se saluent) revient à&nbsp;reconduire des mécanismes narratifs éculés, qui annulent la singularité potentielle du parti pris initial – par exemple la mort de l’un des akènes est dépeinte comme une tragédie, avec ses compagnons de route affichant leur désarroi la scène d’après (à défaut de pouvoir pleurer, ils courberont leur tige vers l’avant). De la même façon, on peut déplorer l’imaginaire en fin de compte étriqué du film qui, s’il exploite plutôt bien la plasticité de ses décors mutants, manque d’ambition dans son bestiaire. Que la planète visitée soit extraterrestre ou une version post-apocalyptique de la nôtre (le film ne tranche pas), peu importe&nbsp;: difficile dans les deux cas d’être émerveillé par la présence de grenouilles, de papillons et de mantes religieuses déjà croisés dans la plupart des récits du genre (les deux&nbsp;<em>Minuscule</em>). Il suffit de voir les akènes se servir, à&nbsp;un moment, de limaces en guise de montures pour mesurer le double échec du film&nbsp;: suivre des akènes qui n’en sont pas vraiment parcourir un monde étrange… qui ne l’est pas vraiment.</p>
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		<title>L’après-coup – Une sortie de route</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-une-sortie-de-route/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le rapport conflictuel aux intérieurs dans Libre échange de Michael...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-une-sortie-de-route/" title="Read  L’après-coup – Une sortie de route">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : le rapport conflictuel aux intérieurs dans </em>Libre échange <em>de Michael Angelo Covino. </em></p>
<p>Dès les premiers instants du générique, <em>Libre échange </em>(sorti en septembre dernier) se montre déroutant. Carey est au volant de sa voiture et plutôt que de regarder devant lui, il adresse un regard au spectateur comme si ce dernier occupait le siège passager. Un point de vue aussitôt démenti par le plan suivant : il fixait en réalité sa femme, Ashley, avec qui il chante maintenant à l’unisson les paroles romantiques (« <em>Tu es la lumière qui brille dans ma vie</em>&nbsp;») de «&nbsp;Whenever I Call You Friend&nbsp;» de Kenny Loggins. Le couple enchaîne avec un jeu érotique («&nbsp;<em>La main ou la bouche&nbsp;?</em>&nbsp;») qui perturbe quelque peu la conduite de Carey. Le propriétaire d’un véhicule s’apprêtant à les dépasser ne manque d’ailleurs pas de le lui faire savoir, en klaxonnant et en l’injuriant. La caméra se focalise alors sur la trajectoire de cette voiture rouge venue freiner leurs ardeurs&nbsp;: elle se met à zigzaguer de gauche à droite devant eux, avant de percuter brutalement un talus et de faire un impressionnant tonneau. Stupéfaits, Carey et Ashley s’arrêtent pour apporter leur aide aux accidentés. Peine perdue : la passagère est déjà morte. Et un drame chassant l’autre, dans la foulée, Ashley annonce à son mari qu’elle souhaite mettre fin à leur relation.</p>
<p>Malgré son issue tragique, la première séquence de <em>Libre échange</em> s’avère toutefois très drôle. Sa force comique repose sur le décalage opéré entre la gravité de la situation observée (un accident mortel) et le manque d’esprit de sérieux avec lequel elle est appréhendée (Carey sort de sa voiture en ayant oublié de refermer sa braguette&nbsp;; Ashley tente de réanimer la victime sous l’œil je‑m’en-foutiste d’une agente de police). À bien des égards, les causes comme les conséquences du drame relèvent de l’absurde. En fait, que filme Michael Angelo Covino&nbsp;lors du prologue de <em>Libre échange</em> ? Une sortie de route, d’abord littérale, puis existentielle. Le monde qui déraille sous les yeux d’Ashley et Carey, c’est d’abord (surtout) le leur. À la faveur d’une dynamique&nbsp;centrifuge, la mise en scène matérialise un conflit déjà latent au sein du couple. L’indécision perceptible à l’intérieur de l’habitacle (outre les faux regards caméra, Covino alterne les plans de face, de dos ou de profil) confine à une forme d’agitation et de désordre répercutés de manière disproportionnée à l’extérieur de leur véhicule.</p>
<p>Ce rapport étroit entre ce qui se joue à l’intérieur (une séparation) et à l’extérieur (une catastrophe), le cinéaste va le reconduire de manière récurrente tout au long du film. <em>Libre échange</em> est une comédie de remariage où il s’agira pour les personnages de remettre de l’ordre dans leur intérieur (et dans leur tête). Par exemple, dans l’appartement d’Ashley, envahi par ses multiples amants, ou encore dans la villa de Paul, le meilleur ami de Carey (joué par le cinéaste lui-même), mis d’abord sens dessus dessous lors d’une bagarre hilarante entre les deux personnages masculins. Et c’est justement dans cette maison que le film se referme, reconduisant une ultime fois la dynamique liminaire. Dans cette scène, l’immense baie vitrée de la villa se substitue au pare-brise de la voiture. Carey, Paul et leurs compagnes discutent dans le salon, parfaitement agencé et rangé (ils s’en amusent). Une altercation débute ensuite dans le jardin avec un tiers, à cause du fils de Paul, ce qui pousse son père à sortir aussitôt avec son ami pour y mettre fin. La caméra, quant à elle, demeure à l’intérieur et filme la scène à travers la vitre. Imperturbable, elle reste du côté de l’ordre et du calme, de sorte que ce choix de cadrage anticipe un recadrage amoureux et une paix intérieure, que nul remue-ménage ne viendra infléchir. Retentit alors le tube de Steve Forbert, « Romeo’s Tune » : « <em>Let me hear you say everything’s okay</em>&nbsp;».</p>
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		<title>Nino dans la nuit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-dans-la-nuit/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 11:29:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au cours d’une longue séquence d’exposition, qui oppose sans grande finesse le pandémonium de festivités nocturnes à la froide rigueur d’un entretien de recrutement à l’armée de terre, Nino Paradis (Oscar Högström), personnage principal du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nino-dans-la-nuit/" title="Read  Nino dans la nuit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au cours d’une longue séquence d’exposition, qui oppose sans grande finesse le pandémonium de festivités nocturnes à la froide rigueur d’un entretien de recrutement à l’armée de terre, Nino Paradis (Oscar Högström), personnage principal du film et narrateur, exprime son désir de se «&nbsp;<em>couper du monde</em>&nbsp;». C’est là tout le problème de <em>Nino dans la nuit</em>. Reprenons le fil : après une soirée désastreuse, dévoilée au compte-gouttes sous forme de flashbacks, Nino décide de s’engager dans l’armée pour sortir d’un cycle infernal qui serait le propre, selon la dramaturgie du film, de la vie parisienne, rythmé par le passage du jour à la nuit, des petits boulots dégradants aux soirées qui s’offrent comme des moments de rémission, mais finissent, sous le coup de la fatalité, par prendre un tour dangereux. Son meilleur ami, Malik (Bilal Hassani), le lui rappelle dès leur première entrevue : « <em>À chaque fois que tu es en teuf, il y a un drame </em>». Le film dresse dans cette perspective un tableau du sentiment de déréliction d’une jeunesse paupérisée dans les grands centres urbains, qui peine à garder la tête hors de l’eau. Si elle vit dans un enfer, c’est parce que le jour et la nuit, le temps du gain et le temps de la pure dépense, sont constamment polarisés pour maintenir le statu quo. Testé positif pour consommation de drogues, Nino est recalé par l’armée, mais il refuse de reprendre le train-train des petits boulots ingrats&nbsp;: pour transformer le désenchantement de la vie urbaine en paradis où s’épanouir, il passera désormais par le deal, le vol ou la séduction.</p>
<p>Adapté d’un roman cosigné par Capucine et Simon Johannin, le dernier film de Laurent Micheli traduit avec un zèle sans borne la tonalité lyrique du texte à coup de musique opératique, de montages de danses enfiévrés, bariolés de rouge et de vert, de plans accélérés dans les rues de Paris. Pour répondre à une exigence de fidélité vis-à-vis du matériau original, le cinéaste reprend tous les éléments de caractérisation du protagoniste sans interroger ce qu’une telle transposition fera à un film qui tente, tant bien que mal, d’établir un panorama de la précarité urbaine et traiter quelques questions sociétales. Initialement, le personnage de Nino constitue une énième variation sur la figure du héros romantique : il écrit de la poésie, est porté par la puissance de son amour pour Lale (Mara Taquin) et vit dans un quartier où sont reléguées les populations les plus marginalisées (des tentes de réfugiés sont installées en bas de son immeuble). Mais surtout, surtout, Nino se fait le porte-parole d’une communauté (le prolétariat, la jeunesse, les marginaux, les rebuts de la société) au cours de ses différents jobs. Se dessine ici un des paradoxes du romantisme : la voix surplombante du héros salvateur fait signe vers un monde qui, finalement, se réduit à lui-même. Voilà tout le malheur d’une adaptation vertueuse : ne pas avoir conscience qu’une bonne idée de littérature représente, au cinéma, une véritable question esthétique. Comment concilier la force centrifuge d’un personnage principal à la voix surplombante, qui fait la force d’un récit à la première personne, et le film social que Laurent Micheli tente de mettre en place ? <em>Nino dans la nuit</em> ne résout pas cette contradiction. Nino semble être le seul personnage capable de faire entrer la nuit dans le jour (il est au centre de toutes les pratiques illicites, et tous les personnages qui décideront de garder un job normal se feront inévitablement punir), et ainsi d’agir sur le monde qui l’entoure. La tyrannie du scénario impose donc que le film social se subordonne à son agentivité.</p>
<p>De fait, le film n’offre pas un traitement politique aux sujets sociétaux que l’intrigue égraine au fil de l’initiation du héros, mais les utilise pour construire l’éthos d’un personnage masculin positif, au fait de certaines questions contemporaines. Quand deux personnages féminins, Giulia (Alma Dubois) et Lale, subissent des violences sexuelles, celles-ci ne sont pas abordées depuis leur point de vue, mais depuis celui du personnage masculin. La mise en scène du viol de Giulia pose deux problèmes majeurs : présentée sous forme de flashbacks, cette scène est automatiquement fragmentée et ne sert qu’à expliquer la fuite et le changement de vie du protagoniste. Si la description de l’état de choc de Lale par le narrateur rattache, certes, Nino à une figure d’homme dit déconstruit, qui observe, écoute, comprend en voix off, l’absence de témoignage du personnage féminin présente une certaine ironie : le film préfère faire le spectacle d’un personnage empathique plutôt que de montrer de l’empathie envers une victime. Plus douteux, les violences sexuelles lèveront un obstacle dans l’intrigue individuelle de Nino : inspirée par la décision de Giulia de porter plainte, Lale fera du chantage à son agresseur pour que sa femme défende Nino en justice. Commentaire du héros : « <em>Quand t’as de l’argent pour être défendu, tu peux dealer tranquille. Affaire conclue.</em>&nbsp;» Eh bien, affaire conclue : le scénario ne reviendra plus jamais là-dessus. On observe le même genre de contradictions dans le traitement que le cinéaste fait des populations parisiennes fragilisées. La scène de nettoyage de l’immeuble et du camp de réfugiés est filmée depuis la fenêtre de son appartement, vidé, grâce à un mouvement de caméra à 360°, si bien que tous les enjeux politiques que proposait cette scène sont réduits au drame individuel du couple, qui vient d’être expulsé. Les choix d’adaptation de Laurent Micheli minent ainsi ce qui faisait la force de l’histoire initiale : peindre un personnage qui désire réinventer son quotidien pour le transfigurer en paradis. Par une mise en scène qui coupe son personnage du reste du monde, on en voit finalement un seul côté.</p>
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		<title>The Bride!</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-bride/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 05:00:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rafistoler, trancher, exploser&#160;: tel est le programme de The Bride!, dont le point d’exclamation a autant valeur de coupure (exit le «&#160;de Frankenstein&#160;»&#160;attendu après «&#160;La fiancée&#160;»&#160;: cette promise-là n’appartient à personne) que de détonation. Résumer...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-bride/" title="Read  The Bride!">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">Rafistoler, trancher, exploser&nbsp;: tel est le programme de <em>The Bride!</em>, dont le point d’exclamation a autant valeur de coupure (<em>exit</em> le «&nbsp;de Frankenstein&nbsp;»&nbsp;attendu après «&nbsp;La fiancée&nbsp;»&nbsp;: cette promise-là n’appartient à personne) que de détonation. Résumer le point de départ du film, c’est déjà faire état de sa nature sciemment monstrueuse et de sa volonté effrénée de proposer une fiction au carré, qui se mord la queue à force de circonvolutions méta. Comme <em>La Fiancée de Frankenstein</em> de James Whale, le film démarre par un prologue dans lequel Mary Shelley dévoile que son petit conte horrifique cachait en vérité une deuxième partie. Le ton est toutefois ici moins badin : la Shelley figurée dans l’incipit est son fantôme, perdu dans les limbes après avoir succombé d’un cancer du cerveau. Le spectre décide finalement de raconter son histoire en prenant possession d’Ida, une demi-mondaine des années folles barbotant dans les bars de la pègre de Chicago. Prise de convulsions sous le contrôle de la romancière défunte, elle trouve la mort le soir même avant que, quelques jours plus tard, le véritable monstre de Frankenstein (Christian Bale), vieux de plus de cent ans, ne débarque chez une scientifique de la ville. Il lui demande alors de revitaliser le cadavre d’une femme qu’il souhaite épouser afin d’échapper à son éternelle solitude. L’heureuse élue, choisie au hasard dans un cimetière, sera bien entendu Ida. C’est pour le moins tortueux : le récit évolue à la fois dans un monde où Shelley existe et dans <em>le monde de Mary Shelley</em> et de son « Prométhée moderne ». Et la confusion est renforcée par le fait que Shelley et la fiancée (comme chez Whale) sont jouées par une même actrice, Jessie Buckley, comédienne au jeu très marqué que Maggie Gyllenhaal entend «dé-brider» le plus possible.</p>
<p class="MsoNormal">Revenons un instant au roman. Dans une scène pivot, le monstre, séparé de son créateur, retrouvait sa trace des années après sa naissance pour lui raconter ses années d’errance et lui demander de lui «&nbsp;fabriquer&nbsp;» une compagne. Victor, mi-attendri par son récit poignant, mi-effrayé par celui qu’il considérait comme une abomination, acceptait le marché avant de se dédire, par peur que ne prolifère sur Terre une engeance démoniaque. Maggie Gyllenhaal n’a pas les mêmes scrupules&nbsp;; elle envisage précisément son film comme un savant fou bricolerait un corps à partir d’éléments hétérogènes, pour donner lieu à un déversement post-moderne. D’où l’armature méta&nbsp;: l’actrice-réalisatrice entend combler les manques du film de Whale –&nbsp;la fiancée du titre ne débarquait qu’en toute fin de course pour une poignée de minutes&nbsp;–, en même temps qu’elle fait de ce corps le vaisseau d’un film-patchwork commentant son propre horizon narratif, par l’incursion de visions où la Fiancée, toujours hantée par Shelley, dialogue avec son fantôme. Privée de mémoire, la promise sans nom évolue pourtant dans un univers saturé d’images, notamment celles du cinéma. «&nbsp;Frankie&nbsp;» (le petit prénom donné ici au monstre) a pour passion les <i>musicals</i> d’une star hollywoodienne (à laquelle Jake Gyllenhaal prête ses traits), ce qui occasionne des séquences où les aventures des deux amants morts-vivants sont dédoublées sur les écrans des salles de cinéma qu’ils fréquentent. Ce versant du film oscille entre une espèce de gratuité fétichiste, qui voit Maggie Gyllenhaal mélanger les références comme on élabore une mixture douteuse, et un trop-plein discursif, puisqu’il est question de faire de la fugue de la Fiancée un récit d’empouvoirement féminin. «<em>&nbsp;Me too ! Me too !</em> » hurle-t-elle dans le dénouement, tandis que les sous-intrigues (une inspectrice jouée par Penélope Cruz lancée à sa poursuite et rabrouée par ses collègues policiers, des « <em>copycats</em> » de la Fiancée provoquant un début de révolution féministe armée dans le pays) accompagnent ce cheminement vers une prise de pouvoir féminine. Mais, noyé dans une bouillie narrative et visuelle, ce cri du cœur accouche plutôt d’un film aussi raté que <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/joker-folie-a-deux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Joker&nbsp;: Folie à deux</a></em> de Todd Phillips, auquel on pense ici souvent – on y retrouve d’ailleurs le même parallèle entre étude de la folie et comédie musicale. Pour tomber dans la même impasse : celle d’un film certes monstrueux, mais surtout informe.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Marty Supreme / The Mastermind</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-marty-supreme-the-mastermind/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:31:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de Marty Supreme de Josh Safdie et The Mastermind de Kelly Reichardt. Disponible également sur&#160;Spotify,&#160;Deezer,&#160;Apple Podcasts&#160;et&#160;Pocket Casts....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-marty-supreme-the-mastermind/" title="Read  L’ombre d’un doute — Marty Supreme / The Mastermind">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, deux membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Marty Supreme</em></a> de Josh Safdie et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Mastermind</em></a> de Kelly Reichardt.</p>
<p>Disponible également sur&nbsp;<a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>,&nbsp;<a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>,&nbsp;<a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement </strong>: Marin Gérard.</p>
<p><strong>Montage </strong>: Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong>&nbsp;: Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Il était une fois Frederick Wiseman</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/</link>
					<comments>https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Frederick Wiseman laisse derrière lui une œuvre pléthorique. Entre ses débuts – redécouverts notamment en septembre 2024, avec une rétrospective de trois films intitulée « Il était une fois l’Amérique » – et la dernière...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/il-etait-une-fois-frederick-wiseman/" title="Read  Il était une fois Frederick Wiseman">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i style="font-size: 16px;">Frederick Wiseman laisse derrière lui une œuvre pléthorique. Entre ses débuts – redécouverts notamment en septembre 2024, avec <a href="https://www.critikat.com/dossiers/frederick-wiseman-il-etait-une-fois-lamerique/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">une rétrospective de trois films intitulée « Il était une fois l’Amérique »</a> – et la dernière partie de son travail, qui ausculte dans une forme ample le fonctionnement de villes (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/monrovia-indiana/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">Monrovia, Indiana</span></a><i style="font-size: 16px;">), de quartiers (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/in-jackson-heights-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">In Jackson Heights</span></a><i style="font-size: 16px;">) ou d’institutions (</i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/at-berkeley/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">At Berkeley</span></a><i style="font-size: 16px;">, </i><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/city-hall/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><span style="font-size: 16px;">City Hall</span></a><i style="font-size: 16px;">), il existe un continent de films (il en a tourné près de cinquante en tout) que l’on n’a pas fini d’arpenter. Outre la diversité des sujets abordés (des couloirs de la mort de </i><span style="font-size: 16px;">Near Death</span><i style="font-size: 16px;"> aux vacances d’hiver de la bourgeoisie dans </i><span style="font-size: 16px;">Aspen</span><i style="font-size: 16px;">), chaque film remet sur le métier ce que l’on croit savoir de l’art de Wiseman, aussi constant soit-il dans sa rigueur. Les trois films abordés ici permettent ainsi de se pencher sur des facettes peu commentées de l’édifice wisemanien&nbsp;: son humour, sa picturalité et son élasticité.</i></p>
<h2>Wiseman, peintre (<em>Central Park</em>)</h2>
<p>À la fin de<em> Central Park</em>, Frederick Wiseman place sa caméra à l’intérieur d’un carrousel. Le surcadrage découlant de ce choix, qui produit un contraste fort entre l’intérieur ombragé du manège et la lumière éclatante du parc, donne alors l’impression de voir l’espace vert se morceler en une myriade de vignettes fugitives, emportées par la vitesse de rotation de l’engin. Un plan montre ensuite la porte de sortie, celle du manège, ainsi que du documentaire. Cette conclusion semble ainsi ramasser le mouvement déplié trois heures durant&nbsp;: Wiseman fait de Central Park un patchwork de brefs plans foisonnants de couleurs et de lumières. Si quelques segments plus longs sont consacrés à des rassemblements (concerts, manifestations, marathon, etc.) ou des réunions administratives, le geste de Wiseman tient ici presque de la promenade&nbsp;: il filme tel un peintre installant son chevalet pour croquer les drôles de badauds croisés sur son chemin. À ce titre, le film peut être lu comme une étude chromatique du vert. Les grandes pelouses, filmées en aplats vifs, accueillent les New-Yorkais venus lézarder au soleil, tandis que les bancs ombragés offrent des refuges paisibles, à l’écart du tumulte urbain. Les coins plus sauvages, aux verts denses et assombris, sont quant à eux le théâtre de rencontres plus discrètes, à l’abri des regards, tels ces buissons devenus territoire de <em>cruising</em>. Le regard analytique de Wiseman est ici indissociable d’un rapport sensible à la lumière et à ses variations. Le cadre offert par le parc, tantôt naturel, tantôt artificiel, offre au documentariste une riche matière figurative, qu’il agence dans des compositions jouant sur l’alliance des aplats verts, bleus (le ciel, une piscine, le lac) et gris (les immenses buildings qui tapissent souvent le fond du cadre). Les formes organiques des végétaux y cohabitent avec les tracés géométriques des routes, des grilles ou de la skyline new-yorkaise, transfigurant cet espace urbain végétalisé en une vaste mosaïque où s’entrelacent lignes, surfaces et volumes. Plus encore, le montage lui-même semble obéir à une logique davantage chromatique que thématique, guidée avant tout par les couleurs : dans l’une des dernières séquences, filmée sous la pluie, Wiseman suit la piste de ballons roses qui se détachent de la grisaille, avant de rejoindre une manifestation LGBT dont les teintes flamboyantes finissent par envahir le cadre. À l’échelle du film, le rouge, couleur ici associée à la vie humaine (par le truchement d’accessoires, de vêtements, de véhicules, etc.), tient de la petite touche pointilliste qui se propage à l’intérieur des cadres et permet de relier entre elles les séquences. Autrement dit&nbsp;: Wiseman monte avec la sensibilité d’un peintre.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331808 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg" alt width="2560" height="1857" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-300x218.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-1024x743.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-768x557.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-1536x1114.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-2048x1486.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-980x711.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/03/Wiseman-montage1-2000x1451.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Robin Vaz</strong></p>
<h2>Poétique de Wiseman (<em>High School)</em></h2>
<p><em>« Je parie que cela aura davantage de sens pour vous</em>&nbsp;»&nbsp;: voilà ce que dit une professeure à ses élèves dans la séquence centrale d’<em>High School</em>, juste avant de leur proposer une leçon sur la chanson «&nbsp;The Dangling Conversation&nbsp;» de Simon and Garfunkel. Le principe du cours (et de la scène) repose sur la répétition du texte de Paul Simon, que la jeune femme récite devant une assemblée (visiblement ennuyée) et qu’elle fait ensuite écouter sur un vieux magnétoscope. De la première à la seconde énonciation du texte, un reversement s’opère&nbsp;: la chanson, que nous commençons à entendre en prise directe, devient extradiégétique. Le documentaire sur l’institution scolaire laisse alors la place à une série de portraits, tandis que la pesante scène de classe se voit court-circuitée par un élan lyrique. La ballade rythme le défilé des visages filmés de profil, tous en gros plan&nbsp;; tous, pour la première fois, détachés de la masse informe. Ce procédé, qui pourrait être considéré comme une entorse à l’éthique du documentariste (on appellerait aujourd’hui ce genre de séquence un <em>clip</em>), constitue en vérité une profession de foi de la part de Wiseman. Le cinéma documentaire n’aura pas pour seule vocation d’enregistrer le réel ou de le soumettre à la froide (mais bien nécessaire) analyse : il se doit également de le transfigurer. De l’autre côté du miroir, l’enseignante disparaît, comme si le cinéaste avait momentanément pris sa place pour défendre une autre approche du texte. Il imagine un monde où l’art pourrait être appréhendé sur le mode de la correspondance (ces jeunes gens ne sont-ils pas, comme le dit la chanson, à «&nbsp;<em>la frontière de leur vie</em>&nbsp;»&nbsp;?). Ce n’est pas un hasard si l’art poétique de Wiseman s’exprime ici au sein d’un cours sur la métaphore. Son cinéma aura d’un côté une couche suffisante de didactisme pour transmettre un message (l’enseignant soumet son texte à l’analyse) et de l’autre un supplément d’art essentiel (l’artiste propose une forme ouverte à la rêverie). La leçon est-elle passée&nbsp;? À la fin de la chanson, la caméra sort de la salle de classe et filme dans un couloir une jeune fille, dos au mur, les yeux au ciel, qui s’éloigne tout doucement, laissant au spectateur un étrange sentiment de gravité. On ne saura pas si la chanson a eu un effet sur elle, mais demeura pour toujours le regard attentif du cinéaste.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Juliette Conti</strong></p>
<h2>Funny man (<em>The Store</em>)</h2>
<p>Tous les films de Wiseman, même les plus sombres, accordent une place à l’humour – le cinéaste lui-même n’était d’ailleurs pas avare en blagues lorsqu’on lui posait des questions à l’issue d’une séance. Dans ses films, le comique est toutefois rarement verbal&nbsp;: c’est grâce à l’absence de commentaire (<em>off</em> ou <em>in</em>), ainsi que par l’objectivité apparente du point de vue, que certaines scènes prêtent à rire. Par exemple dans <em>The Store</em>, film sur un grand magasin de Dallas (qui permet par extension de dresser un état des lieux de la société de consommation américaine), l’une des premières séquences montre des vendeuses en train de s’échauffer physiquement avant l’ouverture. La caméra se tient de biais, tandis que les femmes commencent à agiter les bras sur un remix 80’s de la Symphonie n°40 de Mozart. Tout y est irrésistible&nbsp;: la synchronisation hasardeuse de l’une des vendeuses, la mauvaise volonté qu’y met sa collègue, le regard caméra furtif d’une autre encore, etc. L’opérateur n’a qu’à suivre le mouvement, filmant ici une observatrice amusée, panotant là sur une employée qui s’applique en fermant les yeux. Le rire découle moins alors d’une moquerie que de l’étonnement produit par la situation. La position de Wiseman a précisément toujours été celle-ci&nbsp;: moins celle d’un analyste (notamment des institutions), que d’un «&nbsp;étonné&nbsp;». Il ne serait pourtant pas tout à fait exact de prétendre que ses documentaires se contentaient de cette neutralité d’apparat évoquée plus haut. Le montage, lieu où s’inventent réellement les films de Wiseman, joue un rôle clef dans la veine comique de son cinéma. Ainsi d’un vendeur de fourrures au discours extrêmement calibré et élaboré, dont les apparitions récurrentes tiennent d’un véritable comique de répétition. Quant aux plans de transition chers au cinéaste, ils cultivent également une forme d’incongruité, s’intéressant pêle-mêle à l’essayage d’une coiffe ridicule, à une chorale d’enfants devant un ascenseur, à un groupe de jazz sans public dans un coin, à un lutin qui se promène (c’est la période de Noël) et même à un clown dans un escalator. Enserrées par ces vignettes, les discussions du conseil d’administration, les présentations de produits et autres entretiens d’embauche apparaissent pour ce qu’ils sont&nbsp;: une vaste comédie.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331773 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg" alt width="1420" height="1067" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman.jpg 1420w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-300x225.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-1024x769.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-768x577.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/The-Store-Wiseman-980x736.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1420px) 100vw, 1420px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
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		<title>A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-knight-of-the-seven-kingdoms-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avertissement&#160;: ce texte contient aussi un spoiler de taille. Ser Duncan le Grand, dit Dunk (Peter Claffey), se remémore tout au long de la première saison d’A Knight of Seven Kingdoms les leçons de son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-knight-of-the-seven-kingdoms-saison-1/" title="Read  A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Avertissement&nbsp;: ce texte contient aussi un spoiler de taille.</em></p>
<p>Ser Duncan le Grand, dit Dunk (Peter Claffey), se remémore tout au long de la première saison d’<em>A Knight of Seven Kingdoms</em> les leçons de son défunt maître, ser Arlan. Tel un fantôme, ce dernier ressurgit au fil de brefs flashbacks rompant avec l’image attendue du vénérable chevalier : ivrogne sans le sou au comportement erratique, le vieux bretteur se trouve aussi caractérisé par l’énorme verge dressée qu’il arbore au petit matin, sur laquelle la caméra s’attarde longuement avec une grivoiserie qui donne en partie le ton de cette nouvelle série. Cette insistance sur la vigueur traduit aussi la volonté des créateurs (l’écrivain George R. R. Martin <em>himself</em> et Ira Parker, déjà aux manettes de <em>House of the Dragon</em>) de raviver la flamme épique de Westeros, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-anneaux-de-pouvoir-house-of-the-dragon/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le monde médiéval de <em>Game of Thrones</em></a>, quelque peu étouffée par la pompe des séries précédemment adaptées de cet univers <em>fantasy</em>. En s’essayant au comique scabreux (il est aussi question de diarrhée et de flatulence), <em>A Knight of the Seven Kingdoms</em> cherche autant à surprendre qu’à renouer avec la veine grotesque sous-jacente des romans de Martin. On se rappelle d’ailleurs que les personnages les mieux écrits de <em>Game of Thrones</em> avaient déjà un problème de taille, que ce soit évidemment Tyrion, son frère au bras raccourci Jaime, l’eunuque Lord Varys ou, à l’opposé du spectre de genre, la très grande Brienne de Thorne.</p>
<p>Concentrant son regard sur l’amitié inattendue entre deux personnages aux caractéristiques physiques et sociales opposées, le colosse sorti de nulle part Dunk et son petit écuyer Egg (Dexter Sol Angell), qui cache un temps son ascendance noble, cette nouvelle série ose même une forme d’utopie burlesque. Il s’agit surtout de deux silhouettes identifiables d’un coup d’œil – l’une dépasse, l’autre brille par son étrangeté glabre –, dont l’union à l’écran constitue une force dans le monde grisaillant de Westeros. Le cadre unique exploré par la série, un tournoi de chevaliers, évoque aussi un théâtre sanguinaire où les corps s’affrontent pour remettre en jeu une hiérarchie sociale injuste. La lutte des classes mise en scène au sein de ces joutes est bien sûr faussée et l’ascension dont rêve naïvement Dunk en tablant sur sa force est entravée par une série de contraintes. Elles sont nombreuses&nbsp;: administratives, économiques, mais aussi spatiales – sa grande carcasse peine toujours à passer les portes basses. En s’attachant ainsi à cette figure de géant à l’étroit, la mise en scène d’<em>A Knight of the Seven Kingdoms </em>insuffle à cet univers une légèreté comique tout en revitalisant ses scènes d’action. Longtemps retardé, l’affrontement final accouche d’un sommet de violence qui fait éprouver l’épuisement et la douleur ressentis dans sa chair par le héros, le cadre se resserrant jusqu’à faire épouser au spectateur le regard du combattant.</p>
<h2>Reconfiguration</h2>
<p>Non sans rappeler la stratégie adoptée par la série <em>Andor</em> pour l’univers de <em>Star Wars</em>, <em>A Knight of the Seven Kingdoms</em> affiche une plus grande modestie (six épisodes de trente minutes, absence de générique d’ouverture, etc.). Dépouillée des oripeaux de la grande fresque, elle relève à différentes échelles d’un resserrement&nbsp;: unité de temps et de lieux, enjeux focalisés sur un casting quasi strictement masculin, effacement du merveilleux en faveur d’une approche plus concrète des séquences. Et comme pour la première saison d’<em>Andor</em>, ces six épisodes s’apparentent à une tentative de réinvestir un univers fantasmagorique moribond en partant d’un argument simple : le rêve d’un petit garçon de devenir chevalier se heurte à la réalité sociale et politique. Au cours de cette rapide mais précise exploration d’un événement (le tournoi de chevaliers), la série trouve plus de substance que dans les longs atermoiements shakespeariens de <em>House of the Dragon </em>et <em>Game of Throne</em>s. Bien sûr, l’embolie narrative et la surenchère spectaculaire (qui ont déjà plombé en partie la saison 2 d’<em>Andor</em>) pointent le bout de leur nez dans les derniers virages de cette première cuvée, laissant craindre que ne s’applique cette règle immuable&nbsp;de l’univers de Westeros : plus les enjeux croissent (la guerre, les dragons, la fin du monde), plus le champ de la mise en scène se réduit (les conciliabules incessants de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/house-of-the-dragon-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>House of the Dragon</em></a>). Il n’empêche : en renouant avec les jeux d’échelles sur lesquels se fondait la première saison de <em>Game of Thrones</em> (le géant remplace ici les enfants et un nain), Martin et ses scénaristes retrouvent un peu de leur inspiration originelle.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Spectacle Theater</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-spectacle-theater/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-spectacle-theater/" title="Read  Portraits d’Amérique — Spectacle Theater">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : le collectif à la tête du Spectacle Theater, un microcinéma de trente-cinq places installé à Brooklyn depuis quinze ans, où les membres s’occupent bénévolement de l’espace, de la programmation à la projection.</em></p>
<p><strong>Comment le Spectacle Theater est-il né ? </strong></p>
<p>Le lieu a été fondé en 2010 par Troy Swain et Akiva Saunders. À l’origine, ils ont loué une ancienne épicerie dans le quartier de Williamsburg. L’idée n’était pas uniquement de faire un cinéma : c’était d’abord un espace de performances, avec des concerts, des projections occasionnelles, des événements organisés par des ami·es. C’était très libre, dans un esprit de communauté. Le bâtiment appartient à une coopérative implantée dans le quartier depuis des décennies, ce qui joue un rôle essentiel dans notre survie. Très vite, l’endroit a attiré des jeunes programmateurs, critiques, cinéastes, des gens qui voulaient montrer des films qu’ils ne voyaient projetés nulle part ailleurs. Un collectif s’est formé de manière assez organique. Il n’y avait pas vraiment de hiérarchie: les gens venaient, proposaient des idées, apprenaient à projeter et à gérer la salle.</p>
<p>À Spectacle, tout le monde fait un peu de tout : on projette les films, on tient la billetterie, on conçoit des affiches, on monte des bandes-annonces, on repeint les murs si nécessaire. Le collectif change constamment&nbsp;: certains membres partent, d’autres arrivent, mais c’est justement ce renouvellement qui maintient l’énergie du lieu. Aujourd’hui, nous sommes environ quarante membres actifs. Nous vivons essentiellement des dons et des billets, qui coûtent toujours cinq dollars. La salle est entretenue par le collectif. Beaucoup de membres n’ont pas de formation cinématographique : il y a des menuisiers, des développeurs, des juristes spécialisés dans l’immobilier… Nous apprenons ensemble à faire fonctionner un cinéma. Cela implique beaucoup de discussions, parfois interminables, sur nos choix politiques, esthétiques et pratiques. Rien n’est figé.</p>
<p><strong>Vous êtes situés à Williamsburg, l’un des quartiers les plus gentrifiés de la ville. Quelle place Spectacle occupe-t-il aujourd’hui dans la géographie cinéphile new-yorkaise ? Quelle évolution avez-vous observée depuis 15 ans ?</strong></p>
<p>Le contexte était très différent en 2010. Brooklyn était encore plein d’espaces «&nbsp;<em>Do It Yourself</em>&nbsp;» (DIY), surtout dans la musique, qui ont presque tous disparu vers 2012–2013. Beaucoup d’entre nous sont aussi artistes ou cinéastes et cela influence profondément l’identité du lieu. Spectacle reste un espace à taille humaine. Les cinéastes reviennent pour une raison : faire partie d’une communauté. La petitesse du lieu crée une proximité qui est devenue rare. Il y a quinze ans, il y avait une vraie culture de l’occupation d’espaces physiques pour montrer des choses difficiles à voir ailleurs. À l’époque, « difficile à voir » pouvait impliquer une VHS numérisée en 480p trouvée en ligne parce que c’était la seule copie existante. Beaucoup de films que nous montrions n’avaient aucun distributeur identifiable. Parfois, personne ne savait vraiment qui détenait les droits. Ils existaient dans une sorte de zone grise juridique. Spectacle devenait alors l’un des rares endroits physiques où on pouvait les voir sur grand écran. Depuis, les choses ont changé. Beaucoup de ces films ont été restaurés, édités en Blu-ray ou se retrouvent sur des plateformes comme Tubi. Cela a profondément modifié notre manière de penser la rareté. Si un film est disponible en streaming gratuitement, est-il encore « rare » ?</p>
<p><strong>Diriez-vous que cela rend le travail de programmation plus difficile ?</strong></p>
<p>Oui, d’une certaine façon. Mais notre critère principal n’est pas seulement la rareté : c’est l’enthousiasme. Si quelqu’un découvre un film et ressent un besoin presque urgent de le partager, alors il mérite peut-être une projection. Historiquement, certains membres passaient énormément de temps sur des <em>trackers</em> privés, des archives obscures, à combiner des mots-clés improbables jusqu’à tomber sur quelque chose d’inattendu. Aujourd’hui, il existe aussi un véritable marché de la restauration du cinéma de genre, qui n’existait pas il y a quinze ans. Donc les choses ont changé, mais la logique reste la même : montrer ce qui nous obsède.</p>
<p><strong>Comment s’organise concrètement cette programmation ?</strong></p>
<p>Après environ un an d’implication, un membre peut commencer à programmer. Il n’y a pas de ligne éditoriale stricte, si ce n’est l’idée que le film n’a pas été récemment montré à New York, ou qu’il correspond à l’esprit du lieu. Nous sommes devenus plus attentifs aux droits qu’au début, notamment parce que nous avons noué des relations avec des distributeur·rices et des cinéastes que nous respectons. La programmation se décide lors de réunions mensuelles. C’est parfois chaotique, mais c’est un chaos productif. Chacun défend ses choix avec passion.</p>
<p><strong>Comment parvenez-vous à faire vivre cette passion et cet enthousiasme ?</strong></p>
<p>Cela repose beaucoup sur le collectif et sur nos marottes respectives. Nous avons par exemple une radio, qui est devenue un complément parfait à notre programmation où nous proposons des montages sonores entièrement composés de bandes originales et de musiques en lien avec les films que nous montrons. Une radio DIY nous semblait être un territoire naturel à investir. Nous organisons souvent des ciné-concerts, des projections avec musique <em>live</em>, et proposons beaucoup de programmes liés aux musiques expérimentales.</p>
<p>On va aussi sortir cette année un livre regroupant toutes les affiches que nous avons conçues collectivement. Nous considérons les affiches et les bandes-annonces comme aussi importantes que la programmation elle-même.</p>
<p><strong>Existe-t-il un spectateur type ?</strong></p>
<p>Pas vraiment. Nous n’avons aucune donnée statistique. Les spectateurs restent souvent après la projection pour discuter avec nous. C’est essentiel : nous montrons des films parce que nous voulons en parler. Il y a des habitués très fidèles, mais chaque cycle attire aussi un public différent. Après le Covid, notre audience a même augmenté, ce qui nous a surpris. Pendant la pandémie, nous avons créé notre propre plateforme de <em>streaming</em>, entièrement développée par un membre du collectif. Cela nous a permis de continuer à exister et d’attirer de nouveaux bénévoles, souvent plus jeunes.</p>
<p><strong>Aujourd’hui, beaucoup de cinéphiles passent par des plateformes comme Letterboxd et découvrent des films via des algorithmes ou des recommandations automatisées. Comment percevez-vous cette évolution ?</strong></p>
<p>Notre programmation est presque l’inverse de cette logique algorithmique. Elle naît d’une obsession, d’une nécessité. Vous vous perdez dans des recherches absurdes au milieu de la nuit, vous découvrez un film dont vous n’avez jamais entendu parler, vous vous demandez ce que c’est, vous passez deux semaines à essayer d’en trouver une copie… et ensuite vous avez absolument besoin que quelqu’un d’autre le regarde pour pouvoir en parler. C’est très viscéral, très personnel. Cela dit, certains programmateurs consultent parfois le nombre d’entrées d’un film sur Letterboxd comme un indicateur minimal : si seulement 200 personnes l’ont vu, on se dit que ça vaut le coup de le montrer. Et puis on a parfois de belles surprises, comme ce fan basé à Chicago qui, pour notre anniversaire, a créé une <a href="https://letterboxd.com/2millionindebt/list/spectacle-theater/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">liste</a> pour recenser une bonne partie des films montrés par Spectacle depuis son ouverture.</p>
<p>Ce qui est plus déroutant, c’est lorsque nous sommes happés par l’algorithme sans l’avoir voulu. Cet été, par exemple, nous avons collaboré avec la Filmmakers’ Co-op et Anthology Film Archives pour ressusciter un programme expérimental des années 1960 consacré aux films mettant en scène des chats. L’un d’eux, <em>How to Draw a Cat</em> de Pola Chapelle, montre simplement l’artiste essayant de tracer le contour d’un chat posé sur une feuille. Nous avons monté une bande-annonce à partir d’un extrait et nous l’avons postée sur Instagram. Elle est devenue virale et nous recevons encore aujourd’hui des commentaires accusant la vidéo de maltraitance animale. Ce genre d’épisodes est très étrange. On a soudain l’impression d’être un débris emporté par Internet, que ce que l’on fait réellement n’a plus de sens. C’est violent et absurde. Cela rappelle à quel point l’algorithme peut décontextualiser un geste artistique.</p>
<p><strong>Spectacle a parfois collaboré avec des institutions comme le Museum of Arts and Design ou le MoMA. </strong></p>
<p>Ces collaborations se font toujours au cas par cas et donnent lieu à des discussions internes. Nous tenons à notre indépendance, mais nous ne voulons pas non plus être isolés. Faire partie du tissu culturel new-yorkais est important pour nous. Dans le cas du MoMA, ils nous ont contactés dans le cadre d’une série dédiée aux cinémas emblématiques de New York. On y a participé et projeté <em>American Hunter</em>, un film indonésien des années 1980, mais aussi une compilation de nos bandes-annonces. C’était une manière de montrer le travail bénévole accumulé depuis plus d’une décennie. Nous ne cherchons pas activement ces collaborations, quand bien même elles pourraient nous êtes utiles… Pour nous l’enjeu est de préserver notre esprit tout en faisant partie d’une communauté plus large. L’échange, la circulation entre espaces indépendants et institutions, peut être fertile. Ce sont des moments de reconnaissance, mais aussi de dialogue.</p>
<p><strong>Craignez-vous la disparition de ce type de lieu ?</strong></p>
<p>La question de la longévité revient souvent dans des structures telles que la nôtre. Lorsqu’on a une mission (montrer des films invisibles, créer une communauté), on peut se demander : que se passe-t-il si cette mission est accomplie, ou si elle devient impossible à accomplir ? Est-ce qu’il faut alors accepter que l’expérience se termine ? C’est une vraie question. Peut-être qu’un jour Spectacle devra se dissoudre, et ce serait simplement la conclusion d’une belle expérimentation. Si demain une entreprise de la Tech transformait Williamsburg en usine de drones, nous pourrions aussi dire : nous avons fait ce que nous avons pu.</p>
<p>Ceci dit, personne ne possède Spectacle individuellement, donc la perspective d’un rachat est peu probable. Mais évidemment, le contexte immobilier de New York reste fragile. Par ailleurs, le lieu est presque structurellement opposé à toute logique de rentabilité. Nous ne cherchons pas à grossir. Nous ne cherchons pas à devenir une marque. Nous voulons rester un espace où l’on peut montrer des films étranges, rares, non commerciaux, simplement parce qu’on les aime. Spectacle n’est pas un club fermé. Les gens peuvent venir, discuter avec nous, proposer des idées. Ce n’est pas un temple intimidant pour cinéphiles ultraspécialisés. C’est un lieu communautaire animé par des passionné·es, pour d’autres passionné·es.</p>
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		<title>Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au-delà de son œuvre théorique, Laura Mulvey a été la coréalisatrice d’une demi-douzaine de films d’avant-garde singuliers où la volonté de déstructurer la narration classique se conjugue avec une approche ludique du montage. Le mois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/" title="Read  Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Au-delà de son œuvre théorique, Laura Mulvey a été la coréalisatrice d’une demi-douzaine de films d’avant-garde singuliers où la volonté de déstructurer la narration classique se conjugue avec une approche ludique du montage. </em></p>
<p>Le mois dernier, le festival Regards Satellites proposait à l’Écran de Saint-Denis et au Luxy d’Ivry-sur-Seine une rétrospective intégrale de l’œuvre cinématographique conjointe de Laura Mulvey et Peter Wollen, couple de théoriciens britanniques emblématique de la génération <a href="https://academic.oup.com/screen" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Screen</em></a>. Si leurs écrits, à la croisée du féminisme, du marxisme, de la sémiologie et de la psychanalyse, ont eu une influence durable sur la pensée du cinéma outre-Manche, ils n’ont comparativement guère essaimé en France. Laura Mulvey, désormais célèbre théoricienne du <em>male gaze</em>, a bien bénéficié d’un intérêt éditorial accru ces dernières années<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_314_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_1" class="footnote_tooltip">Outre la remarquable anthologie de textes composée par Teresa Castro (<em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie</em>, aux Éditions Mimésis en 2017) et l’excellent <em>Fétichisme et Curiosité </em>(chez Brook en 2019), on peut noter que deux chapitres du recueil <em>Death 24× a Second: Stillness and the Moving Image</em> ont été traduits par le collectif Women Remix dans le bel ouvrage composite <em>Un jardin&nbsp;: Une rencontre imaginée entre Laura Mulvey et Jean-Louis Comolli </em>(chez Burn-août, 2025).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_314_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> mais la majorité de ses livres demeure malheureusement inédite en français ; quant à Peter Wollen, même ses ouvrages les plus identifiés, comme <em>Signs and Meanings in the Cinema</em>, n’ont jusqu’à présent pas été traduits<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_314_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_2" class="footnote_tooltip">À ma connaissance, seule son analyse de <em>Chantons sous la pluie </em>a été éditée en 2023 chez Akileos.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_314_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À défaut de pouvoir les lire dans la langue de Molière, découvrir leurs essais cinématographiques permet de renouer avec le souvenir de l’Angleterre d’avant Thatcher, où le BFI et Channel 4 défendaient encore un cinéma politique et de recherche. C’est aussi raviver le souvenir précieux d’une avant-garde féministe à la croisée de la fiction et du cinéma expérimental&nbsp;– portée haut à cette période par Jackie Raynal (<em>Deux fois</em>, 1968), Yvonne Rainer (<em>Film About A Woman Who…</em>,1974), Chantal Akerman (<em>Je Tu Il Elle</em>, 1974&nbsp;; <em>Jeanne Dielman</em>, 1975) ou Sally Potter (<em>Thriller</em>, 1978)&nbsp;–, dont le désir de renouveler les représentations s’articulait toujours avec une audace formelle.</p>
<p>Comme le souligne Teresa Castro dans son introduction à la collection des textes majeurs de Laura Mulvey, les films du duo entrent directement en résonance avec leurs écrits, en particulier « Godard et le contre-cinéma : <em>Vent d’Est</em>&nbsp;» de Wollen (1972) et la conclusion de «&nbsp;Plaisir visuel et cinéma narratif&nbsp;» de Mulvey (1975), dans lesquels ils revendiquent l’avènement d’un contre-cinéma «&nbsp;<em>dont la fonction est de lutter contre les mythes, les idéologies et les dispositifs esthétiques d’un certain cinéma avec ses propres mythes, idéologies et dispositifs esthétiques antagonistes</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_314_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_3" class="footnote_tooltip">Peter Wollen, «&nbsp;Godard and Counter-Cinema&nbsp;: Vent d’Est&nbsp;», dans <em>Readings and Writings&nbsp;: Semiotic Counter-Strategies</em>, Londres, Verso Editions/NLB, 1982, p. 91&nbsp;: «&nbsp;<em>Its function is to struggle against the fantasies, ideologies and aethetic devices of one cinema with its own antagonistic fantasies, ideologies and aesthetic devices.</em>&nbsp;»</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_314_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Ils semblent en effet mettre directement en application les principes directeurs dégagés par Wollen du cinéma de Jean-Luc Godard&nbsp;: <strong>1. </strong>L’«&nbsp;intransivité narrative&nbsp;» (segmentation du récit, goût de l’interruption et de la digression) plutôt que la logique causale&nbsp;; <strong>2.</strong> La mise à distance (par l’adresse directe, la démultiplication des personnages, le recours au commentaire) plutôt que l’identification&nbsp;; <strong>3.</strong> La mise en évidence des mécanismes du langage contre la transparence&nbsp;; <strong>4.</strong> Les diégèses multiples contre la diégèse unique&nbsp;(en entrelaçant par exemple une fiction traditionnelle avec la mise en abyme de son tournage) ; <strong>5.</strong> L’ouverture plutôt que la fermeture (fins ouvertes, débordement, intertextualité)&nbsp;; <strong>6.</strong> La recherche du «&nbsp;déplaisir&nbsp;» (<em>unpleasure</em>) plutôt que du plaisir spectatoriel (provocation, désir de déstabiliser et par extension de transformer le spectateur, plutôt que de le divertir). D’où le recours à des structures narratives fragmentaires, à des collages de citations textuelles, picturales et filmiques, à la désynchronisation fréquente de l’image et du son ou à la démultiplication des dispositifs de mise en abyme. Ils s’éloigneront cependant de Godard sur un point crucial&nbsp;: le rejet univoque de la fiction qui, selon Wollen, caractérise son œuvre de l’après-68, dans laquelle elle équivaut nécessairement au mensonge, à la mystification et à l’idéologie. On retrouve aussi dans leurs films les grandes obsessions qui traversent l’œuvre écrite de Laura Mulvey&nbsp;: la curiosité pour les mythes, le goût des énigmes et des rébus, la tension entre mouvement et immobilité inhérente au médium cinématographique et la déconstruction des mécanismes idéologiques régissant la représentation des femmes à l’écran.</p>
<h2>Mythes en boîte</h2>
<p><em>Penthesilea: Queen of the Amazons </em>(1974) et <em>Riddles of the Sphinx </em>(1975), les deux seules œuvres de Mulvey et Wollen éditées en DVD en France, qui sont aussi les plus emblématiques de leur travail, ont en commun un refus du montage par continuité et une structure éclatée en segments dont la logique, souvent déconcertante, de juxtaposition n’est pas sans rappeler, au-delà du modèle godardien, les boîtes de Joseph Cornell (l’une d’entre elles figure d’ailleurs dans <em>Crystal Gazing</em>). Avec <em>AMY&nbsp;!</em>, court-métrage réalisé deux ans plus tard (et qui se présente également comme un portrait composite de l’aviatrice Amy Johnson), ils composent, selon les termes de Mulvey, une trilogie prolongeant leur engagement en faveur d’«&nbsp;<em>une politique féministe du langage</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331810_314('footnote_plugin_reference_331810_314_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331810_314_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_4" class="footnote_tooltip">Oliver Fuke (dir.), <em>The Films of Laura Mulvey and Peter Wollen</em>&nbsp;<em>: Scripts, Working Documents, Interpretation</em> », Londres, BFI, 2023.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331810_314_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331810_314_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ».</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331812 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg" alt width="2098" height="520" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN.jpg 2098w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-300x74.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-1024x254.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-768x190.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-1536x381.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2048x508.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-980x243.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2000x496.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2098px) 100vw, 2098px"></a>
<p><em>Penthesilea: Queen of the Amazons</em>, premier jalon de leur œuvre, se compose de cinq parties distinctes, séparées par des cartons-titres. Le film s’ouvre sur la captation en plan fixe d’une représentation des épisodes marquants de la pièce éponyme d’Heinrich von Kleist par des mimes. Dans un renversement du mythe antique où Penthésilée, reine des Amazones, est tuée par Achille, elle y rejette ses compagnes par amour pour ce dernier, avant de le tuer et de se donner la mort. Le mythe et ses différentes variations sont explorés en détail dans le deuxième segment où l’on découvre Peter Wollen en train de déambuler nonchalamment dans une maison, suivi cette fois par une caméra portée qui s’attarde tantôt sur lui, tantôt sur les fiches sur lesquelles sont inscrites ses notes. Dévisageant l’objectif, il explique le dispositif du film (son découpage en cinq parties, le refus d’un montage narratif) avant de revenir sur Penthésilée et ses Amazones, figures fascinantes et terrifiantes dont les aspects les plus transgressifs (elles fondent une société de femmes solidaires indépendante du monde des hommes) ont souvent été réprimés, détournés ou minorés par les récits et représentations qui leur ont été consacrés pour qu’elles ne puissent faire l’objet d’un investissement politique par les femmes « ordinaires ». L’ironie venant évidemment de ce que cette longue leçon est proposée au spectateur par un homme… Le troisième segment consiste en une succession d’images d’Amazones produites par les hommes à travers l’histoire, de la statuaire antique à la peinture médiévale jusqu’aux <em>comics Wonder Woman&nbsp;</em>: les images fixes y sont animées par le recours à des volets latéraux ou des caches (qui permettent par exemple de faire apparaître tour à tour de gauche à droite les planches d’une bande dessinée).</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331813 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg" alt width="1744" height="650" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2.jpg 1744w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-300x112.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-1024x382.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-768x286.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-1536x572.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/PENTHESILEA-MULVEY-WOLLEN-2-980x365.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1744px) 100vw, 1744px"></a>
<p>Le quatrième segment propose en contrepoint une alternative à ces représentations masculines en insistant sur les puissances politiques de la solidarité féminine. Un plan où une actrice lit face caméra un discours de la militante socialiste et féministe des années 1910, Jessie Ashley, appelant à la solidarité des femmes de toutes classes sociales, est superposé par surimpression à un film de propagande pour l’obtention du droit de vote. Enfin, dans le dernier segment, Mulvey et Wollen filment des moniteurs vidéo sur lesquels sont diffusées les quatre séquences précédentes du film, jusqu’à ce que des plans inédits commencent à apparaître, comme «&nbsp;débloqués&nbsp;» par la confrontation des images et des discours. L’actrice jouant Penthésilée dans la pièce montrée dans le premier segment abandonne alors son personnage. On la voit ôter son maquillage avant de s’adresser directement à la caméra. Interrompue par les «&nbsp;<em>Stop&nbsp;!</em>&nbsp;» de Peter Wollen, elle ressasse à deux reprises le même discours&nbsp;: «&nbsp;<em>Les femmes se regardent à travers les yeux des hommes. Les femmes parlent entre elles à travers les mots des hommes. Un regard étranger. Un langage étranger. Nous pouvons parler avec nos propres mots. Nous pouvons regarder avec nos propres yeux. Et nous pouvons nous battre avec nos propres armes.</em>&nbsp;» La trajectoire du film devient soudain limpide&nbsp;: le mythe enserré dans la fiction (premier segment) est défait par l’analyse (deuxième segment) après laquelle nous portons un regard critique sur les images (troisième segment)&nbsp;; une autre histoire de la solidarité féminine nous est proposée dans le quatrième segment qui mène logiquement à la revendication au présent d’un nouveau regard et d’un nouveau langage (cinquième segment) emblématisés par le film lui-même.</p>
<p>On retrouve une volonté similaire de déconstruire les mythes du passé dans <em>AMY&nbsp;!</em>, qui interroge à travers Amy Johnson la figure ambivalente de l’héroïne et la manière dont la starification idéalisée des grandes aventurières (perceptible notamment dans l’utilisation d’une chanson célébratoire consacrée à Johnson) tend à la fois à en faire des figures d’exception éloignées de la réalité des femmes –&nbsp;en témoignent les commentaires dubitatifs des étudiantes de Mulvey qui introduisent le film&nbsp;– et à gommer les aspects problématiques de leur parcours. Dans le cas d’Amy Johnson, la célébration de l’aviatrice occulte par exemple le contexte colonial dans lequel s’inscrivent ses exploits, financés par un magnat du pétrole&nbsp;: comme dans <em>India Song </em>de Marguerite Duras, ce contexte est ici rappelé par le survol d’une carte de l’Inde, au son de la lecture de gros titres du <em>Times </em>retraçant l’arrestation de Gandhi et les révoltes anti-coloniales des années 1930. Le film frappe en particulier par sa démystification matérialiste de la <em>persona </em>de Johnson&nbsp;: Mulvey et Wollen veulent ressusciter la femme «&nbsp;normale&nbsp;» derrière les prouesses de l’héroïne. Le duo s’attarde ainsi le temps de quelques plans sur les quartiers londoniens que fréquenta Johnson de son vivant et, surtout, alors que <em>Penthesilea </em>semblait rejeter violemment la fiction, <em>AMY&nbsp;! </em>la mobilise pour restituer ce qui a été oublié par l’histoire : les aspects plus triviaux et quotidiens de son existence. L’actrice Mary Maddox incarne ainsi l’aviatrice dans quelques séquences de reconstitution où nous la voyons jeter au feu sa correspondance ou préparer du café, au son de la lecture de lettres fictives de Johnson à un ancien amant ou des différentes étapes de l’entretien quotidien de son avion. Le film insiste en parallèle sur l’aliénation que représente son image publique : on voit ainsi Maddox se maquiller avec soin face à une glace transparente placée devant la caméra, avant de commencer à dessiner sur le miroir un deuxième visage qui recouvre le sien, qu’elle finit par raturer.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331814 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg" alt width="1762" height="648" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN.jpg 1762w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-300x110.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-1024x377.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-768x282.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-1536x565.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/AMY-MULVEY-WOLLEN-980x360.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1762px) 100vw, 1762px"></a>
<h2>Fictions en kit</h2>
<p>Avec cette image saisissante, on comprend que cette ressaisie de la fiction est aussi pour les cinéastes un moyen de penser des alternatives au <em>male gaze </em>caractéristique du cinéma hollywoodien classique tel que le dénonçait Mulvey dans « Plaisir visuel et cinéma narratif », en s’affranchissant d’un récit linéaire qui alterne action (portée par le héros) et contemplation (la mise en spectacle de l’héroïne), et d’un découpage construisant un point de vue masculin ou fragmentant le corps féminin fétichisé. On le perçoit tout particulièrement dans <em>Riddles of the Sphinx</em>, le film le plus connu et le plus abouti du duo, qui perfectionne à tous niveaux le dispositif conçu pour <em>Penthesilea</em>. Le film se décompose là encore en sept sections distinctes, titrées et numérotées ; les trois premières résonnent en miroir avec les trois dernières, tandis que se trouve au centre une partie fictionnelle d’une quarantaine de minutes (« Louise’s story told in thirteen shots »). La première et la dernière section prennent la forme d’un plan muet en mouvement : une main tournant les pages d’un numéro de la revue <em>Midi-Minuit Fantastique</em> consacré au « mystère de la femme » ; des bulles de mercure glissant entre les parois d’un labyrinthe de poche. La deuxième section introduit le son : il s’agit d’une leçon de Laura Mulvey sur la figure antique du Sphinx dont la théoricienne réécoute ensuite l’enregistrement dans la sixième section. La troisième et la cinquième section insistent quant à elles sur la matérialité de l’image cinématographique : on y voit des agrandissements d’un film de <em>found footage </em>consacré au Sphinx de Gizeh et un montage de surimpressions teintées de numéros d’acrobates, au son d’entêtantes boucles électroniques. Non seulement les éléments constitutifs de la forme cinématographique (mouvement, son, image) sont ainsi présentés isolément avant de se rejoindre dans la quatrième section fictionnelle, mais cette construction en miroir compose une boucle, qui casse la logique linéaire de la fiction en son centre.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331815 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg" alt width="2099" height="521" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1.jpg 2099w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-300x74.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-1024x254.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-768x191.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-1536x381.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-2048x508.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-980x243.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/RIDDLES-OF-THE-SPHINX-MULVEY-WOLLEN-1-2000x496.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2099px) 100vw, 2099px"></a>
<p>Cette dernière est composée elle-même de treize fragments entrecoupés d’ellipses et préfacés par des intertitres volontairement tronqués («&nbsp;<em>Elle semble encore avoir besoin de…</em>&nbsp;»). Ils procèdent tous de la même logique formelle&nbsp;: un lent panoramique à 360° (à la manière de <em>La Chambre </em>de Chantal Akerman) qui balaie mécaniquement les espaces où évoluent la protagoniste et ses proches. La circularité de la structure narrative est ainsi prolongée par la mise en scène, qui renonce ainsi à la fois au point de vue subjectif et à la fragmentation de l’espace et des corps par le montage. Le son diégétique des dialogues entre les personnages alterne par ailleurs avec des plages musicales et les interventions d’une voix off extradiégétique introduite dans le deuxième segment par Mulvey comme celle du Sphinx antique, figure chimérique (mi-femme, mi-lion, mi-oiseau) postée à l’entrée de la ville de Thèbes, où elle soumet les voyageurs à une énigme, qu’ils doivent résoudre sous peine d’être dévorés. « <em>Ce n’est pas la voix de la vérité, pas une voix qui répond mais son opposé&nbsp;: une voix qui questionne, une voix qui pose une énigme</em>&nbsp;»&nbsp;; une voix aux marges de la civilisation, celle d’un être en quête d’identité, assigné à une place qu’il n’a pas choisie.</p>
<p>La fragmentation narrative, la placide rigidité du dispositif formel et ces constantes interventions extradiégétiques contrarient le déploiement d’un récit pourtant réaliste, ouvertement marxiste et féministe, tout en donnant forme à ses enjeux : la quête identitaire d’une jeune mère au foyer, Louise, quittée par son mari. Cette dernière se lie à d’autres travailleuses précaires avec lesquelles elle lutte pour obtenir des droits et s’éveille à la possibilité d’un autre langage, grâce à ses échanges intimes avec ses amies et à la découverte de l’œuvre de l’artiste féministe Mary Kelly,. Cette fiction à trous s’achève sur deux segments dérivant de plus en plus vers l’onirisme, offrant soudain une réverbération fascinante avec les autres parties du film : dans l’un d’eux, Louise et son amie Maxine se racontent rêves et souvenirs d’enfance dans un espace chargé de tissus et de miroirs où l’on distingue un bref instant la cheffe opératrice Diane Tammes en train de les filmer ; dans le second, Louise et sa fille visitent les galeries égyptiennes du British Museum, déambulant entre les momies et les sarcophages couverts de hiéroglyphes. Ce puzzle filmique entêtant, à la fois ouvertement didactique et profondément mystérieux, réussit son pari : celui d’imaginer d’autres configurations formelles du plaisir spectatoriel, basées non plus sur un fétichisme aveugle, mais sur une curiosité investigatrice.</p>
<p>À l’exception de <em>Frida Kahlo et Tina Modotti </em>(1983), film d’exposition plus traditionnel, mais toujours marqué par une logique dialectique (il orchestre en trois segments la confrontation de l’œuvre de deux artistes radicalement différentes&nbsp;: une peintre tournée vers l’autoportrait, l’intériorité, les mythes nationaux et la fantasmagorie, une photographe tournée vers l’altérité, l’internationalité et la documentation du réel), les films plus tardifs et méconnus de Mulvey et Wollen mettent quant à eux les principes de disjonction et de rupture de leurs œuvres précédentes à l’épreuve de formes plus ouvertement fictionnelles.<em> Crystal Gazing </em>(1982) a les atours d’une rêverie crépusculaire où les protagonistes d’un roman anti-nationaliste allemand des années 1930 (<em>Vers l’abîme </em>d’Erich Kästner) se retrouvent déplacés dans l’Angleterre thatchérienne. Malgré une narration lâche et filandreuse, toujours interrompue par le recours à des citations cinématographiques (Lotte Reiniger) ou picturales (Joseph Cornell), le film paraît presque classique en comparaison des précédents. Dans cette drôle de boule de cristal tendue au spectateur, l’avenir semble bien moribond&nbsp;: les personnages masculins idéalistes (un dessinateur de science-fiction réduit au chômage et un chercheur en sémiotique obsédé par <em>Le Chat botté</em>, alter ego quasi parodique de Wollen) sont condamnés à la mort, tandis que les femmes qui les entourent (une popstar à succès joué par la saxophoniste punk Lora Logic, et une photographe dont les travaux cartographiques sont utilisés à des fins de spéculation financière) cèdent aux sirènes d’un capitalisme débridé, incarné par un sinistre homme d’affaires interprété par Patrick Bauchau. Un monde est en train de disparaître, comme en témoigne la dernière œuvre rarissime de Mulvey et Wollen, <em>The Bad Sister</em>, adaptation ambitieuse d’un roman d’Emma Tennant conçue à destination de la chaîne Channel 4. De l’aveu de Laura Mulvey elle-même, malgré les moyens considérables alloués à ce projet, le dispositif de production plus traditionnel du film n’était pas vraiment adapté aux méthodes de travail du duo. Même si l’on peut facilement imaginer ce qui a séduit Mulvey dans cette histoire ésotérique de double diabolique, le résultat, inégalement inspiré, se situe à équidistance entre <em>Twin Peaks </em>et Nanarland. Le film marque principalement pour ses séquences introductives et conclusives où, dans un intéressant dispositif de mise en abyme, un réalisateur de documentaire à sensation et une de ses amies commentent les rushes du film qu’il prépare sur un mystérieux double meurtre. La reconstitution fictionnelle de l’affaire, en revanche, ne trouve jamais tout à fait son équilibre entre satire des conventions du <em>soap</em> et envolées fantastiques, mais elle ne manque pas de charme et d’étrangeté, en particulier grâce à ses expérimentations saugrenues avec les effets vidéo. Pour Mulvey, cette tentative en demi-teinte sonne le glas des possibilités offertes par l’avant-garde des années 1970&nbsp;: elle se consacrera dorénavant quasi-exclusivement à sa production théorique. Wollen, quant à lui, mettra en scène la débutante Tilda Swinton dans un long-métrage plus traditionnel, <em>Friendship’s Death</em> (1987). Si plus de quarante ans après leur réalisation, leur œuvre cinématographique passionne toujours, c’est dans cette manière dont, comme le Sphinx de la légende, elle soulève des questions formelles et politiques en se gardant d’asséner des réponses définitives.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331810_314();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331810_314();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331810_314">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331810_314" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_314('footnote_plugin_tooltip_331810_314_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_314_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Outre la remarquable anthologie de textes composée par Teresa Castro (<em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie</em>, aux Éditions Mimésis en 2017) et l’excellent <em>Fétichisme et Curiosité </em>(chez Brook en 2019), on peut noter que deux chapitres du recueil <em>Death 24× a Second: Stillness and the Moving Image</em> ont été traduits par le collectif Women Remix dans le bel ouvrage composite <em>Un jardin&nbsp;: Une rencontre imaginée entre Laura Mulvey et Jean-Louis Comolli </em>(chez Burn-août, 2025).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_314('footnote_plugin_tooltip_331810_314_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_314_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">À ma connaissance, seule son analyse de <em>Chantons sous la pluie </em>a été éditée en 2023 chez Akileos.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_314('footnote_plugin_tooltip_331810_314_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_314_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Peter Wollen, «&nbsp;Godard and Counter-Cinema&nbsp;: Vent d’Est&nbsp;», dans <em>Readings and Writings&nbsp;: Semiotic Counter-Strategies</em>, Londres, Verso Editions/NLB, 1982, p. 91&nbsp;: «&nbsp;<em>Its function is to struggle against the fantasies, ideologies and aethetic devices of one cinema with its own antagonistic fantasies, ideologies and aesthetic devices.</em>&nbsp;»</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331810_314('footnote_plugin_tooltip_331810_314_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331810_314_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Oliver Fuke (dir.), <em>The Films of Laura Mulvey and Peter Wollen</em>&nbsp;<em>: Scripts, Working Documents, Interpretation</em> », Londres, BFI, 2023.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331810_314() { jQuery('#footnote_references_container_331810_314').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331810_314').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331810_314() { jQuery('#footnote_references_container_331810_314').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331810_314').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331810_314() { if (jQuery('#footnote_references_container_331810_314').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331810_314(); } else { footnote_collapse_reference_container_331810_314(); } } function footnote_moveToReference_331810_314(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331810_314(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331810_314(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331810_314(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/les-enigmes-filmiques-de-laura-mulvey-et-peter-wollen/">Les énigmes filmiques de Laura Mulvey et Peter Wollen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Pillion</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pillion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le vrombissement lointain d’une moto est éclipsé par un air de variété italienne. Ce bolide lancé à toute allure sur une autoroute de la banlieue londonienne, Colin (Harry Melling) le regarde passer avec curiosité depuis...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pillion/" title="Read  Pillion">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le vrombissement lointain d’une moto est éclipsé par un air de variété italienne. Ce bolide lancé à toute allure sur une autoroute de la banlieue londonienne, Colin (Harry Melling) le regarde passer avec curiosité depuis la banquette arrière de la voiture de ses parents. Il ignore encore qu’il occupera quelques semaines plus tard le siège passager du véhicule, blotti contre Ray (Alexander Skarsgård), un <em>biker</em> gay que l’on croirait tout droit sorti de <em>Scorpio Rising </em>de Anger et qui va l’initier aux joies douloureuses du sado-masochisme. Dans l’ivresse de leur course, le paysage se dilue alors en étincelles lumineuses, comme celles qui jaillissent ensuite d’un feu de joie auprès duquel Colin célèbre son intégration dans la communauté de motards à laquelle appartient Ray. Malheureusement pour lui, l’éblouissement cédera bientôt la place à la désillusion.</p>
<p><em>Pillion </em>tente la greffe plutôt séduisante d’un corps étranger au <em>sex-appeal</em> dévastateur (la star suédoise Alexander Skarsgård) en plein cœur d’une comédie anglaise <em>quirky </em>à la Richard Curtis, avec ses trognes atypiques et ses pulls en laine. Après son passage fugitif sur la route, l’entrée de Ray dans la fiction tient littéralement de l’apparition, sa voix émergeant hors champ derrière Colin tandis que ce dernier commande un verre au pub où il a l’habitude de chanter au sein du quartet <em>easy listening, </em>composé avec son père et son frère. Dans le plan plus large qui réunit les deux protagonistes, le corps immense et musculeux de Skarsgård semble une anomalie à côté du pâle et gringalet Melling, figé dans une expression d’hébétement incrédule. Une collègue de travail de Colin soulignera ce contraste dans une scène ultérieure : « <em>Mais comment un type pareil peut être ton petit ami&nbsp;?</em>&nbsp;»</p>
<p>L’incongruité du couple formé par Ray et Colin rend paradoxalement crédible le naturel avec lequel le virginal Colin accepte le contrat érotique radical proposé par son partenaire, dont il devient l’esclave en laisse, couché en silence au pied de son lit (quand il ne fait pas ses courses ou son ménage). Personnage en jachère au début du film, Colin a, comme le formule Ray, « <em>une aptitude innée pour la vénération</em>&nbsp;» que flatte immédiatement la beauté suffocante de ce dernier. Cette union des contraires fonctionne à plein régime grâce à la rencontre de deux natures d’acteur&nbsp;: le bavard Harry Melling, tout en maladresse burlesque et expressivité exacerbée, contre la statue impavide Alexander Skarsgård, sculptural androïde post-Delon que l’on savait déjà, depuis <em>True Blood</em>, formidablement drôle dans le registre du demi-sourire gêné et du haussement de sourcil dubitatif.</p>
<p>On ne peut pas dire pour autant que <em>Pillion </em>marque la naissance d’un auteur : c’est un premier film indépendant solidement charpenté mais sans véritable singularité formelle, d’une modestie assumée jusque dans sa fin ouverte, forcément déceptive. S’il convainc, c’est par la finesse (toutes proportions gardées : on parle d’un film où des <em>bikers</em> tatoués et piercés s’enfilent des soumis alignés en rang d’oignon, les fesses à l’air, sur une aire de pique-nique) avec laquelle il aborde son sujet. Laugton évite à la fois la satire grasse des pratiques SM (la drôlerie du film naît plutôt de l’adorable naïveté de Colin et de ses parents <em>normies</em>) et les explications psychanalytiques à la mords-moi-le-nœud (le désir «&nbsp;<em>déviant&nbsp;</em>» ne sera, Dieu merci, jamais expliqué par des traumas passés). Au fond, <em>Pillion </em>raconte que la forme prise par la relation entre deux êtres – aussi incompréhensible soit-elle pour autrui – importe peu, tant qu’ils y trouvent réciproquement leur compte. La communauté des <em>bikers </em>n’est pas moins aimante ou solidaire que la famille tradi de Colin ; elle fonctionne simplement selon d’autres règles. Dans un beau retournement, Ray accepte pour Colin de jouer aux couples conventionnels le temps d’une journée. Mais la nature très ritualisée de leur après-midi galante (brunch, ciné, promenade au parc) ne paraît, en fin de compte, pas si différente des règles rigides de leur pacte sexuel. Jusqu’alors, c’était Colin que l’on sentait souffrir des limites imposées à leur relation. Un gros plan sur le visage de Skarsgård, les yeux emplis d’une infinie tristesse, raconte alors l’inverse : c’est Ray qui butte, à présent, sur son incapacité à répondre tout à fait aux attentes de l’homme qu’il aime.</p>
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		<title>Six regards contestataires du cinéma américain</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/six-regards-contestataires-du-cinema-americain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que peut le cinéma américain face à l’impérialisme agressif du second mandat de Donald Trump, les violences et exactions de l’ICE ou encore la montée des discours fascistes ? Plusieurs films hollywoodiens récents ont tenté, avec...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/six-regards-contestataires-du-cinema-americain/" title="Read  Six regards contestataires du cinéma américain">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Que peut le cinéma américain face à l’impérialisme agressif du second mandat de Donald Trump, les violences et exactions de l’ICE ou encore la montée des discours fascistes ? Plusieurs films hollywoodiens récents ont tenté, avec plus ou moins de réussite, de tendre un miroir aux États-Unis (</em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eddington</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mickey-17/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mickey 17</a><em>, etc.). En élargissant le spectre, d’autres tentatives, plus confidentielles et à la marge de l’industrie, s’inscrivent dans cette dynamique : cet article propose de revenir sur six cinéastes américains, dont les œuvres critiques, contestataires ou militantes élaborent différentes stratégies formelles et politiques pour sonder leur pays.</em></p>
<h2>Deborah Stratman — Le politique à l’échelle géologique</h2>
<p>En 2016, alors que l’actualité des États-Unis est accaparée par la campagne présidentielle qui conduira Donald Trump à la Maison-Blanche, Deborah Stratman réalise <em>The Illinois Parables</em>, une méditation historique sur le pays à partir de son État natal, l’Illinois – souvent considéré comme une sorte d’« États-Unis en miniature ». Le film opère un changement de focale radical, dans lequel le présent apparaît comme un palimpseste superposant différentes strates historiques accumulées du VIIᵉ au XXᵉ siècle. Cette approche quasi géologique s’incarne dans la structure même du film, composé de onze paraboles numérotées comme autant de couches sédimentées au fil du temps : du déplacement forcé des Cherokee à celui des Mormons ; des tornades dévastatrices des années 1920 aux premières expériences nucléaires des années 1940 ; des incendies dits « paranormaux » de Macomb à l’assassinat de Fred Hampton. Ces paraboles ne sont pas racontées à proprement parler mais émergent à partir de l’enregistrement de traces matérielles inscrites dans les paysages contemporains (noms de routes, plaques commémoratives, fresques murales, vestiges architecturaux, etc.). Si la démarche s’inscrit dans une tradition du cinéma expérimental (Peter Hutton, James Benning, Heinz Emigholz) où l’histoire se donne à lire dans l’observation patiente de la topographie et des infrastructures, Stratman s’en distingue par un montage plus hétérogène. Elle intègre ici de nombreux éléments de natures diverses (extraits de journaux, documents scientifiques, archives filmiques) qu’elle accompagne d’une bande sonore entremêlant des archives audio à des musiques et bruitages. <em>The Illinois Parables</em> repose ainsi sur une esthétique de l’agrégation, aussi bien à l’échelle des séquences qu’à celle du film dans son ensemble. L’enjeu de cette stratigraphie consiste à opposer à la logique linéaire et simplificatrice du roman national celle de fragments révélant les disjonctions des grandes dynamiques humaines, économiques et environnementales. La figure de la superposition incarne formellement cette perspective historique, que ce soit par la dissociation du son et de l’image ou par l’accumulation de différentes couches visuelles. Les temporalités s’imbriquent entre elles, si bien que le passé refait parfois surface sur le mode de la hantise. Ainsi de la parabole sur les Cherokee, qui débouche sur un plan enneigé dans un parc où des enfants jouent à la luge : filmée depuis un buisson, la scène paraît observée par des fantômes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331833 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg" alt width="960" height="720" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables.jpg 960w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables-300x225.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Illinois-Parables-768x576.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px"></a>
<h2>James Benning — Politiques de la durée</h2>
<p>Figure majeure du cinéma expérimental (et influence importante de Deborah Stratman), James Benning est connu notamment pour ses longs plans fixes de paysages. La dimension politique de son cinéma ne se manifeste dès lors pas sur le mode du discours engagé, mais plutôt par le choix des lieux filmés : dans <em>Allensworth</em> (2022), il s’intéresse par exemple à la première municipalité californienne entièrement gouvernée par des Afro-Américains au début du XXe, devenue par la suite un musée à ciel ouvert. La politique chez Benning s’incarne ceci dit peut-être avant tout dans sa façon de solliciter à la fois l’attention sensible du spectateur et sa curiosité intellectuelle par le truchement d’une durée qui laisse le temps à une pensée de se déployer. <em>Allensworth</em> se compose ainsi de douze plans fixes de cinq minutes chacun, tandis que les seuls éléments de contextualisation sont un carton d’ouverture laconique (« Allensworth, est. 1908 »), puis trois citations : deux chansons (« Blackbird » de Nina Simone et « In the Pines » de Lead Belly) et une récitation de poèmes de Lucy Clifton par une jeune fille noire vêtue d’habits d’époque. Face au défilé de bâtiments, correspondant chacun à un mois de l’année, se dégage une étrange impression fantomatique : les édifices érigés au milieu du désert semblent à la fois des vestiges du passé mais sont en même temps trop bien entretenus pour être simplement abandonnés. À rebours d’une logique muséale, où la commémoration a une fonction consolatrice ou réparatrice, Benning fait ressentir le poids de l’histoire qui habite les images pour les recouvrir d’un voile d’inquiétude.</p>
<p>Au sein de son œuvre, une réalisation à part témoigne d’un rapport plus abrasif à ce rôle déterminant de la durée : son installation vidéo <em>glory</em> (2019). Ce film de <em>found footage</em> consiste en un plan unique de deux heures enregistré par une caméra de vidéosurveillance météo installée sur la Frying Pan Tower, un ancien phare au large de la côte de Caroline du Nord. Il montre la désintégration progressive du drapeau américain face à l’océan Atlantique, frappé par les vents et la pluie de l’ouragan Florence en 2018. En lambeaux, le drapeau est également déformé par les ondulations créées par l’eau sur l’objectif, accentuant sa défiguration. Dans la lignée du <em>Film-tract n°1968</em> de Godard et Gérard Fromanger, où le rouge du drapeau français se transformait en coulée de sang au moment où la répression policière frappait les manifestations de 1968, glory est un pamphlet visuel, procédant à une lente attaque figurative et métaphorique du pouvoir américain – idée renforcée par le titre ironique en lettres minuscules. Le temps devient ici un instrument destructeur ; si Benning filme l’<em>American flag</em>, c’est pour contempler son ensevelissement par les ténèbres de la nuit.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331834 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-scaled.jpg" alt width="2560" height="730" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-300x86.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-1024x292.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-768x219.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-1536x438.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-2048x584.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-980x280.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Benning-collage-2000x570.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>John Gianvito — Mémoire des luttes</h2>
<p>Avant d’être cinéaste, John Gianvito fut conservateur et programmateur au Harvard Film Archive. Sa démarche cinématographique s’inscrit dans le sillon direct de ce travail : il s’agit de combattre l’oubli et les omissions délibérées sur lesquels se construit le récit national. L’idée s’applique aussi bien à ses films d’intervention au présent (comme son diptyque <em>For Example, the Philippines</em>, qui met en lumière les conséquences environnementales désastreuses de l’impérialisme américain, volontairement ignorées ou effacées par le gouvernement) que dans ses documentaires historiques, dédiés à la mémoire des luttes passées. Son film le plus célèbre, <em>Profit Movie and the Whispering Wind</em> (2007), en constitue l’exemple le plus frappant : composé de plans fixes sur des stèles commémoratives de luttes sociales, dont plusieurs sont délabrées ou recouvertes par la nature, il célèbre ces épisodes en s’opposant à leur effacement. Son dernier film en date, <em>Her Socialist Smile</em> (2020), s’inscrit dans une perspective analogue. Le film dresse le portrait d’Helen Keller, aveugle et sourde dès l’âge d’un an et demi, devenue aux États-Unis une figure majeure de la défense des droits des personnes handicapées, avant d’être largement popularisée par <em>Miracle en Alabama</em> d’Arthur Penn. Gianvito s’attache à un pan essentiel de sa vie longtemps relégué dans l’ombre : ses activités de militante socialiste radicale, qu’elle fut contrainte de mettre en sourdine au moment où elle accéda au statut de personnage public.</p>
<p>S’est posé un défi de taille pour le cinéaste : aucune archive visuelle ne témoigne directement de ses activités militantes. Face à cette absence, Gianvito élabore des stratégies esthétiques qui ne cherchent pas à colmater ce manque, mais travaillent à partir de lui. Le dispositif du film repose ainsi sur l’enchevêtrement de trois régimes d’images principaux, chacun participant à recomposer le récit d’une vie, quelque chose de sa présence ou de sa pensée. D’abord, Gianvito filme sa narratrice, Carolyn Forché, en train de lire un texte qu’il a lui-même écrit à partir de ses recherches sur Keller. Ensuite, de nombreux plans de nature accompagnent la voix off (on comprend à la fin qu’il s’agit de l’environnement autour de la maison où Keller vécut un temps avec son éducatrice Anne Mansfield Sullivan). Enfin, le film accorde une place centrale à de longs panneaux reproduisant des extraits des écrits les plus subversifs et abrasifs de Keller, restituant à sa pensée une radicalité longtemps neutralisée. À plusieurs reprises, elle souligne à quel point la lecture des écrits socialistes radicaux a constitué pour elle une véritable expérience de vie, non seulement intellectuelle mais aussi physique, qu’elle met en parallèle avec des sensations particulièrement intenses procurées par ses promenades forestières. La densité théorique du film se combine ainsi à une expérience sensorielle décuplée par l’usage de plans rapprochés sur divers éléments naturels (des braises, des pelages d’animaux, des stalactites au soleil, etc.). Gianvito cherche dès lors à transposer son être-au-monde dans un montage où penser et sentir relèvent d’un même mouvement.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331835 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg" alt width="2560" height="705" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-300x83.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-1024x282.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-768x212.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-1536x423.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-2048x564.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-980x270.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Gianvito-collage-2000x551.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Travis Wilkerson — Déconstruire son héritage</h2>
<p>Cinéaste militant, Travis Wilkerson interroge dans plusieurs de ses films sa position d’homme blanc né aux États-Unis à la fin des années 1960, afin d’examiner son héritage et retracer son histoire familiale en lien étroit avec celle de son pays. Le diptyque informel consacré à son père, <em>Distinguished Flying Cross</em> (2011) et<em> The Fuckee’s Hymn</em> (2023), s’intéresse aux décorations militaires obtenues par ce dernier durant la guerre du Vietnam afin de déconstruire la notion d’héroïsme valorisée par l’histoire officielle et utilisée pour masquer la violence coloniale de l’impérialisme américain. Dans cette même veine autobiographique, <em>Did You Wonder Who Fired the Gun?</em> (2017) est un film d’enquête qui revient sur le meurtre de Bill Spann, un homme noir, commis en 1946 par l’arrière-grand-père du cinéaste, Samuel E. Branch. Alors qu’il retourne en Alabama, son État natal, Wilkerson précise de manière autoréflexive que l’enjeu n’est pas de retracer l’histoire de son aïeul. Contrairement à Bill Spann, sa vie est bien documentée : sa sépulture, ses apparitions sur des photos de famille ou des <em>home movies </em>en témoignent. Wilkerson cherche plutôt à rassembler le maximum d’informations sur la victime et à retrouver l’endroit où elle a été enterrée anonymement. L’histoire personnelle du cinéaste devient une illustration concrète de l’inégalité raciale qui perdure de façon <em>post-mortem</em> : le descendant de l’homme blanc se retrouve à filmer des tombes anonymes, à la recherche d’un homme oublié dont la seule trace est son certificat de décès.</p>
<p>Si Travis Wilkerson partage avec John Gianvito la conviction que le cinéma doit investir politiquement la mémoire afin d’en faire un moteur contestataire face aux urgences du présent (tous deux ont d’ailleurs contribué au film collectif <em>Far From Afghanistan</em>, inspiré du modèle de <em>Loin du Vietnam</em>), il s’en distingue par une démarche plus frontalement activiste, multipliant les dispositifs plastiques et discursifs pour interpeller directement le spectateur. Dans <em>Did You Wonder…</em>, il mobilise des procédés d’agit-prop afin d’actualiser explicitement le lien entre son enquête et le temps présent du documentaire, marqué par le mouvement Black Lives Matter. L’hymne « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fumaCsQ9wKw" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hell You Talmbout</a>&nbsp;» de Janelle Monáe, qui énumère les noms de Noirs récemment tués aux États-Unis, est repris comme un refrain ponctuant le documentaire. Wilkerson prolonge l’injonction à « <em>dire les noms</em> » en inscrivant le texte de la chanson à l’écran, accompagné d’un effet typographique qui suit la scansion des paroles. À la fin du film, le chant retentit une dernière fois, mais un silence remplace le moment où le nom d’une victime doit être prononcé, tandis qu’à l’écran, une légende indique : «&nbsp;<em>Bill Spann, say his name</em>&nbsp;». Projeté sous forme de performance aux États-Unis, le film est conçu pour se clôturer sur le chant du public, qui vient enrichir la litanie de «&nbsp;Hell you Talmbout&nbsp;» du nom de l’une des victimes oubliées du racisme endémique américain. L’enjeu est clair : il ne s’agit pas de réparer les violences du passé de façon consensuelle, mais de les intégrer aux luttes présentes, en élaborant une conscience historique commune.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331836 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="711" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-300x83.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-1024x285.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-768x213.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-1536x427.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-2048x569.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-980x272.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Wilkersoncollage-2-2000x556.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Kevin Jerome Everson — Au ras du quotidien</h2>
<p>Artiste prolifique, Kevin Jerome Everson est l’auteur de plus d’une centaine de films aux formats très variables. Son œuvre relève d’un cinéma portraitiste et comportemental, qui s’intéresse au quotidien, à la banalité des existences, en particulier au sein de la classe populaire afro-américaine : un entraînement de football américain dans les trois minutes de <em>Union</em>, sept minutes consacrées à un garçon faisant du roller sur la Black Lives Matter Plaza à Washington D.C. dans <em>The I and S</em> <em>of Lives</em>, ou encore neuves heures dévolues à une journée de travail en usine dans <em>Park Lanes</em>. L’ensemble de sa filmographie constitue un répertoire assez vertigineux de gestes filmés dans leur pure immanence, sans commentaire ni dramatisation. En apparence anodines, les actions filmées charrient des dynamiques politiques, non en tant que revendications identitaires ou militantes, mais dans leur façon d’aménager et de préserver des espaces collectifs.</p>
<p>Parmi ses films les plus connus,<em> Tonsler Park</em> (2017) suit la journée d’élection du 9 novembre 2016 dans un bureau de vote de Charlottesville, situé dans le quartier afro-américain de Tonsler Park. Le film se compose d’une série de longs portraits des employés accueillant les électeurs, qui contrôlent et distribuent les bulletins. Les plans, très longs et souvent fixes, restituent le déroulement de la journée et font apparaître aussi bien la fatigue que la concentration de chacun. Everson déplace ainsi l’enjeu de l’élection loin du spectacle des débats médiatiques, pour le montrer au plus près du travail des gens ordinaires, invisibles et souvent ignorés. Outre la longue durée des prises, deux choix esthétiques déterminent l’expérience phénoménologique singulière proposée par le film : la bande-son, constituée uniquement de bruits ambiants (un doux brouhaha ponctué de quelques « <em>good morning</em> » ou «<em> thank you</em> ») occulte les échanges des personnes filmées, tandis que la texture granuleuse du 16 mm, combinée à l’usage d’une longue focale, floute ce qui entoure les visages. L’abstraction devient ici la condition pour aiguiser le regard : plutôt que de percevoir une action unifiée, le spectateur devient sensible à la multitude de micromouvements qui la composent – un regard fatigué qui se perd dans le vide avant de se ressaisir, un modeste effort que demande une mimique de politesse envers un électeur, une main se grattant le visage, etc. Tous ces détails, habituellement neutralisés par notre appréhension ordinaire des choses, se révèlent devant la caméra behavioriste d’Emerson, donnant accès à la dimension infinitésimale de l’expérience. L’exigence et la droiture qui traverse l’ensemble de ces gestes acquiert une résonance politique particulière au regard du contexte électoral de ces dix dernières années : dès sa première campagne, Trump avait régulièrement remis en question <a href="https://www.theguardian.com/us-news/2016/oct/16/donald-trump-rigged-election-poll-giuliani-gingrich-pence?" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la fiabilité des bureaux de vote situés dans des quartiers à forte population afro-américaine</a>, les accusant de manipuler le résultat des urnes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331837 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1024x379.jpg" alt width="1024" height="379" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1024x379.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-300x111.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-768x284.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-1536x568.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-2048x757.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-980x362.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Everson-collage-2-2000x740.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></a>
<h2>Khalik Allah — Liturgie des marges</h2>
<p>Photographe et cinéaste new-yorkais, Khalik Allah pratique un art portraitiste relevant toutefois d’une démarche radicalement différente de celle d’Everson. D’abord, par le choix de ses sujets : il ne s’intéresse pas à la classe populaire, mais aux populations marginales prises dans la spirale de la drogue et exposées aux violences policières, en particulier les sans-abris et toxicomanes qui peuplent les rues nocturnes d’Harlem. Ensuite, son esthétique s’inscrit dans le prolongement d’une certaine tradition photographique qui remonte au moins à Walker Evans : les personnes qu’il filme posent souvent devant la caméra, fixant l’objectif avec intensité. La proximité empathique est par ailleurs renforcée par une forte stylisation, qui joue sur des jeux de clairs-obscurs et des contrastes prononcés pour faire ressortir les reflets des lumières urbaines sur la peau. Dans ses moyens et longs-métrages (notamment son film-fleuve de 2020,<em> I Walk on Water</em>), il utilise de nombreux supports filmiques (Super 8, 16 mm, image numérique ou MiniDV), tout en alternant d’un plan à l’autre entre la couleur et le noir et blanc. La diversité des textures crée un effet kaléidoscopique permettant au quartier et ses habitants d’apparaître sous un nouveau jour. Le geste esthétique répond ainsi directement à une exigence éthique et politique : contre une logique stigmatisante, qui assignerait à un groupe social un mode de visibilité unifié et déterminé, Allah entend filmer autrement une population hétérogène. La forme chorale vise à accueillir la richesse sensible des expériences, se composant d’un agrégat de portraits, au sein desquels chaque personne a la possibilité de se mettre soi-même en scène. En résulte une investigation ambivalente de la notion d’identité, qui conjugue une perspective collective avec le souci de préserver les singularités individuelles. La bande sonore joue à ce titre un rôle décisif : elle entrelace tout au long du film un ensemble de voix asynchrones, aux dictions et accents très différents. Allah fabrique ainsi une sorte de flux de conscience polyphonique, au sein duquel, pour reprendre une distinction de Jacques Derrida, chacun <em>participe </em>d’une identité commune sans strictement lui <em>appartenir</em>. La forme composite obtenue acquiert une ampleur opératique qui opère une célébration liturgique des marges.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331838 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg" alt width="2560" height="732" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-300x86.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-1024x293.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-768x220.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-1536x439.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-2048x585.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-980x280.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/Allah-collage-2-2-2000x572.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
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		<title>La fabrique de la couleur : Riton Dupire-Clément, chef décorateur</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-riton-dupire-clement-chef-decorateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-riton-dupire-clement-chef-decorateur/" title="Read  La fabrique de la couleur : Riton Dupire-Clément, chef décorateur">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Quatrième invité : Riton Dupire-Clément, chef décorateur de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/ma-loute-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ma Loute</a><em>, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-verite-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Vérité</a> <em>ou </em>Illusions perdues<em> et président de l’Association des Décorateurs de Cinéma.</em></p>
<p><b>Au fil des précédents entretiens de cette série, il a beaucoup été question des échanges au sujet de la couleur entre les différents postes artistiques. Quelle est la position du chef décorateur dans ces discussions ?</b></p>
<p>Le processus n’est jamais tout à fait identique d’un film à l’autre, car il dépend de la façon dont travaillent mes interlocuteurs principaux, le réalisateur et le chef opérateur. J’ai souvent une idée de la tonalité des couleurs dès la lecture du scénario, avant même de commencer à discuter avec le cinéaste. J’ai pris pour habitude de rédiger une fiche de lecture résumée et critique du scénario dans laquelle j’expose ma vision de l’histoire et du rapport des personnages aux décors. Cette base de travail nous permet de déterminer d’emblée si nos visions s’accordent ou au contraire divergent – et à quel degré – sur l’interprétation des décors. Je considère que je suis davantage au service du scénario que du réalisateur, à qui il m’arrive de proposer des clefs de lecture qui lui auraient échappé, même lorsqu’il est aussi le scénariste. Cet élargissement du champ des possibles est au centre de mon métier, comme les autres postes créatifs sur un film. Lors de ces conversations, les <em>moodboards</em> préparés pour le cinéaste permettent d’orienter les teintes et matières principales qui seront utilisées. De leur côté, les créateurs de costumes ont également ce type d’échanges avec le réalisateur, mais c’est plus tard que je collabore activement avec eux, afin de coordonner les interactions des couleurs et des tissus avec le mobilier, décor par décor.</p>
<p><b>Au-delà de ces </b><em><b>moodboards</b></em><b>, quelle place occupent vos propres références visuelles ?</b></p>
<p>La lecture d’un scénario convoque chez moi des références picturales assez nettes, qu’il s’agisse d’une peinture en particulier ou du travail général d’un ou plusieurs peintres. Lorsque j’ai découvert le scénario de<em>&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/camille-claudel-1915/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Camille Claudel 1915</a></em> de Bruno Dumont, puis lors des premières recherches iconographiques sur l’hôpital de Montevergue où fut internée Camille Claudel, les tableaux d’Édouard Vuillard me sont venus à l’esprit pour les papiers peints du salon et de la salle à manger.</p>
<div id="attachment_331686" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331686" class="size-full wp-image-331686" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg" alt width="2560" height="664" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-300x78.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-1024x266.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-768x199.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-1536x399.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-2048x532.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-980x254.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.1-2000x519.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331686" class="wp-caption-text"><em>Camille Claudel 1915</em> | © ARP Sélection ; Édouard Vuillard, <em>La balayeuse, 346 rue Saint-Honoré</em>, 1895</p></div>
<p>Pour les décors qui devaient être plus arides, comme la chambre de Camille, j’ai immédiatement pensé aux toiles de Giorgio Morandi, pour leur côté terreux et dénudé, ainsi que la façon dont la chaux peut retranscrire simultanément des couleurs chaudes et froides.</p>
<div id="attachment_331687" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331687" class="size-full wp-image-331687" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg" alt width="2560" height="625" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-300x73.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-1024x250.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-768x187.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-1536x375.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-2048x500.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-980x239.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage1.2-2000x488.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331687" class="wp-caption-text"><em>Camille Claudel 1915</em> | © ARP Sélection ; Giorgio Morandi, <em>Natura Morta</em>, 1944</p></div>
<p>Ce dialogue autour de la chaleur ou de la froideur des couleurs arrive très vite avec le réalisateur, souvent bien avant que je ne rencontre le chef opérateur. Il permet d’orienter le regard avant que nous entamions les échanges à trois.</p>
<p><b>Toutes vos références visuelles sont-elles aussi précises ou certaines sont-elles plus abstraites ?</b></p>
<p>Elles sont très liées à la peinture d’une manière générale, mais aussi à la photo, au cinéma, voire à des souvenirs. Quelque part, l’ensemble de cette partie de mon travail est un peu abstrait : la mémoire peut se fonder sur une certaine véracité, mais elle comporte toujours une dose d’idéalisation. Cette part d’interprétation s’applique aussi au souvenir d’un film, d’un reportage, d’une photographie… J’ai continuellement l’impression de faire appel à des souvenirs précis qui s’avèrent être en vérité des interprétations très libres de choses vues ou vécues. C’est cependant la peinture qui m’a familiarisé avec les possibilités d’accords, de mariage et de complémentarité des couleurs. C’est d’ailleurs au sein d’une équipe de peinture que je suis entré dans le monde du cinéma.</p>
<p><b>La façon dont sont perçus vos décors dépend de la lumière qui les éclaire. Comment orientez-vous le travail du chef opérateur pour qu’il ne dénature pas le vôtre ?</b></p>
<p>La lumière fait évidemment partie intégrante d’un décor ; elle en exprime la force et le caractère. Le travail avec le chef opérateur ne diffère pas tellement de celui que j’entreprends avec le réalisateur : je lui détaille mes intentions de couleurs et de matières, ainsi que leurs implications pratiques. Je fais en sorte de faciliter le travail de la lumière, ou en tout cas de la justifier au mieux dans les décors, en y intégrant un maximum de sources lumineuses. Mais si je suis à l’écoute des envies et des besoins du chef opérateur, il importe également que mon travail soit respecté : un éclairage en douche ou des abat-jours translucides qui diffusent beaucoup de lumière peuvent être mortifères pour un décor. Je refuse que l’on fasse n’importe quoi sous prétexte d’arranger la lumière, comme cela peut arriver dans des conditions d’éclairage limitées. Je dois parfois lutter contre les logiques d’embellissement de l’image qui vont à l’encontre du réalisme : par exemple, je ne vois pas pourquoi il faudrait augmenter la luminosité alors que la scène se passe en plein jour ou au milieu de l’été ! Un décor sert souvent la description d’une époque, ou du statut social d’un personnage : en détournant l’usage des sources lumineuses intégrées, on perd cette valeur de narration.</p>
<p><b>Le chef opérateur ne saurait être tenu pour seul garant du respect des couleurs, comme l’ont montré les précédents entretiens de cette série. Comment vous assurez-vous qu’une teinte choisie passera bien à l’image finale telle que vous l’avez conçue ?</b></p>
<p>C’est clairement l’un des points faibles de notre profession. En ce qui me concerne, je n’ai jamais été convié à l’étalonnage, qui est l’apanage du chef opérateur. L’outil informatique permet pourtant aujourd’hui de triturer l’image avec une précision inouïe et donc d’altérer plus que de raison certaines teintes du décor. Mais cela arrive aussi à d’autres étapes du processus créatif : comme je suis rarement présent lors du tournage, je constate parfois <em>a posteriori</em> que certaines couleurs ont été dénaturées par la lumière créée sur le plateau. L’étalonnage peut amplifier ce décalage – en faisant perdre sa superbe à un rouge, ou virer un bleu au vert… Bien heureusement, ces déconvenues ne se retrouvent pas sur tous les projets. Chaque film est un pari : il faut que le chef opérateur respecte mes idées initiales, que le réalisateur tienne compte des intentions données aux couleurs dans les décors et qu’il insuffle cette dynamique aux autres sources de couleurs, notamment les costumes.</p>
<h2>La couleur comme outil</h2>
<p><b>Préférez-vous travailler la couleur en composant des décors de toutes pièces ou en utilisant des décors naturels ?</b></p>
<p>Ces deux exercices sont tout aussi intéressants, mais pour des raisons différentes : le studio permet d’imaginer et de modeler au gré de ses envies tout en se conformant aux exigences du scénario. Au contraire, le décor naturel impose lui-même ses limites, mais ces contraintes forcent à penser différemment, à contourner les obstacles, voire à simplifier une idée. Il en ressort presque toujours une amélioration de l’intention de départ. J’ai en tête un exemple qui se trouve être un mélange de ces deux types de décor, où c’est précisément la couleur qui a fait la différence : sur <em>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan</em> de Ken Scott, nous avions une série de vignettes à faire dans différents cabinets de médecins consultés par le personnage principal et son jeune fils handicapé. Il s’agissait de montrer combien les visites successives étaient nombreuses et improductives. Naturellement, il était trop onéreux de fabriquer autant de décors pour des scènes si courtes et il était impossible de trouver autant de variété dans un même lieu. J’ai donc eu l’idée de créer en studio un cabinet de médecin très simple, assez impersonnel : une pièce carrée avec une fenêtre derrière le bureau. J’ai proposé de garder scrupuleusement le même décor pour chaque médecin, sans rien toucher, à part les rideaux de la fenêtre, dont la couleur variait au gré de la tenue – et surtout de la cravate – du médecin assis devant. La succession de ces quatre décors quasiment identiques appuie l’idée de répétition et de vacuité des consultations, en créant un effet comique un peu décalé.</p>
<div id="attachment_331688" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331688" class="size-full wp-image-331688" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg" alt width="2560" height="1071" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-1024x428.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-768x321.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-1536x643.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-2048x857.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-980x410.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage2-2000x837.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331688" class="wp-caption-text"><em>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan</em> | © Gaumont</p></div>
<p><b>Comment s’organise votre travail sur des reconstitutions historiques ? Vous autorisez-vous une prise de liberté sur les matières et les couleurs utilisées, ou aspirez-vous à la plus grande véracité historique ?</b></p>
<p>Le travail sur un film d’époque est un exercice de style passionnant. C’est comme marcher sur une ligne de crête : on s’astreint à restituer une époque et une certaine vérité historique, tout en sachant qu’on est plus proche d’un « réalisme » que d’une « réalité ». On compose en permanence entre la connaissance historique et l’inévitable part de relecture, voire de transgression de celle-ci. Cela s’applique autant aux objets, aux meubles ou à des éléments d’architecture qu’aux motifs, aux matières et aux couleurs. En général, sauf si le scénario ou le réalisateur le demandent, je tâche de ne pas exacerber ces pas de côté. Cependant, je peux parfois me permettre de rendre crédible une interprétation, notamment lorsqu’il s’agit d’appuyer une symbolique ou une référence s’apparentant à une autre époque. Je pense à deux exemples : dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-parfum-de-la-dame-en-noir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Parfum de la dame en noir</em></a> de Bruno Podalydès, qui se déroule dans les années 1920, un personnage invente un sous-marin à énergie solaire, ce qui est évidemment anachronique. J’ai toutefois pris le parti de le construire avec des matériaux et des possibilités d’époque : un foudre de vin et des bassines démesurées, un capteur solaire avec une base en bois et des miroirs classiques… Le résultat pouvait ainsi passer pour crédible au sein des autres décors. De même, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/illusions-perdues-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Illusions perdues</em> </a>de Xavier Giannoli tourne autour de la presse dans les années 1820, une époque où le concept de rédaction comme lieu de fabrication d’un journal n’existait pas vraiment ; les journaux n’étaient souvent constitués que d’une feuille et les rédacteurs étaient assez peu nombreux. Nous avons assumé la création d’une sorte d’<em>open space</em> avec beaucoup de journalistes, incluant une presse, un espace de composition et différents bureaux. Je voulais néanmoins rendre cet espace improbable crédible pour l’époque, en jouant sur l’architecture, les matières, les couleurs ; d’où la recherche d’un lieu ancien, bas de plafond, avec des murs que l’on puisse chauler et un sol brut en tomettes, conforme aux vieux immeubles du Paris pré-haussmannien.</p>
<div id="attachment_331689" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-331689" class="size-full wp-image-331689" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg" alt width="2560" height="616" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-300x72.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-1024x246.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-768x185.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-1536x370.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-2048x493.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-980x236.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CouleurRDupireClement-Montage3-2000x481.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-331689" class="wp-caption-text"><em>Illusions</em> <em>perdues</em> | © Gaumont ; photographie personnelle de Riton Dupire-Clément</p></div>
<p><b>Y a‑t-il des « signatures » parmi les chefs décorateurs ?</b></p>
<p>Je ne suis pas certain qu’on puisse parler de signature, car notre travail est celui d’un caméléon, au service de projets sans cesse renouvelés. Cela suppose de ne pas avoir de marque de fabrique, de « trucs » trop visibles, sinon on risque de ne pas se mettre au service du film concerné. Un décor réussi est un décor dont on oublie qu’il s’agit d’un décor, dont on ne soupçonne pas le travail. Je crois que c’est plutôt cet accomplissement qui fait que certains décorateurs sont recherchés et convoités.</p>
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		<title>A Fidai Film</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:29:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A Fidai Film puise sa matière dans une constellation d’archives conservées par les Forces de défense israéliennes, dont certaines sont issues du centre de recherches de la Palestine de Beyrouth, pillé en 1982. Reportages télévisés,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/" title="Read  A Fidai Film">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>A Fidai Film </em>puise sa matière dans une constellation d’archives conservées par les Forces de défense israéliennes, dont certaines sont issues du centre de recherches de la Palestine de Beyrouth, pillé en 1982. Reportages télévisés, photographies, entretiens, documents institutionnels : ces fragments, produits par des Palestiniens, Israéliens ou Libanais, ont pour point commun d’avoir été confisqués, classés et conservés par l’appareil militaire israélien. À partir de ce corpus<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331791_322('footnote_plugin_reference_331791_322_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331791_322('footnote_plugin_reference_331791_322_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331791_322_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331791_322_1" class="footnote_tooltip">Les images ont été captées clandestinement, via les sites en libre accès des archives israéliennes et grâce à l’aide d’un universitaire israélien.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331791_322_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331791_322_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Kamal Aljafari opère un geste de réappropriation pour proposer moins une enquête historique qu’une réflexion sur la possibilité même d’élaborer un contre-récit à la propagande israélienne. Le titre du film condense d’ailleurs d’emblée l’enjeu du geste du cinéaste. « Fida’i » renvoie à l’hymne national palestinien, mais « fidai<em>&nbsp;</em>» (ou<em>&nbsp;</em>« fedayeen ») désigne aussi en arabe un combattant prêt au sacrifice. En Israël, le terme est traduit en hébreu par « saboteur ». Ce déplacement sémantique, qui transforme une figure de résistance en menace, dit déjà la bataille narrative dont ces images font l’objet.</p>
<p>Le cinéma palestinien, né dans le contexte d’une dépossession territoriale et symbolique, se voit logiquement traversé par l’enjeu de ses archives, notamment visuelles. L’une des conséquences du processus de destruction à l’œuvre dans la colonisation est cette injonction constante à justifier et historiciser son existence. Résister à ce discours implique souvent de se ressaisir des traces disponibles. Dans son drame historique <em>Palestine 36</em>, la cinéaste palestinienne Annemarie Jacir utilise par exemple l’intelligence artificielle pour animer des photographies datant des années 1930. Pour <em>A Fidai Film</em>, l’enjeu de la reconstitution est inscrit dans la nature même du récit. La forme de la narration est interrogée par un dispositif à rebours des canons du documentaire narratif classique ; pas de voix off, pas d’entretiens dépliant les enjeux ou de figures guidant les spectateur·rices. Le propos naît des frictions entre les plans et le film avance tantôt par associations, tantôt par retours. À plusieurs reprises, les archives sont striées d’interventions plastiques : des taches rouge vif recouvrent les corps de colons dans une publicité israélienne ; des flammes sont ajoutées aux maisons palestiniennes, etc. Ce geste, qui pourrait apparaître comme une altération, relève au contraire d’une logique de révélation : le rouge est à la fois la résurgence du sang caché et la clef pour reconquérir les images – c’est aussi le rouge de la chambre noire photographique, à partir de laquelle la violence pourra être mise au jour.</p>
<p>La force du film tient alors à son traitement de la matérialité de l’image, dans toute sa diversité : noir et blanc ou couleur, pellicule ou numérique – jusqu’aux <em>timecodes </em>qui persistent à l’écran,&nbsp; rappelant l’origine des documents. Cette dimension est aussi un rappel du risque de leur altération et de leur dissolution. À la fin du film, les images se déforment et laissent apparaître des silhouettes étirées, comme si elles allaient disparaître. Le geste du cinéaste trouve à cet endroit sa portée profondément politique. <em>A Fidai Film</em> n’est pas seulement un film de montage, mais bien de remontage : il travaille contre l’ordre premier des archives, leur classement et leur fonction probatoire. À la linéarité de la fable politique, Aljafari substitue une reconstruction. La tension du film réside dès lors dans son mouvement entre opacité et universalité ; si le puzzle qui se construit sous nos yeux n’est pas toujours simple à saisir, du fait de l’absence d’indication spatiale ou temporelle, c’est parce que l’espace qu’il s’attelle à mettre en exergue relève d’une autre logique : celle de la domination coloniale.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331791_322();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331791_322();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331791_322">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331791_322" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331791_322('footnote_plugin_tooltip_331791_322_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331791_322_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Les images ont été captées clandestinement, via les sites en libre accès des archives israéliennes et grâce à l’aide d’un universitaire israélien.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331791_322() { jQuery('#footnote_references_container_331791_322').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331791_322').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331791_322() { jQuery('#footnote_references_container_331791_322').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331791_322').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331791_322() { if (jQuery('#footnote_references_container_331791_322').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331791_322(); } else { footnote_collapse_reference_container_331791_322(); } } function footnote_moveToReference_331791_322(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331791_322(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331791_322(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331791_322(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-fidai-film/">A Fidai Film</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Parallax — Jugement à Nuremberg et Nuremberg</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-jugement-a-nuremberg-et-nuremberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331670</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le procès de Nuremberg de James Vanderbilt rappelle celui de Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer (1963). Certes, Nuremberg...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-jugement-a-nuremberg-et-nuremberg/" title="Read  Parallax — Jugement à Nuremberg et Nuremberg">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le procès de </em>Nuremberg <em>de James Vanderbilt rappelle celui de </em>Jugement à Nuremberg<em> de Stanley Kramer (1963).</em></p>
<p>Certes, <em>Nuremberg</em> (2026) et <em>Jugement à Nuremberg</em> (1963) ne mettent pas en scène le même procès : le film de James Vanderbilt se concentre sur le jugement des derniers officiels nazis en 1946, parmi lesquels Hermann Göring, tandis que celui réalisé par Stanley Kramer reconstitue le « procès des juges » tenu l’année suivante, qui condamnera les magistrats ayant mis en œuvre les lois antisémites. Leur visée narrative et discursive est cependant analogue : démontrer la culpabilité d’accusés niant leur connaissance des atrocités du Reich – qui nous sont rappelées, au mitan des procès, par l’utilisation d’images d’archives authentiques des camps de concentration. Pourquoi réveiller le souvenir des procès de l’Allemagne nazie ? Si <em>Nuremberg</em> et <em>Jugement à Nuremberg</em> avertissent sur « la banalité du Mal », ils procèdent selon des angles singuliers qui affinent l’horizon assez convenu d’une mise en garde (bien que celui-ci soit quelque peu martelé chez Vanderbilt, qui dresse plusieurs parallèles entre l’Allemagne d’alors et les dérives fascistes états-uniennes d’aujourd’hui<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331670_324('footnote_plugin_reference_331670_324_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331670_324('footnote_plugin_reference_331670_324_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331670_324_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331670_324_1" class="footnote_tooltip">Göring cite notamment un slogan hitlérien très proche du « <em>Make America Great Again</em> » trumpiste.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331670_324_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331670_324_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>).</p>
<p>Ainsi de la manière dont les cinéastes s’accommodent de la question de la langue, souvent épineuse dans le cas de films historiques calibrés pour le grand public américain et donc contraints de faire parler leurs personnages en anglais. Après une mise en place où l’on entend les personnages s’exprimer en allemand, Kramer et Vanderbilt vont rapidement tricher afin de troquer la langue de Goethe pour celle de Shakespeare. <em>Nuremberg</em> intègre cette donnée au récit, en imaginant que Göring (Russell Crowe) sait parler anglais, mais qu’il le dissimule de prime abord afin d’épier discrètement ses geôliers américains. Kelley, psychiatre de Göring, voit clair dans son jeu et poussera son patient à révéler la supercherie, ce qui marque dans le film le rapprochement des deux personnages. Kramer assume quant à lui cette convention, en mettant en scène – comme John McTiernan dans <em>À la poursuite d’Octobre rouge</em> (1990) ou <em>Le Treizième guerrier</em> (1999) – la bascule d’une langue à l’autre. Durant les premières prises de parole, Kramer détaille le processus de traduction interne au procès : les signaux lumineux pour interrompre les tirades trop longues, le box insonorisé où sont installés des interprètes, les casques sur toutes les oreilles pour entendre la traduction instantanée. Puis, quand l’avocat allemand Rolfe (Maximilian Schell) est appelé à la barre, la caméra s’élève au-dessus de la vitre du box des interprètes et un brusque zoom resserre le plan sur Rolfe, qui s’exprime dès lors en anglais – maintenant que nous avons compris comment s’organise le ping-pong entre les deux langues, le film nous en dispense et tout le monde parle la même.</p>
<p>À travers ces astuces, deux rapports à l’autre s’établissent. Chez Kramer, le peuple allemand tout entier constitue une source d’incompréhension – « comment ont-ils pu laisser faire de telles horreurs ? » serait la question du film – que l’appareil judiciaire va permettre d’éclaircir, en commençant par briser la barrière de la langue. Le zoom, isolant Rolfe au milieu de la grande machine judiciaire, indique de plus l’articulation que le film dépliera entre une échelle collective (le gouvernement nazi dont les juges, aujourd’hui sur le banc des accusés, furent les exécutants) et individuelle (la responsabilité de tous ceux qui ont facilité, par leur collaboration, l’application des doctrines antisémites). Dans le film de Vanderbilt, le fossé entre américains et nazis s’avère en revanche moins important : derrière les apparences, les deux camps parlent le même langage. Le choix d’un protagoniste psychiatre, plutôt que juge, déplace leur rapport sur un terrain interpersonnel. Le nazisme ne figure plus alors une inconnue insondable, mais arbore un visage humain. Là où <em>Jugement à Nuremberg</em> tente en 1963 d’élucider une période sombre de l’histoire pour en dresser le bilan, <em>Nuremberg</em>, en 2026, rappelle que les agents du fascisme sont plus proches de nous qu’on pourrait le croire.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331670_324();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331670_324();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331670_324">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331670_324" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331670_324('footnote_plugin_tooltip_331670_324_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331670_324_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Göring cite notamment un slogan hitlérien très proche du « <em>Make America Great Again</em> » trumpiste.</td></tr>

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		<title>Orwell : 2+2=5</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orwell-225/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>S’inscrivant dans la veine «&#160;archiviste&#160;» de Raoul Peck (I’m not Your Negro et Ernest Cole, photographe), 2+2=5 propose une « lecture » de George Orwell. Mais attention : le terme doit s’entendre ici dans son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/orwell-225/" title="Read  Orwell : 2+2=5">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>S’inscrivant dans la veine «&nbsp;archiviste&nbsp;» de Raoul Peck (<em>I’m not Your Negro</em> et <em>Ernest Cole, photographe</em>), <em>2+2=5</em> propose une « lecture » de George Orwell. Mais attention : le terme doit s’entendre ici dans son acception la plus littérale, et non comme une interprétation ou une analyse de son œuvre. L’écrivain pourrait même être crédité en tant que scénariste : son journal, rédigé à la fin de sa vie en Écosse, est lu par la voix off d’Eric Ruff, au timbre chaud et profond, qui donne l’impression de s’être égaré à une heure tardive sur les ondes de France Culture. À l’image, Raoul Peck brasse une masse importante d’archives venues du monde entier, du XXème siècle à aujourd’hui, pour illustrer les analyses politiques de l’auteur de <em>1984</em>. On y trouve aussi bien des archives familiales (pour accompagner les passages sur l’enfance de l’auteur), que des extraits de films, de journaux télévisés, de publicités, de documentaires amateurs ou encore des affiches et des photographies de guerre convoqués afin d’illustrer sa vision du totalitarisme. Orwell évoque la guerre ? Les ruines de Berlin en 1945, puis celles de l’Ukraine ou de Gaza aujourd’hui se succèdent alors à l’écran. Il écrit sur le pouvoir des dictateurs ? Défilent pêle-mêle les portraits de Hitler, de Staline, mais aussi de Poutine, Xi Jinping ou Trump. Telle est la thèse du film, martelée à chaque nouvelle séquence : Orwell était un visionnaire, il avait tout prévu.</p>
<p>On peut opposer à ce parti pris deux réserves. D’abord, cette manière d’appréhender l’œuvre n’est pas nouvelle – elle est même devenue un lieu commun que l’on retrouve dans les dissertations de philo au lycée. Ensuite, elle s’appuie sur le mythe convenu de l’écrivain visionnaire. Or, extrapolant ses diagnostics dans un univers fictif et futuriste, Orwell n’a rien prophétisé ; il a décrit, à partir des dictateurs de son époque, les mécaniques du totalitarisme dans une perspective structurelle. Que ses observations conservent une part de pertinence des décennies plus tard n’est donc pas si surprenant. Le constater avec componction, sans chercher à penser Orwell au présent (c’est-à-dire en confrontant ses constats aux mutations du contemporain) revient surtout à panthéoniser l’auteur, qui n’en a pourtant guère besoin. Les textes d’Orwell ont depuis longtemps quitté le champ littéraire pour entrer dans le langage courant – cf. par exemple le terme de « novlangue ». Par sa déférence,<em> 2+2=5</em> n’évite d’ailleurs pas le piège de l’antienne, comme le montre un trait formel récurent : en plus d’être lues, les citations les plus célèbres de l’écrivain sont inscrites à l’écran (dans une improbable police bariolée), comme réduites à de simples slogans publicitaires, voire à des mantras – «&nbsp;<em>La guerre, c’est la paix</em>&nbsp;», etc.</p>
<h2>1=1</h2>
<p>Si l’œuvre d’Orwell ne gagne donc pas grand-chose à cette mise en documentaire, les archives, elles, perdent de leur substance en étant passées à la moulinette discursive. Le titre du film rappelle une fameuse expression de Godard à propos du montage : « 1+1=3 », signifiant que la collision entre deux images distinctes en produisait une troisième. La formule qui conviendrait le mieux au film de Peck serait plutôt : 1=1, soit la simple égalité tautologique. Bien que le montage ratisse large (extraits de films, de journaux TV, de publicités, de documentaires amateurs, des photographies de guerre, etc.), cette diversité de matériaux se fond dans un flux homogène subordonné à l’illustration d’une thèse. Peck procède par énumération : les plans s’accumulent pour illustrer un concept général énoncé en commentaire (la société de surveillance, la misère, la militarisation des corps, etc.). L’ensemble donne l’impression d’avoir été construit à partir d’une recherche par mots-clés dans une vaste banque d’images universelle, où chaque fragment n’est plus envisagé pour ses propriétés plastiques mais pour sa valeur thématique. Dans ce diaporama redondant, la parole supplante donc l’image, mais cette hiérarchie révèle un paradoxe plus profond entre réel et analyse politique : les images du monde semblent convoquées pour glorifier la pensée d’Orwell, alors que celle-ci devrait justement, en principe, servir à mieux&nbsp; comprendre le monde.</p>
<p>Cette homogénéisation trahit par ailleurs une contradiction qui neutralise la portée du film : elle est le fruit de certains standards du documentaire télévisuel. En témoigne un procédé appliqué à l’ensemble des photographies : un léger zoom numérique qui vient recadrer l’image d’origine. Loin d’un usage critique qui viserait, par exemple, à attirer l’attention sur un détail pour renverser la structure préexistante de l’image, le mouvement vient toujours se concentrer sur l’élément saillant que la composition mettait d’emblée en valeur. Alors qu’il finit presque par devenir imperceptible à force d’être employé, ce zoom interpelle au moment où il est appliqué à la photographie, très médiatisée, du cadavre du petit Aylan, un enfant syrien de trois ans échoué sur une plage turque. Le procédé a cette fois un effet précis, celui de renforcer l’indignation produite par l’image, comme si elle n’était pas déjà suffisamment intolérable par elle-même. Si Peck est libre de ne pas respecter l’intégrité de l’archive, on peut s’interroger sur la motivation de ses manipulations. Ce type de recadrage a été maintes fois employé dans le cinéma militant d’agit-prop, auquel pourrait être affilié <em>2+2=5</em>. Le célèbre court-métrage pamphlétaire <em><a href="https://vimeo.com/426503747" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Now!</a></em> de Santiago Álvarez y recourait notamment pour figurer des scènes d’une grande violence : les crocs d’un chien enfoncés dans le corps d’un homme noir, le pied d’un policier blanc écrasant le visage d’un manifestant au sol, etc. Les zooms et dézooms très rapides, associés à un montage saccadé, y étaient mobilisés pour leurs propriétés cinétiques ; ils participaient d’une stratégie formelle visant à convertir la colère suscitée par ces images en mouvement de révolte, porté par le chant révolutionnaire de Lena Horne. Dans le cas de la photographie d’Aylan, le procédé relève davantage d’une convention télévisuelle prohibant l’image fixe au profit de la stimulation visuelle permanente, qu’il s’agisse d’une photographie de la famille Orwell ou d’un portrait de Donald Trump glané sur Google Images.</p>
<p>Ce formatage est palpable à plusieurs endroits : la musique omniprésente, les plans de drone, la typographie numérique mimant la machine à écrire, etc. Autant de procédés qui permettent certes d’insuffler du rythme, mais laissent peu de place pour penser : <em>Orwell : 2+2=5</em> conçoit avant tout le lien entre art et politique sur le mode du discours édifiant. À la fin du film, l’écran devient noir tandis que la voix off, citant Orwell, interroge d’un ton sentencieux : « <em>Commencez-vous à voir le monde tel que nous l’avons créé ?</em> » Par cet effet rhétorique performatif, l’écrivain s’adressait directement à ses lecteurs, validant par anticipation l’efficacité de ses démonstrations. Avec le fond noir, Peck s’approprie le procédé, comme s’il parlait&nbsp; lui aussi aux spectateurs du film. Mais l’effet manque sa cible : au lieu d’organiser un dessillement, le film a surtout recyclé deux heures durant la pensée d’un auteur déjà largement canonique.</p>
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		<title>Is This Thing On?</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/is-this-thing-on/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Maestro, film passé trop inaperçu, Bradley Cooper s’affirmait comme un metteur en scène&#160;; avec Is This Thing On?, on peut désormais le considérer comme un auteur. Mais qu’est-ce au juste qu’un auteur, cette étiquette...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/is-this-thing-on/" title="Read  Is This Thing On?">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maestro/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Maestro</em></a>, film passé trop inaperçu, Bradley Cooper s’affirmait comme un metteur en scène&nbsp;; avec <em>Is This Thing On</em><em>?</em>, on peut désormais le considérer comme un auteur. Mais qu’est-ce au juste qu’un auteur, cette étiquette qui n’a plus très bonne presse à l’heure où l’on détricote les abus de pouvoir d’artistes-tyrans ? L’erreur est qu’on l’envisage comme un créateur tout puissant, une figure démiurgique frappée du génie. Un auteur, c’est pourtant autre chose&nbsp;: moins l’inventeur d’une œuvre que le produit de sa cohérence interne. Bradley Cooper est un auteur parce que les trois films qu’il a réalisés à ce jour nouent un dialogue à partir duquel on peut commencer à entrevoir un rapport au monde et au cinéma – soit, pour Serge Daney, la définition d’un cinéaste. Trêve de sémantique critique, partons du début&nbsp;: Alex (Will Arnett) et Tess (Laura Dern) se séparent après vingt-cinq ans de mariage. La fin de leur histoire est actée dans un mélange de fatalité et de douceur, sur les cendres d’une complicité encore tiède. Le couple s’échappe d’une soirée entre amis avec un <em>space cookie</em> qu’ils partagent avant de se quitter, on le comprend, pour de bon. Alex semble éteint, KO debout, lorsqu’il dit au revoir à sa future ex-femme sur le quai d’un train de banlieue qu’il manque de prendre avec elle – les habitudes de vieux couple ont la vie dure. Cooper filme la scène dans la longueur, pour signifier le vide dont est saisi le personnage&nbsp;: et maintenant, que faire&nbsp;? Alex ne rentre pas chez lui, passe devant un bar&nbsp;; il se dit qu’il prendrait bien un verre, mais il lui faut d’abord payer 15 dollars, car il ne s’agit pas d’un établissement comme les autres, mais d’un <em>comedy club</em>, le fameux Comedy Cellar. L’entrée est toutefois gratuite, à condition de monter sur scène. Voilà comment tout s’amorce, par un homme légèrement <em>stone</em> qui veut tuer le temps et économiser quelques billets – on apprendra pourtant plus tard qu’Alex travaille dans la finance et qu’il gagne bien sa vie.</p>
<p>Et puis, un miracle s’opère. La caméra suit Alex monter sur la petite scène du club, sans décadrer vers le public attablé dans l’ombre. Hésitant, il commence à parler, avant d’esquisser quelques blagues sur sa vie maritale sinistrée. Une poignée de rires fusent, d’abord timides, ensuite un peu plus francs&nbsp;; le personnage ne s’en sort pas trop mal, puis c’est déjà terminé. Cette scène matricielle sera ultérieurement commentée par des habitués du lieu, qui jugeront la prestation d’Alex pas terrible, mais d’une innocence rafraîchissante. En tant que spectateur, cependant, on hésite&nbsp;: il y a bien quelque chose de merveilleux qui vient de s’opérer dans le dénuement de ce visage exposé à la lumière. Ce à quoi on vient d’assister, c’est au spectacle d’un homme se «&nbsp;rallumant&nbsp;» en direct parce qu’il verbalise simplement à voix haute ses constats désabusés et sa frustration de futur divorcé. Titre astucieux&nbsp;: si «&nbsp;<em>Is this thing on </em><em>?</em>&nbsp;» désigne de prime abord le micro du <em>stand-upper</em>, il renvoie en vérité ici à deux autres données, la flamme intérieure du personnage, puis son couple, qui va tour à tour switcher du «&nbsp;<em>off</em>&nbsp;» au «&nbsp;<em>on</em>&nbsp;» (dans la tradition de la comédie de remariage). Retenons l’essentiel&nbsp;: la «&nbsp;chose&nbsp;» du titre est un sentiment.</p>
<p>Celles et ceux qui ont vu les précédents films de Bradley Cooper reconnaîtront peut-être une modalité de séquence aperçue dans <em>A Star is Born</em>, premier film un peu terne mais témoignant déjà d’une attention remarquable envers les comédiens, et le très beau <em>Maestro</em>, qui organisait une circulation entre le spectacle et son envers, pour faire du monde non pas une scène (l’adage shakespearien repris par Hollywood «&nbsp;<em>All the world is a stage</em>&nbsp;»), mais des coulisses. Il est frappant de constater à quel point dans chacun de ses films, qui dressent pourtant le portrait d’artistes, Cooper s’intéresse peu au public. Contrairement à un certain cinéma académique destiné aux Oscars – pour prendre un exemple récent, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hamnet/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hamnet</a> </em>tombe les deux pieds dans cet écueil –, l’émotion ne se joue pas dans la mise en abyme d’une vibration collective, mais dans le surgissement d’un éveil intime dont les destinataires premiers ne sont pas les spectateurs et spectatrices. Comme Bernstein, Alex joue d’abord pour lui, et ensuite pour sa femme (mais sans le savoir&nbsp;; la scène qui les réunit au Comedy Cellar en sera d’autant plus belle). Et c’est parce que Cooper croit fermement en la possibilité qu’une scène puisse être le théâtre d’un miracle pour ses protagonistes qu’elle en devient un pour nous – le public, le vrai. Ce qui compte ici n’est pas la technicité de l’apprenti performeur, mais la manière dont la caméra observe un acteur comme on ne l’a jamais filmé. Will Arnett est très drôle (il l’a prouvé avec son rôle de magicien foireux dans <em>Arrested Development</em>), mais il n’a pas vraiment jusqu’ici été pris au sérieux, c’est-à-dire pour ce qu’il est. Pour ça, nul besoin de lui faire endosser un rôle dramatique ou de lui confier une partition lacrymale&nbsp;; Cooper s’attarde plutôt sur les fluctuations de son visage, le manque d’assurance de son regard, l’affirmation progressive de ses gestes, l’acclimatation croissante à une situation qui pourrait en décontenancer plus d’un. Il ne filme pas la naissance d’une star – Alex restera un amateur –, mais l’avènement d’un acteur et d’un personnage.</p>
<h2>De la sincérité</h2>
<p><em>Is This Thing On</em><em>?</em> n’a pas la finesse et l’élégance formelle de <em>Maestro</em>&nbsp;; il est même probable que Cooper revendique une modestie proche de la vision du stand-up que donne le film. En témoigne cette manière de construire le récit en une succession de tranches de vie ponctuées de fondus au noir, qui ramènent chaque petit bloc à une matière de scène intime, d’anecdote semblable à celles qu’Alex raconte sous les spotlights des <em>comedy clubs</em> qu’il fréquente assidûment. Les légers tremblements de la caméra (portée à l’épaule) ou les décadrages saccadés sont les marques d’une fébrilité qui cohabite toutefois avec une auscultation minutieuse des comédiens et comédiennes, en particulier le tandem Arnett-Dern. À bien des égards, <em>Is This Thing On</em><em>?</em> est une étude matrimoniale qui ménage un équilibre étonnant entre la patience dont sont capables deux époux soudés par l’écoulement des années et la cruauté du regard lucide que chacun porte l’un sur l’autre. Ce montage haché, oscillant entre séquences longuement dépliées et coupes abruptes, est par ailleurs un moyen de se concentrer sur l’essentiel. Du travail d’Alex, on ne verra par exemple que de vagues signes – ces élégants costumes qu’il porte de temps à autre –, pour cantonner l’étude du personnage à un triple décor&nbsp;: le couple, la famille (deux cadres qui à la fois se recoupent et sont dissemblables&nbsp;; une autre chose que le film déplie avec précision) et la scène de stand-up, figurée comme une extension directe de la vie intime du personnage. À la manière des glissements scéniques de <em>Maestro</em>, Alex transitera d’ailleurs au détour d’une séquence, de manière imperceptible, entre une chambre à coucher et le Comedy Cellar pour hurler sa rage.</p>
<p>Dans cette perspective, le stand-up s’affirme comme un moyen de se redresser en cultivant sa part de «&nbsp;<em>down</em>&nbsp;»&nbsp;; au cours d’un dialogue tardif, les deux époux se définiront d’ailleurs comme des «&nbsp;<em>downers</em>&nbsp;», des déprimés. On se souvient alors d’un autre moment clef du prologue, lors de la soirée entre amis où le couple Novak était convié. L’un des hôtes entrait dans le champ en se vautrant et en renversant une brique de lait sur un tapis. Ce n’est que lorsqu’il se redressait (<em>down and up</em>, là encore), drogué et un sourire implacable aux lèvres, qu’on découvrait son visage&nbsp;: celui de Bradley Cooper lui-même. Le cinéaste se caste ici dans un second rôle d’acteur de seconde zone qui joue en sous-main les marraines bienveillantes, donnant même à Alex la clef pour «&nbsp;renverser&nbsp;», littéralement (sans trop en dire&nbsp;: il lui faudra retourner sur elle-même une photo encadrée), la dynamique du divorce annoncé. À ce sujet, un mot sur un malentendu pénible&nbsp;: de manière incompréhensible, Cooper-cinéaste a outre-Atlantique une réputation de narcissique se donnant le beau rôle, sa performance empostichée de Bernstein lui ayant valu l’accusation de courir après un Oscar, alors même que le film se révélait surtout un cadeau magnifique offert à Carey Mulligan, son véritable centre. C’est mal comprendre Cooper que de lui prêter des intentions cyniques quand on voit ses films, animés par la même «&nbsp;innocence&nbsp;» que l’on trouve aux performances d’Alex. Cooper est l’inverse d’un cynique, parce qu’il croit. Il croit que du temps et de l’attention peuvent révéler un visage&nbsp;; qu’un homme englué dans une routine mortifère peut retrouver un élan en prenant la parole&nbsp;; qu’un couple peut réinventer un horizon amoureux en s’écoutant longuement&nbsp;; qu’une reprise enfantine de <em>Under Pressure</em> peut constituer un point d’orgue émotionnel, si tant est qu’on y mette du cœur à l’ouvrage. La qualité première de Cooper est sa sincérité&nbsp;; une qualité pas très estimée, que l’on met souvent en avant pour les maladroits volontaires, mais dont il tire la singularité de son regard et qui fait désormais de lui un cinéaste à part dans le champ du cinéma américain contemporain. Un autre exemple&nbsp;: le sourire béat dont accouche la dernière séquence parvient à esquiver le spectre du stéréotype parce qu’il est le produit d’un autre cliché, cette fois photographique. Ce dernier, qui immortalise de façon triviale le visage médusé de Tess, devient une preuve d’amour terminale en cela qu’il renvoie à une perception juste de son être. C’est tout ce qu’elle demandait, elle aussi&nbsp;: qu’on la regarde <em>vraiment</em>.</p>
<p><strong>N.B.&nbsp;</strong>: Dans sa critique d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ella-mccay/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Ella McCay</em></a>, Marin Gérard concluait ainsi son éloge de James L. Brooks&nbsp;: «&nbsp;<em>Bref, il continue </em><em>à y croire – on ne demande rien de plus à </em><em>Hollywood</em>&nbsp;». Bonne nouvelle pour lui, pour nous, pour tout le monde&nbsp;: Bradley Cooper fait des films.</p>
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		<title>Le Son des souvenirs</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-son-des-souvenirs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un soir de septembre 2015 à&#160;Venise, je me souviens avoir assisté à&#160;la projection presse de La Rivière sans fin d’Oliver Hermanus, présenté en compétition. Jamais je n’ai vu, encore à ce jour, un film être...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-son-des-souvenirs/" title="Read  Le Son des souvenirs">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un soir de septembre 2015 à&nbsp;Venise, je me souviens avoir assisté à&nbsp;la projection presse de <em>La Rivière sans fin </em>d’Oliver Hermanus, présenté en compétition. Jamais je n’ai vu, encore à ce jour, un film être aussi mal reçu par une salle : huées copieuses, mines furax à la sortie, exaspération collective d’avoir vu la Mostra programmer un film aussi épouvantable. L’accueil fut tel que le film, pourtant une coproduction française avec Nicolas Duvauchelle, ne sortit pas de notre côté des Alpes. Dix ans plus tard, le Sud-Africain s’est refait une santé ; il a foulé un autre tapis rouge, plus prestigieux encore (celui de Cannes, où le film concourait pour la Palme d’or), et son <em>History of Sound</em> a même reçu quelques timides applaudissements lors de sa présentation devant les journalistes – mais cela fait un moment que la presse cannoise sait se tenir et garde son mécontentement muet. Les deux films partagent néanmoins un écueil semblable : le choix d’un ton sur ton qui sabote de l’intérieur l’élan mélodramatique qu’ils comptent embrasser. Hermanus raconte ici la vie de Lionel (Paul Mescal), un musicien qui, lors de ses études à Boston, tombe amoureux de David (Josh O’Connor). Leur liaison s’interrompt toutefois rapidement lorsque la Première Guerre mondiale éclate <i id="mwJA">–</i> David est mobilisé. À son retour, ce dernier propose à son amant de mener un projet atypique : voyager de village en village dans le nord des États-Unis pour enregistrer des morceaux populaires et sauvegarder ainsi un patrimoine oral méconnu. Si on imagine que le réalisateur envisage sa mise en scène à l’image de ces chansons folk «&nbsp;<em>sans fioritures</em>&nbsp;», ce choix esthétique est en contradiction avec la promesse formulée dans l’ouverture&nbsp;: Lionel confie ne pas seulement entendre la musique, mais aussi la goûter et la visualiser, en assimilant chaque note à&nbsp;une couleur distincte.</p>
<p>À l’écran, c’est tout l’inverse : le Kentucky, les forêts du Maine, le campus de Boston, Rome ou une université anglaise se fondent dans les mêmes teintes désespérément marronnasses, comme si le film était plongé dans un automne dont on ne voyait jamais le bout. Ce quasi hiératisme pourrait se justifier si Hermanus ne confondait pas rigueur <i id="mwJA">–</i> bien que certaines scènes témoignent d’un savoir-faire de découpage qui excède la simple mise en boîte <i id="mwJA">–</i> et raideur. La forme paraît délibérément terne pour faire ressortir la composition feutrée des interprètes (Mescal et O’Connor dans un remake intello de <em>Brokeback Mountain</em>) et la beauté des ballades que les deux compères enregistrent. L’émotion se veut ténue, se faufilant à&nbsp;travers les scènes comme les mauvaises herbes dépassent du sol, mais le résultat est bien trop maussade pour qu’on partage les sentiments contenus des personnages.</p>
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		<title>Woman and child</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/woman-and-child-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En l’espace de cinq ans, trois films ont solidement installé Saeed Roustaee dans le paysage du cinéma iranien et mondial. Cette productivité n’est pourtant pas le gage d’une montée en puissance : si La Loi...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/woman-and-child-2/" title="Read  Woman and child">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En l’espace de cinq ans, trois films ont solidement installé Saeed Roustaee dans le paysage du cinéma iranien et mondial. Cette productivité n’est pourtant pas le gage d’une montée en puissance : si <em>La</em> <em>Loi de Téhéran</em> était un film inégal, il promettait davantage que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/leila-et-ses-freres-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Leïla et ses frères</em></a>, qui lui-même présentait davantage d’intérêt que <em>Woman and Child</em>. Si le récit est encore habité d’une volonté de prendre son temps – Roustaee met près d’une heure à&nbsp;planter les graines de son drame –, cette histoire d’infirmière confrontée à&nbsp;une série de catastrophes qu’on ne détaillera pas (un drame familial et une cascade de trahisons) consiste à&nbsp;mettre en place un piège narratif où la <em>mater dolorosa </em>se retrouvera prise en étau. La mise en scène accompagne dans un premier temps la logique dramaturgique, entre la stratification des interactions (la plongée sur la cour intérieure de l’appartement central, pour voir le fils de l’héroïne dévaler les étages) et la montée d’une tension (un portail filmé de haut, contre lequel s’agglutinent des enfants). On remarquera dans ces deux exemples que le cinéaste prend une certaine hauteur, sans doute pour instiller le sentiment d’un <em>fatum</em>, mais il serait aussi possible d’assimiler ce regard à&nbsp;un surplomb. La foudre qui s’abat sur les personnages-victimes est après tout de son fait.</p>
<p>À partir du moment où le film bascule, difficile de voir autre chose que l’engrenage se refermant centimètre par centimètre, avec des relances dramaturgiques tous les quarts d’heure pour enfoncer l’héroïne un peu plus. Seule une poignée de champs-contrechamps plutôt beaux, articulés autour du regard d’une petite fille désarmant la dégueulasserie d’un adulte, émerge de cette deuxième partie qui avance comme un rouleau compresseur. Qui est écrasé ? L’infirmière, évidemment, mais aussi le spectateur, assommé par cette manière effrénée de forcer l’empathie.</p>
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		<item>
		<title>The Scores (ep.6) : Roxanne Gaucherand</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-6-roxanne-gaucherand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:30:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331696</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Roxanne Gaucherand réalise des films et des clips. Petite quête annexe audio à travers des niveaux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-6-roxanne-gaucherand/" title="Read  The Scores (ep.6) : Roxanne Gaucherand">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Roxanne Gaucherand réalise des films et des clips.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2269286570&amp;color=%23ff5500&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<p>Petite quête annexe audio à travers des niveaux et des scènes.</p>
<p>« <em>Traveller from beyond the Fog, let my hand rest upon you, for but a moment.</em> »</p>
<h2><em>DONNIE DARKO </em>BY RICHARD KELLY</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p><em>Donnie Darko</em> est un objet étrange : teen movie mélancolique, thriller fantastique sur fond d’apocalypse. Je l’ai découvert ado et j’ai été immédiatement fascinée. C’était le premier film où je ressentais une nostalgie teintée de malaise pour une époque récente que je n’avais pas vécue. Un film très « <em>eerie </em>».</p>
<p>Donnie est un ado somnambule constamment dans un état second à cause de ses anxiolytiques. Une nuit, il est réveillé par une voix, comme dans un début de jeu vidéo. Un PNJ en costume de lapin lui annonce la fin du monde. Il devient notre avatar : corps flottant, entre deux états, qui suit les quêtes annexes données par le lapin jusqu’à une fin inéluctable.</p>
<p><em>“Donnie Darko” is a strange object: a melancholic teen movie, a fantastical thriller set against an apocalyptic backdrop. I discovered it as a teenager and was immediately fascinated. It was the first film that made me feel a kind of nostalgia tinged with unease for a recent era I hadn’t lived. A very eerie film.</em></p>
<p><em>Donnie is a sleepwalking teenager, constantly dazed from his anti-anxiety medication. One night, he’s awakened by a voice, the kind you’d hear at the start of a video game. An NPC in a rabbit costume announces the end of the world. He becomes our avatar: a floating body, in between two states, following the side quests given by the rabbit until an inevitable ending.</em></p>
<h2><em>CHRONO TRIGGER</em></h2>
<p><strong>02′15″ ♪ Yasunori Mitsuda — Secret of the Forest&nbsp;</strong></p>
<p>Un jeu culte sorti en 1995 sur Super Nintendo, où des aventuriers voyagent dans le temps et découvrent que le monde court à sa destruction. Chaque époque a son propre traitement visuel et sa bande son. Mitsuda a dû être super ingénieux pour proposer des thèmes plus longs, plus évolutifs et plus riches que dans la plupart des jeux de l’époque. Je suis tombée sur ce morceau pendant une insomnie, en lançant au hasard des bandes-sons de jeux vidéo pour m’endormir et ça m’a bien téléportée.</p>
<p><em>A cult game released in 1995 on Super Nintendo, where adventurers travel through time and discover that the world is heading toward destruction. Each era has its own visual style and soundtrack. Mitsuda must have been pretty inventive to create themes that were longer, more evolving, and richer than most game music at the time. I stumbled upon this track during a sleepless night, randomly playing video game soundtracks to fall asleep, and it truly transported me.</em></p>
<h2><em>DOSHIN THE GIANT</em></h2>
<p><strong>04′27″ ♪ Tatsuhiko Asano — Yellow Giant</strong></p>
<p>J’ai découvert ce jeu bizarre sur GameCube, où tu incarnes un dieu géant et tout nu qui doit modeler l’île Barudo pour aider (ou non) ses habitants. La bande son est assez singulière pour un jeu vidéo, avec des guitares groovy, des sons d’oiseaux et de vagues, des sifflements marrants… Ça accompagne parfaitement l’ambiance onirique et décalée de cette île. On sent bien l’ambiance tropicale fun des jeux de cette époque.</p>
<p><em>I discovered this odd GameCube game where you play as a giant, naked, god who must shape Barudo Island to help (or not) villagers. The soundtrack is quite unusual for a video game, with groovy guitars, bird and wave sounds, funny whistling… It perfectly matches the island’s dreamy, offbeat vibe. You can really feel the fun, tropical vibe of games from that era.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331697 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/1-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>GONE HOME</em></h2>
<p><strong>07′06″ ♪ Bratmobile — Some Special</strong></p>
<p>Une fiction interactive où on incarne Kaitlin, l’ainée de la famille, de retour dans une maison vide après son voyage en Europe. On découvre peu à peu ce qui est arrivé à sa famille en fouinant dans l’inquiétant manoir. Ça commence comme un <em>survival horror</em> pour finalement plonger dans l’intimité de notre petite sœur Sam. L’histoire se déroule dans les années 90 et plein de détails sont laissés pour raconter cette époque, comme des cassettes compil de groupes <em>Riot Grrrl</em> offertes à Sam par une certaine Lonnie. Sans spoiler, c’est très touchant et très teenage, sur la découverte de soi. Un de mes plus jolis souvenirs de <em>gaming</em>. Le personnage de mon film <em>Pyrale</em> s’appelle Sam en clin d’œil au jeu.</p>
<p><em>An interactive fiction where you play as Kaitlin, the eldest sibling of the family, returning to an empty house after a trip to Europe. Slowly, you discover what happened to her family by snooping around the creepy mansion. It starts like a survival horror game then dives into the intimacy of our younger sister Sam. The story takes place in the 1990s, and many details evoke that era, like “Riot Grrrl” mixtapes given to Sam by a certain Lonnie. Without spoiling anything, it’s deeply moving and super teenage, a story about self-discovery. One of my most beautiful gaming memories. The character in my film “Pyrale” is named Sam as a nod to the game.</em></p>
<h2><em>GONE GIRL</em> BY DAVID FINCHER</h2>
<p><strong>09′00″ ♪ Just Like You — Trent Reznor &amp; Atticus Ross</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Gone Girl</em> en même temps que je jouais à <em>Gone Home</em>, et ma mémoire les associe souvent : deux enquêtes où des indices et un journal intime baladent le personnage à travers des lieux vides et chargés de secrets. Mais le film de Fincher est glacial : chaque indice est un leurre qui brouille la réalité. Dans cette ambiance flottante, la B.O. renforce le malaise : des compositions ambivalentes, très aériennes mais froides. Quelque chose sonne faux, comme un bonheur artificiel et lointain. Ce morceau accompagne un souvenir « heureux » d’Amy, évoqué dans le journal intime de fiction qu’elle a laissé derrière elle dans la mise en scène de son enlèvement. Je pense que c’est mon Fincher préféré.</p>
<p><em>I watched “Gone Girl” at the same time I was playing “Gone Home”, and my memory often links them: two investigations where clues and a diary guide the character through empty places filled with secrets. But Fincher’s film is icy: every clue is a decoy that blurs reality. In that floating atmosphere, the score intensifies the unease :ambivalent compositions, very airy yet cold. Something sounds off, like an artificial and distant happiness. This track accompanies a “happy” memory of Amy, described in the fictional diary she left behind as part of her staged disappearance. I think it’s my favorite Fincher film.</em></p>
<h2><em>RIDGE RACER TYPE 4</em></h2>
<p><strong>12′53″ ♪ Naked Glow — Kohta Takahashi</strong></p>
<p>Sur la première Playstation, les jeux de course de bagnole étaient vraiment très fun. Une des raisons pour moi était les bandes-son techno/rave et drum’n’bass qui boostaient nos bagnoles (Wipeout, Grand Turismo…).</p>
<p><em>Ridge Racer Type 4</em> était mon préféré. La DA, des menus aux voitures, me faisait rêver et les sensations de vitesse étaient super grisantes. Avec mon cousin, on re-faisait les courses juste pour écouter ces petites bass funky ou des morceaux de house pointue. J’ai encore des frissons quand j’écoute cette B.O.</p>
<p><em>On the first PlayStation, car racing games were incredibly fun. For me, part of the thrill came from the techno/rave and drum’n’bass soundtracks that fueled our rides (Wipeout, Gran Turismo…).</em></p>
<p><em>Ridge Racer Type 4 was my favorite. The art direction—from menus to cars—made me dream, and the sense of speed was thrilling. With my cousin, we would replay races just to listen to those funky basslines or sharp house tracks. I still get chills when I listen to that soundtrack.</em></p>
<h2><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331698 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/2-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><em>KNIT’S ISLAND</em> BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE &amp; QUENTIN L’HELGOUALC’H</h2>
<p><strong>16′06″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>A mes yeux, l’un des films les plus justes sur le confinement et la sensation du <em>gaming</em>. Les réalisateurs n’utilisent pas le jeu vidéo comme un artifice ou un décor spectaculaire, ils en font un vrai espace documentaire. On y voit des gens qui jouent vraiment, font du <em>role-play</em> et tissent des liens forts en communauté. Les réalisateurs jouent aussi les reporters de guerre, en mode survie dans un monde apocalyptique peuplé de zombie, mais c’est toujours pour atteindre quelque chose d’intime chez les joueurs. Dans cet extrait, on roule en voiture dans DayZ avec un couple australien qui décrit le monde pas si réel qui les entoure en plein confinement.</p>
<p><em>To me, one of the most accurate films about lockdown and the feeling of gaming. The directors don’t use video games as a gimmick or spectacular backdrop; they use them as a genuine documentary space. We see people truly playing, role-playing, and building real community bonds. The directors also act like war reporters, surviving in an apocalyptic world filled with zombies, but always to reach something intimate with the players. In this excerpt, we’re driving in DayZ with an Australian couple describing the not-quite-real world around them during lockdown.</em></p>
<h2><em>SILENT HILL 2</em></h2>
<p><strong>17′02″ ♪  Heaven’s Night — Akira Yamaoka</strong></p>
<p>Je me souviens que je pouvais seulement regarder mon cousin jouer tellement ce jeu me faisait flipper. C’était surtout à cause de sa B.O. qui nous a obsédés pendant toute notre adolescence.</p>
<p>L’ambiance de ce jeu est unique. C’est pas de l’horreur facile mais quelque chose de très mélancolique et profondément dérangeant. C’est un jeu où tu peux vraiment sentir la solitude, même si tu joues avec quelqu’un. Les compositions de Yamaoka appuient cette atmosphère malaisante avec des nappes dissonantes, des mélodies fragiles, des rythmes irréguliers, des bruitages industriels ou des tonalités pas claires. Ça donne vraiment un effet de suspension et d’enfermement.</p>
<p><em>I remember I could only watch my cousin play because the game scared me too much. It was mainly due to the soundtrack, which obsessed us throughout our teenage years.</em></p>
<p><em>The atmosphere of this game is unique. It’s not traditional horror, but something deeply melancholic and disturbing. It’s a game where you can truly feel loneliness, even when you’re playing with someone. Yamaoka’s compositions deepen this unsettling mood with dissonant layers, fragile melodies, irregular rhythms, industrial textures, and ambiguous tonalities. It creates a real sense of suspension and confinement.</em></p>
<h2><em>KAIRO</em> BY KIYOSHI KUROSAWA</h2>
<p><strong>19′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je suis très fan de Kiyoshi Kurosawa et de ses idées de scénario bizarres qu’il tient avec beaucoup de sérieux. Dans cette scène, Kawashima utilise un CD-Rom pour installer internet et ouvre par accident un passage vers l’au-delà. Un film de fantôme très sobre, dans un Tokyo dépeuplé où des suicides et disparitions inexpliquées se multiplient. Chaque apparition est effrayante et très minimaliste : une tache sombre sur un mur, des images bruitées sur un ordinateur ou une voix numérisée qui chuchote « à l’aide » dans le silence complet. Un magnifique film sur la solitude et l’isolement. Très flippant.</p>
<p><em>I’m a big fan of Kiyoshi Kurosawa and his weird story ideas treated with great seriousness. In this scene, Kawashima uses a CD-ROM to install the internet and accidentally opens a gateway to the afterlife. A very restrained ghost film set in an emptyTokyo where unexplained suicides and disappearances keep piling up. Each apparition is sublte and terrifying: a dark stain on a wall, glitchy images on a computer, or a digitized voice whispering “help me” in total silence. A magnificent film about loneliness and isolation. Very frightening.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331699 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/3-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>GHOST IN THE SHELL</em> BY MAMORU OSHII</h2>
<p><strong>20′33″ ♪ Chant II — Ghost City — Kenji Kawai</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Ghost in the Shell</em> pour la première fois cette année et c’était une grosse claque visuelle et musicale. Ce morceau illustre une séquence assez onirique, sans doute celle qui m’a le plus marquée, à travers une ville futuriste et dystopique. J’adore chaque plan et chaque détail, parfaitement montés sur les chœurs et percussions mystiques de Kenji Kawai.</p>
<p><em>I saw “Ghost in the Shell” for the first time this year, and it was a huge visual and musical shock. This track illustrates a dreamlike sequence—probably the one that struck me most—moving through a futuristic, dystopian city. I love every shot and detail, perfectly edited to Kenji Kawai’s mystical choirs and percussions.</em></p>
<h2><em>APE ESCAPE</em></h2>
<p><strong>24’03″ ♪ Dark Ruins — Soichi Terada</strong></p>
<p>Un jeu très fun sorti sur PS1 où on doit capturer des singes fugitifs avec tout un tas de gadgets sur des morceaux <em>jungle house</em> de Soichi Terada. Bon délire.</p>
<p><em>A super fun PS1 game where you chase runaway monkeys using all sorts of gadgets, set to Soichi Terada’s jungle house tracks. Pretty fun.</em></p>
<h2><em>BLACK MIRROR —&nbsp; SAN JUNIPERO</em> BY OWEN HARRIS</h2>
<p><strong>25’56″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Je ne dirais pas que cet épisode est un bon film, mais il m’a fait pleurer comme rarement. Difficile d’en parler sans spoiler, en tous cas il aborde des thèmes qui me travaillent.</p>
<p>J’y vois un écho maladroit et touchant à ce dont parle Mark Fisher : un capitalisme tardif où le futur semble annulé, où on est bloqué dans une répétition culturelle et politique infinie. Le passé fantomatique se manifeste par des musiques types, des biens de consommation et des modes vestimentaires qui s’enchaînent sans rien changer. Mais c’est sans cynisme. Je crois aussi que ça a rendu sensible un truc que mes parents me disent parfois : tu vieillis dans ton corps, mais dans ta tête tu es toujours la même personne qu’à 20 ans, le temps qui passe tout ça. Et je sais pas, ça me touche. Ça parle vraiment de la mort d’une façon singulière.</p>
<p><em>I wouldn’t call this episode a “great film,” but it made me cry out of nowhere. Hard to talk about without spoilers, I think it touches on themes that really resonate with me.</em></p>
<p><em>I see in it a clumsy but touching echo of what Mark Fisher wrote about: late capitalism, where the future feels canceled, and we’re stuck in an endless cultural and political loop. The ghost of the past surfaces&nbsp; through nostalgic music, consumer goods, and fashion trends that loop without changing anything really. But the film never gets cynical. I also think it made me sensitive to something my parents sometimes tell me: you age physically, but in your mind you’re still the same person you were at 20. Time passing, all that. I don’t know… it just hits me. It talks about death in a truly unique way.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331700 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4.jpeg" alt width="1388" height="260" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4.jpeg 1388w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-1024x192.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-768x144.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/4-980x184.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1388px) 100vw, 1388px">
<h2><em>FINAL FANTASY X</em></h2>
<p><strong>26’17″ ♪ Wandering — Masashi Hamauzu</strong></p>
<p><em>FFX</em> est un de mes jeux préférés. On explore Spira, un monde qu’on sent au bord de la destruction, dévasté par un cycle éternel de catastrophe. Les cinématiques étaient trop belles avec une <em>love story</em> bien tragique. À sa sortie (2001), jamais autant de dialogues n’avaient été enregistrés pour un jeu.</p>
<p><em>Final Fantasy X is one of my favorite games. You explore Spira, a world on the brink of destruction, trapped in an endless cycle of disaster. The cutscenes were stunning, with a tragic love story. When it was released (2001), no game had ever recorded so many voice lines before..</em></p>
<h2><em>ELEPHANT</em> BY GUS VAN SANT</h2>
<p><strong>28’25″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un film marquant pour moi. C’était la première fois que je voyais une narration non linéaire, un rythme lent, et que je ne m’ennuyais pas. On connaît la fin mais on regarde jusqu’au bout, en recomposant le puzzle des plans séquence. Les déambulations au steadicam évoquent un jeu vidéo à la 3ème personne, même si je rejette le cliché qui lie jeux vidéos et violence. La lumière, le son, la mise en scène… ce film est sublime.</p>
<p><em>A film that left a mark on me. It was the first time I saw non-linear storytelling with a slow rhythm, and didn’t feel bored. We know how it ends, but keep watching, piecing together the puzzle of long takes. The steadicam shots evoke a third-person video game, even though I reject the cliché linking video games to violence. The light, the sound, the direction… this film is sublime.</em></p>
<h2><em>THE LAST OF US 2&nbsp;</em></h2>
<p><strong>30’35″ ♪ Sound excerpt (Take on Me cover)</strong></p>
<p>Ellie trouve une guitare dans un magasin de musique au cœur d’un Seattle dévasté et rempli de zombies. Elle joue un morceau appris par son père adoptif disparu, avant de se lancer dans une sérénade très mignonne pour sa copine Dina. C’est un petit moment emo et calme où tu dois jouer les bons accords avec le pad tactile de la manette. J’ai vu des vidéos de gens qui se motivent pour faire des <em>covers</em> de Despacito ou autre.</p>
<p>J’ai adoré ce jeu que je trouve particulièrement cinématographique dans son écriture soignée des personnages et dans sa mise en scène. Il a été adapté en série mais le résultat n’est pas à la hauteur des émotions et de la narration par le <em>gameplay</em>.</p>
<p><em>Ellie finds a guitar in a music shop in the heart of a zombie-infested, devastated Seattle. She plays a song taught by her adoptive father then turns it into a sweet serenade for her girlfriend, Dina. It’s a quiet, emotional moment where you have to play the right chords using the controller’s touchpad. I’ve seen videos of people playing covers of “Despacito” or other songs.</em></p>
<p><em>I loved this game. I think it’s very cinematic, with its deep character writing and sharp direction. It was turned into a TV show, but the adaptation doesn’t match the emotional depth or storytelling you experience through gameplay.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331701 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5.jpeg" alt width="1387" height="259" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5.jpeg 1387w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-1024x191.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-768x143.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/5-980x183.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1387px) 100vw, 1387px"></p>
<h2><em>RIDGE RACER TYPE 4</em></h2>
<p><strong>35’16″ ♪ Epilogue — Asuka Sakai</strong></p>
<p>Ici c’est la musique du générique de fin, dans les phares d’une voiture en pleine nuit, où le boss de ton écurie te dit des trucs émouvants car tu as remporté le grand prix auquel il ne croyait plus. Des petites narrations mignonnes pour un jeu de course.</p>
<p>« <em>Giuliano, will you forgive me if I have a dream again?</em> »</p>
<p><em>The end credits music, with headlights cutting through the night, as your team manager tells you emotional things because you’ve won the Grand Prix he had stopped believing in. Cute little narrative touches in a racing game.</em></p>
<p><em>“Giuliano, will you forgive me if I dare to dream again?”</em></p>
<h2><em>KNIT’S ISLAND</em> BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE &amp; QUENTIN L’HELGOUALC’H</h2>
<p><strong>36’16″ ♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Vers la fin du film, le Révérend Stone, leader fictif du groupe de joueurs, s’éloigne au milieu de la mer infinie du jeu en chantant.</p>
<p><em>Toward the end of the film, Reverend Stone—the fictional leader of the group of players —walks away into the infinite sea of the game, singing.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331702 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6.jpeg" alt width="1252" height="416" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6.jpeg 1252w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-300x100.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-1024x340.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-768x255.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-980x326.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/6-600x200.jpeg 600w" sizes="auto, (max-width: 1252px) 100vw, 1252px">
<p><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;"></p>
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		<title>Coutures</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/coutures/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 11:29:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi faire jouer des actrices américaines dans les films français&#160;? La question pouvait se poser il y a quelques mois devant Vie privée, où le choix de Jodie Foster, loin de capitaliser sur l’étrangeté de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/coutures/" title="Read  Coutures">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi faire jouer des actrices américaines dans les films français&nbsp;? La question pouvait se poser il y a quelques mois devant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vie-privee-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Vie privée</em></a>, où le choix de Jodie Foster, loin de capitaliser sur l’étrangeté de sa présence dans un décor parisien, relevait du pur caprice cinéphile et finissait par s’avérer assez vain et stérile. Le cas de <em>Coutures</em> est un peu plus intéressant. D’abord parce qu’Angelina Jolie semble<em> vraiment</em> jetlaguée à Paris (chacune de ses interactions avec Louis Garrel ou Vincent Lindon a quelque chose de décalé et d’étrange). Ensuite parce que le film, notamment dans ce qu’il tente de raconter de la maladie (un cancer du sein), a l’intelligence de jouer sur des effets de télescopage entre actrice et personnage.</p>
<p>Ce personnage, c’est Maxine Walker, artiste américaine appelée à Paris pour réaliser une œuvre de commande lors d’une Fashion Week<em>. </em>Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer grave, tout ce qu’elle a entrepris professionnellement bascule du côté de la vanité, jusqu’à son œuvre elle-même, anéantie par un violent orage dans la séquence finale. Il faut y voir bien sûr une sorte de morale&nbsp;(la mode n’est que poussière qui retournera à la poussière), mais la façon dont la séquence capte la lente et triste déambulation d’Angelina Jolie au milieu du désastre retient l’attention. Bien plus que les deux autres personnages féminins du film (une maquilleuse écrivant un roman et une jeune modèle sud-soudanaise), c’est la star qui intéresse la réalisatrice et c’est d’ailleurs elle – et elle seule – qui interagit avec les deux acteurs français principaux. Le premier (Louis Garrel) joue le rôle d’un chef opérateur&nbsp;qui couche avec Maxine dans des scènes étrangement désérotisées, où l’on devine l’usage de doublures. Le second (Vincent Lindon) est un oncologue agacé par les dénégations de sa patiente qui finit par la confronter à la réalité brutale des traitements, lui conseillant de s’acheter une tondeuse afin d’anticiper les ravages de la chimiothérapie. Dans les deux cas, le visage Angelina Jolie reste neutre, imperturbable, comme si ni le sexe, ni la mort ne la concernaient, alors même que le film ne cesse de résonner avec son histoire intime, qui nourrit un mélodrame médical.</p>
<p>L’actrice opte de ce point de vue pour une partition étonnante. Elle joue moins la femme malade que la revenante –moins celle qui veut survivre que celle qui est déjà morte. Son registre ne relève ni de l’<em>acting</em> hollywoodien, ni du jeu psychologique et impressionniste à la française&nbsp;: &nbsp;Maxine reste toujours celle qui ne «&nbsp;<em>comprend pas&nbsp;</em>» (cf. la réplique que lui adresse l’oncologue) et ne vit pas les choses de l’intérieur, pas même la nouvelle de son cancer, qui glisse sur elle comme les caresses de son amant. Dans un entretien récent, Angelina Jolie insistait sur le fait d’avoir «&nbsp;<em>vécu</em> » dans sa chair la maladie de son personnage (elle a subi, en 2013, une double mammectomie) ; elle disait aussi avoir apprécié le tournage en France, « <em>loin du vernis hollywoodien</em>&nbsp;». C’est pourtant ce qu’il reste de ce vernis, même craquelé, qui fait l’intérêt de <em>Coutures,</em> film par ailleurs très plat dans son approche réaliste de la mode, se contentant bien souvent de pointer des faits sociaux déjà connus de tous (sur l’exploitation des filles, notamment) dans une mise en scène impersonnelle. À l’opposé de cette chronique et presque contre le film lui-même, l’actrice américaine livre une performance qui n’est pas sans rappeler celle de <em>By the Sea,</em> autofiction où elle incarnait déjà un personnage <em>border</em> confiné dans une chambre d’hôtel et assistant, avec un mélange d’impuissance et de délectation, à la décomposition de son couple. Le goût de Maxine pour le fantastique et les histoires de vampires n’apparaît pas dans cette perspective comme un élément anecdotique du scénario&nbsp;; il donne le «&nbsp;la&nbsp;» d’une composition blanche et statique qui semble se construire sur les décombres des films d’action ayant fait la popularité de l’actrice américaine au début des années 2000 (<em>Lara Croft</em>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mr-mrs-smith/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mr and Mrs Smith</em></a>). À cause d’Angelina Jolie, le monde du luxe devient donc dans <em>Coutures</em> une expérience de l’étrangeté, qui dessine le portrait d’un vampire perdu dans la Fashion Week comme au milieu d’une foire de vanités. Ce qui en fait un film sachant, au moins, pourquoi il a choisi son actrice.</p>
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		<title>Marty Supreme</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le générique de début de Marty Supreme consiste en une animation numérique figurant la course de spermatozoïdes alors que Marty Mauser (Timothée Chalamet), pongiste surdoué, et son amante, Rachel (Odessa A’Zion), viennent de faire l’amour....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/marty-supreme/" title="Read  Marty Supreme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Le générique de début de <em>Marty Supreme</em> consiste en une animation numérique figurant la course de spermatozoïdes alors que Marty Mauser (Timothée Chalamet), pongiste surdoué, et son amante, Rachel (Odessa A’Zion), viennent de faire l’amour. À l’issue de la séquence, un fondu transforme l’ovule en balle de ping-pong, rappelant l’étrange association entre l’éclat d’un diamant et une coloscopie dans l’ouverture d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/uncut-gems/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Uncut Gems</em></a>. La transition synthétise l’enjeu du film à venir (la course vers le succès, mais aussi la naissance d’un enfant), tandis que la reprise de « Forever Young » d’Alphaville qui rythme cette séquence peut être comprise de façon hyperbolique : Marty Mauser (Timothée Chalamet) ne fait que rejouer par le sport cette lutte originelle de l’individu pour sa survie. D’abord vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise pour gagner assez d’argent en vue d’un tournoi de ping-pong à Londres, il fait preuve dès le début du film d’une certaine débrouillardise et d’un penchant pour la manipulation. Capable tour à tour d’entourlouper ses clientes ou de s’improviser braqueur d’un soir, Marty jongle entre les rôles et les situations, porté par le corps agile et nerveux de Timothée Chalamet. La mise en scène véloce de Josh Safdie, pourtant délestée des mouvements heurtés de caméra à l’épaule qui caractérisaient les films coréalisés avec son frère, condense dans la première demi-heure les enjeux narratifs en gardant un coup d’avance sur le spectateur. Elle se fait dès lors l’écrin d’une maîtrise rythmique qui est d’abord celle de son personnage : son habileté fait de lui conjointement un magicien (cf. une séquence très drôle impliquant de faire apparaître une pomme) et un metteur en scène, conscient de sa capacité à tenir un public en haleine. Lors de la demi-finale du championnat au Royaume-Uni, il transforme par exemple avec la complicité de son adversaire la performance sportive en spectacle, destiné non seulement à divertir l’assistance, mais aussi à séduire Kay Stone (Gwyneth Paltrow), une célèbre comédienne mariée à Rockwell, un riche entrepreneur avec lequel Marty nouera un pacte faustien (Kevin O’Leary, homme d’affaires surtout connu aux États-Unis pour sa participation à l’émission de téléréalité Shark Tank).</p>
<p>Si cette première demi-heure a des allures scorsesiennes, Safdie infléchit rapidement sa mise en scène pour convertir la vitesse en énergie du désespoir. La vélocité du film se retourne alors contre son protagoniste, prisonnier de réactions en chaîne incontrôlables : la maîtrise initiale se révèle illusoire et se mue en cauchemar. À partir du retour du personnage à New York, le chaos devient le véritable moteur du film, Marty étant rattrapé par les conséquences de ses actions. Même les moments de pause n’en sont pas : après une course frénétique, ce qui s’apparente à une accalmie dans une chambre d’hôtel bascule brusquement lorsque le sol s’effondre sous le poids de Marty, relançant une nouvelle fois le rythme infernal. Ce segment est sans doute le plus convaincant du film : l’enchaînement des événements obéit à une logique de continuité qui vire peu à peu au désastre, engendrant des débordements presque excessifs (ici, une fracture du bras très graphique ; là, une course dans un champ de maïs). Par la suite, les dommages collatéraux se révèlent tout aussi dramatiques, mais s’éparpillent dans une narration plus épisodique nourrissant parfois l’impression de redites et d’un certain systématisme narratif – l’effet boule de neige du récit, qui donne aux mésaventures de Marty des accents de malédiction. Si les plus belles trouvailles plastiques de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/good-time-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Good Time</em></a> ou d’<em>Uncut Gems</em> reposaient sur un art de la dilatation temporelle, permettant aux situations de se creuser de l’intérieur dans une escalade tragique, la durée de <em>Marty Supreme</em> mise davantage sur l’accumulation de péripéties, plus ou moins déliées les unes des autres, au risque de diluer le sentiment de fièvre et d’urgence.</p>
<h2>Fall and fall</h2>
<p>Malgré ces limites, le film tire néanmoins son épingle du jeu par sa façon assez originale de détourner les codes du <em>rise and fall</em>, qui voit un personnage de basse extraction gravir progressivement les échelons vers la fortune et la renommée. Ici, quelque chose cloche d’emblée : Marty affirme déjà être au sommet de la gloire au bout de vingt minutes, sans que sa confiance en lui soit réellement justifiée par ce qu’on a entraperçu du personnage jusqu’à présent. Chalamet s’en donne à cœur joie dans ce rôle de cabot pétri d’orgueil, trop sûr de son charme et de son succès, aussi bien dans ses mimiques et sorties provocantes face aux journalistes que dans la violence avec laquelle il rabroue Rockwell. Tout se passe comme si Marty se prenait pour un personnage de Scorsese, sans comprendre qu’il évolue en vérité dans un film d’Abel Ferrara (lequel joue d’ailleurs un second rôle important). Telle est sa méprise : la réussite individuelle ne promet aucune ascension, mais ne fait qu’ouvrir un gouffre toujours plus profond. Tout au long du film, Safdie fait cohabiter, dans la continuité d’une même séquence, le <em>rise</em> et le <em>fall</em>, reconfigurant ainsi le soubassement idéologique de cette dynamique icarienne. Le héros a à peine le temps de jouir de ses quelques victoires qu’elles lui sont immédiatement confisquées : après avoir remporté un petit pactole suite à un tournoi de ping-pong amateur, il est aussitôt rattrapé par ses adversaires ; plus littéralement encore, la police interrompt Marty et Kay en train de faire l’amour dans Central Park, avant de lui retirer le collier en diamant qu’elle venait de lui offrir et qui aurait pu lui permettre d’éponger ses dettes.</p>
<p>Plus qu’une simple stratégie narrative, cette mécanique déplace l’horizon du récit pour en tirer la peinture d’un monde dont l’instabilité découle du capitalisme sauvage qui le régit. Une élévation sociale suppose des points d’appui solides, or le sol est ici toujours susceptible de se dérober sous les pieds de Marty. Si Safdie s’intéresse au ping-pong, c’est peut-être que le milieu du sport professionnel, plus qu’aucun autre, martèle que le talent individuel suffit à se hisser au sommet – un mythe américain assez proche de celui du <em>self-made man</em>, que <em>Marty Supreme</em> s’emploie à démonter. L’individualisme de Marty prend, à partir de là, un nouveau sens : il n’est pas seulement mu par son ego, mais relève aussi d’un pragmatisme social – petit juif d’origine modeste brillant dans un sport qui n’est guère alors connu dans son pays natal, il reste de bout en bout un outsider. De manière plus ambivalente qu’attendu, son idéalisme ne se fond pas complètement dans les valeurs capitalistes de gloire et de richesse : le film montre son protagoniste ruser et truander tout au long du récit, quitte à trahir et à abandonner ses proches, sans que l’appât du gain ne constitue toutefois sa véritable finalité. Le climax final vaut ainsi comme rachat du personnage, au moment où Marty doit affronter son rival japonais dans un match truqué par Rockwell. Alors qu’il refuse une nouvelle humiliation imposée par le millionnaire en invitant son adversaire à jouer la partie loyalement, il sacrifie sa carrière au nom d’un certain idéal éthique : le temps d’une rencontre, le sport cesse d’être instrumentalisé par les puissants pour devenir un terrain de jeu équitable, où la compétition oppose cette fois-ci deux adversaires à armes égales.</p>
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		<title>Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/" title="Read  Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: la question de l’érotisation du corps masculin dans deux films signés Jean Genet et Gregg Araki.</em></p>
<p>En découvrant <em>Pillion </em>de Harry Lighton (qui sortira le 4 mars) la semaine dernière, j’ai été frappé par l’intensité érotique de la présence d’Alexander Skarsgård, troublé par son corps de statue grecque, intrigué par le contraste entre son attitude détachée exprimant une masculinité sûre d’elle-même et une fragilité souterraine trahie par l’expressivité de son regard – ce qui m’a ramené à la conclusion <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de ma précédente chronique</a>, dans laquelle j’évoquais la très <em>hot </em>série canadienne <em>Heated Rivalry</em>. La réflexion sur les représentations du genre et de la sexualité en France est encore tellement hantée par le spectre exsangue du <em>male gaze </em>que l’on ressent souvent, je trouve, une forme de gêne à parler ouvertement du désir que l’on éprouve pour les figures à l’écran. Comme s’il y avait quelque chose de nécessairement suspect, soit en nous-mêmes, soit dans les images qui suscitent notre émoi&nbsp;– tout du moins quand celles-ci ne correspondent pas à l’idée que l’on se fait d’une sexualité «&nbsp;saine&nbsp;».</p>
<p><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/de-la-guerre-entre-feministes-et-cinephiles-en-general-et-diris-brey-en-particulier/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Il y a quelques années</a>, en découvrant <em>Le Regard féminin</em>, qui a joué un rôle décisif dans la popularisation en France du <em>male gaze </em>conceptualisé par Laura Mulvey, j’avais été frappé par un passage du livre dans lequel Iris Brey évoque brièvement une catégorie intermédiaire entre ce dernier et le <em>female gaze </em>qu’elle défend dans son essai. Elle exprime un jugement critique sur ce qu’elle baptise le <em>male gaze queer&nbsp;</em>: «&nbsp;<em>Voir une scène de sexe avec deux personnes du même sexe, ou avec une personne gay et une hétéro, trouble nos représentations hétéronormatives. Mais même si cette représentation remet en cause l’ordre patriarcal, la manière dont ces scènes sont tournées repose sur les codes du </em>male gaze<em> et l’objectification des corps pour les désirer</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_340_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_1" class="footnote_tooltip"> Iris Brey, <em>Le Regard féminin&nbsp;: Une révolution à l’écran</em>, Paris, Éditions de l’Olivier, 2020, p. 171. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_340_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.</em> » Elle analyse ensuite plusieurs séquences en leur reprochant d’avoir recours à des dispositifs de mise en scène voyeuristes ou fétichistes, semblables à ceux que décrivait Laura Mulvey dans son essai séminal, « Plaisir visuel et cinéma narratif<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_340_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_2" class="footnote_tooltip"> Laura Mulvey, « Plaisir visuel et cinéma narratif », dans <em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie,</em> traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Florent Lahache et Marlène Monteiro, Sesto San Giovanni, Éditions Mimésis, 2017, p. 33–51.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_340_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Il me semble qu’il y a là un certain déplacement par rapport à la pensée de l’autrice britannique. Mulvey s’intéressait à une certaine tendance du cinéma classique hollywoodien qui reléguait les femmes (et seulement elles) au statut d’objets passifs de fascination, suspendant le cours du récit dans des moments de contemplation érotique où elles étaient données en spectacle pour les personnages masculins et pour les spectateurs. Elle y dénonçait avant tout une économie visuelle et narrative dans laquelle les femmes (et encore une fois : seulement elles) n’étaient jamais véritablement constituées comme sujets pensants et agissants<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_340_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_3" class="footnote_tooltip">Évidemment, ce n’était pas le cas de tous les films classiques hollywoodiens, comme Mulvey l’a rappelé dans certains des très beaux textes qu’elle a consacrés au mélodrame.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_340_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mulvey n’utilisait du reste pas les termes de « voyeurisme » ou de « fétichisme » dans leur sens courant, mais dans leur acception freudienne, soit comme des stratégies de l’inconscient masculin pour contrebalancer l’angoisse de castration. En déduire que tout dispositif voyeuriste ou fétichiste au cinéma est problématique dans l’absolu (quel que soit le genre, la classe, l’ethnicité ou l’orientation sexuelle de la personne qui regarde et de celle qui est regardée), ou qu’érotiser un·e acteur·rice avec son consentement, c’est nécessairement en faire un « objet » et le/la dégrader, me semble dangereusement normatif. Il est évidemment important d’encourager les cinéastes à développer d’autres stratégies de mise en scène du corps et de la sexualité, mais je ne suis pas certain qu’il faille pour autant condamner certains fantasmes ou les dispositifs qui les mettent en jeu.</p>
<p>Si l’érotisation du corps féminin (chaste à l’époque du code Hays, moins ensuite) a pour ainsi dire pignon sur rue depuis longtemps, l’exhibition du corps masculin a longtemps été contrariée par des conventions visuelles et narratives tendant à limiter son impact érotique, comme l’ont entre autres discuté <a href="https://journals.openedition.org/ges/896" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Steve Neale</a> ou Yvonne Tasker<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331598_340('footnote_plugin_reference_331598_340_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331598_340_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_4" class="footnote_tooltip">Yvonne Tasker, <em>Spectacular Bodies: Gender, Genre, and the Action Cinema</em>, Londres, Routledge, 1993.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331598_340_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331598_340_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> (par exemple le fait qu’il soit exhibé dans des situations où il est confronté à la souffrance, voire à la torture). Quant à la représentation de la sexualité gay, elle a constitué un tabou figuratif scellé par le joug de la censure, ce qui donnait donc une force doublement transgressive à sa figuration explicite dans le cinéma d’avant-garde. Un exemple canonique et durablement influent (de <em>Querelle </em>de Fassbinder à <em>Poison </em>de Todd Haynes) est <a href="https://www.dailymotion.com/video/x5n2pa5" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un chant d’amour</em></a> de Jean Genet (1950), censuré dans plusieurs pays pendant des décennies. Le film se déroule dans une prison où un gardien voyeur observe les jeux érotiques des détenus dans leurs cellules, jusqu’à jalouser l’intimité nouée entre deux d’entre eux à travers le mur séparant leurs cellules respectives. Cette œuvre d’une sensualité ahurissante repose précisément sur des dispositifs voyeuristes (les raccords regards alternant l’œil du maton qui surveille les prisonniers et le spectacle érotique donné par ces derniers), exhibitionnistes (les détenus se masturbant face à la caméra) et fétichistes (la paille, la cigarette ou l’arme à feu comme substituts phalliques, les gros plans sur la chaussette trouée ôtée par l’un des protagonistes ou sur son avant-bras musclé, les compositions abstraites des corps des deux amants réunis en imagination). L’impuissance du gardien à briser par la violence l’attirance entre les deux prisonniers donne narrativement au film une indéniable force politique, mais celle-ci vient aussi directement de l’érotisation décomplexée du corps masculin et de la monstration explicite du sexe entre hommes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331600 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg" alt width="1288" height="1054" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2.jpg 1288w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-300x245.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-1024x838.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-768x628.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/CHANT-DAMOUR-GENET-2-980x802.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1288px) 100vw, 1288px"></a>
<p>Peu de films au cinéma m’ont aussi durablement marqué par leur puissance érotique, si ce n’est peut-être <em>The Doom Generation </em>de Gregg Araki (<a href="http://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">encore lui</a>&nbsp;!)&nbsp;– notamment cette scène dans laquelle Xavier (Jonhathon Schaech) se masturbe en observant Amy (Rose McGowan) et Jordan (James Duval) faire l’amour dans la baignoire par la porte entrebâillée de la salle de bains. De manière traditionnelle, Araki alterne champs-contrechamps entre l’œil du voyeur et le couple qu’il observe, mais il fragmente aussi le corps de Xavier de manière fétichiste, s’attardant sur sa main qui caresse l’anneau qu’il porte au téton, ou sur sa bouche entrouverte au moment où il jouit. Après l’orgasme, le personnage lèche ensuite goulument le sperme visqueux répandu sur ses doigts. Je ne parviens pas à mettre exactement le doigt sur ce qui me trouble dans cette séquence, mais je crois que quelque chose se joue dans la conjonction du dispositif voyeuriste de la scène, de l’érotisation homoérotique du voyeur et du caractère obscène de son geste final.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331601 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg" alt width="1935" height="2104" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI.jpg 1935w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-276x300.jpg 276w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-942x1024.jpg 942w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-768x835.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-1413x1536.jpg 1413w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-1883x2048.jpg 1883w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/02/THE-DOOM-GENERATION-ARAKI-980x1066.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1935px) 100vw, 1935px"></a>
<p>Évidemment, dans la vie, c’est mal d’observer nos amis en train de baiser sans leur consentement ; mais filmer cette transgression est-il nécessairement douteux ou déplacé ? Le spectateur qui prend plaisir à la contemplation de cette scène n’a pas pour autant vocation à l’imiter dans la réalité. L’impact érotique de tels dispositifs tient du reste directement de la nature même du spectacle cinématographique, comme le rappelait déjà Mulvey : il naît de la mise en abyme de notre expérience de spectateur de cinéma voyeur, contemplant des figures humaines dans l’obscurité d’une salle, en leur absence et (dans les conventions rhétoriques du cinéma narratif, attentif à respecter la convention du quatrième mur) à leur insu. Par ailleurs, la séquence a indubitablement un caractère subversif en regard des conventions érotiques du cinéma grand public : non seulement elle trouble la bipartition homme-femme/regardant-regardée qui caractérise traditionnellement le <em>male gaze </em>en introduisant un tiers bisexuel, mais c’est ce dernier qui se retrouve <em>in fine</em> le plus érotisé par la mise en scène. Le désir suscité pour les protagonistes n’empêche en outre aucun d’entre eux d’exister dans le film en tant que sujets agissants et désirants&nbsp;; je ne vois donc pas en quoi ce <em>gaze</em>-là serait réducteur ou dégradant, à moins d’adopter une posture moralisatrice sur ce qu’il est légitime ou non de montrer et de désirer. Si l’érotisation désormais assumée des stars masculines dans des productions destinées au grand public, comme <em>Pillion </em>ou <em>Heated Rivalry,</em> pose néanmoins question, c’est peut-être parce qu’elle révèle qu’elle n’a plus le même caractère transgressif ou subversif qu’autrefois. C’était déjà la conclusion de ma précédente chronique : on peut se réjouir que les tabous de l’érotisation du corps masculin ou de la représentation explicite de la sexualité gay soient dorénavant (dans une certaine mesure) levés ; mais cette normalisation souhaitable s’accompagne aussi d’une dilution de ce qui constituait la portée critique et contestataire des œuvres de Genet et d’Araki.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331598_340();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331598_340();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331598_340">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331598_340" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_340('footnote_plugin_tooltip_331598_340_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_340_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Iris Brey, <em>Le Regard féminin&nbsp;: Une révolution à l’écran</em>, Paris, Éditions de l’Olivier, 2020, p. 171. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_340('footnote_plugin_tooltip_331598_340_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_340_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Laura Mulvey, « Plaisir visuel et cinéma narratif », dans <em>Au-delà du plaisir visuel&nbsp;: Féminisme, énigmes, cinéphilie,</em> traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Florent Lahache et Marlène Monteiro, Sesto San Giovanni, Éditions Mimésis, 2017, p. 33–51.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_340('footnote_plugin_tooltip_331598_340_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_340_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Évidemment, ce n’était pas le cas de tous les films classiques hollywoodiens, comme Mulvey l’a rappelé dans certains des très beaux textes qu’elle a consacrés au mélodrame.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331598_340('footnote_plugin_tooltip_331598_340_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331598_340_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Yvonne Tasker, <em>Spectacular Bodies: Gender, Genre, and the Action Cinema</em>, Londres, Routledge, 1993.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331598_340() { jQuery('#footnote_references_container_331598_340').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331598_340').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331598_340() { jQuery('#footnote_references_container_331598_340').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331598_340').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331598_340() { if (jQuery('#footnote_references_container_331598_340').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331598_340(); } else { footnote_collapse_reference_container_331598_340(); } } function footnote_moveToReference_331598_340(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331598_340(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331598_340(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331598_340(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-5-un-chant-damour-the-doom-generation/">Boys in the Band — Un chant d’amour / The Doom Generation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Le Mystérieux regard du flamant rose</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mysterieux-regard-du-flamant-rose-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La trame du premier long-métrage de Diego Céspedes a de quoi surprendre : à l’orée des années 1980, dans un coin désertique au nord du Chili, une petite communauté d’individus transgenre se meurt dans un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mysterieux-regard-du-flamant-rose-2/" title="Read  Le Mystérieux regard du flamant rose">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La trame du premier long-métrage de Diego Céspedes a de quoi surprendre : à l’orée des années 1980, dans un coin désertique au nord du Chili, une petite communauté d’individus transgenre se meurt dans un cabaret tombé en désuétude à cause de la peste (en réalité : du Sida). Situé aux abords d’un village minier sinistré, ce lieu reculé et poussiéreux, baptisé la « Maison », devient au fil d’événements dramatiques celui d’une résistance tenace (aux préjugés, aux regards accusateurs des mineurs et à la mort). Au sein de cette famille queer réinventée vit Lidia, une fille de onze ans rongée par la vengeance (au début du film, un amant malade tabasse Flamant Rose, la « maman » d’adoption qui l’a prise sous son aile), autour duquel s’agence le récit. Céspedes s’attache toutefois moins à cet horizon des représailles qu’à la trajectoire mouvementée de ce jeune personnage, en épousant sa sensibilité, voire son regard (plutôt que celui de Flamenco, comme le titre le laissait pourtant entendre).</p>
<p>Sa course effrénée ouvre et referme d’ailleurs le film : course en avant, d’abord, de celle bravant l’adversité d’un vent tempétueux ; course en arrière, à la toute fin, quand sortie de son sommeil, Lidia s’échappe subitement du véhicule qui l’éloignait de la « Maison » pour revenir sur ses pas, dans un ultime sursaut sans lendemain. Œuvrant dans le sillage de ce beau personnage insaisissable, <em>Le Mystérieux regard du flamant rose</em> zigzague entre les écueils de l’exubérance et de la noirceur, emmêle les échappées poétiques et les considérations plus terre à terre. Si l’on peut saluer la justesse avec laquelle Céspedes filme ses «&nbsp;<em>pestiférées</em> », on peut en revanche regretter l’arborescence d’un récit qui se disperse volontiers sans forcément convaincre de la nécessité de toutes ses orientations (en particulier psychologiques). D’autant que derrière l’outrance parfois affichée, la mesure prime : pas un plan n’imprègne durablement la rétine. Il y a plus détestable que cette discipline à faire beau et bien, à surjouer le fantasque, surtout s’agissant d’un premier long-métrage, mais on espère un panache formel plus assumé pour le suivant.</p>
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		<item>
		<title>Maigret et le Mort amoureux</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maigret-et-le-mort-amoureux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille Bouthors]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 11:30:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Choisir une enquête atypique du commissaire Maigret, située dans les hautes sphères de l’aristocratie parisienne, en transposer l’intrigue au début du XXIe siècle et confier le rôle-titre à Denis Podalydès : toutes les conditions de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/maigret-et-le-mort-amoureux/" title="Read  Maigret et le Mort amoureux">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Choisir une enquête atypique du commissaire Maigret, située dans les hautes sphères de l’aristocratie parisienne, en transposer l’intrigue au début du XXIe siècle et confier le rôle-titre à Denis Podalydès : toutes les conditions de l’effet de surprise semblent réunies au départ de ce nouveau film de Pascal Bonitzer, adapté de Georges Simenon. Malheureusement, cette impression de fraîcheur s’évanouit dès les premiers plans, qui montrent le protagoniste nettoyant sa pipe dans les locaux dépouillés de la PJ. Au fond de la pièce, deux ou trois policiers sont disposés en attendant de servir à quelque chose, et Manuel Guillot (qui joue le rôle du commandant Janvier) regarde par la fenêtre comme s’il voulait s’échapper ; on se demande qui est ce petit homme assis au bureau, qui prononce des phrases conventionnelles du genre : « <em>les affaires sont calmes, aujourd’hui</em> ».</p>
<p>On sait que les romans de Simenon sont toujours un peu ennuyeux ou, ce qui n’est pas exactement la même chose, que l’ennui fait partie de leur projet : absence radicale d’action, refus de l’énigme, univers placide de gestes répétés (la cuisine de Madame Maigret…), seul un lien ténu nous attache à ces récits qui semblent toujours près de sombrer dans l’indifférence. Le style de l’auteur est à l’image de cette ténuité, dépouillé et plein de trous où l’imagination s’engouffre pour compléter la description des lieux et des personnages. C’est cet art de la suggestion qui constitue, plus encore que la réalité dépeinte, la fameuse « atmosphère » simenonienne. Patrice Leconte avait poussé l’idée dans ses retranchements, en construisant <em>Maigret et la Jeune Morte</em> comme un vaste tombeau vide autour de la silhouette massive de son héros. Au milieu d’acteurs falots et de décors fabriqués, Depardieu se fondait à son tour dans l’obscurité et la brume, comme pour interdire toute suite à la carrière du commissaire. Effectivement, ce côté définitif avait de quoi agacer. Et on se réjouissait de voir Denis Podalydès ramasser avec douceur, comme si de rien n’était, la célèbre pipe et le célèbre chapeau. Qu’est-ce qui empêchait ce Maigret-là de casser la généalogie des monstres sacrés pour faire le portrait à la Magritte du héros en homme invisible ? Cette dimension, après tout, existait aussi chez Simenon. Et peu de cinéastes (la télévision y est mieux arrivée) ont osé faire du personnage ce qu’il est pourtant en un sens : un creux au centre de l’intrigue, une caisse de résonance pour la parole des autres, innocents et coupables, dont l’enquête ne vise qu’à révéler un peu de chair nue.</p>
<p>Problème : soit Bonitzer a horreur du vide, soit sa mise en scène échoue radicalement à le faire exister. On pencherait pour un mixte des deux hypothèses, à voir ces longues séquences de dialogue où le texte de Simenon — que le cinéaste semble avoir voulu abstraire, comme pour lui donner une résonance indépendante — paraît brusquement si plein, si pesant, si dépourvu de ces respirations qui le constituent en propre. Des comédiens, qui s’efforcent de tirer leur épingle du jeu en récitant leurs répliques sur un ton un peu personnel, Anne Alvaro est encore celle qui s’en sort le moins mal, dans un registre démesuré de tragédienne du XVIIe siècle. Tout aussi décourageants sont les efforts du cinéaste pour réincarner son <em>Mort amoureux</em>, en intercalant entre deux tirades d’insistantes références à la nourriture : avec tant de choses à dire, comment voulez-vous que la bouche des comédiens ait le temps de mâcher quoi que ce soit ? L’aspect contemporain de l’intrigue réduit à des notations anecdotiques, l’épaisseur vériste du décor à quelques plans de Paris sale et un grand nombre de livres au mur, on se demande si le caractère bizarroïde et extrêmement rebutant de l’ensemble constitue le symptôme de quelque chose qui devrait encore exciter notre curiosité. Et puis non : on lâche prise.</p>
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		<title>Canto due d’Abdellatif Kechiche</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/canto-due-dabdellatif-kechiche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Feb 2026 13:51:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>…</p>
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		<item>
		<title>Ella McCay de James L. Brooks</title>
		<link>https://www.critikat.com/dossiers/ella-mccay-de-james-l-brooks/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2026 14:06:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À quoi tient la magie du cinéma de James L. Brooks ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À quoi tient la magie du cinéma de James L. Brooks ?</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Love Is Strange</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 13:37:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 23 février à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg pour découvrir ou redécouvrir Love Is Strange, le plus beau film d’Ira Sachs. La projection sera suivie d’une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-love-is-strange/" title="Read  Ciné-club Critikat : Love Is Strange">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2197879-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 23 février à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> pour découvrir ou redécouvrir <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/love-is-strange/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Love Is Strange</em></a>, le plus beau film d’Ira Sachs. La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Josué Morel.</p>
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		<title>Aucun autre choix</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aucun-autre-choix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:31:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aucun autre choix s’ouvre sur une possible figuration du paradis dans l’imaginaire capitaliste contemporain : une large propriété à l’architecture géométrique, nichée dans les bois et dotée d’un jardin soigneusement entretenu. On découvre dans ce...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aucun-autre-choix/" title="Read  Aucun autre choix">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Aucun autre choix </em>s’ouvre sur une possible figuration du paradis dans l’imaginaire capitaliste contemporain : une large propriété à l’architecture géométrique, nichée dans les bois et dotée d’un jardin soigneusement entretenu. On découvre dans ce dernier Yoo Ma-soo, père de famille, sa femme Mi-ri, son fils et sa fille, tous réunis pour un barbecue. Très vite, l’accumulation de détails enchanteurs surligne la douceur autant qu’elle en connote l’artificialité. Sous le soleil à son zénith, dont l’éclat est retouché numériquement, les pétales d’une rangée d’arbres roses tombent délicatement sur le gazon tondu, tandis que retentit le concerto pour piano n°23 de Mozart. Alors que la scène touche à sa fin, Yoo Man-soo demande à sa tribu – ou plutôt leur ordonne – de le rejoindre pour un câlin collectif d’une petite minute. Décomptant les secondes une à une, le personnage presse sa femme, son fils et sa fille contre lui, qui se retrouvent littéralement écrasés les uns contre les autres ; soixante secondes d’intimité fabriquée que soulignent deux effets en particulier. D’une part, la couleur du ciel, dont la lumière éclatante tourne brusquement au bleu, voire au violet ; d’autre part, un fondu enchaîné qui superpose la petite troupe avec le cœur d’une centrifugeuse. Park Chan-wook s’est souvent amusé de la duplicité ou de l’artificialité des relations humaines ; ce raccord fait de la maisonnée une construction comme les autres.</p>
<p>Cette peinture des structures sociales figurées comme factices ou surjouées est encore affinée dans la scène suivante. Le père est cette fois placé devant une autre petite famille : ses employés. Face à eux, il répète un argumentaire appris par cœur visant à convaincre les nouveaux dirigeants américains de Solar Paper, entreprise de fabrication de papier, de ne pas procéder aux licenciements massifs prévus après une récente fusion-acquisition – derrière lui, préfigurant les coupes budgétaires, un camion empile des troncs d’arbres abattus par dizaines. Évidemment, Yoo Man-soo sera remballé en un coup de vent par l’Américain qui lui répond spontanément, sur le mode du réflexe, une déclinaison du célèbre adage tatchérien « TNA » («&nbsp;<em>There is no alternative</em>&nbsp;»)&nbsp;: «&nbsp;<em>I’m sorry, there’s no other choice</em> ». Cette formule devient rapidement le mantra de tous les personnages, répété à la fois pour se convaincre des décisions extrêmes qu’ils prennent et pour s’en dédouaner. Lors de séquences assez cocasses, Yoo Man-soo ira même jusqu’à prendre part à des cessions géantes de motivation, durant lesquelles des dizaines d’hommes licenciés hurlent des slogans en se tapotant compulsivement les tempes : « <em>Dans trois mois, je trouverai un emploi&nbsp;!</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>Je pourrai subvenir aux besoins de ma famille&nbsp;!</em>», «&nbsp;<em>Je renaîtrai !</em> ». Ainsi, semble nous dire le cinéaste, non seulement les structures capitalistes sont des simulacres, mais elles reposent sur un phénomène d’auto-persuasion aux allures de psychose généralisée, postulant qu’il n’existerait aucune autre voie possible.</p>
<h2>De la contamination à la boulimie</h2>
<p>On a souvent pu déplorer l’écart entre les circonvolutions mélodramatiques chères à Park Chan-wook et le caractère assez désincarné, voire frigide, de ses personnages. Si <em>Aucun autre choix</em> séduit davantage que les derniers films du cinéaste, c’est que son récit en entonnoir, l’aliénation des protagonistes et leur devenir quasi mécanique s’accordent assez bien à la logique de fluidité et d’enchaînement qui définit la mise en scène. Car loin de vouloir entraver le mouvement de la machine capitaliste, Park Chan-wook semble au contraire graisser ses rouages ou épouser sa frénésie pour accentuer sa dimension implacable. À ce titre, les plus belles trouvailles se nichent dans des jeux de transitions et d’échos d’une scène à l’autre. Un claquement de doigts permet d’allumer un briquet, un rayon lumineux se répercute dans le plan suivant, un gros plan sur des tempes qu’on martèle entraîne le mal de tête du personnage dans la scène d’après, etc. Le montage travaille de la sorte une forme de continuité exacerbée, pour signifier la contagion de la logique capitaliste dans l’ensemble des strates auscultées. Tout au long du film, Park Chan-wook s’amuse à amalgamer les personnages, les lieux ou les situations par des effets de superposition (fondus, <em>split-screens</em>, surimpressions), dessinant un monde où en tout endroit, à tout instant, rien n’échappe aux mailles du système.</p>
<p>Mais le bât blesse quand, au-delà de cette dynamique, les situations sont dépliées : si le film regorge de transitions ingénieuses, il semble moins inspiré lorsque les scènes devraient prendre, individuellement, leur élan. Les effets se font alors plus grossiers : toujours dans l’esprit de contamination ludique qu’explore le film – telle cette surimpression furtive du visage de Yoo Man-soo sur le front de l’homme qu’il s’apprête à tuer –, la caméra effectue parfois des travellings brusques d’un personnage à l’autre pour surjouer une tension, ou des zooms appuyés sur les visages pour en signifier l’affliction. Le climax, qui confronte Yoo Man-soo à un riche entrepreneur autour d’une conversation alcoolisée, est en ce sens éloquent. La séquence, qui s’étend sur une dizaine de minutes (l’une des plus longues du film), est émaillée d’effets en tout genre – travellings sur les verres qui s’échangent, cadre renversé pour suivre un cul sec, plan capté de l’intérieur de la pinte –, qui ne sont là que pour muscler la dynamique du suspense, à défaut de savoir la construire patiemment. La mise en scène revêt alors une dimension plus volontariste et empesée, à rebours de l’élasticité du montage.</p>
<p>D’où un film stimulant surtout localement, et beaucoup moins lorsqu’il observe ses automates se débattre les uns contre les autres. Cette boulimie visuelle donne parfois l’impression d’une machine qui tourne à vide : l’important tient moins dans les scènes que dans les raccords astucieux que ménage le cinéaste pour les relier. Au risque d’arriver à une forme de paradoxe ironique : <em>Aucun autre choix</em> obéit lui aussi à un principe de «&nbsp;fusion-acquisition&nbsp;» propre aux groupes capitalistes qu’il peinturlure&nbsp;; comme eux, à force de vouloir agglomérer, il finit par devenir obèse.</p>
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		<title>Retour à Silent Hill</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-a-silent-hill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:31:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Silent Hill (2006), déjà réalisé par Christophe Gans, est souvent présenté comme l’une des rares adaptations réussies de jeu vidéo. On peut en effet lui reconnaître, en dépit de ses défauts, sa restitution méticuleuse de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/retour-a-silent-hill/" title="Read  Retour à Silent Hill">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silent-hill/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Silent Hill </em></a>(2006), déjà réalisé par Christophe Gans, est souvent présenté comme l’une des rares adaptations réussies de jeu vidéo. On peut en effet lui reconnaître, en dépit de ses défauts, sa restitution méticuleuse de l’ambiance si particulière du matériau original. Le projet d’adaptation de <em>Silent Hill 2</em>, annoncé en grande pompe par le studio Konami en 2022, s’est par conséquent retrouvé dès le départ prisonnier d’une double injonction de loyauté : envers le jeu (d’autant plus que ce deuxième épisode est considéré comme le meilleur de la série), mais aussi envers le premier film, dont il devait assurer la relève.</p>
<p>Mais dès l’ouverture, Christophe Gans prend ses distances avec <em>Silent Hill 2</em>. La première scène du jeu offrait pourtant une exposition facilement transposable au grand écran : James, de dos sur un parking vide, y relisait une lettre écrite par sa femme morte Mary, lui demandant de la rejoindre dans la fameuse petite ville américaine. La brume, la musique, la solitude de James… tout concourrait à introduire avec tristesse ce que l’on pourrait résumer comme une variation horrifique du mythe d’Orphée et d’Eurydice. Il y a donc de quoi être surpris en découvrant ici un James en pleine forme, lunettes de soleil sur le nez et joint aux lèvres, à bord d’une voiture de sport. On retrouve certes par la suite la situation décrite plus haut, mais cette première scène, qui s’avère être un flashback, illustre immédiatement une fausse bonne idée de Gans : alterner entre le passé de James et son errance dans la ville abandonnée. Cette construction permet sans doute de filmer davantage le personnage de Mary, qui apparaissait peu dans le jeu, et ainsi de « <em>la voir vivre</em>&nbsp;», comme le disait à l’époque David Lynch en parlant de Laura Palmer dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/twin-peaks-fire-walk-with-me/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Twin Peaks&nbsp;: Fire Walk With Me</em></a>, pour substituer à son image figée (la photo du bal de promo) une figure autrement incarnée. Le pari s’avère néanmoins perdant : les souvenirs, trop bavards, ne parviennent pas à donner corps à l’histoire d’amour et encombrent le récit de nouvelles pistes narratives, telle cette histoire de secte esquissant un lien aussi vague que superflu avec le premier film. Plus encore, les flashbacks réduisent la visite de la ville à une collecte d’indices (des papillons de nuit, une silhouette encadrée par une fenêtre, etc.) pour comprendre ce qui est arrivé à Mary.</p>
<p>On pourrait rétorquer que cette approche «&nbsp;fonctionnelle&nbsp;» des détails témoigne d’une certaine fidélité envers la manière de progresser dans <em>Silent Hill</em>. Cet aspect du <em>gameplay</em> était cependant très minoritaire dans les jeux, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/silent-hill-le-sentiment-des-confins/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">qui privilégiaient plutôt de longues errances dans la brume et la mise en scène d’une terrifiante solitude</a>. Engoncées dans leur mécanique narrative, les scènes visent avant tout à éclaircir les zones d’ombres, par l’abus de fondus enchaînés entre les deux époques, l’usage répété de dialogues explicatifs ou encore la superposition signifiante de deux plans. Privés de silence et soulignés par d’imposants mouvements d’appareil, les effets horrifiques tombent dès lors à plat. Gans n’utilise par ailleurs jamais l’omniprésent brouillard et ne capitalise que rarement sur le hors-champ naturel offert par son décor. Quant aux surgissements plein cadre de corps difformes, ils sont certes spectaculaires, mais rarement inquiétants. On a, de fait, surtout l’impression de suivre au pas de course une visite guidée du parcours type d’un joueur : la marche dans la forêt, la première créature sans bras, « Tête de Pyramide » observé depuis l’intérieur d’un placard… rien ne manque ou presque, mais rien ne marque non plus. Les scènes cinématiques d’autrefois étaient source de tension car elles introduisaient souvent une nouvelle phase de jeu ; alignées sur la durée d’un long-métrage, leurs transpositions s’apparentent à de simples présentoirs de figurines monstrueuses. Néanmoins, quelque chose surnage de ce film boursouflé : des bribes ponctuelles de cette mélancolie si propre à ce <em>Silent Hill 2</em>. À moins que ce ne soit l’émotion produite par l’envoûtante musique d’Akira Yamaoka (le compositeur historique de la saga), tandis que reviennent en mémoire les images d’un jeu inoubliable.</p>
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		<item>
		<title>Hurlevent</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hurlevent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hurlevent, troisième long-métrage de la scénariste et réalisatrice britannique Emerald Fennell, s’ouvre sur une scène qui encapsule les caractéristiques de son cinéma. Sur un fond noir, les gémissements suggestifs d’un homme s’entremêlent à des grincements...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hurlevent/" title="Read  Hurlevent">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Hurlevent</em>, troisième long-métrage de la scénariste et réalisatrice britannique Emerald Fennell, s’ouvre sur une scène qui encapsule les caractéristiques de son cinéma. Sur un fond noir, les gémissements suggestifs d’un homme s’entremêlent à des grincements de bois. Lorsque l’image advient enfin, on ne découvre pas un couple au lit, mais un condamné sur la potence. Des enfants ricanent dans la foule&nbsp;: il bande. Une nonne les houspille avant de lever les yeux vers l’érection du pendu (filmée en gros plan) blêmissant d’extase. C’est bête, vulgaire et méchant, il y a trente plans en une minute, ça fait son petit effet choc sur le spectateur&nbsp;: pas de doute, on est bien chez Fennell. Mais le film qui se déploie à partir de cette séquence inaugurale, sans doute le plus convaincant à ce jour, s’engage dans une voie un peu différente des précédents.</p>
<p>La <em>tagline </em>sur l’affiche du film n’a pas tort d’annoncer «&nbsp;<em>le </em>Roméo + Juliette<em> de cette génération</em>&nbsp;». Comme le blockbuster shakespearien sauce années 1990 réalisé par Baz Lurhmann, <em>Hurlevent </em>se veut une relecture anachronique d’un grand classique de la littérature anglaise : <em>Les Hauts de Hurlevent </em>d’Emily Brontë, roman d’une noirceur suffocante dont on peut imaginer pourquoi il a séduit la cinéaste. On y retrouve en effet le mélange de sensualité moite, de cruauté et de conflits de genres et de classes dont <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/promising-young-woman/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Promising Young Woman </em></a>et <em>Saltburn </em>faisaient leur beurre. Fennell renonce néanmoins cette fois aux retournements narratifs cousus de fil blanc pour privilégier un style baroque dont l’outrance décorative, comme chez Lurhmann ou le Jacques Demy de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peau-d-ane/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Peau d’âne</em></a>, joue à fond la carte de l’incongruité plastique&nbsp;: les châteaux moyenâgeux sont bâtis en carrelage de salle de bains et les robes de mariée cousues de plastique.</p>
<p>Ce déluge formel retrouve dans ses moments les plus délirants la fièvre des mélodrames flamboyants de l’époque classique – la cinéaste cite d’ailleurs ouvertement <em>Autant en emporte le vent </em>dans un plan où Heathcliff s’enfuit à cheval vers un crépuscule carmin. Elle confirme également son talent pour un érotisme gentiment pervers, là aussi très connoté <em>90s</em>&nbsp;: par exemple, dans cette séquence où Catherine (Margot Robbie), fascinée par les ébats brutaux de deux de ses domestiques qu’elle épie en secret, est surprise par Heathcliff (Jacob Elordi) qui se couche sur elle avant de la bâillonner d’une main et de l’aveugler de l’autre. Quelqu’un a visiblement lu <em>Le Cinéma haptique pour les Nuls</em> : aucun malaxage de pâte à pain, aucun œuf écrasé, aucun index enfoncé dans le poisson en gelée ne nous sera épargné. L’évidence de ces métaphores visuelles et du motif sadomasochiste qui court dans le film trahit cependant la lecture un peu trop littérale que la cinéaste fait du roman de Brontë. Ce côté « ras des pâquerettes » de l’adaptation produit pourtant de belles idées : par exemple, cette main surgie de sous un lit pour entraver la cheville de l’héroïne. Mais plus le film avance, plus il a, pour le coup, la main lourde dans sa transposition visuelle des thèmes du livre. Une succession de vignettes ornementales aussi bien composées que des vitrines du Bon Marché (cf. ce cadavre d’un alcoolique cadré artistiquement entre des montagnes de bouteilles) achèvent d’éponger ce qu’il y avait de sueur et de crasse dans la première partie, mais aussi d’étouffer l’émotion sous l’ironie narquoise. Heureusement, surnage jusqu’au bout le fiévreux bellâtre Jacob Elordi qui, après <em>Frankenstein</em>, confirme une maîtrise saisissante de son corps : avec ses bras et jambes interminables qu’il n’hésite pas à tordre dans des poses étonnantes, il a l’inquiétante étrangeté d’une araignée de Louise Bourgeois.</p>
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		<item>
		<title>Send Help</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/send-help/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cela faisait depuis 2009 et Jusqu’en enfer (Drag Me to Hell) que Sam Raimi n’avait pas réalisé un film d’horreur – et un projet original, c’est-à-dire non rattaché à une franchise ou à un classique...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/send-help/" title="Read  Send Help">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela faisait depuis 2009 et <em>Jusqu’en enfer</em> (<em>Drag Me to Hell</em>) que Sam Raimi n’avait pas réalisé un film d’horreur – et un projet original, c’est-à-dire non rattaché à une franchise ou à un classique du cinéma (son prequel du <em>Magicien </em>d’Oz en 2013). Vendu comme un retour aux sources de la comédie horrifique ou de l’horrifique teinté de burlesque (soit la matrice d’<em>Evil Dead</em>, ce qu’il a fait de mieux), <em>Send Help</em> s’affirme pourtant comme le projet le moins singulier porté à ce jour par le cinéaste. Linda (Rachel McAdams), une employée de bureau hyper compétente mais raillée par ses collègues pour sa bizarrerie, échoue sur une île thaïlandaise déserte en compagnie de son insupportable PDG, Bradley (Dylan O’Brien), après le crash du jet privé qui les emmenait à un rendez-vous d’affaires à Bangkok. Juste avant la catastrophe, Bradley et le <em>boys club</em> à la tête de l’entreprise se moquaient d’une vidéo de l’audition, forcément ridicule, de Linda pour l’émission <em>Survivor</em> – l’équivalent chez nous de <em>Koh-Lanta</em>. La tempête qui s’abat ressemble alors à une malice du destin&nbsp;: désormais piégé dans un environnement sauvage, le petit coq doit s’appuyer sur les talents de sa subalterne rabrouée, férue de survivalisme. Lui n’en mène pas large, quand elle fait étalage de son sens de l’organisation et de la débrouillardise, ce qui occasionne une inversion du rapport de force initial.</p>
<p>Cela vous rappelle un truc&nbsp;? C’est normal&nbsp;: <em>Send Help</em> reprend la trame de la dernière partie de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sans-filtre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sans filtre</em></a> et va jusqu’à lui emprunter – attention, divulgâchage – son <em>twist</em> final, que l’on voit venir très tôt dans le film. Ce programme de lutte des classes appliquée au <em>survival </em>entend ménager sa singularité par la relation trouble des deux rescapés et la personnalité tordue de Linda, loin d’être une oie blanche. Mais il mine au passage son potentiel satirique à coups de rebondissements scénaristiques, pour relancer une intrigue somme toute minimale. Le plus décevant est de constater qu’il ne reste plus grand-chose de la signature de Sam Raimi, réduite à quelques gerbes d’hémoglobine et à un mauvais esprit visant sans doute un jeu de massacre « jouissif ». Même là, il est cependant difficile de ne pas voir l’inspiration ostlündienne : le gore opère le même rôle que le vomi – qu’on finit d’ailleurs par retrouver. À l’arrivée, le film noie définitivement son horizon de fable anticapitaliste pour célébrer paresseusement la revanche sociale (et friquée) d’un ancien vilain petit canard. Il manque à <em>Send Help</em> l’essentiel, cette qualité derrière laquelle il court à perdre haleine&nbsp;: la subversion.</p>
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		<item>
		<title>Les Voyages de Tereza</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-voyages-de-tereza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331478</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dans un futur proche au Brésil, le gouvernement met en place une politique ségrégationniste à l’encontre des personnes âgées, d’abord placées sous tutelle de leurs enfants, avant d’être envoyées dans un camp de concentration. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-voyages-de-tereza/" title="Read  Les Voyages de Tereza">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un futur proche au Brésil, le gouvernement met en place une politique ségrégationniste à l’encontre des personnes âgées, d’abord placées sous tutelle de leurs enfants, avant d’être envoyées dans un camp de concentration. Le point de départ dystopique des<em> Voyages de Tereza </em>propose ainsi une critique explicite de l’État et de la société brésilienne dans son ensemble, qui réduit les vieillards au rang de corps improductifs dont il faudrait se débarrasser. Curieusement, le film désinvestit assez vite ce postulat, relégué en toile de fond. Ce qui intéresse réellement Gabriel Mascaro est ailleurs : le récit initiatique de Tereza, bien décidée à croquer la vie à pleines dents en s’enfuyant dans la forêt amazonienne avant son internement. Bien que la dystopie soit esquissée sur un mode mineur, elle présente un double écueil. Le premier est pragmatique : elle paraît surtout embarrasser le film, contraint d’exposer laborieusement les règles de fonctionnement de cette loi infernale, alors même qu’elle joue un rôle assez anecdotique dans le récit. Le second est politique : réduit à un postulat allégorique ultra-lisible (Tereza pourrait fuir une maison de retraite et le récit resterait peu ou prou le même), le monde futuriste tient ici de la note d’intention. Le changement de cap du scénario donne même l’impression de se délester de l’imaginaire historique qu’il a convoqué (celui de l’univers concentrationnaire et des rafles) pour lui préférer un horizon exclusivement individuel, comme si le film délaissait la portée collective des questions qu’il avait lui-même ouvertes.</p>
<p>La virée de Tereza, amorcée au bout d’une demi-heure, laisse pourtant d’abord espérer une respiration bienvenue : elle embarque à bord d’un bateau de fortune conduit par un passeur un peu louche, consommateur de bave d’escargot bleu aux propriétés hallucinogènes. Mais la dérive sensorielle dans la jungle est rapidement rattrapée par une narration balisée, où la splendeur des paysages, accompagnée d’une musique atmosphérique, accouche seulement de quelques plans de transition notables. Passé une séquence psychédélique assez ratée, le récit d’apprentissage reprend ses droits : Tereza enchaîne les rencontres supposées la guider vers sa liberté, dans un élan paradoxalement cadenassé par le scénario. Un exemple : au début du film, un gros plan sur un escargot intriguait ; paraissant délié de tout enjeu narratif, on pouvait croire qu’il consistait simplement à contempler la beauté bizarre du gastéropode. Cette incise poétique se révèle en vérité symbolique : l’escargot devient un motif récurrent qui structure lourdement le récit initiatique. Il réapparaît à bord du bateau, sous la forme de l’escargot bleuté que Tereza refuse d’utiliser, avant de resurgir une dernière fois, lorsqu’elle accepte enfin de s’administrer quelques gouttes du mystérieux liquide dans les yeux, jalonnant ainsi les étapes importantes de son trajet intime. L’animal aide toutefois à mieux comprendre la façon dont Mascaro envisage ici la dystopie : elle se résume à une petite valeur ajoutée d’excentricité, une tentative de conférer un semblant d’originalité à un film qui en est au fond dépourvu.</p>
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		<title>Urchin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/urchin-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a quatre ans, on découvrait Harris Dickinson en gravure de mode embarquée à bord du yacht luxueux de Sans Filtre (Triangle of Sadness). Pour son passage derrière la caméra, l’acteur britannique explore toutefois...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/urchin-2/" title="Read  Urchin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quatre ans, on découvrait Harris Dickinson en gravure de mode embarquée à bord du yacht luxueux de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sans-filtre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sans Filtre </em></a>(<em>Triangle of Sadness</em>). Pour son passage derrière la caméra, l’acteur britannique explore toutefois une tout autre veine que celle d’Östlund : loin de la satire grotesque, <em>Urchin</em> déploie une narration resserrée autour du destin de Mike (Frank Dillane), jeune toxicomane SDF. Si le film s’inscrit dans un réalisme à la Ken Loach, il ménage certaines séquences oniriques qui éloignent le récit de ce cap. Ainsi de celle où Mike, condamné pour vol et agression, retourne en prison ; la caméra s’engouffre alors dans le siphon d’une douche et entreprend un voyage vers les tréfonds de la terre, avant de dévoiler la silhouette du personnage à l’orée d’une grotte. Cette cavité réapparaît plusieurs fois, comme pour figurer son fragile espace mental en construction.</p>
<p>Le jeune homme redécouvre après la prison un semblant de vie sociale en décrochant un poste de chef cuisinier dans un hôtel bon marché. Le film égrène cependant les indices révélant le cercle vicieux auquel Mike ne peut échapper. Tout en lui expliquant qu’il lui sera difficile de retrouver du travail après ce nouveau séjour carcéral, sa conseillère abrège la conversation : « <em>vous savez déjà tout ça, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace</em>». En se concentrant sur l’affect de son personnage, et non sur les rouages du système de réinsertion sociale, <em>Urchin</em> figure les inévitables points de bascule de cette nouvelle vie. Mike s’enfuit d’ailleurs d’une friperie pour ne pas croiser le regard de Nathan (Harris Dickinson lui-même), jeune homme rachitique avec lequel il avait l’habitude de se droguer. Cette réminiscence du passé semble pourtant le poursuivre lorsqu’il accepte de rencontrer l’homme qu’il a agressé un an auparavant : le malaise s’installe quand on lui demande de justifier son acte, mais une ellipse bienvenue suspend la réponse de Mike. Cet événement cristallise le mal-être profond du personnage <i>–</i> sans trop en dire, la menace d’une rechute n’est jamais loin. Bien que balisé, le récit circulaire d’<em>Urchin</em> distille ainsi un certain trouble, et a le mérite d’éviter les écueils de l’accablement narratif ou du point de vue surplombant.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Father Mother Sister Brother / Le Sud</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-father-mother-sister-brother-le-sud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:31:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch et Le Sud de Víctor Erice. Disponible également sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-father-mother-sister-brother-le-sud/" title="Read  L’ombre d’un doute — Father Mother Sister Brother / Le Sud">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/father-mother-sister-brother/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Father Mother Sister Brother</em></a> de Jim Jarmusch et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-sud/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Sud</a></em> de Víctor Erice.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Camille Bouthors, Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2026</p>
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		<title>Béla Tarr, le brouillard a envahi ton âme</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/bela-tarr-le-brouillard-a-envahi-ton-ame/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Béla Tarr est mort le 6 janvier dernier. Son nom reste aujourd’hui trop souvent réduit à un totem cinéphile ou à la pointe radicale d’un cinéma d’auteur tenu à la fois pour virtuose et austère....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/bela-tarr-le-brouillard-a-envahi-ton-ame/" title="Read  Béla Tarr, le brouillard a envahi ton âme">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Béla Tarr est mort le 6 janvier dernier. Son nom reste aujourd’hui trop souvent réduit à un totem cinéphile ou à la pointe radicale d’un cinéma d’auteur tenu à la fois pour virtuose et austère. Les longs plans-séquences qui traversent son œuvre ne tiennent pourtant pas, bien qu’ils impressionnent, de la démonstration de force ; il faut les considérer à leur juste mesure, comme l’invention d’une forme qui déploie une vision du monde unique. L’œuvre de Béla Tarr est curieusement construite. Coupée en deux, elle prend véritablement son élan avec <em>Damnation</em>, en 1988, son sixième long-métrage, qui posera les fondements esthétiques des sommets à venir : le recours au noir et blanc (en rupture avec <em>Almanach d’automne</em>, son film précédent, tourné dans des couleurs criardes et volontairement artificielles), l’usage systématique du plan-séquence, la lenteur des mouvements de caméra, etc. C’est aussi par ce film que se noue une collaboration fructueuse avec l’écrivain et scénariste László Krasznahorkai, ainsi qu’avec Mihály Víg, le compositeur attitré de Tarr. Le premier plan impose d’emblée la nouvelle direction du cinéaste : une vaste plaine hongroise, boueuse et désertique, est traversée par un immense téléphérique s’enfonçant dans les confins de la profondeur de champ. De manière d’abord imperceptible, la caméra recule lentement jusqu’à révéler que le paysage était en réalité observé depuis l’intérieur, derrière une vitre, avant que n’apparaisse le protagoniste de dos, dans la pénombre. Le son mécanique et répétitif des nacelles est par ailleurs exacerbé, provoquant un crissement désagréable qui devient ensuite hypnotique. Les plans-séquences de Béla Tarr témoigneront souvent de la même complexité : ils résultent d’un agencement minutieux des éléments sonores et visuels pour sculpter patiemment des blocs de temps et nous maintenir dans un état d’éveil perceptif aigu. Ce lent ballet enrayé des nacelles, tournant à vide au milieu d’un paysage désolé, installe le mouvement de déréliction généralisée qui caractérise à partir de ce moment charnière toute l’œuvre de Tarr.</p>
<p>Quelques minutes plus tard, sous une pluie battante, Karrer se rend au bien nommé Titanic Bar, lieu central du film. La caméra, après avoir filmé la devanture, glisse progressivement vers l’homme, intégrant dans le cadre une étrange spirale au premier plan. Ce détail du décor pose alors l’un des motifs visuels clés de l’œuvre : la forme circulaire, associée à l’idée d’un naufrage (le Titanic), semble régir la dynamique de l’univers, aspirant peu à peu les êtres et les choses vers les abysses. La structure même de son dernier film, <em>Le Cheval de Turin</em>, épouse presque schématiquement cette idée. Des journées semblables s’y succèdent inlassablement, avec une évolution toutefois notable : chacune est davantage marquée par la dégradation (le puits se tarit, le cheval meurt, le feu s’éteint), jusqu’à ce que la spirale engloutisse bientôt les deux paysans dans l’obscurité. Le titre du <em>Tango de Satan</em> annonçait la couleur (ou plutôt son absence), en liant l’action démoniaque à une danse tournoyante : lente et implacable, aidée par la pluie qui paraît s’abattre perpétuellement sur le monde, la répétition est vectrice de destruction. Elle se manifeste notamment dans les scènes de danse dans les bars, où les ivrognes s’adonnent à des farandoles sinistres portées par les ritournelles de Mihály Víg. Lointain écho des bals populaires ou des grandes cérémonies de l’ère soviétique que Béla Tarr filmait dans <em>Rapports préfabriqués</em>, ces rassemblements ont perdu leur vitalité en même temps que leur fonction sociale, pour être réduits à un simple mouvement d’inertie. Certains personnages traînent encore leur mélancolie, mais tous sont prisonniers de leur désœuvrement, un peu à la manière des colons d’<em>India Song</em> de Marguerite Duras, captifs de la rémanence spectrale du bal de S. Tahla. À mesure que les travellings sinueux parcourent lentement ces lieux délabrés, le temps s’enroule alors progressivement sur lui-même.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331310 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg" alt width="2560" height="729" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-300x85.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-1024x292.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-768x219.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-1536x438.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-2048x584.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-980x279.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tarr-collage-1-2000x570.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>L’Apocalypse selon Béla</h2>
<p>Comment ouvrir une brèche dans cet enfer de la circularité ? C’est peut-être ici que se joue en partie la filiation bien connue entre Andreï Tarkovski et Béla Tarr. D’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/andrei-roublev/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Andreï Roublev</em>,</a> pris dans le chaos violent de la Russie tsariste, au «&nbsp;stalker&nbsp;» errant dans un monde post-apocalyptique, jusqu’à Aleksandr, isolé sur une île suédoise à l’approche d’une apocalypse nucléaire dans <em>Le Sacrifice</em>, les figures tarkovskiennes évoluent toujours dans des mondes au bord de l’anéantissement. À cette menace, le cinéaste russe oppose une réponse d’ordre spirituel : l’acte de foi, le geste sacrificiel ou créateur peuvent encore être salvateurs. Sur ce point décisif, Tarkovski et Tarr divergent profondément – ce dernier ayant d’ailleurs toujours revendiqué son athéisme. Si leur approche de la durée a souvent été rapprochée, leur façon d’appréhender la nature est en réalité opposée. Chez Tarkovski, le mouvement de caméra fait advenir le miracle, en entrelaçant entre eux les éléments (exemplairement à la fin du <em>Sacrifice</em>, où un même plan unit l’eau, la terre, le feu et le vent), suggérant que l’accès à la transcendance ne peut s’ouvrir qu’au cœur de l’immanence : l’expérience sensible mène à la spiritualité, d’où le caractère fondamentalement contemplatif de son esthétique. La pluie joue ainsi à plusieurs reprises le rôle d’Annonciation mystique : elle révèle au jeune Boriska l’argile qui lui permettra de fabriquer la cloche d’<em>Andreï Roublev</em>, elle auréole d’un halo doré les trois protagonistes de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/stalker/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Stalker</em></a> arrivés dans La Chambre. Chez Béla Tarr, au contraire, aucune transcendance ne se dessine : les éléments participent pleinement de la déliquescence et de l’épuisement généralisé des corps. C’est le vent implacable contre lequel lutte le paysan du <em>Cheval de Turin</em>, ou la pluie diluvienne qui transperce les manteaux et imbibe les murs décrépits du Titanic Bar : « <em>Le brouillard envahit tout, pénètre dans les poumons. Il envahit ton âme</em> », entend-on dans <em>Damnation</em>.</p>
<p>On retrouve cette idée dans <em>Le Tango de Satan</em>, que l’on peut lire comme le négatif de <em>Stalker</em> – il y a certes chez Tarr un même rapport à la circularité, mais où est rendue impossible l’illumination finale du film de Tarkovski, avec son personnage d’enfant par lequel la foi rejaillissait sur le monde. De façon analogue à <em>Stalker</em>, la dernière séquence (d’une demi-heure) du <em>Tango de Satan</em> rejoue la première : retour dans le kolkhoze, cette fois-ci vidé de ses villageois, où seul subsiste le vieux médecin. Assis derrière sa fenêtre, désormais bouchée par un brouillard épais, il n’a plus personne à épier. Soudain, le son des cloches résonne au loin : revient alors en mémoire la toute première phrase du film, prononcée sept heures plus tôt en voix off, qui racontait comment le vieil homme entendit un jour sonner les cloches alors même que la chapelle, située à plusieurs kilomètres, avait été détruite. Le médecin se met en route d’un pas lourd à travers la plaine boueuse ; le mixage sonore substitue lentement au carillon un tintement métallique dissonant. Arrivé sur place, il découvre un fou qui martèle un tuyau contre la chapelle détruite. Le dernier plan suit le médecin de retour chez lui. Il barricade sa fenêtre, son unique ouverture sur le monde extérieur, puis écrit dans son journal en prononçant à bout de souffle les mots déjà entendus en voix off à l’ouverture du film. Comme dans <em>Stalker</em>, tous les éléments font retour (le texte, le médecin, la fenêtre) mais ici sur un mode <em>dégradé</em> : aucun miracle n’est advenu, la spirale a gagné en engloutissant l’image dans l’obscurité.</p>
<p>Une brèche s’est pourtant bel et bien ouverte dans <em>Le Tango de Satan</em>, même si celle-ci n’a pas sauvé le vieux médecin, resté dans le kolkhoze et à son tour victime de cette «<em> mortelle inertie</em> » qu’il évoquait dans son journal. Et, comme chez Tarkovski, cette brèche passe par la figure de l’enfant, plus précisément celle de l’idiote : la petite Estike, dont la longue marche dans la nuit scinde le film en deux. Rejetée par les habitants, la fillette observe d’abord seule sous la pluie les ivrognes du bar tournoyer derrière une fenêtre. On la voit ensuite s’élancer dans le noir, par le truchement de plusieurs longs plans rapprochés filmés de face – un choix formel suffisamment singulier pour être souligné, s’opposant aux habituels cadres larges où Tarr accompagne, le plus souvent de dos, les errances de ses personnages. Son visage perce alors les ténèbres, illuminé par sa résolution à avancer en dépit de la pluie battante, dans un mouvement saccadé. Alors qu’elle absorbe de la mort-aux-rats, la voix off restitue ses dernières pensées : « <em>“Les anges voient ça et comprennent”, se dit-elle. Elle se sentait sereine, et les arbres, la route, la pluie et la nuit, tout respirait la tranquillité.</em> » Le film semble faire alors d’Estike une figure de <em>iurodivy</em>, ces « fols-en-Christ » de la tradition russe, humiliés et marginaux dont l’innocence même leur confère une portée spirituelle et prophétique. Béla Tarr est cependant plus terre à terre que Tarkovski, pour revenir à lui : l’idiot n’est pas ici une figure mystique mais éthique, voire politique. Sa mort agit de fait comme un déclencheur, lorsque le faux prophète Irimiás en fait un argument pour entraîner la dispersion des villageois au-delà du kolkhoze ; en d’autres termes, elle rompt l’inertie qui paralysait le monde. Cette figure de fou capable de redessiner la marche de l’univers est aussi présente dans <em>Les Harmonies Werckmeister</em>. Dans la scène inaugurale (peut-être la plus belle de la filmographie de Béla Tarr), le personnage de János Valuska réorchestre ainsi les déplacements des ivrognes dans un bar pour renouer un instant avec une harmonie cosmique. La caméra elle-même prend part à ce ballet, où la lumière finit par réapparaître après les ténèbres. L’attitude de János a quelque chose de dérisoire, à l’image de celle d’Estike ou encore du couple de paysans du <em>Cheval de Turin</em>, qui continuent à manger leurs dernières pommes de terre alors même que tout espoir semble avoir disparu pour de bon. Parler de salut de l’humanité ou de résistance paraît trop lourd, trop chargé pour désigner avec justesse leurs comportements : ils ne projettent rien vers l’avenir, ne portent aucune utopie, mais persistent à accomplir une action simple, minimale. Et pourtant, c’est peut-être bien à travers ces gestes que subsiste pour eux une dernière forme de dignité possible, alors qu’advient la fin des temps.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331311 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg" alt width="1204" height="720" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image.jpg 1204w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-300x179.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-1024x612.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-768x459.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Tango-de-satan-image-980x586.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1204px) 100vw, 1204px"></a>
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		<title>Le Gâteau du président</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-gateau-du-president/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entre le décor d’un village flottant irakien et l’image granuleuse vignettée aux angles,&#160;Le Gâteau du président&#160;ressemble de prime abord à&#160;un film contemplatif. Il s’articule pourtant autour d’une mission clairement définie&#160;: dans les années 1990, une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-gateau-du-president/" title="Read  Le Gâteau du président">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre le décor d’un village flottant irakien et l’image granuleuse vignettée aux angles,&nbsp;<em>Le Gâteau du président</em>&nbsp;ressemble de prime abord à&nbsp;un film contemplatif. Il s’articule pourtant autour d’une mission clairement définie&nbsp;: dans les années 1990, une petite fille, Lamia, est tirée au sort dans sa classe pour apporter un gâteau deux jours plus tard, afin de célébrer comme il se doit l’anniversaire de Saddam Hussein. Dans un pays sous le feu des bombes américaines, où nourriture et eau viennent à&nbsp;manquer, le culte du chef est plus fort que jamais. Lamia, telle une héroïne kiarostamienne, se rend donc à&nbsp;la ville avec sa grand-mère (et, plus incongru, son coq de compagnie), afin de dégoter un à&nbsp;un les ingrédients du «&nbsp;<em>gâteau du président</em>&nbsp;». Le film raconte donc l’histoire d’une recette, où la recherche de chaque composant (des œufs, du sucre, de la farine) sert de prétexte à&nbsp;une petite aventure.</p>
<p>Au risque de suivre lui aussi une formule. De façon assez systématique, la quête enfantine se voit contrebalancée par le chaos environnant&nbsp;: estropiés, mendiants, manifestants patriotes ne cessent de croiser la route du personnage principal et de Saeed, un camarade de classe qui se joint à&nbsp;elle, pour signifier que la grande Histoire rencontre la petite. Le récit, évidemment «&nbsp;à&nbsp;hauteur d’enfant&nbsp;» (comme le veut l’expression consacrée) alterne ainsi schématiquement entre&nbsp;<em>Les 400 Coups&nbsp;</em>et la chronique historique. Avec ce scénario balisé et sa mascotte (le coq, dont les cris et autres picorages intempestifs instillent un peu de comédie),&nbsp;<em>Le Gâteau du président</em>&nbsp;a&nbsp;quelque chose d’un Disney (ou d’un Pixar) déguisé en film d’auteur international. L’expédition de Lamia et Saeed (alourdie inutilement par le point de vue de la grand-mère à&nbsp;la recherche de sa petite-fille) a&nbsp;beau dresser un tableau implacable d’un pays à&nbsp;la fois assiégé et malade, elle n’atteint jamais vraiment le statut de fable auquel Hasan Hadi aspire. Il y&nbsp;a bien quelques ogres masculins qui se dressent sur la route des personnages, mais le film reste arrimé au caractère agréablement ludique de son pitch, sans parvenir à&nbsp;le transcender. On a donc moins affaire à un «&nbsp;Où est la farine de mon ami&nbsp;? » qu’à un simple «&nbsp;Et la routine continue&nbsp;».</p>
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		<title>The Mastermind</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans les années 1970, James Mooney (Josh O’Connor) monte une équipe de bras cassés pour voler plusieurs tableaux dans le petit musée de Firmigham au Massachusetts. Si les toiles ont bien été subtilisées, le braquage...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-mastermind-2/" title="Read  The Mastermind">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les années 1970, James Mooney (Josh O’Connor) monte une équipe de bras cassés pour voler plusieurs tableaux dans le petit musée de Firmigham au Massachusetts. Si les toiles ont bien été subtilisées, le braquage en apparence soigneusement préparé relevait en vérité de l’amateurisme et l’un des voleurs, rattrapé par la police, dénonce vite James, contraint de prendre la route. <em>The Mastermind</em> n’est en fait qu’à moitié un film de casse (l’intrigue policière y est accessoire), de même que son personnage, assez insaisissable, se révèle toujours à moitié présent dans les lieux qu’il traverse : dans la première scène du film, qui dépeint le repérage des lieux en vue du cambriolage, James semble évoluer dans un monde à part, coupé en deux par le cadre d’un tableau à l’arrière-plan. Faisant à peine mine de contempler des œuvres, il subtilise une petite statuette derrière une vitrine à la manière de Michel dans le <em>Pickpocket</em> de Robert Bresson, glissant l’objet dans un étui à lunettes qu’il dépose ensuite dans le sac d’une femme assise sur un banc, qui s’avérera être sa femme, Terri (Alana Haim), présente dans le musée avec leurs deux enfants. Même en famille, James est déjà seul : la filiation que le film tresse avec le cinéma de Bresson ne se joue pas seulement dans la façon précise qu’a Reichardt de mettre en scène un vol (en décomposant par le montage une série de gestes mécaniques), mais aussi dans sa manière de figurer un personnage à la marge, séparé de son entourage par les surcadrages et les lignes dessinées par les murs et les couloirs. Encore plus que Lizzie dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/showing-up-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Showing Up</em></a>&nbsp;(film dont <em>The Mastermind</em> suit le sillon), James s’avère par ailleurs antipathique ; il n’hésite pas à laisser seuls ses enfants dans un centre commercial au moment du braquage, pour les récupérer en fin de journée dans la même voiture transportant les tableaux volés. Au regard des risques inconsidérés qu’il prend pour lui et sa famille, il ne s’agit pas d’un « génie », tel que le suggère le titre très ironique, mais d’un vrai raté, moins attendrissant que ceux qui peuplent ordinairement les films de Reichardt.</p>
<p>Cette idée de la fausse piste ou du faux-semblant est au cœur de la mise en scène ; minutieuse, elle raconte toujours autre chose que ce que le récit travaille en surface. Ainsi également de la bande-son, employée à des fins comiques, voire cartoonesques, qui figure secrètement ce qui se joue dans ce personnage de faux génie : les morceaux de jazz accompagnant les gestes de James relèvent à la fois d’une continuité (une même cadence étendue sur plusieurs minutes) et d’une forme d’improvisation sans cesse relancée (des embardées discrètes qui tranchent avec la cadence initiale, lorsqu’il s’agit par exemple d’inventer une nouvelle pirouette pour se sortir du pétrin). À chaque fois que James semble avoir un coup d’avance, il est ainsi rattrapé par ce qu’il n’avait pas su <em>bien</em> <em>voir </em>en amont. Le découpage se dissocie alors de son point de vue, et nous invite à regarder attentivement ce qui s’apprête à perturber son plan d’action. En témoigne cette longue scène où Reichardt s’attarde pendant plusieurs minutes sur son personnage en train de cacher les tableaux volés à l’étage d’une porcherie. En accentuant le prosaïsme d’un geste qui n’a rien d’héroïque, la cinéaste le filme en train d’installer son échelle, de déballer les tableaux un à un, de les monter dans la remise, de les remettre enfin dans leur coffre avant de faire choir l’échelle par inadvertance – il devra tomber dans la boue pour descendre. D’un point de vue scénaristique, la durée de cette drôle de séquence paraît injustifiée, d’autant que Reichardt bâtit un faux suspense autour du fait, sans conséquence, que les habits de James sont désormais couverts de terre (les policiers l’attendent chez lui, et il doit se changer en urgence dans le jardin). Il faut en réalité voir dans la durée de ces plans, qui s’attardent sur des gestes aussi répétitifs qu’anecdotiques, un contrepoint à l’erreur élémentaire de James, qui n’a pas assez bien pris en compte la matière d’une situation et d’un espace donnés. Ce « génie » est trop inattentif pour en être un.</p>
<h2>L’inattentif</h2>
<p>« <em>Quelle époque, hein ?</em> » demande, à la fin du braquage, l’un de ses associés. Une question à laquelle James, d’une nonchalance à toute épreuve, ne répond même pas : « <em>On se voit plus tard</em> », conclut-il. Ce dernier n’a que faire de l’espace-temps au sein duquel il évolue. C’est une autre belle fausse piste : au fur et à mesure du récit, surtout à partir de la fuite de James qui pourrait s’accompagner d’une montée en tension dramatique (elle n’adviendra jamais), l’escalade guerrière que mènent les États-Unis de Nixon au début des années 1970 s’infiltre peu à peu dans le montage et dans les plans. Le Vietnam est lui aussi, mais sur un autre mode (sa présence se révèle plus importante qu’on ne le croit d’abord), à moitié là. Il en est fait mention dans les annonces radiophoniques qu’une autostoppeuse interrompt pour écouter de la musique, sur des affiches militantes ou à la une d’un journal, juste à côté d’un article consacré à la cavale de James – le personnage, de façon éloquente, ne lira pas le reste de la page. Ce qui se joue à cet égard dans l’une des chambres d’hôtel où se terre le fugitif fait entrer le spectre de la guerre d’une manière tout à fait bouleversante au sein du film. En arrivant sur les lieux, James commence par accrocher des chemises sur la fenêtre de sa chambre, tandis que, dans l’appartement d’en face, sont diffusées les informations télévisées détaillant l’offensive du pays au Vietnam et au Cambodge : en voulant se cacher de l’extérieur (il ne veut pas être repéré par la police car sa photo est dans le journal), il voile lui-même son regard, qui bute sur un hors-champ de taille. Plus tard, dans la même pièce, le personnage découpe une photo d’identité pour se fabriquer un nouveau passeport. La bande-son, quant à elle, nous fait entendre des tirs d’hélicoptères sans que l’on puisse identifier tout de suite leur provenance. En un panoramique circulaire, la caméra de Reichardt part de James, montre ensuite sans s’arrêter la télévision de sa chambre qui diffuse des images de la guerre, puis revient sur le personnage, tellement occupé à sauver son existence qu’il ne regarde pas une seule seconde les massacres documentés juste à côté de lui.</p>
<p>Le réel projet du film tient dans ce mouvement de caméra : sans prétention, Reichardt réalise son film « sur le Vietnam » en regardant l’Histoire de biais, dans une sorte de contournement qui, plutôt que de masquer la guerre par préciosité, a pour effet inverse de détourner l’ensemble des plans dans cette direction. Impossible, dès lors, de regarder au premier degré la cavale de ce personnage pathétique, qui se contrefiche de l’actualité – il refuse par exemple de rejoindre, comme le lui propose un ami, des marginaux exilés au Canada pour éviter leur enrôlement dans l’armée (il se moque même de l’idée de faire partie d’une « <em>communauté</em> »). Reichardt, comme à son habitude, ne méprise pas son personnage. Mais sa mise en scène est plus dure et sévère qu’à l’accoutumée : elle rappelle toujours le manque d’intelligence de James. Celui-ci est habile dans sa manière de s’extirper de situations problématiques (il reste très débrouillard), mais présente une absence d’acuité vis-à-vis du monde dans lequel il cherche à vivre (d’abord sa famille, qu’il néglige ; ensuite la société, qu’il ignore). La dernière séquence du film, à la fois magnifique et d’une fatalité très bressonienne, va dans ce sens. Le personnage y est piégé par son attention mal placée (un portefeuille plutôt qu’une manifestation anti-guerre), soulignée par une multiplication d’inserts à l’intérieur d’une séquence dont l’ampleur appelait en principe des plans plus larges. Les surcadrages nombreux l’annonçaient en vérité depuis le début (il a toujours eu un pied derrière les barreaux) : James sera puni par le surgissement d’un acte de violence injuste et arbitraire, qu’il aurait pu anticiper s’il avait daigné regarder l’époque et ses atrocités en face.</p>
<p>Derrière un petit film de casse se cachait donc un grand film sur l’impasse que constitue un rapport sans réciprocité au monde. « <em>Est-ce qu’on ne peut pas admettre que des hommes capables, intelligents, et à plus forte raison doués de talent ou même de génie – donc indispensables à la société – au lieu de végéter toute leur vie soient dans certains cas libres de désobéir aux lois ?</em> » demandait Michel à un inspecteur de police au début de <em>Pickpocket</em>. Punissant son héros incapable de voir ce qu’il se passe au-delà de son nombril (il finit aspiré dans la profondeur de champ d’un long plan sidérant), <em>The Mastermind</em> répond en quelque sorte que les génies sont aveugles.</p>
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		<title>La Lumière ne meurt jamais</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-lumiere-ne-meurt-jamais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pauli, jeune flûtiste professionnel, rentre chez ses parents après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Le soir de son retour, il aperçoit une jeune femme qui déambule dans son quartier : casque sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-lumiere-ne-meurt-jamais/" title="Read  La Lumière ne meurt jamais">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pauli, jeune flûtiste professionnel, rentre chez ses parents après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Le soir de son retour, il aperçoit une jeune femme qui déambule dans son quartier : casque sur les oreilles et micro à la main, elle enregistre les sons environnants en frappant avec un maillet sur des canalisations, avant que ces percussions improvisées déclenchent par inadvertance l’alarme d’une automobile. Le sursaut provoqué par ce soudain vacarme entend figurer l’énergie avec laquelle cette ancienne camarade de classe va sortir Pauli de sa torpeur : c’est en assistant plus tard dans le film à l’un de ses concerts qu’il découvrira la dynamique salvatrice de la musique expérimentale et se libérera peu à peu des barrières artificielles que l’enseignement classique avait érigées en lui.</p>
<p>La logique du contrepoint, filée tout au long de ce récit d’apprentissage, manque malheureusement de finesse. Les séquences musicales, qui mêlent des ustensiles incongrus (les personnages jouent avec des verres d’eau et de l’électroménager) aux traditionnelles basses et guitares électriques, demeurent assez conventionnelles ; un comble pour une musique qui, selon les personnages eux-mêmes, doit être « <em>supranaturelle&nbsp;</em>». En opposant le classique à l’expérimental, le film fait par ailleurs l’impasse sur les ponts féconds entre ces deux styles. Cette dichotomie trouve son acmé lorsque le flûtiste s’avance dans l’enceinte monumentale de son conservatoire. La froideur du lieu, combinée à la condescendance de ses collègues, pousse à nouveau Pauli dans les bras de la musique expérimentale : filmée en gros plan, la dernière performance nocturne est quant à elle réchauffée par les flammes d’un brasier. Le son de sa flûte (dont le film nous privait l’écoute depuis le début) retentit alors pour la première fois, comme une ultime métaphore surlignée de la renaissance du personnage.</p>
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		<item>
		<title>Rental Family</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rental-family/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Phillip Vandarploeg est un acteur raté, sans amis et au chômage. Exilé à Tokyo afin de tourner une publicité pour un dentifrice, il enchaîne depuis sept ans les projets inconséquents, faute de mieux. Par chance,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/rental-family/" title="Read  Rental Family">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Phillip Vandarploeg est un acteur raté, sans amis et au chômage. Exilé à Tokyo afin de tourner une publicité pour un dentifrice, il enchaîne depuis sept ans les projets inconséquents, faute de mieux. Par chance, son destin lui sourit le jour d’un enterrement : témoin malgré lui d’une fausse cérémonie (un homme simule ses funérailles avec une famille fictive lui rendant hommage), il finit par être embauché par l’entreprise chargée d’organiser ce subterfuge aux visées cathartiques. Son rôle, désormais : jouer l’Américain blanc et d’âge mûr de service.</p>
<p>Dès les premiers plans de <em>Rental Family</em>, on devine&nbsp;l’enjeu sous-tendu par la présence d’un Brendan Fraser pas totalement sorti de son expérience chez Aronofsky&nbsp;: introduire un corps étranger dans un cadre nippon parfaitement identifié. Que ce soit dans les rues et les transports en commun tokyoïtes ou esseulé dans son minuscule appartement avec fenêtre sur cour, Philip dénote. Trop grand, trop gros, souvent en retard et constamment désolé, il ne semble jamais être à sa place. Les jeux de rôles auxquels il va se prêter avec de moins en moins de réticences (il endosse successivement celui d’un marié d’un jour, d’un journaliste auprès&nbsp;d’un acteur vieillissant, d’un père retrouvant sa fille de douze ans, etc.) vont toutefois changer la donne. S’il s’agit d’abord pour le film de faire entrer Fraser dans le cadre, il va surtout se charger <em>d’encadrer </em>son personnage, résolument cantonné à tenir, quoi qu’il arrive, le beau rôle. La dernière scène le formule littéralement : alors qu’il se recueille dans un temple bouddhiste, Philip découvre entre deux voiles qui flottent au vent son reflet dans un miroir rond. Cette vision soudaine, redoublée par un plan frontal sur son visage ému et satisfait lui-même bordé par les rideaux, achève de boucler la boucle&nbsp;: le personnage est entré dans le moule et accepte enfin de se regarder tel qu’il est.</p>
<p>Sur un sujet similaire – le film s’inspire d’un véritable phénomène au Japon –, Werner Herzog avait livré avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/family-romance-llc/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Family Romance, LLC</em></a> un point de vue à la fois fasciné et inconfortable sur ces usurpations d’identité, questionnant en creux l’idée même de contrefaçon (quand le faux devient plus vrai que le vrai, le risque est de lui accorder sa préférence). En arrondissant les angles, Hikari opte pour un regard davantage consensuel, empreint de mièvrerie. Le plus embarrassant ici, c’est que le sentimentalisme à l’œuvre tend également à lisser&nbsp;les problématiques soulevées par le récit. À l’image de la bonhommie du personnage, transformé au fil du film en bon samaritain, les situations les plus complexes trouvent malgré tout une issue positive. Ainsi, lorsque la fillette mentionnée découvre le pot aux roses (à savoir que son père était en réalité un acteur engagé par sa mère pour la motiver à réussir ses études et garantir son admission dans un collège prestigieux), elle jette vite l’éponge du ressentiment : Philip restera son ami et sa mère, après de plates excuses, sera rapidement pardonnée. La fin justifie les moyens et le mensonge s’avère profitable dès lors qu’il apaise les esprits et peut être filmé avec tact. Il manque à <em>Rental Family</em> un point de vue qui viendrait bousculer cette logique affective plus artificielle que délicate et surtout&nbsp;dépourvue de trouble.</p>
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		<item>
		<title>Trois fragments de Béla Tarr</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-bela-tarr/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si les films de Béla Tarr traînent une réputation austère, ils renferment pourtant des trésors d’invention. Premier contact (Le Cheval de Turin) Le Cheval de Turin est le premier Béla Tarr que j’ai vu. C’était...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-bela-tarr/" title="Read  Trois fragments de Béla Tarr">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Si les films de Béla Tarr traînent une réputation austère, ils renferment pourtant des trésors d’invention.</em></p>
<h2>Premier contact (<em>Le Cheval de Turin</em>)</h2>
<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cheval-de-turin/" target="_blank" rel="noopener"><em>Le Cheval de Turin</em></a> est le premier Béla Tarr que j’ai vu. C’était à sa sortie en 2011 (j’avais seize ans), quand je commençais à fréquenter les salles du quartier latin et à m’intéresser à autre chose qu’au cinéma américain. La séance ne s’est pas très bien passée. D’abord fasciné par le noir et blanc charbonneux et l’atmosphère apocalyptique, j’ai souffert de plus en plus au fil des allers-retours entre le puits et la maison de la fille du cocher, mais aussi devant les longs repas de pommes de terre fumantes (une chacun) que les personnages pèlent avec leurs ongles puis dévorent bruyamment. Se confronter à ces répétitions, à partir d’un argument obscur (Nietzsche a sombré dans la folie après avoir vu un cocher battre son cheval à Turin en 1889 ; le film nous raconte l’histoire de ce dernier), a constitué pour l’apprenti cinéphile que j’étais une expérience de l’ennui inédite et terrible. La messe aurait pu être vite dite : le cinéaste hongrois se complaisait à étirer ses plans. Mais quelque chose ne collait pas tout à fait dans cette interprétation trop rapide et le film, aussi désagréable soit-il, m’avait indéniablement marqué (à ce jour, les pommes de terre continuent de me faire davantage penser à Tarr qu’à Varda ou Akerman). Je me décidais donc, quelques jours plus tard, à aller affronter <em>Le Tango de Satan</em> au Centre Pompidou, qui organisait <a href="https://www.critikat.com/panorama/retrospective/bela-tarr-l-alchimiste/" target="_blank" rel="noopener">une rétrospective Béla Tarr</a>. Il me semble que ma vie a changé ce jour-là : cette longue traversée de la plaine hongroise reste l’un de mes cinq ou dix films préférés. Les choses ne se seraient probablement pas déroulées ainsi si je n’avais pas eu d’abord cette première rencontre ratée. Je n’ai jamais revu <em>Le Cheval de Turin</em>, mais j’ai depuis appris à l’aimer. Il me manquait probablement certaines clefs pour parvenir à l’appréhender, en particulier le fait qu’il s’agit d’un dernier film pensé comme tel. Dans le documentaire <em>Tarr Béla&nbsp;: I Used to be a Filmmaker</em> de Jean-Marc Lamoure, on voit notamment le cinéaste sur le tournage en train de préparer un plan sur la carriole qui passe au loin, sur la crête d’une colline. Pour obtenir son cadre, Tarr demande à des membres de son équipe de creuser un trou&nbsp;: «&nbsp;<em>C’est mon dernier film, j’enterre la caméra&nbsp;!</em>&nbsp;». Nous voici donc au ras-du-sol, avec des hautes herbes en amorce et des feuilles mortes qui traversent l’image comme de la cendre. Le film le plus radical de Béla Tarr est un film de désespoir et de désolation, le dernier combat d’un artiste qui renonce ensuite à créer. C’était sans doute un peu trop pour un adolescent. Quoique.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331282 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg" alt width="1204" height="722" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr.jpg 1204w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-300x180.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-1024x614.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-768x461.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Le-Cheval-de-Turin-Tarr-980x588.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1204px) 100vw, 1204px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<h2>La pluie, l’étang et le chien errant (<em>Damnation</em>)</h2>
<p>Une scène à la fin de <em>Damnation</em> illustre assez bien les tours et détours saisissants que prennent souvent les plans de Béla Tarr. Comme généralement chez le cinéaste, la caméra cadre d’abord la pluie qui s’abat pendant de longues secondes, ici à la surface d’un étang. Par un lent mouvement de recul, elle dévoile ensuite le personnage principal, Karrer, déambulant dans le terrain vague attenant. Le plan rapproché sur la pluie est devenu un plan large coupé en deux moitiés ; l’étang est en bas, surplombé par le terrain vague. On se rapproche alors du personnage qui longe l’étendue d’eau d’un pas assuré. La caméra accélère pour s’accorder à son rythme quand soudain, Karrer tombe nez à nez sur un chien noir. Le mouvement est stoppé net ; à peine le temps de constater sa présence que l’animal commence à aboyer. Cette double cassure, visuelle (le mouvement interrompu) et sonore (le calme de la pluie brisé), fait naître une sensation proche de celle produite par un <em>jumpscare</em>. Loin de la caricature austère à laquelle on l’a souvent réduite, les longs plans-séquences en noir et blanc caractéristiques du cinéaste ménagent en vérité beaucoup de surprises&nbsp;: la caméra, par une sorte de déambulation continue entre les murs, les fenêtres ou les miroirs, organise le surgissement de personnages, d’objets ou de micro-événements. Revenons au chien&nbsp;; son irruption dans le plan est suivie d’une sorte d’affrontement grotesque avec le personnage. Tous deux aboient mutuellement jusqu’à ce qu’ils se calment et quittent conjointement le champ. La caméra, elle, cadre encore un moment le lieu du duel, désormais vide, sur lequel continue de s’abattre une pluie sans fin – après le choc vient l’enregistrement de son écho bizarre et triste. On voit bien que les mouvements d’appareil du cinéaste, reposant sur des variations rythmiques, n’ont rien de monotone. Leur sinuosité est l’expression d’un regard certes désenchanté, mais capable encore d’une forme d’étonnement&nbsp;: au détour d’un travelling ou d’un panoramique peut toujours perler l’étrange et noire beauté du monde.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Luca Mongai</strong></p>
<h2>Mystère des phénomènes, puissance des affects (<em>Les Harmonies Werckmeister)</em></h2>
<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-harmonies-werckmeister/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Harmonies Werckmeister</em></a> a failli être mon premier Béla Tarr ; par un hasard malheureux, le DVD que j’avais emprunté à la médiathèque à l’adolescence était rayé juste après la splendide scène d’ouverture, et j’ai attendu vingt ans pour découvrir la suite du film. Entre ‑temps, j’avais été un peu échaudé par <em>Le Cheval de Turin</em>, que j’avais trouvé formellement splendide mais aussi particulièrement sentencieux, trop lisible et systématique dans ses intentions comme dans ses effets. C’est finalement en salles que j’ai découvert ce qui succédait à cette introduction prophétique où Valuska (Lars Rudolph) met en scène une éclipse solaire avec la complicité d’un groupe d’ivrognes. Le surgissement inattendu de quelques notes de piano au sommet de la vision d’effroi suggérée par le monologue du protagoniste produit une émotion très vive chez le spectateur, prolongée tandis que Valuska annonce, dans un sursaut d’espoir, le retour de la lumière. Lorsque le patron du bar finit par les jeter dehors, des cordes s’ajoutent au piano ; un travelling accompagne alors la marche du personnage qui rentre chez lui au cœur d’une nuit de jais. Aux yeux exorbités de terreur de Lars Rudolph répondront plus tard le regard placide et éteint du cadavre d’une baleine, exposée par un cirque itinérant où un Prince sans visage galvanise à son tour une foule en colère. Dans une séquence terrible, les émeutiers en rage saccagent un hôpital, rouant de coups ses patients jusqu’à ce que deux d’entre eux découvrent, derrière un rideau plastifié arraché à sa tringle, le corps nu et décharné d’un vieil homme sans défense, baigné dans une clarté aveuglante. La musique monte à nouveau ; les émeutiers, revenus à la raison, refluent comme la marée. La beauté des <em>Harmonies</em>, et par extension des plus grands films de Béla Tarr, vient ainsi de cette manière constante de susciter des affects démesurés pour des phénomènes que l’on comprend sans vraiment les comprendre, que l’on peut décrire sans se résoudre à tout à fait les expliquer ; pour des événements que l’on sait instinctivement sublimes ou terribles sans parvenir à en fixer la signification. Le miroir crépusculaire tendu par le film nous saisit encore davantage vingt-cinq ans après sa sortie, en ces temps troublés où les ténèbres totalitaires se font chaque jour un peu plus écrasantes.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-331325 size-full aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg" alt width="1200" height="675" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr.jpg 1200w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-300x169.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-1024x576.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-768x432.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Harmonies-Werckmeister-Tarr-980x551.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"></a>
<p style="text-align: right;"><strong>Alexandre Moussa</strong></p>
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		<title>Une balle dans la tête</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-balle-dans-la-tete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Revoir Une balle dans la tête de John Woo quelques mois après son navrant auto-remake de The Killer permet de mieux saisir en quoi son cinéma n’est désormais plus que l’ombre de lui-même. Bien que...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-balle-dans-la-tete/" title="Read  Une balle dans la tête">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Revoir <em>Une balle dans la tête</em> de John Woo quelques mois après son navrant auto-remake de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-killer-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Killer</em></a> permet de mieux saisir en quoi son cinéma n’est désormais plus que l’ombre de lui-même. Bien que Woo soit réputé pour être l’un des maîtres du cinéma d’action, c’est la dimension émotionnelle du film, l’un de ses meilleurs, qui subjugue d’abord. L’amitié entre les trois personnages principaux est appréhendée avec un mélange de générosité et de naïveté, comme si elle était exhumée d’une mémoire d’adulte l’idéalisant a posteriori. Cheveux gominés comme Elvis Presley, on y rejoue un ersatz de <em>West Side Story</em> entre deux cavalcades récréatives. La caméra course les amis intenables pour accompagner ce déballage de rigolade presque enfantin, à peine terni par quelques échauffourées et soldé par un mariage. Si ce début extatique fait mouche, c’est essentiellement en raison du manque total de distance de la mise en scène de Woo, qui contrevient par ses éclaboussures lyriques aux lois du réalisme. Mais la pilule euphorisante agit aussi parce que ses effets sont de courte durée. Les visions désuètes du cinéaste se donnent à voir comme telles : des moments de bonheur fugaces, reconstituant un temps perdu.</p>
<p>Rappelons brièvement la trame narrative d’<em>Une balle dans la tête</em>, située en 1967 : suite à une rixe ayant mal tourné, trois amis hongkongais (Frank, Ben et Paul) s’enfuient au Vietnam pour tenter de rebondir et d’y faire prospérer leur petit trafic. Plongés dans un conflit armé qui va mettre à mal des liens amicaux qu’ils croyaient pourtant indéfectibles, ils vont néanmoins aller de désillusion en désillusion. Trois parties se distinguent nettement : les jours d’insouciance jusqu’au mariage de Ben, qui occupent les premières séquences hongkongaises ; les épreuves, soit l’essentiel du film ; enfin le retour désabusé au pays. On notera que cette structure n’est pas sans rappeler celle de <em>Voyage au bout de l’enfer</em> de Michael Cimino, une référence assumée et plusieurs fois convoquée, notamment lors d’une scène d’exécutions sommaires dans un camp de prisonniers, où l’un des personnages (Frank) se voit contraint de tirer à bout portant sur des soldats américains. Là encore, Woo en rajoute&nbsp;: rictus, visage déformé, cris, pleurs et agitation rendent la scène d’autant plus insoutenable que les mises à mort se répètent comme si elles relevaient d’un processus infernal. Submergés par leurs émotions, frayant avec l’hystérie ou la folie, Frank puis Ben craquent, tuent par impuissance. La violence psychologique orchestrée par le cinéaste&nbsp;s’avère implacable : la légèreté d’autrefois laisse dorénavant place à la fureur inhumaine de rester en vie. Est-ce à dire qu’il y a un hiatus entre les vignettes enjouées de l’ouverture et le spectacle de ces scènes d’action mortifères&nbsp;? Que nenni. Woo filme l’un et l’autre de façon analogue, sans réel souci de vraisemblance&nbsp;: gros plans sur les visages, zooms, ralentis, montage alterné… le même geste fiévreux est reconduit avec une énergie identique. L’œil s’ouvre aussi grand sur la vie que sur la mort.</p>
<h2><strong>D’une bataille à l’autre </strong></h2>
<p>Au fil d’<em>Une balle dans la tête</em>, les bagarres de petits voyous inconséquents laissent place à des batailles à grande échelle. Le talent de Woo s’exprime dans sa capacité à passer de l’intime à la foule, de l’émotion individuelle à l’action collective. Plusieurs séquences témoignent de cette esthétique de l’embrasement (nul hasard si Woo affectionne les plans de flammes), dont la première à Saïgon, lorsque les trois héros débarquent avec l’espoir de «&nbsp;<em>faire du fric</em>&nbsp;». Tandis que les personnages fraient leur chemin en taxi dans un environnement urbain en pleine effervescence, le cinéaste multiplie les plans périphériques (sur des passants, des militaires qui se déploient, un cireur de chaussures, un type sur sa mobylette portant en bandoulière un sac – qui s’avèrera être une bombe, etc.), mais également les axes de prise de vue et les mouvements d’appareil (travellings, zooms…). Ce procédé confine à un état de confusion anxiogène, formulé par&nbsp;Ben : «&nbsp;<em>Qu’est-ce qu’il se passe</em>&nbsp;?&nbsp;». Précisément, Woo ne fait que ça, passer d’une image à l’autre, simuler un état transitoire et instable. Puis vient l’explosion (les flammes, donc), l’agitation qui se décuple, les plans larges de foule où l’on peine à discerner les trois personnages qui paraissent se consumer dans un mouvement de panique générale.</p>
<p>Tout est affaire ici de dynamique, de pulsation et d’emballement, sans que la virtuosité de Woo ne s’accommode des règles usuelles de composition&nbsp;des plans et d’homogénéité du montage (la précipitation est par exemple préférée à la justesse des raccords). De sorte que l’impression procurée est celle d’une illisibilité, comme si l’action participait moins d’une logique narrative bien définie que d’une succession effrénée d’instantanés. C’est principalement à ce niveau que le cinéma du hongkongais a perdu de sa superbe&nbsp;: avec les années, ce dernier a mis de l’ordre dans ses idées plastiques, qui ont fini par faire système. Ses plus fervents thuriféraires ont raison de prétendre que sa mise en scène relève toujours du même regard&nbsp;; sauf que sa maîtrise et son goût pour la sophistication (voire l’autocitation) sont venus peu à peu gommer les impuretés de son cinéma, réduisant son horizon à des chromos et transformant ses plus belles idées formelles en tics. Ce qui empêche bon nombre de scènes d’<em>Une balle dans la tête</em> de verser dans le ridicule tient justement à leur caractère heurté et chaotique. Cette façon de faire reposer les plans sur une dynamique de fissuration, y compris lors de certains passages romantiques, donne le sentiment qu’une bombe à retardement peut les faire vaciller à tout moment.</p>
<p>Il est par ailleurs intéressant de considérer ici l’aspect politique du cinéma de Woo&nbsp;: si <em>Une balle dans la tête</em> renvoie explicitement à la célèbre photographie d’Eddie Adams (<em>Exécution de Saïgon</em>) ainsi qu’au massacre de la place Tiananmen lors du printemps de Pékin (Woo avait l’âge des personnages au moment des événements), le Vietnam filmé par le cinéaste est-il pour autant davantage qu’une toile de fond ? Malgré les faits historiques convoqués, échappe-t-il à une vision volontiers exotique, comme récemment Paris dans <em>The Killer</em>&nbsp;? Difficile, une fois retombé le soufflet de la violence, de dégager à ce propos une lecture limpide&nbsp;: ici aussi, la confusion règne. Et ce n’est pas l’apocalypse guerrière permettant aux héros de s’évader du camp, étonnamment complaisante à l’endroit des Américains, qui permettra d’y voir plus clair. Comme la plupart du temps chez Woo, les coups de feu prévalent sur les coups de semonce. Si politique il y a dans <em>Une balle dans la tête</em>, c’est bel et bien encore une fois celle du chaos&nbsp;; ce chaos&nbsp;sans visage qui voit les hommes s’entredéchirer pour un magot qu’ils tirent derrière eux comme leur propre cercueil.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Paul Chotel et Ariane Falardeau St-Amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-paul-chotel-et-ariane-falardeau-st-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-paul-chotel-et-ariane-falardeau-st-amour/" title="Read  Portraits d’Amérique — Paul Chotel et Ariane Falardeau St-Amour">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : les cinéastes Ariane Falardeau St-Amour et Paul Chotel (qui est d’origine française). Leur premier film, </em>Desvío de noche<em>, a été présenté dans plusieurs festivals, dont le FIDMarseille, le Festival International de Jeonju en Corée, ou le Festival du Nouveau Cinéma au Québéc. Leur nouveau court métrage, </em>Douce Prisonnière<em>, a connu sa première en janvier 2026 à la deuxième édition de la Semaine de la Critique de Montréal</em>.</p>
<p><strong>Comment êtes-vous devenu·es cinéastes ?</strong></p>
<p><strong>Ariane Falardeau St-Amour : </strong>En y repensant, je me rends compte que Paul et moi avons eu des débuts assez semblables : nous avons tous les deux fait beaucoup de films amateurs. Chez moi, mes parents organisaient avec des amis une sorte de festival de cinéma maison, où chacun apportait son court-métrage. Les enfants ont fini par vouloir participer. On tournait des histoires de crimes, de mystères, de petites fictions bricolées. Il y avait quelque chose de très ludique, très joyeux, et surtout un amour du geste de faire des films. Ma découverte du cinéma est donc liée à la pratique. J’ai longtemps fait du théâtre ; j’étais attirée par le jeu, j’ai même travaillé avec une agence de casting. J’ai ensuite suivi un cursus assez hybride, mêlant histoire de l’art, journalisme et cinéma. Progressivement, le rapport à l’image et mon amour des arts visuels ont pris le dessus. Ce qui m’importait surtout, c’était de faire partie d’un collectif, de construire quelque chose à plusieurs.</p>
<p><strong>Paul Chotel : </strong>J’ai grandi en région parisienne, où je regardais énormément de films. On allait à la médiathèque, mes parents me rapportaient des DVDs, puis j’ai commencé à explorer moi-même. Lorsque j’ai décidé de partir à Montréal pour mes études, j’avais surtout envie de quitter la France. Le cinéma m’a permis cela, avant même de partir : c’était un moyen d’aller ailleurs. Montréal s’est imposé pour des raisons très concrètes ; on y parlait français, les études étaient moins chères, etc.</p>
<p><strong>En tant que Québécoise et Français vivant en Amérique du Nord, quelle place a occupé le cinéma états-unien dans votre formation et votre imaginaire ?</strong></p>
<p><strong>Ariane Falardeau St-Amour : </strong>J’ai l’impression que le cinéma américain a été plus écrasant pour moi que pour Paul, sans doute parce que lui, il avait une forme de distance. Il aimait beaucoup ce cinéma et il y avait chez lui une attirance pour le continent américain qui l’a amené ici. De mon côté, j’ai grandi sous cette influence. J’en ai beaucoup consommé, mais avec moins de distance critique, et parfois moins d’amour. Ma mère a joué à cet égard un rôle important : elle a grandi à Toronto, elle est plus anglophone. Avec le temps, je me rends compte que je redécouvre certains films <em>mainstream</em> à travers le regard de Paul, qui a un rapport plus ludique à ce cinéma.</p>
<p><strong>PC :</strong> Mon rapport aux États-Unis est ambivalent. C’est à la fois proche et lointain, fascinant et irréel, presque comme une autre planète. Récemment, je suis allé à Los Angeles pour la première fois et c’était très étrange de voir exister physiquement des lieux que je connaissais uniquement par le cinéma. En même temps, cela reste une sorte de bulle mentale, un monde qui n’appartient pas vraiment à mon quotidien.</p>
<p><strong>Est-ce que vous percevez des différences entre la cinéphilie française et québécoise ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Oui, clairement. Il y a quelque chose de plus terre-à-terre ici&nbsp;; on théorise et on suranalyse moins. À Concordia, on faisait des films sans toujours comprendre exactement ce qu’on faisait et c’était très libérateur.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Je suis assez d’accord. Ici, tout semble possible. Il y a une place pour essayer, pour rater, pour bricoler. Quand on voyage avec les films, notamment en Europe, on se rend compte que la manière de parler du cinéma peut être plus intimidante, voire être source de complexes. Le langage, les références, la posture critique ne sont pas les mêmes. Ce n’est pas négatif, mais ce n’est pas toujours notre manière à nous.</p>
<p><strong>Vous exercez tous les deux plusieurs fonctions : réalisation, montage, production, direction photo… Comment cela nourrit-il votre travail de cinéastes ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>J’ai toujours eu ce rapport très concret au travail. À l’université, je voulais simplement faire des films. Je me suis beaucoup retrouvée assistante réalisatrice, un rôle transversal, presque de cheffe d’orchestre. J’aimais comprendre ce dont un film a besoin pour exister. Mais j’ai fini par me lasser et la production s’est finalement imposée assez naturellement, dans la continuité de cette première expérience. Puis j’ai commencé à faire de la direction photo pour d’autres cinéastes, ce que j’aime énormément : se mettre au service de la vision de quelqu’un d’autre, travailler de manière sensorielle, moins cérébrale. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre fragile mais heureux entre ces différentes pratiques.</p>
<p><strong>P.C. : </strong>De mon côté, je fais beaucoup de montage. Au départ, on montait nos propres films par manque de moyens. Puis, à force de travailler avec des amis, c’est devenu un vrai métier. C’est un peu la même logique pour la production : quand personne n’accepte de produire ton film, tu finis par le faire toi-même.</p>
<p><strong>Vos films sont hybrides, à la croisée du documentaire. Ils sont aussi traversés par des digressions, des récits qui bifurquent.</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. :</strong> Je pense que cela reflète directement notre manière de travailler. Nous ne nous limitons ni à une seule forme, ni à un seul rôle. Nous aimons que les frontières restent poreuses, entre les genres, entre les postes, entre les fonctions. Le fait de pouvoir faire un film de A à Z offre une grande liberté. Nous coréalisons, nous écrivons ensemble, nous brouillons volontairement certaines lignes. Pour <em>Douce Prisonnière</em>, par exemple, nous n’avions pas vraiment l’intention de faire un film. Nous avions un peu de pellicule, nous développions un long-métrage en parallèle, et nous avions envie d’essayer des choses. Le film est né ainsi, dans une semaine passée à expérimenter.</p>
<p><strong>Vous laissez donc une place importante au hasard ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Oui, totalement, même si personnellement j’ai besoin d’éléments matériels pour créer. C’est un équilibre : il est difficile pour moi de travailler à partir de quelque chose de purement abstrait. En ce moment, on écrit un scénario plus narratif, plus classique, et c’est nouveau pour moi. J’ai parfois besoin de reconnecter avec le réel, sinon je perds le sens de ce que je fais. Quand on est face à quelque chose de tangible – un lieu, une matière, une situation – la digression devient naturelle. Devant son logiciel de traitement de texte, ce n’est pas la même chose. Il faut une structure pour écrire, mais sur le terrain, on accepte davantage de ne pas savoir ce qui va arriver.</p>
<p><strong>Vos films sont aussi très marqués par la disparition, les fantômes, l’invisible. Est-ce une fascination commune ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Je suis arrivé au cinéma par le cinéma de genre. C’est resté très présent pour moi. J’aime ce que ce champ permet : poser des questions formelles concrètes. Comment représenter un fantôme ? Une disparition ? Comment travailler le son, l’image, l’absence ? On prend beaucoup de plaisir à chercher des réponses à ces questions.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>C’est clairement une influence de Paul sur moi. De mon côté, je suis profondément nostalgique. Les choses qui disparaissent me touchent énormément. Filmer le vide, l’absence, c’est quelque chose de très fort pour moi émotionnellement. Je pense que le ton de nos films vient de là : le mélange entre l’amour du genre chez Paul et mon rapport intime à la disparition. Et formellement, la figure du fantôme est passionnante : textures, opacité, flou… C’est un terrain de jeu riche.</p>
<p><strong><em>Douce Prisonnière</em> filme une région particulière du Québec, La Beauce. Quel rapport avez-vous à ce territoire&nbsp;?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>La Beauce est une région stéréotypée au Québec. On en parle souvent de manière péjorative, comme d’un territoire populiste, conservateur, masculin, gris. Ce sont des images très présentes dans le cinéma et l’imaginaire québécois. Or la réalité est beaucoup plus complexe. Il y a une grande diversité de communautés, notamment hispanophones, une richesse humaine et culturelle que l’on voit rarement à l’écran. Ce qui nous intéresse, c’est de proposer un autre regard, plus nuancé, sur ce territoire et sur son avenir.</p>
<p><strong>P.C. : </strong>On présente souvent le projet comme une forme de science-fiction minimaliste, presque en opposition à la science-fiction hollywoodienne. Il n’y a pas de grands enjeux spectaculaires, pas de planète à sauver. Juste un territoire, des gens, un futur possible.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Travailler ensemble, avec nos regards différents, québécois et français, enrichit énormément notre pratique. Ça permet de remettre en question ce qu’on prend pour acquis, de regarder le territoire autrement.</p>
<p><strong>Regarder des films nourrit-il votre travail, ou peut-il parfois l’entraver ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Pour moi, ça nourrit énormément. On regarde beaucoup de films ensemble, ça suscite des discussions, des idées. Évidemment, quand on développe un projet, certains films peuvent être mis de côté pour ne pas parasiter le travail. Mais globalement, le cinéma appelle le cinéma. On vient de passer plusieurs jours à voir beaucoup de films pendant la Semaine de la Critique, et c’était génial ! J’ai plein d’images et d’idées en tête… Ça peut créer une fatigue d’être autant devant un écran, mais ça insuffle avant tout un véritable élan.</p>
<p><strong>PC : </strong>Oui, c’est aussi une question de temps et d’énergie. Mais j’adore découvrir ce que font les autres, voir des films, rencontrer des cinéastes en festival.</p>
<p><strong>Et lorsqu’il s’agit de montrer vos propres films, que représentent les festivals pour vous ?</strong></p>
<p><strong>P.C. : </strong>Nos films sont très sensoriels, donc la salle est importante. Pour moi, les festivals sont surtout l’occasion de rencontrer d’autres cinéastes. C’est un métier difficile, et ces moments sont à la fois rassurants et inspirants. On se rend compte qu’il existe mille manières de faire du cinéma, notamment en dehors des codes de l’industrie américaine.</p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Oui, c’est vraiment rassurant de rencontrer des cinéastes venus du monde entier qui finissent par faire la même chose que toi, qui ont les mêmes problèmes, qui se posent les mêmes questions.</p>
<p><strong>Pendant la Semaine de la critique, y a‑t-il un film qui vous a particulièrement marqué ?</strong></p>
<p><strong>A.F.St‑A. : </strong>Sans hésitation, <em>Last Night I Conquered the City of Thebes</em> de Gabriel Azorin. C’est un geste très fort, risqué, mais jamais dans la provocation. Il y a une grande confiance dans le dispositif, dans le temps, dans le rêve. Ce que j’aime beaucoup, et que je reconnais chez Paul et moi, c’est une attirance pour des cinémas nuancés, autant dans la forme que dans le fond. Des films qui prennent des risques sans chercher à prouver quoi que ce soit. Pour moi c’est essentiel, au cinéma comme dans la vie.</p>
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		<title>Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus</title>
		<link>https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/jonas-trueba-le-cinema-cest-vivre-trois-fois-plus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’occasion de la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou, Jonás Trueba présente Vistillas, un moyen-métrage inédit commandé par le musée dans le cadre de sa collection « Où en êtes-vous ? ». Constitué...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/jonas-trueba-le-cinema-cest-vivre-trois-fois-plus/" title="Read  Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus">Read more &#187;</a></p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/jonas-trueba-le-cinema-cest-vivre-trois-fois-plus/">Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion de la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou, Jonás Trueba présente <em>Vistillas</em>, un moyen-métrage inédit commandé par le musée dans le cadre de sa collection « Où en êtes-vous ? ». Constitué de fragments épars de son quotidien enregistrés à l’iPhone, ce journal filmé rend un hommage explicite au cinéma de Jonas Mekas, dont il reprend plusieurs caractéristiques : accélération vidéo évoquant la vitesse des films tournés à 18 images par seconde, accompagnement au piano, commentaires des images et réflexions aphoristiques en off, etc. Même la voix du cinéaste espagnol, qui s’exprime ici en français, évoque la façon dont Mekas parle anglais avec un fort accent lituanien. À l’écran, les images plus ou moins tremblées défilent par à‑coups, dans un précipité de sensations fugaces où s’enchaînent des couchers de soleil, un vol de mouettes, des fleurs, ou encore la photographie furtive de Kim Min-hee dans <em>La Romancière, le film et le heureux hasard</em>. De ce flux émergent quelques visages reconnaissables&nbsp;: celui d’Itsaso Arana, compagne du cinéaste et actrice récurrente depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-reconquista/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Reconquista</em></a>, mais aussi ceux des adolescents un peu plus âgés de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/qui-a-part-nous/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Qui à part nous</em></a>, ou de son compatriote, José Luis Guerín. L’exercice offre un petit espace d’expérimentation qui, sous son apparence de légèreté ludique, éclaire la conception du cinéma de son auteur, que l’on pourrait résumer simplement et peut-être naïvement par cette formule : « le cinéma, c’est la vie ». Cette ferveur est palpable tout au long de l’ouvrage dirigé par Eva Markovits (passée par <em>Critikat</em> puis les <em>Cahiers du cinéma</em>) et Judith Revault d’Allones, <em>Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus</em>, qui réunit plusieurs entretiens avec le cinéaste et ses collaborateurs, de nombreuses photos de tournage, des extraits de son journal et un essai de Marcos Uzal. Trueba y revient justement sur son admiration pour Mekas : «&nbsp;<em>Je me reconnais tout à fait en Mekas, qui dit à un moment qu’il n’a plus besoin de caméra, qu’il trouve la vie tellement cinématographique qu’il n’a plus besoin de cinéma pour en faire et pour vivre. </em>[…] <em>Je pense que le cinéma est dans la vie et la vie dans le cinéma. Cette approche cinématographique de la vie, qui est en fait une espèce d’hyper conscience de la vie, se distingue de la cinéphilie au sens d’une érudition.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_1" class="footnote_tooltip">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>Jonás Trueba.</em> <em>Le cinéma, c’est vivre trois fois plus</em><i>, </i>Éditions de l’œil, Montreuil, 2026, p. 34.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » L’évocation dans son journal de Peter Hutton et Nathaniel Dorsky, dont l’esthétique en plans fixes vise à capturer de petites épiphanies sensorielles, confirme l’hypothèse : cette approche irrigue souterrainement l’ensemble de ses films de fiction, qui sont l’écrin de micro-événements saisis comme autant de «<em>&nbsp;glimpses of beauty</em> » arrachés à l’écoulement du temps.</p>
<p>Au fil de ses propos, Trueba revient sans cesse à cette notion de «&nbsp;<em>vie</em> » :&nbsp; filmer doit non seulement intensifier l’existence en célébrant ces éclats de beauté, mais doit aussi constituer en soi une expérience joyeuse, humaine et collective. Si une telle approche se prête naturellement au documentaire diariste ou expérimental à la Mekas, elle paraît plus difficile à concilier avec les contraintes du cinéma de fiction. C’est précisément pour relever ce défi qu’a été créée la société indépendante de production et de distribution Los Ilusos, au sein de laquelle Trueba et ses camarades (comédiens comme techniciens) défendent une certaine idée du cinéma opposée aux logiques d’écriture et de réalisation habituelles. Les entretiens s’attachent avant tout à retracer le processus de fabrication de chaque film, restituant la dynamique de groupe qui les a animés, plutôt que de s’attarder sur des choix précis de mise en scène – un déficit analytique parfois frustrant, que vient toutefois compenser l’essai de Marcos Uzal à la fin de l’ouvrage. La réflexion de Trueba est avant tout tournée vers sa pratique et semble s’adresser en priorité à de jeunes cinéastes. Dans la lignée du collectif argentin El Pampero Cine, le « groupe iluso » s’attache à repenser les modèles de production dominants, de la figure de l’auteur démiurgique à la hiérarchie des postes qu’elle implique, afin de promouvoir un « <em>cinéma possibiliste</em> », fondé sur ce qu’il est possible de faire avec des moyens limités.</p>
<h2>Désapprendre</h2>
<p>Un film en particulier joue un rôle déterminant dans l’approche que va développer Trueba&nbsp;: <em>Los Ilusos</em>, son deuxième long-métrage, ou plutôt son «&nbsp;<em>film zéro</em>&nbsp;» pour reprendre ses propres termes. Après l’expérience frustrante d’un tournage en studio soumis aux contraintes d’une production classique (<em>Todas las canciones hablan de mí</em>), Trueba raconte avoir conçu son projet suivant comme une véritable réinvention de sa manière de faire&nbsp;: «<em>&nbsp;J’ai dit très explicitement à mon équipe&nbsp;: “Pour le deuxième film, on vous attend au tournant, c’est un défi pour tout le monde. On ne va pas faire de deuxième film, on repart en arrière, on fait le film zéro, on ne va pas s’améliorer, on va désapprendre.”</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_2" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 44.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» <em>Los Ilusos</em> (qui donne son nom à la société de production et de distribution créée à l’occasion) est une sorte d’art poétique où Trueba pose de façon radicale les grands principes qui vont guider non seulement son esthétique, mais aussi le mode de fabrication de ses futurs films. Tourné pendant plusieurs mois sur les temps libres de chaque membre de l’équipe, il&nbsp;est le fruit d’une aventure collective entre amis qui revendique une forme d’amateurisme. Le processus de création est ainsi exhibé&nbsp;: les techniciens apparaissent régulièrement à l’écran, les claps sont parfois conservés dans les plans, des enregistrements documentaires se mêlent aux ébauches de fiction. Comme le souligne Marcos Uzal, cette esthétique artisanale évoque le Philippe Garrel d’<em>Elle a passé tant d’heures sous les sunlights</em>, où la réalisation du film est mise sur le même plan que l’existence intime de ceux qui le font. Dans l’épilogue, une prise documentaire offre une image emblématique de cette conception d’un cinéma ouvert à la nature chaotique de la vie : des bébés s’emparent des micros et s’amusent, entortillés dans les bandes magnétiques des cassettes vidéo.</p>
<p>Il s’agit moins de circonscrire une méthode (les films suivants adopteront une forme narrative plus classique) que de poser les bases éthiques d’un cinéma personnel, qui refuse de se compromettre avec les conventions imposées par l’industrie. Cette approche s’étend d’ailleurs à la distribution : non seulement Trueba et son équipe se détournent des circuits de diffusion traditionnels, préférant accompagner les films lors de séances spéciales dans une poignée de salles espagnoles, mais ils conçoivent eux-mêmes affiches et bandes-annonces avec des choix originaux, affranchis des impératifs promotionnels habituels. Pour <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/venez-voir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Venez voir</em></a>, par exemple, l’affiche espagnole se limite au titre du film, laissant simplement résonner l’invitation adressée aux spectateurs, tandis que la bande-annonce ne montre aucune image du film pour se contenter de plans de coulisses tournés en Super 8. Tout au long des entretiens, Trueba affirme ainsi sa vision, qui transparait aussi dans l’une des notes de son journal : « <em>Cohérence entre soi-même et ses actes, entre la personne et le cinéaste, ou entre la personne que l’on est et le film que l’on réalise. Les cinéastes que j’admire le plus sont ceux qui me font ressentir cette cohérence entre la personne et l’œuvre. Et ceux que j’ai le plus détestés sont ceux qui laissent clairement transparaitre cette incohérence (pour ne pas dire cynisme ou hypocrisie)</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_3" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 258.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. »</p>
<p>Même dans <em>Eva en août</em>, écrit et produit dans des conditions plus classiques, le scénario ne se réduit pas à un exercice intellectuel ou abstrait : il est construit avant tout à partir d’expériences vécues, Trueba et Arana écrivant dans le même cadre madrilène estival où se déroule l’action du film. L’entrée du 19 août 2017, dans le journal de Trueba, en offre un exemple avec un élément qui sera intégré à la fiction&nbsp;: «&nbsp;<em>On passe par le viaduc de Ségovie, en pensant à l’une des séquences clés du film, sa rencontre avec Vito. Itsaso essaie de se glisser de l’autre côté de la barrière anti-suicide. Elle est très drôle.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_4" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p.238.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Pour ses autres films, la remise en cause des étapes classiques du processus créatif, et en premier lieu du scénario, est plus affirmée. Ce dernier apparaît aux yeux de Trueba comme un instrument d’autorité, une manière d’imposer la vision d’un auteur démiurgique, là où il souhaite que le film émerge d’une démarche collective. Les idées circulent alors principalement au fil de discussions avec chacun de ses collaborateurs : « <em>Écrire un scénario, quatre-vingt-dix pages reliées, avec des titres de séquences, je l’ai fait pour mon premier film, </em>Todas las canciones hablan de mí<em>, pour </em>Eva en août<em>–&nbsp;où nous avons dû en écrire un sans vraiment nous y tenir&nbsp;– et pour </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/septembre-sans-attendre-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Septembre sans attendre</a><em>. Sinon, pour aucun autre film. </em>[…]<em> Pour les autres, je n’ai jamais écrit de texte à donner à l’équipe ou aux acteurs. J’écris en permanence, mais je transmets à l’équipe de vive voix, oralement.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_5');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">[5]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_5" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 46.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<p>Cette manière de travailler influe directement sur la conception du personnage&nbsp;; une notion que Trueba récuse d’ailleurs volontiers en affirmant vouloir avant tout filmer les personnes qu’il aime. Si son cinéma a souvent été rapproché de celui de Rohmer, l’affinité tient peut-être autant à l’esthétique qu’à la fabrique même des films. <em>Au travail avec Éric Rohmer</em>, livre d’entretiens de Victorien Daoût récemment publié chez Capricci, documentait précisément la façon dont Rohmer cultivait une porosité entre le tournage et la fiction en écrivant des rôles sur mesure pour ses actrices, à partir de conversations menées autour d’une tasse de thé. Marie-Christine Barrault le résumait ainsi&nbsp;: «&nbsp;<em>Il n’engage pas les acteurs pour ce qu’ils savent faire, il les engage pour ce qu’ils sont.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_6');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">[6]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_6" class="footnote_tooltip">Victorien Daoût, <em>Au travail avec Éric Rohmer</em>, Capricci, Paris, p. 26.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Dans cette perspective, l’acteur n’est plus sommé d’interpréter un rôle entièrement conçu par le réalisateur, mais devient partie prenante du processus créatif. Plus encore, le livre met en lumière la manière dont d’autres membres de l’équipe, notamment la costumière Laura Renau et le directeur artistique Miguel Ángel Rebollo, contribuent à « <em>tirer </em>[les personnages]<em> du côté de la fiction</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_7');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">[7]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_7" class="footnote_tooltip">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>op. cit.</em>, p.&nbsp;161.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>&nbsp;</em>». Renau souligne ainsi que les variations entre les personnages incarnés par Itsaso Arana passent en grande partie par le costume, conçu pour la déplacer à chaque film hors de sa zone de confort et inventer avec elle des personnalités et des styles légèrement distincts. Se dessine une conception plus horizontale de l’auteur, même si celui-ci conserve une place centrale, ce qu’explicite Itsaso Arana : «&nbsp;<em>Dans cette impulsion collective, je ressentais une grande similarité avec les dynamiques que j’avais moi-même menées au théâtre, peut-être à la nuance près que dans leur cas, c’est davantage centralisé autour de la figure de Jonás, chacun ayant un rapport individuel avec lui.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_8');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">[8]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_8" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 100.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<h2>Hors de soi</h2>
<p>Reste à savoir comment cette éthique, déployée lors de l’élaboration des films, se traduit concrètement à l’écran. En ce sens, l’essai de Marcos Uzal se révèle pertinent : il permet de considérer le discours de Trueba et de ses collaborateurs depuis une approche critique, c’est-à-dire au plus près des films eux-mêmes. Il souligne ainsi la place singulière qu’occupe <em>Qui à part nous</em> dans la filmographie : par sa durée démesurée, il contribue à l’invention d’une forme prototypique qui met concrètement en œuvre les principes du collectif, en ouvrant un espace où chaque adolescent n’est plus un simple objet documentaire, mais un sujet créateur participant activement à l’élaboration du film – ce qu’Uzal résume : «&nbsp;<em>Leurs histoires, discussions, sentiments, pensées s’agrègent d’une manière libre et organique dans une construction hétérogène et mouvante – tout le contraire d’un dispositif, avec ce que cela induirait de systématique et figé.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_9');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">[9]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_9" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 280.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Ce dernier insiste tout au long de son texte sur l’idée d’un cinéma ouvert vers l’extérieur, anticipant sans doute l’une des principales critiques que l’on pourrait adresser à l’œuvre de Trueba : celle d’un cinéma de l’entre-soi, replié sur lui-même de manière un peu mortifère. Ses films seraient ainsi à envisager de la même manière qu’il met en scène l’art dans ses films, par de multiples citations littéraires ou des concerts filmés <em>in extenso</em>.</p>
<p>Au-delà du clin d’œil intellectuel, ces séquences aménagent plutôt un espace partagé où se déploie simultanément la singularité de chaque regard porté sur un même objet. Trueba le filmait de façon limpide dans <em>Venez voir</em> : alors que deux couples d’amis se retrouvent après une longue absence, leurs interactions sont au premier abord crispées et engourdies, avant que la lecture à voix haute de <em>Tu dois changer ta vie&nbsp;!</em> de Sloterdijk modifie la donne. Dans la conversation qui suit, les personnages élaborent chacun à leur tour l’interprétation du texte, avec plus ou moins d’ironie ou de sincérité, si bien que pour la première fois ils paraissent véritablement habiter ensemble le cadre. La toute fin de <em>Venez voir</em> illustre parfaitement ce que l’art peut générer comme mouvement d’ouverture : dépassant la référence au <em>Goût de la cerise</em>, elle apparaît selon Uzal, comme « <em>une solution pour élargir de plus en plus le champ du film dans la réalité dont il provient, plutôt que de le clore en bouclant le récit</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_10');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">[10]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_10" class="footnote_tooltip"><em>Ibid</em>., p. 285.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Ce qui se jouait entre les personnages autour du livre de Sloterdijk peut désormais se prolonger entre le film et le spectateur, accueilli à l’intérieur de ce monde commun, dans un mouvement d’hospitalité. La grâce du cinéma de Jonás Trueba se joue peut-être à cet endroit : dans la continuité entre la conception des films (une conversation ininterrompue avec tous les collaborateurs), ce qu’ils mettent en scène (la tentative pour les personnages de coexister dans le cadre) et l’expérience du spectateur, qui devient le réceptacle d’un élan porté par ce que le cinéaste appelle un « <em>cinéma bioénergétique&nbsp;</em>»&nbsp;: «&nbsp;<em>Nous avons tous déjà éprouvé la sensation de sortir d’un film (et aussi avant de sortir, lorsqu’on y est encore) avec l’envie de vivre, c’est-à-dire de respirer plus et mieux, avec le besoin d’ouvrir notre cage thoracique. Parfois, le sentiment, la sensation, nous envahit de la tête aux pieds. Il commence par les oreilles et les yeux et se retrouve immédiatement dans les pieds, puis passe par différentes parties, les jambes, les genoux, les hanches, le bassin, l’abdomen… jusqu’à gonfler le ventre, les poumons… Nous ressentons le besoin de prendre de l’air, la sensation contraire du souffle coupé.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_331356_382('footnote_plugin_reference_331356_382_11');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_331356_382_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">[11]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_11" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 262.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_331356_382_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_331356_382_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331356_382();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_331356_382();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_331356_382">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_331356_382" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_1');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>Jonás Trueba.</em> <em>Le cinéma, c’est vivre trois fois plus</em><i>, </i>Éditions de l’œil, Montreuil, 2026, p. 34.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_2');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 44.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_3');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 258.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_4');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p.238.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_5');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_5" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 46.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_6');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_6" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Victorien Daoût, <em>Au travail avec Éric Rohmer</em>, Capricci, Paris, p. 26.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_7');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_7" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Eva Markovits et Judith Revault d’Allonnes, <em>op. cit.</em>, p.&nbsp;161.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_8');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_8" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 100.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_9');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_9" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 280.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_10');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_10" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid</em>., p. 285.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_331356_382('footnote_plugin_tooltip_331356_382_11');"><a id="footnote_plugin_reference_331356_382_11" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 262.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_331356_382() { jQuery('#footnote_references_container_331356_382').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331356_382').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_331356_382() { jQuery('#footnote_references_container_331356_382').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_331356_382').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_331356_382() { if (jQuery('#footnote_references_container_331356_382').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_331356_382(); } else { footnote_collapse_reference_container_331356_382(); } } function footnote_moveToReference_331356_382(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331356_382(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_331356_382(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_331356_382(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/livres/jonas-trueba-le-cinema-cest-vivre-trois-fois-plus/">Jonás Trueba — Le cinéma c’est vivre trois fois plus</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Gourou</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/gourou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 11:29:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Enfonçons tout de suite une porte ouverte&#160;: Gourou décrit moins la carrière contrariée de Matt – coach de vie influent organisant des séminaires spectaculaires – qu’il ne commente l’ascension de Pierre Niney, dont la place...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/gourou/" title="Read  Gourou">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Enfonçons tout de suite une porte ouverte&nbsp;: <em>Gourou</em> décrit moins la carrière contrariée de Matt – coach de vie influent organisant des séminaires spectaculaires – qu’il ne commente l’ascension de Pierre Niney, dont la place dans l’économie du cinéma français a sensiblement bougé depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-comte-de-monte-cristo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Comte de Monte Cristo</em></a><i>. </i>Fort de ce succès colossal, l’acteur a opéré une mue dépassant le cadre du cinéma (occupation grandissante des réseaux sociaux, contrats d’image avec des marques de luxe), une métamorphose que le film transpose presque littéralement dans le domaine du développement personnel.<i> </i>Les plans qui voient Matt donner ses leçons de vie à une foule de fidèles – hommes et femmes jamais individualisés par la mise en scène, mais seulement désignés par un statut social (secrétaire médical, chauffagiste, ou tout simplement chômeur) – constituent ainsi une image à peine métaphorique de la star du cinéma français rendant visite à son public et cherchant dans son admiration béate le reflet de sa supposée grandeur.</p>
<p>Si Tom Cruise dans <em>Magnolia</em> est une référence avouée, le film délaisse assez vite le modèle hollywoodien pour scruter le rapport faussement empathique de Matt à sa communauté. C’est sur ce point que <em>Gourou</em> devient relativement intéressant&nbsp;: lorsqu’il appréhende&nbsp;par la fiction la part de mensonge et d’imposture sur laquelle repose le succès d’un acteur. Les manipulations opérées par Matt, l’économie de ses spectacles bien rodés et leur horrible morale libérale portent un message double, de plus en plus transparent au fil des shows&nbsp;: d’une part le gourou est un salaud, d’autre part le film qui dresse son portrait est une machine à fric mettant en abyme sa logique cynique de conquête de son audience, par le jeu du <em>off </em>et de la scène (direction à l’oreillette, fausse connivence avec les spectateurs). Dans ce rôle antipathique visiblement écrit sur mesure, Pierre Niney cherche sans doute à prouver son aptitude à incarner des personnages plus contrastés et denses. Mais ce qui fait la spécificité de Matt est ailleurs, dans l’écart social et culturel séparant l’acteur-gourou de ses fidèles. On ne compte pas les gros plans des bagues Boucheron ornant les mains de Niney (le gourou devient ici un miroir de l’acteur faisant du placement de produits), tout comme on ne peut pas ne pas remarquer ce qui le distingue du personnage joué par Anthony Bajon (attitude corporelle, port des vêtements, diction), lequel incarne un admirateur de Matt, dans un registre de misère sociale déjà exploré dans <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/2023-rattrapages-et-revisions/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Chien de la casse</em></a>. Chaque confrontation entre les deux comédiens fait naître un sentiment de gêne, révélant, par-dessous la fiction, la hiérarchie opérée par le casting : il y a le riche acteur-gourou et les autres, plus ou moins anonymisés dans une communauté qu’on pourrait appeler « le public ».</p>
<p>Dans l’un de ses shows, Matt demande à un homme de transférer sur sa personne toute la frustration et la haine qu’il éprouve envers son patron : «&nbsp;<em>Insulte-moi</em><i>, </i>dit-il. <em>Je veux que ton chef sente ce que tu as dans le bide.</em>&nbsp;» On pourrait presque appliquer ce schéma d’inversion psychologique au film&nbsp;: il voudrait ouvrir le ventre de son acteur pour en extraire une énergie négative&nbsp;; il rêve à travers Matt d’une hypothétique part d’ombre, sur le mode presque fantastique de <em>Jekyll &amp; Hyde</em><i>,</i> alors qu’il n’en offre qu’une image assez lisse, même lorsque le gourou sombre dans la dépression et se met à songer à un mode de vie plus authentique. Au regard des films que Yann Gozlan a déjà tournés avec Pierre Niney, le projet n’est pourtant pas dénué de singularité : <em>Un homme idéal</em> donnait déjà à l’acteur le rôle d’un imposteur trouvant dans le manuscrit d’un autre les clés d’un <i>best-seller</i> le propulsant au sommet de la scène littéraire. Dix ans plus tard, <em>Gourou</em> poursuit ce drôle de portrait critique&nbsp;: le statut de Niney n’est certes plus le même, on l’a dit, mais un angoissant sentiment d’imposture demeure. Et si la question est de savoir qui se cache sous la <em>persona</em> de Pierre Niney, Gozlan ne semble toujours pas connaître la réponse.</p>
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		<title>Bel Ami</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bel-ami/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Situé dans la province du Heilongjiang au début des années 2010, Bel Ami dépeint une société chinoise sclérosée où l’homosexualité demeure un tabou. Le film entrelace l’idylle naissante de Zhang et Xu, deux hommes d’une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bel-ami/" title="Read  Bel Ami">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Situé dans la province du Heilongjiang au début des années 2010, <em>Bel Ami</em> dépeint une société chinoise sclérosée où l’homosexualité demeure un tabou. Le film entrelace l’idylle naissante de Zhang et Xu, deux hommes d’une cinquantaine d’années, avec l’histoire de Liu Ying et Abu, un couple lesbien à la recherche d’un donneur pour concevoir un enfant. Chaque couple évolue dans un univers où la parole semble constamment surveillée ; ils vont donc chercher à s’affranchir de cette chape de plomb. L’intérêt de ce programme, un peu balisé, tient dans la façon dont le film articule politique et intimité. Ayant récemment fait son <em>coming out</em>, Zhang se rend dans un club gay où il se heurte rapidement aux mêmes mécanismes de domination et d’exploitation des corps qu’il cherche à fuir. Le club agit en ce sens comme un miroir déformant du Parti communiste chinois, transposant à l’échelle sexuelle des logiques d’oppression appliquées généralement à l’ensemble de la population. À ce climat coercitif s’ajoute la présence du personnage du restaurateur, poursuivant Zhang et Xu tout au long du film. L’homme est obnubilé par l’idée d’un plan à trois avec le couple et justifie ses avances intrusives en invoquant les valeurs de partage qu’implique une telle relation. Derrière le comportement libidineux de ce personnage se dessine à gros traits un sous-texte satirique : le restaurateur devient l’allégorie d’un discours emprunté au communisme, où l’individu se voit nié au profit d’un fantasme de partage contraint. Le dépeignant comme un agresseur sexuel, la mise en scène insiste lourdement sur sa corpulence, le filmant nu et en contre-plongée de manière à en faire la caricature laide et déshumanisée de la Chine autoritaire. La flèche manque toutefois sa cible : en insistant et dévalorisant ce corps obèse, la charge se cantonne à une succession de gags outranciers et grotesques.</p>
<p>Plus convaincante est la piste utopique du film&nbsp;: bien que Jun Geng esquisse avec <em>Bel Ami</em> le portrait d’une Chine ternie par l’ombre du communisme, il refuse de céder à une vision pessimiste et s’emploie à imaginer de possibles lignes de fuite. De ces moments de suspens naissent plusieurs scènes réussies : une pantomime de kung-fu ou l’invention par Liu Ying et Abu d’un langage amoureux fantaisiste : « <em>C’est l’histoire de Barbapapa, Barbamama, Barbazoo, Barbalala</em>…». Les mots se dénuent de leurs significations habituelles et deviennent un code pour résister tacitement à un ordre établi. C’est dans ce versant poétique et ludique que <em>Bel Ami</em>&nbsp;laisse poindre une lueur, en explorant la manière dont la fiction peut inventer et faire advenir ses propres formes d’émancipation.</p>
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		<title>La Reconquista</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-reconquista/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ana Ilic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Olmo (Francesco Carril) et Manuela (Itsaso Arana) se sont aimés adolescents&#160;; avant de se quitter, ils se sont promis, au terme d’un échange épistolaire, de se retrouver quinze ans plus tard. Derrière l’apparente simplicité de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-reconquista/" title="Read  La Reconquista">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Olmo (Francesco Carril) et Manuela (Itsaso Arana) se sont aimés adolescents&nbsp;; avant de se quitter, ils se sont promis, au terme d’un échange épistolaire, de se retrouver quinze ans plus tard. Derrière l’apparente simplicité de ce point de départ, <em>La Reconquista</em> pose en vérité une question moins évidente qu’il n’y paraît : qu’est-ce qu’une première fois ? Le titre, par sa logique de retour, pose d’emblée une hypothèse nostalgique : la première fois n’existerait, par principe, que dans son après-coup. À ce titre, elle fait l’objet d’un doute : son importance résiste-t-elle aux affres du temps ? Prévaut-elle vraiment sur les expériences futures, ne fait-elle pas l’objet d’une sacralisation qui s’effrite dès lors qu’on la regarde de plus près ? Cette mise à l’épreuve de son aura est à l’œuvre dès les retrouvailles entre les anciens amoureux : leurs deux corps sont d’abord séparés dans un parc par des escaliers, avant de se faire face maladroitement dans un restaurant asiatique. Les situations, travaillées par une logique du dédoublement, maintiennent l’incertitude quant aux rapports que nouent les personnages. Et pour cause : le récit montrera l’<em>après-avant</em>, soit le flashback de leurs amours adolescentes, qui constituera la deuxième partie du film. Difficiles à cerner, Manuela et Olmo le sont aussi à cause de leurs contradictions. La première est d’abord présentée comme celle qui n’a jamais cru au couple, alors même que c’est elle qui y investit la croyance la plus profonde – jusqu’à sembler prisonnière de cette première histoire et de la promesse qui l’a scellée. À l’inverse, la timidité du second se transforme progressivement en assurance intimidante.</p>
<p><em>La Reconquista</em> propose de dépasser ce doute profond sur la valeur d’une première fois en filmant la matière concrète d’un véritable rapport amoureux, envisagé comme le fruit d’une série de médiations. Le rapprochement progressif des deux amants quinze ans plus tard s’opère par l’entremise d’œuvres d’art &nbsp;: c’est le concert du père de Manuela (Rafael Berrio) qui favorisera le retour d’un premier souvenir ainsi que l’expression d’émotions sincères. Plus tard, une conversation au sujet d’un tableau aperçu dans une galerie permettra d’éprouver à nouveau une forme de familiarité. Enfin, c’est au terme d’un swing (au fil de hasards et de déambulations nocturnes) que les retrouvailles auront véritablement lieu. Il est également possible de voir dans cette suite de rapprochements par le truchement de l’art le prolongement d’une dynamique adolescente : plus jeunes, Manuela et Olmo s’échangeaient des romans qui mettent déjà en abyme leur interrogation (il y est question du mythe d’Orphée et Eurydice).</p>
<h2 align="justify">Qu’est-ce qui s’est passé&nbsp;?</h2>
<p>L’accès à la matérialité de cette relation ne se fait toutefois pas d’un bloc ; elle se dévoile selon une logique de « double détente ». Ainsi, le secret sentimental contenu dans les morceaux du concert du père de Manuela (« Somos siempre principiantes » ou « Arcadia en flor ») n’est révélé qu’a posteriori, lorsqu’on découvre les personnages adolescents en train de les écouter ensemble pour la première fois. Des détails apparemment anodins de la première partie acquièrent de cette manière une nouvelle couche de sens : Olmo prétend par exemple avoir initié la rupture, avant que le flashback ne vienne le démentir, révélant alors l’amertume qui motivait son mensonge. La singularité du procédé tient également au traitement disjoint des deux époques : les retrouvailles d’Olmo et Manuela se déroulent sur un temps ramassé, le temps d’une nuit, tandis que l’analepse au cœur du deuxième acte restitue dans sa continuité l’ensemble de leur relation adolescente.</p>
<p>La lettre que se relisent les anciens amants ne prend elle-même sa pleine valeur qu’au terme d’une triple lecture par Olmo adulte. La dernière reprise, qui restitue avec justesse le ton originel, permet de retrouver l’essence de la relation passée ; elle répond à l’attente qui était celle de Manuela (on se souvient alors que le film s’ouvre sur son regard et ces mots : « Je confie mon cœur au futur et j’attends »). Cette reconnaissance mutuelle, qui s’appuie sur une projection (la promesse) et une authentification rétrospective, autorise l’espoir d’un recommencement : Olmo et Manuela peuvent vivre désormais autrement leur vie, sans qu’elle soit écrasée par la répétition du passé et le poids de leur rencontre.</p>
<p>Mais cette lecture du film et le devenir hypothétique des personnages se troublent si l’on considère qu’Olmo et Manuela sont peut-être avant toute chose deux figures mélancoliques, incapables de sortir pleinement de leur vieille impasse. <em>La Reconquista</em> ne tranche jamais entre ces deux niveaux d’interprétation – promesse d’un recommencement ou répétition d’un empêchement – et choisit plutôt de les maintenir dans une tension indécidable. Une scène condense cette ambivalence : après le concert de son père, Manuela joue au piano une ritournelle sur Buenos Aires. La ville comme la chanson incarnent le désir d’un ailleurs, mais aussi la solitude d’une femme prisonnière de sa mélancolie. C’est à cette ambivalence teintée de tristesse que <em>La Reconquista</em> doit sa beauté.</p>
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		<title>The Scores (ep. 5) : Malibu</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-5-malibu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331160</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Malibu est musicienne. Son premier album, “Vanities”, est sorti en octobre 2025. Je préfacerai ainsi cette...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-5-malibu/" title="Read  The Scores (ep. 5) : Malibu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Malibu est musicienne. Son premier album, “Vanities”, est sorti en octobre 2025.</em></p>
<p><span style="font-weight: 400;"><br>
<iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2251907903&amp;color=%23ff5500&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></span></p>
<p>Je préfacerai ainsi cette liste d’extraits sonores et de morceaux :<br>
Je suis une amoureuse du cinéma avant d’être une musicienne. Une des choses que je préfère est «d’écouter» des films, en oubliant de regarder, en jouant en fond. Des bruits de pas, du silence, des habits qui se frottent, la respiration, lorsqu’on se brosse les cheveux, un halètement, des voix douces, des dialogues sans queue ni tête, le vent, un chien qui aboie au loin, une voiture qui passe…</p>
<p>J’aime imaginer une autre histoire peut-être, une sans but précis.</p>
<p>Dans ce mix j’utilise et réutilise des bouts de musique, au début, à la fin, comme pour créer un lien, une boucle parfaite si on devait jouer ce mix en boucle. J’étale tout le long des extraits précis, variés, de films et de série, en les liant. Cette histoire ré-imaginée.</p>
<p><em>I will preface this list of sound excerpts and tracks with the following;</em></p>
<p><em>I am a cinema lover before being a musician. One of my favourite things to do (most times accidentally) is to «listen» to movies, forgetting to watch, when having some in the background. Footsteps, silence, clothes rubbing, breathing, hair being brushed, panting, very soft voices, non-sense dialogues, wind, a distant dog barking, a car passing by…</em></p>
<p><em>I like to imagine another story maybe, one with no precise aim.</em></p>
<p><em>In this mix i use and reuse bits of tracks, in the beginning, at the end, as to create a link, a perfect loop if we were to play this mix on loop. I spread all over it various, carefully picked excerpts of films and a series, linking them. This other story re-imagined.</em></p>
<h2><em>HEAT</em> BY MICHAEL MANN</h2>
<p><strong>00′24″ ♪ Elliott Goldenthal — Heat main theme</strong></p>
<p><strong>01′08″ ♪ Malibu — Vanities (vinyl exclusive voice excerpt)</strong></p>
<p><strong>02′00″ ♪ Malibu — Nu</strong></p>
<p><em>Heat </em>est un chef-d’œuvre en termes de cinématographie et de bande-son. Je n’arrive pas à croire que je l’ai vu si tard dans ma vie. Nous sommes allés, mes amis et moi, le voir au Vista Theatre à Los Angeles, en 35mm. Je n’aurais pas pu rêver une meilleure manière de le découvrir. Vraiment la seule manière ; sortir du cinéma, rentrer chez soi en voiture, regarder la ville, tout autour, brillante, bourdonnante, le downtown se dessine au travers des arbres…</p>
<p><em>Heat</em> is a masterpiece of a film and soundtrack. I can’t believe I hadn’t watched it earlier in my life. My friends and I went to watch it on 35mm film in LA at the Vista theatre. I couldn’t have dreamed of a better setting. The only way to experience this movie ; you get out of the theatre, drive home, watch the city, it’s all around you, sparkling, buzzing, downtown peaks through the trees…</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331162 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1.jpeg" alt width="1211" height="268" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1.jpeg 1211w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-300x66.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-1024x227.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-768x170.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_1-980x217.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1211px) 100vw, 1211px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;">
<h2><em>LESS THAN ZERO</em> BY MAREK KANIEVSKA</h2>
<p><strong>02′56″ ♪ Thomas Newman — Seeing Blair Again</strong></p>
<p>Beaux intérieurs mais un film très quelconque, qui ne rend pas vraiment justice au livre. Ceci étant dit, il a ce «LA feeling» ; les ados s’ennuient, traînent les uns chez les autres, baisent, prennent de la drogue, repeat… La ville est magnétique et son essence semble impossible à saisir.</p>
<p>Mais la vraie star ici est évidemment une énième sublime bande-son de Thomas Newman, un des meilleurs compositeurs de musique de films, qui donne vraiment son âme au film.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Great interiors but a very «whatever» movie that doesn’t quite do justice to the book. That being said, it has that LA roaming around feeling ; teenagers are bored, hang out at each other’s places, fuck, do drugs, repeat.. The city is so magnetic and nothing that can be properly grasped.</em></p>
<p><em>But the star of the show is obviously yet another great soundtrack by Thomas Newman, one of the absolute best composers there is, who honestly gives its soul to the film.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2>MAPS TO THE STARS BY DAVID CRONENBERG</h2>
<p><strong>05′54″ ♪ Sound excerpt Too Old To Die Young</strong></p>
<p><strong>08′25″ ♪ Howard Shore — Greyhound</strong></p>
<p><strong>09′50″ ♪ Sound excerpt Maps to the Stars</strong></p>
<p><strong>10′19″ ♪ Thomas Newman — Seeing Blair Again</strong></p>
<p>Je vais sûrement me répéter, mais il me semblait important d’avoir un fil rouge tout le long de ce mix, de capturer cette espèce d’atmosphère mystique que l’on peut trouver à Los Angeles tout particulièrement. Sa brillance, son absurdité, sa fadeur parfois, sa mystique, cette chose impossible à attraper, si près qu’on s’en rapproche.</p>
<p><em>Maps To The Stars </em>c’est ça.</p>
<p>J’ai sélectionné des extraits variés au travers de ce mix : le personnage principal qui arrive dans la ville, un autre qui traverse des épisodes de psychose, du sexe en voiture, des répétitions de scènes et phrases par des personnages différents, créant des sortes d’échos et des réalités floues. Et j’adore la voix de Mia Wasikowska.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>I will most likely repeat myself, but it felt important to have a red thread running along this mix, to truly capture some kind of mystical vibe that is found in Los Angeles particularly. Its shine, its absurdity, vapidness at times, its ethereality, something you can’t have no matter how close you get.&nbsp;</em></p>
<p><em>“</em>Maps To The Stars<em>” is all that.&nbsp;</em></p>
<p><em>I have selected various sound excerpts throughout this mix, from the main character arriving in town, to one’s light psychosis, car sex, repeated scenes and sentences by various characters creating echoes and blurred realities. And i adore Mia Wasikowska’s voice.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331163 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2.jpeg" alt width="1222" height="264" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2.jpeg 1222w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-300x65.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-1024x221.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-768x166.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_2-980x212.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1222px) 100vw, 1222px"></p>
<h2><em>SAFE</em> BY TODD HAYNES</h2>
<p><strong>12′30″ ♪ Malibu — Lactonic Crush</strong></p>
<p><strong>12′30″ ♪ Sound excerpt Safe</strong></p>
<p><strong>16′20″ ♪ Sound excerpt Birth</strong></p>
<p><strong>16′37″ ♪ Thomas Newman — Day Grave</strong></p>
<p><strong>16′54″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>18′30″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Safe</em> est un film fabuleux que j’ai découvert grâce à mon ami Igor qui savait que je l’adorerais. Et il avait raison ; ce film tient une place de favori dans ma liste, c’est un chef-d’œuvre de cinématographie et d’écriture. J’ai eu la chance de le revoir au cinéma Vidiots à Los Angeles (même si c’était une séance vraiment énervante car toute la salle se pliait de rire).</p>
<p>Même s’il y a des interprétations différentes du film, il parle d’aliénation. Cette phrase y figure :«<em>Are you allergic to the 20th century?</em>».</p>
<p>Aujourd’hui, ces deux thèmes résonnent fort.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>“Safe” is a wonderful gem I have discovered thanks to my friend Igor who knew I’d adore it. And he was right ; it has risen to a place of favourite, it is a masterpiece cinematography and writing speaking. I had the chance to rewatch it in the theatre in LA also, at Vidiots (although it was an annoying screening because of thenon-stop laughing from the audience).</em></p>
<p><em>Though there are many interpretations, it’s about alienation. This sentence can be read : «Are you allergic to the 20th century?».</em></p>
<p><em>Today both themes ring loud.</em></p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331164 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3.jpeg" alt width="1222" height="264" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3.jpeg 1222w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-300x65.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-1024x221.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-768x166.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/‎TheScores5_3-980x212.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1222px) 100vw, 1222px"><br style="font-weight: 400;"><br style="font-weight: 400;">
<h2><em>TOO OLD TO DIE YOUNG</em> BY NICHOLAS WINDING REFN</h2>
<p><strong>20′00″ ♪ Sound excerpt Too Old To Die Young</strong></p>
<p><strong>22′44″ ♪ Sound excerpt Too Old To Die Young</strong></p>
<p><strong>25′43″ ♪ Thomas Newman — People Are Afraid To Merge</strong></p>
<p><strong>27′29″ ♪ Malibu — Lactonic Crush (voice excerpt)</strong></p>
<p><strong>30′26″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>30′57″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>32′19″ ♪ Jonathan Elias — Two Moon Junction OST</strong></p>
<p><strong>36′11″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>37′29″ ♪ Sound excerpt Heat</strong></p>
<p><strong>37′59″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>38′56″ ♪ Elliot Goldenthal — Steel Cello Lament</strong></p>
<p><strong>40′03″ ♪ Thomas Newman — Seeing Blair Again</strong></p>
<p><strong>41′14″ ♪ Sound excerpt Maps To The Stars</strong></p>
<p><strong>42′44″ ♪ Sound excerpt Safe</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette dernière partie a beaucoup d’extraits variés des films mentionnés plus haut, mais je vais me concentrer sur la mini-série <em>Too Old To Die Young</em>. Je suis une fan de la cinématographie de Nicolas Winding Refn, sa manière de raconter une histoire ou une scène «simplement», en montrant peu mais de manière intelligente, ses plan-séquences, ses lumières vives. Dans cette série, il n’y a pas de «good guy», tous les personnages présentent de gros défauts, extrêmement macho, presque abjects. Une femme, malgré ses défauts, se profile comme seule héroïne (si on peut même la qualifier d’héroïne, et peut-être que cela reste une question ouverte).</p>
<p>J’adore certaines conversations des personnages, tellement…absurdes et étranges, similaires à certaines de<em> Maps To The Stars</em>, ou certains témoignages dans<em> Safe</em> également.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>This last part has a lot of sound excerpts from the films I have mentioned above, but I will focus on the mini series “</em>Too Old To Die Young<em>”. I am a fan of Nicolas Winding Refn’s cinematography and how he tells a story or a scene in «simple» and smart ways, showing little, his long-shots, colourful lighting. In this series, there isn’t a «good guy», everyone is heavily flawed. It’s so manly and everyone is despicable. A woman rises as our sole, ‑yet again, flawed- hero (if we have to have a hero, and maybe here lies that question).</em></p>
<p><em>I adore some of the conversations the characters have that seem so… absurd and strange, similarly to in “</em>Maps To The Stars<em>”, or some testimonies in “</em>Safe<em>” as well.</em></p>
<p><br style="font-weight: 400;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-331166 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4.jpeg" alt width="1225" height="269" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4.jpeg 1225w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-300x66.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-1024x225.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-768x169.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/TheScores5_4-980x215.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1225px) 100vw, 1225px"></p>
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		<item>
		<title>Baise-en-ville</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baise-en-ville/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le deuxième long-métrage de Martin Jauvat confirme le goût de son réalisateur pour l’absurde. L’argument de départ de Baise-en-ville paraît pourtant terre à terre, comparé à celui de Grand Paris (où deux amis découvraient, sur...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baise-en-ville/" title="Read  Baise-en-ville">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le deuxième long-métrage de Martin Jauvat confirme le goût de son réalisateur pour l’absurde. L’argument de départ de <em>Baise-en-ville</em> paraît pourtant terre à terre, comparé à celui de <em>Grand Paris</em> (où deux amis découvraient, sur le chantier d’une future ligne de métro, un artefact mystérieux). Le récit prend pour point de départ le paradoxe d’un jeune banlieusard de Chelles, Corentin, dit Sprite (interprété par Jauvat lui-même) : d’un côté, il lui faut le permis pour avoir un travail ; de l’autre, il lui faut un travail pour payer le permis. Sprite décroche malgré tout avec l’aide de son beau-frère Walid (William Lebghil) un job dans le nettoyage de fêtes à domicile, qui va lui permettre de payer les séances d’auto-école. Mais comment être frais aux leçons du matin quand on travaille de nuit ? D’après sa monitrice Marie-Charlotte (Emmanuelle Bercot), il doit trouver un moyen d’éviter les trajets nocturnes en RER et noctiliens. Si cette trame paraît de prime abord banalement réaliste, elle ouvre sur un ensemble de situations rocambolesques : pour que son élève puisse dormir chez l’habitant, ou plutôt l’habitante, Marie-Charlotte, mentore un peu envahissante, l’inscrit sur une application de rencontre avant d’organiser un <em>date</em> dans son dos et d’intervenir pendant celui-ci.</p>
<p>En dépit de ce programme pas très original – le film décrit les déboires sentimentaux de son personnage sur le terrain cruel des applications de rencontre –, Martin Jauvat va toujours un peu plus loin que ce que l’on pourrait attendre. L’accessoire principal de Sprite devient ainsi le baise-en-ville du titre, cette sacoche conçue dans des limbes de ringardise pour transporter l’essentiel lorsqu’on découche. Bien qu’il ressemble de prime abord à une sacoche normale, l’objet suscite les remarques et vient, d’un <em>date</em> à l’autre, parasiter le projet romantique du jeune homme. Le film peine cependant à exploiter la singularité de son postulat narratif. Se dégage en effet de <em>Baise-en-ville</em> une certaine impression de déjà-vu – une séquence au milieu du film est même une sorte d’auto-remake du court-métrage <em>Le Sang de la veine</em> –, combinée à un lissage de son univers lié peut-être à un changement d’échelle de production, puisque ce deuxième film a été réalisé avec beaucoup plus de moyens. <em>Baise-en-ville</em> tente en vérité si peu de choses formellement qu’il en vient à cultiver un paradoxe : s’il épouse un rapport excentrique au monde, la réalisation paresseuse qui l’accompagne fait quant à elle l’impasse sur l’imagination.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Promis le ciel</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/promis-le-ciel-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331092</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pour dépeindre le racisme et l’oppression du régime tunisien hostile aux migrants subsahariens,&#160;Promis le ciel mise sur une identification maximale chez le spectateur. À Tunis, Marie, une pasteure ivoirienne, héberge Naney et Jolie, une mère...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/promis-le-ciel-2/" title="Read  Promis le ciel">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour dépeindre le racisme et l’oppression du régime tunisien hostile aux migrants subsahariens,&nbsp;<em>Promis le ciel</em> mise sur une identification maximale chez le spectateur. À Tunis, Marie, une pasteure ivoirienne, héberge Naney et Jolie, une mère exilée et une jeune étudiante, puis Kenza, une enfant de quatre ans rescapée d’un naufrage. Les trois adultes tentent d’ériger un refuge, mais leur projet commun est entravé par différentes contraintes (l’une est sans papier, l’autre tente de s’intégrer et Marie cherche à régulariser Kenza). Tiraillé entre sa volonté de dénoncer la politique migratoire tunisienne et celle de regarder avec bienveillance ses personnages, le film d’Erige Sehiri s’égare dans une mécanique un peu binaire et une logique d’alternance systématique : aux séquences filmées en gros plans et courte focale, qui tentent de forcer l’empathie en isolant les visages, succèdent des scènes de groupe ou des montages parallèles entrelaçant les différentes trajectoires afin de suggérer la possibilité d’une sororité réparatrice.</p>
<p>De façon automatique, la structure du film compense par ailleurs les moments de détresse par des séquences de stase (en boîte de nuit ou au coucher de soleil), accompagnées de violons et de pulsations électroniques, pour figurer une émancipation temporaire. Mais à&nbsp;chaque fois, la possibilité d’un ailleurs est rattrapée par la réalité sociale (un taxi qui refuse de prendre Naney et Jolie à&nbsp;la sortie d’une soirée, un cadeau d’anniversaire qui se révèle n’être qu’un prêt, etc.). La teinte bleutée de l’image s’inscrit dans la même démarche, comme si elle cherchait à&nbsp;adoucir la violence de ce qui se joue à&nbsp;l’écran. À&nbsp;force de souffler le chaud et le froid,&nbsp;<em>Promis le ciel</em>&nbsp;finit par se transformer en robinet d’eau tiède.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Dreams</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dreams/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=331115</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dreams possède un titre ironique : les rêves dont il est ici question ne seront pas source de bonheur, mais au contraire les instruments de la descente aux enfers de personnages aveuglés par leurs désirs...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dreams/" title="Read  Dreams">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dreams</em> possède un titre ironique : les rêves dont il est ici question ne seront pas source de bonheur, mais au contraire les instruments de la descente aux enfers de personnages aveuglés par leurs désirs et illusions. Fernando (Isaac Hernandez), un jeune danseur de ballet mexicain, est l’amant de Jennifer (Jessica Chastain), une richissime mécène qu’il rejoint illégalement à San Francisco ; si elle ne pense qu’à l’entretenir dans le dos de sa famille, lui aspire à davantage, se rebiffe et lui échappe. <em>Dreams</em> expose froidement le caractère vicié de leur liaison, dès la scène de leurs retrouvailles : lorsque Jennifer découvre son amant endormi et nu dans son lit, elle commence par s’asseoir sur un siège, sans faire de bruit, afin de le contempler comme on admire un objet de collection. Michel Franco déplie cette relation d’emprise entre un maître et son esclave, articulée autour du mépris de classe et du racisme anti-mexicain aux États-Unis. Le cinéaste fait pourtant mine de ménager, durant les deux premiers tiers du film, des éclats de bonheur entre les amants, dépeints en personnages duplices mais capables de gestes sincères. La démarche relève en vérité d’une stratégie narrative visant à mieux accentuer l’irruption de la violence et de l’horreur caractéristiques de son cinéma : celles-ci ne se manifestent effectivement que dans le dernier tiers, à partir du moment où la famille de Jennifer entre en piste. On pense en particulier à cette scène où le frère de l’héroïne surgit dans sa salle à manger et découvre sa liaison avec le jeune mexicain, par ailleurs fraîchement promu professeur de danse au sein de la fondation familiale.</p>
<p>La relation ambiguë qu’entretiennent Jennifer et Fernando parvient toutefois à esquisser, ici et là, une ligne trouble. Plusieurs scènes dépeignent ainsi l’ambivalence de l’Américaine, qui n’a d’yeux que pour Fernando mais semble incapable de l’aimer sans l’abaisser. À cet endroit, Franco organise par ailleurs une sorte de jeu de miroir avec sa précédente collaboration avec Jessica Chastain : son personnage de fille à papa contraste à plus d’un titre avec celui qu’elle incarnait dans <em>Memory</em>, une femme victime d’inceste qui élevait sa fille dans un quartier pauvre de New York. Ce contraste culmine lors de la scène de sexe dans l’escalier de Jennifer, où les deux amants se livrent à une violente étreinte – on pense en retour au plan-séquence de <em>Memory</em> où la timidité et les tressaillements du personnage trahissaient la résurgence de ses traumatismes.</p>
<p>La présence de l’actrice paraît avoir déteint sur le cinéma de Franco. En témoigne par exemple les scènes de ballet dans le second tiers du récit : intégrant la prestigieuse <em>San Francisco Ballet School</em>, Fernando fait montre de son talent dans les studios de répétition de l’école, au fil de séquences dont la grâce vient tempérer momentanément la rudesse du film. <em>Dreams</em> bascule néanmoins dans une dernière partie plus attendue (puisqu’elle témoigne du goût de Franco pour les dénouements cauchemardesques striés de scènes violentes), par le biais d’un coup de force narratif : une fois les amants claquemurés dans la maison de Jennifer à Mexico, leur calvaire à huis clos peut commencer. Ce dernier acte décevant donne cependant à Jessica Chastain l’occasion de déployer son jeu protéiforme, passant de la folle passion à une fureur tout en retenue ; c’est son intriguant portrait d’héroïne mal aimable que l’on retiendra de ce film inégal.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Parallax — Monsieur Smith au Sénat et Un parfait inconnu</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-monsieur-smith-au-senat-et-un-parfait-inconnu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:30:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, faisons dialoguer Un parfait inconnu de James Mangold avec Monsieur Smith au Sénat de Frank Capra (1939). Les deux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-monsieur-smith-au-senat-et-un-parfait-inconnu/" title="Read  Parallax — Monsieur Smith au Sénat et Un parfait inconnu">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, faisons dialoguer </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener">Un parfait inconnu</a><em> de James Mangold avec </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/monsieur-smith-au-senat/" target="_blank" rel="noopener">Monsieur Smith au Sénat</a><em> de Frank Capra (1939). Les deux films sont projetés le 28 février, à l’occasion d’une <a href="https://www.forumdesimages.fr/carte-blanche-critikat-un-parfait-inconnu" target="_blank" rel="noopener">carte blanche proposée à Critikat</a> dans le cadre de la programmation <a href="https://www.forumdesimages.fr/hollywood-millennials" target="_blank" rel="noopener">Hollywood Millennials</a> du Forum des images, qui met en parallèle films contemporains et cinéma classique hollywoodien. Le cycle, composé de nombreux doubles programmes, se poursuit jusqu’au 19 mars 2026.</em></p>
<p>Au début d’<em>Un parfait inconnu</em> (2025), Pete Seeger (Edward Norton), futur mentor de Bob Dylan, est attaqué en justice pour une chanson jugée antipatriotique. Afin de plaider sa cause, le chanteur de folk propose de l’interpréter devant le juge, qui refuse. Il jouera finalement le morceau à un petit groupe de passants sur les marches du tribunal. Deux verdicts s’opposent : la condamnation officielle, escamotée par le montage, et l’approbation du peuple, qui sonne comme une victoire. Tout au long du film, James Mangold entrelacera de la sorte musique et politique. Le succès croissant de Dylan, qui marche d’abord dans les pas de Seeger, semble provenir de sa capacité à intégrer les craintes et les convictions de ses contemporains dans ses chansons – exemplairement pendant la crise des missiles de Cuba, quand le musicien se produit lors d’un concert souterrain aux allures de <em>meeting</em> contestataire.</p>
<p>Cette porosité entre la scène et la démocratie américaine jette un pont – qui pourrait de loin paraître acrobatique – entre le film de James Mangold et le cinéma de Frank Capra. Prenons le cas de <em>Monsieur Smith au Sénat</em> (1939), centré sur un jeune idéaliste (James Stewart) parachuté sénateur au milieu d’une opération de corruption, qu’il finira par exposer en prenant la parole pendant près de vingt-quatre heures consécutives. Ce <em>finale</em> permet de nuancer une étiquette dont on affuble souvent Capra : celle d’un cinéaste patriote soucieux de dépeindre la bonne marche des institutions américaines. Dans le dénouement de <em>L’Extravagant Mr. Deeds</em> (1936), le héros campé par Gary Cooper transformait déjà son audition au tribunal en <em>one man show</em> pour remporter l’adhésion d’une foule hilare ; de même, la célèbre intervention de Jefferson Smith, qui lui permet de s’attirer les faveurs de ses collègues sénateurs, tient moins de la procédure régulière que de la performance exceptionnelle. Le terme qui désigne ces prises de parole au long cours, exploitant un vice de procédure du Sénat (l’un de ses membres peut monopoliser la parole aussi longtemps qu’il continue à s’exprimer), le dit bien : le « <em>filibuster</em> », dérivé de « flibustier », consiste à pirater le cadre institutionnel, pour y insérer un élément supplémentaire – le spectacle. Le Sénat se trouve assimilé à un théâtre (Smith, désemparé, parlera même de « <em>spectacle ignoble</em> »), où les coups du maillet du président remplacent ceux du brigadier. D’abord piètre orateur, Smith devra gagner en éloquence pour convaincre l’agora.</p>
<p>Spectacle et démocratie constituent ainsi les deux faces d’une même pièce. Revenons à Dylan et mettons-le en miroir avec Jefferson Smith : le second est politicien avec un don pour la scène, quand le premier est un artiste puisant du climat politique la sève de ses créations. Dans le cas de Dylan, la balance semble cela dit moins équilibrée : si le numéro de Smith repose sur des idéaux sincères, le musicien, si l’on en croit le portrait qu’en fait <em>Un parfait inconnu</em>, se réinvente au fil des tendances avec peut-être davantage de calcul (Mangold pointe notamment les élucubrations fluctuantes de Dylan sur son propre passé). La seconde partie du film, qui suit le chanteur alors qu’il est devenu une immense star, insiste sur sa difficulté à dialoguer avec son public. <em>Un parfait inconnu</em> suit une route plus désillusionnée que le film de Capra, jusqu’à montrer un divorce entre l’artiste « engagé » et ses fans lors de son passage au festival de Newport en 1964. Dylan, cherchant à affirmer son intégrité d’artiste en jouant de nouveaux morceaux électriques, se heurte à une foule ne jurant que par ses « vieux » tubes acoustiques. Le film, moins lisse qu’il n’y paraît, renfermerait alors une forme de mise en garde : à force de donner au public ce qu’il veut, ce dernier risque de préférer les oripeaux du spectacle aux convictions qu’il recouvre.</p>
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		<title>La Grazia</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-grazia/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 11:29:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il est beaucoup question dans La Grazia de «&#160;retrouver de la légèreté&#160;», voire de s’affranchir de la pesanteur – c’est l’objet de l’ultime plan (enfin presque&#160;: Sorrentino, qui accumule les fins possibles, glisse dans son...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-grazia/" title="Read  La Grazia">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est beaucoup question dans <em>La Grazia </em>de «&nbsp;<em>retrouver de la légèreté</em>&nbsp;», voire de s’affranchir de la pesanteur – c’est l’objet de l’ultime plan (enfin presque&nbsp;: Sorrentino, qui accumule les fins possibles, glisse dans son générique une ultime pirouette comique), vision poétique comme le cinéaste les affectionne. Ce n’est pas la première fois que Sorrentino nous fait le coup&nbsp;; on pourrait même dire que c’est l’horizon semi-caché de la plupart de ses personnages, du jet-setteur mélancolique de <em>La Grande Bellezza</em> aux vieux grabataires de <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2015/youth-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youth</a>, </em>en passant par Silvio Berlusconi (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silvio-et-les-autres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Silvio et les autres</em></a>). Derrière le grand fatras stylistique ou les visions pubardes (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/parthenope-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Parthenope</em></a>), sa mise en scène viserait à faire perler une émotion insondable, un vertige quelque part ineffable – la grande beauté ou la grâce, même combat. Sauf que. Sauf que <em>La Grazia</em>, qui marque le retour de Toni Servillo dans un rôle principal devant la caméra du fantasque napolitain, y va <em>pianissimo</em> sur les effets. Le film suit un président de la République au crépuscule de son mandat, un vieux juriste centriste hanté par le fantôme de sa femme, morte depuis déjà longtemps. De la même manière que le personnage est mis à la diète par sa fille (adieu <em>la pasta</em> et mollo sur le tabac), Sorrentino est chiche sur la sauce&nbsp;: il y a bien un ralenti ici et un regard caméra là, mais sa mise en scène affiche une retenue et même une gravité. Cette lourdeur est surtout là pour signifier le poids psychologique (le souvenir de sa femme) et moral que porte sur ses épaules Mariano de Santis. Quelques décisions de taille restent en effet à trancher, telle une loi en faveur de l’euthanasie et la grâce de deux détenus aux profils radicalement différents. L’occasion de se livrer à des méditations métaphysiques et éthico-juridiques&nbsp;: «&nbsp;<em>à qui appartiennent nos jours&nbsp;?</em>&nbsp;» Où commence et où s’arrête la légitime défense&nbsp;? Et la vérité, y a‑t-on jamais vraiment accès&nbsp;?</p>
<p>De l’élégie à la péroraison, il y a une fine distance&nbsp; que le scénario de Sorrentino franchit toutefois à plusieurs reprises. Sa relative pudeur convertit en réalité le curseur dominant de son cinéma –&nbsp; une flamboyance hédoniste – en sinistrose croulante. En élaguant le gras, il révèle en même temps la pauvreté de sa mise en scène, qui ne se départit pas d’un reste d’emphase pompeuse. Même dans l’ascèse (discutable), elle ne peut s’empêcher de garder une forme de grandiloquence : en parcourant des couloirs déserts ; en faisant graviter la caméra autour du Président livré à ses réflexions ; en filmant l’agonie d’un cheval, animal-métaphore qui incarne le baromètre des hésitations du vieux chef (signera-t-il ou non le texte sur la fin de vie ?). On en vient presque à regretter le déluge carnavalesque de <em>Youth</em> ou de <em>La Grande Bellezza</em>&nbsp;; au moins, il y avait quelque chose à se mettre sous la dent. <em>La Grazia</em> n’est certes pas le pire film de Sorrentino, mais il est son véritable premier film de vieux. La vieillesse n’est pas un motif nouveau chez lui&nbsp;; elle a toujours travaillé son cinéma, parce qu’elle est le ferment de la nostalgie et de la mélancolie, deux des racines de son esthétique. Seulement, Sorrentino la filmait jusqu’ici avec l’énergie d’un chien fou, ou avec le mauvais goût d’une canaille s’improvisant poète. Désormais, son écriture se cale sur l’ankylose du vieillard dont il tire le portrait. Pas de grâce sans pesanteur, semble statuer <em>La Grazia</em>. La pesanteur, on l’a vue. La grâce&nbsp;? Pas du tout.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Sous le ciel de Koutaïssi</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-sous-le-ciel-de-koutaissi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:32:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En attendant une sortie potentielle de Dry Leaf, le nouveau film d’Alexandre Koberidze, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le mardi 27 janvier à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg pour découvrir ou redécouvrir Sous...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-sous-le-ciel-de-koutaissi/" title="Read  Ciné-club Critikat : Sous le ciel de Koutaïssi">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En attendant une sortie potentielle de <em>Dry Leaf</em>, le nouveau film d’Alexandre Koberidze, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2196455-critikat" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le mardi 27 janvier à 20h au cinéma Les 3 Luxembourg</a> pour découvrir ou redécouvrir <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sous-le-ciel-de-koutaissi/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sous le ciel de Koutaïssi</em></a>. La séance sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Robin Vaz.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-331057 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Cine-club-Sous-le-ciel-de-Koutaissi-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Amour Apocalypse</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amour-apocalypse-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Grignon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Patron d’un chenil perdu dans la forêt canadienne, Adam Tremblay se présente comme un «&#160;raté&#160;»&#160;: la quarantaine passée, le personnage n’a, dixit son père, «&#160;pas de blonde, pas de char, pas de cash&#160;». Pour ne...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/amour-apocalypse-2/" title="Read  Amour Apocalypse">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Patron d’un chenil perdu dans la forêt canadienne, Adam Tremblay se présente comme un «&nbsp;raté&nbsp;»&nbsp;: la quarantaine passée, le personnage n’a, <em>dixit</em> son père, «&nbsp;<em>pas de blonde, pas de char, pas de cash</em>&nbsp;». Pour ne rien arranger, Adam est également dépressif et écoanxieux&nbsp;: le péril climatique suscite chez lui une inquiétude profonde. Pour figurer cette obsession, Anne Émond fait le choix d’une esthétique saturée d’effets (ralentis, <em>jump cuts</em>, inserts métaphoriques). C’est notamment le cas lorsque le personnage déballe, chez sa psychiatre, un discours sur l’imminence de la fin du monde&nbsp;: pour redoubler la logorrhée d’Adam, la cinéaste accélère le rythme de son découpage, tout en multipliant les faux raccords, jusqu’à ce qu’apparaisse, dans un plan large inattendu, la silhouette d’un laveur de vitre, qui observait la scène depuis le début.</p>
<p>La vie d’Adam change néanmoins du tout au tout lorsqu’il rencontre Tina, standardiste d’une entreprise de luminothérapie, contactée par hasard un soir de déprime. À&nbsp;partir de là, le récit adopte une forme plus balisée pour figurer l’idylle naissante entre les deux tourtereaux&nbsp;: construite autour d’une série de vignettes comiques détachées les unes des autres (Adam et Tina fuient la police, Adam et Tina crèvent les roues d’un SUV, etc.), la mise en scène d’Émond cesse alors de coller aux délires de son héros, au risque de perdre le cap qu’elle s’était donné. Afin de complexifier cette histoire de résilience somme toute assez banale, le film relance néanmoins l’hypothèse d’une catastrophe à&nbsp;venir – c’est le versant «&nbsp;Apocalypse&nbsp;» de son titre. Les séquences concernées (un tremblement de terre, le surgissement d’une lune couleur de sang et une impressionnante tempête) témoignent malheureusement d’une certaine lourdeur discursive&nbsp;: ainsi d’un montage d’archives où apparaît une série de désastres (fonte des glaces, ouragans, feu de forêt) au son d’un discours de développement personnel invitant à&nbsp;accepter son sort. La scène témoigne alors des limites du film dans son ensemble&nbsp;: à&nbsp;trop littéraliser sa dimension satirique, il finit par tomber à&nbsp;plat.</p>
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		<title>Hamnet</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hamnet/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut attendre la dernière partie de Hamnet pour entendre le nom du personnage interprété par Paul Mescal, bien que le film ne fasse guère de mystère sur son identité : William Shakespeare. La stratégie...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hamnet/" title="Read  Hamnet">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut attendre la dernière partie de <em>Hamnet</em> pour entendre le nom du personnage interprété par Paul Mescal, bien que le film ne fasse guère de mystère sur son identité : William Shakespeare. La stratégie du scénario, adapté d’un <em>best-seller</em> romançant la vie privée du dramaturge, implique de s’éloigner d’abord du mythe – par exemple en changeant le nom de son épouse, Anne, rebaptisée ici Agnes (Jess Buckley) – pour mieux y revenir en dévoilant sa part cachée. Si Chloé Zhao assume de broder sur l’Histoire, elle adopte néanmoins un vernis vériste qui substitue au milieu du théâtre londonien (on ne l’apercevra que dans la dernière séquence) la nature anglaise, décor principal du film, envisagée sur un mode panthéiste et <em>new age</em>. On sent par ailleurs une volonté manifeste de mettre en exergue la boue, la maladie, la violence insidieuse ou franche d’une société patriarcale, mais sans parvenir à réellement décaper les clichés de la reconstitution historique ou à proposer une peinture plus fidèle du XVIᵉ&nbsp;siècle. Plusieurs anachronismes le montrent&nbsp;: la société anglaise est composée de visages ethniquement divers, les femmes n’y sont pas filmées dans un rapport d’asservissement domestique, etc. La question n’est pas de jauger la véracité historique de l’entreprise&nbsp;; Chloé Zhao a bien le droit de s’écarter de cet impératif. Mais il faut noter la manière dont le film, en mimant une forme de réalisme et de fausse saleté, remplace l’Angleterre de Shakespeare par un autre monde, et que cet autre monde a une matrice contraire aux gages de déconstruction donnés par la réalisatrice : l’académisme.</p>
<p>Académique, <em>Hamnet</em> l’est à plus d’un titre. En premier lieu par l’entrelacement de ses horizons narratifs : il est à la fois un biopic sur la genèse d’un chef‑d’œuvre artistique, le récit d’un deuil (devenu un genre à part entière du cinéma mondial) et une relecture féministe centrée sur une héroïne, Agnes, qui convoque la figure dorénavant positivement renversée de la sorcière. Il l’est aussi formellement : les couleurs délavées, les décadrages sensoriels lointainement inspirés de Malick, les récurrents petits travellings avant de la caméra pour marquer une tension naissante et l’enchevêtrement de scènes réelles avec des visions oniriques sont devenus des tropes éculés du cinéma contemporain, les marques d’un « néo-académisme » qui a ingurgité et recraché des formes pour les aplanir. Zhao, récompensée aux Oscars et recrutée le temps d’un film par l’écurie Marvel, ambitionne cependant avec <em>Hamnet</em> de revenir à ses racines relativement «&nbsp;indépendantes&nbsp;», en adoptant une approche sensible et à fleur de peau d’un drame historique en grande partie vidé de sa part spectaculaire. Le hors-champ de l’intrigue, c’est l’ascension de Shakespeare, qu’on ne fait qu’entrapercevoir ; elle constitue cependant le point vers lequel s’achemine le récit, avec la première de <em>Hamlet </em>dans un théâtre du Globe fraîchement construit. Ce qui est pensé comme l’acmé émotionnelle d’<em>Hamnet</em> est aussi son pic académique, puisque Zhao entend faire perler les larmes à l’aide d’un procédé aussi efficace que grossier : la mise en abyme comme instrument d’une propagation émotionnelle. La réalisatrice filme ainsi la représentation comme une sorte de messe collective où pas un visage, pas un spectateur ne résiste à l’appel de l’émotion, pour nous enjoindre à faire de même. On n’est pas insensible aux yeux brillants de Buckley et Mescal, qui font rejaillir sur leur visage l’affliction d’une peine inextinguible – la perte de leur petit garçon –, mais chaque raccord sur l’assistance reniflant ou communiant avec les acteurs pointe la mécanique à l’œuvre. La séquence plie la représentation d’une pièce à une image toute faite et totalitaire&nbsp;: ce que façonne ici le film, c’est son public idéal, un miroir dans lequel nous sommes sommés de nous refléter. Et Zhao, pour enfoncer le clou du conformisme, fait résonner l’un des morceaux désormais les plus clichés du cinéma hollywoodien, «&nbsp;On the Nature of Daylight&nbsp;» de Max Richter, qui signe également le reste de la bande-son. <em>Hamnet</em> n’est pas l’onde émotionnelle qu’il prétend être&nbsp;; c’est un tire-larmes, et comme tout tire-larmes, il repose sur une entourloupe – celle d’un film de studio maquillé en film d’autrice <em>indie</em>, d’un scénario calibré déguisé en contre-récit, d’un amas de ficelles et de visions stéréotypées fardé en poésie.</p>
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		<title>Le Retour du projectionniste</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-retour-du-projectionniste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Samid, ancien projectionniste, entreprend de rouvrir la salle de cinéma fermée dans son village des montagnes Talyches en Azerbaïdjan, avec l’aide d’Ayaz, un jeune aspirant réalisateur. Ce point de départ pourrait être celui d’une fable...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-retour-du-projectionniste/" title="Read  Le Retour du projectionniste">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Samid, ancien projectionniste, entreprend de rouvrir la salle de cinéma fermée dans son village des montagnes Talyches en Azerbaïdjan, avec l’aide d’Ayaz, un jeune aspirant réalisateur. Ce point de départ pourrait être celui d’une fable nostalgique sur la transmission du cinéma, une sorte de <em>Cinema Paradiso</em> transposé à l’Est européen. Mais là où le film de Tornatore érigeait la salle obscure en sanctuaire au risque d’une certaine mièvrerie, <em>Le Retour du projectionniste</em> s’attache moins au passé idéalisé du cinéma qu’au travail concret qu’il implique. La rencontre entre Samid et Ayaz fait ainsi dialoguer deux rapports à l’image, l’un analogique (Samid travaille sur de vieux projecteurs soviétiques), l’autre numérique et hybride (Ayaz ira jusqu’à créer un court dessin animé figurant Poutine et Zelensky). De cet entrelacement naît un rapport au cinéma qui tourne le dos à l’idée d’un héritage figé ; il s’agit d’une pratique à réinventer, à conjuguer au présent.</p>
<p>L’entreprise des deux hommes est jalonnée d’imprévus&nbsp;: le film indien qu’ils rêvent de projeter, <em>Satyamev Jayate</em>, arrive sans sous-titres et amputé de sa dernière bobine. Samid et Ayaz prêtent alors eux-mêmes leur voix aux personnages, tandis que le jeune homme imagine une fin animée pour en restituer le dénouement. Le cinéma apparaît donc comme une poétique du bricolage, impliquant son lot de pépins et de gestes triviaux : régler un projecteur, déterminer la bonne distance pour obtenir une image nette, reprendre un plan jusqu’à ce que l’action s’impose clairement, enregistrer un son, recommencer une photographie jusqu’à trouver le cadre juste, etc. Si le film semble d’abord relever de cette même démarche artisanale, Aghazadeh cède parfois au piège d’une esthétisation excessive. Certains interludes lyriques viennent ainsi fragmenter la dynamique du récit et affaiblir la portée des séquences les plus rigoureusement construites, celles où s’exprime avec le plus de netteté cette éthique du labeur patient (la fabrication artisanale des écrans, projecteurs ou vidéos, les dialogues avec les habitants autour des films qu’ils souhaitent voir…). La part la plus émouvante du film est toutefois ailleurs. Lorsque Samid évoque son fils décédé, une scène le montre dégageant la neige qui recouvre sa tombe, immense bloc de marbre où s’imprime la photographie du jeune homme. La photographie funéraire répond ici au projecteur ; dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de sauver une présence de l’oubli. Dans ce jeu de miroir entre deuil intime et renaissance collective, le cinéma, même dans sa forme la plus modeste et bidouilleuse, s’affirme avant tout comme une manière de continuer à parler aux absents.</p>
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		<item>
		<title>Boys in the Band – Stranger Things</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/" title="Read  Boys in the Band – Stranger Things">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: </em>Stranger Things<em> et sa mise en scène d’un </em>coming out <em>pensé comme</em> «&nbsp;parfait&nbsp;»<em>. </em></p>
<p>Il n’y a pas grand-chose à aimer dans l’ultime saison de <em>Stranger Things</em>, qui perd de vue sa légèreté de <em>bubble gum</em> nostalgico-horrifique pour déployer une succession de monologues sentencieux, comme si son statut de monolithe culturel lui imposait, dans sa dernière ligne droite, de se prendre au sérieux. Dans le pénultième épisode, <em>The Bridge</em>, advient enfin le <em>coming out</em> du personnage de Will Byers (Noah Schnapp), amorcé de manière insistante depuis plusieurs saisons. Le moment fatidique est annoncé par la mise en scène. Tandis que Joyce (Winona Ryder), la mère de Will, surveille depuis l’entrée d’un bâtiment les préparatifs de la grande offensive contre le diabolique Vecna, le garçon s’avance derrière elle depuis un arrière-plan flou et l’entraîne à l’intérieur : il doit lui parler. La caméra se faufile lentement derrière un comptoir, dans un simulacre de pudeur, pour se rapprocher des personnages en pleine conversation. Mais au moment de révéler son terrible secret, Will est interrompu par l’irruption de Mike (Finn Wolfhard), son meilleur ami et « crush » de toujours. Qu’à cela ne tienne, il décide alors de convoquer tous les protagonistes (soit une douzaine de personnages) pour sa grande révélation et se lance dans l’inventaire laborieux de toutes les petites choses qui font qu’il est «&nbsp;<em>comme eux</em>&nbsp;», avant d’avouer «&nbsp;<em>qu’il n’aime pas les filles</em>&nbsp;» –&nbsp;enfin, attention, il n’a rien contre les filles, mais il ne les aime pas «&nbsp;<em>comme vous&nbsp;</em>» (amis, spectateurs). Les gros plans sur le visage du comédien en larmes sont montés en alternance avec des plans de réaction des quinze autres qui tantôt pleurnichent à l’unisson, tantôt hochent la tête avec approbation. Après que Will ait avoué, sa mère s’écrie « <em>Tu ne me perdras jamais</em>&nbsp;», suscitant des «&nbsp;<em>Me too</em>&nbsp;» (« <em>Me three&nbsp;! Me four&nbsp;! </em>») enthousiastes de tous ses amis, qui se précipitent pour l’entourer d’un <em>hug</em> collectif filmé sous tous les angles de caméra possibles. Comme la pauvre Max est en fauteuil roulant, il est obligé de s’arracher au câlin géant pour aller la serrer dans ses bras à son tour –&nbsp;qu’on se le dise, ce <em>coming out</em> ne sera pas validiste&nbsp;! Après ce long tunnel larmoyant, ça suffit les conneries&nbsp;: on repart à l’assaut des démogorgons.</p>
<p>Comme l’enfer, cette séquence est pavée des meilleures intentions&nbsp;; les attachés de presse de Netflix ont insisté sur le fait que la scène avait été la plus longue à tourner de toute la série et Noah Schnapp, qui a lui-même fait son <em>coming out</em> publiquement il y a quelques années, a apparemment passé des mois à préparer son monologue pour que ce dernier soit «&nbsp;<em>parfait</em>&nbsp;». Or le problème, c’est précisément qu’il est «&nbsp;parfait&nbsp;». Si on l’envisage du point de vue du sacro-saint réalisme, la réaction unilatéralement bienveillante de son entourage paraît très artificielle –&nbsp;en particulier dans la <em>middle America</em> de 1987, c’est-à-dire en pleine crise du Sida ! – mais bon, peut-on reprocher à une série sur des monstres venus d’univers parallèles de manquer de réalisme ? Ce qui agace davantage, c’est que le discours surécrit de Will, aux accents fortement didactiques (avec sa partition classique de « Les homos sont des hétéros comme les autres »), soit un tissu de platitudes qui s’assure d’étouffer toute allusion précise et concrète au désir gay. Le dialogue prend ainsi soin de désamorcer l’ambiguïté des sentiments de Will pour son ami Mike – pourtant installée au fil des saisons précédentes par des plans insistants – comme l’expression déplacée de sa honte de lui-même. Passe que cet ado ait sur ses émotions le même recul qu’un quadra après dix ans de psychanalyse : on voit bien que l’effet de cette parenthèse est de dissiper mécaniquement le trouble évident que pourrait susciter cet aveu. Paradoxe gênant : au moment où Will sort enfin du placard, après des années d’œillades enamourées, il neutralise immédiatement le seul désir qu’il ait jamais manifesté.</p>
<p>Outre l’aspect grossièrement tire-larmes de la mise en scène, ce dispositif de révélation collective pose doublement question. D’une part, par son côté « Emballez, c’est pesé ! », il reconduit ce lieu commun trompeur que le <em>coming out</em> est un moment précis de l’existence où l’on se déleste avec soulagement du poids du secret, qu’il constitue une sortie irréversible du placard. Mais le placard ne cesse en réalité de se recomposer, comme l’a avancé Eve Kosofsky Sedgwick<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330998_410('footnote_plugin_reference_330998_410_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330998_410('footnote_plugin_reference_330998_410_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330998_410_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330998_410_1" class="footnote_tooltip">Eve Kosofsky Sedgwick, <em>Épistémologie du placard</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam, 2008, p. 86 : « <em>À un niveau individuel, et même parmi ceux/celles qui le sont le plus ouvertement</em> [qui sont <em>out</em>], <em>il est très peu de personnes gaies qui ne soient délibérément au placard par rapport à quelqu’un d’important pour eux sur un plan personnel, économique ou institutionnel.</em> […] <em>chaque rencontre avec une nouvelle classe d’étudiant(e)s, pour ne pas parler d’un(e) nouvel(e) employeur, d’un(e) nouvel(le) assistant(e) social(e), d’un(e) nouveau/nouvelle responsable des prêts, d’un(e) nouveau/nouvelle propriétaire, d’un(e) nouveau/nouvelle docteur, érige de nouveaux placards dont les lois optiques et physiques spécifiques exigent des personnes gaies de nouvelles estimations, de nouveaux calculs, de nouvelles stratégies et la nécessité de nouveaux secrets ou de nouvelles révélations. Même celles et ceux qui sont </em>out<em> se trouvent confrontés quotidiennement à des interlocuteurs et interlocutrices à propos desquels ils ne savent pas s’ils savent ou non. De la même manière, il est tout aussi difficile de deviner pour un interlocuteur donné si, dans le cas où il saurait, ce savoir lui semblerait important ou non.</em> »</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330998_410_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330998_410_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. D’autre part, ce dispositif trahit que ce <em>coming out</em> n’est pas tant un événement intradiégétique (un personnage qui se confie à ses proches) qu’un discours adressé par la série à son public&nbsp;: une sorte de capsule de <em>coming out</em> aseptisée, à la manière d’une publicité pour la prévention routière, susceptible d’être isolée et partagée sur les réseaux sociaux. Cette séquence dit peut-être tout ce qu’il «&nbsp;faut&nbsp;» dire, mais elle évacue ce qui est vraiment complexe, ambivalent et douloureux, bref tout ce qu’il y a d’intéressant à montrer dans cet acte. Le <em>coming out</em> constitue en effet une étape souvent nécessaire à l’affirmation de soi en même temps qu’une pratique obscène, en ce qu’elle transforme en aveu honteux des choses (le désir, le sentiment amoureux) dont personne ne devrait avoir à se justifier auprès d’autrui. Et cette révélation a non seulement un impact sur la manière dont nous nous définissons, mais sur les rapports que nous entretenons avec les autres, et tout particulièrement avec les hommes hétéros.</p>
<p>On ne peut évidemment que se réjouir qu’un personnage de l’une des séries <em>mainstream</em> les plus populaires de la décennie écoulée fasse explicitement son <em>coming out</em> à l’écran&nbsp;– il suffit de revoir l’inénarrable <a href="https://www.youtube.com/watch?v=D1HzdZ7l5fQ" target="_blank" rel="noopener"><em>Rock Hudson’s Home Movies</em></a> de Mark Rappaport, relecture <em>queer</em> des films du <em>sex-symbol</em> emblématique des années 1950, mort du Sida en 1985, pour se rappeler que l’herbe n’a pas toujours été verte pour les gays à Hollywood. Mais je me demande en quoi une séquence aussi interminable et indigente fait du bien à qui que ce soit, hétéros comme homos&nbsp;: elle évacue toute complexité du sujet traité. Elle n’est même pas assez extravagante dans le ridicule pour constituer un objet <em>camp</em> digne de ce nom. Malédiction des «&nbsp;bonnes&nbsp;» représentations&nbsp;: quand on excise tout ce qui pourrait être perçu comme douteux ou problématique, on finit par désamorcer tout ce qui fait l’intérêt de ce que l’on met en scène.</p>
<p>La problématique du <em>coming out</em> est revenue de manière insistante cette année dans plusieurs séries très populaires&nbsp;– outre <em>Stranger Things</em>, les réseaux sociaux ont fait leur miel de <em>Boots</em>, adaptation des mémoires d’un <em>marine</em> homo (annulée après une saison malgré des critiques élogieuses, suite à un <em>backlash</em> conservateur) et plus récemment de <em>Heated Rivalry</em>, adaptation canadienne d’une romance consacrée à deux joueurs de hockey rivaux sur la glace, mais pas au lit. Sous son glacis formel tout aussi rutilant et anonyme que celui de <em>Stranger Things</em>, <em>Heated Rivalry</em> me semble toutefois plus intéressante, car elle procède de manière quasiment opposée. Au long discours mélodramatique occultant une homosexualité vécue se substitue la monstration inhabituellement explicite, dans l’audiovisuel <em>mainstream</em>, de la sexualité gay&nbsp;: les protagonistes ont beau dissimuler leur relation à leur entourage, (presque) rien de leurs ébats n’est occulté aux spectateurs et spectatrices, à qui les corps érotisés des comédiens Connor Storrie et Hudson Williams sont livrés en pâture. Il est plutôt passionnant de voir les stratégies visuelles habituellement utilisées par Hollywood à destination du public hétéro masculin mobilisées à destination du public gay et féminin. On en sort néanmoins avec l’étrange sentiment d’être décidément devenu un client comme les autres&nbsp;; mais là encore, il faut sans doute s’en réjouir.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330998_410();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330998_410();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330998_410">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330998_410" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330998_410('footnote_plugin_tooltip_330998_410_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330998_410_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Eve Kosofsky Sedgwick, <em>Épistémologie du placard</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam, 2008, p. 86 : « <em>À un niveau individuel, et même parmi ceux/celles qui le sont le plus ouvertement</em> [qui sont <em>out</em>], <em>il est très peu de personnes gaies qui ne soient délibérément au placard par rapport à quelqu’un d’important pour eux sur un plan personnel, économique ou institutionnel.</em> […] <em>chaque rencontre avec une nouvelle classe d’étudiant(e)s, pour ne pas parler d’un(e) nouvel(e) employeur, d’un(e) nouvel(le) assistant(e) social(e), d’un(e) nouveau/nouvelle responsable des prêts, d’un(e) nouveau/nouvelle propriétaire, d’un(e) nouveau/nouvelle docteur, érige de nouveaux placards dont les lois optiques et physiques spécifiques exigent des personnes gaies de nouvelles estimations, de nouveaux calculs, de nouvelles stratégies et la nécessité de nouveaux secrets ou de nouvelles révélations. Même celles et ceux qui sont </em>out<em> se trouvent confrontés quotidiennement à des interlocuteurs et interlocutrices à propos desquels ils ne savent pas s’ils savent ou non. De la même manière, il est tout aussi difficile de deviner pour un interlocuteur donné si, dans le cas où il saurait, ce savoir lui semblerait important ou non.</em> »</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330998_410() { jQuery('#footnote_references_container_330998_410').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330998_410').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330998_410() { jQuery('#footnote_references_container_330998_410').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330998_410').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330998_410() { if (jQuery('#footnote_references_container_330998_410').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330998_410(); } else { footnote_collapse_reference_container_330998_410(); } } function footnote_moveToReference_330998_410(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330998_410(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330998_410(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330998_410(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-stranger-things/">Boys in the Band – Stranger Things</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Imperial Princess</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imperial-princess/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les habitués du cinéma de Virgil Vernier ne seront pas étonnés d’apprendre que son dernier film, à l’instar de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/100-000-000-000-000-cent-mille-milliards/" target="_blank" rel="noopener"><em>Cent mille milliards</em></a>, se situe à Monaco&nbsp;: depuis une dizaine d’années, le réalisateur explore précisément les enclaves fiscales fréquentées par les ultra-riches. Se déroulant au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, <em>Imperial Princess</em> brosse le portrait d’Iulia, fille d’oligarque restée vivre seule dans la principauté. Sa situation est à la fois celle d’une privilégiée et d’une expatriée, évoluant dans une ville apparaissant comme une véritable prison dorée. Tourné intégralement à l’iPhone, <em>Imperial Princess</em> est composé d’images dites « pauvres », car enregistrées en basse résolution. Ce parti pris, déjà employé pour filmer la jeunesse genevoise dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sapphire-crystal/" target="_blank" rel="noopener">Sapphire Crystal</a></em>, opère ainsi une mise à distance de l’opulence monégasque. Mais ici s’ajoute une dimension davantage immersive&nbsp;: en se filmant téléphone à la main, façon selfie, Iulia semble être autant l’actrice que la réalisatrice du film. Les images tremblotantes et floues donnent en effet l’illusion d’une captation amatrice, prise sur le vif. Cette posture se renforce par le biais d’une voix off, grâce à laquelle la jeune femme confie ses pensées paranoïaques et sa crainte d’être mise à l’écart par ses camarades lorsqu’ils découvriront son pays d’origine. Mêlant récit de soi et esthétique du vlog, <em>Imperial Princess</em> s’apparente plutôt à un journal <em>extime</em>&nbsp;: la chronique s’entrelace avec de longs plans fixes des espaces urbains désertés, semblables à des <em>liminal spaces</em>, étranges et fascinants. Chargés d’une dimension mystique, ces plans composés contrastent avec la supposée spontanéité des images d’Iulia et brouillent, comme souvent chez le cinéaste, les frontières entre la réalité vécue de la ville et sa part imaginaire. À travers ce regard hybride, Vernier dresse le portrait envoûtant d’une ville sanctuarisée par le luxe, un monde à la lisière de l’éveil, où se côtoient rêve et cauchemar.</p>
<p>L’étrangeté de la ville transparaît également au prisme d’une captation saisissante de la préparation du Grand Prix de Formule 1&nbsp;:&nbsp; des bolides y sont filmés en train de frotter l’asphalte de la principauté à coups de <em>drifts</em>, tandis que de longs plans se focalisent sur les roues condamnées à tourner sur elles-mêmes dans un même mouvement hypnotique. L’une des caractéristiques du cinéma de Vernier tient à ce rapport à la durée : en laissant les scènes s’étirer pour déborder le périmètre d’une action donnée, il vide cette dernière de sa substance. Cette approche est aussi illustrée par les longues séquences sur les panneaux publicitaires et les enseignes de luxe : Vernier désamorce leur valeur publicitaire pour n’en tirer <em>in fine</em> que des halos lumineux abstraits. Ce procédé exemplifie comment le film révèle le caractère ostentatoire de Monaco et montre la ville dans toute sa superficialité. C’est à travers cette logique de l’épuisement qu’on peut mieux appréhender le cinéma de Vernier. Employant d’un film à l’autre les mêmes motifs, décors et expérimentations plastiques, il adopte, au risque de paraître rébarbatif, la répétition comme un principe structurant. Mais c’est précisément par cette insistance, par ce retour obstiné aux mêmes sujets et formes, que son cinéma trouve sa singularité.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Cover-Up : Un journaliste face au pouvoir</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cover-up-un-journaliste-face-au-pouvoir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la lignée de Citizenfour et de Toute la beauté et le sang versé, Cover-Up est un documentaire qui assume son adhésion politique à la figure dont il brosse le portrait – en l’occurrence, le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/cover-up-un-journaliste-face-au-pouvoir/" title="Read  Cover-Up : Un journaliste face au pouvoir">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la lignée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/citizenfour/" target="_blank" rel="noopener"><em>Citizenfour</em></a> et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/toute-la-beaute-et-le-sang-verse/" target="_blank" rel="noopener"><em>Toute la beauté et le sang versé</em></a>, <em>Cover-Up</em> est un documentaire qui assume son adhésion politique à la figure dont il brosse le portrait – en l’occurrence, le journaliste américain Seymour Hersh. Une telle entreprise n’est jamais sans risque ; elle peut facilement glisser vers une héroïsation qui érigerait la personnalité filmée en modèle moral. Le danger est ici d’autant plus aigu que le film s’inscrit au cœur d’une mythologie américaine solidement établie : celle du journaliste d’investigation, contre-pouvoir solitaire face aux appareils d’État et aux grands groupes privés. À cela, il faut ajouter que <em>Cover-Up</em> repose sur la collaboration tardive de Hersh (un carton précise d’entrée de jeu que la cinéaste l’a contacté dès 2005, avant qu’il finisse par accepter, des années plus tard, de revenir sur sa carrière) et tresse son récit rétrospectif avec les archives qu’il a consenti à partager. Laura Poitras et Mark Obenhaus, son coréalisateur, parviennent pourtant à déjouer cet écueil (du moins en partie, on y reviendra) grâce à une rigueur méthodologique et une pensée fine de la forme documentaire, en dépit de son apparence standardisée (cf. l’alternance d’entretiens face caméra et d’archives, plus proche d’un certain canon du reportage télévisuel que d’une forme essayiste).</p>
<p>Adoptant une progression essentiellement chronologique, le documentaire revient sur les grandes affaires révélées par Seymour Hersh, du massacre de Mỹ Lai pendant la guerre du Vietnam au scandale du Watergate, en passant par les enquêtes sur la CIA et les révélations des tortures d’Abou Ghraib lors de la guerre d’Irak. Le montage repose donc sur un travail d’articulation entre les propos de Hersh et un vaste corpus de documents que l’on peut répartir en deux ensembles distincts : d’une part, les pièces issues de ses propres dossiers d’enquête (photographies, films, coupures de presse, correspondances, notes, etc.) ; de l’autre, des archives exogènes, principalement télévisuelles, qui inscrivent ces révélations dans leur contexte médiatique et politique. La force du documentaire réside dans l’élasticité de cet entrelacement, qui ne réduit pas le rapport voix/image à une simple illustration. En témoigne par exemple sa façon récurrente d’exposer d’abord un document à l’écran, avant que le commentaire de Hersh ne vienne l’identifier <em>après-coup</em>. L’effet est simple, mais opérant : pendant quelques secondes, le spectateur ne sait pas précisément ce qu’il regarde, manière de solliciter son attention selon une modalité bien différente du confort produit par le redoublement son/image des productions télévisuelles dominantes. Plus largement, cette logique de montage figure le travail journalistique comme un <em>processus au présent</em>, mimant la manière dont un rapport militaire ou une photographie se présente d’abord à l’enquêteur dans son opacité matérielle. À d’autres occasions, la voix devient un agent du montage, en précédant ou en guidant les coupes à l’écran. Lorsque Hersh découvre un article déterminant dans le <em>Washington Post</em> pendant son enquête sur le massacre de Mỹ Lai, Poitras filme d’abord la page entière, puis recadre sur les expressions ou les mots essentiels évoqués par Hersh en voix off. Dans les deux cas, l’agencement restitue quelque chose du point de vue du journaliste, parfois jusqu’à épouser sa perception concrète : c’est par exemple le cas lorsque Poitras montre un document à l’envers, que Hersh a réellement dû déchiffrer ainsi, posé face à lui sur la table d’un avocat.</p>
<h2>Matière de la vérité<b></b></h2>
<p>Cette mise en récit documentaire a d’abord l’avantage de rendre son déroulement particulièrement captivant, en donnant l’impression de suivre l’enquête en direct plutôt que d’assister à un simple exposé historique des accomplissements du journaliste. Mais elle traduit surtout une réflexion plus profonde sur la question de la vérité, qui rappelle ce qu’énonçait Harun Farocki dans <em>Images du monde, inscription de la guerre</em> : une image ou un document n’est jamais une preuve en soi ; elle n’accède à ce statut que lorsqu’elle est mise en relation avec d’autres éléments et intégrée à un dispositif de réception qui la rend compréhensible. L’attention portée à la matérialité des archives n’est dans cette perspective pas anodine : les cadres fixes en très gros plans rendent sensibles la qualité de l’encre des stylos-billes, la texture du papier plus ou moins jauni ou les défauts d’impression d’un rapport militaire. Un écart vertigineux semble séparer ces traces, ténues et précaires, des événements majeurs qu’elles documentent. C’est là que se déploie le journalisme comme <em>praxis</em> : il s’agit de transformer ces éléments muets en information, puis en récit en les recoupant et en les complétant. À rebours d’une vision idéaliste du journalisme d’investigation, où la vérité n’attendrait que d’être dévoilée, <em>Cover-Up </em>dépeint plutôt un travail concret : la véracité des faits énoncés résulte d’une juxtaposition, en somme d’un montage. Ainsi des photographies de guerre : si Hersh reconnaît que son article sur la guerre d’Irak n’aurait pas pu exister sans les clichés de torture qui l’accompagnent, l’inverse est tout aussi vrai. Sans l’appui analytique du journaliste, ces images rendues intelligibles auraient pu être perçues comme des incidents isolés (une version que l’armée américaine tentera tout de même d’imposer suite à la publication du premier article).<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Par ailleurs, le film montre comment la publication d’informations repousse la ligne de partage entre le dicible et l’indicible : suite à la parution initiale des enquêtes au long cours sur le Vietnam et l’Irak, de nouvelles sources contactent Hersh pour apporter un témoignage ou des documents inédits. Le montage restitue alors cette dynamique en boule de neige avec un entrelacs d’images et de voix, jusqu’à prendre une ampleur vertigineuse.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p><em>Cover-Up</em><span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span>se révèle en revanche moins percutant dès qu’il aborde des affaires plus récentes, notamment l’article controversé de Hersh, publié sur Substack, dans lequel il affirme que l’administration Biden aurait ordonné et supervisé, en septembre 2022, une opération secrète visant à saboter des gazoducs en mer Baltique. Pour Hersh, la difficulté est double : non seulement il souhaite protéger ses sources anonymes, mais il doit aussi répondre aux attaques concernant la crédibilité de son article, qui a été contesté. On retrouve ici le biais initial du film — celui de dépendre entièrement du journaliste —, mais Poitras et Obenhaus ont le mérite de mettre ces limites en exergue, en intégrant au montage les silences, les réticences et même la colère de Hersh lorsqu’il décide d’interrompre le tournage. Cette prise en compte ne suffit pas cependant à compenser la faiblesse d’un segment qui compile rapidement les controverses de sa carrière sans les interroger en profondeur. La mise en scène y perd en rigueur, troquant l’investigation visuelle des archives contre une logique plus illustrative, où les entretiens face caméra du journaliste dominent. Ces passages plus fragiles trahissent par ailleurs l’enjeu sous-jacent qui structure le film : <em>Cover-Up</em> est un documentaire combatif, qui voit avant tout en Hersh un certain modèle d’insubordination, guidé tout au long de sa vie par un engagement à dénoncer et critiquer l’intolérable. Cette indocilité, nourrie par un sens fort de la responsabilité, se traduit en creux dans l’évolution de ses supports, du journal aux livres, puis à Substack, plateforme en ligne sans supervision éditoriale, dans une quête incessante d’indépendance. Sa trajectoire résonne ainsi implicitement avec l’époque actuelle, marquée par la crise de l’information à l’ère de la post-vérité et par le retour d’un impérialisme américain agressif sous la présidence Trump. La fin du documentaire opère d’ailleurs un effet de boucle : de nouvelles archives révèlent que le militaire responsable du massacre de Mỹ Lai a été libéré quelques mois après son incarcération. Ce retour au passé (et au début du film) met en lumière les limites du système judiciaire et le résultat contrasté d’un combat pourtant acharné, mais il invite surtout à reconnaître que rien n’est jamais acquis, appelant à exercer une vigilance critique constamment renouvelée. C’est, au fond, le constat qui découlait déjà de la mise en scène des enquêtes de Hersh : elles ne constituent pas des légendes du passé à glorifier, mais incarnent une exigence de pensée et une pugnacité à retrouver dans ce moment qui est le nôtre.</p>
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		<title>Le Mage du Kremlin</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mage-du-kremlin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:29:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au terme de la longue confession qui sert de fil rouge au Mage du Kremlin, Vadim Baranov (Paul Dano), conseiller en communication de Vladimir Poutine, avoue à son interlocuteur (Jeffrey Wright) à propos de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-mage-du-kremlin/" title="Read  Le Mage du Kremlin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au terme de la longue confession qui sert de fil rouge au <em>Mage du Kremlin</em>, Vadim Baranov (Paul Dano), conseiller en communication de Vladimir Poutine, avoue à son interlocuteur (Jeffrey Wright) à propos de la guerre en Ukraine&nbsp;: «&nbsp;<em>Je ne l’ai pas voulue, mais je ne m’y suis pas opposé.</em>&nbsp;» On tient là l’une des clés de ce personnage veule et servile, figure centrale du <em>best-seller</em> de Guiliano da Empoli dont le film est l’adaptation : l’homme de l’ombre, en dépit de toute son intelligence de communicant, n’a fait que glisser sur les drames de l’Histoire contemporaine et, loin de les empêcher ou de les neutraliser, n’en a retenu que des échos assourdis depuis les bureaux confortables ou les chambres d’hôtels de luxe qu’il a fréquentés pendant près de vingt-cinq ans. En cela, le choix de Paul Dano dans le rôle de Baranov vise juste : l’acteur américain, plus falot que jamais, y livre une sorte de <em>best of</em> de tous ses rôles, opposant sa voix mielleuse, son visage rond et son corps asexué à la violence de la Russie poutinienne, où les ennemis de la dictature tombent en silence, sans laisser de traces.</p>
<p>Le problème du film vient du fait qu’Assayas et son coscénariste, Emmanuel Carrère, qui livre dans le prologue un caméo gênant où il exprime sa nostalgie de la «&nbsp;<em>dignit</em><em>é sovi</em><em>étique</em> », organisent moins finalement une opposition entre ces deux tonalités qu’une substitution, voire un tour de magie. La brutalité du régime, qui pourrait être figurée à de nombreuses reprises, notamment lors de l’épisode dramatique du sous-marin Koursk en 2000, est toujours ramenée à des questions de communication se réglant dans les coulisses du pouvoir, à travers de longues séquences dialoguées et centrées sur le jeu verbal du tyran et de son conseiller. Si certaines prêtent à sourire (notamment celle où Baranov conseille à Poutine de choisir un titre de Daft Punk pour inaugurer la cérémonie des J.O d’hiver de Moscou en 2014), la mise en scène des tribulations du<em> spin doctor</em> promu «&nbsp;mage&nbsp;» (et décrit comme une sorte de nouveau Raspoutine) produit à d’autres endroits une étrange opération d’escamotage. La violence de la répression et la corruption du pouvoir sont traitées dans un registre scorsesien sur le mode du folklore, comme le montre une séquence où Baranov convoque dans son bureau le pire de la mafia russe pour mater la révolution ukrainienne&nbsp;: on assiste alors à une suite de petits conciliabules menés à un rythme très rapide et au terme duquel chaque interlocuteur de Baranov repart avec sa valise de billets, comme si on était dans le monde des<em> Affranchis</em> ou de <em>Casino.</em> Un détail détonne toutefois par rapport à cette inspiration revendiquée : le film, contrairement à ceux de Scorsese, ne fait jamais jaillir la violence cachée sous les tractations ; son regard sur la violence contemporaine reste à peu près nul.</p>
<p>Qu’est-ce qui est regardé, alors, dans <em>Le&nbsp;Mage du Kremlin</em> ? Très certainement une forme de confort bourgeois – grand sujet des derniers films d’Assayas appréhendé avec un ton plus ou moins satirique dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/doubles-vies/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Doubles vies</em></a> ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/hors-du-temps-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Hors du temps</em></a>, autoportrait quasi documentaire de riches confinés en province, qui trouvait dans la peinture de David Hockney une caution <em>arty</em>. Ici, le confort fait tache&nbsp;: Baranov a beau traverser les quatre coins de la Russie et de l’Europe en guerre, il continue imperturbablement de boire son thé dans des tasses en porcelaine tandis que le dictateur fait ses longueurs dans sa piscine, sous le regard de ses courtisans. De ce point de vue, le choix de Jude Law – qui incarne Poutine avec toute sa finesse maniérée d’acteur anglais – n’est pas très heureux&nbsp;: loin de de camper un dictateur, il représente plutôt le <em>lifestyle</em> russe post-Guerre froide, celui, par exemple, de Pavel Dourov. Et le film de décliner ce mode de vie à travers ses décors, comme si l’essentiel de ce qui se joue politiquement aujourd’hui en Europe était filmé depuis le salon d’un hôtel Hyatt – ou d’un yacht arrimé sur les côtes d’Antibes. À force de regarder l’Histoire par le petit bout de la lorgnette, on finit par ne plus voir grand-chose.</p>
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		<title>La Femme de ménage</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-de-menage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Conti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:29:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le microcosme puritain de La Femme de ménage, tout ce qui a trait à la chair est un privilège : un verre de jus d’orange dégusté lors du petit déjeuner, une masse de cheveux...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-de-menage/" title="Read  La Femme de ménage">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le microcosme puritain de <em>La Femme de ménage</em>, tout ce qui a trait à la chair est un <em>privilège</em> : un verre de jus d’orange dégusté lors du petit déjeuner, une masse de cheveux bouclés, un sourire plus blanc que blanc convoité par toutes les femmes du quartier. Quand Andrew Winchester (Brandon Sklenar) proclame à sa toute nouvelle femme (Amanda Seyfried), une mère célibataire fauchée qu’il vient de métamorphoser en <em>housewife</em> blonde platine, que «&nbsp;<em>les cheveux, c’est un privilège</em>&nbsp;», la comédie de Paul Feig prend un tour étonnamment politique. En ne retouchant pas ses <em>racines </em>brunes, indices de son ancienne vie, et en rendant ostensible que le fameux <i>privilège</i> n’est, après tout, qu’un leurre, Nina se rend coupable auprès de son Pygmalion de laisser paraître ses origines sociales. C’est là que cette adaptation cinématographique d’un roman de gare trouve sa raison d’être&nbsp;: quand la métaphore devient vive et que le spectateur finit par regarder une femme s’arracher les cheveux un à un, du bulbe à la pointe. Après ce basculement – qui est presque la clé de compréhension du récit – on comprend mieux ce que le film fait aux corps hollywoodiens&nbsp;: il les ébouriffe, les édente, les lacère et les ensanglante jusqu’à la chute finale.</p>
<p>Le film, déjà un gros succès en salles, marque une conscience aiguë de la puissance de séduction du best-seller de Freida McFadden et révèle qu’il y a parfois de la densité dans un tissu épais de stéréotypes. Rappelons son point de départ&nbsp;: Millie (Sydney Sweeney), fraîchement sortie de prison, arrive pour offrir ses services à la famille de Nina et Andrew Winchester. L’intrigue propose alors trois scénarios alternatifs. Scénario numéro 1&nbsp;: Millie sera l’oie blanche sauvée d’une femme mal domestiquée par un riche avocat (<em>La Femme de ménage</em> serait dans cette perspective un remake de <em>Rebecca</em>). Scénario numéro 2&nbsp;: Millie sera le serpent dans la bergerie et aura une liaison avec le père de famille (la «&nbsp;femme de ménage&nbsp;» devient une catégorie de site porno). Scénario numéro 3&nbsp;: Millie est une ancienne détenue qui insufflera progressivement un vent de violence dans l’immense villa bourgeoise qui l’a employée (la femme de ménage se mue en personnage machiavélique de thriller, type <em>Gone girl</em>).</p>
<p>Loin de trancher entre ces trois versions, le film les déploie en même temps, procédant à une maîtrise fine des horizons d’attente de son public, ce qui lui permet de jouer avec l’imaginaire politique de l’époque tout en assumant pleinement son aspect ludique. La mise en scène opère dans ce sens une équivalence entre le stéréotype et son double, l’image de cinéma et l’image de société. Répondant à une logique d’amplification des plaisirs, elle embrasse dans un même geste les clichés et les met à distance : l’image dit oui (les corps de Sydney Sweeney et de Brandon Sklenar, blancs, musclés, bronzés, renvoient à l’imaginaire de la <em>dark romance</em>), quand le son dit non (difficile de ne pas rire ou sourire lorsqu’une chanson de Lana Del Rey illustre une scène de bonheur extraconjugal). En cela, <em>La Femme de ménage</em> n’est pas seulement, comme <em>Rebecca</em>, l’histoire d’une maison (hantée), mais dit quelque chose de la violence des <em>WASP</em> dans leur symphonie en blanc majeur, des violences conjugales et plus généralement de la domination masculine, offrant le spectacle <span style="color: black; background: white;">de la destruction des corps dominants. Alors autant y aller, ne serait-ce que pour le plaisir de les voir s’arracher des cheveux – ou des dents.</span></p>
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		<title>Rebonds — Spanglish et le miracle James L. Brooks</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-spanglish-et-le-miracle-james-l-brooks/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:31:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rebonds]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La critique s’est rarement accordée sur James L. Brooks et l’accueil désastreux réservé aux États-Unis à Ella McCay (au point que sa sortie française a été annulée) ne risque pas d’arranger la donne. Ceux et...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-spanglish-et-le-miracle-james-l-brooks/" title="Read  Rebonds — Spanglish et le miracle James L. Brooks">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La critique s’est rarement accordée sur James L. Brooks et l’accueil désastreux réservé aux États-Unis à <em>Ella McCay</em> (au point que sa sortie française a été annulée) ne risque pas d’arranger la donne. Ceux et celles qui aiment ses films le tiennent pourtant pour l’un des plus grands cinéastes américains contemporains. À quoi tient sa singularité, qui resplendit dans un champ pourtant de prime abord standardisé — la comédie sentimentale hollywoodienne&nbsp; ? Et comment expliquer que les films écrits et produits par Brooks semblent être signés de sa main ? Tentative de réponse à partir de <em>Spanglish</em>, son plus beau film.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://www.youtube.com/embed/-Kic5ydH09Y?si=JRUJGtFPaO4zPJiP" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p><strong>Avec :</strong> Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Image et montage :</strong> Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique :</strong> Emile Petitperrin.</p>
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		<title>Eleonora Duse</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eleonora-duse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans une scène située au tiers du film, Sarah Bernhardt, à laquelle Noémie Lvovsky prête ses traits, s’invite à la table de l’illustre actrice italienne Eleonora Duse au lendemain de son retour au théâtre. Elle...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eleonora-duse/" title="Read  Eleonora Duse">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span lang="FR">Dans une scène située au tiers du film, Sarah Bernhardt, à laquelle Noémie Lvovsky prête ses traits, s’invite à la table de l’illustre actrice italienne Eleonora Duse au lendemain de son retour au théâtre. Elle qui signait sa première représentation depuis la fin de la Première Guerre mondiale se voit violemment rabrouée par l’actrice française, qui dénonce ce qu’elle appelle du «&nbsp;<em>théâtre antique</em> ». Par « antique », le personnage entend « antiquité » : le verbiage poussiéreux, les badinages innocents contrastent à ses yeux cruellement avec la société d’après-guerre. Pour elle, il est rigoureusement impossible, voire immoral, d’omettre ainsi à quel point le monde a changé et de s’accrocher à un académisme qui chasserait la vie, la vraie. Ainsi crucifiée par sa rivale, Pietro Marcello capte le visage liquéfié de la Duse en gros plan. Cette opération est répétée à de multiples reprises dans le film, l’héroïne ne cessant d’être confrontée à divers porte-paroles de l’avant-garde théâtrale (comme ici) ou au contraire du passéisme (le fascisme s’installe en Italie et D’Annunzio, fidèle mentor de l’actrice, se rapproche de Mussolini), et d’osciller elle-même entre les deux courants. À travers la Duse, c’est de la société italienne que Marcello veut aussi faire le portrait, à la fois enfermée dans une révérence forcenée au passé et mue par une espèce de vitalité poétique. Malheureusement, le cinéaste tire de cet itinéraire contrasté une forme doublement écrasante.</span></p>
<p><span lang="FR">Pour signifier le poids de ce passé déclinant, Marcello étouffe la Duse de manière&nbsp;assez désagréable au milieu de décors grandiloquents. L’actrice se trouve ainsi régulièrement statufiée au milieu de larges appartements somptueux, elle-même accablée de longues draperies traînantes. </span><span lang="FR">La texture granuleuse de la pellicule rajoute une couche à ces coquetteries maniéristes, donnant presque à sentir la poussière qui asphyxie les chambres et les couloirs. Le recours aux archives documentaires, récurrent chez le cinéaste, paraît ici réduit à un statut tout aussi ornemental. Un peu naïvement, le film entend opposer à ce décor surchargé le jeu intense Bruni-Tedeschi, qui a pour mission d’incarner une force vitale en résistance à cette pesanteur muséale. Une scène de répétition, au début du film, témoigne de cette croyance aveugle de Marcello dans la force de son actrice : la Duse, constatant la mollesse théâtrale de sa troupe, redonne vie aux personnages sur scène par le pouvoir de son interprétation. Enveloppé par la lumière d’un spot, son visage se tord et sa voix vibre sous le regard de ses camarades qui, soufflés, accueillent la fin de la performance par des éclats de joie. Telle est la stratégie du film : capitaliser sur l’exaltation de l’actrice, dont le visage compose dès lors l’essentiel des plans, et l’envisager comme l’instrument d’une propagation émotionnelle. Cet éloge compassé du jeu théâtral est non seulement banal, mais il redouble le sentiment d’écrasement du spectateur, qui devient lui-même prisonnier des excès de la Duse.</span></p>
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		<title>L’après-coup – Le sourire d’Amin</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-le-sourire-damin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : focus sur le visage d’Amin dans Mektoub, My Love :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-le-sourire-damin/" title="Read  L’après-coup – Le sourire d’Amin">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents</em><em>. </em><em>Ce mois-ci : focus sur le visage d’Amin dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener">Mektoub, My Love : Canto due</a><em>, sur son regard et son sourire. </em></p>
<p>Amin observe autour de lui, sans mot dire : le personnage fait silence de ses gestes, il s’efface pour mieux écouter et, surtout, regarder. À moins que ce ne soit pour <em>se garder</em> des autres, se perdre en lui-même. Si <em>Mektoub, My Love : Canto uno </em>esquissait un portrait d’Amin, glissé au milieu d’un film choral, <em>Canto due</em> resserre ses enjeux autour de la figure du jeune cinéaste. Même lorsque ce dernier n’est pas présent à l’écran, comme dans la longue séquence de couscous improvisé dans le restaurant familial au début du film, son cas finit par occuper le centre de la conversation (Camélia profite de la situation pour négocier la lecture de son scénario auprès du producteur américain). Kechiche fait d’Amin doublement son sujet : il est à la fois celui qui observe et celui qui est observé, celui qui vise (avec son appareil photo) et celui qui est visé. Autant un témoin que l’objet d’un regard. Jean-Luc Nancy écrivait à propos du portrait que dans le regard peint, la peinture devient regard. Il en va de même chez Kechiche : le regard filmé devient regard. Et que nous dit ce regard ? Qu’il relève de l’aporie : sur Amin, il bute, glisse sans chance de le transfigurer. Si la caméra s’attarde souvent sur le visage du personnage, c’est moins pour le faire parler que pour saisir sa capacité à s’absenter. Réside là un beau paradoxe : si les deux chants de <em>Mektoub, My Love</em> sont particulièrement « parlants », la caméra du cinéaste fait l’effet d’être sourde lorsqu’il s’agit de filmer Amin. Elle peine à sertir toutes les facettes d’un personnage dont le visage silencieux trahit sa volonté de taire qui il est vraiment. D’Amin, on ne saura finalement rien ou si peu, et sa fuite à la toute fin de <em>Canto due</em> vaut comme&nbsp;une ultime métaphore&nbsp;: avec lui, quelque chose se dérobe pour toujours.</p>
<p>Parfois, au détour d’un plan, Amin esquisse un sourire. On ignore alors si ce sourire relève d’un pur réflexe ou s’il témoigne d’une réelle satisfaction. Mais quelle serait-elle&nbsp;? Lors d’une magnifique scène crépusculaire de <em>Canto due</em>, le personnage pédale sur son vélo face caméra tandis que le soleil disparait derrière l’horizon. Malgré l’élan radieux supposé de la scène (il vient de visiter Ophélie, avec laquelle il envisage de partir à Paris), son visage se montre grave – une tendance dominante durant le film. Apparaît pourtant le fameux sourire, presque volé par la caméra tant il s’avère furtif, aussitôt masqué par une moue à nouveau songeuse. Notons que cette scène de pédalage est loin d’être anodine dans le déroulement du récit : cette échappée sur deux roues marque le début de la fin, suivi dorénavant de désillusions ; passé ce cap, Amin n’aura plus tellement l’occasion d’être joyeux (tout juste une danse esseulée ponctuera la séquence suivante), ni d’être maître de son destin. Ce sourire, c’est la fissure par où le bonheur parvient encore une fois à se frayer un chemin. C’est la manifestation d’un rayonnement intérieur qui diffuse ses ondes bien au-delà de son visage. Un visage qui, soudain, malgré tout, (nous) parle.</p>
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		<item>
		<title>28 ans plus tard : Le Temple des morts</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/28-ans-plus-tard-le-temple-des-morts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suite directe de 28 ans plus tard, Le Temple des morts casse la dynamique fondamentale de la saga, inscrite dans son titre&#160;mouvant&#160;: chaque volet reposait jusqu’alors sur une ellipse pour figurer les conséquences de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/28-ans-plus-tard-le-temple-des-morts/" title="Read  28 ans plus tard : Le Temple des morts">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Suite directe de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/28-ans-plus-tard/" target="_blank" rel="noopener"><em>28 ans plus tard</em></a>, <em>Le Temple des morts</em> casse la dynamique fondamentale de la saga, inscrite dans son titre&nbsp;mouvant&nbsp;: chaque volet reposait jusqu’alors sur une ellipse pour figurer les conséquences de la propagation d’un virus aussi virulent que dévastateur. Les enjeux sont ici plus modestes et articulés autour de deux lignes narratives qui finissent par se rejoindre. D’un côté, le jeune Spike (Alfie Williams), le héros du précédent épisode, est embrigadé dans une bande de sadiques qui vouent un culte au diable, s’amusent à danser comme les Télétubbies et écorchent vives leurs proies. De l’autre, Kelson (Ralph Fiennes), un médecin légèrement givré et recouvert d’iode, expérimente sur Samson, un infecté alpha qu’il shoote à la morphine pour danser avec lui dans l’ossuaire gigantesque donnant son titre au film. Naviguant entre <em>torture porn</em> et comédie potache,&nbsp;<em>Le Temple des morts </em>organise de la sorte une rencontre entre un « docteur athée » et un « sataniste ». Façon pour Alex Garland, scénariste et véritable architecte de la franchise, de mettre en exergue son projet : si <em>28 ans plus tard</em> ramenait du cartoon et du surnaturel dans une saga de «&nbsp;zombies&nbsp;» jouant jusqu’ici plutôt la carte du réalisme, <em>Le Temple des morts</em> réinjecte une dose de «&nbsp;science&nbsp;», ou du moins fait s’entrechoquer une lecture médicale avec une vision fantasmagorique de l’Apocalypse. Le chef de bande des «&nbsp;Jimmys&nbsp;» (Jack O’Connell, dans un rôle voisin de celui qu’il tient dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sinners/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sinners</em></a>), persuadé d’être le fils du diable, dit entendre des voix l’incitant à poursuivre sa mission sanglante, tandis que Kelson entrevoit la possibilité de «&nbsp;désinfecter&nbsp;», même partiellement, le colosse Samson.</p>
<p>Les expériences chimiques de Kelson font du personnage un avatar du scénariste, qui bricole ses mixtures tout en affichant un sens certain du spectacle. Le climax du film est d’ailleurs un son et lumière en bonne et due forme, pas une scène horrifique – les infectés sont presque absents du film. Drôle d’ambition : il ne s’agit plus véritablement de mener tambour battant une relecture du film de zombies, mais de s’amuser dans son coin avec un concept scénaristique, trituré dans tous les sens. Le résultat, pas très convaincant, a toutefois deux atouts par rapport au précédent volet : la mise en scène clipesque de Danny Boyle, insupportable de maniérisme, est remplacée par celle plus passe-partout et fonctionnelle de Nia DaCosta (révélée par le très mauvais remake de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/candyman/" target="_blank" rel="noopener"><em>Candyman</em></a>), et le film peut compter sur l’abattage cabotin de Ralph Fiennes qui s’amuse seul, mais vraiment tout seul, au milieu de cette intrigue grand-guignolesque.</p>
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		<title>Father Mother Sister Brother</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/father-mother-sister-brother/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 11:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Récompensé à Venise, Father Mother Sister Brother ne ressemble pas vraiment à l’idée que l’on se fait d’un Lion d’or&#160;: sa modestie, sa douceur et ses allures d’ébauche jurent avec la manière des « gros...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/father-mother-sister-brother/" title="Read  Father Mother Sister Brother">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Récompensé à Venise, <em>Father Mother Sister Brother</em> ne ressemble pas vraiment à l’idée que l’on se fait d’un Lion d’or&nbsp;: sa modestie, sa douceur et ses allures d’ébauche jurent avec la manière des « gros films » généralement salués dans les grands festivals. Divisé en trois segments («&nbsp;Father&nbsp;», «&nbsp;Mother&nbsp;», et «&nbsp;Sister Brother&nbsp;») consacrés à des réunions familiales plus ou moins banales, le récit pose des situations sans chercher à les démêler. Prenant davantage la suite de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/paterson/" target="_blank" rel="noopener"><em>Paterson</em></a> que de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2019/the-dead-dont-die/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Dead Don’t Die</em></a>, Jarmusch renoue avec la tonalité méditative de son cinéma du quotidien, caractérisé par un refus de l’efficacité narrative. S’il y a quelques rimes entre les différentes parties (l’emploi récurrent d’une expression vieillotte, ou la présence incongrue d’une Rolex au poignet de plusieurs personnages, ce qui étonne leurs interlocuteurs), comme pour légitimer la forme impure du film à sketchs, ces derniers restent étanches les uns aux autres. Situés dans trois pays différents, ils partagent surtout une forme de mélancolie rentrée, qui semble chez Jarmusch toujours accompagner les relations familiales.</p>
<p>Le premier et le deuxième chapitre montrent des enfants d’une quarantaine d’années visitant leur parent unique : Tom Waits aux États-Unis, puis Charlotte Rampling en Irlande. Dans les deux cas, les rapports entre les personnages paraissent rouillés et la communication hésitante, chacun jouant un rôle face aux autres. Le père, dont on comprend au fur et à mesure qu’il ment à ses enfants sur la rusticité de son existence pour leur soutirer de l’argent, s’avère particulièrement farfelu. Les silences embarrassés qu’Adam Driver et Mayim Bialik lui opposent, et que Jarmusch laisse durer dans un mélange de tristesse et d’humour pince-sans-rire, résument le projet du cinéaste ; ce qui l’intéresse, c’est le caractère insoluble de la bonne entente d’une famille et les jeux de faux-semblants qui en découlent. Dans la partie irlandaise, ce sont la mère et son aînée (Cate Blanchett) qui resteront silencieuses face à la cadette (Vicky Krieps), qui utilise son téléphone pendant le thé alors qu’on le lui a interdit. Pour préparer ces situations minuscules, Jarmusch intègre dans chaque segment le trajet en voiture des personnages vers leurs rendez-vous. Il s’agit à la fois de les montrer tels qu’ils sont réellement (sans le masque qu’ils s’apprêtent à revêtir) et de les inscrire dans un territoire par le truchement de longs plans de route, filmés depuis l’avant des véhicules. Les plans à l’intérieur de l’habitacle, quant à eux, semblent avoir été tournés en studio, produisant une double impression d’irréalité (le procédé ne fait pas du tout illusion) et de vérité documentaire (les images de route capturant crûment le décor, comme si l’on surfait sur Google Street View). Ces scènes figurent parmi les plus réussies du film, notamment grâce à leur durée qui fait éprouver la distance parcourue, mais elles témoignent en même temps de la principale limite de ce drôle d’objet : sa débauche de moyens étonnante, au regard de l’ambition de Jarmusch.</p>
<p>De fait, tout le film se trouve pris dans un paradoxe entre la simplicité de ce qu’il dépeint et sa facture d’assez grosse production internationale. La coquetterie de Jarmusch, ou son dandysme – que <em>Paterson</em> contrebalançait par l’appartenance de son protagoniste à la <em>working class</em> – éclate comme rarement dans <em>Father Mother Sister Brother</em>. Il y a quelque chose d’absurde à voir ce «&nbsp;rien&nbsp;» habillé par Saint Laurent (costumes et bijoux), impression qui culmine dans le dernier chapitre situé à Paris. On y suit les retrouvailles d’un frère (Luka Sabbat) et d’une sœur (Indya Moore) arpentant les rues au volant d’une voiture de collection, après un passage chez un dealer à Pigalle (notre confrère Philippe Azoury, ça ne s’invente pas), avant de finir dans l’appartement vide où ils ont grandi, pour un dernier au revoir. Sans oublier une pause dans un café de quartier, où ils laissent un billet de dix euros sur la table pour leurs deux expressos. Le «&nbsp;cool&nbsp;» de ces hipsters hantant un 120 mètres carrés et débitant des banalités sur l’existence fait alors basculer l’ensemble du petit film au film creux. Étrangement, leurs privilèges matériels s’accompagnent d’une concorde inédite à l’échelle du récit&nbsp;: un frère et une sœur qui s’entendent bien au point de ne pas arrêter de se faire des compliments sincères, c’est forcément moins intéressant que des gens qui n’arrivent pas à communiquer. Il ne faut pas nécessairement être pauvre pour faire un film modeste, mais l’embourgeoisement de Jarmusch prend ici une nouvelle dimension, qui rend sa poésie de la banalité à peu près inaudible. Dommage qu’il ne s’en soit pas tenu aux émotions claudicantes des deux premiers chapitres&nbsp;; on lui pardonnait alors plus facilement ses petites excentricités – tels ces ralentis quasi oniriques sur des skateurs, autre curieux motif qui circule entre les segments.</p>
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		<title>Pluribus, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pluribus-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On a dit de Pluribus qu’il constituait le grand retour de Vince Gilligan à la science-fiction, lui qui fut scénariste et producteur délégué de X‑Files. En vérité, le showrunner n’a pas quitté l’Albuquerque sableuse de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pluribus-saison-1/" title="Read  Pluribus, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On a dit de <em>Pluribus</em> qu’il constituait le grand retour de Vince Gilligan à la science-fiction, lui qui fut scénariste et producteur délégué de <em>X‑Files</em>. En vérité, le <em>showrunner</em> n’a pas quitté l’Albuquerque sableuse de <em>Breaking Bad</em> et de <a href="https://www.critikat.com/tags/better-call-saul/" target="_blank" rel="noopener"><em>Better Call Saul</em></a>. La série découle même d’un geste déjà au cœur de la dernière série sus-citée, envisagée comme un champ d’expérimentations scéniques articulées autour de longues situations dépliées dans le temps. De la même manière que <em>Better Call Saul</em> était né du désir de prolonger le plaisir de collaborer avec un acteur initialement présent dans <em>Breaking Bad</em>, Bob Odenkirk, <em>Pluribus</em> aménage de la sorte un cadre pour celle avec qui il partageait l’écran, Rhea Seehorn. Odernkirk et Seehorn ont d’ailleurs un profil voisin&nbsp;: visages anonymes écumant les tournages télévisuels, ils ont trouvé tardivement une reconnaissance à l’aune d’un second rôle leur ayant permis de déployer une singularité insoupçonnée jusque-là. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/better-call-saul-saison-5/" target="_blank" rel="noopener">Dans un article consacré à la cinquième saison de <em>Better Call Saul</em></a>, je posais l’hypothèse que l’une des spécificités du médium sériel par rapport au cinéma consiste justement en sa capacité à proposer un espace privilégié aux acteurs pour s’approprier un personnage et avoir «&nbsp;<em>le temps de jouer</em>&nbsp;». L’idée est de nouveau centrale si l’on veut comprendre de quoi il est question dans <em>Pluribus</em>, dont le concept scénaristique s’apparente avant tout à une tentative d’évider l’espace autour de l’actrice.</p>
<p>Rappelons brièvement le point de départ : un virus extraterrestre, conçu à partir d’un séquençage ARN capté par une antenne satellite, se répand sur la planète. Ses conséquences ? Les personnes infectées sont liées par une conscience collective et cessent à proprement parler d’être des individus ; elles sont désormais les membres indifférenciées d’une ruche baignant dans un bonheur inébranlable. Carol Sturka (Rhea Seehorn, donc), écrivaine ayant rencontré le succès avec une saga de fantasy qu’elle méprise toutefois allégrement, fait partie des treize humains qui, pour des raisons que l’on ignore, sont immunisés au virus. Son fond de misanthropie se voit alors redoublé par l’avènement de cette mutation qui entraîne de surcroît la mort de sa compagne, prise de convulsions au moment de la « fusion », événement fondateur de la série – chaque nouvelle action ou ellipse sera ensuite datée en fonction de cet instant T.</p>
<p>On le voit, l’argument au fondement de la série n’est pas sans ambition. Et pourtant, il est trompeur&nbsp;: son ampleur est contrariée par l’approche de Gilligan, qui tire de ce principe moteur une fiction patiente et assez froide, en dépit de sa veine burlesque de plus en plus affirmée. Le <em>showrunner</em> prend même un malin plaisir à désamorcer à peu près toutes les pistes allégoriques et théories narratives brassées par sa fiction. L’unanimisme bon teint dans lequel est plongée l’humanité ressemble de loin à une critique d’un supposé «&nbsp;<em>wokisme</em>&nbsp;»&nbsp;? Carol, lesbienne, associera la volonté de la ruche de l’assimiler aux thérapies de conversion qu’on tenta de lui imposer à l’adolescence. On pense à une satire du complotisme en plein confinement&nbsp;? Carol est figurée alternativement comme la folle du village et la seule personne animée par une approche rationnelle et scientifique. La série serait une métaphore d’un deuil&nbsp;? Ponctuellement, l’image idéalisée de l’être perdu s’effrite, Carol ayant accès, grâce à la conscience partagée des «&nbsp;Autres&nbsp;», aux bribes de pensées et d’actions cachées de son ex-compagne. Même le titre est un trompe‑l’œil&nbsp;: si <em>Pluribus</em> est un terme latin signifiant «&nbsp;plusieurs&nbsp;», on le retrouve surtout dans l’une des devises au fondement du fédéralisme des États-Unis, <em>E pluribus unum</em> («&nbsp;De plusieurs, un seul&nbsp;»). Dans le paysage trumpien d’une Amérique que l’on répète «&nbsp;<em>divided</em>&nbsp;», on pourrait croire que la série raconterait quelque chose d’un état du pays, d’autant que <em>Better Call Saul</em> et <em>Breaking Bad</em> ont souvent lorgné vers l’iconographie du western. Là encore, il n’en est rien&nbsp;: dès le deuxième épisode, le récit délaisse les USA pour élargir le champ de la fiction à un territoire mondial et morcelé, opérant même un décentrement partiel vers l’Amérique du Sud, où vit un autre «&nbsp;résistant&nbsp;» au nouvel ordre, qui va bientôt se mettre en route pour rejoindre Carol. Gilligan a la bonne idée de faire de son <em>high concept</em> une espèce de Rubik’s Cube qu’on manipule en vain dans tous les sens afin de trouver la bonne combinaison&nbsp;: <em>Pluribus</em> n’accouche jamais d’une métaphore claire, quand bien même on y décèle de nombreux signes de l’époque&nbsp;– ces humains reconfigurés, partageant l’ensemble des connaissances de l’humanité, dialoguent ainsi avec Carol à la manière d’une AI.</p>
<h2>Better Call Carol</h2>
<p>Mais si <em>Pluribus</em> n’est pas véritablement une fiction allégorique, quel est donc son centre&nbsp;? De quoi Carol Sturka est-elle le nom&nbsp;? Peut-être avant tout d’un certain rapport à la chose sérielle. Gilligan ne fait pas du concept l’alpha et l’oméga de la série, mais l’envisage plutôt comme une matrice d’écriture reposant sur la logique suivante&nbsp;: le monde est réinventé à l’aune de nouvelles règles qui ne nous sont pas délivrées d’emblée et dont une joueuse récalcitrante doit s’accommoder. Par exemple, au début de l’épisode 2, on assiste à une série de gestes et d’opérations mystérieux&nbsp;; un personnage laisse place à un autre, un avion succède à une mobylette, on passe du Moyen-Orient aux États-Unis… jusqu’à ce que l’action se resserre autour de Carol et que l’on comprenne la finalité de la chaîne qui nous a été montrée. Les habitués des séries de Gilligan reconnaîtront là une dynamique récurrente de <em>Better Call Saul</em>, qui faisait des étendues quasi désertiques du Nouveau-Mexique un vaste bac à sable pour mener à bien ces constructions scéniques élaborées, oscillant entre la tragédie (les prologues annonciateurs d’une catastrophe à venir) et un burlesque (les magouilles de Jimmy) dont les élans comiques étaient souvent contrebalancés –&nbsp;voire bizarrement étouffés&nbsp;– par la lenteur rigoureuse dont témoignait la mise en place des situations. Dans ses moments les plus inspirés, <em>Pluribus</em> retrouve la vigueur de «&nbsp;BCS&nbsp;» en tirant de ces partis pris une dynamique comique. On peut d’ailleurs déceler la marque de cette ascendance dans le meilleur gag de la série&nbsp;: au milieu de la saison, Albuquerque est désertée par ses habitants, qui laissent Carol seule. Lorsque cette dernière tente de les joindre au téléphone, elle tombe systématiquement sur le même enregistrement vocal, où l’on reconnaît la voix de Patrick Fabian, l’interprète de Howard Hamlin dans <em>Better Call Saul</em>. Au-delà du clin d’œil, son ton à la fois enjoué et légèrement robotique finit par composer une ritournelle absurde, répétée à chaque fois <em>in extenso</em>, durant laquelle Carol, qui à force connaît par cœur le contenu du message, meuble le vide par ses déplacements, mimiques et réactions tantôt impavides, tantôt outrées.</p>
<p>En faisant disparaître momentanément le reste des personnages, <em>Pluribus</em> invente de la sorte un quasi «&nbsp;seule en scène&nbsp;» (en particulier dans l’épisode 5, le plus réussi) où le jeu de Seehorn paraît lui faire aussi l’objet d’une mutation&nbsp;: la rage, le deuil et la sidération laissent place à un mélange de décontraction désabusée et de cynisme amusé. Le personnage semble alors performer dans le vide –&nbsp;elle réalise des vidéos pour les autres humains immunisés, qui restent sourds à ses appels&nbsp;– ou pour affirmer coûte que coûte son individualité. Dans un monde où l’uniformisation est la loi, sa parade est de forcer la note, d’en faire un peu trop, de laisser libre cours à son Moi jusqu’ici entravé par le regard d’autrui. On se souvient que lors de son apparition dans l’épisode 1, au détour d’une séquence de dédicace, l’autrice jouait précisément un rôle (elle lisait un texte) devant un public de fidèles qu’elle abhorrait secrètement. L’ersatz d’apocalypse qui lui tombe dessus n’a pas que du mauvais&nbsp;: elle l’autorise à être qui elle est réellement, c’est-à-dire de <em>jouer pour elle</em> et non plus pour les autres. Nouvelle malice de Gilligan : l’annihilation de l’individualité de 99,99999% de la population permet de faire ressortir à 200% celle de son héroïne.</p>
<h2>Laisser du temps à Gilligan</h2>
<p>La notion d’individu au centre du jeu de la série est toutefois ce qui constitue, à un autre niveau, sa principale limite&nbsp;: l’impression de voir la patte Gilligan réduite parfois à un vernis, à un canevas auquel il manque ce qui fait sa substance. De fait, à part les deux premiers épisodes (scénarisés et mis en scène par le <em>showrunner</em>) et le cinquième et dernier (pilotés par Gordon Smith, scénariste habitué de <em>Breaking Bad</em> et de <em>Better Call Saul</em>), chaque segment est écrit par un scénariste et un réalisateur différent qui suit avec diligence un certain nombre de principes identifiables –&nbsp;décomposition de l’action, blocs de durée, figuration du passage du temps (on retrouve même quelques <em>timelapses</em> caractéristiques de <em>Breaking Bad</em>)&nbsp;–, mais sans retrouver tout à fait l’organicité de <em>Better Call Saul</em>. Il faut cependant rappeler que les séries de Gilligan mettent un certain temps à trouver leur vitesse&nbsp;: à l’origine, <em>Breaking Bad</em> se présentait comme un <em>drama</em> sur le cancer (une question par la suite secondaire), tandis que <em>Better Call Saul </em>s’est d’abord replié sur des enjeux plus modestes avant d’élargir son périmètre.</p>
<p><em>Pluribus</em>, elle, démarre sur de très fortes promesses avant d’onduler entre le gigantisme du cadre narratif et le portrait plus intimiste d’une femme seule. Par endroits, cette articulation ne marche qu’à moitié, voire révèle une certaine pompe sous l’apparence feutrée de la mise en scène, en particulier dans l’épisode 7, focalisé sur le périple de Manousos, où l’on retrouve le ton sentencieux des envolées tragiques de <em>Breaking Bad</em>. Surtout, à force de détricoter les pistes de son concept, la série n’échappe pas à l’impression de reposer sur une virtuosité narrative trop consciente d’elle-même. La saison 1 s’achève d’ailleurs sur une bombe atomique négligemment posée sur un trottoir, pour conjointement annoncer une explosion et tourner cette possibilité en dérision. À l’issue de cette première saison, on ne sait pas bien encore où va Gilligan, sinon qu’il s’amuse beaucoup à amorcer/désamorcer les potentialités de sa fiction. Mais le champ étrangement souple qu’il érige pour son actrice –&nbsp;car les règles du récit ne cessent d’être reconfigurées&nbsp;– donne envie de se prêter au jeu. Un jeu de patience, naturellement, comme c’est toujours le cas avec Gilligan.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>«&#160;Canto due a été monté à partir d’une multitude de possibilités&#160;»</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/canto-due-a-ete-monte-a-partir-dune-multitude-de-possibilites/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330816</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chefs monteurs d’Intermezzo et de Canto due, Luc Seugé et Alexis Goyard reviennent sur l’aventure Mektoub, My Love, au cours...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/canto-due-a-ete-monte-a-partir-dune-multitude-de-possibilites/" title="Read  «&#160;Canto due a été monté à partir d’une multitude de possibilités&#160;»">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chefs monteurs d’</em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2019/mektoub-my-love-intermezzo/" target="_blank" rel="noopener">Intermezzo</a><em> et de </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener">Canto due</a><em>, Luc Seugé et Alexis Goyard reviennent sur l’aventure </em>Mektoub, My Love<em>, au cours de laquelle ils ont donné forme à plus de mille heures de rushes, en étroite collaboration avec Abdellatif Kechiche.</em></p>
<p><strong>Comment êtes-vous arrivés sur <em>Mektoub</em> ? <em>Canto uno</em>, monté par une autre équipe, était-il déjà sorti en salles à ce moment-là ?<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></strong></p>
<p><strong>Luc Seugé :</strong> Après avoir découvert <em>Canto uno</em> à sa sortie en 2018, j’ai demandé à l’un des cadreurs du film que je connaissais, Jérémie Attard, s’il pouvait proposer mon aide pour <em>Canto due</em>. C’est ainsi que je me suis retrouvé à monter pendant deux mois une petite séquence de boîte de nuit qui ne devait durer qu’une vingtaine de minutes. Elle contenait trois cents heures de rushes, c’est-à-dire quatre fois ce que l’on filme habituellement pour un long-métrage entier. Après ces quelques semaines, Abdellatif est venu me voir et m’a dit : «&nbsp;<em>Tu vois cette petite séquence de vingt minutes ? En fait, on va en faire un film de quatre heures.&nbsp;</em>» C’est là que j’ai collaboré avec lui sur ce qui allait devenir <em>Intermezzo</em>.</p>
<p><strong>Alexis Goyard : </strong>Je suis arrivé à ce moment-là comme assistant au montage d’<em>Intermezzo</em>, alors que le film visait Cannes. On travaillait bien avec Luc et de fil en aiguille, je suis devenu monteur à part entière.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Après le festival, nous avons repris le travail avec Alexis pendant quelques mois pour monter d’autres versions d’<em>Intermezzo</em>, dont certaines sont magnifiques – notamment la version finale de 2h15, vraiment sublime, mais qui ne sortira sans doute jamais. Il y a ensuite eu une longue pause, pendant laquelle Abdellatif est retourné en Tunisie. En 2022, il est revenu vers nous deux pour reprendre le travail sur <em>Canto due</em>, cette fois avec Why Not, qui était prêt à investir de l’argent dans le montage. Nous avons tout recommencé depuis le début, car Abdellatif n’était pas satisfait du travail effectué en son absence par la première équipe. Il nous a fallu deux ans, de juin 2022 à juin 2024, pour trouver le film au milieu de ces mille heures de rushes.&nbsp; D’autres monteurs sont venus nous prêter main-forte sur certaines séquences particulièrement complexes – par exemple celle de l’hôpital, qui fonctionnait comme un film dans le film. Sébastien Krebs a fait un travail énorme sur cette séquence.</p>
<h2>Un arbre des possibles</h2>
<p><strong>Ces mille heures de rushes s’expliquent-elles surtout par le nombre de prises, par le tournage à plusieurs caméras, ou aussi par le fait que de nombreuses séquences n’ont finalement pas été conservées au montage ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Un peu des trois, mais beaucoup de scènes n’ont pas été gardées&nbsp;; cela fait partie intégrante de la recherche d’Abdellatif. Parfois, ce sont seulement des fragments qui ont été retirés : la matière était tellement riche que, dans certaines scènes, on a par exemple coupé un personnage pourtant présent au tournage. Il est aussi arrivé qu’on supprime tout un pan d’une scène qui se prolongeait dans un autre lieu. Pour la séquence de l’hôpital, par exemple : non seulement elle a été filmée à plusieurs caméras, mais aussi sur plusieurs étages, avec des équipes à chaque niveau et des acteurs qui improvisaient partout. Il faut bien comprendre que lorsqu’on parle ici de «&nbsp;scène&nbsp;», cela n’a rien à voir avec l’idée de scène unitaire que l’on retrouve dans les autres films. Tout le travail du montage consiste à donner forme à une matière parfois écrite, parfois moins, et à tenter de reconstruire une forme cohérente.</p>
<p><strong>Le montage a donc une place décisive dans l’écriture du film. Pour <em>Canto due</em>, existait-il malgré tout une idée précise de la structure ?<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></strong></p>
<p><strong>A. G.</strong> : Abdellatif tourne souvent les scènes avec plusieurs alternatives et se laisse le choix au montage. Parfois, il tourne une scène de jour, puis la même scène de nuit. Forcément, cela peut entrer en contradiction avec d’autres passages si on choisit l’une plutôt que l’autre. Au montage, il s’agit donc de faire des choix parmi ces alternatives : c’est un véritable arbre des possibles. Quand on en retient une, d’autres ne pourront plus être utilisées. On se retrouve confrontés par moments à des questions plus subtiles : comment intégrer un petit bout d’une scène qui, prise dans son ensemble, pourrait contredire le reste du film ? On cherche alors à isoler cet élément pour le faire fonctionner dans la séquence sans provoquer de contradictions.</p>
<p><strong>L.S.</strong> : Même s’il y a eu d’énormes enjeux sur la manière de tisser le récit, nous avons finalement respecté les principaux déjà présents à l’écriture : les Américains, le rêve parisien d’Ophélie et le rêve angeleno de Tony. La véritable difficulté a été de trouver comment fondre ce récit beaucoup plus écrit, voire archétypal, dans la chronique qu’avait installée <em>Canto uno</em>. Il a fallu mener un travail d’équilibre et de synthèse pour que tout fasse corps : trouver comment donner chair à ces figures presque hollywoodiennes, tout en restructurant les nombreuses improvisations dont nous disposions pour qu’elles s’inscrivent dans la dynamique du récit. Dans les rushes, Abdellatif pouvait parfois aller très loin dans les ruptures de ton et de genre. On a dû trouver comment harmoniser le style du film tout en conservant la forte personnalité de chaque séquence. Nous nous sommes notamment imposé de tenir le plus possible un rythme lent et régulier pour que le montage ne vienne pas creuser les écarts de registres.</p>
<p><strong>Était-il prévu dès le départ que le personnage de Jessica joue un rôle aussi central ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Pour donner une idée de l’ampleur des pistes explorées, il existe plusieurs montages du film où le personnage de Jess n’apparaît même pas. Sa présence incroyable a fini par s’imposer.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> Le personnage de Jess apportait en fait beaucoup d’écriture. L’enjeu était de savoir : si l’on entrait dans son intrigue, est-ce que ça allait pouvoir tenir debout ? La première scène que j’ai montée est celle de l’adultère. Si on n’avait pas réussi à la faire fonctionner, on savait qu’on ne pourrait pas exploiter son personnage. Et elle nous a donné beaucoup de difficultés, car elle sort tellement des canons et de la zone de confort d’Abdellatif.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Le choix des scènes se fait naturellement une fois qu’elles sont mises sur pied. L’essentiel du travail, souvent imperceptible pour le spectateur, se joue dans le détail de chaque plan. Avec Abdellatif, c’est un travail à l’image près. Par exemple, pour Jessica, il s’agit de jouer sur l’empathie du spectateur : elle apparaît d’abord antipathique, en traitant les gens de Sète comme ses larbins, avant que l’on comprenne qu’elle est prisonnière de son statut de star. Comme cette complexité n’apparaît pas dans ses répliques, elle doit transparaître par le jeu et le montage : articuler les petits regards, les microexpressions qui révèlent ce qui se passe dans sa tête. Cela implique de repérer, parmi des dizaines de prises d’une heure ou plus, des éclats fugaces et de les assembler pour reconstruire la continuité de l’émotion.</p>
<p><strong>Cette précision du montage se ressent particulièrement dans la première scène de la villa, peut-être la plus réussie du film, où la complexité des rapports entre les personnages se déploie à partir de plusieurs dialogues parallèles. Comment avez-vous travaillé sur ce bloc en particulier ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> C’est intéressant, car cette scène est l’une des plus écrites du film. En fait, il y a plusieurs types de scènes : elles sont toutes tournées sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Pour celle-ci, Abdellatif s’est vraiment posé : il y a eu des premières improvisations et, à chaque fois, il indiquait ce qui fonctionnait et ce qui était moins bon. Les comédiens conservaient ce qu’il voulait garder, et au fur et à mesure, la séquence est devenue pleinement écrite. C’était agréable de travailler sur une scène déjà structurée pour le montage : on savait la direction à suivre. Le travail principal consistait donc à remodeler la séquence en choisissant qui montrer, comment le montrer, quelles expressions retenir, sur un dialogue déjà bien rodé.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p><strong>A. G. :</strong> Dès le départ, on n’avait aucun doute sur le fait qu’on pouvait utiliser cette séquence. Mais la première fois qu’on l’a vue ensemble, il y avait ce moment où Tony et Jess rejouent une scène de <em>Raging Bull</em> qui posait problème. Au début, c’était étrange de voir le Tony de <em>Canto uno</em> se ridiculiser à ce point. C’est à l’image de ce que représente Jessica : il y a quelque chose d’outré et de surréaliste. Il fallait modeler la scène pour intégrer ce passage de façon crédible et cohérente. Au début, ça ne fonctionnait pas.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Il y a en fait un passage crucial. Avant qu’ils ne se lèvent, Tony fait plusieurs imitations, mais on comprend que c’est pour séduire Jess. On s’est beaucoup concentrés sur ce petit segment de deux minutes, avec de nombreuses versions différentes, pour rendre de façon très précise le moment où l’on voit en direct Jessica être séduite. La scène bascule en l’espace de deux minutes : elle ne regarde plus Amin ni son mari, et c’est à ce moment-là que les dialogues se développent en parallèle autour de la même table. C’est un vrai travail d’orfèvre pour articuler les deux dialogues de façon à montrer leur isolement tout en captant, dans le jeu de Jessica, la sincérité de son abandon au rire. Ce n’est qu’en réussissant à restituer l’excitation particulière de ce moment que le passage de <em>Raging Bull</em> a commencé à fonctionner.</p>
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<h2>Le plan juste</h2>
<p><strong>Comment Kechiche intervient-il dans ce travail de montage ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Au-delà des mots et des explications, on s’échange beaucoup de sélections de rushes. Quand on regarde ce qu’il a choisi, on comprend immédiatement ce qu’il aime ou non. Ce ping-pong permet de communiquer très précisément sur ce qui fonctionne ou non. Je pense que tout l’art de Kechiche réside ici : ce n’est pas un cinéaste théorique, mais quelqu’un qui s’intéresse à l’incarnation. Pour lui, un plan juste vaut toutes les idées de scénario possibles. Dans l’écriture du montage, il est obsédé par la justesse des plans, davantage que par des questions de structure ou de rythme. Parfois, il en sélectionne certains dans lesquels les comédiens ne terminent pas leurs répliques, parce qu’il trouve qu’avant la fin de la phrase, un regard se détache. À nous de trouver au montage une manière de terminer la phrase pour utiliser cette fulgurance qu’il a extraite après avoir tamisé une matière colossale de rushes. Le travail de monteur, ce n’est pas vraiment de l’écriture à proprement parler. On n’invente rien : on se met au service de la scène, on voit ce qu’elle nous propose. Un jour, Fabrice Rouaud, le monteur de Bonello, m’a dit : «<em>Le montage, c’est très simple : prendre les meilleurs plans, leur donner la meilleure longueur et les mettre dans le meilleur ordre.&nbsp;</em>» Dans 99 % des cas, c’est exactement ça. Le plus compliqué, c’est que ces fragments ont souvent beaucoup de caractère, mais sont parfois contradictoires entre eux : deux plans supposés peuvent&nbsp;se suivre et contenir des émotions très différentes. L’exercice consiste alors à trouver l’ordre idéal pour que les émotions s’accordent.</p>
<p><strong>Vous aviez donc une connaissance très approfondie des mille heures de rushes.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Personnellement, je pense avoir tout vu. Si on regardait cinq heures par jour, il faudrait environ huit mois pour les voir une fois. Mais on travaille scène par scène : quand on en commence une, on sait qu’on va y passer environ deux mois. On a aussi été aidés par Sébastien Krebs, Ariane Boukerche, Charles Claudon, ainsi que des membres de l’équipe précédente. Mais pas sur la phase dérushage : ils interviennent généralement une fois qu’on a dressé une première sélection et qu’une scène est déjà dessinée.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> En ce qui me concerne, il y avait déjà une sélection et Abdellatif me disait de ne pas regarder certaines prises. Mais quand on manquait de ressources, on finissait par s’y replonger.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> C’est aussi parfois mon rôle, ayant tout vu, de proposer des prises alternatives. Souvent Abdellatif me donnait tort, mais il lui arrivait de réévaluer ses premiers choix.</p>
<p><strong>Pour trouver une cohérence globale, je suppose que vous devez revenir sans cesse sur les séquences déjà montées.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Oui, c’est une sorte de mouvement en spirale : on avance en tournant en rond, mais on affine à chaque fois le montage un peu plus. Aucune scène n’a été trouvée du premier coup. Au bout de la première année, il existait déjà une version complète du film, avec une fin très différente. Il nous a fallu presque un an pour trouver les quarante dernières minutes. Et parallèlement, on revenait aux séquences précédentes.</p>
<p><strong>La difficulté de cette dernière partie tenait-elle aux ruptures de ton permanentes, parfois d’un plan à un autre ? Je pense par exemple à ce plan où Tony urine sur les plantes de la villa…</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Typiquement, ce plan posait problème car il était à la fois très fort et absurde. Pendant longtemps, on n’arrivait pas à le monter, mais Abdellatif tenait absolument à le garder. À chaque tentative, on essayait de le placer au milieu de l’action, quand il y avait des coups de feu ou des cris. Le décrochage était alors trop important et ça sonnait faux. On a trouvé sa place qu’à la toute fin, pendant le mixage. Abdellatif, frustré de ne pas le voir, me redemande de l’intégrer. On s’est alors dit qu’il pourrait mieux fonctionner dans un creux, loin de l’action immédiate. Le plan était aussi initialement trop court, ce qui le rendait artificiel. On l’a allongé – on le voit pisser, puis se pencher en tremblant – et cette seconde ajoutée change tout : le plan fonctionne enfin. Plus largement sur la fin, le jonglage entre les tons constituait le plus gros enjeu, si bien que ces quarante dernières minutes nous ont pris près de la moitié du temps de montage. On avait pourtant des références : la fin rappelle le montage alterné final de <em>La Graine et le mulet</em>, notamment avec tous les notables qui sont remplacés ici par le personnel de l’hôpital.</p>
<p><strong>On remarque aussi de nombreuses reprises de plans, voire de séquences, de <em>Canto uno</em>. Est-ce que cette logique de variation était centrale pour Kechiche ?</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> On parle souvent du caractère répétitif du cinéma de Kechiche. Je crois que c’est vrai – et que c’est précisément l’une de ses grandes qualités. Il est obsédé par un certain nombre de thèmes et de motifs. Peu de gens le savent, mais à la fin de <em>La Graine et le Mulet</em>, le montage alterné entre la danse et la course désespérée du propriétaire de la péniche était aussi, à l’origine, entrecoupé d’une longue séquence de boîte de nuit. Cela faisait déjà longtemps qu’il cherchait sa « grande » scène de club, et c’est ainsi qu’il en est venu à <em>Intermezzo</em>. Pour autant, Abdellatif n’est pas Hong Sang-soo : il ne pense pas ses films comme des miroirs ou des exercices ludiques. Ce sont plutôt ses obsessions qui reviennent sans cesse, chaque fois teintées de couleurs différentes. Donc, oui, il y a quelque chose de profondément musical, comme chez un musicien obsédé par un thème qu’il ne cesse de retravailler, mais je ne crois pas qu’il s’intéresse plus que ça aux liens entre ses films.</p>
<p><strong>Beaucoup de critiques ont relevé un changement de la mise en scène par rapport à <em>Canto uno</em>, notamment dans la manière de filmer les corps féminins. Certains avancent l’hypothèse que ce déplacement se serait joué davantage au montage qu’au tournage, en tenant compte des critiques adressées au <em>male gaze</em> de Kechiche. Y avait-il, de sa part, une volonté de reconsidérer sa mise en scène à la lumière de ces critiques ? Je pense par exemple à la scène de danse, beaucoup plus centrée sur les visages que sur les corps, ou encore à la scène de sexe, largement construite autour du visage de Jessica.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Je ne pense pas que ce soit tout à fait exact. Comme beaucoup l’ont souligné, <em>Canto due</em> fonctionne comme le double ténébreux du premier volet. Abdellatif souhaitait un film moins sensuel, plus intérieur, davantage centré sur les visages que sur les corps. Pour la scène de danse, par exemple, toutes les options existaient au montage : plans serrés comme plans larges. S’il a choisi cette direction, c’est parce qu’il voulait un film plus psychique, presque mental.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> La scène de l’adultère a suscité des réactions assez amusantes. Beaucoup disent que, dans la scène de sexe, Kechiche n’a pas cherché la grâce : que la scène est volontairement diminuée, retenue. Or, au début du montage, son intention était au contraire d’aller vers quelque chose de gracieux et d’opératique. Mais il y avait un problème, comme un malaise. Dans le film, Amin part très vite, mais nous avons essayé à de nombreuses reprises de le faire rester, caché, à continuer de regarder. Ces versions ne fonctionnaient pas – comme si le film, inconsciemment, avait son propre mot à dire. Ce n’est pas tant une affaire d’intentions délibérées que de moments où l’on est, presque malgré soi, amené à raconter les choses de cette façon-là.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Sur cette scène, il y avait en partie un écart entre ce qu’Abdellatif voulait et ce que le film appelait. Mais il avait aussi une volonté très consciente : Jessica Pennington, l’actrice, venait du porno, et Kechiche aimait l’idée de construire une scène charnelle en filmant presque exclusivement son visage, alors qu’il aurait tout à fait pu la filmer de façon bien plus explicite. Ce contrepoint l’intéressait beaucoup.</p>
<p><strong>A. G. :</strong> Cet élément a énormément guidé le montage : les plans fixes de visages en longue focale pour voir le visage et les expressions de Jess. À l’inverse, tous les plans avec une « caméra baladeuse », si je puis dire, trouvaient moins naturellement leur place.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Oui, si tu regardes attentivement, il n’y a quasiment aucun mouvement de caméra. On parle souvent de la caméra instable chez Kechiche, mais <em>Canto due</em> est en réalité un film très stable, composé presque uniquement de plans fixes sur des visages. Et ces visages remplissent littéralement le cadre. C’est une véritable obsession chez Kechiche : saturer le cadre de matière humaine. À tel point qu’il refuse les plans de profil. Pour lui, un plan n’a de valeur que si l’on voit clairement les deux yeux du comédien, le visage pleinement offert. Il veut que le mystère naisse de la monstration totale. Il déteste par exemple la fin d’<em>Apocalypse Now</em>, avec Brando plongé dans l’ombre : selon lui, c’est un mystère fabriqué par un artifice d’éclairage, alors qu’il n’y a, au fond, rien dans l’image. Kechiche cherche au contraire une image constamment juste et pleine. En saturant le cadre de visages, il choisit aussi la voie la plus exigeante : sans artifice possible.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330819 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-scaled.jpg" alt width="2560" height="1073" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-300x126.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-1024x429.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-768x322.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-1536x644.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-2048x858.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-980x411.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Mektoub-my-love-intermezzo-2000x838.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Le goût de l’expérimentation</h2>
<p><strong>Ce que vous dites, autant sur les visages que sur la méthode de tournage et de montage, rappelle beaucoup Cassavetes.</strong></p>
<p><strong>A. G.</strong> : Il y a quelque chose de très intéressant chez Cassavetes, notamment dans ces scènes qui laissent la durée s’installer. Abdellatif m’avait demandé de regarder <em>Faces</em> et c’est vrai que j’y ai perçu un vrai point de parenté. Il y a toujours un moment de bascule dans la scène, un instant où l’on comprend soudain pourquoi on était là. C’est un outil de lecture très précieux pour comprendre la manière dont Kechiche organise ses scènes. À la plage, par exemple, il y a la discussion, puis le moment où Ophélie sent le bébé bouger. Lors de l’échange près de la piscine entre Amin et Jess, le basculement survient quand elle dit qu’elle ne fera pas le film, ou un peu plus tard, lorsqu’elle annonce son divorce avec Jack. Au restaurant, le retournement, c’est quand on révèle qu’Amin a écrit le scénario. Il construit souvent ses scènes autour d’un flux de vie, avant qu’une rupture redéfinisse l’objet de la scène.</p>
<p><strong>L.S. :</strong> Oui, c’est vraiment l’idée : à la fois tenir la vie et avancer. Mais je pense qu’il y a un parallèle à faire avec <em>Faces</em>, jusque dans la méthode. Il existe un making-of de <em>Faces</em> : le monteur travaille dans sa cave et Cassavetes passe en lui donnant une pile de rushes et quelques indications. Je me suis beaucoup reconnu dans ce portrait (<em>rires</em>).</p>
<p><strong>A. G.: </strong>Souvent, l’enjeu c’est de ne pas trop en mettre, même si Abdellatif est un cinéaste qui en veut beaucoup et va très loin dans l’étirement de la durée. Il opère souvent par blocs, donc la question était aussi de savoir par où tailler et extraire ce qui fait réellement la substance du moment.</p>
<p><strong>L.S :</strong> Oui, par exemple, il y avait plusieurs miracles que nous n’avons pas pu intégrer. Ils entraient en contradiction avec le fait que le film devait avancer. Il y a notamment une séquence qui nous hypnotisait tous : celle où Amin apporte les billets à Ophélie. Dans le film, elle dure sept minutes, mais il y avait des montages où elle dépassait les quarante. Nous avons préféré l’option d’un petit éclat à la fin, un possible qu’on n’explore pas pleinement. Peut-être qu’un jour, dans une version <em>supra-extended</em>, vous pourrez voir la grâce absolue de cette séquence. Il y a deux ou trois moments comme ça, où on retrouvait la grâce de <em>Canto uno</em>, mais nous ne pouvions pas les utiliser de manière aussi brute, car cela ne correspondait pas à l’identité du film. Il a fallu faire des choix.</p>
<p><strong>J’imagine que cet enjeu d’équilibre était très différent pour <em>Intermezzo</em>. Il s’agissait pratiquement d’un montage expérimental sans narration, qui ne fonctionne que sur l’intensité, des boucles et des variations rythmiques.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></strong></p>
<p><strong>L.S. : </strong>La version de 2h15 est beaucoup plus tenue. À Cannes, ce n’était même pas un ours, mais une véritable version de travail – le résultat provisoire d’un montage d’une complexité totalement inédite. On partait de près de 300 heures de rushes, avec des prises de trois heures filmées par dix-huit caméras, une quinzaine de comédiens équipés de micros, entourés d’une centaine de figurants, quelques directions globales, mais une très grande part d’improvisation. Il fallait trouver une forme à une matière qui, au départ, n’était pas pensée pour devenir un film à part entière. Chaque plan de quatre secondes qu’on extrayait pouvait potentiellement se placer n’importe où : à la douzième minute comme à 1h15 ou à 2h40. Le champ des possibles était vertigineux, à en devenir fou. Avec Abdellatif, on a dû totalement repenser sa méthode de travail pour en venir à bout, dans la souffrance.</p>
<p>Après Cannes, le processus a radicalement changé. <em>Intermezzo</em>, même si c’est un film fantôme, nous a donné la méthode&nbsp;; c’est grâce à lui que nous avons été capables de monter <em>Canto due</em>. On a tous beaucoup appris dans cette aventure, Abdellatif compris. Si <em>Canto due</em> peut paraître plus classique dans sa narration et sa forme, sa fabrication reste profondément expérimentale. <em>Canto uno</em> est davantage un film du présent : il est composé de plans longs qui existent dans un immédiat ultra spontané, absolument fascinant. J’aurais rêvé de travailler avec une matière aussi immédiate, telle qu’elle avait été donnée par le miracle du tournage. À l’inverse, sur <em>Canto due</em><i>,</i> chaque scène a été un véritable sacerdoce.</p>
<p><strong>Ce n’était donc pas du tout une méthode qu’il avait déjà expérimentée sur ses films précédents ? On sait pourtant que, chez Kechiche, le montage a toujours été une étape décisive, et qu’il a souvent continué à retravailler ses films, parfois même après leur sortie.</strong></p>
<p><strong>L.S. :</strong> Si j’en crois Abdellatif, ce <em>Canto due</em> l’a forcé à radicaliser sa méthode, car le tournage était bien plus expérimental. Il s’agit vraiment de reconstruire de la spontanéité à partir d’une matière plus étrange et éclatée. Mais en effet, le montage chez Abdellatif a toujours été très sophistiqué. C’est aussi ce qui fait de lui un immense cinéaste et ce qui le distingue radicalement de ceux qui tentent de l’imiter : ils sous-estiment à quel point ce qui paraît naturel est, en réalité, profondément fabriqué. Kechiche a une obsession de l’image et du cadre, du fait que chaque plan, chaque image, chaque <em>frame</em> doit produire une sensation. Or cela ne peut pas tenir sur la seule captation du réel : il y a derrière un travail immense.</p>
<p>Il existe un vrai malentendu autour de son supposé naturalisme. Son cinéma relève pleinement de l’artifice et d’un geste de mise en forme. Il y a aussi chez lui une véritable volonté d’expérimentation. Après <em>La Vie d’Adèle</em> et la Palme d’or, il a eu le sentiment qu’il fallait tout remettre à plat. Il s’est alors lancé dans ce projet fou, en changeant radicalement de méthode de travail : au tournage, <em>La Vie d’Adèle</em> se faisait avec deux ou trois caméras au maximum, dans un ancrage social très précis ; avec <em>Mektoub</em>, il travaille avec dix-huit caméras, des stars américaines, des séquences d’action et explore un autre registre de ton. Là encore, l’expérimentation est au cœur du geste.</p>
<p><strong>Lors d’une masterclass au Cinemed en 2022, il disait travailler au montage d’un <em>Canto tre</em>. Est-ce que ce projet est toujours d’actualité ?</strong></p>
<p><strong>A. G.:</strong> C’est difficile de répondre précisément à cette question. Disons qu’au tournage, la distinction entre les volets n’était pas définie. À un moment, il parlait même d’<em>Intermezzo</em> comme d’un <em>Canto due</em>. Mais qui sait ce qu’il nous réserve…</p>
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		<title>Les Échos du passé</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-echos-du-passe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Présenté au dernier Festival de Cannes sous le titre Sound of Falling, Les Échos du passé s’inscrit, c’est selon, dans une tradition doloriste (les comparaisons à Haneke – à mon avis injustifiées – vont pleuvoir)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-echos-du-passe/" title="Read  Les Échos du passé">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Présenté au dernier Festival de Cannes sous le titre <em>Sound of Falling</em>, <em>Les Échos du passé</em> s’inscrit, c’est selon, dans une tradition doloriste (les comparaisons à Haneke – à mon avis injustifiées – vont pleuvoir) ou dans celle d’un cinéma fragmentaire, entre le puzzle et le ruban d’images, qui fait de l’accumulation de signes le ferment d’une résistance à l’accès plein et entier à ce qui nous est montré. Sans fermer les yeux sur la manière dont le film entretient de lui-même son mystère, on lui saura d’abord gré de délaisser l’armature d’un récit en acier trempé au profit d’un éclatement de ses lignes narratives. Il ne s’agit pas d’un cinéma qui, à force de fausses circonvolutions, retombe sur ses deux pattes, mais au contraire s’envole vers des territoires plus inattendus. Entremêlant plusieurs générations de femmes autour d’une même ferme d’Europe de l’Est (mais située pas très loin de la future frontière entre RDA et RFA), le film avance sans donner tout de suite son mode d’emploi, en jouant d’une mosaïque de plans qui reviennent sous la forme d’échos lointains au fur et mesure de la narration.</p>
<p>Le ton est d’emblée macabre, et pour cause : les premières scènes comme la conclusion sont bordées par des visions d’effroi empruntées à la pratique, encore répandue au début du XXe siècle, de la photographie posthume. On peut lire le film comme une suite de névroses enfantines, de cauchemars de petites filles fantasmés à partir d’étranges instantanés de cadavres. Visages dédoublés par les aléas photochimiques, flous, lumières irisées, regards caméra inquiétants, envolées de la caméra, alternance des points de vue, scènes mentales où les personnages semblent sortir de leur corps pour imaginer leur trépas dans des conditions tragiques : la mort contamine la matière du film et l’emmène vers un délire à la lisière du cinéma de Lynch, mais qui reste jusqu’au bout au seuil du surnaturel. Schilinski, que les détracteurs du film réduiront peut-être à une Mère Fouettarde au regard de son goût pour la cruauté (et une poignée d’images traumatiques), sait aussi médier ses angoisses par le conte ou la violence sourde de jeux enfantins afin de distiller un réel trouble.</p>
<p>Dommage, en revanche, que le recours à une voix off vienne progressivement couler dans ces éclats un peu de ciment discursif, comblant ce que les images ne racontent pas d’elles-mêmes. On pourra aussi lui reprocher d’être plastiquement inégal, certaines parties se prêtant moins aux jeux d’ombres qui participent du kaléidoscope composé par la mise en scène (le segment RDA, moins ambigu, notamment parce qu’il jaillit d’un abîme presque immédiatement désigné : l’inceste). Il n’empêche : le ballet spectral organisé par Schillinski, nourri par une « <em>douleur fantôme</em> » (celle d’une jambe amputée), invente une forme suffisamment singulière pour qu’on ne la balaie pas d’un revers de la main, en tombant dans des réflexes critiques bien plus éculés que les petites ficelles dont use la cinéaste.</p>
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		<title>Trois épiphanies de James L. Brooks</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-james-l-brooks/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si le cinéma de James L. Brooks est aussi merveilleux, c’est en partie parce qu’il donne une place très singulière aux acteurs et actrices. La preuve en trois scènes.&#160; Un pas en arrière (Comment savoir)...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-fragments-de-james-l-brooks/" title="Read  Trois épiphanies de James L. Brooks">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Si <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/james-l-brooks-pas-despace-entre-nous/" target="_blank" rel="noopener">le cinéma de James L. Brooks</a> est aussi merveilleux, c’est en partie parce qu’il donne une place très singulière aux acteurs et actrices. La preuve en trois scènes.&nbsp;</em></p>
<p><strong>Un pas en arri</strong><strong>ère (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/comment-savoir/" target="_blank" rel="noopener"><em>Comment savoir</em></a>)</strong></p>
<p>Au début de <em>Comment savoir</em>, Lisa, la joueuse de baseball incarnée par Reese Witherspoon, tient la main de Matty (Owen Wilson), «<em> le plus craquant des lanceurs</em> » – <em>dixit</em> une admiratrice qu’ils croisent dans la rue. Dans un pur <em>topos</em> de comédie romantique, ils sont à l’opposé l’un de l’autre, en dépit de leur métier commun et de leur blondeur partagée. D’un côté, l’héroïne a perdu son poste quelques jours auparavant et a annoncé, dans une scène précédente, qu’elle ne supportait plus de sortir avec des sportifs&nbsp;; de l’autre, Matty signe des autographes, se fait prendre en photo et se réjouit comme un gosse de passer la soirée avec elle. Tandis qu’il s’attarde en compagnie de ses fans, Lisa s’éloigne au bout de la rue. Dans le flou, Matty lui indique la direction : «&nbsp;<em>à droite</em> ». Au premier plan, elle se fend d’un hilarant petit geste tautologique, dirigeant ses mains vers la droite, comme pour s’assurer d’être sur le bon chemin. Tout est dit, en un plan, de la désorientation de Lisa. Matty la rejoint alors en courant et la soulève lourdement. Le sourire enfantin du personnage et la candeur de sa réplique pour justifier son impulsion n’empêchent pas la jeune femme d’être saisie d’un certain malaise.</p>
<p>Elle lui avoue d’ailleurs rapidement qu’elle ne se sent pas très bien et se demande si elle ne devrait pas plutôt rentrer chez elle. Aux côtés du portier de l’immeuble, Matty lui demande si elle est vraiment sûre&nbsp;; elle répond, «&nbsp;<em>évidemment&nbsp;</em>» que non. Le baseballeur opère alors un geste inattendu : il recule doucement vers la porte, tout en lui expliquant ne pas vouloir lui mettre la pression. Face à son incompréhension, il explique son mouvement&nbsp;: « <em>Je veux te laisser de l</em>’<em>espace pour réfléchir et dé</em><em>cider</em> ». Une triangulation se met alors en place, à la fois hilarante et oppressante : le portier (John Tormey), dans un plan burlesque, recule lui aussi pour se placer à la droite de Wilson. Witherspoon se retrouve cernée et finit par céder, entrant dans l’immeuble. Avec presque rien, la scène éblouit par la virtuosité discrète de ses comédiens : Matty ne cesse presque jamais de sourire, affichant une décontraction idiote qui recouvre une violence inconsciente, tandis que Lisa semble toujours chercher à reprendre son souffle, même lorsqu’elle est immobile. Au milieu d’eux, une silhouette géniale apporte son air de Droopy complètement perdu (le portier) et participe à cette minuscule mais précise chorégraphie par ses légers hochements de tête. Brooks laisse le temps en très peu de plans (pas même un par personnage) pour faire exister l’hésitation de son héroïne et une négociation qui ne dit pas son nom.&nbsp; Ces microgestes – sourires, hochements, regards qui se baissent puis se redressent, petits pas d’hésitation – sont si ciselés qu’ils pourraient passer inaperçus. C’est pourtant là que se joue en grande partie l’art brooksien : une manière de donner aux interprètes le temps d’interroger une situation donnée, de faire sentir par de légères oscillations les hésitations de leurs personnages.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Pierre-Jean Delvolvé</strong></p>
<p><strong>Adam Sandler abasourdi (<em>Spanglish</em>)</strong></p>
<p>Dans une scène très drôle de <em>Spanglish</em>, Flor, femme de ménage hispanophone, fait des remontrances à son employeur sur la manière dont il se mêle des affaires de sa fille. Cette dernière assure la traduction de l’échange quand soudain un changement de dynamique prend des allures de miracle. L’homme, après avoir écouté docilement les accusations en deux langues, réplique à son tour, en rappelant que Flor aussi a interféré dans la vie de sa famille (c’est une autre histoire, par ailleurs bouleversante). La réponse de Flor, arrivant après le temps de latence de la traduction, le prend alors totalement de court&nbsp;: «&nbsp;<em>There’s no difference. I interfered. </em>» La dispute s’arrête soudainement, John ne pouvant croire que quelqu’un puisse ainsi reconnaître le reproche qui lui est fait. Un zoom s’amorce sur le visage d’Adam Sandler, les yeux écarquillés et la bouche ouverte, avant qu’il ne lâche dans un chuchotement «&nbsp;<em>I’m dazed here</em>&nbsp;». Cet «&nbsp;étourdissement&nbsp;» de Sandler face à Paz Vega, comme une rupture physique du dialogue, intervient à plusieurs reprises dans le film, souvent pour couper une scène en deux. Dans cet acteur comique (et bizarre), qui s’est fait connaître au Saturday Night Live à la fois dans des partitions de <a href="https://youtu.be/K0HpP8BA1DQ" target="_blank" rel="noopener">clown grimaçant</a> et d’<a href="https://youtu.be/wAFGEBdeDNk" target="_blank" rel="noopener">adolescent timide</a>, James L. Brooks a trouvé un interprète capable de pleinement incarner les pirouettes émotionnelles de ses dialogues.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330805 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks.jpg" alt width="1800" height="1009" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks.jpg 1800w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-300x168.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-1024x574.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-768x431.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-1536x861.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Spanglish-Adam-Sandler-abasourdi-James-L.-Brooks-980x549.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1800px) 100vw, 1800px"></a>
<p><strong>Les lunettes de Nicholson (<em>As Good as It Gets</em>)</strong></p>
<p>Hypothèse sur le papier provocante&nbsp;: le meilleur rôle de Jack Nicholson est dans <em>As Good as It Gets</em> (<em>Pour le pire et pour le meilleur</em>). Dans cette comédie romantique à la surface <em>cheesy</em>, l’acteur incarne un insupportable écrivain misanthrope perclus de tocs. C’est l’un des rares films de James L. Brooks où presque toute l’excentricité caractéristique de son écriture est condensée en un seul personnage, par ailleurs initialement (et pour un bon moment) négatif. Et pourtant, Melvin est à sa façon merveilleux, parce qu’il réagit, se déplace, voit le monde comme personne d’autre ; la chose à corriger chez lui n’est pas sa bizarrerie, mais son asociabilité et son égoïsme. Même lorsqu’il est odieux, il a une part de génie. En témoigne une extraordinaire invention de la part de Nicholson, dans une scène où Melvin est à l’arrière-plan de la situation – mais pas du cadre, focalisé sur lui. Assis à l’arrière d’une voiture, il est relégué à la marge d’une conversation intime entre Carol, dont il tombera amoureux, et Simon, son voisin, qui confie un traumatisme d’enfance. Personne n’est disposé à écouter ce que Melvin, autocentré et maladroit, peut bien penser de ce témoignage. Alors le personnage se tait, regarde Simon avec mépris, puis manifeste son dédain en haussant ses sourcils prononcés, pour faire tomber malicieusement ses lunettes de soleil sur son nez. C’est une petite acrobatie purement faciale que Nicholson effectue avec un mélange de grâce et de brio à se pâmer. Des détails de ce genre, on en trouve plein dans la filmographie de Brooks, qui est l’un des plus grands directeurs d’acteurs au monde, précisément car il y a chez lui une attention inouïe pour les fluctuations subtiles des comédiens et comédiennes. On joue dans ses films comme nulle part ailleurs.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Josué Morel</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330803 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-scaled.jpg" alt width="2560" height="462" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-300x54.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-1024x185.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-768x139.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-1536x277.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-2048x370.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-980x177.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2026/01/Une-paire-de-lunettes-James-L.-Brooks-2000x361.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
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		<title>La fabrique de la couleur : Alexandra Charles, cheffe costumière</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-alexandra-charles-cheffe-costumiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-alexandra-charles-cheffe-costumiere/" title="Read  La fabrique de la couleur : Alexandra Charles, cheffe costumière">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Troisième invitée : Alexandra Charles, cheffe costumière de tous les films de Bruno Dumont de </em>Flandres<em> à </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/france-2/" target="_blank" rel="noopener">France</a><em>, mais aussi plus récemment de </em>Joli Joli<em>.</em></p>
<p><strong>Vous avez débuté votre carrière de costumière au théâtre et continuez d’y travailler régulièrement. Comment êtes-vous venue au cinéma ?</strong></p>
<p>Après avoir travaillé au théâtre pendant une petite dizaine d’années, j’ai rencontré Bruno Dumont, qui cherchait une costumière pour <em>Flandres</em>. Dès notre premier film ensemble, Bruno a attiré mon attention sur l’importance de penser les costumes par rapport aux arrière-plans – qui étaient, chez lui, souvent des décors naturels. Cette idée m’a marquée et a irrigué tout mon travail par la suite. Si une scène se déroule dans un champ avec quelques arbres, le fond de l’image sera dans des gammes de verts et bruns, des couleurs terreuses. À partir de là, soit je choisis de travailler les mêmes teintes, le même genre de matières et de patines afin que les personnages se fondent dans leur environnement, soit je cherche le décalage. Évidemment, l’une ou l’autre option ne racontent pas la même chose. En l’occurrence, sur les premiers films de Bruno, j’ai beaucoup travaillé la symbiose des teintes de costumes avec les fonds. S’il y avait de la terre, de la mousse ou de l’écorce dans les décors, j’essayais de faire en sorte qu’on retrouve ce rapport à la matière dans les lainages, les tissages…</p>
<p><strong>Construire un dialogue visuel entre les costumes et les décors suppose-t-il une connaissance très fine de ces derniers ? Quelle était votre base de travail ?</strong></p>
<p>Au début, je me rendais beaucoup sur les décors naturels pendant les repérages, ce que je ne fais malheureusement plus tellement par manque de temps. Aujourd’hui, j’ai plutôt tendance à travailler à partir d’images transmises par le chef déco, mais j’aimais prendre le temps de découvrir les lieux du tournage. Par ailleurs, les scénarios de Bruno n’étaient pas séquencés, ils se lisaient presque comme des romans qu’il fallait interpréter visuellement. Je leur trouvais souvent un côté un peu hors du temps, si bien que j’ai beaucoup prolongé le côté indéfinissable de l’époque dans laquelle ils se déroulent. Le plus souvent, les premières idées de costumes découlent de la fonction des personnages, que j’adapte par la suite à leur environnement immédiat. Dans <em>P’tit Quinquin</em>, le père de Quinquin travaille comme éleveur de chevaux, donc il fallait qu’il soit en bleu de travail. Lors des repérages, j’avais été saisie par l’importance de la brique dans le bâti de la ferme, qui contrastait avec les éléments naturels alentour. J’ai donc cherché une combinaison dans un orange un peu brûlé, pour prolonger cette présence de la couleur brique.</p>
<div id="attachment_330764" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330764" class="wp-image-330764 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-scaled.jpg" alt width="2560" height="533" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-300x63.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-1024x213.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-768x160.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-1536x320.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-2048x427.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-980x204.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage1-2000x417.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330764" class="wp-caption-text"><em>P’tit Quinquin</em> | © Arte</p></div>
<p>C’est aussi un élément visuel glané dans les décors qui m’a donné l’idée d’un des costumes principaux de <em>Ma Loute</em>. Lors des repérages dans un petit bois situé au cœur des dunes, je tombais souvent sur une plante verte avec des feuilles veinées et un peu violettes, que je trouvais magnifique. C’est ainsi que j’ai eu l’idée du costume porté par le personnage de Billie, un vêtement artisanal en lin qu’on a fait teindre en violet. Cette coloration existait vraiment à l’époque sur ce genre de pièces, donc il y avait une cohérence historique, et de plus le costume créait un contraste magnifique avec le vert du bois environnant et les teintes du sable et de la mer.</p>
<div id="attachment_330766" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330766" class="wp-image-330766 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-scaled.jpg" alt width="2560" height="531" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-300x62.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-1024x212.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-768x159.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-1536x319.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-2048x425.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-980x203.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage2-2000x415.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330766" class="wp-caption-text"><em>Ma Loute</em> | © Memento Films</p></div>
<p><strong>Vous parlez de cohérence historique des teintes : quel que soit le projet sur lequel vous travaillez, votre approche débute donc par une recherche iconographique ?</strong></p>
<p>Systématiquement, car je trouve qu’il est important de partir d’une base documentée historique et réaliste pour pouvoir ensuite, éventuellement, produire un décalage en pleine connaissance de cause. C’est valable aussi bien pour les couleurs que pour les matières. Je lis régulièrement les ouvrages de Michel Pastoureau, qui parlent de manière très précise des couleurs et de leur symbolique. Pour <em>Ma Loute</em>, je me revois lire <em>L’Étoffe du diable : une histoire des rayures et des tissus rayés</em>, tandis que Bruno et moi nous sommes plongés dans une importante documentation historique. Nous avons échangé de nombreuses cartes postales de la côte d’Opale, dont certaines représentaient des pêcheurs. La tenue de « Ma Loute », le personnage principal, découle directement de la photographie d’un petit gars sur une barque avec son béret, qui faisait passer les bourgeois sur la baie de la Slack.</p>
<p><strong>Lors de recherches iconographiques portant sur des périodes éloignées de la nôtre, la précision des teintes ne vient-elle pas à manquer ?</strong></p>
<p>Ces cartes postales étaient en effet en noir et blanc. Ceci dit, au début du XXe siècle, il existait déjà les plaques autochromes des frères Lumière, ce qui m’a permis d’avoir quelques références de teintes. En outre, à travers les peintures, on identifie les gammes colorées propres à chaque époque, ainsi que les codes couleurs en vigueur selon le rang social. Au-delà de mes propres recherches, les livres sur le costume renferment des informations précises. Pour <em>Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc</em> et <em>Jeanne</em>, je me suis documentée sur les teintes en vigueur au Moyen-Âge, donc les costumes des deux films sont assez proches de la réalité historique, à la fois dans leurs couleurs et dans leurs formes. Il y a quand même un décalage, dans <em>Jeannette</em>, lors de la vision des deux saintes. Leur costume correspond davantage à une imagerie kitsch plutôt qu’à la représentation des saints à l’époque.</p>
<div id="attachment_330767" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330767" class="wp-image-330767 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-scaled.jpg" alt width="2560" height="752" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-300x88.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-1024x301.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-768x226.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-1536x451.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-2048x602.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-980x288.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage3-2000x588.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330767" class="wp-caption-text"><em>Jeanne</em> |&nbsp;© Les Films du Losange ;&nbsp;<em>Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc</em> |&nbsp;© Memento Films</p></div>
<h2>En symbiose</h2>
<p><strong>Dans <em>Ma Loute</em>, le principe de symbiose entre les costumes et l’environnement que vous décrivez plus haut semble porté à son paroxysme.</strong></p>
<p>Je suis touchée que cette intention transparaisse, car j’ai parfois des idées en tête qui ne fonctionnent pas aussi bien que je l’aurais imaginé. Pour <em>Ma Loute</em> comme pour d’autres films, la discussion s’est vraiment faite à trois, avec Bruno et le chef opérateur Guillaume Deffontaines, en raison de l’esthétique très particulière (texture, rendu des couleurs, de la lumière, etc.) Nous étions installés à l’école La Générale, à Montreuil, pour fabriquer les costumes. Nous avons fait des essais caméra dans la cour, en même temps que Bruno et Guillaume se sont assurés des filtres qu’ils comptaient utiliser et de différents réglages. Ils assistaient également aux essayages costumes, pendant lesquels nous discutions des matières. Cela m’a notamment permis de prévoir qu’un rouge un peu franc à l’œil virerait plutôt au bordeaux à l’image, et j’ai ainsi déterminé si certaines couleurs devaient être appuyées ou au contraire atténuées en fonction de l’effet recherché.</p>
<p><strong>Alors que <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-simon-beaufils-directeur-de-la-photographie/" target="_blank" rel="noopener">les chefs opérateurs associent l’enjeu de la couleur à la lumière</a>, vous semblez l’associer plus spontanément à la matière.</strong></p>
<p>C’est vrai : des fois, chez un loueur, je regarde cinq imperméables qui se ressemblent à peu de choses près. La plupart tombent à plat pour un ensemble de raisons : le tissage, la coupe, la présence d’une surpiqûre… bref, je n’y crois pas. Comme je le disais plus haut, un vêtement n’est pas qu’une couleur, c’est aussi une matière qui doit être plausible. Quand je travaillais sur Flandres, je recherchais non seulement des teintes précises, mais aussi des lainages, une profondeur dans le tissage, des pièces patinées, pleines de nuances. L’essentiel est de définir dès le début une sorte de code – de couleurs, de matières, de formes – qu’il faut conserver pour s’assurer de la cohérence. Pour rebondir sur ces circulations entre couleur, lumière et matière, je pense à une scène de <em>Joli Joli</em> qui se déroule dans les toilettes d’un cinéma. Je connaissais à l’avance les teintes et la matière du carrelage qui allait être utilisé et j’ai pu penser des costumes en conséquence. Dans le fond des toilettes, une sorte de marbre rétroéclairé créait plusieurs ambiances grâce à des changements de couleurs. La veste que j’ai choisie pour le personnage interprété par Victor Belmondo est en daim et en cuir, deux matières qui réagissent différemment à la couleur et à la lumière, puisque le daim absorbe la lumière, alors que le cuir la reflète. Dans ce décor, c’était idéal, car le cuir prolongeait la brillance du carrelage marron, mais le daim venait casser les reflets et créer du relief.</p>
<p><strong>Vous est-il nécessaire de rencontrer physiquement les comédiens avant de commencer à travailler ?</strong></p>
<p>Pas obligatoirement, mais j’ai besoin de l’image d’un visage, et idéalement d’un corps. Il faut que je puisse comprendre ce qu’il dégage, la couleur de ses cheveux, ses proportions… C’est un point de départ, même si j’ajuste souvent des éléments par la suite. Parfois, lors de l’essayage, je me rends compte qu’un costume sélectionné pour un comédien dont je n’avais qu’une photo ne fonctionne pas bien. À l’inverse, je peux choisir une pièce pour de la simple figuration et quelque chose d’imprévu se passe, comme une alchimie entre la qualité du vêtement et la manière dont il est porté. Il est en tout cas difficile de déterminer précisément d’où viennent les idées : pour la veste pied-de-poule portée par Fabrice Luchini dans <em>Ma Loute</em>, j’avais en tête un vieux dessin animé, <em>Les Fous du Volant</em>. Le personnage joué par Luchini, qui ricane sans arrêt avec sa bosse, me rappelait Satanas, le méchant sournois du dessin animé, et j’ai essayé de reproduire certains de ses traits caractéristiques. En lisant le scénario, je pensais évidemment aux tenues que portaient les conducteurs automobiles au début du XXe siècle, avec leurs cache-poussières et leur casque en cuir, mais j’avais envie de détourner un peu cette référence visuelle. Comme le film est une coproduction allemande, nous étions allés chercher des costumes dans un stock de costumes fabriqués en ex-RDA. Il s’agissait de costumes d’époque, mais réalisés avec des matières synthétiques, ce qui n’était pas réaliste. Je me suis pourtant dit que le décalage pouvait venir de là : un costume pas forcément aussi fin qu’attendu, d’où naît une sorte de bizarrerie.</p>
<div id="attachment_330768" style="width: 2507px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330768" class="wp-image-330768 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4.jpg" alt width="2497" height="1300" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4.jpg 2497w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-300x156.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-1024x533.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-768x400.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-1536x800.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-2048x1066.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-980x510.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/CouleurACharles-Montage4-2000x1041.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2497px) 100vw, 2497px"></a><p id="caption-attachment-330768" class="wp-caption-text"><em>Ma Loute</em> |&nbsp;© Memento Films ;<em>&nbsp;Les Fous du volants</em> | © CBS</p></div>
<p><strong>Y a‑t-il des teintes qui vous sont chères et dont vous sentez qu’elles parcourent votre travail ?</strong></p>
<p>J’aime les verts, et j’ai eu la chance de beaucoup les travailler sur les films de Bruno. J’ai une préférence pour les tons rabattus, ces teintes peu franches, pas vives. Je me rends compte que les décors naturels dont je m’imprègne en sont le principal vivier. Quand je pars à la recherche des costumes d’un film, les gammes de couleurs de ce que j’ai pu contempler orientent mon regard. Je réalise, à en parler, que je n’intellectualise pas du tout ce processus : il y a un côté assez organique dans tout cela. Quand je recherche un ton mousse, j’ai besoin d’avoir marché dessus, de l’avoir touchée, d’avoir senti son odeur, d’avoir entendu le son qu’elle fait. Ce rapport synesthésique aux teintes et à la matière est déterminant, à la fin, pour me permettre de croire dans mes propres costumes.</p>
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		<title>Pile ou face</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pile-ou-face/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alessio Rigo et Matteo Zoppis cultivent un cinéma que l’on pourrait qualifier de bio : recyclant les ressources du patrimoine immatériel (les récits de chasseurs et autres fables toscanes, déjà au cœur de leurs premiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pile-ou-face/" title="Read  Pile ou face">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Alessio Rigo et Matteo Zoppis cultivent un cinéma que l’on pourrait qualifier de <em>bio</em> : recyclant les ressources du patrimoine immatériel (les récits de chasseurs et autres fables toscanes, déjà au cœur de leurs premiers travaux documentaires, et qui innervaient aussi <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-legende-du-roi-crabe-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Légende du roi Crabe</em></a>)<em>,</em> leurs films célèbrent à la fois le pittoresque et la nature. La silhouette du Roi Crabe<em>, </em>un marginal mis au ban de son petit village, finissait ainsi, au terme d’un long périple, par se dissoudre dans les paysages majestueux de la lointaine Terre de Feu argentine. La quête de grands paysages, le mirage sud-américain, l’étude critique du folklore italien : les motifs qui intéressent les deux cinéastes les amènent ici assez logiquement – et de manière peut-être trop évidente – à une relecture du western spaghetti. <em>Pile ou Face</em> remonte en quelque sorte aux origines de cette drôle de bâtardise culturelle en s’appuyant sur une matière historique documentée : les tournées européennes, en 1890, du<em> Wild West Show </em>de Buffalo Bill. Depuis l’escapade du Roi Crabe, le regard des cinéastes italiens sur l’Amérique s’est donc déplacé : elle n’apparaît plus comme un territoire d’aventure romantique, mais comme un fantasme importé promouvant aventure et liberté. Au cours de son préambule, le film pose un regard ironique sur la légende du <em>showman</em> (que John C. Reilly interprète de manière grotesque) et les à‑côtés de sa petite entreprise immorale : la présence des Amérindiens dans le casting, amenés à rejouer pour le public occidental leur propre génocide, est soulignée par la mise en scène. Dans l’ombre du ventripotent et volubile Bill, la caméra s’attarde sur le silence et le regard appuyé de ses «&nbsp;collaborateurs&nbsp;» défaits. De cet incipit contrariant le mythe, les deux cinéastes ne tirent cependant pas un anti-western, comme a pu le faire Robert Altman dans <em>Buffalo Bill et les Indiens</em>, mais s’aventurent dans un exercice d’équilibriste consistant à embrasser le genre pour établir ce qui serait un <em>véritable</em> western italien, de surcroît féministe. Construit sur un fait divers – le meurtre, par sa fille Rosa (Nadia Tereszkiewicz), du sénor Rupè, le noble romain promoteur du spectacle de Buffalo Bill –, <em>Pile ou Face </em>égrène les motifs du genre (la chevauchée, l’attaque de train, les révolutionnaires, les truands et les trésors) pour exposer les travers d’une société italienne intrinsèquement violente et misogyne.</p>
<h2>L’horizon et le fond</h2>
<p>Le plan le plus réussi du film, situé très tôt, est aussi celui qui circonscrit parfaitement les contours de ce programme symbolique – syncrétisme du pire entre l’Amérique de la conquête de l’Ouest et l’Italie de la fin du XIXᵉ siècle. Dans une séquence clef, Santino (Alessandro Borghi), jeune vacher italien, défie les cow-boys américains sur leur terrain du rodéo, lors d’un pari lancé entre Buffalo Bill et Rupè. La caméra enregistre alors au ralenti la prouesse du cow-boy italien qui parvient en premier à monter l’étalon sauvage, devant un décor peint de <em>Far West</em> ; un acte héroïque toutefois vidé de sa substance – Santino était censé se coucher devant les « vrais » cow-boys et verra sa vie menacée à cause de son coup d’éclat. Ce plan, en questionnant le geste de pastiche du western spaghetti, introduit un nouvel écart à l’échelle de la courte filmographie des cinéastes : le héros se trouve cette fois dans l’impossibilité de faire corps avec le paysage. L’ennui, c’est que le film peine par la suite à substituer à ce décor peint un tableau vivant des paysages naturels et de la société italienne – tout sonne faux. À travers une série de péripéties attendues, dessinant mollement un schéma d’émancipation féminine, la mise en scène ne tranche jamais entre le premier degré et la distance, l’aventure sincère et le western de pacotille. <em>La Légende du Roi Crabe </em>avançait déjà sur un fil : après une première partie très théorique (et un peu pénible), le film était gagné par un souffle romantique à mesure que la mise en scène se faisait plus éthérée, comme grisée par la lumière de la Patagonie. Les incartades baroques finales de<em> Pile ou Face </em>n’ouvrent cette fois sur aucun horizon où se perdre : Alessio Rigo et Matteo Zoppis, prisonniers de leurs bonnes intentions, se contentent de livrer une petite leçon.</p>
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		<title>Le Sud</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-sud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sorti dix ans après L’Esprit de la ruche, Le Sud forme avec le premier film de Víctor Erice un diptyque historique informel consacré à l’Espagne franquiste. Le cinéaste y répète plusieurs motifs et principes de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-sud/" title="Read  Le Sud">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sorti dix ans après <em>L’Esprit de la ruche</em>, <em>Le Sud</em> forme avec le premier film de Víctor Erice un diptyque historique informel consacré à l’Espagne franquiste. Le cinéaste y répète plusieurs motifs et principes de mise en scène, adoptant le point de vue d’un enfant pour appréhender une époque marquée par la dictature, inscrite dans les paysages austères et silencieux du nord de l’Espagne. <em>Le Sud</em> opère toutefois un double déplacement : d’une part, la jeune Estrella est plus âgée que la petite Ana ; d’autre part, le récit ne se situe plus dans l’immédiat après-guerre des années 1940, mais dans les années 1950, lorsque le silence franquiste s’est durablement installé. Le Sud du titre renvoie à un ailleurs fantasmé par la jeune Estrella, qui a quitté très tôt cette région avec ses parents afin de s’installer dans le nord du pays, pour habiter une maison située entre la campagne et la ville, longée par une route que le père surnomme de manière éloquente « la frontière ». Cette dualité géographique renvoie aussi sur le plan symbolique à une série de fractures à la fois intimes et historiques : le Sud incarne le passé du père, Agustín, marqué par la rupture avec les siens pour des raisons politiques à la suite de la guerre civile, et – on l’apprendra peu à peu – une histoire d’amour laissée derrière lui. Ce sentiment de tristesse est renforcé par la structure du film, articulé autour d’un flashback : il s’ouvre sur Estrella adolescente, au moment où elle apprend la disparition de son père, avant que la narratrice, devenue adulte, ne conte en voix off le récit de son enfance.</p>
<p>La relation entre Estrella et son père prestidigitateur voile la première partie d’une dimension fantastique. Cependant un indice établit aussitôt le statut de cette magie : le plan inaugurant le récit rétrospectif est une image impossible, puisqu’il précède la naissance d’Estrella. Agustín y prédit, grâce à son pendule, le sexe de l’enfant et choisit son prénom, avant que la voix off ne précise que l’enfant a inventé cette image. Comme dans <em>L’Esprit de la ruche</em>, le surnaturel émane du regard d’une petite fille qui sublime un réel qu’elle ne comprend pas. Chez Erice, il ne s’agit en rien d’un émerveillement naïf, mais d’une perception plus complexe et ambivalente, ce que met en évidence un très beau plan-séquence au moment où Agustín initie Estrella à la manipulation du pendule dans le grenier de la maison, cette pièce interdite où il convoquerait des forces occultes. Un lent panoramique suit les mouvements de l’enfant, orchestrés par la voix et les gestes de l’adulte. Les yeux fixés sur l’objet magique, Estrella semble être prise dans une séance d’hypnose, où l’obscurité de la pièce et du cadre sécrète un parfum fantastique et légèrement inquiétant par l’emprise quasi mystique que le père exerce sur sa fille. La magie associée à la figure paternelle relève d’emblée d’une forme de mystification, un aveuglement volontaire qui transforme la dépression et la prostration d’Agustín en un mystère fascinant.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1.png" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330825 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1.png" alt width="1808" height="1080" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1.png 1808w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-300x179.png 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-1024x612.png 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-768x459.png 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-1536x918.png 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage1-980x585.png 980w" sizes="auto, (max-width: 1808px) 100vw, 1808px"></a>
<p>Se joue ici un déni poignant, celui d’une enfant très proche et admirative de son père, qui doit cependant le réinventer à travers un récit idéalisé pour en dissimuler la part sombre. Mais le mécanisme intime est symptomatique d’un aveuglement collectif plus large. La figure maternelle, qui au début se prête au jeu de sa fille en présentant Agustín comme un magicien, cherche en vérité à éluder les questions sur un passé dont elle ne veut plus entendre parler. Les cérémonies religieuses (la communion du début, le mariage de la fin) jouent un rôle analogue : elles célèbrent une symbiose familiale fallacieuse pour tenter vainement de dissimuler les fractures intergénérationnelles. Une série de dysfonctionnements et d’incongruités viennent contrarier la joie de la séquence de communion : les coups de fusils inexplicables d’Agustín lors des préparatifs ; son inquiétante apparition dans un coin obscur de l’église, son visage émergeant de l’ombre dans une étrange lumière bleutée ; ou encore un lent travelling avant lors des célébrations de l’après-midi, qui voit la caméra s’éloigner de la danse entre Estrella et son père pour venir lentement cadrer en gros plan le voile de la communiante posé sur une chaise. Une dimension politique affleure discrètement : les rituels religieux, décrits par les adultes comme « <em>les plus beaux jours de notre vie</em> » sans qu’ils sachent vraiment pourquoi, renvoient implicitement à l’instrumentalisation de la religion catholique par le régime franquiste, où les valeurs religieuses participaient à l’édification d’un récit artificiel d’unité nationale.</p>
<h2>Un face-à-face impossible</h2>
<p>Au milieu du film, une séquence au cinéma (motif décidément clé chez Erice, qui ouvre sur certaines de ses plus belles scènes, de <em>L’Esprit de la ruche</em> jusqu’à <em>Fermer les yeux</em>) marque un point de bascule dans la perception d’Estrella. Après avoir découvert un papier sur lequel Agustín a griffonné obsessionnellement le nom d’une certaine Irène Ríos, la jeune fille commence à s’interroger sur les secrets que son père dissimule. Des mois plus tard, en remarquant sa moto devant un cinéma, elle retrouve ce nom sur l’affiche d’un film. La séquence s’articule autour d’un double champ-contrechamp : d’abord entre le visage de l’enfant et celui de la femme mystérieuse (Aurore Clément) sur les photogrammes placardés à l’entrée, puis entre celui d’Agustín dans la salle, confronté au même visage incarnant à l’écran une femme fatale. L’image de cinéma devient alors un troisième terme qui trouble la relation père/fille. La révélation pour Estrella est brutale : face à la photographie, elle comprend que son père est <em>aussi</em> un homme, que son existence excède son rôle paternel et qu’elle est de facto exclue d’une partie de sa vie. La beauté de la scène réside dans cette manière dont la jeune fille fait l’épreuve de l’altérité irréductible de son père, non pas à travers son visage, mais par celui d’une autre femme, qui éclaire soudainement la part cachée de la figure paternelle. Elle le suit ensuite à la sortie du cinéma, alors qu’il se rend dans un café pour écrire une lettre destinée à Laura, le vrai nom de l’actrice Irène Ríos. Estrella se présente à lui derrière la fenêtre, avant qu’Agustín ne la rejoigne dehors en laissant sa lettre sur la table. Filmée depuis l’intérieur en un seul plan, la séparation entre le dehors et le dedans figure la vie compartimentée du personnage, où son passé et son présent, sa stature de père et son histoire d’amour restent étanches l’un à l’autre. Lorsqu’il rejoint Estrella, l’embrasure de la fenêtre les sépare verticalement dans le cadre dans un face-à-face contrarié qui répond au double champ-contrechamp précédent. La mise en scène suggère alors qu’on ne peut accéder véritablement à l’autre qu’à travers ce qui le détourne de nous&nbsp;: un objet extérieur, ici le cinéma, permet un déplacement du point de vue.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330824 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="1582" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-300x185.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-1024x633.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-768x475.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-1536x949.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-2048x1266.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-980x606.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-242x150.jpg 242w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Le-sud-montage-2000x1236.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>À partir de cette séquence, la maturation du regard d’Estrella s’exprime de manière significative par la disparition du surnaturel : Agustín, nous dit-elle en voix off, ne touchera plus jamais à son pendule, tandis que le grenier cesse d’être associé à des forces occultes pour devenir son refuge mélancolique où il ressasse l’histoire d’un amour perdu. La désillusion suscite chez l’héroïne une colère sourde : elle brûle le visage d’Irène sur l’affiche du film, puis tente de provoquer un nouveau face-à-face en se cachant sous son lit, mimant sa propre disparition pour attirer l’attention de la famille, et surtout celle de l’homme qu’elle croyait connaître. Si la scène est déchirante, c’est qu’elle met en œuvre une complicité dans la souffrance plutôt qu’un conflit ouvert : Estrella reproduit ici la première fuite d’Agustín qui avait déjà inquiété toute la famille. Mais cette entente tacite et privilégiée entre eux, construite tout au long du film, a quelque chose de tragique puisqu’elle ne peut pas s’exprimer dans un véritable échange : « <em>À mon silence, il répondait avec le sien. Et tout à coup je compris qu’il jouait le même jeu, acceptant mon défi pour me prouver que sa douleur était beaucoup plus grande que la mienne.&nbsp;</em>» En toute logique, la seule séquence d’explication entre les deux personnages, dans un restaurant blanchâtre et funèbre à la fin du film, se révèlera profondément décevante. Les derniers plans ouvrent pourtant sur une lueur d’optimisme : après la mort d’Agustín, la jeune femme annonce qu’elle part enfin pour ce Sud qu’elle ne connaît qu’à travers les silences et les récits tronqués. Film inachevé, dont une seconde partie devait initialement suivre l’enquête d’Estrella sur les traces de son père, <em>Le Sud</em> suspend son récit au seuil de révélations à venir. Sorti en 1983, soit six ans après la fin du franquisme, le film semble placer son espoir dans une nouvelle génération, décidée à rompre avec le déni et le silence. Comme si une page de l’histoire espagnole restait encore à écrire – non pas en oblitérant le passé, mais en traversant les frontières, géographiques comme symboliques, afin de rendre enfin la parole possible et d’ouvrir les yeux.</p>
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		<title>Portraits d’Amérique — Hailey Gates</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-hailey-gates/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique&#160;? Chaque mois, «&#160;Portraits d’Amérique&#160;» part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci&#160;: Hailey Gates, actrice, documentariste...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-hailey-gates/" title="Read  Portraits d’Amérique — Hailey Gates">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique&nbsp;? Chaque mois, «&nbsp;Portraits d’Amérique&nbsp;» part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci&nbsp;: Hailey Gates, actrice, documentariste et réalisatrice. Son premier long métrage </em>Atropia<em>, film de guerre satirique, a remporté le Grand Prix du Jury au dernier Festival de Sundance.</em></p>
<p><strong>Vous avez grandi à Los Angeles avant de vous installer à New York&nbsp;– deux villes au rapport très différent au cinéma. Qu’est-ce qui vous a poussée à faire ce choix&nbsp;?</strong></p>
<p>Je voulais étudier le théâtre expérimental –&nbsp;c’était vraiment mon premier amour&nbsp;– et il n’y avait qu’à New York que l’on pouvait recevoir un enseignement aussi complet dans ce domaine. Il se trouvait qu’un groupe incroyable de créateurs et créatrices issus de l’après-1968 enseignaient encore à ce moment-là. C’était très enthousiasmant&nbsp;: Sam Shepard était mon professeur d’écriture, j’ai aussi eu Richard Foreman et Annie‑B Parson, une chorégraphe formidable… C’est pour cela que j’ai déménagé à New York, et je n’en suis jamais repartie. J’ai aussi étudié en France, à l’École Jacques Lecoq, où on nous faisait faire des exercices complètement loufoques.</p>
<p><strong>Vous avez ensuite travaillé pour <em>The Paris Review</em>, réalisé des documentaires pour <em>Vice</em>, et joué dans des films.</strong></p>
<p>J’ai un parcours assez éclectique, notamment parce qu’il est très difficile de ne vivre que d’une seule activité artistique aux États-Unis. Par exemple, c’est par le biais du syndicat SAG (Screen Actors Guild) que j’ai accès à une assurance santé, ce qui m’oblige à continuer à jouer de petits rôles (rires). J’ai donc aussi une carrière assez étrange de figurante&nbsp;! À un moment, j’ai voulu explorer cette question par le biais du documentaire. J’avais imaginé une série intitulée <em>Bit Part</em>, où je passerais des auditions pour des rôles minuscules dans des projets étranges, comme point d’entrée pour parler de formes de travail d’acteur·rice en marge de l’industrie.</p>
<p><strong>Votre premier long métrage, <em>Atropia</em>, se déroule dans une ville fictive servant de terrain d’entraînement à l’armée américaine en vue de la guerre en Irak. Pourquoi ce sujet&nbsp;?</strong></p>
<p>Je suis devenue obsédée par ces faux villages d’entraînement, avec leurs acteur·rices, leurs décors, leurs effets spéciaux, etc. Très peu de gens ont connaissance de leur existence, y compris aux États-Unis. C’est une sorte de pièce de théâtre qui se joue en continu depuis le début de la guerre en Irak, financée par les contribuables américain·es. Chaque « rotation » de soldats coûte environ vingt millions de dollars et dure un mois – c’est comme produire à chaque fois un énorme blockbuster. J’ai longtemps voulu en faire un documentaire, mais l’occasion s’est présentée de réaliser un court-métrage pour la série <em>Women’s Tales</em> de Miu Miu. J’étais déjà profondément engagée dans la préparation du documentaire et, étant totalement obsessionnelle, je leur ai dit que je n’avais qu’une seule idée. Je pensais qu’ils refuseraient, mais ils m’ont laissé faire le film. Il a été montré à Venise, où j’ai eu la chance de rencontrer Lynne Ramsay. C’est elle qui nous a encouragés à transformer le projet en long, ce qui n’était pas du tout mon intention à l’origine ! Elle m’a littéralement menacée avec sa fourchette et m’a dit : «&nbsp;<em>Si tu ne fais pas un long à partir de ça, je te plante cette fourchette dans la gorge. Un homme va arriver et te voler cette idée</em>.&nbsp;»</p>
<p><strong>Pourquoi avoir finalement renoncé au documentaire&nbsp;?</strong></p>
<p>J’ai continué à le développer, j’ai eu accès à des responsables du Département de la Défense, mais c’était toujours partiel… Et puis je me suis rendu compte de l’absurdité de la situation. Si on regarde la guerre du Vietnam, tous les grands réalisateurs ont fait des films contre la guerre. Pour l’Irak, il existe quelques bons films, mais aucun qui saisisse vraiment ce qui s’est joué culturellement. Beaucoup ont été réalisés en collaboration avec l’armée américaine. Si vous voulez accéder à des bases ou à du matériel militaire, le Département de la Défense relit votre scénario et décide de ce que vous pouvez montrer. Il y a donc un trou culturel énorme, une forme d’amnésie autour de la guerre en Irak. Je voulais faire un <em>M*A*S*H</em> de la génération post-11 septembre. J’ai donc choisi la fiction et l’humour : c’est difficile, mais, à mon sens, il s’agit du seul moyen de parler du caractère profondément macabre de cette période. C’était aussi passionnant de jouer sur les frictions entre documentaire et fiction. Pendant la préparation, j’ai dit à chaque chef·fe de département : tout ce qui a fait de vous quelqu’un de compétent jusqu’à présent ne vous servira à rien sur ce film. Il fallait qu’il ait l’air un peu raté ! Je ne voulais pas faire un film d’atmosphère ; je voulais tenter un grand geste baroque. Les films ne prennent plus beaucoup de risques de cette manière aujourd’hui.</p>
<p><strong>Le personnage principal, Fayruz, est une actrice qui rêve de faire carrière à Hollywood et prend son rôle très au sérieux, alors même que le film flirte constamment avec l’absurde. Cela reflète votre mise en scène&nbsp;: vous avez dit vouloir faire un film «&nbsp;<em>profondément stupide</em>&nbsp;».</strong></p>
<p>Pour moi, l’humour naît toujours du fait de prendre les choses au sérieux. C’est aussi une réflexion sur le fait d’être réalisatrice. C’est absolument ridicule de rassembler autant de personnes pour faire semblant. C’est donc aussi une manière d’admettre l’humour que je trouve dans ce métier. Et oui, je voulais faire un film profondément stupide, car cette situation est profondément stupide. La guerre est profondément stupide. Tragédie et comédie sont intimement liées. Pensez au film de Robert Altman : la chanson « Suicide Is Painless », le tableau de la Cène, puis ces coupes vers des scènes d’opération extrêmement sanglantes. Cette juxtaposition – des blagues enfantines à côté de la réalité de la vie et de la mort – me paraît être un portrait très juste du complexe militaro-industriel américain. C’est ce contraste que je recherchais.</p>
<p><strong>Vous mélangez aussi les genres – la comédie romantique et le film militaire –, deux traditions très ancrées dans le cinéma américain. </strong></p>
<p>J’ai écrit le rôle pour Alia Shawkat, qui interprète Fayruz. Je l’ai appelée et je lui ai demandé ce qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de faire. Elle m’a répondu&nbsp;: «&nbsp;<em>Une romance.</em>&nbsp;» Et je me suis dit&nbsp;: «&nbsp;<em>Oh mon Dieu, comment je vais faire ça&nbsp;?</em>&nbsp;» Mais c’est devenu un défi passionnant. J’ai commencé à faire des recherches, j’ai interviewé des figurant·es et du personnel militaire, et j’ai trouvé quelqu’un qui avait épousé une figurante afghane. Il y avait donc un précédent ! Il fallait réfléchir à ce que pouvait être le romantisme dans un environnement aussi peu propice à la romance.</p>
<p><strong>Vous avez choisi d’épouser le point de vue d’une actrice et non d’un soldat, comme c’est souvent le cas dans les films qui mettent en scène la guerre. Fayruz est très investie dans sa mission, et elle est aussi enceinte.</strong></p>
<p>J’ai vraiment écrit le rôle pour Alia… et elle était réellement enceinte ! Elle m’a appelée pour me l’annoncer, j’étais ravie – puis j’ai raccroché et paniqué. On pensait tourner avant qu’elle ne soit trop visible, mais l’argent n’est pas arrivé, et elle était de plus en plus enceinte, alors on l’a intégrée au scénario. C’est un luxe et une opportunité incroyables de filmer une femme enceinte. Et quand voit-on une femme enceinte avoir une liaison, ou exprimer des désirs ?</p>
<p><strong>En tant que réalisatrice, ressentez-vous une responsabilité de montrer des représentations qui vous ont manquées dans votre propre formation cinéphile, qu’elles concernent la guerre ou la féminité ?</strong></p>
<p>Bien sûr. Beaucoup de films de guerre américains sont ce que l’on appelle ici des <em>shoot and cry movies</em> : des soldats souffrent, regrettent, puis se rachètent. Ça m’énerve profondément. Je voulais faire quelque chose de radicalement différent. Il y a même un moment où un personnage essaie d’avoir ce genre de scène rédemptrice, et elle s’interrompt aussi sec avec une citation de Donald Rumsfeld.</p>
<p><strong>Que retenez-vous des réactions du public&nbsp;?</strong></p>
<p>C’est assez contrasté… mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas de vraie volonté, aux États-Unis, de remettre en question l’impérialisme. Les gens trouvent cela trop politique, alors même que l’on s’accorde presque tous et toutes aujourd’hui pour dire que la guerre en Irak était une erreur. Les jeunes spectateurs, en revanche, réagissent très vivement au film. Je l’ai montré au Japon et j’étais inquiète de la manière dont l’humour allait être reçu. Mais en dehors des États-Unis, les spectateurs sont plus disposés à rire de l’empire américain&nbsp;; ils en connaissent aussi intimement les ravages.</p>
<p><strong>Le film est très ancré dans la guerre en Irak, mais il interroge aussi plus largement le rapport des États-Unis à leur histoire militaire et à leur mise en scène de cette histoire.</strong></p>
<p>Exactement. Je voulais que ce soit un film sur les guerres sans fin. La pièce change, l’ennemi change, les acteurs changent&nbsp;– mais la structure reste la même. Aujourd’hui, ce ne sont plus des répliques de villages irakiens qui se construisent, mais de villages russes.</p>
<p><strong>En grandissant dans les années 1990 et au début des années 2000, quel était votre rapport au cinéma&nbsp;? Le fait de réaliser a‑t-il changé votre manière de regarder les films&nbsp;?</strong></p>
<p>J’ai toujours trouvé que Los Angeles, où j’ai grandi, était un endroit grotesque. C’est une ville où les gens viennent voir leurs rêves se briser, où il y a quelque chose de vraiment terrible. Petite, j’étais une sorte de geek francophile : j’étais obsédée par Godard, Varda, Truffaut… l’enfant la plus insupportable du monde (rires) ! Quand le 11 septembre est arrivé, j’avais 11 ans et j’ai ressenti une étrange humiliation : je dormais lorsque c’est arrivé, pendant que l’histoire se faisait. Je me sentais déconnectée du monde. L.A. me donnait l’impression de vivre dans une banlieue, même si les salles de cinéma de répertoire ont été très importantes pour moi.&nbsp;Pour ce qui est de ma cinéphilie actuelle, c’est difficile, quand on essaie de faire un film, d’en regarder d’autres. Ça rend malade&nbsp;– on est constamment ramené au fait que son projet pourrait ne jamais exister. Cela ne fait que renforcer mon estime pour les cinéastes&nbsp;: j’ai un respect immense pour toutes celles et ceux qui ont réussi à faire un film.</p>
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		<title>En Garde</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/en-garde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Incarcéré pour avoir mortellement blessé son adversaire lors d’un combat d’escrime, Zihan tente à sa sortie de prison de renouer avec son frère, Zijie, qui s’est entre-temps lui aussi spécialisé dans cette discipline sportive. En...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/en-garde/" title="Read  En Garde">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Incarcéré pour avoir mortellement blessé son adversaire lors d’un combat d’escrime, Zihan tente à sa sortie de prison de renouer avec son frère, Zijie, qui s’est entre-temps lui aussi spécialisé dans cette discipline sportive. <em>En Garde</em> se concentre dans un premier temps sur ce dernier, présenté comme un jeune homme candide qui, envers et contre tous, décide de laisser une seconde chance à l’aîné. Si le film entretient d’abord une zone d’ombre autour de la culpabilité de Zihan, il l’évacue dans une seconde partie, dévoilant progressivement comment ce dernier est habité depuis toujours par une grande violence. À travers la relation entre ces deux frères, <em>En Garde</em> actualise en cela l’imaginaire de la rivalité d’Abel et Caïn. Jalousie, violence et rédemption sont transposées dans l’univers codifié de l’escrime, qui devient le théâtre symbolique de l’affrontement de ces deux personnalités.</p>
<p>Le récit peine cependant à dépasser un certain schématisme&nbsp;: Zihan est présenté comme une figure dangereuse et manipulatrice, tandis que Zijie incarne une innocence angélique, presque sacrificielle. Ce dualisme se reflète dans la forme même de la narration, qui épouse alternativement le regard de l’un et de l’autre, en faisant de cet entrelacement une manière de naviguer entre plusieurs genres et intrigues secondaires afin d’étoffer la matière du récit. Ce tissage s’effiloche toutefois lorsque le personnage de Zihan revient au premier plan. La narration délaisse alors ce tressage pour basculer brutalement dans l’horreur. La conclusion est ainsi l’écrin d’un déferlement de violence manifestement pensé pour choquer, tant la séquence tranche avec le reste du film. Si ce revirement final se rêve subversif, il laisse plutôt un goût d’inachevé, tant il apparaît arbitraire et animé par la volonté d’épater.</p>
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		<title>Laurent dans le vent</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laurent-dans-le-vent-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La beauté de&#160;Mourir à&#160;Ibiza, assemblage de trois courts métrages tournés chacun à&#160;un an d’intervalle, devait beaucoup à&#160;sa nature de film fauché existant en dehors du système. Son mode de fabrication insolite était d’une certaine manière...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laurent-dans-le-vent-2/" title="Read  Laurent dans le vent">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La beauté de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mourir-a-ibiza-un-film-en-trois-etes/#:~:text=Mourir%20%C3%A0%20Ibiza%2C%20dr%C3%B4le%20de,ce%20durant%20trois%20ann%C3%A9es%20cons%C3%A9cutives." target="_blank" rel="noopener"><em>Mourir à&nbsp;Ibiza</em></a>, assemblage de trois courts métrages tournés chacun à&nbsp;un an d’intervalle, devait beaucoup à&nbsp;sa nature de film fauché existant en dehors du système. Son mode de fabrication insolite était d’une certaine manière la condition de sa liberté formelle, de l’image numérique&nbsp;<em>lo-fi</em>&nbsp;du premier segment aux passages chantés du troisième. On attendait donc beaucoup de&nbsp;<em>Laurent dans le vent</em>, en espérant que la fraîcheur du coup d’essai ne se diluerait pas dans le passage à un cadre de production plus traditionnel (mais tout de même modeste). Le long premier plan rassure d’emblée : un homme, dont on ne voit que les pieds, se balance dans le vide au-dessus de la montagne, accroché à ce que l’on devine être un parapente. Cette figuration littérale du titre annonce la couleur : Laurent (Baptiste Pérusat) se présente comme un personnage sans but précis et le récit sera, lui aussi, ballotté par les fluctuations du vent.</p>
<p>Le film n’est jamais meilleur que lorsqu’il fait éprouver un sentiment de tâtonnement conditionné par le hasard des rencontres. À&nbsp;29 ans, Laurent est une page blanche. S’il s’exile dans une petite station des Alpes (peu après avoir quitté son boulot et être «&nbsp;<em>parti en cacahuète total</em>&nbsp;») dans l’idée de goûter au calme et à&nbsp;l’introspection, ce déplacement géographique accouche finalement d’une série de rencontres avec différents habitants de la région. Quand Santiago, un improbable geek qui se promène avec une épée et rêve de fonder une colonie viking, lui demande pourquoi il reste ici alors qu’il n’a rien à&nbsp;y faire, Laurent lui rétorque «&nbsp;<em>il y&nbsp;a des gens et des paysages</em>&nbsp;».&nbsp;<em>Laurent dans le vent</em>&nbsp;chemine ainsi au gré de microaventures, sans que l’une prenne le pas sur les autres&nbsp;; c’est d’ailleurs souvent lorsqu’un rythme de croisière commence à&nbsp;se mettre en place (avec une relation romantique, par exemple) que le film prend la tangente pour renvoyer Laurent à&nbsp;sa solitude. Quasiment chaque personne qu’il approche s’avère pourtant, comme lui, rigoureusement seule. Pour un trio de cinéastes, ce principe frise le paradoxe, mais il faut croire que l’inspiration leur vient de figures retranchées du monde.</p>
<p>Si, comme dans&nbsp;<em>Mourir à&nbsp;Ibiza</em>, le casting est composé en majorité de visages inconnus, à&nbsp;commencer par Baptiste Pérusat, qui infuse beaucoup de gaucherie déphasée à&nbsp;son personnage (notamment grâce à&nbsp;sa voix enfantine, sorte de variation masculine de celle d’India Hair), une présence dénote toutefois. Béatrice Dalle joue en effet l’une des rencontres de Laurent, sans que les cinéastes n’arrivent à&nbsp;faire oublier sa&nbsp;<em>persona</em> (le passé libertaire et punk du personnage renforce sciemment cette impression). L’écosystème du film ne semble tout simplement pas fait pour accueillir une star ; les rails sur lesquels le récit s’installe en sa présence (entre amour interdit et confessions en champ-contrechamp) jurent trop avec la singularité du personnage de Laurent. Les réalisateurs apparaissent alors rattrapés par la tentation du scénario bien ficelé (un amour impossible après l’autre), mais ils s’en sortent à la faveur d’un dernier décadrage. C’est à travers une histoire tierce que Laurent trouve une forme de résolution, tandis que sa sœur, Coline (Suzanne de Baecque), s’invite <em>in fine</em>&nbsp;dans le film (elle n’était jusque-là qu’une voix au bout du téléphone). Au réveil, la compagne de Coline lui caresse doucement le dos. En un plan fixe décorrélé du point de vue de Laurent (il n’est pas dans la pièce à&nbsp;cet instant), le but du personnage, confessé plus tôt, s’incarne enfin à&nbsp;l’écran&nbsp;: «&nbsp;<em>Aimer et être aimé</em>&nbsp;». De quoi légitimer l’une des rares coquetteries de ce film mine de rien assez âpre, quelques minutes plus tard&nbsp;: le sous-titrage en français de «&nbsp;Desaparecido&nbsp;» de Manu Chao, tandis que le visage de Laurent est éclairé par la lumière nocturne de la ville à travers la vitre d’une voiture. «&nbsp;<em>Ils m’appellent le disparu, Quand j’arrive je suis déjà parti</em>&nbsp;»&nbsp;: en effet, ça colle.</p>
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		<title>Magellan</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/magellan-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quelle est cette «&#160;ambition d’une espèce particulière, imprécise[1] «&#160;Peu loquace, renfermé, retranché dans son isolement, cet éternel solitaire créait autour de lui une glaciale atmosphère de gêne et de méfiance. Ses camarades pressentaient inconsciemment dans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/magellan-2/" title="Read  Magellan">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle est cette «&nbsp;<em>ambition d’une espèce particulière, imprécise</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330663_450('footnote_plugin_reference_330663_450_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330663_450('footnote_plugin_reference_330663_450_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330663_450_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330663_450_1" class="footnote_tooltip"> «&nbsp;<em>Peu loquace, renfermé, retranché dans son isolement, cet éternel solitaire créait autour de lui une glaciale atmosphère de gêne et de méfiance. Ses camarades pressentaient inconsciemment dans son effacement silencieux une ambition d’une espèce particulière, imprécise, dont le but leur échappait et qui semblait par là plus suspecte que celle de ceux qui briguaient ouvertement les honneurs. </em>» – Stefan Zweig, <em>Magellan</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330663_450_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330663_450_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» (<em>dixit</em>&nbsp;Zweig, dans sa biographie de l’explorateur) qui animait Fernand de Magellan&nbsp;? Aventurier, héros européen, mais aussi brutal colonisateur et mythe falsifié de la première circumnavigation&nbsp;: les pistes étaient nombreuses pour faire son biopic. Mais Lav Diaz en tire davantage un portrait tantôt opaque, tantôt inquiétant, toujours lointain. C’est que son sujet est moins la figure prétendument héroïque que les cendres qu’il laisse derrière lui : celles de la violence coloniale. Connu pour son goût du romanesque (l’inspiration de Dostoïevski) et de la durée (plusieurs de ses films dépassent les six heures), le cinéaste philippin propose ici une œuvre plus resserrée – 2h45 – sans pour autant tourner le dos à&nbsp;la patience dont témoigne son cinéma. La lenteur ne vise pas chez lui à&nbsp;écraser, mais plutôt à&nbsp;faire ressentir une pesanteur. Elle s’impose ici dès le premier plan&nbsp;: une autochtone nue dans la jungle malaisienne s’arrête dans son trajet, tourne la tête et fixe la caméra avec effroi, comme si elle avait vu le visage du diable. Les plans suivants nous informeront que c’est en vérité «<em>&nbsp;l’homme blanc</em>&nbsp;» qui vient de débarquer, personnifié par la figure de Magellan.</p>
<p>Ce sentiment d’une menace latente ne quittera plus le film. De son premier voyage en Malaisie à son ultime traversée vers l’île de Mactan aux Philippines, Magellan reste un corps étranger, y compris en Europe (les séquences au Portugal et en Espagne). Filmé à distance, relégué dans des coins du cadre ou encore surcadré par les enfléchures des bateaux, son corps paraît comme repoussé par l’image elle-même. L’étrangeté de sa présence est par ailleurs accentuée par le fait que Gael García Bernal, acteur internationalement connu, dénote dans le cinéma très confidentiel de Diaz. Son personnage, hagard et boiteux – sa jambe est rongée par la gangrène – s’avance en claudiquant au sein de plans étirés jusqu’à l’épuisement. Ce choix de casting rappelle lointainement celui de Viggo Mortensen dans&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jauja-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Jauja</em></a> de Lisandro Alonso, qui jouait un capitaine dont la stature se délitait au fil d’une errance interminable ; à mesure que Magellan poursuit ses voyages, le navigateur triomphant des manuels laisse place à un homme flottant au milieu de décors où il n’a jamais sa place. C’est surtout durant le long bloc en bateau, constituant le cœur du film, que ce rythme alangui impressionne : rarement aura-t-on vu restituée ainsi la lenteur intrinsèque des voyages du XVIe siècle, entre l’interminable hissage de la grande voile ou encore la mise en place d’une bataille navale filmée à distance. Sans dévoiler toutes les épiphanies plastiques, en particulier les diverses rencontres faites en mer, on peut dire que Diaz superpose à cette longue navigation une dérive mentale : plus le voyage s’enlise, plus Magellan sombre dans la folie.</p>
<h2>Violence sacrée</h2>
<p>Le cinéaste glisse dans le récit des scènes de visions – ou d’hallucinations – de son épouse défunte qui infusent un parfum mortuaire renforcé par le fait que les morts se multiplient là où passe Magellan. Car le film dépeint sans fard la violence de la colonisation catholique, à travers des tableaux terrifiants : des corps encagés au milieu de la jungle, une tribu de Philippins en transe autour d’une statuette chrétienne, un sermon en plan séquence basculant progressivement en scène de soumission collective, ou encore un charnier sur une plage. Cette brutalité est par ailleurs aussi souvent suggérée&nbsp; : ainsi de ce mousse bouleversé, se tenant le visage après une exécution sommaire laissée hors champ – celle d’un personnage décapité pour une relation homosexuelle –, qui exprime bien plus l’horreur de l’action que ne l’aurait fait la vision explicite dudit châtiment. Même dans ces scènes volontiers démonstratives, le film fait montre d’une rigueur formelle qu’il ne faudrait toutefois pas confondre avec une rigidité. La durée, chez Diaz, ne sacralise pas : elle reste poreuse aux aspérités, aux flottements du jeu et aux intonations malhabiles des acteurs.</p>
<p>Ces irrégularités évoquent le cinéma historique d’Albert Serra (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoire-de-ma-mort/#:~:text=Histoire%20de%20ma%20mort%20ressemble,le%20moteur%20du%20cin%C3%A9ma%20serrien." target="_blank" rel="noopener"><em>Histoire de ma mort</em></a>&nbsp;ou&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-mort-de-louis-xiv-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Mort de Louis XIV</em></a>), coproducteur du film, avec qui Diaz partage également le chef-opérateur Artur Tort<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330663_450('footnote_plugin_reference_330663_450_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_330663_450('footnote_plugin_reference_330663_450_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330663_450_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330663_450_2" class="footnote_tooltip">Conjointement avec Lav Diaz lui-même – ces dernières années, le cinéaste était également devenu son propre chef opérateur.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330663_450_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330663_450_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les deux cinéastes ont en commun cette façon de redonner un présent à des icônes du passé : en leur laissant de longues plages de paroles, ils les arrachent à des représentations figées pour les ramener à une matérialité, voire une trivialité. Mais là où Serra pousse cette forme jusqu’à la dissolution (les comédiens semblent perdre pied), Diaz cultive une certaine densité romanesque, portée notamment par les personnages secondaires. C’est le cas du jeune prêtre français à l’accent improbable (Baptiste Pinteaux, autre collaborateur régulier de Serra), et surtout de l’esclave malais capturé au début, possible incarnation d’Henrique de Malacca, l’interprète (et esclave) de Magellan, que la Grande Histoire a longtemps laissé dans l’ombre. Certains chercheurs suggèrent aujourd’hui qu’Henrique aurait pu être le véritable premier homme à boucler le tour du monde<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330663_450('footnote_plugin_reference_330663_450_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_330663_450('footnote_plugin_reference_330663_450_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330663_450_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330663_450_3" class="footnote_tooltip">Thèse développée notamment par Romain Bertrand dans <em>Qui a fait le tour de quoi</em> ? <em>L’affaire Magellan</em>, publié chez Verdier.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330663_450_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330663_450_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, en poursuivant le voyage de Magellan après sa mort. Diaz paraît en faire le réceptacle du point de vue, alors que le navigateur s’enfonce dans la paranoïa, jusqu’à lui donner la parole avec une surprenante voix off à l’issue du film. Le dernier plan, très beau, le représente hagard, debout et couvert de sang, au centre du cadre et d’une jungle dévastée : plutôt qu’un symbole de libération, il est devenu à son tour une figure d’exil et d’opacité, corps ensanglanté indistinct d’un monde laissé en ruines.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330663_450();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330663_450();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330663_450">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330663_450" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330663_450('footnote_plugin_tooltip_330663_450_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330663_450_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> «&nbsp;<em>Peu loquace, renfermé, retranché dans son isolement, cet éternel solitaire créait autour de lui une glaciale atmosphère de gêne et de méfiance. Ses camarades pressentaient inconsciemment dans son effacement silencieux une ambition d’une espèce particulière, imprécise, dont le but leur échappait et qui semblait par là plus suspecte que celle de ceux qui briguaient ouvertement les honneurs. </em>» – Stefan Zweig, <em>Magellan</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330663_450('footnote_plugin_tooltip_330663_450_2');"><a id="footnote_plugin_reference_330663_450_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Conjointement avec Lav Diaz lui-même – ces dernières années, le cinéaste était également devenu son propre chef opérateur.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330663_450('footnote_plugin_tooltip_330663_450_3');"><a id="footnote_plugin_reference_330663_450_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Thèse développée notamment par Romain Bertrand dans <em>Qui a fait le tour de quoi</em> ? <em>L’affaire Magellan</em>, publié chez Verdier.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330663_450() { jQuery('#footnote_references_container_330663_450').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330663_450').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330663_450() { jQuery('#footnote_references_container_330663_450').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330663_450').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330663_450() { if (jQuery('#footnote_references_container_330663_450').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330663_450(); } else { footnote_collapse_reference_container_330663_450(); } } function footnote_moveToReference_330663_450(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330663_450(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330663_450(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330663_450(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/magellan-2/">Magellan</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Top 10 de l’année 2025</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/top-10-de-lannee-2025/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:31:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330511</guid>

					<description><![CDATA[<p>1. Mektoub, My Love : Canto due –&#160;Abdellatif Kechiche 2. Jeunesse (Les Tourments) – Wang Bing 3. Une bataille après l’autre – Paul Thomas Anderson 4. The Rehearsal, saison 2 – Nathan Fielder 5. Le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/top-10-de-lannee-2025/" title="Read  Top 10 de l’année 2025">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="font-size: 20px;">1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a> –&nbsp;Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> – Albert Serra<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> –&nbsp;José Luis Guerín<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> –&nbsp;Johan Grimonprez<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> –&nbsp;Lav Diaz<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund</span></strong></p>
<p>On a suffisamment répété ces dernières années à <em>Critikat</em> que le cinéma contemporain pourvoyait des films riches et passionnants pour s’autoriser cette fois-ci un constat un peu moins enjoué&nbsp;: non, 2025 ne restera pas dans les archives comme une date incontournable. Ce n’est toutefois pas la peine de s’en alarmer. <em>Primo</em>, parce qu’il faut nécessairement des creux pour que des pics se détachent – la cascade de beaux films (on en a déjà vu plusieurs) ou de titres alléchants que promet 2026 permet sans mal de s’accommoder de ce petit coup de moins bien. <em>Deuxio</em>, parce que cette baisse de régime concerne en vérité moins le cinéma dans son ensemble que certains de ses pôles traditionnellement les plus en vue. La lecture du classement l’atteste : on retrouve dans les dix titres préférés de la rédaction peu de films américains (seul <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em>, 3ᵉ, se distingue dans le champ hollywoodien, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em>&nbsp;finissant 11<sup>e</sup> et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em>&nbsp;17ᵉ) et aucune des œuvres choisies pour concourir dans la compétition cannoise. Ce qui frappe, en revanche, c’est le grand nombre de films documentaires et de fictions mâtinées de réel. À moins que ce ne soit l’inverse : de nombreux documentaires cités cette année dépeignent à un certain degré une mise en scène interne à leurs sujets, qu’il s’agisse de la manière dont les patrons des ateliers textiles de Zhili roulent leurs ouvriers dans la farine (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse — Les Tourments</a></em>, 2ᵉ), des prestations scéniques du matador Andrés Roca Rey (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em>, 6ᵉ), de visions empruntées au western et de situations manifestement interprétées par les habitants du quartier de Vallbona (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a>, 7ᵉ), de la fabrication d’un discours propagandiste (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a>, 8ᵉ) ou de la nécessité de proposer des contre-images venues de Gaza (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a><em>,</em> 20ᵉ)<em>. </em>Et que dire de la saison 2 de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a> </em>de Nathan Fielder (4ᵉ), peut-être l’objet le plus original de l’année, dont le principe implique de rejouer, de décalquer ou de prévoir des actions réelles pour tirer de formes télévisuelles standardisées –&nbsp;la téléréalité, les télécrochets, etc.&nbsp;– une expérimentation oscillant entre la comédie pure et le délire radical&nbsp;? <em>A contrario</em>, des films comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> (5ᵉ), <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> (9ᵉ) <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> (10ᵉ) ou <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Aventura</em></a> (18ᵉ) ont davantage cherché à actualiser une vieille leçon du cinéma moderne, en prélevant d’un terreau réaliste, de visages d’acteurs non professionnels et d’un mélange de dilatation et d’observation patiente la matière de fictions intrinsèquement nourries d’une vision documentaire.</p>
<p>Reste un objet qui n’épouse pas tout à fait les grandes tendances préalablement décrites : <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>. Perdue longtemps dans les limbes, la suite du <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-uno/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">film de 2018</a> – lui aussi en son temps couronné n°1 du top de <em>Critikat</em> –, entravée par les déboires financiers de Kechiche et différentes polémiques (la présentation d’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2019/mektoub-my-love-intermezzo/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Intermezzo</em></a> à Cannes, la plainte pour agression sexuelle classée sans suite à l’encontre du cinéaste), n’est pas le film le plus séduisant ou immédiatement éblouissant de son auteur. Mais il invente, au-delà des caractéristiques des méthodes de tournage de Kechiche (auxquelles son esthétique est parfois trop rapidement réduite), une logique de mise en scène qui n’appartient qu’à lui, entre jeux intertextuels parfois vertigineux (vis-à-vis de <em>Canto uno</em>, mais aussi de l’ensemble de son œuvre), sens inouï de la scène et tentative passionnante de retourner l’élan hédoniste du premier volet. En somme, les films les plus marquants de 2025 ne sont pas nécessairement ceux qui ont répondu aux attentes que l’on plaçait en eux&nbsp;; on se souviendra plutôt de ceux qui ont tracé, au sein de formes composites, une voie qui leur est propre.</p>
<h2>Classements des membres de la rédaction</h2>
<p><strong>Louise Bertin</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sinners/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sinners</em></a>&nbsp;– Ryan Coogler<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a> – Sepideh Farsi<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sorry, Baby</em></a> – Eva Victor<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Aventura</em></a> – Sophie Letourneur<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-simple-accident-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un simple accident</em></a> – Jafar Panahi<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-preuves-damour/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Des preuves d’amour</em></a> – Alice Douard<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-la-lueur-de-la-chandelle/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>À la lueur de la chandelle</em></a> – André Gil Mata<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sept promenades avec Mark Brown</em></a> – Pierre Creton et Vincent Barré<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peaches-goes-bananas/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Peaches Goes Bananas</a></em> – Marie Losier</p>
<p>Mentions spéciales : les métamorphoses des femmes dans&nbsp;<em>On Becoming a Guinea Fowl</em>&nbsp;de Rungano Nyoni, leurs déraillements dans&nbsp;<em>If I Had Legs I’d Kick You&nbsp;</em>de Mary Bronstein, leurs hésitations dans&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/materialists/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Materialists</em></a><em>&nbsp;</em>de Celine Song, et leurs flottements dans&nbsp;<em>No Sleep Till</em>&nbsp;d’Alexandra Simpson.</p>
<p><strong>Damien Bonelli</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> – Albert Serra<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eddington</a></em> – Ari Aster<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/resurrection/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em> – Bi Gan<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em> – James Mangold<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> – Johan Grimonprez<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em> – Richard Linklater<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-brutalist/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Brutalist</em></a> – Brady Corbet</p>
<p>Mentions spéciales : <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Life of Chuck</em></a> de Mike Flanagan et <em>Blue Moon</em> de Richard Linklater.</p>
<p><strong>Étienne Cimetière-Cano</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a> –&nbsp;Abdellatif Kechiche<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> –&nbsp;Johan Grimonprez<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> –&nbsp;José Luis Guerín<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> –&nbsp;Lav Diaz</p>
<p>Mentions spéciales : un plan-séquence (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em>), une longue marche en Normandie&nbsp;(<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sept promenades avec Mark Brown</em></a>), des étreintes musicales (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un parfait inconnu</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Springsteen&nbsp;:&nbsp;Deliver Me from Nowhere</em></a><em>).</em> Et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/quatre-nuits-dun-reveur/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Quatre nuits d’un rêveur</a></em>&nbsp;qui n’ont pas fini de nous tourmenter.</p>
<p><strong>Clément Colliaux</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em> – Kathryn Bigelow<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Trilogie d’Oslo </a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">(Rêves, Amour, Désir</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>)</em></a> – Dag Johan Haugerud<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un Parfait inconnu</a></em> – James Mangold<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> – Albert Serra<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mission-impossible-the-final-reckoning-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mission : Impossible — The Final Reckoning</a></em> – Christopher McQuarrie<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle vague</a></em> – Richard Linklater<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sept promenades avec Mark Brown</a></em> – Pierre Creton et Vincent Barré<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/arco/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Arco</a></em> – Ugo Bienvenu</p>
<p>Mentions spéciales : <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub my Love : Canto due</a></em>, les restaurations Claude Chabrol, première vague, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamour-quil-nous-reste-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Amour qu’il nous reste</a></em>.</p>
<p><strong>Pierre-Jean Delvolvé</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baby-invasion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Baby Invasion</a> – </em>Harmony Korine<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a> – </em>Paul Thomas Anderson<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Aventura</a></em><em> – </em>Sophie Letourneur<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/#:~:text=Dans%20la%20lign%C3%A9e%20des%20derniers,facture%20ne%20laissait%20pas%20pr%C3%A9sager." target="_blank" rel="noopener noreferrer">Bonjour la langue</a></em>&nbsp;<em> – </em>Paul Vecchiali<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-tour-de-glace/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Tour de glace</a></em> <em>– </em>Lucile Hadžihalilović<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em><em> – </em>Wang Bing<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sirāt</a> – </em>Óliver Laxe<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em>&nbsp;<em>– </em>Kathryn Bigelow<br>
10.<em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em><em> – </em> Bi Gan</p>
<p>Mentions spéciales :&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Scénarios</a></em>,&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>,&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a></em>,&nbsp;<em>Destination Finale : Bloodlines,</em>&nbsp;les visions mortifères du décevant <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avatar : De feu et de cendres</em></a>,&nbsp;l’admiration contrariée de Richard Linklater (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em>)&nbsp;et James Mangold (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em>).</p>
<p><strong>Clémence Duhornay</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a><em>&nbsp;</em>– Abdellatif Kechiche<br>
2. ex æquo <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sept promenades avec Mark Brown</a></em> – Pierre Creton et Vincent Barré et&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em> – James Mangold<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundtrack to a Coup d’État</a></em> – Johan Grimonprez<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus, le dernier tour de piste</em></a> – Carson Lund<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Phoenician Scheme</a></em> – Wes Anderson<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sorry, Baby</a></em> – Eva Victor<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cinquieme-plan-de-la-jetee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Cinquième plan de La Jetée</a></em> – Dominique Cabrera</p>
<p>Mentions spéciales : une scène de danse (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Life of Chuck</em></a>), un morceau de Sam Cook&nbsp;&amp; The Soul Stirrers (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Springsteen : Deliver Me From Nowhere</a></em>) et&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/david-lynch-a-la-galerie-duchamp-dyvetot/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Lynch, encore et toujours</a>.</p>
<p><strong>Fabrice Fuentes</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> – Albert Serra<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/chime/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Chime</em></a> – Kiyoshi Kurosawa<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Les Tourments)</em></a> – Wang Bing<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Agent secret</em></a> – Kleber Mendoça Filho<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson</p>
<p>Mention spéciale : l’ultime « <em>OK</em> » de Jean-Luc Godard dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a>.</p>
<p><strong>Bastien Gens</strong></p>
<p>1. <em>‎<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">‎</a><em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a> </em> – Pedro Pinho<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eephus, le dernier tour de piste</a> </em> – Carson Lund<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundtrack to a Coup d’État</a></em> – Johan Grimonprez<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Invasion</a></em> – Sergueï Loznitsa<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Reherseal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a> –&nbsp;Nathan Fielder<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a></em>&nbsp;– Lav Diaz<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chair-company-saison-1/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Chair Company</a></em> – Tim Robinson et Zach Kanin</p>
<p>Mentions spéciales : <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Aventura</a></em> de Sophie Letourneur, Guillaume Marbeck dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em>, Ubeimar Rios dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-poete-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un Poète</a>, </em>Mark Rylance<em>&nbsp;</em>dans<em> Wolf Hall</em>, saison 2<em>.</em></p>
<p><strong>Marin Gérard</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a></em> – Pedro Pinho<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundtrack to a Coup d’État</a></em> – Johan Grimonprez<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sirāt</a></em> – Óliver Laxe<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Aventura</a></em> – Sophie Letourneur<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a></em> – Richard Linklater<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Trilogie d’Oslo </a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">(Rêves, Amour, Désir</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>)</em></a>&nbsp;– Dag Johan Haugerud<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Phoenician Scheme</a> </em> – Wes Anderson</p>
<p>Mentions spéciales : <em>Dry Leaf</em>&nbsp;(en attendant une sortie potentielle), <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Retour au pays)</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Histoires de la bonne vallée</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehe</a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">arsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>,&nbsp;deux Hong pour le prix d’un (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ce que cette nature te dit</a></em>&nbsp;et <em>By the Stream</em>), le premier chapitre de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em>, Paul Vecchiali dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Bonjour la langue</a></em>, Maria Cavalier-Bazan dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aimer-perdre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Aimer perdre</a></em>, Tramell Tillman dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/severance-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Severa</a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/severance-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">nce</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/severance-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>.</p>
<p><strong>Ana Ilic</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> <em>Jeunesse</em> (<em>Les</em> <em>Tourments</em>)</a> – Wang Bing<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub, My Love : Canto due</a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche</em><br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tardes de soledad</a></em> — Albert Serra<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau </a></em> – Pedro Pinho</p>
<p><strong>Corentin Lê</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Retour au pays)</em></a> – Wang Bing<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Les Tourments)</em></a> – Wang Bing<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> – Lav Diaz<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> – Johan Grimonprez<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a> – Sepideh Farsi<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Voix de Hind Rajab</em></a> – Kaouther Ben Hania</p>
<p>Mentions spéciales :&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> de Nathan Fielder, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dracula-3/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Dracula</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kontinental-25/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Kontinental ’25</em></a>, <em>Beginnings</em> et <a href="http://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinema-du-reel-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sleep#2</em></a> de Radu Jude, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fantome-utile/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Fantôme utile</em></a> de Ratchapoom Boobunchachoke, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baby-invasion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Baby Invasion</em></a> d’Harmony Korine, <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/le-monde-selon-lia" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Better Mont Blanc</em></a> de Jacques Perconte, <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/le-monde-selon-lia" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mechanical Kurdes</em></a> d’Hito Steyerl, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Imago</em></a> de Déni Oumar Pitsaev et <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Echo</em></a> de Moustafa Koulab.</p>
<p><strong>Jean-Sébastien Massart</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Le Rire et le couteau</em></a> – Pedro Pinho<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouvelle Vague</a>&nbsp;</em>– Richard Linklater<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a>&nbsp;– Albert Serra<br>
5.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/evanouis/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Évanouis</em></a> – Zach Cregger<br>
6.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/together/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Together</em></a> – Michael Shanks<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/substitution-bring-her-back/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Substitution – Bring her Back</em></a> – Danny et Michael Philippou<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un parfait inconnu</em></a> – James Mangold<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/queer/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Queer</a> </em>– Lucas Guadagnino<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-petite-derniere-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Petite dernière</em></a> – Hafsia Herzi</p>
<p>Mentions spéciales : Eloy Pohu dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/enzo-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Enzo</em></a> et Idir Azougli dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/meteors-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Météors</a></em>.</p>
<p><strong>Adrien Mitterrand</strong></p>
<p>1. ex æquo&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Les Tourments)</em></a> et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Retour au pays)</em></a><em>&nbsp;</em>–<em>&nbsp;</em>Wang Bing<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> –&nbsp;Paul Thomas Anderson<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> –<em>&nbsp;</em>Nathan Fielder<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> –&nbsp;Lav Diaz<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Oui</em></a> –&nbsp;Nadav Lapid<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> –&nbsp;José Luis Guerín<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> –<em>&nbsp;</em>Albert Serra<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/exit-8-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Exit 8</em></a> –<em>&nbsp;</em>Genki Kawamura</p>
<p><strong>Luca Mongai</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a><em>&nbsp;–&nbsp;</em>Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a> </em>– Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a> </em>– Paul Thomas Anderson<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Retour au pays)</a> </em>– Wang Bing<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a> </em>– Pedro Pinho<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a>– Nathan Fielder<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Histoires de la bonne vallée</a> </em>– José Luis Guerín<br>
8. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a> –&nbsp;</em>Lav Diaz<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-feux-sauvages/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Les Feux sauvages</a> </em>– Jia Zhang-ke<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a>&nbsp;</em>– Bi Gan</p>
<p>Mentions spéciales : <em>Dry Leaf, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Put Your Soul on Your Hand and Walk</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sept promenades avec Mark Brown</a>,&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/covas-do-barroso-chronique-dune-lutte-collective/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Covas do Barroso</a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-la-lueur-de-la-chandelle/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">À la lueur de la chandelle</a>,&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">L’Invasion</a>, </em>Timothée Chalamet dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Un parfait inconnu</a></em>, Rhea Seehorn dans <em>Pluribus</em>,<em>&nbsp;</em>un visage dans l’eau rouge de<em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Oui</a>, </em>un terrain de baseball dans la nuit d’<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Eephus, le dernier tour de piste</a>.</em></p>
<p><strong>Lukas Moreau</strong></p>
<p>1. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> – Albert Serra<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/soundtrack-to-a-coup-detat/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Soundtrack to a Coup d’État</em></a> – Johan Grimonprez<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
7. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Jeunesse (Retour au pays)</em></a> – Wang Bing<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Phoenician Scheme</em></a> – Wes Anderson<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Agent secret</em></a> – Kleber Mendonça Filho<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a> – Sepideh Farsi</p>
<p>Mentions spéciales : la dernière partie de <a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Magellan</em></a> et la sublime scène du sous-marin de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mission-impossible-the-final-reckoning-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mission : Impossible – The Final Reckoning</em></a>.</p>
<p><strong>Josué Morel</strong></p>
<p>1.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Rehearsal</em>, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
2. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mektoub, My Love : Canto due</em></a>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a> – Jean-Luc Godard<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-phoenician-scheme-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Phoenician Scheme</em></a> – Wes Anderson<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a></em><em> – </em> Bi Gan<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">A House of Dynamite</a></em> – Kathryn Bigelow<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a> – Albert Serra<br>
9. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Oui</em></a> – Nadav Lapid<br>
10. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Un parfait inconnu</em></a> – James Mangold</p>
<p>Mentions spéciales : un acteur (Sean Penn) après l’autre (Benicio del Toro), Dakota Johnson (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/materialists/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>The Materialists</em></a>), deux corps qui tombent (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sirāt</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>A House of Dynamite</em></a>), <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lumiere-laventure-continue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Lumière, l’aventure continue</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/f1-le-film/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>F1 – Le film</em></a>, la première moitié d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eddington</em></a>.</p>
<p><strong>Alexandre Moussa</strong></p>
<p>1. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/baby-invasion/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Baby Invasion</a></em> – Harmony Korine<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La Trilogie d’Oslo </a><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">(Rêves, Amour, Désir</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-trilogie-doslo-reves-amour-desir/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>)</em></a>&nbsp;– Dag Johan Haugerud<br>
3. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Histoires de la bonne vallée</em></a> – José Luis Guerín<br>
4. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Life of Chuck</em></a> – Mike Flanagan<br>
5. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a></em> – Pedro Pinho<br>
6. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Une bataille après l’autre</em></a> – Paul Thomas Anderson<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sorry-baby/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Sorry, Baby</a></em> – Eva Victor<br>
8. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-soeurs/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Deux sœurs</em></a> – Mike Leigh<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ce que cette nature te dit</a></em> – Hong Sang-Soo<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/39e-entrevues-belfort/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Invention</a></em> – Courtney Stephens</p>
<p>Mentions spéciales : les spectres énervés de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fantome-utile/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Fantôme utile</a></em>, les sanglots de Paul Vecchiali (<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bonjour-la-langue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Bonjour la langue</a></em>), les déambulations cauchemardesques de&nbsp;<em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Résurrection</a>,&nbsp;</em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/exit-8-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Exit 8</em> </a>et <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/presence/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Presence</a></em>&nbsp;et un crépuscule pour des champions (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eephus-le-dernier-tour-de-piste/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Eephus</em>, <em>le dernier tour de piste</em></a>). Benicio del Toro chez les deux Anderson et&nbsp;Jessica Pennington dans <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub my Love : Canto due</a></em>.</p>
<p><strong>Robin Vaz</strong></p>
<p>1.<em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub, My Love : Canto due</a></em>&nbsp;– Abdellatif Kechiche<br>
2. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-les-tourments/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Les Tourments)</a></em> – Wang Bing<br>
3. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Rehearsal</a></em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">, saison 2</a> – Nathan Fielder<br>
4. <em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Magellan</a></em> – Lav Diaz<br>
5. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Scénarios</em></a> – Jean-Luc Godard<br>
6. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunesse (Retour au pays)</a></em> – Wang Bing<br>
7. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Une bataille après l’autre</a></em> – Paul Thomas Anderson<br>
8.&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linvasion-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>L’Invasion</em></a> – Sergueï Loznitsa<br>
9. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Histoires de la bonne vallée</a> </em> – José Luis Guerín<br>
10. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-rire-et-le-couteau-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Le Rire et le couteau</a></em> – Pedro Pinho</p>
<p>Mentions spéciales : <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tardes-de-soledad/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tardes de soledad</em></a>,&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinema-du-reel-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sleep#2</em></a> de Radu Jude, <a href="https://www.critikat.com/panorama/exposition/le-monde-selon-lia/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Better Mont Blanc</em></a> de Jacques Perconte ; un enfant avalé dans la profondeur de champ (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sirāt</em></a>), la fête (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/festa-major/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Festa Major</em></a>) et l’amitié (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Sept promenades avec Mark Brown</em></a>).</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le Maître du Kabuki</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-maitre-du-kabuki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330492</guid>

					<description><![CDATA[<p>Couvrant plusieurs décennies de la seconde moitié du XXe siècle, Le Maître du Kabuki raconte l’histoire d’une vie : celle de Kikuo, un prodige du Kabuki, cette forme théâtrale japonaise interdite aux femmes durant le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-maitre-du-kabuki/" title="Read  Le Maître du Kabuki">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Couvrant plusieurs décennies de la seconde moitié du XXe siècle, <em>Le Maître du Kabuki </em>raconte l’histoire d’une vie : celle de Kikuo, un prodige du Kabuki, cette forme théâtrale japonaise interdite aux femmes durant le XVIIIe siècle et dont les rôles féminins sont depuis, par tradition, interprétés par des hommes (appelés <em>onnagata</em>). Le&nbsp;récit épouse plus précisément la logique d’un<em> rise and fall</em> émaillé d’importantes ellipses, entre lesquelles Lee Sang-il retient les moments clefs de la trajectoire de son personnage, future star de sa discipline, mais d’origine « impure » (si l’on est normalement <em>onnagata</em> de père en fils, Kikuo est fils de yakuza). De pureté et d’impureté, il est d’ailleurs souvent question entre Kikuo et son ami/rival Shunsuke, ce dernier ayant le Kabuki « <em>dans le sang </em>», ainsi que dans la façon qu’ont les personnages d’aborder l’art du jeu théâtral. Si le héros va connaître une chute spectaculaire après des débuts en fanfare, son style reste cantonné à l’exécution rigoureuse des contorsions et des déclamations propres au Kabuki.</p>
<p>On peut alors voir, à travers les conversations sur la netteté du jeu entre Kikuo et les différentes figures tutrices qui croisent son chemin, un écho à ce que le film accomplit formellement, à savoir une exécution académique au sens premier du terme, calquée sur les modèles des maîtres. Malgré sa durée imposante, <em>Le Maître du Kabuki </em>ne suscite aucun sentiment d’ampleur ; il épouse davantage les traits d’un téléfilm de luxe qui empile les passages obligés (la scène d’enfance matricielle, l’apprentissage à la dure, la rupture entre les deux amis, les retrouvailles amères des années plus tard, etc.). Il y avait pourtant de quoi faire, entre le lyrisme exacerbé du Kabuki et la rivalité potentiellement violente qui se noue entre les deux acteurs, mais Lee Sang-il ne parvient pas à insuffler un élan à son grand récit romanesque. La faute, notamment, à un problème d’intensité dans la mise en scène : trop appliqué, le cinéaste figure les pièces, pourtant nombreuses et longuement filmées, à partir des angles les plus conventionnels qui soient. Supposée épouser une sorte d’extase en montrant Kikuo, au sommet de son art, filmé de dos et illuminé par les projecteurs, la dernière scène du <em>Maître du Kabuki </em>illustre ses automatismes : plutôt que d’en rester à une première vision un brin stylisée et éthérée, Lee Sang-il raccorde plusieurs fois avec le regard ébloui de l’acteur en gros plan, atténuant la force du plan initial, avant de rajouter une ultime réplique – « <em>C’est magnifique…</em> » – qui parachève la scène d’un trop-plein de littéralité.</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/wake-up-dead-man-une-histoire-a-couteaux-tires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Sébastien Massart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330547</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le détective Benoît Blanc (Daniel Craig) reprend son costume d’Hercule Poirot des plateformes dans Wake Up Dead Man, troisième volet de Knives out, franchise que Rian Johnson développe désormais au rythme d’un film tous les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/wake-up-dead-man-une-histoire-a-couteaux-tires/" title="Read  Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le détective Benoît Blanc (Daniel Craig) reprend son costume d’Hercule Poirot des plateformes dans <em>Wake Up Dead Man</em>, troisième volet de <em>Knives out</em>, franchise que Rian Johnson développe désormais au rythme d’un film tous les trois ans. Rien de nouveau sous le soleil&nbsp;: la comédie policière se replie sur ses bases littéraires (Edgar Poe et Agatha Christie, ouvertement cités) et son casting <em>all stars</em>, en tête duquel figurent Josh O’ Connor et Glenn Close. Tandis que le volet précédent – <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/glass-onion-une-histoire-a-couteaux-tires/" target="_blank" rel="noopener"><em>Glass Onion</em></a> – offrait, un peu à la manière de la série <em>White Lotus</em>, un portrait satirique assez réussi des nouveaux riches tuant leur ennui dans des îles privatisées dédiées à leur oisiveté, ce nouveau chapitre affiche une ambition moindre : celle de jouer avec les codes du roman gothique. Dans des décors dignes d’un film de Guillermo del Toro, un prêtre odieux, Wicks (Josh Brolin), fait régner la terreur sur une petite communauté de fidèles. Un autre pasteur, le révérend Jud (Josh O’ Connor), plus jeune et candide, découvre peu à peu les vices de Wicks, avant d’être le principal témoin de son assassinat lors d’une messe pascale.</p>
<p>Si l’enquête menée conjointement par Benoît Blanc et Jud démasque en chaque membre du troupeau une potentielle brebis galeuse, on peine à en saisir la portée exacte. S’agit-il de déplacer Tartuffe chez les évangélistes américains&nbsp;? Comme dans le premier volet de la franchise, où le personnage cubano-espagnol d’Ana de Armas apparaissait comme la grande gagnante d’une lutte d’intérêts entre bourgeois blancs, la «&nbsp;critique&nbsp;» sociale vise ici le consensus le plus plat. Les deux prêtres symbolisent deux versions opposées de la foi et il va de soi que celle qu’incarne Jud, qui préfère les groupes de parole aux sermons, est celle derrière laquelle le film se range. En occultant progressivement la part la plus trouble du personnage de Jud (qui a trouvé dans la religion un moyen de neutraliser ses mauvaises pulsions), Johnson cède à la facilité, comme si le mauvais côté de l’église ne devait être incarné que par le prêcheur corrompu (Wicks), alors que le vice peut aussi se draper derrière les meilleures intentions.</p>
<p>L’intérêt du film réside alors dans le simple jeu&nbsp;: moins celui du <em>whodunit</em> (un peu cousu de fil blanc) que celui du casting, qui semble avoir été pensé dans un esprit aussi léger et récréatif que celui de <em>Mamma mia&nbsp;!</em> Si Daniel Craig a trouvé dans le rôle de Blanc de quoi nourrir sa reconversion post-James Bond, <!-- Je gommerais ce point qui pourrait être mal perçu, car dans les deux cas, il joue des personnages homosexuels. -->les autres acteurs livrent des prestations sans invention, ni fantaisie. Josh Brolin cabotine seul sur le boulevard que lui offre son rôle de prêtre diabolique, là où Glenn Close rejoue son éternel rôle de femme sèche et machiavélique, en mode Marquise de Merteuil blafarde. Bref, on s’amuse peu dans <em>Wake Up Dead Man</em> et la mise en scène de Johnson, appliquée dans ses jeux de clairs-obscurs, ne fait que renforcer l’impression d’inanité produite par ce contenu que Netflix sort encore une fois au moment de Noël, en présupposant peut-être chez ses spectateurs une aspiration au repos mental, voire au grand vide, lors des fêtes de fin d’année. Joyeux Noël !</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — Avatar : De feu et de cendres / Mektoub my Love : Canto due</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-avatar-de-feu-et-de-cendres-mektoub-my-love-canto-due/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent d’Avatar : De feu et de cendres de James Cameron&#160;et de Mektoub my Love : Canto due...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-avatar-de-feu-et-de-cendres-mektoub-my-love-canto-due/" title="Read  L’ombre d’un doute — Avatar : De feu et de cendres / Mektoub my Love : Canto due">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, le podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Avatar : De feu et de cendres</em></a> de James Cameron&nbsp;et de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mektoub my Love : Canto due </a></em>d’Abdellatif Kechiche.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Pierre-Jean Delvolvé, Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement</strong> : Marin Gérard.</p>
<p><strong>Montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2025</p>
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		<title>The Scores (ep. 4) : Julia Tarissan</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-4-julia-tarissan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Julia Tarissan est réalisatrice, diplômée du Fresnoy. Elle réalise des courts-métrages et des clips musicaux (pour...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-4-julia-tarissan/" title="Read  The Scores (ep. 4) : Julia Tarissan">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Julia Tarissan est réalisatrice, diplômée du Fresnoy. Elle réalise des courts-métrages et des clips musicaux (pour Pablo Altar, NxxxxxS, Timothée Joly…).</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2231817335&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mise-a-mort-cerf-sacre-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>MISE À MORT DU CERF SACRÉ</em></a> BY YÓRGOS LÁNTHIMOS</b></h2>
<p><b>00′00″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>Juste un dialogue sympa. Pour donner un peu de contexte: le père (Colin Farrell) veut être sûr que son enfant (Sunny Suljic), mourant d’une maladie sortie du chapeau, n’est pas en train de lui faire une mauvaise blague.</p>
<p><em>Just a nice little dialogue. For a bit of context: the father (Colin Farrell) wants to make sure that his child (Sunny Suljic), who is dying from a completely out-of-nowhere illness, isn’t playing some kind of sick joke on him.</em></p>
<h2><b><em>JŌHATSU</em> BY ANDREAS HARTMANN &amp; ARATA MORI</b></h2>
<p><b>00′32″ ♪ Original Score by Jana Irmert &amp; Mika Takehara</b></p>
<p>Un documentaire qui suit l’entreprise des « yonige‐ya » (sociétés de « déménagement nocturne ») qui aident des Japonais.es à disparaître, après une expérience vécue ou subie où la honte sociale est insurmontable. Ensemble, ils effacent leur passé et recommencent une nouvelle vie anonymement. Ce son, c’est comme une bombe à retardement.</p>
<p><em>A documentary following yonige-ya companies («night-moving» services) that help Japanese people disappear after having lived through – or been subjected to – experiences so socially shameful they become unbearable. Together, they erase their past and start a new anonymous life. This sound feels like a ticking time bomb.</em></p>
<h2><b><em>THE WHITE LOTUS</em> BY MIKE WHITE</b></h2>
<p><b>01′14″ ♪ Original score by Cristóbal Tapia de Veer</b></p>
<p>Fun fact : Tapia de Veer voulait faire cette BO sombre et étrange, mais Mike White préférait un mood rooftop d’Ibiza. Quand le réal et la prod lui ont recalé sa version longue avec les « ooh-loo-loo-loo » des saisons précédentes, il a claqué la porte pour la saison 4. Class.</p>
<p><em>Fun fact: Tapia de Veer wanted a dark, unsettling soundtrack, while Mike White was aiming for an Ibiza rooftop vibe. When the director and producers rejected his longer version with the famous “ooh-loo-loo-loo” from previous seasons, he slammed the door and quit for season 4. So chic.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><b><em><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330699" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1.jpeg" alt width="1683" height="324" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1.jpeg 1683w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-1536x296.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/1-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1683px) 100vw, 1683px"></a>DAHOMEY</em> BY MATI DIOP</b></h2>
<p><b>02′59″ ♪ Wally Badarou — Vesuvio Solo</b></p>
<p>2021. Le film s’ouvre sur la voix d’un trésor du Bénin qui nous parle. Plus tard, on comprend que sur les milliers de trésors que la France a volés au Bénin lors des invasions coloniales, seulement 26 sont rendus. Tout au long du film, on écoute les trésors prendre la parole, avec ce ton grave, doux et englobant. C’est si touchant, et la musique renforce encore ce sentiment. Trop beau.</p>
<p><em>The film opens with the voice of a Beninese treasure speaking to us. Later, we learn that out of the thousands of artifacts stolen by France during colonial invasions, only 26 are returned. Throughout the film, the treasures themselves speak, with a deep, gentle, enveloping tone. It’s incredibly moving, and the music amplifies that feeling. So beautiful.</em></p>
<h2><b><em>GREMLINS</em> BY JOE DANTE</b></h2>
<p><b>05′39″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>La voix de Gizmo est en réalité 100% faite par un acteur : Howie Mandel, qui s’est fait connaître grâce à une blague lors d’un spectacle de stand up. Il avait mis un gant en latex sur sa tête, et soufflé dedans par le nez jusqu’à le faire gonfler comme un poulet… Tout aussi super, les effets pratiques de ce film ont été réalisés par Chris Walas et son équipe, humain.es à qui on doit aussi <i>La Mouche</i> de Cronenberg.</p>
<p><em>Gizmo’s voice is actually performed entirely by an actor: Howie Mandel, who became famous after a stand-up joke where he put a latex glove over his head and inflated it through his nose like a chicken. Just as impressive: all the practical effects in the film were created by Chris Walas and his team, who also worked on Cronenberg’s “The Fly”.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/silent-hill-le-sentiment-des-confins/" target="_blank" rel="noopener"><em>SILENT HILL</em></a> BY CHRISTOPHE GANS</b></h2>
<p><b>06′25″ ♪ Akira Yamaoka — Never Forgive me, never forget me</b></p>
<p>Akira Yamaoka est le compositeur des musiques des jeux vidéo <i>Silent Hill</i>, que Jeff Danna a enrichies pour ce film. On est coincé.es dans une boucle, comme les personnages sont coincés dans ce monde parallèle. Sinon, ce film c’est une bombe visuellement. C’est aussi incroyable que <i>Immortel, Ad vitam</i> de Enki Bilal.</p>
<p><em>Akira Yamaoka composed the music for the Silent Hill video games, which Jeff Danna expanded for the film. We’re trapped in a loop, just like the characters stuck in this parallel world. Visually, the film is like a bomb — as striking as Enki Bilal’s “Immortal, Ad Vitam”.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330700" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2.jpeg" alt width="1683" height="324" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2.jpeg 1683w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-1536x296.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/2-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1683px) 100vw, 1683px"></a>
<h2><b><em>THE ANIMATRIX: BEYOND</em> BY KŌJI MORIMOTO</b></h2>
<p><b>08′19″ ♪ Original Score by Susumu Hirasawa</b></p>
<p><i>The Animatrix,</i> c’est une série de 9 courts-métrages (réalisés par des studios japonais et américains), tous supervisés par les sœurs Wachowski. <i>Beyond</i> est le 7ème : il raconte l’histoire d’une fillette qui découvre une maison dans la matrice. Ce compositeur a aussi fait la trop jolie BO du film <i>Paprika</i> de Satoshi Kon.</p>
<p><em>“The Animatrix” is a series of nine short films (made by Japanese and American studios), all supervised by the Wachowski sisters. “Beyond” is the seventh episode and tells the story of a young girl who discovers a house inside the Matrix. The composer also created the beautiful score for Satoshi Kon’s “Paprika”.</em></p>
<h2><b><em>BLADE</em> BY STEPHEN NORRINGTON</b></h2>
<p><b>13′03″ ♪ </b><b>New Order — Confusion (1995 Pump Panel Remix)</b></p>
<p>Peut-être la scène la plus incroyable du film ? Un club rempli de vampires surex qui se reçoivent une pluie de sang en continu pendant 3 minutes. Hot.</p>
<p><em>Possibly the most incredible scene in the film: a club full of overexcited vampires getting drenched in a continuous rain of blood for three straight minutes. Hot.</em></p>
<h2><b><em>ST4R</em> BY JULIA TARISSAN</b></h2>
<p><b>16′30″ ♪ Original score by Migu</b></p>
<p>J’ai découvert la musique de Migu et cette voix angélique au Sample lors d’un concert. Ça a été une évidence: je voulais trop qu’il fasse la musique de mon film. Encore merci d’avoir dit oui et d’avoir fait de si belles choses.</p>
<p><em>I discovered migu’s music and that angelic voice at the Sample during a concert. It was obvious – I absolutely wanted him to compose the music for my film. Thanks again for saying yes and creating such beautiful work.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330701" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3.jpeg" alt width="1683" height="324" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3.jpeg 1683w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-1536x296.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/3-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1683px) 100vw, 1683px"></a>
<h2><b><em>TOP OF THE LAKE</em> BY JANE CAMPION</b></h2>
<p><b>19′03″ ♪ Mark Bradshaw — Brothel Search</b></p>
<p>J’aime comme cette musique est entrainante et mystérieuse, dans un bar jazzy et miteux. Et puis, si grave et sérieuse. Ça va super avec cette série, very <em>deep</em>, et exceptionnelle.</p>
<p><em>I love how this music is both catchy and mysterious, in a grimy jazz bar, then suddenly heavy and serious. It fits the series perfectly <i id="mwJA">–</i> very deep and absolutely exceptional.</em></p>
<h2><b><em>LE CINQUIÈME ÉLÉMENT</em> BY LUC BESSON</b></h2>
<p><b>(est accusé de viol, de VSS, et de tentatives d’abus dans un contexte de pouvoir en 2018 par plusieurs femmes)</b></p>
<p><b>21′09″ ♪ Eric Serra — Lucia di lammermoor (feat Inva Mula)</b></p>
<p>Voilà un film à travers lequel j’ai grandi et rêvé de faire des films. Je ne pourrais pas l’oublier. Mais Luc Besson, on préférerait sûrement que tu te retires par toi-même. Cette chanson <i id="mwJA">–</i> un opéra que les spectateurices et acteurices du film regardent <i id="mwJA">–</i> suspend tout : on s’arrête pour écouter et regarder, en même temps que les méchants arrivent pour voler Leloo, la « femme objet» du film, le <i>5th element</i> qui doit tous.tes nous sauver de la fin du monde.</p>
<p><em>This is a film I grew up with, one that made me dream of making movies. I could never forget it. But Luc Besson – we’d probably all prefer you step aside on your own. This song – an opera watched by both the audience and the characters – stops everything. We all pause to listen and look, while the villains arrive to kidnap Leeloo, the film’s “objectified woman,” the Fifth Element meant to save us all from the end of the world.</em></p>
<h2><b><em>EDWARD AUX MAINS D’ARGENT</em> BY TIM BURTON</b></h2>
<p><b>26′00″ ♪ Danny Elfman — The End</b></p>
<p>Mon deuxième film de chevet d’enfance. Pour la création des musiques, Tim Burton raconte qu’il montrait juste des dessins et des images à Danny Elfman pour donner des directions, et je trouve ça super. Chacun son médium. Et btw, Danny Elfman est aussi le créateur du thème des <i>Simpson</i>.</p>
<p><em>My second childhood comfort film. When creating the music, Tim Burton says he would simply show drawings and images to Danny Elfman to guide him. I love that – to each their own medium. And by the way, Danny Elfman also created “The Simpsons” theme.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330702" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4.jpeg" alt width="1684" height="323" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4.jpeg 1684w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-1024x196.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-1536x295.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/4-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1684px) 100vw, 1684px"></a>
<h2><b><em>THE LEFTOVERS</em> BY DAMON LINDELOF &amp; TOM PERROTTA</b></h2>
<p><b>30′32″ ♪ Max Richter — A Blessing</b></p>
<p>Ces deux minutes ne sont rien en comparaison du génie de cette série. Pas besoin de continuer à lire ce que je raconte: va faire des courses et installe toi confortablement pour regarder TOUS les épisodes. C’est bouleversant et sublime.</p>
<p><em>These two minutes are nothing compared to the sheer genius of this series. No need to keep reading – go grocery shopping, get comfortable, and watch every single episode. It’s devastating and sublime.</em></p>
<h2><b><em>PROMISING YOUNG WOMAN</em> BY EMERALD FENNELL</b></h2>
<p><b>32′46″ ♪ Anthony Willis — Toxic&nbsp;</b></p>
<p>Une reprise orchestrale de <i>Toxic</i> de Britney Spears pour ce revenge movie, vraiment super bien trouvé.</p>
<p><em>An orchestral cover of Britney Spears’ “Toxic” for this revenge movie – such a smart choice.</em></p>
<h2><b><em>MISE À MORT DU CERF SACRÉ</em> BY YÓRGOS LÁNTHIMOS</b></h2>
<p><b>34′35″ ♪ Ellie Goulding — Burn (Raffy Cassidy cover)</b></p>
<p>L’actrice Raffey Cassidy, adossée contre un arbre avec son ipod dans les oreilles, qui pousse la chansonnette.</p>
<p><em>Actress Raffey Cassidy leans against a tree, headphones on, quietly singing along.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330703" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5.jpeg" alt width="1684" height="323" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5.jpeg 1684w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-1024x196.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-1536x295.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/5-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1684px) 100vw, 1684px"></a>
<h2><b><em>LE LABYRINTHE DE PAN</em> BY GUILLERMO DEL TORO</b></h2>
<p><b>35′12″ ♪ Javier Navarrete — Long, Long Time Ago</b></p>
<p>Une chanson qu’on me murmure dans les oreilles, rien qu’à moi, pour me rassurer. C’est aussi bien que sucer son pouce devant ce film, avec un doudou.</p>
<p><em>A song whispered into my ear just for me, to reassure me. It’s as comforting as sucking your thumb with a stuffed toy while watching this film.</em></p>
<h2><b><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/may-december-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>MAY DECEMBER</em></a> BY TODD HAYNES</b></h2>
<p><b>37′21″ ♪ Michel Legrand — Le Messager (réarrangé par Marcelo Zarvos)</b></p>
<p>Dimanche, 22h30, France 2 : le générique de <i>Faites entrer l’accusé.</i> Moi, 10 ans, complètement happée. Comme dans l’émission, le film parle d’un fait divers et cette musique nous met en état d’alerte: on va nous raconter des choses sensationnalistes et terribles. Aujourd’hui, l’enfant victime devenu adulte, Vili Fualaau, se dit offensé par <i>May December</i>, estimant que le film exploite son histoire sans son consentement. Et je crois le comprendre.</p>
<p><em>Sunday night, 10:30 p.m., France 2: the opening theme of “Faites entrer l’accusé”. Me, ten years old, completely transfixed. Like the TV show, the film deals with a true-crime story, and this music puts us on alert: we’re about to be told something sensational and terrible. Today, the victim-turned-adult, Vili Fualaau, has said he feels offended by “May December”, believing the film exploits his story without his consent. And I understand why.</em></p>
<h2><b><em>M3GAN</em> BY GERARD JOHNSTONE</b></h2>
<p><b>39′06″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>Il fallait bien une petite page de publicité… Et c’est un film créé par la boite de James Wan, derrière<i> Conjuring, Annabelle, Saw</i> et tous les autres.</p>
<p><em>There had to be a little commercial break… And it’s a film produced by James Wan’s company, behind “The Conjuring”, “Annabelle”, “Saw”, and many others.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330704" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6.jpeg" alt width="1684" height="312" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6.jpeg 1684w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-300x56.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-1024x190.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-768x142.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-1536x285.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/6-980x182.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1684px) 100vw, 1684px"></a>
<h2><b><em>CRUEL INTENTIONS</em> BY ROGER KUMBLE</b></h2>
<p><b>39′46″ ♪ The Verve — Bitter Sweet Symphony</b></p>
<p>On était tellement cramponnées à la télé devant ce film avec ma sœur qu’une fois on l’a faite tomber sur moi. Mon bras d’enfant n’avait pas fait le poids face à cette énorme télé cathodique.</p>
<p><em>My sister and I were so glued to the TV watching this film that one day it fell on top of me. My child-sized arm didn’t stand a chance against that massive CRT television.</em></p>
<h2><b><em>WHITE GOD</em> BY KORNÉL MUNDRUZCÓ</b></h2>
<p><b>43′49″ ♪ Sound excerpt</b></p>
<p>C’est la fin: tous les animaux craquent (chiens et humains), et c’est la petite fille qui va nous calmer tout ce beau monde, avec sa trompette. C’est le film le plus triste que j’ai jamais vu. On pourrait l’utiliser pour empêcher les gens d’abandonner leur chien.</p>
<p><em>This is the end: all the animals snap (dogs and humans alike), and it’s a little girl who calms everyone down with her trumpet. It’s the saddest film I’ve ever seen. It could be used to stop people from abandoning their dogs.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330705" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7.jpeg" alt width="1493" height="343" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7.jpeg 1493w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-300x69.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-1024x235.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-768x176.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/7-980x225.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1493px) 100vw, 1493px"></a>
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		<title>Parallax — Aguirre, la colère de Dieu et Magellan</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-aguirre-la-colere-de-dieu-et-magellan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, l’expédition de Magellan de Lav Diaz rappelle celle d’Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog (1972). Magellan, le...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-aguirre-la-colere-de-dieu-et-magellan/" title="Read  Parallax — Aguirre, la colère de Dieu et Magellan">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, l’expédition de </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2025/magellan/" target="_blank" rel="noopener">Magellan</a> <em>de Lav Diaz rappelle celle d’</em>Aguirre, la colère de Dieu<em> de Werner Herzog (1972).</em></p>
<p><em>Magellan</em>, le nouveau film de Lav Diaz, s’apparente à un « anti-biopic » qui dépeint l’envers noir de la figure de l’explorateur. L’avide désir de conquête et de reconnaissance qui l’anime le rapproche de l’un des conquistadors les plus célèbres de l’histoire du cinéma : le héros d’<em>Aguirre, la colère de Dieu</em>. Réalisé en 1972, le film de Werner Herzog suit une poignée d’Espagnols dans une quête d’El Dorado vouée à l’échec. Luttes de pouvoir au sein des expéditions, enrôlement d’un aborigène nommé guide de la caravane, éprouvantes traversées en bateau ou en barque qui révèlent l’âme tourmentée du protagoniste principal… Les deux films partagent des péripéties similaires et visent l’un comme l’autre à dépasser l’iconographie romantique de « l’ailleurs » inexploré, du paradis mirifique que représenteraient les paysages d’Amérique du Sud (<em>Aguirre</em>) ou de Malaisie et des Philippines (<em>Magellan</em>).</p>
<p>Bien que Herzog verse davantage dans une forme de mysticisme – notamment au travers de la bande-originale éthérée de Popol Vuh –, les deux cinéastes portent une attention particulière aux paysages parcourus : les plans longs du cinéma de Lav Diaz, taillés pour épouser le gigantisme de la végétation environnante, laissent vibrer la nature au gré du vent et de la lumière, tandis que Werner Herzog suit ses acteurs marchant péniblement dans la jungle, les pieds dans la boue. Cette quête d’une matérialité accrue sert cependant deux horizons distincts. L’esthétique de Lav Diaz, inspirant un sentiment d’harmonie, s’accorde davantage au mode de vie des tribus locales (quasiment absentes dans <em>Aguirre</em>) qu’à l’épopée de Magellan. Chez Herzog, la caméra portée, ballotée à flanc de falaise ou sur des embarcations de fortune comme le reste du matériel acheminé par les personnages, nourrit une porosité entre le périple du récit et celui qu’aura constitué le tournage (on sait le goût du réalisateur de <em>Fitzcarraldo</em> pour les projets homériques). <em>Aguirre</em> aspire donc plutôt à un cinéma aventurier flirtant avec le documentaire.</p>
<p>Mais les films se rejoignent finalement en un point : ils s’engagent l’un comme l’autre dans une forme de duel avec leur personnage principal, ce que préfigurent leurs scènes d’ouverture respectives. Dans <em>Magellan</em>, la vie quotidienne d’une Malaisienne interrompue par l’approche, hors champ, d’Occidentaux fraîchement débarqués qui occasionne sa fuite. Ce départ du cadre augure la manière dont Magellan va s’arroger le reste du film, devenant le personnage central à la place des aborigènes. Lav Diaz expose ainsi le biais occidental par lequel s’est écrite l’histoire coloniale ; Magellan s’empare d’un récit qui ne devrait pas lui appartenir, ce que rappelle la mise en scène par son ancrage du côté des territoires colonisés. <em>Aguirre</em> débute quant à lui par plusieurs vues de la cordillère des Andes, notamment un panoramique qui suit la colonne de conquistadors et de Sherpas grimpant, le long d’une arête embrumée, jusqu’à un sommet situé aux pieds de la caméra. Si Aguirre, aveuglé par son hubris, pense à tort pouvoir triompher des éléments, cette position en surplomb adoptée par la caméra rend l’entreprise presque dérisoire. Durant un monologue où il s’autoproclame « <em>colère de Dieu</em> », Aguirre adressera d’ailleurs un regard à la caméra, comme pour défier à la fois le film, la nature environnante et le destin. Là où Lav Diaz creuse « à même le sol » une ambition historique et politique, Herzog entend quant à lui rivaliser avec les cieux pour dépeindre une lutte existentielle entre l’homme et la nature.</p>
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		<title>Life of Chuck</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:30:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Visiblement pas échaudé par l’échec de l’assez désastreux Doctor Sleep, Mike Flanagan, cinéaste souvent plus inspiré pour la télévision que pour le cinéma, repart vaillamment à l’assaut de la montagne Stephen King. Mais cette fois,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/life-of-chuck/" title="Read  Life of Chuck">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Visiblement pas échaudé par l’échec de l’assez désastreux <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/doctor-sleep/" target="_blank" rel="noopener"><em>Doctor Sleep</em></a>, Mike Flanagan, cinéaste souvent plus inspiré <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sermons-de-minuit/" target="_blank" rel="noopener">pour la télévision</a> que pour le cinéma, repart vaillamment à l’assaut de la montagne Stephen King. Mais cette fois, plutôt que de planter son piolet dans le versant horrifique célébré du romancier américain, c’est à son pan le plus fleur bleue qu’il choisit de s’attaquer. Avec cette adaptation d’une nouvelle du recueil <em>Si ça saigne </em>(2020), Flanagan met à nu la part de mélo qui irriguait ses œuvres précédentes. Avec sa voix off sirupeuse, sa structure narrative de conte et son insistance sur les grands-malheurs-et-les-petits-riens-du-quotidien, <em>Life of Chuck </em>est un film d’une sentimentalité si premier degré qu’on a l’impression que Blanche-Neige, ses sept nains et tous les lapins de la forêt nous courent après armés de gourdins gravés du mot « pleure ». Mais c’est précisément cette candeur qui permet au film de renouer avec une tradition de l’épopée familiale fantastique hollywoodienne qui irait, disons, de <em>La vie est belle </em>à <em>Family Man</em>, en passant par <em>Big</em>.</p>
<p>Le film, divisé en trois segments de longueur hétérogène, raconte une existence à rebours (ou presque), en partant de la mort d’un homme pour finir par la prédiction de celle-ci dans le grenier de sa maison d’enfance. L’intensité émotionnelle du récit tient à un procédé fort simple : le contraste permanent d’échelles, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. La première partie du film nous raconte qu’une vie qui s’éteint – même celle d’un simple comptable – implique la fin d’un monde. Situé dans un univers fictif ravagé par les catastrophes climatiques et où de mystérieux encarts publicitaires à la gloire d’un certain Chuck (Tom Hiddleston, en successeur débonnaire de Tom Hanks et James Stewart) apparaissent partout sans explication, ce segment figure, on le comprend vite, l’agonie du protagoniste comme une apocalypse. La suite du film, loin de cet horizon spectaculaire, insiste davantage sur la dimension très prosaïque, presque anecdotique, de ce qui constitue une existence : l’expérience de la perte (des parents, des grands-parents, de la maison de l’enfance) et quelques belles rencontres (avec des enseignants, des partenaires de danse, une partenaire de vie). Ce sont les derniers mots de réconfort de ceux qu’on laisse derrière soi, sur son lit de mort ; c’est la passion d’une grand-mère pour les comédies musicales ou un poème de Whitman récité dans le brouhaha par une institutrice timide ; c’est un moment d’allégresse solitaire immortalisé par une simple cicatrice. C’est infiniment peu, et ce n’est pourtant pas rien.</p>
<p>On aurait rêvé, notamment devant la séquence centrale de danse de rue – indigne des références citées par Flanagan –, que ce film ait été tourné à l’ère classique par Capra ou, aujourd’hui, par Spielberg, que ce scénario ait atterri entre les mains d’un cinéaste plus flamboyant. Mais il y a quelque chose dans la fadeur de son esthétique Netflix – avec son image brillante, ses couleurs pastel, ses fonds flous et ses figures nettes – qui fait malgré tout sens ici. N’est-elle pas la nouvelle grammaire visuelle classique, le régime d’images de nos vies minuscules, de nos dîners solitaires devant nos écrans, après de longues journées de travail, de l’oubli du monde bien réel qui s’effondre autour de nous ? En outre, si Flanagan se fait parfois trop petit devant son récit, sa mise en scène parvient malgré tout à une forme de limpidité qui rejoint son sujet en redoublant les jeux d’échelle du scénario par des plans récurrents où les personnages semblent miniatures face à des espaces immenses (un ciel étoilé, une bibliothèque surchargée, un stade vide). Dans ce numéro d’équilibrisme permanent entre <em>feel-good movie</em> et rumination sinistre sur la médiocrité de l’existence, <em>Life of Chuck</em> atteint son objectif&nbsp;: toucher droit au cœur.</p>
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		<title>L’Engloutie</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lengloutie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Daniel Akhoun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 11:29:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Louise Hémon, repérée pour ses documentaires et comme metteuse en scène de théâtre, réalise avec L’Engloutie son premier long-métrage, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes. Tout débute ici par une...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lengloutie/" title="Read  L’Engloutie">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Louise Hémon, repérée pour ses documentaires et comme metteuse en scène de théâtre, réalise avec <em>L’Engloutie </em>son premier long-métrage, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes. Tout débute ici par une friction entre deux mondes : en 1899, une jeune institutrice laïque et républicaine, Aimée (Galatea Bellugi), débarque dans un hameau inhospitalier des Hautes-Alpes pour faire l’école à une poignée d’enfants. Le film creuse son versant sociohistorique en esquissant le portrait de la petite communauté montagnarde à travers le regard de la jeune femme : Aimée, investie dans sa mission éducative, se fond peu à peu dans le groupe, assistant notamment aux veillées au coin du feu, où l’on écoute les récits légendaires et superstitieux des anciens. Une nuit de fête, elle séduit un jeune homme dont la disparition, qui reste hors champ, marque un tournant dramaturgique. Les jolis plans pris dans le blizzard, que la cinéaste multiplie avec une pointe de complaisance, ne laissent presque aucun doute quant au sort tragique du personnage (dont on suppose que le corps devrait réapparaître au printemps), mais l’incertitude entretenue sur les causes de sa volatilisation encourage simultanément l’excommunication de la jeune femme (les soupçons se portent petit à petit sur elle) et le basculement du récit.</p>
<p>Dans la deuxième partie du film, Aimée se retrouve submergée par ce que l’on comprend être des phénomènes pulsionnels en rapport avec la vallée : les soirs d’avalanche, marqués par des pics de libido, deviennent pour elle la caisse de résonance de ses émois charnels. Par cette manière de lier les forces de la nature à l’intériorité du personnage, Louise Hémon installe – sans jamais l’explorer tout à fait – la dimension fantastique et horrifique de son film. Tout en conservant une part d’étrangeté, cette incarnation du désir féminin s’égare hélas dans une forme trop scindée entre sa veine documentaire et les accents irrationnels du conte. En jouant dans sa seconde partie sur plusieurs tableaux à la fois (fantastiques, sentimentaux et féministes), le film finit même par verser dans une sursignification en contradiction avec son apparent mystère (Aimée devient, <em>in fine</em>, une sorte de veuve noire sévissant dans les parages, figure diamétralement opposée à celle de l’institutrice bienfaitrice qu’elle incarnait à son arrivée). <em>L’Engloutie </em>séduit davantage dans ses premières scènes par le sérieux avec lequel il se frottait à la matérialité de son environnement âpre et ancestral, de l’observation des coutumes villageoises à la restitution du dialecte vivaro-alpin. Se détachent ainsi quelques séquences de reconstitution paysanne, comme celle où la caméra capte, dans un clair-obscur, le « faire gauchette », sorte de jeu où l’on mange un morceau de pain trempé dans de la gnôle et qui est ensuite enflammé. Le film n’est jamais meilleur que lorsqu’il s’en tient à cette sécheresse documentaire, qui joue notamment d’un contraste entre l’aveuglante blancheur des jours et la sous-exposition des plans nocturnes. Dommage toutefois qu’il se détourne de cette veine pour privilégier un imaginaire au symbolisme appuyé.</p>
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		<item>
		<title>Ciné-club Critikat : Starting Over</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-starting-over/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Dec 2025 11:06:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En amont de la sortie de Ella McCay, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 29 décembre à 20h aux 3 Luxembourg&#160;pour découvrir un film méconnu écrit et produit par James L. Brooks :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-starting-over/" title="Read  Ciné-club Critikat : Starting Over">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En amont de la sortie de <em>Ella McCay</em>, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2195041-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 29 décembre à 20h aux 3 Luxembourg</a>&nbsp;pour découvrir un film méconnu écrit et produit par James L. Brooks : <em>Starting Over </em>(<em>Merci d’avoir été ma femme</em>) de Alan J. Pakula.&nbsp;La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-330526 size-large aligncenter" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/Cine-club-Starting-Over-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<item>
		<title>Avatar : De feu et de cendres</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 14:00:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et maintenant&#160;? C’est la question que l’on se posait au sortir de La Voie de l’eau. Si le film était très beau, il laissait peu de perspectives pour imaginer le futur de la franchise Avatar,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/" title="Read  Avatar : De feu et de cendres">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Et maintenant&nbsp;? C’est la question que l’on se posait au sortir de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-la-voie-de-leau/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Voie de l’eau</em></a>. Si le film était très beau, il laissait peu de perspectives pour imaginer le futur de la franchise <em>Avatar</em>, animé par le désir prégnant (du moins dans les deux précédents volets) de toucher du doigt le ravissement d’une première fois. Le film s’achevait d’ailleurs sur une note ambivalente, entre un rejeu légèrement décevant du dernier plan <a href="https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/que-reste-t-il-davatar/" target="_blank" rel="noopener">du <em>Avatar</em> originel</a> (une paire d’yeux fixant la caméra en même temps qu’elle s’ouvrait au monde) et une communion poignante de Sully avec son fils aîné mort au combat. <em>De feu et de cendres</em> commence là où le précédent volet s’éteignait : moins dans la célébration hédoniste d’une jouissance à vivre sur Pandora que dans une version alternative de la planète semblable à des limbes, où vivants et morts peuvent momentanément se retrouver. C’est l’heure du deuil. Point de départ passionnant : Cameron aurait pu acter que l’innocence était pour de bon finie ; qu’il lui faudrait désormais abandonner la plénitude des commencements recommencés pour embrasser un sentiment nouveau, celui d’une perdition. Dans un premier temps, sa mise en scène ordinairement très nette ne s’attelle pas à magnifier la flore extraterrestre, mais plutôt à déchirer les plans par des changements de focale heurtés, mesurant la distance qui se creuse entre les personnages. Sully se tait, quand Neytiri sombre dans un mélange de tristesse aiguë et de névrose raciste à l’égard des humains, responsables de la mort de son enfant.</p>
<p>Sauf que, évidemment, ce film-là n’est pas possible, pour des raisons à la fois économiques – imagine-t-on Disney sortir un film de deuil de 3h17 destiné à rapporter au moins deux milliards de dollars ? –, et liées à la nature même de la saga, qui n’a jamais réellement reposé sur les aventures de Sully et de ses amis. <em>Avatar</em> est à ce titre une franchise curieuse&nbsp;: son potentiel d’attraction ne repose pas sur son «&nbsp;univers&nbsp;» (à l’inverse, disons, de <em>Star Wars</em> ou d’<em>Harry Potter</em>) ni sur ses personnages, mais sur une promesse d’inédit technique (la 3D en 2009, le&nbsp;HFR en 2023) et de grand spectacle orchestré par un spécialiste de la question. Sur ce point, force est de constater que <em>De feu et de cendres </em>est le premier <em>Avatar</em> qui ne marque aucun renouveau technologique ; il témoigne même d’une certaine régression, ou du moins amplifie une limite de <em>La Voie de l’eau</em>&nbsp;: son usage du HFR variable (oscillant entre 24, 48 et 60 images par seconde). Si le deuxième volet affichait en la matière quelques bizarreries de montage – au cœur d’une même scène d’action, le nombre d’images repassait parfois à 24 par seconde sans que l’on comprenne pourquoi –, il faisait aussi de ce dispositif élastique le ferment d’un véritable vertige, le décuplement des <em>frames</em> ayant valeur de traversée du miroir vers un autre rapport sensoriel au monde – cf. la première plongée sous-marine. Mais ici, il n’y a pas une scène, pas un plan où les oscillations du HFR ouvrent sur une idée proprement formelle ; pire, le retour ponctuel aux 24 images par seconde produit la sensation d’une pénible saccade. Cette impression d’un montage brouillon, on la sent aussi plus largement à l’échelle du récit et du grand assemblage qu’il opère&nbsp;: jamais un film de Cameron n’avait paru à ce point avancer laborieusement, dans un éclatement de lignes narratives qui rapproche ce nouvel <em>Avatar</em> du tout-venant du blockbuster hollywoodien, contaminé par le modèle du montage alterné fixé par <em>Le Seigneur des anneaux</em> de Peter Jackson et l’influence de l’écriture sérielle.</p>
<h2>Sur les cendres du blockbuster numérique</h2>
<p>Que raconte donc ce troisième <em>Avatar</em>, puisqu’il n’est pas le récit d’un deuil, ni d’un recommencement&nbsp;? Là où <em>La Voie de l’eau</em> ambitionnait à peine tacitement de <em>remaker</em> le premier volet en mieux, <em>De feu et de cendres</em> essaie quant à lui de refaire <em>La Voie de l’eau</em>. Et quand on dit refaire, c’est refaire en moins bien, en multipliant des micro-scènes filmées à l’identique (l’incendie d’un village, la chasse au tulkun, une attaque de monstres sous-marins, etc.) et des blocs entiers&nbsp;; l’affrontement final, décalque pas très inspiré de celui du précédent volet. Les nouveautés sont rares&nbsp;: une belle bataille aérienne inspirée de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mad-max-fury-road/" target="_blank" rel="noopener"><em>Mad Max&nbsp;: Fury Road</em></a> où la mise en scène de Cameron s’amuse d’un foisonnement de matières, une tribu belliqueuse de Na’vis continuant de tisser (mais cette fois de manière soulignée) des liens entre Pandora et l’héritage du western… et c’est à peu près tout. On s’en moquerait si le film creusait un sillon singulier, car la force d’un metteur en scène ne réside pas dans son imaginaire, en particulier pour Cameron<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330328_470('footnote_plugin_reference_330328_470_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330328_470('footnote_plugin_reference_330328_470_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330328_470_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330328_470_1" class="footnote_tooltip">C’est malheureux à dire, mais la fadeur de ce troisième volet ne fait que rendre plus saillantes les faiblesses de l’imaginaire d’<em>Avatar</em>, allègrement ciblées par les détracteurs de Cameron lors de la sortie de <em>La Voie de l’eau</em>&nbsp;: tropisme pour les bidasses, familialisme un peu lourdingue, etc. On peut toujours considérer ces éléments comme secondaires dans le ratage du film, mais la mise en scène ne les contrebalance plus.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330328_470_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330328_470_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a>, mais dans son écriture. Il y a par exemple un monde entre les nouvelles de Lovecraft et celles des auteurs qui ont décidé de prolonger sa mythologie&nbsp;; un monde qui s’appelle le style. On l’écrit dès lors avec beaucoup de tristesse&nbsp;: <em>De feu et de cendres</em> laisse entrevoir à quoi ressemblerait un <em>Avatar</em> réalisé par quelqu’un d’autre que James Cameron. Ou pour aller plus loin encore&nbsp;: par un maître d’œuvre plutôt que par un cinéaste.</p>
<p>Cette fois, Cameron s’est donc planté. Et avec son échec, c’est un constat, pas moins triste, qui s’affirme : la fin d’un certain âge d’or du blockbuster numérique, envisagé comme un terrain de jeu pour investir les possibilités offertes par de nouveaux outils. Ce champ du cinéma hollywoodien était déjà quasi mort depuis la fin des années 2010&nbsp;; on sait maintenant que <em>La Voie de l’eau</em>, plutôt que la promesse d’un renouveau, tenait davantage du chant du cygne. Quant à Cameron, on lui souhaite de passer à autre chose, tant il paraît clair que Pandora ne le stimule plus beaucoup. <em>De feu et de cendres</em> a beau s’achever sur la célébration des deux corps les plus mutants du récit, vaisseaux d’un transhumanisme reconfiguré, il s’agit de son ouvrage le plus générique. Un adjectif qu’on n’aurait jamais pensé accoler un jour à un film de James Cameron.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330328_470();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330328_470();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330328_470">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330328_470" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330328_470('footnote_plugin_tooltip_330328_470_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330328_470_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C’est malheureux à dire, mais la fadeur de ce troisième volet ne fait que rendre plus saillantes les faiblesses de l’imaginaire d’<em>Avatar</em>, allègrement ciblées par les détracteurs de Cameron lors de la sortie de <em>La Voie de l’eau</em>&nbsp;: tropisme pour les bidasses, familialisme un peu lourdingue, etc. On peut toujours considérer ces éléments comme secondaires dans le ratage du film, mais la mise en scène ne les contrebalance plus.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330328_470() { jQuery('#footnote_references_container_330328_470').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330328_470').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330328_470() { jQuery('#footnote_references_container_330328_470').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330328_470').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330328_470() { if (jQuery('#footnote_references_container_330328_470').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330328_470(); } else { footnote_collapse_reference_container_330328_470(); } } function footnote_moveToReference_330328_470(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330328_470(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330328_470(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330328_470(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/avatar-de-feu-et-de-cendres/">Avatar : De feu et de cendres</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Boys in the Band – Mysterious Skin</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/" title="Read  Boys in the Band – Mysterious Skin">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images. Ce mois-ci&nbsp;: </em>Mysterious Skin<em> et la mise en scène des traumatismes sexuels.</em></p>
<p>Dans <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/" target="_blank" rel="noopener">ma chronique précédente</a>, je n’ai sans doute pas tout dit sur ma mère, mais j’en ai certainement dit trop peu sur <em>Mysterious Skin</em> de Gregg Araki, un film passionnant à de nombreux égards. Avant de rédiger ce texte, j’envisageais de m’intéresser à une autre thématique&nbsp;: celle de la mise en scène explicite des violences sexuelles dans le cinéma <em>queer</em>, une question autour de laquelle je tourne depuis un certain temps dans l’exercice de mon métier d’enseignant. L’idée m’en est venue, il me semble, à une projection de <em>La Piel que habito </em>de Pedro Almodóvar que j’organisais à Poitiers. Une fois la lumière rallumée dans la salle, j’ai lu avec désarroi l’expression de choc sur les visages de mes étudiant·es venu·es assister à la séance. Ces dernières années, la sensibilité très vive des jeunes cinéphiles à la représentation cinématographique des violences sexistes et sexuelles m’a fait réaliser que, sans que j’en aie conscience, cet enjeu revenait très régulièrement dans les exemples que j’utilisais dans le cadre de mes cours ou dans les films que je programmais dans mon ciné-club. Chaque fois, c’était le silence embarrassé de la salle, les yeux baissés, les rictus crispés qui me faisaient réaliser, après-coup, ce que les œuvres que j’avais choisies de montrer pouvaient avoir de dérangeant. De nombreux films <em>queer </em>que j’ai souhaité leur faire découvrir, tels que <em>Female Trouble </em>de John Waters, <em>Nowhere </em>de Gregg Araki ou <em>Poison </em>de Todd Haynes ont en commun de mettre en scène des viols et des agressions corporelles de manière explicite (et parfois sur un mode ironique) –&nbsp;ce sont des images difficiles à digérer pour une génération biberonnée à <a href="https://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=28225.html" target="_blank" rel="noopener"><em>Heartstopper</em></a><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_472_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_1" class="footnote_tooltip">Une série Netflix adaptée d’une BD elle-même très populaire.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_472_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, pour qui le terme <em>queer </em>rime avec bienveillance et inclusivité. Dans nos échanges, je les ai souvent senti·es mal à l’aise dès lors que des comportements problématiques étaient représentés à l’écran&nbsp;; en particulier lorsqu’ils l’étaient d’une manière qui leur semblait trop explicite ou ambigüe. Le soir de cette projection, la discussion passionnante qui a suivi le visionnage m’a cependant amené à formuler l’hypothèse que la monstration explicite du viol dans <em>La Piel que habito </em>me semblait en réalité moins problématique et hypocrite que son escamotage dans <em>Parle avec elle</em>, que j’avais revu quelques mois plus tôt avec une certaine gêne. Sous couvert de neutralité, l’ellipse du viol procédait en l’occurrence d’une édulcoration davantage complaisante que la violence glaçante de <em>La Piel que habito</em> qui, à sa manière, me paraissait plus morale dans sa façon de positionner le spectateur par rapport aux événements représentés.</p>
<p>Ni <em>Parle avec elle</em>, ni <em>La Piel que habito</em> ne pouvant tout à fait être considérés comme des films gais ou <em>queer</em>, j’en reviens à <em>Mysterious Skin</em> qui constitue à mes yeux un modèle de prise en charge cinématographique du motif des violences sexuelles, dans sa façon de tresser l’implicite et l’explicite d’une manière qui ne nie pas les aspects ambivalents des expériences traumatiques. Le film me touche particulièrement par la manière très fine et complexe dont il parvient à se placer par rapport au défi quasiment insurmontable posé par sa thématique. La qualité irreprésentable de la violence pédophile soulève en effet de nombreuses difficultés : l’évidente impossibilité de reconstituer l’acte devant la caméra, le risque de basculer dans le voyeurisme ou le sensationnalisme en cédant au spectaculaire, et le danger équivalent d’une euphémisation qui pourrait en édulcorer la violence pour les spectateur·rices. <em>Mysterious Skin </em>atteint une forme d’équilibre idéal au sens où 1) il laisse le spectateur libre en lui donnant à voir et à entendre des points de vue contradictoires sur les mêmes événements&nbsp;; 2) en même temps, il se positionne <em>réellement</em> par rapport à son sujet, c’est-à-dire que, contrairement à <em>Parle avec elle</em>, il ne feint pas l’objectivité et la distance pour mettre les problèmes sous le tapis. En témoigne la première scène d’agression de Neil enfant (Chase Ellison) par son coach Heider (Bill Sage), que Neil adulte (Joseph Gordon Levitt) raconte une quinzaine de minutes après le début du film. L’ensemble des choix formels opérés participe d’une complexité de la représentation : l’agression, sans être explicitement montrée, est suggérée sans ambiguïté de manière à susciter le malaise chez celui ou celle qui regarde ; le spectateur se retrouve à la fois à la place de la victime et confronté à la complexité de ses affects face à l’événement.</p>
<p>La séquence, découpée en trois temps, procède d’une logique de glissement, qui témoigne de façon très juste du mécanisme de prédation pédophile. Au départ, les rapports entre Neil et son entraîneur sont placés sous le signe de l’innocence et du jeu – même si le spectateur, contrairement au petit garçon, n’est pas dupe des intentions de l’homme. Neil et Heider s’engouffrent dans la maison de ce dernier, plongée dans une pénombre bleutée à la lisière du surnaturel<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_472_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_2" class="footnote_tooltip">C’est d’ailleurs cette lumière bleue qui fera envisager à Brian, le camarade de Neil, qu’il a été kidnappé par des extraterrestres.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_472_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, tandis que le coach félicite Neil pour sa performance au match du soir. Il allume l’éclairage du salon, baignant l’espace dans une lumière chaude et accueillante. Neil, filmé en plan rapproché, s’installe dans un pouf où il est rejoint par son coach : ce dernier se place au même niveau que l’enfant, se comportant comme s’ils étaient égaux. Il est excité de lui montrer les polaroïds qu’ils ont pris lors de la précédente visite du garçon. Une première rupture est marquée lorsque, dans une série d’inserts sur l’album rempli de photographies de Neil, retentissent quelques notes de synthé qui viennent troubler l’espace sonore. Une deuxième survient dans un insert encore plus rapproché sur l’index du coach qui désigne une photographie de l’album : celle sur laquelle, précisément, il a enfoncé son doigt dans la bouche de Neil, une image dont le spectateur perçoit immédiatement l’aspect obscène. Le coach contredit Neil, qui se trouve<em> «&nbsp;l’air stupide</em> » : son doigt caresse la photographie tandis qu’il ajoute : « <em>Tu as l’air parfait… Ton expression… Comme si tu faisais un rêve merveilleux…&nbsp;</em>». De retour au plan d’ensemble, le coach caresse la cuisse de l’enfant, en lui susurrant qu’il a pensé à lui toute la semaine, mais Neil, gêné, l’interrompt en prétextant qu’il a faim.</p>
<p>La séquence se poursuit dans la cuisine où l’homme ouvre un placard rempli de friandises : Neil choisit une marque de céréales que sa mère n’a pas les moyens de lui offrir. À nouveau, ce passage est marqué par plusieurs ruptures de ton. Lorsque Neil répand par mégarde le contenu d’un paquet de céréales et lâche un juron (<em>«&nbsp;Shit&nbsp;»</em>), il guette la réprimande d’un air inquiet, mais le coach se contente de déposer son index (encore !) sur les lèvres de l’enfant gêné. L’homme se déride aussitôt, commençant à son tour à éventrer les paquets de céréales et à en répandre le contenu dans les airs en riant aux éclats, bientôt accompagné par le petit garçon. Une nouvelle cassure intervient lorsque le sourire de l’homme s’efface brusquement de son visage : Neil, en contrechamp, baisse les yeux d’un air gêné vers la nourriture renversée au sol, tandis que la musique d’Harold Budd qui accompagnait le jeu sur un mode onirique s’interrompt soudain, sur une note légèrement dissonante. Neil lève à nouveau les yeux : va-t-il être puni ? C’est sur la flatterie (les compliments sur le match), la complicité (la consultation de l’album, le jeu), la récompense (les céréales), la honte et la culpabilité (la « bêtise » commise dans la cuisine) que s’est construite la possibilité de l’agression.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330424 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" alt width="1892" height="707" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg 1892w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-300x112.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-1024x383.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-768x287.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-1536x574.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-1-980x366.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1892px) 100vw, 1892px"></a>
<p>À partir de ce moment-là, le découpage sépare systématiquement les corps des deux protagonistes. C’est évidemment une nécessité&nbsp;: la scène serait <em>infilmable </em>autrement, en tout cas sans traumatiser le jeune comédien. Araki alterne d’abord entre un plan rapproché poitrine sur le petit Neil, visiblement mal à l’aise, filmé à hauteur de l’enfant et d’un point de vue neutre (la caméra est installée <em>à côté </em>du coach et non à sa place) et le gros plan sur le visage du prédateur, pour le coup filmé du point de vue subjectif de Neil (en témoigne l’usage de la contreplongée et le regard caméra de Bill Sage). Une série de raccords mouvement vient ensuite figurer le <em>rapprochement </em>(<em>he makes a move, </em>littéralement) du pédophile : 1) Il se penche en avant, son visage emplissant le cadre au moment où il déclare : « <em>Tu me plais, Neil&nbsp;; tu me plais tellement…</em>&nbsp;» / Sa main couche l’enfant sur le sol jonché de céréales 2) Il s’avance à nouveau en disant «&nbsp;<em>Quand j’aime vraiment quelqu’un…&nbsp;»</em> / Il pose sa tête sur le torse de l’enfant (vraisemblablement un mannequin ou une doublure) (<em>«&nbsp;J’ai une manière de leur monter ce que je ressens.&nbsp;»</em>). L’index du coach refait son apparition, cette fois posé sur ses propres lèvres&nbsp;: il scelle la prison du secret («&nbsp;<em>Il n’y a rien de mal à embrasser quelqu’un de cette manière, ne laisse personne te dire que c’est mal&nbsp;»</em>), débouchant sur un dernier mouvement en avant, son visage occultant progressivement l’ensemble du champ, un plan suivi de quelques secondes de noir. Tout le long du film, le montage ménagera de telles béances : ces écrans noirs sont autant un voile pudique sur le viol qui ne peut être mis en scène que la figuration littérale du trauma, qu’il s’agisse de l’amnésie de Brian ou du déni de Neil.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330425 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" alt width="1897" height="1077" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg 1897w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-300x170.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-1024x581.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-768x436.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-1536x872.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-2-980x556.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1897px) 100vw, 1897px"></a>
<p>Le gros plan sur le visage du coach est particulièrement ambivalent, parce qu’il le met en valeur. Plus tôt dans le film, Neil adulte décrit leur rencontre en ces termes&nbsp;: «&nbsp;<em>Le désir s’est abattu sur moi comme un coup de massue. Il ressemblait aux garde-côtes, aux cowboys et aux pompiers que je voyais dans les magazines </em>Playgirl<em> que ma mère cachait sous son lit.</em>&nbsp;» Et la mise en scène, au diapason, joue de toute la grammaire de la fascination visuelle&nbsp;: plan iconique de Heider qui se retourne et ôte ses lunettes de soleil, succession d’inserts de photographies de <em>beefcakes</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_472_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_3" class="footnote_tooltip">Le terme désigne l’équivalent masculin des <em>pin-ups&nbsp;</em>: ces modèles masculins posant torse nu, dont les photographies sont devenues populaires à partir des années 1950.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_472_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> moustachus de magazines érotiques, course au ralenti du coach, contrechamps sur le visage éberlué du petit Neil avec une variation de focale traduisant son vertige… Que cet enfant de huit ans puisse être fasciné, voire authentiquement troublé par son coach, met nécessairement mal à l’aise le spectateur. Il n’y a pourtant rien de choquant là-dedans : les premiers émois adviennent effectivement à ce moment-là. Mais le désir naissant d’un enfant pour un adulte n’est jamais un désir de passer à l’acte et un enfant est évidemment incapable de consentir à quoi que ce soit auprès d’un adulte. C’est précisément le mélange d’affection et de désir que Neil éprouve pour Heider qui constituera ensuite les barreaux de sa prison de déni. Et le film, contrairement au personnage, n’en est pas dupe. Formellement, l’iconisation du coach est constamment contredite par d’autres aspects de la mise en scène d’Araki : non seulement par l’utilisation inquiétante de la musique, comme je l’ai déjà noté, mais surtout par l’insertion, au milieu des images que j’ai décrites plus haut, d’une série de plans en plongée de Neil tremblant de terreur, les yeux tantôt fermés, tantôt écarquillés d’horreur, la bouche tordue par le malaise, laissant échapper des gémissements déchirants. Après le viol, tandis que le coach tente d’imposer par la parole sa version des événements (« <em>Tu as aimé, c’est OK que tu aies aimé, tout ira bien</em>&nbsp;»), la prostration initiale de Chase Ellison, puis son regard caméra, contredisent les propos de ce dernier&nbsp;: son expression impavide témoigne sans un mot d’une sidération dévastée. «&nbsp;<em>On aurait dit que ton visage avait été effacé</em>&nbsp;» dira Neil avec lucidité à Brian (Brady Corbet) à la fin du film en lui faisant le récit de son agression. La version des événements qui nous est livrée par Neil adulte est ainsi désignée comme celle de l’agresseur, qui recouvre en partie le traumatisme de l’enfant pourtant attesté par les images. La clarté de la position d’Araki est perceptible dans la suite du film, l’idéalisation par Neil de son «&nbsp;histoire&nbsp;» avec Heider trouvant sans cesse des contrepoints, notamment dans les plans de réaction effarés de ses amis Eric (Jeff Licon) et Wendy (Michelle Trachtenberg) et dans la remarque définitive de cette dernière lorsqu’il exprime une énième fois sa nostalgie pour l’homme qu’il n’a jamais oublié&nbsp;: «&nbsp;<em>Neil… tu avais huit ans.</em>&nbsp;»</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330426 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3.jpg" alt width="1883" height="351" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3.jpg 1883w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-300x56.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-1024x191.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-768x143.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-1536x286.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/12/MYSTERIOUS-SKIN-3-980x183.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1883px) 100vw, 1883px"></a>
<p>Ce que Brian (qui croit qu’il a été enlevé par des extraterrestres) et Neil (qui pense avoir vécu une histoire d’amour consentante avec Heider) ont refoulé, et que le film a pudiquement éclipsé, finit cependant par refaire surface avec une violence inouïe au fil des scènes dans lesquelles Neil se prostitue, en particulier dans la dernière d’entre elles où un client sadique (moustachu, comme le coach) brutalise et viole le jeune homme. C’est une séquence qui vise ostensiblement à choquer : le montage saccadé prolonge les « <em>Slut&nbsp;!</em>&nbsp;» éructés avec véhémence par le client, ses mouvements de bassin et ses coups répétés sur la tête de Neil, qui commence à saigner et perd connaissance. Après un nouveau fondu au noir, nous retrouvons Neil en très gros plan, le visage baigné de sang, appelant sa mère à l’aide. À ce moment-là du film, cette violence explicite est une nécessité narrative&nbsp;: c’est un <em>wake-up call </em>pour Neil après trois premiers rappels<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_330422_472('footnote_plugin_reference_330422_472_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330422_472_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_4" class="footnote_tooltip">Le premier client de Neil lui annonce après la passe qu’il n’a pas mis de préservatif, le second l’oblige à en mettre un, le dernier est malade du Sida et lui demande simplement de le caresser le dos pendant qu’il gémit de plaisir d’être touché.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330422_472_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330422_472_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> que sa pulsion d’autodestruction risque de lui coûter la vie. Mais elle a par ailleurs une autre visée&nbsp;: elle vient, tardivement, mettre en images ce qui n’était pas représentable. Le film a <em>besoin </em>de cette scène pour appeler un chat un chat, pour confronter le spectateur à la violence réelle de l’abus et dessiller le protagoniste, pour lui permettre à son tour d’éclairer son ancien camarade. Non seulement ce viol est la conséquence de l’agression inaugurale, mais il est en même temps sa répétition, et ce qui la dévoile comme telle aux yeux du protagoniste. Le monologue final de Neil achèvera de rendre visibles, par la crudité glaçante de ses mots, ces images manquantes, dont certains fragments émergent soudain en guise de contrechamp aux images idéalisées du début du film (le coach de dos, en sueur, haletant comme un goret, tandis que Neil raconte en off comment il lui imposait des défis sexuels contre de l’argent). L’ellipse était indispensable : tout ne pouvait être montré. Mais il fallait aussi que le film sorte à un moment de sa gangue cotonneuse pour mettre à nu la violence de ce qui avait jusqu’alors été laissé hors-champ.</p>
<p>J’imagine que l’on pourrait reprocher à Araki de prolonger des amalgames entre pédophilie et homosexualité, ou entre trauma et travail du sexe ; qu’on pourrait lui en vouloir de donner une « mauvaise image » de la communauté gay. On pourrait aussi dire que Neil est une « mauvaise victime » : il se présente comme un demi-sociopathe dénué d’empathie, qui exprime son désir et son amour intacts pour celui ayant abusé de lui et cherche désespérément son image chez les hommes qu’il fréquente à l’âge adulte. Le film, par conséquent, proposerait un mauvais « modèle », voire, en relayant sa perspective, glamouriserait la pédophilie. Pour les raisons que je viens d’exposer, il me semble que la mise en scène d’Araki dessine au contraire une frontière nette entre le point de vue exprimé par Neil et le point de vue du film lui-même.</p>
<p>On a toujours envie de trouver des solutions simples à des problèmes complexes&nbsp;; on a toujours envie de représentations auxquelles s’identifier, qui nous rassurent et nous confortent dans l’idée que nous avons de ce qui est juste, de ce qui est bon. B. Ruby Rich rappelle dans sa collection d’essais <em>New Queer Cinema&nbsp;: The Director’s Cut</em>, que les festivalier·es LGBT+ des années 1990 ont souvent été rebutés par les représentations négatives que le <em>New Queer Cinema </em>proposait des gays et des lesbiennes dans un désir assumé de transgression, dans un contexte de crise du SIDA où ces populations étaient particulièrement stigmatisées. Ses figures de criminel·les, de hors-la-loi, de violeurs étaient un cri de rage contre le <em>statu quo</em>, mais elles donnaient une mauvaise image de la communauté – ou en tout cas, elles ne fonctionnaient guère comme supports d’identification. Ces publics leur préféraient les représentations inoffensives de comédies romantiques consensuelles qui leur promettaient des <em>happy ends </em>hollywoodiens. Par ailleurs, comme le formule David Halperin dans <em>L’Art d’être gay</em>, les politiques d’identité –&nbsp;aussi nécessaires soient-elles&nbsp;– se font parfois au prix de l’expression de la subjectivité des individus. Il fallait faire front, montrer que les pédés étaient en fait des hétéros comme les autres et montrer par là qu’on méritait les mêmes droits&nbsp;; et le cinéma gay de l’après-Stonewall a joué son rôle dans cette entreprise de légitimation. Mais cette volonté de normalisation nécessite d’escamoter ce qui singularise, ce qui gêne, ce qui offense – quand bien même il existe. On peut aisément prolonger cette réflexion à l’enjeu des violences sexistes et sexuelles&nbsp;: sur ces sujets, il y a des expériences que l’on n’a pas envie de voir représentées parce qu’elles débordent le cadre de ce que l’on considère comme la manière correcte d’agir, de réagir ou de parler. Pourtant ces expériences ont bien été vécues. Je ne suis pas certain que les représentations édifiantes et exemplaires aident à vivre&nbsp;; en ce qui me concerne, en tout cas, elles m’ont rarement aidé, peut-être parce que je n’ai jamais pensé que le cinéma avait vocation à nous présenter des modèles de comportement adéquats. J’attends plutôt de lui qu’il m’aide à faire sens de mon existence et de celle des autres. <em>Mysterious Skin </em>tend sans doute un miroir dérangeant ou déplaisant aux victimes d’abus, mais elles peuvent peut-être y distinguer un reflet plus proche de ce qu’elles ont effectivement vécu.</p>
<p>J’en reviens à la question esquissée dans l’ouverture de ce texte, qui excède l’analyse du film lui-même&nbsp;: peut-on montrer un film aussi choquant et potentiellement «&nbsp;<em>triggering&nbsp;</em>» pour certains publics&nbsp;?&nbsp;En classe, où les étudiant·es n’ont au fond <em>pas le choix </em>de visionner ou non ce que je leur donne à voir, j’ai dorénavant tendance à les prévenir en amont qu’une œuvre au programme risque de les choquer et à leur préciser pour quelles raisons ; libre à elles et eux de ne pas visionner l’œuvre ou de s’absenter le jour J – l’évaluation ne portera pas dessus. En ce qui concerne les films que je programme en salles, je n’ai en revanche aucun scrupule à montrer ce que bon me semble. À partir du moment où j’entre dans une salle de cinéma – d’autant plus si le film est classé interdit aux moins de 12 ou 16 ans –, je signe une forme de contrat implicite : j’accepte qu’une œuvre puisse me choquer, me bouleverser, m’indigner, bref, qu’elle puisse me transformer. Je ne crois pas que l’on puisse tenir un film que l’on a choisi de voir responsable de l’effet qu’il nous fait ; comme le formule avec humour l’une de mes collègues préférées : « <em>si tu es traumatisé par une œuvre, c’est à toi, pas à elle, de suivre une psychanalyse</em> ». Je comprends que la confrontation aux images puisse être douloureuse pour certain·es ; libre à elles et eux d’éviter les salles obscures et les œuvres qui les ramènent à leurs démons. En ce qui me concerne, elle a été plutôt salutaire. Si je reviens constamment aux œuvres se saisissant de la problématique des violences physiques et sexuelles, c’est que j’ai besoin d’y revenir, que j’ai besoin d’y penser. Y compris quand elles appréhendent ces problématiques d’une manière qui peut sembler inconvenante et déplacée : j’ai envie de comprendre en quoi, pourquoi. Bien sûr qu’un film comme celui d’Araki ravive, y compris pour moi, certaines expériences très douloureuses, mais dans la sécurité d’une salle de cinéma ou d’un appartement, la fiction autorise vis-à-vis des événements une distance inédite, que nous n’avons jamais dans notre propre vie. De plus, le film, contrairement à mes souvenirs, a une matérialité : non seulement a‑t-il une fin, mais je peux, comme je viens de le faire, le soumettre à mon regard critique et analytique, pour mieux comprendre comment il procède et ce qu’il m’apprend de ce que j’ai vécu mais que je n’avais pas les moyens d’appréhender seul.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330422_472();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330422_472();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330422_472">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330422_472" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_472('footnote_plugin_tooltip_330422_472_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_472_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Une série Netflix adaptée d’une BD elle-même très populaire.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_472('footnote_plugin_tooltip_330422_472_2');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_472_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C’est d’ailleurs cette lumière bleue qui fera envisager à Brian, le camarade de Neil, qu’il a été kidnappé par des extraterrestres.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_472('footnote_plugin_tooltip_330422_472_3');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_472_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le terme désigne l’équivalent masculin des <em>pin-ups&nbsp;</em>: ces modèles masculins posant torse nu, dont les photographies sont devenues populaires à partir des années 1950.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330422_472('footnote_plugin_tooltip_330422_472_4');"><a id="footnote_plugin_reference_330422_472_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le premier client de Neil lui annonce après la passe qu’il n’a pas mis de préservatif, le second l’oblige à en mettre un, le dernier est malade du Sida et lui demande simplement de le caresser le dos pendant qu’il gémit de plaisir d’être touché.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330422_472() { jQuery('#footnote_references_container_330422_472').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330422_472').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330422_472() { jQuery('#footnote_references_container_330422_472').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330422_472').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330422_472() { if (jQuery('#footnote_references_container_330422_472').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330422_472(); } else { footnote_collapse_reference_container_330422_472(); } } function footnote_moveToReference_330422_472(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330422_472(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330422_472(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330422_472(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-mysterious-skin/">Boys in the Band – Mysterious Skin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>L’Amour qu’il nous reste</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamour-quil-nous-reste-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Difficile de ne pas penser à L’Aventura de Sophie Letourneur, sorti il y a quelques mois, lorsque la famille islandaise de L’Amour qu’il nous reste s’assoit à un moment sur une colline pour regarder un...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lamour-quil-nous-reste-2/" title="Read  L’Amour qu’il nous reste">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Difficile de ne pas penser à <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventura-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’Aventura</em></a> de Sophie Letourneur, sorti il y a quelques mois, lorsque la famille islandaise de <em>L’Amour qu’il nous reste</em> s’assoit à un moment sur une colline pour regarder un coucher de soleil ; le crépuscule renvoie dans les deux films au délitement potentiel du couple. Chez Hylnur Pálmason, personne ne marche toutefois dans son caca pour corrompre, comme chez Letourneur, la joliesse douce-amère d’un plan-carte postale. De manière assez déconcertante, le cinéaste islandais enchaîne les visions touristiques analogues, loin de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/godland/" target="_blank" rel="noopener"><em>Godland</em></a>, son film précédent, où la beauté de l’île volcanique causait un lent empoisonnement des corps et des esprits (le récit accompagnait des missionnaires danois envoyés en Islande au XIXe siècle et rendus à moitié fous par la puissance des éléments). Pourtant, quelque chose déraille et échappe à la séduction touristique des images en 16mm, dont la plasticité évoque celle d’un vidéoclip à l’esthétique branchouille et <em>lo-fi</em>. Dans une scène de pique-nique quasi-utopiste, Anna, la mère de famille, écarte par exemple les jambes au-dessus de la tête de Magnus, le père alors allongé, afin de lui montrer sa culotte sous sa robe : par un raccord aberrant, le sous-vêtement d’Anna se transforme en un astre illuminant le regard ébahi de Magnus. C’est le premier des dérapages étranges et surréalistes que Pálmason va opérer dans la deuxième moitié du récit, après un intermède qui, s’approchant d’une vignette de Wes Anderson période <em>Moonrise Kingdom</em> – des plans sur un manuel d’anatomie, une description fétichiste de plusieurs objets en voix off, etc. –, introduit dans le film un imaginaire plus mortifère et aux accents fantastiques. Le véritable projet du film s’incarne dans un passage de <em>L’Étrange créature du lac noir</em>, que Magnus, pêcheur de hareng sur un chalutier, visionne sur son ordinateur avant de s’endormir de fatigue. Plusieurs plans mettant en valeur la silhouette élégante de Julie Adams, qui s’apprête à plonger dans l’eau, sont suivis de l’apparition de la bête grotesque de Jack Arnold, dans un premier temps tapie au fond du lac. Sous la surface séduisante des images gisait un monstre de carnaval, prêt à venir dérégler le réel grâce à sa bizarrerie.</p>
<p>Il en va quelque part de même ici : Pálmason désamorce la part charmante de ses plans par l’entremise de micro cassures et d’apparitions – tantôt macabres, tantôt burlesques, parfois les deux en même temps : un enfant transpercé par une flèche lors d’une scène de jeu, un coq tué par Magnus qui revient l’assassiner dans un rêve (le volatile y a désormais la taille d’un dinosaure), un documentaire animalier sur les baleines, que regardent les deux jeunes fils de la famille et dans lequel est évoquée la taille impressionnante du sexe des mâles (plus de trois mètres), etc. Dans cette veine, l’une des plus belles idées du film réside dans l’épouvantail portant un heaume de chevalier qu’installe Anna pour distraire ses enfants (ils s’entraînent au tir à l’arc en l’utilisant comme cible). Un même plan fixe sur le pantin reviendra plusieurs fois pour marquer le passage des saisons, sous la forme de tableaux magnifiques du littoral islandais. Représentation d’abord figée, à l’image des natures mortes dont regorge le début du film, l’épouvantail prendra finalement vie sans qu’aucune explication n’accompagne son déroutant éveil. On voit un peu les ficelles de ce film qui affiche sa singularité – la mort du couple relève d’une fracture dans la réalité même, qui devient alors un théâtre dysfonctionnel –, mais on lui reconnaîtra d’être plus curieux qu’il n’en avait initialement l’air.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Agent secret</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330397</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après un passage par le documentaire (Portraits fantômes), le retour à&#160;la fiction de Kleber Mendoça Filho prolonge, dans le sillage de&#160;Bacurau, thriller (assez lourd) flirtant avec l’anticipation, le désir de détourner le cinéma de genre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lagent-secret-2/" title="Read  L’Agent secret">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un passage par le documentaire (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/portraits-fantomes/" target="_blank" rel="noopener"><em>Portraits fantômes</em></a>), le retour à&nbsp;la fiction de Kleber Mendoça Filho prolonge, dans le sillage de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bacurau-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Bacurau</em></a>, thriller (assez lourd) flirtant avec l’anticipation, le désir de détourner le cinéma de genre pour le faire basculer vers la fable politique. Son titre,&nbsp;<em>L’Agent secret</em>, fait dans cette perspective presque office de fausse piste : d’espionnage, il ne sera au fond jamais vraiment question, même si la mise en scène convoquera à de nombreuses reprises cet imaginaire. La première séquence, qui voit Marcelo (Wagner Moura) se faire contrôler par la police militaire dans une station essence au milieu de la campagne brésilienne, donne le la. La solennité des longs travellings qui accompagnent la Coccinelle jaune, l’atmosphère poisseuse (le cadavre d’un voleur abattu par un employé de la station croupit depuis deux jours sous un morceau de carton) et la tension amorcée par la fouille de la voiture paraissent alors augurer un véritable thriller. Mais les policiers ne cherchaient pas à démasquer un ennemi du pouvoir, seulement un type à racketter. C’est la première leçon du film : dans une dictature militaire, pas besoin d’être un espion pour avoir peur. Et si Marcelo est bien fugitif, comme on l’apprend plus tard, il ne doit à l’origine ce statut peu enviable qu’à une altercation avec un homme d’affaires proche du régime.</p>
<p>L’identité multiple du film se matérialise dans un improbable animal-totem, malformé depuis la naissance : un chat à deux têtes et à deux noms, avec lequel cohabite Marcelo au sein de la pension où il se réfugie à Recife. Entre la chronique nostalgique et le polar paranoïaque, Mendoça Filho ne tranchera pas : il emploie aussi bien la demi-bonnette chère à De Palma pour ménager du suspense (un homme se cachant de l’assassin qui le poursuit) que dans un cadre plus intimiste (un père qui contemple son fils en train de griffonner un dessin). Ce mélange des registres relève au fond d’un projet politique : la résistance au fascisme peut prendre autant une forme spectaculaire que minimale (faire l’amour, boire des coups, faire communauté). C’est la part romantique du film : les moments de bonheur constituent à leur manière une forme de lutte. Cette double approche explique sans doute le rapport ambivalent du cinéaste à ce passé (les années 1970), qui paraît aussi politiquement délétère qu’esthétiquement désirable (les vinyles, les célèbres cabines téléphoniques en forme d’œufs, les projecteurs 35 mm du cinéma où travaille l’un des personnages, etc.). Écrit en partie sous la présidence de Bolsonaro, le film y fait écho à de nombreuses reprises, comme lorsque l’un des principaux antagonistes se révèle un ultralibéral adepte de la coupe budgétaire, mais c’est moins sur le terrain du clin d’œil à l’actualité ou de la métaphore (point sur lequel le cinéaste a la main lourde, cf. les différentes significations que l’on peut prêter au don du sang de l’épilogue) que le film brille, que sur son versant purement romanesque.</p>
<p>Davantage que dans&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/aquarius-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Aquarius</em></a>, dont l’intrigue immobilière et mémorielle peinait à&nbsp;dépasser l’aspect individuel (c’était le film d’une héroïne et d’une actrice), Mendoça Filho rend ici vivant presque chaque personnage secondaire qui croise la route du fugitif (ou le recherche). Des paillettes sur le torse d’un commissaire sortant du carnaval à&nbsp;la manière atypique de draguer d’une dactylographe impassible, le film regorge de détails aussi anodins que singuliers. L’accumulation de ces derniers, deux heures quarante durant, permet aux aventures pourtant modestes de Marcelo de prendre des allures d’odyssée. Le film obéit certes parfois à une logique inflationniste, s’embarrassant d’éléments disparates plus ou moins superflus (une pénible visite chez un tailleur juif-allemand incarné par Udo Kier, ou encore les visions horrifiques produites par un curieux fait divers devenu légende urbaine), mais il tient malgré tout sa ligne de petite fresque politique et mélancolique. Ce récit d’une victime parmi d’autres de la dictature militaire est d’abord l’occasion, pour ce cinéaste obsédé par l’histoire de sa ville, de faire revivre, à&nbsp;travers une constellation de figures et de lieux, une atmosphère disparue. Il y&nbsp;a forcément une part de fantasme, que Mendoça Filho revendique&nbsp;: l’enfant dessinant inlassablement l’affiche d’un film qu’il est trop jeune pour voir et qui nourrit ses songes (<em>Les Dents de la mer</em>), c’est probablement lui. Mais le garçon gribouilleur a&nbsp;laissé place à&nbsp;un adulte hanté&nbsp;; cela fait longtemps que ce ne sont plus les requins qui peuplent ses cauchemars, et d’ailleurs, le vieux cinéma où il a&nbsp;finalement découvert le chef‑d’œuvre de Spielberg n’existe plus.</p>
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		<title>Histoires de la bonne vallée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Diogo Serafim]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Même si les films de José Luis Guerín empruntent souvent une voie hybride entre documentaire et fiction, la forme que travaille le cinéaste relève avant tout d’une aspiration expérimentale. Cette liberté est perçue dès l’ouverture...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/histoires-de-la-bonne-vallee/" title="Read  Histoires de la bonne vallée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Même si les films de José Luis Guerín empruntent souvent une voie hybride entre documentaire et fiction, la forme que travaille le cinéaste relève avant tout d’une aspiration expérimentale. Cette liberté est perçue dès l’ouverture des <em>Histoires de la bonne vallée </em>– un collage d’images qui se fondent les unes dans les autres, ouvrant sur un scintillement d’éclats lumineux dont surgit progressivement la silhouette d’une ville. C’est comme si un monde naissait sous nos yeux à partir d’une pure vibration : Vallbona, un ancien bourg agricole en périphérie de Barcelone qui constitue désormais l’un des points denses de la métropole. Cette localité apparaît comme une enclave suspendue entre la voie ferrée, l’autoroute et la rivière ; c’est une île cernée par les flux de la modernité. Mais Guerín l’appréhende surtout comme un laboratoire à partir duquel il peut scruter les effets du progrès et de la mondialisation. Véritable tour de Babel, on y entend d’ailleurs de l’espagnol, du catalan, de l’ukrainien, du portugais, de l’arabe, de l’hindi ou encore de l’afrikaans. La ville a valeur de microcosme de l’Europe contemporaine, hétérogène et multiculturelle, où deux forces s’affrontent : la société et la nature. Le fleuve apparaît ainsi comme un lieu de rencontres, un espace où les habitants se rapprochent ; la ville, en revanche, porte les marques d’un progrès qui finit par dévorer ceux qu’il prétend servir, en les enfermant dans des architectures verticales et un paysage saturé.</p>
<p>Très vite, on comprend pourtant que Guerín ne se contente pas de cumuler des instantanés de la ville : il les façonne dans une perspective tenant davantage de la poésie que de l’ethnologie. Cette dynamique, plutôt que de dissimuler la conflictualité qui structure le film – crise écologique, tensions migratoires, gentrification, spéculation immobilière – met en lumière un déséquilibre plus profond. <em>Histoires de la bonne vallée </em>dépeint une atmosphère idyllique que l’on pourrait d’abord croire destinée à adoucir la violence sociale. Or cette idylle n’a rien d’artificiel ; ce sont au contraire les scènes de conflit qui portent les traces les plus visibles d’une mise en scène assumée (la dernière séquence de l’intervention policière en est l’exemple le plus manifeste). Guerín peine à donner à ces tensions une véritable épaisseur, non par indifférence envers le quotidien qu’elles recouvrent, mais parce que son attention semble se porter ailleurs – vers les habitants, leur regard sur leur existence, leur manière de préserver une joie de vivre qui résisterait à la violence sociale. Ainsi, la portée politique du film ne réside pas tant dans une dénonciation frontale des effets du progrès que dans la préservation acharnée d’une beauté du monde.</p>
<p>L’une des séquences les plus bouleversantes montre un personnage nommé Antonio évoquant sa femme disparue à travers une série de photographies. Un lent fondu enchaîné associe l’image de cet homme jeune, encore apprenti prêtre, à celle de sa future épouse (pour laquelle il renonça au sacerdoce), qui rappelle étrangement Barbara Stanwyck. Le fondu unit les deux amants avant de revenir à Antonio, désormais seul et vieilli, debout devant le train – incarnation du progrès autant que du temps qui passe. « <em>Chacun crée son propre monde, et celui qui le construit avec égoïsme est perdu</em> », affirme l’un des habitants de Vallbona. Guerín nous ouvre le sien, un monde d’altérité et de grâce, qui n’est rien d’autre que sa manière de percevoir et de recevoir ce qui l’entoure.</p>
<h2>Western d’ombres</h2>
<p>Dans une conversation avec l’un des doyens de Vallbona nommé Francesc, celui-ci confie à Guerín son rêve de tourner un western dans son propre village. Quand on l’interroge sur ce qu’il aimerait y montrer, il évoque des scènes nocturnes, un feu et de la musique. Puis, il s’interrompt ; son regard erre autour de lui, comme pour sonder le paysage à la recherche d’un signe susceptible de nourrir son imaginaire. Et soudain, l’idée surgit : le vent pourrait devenir un vecteur dramatique. Guerín renchérit, suggérant que les ombres pourraient, elles aussi, offrir une matière expressive à explorer. L’inspiration de Francesc semble aimantée par la nature environnante – ce moment où il suspend la conversation et scrute le décor, en tentant d’y discerner une forme encore en gestation, fait penser à la méthode de Guerín lui-même, qui puise dans les lieux la poésie qu’ils lui offrent. Le film, d’ailleurs, se montre généreux envers Francesc : les idées qu’il ébauche trouvent leur accomplissement, notamment dans cette scène où des enfants, se baignant dans la rivière, affrontent les ombres des arbres, le souffle du vent et leurs silhouettes reflétées dans le courant. Une tension flotte alors, comme si un duel pouvait éclater d’un instant à l’autre.</p>
<p>Le film entier peut d’ailleurs se lire en filigrane comme un western. Non seulement à travers les clins d’œil disséminés au genre (cf. la séquence des funérailles d’Antonio « le charbonnier », qui semble sortie d’un film de John Ford), mais surtout par la place centrale accordée à la rivière, dont le cours paraît organiser une série de récits qui, d’un personnage à l’autre, se déploient selon une dramaturgie secrètement construite. Les entrelacements des différents segments suggèrent l’existence d’une harmonie propre à l’univers de Guerín – un monde où les gestes, les récits et les images finissent par dessiner un réseau organique.</p>
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		<title>Le Chant des forêts</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-chant-des-forets/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clémence Duhornay]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 11:29:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Loin des hauts plateaux tibétains qu’arpentait Vincent Munier aux côtés de l’écrivain Sylvain Tesson dans La Panthère des neiges (2021), le nouveau documentaire animalier du cinéaste s’inscrit au cœur des forêts vosgiennes de son enfance....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-chant-des-forets/" title="Read  Le Chant des forêts">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Loin des hauts plateaux tibétains qu’arpentait Vincent Munier aux côtés de l’écrivain Sylvain Tesson dans <em>La Panthère des neiges</em> (2021), le nouveau documentaire animalier du cinéaste s’inscrit au cœur des forêts vosgiennes de son enfance. Ce projet <em>a priori </em>plus intime trouve sa source dans le récit autobiographique <em>L’Oiseau-forêt </em>de son père Michel Munier. Celui-ci y décrit les longues nuits d’affût dans la montagne et ses années de combat pour la préservation du grand tétras <i id="mwJA">–</i> un oiseau ancestral des Vosges, également surnommé coq de bruyère et disparu de la région depuis quelques années. Vincent Munier s’empare de ce récit dans la perspective d’une double transmission, en se filmant aux côtés de son père et de son fils Simon. Réalisé à partir d’une matière accumulée pendant une dizaine d’années, <em>Le Chant des forêts</em> recrée les souvenirs de rencontres animalières que Vincent et Michel relatent à Simon. Entre les murs d’une cabane forestière, ce dernier se fait le relai ingénu du spectateur et interroge les deux hommes sur leur pratique d’observation. L’artificialité du dispositif, qui articule une nouvelle séquence animalière à chaque anecdote, va toutefois à l’encontre du principe même de l’observation, joliment décrit par Michel Munier dans son livre. Quoi de plus opposé à la dynamique de l’attente (Michel raconte avoir passé plus de 800 nuits sous un sapin afin d’apercevoir un coq de bruyère) que ce panachage opéré par le film ? La part de mystère propre à l’affût se trouve d’ailleurs désamorcée par une des premières séquences, supposée illustrer la plus belle rencontre de Michel Munier avec un grand tétras : la haute résolution de l’image et les multiples gros plans donnent à voir l’espèce convoitée sous un jour inaccessible pour l’observateur.</p>
<p>La scène pose un autre problème : si les récits intimes du film prônent la préservation d’un espace naturel familier, où ont été filmées ces images d’une espèce aujourd’hui disparue de la région ? Leur provenance est révélée plus tard dans le récit, lorsque les deux hommes décident d’emmener Simon observer son premier grand tétras… dans le Grand Nord norvégien, où les conditions sont encore réunies pour permettre aux oiseaux de vivre paisiblement. Loin de toute activité humaine, l’animal apparaît à l’aube devant les caméras de Vincent Munier, qui s’empresse de réveiller son fils pour contempler le spectacle. Les plans employés pour la reconstitution des récits du grand-père sont donc filmés à des centaines de kilomètres de l’endroit où ils se sont déroulés. Un choix qui interroge, notamment au regard de l’engagement militant du cinéaste, qui s’est fermement opposé à la réintroduction de vingt coqs norvégiens dans les Vosges en 2024 (estimant à raison que l’altération du massif est trop avancée pour ne pas condamner ces oiseaux à une mort certaine). Le film, animé par un désir de monstration, procède pourtant ici à un mouvement inverse : il introduit des coqs norvégiens dans un récit centré sur les forêts vosgiennes.</p>
<h2><strong>Regarder le vivant </strong></h2>
<p>Dans <em>La Panthère des neiges</em>, Vincent Munier avait au fond à peine besoin de filmer la fameuse panthère (qui n’apparaissait qu’à la dernière minute du film) : c’étaient précisément la nature imprévisible de cette rencontre et l’attente de son apparition qui favorisaient la découverte d’une riche faune himalayenne. Au détour d’une séquence, le cinéaste racontait d’ailleurs avoir, lors d’un précédent voyage, accidentellement capturé le regard d’une panthère dans la profondeur du champ d’une photographie de faucon crécerelle. Cette belle idée anti-spectaculaire ne guide plus la mise en scène du sauvage dans <em>Le Chant des forêts</em>. Si par moments le jeune Simon et son grand-père prêtent l’oreille aux sons des êtres qui peuplent ces montagnes, cette écoute, cette attente essentielle prônées par les Munier, ne durent jamais que quelques minutes&nbsp;; elles sont sacrifiées au profit d’une imagerie attractive du vivant. Comme dans ses livres de photographies, le regard en très gros plan d’un lynx, le plumage étincelant du grand tétras ou le rut des cerfs constituent une vaste galerie de portraits. Le film porte malheureusement en lui le paradoxe d’une certaine photographie animalière qui, tout en souhaitant sensibiliser un large public au monde animal, le transforme en spectacle déréalisé.</p>
<p>Il ne s’agit pas de remettre en question l’engagement de Munier pour la préservation des espaces naturels montrés (l’amour que porte cette famille au vivant demeure palpable, et le film met à l’honneur une pluralité d’espèces), mais il existe bien d’autres manières d’accueillir le vivant. Un film récent en atteste&nbsp;: au fil des <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sept-promenades-avec-mark-brown/" target="_blank" rel="noopener"><em>Sept Promenades avec Mark Brown</em></a>, Pierre Creton et Vincent Barré éveillaient notre attention sur les végétaux du bord des chemins. «&nbsp;<em>Pas besoin de partir dans l’Himalaya</em>&nbsp;» pour s’émerveiller, dira le botaniste au cœur du film, le paysage normand suffit. La belle idée du <em>Chant des forêts </em>de Vincent Munier aurait justement pu tenir dans la manière de se focaliser sur l’écoute et la contemplation des animaux qui constituent véritablement, et encore aujourd’hui, le «&nbsp;chant de nos forêts&nbsp;».</p>
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		<item>
		<title>L’après-coup – De l’ombre à la lumière</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-de-lombre-a-la-lumiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : comment la lumière fait sortir de l’obscurité dans Rapaces. Dans...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-de-lombre-a-la-lumiere/" title="Read  L’après-coup – De l’ombre à la lumière">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents</em><em>. Ce mois-ci : comment la lumière fait sortir de l’obscurité dans</em> Rapaces<em>. </em></p>
<p>Dans <em>Rapaces</em>, le deuxième film de Peter Dourountzis, le motif de la lumière sert de fil conducteur. Samuel, un journaliste travaillant pour le magazine <em>Détective</em> et incarné par Sami Bouajila, mène une enquête sur un sordide féminicide (une jeune femme a succombé à ses blessures après avoir été sauvagement brûlée à l’acide). Si son métier consiste à faire la lumière sur des faits, il va aussi se risquer à s’y exposer. Les plus belles scènes occupent ainsi la dernière partie nocturne du film, à partir du moment où le personnage traque le coupable. Leur première rencontre dans une station-service s’avère à ce titre judicieusement mise en scène : tandis que Samuel est filmé de dos en train de prendre de l’essence, arrive hors champ un véhicule dont la lumière des phares rouges vient se loger au niveau de la nuque du reporter. Ce cercle de lumière, semblable à une cible ou à un signal, vaut à la fois comme la marque d’un danger et d’une délivrance. C’est le cœur qui bat sous le poids de l’émotion tout autant que le sang laissant des traces. L’intensité de la scène est redoublée par la dimension sonore de la situation : le vrombissement caractéristique du moteur du pick-up du criminel, identifié au préalable dans une séquence d’écoute, fend le silence (l’action se situe en pleine campagne). Samuel ne voit rien mais, dorénavant, il sait, et il est le seul à savoir – l’incriminé ignore tout de sa présence à ce moment précis du récit.</p>
<p>Après cette angoissante confrontation suit une scène de filature. Les phares rouges du pick-up guident désormais la voiture de Samuel, seul dans la nuit. Le personnage s’enfonce alors peu à peu dans le noir, jusqu’à perdre de vue le monstre mécanique poursuivi. Pas pour longtemps&nbsp;: à la faveur d’un traveling latéral, celui-ci surgit à nouveau dans son dos, tous feux éclairés, d’un rouge vif plus menaçant que jamais. Pris littéralement dans les phares, Samuel doit fuir comme un animal apeuré. S’il pensait avoir une longueur d’avance, le voilà à présent piégé et sommé de s’identifier («&nbsp;<em>t’es qui toi&nbsp;?</em>&nbsp;»). Frappé de l’évidence de la brûlure – qui entre trop dans la lumière s’y brûle – Samuel est pris de terreur, habitué plutôt à demeurer tapi dans l’obscurité, à l’abri des regards. Plus tard, sa fille lui demandera&nbsp;: «&nbsp;<em>Il a vu ton visage&nbsp;?</em>&nbsp;». Et lui de répondre&nbsp;: «&nbsp;<em>Non, je ne crois pas, il faisait noir, par contre, moi, je l’ai vu</em>&nbsp;».</p>
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		<item>
		<title>Résurrection</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Structuré en six blocs, Résurrection s’ouvre avec un premier segment muet reprenant quelques caractéristiques du cinéma expressionniste allemand, parmi lesquelles les figures somnambules et les décors biscornus du Cabinet du Docteur Caligari. On y suit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/resurrection-2/" title="Read  Résurrection">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Structuré en six blocs, <em>Résurrection</em> s’ouvre avec un premier segment muet reprenant quelques caractéristiques du cinéma expressionniste allemand, parmi lesquelles les figures somnambules et les décors biscornus du <em>Cabinet du Docteur Caligari</em>. On y suit le personnage joué par Shu Qi explorant les méandres d’une opiumerie aux cloisons en papier. À la fin d’une séquence mélièsienne où s’enchaînent les tours de magie (un mur qui s’effondre, un plancher qui pivote, etc.), il rencontre une créature piégée dans l’espace-temps malléable du cinéma lui-même – un « Rêvoleur » ou « <em>Fantasmer</em> » en anglais. La dynamique du train fantôme chère à Bi Gan, incarnée par la dérive nocturne d’<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/grand-voyage-vers-nuit-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Un grand voyage vers la nuit</em></a>, s’incarne ici par l’entremise d’un hommage quasi enfantin à la prestidigitation filmique (dont la présence d’un zoopraxiscope sur l’écoutille du trou où est enfermée la créature). Le récit est ainsi lancé sur une voie aussi stimulante que périlleuse, à savoir une traversée de l’histoire du cinéma (de la fin du XIXe siècle à celle du XXe) et une quête fantasmatique pour en libérer les fantômes – en premier lieu celui du « rêvoleur », sorte d’automate dont le cœur mécanique bat grâce au défilement d’une pellicule. Traverser le miroir que constitue l’écran pour pénétrer les films et côtoyer au plus près leurs figures spectrales : le projet est ambitieux, peut-être trop pour un cinéaste dont ce n’est, après tout, que le troisième long. <em>Résurrection</em> dévie toutefois suffisamment de ce programme pour ne pas se restreindre à l’idée éculée d’une « lettre d’amour au septième art ». Le recours à la couleur et à des mouvements de caméra sophistiqués (par exemple, un travelling circulaire autour d’un décor qui se recompose derrière l’actrice) contreviennent dès l’ouverture à l’horizon du mimétisme déférent : il s’agit moins d’un hommage au cinéma muet que d’une déformation de l’esthétique des vues Lumière (<em>L’Arroseur arrosé</em> y est reconstitué), passée à la moulinette de la modernité maniériste – notamment des films d’Hou Hsiao-hsien, que rappellent la présence de Shu Qi et les volutes de fumée émanant des pipes à opium.</p>
<p>Abandonnant son actrice star dans les limbes du temps qui passe (il ne la retrouvera qu’en fin de parcours), <em>Résurrection</em> creuse par la suite un sillon de plus en plus passionnant : après une transition à l’iris et un changement de format vers le scope, Bi Gan livre l’un des meilleurs segments en reprenant à son compte l’esthétique du film noir, dont il reconduit un vague squelette narratif (durant les années 1920, un meurtre a eu lieu près d’une gare embrumée et la police torture le Rêvoleur, principal suspect, pour lui soutirer des aveux). Cette fois-ci, le Wong Kar-wai de<em> The Grandmaster</em> s’entremêle à une sorte de polar baroque, offrant l’occasion au cinéaste de façonner une myriade de plans composites. Riche en surcadrages et clairs-obscurs, l’image prend l’aspect d’un miroir brisé en mille morceaux (les vitres qui tombent du plafond de la gare), tandis que les figures, celle du Rêvoleur en particulier, sont amenées à évoluer dans les plis d’un espace kaléidoscopique. Cette logique culmine lors d’une séquence magnifique à l’intérieur d’une miroiterie, ouvertement inspirée du finale de <em>La Dame de Shangaï</em>, dans laquelle l’enchevêtrement des plans à l’intérieur d’autres plans figure la diffraction du protagoniste (moins un fantôme qu’un reflet, de plus en plus insaisissable à mesure qu’il se démultiplie) et participe de la mise en abyme opérée par ce film strié de béances et de ruptures réflexives. A priori, on retrouve là le trajet d’<em>Un grand voyage vers la nuit</em> : en cultivant une forme d’opacité délibérée, une première partie en lambeaux en annonce une deuxième qui fera, elle, la part belle à un mouvement continu et salvateur, dans l’espoir (toujours heurté, voire empêché) de recoller les fragments précédemment brisés sous le poids insoutenable d’une absence (celle d’un père dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaili-blues/" target="_blank" rel="noopener"><em>Kaili Blues</em></a>, d’une femme dans <em>Un grand voyage</em>, ici des rêves dans un univers où les songes seraient devenus impossibles).</p>
<h2>L’attrape-rêves</h2>
<p>Mais il faudra attendre un moment avant que ce virage se présente à nous ; et on a malheureusement l’impression que ce film-laboratoire s’embourbe entre-temps dans les substances diverses qu’il fait jaillir de ses différents tubes à essai. C’est là que <em>Résurrection</em> déçoit le plus : après le segment quasi cubiste du polar (dans sa manière de figurer les corps tiraillés et lacérés par des mouvements contraires), la mise en scène s’affadit dans des situations narratives moins inspirées, ou pire, s’engourdit pour ne plus se réveiller que de manière épisodique, au détour par exemple d’un lancer de cigarette lors d’une rixe avec des malfrats, qui occasionne un petit sursaut dans l’enchaînement plus routinier des plans et des champs-contrechamps. Dans le troisième segment, à l’intérieur d’un monastère abandonné, tout comme dans le quatrième (le moins convaincant), où le Rêvoleur apprend à un enfant des tours de cartes, certaines scènes de dialogues, évoquant la plasticité laiteuse du régime télévisuel, semblent signées par un autre auteur. Ces deux segments engourdissent le film et consolident par ailleurs une architecture assez superficielle, chaque segment correspondant à l’un des six sens du bouddhisme chán (en l’occurrence ici : le goût et l’odorat). Une parabole qui vient grossir un ensemble déjà particulièrement chargé en allégories diverses : l’hommage à l’histoire du cinéma, le voyage dans le temps, l’exploration des rêves, les liens avec la mythologie chinoise et le bouddhisme, ou encore une vision assez naïve de la salle comme sanctuaire menacé d’extinction (il y a un peu de <a href="https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/retour-sur-holy-motors/" target="_blank" rel="noopener"><em>Holy Motors</em></a> dans <em>Résurrection</em>).</p>
<p>Changement d’itinéraire : si <em>Un grand voyage</em> se délestait des écarts de <em>Kaili Blues </em>(l’épilogue postérieur au plan-séquence) pour se concentrer sur les strictes résonances entre une modalité de mise en scène et une autre (la fragmentation d’un côté et la continuité de l’autre ; le plat d’un côté et la 3D l’autre), <em>Résurrection</em> fait aujourd’hui le chemin inverse, ne cessant d’ajouter des ingrédients à sa mixture. Le long plan-séquence du film agit à ce titre comme un bel antidote à la mélasse d’où il a surgi, en même temps qu’il s’inscrit, par son organisation composite, dans cette propension à la stratification. D’une durée de quarante minutes, l’action, située le soir du 31 décembre 1999, est le réceptacle de plusieurs visions extraordinaires : des colombes qui s’envolent alors que l’image vire à un rouge d’une grande intensité, plusieurs permutations du point de vue (notamment au moment où une fenêtre se brise), une fuite amoureuse et soudaine sous une lumière bleutée à l’aube du nouveau millénaire (on pense au plan d’ouverture de <em>Millenium Mambo</em> et à son travelling qui suivait Shu Qi, lors de l’an 2000, avançant sous les néons bleus d’un tunnel taïwanais). Arborant une magnifique netteté numérique (jusqu’à nous permettre de voir la pluie tomber et de ressentir la texture même de la matière urbaine), la virée est à la hauteur des attentes, mais n’est pas aussi frontalement spectaculaire que celle d’<em>Un grand voyage</em>, ni aussi instable que celle de <em>Kaili Blues</em>. C’est que ce plan-séquence travaille autre chose, davantage en phase avec ce que le film, très hétérogène, organise : plutôt que l’illusion d’une continuité temporelle, il affiche nettement sa segmentation et maquille à peine ses trucages. Il avance par étapes, se relance après des revirements chromatiques ou des arrêts délibérés de la caméra. Le vertige qu’il cherche à produire n’est plus vraiment spatial (une virée en scooter, une sortie de la mine, etc.) mais temporel, avec une série de variations météorologiques ainsi qu’un <em>timelapse</em> inattendu en son milieu.</p>
<p>Si l’on peut regretter que peu de ponts y soient jetés avec le reste du récit, cette déambulation fait au moins office de respiration à l’intérieur d’un mille-feuille que l’on est en droit de trouver bourratif. Car un épilogue surréaliste en rajoute une couche, sans parler des intertitres qui reviennent à intervalles réguliers nous rappeler que tout ceci n’est, au fond, qu’un poème candide sur notre rapport au cinéma comme source de lumière dans nos vies sombres et désenchantées (avec des halos et des bougies, pour filer une métaphore qui ne brille pas par son originalité). Généreux mais donc un peu obèse, le film alterne de la sorte entre le virtuose et l’atone. <em>Résurrection</em> ressemble en cela au navire dont les deux amants du plan-séquence prennent à un moment les commandes, avant de s’arrêter devant le soleil qui se lève à l’horizon : contrairement à la petite bicoque en bois de <em>Kaili Blues</em>, c’est un vaisseau lourd et laborieux à manœuvrer ; la navigation temporelle dans laquelle il nous embarque relève d’un <em>gros</em> plus que d’un <em>grand </em>voyage.</p>
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		<title>Girls for Tomorrow</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/girls-for-tomorrow/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Installée à New-York pour suivre son compagnon, Nora Philippe a décidé de partir à la rencontre des étudiantes de Barnard College, une prestigieuse université pour femmes de la ville. Elle les a écoutées et filmées...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/girls-for-tomorrow/" title="Read  Girls for Tomorrow">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Installée à New-York pour suivre son compagnon, Nora Philippe a décidé de partir à la rencontre des étudiantes de Barnard College, une prestigieuse université pour femmes de la ville. Elle les a écoutées et filmées dans leurs combats militants, puis a continué de les suivre pendant plusieurs années après la fin de leurs études. Tourné sur une dizaine d’années, <em>Girls for Tomorrow</em> est ainsi rythmé par les événements qui ont émaillé l’histoire récente des États-Unis. De la fin de la présidence Obama à la pandémie mondiale, de l’affaire George Floyd à la deuxième élection de Trump, les enjeux se redéfinissent au fil du temps pour les jeunes femmes, qui passent en quelques années des espoirs accompagnant le mouvement #MeToo à la sidération devant la violente poussée réactionnaire. À mesure que les personnages s’éloignent (tant géographiquement que par leurs choix personnels), le récit choral embrasse des distances de plus en plus larges, voyageant entre New York, Dallas ou encore Paris. Cette construction en éventail a toutefois le défaut de survoler les scènes consacrées à chaque figure ; on le regrette d’autant plus que c’est dans les moments où il prend son temps que le film convainc le plus.</p>
<p>Des séquences de diverses natures contrebalancent cependant la facture trop académique des entretiens face caméra, enregistrés sous la lumière d’un projecteur. Les vidéos « privées » liées à la vie de la réalisatrice permettent par exemple d’intégrer son quotidien ou ses difficultés (notamment sa séparation) à la matière du film. Les incursions dans les lieux de vie des jeunes femmes viennent également nuancer leurs discours, comme en témoigne cette militante, l’une des plus radicales, qui s’habitue doucement à sa vie de famille au Texas. En découle le sentiment d’une sororité passant par l’intégration de Nora Philippe au groupe, en particulier lorsque les charges réactionnaires (tel le recul du droit à l’avortement) s’abattent successivement sur les femmes. Le système d’oppression est quant à lui tourné en dérision, via l’intervention régulière de personnages présentés comme générés par IA qui, face caméra, rappellent en toute bienveillance la persistance d’un ordre établi. Hélas, les frictions provoquées par la rencontre de ces différents régimes d’images sont en partie sacrifiées sur l’autel de la limpidité du récit. Or c’est plutôt lorsqu’il prend, sur le temps long, la forme d’un collage un peu désordonné que le film parvient le mieux à émouvoir.</p>
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		<title>Des preuves d’amour</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-preuves-damour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment quantifier, prouver, démontrer l’amour ? Quelques mois après la légalisation du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels, Céline (Ella Rumpf) doit répondre à cette question face à un juge pour pouvoir adopter...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/des-preuves-damour/" title="Read  Des preuves d’amour">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment quantifier, prouver, démontrer l’amour ? Quelques mois après la légalisation du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels, Céline (Ella Rumpf) doit répondre à cette question face à un juge pour pouvoir adopter l’enfant qu’elle attend avec son épouse, Nadia (Monia Chokri). Le dossier exigé, composé de preuves tangibles (et notamment de lettres) démontrant son implication affective, relève d’une injonction qui dépasse le cadre juridique de l’adoption. Il n’y a pas que l’œil de la justice qui regarde Céline et Nadia : c’est toute une société qui les observe et les attend au tournant – « <em>vous êtes prêtes ?</em> » revenant comme un refrain. Dans ce point de départ, Alice Douard trouve la tension de son premier film : comment filmer un amour que l’on exige de démontrer ?</p>
<p>La relation de Céline à la maternité ainsi qu’à sa propre mère irrigue le récit et dépasse le cadre du couple lesbien pour questionner ce qui fait un bon parent. Son personnage est scruté de toutes parts dans le récit – par les membres de la famille et les ami.es qui devront écrire les fameuses lettres – mais le film, lui, reste à ses côtés et se déploie à partir d’elle. La scène où elle visionne une interview de sa mère, célèbre pianiste, cristallise cette logique : la caméra, placée à hauteur de l’écran d’ordinateur, montre son visage absorbé par ce qu’elle regarde, tandis que le ventre rond de Nadia entre dans le cadre, puis son visage. Dans la lumière neutre et douce du plan fixe, la famille en devenir se compose alors sous nos yeux, à la fois révélée et magnifiée dans sa possibilité d’exister.</p>
<p>La réussite du film tient aussi à la précision avec laquelle les personnages sont incarnés. Ce n’est pas seulement une question d’alchimie entre Ella Rumpf et Monia Chokri : le film prend surtout le soin d’inscrire le couple dans une suite de décors urbains – elles dansent en club, traversent Paris en métro, remontent la rue de Belleville les bras chargés de sacs, etc. Cette manière de donner à Céline et Nadia une densité et une physicalité permet de trancher avec la représentation ordinaire des corps lesbiens à l’écran, trop souvent filmés par le prisme du fantasme ou de l’abstraction. Ici, ils existent avant de porter une allégorie ou un message sociétal. Dès lors, si le film reprend certains passages obligés de la comédie romantique – scènes de danse, moments d’intimité, courses en duo –, il le fait non pour figer les personnages dans une image toute faite, mais au contraire pour les figurer en mouvement. Là où le cinéma tend généralement à transformer ces situations en moments sursignifiants, Douard en tire un élan : les corps circulent, se touchent, se déplacent, et c’est dans cette dynamique ordinaire que le couple prend forme.</p>
<p>En partant d’un genre aussi codifié que la comédie romantique, Alice Douard se pose ainsi la question des moyens offerts par le cinéma pour représenter l’amour. L’expérience lesbienne a déjà été filmée avec subtilité par le passé, mais sa représentation demeure encore largement façonnée par un regard masculin, sexualisant ou déconnecté de la réalité. Le film prend le contrepied de ce tropisme : il montre, simplement, comment un amour lesbien peut être vécu et filmé sans objectification. Il interroge aussi ce que son existence dans la France des années 2010 a de profondément politique. <em>Des preuves d’amour </em>commence d’ailleurs par une voix, « <em>le scrutin est ouvert, le scrutin est clos</em> », sur fond rouge et entame sa fin sur un autre son, cette fois sur fond noir : le cri d’un nouveau-né. Entre ces deux seuils, le film s’inscrit dans un contexte historique, celui du vote d’une loi et du déferlement d’attaques homophobes qui l’ont accompagné. Mais cette inscription n’est jamais frontale ; la mise en scène laisse hors champ le scrutin pour se concentrer avant tout sur les corps de Céline et Nadia. C’est à cet endroit que le film livre peut-être sa plus belle preuve d’amour envers ses personnages.</p>
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		<title>The Chair Company, saison 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chair-company-saison-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chercher un sens à l’apparente bêtise qui gouverne l’écriture de Tim Robinson et Zach Kanin est, de prime abord, une gageure. Le non-sens qui dérègle le monde de The Chair Company, leur nouvelle série, s’inscrit...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chair-company-saison-1/" title="Read  The Chair Company, saison 1">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chercher un sens à l’apparente bêtise qui gouverne l’écriture de Tim Robinson et Zach Kanin est, de prime abord, une gageure. Le non-sens qui dérègle le monde de <em>The Chair Company</em>, leur nouvelle série, s’inscrit dans la droite lignée des sketchs de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/i-think-you-should-leave-with-tim-robinson-saison-3/" target="_blank" rel="noopener"><em>I Think You Should Leave</em></a>. On y retrouve les mêmes schémas aussi absurdes que sophistiqués, ainsi qu’une obsession pour quelques motifs a priori anodins : les magasins de chemises bariolées, les fêtes à thèmes, les listes de clients, etc. Le personnage principal de <em>The Chair Company</em>, Ron Trosper (Tim Robinson), ne dépareillerait pas dans le précédent show de l’acteur-auteur : il est, lui aussi, un individu inadapté et pathétique, dont le comportement imprévisible est la source de divers déraillements sociaux. Un malheureux accident du travail – lors d’une présentation professionnelle, la chaise de bureau sur laquelle il s’assoit s’effondre en mille morceaux – suffit ainsi à déclencher chez Ron une furie inquisitrice qui l’amène sur la piste d’un vaste complot international. Il faut préciser que ce bon père de famille sans histoire et peu valorisé au sein d’un monde aseptisé – la banlieue américaine, les <em>open spaces</em> d’un promoteur immobilier – n’aspire au fond (mais peut-être trop ardemment) qu’à obtenir l’estime de ses proches. Les auteurs s’amusent cette fois à tordre un trope désormais bien identifiable de la fiction américaine : la crise de la masculinité blanche, point de départ d’un thriller où l’homme ne résiste pas à l’appel du danger et met en péril le foyer dont il est soi-disant le protecteur (on pourrait presque, en plissant les yeux, discerner dans <em>The Chair Company</em> un pastiche de <em>Breaking Bad</em>). Mais qu’a donc à nous offrir cette structure linéaire, centrée sur les déviances d’un seul personnage, en comparaison du foisonnement génial d’<em>I Think You Should Leave</em> ? Que tire la série du temps long du feuilleton ?</p>
<h2>Folie à deux</h2>
<p>On pourrait d’abord relever la ruse des deux auteurs, qui retombent sur leurs pattes, puisqu’ils échafaudent ce récit à partir de nombreuses rencontres et autant d’échappées absurdes. L’armature de thriller psychologique, avec ses <em>cliffhangers</em> capillotractés, apparaît un peu rigide. De fait, la série semble tiraillée entre son canevas resserré autour d’une figure principale et la vocation plurielle de l’humour de Robinson : une comédie née des interactions sociales, qui jouit du malaise plus que du mal-être – même si la série feint aussi de jouer la carte de l’introspection avec d’hilarants flashbacks sur le passé d’entrepreneur raté de Ron. La manière dont le personnage fait pivot permet toutefois de mieux circonscrire la mécanique de propagation délirante au cœur de l’écriture de Kanin et Robinson : c’est au contact des autres que l’esprit complotiste de Ron se nourrit et révèle peu à peu le fond névrotique du monde qui l’entoure. La ville qu’il habite se peuple alors de monstres, certes peu dangereux, mais dont les raisonnements et les réactions incongrues ébrèchent le bon fonctionnement de la petite société ici brossée. Ainsi de Mike (Joseph Tudisco), l’inénarrable compère que Ron se dégotte, double maléfique et pousse-au-crime attirant le héros vers l’extérieur à la poursuite de nouvelles pistes, mais qui n’a de cesse de vouloir pénétrer la chaleur du cocon familial des Trosper.</p>
<p>La structure de <em>The Chair Company</em> impose surtout aux auteurs de pousser le geste au-delà de la queue de poisson, ou du court-circuit, qui servait jusqu’alors de conclusion à la plupart de leurs gags. Les sketches sont ici enchâssés les uns dans les autres, de façon à repousser les limites d’une mise en scène à l’esprit d’escalier : lorsque Ron semble toucher le fond de l’embarras, soit à peu près toutes les dix minutes, il faut pourtant creuser, encore et encore. L’épisode cinq (conjointement un sommet et une bascule) permet de prendre la mesure de cette dynamique vertigineuse. Empêtré dans un entretien confus avec un comédien raté (lequel aurait prêté son image à l’entreprise nébuleuse supposément à la tête du complot de chaises), Ron se trouve propulsé dans un mouvement d’une densité folle qui l’amène d’épreuve en épreuve, d’un bar de cocaïnomanes jusqu’à une cave où deux vieux amants l’obligent à réaliser une vidéo compromettante. Les notes comiques les plus fortes sont induites par cet effet de trop-plein, lisible d’abord dans le regard saturé d’émotions de Ron, et une mise en scène qui distille de nombreux signes annonciateurs de nouvelles catastrophes burlesques. Celles-ci accouchent parfois de visions d’inspiration tordue (une grand-mère accro au pop-corn, le crâne d’un individu drôlement cabossé), révélant la dimension noire et dégénérée du comique à l’œuvre.</p>
<p>Il faut à ce titre évoquer l’affaire de l’insecte qui pénètre le téléphone de Ron au début de l’épisode 3. L’action a échappé à ce dernier, dont l’état d’ultravigilance est pourtant le principal moteur de ses aventures cauchemardesques, mais le client qui se tient dans son bureau, lui, n’a rien loupé du spectacle. Ce dernier marmonne alors l’une de ces répliques saugrenues dont la série est coutumière : « <em>A bug went in your phone…</em> ». Il est étrange qu’à l’issue de la série cette intrusion n’ait ouvert sur rien ; elle n’a débouché sur aucun gag, ni nouvelle piste à suivre. Au fond, l’image pourrait bien se suffire à elle-même. Cette petite bête qui s’instille en nous à notre insu et puis nous ronge, cette petite bête qu’on ne peut s’empêcher de chercher et qui nous trouve toujours, a un nom : c’est le doute. Dévorant de l’intérieur (par le manque de confiance en soi, la crainte de l’humiliation) avant de se muer en une défiance du monde extérieur (le soupçon), elle constitue un sentiment double qui pourrait bien être le point névralgique du burlesque très viscéral – mais néanmoins assez cérébral – travaillé par Kanin et Robinson.</p>
<h2>Monsieur Asticot</h2>
<p>Est-ce à dire que la linéarité de <em>The Chair Company</em> permettrait de percer à jour ce qui se cache sous la carcasse désopilante de Tim Robinson, de la même manière que <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-rehearsal-saison-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Rehearsal</em></a> sondait l’autisme présumé de son auteur Nathan Fielder ? Pas si vite. Encore une fois, la veine psychologique apparaît comme un leurre, tant le comportement de Ron et de ses congénères n’appelle à aucune compréhension ou rédemption. L’empathie plaquée sur ce héros sert surtout à mieux donner à voir la palette de jeu de l’acteur (ses yeux écarquillés, sa moue désolée, son air parfois benêt, sans oublier ses bruyants éclats de voix) au sein d’une composition plus patiente dans l’utilisation de ses effets – mais qui débouche tout de même sur un incroyable numéro de sourires forcés pour conclure l’épisode sept. Pour Robinson, il s’agit de mieux dessiner les contours normaux de son personnage, pour mieux le voir souffrir en ce bas monde ; figure carnavalesque en bras de chemise, il est ici pour expurger les vices d’un modèle sociétal aliénant au possible.</p>
<p>Devant ce sens du détail, des situations anodines qui s’enlisent et de l’amour de la grimace, impossible de ne pas penser (ne serait-ce qu’un peu) à <em>Mister Bean</em>. Mais là où le clown campé par Rowan Atkinson – tombé du ciel (cf. le générique de la série, qui racontait la nature alien du personnage) – était un sociopathe quasi-muet révélant par ses frasques la rigidité de la société anglaise, Ron Trosper – tombé de sa chaise – est un homme volubile mettant en exergue un monde numérisé faussement sécurisé. Constamment menacé, piraté, hameçonné, par un entourage composé de trolls et de brouteurs (un instant d’inattention et le voilà spammé très agressivement par un magasin de vêtements ; un autre et c’est un vendeur de porno qui aspire l’intégralité des photos de son téléphone), Ron offre un visage clownesque à notre fébrilité numérique. On en revient à la double facette du doute. La peur de l’humiliation se mue ici en crainte permanente d’être fishé, c’est-à-dire de se savoir ciblé dans sa vulnérabilité (cf. la séquence de Ron caché sous son bureau pour pleurer). La tendance paranoïaque s’épanouit, elle, à travers l’esprit distrait de Ron, perturbé par le moindre signe qui se présente à lui <i id="mwJA">–</i> à commencer par ceux qui émanent des écrans, déployant un véritable comique du scroll. Il faut voir le personnage, lors de l’un des décrochages les plus savoureux de la série, se perdre dans la lecture d’un message alertant sur une arnaque à la chemise rafistolée, <em>a priori</em> sans grand rapport avec le complot qui l’occupe. À mesure que le récit extrêmement détaillé captive Ron, l’indigné du Net prend vie (son histoire bénéficie d’une reconstitution) et sort de l’écran pour hurler sa rage. C’est à travers ces aberrations que la série parvient à désigner ce qui reste d’invariablement burlesque dans nos comportements numérisés : se vautrer seul dans les méandres de la toile est aussi drôle qu’une bonne chute en public.</p>
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		<title>2025, oscillations et bouillonnements</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/2025-oscillations-et-bouillonnements/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330218</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment ça va, le cinéma ? À chaque fin d’année, la critique est conviée au chevet de la supposée grande toussoteuse, pour prendre son pouls et soupeser le tout : ‑15% de fréquentation par-ci (on...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/2025-oscillations-et-bouillonnements/" title="Read  2025, oscillations et bouillonnements">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">Comment ça va, le cinéma ? À chaque fin d’année, la critique est conviée au chevet de la supposée grande toussoteuse, pour prendre son pouls et soupeser le tout : ‑15% de fréquentation par-ci (on l’a pas mal répété ces dernières semaines : les Français vont moins en salles), la grève des scénaristes hollywoodiens par-là… Bref, de loin, ça ne va pas très fort. Et de près ? Un peu mieux, car il y a eu de beaux films, des singuliers surtout. Or le rôle de la critique est avant tout de reconnaître et définir la singularité de ce qui se présente à elle – non de jouer au docteur. D’ailleurs, le cinéma n’a pas besoin de médecins ; non seulement il n’est pas mourant, mais en plus, il ne semble pas si malade. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater que si l’année ne fut pas riche en films fédérateurs, elle a été en revanche le théâtre de nombreux débats et discussions. En 2025, on aura beaucoup ferraillé sur les films à la sortie des cinémas, dans les coulisses des rédactions, mais aussi par textes et podcasts interposés. <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Oui</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener">Une bataille après l’autre</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener">Sirāt</a></em>, <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/eddington-2/" target="_blank" rel="noopener">Eddington</a></em>, etc. : que nous apporte au juste ce regain d’intensité dans la parole sur les films ? D’abord, peut-être que les films de 2025 auront précisément cherché à capturer quelque chose de l’esprit confus du temps, à cerner, plus encore que d’habitude, une forme de <em>Zeitgeist</em>.</p>
<p class="MsoNormal">Il se trouve qu’en début d’année, un film en apparence consensuel et bien peigné mettait en scène – et en abyme – cette question : <em>Un parfait inconnu</em> de James Mangold, qui brossait un portrait plus tortueux qu’attendu de Bob Dylan. L’intérêt premier du film tenait à sa manière de figurer le chanteur comme un attrape-tout aussi génial que cynique, discernant dans la guerre du Vietnam, l’assassinat de Kennedy ou la lutte difficile pour les droits civiques un terreau pour ses chansons. Dylan n’y était pas filmé comme un « artiste engagé », mais comme un vampire suçant la moelle de son époque pour en faire le ferment de son propre succès. Avec moins de calcul, mais aussi moins de brio que le musicien, beaucoup de cinéastes ont tenté, eux aussi, de saisir quelque chose de l’esprit du temps, parfois avec lourdeur (Bong Joon-ho dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mickey-17/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Mickey 17</em></a>), parfois en se branchant directement sur une forme de confusion. C’est la stratégie à moitié opérante d’<em>Eddington</em>, en cela que le film d’Ari Aster ne vise juste que lorsqu’il condense à l’extrême les signes de l’histoire récente des États-Unis. On pourrait objecter que c’est une bonne manière d’approcher l’ici et maintenant que d’embrasser la part de folie de nos quotidiens saturés d’images délirantes. Puisque le monde déraille, il faut que la forme et les récits en fassent autant. On retrouve cette idée dans <em>Oui</em> de Nadav Lapid qui, comme d’autres films sortis cette année, se confronte à «&nbsp;l’impossibilité&nbsp;» de produire des images du génocide. Si <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener">Put Your Soul in your Hand and Walk</a></em> ou <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" target="_blank" rel="noopener">La Voix de Hind Rajab</a></em> entendent lever le voile sur la réalité gazaouie et mettent sciemment en exergue les limites de leurs propres dispositifs, <em>Oui </em>vise plutôt à tirer du déni du peuple israélien une matière aussi monstrueuse que poétique – voire une poésie de la monstruosité. Il n’y a pas ici de vrai contrechamp ou contrepoint ; ce n’est que dans la boue que le film peut aller, et qu’il lui faut aller pour sonder les névroses d’un pays gangrené par l’abjection.</p>
<p class="MsoNormal">Le lien entre ces différents films tient aussi à leur dimension inégale, voire intrinsèquement sinusoïdale ; <em>Une bataille après l’autre</em>, avec ses ondulations rythmiques, en témoigne. Saisir quelque chose de l’époque, ce serait d’abord chevaucher ses vagues, épouser l’irrégularité d’un moment qui nous échappe. On ne sait pas si beaucoup de films 2025 « resteront » – encore que (on en reparle dans quelques semaines, au moment de dresser le « top »). En revanche, il est certain que cette année a été animée par un sentiment d’urgence à cartographier les tempêtes du présent. Que le cinéma se reconnecte fermement aux flux du monde, qu’il entreprenne de donner forme aux tumultes contemporains, n’est pas une mauvaise nouvelle ; c’est même la marque de sa vitalité.</p>
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		<title>Que ma volonté soit faite</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/que-ma-volonte-soit-faite-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les premières séquences de&#160;Que ma volonté soit faite, deuxième long-métrage de Julia Kowalski, font redouter l’énième rejeu d’une stratégie consistant à&#160;maquiller, par de petites touches opportunistes, une chronique réaliste en film de genre. Une ferme,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/que-ma-volonte-soit-faite-2/" title="Read  Que ma volonté soit faite">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premières séquences de&nbsp;<em>Que ma volonté soit faite</em>, deuxième long-métrage de Julia Kowalski, font redouter l’énième rejeu d’une stratégie consistant à&nbsp;maquiller, par de petites touches opportunistes, une chronique réaliste en film de genre. Une ferme, une famille marquée par un traumatisme et, très vite, des vaches malades&nbsp;: on pense évidemment à&nbsp;<em>Petit Paysan</em> d’Hubert Charuel. Le problème récurrent de cette astuce de saupoudrage est qu’elle masque mal les balises de scénarios sur-écrits&nbsp;: il faut de trop nombreuses scènes bavardes et sous-investies pour installer le cadre du récit. Dans un premier temps, le film paraît lesté de ses intentions&nbsp;: deuil, maladie, héritage familial, traditions rurales et catholiques se superposent dans une épaisse exposition. Heureusement, quelques mystères viennent bientôt changer la donne. Les circonstances dans lesquelles la mère de cette famille a&nbsp;trouvé la mort restent floues, à&nbsp;peine précisées par des flashs et fantasmes d’incendie, mais on comprend qu’elles sont à&nbsp;l’origine des crises de convulsions et des prières frénétiques de Nawokja, que son interprète, Maria Wróbel, incarne avec une intensité rappelant le cinéma de Zulawski. Mais plus encore, c’est le surgissement de Sandra, le personnage joué par Roxane Mesquida, qui va permettre au film de décoller. La présence discrètement érotique de l’actrice, charriant un héritage cinéphile transgressif (elle fut une figure importante des œuvres de Catherine Breillat et Gregg Araki) impose un magnétisme, une aura que Kowalski saisit précisément et ce dès sa première apparition, par un très beau et lent zoom derrière une barrière de grange fissurée. Sandra agit notamment comme un catalyseur lors de la longue séquence du mariage du frère de Nawojka, la plus réussie du film&nbsp;: alors que la fête glisse vers une joie simple et touchante (le beau moment suspendu du discours empêché du père), le personnage débarque sans prévenir et assombrit l’atmosphère, tandis que la nuit tombe petit à&nbsp;petit.</p>
<p>La fuite en voiture de Sandra et Nawojka, accompagnées de deux hommes dangereux, confirme que le film prend un virage. Cette traversée nocturne, rythmée par une hypnotisante guitare électrique, agit comme un solo dans un morceau de métal ou de shoegaze (un sous-genre du rock alternatif), libérant un souffle lyrique jusqu’ici trop contenu. Ce road trip nocturne sur le point de basculer dans l’horreur transforme peu à peu le film en récit cathartique et fantastique à partir d’éléments cinégéniques – la forêt la nuit, la boue, le feu, surtout, servis par la très belle photographie en 16mm de Simon Beaufils. À cet endroit, Kowalski s’inscrit davantage dans une tradition plus aimable et frondeuse du cinéma français, celle des francs-tireurs apparus à la fin des années 1980 (Breillat, Grandrieux, ou encore la Mazuy de <em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/peaux-de-vaches/#:~:text=Avec%20Peaux%20de%20vaches%2C%20Patricia,le%20fil%20de%20sa%20narration." target="_blank" rel="noopener">Peaux de vaches</a></em>). Sa direction d’acteurs, qui ne recule pas devant l’artificialité, confirme cette filiation, en particulier au détour de plans pensés comme des portraits silencieux. Cette attention de la mise en scène n’est pas dévolue qu’aux héroïnes, mais concerne aussi de nombreux villageois, notamment lorsqu’ils voient revenir Nawojka nue, couverte de cendres et de terre. La caméra insiste alors sur un enfant, dont le visage médusé semble suspendu entre l’effroi et la fascination. Il y&nbsp;flotte quelque chose d’indéfinissable, qui rappelle la sidération muette des personnages de Jacques Tourneur confrontés à&nbsp;l’irruption de l’irreprésentable.</p>
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		<title>La fabrique de la couleur : Simon Beaufils, directeur de la photographie</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-simon-beaufils-directeur-de-la-photographie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-simon-beaufils-directeur-de-la-photographie/" title="Read  La fabrique de la couleur : Simon Beaufils, directeur de la photographie">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Deuxième invité : Simon Beaufils, directeur de la photographie, qui a notamment travaillé sur </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-couteau-dans-le-coeur/" target="_blank" rel="noopener">Un couteau dans le cœur</a><em>, </em><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/anatomie-dune-chute-ou-le-cinema-francais-au-tribunal/" target="_blank" rel="noopener">Anatomie d’une chute</a><em> ou, plus récemment, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/que-ma-volonte-soit-faite-2/" target="_blank" rel="noopener">Que ma volonté soit faite</a><em>.</em></p>
<p><strong>À quel moment de votre travail sur les films la question spécifique de la couleur se pose-t-elle ?</strong></p>
<p>Quasiment dès le début, lors de la lecture du scénario avec le cinéaste. En France, le scénario est un objet fini, qui a été travaillé pendant plusieurs années au fil des commissions. C’est la base sur laquelle un cinéaste obtient tous les financements, convainc les acteurs, monte une équipe, etc. Mais ce scénario parle très rarement de rythme ou d’image en tant que telle – de couleurs, de contraste, de style, etc. Il est donc indispensable de le convertir scène par scène en construisant tout ce qui entoure les dialogues et actions. À ce moment-là, plusieurs questions se posent : les références visuelles du cinéaste, mes propres idées, les décors, les costumes… et donc forcément, au centre de tout ça, les couleurs. Dès que l’on aborde ce sujet, le langage montre ses limites, car nous avons tous des référentiels différents. Lorsqu’un cinéaste me parle de «&nbsp;vert&nbsp;», cela m’évoque des centaines de nuances, certainement liées au fait que j’ai grandi à la campagne : s’agit-il du vert d’un champ de lin au mois de mai ? De celui de tel chêne, ou de telle autre essence d’arbre ? De la même manière, il suffit de regarder la mer quelques dizaines de minutes pour voir une multitude de nuances de bleu. Pour surmonter les difficultés du langage, la seule chose à faire est de se montrer des images et de filmer des bouts d’essai. Petit à petit se construit ainsi une idée générale de la forme visuelle du film, plus ou moins précise et, surtout, plus ou moins consciente : parfois, on se rend compte a posteriori qu’un rouge revient souvent au fil des décors, sans qu’on l’ait véritablement prévu. Cette sorte de charte détermine le choix de la pellicule, de la caméra, des objectifs, des filtres… Ce qui rend le premier jour de tournage magique (ou terrifiant, c’est selon), c’est que toutes ces décisions tiennent un peu du pari, puisqu’il est impossible de calculer complètement l’image qui découlera de l’imbrication de ces différents paramètres.</p>
<p><strong>Certains des cinéastes avec lesquels vous avez travaillé, comme Yann Gonzalez, ne placent-ils pas les couleurs au centre de leur scénario ?</strong></p>
<p>Je généralise, évidemment, même si je ne suis pas certain que les scénarios de Yann Gonzalez soient très précis en matière de couleur. Ma collaboration avec Yann (comme avec d’autres cinéastes) s’organise autrement : nous collaborons depuis ses débuts, donc l’objet «&nbsp;scénario&nbsp;» n’est plus notre base de travail. Je connais ses goûts très prononcés. Je sais par exemple qu’avec lui, je ne filmerai jamais un réverbère sodium et sa lumière orangée caractéristique, qui constitue une véritable référence visuelle du cinéma français puisqu’il s’agissait de l’éclairage principal de l’espace public jusqu’à l’avènement des LED. Yann aime filmer la ville avec des lumières froides, ce qui ne correspond pas tellement à la réalité – ou du moins à l’image que l’on se fait de la réalité. Pour le tournage d’<em>Un Couteau dans le cœur</em>, nous avons fait des tests de température de couleur très précis, pour identifier celle qu’il recherchait. Nous avons trouvé un tube néon qu’on appelle entre nous le «&nbsp;tube Gonzalez&nbsp;», justement parce que c’est la couleur que Yann adore, une teinte froide, bleu-vert, très marquée. Comme ce tube néon n’est plus fabriqué, on en garde un petit stock pour les prochains films.</p>
<div id="attachment_330080" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330080" class="wp-image-330080 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-300x63.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-1024x215.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-768x161.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-1536x322.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-2048x429.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-980x205.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Uncouteaudanslecoeur-montage-2000x419.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330080" class="wp-caption-text"><em>Un couteau dans le cœur</em> | © Memento</p></div>
<p><strong>Le frisson de la première journée que vous décrivez n’est-il pas atténué tout de même par la phase de test précédant le tournage ?</strong></p>
<p>Malheureusement, selon les films, il n’y a pas toujours de phase de test. Et lorsqu’il y en a une, on essaie beaucoup de choses en même temps (costumes, maquillage, coiffure, décors) ce qui empêche de se focaliser totalement sur des éléments précis. De plus, en raison des calendriers de tournage très serrés, il est souvent un peu tard pour changer ce qu’on a prévu – c’est encore plus vrai lorsqu’on tourne en pellicule, car il faut ajouter le temps de développement. L’été dernier, aux États-Unis, j’ai tourné un «&nbsp;film d’horreur biblique&nbsp;» – <em>dixit</em> la présentation du scénario –, <em>The Carpenter’s Son</em>, réalisé par Lotfy Nathan et photographié sur pellicule, dans des décors recréant l’Égypte antique. Les agents de Nicholas Cage, qui campe le rôle principal, n’avaient pas convenu de période de test, on a donc débuté le tournage sans avoir rien essayé. Je peux vous dire que lorsqu’on a fait autant de choix déterminants sur la seule base de discussions ou d’images de référence, et qu’il y a tant d’enjeux, le frisson de la première journée est réel. C’est quelque chose que j’aime dans mon métier, ce mélange de préparation très importante et, au dernier moment, le sentiment qu’il faut suivre son instinct.</p>
<p><strong>Quels sont les outils dont vous disposez pour façonner la couleur sur le plateau ?</strong></p>
<p>La couleur est avant tout un moyen formidable de créer du contraste dans l’image, notamment dans le rapport entre les couleurs avec lesquelles j’éclaire les visages et les fonds. Pour ce faire, il y a trois grands groupes de projecteurs. Les projecteurs HMI, dont la température de couleur est très proche de la lumière du jour, les projecteurs tungstène qui produisent une lumière chaleureuse, plutôt d’intérieur, et les LED qui varient à la fois entre toutes les teintes de blanc (du froid au chaud) et n’importe quelle couleur. S’ajoute une quatrième famille en voie de disparition, mais à laquelle je suis très attaché, qui est celle des tubes néon ou des ampoules à économie d’énergie. Ces lampes qui viennent du grand public ou du secteur industriel produisent une lumière particulière, très utile pour créer des contrepoints.</p>
<p>Évidemment, ces différents projecteurs ne font pas ressortir les visages de la même façon, et on se trouve souvent à en préférer certains à d’autres. Personnellement, j’ai du mal à éclairer des visages en direct avec la LED, qui appauvrit beaucoup la peau, de manière plus flagrante encore si le film est tourné en numérique. En revanche, pour les effets de couleur, elle est performante et très pratique : à l’aide d’une tablette tactile, ma cheffe électro Sophie Lelou peut sélectionner n’importe quelle teinte qui s’affiche instantanément sur le plateau. Avant cela, il fallait qu’elle passe une gélatine devant un projecteur, ce qui exigeait du temps et de la manutention, et surtout ne permettait pas une telle finesse des nuances. Les LEDs vont bien avec l’écosystème numérique et l’idée d’une image qu’on peut contrôler en direct, jusqu’au moindre détail. Avec de la pellicule, les couleurs que l’on choisit à l’œil sur le plateau ressortent de manière plus aléatoire. Pour le dernier film de Yann Gonzalez, tourné cet été, nous avons été confrontés au cas d’un magnifique manteau d’une teinte particulière, entre le violet et le bleu. Au cours des tests, on s’est aperçus qu’il apparaissait complètement violet à cause de l’éclairage froid. Il aurait fallu utiliser une lumière beaucoup plus chaude pour faire ressortir les teintes bleutées, mais Yann était attaché à son éclairage froid. Nous l’avons légèrement adapté pour en tirer le meilleur, mais on peut être certain que les concepteurs ne reconnaîtront pas leur manteau.</p>
<p>Je crois qu’il est très précieux d’avoir à disposition une telle variété de matériel. On peut encore décider de ne pas utiliser la technologie à la pointe pour un film en fonction des effets recherchés. Je milite pour que les loueurs gardent leurs vieux projecteurs sur les étagères, parce qu’ils donnent la possibilité de créer des images singulières, qui s’émancipent de la norme.</p>
<p><strong>Effectuez-vous des mesures de la couleur sur le plateau ?</strong></p>
<p>Oui, surtout lorsque je photographie sur pellicule, qui est particulièrement sensible aux différentes sources lumineuses et amplifie les écarts entre les températures de couleur. J’utilise un thermocolorimètre qui me permet de déterminer, par exemple, qu’une partie du cadre est à 8000&nbsp;Kelvin [NDLR : l’unité de mesure la plus utilisée pour la température de couleur, qui oscille environ de 1000&nbsp;K (blanc très chaud) à 12&nbsp;000&nbsp;K (blanc très froid)] et 62&nbsp;points de magenta, et que l’autre est éclairée par une lumière à 4000&nbsp;Kelvin et 33&nbsp;points de vert. Même si ces tests sont extrêmement précis, il reste difficile de prévoir à quoi ressemblera le résultat. En plus, j’oublie souvent de noter les mesures effectuées en fonction des éclairages que j’utilise d’un film sur l’autre, ce qui m’oblige à repartir de zéro à chaque tournage. Mais au fond, ça ne me dérange pas tant que ça : chaque film est un nouveau projet, et je suis content de ne pas me reposer sur des mesures déjà établies.</p>
<h2>À rebours de l’esthétique majoritaire</h2>
<p><strong>Cette manière spécifique dont les couleurs interagissent rend-elle la pellicule plus propice aux expérimentations visuelles ?</strong></p>
<p>Au début des années&nbsp;2000, on voyait partout la couleur caractéristique de la pellicule Kodak, qui détenait quasiment le monopole avec Fujifilm. Concrètement, Kodak décidait quelle(s) couleur(s) on pouvait filmer. J’adorais l’une des pellicules Kodak, la 79, qui était très contrastée avec des couleurs fortes. Puis un jour, les ingénieurs de Kodak ont décidé qu’elle était trop granuleuse et qu’il fallait se rapprocher de l’image plus lisse de la vidéo. Ils ont mis au point une nouvelle pellicule avec moins de grain, des noirs moins prononcés, des couleurs plus pastel, que j’aimais beaucoup moins. Quand ils ont arrêté la production de la précédente, je me suis senti victime de l’industrie : c’est comme si tout à coup, on cessait de fabriquer les couleurs nécessaires à la palette utilisée quotidiennement par un peintre. J’ai essayé de m’émanciper des consignes strictes données par Kodak pour le développement en changeant les durées d’immersion dans les différents bains chimiques, afin de modifier le rendu des couleurs et d’augmenter le contraste. J’ai obtenu des images vraiment magnifiques à partir de ces expérimentations !</p>
<p><strong>À la différence de la pellicule qui conditionne le rendu final des couleurs, le numérique semble les capturer de façon plus égale et neutre. Sa généralisation a‑t-elle permis de gagner une liberté totale dans la manière de gérer et d’agencer entre elles les couleurs ?</strong></p>
<p>Les débuts de la vidéo grand public étaient très stimulants, notamment grâce au DV ou au HI‑8, ces formats qui ont amené une image complètement différente, aux couleurs criardes et improbables. Lorsque le numérique est devenu la nouvelle esthétique majoritaire, il s’est standardisé et lissé, et a donc perdu en intérêt. Je suis attaché à l’idée qu’en allant au cinéma, on a envie de voir une image différente de celle qu’on peut voir sur son téléphone ou sa télévision. Les caméras numériques enregistrent une image grise, qu’il faut ensuite «&nbsp;débayeriser&nbsp;» (de l’anglais <em>debayering</em>, un processus algorithmique qui recompose les couleurs à partir des données brutes capturées par la caméra) en postproduction, ce qui revient à les « développer » numériquement. Quand on débayerise naturellement les images filmées par une Alexa [NDLR : l’un des premiers modèles de caméra numérique professionnelle du constructeur Arri, mis sur le marché en 2010], celles-ci restent douces, avec peu de contraste et de couleurs. On peut en rajouter à l’étalonnage, mais on n’obtiendra jamais le rendu d’une image 16 ou 35 mm. Comme pour le mini-DV ou le Technicolor, je suis persuadé que dans quelques dizaines d’années on pourra dater les images obtenues avec des caméras numériques comme l’Alexa ou les Red.</p>
<p><strong>La grande disparité des supports sur lesquels sont vus les films aujourd’hui (salles de cinéma, téléviseurs, écrans d’ordinateur, téléphones portables, etc.) influence-t-elle la manière dont vous pensez vos images ?</strong></p>
<p>La question des destinations est ingérable. Il faut faire confiance à l’écran d’étalonnage, le mieux étant de bien le connaître. Pendant la postproduction, j’essaie d’organiser une ou deux projections dans des cinémas où j’ai vu beaucoup de films, qui me servent de référence. J’avoue que je pense toujours à faire des images pour la salle, en me disant que l’on pourra toujours compenser en postproduction afin de s’adapter aux exigences des différentes sorties. La télévision de ma grand-mère est réglée par le vendeur de son magasin d’électroménager avec des paramètres invraisemblables : l’image est archi-définie, on voit les pores de peau de tout le monde, mais elle est contente car elle trouve ça très net. Quand je fais l’étalonnage vidéo d’un film sur un beau moniteur, je trouve l’image superbe, puis je la regarde sur la télé de mamie et je me dis «&nbsp;Quelle horreur !&nbsp;». Cela me fait penser au DVD de <em>Sombre</em> de Philippe Grandrieux, qui commençait par une mire permettant de régler sa télévision pour bien voir les couleurs du film. J’imagine les gens chez eux essayant de paramétrer leur télévision, ça dit bien le décalage entre l’exigence de l’industrie et les images complètement aléatoires qu’on obtient à la maison. C’est toujours le cas aujourd’hui, chaque logiciel multimédia a son propre codec qui produit des couleurs différentes, et même Vimeo qui est utilisé par toute l’industrie ! On s’embête à faire un master vidéo dont on est content, avec toutes les bonnes exigences techniques, mais le fichier mouline quand même dans l’algorithme du site et il en sort quelque chose d’autre. J’essaie de me rassurer en me disant que ça fait partie du mystère du cinéma : une fois sorti de la salle d’étalonnage, le film ne m’appartient plus et vit !</p>
<h2>De l’humain en face</h2>
<p><strong>Vous parliez plus tôt de la difficulté d’éclairer et de filmer la peau : quels défis pose-t-elle, en pellicule comme en numérique ?</strong></p>
<p>À l’époque du tout analogique, des color scientists de Kodak travaillaient sans arrêt sur la peau, qui est à la fois le plus compliqué à filmer, et en même temps ce qu’on filme le plus au cinéma. Là encore, on ne réalise pas forcément à l’œil nu que la peau comporte des nuances extrêmement délicates de blanc, de rose, de vert, de bleu… Le numérique a tendance à effacer ces nuances, et c’est là que le travail avec l’étalonneur se fait crucial, car il faut passer des couches et des couches d’effets pour retrouver la carnation. Avec mon étalonneuse Magali Léonard, nous sélectionnons de petites zones de peau pour redonner localement de la couleur et du contraste. Par ailleurs, je n’éclaire pas du tout de la même manière selon le casting&nbsp;: je vois que telle couleur va plus ou moins bien au teint de tel acteur ou telle actrice, donc je pars de cette donnée pour organiser le reste des couleurs, ce qui induit parfois des changements de décors. Il est impossible de se dire que tout a été prévu et qu’il suffit d’appliquer la recette : à chaque fois qu’on fait face à de l’humain, c’est plus compliqué. D’un jour à l’autre, en fonction de l’état de fatigue, de l’heure à laquelle on tourne, il arrive que l’éclairage de la veille ne fonctionne plus sur le visage du comédien.</p>
<p><strong>La manière dont vous prévoyez les couleurs de l’image finale suppose-t-elle de votre part une position de chef d’orchestre sur le tournage, pour s’assurer de la cohérence d’ensemble ?</strong></p>
<p>Non, elle suppose une discussion permanente avec les différents postes. Sur les tournages français, on a rarement cette fonction de «&nbsp;directeur artistique&nbsp;» très présente aux États-Unis, qui coordonne les différents postes. Les responsabilités sont donc mélangées, et dépendent en outre du degré d’investissement du cinéaste sur les questions strictement esthétiques. Je suis obligé de discuter en permanence avec le chef décorateur et le chef costumier parce qu’en dehors des visages, je filme principalement des décors et des costumes. Un décor d’une certaine couleur peut être éclairé d’une couleur ou d’une autre, ce qui va le transformer, le faire vivre différemment. C’est passionnant, parce qu’on voit bien que les couleurs émanent en vérité de trois endroits distincts : du décor, de la lumière avec laquelle on l’éclaire, et de la manière dont la caméra – et le support, l’objectif, les filtres… – vient l’interpréter. Justine Triet, pour la chambre de l’enfant dans <em>Anatomie d’une chute</em>, avait une référence précise en tête : celle de la chambre dans <em>Une femme sous influence</em> de John Cassavettes. Les murs y sont d’un jaune un peu pisseux, le genre de couleur qu’on filme « parce qu’elle est là ». De manière générale, Justine voulait donner le sentiment qu’on avait tourné dans des endroits qui existent vraiment. Nous n’avons pas eu le temps de filmer cette scène pendant la phase d’essai. Ce n’est que la veille du tournage que j’entre dans la pièce, et m’aperçois qu’il y a trop de vert dans le jaune des murs. Le décor va inévitablement renvoyer ce vert sur les visages et je sais que l’étalonnage va être impossible. J’en parle à Emmanuelle Duplay, la cheffe décoratrice, qui rachète des pinceaux, travaille toute la nuit avec son équipe et parvient à trouver cette teinte un peu « rien ». Je pense que personne ne l’identifie vraiment en voyant la scène, ce qui est la preuve qu’on a réussi à trouver une couleur qu’on voit peu au cinéma. C’est pour moi un parfait exemple de la façon dont on peut expérimenter la couleur jusqu’au bout, en allant chercher la nuance parfaite.</p>
<div id="attachment_330081" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-330081" class="size-full wp-image-330081" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="1383" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-300x162.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-1024x553.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-768x415.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-1536x830.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-2048x1106.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-980x529.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Unefemme-anatomie-montage-2000x1080.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-330081" class="wp-caption-text"><em>Une femme sous influence</em> | © Memento Films ; <em>Anatomie d’une chute</em> | © Le Pacte</p></div>
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		<title>Portraits d’Amérique — Yasmina Tawil</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-yasmina-tawil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-yasmina-tawil/" title="Read  Portraits d’Amérique — Yasmina Tawil">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Yasmina Tawil, jeune autrice et curatrice spécialiste du cinéma arabe. Ancienne directrice de la programmation de l’Arab Film and Media Institute (AFMI), elle est aujourd’hui programmatrice à la Brooklyn Academy of Music (BAM). </em></p>
<p><strong>Qu’est-ce qui vous a menée au cinéma arabe ? </strong></p>
<p>Le cinéma arabe a toujours fait partie de ma vie, avant même que j’en prenne conscience. Mes parents sont arabes ; ma mère est libanaise d’origine égyptienne, mon père est syrien et suisse. Et deux films tournaient en boucle chez moi : <em>Caramel</em> de Nadine Labaki et <em>West Beirut</em> de Ziad Doueiri. Au moment de terminer mes études en 2015, je faisais déjà du bénévolat pour l’Arab Film and Media Institute, où j’ai découvert le cinéma arabe. C’était un prolongement naturel de mon héritage, de mon intérêt pour l’art et de mes convictions politiques, d’autant plus que très peu de films arabes reçoivent une réelle visibilité aux États-Unis. En parallèle, mon premier vrai poste, chez Oscilloscope Laboratories, m’a appris le fonctionnement de l’industrie indépendante et l’importance de soutenir des œuvres nouvelles, internationales ou fragiles. L’ensemble de ces expériences a façonné ma vision et mes priorités. Je savais que je voulais aider des films importants à être vus.</p>
<p><strong>Si je comprends bien, votre expertise dans le cinéma arabe s’est surtout construite en dehors de l’université. Quelle place occupait l’enseignement de ce cinéma dans les années 2010 aux États-Unis ?</strong></p>
<p>Oui, ça s’est construit surtout à côté, dans ma vie professionnelle et personnelle. À ma connaissance, il n’y avait aucun cours sur le cinéma du Moyen-Orient à l’Université de Boston à ce moment-là. On ne parlait jamais des films arabes, iraniens ou africains&nbsp;; dans tous les cours que j’ai suivis, on ne parlait que de cinéma occidental. Avec le recul, cette absence est frappante.</p>
<p><strong>Cela fait maintenant une dizaine d’années que vous travaillez dans cette industrie. Quel est selon vous le plus grand défi lorsqu’on programme du cinéma arabe à New York ?</strong></p>
<p>Sans hésitation, l’accès aux films, qui reste difficile même pour ceux qui tournent en festival. Des copies disparaissent ou sont égarées, parfois les DCP dorment pendant des années sans être vérifiés et on ne sait même plus qui détient les droits. Beaucoup de films sont pratiquement perdus, même ceux qui datent d’il y a dix ou quinze ans. Le cas le plus frappant est sans doute <em>Anyaab </em>(<em>Fangs</em>) de Mohamed Shebl, un remake égyptien génial des années 1980 du <em>Rocky Horror Picture Show</em>, qui connaît une petite résurgence en ligne depuis quelques années. On en trouve une copie tirée d’une diffusion sur la chaîne Melody Aflam, conservée sur internet, mais la situation des droits est totalement opaque depuis la mort du réalisateur. Après des années de recherches, rien n’a été retrouvé. Récemment, quelqu’un au Liban a déniché une Betamax de la diffusion télévisée égyptienne originale et cette numérisation constitue aujourd’hui la meilleure version disponible. Sans distributeur américain, il est souvent difficile de joindre les ayants droit internationaux et les coûts peuvent être très élevés, notamment lorsqu’il n’existe qu’une copie physique, chère et parfois risquée à expédier. Sur le plan de la curation, le fait même de visionner certains films pour confirmer leur existence peut devenir un défi. Je m’appuie donc beaucoup sur les livres consacrés au cinéma arabe, souvent plus fiables et plus riches que les recherches en ligne, en particulier pour des films plus anciens.</p>
<p>Côté public, l’intérêt grandit. Les gens veulent comprendre ce qui se passe politiquement, d’autant plus avec la situation en ce moment en Palestine, au Liban, en Syrie, au Yémen, au Soudan… Le cinéma devient un point d’entrée. Des distributeurs comme Watermelon Pictures font un travail essentiel en ressortant des films qui n’ont jamais eu de sortie américaine, comme <em>It Must Be Heaven</em> d’Elia Suleiman ou <em>Wajib</em> d’Annemarie Jacir, quasi impossibles à voir légalement pendant des années. Je leur en suis éternellement reconnaissante.</p>
<p><strong>Parlons de <em>Cinema Arabiyya</em>, votre série de films arabes au cinéma Nighthawk. Comment est-elle née ? Et comment décririez-vous le regard cinéphile américain sur le cinéma arabe ?</strong></p>
<p>J’ai créé <em>Cinema Arabiyya</em> quand j’étais encore à l’AFMI, parce que je voulais apporter quelque chose de plus personnel, plus ouvert à l’avant-garde ou aux réalisateur·rices peu connu·es. Je souhaitais montrer des films négligés ou introuvables. Certains films que j’ai programmés, comme<em> It Must Be Heaven </em>ou <em>Wajib</em>, sont très connus et aimés dans le monde arabe, mais restent rares, voire inaccessibles aux États-Unis tandis que d’autres n’ont été projetés qu’une ou deux fois dans un grand festival avant de disparaître. Je voulais pousser les spectateur·rices américain·nes ou non arabes à découvrir des œuvres magnifiques, non pas parce qu’elles seraient des « classiques arabes », mais simplement parce qu’elles méritent d’être vues et proviennent d’une région qu’il·elles connaissent peu. À New York, les grands titres finissent généralement par être projetés, mais beaucoup de films moins visibles ou introuvables, comme <em>Caramel</em> (dont les droits américains ont expiré), ont besoin d’un espace dédié pour exister à nouveau. Le déclic a été <em>The Sea and Its Waves</em>, un film libanais avant-gardiste présenté à l’ACID à Cannes, que j’avais adoré, mais qui n’avait pas été montré ensuite. Je discutais de ma frustration de ne pas pouvoir montrer ces œuvres avec le programmateur du Nighthawk, Desmond Thorne, et il m’a simplement proposé de le faire dans son cinéma.</p>
<p>Pour la première séance, on a programmé <em>The Imperialists Are Still Alive ! </em>de Zeina Durra. C’était aussi un choix stratégique : je voulais attirer un public américain et comme c’était le mois du patrimoine arabo-américain, commencer par ce film me paraissait évident, d’autant que je l’adore. Il n’a jamais vraiment décollé malgré son passage remarqué à Sundance&nbsp;: le racisme a contribué à son effacement, ce que m’a confirmé la réalisatrice.</p>
<p><strong>Cela fait maintenant plus d’un an que cette programmation existe. Quel est votre bilan ?</strong></p>
<p>Ce qui me touche le plus, c’est que le public vient à chaque séance, malgré le rythme très lent de la série – une projection tous les deux mois – et la profusion d’événements à New York. Avec seulement quelques posts sur les réseaux sociaux et ma newsletter, sans véritable communication, la salle est toujours bien remplie. Je sais qu’il est difficile de convaincre les gens de sortir alors qu’ils ont mille autres options, donc la fidélité de ceux qui reviennent à chaque fois (même si ce sont des ami·es à moi !) me touche profondément. Je programme aussi des films exigeants ou étranges, et le public reste toujours curieux. Malgré ma confiance en mon travail de curatrice, je me demande parfois si un public majoritairement non arabe comprend les nuances culturelles, l’humour, mais ils sont très ouverts dans leur accueil des films. Leurs retours, même lorsqu’ils ne saisissent pas toutes les références, sont chaleureux. Et si les mots bienveillants des spectateur·rices arabes comptent énormément pour moi, ce qui me marque le plus est de voir des non-Arabes se connecter à ce cinéma.</p>
<p><strong>En tant que programmatrice, sentez-vous une responsabilité particulière, qui consisterait à corriger ou diversifier le regard des cinéphiles américains sur le cinéma arabe ?</strong></p>
<p>Oui, absolument. J’essaie de contrer les récits dominants et le racisme flagrant qui imprègne tant de représentations occidentales des Arabes et, par extension, des Musulman·nes, des Moyen-Orientaux et de certaines régions d’Afrique. Je ne prétends évidemment pas changer le monde seule, mais projeter ces films, même devant cinq spectateur·rices, est crucial : si un film n’est jamais montré, personne ne pourra le découvrir, ni lui donner une chance de se construire un public. Plus on multiplie les occasions de voir ce cinéma, plus sa présence dans le paysage américain devient normale, et plus les spectateur·rices peuvent désapprendre certains stéréotypes. Le travail de Jack Shaheen, notamment<em> Reel Bad Arabs</em>, m’a profondément marquée : il montre comment les clichés (la danseuse de harem, le cheikh avide de pétrole, le terroriste…) traversent plus d’un siècle de cinéma, bien avant le 11 Septembre. J’aimerais parfois simplement asseoir mes ami·es, pourtant progressistes, devant le documentaire tiré de son livre pour qu’il·elles apprennent à repérer ces tropes dans les films de leur enfance. Je veux que les gens réfléchissent plus consciemment à ce qu’ils regardent ; rendre ces œuvres visibles est un premier pas essentiel pour transformer les perceptions.</p>
<p><strong>Avec la situation politique actuelle aux États-Unis, et surtout avec ce qui se passe en Palestine, pensez-vous que le rôle des programmateurs s’est transformé ?</strong></p>
<p>Il m’est difficile de savoir comment les autres programmateurs pensent leur travail ; je ne peux vraiment parler que pour moi. Programmer du cinéma arabe a toujours été un défi, parce qu’il est intrinsèquement politique et, depuis le 7 octobre, c’est devenu encore plus délicat. Je crois que le cinéma peut être un outil d’éducation, mais je crains aussi que certaines personnes voient un film palestinien et considèrent que cela suffit, comme si leur acte militant du jour était accompli. Certes, aller voir un film palestinien soutient un·e cinéaste palestinien·ne, et c’est important, mais cela ne changera rien en soi : le cinéma ne sauvera pas la Palestine. Il peut être une étincelle, quelque chose qui pousse des gens capables d’agir à s’engager davantage. Et la projection en salle, au-delà même du film, est un espace essentiel de rassemblement et de dialogue. Toutefois, la discussion seule ne sauvera pas la Palestine non plus. Des ami·es palestinien·nes me parlent souvent de l’importance de créer de l’art en temps de guerre, comme forme de survie, de révolution, de résistance. Pour moi, le cinéma est un outil crucial pour apprendre, débattre, créer du lien.</p>
<p>Quant à savoir si la situation actuelle change la manière dont les programmateur·rices conçoivent leur travail, je crois que oui, absolument. Beaucoup ne programment pas avec une conscience politique, ou ne pensent à la Palestine qu’au moment de l’inclure ponctuellement dans leur sélection. Je serais curieuse de discuter avec d’autres programmateur·rices new-yorkais·es pour comprendre leur rapport à ces questions. Car au fond, notre rôle est de créer des portes d’entrée, des passerelles permettant aux films d’exister devant un public.</p>
<p><strong>Vous gardez donc une forme d’espoir dans le cinéma ?</strong></p>
<p>J’essaie ! Depuis le 7 octobre, ce qui m’a le plus marquée dans toutes ces projections autour de la Palestine, c’est vraiment la dimension collective : se retrouver dans un même espace avec des personnes venues pour partager. En parallèle de mes programmations en salle, je travaille beaucoup avec Rosa Martinez, qui dirige la série <em>Visualizations of Revolution</em>. Ce sont toujours des séances gratuites, dans des bars ou des lieux collectifs, ancrées dans cette réflexion sur la révolution et souvent accompagnées de discussions. Qu’il s’agisse de ces espaces ou de salles plus traditionnelles, j’adore voir que les spectateurs restent discuter : ça me rappelle pourquoi le cinéma ne mourra jamais. Oui, on peut presque tout voir en ligne, mais rien ne remplace l’expérience d’un film partagé.</p>
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		<title>Les enfants vont bien</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-enfants-vont-bien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans Les enfants vont bien, le soleil radieux de la Côte d’Azur qui présidait dans Toni, en famille laisse place ici à un mois d’août pluvieux. Ce changement d’atmosphère de la part de Nathan Ambrosioni...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-enfants-vont-bien/" title="Read  Les enfants vont bien">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans<em> Les enfants vont bien</em>, le soleil radieux de la Côte d’Azur qui présidait dans <em>Toni, en famille</em> laisse place ici à un mois d’août pluvieux. Ce changement d’atmosphère de la part de Nathan Ambrosioni s’accompagne également d’une situation plus dramatique. Suzanne arrive à l’improviste chez sa sœur pour y passer la nuit et disparaît au petit matin, laissant à cette dernière la responsabilité parentale de ses deux enfants. À partir de cet événement, le film esquisse les contours d’un quotidien rempli de doutes, d’incompréhensions et de procédures administratives. Mais au lieu de laisser cette incertitude infuser le récit, la mise en scène la neutralise systématiquement en annonçant chaque événement par des incises maladroitement parsemées. Juste avant de se rendre chez sa sœur, Suzanne disparaît, laissant les enfants inquiets errer à sa recherche, avant de reparaître soudainement. Cette séquence préfigure ici la menace de l’abandon infantile en la surlignant par des dialogues autour de l’instabilité de Suzanne ainsi que des symboles évoquant son absence. Par cette construction programmatique, <em>Les enfants vont bien</em> dévoile toutes les mailles du récit qui est en train d’être brodé sous nos yeux, au risque d’évider son potentiel dramatique.</p>
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		<title>Fuori</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fuori-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que Martone réalise le biopic d’un écrivain (Leopardi). Ce n’est pas non plus la première fois qu’il brosse un portrait atmosphérique (Nostalgia)&#160;: Fuori (« dehors ») raconte les semaines...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/fuori-2/" title="Read  Fuori">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que Martone réalise le biopic d’un écrivain (<em>Leopardi</em>). Ce n’est pas non plus la première fois qu’il brosse un portrait atmosphérique (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nostalgia-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Nostalgia</em></a>)&nbsp;: <em>Fuori</em> (« dehors ») raconte les semaines suivant la sortie de prison de Goliarda Sapienza, écrivaine alors presque inconnue dans son propre pays, et qui ne connaîtra le succès qu’une dizaine d’années après sa mort. Incarnée par Valeria Golino, l’autrice est présentée comme une figure assez éthérée, mouvant sans heurts entre les réminiscences de son incarcération et ses rendez-vous avec Roberta (Matilda De Angelis), une jeune activiste politique et héroïnomane dont elle a été la codétenue. Cette perspective impressionniste, restituant un flottement mental, tient avant tout de l’ambiance : chez Martone, saisir quelque chose de la vérité intérieure d’un individu passe par l’adoption d’une rythmique particulière.</p>
<p>Cet horizon de cinéma n’est certes pas le plus excitant qui soit, mais ce film-ci se révèle un tantinet moins monocorde que les précédents, à l’image de la musique choisie pour accompagner les errances de Goliarda – des chansons de Robert Wyatt, dieu vivant du rock alternatif, dont les oscillations des synthés et la voix nasale si singulière bercent les allers et venues de la romancière. La fragmentation du montage se recoupe même ponctuellement avec des effets de surcadrage découpant les corps et silhouettes, pour figurer une perception lacunaire du monde (l’héroïne semble doucement dériver). Si le film se love souvent dans une douceur ouatée (la scène de douche collective, en forme de gynécée improvisé), ce principe lui inspire tout de même son meilleur plan, qui voit un personnage clef s’évanouir dans les contours d’un cadre dans le cadre, pour ne plus jamais réapparaître.</p>
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		<item>
		<title>Fragments choisis de 2025</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur quelques scènes et plans marquants découverts en 2025. L’essoufflement (Jeunesse, retour au pays) Au cœur de Jeunesse (Retour au pays) se trouve une longue scène de noces durant laquelle la caméra accompagne de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/fragments-choisis-de-2025/" title="Read  Fragments choisis de 2025">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Retour sur quelques scènes et plans marquants découverts en 2025.</em></p>
<p><strong>L’essoufflement (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeunesse-retour-au-pays/" target="_blank" rel="noopener"><em>Jeunesse, retour au pays</em></a>)</strong></p>
<p>Au cœur de <em>Jeunesse (Retour au pays)</em> se trouve une longue scène de noces durant laquelle la caméra accompagne de jeunes mariés et leurs proches descendant la colline de leur village. Une tradition impose au mari de porter sa fiancée dans ses bras jusqu’à la maison familiale, en bas du monticule. Bordé ainsi de dizaines de convives l’encourageant, le jeune marié s’y reprend à plusieurs fois pour accomplir la tradition, trop essoufflé pour la mener à bien d’une seule traite. Si cette séquence établissait déjà une continuité (il y est question d’effort et de fatigue) entre les ateliers de Zhili et le quotidien rural – le cadreur peinant lui-même à tenir le rythme de la captation –, elle s’achève par un plan large saisissant qui entérine l’impression d’un essoufflement sans fin. Régulièrement au cours des trois volets de la trilogie, Wang Bing ponctue les retours au pays de ses différents personnages par des plans d’ensemble d’un territoire souvent rude et inhospitalier, dont l’étendue tranche avec les perspectives bouchées des ateliers. On retrouve ici l’une des grandes qualités de sa filmographie, sa manière de dresser une cartographie du paysage chinois contemporain. Entre la ville de Zhili et ses blocs de béton, ses allées jonchées de débris, ses nuits noires orangées, le territoire rural composé de maisons délabrées et de routes suspendues au bord des gouffres, c’est toute une série de panoramas uniques que donne à voir le cinéaste.</p>
<p>Le plan large sur lequel s’achèvent les noces évoquées offre probablement l’une des prises de vue les plus impressionnantes de la trilogie. Surplombant une vallée, la caméra cadre les collines en contrebas à la nuit tombante. Son tremblement laisse deviner un temps rigoureux, mais c’est ici par un effet sonore que l’image se distingue et qu’elle referme de manière stupéfiante la séquence écoulée. En superposition de ce plan qui dure plus d’une dizaine de secondes, on entend un souffle saturé et répété, qu’on pourrait d’abord assimiler au vent s’abattant sur la caméra. Or ce souffle, par sa durée et ses oscillations, fait aussi penser à des inspirations et expirations répétées, un halètement qui pourrait tout autant venir du cadreur lui-même. S’il est impossible de démêler véritablement son origine, ce son produit une impression d’essoufflement d’autant plus forte qu’elle arrive après vingt minutes de célébrations menées tambour battant. Cette idée constitue une nouvelle étape dans la trajectoire formelle et narrative que la trilogie travaille : à peine remarquée par les ouvriers dans le premier volet, la caméra prend de plus en plus de place et devient presque interventionniste. Dans le deuxième, les protagonistes tiennent compte de sa présence, le cadreur conduit des entretiens et change le cours du film. Enfin, dans le troisième, elle s’invite au cœur des foyers, prend part aux repas et aux conversations. Poussée au bout de la logique, la caméra partage désormais la fatigue de ceux qu’elle filme, après dix heures de captation inlassable des mêmes gestes.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Luca Mongai</strong></p>
<p><strong>Le chat de Sepideh (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/put-your-soul-on-your-hand-and-walk-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Put Your Soul on Your Hand and Walk</em></a>)</strong></p>
<p>Durant la longue conversation entre Sepideh Farsi et Fatma Hassona qui donne sa forme à<em> Put Your Soul on Your Hand and Walk</em>, des interférences récurrentes ramènent les deux protagonistes aux réalités bien séparées de leurs existences. Au-delà des bugs répétés du flux vidéo, des interférences plus douces, du côté de la cinéaste, actent également la fracture entre les deux mondes. Alors que Fatma fait le récit de son quotidien sous les bombardements israéliens, Sepideh Farsi doit ponctuellement interrompre la conversation, dérangée par le remue-ménage dans son appartement parisien. Le téléphone de la réalisatrice, qui lui sert ici de caméra, panote alors vers l’intérieur du logis et commence à déambuler dans les couloirs : s’y dévoile le confort bourgeois dans lequel elle évolue, qui contraste immédiatement, presque violemment, avec les images en basse définition de Fatma. Chez Sepideh, les intérieurs cotonneux, au cœur desquels règne un silence de plomb, sont caressés par une lumière douce, presque laiteuse. Coincé à l’extérieur se trouve son chat, qui gratte à la porte : c’est lui qui force plusieurs fois la cinéaste à se lever pour lui ouvrir avant de reprendre la conversation. Chez Fatma, les murs sont nus et les débris sont des pixels.</p>
<p>Cette opposition se répète plusieurs fois, au point de susciter par moments chez le spectateur une forme d’agacement. Les aléas du quotidien parisien tranchent si fortement avec le bruit des bombes et des avions à Gaza qu’on ne peut se résoudre à ce qu’ils prennent tant de place dans le film. Si le « confort » de la réalisatrice doit être nuancé – persécutée dans son pays d’origine, l’Iran, Sepideh Farsi est exilée en France –, elle rappelle elle-même au détour de la conversation les avantages de son quotidien, notamment les voyages qu’elle entreprend pour préparer ou présenter ses films, et qui font rêver Fatma. Ce décalage, que travaille délibérément la cinéaste, entérine la distance qui la sépare de la jeune journaliste palestinienne et, <em>a fortiori</em>, celle qui nous sépare de Gaza. Engourdi par le confort de la salle de cinéma comme Sepideh flotte dans celui de son appartement, le public s’interroge sur sa position très ambivalente face aux images de mort et de destruction : sortis du cinéma, le chat reviendra gratter à notre porte, la vie reprendra son cours, tandis que Fatma, elle, est à présent un fantôme – le 16 avril 2025, elle fut assassinée par l’armée israélienne.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>L. M.&nbsp;</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330192 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul.jpg" alt width="2255" height="1264" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul.jpg 2255w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-300x168.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-1024x574.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-768x430.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-1536x861.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-2048x1148.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-980x549.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-chat-de-Sepideh-Put-Your-Soul-2000x1121.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2255px) 100vw, 2255px"></a>
<p><strong>Jean-Luc face aux <em>Quatre Cents Coups&nbsp;</em>(<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Nouvelle Vague</em></a>)</strong></p>
<p>La légèreté de <em>Nouvelle Vague</em> surprend d’autant plus que le film tient d’un genre lourd : le biopic autour de la création d’une œuvre de génie. Grâce à l’importante documentation du tournage d’<em>À bout de souffle</em>, en partie intégrée au film à travers les séquences avec le photographe de plateau, Linklater n’a pas besoin de gonfler les enjeux dramatiques. Pas de scènes de doutes, de larmes, ou de dissection d’une idée créative&nbsp;; Jean-Luc Godard reste un mystère caché derrière ses lunettes noires. Linklater peut donc se concentrer sur ce qui l’intéresse (le prosaïsme du tournage, l’esprit de bande, le jeu, etc.) en regardant l’époque reconstituée d’un point de vue allègre. La réussite du film, qui ne fait toutefois pas l’unanimité dans la revue (cf. <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nouvelle-vague-2/" target="_blank" rel="noopener">le texte publié à la sortie</a>), tient à ce minimum d’invention, réservé quasi uniquement à quelques conversations de Jean Seberg (avec son mari ou Belmondo) – <em>À bout de souffle</em> n’est pas expliqué, il a juste été fabriqué à peu près comme ça. En résulte un film fétichiste et joyeux, comme souvent chez Linklater, où les émissions de télé américaines de son enfance dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/apollo-10%c2%bd-les-fusees-de-mon-enfance/" target="_blank" rel="noopener"><em>Apollo 10 ½</em></a> sont remplacées par la liste des personnalités ayant croisé la route de JLG à l’époque, dans un même souci de fidélité au réel (la recherche de ressemblance du casting concerne même des personnalités en retrait dont peu de gens connaissent l’apparence). Le critique et apprenti cinéaste reste donc une surface, sur laquelle se projette d’ailleurs, vers le début du récit, le film d’un autre&nbsp;: <em>Les Quatre Cents Coups</em> de François Truffaut, lors de sa présentation au Festival de Cannes en 1958. Il s’agit de l’une des seules scènes où l’on voit le jeune homme seul. Dans ses lunettes se reflètent les dernières images du film de Truffaut, avec Jean-Pierre Léaud sur la plage. La musique de Jean Constantin s’achève, la lumière se rallume et Godard est au milieu du public, sans que personne ne le remarque. Lui qui a sans cesse besoin de spectateurs (pour ses bons mots, ses acrobaties, et plus tard son propre film), se trouve alors de l’autre côté, à applaudir maladroitement (il faut redire ici la malice de la prestation très physique et pourtant discrète de Guillaume Marbeck), un sourire en coin. Linklater parvient ainsi à suggérer l’impression que produit ce film sur le personnage, en s’appuyant sur notre souvenir personnel de spectateur des <em>Quatre Cents Coups</em>&nbsp;: cette émotion suffit.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Marin Gérard</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330214 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague.jpg" alt width="2392" height="1748" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague.jpg 2392w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-300x219.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-1024x748.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-768x561.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-1536x1122.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-2048x1497.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-980x716.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Godard-face-aux-Quatre-Cents-Coups-Nouvelle-Vague-2000x1462.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2392px) 100vw, 2392px"></a>
<p><strong>Ok&nbsp;! (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/scenarios-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Scénarios</em></a>)</strong></p>
<p>Le 13 septembre 2022, Jean-Luc Godard recourrait au suicide assisté pour partir de son propre chef. Si le cinéaste a choisi sa mort, il a également choisi sa dernière image, tournée la veille de son décès, sous l’œil de ses collaborateurs les plus fidèles, Fabrice Aragno et Jean-Paul Battaggia. JLG y apparaît sur son lit, torse nu, la chemise entrouverte et le pantalon déboutonné, en train de finaliser l’ultime plan de son ultime film, qui le voit recopier et réciter quelques phrases de Sartre, dont celle-ci&nbsp;: «&nbsp;<em>Prendre un cheval blanc pour illustrer le fait que les chevaux ne sont pas des chevaux est moins efficace que de prendre des non-chevaux pour illustrer le fait que les chevaux&nbsp;ne sont pas des chevaux</em>.&nbsp;» Hypothèse n° 1, celle de l’exégèse, ou plutôt de son irrémédiable échec&nbsp;: inutile de voir dans ce plan terminal la transmission d’un héritage de Godard, ni même un adieu. Si le cinéaste convoque ce paradoxe, c’est dans une perspective qui substitue à la pensée un flou poétique. Hypothèse n° 2, qui nuancerait la première&nbsp;: Godard filmerait sa disparition précisément en se mettant en scène une dernière fois au travail&nbsp;; il s’agirait dès lors d’un autoportrait mortuaire qui ne dit pas son nom, à la fois intime, fragile et facétieux. Intime, car Godard se met littéralement à nu. Fragile, car l’exercice est laborieux et que le Rollois s’emmêle dans l’énonciation de la formule philosophique. Facétieuse, enfin, car la part fumeuse de cette épitaphe est assumée, tandis qu’à un «&nbsp;coupez&nbsp;» ou à un «&nbsp;au revoir&nbsp;» se substitue un bien plus prosaïque «&nbsp;<em>Ok&nbsp;!&nbsp;</em>». À moins que derrière cette pirouette terminale se cache un secret : JLG ne fait pas que ponctuer son plan d’une approbation un peu cavalière ; il adresse aussi à la caméra un coup d’œil sans entrave (ses lunettes, glissant sur son nez, ne font plus obstacle), rappelant un plan qu’il considérait, alors qu’il officiait aux <em>Cahiers</em>, comme «&nbsp;<em>le plus triste de l’histoire du cinéma</em>&nbsp;»&nbsp;: le regard final de <em>Monika</em>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Josué Morel</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330216 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard.jpg" alt width="1200" height="737" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard.jpg 1200w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-300x184.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-1024x629.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-768x472.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-980x602.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Notule-Scenarios-Godard-242x150.jpg 242w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"></a>
<p><strong>Loin du tumulte (<em>From Ground Zero</em>)</strong></p>
<p>Constitué de vingt-deux courts-métrages réalisés par des Gazaouis depuis le 7 octobre 2023 et supervisé par le cinéaste palestinien Rashid Masharawi, <em>From Ground Zero</em> met bout à bout des formes hétérogènes alternant entre le documentaire, l’essai, le journal filmé, la fiction dramatique et l’animation. Pris dans son ensemble, le film est par conséquent très inégal, bien que son morcellement témoigne avant tout d’une approche collective permettant d’assembler des regards pluriels sur un territoire lui-même en lambeaux. Dans cet assemblage chaotique ponctué par le bourdonnement incessant des drones israéliens au-dessus de Gaza, les segments les plus minimalistes brillent d’un éclat singulier. C’est le cas de <em>Jad et Nathalie</em> d’Aws Al-Banna, dans lequel le cinéaste se filme, avec son téléphone portable, sur les décombres qui recouvrent le corps de sa fiancée, ou encore d’<em>Echo</em> de Moustafa Koulab. Ce court, le plus minuscule de l’ensemble, est composé d’un seul plan fixe sur le littoral gazaoui, contemplé par un homme fumant une cigarette, les yeux tournés loin du tumulte. À l’image : un contre-jour magnifiant la lumière étincelante du crépuscule qui rebondit sur les vagues. Sur la bande-son : l’écho des massacres, avec un enregistrement téléphonique où l’on entend les voix de sa famille terrorisée, les déflagrations des bombes et les sirènes des ambulances. Si la sérénité apparente du plan répond au fatras des films qui le précèdent et le suivent, comme une poche de résistance poétique, la terreur sonore finit par l’ébranler, jusqu’à incliner légèrement la ligne d’horizon. La mélancolie est entravée et la contemplation impossible. On ne tourne pas le dos à un génocide.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Corentin Lê</strong></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-330226 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab.jpg" alt width="754" height="408" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab.jpg 754w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Echo-Koulab-300x162.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 754px) 100vw, 754px"></a>
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			</item>
		<item>
		<title>Mektoub, My Love : Canto due</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330236</guid>

					<description><![CDATA[<p>«&#160;Passe, oiseau passe, et apprends-moi à passer.» L’épigraphe mélancolique de Mektoub, My Love : Canto due, tirée d’un poème de Pessoa, annonce d’emblée la rupture opérée par cette suite vis-à-vis du premier volet, qui s’ouvrait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/" title="Read  Mektoub, My Love : Canto due">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;<em>Passe, oiseau passe, et apprends-moi à passer.</em>» L’épigraphe mélancolique de <em>Mektoub, My Love : Canto due</em>, tirée d’un poème de Pessoa, annonce d’emblée la rupture opérée par cette suite vis-à-vis du premier volet, qui s’ouvrait quant à lui sur deux citations religieuses consacrées à la lumière divine. Les plans inauguraux de <em>Canto uno</em>, dans lesquels Amin se rend à vélo chez Ophélie, sont même rejoués de façon inversée aux deux tiers de <em>Canto due</em> :<i> </i>Amin quitte cette fois son amie, tandis que le soleil irradiant du premier volet cède sa place au crépuscule, puis à la tombée de la nuit. La fugue de Bach retentit à nouveau, mais sa tonalité n’est plus la même : alors qu’elle célébrait originellement le sentiment d’une plénitude, elle acquiert ici une dimension presque tragique, actant l’avancée du destin, du « <em>mektoub</em>&nbsp;». Cet effet de miroir est loin d’être le seul : à l’une des séquences les plus inouïes de <em>Canto uno</em>, celle de l’agnelage, répond de manière éloquente une épidémie de gale décimant les bêtes de la ferme. La suite de <em>Mektoub</em> ne visera donc pas à prolonger l’élan hédoniste initial, mais bien à le retourner pour en dévoiler la face sombre et mortifère. La jouissance du temps présent est contrariée par plusieurs pistes narratives qui font peser le poids de l’avenir sur des personnages tourmentés, comme le projet d’avortement d’Ophélie à Paris, ou le retour imminent de Clément, son fiancé en mission pour l’armée. Déjà esquissé dans <em>Intermezzo</em>, deuxième film de la trilogie tombé dans les limbes depuis sa projection à Cannes en 2019, ce futur proche demeurait toutefois mis à distance par les trois heures intenses passées en boîte de nuit, qui agissaient comme une dilatation du temps estival, un prolongement de la fête au prix de l’épuisement des corps. La donne a changé : ce déchirant chapitre conclusif est hanté par la conscience que cet été 1994 doit tôt ou tard toucher à son terme.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>L’irruption de deux corps étrangers vient précipiter cette fin annoncée, en phagocytant progressivement le cadre radieux : Jessica (Jessica Pennington), la célèbre actrice américaine d’une série télévisée déjà évoquée dans <i>Canto uno</i> (sans que l’on puisse alors imaginer qu’elle finirait par occuper le devant de la scène), et Jack (André Jacobs), son mari producteur. Au tout début, leur entrée dans le restaurant familial après l’horaire de fermeture brise l’équilibre qui régissait jusque-là <em>Mektoub</em> : à Sète, le temps estival semble obéir à un agencement bien défini, où le repas au restaurant succède au bronzage sur la plage, avant que les verres au bar préparent la sortie en boîte de nuit. Si la plupart des nouveaux venus s’intègrent naturellement à cette ronde des plaisirs (que ce soit Céline, Charlotte ou Marie), Jessica et Jack vont en dérégler la mécanique : ils rappellent en cuisine les corps déjà échauffés par l’alcool, d’abord entraperçus en train de boire des verres, comme si les festivités du film de 2018 n’avaient jamais pris fin depuis sept ans. Avec ces nouveaux personnages, les rapports de classe et de domination propres au cinéma de Kechiche refont surface pour détraquer les coordonnées du premier volet. Dans cette séquence du restaurant, la circulation des regards est reconfigurée : aux espaces démocratiques de la plage et des pistes de danse, où le désir peut circuler librement (mais sans se départir d’une certaine violence<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330236_506('footnote_plugin_reference_330236_506_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330236_506('footnote_plugin_reference_330236_506_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330236_506_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330236_506_1" class="footnote_tooltip">Cf. les déceptions amoureuses d’Amin et Charlotte, témoins impuissants des nouveaux rapprochements amoureux de ceux qu’ils désiraient.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330236_506_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330236_506_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), répond ici une ségrégation plus rigide entre la cuisine et la table des deux clients américains. D’un côté, Jessica toise la jeune Dany (Dany Martial) au bar, semblant même prendre un plaisir méchant à la solliciter pour jouir de sa position de supériorité. De l’autre, les femmes en cuisine se moquent allègrement de la façon dont l’actrice engloutit sa nourriture. Ce détail n’est pas anodin : si l’on connaît la propension de Kechiche à filmer les repas comme le théâtre d’une sensualité triviale, le grand appétit de Jessica ne se fond pas naturellement dans la scène ; il est commenté à plusieurs reprises et semble démesuré (à chaque apparition ou presque, elle réclame à manger ou à boire). À l’inverse de la figure nourricière d’Ophélie, l’actrice est du côté de la surconsommation (à laquelle Amin opposera par ailleurs son végétarisme), voire de la dévoration. Dès le début du film, elle attire tous les regards, en même temps qu’un plat de pâtes aux fruits de mer destiné à Amin termine finalement dans son assiette. Elle s’affirme ainsi comme un nouveau centre de gravité dérégulateur, tandis qu’Ophélie devient un personnage secondaire puissamment mélancolique, accaparé par son travail et son dilemme personnel.</p>
<h2>Toujours la faute à Voltaire</h2>
<p>Cette dynamique s’intensifie encore dans les séquences tournées dans la villa du producteur, où la piscine et la terrasse face à la mer constituent un nouvel espace vers lequel convergent les regards : celui de Tony, qui reluque l’actrice se baignant ; celui de Jack, qui annonce «&nbsp;<em>l’entrée en scène</em> » de sa femme au moment où elle sort de l’eau ; ou encore, celui d’Amin, qui circule entre les buissons autour de la piscine lors du dernier acte du film. Dans la longue séquence où Jack propose à Amin, accompagné de Tony, de produire son scénario, ce nouveau pôle d’attraction engendre un maillage particulièrement complexe de jeux de pouvoir, les rôles se redistribuant de façon plus ambivalente que prévu. La gloutonnerie de Jessica, par exemple, ne se réduit plus à une simple voracité, mais apparaît aussi comme une façon de résister aux injonctions à la minceur que son mari ne cesse de lui imposer. Kechiche étire alors la scène pour jouer des combinaisons relationnelles entre les différents protagonistes. Jack se complaît dans le rôle du producteur magnanime, sans percevoir ni la gêne ni le scepticisme d’Amin devant la dénaturation de son scénario intitulé <em>Les Principes essentiels de l’existence universelle</em>, rebaptisé pour l’occasion <em>Robot Love</em>. Dans le même temps, il manifeste un mépris mal dissimulé envers Tony, qui fanfaronne devant Jessica, sans se rendre compte que la scène qu’il croit orchestrer alimente en réalité un désir naissant entre sa femme et son invité. L’imbrication de ces tensions s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Kechiche, dont l’art de la séquence vise à mettre à l’épreuve les relations humaines pour révéler les rapports de domination qui les rongent – une logique qui trouvait peut-être <a href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-venus-noire-et-le-regard-chez-kechiche/" target="_blank" rel="noopener">sa formulation la plus explicite et brutale dans <em>Vénus noire</em></a>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>La reconfiguration des circuits du désir au contact des puissances de l’argent débouche sur une métamorphose de l’univers de <em>Mektoub </em>dans son dernier acte. Entamé par la variation nocturne sur la scène primitive de <em>Canto uno</em> (où Amin découvrait la liaison secrète entre Tony et Ophélie), il fait basculer le film dans un chaos cauchemardesque. L’apparition d’un pistolet entre les mains d’un mari trompé en quête de vengeance provoque un retournement de situation inattendu, digne du genre de <em>soap opera</em> dans lequel joue Jessica. Mêlant comédie et action, Kechiche s’aventure sur des terrains inédits, provoquant un point de rupture assez sidérant à l’échelle de la trilogie. L’intensité de ce dernier acte transcende par ailleurs très largement son contenu narratif : d’abord grâce à sa précision rythmique, qui alterne non seulement tension et décalage comique (cf. la nudité burlesque de Tony ou les incises sur le personnel de l’hôpital cancanant sur l’arrivée des célébrités américaines), mais surtout montées et descentes, crises de nerfs et reprises de souffle, qui épuisent et essorent des personnages jusqu’à ce que leurs visages se défassent. La crise semble par ailleurs exprimer un délitement collectif plus ample. L’irruption brutale de la police, qui neutralise un personnage d’origine maghrébine, rappelle évidemment la fin de <em>La Faute à Voltaire</em> ou l’arrestation de <em>L’Esquive</em> : pour la première fois dans <em>Mektoub</em>, Tony et Amin sont désignés par leur origine. À cela s’ajoute le surgissement de représentants de l’ordre (l’hôpital, la police, mais aussi l’armée avec la figure de Clément), ainsi qu’un détail colorimétrique troublant : les vêtements de Jessica, Amin et Tony reprennent les couleurs du drapeau français, évoquant la façon ironique dont la station « Nation » devenait le théâtre d’une injustice à la fin de <em>La Faute à Voltaire</em>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<h2>Un dernier regard, une dernière course</h2>
<p>Derrière les circonvolutions du récit se profile ainsi l’effondrement d’une utopie que portait le monde fictif de <i>Mektoub</i>, suscitant une forme de déception pour celles et ceux qui auraient voulu retrouver l’ivresse extatique des plus belles séquences de <em>Canto uno</em>. Cette hantise teinte le film d’une profonde mélancolie : l’unique scène de plage opère par exemple un net décentrement par rapport à celles des précédents films<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330236_506('footnote_plugin_reference_330236_506_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_330236_506('footnote_plugin_reference_330236_506_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330236_506_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330236_506_2" class="footnote_tooltip">Alors même qu’il s’agit du remontage d’une longue séquence d’<em>Intermezzo</em><i>, </i>qui elle-même rejouait, sur un mode proprement crépusculaire, les séquences les plus solaires de <em>Canto uno</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330236_506_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330236_506_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, en s’éloignant de l’exaltation collective pour se resserrer sur les échanges inquiets entre Ophélie et Tony. La joie affichée est en partie guidée par un jeu de faux-semblants, les personnages feignant d’ignorer que l’allégresse du groupe ne survivra pas à la fin de l’été. En témoignent par exemple les blagues récurrentes sur la mort fantasmée de Clément, comme si chacun était conscient que son retour allait acter l’éclatement définitif de cette bulle de bonheur estival. Le départ nocturne de Charlotte, qui abandonne Amin en lui laissant un simple message, obéit à une logique similaire : elle esquive la confrontation et les justifications laborieuses qu’appelle ce type de situation. La beauté de cette courte scène se joue surtout dans son dénouement : après avoir rassemblé ses affaires, Charlotte s’avance près d’Amin, endormi, pour le voir une dernière fois. En écho à la séance photo du début du film, elle semble vouloir à son tour l’inscrire et le fixer dans sa mémoire, comme pour lui dire adieu à travers un ultime regard.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Kechiche lui-même accomplit un mouvement comparable juste avant la bascule de l’acte final. Il s’agit de la dernière apparition de la grande majorité des personnages et des acteurs. Une photo de groupe le suggère d’abord, réunissant la bande dans le même cadre, avant que l’équipée se mette à danser sur « Zina » de Raïna Raï, déjà entendu dans le premier volet<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330236_506('footnote_plugin_reference_330236_506_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_330236_506('footnote_plugin_reference_330236_506_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330236_506_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330236_506_3" class="footnote_tooltip">Lors de la scène de sexe d’ouverture, encore elle.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330236_506_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330236_506_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. L’enjeu n’est plus tout à fait de restituer l’énergie enflammée des corps en mouvement : la caméra se fixe davantage sur les visages, offrant à chacun un ultime gros plan. La fin de la séquence, déchirante, voit la troupe sortir de la pièce en file indienne, jusqu’à ce qu’Ophélie soit le dernier visage entraperçu par la fenêtre : à la manière d’un salut final, ils quittent tous et toutes pour de bon la scène, laissant Amin seul danser face au soleil déclinant. On l’aura compris, ce <em>Canto due</em> a tout d’une conclusion particulièrement désenchantée. Pourtant, dans les dernières secondes du film, Kechiche ouvre une dernière ligne de fuite dans les ruines d’un monde effondré sur lui-même. Alors que le tumulte de la dernière demi-heure a lessivé les personnages, le cinéaste convertit l’énergie du désespoir en un sursaut de vitalité : pris de panique dans une trajectoire confuse à travers les rues de Sète, Amin s’élance soudain dans une dernière course à corps perdu. Si sa destination demeure inconnue, c’est qu’il s’agit là d’un pur élan vital, d’un corps rendu à sa liberté traçant sa propre ligne droite en dépit des forces coercitives qui se sont abattues autour de lui. Ce plan final de la trilogie bouleverse d’autant plus qu’il s’inscrit dans une filmographie où les verrous sociaux laissent rarement place à la moindre échappée : le film a beau marquer la résurgence d’une tristesse fondamentale dans l’œuvre kechichienne, la vie finit tout de même par faire effraction de nouveau.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330236_506();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330236_506();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330236_506">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330236_506" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330236_506('footnote_plugin_tooltip_330236_506_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330236_506_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cf. les déceptions amoureuses d’Amin et Charlotte, témoins impuissants des nouveaux rapprochements amoureux de ceux qu’ils désiraient.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330236_506('footnote_plugin_tooltip_330236_506_2');"><a id="footnote_plugin_reference_330236_506_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Alors même qu’il s’agit du remontage d’une longue séquence d’<em>Intermezzo</em><i>, </i>qui elle-même rejouait, sur un mode proprement crépusculaire, les séquences les plus solaires de <em>Canto uno</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330236_506('footnote_plugin_tooltip_330236_506_3');"><a id="footnote_plugin_reference_330236_506_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Lors de la scène de sexe d’ouverture, encore elle.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330236_506() { jQuery('#footnote_references_container_330236_506').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330236_506').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330236_506() { jQuery('#footnote_references_container_330236_506').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330236_506').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330236_506() { if (jQuery('#footnote_references_container_330236_506').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330236_506(); } else { footnote_collapse_reference_container_330236_506(); } } function footnote_moveToReference_330236_506(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330236_506(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330236_506(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330236_506(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mektoub-my-love-canto-due/">Mektoub, My Love : Canto due</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Reedland</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/reedland-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le bruissement du vent fait progressivement apparaître une silhouette qui s’imprime sur un mur de roseaux. C’est par cette promesse de mystère que commence&#160;Reedland, introduisant Johan (Gerrit Knobbe) comme une présence spectrale, presque fantastique. Les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/reedland-2/" title="Read  Reedland">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le bruissement du vent fait progressivement apparaître une silhouette qui s’imprime sur un mur de roseaux. C’est par cette promesse de mystère que commence&nbsp;<em>Reedland</em>, introduisant Johan (Gerrit Knobbe) comme une présence spectrale, presque fantastique. Les minutes silencieuses qui suivent le montrent simplement au travail, laissant quasiment croire à une variante néerlandaise de&nbsp;<a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/coffret-lisandro-alonso/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Libertad</em></a><em>&nbsp;</em>: comme le bûcheron filmé par Lisandro Alonso, Gerrit Knobbe est réellement coupeur de roseaux. Bien vite, cependant, la fiction surgit par l’entremise du cadavre d’une jeune femme retrouvé par Johan sur sa parcelle. Vaguement poisseuse et troublante, l’intrigue policière entreprend peu à&nbsp;peu de dépouiller le film de sa singularité. Johan enquête, les policiers paraissent stupides (c’est toujours pratique), des animaux meurent, la communauté se fissure&nbsp;: Sven Bresser distille certes un soupçon de cette crudité caractéristique de l’art hollandais (un accouplement de chevaux, des flatulences, une séquence de masturbation sur ce qui semble être une IA photoréaliste, etc.), mais il peine à&nbsp;transcender son programme de polar d’auteur pour festivals.</p>
<p>L’horizontalité du paysage néerlandais, redoublée par le format scope, constitue pourtant un territoire fertile pour le thriller. Dans ce décor aux maisons très éloignées les unes des autres, il n’y a&nbsp;nulle part où se cacher. Quand Bresser creuse ce principe, en insistant par exemple sur le caractère rectiligne des routes lors de longues séquences en voiture, il parvient à&nbsp;transcrire l’étouffement paradoxal du personnage. Mais le film, en tablant paresseusement sur une ambivalence à peu de frais, perd lui aussi son souffle. Et si Johan était le tueur&nbsp;? L’hypothèse n’est jamais limpidement formulée, mais c’est sur cette interrogation que la dernière demi-heure se construit, sans trancher. Le beau plan de l’ouverture, qui montrait Johan allumant des feux de broussailles dans la plaine, est alors rejoué&nbsp;: ce n’est désormais plus le soleil qui disparaît derrière la fumée, mais l’homme. Ce qui ressemblait d’abord à une ambition métaphysique laisse place alors à la volonté, moins emballante, de dresser simplement le portrait d’un personnage – de surcroît pas très intéressant.</p>
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		<title>L’Ombre d’un doute — La Voix de Hind Rajab / Frankenstein</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-la-voix-de-hind-rajab-frankenstein/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:31:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, trois membres de la rédaction débattent de La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania et Frankenstein de Guillermo del Toro. Disponible également sur Spotify, Deezer,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-la-voix-de-hind-rajab-frankenstein/" title="Read  L’Ombre d’un doute — La Voix de Hind Rajab / Frankenstein">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce nouvel épisode de L’ombre d’un doute, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>La Voix de Hind Rajab</em></a> de Kaouther Ben Hania et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Frankenstein</em> </a>de Guillermo del Toro.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Bastien Gens, Marin Gérard et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Bastien Gens.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2025</p>
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		<title>Un été chez grand-père</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-ete-chez-grand-pere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’ombre d’œuvres plus amples, Un été chez grand-père demeure le film le moins connu de la première période dite « autobiographique » de Hou Hsiao-hsien. L’étiquette ne va pas de soi : contrairement à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-ete-chez-grand-pere/" title="Read  Un été chez grand-père">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l’ombre d’œuvres plus amples, <em>Un été chez grand-père</em> demeure le film le moins connu de la première période dite « autobiographique » de Hou Hsiao-hsien. L’étiquette ne va pas de soi : contrairement à <em>Un temps pour vivre, un temps pour mourir</em>, situé dans les années 1950 (soit à l’époque où le cinéaste était enfant), <em>Un été chez grand-père</em> déplace les souvenirs de jeunesse de HHH dans le Taïwan contemporain des années 1980. S’il ne s’agit donc pas à proprement parler d’un récit à la première personne, le film prolonge et affine une écriture de la réminiscence, déjà amorcée par <em>Les Garçons de Fengkuei</em>. Dans la première demi-heure, cette poétique tend d’abord à rendre sensible la texture particulière de l’été, alors que Dong-Dong et sa petite sœur Ting-Ting passent les vacances à la campagne aux côtés de leurs grands-parents, suite à l’hospitalisation de leur mère à Taipei. La narration se fragmente en une succession de séquences déliées (l’observation d’une course de tortues, une baignade dans la rivière, des jeux à la maison, etc.) pour restituer la manière dont les activités enfantines viennent remplir une latence temporelle, marquée autant par la douceur de l’oisiveté que par l’ennui. Hou Hsiao-hsien élabore une mise en scène embrassant le double mouvement de la mémoire : d’un côté, elle garde la trace d’une atmosphère diffuse, liée à un espace ou à un décor ; de l’autre, elle se focalise sur des visions fulgurantes, marquant les personnages comme au fer rouge.</p>
<p>Une séquence met en abîme cette double dynamique, au moment où Dong-Dong feuillette un vieil album de famille avec son grand-père. Le vieil homme procède d’abord à un petit rituel, en écoutant sur son tourne-disque un air ancien, sans doute contemporain des photos qu’ils s’apprêtent à regarder, comme s’il voulait transmettre à son petit-fils une sensation intime de ce temps révolu. Un insert dévoile alors l’une des pages de l’album, montrant la devanture de la maison familiale devant laquelle pose un personnage minuscule. Le grand-père pointe du doigt certains éléments qu’il accompagne de commentaires inaudibles, de sorte qu’à la composition de la photo (un plan large) répond le souvenir précis de quelques détails. Plus encore, HHH noue la situation à sa propre mise en scène, notamment par la musique élégiaque devenue extradiégétique, qui déborde dans la séquence suivante s’ouvrant sur un panorama majestueux de la campagne taïwanaise. Le cinéaste jette ainsi un pont entre la réminiscence du grand-père et son propre rapport à l’image : après une série de paysages, la caméra longe en contre-plongée les feuilles d’un arbre, marquant le passage d’une vision d’ensemble à une appréhension plus sensorielle et concrète. On retrouve à plusieurs reprises cette logique de découpage : le goût privilégié de HHH pour le plan large met à distance l’action filmée pour l’inscrire dans un décor composé de façon picturale (les ruelles, le pont de la rivière, une fontaine au centre d’une place), tandis qu’une poignée de cadres plus rapprochés circonscrivent un élément (un camion télécommandé jaune vif, un enfant nu endormi sur la route, etc.). Les situations sont ainsi filmées comme des souvenirs, reléguant parfois à la marge le cœur de l’action, à l’image d’une course de tortues interrompue par un plan large s’articulant autour d’un immense arbre <i id="mwJA">–</i> le suspens contemplatif ne permettra pas de connaître l’issue du jeu. Motif essentiel des œuvres de jeunesse de Hou Hsiao-hsien (déjà présent dans ses films de commande plus impersonnels tels que <em>Cute Girl </em>et <em>Green Green Grass of Home</em>), cet arbre majestueux constitue une parcelle affective, tour à tour espace de jeu et point de rendez-vous amoureux. Il cristallise la manière vibrante, intime et sentimentale, dont HHH filme la campagne taïwanaise où il a grandi.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329707 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-scaled.jpg" alt width="2560" height="725" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-300x85.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-1024x290.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-768x218.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-1536x435.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-2048x580.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-980x278.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-2-13.29.30-2000x567.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<h2>Traumatismes d’enfance</h2>
<p>Pour autant, <em>Un été chez grand-père</em> est loin de se limiter à un simple horizon nostalgique. Cette dialectique formelle évolue à mesure que la tonalité du film s’assombrit, passée la chaleur lumineuse de son entame. HHH continue de filmer des jeux d’enfants, mais les drames des adultes s’immiscent peu à peu dans le cadre : la délinquance des adolescents qui les conduira en prison, la rigidité morale du grand-père qui le mène à renier son fils, plusieurs grossesses fortuites… Les plans d’ensemble prennent alors une nouvelle portée, suggérant que l’innocence de la jeunesse ne constitue pas un monde clos et étanche à la violence, la contrainte sociale et la mort. La mise en scène adopte le point de vue tronqué des jeunes protagonistes : les intrigues secondaires ne se devinent que par bribes, qu’il s’agisse de bouts de conversations entendus à la dérobée ou de gestes entraperçus dans l’entrebâillement d’une porte. Le spectateur se trouve dans la même position que les enfants : il lui faut reconstituer les enjeux du récit de déduction en déduction. D’où la récurrence d’un contrechamp sur un ou plusieurs gamins observant la scène à laquelle on vient d’assister <i id="mwJA">–</i> témoins silencieux des tragédies du monde triste des grandes personnes.</p>
<p>L’alliance du plan large et du gros plan devient ici un moyen de figurer la manière dont une image traumatique s’imprime et persiste dans la mémoire d’un enfant. Cette idée se cristallise dans deux séquences construites selon un découpage presque identique : dans la première, Dong-Dong découvre un homme à la tête ensanglantée ; dans la seconde, Ting-Ting aperçoit le visage d’une femme inconsciente après avoir chuté d’un arbre. Le premier plan de chaque séquence est structuré par un jeu de surcadrages grâce auquel le visage de la victime apparaît emboîté dans la profondeur de champ. Réutilisé tout au long du film pour embrasser le point de vue partiel des personnages, le surcadrage devient ici presque excessif, pour matérialiser à la fois une distance physique et temporelle. L’image, reléguée au fond du cadre, agit comme une réminiscence traumatique : un souvenir que les expériences ultérieures ont peu à peu recouvert sans jamais parvenir à l’effacer. Les deux plans suivants, montés en champ-contrechamp entre la victime et l’enfant, traduisent alors la manière dont cette vision distante s’est imposée à leur regard avec la force d’un gros plan <i id="mwJA">–</i> révélant le saisissement brutal d’une perception d’enfant confrontée à la violence du réel.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329708 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-scaled.jpg" alt width="2560" height="918" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-300x108.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-1024x367.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-768x276.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-1536x551.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-2048x735.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-980x352.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/BeFunky-collage-3-2000x718.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a>
<p>La beauté du film réside ainsi dans sa manière de composer un mouvement rétrospectif à partir de temporalités hétérogènes, traduisant la complexité de notre rapport au temps. Le motif récurrent du train illustre à merveille cette idée. D’un côté, il revient régulièrement dans les plans de paysage, occupant le fond du champ ou striant les compositions de lignes de fuite, pour saisir la temporalité quotidienne de cette campagne taïwanaise. De l’autre, il surgit de façon brutale à des moments clés pour amplifier les affects des personnages : lorsque le grand-père s’apprête à frapper son fils renié, le train passe juste derrière eux, intensifiant symboliquement leur éloignement ; au moment où Ting-Ting risque de mourir écrasée sous les rails, un train bouche soudainement le cadre dans une intense déflagration visuelle et sonore. Sous ses contours de film léger, <em>Un été chez grand-père</em> révèle déjà la singularité du style de Hou Hsiao-hsien, dont le cinéma procède par variations et déplacements de motifs. Un dernier exemple marquant : à deux reprises, Ting-Ting lève les yeux vers le ciel (d’abord pour observer un feu d’artifice, puis pour suivre la progression d’une amie qui grimpe dans un arbre), avant de les baisser (vers un oiseau mort heurté par les étincelles, ou pour observer démunie la chute de son amie). Une nouvelle fois, l’enjeu est de saisir comment un regard se construit à partir d’expériences violentes : toute la force du film réside dans sa capacité à ne pas suivre un récit linéaire d’apprentissage, mais à le faire éprouver par une expérience affective et sensible de la durée, en jouant sur la différence et la répétition de situations et de plans. Pour citer une célèbre formule de Tarkovski, c’est de cette manière que HHH parvient à «&nbsp;<em>sculpter le temps</em>».</p>
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		<title>Bugonia</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bugonia/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans son texte à propos de Pauvres Créatures, Josué Morel regrettait les promesses non tenues de la bande-annonce : la technicité affichée des comédiens convainquait davantage à l’échelle de ces courts extraits qu’à celle du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/bugonia/" title="Read  Bugonia">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans son texte à propos de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pauvres-creatures/" target="_blank" rel="noopener"><em>Pauvres Créatures</em></a>, Josué Morel regrettait les promesses non tenues de la bande-annonce : la technicité affichée des comédiens convainquait davantage à l’échelle de ces courts extraits qu’à celle du film entier. Les choses se suivent et se ressemblent dans le cinéma de Yórgos Lánthimos : encore une fois, il n’y a guère que la bande-annonce à sauver de cette nouvelle cuvée. Le teaser dépeignait les prémices plutôt prometteuses du film <i id="mwJA">–</i> deux imbéciles conspirationnistes sortent de leur cave pour capturer une cheffe d’entreprise, qu’ils pensent être une alien <i id="mwJA">–</i> au rythme du tube irrésistible de Chappell Roan, « Good Luck, Babe ». Il y avait là de quoi rêver à une forme de <em>Massacre à la tronçonneuse</em> où la hippie blonde aurait été remplacée par une yuppie brune, et les monstres cannibales par des geeks de forums complotistes <i id="mwJA">–</i> la référence au film de Tobe Hooper semble d’ailleurs assumée au détour d’une scène de repas. Patatra : le film, combinant le pire des deux précédents Lánthimos, ne sera jamais à la hauteur de cette piste.</p>
<p>On retrouve donc le pire de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kinds-of-kindness-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Kinds of Kindness</em></a>, d’abord, dont <em>Bugonia</em> pourrait être un quatrième sketch étiré sur une durée de long-métrage : la petite fable expérimentale accumule les aberrations narratives <i id="mwJA">–</i> Emma Stone parvient à convaincre ses ravisseurs de tout et son contraire, sans autre justification que le besoin du scénario de relancer l’intrigue ou de changer de décors <i id="mwJA">–</i> et ces rebondissements artificiels, au lieu de surprendre, finissent par tourner à la mécanique. La mise en scène, très atone et répétitive, ne fait alors qu’entériner ce systématisme narratif. Le pire de <em>Pauvres Créatures</em>, ensuite, avec ses visions en noir et blanc, d’un onirisme hideux (on dirait des variations rabougries des expérimentations de Lars von Trier) et l’imaginaire alien <i id="mwJA">–</i> <em>spoiler alert</em> <i id="mwJA">–</i> en carton-pâte dévoilé dans le dernier quart d’heure du film, d’une laideur sûrement assumée, mais pas pour autant inspirée.</p>
<p>Les deux scènes qui se détachent font symptôme. La première est à la toute fin : Lánthimos retrouve un peu d’assurance dans une suite de plans très composés de cadavres, ce qui dit bien la dimension dévitalisée du film. La seconde est celle où Emma Stone fait du playback en voiture, sur la chanson de Chappell Roan : l’actrice s’y décrispe enfin dans une improvisation outrancière. Ailleurs, on s’étonne de la voir s’amuser si peu. Il serait temps qu’elle arrête de gaspiller son talent dans les films sinistres de Lánthimos.</p>
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		<title>La Voix de Hind Rajab</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Voix de Hind Rajab relate le meurtre par l’armée israélienne en janvier 2024 d’une petite fille gazaouie, Hind Rajab, ainsi que de sa famille et des secours qui ont tenté d’intervenir. Ce crime avait...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-voix-de-hind-rajab/" title="Read  La Voix de Hind Rajab">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Voix de Hind Rajab</em> relate le meurtre par l’armée israélienne en janvier 2024 d’une petite fille gazaouie, Hind Rajab, ainsi que de sa famille et des secours qui ont tenté d’intervenir. Ce crime avait suscité un émoi international par la publication et le partage de la bande audio enregistrant la dernière conversation de Hind avec le Croissant-Rouge palestinien. Avant de saisir ce qui fait les forces et les limites du film de Kaouther Ben Hania – non seulement pour dépasser la réaction instinctive provoquée par le récit de ce crime abject, mais surtout pour circonscrire la nature même de cette émotion –, il faut d’abord interroger les formes hybrides creusées par la cinéaste, entre documentaire et fiction. S’essayant d’abord au documenteur (<em>Le Challat de Tunis</em>), elle a ensuite porté à l’écran un fait divers (<em>La Belle et la meute</em>) avant d’adopter pleinement la forme du docufiction avec <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-filles-dolfa-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Les Filles d’Olfa</em></a>. Rejouant des scènes véritablement vécues en présence des personnes concernées et avec l’aide de comédiens professionnels, le film faisait le pari d’une théâtralisation supposément vertueuse. Ce dispositif de <em>reenactement</em> postulait en effet l’idée que la vérité documentaire se révélait plus nettement à travers une doublure fictive ; la fiction n’y constituait plus une fin en soi, mais un moyen pour éclairer une réalité donnée. Si ces stratégies docufictionnelles font florès dans le champ de la création télévisuelle (on pense au dispositif de la série <em>Outreau</em> sur France Télévision, où les crimes pédophiles se trouvaient recontextualisés dans des scènes de reconstitution, sous les yeux des victimes et avec leur aide) et n’échappent pas à une volonté de « spectaculariser » le récit de faits réels, elles posent toutefois de véritables questions de mise en scène : que s’autorise-t-on à reconstituer ? Quel niveau de précision vise-t-on dans le rejeu ? Quel rapport se noue entre les témoins de l’histoire et les comédiens qui les suppléent dans la fiction ?</p>
<p>Devant ce type d’alliage exogène, on a par ailleurs inlassablement l’œil sur les coutures ; le dispositif ne cesse de faire l’objet d’interrogations, parce que ses arêtes sont saillantes et qu’il doit justifier son existence. D’autant plus que l’irruption du faux (ou du moins d’un « vrai rejoué ») dans le documentaire n’est pas sans trahir une posture d’autorité de la cinéaste, qui s’octroie une prérogative quasi démiurgique, persuadée de la vertu (questionnable) de son parti pris. Le risque, avec pareille entreprise, c’est que le geste fasse écran, qu’il devienne le sujet même du film, au détriment des faits qu’il entend mettre en scène. La question ne se pose toutefois pas exactement en ces termes concernant <em>La Voix de Hind Rajab</em>, dont la démarche apparaît à la fois plus franche et plus candide : Ben Hania lorgne presque sur l’exercice très télévisuel du docudrama (soit une reconstitution de faits passés) en cherchant à restituer les événements ayant conduit au meurtre de Hind Rajab. De nouveau, cependant, l’intrication entre docu et fiction charrie son lot d’interrogations : la cinéaste cherche-t-elle à injecter du suspense dans une matière documentaire ou, à l’inverse, à saupoudrer d’une dose de réel un récit efficace pour lui donner encore plus de force ?</p>
<h2>Fiction fébrile</h2>
<p>La jointure entre réel et fiction s’affiche ici nettement dès le premier plan, sous la forme d’une onde radio bleutée, striant l’écran noir telle une plaie béante. Cette oscillation revient régulièrement dans le film, comme figuration des documents sonores autour duquel est structuré le montage : le film s’ouvre sur l’appel d’une première victime au Croissant-Rouge, puis déplie toute la communication avec Hind, avant celle avec les ambulanciers palestiniens envoyés sur place. À partir de ces archives, Ben Hania rejoue le huis clos étouffant au sein du centre d’appel du&nbsp;Croissant-Rouge palestinien de Ramallah. L’équipe de secouristes (jouée donc par des comédiens) cherche à organiser la coordination entre l’armée israélienne et les ambulanciers sur place à Gaza, tout en maintenant le contact téléphonique avec la petite fille apeurée et mourante. Aux suppliques véritables de la victime, voix métallique pas toujours audible, répondent les mots rassurants des acteurs qui récitent au mot près (du moins on peut l’imaginer) le verbatim des paroles des secouristes. Si le film s’apparente de prime abord à une démonstration implacable, prélude à un procès pour crime de guerre qui n’aura probablement jamais lieu, le dispositif n’est néanmoins pas sans produire sa propre violence, imprimant une impression de malaise qui ne découle pas seulement de l’énoncé des faits.</p>
<p>Car il y a quelque chose de monstrueux dans cette jonction entre un document brut, d’une violence inouïe, et la facture étrangement lisse de la reconstitution du centre du Croissant-Rouge. Si Ben Hania donne à plusieurs reprises des gages de véracité à la fiction (en entrelaçant dans la bande sonore les dialogues joués par les acteurs avec ceux des vrais secouristes), elle ne parvient jamais à dissiper cette impression de fausseté. Il en va ainsi à chaque embardée loin du téléphone, et donc de l’archive, quand la cinéaste s’attache à raconter la tension qui gagne l’équipe du Croissant-Rouge à mesure que se révèle l’étendue de leur impuissance. Caméra à l’épaule, elle suit les secouristes dont les nerfs sont mis à rude épreuve, mais leurs dialogues trahissent parfois un didactisme qui ne peut être destiné qu’au spectateur. La mise en scène rappelle alors celle des fictions conventionnelles du tout-venant de la production occidentale infiltrant des brigades sous tension (policières, médicales, etc.). L’étrangeté du projet s’affirme d’autant plus lorsque les acteurs se rapprochent du combiné et sont directement aux prises avec l’enregistrement de Hind Rajab, dialoguant avec cette petite voix fantomatique qui dégage une puissance émotionnelle d’une nature forcément <em>autre</em> et irrecevable dans ce cadre artificiel. Devant le jeu fébrile des comédiens et leurs visages saisis par l’émotion, que Ben Hania filme en très gros plan, la fiction semble cette fois désarmée : nous assistons moins, en vérité, à l’examen de faits à l’aune d’un document brut qu’à la pénétration étrange et déstabilisante de cette brutalité documentaire dans l’épaisse couche du dispositif. Le principe même du rejeu s’en trouve enrayé.</p>
<p>Ce vice de forme est le symptôme d’un problème qui transparaît plus nettement dans le dernier tiers du film. Alors que le Croissant-Rouge est déjà dans l’après (il n’est plus seulement question d’un hypothétique sauvetage, mais d’envisager une médiatisation du crime), les secouristes s’interrogent sur l’impact qu’aura le témoignage vocal de Hind sur l’opinion internationale, alors que des milliers de photos d’enfants assassinés ne suffisent pas à rendre compte de la réalité du charnier gazaoui. Le dispositif de Ben Hania semble de fait avoir été pensé comme une réponse au partage d’images violentes sur les réseaux sociaux occidentaux, qui suscitent une émotion certes collective, mais stérile. Le film se fait alors l’allégorie de l’écart irréductible qui nous sépare des crimes perpétrés à Gaza. La distance, géographique et opérationnelle, qui empêche les sauveteurs de faire leur travail (les huit minutes que devrait durer l’intervention se transforment en des heures et des heures à cause de démarches administratives) se trouve comme redoublée par ce gouffre creusé entre l’enregistrement originel et son enrobage fictif. Ce thriller échafaudé autour de l’archive parvient moins à dévoiler une situation en particulier — déjà bien documentée et racontée dans les médias — qu’à dénoncer, avec une force assez dévastatrice, un point d’aveuglement ou de surdité : les images, les sons et la mise en récit deviennent le théâtre d’une (ré)action impossible. À cet endroit, le film trouve, malgré ses faiblesses, sa raison d’être.</p>
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		<title>Parallax — La Route de Salina et Miroirs n°3</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-la-route-de-salina-et-miroirs-n3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le trouble identitaire au cœur du récent Miroirs n°3 de Christian Petzold rappelle celui de La Route de Salina...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-la-route-de-salina-et-miroirs-n3/" title="Read  Parallax — La Route de Salina et Miroirs n°3">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, le trouble identitaire au cœur du récent </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/miroirs-n3/" target="_blank" rel="noopener">Miroirs n°3</a><em> de Christian Petzold rappelle celui de </em>La Route de Salina<em> (1970), film méconnu signé Georges Lautner.</em></p>
<p>Si le nom de Georges Lautner, associé à ses innombrables collaborations avec Michel Audiard, fleure bon le « cinéma de papa », sa filmographie pléthorique comprend au moins un curieux contre-exemple. <em>La Route de Salina</em>, coproduction italienne sortie entre les franchouillards <em>Le Pacha</em> et <em>Laisse aller… c’est une valse !</em>, évoque l’atmosphère de <em>Zabriskie Point</em> et les saillies plastiques du giallo. Pas de vieux gangsters à l’horizon mais un jeune hippie, Jonas (Robert Walker Jr.), perdu au milieu de la pampa américaine<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_330093_518('footnote_plugin_reference_330093_518_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_330093_518('footnote_plugin_reference_330093_518_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_330093_518_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_330093_518_1" class="footnote_tooltip">Ajoutons à l’étrangeté du film le micmac de son ancrage géographique. L’action y a été déplacée de Salina, bourgade du Kansas où se déroule le roman d’origine de Maurice Cury, à Salinas, située sur la côte californienne, et le film a été tourné dans les îles Canaries. Les voix anglophones des comédiens principaux ayant été doublées, on entend dans ces États-Unis factices du français et de l’espagnol.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_330093_518_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_330093_518_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, qui trouve refuge chez Mara (Rita Hayworth, dans l’un de ses derniers rôles), mère esseulée pensant retrouver dans ce vagabond son fils Rocky, disparu quatre ans auparavant.</p>
<p>Ce concept d’un inconnu venant occuper, dans une maison isolée en bord de route, une place vacante dans une famille brisée correspond à celui de <em>Miroirs n°3</em>, dernier film en date de Christian Petzold. Au désert californien succède la campagne allemande, et à Jonas le personnage de Laura (Paula Beer), que recueille après un accident de voiture Betty, endeuillée par le récent décès de sa fille. Comme <em>La Route de Salina</em>, <em>Miroirs n°3</em> repose sur une série d’ambiguïtés : qui profite de qui entre la mère solitaire et son hôte, piégée dans un rôle d’enfant de substitution ? Et dans quelle mesure Mara et Betty – bien que cette dernière semble plus clairvoyante – sont-elles dupes de l’identité de leur invité ? Le trouble s’épaissit à l’arrivée d’autres membres de la famille : dans <em>La Route de Salina</em>, Billie (Mimsy Farmer), la sœur de Rocky, fait mine de reconnaître son frère, pour ne pas contrarier Mara ; Richard et Max, le mari et le fils de Betty dans <em>Miroirs n°3</em>, croient d’abord leur mère folle avant de s’accommoder du quatuor recomposé.</p>
<p>Les deux films divergent à l’endroit des « couples » que forment Jonas et Billie d’une part, Laura et Max de l’autre, dont les relations, tissées au fil d’escapades dans la nature, suivent une ligne de crête entre fraternité et séduction. Se dessine l’ombre d’un inceste, qui devient l’objet principal de <em>La Route de Salina</em>, focalisé sur la position malsaine et intenable occupée désormais par Jonas, à la fois « fils » de Mara et amant de sa fille. Petzold, de son côté, tue dans l’œuf tout soupçon – à peine Laura et Max commencent-ils à se rapprocher que ce dernier la repousse. Ce qui pourrait passer pour une timidité de la part du scénario, reléguant cette piste sulfureuse à l’état d’esquisse, révèle l’ambition de Petzold : plutôt que de trancher sur la nature exacte des rapports entre les protagonistes, le film, maintenant une certaine sobriété, entend multiplier les possibles. La maison de Betty ressemble ainsi tour à tour à un foyer chaleureux, à une prison dorée, à la scène d’une vampirisation entre Betty et Laura, à un théâtre de fantômes…</p>
<p><em>La Route de Salina</em> s’engouffre quant à lui dans ce sillon plus inconfortable, dilatant le temps par des gros plans et des zooms lancinants pour creuser un sentiment de déliquescence. Les deux films, assez littéralement, jouent des musiques différentes : le film de Lautner est scandé par des morceaux de rock progressif (empruntés à Jethro Tull ou composés pour l’occasion par Christophe et le groupe Clinic) visant une forme de transe basée sur des rythmes hypnotiques, tandis que la composition éponyme de Maurice Ravel résonne régulièrement dans <em>Miroirs n°3</em>, comme pour accompagner autant de variations autour d’un même canevas. Le film de Petzold donne l’impression, en guise de conclusion, de se dissiper doucement, refermant la parenthèse mystérieuse composée par le film à la faveur d’un effet de boucle (la répétition d’un plan issu de l’introduction). <em>La Route de Salina</em> culmine à l’inverse dans un flashback aux images surexposées – il s’agit de faire la lumière sur une vérité sombre et enfouie – révélant l’inceste qui liait Billie au véritable Rocky. Chaque film affirme ainsi sa singularité : si Petzold privilégie une stase doucereuse traversée d’intrigues embryonnaires, son lointain prédécesseur s’enfonce sans ménagement dans la peinture de plus sombres pulsions.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330093_518();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_330093_518();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_330093_518">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_330093_518" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_330093_518('footnote_plugin_tooltip_330093_518_1');"><a id="footnote_plugin_reference_330093_518_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ajoutons à l’étrangeté du film le micmac de son ancrage géographique. L’action y a été déplacée de Salina, bourgade du Kansas où se déroule le roman d’origine de Maurice Cury, à Salinas, située sur la côte californienne, et le film a été tourné dans les îles Canaries. Les voix anglophones des comédiens principaux ayant été doublées, on entend dans ces États-Unis factices du français et de l’espagnol.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_330093_518() { jQuery('#footnote_references_container_330093_518').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330093_518').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_330093_518() { jQuery('#footnote_references_container_330093_518').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_330093_518').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_330093_518() { if (jQuery('#footnote_references_container_330093_518').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_330093_518(); } else { footnote_collapse_reference_container_330093_518(); } } function footnote_moveToReference_330093_518(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330093_518(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_330093_518(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_330093_518(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-la-route-de-salina-et-miroirs-n3/">Parallax — La Route de Salina et Miroirs n°3</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Vie privée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vie-privee-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Jean Delvolvé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De toutes les cinéastes françaises de sa génération, Rebecca Zlotowski est sans doute celle qui manie le mieux l’art du casting inattendu. Zahia Dehar dans une variation sur&#160;Le Genou de Claire&#160;(Une Fille Facile), Natalie Portman...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/vie-privee-2/" title="Read  Vie privée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De toutes les cinéastes françaises de sa génération, Rebecca Zlotowski est sans doute celle qui manie le mieux l’art du casting inattendu. Zahia Dehar dans une variation sur&nbsp;<em>Le Genou de Claire</em>&nbsp;(<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-fille-facile/" target="_blank" rel="noopener"><em>Une Fille Facile</em></a>), Natalie Portman en magicienne des premiers temps du cinéma face à&nbsp;Emmanuel Salinger et Lily-Rose Depp (<a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/planetarium/" target="_blank" rel="noopener"><em>Planétarium</em></a>), ou encore Frederick Wiseman en gynécologue (<em>Les Enfants des autres</em>) : indépendamment de la qualité des films, ces associations n’ont jamais manqué de charme ni de surprise. Mais c’est dans <em>Vie Privée</em>&nbsp;qu’elle pousse le plus loin ce goût du mélange en confiant à&nbsp;Jodie Foster le rôle principal d’un film français écrit sur mesure. Elle y&nbsp;incarne une psychiatre ébranlée par la mort inexpliquée d’une de ses patientes (Virginie Efira). Suicide&nbsp;? Meurtre&nbsp;? Le film suit sa tentative de comprendre ce qui s’est passé, tout en dépeignant son propre vacillement intime. Peu à&nbsp;peu, l’enquête glisse vers un portrait mental&nbsp;: souvenirs refoulés, désir confus, angoisses de maternité.</p>
<p>Comme souvent chez Zlotowski, le scénario déborde d’intentions et s’avère lesté de confessions explicatives qui soulignent parfois trop nettement les virages de cette quête identitaire. Mais cet écueil de son cinéma est ici contrebalancé par une légèreté nouvelle et bienvenue, qui évoque les fantaisies virevoltantes de Jean-Paul Rappeneau ou Pascal Thomas. C’est sa première vraie comédie : l’intrigue policière empile les pistes les plus improbables et la psychanalyse s’aventure vers le burlesque – notamment dans des visions, très drôles, où l’héroïne se fantasme persécutée par des milices collabo sous l’Occupation. Le plaisir que l’on éprouve repose aussi sur l’interprétation de Foster, quelque peu déboussolée par ce changement de cinématographie, comme son personnage est perdu dans l’intrigue.</p>
<p>Là où&nbsp;<em>Les Enfants des autres</em>&nbsp;racontait un désir contrarié de maternité,&nbsp;<em>Vie privée</em> en prend le contre-pied : celui d’une femme dont l’existence est empêchée par ses devoirs maternels. Si cette sous-intrigue souffre de quelques dialogues appuyés, elle finit par émouvoir grâce à l’alchimie entre les comédiens. À la manière des <em>screwball comedies</em> auxquelles il se réfère, le film renferme une touchante comédie de remariage, voire de recomposition familiale, le principal associé de Jodie Foster dans son enquête étant son ex-mari, incarné par Daniel Auteuil. Les scènes où ils s’apprivoisent de nouveau sont les meilleures : les plans articulés autour des discrètes hésitations des personnages et les yeux amoureux d’Auteuil sont sans doute les plus beaux qu’ait jamais captés la caméra de Zlotowski.</p>
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		<title>The Scores (ep. 3) : Pablo Altar</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-3-pablo-altar/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=330136</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de film favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce troisième épisode de The Scores : le mix de Pablo Altar, musicien et compositeur....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-3-pablo-altar/" title="Read  The Scores (ep. 3) : Pablo Altar">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de film favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce troisième épisode de </em>The Scores<em> : le mix de Pablo Altar, musicien et compositeur. Il réalise des bandes sonores pour des films, des vidéos d’art et des performances.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2215744301&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<h2><em>DARK ANGEL</em> BY JAMES CAMERON &amp; CHARLES H. EGLEE</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Joel McNeely — Theo’s Ashes (Pablo Altar edit)</strong></p>
<p>L’histoire de <em>Dark Angel</em> se situe en 2019, dans un futur post-apocalyptique. Je suis retombé récemment sur la BO. En plus du surgissement de souvenirs de la <em>Trilogie du Samedi</em>, j’ai bien aimé la petite mélodie répétitive de ce morceau.</p>
<p><em>The story of “Dark Angel” is set in 2019, in a futuristic post-apocalyptic world. I recently came across the soundtrack again; beyond the rush of memories from the Saturday Trilogy, I really liked the small repetitive melody in this piece.</em></p>
<h2><em>A WALK BETWEEN LOVE AND DEATH</em> BY JOHN HUSTON</h2>
<p><strong>02′36″ ♪ Georges Delerue — Héron at the Gipsy camp</strong></p>
<p>Dans une France médiévale ravagée par la guerre et la peste, Héron quitte Paris pour voir la mer. Il rencontre une jeune princesse et en tombe amoureux. La musique raconte un imaginaire médiéval recréé, rêvé — une temporalité hybride : un Moyen Âge fantasmé qui habitait le présent post-68.</p>
<p><em>In a medieval France ravaged by war and plague, Heron leaves Paris to see the sea. He meets a young princess and falls in love with her. The music depicts a re-created, dreamt-up medieval imaginary — a hybrid temporality: a fantasized Middle Ages living within the post-’68 present.</em></p>
<h2><em>ECHO</em> BY ULTRA ULTRA</h2>
<p><strong>03′52″ ♪ Bjarke Niemann — Arrival&nbsp;</strong></p>
<p><em>Echo</em> raconte l’éveil d’une voyageuse spatiale après 100 ans de sommeil. Je n’ai jamais joué au jeu mais j’avais été touché par sa BO entre sonorités d’orchestre et synthés.</p>
<p><em>“Echo” tells the story of a space traveler awakening after 100 years of sleep. I’ve never played the game, but I was moved by its soundtrack, blending orchestral and synth textures.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330138" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1.jpeg" alt width="1496" height="286" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1.jpeg 1496w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-300x57.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-1024x196.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.1-980x187.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1496px) 100vw, 1496px"></a>
<h2><em>ENCOUNTERS AT THE END OF THE WORLD</em> BY WERNER HERZOG</h2>
<p><strong>05′52″ ♪ Mark A. Crawford — Iceberg Dream</strong></p>
<p>Dans cette scène, un scientifique raconte à Werner Herzog son rêve : dériver sur un iceberg, porté par les courants et la solitude.</p>
<p><em>In this scene, a scientist recounts to Werner Herzog his dream: drifting on an iceberg, carried by currents and solitude.</em></p>
<h2><em>DON’T WAKE THE SLEEPING CHILD</em> BY KÉVIN AUBERT</h2>
<p><strong>09′07″ ♪ Original Score by Pablo Altar</strong></p>
<p>Des extraits d’une de mes dernières musiques, pour le film de Kevin Aubert <em>Ne réveillez pas l’enfant qui dort</em>. Nous avons exploré une composition basée sur un des matériaux fondamentaux de la musique au cinéma : les cordes. Elles sont ici un peu spectrales, comme des fantômes de musique de film.</p>
<p><em>Excerpts from one of my latest pieces, for Kevin Aubert’s film “Don’t wake the sleeping child”. We explored music built around one of the most common elements of film soundtracks : strings. Here they sound a bit spectral, like ghosts of film music.</em></p>
<h2><em>REEL FISHING</em> BY VICTOR IRELAND</h2>
<p><strong>12′50″ ♪ Kenzou Katou — Reel Fishing</strong></p>
<p>Une soundtrack faite avec les ressources disponibles (limitées) de la PS1, dans un doux mélange d’innocence technologique et de limitations techniques. Super bande son de simulateur de pêche.</p>
<p><em>A soundtrack made with the (limited) resources of the PS1, in a gentle mix of technological innocence and technical constraints. A great soundtrack for a fishing simulator.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330139" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2.jpeg" alt width="1500" height="288" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2.jpeg 1500w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.2-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px"></a>
<h2><em>TOUS LES MATINS DU MONDE</em> BY ALAIN CORNEAU</h2>
<p><strong>18′15″ ♪ Marin Marais — La Rêveuse</strong></p>
<p>Le film retrace la relation entre Marin Marais et Sainte-Colombe, deux compositeurs et gambistes de renom du XVIIIe siècle. Une opposition se crée entre Sainte-Colombe qui travaille son instrument sans cesse, dans une petite dépendance de sa maison, isolé de tout, et Marin Marais qui part se produire à la cour du roi. La dépendance est centrale dans le film : elle symbolise la musique comme un lieu où l’on revient sans cesse.</p>
<p><em>The film traces the relationship between Marin Marais and Sainte-Colombe, two renowned 18th-century composers and viola da gamba virtuosos. An opposition forms between Sainte-Colombe, who endlessly practices his instrument in a small outbuilding of his home, isolated from everything, and Marin Marais, who leaves to perform at the king’s court. The outbuilding is central throughout the film; music is described as a place one constantly returns to.</em></p>
<h2><em>THE ELDER SCROLLS V: SKYRIM</em> BY TODD HOWARD</h2>
<p><strong>22′45″ ♪ Jeremy Soule — Secunda</strong></p>
<p>Un peu floue, baignée de réverbération, la musique de Skyrim évoque l’immense monde ouvert du jeu : grandes plaines, montagnes, quêtes infinies. Des heures et des heures de bande-son pour remplir un univers quasi sans fin, dans une autre éternité médiévale fantastique, à la fois épique et sans direction.</p>
<p><em>A bit blurry, bathed in reverb, Skyrim’s music evokes the game’s vast open world: wide plains, mountains, endless quests. Hours and hours of soundtrack to fill an almost infinite universe, another kind of fantastic medieval eternity, both epic and directionless.</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/annihilation/" target="_blank" rel="noopener"><em>ANNIHILATION</em></a> BY ALEX GARLAND</h2>
<p><strong>24′40″ ♪ Moderat — Interlude</strong></p>
<p>À la fin d’<em>Annihilation</em>, la frontière entre le son de la créature extraterrestre et la musique s’efface. Le film a été monté autour de ce morceau « Interlude », pourtant composé avant le film. La basse du morceau devient le son émis par la créature.</p>
<p><em>At the end of “Annihilation”, the boundary between the alien creature’s sound and the music blurs. The film was edited around this track </em>Interlude<em>, even though it was composed beforehand. The bass becomes the creature’s sound.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330140" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3.jpeg" alt width="1500" height="288" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3.jpeg 1500w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-768x147.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.3-980x188.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px"></a>
<h2><em>SIBÉRIADE</em> BY ANDREÏ KONTCHALOVSKI</h2>
<p><strong>28′07″ ♪ Eduard Artemyev — La Mort du héros</strong></p>
<p>Mélange de musique électronique futuristico-utopique et de thème traditionnel, apparemment inspiré par les musiques de Vangelis, à la recherche d’une certaine modernité. Le thème continue aujourd’hui de se réincarner, dans de grosses productions musicales comme dans des <em>edits</em> SoundCloud.</p>
<p><em>A blend of futuristic-utopian electronic music and traditional themes, apparently inspired by Vangelis’ music in an attempt to create something modern. The theme continues to reincarnate today in major music productions as well as in SoundCloud edits.</em></p>
<h2><em>TOMB RAIDER II</em></h2>
<p><strong>32′42″ ♪ Nathan McRee — Classical Lara</strong></p>
<p>Musique « classique » pour un des premiers <em>Tomb Raider</em>, faite dans les limites techniques de l’époque, comme la musique de <em>Reel Fishing</em>. Mais ici, c’est moins l’innocence technologique qui est mise en scène, que la dramaturgie orchestrale.</p>
<p><em>A “classical” piece for one of the early</em> <em>“</em><em>Tomb Raider”</em><em> games, made with the technical limitations of the time like “Reel Fishing”</em><em>. But here it’s less about technological innocence and more about orchestral dramaturgy.</em></p>
<h2><em>ENCOUNTERS AT THE END OF THE WORLD</em> BY WERNER HERZOG</h2>
<p><strong>34′46″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Dans une autre scène du film, les chercheurs enregistrent les sons des phoques sous la glace. On croirait entendre des synthétiseurs modulaires, des signaux inconnus.</p>
<p><em>In another scene of the film, researchers record the sounds of seals beneath the ice. You’d think you were hearing modular synthesizers, unknown signals.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330141" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4.jpeg" alt width="1502" height="289" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4.jpeg 1502w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.4-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1502px) 100vw, 1502px"></a>
<h2><em>DIES</em> BY ELÉONORE BERRUBÉ</h2>
<p><strong>36′40″ ♪ Original Score by Pablo Altar</strong></p>
<p><em>Dies</em> est un film documentaire d’Éléonore Berrubé, dans lequel trois femmes décrivent des rituels de soins qu’elles pratiquent pour elles-mêmes. Nous avons travaillé la musique à partir d’instruments à vent, notamment le hautbois qui est mon premier instrument.</p>
<p><em>“Dies” is a documentary by Éléonore Berrubé in which three women describe healing rituals they practice for themselves. We built the music around wind instruments, especially the oboe, which is my first instrument.</em></p>
<h2><em>LOVELESS</em> BY ANREY ZVYAGINTSEV</h2>
<p><strong>42′24″ ♪ Evgueni &amp; Sacha Galperine — Cycles of E</strong></p>
<p>Le piano est un instrument omniprésent dans les musiques de film – et dans la mienne aussi, assez souvent ! J’avais été marqué par l’intensité de celle-ci et sa présence dans <em>Loveless</em>.</p>
<p><em>The piano is an omnipresent instrument in film music – and in mine as well, quite often! I was struck by the intensity of this one and its presence in “Loveless”.</em></p>
<h2><em>THE WORK</em> BY JAIRUS MCLEARY</h2>
<p><strong>46′16″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un documentaire bouleversant sur un atelier thérapeutique dans une prison de haute sécurité. Une scène en particulier, où un prisonnier tente de sauver un autre du désespoir, est marquée par le bruit du micro compressé entre leurs corps. On y entend à la fois leurs voix étouffées et leurs cœurs battants.</p>
<p><em>A powerful documentary about a therapeutic workshop in a high-security prison. One scene in particular, where one inmate tries to save another from despair, is marked by the sound of a microphone compressed between their bodies. You hear both their muffled voices and their beating hearts.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330142" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5.jpeg" alt width="1502" height="289" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5.jpeg 1502w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.5-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1502px) 100vw, 1502px"></a>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/there-will-be-blood/" target="_blank" rel="noopener"><em>THERE WILL BE BLOOD</em></a> BY PAUL THOMAS ANDERSON</h2>
<p><strong>48′32″ ♪ Jonny Greenwood — Open Spaces</strong></p>
<p>La bande-son du film mêle des œuvres préexistantes et des compositions de Jonny Greenwood. Elle est entièrement faite de sonorités orchestrales. Greenwood reproduit des textures sonores expérimentales plutôt datées du siècle précédent (Penderecki, Arvo Pärt, par exemple). Des radicalités musicales d’une autre époque, mais toujours pertinentes.</p>
<p><em>The film’s soundtrack mixes pre-existing works and original compositions by Jonny Greenwood. The whole score is built from orchestral sonorities. Greenwood recreates experimental sound textures largely rooted in the previous century (Penderecki, Arvo Pärt, for instance). Musical radicalities from another era yet still relevant.</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/andrei-roublev/" target="_blank" rel="noopener"><em>ANDREÏ ROUBLEV</em></a> BY ANDREÏ TARKOVSKI</h2>
<p><strong>52′15″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Dans cette scène, un personnage doit fabriquer une cloche. Il prétend en être capable, mais en réalité il ne l’a jamais fait. Tout le monde se réunit le jour où la cloche est terminée pour savoir si elle va produire un son ou non.</p>
<p><em>In this scene, we follow a character who must cast a bell. He claimed he knew how to do it but had actually never made one before. Everyone gathers on the day the bell is finished to see whether it will produce a sound or not.</em></p>
<p><strong>54′00″ ♪ Charles Ives — The Unanswered question</strong></p>
<p>Une question posée par la trompette, à laquelle les cordes refusent de répondre en restant en suspens. <em>The Unanswered Question</em> est utilisée dans de nombreux films (notamment dans <em>La Ligne rouge</em> de Terrence Malick). Elle revient souvent, avec ce caractère d’interrogation sans résolution, toujours relancée.</p>
<p><em>A question posed by the trumpet, to which the strings refuse to answer, remaining suspended. “The Unanswered Question”</em><em> is used in many films (notably in Terrence Malick’s “The Thin Red Line”, 1998). It often reappears with its quality of an ever-renewed question without resolution.</em></p>
<h2><em>COMMENT ÇA VA ?</em> BY JONATHAN VINEL &amp; CAROLINE POGGI</h2>
<p><strong>57′44″ ♪ Pablo Altar — Horns strong winds</strong></p>
<p>Caroline Poggi et Jonathan Vinel ont utilisé une musique de mon dernier album <em>Far Out</em> pour leur court-métrage,<em> Comment ça va ?</em>. Ici, c’est une démo, une des premières versions de cette musique. Après tous ces morceaux qui naviguent entre plusieurs temporalités, souvenirs et futurs possibles, j’aimais l’idée de terminer sur cet état un peu spectral : une musique qui, à un moment, était encore en devenir.</p>
<p><em>Caroline Poggi &amp; Jonathan Vinel included a track from my latest album “Far Out” in their recent short film “Comment ça va ?”. This is a demo, one of the early versions of that piece. After all these tracks navigating between multiple temporalities, memories, and possible futures, I liked the idea of ending on this slightly spectral state: a piece of music that was still becoming something, at one moment.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-330143" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6.jpeg" alt width="1502" height="289" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6.jpeg 1502w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-300x58.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-1024x197.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-768x148.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/TheScores3.6-980x189.jpeg 980w" sizes="auto, (max-width: 1502px) 100vw, 1502px"></a>
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		<title>Silver Star</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silver-star/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 11:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Silver Star suit la trajectoire de deux jeunes femmes dont les destins s’entrelacent au détour d’une situation aussi fortuite que dramatique. Billie est une Afro-Américaine marquée par les violences policières et la prison. Afin de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/silver-star/" title="Read  Silver Star">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Silver Star</em> suit la trajectoire de deux jeunes femmes dont les destins s’entrelacent au détour d’une situation aussi fortuite que dramatique. Billie est une Afro-Américaine marquée par les violences policières et la prison. Afin de rembourser les dettes accumulées par ses parents durant sa détention, elle braque une banque et prend Franny en otage, enceinte et en situation de précarité. Incarnant chacune des formes de marginalité d’une Amérique fracturée, les deux protagonistes en cavale vont apprendre, comme le veut la formule, à se connaître. Sous l’influence de <em>Thelma et Louise</em>, le film reprend ainsi les codes du <em>road movie</em>, qu’il entend revisiter dans le contexte contemporain étasunien. Ce cadre narratif permet à <em>Silver Star</em> de dresser le portrait d’un pays enclin à rejouer son histoire, une idée qui transparaît notamment dans une séquence de <em>reenactment</em> d’une bataille de la guerre de Sécession. Fille de vétéran, Billie est une habituée de ces événements auxquels elle prend part régulièrement, y compris ici, dans un cadre où elle pense être poursuivie par les forces de l’ordre. Mais la reconstitution historique interroge : s’agit-il d’un acte de remémoration ou d’une célébration conservatrice ?&nbsp; En revêtant l’uniforme nordiste, Billie retourne un symbole et s’inscrit dans une longue lutte contre les politiques discriminatoires du pays. À travers cette séquence, <em>Silver Star</em> illustre une certaine dimension cyclique de l’histoire des États-Unis, où passé et présent se fondent en un éternel recommencement, comme le symbolise le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.</p>
<p>Mais si le <em>road movie</em> implique généralement de traverser de grands espaces, ces derniers sont presque absents dans<em> Silver Star</em> : les paysages étasuniens ne sont qu’entrevus à travers quelques plans montés avec nervosité sur des musiques électro à la manière d’un clip vidéo. Ce parti pris laisse penser que la cavale n’en est finalement pas une, puisqu’aucune traque n’est mise en scène par Ruben Amar et Lola Bessis, qui préfèrent utiliser la route comme la toile de fond d’une relation naissante. Le cadrage serré et l’usage du téléobjectif, qui écrasent la profondeur de champ, témoignent de ce déplacement : l’objet de l’écriture n’est pas l’errance, mais l’intimité. La caméra se focalise sur la proximité des corps, se concentrant désormais sur les prémices d’une romance queer. Ce revirement sentimental plutôt convenu s’opère hélas au détriment d’un portrait du territoire qui révélerait ses fractures et ses traumatismes – piste que la séquence du <em>reenactment</em> augurait pourtant.</p>
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		<title>Ciné-club Critikat : Between the Lines</title>
		<link>https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-between-the-lines/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:32:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ciné-club]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En prolongement du festival Entrevues de Belfort (17–23 novembre), qui organise cette année une rétrospective consacrée aux premiers films de Joan Micklin Silver, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous le lundi 24 novembre à 20h...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/autres-pages/cine-club-autres-pages/cine-club-critikat-between-the-lines/" title="Read  Ciné-club Critikat : Between the Lines">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En prolongement du festival Entrevues de Belfort (17–23 novembre), qui organise cette année une rétrospective consacrée aux premiers films de Joan Micklin Silver, le ciné-club Critikat vous donne rendez-vous <a href="https://www.lestroisluxembourg.com/evenement/2193408-critikat" target="_blank" rel="noopener">le lundi 24 novembre à 20h aux 3 Luxembourg</a> pour découvrir <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/trois-films-de-joan-micklin-silver/" target="_blank" rel="noopener"><em>Between the Lines</em></a>, l’un des plus beaux films de cette cinéaste américaine méconnue. La projection sera suivie d’une discussion animée par Marin Gérard.</p>
<img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329981 size-large" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-1024x536.jpg" alt width="1024" height="536" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-1024x536.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-300x157.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-768x402.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-1536x804.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-2048x1072.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-980x513.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Cine-club-Between-the-Lines-2000x1047.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px">
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		<title>Trans Memoria</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/trans-memoria/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Luca Mongai]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trans Memoria se présente comme une double enquête à la première personne : mémorielle et identitaire. Victoria Verseau, réalisatrice du film, revient sur les lieux de l’opération en Thaïlande qui lui a permis, ainsi qu’à...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/trans-memoria/" title="Read  Trans Memoria">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Trans Memoria</em> se présente comme une double enquête à la première personne : mémorielle et identitaire. Victoria Verseau, réalisatrice du film, revient sur les lieux de l’opération en Thaïlande qui lui a permis, ainsi qu’à son amie Méril, d’achever leur transition de genre. Cette dernière s’est suicidée quelques années plus tard. En réarpentant les chambres et les couloirs d’hôpital, Victoria entend retourner à la source du mal-être de son amie défunte et ausculter par la même occasion ses propres démons. Ce mal-être apparaît d’abord intrinsèquement lié à la condition trans, que le film restitue dans toute sa crudité, comme si la cinéaste devait moralement à son amie disparue de n’omettre aucune douleur, corporelle ou psychologique. Ainsi de ces séquences où Verseau s’est filmée peu avant l’opération avec son téléphone et fait part, en larmes, de ses angoisses et de ses souffrances physiques. Idem dans le détail des conversations qui, si elles réduisent parfois la mise en scène à un agencement de simples champs-contrechamps, témoignent d’une grande précision documentaire : on y discute aussi bien des risques que comporte l’opération que des pratiques de dilatation à respecter pour arriver à des rapports sexuels moins douloureux, de la forme que prennent les appareils génitaux à l’issue de la procédure, etc. La transition de genre apparaît dès lors comme un chemin difficile et sinueux pour accéder à un apaisement. La texture même de l’image en atteste : celle, ingrate, de la caméra du téléphone pré-opération, tranche avec la froideur cotonneuse du reste du film – il y a un avant et un après.</p>
<p>Or ce monde d’après l’opération a été pour Victoria irrémédiablement souillé par la perte de Méril, geste que la réalisatrice essaie de comprendre au-delà de la souffrance physique engendrée par l’opération. À ce titre, le retour en Thaïlande, censé élucider le mystère du suicide, est rapidement mis en échec par l’écart, irréductible, entre ce qui est dit et ce qui est filmé. Alors que la voix off évoque les angoisses de Méril et les souvenirs partagés, la caméra lui oppose le défilement impassible de cadres vides et désaffectés. Cette superposition contrariée, où la parole, l’enquête et la réflexion viennent inlassablement buter sur des images dénuées de sens, met en scène l’impossibilité du deuil pour la cinéaste. En témoigne un plan particulièrement saisissant vers la fin du film, où la caméra s’enfonce doucement dans la nuit de la forêt thaïlandaise tandis que la voix off se demande où se trouve la tombe de Méril. Ce long mouvement étiré est celui qui porte le film : il tend vers un trou noir.</p>
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		<item>
		<title>Boys in the Band – Tout sur ma mère</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Moussa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Boys in the Band]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Boys in the Band revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/" title="Read  Boys in the Band – Tout sur ma mère">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>Boys in the Band<em> revisite une œuvre marquante de l’histoire du cinéma gay, lesbien ou queer en interrogeant le caractère situé de ma position de spectateur et la part intime de mon rapport aux images.</em></p>
<p>J’aime beaucoup de choses dans <em>Mysterious Skin</em> de Gregg Araki, mais il y a une scène en particulier dont je parle souvent. Une dizaine de minutes après le début du film, la mère du héros Neil (merveilleuse Elisabeth Shue) s’apprête à partir au travail&nbsp;; elle ignore que le coach à qui elle a demandé de ramener son fils à la maison après son match est un prédateur pédophile qui abusera de lui et de son camarade Brian.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329960 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg" alt width="1398" height="795" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1.jpg 1398w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-300x171.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-1024x582.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-768x437.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-1-980x557.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1398px) 100vw, 1398px"></a>
<p>Au début de la séquence, Neil mange seul un plat préparé en jouant avec des figurines – hors champ, on entend une télévision diffuser des dessins animés. Un deuxième plan nous dévoile sa mère, qui lui parle distraitement en se maquillant en gros plan, face à la caméra&nbsp;; on distingue à peine l’enfant s’agitant derrière elle. Retour sur Neil&nbsp;: la mère entre dans le champ par la droite, s’assure qu’il sait qu’elle ne sera pas là pour le raccompagner, lui dépose un long baiser sur la joue, attrape un morceau de pâte dans son assiette, puis sort du cadre aussi vite qu’elle y est entrée. Au loin, on entend la porte claquer. Puis s’ouvrir à nouveau. La mère revient dans le cadre comme un boulet de canon et le serre fort contre elle en s’exclamant&nbsp;: «&nbsp;<em>You’re mine and I love you and don’t you dare forget it.</em>&nbsp;». Elle l’embrasse avec vigueur et, avant de repartir, laisse sa main s’attarder quelques secondes sur son épaule.</p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-329961 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg" alt width="1400" height="390" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2.jpg 1400w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-300x84.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-1024x285.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-768x214.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/MYSTERIOUS-SKIN-2-980x273.jpg 980w" sizes="auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px"></a>
<p>En quelques secondes, Araki écarte l’explication dégueulasse de l’abus par la négligence maternelle&nbsp;; d’ailleurs, la mère surprotectrice de Brian n’empêchera pas plus l’agression de son propre fils. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise mère dans <em>Mysterious Skin&nbsp;</em>; seulement deux femmes seules qui font ce qu’elles peuvent pour s’en sortir. Deux mères aimantes&nbsp;– mais tout l’amour du monde ne suffit pas à protéger ceux qu’on aime.</p>
<p>Ma mère est morte le 15 octobre dernier, elle venait d’avoir 69 ans. Elle n’a pas eu une vie très heureuse. Une semaine après les obsèques, je déroulais à mes étudiants de L2 le petit laïus bazinien du cinéma-embaumeur-qui-en-préservant l’apparence-des-êtres-les-garde-vivants-par-delà-la-mort. Malheureusement, je n’ai pas beaucoup filmé ma mère. Je n’avais pas prévu qu’elle parte si vite. Je sais qu’il existe quelques rushes, sur de vieilles cassettes mini-DV, tournées avec la caméra qu’elle m’avait offerte à l’adolescence, il y a une dizaine d’années&nbsp;– avant la maladie, au moment où nous avons vidé la maison de sa propre mère. Je n’ai pas encore osé les regarder. Je crains de m’apercevoir que ce dont je voudrais me souvenir – sa voix, ses gestes, sa démarche, son sourire –, je ne l’ai pas enregistré. À l’hôpital, j’ai filmé son agonie, et son corps vide, après. Pour garder la preuve de ce qui s’était passé. Mais sur ces images, elle n’est déjà plus là.</p>
<p>Ce n’est pas grave, je crois. Le cinéma me la rendra autrement. Il y a quelques années, en découvrant une collection de courts-métrages d’Alain Cavalier intitulée <em>Cavalier Express</em>, j’ai fondu inexplicablement en larmes devant le portrait d’une illusionniste. Son mélange de malice et de distance m’avait rappelé de manière troublante la façon d’être de ma grand-mère, bien plus que les images authentiques que j’ai gardées d’elle. Je dois avouer que le cinéma ne m’a, de toute façon, jamais intéressé pour sa valeur documentaire –&nbsp;ontologie, <em>be damned</em>. Non seulement la fiction m’a servi de refuge face aux impératifs d’une éducation pragmatique qui ne valorisait guère l’imagination, mais j’ai souvent trouvé dans ses paradis artificiels quelque chose qui pour moi se rapprochait davantage d’une vérité des sentiments. J’aime précisément la manière dont le cinéma de fiction maquille et stylise le réel, sa capacité à coder les significations dans une forme radicalement distincte du quotidien. Et je prends un plaisir équivalent à déchiffrer les images fictionnelles comme des énigmes – ou tout du moins à déchiffrer ce qui me fascine en elles. Je n’ai pas besoin d’un miroir, de retrouver ma réalité à l’identique : je la connais déjà.</p>
<p>Dans <em>L’Art d’être gai</em>, David Halperin remarque que si le cinéma ouvertement gay des années post-Stonewall, avec ses représentations réalistes et positives des communautés LGBT, n’a jamais totalement supplanté la culture gay honteuse des années du placard – celle des mélos hollywoodiens, des comédies musicales de Broadway et leur cortège de divas excessives (toutes les Judy Garland, les Joan Crawford, les Barbra Streisand) – c’est justement parce que les relectures <em>queer </em>d’une culture populaire conçue pour le public hétérosexuel ne répondent pas tout à fait aux mêmes besoins&nbsp;: «&nbsp;<em>On peut dire que l’identité gaie parvient à l’affirmation de soi non pas seulement à travers l’identité, entendue comme l’expérience du semblable avec des gais qui nous ressemblent, mais aussi à travers l’identification, le sentiment de proximité ou d’affinité avec d’autres gens, avec tout ce dont nous différons. L’identification exprime aussi le désir : désir de nouer relation avec quelque chose ou quelqu’un d’autre que soi.</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329959_530('footnote_plugin_reference_329959_530_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329959_530('footnote_plugin_reference_329959_530_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329959_530_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329959_530_1" class="footnote_tooltip">David Halperin, <em>L’Art d’être gai</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Ymonet, Paris, Gallimard, 2025, p.&nbsp;167.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329959_530_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329959_530_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
<p>Dans cette culture, la figure de la mère occupe évidemment une place de choix, dans un mélange ambivalent d’identification, de fascination et de misogynie&nbsp;: les triomphes et les déchéances des mères aimantes et des mères courage, des mères sacrificielles ou des mères abjectes y exercent une inextinguible fascination. Je ne peux qu’admettre, à mon corps défendant, à quel point j’ai investi émotionnellement ces figures pourtant si différentes de moi, les Mildred Pierce, les Stella Dallas, les <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/laventure-de-madame-muir/" target="_blank" rel="noopener">Lucy Muir</a>, les <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/tout-ce-que-le-ciel-permet-always/" target="_blank" rel="noopener">Cary Scott</a>, les <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/jeanne-dielman-23-quai-du-commerce-1080-bruxelles/" target="_blank" rel="noopener">Jeanne Dielman</a>, les <a href="https://www.critikat.com/panorama/editoriaux/hommage-a-agnes-varda/" target="_blank" rel="noopener">Émilie Cooper</a><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329959_530('footnote_plugin_reference_329959_530_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_329959_530('footnote_plugin_reference_329959_530_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329959_530_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329959_530_2" class="footnote_tooltip">Elles sont respectivement les héroïnes de&nbsp;: <em>Le Roman de Mildred Pierce </em>(Michael Curtiz, 1945), <em>Stella Dallas </em>(King Vidor, 1937), <em>L’Aventure de Mme Muir </em>(Joseph L. Mankiewicz, 1947), <em>Tout ce que le ciel permet </em>(Douglas Sirk, 1955), <em>Jeanne Dielman, 23 Quai du commerce, 1080 Bruxelles </em>(Chantal Akerman, 1975) et <em>Documenteur </em>(Agnès Varda, 1981).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329959_530_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329959_530_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est évidemment ma propre mère que je reconnaissais dans les héroïnes du mélodrame ou du <em>female gothic</em>, dans leurs luttes pour une existence digne, leur sentimentalité exacerbée ou leur masochisme pudique, leur courage ou leur impuissance face à la lâcheté et la brutalité des hommes. Cruelle ironie : le cinéma a accordé à ces héroïnes (et à leurs interprètes) une attention que peu de personnes ont accordée à ma mère dans la vie, et leur a souvent offert le <em>happy end </em>que l’existence ne lui aura pas donné. Bientôt, à défaut de me remémorer parfaitement sa manière de sourire, de bouger, de parler, c’est peut-être dans l’affection exubérante d’Elisabeth Shue, dans l’effacement résigné de Jane Wyman, dans la dignité blessée de Joan Crawford que je pourrai la retrouver.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329959_530();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329959_530();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329959_530">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329959_530" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329959_530('footnote_plugin_tooltip_329959_530_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329959_530_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">David Halperin, <em>L’Art d’être gai</em>, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Ymonet, Paris, Gallimard, 2025, p.&nbsp;167.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329959_530('footnote_plugin_tooltip_329959_530_2');"><a id="footnote_plugin_reference_329959_530_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Elles sont respectivement les héroïnes de&nbsp;: <em>Le Roman de Mildred Pierce </em>(Michael Curtiz, 1945), <em>Stella Dallas </em>(King Vidor, 1937), <em>L’Aventure de Mme Muir </em>(Joseph L. Mankiewicz, 1947), <em>Tout ce que le ciel permet </em>(Douglas Sirk, 1955), <em>Jeanne Dielman, 23 Quai du commerce, 1080 Bruxelles </em>(Chantal Akerman, 1975) et <em>Documenteur </em>(Agnès Varda, 1981).</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329959_530() { jQuery('#footnote_references_container_329959_530').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329959_530').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329959_530() { jQuery('#footnote_references_container_329959_530').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329959_530').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329959_530() { if (jQuery('#footnote_references_container_329959_530').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329959_530(); } else { footnote_collapse_reference_container_329959_530(); } } function footnote_moveToReference_329959_530(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329959_530(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329959_530(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329959_530(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/chroniques/boys-in-the-band-tout-sur-ma-mere/">Boys in the Band – Tout sur ma mère</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Running Man</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/running-man/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsqu’ils ont débarqué au début des années 2000, les premiers films d’Edgar Wright ont pu charmer par leur fougue. Nourris par une cinéphilie dévorante et gourmands en références, ils constituaient pour le réalisateur un terrain...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/running-man/" title="Read  Running Man">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’ils ont débarqué au début des années 2000, les premiers films d’Edgar Wright ont pu charmer par leur fougue. Nourris par une cinéphilie dévorante et gourmands en références, ils constituaient pour le réalisateur un terrain de jeu lui permettant d’expérimenter à partir du canevas tissé par ses modèles. Cette approche de fétichiste passé derrière la caméra implique pour Wright de pousser les curseurs stylistiques au maximum, quitte à tomber parfois dans l’écueil de la démonstration technique (Baby Driver) ou de l’affichage d’une virtuosité ostentatoire (<em>Last Night In Soho</em>). <em>Running Man</em>, le plus gros budget confié au réalisateur britannique, agit comme un révélateur : le modèle « wrightien », dont les principes se confondent aujourd’hui essentiellement avec ceux du blockbuster américain moyen (une écriture fondée sur les clins d’œil, un éclectisme formel, un fourmillement de références, etc.), n’a désormais plus grand-chose de singulier.</p>
<p>Adapté d’un roman de Stephen King, le film dépeint une Amérique dystopique entièrement régie par l’argent et le spectacle. Ben Richards (Glen Powell), <em>good guy</em> forte tête, a mécontenté trop de chefs d’entreprises pour espérer retrouver un emploi « honnête » ; le voici contraint pour nourrir sa famille à participer à un dangereux jeu télévisé, le fameux « Running Man », qui propose de filmer la traque d’un trio de participants devant survivre durant trente jours. Le film sème quelques signes de contemporanéité dans sa satire très <em>eighties</em> de la télévision : les spectateurs du jeu éponyme sont encouragés à seconder les chasseurs professionnels en filmant et en partageant la localisation des candidats, ce qui transforme la chasse en cauchemar panoptique. Ce point mis à part, <em>Running Man</em> reste toutefois enfermé dans un imaginaire suranné et cherche à distiller un parfum nostalgique de série B. Si le pan satirique du film est faible, c’est moins tant parce qu’il est désuet que parce qu’il se limite trop souvent à des vignettes superficielles parodiant des programmes télévisuels (on retiendra par exemple ces passages récurrents d’une émission singeant les Kardashians) et leur public (<em>rednecks</em>, ménagères extatiques, etc.). Le film se contente de la sorte d’une caricature visant à conforter le spectateur dans un sentiment de supériorité morale face aux bigots patentés et aux divertissements indigents qu’on leur présente.</p>
<p>Restent les scènes d’action, moins ratées qu’oubliables. Celles-ci embrassent un ensemble de situations déjà vues, comme si l’ambition de Wright était toujours de refaire, sans parvenir cependant à dépasser, ou même égaler ses modèles. Le montage très rapide de ces séquences semble surtout simuler une énergie que la mise en scène échoue à insuffler. Alors que le principe d’un jeu TV se déroulant sur la planète entière aurait pu fournir une réserve infinie de décors potentiels, le film ne parvient pas pleinement à tirer parti des situations qu’il met en place. Mais peut-être que l’action en tant que telle n’a jamais vraiment été le point fort du réalisateur, dont le style hybride se fonde notamment sur un <em>désamorçage</em> comique ici la plupart du temps inoffensif. Le cinéma de Wright est-il pour autant dépassé ? Oui, si l’on compare <em>Running Man</em> avec les meilleurs blockbusters contemporains (<em>Mission impossible</em>, <em>Mad Max</em>), mais pas tout à fait si l’on se réfère au tout-venant de la production. Plutôt qu’une désuétude, le film parait acter une dilution de son style dans le champ du blockbuster : hormis quelques détails– prépondérance de la bande-son, résurgence très ponctuelle d’une verve comique, effets de montage (raccords inattendus, insert brutaux) –, difficile de distinguer dans <em>Running Man</em> la singularité du réalisateur. C’est au final bien lui qui paraît remporter la course à l’anonymat.</p>
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		<title>Pompei, Sotto le Nuvole</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pompei-sotto-le-nuvole/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bastien Gens]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>D’emblée, Pompéi, Sotto le Nuvole met au jour le geste réflexif de Gianfranco Rosi. À l’ouverture spectaculaire — la mer de nuages qui entoure le Vésuve s’étend progressivement au-dessus de Naples – succède une séquence...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/pompei-sotto-le-nuvole/" title="Read  Pompei, Sotto le Nuvole">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>D’emblée, <em>Pompéi, Sotto le Nuvole</em> met au jour le geste réflexif de Gianfranco Rosi. À l’ouverture spectaculaire — la mer de nuages qui entoure le Vésuve s’étend progressivement au-dessus de Naples – succède une séquence dans un cinéma vide et décrépi où est projeté un vieux documentaire sur la destruction de Pompéi ; le motif atmosphérique, évidemment, est similaire. En plus d’annoncer assez ostensiblement la peinture d’une ville en proie à une menace éternelle, Rosi interroge la vanité, voire la vacuité de son art. La caméra reviendra d’ailleurs à la fin du film dans ce décor, dont le délabrement sera souligné par de nouveaux axes de prises de vue : le cinéma ne filme, au fond, que des futures ruines. Une archéologue confirme cette piste au détour d’une déclaration : le temps, en solidifiant les traces des secondes avant la catastrophe – les cadavres calcinés de Pompéi – « <em>détruit tout et conserve tout</em> » conjointement. Il en irait ainsi du cinéma de Rosi, qui capture un instantané de Naples imprégné de (et presque enseveli sous) toutes les couches de son passé apocalyptique. Le film s’emploie de la sorte à dresser un plan en coupe de la ville, en investissant ses hauteurs volcaniques et son sous-sol (le passé), et entre ces deux strates son présent, pris en étau. Rosi traque le même air tragique qui pèse sur les habitants : son regard se pose sur le quotidien d’un vieux libraire enseignant l’Histoire à des gosses d’un quartier populaire, documente l’attente de marins syriens en escale, ou dépeint encore les nuits agitées d’un centre d’appel de secours. Le montage fait coexister leur inquiétude avec l’effroi des figures mortifiées de l’Antiquité, de façon à ce que tout dans le spectacle des éléments naturels (pierre, feu et eau) annonce l’inévitable retour de la catastrophe pompéienne. En somme, Rosi cherche à filmer dans les Napolitains aujourd’hui les corps calcinés de demain.</p>
<p>Ce programme mortifère soulève par ailleurs un intéressant problème de mise en scène : comment historiciser cet enregistrement du réel ? Sur ce point, le film serait sans doute plus stimulant si Rosi ne donnait pas l’impression d’avoir fait rapidement le tour de ses idées. La quête du cinéaste apparaît surtout photographique et surfacique, son choix du noir et blanc lui permettant de jouer plus facilement des coïncidences formelles. Ainsi le marbre et la peau semblent sculpter une même humanité pétrifiée, les carrés de fouilles et les surfaces embuées masquent de la même manière les vestiges de Pompéi et le paysage de la baie, tandis que les contours du volcan se devinent dans ceux d’un tas de blé. Il y a bien quelques trouvailles dans ces raccords, mais elles attestent dans le même temps d’un certain volontarisme ; Rosi s’attache surtout à symboliser visuellement le magma historique napolitain plutôt que de filmer la cité dans sa pleine matérialité. C’est dans la vocation plus prosaïque du film de documenter le présent que cette approche surplombante pèche particulièrement. Le montage alterné qui voudrait organiser la contamination de différentes scènes de vie quotidienne par une même peur intemporelle (les nuages du Vésuve) force la concordance des angoisses – les secousses récurrentes, le vandalisme des pilleurs de tombe ou la proximité de la guerre en Ukraine – et accouche d’un portrait morcelé assemblé assez arbitrairement. L’idée d’une ville en état de vigilance infuse bien à travers le mirage plastique qu’orchestre le cinéaste (redoublé par les notes stridentes de la bande originale), mais les visages pris au piège, eux, n’impriment pas : si Rosi retourne voir une ou deux fois chaque protagoniste, le temps du film (assez ramassé) ne lui permet jamais d’extraire de ces rencontres autre chose que des vignettes joliment photographiées. En témoignent par exemple les incursions dans le sous-sol archéologique opérées de manière, visiblement, à signifier au forceps un mouvement de plongée vers le passé. Il aurait fallu davantage de durée pour que la vitalité perce ces élégantes vitrines d’un Naples muséifié.</p>
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		<title>Dossier 137</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dossier-137-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 11:29:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À propos de&#160;L’Invraisemblable vérité, Jacques Rivette écrivait dans les&#160;Cahiers du cinéma&#160;être tout d’abord frappé par la logique «&#160;d’exposé&#160;des images&#160;», «&#160;comme si ce à quoi nous assistions était moins la mise en scène d’un scénario que...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/dossier-137-2/" title="Read  Dossier 137">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À propos de&nbsp;<em>L’Invraisemblable vérité</em>, Jacques Rivette écrivait dans les&nbsp;<em>Cahiers du cinéma</em>&nbsp;être tout d’abord frappé par la logique «&nbsp;<em>d’exposé&nbsp;des images</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>comme si ce à quoi nous assistions était moins la mise en scène d’un scénario que la simple lecture de ce scénario, qui nous serait livré tel quel, sans ornement </em>», avant de tempérer plus loin cette intuition et de suspecter là une « <em>ruse</em> ». Dominik Moll n’est bien entendu pas Fritz Lang, mais son film donne corps à cette définition par son désir d’« <em>établir une vérité</em> », en se calant sur le pas de Stéphanie, la policière de l’IGPN interprétée par Léa Drucker. Tout le film tient dans ce programme : la mise à plat des faits, rien que les faits, comme si la minutie de la procédure permettait, sinon de parvenir à une présentation suffisamment exhaustive pour satisfaire l’impératif de justice, d’envisager chaque donnée du problème jusqu’à entrevoir les limites de l’enquête. <em>Dossier 137</em> tisse, à partir des violences policières durant les manifestations des gilets jaunes, un scénario dépassionné dont l’enjeu est d’épuiser les angles de vue disponibles sur la blessure d’un jeune homme touché à la tête par un tir de LBD. Le film s’ouvre comme <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lete-dernier-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’Été dernier</em></a> sur une scène d’interrogatoire, dans laquelle le personnage de Drucker affiche une froideur implacable ; tout du long, le récit tournicotera autour d’un cas pour en dégager, avec une rigueur revendiquée, une forme de « en même temps» ou de « pensée complexe ». Cet horizon est un mirage, mais il faut reconnaître que le film s’entête dans une impasse non dénuée d’intérêt, qui consiste à envisager la neutralisation progressive du point de vue comme le garant d’un tableau suffisamment nuancé. Quelques effets formels participent de cette dynamique : par exemple, lorsque Stéphanie cherche les différentes caméras de surveillance situées près des Champs-Élysées afin de reconstituer le puzzle, Moll surimprime son visage dans une cartographie de la ville. On pourrait croire à un cliché de film policier ou à la figuration d’une situation tentaculaire, quand il faut prendre en réalité le jeu de montage au pied de la lettre, dans son prosaïsme : le regard de Stéphanie se fond dans la cartographie objective et aplanie du théâtre des faits. Autrement dit, Moll croit trouver du relief dans l’aplat, et qu’il suffit d’éplucher les couches de son oignon pour en tirer une émotion imparable. C’est l’image terminus du film : un simple fond blanc sur lequel le jeune homme blessé donne sa version des faits ; une image dépouillée, comme le disait Rivette, de tout « ornement » ; une image neutre, mais qui serait pourtant « vraie ».</p>
<p>Derrière ce trajet se cache une approche tautologique : Moll n’a pas besoin de poser de point de vue sur ce qu’il filme, puisque « établir une vérité » impliquerait précisément d’en croiser plusieurs. Le titre ne trompe pas sur la marchandise ; le film relève du dossier bien épluché. À cet égard, la visite de l’Hôtel Prince de Galles, un cinq étoiles donnant sur une rue parallèle aux Champs-Élysées, propose une illustration parfaite de ce que serait <em>Dossier 137</em>, à savoir un réseau impeccablement organisé, reposant sur des tableaux Excel et des agendas consciencieusement remplis. Sa conclusion n’échappe toutefois pas aux écueils d’une dissertation scolairement virtuose. Dans l’épilogue, un dialogue déontologique se noue entre Stéphanie et sa supérieure hiérarchique, qui éprouvent ensemble les différentes approches théoriques que soulève ce cas d’étude. Un correcteur attentif, qui ne se laisserait pas griser par le brio du bon élève, pourrait souligner que la conclusion de la démonstration enchaîne davantage les questions ouvertes qu’elle n’entend apporter des réponses. Ce qui ne signifie pas que le film soit indifféremment pro ou antipolicier – bien au contraire, il s’achève par la dénonciation sans ambivalence de la faute commise.&nbsp; Pour autant, il entretient l’idée naïve qu’il suffit d’aller à droite et à gauche, du côté de la famille et de celui des flics (en pointant les difficultés qu’ils rencontrent), pour ménager une réelle complexité – l’impossibilité d’une résolution franche faisant partie du protocole (l’issue de l’enquête sera naturellement déceptive). Que tire en définitive le film de cet entrelacs ? L’illusion d’une vérité (émotionnelle) née des noces de la raison et d’un minimum de passion ; un éloge de la complexité découlant du retranchement pondéré (car tout est pondéré chez Moll) de la subjectivité. La mise en scène n’est pas ici le vecteur d’un regard, mais l’instrument de son évidement.</p>
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		<title>Honey Don’t</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/honey-dont/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà à présent sept années que les frères Coen ont décidé d’œuvrer chacun de leur côté. Ce nouvel élan ne s’avère en rien salutaire tant leur filmographie, déjà inégale, est depuis essentiellement entachée de mauvais...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/honey-dont/" title="Read  Honey Don’t">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà à présent sept années que les frères Coen ont décidé d’œuvrer chacun de leur côté. Ce nouvel élan ne s’avère en rien salutaire tant leur filmographie, déjà inégale, est depuis essentiellement entachée de mauvais films. <em>Honey Don’t</em> ne risque pas d’infléchir la tendance : dans la droite ligne de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/drive-away-dolls/" target="_blank" rel="noopener"><em>Drive-Away Dolls</em></a>, le nouveau film d’Ethan Coen se rêve en film noir lesbien et en série B déjantée – c’est selon – mais échoue à convaincre sur les deux tableaux. L’ouverture se montre pourtant inspirée en misant sur l’efficacité de cadrages épurés (deux plans en contreplongée suffisent notamment à imposer un personnage féminin que l’on croirait échappé d’un film de Russ Meyer). Hélas, le cinéaste a le virus copiste ; un film signé Coen doit forcément ressembler à un film des Coen, au risque de la caricature plombante. Vers la fin de <em>Honey Don’t</em>, un perroquet voit sa cage tomber et s’ouvrir. L’oiseau subitement libéré se met à voler dans la pièce et bute à plusieurs reprises violemment contre une vitre, avant, une ultime fois, de tomber. Bel aveu inconscient : la scène est une métaphore parfaite du film.</p>
<p>S’il fallait malgré tout trouver ici une once d’originalité venant perturber certains réflexes coeniens (esthétique «&nbsp;cartoon&nbsp;», mécanique narrative, second degré, violence absurde), ce serait du côté de la libido des personnages. On devine que la singularité de <em>Honey Don’t</em> devrait émerger des relations féminines décomplexées, mais ces dernières sont si grossièrement filmées que la tâche se révèle ardue. Obstacle supplémentaire&nbsp;: Ethan Coen désamorce toute forme de désir, ne sachant précisément pas quoi en faire, du désir, ni de l’érotisme. Une scène de masturbation dans un bar bondé, rappelant l’orgasme simulé de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/quand-harry-rencontre-sally/" target="_blank" rel="noopener"><em>Quand Harry rencontre Sally</em></a>, tourne ainsi à l’amusement puéril. Difficile, décidément, de voler de ses propres ailes.</p>
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		<item>
		<title>Les Aigles de la République</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-aigles-de-la-republique-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si Les Aigles de la République raconte un complot, son moteur est plus encore la fausse piste. Mêlant fiction et réel (le récit intègre la figure d’al-Sissi, actuel dictateur de l’Égypte, au sein d’une trame...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/les-aigles-de-la-republique-2/" title="Read  Les Aigles de la République">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si <em>Les Aigles de la République</em> raconte un complot, son moteur est plus encore la fausse piste. Mêlant fiction et réel (le récit intègre la figure d’al-Sissi, actuel dictateur de l’Égypte, au sein d’une trame inventée), le film commence comme une comédie : George Fahmy, l’acteur le plus connu du pays (Fares Fares, comédien fétiche de Tarik Saleh), mais bonhomme un peu minable dans l’intimité – il est d’emblée présenté comme un père médiocre et un quinquagénaire désormais incapable de bander sans viagra – se voit contraint, à la suite d’intimidations, de jouer dans un biopic retraçant l’ascension du président lors du coup d’État de 2013. Fausse piste, on disait : on s’attend à ce que le film dans le film fasse l’objet de scènes truculentes, ou à ce que l’accent soit mis sur la censure, supervisée par l’éminence grise du régime, le « Dr. Mansour », qui rôde sur les plateaux du tournage. Or le scénario esquisse cette voie pour aller ailleurs, en même temps qu’il assèche progressivement les petits gags et les ruptures de ton. <em>Les Aigles de la république</em> ne sera de fait pas une comédie, puisqu’il n’y a ici rien de drôle : il a beau être invraisemblable que le grand George puisse prêter son 1m86 à ce nabot despotique (al-Sissi est laid, petit et chauve), la satire laisse place à une intrigue policière et à un réquisitoire contre le virage dictatorial de l’Égypte sous la férule de l’ex-militaire.</p>
<p>Il y a au fond deux pions dans ce stratagème : George, plongé dans un nid de vipères et d’intrigues politiques à tiroirs, et le spectateur, qui est induit en erreur par le cadre narratif, avant d’être surpris par une embardée tardive faisant basculer le récit pour de bon. On peut accepter de se prendre au jeu, à condition de ne pas faire du film<b> </b>autre chose que le fruit d’une tactique scénaristique plus ou moins habile ; la seule vraie surprise consiste en l’invention d’une page d’Histoire, dans un geste quasi tarantinien (mais visiblement inspiré d’un véritable complot fomenté en 2019). Parce qu’un film ne se résume jamais à un geste, et qu’un geste ne fait jamais un film, on reste sur sa faim : Saleh s’en tient à une machinerie narrative trop calculée et scolaire dans sa forme pour susciter un vertige à la hauteur de ce que son intrigue met en place.</p>
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		<title>Six jours, ce printemps-là</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/six-jours-ce-printemps-la/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lukas Moreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La limpidité du titre n’est en rien mensongère : Six jours, ce printemps-là se propose de filmer une famille recomposée durant une semaine de vacances sur la Côte d’Azur, près de Saint-Tropez. Seul hic pour...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/six-jours-ce-printemps-la/" title="Read  Six jours, ce printemps-là">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La limpidité du titre n’est en rien mensongère : <em>Six jours, ce printemps-là</em> se propose de filmer une famille recomposée durant une semaine de vacances sur la Côte d’Azur, près de Saint-Tropez. Seul hic pour ombrager le tableau : la luxueuse villa qui accueille Sana (Eye Haïdara), ses deux enfants et son nouveau compagnon appartient en vérité à l’ancienne belle-famille de l’héroïne. L’épure du scénario, qui voit principalement se succéder des scènes sans enjeux dramatiques forts (baignades, jeux, petites disputes), est toutefois contrebalancée par une mise en scène affichant sa nervosité : caméra portée, plans serrés sur les personnages et une faible profondeur de champ qui contribue à les abstraire de leur environnement. Ce principe d’une captation « à fleur de peau » est certes peu novateur mais, couplé au cadre idyllique de la Côte d’Azur, il empêche le personnage de Sana de se fondre tout à fait dans un décor de carte postale. Bonne idée, que le film répète hélas beaucoup, au risque de verser dans un systématisme visant à insuffler une tension artificielle.</p>
<p>Pour se relancer, le film table sur l’apparition d’un nouveau corps au détour d’une scène : le concierge d’une villa voisine (Damien Bonnard), bloc d’antipathie et de violence rentrée, surgit en frappant à toutes les portes et fenêtres de la maison de vacances, traquant les dangereux criminels qui auraient abîmé la clôture de ses clients. Terrés dans une bâtisse qu’ils ne sont pas censés habiter, les deux fils de Sana attendent, impuissants, que la menace s’apaise. Mais l’employé zélé ne décolère pas et la séquence parvient, par sa durée, à rendre pleinement tangible la terreur des enfants. Si le segment se détache, c’est toutefois parce qu’il ouvre une brèche dans un récit sinon trop monocorde ; ailleurs, l’intensité que vise Lafosse reste le fruit d’une forme un peu automatique.</p>
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		<title>Frankenstein</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au sein de la filmographie très inégale de Guillermo del Toro, Nightmare Alley constituait une plaisante surprise. Ce n’était certes pas la seule exception (Blade 2 et les deux premières saisons de The Strain se...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein-2/" title="Read  Frankenstein">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au sein de la filmographie très inégale de Guillermo del Toro, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nightmare-alley-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Nightmare Alley</em></a> constituait une plaisante surprise. Ce n’était certes pas la seule exception (<em>Blade 2</em> et les deux premières saisons de <em>The Strain</em> se distinguaient un peu au milieu de films plus surchargés), mais elle mettait en sourdine la propension du cinéaste à confondre mise en scène et direction artistique hyper-stylisée. <em>Frankenstein </em>marque hélas un triste retour à la normale&nbsp;; pire, il paraît combiner deux des films récents les plus ratés de del Toro&nbsp;– <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/crimson-peak/" target="_blank" rel="noopener"><em>Crimson Peak</em></a> (pour l’imaginaire gothique) et <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/forme-de-leau/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Forme de l’eau</em></a> (pour le portrait d’un « monstre » finalement plus humain que les affreux bonshommes qui y sont dépeints). Tout le projet pourrait être condensé en une réplique, où le docteur Victor Frankenstein (Oscar Isaac) voit son frère lui rétorquer : «&nbsp;<em>C’est</em> <em>toi le monstre</em> ». La sentence souligne le cap suivi par le scénario, au cas où on ne l’aurait pas compris : l’essentiel des libertés prises par del Toro vise à charger la barque du personnage du démiurge, privé de sa part d’humanité et de son amour d’enfance, pour être affublé en retour d’un père tyrannique et d’un mécène ambigu. La monstruosité est une affaire de gènes ; Frankenstein, comme son paternel, sera un mauvais géniteur.</p>
<p>Il est possible de voir dans ce motif de l’atavisme l’une des raisons principales de l’échec du film, qui entreprend, comme Kenneth Branagh avant lui, une forme d’opération impossible : revenir à l’essence du roman de Mary Shelley, allègrement trahie par la première adaptation signée James Whale. Or <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/frankenstein/" target="_blank" rel="noopener"><em>Frankenstein</em></a> premier du nom (et sa suite, <em>La Fiancée de Frankenstein</em>) a durablement imprimé dans l’imaginaire collectif une vision du monstre éloignée de son origine. Car le livre de Shelley joue sur l’ineffable et un trou figuratif : pour éviter que l’expérience se reproduise, Frankenstein, qui délivre au seuil de la mort le terrible récit de son existence, garde sous silence le processus exact grâce auquel il a insufflé la vie à sa créature née de bouts de cadavres rafistolés. L’image du corps animé par la foudre, bien qu’elle brode à partir d’une page du roman où Victor raconte comment, durant son enfance, le spectacle d’un orage l’impressionna durablement, fut inventée par le cinéma. Ni Branagh, ni del Toro ne la remettent en cause ; ils tentent plutôt une opération de rafistolage, en essayant de greffer au torse du roman les excroissances de Whale et la mythologie du savant fou canalisant la foudre divine pour enfreindre les lois de la nature.</p>
<p>C’est là que le film de del Toro déçoit le plus, dans sa tentative de revenir tout de même à Shelley. Le film articule ainsi (mais selon des modalités narratives différentes de celles du roman, qui procédaient d’un emboîtement plus fin de mises en abyme) les deux points de vue : celui du créateur, puis de la créature. Fondée sur ce changement de perspective, la seconde partie a notamment pour ambition de donner corps à des passages charnières que les films de Whale survolaient rapidement. Ainsi des premiers pas du monstre dans la forêt, qui ouvrent dans le livre sur une forme d’expérience phénoménologique radicale. La créature, muette, y découvre le soleil, la végétation, les autres formes de vie ou encore le son d’un ruisseau, à la manière d’un nouveau-né jeté sans guide dans le tumulte du monde. Chez del Toro, la séquence se résume à un piteux cerf numérique dont la créature s’approche avant que l’animal ne soit tué d’un coup de fusil par des chasseurs forcément belliqueux – car, on le rappelle, le plus humain, c’est le monstre. Le plus étonnant, c’est que del Toro, probablement le cinéaste de ces dernières années le plus associé à l’esthétique gothique (avec Tim Burton), ne semble pas avoir compris grand-chose à la sève du roman, où Frankenstein et son invention étaient également humains et monstrueux, en soi et en miroir l’un de l’autre. En diabolisant le scientifique et en angélisant sa créature (autre transformation scénaristique : la mort d’un enfant est effacée), le scénario escamote la fin originelle, sublime, et la vide de son émotion désespérée. Le paradoxe de del Toro est qu’il aime tellement les monstres que ces derniers finissent par ne plus en être : ses films démontrent autant qu’ils « dé-monstrifient ». <em>Frankenstein</em> fait au fond l’inverse de <em>Nightmare Alley</em>, qui partait d’un corps normal, beau et séducteur, pour faire remonter peu à peu à la surface sa laideur fondamentale, jusqu’à le laisser au bord de l’abîme. Cette fois, c’est sur un horizon pacifié et irradié par l’aurore que s’achève la relecture maladroite du mythe. <em>Frankenstein </em>a beau avoir été adapté et réadapté à n’en plus finir, la grande adaptation du livre de Shelley (que les films de Whale, encore une fois, ne sont qu’à moitié) reste à inventer.</p>
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		<title>L’après-coup – Tracer sa route</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-tracer-sa-route/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'après-coup]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : les routes parcourues dans Sirāt et Une bataille après l’autre....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/lapres-coup-tracer-sa-route/" title="Read  L’après-coup – Tracer sa route">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, </em>L’après-coup<em> revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. </em><em>Ce mois-ci : les routes parcourues dans </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/sirat-2/" target="_blank" rel="noopener">Sirāt</a><em> et </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-bataille-apres-lautre/" target="_blank" rel="noopener">Une bataille après l’autre</a>.</p>
<p>Pourquoi prendre la route ? Pour s’échapper ou se retrouver ? Dans Sirāt, le chemin de traverse emprunté par les raveurs et surtout l’occasion de sonder leurs fêlures. La sortie de route dans un décor désertique s’apparentant à un théâtre existentiel à ciel ouvert n’a rien de hasardeux : les personnages doivent autant trouver leur voie que leur voix (celle qui crie au fond de soi et rend les aveugles plus clairvoyants que les voyants). L’aventure est ainsi droite et toute tracée, à l’image de la ligne médiane dont le défilement métronomique de haut en bas semble cadencé par la techno hypnotique de Kangding Ray. Filmée en plongée, la route occupe alors tout l’espace et offre pour seul horizon les bordures du cadre. Au fond, rien ne la distingue des rails aperçus à la toute fin, sur lesquels <em>Sirāt</em> retombe : si le film entreprend de nombreux détours, son issue n’en demeure pas moins conditionnée par la marche à suivre du récit et sa finalité métaphysique. S’extraire de la catastrophe en prenant la tangente est pour les personnages peine perdue : elle aura tôt fait de les rattraper. La fuite ne vaut que comme un énième chemin de croix et le désert traversé n’a nulle autre finalité que de rappeler aux corps accidentés par la vie leur besoin d’humanité. <em>On the road again</em>.</p>
<p>Un accident dans le désert constitue précisément le climax saisissant d’<em>Une bataille après l’autre</em>. Paul Thomas Anderson transforme une scène de course-poursuite en suspens haletant&nbsp;: il filme à hauteur de bitume une route qui ondule comme un ruban sans fin, cachant dans ses plis tantôt le véhicule poursuivi, tantôt le poursuivant, lui-même pourchassé. L’oscillation de l’un à l’autre étant ainsi répétée, la scène se distend jusqu’à devenir insoutenable&nbsp;: les voitures se rapprochent progressivement au gré d’un jeu de cache-cache, soudain stoppé net. <em>Une bataille après l’autre</em>, lui-même lancé à toute allure dès son ouverture, trouve dans cet arrêt sa raison d’être. <em>A contrario</em> de bon nombre de films de course-poursuite&nbsp;où les personnages existent à travers l’expérience de la vitesse (le carambolage final dans <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/point-limite-zero/" target="_blank" rel="noopener"><em>Point limite zéro</em></a> sonnait comme une délivrance ultime), PTA envisage le fait de freiner comme une volonté de contrôle et une affirmation de soi (deux réflexes qui n’étonnent pas chez le cinéaste). Plutôt que la résultante d’un ultime lâcher-prise, l’accident tient d’une stratégie établie à la faveur d’une fine observation (regarder en arrière dans le rétroviseur, doser la bonne distance, composer avec la géographie du lieu). En s’immobilisant intelligemment, Chase Infiniti échappe à la mort. Au bout de la route, un père en robe de chambre retrouve enfin sa fille, de qui il a désormais tout à apprendre. « <em>Ce qui barre la route fait faire du chemin</em>&nbsp;», écrivait La Bruyère.</p>
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		<title>L’ombre d’un doute — A House of Dynamite / The Chronology of Water</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-a-house-of-dynamite-the-chronology-of-water/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:31:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critikat]]></category>
		<category><![CDATA[L'ombre d'un doute]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode de L’ombre d’un doute, le nouveau podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de A House of Dynamite de Kathryn Bigelow et de The Chronology of Water de Kristen...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/lombre-dun-doute-a-house-of-dynamite-the-chronology-of-water/" title="Read  L’ombre d’un doute — A House of Dynamite / The Chronology of Water">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce deuxième épisode de L’ombre d’un doute, le nouveau podcast de Critikat, trois membres de la rédaction débattent de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener"><em>A House of Dynamite</em></a> de Kathryn Bigelow et de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-chronology-of-water/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Chronology of Water</em></a> de Kristen Stewart.</p>
<p>Disponible également sur <a href="https://open.spotify.com/show/1c5R9Z91q8JW6JFND3felk?si=52ebe582e4cd48d8" target="_blank" rel="noopener">Spotify</a>, <a href="https://dzr.page.link/HdhRQDHavDw1p6yE8" target="_blank" rel="noopener">Deezer</a>, <a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critikat/id1810408596" target="_blank" rel="noopener">Apple Podcasts</a> et <a href="https://play.pocketcasts.com/podcasts/1419a250-c5e5-013d-549a-0affc0b4f80b" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Pocket Casts</a>.</p>
<p><strong>Avec</strong> : Clément Colliaux, Pierre-Jean Delvolvé et Josué Morel.</p>
<p><strong>Enregistrement et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
<p>© Critikat 2025</p>
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		<item>
		<title>La fabrique de la couleur&#160;: Jérôme Bigueur, étalonneur</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/" title="Read  La fabrique de la couleur&#160;: Jérôme Bigueur, étalonneur">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment compose-t-on la couleur au cours des différentes étapes de la fabrication d’un film ? En s’intéressant à des métiers variés, cette série d’entretiens propose un panorama des contributions à la palette d’un film. Premier invité : Jérôme Bigueur, étalonneur au laboratoire TransPerfect Media, qui a notamment travaillé sur </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/visages-villages/" target="_blank" rel="noopener">Visages, Villages</a><em>, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/portrait-de-la-jeune-fille-en-feu-2/" target="_blank" rel="noopener">Portrait de la jeune fille en feu</a>,<em> ainsi que sur de nombreuses restaurations.</em></p>
<p><strong>Bien que l’étalonnage constitue l’étape finale de la postproduction d’un film, son importance reste assez méconnue du grand public. Comment en êtes-vous venu à faire ce métier ?</strong></p>
<p>Après avoir suivi une formation sur les métiers de l’image, j’ai eu l’occasion de voir en quoi consistaient les différents postes autour de l’image sur un tournage. Ce qui m’a tout de suite intéressé avec l’étalonnage, c’est qu’il intervient à l’étape finale de ce processus. Tous les accidents et miracles mènent à ce moment. Mon travail, c’est d’achever de donner un sens à ces images, en conférant un style au film. Les réalisateurs ou les directeurs de la photographie sont bien contents d’avoir un étalonneur derrière eux, ils mesurent notre importance. Je ne suis pas certain que le public s’en rende vraiment compte, en effet, mais ça ne me dérange pas plus que ça, parce que je travaille avant tout pour un film – je n’ai pas besoin qu’on fasse la lumière sur moi, d’ailleurs, je travaille dans le noir ! Même si dans certains cas, c’est un peu frustrant d’être invisibilisé quand on sait les sauvetages dont on est capable. Ceci dit, certains directeurs de la photographie créditent l’étalonneur avec eux au générique, dans un rapport de collaboration. Mais c’est une relation asymétrique ; si je travaille essentiellement avec le cinéaste et son directeur de la photographie, ce dernier collabore quant à lui avec tout le monde <span class="skin-invert-image">–</span> les maquilleurs, les costumiers, les coiffeurs, les cadreurs, les machinistes…</p>
<p><strong>À partir de quel moment de la fabrication d’un film êtes-vous sollicité ?</strong></p>
<p>Ce que je préfère, c’est être intégré à un projet tout au début, dès les essais caméra. Le réalisateur et le directeur de la photographie me ramènent des images et nous en discutons ensemble. Ils me donnent leurs indications, je leur propose des pistes et le style du film commence à se construire avant même d’avoir été tourné. Ensuite, j’aime bien suivre l’évolution du tournage, regarder les rushes au fur et à mesure, ce qui permet de parler quotidiennement au directeur de la photographie, voire de l’aider. En faisant des essais d’étalonnage simultanément au tournage, le chef opérateur peut raffermir ses choix artistiques en montrant au réalisateur le résultat espéré. L’intérêt d’être associé si tôt au projet, c’est que lorsque le cinéaste et le directeur de la photographie arrivent à l’étalonnage, on parle du même film. On a déjà créé un look et on avance rapidement. C’est d’autant plus important que les temps d’étalonnage sont de plus en plus réduits, comme beaucoup d’étapes de postproduction.</p>
<p><strong>Votre rôle ne consiste donc pas simplement à intervenir après le tournage.</strong></p>
<p>Bien sûr. J’ai par exemple aidé Céline Sciamma à choisir entre l’argentique et le numérique pour <em>Portrait de la jeune fille en feu</em>. Elle est venue comparer les deux options, avec sa cheffe opératrice Claire Mathon, au laboratoire photochimique de Hiventy Classics à Joinville-Le-Pont, où je travaillais. Elles ont tourné des plans d’essais dans les deux formats, j’ai étalonné le 35 mm, puis je l’ai raccordé au numérique. Ce qui est intéressant, c’est que l’argentique semblait assez prédestiné pour ce film d’époque. Mais Céline a adoré le numérique, elle trouvait qu’il permettait une palette de couleurs moins connotée que celle qu’elle aurait obtenue avec du 35 mm.</p>
<p><strong>Ces réflexions avant le tournage permettent-elles d’ajuster en amont d’autres paramètres, spécifiques aux autres postes impliqués dans la couleur (maquilleurs, costumiers, décorateurs…) ?</strong></p>
<p>Pas assez à mon goût, car les productions ne comprennent souvent pas l’enjeu de faire des essais HMC [NDLR : Habillage, maquillage, coiffure] avec les acteurs dans les décors du film. L’idéal est en effet de pouvoir discuter en amont de ces paramètres à partir du look prédéfini : je pourrais par exemple conseiller que le chef décorateur n’utilise qu’un certain type de couleurs, ou en évite d’autres, connaissant la manière dont elles ressortiront dans l’image finale. Cela peut sembler anecdotique, mais je remarque souvent de petites choses qui auraient pu être évitées : par exemple, une scène toute bleue dans laquelle une touche de rouge attire soudain l’œil sans raison. Quand un <em>color scientist</em> peut apporter son expertise lors de ces essais, c’est vraiment la configuration parfaite. J’ai eu la chance de travailler récemment avec <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-florine-bel-color-scientist/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">la <em>color scientist</em> Florine Bel</a>, ce qui a permis d’apporter l’esthétisme technique le plus adapté au film.</p>
<p><strong>L’étalonnage à proprement parler ne débute toutefois qu’à la toute fin de la postproduction, une fois que le montage est finalisé. Est-il confortable de travailler ainsi à l’ultime étape de fabrication d’un film ?</strong></p>
<p>Étalonner un montage final est la perspective la plus confortable, mais il est fréquent qu’il soit légèrement modifié. Entre le début et la fin de l’étalonnage, des projections tests peuvent pousser le réalisateur à changer des détails. Il arrive aussi que je ne parvienne pas à raccorder parfaitement un plan avec un autre : dans ce cas, je peux me tourner vers l’ingénieur son pour lui proposer de rajouter un bruitage, une texture, qui va accompagner cette petite transformation. Il y a donc possibilité de revenir un peu en arrière ; c’est l’avantage des films qui font toute leur postproduction dans le même laboratoire. L’un des derniers films que j’ai étalonnés était mixé juste à côté de la salle où je travaillais : le mixeur est venu écouter son travail sur les images et nous avons tous les deux ajusté des éléments de nos tâches respectives. Ce peut être le cas aussi avec les effets spéciaux… On a tendance à penser que chacun est assigné à une tâche précise, mais c’est bien mieux de pouvoir échanger et d’avoir une vision globale de l’ensemble.</p>
<p><strong>Qui vous accompagne dans la salle d’étalonnage ?</strong></p>
<p>La plupart du temps, le chef opérateur. Le réalisateur passe en général une fois par jour, mais ça dépend vraiment de son implication vis-à-vis de l’image. Je sais que quelqu’un comme Denis Villeneuve supervise l’intégralité de l’étalonnage, il ne le délègue pas au chef opérateur. Souvent, les cinéastes sont plus concentrés sur le son. Mais en vérité, heureusement qu’ils ne suivent pas l’intégralité du processus, car c’est assez fastidieux : on passe d’un plan à un autre, on change des micro-détails. Il s’agit d’un travail de précision qui n’a rien de très spectaculaire. Le directeur de la photographie lui-même donne quelques instructions puis me laisse seul un moment, le temps que je travaille sur la séquence, avant qu’on la regarde ensemble.</p>
<p><strong> Comment se décompose l’étalonnage ?</strong></p>
<p>Il y a deux moments principaux. Dans un premier temps, il s’agit d’harmoniser les plans entre eux pour assurer une continuité. C’est la partie plus technique, et je pense d’ailleurs que c’est une tâche qui va de plus en plus s’automatiser dans les années à venir avec les nombreuses applications possibles de l’IA. Toutefois, même cette première étape peut impliquer des opérations plus fines. Cas typique : il faut que j’équilibre une scène tournée pendant une journée entière. Le plan large a été tourné le matin alors qu’il faisait beau, sous un grand soleil hivernal. Puis les plans moyens et serrés ont ensuite été filmés au fil de la journée. Vers 15h, le jour commençait à décliner, ou bien il s’est mis à pleuvoir. Si bien que malgré les précautions du chef opérateur, les images du matin et du soir n’ont pas grand-chose à voir. Je suis obligé de retravailler les ciels, de jouer sur certaines brillances pour que l’on ait bien le sentiment que c’est le soleil qui éclaire la scène, et non un gros projecteur.</p>
<p>Le deuxième temps est beaucoup plus créatif : il s’agit d’aller chercher des détails sur les visages, les peaux, de souligner certaines couleurs en fonction des intentions de la scène. Quand l’image est propre, on peut globalement tout faire, retoucher par zones, par couleurs, par toutes petites touches. L’idée est de diriger le regard du spectateur, pour l’aider à lire les images. Je dispose de plusieurs outils pour cela, comme le <em>refocus</em> (qui ajoute un peu de netteté à un objet ou une zone) ou le vignettage (qui assombrit les bords de l’image). Ce sont des éléments subtils, parfois à peine identifiables, mais qui contribuent à la clarté des plans. Selon leur composition et leur durée, il faut aller plus ou moins fort sur ces effets pour que le spectateur regarde directement au bon endroit et au bon moment.</p>
<p><strong>Avez-vous un attrait spécifique pour un certain type de couleurs ?</strong></p>
<p>J’ai toujours été très porté vers la couleur : j’aime la faire vivre, pousser les curseurs. L’une de mes collègues travaille au contraire sur des films très nuancés, avec assez peu de couleurs, et elle est meilleure que moi là-dessus. En revanche, j’adore le noir et blanc pour sa complexité. C’est presque ce que je préfère, car cela oblige à des nuances d’une grande finesse. Les étalonneurs ont tous des aptitudes et des relations à l’image différentes. Par ailleurs, plus on travaille avec des personnes diverses, plus on enrichit sa propre palette.</p>
<h2><strong>Nostalgie de la pellicule</strong></h2>
<p><strong>Du côté de la captation, la pellicule continue de cohabiter avec le numérique. Lequel des deux supports est le plus plaisant à étalonner ?</strong></p>
<p>C’est comme choisir une caméra : il faut s’approprier le format et le style qui va avec, c’est une question de justesse. En plus, on peut tout à fait approcher un rendu pellicule avec du numérique. L’argentique est plus facile à traiter, parce qu’il est plus limité. Le numérique, lui, peut avoir de grands espaces de couleur qu’il faut savoir maîtriser. Mais fondamentalement, le problème du numérique est l’immense variété d’écrans et leurs différentes caractéristiques, allant du HDR [NDLR : <em>High Dynamic Range</em>, une plage de couleurs étendue permettant des contrastes plus importants] aux différentes sorties SDR [NDLR : <em>Standard Dynamic Range</em>, la plage standard la plus répandue]. Toutes les caméras numériques bénéficient d’un espace de couleur et d’une dynamique permettant le HDR, mais ensuite, il faut contourner les limitations propres à chaque livrable [NDLR : les différents fichiers exportés par l’étalonneur adaptés aux spécificités techniques de la destination finale – salles de cinéma, chaînes de télévision, plateformes de streaming, etc.] pour obtenir une cohérence d’ensemble. Le 35mm, puisqu’il est plus restreint, passe mieux sur l’ensemble des écrans. Par ailleurs, l’image numérique gagnerait à s’affranchir davantage du 35mm : je crois que la plupart des gens entretiennent encore une certaine nostalgie du <em>look</em> film, alors que le numérique permet des choses fantastiques et très créatives.</p>
<p><strong>Quelles sont les propriétés de ce « <em>look</em> film » ?</strong></p>
<p>Des <em>color scientists</em> ont développé des <em>looks</em> numériques (c’est-à-dire des ensembles de courbes de correction) qui imitent le film argentique de manière assez exceptionnelle. Il suffit de les appliquer à un plan pour que cela fonctionne. La plupart des gens trouvent cela non seulement beau, mais surtout rassurant, parce que c’est une esthétique connue de tous qui donne immédiatement un aspect cinématographique. Très concrètement, ces <em>looks</em> réduisent l’espace colorimétrique, arrondissent les angles et gomment ce que le numérique peut avoir de cru et de dur : les contrastes sont cassés, les tonalités sont plus douces.</p>
<p><strong>Et quelles sont les possibilités offertes par l’HDR ? </strong></p>
<p>Le HDR est une palette de nuances beaucoup plus large que le SDR. En fait, même celle de la pellicule est plus large que le SDR. C’est une latitude, dont on fait ce que l’on veut. Dolby a commercialisé une norme pour l’HDR, qu’il a appelée Dolby Vision. Le principe d’un projecteur de cinéma Dolby Vision, c’est que le niveau de luminosité maximal est porté à 108 nits [NDLR : l’unité de mesure de l’intensité lumineuse], quand la projection classique en salle est de 48 nits. C’est un gain énorme en luminosité, mais surtout en contraste : le niveau de noir est drastiquement plus profond et naturel. Dans une projection normale, les noirs sont décollés, les basses lumières sont imprécises et avec peu de profondeur. Le noir absolu du HDR permet de créer du détail en basse luminosité. D’autres constructeurs comme Barco, Samsung ou Christie commencent à proposer leurs solutions HDR pour le cinéma. La restauration a été très en avance sur les exigences technologiques par rapport aux productions, parce que les commanditaires pensent à la vie de leur restauration sur une quinzaine d’années. Par exemple, depuis 2019, Studiocanal commande des restaurations quasi systématiquement en 4K HDR, alors que la plupart des productions actuelles sont toujours éditées en 2K SDR. Ils se projettent d’ores et déjà dans un avenir où la technologie sera généralisée, notamment dans les salles, qui sont encore très peu à être équipées en raison du coût élevé d’un projecteur HDR.</p>
<p><strong>Vous parliez plus haut des nombreuses disparités technologiques entre les différentes sorties : comment garantir que l’étalonnage que vous effectuez sera par la suite à peu près respecté sur l’ensemble des livrables ?</strong></p>
<p>C’est tout simplement impossible. J’édite des masters différents selon les destinations, en prenant en compte leurs spécificités, mais les écarts sont trop grands. Au cinéma, on sait que les spectateurs sont plongés dans le noir, ce qui permet d’accentuer les contrastes, de jouer sur l’obscurité. Lorsque les films sont diffusés à la télévision ou en streaming, les niveaux de luminosité ambiante autour des spectateurs sont très variables. Je suis obligé d’intervenir sur des séquences précises, pour rehausser un peu les niveaux, garantir que l’image reste visible. Il s’agit en fait de donner la même sensation avec un étalonnage différent. Des solutions sont en cours de développement, notamment chez Dolby, qui promettent une restitution de l’image chez soi équivalente à celle de la salle d’étalonnage.</p>
<h2><strong>Restaurer, comparer, adapter</strong></h2>
<p><strong>Lorsque l’on compare plusieurs restaurations d’un même film, on se rend compte qu’il existe différentes « modes » d’étalonnage, parfois liées aux innovations technologiques.</strong></p>
<p>Oui, c’est le cas des <em>Matrix</em>, par exemple, qui ont connu plusieurs restaurations. Chacune d’entre elles a une couleur dominante différente. Une personne voulait moderniser le film, une autre souhaitait retrouver un souvenir de copie 35mm… Aujourd’hui, on essaie davantage de rester fidèle aux couleurs originales, on fait donc en sorte de disposer d’une ou plusieurs copies d’origine que l’on compare fréquemment au travail en cours. Mais en restaurant à nouveau des films déjà restaurés, on s’aperçoit que le spectateur change de regard. L’image d’il y a quinze ans, il n’en veut plus : il souhaite davantage de contraste, des blancs moins sales, une température de couleur plus proche du bleuté des images numériques auxquelles il est habitué. Certaines des restaurations menées aux États-Unis le montrent de manière encore plus exacerbée : une robe blanche est complètement blanche, on ne voit même pas le petit filet jaunâtre qui était la signature Kodak de l’époque.</p>
<p><strong>L’utilisation du HDR pour l’étalonnage de copies restaurées ne risque-t-il pas de dénaturer l’équilibre colorimétrique original, puisqu’il s’agit d’une technologie qui n’existait pas à l’époque de la création des films ?</strong></p>
<p>Il y a deux ans, j’ai travaillé sur la restauration d’<em>Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre</em> en HDR pour le compte de Pathé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329653_550('footnote_plugin_reference_329653_550_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329653_550('footnote_plugin_reference_329653_550_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329653_550_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329653_550_1" class="footnote_tooltip">Voir à ce sujet <a href="https://professional.dolby.com/fr/films-series/etudes-cas/asterix-obelix-mission-cleopatre-dolby/" target="_blank" rel="noopener">l’article consacré à la restauration du film</a> sur le site de Dolby.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329653_550_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329653_550_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Laurent Dailland, le directeur de la photographie, qui était avec moi, ne connaissait pas tellement cette technologie <span class="skin-invert-image">–</span> nous avons donc procédé à beaucoup de tests. Il avait surtout en tête ce qu’Alain Chabat voulait faire à l’époque mais ne pouvait pas faire techniquement, parce que certaines couleurs qu’ils voyaient à l’écran lors de l’étalonnage numérique ne rendaient pas du tout la même chose une fois sur pellicule. Pendant cette restauration, notre question principale a été : est-ce qu’on utilise la latitude du HDR pour faire, par exemple, exploser les niveaux de luminosité dans les scènes dans le désert, ou est-ce qu’on garde la patine d’époque ? Nous avons, là encore, tenté de trouver un équilibre entre les deux.</p>
<p><strong>Mais le directeur de la photographie n’est pas toujours là pour prendre part à cette discussion. Il vous revient, dans ces cas-là, de trancher ?</strong></p>
<p>Oui, et c’est pour cela qu’il faut se référer au matériau originel. Il m’est même arrivé, pour un film, de demander un scénario. Je disposais d’une seule référence un peu douteuse, un ancien master numérique, dans lequel une scène de jour avait une luminosité très étrange. En me référant au scénario, j’ai pu identifier qu’il s’agissait d’une séquence « extérieur, nuit » et l’étalonner dans le bon sens, sans reprendre l’erreur du master numérique sur lequel j’étais supposé m’appuyer. Mais évidemment, les films et leurs différentes versions ont leur histoire. J’ai étalonné beaucoup de restaurations de films du directeur de la photographie Raoul Coutard. Quand j’ai travaillé sur <em>Le Mépris</em>, j’ai essayé de lire le maximum d’écrits ou d’interviews pour comprendre le sens de son travail. Il avait déjà fait une restauration en 2009 dans un autre laboratoire, au cours de laquelle il avait cherché à retrouver les couleurs de la pellicule originale, une sorte de monochromie due au mauvais développement des rushes, à l’époque, en Italie. Mais en lisant ses témoignages, je me suis aperçu que ce rendu était très différent de ce que Godard et lui souhaitaient faire à la base. Je suis donc allé dans le sens de leurs intentions originelles, à rebours de cette restauration de 2009, ce qui me paraissait davantage ressembler à ce que racontait Godard dans ses écrits. Toutefois, quand les créateurs ne peuvent pas être là, je ne suis pas le décisionnaire final. Il appartient aux ayants droit, cataloguistes, famille ou directeurs techniques de trancher, en respectant le plus possible l’œuvre originale. Que ce soit pour la création ou pour des restaurations, l’étalonnage sert au fond à la même chose : fluidifier l’enchaînement des plans et renforcer les émotions. Si étalonner différemment peut aider les spectateurs contemporains à voir des films en noir et blanc, pourquoi s’en priver ? Le risque est évidemment de finir par tout lisser, en faisant disparaître les marqueurs de certaines technologies. Il est donc de notre devoir de veiller à ce que l’on fait, de travailler avec parcimonie et toujours dans le sens du film.</p>
<div id="attachment_329661" style="width: 2570px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-scaled.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-329661" class="wp-image-329661 size-full" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-scaled.jpg" alt width="2560" height="1089" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-scaled.jpg 2560w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-300x128.jpg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-1024x436.jpg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-768x327.jpg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-1536x653.jpg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-2048x871.jpg 2048w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-980x417.jpg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/11/Le-Mepris-montage-2000x851.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px"></a><p id="caption-attachment-329661" class="wp-caption-text">Comparaison entre la première restaurations du <em>Mépris</em> (à gauche) et la deuxième (à droite) | © Studiocanal</p></div>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329653_550();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329653_550();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329653_550">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329653_550" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329653_550('footnote_plugin_tooltip_329653_550_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329653_550_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir à ce sujet <a href="https://professional.dolby.com/fr/films-series/etudes-cas/asterix-obelix-mission-cleopatre-dolby/" target="_blank" rel="noopener">l’article consacré à la restauration du film</a> sur le site de Dolby.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329653_550() { jQuery('#footnote_references_container_329653_550').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329653_550').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329653_550() { jQuery('#footnote_references_container_329653_550').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329653_550').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329653_550() { if (jQuery('#footnote_references_container_329653_550').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329653_550(); } else { footnote_collapse_reference_container_329653_550(); } } function footnote_moveToReference_329653_550(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329653_550(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329653_550(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329653_550(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/entretien/la-fabrique-de-la-couleur-jerome-bigueur-etalonneur/">La fabrique de la couleur&nbsp;: Jérôme Bigueur, étalonneur</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La Vague</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vague-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Vague tient de la rengaine : des corps dansent et chantent avec frénésie, mais sans jamais changer de refrain. On devine que l’obstination fait partie du projet du cinéaste chilien Sebastián Lelio, que sa...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-vague-3/" title="Read  La Vague">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Vague</em> tient de la rengaine : des corps dansent et chantent avec frénésie, mais sans jamais changer de refrain. On devine que l’obstination fait partie du projet du cinéaste chilien Sebastián Lelio, que sa comédie musicale ambitionne sans relâche de taper du poing, à l’instar de son personnage principal, Julia, abusée sexuellement par son professeur de musique. De sa rage, chaque scène se nourrit jusqu’à la saturation. Et plus le film frappe fort, moins il va loin. À la longue, le portrait qu’il dresse de la jeune femme, devenue presque malgré elle le porte-flambeau d’un mouvement étudiant insurrectionnel, ne s’embarrasse pas de subtilités et tombe dans l’écueil du plaidoyer. À plusieurs reprises, la caméra de Lelio s’attarde sur le visage de Julia, parfois inondé de larmes, comme pour en saisir les nuances émotionnelles. Peine perdue : ni vacillement ni trouble n’en surgit vraiment, rien qui puisse en tous les cas électriser un propos ne souffrant aucune ambiguïté. Si Julia cherche sa voix, <em>La Vague</em> n’en fait entendre qu’une seule, reconduite de séquence en séquence.</p>
<p>C’est lorsque le film oublie son personnage principal au profit du collectif qu’il s’avère le plus fécond, voire se montre enfin subversif, ou à tout le moins original. S’affirme alors un corps unique d’étudiantes/danseuses exultant au son de percussions frénétiques. Lelio travaille ainsi dans ces scènes la question patriarcale par un geste expansif, en figurant des poussées de colère éperdue et incontrôlée. Déchaîné, <em>La Vague</em> le devient lorsque le campus se transforme subitement en labyrinthe surréaliste, enchâssant des espaces <em>a&nbsp;priori</em> éloignés (en cassant une cloison, Julia accède à&nbsp;sa chambre qui ne jouxte pourtant pas les murs de l’université). La désorientation et l’artificialité confinent ici à&nbsp;un troublant vertige, pas loin de ressembler à&nbsp;un cauchemar éveillé. Bel antidote, fût-il de courte durée, au régime par ailleurs trop univoque et répétitif du film.</p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Portraits d’Amérique — Sam Abbas</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sam-abbas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Bertin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Amérique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci :...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/portraits-damerique-sam-abbas/" title="Read  Portraits d’Amérique — Sam Abbas">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Comment se vit la cinéphilie de l’autre côté de l’Atlantique ? Chaque mois, « Portraits d’Amérique » part à la rencontre d’un·e programmateur·rice, curateur·rice, cinéaste, etc., qui nous parle de sa pratique. Ce mois-ci : Sam Abbas, jeune cinéaste égypto-américain dont le dernier film, </em>Europe’s New Faces<em>, a été projeté au Festival DocFortnight</em> <em>du MoMA en 2025. Il a également créé, lors du 68ᵉ Festival international du film de Berlin en 2018, ArabQ, la première société de production arabe dédiée aux films LGBTQ.</em></p>
<p><strong>Comment êtes-vous devenu cinéaste ?</strong></p>
<p>Je n’ai pas eu de réelle formation en cinéma, mais j’ai grandi entouré de films. Mes parents avaient plein de cassettes VHS. Ils ont déménagé du Caire dans le New Jersey quand j’avais trois ans. Chaque été en Égypte, on louait un film par semaine au vidéoclub du coin de la rue. C’était le paradis ! C’était l’époque de <em>Pretty Woman</em>, mais aussi des films avec Kevin Costner – que mes parents adoraient –, Richard Gere ou Tom Cruise. Je regardais beaucoup <em>Mission : Impossible</em>, mais aussi des films d’horreur… J’ai vraiment développé un amour pour les films à ce moment-là. Mon rapport au cinéma est profondément lié à ces souvenirs d’enfance et d’adolescence. C’était aussi un rapport différent au cinéma qu’aux États-Unis, car mes parents ne nous interdisaient en Égypte aucun film : la censure coupait toutes les scènes considérées comme « problématiques » et on pouvait dès lors tout voir, y compris des films que je n’aurais pas eu le droit de regarder à la maison ! Je me souviens par exemple avoir voulu voir <em>Matrix</em> parce que tout le monde en parlait, mais mes parents n’étaient pas d’accord. J’ai essayé d’expliquer que le film était classé <em>R</em> pour violence, pas pour son caractère sexuel, mais mon père ne voulait rien entendre.</p>
<p>Plus tard, j’ai suivi des cours pour devenir acteur à l’école William Esper Studio à New York. Je regardais constamment des films à cette époque-là, mais j’ai laissé tomber la formation. Quelqu’un m’avait dit que j’étais trop concentré sur le fait de devenir comédien, que j’avais besoin d’un passe-temps… alors j’ai pensé que faire un film serait peut-être facile (rires).</p>
<p><strong>En 2018, vous avez réalisé votre premier long-métrage <em>The Wedding</em>, qui met en scène un jeune homme tiraillé entre sa fiancée et son homosexualité cachée. Vous avez aussi fondé, la même année, ArabQ, la première société de production arabe dédiée aux histoires queer musulmanes et du Moyen-Orient. Comment ces choix ont-ils façonné votre parcours ? Qu’est-ce qui a changé depuis sept ans ?</strong></p>
<p>ArabQ était une expérience incroyable, mais pas viable sur le long terme. Quand on est jeune, on se sent invincible. J’avais créé cette plateforme basée au Caire, mais je ne pouvais plus me rendre dans le pays. On a organisé des projections, mais les personnes qui aidaient à coordonner les projets là-bas ne pouvaient pas en parler publiquement et devaient vivre dans le secret. En grandissant, j’ai compris que je ne reverrai sûrement jamais ma grand-mère, ni mes cousins. Montrer <em>The Wedding</em> était exaltant sur le moment, mais j’ai réalisé après-coup les conséquences de cette initiative. Je n’ai pas de regrets, mais j’essaie désormais de comprendre davantage le poids de mes actions et leurs répercussions possibles pour autrui. La persécution des personnes queer en Égypte est intense et quotidienne. La police crée de faux profils sur Grindr pour piéger les gens ; récemment, il y a eu une indignation car Netflix a diffusé un film égyptien avec un personnage gay… Le gouvernement est homophobe, mais l’opinion publique aussi. Réaliser ces films et monter ces projets était très stressant.</p>
<p><strong>Vos films évoquent ces doubles vies, ces existences cachées ou éloignées de la famille ou du regard social. Ces histoires reflètent-elles votre expérience entre une éducation traditionnelle et votre identité queer ? Le cinéma est-il un moyen de reprendre le contrôle de votre vie, de confronter la honte ou la dissociation ?</strong></p>
<p>J’ai avant tout fait des films sur ce que je connaissais, sur ma vie, dont j’ai dû compartimenter énormément d’aspects. C’était surtout lié au fait de grandir en tant qu’Arabe dans un pays qui diffuse une image stéréotypée des gens qui me ressemblent. Vivre une double vie est devenu le socle de mon existence. Mon film <em>Alia’s Birth</em> est par exemple très marqué par mon rapport à l’éducation sexuelle, qui provenait surtout de la pornographie, laquelle, comme chacun sait, peut-être très dégradante pour l’image des femmes. Je voulais explorer comment les gens comprennent le consentement, l’intimité et la présence, qui sont devenus des thèmes du film.</p>
<p><strong>Vos films sont marqués par des plans statiques et souvent larges, mais dans le dernier, <em>Europe’s New Faces</em>, vous vous rapprochez des corps et des visages. Comment décririez-vous l’évolution de votre regard ?</strong></p>
<p>Pour mon premier film, j’ai utilisé un objectif de 18 mm. Je ne jurai ensuite que par ça&nbsp;; je voulais tout en plan large. Avec le temps, j’ai exploré différents styles visuels, influencé par des films comme <em>Kékszakállú</em> de Gaston Solnicki. J’ai été profondément marqué par ce film, je n’arrêtais pas d’y repenser. C’est l’image qui compte avant tout pour moi. Si, après avoir filmé, les images ne me plaisent pas d’un point de vue esthétique, je les supprime, quelle que soit leur importance. Je veux être le plus précis possible dans le choix et la construction des images de mes films, et d’ailleurs l’histoire racontée est le plus souvent secondaire. Dans <em>Europe’s New Faces</em>, l’immobilité et la composition sont intentionnelles. J’ai été très influencé par l’esthétique <em>mumblecore</em>, surtout pour mon premier film, mais aujourd’hui j’essaie vraiment d’éviter le chaos style YouTube ou caméra embarquée, car ce n’est plus ce que j’aime visuellement.</p>
<p><strong>Il y a des thèmes récurrents dans votre travail, comme celui des doubles vies, mais aussi les naissances, avec plusieurs scènes très marquantes d’accouchement. Comment construisez-vous vos films ?</strong></p>
<p>J’aborde le cinéma comme une pratique personnelle. Je finance mes films, je produis tout… C’est épuisant, entre la gestion du financement, du tournage, de la postproduction, des festivals, etc., mais avoir un contrôle créatif total est pour moi indispensable. Filmer des naissances me permet de vivre des expériences très personnelles. Pour <em>Alia’s Birth</em>, je me suis coordonné avec des sages-femmes pour assister au travail sans interférer. Je voulais inclure l’expérience brute et intime de l’accouchement à domicile sans perturber le processus. J’essaie de toujours privilégier mon intérêt par rapport à une intention prédéfinie : par exemple, je ne considère pas nécessairement mes films comme politiques. Même <em>Europe’s New Faces</em> n’a pas été fait avec cette intention en particulier. Je me concentre sur ce qui m’intéresse : le cinéma est aussi un moyen de vivre des moments incroyables et de les montrer.</p>
<p><strong>Pourtant vos films sont très ancrés dans un contexte politique et social fort, qu’il soit historique ou familial. Qu’est-ce que vivre et faire du cinéma au États-Unis aujourd’hui vous inspire&nbsp;?</strong></p>
<p>Ces derniers temps, je me sens bien sûr stimulé par ce qui se passe dans le monde, par la politique et l’actualité. Mais c’est parfois étouffant, surtout lorsqu’on est sans cesse exposé à ce flux sur les réseaux sociaux ou dans les médias. J’ai l’impression de vivre dans une sorte de chaos permanent, que j’essaye avant tout de comprendre et au sein duquel j’essaie de naviguer, tant bien que mal.</p>
<p><strong>Et quel spectateur êtes-vous aujourd’hui&nbsp;?</strong></p>
<p>Je fonctionne par phases. Parfois, je passe des mois sans mettre les pieds dans une salle de cinéma, puis je vais voir deux ou trois films en une semaine. Récemment, j’ai découvert <em>Orwell, 2 + 2 = 5</em> de Raoul Peck, dont j’adore le travail. Pour moi, aller au cinéma est avant tout une affaire de surprise. Je me souviens d’un jour, au tout début de mes études de théâtre à New York, où je suis allé au cinéma sans aucune idée ce que j’allais y voir. Dans la salle, il y avait une femme avec une coupe de cheveux reconnaissable entre mille, à qui tout le monde voulait parler. Je me suis dit que ça devait être la réalisatrice ou l’actrice… c’était Agnès Varda. Son cinéma a été une révélation pour moi. Idem pour les films de Kelly Reichardt, que j’ai découverts par hasard. C’est inspirant de voir une cinéaste comme elle continuer à travailler à son rythme tout en bénéficiant d’un véritable soutien. C’est rare de voir ce genre de patience et d’attention dans le cinéma. Je pense aussi à Frederick Wiseman, et sa façon de travailler me paraît aujourd’hui presque impossible.</p>
<p><strong>Sur quoi travaillez-vous en ce moment&nbsp;?</strong></p>
<p>J’arrive au bout du processus pour <em>Europe’s New Faces</em> et je suis épuisé. Nous allons le montrer bientôt aux États-Unis et en France, et pour l’instant je ne suis pas pressé de créer quoi que ce soit de nouveau. Ce qui me donne de l’espoir, ce sont plutôt mes étudiant·es. Je donne deux cours à l’université Barnard College : <em>Unseen Masterworks of Arab Cinema</em> et <em>Unseen Masterworks of War</em>. Je constate un réel désir et une immense curiosité pour les arts arabes, au-delà des stéréotypes occidentaux. Si vous demandez à ChatGPT quels sont les stéréotypes récurrents dans le cinéma arabe tel qu’il est vu par l’Occident, vous allez nécessairement avoir : la danse du ventre, la femme voilée, et un cheikh qui a fait fortune grâce au pétrole. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens sont curieux et veulent vraiment connaître le cinéma arabe. Ils réalisent aussi à quel point il a été précurseur. Les étudiant·es sont toujours frappé·es en découvrant des films comme <em>Cairo Station</em> de Youssef Chahine, qui met en scène une forme de pré-incel dans les années 1950. Ils remarquent la représentation complexe des personnages, notamment féminins, et les contrastes avec certaines caricatures du cinéma occidental. C’est gratifiant et vraiment rassurant de voir de jeunes gens s’intéresser à tout cela.</p>
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		<title>Kathryn Bigelow, à l’intérieur de la violence</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/analyse/kathryn-bigelow-a-linterieur-de-la-violence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En prolongement de la sortie de A House of Dynamite, revenons sur un aspect vivement critiqué des deux précédents films de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty (2012) et Detroit (2017) : la représentation de la...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/kathryn-bigelow-a-linterieur-de-la-violence/" title="Read  Kathryn Bigelow, à l’intérieur de la violence">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>En prolongement de la sortie de </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener">A House of Dynamite</a><em>, revenons sur un aspect vivement critiqué des deux précédents films de Kathryn Bigelow, </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zero-dark-thirty/" target="_blank" rel="noopener">Zero Dark Thirty</a><em> (2012) et </em><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/detroit/" target="_blank" rel="noopener">Detroit</a> <em>(2017) : la représentation de la violence.</em></p>
<p>Avec <em>Démineurs</em> (2008), qui marque sa première collaboration avec le journaliste et scénariste Mark Boal, la carrière de Kathryn Bigelow a pris un tournant inattendu. Identifiée jusqu’alors comme une spécialiste du cinéma d’action commercial, Bigelow se mit à concevoir des récits adaptés de faits réels et étayés par une documentation minutieuse. Elle a ainsi ausculté plusieurs plaies béantes de l’histoire américaine récente : la guerre en Irak (<em>Démineurs</em>), la traque d’Oussama Ben Laden par la CIA (<em>Zero Dark Thirty</em>, 2012) et les tensions raciales dans <em>Detroit</em> (2017), en remontant aux émeutes de 1967. Si ce dernier arc constitue peut-être la part la plus passionnante de son œuvre, <em>Zero Dark Thirty</em> et <em>Detroit</em> ont fait l’objet de nombreuses polémiques<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_556_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_1" class="footnote_tooltip"><em>Les Inrockuptibles</em> avaient publié <a href="https://www.lesinrocks.com/cinema/zero-dark-thirty-ferait-lapologie-de-la-torture-10487-14-01-2013/" target="_blank" rel="noopener">une recension des principales controverses</a>, notamment liées au discours supposément pro-torture de <em>Zero Dark Thirty</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_556_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, liées à leur fabrication<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_556_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_2" class="footnote_tooltip">La production de <em>Zero Dark Thirty</em> aurait utilisé, pour l’ouverture du film, des enregistrements téléphoniques de victimes de l’attentat du World Trade Center sans l’autorisation de leurs familles. On aura aussi questionné dans le cas de <em>Detroit</em> la légitimité d’une cinéaste blanche à s’emparer de ce récit vécu par des Afro-Américains.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_556_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, mais aussi à une question esthétique en particulier : la représentation de la violence, qu’il s’agisse de la torture ou de la brutalité policière. Durant ses vingt premières minutes, <em>Zero Dark Thirty</em> met en scène les sévices infligés par deux agents de la CIA au prisonnier Ammar al-Baluchi (Reda Kateb) dans une base officieuse au Pakistan. Le bloc central de <em>Detroit</em> relate quant à lui la détention d’un groupe majoritairement afro-américain par des policiers blancs à l’hôtel Algiers durant la nuit du 25 au 26 juillet 1967 – tous seront battus et humiliés et trois personnes finiront par être exécutées. Qu’a-t-on reproché à Bigelow ? De trop en montrer et de ne pas assez en dire, ou du moins de ne pas avoir suffisamment questionné ce qui se passe à l’écran. Les films échoueraient de surcroît à articuler la violence qu’ils dépeignent à un contexte plus large et à la mobiliser dans une optique de dénonciation ou d’historicisation, pour se limiter à une figuration spectaculaire, voire complaisante, des événements concernés.</p>
<p>Ces scènes sont effectivement difficiles à regarder, d’autant plus qu’elles s’étirent de manière inhabituelle à l’intérieur de l’économie narrative des films en question. Cinéaste de la fragmentation – comme le démontre une nouvelle fois <em>A House of Dynamite</em> –, Bigelow concentre en l’occurrence son attention pour déployer une durée proche du temps réel vécu par les personnages. Elle marche alors sur une ligne de crête : bien qu’elle veille à décrire exhaustivement le déroulé de l’action, elle ménage, par le choix des angles de prise de vue et la brièveté des plans, une forme de sobriété évitant tout voyeurisme. D’un côté, la plupart des images choc se limitent ainsi à une poignée de secondes et certaines sont reléguées à la bordure du cadre (le corps d’Ammar dénudé par ses geôliers, le meurtre d’Aubrey Pollard dans <em>Detroit</em>, etc.). De l’autre, les deux films ne nous épargnent pourtant aucun des sévices subis, des coups de crosses (<em>Detroit</em>) à la pratique du <em>waterboarding</em> (<em>Zero Dark Thirty</em>). Ce refus de l’ellipse ne traduit pas un désir sadique d’éprouver le spectateur, mais plutôt celui de regarder sous une lumière crue des faits historiques qui, jusqu’ici, avaient fait l’objet de manipulations ou d’édulcorations. <em>Zero Dark Thirty</em> sort peu de temps après la mort de Ben Laden, dont l’exécution est auréolée d’un parfum de victoire par une administration Obama qui nie l’emploi de la torture – le film bat notamment en brèche l’euphémisme d’« <em>interrogatoire renforcé</em> », largement relayé dans la presse de l’époque. Quant à <em>Detroit</em>, il détricote le verdict d’une série de procès qui avaient lavé les policiers meurtriers de toute culpabilité. Plus précisément, les deux films travaillent l’envers d’images lacunaires, à savoir, pour <em>Zero Dark Thirty</em>, les photographies de la <em>situation room</em> lors de la capture de Ben Laden<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_3');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_556_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">[3]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_3" class="footnote_tooltip">On y voit Barack Obama, Joe Biden et Hillary Clinton, entourés de conseillers et de gradés militaires, suivre à distance le raid sur le domicile du terroriste. La photographie figure d’ailleurs dans <em>A House of Dynamite</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_556_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ou le cliché de la dépouille du terroriste, puis, pour <em>Detroit</em>, les reportages télévisés de l’époque, dépeignant une insurrection violente de la part des quartiers afro-américains de la ville.</p>
<p>Si on a beaucoup reproché à Bigelow une supposée « neutralité<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_329685_556('footnote_plugin_reference_329685_556_4');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329685_556_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">[4]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_4" class="footnote_tooltip">Y compris <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zero-dark-thirty/" target="_blank" rel="noopener">le texte publié par <em>Critikat</em> à la sortie du film</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329685_556_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329685_556_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> », son horizon est bien politique : il vise à proposer une contre-histoire en miroir d’une version aussi officielle que fallacieuse. À des fictions médiatiques, la cinéaste répond par une frontalité qui passe par une caméra mobile, focalisée sur le foyer de l’action. Dans l’hôtel Algiers de <em>Detroit</em>, Bigelow circonscrit un périmètre limité où elle souhaite atteindre, par la méticulosité du rejeu, une sorte de <em>vérité de la situation</em>. Ce resserrement aura lui aussi posé question, notamment dans un texte de Libération estimant que «<em> le réalisme abstrait de Detroit se prend à son propre piège</em> » et « <em>réattribue du même coup la violence politique au plan de l’individu,</em> […] <em>ce qui dépolitise l’affaire.</em> » Si Bigelow se limite bien à une poignée de personnages, cette absence de contextualisation est très relative, puisque toute la première partie de <em>Detroit</em> s’attache à capter le climat entourant les émeutes et retrace le parcours de chaque protagoniste, qui témoigne d’une vérité sociale et historique. Surtout, cette stratégie s’explique par un refus absolu du didactisme, lequel serait incompatible avec l’ambition de Bigelow. Tout comme l’ellipse, le recours à la métaphore et à la parabole contreviendrait à son étude des faits. Bigelow se concentre, comme si elle observait au travers d’un microscope, sur une situation spécifique en cherchant moins à généraliser un cas particulier qu’à débusquer le vrai derrière les couches de falsification. Elle fait du reste suffisamment confiance au public pour lier ses films à une peinture sociale plus large – rappelons que <em>Detroit</em> sort dans le contexte du mouvement <em>Black Lives Matter</em>.</p>
<h2>Dans l’œil du cyclone</h2>
<p>Afin de défendre cette idée d’authenticité, Bigelow adopte donc une approche similaire à celle d’une reporter de guerre, qui observe sans que son appréciation personnelle n’interfère outre mesure. C’est d’ailleurs l’une des raisons du malaise produit par ces scènes de violence : il n’y a pas, chez Bigelow, de distance critique affichée, ou de personnage-relai qui partagerait le jugement réprobateur du spectateur. Dans une logique panoptique, les films adoptent alternativement le point de vue des victimes et des tortionnaires. Même une fois l’action confinée dans l’hôtel Algiers, <em>Detroit</em> maintient une forme de choralité, permettant d’accéder aux apartés du policier Philip Krauss (Will Poulter) comme à ceux des captifs. Épouser ces différentes perspectives ne revient pas pour autant à traiter tous les personnages « à égalité » ou à brouiller les pistes sur ce qui a eu lieu (contrairement par exemple à <em>Rashomon</em>, les points de vue multiples ne se contredisent pas, mais se complètent) : c’est à l’inverse un moyen – à la manière des nombreux regards entrecroisés dans <em>A House of Dynamite</em> – de quadriller une action en l’observant selon tous les angles disponibles.</p>
<p>Les deux films redoublent par ailleurs dans leur récit cette position inconfortable : certains des protagonistes auxquels se cheville la mise en scène pour suivre la progression de l’action, sont en partie responsables de la violence à l’écran. Ainsi de Maya (Jessica Chastain), figure centrale de <em>Zero Dark Thirty</em> et combinaison fictionnalisée de plusieurs membres de la CIA ayant participé à la traque de Ben Laden, ou de Melvin Dismukes (John Boyega), agent de sécurité qui se retrouve malgré lui témoin de la boucherie de l’Algiers. Ces personnages pivots sont aussi clairement identifiés comme complices – par son inaction pour Dismukes, tandis que Maya participe activement à la torture des prisonniers. Les critiques qui confondent l’ancrage de la narration et la position idéologique des films, <a href="https://www.lemonde.fr/culture/article/2013/01/22/zero-dark-thirty-vengeance-d-une-nation_1820693_3246.html" target="_blank" rel="noopener">comme on a pu le lire dans <em>Le Monde</em></a>, opèrent un amalgame : en dépliant chaque situation, Bigelow nous permet aussi de penser par nous-mêmes et <em>contre</em> les différents protagonistes.</p>
<p>Il y aurait alors, dans la démarche de Bigelow, un souci de documenter au plus près le cœur noir de l’histoire américaine, sans le rempart d’une prudente dénonciation, quitte à friser l’écœurement (dans l’une des dernières scènes de <em>Detroit</em>, on voit d’ailleurs Dismukes vomir, lui qui ne supporte plus de côtoyer les policiers criminels). On pourrait dans cette perspective lire dans une réplique de Maya au début de <em>Zero Dark Thirty</em> le mantra de la cinéaste : alors que son collègue Dan (Jason Clarke), davantage accoutumé à persécuter les prisonniers, lui assure qu’il « <em>n’y a pas de honte à regarder depuis un écran</em> », Maya, résolue, préfère tout de même « <em>retourner à l’intérieur</em> ».</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329685_556();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329685_556();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329685_556">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329685_556" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_556('footnote_plugin_tooltip_329685_556_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_556_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Les Inrockuptibles</em> avaient publié <a href="https://www.lesinrocks.com/cinema/zero-dark-thirty-ferait-lapologie-de-la-torture-10487-14-01-2013/" target="_blank" rel="noopener">une recension des principales controverses</a>, notamment liées au discours supposément pro-torture de <em>Zero Dark Thirty</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_556('footnote_plugin_tooltip_329685_556_2');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_556_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La production de <em>Zero Dark Thirty</em> aurait utilisé, pour l’ouverture du film, des enregistrements téléphoniques de victimes de l’attentat du World Trade Center sans l’autorisation de leurs familles. On aura aussi questionné dans le cas de <em>Detroit</em> la légitimité d’une cinéaste blanche à s’emparer de ce récit vécu par des Afro-Américains.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_556('footnote_plugin_tooltip_329685_556_3');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_556_3" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">On y voit Barack Obama, Joe Biden et Hillary Clinton, entourés de conseillers et de gradés militaires, suivre à distance le raid sur le domicile du terroriste. La photographie figure d’ailleurs dans <em>A House of Dynamite</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329685_556('footnote_plugin_tooltip_329685_556_4');"><a id="footnote_plugin_reference_329685_556_4" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Y compris <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/zero-dark-thirty/" target="_blank" rel="noopener">le texte publié par <em>Critikat</em> à la sortie du film</a>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329685_556() { jQuery('#footnote_references_container_329685_556').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329685_556').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329685_556() { jQuery('#footnote_references_container_329685_556').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329685_556').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329685_556() { if (jQuery('#footnote_references_container_329685_556').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329685_556(); } else { footnote_collapse_reference_container_329685_556(); } } function footnote_moveToReference_329685_556(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329685_556(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329685_556(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329685_556(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/kathryn-bigelow-a-linterieur-de-la-violence/">Kathryn Bigelow, à l’intérieur de la violence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>Nuit obscure — Ain’t I a Child ?</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuit-obscure-aint-i-a-child/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=329696</guid>

					<description><![CDATA[<p>Troisième volet d’une trilogie documentaire consacrée à&#160;de jeunes exilés marocains,&#160;Nuit obscure – Ain’t I&#160;a Child&#160;?&#160;se distingue des deux précédents films de Sylvain George par son nouveau cadre géographique&#160;: après avoir longtemps stationné dans la ville...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/nuit-obscure-aint-i-a-child/" title="Read  Nuit obscure — Ain’t I a Child ?">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">Troisième volet d’une trilogie documentaire consacrée à&nbsp;de jeunes exilés marocains,&nbsp;<em>Nuit obscure – Ain’t I&nbsp;a Child&nbsp;?</em>&nbsp;se distingue des deux précédents films de Sylvain George par son nouveau cadre géographique&nbsp;: après avoir longtemps stationné dans la ville portuaire de Melilla, une enclave espagnole au Maroc qui relie l’Afrique et l’Europe, le groupe de mineurs suivi par le cinéaste a&nbsp;enfin atteint Paris. Sylvain George reste fidèle à&nbsp;l’esthétique documentaire qu’il développe depuis une vingtaine d’années, en filmant au plus près une poignée d’individus marginalisés dans un noir et blanc contrasté. Le geste poétique revêt une dimension politique évidente&nbsp;: il s’agit de renouveler le regard habituellement porté sur ces immigrés clandestins, en s’écartant du discours véhiculé par les médias dominants et des représentations stigmatisantes qui en découlent. En déplaçant les lignes de partage traditionnelles qui assignent à&nbsp;certains sujets une forme prédéterminée, Sylvain George s’inscrit dans une démarche qui évoque par exemple le travail que Pedro Costa a&nbsp;consacré depuis&nbsp;<em>Ossos&nbsp;</em>au quartier de Fontainhas dans la banlieue de Lisbonne. Chez les deux cinéastes, les individus filmés sont moins des opprimés que des laissés-pour-compte. Ils ne sont pas broyés par un système de domination que le film s’emploierait à&nbsp;démonter ou à&nbsp;analyser&nbsp;; ils en sont tout simplement exclus – relégués hors des circuits économiques, en marge de la société tout entière.</p>
<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">Mais à&nbsp;la différence des films du cinéaste portugais, les délaissés n’occupent pas ici leur propre territoire délimité&nbsp;: la marge cohabite avec le centre, si bien que Paris semble abriter en son cœur deux mondes absolument étanches l’un à&nbsp;l’autre. Une séquence figure ce cloisonnement, au moment où trois jeunes migrants croisent au bord de la Seine un homme à&nbsp;genoux en train de demander sa compagne en mariage. La collision entre le Paris romantique idéalisé et les jeunes migrants s’accompagne d’une fracture dans la réception de la scène par les spectateurs qui se sont attroupés. Aux applaudissements et à&nbsp;la connivence des passants parisiens répond une réplique, à&nbsp;la fois sarcastique et désabusée, d’un jeune qui se demande comment le futur marié réagirait s’il lui volait son portable à&nbsp;ce moment-là. Cette rencontre contrariée, où deux mondes se font face sans entrer en contact, est un cas unique dans le film&nbsp;: les exilés évoluent tout du long de façon autonome, à&nbsp;l’écart de la population parisienne indifférente ou des acteurs sociaux et étatiques (à l’exception notable de la police, qui les déloge ou les convoque parfois pour possession de drogue). Ici réside l’originalité du film, notamment en comparaison avec la production dominante du cinéma français, qui aborde le plus souvent les sans-papiers à&nbsp;partir de la question de leur intégration, au risque de verser dans la fiction réconciliatrice arrimée à&nbsp;un point de vue bourgeois. Sylvain George, au contraire, ne cherche pas à&nbsp;résorber la scission par un discours, mais décentre son regard et s’ouvre aux quotidiens de ceux qu’il filme, ainsi qu’à leur manière alternative d’habiter la ville.</p>
<h2 style="caret-color: #000000; color: #000000;">Juste présence</h2>
<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">Que ce soit aux alentours de la tour Eiffel, dans une péniche ou sur les grilles d’aération du métro où ils déposent des matelas, les personnes accompagnées trouvent surtout refuge dans les interstices de la ville, en attendant parfois la nuit tombée pour accéder librement aux parcs et squares de la capitale. Paris ne se réduit pas à&nbsp;la toile de fond d’une action dramatique, mais se recompose dans une temporalité effilochée à&nbsp;mesure que s’inventent des circuits souterrains&nbsp;: les séquences se terminent de manière systématique par un lent fondu au noir, de sorte qu’aucun lien de causalité ne les relie véritablement entre elles. Les actions sont ancrées dans leur immanence, sans projection vers l’avenir&nbsp;; elles s’offrent simplement dans la matérialité du temps présent. Cette logique se déploie particulièrement au gré de plans de coupe sur l’environnement des protagonistes&nbsp;: ici, les bouts déchirés d’une convocation par la police glissent entre les grilles du métro, là, un bouquet de fleurs se noie dans l’eau s’écoulant le long d’un trottoir. Dans l’une des plus belles séquences du film, l’un des mineurs s’enfonce de nuit dans l’obscurité d’un bois à&nbsp;la recherche d’un endroit où dormir. Tandis que le jeune garçon observe son environnement, attentif aux remous d’une rivière ou au ciel étoilé, la caméra cherche à&nbsp;partager cet éveil perceptif&nbsp;: aux traits à&nbsp;peine discernables de son visage répondent quelques plans focalisés sur les reflets de la lune s’estompant dans les nuages ou éclairant faiblement les bulles qui s’agglutinent à&nbsp;la surface de l’eau. Une situation de grande précarité ouvre ainsi sur un suspens contemplatif. La scène pourrait s’exposer au reproche, dont le cinéma de Costa fait d’ailleurs souvent les frais, «&nbsp;d’esthétiser&nbsp;» la misère, mais ce serait oublier que c’est le jeune migrant lui-même qui est ici le sujet de l’expérience esthétique. En prolongeant son attention par la mise en scène, George rompt avec une certaine représentation standardisée qui réduit les plus démunis au statut de victimes&nbsp;: ce jeune homme est reconnu comme un être pleinement sensible.</p>
<p style="caret-color: #000000; color: #000000;">En appréhendant de la sorte les gestes concrets de ceux subissant au quotidien les conséquences des politiques migratoires européennes,&nbsp;<em>Nuit obscure</em> se prémunit contre une forme d’instrumentalisation qui ferait de ces vies le simple matériau d’un discours édifiant. L’esthétique se trouve alors profondément liée à une exigence éthique, car les individus filmés et le filmeur se trouvent sur un pied d’égalité, sans qu’aucun surplomb ne vienne donner un sens déterminé à l’observation. Après avoir assisté à une reprise de Stromae sur la place du Trocadéro, l’un des jeunes se retrouve ensuite seul dans un square, à chantonner les paroles de la chanson « Papaoutai ». Le spectateur ne peut alors s’empêcher de réfléchir à ce point aveugle de leurs histoires : où se trouve la famille de ces adolescents ? À entendre ces fredonnements, on est tenté d’y déceler une expression intime, qui viendrait compléter un récit personnel lacunaire. Pourtant, cette interprétation reste fragile : il ne s’agit pas de ses propres mots, et rien ne nous dit qu’il les répète pour autre chose que leur musicalité. Les paroles conservent leur caractère interrogatif, épaississant encore davantage le mystère qui entoure ces figures nocturnes. Cette interprétation peut <em>in fine</em>&nbsp;s’appliquer à&nbsp;l’ensemble des portraits qui jalonnent le film en ralentissant le rythme des séquences&nbsp;: si l’on partage leur rapport extérieur au monde sensible, rien dans le montage ou le découpage ne prétend accéder à&nbsp;l’intériorité psychologique de ces figures muettes et pensives, plongées mentalement dans un espace qui n’appartient qu’à elles. C’est peut-être à cet endroit que s’affirme le fondement éthique du film&nbsp;: accorder à&nbsp;autrui une véritable considération, c’est reconnaître ce qui, en lui, nous échappe irréductiblement.</p>
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		<title>Le Cinquième plan de La Jetée</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cinquieme-plan-de-la-jetee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Colard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jean-Henri en est convaincu : il est l’enfant aux côtés de ses parents sur cette photographie prise en 1962 sur la jetée d’Orly. Or cette image ne provient pas d’un album de famille, mais du...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-cinquieme-plan-de-la-jetee/" title="Read  Le Cinquième plan de La Jetée">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Jean-Henri en est convaincu : il est l’enfant aux côtés de ses parents sur cette photographie prise en 1962 sur la jetée d’Orly. Or cette image ne provient pas d’un album de famille, mais du cinquième plan du célèbre photo-roman de Chris Marker. La réplique qui ouvre <em>La Jetée</em>, « <em>Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance </em>», prend ici un sens littéral, contaminant la réalité de Jean-Henri et de son entourage. Quoi de plus markerien que d’appartenir à la mémoire d’un film ? Cette situation troublante devient pour Dominique Cabrera, cousine de Jean-Henri, le point de départ d’une enquête documentaire où, à la manière d’un <em>reenactment</em>, la cinéaste procède d’abord à la (re)mise en scène de cette photographie. Se projetant à la place de Marker, elle interroge ainsi le contexte de fabrication de l’image, mais aussi de sa propre histoire. Une place importante est de fait accordée à la parole des différents membres de la famille, chacun cherchant à savoir si l’enfant aurait pu être photographié par Marker. L’investigation glisse par moments vers la machination, notamment lorsque l’on découvre que l’acteur de <em>La Jetée</em>, Davos Hanich, est né en Algérie, au même endroit que les Cabrera et aurait pu fréquenter la mère de Jean-Henri. À partir de cette coïncidence, le film se met à chercher et à étudier les ressemblances entre Davos et Jean-Henri, laissant planer la possibilité d’un lien de filiation entre eux. Si les témoignages donnent parfois lieu à des redites, on perçoit cependant chez la cinéaste une nécessité de filmer et d’enregistrer la mémoire de ses proches – laquelle constitue dès lors la véritable matière de son film.</p>
<p>L’enquête se poursuit également avec l’évocation des méthodes de travail de Marker. Ce dernier accordait une place importante au hasard, quitte à le provoquer et à le penser en dehors d’une forme de linéarité temporelle. Il s’agit alors pour la cinéaste d’inventer sa propre histoire, ou du moins de la chercher symboliquement dans les coïncidences qui la lient à <em>La Jetée </em>et au<em>&nbsp;Joli Mai</em>, tous deux tournés en même temps que la révolution algérienne. La photographie de Jean-Henri n’était finalement bien qu’un point de départ sur la carte d’une histoire amnésique, celle d’Algériens contraints de quitter leur pays. Cabrera tente de suturer son histoire avec l’univers de Marker et construit ainsi une narration où chaque intuition mène vers une autre : le film progresse par glissements successifs, du témoignage d’un proche ou d’un collaborateur de Marker vers l’histoire intime de la famille Cabrera. La cinéaste accorde la même valeur à ces différents événements, créant sa propre mythologie depuis la salle de montage où les divers entretiens et extraits de films sont assemblés pour devenir de nouveaux souvenirs. Par là, elle s’inscrit nettement, au-delà de l’investigation intime qu’elle mène, dans les pas de l’auteur de <em>Sans Soleil,</em> pour qui la mémoire se façonne tel un film.</p>
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		<title>L’Inconnu de la Grande Arche</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linconnu-de-la-grande-arche-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Megalopolis, The Brutalist, et maintenant L’Inconnu de la Grande Arche, sa déclinaison française&#160;: en l’espace d’un an, trois films se seront inspirés, de près ou de loin, du Rebelle de King Vidor – Demoustier étant...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/linconnu-de-la-grande-arche-2/" title="Read  L’Inconnu de la Grande Arche">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/megalopolis-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Megalopolis</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-brutalist/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Brutalist</em></a>, et maintenant <em>L’Inconnu de la Grande Arche</em>, sa déclinaison française&nbsp;: en l’espace d’un an, trois films se seront inspirés, de près ou de loin, du <em>Rebelle</em> de King Vidor – Demoustier étant probablement celui qui s’inscrit le plus dans les pas de son modèle. Comment lire ce retour en force de la figure de l’architecte dressé contre la frilosité des pouvoirs publics et la corruption des milieux financiers ? Peut-être comme le symptôme d’un état contemporain de la production cinématographique, les scénarios des films sus-cités ayant pour seule similarité d’épouser le point de vue intransigeant et rigoriste d’un créateur face aux puissances qui entravent la singularité de sa vision. <em>L’Inconnu de la Grande Arche </em>en fait son programme narratif&nbsp;: le méconnu Johann Otto von Spreckelsen, que campe un Claes Bang empruntant à&nbsp;Gary Cooper sa rectitude physique – le Danois est grand, implacable et rétif à&nbsp;toute forme de séduction – est mandaté pour concevoir et superviser le «&nbsp;cube&nbsp;» de la Défense. Le scénario en fait un personnage presque anachronique d’artiste de la Renaissance (le plus gros point d’achoppement est le choix du marbre, qui est originellement le même que celui de la <em>Pièta </em>de Miche-Ange), dont le mécène serait Mitterrand, assimilé ici à&nbsp;un monarque – il se pose en garant de la perspective des Champs-Élysées, car il s’agit après tout de la continuation de «&nbsp;<em>l’axe royal</em>&nbsp;».</p>
<p>Or nous sommes dans les années 1980, et il n’y a&nbsp;plus de place pour cette vision romantique de l’art à&nbsp;l’ère de la rigueur budgétaire et du désengagement croissant de l’État dans les grands travaux. C’est tout le sujet du film, et aussi son nœud, car si Demoustier prend le parti de Spreckelsen, il envisage son film en vérité comme Paul Andreu, l’architecte français qui seconde le Danois et se voit attribuer la fonction de «&nbsp;<em>maître d’œuvre</em> ». <em>L’Inconnu de la Grande Arche</em> n’est pas un objet flamboyant, mais un édifice fonctionnel et bien bâti, qui retient avant tout de la notion de « monument » l’idée d’un ouvrage dédié à la mémoire d’une personne, ici l’architecte inconnu d’une arche sans triomphe. Pour dire les choses autrement, c’est un film sur l’originalité par un réalisateur qui en est dénué ; un film sur un artiste réalisé par un artisan un peu besogneux, pas sans savoir-faire, mais à qui il manque tout ce qu’il célèbre – une vision formelle.</p>
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		<title>Deux procureurs</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-procureurs-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si l’on pouvait jusqu’ici distinguer schématiquement le passionnant travail documentaire de Sergeï Loznitsa de ses fictions sentencieuses, Deux procureurs, sans changer complètement la donne, constitue au moins un virage formel par rapport à ces dernières...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/deux-procureurs-2/" title="Read  Deux procureurs">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si l’on pouvait jusqu’ici distinguer schématiquement le passionnant travail documentaire de Sergeï Loznitsa de ses fictions sentencieuses, <em>Deux procureurs</em>, sans changer complètement la donne, constitue au moins un virage formel par rapport à ces dernières (recours au 4:3 plutôt qu’au Scope, plans géométriques, absence de caméra portée). Il s’agit d’une fiction rigoureuse, adoptant le format d’image et le montage mathématique de ses documentaires récents, qui continue toutefois de confirmer la tendance du cinéaste ukrainien au stabylotage discursif. Situé à la fin des années 1930, au moment où le NKVD, l’ancêtre du KGB, multiplie les condamnations à mort, les actes de tortures et les peines d’emprisonnement arbitraires, <em>Deux procureurs</em> suit les déboires d’Alexander Kornev (Alexandre Kouznetsov, star exilée du cinéma russe), un jeune juriste fraîchement nommé dans la région de Briansk, près de la frontière biélorusse. Alerté par la missive d’un détenu (la seule plainte écrite qui a pu sortir des murs de l’édifice), il est chargé d’inspecter le pénitencier et découvre, non sans difficultés, les sévices perpétrés par le NKVD local. Assez littérale, voire franchement rentre-dedans, la mise en scène ne fait aucun mystère : Kornev est destiné à finir lui aussi derrière les barreaux, victime d’un système dictatorial si étendu qu’il transforme le réel et l’ensemble de ses strates en une immense geôle collective.</p>
<p>Loznitsa figure l’extension du domaine de la prison à l’ensemble des interactions humaines : aucune échappée n’est envisageable dans ce film mécanique, que ce soit pour le personnage ou pour la mise en scène. Le régime carcéral domine les plans (surcadrages, lignes qui isolent les figures les unes des autres, absence d’horizon), et toute forme embryonnaire de résistance apparaît comme une hypothèse naïve (à plusieurs reprises, le jeune homme est renvoyé à sa virginité). À son meilleur, le film parvient à nous faire éprouver cet étau pernicieux du régime stalinien, notamment par la façon dont les corps se déplacent dans l’espace. Au sein de la prison, univers anxiogène où la moindre fenêtre devient une cellule supplémentaire, de nombreux plans détaillent les mouvements d’un individu se heurtant à une série de seuils difficilement franchissables, quitte à ce que Loznitsa répète cinq, six ou sept fois la même opération. Bordé par des murs et des barreaux obstruant une partie du cadre, Kornev suit un garde qui ouvre une porte, fait face à une seconde, et ainsi de suite durant de longues minutes. Dans la seconde moitié du récit, teintée d’éclats burlesques, c’est l’inverse : se rendant à Moscou pour alerter le Procureur Général, le jeune homme explore un bâtiment d’État où tout le monde entre et sort avec une facilité déconcertante, malgré l’absence d’indications apparentes. Désorienté, Kornev ne sait plus où avancer dans ce dédale kafkaïen, traversé par des silhouettes robotiques qui, dans une séquence assez surprenante, se figent en même temps lorsque le jeune procureur aide une secrétaire à ramasser des papiers dans les escaliers.</p>
<p>Montrer des corps éprouvant la spatialité d’une dictature totalitaire à travers différentes modalités (en mouvement ou immobiles, éveillés ou endormis) : c’est le projet stimulant du film, qu’il accomplit sans chercher à le transcender. On peut regretter ce dernier point, d’autant que Loznitsa lorgne pour la première fois du côté de cinéastes souvent plus prompts à faire trembler les murs de la prison. Dans sa manière de cadrer en plan moyen des figures-automates prises au piège d’un système qui les dépasse, <em>Deux procureurs</em> évoque le cinéma de Jacques Tati, que Loznitsa admire et dont il cite quelques gags (une porte qui couine à répétition), voire celui de Wes Anderson, cousinage<em> a priori </em>plus surprenant mais perceptible dès le début du film, où un échafaudage à l’arrière-plan épouse idéalement les contours de l’image. On peut aussi simplement se dire que le cinéma de Loznitsa, qui explore en quelque sorte la face sombre de la mécanisation burlesque du monde moderne (le contrôle des corps dans l’espace), reste fidèle à lui-même, désespéré par la répétition tragique de l’Histoire dans les pays de l’ex-URSS. À la fin du film, celui-ci pourrait redémarrer : un nouveau procureur, plein de bonnes intentions, remplacerait alors le précédent, et cela ne ferait aucune différence.</p>
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		<item>
		<title>Rebonds — Vénus noire et le regard chez Kechiche</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-venus-noire-et-le-regard-chez-kechiche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rebonds]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vénus noire n’est pas le film le plus aimé d’Abdellatif Kechiche. On pourrait même dire que c’est le moins bien compris. Et s’il renfermait pourtant une clef pour saisir ce qui se joue dans les...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/video/rebonds-venus-noire-et-le-regard-chez-kechiche/" title="Read  Rebonds — Vénus noire et le regard chez Kechiche">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Vénus noire</em> n’est pas le film le plus aimé d’Abdellatif Kechiche. On pourrait même dire que c’est le moins bien compris. Et s’il renfermait pourtant une clef pour saisir ce qui se joue dans les rapports de force et les regards vampiriques que recèlent les autres titres de sa filmographie ? Et si l’on pouvait penser tout Kechiche à partir de <em>Vénus noire</em> ? C’est la question que l’on se pose pour ce premier épisode de <em>Rebonds</em>, la nouvelle émission vidéo de Critikat.</p>
<div class="video-responsive"><iframe loading="lazy" src="https://youtube.com/embed/h3z0XhUgMCA" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></div>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Avec</strong> : Pierre-Jean Delvolvé et Josué Morel.</p>
<p><strong>Image et montage </strong> : Clément Colliaux.</p>
<p><strong>Musique</strong> : Emile Petitperrin.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Étranger</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/letranger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Étranger version Ozon commence et s’achève par ce que l’on croit d’abord être une substitution. «&#160;J’ai tué un Arabe&#160;» est la première phrase prononcée par Meursault, en lieu et place du «&#160;Aujourd’hui, maman est morte...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/letranger/" title="Read  L’Étranger">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Étranger </em>version Ozon commence et s’achève par ce que l’on croit d’abord être une substitution. «&nbsp;<em>J’ai tué un Arabe</em>&nbsp;» est la première phrase prononcée par Meursault, en lieu et place du «&nbsp;<em>Aujourd’hui, maman est morte </em>» de Camus. Au terme du film, Ozon répète l’idée&nbsp;: le récit ne se conclut pas sur le personnage, mais sur la tombe de sa victime, avant que ne résonne «&nbsp;Killing an Arab&nbsp;» de The Cure pour accompagner le générique de fin. Or la chanson de Robert Smith opérait déjà elle-même un décalage par rapport à l’œuvre à laquelle elle se référait, trouvant son titre et son acmé dans l’obscénité du geste du narrateur, et non dans le vers qui précédait, «&nbsp;<em>I’m the stranger</em>&nbsp;»&nbsp;; phrase qui aurait pu constituer pour le morceau un titre plus attendu en guise d’hommage au roman. Cela commence à ressembler à un point de vue&nbsp;: Ozon adapterait-il <em>L’Étranger</em> en mettant au jour ses insuffisances et ses angles morts, sur le modèle de <em>Meursault, contre-enquête</em> de Kamel Daoud ? Pas si vite. On peut certes dans un premier temps le supposer, au regard des signes qu’Ozon distille dans ses plans. Ici, un panneau « interdit aux indigènes » présent dans le cinéma où Meursault et Marie ont leur premier rendez-vous, pointe le poids de la ségrégation ; là, l’anti-héros regarde en contrebas un passant algérien chassé de la terrasse d’un café. Le réalisateur va même plus loin, puisque le titre du film s’affiche d’abord en arabe (encore une substitution apparente). Mais son adaptation, assez respectueuse de la matière du roman, ne propose pas pour autant une véritable « relecture » de la trame ; son point de vue est en réalité plus fuyant.</p>
<p>Il faut rappeler qu’il y a une gageure à adapter <em>L’Étranger</em>, puisque le roman est branché sur un flux de pensées parfois aussi cryptiques que dépassionnées. L’hiératisme qu’adopte Benjamin Voisin est une première réponse à l’impératif de transposition : l’acteur exprime le moins de choses possible, laissant transparaître un détachement, voire un creux. De fait, le portrait ne passe pas par l’expression d’une intériorité, mais plutôt par ce qui lui manque. À plusieurs reprises, Meursault semble<em> imiter </em>les comportements et rituels sociaux (par exemple, se lever à un enterrement en guise de respect), comme si le personnage ne ressentait rien et qu’il lui fallait un point de comparaison pour agir comme il le devrait. Un passage tiré du livre, qui prend néanmoins ici une autre couleur, paraît corroborer cette interprétation. Dans le cadre de sa plaidoirie, l’avocat de Meursault se met à la place de son client et emploie la première personne, ce qui surprend l’inculpé. Là où chez Camus ce dernier se disait « <em>que c’était m’écarter encore de l’affaire, me réduire à zéro et, en un certain sens, se substituer à moi</em> », la raison dans le film est tout autre : Meursault s’étonne de cette stratégie rhétorique visant l’empathie, car l’empathie est un sentiment qui lui est étranger. En somme, le Meursault d’Ozon serait une forme de sociopathe. Et si l’on s’en aperçoit plus nettement à l’écran que dans le roman, c’est parce que Meursault est perçu d’un point de vue extérieur (le nôtre, celui de la caméra, celui des autres personnages semblant parfois s’étonner de son attitude), quand chez Camus, toute l’action reste dans la tête du tueur. Ainsi, dans le roman, l’anecdote du fait-divers sur l’homme tchèque assassiné par sa famille est simplement racontée telle quelle lorsque le prisonnier trouve l’article sous la paillasse de sa cellule. Dans le film, le scénario invente en revanche une visite de Marie (Rebecca Marder) à Meursault, où ce dernier relate l’histoire avec une froideur monstrueuse. Là où l’incise était originellement prise dans un continuum de considérations subjectives, elle est désormais détachée du reste et filmée depuis le point de vue interloqué de la femme, qui sent bien que quelque chose cloche chez celui qu’elle aime.</p>
<h2>Cohabitation</h2>
<p>Si l’adaptation produit de la sorte son lot de surlignages, elle accouche toutefois d’une thèse intéressante, plus sociologique que métaphysique – et en cela, s’écartant de l’interprétation première que l’on peut tirer du texte de Camus : puisque Meursault mime et agglomère ce qui l’entoure, son geste meurtrier serait la cristallisation du racisme ambiant et banalisé de la société des colons d’Alger. Sauf que ça coince à plusieurs endroits, notamment lors du meurtre, dont Ozon veut préserver la part énigmatique – tout l’intérêt du roman tient à ce que le personnage tue sans savoir exactement pourquoi. Le film joue alors la carte de la saturation de sens, du trop-plein qui bute sur l’opacité irréductible de Meursault. Comme dans le dernier plan que le film lui consacre, le visage de l’assassin est irradié par la lumière aveuglante du soleil, et l’on devine que c’est ce paradoxe qui intéresse surtout le réalisateur, cette ombre qu’on ne peut dissiper alors même que l’astre inonde tout de ses rayons. D’ailleurs, Ozon redouble l’idée : après le crime, on entend pour la première fois la voix off, qui réplique à la virgule près la fin de la première partie du livre. Ce qui revient à accéder enfin à l’intériorité de Meursault, au moment précis où cette intériorité se dérobe à nous. Mais le geste d’Ozon ne consiste pas à creuser la complexité, à approcher « le cas Meursault » dans toute sa subtilité ; jusqu’au bout, le personnage restera une surface, un corps nu sans profondeur, sur lequel est d’ailleurs projeté un certain érotisme (les scènes d’intimité avec Marie témoignent d’une sensualité morbide).</p>
<p>Ce qui retient aussi Ozon d’aller au bout de cette réinterprétation prometteuse, au-delà de la volonté de conserver l’intégrité du mystère originel, c’est <em>in fine </em>le respect envers Camus, voire le soin de bon élève avec lequel il restitue les temps forts du récit – l’application académique du noir et blanc et l’épure affichée de la mise en scène s’inscrivent dans la même tendance. Je pense notamment à la scène de l’aumônier (campé par Swann Arlaud), où j’ai senti une forme de dissonance très forte entre le Meursault de Camus et celui d’Ozon, comme si Voisin jouait ici un autre personnage, celui du roman, qui n’est pas celui du film ; cette colère en l’occurrence ne colle pas. Chez Camus, les pensées et les propos du condamné se confondent, quand chez Ozon, son explosion n’est en rien préparée par ce qui nous a été jusque-là montré – un individu sans désir propre, ou presque. À force de ménager la chèvre et le chou, de juxtaposer les pistes interprétatives, l’adaptation prend le risque de confondre complexité et confusion. À ce titre, la fin est éloquente : Ozon filme d’abord celle du livre, revenant à la voix off et au point de vue intérieur du personnage, puis lui adosse son contrepoint, la tombe du vrai « étranger » (du moins du point de vue de Meursault et plus largement des colons). Mais n’y a‑t-il pas ici au fond davantage « cohabitation » que « substitution » des deux conclusions ? Le réalisateur se veut à la fois métaphysique et sociologique, camusien et critique de ses lacunes, fidèle et parfois libre, sans jamais trancher. C’est l’intérêt et la limite du film que de s’en tenir à l’éclat d’un soleil trompeur qui, loin de faire la lumière (révéler le hors-champ du livre), porte dans son irradiation une ambivalence plus calculée que troublante.</p>
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		<title>Smashing Machine</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smashing-machine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Étonnante trajectoire que celle des frères Safdie, passés en dix ans des marges du cinéma indé aux honneurs des Oscars, et qui ont désormais décidé, pour acter leur séparation (même si Josh signait déjà seul,...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/smashing-machine/" title="Read  Smashing Machine">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Étonnante trajectoire que celle des frères Safdie, passés en dix ans des marges du cinéma indé aux honneurs des Oscars, et qui ont désormais décidé, pour acter leur séparation (même si Josh signait déjà seul, en 2009, <em>The Pleasure of Being Robbed</em>), de réaliser chacun de leur côté le portrait d’un sportif. Premier à entrer sur le ring&nbsp;: Benny Safdie, le plus jeune, avec un biopic de Mark Kerr, ancien champion de lutte et pionnier dans le champ des arts martiaux mixtes. Le film commence au firmament de la gloire du golgoth, juste à l’orée de son déclin. On ne le sait toutefois pas encore&nbsp;: le scénario s’articule autour d’un «&nbsp;<em>fall and rise</em>&nbsp;» trompeur et ménage la possibilité qu’il ne s’agisse que d’un creux dans sa carrière avant l’avènement d’un <em>comeback</em> triomphant. En somme, Safdie entend prendre à revers la dynamique classique du film sportif, ou du moins triturer ce qui s’apparente à un programme narratif balisé. Le choix de reconstituer la vie de Kerr s’inscrit dans cette perspective&nbsp;: Dwayne Johnson prête sa silhouette musculeuse à un étrange personnage dont la stature imposante tranche avec le calme méthodique, les propos articulés et la politesse presque guindée. On retrouve la même alliance de contraires dans l’allure des lutteurs de MMA, que Safdie dépeint à la fois comme des parangons de virilité et des bambins aux corps démesurés&nbsp;; serti de sa ceinture dorée, le vainqueur du tournoi final semble même porter une gigantesque couche-culotte.</p>
<p>Mais si le film possède assurément un cadre narratif et un personnage, il lui manque l’essentiel : un metteur en scène et un regard singulier pour transcender cette histoire de retour impossible. Dans ses déclinaisons les plus académiques, le genre du biopic a souvent pour défaut de reposer avant tout sur une hypothèse : le passage de « l’histoire vraie » à la fiction implique de proposer une grille de lecture donnant sa légitimité à l’horizon de la reconstitution. Or celle de Safdie sur Kerr est la plus générique que l’on puisse imaginer. Le film s’attelle à montrer que l’inflexion des performances physiques de l’athlète est indexée sur les soubresauts de sa vie privée, entre une relation toxique avec sa fiancée et une addiction pour les analgésiques. On retrouve bien, comme dans les précédents films des Safdie, un goût des atmosphères vaporeuses et un vernis musical reconnaissable entre mille (belle bande-son mi-jazz, mi-électro de Nala Sinephro, qui apparaît d’ailleurs dans le film pour jouer une variation à la harpe de « The Star-Spangled Banner »), mais qui pèsent peu face aux automatismes formels dont fourmille la mise en scène.</p>
<p>Un exemple parmi d’autres&nbsp;: dans une séquence, on voit Kerr se remettre en forme en vue d’un tournoi japonais. Un plan sur lui en train de monter des escaliers&nbsp;; un plan sur une corde à sauter&nbsp;; un plan sur le combattant épuisé sur le sol de sa salle de sport… C’est la caricature par excellence du montage par épisodes, une réactualisation de celui de <em>Rocky</em>, mais en plus haché (dans le film de 1976, on voyait au moins un peu la ville de Philadelphie et le corps de Stallone) et réduit à sa dimension la plus fonctionnelle. Il en va de même pour les scènes d’affrontements, qui passent d’ailleurs à côté de l’enjeu théoriquement le plus passionnant du film. Au début du récit, Kerr explique au détour d’un passage chez le docteur que la discipline dans laquelle il concourt fait s’opposer des registres de combats différents – boxe, lutte, karaté. Cette hybridité sera très peu creusée par la mise en scène de Safdie, qui cherche plutôt à tirer des affrontements une pure impression de brutalité et une proximité physique avec son personnage. L’aspiration à coller à une intériorité n’est pas nouvelle dans les films du tandem. On se souvient que dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/uncut-gems/" target="_blank" rel="noopener"><em>Uncut Gems</em></a>, <a href="https://www.critikat.com/panorama/table-ronde/retour-sur-uncut-gems/" target="_blank" rel="noopener">la caméra transitait d’une mine africaine au cœur d’un joyau dont les miroitements évoquaient des visions cosmiques</a>, avant de naviguer dans le corps du magouilleur joué par Adam Sandler, sédaté pour mener à bien une coloscopie. L’ambition de cette traversée tranche avec la stratégie d’embranchement plus convenue de <em>Smashing Machine</em> qui, au cœur de la débâcle de Kerr, glisse des flashbacks des moments récents les plus significatifs vécus par le personnage pour «&nbsp;entrer en lui&nbsp;». On attendra pour la forme <em>Marty Supreme</em> avant de rendre un verdict définitif, mais le duel qui oppose les deux frangins tourne déjà en faveur de l’aîné.</p>
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		<title>Un poète</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-poete-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Fuentes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Oscar Restrepo est un poète raté. Divorcé, père d’une fille qui l’évite, professeur de philosophie sans emploi résidant encore chez sa mère et, par-dessus tout, alcoolique notoire, il a&#160;perdu le goût de vivre et encore...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-poete-2/" title="Read  Un poète">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Oscar Restrepo est un poète raté. Divorcé, père d’une fille qui l’évite, professeur de philosophie sans emploi résidant encore chez sa mère et, par-dessus tout, alcoolique notoire, il a&nbsp;perdu le goût de vivre et encore plus d’écrire. Son manque d’inspiration et de réussite incombe surtout à&nbsp;un tenace idéalisme artistique que la réalité a&nbsp;malheureusement battu en brèche au fil des années. C’est la première qualité d<em>’Un poète</em>&nbsp;: son personnage principal <em>–</em> auquel Ubeimar Ríos (un acteur non professionnel) prête à&nbsp;merveille sa carcasse fatiguée, sa démarche de pantin et son air de chien battu dépressif. Ni séduisant, ni vraiment intelligent (certains de ses choix s’avèreront stupides), Oscar n’a pas son pareil pour se prendre les pieds dans le tapis, y&nbsp;compris lorsqu’il est animé des meilleures intentions. Par exemple, celle d’abord de parrainer Yurlady, une lycéenne particulièrement douée et issue d’un milieu modeste&nbsp;; ensuite, de la mettre sur le devant de la scène lors d’un concours et d’un programme télévisé volontiers vulgaire. L’adolescente n’en demandait pas autant, et on comprend que l’impérieuse énergie dont fait subitement preuve Oscar tient aussi d’une nécessité toute personnelle&nbsp;: enfin réussir sa vie (et ce faisant, retrouver l’estime de sa fille). La force nerveuse de l’un et l’innocence de l’autre buteront toutefois sur la cruauté des faits et le retour des vieux réflexes avinés. Sans le juger ni l’épargner, Simón Mesa Soto lui offre la générosité de son regard. Il dresse un portrait attachant de son personnage de mauvais bougre fatigué, pris certes dans les rets d’un scénario trop bien ficelé, mais qui lui octroie de vraies échappées comiques.</p>
<p>La seconde qualité du film réside ainsi dans le choix du cinéaste colombien de dédramatiser avec humour les rapports de force (artistes/bourgeois blancs vs peuple racisé) et la violence capitaliste (l’ensemble des problèmes sont ramenés, tôt ou tard, à&nbsp;des questions d’argent, tout s’achetant potentiellement, y&nbsp;compris le silence). Ce serait un peu le secret de la réussite du film&nbsp;: la comédie acerbe et le comique de situation sont préférés à&nbsp;la diatribe. Mesa Soto va même jusqu’à s’autoriser une réjouissante trivialité frontale, à&nbsp;l’image de la scène mémorable dans les WC, faisant fi de toute pudeur, où Oscar, bourré, compare sa façon d’uriner par à‑coups avec celle de son voisin. On rit devant <em>Un poète</em>, alors que rien pourtant ne devrait nous y&nbsp;inciter. Et quand un rayon de soleil vient enfin inonder le visage d’Oscar, on se prend même à&nbsp;être ému.</p>
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		<title>Ce que cette nature te dit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marin Gérard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour la première fois, un long-métrage de Hong Sang-soo ne sortira pas en France. By the Stream, montré en 2024 à Locarno, n’a pas trouvé de distributeur, victime du rythme effréné de tournage du cinéaste...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/ce-que-cette-nature-te-dit/" title="Read  Ce que cette nature te dit">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la première fois, un long-métrage de Hong Sang-soo ne sortira pas en France. <em>By the Stream</em>, montré en 2024 à Locarno, n’a pas trouvé de distributeur, victime du rythme effréné de tournage du cinéaste et des modestes entrées que font ses films au box-office hexagonal (bien qu’elles soient constantes, ce qui montre qu’il existe un petit public dévoué). Il s’agit pourtant d’un beau film, assez acerbe et malaisant, dans lequel brille une fois de plus Kim Min-hee en professeure rêveuse n’exprimant jamais ce qu’elle pense réellement. <em>Ce que cette nature te dit</em>, présenté cette année à Berlin, s’inscrit dans la lignée de cette dernière période hongienne&nbsp;: il s’agit d’un récit en apparence très simple et linéaire, où une incommunicabilité finit par pointer sous l’excès de parole des personnages. L’intrigue se déroule à la campagne, dans la maison à flanc de montagne où habite la famille de Jun-hee (Kang So-yi), la compagne de Dong-wha (Ha Seong-guk), lequel vient rencontrer pour la première fois sa belle-famille.</p>
<p>Pour qui suit Hong assidûment, la découverte d’un nouveau film consiste en partie à analyser les variations à l’œuvre. Dong-wha n’est pas metteur en scène, mais poète (du moins a‑t-il publié une fois dans un petit magazine) comme l’ermite de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/de-nos-jours-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>De nos jours…</em></a>, et, fait plutôt rare dans cette filmographie d’âmes solitaires, il est en couple. Dès la première scène, les rapports des deux amoureux se teintent cependant d’une certaine étrangeté. Alors qu’il l’a accompagné en voiture depuis Séoul, Dong-wha n’ose pas demander à rencontrer les parents de Jun-hee, ni elle de le lui proposer. Les choses arriveront une par une, sans vraiment de préparation&nbsp;: venir saluer le père (Kwon Hae-hyo, fidèle au poste) devant la maison, entrer quelques minutes, aller fumer une cigarette dans le jardin, accepter de rester dîner… Le mécanisme est rouillé à l’image des rapports entre les personnages, et la situation ouvrira, comme souvent chez Hong Sang-soo, sur un énième plan-séquence à table où l’ivresse mène à une explosion soudaine, laissant apparaître une rancœur immense cachée derrière la timidité polie. Ce jeune homme, forcément minable (et perçu comme tel par les parents de sa copine), s’avère pourtant un héros hongien assez touchant par l’autoportrait détourné qu’il propose.</p>
<p>Avec sa voiture de 1996 (année de sortie du <em>Jour où le cochon est tombé dans le puits</em>, premier long de Hong), son désir d’indépendance et de recherche de simplicité, Dong-wha constitue un avatar particulièrement net du cinéaste. Comment ne pas entendre le réalisateur lorsque le jeune homme, lunettes sur le nez, confesse ne pas beaucoup les porter, préférant continuer à regarder la vie avec un peu de flou&nbsp;(rappelons l’existence d’<a href="https://www.critikat.com/panorama/festival/berlinale-2023/in-water/" target="_blank" rel="noopener"><em>in water</em></a>, film de Hong entièrement tourné «&nbsp;out of focus ») ? Plus loin, un zoom sur son visage ne s’accompagnera d’aucune mise au point. Les épiphanies qui peuplent depuis dix ans presque chaque nouveau film de Hong, moments de contemplation où la musique lo-fi fait son apparition, sont toujours vécus ici par le personnage lui-même. C’est un benêt, certes, mais il cherche avant tout à accueillir le monde, à écouter <em>ce que la nature lui dit</em>, notamment par le truchement de la poésie. Le caractère dépouillé du texte qu’il déclame au dîner, ainsi que sa naïveté, laisse son auditoire bouche bée, mais Hong ne tranche pas. S’agit-il réellement d’un mauvais poète ? On ne le saura pas vraiment, ou plutôt, on a la place pour le décider nous-mêmes, et c’est sans doute dans cette ambiguïté que se niche la singularité de ce curieux nouveau chapitre.</p>
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		<item>
		<title>Une vie ordinaire</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-vie-ordinaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le précédent documentaire d’Alexander Kuznetsov, Manuel de Libération, relatait la vie de Iulia et Katia, deux jeunes femmes internées sans réel motif dans un hôpital psychiatrique quelque part en Sibérie. Une vie ordinaire en est...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-vie-ordinaire/" title="Read  Une vie ordinaire">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le précédent documentaire d’Alexander Kuznetsov, <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/manuel-de-liberation/" target="_blank" rel="noopener"><em>Manuel de Libération</em></a>, relatait la vie de Iulia et Katia, deux jeunes femmes internées sans réel motif dans un hôpital psychiatrique quelque part en Sibérie. <em>Une vie ordinaire</em> en est la suite directe, puisqu’il montre leur sortie, obtenue de haute lutte, et leur découverte d’une « vie ordinaire » qu’elles n’ont jamais connue. Passées directement de l’orphelinat à l’asile, elles intègrent en effet pour la première fois la société russe avec des rêves de normalité, tels que la recherche d’une indépendance financière et l’envie de fonder une famille. Tout leur paraît forcément un peu étrange, à elles qui n’ont jamais connu que l’enfermement : le simple fait de pouvoir louer un appartement (aussi minuscule soit-il) représente un accomplissement inespéré, un « <em>lieu à soi</em> » dans le sens où l’entendait Virginia Woolf. De 2015 à 2022, Kuznetsov les filme ainsi en train d’apprivoiser la vie de tous les jours, d’abord en tant que femmes célibataires, puis mariées, et enfin comme mères de famille. En arrière-plan de ces trajectoires personnelles, la guerre du Donbass apparaît peu à peu, la propagande d’État s’immisçant dans leurs vies de bien des manières, sans qu’elles semblent y prêter véritablement attention. Sur les écrans, par exemple, les dessins animés vantent les mérites de l’armée et les défilés militaires rythment les goûters des enfants. Les jeunes mamans se prêtent par ailleurs aux festivités en famille pour célébrer la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie, conclues par des discours lénifiants sur la supposée continuité de cette lutte aujourd’hui en Ukraine.</p>
<p>Kuznetsov prend ainsi le pouls de son pays natal, alors qu’il en avait jusqu’ici plutôt arpenté les marges. Accompagner Iulia et Katia dans leur réintégration le place en effet dans une position inédite, d’où il semble observer une forme de banalité (qui n’en est, bien entendu, pas vraiment une). C’est dans ces conditions que le documentariste se retrouve dans un bureau de vote, où la règle du bulletin secret n’est visiblement pas de mise. La scène, incroyable pour un spectateur occidental, est pourtant montrée dans son caractère tristement ordinaire. Glissant directement le bulletin dans l’urne, chaque votant précise sur un ton enjoué quelle liste est cochée sur la feuille (et il n’est bien sûr pas nécessaire de spécifier laquelle). Les jeunes femmes adoptent tout naturellement l’opinion majoritaire, en remerciant par exemple Poutine de continuer à protéger le pays « contre les nazis », ou en exprimant l’espoir d’une carrière militaire pour leurs fils, ce qui a pour conséquence d’entraîner le film vers un paradoxe intéressant. Car si Kuznetsov ne change aucunement son regard sur ses protagonistes, accompagnant leur juste jouissance d’accéder aux droits les plus élémentaires, il filme aussi autre chose : de ce double portrait empathique se dégage également sa propre sidération, celle d’un Russe (dont l’opposition au régime et à la guerre ne fait jamais aucun doute) regardant son pays sombrer dans une folie furieuse. À l’instar de Navad Lapid dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/oui-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Oui</em></a>, Kuznetsov raconte en entretien que la guerre est venue percuter son projet initial, consacré à Iulia et Katia. Le rapprochement entre les films s’arrête là, mais les deux cinéastes témoignent chacun à leur manière qu’il est décidément difficile de parler d’amour dans des pays où la normalité consiste à sourire face à l’inacceptable.</p>
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		<item>
		<title>47e Cinemed</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinemed/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Cimetière-Cano]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Festival]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=329535</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les cérémonies d’ouverture des festivals de cinéma sont rarement passionnantes. De celle de la 47ᵉ édition du Cinemed, on retiendra tout de même un geste : celui de Raymond Depardon, appelé à se lever de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/festival/47e-cinemed/" title="Read  47e Cinemed">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Les cérémonies d’ouverture des festivals de cinéma sont rarement passionnantes. De celle de la 47ᵉ édition du Cinemed, on retiendra tout de même un geste : celui de Raymond Depardon, appelé à se lever de son siège sous les applaudissements nourris du public, qui brandit son appareil photo en guise de salutation. Le festival programmait cette année une rétrospective intégrale des films du photographe-cinéaste, pour la plupart réalisés en tandem avec sa compagne Claudine Nougaret, productrice et ingénieure son. Le geste simple de Depardon émeut parce qu’il dit la porosité entre les deux pendants de son œuvre. Ses premiers films, constitués majoritairement de plans-séquences, révèlent son sens extraordinaire du cadrage et de la composition. Dans <em>Dix minutes de silence pour John Lennon</em>, présenté au sein d’un programme de courts métrages, le cinéaste filme le rassemblement spontané de milliers de New-Yorkais dans Central Park au lendemain de l’assassinat du chanteur. En une seule prise, Depardon saisit une succession de portraits <span class="skin-invert-image">–</span> il s’immobilise quelques secondes sur un visage, puis passe au suivant. L’aisance avec laquelle il pose ses cadres est surprenante ; les glissements d’une vignette à l’autre sont d’une fluidité parfaite, comme si chacune avait été soigneusement préparée. Le mouvement continu de la caméra trouve son acmé à la fin où, après s’être arrêté sur des jeunes perchés dans un arbre, il épouse la trajectoire lointaine, dans le ciel, d’un hélicoptère dont on entendait le son depuis le début, sans le voir. Le plan embrasse la douleur de l’instant, ressenti dans sa durée et sa pesanteur par l’intense silence de la foule, rendu pourtant assourdissant par ce bruit constant venu des airs.</p>
<p dir="ltr">Cette manière de filmer comme on prendrait une photo est au cœur de son premier long, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/1974-une-partie-de-campagne/" target="_blank" rel="noopener"><em>1974, une partie de campagne</em></a>, dans lequel Depardon suit la campagne victorieuse de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle. Le cinéaste accompagne le candidat à travers la France au gré de meetings, réunions ou plateaux d’émissions. Les plans séquences épousent plus que jamais la dynamique du photographe tournoyant autour du candidat, essayant différentes positions, captant les lumières ou des détails dans la profondeur du champ. Ils donnent à voir ce désir de tirer le meilleur cadre des situations, grâce à la légèreté de la caméra 16 mm. L’intérêt du dispositif tient dès lors à ce qu’il reflète moins le discours de la campagne (qui n’est jamais vraiment abordé) que sa part de spectacle, due au désir du candidat de faire image. Mais Depardon dépasse cette dimension performative pour cerner les zones d’ombres de son sujet, sans cesse renvoyé à une écrasante solitude et à la vacuité de ses interactions. Preuve s’il en fallait de l’ambiguïté qui en découle : Giscard d’Estaing, pourtant commanditaire du film, interdira sa sortie jusqu’en 2002.</p>
<p dir="ltr">L’enjeu de la distance apparaît aussi à travers le propre rapport de Depardon aux situations qu’il saisit, et ce de manière plus frappante encore dans <em>Faits divers</em>, où il suit les interventions de la brigade de police du 5ᵉ arrondissement de Paris. Le cinéaste n’interagit jamais avec les policiers qu’il talonne, et eux-mêmes semblent oublier la présence de la caméra. Cet effacement du filmeur au profit des filmés est devenu une donnée centrale de son cinéma, comme dans la trilogie des <em>Profils paysans</em>, tournée au tournant des années 2000 <span class="skin-invert-image">–</span> bien qu’il s’y mette en scène par le biais d’une voix off. « <em>Je cherchais à devenir un parfait abat-jour, un parfait portemanteau</em> » raconte-t-il avec humour lors de la masterclass donnée au début du festival. Dans ces trois films, on est surpris par la confiance gagnée auprès des paysans dans l’intimité desquels il s’invite et par la manière, là encore, dont la caméra semble s’effacer pour saisir leur quotidien. Les films de Raymond Depardon, tous restaurés, ressortiront en salles dans l’année à venir.</p>
<h2 dir="ltr">Permis de rêver</h2>
<p dir="ltr">Côté compétition, mentionnons la première fiction du cinéaste libanais Cyril Aris, <em>Un monde fragile et merveilleux</em>, qui ambitionne de figurer la persistance du sentiment amoureux au fil d’un récit courant sur une trentaine d’années. Son duo de personnages, Nino et Yasmina, semble traverser les accidents de la vie pour mieux se retrouver, avec en toile de fond les turbulences de la politique libanaise. Outre la singularité de son usage récurrent de la très longue focale, favorisant l’émergence de compositions irréelles qui matérialisent les rêveries des personnages, le film captive lors de quelques moments où le cinéaste fait s’entrechoquer plusieurs régimes d’images et de matériaux sonores. En confrontant le poids du contexte historique à la romance de Nino et Yasmina, ces scènes mêlent souvenirs, rêves, évocations visuelles et auditives dans un même élan de montage. Par le jeu des collisions qu’orchestre toujours un festival, on se prend même à trouver qu’il s’agit là d’un inattendu contrepoint au travail de Depardon.</p>
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		<title>A House of Dynamite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Démineurs, le cinéma de Kathryn Bigelow s’est branché sur l’histoire récente des États-Unis (même Detroit, retraçant les émeutes de juillet 1967, commentait par la bande l’émergence du mouvement Black Lives Matter) pour livrer des...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" title="Read  A House of Dynamite">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/demineurs-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>Démineurs</em></a>, le cinéma de Kathryn Bigelow s’est branché sur l’histoire récente des États-Unis (même <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/detroit/" target="_blank" rel="noopener"><em>Detroit</em></a>, retraçant les émeutes de juillet 1967, commentait par la bande l’émergence du mouvement Black Lives Matter) pour livrer des fictions empruntant à l’esthétique du reportage une nervosité et un sentiment d’urgence. Si <em>A House of Dynamite</em> semble dans un premier temps s’inscrire naturellement dans cette veine, il constitue pour autant à l’échelle de sa filmographie une petite rupture, ou du moins une rupture à moitié assumée (c’est la limite du film, j’y reviendrai). La cinéaste dépeint trois fois une même crise diplomatique et militaire d’importance majeure&nbsp;: un missile nucléaire de provenance indéterminée (on sait juste qu’il est parti du Pacifique, sans savoir si la Corée du Nord, la Chine ou le Kremlin sont derrière l’attaque) s’élance vers une grande ville des États-Unis, tandis que les différentes strates de la défense américaine tentent de cerner et de contrer la menace qui s’affirme inexorablement seconde après seconde. L’intrigue est fictive, mais elle s’appuie sur le contexte géopolitique d’aujourd’hui, entre la mention d’une Russie embourbée dans un conflit qui lui vaut des sanctions diplomatiques et la question de l’isolement de Pyongyang sur la scène internationale. Et de loin, on pourrait croire l’affaire simple&nbsp;: Bigelow réactualiserait le scénario de <em>Point Limite</em> de Sidney Lumet dans une époque où la Guerre froide a laissé place à une fragmentation des rapports de force géopolitiques et à plusieurs foyers d’embrasement – dessinant un monde semblable à une « maison de dynamite », pour reprendre le titre. Cette lecture, le film y invite et distille même des signes qui tendent à la corroborer : dans les plis du thriller qui se met en place, des raccords sur une statue de Lincoln, des portraits de présidents (Obama, Eisenhower), ou des visions du drapeau états-unien nourrissent l’idée que l’on assisterait à un « film sur l’Amérique », pour reprendre une antienne usée jusqu’à la corde. Dans cette perspective, ce que montrerait Bigelow, c’est l’extrême vulnérabilité non seulement des États-Unis, mis à genoux en moins d’une heure, mais aussi de l’équilibre des rapports de force internationaux, l’ordre global garanti par la dissuasion nucléaire apparaissant ici comme un leurre, voire comme un danger mortel au sein d’un monde dans lequel la raison n’est plus le pilier premier.</p>
<p>C’est tout&nbsp;? Oui, si l’on tient à une approche purement thématique, et il est à peu près certain que l’on reprochera ce manque de complexité à Bigelow, qui n’en est pas à sa première polémique sur le terrain de l’inconséquence politique – on se souvient des débats liés à la représentation de la torture dans <em>Zero Dark Thirty</em> ou du sadisme policier dans une séquence centrale de <em>Detroit</em>. Si l’on chausse ces lunettes, <em>A House of Dynamite</em> est assurément trop flou, trop le nez dans sa dynamique de thriller effréné, puisque le scénario ne cesse de repartir, après chaque longueur, au début de sa course en apnée. Heureusement, le film est bien plus intéressant que ce que laisse entrevoir cette première couche interprétative, qui ne prend pas en compte la spécificité la plus importante du récit : sa partition en trois segments répétant exactement la même dynamique narrative, de son point A (l’apparition d’un projectile) à son point B (l’imminence de l’impact et la réponse militaire qu’envisage le président des États-Unis). À Venise, où le film était projeté en compétition, il a beaucoup été dit que <em>A House of Dynamite</em> démarrait sur les chapeaux de roue et que sa première partie, focalisée sur le personnage de Rebecca Ferguson, qui supervise les événements dans une salle de crise, faisait de l’ombre aux suivantes. C’est bien mal comprendre le film que de vouloir faire de sa structure un élément annexe, voire un défaut&nbsp;de construction&nbsp;: tout le projet de Bigelow repose précisément sur elle. Ce principe de «&nbsp;rejeu&nbsp;», au-delà de son intérêt dramaturgique (par la manière dont il télescope des points de vue), relève d’une opération conjointe de condensation narrative et de fragmentation. Condensation, car «&nbsp;l’action&nbsp;» de ce film d’action n’est en vérité qu’une arabesque sur un tableau de contrôle&nbsp;: une courbe dont la progression est ponctuée de tentatives d’endiguer sa course (sous la forme de triangles jaunes et rouges), de discussions pour comprendre exactement ce qui est à l’œuvre ici, et d’hésitations sur la marche à suivre pour désamorcer l’explosion prévue. Fragmentation, car en répétant deux fois cette dynamique, Bigelow procède à une exploration tentaculaire des services américains, moins pour faire son <em>Rashōmon</em> que pour multiplier les niveaux de vitesse et les oscillations rythmiques. On pourrait croire que cette manière de « déplier » permet d’accoucher d’une vision plus claire. Il n’en est rien : à l’issue du film, on n’en saura pas davantage sur l’origine du tir, les conséquences de l’attaque, ni même sur les dysfonctionnements potentiels ou les opérations de sabotage qui auront conduit à la catastrophe. Cette indécision frappe d’autant plus au regard de la méticulosité avec laquelle Bigelow dépeint les rouages de Washington : assurément, elle est volontaire.</p>
<h2><span lang="fr">House of dynamique</span></h2>
<p>C’est là que <em>A House of Dynamite</em>, sous ses allures de super série B (et dans les faits, il en est bien une), devient assez passionnant. Pourquoi Bigelow s’intéresse-t-elle tant dans ses films à la chose militaire et administrative&nbsp;? Pourquoi ressent-elle le besoin de tapisser l’écran de données, d’acronymes, d’enchaîner les embardées vers des pôles annexes du récit (une base militaire dans le Pacifique, une organisation gouvernementale chamboulée par une annonce d’évacuation, etc.)&nbsp;? Parce que chez elle, l’hyper concret est la condition d’accès à un autre état qui est le véritable horizon de son cinéma frénétique&nbsp;: l’abstraction. La crise militaire est ici réduite à une stricte dynamique balistique, tandis que l’accumulation, voire la saturation d’informations, ne cesse d’éloigner le film des rivages de la parabole ancrée dans le présent. Tout est ramené à une forme de technicité illisible&nbsp;: grilles de conversations zoom où <em>in</em> et <em>off</em> se mélangent à mesure que la déflagration se précise (on entend vers la fin des bribes de conversations privées) ; classeur de stratégie militaire semblable à un « menu » composé de chiffres abscons et de couleurs ; accumulation de données statistiques, parfois pondues au doigt mouillé, etc. L’armée, c’est du protocole, de la bureaucratie, de la réglementation si poussée qu’elle en devient nébuleuse – ni le président, ni son secrétaire à la Défense n’y entendent quoi que ce soit. C’est aussi dans cette logique qu’il faut comprendre l’esthétique du film, qui repose sur un brassage continu de très courts plans finissant par tenir du vortex, comme si l’ensemble des personnages était aspiré par la dynamique cinétique du scénario. Ainsi des petits pas de côté en apparence convenus sur la vie privée des protagonistes, souvent réduits à un détail grossier – une photo, une figurine de dinosaure, une peluche qui tombe d’un casier dans un vestiaire militaire. Tous ces micro-éléments ne visent pas seulement à donner un semblant de consistance émotionnelle à la foule d’individus entraperçus, mais participent plutôt d’une mosaïque d’images prises dans la poussée mortifère du missile, dont la première véritable victime sera d’ailleurs un haut dignitaire aimanté par le vide, dans un plan de suicide d’une sécheresse remarquable (on ne voit qu’un corps tomber du cadre).</p>
<p>On commence à mieux saisir où veut en venir Bigelow : <em>A House of Dynamite</em> relève davantage de la boîte à rythmes que de l’exposé didactique sur les États-Unis et la cocotte-minute diplomatique qu’est devenu le monde contemporain. Si la cinéaste répète, ce n’est pas pour « creuser » un sujet, bien que la structure du scénario nous rapproche peu à peu du plus haut pôle décisionnel (le président des États-Unis, a.k.a. POTUS, présenté durant les trois quarts du film comme une voix fatiguée et un carré noir sur un écran), mais pour décliner les potentialités de tempo offertes par la simplicité élémentaire de sa situation. Et de fait, son film ausculte moins une situation en particulier qu’il n’envisage l’idée même de situation comme une unité métrique cinématographique ; le cadre choisi, bien qu’il véhicule une haute intensité dramatique (l’amorce de la Troisième Guerre mondiale), n’est qu’un carburant pour laisser libre cours à un art de la combinatoire où rien, ou presque, n’a d’incidence réelle – le supposé climax émotionnel où le Président partage ses angoisses avec son épouse est ainsi escamoté par les aléas du réseau téléphonique et n’ouvrira sur aucune révélation ou prise de décision. La « maison de dynamite » relève dès lors de l’édifice patiemment bâti sur une poudrière ou du cheval de Troie (cf. le dinosaure en plastique qui se retrouve dans la poche de Rebecca Ferguson) : il s’agit d’un faux film sur l’Amérique, et d’une vraie série B qui fait mine de parler du monde pour mieux travailler sa dynamique ondulatoire. Au fond, on n’est pas si loin de <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/point-break-generiques/" target="_blank" rel="noopener"><em>Point Break</em></a> ; ce qui intéresse Bigelow, ce sont les vagues. Reste que si on accepte cette façon de voir le film, on peut considérer qu’il a le tort d’être encore un peu trop gras sur le plan émotionnel, de distiller encore un peu trop de signaux et de symboles liés à l’histoire Américaine, ou encore de se cantonner à un exercice de style (l’expression, souvent galvaudée, est pour le coup appropriée). Toutes ces réserves sont justes, mais n’effacent pas le brio de ce petit film diablement rusé, qui paraît de loin approcher avec minimalisme un sujet maximal, quand en pratique, il tire le maximum d’un dispositif minimal, pour déployer et redéployer un même mouvement.</p>
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		<title>Parallax — Point Limite et A House of Dynamite</title>
		<link>https://www.critikat.com/chroniques/parallax-point-limite-et-a-house-of-dynamite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Colliaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Parallax]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, les heures sombres de A House of Dynamite de Kathryn Bigelow (2025) rappellent celles de Point Limite de Sidney...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/chroniques/parallax-point-limite-et-a-house-of-dynamite/" title="Read  Parallax — Point Limite et A House of Dynamite">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, les heures sombres de</em> <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-house-of-dynamite/" target="_blank" rel="noopener">A House of Dynamite</a> <em>de Kathryn Bigelow (2025) rappellent celles de</em> Point Limite<em> de Sidney Lumet (1964).</em></p>
<p>En insistant dès son introduction sur la prolifération des armes atomiques, le dernier film de Kathryn Bigelow paraît s’inscrire dans une lignée d’œuvres ayant cherché, notamment durant la Guerre froide, à alerter sur les risques de « l’équilibre de la terreur ». En haut de cette liste figure <em>Point Limite</em>, réalisé en 1964 par Sidney Lumet, dont l’intrigue n’est pas sans évoquer celle de <em>A House of Dynamite</em> : après la détection d’une menace nucléaire dirigée vers les États-Unis, les différentes autorités militaires tentent de s’accorder sur les stratégies de défense et de riposte à adopter.</p>
<p>Noués autour de situations similaires, les deux récits ne suivent pourtant pas exactement le même cap. Dans le film de 1964, le soupçon d’une attaque est vite dissipé, mais une erreur informatique déclenche malgré tout une frappe de représailles sur l’URSS. Lumet resserre alors le film sur les tentatives du président (Henry Fonda) d’empêcher une escalade en collaborant avec son homologue russe. <em>Point Limite</em> repose donc principalement sur un enjeu psychologique (peut-on se faire confiance après des années de méfiance ?) et un dilemme moral, puisque le président hésite à détruire lui-même une ville américaine en signe de bonne foi.</p>
<p><em>A House of Dynamite</em> minimise quant à lui le poids des décisions prises par le chef des armées et préfère répéter, selon différents points de vue, la même demi-heure précédant l’impact de la bombe. La détection initiale de l’ogive nucléaire, dont on ne connaîtra jamais l’origine, nourrit alors moins une parabole politique qu’elle ne sert de prétexte pour mettre en scène, sous la forme d’un kaléidoscope, une série de visioconférences chaotiques. Du président à une responsable de la <em>situation room</em>, d’un lieutenant de l’Air Force à une experte de la Corée du Nord, Bigelow radicalise la forme chorale de <em>Point Limite</em>, qui sautait lui aussi régulièrement d’une salle de contrôle à une autre. Ce dispositif panoptique se détourne en partie du suspense pour creuser un autre sillon, déjà au cœur de <em>Zero Dark Thirty</em> : dépeindre la circulation de l’information, en se plaçant à la frontière du monde physique et de sa doublure virtuelle.</p>
<p>Deux scènes en miroir permettent de saisir la distance parcourue entre les films. La première discussion téléphonique entre les présidents américain et russe constitue l’une des acmés de <em>Point Limite</em>, où le personnage d’Henry Fonda, flanqué d’un jeune traducteur, essaie de convaincre son adversaire de toujours que la situation résulte d’une erreur. Dans un plan-séquence fixe de près de cinq minutes, Lumet concentre alors l’action et la tension : le binôme américain doit interpréter minutieusement les tournures de phrases et les inflexions de voix d’un interlocuteur invisible. Dans <em>A House of Dynamite</em>, c’est Jake Baerington (Gabriel Basso), jeune conseiller à la sécurité nationale, qui discute avec le gouvernement russe pour enrayer un embrasement mondial. Ici, l’éclatement du montage permet à Bigelow de montrer les deux extrémités du coup de fil, elles-mêmes parasitées par des conversations parallèles. Si <em>Point Limite</em> s’attachait à filmer la résistance d’esprits humains aux contraintes imposées par la technologie, c’est la mise en réseau même qui intéresse Bigelow.</p>
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		<title>La Femme la plus riche du monde</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-la-plus-riche-du-monde-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 11:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Femme la plus riche du monde a beau avoir remplacé tous les noms des personnages, personne n’est dupe sur l’inspiration juridique de son intrigue : Marianne Farrère (Isabelle Huppert) est Liliane Bettencourt, Pierre-Alain Fantin...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-femme-la-plus-riche-du-monde-3/" title="Read  La Femme la plus riche du monde">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Femme la plus riche du monde</em> a beau avoir remplacé tous les noms des personnages, personne n’est dupe sur l’inspiration juridique de son intrigue : Marianne Farrère (Isabelle Huppert) est Liliane Bettencourt, Pierre-Alain Fantin (Laurent Lafitte) est le fantasque photographe François-Marie Banier <i id="mwJA">–</i> condamné pour abus de faiblesse sur la milliardaire <i id="mwJA">–</i>, le magazine <em>Égoïste</em> devient « Selfish » et même l’Oréal a le droit à son ersatz (la marque s’appelle ici Windler). Ce ne sont toutefois pas les seuls éléments qu’ont changés Thierry Klifa et ses scénaristes : l’intrigue est déplacée dans les années 1990 (on évoque la présidence de Mitterrand, la sortie de <em>Titanic</em> et on aperçoit l’éclipse lunaire de 1999), avec un décalage d’environ dix ans vis-à-vis des faits. On peut poser deux hypothèses à ce sujet. Premièrement, que le film a cherché à décoller sa version de Bettencourt de la « mamie zinzin » gâteuse des <em>Guignols de l’info</em>, et par extension à distinguer plus nettement encore l’affaire Banier de l’affaire Woerth, alors même que la seconde naît de la première (avec les enregistrements réalisés par le majordome joué par Raphaël Personnaz). Deuxièmement, que ce rajeunissement du personnage permet à Huppert d’incarner une partition plus ambivalente et de substituer à la piste de l’emprise une relation plus équivoque.</p>
<p>Ces deux ajustements disent bien cependant le double travers du film qui, d’un côté, est d’une inconséquence politique presque revendiquée, la grande bourgeoisie et le monde du luxe faisant l’objet d’une fascination (Klifa revendique l’inspiration de <em>White Lotus</em> ou de <em>Succession</em>) et, de l’autre, psychologise plus que de raison son petit drame chez les nantis. Dommage car, de manière surprenante, ce déluge d’argent augure dans un premier temps une comédie sur la vulgarité enfouie de ces dynasties où les tailleurs Chanel côtoient les bibelots exquis et les toiles de maîtres. Fantin, incarné par un Laffite surjouant le dandy homosexuel sans-gêne, s’incruste au sein de ce milieu en même temps qu’il apparaît comme la personnification de sa brutalité enfouie – ce qu’on lui reprochera, au fond, c’est moins d’avoir tiré sur la corde que d’avoir ouvert sa gueule dans un monde où les secrets sont ordinairement cachés sous le tapis. Tentons un raccord acrobatique : à Tapie, on pense justement beaucoup devant <em>La Femme la plus riche du monde</em>, car Lafitte, comme dans la série Netflix consacrée au plus célèbre Bernard des années 1990, joue ici de sa silhouette un peu lourde, de sa mâchoire épaisse, ou encore de son mélange de faconde et de franc-parler populaire, pour composer le portrait d’un obscène cabotin. Sa performance outrancière tranche avec le jeu ouaté d’Huppert (froide, ailleurs : Huppert, quoi) et la raideur de Personnaz, acteur dont la recherche d’une minéralité à la Delon penche souvent vers l’interprétation monocorde. C’est la partie du film la plus convaincante, le « Laffite show » où l’acteur s’en donne à cœur joie dans ce déluge de bling-bling qui met en exergue l’indécence sous-jacente du décorum. La comédie sera toutefois vite diluée : Klifa prend finalement son sujet assez au sérieux, comme en témoignent les parenthèses-confessions des protagonistes sur fond noir, à la manière des commentaires face caméra auxquels se livreraient les participants d’une émission de téléréalité. Et la veine dramatique du film, voire tragique, sur la solitude des puissants fait alors d’autant plus ressortir ses arrangements avec le réel, comme l’angle assez inconséquent choisi pour traiter de cette affaire-symptôme.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Imago</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Corentin Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En épousant une trajectoire à première vue autocentrée, Imago suit le retour au pays contrarié de Déni Oumar Pitsaev, cinéaste d’origine tchétchène qui envisage de bâtir une maison extravagante au Pankissi, en Géorgie. Dans cette...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/imago/" title="Read  Imago">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En épousant une trajectoire à première vue autocentrée, <em>Imago</em> suit le retour au pays contrarié de Déni Oumar Pitsaev, cinéaste d’origine tchétchène qui envisage de bâtir une maison extravagante au Pankissi, en Géorgie. Dans cette région où les siens se sont exilés depuis les années 1990 mais où il n’a jamais vécu lui-même, sa mère a acheté un terrain afin qu’il puisse y fonder un foyer. Cet objectif familial, le documentariste le fait miroiter sans vraiment y croire : Déni sait que son projet de construction – une maison en forme de cabane pour enfants – va détonner dans le paysage. Le film multiplie les scènes de retrouvailles et de discussions où il apparaît autant à l’intérieur de la communauté tchétchène qu’en décalage avec elle. Le cinéaste, qui vit entre Bruxelles et Paris, affiche une masculinité non traditionnelle, revendique l’absence de désir quant à l’idée de fonder une famille et occupe une position paradoxale : celle d’un étranger à l’intérieur de son propre film. La plastique doucereuse des images, où le flou de la longue focale abstrait l’espace et entoure les figures d’un voile cotonneux et mélancolique, dissimule à peine la profonde dureté de ce qui se joue à l’écran, à savoir le portrait d’un jeune homme déraciné depuis l’enfance qui constate la distance le séparant désormais de sa communauté d’origine. Le film se met au diapason de ce tiraillement identitaire en entretenant l’hybridité de son dispositif, entre le documentaire immersif (la plongée dans un territoire singulier) et performatif (le tournage est le résultat d’une répétition, en témoigne la multiplication des angles de vue afin de filmer une simple scène de dialogue).</p>
<p>S’il est difficile de circonscrire totalement les contours d’<em>Imago</em>, c’est que son véritable enjeu – la confrontation de Pitsaev avec son père – reste dans un premier temps en retrait, ou du moins maintenu dans un hors-champ imposé au cinéaste. Le film s’ouvre sur un plan où Déni, plongé dans la pénombre, apprend au téléphone que son père, qui ne l’a pas vu grandir et vit aujourd’hui à Moscou, ne pourra se rendre tout de suite au Pankissi. Le père manque donc une fois de plus à son devoir et le film met de côté cette question, pour mieux l’affronter dans un second temps. C’est un peu comme si l’apparition différée de cette figure expliquait les tergiversations de Déni : entamer ou abandonner la construction de sa maison fantasque ? Rester au Pankissi ou repartir en Belgique ? En vérité, toute l’entreprise n’était qu’un alibi pour prendre au piège le paternel, dont l’attachement aux traditions est en contradiction avec la personnalité de Déni. Lorsque père et fils se retrouveront enfin sous le prétexte de découvrir le projet, le premier n’aura d’autre choix que de répondre de ses manquements envers le second, et Déni d’apaiser ses traumatismes (père absent, guerre et exil).</p>
<p><em>Imago</em> trouve à cet endroit sa plus belle scène – un bloc d’une vingtaine de minutes autour duquel tout le film semble avoir été bâti. La confrontation entre Déni et son père a lieu dans une forêt où la caméra a du mal à trouver sa place ; le feuillage et les branches recouvrent les corps de plusieurs lignes floues à l’avant-plan, figurant le maillage complexe dans lequel les deux personnages échangent et se perdent peu à peu. Dans cette grande toile intime, l’araignée Déni ne parvient pas à capturer sa proie, fuyante et insaisissable, car enracinée dans ses principes et (sans mauvais jeu de mots) son déni. La scène s’étire et pourrait durer plus longtemps encore, tant les nœuds que le cinéaste pensait défaire ne cessent de se resserrer. Prévue en amont et mue par une forme d’idéalisme (le cinéma comme un moyen de panser ses plaies), elle bute face au caractère indémêlable du réel. D’un point de vue émotionnel, la situation est d’une grande précision : si elle cherche à clarifier une relation, elle se révèle encore plus complexe que prévu. D’un point de vue documentaire, elle est d’une beauté sidérante, le volontarisme du dispositif s’ouvrant alors pleinement à la dimension insoluble de ce récit d’exil et de retour impossible.</p>
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		<title>Springsteen : Deliver Me from Nowhere</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Damien Bonelli]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Présenté en septembre au Festival du film de New York, Springsteen: Deliver Me from Nowhere n’est pas exactement un biopic du Boss, puisqu’il s’en tient à un tournant précis de son parcours artistique, la genèse...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/" title="Read  Springsteen : Deliver Me from Nowhere">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Présenté en septembre au Festival du film de New York, <em>Springsteen: Deliver Me from Nowhere</em> n’est pas exactement un biopic du Boss, puisqu’il s’en tient à un tournant précis de son parcours artistique, la genèse de l’album <em>Nebraska</em>. En septembre 1981, lessivé par la tournée de promotion de <em>The River</em> – cent quarante concerts en moins d’une année –, Bruce s’isole dans sa maison de campagne dans son New Jersey natal. Il reconvertit sa chambre à coucher en studio d’enregistrement, avec pour seuls équipements un magnéto multipiste, une guitare acoustique et un harmonica, confectionnant très vite une poignée de chansons au dépouillement spectral et à l’imagerie saisissante. Leur noirceur, qui puise au polar et à la littérature <em>Southern Gothic</em>, mais aussi au cinéma de genre, n’occulte pas l’horizon premier du disque, conçu comme « <em>une méditation qui s’ignore sur les mystères de l’enfance</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329337_588('footnote_plugin_reference_329337_588_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_329337_588('footnote_plugin_reference_329337_588_1');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329337_588_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">[1]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329337_588_1" class="footnote_tooltip">Bruce Springsteen, <em>Born to Run</em>, Simon &amp; Schuster, 2017, p. 298.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329337_588_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329337_588_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Dans ses mémoires, Springsteen ajoute qu’il courtise ici «&nbsp;<em>une humeur, une tonalité qui correspondait au monde que je connaissais et qui continuait de m’habiter</em>&nbsp;» et «&nbsp;<em>dont les vestiges subsistaient à dix minutes et dix miles à peine</em>&nbsp;» de son domicile. Chef‑d’œuvre dépressif et précurseur de la vague <em>low-fi</em>, <em>Nebraska</em> ne sera en rien le <em>blockbuster</em> musical qu’attendaient de lui les pontes de Columbia, qui devront patienter jusqu’à <em>Born in the U.S.A.</em> pour que leur tête de gondole remplisse enfin les stades du monde entier. Mais même repris en chœur par son public, ses hymnes faussement héroïques ne se départiront jamais tout à fait d’une ambivalence vis-à-vis du succès et de son cortège de gratifications narcissiques.</p>
<p>Adapté d’un livre-enquête<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_329337_588('footnote_plugin_reference_329337_588_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_329337_588('footnote_plugin_reference_329337_588_2');"><sup id="footnote_plugin_tooltip_329337_588_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">[2]</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_329337_588_2" class="footnote_tooltip">Warren Zanes, <em>Deliver Me from Nowhere, The Making of Bruce Springsteen’s Nebraska</em>, Crown, 2023.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_329337_588_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_329337_588_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> passionnant du journaliste Warren Zanes qui revient sur cet épisode charnière, <em>Deliver Me from Nowhere</em> promettait dès lors beaucoup. Le ratage est toutefois à la hauteur de l’attente, confirmant que «&nbsp;<em>la présence de Springsteen au cinéma est généralement moins intéressante que celle du cinéma dans l’œuvre de Springsteen</em>&nbsp;», <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/le-cinema-de-bruce-springsteen/" target="_blank" rel="noopener">comme je l’écrivais en 2020</a>. Le rôle du rocker échoit à Jeremy Allen White, dont la dissemblance avec son sujet n’est en soi pas un problème, Timothée Chalamet ayant récemment surmonté ce handicap dans <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/un-parfait-inconnu/" target="_blank" rel="noopener"><em>Un Parfait inconnu</em></a>, où il interprétait Bob Dylan. Mais avec une amplitude de jeu nettement plus restreinte, White est à la peine, incapable d’exprimer la souffrance que Springsteen avait mise sous le tapis pendant ses années de formation, lorsqu’il était consumé par ses rêves de gloire : il ne suffit pas d’arborer le masque du taiseux et de perdre son regard dans le vide pour faire affleurer la mélancolie. À cette prestation sans âme, Jeremy Strong oppose le sérieux papal de l’acteur de la méthode immergé dans son personnage, celui de Jon Landau, le manager du Boss qui fait rempart face aux pressions du label désireux de capitaliser sur le triomphe de <em>The River</em>. Plus savante, sa performance flirte néanmoins aussi avec la parodie, chacune de ses interventions se résumant à commenter les tourments de son protégé, ici caricaturé en artiste torturé, dont les femmes, naturellement, feront les frais.</p>
<p>Or, s’agissant d’elles, le script s’autorise une licence toute sauf poétique, en affublant Springsteen d’une petite amie fictive, Faye Romano (Odessa Young). Pourquoi ce tour de passe-passe scénaristique, alors qu’à l’époque de <em>Nebraska</em>, il était célibataire et fraîchement séparé de Joyce Hyser ? Romano se présente comme un hybride des différentes compagnes du Boss, justifie officiellement la production. Seulement voilà&nbsp;: elle est aussi serveuse dans un <em>diner</em> d’Asbury Park, de toute évidence pour attester les racines ouvrières du Boss, là où Hyser était actrice. Cette manipulation hagiographique assez grossière cherche inutilement à embellir les lettres de noblesse <em>working class</em> de la rock star, alors que sa crédibilité sur ce point reste inentamée&nbsp;; à plus forte raison à cette époque-là.</p>
<p>Ce qui aurait pu être suggéré est ici outrageusement signalé, à rebours de la retenue caractérisant <em>Nebraska</em>. Chaque scène semble avoir été conçue pour intégrer la bande-annonce, réduisant l’expérience musicale à une incantation chamanique qui ne montre pratiquement rien de la force de travail qu’elle requiert (à une exception près : la séquence de mastérisation pour répliquer sur vinyle le son des démos originales sur cassettes). Confondant poses et incarnation, fétichisation et reconstitution, sentimentalisme et émotion, le film égrène ses clichés avec l’assurance masculine de celui qui mime la vulnérabilité sans réellement l’éprouver. On en veut pour preuves une scène d’excès de vitesse au volant d’un bolide qui se solde par un hurlement (crise de rage !) ou encore le recours à des secousses de caméra au ralenti pour figurer un malaise (crise d’angoisse). Plus loin, une rime foireuse est tentée entre deux plans de maisons incendiées, celle de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-balade-sauvage/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Balade sauvage</em></a> – le premier Malick, qui inspira la chanson <em>Nebraska</em> –, et celle où grandit Springsteen, qu’il imagine dévorée à son tour par les flammes. Revenant d’ailleurs sur la relation de Bruce avec ses parents, qu’il prétend explorer, Scott Cooper ne livre d’eux qu’une ébauche sous la forme de silhouettes égarées dans des flashbacks en noir et blanc ou grimées en vieillards tremblotants de gratitude à la sortie des concerts. Ainsi va ce <em>Deliver Me From Nowhere</em> de mauvais aloi, biopic officiel auquel le «&nbsp;patron&nbsp;», magnanime, a donné sa bénédiction. Elle ne fera illusion auprès de personne : Springsteen est un bien meilleur cinéaste que Cooper. Réécoutons plutôt les chansons de sa fabuleuse première décennie pour entendre tous les grands films qu’il n’a jamais tournés.<a href="#_ftnref1" name="_ftn1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329337_588();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_329337_588();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_329337_588">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_329337_588" style><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329337_588('footnote_plugin_tooltip_329337_588_1');"><a id="footnote_plugin_reference_329337_588_1" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Bruce Springsteen, <em>Born to Run</em>, Simon &amp; Schuster, 2017, p. 298.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" class="footnote_plugin_index_combi pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_329337_588('footnote_plugin_tooltip_329337_588_2');"><a id="footnote_plugin_reference_329337_588_2" class="footnote_backlink"><span class="footnote_index_arrow">↑</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Warren Zanes, <em>Deliver Me from Nowhere, The Making of Bruce Springsteen’s Nebraska</em>, Crown, 2023.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_329337_588() { jQuery('#footnote_references_container_329337_588').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329337_588').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_329337_588() { jQuery('#footnote_references_container_329337_588').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_329337_588').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_329337_588() { if (jQuery('#footnote_references_container_329337_588').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_329337_588(); } else { footnote_collapse_reference_container_329337_588(); } } function footnote_moveToReference_329337_588(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329337_588(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_329337_588(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_329337_588(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/springsteen-deliver-me-from-nowhere/">Springsteen : Deliver Me from Nowhere</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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		<title>The Scores (ep. 2) : Lagrima</title>
		<link>https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-2-lagrima/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[The Scores]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce deuxième épisode de The Scores : le mix de Lagrima, musicien basé à Paris....  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-2-lagrima/" title="Read  The Scores (ep. 2) : Lagrima">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chaque mois sur <a href="https://kioskradio.com/label/the-scores" target="_blank" rel="noopener">Kiosk Radio</a> et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Pour ce deuxième épisode de The Scores : le mix de Lagrima, musicien basé à Paris. Il est notamment compositeur de musique de films et co-organisateur du festival Sachô.</em></p>
<p><iframe loading="lazy" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/soundcloud%253Atracks%253A2191336927&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" width="100%" height="300" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<h2><em>ERIE</em> BY KEVIN JEROME EVERSON</h2>
<p><strong>00′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Le festival Cinéma du Réel dédiait, il y a quelques années, une rétrospective au travail de Kevin Jerome Everson,où j’avais pu découvrir <em>Erie</em>. Le film consiste en une série de plans-séquences, filmés dans les communautés ouvrières afro-américaines autour du lac Erie. Cet extrait se déroule dans une sorte de MJC locale où deux ados travaillent une chanson sur un piano désaccordé. De l’autre côté de la pièce, d’autres jeunes dansent le krump. Je suis vraiment curieux de savoir s’iels ont fini leur chanson.</p>
<p><em>I discovered Kevin Jerome Everson’s work at a retrospective dedicated to him at documentary festival Cinéma du Réel. “Erie” consists of a series of long shots, filmed in the afro-american working class communities living around Lake Erie. This excerpt comes from a scene shot in some kind of community center, where two teenagers are working on a song on an out-of-tune piano. On the other side of the room, other kids start dancing krump. I would be really curious to hear the song if they finished writing it!</em></p>
<h2><em>BELLY</em> BY HYPE WILLIAMS</h2>
<p><strong>02′05″ ♪ Soul II Soul — Back to Life (However Do You Want Me)</strong></p>
<p>J’ai vu <em>Belly</em> à l’adolescence, intrigué par la présence au casting (et à l’écriture) du rappeur Nas, que j’idolâtrais. Ce n’est que bien plus tard que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un film du fameux réalisateur de clips Hype Williams. Et cela paraît logique quand on voit cette belle scène d’intro: lumière bleue, ralentis, stroboscopes et un long <em>acapella</em> de Soul II Soul, en lévitation. Petit <em>easter egg</em> : cette scène où Nas et DMX tombent sur Gummo à la télé, comme pour faire le lien avec<a href="https://www.critikat.com/panorama/podcast/the-scores-ep-1-liyo-gong/?fbclid=PAZXh0bgNhZW0CMTEAAafrtMDYq6Z40JslXcd6yLOQkwWR3zOOPyAnRZUyT9lDBkkASlhQ8_FlVSsLrA_aem_mBL-t86L2NN5ctazuz06MA" target="_blank" rel="noopener"> l’épisode 1</a> de The Scores.</p>
<p><em>I first saw “Belly” during my teenage years, intrigued by the presence of Nas amongst the cast. It’s much later that I realized it was directed by Hype Williams, director of numerous rap music videos. And it makes a lot of sense when you see that introduction scene : the club, the black light, the strobes and this long acapella of Soul II Soul — an intense, dreamlike moment. Little Easter egg: this scene where DMX and Nas are watching “Gummo” on TV, to connect the dots with the first episode of The Scores</em>.</p>
<h2><em>ANTONYMS OF BEAUTY</em> BY KHALIK ALLAH</h2>
<p><strong>05′30″ ♪ Nas &amp; Large Professor — One Plus One</strong></p>
<p>Dans <em>Antonyms of Beauty</em>, Khalik Allah s’installe à un coin de rue de Harlem et prend des clichés des passant·es. Le film est un mélange de sons, photographies et bouts de rushes qui semblent avoir leurs existences propres. A un moment, il accueille un personnage dans sa voiture pour lui faire écouter ce morceau de Nas (encore lui) et sa réaction vaut le détour.</p>
<p><em>In “Antonyms of beauty”, Khakik Allah sets himself on a street corner in Harlem and starts taking shots and talking to the people passing by. The film is a mix of moving images, stills and sound that all seem to exist on their own, capturing the essence of the neighborhood. At some point, he welcomes a man in his car and starts playing this tune (by Nas once again) for him, and his reaction is quite unexpected.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329464" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-300x73.jpeg" alt width="300" height="73" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-300x73.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-768x187.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-1024x250.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1-980x239.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.1.jpeg 1410w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>LIGHTNING DANCE</em> BY CECILIA BENGOLEA</h2>
<p><strong>07′40″ ♪ Sound Excerpt</strong></p>
<p>J’ai découvert cette vidéo de la chorégraphe argentine Cecilia Bengolea pendant le confinement, grâce à un post de Nicole Brenez sur le groupe Facebook « La Loupe » dont certain·es se souviendront. Le son étouffé de la pluie, du tonnerre, les basses du dancehall. Il n’en fallait pas plus pour me transporter dans la forêt jamaïcaine, auprès de ces captivant·es danseur·euses.</p>
<p><em>I discovered this video by Argentinian choreographer Cecilia Bengolea during the first covid lockdown, thanks to a post from Nicole Brenez on the Facebook group “La Loupe” where people would share films. The muffled sounds of the rain, thunder, and dancehall basses took me straight to the Jamaican forest with these captivating dancers.&nbsp;</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/dvd-livres/dvd/syndromes-and-a-century-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>SYNDROMES AND A CENTURY</em></a> AND <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/memoria-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>MEMORIA</em></a> BY APICHATPONG WEERASETHAKUL</h2>
<p><strong>08′51″ ♪ Koichi Shimizu — Reverberation — ♪ Memoria sound excerpt</strong></p>
<p>D’une forêt caribéenne à celle de Thaïlande, il n’y a qu’un petit pas, comblé par Apichatpong Weerasethakul. Ici dialoguent la musique de <em>Syndromes and a century</em> et les sons rêvés par Tilda Swinton en errance en Colombie dans <em>Memoria</em>.</p>
<p><em>From a Caribbean forest to one in Thailand, it’s only a small step – bridged here by Apichatpong Weerasethakul. Here, the music from Syndromes and a Century enters into dialogue with the sounds dreamt by Tilda Swinton as she drifts through Colombia in Memoria.</em></p>
<h2>KAZUKO — AN ABANDONED TUNNEL BY PHAROAH SANDERS</h2>
<p><strong>12′22″</strong></p>
<p>Je me permets de sortir un peu de la consigne pour cet extrait, tant cette vidéo de Pharoah Sanders jouant du saxophone dans un tunnel me paraît revêtir une grâce cinématographique. Dans un plan séquence qui suit sa traversée, la <em>reverb</em> naturelle du lieu mélange le son du saxophone et de l’harmonium qui l’accompagne et crée une magnifique densité sonore.</p>
<p><em>I’m taking a bit of liberty with the rules for this one, as this video of Pharoah Sanders playing saxophone in a tunnel carries such cinematic grace. In a long take following his walk through the space, the natural reverb of the tunnel blends the sound of the saxophone with the harmonium that accompanies it, creating a rich and textured sonic atmosphere.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329465" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-300x68.jpeg" alt width="300" height="68" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-300x68.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-768x174.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-1024x231.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2-980x221.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.2.jpeg 1412w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>MILLENNIUM ACTRESS</em> BY SATOSHI KON</h2>
<p><strong>16′07″ ♪ Susumu Hirasawa — Lotus Gate (Landscape 1)</strong></p>
<p>Les musiques de Susumu Hirasawa accompagnent la plupart des films de Satoshi Kon, et leur étrangeté convient parfaitement à l’univers non conventionnel du réalisateur. J’avais d’abord pensé inclure un morceau de la bande-son délirante de <em>Paprika</em>, mais je lui ai préféré un extrait de celle du moins connu <em>Millennium Actress</em>, qui évoque l’histoire du Japon à travers le cinéma et un très joli personnage d’actrice.</p>
<p><em>Susumu Hirasawa’s music accompanies most of Satoshi Kon’s films, and its strangeness fits perfectly with the director’s unconventional world. I initially considered including a track from the delirious “Paprika” soundtrack, but I ended up choosing this one from the lesser-known “Millennium Actress”, which traces the history of Japan through cinema and a beautiful actress character.</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/conversation-secrete/" target="_blank" rel="noopener"><em>THE CONVERSATION</em></a> BY FRANCIS FORD COPPOLA</h2>
<p><strong>20′22″♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Un autre film où le son a un rôle narratif central. J’adore voir Gene Hackman manipuler le son et les EQ comme un DJ sur une table de mixage vintage. Au fur et à mesure des manipulations, les paroles s’éclaircissent mais le mystère s’épaissit…</p>
<p><em>Another film where sound plays a central narrative role. I love watching Gene Hackman manipulate audio and EQ like a DJ on a vintage mixing desk. As he tweaks and adjusts the tapes, the voices become clearer, but the mystery thickens…</em></p>
<h2><em>COWBOY BEBOP</em> BY SHIN’ICHIRO WATANABE</h2>
<p><strong>21′14″ ♪ The Seatbelts — Fingers</strong></p>
<p>Si j’aime autant <em>Cowboy Bebop</em>, ce n’est pas vraiment pour ses personnages, sa mélancolie ou ses questionnements philosophiques. C’est surtout car rarement je n’avais vu une œuvre réussir à mélanger autant de styles et références aussi fortes, avec une telle réussite: cyberpunk, western, cinéma d’action hongkongais, jazz, Neo-noir… Tout cela donne vie à un univers fascinant et une des plus belles réussites esthétiques de l’animation japonaise. Derrière le groupe The Seatbelts se cache la compositrice Yoko Kanno, aussi connue pour la BO de Ghost in the Shell. Je trouve ce morceau extrait de l’intro du film de 2001 particulièrement obsédant.</p>
<p><em>What I love most about Cowboy Bebop isn’t so much the characters, the melancholy, or the philosophical undertones. It’s the sheer success of its genre-blending – I’ve rarely seen a work mix such strong styles and references so well: cyberpunk, western, Hong Kong action cinema, jazz, neo-noir… It creates a fascinating universe and stands as one of the most aesthetically accomplished pieces of Japanese animation. Behind The Seatbelts is composer Yoko Kanno, also known for her “Ghost in the Shell” soundtrack. I find this track, taken from the intro of the 2001 film, particularly haunting.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329466" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-300x68.jpeg" alt width="300" height="68" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-300x68.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-768x174.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-1024x232.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3-980x222.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.3.jpeg 1409w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>DESTINY DELUXE</em> BY DIOGO BALDAIA</h2>
<p><strong>23′32″ ♪ Sound excerpt&nbsp;</strong></p>
<p>Ce joli court-métrage de Diogo Baldaia, jeune réalisateur portugais, fourmille d’idées formelles, de modulation des sons et des images, entre monde réel et digital. Dans la scène d’intro, un jeune homme se fait aspirer par un fond vert. Ici, une jeune femme chante dans un ventilateur. La séquence se poursuit avec une sorte de karaoké spontané, sur la chanson « Não Queres entrar » de Sallim, et une séquence de plage où l’océan nous porte de l’autre côté de l’Atlantique.</p>
<p><em>This beautiful short film by Diogo Baldaia, a young Portuguese filmmaker, overflows with formal invention and modulation of sound and image, somewhere between the real and the digital world. In the opening scene, a young man is sucked into a green screen. Here, a young woman sings into a fan. The sequence continues with a kind of spontaneous karaoke over the song “Não Queres Entrar” by Sallim, followed by a beach scene where the ocean takes us to the other side of the Atlantic.</em></p>
<h2><em>OBSCURRO BARROCO</em> BY EVANGELIA KRANIOTI</h2>
<p><strong>25′43″ ♪ Sound Excerpt</strong></p>
<p>« Ville eden, ville enfer, ville purgatoire ». Cette évocation du carnaval de Rio par Evangelia Kranioti est un puissant mélange de couleurs, de sons, de paillettes et de plumes. Elle s’élève au dessus de la ville avec un personnage de clown triste, pendant qu’un autre, Luana Muniz, figure transgenre emblématique de Rio commente sa dualité, sa métamorphose constante.</p>
<p><em>“Eden city, hell city, purgatory city”. Evangelia Kranioti’s take on the Rio carnival is a powerful blend of colors, sounds, glitter and feathers. In this stunning scene, she goes above the city with one her two characters, a sad introvert clown, while the other, Luana Muniz, an iconic transgender figure of Rio, comments on its duality, its constant metamorphosis</em><em>.</em></p>
<p><em><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329467" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-300x85.jpeg" alt width="300" height="85" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-300x85.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-768x218.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-1024x290.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4-980x278.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.4.jpeg 1108w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>&nbsp;</em></p>
<h2><em>LOST IN TRANSLATION</em> BY SOFIA COPPOLA</h2>
<p><strong>28′22″ ♪ My Bloody Valentine — Sometimes</strong></p>
<p>Sans le savoir, en visionnant <em>Lost in Translation</em> en famille en 2003 à l’UGC Rosny, j’entendais pour la première fois la musique de Squarepusher, My Bloody Valentine, Air… Cette dérive nocturne dans Tokyo, à l’arrière d’un taxi, au son de MBV, restera sans aucun doute une image séminale de mon enfance.</p>
<p><em>Without realizing it, when I watched “Lost in Translation” with my family back in 2003 at UGC Rosny, it was the first time I ever heard music by Squarepusher, My Bloody Valentine, Air… That nighttime drift through Tokyo, in the back of a taxi, with MBV playing, will no doubt remain a seminal image of my childhood</em></p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/like-someone-in-love/" target="_blank" rel="noopener"><em>LIKE SOMEONE IN LOVE</em></a> BY ABBAS KIAROSTAMI</h2>
<p><strong>32′38″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Quitte à passer un moment à Tokyo à l’arrière d’un taxi, autant y rester un moment. J’ai été transpercé en plein cœur par cette scène bouleversante de <em>Like Someone in Love</em>, peut-être l’une des plus belles du cinéma de Kiarostami, pourtant dans un film peut-être moins marquant.</p>
<p><em>If I’m going to spend a moment in the back of a taxi in Tokyo, I might as well stay a little longer. This scene from “Like Someone in Love” completely broke my heart—perhaps one of the most beautiful in Kiarostami’s cinema, even if the film itself might not be one of his most memorable.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329468" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-300x71.jpeg" alt width="300" height="71" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-300x71.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-768x182.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-1024x243.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5-980x233.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.5.jpeg 1406w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/yi-yi-2/" target="_blank" rel="noopener"><em>YI YI</em></a> BY EDWARD YANG</h2>
<p><strong>33′44″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Pour accompagner cette fin de trajet dans Tokyo, le piano un peu jazz, un peu mélancolique de Kaili Peng, composé pour Yi Yi d’Edward Yang, un film qui m’émeut toujours un peu plus à chaque visionnage. A l’arrivée, des retrouvailles avec un amour de jeunesse et une escapade de quelques jours au Japon, en se demandant « et si ? ».</p>
<p><em>For the final stretch of this Tokyo cab ride: the somewhat jazzy, slightly melancholic piano of Kaili Peng, composed for Edward Yang’s “Yi Yi”—a film that moves me a bit more every time I watch it. At the end of the road: a reunion with a young love and a brief escape to Japan, thinking “what if”.</em></p>
<h2><em>NIGHT ON EARTH</em> BY JIM JARMUSCH</h2>
<p><strong>35′00″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Direction New-York maintenant, pour l’une des séquences de ce film tour-du-monde de Jim Jarmusch. La bande originale signée Tom Waits introduit chaque ville comme un personnage, avec des instruments qui lui sont propres : guitares électriques dissonantes à LA, nappes d’accordéon à Paris… À New-York, c’est saxophone et sirènes de police. Un peu dans le cliché mais avec pas mal de style quand même.</p>
<p><em>Now we head to New York, for one of the sequences from Jim Jarmusch’s globe-trotting film. The original score by Tom Waits introduces each city like a character, with its own instruments: dissonant electric guitars in LA, accordion textures in Paris… In New York, it’s saxophone and police sirens. A bit cliché, sure—but with a lot of style nonetheless.</em></p>
<h2><em>GLORIA</em> BY JOHN CASSAVETES</h2>
<p><strong>36′18″ ♪ Bill Conti — Main Title</strong></p>
<p>Comme il semble difficile de trouver un taxi, Cassavetes choisit directement de prendre l’hélicoptère pour s’envoler au-dessus de New York. La guitare classique, les tableaux, puis les bâtiments de la ville, le saxophone et les cordes si mélodramatiques, rarement une ouverture de film ne m’aura donné autant de frissons.</p>
<p><em>Since it seems so hard to find a taxi, Cassavetes just goes straight for the helicopter, flying over New York. Classical guitar, paintings, then the city’s buildings, the saxophone and those melodramatic strings—rarely has a film opening given me such chills.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329469" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-300x62.jpeg" alt width="300" height="62" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-300x62.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-768x158.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-1024x211.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-1536x316.jpeg 1536w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6-980x202.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.6.jpeg 1623w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>RISKY BUSINESS</em> BY PAUL BRICKMAN</h2>
<p><strong>38′22″ ♪ Belmont Girl — Love on a Real Train&nbsp;</strong></p>
<p>Une bande-son mémorable pour un film plutôt oubliable. Petit twist, j’ai préféré ici la version edit de Belmont Girl (aka Malibu) à l’originale de Tangerine Dream.</p>
<p><em>A memorable soundtrack for a rather forgettable film. Small twist: here, I preferred the edited version of Belmont Girl (aka Malibu) to the original by Tangerine Dream.</em></p>
<h2><em>THE COOL WORLD</em> BY SHIRLEY CLARKE</h2>
<p><strong>41′55″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Assez méconnue de l’internationale cinéphile, la cinéaste Shirley Clarke fait pourtant partie des figures majeures du cinéma d’avant-garde américain des années 60. Dans <em>The Cool World</em>, elle s’intéresse à la communauté noire de Harlem et mélange fiction et nombreuses séquences documentaires. La musique dirigée par Dizzy Gillespie accompagne les pensées du personnage principal, comme une sorte de proto-spoken work où le vocabulaire, le phrasé, le rythme ont déjà toute leur importance.</p>
<p><em>Relatively unknown to the global film-lovers, filmmaker Shirley Clarke is nonetheless one of the major figures of American avant-garde cinema in the 1960s. In “The Cool World”, she dives into the Black community of Harlem and mixes fiction and documentary sequences. The music, led by Dizzy Gillespie, blends smoothly with the thoughts of the main character, like a kind of proto-spoken word where vocabulary, phrasing, and rhythm already hold great importance.</em></p>
<h2><em>ELLIS ISLAND</em> BY MEREDITH MONK</h2>
<p><strong>43′53″ ♪ Original score by Meredith Monk</strong></p>
<p><em>Ellis Island</em> est une courte installation vidéo réalisée par la grande chanteuse et compositrice Meredith Monk. Cette pièce de piano, simple et belle, accompagne les flux d’immigrant·es au pied de la Statue de la Liberté. Le contraste avec le montage ludique rend cette installation assez surprenante.</p>
<p><em>“Ellis Island” is a short video installation made by the great singer and composer Meredith Monk. This simple and beautiful piano piece gives gravity to the images that are being edited in a really playful manner. Though quite simple, this balance between images and music makes this installation quite surprising.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/vendredi-soir/" target="_blank" rel="noopener"><em>VENDREDI SOIR</em></a> BY CLAIRE DENIS</h2>
<p><strong>46′23″ ♪ Jeff Mills — Entrance to Metropolis</strong></p>
<p>Jeff Mills a composé ce thème en s’inspirant du film de Fritz Lang. Il a d’ailleurs remis intégralement en musique le film par la suite. Mais c’est surtout pour son utilisation par Claire Denis au début de <em>Vendredi soir</em> que j’ai voulu l’évoquer. Sur les toits de Paris au crépuscule, un ciel rouge sous la Tour Eiffel, ça doit être ça, la nouvelle Metropolis.</p>
<p><em>Jeff Mills drew inspiration for this theme from Fritz Lang’s film. In fact, he later re-scored the entire film. But it’s especially for its use by Claire Denis at the beginning of “Vendredi soir” that I wanted to mention it. On the rooftops of Paris at dusk, a red sky beneath the Eiffel Tower—it must be the new Metropolis.</em></p>
<p><em><a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329470" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-300x66.jpeg" alt width="300" height="66" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-300x66.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-768x169.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-1024x226.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7-980x216.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.7.jpeg 1509w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a></em></p>
<h2><em>HEAT</em> BY MICHAEL MANN</h2>
<p><strong>48′39″ ♪ Moby — God Moving over the face of the waters</strong></p>
<p>Après avoir passé en revue un certain nombre de moyens de transport, il fallait bien finir dans un aéroport. Le duel final de Heat au milieu des avions et le morceau de Moby — à la fois élégie ambiante et crescendo spirituel- ne pouvaient pas manquer à l’appel.</p>
<p><em>After reviewing a number of means of transport, it was only fitting to end up in an airport. The final duel in “Heat” among the planes, Moby’s track—part ambient elegy, part spiritual crescendo—were a quite obvious choice.</em></p>
<h2><em>STRANGE DAYS</em> BY KATHRYN BIGELOW</h2>
<p><strong>52′52″ ♪ Deep Forest &amp; Peter Gabriel — While the Earth sleeps</strong></p>
<p>C’est le passage à l’an 2000 et le chaos dans les rues. Pour tourner cette scène de liesse, la production a organisé une rave, avec Aphex Twin et Deee-Lite en headliners. Les tickets coûtaient 10$, nourriture et boissons étaient offertes. 14000 personnes sont venues. Marrant comme tous ces petits points de couleur semblent préfigurer l’avènement d’un millénaire digital.</p>
<p><em>For the huge crowd scene at the end of the film «Strange Days,» director Kathryn Bigelow threw a rave, headlined by Aphex Twin and Deee-Lite. Tickets were $10. Food and drink was free. 14,000 people showed up. All these little color dots on the screen seem to announce the coming of a new digital era.</em></p>
<a href="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8.jpeg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-329471" src="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-300x67.jpeg" alt width="300" height="67" srcset="https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-300x67.jpeg 300w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-768x172.jpeg 768w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-1024x229.jpeg 1024w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8-980x219.jpeg 980w, https://www.critikat.com/wp-content/uploads/2025/10/Thescores2.8.jpeg 1508w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"></a>
<h2><em>LOTUS</em> BY CONI BEESON</h2>
<p><strong>56′41″ ♪ Sound excerpt</strong></p>
<p>Un petit poème filmé, en douceur et sensualité, avec sa ritournelle <em>ambient</em> qui pourrait durer à l’infini. Pour redescendre en douceur.</p>
<p><em>A little filmed poem, gentle and sensual, with its ambient refrain that could last forever. To gently bring you back down.</em></p>
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		<title>Arco</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/arco/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Emmanuelle Kotek]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Arco, lauréat du Cristal du meilleur long métrage au Festival d’Annecy, s’inscrit assez nettement dans les pas de l’œuvre d’Hayao Miyazaki : Ugo Bienvenu (par ailleurs auteur de bandes dessinées) semble partager avec le cinéaste...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/arco/" title="Read  Arco">Read more &#187;</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Arco</em>, lauréat du Cristal du meilleur long métrage au Festival d’Annecy, s’inscrit assez nettement dans les pas de l’œuvre d’Hayao Miyazaki : Ugo Bienvenu (par ailleurs auteur de bandes dessinées) semble partager avec le cinéaste japonais une vision du monde poétique et mélancolique, où des héros solitaires cherchent à préserver leur humanité face à un univers en mutation. <em>Arco</em> emprunte ainsi au <em>Château dans le ciel</em> son ouverture : la chute d’un enfant tombé des nuages. Petit prince égaré dans le firmament, le garçon – nommé Arco – est un arc-en-ciel capable de voyager dans le temps, qui s’est vu accidentellement projeté dans une version alternative et futuriste de la Terre. Dans l’univers imaginé par Bienvenu, les arcs-en-ciel ne sont pas en effet de simples phénomènes météorologiques, mais des êtres surnaturels à l’apparence humaine, dont la combinaison multicolore leur permet de voler à travers les âges. Et comme Pazu avait Sheeta, ou le prince de Saint-Exupéry sa rose, Arco a Iris : une fille de son âge qui le recueille et l’aide à rentrer chez lui.</p>
<p>Du monde de son amie, Arco découvre une société où les machines suppléent presque entièrement les humains : robots dociles, automates et <em>babysitters</em> mécaniques prennent en charge les tâches quotidiennes, régissent le rythme de la vie et la surveillance des enfants. Les écoles elles-mêmes fonctionnent comme des <em>hubs</em> temporels : de vastes cubes aux parois holographiques projettent les époques enseignées par les professeurs, de la Préhistoire à la formation de l’univers. Les plus belles réussites du film résident de fait dans ses décors qui empruntent à la BD, l’horizon premier de Bienvenu : du paradis suspendu dans les nuages du monde d’Arco à la camionnette déglinguée d’un trio de personnages aux lunettes triangulaires, chacun semble conçu comme une case indépendante. Le cinéaste accorde une attention particulière aux héros et aux visages étrangement expressifs des robots ; son trait graphique, volontairement épais et affirmé à la manière de Tardi, renforce l’expressivité des personnages. Cette esthétique, plus concise et marquée que les univers foisonnants de Miyazaki, permet à Bienvenu d’explorer un imaginaire où les scènes deviennent un moyen de déployer son goût pour le mouvement. Ainsi de la chute d’Arco au début du récit : l’épisode se présente à la fois comme un élément perturbateur et un événement purement cinétique. De même, les voyages dans le temps se manifestent par une diffusion de couleurs et de traînées lumineuses. C’est grâce à son appétit plastique que ce film sous influence finit par trouver sa propre patte.</p>
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		<title>La Disparition de Josef Mengele</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-disparition-de-josef-mengele-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.critikat.com/?p=329412</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après les récentes boursouflures de Kirill Serebrennikov, la crainte était de mise pour cette adaptation du roman-enquête d’Olivier Guez sur Josef Mengele. On est vite rassuré&#160;: le cinéaste russe fait preuve d’une retenue inédite avec...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-disparition-de-josef-mengele-2/" title="Read  La Disparition de Josef Mengele">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après les récentes boursouflures de Kirill Serebrennikov, la crainte était de mise pour cette adaptation du roman-enquête d’Olivier Guez sur Josef Mengele. On est vite rassuré&nbsp;: le cinéaste russe fait preuve d’une retenue inédite avec une mise en scène en noir et blanc, qui met en images la cavale en Amérique du Sud du tristement célèbre médecin nazi, en adoptant les codes du film noir. Mais si l’approche permet d’éviter le pire, elle tombe rapidement dans une impasse&nbsp;: la vie de Mengele se prête-t-elle vraiment à&nbsp;un film de genre&nbsp;? Au-delà de quelques accessoires (chapeaux, voitures des années 1960, etc.) et détails (fausses identités, l’inquiétude d’être démasqué), la greffe paraît artificielle&nbsp;: après avoir quitté l’Allemagne, «&nbsp;l’Ange de la Mort&nbsp;» veut surtout faire profil bas. Afin de contourner ce vice de forme scénaristique, Serebrennikov use de deux stratégies&nbsp;: d’un côté, une musique omniprésente avec des cordes oppressantes&nbsp;; de l’autre, une narration éclatée mélangeant<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span>les époques et les lieux traversés par Mengele. Si le tressage temporel occasionne un certain piétinement de la narration, il permet néanmoins de figurer le délitement progressif du réseau nazi en Amérique du Sud. D’abord entouré de nombreux anciens SS dans des villas luxueuses, Mengele finit hébergé dans une ferme par une famille de Hongrois, puis complètement seul dans un appartement brésilien décrépi. Qu’importe l’année et sa situation, le médecin d’Auschwitz n’en démord pas et demeure fidèle à&nbsp;l’idéologie nazie, que ce soit en pestant contre Israël devant sa télé ou en prônant toujours la pureté de la race aryenne. Ses régulières crises d’hystérie caricaturales illustrent le regard assez limité de Serebrennikov sur son personnage&nbsp;: il n’est qu’un être pathétique qui nie son déclin en se réfugiant dans sa «&nbsp;grandeur&nbsp;» passée.</p>
<p>Et quand bien même<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span>le film témoigne d’une relative épure, le naturel finit par revenir au galop. Quelques effets précieux se glissent ici et là, comme cette séquence de fête où l’on suit des domestiques. Ce point de vue paraît uniquement adopté pour justifier la présence de travellings tortueux (il ne sera par la suite jamais question du regard des serveurs sur la situation), si bien que la séquence illustre le rapport de Serebrennikov à&nbsp;la mise en scène, animé d’abord par une volonté d’épater. Cette tendance s’accompagne d’un relent de subversion, ou plutôt de grossièreté, à&nbsp;l’image d’un plan où un figurant se retourne subitement vers la caméra pour mimer un cunnilingus. La suite indique que le geste était en réalité adressé à&nbsp;la fermière hongroise occupant les lieux, mais sa gratuité (cette relation adultère ne sera plus évoquée) et le choix du regard caméra disent bien qu’il s’agit surtout d’un coup de menton bravache à&nbsp;l’intention du spectateur.</p>
<p>Reste la scène à Auschwitz, aux couleurs chatoyantes – c’est le seul segment qui n’est pas en noir et blanc. Lorsque Mengele sort sa caméra super 8 pour filmer son amante, des images enregistrées à l’intérieur de l’unité médicale du camp défilent sur un air d’opéra chanté par une chorale de prisonniers handicapés. Un double écart vient ici s’instaurer, sur le plan du récit (il s’agit d’un souvenir du nazi confié à son fils) et dans la matière des plans (le grain de la pellicule et les perforations visibles). Mais la mise à distance brechtienne, nourrie par d’autres procédés (l’ajout de sous-titres, exemplairement), vise moins à produire de la pensée que de l’inconfort, en jouant sur l’opposition entre l’écrin (la scène adopte la légèreté d’un film de vacances) et ce qui est montré (la monstruosité des expériences médicales). En somme, Serebrennikov retombe sur ses pattes : de film en film, il creuse le sillon d’un cinéma qui confond esbroufe et mise en scène, provocation facile et profondeur.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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		<title>La Petite dernière</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-petite-derniere-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Robin Vaz]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dès ses premières séquences, La Petite dernière cultive une impression de déjà-vu&#160;: des dialogues adolescents crus sur la sexualité, une altercation dans les couloirs, où la jeune Fatima (Nadia Melliti) s’énerve après que l’un de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-petite-derniere-2/" title="Read  La Petite dernière">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dès ses premières séquences, <em>La Petite dernière</em> cultive une impression de déjà-vu&nbsp;: des dialogues adolescents crus sur la sexualité, une altercation dans les couloirs, où la jeune Fatima (Nadia Melliti) s’énerve après que l’un de ses camarades l’a traitée de lesbienne… Adapté du roman éponyme de Fatima Daas, le troisième long d’Hafsia Herzi est peut-être avant tout un <em>remake</em>, ou plutôt une relecture, de <em>La Vie d’Adèle </em>d’Abdellatif Kechiche. Mais une différence de taille se présente assez rapidement, au détour d’un <i>date</i> entre la jeune femme et une lesbienne plus assumée et âgée. La rencontre s’achemine vers la description des joies du cunnilingus, accompagnée de quelques gestes suggestifs en guise d’initiation pour la jeune femme, qui peine encore à&nbsp;reconnaître son orientation sexuelle. La douceur de l’échange semble répondre aux longues scènes de sexe explicites du film de Kechiche, où les mêmes gestes étaient effectués de manière performative. L’actrice devenue réalisatrice semble moins vouloir critiquer le cinéaste, dont elle est restée une fidèle collaboratrice, que proposer un point de vue alternatif sur un amour lesbien. Les deux films partagent ainsi une structure narrative similaire (bien que le film d’Herzi soit plus resserré, autant dans son format que dans le cadre temporel du récit) avec une rencontre amoureuse intense suivie d’une séparation. Plus encore, Herzi cite explicitement le cinéaste en reprenant à&nbsp;son compte quelques-unes de ses images emblématiques&nbsp;: une dégustation de pâtes filmée en gros plan, des larmes qui se mêlent à&nbsp;la morve, une barre de <em>pole dance</em> (les scènes de danse de <em>Mektoub My Love&nbsp;: Canto Uno</em> et <em>Intermezzo</em>) etc. Extraits de la logique formelle et de la dilatation propres au cinéma de Kechiche, les plans perdent ceci dit de leur consistance pour se fondre dans une esthétique plus conventionnelle, tout en maintenant ce dialogue souterrain qui invite à&nbsp;jouer au jeu des sept différences.</p>
<p>La principale distinction tient à&nbsp;la façon dont le personnage navigue entre les strates sociales, qui se révèlent <em>in fine</em> beaucoup moins étanches que dans <em>La Vie d’Adèle</em><i>. </i>Issue d’une classe prolétaire en banlieue parisienne, Fatima rencontre dans les bars et cafés de la capitale des femmes très éloignées de son milieu d’origine. Ce fossé culturel ne devient pourtant jamais véritablement un obstacle dans les scènes de drague ou de rencards&nbsp;: l’attention à&nbsp;l’autre et la bienveillance dominent, sans que la pudeur ou la gêne de la jeune femme n’entravent la fluidité des échanges, ce que synthétise par exemple un joli panoramique naviguant d’un visage à&nbsp;l’autre lors d’une rencontre dans un bar. <em>La Petite dernière</em> évite ainsi l’écueil consistant à&nbsp;forcer les tensions narratives dans des scènes de confrontation, souvent attendues dans ce type de récit initiatique. La scène où Fatima prend rendez-vous avec un imam est, à&nbsp;cet égard, exemplaire&nbsp;: l’héroïne prétend venir au nom d’une amie pour trouver la possibilité de concilier sa foi religieuse avec son orientation sexuelle. Bien que l’imam reste fidèle au discours officiel prôné par son institution, il manifeste aussi une discrète empathie lorsque Fatima se trahit en laissant les larmes lui monter aux yeux. Le personnage s’affirmera peu à&nbsp;peu en composant librement avec ses différentes attaches sociales, culturelles et religieuses, là où les rapports de classe se révélaient plus verrouillés dans <em>La Vie d’Adèle</em>. L’alternative proposée par Herzi s’avère à&nbsp;l’arrivée parfois touchante, notamment quand la cinéaste scrute avec tendresse le visage de sa jeune actrice. Mais sa forme demeure enclose dans une joliesse un peu lisse.</p>
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		<title>L’homme qui rétrécit</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lhomme-qui-retrecit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adrien Mitterrand Munch]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:30:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On comprend rapidement ce qui a intéressé Jan Kounen dans le roman de Matheson, déjà adapté au cinéma par Jack Arnold. Dès les premières minutes du film, Paul, interprété par Jean Dujardin, évoque, plans de...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/lhomme-qui-retrecit/" title="Read  L’homme qui rétrécit">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On comprend rapidement ce qui a intéressé Jan Kounen dans le roman de Matheson, <a href="https://www.critikat.com/panorama/analyse/l-homme-qui-retrecit/" target="_blank" rel="noopener">déjà adapté au cinéma par Jack Arnold</a>. Dès les premières minutes du film, Paul, interprété par Jean Dujardin, évoque, plans de la Terre et de nuages à l’appui, le vertige de se sentir si petit face à l’immensité de l’univers. Le réalisateur n’a jamais caché son attrait pour les expériences mystiques (cf. le tunnel d’images psychédéliques dans <em>Blueberry</em>), et c’est peu dire que le livre renferme nombre de scènes prédisposées à ce genre de méditations. Sauf que si le film commence la tête dans les nuages, il lui faut d’abord se concentrer sur l’évolution de l’état de son personnage, dont le rétrécissement est graduel. L’étrangeté du phénomène ouvre sur une métaphore de la maladie («<em>&nbsp;je ne suis pas malade&nbsp;!&nbsp;</em>» répète Paul, sans parvenir à convaincre sa femme) qui accompagne de manière un peu mécanique l’idée d’un rétrécissement de l’homme. Si chaque séquence de ce bloc narratif travaille certes un processus d’évidemment d’un bonheur «&nbsp;parfait&nbsp;», il n’y a en réalité pas grand-chose à évider, puisque ledit bonheur se résume à se retrouver en famille pour le dîner et de ne pas trop penser aux petits tracas liés au boulot. De cette première partie guère convaincante surnagent tout de même quelques scènes, dont la réussite repose essentiellement sur les épaules de Jean Dujardin. Ainsi de celle où, suffisamment petit pour se promener dans une maison miniaturisée, Paul danse avec le doudou de sa fille pour l’amuser, comme dans un lointain écho aux chorégraphies de <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/the-artist/" target="_blank" rel="noopener"><em>The Artist</em></a>. Sauf que sa seule spectatrice est ici une fillette géante qui, du haut de ses sept ou huit ans, rit un peu tristement devant ce spectacle.</p>
<h2>Du jardin</h2>
<p>C’est toutefois au cours la seconde moitié du film, dans laquelle Paul se retrouve confronté à la faune de la cave où il est enfermé, que les jeux d’échelles se multiplient. L’enjeu n’est plus de constater la marginalisation de Paul au sein de sa propre maison ; seul face aux habitants des lieux, Paul entame une lutte pour sa survie dans un monde qui lui est désormais étranger. Le film restitue les duels contre l’araignée, rendus célèbres par la première adaptation du roman, mais avec un ton se distinguant nettement de la dimension épique de la version de 1957. Il ne s’agit pas ici de savoir qui sera le chasseur et qui sera la proie. La victoire de Paul sur l’araignée se résume à lui échapper, jamais à remettre en cause sa place dans la chaîne alimentaire. Au fil des épreuves qu’il traverse, Paul se confronte de cette manière à la réalité de son nouveau statut – un piège à souris devient du jour au lendemain une machine de mort terrifiante. Mais il découvre aussi de nouvelles sources d’émerveillement, telle la belle ondulation d’une queue de poisson rouge aux dimensions titanesques. Chez Kounen, le rétrécissement physique permet moins de révéler l’ingéniosité du personnage (comme chez Arnold) que de ménager la possibilité de poser un regard à hauteur de celui des autres espèces. Là où le roman se concluait sur un sentiment d’exaltation (celle de l’explorateur sur le point de découvrir de nouveaux mondes), Paul finit ainsi son aventure sans frénésie, en contemplant une majestueuse créature volante – avant de conclure, en voix off, par une petite leçon très convenue sur l’acceptation de sa condition. On retrouve dans ce dénouement l’écueil principal du film de Kounen : la dispersion de son désir, qui oscille entre le drame humain pris (trop) au sérieux, la volonté d’expérimenter à partir des péripéties du film de Jack Arnold et une esquisse de réflexion antispéciste. Le résultat prend logiquement la forme d’une synthèse un peu molle.</p>
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		<title>Kaamelott — Deuxième volet, partie 1</title>
		<link>https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaamelott-deuxieme-volet-partie-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Josué Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 10:29:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Deux remarques préliminaires avant de parler de Kaamelott, deuxième volet, partie 1 – titre à rallonge dont le saucissonnage dit bien à quel point la question centrale est ici la sérialité. 1) Le style d’Alexandre...  <a class="excerpt-read-more" href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaamelott-deuxieme-volet-partie-1/" title="Read  Kaamelott — Deuxième volet, partie 1">Read more &#187;</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux remarques préliminaires avant de parler de <em>Kaamelott, deuxième volet, partie 1 – </em>titre à rallonge dont le saucissonnage dit bien à quel point la question centrale est ici la sérialité. 1) Le style d’Alexandre Astier se jauge presque uniquement à l’aune des dialogues, dont la gouaille post-Michel Audiard entrelace en vérité une somme d’influences et d’aspirations, entre le modèle goscinnyien d’<em>Astérix</em> (les «&nbsp;<em>môssieur&nbsp;</em>» ironiques et belliqueux que tonne Merlin relèvent de la citation directe) et un goût d’abord musical pour le patois et le charme suranné d’expressions désuètes. 2) Il faudrait fermer un instant (mais un instant seulement) les yeux sur ce style pour saisir ce qui, au-delà de cette course au bon mot, constitue la spécificité réelle de <em>Kaamelott</em> dans le champ de la fiction française. Pensée initialement comme un programme très court surfant sur le succès de <em>Caméra café</em> et consorts (les premiers épisodes faisaient trois minutes montre en main), la série n’a cessé ensuite de s’allonger et de s’hybrider pour tendre davantage vers l’épopée bricolée, voire le portrait en creux d’un dépressif&nbsp;: Arthur, incarné par Astier lui-même, figure engoncée dans son mal-être et entourée d’une bande de pieds nickelés irrécupérables.</p>
<p>La bizarrerie des deux films sortis jusqu’à présent et qui composent la moitié d’une fausse tétralogie en gestation (plus exactement : une trilogie dont le deuxième volet serait décomposé en deux parties – ce qui revient peu ou prou au même) tient à un double mouvement de balancier. D’un côté, la promesse d’une relance de la fiction est articulée autour d’un personnage qui, fondamentalement, n’a pas envie de repartir en quête de ce satané Graal. Astier se plaît à incarner et à réincarner (c’était déjà le cas à la fin de la série) un héros qui n’en peut plus, fatigué et cabossé, incapable d’échapper à la stagnation. De l’autre, en basculant vers le cinéma, <em>Kaamelott</em> déplie encore davantage ses sous-intrigues, comme une extension sans fin de sa sérialité initiale, qui privilégiait aux affaires chevaleresques une suite de bifurcations parodiques et d’incises triviales. <em>Kaamelott, deuxième volet</em> n’est donc pas du tout une tentative de transposer l’imaginaire de la série vers le septième art – ce que le <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaamelott-premier-volet/" target="_blank" rel="noopener">premier volet</a> faisait semblant d’entreprendre, en proposant laborieusement du « grand spectacle » que le petit écran n’autorisait pas avec la même ampleur. Pendant 2h20, Astier opte en l’occurrence pour de la vignette carburant à la continuité dialoguée ; on a moins l’impression de regarder un film que de <em>binge-watcher</em> une saison, ou une moitié de saison du <em>Kaamelott</em> d’il y a quinze ans ou vingt ans.</p>
<p>La chose est d’autant plus curieuse qu’on se demande ce qui motive ce film en particulier. Pas une promesse d’inédit, ça, c’est certain. Pas non plus un désir d’apothéose spectaculaire : le récit n’en finit plus de ne pas commencer, de cultiver son piétinement permanent au bout duquel s’esquisse un vague <em>teasing</em>. Dans un rare moment de sérieux, Arthur tente de «&nbsp;<em>faire un effort</em>&nbsp;» et de diriger les réunions de la nouvelle Table ronde. Il entame alors son retour aux affaires par un plaidoyer pour une «&nbsp;<em>restauration du sentiment</em> » (belle expression) et la croyance en l’aventure. Mais <em>Kaamelott</em>, même dans ses quelques incartades plus dramatiques, n’a jamais véritablement reposé sur cet appel grisant de l’épique&nbsp;; son cœur, ce sont les comédiens, qui déploient un cabotinage effréné et histrionique. Or, dans ce deuxième volet, on a moins affaire à de véritables numéros d’acteurs qu’à des caméos (c’est-à-dire des apparitions jouant sur le plaisir, très relatif, des retrouvailles ou de la reconnaissance) plus ou moins (mais moins que plus) inspirés. Il suffit par exemple de deux petites minutes de Christian Clavier, surjouant avec délectation la fourberie et l’obséquiosité, pour se rendre compte que le seul intérêt originel de <em>Kaamelott</em> résidait dans sa manière d’aménager un périmètre ludique pour des acteurs se prêtant à un enfantin « on dirait qu’on joue » aux légendes du Roi Arthur, sur un mode farcesque. Le problème, c’est qu’au-delà de la lourdeur de l’imaginaire (qui sent fort le coup de rouge de trop et le fromage qui puire, pour citer le Clavier des <em>Visiteurs</em>), on s’amuse très peu devant le bac à sable installé par Astier, et les interprètes arrivant ici à faire entendre leur petite musique se comptent sur les doigts d’une main. Si l’on devait baragouiner comme les personnages, on pourrait dire que cet énième tour de carrousel ne vaut pas tripette.</p>
<p>Cet article <a href="https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/kaamelott-deuxieme-volet-partie-1/">Kaamelott — Deuxième volet, partie 1</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.critikat.com">Critikat</a>.</p>
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